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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Juin
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1987-06, Collections de BAnQ.

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[" //Action NATIONALE Volume LXXVI, numéro 10, juin 1987 MÉMOIRE DE LA LIGUE SUR L\u2019ENTENTE DU LAC MEECH (page 883) Vétéran des luttes linguistiques et constitutionnelles des vingt-cinq dernières années, François-Albert Angers est également présent dans le combat contre l\u2019entente du Lac Meech, qui peut être beaucoup plus j long que l\u2019on pense. La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice-président: Delmas Lévesque Secrétaire: Gérard Turcotte Trésorier: Jean Genest Directeurs: Richard Arès Thérèse Baron René Blanchard Paul-A.Boucher Jacques Boulay Guy Bouthillier Michel Brochu Louise C.-Brochu Marcel Chaput Jean-Charles Claveau Claude Duguay Pierre Dupuis Philippe Gélinas Alban Jasmin Marcel Laflamme Jean-Marc Léger Georges Meyers Denis Monière Jacques-Yvan Morin Anna L.-Normand Jean-Marcel Paquette Charles Poirier Gilles Rhéaume Jean-Jacques Roy Léonard Roy André Thibaudeau Action nationale revue d\u2019information nationale qui lutte pour l\u2019indépendance du Québec Fondation Esdras Minville société recueillant des fonds destinés à des activités nationales Clubs de la République association de jeunes réunis pour préparer l\u2019indépendance du Québec Éditions françaises société de publication de dossiers destinés à un cercle de lecteurs abonnés Enquête nationale recherche par des spécialistes sur l\u2019avenir constitutionnel du Québec Assises nationales convocation des forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533_______________________ l\u2019Action NATIONALE Volume LXXVI, numéro 10, juin 1987\t\t TABLE DES MATIÈRES\t\t LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE:\tMémoire sur le Lac Meech\t883 GROUPE DE PERSONNALITÉS: GUY BOUTHILLIER:\tPrix de l\u2019adhésion du Ouébec .: Les entraves au redressement linguistique\t\t888 891 JEAN-LOUIS BOURQUE:\tUne entente factice .\t898 COMTE DE PARIS:\tAllocution à Québec\t900 JEAN-LOUIS BOURQUE:\tL\u2019affirmation johnsonnienne\t904 RENÉ BLANCHARD:\tLa vie de nos jeunes .\t907 JACQUES LACOURSIÈRE:\tLa langue continuellement menacée .\t909 LEO RAYNAULT:\tLes octrois aux minorités .\t912 CLUB SOUVERAIN DE L\u2019ESTRIE:\tPour une liberté complète d\u2019action\t\t916 JEAN-CHARLES CLAVEAU:\tL homogénéité du Saguenay-Lac Saint-Jean (Q .\t921 MARCEL G.PÉPIN:\tLes réfugié-e-s\t\t928 LÉANDRE FRADET: MAURICE LEBEL:\tXénophobes, les Québécois?\t934 \tJean Guitton\t\t937 GÉRARD TURCOTTE:\tL\u2019actualité en bref .\t941 ROSAIRE MORIN:\tSection économique\t946 \tIndex 86-87 .\t968 \t\t Les collaborateurs et collaboratrices de L\u2019ACTION NATIONALE sont seuls responsables des idées et des opinions exprimées dans leurs articles.\t\t 882 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: GÉRARD TURCOTTE Administrateur: JEAN GENEST Administrateur-adjoint: DONAT PLANTE Secrétaire: MONIQUE TREMBLAY Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) 25,00$\t45,00$ 30.00\t50,00 35.00 «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodical index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans Y Index analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».Prière de joindre à toute correspondance relative au service de la revue le numéro-code figurant sur la dernière adresse d\u2019envoi.ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 2>ème trimestre 1981 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3\tCourrier de la deuxième classe 845-8533\tEnregistrement numéro 1162 MÉMOIRE SUR LE LAC MEECH 883 Mémoire sur le Lac Meech par LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Texte du mémoire préparé pour la Commission parlementaire sur le projet constitutionnel du Lac Meech, mais sa demande de comparaître a été refusée.En pareille circonstance, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019engager l\u2019avenir, de façon majeure sinon irrémédiable, il convient, il faut même, prendre du champ.La mémoire collective, puisque tel est le sens de notre devise «Je me souviens», doit nous rappeler pourquoi et comment nous sommes venus sur cette terre d\u2019Amérique, ce que nous y faisons depuis, quelle y est notre situation présente et à quel avenir nous pouvons y aspirer.Passé, présent et avenir sont intimement liés.Notre héritage d\u2019aujourd\u2019hui, c\u2019est le destin du projet français d\u2019hier, c\u2019est-à-dire sa résultante géo-politique, mais aussi son code originel, nonobstant ses altérations.Nous sommes, à la fois, ce que nous sommes devenus, mais aussi ce que nous voulions devenir.La Pologne ne se résume pas à la Pologne géopolitique d\u2019aujourd'hui.Elle comprend aussi bien celle d\u2019hier que celle de demain, ou l\u2019inverse.Bref, nous sommes une conscience permanente, irréductible à toute autre.Que dit-elle cette conscience?Elle dit qu\u2019à travers divers régimes et leurs vicissitudes (Régime français, Régime anglais, Confédération), le peuple que nous formons, depuis son code originel franco-chrétien, tend vers son accomplissement, malgré une précarité qui ne cesse de se perpétuer, à de multiples égards et sous divers rapports.L\u2019accomplissement le plus instamment recherché, mais jamais pleinement obtenu (objectif fuyant s\u2019il en est) a été, est et sera la libre disposition de nous-mêmes.C\u2019est à cet aulne, qu\u2019il faut juger les divers régimes constitutionnels qui nous ont été proposés ou plutôt imposés.L\u2019histoire n\u2019hésite pas longtemps entre l\u2019Acte de Québec de 1774 et l\u2019Acte d\u2019Union de 1840, quant à la mesure d\u2019existence que ces deux régimes nous ont laissée.Notre conscience fait de 884 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019Acte de Québec, notre Grande Charte, restaurant et consacrant les fondements de notre existence; langue, religion, droit, institutions, etc.L\u2019Acte d\u2019Union est venu, au contraire, comme mesure punitive, après les Patriotes, attenter à ces assises fondamentales.C\u2019est un Acte honni de notre conscience collective et son symbole, Lord Durham, voué aux gémonies.L\u2019Acte constitutionnel de 1791 et l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique de 1867 sont plus controversés et effectivement plus controversables.Retenons du premier, qu\u2019en séparant le Haut-Canada, l\u2019Ontario d\u2019aujourd\u2019hui, du Québec d\u2019alors, pour donner celui d\u2019aujourd\u2019hui, il s\u2019est trouvé à confirmer le caractère français et catholique du «pays du Québec», appelé «Province of Québec» dans l\u2019Acte de 1774.Cet Acte avalisait aussi la perte stratégique de territoire au sud des Grands Lacs, telle que stipulée au Traité de Paris de 1783.Mais c\u2019est là une autre histoire.L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique a allumé, quant à lui, une controverse, qui dure depuis la première conférence de 1864.Y avons-nous perdu ou gagné?Y a-t-on mis fin au rapport vainqueur-vaincu de 1760?La Confédération succède-t-elle vraiment au Régime anglais ou est-ce la Conquête, se continuant par d\u2019autres moyens?Le fait est qu\u2019elle est passée de justesse, chez les députés du Bas-Canada au Parlement du Canada-Uni.Et qu\u2019on n\u2019a pas osé la soumettre, par voie référendaire, au suffrage direct de l\u2019électorat.Au plan de la légitimité, on ne peut pas dire qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un départ foudroyant.Cent ans, ou quelque, après, le dossier reste ouvert ou fermé, selon le cas.Ce grand Canada est à nous, mais à condition de ne le proclamer qu\u2019à distance respectable et d\u2019en garder l\u2019implication toute nominale.Le grand déploiement du Canada français n\u2019a pas eu lieu! Car celui-ci coïncide à 90% avec le Québec, voire presqu\u2019à 100%, si l\u2019on inclut la périphérie limitrophe acadienne et ontarienne.Les supposés droits du français n\u2019ont tenu le coup, nulle part, devant des majorités, toutes aussi tyranniques, les unes que les autres, à cet égard.La seule vraisemblance du grand Canada bilingue ne tient qu\u2019à la poussée (ou bouffée?) autonomiste du Québec moderne, à qui il faut bien offrir quelque chose: un «certain bilinguisme» dans les institutions fédérales, au gouvernement du Nouveau-Brunswick, dans MÉMOIRE SUR LE LAC MEECH 885 certaines pratiques administratives ontariennes.Les événements du Manitoba, depuis Riel jusqu\u2019à nos jours (Saint-Boniface ne répond plus), constituent la signature même de notre déroute, comme peuple «canadien», sous le régime de la Confédération, dont la dynamique profonde est essentiellement unitaire.Partout, sauf au Québec \u2014 et encore y a-t-il glissement récemment le gouvernement fédéral s\u2019appelle «the national government».On ne peut, dans cette perspective, aborder l\u2019accord du Lac Meech qu\u2019avec la plus grande circonspection.Survenant après d\u2019autres tentatives du genre, soit la formule Fulton-Favreau de 1964 et la charte de Victoria de 1971, (d\u2019ailleurs vouées à l\u2019échec), l\u2019accord du Lac Meech comporte la particularité de se situer dans le contexte post-référendaire.Notre pouvoir global de négociation (quelques soient par ailleurs les majorités au gouvernement à Ottawa et à Québec et leur popularité respective aux sondages) est affaibli, et cela paraît dans l\u2019accord en question.Les experts, en commission parlementaire ou ailleurs, ont déjà mis le doigt sur la clause ayant trait au pouvoir de dépenser du fédéral, laquelle clause, si elle était acceptée en l\u2019état, légitimerait, du point de vue constitutionnel, ce pouvoir.Le litige de cette clause réside dans la subordination en fait et en droit (constitutionnel donc) si la clause était entérinée \u2014 des provinces au gouvernement fédéral et cela, dans ce qu\u2019elles ont de plus exclusif en tant que juridictions, comme l\u2019a si pertinemment et si fortement mis en évidence, Me Andrée Lajoie, en commission parlementaire.Jamais le Québec n\u2019a accepté cette capacité fédérale de tourner la Constitution et de «faire indirectement ce qu\u2019il ne pouvait faire directement», selon l\u2019expression consacrée.Et il l\u2019a mis en échec, à plusieurs reprises, étant dans son bon droit.Ce serait désormais, sans restriction et sans vergogne, que le fédéral envahirait des domaines de compétence provinciale exclusive, domaines qui, pour le Québec, à la différence des autres provinces, sont d\u2019importance vitale pour son identité essentielle et existentielle.S\u2019envolerait du coup en fumée, pour ce qu\u2019elle est, la clause du caractère distinctif de la société québécoise. 886 L\u2019ACTION NATIONALE Ici la méprise est de taille.Depuis le temps que nous revendiquons la reconnaissance de notre spécificité! Eh bien! la précieuse et spécieuse dualité canadienne, qui ne tient qu\u2019à nous, se retourne contre nous.La distinction du Québec c\u2019est d\u2019héberger la traditionnelle dualité.Le Québec se distinguera désormais par la double présence anglophone-francophone sur son territoire et l\u2019obligation de la maintenir.On avalise la Conquête! D\u2019autant plus qu\u2019indépendamment de ces diverses circonstances qui en limiteraient singulièrement la portée auprès des juges, la formule même de «société distincte» est assise sur l\u2019ambiguïté du refus traditionnel du Canada anglais de nous reconnaître pour ce que nous sommes: un peuple, jouissant de par cela même du droit de disposer librement de lui-même.L\u2019on sait que cette expression de «société distincte» vient de la Commission Laurendeau-Dunton qui l\u2019a employée spécialement dans le but de ne pas heurter les susceptibilités anglo-canadiennes qui se hérissaient, dès qu\u2019étaient employés à notre endroit les mots «peuple» et «nation».Cette diplomatie du langage pouvait être de mise dans un rapport de commission; elle serait tout à fait catastrophique dans un texte constitutionnel.Signer notre retour à la Confédération par cette concession, qui nous paraît à nous n\u2019être qu\u2019une question de langage, serait renier nos droits et libertés fondamentaux de peuple, parce que pour les Anglo-Canadiens, la signification en sera que nous rentrons dans la Confédération, en renonçant enfin à nos prétentions d\u2019être un peuple ou une nation.Se prépare donc ainsi, dans cette ambiguïté où nous ne sommes pas les plus forts, une autre journée des dupes, comme celle de la fameuse nuit de 1981.L\u2019argument que c\u2019est «la limite du possible», dans ce cas où il s\u2019agit, ne l\u2019oublions pas, de la mise en jeu des droits fondamentaux de tout un peuple, n\u2019est pas une référence d\u2019approbation, mais au contraire le signe négatif de l\u2019étendue et de 1 imminence du danger.Il est clair que si cette désignation diminutive de notre identité constitue le plus qui soit acceptable aux Anglo-Canadiens, son interprétation par la Cour Suprême ne pourra aller que dans le sens d\u2019en atténuer le plus possible la signification et la portée.Les limites précises qu\u2019apportent déjà le texte sur le pouvoir de dépenser et la norme de la dualité canadienne, indiquent déjà que l\u2019expression n\u2019aura à peu près aucune portée MÉMOIRE SUR LE LAC MEECH 887 pratique sur la «protection et la promotion» de notre identité.Au chapitre de la réforme des institutions fédérales, comme à un degré différent en ce qui a trait aux autres réformes constitutionnelles, le Québec, chemin faisant, aura servi à «tirer les marrons du feu», pour les autres provinces, surtout les plus petites d\u2019entre elles.Elles ont réussi à se gagner un statut d\u2019égalité, alors que toute l\u2019opération provoquée, depuis toujours par le Québec, devait normalement lui accorder un statut particulier, du fait à la fois de sa nature, de son rôle fondateur, de sa taille et de sa situation stratégique.Ne saurions-nous donc négocier qu entre nous, à notre traditionnelle foire d\u2019empoigne publique?Nous en sommes même rendus à prendre le risque de nous faire nommer des juges civilistes, complaisants au «Common law», à la Cour Suprême.À l\u2019expérience, les réformes constitutionnelles, à la suite des revendications traditionnelles du Québec, tournent invariablement contre nous.Nous assistons à la réédition de 1964 et de 1971.À une différence près et d\u2019une extrême gravité! Car il s\u2019agit d\u2019apporter notre signature au bas du «Canada Bill», cette camisole de force, qu on nous a passée, malgré nous, alors que nous étions en situation d\u2019extrême faiblesse post-référendaire.Mais c était, à 1 évidence, sans notre consentement.Voici qu\u2019on veut que ce soit, avec notre consentement.L\u2019invasion du réduit québécois serait, de la sorte, consacrée, une fois pour toutes, et notre situation, désormais, inextricable.Refusons ce consentement et gardons le seul véritable pouvoir que nous ayons eu jamais, celui de dire NON à notre assujettissement! 888 L\u2019ACTION NATIONALE Le prix de l\u2019adhésion du Québec à la constitution de 1982 À l\u2019approche du départ de Robert Bourassa pour la rencontre constitutionnelle du Lac Meech, le 30 avril dernier, une quarantaine de personnalités ont demandé au premier ministre de ne pas négocier l\u2019adhésion du Québec à la Constitution canadienne sur la seule base des cinq conditions qu\u2019il a établies, mais de les compléter par trois autres conditions jugées minimales.La Ligue d\u2019action nationale, par la voix de son président, Me Yvon Groulx, et des membres de son conseil d\u2019administration, a accordé son appui à la déclaration de ces personnalités, dont nous reproduisons le texte.Les onze premiers ministres du Canada se rencontreront pour discuter de l\u2019adhésion du Québec à la Constitution de 1982.Le gouvernement du Québec, à cette occasion, entend assortir l\u2019adhésion du Québec des cinq conditions suivantes: 1.\tune participation à la nomination des juges de la Cour suprême; 2.\tdes pouvoirs accrus en matière d\u2019immigration; 3.\tla limitation du pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral; 4.\tla reconnaissance du fait que le Québec constitue une société distincte; 5.\tune formule d\u2019amendement comprenant un droit de veto pour le Québec.Ces conditions, à notre avis, ne sont ni suffisantes, ni suffisamment précises, pour pouvoir servir de base à une négociation de cette importance pour le Québec. PRIX DE L\u2019ADHÉSION DU QUÉBEC 889 L\u2019importance de l\u2019enjeu pour le Québec Par une adhésion à la Constitution de 1982, le Québec scelle sa destinée de façon probablement définitive.Le Québec ne pourra plus, avant très longtemps, revenir ensuite sur ce qui aura fait l\u2019objet de l\u2019accord formel de son gouvernement.Cet accord pourrait marquer un retour en arrière, consacrer la situation présente ou encore bloquer les voies de l\u2019avenir.Or nul gouvernement du Québec n\u2019a jamais eu le mandat de limiter de façon irrémédiable l\u2019avenir de la collectivité québécoise.L\u2019imprécision des conditions avancées par le gouvernement du Québec Les cinq conditions que nous venons d\u2019évoquer ne sont écrites dans aucun document officiel du gouvernement.Elles n\u2019ont d\u2019autre part fait l\u2019objet d\u2019aucune discussion, ni à l\u2019Assemblée nationale, ni sur la place publique.Aucune de ces conditions n\u2019atteint par ailleurs le degré minimum de précision requis pour autoriser la collectivité québécoise à se sentir en sécurité au sujet des cinq questions dont elles traitent.Ainsi, par exemple, pour aller au plus important, on ne dit même pas si le droit de veto dont elles parlent est un droit capable de bloquer éventuellement une modification au partage des pouvoirs entre le fédéral et les provinces, ou s\u2019il n\u2019est que le droit d\u2019empêcher qu\u2019on puisse sans l\u2019accord du Québec modifier des institutions fédérales comme le Sénat.L\u2019insuffisance des conditions posées par le gouvernement du Québec Les cinq conditions qu\u2019entend poser le gouvernement du Québec ignorent totalement le fait que la Constitution de 1982 inclut une Charte des droits qui retire à l\u2019Assemblée nationale une partie importante de son pouvoir politique au profit de tribunaux canadiens dont les juges sont nommés par le gouvernement fédéral.Cette Charte fait en sorte que ce sont dorénavant ces tribunaux, et non plus l\u2019Assemblée nationale, qui ont le pouvoir de décision finale sur des questions aussi vitales pour le Québec que l\u2019éducation, la langue, la propriété, les droits civils, les affaires sociales, les ressources naturelles ou la protection du 890 L\u2019ACTION NATIONALE consommateur.Adhérer à la Constitution de 1982 signifie donc, à ce chapitre, l\u2019acceptation d\u2019un recul crucial par rapport à ce qui existait sous le régime de 1867.Le gouvernement du Québec ignore tout aussi totalement, dans ses cinq conditions, la question de la langue française au Québec.Aucune exigence n\u2019est formulée de façon à garantir que le Québec soit dans l\u2019avenir en mesure de prendre les moyens requis pour protéger sous cet aspect culturel fondamental la minorité francophone du continent nord-américain.Ce silence exprime l\u2019acceptation d\u2019une situation menaçante en ce qui régit tant la langue des institutions (législation, tribunaux, éducation.) que la langue de l\u2019économie et de la culture (affichage, publicité, radio-télé, cinéma.).Enfin, en se contentant, au chapitre de l\u2019amendement constitutionnel, de réclamer pour le Québec un droit de veto, le gouvernement du Québec s\u2019en tient à la défense de la situation présente du Québec.Le Canada ne pourrait plus, à l\u2019avenir, empirer unilatéralement la situation du Québec, mais le Québec ne pourrait pas non plus rêver de voir cette situation jamais modifiée sérieusement, quelles que soient les conditions de l\u2019avenir.Aussi, demandons-nous au gouvernement du Québec de n\u2019entreprendre aucune négociation sur l\u2019adhésion du Québec à la Constitution de 1982 avant d\u2019avoir précisé ses cinq conditions, d\u2019avoir soumis celles-ci à une discussion publique et de les avoir complétées des trois conditions minimales suivantes: 1.\tque la Charte canadienne des droits ne s\u2019applique pas au Québec dans les matières qui relèvent de la compétence provinciale, quitte à ce que la Charte québécoise des droits et libertés de la personne soit mieux enchâssée dans la Constitution québécoise; 2.\tque le Québec jouisse d\u2019une compétence entière et prépondérante en matière linguistique; 3.\tque le droit du peuple québécois à l\u2019autodétermination soit inscrit dans la Constitution canadienne. LES ENTRAVES AU REDRESSEMENT LINGUISTIQUE 891 Les entraves au redressement linguistique du Québec doivent sauter par GUY BOUTHILLIER À la veille de la réunion des premiers ministres, le 30 avril, au Lac Meech, le Mouvement Québec Français dénonçait les dispositions de la constitution canadienne qui aggravent les inégalités en faveur de la langue anglaise et qui entravent l\u2019effort de redressement linguistique engagé par le peuple du Québec.Dans le combat que se livrent, pour leur langue, les peuples du Québec français et du Canada anglais, ce dernier jouit de l\u2019avantage énorme que lui assurent le nombre et le poids de ceux qui parlent sa langue.Mais, non satisfait de ces avantages de fait, le Canada anglais a aggravé les inégalités en sa faveur en y ajoutant des avantages tirés du droit.C\u2019est cette combinaison du droit et du fait qui menace si directement le français dans ses assises, dans ses positions et dans son avenir.C\u2019est parce que le français est menacé que des organismes, bien que formés pour exprimer d\u2019autres intérêts et pour mener d\u2019autres combats, ont néanmoins décidé de se mobiliser pour la langue et, pour le faire, de se rassembler pour donner à leurs forces vives une voix commune dans le combat, particulier mais si capital, pour le français.Tel est, en effet, la raison d\u2019être, la signification et l\u2019identité du Mouvement Québec Français qu\u2019ont formé et qu\u2019animent les dix organismes suivants: Alliance des professeurs de Montréal, Association québécoise des professeurs de français, Centrale de l\u2019enseignement du Québec, Confédération des syndicats nationaux, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec, Mouvement National des Québécois, Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, Union des artistes, Union des écrivains québécois, Union des producteurs agricoles. 892 L\u2019ACTION NATIONALE Le Mouvement Québec Français se bat sur le front de la langue.Et s\u2019il intervient à l\u2019heure des négociations constitutionnelles entre le Québec français et le Canada anglais, ce n\u2019est pas pour prendre position sur les fondements, les mécanismes ou les objectifs de l\u2019adhésion éventuelle du Québec au Canada bill-.cela, il le laisse à d\u2019autres rassemblements, ou à l\u2019initiative propre de ses membres, comme certains ne manqueront pas de le faire et comme, du reste, certains d\u2019entre eux l\u2019avaient fait, à la veille de la promulgation du Canada bill par Elizabeth II, lorsque les présidents de la CEQ, de la CSN, de la FTQ et de la SSJB-M ont fait savoir, dans leur déclaration conjointe du 15 avril 1982, que «cette constitution n\u2019était pas, ne pouvait pas être et ne serait jamais notre constitution».Non! Si le Mouvement Québec Français intervient aujourd\u2019hui, c\u2019est pour que personne n\u2019oublie, à l\u2019heure des négociations constitutionnelles qu\u2019engagent le premier ministre du Québec et les premiers ministres du Canada anglais, les exigences juridiques et constitutionnelles du combat pour le français.C\u2019est dans ce même esprit, du reste, que le Mouvement Québec Français devait présenter un Mémoire (arrêté en novembre 1980) à la Commission parlementaire de l\u2019Assemblée nationale.Et que ce soit à l\u2019occasion d\u2019une affaire constitutionnelle qu\u2019il intervienne, cela n\u2019est rien que normal et naturel, car l\u2019histoire de notre pays nous apprend qu\u2019on y parle rarement de langues sans parler aussi de constitution, et de constitution sans parler aussi de langue.N\u2019y aurait-il pas même quelque chose de suspect et de menaçant pour le français, si cette fois-ci on parlait de constitution sans parler de langue?* * * Pour aggraver les inégalités en faveur de sa langue, le Canada anglais a fait jouer le droit constitutionnel dans trois domaines importants des luttes linguistiques: la langue de l\u2019État, la langue de l\u2019école et la langue de l\u2019affichage.I - La langue de l\u2019État En en faisant, au même titre que le français, la langue dans laquelle s\u2019écrit et se déclare le Droit du Québec, l\u2019article 133 du LES ENTRAVES AU REDRESSEMENT LINGUISTIQUE 893 B.N.A.Act ajoute encore aux nombreux avantages qui appartiennent déjà à l\u2019anglais.Certes, l\u2019intérêt pratique qu\u2019assure cette disposition aux Anglophones peut ne pas paraître important, encore qu\u2019il contribue, en leur donnant le moyen de «court-circuiter» le français, à les laisser vivre dans leur unilinguisme, ce qui n\u2019est pas rien.Mais, pour prendre l\u2019exacte mesure de l\u2019importance de l\u2019article 133, aux yeux du Canada anglais, il faut dépasser le stade de l\u2019énumération des avantages pratiques pour le justiciable, le juriste ou le citoyen anglophone, et mesurer l\u2019intérêt stratégique de cet article dans l\u2019ensemble du combat qui oppose l\u2019anglais au français.On constate alors que l\u2019article 133 joue en faveur de l\u2019anglais de trois façons: 1.\ten assurant la présence de l\u2019anglais au sommet de l\u2019État, l\u2019article 133 ajoute encore à la force d\u2019attraction, pourtant déjà considérable par ailleurs, de cette langue.Si cet attrait s\u2019exerce en principe sur l\u2019ensemble de la population, c\u2019est d\u2019abord sur les professionnels du droit (étudiants, praticiens, magistrats, légistes, députés*.) qu\u2019il se fait sentir avec le plus de force.2.\tLes pouvoirs publics du Québec présentent le français comme la langue officielle du Québec: c\u2019était déjà le sens de la Loi 22, qui s\u2019intitulait précisément «Loi sur la langue officielle».Or, l\u2019article 133 impose l\u2019anglais comme langue de législation et assure l\u2019usage de cette langue, en matières judiciaires, à quiconque le souhaite.Comment alors prêter foi au discours de pouvoirs publics qui laissent une autre langue que la langue officielle exprimer, le plus officiellement du monde, ces fonctions on ne peut plus officielles que sont l\u2019adoption et l\u2019application des lois?Comment prendre au sérieux des hom- * Soulignons ici un aspect particulièrement grave sur le plan des principes démocratiques.Les lois du Québec, en vertu de l\u2019article 133, sont votées également en français et en anglais.Alors, l\u2019une de deux choses: ou bien les législateurs qui les votent sont parfaitement bilingues et savent ce qu\u2019ils font, ou ils ne le sont pas, et ils font faire leur travail par les légistes.Dans le premier cas, on introduit subrepticement une condition linguistique à l\u2019exercice des fonctions de député.Dans le deuxième, on assiste à un dessaisissement du législateur au profit du fonctionnaire. 894 L\u2019ACTION NATIONALE mes de gouvernement qui présentent le Québec comme un pays de langue française quand, dans ce pays, un Francophone peut se voir opposer la version anglaise d\u2019une loi et, surtout, quand un Francophone \u2014 Lomer Pilote en sait quelque chose! \u2014 n\u2019y est nullement à l\u2019abri d\u2019une poursuite, d\u2019un procès ou d\u2019un jugement de cour entièrement en anglais?L\u2019article 133 introduit ainsi la contradiction, voire même le mensonge, dans le discours du «français langue officielle» et entretient, de ce fait, la suspicion sur la rigueur intellectuelle de ceux qui le tiennent: c\u2019est toute la crédibilité du mouvement de refrancisation qui se trouve atteinte.3.L\u2019article 133 inscrit le principe de l\u2019égalité des langues au cœur de l\u2019État.Du coup, il appelle au scepticisme \u2014 quand ce n\u2019est pas au refus pur et simple d\u2019entendre \u2014 à l\u2019endroit de toute la pédagogie de la francisation, laquelle se fonde sur la prédominance et parfois même l\u2019exclusivité d\u2019une langue.Comment, dans ces conditions, espérer convaincre le consommateur francophone d\u2019exiger du français de ses fournisseurs du secteur privé, alors que le justiciable francophone n\u2019est pas fondé à exiger cette langue des tribunaux de son pays?Comment espérer convaincre l\u2019élève francophone de consacrer tous les efforts indispensables à la pleine maîtrise de sa langue, quand celui-ci constate que cette langue n\u2019est ni suffisante, ni indispensable, même là où n\u2019apparaît aucun obstacle matériel, et où il serait le plus naturel, pourtant, qu\u2019elle le soit?Comment convaincre l\u2019Anglophone de pratiquer le français dans ses rapports avec la collectivité québécoise, alors qu\u2019on lui fournit le moyen de pratiquer l\u2019anglais dans ses rapports avec les pouvoirs publics qui expriment, au premier chef, cette même collectivité?Enfin, comment convaincre l\u2019immigrant d\u2019accorder sa préférence au français, alors qu\u2019il peut lire les lois et entendre les jugements de cour dans la langue vers laquelle tout par ailleurs l\u2019appelle avec insistance?À faire la pédagogie du français à l\u2019ombre de l\u2019article 133, l\u2019État risque de se faire dire: «Pratiquez d\u2019abord vous-même ce que vous prêchez aux autres!» On le voit, c\u2019est la crédibilité même de l\u2019effort de francisation que l\u2019article 133 vient subvertir: omnia corrumpit, pourrait-on dire. LES ENTRAVES AU REDRESSEMENT LINGUISTIQUE 895 Certains chercheront peut-être à nier l\u2019avantage que l\u2019article 133 confère à l\u2019anglais.Mais ils ne pourront le faire sans nier, du même coup, l\u2019importance symbolique et la valeur pédagogique que nos États de Droit reconnaissent aux domaines de la loi et de la justice, ni sans oublier la leçon que nous donnent tant de peuples \u2014 et tout récemment encore celui de la Californie \u2014 dont l\u2019histoire nous enseigne que l\u2019affirmation d\u2019une langue s\u2019exprime d\u2019abord sur le plan de l\u2019État, ni, surtout, sans oublier les leçons de notre propre histoire.En effet, si ces choses sont de peu d\u2019importance, comment expliquer alors que c\u2019est comme langue de la justice et de la législation que l\u2019anglais a commencé, en 1763, sa pénétration au Québec, que c\u2019est par une levée de boucliers que les Anglo-Canadiens de Montréal ont accueilli l\u2019effort, pourtant bien timide, tenté par Duplessis en 1937 pour les modifier, et que c\u2019est par là que ces réalistes d\u2019Anglophones, bien loin d\u2019abandonner ce domaine aux illusions des Francophones, ont commencé leur pilonnage de la Charte de la langue française?II - La langue de l\u2019école De la valeur stratégique de l\u2019article 23 du Canada bill de 1982 pour le combat mené au Québec pour la langue anglaise, nous dirons la même chose qu\u2019au sujet de l\u2019article 133: cet article, en faisant de l\u2019école anglo-québécoise l\u2019école de droit commun pour toute une catégorie d\u2019enfants du Canada anglais qui viendraient à s\u2019établir ici, entame la portée, mais surtout la crédibilité \u2014 donc l\u2019efficacité \u2014 du discours et de la pédagogie de la francisation.Mais à cela, nous ajouterons deux ordres de considérations: 1.les premières sont d\u2019ordre démographique: en assurant de nouveaux effectifs à l\u2019école anglaise, l\u2019article 23 renforce par là-même la démographie de l\u2019anglais au Québec.Cet article joue d\u2019ores et déjà dans ce sens pour tous ces enfants de Canadiens anglais qui trouvent dans l\u2019article 23 (1) b) la voie royale menant, au Québec, à l\u2019école anglaise, loin de l\u2019école française.L\u2019article 23 (2) joue dans le même sens pour tout Francophone \u2014 même du Québec \u2014 qui aurait, ou dont l\u2019un des frères aurait eu l\u2019occasion de faire une année d\u2019étude primaire ou secondaire, en anglais, quelque part au Canada. 896 L\u2019ACTION NATIONALE Mais cela, qui est déjà grave, n\u2019est rien, quand on songe que cette dynamique contre l\u2019école française sera peut-être demain renforcée, lorsque le gouvernement du Québec, cédant aux pressions que le Canada bill invite à exercer sur lui, appliquera l\u2019article 23 (1) a), qui se lit ainsi: «Les citoyens canadiens dont la première langue apprise et encore comprise est celle de la minorité anglophone de la province où ils résident ont (.) le droit d\u2019y faire instuire leurs enfants aux niveaux primaire et secondaire dans cette langue.» 2.Les secondes sont d\u2019ordre politique.L\u2019article 23 constitue, de la part du Canada anglais, une modification de l\u2019ordre constitutionnel imposée sans le consentement et contre la volonté expresse des pouvoirs publics du Québec.Accepter aujourd\u2019hui cet article, c\u2019est accepter de passer l\u2019éponge sur le déni de justice d\u2019hier.Surtout, c\u2019est inciter demain le même Canada anglais à recourir, au besoin, aux mêmes méthodes pour atteindre d\u2019autres fins qu\u2019il viendrait à se donner.Ce serait, pour le moins, imprudent.III - La langue de l\u2019affichage On sait que c\u2019est en ayant recours au droit constitutionnel qu\u2019il s\u2019est inventé en 1982, dans les circonstances que l\u2019on sait, que le Canada anglais mène actuellement sa lutte pour sa langue en matière d\u2019affichage commercial.On sait aussi que le Mouvement Québec Français a dénoncé les manœuvres du Canada anglais et qu\u2019il s\u2019est porté à la défense de l\u2019affichage commercial en français: il l\u2019a répété souvent, et récemment encore lors d\u2019une conférence de presse tenue ici même le 26 janvier dernier.Nous ne répéterons pas aujourd\u2019hui ce que nous disions alors, sauf à rappeler notre conclusion: qu\u2019il est impérieux de mettre notre Loi 101 à l\u2019abri de la Charte canadienne des droits et libertés.La révision constitutionnelle qui se prépare nous apparaît le moment de le faire. LES ENTRAVES AU REDRESSEMENT LINGUISTIQUE 897 Il faut dégager le mouvement de francisation que mène actuellement le peuple du Québec de l\u2019entrave de l\u2019article 133, de l\u2019entrave de l\u2019article 23 et de toute autre entrave découlant de la constitution canadienne, qui sont autant de moyens de la part du Canada anglais d\u2019aggraver, par des avantages tirés du droit, les inégalités qu\u2019assurent à l\u2019anglais d\u2019innombrables avantages de fait.Seulement alors, l\u2019Assemblée Nationale pourra-t-elle agir pleinement en faveur de la langue du Québec français.La langue française constitue l\u2019élément premier de l\u2019identité, de la spécificité du Québec: n\u2019est-il pas normal alors d\u2019exiger que l\u2019État du Québec soit le garant et le maître de ce qui constitue cet élément premier de sa spécificité?Ainsi, on pourra enfin au Québec, comme cela se fait ailleurs, accorder la spécificité de la société à celle de l\u2019État.Et qu\u2019on se rassure: ayant retrouvé ce droit, le peuple du Québec saura bien l\u2019exercer avec toute la mesure, tout le bon sens, tous les accommodements dont il a su faire preuve lorsqu\u2019il a cru \u2014 bien imprudemment! \u2014 qu\u2019il disposait déjà de ce droit.Notre État français Le 29 juin 1937, dans le cadre du deuxième Congrès de la langue française, le chanoine Lionel Groulx lançait ce qu\u2019il qualifia lui-même de «profession d\u2019espérance», la déclaration suivante: «Notre avenir nouveau, la jeunesse la plus intelligente, la plus allante, la plus décidée, le porte déjà dans ses yeux.J\u2019espère avec tous les espérants d\u2019aujourd\u2019hui.Qu\u2019on le veuille ou non, notre État français, nous l\u2019aurons jeune, fort, rayonnant et beau, foyer spirituel, pôle dynamique pour toute l\u2019Amérique française.Nous aurons aussi un pays français, un pays qui portera son âme dans son visage.» Cinquante ans après cette déclaration et vingt ans après la mort de son auteur, nous n\u2019avons malheureusement pas encore le véritable État français que souhaitait notre historien national et Patriote du vingtième siècle.Mais ne perdons pas espoir et surtout continuons à militer vigoureusement au sein de nos organismes nationaux pour que se réalise, avant la fin du vingtième siècle, le rêve de celui qui fut notre Maître à penser pendant plus de cinquante ans. 898 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019entente du Lac Meech: une entente factice pour une adhésion irresponsable par JEAN-LOUIS BOURQUE, politicologue Le 30 avril dernier, contre toute attente, le Canada apprenait qu\u2019il y avait eu «entente» au Lac Meech.Un communiqué de presse informait la population de la teneur des modifications qui, miraculeusement, faisaient soudain l\u2019unanimité des premiers ministres.Stupéfaction, incrédulité, jubilation, scepticisme, méfiance, soulagement.les réactions de première heure faisaient bientôt place aux études plus poussées.Après avoir lu attentivement les points de vue publiés dans les journaux et entendu les exposés présentés à la Commission parlementaire des Institutions, on ne peut s\u2019empêcher de constater un fort courant qui s\u2019oppose à la démarche tant dans sa manière que dans son contenu.Il apparaît maintenant évident que ce que Monsieur Robert BOURASSA s\u2019apprête à signer n\u2019est pas clair.Plus les contenus de l\u2019entente sont analysés, plus les écueils émergent, non seulement pour les Québécois, mais aussi pour l\u2019ensemble des provinces: la divergence des interprétations est telle qu\u2019une évidence s\u2019impose: c\u2019est dangereusement vague! «L\u2019entente» même se fonde sur des compréhensions divergentes.Elle est donc factice.C\u2019est un quiproquo dont il faudra probablement un jour subir les conséquences pour l\u2019instant inconnues.C\u2019est un malentendu dont les conséquences risquent de nous coûter fort cher.Pour un succès à court terme, le gouvernement libéral de Robert BOURASSA est en train de jouer à long terme l\u2019avenir de tout un peuple sans avoir pris le temps de comprendre la portée des termes de l\u2019entente, de l\u2019expliquer à la population et de recevoir un appui non équivoque pour adhérer à l\u2019ensemble de la Constitution canadienne.La Constitution c\u2019est la clé de voûte du développement de toute une société: cela ne peut pas se bâcler en quelques semaines, n\u2019en déplaise aux militants libé- L\u2019ENTENTE DU LAC MEECH 899 raux, par dessus la tête du peuple, dans un nuage de brillantes incertitudes.Toutes les critiques convergent sur l\u2019aspect superficiel et précipité de la démarche.Le caractère flou du texte fait que les interprétations les plus contradictoires se justifient.La «société distincte» n\u2019étant pas explicitée clairement par l\u2019attribution de pouvoirs spéciaux, est une notion vide, vague et «insignifiante», qui n\u2019apporte rien dans les faits.La majorité des intervenants soulève des objections majeures: les intrusions du fédéral dans les domaines de compétence exclusivement provinciale; le manque de précision sur la notion de «juste» compensation financière en cas de retrait; la limitation de ce droit de retrait par la nécessité de rencontrer les objectifs nationaux pancanadiens; le manque de pouvoirs linguistiques exclusifs pour le Québec, seule province dont la langue soit menacée: la Constitution ne devrait pas être la constatation de la minorisation du fait français, mais un ensemble de principes efficaces pour défendre le français comme une caractéristique essentielle du Québec; le manque de pouvoirs réels pour le contrôle de l\u2019immigration; la démission des politiciens et des responsables politiques: face à la difficulté d\u2019écrire un texte clair qui fasse l\u2019unanimité, ils écrivent un texte flou et s\u2019en remettent aux juges pour interpréter plus tard, ces textes rédigés à la hâte qui contiennent de dangereuses contradictions, sources de tensions et de conflits à venir.Seuls les experts en droit se délectent: ils auront matière à longues discussions et palabres pour interpréter une partition incomplète.Tant de mises en garde sérieuses et fondées issues des «experts» les plus reconnus et des représentants des instances les plus dynamiques du pays devraient ébranler la belle assurance du Gouvernement du Québec.La gravité de la décision à prendre impose une consultation populaire élargie.Existe-t-il un pays démocratique au monde où le peuple n\u2019est pas appelé à ratifier explicitement sa propre constitution? 900 L'ACTION NATIONALE Allocution du comte de Paris À l\u2019occasion de son 50e anniversaire, la Société historique de Québec a reçu le chef de la Maison royale de France, le comte de Paris et ses deux petits-fils, les princes Jean et Eudes, à la suite de leur visite en Beauce.Les trois princes ont été les invités d\u2019honneur à un banquet tenu par la Société et où le comte de Paris a été le conférencier.Voici le texte de son allocution, qui nous a été remis par Bernard Racine, secrétaire de la Société.Il m\u2019est particulièrement agréable de répondre ce soir à votre invitation à l\u2019occasion du cinquantième anniversaire de votre société.Je sais quel rôle éminent elle joue au Québec, regroupant des personnalités de premier plan qui, toutes, ont à cœur de rendre toujours plus vivante et présente l\u2019histoire qui fonde votre identité et votre élection parmi les nations, et qui conditionne votre avenir.Je viens de la Beauce où j\u2019ai été accueilli magnifiquement à l\u2019occasion des fêtes du 250e anniversaire des seigneuries concédées par mon aïeul, le Roi de France.J\u2019y ai senti battre là-bas avec force les vertus du peuple québécois: car il a su retourner l\u2019adversité en victoire, faisant de la durée son allié et trempant dans l\u2019épreuve une inébranlable et souriante énergie.Comme je n\u2019ai cessé de le répéter depuis mon arrivée chez vous, tant l\u2019impression que j\u2019éprouvais était forte, je suis heureux et ému de me trouver parmi vous.Mais ce soir à Québec, capitale de la Nouvelle France, alors que tant de souvenirs nobles, héroïques et douloureux se bousculent en ma mémoire et dans mon cœur, comment n\u2019éprouverais-je pas la plus poignante des émotions, alors que j\u2019ai le privilège de refaire le geste de nos aïeux et que je vous apporte le témoignage que, pour un peuple qui se souvient, selon la belle devise du Québec, rien ne finit jamais.Heureux et ému je le suis à plus d\u2019un titre: en raison d\u2019abord de la chaleur de votre accueil, et de son exceptionnelle spontanéité, signe des cœurs simples et aimants. ALLOCUTION A QUÉBEC 901 Le but premier de ce voyage, pour moi, est de saluer ce que vous avez réussi, seuls, à faire du Québec, parvenant à bâtir un beau pays, prospère, fidèle à lui-même et ouvert sur le monde.Au témoignage rendu s\u2019ajoute la présence sensible de notre grand héritage commun, celui de notre foi d\u2019abord, celui de notre culture, de notre langue qui constituent notre parenté en une fraternité indestructible.Ému et heureux, je le suis aussi pour une seconde raison: avec vous, je retrouve ce que l\u2019aventure française a accompli de plus noble.Au début de l\u2019étonnante aventure, vous étiez quelques milliers perdus sur une terre immense, nouvelle et inconnue, après que François 1er eut confié à Jacques Cartier la mission de porter au loin les lys de France, auxquels vous êtes restés fidèles.Mais vous êtes un peuple conquérant et travailleur, tenace et courageux et vous êtes aujourd\u2019hui plus de six millions d\u2019hommes et de femmes, déployant d\u2019admirables talents dans tous les domaines de la culture et du savoir, sans jamais cesser d\u2019être fidèles à tout ce qui vous constitue ce que vous êtes.Quelle leçon de persévérance et d\u2019espérance! Je l\u2019ai déjà dit dans la Beauce et je le répète ici: vous êtes plus vigilants que nous sur l\u2019essentiel et je souhaite que la leçon serve aux Français.Lorsque mon grand-père, le Comte de Paris, était venu au Québec à la fin du XIXe siècle, il exprimait déjà des sentiments que je fais miens aujourd\u2019hui et auxquels je n\u2019ai rien à retrancher: «Messieurs, c\u2019est avec une profonde émotion que je me trouve appelé à vous remercier en français de l\u2019accueil si cordial que vous voulez bien me faire.Vous qui, grâce à votre énergie et à celle de vos ancêtres, avez su vous reconstituer une patrie française non seulement par la langue mais par les moeurs, par la religion, vous ne savez pas combien le son de cette langue maternelle est doux aux oreilles de l\u2019exilé, lorsqu\u2019il la retrouve sur toutes les lèvres comme dans la patrie.Mais cette sensation, si vive qu\u2019elle soit, est peu de chose à côté du puissant intérêt qu\u2019il y a pour les Français soucieux de l\u2019avenir de leur pays à suivre de près la grande expérience qui se poursuit sur les rives du Saint-Laurent depuis les jours douloureux de la séparation.Pour l\u2019honneur de notre race, il est consolant de constater ce qu\u2019a pu faire un petit noyau de Français isolés, abandonnés sur cet 902 L'ACTION NATIONALE immense continent, et de voir la forte nation qui en est issue».Enfin heureux et ému je le suis aussi par cette merveilleuse coïncidence, à laquelle la providence ne saurait être étrangère, qui veut que la double raison de ma venue au Québec \u2014 le 250e anniversaire de l\u2019établissement des seigneuries de la Beauce et le 50e anniversaire de la fondation de votre compagnie \u2014 corresponde au millénaire de la dynastie capétienne dont je suis issu.Il était naturel certes, mais il est nécessaire aussi, que cet anniversaire qui commémore un événement vieux de mille ans et toute la patiente entreprise dix fois séculaire qu\u2019il a ouverts, soit aussi célébré par vous qui assumez au même titre que nous l\u2019essentiel de cette histoire.Je n\u2019oublie pas, certes, que vous avez souhaité que je vous parle du millénaire et de sa signification pour nous, pour vous.Je voudrais vous dire tout d\u2019abord que l\u2019an 987, lorsque fut élu par ses pairs mon lointain ancêtre Hugues, que l\u2019on a, pense-t-on, appelé Capet pour la raison simple qu\u2019il portait une cape, n\u2019est pas seulement une date: ce que l\u2019on célèbre non seulement en France mais aussi dans le cœur de tous ceux qui ont été Français, notamment ceux qui sont ici établis sur les rives du Saint-Laurent, c\u2019est toute la période qui nous sépare de cet événement: les mille ans qui ont façonné nos visages, qui ont permis notre unité, qui ont forgé la vocation de la France et qui vous maintiennent, vous aussi, dans le même privilège d\u2019élection et de fidélité.L\u2019anniversaire de l\u2019élection d\u2019Hugues Capet en 987 est l\u2019occasion pour les Français de célébrer les origines obscures et lointaines de leur unité millénaire qui les rassemble dans la plus vieille des nations d\u2019Europe.La France pourtant n\u2019était pas une nécessité inscrite dans le sol ou dans la race.Elle n\u2019est pas non plus le fruit du hasard, car pas plus que l\u2019homme une nation ne s\u2019improvise.Son unité a été forgée grâce à l\u2019effort tenace d\u2019une tige royale exceptionnelle dont l\u2019obstination paysanne a réalisé le pré-carré, le préservant de tout assujettissement à l\u2019égard de l\u2019étranger.L\u2019identité française est ainsi vécue depuis si longtemps, elle a surmonté tant de traverses et d\u2019épreuves, su renaître après de ALLOCUTION A QUÉBEC 903 tels désastres, que nous nous sommes presque habitués à la croire immortelle.La royauté qui a donné la France aux Français n\u2019est plus, mais l\u2019idée du royaume vit toujours dans la république.C\u2019est l\u2019idée d\u2019une élection mystique, une destinée héroïque, une allégeance aux exigences de ce qui a été, paradoxe et grandeur de toute notre histoire: les héritiers de la révolution sont aussi ceux de la gloire des lys de France.Car dans son identité profonde, la France est à la fois république et royaume, jalousement démocratique et toujours en quête de légitimité, bien de tous dont nous sommes tous responsables, s\u2019identifiant partout au verbe de la plus grande exigence nationale.Tel est l\u2019enseignement de ces mille ans d\u2019histoire.Ils composent un long poème dont chaque strophe a sa raison d\u2019être qui a déposé dans la conscience et la mémoire des Français son harmonique singulière: c\u2019est notre richesse qui sans cesse nous contraint à nous dépasser dans la grandeur.Moi aussi, ce soir, avec vous «Je me souviens» et je songe aux vertus qui ont, comme pour la France, permis le miracle d\u2019un Québec toujours vivant malgré les arrêts de mort qui l\u2019ont frappé.Et je songe que parmi toutes les vertus dont vous êtes parés il en est une qui, chez vous, resplendit d\u2019un particulier éclat: la fidélité.Cette fidélité dont vous avez fait votre devise et qui vous a permis de fonder sur le roc votre liberté et votre grandeur.Car il n\u2019est pas de liberté et de grandeur sans mémoire.Ce soir je suis heureux de vous apporter mon salut fervent et fraternel et je suis sûr que cette rencontre que je pourrais bien, devant vous, qualifier d\u2019historique, restera dans vos mémoires pour rappeler à l\u2019âge qui vient \u2014 celui dont vos enfants, celui dont mes petits-enfants seront les témoins \u2014 qu\u2019après avoir vécu une longue et poignante aventure ensemble, il nous reste encore un long chemin à parcourir.Car comme vous savez, l\u2019avenir dure longtemps. 904 L\u2019ACTION NATIONALE «L\u2019affirmation» johnsonnienne hypothèque l\u2019indépendance par JEAN-LOUIS BOURQUE politicologue Le «nouveau discours» du Parti québécois proposé par Pierre-Marc Johnson à ses militants et à toute la population est tellement confus et sujet à des interprétations diverses qu\u2019une chatte aurait du mal à y retrouver ses petits.Pour tenter de démêler cet écheveau, interrogeons la logique johnsonnienne et sa vision des choses; analysons brièvement l\u2019essentiel de ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la Proposition principale, c\u2019est-à-dire la nouvelle pomme de discorde.La Proposition principale qui constitue l\u2019ensemble des grandes orientations fondamentales du parti propose une démarche d\u2019affirmation nationale du peuple québécois et de consolidation de son identité dans le cadre du fédéralisme canadien.Cette proposition préconise la signature de la nouvelle Constitution canadienne moyennant cinq conditions déjà largement connues et rejette de ce fait implicitement l\u2019Indépendance du Québec en tant que solution au devenir du peuple québécois.Finalement, elle propose un cadre provincial «nouveau», c\u2019est-à-dire une nouvelle démocratie politique et une forme de social-démocratie qui ne change rien à la nature véritable du fédéralisme canadien et aux limites des pouvoirs provinciaux.Aussi, affirmer la nation québécoise dans un tel contexte constitue une bonne intention, certes, mais aussi un leurre et une illusion, parce qu\u2019elle refuse de prendre en compte toutes les données du problème canado-québécois.Pierre-Marc Johnson souhaite l\u2019Indépendance du Québec et la perçoit comme la façon idéale permettant au peuple québécois de se réaliser pleinement, mais il ne croit pas à l\u2019Indépendance du Québec et à son avènement à plus ou moins court terme.Aussi, ne prend-il aucun engagement à la promouvoir et à en activer la réalisation.Pour lui, l\u2019Indépendance est un idéal inaccessible qui nous guide et nous inspire, mais que l\u2019on n\u2019atteindra L\u2019AFFIRMATION JOHNSONNIENNE 905 pas nécessairement, un «horizon» qui s\u2019éloigne au fur et à mesure qu\u2019on s\u2019en rapproche et pourtant, il persiste à se proclamer souverainiste, vraisemblablement parce qu\u2019il en rêve à sa façon, plus sûrement pour ne pas s\u2019aliéner une bonne partie de ses appuis et de sa clientèle électorale.Or, dans les faits, jamais il ne critique sérieusement le fédéralisme canadien, qu\u2019il accepte comme un moindre mal, comme un système avec lequel il faut désormais composer et qu\u2019il nous faut renouveler.Le chef du Parti québécois et de l\u2019opposition officielle à l\u2019Assemblée nationale pense qu\u2019il faut désormais renoncer à présenter l\u2019Indépendance du Québec comme une solution réaliste, accessible et «faisable».Pour lui, cela demeure peu plausible et la population l\u2019a rejeté.pour longtemps.Aussi, l\u2019affirmation nationale est-elle un constat de l\u2019impossibilité de faire l\u2019indépendance à court et à moyen terme, tant que la population n\u2019en aura pas décidé autrement et tant que l\u2019on ne cherchera pas à l\u2019en convaincre.Même si, encore tout récemment, Pierre-Marc Johnson lâchait du lest et faisait quelques concessions aux indépendantistes-orthodoxes, en acceptant que conjointement à sa démarche d\u2019affirmation nationale les membres puissent non seulement affirmer l\u2019idéal de la souveraineté, mais également en faire la promotion sans que pour autant cela devienne l\u2019enjeu d\u2019un éventuelle élection référendaire, tout donne à penser qu\u2019il le fait à contrecœur et qu\u2019il ne mettra que difficilement la main à la pâte.C\u2019est un peu l\u2019attitude de Fanfan La Tulipe qui crie «Je suis votre général: allez-y, je vous suis!» Lorsque tout le monde voudra l\u2019Indépendance du Québec, je la voudrai aussi et je serai là à vos côtés.L\u2019affirmation nationale est un concept tellement évident, minimaliste, vague et général qu\u2019il finit par ne plus vouloir rien dire.L\u2019affirmation nationale a tellement de significations qu\u2019on aurait pu penser qu\u2019elle entraînerait facilement des consensus et qu\u2019elle provoquerait un enthousiasme mobilisateur.Or, c\u2019est exactement le contraire qui s\u2019est produit.La pensée ne passe pas et le message laisse la population indifférente.Le Parti québécois fait penser à un autobus dont la destination n\u2019est pas clairement identifiée.Les passagers se chicanent parce qu\u2019ils ne savent pas véritablement où ils s\u2019en vont.Si on demande au chauffeur où va l\u2019autobus, il ne veut pas le «dire», il 906 L\u2019ACTION NATIONALE se contente d\u2019y aller.Certains passagers refusent de payer leur billet; d\u2019autres veulent descendre.L\u2019autobus effectue des virages dangereux et des marches arrière compliquées.Tout le monde est fatigué.Ceux qui pensaient se diriger vers Indépendanceville risque de se retrouver à Fédéralisville.Que faire?Changer de chauffeur, changer l\u2019autobus ou changer d\u2019autobus?DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tel.845-8533 RETARDS Une centaine de lecteurs sont en retard pour renouveler leur abonnement.Cela crée des difficultés avec la poste et nos finances.Renouvelez promptement.Faites lire la revue à vos amis.Trouvez de nouveaux lecteurs.Bonnes vacances à tous! le directeur LA VIE DE NOS JEUNES 907 Si la vie vous intéresse.Au Québec, qu\u2019en est-il de la vie pour nos jeunes?par RENÉ BLANCHARD Le Québec est, avec le Japon et la Suède, l\u2019endroit du monde où les jeunes se suicident le plus.Plus de filles que de garçons attentent à leur vie, quoique plus de garçons que de filles réussissent à mettre fin à leur jour.Des milliers de jeunes, chaque année, renoncent donc à vivre dans la société québécoise et canadienne.Et le phénomène va en s\u2019aggravant.Et les moyens employés pour s\u2019enlever la vie sont de plus en plus atroces.Une jeune étudiante d\u2019un CEGEP de Québec imbibait ses vêtements d\u2019essence et s\u2019immolait hier par le feu, dans une toilette de l\u2019établissement.L\u2019impensable il y a quelques années est devenu monnaie courante.Certains mouvements, comme il en pousse des centaines autour de nos plaies sociales les plus évidentes, se sont organisés pour venir en aide aux jeunes tentés par le suicide.Ils ont obtenu le maigre soutien gouvernemental habituel.Et les experts patentés par nos universités, qui exploitent les nouvelles spécialités de la connaissance, commencent à se disputer le champ des hypothèses! Bientôt, on devrait entendre, dans ce jargon alambiqué qui révèle plus d\u2019ombres que de lumière, les explications les plus saugrenues.Comme la peine de mort, comme l\u2019inceste, comme le viol, comme le rapt, comme la violence faite aux femmes et aux enfants, cette plaie sociale attirera de nouveaux charognards de la misère humaine.Et chacun vivra de son coup de bistouri, ira de sa thèse de doctorat et de son livre à succès.Et comme l\u2019habitude est déjà installée, le peuple, avide, se nourrira d\u2019une nouvelle morbidité, d\u2019hypothèses, de problématiques et de théories farfelues.Et, encore, comme dans les cas semblables, on prendra la vessie pour la lanterne, le diagnostic pour le remède. 908 L'ACTION NATIONALE Pourtant, n\u2019est-il pas temps de réaliser que la solution à ce nouveau problème social n\u2019est justement pas au niveau du problème?Elle est au-dessus du réel que s\u2019est fabriqué l\u2019homme occidental avec sa science et sa technologie.Ce réel inconfortable et inhumain qu\u2019est devenue la société moderne.Ce nouvel univers concentrationnaire, qui répond de moins en moins au besoin profond de l\u2019être humain, qui est une absurdité face aux aspirations morales et spirituelles de l\u2019espèce humaine auxquelles sont particulièrement sensibles le jeune et celui qui le reste inconditionnellement: l\u2019artiste.Ce qu\u2019on a cru être un progrès n\u2019en est finalement pas un: c\u2019est une décadence et une dégénérescence de l\u2019humanité et de l\u2019humanisme.Les philosophes sont trop peu nombreux au Québec et on ne les écoute pas.Ils observent pourtant et disent que le Québec, société longtemps nourrie d\u2019aspirations spirituelles, s\u2019est privé en un temps record de l\u2019oxygène de la religion et de l\u2019ozone de l\u2019humanisme qui caractérisent depuis ses débuts son existence et sa recherche d\u2019identité.La prolifération des sectes au Québec est révélatrice.Et ce n\u2019est pas le catholicisme traditionnel qui ne répond plus.C\u2019est toute la société qui a baissé d\u2019un cran, qui ne se retrouve plus, qui perd pied, quitte sa trajectoire.Qui n\u2019offre plus rien d\u2019em-ballant, d\u2019enthousiasmant, de logique, de beau, de bien, à la mesure de leur capacité et de leur vouloir-vivre, à des jeunes qui n\u2019ont encore que «les vertus» de leurs ancêtres, qui se sentent étrangers chez eux, à la merci d\u2019une société sans liberté et sans rêve collectif.C\u2019est toute l\u2019intelligence de cette question qui reste à acquérir! LA LANGUE CONTINUELLEMENT MENACÉE 909 La langue continuellement menacée par JACQUES LACOURSIÈRE, historien Au Québec, la langue française vit sous la menace constante d\u2019une diminution de qualité ou d\u2019un affaiblissement numérique de la population, et ce, depuis la fameuse Conquête anglaise de 1760.Cette menace a pris différents visages et plus d\u2019une mesure ont été occasionnellement adoptées pour assurer sa «survivance».Le mot est lâché! Le Québécois francophone n\u2019existe pas, il survit.Pendant des décennies, nos patriotes n\u2019ont cessé de parler de la survivance française en Amérique du Nord, de la langue, gardienne de la foi, etc.De nos jours, le patriotisme se porte mal; on l\u2019accuse de conduite au racisme, au chauvinisme et à l\u2019ostracisme.Et pourtant, la menace n\u2019a jamais été aussi présente, même si, cette fois, notre langue n\u2019est pas ébranlée par l\u2019anglophilie ou l\u2019anglomanie de Québécois francophones, par l\u2019agressivité des Anglophones ou par des mesures gouvernementales hostiles.Non, la vraie menace vient du fait que les immigrants allophones sont plus attirés par la langue anglaise qui leur semble être un outil de réussite vers une complète intégration au milieu nord-américain dans lequel ils vivent.Le français leur apparaît soit comme une langue culturelle, soit comme le moyen de communication d\u2019un groupe de plus en plus numériquement minoritaire.Avant 1760, la langue parlée au Québec ne soulevait que des commentaires élogieux chez les Français de France.Le jésuite François-Xavier de Charlevoix avait écrit: «Nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre langue.» Thoulier d\u2019Olivet, de l\u2019Académie française, ajoutait: «On peut envoyer un opéra en Canada et il sera chanté à Québec note pour note et sur le même ton qu\u2019à Paris; mais on ne saura envoyer une phrase de conversation à Bordeaux et à Montpellier et faire qu\u2019elle y soit prononcée syllabe par syllabe comme à Paris.» Tous notent qu\u2019il n\u2019y a pas de patois en Nouvelle-France. 910 L\u2019ACTION NATIONALE Les problèmes Les problèmes commencent donc avec la Conquête.Dès que le pays est cédé à l\u2019Angleterre, on se demande quelle sera l\u2019attitude du roi face à sa nouvelle colonie.Mais, pour être juste, il faut préciser que notre «élite» est plus préoccupée par la question religieuse que par la question linguistique.D\u2019autant plus que les sujets anglophones sont bien peu nombreux.Il faut attendre l\u2019arrivée de loyalistes américains, après 1783, pour que le nombre d\u2019Anglophones augmente considérablement.Mais encore là, la menace est bien mince, puisque ces gens s\u2019installent surtout dans des régions où ils peuvent constituer une majorité.Comme les Anglophones occupent alors les meilleurs postes, aussi bien dans l\u2019administration publique que dans les secteurs de la finance et du commerce, les Francophones qui veulent s\u2019élever dans l\u2019échelle sociale se font dès cette époque un devoir de devenir bilingues.En 1807, on peut lire dans un journal de Québec: «On en voit enfin parler l\u2019anglais qu\u2019ils ont maintenant assimilé, qui ne peuvent dire un mot sans employer quelque expression anglaise.Cette faute est bien commune, et notre langue est tellement remplie d\u2019anglicismes que ceux qui parlent le mieux ont beaucoup de peine à les éviter.» La situation se complique avec les années 1830-1850, alors que, par centaines de milliers, des Irlandais choisissent d\u2019émigrer au Canada.Leur nombre débalance l\u2019équilibre démographique et Montréal devient une ville majoritairement anglophone.Jusqu\u2019aux premières décennies du vingtième siècle, cette ville s\u2019imposera l\u2019alternance dans le choix de ses maires, un Anglophone succédant à un Francophone.Bien plus, la langue anglaise sera abondamment utilisée à l\u2019hôtel de ville où, pour être compris, les «échevins» d\u2019alors devront recourir à la langue de Victoria.L\u2019unilinguisme Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les autorités civiles et religieuses, ainsi que certains intellectuels, jugent que le moment est venu de réagir car, pour eux, langue et religion sont intimement liées.En 1866, l\u2019évêque Louis Laflèche déclare: «La plus lourde taxe que la conquête nous ait imposée, c\u2019est la nécessité de parler anglais.» Et il conclut: «Ne parlez pas trop l\u2019an- LA LANGUE CONTINUELLEMENT MENACÉE 911 glais.» Ottawa devient le siège de grands débats sur la langue et le bilinguisme.En 1890, au nom de l\u2019unité nationale, le député Dalton McCarthy réclame l\u2019unilinguisme anglais.Loin de se laisser assimiler, les Québécois francophones sont secoués par un «léger» réveil: on assiste à la fondation, en 1902, de la Société du parler français au Canada et, l\u2019année suivante, de la Ligue nationaliste.En 1913, on mettra sur pied la Ligue des droits du français.Tous ces organismes réclament du gouvernement fédéral des lois favorisant le bilinguisme, c\u2019est-à-dire l\u2019usage du français au côté de l\u2019anglais, surtout dans les domaines monétaire et postal.Par contre, au même moment ou presque, on dénonce le bilinguisme des individus.«Le bilinguisme, écrit Victor Barbeau en 1937, nous corrode, nous dissout.» Nous sommes alors en «pleine crise» de séparatisme.Certains réclament, pour le Québec, l\u2019unilinguisme français qui leur semble être l\u2019unique moyen efficace de restaurer et de préserver la langue de la majorité.Une langue blessée, une drôle de langue, surnommée «jouai» au début des années 1960.Au moment où la «province» est en pleine mutation, le Gouvernement du Québec, pressé d\u2019agir par divers organismes, étudie et adopte de timides lois.Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, le Canada ouvre ses frontières à une immigration de plus en plus importante.Le Québec reçoit des dizaines de milliers d\u2019arrivants.En plus des Francophones et des Anglophones, sont apparus les Allophones.Le ghetto venait d\u2019éclater.En 1974-1975, à la suite d\u2019une tournée des principaux centres francophones hors Québec, une conclusion se dégageait: une morte lente de la plupart des îlots de Canadiens français due à l\u2019avènement d\u2019une télévision uniquement anglophone et à l\u2019ouverture au monde.Le Québec est-il en train de subir le même sort?Peut-être plus rapidement que prévu, surtout si nous ne réussissons pas à convaincre les Allophones qu\u2019il est préférable pour eux d\u2019adopter la langue française plutôt que la langue anglaise.Mission impossible? 912 L\u2019ACTION NATIONALE Les octrois aux minorités du secrétariat d\u2019État fédéral par LÉO RAYNAULT Peut-on mettre les minorités francophones des provinces canadiennes sur le même pied que la minorité anglophone du Québec?Alliance-Québec, l\u2019organisme voué à la défense des Anglophones du Québec, recevait cette semaine une somme de 550 000$ des mains du ministre d\u2019État à l\u2019Immigration, M.Gerry Wiener.Il s\u2019agit du premier versement d\u2019une subvention de plus d\u20191 millions.Or, que fait l\u2019association Alliance-Québec depuis sa fondation?Elle soutient une lutte acharnée contre toutes les mesures visant à la francisation du Québec, tout en proclamant son admiration sans borne pour la culture française par la voix de son suave président, M.Michel Goldbloom, fils de l\u2019ancien ministre libéral Victor Goldbloom.Alliance-Québec encourage, finance, soutient juridiquement tous ceux qui s\u2019attaquent pièce par pièce à la Loi 101, aux mesures et aux organismes favorisant la francisation du Québec.Fort de la sympathie et de l\u2019appui des ministres anglophones les plus pesants du cabinet formé par le premier ministre Bourassa et choisis tactiquement en récompense de l\u2019appui massif des Anglophones au Parti libéral, l\u2019association Alliance-Québec compte aussi sur les connivences des fédéralistes de tous les partis et de tous les ministres et hauts fonctionnaires anglophones du gouvernement fédéral qui depuis l\u2019adoption du bilinguisme ont développé une haine maladive du Québec et de la francophonie.Ces personnes se servent donc d\u2019Alliance-Québec pour faire ce que politiquement ils n \u2019oseraient pas faire directement contre le Québec et les Francophones des autres provinces. LES OCTROIS AUX MINORITÉS 913 Et, pour donner le change, ils soutiennent que les montants votés à Alliance-Québec servent à protéger les minorités francophones dissiminées dans les autres provinces! Mais il est bien connu que la situation des minorités francophones ne peut se comparer à celle de la minorité anglophone privilégiée du Québec, et cela sous tous les aspects: politique, social, économique et culturel.Quelle commune mesure peut-il exister entre les Francophones de la Saskatchewan et du Manitoba et les Anglophones de Westmount ou du West-Island?Vraiment aucune, sur aucun plan.Les minorités francophones du Canada sont totalement dépourvues de système institutionnel comparable à celui dont jouissent les Anglophones du Québec.Les minorités francophones du Manitoba et des Territoires du Nord-Ouest, pourtant protégées par l\u2019Acte de l\u2019Amérique Britannique du Nord de 1867, ont toutes été dépouillées de leurs droits linguistiques.Le mouvement a été tellement général que les droits du français ont fini par disparaître entièrement des législatures provinciales comme de la législature fédérale.Pourquoi le Québec n\u2019a-t-il pas agi ainsi envers sa minorité anglophone?Pourquoi les Francophones n\u2019étaient-ils pas en mesure de réclamer la réciprocité?Tout simplement parce que sa position de faiblesse sur l\u2019échiquier politique canadien empêchait le Québec de donner la réplique.Et parce que la minorité anglophone du Québec trouvait des appuis politiques et financiers partout, chez les Allophones assimilés au Canada et même en Angleterre! Il n\u2019y a pas de justice sans égalité et pas d\u2019égalité sans souveraineté, dans le système britannique! Un gouvernement québécois a osé s\u2019attaquer, en 1976, à un système qui réalisait sans heurt la minorisation et l\u2019assimilation des Francophones, tout à fait comme le prévoyait le rapport Durham et les promoteurs de l\u2019Acte d\u2019Union de 1841, comme de la Confédération de 1867.Mal lui en prit.Il a ameuté une horde déjà inquiète depuis 1960.La montée imprévue du nationalisme québécois lors de la révolution tranquille et la poussée indépendantiste violente des années 1980 avaient déjà obligé les Anglophones à modifier une politique qui conduisait tranquillement à la réduction progrès- 914 L\u2019ACTION NATIONALE sive du Québec en réserve indienne ou acadienne, réserve territoriale où un peuple, vestige de l\u2019ancien Canada, réduit à la pauvreté, trahi par ses élites, dominé politiquement et socialement, se serait éteint dans l\u2019indifférence et l\u2019apathie.Le réveil québécois, apparenté tardivement à la poussée mondiale anti-colonialiste, avait déjà incité le groupe anglophone dominant à prendre ses précautions, à jeter du lest, à donner l\u2019illusion de l\u2019égalité, à voter un bilinguisme apparent, à admettre Trudeau et ses colombes, à permettre de socialiser pour un temps le Canada.Mais l\u2019organisation du référendum québécois a semé la panique dans Y establishment canadien.Des millions «étrangers» ont alors été jetés dans la mêlée.L\u2019écrasement constitutionnel a suivi.On s\u2019est débarrassé de Trudeau, devenu arrogant et encombrant, grâce à un autre québécois, cette fois, un Anglophone de service.Au Québec même, le soutien massif à un parti fédéraliste a été décidé.L\u2019occupation de sa direction a été négociée.Restait à poursuivre la démolition des mesures législatives en faveur de la francisation du Québec, mesures qui risquaient de compromettre la sécurité du groupe anglophone et l\u2019assimilation des Allo-phones.On a trouvé un agent des plus intéressé, Alliance-Québec.On lui a donné les outils pour faire efficacement le travail sans prendre le risque politique de réveiller encore une fois les Québécois, abattus par la crise économique au point de basculer pardessus bord leurs leaders nationalistes, un peu rois nègres sur les bords! En 1986, comme pour les années antérieures, l\u2019organisme a donc reçu 1 127 550$ en subvention fédérale.Le gouvernement «investi» du Québec a fourni 23 816$ et la caution morale de ses principaux ministres.Des particuliers, officiellement, ont souscrit 18 140$, tandis qu\u2019une source douteuse, «l\u2019Institut de recherche et d\u2019éducation d\u2019Alliance-Québec», aurait versé une somme additionnelle de 200 000$.Ces fonds parviendraient, prétendent certaines sources d\u2019information, d\u2019une subvention fédérale.Alors que les Francophones sont partout bafoués au Canada, sur la place publique comme dans les législatures; alors LES OCTROIS AUX MINORITÉS 915 qu\u2019on leur verse, après des retards de plus de 3 ans et nombre de tracasseries et au compte-goutte, des subventions qui permettent à peine d\u2019entretenir une existence de façade.On fait d\u2019Alliance-Québec et de la riche minorité anglophone du Québec le fer de lance qui de l\u2019intérieur attaque et démolit systématiquement la Loi 101, devenue le symbole du Québec francophone à abattre de façon définitive.Et l\u2019on peut voir comment on attend patiemment que la chose soit faite dans tous les coins de l\u2019administration fédérale! Toutes les mesures en faveur du bilinguisme sont de moins en moins respectées et même tolérées.La dernière révélation faite par le Commissaire aux langues officielles, M.d\u2019Iberville Fort, mérite d\u2019être rappelée: Dans l\u2019armée canadienne, si vous êtes Anglophone et coulez votre examen de français élémentaire, après 24 sessions de cours, ce n\u2019est pas grave, rien ne sera porté à votre dossier.Mais, si vous êtes Francophone et si vous coulez votre examen d\u2019anglais après 36 sessions, votre dossier portera la mention d\u2019échec et toute possibilité d\u2019avancement sera exclue.Il en va ainsi et partout dans tous les ministères importants.Tapi, on attend l\u2019hallali, la dernière ruée contre le Québec et contre le français.Si l\u2019occasion n\u2019est pas donnée par la présente négociation constitutionnelle, on organisera, grâce à l\u2019infiltration du N.P.D.au Québec, le renversement du gouvernement conservateur et de son chef actuel, déjà jugé trop mou et trop entouré de Québécois pure laine.Une fois John Turner, de Toronto, ex-ministre de la justice et des mesures de guerre de 1970, au pouvoir, on sera en terrain sûr.Il y a longtemps que la peine de mort du nationalisme québécois a été décrétée à Ottawa! À moins que l\u2019histoire, la meilleure alliée de la justice, ne ménage ses rebondissements traditionnels et meurtriers à ceux qui, ici comme ailleurs, s\u2019emploient à la haine et à l\u2019écrasement des peuples. 916 L\u2019ACTION NATIONALE Pas de Québec francophone sans une liberté complète d\u2019action Déclaration du CLUB SOUVERAIN de l\u2019Estrie 1- Constatations et diagnostic Depuis bientôt trois ans, les membres du Club Souverain de l\u2019Estrie suivent attentivement l\u2019évolution des grands dossiers québécois: la place des P.M.E.dans notre économie, la famille, la natalité, l\u2019immigration, les conséquences de la constitution canadienne, la langue, la privatisation, etc.De tous ces dossiers, un a forcément retenu notre attention depuis quelques mois: celui de la langue française.Après avoir lu, discuté, confronté à peu près tout ce qui a été dit et écrit sur le sujet depuis la remise en cause de notre Loi 101; après l\u2019intervention personnelle dans les journaux régionaux et nationaux de plusieurs de nos membres, l\u2019ensemble des membres du Club Souverain se sentent habilités à livrer certains éléments de leur réflexion, ainsi que leur conclusion.Où en sommes-nous sur le plan linguistique et où allons-nous?En d\u2019autres termes, quel est l\u2019état de santé de notre langue dans notre vie économique, sociale et culturelle, au travail, dans nos loisirs, comme dans la rue?Notre langue française a-t-elle un avenir dans une constitution canadienne et un empire anglophone américain?Si oui, à quelles conditions?Voilà, en filigrane, la logique des questions qui ont guidé le «menu» de nos déjeuners-causeries mensuels du dimanche matin.Notre langue française est-elle en santé au Québec?Quand nous posions la question, nous renvoyions à toutes les sphères vitales de notre vie individuelle et collective: au travail, face à la télévision, face aux vidéos, au sport, lecture des journaux, langage journalier, affichage dans la rue et les magasins, face aux contrats d\u2019achat, à l\u2019audition de disques, face à l\u2019immigration, etc. POUR UNE LIBERTÉ COMPLÈTE D\u2019ACTION 917 En réponse à la plupart de ces questions, force nous est de constater que, surtout depuis l\u2019échec référendaire, notre langue française à subi d\u2019importants reculs à tous les niveaux.Sur le plan constitutionnel et juridique, les tribunaux canadiens ont invalidé sept chapitres de la Loi 101.Plus récemment, dans le domaine scolaire, notre gouvernement accordait l\u2019amnistie aux illégaux et dispensait leurs descendants de l\u2019inscription à l\u2019école française.Plus récemment encore, un autre jugement de la cour mettait en cause l\u2019affichage unilingue français, etc.Sur le plan des communications, force nous est également de constater que ce n\u2019est plus seulement la pression d\u2019un Canada à forte majorité anglophone qui s\u2019exerce sur notre langue française, mais le poids de 225 millions d\u2019Américains qui envahissent littéralement les ondes de la radio, de la T.V., le cinéma, les vidéos, les disques, les revues, les livres de recherche.Nous constatons également que cet envahissement quotidien massif de la langue anglaise est malheureusement renforcé par nos propres chaînes de radio, de télévision, par la réclame publicitaire de certains marchés d\u2019alimentation, par plusieurs de nos clubs sportifs, etc.Sur le plan du travail dans la fonction publique, depuis décembre 1986, par la Loi 142, notre gouvernement oblige maintenant les fonctionnaires québécois au bilinguisme institutionnel dans les services de santé et les services sociaux.Quand on sait que ces services étaient déjà accordés aux Anglophones dans leur langue avant cette loi.Sur le plan du travail dans nombre de secteurs privés, nous constatons que la plupart des emplois offerts demandent la maîtrise de la langue anglaise.Même si depuis vingt ans le Québec a fait des efforts et des progrès fantastiques au plan de l\u2019éducation, même si plusieurs firmes québécoises ont fait des percées importantes sur les marchés internationaux, nous pensons à Lavallin, Cascade, Bombardier etc., même si des succès internationaux retentissants ont couronné plusieurs de nos artistes québécois, nous constatons que chez nous, au Québec, la langue française est quotidiennement mise en échec sur tous les fronts; elle devient de moins en moins essentielle comme principal critère d\u2019embauche.Du bilinguisme institutionnel, nous passons 918 L\u2019ACTION NATIONALE donc au bilinguisme habituel.Passerons-nous à l\u2019unilinguisme anglophone officieux et pratique?La question mérite d\u2019être posée.2- Le pronostic Le pronostic?Il est sombre.En effet, si nous sommes conscients de la dégradation et des reculs que subit notre langue sur tous les fronts et dans tous les secteurs vitaux de notre société, l\u2019optimisme ne peut être de mise.Rien ne nous permet en effet de croire que la loi du nombre et l\u2019influence de la masse anglophone des États-Unis iront s\u2019amenuisant.Rien ne nous permet d\u2019espérer non plus que la règle de la constitution canadienne réservera un meilleur sort à la langue française.Et puisque les mêmes causes produisent habituellement les mêmes effets, au rythme, à l\u2019importance et à la somme des reculs que subit notre langue sur tous les fronts, nous pensons que d\u2019ici quelques générations, tout au plus, elle ne sera plus vraiment nécessaire pour gagner notre vie.Le Québec, à notre avis, pourrait alors devenir une seconde Nouvelle-Angleterre et une seconde Louisiane, où plusieurs millions de Québécois ont émigré et ont été rapidement assimilés.Nous pensons également au demi-million et plus de Québécois devenus Franco-Ontariens et dont la langue française n\u2019est vraiment utile que dans la vie familiale.Lorsque nous jetons un regard sur notre avenir linguistique, pouvons-nous oublier aussi le «libre»-échange avec les États-Unis?Dans ce contexte non libre, il s\u2019agit de deux majorités anglophones en train de négocier notre culture et notre économie.Est-ce normal?Est-ce possible que le Québec ne soit pas partie prenante à des délibérations et des décisions qui engagent notre avenir économique, social, culturel et linguistique?Quel sera, dans ce futur contexte, l\u2019utilité de notre langue dans le travail, dans les communications, dans la technologie et l\u2019économie?De telles questions, qu\u2019on ne peut pourtant pas éviter, ont de quoi nous rendre songeurs et très perplexes.Mais existe-t-il vraiment une solution capable d\u2019enrayer les reculs et l\u2019érosion de notre langue?Nous savons que le peuple québécois, comme tous les peuples, pourrait, dans un sursaut de fierté et par souci de POUR UNE LIBERTÉ COMPLÈTE D\u2019ACTION 919 protection de son identité, changer la trajectoire descendante de sa langue; mais nous savons également que, dans la vie des peuples comme dans la vie des individus en régression, il existe un point de non retour.A moins donc d\u2019un changement de cap très important au niveau des mentalités, des institutions québécoises ainsi que sur le plan constitutionnel, nous estimons que notre langue se dirige tout droit vers une langue folklorique et ce, d\u2019ici quelques générations.Bien sûr, les syndicats, les mouvements comme la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, le Mouvement Québécois Français (M.Q.F.), et les partis indépendantistes, le Mouvement Estrien pour le français (M.E.F.) en train de naître dans la région de l\u2019Estrie, toutes ces forces positives continueront à jouer un rôle essentiel dans la défense de notre langue, mais est-ce suffisant pour contrer l\u2019envahisseur croissant anglophone?Est-ce que David pourra indéfiniment résister à Goliath?À notre avis, pour espérer, à long terme, un Québec francophone en Amérique du Nord \u2014 car le Québec n\u2019est pas une île \u2014, il faut beaucoup plus que cela.3- L\u2019exercice des pleins pouvoirs Au premier chef, l\u2019État québécois doit d\u2019abord exercer le contrôle exclusif de son immigration.Dans un contexte de dénatalité inquiétante, comment le Québec peut-il espérer en effet accroître sa population francophone, s\u2019il ne préside pas lui-même au choix de ses immigrants?Encore en 1984, les immigrants unilingues anglophones étaient plus nombreux que les immigrants francophones.D\u2019autre part, une très forte immigration est à prévoir dans les prochaines années.Quelle sera la langue de ces immigrants?Le Québec pourra-t-il les intégrer?À moins de posséder et exercer un pouvoir exclusif en cette matière, nous ne voyons pas comment le Québec pourra à moyen et à long terme demeurer francophone.À moins d\u2019un changement radical à ce niveau, il n\u2019est pas interdit de penser qu\u2019un Québec francophone, minoritaire au Canada et sur le continent nord-américain, mais encore majoritaire sur son territoire, devienne également minoritaire dans son propre milieu. 920 L\u2019ACTION NATIONALE En second lieu, pour demeurer francophone, le Québec doit détenir et exercer un pouvoir exclusif en matière d\u2019éducation, de communication, de politiques sociales et de langue.Bref, il doit posséder un pouvoir exclusif en matière de constitution et de législation.L\u2019érosion et le charcutage de la Loi 101 constituent à ce niveau un exemple frappant et démoralisant.La charte de la langue française que le Québec avait réussi à se donner en 1977 après tant d\u2019années d\u2019efforts est maintenant déjà battue en brèche par la constitution du Canada, qui défait d\u2019un côté ce que l\u2019État québécois a fait de 1 autre.Jusqu où et jusqu\u2019à quand le Québec francophone pourra-t-il résister et conserver son identité?Enfin, et ce ne sont pas les moindres conditions, pour rêver demeurer francophone, le Québec doit être en mesure de décider lui-même de ses grandes priorités économiques et de ses relations internationales dans l\u2019interdépendance des autres pays.Pour intégrer ses immigrants à sa culture, à sa langue, à sa vie sociale, le Québec doit exercer une force d\u2019attraction économique décisive, dans le monde de la recherche, du commerce, de la technologie, du transport, là où se jouent vraiment la pertinence et la performance d\u2019une langue.Le peuple Québécois saura-t-il relever ce défi?Nous le souhaitons.Pour ce faire, les partis politiques, les associations, les institutions, les mass-media doivent cependant cesser de semer la confusion et d\u2019entretenir des illusions sur l\u2019avenir de notre langue française au Québec, car l\u2019avenir de cette dernière est inséparable de l\u2019avenir de notre statut national; elle nécessite beaucoup plus qu\u2019une Loi 101: elle commande la pleine liberté d\u2019action de l\u2019État québécois, son indépendance. L'HOMOGÉNÉITÉ DU SAGNENAY-LAC SAINT-JEAN 921 L\u2019homogénéité ethno-culturelle du Saguenay-Lac Saint-Jean (1) par JEAN-CHARLES CLAVEAU, m.d.I- Introduction Après la découverte de l\u2019Amérique en 1492 par Christophe Colomb, des dizaines et des dizaines de millions d\u2019immigrants d\u2019Europe sont venus peupler le Nouveau Monde et s\u2019établir à côté et, souvent, à la place des Amérindiens déjà ici depuis des millénaires.Des Africains arrachés à leur continent pour servir de main-d\u2019œuvre aux hommes blancs se sont aussi ajoutés.Et des Asiatiques ont suivi plus tard.Les Espagnols et les Portugais ont commencé à coloniser l\u2019Amérique au 16e siècle, alors que les Anglais et les Français l\u2019ont fait à partir du 17^.Le Québec actuel est, au-delà des vicissitudes de l\u2019Histoire, la continuation de la Nouvelle-France de Champlain, de Frontenac et de Vaudreuil.En tout cas, c\u2019est le dernier bastion de l\u2019Amérique française de nos manuels scolaires, avec ses prolongements au Nouveau-Brunswick et en Ontario.Le Royaume du Saguenay dont parlait jadis Mgr Victor Tremblay est devenu la région 02 du Québec contemporain.En 150 ans, ce vaste territoire, encore vierge et plus étendu que la Belgique, s\u2019est peuplé.Les nouveaux venus se sont emparés du sol, ont fait l\u2019exploitation de la forêt et ont participé à son développement industriel.Ce fleuron de la patrie agrandie de nos pères a été, au départ et surtout, une extension du vieux pays de Charlevoix.Tout cela s\u2019est produit en quelques générations. 922 L\u2019ACTION NATIONALE Le tableau I, ci-contre, montre le peuplement de ce pays neuf1.Tableau I Peuplement du Saguenay-Lac Saint-Jean Année\tPopulation 1851\t5 400 1881\t25 000 1901\t38 000 1921\t73 000 1941\t143 000 19812\t285 000 Là où il n\u2019y avait à peu près personne en ce début d\u2019année 1838, on trouve de nos jours 285 000 habitants.Le peuplement du Royaume du Saguenay s\u2019est effectué comme la conquête d\u2019un nouveau territoire, tel un autre chapitre de la colonisation du Nouveau-Monde par nos ancêtres venus d\u2019Europe.Pourtant, ces ancêtres étaient beaucoup plus près qu\u2019il n\u2019y paraît des contemporains que nous sommes.Ainsi, quand le grand-père de l\u2019auteur, Louis Claveau (1853-1909), est né à Chicoutimi en 18533, la population saguenéenne dépassait à peine 5 000 habitants, comme on vient de le noter au Tableau I.Lorsque mon propre père, Gustave (1892-1974), était encore à l\u2019école primaire de la même ville en 1901, la région tout entière ne comptait que 38 000 citoyens.Et, en 1941, alors que l\u2019auteur était à son tour sur les bancs du Séminaire diocésain, la population régionale était deux fois 1.\tRaoul Blanchard, Le Canada français, p.97, Lib.Arthème Fayard, 1960.2.\tStatistique Canada, recensement de 1981.Université du Québec à Chicoutimi.Tous les chiffres cités concernant l\u2019origine ethnique, la langue maternelle, la langue parlée à la maison et la religion proviennent du recensement de 1981 de Statistique Canada.3.\tArchives personnelles. L\u2019HOMOGÉNÉITÉ DU SAGNENAY-LAC SAINT-JEAN 923 moins nombreuse que celle d\u2019aujourd\u2019hui et Chicoutimi n\u2019avait que 16 000 habitants, comparativement à plus de 62 000 actuellement.Tous ces changements démographiques se sont produits en même temps que se manifestait une homogénéité ethno-culturelle très grande.C\u2019est ce dont nous allons parler.On ne reconnaît plus guère à Péribonka, à Saint-Félicien, à Mistassini, à Saint-Gédéon, à Roberval, à Jonquière ou à Chicoutimi le pays neuf, rural et forestier si bien chanté par Louis Hémon au début du siècle et qui a servi longtemps, tel une image d\u2019Épinal, de portrait du Canada français à travers le monde.Le Saguenay-Lac Saint-Jean rural à 74% en 19114 s\u2019est transformé quelque 70 ans plus tard en une région industrielle et urbanisée à 69% en (1981).Ce coin de terre habité depuis longtemps par les Montagnais a d\u2019abord été fréquenté par les missionnaires, les explorateurs et les trafiquants durant quelques siècles.Le monument du Coteau du Portage à Chicoutimi élevé en 1937 en témoigne5.En 1838, ce territoire fut colonisé par les gens de Charlevoix en quête de terres nouvelles pour leurs fils trop nombreux, puis par ceux du Bas-du-Fleuve, du curé Hébert en 1849 et par les autres venus d\u2019ailleurs, qui ont suivi.II- L\u2019origine ethnique Le recensement fédéral de 1981 révèle que la région du Saguenay-Lac Saint-Jean compte 285 284 habitants, qui se répartissent de la façon suivante, selon l\u2019origine ethnique ou raciale.4.\tStatistique Canada, recensement de 1911.UQUAC.En 1911, la Côte-Nord était incluse dans la région du Saguenay, ce qui augmente la proportion de la population rurale de notre région.5.\tJean-Charles Claveau, m.d., Chicoutimi en ce temps-là, p.130.Éd.Fleur-de-lys, 1985. 924 L\u2019ACTION NATIONALE Tableau II Origine ethnique française britannique autre multiple Population 271 540 5 600 4 160 1 545 Pourcentage 95,2% 1,9% 1,4% 0,5% Le Tableau II montre à l\u2019évidence que notre région forme un milieu d\u2019origine française très homogène sur le plan ethnique ou racial, pour reprendre l\u2019ancienne dénomination du Bureau fédéral des statistiques.C\u2019est une des plus homogènes du Québec.Notre région est sans commune mesure avec le tableau ethno-culturel rencontré en Ontario ou dans l\u2019Ouest canadien.Dans ces provinces, les citoyens d\u2019origine britannique constituent moins ou autour de 50% de la population.Celle-ci est partagée en une grande diversité de groupes ethniques dont le lien le plus profond et le plus clair \u2014 en dehors de leur citoyenneté canadienne \u2014 est leur commune connaissance de la langue anglaise, la langue de leur vie collective qui cimente leurs relations comme l\u2019anglais le fait aussi aux États-Unis voisins.Avec leurs églises allemandes, ukrainiennes, polonaises, italiennes, suédoises, grecques ou autres, ils forment la mosaïque canadienne, autre copie de la mosaïque américaine.Au Saguenay-Lac Saint-Jean, les 5 600 habitants d\u2019origine britannique, c\u2019est-à-dire anglaise, écossaise, galloise et irlandaise \u2014 les Irlandais de l\u2019Eire ne sont plus sujets britanniques depuis 19496 \u2014 ne représentent que 1,9% de la population régionale.Cela est très peu.Par ailleurs, le Tableau II indique que les gens d\u2019une origine ethnique autre ne sont à leur tour que 4 160, soit 1,4% du total.6.Alpha encyclopédie, Éd.Franson, 1970. L\u2019HOMOGÉNÉITÉ DU SAGNENAY-LAC SAINT-JEAN 925 Quant aux 1 545 citoyens classés sous la rubrique «origine multiple», il s\u2019agit de personnes nées de parents appartenant à deux origines raciales différentes.Ainsi, le père peut être d\u2019origine française et la mère de descendance anglaise ou italienne et vice-versa.Il apparaît donc difficile d\u2019utiliser ce dernier chiffre dans une étude statistique, l\u2019appellation «origine multiple» étant en elle-même trop imprécise.Avec une population d\u2019origine française de plus de 95%, le pays de Maria Chapdelaine constitue non une mosaïque ethnique, mais un milieu d\u2019un homogénéité presque totale et évidente de prime abord.Cependant, malgré l\u2019homogénéité ethnoculturelle réelle et visible de la région, une certaine diversité raciale a toujours existé chez nous, depuis l\u2019arrivée des premiers colons à la Baie des Ha! Ha!, en 1838.Cette diversité n\u2019a jamais été très manifeste, d\u2019abord par suite du nombre peu élevé de Néo-Saguenéens d\u2019origine non française à immigrer ici.Ensuite, à cause de l\u2019intégration et de l\u2019assimilation rapide à la première ou à la deuxième génération des nouveaux venus dans leur milieu d\u2019adoption.Enfin, plusieurs des arrivants «d\u2019origine étrangère» étaient déjà assimilés ou en voie de l\u2019être.Ainsi, certains Écossais établis dans Charlevoix après la victoire anglaise de 1759 ont été à l\u2019origine d\u2019un rameau de descendance écossaise particulièrement fécond qui a essaimé ici et s\u2019y est multiplié de façon marquée comme nos ancêtres du temps.Les Blackburn, les Murray, les McNicoll, les Murdock, les Fraser, les McLean, les McLeod et autres ont été de ceux-là.Ces fils d\u2019Écossais de langue anglaise ont été souvent au service de la Compagnie de la Baie d\u2019Hudson et de la Compagnie du Nord-Ouest avant sa fusion avec la première en 1821, ou en relation avec Price, qui s\u2019était vu octroyer des droits de coupe de bois sur les terres de la Couronne (britannique) au Saguenay.Cette situation a mis certains Écossais en contact avec les Amérindiens ici et là dans les postes de traite du Saguenay, de la Côte-Nord ou d\u2019ailleurs. 926 L\u2019ACTION NATIONALE C\u2019est ainsi que sont nées plusieurs unions entre Écossais et Montagnaises, dont les descendants sont nombreux chez nous.Le métissage Une recherche généalogique approfondie serait sans doute nécessaire pour établir des données précises sur le nombre de Saguenéens et de Jeannois impliqués dans ce métissage, souvent le fruit d\u2019autres métissages antérieurs avec des Français et leurs descendants.Qu\u2019il suffise, pour éclairer notre propos, de mentionner deux patronymes bien connus dans la région.Ainsi, les Blackburn et les Murdock sont les descendants d\u2019un ancêtre écossais et d\u2019une ancêtre amérindienne.L\u2019ancêtre Hugh Blackburn, originaire d\u2019Écosse, a épousé vers 1782 Geneviève Gagnon, la fille de J.B.Gagnon et de Cécile Kaoraté, Montagnaise7 8, alors qu\u2019Alexander Murdock, également natif d\u2019Écosse, a épousé Magdeleine Montagnaise vers 1816®.Les Blackburn et les Murdock de Charlevoix ont suivi au Saguenay leurs voisins Tremblay, Simard, Gagnon, Bouchard, Côté ou Bergeron, après avoir épousé leurs filles ou leurs fils.Voilà pourquoi tous ceux qui ont un ou une Blackburn parmi leurs ancêtres \u2014 et tous les Blackburn de la région descendent du même couple Hugh Blackburn-Geneviève Gagnon \u2014 sont issus d\u2019un métissage écossais-amérindien et d\u2019un mélange français-écossais-amérindien qui s\u2019est perpétué depuis six, sept ou huit générations.Il en est de même des Murdock.Une étude même superficielle de la lignée de Hugh Blackburn et d\u2019Alexander Murdock démontre que, mis à part les descendants facilement identifiables qui portent le nom de leur ancêtre Blackburn ou Murdock \u2014 plus de 570 abonnés inscrits dans l\u2019annuaire téléphonique régional de 1986 sont des Blackburn et des Murdock \u2014, il y a chez nous plusieurs milliers de citoyens ignorant la plupart du temps qu\u2019ils sont leurs descendants «métissés».7.\tSaguenayensia, avril-juin 1983.«Les Blackburn», Jean-Charles Claveau, m.d.8.\tFrère Éloi-Gérard, Complément de généalogie, 1943, p.356. L\u2019HOMOGÉNÉITÉ DU SAGNENAY-LAC SAINT-JEAN 927 L\u2019assimilation au milieu sur les plans linguistique, culturel et religieux est tellement entière que ces gens n\u2019ont guère de raison de le savoir, à moins de s\u2019intéresser spécialement à leur généalogie.Et c\u2019est ainsi que des Tremblay, des Beaulieu, des Gagnon, des Maltais, des Piché, des Savard, des Lagacé, des Bouchard, des Claveau, des Riverin, des Pagé, des Dufour, des Wells, des Gauthier, des Pedneault, des Talbot, des Perron, des Saulnier, des Amyot, des Gravel, des Fillion, des Laforest, des Girard, des Côté, des Larouche, des Delisle et d\u2019autres font partie de ces nombreuses personnes qui ont du sang écossais-amérindien mêlé au sang français qui coule dans leurs veines, sans parler du sang d\u2019autres origines qui s\u2019est parfois ajouté en cours de route.Dans le cas présent, il s\u2019agit, bien sûr, des descendants des filles Blackburn et Murdock dont le nom de famille n\u2019apparaît plus chez leur progéniture souvent depuis plusieurs générations.À titre d\u2019exemple, citons Antoine Riverin (1777-1859), l\u2019ancêtre des Riverin dont a parlé dernièrement l\u2019historien Cari Beaulieu9.Cet ancêtre Riverin a épousé en 1807 à La Malbaie Marie-Anne Blackburn, la fille de Hugh Blackburn (1746-1833), et il a laissé toute une descendance de Riverin issue de cette union française-écossaise-amérindienne.Pour cette famille Riverin comme pour bien d\u2019autres familles signalées plus haut, l\u2019origine «métissée» de leur ancêtre Marie-Anne Blackburn demeure un fait généalogique indéniable, mais qui ne change rien à leur réalité québécoise actuelle.Cette origine ethnique plus diversifiée qu\u2019il ne semble témoigne, en tout cas, d\u2019une assimilation à ce point réussie que rien n\u2019y paraît avec les générations.L\u2019on peut donc croire que le bagage génétique de ces aïeux d\u2019origines différentes a contribué à enrichir l\u2019héritage biologique de leur postérité.9.Les Riverin au Saguenay, Publication de La Société Historique du Saguenay, Carl Beaulieu, 1986.(à suivre) 928 L'ACTION NATIONALE Les réfugiés-e-s par MARCEL G.PEPIN Confédération des syndicats nationaux Depuis trois mois maintenant, un nombre considérable de personnes se présentent aux frontières et aéroports canadiens en se réclamant du statut de réfugiés.Cette situation en soi n\u2019est pas nouvelle; l\u2019élément qui est nouveau, c\u2019est l\u2019ampleur du phénomène.Depuis le début de janvier 1987, plus de 6 000 personnes ont demandé qu\u2019on leur reconnaisse ce statut.Cette arrivée massive pose des problèmes ou soulève des questions de divers ordres: problèmes d\u2019accueil, administratifs et sociaux; questions économiques et de légitimité.Aujourd\u2019hui, en conséquence de ces événements, le droit au refuge est sérieusement remis en question et nous croyons qu\u2019il faut fermement s\u2019opposer à cela.Nous vous présentons ici la nature du cadre juridique auquel a adhéré le Canada et qui permet, dans les règles actuelles, à une personne de requérir en sol canadien le statut de réfugié.Nous ferons ensuite brièvement état de la situation des réfugiés dans le monde et des distinctions que beaucoup tentent d\u2019établir entre réfugiés politiques et économiques.Finalement, nous aborderons les carences de la politique canadienne et les correctifs qui devraient y être apportés.1- Le cadre juridique international1 Le droit pour toute personne de chercher asile et de bénéficier de l\u2019asile dans un autre pays que le sien est reconnu depuis 1948 dans la Déclaration Universelle des Droits de l\u2019Homme.Afin d\u2019assurer l\u2019application de ce droit, des normes minimales de base pour le traitement des réfugiés ont été développées 1.Nous remercions la Ligue des Droits et Libertés pour le Dossier «Le Canada et les réfugiés: une question de justice», dont nous nous sommes inspiré. LES RÉFUGIÉS-E-S 929 dans la Convention des Nations-Unies de 1951 (Genève) et dans le protocole de 1967.Ces textes définissent le réfugié comme une personne qui «craignant avec raison d\u2019être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques» a quitté le pays où elle réside habituellement et n\u2019est pas désireuse d\u2019y retourner ou en est incapable.Comme la plupart des pays de ce monde, le Canada a adhéré à cette convention et à ce protocole.Un cadre juridique national a ensuite été développé.2- Le cadre juridique canadien La loi canadienne sur l\u2019immigration actuellement en vigueur a été adoptée en 1977.Quoique l\u2019immigration et le droit au refuge soient deux questions différentes, deux réalités différentes, elles sont toutes deux prévues à la même loi.L\u2019immigration vise des objectifs économiques et sociaux propres à une population donnée, alors que la reconnaissance du droit au refuge, l\u2019ouverture au réfugié est une mesure d\u2019ouverture, d\u2019accueil à des personnes qui cherchent à échapper à certains problèmes.La loi prévoit deux procédures bien distinctes par lesquelles une personne peut trouver refuge au Canada.En premier lieu, le Canada sélectionne à chaque année un nombre déterminé à l\u2019avance de réfugiés qui sont déjà dans des pays de premier accueil.En second lieu, des personnes qui se considèrent réfugiées peuvent en se présentant au Canada demander qu\u2019on leur reconnaisse ce statut et donc le droit au refuge.La première procédure a ses qualités et ses défauts.Elle permet à l\u2019organisme des Nations-Unies chargé des réfugié-e-s (le Haut Commissariat des Nations-Unies pour les réfugié-e-s) de planifier la réimplantation des réfugié-e-s.Elle permet cependant au gouvernement de choisir «ses» réfugié-e-s: en bonne santé, formé-e-s, etc.Nous sommes reconnus pour notre aide, mais pas pour notre désintéressement.La deuxième procédure permet aux personnes qui ne sont 930 L\u2019ACTION NATIONALE pas dans des camps de réfugiés ou qui fuient d\u2019urgence leur pays d\u2019obtenir ce droit au refuge.Cette procédure sauve des vies.C\u2019est en se réclamant de cette deuxième procédure que sont arrivées au Canada plusieurs dizaines de milliers de personnes au cours des dernières années: polonais, vietnamiens, tchécoslovaques, soviétiques, cubains, chiliens, guatémaltèques, iraniens, turcs, sri-lankais, etc.Ils sont arrivés de partout dans le monde.Chaque personne doit présenter et défendre son cas; plusieurs étapes d\u2019examen et d\u2019appel sont prévues à la loi.L\u2019engorgement des services fédéraux depuis plusieurs années fait en sorte qu\u2019il faut environ 3 ans avant de trancher un cas de façon à peu près définitive.3- Les réfugié-e-s dans le monde Il y a plus de dix millions de réfugié-e-s dans le monde, victimes de guerres civiles ou entre nations, de rivalités ethniques ou raciales, de persécution, de répression, de famine, etc.La plupart de ces réfugié-e-s trouvent accueil dans les pays limitrophes aux leurs, en espérant pouvoir un jour regagner leur pays.Cela est souvent si long, si ce n\u2019est impensable, les conditions de vie sont si difficiles, le fardeau si lourd pour les pays de premier accueil qu\u2019il faut réimplanter nombre de réfugié-e-s dans d\u2019autres pays.Le Canada occupait en 1984 la huitième place parmi les pays d\u2019accueil, avec plus de 350 000 réfugié-e-s accueilli-e-s pour l\u2019essentiel depuis quinze ans2.En proportion de sa population, le Canada occupe le 14e rang parmi les pays d\u2019accueil.Notre procédure d\u2019accueil cherche à différencier les réfugié-e-s dit-e-s politiques des réfugié-e-s dit-e-s économiques.Or, il n\u2019est pas toujours aisé de distinguer la cause principale qui pousse une personne à chercher refuge: la persécution, la peur de la persécution, la fuite de la misère ou de la famine?Nous considérons inquiétante la facilité avec laquelle beau- 2.Emploi et Immigration Canada, «Les réfugiés \u2014 perspectives pour 1984-85», mai 1984, et Ligue des Droits et Libertés, «Le Canada et les réfugiés: une question de justice», Bulletin LDL, vol.IV, n° 6, 1985. LES RÉFUGIÉS-E-S 931 coup portent un jugement sur la valeur des motifs invoqués par les requérants actuels.Nous avons accueilli plusieurs milliers de citoyens polonais, ces dernières années, conscients de leur situation sociale et économique difficile, mais savions-nous s\u2019ils étaient tous des militants du syndicat Solidarité menacés directement de répression ou si certains cherchaient un niveau de vie plus élevé, un pays plus libre?Nous avons accueilli 40 000 citoyens vietnamiens en 1980-813: étaient-ils tous directement menacés d\u2019une persécution ou cherchaient-ils pour un certain nombre plus de liberté, un niveau de vie plus élevé?Les médias nous parlent peu de la situation intérieure en Turquie.Ce pays a connu des troubles majeurs, ces dernières années: une guerre civile larvée, un régime militaire, la loi martiale.En décembre 1986, il y a à peine plus de deux mois, 264 militants, dont tous les dirigeants, d\u2019une centrale syndicale ont été condamnés à des peines de prison allant d\u2019un à quinze ans.Cette centrale avec laquelle nous avons déjà eu plusieurs contacts, la DISK (Confédération des Syndicats Progressistes de la Turquie) est actuellement interdite, ainsi que les vingt-huit fédérations professionnelles qui la composent4.Ajoutons que de longue date une lutte souvent violente oppose l\u2019actuelle province kurde du pays à l\u2019État turc.Est-ce que les Turcs qui arrivent aujourd\u2019hui au Canada fuient les persécutions?cherchent un pays plus libre?un pays au niveau de vie plus élevé?Par ces quelques éléments, nous cherchons à illustrer la nécessité d\u2019une bonne connaissance des situations nationales avant de porter un jugement sur ceux qu\u2019on dit vrai-e-s réfugié-e-s ou faux/fausses réfugié-e-s.4- La situation canadienne Le problème actuel du Canada réside dans le laps de temps inacceptable qui s\u2019écoule entre la demande du statut de réfugié et 3.\tConseil consultatif Canadien de l\u2019Emploi et de l\u2019Immigration, «Immigration: Politique de Croissance», août 1985, p.17.4.\tConfédération Mondiale du Travail, Bulletin Bimensuel Flash du 1-02-1987. 932 L\u2019ACTION NATIONALE la décision.La situation n\u2019a cessé de s\u2019empirer depuis le début de la décennie; aujourd\u2019hui, plus de 20 000 personnes attendent une décision.À l\u2019extrême, une décision peut prendre cinq ans.C\u2019est ce délai qui est exploité par les vendeurs de rêve, ceux qui vendent à leur profit le Canada et qui encouragent des gens à tout abandonner ce qu\u2019ils ont.C\u2019est ce délai qu\u2019il faut éliminer et non le droit au refuge, comme on est en train de le faire.Il est primordial que le gouvernement fédéral dégage les ressources nécessaires pour absorber les retards et traiter convenablement les nouveaux cas, cela sans couper les procédures d\u2019appel, mais en accélérant le processus à chaque étape.Le problème n\u2019est pas dans la capacité à moyen terme du Canada et du Québec de recevoir et d\u2019absorber de nouveaux venus.Depuis quarante ans, 5,4 millions d\u2019immigrant-e-s ont été admis-e-s au Canada.Selon les années, les niveaux ont varié.Dans les années où les niveaux ont été les plus bas, soit en 1963 et 1964, le Canada a reçu respectivement 63 000 et 75 000 immi-grant-e-s.Dans les années où les niveaux ont été les plus élevés, comme en 1967 et 1974, le Canada a accueilli respectivement 223 000 et 218 000 immigrant-e-s5 6.Ce ne sont donc pas les quelques milliers de requérant-e-s des derniers mois qui épuiseront nos ressources, si la procédure d\u2019accueil est adéquate.5- Les questions économique et linguistique On aborde fréquemment la question du chômage en disant simplement que les immigrant-e-s prennent nos emplois.Il faudrait ajouter qu\u2019ils sont de très gros consommateurs, car ils ont besoin de tout et qu\u2019ainsi, ils ont un impact nettement positif sur notre économie.Il y a peu d\u2019études sur cette question, mais les seules qui existent tendent à démontrer que globalement l\u2019immigration a un impact positif sur la situation de 1 emploi .Il faut donc faire très attention, sur cette délicate question, que nos préjugés ne l\u2019emportent pas sur la réalité.Enfin, la question de l\u2019intégration des nouveaux venus aux cultures francophones ou anglophones est une question cruciale, 5.\tEmploi et Immigration Canada, «Statistique sur l\u2019immigration», 1984.6.\t«The Macroconomic impacts of Immigration policies», Dwight, Grant, Notamura, Alice O et Mosao, Edmonton, 1975. LES RÉFUGIÉS-E-S 933 au Québec.Nos structures d\u2019accueil ont déjà été déficientes pour le moins, nous croyons qu\u2019il faut faire en sorte que dès le début du processus de reconnaissance du statut de réfugiés le droit à des cours de français et l\u2019accès aux écoles françaises soient reconnus afin de permettre une meilleure intégration des communautés immigrantes à la société québécoise.Nous croyons, par ailleurs, que ces cours de français devraient être obligatoires pour les réfugié-e-s désirant s\u2019installer au Québec.6- La reconnaissance du droit au refuge Le droit au refuge doit être reconnu, respecté et défendu.Si nous voulons que les gens persécutés dans ce monde aient des moyens d\u2019échapper à ces situations, le droit au refuge doit exister réellement.Toute politique d\u2019ouverture comporte des risques et peut permettre des abus: à nous de développer une mécanique efficace qui s\u2019attaque à ces abus et les décourage.En conséquence, nous revendiquons: \u2014\tle maintien intégral du droit au refuge; le maintien des lieux où les demandes de refuge peuvent être faites et l\u2019augmentation du personnel relié à ces tâches; \u2014\tl\u2019accélération du processus de traitement des demandes des requérant-e-s du statut de réfugié sans restrictions des droits d\u2019appel; \u2014\tle maintien de l\u2019aide financière disponible aux réfugié-e-s et le droit à un permis de travail dès la première audition; la mise sur pied de campagnes d\u2019information auprès de la population; la garantie de l\u2019accès des réfugié-e-s à des cours de français et à 1 école française, afin de leur permettre une meilleure intégration à la société québécoise; ces cours de français devraient être obligatoires pour les réfugié-e-s désireux/désireuses de s\u2019installer au Québec; \u2014\tl\u2019augmentation de l\u2019aide aux organismes de première ligne (qui assurent l\u2019aide au logement, vêtements, nourriture, l\u2019aide légale, etc.). 934 L\u2019ACTION NATIONALE Xénophobes, les Québécois?par LÉANDRE FRADET, secrétaire des Amis de Lionel Groulx En page frontispice du lundi 9 mars 1987 du quotidien Le Devoir, relativement au sondage Le Devo/r-Créatex- +, il était fallacieusement affirmé qu\u2019un fort courant xénophobe traverse la société québécoise parce que, y lisait-on, «une grande partie de la population trouve que le Québec devrait recevoir moins d\u2019immigrants qu\u2019actuellement, et moins de réfugiés politiques».Nous ne savions point que c\u2019est être xénophobe, que de vouloir conserver l\u2019homogénéité de la Nation québécoise, du moins que de vouloir maintenir sa majorité française déjà gravement menacée par le plus bas taux de natalité du monde qui continue à baisser en catastrophe; par l\u2019avortement à outrance qui augmente sans cesse; par le suicide croissant de jeunes compatriotes.L\u2019instinct de conservation de notre nation \u2014 comme pour toute nation ou race \u2014 n\u2019est point du tout de la xénophobie et ne saurait être considérée comme telle.Pour la pérennité de l\u2019être national, pour la préservation de son entité, pour la prévention du génocide, à la lumière de l\u2019histoire probante de ce que les nôtres vécurent dans l\u2019Ouest, il y a légitime défense pour notre nation, comme il y a légitime défense pour l\u2019individu! Certains profanes et scientifiques s\u2019inquiètent avec raison de la disparition ou de l\u2019extinction éventuelle de certaines espèces animales, aquatiques, et volatiles; de certaines peuplades aborigènes, amérindiennes.À fortiori, ne devrait-on pas s\u2019inquiéter de l\u2019agonie, du génocide latent, imperceptible mais réel, de notre nation, tant désiré, continûment prémédité depuis la défaite militaire de 1759! Xénophobes, les Québécois?\u2014 Quelle farce! Que l\u2019on cesse donc enfin de toujours chercher à culpabiliser injustement nos compatriotes en toutes choses, notamment XÉNOPHOBES, LES QUÉBÉCOIS?935 comme ce fut le cas ad nauseam au sujet de la Charte de la langue française dépouillée de sa véritable raison d\u2019être, laquelle ne faisait que régulariser une situation linguistique déplorable, désagréable, irritante même pour nous de la majorité de faits insolites qui favorisaient une minorité arrogante, choyée démesurément, gavée.Nos compatriotes ont toujours été ouverts au monde, aux étrangers, parfois jusqu\u2019à l\u2019infantilisme, l\u2019àplatventrisme.Faudrait-il rappeler quelques faits historiques passés et contemporains de cette ouverture désintéressée, de cet altruisme des nôtres?L\u2019accueil que firent nos pères aux Irlandais, il y a plus d un siècle, lors du typhus, aux risques pour eux de contaminer leur propre foyer; plus près de nous, rappelons l\u2019accueil enthousiaste fait aux Vietnamiens, Cambodgiens, Hongrois, etc., que nos compatriotes reçurent charitablement en leur famille, lors même qu en certains cas celle-ci était nombreuse; d\u2019outrefrontière québécoise, rappelons l\u2019adoption internationale de rejetons étrangers par nos compatriotes; rappelons en outre le dévouement effacé de nos missionnaires, tant laïcs que religieux, qui œuvrent bénévolement en toute hémisphère, notamment au Tiers monde! Les étrangers qui daignent s\u2019intégrer à notre nation, à nous, Français du Québec, qui nous respectent, qui ne font point le jeu des Anglais contre nous, sont volontiers acceptés et même désirés par nous.Cependant, nous ne voulons point que se reproduise sur les bords du Saint-Laurent ce que les Anglais francophones de 1 Ouest accomplirent délibérément, hargneusement, avec mépris et racisme contre nos frères français, fin du siècle dernier et début du 20e, où pourtant nous fûmes déjà majoritaires en cette contrée occidentale que ces Francophones inondèrent massivement d immigrants de toutes ethnies souvent hostiles à notre nationalité, à notre grand détriment, par l\u2019assimilation galopante des nôtres.Hélas! Comme c est aberrant! En notre forteresse gravement lézardée de toutes parts, ce sont, cette fois-ci, des gens de chez nous, des nôtres qui font la même œuvre progressivement génocidaire de notre nation que les francophobes firent contre 936 L\u2019ACTION NATIONALE nous dans l\u2019Ouest: le gouvernement québécois ne veut-il pas doubler le nombre d\u2019immigrants, l\u2019an prochain?Cela ne friserait-il pas la trahison?Organismes comme partis politiques qui encouragent abusivement nos compatriotes à accepter erronément, naïvement la vague d\u2019immigrants et de réfugiés qui sont grassement reçus en des hôtels de luxe, tels que le Reine-Elizabeth, à même nos impôts, tandis que nos assistés sociaux n\u2019ont droit qu\u2019au strict nécessaire.Plutôt que d\u2019encourager impertinemment nos compatriotes à accepter sans discernement l\u2019immigration qui nous est nuisible culturellement, linguistiquement, pourquoi ne point faire une campagne publicitaire réaliste, préconisant une vigoureuse politique nataliste?Impertinente que cette campagne pour l\u2019acceptation des immigrés, alors que simultanément nous perdons par milliers nos meilleurs cerveaux au profit des États-Unis, cerveaux dont l\u2019instruction nous coûta cher.Pendant que nous recevions plusieurs milliers d\u2019immigrants annuellement qui grossissaient et qui grossissaient encore les effectifs des Anglais, les nôtres s\u2019anglicisaient davantage depuis plus de dix ans, malgré la Loi 101 ! Et cela continue.Entendu que lorsque l\u2019indépendance nationale du pays lau-rentien sera enfin proclamée et qu\u2019il aura complète compétence internationale sur l\u2019immigration, n\u2019ayez crainte, les étrangers immigrants, de quelques ethnies qu\u2019ils soient, seront alors bienvenus en notre patrie laurentienne désormais libre, maître de sa politique d\u2019immigration, selon nos concepts, nos besoins démographiques, économiques, et ils sauront que le français est la langue officielle, à tous égards. JEAN GUITTON 937 Jean Guitton par MAURICE LEBEL Université Laval Jean Guitton.Le Travail intellectuel.Paris, Aubier-Montaigne, 1951 et 1986.189 pages.Jean Guitton, membre de l\u2019Académie française depuis 1961, est fort avantageusement connu au Canada français, où de nombreux lecteurs et téléspectateurs sont aussi familiers avec ses ouvrages qu\u2019avec sa parole et sa présence sur le petit écran.Octogénaire avancé, travailleur infatigable, il écrit comme il se souvient ou comme il parle, et il parle très bien, depuis plus d\u2019un demi-siècle.Il a jugé bon et utile, non sans raison, de faire réimprimer à Paris, chez Aubier, à 35 ans d\u2019intervalle (1951-1986), son petit livre, ainsi qu\u2019il l\u2019appelle modestement (p.IV, 7, 8, 31, 181) sur Le Travail intellectuel, qui a pour sous-titre: Conseils à ceux qui étudient et à ceux qui écrivent.Voici un volume sans rides, pour ainsi dire: il peut encore rendre d\u2019immenses services aux étudiants de collège et de faculté, voire aux écrivains en herbe; il demeure «un livre d\u2019utilité» (p.78).Il n\u2019a pas vieilli, si son auteur a pris du recul depuis qu\u2019il l\u2019a écrit, alors qu\u2019il était professeur à la faculté des lettres de l\u2019Université de Dijon, soit quatre ans avant de commencer à professer à la Sorbonne (1955-1968).Il commence ainsi sa Préface: «Ce livre reparaît.Trente ans ont passé, long intervalle.Je le relis à mon tour, comme s\u2019il était écrit par un autre.» Réflexion naturelle et savoureuse de la part d\u2019un écrivain prolifique qui ne peut se rappeler tout ce qu\u2019il a écrit.Jean Guitton termine de la façon suivante: «Il me semble qu\u2019après trente années, ce petit livre pourrait avoir une seconde naissance, une nouvelle actualité.Comment l\u2019homme de demain saura-t-il utiliser le loisir?À l\u2019heure où le travail obligatoire cesse plus tôt, où le loisir commence avec le troisième âge, où il faut se remettre à l\u2019École, et apprendre à apprendre, il est bon de réfléchir, comme avait fait Descartes, sur les méthodes.» En effet, nous sommes déjà entrés, du moins en Occi- 938 L\u2019ACTION NATIONALE dent, dans la civilisation des loisirs; le ministère des Loisirs sera bientôt aussi important que le ministère du Travail, et tout le monde, à 55 ou 65 ans au plus, reprendra le chemin de l\u2019école, connaîtra vraiment le loisir.Nous serons tous alors devenus Grecs sans le savoir, car pour les Grecs de jadis le mot école signifiait loisir.Par contraste, la conclusion de l\u2019auteur se termine sur le mot travail.Ainsi se termine le Xie chapitre, Lettre à un jeune homme de ce temps: «Le principal est de faire ce que conseillait le vieil Ecclésiaste: se donner de la joie dans son travail, faire jouir son âme au milieu de son travail.» Tel est aujourd\u2019hui Jean Guitton, né en 1901.Je défie tout lecteur d\u2019être le même après avoir lu ce livre de 11 chapitres, si riche d\u2019observations pénétrantes et personnelles, d\u2019expériences vécues, au Stalag comme prisonnier de guerre (1940-1945), dans l\u2019enseignement secondaire et supérieur (1924-1968), dans les ateliers de peinture et les expositions, si remarquable de plénitude, de franchise et de spontanéité.Il est truffé de citations bien choisies, d\u2019aphorismes et d\u2019expressions lapidaires.Il renferme beaucoup de mots en caractères gras et chaque chapitre comprend des divisions ou des sous-titres, comme l\u2019indique la Table des matières détaillée.D\u2019ailleurs, c\u2019est en tenant celle-ci sous ses yeux qu\u2019il convient de lire l\u2019ouvrage pour en tirer le meilleur parti.Il est solidement charpenté et forme un tout indispensable.Pour ma part, je le connais de longue date pour l\u2019avoir relu presque chaque été, pendant nombre d\u2019années, comme je l\u2019ai fait pour La Vie intellectuelle du Père A.D.Sertillanges, O.P.Cette fois-ci, je l\u2019ai relu avec plaisir, plume à la main, en ai dressé l\u2019Index des noms propres, car Jean Guitton ruisselle de lectures et cite comme le semeur à tout vent, c\u2019est-à-dire de mémoire; je me suis aussi intéressé à dresser les formules qui pullulent sous sa plume et à me tisser une gerbe des citations empruntées aux auteurs les plus divers, ce dont je saurai faire mon miel en temps et lieu.À l\u2019instar des Classiques, des Évangélistes et de saint Paul, il possède l\u2019art de dire beaucoup en peu de mots.Sans être un manuel scolaire, Le Travail intellectuel porte la marque d\u2019un maître, non pas à penser, mais à faire penser, ce qui vaut mieux: il est solidement charpenté, pétri d\u2019idées, méthodique et progressif. JEAN GUITTON 939 Il suffit d\u2019énumérer les 11 chapitres pour s\u2019en rendre compte: I.En regardant travailler les autres.II.La préparation du travail.III.L\u2019effort profond.IV.Le monstre et son repos.V.La mise en ordre de nos pensées.VI.La lecture comme enrichissement de soi.VII.Germes et résidus.VIII.Fiches, notes et cours.IX.L\u2019écriture et le style.X.Le travail dans l\u2019état de fatigue et de souffrance.XI.Extraits d\u2019une lettre à un jeune homme de ce temps.Il serait vain de prétendre le résumer.Bien qu\u2019il s\u2019adresse aux étudiants de première année d\u2019université et à ceux qui brûlent de publier, il peut rendre aussi d\u2019immenses services aux élèves de collège et de faculté, aux jeunes chercheurs et écrivains.Ce qui manque le plus aux étudiants et aux jeunes auteurs, ce ne sont ni les idées ni le talent, mais des cadres, des méthodes de travail, des manières d\u2019apprendre, des façons de lire avec profit, des moyens de tirer le meilleur parti de leurs cours, de leurs lectures et de leurs études, des leçons et des exercices pratiques de composition et de style.Au rebours des artistes qui travaillent avec leurs élèves dans leurs ateliers et les corrigent, séance tenante, beaucoup de professeurs se contentent souvent de corriger les fautes de copie de leurs élèves sans toujours leur montrer comment ils auraient pu faire mieux.Au rebours des architectes et des médecins qui travaillent souvent en équipe, les écrivains sont plutôt des solitaires qui initient rarement, si jamais ils le font, leurs cadets à leur métier de composition.Maurice Barrés a initié Jérôme et Jean Tharaud.Lire à ce sujet les pages admirables (p.66-69) citées par Jean Guitton.Au XXe siècle, on ne va plus en Bourdaloue, comme on le faisait en XVIie.François Mauriac, cependant, ne passait guère d\u2019été sans relire les œuvres de Bourdaloue, docteur en composition et en psychologie.Voulez-vous apprendre à composer des paragraphes \u2014 il en existe une bonne dizaine de types différents \u2014 et à user de transitions avec habileté, vous avez tout intérêt à le pratiquer; il vous enseignera l\u2019unité dans le plan et la continuité dans l\u2019exécution.Aujourd\u2019hui, comme le fait justement remarquer Jean Guitton, après André Gide et Henry de Montherlant, on ne sait presque plus composer, le mot étant pris ici dans son acception propre; on écrit, plutôt on gribouille, on se bat les flancs pour emplir des pages et ne rien dire; beaucoup de romans commencent par la fin et se terminent par le commencement; on ne sait presque plus boucler la boucle, parce qu\u2019on a 940 L\u2019ACTION NATIONALE perdu l\u2019art de composer des paragraphes et de dresser un plan à la Bourdaloue.Seulement à lire La Fontaine, on peut apprendre à écrire et à composer.Ancien élève de l\u2019École Normale Supérieure, agrégé de philosophie, docteur ès lettres, professeur de philosophie et d\u2019histoire de la philosophie, écrivain prolifique, Jean Guitton tient la peinture pour son violon d\u2019Ingres.Témoin ses expositions à Paris (1976, 1986), à Rome (1971), à Bruxelles (1972).Sans doute doit-il à la peinture l\u2019acuité de son observation, comme Georges Duhamel devait la sienne à sa pratique de la médecine.Son livre fourmille d\u2019observations pénétrantes tout à fait personnelles.S\u2019il doit beaucoup, comme il l\u2019avoue, à La Vie intellectuelle du Père A.D.Sertillanges, aux ouvrages de Louis Riboulet, de Jules Payot, de Jean et de Marcel Prévost, de Félix Boillot et de Julien Bézard, dont il regrette de ne plus pouvoir posséder De la Méthode Littéraire (Paris, Vuibert, 1911.738 pages) \u2014 un maître-livre d\u2019un professeur de Première au lycée Hoche de Versailles que je possède et chéris comme un trésor \u2014, s\u2019il doit beaucoup à ses devanciers et à ses contemporains, il les complète admirablement par son expérience unique, ses dons exceptionnels d\u2019observation et son amour profond et sincère des étudiants et des étudiantes, par sa franchise exemplaire et sa vie bien remplie.Il n\u2019existe ni éducateurs ni éduqués: il y a seulement des gens qui s\u2019éduquent eux-mêmes toute leur vie.Car l\u2019éducation n\u2019est jamais finie.Le travail intellectuel non plus.Telle est la leçon d\u2019importance qui se dégage de ce livre de chevet.On fait plus que le lire: on croit entendre son auteur parler. L\u2019ACTUALITÉ EN BREF 941 L\u2019actualité en bref par GÉRARD TURCOTTE Année du français À l\u2019issue d\u2019un colloque de deux jours, l\u2019Alliance des professeurs de Montréal a annoncé sa décision de consacrer ses énergies à la promotion du français en proclamant 1987-88 L\u2019ANNÉE DU FRANÇAIS DANS LES ÉCOLES.«L apprentissage du français à l\u2019école comporte de sérieuses lacunes et il devient impérieux d\u2019annoncer un redressement majeur» affirme la présidente, Mme Lorraine Pagé.L\u2019Alliance mènera un vaste débat sur le sujet parmi ses membres, l\u2019automne prochain.Elle accordera aussi son soutien à la mise sur pied d\u2019un projet pédagogique dans chacune des écoles.Elle décernera même des prix aux projets les plus valables.Elle entend aussi mener des échanges avec des enseignants français et belges et leurs élèves.La démarche de l\u2019Alliance repose sur quelques principes bien définis et empruntera des voies claires.Pour l\u2019Alliance, le français n\u2019est pas une matière comme les autres, puisque c\u2019est le principal véhicule d accès à l\u2019ensemble des connaissances.Il s\u2019apprend donc «à travers toutes les disciplines».Enfin, «le français est une langue rigoureuse et il doit être appris avec rigueur».En pratique, l\u2019Alliance veut revaloriser la langue écrite.L apprentissage du français, a dit Mme Pagé, doit se fonder «sur la structure, la syntaxe, la morphologie, l\u2019orthographe».On doit aussi faire place à la littérature et revaloriser la lecture.Les élèves doivent donc disposer de manuels et de bibliothèques.> L Alliance s\u2019oppose par ailleurs au projet d\u2019enseignement de l\u2019anglais qui se fait au détriment du français ou des mathématiques.La présidente de l\u2019Alliance tance par ailleurs le gouvernement actuel pour ses hésitations en matière linguistique: «Il faut, a dit Mme Pagé, rappeler la nécessité absolue de la primauté du 942 L\u2019ACTION NATIONALE français sur toute autre langue au Québec.Il ne suffit pas que les élèves soient bons premiers en français à l\u2019école, il faut aussi que le français soit bon premier, incontestable premier et de très loin premier, dans toutes les sphères de la société québécoise.» Dans les écoles françaises qui comptent un nombre important d\u2019élèves non francophones, «non seulement l\u2019anglais est-il la langue de la cour de récréation, mais de plus en plus d\u2019élèves exigent que leur professeur leur parle en anglais en classe et en dehors de la classe.On imagine avec effarement, a lancé Mme Pagé, ce que ça pourra être dans cinq ans, quand les Allophones représenteront la majorité de tous les élèves de la CECM».Deux jugements sur la Loi 101 entendus par la Cour suprême La Cour suprême du Canada a accepté, hier, d\u2019entendre les appels de deux jugements de la cour d\u2019appel du Québec concernant une section de la Loi 101, qui prescrit l\u2019affichage en français seulement.La première cause est celle de l\u2019homme d\u2019affaires Allen Singer, de Montréal, dont la condamnation pour affichage en anglais seulement a été maintenue par la cour d\u2019appel.La seconde cause est celle de cinq hommes d\u2019affaires de Montréal, accusés d\u2019avoir affiché dans les deux langues.Dans ce cas d\u2019affichage bilingue, la cour d\u2019appel a décrété que la loi québécoise violait la liberté d\u2019expression.Au cours de la dernière campagne électorale, le premier ministre Robert Bourassa a promis d\u2019amender la loi pour permettre l\u2019affichage bilingue, mais il attend le jugement de la Cour suprême du Canada avant de faire quoi que ce soit.Réhabilitation des Patriotes À l\u2019occasion du 150^ anniversaire des événements de 1837, l\u2019épiscopat québécois vient d\u2019autoriser 1 inhumation en terre bénite des restes des Patriotes.Ils répondent ainsi à un souhait maintes fois exprimé par leurs descendants.«Par cette décision, nous voulons lever une douloureuse hypothèque sur le souvenir de ces personnes mortes pour un noble idéal» a déclaré hier en conférence de presse Mgr Jean-Marie Fortier, président de l\u2019Assemblée des évêques du Québec (AEQ).Il a expliqué que Mgr Jean-Jacques Lartigue, premier L\u2019ACTUALITÉ EN BREF 943 évêque de Montréal, s\u2019était opposé au soulèvement et au recours à la force des Patriotes et de ce fait avait interdit leur sépulture religieuse.«Il s\u2019agissait là d\u2019une mesure strictement disciplinaire et non d\u2019une excommunication de l\u2019Église», a soutenu Mgr Fortier en louant un siècle et demi plus tard «le dévouement des Patriotes à une cause qu\u2019en toute bonne foi, ils avaient choisie et pour laquelle ils ont tout sacrifié, y compris leur vie».La littérature québécoise obligatoire à l\u2019université de Liège L\u2019université de Liège devient la première université européenne à rendre obligatoire l\u2019étude de la littérature québécoise pour les étudiants en lettres françaises.La nouvelle, diffusée ici par la délégation de la communauté française Wallonie-Bruxelles à Québec, précise en outre que la littérature québécoise est enseignée depuis plus de 10 ans dans cette université d\u2019État de Belgique dans le cadre d\u2019un cours de littérature francophone.C\u2019est d\u2019ailleurs là que fonctionne, depuis la même époque, un centre d\u2019études québécoises qui n\u2019a pas son équivalent en Europe.Ce centre pluridisciplinaire a à son actif de nombreuses activités de recherche, particulièrement dans le domaine des sciences humaines, auxquelles viennent se greffer des activités d\u2019animation.Un festival de cinéma québécois s\u2019y est tenu l\u2019année dernière, offrant au public wallon une sélection d\u2019une cinquantaine de films.Ce nouveau cours obligatoire sur les auteurs québécois s inscrit notamment dans une volonté de renforcer l\u2019avance que l\u2019université de Liège possède en matière d\u2019études sur le Québec.Honneur à Pierre Vadeboncœur L écrivain québécois Pierre Vadeboncœur a remporté le prix littéraire Canada-Suisse pour son essai L\u2019Absence \u2014 essai à la deuxième personne, publié en 1985 chez Boréal-Express.Le prix Canada-Suisse a été établi conjointement par le Conseil des arts du Canada et la fondation Pro Helvetia.Ce prix annuel de 2 500$ est décerné alternativement à un écrivain suisse 944 L\u2019ACTION NATIONALE et à un écrivain canadien pour une œuvre publiée en français au cours des huit années précédant l\u2019attribution.Cette nouvelle consécration, cette fois internationale, du talent littéraire de Pierre Vadeboncœur s\u2019ajoute à plusieurs autres, notamment le prix LIBERTÉ, en 1970, le prix DUVER-NAY, en 1971, et le prix DAVID, en 1976.Nos félicitations.La Loi 101 ne s\u2019applique pas aux universités La Loi 101, qui fait trembler les commerces et les afficheurs de tout acabit, n\u2019impressionne aucunement les universités.Dans le domaine de la langue, celles-ci peuvent agir à peu près comme bon leur semble et adopter les politiques qu\u2019elles jugent appropriées.À toutes fins utiles, à l\u2019université, la Loi 101 ne s\u2019applique pas.Il semble que celui qu\u2019on appelle «le Législateur» a oublié que les universités existaient.Aucune mention expresse de nos institutions d\u2019enseignement supérieur dans la Loi 101, si ce n\u2019est l\u2019article 114, qui spécifie que l\u2019Office de la langue française peut «exiger de toute institution d\u2019enseignement collégial ou universitaire un rapport sur la langue des manuels utilisés.» Et c\u2019est tout.Aux États-Unis: l\u2019anglais seulement, même pour les immigrants Le président Ronald Reagan a déclaré à Columbia, Missouri, que les élèves des écoles américaines devaient impérativement utiliser l\u2019anglais, même si ce n\u2019est pas leur langue maternelle.La question des écoliers et étudiants non anglophones, rappelle-t-on, se pose avec une acuité particulière en Californie du Sud, où vivent de nombreux immigrants latino-américains.Ronald Reagan a déclaré, en évoquant les écoliers qui ne parlent pas l\u2019anglais: «S\u2019ils entendent vivre en Amérique, ils doivent apprendre notre langue de manière à pouvoir s\u2019intégrer».Il a ajouté qu\u2019il fera «tout ce qu\u2019il pourra pour se débarrasser des interférences fédérales au travers desquelles on tente de contraindre des écoles locales à enseigner dans la langue maternelle de leurs élèves».Le travail de ces écoles, a-t-il souligné, «consiste à enseigner l\u2019anglais».«Il est temps, a-t-il conclu, d\u2019étudier les réglementations et L\u2019ACTUALITÉ EN BREF 945 de revenir au sujet principal qui est le suivant: apprendre à tous à parler notre langue.» Les Anglophones n\u2019ont pas changé Un sondage CROP et les articles de La Presse viennent de démontrer très clairement que les Anglophones acceptent le Québec français, comme se plaît à le répéter M.Goldbloom, mais à la condition qu\u2019il soit bilingue, c\u2019est-à-dire que l\u2019anglais soit langue officielle sur le même pied que le français, que l\u2019on puisse travailler aussi bien en anglais qu\u2019en français, que l\u2019école anglaise soit accessible non seulement aux authentiques Anglophones vivant au Québec, mais à tous les immigrants de quelque origine qu\u2019ils soient, que l\u2019affichage bilingue soit légalisé, etc.En un mot, les Anglophones acceptent un Québec français, à condition qu\u2019ils fixent eux-mêmes les règles du jeu et imposent leurs volontés.Que l\u2019on ne vienne pas nous dire que l\u2019attitude des Anglo-Québécois face à un Québec français a changé ces dix dernières années, soit depuis l\u2019adoption de la Charte de la langue française.Ils continuent toujours à se comporter en majoritaires, se refusant à reconnaître leur situation minoritaire, et ils sont de plus en plus exigeants.Pourtant, la minorité anglophone du Québec n\u2019est-elle pas la minorité la mieux traitée, non seulement au Canada, mais partout dans le monde?Puissent ce sondage et les articles de La Presse ouvrir les yeux à tous les Québécois et Québécoises. 946 L\u2019ACTION NATIONALE «©P9 la vie auue nass; .nos besoins de protection évoluent.Tous nous avons besoin de services de protection diversifiés bien adaptés à ce que nous vivons.Tous nous recherchons de bons conseils, de bonnes solutions et la sécurité qui nous convient.L'Assurance-vie Desjardins nous offre ce service-conseil et une protection adaptée a nos besoins.t Assurance-vie Desjardins SECTION ÉCONOMIQUE 947 SECTION ÉCONOMIQUE Hommage à la mémoire de Gaston Beaudry La Prospérité En cette section de L\u2019Action Nationale, Rosaire Morin traite de l\u2019avenir collectif des Canadiens-Français.Le champ d\u2019analyse sera toutefois limité aux thèmes qui suivent: 1.\tle déclin démographique des Francophones du Québec et du Canada; 2.\tla création systématique d\u2019un sous-prolétariat découlant de l\u2019existence et de la reproduction au Québec de 800 000 assistés sociaux et de 400 000 chômeurs; 3.\tle problème de l\u2019insertion sociale et professionnelle de 500 000 jeunes québécois vivant en difficultés; 4.\tl\u2019illusion de la croissance économique des Canadiens-Français face à l\u2019essor des entreprises étrangères; 5.\tle développement du milieu par le milieu illustré par le récit de trouvailles et de réussites merveilleuses qui méritent d\u2019être connues. 948 L\u2019ACTION NATIONALE Des trouvailles et des réussites merveilleuses par ROSAIRE MORIN «Un peu partout au Québec, des semences têtues retigent et viennent à bout des pires déserts de glace, ceux de la ville comme ceux de l\u2019arrière-pays.D\u2019un nouveau goût de vivre on passa à la volonté de réussir ensemble toutes sortes de chantiers passionnants et féconds.» Ces pensées de Jacques Grand\u2019Maison me lancent à la découverte d\u2019initiatives louables et créatrices.Sur ma route, des groupes de tendances et d\u2019activités différentes voisinent les unes avec les autres.Ils ont en commun le goût de la liberté et le sens de la dignité humaine.Ils sont présentés dans le désordre de la loterie.Un jour, peut-être, il sera possible d\u2019introduire des têtes de chapitres et des sous-titres.À cet inventaire bénévole des forces silencieuses du Québec, chaque lecteur est invité à me communiquer les trouvailles merveilleuses de leur milieu.Ces réussites peuvent déclencher des gestes de solidarité chez des personnes qui connaissent les mêmes problèmes.Coopérative de services multiples «Pour s\u2019en sortir, U faut se regrouper, Viens nous rencontrer, Y\u2019a rien de mieux que d\u2019essayer.» À l\u2019automne 1973, à Sainte-Julienne, des chômeurs, des assistés sociaux, des personnes handicapées et de petits salariés décident de prendre en main leur destinée.Une coopérative venait de naître.Aujourd\u2019hui, la «Coopérative de services multiples» rayonne dans 16 municipalités.Elle compte 225 membres.Ses services aident 1 600 personnes défavorisées par année.Organisme à fin sociale, sans but lucratif, elle constitue un moyen pour des personnes à faible revenu de solutionner leurs problèmes en aidant les autres. SECTION ÉCONOMIQUE 949 Dès 1974, la «Coopérative» établit un comptoir vestimentaire.Ce comptoir répond à un besoin pressant.Il est localisé successivement dans la sacristie, dans un garage et, pendant trois semaines, dans le charnier paroissial, avant d\u2019occuper l\u2019atelier d\u2019un peintre.La population coopère d\u2019une façon exemplaire en offrant des vêtements propres et de bonne qualité.En 1986, près de 700 personnes à faible revenu ont pu se procurer des vêtements contre une contribution volontaire.Un comptoir de meubles est ensuite établi.Chaque année, une soixantaine de familles pauvres reçoivent des meubles usagés à peu de frais.Les économies réalisées servent à d\u2019autres besoins essentiels.Les membres apprennent de plus à réparer et décaper ces vieux meubles.Un artisan a même créé une chaise qui se transforme en escabeau par un jeu de bascule.Un service d\u2019éducation populaire organise des sessions de formation.Chaque année, une centaine de membres de la «Coopérative» acquièrent des connaissances sur la communication, les relations humaines, l\u2019action collective, le travail en groupe, les techniques d\u2019animation et l\u2019action du bénévole.Ces ateliers d\u2019apprentissage renseignent aussi sur la tenue d\u2019un secrétariat, la comptabilité, la méthode de prendre des notes et sur nombre de sujets qui développent la capacité des membres et leur personnalité.Chaque année, des cours apprennent à une trentaine d\u2019analphabètes à lire, à écrire et à calculer.Des cours et des conférences-échanges permettent à d\u2019autres personnes d\u2019apprendre à s\u2019exprimer, à réfléchir, à agir pour leur bien-être et celui de leur collectivité.Ces activités portent sur les lois sociales, la prise en charge, la coopération, le budget, la gestion, l\u2019alimentation.Un bureau d\u2019information et de référence répond à de nombreuses demandes et oriente des personnes en difficulté vers une solution possible.Bref, les membres de la «Coopérative» et de son Service d\u2019éducation populaire s\u2019efforcent de rendre service à des personnes qui vivent la même situation que celle qu\u2019elles ont connue.La «Coopérative» a aussi établi une bibliothèque pour des personnes à faible revenu.À cet effet, elle a reçu des dons de particuliers et l\u2019aide du Conseil des Arts du Canada et de la 950 L\u2019ACTION NATIONALE municipalité de Sainte-Julienne.Elle organise diverses activités socioculturelles: cours d\u2019artisanat, pique-nique annuel, festival socioculturel, fêtes familiales, parties de sucre, courts voyages, bingos.Un mercredi par mois, un Comité réalise un café-rencontre pour les femmes.La condition féminine est le dessert traditionnel.Toutes ces activités permettent à des personnes à faible revenu de sortir de leur isolement et d\u2019améliorer la qualité de leur vie.Annuellement, la «Coopérative» aide une quinzaine de familles à se trouver un logement salubre.Un fonds de dépannage de quelque 2 000$ a vu le jour.Des groupes locaux ont constitué ce fonds; à Chertsey, les employés du CLSC se sont cotisés; à Entrelacs, la Caisse populaire s\u2019est chargée de la collecte.De petits prêts sont consentis sans garantie et sans intérêt à des gagne-petits coincés par un événement inattendu ou un problème insoluble autrement.À la «Coopérative», les projets d\u2019avenir ne manquent pas.Des recherches sur l\u2019habitation en milieu rural permettront bientôt la création d\u2019une coopérative d\u2019habitation.On rêve aussi d\u2019une coopérative d\u2019alimentation.La décentralisation des services est également prévue, afin de permettre à des personnes de différentes municipalités d\u2019œuvrer davantage dans leur milieu.Déjà, des groupes similaires sont nés à Entrelacs, Chertsey, Saint-Alphonse et Rawdon.Puisse cet exemple servir de bougie d\u2019allumage dans des régions qui connaissent des problèmes identiques! La «Coopérative de services multiples» développe le sens de l\u2019initiative, de la créativité et de la responsabilité.Son action s\u2019inscrit dans le processus de l\u2019éducation permanente.Elle contribue au développement de la personne.Les activités entreprises constituent autant d\u2019apprentissages qui développent l\u2019esprit critique et la capacité de se prendre en main.Une personne écrasée connaît rapidement une situation d\u2019épanouissement et de dignité.Des personnes défavorisées deviennent responsables de leur devenir.La «Coopérative de services multiples» a regroupé des femmes et des hommes à faible revenu.Ces personnes ont créé des liens de solidarité.Elles ont pris conscience de leurs valeurs et de la force de la solidarité.Usager, co-propriétaire et bénéficiaire SECTION ÉCONOMIQUE 951 d\u2019une coopérative, elles ont acquis le sens de la communauté.Elles améliorent leur qualité de vie et modifient ainsi le tissu social de la société québécoise.Moisson-Québec «L\u2019homme ne vit pas seulement de pains, mais il vit aussi de pain.» Ernest Renan Moisson-Québec s\u2019ajoute à Moisson-Montréal et à quatorze autres banques alimentaires déjà en oeuvre au Canada.Des milliers d\u2019hommes et de femmes souffrent de la faim dans une société d\u2019abondance et de luxe.Pendant que les indigents mangent peu et mal, l\u2019opulente société québécoise jette à la poubelle environ 20 pour cent de la production alimentaire.Dans la région métropolitaine de Québec, Moisson-Québec veut recueillir et redistribuer gratuitement des denrées encore propres à la consommation humaine que les biens nantis détruisent quotidiennemnt.Les supermarchés, les grossistes, les traiteurs, les restaurants, les hôtels, les boulangeries, les grandes entreprises, les épiceries.mettent aux vidanges des produits de qualité.Un surplus d\u2019aliments, une date prochaine d\u2019expiration, un contenant amoché et nombre de raisons expliquent le gaspillage d\u2019une nourriture dont se régaleraient des milliers de pauvres, de malades, d\u2019itinérants, de clochards, de mendiants, de vagabonds.Déjà, des centaines de commerces de la région de Québec ont manifesté leur appui à Moisson-Québec.Le Bureau de commercialisation des œufs du Canada a promis un stock de 4 200 douzaines d œufs.La base militaire de Valcartier fera don de ses surplus alimentaires.Toute la nourriture récupérée sera donnée à des organismes qui offrent gratuitement les repas à des personnes sans ressource.Les principales œuvres seront l\u2019Aube Rivière, la Maison Revivre, l\u2019Cteuvre de la soupe, l\u2019Armée du salut, des maisons d\u2019accueil et d\u2019hébergement.Dans son rôle de coordination, de cueillette et de distribution, Moisson-Québec emploiera six personnes à temps plein et le nombre nécessaire de surnuméraires.Cette main-d\u2019œuvre sera 952 L\u2019ACTION NATIONALE prioritairement recrutée chez les sans-emploi, les personnes handicapées et en voie de réhabilitation.Le budget de fonctionnement pour la première année sera de 200 000$.L\u2019entrepôt sera situé dans la 5e rue, à Limoilou.Sa superficie est de 12 000 pieds carrés.Des systèmes de réfrigération et de congélation permettront de conserver la qualité de certains produits.M.André Mignault de Cap-Rouge, administrateur de carrière, assume la présidence de l\u2019organisme dont il a été, avec son épouse, la principale cheville ouvrière.Entre autres personnalités du conseil d\u2019administration, on retrouve MM.Jacques Desmeules de la firme Raymond, Chabot, Martin, Paré et associés, Jean-Guy Paquet, recteur de l\u2019Université Laval, Paul Tardif de Fiducie Prêt et Revenu et Yvan Caron, directeur de la Caisse populaire de Québec-Est.Moisson-Québec ouvrira ses portes vers le 1er août.Espérons que les activités de cette œuvre humanitaire seront couronnées d\u2019un franc succès! Des caisses populaires à l\u2019honneur «Quand on se réclame d'une valeur d\u2019équité, de justice égale pour tout le monde, peut-on se contenter de regarder passer le convoi et de se demander ce que le Gouvernement et tous les autres font faire?» Raymond Blais Depuis le printemps 1984, la Caisse populaire Saint-Paul-de-la-Croix a déjà investi 350 000$ dans un programme d\u2019aide aux jeunes gens d\u2019affaires.Elle est présentement impliquée dans 19 prêts.La moitié des entreprises sont nouvelles.Pour la seule année de 1986, 27 nouveaux emplois ont été créés et un nombre plus élevé d\u2019emplois a été maintenu.Ces résultats par emploi créé représentent une amélioration substantielle sur le coût d un emploi dans la grande entreprise.Les prêts ont été faits à de petites entreprises: fabrication et conception de vêtements, commerce de jouets éducatifs, services de consultants en alimentation.Le gérant de la Caisse, Guy Cormier, croit que ces 19 entreprises n\u2019existeraient pas si la Caisse n était pas intervenue.La Caisse populaire Saint-Thomas de Montmagny a souscrit 100 000$ dans une corporation à capital de risque.La nou- SECTION ÉCONOMIQUE 953 velle société est sans but lucratif.Elle porte le nom de Raymond Coulombe Inc.Elle investit, prête et octroie des subventions dans le but de favoriser la création ou le maintien d\u2019une cinquantaine d\u2019emplois d\u2019ici cinq ans.La Caisse populaire de Saint-Zacharie, dans le pays de Beauce-Sud, a souscrit 50 000$ comme mise de fonds dans Action solidarité Saint-Zacharie.Cet organisme est sans but lucratif.Son but est d\u2019augmenter le niveau de l\u2019emploi dans le milieu.À cette fin, il aide financièrement des entreprises existantes ou nouvelles.La Caisse populaire de Thetford-Mines a créé et anime une société de capital de risque à participation populaire et volontaire en faveur des petites et moyennes entreprises.La Fédération de Québec qui regroupe 330 caisses lançait en 1985 un projet de subventions pour les jeunes de 15 à 30 ans désireux de s\u2019impliquer concrètement dans le développement de leur milieu.Le fonds mis initialement à la disposition des jeunes entrepreneurs s\u2019élevait à 300 000$.Les Caisses et la Fédération des Caisses de Lanaudière ont créé deux fonds.Le premier, de 25 000$, vise à aider les jeunes dans la préparation et la conception de projets à être soumis en vue d\u2019une subvention.La seconde, d\u2019un montant de 200 000$, sert à la réalisation des projets retenus dans la région.Sans doute, des centaines de Caisses populaires et d\u2019économie investissent dans la création d\u2019emplois et dans des initiatives louables.Il nous fera toujours plaisir de citer dans nos colonnes les gestes humanitaires et sociaux posés par les Caisses.Agence coopérative d\u2019auxiliaires familiales de Montréal «Je fais toujours des efforts qui m\u2019élèvent au-dessus de moi-même et qui compte parmi les plus joyeuses victoires de ma vie.» Auxi-Plus est une coopérative d\u2019auxiliaires-familiales qui oeuvrent à domicile.Elle voit le jour en février 1986.Elle est fondée par un groupe de promotrices issues de l\u2019Association des auxiliaires familiales et du CLSC Hochelaga-Maisonneuve.Ces personnes acceptaient difficilement le recours des CLSC à des agences qui offrent souvent à leurs employées des conditions de 954 L\u2019ACTION NATIONALE travail insatisfaisantes: formation insuffisante, isolement, salaires dérisoires.Auxi-Plus s\u2019est rapidement taillé une place enviable.Présentement, elle fournit du travail à plus de 130 travailleurs et son chiffre d\u2019affaires s\u2019élève à près d\u2019un million de dollars.Elle dessert la clientèle lourde de 32 CLSC de la région de Montréal.À des personnes handicapées, à des malades en convalescence et à des personnes du troisième âge elle offre une gamme complète de services de maintien à domicile: soutien moral, préparation des repas, courses, bain, habillement, toilette, etc.Les services sont axés sur la qualité des soins.Chaque auxiliaire familiale s\u2019engage à suivre une formation appropriée.Cette formation est organisée par la Coopérative et elle est dispensée par le Service d\u2019éducation des adultes de la CECM.Elle touche divers aspects des tâches des auxiliaires familiales et elle permet de rendre leurs interventions plus professionnelles.Cette entreprise est née grâce au support du Groupe Conseil des coopératives de travail de Montréal-Laval.Cet organisme a agi comme consultant.Il a fourni maintes informations et avis, évitant les erreurs inévitables à toute jeune entreprise gérée par des personnes inexpérimentées.Auxi-Plus a facilité l\u2019insertion sociale de travailleuses défavorisées.Elle a créé de nouveaux emplois.Elle veille au développement d\u2019une conscience professionnelle.Elle représente une formule où les relations ouvrières-patronales devraient demeurer au beau temps, bon an mal, les employées étant à la fois employeurs.Groupement économique de Beauce-Centre Inc.«Au plus fort de l\u2019hiver, les Beaucerons gardent intacte leur foi dans le retour du printemps.» La Beauce est un pays de bâtisseurs.Des initiatives uniques y sont entreprises.L\u2019une des réussites merveilleuses a pour nom le «Groupement économique de Beauce-Centre Inc.».Cet organisme est apolitique et sans but lucratif.Il a été fondé le premier septembre 1981.Il est financé dans une proportion de 60 pour cent par quatorze municipalités et par 132 entre- SECTION ÉCONOMIQUE 955 prises beauceronnes.Le ministère de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec octroie une subvention pour combler le budget.Le «Groupement économique de Beauce-Centre» favorise l\u2019expansion industrielle et la mise en valeur du potentiel commercial de la Beauce.À titre gracieux, il facilite aux industriels la réalisation de leurs projets.Il travaille à la création de nouveaux emplois dans le secteur manufacturier.Il veille à la consolidation des grandes entreprises existantes.Il stimule la croissance des PME.Pour atteindre ces objectifs, l\u2019organisme fournit des renseignements sur les formes d\u2019aide gouvernementale.Il diffuse de l\u2019information sur les données socio-économiques de la région et sur les caractéristiques physiques du milieu.Il développe un centre de documentation.Il réalise des inventaires industriels et socio-économiques.Il publie à chaque trimestre un document sur l\u2019état du développement industriel.Il organise des cours pour répondre aux besoins des industriels: comptabilité, impôt, finance, management, marketing, vente, commerce de détail, supervision d\u2019une entreprise.Pour promouvoir l\u2019implantation d\u2019entreprises nouvelles, le «Groupement économique de Beauce-Centre» maintient un réseau de communication avec les différents paliers gouvernementaux pour connaître des promoteurs étrangers.Il visite avec régularité les industriels pour les informer des possibilités d\u2019expansion.Il organise des conférences de presse pour intéresser la population à l\u2019essor industriel.Afin d\u2019aider les entrepreneurs manufacturiers de la région à réaliser leur projet d\u2019expansion, l\u2019organisme prend à sa charge, sans aucun frais, la direction d\u2019un projet, la préparation des documents nécessaires, la planification du dossier, la demande de subvention et de crédit financier.Il assume les démarches d\u2019aide auprès des différents gouvernements: il organise des rencontres avec les fonctionnaires compétents et il fait les pressions requises pour obtenir une réponse favorable.Dans ses activités, le «Groupement économique de Beauce-Centre» réserve aux investisseurs éventuels un accueil chaleureux et organisé.Il souligne publiquement la réussite de projets d\u2019implantation ou d\u2019expansion industrielle.Il facilite l\u2019intégration 956 L\u2019ACTION NATIONALE des nouveaux entrepreneurs au milieu des affaires de la région.Pour démontrer l\u2019efficacité de l\u2019organisme, soulignons qu\u2019il a suscité l\u2019implantation de 7 nouvelles entreprises en 1986.Cent sept nouveaux emplois ont été créés.Quatre millions de dollars ont été investis dans une imprimerie, une fabrique de meubles, une manufacture de portes et de fenêtres, une industrie du déroulage du bois.Au-delà de ces nouvelles industries, le Groupement a rendu de grands services à nombre de manufacturiers et de commerçants qui ont eu recours à ses conseils.Voilà une forme de concertation efficace, pratique, concrète.D\u2019autres régions peuvent développer dans leur milieu un outil aussi productif.C\u2019est le souhait formulé.Si la Beauce peut le faire, pourquoi pas vous?Granby, une ville jumelée «Chaque brin d'herbe apporte sa part de rosée.» Granby fut la première ville canadienne à être jumelée avec une ville étrangère.En 1950, elle débute avec la ville de Thun, Suisse, une liaison d\u2019amitié à intérêt économique.En 1956, elle fraternise avec la ville de Windsor, Ontario et, en 1963, elle se lit d\u2019amitié avec la ville de Coventry, Angleterre.En ces deux villes, de grandes entreprises de textile sont en relation avec les industries de textile de Granby.La même année, un jumelage intéressé et intéressant est réalisé avec Saint-Étienne, France.En 1969, Granby crée des relations culturelles avec Hamman-Liff, Tunisie, à la suite d\u2019une rencontre avec le maire de cette ville, lors de sa visite à l\u2019expo 1967.En 1976, un jumelage de coopération se fait avec Joal Fadiouth, Sénécal, à la suite de la visite à Granby de monsieur Léopold Sedar Senghor, président de ce pays.En 1978, Granby se lit d\u2019amitié avec Rayne, Louisiane, où l\u2019on retrouve nombre d\u2019Acadiens.L\u2019année suivante, ce fut au tour d\u2019Ancona, Italie, d\u2019accepter la fraternelle invitation qui lui était offerte.En 1980, une coopération s\u2019établit avec Bokito, Cameroun.En cette ville, on avait grand besoin d\u2019eau et grâce aux 10 000$ des citoyens de Granby et aux 30 000$ de l\u2019ACDI, les Camerounais ont pu forer six puits dans les environs de la SECTION ÉCONOMIQUE 957 ville.Enfin, en 1981, un jumelage culturel avec Marrakech, Maroc, permet des échanges de professeurs durant l\u2019été.Dans les jumelages dits de coopération, Granby donne plus qu\u2019elle ne reçoit.Les puits de Bokito illustrent cette situation.Les riches doivent créer des solidarités avec les pauvres.Le jumelage de Joal Fadiouth est également un exemple de fraternité humaine.L\u2019Association de Granby a permis la construction de poissonneries pour apprêter et conserver le poisson.Elle a rendu possible la mise sur pied d\u2019un dispensaire et l\u2019établissement de deux fermes communautaires à base coopérative.Elle a enrichi Dakar, petite ville près de Joal Fadiouth, d\u2019une bibliothèque: le maire de l\u2019époque, monsieur Paul-O.Trépanier, a dessiné les plans, l\u2019Association de Granby et l\u2019ACDI ont donné l\u2019argent et les citoyens de Granby ont fourni les livres.Dakar a aussi profité de l\u2019agrandissement du Collège Saint-Michel, qui est sous la responsabilité des Frères du Sacré-Cœur de Granby.Au niveau des jumelages d\u2019amitié à intérêt industriel et commercial, Granby a reçu probablement plus qu\u2019elle n\u2019a donné.En effet, plusieurs entreprises se sont implantées en cette ville.Elles venaient de France, d\u2019Angleterre et d\u2019Italie.Entre autres, citons l\u2019usine Ski-Rossignol, Moteurs Leroy-Somer, André Liné.Granby a aussi obtenu de l\u2019aide pour son usine de traitement des eaux usées de la part de la ville de Saint-Étienne, qui est spécialisée dans ce domaine.En outre, la connaissance du mode de vie des villes-sœurs a enrichi la culture des gens de Granby.À titre d\u2019exemple, la réputation gastronomique de cette ville a fortement emprunté aux cuisines raffinées des villes jumelées, qui ont aussi aidé à peupler son magnifique jardin zoologique d\u2019un grand nombre d\u2019animaux échangés contre des castors ou d\u2019autres animaux canadiens.Toutes ces activités sont facilement financées.«L\u2019Association de Granby et ses villes jumelées» recueille un certain montant d\u2019argent dont une subvention d\u2019environ 2 000$ de la ville.Selon les projets, l\u2019ACDI double, triple, quatruple ou quintuple les montants souscrits.À la suite de Granby, plusieurs villes québécoises sont jumelées et sont membres de «L\u2019association des villes jumelées du 958 L\u2019ACTION NATIONALE Canada»; Montréal, Sherbrooke, Laval, Chicoutimi, Saint-Bruno, Sainte-Foy et Bromont.À travers le monde, on retrouve 15 000 villes membres de la Fédération des Villes Jumelées.Il est souhaitable que d\u2019autres villes signalent leur existence au monde.Les motifs sont multiples: création de nouvelles amitiés, promotion de la paix, leçons de solidarité, aide au Tiers-Monde, objectif d\u2019intérêt public, progrès culturel, développement économique, respect des droits de l\u2019homme.Quelle ville s\u2019engagera demain sur les traces de Granby?.La période estivale permettra à cette chronique de connaître un second souffle.si les lecteurs aident.collaborent.coopèrent.en nous faisant connaître des expériences enrichissantes vécues dans leur milieu: création d\u2019emploi, action communautaire, organisation des loisirs, œuvres humanitaires, intervention des caisses populaires, coopératives de travail, participation au capital, présence des caisses d\u2019entraide.bref, nous communiquer toute action qui améliore les conditions de vie des personnes les plus défavorisées.Le temps approche où nous ne pourrons plus compter sur nos gouvernements.Adressez-vous à Rosaire Morin, 7951, rue Lafontaine, Montréal H1L 3H8, 514.289.2272 ou 514.353.3702. SECTION ÉCONOMIQUE 959 Le revenu des jeunes en 1984 et 1985 Les hommes sont égaux, lorsqu 'ils dorment.À leur réveil, les loups mangent les moutons.20 Canadiens possèdent une fortune nette de 24 milliardsS'.En 1984, 472 677jeunes québécois de 15 à 29 ans ont déclaré à l\u2019impôt fédéral un revenu de 1,6 milliardsS, soit 3411 $ par personne2.En 1984, 107 597 Québécoises et Québécois ont déclaré à l\u2019impôt fédéral un revenu de 8,263 milliardsS, soit 76 801,79$ par personne Le revenu est d\u2019une façon générale ce que l\u2019individu perçoit en salaires, traitements, commissions, intérêts, rentes.Les données reproduites sur le revenu des jeunes proviennent de la statistique fiscale du gouvernement fédéral.On sait que l\u2019État prélève un impôt sur les ressources des particuliers.Nulle source d\u2019information n\u2019est supposément plus précise.Les déclarations d\u2019impôt Le tableau 1 indique le nombre de jeunes, selon le groupe d\u2019âge, le nombre de leurs déclarations d\u2019impôt et le nombre des jeunes qui n\u2019ont pas fait de déclaration d\u2019impôt.Tableau 1 Les jeunes 15/29 ans, nombre de déclarations d'impôt, 1984, Québec Groupe d'âge\tnombre total de jeunes (source')\tnombre de déclarations d'impôt (source5)\tnombre de jeunes sans déclaration (source6) 15/19ans\t620 075\t150 037\t470 038 20/24 ans\t643 700\t514 889\t128 811 25/29 ans Total des\t589 015\t567 751\t21 264 15/29 ans\t1 852 790\t1 232 677\t620 113 960 L\u2019ACTION NATIONALE Ce tableau permet de constater que 620 113 jeunes n\u2019ont fait aucun rapport d\u2019impôt.Comme les étudiants sans revenu n excèdent pas le nombre de 250 000, on peut observer que près de 400 000 jeunes n\u2019ont pas gagné assez d\u2019argent pour remplir un formulaire et contribuer aux charges publiques.Combien d\u2019entre eux manquent du nécessaire et allègent leurs souffrances par l\u2019espoir en des jours meilleurs?Un grand nombre vivant d\u2019aide sociale et d\u2019assurance-chômage.Des milliers de jeunes travailleurs sont condamnés à se contenter d\u2019une pitance qui les oblige à vivre sous le seuil de la pauvreté.Est-il croyable et acceptable que tant de jeunes québécois connaissent de si difficiles conditions de vie?Les déclarations non imposables La misère frappe aussi la majorité des jeunes qui ont produit des déclarations d\u2019impôt non imposables.Le tableau 2 présente des données significatives sur la qualité de vie du tiers des jeunes québécois.Tableau 2 Les jeunes 15/29 ans, déclarations non imposables, 1984,Québec Groupe d\u2019âge\td'impôt (source\u2019)\tnombre de déclarations imposables (source')\tnon imposables (source') 15/19ans\t150 037\t34 594\t115 443 20/24 ans\t514 889\t318 699\t196 190 25/29 ans Total des\t567 751\t406 717\t161 034 15/29 ans\t1 232 677\t760 010\t472 667 Certes, le fisc affamé et bien dentelé ne peut enregistrer les minuscules revenus que rapporte le travail au noir.Trop souvent, en guise de salaire, les jeunes reçoivent l\u2019équivalent des pourboires de cochers ou de garçons de restaurants.Un malaise sérieux existe.472 667 jeunes de 15/29 ans ont produit une déclaration d\u2019impôt non imposable.Ils jouissaient d\u2019une moyenne de revenu inférieur au seuil de la pauvreté. SECTION ÉCONOMIQUE 961 Une poignée d\u2019entre eux peuvent vivre dans une certaine aisance.La majorité de ces filles et garçons connaissent une vie difficile, pénible.Ces jeunes 15/29 ans dont le revenu est insuffisant pour être imposé manquent presque tous de moyens matériels, d\u2019argent.Un grand nombre vivent dans la gêne et le dénuement.Leur état permanent d\u2019indigence roule sur le paupérisme.La misère des jeunes dont la déclaration n\u2019est pas imposable Des jours de misères et des événements malheureux guettent la foule grouillante des jeunes qui ne gagnent pas assez pour payer un dollar d\u2019impôt au Receveur général du Canada.Le tableau 3 éclaire les ténèbres qui environnent 472 667 jeunes 15/29 ans.Tableau 3 Les jeunes 15/29 ans, revenu moyen non imposable, 1984, Québec Groupe d'âge\tdéclarations non imposables (source*)\t$ revenu déclaré (source9)\t$ revenu moyen par déclaration (source10) 15/19 ans\t115 443\t366 472 000\t3 174,48 20/24 ans\t196 190\t747 175 000\t3 808,42 25/29 ans\t161 034\t499 042 000\t3 098,98 Total des\t\t\t 15/29 ans\t472 667\t1 612 689 000\t3 411,89 Le langage des chiffres est éloquent.Il exprime la dimension de la tragique existence de la majorité de ces 472 667 jeunes dont la déclaration était non imposable.En quels termes faut-il commenter le destin de ces personnes 25/29 ans qui jouissent d\u2019un revenu de 3 411$ en 1984?Plusieurs d\u2019entre eux ont faim.«Avoir faim, écrivait Sartre, c\u2019est avoir conscience d\u2019avoir faim; c\u2019est être jeté dans le monde de la faim, c\u2019est voir les pains, les viandes briller d\u2019un éclat douloureux aux devantures des boutiques, c\u2019est se surprendre à rêver d\u2019un poulet1'.» Aux jeunes Québécois 20/24 ans dont le revenu est fixé à 3 808$ pour l\u2019année 1984, Zola exprimerait son indignation en des termes plus sévères qu\u2019il utilisait jadis pour décrire un état 962 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019indigence qui ne pouvait que se perpétuer: «On ne pouvait continuer ainsi à vivre sans manger, écrivait-il.Elle ne sentait plus sa faim; elle avait un plomb dans l\u2019estomac, tandis que son crâne lui semblait vide12.» Aujourd\u2019hui, il apparaît que pour plusieurs, le plomb est dans le crâne, la tête fait mal, alors que l\u2019estomac est vide.La vie présente des adolescents de 15/19 ans qui travaillent pour un gain annuel de 3 147$ en 1984 ressemble à ces «pauvres diables dont la condition est de mourir de faim13.» Renan, s\u2019il était député à l\u2019Assemblée Nationale, répéterait certainement que «l\u2019homme ne vit pas seulement de pain, mais il vit aussi de painM.» Vraiment, l\u2019exploitation de la jeunesse par les adultes est une attitude odieuse et antisociale.Trop longtemps, on a abusé des travailleurs les plus faibles.Parce qu\u2019ils sont jeunes, sans expérience et non syndiqués, on leur parle de justice, d\u2019équité, et, sans charité, on profite de sa supériorité pour les exploiter.La répartition en pourcentage des jeunes, selon le revenu Une inégale répartition du revenu accorde à quelques-uns des privilèges au détriment des autres.La persistance de l\u2019inégalité crée les classes des riches et des pauvres, des maîtres et des valets, des patrons et des chômeurs.Le tableau qui suit établit la répartition en pourcentage des jeunes, selon la tranche de revenu et l\u2019âge, en 1985.Tableau 4 Répartition en % des jeunes, selon la tranche de revenu, 1985, Québec15 Groupe\tmoins de\t1 000$/\t2 000$/\t3 000$/\t4 000$/\t5 000$/\t6 000$/\t7 000$/\t d\u2019âge\t1 000$\t1 999$\t2 999$\t3 999$\t4 999$\t5 999$\t6 999$\t7 999$\ttotal 15/19\t28,6\t20,0\t11,8\t8,2\t6,2\t6,0\t3,4\t2,5\t86,7 20/24\t3,2\t7,1\t5,0\t6,2\t6,8\t7,7\t4,3\t6,5\t46,8 La lecture de ce tableau révèle une réalité triste, honteuse et dégoûtante.472 667 jeunes de 15/29 ans ont joui d\u2019un revenu moyen de 3 411$ en 1984.Ils sont sous le seuil de la pauvreté.161 034 jeunes de 25/29 ont déclaré un revenu moyen de 3 098$. SECTION ÉCONOMIQUE 963 La plupart de ces jeunes vivent abattus, harassés, sans ambition.Les Québécois bien nantis sont-ils consternés par la détresse des jeunes souvent privés des biens nécessaires?Leur compassion n\u2019est pas apparente.La société québécoise refuse à sa jeunesse de s\u2019épanouir dans des conditions propices, avec un revenu honnête.Le cerveau des adultes est-il paralysé?Le revenu des femmes Les programmes d\u2019égalité des chances n\u2019ont pas encore produit les résultats attendus.Les différences entre les sexes sont marquées.Les tableaux 5 et 6 illustrent les écarts de revenu entre hommes et femmes.L\u2019émancipation véritable de la femme n\u2019est pas encore réalisée.L\u2019égalité dans les salaires et dans les promotions demeure un vœu pieux.L\u2019évolution des mœurs chemine très lentement.Tableau 5 La répartition en pourcentage des femmes, selon la tranche de revenu, l\u2019âge, 1985, Québec16 Groupe\tmoins de 1 000$/\t2 000$\t\t3 000$/\t4 000$/\t5 000$/\t6 000$/\t7 000$/\t d'Sge\t1 000$ 1\t999$\t2 999$\t3 999$\t4 999$\t5 999$\t6 999$\t7 999$\ttotal 15/19\t32,4\t20,8\t12,4\t8.4\t5,8\t4,8\t2,6\t2,4\t89,6 20/24\t3,8\t6,8\t5,6\t6,8\t8,2\t7.0\t4.9\t7,7\t50,8 \tEn 1985,\tdans le groupe\t\t15/19\tans, 8\tfilles\tsur 10\tont déclaré à l\u2019impôt un revenu inférieur à 100$ par semaine.Chez les 20/24 ans, 3 femmes sur 10 ne gagnent pas 5 000$ par année.Le tableau 6 nous démontre que l\u2019homme gagne un revenu supérieur à celui de la femme.Il est immoral que l\u2019égalité de traitements ne soit pas accordée à la femme qui travaille, dans de très nombreux ménages, pour assurer la vie du foyer. 964 L\u2019ACTION NATIONALE Tableau 6 La répartition en pourcentage des hommes, selon la tranche de revenu, l\u2019âge, 1985, Québec17 Groupe\tmoins de\t1 000$/\t2 000$/\t3 000$/\t4 000$/\t5 000$/\t6 000$/\t7 000$/\t d'âge\t1 000$\t1 999$\t2 999$\t3 999$\t4 999$\t5 999$\t6 999$\t7 999$\ttolal 15/19\t25,1\t19,2\t11,3\t8,0\t6,6\t7,1\t4.0\t2.6\t83,9 20/24\t2,7\t7,3\t4.4\t5,7\t5,4\t8,4\t3,7\t5,4\t43,0 Le décalage entre le revenu de l\u2019homme et de la femme saute aux yeux.7 sur 10 garçons âgés de 15/19 ans gagnent moins de 100$ par semaine.Dans le groupe d\u2019âge 20/24 ans, 2,5 personnes de sexe masculin gagnent moins de 5 000$ par année.Si vous comparez les tableaux 5 et 6 et si vous relisez les commentaires du tableau 5, vous aperceverez une marge d\u2019inégalité inacceptable.L\u2019objectif d\u2019atteindre l\u2019égalité entre les sexes, s\u2019il est acquis en principe, est chimérique dans la réalité du travail.Sans viser à l\u2019égalité des fortunes, la société québécoise doit tendre sans délai vers l\u2019égalité des chances, vers l\u2019accès à un même revenu pour un travail équivalent réalisé par une femme ou par un homme.Les privilèges et les passe-droits aux hommes sont une injustice permanente qui n\u2019existerait pas, si l\u2019on mesurait à quel point les inégalités partiales empoisonnent le corps social tout entier.Les pauvres et les seuils de la pauvreté Les seuils de faible revenu de l\u2019année 1985 s\u2019établissaient selon la taille de l\u2019unité familiale et de la région de résidence.Pour les fins du présent article, l\u2019unité familiale de trois personnes et moins a été retenue et ce qu\u2019on appelle «les seuils de faible revenu» réflètent le comportement récent des citoyens sous l\u2019aspect de la consommation.Le tableau 7 reproduit les données de Statistiques Canada. SECTION ÉCONOMIQUE 965 Tableau 7 Les seuils de faible revenu selon la taille de l\u2019unité familiale et la taille de la région de résidence, 1985, Canada \" Taille de l'unité Familiale\t500 000 âmes et plus\t100 000/ 499 999\t30 000/ 99 000\tmoins de 30 000 âmes\trégions 1 personne\t8 331$\t7 799\t7 574\t6 965\t6 054 2 personnes\t12 075$\t11 308\t10 980\t10 098\t8 785 3 personnes\t15 408$\t14 431\t14 007\t12 891\t11 208 Pour une personne vivant à Montréal, Statistique Canada situait à 8 331$ le seuil de la pauvreté pour l\u2019année 1985.À Saint-Louis du Ha! Ha!, cette notion s\u2019établissait à 6 965$.Ainsi, au nombre des pauvres, on peut recenser la plupart de ces jeunes qui ont produit une déclaration d\u2019impôt non imposable.On peut aussi compter au nombre des pauvres des milliers et des milliers de jeunes qui se classent au bas du revenu moyen de chacun des groupes d\u2019âge.Que penser et que faire?La misère de tant de jeunes fait contraste avec le sort réservé aux privilégiés du système.Nous n\u2019en prenons comme témoins que ces étoiles du baseball qui doivent se contenter d\u2019un salaire individuel de 700 000$ à 800 000$ pour une saison de huit mois et qui sont incapables de prendre un cours de français chez Berlitz.À 5 000$ par joute, en deux soirs, des joueurs de balle dépassent le seuil de la pauvreté qui est le lot de milliers de jeunes qui vivotent 365 jours par année.Nous avons cité l\u2019exemple des grands sportifs pour ne pas nommer les mille Crésus, milliardaires et multimillionnaires qui vivent, au Québec, dans l\u2019opulence et le luxe.À ces bénéficiaires de l\u2019existence de la pauvreté, Mgr Camara adressait un vibrant message.L\u2019évêque brésilien, parlant du Canada, affirmait que «la révolution sociale doit se produire dans les pays développés avant de pouvoir s\u2019amorcer dans les pays sous-développés.Tant que plus de cinq millions de Canadiens, ajoutait-il, vivront en marge de notre société, nous pourrons difficilement servir d\u2019exemple ou venir en aide aux pays sous-développés».Mgr Camara terminait son intervention par un grave avertissement: «Vous, Canadiens, pouvez rendre 966 L\u2019ACTION NATIONALE un immense service au monde entier.Vous savez qu\u2019un Canadien sur cinq est défavorisé.Ne dites pas que ce sous-développement est bien relatif par rapport au reste du monde.En réalité, il est accentué par la proximité du luxe, du confort et des excès de toutes sortes.» Les grands responsables sont les gouvernants qui ne gouvernent pas, les Duvalier québécois et les Marcos canadiens qui recherchent uniquement le profit.Les grands responsables sont les adultes qui ne sont pas assez forts, dynamiques et créateurs pour assumer en toute justice, égalité et équité leurs responsabilités sociales.Les adultes ne corrigent pas certaines situations anormales et inhumaines qui maintiennent dans la pauvreté le tiers des générations qui montent, ces faiseurs de l\u2019avenir et ces sculpteurs d\u2019humanité auxquels on offre une sécurité sociale inconséquente, utopique et illusoire.Les adultes de 1987 semblent incapables de travailler en profondeur et de créer un climat de vie basé sur la nature humaine et le droit de l\u2019homme de produire, de travailler et de consommer.Devant l\u2019inertie de la société des adultes, si elle persiste, les jeunes devraient remettre la société en question avec radicalisme; c\u2019est le seul langage que les démocrates d\u2019aujourd\u2019hui comprennent.«La ronde autour du Québec «Si toutes les filles du Québec voulaient s\u2019donner la main, «tout autour du grand fleuve elles pourraient faire une ronde.«Si tous les gars du Québec voulaient bien êtr\u2019marins, «ils f\u2019raient avec leurs barques un joli pont sur l\u2019onde.«Alors on pourrait faire une ronde autour du Québec, si «tous les gens du Québec voulaient s\u2019donner la main.» Sources: 1.\tThe Financial Post Money wise Magazine, février 1987.2.\tStatistique fiscale, Revenu Canada Impôt, édition 1986, analyse des déclarations des particuliers pour l\u2019année d\u2019imposition 1984, p.234, 236.3.\tIbid., p.218.4.\tStatistique Canada, recensement du Canada en 1981, catalogue 92-901, volume 1, p.1-1.5.\tStatistique fiscale, op.cil., p.234.6.\tIbid., p.234, 236, différence entre le nombre des déclarations d\u2019impôt en 1984 et le nombre des jeunes en 1981.7.\tIbid., p.236. SECTION ÉCONOMIQUE 967 8.\tIbid., p.234, 236, différence entre le nombre de toutes les déclarations d\u2019impôt et le nombre de celles qui sont imposables.9.\tIbid., p.234, 236, différence entre le revenu total de toutes les déclarations d\u2019impôt et celui des déclarations imposables.10.\tDivision du revenu déclaré, colonne 3, par le nombre de déclarants non imposables, colonne 2.11.\tJean-Paul Sartre, Situations, 1, p.230, Éd.Gallimard, 1951.12.\tÉmile Zola, L \u2019Assomoir, t.11, p.212, Éd.Fasquelle, 1951.13.\tJean de La Fontaine, Fables, contes et nouvelles, 1, p.5, Collection Pléiade, Éd.Gallimard, 1948 14.\tErnest Renan, Souvenirs d\u2019enfance et de jeunesse, Oeuvres complètes, t.11, p.921, Éd.Calmann-Lévy, 1949.15.\tStatistique Canada, répartition du revenu au Canada selon la taille du revenu, catalogue 13-207, p.111, 112; pour le groupe d\u2019âge 24/29 ans, il m\u2019en aurait coûté 500$ pour obtenir les données.16.\tIbid., p.121, 122.17.\tIbid., p.116, 117.18.\tStatistique Canada, Répartition du revenu au Canada selon la taille du revenu, 1985, catalogue 13-207, p.36.19.\tDom Helder Camara, archevêque d\u2019Olinda et Recife, Brésil, dans Les Églises et la lutte contre la pauvreté, Conférence sur l'Église et la Société, 26 au 29 mai 1968, Collection Les idées du Jour, p.42.HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-J EAN-BAPTISTE de Montréal 968 L\u2019ACTION NATIONALE Index 1986-87 -A- Pages ALLEN, Patrick\tUne bombe à retardement dans un champ de mines.356 ANGERS,\tNous avons encore besoin d\u2019une François-Albert\tpensée économique nationaliste.\t251 ARPIN, Denis\tLes Anglophones sont de plus en plus exigeants.711 -B- BEAUREGARD,\tDes luttes qui Germain\tn\u2019en finissent plus.504 BEGUELIN, Roland\tSolidarité du Jura avec les États francophones.215 BERTRAND, Guy\tAffirmation provinciale ou affirmation nationale?.490 BESRÉ, Jean\tPrise de position des artistes.121 BLANCHARD,\tLe Parti national québécois.157 Guy,m.d.\tLa révolution tranquille a-t-elle détruit lï Québec français?.\t600 BLANCHARD, René Le Québec, État ou province?.\t13 Le Québec désenchanté.162 La défense et l\u2019illustration de la langue française.607 La vie de nos jeunes.907 BOUDREAU, Nicole Bourassa ne sait pas où il s\u2019en va en matière constitutionnelle.140 L\u2019enseignement de l\u2019anglais en première année.210 Appel aux Québécois et Québécoises .\t773 BOURQUE,\tRadiographie des forces Jean-Louis\tindépendantistes.154 Le Québec en attente de constitution ,\t217 Le gouvernement du Parti libéral et Robert Bourassa un an après.\t448 Le Parti québécois «avec» Pierre-Marc Johnson.527 Pour une véritable politique québécoise en matière d\u2019immigration .\t583 Une entente factice.898 \tINDEX 86-87\t969 \tL\u2019affirmation johnsonnienne\t\t904 BOUTET, Odina\tL\u2019immersion\t\t49 \tL\u2019indépendance sans référendum .\t223 \tLa culture au privé\t\t344 \tLa tête en français\t\t506 \tL\u2019institution qui nous manque\t\t626 \tPlus loin que les Chartes\t\t691 BOUTHILLIER,\tPas question de se laisser passer\t412 Guy\tun sapin, même en période de Noël .\t \tQue nous réserve 1987?\t\t489 \tPrésentation numéro spécial de juin .Les entraves au redressement\t771 \tlinguistique\t\t891 BRAULT, Michel\tTexte de remerciement\t\t331 \tIls se sont prononcés\t\t332 BROCHU, Michel\tPour un ministère\t38 \tdu Nouveau-Québec\t La participation du Québec aux Jeux olympiques et à l\u2019Exposition\t \tuniverselle d\u2019Australie\t\t248 \tCombien de fleuves au Québec?\t\t275 \tUne famille de Nouvelle-France\t -c-\t362 CHAUSSÉ, Roland\tFeu le projet de Loi 140\t\t605 CHOLETTE, Gaston\tRestaurer la Charte de la langue\t \tfrançaise \t\t501 CLAVEAU,\tLe Québec et l\u2019immigration\t\t595 Jean-Charles, m.d.\tL\u2019homogénéité du Saguenay-\t \tLac Saint-Jean (1)\t\t921 CLUB SOUVERAIN\t\t DE L\u2019ESTRIE\tPour une liberté complète d\u2019action .\t916 COMEAU,\t\t Léger, Père\tL\u2019Acadie reconnaissante\t\t421 COMTE DE PARIS\tAllocution à Québec\t\t900 CÔTÉ, Pierre\tL\u2019informatique en milieu scolaire .\t70 -D- DE SAINT-ROBERT, Philippe\tLa Francophonie\t\t173 DORION, Henri\tVers un inventaire toponymique national\t\t369 DOUVILLE, Yvon\tVisage d\u2019une indépendance\t\t745 DUROCHER, René\tUn institut sur l\u2019Amérique du Nord .\t166 L\u2019ACTION NATIONALE 970 DUSSAULT,\tLa francophonie, Georges\tune réalité mal connue.426 -F- FRADET, Léandre\tLe chanoine Groulx, un valeureux patriote.278 Xénophobes, les Québécois?.\t934 -G- GAGNÉ, Nicole\tLa Cité de l\u2019or blanc.469 GARNEAU, Simon\tLe seul.?.316 GENEST, Jean\tRéflexions sur un livre de Jean-Denis Robillard.460 GERVAIS, Michel\tFaut-il privatiser la recherche?.\t272 GROULX, Yvon\tLa Ligue d\u2019Action Nationale dénonce le projet de Loi 58.9 GROUPE DE PERSONNALITÉS\tPrix de l\u2019adhésion du Québec.\t888 GROUPE D\u2019UNIVERSITAIRES Lettre au premier ministre Bourassa .\t399 -H- Héroux, Jean\tJeunesse d\u2019Omer Héroux (1876-1963)\t108 HOULE, Jacques, Me\tInstitut d\u2019Études Prospectives.\t28 Le bilinguisme hors Québec.520 -L- LACASSE, Ronald\tLe parc industriel de Boucherville .\t42 LACHANCE, Claude\tLes incubateurs d\u2019entreprises.\t620 LACOURSIÈRE, Jacques\tLa langue continuellement menacée .\t909 LAFLAMME,\tDe nouvelles conditions Marcel\td\u2019exercice du travail.16 La formule coopérative, un espoir pour l\u2019Afrique.91 Etatisation-privatisation : vers un nouveau rôle de l\u2019État.372 Une culture organisationnelle québécoise en émergence.611 LAROSE, Yvon\tLes procès des Patriotes.269 LAVALLÉE, Éric\tCascades .722 INDEX 86-87 LEBEL, Maurice\tUne publication à diffuser\t\t737 \tJean Guitton\t\t937 LECLERC, Félix\tLa Loi 101\t\t408 \tDéclaration des Patriotes\t\t410 LECLERC, Richard\tUn Québécois en excursion\t \tà Montréal\t\t497 LÉGER, Marcel\tLe Québec doit dire non\t246 \tà toute signature\t\t LIGUE D\u2019ACTION\tManifeste\t\t103 NATIONALE\tM.Bourassa, ayez le courage\t \tde retirer vos deux projets de loi\t Les cours de langue française\t397 \tpour les immigrants\t\t677 \tMémoire sur le Lac Meech\t -M-\t883 MARTIN, Hélène\tL\u2019amiante \t\t185 MARTUCCI, Jean\tLire l\u2019avenir en français\t\t301 MONIÈRE, Denis\tLe retour de Papineau\t Une politique de privation\t123 \tfondée sur l\u2019intérêt national\t\t416 \tLa passion de l\u2019indépendance\t Pour un nouveau mode de scrutin:\t523 \tle vote unique\t\t685 MORIN, Rosaire\tChronique économique\t\t660 \tLa Prospérité\t\t755 \tSection économique\t La jeunesse québécoise,\t841-945 \tun perpétuel recommencement\t\t856 MOUVEMENT\tLettre à la ministre des\t QUÉBEC FRANÇAIS\tAffaires culturelles\t\t130 \tDéclaration\t Le MQF demande\t205 \tune commission itinérante\t -N-\t679 NÉRON,\t\t Jean-François\tSaveur anglophone\t -O-\t565 O\u2019BOMSAWIN,\t\t Nicole\tLes Amérindiens au Québec\t\t168 972 L\u2019ACTION NATIONALE -P- PAGÉ, Lorraine\tLe respect des minorités.518 PARADIS, Odile\t101 fois «Québec, je t\u2019aime en français».609 PELLETIER-\tLa trêve linguistique BAILLARGEON,\tvit ses derniers beaux jours.212 Hélène\tLes trois projets de madame Bacon\t.\t328 PÉPIN, Marcel-G.\tLes réfugié-e-s.928 PERRIER, Onil\tUn anniversaire majeur.265 PERSONNALITÉS QUÉBÉCOISES\tExposés du Centre Paul-Sauvé.\t774 PLOURDE, Michel Le rapport Lalande: un recul pour la langue française.318 PONCELET, Léo\tCoopération et révolution hongroise\t.\t733 PROVOST, Madeleine La personne âgée face à la mort.\t78 -R- RAYNAULT, Léo\tCe pays où rien ne doit changer.\t551 Les octrois aux minorités.912 RHÉAUME, Gilles\tLa langue d\u2019un peuple sans pouvoir! Sans vouloir?.135 Imbécile, dites-vous, M.Le sénateur?\t160 Les Patriotes, ces ancêtres inconnus.\t256 Lettre ouverte.569 RIOUX, Michel\tComprend-il le français?.314 Sir Wilfrid à la rescousse de Brian .\t741 ROBILLARD,\tNos griefs contre Ottawa.59 Jean-D.\tLes conférences fédérales-provinciales\t142 Les ingérences du fédéral.232 «Une lente agonie».352 La nuit des longs couteaux.538 Le statut particulier du Québec.\t637 Le statut particulier du Québec.\t699 RODRIGUE, Robert\tLes ondes françaises perdent encore 10%.443 -S- SÉGUIN, Alexandre Le Québec est-il une colonie du Canada?.33 SERVICE\tL\u2019Institut de recherche D\u2019INFORMATION d\u2019Hydro-Québec à la fine pointe de la technologie.25 INDEX 86-87 973 -T- TAILLANDIER, Pascal\tL\u2019école américaine bafouille.TURCOTTE, Gérard Pour la tenue d\u2019un Conseil national de stratégie .Pourquoi?.Le sens de la continuité.Une institution centenaire.Des anniversaires à célébrer.Je me souviens.L\u2019Action nationale questionne ses lecteurs.Branle-bas de combat.L\u2019actualité en bref.La lutte continue.La Maison nationale des Patriotes .Anciens premiers ministres du Québec En voulez-vous, des slogans?.L\u2019Action Nationale a la cote d\u2019amour de ses lecteurs.Langue: statu quo.Claude Béland, nouveau président du Mouvement Desjardins.Le MQF en bref.La SSJB-M et les luttes linguistiques .Journée nationale du drapeau.341 11 106 203 254 281 283-381 288 299 364-475-554- 653-747-941 395 557 567 568 579 675 743 831 835 839 -u- UN TÉMOIN\tRéfugiés vietnamiens de Hong Kong .\t714 -V- VÉRONNEAU, Hélène\tRéflexion sur l\u2019éducation.334 -Y- YELLE, Jean-Guy Lettre à Monsieur Turner 284 974 L\u2019ACTION NATIONALE CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3 Don d\u2019un ami SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 L\u2019ACTION NATIONALE 975 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM ADRESSE .Individus Etudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 30,00$\t34,00$ 14.00\t18,00 50.00\t54,00 30.00\t34,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Qué.H2V 3R6 Tél.: 271-4759 \"\\ Un magazine chrétien d\u2019analyse et de réflexion sur l\u2019actualité sociale et culturelle Des dossiers \u2022\tLes négociations dans le secteur public et parapublic \u2022\tLa réforme scolaire \u2022\tLes nouveaux ministères dans l\u2019Église \u2022\tLe travail à temps partiel Des soirées publiques \u2022 chaque mois un débat sur un sujet d\u2019actualité Abonnement 1an(10nos)\t12,50$ à l'étranger\t14,50$ par avion\t20,00$ Non______________________ Adresse__________________ code postal 8100, St-Laurent, Montréal H2P2L9 (514)387-2541 9238 976 L\u2019ACTION NATIONALE LEGRO none) meur 'Podium BOTANIX Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS de* région* suivant#» ;\tI La Société National# de fE*t du Québec^® La S.N.Q de la région des HautevRivkère*^ La S.N.Q.de la région de rOutaouat* La S.N.Q.de la région Saguenay Lac Si-Jean La S.N.Q.de la région de rAmiante La S.N.Q.de ta région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Yamaske UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS La Société Nationale de l\u2019Est du Québec La S.N.Q.de la région de* Haute*-Rivière*^ La S.N.Q.de la région de rOutaouat* La S.N.Q.de la région Saguenay Lac Si-Jean La S.N.Q.de la région de rAiaiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent La S.N.Q.de la région Richelieu-Yamacka Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B 2C3 De concert avec la Parce qu elle est consciente de vos obligations qui évoluent sans cesse au rythme de la vie, La Solidarité, Compagnie d\u2019assurance sur la vie, met sur pied de nouveaux programmes d'assurance dans le but de vous offrir des services toujours mieux adaptés à vos besoins.L'innovation à La Solidarité ne profite qu'à vous! La Solidarité Compagnie d'assurance sur la vie Siege social: Québec Agences: Amos, Beauceville, Charlesbourg, Chicoutimi, Laval-des-Rapides, Longueuil, Montréal, Quebec, Rimouski, Sainte-Foy, Sherbrooke, Trois-Rivieres.DU GROUPE S O L I D A R I T É \u2022 U N I Q U E "]
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