L'action nationale, 1 mars 1986, Mars
[" /Action NATIONALE VOLUME LXXV, numéro 7, Mars 1986 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE SE DONNE UN NOUVEAU PRÉSIDENT: M.YVON GROULX (20 décembre 1985) b La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice-président: Delmas Lévesque Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Jean Genest Directeurs: Richard Arès René Blanchard Paul-A.Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise C.-Brochu Marcel Chaput Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Yvon Groulx Anna L.-Normand Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Denis Monière Jean-Marcel Paquette Charles Poirier Gilles Rhéaume Léonard Roy André Thibaudeau Pierre Trépanier Claude Trottier Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 l\u2019Actioiî NATIONALE Volume LXXV, numéro 7, mars 1986 TABLE DES MATIÈRES RENÉ BLANCHARD: Être ou ne pas être nous-mêmes .585 ROBERT S.McNAMARA:\tLa pauvreté absolue.589 MICHEL BROCHU: L\u2019eau, matière absolue.592 JEAN-MARIE COSSETTE:\tRésultats de l\u2019élection 1986 .597 RENÉ BLANCHARD: Le C.N.R.toujours en voie d\u2019évitement.599 MADELEINE PROVOST:\tVoyage en Acadie.605 ALAIN RABY:\tUn bienfait de l\u2019indépendance .620 GILLES RHÉAUME: L\u2019affaire Riel.622 SERVICE D\u2019INFORMATION:\tHydro-Québec et vie quotidienne 648 CAROLE MERCIER: St-Jean-sur-Richelieu.651 PAUL GRENIER:Un retour aux sources s\u2019impose .664 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Elle fait partie du Mouvement national des Québécois 578 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: JEAN GENEST\t Secrétaire-adjoint: DONAT PLANTE\t Photographe: Paul HAMEL Collaborateurs: Patrick Allen\tPierre-André Julien François-Albert Angers\tMarcel Laflamme Viateur Beaupré\tDelmas Lévesque René Blanchard\tDenis Monière Odina Boutet\tFrançois Morneau Guy Bouthillier\tGilles Rhéaume Claude Collin\tJean-D.Robillard Abonnement:\t1 an\t2 ans \t(10 numéros) (20 numéros) Québec, Canada\t$25.00\t$45.00 Autres pays\t30.00\t50.00 Abonnement de soutien\t35.00 Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans l\u2019Index des périodiques canadiens, publication de l\u2019Association canadienne des bibliothèques dans Périodex publié par la Centrale des Bibliothèques et dans Radar, répertoire analytique d\u2019articles de revues du Québec, publié par la Bibliothèque nationale du Québec.\t Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.\tISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 \tDépôt légal: Bibliothèque nationale, 2lème semestre 1981 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 845-8533\tCourrier de la deuxième classe Enregistrement numéro 1162 L\u2019ACTION NATIONALE 579 LEGROUFE noua valeur (noria) 'Podium BOTANIX 580 L\u2019ACTION NATIONALE revue ^ critère Comité de rédaction: Roger Sylvestre, directeur, Guy H.Allard, Marc-Fernand Archambault, Claude Gagnon, Lise Noël, Louise Poissant.Dernières parutions: No 34: L \u2019après-crise économique et sociale, automne 1982, 175 p.No 35: L\u2019après-crise culturelle et politique, printemps 1983, 286 p.No 36: Le nouveau paysage mythique \u2014 1, automne 1983, 188p.No 37: Le nouveau paysage mythique \u2014 2, printemps 1984, 180p.No 38: De la guerre \u2014 /, automne 1984, 317 p.No 39: De la guerre \u2014 II, printemps 1985, 258 p.Secrétariat et administration: Jacqueline Davignon, Revue Critère, Collège Ahuntsic, 9155, rue Saint-Hubert, Montréal, H2M 1Y8 Tél.: 389-9068 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 BIJOUTERIE POMPONNETTEInc.Jean Brassard, prés, 256.rue Ste-Catherine Est Montréal H2X 1L4 288-3628 SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 L\u2019ACTION NATIONALE 581 r avm* Assurance-vie Desjardins jd«fllpa5 582 L\u2019ACTION NATIONALE REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année NOM BULLETIN D\u2019ABONNEMENT ADRESSE CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V3R6 Tel.: 271-4759 ¦ ¦ ¦ Des soirées publiques Un magazine chrétien d'analyse et de réflexion sur l'actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l'Eglise \u2022\tLe travail à temps partiel \u2022 chaque mois un débat sur un sujet d\u2019actualité -1 Abonnement 1 an (10 nos)\t1 2.50S à l'étranger:\t14,50$ par avion\t20.00S Nom _____________________________ Adresse - code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514) 387-2541 9288 L'ACTION NATIONALE 583 La qualité de notre service est notre principale préoccupation.detb&git L e/ectrifficacité a 584 L\u2019ACTION NATIONALE LE LAMINOIR NOUS PLASTIFIONS VOS DOCUMENTS FRANÇOIS DUPUIS, RELIEUR RELIURE D\u2019ART & RELIURE BIBLIOTHÈQUE IMPRESSION LUXOR PLAQUES SIGNALÉTIQUES IMPRESSION DE LUXE 251 RUELARAMÉE HULL, QUÉBEC J8Y 2Z4 TÉL.(819) 777-0321 OUVERT DE 9h À 17h, DU LUNDI AU VENDREDI Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 ÊTRE OU NE PAS ÊTRE NOUS-MÊME 585 Etre ou ne pas être nous-mêmes par RENÉ BLANCHARD La société québécoise est entrée dans un nouvel âge, elle fait face à de nouveaux défis.Notre imaginaire n\u2019est plus celui des batailles et des traités, des rois et des héros, des découvertes et des conquêtes.Nous sommes aujourd\u2019hui à la recherche d\u2019un sens à notre histoire, à notre vie, à notre avenir.Nous sommes au moment de l\u2019analyse des forces profondes qui ont conduit notre destin passé et qui peuvent conduire notre avenir en Amérique et dans le monde.Nous voulons conjuguer nos aspirations nationales et nos forces économiques, faire du Québec une véritable patrie, semblable à celle de tous les peuples libres, être maîtres de notre territoire national et de nos politiques, sans renoncer aux justes et libres échanges avec les autres nations qui partagent nos vues sur le monde, notre culture et nos aspirations à la justice, à la fraternité internationale et à la paix.Nous sommes au moment d\u2019un nouveau départ.Nous ne voulons pas nous associer ou être associés contre notre gré, aux apogées et aux décadences des cultures auxquels nous n\u2019avons pas participé, aux constitutions que nous n\u2019avons pas voulues ni écrites, aux lois que nos représentants dans un parlement national n\u2019ont pas votées.Aujourd\u2019hui, nation mature, politiquement, économiquement, socialement et culturellement, nous proposons une nouvelle grille du temps national, de notre avenir.Nous refusons la marginalisation nationale vécue depuis la conquête, l\u2019état colonial et la minorisation artificielle d\u2019un peuple relégué à une province dans un ensemble fédéral aux visées totalitaires, dominé par un groupe d\u2019une autre culture, héritier 586 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019une autre tradition, assimilateur et centralisateur, caractérisé par l\u2019inégalité et la disproportion des états participants et par l\u2019absence de volonté d\u2019association.Nous faisons aujourd\u2019hui une lecture nouvelle du cas canadien, du cas québécois.Nous remettons en cause l\u2019analyse traditionnelle de ceux qui se sont toujours avantagés de la situation de fait, se faisant en même temps ses promoteurs et ses bénéficiaires.Nous remettons en cause une organisation judiciaire qui consacre invariablement une constitution et des lois auxquelles nous n\u2019avons pas démocratiquement souscrit.Une nouvelle synthèse historique de notre histoire et de l\u2019histoire universelle fait surgir des évidences à propos du sort réservé à notre peuple durant les deux derniers siècles, à propos du respect des ententes politiques, à propos du traitement accordé aux nôtres au Canada, à leur langue, à leur culture, à leur région, à propos du sort de nos compatriotes forcés par milliers de s\u2019expatrier outre-frontières.Nous explorons les chances d\u2019avenir qu\u2019offre un contexte politique formé et structuré par un tel passé, nous mesurons les résistances soulevées par de récentes tentatives de revision tatillonnes sur le seul plan de la langue dans les provinces canadiennes, nous analysons les forces et les faiblesses de ces «réserves» francophones dans les provinces anglophones.Nous explorons la vraie dimension des hommes et des systèmes qui nous ont marqués jusqu\u2019à ce jour.Nous sortons de l\u2019impasse historique pour mesurer nos chances d\u2019avenir comme peuple et évaluer les sentiers les plus prometteurs sans attachement stérile au passé, dans la seule préoccupation de notre avenir national.Nous savons qu\u2019il nous faut reprendre la vraie piste de notre destin qui s\u2019inspire d\u2019une grande civilisation, qui n\u2019a rien à envier à aucune autre, par son humanisme, son sens de la justice et de l\u2019équité, sa recherche de la liberté et de l\u2019égalité.Nous savons qu\u2019il est de notre devoir de respecter, de souscrire, de témoigner, de perpétuer les valeurs et la langue de cette civilisation pour le mieux-être de l\u2019humanité. ÊTRE OU NE PAS ÊTRE NOUS-MÊME 587 Nous sommes historiquement et par volonté un peuple de civilisation et de culture françaises.Nous ne devons rien à la couronne britannique.Nous ne devons rien au Canada anglais.Nous avons apporté plus qu\u2019on nous a donné, payé plus cher de redevances que ce que nous avons reçu.Nous n\u2019avons rien contre le Commonwealth des nations regroupées par l\u2019empire britannique, mais nous exigeons la liberté de consacrer nos ressources et nos énergies à des structures de fraternité et d\u2019échanges avec des nations qui partagent avec nous la langue et la culture française.Nous ne voulons plus, dans un monde de nations et de décolonisation, voir nos messages, nos efforts, nos affinités culturelles, nos rapprochements économiques avec les peuples francophones, être bloqués, annulés, récupérés par d\u2019autres qui démasquent ainsi leur hostilité à notre égard.Nous ne voulons plus, surtout, voir nos élites et nos représentants politiques divisés, subjugués, colonisés par un système politique qui vise, maintient, accélère notre minorisation et la perte de nos pouvoirs politiques les plus essentiels à notre épanouissement comme nation distincte.Nous ne voulons plus d\u2019arrangements constitutionnels qui correspondent à d\u2019autres volontés que les nôtres, librement exprimées et à l\u2019abri du chantage organisé par d\u2019autres gouvernements.Nous remettons en cause et contestons le mandarinat politique et économique d\u2019un système pseudo-confédéral qui nous voue depuis sa création à une tutelle de plus en plus coercitive, qui nous force à développer un appareil politique «de résistance», à dédoubler nos taxes et impôts pour entretenir ou créer des ministères qui se combattent ou se dédoublent, faisant du Québec «un pays sans bon sens» économique et politique.Nous voulons que nos ressources humaines et naturelles, que notre territoire national et ses frontières servent d\u2019abord à l\u2019avancement et au progrès des nôtres, dans notre langue et selon nos priorités.Nous voulons participer de plein droit, en toute égalité, à l\u2019exercice de notre autodétermination, au concert des nations, 588 L\u2019ACTION NATIONALE aux ententes et aux traités qui engagent notre responsabilité et notre avenir.Comme nation, nous ne voulons rien d\u2019autre que ce à quoi nous avons pleinement droit en vertu du droit international et de la Charte des Nations unies.Nous considérons que notre nation est en état de légitime défense contre qui que ce soit qui s\u2019oppose à notre droit à l\u2019autodétermination, à notre égalité dans les droits et les faits et qui emploie subterfuge ou propagande pour détourner nos concitoyens du plein exercice de leurs droits nationaux.Nous considérons que le temps est venu de décider nous-mêmes ce que nous voulons être et devenir.Politiciens, sens national et responsabilités Et je ne puis m\u2019empêcher de songer un peu et même beaucoup aux élections de ce soir.Quel en sera le résultat?Dans notre histoire elles apparaîtront un jour comme l\u2019un des plus graves plébiscites jamais soumis à notre peuple.Tout s\u2019est joué autour de l\u2019autonomie provinciale, c\u2019est-à-dire, autour de l\u2019avenir de la Confédération, de l\u2019avenir de la province de Québec et des Canadiens-Français.Sera-ce la fin, par une abdication, de la longue lutte menée par les ancêtres depuis 1760, peut-on dire: lutte pour l\u2019autonomie politique, nationale, culturelle, lutte pour la maîtrise de notre gouvernement, pour l\u2019émancipation de l\u2019étreinte du conquérant1.Je ne puis songer à l\u2019incertitude où nous laisse le résultat de ce soir sans beaucoup de mélancolie.Le peuple, dans son ensemble, ne paraît pas avoir saisi la gravité de l\u2019élection, l\u2019importance souveraine des enjeux.Comment en est-il arrivé là?Voilà, encore une fois, pour faire réfléchir amèrement sur le manque de sens politique et national de notre pauvre petit peuple.chanoine Lionel Groulx,.28 juillet 1948! LA PAUVRETÉ ABSOLUE 589 La pauvreté absolue par ROBERT S.McNAMARA1 Nous savons par expérience qu\u2019il existe des moyens efficaces d\u2019aborder les problèmes de la pauvreté des masses, mais qu\u2019il n\u2019en est pas qui permette de réussir à les éliminer soit d\u2019un seul coup, soit par un plan quinquennal spécialisé, soit même en dix ans d\u2019efforts tenaces.La croissance économique est indispensable au développement de toute société, mais ce n\u2019est pas une condition suffisante.La raison en est évidente: la croissance économique ne peut aider les pauvres que si elle atteint les pauvres.Les écarts de revenu ne feront que croître si on n\u2019agit pas de façon à avantager directement les populations les plus pauvres.La pauvreté absolue n\u2019est pas le lot d\u2019une poignée de malheureux2, d\u2019un rassemblement hétérogène de perdants de la bataille de la vie.Bien au contraire, elle touche environ 40% des 2,25 milliards d\u2019êtres humains qui peuplent le tiers-monde.Ces 40% des habitants des pays en développement qui n\u2019ont été capables ni de fournir une contribution notable à la croissance économique de leur pays ni de recueillir une part équitable des fruits du progrès économique.1.\tM.Robert S.McNamara est président de la Banque mondiale (1818 H Street, N.W.\u2014 Washington, D.C.20433 \u2014 USA).2.\tM.McNamara a établi une distinction entre la pauvreté relative et la pauvreté absolue.La pauvreté relative touche ceux dont le revenu moyen est inférieur d\u2019un tiers à la moyenne normale.Cependant, l\u2019attention s\u2019est portée sur les 900 millions d\u2019êtres vivant dans une pauvreté absolue, c\u2019est-à-dire ceux dont le revenu est inférieur à 100 dollars.Par rapport à la moyenne dans les pays industrialisés on constate dans ce groupe que le taux de mortalité infantile est huit fois plus élevé, l\u2019espérance de vie, un tiers plus faible et le taux d\u2019alphabétisation des adultes, 60% moins élevé. 590 L\u2019ACTION NATIONALE La pauvreté absolue n\u2019est pas simplement celle d\u2019un pays particulièrement désavantagé ou d\u2019une région particulièrement retardataire dans un pays qui, par ailleurs, progresse.C\u2019est la condition de gens dispersés dans la plupart des pays en développement qui, pour quelque raison que ce soit, vivent en marge des forces traditionnelles du marché et que les services publics existants n\u2019atteignent pas.La pauvreté absolue est une condition tellement avilie par la maladie, l\u2019analphabétisme, la malnutrition et la misère qu\u2019elle étouffe chez ses victimes le potentiel que chaque être humain porte en soi.C\u2019est ce degré profond de pauvreté qui est un fardeau pour la société, et non pas les êtres que le hasard a fait naître pauvres.Car ces derniers représentent un immense potentiel humain qui peut servir à l\u2019amélioration de la croissance économique, mais reste inutilisé.Il existe une relation souvent ignorée, et pourtant vitale, entre l\u2019équité sociale et la croissance économique: ces deux éléments peuvent s\u2019épauler mutuellement, notamment dans les pays les moins développés.Un tiers, sinon la moitié des êtres humains qui y vivent, souffrent de la faim ou de la malnutrition; 20 à 25% de leurs enfants meurent à moins de cinq ans et parmi ceux qui survivent, des millions mènent une existence misérable parce que leur cerveau a été endommagé, leur croissance arrêtée et leur vitalité sapée par le manque d\u2019eau potable, d\u2019un abri et de conditions d\u2019hygiène décents.Il existe aujourd\u2019hui dans les pays en développement 860 millions de jeunes de moins de 15 ans; ils sont l\u2019espoir de ces pays et, pourtant, la moitié d\u2019entre eux sont atteints de maladies débilitantes dont les effets seront probablement durables.Nous sommes encore loin de bien savoir quelles sont les recettes qui résoudraient ces problèmes.Mais, dans les limites de nos connaissances actuelles et de l\u2019expérience acquise, nous pouvons \u2014 nous devons absolument \u2014 faire beaucoup plus que ce que nous avons fait jusqu\u2019ici.Même si de nouveaux appuis internationaux viennent et si les taux de croissance envisagés pour les pays en développement LA PAUVRETÉ ABSOLUE 591 sont atteints, il faudra insister beaucoup plus sur des stratégies internes de développement pour réduire la pauvreté absolue.La Banque a modifié considérablement son attitude et sa stratégie à l\u2019égard du problème de la pauvreté.Notre brochure intitulée La Banque mondiale et ta pauvreté dans le monde indique les grandes lignes de certains de ces changements d\u2019orientation et de certaines expériences réalisées par la Banque au cours des huit dernières années, à l\u2019occasion de ses efforts pour améliorer la productivité et, par là, les conditions d\u2019existence de ceux qui vivent dans la pauvreté absolue. 592 L'ACTION NATIONALE L\u2019eau, matière première absolue par MICHEL BROCHU Le XIXe siècle québécois a été le siècle du bois: ce fut le siècle où les grandes forêts du Sud du Bouclier Laurentien ont été exploitées pour le bois de charpente et de construction et aussi, partiellement, pour la pâte à papier.Le paysage portuaire de Québec a été marqué pendant plusieurs décennies par le commerce du bois flotté dont la plus grande partie était exportée vers l\u2019Angleterre.Le second tome de la fresque historique de Louis CARON relate magnifiquement et dramatiquement cette épopée multiforme du bois (La corne de brume).Le XXe siècle a été, entre autres, celui de deux grandes aventures minérales: d\u2019une part, celle de l\u2019amiante de l\u2019Estrie qui a occupé une position centrale et vitale dans l\u2019industrie minière québécoise, sans que cette matière première fût jamais transformée au Québec.Cette position de force a longtemps été considérée comme permanente et inexpugnable du fait que l\u2019amiante du Québec a pendant des décennies représenté 60% de la production mondiale.Mais après la Seconde Grande Guerre, de regrettables concours de circonstances (suspicion relative à la salubrité de l\u2019amiante) ont fait chuter brutalement la vente de ce produit et sa nationalisation n\u2019a pu redresser une situation déjà ébranlée.Un sérieux redressement est toutefois possible à moyen terme.La seconde aventure minérale est celle du fer qui a été lancée vers 1950 dans les âpres et ocres solitudes du Nouveau-Québec: le projet était si puissant, si gigantesque et les réserves si prométhéennes que l\u2019on pouvait croire que rien ne prévaudrait contre ce symbole de prospérité future.Mais c\u2019était compter sans la multiplication des découvertes sur tous les continents de gisements de fer, aussi riches, aussi abondants et surtout exploitables à moindre coût que ceux du Nouveau-Québec.L\u2019amiante et le fer ont donc constitué deux leçons pour le XXe siècle et deux leçons pour l\u2019avenir, mais absolument per- L\u2019EAU, MATIÈRE PREMIÈRE ABSOLUE 593 sonne n\u2019était en mesure de prévoir un déroulement aussi consternant des événements.Pour l\u2019avenir, justement, il convient de rechercher un produit à exporter abondant au Québec, mais rare et recherché par d\u2019autres pays, ceci afin d\u2019éviter d\u2019autres déconvenues.Il saute aux yeux que ce produit est l\u2019eau et il s\u2019impose d\u2019examiner la situation du Québec à cet égard pour en tirer des solutions pratiques.Si on considère une carte du Québec, on constate que ce territoire est arrosé par des centaines de cours d\u2019eau se déversant sur ses trois façades maritimes: façade méridionale sur les rives du Saint-Laurent (25 cours d\u2019eau de plus de 100 km de longueur, entre le détroit de Belle-Isle et l\u2019Outaouais); façade occidentale des baies James et d\u2019Hudson (15 cours d\u2019eau de plus de 100 km) et, enfin, façade septentrionale du détroit d\u2019Hudson et de la baie d\u2019Ungava (8 cours d\u2019eau de plus de 100 km).Cette situation est très spécialement favorable par rapport aux autres régions nord-américaines, surtout quand on sait que les cours d\u2019eau de l\u2019Est de ce continent ont le débit le plus régulier et le plus abondant.En outre, les cours d\u2019eau québécois se distinguent par un avantage certain sur plusieurs des régions du continent nord-américain: c\u2019est que seulement une faible proportion de ceux-ci ont leur bassin versant industrialisé, peuplé et pollué.Quelques cours d\u2019eau de la façade méridionale sont dans ce cas: il s\u2019agit du Saguenay, du Saint-Maurice, de l\u2019Outaouais, du Richelieu, de la Saint-François et de la Chaudière.En contrepartie, tous les cours d\u2019eau coulant à l\u2019est du Saguenay sont dans une situation d\u2019impollution absolue.Je considère évidemment non polluante la présence d\u2019un ou deux barrages hydroélectriques sur un cours d\u2019eau donné, contrairement aux centrales nucléaires qui peuvent l\u2019être dans une certaine mesure, comme c\u2019est le cas de la seule centrale de Gentilly.Pour ce qui est des cours d\u2019eau ou des fleuves des façades occidentale et septentrionale du Québec, la totalité de ceux-ci est 594 L\u2019ACTION NATIONALE impolluée et j\u2019exclus délibérément les minuscules noyaux de populations implantés à l\u2019embouchure même des rivières Rupert, Eastmain, de la Grande Rivière, de la rivière à la Baleine, de l\u2019Arnaud, de la Koksoak et de la rivière George.Cet état d\u2019impollution absolu de l\u2019ensemble de ces bassins versants grands comme trois fois la France, en incluant les fleuves de la Côte-Nord, est indiscutablement sans équivalent en Amérique du Nord, si on excepte l\u2019Alaska.C\u2019est un avantage dont le Québec est loin d\u2019avoir pleinement tiré parti et dont il est à peine conscient.En attendant, toute l\u2019eau douce impolluée qui arrive à la mer est irrémédiablement perdue, puisqu\u2019elle devient salée au contact avec la mer.C\u2019est donc à un renversement de mentalité qu\u2019il faut arriver, c\u2019est-à-dire considérer que les eaux douces du Québec sont une matière première exportable, abondante, impolluée, indéfiniment renouvelable et constituant une denrée rare sur tous les continents et donc de haute valeur.On peut envisager deux types d\u2019exportation, à l\u2019orée du XXIe siècle.1 \u2014 L\u2019exportation à longue distance sous forme de houille blanche Ce premier type implique 2 aménagements de haute envergure: d\u2019une part, la mise en exploitation de la majeure partie du potentiel hydroélectrique du Nouveau-Québec et de la Côte-Nord, afin de rendre celui-ci disponible à la vente dans les pays de l\u2019Europe de l\u2019Ouest, qui ne demandent qu\u2019à se libérer de la contrainte des centrales nucléaires et thermo-électriques.11 y a toutefois un prérequis à cette mise en aménagement: il faut élaborer une technique qui permette de faire transiter l\u2019électricité sous la mer et sur des milliers de kilomètres, sans déperdition importante d\u2019énergie.Logiquement, plus le parcours est long, plus les pertes sont considérables et c\u2019est précisément ce problème qu\u2019aura à surmonter le Centre de Recherche en Électricité du Québec (IREQ) à Varennes.Ce centre, créé vers 1975, relève de l\u2019Hydro-Québec. L\u2019EAU, MATIÈRE PREMIÈRE ABSOLUE 595 Cet aménagement, dont on ne parle pas encore à l\u2019heure actuelle, sera à n\u2019en pas douter la pierre angulaire du développement économique du Québec du XXIe siècle.2 \u2014 Les ventes d\u2019eau potable et à destination agricole La mise en exploitation hydro-électrique d\u2019un cours d\u2019eau n\u2019entrave et ne gêne en aucune façon une seconde utilisation à son embouchure.C\u2019est de ce second volet qu\u2019il sera question par la suite.Énonçons d\u2019abord une constatation: tous les continents, y compris les trois Amériques, ont, dans certaines de leurs parties, de sérieux problèmes d\u2019eau potable et à usage agricole.Ce problème est virtuellement considéré comme insoluble par les divers pays aux prises avec ces dramatiques et chroniques pénuries.L\u2019Arabie Saoudite a pensé utiliser l\u2019eau de fonte d\u2019icebergs remorqués à partir de l\u2019Antarctique, mais a vite renoncé à cette idée de réalisation possible, mais finalement trop complexe.Les nations du XXIe siècle, quant à elles, envisageront certainement comme une éventualité tout à fait normale d\u2019acheter à d\u2019autres pays l\u2019eau qui leur manque, comme il est considéré comme normal pour plusieurs pays d\u2019acheter le pétrole qui leur fait défaut.On peut concevoir deux modes d\u2019approvisionnement: le premier sera par navires-citernes géants qui viendront prélever leur cargaison d\u2019eau à l\u2019embouchure même de rivières choisies, sans doute pour leur proximité maximale par rapport au point de livraison.La limite supérieure des prélèvements sera celle du débit, d\u2019un cours d\u2019eau, immédiatement avant le mélange des eaux douces avec l\u2019eau de mer.Le second mode de prélèvement d\u2019eau sera par aqueducs terrestres ou sous-marins: il est probable que l\u2019Amérique du Nord «sèche», c\u2019est-à-dire tous les états secs des États-Unis, seront alimentés par aqueducs terrestres thermiquement isolés.Quant aux pays de l\u2019Afrique saharienne ou sahélienne, ils pourraient être alimentés par aqueducs sous-marins, pour lesquels il faut mettre au point une technique de transport sur des distances pouvant excéder 10 000 km.Il n\u2019y aura donc pas de méthode de transport à inventer, mais seulement l\u2019adaptation, à une échelle nouvelle, d\u2019une technique éprouvée et connue depuis des millénaires. 596 L\u2019ACTION NATIONALE Si le Québec tire pleinement avantage de son potentiel hydraulique, il pourra, au XXie siècle, être assuré de substantiels revenus tirés de l\u2019exportation de ses eaux douces sous forme d\u2019énergie électrique ou à l\u2019état liquide.Étant donné la pénurie mondiale d\u2019eau, ces exportations ne risqueront pas de provoquer les surprises qu\u2019a réservé à l\u2019économie québécoise l\u2019exploitation du fer et de l\u2019amiante au XXe siècle.Références 1\t\u2014 La corne de brume, Louis Caron, 271 pages, Boréal Express, Montréal.2\t\u2014 Electroduc, Action Nat., Juin 1985, p.1019. RÉSULTATS DE L\u2019ÉLECTION 1986 597 Les résultats de l\u2019élection par JEAN-MARIE COSSETTE, président de la SSJB.-M.La stratégie péquiste de mise en veilleuse de l\u2019option indépendantiste et du beau risque fédéraliste a coûté très cher au Parti québécois.Le Parti Québécois a perdu le pouvoir, des milliers de militants et beaucoup de crédibilité.Il a d\u2019autre part pu sauver son honneur in extremis en étant exempté de signer le Canada Bill, mais son accord de principe lui laissa, somme toute, bien peu de marge de manoeuvre face aux libéraux de Robert Bourassa.La SSJB de Montréal estime que la perte du pouvoir pour le P.Q.aura des effets salutaires et bénéfiques pour la cause nationale à long terme, en ce sens qu\u2019elle forcera le Parti à se remettre en question et à revoir les fondements de son action.Le Parti libéral, avec 59% du vote, dirigera les destinées du Québec, au cours des prochaines années, en toute légitimité.Toutefois, tout en étant prolixe en promesses économiques et fiscales, il a été discret sur les questions constitutionnelle et linguistique, au cours de la campagne électorale.En conséquence, nous de la SSJB de Montréal, nous ne lui reconnaissons pas le mandat ni de signer le Canada Bill au nom du Québec avant d\u2019avoir formellement consulté la population à ce sujet, ni de céder aux interventions de certains groupes de pression en altérant le sens et la portée de la loi 101.Le gouvernement libéral doit être conscient que toute compromission de sa part sur la question constitutionnelle ou linguistique entraînera une opposition vigoureuse et structurée, au premier rang de laquelle se retrouvera la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.Enfin, les résultats obtenus par le P.I.démontrent clairement que l\u2019entreprise, bien que sensée et audacieuse, était pour le moins hasardeuse et prématurée.En effet, il est évident que ce 598 L\u2019ACTION NATIONALE Parti n\u2019a pas eu le temps de mettre sur pied une solide organisation et de recueillir les fonds nécessaires pour mener une lutte efficace et significative.Résultat, les électeurs indépendantistes qui ont voulu protester contre la nouvelle orientation du Parti québécois ont choisi, en grande majorité, à tort ou à raison, de s\u2019abstenir de voter.La SSJB de Montréal ne se réjouit pas particulièrement de la tournure des événements et s\u2019inquiète grandement de la remise en question possible des acquis du gouvernement péquiste depuis novembre 1976.Elle estime qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une occasion à ne pas rater de relancer la cause nationaliste et indépendantiste. LE C.N.R.TOUJOURS EN VOIE D\u2019ÉVITEMENT 599 Le C.N.R.toujours en voie d\u2019évitement par RENÉ BLANCHARD La situation dans le transport ferroviaire au Québec continue de faire les manchettes.Les prouesses de Via Rail sont connues.Le secteur du transport par rail, livré au consortium C.N.-C.P.au Canada, a toujours été un énorme scandale d\u2019inefficacité administrative et un modèle d\u2019entreprise où le racisme le plus retardataire à l\u2019endroit des francophones s\u2019est installé à perpétuelle demeure depuis le début du siècle.L\u2019opération camouflage par la publicité télévisée ne réussit pas à donner le change! Dans une stratégie politique, pour enlever les irritants particulièrement visibles dans le transport-passagers au Québec, on a imaginé astucieusement de créer Via Rail, une voie d\u2019évitement qui absorbe les plaintes de la clientèle et dont la mission est de corriger à nos frais une situation discriminatoire que l\u2019on a laissée pourrir durant des années.Pendant ce temps, bien à l\u2019abri, l\u2019establishment du consortium ferroviaire canadien se la coule douce, emmitouflé, échappant au contrôle des pouvoirs politiques, se payant des salaires faramineux et pratiquant sans vergogne la politique du family compact.L\u2019enquête la plus superficielle montre à quel point le transport ferroviaire étatisé au Canada est une plaie publique pour le citoyen canadien, un secteur retardataire sur le plan technologique et un bastion raciste et anti-québécois.L\u2019autre compagnie, privée celle-là, le C.P.R., contrôle la situation et s\u2019engraisse par symbiose, se réservant la crème des transports et refilant le petit lait à ce baudet de C.N.R.Le gouvernement Mulroney, très poussé sur la privatisation et le nettoyage des compagnies de la Couronne, pourrait au 600 L\u2019ACTION NATIONALE moins, à défaut de pouvoir agir dans cette chasse gardée, nous payer le luxe d\u2019une enquête publique.Elle en relèverait des vertes et des pas mûres, genre Donald Gordon, d\u2019illustre mémoire!.Un examen sérieux des chroniques du C.N.R.s\u2019impose depuis 1930, comme en fait foi le discours prononcé à la chambre des Communes par le député fédéral de Matapédia-Matane, Arthur Lapointe, en juin 1938.Au Canada, rien de nouveau sous le soleil.Malgré les apparences, plus ça change, plus c\u2019est pareil! Voyons cela! Allocution de M.Arthur J.Lapointe, député fédéral de Matapédia, le 22 juin 1938, à Ottawa M.l\u2019Orateur, afin de ne pas retarder l\u2019adoption du budget, je ne prononcerai pas un long discours.Je désire cependant profiter de ce débat pour faire quelques remarques que je crois être dans l\u2019intérêt général.Il est du devoir de l\u2019homme public de signaler à l\u2019attention du gouvernement les abus qui peuvent à son insu se glisser dans ses services.Sans y mettre les formes d\u2019une critique destructive, je crois le moment venu de faire des déclarations sur l\u2019administration des chemins de fer nationaux et plus particulièrement sur la représentation des Canadiens français dans le personnel de cette institution, où beaucoup de fonctionnaires, hauts salariés et arrogants, semblent à tout instant défier l\u2019opinion publique.Loin de moi l\u2019idée de soulever le cri de race.En ces temps de trouble, la solution pacifique de nos problèmes est de rigueur.Cependant, je ne suis pas de ceux qui croient que nous devons toujours garder une attitude passive devant l\u2019injustice sous prétexte de bonne entente.Sous le couvert d\u2019une commission indépendante de la politique, on cherche à entourer de mystères l\u2019administration des chemins de fer nationaux.De hauts fonctionnaires reçoivent des salaires tellement élevés qu\u2019on juge à propos de ne pas les dévoiler au public de peur de soulever un scandale.Un certain nombre d\u2019entre eux ont à leur disposition des wagons particuliers, luxueux, que l\u2019on fera réparer cette année au coût de milliers de dollars, tandis que, sous prétexte d\u2019économie, on suspend de LE C.N.R.TOUJOURS EN VOIE D\u2019ÉVITEMENT 601 pauvres petits employés et on les prive ainsi du salaire qui leur permettait de subvenir aux besoins de leur famille.Je regrette de constater que, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019effectuer des économies, c\u2019est toujours le petit employé que l\u2019on cherche à atteindre.Qu\u2019on commence donc par réduire les traitements des hauts fonctionnaires qui reçoivent dix, douze et quinze mille dollars par années, bien souvent à ne rien faire.Je prétends que, sauf à quelques rares fonctionnaires supérieurs, les chemins de fer nationaux ne devraient pas payer de traitements plus élevés que 5 000$ par année.Ces messieurs en sont rendus à croire que ces chemins de fer leur appartiennent.Ils disent: c\u2019est nous qui administrons les chemins de fer nationaux et vous, messieurs les députés, mêlez-vous de vos affaires.Mais lorsque vient le temps de voter des sommes de 30, 40 et parfois même 50 millions de dollars pour combler les déficits, c\u2019est nous qui les votons, et c\u2019est le peuple qui paie.Je ne veux nullement être désagréable envers l\u2019honorable ministre des Transports (M.Howe), pour qui j\u2019ai la plus grande estime, car je connais son dévouement et je sais qu\u2019il fait tout son possible.D\u2019ailleurs, il ne fait qu\u2019appliquer les règlements en vigueur depuis plusieurs années.Mais, puisque le système actuel prête à de nombreux abus, on devrait y apporter des changements, et les représentants du peuple qui, après tout, sont responsables de l\u2019administration des affaires du pays, devraient savoir ce qui se passe dans ce domaine.À l'heure actuelle, on parle plus que jamais de la fusion de nos deux grands chemins de fer canadiens; j\u2019y suis, pour ma part, absolument opposé, car ce serait permettre la formation du plus puissant des monopoles, et le peuple aurait à en souffrir profondément.Je désire profiter de cette occasion pour attirer l\u2019attention de la Chambre sur la manière dont la population de la province de Québec est traitée par les chemins de fer nationaux.Il est étonnant de constater que les gares situées sur le parcours de La Reine à Fitzpatrick, et de Noranda à Taschereau, soit une distance de 411 milles, dans la province de Québec, sont sous la juridiction d\u2019un surintendant de l\u2019Ontario.11 en est de même de la Gaspésie, ainsi que de Matapédia à Rivière-du-Loup, une distance de 366 milles, qui sont dirigés par un surintendant du Nouveau-Brunswick. 602 L\u2019ACTION NATIONALE Je désire rappeler qu\u2019il y a quelques années, Matapédia était un centre de division pour les trains de la Gaspésie.Sous l\u2019administration conservatrice, encore sous prétexte d\u2019économie, mais en faisant à la province de Québec une injustice très grave, on a fait disparaître Matapédia comme centre divisionnaire et on y a substitué Campbellton, dans le Nouveau Brunswick.Ceux qui connaissent cette histoire savent combien elle est intéressante.Pour ma part, je pourrais la qualifier de révoltante.Mais ce n\u2019est pas tout: lorsque, dans le territoire québécois, des wagons à marchandises ont besoin de réparations, on en expédie même du Lac Saint-Jean à Leaside, Ontario, ou encore à Transcona, près de Winnipeg, alors que ce travail pourrait être effectué dans les usines ou les ateliers de la province de Québec.Le déplacement de ces wagons sur une distance aussi considérable entraîne des dépenses énormes et prive nos ouvriers québécois du travail qui leur appartient.J\u2019en arrive maintenant à parler du traitement que les chemins de fer nationaux infligent aux Canadiens français.J\u2019ai devant moi un annuaire de téléphone de ces chemins de fer pour la région de Montréal.Cet annuaire s\u2019intitule: Private Branch Automatic Exchange Telephone Directory, Canadian National Railways, Montreal.La formule porte le n° 6466.En le feuilletant, j\u2019ai compris plus que jamais auparavant les causes du malaise et du mécontentement qui grondent dans la province de Québec.Pour l\u2019édification de mes collègues, je leur conseille la lecture de cet annuaire, que je suis prêt à mettre à leur disposition.Ils pourront alors constater quel est le rang que les Canadiens français occupent aux chemins de fer nationaux, et ainsi ils comprendront mieux nos griefs.Il est pratiquement impossible pour les Canadiens français de se procurer l\u2019annuaire en question, car les officiers semblent le cacher soigneusement, de peur que, là encore, le peuple soit informé de ce qui se passe.Monsieur l\u2019Orateur.Il est évident qu\u2019il existe au sein des chemins de fer nationaux une organisation ayant pour but d\u2019éliminer les Canadiens français des postes qui leur reviennent de droit, et c\u2019est pourquoi je considère qu\u2019une enquête à ce sujet est devenue nécessaire, car cette situation ne peut plus durer.Mes honorables collègues de langue anglaise sont peut-être lassés de nous entendre récriminer si souvent, mais je voudrais LE C.N.R.TOUJOURS EN VOIE D\u2019ÉVITEMENT 603 qu\u2019ils sachent bien que si nous étions traités avec un peu plus de justice, si nous n\u2019étions pas toujours relégués à l\u2019arrière-plan, nous ne nous verrions pas dans la triste obligation de revenir si fréquemment sur un sujet qui nous déplaît énormément.Afin qu\u2019ils puissent se rendre compte de la véritable situation, je les invite à m\u2019accompagner à travers la province de Québec, et nous ferons ensemble une petite enquête.Nous irons tout d\u2019abord à Montréal, soit aux usines, soit aux ateliers, ou encore aux vastes bureaux des chemins de fer nationaux situés sur la rue McGill.Que mes collègues pénètrent dans les bureaux du chef des Transports, de la Finance, de la Comptabilité, des Achats, de l\u2019Industrie et des Ressources naturelles, etc., ils constateront que, dans certaines branches du service, il n\u2019y a peut-être pas même deux Canadiens français sur vingt.Ils constateront également que les Canadiens français ont été presque totalement éliminés des postes importants et que les traitements élevés ne sont pas pour eux.Qu\u2019ils cherchent les indications bilingues soit sur les murs, soit sur les portes des bureaux! S\u2019ils s\u2019avisent de prendre l\u2019ascenseur et de demander au garçon quelques informations en français, on leur répondra sans doute, comme on m\u2019a répondu il y a quelques semaines: «Je ne comprends pas».Et ceci se passe dans la plus grande ville française d\u2019Amérique.Si mes honorables collègues n\u2019ont pas d\u2019objections, nous nous dirigerons ensuite vers l\u2019est de la province de Québec.Mais avant notre départ de la gare Bonaventure, nous ferons une courte visite au bureau des services des wagons-lits.Mes collègues seront sans doute accueillis de la même façon que je l\u2019ai été moi-même ces jours derniers lorsque je m\u2019adressais en français à un fonctionnaire qui m\u2019a répondu: «Parlez-vous l\u2019anglais?Si oui, allez-y, car personne ne parle le français, ici.» Nous prendrons ensuite l\u2019Océan Limited, le rapide de nuit, où les collègues auront encore des surprises.Dans les wagons-lits, ils chercheront en vain à s\u2019expliquer en français avec le conducteur.Après une nuit de repos, nous nous dirigerons vers le wagon-buffet.À n\u2019importe quel endroit situé entre Rimouski et Matapédia, distance parcourue de 6 heures à 9 heures du matin, alors que ce rapide traverse une des régions les plus pittoresques 604 L\u2019ACTION NATIONALE et les plus françaises de la province de Québec, je les défie de trouver un seul employé, sur les huit qui composent le personnel de ce wagon, qui parle le français.Le terme de notre voyage sera Campbellton, dans le Nouveau-Brunswick, \u2014 plus de 50 pour 100 de voies ferrées administrées par ce centre de divisionnaire sont situées dans la province de Québec.Ils trouveront que, sur 14 fonctionnaires, 4 seulement sont canadiens français.À la ronde, il y a 45 employés et, sur ce nombre 7 seulement sont canadiens français.Monsieur L\u2019Orateur, il est bien beau de parler d\u2019union et de bonne entente entre les races, mais quand une des races qui compose presque le tiers de la population totale de ce pays reçoit les rebuffades et les humiliations que je viens de décrire, je dis que l\u2019union et la bonne entente sont impossibles.Je le demande en toute sincérité aux honorables députés qui représentent des divisions de la ville de Toronto dans cette Chambre: est-ce que la population de cette dernière ville subirait longtemps un tel traitement?Quoique la situation se soit sensiblement améliorée dans certains domaines depuis 1935, il est notoire que les Canadiens français ne reçoivent pas la mesure de justice à laquelle ils ont droit.Il faut un certain courage pour dire ces vérités, mais je l\u2019ai fait dans le meilleur esprit possible.J\u2019ai cru de mon devoir d\u2019attirer l\u2019attension de cette Chambre sur ce sujet, car une telle situation peut entraîner des conséquences graves si on néglige d\u2019y porter des remèdes dans avenir prochain.Monsieur L\u2019Orateur, les descendants de ceux qui ont découvert ce pays, qui l\u2019ont ouvert à la civilisation, qui même, dans certaines circonstances, l\u2019ont conservé à l\u2019empire; les descendants de ceux qui ont participé dans une si large mesure à faire du Canada le beau et grand pays qu\u2019il est aujourd\u2019hui ont droit à un traitement plus équitable.Quand ils l\u2019auront reçu, nous verrons régner la bonne entente et l\u2019union entre les deux grandes races, éléments indispensables au progrès social et économique du Canada. VOYAGE EN ACADIE 605 Expérience d\u2019animation Voyage en Acadie par MADELEINE PROVOST, Journaliste de la presse ethnique du Québec Préliminaires Une chance m\u2019est ici donnée de revivre une expérience d\u2019animation de groupe et, à l\u2019aide de toute la théorie apprise sur l\u2019animation, de réexaminer mon rôle, de l\u2019analyser et de le critiquer.J\u2019ai organisé un voyage dans les Maritimes où, durant 15 jours, avec une trentaine de passagers, j\u2019ai servi de guide.Il s\u2019agissait d\u2019un voyage d\u2019animation culturelle.J\u2019ai donc dû étudier toute l\u2019histoire des Acadiens et leur vie présente aux points de vue économique, religieux, politique, social.C\u2019est surtout l\u2019histoire qui explique le présent.Mais l\u2019histoire, comme la psychanalyse ou le système des relations humaines, ne prépare-t-elle pas à se conformer en justifiant la situation présente?M\u2019a-t-elle servi pour maintenir mon groupe dans le paradigme du fonctionnalisme, c\u2019est-à-dire dans une vision du monde qui accepte le statu quo?J\u2019ignorais que le terrain de l\u2019animation avait été prospecté et étudié par les universitaires et que ce terrain présentait tant de théories.Je présenterai donc l\u2019expérience telle que je l\u2019ai vécue, puis telle que je l\u2019ai réfléchie.Je réexaminerai ce donné expérimental et j\u2019esquisserai les chemins par lesquels mon animation de demain ne ressemblera pas à celle d\u2019hier.I \u2014 Le voyage accompli 1 \u2014 Le groupe Le groupe des voyageurs appartient à la classe moyenne aisée.Leurs revenus annuels doivent osciller autour de quarante mille dollars par annee.Comme niveau culturel, le groupe est légèrement au-dessus de la moyenne.Ils veulent être informés de 606 L\u2019ACTION NATIONALE tout: être au courant! Ils aiment aussi communiquer aux autres le fruit de leurs lectures et de leurs réflexions.Donc, au point de vue «capital culturel» et «capacité de communication», ils représentent une chance de voyage intéressant.Comme groupe, ces gens représentent les assises solides d\u2019une nation: honnêteté, goût du travail sous toutes ses formes, sens de l\u2019ordre et de la paix.Mais elle ne fait pas tellement corps avec l\u2019«autorité» qu\u2019il lui paraîtrait impossible d\u2019être favorable à un groupe de grévistes ou à un groupe de révolutionnaires lointains.Un sens de la justice paraît supérieur et plus intéressant à défendre que les intérêts de leur propre classe moyenne.Autrement dit, le groupe n\u2019est pas formé d\u2019aveugles sociaux et ils aimeront discuter.Cependant, l\u2019ensemble est nettement conservateur.Si on dérangeait son mode de vie, si on menaçait ses revenus, il y aurait alors une levée de boucliers.La paix les favorise donc.Avec la révolution, arriverait l\u2019incertitude, l\u2019insécurité et la possibilité de transformer leur vie en banqueroute.On défendrait alors son idée du «succès» dans la vie.Comme classe, on n\u2019est pas fermé ni égoïste: le groupe admettrait très bien que tout le monde puisse jouir des mêmes revenus, de la même culture.Son paradigme, ou sa conception de la vie, par là, est foncièrement démocratique.Que tous aient la même chance! 2 \u2014 Rencontre de l\u2019empire français Les Amériques, à partir de 1492, ont été à la merci des grands empires européens: l\u2019empire espagnol, l\u2019empire anglais et l\u2019empire français.La plus petite des trois civilisations qui ont grandi dans les Amériques, c\u2019est la civilisation française.Elle se composait de deux familles: celle de Québec et celle de l\u2019Acadie.Autant par les renseignements donnés dans l\u2019autocar que dans les soirées où tout le groupe repassait les événements de la journée, nous avons examiné l\u2019Europe du 16e et du 17e siècle et leurs politiques expansionnistes: «Pourquoi, en 1760, les colonies américaines, fondées après Québec, avaient-elles 1 200 000 habitants, tandis que le Québec n\u2019en avait que 60 000?Et pourquoi, en Acadie, la population ne dépassait-elle pas 25 000 descendants de Français?Port-Royal et Louisbourg furent, pour le groupe, une prise VOYAGE EN ACADIE 607 de conscience du fait français en Acadie.Pourquoi l\u2019expérience n\u2019a-t-elle pas réussi?Pourquoi les Acadiens d\u2019aujourd\u2019hui ont-ils été refoulés en grande partie au Nouveau-Brunswick?L\u2019histoire des empires passés est illuminatrice.Les empires militaires ou économiques d\u2019aujourd\u2019hui obéissent-ils à d\u2019autres forces?Ces coups d\u2019œil sur l\u2019histoire objective aidèrent notre groupe, dans leurs discussions, à se délivrer de toute parti-sanerie politique et à voir, purifiée de toute obsession du contemporain, la destinée de la nation française en Amérique.Le groupe savoura cette liberté intellectuelle.On discerna bien les inquiétudes de la situation du fait français en Amérique mais on refoula tout cela dans l\u2019histoire.Apprendre paraissait suffire.Il aurait fallu au groupe un Saul Alinsky! 3 \u2014 Le fait déstabilisateur chez les Acadiens Selon Lord Palmerston, «l\u2019Angleterre n\u2019a pas de politique permanente, mais seulement des intérêts éternels».Une telle affirmation s\u2019applique bien à l\u2019Acadie de 1755.Pour rattacher définitivement l\u2019Acadie à l\u2019empire anglais, il fallait que celle-ci devienne seulement anglaise.D\u2019où le décret d\u2019expulsion des Acadiens.Pour en finir avec ce groupe, appelé à devenir une nation s\u2019il continuait à se développer, les autorités anglaises et américaines décidèrent non seulement de les expulser, mais de les expatrier par petits groupes, depuis l\u2019Australie jusqu\u2019à la Louisiane ou aux îles-de-la-Madeleine.Plusieurs Acadiens fuirent dans cette partie de la Grande Gaspésie devenue aujourd\u2019hui le Nouveau-Brunswick et vers la ville de Québec.La vie de Grand-Pré, idéalisée et immortalisée par Longfellow, entre le Cap Blomidon et le Bassin des Mines, connut une fin tragique: «Les déportations se poursuivirent durant huit ans et atteignirent 14 000 Acadiens.» (Historique de Parc de Grand-Pré, Publication d\u2019Ottawa, Ministère du Nord, 1960, p.16.) Ce coup de force n\u2019eut que d\u2019heureuses conséquences pour l\u2019empire anglais.Ici, l\u2019histoire peut-elle fournir un feed-back?J\u2019ai tout raconté, j\u2019ai tout visité ce coin, comme un souvenir! À peine ai-je signale qu\u2019un pareil déracinement reproduisait la politique des Babyloniens et des Assyriens aux 6e et 5e siècles avant Jésus Christ.Dans une grande conversation du soir, notre groupe essaya 608 L\u2019ACTION NATIONALE de voir les conséquences sur la «nation acadienne» d\u2019une telle conduite: 1) la pauvreté du français chez les Acadiens soumis à une volonté d\u2019écrasement pendant plus de deux siècles.On n\u2019a pas cherché le compromis, mais l\u2019écrasement et l\u2019annihilation; 2) la pauvreté générale du peuple acadien dans les trois provinces «maritimes»; 3) la crise psychologique qui explique une dichotomie chez eux: ceux qui cherchent à vivre comme individus et qui glissent vers le conformisme et l\u2019hybridisme (nous dirions au Québec: «l\u2019anglicisation») et ceux qui se raidissent contre tous les signes de mort.Tous ont bien remarqué que les gens de Nouvelle-Écosse ont restauré la forteresse de Louisbourg en vue de favoriser le tourisme, mais qu\u2019ils n\u2019ont rien fait pour les descendants acadiens! 4\t\u2014 La rencontre des trois impérialismes Visiter l\u2019Acadie, c\u2019est rencontrer l\u2019impérialisme anglais encore vivant et l\u2019impérialisme anglo-canadien.Puis, en Gaspé-sie, c\u2019est rencontrer l\u2019impérialisme du capitalisme dans sa pire expression d\u2019exploitation populaire, dans la famille Robin.Le peuple des Maritimes, plus que dans les autres provinces, a gardé un héritage psychologique dû à l\u2019impérialisme anglais.Une composante d\u2019arrogance et d\u2019insularité y est perceptible.Le King et la Queen sont partout, comme des divinités bienfaisantes.Chaque jour, nous achetions les journaux (tous de la chaîne Irving!) et il était facile d\u2019y déceler, à travers les éditoriaux et les nouvelles, l\u2019impact encore actuel de l\u2019impérialisme anglais chez les Maritimersl Une étroitesse d\u2019esprit et un certain racisme les portent à vanter leur supériorité, même si ces trois provinces sont, au Canada, les plus pauvres.Une certaine atmosphère d\u2019antiquité et un refus d\u2019aborder certains sujets leur permettent de se justifier de tout et de garder un idéal puritain assez élevé.L\u2019impérialisme anglo-canadien est partout.N\u2019ont-ils pas trois votes contre le seul vote du Québec aux réunions interprovinciales?Ne reçoivent-ils pas des subventions annuelles où le Québec a sa part?Tout cela, ils ne veulent pas le voir! 5\t\u2014 La découverte des Acadiens Les Acadiens sont dispersés, sur ce vaste territoire, en petits VOYAGE EN ACADIE 609 groupes entourés, encadrés par les Anglo-Canadiens.Attachants, accueillants, fraternels, ils nous font partager leurs saumons, leurs homards, leurs huîtres, leurs pains et leurs tables.Leur fidélité à Port-Royal et à Grand-Pré, de 1608 à 1982, est l\u2019élément unificateur le plus marquant de leur être.C\u2019est aussi l\u2019élément le plus silencieux.S\u2019il s\u2019exprime, c\u2019est en français, souvent savoureux, souvent métissé d\u2019anglais.Bien que dispersés, les Acadiens maintiennent une communication ininterrompue: les touristes québécois peuvent aller d\u2019un drapeau acadien à l\u2019autre! Cette même fragmentation de la population acadienne entre trois provinces et un asservissement implicite généralisé les ont empêchés d\u2019accumuler le capital nécessaire pour la fondation de grandes entreprises.Leurs grands succès collectifs sont la Compagnie d\u2019assurances, L\u2019Assomption et leurs Caisses populaires.Bien davantage que ces difficultés économiques, les divisions idéologiques leur enlèvent toute force politique à longue portée.Ils n\u2019ont pas de pouvoir correspondant à leur nombre.Leur projet comme nation ou comme société originale est à peine défini.Même le projet de former une province acadienne, aux dépens de la province du Nouveau-Brunswick, n\u2019a pas encore fait élire un seul député représentant cette option.Les pêcheries, la forêt, l\u2019agriculture et la main-d\u2019œuvre sont le lot des Acadiens.Ce groupe ethnique souffre d\u2019un refoulement psychologique profond, car l\u2019histoire pèse sur lui et les obstacles paraissent insurmontables.Bref, ce peuple manque d organisateurs et d\u2019animateurs conçus comme chevilles-ouvrières de leur unité et de leur pouvoir.Nous avons, toutefois, rencontré un animateur, à Pomfret, nommé par la Société des Acadiens de la Nouvelle-Écosse.Les résultats ne se firent pas attendre.À tous les groupes acadiens, je souhaiterais de pareils animateurs.Leur conscience collective s\u2019exprime en deux points plus chauds: Moncton et Caraquet.Il nous faut les connaître, car c\u2019est de là que partiront tous les efforts d\u2019animation d\u2019un peuple et du renouveau. 610 L\u2019ACTION NATIONALE 6 \u2014 Les tremplins du renouveau Les mass-média acadiens souffrent de sclérose.Leur journal, longtemps la force nationaliste par excellence, L\u2019Évangé-line, a failli disparaître, puis a dû se soumettre à des bailleurs de fonds, c\u2019est-à-dire à un Establishment qui n\u2019ose envisager aucun avenir, et encore moins le préparer, par peur de se créer des ennemis.Le bonne-ententisme règne.Les forces jeunes ne se font pas suffisamment entendre.Les mass-média, ne trouvant pas l\u2019unité, ne savent pas la crééer.Le point le plus important devient l\u2019Université de Moncton.Les sciences juridiques, historiques, sociologiques et économiques y ont pris leur essor.Les talents s\u2019y affirment au lieu de végéter.Plus que partout ailleurs, les intellectuels voient bien qu\u2019ils doivent s\u2019engager au service du peuple.Être à la fois intellectuel et animateur d\u2019un peuple me paraît un grand destin.Aussi, l\u2019ambiance, à l\u2019Université, est-elle vraiment spéciale: il y règne une ardeur, une jeunesse comme bien peu d\u2019universités en présentent dans le monde.Ces dernières sont peut-être devenues trop énormes.Mais à Moncton, les images de la libération et de l\u2019autodétermination donnent un élan à toutes les études.Les professeurs y nourrissent une effervescence qui donnera ses fruits en temps et lieu.Un groupe plus réduit, plus pragmatique, plus près des réalités du peuple s\u2019est formé à La Grande Maison, à Caraquet.Là est le chef-lieu des jeunes de 20 à 40 ans dont la passion est l\u2019Acadie elle-même.Là, l\u2019activisme est de mise: on projette, on fabrique des plans, on esquisse une destinée.Ce n\u2019est pas un endroit d'enfermement, mais de grande ouverture, résolument tourné vers la transformation de la société.Les idées de révolution spectaculaire entretenues par un groupuscule marxiste-léniniste paraissent bien farfelues et en contradiction avec toutes les valeurs véhiculées par le peuple acadien, mais l\u2019idée de réformes fondamentales, poursuivies dans un esprit démocratique, bouscule bien des gens aux idées toutes faites, trop inamovibles.Au contact de Caraquet, le statu quo craque: on a l\u2019impression d\u2019y assister à la naissance d\u2019une peuple nouveau.Il faudra trouver les leaders ou les animateurs.La politique intéresse le Groupe de Caraquet, car elle leur apparaît comme le chemin du pouvoir, le chemin court qui per- VOYAGE EN ACADIE 611 mettra de rassembler les forces vives et de commencer la déstabilisation de ce Nouveau-Brunswick artificiel.Pays artificiel, bien sûr, tant que les Acadiens ne s\u2019y exprimeront pas et seront maintenus à l\u2019écart des grandes décisions.Et nous voilà à la fin de notre prise de contact avec les Maritimes.Voilà ce que j\u2019ai vécu.Voilà ce que j\u2019ai donné.Je me rends parfaitement compte, aujourd\u2019hui, de tout ce qu\u2019il y a d\u2019incomplet dans cet essai d\u2019animation.Il me manquait tout de la théorie.II \u2014 Le voyage réfléchi Maintenant le temps est venu de réfléchir sur cette expérience.Trois pas me paraissent essentiels: 1) Qu\u2019est-ce qu\u2019un animateur?2) Quelles sont les principales doctrines ou théories qui sous-tendent sa pensée ou son action?3) Quels sont les contemporains qui peuvent le mieux illustrer le rôle d\u2019un animateur, en 1985?1 \u2014 L'animateur Ce mot vient du latin: anima, animatio.Ce qui donne de la vie, du mouvement.Aussi le mot est-il employé à toutes les sauces.Il a des synonymes comme leader, militant, président d\u2019assemblée, etc.On le retrouve à la télévision, au cinéma, dans l\u2019Action catholique, dans l\u2019industrie, dans la vie de quartier.Mais l\u2019évolution du monde moderne nous oblige à une définition, parce que l\u2019animation devient de plus en plus une profession.Elle n\u2019est pas encore définie de façon précise et acceptée.Partout où il faut et où existe une organisation, un animateur devient important.D\u2019abord avec les grandes institutions.Plus l\u2019organisation est grande, plus les dirigeants s\u2019éloignent de la société elle-même, plus il y a besoin de communiquer.L\u2019animateur devient un relais pour les différents ministères d\u2019un État, un chaînon de transmission.Ainsi le peuple peut participer à la marche générale: «L\u2019animation devient alors une démocratisation vécue et une participation consciente pour jouer un rôle actif dans le devenir communautaire, social, économique, politique, culturel» (Alain Birou, Vocabulaire pratique des sciences sociales, Éd.Ouvrières, Paris, 1966, au mot animation). 612 L\u2019ACTION NATIONALE Il y a ensuite les groupes vivants, soit dans l\u2019industrie, soit dans un quartier, etc.L\u2019animateur fera prendre conscience aux membres du groupe, de leur valeur.Il cherchera à les rendre solidaires.Il les aidera à définir les buts à poursuivre.L\u2019animation devient alors un art qui trouve des méthodes spécifiques à chaque cas et un style qui dépend de la personnalité de chaque animateur.Les uns veulent que l\u2019animateur soit un entraîneur, un chef; les autres préfèrent voir en lui un médiateur, un délégué.Quand il s\u2019agit du développement d\u2019un pays, animer devient l\u2019acte d\u2019associer étroitement tout un peuple à son développement.Quand il s\u2019agit d\u2019une communauté de base, l\u2019animateur ou les animateurs «peuvent se proposer de bâtir tout un réseau progressivement ascendant de développement général, à tous les échelons de la nation» (idem) ou en rester à l\u2019échelon du quartier urbain ou de la ville concernée.Quoi qu\u2019il en soit de la portée de leur action, les animateurs, devenus professionnels, ont besoin d\u2019une formation spéciale, de communications, d\u2019une pédagogie avec les membres, de techniques spécifiques aux buts recherchés et d\u2019un programme idéologique.Une définition étant encore impossible, vu la nouveauté de la profession et la multiplicité de ses manifestations, il m\u2019a fallu me contenter d\u2019une description.D\u2019autres précisions arriveront en exposant les doctrines qui attirent les animateurs contemporains.2 \u2014 Les doctrines Toute action dans une organisation est guidée par une idée.L\u2019idée centrale, avec ses ramifications dans d\u2019autres domaines (comme celui de l\u2019industrie, de la famille, de la société, de 1 État) devient une doctrine.On a donc eu l\u2019idée de diviser les doctrines en deux ou trois grands secteurs: a) les doctrines qui, dans la société, favorisent le statu quo; b) les doctrines qui favorisent un autre type de société; c) les doctrines qui favorisent une oscillation perpétuelle entre l\u2019ordre et le désordre.La société serait semblable à un magma agité par de multiples rêves qui, en s\u2019opposant les uns aux autres, engendreraient indéfiniment une complexité mouvante. VOYAGE EN ACADIE 613 On a appelé ces doctrines des paradigmes, c\u2019est-à-dire des visions du monde, une conception de la société.Les Allemands disent: une Weltanschauung.Pourra-t-on jamais arriver à ce que toutes les organisations n\u2019obéissent plus qu\u2019à un seul paradigme?Cela paraît, pour le moment, comme une utopie.Le pluralisme des doctrines paraît, plutôt, comme une protection contre le totalitarisme, même s\u2019il n\u2019était que conceptuel! A \u2014 Le paradigme fonctionnaliste Ce paradigme comprend toutes les doctrines qui visent à établir ou renforcer les convergences entre les humains, à mieux structurer les relations entre les groupes, comme entre patrons et ouvriers, entre bureaucratie et communautés de base.Bref, une doctrine sera dite «fonctionnelle si elle contribue au maintien des valeurs du système» (F.Séguin-Bernard et J.F.Chanlat, L\u2019analyse des organisations, Tome 1 : Les théories de l\u2019organisation, Éd.Préfontaine, Saint-Jean-sur-Richelieu, 1983, p.9).Et elle sera dite non-fonctionnelle si elle contribue à son instabilité, à son renversement.Le fonctionnalisme s\u2019est surtout mis en lumière dans le monde industriel.On y recherchait l\u2019organisation scientifique du travail ou l\u2019organisation administrative du travail (OST et OAT).Weber étudia surtout la structure hiérarchique d\u2019une entreprise, la délégation des pouvoirs, la division du travail, la spécialisation des tâches, etc.Un groupe est donc prédestiné à commander et l\u2019autre à obéir! Voilà une conception assez rigide de la société et une façon d\u2019envisager l\u2019ordre qui assimilent les ouvriers à des robots.Quant à Taylor, il faut avoir lu la façon dont il minute toute opération chez l\u2019ouvrier, pour comprendre l\u2019opposition des syndicats à cette mécanisation inhumaine du travail.Mais Taylor, dans son désir de faire converger les intérêts des patrons dans une productivité accrue et les intérêts des ouvriers dans un meilleur salaire, avait cru mettre fin aux conflits industriels.Weber et Taylor voulaient consolider le système existant: ils n\u2019ont fait qu\u2019exacerber les conflits.Délaissant les conflits non apaisés par les structures wébé-riennes ou la mécanisation des gestes par Taylor, on a cru retrouver la paix en étudiant si les conflits ne seraient pas plutôt d\u2019ordre psycho-sociologique et nous avons connu, dans les universités, la vogue de l\u2019École des relations humaines.L\u2019animateur 614 L\u2019ACTION NATIONALE en relations humaines étudiera les difficultés du personnel-cadre et du personnel-ouvrier et verra, par leur solution, à préserver l\u2019intégrité des structures organisationnelles existantes.On a reproché à l\u2019École des relations humaines de s\u2019attaquer aux petits problèmes et d\u2019ignorer les gros, comme les problèmes de classe, les problèmes des technologies et les problèmes de la division du travail en unités qui ne comprennent plus l\u2019ensemble du travail de l\u2019usine.On lui a donc reproché «son adhésion à l\u2019idéologie capitaliste nord-américaine» et l\u2019appui qu\u2019elle accorde à Y Establishment (p.20).Toutes ces Écoles ou ces doctrines ont en commun une certaine conception de l\u2019organisation.Elles veulent coordonner les efforts des humains dans une structure d\u2019autorité.L\u2019autorité fixe les objectifs, planifie les étapes et les autres exécutent.Si l\u2019ensemble des organisations d\u2019une société vivent ce même paradigme, il en découle une conception de la société.L\u2019acceptation de buts devenus communs à tous, l\u2019acceptation de la division du travail, l\u2019acceptation que l\u2019autorité coordonne et contrôle le travail des autres permettent d\u2019atteindre les buts fixés.L\u2019ensemble accepte donc une relation hiérarchique de pouvoirs.Sinon, c\u2019est le conflit et le désordre.B \u2014 Le paradigme critique Dès qu\u2019il y a conflit entre groupes, en ce qui regarde les buts à atteindre, dès qu\u2019il y a volonté de changement, soit en ce qui regarde la domination des uns, soit en ce qui regarde les méthodes ou les techniques, nous arrivons à une nouvelle conception de la société: cela devrait marcher autrement! Si les ouvriers n\u2019acceptent plus la domination conférée à quelques-uns par la possession du capital, nous pouvons aller d\u2019étape en étape vers la conception d\u2019une société autogérée.Aussi, Marx n\u2019a pas tout à fait tort, quand il dit: «Ce n\u2019est pas la conscience des hommes qui détermine leur existence, c\u2019est au contraire leur existence sociale qui détermine leur conscience.» En effet, deux siècles de socialisme, genre démocratique ou genre totalitaire, ont donné une certaine éducation à la classe populaire en ce qui regarde les possibilités d\u2019une gestion différente de la société ou d\u2019une entreprise.Les abus du régime capitaliste ont tourné les sympathies vers un paradigme critique.Cependant, «malgré la propagande VOYAGE EN ACADIE 615 soviétique, la comparaison entre les pays de l\u2019Ouest et les pays de l\u2019Est ne tourne pas à l\u2019avantage de ces derniers.Bien au contraire, les caractères oppressant, dogmatique, inefficace et totalitaire des sociétés de l\u2019Est détournent de nombreux chercheurs de la pensée critique, représentée à cette époque majoritairement par le marxisme-léninisme» (idem, p.42).Le paradigme critique met le doigt sur les phénomènes que nos sociétés ne veulent pas voir: l\u2019inégalité, la domination, l\u2019exploitation et l\u2019aliénation de la personne humaine au travail.Mais quand il s\u2019agit de construire dans le monde extrêmement complexe d\u2019aujourd\u2019hui, la faiblesse de ces paradigmes négatifs apparaît clairement: on y mélange trop de rêves aux réalités et le radicalisme de toute leur sociologie effraie à juste titre.Parmi ces Écoles critiques, on distingue: a)\tl\u2019anarchisme.Il ne s\u2019agit pas d\u2019une doctrine du chaos et du terrorisme, ni d\u2019un mouvement anti-organisationnel.La «doctrine» défendue par un anarchiste intelligent, c\u2019est qu\u2019il faut une organisation nouvelle, en partant de la base: «Que le principe d\u2019organisation sorte de tous les points, pour aboutir à des nœuds de coordination, centres naturels destinés à desservir tous ces points» (Voline, dans D.Guérin, Anthologie de l\u2019anarchie, 4 vols, Paris, Maspéro, 1972, p.51).Prouchon étudia le problème des rapports entre l\u2019individu et la société et il met à la base la variété, la pluralité, la divergence.C\u2019est par les conflits qu\u2019on aboutit à l\u2019unité.Par là, les anarchistes veulent protéger la personne humaine contre toutes les organisations qui la briment.Ils sont contre l\u2019État sous toutes ses formes, même contre le socialisme d\u2019État, parce qu\u2019il se révèle une machine à nier et à écraser l\u2019individu.La critique que Proudhon a faite du Manifeste de Marx en 1848 est d\u2019une clairvoyance extraordinaire dont les socialistes se servent contre les régimes communistes.b)\tL\u2019existentialisme.Ici encore, nous voyons les existentialistes mettre au point de départ de leurs réflexions l\u2019individu comme tel.À lui la liberté de se construire lui-même et de devenir responsable de ses actes, de ne plus s\u2019appuyer sur une doctrine extérieure, religieuse ou philosophique, pour se justifier, mais uniquement sur lui-même. 616 L\u2019ACTION NATIONALE Par ailleurs, l\u2019existentialisme est tellement occupé de sauvegarder les droits de l\u2019individu qu\u2019il n\u2019explore pas les relations de l\u2019individu et des organisations qui l\u2019encadrent, comme l\u2019entreprise.Et leurs réformes n\u2019ont pas abordé le terrain de la morale, du moins chez Sartre.Il s\u2019agit d\u2019un humanisme radical qui a peu exploré les réalités sociales qui encadrent l\u2019individu.Cependant, il est probable que les socialistes ont utilisé l\u2019existentialisme en proposant «un socialisme à visage humain».Les solutions pratiques auxquelles parviennent ces philosophes sont peu nombreuses: on signale l\u2019organisation autogestionnaire ou le fédéralisme à la Proudhon.Dans tous les cas, on s\u2019élève contre la bureaucratie et ses tentacules dans la Cité moderne.On cite comme la réflexion est réduite à néant en URSS et sa stérilisation progressive.Le paradigme critique a trouvé d\u2019autres expressions, mais ces doctrines mettent toutes le doigt sur les conflits, l\u2019aliénation de l\u2019individu.Elles préfèrent des processus de changement plutôt que des réformes de structures.On parlera de la dialectique de l\u2019Être en opposition à la dialectique des classes et par eux, selon Gurvitch, on a enfin touché la réalité humaine et la réalité organisationnelle dans toute sa complexité.Que sortira-t-il de toutes ces constatations?Nul ne peut le prédire, mais il peut en sortir un monde nouveau.Nous sommes donc ouverts à une anthropologie de l\u2019auto-organisation.(Séguin-Bernard et Chanlat, op.cit., p.71.) c) Le féminisme.Voilà un élément «critique», véritablement révolutionnaire quant à notre civilisation occidentale, généralement dominée par les hommes.Par différents chemins, les femmes ont accédé au paradigme de l\u2019égalité philosophique et socio-logique entre tous les êtres humains.Elles veulent que dans les constitutions, les droits, les jurisprudences, comme partout dans la pratique, toutes les avenues leur soient ouvertes à l\u2019égal des hommes.Ce fait culturel est porteur d\u2019un impact révolutionnaire.Cet égalitarisme est basé sur la justice et le personnalisme.On ne peut plus l\u2019ignorer: elles ont introduit une révolution culturelle et par là beaucoup de leurs programmes relèvent du paradigme critique. VOYAGE EN ACADIE 617 3 \u2014 Les hommes Je ne veux pas parler ici des grands animateurs qu\u2019ont été certains penseurs et philosophes, mais plutôt de ces figures qui, dans le monde pratique, ont joué le rôle de catalyseurs en introduisant de véritables transformations sociales et culturelles.Je n\u2019en nommerai que deux: Socrate et Saul Alinsky.J\u2019aurais aimé ajouter le nom d\u2019une femme, mais si nombreuses sont celles qui méritent l\u2019honneur d\u2019être au palmarès des animatrices actuelles, et si variées les facettes de leurs manifestations, que je préfère les réserver pour une autre occasion.a)\tSocrate.Ce penseur exerça son action dans la rue d\u2019Athènes de 470 à 399 a.J.C.Son art exceptionnel consistait, d\u2019après les merveilleux dialogues que nous a laissés Platon, à interroger les gens et à obtenir d\u2019eux une réponse.Elles étaient souvent contradictoires, soit parce que les gens ignoraient la valeur des mots et alors il apprenait aux Athéniens l\u2019art de définir les mots.Sans la définition, les arguments opposés entraient dans l\u2019incohérence.Socrate leur proposait alors la dialectique, pour retrouver le chemin de la vérité.Cet art d\u2019arriver à la vérité s\u2019appelle la maïeuti-que.Socrate se voulait, à Athènes, comme chargé d'accoucher les esprits, de les délivrer de la vérité que chacun porte en lui-même.Toute cette technique des approches de la vérité, cet apprentissage des lois de l\u2019esprit permit à Socrate d\u2019aborder les plus grand sujets qui touchent la vie des humains, comme la justice, l\u2019amour, la religion.C\u2019est ainsi que sa logique conduisait ses auditeurs à rejeter le polythéisme, les injustices sociales, etc., et ainsi, par son paradigme critique, Socrate en vint à faire figure de révolutionnaire: il déstabilisait la jeunesse athénienne et l\u2019amenait à refuser les idées établies et VEstablishment athénien.Le Conseil des Sages ne vit bientôt plus qu\u2019une façon de s\u2019en sortir: inviter Socrate à boire la ciguë.C\u2019est ainsi que Socrate entra au Panthéon des animateurs sociaux.b)\tSaul Alinsky.Il est mort à 64 ans (1909-1973).Par son action, il me fascine.Son action se passe dans les rues des grandes villes, surtout à Chicago, où les quartiers de défavorisés ou les bidonvilles n\u2019eurent pas de meilleur défenseur contre la bureaucratie, contre Y Establishment du monde des affaires, etc. 618 L\u2019ACTION NATIONALE Il a mis son idéal en quelques lignes: «Croyant au peuple, le radical doit organiser les gens de façon qu\u2019ils aient un jour le pouvoir et qu\u2019ils sachent surmonter les obstacles imprévisibles qu\u2019ils rencontreront en chemin dans leur quête d\u2019égalité, de justice, de liberté, de paix, de respect de la vie humaine et de ces droits et valeurs affirmés par la religion judéo-chrétienne et la tradition démocratique.La démocratie n\u2019est pas une fin en soi mais le moyen par excellence de réaliser ces valeurs.Voilà mon credo, l\u2019idéal pour lequel je vis et, s\u2019il le faut, suis prêt à mourir.» Cet idéal si sérieux ne décrit pas l\u2019ingéniosité et l\u2019humour de cet homme dans son action.C\u2019est un organisateur né qui ne perd jamais de vue les buts cherchés qui sont de redonner au petit peuple un logis décent, une nouvelle dignité, un sens de la justice en éveil et un goût de l\u2019organisation.Il faut lire son livre Rules for Radicals, traduit aux Éditions du Seuil, à Paris, sous le titre Manuel de l\u2019animateur social.On y comprend bien le sens de la prise du pouvoir par les communautés de base, et l\u2019action directe non violente.Il s\u2019est adapté à la mentalité américaine, comme Gandhi s\u2019était adapté à la mentalité hindoue.Son acceptation de la démocratie et de la non-violence classe Alinsky dans le paradigme fonctionnaliste, mais les buts, les motivations et les techniques le situent dans le paradigme critique.Si les socialistes avaient autant d\u2019humour, ils seraient moins ennuyants dans leurs harangues! Alinsky reste une des grandes figures de l\u2019universitaire dans la rue et un grand bienfaiteur des «écrasés» par son sens de l\u2019organisation.Conclusion Ce «voyage» dans le monde des théories et des grands animateurs de l\u2019histoire m\u2019ont ouvert les yeux sur ma propre action comme animatrice d\u2019un voyage.Le groupe avec lequel j\u2019ai vécu et le temps relativement court de mon contact avec lui ne me permettaient certes pas de dépasser le paradigme fonctionnaliste.Le milieu nomade d\u2019un pareil voyage permet une animation sociale spontanée, mais les limites des transformations mentales, culturelles et sociales sont vite atteintes.Je n\u2019étais pas au service de l\u2019État, ni d\u2019aucun grand ministère, comme celui de l\u2019Éducation ou des Affaires sociales.Mon message était donc libre de VOYAGE EN ACADIE 619 toute attache et de toute obligation.Je ne faisais pas, non plus, d\u2019animation syndicale ni patronale.Je n\u2019étais pas un agent en relations industrielles et n\u2019avais pas à prévoir un nouveau contrat ou une nouvelle grève.J\u2019étais libre autant devant les organisations institutionnelles que devant les entreprises privées.Par ailleurs, mon analyse des organisations politiques et socio-économiques des Maritimes manquait de souffle, sinon d\u2019informations poussées.J\u2019ai décrit les relations de conflit et les relations des pouvoirs entre les Acadiens et leurs provinces.Je décrivais sans pouvoir influencer.Par ailleurs, je n\u2019ai pas évacué l'histoire.Les relations de cause à effet ont été soulignées et j\u2019ai pu expliquer l\u2019affaissement des forces vives d\u2019un peuple.Parmi ces forces de renouveau j\u2019ai signalé l\u2019effort plus grand que pourrait accomplir l\u2019État du Québec en créant une chaire pour la formation des animateurs adaptés, à l\u2019Université de Moncton.Les Acadiens ont besoin d\u2019animateurs dynamiques.Les contraintes et les conflits n\u2019ont pas cessé, en deux siècles, d\u2019augmenter de violence.Il y aurait donc place pour plusieurs Alinsky en Acadie.Quant à mon groupe de voyageurs, je sais que je les ai fait réfléchir en profondeur sur le rôle et les pouvoirs nécessaires à la civilisation française en Amérique du Nord pour y persévérer.Mais je n\u2019ai pas fourni d\u2019objectifs précis.Mon rôle, par un suivi original, ne me permettait pas de les organiser dans une action concrète à l\u2019intérieur de la démocratie et de la légalité.Devant ces multiples ouvertures et ces magnifiques possibilités, la vie dira s\u2019il nous arrivera de développer les talents d\u2019un Socrate, d\u2019un Alinsky dans notre société québécoise. 620 L\u2019ACTION NATIONALE Opinion du lecteur Un bienfait de l\u2019indépendance par ALAIN RABY (St-Jean-Port-Joly) En fouillant l\u2019histoire de l\u2019humanité, l\u2019on se rend compte que l\u2019avancement de la civilisation a souvent été due à de petites entités soit ethniques, soit politiques qui étaient parfois largement minoritaires par rapport à un plus grand ensemble.Vous vous souvenez sans doute de l\u2019histoire de ces douze tribus délabrées d\u2019Hébreux errant dans un désert.Ils n\u2019étaient que quelques dizaines de milliers, dépossédés, sans ressources autre que la foi en leur collectivité.Leur détermination à sauvegarder l\u2019originalité de leur identité culturelle ne trouva pas obstacles dans leurs faibles moyens.Ces curieux nomades devinrent les pères spirituels de notre civilisation.Ils ont fécondé une sagesse dont s\u2019inspire encore avec orgueil une bonne partie de l\u2019humanité.En effet, le monde occidental et une partie du monde oriental (L\u2019Islam) a basé son comportement, sa morale individuelle sur un code inspiré de renseignements qui furent donnés à ces peuplades que Moïse achemina en Judée.L\u2019empire puissant et vaste de Darius n\u2019aura pas eu l\u2019ombre d\u2019une influence aussi civilisatrice.En réalité, ce ne sont pas les grands empires, les grands ensembles qui ont le plus contribué à l\u2019avancement intellectuel de la race humaine.Songez aux minimes proportions géographiques et démographiques des États-Cités de la Grèce antique.On connaît ce que cette époque classique a légué à la civilisation.Il suffira de mentionner que nous leur devons la notion de démocratie qui régit notre vie politique actuelle et le goût des Arts et des Lettres (théâtre, philosophie) si marqué à cette époque.En fait, le système de valeurs de ces petites communautés n\u2019a jamais été désavoué depuis.Qui ne préférera ces États-Cités, hauts-lieux de culture, à la Rome Impériale ou même à l\u2019empire d\u2019Alexandre? UN BIENFAIT DE L\u2019INDÉPENDANCE 621 Je ne nie pas que les grands empires eurent des initiatives louables.Ils suscitèrent eux aussi des éléments de culture.Il suffit de se rappeler que nos droits sont réglementés par un système de jurisprudence emprunté à Rome.Je ne voudrais surtout pas faire l\u2019erreur contraire de ceux qui croient que l\u2019avancement de l\u2019humanité, de sa civilisation, doit passer irrémédiablement par l\u2019homogénéité des grands ensembles.Je continuerai néanmoins à croire que les Burges, Anvers, Venise, Florence ont tenu un rôle civilisateur supérieur à celui de l\u2019universelle monarchie espagnole ou de l\u2019empire de Russie.L\u2019histoire des civilisations orientales est tout aussi révélatrice (à ce chapitre, je sous suggère de lire l\u2019édifiante histoire de l\u2019Inde).En fait, s\u2019il est une leçon formelle que l\u2019on puisse tirer de l\u2019histoire, c\u2019est que les collectivités démographiquement sans grande importance, les petits peuples ont eu une influence civilisatrice souvent plus considérable que les grands ensembles.Je crois qu\u2019il est superflu de réitérer ici ma foi dans la possibilité non plus de la survivance de notre minorité canadienne-française en Amérique du Nord, mais d\u2019une pleine et totale émancipation de la personnalité culturelle et politique du Québec.Bref, je crois avec le sociologue Fernand Dumont en la vertu des petites entités et avec l\u2019historien britannique Arnold Toybec en notre nation qu\u2019il voyait appelée à un avenir hautement civilisateur. 622 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019affaire Riel par GILLES RHÉAUME' Dans la période 1870-1885, il y a un événement qui prend le premier plan, c\u2019est ce qu\u2019on a appelé «L\u2019Affaire Riel».L\u2019Affaire Riel est une affaire tellement importante, dont on voit encore les séquelles aujourd\u2019hui, qu\u2019il vaut la peine de l\u2019étudier en détail.Car il s\u2019est passé alors quelque chose qui nous a marqués profondément.L\u2019Ouest Riel est un Métis de l\u2019Ouest.Il importe de rappeler brièvement l\u2019historique de cette région.La présence anglaise y remonte au XVIIe siècle.Londres avait alors créé la compagnie de la Baie d\u2019Hudson, à laquelle elle a accordé d\u2019immenses privilèges: monopole de la traite des fourrures sur un territoire qui représente le quart de l\u2019Amérique du Nord, avec délégation des pouvoirs administratifs.La France y pénètre à son tour au XVIIIe siècle, avec La Vérendrye.Le commerce français s\u2019effondre avec la défaite de 1760, mais les Canadiens-Français continuent de fréquenter cette région, et, de leurs unions avec des Amérindiennes, naîtra un nouveau peuple: les Métis.Vers la fin du XVIIIe siècle, une entreprise montréalaise, la Compagnie du Nord-Ouest, où les nôtres sont fort actifs, tente de battre en brèche l\u2019hégémonie de la compagnie de la Baie d\u2019Hudson.Mais les deux sociétés fusionnent en 1821.Le peuple Métis vit donc sous la tutelle de la compagnie de la Baie d\u2019Hudson.Comme l\u2019ensemble des «territoires du Nord-Ouest» ou «Terre de Rupert», la région qu\u2019il habite est gouvernée par un statut particulier: c\u2019est le district d\u2019Assiniboia ou de la Rivière Rouge, noyau du futur Manitoba.Au point de vue économique, les Métis vivaient un peu de l\u2019agriculture, mais surtout de la chasse du «buffalo», du bison: L\u2019AFFAIRE RIEL 623 ils la pratiquent si intensivement que l\u2019espèce est menacée d\u2019extinction dès la fin du XIXesiècle.Deux autres groupes habitaient l\u2019Assiniboia: les Écossais, issus de paysans misérables amenés d\u2019Écosse au début du siècle par lord Selkirk, et les «North Westers», comme on appelait les Anglo-Saxons de l\u2019Ontario, dont l\u2019immigration avait déjà commencé avant la Confédération.En 1980, ces trois éléments regroupaient 12 000 personnes.Dès l\u2019entrée en vigueur de la Confédération, Ottawa désire acquérir la Terre de Rupert.Sans en consulter la population, elle négocie avec la compagnie de la Baie d\u2019Hudson.Georges-Étienne Cartier, le bras droit du premier ministre John A.Macdonald, est fort actif dans ces négociations.En 1860, un accord, ratifié par le gouvernement de Londres, intervient.Le sort des habitants du Nord-Ouest est réglé sans qu\u2019ils puissent émettre leur avis.Ce territoire avait connu beaucoup de difficultés depuis dix ans.Il y avait eu une longue sécheresse accompagnée d\u2019épidémies de sauterelles; le bison était en voie de disparition: c\u2019était la famine.La compagnie de la Baie d\u2019Hudson avait accordé 8 000$ à la population pour lui permettre de survivre.Les États-Unis votent également 4 000$ pour les aider.Le Québec envoie 3 000$, bien que ce territoire soit très loin de ses limites.Le gouvernement de l\u2019Ontario promet 5 000$, mais n\u2019y donnera jamais suite.Les trois entités se sont entendues à Londres: il faut donc maintenant passer à l\u2019exécution de ce nouveau contrat.Le premier geste qui sera posé, ce sera d\u2019envoyer des arpenteurs qui iront sur ce territoire découper les terres selon les nouvelles exigences.Louis Riel C\u2019est alors qu\u2019entre en scène le jeune Louis Riel.Riel a du sang amérindien par son arrière-grand-mère.C\u2019était un protégé de Mgr Taché, qui a été évêque et ensuite archevêque de St-Boniface et qui a envoyé trois jeunes candidats faire à Montréal, chez les sulpiciens, leurs études classiques, payées par la Seigneu-resse de Terrebonne, Mme Masson.Mgr Taché le confie en 624 L\u2019ACTION NATIONALE outre à Mgr Bourget, l\u2019évêque de Montréal, pour lequel Riel éprouvera toujours de la vénération.Riel s\u2019instruit donc ici, chez les sulpiciens.Il a un bon jugement et se comporte très bien.Il poursuit ses études contrairement à ses deux compagnons, qui, pour des raisons diverses, ont dû abandonner.Après la mort de son père, Riel retourne dans sa famille, auprès de sa mère, afin d\u2019y faire sa vie.Il avait été initié à l\u2019histoire et à la philosophie.À cette époque, on enseignait non pas quoi penser, mais comment penser.Ce qui a permis à Riel de comprendre bien des choses.En outre, il possédait un très gros bon sens.On le remarque tout au long des décisions qu\u2019il prend, jusqu\u2019à un moment donné où il a été attaqué de toutes parts.Louis Riel dans son plus fort, Louis Riel à la défense des siens, c\u2019est un homme qui fait preuve, non seulement d\u2019un bon jugement, mais de génie national, puisqu\u2019il comprend la situation de son peuple et qu\u2019il propose les bonnes solutions: vous savez ce qui arrive trop souvent à ceux qui proposent les bonnes solutions.La menace fédérale En 1869, les arpenteurs arrivent et commencent à découper les terres sur une nouvelle base.On vient avertir Louis Riel que les arpenteurs qui parlent anglais sont là.Louis Riel se rend sur place et oblige les envoyés d\u2019Ottawa à cesser leur travail, ce qu\u2019ils ne font pas de bon cœur.Mais ils finissent par obtempérer, car il est très convaincant et il est sûr d\u2019avoir raison; ce qui fait que les intrus s\u2019en vont.Louis Riel prend conscience que son peuple est en grande difficulté; qu\u2019on a vendu son territoire à un autre gouvernement, sans que soit consultée la population autochtone.Voilà, il voulait absolument que cela ne se réalise pas, il ne voulait pas laisser les arpenteurs faire leur travail: c\u2019est qu\u2019une prise de possession «de facto», en droit, c\u2019est aussi important qu\u2019une prise de possession «de jure».Si ça se produit dans les faits, ça s\u2019incorpore dans le droit.Particulièrement, toute la jurisprudence britannique est ainsi faite: c\u2019est que les événements, les faits sont aussi importants que la loi, les événements prennent même le pas sur la loi, et la loi devient un simple point de référence; les jugements prennent force de loi dans le système britannique, contrairement à d\u2019autres systèmes qui n\u2019ont pas les mêmes prémisses. L\u2019AFFAIRE RIEL 625 Riel prend conscience que son peuple est bafoué, que son peuple est mis de côté, que son peuple n\u2019est pas consulté et il veut absolument revendiquer les droits de la nation métisse: c\u2019est essentiel si elle ne veut pas disparaître.Il voulait que les Métis bénéficient au moins de la protection dont jouissent les citoyens de la province de Québec.Déjà en 1869, le Québec était cité en exemple pour la protection des droits individuels et collectifs de ceux et celles qui l\u2019habitent.Il y en a qui auraient peut-être intérêt à revoir notre histoire afin d\u2019y trouver des sources de satisfaction et de fierté.Déjà à ce moment, le Québec est un point de référence, est un phare sur lequel on peut se guider afin d\u2019évaluer si une législation respecte les aspirations de ceux et celles qui la composent.Le gouvernement provisoire Riel est très habile; il affirme: 1)\tque le territoire de la nation métisse est sous juridiction britannique; 2)\tqu\u2019aucun gouvernement n\u2019administre en fait ce territoire.Les Métis ont donc le droit de se doter d\u2019institutions pour combler ce vide, pourvu que cela se fasse en respectant la souveraineté britannique.En novembre, Riel convoque la population pour connaître sa volonté sur ce point.Il y a trois groupes en présence: les gens de la compagnie, les Métis et les anglos qui viennent de l\u2019Ontario.Les gens de la compagnie ne résistent pas et son presque indifférents: ils ont fait ce qu\u2019ils avaient à faire, ils ne sont pas dérangés.Les Métis eux, se reconnaissant dans Riel, qui explique bien les choses, l\u2019appuient.Quant aux autres, les anglos de l\u2019Ontario, peu nombreux, ils s\u2019y opposent un certain temps, mais ils se rendent compte qu\u2019il est inutile d\u2019arrêter Riel; il ne veut plus reculer; il a l\u2019appui de son peuple et son peuple va le suivre.Donc, le 8 décembre, c\u2019est la création du gouvernement provisoire, qui prend possession du Fort Garry, le centre administratif de la colonie.Le gouvernement provisoire prend des décisions au niveau de l\u2019intendance.Lorsqu\u2019il réquisitionne les armes (parce qu\u2019à un moment donné, ils ont besoin d\u2019armes; ils ne sont qu\u2019une poignée), Riel exige de tous ses hommes qu\u2019ils émettent un reçu au nom du gouvernement provisoire.Voilà toute la finesse de Riel: il prend les 626 L\u2019ACTION NATIONALE armes, mais qu\u2019il donne en échange un reçu disant que cela a été réquisitionné par le gouvernement provisoire pour défendre la nation.Les orangistes Quelques Anglais orangistes n\u2019acceptent pas cela; il les enferme dans un coin du fort, puis il libère tous ceux qui s\u2019engagent, par serment, à ne pas intervenir contre le gouvernement provisoire.Les plus fanatiques, les plus enragés, sont les orangistes.À l\u2019époque, lorsqu\u2019on est un orangiste, qui a grandi en Ontario, ce qui s\u2019appelle «catholique», ce qui s\u2019appelle «français», ça n\u2019a aucune valeur; ce sont des êtres inférieurs que l\u2019on peut traiter comme des animaux, ce sont des gens sans culture, des gens incapables de juger.C\u2019est un peuple conquis; ce peuple-là disparaîtra; ça n\u2019a aucune importance; tout doit devenir anglais d\u2019un bout à l\u2019autre.C\u2019est ça les orangistes, qui ont joué une influence dans notre histoire.Encore aujourd\u2019hui, lorsqu\u2019on va dans certaines régions de l\u2019Ontario, ou même du Québec, on peut voir le local des orangistes; il en existe encore beaucoup; ce n\u2019est pas seulement dans les films du siècle dernier.Les orangistes, leur fête, c\u2019est le 12 juillet.Dans des régions comme North Bay, ou Sudbury, où il y a pourtant de fortes concentrations canadiennes-françaises, eh bien, le 12 juillet, il y a dix ou quinze ans, il y avait un immense défilé; les orangistes se promenaient avec leurs tabliers et leurs enseignes; il y avait un cheval dont un sabot était dans un ciboire; et ça se promenait dans les rues principales, car ce sont des anti-catholiques, et des anti-français.Les gens qui viennent peupler les territoires du Nord-Ouest arrivent à l\u2019invitation des orangistes, qui veulent peupler ce territoire afin qu\u2019il devienne anglais.Ce sont ces gens-là qui ne veulent pas s\u2019engager formellement à ne pas attaquer le gouvernement provisoire de Riel.Quelques-uns sont incarcérés.Riel leur dit: «Si vous signez le papier, je vous libérerai tous, le gouvernement est ici par la volonté populaire, et veut respecter tous les citoyens et citoyennes; quand vous vous serez soumis, vous pourrez sortir, et vaquer à toutes les occupations que vous voulez». L\u2019AFFAIRE RIEL 627 L\u2019affaire Scott Dans ce groupe, il y a un orangiste nommé Thomas Scott, qui va jouer un rôle important.C\u2019est la personne qui a été exécutée par les ordres du gouvernement provisoire.Emprisonné en décembre 1869, il s\u2019évada en janvier, et rejoignit les «North Westers» à Portage-la-Prairie.En février, ce groupe tente une incursion dans la région de Fort Garry.Ces hommes tentent d\u2019appréhender un jeune Métis, Robert Parisien, qui n\u2019est pas très équilibré sur le plan mental.Il panique et, en tentant de s\u2019enfuir, il tire sur un jeune homme d\u2019origine écossaise, Hugh Sutherland.Les orangistes, les fanatiques rejoignent le jeune Parisien, ils le battent à coup de poing, à tel point qu\u2019il finira par mourir de ses blessures.Les historiens disent que ça a été une attaque «bestiale», véritablement sauvage.Thomas Scott est dans ce groupe.Cette information est peu connue et provoque de l\u2019étonnement lorsqu\u2019on en fait mention.En effet, lorsqu\u2019on parle de Louis Riel, ce que l\u2019on retient, c\u2019est qu\u2019il était responsable de la mort de Thomas Scott.Mais je n\u2019ai pas souvent entendu dire qu\u2019un des éléments du passé de ce fameux Thomas Scott a été sa participation à une attaque dont est mort un adolescent Métis.On n\u2019en entend pas parler souvent, mais c\u2019est important de se le rappeler.Ce groupe de fanatiques est emprisonné au Fort Garry, et Thomas Scott est très bête, très dure pour ses gardiens: il les traite de «bâtards», de «lâches», de «race sans importance», sans jugement.Les gardiens de Riel, qui surveillaient ce jeune prisonnier, sont insultés constamment; ils ont hâte que leur chef prenne une décision.Car Louis Riel est très clément.On le verra tout au long de cette histoire de l\u2019Ouest, aussi curieux que cela puisse paraître.À mon avis, s\u2019il y a un être modéré, calme, généreux, tolérant, c\u2019est bien Louis Riel.À chaque fois qu\u2019il a l\u2019occasion d\u2019intervenir, c\u2019est pour calmer les troupes, c\u2019est pour leur dire de cacher leurs armes, c\u2019est pour leur dire de donner une chance supplémentaire, c\u2019est pour leur dire de ne rien voler.Si on gagnait une bataille, il fallait se contenter de prendre des armes, ne voler personne, ne saccager rien.Ce n\u2019est pas un fanatique: Louis Riel, c\u2019est le modéré par excellence de notre histoire.Donc, Scott, pri- 628 L\u2019ACTION NATIONALE sonnier est insultant, méprisant pour ceux et celles qui l\u2019entourent.À un moment donné, il crache au visage de ses gardiens.Il méprise le gouvernement provisoire; il le couvre d\u2019injures; il prétend que ce gouvernement n\u2019a aucune valeur, que ça ne veut absolument rien dire.On l\u2019emmène devant Riel et il est très effronté, très inconvenant, face à Riel et à ceux qui l\u2019entourent; il les provoque, il leur dit: «essayez de me faire quelque chose», «touchez-moi», «vous n\u2019existez pas; vous n\u2019êtes rien».On décide de traduire Thomas Scott devant une Cour dûment instituée, où Riel ne siège pas.C\u2019est bon de savoir que ce gouvernement-là est tout à fait légitime, qu\u2019il a le droit d\u2019administrer son territoire lorsqu\u2019il prend la décision de juger Scott qui a un esprit revanchard et dont l\u2019attitude est vraiment inacceptable.Scott tente de s\u2019évader à deux ou trois reprises.On l\u2019accuse d\u2019avoir défié l\u2019autorité du gouvernement, de s\u2019être insurgé contre ses gardiens, d\u2019avoir insulté Louis Riel qui était le chef de ce gouvernement-là.Donc, un jury composé de sept membres rend un verdict de culpabilité.Sur les sept, quatre le condamnent à mort, deux à l\u2019exil, et un ralliera la majorité.En ce qui concerne l\u2019exil, Scott a dit carrément: «Si vous me conduisez à la frontière, je vais revenir ici avant vous».Il ne pouvait pas, selon les historiens, s\u2019imaginer qu\u2019on oserait lui toucher.C\u2019était vraiment la conviction profonde qu\u2019il avait, puisqu\u2019il était convaincu d\u2019appartenir à une race supérieure, à laquelle on ne pouvait toucher.La sentence, c\u2019est qu\u2019il soit fusillé.Le 4 mars 1870, c\u2019est-à-dire un an après que les premiers arpenteurs furent arrivés pour voler le territoire des Métis, Thomas Scott fut exécuté.On a dit beaucoup de choses sur cette exécution.Dans les journaux de l\u2019Ontario, entre autres, on en a parlé abondamment, disant qu\u2019il avait été maltraité et que les gens avaient commis des sévices sur lui afin de le rachever.Mais un témoin oculaire, un des membres du peloton d\u2019exécution, déclare carrément que Thomas Scott a reçu deux balles à la poitrine, s\u2019est effondré, est mort immédiatement.On s\u2019est bien assuré de son décès avant de l\u2019enterrer.Les gens de Riel ont été accusés de l\u2019avoir enterré vivant.Les témoins disent que la raison pour laquelle l\u2019enterrement de Scott a été gardé secret, c\u2019est qu\u2019on ne voulait pas que les orangistes organisent à cet endroit une sorte de pèlerinage, où ils auraient sûrement trouvé des motifs de retourner. L\u2019AFFAIRE RIEL 629 Cette mise à mort de Thomas Scott a provoqué une très vive réaction de la population anglophone du Canada, particulièrement de l\u2019Ontario.Intervention de Mgr Taché Quelques jours après la mort de Thomas Scott, Mgr Taché revient de Rome et rencontre Louis Riel, lui disant qu\u2019il était l\u2019émissaire du gouvernement fédéral, afin de voir de quelle façon on peut régler la situation.Mais Riel se méfie de Mgr Taché qui est pourtant pour lui presque un père; il demande à Lépine, son assistant, d\u2019aller garder l\u2019évêché.L\u2019évêque, naturellement, est profondément blessé de l\u2019attitude et de la décision de Riel.Mais Riel à ce moment-là agit comme un chef de gouvernement, et il tente de défendre la cause du peuple auquel il appartient.Mgr Taché vient rencontrer le gouvernement provisoire.Ce gouvernement était reconnu: Mgr Taché, Macdonald, le gouverneur de la compagnie, même le lieutenant-gouverneur envoyé par Ottawa, tous ces gens, d\u2019une façon ou d\u2019une autre, reconnaissent l\u2019existence du gouvernement créé par Riel; c\u2019est bien important.Mgr Taché tente de rassurer les membres du gouvernement provisoire sur les bonnes intentions d\u2019Ottawa.Sir John A.Macdonald, par la voie de Mgr Taché, assura l\u2019amnistie à tous ceux qui avaient participé eux troubles du Nord-Ouest.Les réclamations des Métis Ottawa, par la même occasion, accepte de considérer les demandes des Métis.Car Louis Riel et le conseil de l\u2019Assiniboia ont rédigé une charte des droits («Bill of Rights», comme on dit en anglais).La réaction à Ottawa a été que ces propositions étaient bonnes en général et qu\u2019il fallait envoyer des délégués de l\u2019Ouest à Ottawa pour en discuter les détails.Macdonald, dans une lettre à Mgr Taché, l\u2019assure que si le gouvernement provisoire envoie à Ottawa une délégation, elle sera reçue, et qu\u2019on traitera avec elle.Le gouvernement provisoire adopte un texte exposant ses réclamations: 1.\tLe territoire devrait entrer dans la Confédération, être traité comme les autres provinces.Je vous rappelle que nous assistons à la naissance du Manitoba: c\u2019est bien Louis Riel qui est le père du Manitoba, il ne faut jamais l\u2019oublier.2.\tL\u2019assemblée veut qu\u2019aucun des membres du gouvernement 630 L\u2019ACTION NATIONALE provisoire ne soit tenu responsable des actes posés pendant les difficultés là-bas.3.Puisque Mgr Taché est là, on réclame également que la liberté soit assurée au niveau des écoles, qu\u2019il y avait des écoles confessionnelles, catholiques ou protestantes, subventionnées en fonction de l\u2019importance relative de chaque groupe dans la population.Cela s\u2019inspire beaucoup de la législation de la province de Québec à l\u2019époque.On envoie donc une délégation à Ottawa rencontrer les autorités fédérales afin de négocier, de mettre au point l\u2019entrée de l\u2019Assiniboia dans la Confédération; c\u2019est le curé Ritchot qui la dirige.Je mentionne son nom, car je crois important de rappeler le rôle du clergé, du bas clergé, un peu partout au Canada français depuis fort longtemps.L\u2019abbé Ritchot était un de ces prêtre près de ses ouailles.11 a été fidèle à la population qui l\u2019entourait, il a été au cœur de ses luttes, il a appuyé Riel dans toutes ses initiatives sans exception.Il a agi parfois comme secrétaire officieux du gouvernement provisoire, dont plusieurs réunions se sont tenues chez lui.La population le choisit unanimement pour diriger la délégation.Intervention américaine En avril, Riel reçoit une visite des États-Unis.Les États-Unis ont toujours eu beaucoup de visées sur cette partie du Canada, on l\u2019a vu un peu antérieurement dans l\u2019histoire.En 1870, des hommes d\u2019affaires américains, de l\u2019entourage du président Grant, viennent offrir beaucoup d\u2019argent à Louis Riel pour qu\u2019il favorise l\u2019annexion de ce territoire aux États-Unis, solution que Riel aurait pu considérer comme intéressante, vu toutes les difficultés avec Ottawa.Afin de prouver à Louis Riel la malveillance des anglophones à son égard, on lui a montré ce qui paraissait dans les journaux, surtout en Ontario, dans le «Globe», particulièrement.Déjà on demandait la tête de Louis Riel, disant que c\u2019était un boucher, qu\u2019il fallait le pendre, qu\u2019il n\u2019était pas question d\u2019amnistie, qu\u2019il fallait venger Thomas Scott.Voici ce qui est paru dans un journal de Toronto: «Attendu que Thomas Scott, notre frère et membre de notre ordre, a été cruellement assassiné par les ennemis de notre reine, de notre pays et L\u2019AFFAIRE RIEL 631 de notre religion, en conséquence, il a été décidé que nous, les membres de la Loge Loyale Orange No 404, mettions en demeure le gouvernement de venger sa mort, que nous nous engagions à délivrer le territoire de la Rivière Rouge de ceux qui Font livré au papisme et à faire justice aux meurtriers de nos compatriotes».On retrouve partout cette littérature orangiste très dure à l\u2019endroit de Louis Riel et de son gouvernement.Les journaux anglophones de l\u2019Ontario demandent en éditorial qu\u2019il soit pendu et qu\u2019il ne soit question d\u2019amnistie d\u2019aucune façon.Pourtant, Macdonald avait promis l\u2019amnistie par la voie de Mgr Taché.Donc, les Amérindiens montrent ces exemplaires de journaux à Louis Riel.Riel, au lieu d\u2019accepter l\u2019argent et l\u2019aide des États-Unis, se fâche; il dit: «Je suis fidèle à la reine Victoria, je suis un citoyen britannique.Nous avons un différend avec le Canada, c\u2019est vrai, mais nous voulons le régler de façon constitutionnelle; je n\u2019accepterais pas de vendre, de trahir les miens en les annexant aux États-Unis».Refus de l\u2019amnistie Au mois de juin 1870, la délégation qui était allée à Ottawa revient.Le curé Ritchot annonce que le parlement fédéral avait adopté une loi, qui avait été signée il y avait un mois par John Young, le gouverneur général.Ce texte créait une nouvelle province appelée Manitoba.C\u2019est la première fois qu\u2019on entend ce nom, qui veut dire «dieux qui parlent», en langue cri, les frontières sont grosso modo celles de l\u2019Assiniboia déjà existantes.Le reste de la Terre de Rupert forme un territoire gouverné par Ottawa, dont le siège administratif est Fort Garry.Les terres sont sous juridiction fédérale, et on remet aux Métis des garanties pour 1 400 000 acres, destinées à leurs enfants.Cependant, il n\u2019y avait pas d\u2019article prévoyant l\u2019amnistie, malgré les demandes des Métis, malgré les promesses de Macdonald.Ça ne surprend pas tout le monde, mais ça déçoit tout le monde.Ça ne surprend pas les éléments les plus radicaux qui entourent Riel; il y a dans l\u2019entourage de Riel un jeune Irlandais catholique du nom de O\u2019Donoghue, républicain qui croit qu\u2019il faut absolument se séparer de la couronne britannique.Ça ne satisfait pas non plus les éléments dynamiques qui entourent Riel et qui pensent qu\u2019il faudra dépasser ce que Riel demande. 632 L\u2019ACTION NATIONALE C\u2019est avec consternation que Louis Riel apprend que l\u2019amnistie n\u2019a pas été accordée, retenue dans la liste des droits qui avait été présentée par le gouvernement provisoire.Pourtant, Cartier, le bras droit de Macdonald, avait assuré le curé Ritchot que Sa Majesté passerait l\u2019éponge sur tout ce qui s\u2019est produit au Manitoba.Le premier ministre du pays, Cartier, les émissaires d\u2019Ottawa, tout le monde avait laissé croire que le gouvernement fédéral accorderait l\u2019amnistie.Cette nouvelle loi stipulait également que l\u2019anglais et le français étaient langues officielles.C\u2019est la loi à laquelle on a fait référence tout récemment, lorsqu\u2019on a déclaré que les droits des francophones du Manitoba avaient été reconnus, garantis en 1870.On donnait également une garantie en matière d\u2019éducation aux différentes confessions religieuses, comme l\u2019avait demandé le gouvernement provisoire.La loi entre en vigueur le 15 juillet 1870 et à la passation des pouvoirs, Louis Riel est inquiet à cause de l\u2019absence de l\u2019article sur l\u2019amnistie et il appréhende l\u2019expédition militaire qui s\u2019en vient.Georges-Étienne Cartier qui est ministre à Ottawa, et chef du Canada français jusqu\u2019à un certain point, dit qu\u2019on envoie les troupes dans l\u2019Ouest afin d\u2019impressionner les États-Unis pour qu\u2019ils ne soient pas tentés d\u2019annexer le territoire.D\u2019ailleurs, la peur de l\u2019annexion américaine est une constante de l\u2019histoire du Canada anglais.Quand on a peur comme cela, c\u2019est souvent un signe de quelque chose; les anglophones éprouvent une peur énorme de l\u2019annexion aux États-Unis, comme si les frontières constituaient la seule différence entre ces deux peuples sur le plan culturel.Au cours de l\u2019été, les sentiments orangistes de l\u2019Ontario continuent de s\u2019exprimer; on manifeste encore, dans les journaux, beaucoup pour Riel et pour le gouvernement provisoire.Macdonald, face à l\u2019amnistie, avait été jusqu\u2019à dire que c\u2019était un sujet sur lequel le Canada ne pouvait pas se prononcer, puisque les actes reprochés avaient été posés avant que le Manitoba devienne de compétence canadienne.C\u2019est un point de droit extrêmement important.Comment les autorités fédérales pourraient-elles poser des actes juridiques relatifs à l\u2019action du gouvernement provisoire de Riel, si le Nord-Ouest et la Rivière Rouge ne relevaient pas de leur compétence pendant l\u2019existence de ce gouvernement?Et Macdonald avait reconnu cette incapa- L\u2019AFFAIRE RIEL 633 cité pour son gouvernement, de prendre une décision en ce qui concerne l\u2019amnistie.Le 15 juillet, donc, la loi entre en vigueur.Quelques jours auparavant, Mgr Taché fait venir Riel et dit: «Je veux aller voir dans l\u2019est, vérifier ce qui en est, tout ce qui court: on ne vous pardonnerait pas ce que vous avez fait.Je vais aller voir ce qui en est, et je vous en ferai le rapport».On voit qu\u2019il y a une relation presque filiale entre Mgr Taché et Louis Riel, même aux moments les plus durs, aux moments où ils ont été en total désaccord.Montrons à quel point ils étaient près l\u2019un de l\u2019autre: lorsque la décision a été prise de convoquer la nation métisse, de prendre les décisions qui conduisent à la constitution du gouvernement provisoire, Mgr Taché était à Rome.Louis Riel est convaincu que l\u2019évêque est d\u2019accord avec les choix qu\u2019il fait.Cela vous montre combien les relations étaient amicales.Mgr Taché croit que Riel défend les intérêts de l\u2019Église et qu\u2019il tente de composer avec le gouvernement d\u2019Ottawa.L\u2019évêque commence à être inquiet au sujet des engagements verbaux de Macdonald.Mgr Taché revient au mois d\u2019août d\u2019Ottawa, et il dit carrément: «Il n\u2019y aura pas d\u2019amnistie: les pressions sur Macdonald sont trop fortes; Macdonald va sûrement céder aux orangistes; il n\u2019a pas le choix, ce sont eux qui le soutiennent, ce sont eux qui le gardent au pouvoir».D\u2019ailleurs, en 1885, il va faire le même choix.L\u2019amnisitie n\u2019est pas accordée.Premier exil En août, les troupes fédérales entrent sur le territoire en criant: «Mort au gros Taché».Riel s\u2019exile aux États-Unis.Les soldats lapident Elséar Goulet, l\u2019un des membres du jury qui a condamné Scott.Alors Riel, qui est exilé, revient à la Rivière Rouge.Ce n\u2019était pas les frontières d\u2019aujourd\u2019hui; on peut les franchir assez facilement.Il convoque une réunion à Saint-Norbert, chez le curé Ritchot.Là, on décide d\u2019aller voir le président des États-Unis afin qu\u2019il intervienne auprès de la reine pour accorder l\u2019amnistie.On délègue auprès du président le jeune O\u2019Donoghue.Il n\u2019est pas inutile de rappeler son nom, puisqu\u2019il aura un rôle très important.C\u2019était un jeune intellectuel, qui après avoir abandonné ses études au séminaire, était devenu professeur.Il avait fréquenté beaucoup les milieux américains et 634 L'ACTION NATIONALE connaissait personnellement le président des États-Unis.Il s\u2019en va donc aux États-Unis comme émissaire du peuple Métis.Anglicisation Dès l\u2019entrée du Manitoba dans la Confédération, on le subdivise en circonscriptions électorales: douze francophones, douze anglophones, et on procède au recensement.Les francophones sont alors majoritaires au Manitoba: si on amalgame Blancs francophones, Métis francophones et Indiens près des Français, il y a donc une majorité française francophone.Mais ensuite, l\u2019émigration anglophone va augmenter énormément.En effet, on prend des mesures afin d\u2019«anglifier», comme on le disait à l\u2019époque, on dirait aujourd\u2019hui «angliciser», le Manitoba.Tout homme majeur, qui part de l\u2019Ontario, reçoit 160 acres de terrain.En outre, il en coûtait moins cher d\u2019aller de Londres à Winnipeg.11 arrive de six à sept mille anglophones de janvier à septembre 1871.Dès que les Anglais deviendront majoritaires au Manitoba, on va voir ce qu\u2019ils feront en 1890; ils vont abolir les droits de la population française de cette province, droits pourtant constitutionnels.Ces droits ont été reconnus il y a deux ans par la Cour Suprême: près de 90 ans pour reconnaître les droits de la minorité française du Manitoba, et moins de deux ans pour reconnaître la minorité anglophone du Québec! «La Cour Suprême est comme la tour de Pise, disait Maurice Duplessis: elle penche toujours sur le même bord; de temps en temps, elle penche de notre bord pour montrer qu\u2019elle est honnête».En septembre 1871, Mgr Taché devient archevêque; Riel, qui est réfugié aux États-Unis, profite de l\u2019installation de Mgr Taché comme archevêque pour venir surle perron de la cathédrale prononcer un discours dans lequel il rend hommage au prélat pour tout ce qu\u2019il a fait pour la nation métisse et pour lui-même.Après ce discours, il repart, car il est recherché et l\u2019on veut sa tête.Les Féniens Donc, O\u2019Donoghue s\u2019en va du côté des États-Unis; il est émissaire des Métis auprès du président américain.Ses démarches auprès du président Grant n\u2019ont pas de succès.Cependant, L\u2019AFFAIRE RIEL 635 il regroupe les Féniens, qui sont des républicains Irlandais, nombreux aux États-Unis, qui veulent affranchir le peuple irlandais, et il prépare une attaque du Manitoba, ce qui provoque une panique énorme.Car certains éléments de la population ont peur d\u2019être expulsés si les Féniens renversent l\u2019autorité britannique.Terreur injustifiée, car les Féniens ne seront qu\u2019une poignée, on le verra un peu plus tard.Les Féniens lancent un appel au peuple Métis.Le peuple Métis avait pourtant bien des raisons pour suivre les Féniens; on lui avait promis, quelques années auparavant, 1 400 000 acres de terres destinées à leurs enfants, et il n\u2019en avait pas encore reçu un seul.Toutefois, les Métis repoussent les avances des Féniens.Cependant, il arrive souvent qu\u2019un peuple manque une occasion particulière de prendre une décision qui assurerait son développement normal.Le peuple a toujours des raisons de faire cela; il ne faut pas mépriser le peuple; au contraire, si on méprise le peuple, on cesse d\u2019être nationaliste, on se joint aux autres.Quand on a confiance au peuple, quand on croit que le peuple, si on lui présente les choses comme elles sont, si on lui dit la vérité, usera de son intelligence et de son jugement, il n\u2019y a pas de raisons d\u2019être inquiet.Cependant, il arrive qu\u2019un peuple décide de ne pas choisir le chemin qui, aujourd\u2019hui, nous semble tellement être celui qu\u2019il aurait dû prendre.Le gouverneur, qui est conscient de la menace fénienne, est convaincu que seul Riel peut empêcher les Métis de se joindre aux Irlandais.Il provoque donc une rencontre entre Mgr Taché et Louis Riel à Saint-Norbert, chez le curé Ritchot, afin de demander à Riel ce qu\u2019il peut faire; on dit à Riel que les Féniens ont été condamnés par l\u2019Église, que s\u2019il acceptait d\u2019influencer le peuple Métis pour qu\u2019il ne se joigne pas aux Irlandais, on défendrait auprès d\u2019Ottawa la question de l\u2019amnistie.Louis Riel accepte.Le gouverneur, qui représente Ottawa, ce même Ottawa qui refuse d\u2019accorder l\u2019amnistie à Riel, forcé de se réfugier aux États-Unis, demande à Riel s\u2019il veut venir l\u2019aider à sauver le Manitoba.C\u2019est assez particulier comme situation! Louis Riel accepte et réunit trois cents hommes devant la cathédrale de Saint-Boniface.Le gouverneur les passe en revue, donne la main à Louis Riel et le gouverneur prend l\u2019engagement de défendre les revendications que lui a transmises Louis Riel. 636 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019affaire des Féniens, c\u2019est vraiment une tempête dans un verre d\u2019eau! Lorsque l\u2019armée fénienne a été arrêtée à la frontière, eh bien, elle ne comptait que trente-sept hommes! On avait paniqué pour peu de chose! Blake Au même moment, il y a des élections en Ontario.Edward Blake, chef du parti libéral, promet 5 000$ à quiconque ramènera la tête de Louis Riel; il y a des gens qui, dans ces moments de grande crise, en profitent pour faire peur aux gens et marquer des points sur le plan électoral.Ce qui se passait il y a cent ans, se produit encore aujourd\u2019hui.Au cours de la campagne, on accuse les conservateurs d\u2019avoir laissé sans punition les meurtriers d\u2019un orangiste, d\u2019un fils de l\u2019Ontario.Edward Blake, sans aucune difficulté, gagne ses élections et à ce moment-là, comme dit un historien: «le prix du sang passa dans la loi ontarienne», puisque effectivement, dès qu\u2019il accède au pouvoir, Edward Blake prend des mesures pour que quiconque ramène Louis Riel soit gratifié d\u2019une somme de 5 000$.À la fin de l\u2019année, Louis Riel participe à une réunion de la Société Saint-Jean-Baptiste au collège de Saint-Boniface.C\u2019est à ce moment-là qu\u2019on attaque la maison de sa mère.Madame Riel et ses quatre enfants vont demander la protection de la police contre ces attaques: la police refuse de l\u2019accorder.John A.Macdonald se sert encore de Mgr Taché pour dire à Louis Riel qu\u2019il serait préférable qu\u2019il s\u2019en aille aux États-Unis avec son adjoint Lépine.Ottawa lui verse de l\u2019argent pour aider financièrement la famille de Riel.Ça, c\u2019est Macdonald, qui, en même temps, jure aux anglophones de l\u2019Ontario: «Je vais l\u2019attraper».Macdonald est un homme qui avait une habileté politique déconcertante.Il savait plaire aux francophones comme il savait enjôler et charmer les anglophones de l\u2019Ontario.Ce qui se passe dans l\u2019affaire Louis Riel, ce n\u2019est que le résumé de toute la vie politique de Macdonald, qui est, il faut bien se le rappeler, père de la Confédération.Louis Riel repart aux États-Unis où il restera en exil jusqu\u2019à la fin de l\u2019été.Il est pourchassé à cause de la prime de 5 000$ promise à quiconque l\u2019attraperait.On intercepte son courrier.Il L\u2019AFFAIRE RIEL 637 est bien conscient de cela.Là, Louis Riel commence à sombrer dans la psychose.Il se sent attaqué de toute part, il n\u2019a plus le soutien de personne, il se sent persécuté.Il commence donc à éprouver des troubles émotifs très profonds qui vont aller en s\u2019amplifiant.11 signe, à compter de cette époque: «Louis David Riel», puisqu\u2019il s\u2019identifie pleinement à David qui, dans la Bible, défend son peuple, prend l\u2019intérêt des siens.Riel député En 1872, il y a des élections générales.On veut l\u2019élire dans Provencher (circonscription nommée en l\u2019honneur de Mgr Pro-vencher qui a été un grand pionnier de l\u2019Ouest).Louis Riel était sûr de vaincre, car la population métisse était très majoritaire dans ce comté.Aux mêmes élections, Georges-Étienne Cartier, nous l\u2019avons vu il y a quelque temps, a été défait dans Montréal-Est.Le chef du Canada français se retrouve donc sans siège au Parlement d\u2019Ottawa.On convainc Louis Riel, par la voie de Mgr Taché, encore une fois, de céder son siège à Georges-Étienne Cartier.C\u2019est exactement ce qui arrive, et Cartier devient député de Provencher.Il n\u2019occupera pas ce poste bien longtemps, puisqu\u2019il tombe malade: en février, il part se faire soigner à Londres, où il mourra d\u2019ailleurs en mai 1872.Avant de partir, il confie à son ami Louis Archambault: «Ne vous fiez pas à Sir John, il n\u2019aime pas les Canadiens-Français».Archambault révélera ces propos après la pendaison de Riel, qui est évidemment venue confirmer la mise en garde de Cartier.Cartier mort, le siège de Provencher redevient vacant.Louis Riel se présente à l\u2019automne 1873, époque où Lépine son compagnon est arrêté pour meurtre.Louis Riel est élu.Il se rend à Montréal en passant par les États-Unis: c\u2019était plus prudent pour lui.Il s\u2019abstient, par prudence également, de prendre son siège et se réfugie à Plattsburgh, aux États-Unis.On se souvient que Georges-Étienne Cartier avait été battu dans Montréal-Est à cause du «scandale du Pacifique»: on alléguait que le parti conservateur avait reçu de l\u2019argent d\u2019un groupe d\u2019hommes d\u2019affaires pour obtenir la charte du chemin de fer transcontinental.Une commission d\u2019enquête, qui avait été réclamée par le député Huntingdon, conclut au bien-fondé de ces 638 L\u2019ACTION NATIONALE accusations.Macdonald, pris en flagrant délit, démissionne comme premier ministre du Canada, en novembre 1873.En février suivant, il y a donc des élections où les conservateurs sont battus.Riel, lui, est réélu député de Provencher.Rencontre avec Mercier Donc, à la fin de janvier 1874, il quitte Plattsburgh pour le Québec.Il séjourne à Saint-Hyacinthe, dans la famille d\u2019Honoré Mercier qui l\u2019accueille et l\u2019encourage.Honoré Mercier est alors un jeune avocat de 34 ans.Au plan politique, c\u2019est un «castor», c\u2019est-à-dire un nationaliste canadien-français.Honoré Mercier s\u2019est opposé à l\u2019entrée de la province de Québec dans la Confédération, car il était convaincu que cela entraînerait la disparition du peuple canadien-français.Mercier voyait la province de Québec comme la forteresse de la nation canadienne-française; comme un État tout à fait souverain.On ne se trompe pas en disant qu\u2019Honoré Mercier a été un indépendantiste très très convaincu, très militant.D\u2019ailleurs, il est fils d\u2019une famille de patriotes.Son père qui était de Sabrevois (sa maison est toujours là), a même été emprisonné par les autorités britanniques lors des troubles de 1837-38.Honoré Mercier est une personnalité, même s\u2019il n\u2019est pas encore premier ministre (il le deviendra plus tard, et beaucoup à cause de ce qui est arrivé à Louis Riel).Riel à Ottawa À la suite de la victoire libérale, Blake qui avait mis la tête de Riel à prix pour 5 000$, entre au cabinet d\u2019Ottawa.La session s\u2019ouvre en mars \u201974; Wilfrid Laurier prononce son premier discours.C\u2019est un jeune avocat, qui était également opposé à l\u2019entrée de la province de Québec dans la Confédération.Wilfrid Laurier avait été membre du club Saint-Jean-Baptiste qui s\u2019est opposé très fortement à l\u2019entrée du Québec au sein de la Confédération.Donc, on convainc Louis Riel de venir s\u2019enregistrer au Parlement.Le député de Rimouski, Jean-Baptiste Fiset, accompagne Riel afin qu\u2019il aille s\u2019inscrire: cet homme dont la tête est mise à prix pour 5 000$ entre très facilement dans le Parlement d\u2019Ottawa.Il va inscrire son nom dans le registre des députés, il signe, il remercie le greffier qui a pris son enregistrement.Il s\u2019en va immédiatement, puisqu\u2019il est bien conscient que, dès le lende- L\u2019AFFAIRE RIEL 639 main, on le pourchassera partout.Il se cache à Hull; il a réussi à mettre son nom sur la liste des députés et c\u2019est sûr qu\u2019au sens politique, cela aide énormément la formation du député Fiset, qui jouit des retombées de cette popularité de Riel, ici au Canada français, dans la province de Québec.Les gens, bien qu\u2019ils ne soient pas au courant de tout ce qui s\u2019est passé là-bas, éprouvent un sentiment naturel; c\u2019est ça le nationalisme! Les parlementaires, majoritairement anglophones à cette époque comme aujourd\u2019hui, ne sont pas contents de ce que vient de faire Louis Riel; ils présentent donc une motion pour l\u2019obliger à siéger.Il faudrait l\u2019unanimité; il y a une voix contre.On en adopte donc une autre pour expulser Riel.Suite à cette expulsion, il y a un autre scrutin; Riel est réélu une troisième fois, en septembre 1874.Nouvel exil À la même époque, son compagnon Lépine subit son procès; il est condamné à mort.Cependant, le Parlement commue sa peine en exil; en même temps, Riel est banni lui aussi pour cinq ans.Louis Riel, au même moment, en décembre 1874, après avoir été réélu pour une troisième fois, s\u2019exile aux États-Unis.Il s\u2019en va à Washington; il cherche du travail, auprès d\u2019un Canadien-Français qui a un haut poste à Washington, le Major Mallet, inspecteur des agences indiennes de tout l\u2019Ouest américain, qui est un ami personnel du président Grant.A Washington, Riel subit une première crise émotive grave, résultat naturel des tourments qu\u2019Ottawa et les anglophones lui infligent depuis des années.Il entend une voix qui lui dit: «Lève-toi, David, va à Montréal, dis à Mgr Bourget: \u2018Tu seras le pape du Nouveau-Monde\u2019.» Dans une vision étrange, il voit trois taureaux qui vont redresser le monde: un blanc, un rouge et un noir.Le taureau blanc, c\u2019est le comte de Chambord, prétendant au trône de France, le dernier des Bourbons de la branche aînée; le rouge, c\u2019est don Carlos, prétendant ultramontain au trône d\u2019Espagne; le noir, c\u2019est lui, Riel. 640 L\u2019ACTION NATIONALE Retour à Montréal En 1875, il revient à Montréal, geste dangereux, car il est encore sous le coup de la sentence d\u2019exil.Mais son anonymat est préservé, grâce aux nombreux amis qu\u2019il compte dans la ville, grâce aussi à la forte cohésion de la société canadienne-française.La sociabilité était beaucoup plus intense que de nos jours, à cause notamment de la force des cadres paroissiaux.Il est resté en contact avec Mgr Bourget, qui lui écrit notamment, en juillet 1875: «Dieu vous a donné une mission, qu\u2019il vous faudra accomplir en tous points».Riel conservera toute sa vie ces lettres de Mgr Bourget, pour lequel il nourrit de la vénération.Cependant, son état psychologique demeure très mauvais.Quand il voit des églises, il devient passionné, il perd littéralement la raison.Il veut entrer de force à l\u2019église de Bon-Secours.Un dimanche, il interpelle violemment le prédicateur pendant la messe.Il faut absolument faire quelque chose.En mars 1876, on le présente au docteur Lachapelle, futur président de la Société Saint-Jean-Baptiste et fondateur de l\u2019hôpital Notre-Dame.Le docteur conduit Riel à Saint-Jean-de-Dieu, où il est interné jusqu\u2019en mai, après quoi, il est transféré à l\u2019asile de Beauport, sous le nom de Louis David.Il se dit prophète, il se dit prêtre, il se dit pape: il est tout à fait obsédé par la religion.Les médecins qui le traitent diront que Riel est équilibré, sauf lorsqu\u2019il est question de politique ou de religion.Il connaît des intervalles de calme.En 1878, il quitte l\u2019asile de Beauport.C\u2019est vers cette époque qu\u2019il aurait rencontré Laurier.Dans une lettre à Blake, écrite après la mort de Riel, Laurier affirme que Riel l\u2019a favorablement impressionné, l\u2019a surpris par sa connaissance des questions internationales, tant européennes qu\u2019américaines.Mais il manifestait encore du déséquilibre, lorsque certains sujets étaient abordés.Riel retourne alors aux États-Unis, à Keeseville, dans l\u2019état de New-York.L\u2019année suivante, il regagne l\u2019Ouest, où il travaille dans une ferme.Il écrit aussi de la poésie.Au début de 1880, nouveau départ pour les États-Unis, car sa situation ici n\u2019est pas L\u2019AFFAIRE RIEL 641 facile.11 veut devenir citoyen américain, ce qu\u2019il deviendra d\u2019ailleurs.11 habite le Montana, plus précisément à Fort Shaw.Dans cet état américain, il y a des Métis, que des conflits opposent à la population américaine.Riel écrivait des discours, alimentait les chefs Métis, car c\u2019est un homme dont la réputation dépassait les frontières du Manitoba.Il épouse aux États-Unis une Métisse de 18 ans, Marguerite Monet dit Bellehumeur: ils ont deux enfants.La Saskatchewan Depuis la création du Manitoba, une quinzaine d\u2019années auparavant, la situation des Métis ne s\u2019est pas améliorée.Ils n\u2019ont pas encore obtenu les terres que le gouvernement fédéral leur avait promises.Donc, beaucoup d\u2019entre eux vendent leurs biens à des spéculateurs et vont s\u2019installer plus loin, sur la Saskatchewan.Ils y connaissent des problèmes analogues.Esquissons le contexte politique.Après la démission de Macdonald à la suite du «scandale du Pacifique», en 1873, les libéraux ont pris le pouvoir.Une grave crise économique sévissait: la seule issue, ce semblait être de terminer le chemin de fer transcontinental.Les libéraux confient cette tâche à une société publique, sans succès.En 1980, les conservateurs remportent la victoire.Macdonald redevient premier ministre, à 65 ans.Pour mener à bien le projet de ligne transcontinental, il conclut un accord avec 25 millions d\u2019acres de terre, et une protection de 25 ans contre toute concurrence.En juin 1884, Riel reçoit la visite de Gabriel Dumont, le chef des Métis de la Saskatchewan, qui lui demande de venir aider son peuple: Riel hésite, puis accepte.A son arrivée en Saskatchewan, il reçoit un accueil triomphal.Cela contribue à rassurer Riel.Il est convaincu qu\u2019il a encore sa place, et à ce moment-là, il ne faut pas se méprendre; Louis-Riel est persuadé qu\u2019il a une mission à remplir, une vocation providentielle: libérer son peuple.Il croit également que l\u2019Église de Rome ne peut que nuire et qu\u2019il faut absolument instaurer une nouvelle foi, dont Mgr Bourget serait le pape.Il ne faut pas oublier que cet homme-là a souffert énormément et que les séquelles du traitement qu\u2019on lui a réservé se manifestent de plus en plus. 642 L\u2019ACTION NATIONALE Donc, comme il l\u2019avait fait au Manitoba, une quinzaine d\u2019années auparavant, il réunit les Métis de la Saskatchewan.Ils adoptent une liste de revendications qu\u2019ils tentent d\u2019acheminer afin qu\u2019elles soient entérinées par Ottawa.Il reçoit même l\u2019appui d\u2019une certaine partie de la population anglaise de la Saskatchewan qui lui fournit son secrétaire qui va le suivre au cours de l\u2019année suivante.Riel dit carrément à celui-ci, du nom de Jackson, qu\u2019une fois qu\u2019il aura montré aux Métis comment revendiquer, il va retourner tranquillement au Montana, où il veut terminer sa vie.Il fonde l\u2019Union métisse, dont saint Joseph est le patron.Des assemblées ont lieu un peu partout.Riel présente les lettres de Mgr Bourget; il insiste beaucoup sur le caractère providentiel du rôle qu\u2019il a à jouer.Il exige qu\u2019Ottawa lui verse 35 000$ pour compenser la perte de ses biens.Pas pour mettre dans sa poche, ce n\u2019est pas son but: il voulait absolument fonder un journal, afin d\u2019alimenter la nation métisse d\u2019une réflexion nationaliste pour lui permettre de continuer son travail.Mais Ottawa refuse toujours de négocier.Alors, Louis Riel s\u2019emporte, il tente d\u2019embrigader tout le monde pour défendre ceux qui prendront les armes.Interrompant un sermon pendant la messe, Riel s\u2019avance à la balustrade et dit au prêtre: «Vous faites de la politique; ce n\u2019est pas de vos affaires.Mêlez-vous de vos affaires et je me mêlerai des miennes».Même s\u2019il s\u2019est mis en colère, Riel est toujours pieux.Il organise chez tous les Métis une grande neuvaine du 10 au 19 mars, afin de demander à saint Joseph de bien soutenir la nation métisse.Un grand rassemblement a lieu le 19, fête de ce saint.On forme un gouvernement provisoire, comme on l\u2019avait fait au Manitoba.Le procès Le 27 mars, les Métis en viennent aux prises avec la gendarmerie: c\u2019est ce que les anglophones appellent «La bataille de Duck Lake», la bataille du Lac aux Canards.Gabriel Dumont dirige 30 Métis et remporte une victoire éclatante.Riel intervient pour que cesse la bataille, pour qu\u2019on cesse de se battre, pour qu\u2019on cesse de tirer.Je rappelle que ça a toujours été un homme très modéré, et qui ne voulait pas que la violence s\u2019envenime. L\u2019AFFAIRE RIEL 643 Au même moment, au Lac des Grenouilles (les ouvrages historiques emploient souvent le nom anglais: Frog Lake), des Indiens se soulèvent et veulent se joindre à Riel.Ils attaquent un poste blanc, et font un véritable massacre; deux missionnaires sont tués.Pas besoin de vous dire que la presse a accordé beaucoup d\u2019attention à ces événements, qui ont suscité interrogations et perplexité dans la population canadienne-française du Québec.Elle voulait bien soutenir Riel.Mais si Riel était soutenu par des gens qui avaient massacré des missionnaires, inutile de vous dire combien se compliquait la situation au Québec.Le gouvernement d\u2019Ottawa envoie le général Middleton avec mille hommes en Saskatchewan.Deux bataillons canadiens-français vont se joindre à lui: un de Québec et un de Montréal.Les mille hommes vont affronter les 350 Métis, armés, retranchés à Batoche.La deuxième lutte a été tout à fait inégale et après trois jours de combat, les Métis doivent se disperser.Dumont se réfugie aux États-Unis.Louis Riel, qui se cache pendant trois jours dans les bois, autour de Batoche, finit par se rendre à Middleton.Le général l\u2019assure qu\u2019il peut compter sur sa protection.Le procès de Riel Donc, Louis Riel est arrêté, on l\u2019emprisonne, on l\u2019accuse de haute trahison, on décide de le traduire devant un tribunal, dont la composition est tout à fait irrégulière: le jury ne compte que six membres, dont aucun francophone.La présidence est assurée par le juge Richardson, magistrat «stipendiaire», c\u2019est-à-dire révocable par le gouvernement.Déjà, à Ottawa, des Canadiens-Français, dont le sénateur Trudel, dénoncent la forme de procès réservée à Louis Riel.Ils soutiennent que c\u2019est anticonstitutionnel, et que partout dans le monde britannique, chacun a le droit d\u2019être jugé par un jury composé de douze personnes qui sont ses pairs et par un juge indépendant du gouvernement.Mais le gouvernement refuse de changer la composition du jury.Le procès est fixé au 20 juillet.Les journaux anglais condamnent Riel d\u2019avance.Au Québec, la défense s\u2019organise autour de L.-O.David, qui a joué un rôle extrêmement important, tant sur la scène nationale qu\u2019au niveau de la Société Saint-Jean-Baptiste.En effet, 644 L'ACTION NATIONALE il a siégé longtemps au Conseil de la Société.C\u2019est lui, on s\u2019en souviendra, qui avait remis en question l\u2019administration de la Société, qui avait pensé à la construction du Monument national.C\u2019est lui qui avait voulu que la Société s\u2019engage dans des institutions financières, décision qui a permis aujourd\u2019hui à celle-ci de profiter d\u2019une complète indépendance financière.11 a écrit beaucoup, notamment sur l\u2019histoire: c\u2019est lui qui a réhabilité les patriotes de 1837-38 (la première édition de son ouvrage paraît en 1884).C\u2019est lui le premier qui a osé situer la démarche de ces hommes de 1837 à sa place.Il se forme des comités que Laurent-Olivier David suscite, organise, provoque dans certaines régions.On recueille de l\u2019argent, on organise la défense de Louis Riel.On n\u2019envoie pas n\u2019importe qui comme avocat; on lui envoie Charles Fitz Patrick, futur juge en chef de la Cour Suprême du Canada, ainsi que François Lemieux, qui deviendra juge en chef de la Cour Supérieure.Le procès s\u2019ouvre.Les avocats commencent par préparer des objections préliminaires.Ils demandent une suspension d\u2019un mois parce qu\u2019ils doivent préparer toute la défense, et qu\u2019ils ont besoin d\u2019avoir des témoins: ils pourraient faire venir des prêtres, des médecins, des gens qui pourraient venir attester que les facultés mentales de Riel étaient affaiblies.Les avocats demandent donc de retarder le procès d\u2019un mois pour que la défense s\u2019organise d\u2019une façon vraiment correcte et décente, pour que le procès se déroule dans les limites de la normalité.La Cour consent à faire venir deux médecins qui pourront témoigner sur l\u2019état mental de Riel.Cependant, on commencera le procès dans huit jours; procès dont l\u2019issue était tout à fait décidée d\u2019avance.Personne n\u2019a espéré un seul instant que le tribunal acquitterait Louis Riel.Le jury le trouve coupable de haute trahison, mais le recommande à la clémence du juge, Richardson; malgré cette recommandation, le juge le condamne à la pendaison.Richardson déclare qu\u2019il est absurde de prétendre que Louis Riel est fou, puisqu\u2019il sait discerner le bien du mal.Louis Riel a toujours protesté contre l\u2019allégation de folie, disant qu\u2019il n\u2019était pas fou, qu\u2019il savait ce qu\u2019il avait fait.Il était convaincu qu\u2019il avait une mission à remplir. L\u2019AFFAIRE RIEL 645 Le Canada français tout entier était persuadé que la peine de Louis Riel serait commuée en emprisonnement ou en exil.Cependant, les orangistes, qui avaient mis à prix la tête de Riel, rappelaient la mémoire de Thomas Scott.On se souviendra que Riel avait expié cela, s\u2019il avait à le faire: il avait été exilé pendant cinq ans.On ne peut pas donner deux sentences pour la même chose.Le procès de Riel est truffé d\u2019anormalités, de fausses décisions basées sur de mauvaises prémisses.John A.Macdonald, qui s\u2019appuyait sur les orangistes de l\u2019Ontario (d\u2019ailleurs les orangistes ont toujours été la base du parti conservateur en Ontario), pouvait aussi, de toute façon, compter sur la fidélité presque rampante, sûrement inacceptable, de Langevin, Caron et Chapleau.Chapleau est un grand tribun du Canada français, qui a été sur la scène québécoise longtemps avant de passer à Ottawa.Il finira lieutenant-gouverneur.Il avait déjà défendu Lépine, le compagnon de Riel, en 1873.Mais, devenu ministre à Ottawa, il ne défend pas Riel; au contraire, il le condamne, il le dénonce de toutes les manières.Tout le Canada français pense que, si Louis Riel n\u2019est pas lavé de l\u2019accusation et de la sentence qui lui a été annoncée, Chapleau va démissionner.On attend un télégramme en ce sens pendant les jours ou les heures qui précèdent l\u2019exécution, qui a été remise à deux ou trois reprises.Le 16 novembre 1885, Louis Riel est pendu à 8 heures le matin.Riel, qui a eu une très longue conversation avec son confesseur, est très calme avant de mourir, affirmant qu\u2019il ne renie rien de ce qu\u2019il a fait.Conséquences de l\u2019exécution Les jours qui suivent ce 16 novembre 1885 sont des jours de tristesse, où la consternation envahit toute la province de Québec.Certains historiens sont convaincus qu\u2019il eût été sûrement très facile à ce moment-là de proclamer la république sur le bord du Saint-Laurent, car la population trouve tout à fait inacceptable le traitement réservé à Louis Riel.Son secrétaire, l\u2019anglophone Jackson, est interné «pour la frime», comme dit Rumilly, alors que lui, l\u2019accusé francophone, l\u2019accusé canadien-français est pendu.Les Canadiens-Français sont humiliés, profondément blessés dans leur sentiment national, et ils réagissent rapidement 646 L\u2019ACTION NATIONALE et vivement.Quelques jours plus tard, Laurent-Olivier David organise une assemblée au Champ-de-Mars, cinquante mille personnes se réunissent le 22 novembre 1885, autour de trente députés, de toutes les couleurs, autant des «bleus» que des «rouges».Ils font serment devant la foule de cesser d\u2019appuyer Macdonald, de dénoncer le sort réservé aux Canadiens-Français.Wilfrid Laurier prononce un très grand discours.Puis c\u2019est la grande intervention d\u2019Honoré Mercier, qui déclare: «Riel, notre frère, est mort, victime du fanatisme de Sir John, de la trahison de quelques-uns des nôtres, qui pour garder leur portefeuille ont vendu leur frère».Des résolutions sont adoptées, stigmatisant Macdonald et les «pendards».L\u2019année suivante, le député Landry présente une motion qui invite ses collègues du Parlement d\u2019Ottawa à dénoncer la pendaison de Louis Riel.Cette motion est défaite: la plupart des Canadiens-Français votent avec Landry, surtout les libéraux canadiens-français, seize conservateurs canadiens-français, et quelques libéraux anglophones.Ceux qui votent contre sont 146: essentiellement des députés et des ministres conservateurs, dont 22 Canadiens-Français y compris Langevin, Caron, Chapleau.Le journal «l\u2019Électeur», de Québec, publie leurs noms en les faisant précéder de ce texte: «Compatriotes, gravez dans votre mémoire le nom des traîtres».On les a appelés le bataillon des pendards.Voilà l\u2019affiche, qui a servi, il y a maintenant trois ans, pour qualifier d\u2019autres personnes responsables d\u2019un geste qui s\u2019inscrit dans le sillage de ce qui a été fait, un siècle auparavant.Les Canadiens-Français perdent toute confiance dans le parti conservateur.Les résultats de la pendaison de Louis Riel, ça a été d\u2019une part, l\u2019apparition d\u2019un nouveau parti dirigé par Mercier: le parti national, composé de «rouges» et de «bleus», insatisfaits de la situation.Ce parti accédera au pouvoir l\u2019année suivante à Québec: et ce sera la grande épopée d\u2019Honoré Mercier.D\u2019autre part, Sir Wilfrid Laurier profitera de l\u2019occasion afin d\u2019élargir et de consolider ses assises politiques et électorales.11 réhabilitera le parti libéral et prendra le pouvoir quelques années plus tard.Louis Riel a été pendu il y a cent ans.Louis Riel est l\u2019illustration par excellence du traitement qui est réservé aux Canadiens-Français dans la Confédération canadienne. L\u2019AFFAIRE RIEL 647 Eh bien, on a regardé les conséquences du côté du Canada français.Du côté du Canada anglais, la pendaison de Louis Riel n\u2019a été que l\u2019occasion d\u2019ouvrir un sillon dans lequel on retrouvera le règlement 17, ainsi que l\u2019abolition des droits des francophones, dans les Maritimes, dans l\u2019Ouest, en Ontario.La pendaison de Louis Riel, c\u2019est peut-être l\u2019occasion où, comme peuple, nous avons compris quelle considération on avait pour nous, et quelle difficulté nous aurons, comme communauté, comme peuple, à occuper la place qui nous revient.Conclusion Quelles leçons peut-on tirer?Je pense qu\u2019il y a des leçons de courage, il y a des leçons de désintéressement, de don total à la patrie.On peut remarquer les défauts de Riel, on peut regretter certains de ses jugements, certains de ses comportements.Mais ce qu\u2019on ne peut que constater, c\u2019est la fidélité à son peuple, c\u2019est la loyauté aux siens, c\u2019est l\u2019amour de la patrie, et c\u2019est la pleine connaissance qu\u2019il a de lui-même.Louis Riel sera l\u2019objet de célébrations un peu partout.Il faut exiger que le Parlement canadien donne la totale et complète amnistie à Louis Riel, qui est le véritable père du Manitoba.Que cet homme serve d\u2019exemple à tous les nôtres! 648 L\u2019ACTION NATIONALE Hydro-Québec et la vie quotidienne des Québécois par le SERVICE D\u2019INFORMATION HYDRO-QUÉBEC Les retombées économiques d\u2019Hydro-Québec sont visibles, mesurables, chiffrables.La présence sociale de l\u2019entreprise est moins apparente.Quelques aspects de cette dimension sont ici présentés.En faveur des jeunes En 1985, durant quatre mois, Hydro-Québec a embauché 600 jeunes de 18 à 30 ans en quête d\u2019emploi.Cette mesure permettra à ces jeunes d\u2019acquérir une expérience facilitant leur insertion dans le monde du travail.Entre autres actions, Hydro-Québec encourage l\u2019initiative créatrice des Jeunes entreprises du Québec.À l\u2019usage de ses bureaux, elle organise la récupération du papier recyclable, créant ainsi des emplois pour de jeunes handicapés.Elle souscrit à la Fondation des Jeux du Québec.Avec d\u2019autres entreprises, elle a financé les «Festivals Podium Optimiste Jeunesse en fête» qui ont réjoui 200 000 jeunes au cours de l\u2019été 1985.Elle a aussi commandité «Les P\u2019tites vues», une série de 13 émissions à Radio-Québec sur les 80 meilleurs films réalisés par les étudiants d\u2019universités québécoises.Elle a en outre organisé le concours «J\u2019ai l\u2019eau à cœur» auquel un grand nombre de jeunes ont participé.Dans les régions, de nombreuses activités encouragent les jeunes et favorisent leur insertion sociale et leur intégration au travail.À titre d\u2019exemple, en novembre, la région de Montmorency accueillait un groupe de jeunes handicapés auditifs désireux de connaître les différents types d\u2019emplois qu\u2019Hydro-Québec pouvait leur offrir. HYDRO-QUÉBEC ET VIE QUOTIDIENNE 649 Dans le domaine culturel Hydro-Québec encourage les arts, les lettres et les sciences.Elle aide financièrement des musées, des orchestres symphoniques, des compagnies de danse, des troupes de folklore, les Grands Ballets canadiens, les Jeunesses musicales du Canada et d\u2019autres milieux artistiques.Hydro-Québec souscrit en outre des sommes importantes aux universités québécoises et à des organismes de culture.Elle participe à de nombreuses rencontres et à de multiples congrès dans toutes les régions du Québec.Préoccupations humanitaires Hydro-Québec ne vit pas uniquement d\u2019électricité et de haute technologie.Elle s\u2019intéresse à la condition de vie des Québécois.Elle souscrit généreusement, ainsi que ses employés, à la campagne Centraide; elle contribue aux Petites Sœurs des pauvres, à l\u2019Accueil Bonneau et à d\u2019autres œuvres charitables.Des centaines de ses employés distribuent des paniers de Noël à des familles défavorisées.Hydro-Québec répond à l\u2019appel de la Société canadienne de la Croix-Rouge.Elle contribue à diverses fondations vouées aux maladies du cancer, du cœur, du rein, du diabète, de l\u2019arthrite, des yeux, etc.Elle consent des dons à nombre d\u2019hôpitaux, aux pavillons des «grands brûlés» de Montréal et de Québec et à plusieurs fondations œuvrant dans le secteur de la santé.Elle collabore à un projet d\u2019étude visant à identifier les facteurs prédisposant à l\u2019artériosclérose.Elle participe activement à la semaine annuelle de la santé et de la sécurité du travail, ainsi qu\u2019à plusieurs autres activités.Valorisation de l\u2019environnement Hydro-Québec s\u2019est aussi dotée d\u2019une politique du patrimoine.Elle est soucieuse de la qualité de l\u2019environnement.Les récents travaux à la centrale de Rivière-des-Prairies illustrent cette préoccupation.Une vingtaine de mesures environnementales ont été appliquées: parc linéaire avec piste cyclable et sentiers pédestres, plate-forme de pêche sur la rive nord, passe migratoire pour l\u2019alose, aménagement d\u2019un fond pour favoriser la reproduction de la faune aquatique, etc. 650 L\u2019ACTION NATIONALE La mise en valeur d\u2019un îlot au centre-ville de Montréal s\u2019inscrit aussi dans la volonté d\u2019un aménagement urbain prestigieux et humain.Il en est ainsi du projet mis en chantier dans la Mau-ricie.Le Centre d\u2019interprétation de la culture industrielle de Sha-winigan deviendra un site où l\u2019industrie électrique sera présentée et expliquée comme une culture distincte.Par sa politique d\u2019environnement, Hydro-Québec attribue des fonds aux administrations municipales pour leur permettre d\u2019effectuer des travaux de mise en valeur du territoire, à la suite du passage d\u2019une ligne de transport.Quatorze municipalités de l\u2019Estrie viennent de bénéficier de telles subventions à la suite du tracé de la ligne Des Cantons/États-Unis.Hydro-Québec suscite plusieurs autres initiatives pour améliorer la qualité de l\u2019environnement.Citons, entre autres, l\u2019organisation de dix conférences consacrées à l\u2019aménagement urbain et tenues en octobre et novembre.Des spécialistes de réputation mondiale sont venus raconter comment ils ont aménagé des places et des espaces publics en Europe et aux États-Unis.Bref En complément de son action sociale, Hydro-Québec apporte une participation concrète à la vie quotidienne des Québécois.En 1984, elle versait aux divers gouvernements 380 millions de dollars en impôts, taxes et dividendes.Cet argent est redistribué par l\u2019État et il constitue une aide au développement des écoles, des collèges, des universités, des hôpitaux, des services sociaux et des affaires sociales. ST-JEAN-SUR-RICHELIEU 651 St-Jean-sur-Richelieu par CAROLE MERCIER Suite à une recherche d\u2019information sur la situation socioéconomique de la région de Saint-Jean-sur-Richelieu auprès des autorités locales et du Conseil économique du Haut-Richelieu, il a été constaté qu\u2019il est possible d\u2019expliquer pourquoi, depuis 1976, aucune entreprise majeure n\u2019a choisi de s\u2019implanter à Saint-Jean-sur-Richelieu.Le dernier gros effort pour promouvoir cette région a été fait en 1976 avec la parution du livre St-Jean, S!-Luc et Iberville.Depuis, plus rien sauf un dépliant de trois pages constitué en majeure partie de photographies de la région.Bien que le député de St-Jean à la Chambre des Communes du Canada ait été nommé ministre d\u2019État aux Petites entreprises sous Sinclair Stevens, ministre de l\u2019Expansion industrielle régionale, le député de Saint-Jean est à l\u2019abri de toute accusation de favoritisme, car depuis l\u2019année qu\u2019il occupe ce poste, aucune ombre de la moindre possibilité d\u2019investissement économique n\u2019est valable dans la région.Au contraire, Dominion Textile Inc., multinationale oeuvrant du textile de la région, a décidé de fermer ses portes en juin prochain.Saint-Jean n\u2019étant pas une région très industrialisée, après une description de cette région j\u2019examinerai l\u2019impact économique et social de la décision de Dominion Textile Inc.de fermer son usine de Saint-Jean-sur-Richelieu.Description générale socio-économique de la région de Saint-Jean-sur-Richelieu L\u2019agglomération de Saint-Jean-sur-Richelieu se situe à 40 km de Montréal et de la frontière américaine, et compte une population d\u2019environ 65 000 personnes.Le parc industriel implanté en 1964 a une superficie totale de 283 hectares, dont 151 sont encore disponibles.Bien que Pag- 652 L'ACTION NATIONALE glomération constitue un des plus importants carrefours de communication en Amérique du Nord, elle ne compte qu\u2019environ 80 industries, dont seulement 32 sont des industries manufacturières.Son infrastructure industrielle est plutôt diversifiée et solide.Le textile En 1975, ce secteur dominait nettement la structure industrielle de Saint-Jean-sur-Richelieu et jouait un rôle prépondérant dans l\u2019économie de la région avec plus de 47% des employés.Aujourd\u2019hui, bien que les industries de ce secteur aient obtenu beaucoup d\u2019aide des gouvernements provincial et fédéral pour leurs programmes d\u2019expansion et de développement technologique, cette industrie n\u2019emploie plus que 25% de la main-d\u2019œuvre manufacturière régionale.Agro-alimentaire En raison de la qualité des terres et d\u2019un micro-climat avantageux, ce secteur en plein essor est l\u2019objet d\u2019une attention spéciale de la part du Conseil économique de la région.Ce secteur est également desservi par une station de recherches du ministère de l\u2019Agriculture du Canada et d\u2019un programme d\u2019enseignement au C.É.G.E.P.Saint-Jean-sur-Richelieu.Mentionnons que la Société Générale de Financement a été propriétaire de la concer-verie David Lord Ltée, bien que cette entreprise fût retournée au secteur privé depuis quelques années.Fabrication mécanique et électrique Employant près de la moitié des travailleurs du secteur manufacturier de la région, ce secteur se caractérise par son abondance et sa diversité.Présentement, ce secteur constitue une excellente garantie de collaboration inter-industrie, indispensable à la région.Aéroport et Aéronautique Le ministère de la Défense nationale du Canada ayant choisi d\u2019établir l\u2019École des langues sur le site de la base militaire, la présence du Collège militaire royal et de l\u2019aéroport municipal confèrent une vocation aéronautique.Par son trafic aérien, ses infrastructures et sa main-d\u2019œuvre active, la région a tous les ST-JEAN-SUR-RICHELIEU 653 atouts nécessaires pour attirer des investissements importants en aéronautique.Le C.É.G.E.P.Saint-Jean-sur-Richelieu est la seule institution du Québec qui dispense le cours de formation en contrôle aérien.Bien que ces cours aient été suspendus par Transport Canada, le cégep s\u2019orientera vers des cours dans des domaines connexes, tels la météorologie ou le pilotage.Éducation La région se compare avantageusement aux autres régions urbaines de l\u2019Amérique du Nord quant à son réseau d\u2019enseignement élémentaire et secondaire dans les deux langues officielles du pays.La formation professionnelle et l\u2019enseignement collégial sont étroitement reliés aux exigences de l\u2019industrie et vont bien au-delà des besoins locaux et régionaux.Le ministère de la Défense nationale du Canada dispense un enseignement universitaire aux élèves-officiers du Collège militaire royal de Saint-Jean, en plus de former ses recrues à l\u2019École des langues et à l\u2019École technique des Forces canadiennes.L\u2019Université du Québec à Montréal dispense des cours aux adultes à Saint-Jean-sur-Richelieu dans certaines disciplines.La proximité de Montréal facilite l\u2019accès à la formation universitaire des résidants de cette région.Activités sociales et culturelles La région compte deux musées historiques, celui de Saint-Jean-sur-Richelieu et celui du Collège militaire royal relatant l\u2019histoire du Fort Saint-Jean, plusieurs clubs sociaux et activités pour les jeunes.Il est possible d\u2019y pratiquer plusieurs activités sportives.L\u2019été, grâce à la rivière Richelieu et au canal Chambly, toutes les activités nautiques sont possibles.Deux terrains de golf, un port de plaisance, des piscines publiques, parcs, terrains de balle-molle, soccer, tennis, etc.sont très bien entretenus.L\u2019hiver, le ministère des Loisirs, en collaboration avec la ville de Saint-Jean-sur-Richelieu et les clubs sociaux, aménage une patinoire extérieure sur le canal Chambly, d\u2019une longueur de 2 km.Depuis deux ans, les Johannais sont fiers d\u2019accueillir le Festival des Montgolfières, où pendant une semaine, des pilotes de divers pays et de plusieurs provinces viennent démontrer leur 654 L\u2019ACTION NATIONALE savoir-faire.La venue de cette activité à la fin du mois d\u2019août a contribué à faire connaître cette région.Les organisateurs se proposent de présenter une compétition à sanction internationale, l\u2019été 1986.Transport La région possède aussi un réseau complet de transport.Le réseau d\u2019autoroutes relie en quelques minutes seulement Montréal et les États frontaliers de New York et du Vermont.Le transport aérien, avec un aéroport régional doté de trois pistes d\u2019atterrissage et les aéroports internationaux de Dorval et Mirabel situés repectivement à 55 et 80 km de la région, sont aussi un atout.Le transport fluvial par la voie maritime du Saint-Laurent et le port de Montréal à proximité.Quant au transport ferroviaire, Saint-Jean fut la première ville du Canada à être reliée par chemin de fer avec Laprairie.Les deux réseaux ferroviaires canadiens desservent la région.Le transport ferroviaire des États frontaliers américains traverse Saint-Jean-sur-Richelieu, y compris le transport de passagers par le service Amtrak.Autres En plus des secteurs que la région a choisi de placer en priorité, Saint-Jean-sur-Richelieu possède des industries dans les secteurs suivants: caoutchouc, bois, meubles, papiers et produits connexes, produits métallurgiques, matériel de transport, minier (pierre concassée) et chimiques.Bien qu\u2019elle ne compte que neuf multinationales, la région de Saint-Jean-sur-Richelieu offre des possibilités presque illimitées de services de sous-traitance dans un grand nombre de petites et moyennes entreprises, sans oublier le secteur de la construction domiciliaire, ainsi que des professionnels compétents dans plusieurs domaines, tels avocat, notaire, architecte, ingénieur, comptable, etc.Le contexte régional situé, examinons maintenant le cas particulier de l\u2019usine Tissage Richelieu, propriété de Dominion Textile Inc. ST-JEAN-SUR-RICHELIEU 655 Historique de l\u2019implantation de Dominion Textile à Saint-Jean-sur-Richelieu Construite en 1964, l\u2019usine Tissage Richelieu de Dominion Textile Inc.devait constituer au départ, et constitue jusqu\u2019à ce jour, un véritable joyau de l\u2019industrie canadienne des textiles.On y mettait en pratique les données les plus récentes de la technologie moderne en matière d\u2019équipement.La machinerie servant à la production du tissu grège est localisée au centre du vaste bâtiment.La ceinture de bureaux d\u2019administration et d\u2019ateliers protège le corridor de production contre les écarts soudains de température extérieure.L\u2019usine de Saint-Jean-sur-Richelieu a donc bel et bien été conçue pour le type de climat que nous connaissons.Elle a été la première au Canada à être dotée d\u2019un système facilitant, de façon optimale, le contrôle de la température et de l\u2019humidité, contrôle primoridal en usine textile.Dotée d\u2019un équipement hautement technologique dès le début, des investissements soutenus dont l\u2019installation de métiers à filer à bout libéré constituait en effet une première à Dominion Textile, ont maintenu l\u2019usine de Saint-Jean-sur-Richelieu à la fine pointe de l\u2019évolution technologique.L\u2019usine de Saint-Jean-sur-Richelieu est considérée comme l\u2019un des complexes textiles les plus modernes d\u2019Amérique du Nord, à un point tel que des techniciens de plusieurs pays sont venus la visiter pour s\u2019inspirer des nouveaux concepts mis en application.On évalue sa production hebdomadaire à 500 000 mètres et le coût de remplacement de l\u2019usine à environ 100 millions $.L\u2019usine est conçue pour s\u2019adapter rapidement aux besoins sans cesse changeants de la mode et aux exigences du consommateur.Sa force et sa valeur viennent du fait que sa production est axée sur l\u2019aspect flexibilité.Cette usine de tissage produit surtout des broadcloths, armures, satinettes à doublures, popelines et tissus à poche en coton et mélange de polyester/coton.On y produit aussi bien du denim pour vêtements sports ou vêtements de travail que des velours côtelés, des tissus pour uniformes, pour chemises et chemisiers et divers tissus pour vêtements de détente portant tous l\u2019étiquette TEX-MADE.Les tissus sont ensuite expédiés aux usines de finition de Dominion Textile, où la teinture, l\u2019impression et l\u2019apprêt final leur donnent la texture et les coloris qui en font, sans l\u2019ombre d\u2019un doute, des produits hautement recherchés par les consommateurs. 656 L\u2019ACTION NATIONALE C\u2019est grâce à son équipement avant-gardiste et à la compétence de 450 employés recrutés parmi la main-d\u2019œuvre disponible à Saint-Jean-sur-Richelieu, formés sur les lieux lors de la mise en opération, que l\u2019usine de Tissage Richelieu constitue un maillon très important du vaste ensemble industriel de Dominion Textile Inc.Dominion Textile Inc.est le manufacturier de textiles et de produits connexes le plus important du Canada qui exploite 35 usines dont 22 au Canada et 14 au Québec.84% de ses actionnaires sont des résidants du Québec et son principal actionnaire est la Caisse de dépôt et de placement du Québec, qui possède 16,4% des actions ordinaires.Pour l\u2019ensemble de l\u2019industrie du textile nord-américaine, 1985 est une période de non-rentabilité.Au Canada, on a vu disparaître un concurrent important, Wabasso.Le marché en général a été très incertain et hautement concurrentiel.L\u2019élément clé de l\u2019avenir du textile est le renouvellement prévu pour 1986 de l\u2019Accord multifibre qui réglemente l\u2019accès ordonné des marchés des pays développés par les producteurs textiles des pays en voie de développement.La possibilité d\u2019élargissement des échanges commerciaux avec les États-Unis n\u2019a rien pour amoindrir l\u2019incertitude dans ce domaine, sachant qu\u2019aux États-Unis les coûts de construction et des salaires sont moins élevés, la plus grande souplesse d\u2019exploitation accordée au management et l\u2019attrait d\u2019un marché beaucoup plus vaste.Dominion Textile mentionne aussi que le conflit de travail connu dans quatre de ses usines (Saint-Jean, Saint-Thimothée, Valleyfield et Hawkesbury) n\u2019est pas étranger à sa piètre performance au premier trimestre de 1985.C\u2019est plus de 21 000 emplois, au Québec, qui disparaîtront dans le secteur du vêtement, si la situation ne se redresse pas.Voyons maintenant la situation de Saint-Jean-sur-Richelieu.Sur les 5 057 emplois dans le textile perdus en 1982-1983 et 1984 au Québec, 15,4% de ces pertes toucheraient la population de Saint-Jean-sur-Richelieu, dont 63% provenaient de l\u2019usine Tissage Richelieu de Dominion Textile, et maintenant 464 autres emplois directs sont menacés. ST JEAN-SUR-RICHELIEU 657 Calendrier des événements marquants de 1985 30 avril: Dominion Textile décrète le lock-out.9 mai: Les parties sont convoquées.Dominion Textile présente une offre modifiée non négociable et se retire de la table de négociation.5 juin: Le conciliateur convoque les parties à se rencontrer au ministère; la compagnie reste sur ses positions et refuse de négocier.15 août: Dominion Textile annonce officiellement son intention de fermer l\u2019usine Tissage Richelieu de Saint-Jean-sur-Richelieu et Salaberry-de-Valleyfild.20 août: Par voie de scrutin secret, les employés de l\u2019usine de Saint-Jean-sur-Richelieu (68%) votent pour le retour au travail.22\taoût: La C.S.D.approche André Bissonnette, ministre d\u2019État aux Petites entreprises et député de Saint-Jean, pour lui demander d\u2019enquêter sur les subventions reçues par la compagnie et d\u2019intervenir dans la décision de la compagnie.5 septembre: Formation d\u2019un comité de maintien des emplois de Saint-Jean-sur-Richelieu constitué de la majorité du conseil d\u2019administration du Conseil économique du Haut-Richelieu, des maires des municipalités environnantes, du président syndical C.S.D.Domtex et autres personnalités influentes de Saint-Jean-sur-Richelieu.23\toctobre: Dominion Textile reporte la date de fermeture des usines au 30 juin 1986, initialement prévue pour le début d\u2019avril.24\toctobre: Remise d\u2019une pétition de 40 000 noms en faveur du maintien des emplois dans les usines de Saint-Jean-sur-Richelieu et Valleyfield par les comités de maintien d\u2019emplois de ces deux usines aux ministres Sinclair Stevens (Expansion industrielle régionale) et James F.Kelleherk (Commerce extérieur).La réponse donnée par le président et chef de l\u2019administration de Dominion Textile sur la décision de fermer une usine aussi moderne et avant-gardiste que celle de Tissage Richelieu (Saint-Jean-sur-Richelieu) plutôt qu\u2019une vieille usine est la suivante: Étant donné la situation du marché, le choix de l\u2019usine à fermer a été principalement une question de produits et de considéra- 658 L\u2019ACTION NATIONALE tions physiques.Chacune de nos usines possède ses caractéristiques et ses propres capacités de production.Nous avons d\u2019abord tenu compte de la gamme des produits que nous voulons mettre en marché en relation avec les besoins futurs de ce marché et avec sa rentabilité.Puis nous avons considéré la flexibilité et l\u2019équilibre de notre ensemble manufacturier.L\u2019un des facteurs clés a été l\u2019étude sur la meilleure façon d\u2019optimiser l\u2019utilisation de l\u2019équipement le plus moderne que nous ayons.Le redéploiement de l\u2019équipement de Richelieu vers nos autres usines au Canada se traduira par une réduction des coûts de production et une amélioration de la qualité pour certains produits clés qui, à cause de leur variété, ne peuvent pas être produits dans une seule usine.Nous réaliserons cet objectif sans recourir à des investissements substantiels qui autrement auraient été nécessaires.Les coûts seront réduits et le point mort de notre commerce des tissus vestimentaires sera également réduit de plusieurs millions de dollars.Le coût net de la fermeture de l\u2019usine ne sera pas élevé, même si l\u2019on inclut les paies de séparation avantageuses remises aux employés mis à pied.L\u2019équipement de Richelieu sera réinstallé dans d\u2019autres usines où les contrats de travail comportent des conditions permettant la flexibilité d\u2019exploitation désirée.Généralement parlant, ces contrats nous donnent l\u2019occasion de faire fonctionner notre équipement sur des horaires de 7 jours et de maximiser ainsi la production de l\u2019équipement récent tout en réduisant la nécessité d\u2019investissements futurs8.Ce que la C.S.D.en pense.La C.S.D.trouve que Dominion Textile est incohérente et joue avec le feu, tel qu\u2019il appert dans une édition spéciale du journal La base dont voici un extrait: Curieusement, les explications du directeur de l\u2019usine de St-Jean entrent en contradiction avec la position officielle de la compagnie.M.Lapierre soutient en effet que l\u2019usine est suffisamment moderne pour produire un tissu de qualité à des coûts de production acceptables.Une position qui entre en conflit avec les explications de la compagnie qui a toujours soutenu ST-JEAN-SUR-RICHELIEU 659 qu\u2019elle ne ferme que des usines anciennes et non-rentables.D\u2019ailleurs, sur ce point précis, M.Lapierre a admis qu\u2019il en coûtera 4 à 5 millions de $ pour déménager la machinerie d\u2019une usine ultramoderne (St-Jean) vers des usines beaucoup plus anciennes.Chose certaine, le motif de la fermeture n\u2019a sûrement rien à voir avec une question de main-d\u2019œuvre, puisque les travailleurs et travailleuses de St-Jean et de Valleyfield sont hautement qualifiés pour faire leur travail.Non: si l\u2019on veut obtenir une réponse à cette question, il faut chercher du côté des relations de travail.Il faut aussi se rappeler que M.Lapierre, administrateur qui n\u2019a rien fait pour améliorer le climat des relations de travail pendant le conflit, a été directeur, en 1983, de l\u2019usine Gault de Valleyfield au moment où cette dernière a fermé ses portes.Les deux usines que Dominion Textile Inc.veut fermer sont justement celles que Ton a entrepris de moderniser à grands frais durant les dernières années.Dominion Textile Inc.a donc voulu simplement casser le syndicat de ces deux usines réputées pour des relations les plus difficiles de la compagnie.Impacts sociaux-économiques de la décision de Dominion Textile Inc.de fermer son usine de Saint-Jean-sur-Richelieu L\u2019économie du Haut-Richelieu n\u2019est pas une autarcie et s\u2019avère fortement tributaire du secteur du textile, bonnetterie et vêtement.Pour cette région, le principal problème depuis dix ans étant le chômage (environ 12%), cette perte d\u2019emploi serait quasi catastrophique pour le secteur.Impacts économiques5 Salariés: Nombre de salarié-e-s syndiqué-e-s qui risquent de perdre leur emploi à la suite de la décision de la D.T.\t464 316 148 \u2014\tHommes \u2014\tFemmes (68,1%) (31,9%) 660 L\u2019ACTION NATIONALE Âge moyen \u2014 34 ans Total des individus directement touchés: \u2014\tSalarié-e-s\t464 \u2014\tConjoint-e-s\t310 \u2014\tEnfants à charge\t386 TOTAL\t1 110 Taille moyenne des ménages: 2.7 individus par ménage Statut résidentiel: \u2014\tpropriétaires\t203 \u2014\tlocataires\t261 Masse salariale en jeu: \u2014\tannuellement\t12 000 000$ \u2014\ten incluant l\u2019effet d\u2019entraînement local 13 800 000$ Taxation municipale en jeu: \u2014\tTaxe d\u2019affaire et taxe foncière\t150 000$ Emplois indirects: \u2014\tun minimum d\u2019emplois pour les corn- 120 merces, les sous-traitants et les pourvoyeurs de services.Les pertes de salaire de la première année seront compensées en partie par des prestations d\u2019assurance-chômage versées par le gouvernement suivies de prestations de Bien-être social.Donc, des coûts pour l\u2019État en plus de manque à gagner au niveau des différents impôts.La possibilité d\u2019une centaine de travailleurs quittant la région perturberait sans doute le marché de l\u2019habitation, tant celui de la location de logements que celui de la revente de propriétés.Un effet secondaire pourrait amener une réduction de la construction domiciliaire, un manque à gagner pour l\u2019industrie de la construction et pertes d\u2019emplois supplémentaires.Cadres: Environ 50 employés cadres seront relocalisés ou mis à pied, dont 60% sont propriétaires de maison.Impacts sociaux Au moins 750 conjoints et enfants seront impliqués directement par ces mises à pied. ST-JEAN-SUR-RICHELIEU 661 Au cours des dernières années, certaines régions ont subi des événements socio-économiques catastrophiques, tels: \u2014\tgrève de Marine Industries à Sorel; \u2014\tfermeture de la mine Bell Asbestos à Thetford Mines; \u2014\tfermeture de PIron Ore à Sept-îles; \u2014\tdémolition totale de la ville de Gagnon; \u2014\tmenace de fermeture de Domtar à East Angus; \u2014\tfermeture des usines de sciage en Gaspésie; \u2014\tetc.Contrairement à d\u2019autres régions, Saint-Jean peut difficilement subir une telle catastrophe économique.Le fait de la présence d\u2019emplois sécuritaires auprès de super-employeurs à l\u2019abri de faillites quasi insensibles aux fluctuations économiques, tels que: Gouvernement fédéral \u2014\tMinistère de la Défense nationale: École des langues, base militaire: 1 346 employés permanents et 1 220 étudiants Collège militaire royal: 363 employés permanents et 592 étudiants \u2014\tEmploi et Immigration Canada \u2014\tAgriculture \u2014 Station de recherches \u2014\tDouanes \u2014\tGendarmerie Royale du Canada Gouvernement provincial \u2014\tMinistère de l\u2019Éducation: C.É.G.E.P.Saint-Jean-sur-Richelieu: 385 employés permanents et 2 564 étudiants \u2014\tDeux polyvalentes \u2014\tÉcoles primaires et secondaires \u2014\tMinistère des Affaires Sociales: Hôpital du Haut-Richelieu et Résidence Richelieu (personnes âgées) C.L.S.C.Vallée des Forts Le Renfort Inc.(handicapés physiques et mentaux) \u2014\tMinistère de la Justice: Palais de Justice Sûreté du Québec 662 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014 Ministère des Transports: Centre d\u2019entretien des routes.Bien que nous n\u2019ayons énuméré que les principaux organismes gouvernementaux et para-gouvernementaux, il est facile de constater qu\u2019ils constituent le principal bassin d\u2019emplois de la région pour ainsi réduire l\u2019impact d\u2019événements catastrophiques de pertes d\u2019emplois pour la région.Nous pouvons également poser la question de savoir si ce bassin d\u2019emplois «ultra-stable» n\u2019expliquerait pas la léthargie des autorités locales à attirer de nouvelles industries dans la région.En conclusion, une mince lueur d\u2019espoir subsiste pour les salariés de Saint-Jean-sur-Richelieu.Dominion Textile Inc., suite aux pressions des comités de maintien des emplois et des deux paliers de gouvernements, a repoussé la date de fermeture au 30 juin 1986: ils ont donc gagné trois mois de sursis.En plus, la C.S.D.fait des pressions au niveau de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, principale actionnaire de Dominion Textile Inc.La C.S.D.a demandé une enquête sur les subventions reçues et à recevoir du gouvernement fédéral par cette compagnie.Cette fermeture d\u2019usine liée à un conflit syndical ne constitue pas un fait nouveau pour Saint-Jean-sur-Richelieu: rappelons-nous la fermeture, à une époque antérieure, de l\u2019usine Singer déménagée à Thurso dans un contexte similaire.De toute évidence, ce ne sont pas les déclarations du député fédéral de Saint-Jean, André Bissonnette, ministre d\u2019État aux petites entreprises, qui permettent de redonner espoir aux employés de Saint-Jean-sur-Richelieu.Il a déclaré: «On a bon espoir de faire autre chose avec cette usine si Dominion Textile ne change pas ses positions.» ST-JE AN-SU R-RICHELIEU 663 Références: 1.\tCommissariat Industriel, Profil Communautaire St-Jean, St-Luc, Iberville 1975-1976, Société des Éditions Montréalaises Inc., 1976.2.\tConseil Économique du Haut-Richelieu, Haut-Richelieu \u2014 Région d'Avenir\u2014 St-Jean-sur-Richelieu, Iberville, St-Luc, 1985.7 pages.3.\tConseil Économique du Haut-Richelieu,Rapport préliminaire sur l\u2019impact économique et social de la décision de Dominion Textile de fermer les usines de St-Jean-sur-Richelieu et de Valleyfield, sept.1985.4.\tC.S.D., La politique commerciale canadienne dans les secteurs du textile, de la bonnetterie et de l\u2019habillement: La nécessaire modernisation, Mémoire soumis à la Commission du Textile et du Vêtement, avril 1975.5.\tC.S.D., Spécial Textile et Vêtement, Sauvons les emplois chez Dominion Textile, Journal La Base, Édition spéciale, vol.2, n° 1, octobre 1985.6.\tDominion Textile Inc., Usine Richelieu.7.\tDominion Textile Inc., Rapport Annuel 1985.8.\tDominion Textile Inc., Ier Trimestre, Faits saillants de l\u2019assemblée annuelle de 1985 et rapport intérimaire pour le trimestre terminé en septembre 1985.9.\tJounal Le Canada Français, p.A-12, 4 sept, 1985; p.A-l et A-5, 18 sept.1985; p.A-4, 2 oct.1985; p.A-2, 16 oct.1985; p.A-25, 23 oct.1985; p.A-17, 30oct.1985.10.\tJournal La Nouvelle, p.5, 29 sept.1985. 664 L\u2019ACTION NATIONALE Un retour aux sources s\u2019impose au Parti québécois par PAUL GRENIER La stratégie fédérale à l\u2019endroit du Québec consiste à vaincre les nationalistes québécois par l\u2019usure, et Dieu sait combien d\u2019entre eux se sentent las, depuis l\u2019échec du référendum, puis la déplorable scission qui est survenue au sein du Parti québécois, et enfin la défaite cinglante de ce parti le 2 décembre 1985.À lire les éditoriaux des différents journaux de la province, on croirait que le nationalisme québécois est bel et bien mort, surtout depuis le Requiem gratuit, que l\u2019ambassadeur américain Thomas Niles, a tenu à prononcer sur ses restes le 23 décembre dernier à Québec.Mais l\u2019histoire nous enseigne que le patriotisme se ravive davantage dans la défaite que durant les jours de gloire.Le Québec peut donc s\u2019attendre à une remontée prochaine du mouvement nationaliste.Afin d\u2019aider les nationalistes dans leur réflexion prérelance, je leur offre le résultat d\u2019une analyse personnelle de la situation socio-politique du Québec d\u2019aujourd\u2019hui.Cette analyse, accompagnée de suggestions, se veut une opération de balisage.Deux constats importants A) La méconnaissance de notre histoire nationale Le grand mérite de René Lévesque dans son virage vers le beau risque conservateur aura été de permettre à la jeune génération nationaliste, marquée par la désinformation au niveau de son histoire nationale, de gravir quelques marches de plus, vers le degré de maturité politique des doyens du Mouvement Nationaliste Québécois, en vivant ses propres déboires sur le plan électoral.Est-il besoin de dire que cette désinformation qui a taxé également tous les jeunes québécois depuis deux décennies contri- UN RETOUR AUX SOURCES S\u2019IMPOSE 665 bue à les figer dans leur vision pragmatique et ultra-matérielle de la vie.Et c\u2019est ce comportement des jeunes qui développe à son tour une belle indifférence communicative à l\u2019endroit de notre survivance nationale.C\u2019est dans la méconnaissance ou l\u2019oubli des salutaires leçons de son passé qu\u2019un peuple se laisse assimiler le sourire aux lèvres.Les minorités francophones des provinces de l\u2019Ouest, de l\u2019Ontario, et des Maritimes, décimées par l\u2019assimilation, ont vécu bien avant nous l\u2019étape de la désinformation au niveau de leur histoire nationale.Un rattrapage tardif mais encourageant au niveau de l\u2019enseignement de notre histoire national.Le rattrapage qui s\u2019est amorcé depuis trois ans au niveau de l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale dans nos écoles est tout à l\u2019honneur du Parti québécois.Il y a lieu d\u2019espérer que le gouvernement libéral actuel favorise le vigoureux programme en cours, et contribue à en faciliter l\u2019accès aux jeunes adultes qui, depuis deux décades, en ont été privés par les programmes d\u2019éducation des adultes.B) Un obstacle que les Québécois dressent eux-mêmes sur le chemin de leur souveraineté La recherche obsédante du mieux-être matériel L\u2019engouement généralisé des Québécois pour les biens de consommation, lequel se manifeste éloquemment par la recherche constante du confort, la planification régulière des voyages, et la rentabilisation de plus en plus raffinée des acquis financiers, constitue un obstacle quasi infranchissable, sur la route de la souveraineté.L\u2019appréhension d\u2019un dérangement constitutionnel, susceptible d\u2019affecter les habitudes de vie, provoque une insécurité que les Québécos ne tolèrent pas.Mais, si justes que soient les revendications constitutionnelles du Mouvement National des Québécois, ou si fignolé que soit le programme électoral du Parti québécois, ces facteurs ne font pas le poids, devant les préoccupations d\u2019ordre matériel, qui accaparent de plus en plus les nôtres.Tout àplatvenlrisme gouvernemental, devant cette attitude populaire largement répandues, fût-il péquiste ou libéral, ne contribuera qu\u2019à dégrader 666 L\u2019ACTION NATIONALE davantage une situation économique nationale fort mal en point.Commentaires I\t\u2014 Nous pouvons à loisir accuser les divers gouvernements qui se sont succédé à Ottawa des pires machinations à l\u2019endroit du Québec, mais l\u2019œil du Québécois averti remarque que l\u2019essentiel de la stratégie fédérale repose sur l\u2019exploitation de nos faiblesses nationales.Durant la campagne référendaire, entre autres, les stratèges fédéraux ont adroitement fait vibrer la corde sensible de la sécurité matérielle et du confort institutionnalisé que procure le régime fédéral actuel, pour contrer l\u2019objectif péquiste futur mais pourtant concret et profitable de la pleine maîtrise des leviers de contrôle, de notre économie et de notre culture.Au cours de cette même période référendaire, la stratégie de l\u2019épouvantail brillamment concrétisée par les ministres Jean Marchand et Marc Lalonde, lors des manifestations théâtrales de la Brinks et du F.L.Q., a permis de mettre en évidence un gouvernement fédéral bivalent, qui apeure de la main gauche mais rassure de la main droite.Il semble bien que pour une majorité de Québécois au calcul rapide, mais égocentrique, un tiens bien pour la génération actuelle, vaut mieux que deux tu l\u2019auras pour les générations futures.II\t\u2014 De plus les stratèges fédéraux de la campagne du non ont habilement gardé au second plan les enjeux culturels importants du référendum, profitant ainsi de la complicité de la désinformation du peuple québécois, au niveau de son histoire nationale.La mutation récente du biculturalisme canadien en multiculturalisme consistait en un enterrement de première classe, pour le statut particulier que réclamaient depuis longtemps pour leur province les nationalistes québécois.Or les fédéralistes, qui avaient intérêt à ne pas réveiller un mauvais souvenir autant dans l\u2019ensemble du peuple québécois que chez leurs amis nationalistes, non encore convertis à la cause de la souveraineté du Québec, furent très discrets sur leur politique multiculturaliste, durant la campagne référendaire. UN RETOUR AUX SOURCES S\u2019IMPOSE 667 Les facteurs qui favorisent le retour du Parti québécois à son programme d'action initiai A) La stratégie assimilatrice permanente du Canada anglais Les deux maîtres d\u2019œuvre de cette stratégie depuis les débuts de la Confédération sont: I\t\u2014 Les bailleurs de fonds des deux grands partis politiques canadiens.II\t\u2014 Leur allié et fidèle serviteur, le haut fonctionnarisme canadien.I\t\u2014 Les bailleurs de fonds des deux grand partis politiques canadiens Depuis 1760, les commerçants et financiers anglophones ont toujours été les maîtres-d\u2019œuvre de la politique canadienne et c\u2019est dans une continuité d\u2019action que se manifestent encore aujourd\u2019hui les grandes compagnies anglo-canadiennes, assistées depuis plusieurs décades de leurs homologues américains.Citons, entre autres, la Compagnie Canadien Pacifique, l\u2019Imperial Oil, le Wheat Pool des provinces de l\u2019ouest, la Compagnie de téléphone Bell, etc.Principales bailleresses de fonds des deux grands partis politiques canadiens, ces entreprises tissent avec les fibres de leurs intérêts personnels et communs la toile de fond de l\u2019unité canadienne.II\t\u2014 Le haut fonctionnarisme canadien Il faut être aveugle pour ne pas remarquer la continuité d\u2019action du haut fonctionnarisme canadien depuis un siècle.L\u2019alternance des deux grands partis (libéral et conservateur) n\u2019affecte en rien cette continuité, et c\u2019est dans la plus pure tradition fédérale que ces derniers propulsent aux plus hauts paliers du fonctionnarisme les serviteurs publics qui ont manifesté le plus éloquemment, par leurs convictions et leur savoir-faire, leur attachement à la constitution canadienne.Paul Tellier, qui fut concepteur et coordonnateur de la campagne du non, lors du référendum québécois, tenu sous le règne libéral de Pierre-Elliott Trudeau, a été nommé il y a quelques mois greffier du Conseil Privé et secrétaire de cabinet du premier ministre Mulroney. 668 L\u2019ACTION NATIONALE Ce fait témoigne de la similitude de pensée qui anime les deux grands partis politiques canadiens dans leur programmation de l\u2019unité canadienne; similitude de pensée, qui ne peut s\u2019expliquer autrement que par le respect des ordres édictés, par le même groupe de bailleurs de fonds.B)\tLa versatilité du fair play fédéral à l\u2019endroit du Québec Après s\u2019être compromis avantageusement pour le Parti québécois dans le projet de la Compagnie Hyundai à Bromont, le gouvernement Mulroney fut soudainement préoccupé par un souci de fair play, face à la campagne électorale québécoise.Pourtant conscient de la position inconfortable de son allié québécois de la dernière élection fédérale, lequel tirait de l\u2019arrière dans les sondages, le gouvernement conservateur a cédé devant les pressions combinées du parti libéral fédéral et de son homologue du Québec, et il ne donna pas suite aux dossiers déjà fort engagés d\u2019une usine de papier à Matane et de l\u2019usine I.T.T.de Port Cartier.Des dossiers qui, sans être en mesure d\u2019affecter de façon appréciable le résultat final de l\u2019élection en cours, auraient pu redorer le blason du Parti québécois dans les régions concernées, s\u2019ils avaient été fermés avant l\u2019élection.Cinq ans plus tôt le gouvernement libéral de Pierre-Elliott Trudeau ne s\u2019était pourtant pas embarrassé de considérations protocolaires, lorsqu\u2019il engouffra sans aucun scrupule les sept millions de dollars du budget fédéral référendaire dans la seule campagne du non, ignorant le fait que les impôts péquistes étaient joyeusement encaissés par Ottawa, depuis au-delà d\u2019une décade.Ce faisant Pierre- Elliott Trudeau détruisait l\u2019équilibre financier accepté par les forces québécoises du oui et du non.Il est toujours étonnant de constater la versatilité du fair play fédéral qui se manifeste, ou s\u2019esquive, suivant les besoins de l\u2019heure de l\u2019unité canadienne.C)\tL\u2019ingérence assidue du gouvernement américain dans les affaires internes du Canada Passé maître dans l\u2019art d\u2019imposer /\u2019American Way of Life à tous ses voisins des trois Amériques via les dictats de la doctrine Munro, le gouvernement américain suit de près les politiques étrangères, énergique, culturelle, et environnementale du UN RETOUR AUX SOURCES S\u2019IMPOSE 669 Canada, afin de protéger ses intérêts en terre canadienne.Le Québec en particulier, depuis l\u2019avènement du Parti québécois, fait l\u2019objet d\u2019une surveillance étroite de la part de Washington.Trois faits récents démontrent la volonté américaine de freiner les tentatives d\u2019autodétermination de la part du peuple québécois.I\t\u2014 La participation américaine indirecte au référendum québécois Ce fut un club social, d\u2019allégeance américaine, le club Rotary d\u2019Halifax, qui aura la pétition pan-canadienne en faveur du nom au référendum.II\t\u2014 L'histoire écourtée du bill 109 L\u2019intervention directe du Secrétariat d\u2019État américain, le 27 novembre 1985, pour bloquer la présentation à l\u2019Assemblée Nationale du projet de loi 109 concernant l\u2019industrie cinématographique québécoise, constitue comme bien d\u2019autres ingérences, un exemple «frappant» de l\u2019arrogance des intérêts américains.III\t\u2014 Les négociations canado-américaines sur le libre-échange L\u2019insistance de Washington pour inclure son industrie culturelle dans les négociations actuelles sur le libre-échange avec le Canada témoigne de la volonté américaine d\u2019utiliser sa culture comme cheval de Troie, afin de promouvoir ses intérêts politico-économiques en terre canadienne et particulièrement québécoise.Commentaires Pour résister à l\u2019envahissement de la culture américaine au québec, il est impensable de compter sur la résistance de la culture anglo-canadienne, de plus en plus perméable à l\u2019influence de sa consœur d\u2019outre 45e, avec laquelle, d\u2019ailleurs, elle a beaucoup d\u2019affinités.Seul un mouvement nationaliste fort, épaulé par un parti politique possédant une motivation identique à la sienne, concernant le fait français au Québec, peut contrer efficacement, 670 L'ACTION NATIONALE l\u2019influence combinée des cultures américaine et anglo-canadienne en territoire québécois.Un retour aux sources s\u2019impose au Parti québécois Compte tenu des informations qui précèdent, il est impérieux pour le Parti québécois de rajuster sa stratégie électorale, en droite ligne sur l\u2019objectif de la souveraineté, et d\u2019y maintenir son cap.Les trépignements d\u2019impatience, les bifurcations, ou encore l\u2019acharnement à élaborer des politiques à court terme susceptibles d\u2019influencer favorablement les sondages, tous ces exercices ne serviront qu\u2019à démontrer une profonde inquiétude, qui insé-curisera le peuple au lieu de le rassurer.Patience et longueur de temps, secondées par une vigoureuse et sereine politique d\u2019information, favoriseront davantage l\u2019évolution tant espérée des mentalités.De plus, un changement s\u2019impose dans la philosophie d\u2019action du Parti québécois.Après une décade de militantisme, les péquistes ont intérêt à reconnaître les limites de leurs moyens, pour résoudre certains problèmes socio-économiques qui réclament des changements radicaux d\u2019attitudes de la part des citoyens.Un parti comme le Parti québécois, qui se targue de pragmatisme, devrait être en mesure de faire siennes les attitudes bénéfiques utilisées par nos ancêtres, dans leur vie familiale et communautaire.En termes concrets, il n\u2019y a rien de dévalorisant, bien au contraire, dans le fait de recourir à l\u2019aide de la Providence, lorsqu\u2019on se voit bloqué dans une impasse, particulièrement lorsque le phénomène survient sur la route qui conduit à l\u2019autodétermination du peuple québécois.Une mise au point s\u2019impose également Plusieurs adversaires de la souveraineté québécoise verront sans doute, dans ce réenlignement suggéré vers la Foi de nos ancêtres, une manœuvre opportuniste du Parti québécois pour s\u2019attirer un secteur de la population, qui lui a échappé jusqu ici, malgré les louables efforts d\u2019approche de ses membres dans toutes les régions du québec. UN RETOUR AUX SOURCES S'IMPOSE 671 Mais, la défaveur qui a marqué jusqu\u2019ici le Parti québécois au niveau du vote des institutions et regroupements religieux du Québec, s\u2019explique par l\u2019omniprésence syndicale qui s\u2019est largement manifestée au sein du Parti québécois depuis sa fondation, et qui a beaucoup influencé l\u2019étiquette de groupe politique peu pratiquant dont on a affublé injustement ce Parti depuis plusieurs années.Pourtant les syndicats, comme le Parti québécois, abstraction faite de quelques têtes d\u2019affiche, reflètent assez fidèlement, si l\u2019on considère l\u2019ensemble des membres de la base, la situation religieuse de la population québécoise en général.Or, par une ironie du sort, une majorité de syndicalistes, particulièrement au niveau du fonctionnarisme québécois, se retrouvent aujourd\u2019hui dans le camp libéral.Mais, peu importe les réactions que suscitera le retour aux sources proposés au Parti québécois, le temps est venu de démystifier la fausse image largement répandue des forces politiques qui s\u2019opposent sur le terrain constitutionnel québécois, soit: les péquistes peu pratiquants d\u2019un côté de la barricade, et les bons pratiquants fédéralistes de l\u2019autre.Véhiculée en catimini, particulièrement par le parti libéral, auprès des groupes de personnes âgées, des communautés religieuses et des groupes socio-religieux du Québec, cette fausse image a fait du fédéralisme canadien le protecteur de la Foi québécoise auprès des groupes précités.En vérité, le seul mérite du fédéralisme canadien, face à la foi québécoise, est d\u2019avoir bâti au cours des ans, avec les organismes à caractère religieux du Québec, de solides relations d amitié et de reconnaissance, motivées par les générosités assidues des divers gouvernements, qui se sont succédé à Ottawa depuis un siècle.11 est évident que les manœuvres fédéralistes faussent le débat constitutionnel, en plaçant devant un dilemme, les organismes religieux du Québec.Comment répondre à l\u2019appel pressant de la souveraineté nationale et courir en même temps le risque de perdre des octrois importants, qui contribuent tantôt à la réparation urgente d\u2019un monastère et d\u2019un hospice, tantôt à la rénovation d\u2019une église que la baisse de la Foi ne permet plus 672 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019entretenir?La logique québécoise suggère d\u2019accepter les dons fédéraux et de travailler quand même pour la souveraineté de notre peuple.Mais la logique fédéraliste ne tolère pas les renégats.Les politiciens fédéraux influencent donc quotidiennement par leurs «générosités» le libre choix politique des organismes religieux du Québec, mais ils ne se gênent pas pour dénoncer publiquement l\u2019ingérence des évêques québécois dans la politique gouvernementale canadienne, comme cela s\u2019est produit lors de la crise économique 81-82.À cette époque, l\u2019intervention publique des évêques en faveur des chômeurs souleva la colère de la députation libérale.Les attitudes contradictoires de l\u2019administration fédérale, qui durent depuis au-delà d\u2019un siècle, finiront-elles un jour par ouvrir les yeux du peuple québécois?Conclusion Je conclus par le lancement de deux invitations.La première s\u2019adresse aux indépendantistes inconditionnels et à leurs confrères étapistes du Parti québécois, afin qu\u2019ils réunifient leurs effectifs.Tous deux visent les mêmes objectifs, avec des moyens différents, mais non incompatibles.Une économie de temps, d\u2019énergie et d\u2019argent résulterait de ces retrouvailles souhaitées pour 1986.La deuxième est réservée à tous(toutes) les Québécois(es), peu importent leurs allégeances politiques, afin qu\u2019ils trouvent au cours de la nouvelle année, à travers leurs préoccupations matérielles, quelques instants pour réfléchir sur «notre devenir collectif», un devenir qui, pour être bénéfique et durable, devra s\u2019aligner sur un changement radical des attitudes de part et d\u2019autre de la barricade constitutionnelle. Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE-VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS % de* région* suivent** : La Société National* de F£*t du Québec'' La S.N.Q.de la région de* Haute*-Rivière* La S.N.Q.de 1a région de rOutaoual* La S.N.Q.de la région Saguenay Lac St-Jeau La S.N.Q.de la région de r Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Yama*lta Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B 2C3 12-86 M.Jean-Jacques Roy 5692/ rue Jeannc-D ' Arc, Montréal.\tHlx 2G3 De concert Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d'assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d'assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L\u2019innovation à La Solidarité ne profite qu'à vous! 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