L'action nationale, 1 septembre 1988, Septembre
[" //Action NATIONALE Volume LXXVIII, numéro 7, septembre 1988 L\u2019école anglaise: la pénétration des valeurs québécoises Guy Bouthillier La minorisation du français dans l\u2019Outaouais Paul-Marcel Lemaire L\u2019histoire de l\u2019éducation au Québec Richard Leclerc Alerte au relâchement linguistique L\u2019ACTION NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard Turcotte Secrétaire: Monique Tremblay Collaborateurs: François-Albert angers, Louis BALTHAZAR, André beauchamp, Jules bélanger, Christiane bérubé, Jean-Louis BOURQUE, Odina BOUTET, Guy BOU-THILL1ER, André D\u2019ALLEMAGNE, André GAULIN, Marcel laflamme, Robert laplante, Alain lara-MÉE, Maurice LEBEL, Delmas LÉVESQUE, Denis MONIÈRE, Jacques-Yvan MORIN, Rosaire morin, Michel plourde, Gilles rhéaume.Abonnement: Québec, Canada Autres pays Abonnement de soutien 1 an\t2 ans (10 numéros) (20 numéros) 25,00$\t45,00$ 30,00$\t50,00$ 35,00$ «Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans le Canadian periodica! index depuis 1948 et dans Point de repère, publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans Y Index analytique et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans Radar et dans Périodex».ISSN-0001-7469\tDépôt légal: ISBN-2-89070\tBibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest\t Montréal H2X 1X3\tCourrier de la deuxième classe 845-8533\tEnregistrement numéro 1162 l\u2019Action NATIONALE Volume LXXVIII, numéro 7, septembre 1988 TABLE DES MATIÈRES GUY BOUTHILLIER:\tFélix Leclerc.554 FÉLIX LECLERC:\tLa Loi 101.555 YVON GROULX:\tAlerte au relâchement linguistique.557 GUY BOUTHILLIER:\tL\u2019école anglaise: la pénétration des valeurs québécoises.561 PAUL-MARCEL\tLa minorisation du français LEMAIRE:\tdans l\u2019Outaouais.566 ÉDOUARD DOUCET:\tQuand la botanique envahit les plates-bandes de la politique .\t570 GILLES RHÉAUME:\tLa philosophie au Québec II \u2014 Fernand Seguin, une certaine vision de la science.573 PAUL-MARCEL\tLa communication LEMAIRE:\tinterculturelle.585 RICHARD\tL\u2019histoire de l\u2019éducation LECLERC:au Québec.607 ROSAIRE MORIN:\tEn marge de l\u2019actualité nationale.616 JEAN-DENIS ROBILLARD:\tLes affaires sociales.636 PHILIPPE GÉLINAS, C.R.:\tJean C.Lallemand raconte.\t652 SECTION ÉCONOMIQUE ROBERT\tUn patrimoine forestier LAPLANTE:\ten péril.661 Les collaborateurs et collaboratrices de L\u2019ACTION NATIONALE sont seuls responsables des idées et des opinions exprimées dans leurs articles. Félix Leclerc n sait ce que Félix Leclerc a été pour la langue française.Tous ceux qui, comme nous et avec nous, se battent pour elle, savent ce qu 'ils lui doivent: une langue sans poète n 'est déjà plus tout à fait une langue, et un combat auquel ne prendraient pas part les poètes n 'aurait déjà plus beaucoup de sens.On sait aussi ce qu 'a été la langue française pour Félix Leclerc.Chaque fois que le français marquait des points, et notamment en 1977, il était là pour nous dire sa joie.Mais il était là aussi pour nous dire sa tristesse et son inquiétude chaque fois que le français subissait des coups.En ce mois d'août 88, c'est sans doute dans l'inquiétude pour sa langue et pour son peuple qu 'il est mort.Cette mort nous oblige.En effet, de toutes les raisons que nous avons de lutter pour notre langue, ne voit-on pas, en ce jour de deuil, apparaître clairement celle-ci: assurer, pour la suite du monde, la pérennité de l'oeuvre de Félix et de tous les poètes qui, avec lui, expriment le Québec français.Aujourd'hui le Québec est unanime à rendre hommage à Félix.Mais le seul hommage, le seul monument digne de lui ne serait-il pas d'assurer la défense et le maintien de la Loi 101 ?Guy Bouthillier Montréal, le 8 août 1988 LA LOI 101 555 La Loi 101 ui, je suis bilingue; Ce n 'est pas à l'école primaire que j'ai appris l'anglais mais dans les rues d'Ottawa et à l'âge de Ci ans.C'est une mauvaise partance pour P enfant anglais ou français, (suffisante pour P écœurer à tout jamais) que de lui inculquer deux langues à l\u2019école primaire.Que chacun baigne dans sa langue maternelle jusqu 'à Page de 1 i ans, s'il veut la bien posséder.Une langue seconde s'apprend en six mois dans une ville étrangère quand on a l'âge de 17 ans et le goût de la parler.C 'est faux des bilingues à 8 ans, ce sont des baragouineux.La langue, c'est comme un instrument de musique, celui qui les joue tous, les joue mal.Celui qui n 'en joue qu un seul le joue bien.Nous avions la Loi 101 comme protection et survie.Où est-elle rendue?La Loi 101 reconnaissait le français la seule langue officielle au Québec, comme la langue américaine est reconnue la seule langue officielle aux Etals- Unis, (ce qui ne les empêche pas d'en parler 5).La Loi 101 criait aux deux A mériques ce qu 'on leur cachait depuis des siècles, qu 'une Nouvelle-France existait a leur porte.La Loi 101 disait à P univers que les Québécois étaient P un des deux peuples fondateurs du Canada. 556 L\u2019ACTION NATIONALE La Loi 101 me faisait marcher librement et partout dans le Québec, comme si j'avais été chez moi.La Loi 101 disait à l'immigrant arrivant ici en terre d'accueil, que le français était la langue du Québec contrairement à ce que la propagande d\u2019Ottawa leur avait appris avant leur départ, que nous étions tous anglais.Afficher et parler notre langue à l\u2019usine, à l\u2019école, à la douane, au restaurant, au forum , au magasin, partout, était une affaire entendue et acceptée par la minorité anglaise du Québec, qui avait fini par comprendre qu 'enfin décolonisés, nous avions une langue maternelle, et surtout que nous apportions, (parce que différents) une richesse incalculable au Canada entier.Hélas, il aura fallu que quelques arrivistes, Canadiens-français de surcroit, vendent pour un plat de lentilles (de votes) notre droit d'aînesse en Amérique.Est-ce que tout serait a recommencer à cause de quelques magasiniers qui échangent trafiquent vendent trois siècles d\u2019histoire pour quelques heures de pouvoir?Félix Leclerc Alerte au relâchement linguistique par YVONGROULX Président de la Ligue d\u2019action nationale Prise de position de la Ligue d\u2019action nationale, suite à l\u2019exposé fondamental prononcé par le ministre Guy Rivard, responsable de la Loi 101, à l\u2019Assemblée nationale, sur les grandes lignes de la politique et des principes qui guident le gouvernement du Québec, quant à la Charte de la langue française.I\u2014^es propos tenus à l\u2019Assemblée nationale le 29 avril dernier (et qui ont qualité «d\u2019énoncé fondamental», selon le texte même du message remis aux médias) par le ministre responsable de l\u2019application de la Charte de la langue française, M.Guy Rivard, ne peuvent être passés sous silence, étant donné leur importance et surtout la gravité de leurs répercussions.Le cœur de la déclaration du ministre semble résider dans l\u2019énoncé «des principes qui guident le gouvernement, quant à la Charte de la langue française», selon les termes toujours du communiqué de presse.Au nombre de quatre, ces principes sont formulés comme suit: Premièrement, au Québec, le français est la langue normale et habituelle du travail, de l\u2019enseignement, des communications, du commerce et des affaires. 558 L\u2019ACTION NATIONALE Deuxièmement, le territoire québécois doit conserver un visage français.Troisièmement, l\u2019évolution démographique du Québec, et en particulier les équilibres démographiques entre les groupes linguistiques, doivent être assurés par des politiques d\u2019immigration et d\u2019intégration appropriées.Quatrièmement, la société québécoise reconnaît les droits et les institutions de sa minorité linguistique, la communauté anglophone.Cet énoncé de principes appelle les commentaires suivants: \u2014 La Charte proclame et consacre le français seule langue officielle du Québec, l\u2019expression «langue normale et habituelle», malgré (ou à cause de) son caractère empirique, présu-mément relié à la question du nombre, ne rend pas le même son de grande solennité et surtout de réalité juridique exclusive.\u2014 S\u2019agit-il de conserver un usage français au territoire québécois ou plutôt de garder toute sa force à la proclamation non seulement territoriale, mais aussi juridique et politique d\u2019un Québec français?Ne laissons pas la proie pour l\u2019ombre, c\u2019est-à-dire la réalité pour l\u2019image.\u2014 Évoquer la question des équilibres démo-linguistiques, c\u2019est jouer avec le jeu (ou le feu?) des équivalences douteuses entre différentes communautés (sic) dont les attentes sont proportionnelles aux politiques du multiculturalisme du fédéral, aux pratiques invitantes de la minorité anglo-saxonne de Montréal, aux pressions insistantes de l\u2019immense majorité anglophone continentale.\u2014 S\u2019agit-il de reconnaître les droits et les institutions de la minorité anglophone du Québec, avalisant du même coup la conquête britannique de la Nouvelle-France, ou s\u2019agit-il plutôt de reconnaître le fait (avec tous les arrangements administratifs requis) de la présence sur notre sol du conquérant?Gardons-nous absolument de conférer quelque statut juridique que ce soit au fait de la conquête; autrement, c\u2019est admettre le statut de conquis, au sens de céder nos droits à ceux du conquérant.Le ministre croit-il vraiment à une dualité linguistique harmonieuse entre vainqueurs et vaincus? ALERTE AU RELACHEMENT LINGUISTIQUE 559 L\u2019énoncé des principes du ministre nous paraît flotter effectivement sur un principe sous-jacent aux quatre mentionnés, à savoir celui de la reconnaissance au sens de son acceptation, du bien-fondé de la conquête.On ne peut s\u2019expliquer autrement son insistance à propos du dualisme anglophone-francophone.«La dualité socio-linguistique du Québec est permanente» affirme-t-il.Et pour nous enlever le moindre doute quant au sens de sa déclaration, voici que le ministre fait de cette dualité notre identité.«Cette double réalité consacre notre caractère de société distincte» tranche-t-il.Ceux et celles (et ils et elles sont légion) qui avaient placé leur confiance dans le statut de société distincte reconnu par les accords du lac Meech en sont quittes pour l\u2019usuelle «vessie-lanterne», «droit d\u2019aînesse-plat de lentilles».Un marché de dupes de plus.Le train-train habituel, quoi! Pour sortir de ces langages bon-ententistes et insidieux qui nous perdent invariablement, il faut réaffirmer avec force quelques vérités premières, à ne jamais oublier.\u2014 Au Québec, il y a un peuple, très fortement majoritaire, quoique minoritaire au Canada, un peuple différent de tout autre de par son identité et ses droits historiques, quels que soient par ailleurs la fortune des armes et les aléas constitutionnels qu\u2019elle a entraînés.\u2014 Ce peuple effectivement conquis s\u2019est vu reconnaître par son conquérant, en 1774, son existence historique, de même que ses composantes constitutives: langue, religion, droit, institutions, avec droits et privilèges liés à l\u2019exercice de ses prérogatives comme peuple distinct, à savoir, par exemple, la disposition de son territoire.\u2014 Comme tout peuple conquis, nous aspirons à la complète disposition de nous-mêmes, mais en attendant cette échéance nous entendons ne rien aliéner, bien au contraire, de toute la mesure d\u2019existence que nous a reconnue le conquérant lui-même.\u2014 La seule mesure de liberté qui nous est laissée dans l\u2019état actuel des choses, c\u2019est d\u2019opposer un NON catégorique à toute tentative explicite ou implicite d\u2019assujettissement, d\u2019où qu\u2019elle vienne! 560 L'ACTION NATIONALE Pour la nation que nous formons, coincée entre dénatalité et déstabilisation tous horizons, il n\u2019y a pas de «dernière chance» autre qu\u2019une vigilance de tous les instants.Les propos ambigus et lénifiants du ministre, par ailleurs responsable de l\u2019application de la Charte de la langue française, nous laissent songeurs à un point qui évoque les réveils brutaux de «l\u2019ordre qui règne à Varsovie». L\u2019école anglaise: la pénétration des valeurs québécoises par GUY BOUTHILLIER Porte-parole du MQF L\u2019école minoritaire et la cohésion nationale Au Québec, les pouvoirs publics assurent à la minorité anglophone l\u2019enseignement dans sa langue.Cela, qui est inscrit dans notre Histoire, l\u2019est aussi dans la Charte de la langue française dont l\u2019article 73 apporte la garantie de la loi à nos écoles de langue anglaise.Cette action menée au profit de l\u2019enseignement minoritaire répond, au Québec comme ailleurs dans le monde, au souci de contribuer à la défense des cultures minoritaires.Elle reste soumise, toutefois, à l\u2019impératif de la cohésion sociale, intellectuelle, nationale découlant de l\u2019appartenance commune à une même Cité.L\u2019État peut bien accepter d\u2019entretenir une différence linguistique, il ne peut laisser se créer, sous couvert de diversité linguistique, deux jeunesses indifférentes, voire hostiles l\u2019une à l\u2019autre.Cet impératif intéresse l\u2019ensemble de la collectivité, et chacun de ses éléments: l\u2019enfant qui fréquente l\u2019école anglaise n\u2019est pas moins que celui qui fréquente l\u2019école française un enfant, un futur citoyen du Québec, et il a le droit de recevoir de son école tout ce dont il aura besoin pour vivre, travailler et voter au Québec. 562 L\u2019ACTION NATIONALE Cet impératif de cohésion nationale, ce souci de ne pas «couper» la jeunesse minoritaire de la jeunesse du pays, apparaît dans tous les pays où ces problèmes se posent et il est constant dans la pratique internationale.Ce sont des considérations de cet ordre qui \u2014 rappelons-le ici pour mémoire \u2014 conduisirent notre Ligue des Droits de l\u2019Homme à proposer, en 1974, devant la Commission parlementaire chargée de l\u2019étude du projet de loi 22, la disparition du secteur anglophone de l\u2019enseignement sur une période de 16 ans et son remplacement par «un seul système d\u2019enseignement francophone à l\u2019intérieur duquel il faudra assurer un service de l\u2019enseignement de la langue anglaise pour permettre aux gens de cette minorité de développer leur langue pour leurs relations familiales et autres»'.Et c\u2019est dans le même esprit que M.Gary Caldwell, cherchant, en 1977, comment créer «une communalité de tous les Québécois à l\u2019intérieur d\u2019un Québec francophone», proposait «la création d\u2019un système d\u2019enseignement élémentaire unique et français»: «En implantant, espérait-il, l\u2019école française pour tous au niveau élémentaire, on réussirait peut-être cette communauté souhaitée avant la formation de conceptions culturelles contestataires qui découlent de la dynamique minorité-majorité.» Et ce connaisseur du Québec et du monde anglo-saxon de nous prévenir: «C\u2019est maintenant qu\u2019il faut agir pour éviter que le Québec ne devienne une autre Irlande du Nord1 2!» Arrimer l\u2019école anglaise d\u2019ici à la réalité d\u2019ici Pour assurer la cohésion sociale, l\u2019harmonie entre les deux jeunesses, minoritaire et majoritaire, plusieurs pays choisissent de limiter le nombre d\u2019années d\u2019enseignement dispensé dans la langue minoritaire, pour ainsi libérer un temps où l\u2019enseigne- 1.\tJournal des débats, mardi, le 11 juin 1974, p.B-3256.2.\tCALDWELL (Gary).«Minorités et minorité au Québec», in Premier Mandat, Une prospective à court terme du Gouvernement péquiste.Textes recueillis par Daniel Latouche.Tome II, Montréal, Les Éditions de l\u2019Homme, 1977, 230 p.Voirp.95 et 98. L\u2019ECOLE ANGLAISE 563 ment est reçu, par les enfants minoritaires, dans la langue du pays: dans l\u2019étude qu\u2019il a menée pour le compte des Nations unies, F.Capotorti a constaté que cette formule était pratiquée par plusieurs pays.Le Québec n\u2019a pas choisi cette voie, préférant maintenir l\u2019enseignement minoritaire à tous les niveaux depuis la maternelle jusqu\u2019à l\u2019université.Par principe, cette formule est moins que l\u2019autre susceptible de préparer l\u2019enfant minoritaire à prendre sa place dans la société qui est la sienne.Pour obvier à ce risque et aux conséquences qui peuvent en découler, aussi bien pour l\u2019enfant que pour l\u2019ensemble de la communauté, il faut alors arrimer l\u2019école minoritaire à la réalité de la société dans laquelle elle se trouve, en assurant la pénétration, dans l\u2019enseignement minoritaire, de la langue, de la culture et des valeurs de la société d\u2019ensemble: c\u2019est cette voie qu\u2019a choisie le Québec.Faire de nos écoles anglaises des écoles québécoises, et non pas simplement des reflets plus ou moins fidèles des écoles du Canada anglais \u2014 ou de celles des États-Unis \u2014, cela ne va sans doute pas de soi, compte tenu du poids des habitudes et de l\u2019attrait «du grand large» que représente, pour notre minorité anglophone, ce continent qu\u2019elle appelle et qui l\u2019appelle.Mais l\u2019entreprise d\u2019arrimage au Québec n\u2019en doit pas moins être entreprise.Celle-ci suppose une action sur plusieurs plans à la fois.Bornons-nous ici à attirer l\u2019attention sur les trois points suivants: i)\tLe contenu culturel de l\u2019école anglaise.Cela concerne notamment le régime pédagogique de disciplines comme celles de l\u2019histoire, la géographie, les littératures, lesquelles doivent prendre en compte la réalité d\u2019ici.Mais cela concerne aussi d\u2019autres aspects, tels la symbolique politique, les noms donnés aux écoles, etc.ii)\tLes enseignants \u2014 et les administrateurs \u2014 de l\u2019école anglaise.Ceux-ci ont la mission de préparer leurs élèves à vivre au Québec: ils doivent donc être eux-mêmes imprégnés de la réalité d\u2019ici.Or, pour s\u2019assurer que nos enseignants anglophones présentent toutes les garanties sur ce plan, et à défaut d\u2019exiger d\u2019eux des conditions de nationalité ou de séjour, comme cela est de pratique courante dans plusieurs pays, n\u2019est-on pas en droit 564 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019attendre de ces enseignants une solide connaissance de la langue du Québec?Certes, la connaissance de la langue n\u2019est pas une garantie absolue d\u2019une bonne connaissance de la culture: elle en est, du moins, une condition sine qua non.iii) L \u2019enseignement du français.Cet enseignement est capital, car, sans lui, nos écoles anglaises aboutiraient à un cul-de-sac: comment, en effet, celles-ci pourraient-elles prétendre sérieusement préparer leurs élèves à prendre leur place dans une société dont ils ne connaîtraient pas la langue?Certes, des choses ont été faites sur ce plan depuis que le gouvernement du Québec, en adoptant le règlement n° 6 du 12 janvier 1971, a décidé de prendre les choses en main.Mais, comme le constatait récemment Alliance Québec3, beaucoup reste à faire pour donner toute sa valeur et sa signification à l\u2019article 84 de la Charte de la langue française, selon lequel «aucun certificat de fin d\u2019études secondaires ne peut être délivré à l\u2019élève qui n\u2019a du français, parlé et écrit, la connaissance exigée par les programmes du ministère de l\u2019éducation».Contenu adapté, personnel compétent, enseignement efficace du français: tels sont les moyens à notre disposition pour faire de nos écoles anglaises des écoles du Québec.Mais, rappelons ici que la meilleure façon d\u2019atteindre cet objectif, c\u2019est encore de faire de ces écoles l\u2019école de l\u2019enracinement dans le Québec, comme le voulait l\u2019article 73 original de la Charte de la langue française (la «clause Québec»), et non celle de la mobilité continentale des anglophones du Canada, comme encourage à le faire l\u2019article 23 imposé au Québec par la constitution du 17 avril 1982.L\u2019école anglaise et le contrat fondamental entre la majorité et la minorité Placer l\u2019étude de l\u2019école minoritaire sous l\u2019éclairage de la cohésion sociale et du sentiment d\u2019appartenance de tous \u2014 3.Alliance Québec, «L\u2019Avenir de la communauté d\u2019expression anglaise au Québec», 27 février 1988, p.6, où l\u2019on peut lire qu\u2019«il n\u2019existe aucune reconnaissance officielle de la nécessité absolue de dispenser aux élèves d\u2019expression anglaise une formation adéquate en français langue seconde.Sans une telle reconnaissance, les jeunes d\u2019expression anglaise affronteront un obstacle sérieux à leur participation au marché du travail québécois». L\u2019ÉCOLE ANGLAISE 565 majoritaires et minoritaires \u2014 à un même ensemble aboutit à la constatation suivante: cette école doit servir l\u2019ensemble, et elle ne se rendrait pas service à elle-même ni ne rendrait service à l\u2019ensemble, si elle n\u2019était marquée au coin de l\u2019adéquation linguistique, culturelle, politique à l\u2019ensemble qui lui a donné droit de cité! Au fond, ne voit-on pas qu\u2019apparaît en matière scolaire, comme sur les autres plans où les peuples agissent au profit de leurs minorités linguistiques, les éléments d\u2019un contrat, d\u2019un engagement, entre la majorité et la minorité par lequel la première dit, en quelque sorte, à la deuxième: «Je te laisse ta langue, tu me donnes ton cœur!»?Ce troc entre la majorité et la minorité est de pratique générale dans la vie des peuples.Notre propre Histoire en fournit de nombreux exemples, notamment pour la période plus ancienne, Lord Elgin plaidant en 1848 la cause du rétablissement du français comme langue officielle au nom du renforcement de l\u2019adhésion des Canadiens français aux intérêts et à la souveraineté britanniques4; ou encore, pour la période plus rapprochée, cet ancien premier ministre canadien qui a nom Pierre Elliot Trudeau, qui plaidait la cause du soutien au français comme langue administrative au nom de la défense de ce qu\u2019il appelait l\u2019unité nationale: «Il existe donc pour nous tous une obligation, une sorte de contrat politique passé avec les Canadiens de langue française, en vertu duquel ces derniers rejetteraient le séparatisme et le gouvernement fédéral pour sa part garantirait aux Canadiens français le droit de communiquer dans leur langue avec l\u2019administration fédérale et d\u2019y travailler aussi dans leur langue5.» 4.\tVoici, en effet, ce qu\u2019écrivait alors Lord Elgin à Lord Grey, le ministre des Colonies: «1 am very anxious to hear that you have taken steps for the repeal of so much of the Act of Union as imposes restrictions on the use of the French language (.) 1 for one am deeply convinced of the impolicy of all such attempts to denationalize the French (.) Let them feel (.) that their religion, their habits, their prepossessions, their prejudices if you will, are more considered and respected here than in other portions of this vast continent which is being overrun by the most reckless, self-sufficient and dictatorial section of the Anglo-Saxon race, and who will venture to say that the last hand which waves the British flag on American ground may not be that of a French Canadian?» Collection Elgin-Grey, tome I, p.147-148.5.\tDébats de la Chambre des communes, le2octobre 1974,p.47. La minorisation du français dans l\u2019Outaouais par PAUL-MARCEL LEMAIRE professeur à l\u2019Université d\u2019Ottawa I\u2014i^e sort d\u2019une langue et d\u2019une culture, en termes de survie mais aussi de vitalité et d\u2019expansion, dépend de facteurs volontaristes, comme l\u2019éducation, la vigilance légale, mais aussi de facteurs économiques et politiques de fait, indépendants de la volonté des citoyens concernés.Depuis quelques années, on risque de négliger ces derniers facteurs, sous prétexte que la Loi 101 fournit suffisamment de garanties et de protection à la langue française.Mais cette loi et sa portée réelle doivent être comprises et évaluées à partir de la situation économique et politique des deux langues, à partir du rapport de forces qui caractérise nécessairement leur cohabitation sur un même territoire.Nous voulons examiner ici, brièvement, ce rapport de forces sur le territoire de l\u2019Outaouais (québécois, il va sans dire).Il faut d\u2019abord se défaire d\u2019un mythe qui a la vie dure: celui de légalité possible, économique, sociale et politique, de deux langues sur un même territoire.Ce mythe est d\u2019autant plus pernicieux qu\u2019il donne naissance, avec mille rationalisations sur les droits de la personne, à l\u2019instauration du bilinguisme institutionnel.Cette égalité des langues sur un même territoire est totalement fallacieuse et illusoire: l\u2019histoire, d\u2019ici et d\u2019ailleurs, n\u2019en fournit aucun exemple.En réalité, dans un régime de cohabita- LA MINORISATION DU FRANÇAIS DANS L\u2019OUTAOUAIS 567 tion, une langue domine toujours l\u2019autre, au moins dans certains secteurs de l\u2019existence, habituellement les plus vitaux pour l\u2019avenir d\u2019une collectivité.En ce domaine, il faut d\u2019abord se méfier des apparences: une langue peut paraître majoritaire à certains égards, par exemple, parce qu\u2019elle est la langue maternelle d\u2019une majorité de la population, mais être menacée de devenir minoritaire dans la vie réelle.Elle est, alors, en situation ou en voie de minorisation; tel me paraît être l\u2019état du français dans l\u2019Ou-taouais.Je fournis, ici, quelques observations à l\u2019appui de cette affirmation, que je sais provocante.Sur le territoire même de l\u2019Outaouais, la principale langue de travail d\u2019une grande partie de la population est l\u2019anglais; ce n\u2019est pas le fait seulement des fonctionnaires fédéraux, mais d\u2019une multitude de cadres et d\u2019employés travaillant dans les commerces et les entreprises de services.De multiples observations révèlent que la langue qui compte, la langue de prestige, c\u2019est l\u2019anglais; il suffit de se promener à la Place du Centre pour le constater.Mais, outre l\u2019usage plus ou moins intensif de l\u2019anglais, ce qui frappe le plus, c\u2019est l\u2019opinion fort répandue, peut-être déjà majoritaire, que seul l\u2019anglais est le chemin de la réussite en affaires, sinon le signe unique de l\u2019intelligence et de la débrouillardise: c\u2019est cela, la minorisation du français.La principale langue des échanges commerciaux demeure l\u2019anglais, malgré la Loi 101.Toutes les succursales de chaînes américaines ou canadiennes établies dans l\u2019Outaouais utilisent prioritairement l\u2019anglais dans leurs communications avec les sièges sociaux, situés à Ottawa ou Toronto.Des magasins à rayons, comme la Baie, n\u2019utilisent même que l\u2019anglais dans leur correspondance avec leur clientèle québécoise.La pratique des médias, en particulier de Radio-Canada et du Droit, mais aussi de toutes les stations privées, de s\u2019adresser indistinctement à tous les francophones des deux rives de la rivière des Outaouais n\u2019a pas que des effets bénéfiques.Sans doute, ces médias, quand ils s\u2019efforcent d\u2019utiliser un français convenable (ce qui est loin d\u2019être toujours le cas), rendent-ils d\u2019indéniables services.Cependant, lorsque dans leurs écrits et leurs reportages les Québécois deviennent des francophones (canadiens), ils cessent de former une société distincte et d\u2019être majoritaires, même sur leur propre territoire de l\u2019Outaouais. 568 L\u2019ACTION NATIONALE Leurs réalités, leurs préoccupations et leurs problèmes sont noyés dans la francophonie (canadienne) et perdent ainsi tout leur mordant et leur spécificité.L\u2019Outaouais n\u2019a pas d\u2019équipements culturels de langue française en qualité et en nombre suffisants.Cette pauvreté entraîne une migration et une dérive culturelles vers Ottawa, une acculturation très grave, constatable dans toutes les classes de la société, spécialement dans la bourgeoisie d\u2019affaires et les classes moyennes supérieures.Plus de la moitié des jeunes Québécois d\u2019ici ne fréquentent que des médias anglophones; l\u2019appauvrissement du français parlé et écrit est le premier symptôme de cet asservissement.Mentionnons aussi qu\u2019à l\u2019exception de l\u2019UNl-CEF, tous les organismes internationaux n\u2019ont de bureau qu\u2019à Ottawa (v.g., Amnistie internationale, etc.), ce qui oblige les volontaires à utiliser avant tout l\u2019anglais.C\u2019est, en définitive, le bilinguisme institutionnel, à travers les modalités occultes, sournoises et souvent habiles qu\u2019il revêt ici, qui entraîne la minorisation du français dans l\u2019Outaouais, surtout depuis trois ans.Le bilinguisme institutionnel, non seulement celui de la fonction publique, mais aussi de maintes institutions, comme l\u2019Université d\u2019Ottawa, et de maintes corporations, qui répondent à des besoins qui seraient autrement insatisfaits pour l\u2019heure, a pour conséquences réelles de favoriser la primauté de l\u2019anglais, la perpétuation de l\u2019unilinguisme anglais même en Outaouais et une bilinguisation souvent ambiguë des Québécois (français).Celle-ci mène souvent à une admiration béate de l\u2019anglais, à une honte rentrée du français, et donc à une certaine forme de minorisation de la langue maternelle.Les Québécois, surtout ceux de l\u2019Outaouais, ont toujours perdu au jeu du bilinguisme institutionnel, parce qu\u2019il est faux qu\u2019une institution ou une société puissent fonctionner, de façon égalitaire, dans deux langues différentes.Les seules solutions qui s\u2019offrent à cette situation sont celles de l\u2019affirmation linguistique, culturelle et politique.11 faut d\u2019abord dire un non catégorique à toutes les formes de bilinguisme institutionnel, et non seulement au bilinguisme de l\u2019affichage; l\u2019importance symbolique de ce dernier est grande, mais ne constitue que la pointe de l\u2019iceberg. LA MINORISATION DU FRANÇAIS DANS L\u2019OUTAOUAIS 569 Seul l\u2019unilinguisme institutionnel permettra au français non pas de vivoter, mais de s\u2019affirmer vraiment dans l\u2019Outaouais.L\u2019histoire et l\u2019expérience montrent que c\u2019est le seul moyen de se faire respecter vraiment par les Canadiens (anglophones), afin que cesse l\u2019humiliation qu\u2019ils nous infligent depuis deux siècles.Il est grand temps de bien distinguer l\u2019avenir des francophones hors Québec de celui des Québécois, car leurs problèmes sont fort différents.L\u2019Outaouais doit se donner des médias spécifiques.Parce qu\u2019une langue ne vit pas dans l\u2019abstrait, comme un ballon dans le ciel, sa force et sa vitalité s\u2019appuient sur une véritable politique, économique et culturelle.Les défenseurs de la langue française doivent aussi s\u2019employer à favoriser cette politique de développement régional, dont l\u2019Outaouais a un urgent besoin.Ils doivent la réclamer à cor et à cris du gouvernement québécois. Quand la botanique envahit les plates-bandes de la politique par ÉDOUARD DOUCET «L\u2019incompréhension du présent naît de l\u2019ignorance du passé.» Iris versicolore ou lis de jardin?Le drapeau du Québec remonte au pavillon de la marine marchande de France \u2014 d\u2019azur à une croix d\u2019argent \u2014 qu\u2019arbora en 1608 le navire de Samuel de Champlain, fondateur de Québec et père de la Nouvelle-France.Lors de son adoption en 1948, le Législateur y ajouta aux quatre cantons une fleur de lis, attribut des rois de France auxquels nous devons notre existence collective, voire individuelle.Il sanctionna ainsi l\u2019idéologie tripartite qui, sous forme d\u2019entreprise commerciale, religieuse et politique, présida à l\u2019édification de notre nation.Il symbolise aujourd\u2019hui un fait unique survenu sur notre morceau de planète, c\u2019est-à-dire 450 ans de vie française et catholique sur les bords du Saint-Laurent.Pour les timorés, l\u2019histoire véhiculée par notre drapeau sert de refuge, de fuite dans le passé; pour les lucides et les courageux, elle offre le seul moyen de relier hier à aujourd\u2019hui, permettant ainsi de maîtriser le présent et de nous organiser un avenir qui échappe à la fatalité.Le drapeau identifie immédiatement la nation.On n\u2019en change pas à toutes les décades, fût-ce sous la pression d\u2019idéologies sectaires ou de caprices. QUAND LA BOTANIQUE ENVAHIT LES PLATES-BANDES 571 Quoi de plus anodin en apparence que les fleurs emblématiques des provinces canadiennes?Pourtant, quand j\u2019aperçois au petit écran certains logos d\u2019organismes ontariens, il est clair que la trillie, c\u2019est-à-dire la liliacée qui sert d\u2019emblème floral à nos voisins, a franchi les frontières de la botanique pour aborder les rives humaines de la sociologie et de la politique.Quand Jean Lesage fit adopter par l\u2019Assemblée nationale une fleur emblématique pour le Québec \u2014 avions-nous vraiment besoin de céder au mimétisme?\u2014 il eut au moins le mérite d\u2019adopter le lis de jardin, sans doute pour éviter toute ambiguïté à l\u2019encontre du meuble héraldique qui apparaît aux quatre coins de notre drapeau.Loin de poser un geste botanique, il exprima là une volonté politique.Tout comme l\u2019Ontario en choisissant la trillie: les botanistes \u2014 mais oui \u2014 savent que cette liliacée s\u2019épanouit également au Québec et sans doute ailleurs sur notre continent.«Une nation est une âme, un principe spirituel.Deux choses qui, à vrai dire, n\u2019en font qu\u2019une, constituent cette âme, ce principe spirituel.L\u2019un est dans le passé, l\u2019autre dans le présent.L\u2019une est possession en commun d\u2019un riche legs de souvenirs; l\u2019autre est le consentement actuel, le désir de vivre ensemble, la volonté de continuer à faire valoir l\u2019héritage qu\u2019on a reçu indivis.Une nation est donc une grande solidarité, constituée par le sentiment des sacrifices qu\u2019on a faits et de ceux qu\u2019on est disposé à faire encore.Elle suppose un passé; elle se résume pourtant dans le présent par un fait tangible: le consentement, le désir clairement exprimé de continuer la vie commune.» Cette pensée d\u2019Ernest Renan, le drapeau du Québec l\u2019incarne au plus haut point.Depuis plusieurs années, des botanistes et des groupes à idéologie unipartite font des pieds et des mains dans des congrès politiques et autres pour que l\u2019iris versicolore supplante comme fleur emblématique du Québec le lis de jardin.Or de quoi s\u2019agit-il?L\u2019iris versicolore exprime sa propre identité, c\u2019est-à-dire une plante qui, depuis des millénaires, pousse ici mais également sous des cieux outre-laurentiennes.Quant au lis de jardin, universellement identifié au lis héraldique \u2014 même si celui-ci ressemble à un iris \u2014, ce n\u2019est pas une plante indigène.Tout comme nous, d\u2019ailleurs.Mais il représente notre identité exprimée par 450 ans de présence laurentienne. 572 L\u2019ACTION NATIONALE Que le Législateur se garde bien d\u2019altérer la décision de Jean Lesage.Qu\u2019il se contente de remercier de leur leçon de botanique nos amis versicoloristes.Que ceux-ci, en retour, se mettent à l\u2019étude des sciences politiques.Certes ils corroboreront que le lis de jardin est une plante cultivée, mais, comme fleur emblématique du Québec, comme nous ils clameront: Vive la différence! La philosophie au Québec II \u2014 Fernand Seguin, une certaine vision de la science par GILLES RHÉAUME Introduction Lorsque nous avons entrepris, dans le numéro de juin dernier de la revue, cette série d\u2019articles que nous voulons consacrer à la vie philosophique au Québec, nous étions déterminé à écrire, dans la présente édition, un texte sur les influences intellectuelles et les fondements théoriques sur lesquels se sont appuyés les Patriotes de 1837 et de 1838 dont nous soulignons cette année le cent cinquantième anniversaire.Nous espérons toujours pouvoir respecter notre engagement, avant la fin de la présente année, car, selon nous, cet aspect de la lutte indépendantiste des Patriotes mérite que nous nous y attardions sérieusement.Toutefois, l\u2019actualité nous impose, et le dévoué directeur de la revue partage ce point de vue, un sujet de réflexion tout indiqué.Suite au décès, en juin, de Fernand Seguin, nous croyons qu\u2019il est légitime et essentiel de présenter, même sommairement, étant donné le peu d\u2019espace à notre disposition, la vie et l\u2019œuvre d\u2019un homme de science de chez nous qui a consacré l\u2019essentiel de ses énergies à la diffusion de la connaissance scientifique, en utilisant les 574 L\u2019ACTION NATIONALE moyens modernes de communication.Sa perte, comme cela arrive hélas! trop souvent, nous interpelle au point de nous arrêter quelque peu sur sa contribution réputée exceptionnelle, non seulement dans nos milieux, mais aussi à l\u2019étranger, où sa compétence a également rayonné.Nous commencerons donc, comme il se doit, par une présentation sommaire des événements qui ont marqué son existence, depuis sa naissance, ses études, ainsi que les principaux faits de sa carrière.Nous pourrons ainsi faire ressortir ses intérêts de recherche, les dossiers qu\u2019il a travaillés, le contexte de cette époque de pionnier.Les aléas de la vie scientifique universitaire apparaîtront aussi quelque peu, par le biais des différentes fonctions que Seguin a occupées au sein de la communauté universitaire.Nous verrons également comment il a été mis en contact avec la radio, cet instrument de transmission du savoir qu\u2019il a privilégié et façonné au rythme des émissions innovatrices auxquelles il a été directement ou indirectement associé.Nous l\u2019accompagnerons de plus à la télévision où il a, là aussi, relevé des défis intéressants, en réussissant à intéresser des générations entières à une dimension de la connaissance alors peu populaire chez nous.Bien sûr, ses nombreuses publications sont une source inestimable de données et de renseignements pour celle ou celui qui désire s\u2019approcher de son œuvre.Nous évoquerons deux textes que nous considérons majeurs, à savoir, surtout son allocution inédite à ce jour du 3 novembre 1977, alors que la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal lui remettait le prix de journalisme Olivar-Asselin, ainsi que quelques considérations sur son dernier livre, paru l\u2019année passée chez Libre Expression, intitulé La bombe et l\u2019orchidée.Dans ces deux écrits, Fernand Seguin nous montre certains aspects de sa pensée, son sentiment, sa conviction, sa vision du monde, sa conception de la science et du rôle du chercheur.Nous analyserons donc cette allocution que nous n\u2019hésitons pas à qualifier de magistrale.Nous y retrouverons les assises sur lesquelles se sont construites ses interventions tout autant que les paramètres qui ont soutenu son évolution.Cet exposé, présenté à notre société nationale, constitue un joyau dont le sens nous rejoint avec une pertinence et une opportunité saisissantes.Les différents thèmes qui y sont abordés nous ramènent au cœur des LA PHILOSOPHIE AU QUÉBEC II 575 préoccupations des épistémologues sur la nature et les limites du savoir scientifique.Bien plus, la qualité de la langue, le rôle social et national du chercheur, la valeur et l\u2019utilité de la vulgarisation scientifique sont réunis en quelques pages comme un trésor qui transperce le temps pour nous atteindre et nous interroger.Dans La Bombe et l\u2019orchidée, nous puiserons la sagesse d\u2019un observateur attentif, méticuleux et tout entier au service de la connaissance.Des sujets aussi divers que nombreux sont colligés avec un soin qui rend intelligibles même les plus difficiles.Quelle capacité de communiquer dans ses pages! Quel éventail, quelle variété de domaines composent ce recueil! Les maladies, même les plus rares comme les plus communes, les inquiétudes de la population sur l\u2019avenir de la planète, comme l\u2019écologie et l\u2019environnement.Tout cela, dans la perspective humaniste qui caractérise tout son effort intellectuel.Nous devrons, en plus, constater combien sa mission de communicateur le tenait à cœur et cela, jusqu\u2019à la fin de sa vie.La recherche de l\u2019expression la mieux appropriée, le souci du mot juste, la construction d\u2019une stratégie pédagogique pour rejoindre un public le plus vaste possible, relèvent d\u2019une exceptionnelle conscience professionnelle, qui doit inspirer aujourd\u2019hui plus que jamais celles et ceux qui ont choisi de s\u2019engager dans le chemin ouvert par le courage et la ténacité de ce Marie-Victorin des temps modernes! Données biographiques C\u2019est le 9 juin 1922, à Montréal, qu\u2019est né Fernand Seguin, fils d\u2019Émilien, et de Blanche Lahaise.Comme cela était fréquent à l\u2019époque, cette famille comptait sept enfants, dont il était le sixième.Quand on sait le faible taux actuel de natalité de notre peuple, force est de constater combien notre situation nationale est précaire au niveau démographique! Toujours est-il que notre Fernand Seguin est un produit de son époque, le début des années vingt.La crise, la fameuse crise, dont les générations suivantes ont entendu constamment parler, a débuté en 1929 et elle durera jusqu\u2019au début de la deuxième guerre mondiale.Il fait son cours primaire de sept années d\u2019études à l\u2019école Louis-Hippolyte Lafontaine, qui perpétue la mémoire de celui qui, 576 L\u2019ACTION NATIONALE après l\u2019Union de 1840, où la langue française fut officiellement proscrite du parlement, mena et gagna une bataille pour la reconnaissance juridique de la langue nationale du peuple canadien-français.Mais revenons à Fernand Seguin et à ses études.De 1937 à 1940, en pleine guerre, âgé de quinze ans, il est inscrit à l\u2019école Le Plateau où, selon les informations recueillies, il sort premier de sa promotion.Bon augure! Études universitaires Le temps des études supérieures arrive.Que se passe-t-il dans la tête de Seguin?Pourquoi choisit-il les sciences?Pour l\u2019instant, il nous serait hasardeux, pour ne pas dire impossible, d\u2019avancer avec certitude ses motivations profondes.Sûrement qu\u2019en consultant les entrevues qu\u2019il a accordées, il serait intéressant non seulement de présenter les raisons de son choix, mais aussi de les analyser.Nous ne pouvons donc actuellement que nous satisfaire de savoir que de 1940 à 1945, il poursuit des études universitaires à la faculté des Sciences de l\u2019Université de Montréal.En 1944, il y obtient une licence ès sciences chimiques ainsi que, en 1945, une maîtrise ès sciences biologiques.Son travail de maîtrise s\u2019est fait sur une méthode de détermination de l\u2019aminopyrine dans le sang.Nous remercions vivement le docteur Yves Deschamps, biochimiste du Centre Hospitalier de Verdun, qui nous a expliqué, au moment de la rédaction du présent article, que l\u2019aminopyrine est une substance que l\u2019on retrouve dans le sang et qui entre en ligne de compte, entre autres, dans la fabrication des gènes.Nous pouvons remarquer que Seguin, dès ses premières études universitaires supérieures, s\u2019intéresse à un secteur hautement spécialisé.Cette recherche fut couronnée par la réception du Prix Casgrain-Charbonneau qui salue le meilleur travail scientifique en pharmacologie.L\u2019automne 1945 le voit poindre dans l\u2019enseignement.11 devient chargé de cours à la faculté des Sciences de l\u2019Université de Montréal.Il enseignera jusqu\u2019en 1949 tant à l\u2019Université qu\u2019à l\u2019École de Technologie médicale.C\u2019est par un voyage en France, dans les principales institutions psychiatriques, qu\u2019il continue ses recherches.En 1950, de retour d\u2019Europe, il fonde le département de Recherches biochimiques à l\u2019hôpital Saint-Jean-de-Dieu, que les plus jeunes reconnaîtront, si on indique que cette LA PHILOSOPHIE AU QUÉBEC II 577 institution porte maintenant le nom du Centre Louis-Hyppolite Lafontaine.Jusqu\u2019en 1954, il assumera ces fonctions et ses efforts, plus qu\u2019audacieux à l\u2019époque, seront consacrés aux aspects biochimiques de la schizophrénie.En 1954, il rencontre des obstacles sérieux dans le refus des autorités de subventionner ses travaux.«O felix culpa» dirait le latiniste qui doit traduire, s\u2019il veut s\u2019assurer d\u2019être compris, par «Ô faute bienheureuse».Carrière dans les médias Voilà un carrefour dans sa carrière.Il opte pour l\u2019éducation populaire télévisée.Sa première émission, «La science en pantoufles», fut diffusée à CBFT, en une série de 26 émissions d\u2019une demi-heure, en 1954-55.Il faut dire ici que son contact avec le public à travers un médium s\u2019est fait à la radio de la société d\u2019État, de 1947 à 1955, où il animera plus de 121 émissions de Radio-Collège.La nomenclature des émissions tant à la radio qu\u2019à la télévision auxquelles il a été associé, à un titre ou à un autre, serait trop longue à présenter dans le cadre du présent article.Nommons, toutefois, «La vie qui bat» de 1955 à 1957, «Le Roman de la science» de 1956 à 1960 et «Science-Réalité» commencée en 1975.Nous tenons à inscrire dans une case à part une des plus grandes émissions de l\u2019histoire de notre télévision, «Le sel de la semaine».Cette série fut diffusée de 1965 à 1970.Une facture originale où l\u2019animateur rencontrait, dans un climat, d\u2019une certaine façon intimiste, plusieurs des grandes figures de notre époque, dont Han Suyin, Jean Rostand, Michel Simon, Français Mauriac, Louis Aragon et Gilles Vigneault.Les Éditions de l\u2019Homme ont publié le texte de certaines de ces émissions.Leur lecture, malgré la distance du temps, nous emporte dans une envolée où ces «grands esprits» nous transmettent leur vécu, leur questionnement, leurs peines et leurs espoirs.L\u2019exceptionnel talent et la vivacité d esprit de Fernand Seguin ont eu l\u2019occasion de se manifester dans le contexte d\u2019une émission aux soubresauts multiples.Nous renvoyons l\u2019esprit curieux au libellé de la rencontre avec le grand comédien Michel Simon.La connaissance de ce texte illustrera mieux que toute dissertation la véracité de notre avancé.En juin dernier, afin de rendre hommage au disparu, Le Point de Radio-Canada a retransmis l\u2019entrevue inoubliable du «Sel de la semaine» où Jean Rostand, l\u2019homme des grenouilles, que Seguin considérait un peu comme 578 L'ACTION NATIONALE son maître, s\u2019est livré avec honnêteté, spontanéité, tout en demeurant tout à fait accessible, à un exercice dont les leçons nous rejoignent plus que jamais.La carrière de Seguin s\u2019est poursuivie jusqu\u2019à sa mort.À la télévision, à la radio il a rendu la science «digestible» à tout un peuple.Des générations entières ont entendu, ont vu Seguin.11 a transmis le goût de la recherche.Il n\u2019a pas hésité à s\u2019adresser aux masses.Allocution inédite du 3 novembre 1977 Le texte dont il sera question ici paraît pour la première fois, in extenso, dans une version intégrale, qui comprend quelques ajouts, manuscrits à la plume, peu de temps avant que l\u2019exposé ne soit prononcé, dans les salons de la SSJB-M, lors de la remise du prix de journalisme Olivar-Asselin 1977.C\u2019est à monsieur Raymond David, ci-devant vice-président de Radio-Canada, qu\u2019est revenu l\u2019honneur de présenter le lauréat.Nous empruntons, en guise d\u2019épigraphe, une phrase à la présentation de monsieur David.Cet extrait illustre bien, nous semble-t-il, notre dette face à celui que nous voulons honorer: «La collectivité canadienne-française est surtout redevable à Fernand Seguin d\u2019avoir aiguisé sa curiosité pour les sciences, de l\u2019avoir informée et éclairée d\u2019une façon exceptionnellement vivante et claire.»1 L\u2019allocution de Seguin comprend douze paragraphes, réunis dans six pages, et contient moins de mille mots.Malgré les dimensions physiquement restreintes de ce texte, il demeure chargé d\u2019une profonde réflexion sur des sujets importants.Nous y trouvons quatre sections: les habituelles mais originales salutations de circonstance, un hommage particulier à Radio-Canada, une synthèse de ce qu\u2019est la vulgarisation scientifique, un rappel de la personne d\u2019Olivar Asselin et du message qu\u2019il continue aujourd\u2019hui de nous adresser.Il entame son exposé par une réflexion empreinte du fruit d\u2019une attentive observation du comportement humain: «La nostalgie, paraît-il, n\u2019est plus ce qu\u2019elle était, mais le souvenir con- prix 1.Allocution de Raymond David, 3 novembre 1977, lors de la remise du Olivar-Asselin à Fernand Seguin, Archives de la SSJB-M, 5 feuillets, feuillet 1. LA PHILOSOPHIE AU QUÉBEC II 579 serve à mes yeux des vertus de rajeunissement»2.Cette façon classique, tout au moins dans sa forme, de prendre la parole démontre, croyons-nous, combien sa formation académique lui a enseigné qu\u2019il est bon de commencer un discours par une remarque qui suscite tout au moins l\u2019intérêt sinon l\u2019attention.Et c\u2019est ainsi qu\u2019il apprécie le travail de ses premiers camarades qui, vingt-cinq ans auparavant, s\u2019étaient avec lui lancés à la conquête des «ondes».Il n\u2019oublie pas celles et ceux qui sont les collègues du moment.Tous et toutes sont associés à l\u2019hommage qui lui est rendu.Radio-Canada La société d\u2019État a été, nous le savons, une compagne fidèle à Fernand Seguin.Il profite donc de l\u2019occasion qui lui est fournie pour reconnaître sa valeur et formuler à son égard quelques souhaits qui pourraient l\u2019empêcher, «à l\u2019aube de son second quart de siècle», qu\u2019elle «ne devienne trop tôt une vieille dame indigne.»3.Selon lui, la «maison mère» du boulevard Dorchester (ce n\u2019est qu\u2019après la mort de son collègue journaliste et futur premier ministre que cet artère est devenue le boulevard René-Lévesque) a voulu rendre possible une action comme celle qu\u2019il a mené tout au long de sa carrière.La vulgarisation scientifique Il veut d\u2019abord clarifier les concepts.Avant de discuter de la vulgarisation scientifique, sachons de quoi on parle! Il va au fond des choses.Lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un mot, recourons au dictionnaire, à l\u2019origine latine.Vulgus, «c\u2019est la foule, c\u2019est le peuple; le verbe vulgare signifie répandre»4.Il soutient, avec raison, qu\u2019aucun sens négatif n\u2019était accroché à ce mot.Il attribue à madame de Staël, au début des années 1800, la responsabilité de la connotation péjorative que nous connaissons.Selon 2.\tAllocution de Fernand Seguin, 3 novembre 1977, Archives de la SSJB-M, 12 paragraphes, paragraphe I.3.\tIbid., paragraphe 2.4.\tIbid., paragraphe 4. 580 L\u2019ACTION NATIONALE lui, c\u2019est à un autre littéraire, un poète cette fois, Théophile Gautier, «qui l\u2019appliqua à la gravure, comme moyen de faire connaître et de répandre les œuvres d\u2019art, fidèle en cela à l\u2019étymologie primitive»5, que Ton doit l\u2019expression la «vulgarisation»! Cette érudition et cette facilité de faire comprendre sont à la source de ce qu\u2019on a appelé le talent de Seguin.Il continue son propos en assimilant la vulgarisation à la «communication des connaissances sous une forme accessible au grand nombre»6.Il ne s\u2019arrête pas là: la vulgarisation, c\u2019est toute l\u2019essence, la raison d\u2019être, «la noblesse,» ira-t-il jusqu\u2019à dire, de la connaissance humaine.Voilà du pain sur la planche pour les apprentis philosophes! Quelle est sa conception de la communication?Quel est la nature du langage?Quelles sont ses rapports avec la réalité?Autant de sujets de méditation et de recherches pour les esprits épris de cette curiosité, de cet admiratio qui perpétue, contre vents et marées, la conquête de la «vérité»! La double vocation du savoir scientifique Il fait ensuite une distinction d\u2019ordres entre la vulgarisation scientifique et la recherche.Suivons son raisonnement: «La connaissance scientifique, issue de l\u2019observation, de l\u2019expérimentation et de la réflexion, nous propose un modèle de la réalité, un modèle acceptable à un moment donné et destiné à être remplacé par un modèle plus conforme aux expériences subséquentes»7.Cette succession de découvertes, comme explication du progrès des sciences, intéresse au premier chef le philosophe dont l\u2019épistémologie est la région de prédilection.Il faudrait approfondir toute l\u2019œuvre de Seguin, qui n\u2019est pas encore colligée, qui n\u2019est pas encore complétée, puisqu\u2019un livre posthume devrait être publié sous peu, pour saisir sa pensée sur le progrès scientifique.De Karl Popper ou de Thomas S.Kuhn, lequel préfère-t-il et pourquoi?.Mais continuons notre lecture de ce texte et voyons l\u2019essence de la distinction entre le savoir et la vulgarisation scientifiques qui, elle, de son côté, «propose un miroir de la science, 5.\tIbid., paragraphe 4.6.\tIbid., paragraphe 6.7.\tIbid., paragraphe 7. LA PHILOSOPHIE AU QUÉBEC II 581 qui est lui aussi perfectible, c\u2019est-à-dire, un modèle au second degré de la réalité»8.Ces deux paliers de la vie scientifique se complètent dans leur nécessité.La mission sociale de la vulgarisation scientifique La vulgarisation scientifique est utile au chercheur autant qu\u2019au grand public.Au premier, elle ouvre les portes des autres disciplines, tandis qu\u2019elle apporte à la population une nourriture qui ne le rassasie peut-être pas, mais qui lui assure suffisamment d\u2019éléments pour apercevoir, sous un angle convenable, le chemin qui conduit à une vision de plus en plus claire du monde qui l\u2019entoure.Il termine ce paragraphe en indiquant qu\u2019il ressent désormais «le besoin d\u2019adopter une attitude plus critique à l\u2019égard de l\u2019activité scientifique, en remettant en question, dans un sens constructif, ses implications sociétales.D\u2019entreprendre, en somme, l\u2019analyse critique de la science»9.Olivar Asselin Dans la dernière partie de son allocution, Seguin tient à rappeler la mémoire d\u2019Olivar Asselin qu\u2019il n\u2019hésite pas à qualifier de «plus grand journaliste de ce siècle»10.Il confesse avoir lu de ses textes, dès son plus jeune âge, et l\u2019avoir apprécié au point de le prendre comme modèle, non pas à cause de ses intérêts pour la science, mais pour son attachement à la langue française, notamment à sa qualité.Chez Asselin, la recherche du mot exact, de l\u2019expression toujours la meilleure possible, atteignait le sommet.Mais laissons les mots à Seguin: «.il m\u2019a communiqué, par ses écrits, le goût de la liberté, le goût de l\u2019indépendance face à tous les pouvoirs, à tous les établissements»\".En plus, c\u2019est la fonction, la mission des intellectuels, selon Asselin, que Seguin tient à remettre sur la table, en cette période particulièrement trépidante de notre histoire.En 1977, au 8.\tIbid., paragraphe 7.9.\tIbid., paragraphe9.10.\tIbid., paragraphe 10.11.\tIbid., paragraphe 11. 582 L\u2019ACTION NATIONALE moment de la rédaction de son texte, nous sommes à moins de trois ans du référendum, le Parti québécois de René Lévesque a été porté au pouvoir, il n\u2019y a pas encore un an, le 15 novembre 1976.De surcroît, nous sommes dans les salons de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, carrément engagée dans la lutte indépendantiste depuis 1968.Ajoutons qu\u2019Olivar Asselin, sur lequel nous reviendrons dans l\u2019un de nos articles sur la vie de la philosophie au Québec, fut aussi président de la Société, dans des circonstances très très particulières.Tout cela porte Seguin à préciser le rôle critique des intellectuels dans la Cité.Les journalistes, dont il a ajouté l\u2019expression à la main, juste avant celle qui évoque les intellectuels, se doivent toujours d\u2019être dégagés de tout pouvoir.Il ajoute une affirmation très limpide concernant les rapports des penseurs avec la collectivité: «Quels que soient les espoirs que l\u2019on entretienne en vue d\u2019une société québécoise désireuse d\u2019affirmer sa personnalité collective et d\u2019exploiter ses valeurs profondes, le premier rôle des intellectuels dans cette entreprise, ce n\u2019est pas l\u2019émotion, ce n\u2019est pas la fierté, c\u2019est l\u2019analyse critique dans un climat de liberté»12.Il termine son message de lauréat du prix Olivar-Asselin en citant le fameux journaliste au sujet des décorations et des médailles: «Tant d\u2019autres les ont méritées qui ne les ont pas eues que, de toute façon, il y a lieu d\u2019être modeste»13.Considérations sur ce texte Il faudrait relire plusieurs fois le message de Fernand Seguin pour en cerner toute les nuances, tous les aspects.Cependant, la profondeur de la réflexion et la largeur de vue y sont indiscutables.En quelques pages, il a réussi à rendre «facile» la compréhension de ce qu\u2019est la science, de ce que doit être la vulgarisation scientifique, tout en lançant au passage des signaux dans toutes les directions.Bien sûr, Seguin a une certaine vision du progrès scientifique.Il faudrait y revenir, creuser le sujet, comparer les textes, déceler l\u2019évolution, etc.L\u2019allocution de réception de ce prix de journalisme, en 1977, demeure une des avenues qui peuvent nous conduire au cœur de la pensée de Seguin.12.\tIbid., paragraphe 12.13.\tIbid., paragraphe 13. LA PHILOSOPHIE AU QUÉBEC II 583 La bombe et l'orchidée L\u2019espace qui nous reste nous permet seulement d\u2019inviter nos lecteurs à se procurer La bombe et l\u2019orchidée, le dernier livre, jusqu\u2019à maintenant, publié par Seguin.Ce recueil de près de soixante courts, mais combien intenses textes aborde les grandes préoccupations de l\u2019heure.La pollution, les maladies, la nature et les limites de la science sont parmi les sujets présentés.C\u2019est le fruit de ses lectures et de ses méditations que Seguin nous fait partager dans une langue où les mots coulent avec une facilité toujours étonnante.Au-delà de la forme, le choix de Seguin transpire: l\u2019humanisme doit l\u2019emporter sur tout autre aspect d\u2019une question.Tirons quelques phrases de ces pages: il résume en quelques expressions l\u2019organisme humain: «.le système à digérer, le système à respirer, le système à circuler, le système à éliminer, le système à recevoir et à transmettre des messages, le système à penser, à rêver, à aimer, à créer»14.Ailleurs, il émet une réflexion sur la nature du progrès qui est une notion qui «peut-être n\u2019est qu\u2019une fiction commode, comme celle de l\u2019évolution ascendante»15.Plus loin, il rapporte une conversation avec Lionel Groulx: il «m\u2019a raconté qu\u2019au début des années vingt, au moment où se fondait l\u2019École des hautes études commerciales, les autorités ecclésiastique de Montréal lui avaient interdit l\u2019accès des collèges classiques, où il voulait parler des sciences économiques, qu\u2019on se proposait d\u2019enseigner aux H.É.C.»16.Cette collection de textes qui composent ce livre est un éventail très large de données sur des domaines qui sont tous aussi captivants les uns que les autres, ne serait-ce que par le style de l\u2019auteur qui, par sa simplicité, retient constamment notre esprit dans les cadres de son sujet.14.\tSeguin, Fernand, La Bombe el l'orchidée, Libre Expression, Montréal, 1987, 203 pages, page 99.15.\tIbid., page 118.16.\tIbid., page 151. 584 L\u2019ACTION NATIONALE Conclusion Nous avons voulu, dans ces quelques pages, intéresser les lecteurs à la vie et à l\u2019œuvre de Fernand Seguin.Nous croyons que ses efforts méritent que des chercheurs se penchent sur ses écrits, ses émissions de radio et de télévision.Toute une pensée théorique est là présente.Les philosophes de la nature, des sciences, ceux que l\u2019on appelait encore, il y a quelques générations, les cosmologues trouveront chez cet auteur prolifique, une matière truffée d\u2019éléments de réflexion qui leur révéleront une grande œuvre.Ses influences, son cheminement, ses rebondissements, qui sont présents aussi bien dans les nombreux articles qu\u2019il a écrits, sont là, disponibles, qui attendent l\u2019énergie de nos jeunes intellectuels en quête de sujet de mémoires ou de thèses.L\u2019action intellectuelle de Seguin est tout à l\u2019honneur de notre peuple.Il fut reconnu internationalement.Son amour de sa langue, en particulier de la qualité de son expression, doit servir d\u2019exemple à toute la communauté.Au nom des milliers de scientifiques qui lui doivent leur profession, au nom des centaines de milliers de personnes à qui il a rendu l\u2019action scientifique accessible, au nom, enfin, de celles et de ceux qui consacrent leurs énergies à la recherche des différents chapitres qui constitueront l\u2019histoire de nos idées, merci à Fernand Seguin! Souhaitons que d\u2019autres, fidèles à sa passion, continuent une œuvre qui se doit d\u2019être perpétuée. La communication interculturelle par PAUL-MARCEL LEMAIRE professeur à l\u2019Université d\u2019Ottawa «Ce n\u2019est pas par la négation du singulier que l\u2019on va vers l\u2019universel, c\u2019est par son approfondissement.» Hegel Q ^\u2014'\u2019il est un terrain où les termes de culture et de communication se prêtent au débat et à la passion, c\u2019est bien celui de la communication interculturelle.L\u2019expression travaille comme un aimant: autour d\u2019elle gravitent l\u2019identité culturelle ou la culture mondiale, le tribalisme ou l\u2019universalisme, le protectionnisme culturel ou le free flow of information.À travers ces vocables contradictoires, qui alimentent généreusement les médias, le discours politique et l\u2019opinion publique, se manifestent des conceptions larvées sur les relations entre groupes humains et des attitudes idéologiques et politiques qu\u2019il faut d\u2019abord clarifier, si l\u2019on veut penser et bâtir des rapports satisfaisants entre cultures différentes.Ici, plus qu\u2019ailleurs en sciences sociales, l\u2019identification empirique des faits est inséparable d\u2019une position théorique claire, transparente et même critique.Ces constats dicteront les quatre étapes de notre démarche.Dans un premier temps, nous tenterons de dépister les diverses manifestations du travail idéologique au sein de la réflexion ou des slogans portant sur la communication interculturelle.Suivra, normalement, une analyse axée sur la genèse de la perversion idéologique par excellence en ce domaine, c\u2019est-à-dire le 586 L\u2019ACTION NATIONALE racisme.De façon plus positive, la troisième étape sera réservée à l\u2019examen des tâches nécessaires à l\u2019élaboration d\u2019une véritable rencontre des cultures.Comme ces tâches s\u2019inscrivent fatalement dans l\u2019histoire concrète, façonnée par la politique, on terminera par la description des conditions politiques indispensables à la réussite de la communication interculturelle.L\u2019idéologie et l\u2019interculturel Dès que le terme «idéologie» est rapproché de la communication interculturelle, l\u2019attention se porte sur certains phénomènes, simples à nommer mais plus complexes à cerner, comme l\u2019impérialisme culturel, le néo-colonialisme exploiteur de l\u2019information ou le nivellement des cultures sous la pression d\u2019une culture dite mondiale, américaine de fait.Derrière ces machineries, violemment contestées ou acceptées avec un fatalisme résigné, se profilent de grandes puissances politiques et économiques qu\u2019on a vite fait d\u2019épingler.La conscience peut se rassurer de trouver des coupables aussi diaboliques, dont la force décourage tout effort de résistance et même de compréhension.Pourtant, l\u2019idéologie active de l\u2019impérialisme culturel et la dénonciation de cette idéologie peuvent nous abuser et nous empêcher d\u2019observer d\u2019autres phénomènes ou attitudes sûrement moins visibles, mais peut-être largement responsables de l\u2019expansion internationale de certains pouvoirs culturels.Nous voulons parler des tendances obscures, idéologiquement marquées mais inconscientes de leur penchant, qui se manifestent non seulement dans des opinions répandues, celles de l\u2019homme de la rue, mais aussi dans des travaux intellectuels fort bien portés.Examinons ces tendances à travers quatre formules récapitulatrices.1- La culture, individuelle ou collective, est un sytème clos, emprisonnant, qui empêche la communication avec les autres cultures.Nombre de travaux américains, notamment ceux d\u2019Edward Hall', endossent plus ou moins complètement cette 1.Edward Hall, dans La dimension cachée (The Hidden Dimension), Coll.Points, Le Seuil, 1978, considère la culture comme un prolongement de la vie organique: «.considérer l\u2019homme comme un organisme qui a créé ses prolongements et les a portés à un tel niveau de spécialisation qu\u2019ils ont pris la succès- LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE 587 formule; ne parviennent à la communication intellectuelle que ceux qui vont au-delà de leur culture (Beyond Culture) et retrouvent une espèce d\u2019humanité naturelle leur permettant de considérer tous les humains comme leurs semblables, et donc, dans cette optique, de communiquer vraiment avec eux.Outre que la différence culturelle, loin d\u2019empêcher la communication d\u2019enrichissement, peut seule la favoriser quand elle est vécue comme détermination ouverte et offerte, seuls des privilégiés de la culture, concrètement une élite intellectuelle qu\u2019une certaine éducation scolaire a pu amener à dépasser, sinon à mépriser, les cultures collectives, peuvent se permettre de transcender les relativismes culturels et de faire du tourisme ou du missionnariat culturel au nom d\u2019un universalisme abstrait.Inutile de dire que ces choyés se recrutent surtout dans les pays riches et qu\u2019ils mettent souvent leur culture individuelle au service de pouvoirs peu soucieux de l\u2019émancipation des nations pauvres; tels sont, par exemple, les pouvoirs des grandes agences de presse et des réseaux mondiaux de communication2.Verser dans la conception qui prétend que la communication interculturelle est inversement proportionnelle à l\u2019expression des cultures particulières, c\u2019est donc dès le départ donner des armes aux sion de la nature et se substituent rapidement à elle» (p.17).Pour pratiquer la communication interculturelle, il est nécessaire, outre de comprendre le caractère organique des différences culturelles, de les dépasser en redécouvrant la «nature» oubliée: «Paradoxalement, la seule possibilité pour l\u2019homme d\u2019échapper aux contraintes latentes d\u2019une culture naturalisée est de s\u2019impliquer de manière active et consciente dans les aspects de son existence qui lui semblent les plus \u2018naturels\u2019» (in Au-delà de la culture, Éd.du Seuil, 1979, p.12).Cependant, cette exploration exige, selon Hall, une comparaison active entre les différentes cultures.2.Si l\u2019on sépare complètement la culture de masse de la culture savante (ou «culture humaniste», selon certains auteurs, comme Bruno Lussato, Michel Henry, etc.), il devient très difficile de comprendre la puissance d\u2019attraction de la culture de masse, puissance qui ne s\u2019explique pas uniquement par des stratégies économiques.En réalité, la culture savante, en s\u2019associant aux forces du marché, a largement façonné la culture de masse; c\u2019est elle qui lui permet de se renouveler sans cesse, de changer de look.Si on n\u2019oublie pas que la science et la pensée modernes se sont souvent bâties en se dissociant des cultures populaires, on ne s\u2019étonnera pas de constater dans la culture de masse, ersatz de la culture populaire, un véritable déracinement culturel, associé à un dénominateur culturel peu exigeant, facilement consommable par des cultures ethnologiques fort différentes. 588 L'ACTION NATIONALE sociétés riches et aux puissances expansionnistes, et condamner au silence ou au folklore les cultures dont le défaut majeur est de manquer d\u2019argent et de puissance politique.2-\tLa deuxième formule-programme se présente ainsi: toute culture a absolument besoin des autres cultures pour ne pas étouffer ses membres et ne pas dépérir elle-même.Comme toutes les assertions idéologiques, celle-ci est pleine d\u2019ambiguïtés.S\u2019il est vrai que toutes les cultures connues ont emprunté à des cultures étrangères3, il est faux que l\u2019isolement culturel relatif signifie toujours appauvrissement.Ce préjugé connote qu\u2019aucune culture ne porte en elle-même le principe de sa vitalité et de son renouvellement à travers la continuité.L\u2019histoire prouve le contraire: de nombreuses cultures ont été riches et florissantes alors qu\u2019elles étaient relativement isolées, tandis que de nombreuses autres ont commencé à décliner avec le contact extérieur envahissant.3-\tAutre assertion chausse-trappe: tout individu, tout groupe social, toute institution, voire tout pays est culturellement plus riche s\u2019ils participe organiquement à plus d\u2019une culture, son identité dût-elle en souffrir.Ce préjugé en nourrit d\u2019autres, qui ne souffrent pas d\u2019excès de modestie, du genre: une personne plurilingue, encore mieux celle qui est «maternellement» bilingue, est fatalement plus cultivée qu\u2019une personne unilingue; «un homme qui parle deux langues en vaut deux», selon un certain dicton canadien.11 y a, ici, une triple méconnaissance: de la richesse unique et «suffisante» propre à chaque langue humaine, de la culture collective transmise par une lan- 3.Voir, en particulier, les travaux de Colette Guillaumin.De même, Claude Lévi-Strauss, dans un petit livre indispensable, Race et histoire, Éd.Gonthier, 1961 (reproduction d\u2019une brochure publiée par TUNESCO en 1952), après avoir rappelé l\u2019originalité endogène de chaque culture historique, dénonce l\u2019illusion de son isolement absolu: «La chance qu\u2019a une culture de totaliser cet ensemble complexe d\u2019inventions de tous ordres que nous appelons une civilisation est fonction du nombre et de la diversité des cultures avec lesquelles elle participe à l\u2019élaboration \u2014 le plus souvent involontaire \u2014 d\u2019une commune stratégie» (p.71-72).«Et à côté des différences, dues à l\u2019isolement, il y a celles, tout aussi importantes, dues à la proximité: désir de s\u2019opposer, de se distinguer, d\u2019être soi» (p.17, et passim). LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE 589 gue mais qui la déborde, enfin des processus d\u2019accès à la culture humaine.Cette méconnaissance a des conséquences désastreuses lorsque, au-delà des aménagements pratiques soucieux des réalités, elle préside à des constructions proprement angéliques qui désirent mettre les cultures en contact permanent, avec la conviction qu\u2019elles s\u2019enrichiront réciproquement.Nombre de discours, mais aussi de politiques sur le bilinguisme, le biculturalisme ou le multiculturalisme tombent dans ce travers, dont les groupes minoritaires font toujours les frais.Alors que la force des choses a obligé des pays comme la Suisse, la Belgique, le Liban et d\u2019autres pays à renoncer au bilinguisme institutionnel (un organisme unique fonctionnant dans deux langues), la formule fait encore fortune au Canada et cherche sa justification dans les vertus de la communication interculturelle.Mais, est-il vrai, pour prendre l\u2019exemple précis d\u2019une université officiellement bilingue comme celle d\u2019Ottawa, que les institutions bilingues offrent toujours «aux étudiants et au personnel un environnement exceptionnel, propice à la compréhension des cultures et à l\u2019épanouissement de relations interculturelles»4?L\u2019oblitération totale des conditions politiques de la pratique culturelle rend semblables prétentions particulièrement fragiles.4- Enfin, une dernière formule fait mouche aujourd\u2019hui: l\u2019avenir appartient à la communication interculturelle, car il n\u2019y a plus de frontières.Les humains ne seront vraiment humains que par cette communication, pratiquée de façon massive et habituelle; tout individu qui n\u2019appartient qu\u2019à une seule culture collective est un demi-civilisé.Toute mesure, éducative ou législative, qui empêcherait de quelque façon la libre communication 4.Énoncé de mandai, approuvé par le Sénat de l\u2019Université d\u2019Ottawa et publié dans la Gazelle, vol.XXII, 10, 1987.En matière de relations interculturelles, la réalité est la suivante: en dix ans, les effectifs étudiants francophones sont passés de 60% à 40%; la plupart des étudiants étrangers et nombre de Franco-Ontariens optent pour les programmes anglais; un nombre infime de professeurs et d\u2019étudiants anglophones utilisent sérieusement la langue française et les cultures francophones; à part quelques notoires exceptions, les relations entre les deux groupes ne dépassent guère le champ des affaires courantes. 590 L'ACTION NATIONALE interculturelle ou qui viserait à protéger et à stimuler l\u2019identité culturelle d\u2019un groupe ou d\u2019une nation signalerait un crime contre l\u2019humanité.Et vive le métissage culturel qui nous ouvre à tout l\u2019univers, nous rend tous frères et tous pareils.surtout parce qu\u2019il se fait fatalement dans le seul espéranto qui réussisse, l\u2019anglais.Généalogie du racisme L\u2019inventaire de quelques préjugés et stéréotypes fort répandus dans notre monde serait insuffisant, s\u2019il ne conduisait pas à interroger un peu sérieusement les mécanismes du racisme, cette perversion idéologique qui bloque les relations interculturelles et qui n\u2019affecte pas seulement les autres; comme la maladie contagieuse ou l\u2019épidémie, il menace tous et chacun, comme aimait à le rappeler, dans une formule sans doute un peu brutale, le psychologue juif américain Zilboorg: «Chacun naît raciste, il peut travailler à cesser de l\u2019être.» Pour les besoins de la cause, nous définissons le racisme, de façon provisoire et empirique, comme un ensemble d\u2019attitudes de défense, de mépris et de domination qu\u2019un groupe humain, dont la conscience de groupe est suffisamment éveillée, entretient à l\u2019égard d\u2019autres groupes.Une opinion assez répandue, qui confond volontiers les termes et les concepts, prétend que le racisme dérive toujours, comme une fatalité, d\u2019une idéologie raciale ou même simplement nationaliste; l\u2019empressement avec lequel certains qualifient de fanatisme ou de bigotry certaines formes d\u2019affirmation collective, chez les Kurdes, les Arméniens, les Amérindiens et autres Québécois, illustre cette opinion.Dans cette optique, pour se défaire ou se prémunir du racisme, il faudrait se comporter comme la majorité, ou devenir universaliste, citoyen du monde; en face des racismes contemporains, toute une mythologie de la fraternité universelle se présente comme la panacée.Peut-on poser une question?Est-il si évident que les attitudes et les comportements racistes suivent le travail idéologique?Notre hypothèse, c\u2019est que les idéologies racistes, qu\u2019elles soient à prétention biologique, historique ou culturelle, servent de rationalisation, de justification à des pratiques qui les précèdent, plus spécifiquement à des pratiques communicationnelles, au sens large que Habermas donne à ce mot.Le racisme serait lié à LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE 591 des blocages de la communication humaine, soit au niveau interpersonnel, soit au niveau proprement social.C\u2019est donc à une recherche sur la généalogie du racisme qu\u2019il faut procéder.Voyons ce qu\u2019il en est au niveau interpersonnel.Les concepts hégéliens de la reconnaissance et du développement du savoir phénoménal peuvent être utiles à notre examen.Si l\u2019on joint le mouvement indéfini que l\u2019esprit doit assumer pour suivre le chemin de la vérité à la dialectique inhérente à la reconnaissance mutuelle des consciences, on peut dire que la conscience n\u2019échappe à la domination ou à l\u2019esclavage que si elle dépasse sans cesse la prétention d\u2019avoir atteint l\u2019essence propre, de soi-même ou de l\u2019autre.11 n\u2019y a de communication non dominatrice avec l\u2019autre que si les consciences abandonnent leur quant-à-soi, leurs certitudes sur elles-mêmes, et se reçoivent mutuellement l\u2019une l\u2019autre pour s\u2019établir dans l\u2019interdépendance: le «bon Samaritain» s\u2019ouvre vraiment à l\u2019étranger blessé rencontré sur sa route, parce qu\u2019il met entre parenthèses ses opinions et attitudes apprises, à l\u2019égard de cet étranger et de lui-même.Dans le mouvement de la communication, le propre ou l\u2019essence de chacun n\u2019est pas actualisé, au sens de «rendu présent»; il est là comme horizon, comme différé, par rapport à une fin, un achèvement inconnaissable et imprévisible; si, à l\u2019inverse, apparaît le sentiment d\u2019avoir «saisi» l\u2019autre, d\u2019avoir barre sur lui, il n\u2019y a pas vraie communication, mais réitération, redondance, car je n\u2019ai plus rien à apprendre de l\u2019autre, je ne l\u2019accueille plus dans sa différence5.Communiquer, c\u2019est parcourir inlassablement un circuit entre quatre pôles: l\u2019actualité du moi, l\u2019actualité de l\u2019autre, et 5.Hegel, La phénoménologie de l\u2019esprit.Trad.Hyppolite, Aubier, 1939, spéc.t.L, p.155 ss.«Indépendance et dépendance de la conscience de soi: domination et servitude.» L\u2019usage fait ici de certaines notions hégéliennes n\u2019implique pas que Hegel élabore une philosophie de la communication comme interdépendance indépassable et fondatrice.Les postulats de l\u2019«intériorité de la conscience de soi» et de la rencontre des consciences comme pur «moyen terme» dans la constitution de l\u2019Esprit objectif (de l\u2019État parfait) rendent cette philosophie impossible chez Hegel; c\u2019est pourquoi sa pensée a pu alimenter des mouvements aussi divergents que le fascisme nazi et le néo-marxisme libertaire de l\u2019École de Francfort. 592 L\u2019ACTION NATIONALE leur devenir respectif.Dès que cette difficile pratique est grippée, il y a identification illusoire de soi ou de l\u2019autre; l\u2019autre, notamment, est classé, campé une fois pour toutes dans une image figée, qui a la dureté et l\u2019immuabilité de la pierre.De la même façon, si je décrète que l\u2019autre forme avec moi une unité, non pas symbolique mais ontologique, que nous sommes identiques ou même très semblables, que nos différences ne font pas le poids ou sont illusoires, c\u2019est moi qui déjà domine l\u2019autre.Cette domination, issue de l\u2019illusion d\u2019un savoir total sur soi-même et sur l\u2019autre et qui prend ici la forme d\u2019une assimilation de l\u2019autre à soi-même, constituerait le sol nourricier du racisme.Paul Ricœur, commentant Kant, dira: «La soi-disant science de la pratique est la cause du fanatisme6.» L\u2019assimilation peut prendre différentes formes: discrimination, ségrégation, déni ou mépris des différences, mais elle est toujours en son fond xénophobie (au sens originel), peur de l\u2019étranger qui dérange et insécurise.Quand cette peur incontrôlée et cette conduite assimilatrice, souvent incroyablement aveugle et bien intentionnée, se heurtent à une résistance silencieuse et décidée, elles engendrent le racisme.La source du racisme serait l\u2019illusion d\u2019un savoir sans fissure, totalitaire, ou la frustration de ce savoir fabulateur, illusion ou frustration toujours vécues comme refus des risques de la communication avec l\u2019autre dissemblable; l\u2019autre est insaisissable, il m\u2019échappe, donc il est dangereux, il faut le mettre au ban de la société.Par une curieuse contamination, celui qui est dominé et qu\u2019on veut assimiler, l\u2019esclave, risque, dans le premier temps de mon émancipation, de reconnaître faussement son maître, de le réduire à la relation de domination, produisant ainsi une autre forme de racisme, issue, cette fois, du ressentiment.Le racisme trouve dans les blocages ou les perversions de la communication proprement sociale, celle qui constitue le groupe 6.Paul Ricœur, «La raison pratique» in La rationalité aujourd\u2019hui, Coll.Philosophica n° 13, Éd.de l\u2019LJn.d\u2019Ottawa, 1979, p.225 ss.Notre analyse du racisme s\u2019inspire en partie de la distinction, faite par Ricœur, entre raisons d\u2019agir, inhérentes à l\u2019action, et rationalisations idéologiques ultérieures. LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE 593 en communauté, un autre bouillon de culture.La véritable communication sociale opère un trajet incessant de l\u2019intérieur de la communauté vers son extérieur, et vice versa: passer par le groupe pour aller au monde, et passer par le monde pour aller à son groupe.Comment cette idéale dynamique peut-elle se détraquer?Ici, les observations psycho-thérapeutiques apportent un éclairage intéressant.Dans le groupe thérapeutique, «.tout changement est vécu comme inopportun et le signe d\u2019une volonté mauvaise.On sait que ce désir de ne rien changer à l\u2019environnement est l\u2019un des traits de l\u2019autisme.Mais point n\u2019est besoin d\u2019être autistique pour l\u2019éprouver.Parallèlement se développe le mythe du monde extérieur, méchant, dangereux, mortifère, en éclatement perpétuel.Le groupe est le seul abri contre un tel monde.Groupe et société sont deux images mythiques complémentaires: la bonne et la mauvaise mère en langage kleinien.La fiction qui soutient le plus efficacement ce mythe, c\u2019est évidemment le je perçu comme construction permanente.Tout aussi permanent, identique à lui-même, continu et autonome, le groupe est l\u2019île d\u2019identité au milieu de l\u2019océan de la mort.La bonne et la mauvaise mère que le malade projette sur le groupe thérapeutique et le monde sont par ailleurs vécues à l\u2019échelle nationale et même mondiale.Ce sont ces mythes qui soutiennent les idéologies et les guerres7.» Le racisme n\u2019apparaît-il pas lorsqu\u2019un groupe humain, au lieu de pratiquer une communication sociale ouverte au monde et qui l\u2019expose au changement, se replie jalousement sur lui-même dans une attitude d\u2019infériorité ou de supériorité à l\u2019égard d autres groupes ou sociétés humaines?Plus spécifiquement, de quelle peur s\u2019agit-il?Nous croyons qu\u2019en elle transpirent une méconnaissance et un refus, portant sur le rôle du conflit et de l\u2019action politique.La peur du conflit, à l\u2019extérieur comme à l\u2019intérieur, et le recours à un «bonne-ententisme» superficiel, tout comme l\u2019absence de véritable pratique politique, qui consiste à bâtir indéfi- 7.Genni Luccioni, «L\u2019Arche de Noé», in revue Esprit, n° 4 (avril 1971) p.776. 594 L'ACTION NATIONALE niment la société en nouant, notamment, des relations avec l\u2019extérieur, prédisposent un groupe humain au racisme.Dès que s\u2019instaure une relation réelle entre groupes, et déjà entre individus, elle est ambivalente, guerrière et/ou amoureuse, tandis que la véritable haine est là où il n\u2019y a pas de conflit.Faute de reconnaître cette fonction indispensable du conflit dans les relations entre groupes, l\u2019un ou l\u2019autre peut se replier frileusement dans la domination ou l\u2019esclavage.Il en est de même de l\u2019action politique.Elle seule permet d\u2019apprécier les possibilités réelles d\u2019un groupe, ses forces comme ses faiblesses, d\u2019acquérir aussi ce «sens du possible» qui ne peut résulter que de la confrontation, et parfois de l\u2019affrontement, avec d\u2019autres groupes.Si les considérations qui précèdent ne sont pas totalement fausses, on peut estimer que le remède au racisme se trouve non dans l\u2019adhésion à un universalisme abstrait, mais dans une humble instauration ou restauration de la communication humaine interpersonnelle ou sociale; rien d\u2019ailleurs n\u2019est plus suspect que l\u2019empressement à dénoncer le racisme des autres.Dans le réapprentissage de la communication et dans la prophylaxie du racisme, la reconnaissance du conflit et de l\u2019action politique joue un rôle capital.Entre tribalisme et universalisme Comment instaurer concrètement cette communication entre personnes ou groupes de culture différente, telle est la question qui nous préoccupe maintenant, après maints chercheurs, et dont nous n\u2019aborderons ici que certains aspects trop souvent oubliés, même s\u2019ils apparaissent comme les préalables ou les conditions de possibilité de toute communication interculturelle.Auparavant, il importe de faire écho aux descriptions empiriques et comportementales, dans lesquelles les auteurs américains sont passés maîtres.Dans une immense littérature, une seule œuvre retient notre attention8.8.Carl Couch & Robert A.Hintz, Constructing Social Life.Stypes Publishers, Champaign, 111.1975.Outre les nombreuses publications de l\u2019UNESCO, de SIETA international (International Society for Intercultural Education, Training and Research), les Proceedings de TUSIA Intercultural Communication Course, on consultera avec profit les travaux de Prosser, Sar-raugh, Samovar, R.Breton, parmi beaucoup d\u2019autres. LA COMMUNICAT ION INTERCULTURELLE 595 Selon Cough et Hintz, quatre étapes caractérisent le processus dynamique et interminable de la communication interculturelle.Dans un premier temps se manifeste l\u2019intérêt réciproque des partenaires l\u2019un pour l\u2019autre; vient ensuite l\u2019édification de la communication comme une séquence de libres «réponses» réciproques aux interventions des partenaires; l\u2019étape suivante est remplie par l\u2019élaboration de la communication comme reconnaissance réciproque des «intentionalités» communicatives des partenaires (qu\u2019est-ce qu\u2019il veut dire?qu\u2019est-ce qu\u2019il recherche?); enfin, c\u2019est la poursuite de la communication comme quête et construction d\u2019un «espace de partage»: chacun ayant sa façon propre de construire cet espace, le partage est à son meilleur lorsque les différences culturelles accèdent à leur pleine liberté à travers une véritable collaboration.Bien que fort intéressants, ces classements dérivés de l\u2019observation empirique soulèvent quantité de questions: ces étapes sont-elles successives ou récursives?quel contenu d\u2019action faut-il leur attribuer?sur quelles orientations générales sont-elles fondées?Il nous suffira d\u2019essayer de donner corps à la première étape en nous en remettant uniquement à l\u2019observation et à l\u2019expérience qui sont les nôtres, pour constater qu\u2019ici encore la description empirique est tributaire de catégories culturelles et ne répond pas à toutes les questions.Comment se manifeste l\u2019intérêt réciproque dans une rencontre interculturelle?En d\u2019autres termes, comment se fait (ou doit se faire) le premier contact entre personnes de culture différente?Contentons-nous d\u2019une énumération rapide de comportements qui nous semblent indispensables: Savoir identifier, à tout le moins pressentir, les rituels de rencontre propres au partenaire9; toute rencontre humaine est toujours ritualisée, quel que soit le monde de cette ritualisation (v.g., place et signification de la poignée de main dans les différentes cultures), car l\u2019être humain est corporel et symbolisateur: il ne se rend présent à l\u2019autre qu\u2019à travers des ensembles stables de signes à la fois verbaux et gestuels.9.Irving Goffmann, Les riles d\u2019interaction.Éd.de Minuit, Paris, 1974.Relire, également, le petit livre merveilleux de R.Barthes, L'empire des signes.Coll.Champs, Flammarion, 1970. 596 L\u2019ACTION NATIONALE Respecter les bonnes manières de sa propre culture, tout en cherchant à les dépasser pour découvrir que l\u2019autre a son propre savoir-vivre.Temporiser, prendre son temps, ne pas vouloir brûler les étapes.Ne pas abuser de l\u2019interrogation (personne n\u2019aime être soumis à un interrogatoire); retrouver les gestes et les rythmes de la communication archaïque, ne pas tout attendre de l\u2019échange verbal, même quand la communauté linguistique le rend possible.Retrouver la place et le rôle du silence dans la communication.Ne pas discuter (encore moins juger) les propos de l\u2019autre, mais y faire discrètement écho dans ses propres propos; l\u2019intérêt n\u2019est perçu par l\u2019autre comme véritable intérêt que s\u2019il s\u2019exprime discrètement; éviter les superlatifs, autant que les étonnements scandalisés, devant les paroles ou les comportements de l\u2019autre (corollaire: éviter de dénigrer sa propre culture collective).Un premier contact doit être vécu comme premier contact: on ne peut ni tout ni trop en attendre.Il n\u2019aura d\u2019avenir que s\u2019il est une véritable ouverture, c\u2019est-à-dire une pierre d\u2019attente, un commencement qui ouvre sur un horizon.Les humains vivent dans le temps et avec le temps; lorsqu\u2019ils veulent en sortir ou le violenter, ils gâchent tout.On ne peut tout saisir de l\u2019autre instantanément ou magiquement; il y a des choses qu\u2019on ne peut comprendre qu\u2019avec les années, d\u2019autres jamais.Cette description, même fort incomplète, appelle une première observation générale.Dans toute communication interculturelle s\u2019effectue une espèce de mise entre parenthèses des dispositions culturelles particulières à chaque partenaire; plus précisément, ce sont les cristallisations culturelles, si l\u2019on appelle ainsi les niveaux culturels repérés par l\u2019intervention anthropologique dans le «mou» de la culture10, c\u2019est-à-dire la culture collective 10.Michel de Certeau, in La culture au pluriel, Coll.10/18, 1974, explore cette image suggestive en opposant les «manières de vivre» et les institutions qui les colonisent en partie (p.283 ss.).Tel est le cheminement que propose aussi, à sa manière, l\u2019une des œuvres interdisciplinaires les plus profondes de cette décennie, L\u2019anthropologie en l\u2019absence de l\u2019homme, de Fernand Dumont (PUF, LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE 597 d\u2019origine, la culture humaniste, la culture scientifique et la culture de masse, ce sont ces cristallisations qui se trouvent pour ainsi dire momentanément dissoutes dans le brassage de la communication.11 est évident, par exemple, que si un voyageur veut vraiment rencontrer et connaître un Polynésien, il lui faut d\u2019abord remiser les stéréotypes susurrés par la culture de masse, dans la publicité et un certain cinéma de consommation.La culture polymorphe des interlocuteurs consent à se laisser mettre en question et refaçonner par les diverses pratiques communicatives, d\u2019ordre archaïque, d\u2019ordre informatif ou d\u2019ordre créatif.Se laisse-t-elle complètement museler par celles-ci ou cherche-t-elle en elles une nouvelle confirmation?Veut-elle disparaître dans la communication interculturelle ou renaître en elle?À partir de l\u2019observation qui déjà signale que, dans cette communication, chaque culture tout à la fois se cherche et se perd pour trouver l\u2019autre, l\u2019effort de compréhension peut identifier deux mouvements dialectiques, qui se superposent par intensification; chaque mouvement va de la culture propre à la culture étrangère, pour les rendre présentes et les actualiser de quelque manière.Il n\u2019y a de communication interculturelle que si chaque intervenant se situe, s\u2019insère dans sa propre culture, tout en s\u2019ouvrant à l\u2019autre culture: c\u2019est le premier mouvement dialectique.Si l\u2019un des intervenants n\u2019avait aucune consistance ou identité culturelle, s\u2019il était incapable de la reconnaître et de l\u2019habiter davantage, s\u2019il s\u2019abandonnait sans boussole aux illusions de l\u2019exode ou de l\u2019exotisme, il ne pourrait pas rencontrer vraiment l\u2019autre.On ne part à la découverte d\u2019îles étrangères que sur un esquif qui peut prendre la mer; on ne peut s\u2019encombrer d\u2019inutiles bagages culturels, mais il faut savoir naviguer, fort de ces connaissances pratiques et théoriques qui permettent d\u2019habiter des espaces et des temps précis, pour connaître d\u2019autres lieux et 1981).Si tout savoir sur l\u2019homme et la culture éloigne fatalement du milieu culturel, aujourd\u2019hui incertain et éclaté, de la vie quotidienne, il doit pourtant y ramener de quelque façon et s\u2019y laisser juger, sous peine de devenir évasion et prestidigitation arbitraire: «Qu\u2019est-il possible à l\u2019homme de faire du savoir de l\u2019homme?» (p.12). 598 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019autres temps.D\u2019avoir baigné de façon largement inconsciente dans une culture collective et de pouvoir progressivement prendre conscience de ses forces et de ses faiblesses constituent une condition nécessaire à toute communication interculturelle; il serait donc aberrant de s\u2019engager en elle sous le signe du masochisme ou du mépris de sa propre collectivité.Une suffisante estime de soi est indispensable à la découverte de l\u2019autre.L\u2019ouverture aux autres cultures, à commencer par celles des voisins immédiats, territorialement ou culturellement, n\u2019est pas chose simple; elle commande des tâches difficiles, qui ne peuvent être éludées.La première, et sans doute la plus ardue, consiste à découvrir et à accepter le point de vue de l\u2019autre, l\u2019optique qui dérive de sa vision du monde ( Weltanschauung).Cette vision n\u2019est jamais purement intellecutelle; elle a aussi une coloration affective, car elle porte la mémoire d\u2019un long et pénible travail historique pour domestiquer le monde.Cette acceptation est-elle favorisée, lorsque l\u2019un des interlocuteurs est aussi à l\u2019aise dans la langue et la culture de l\u2019autre que dans les siennes, lorsqu\u2019il est «parfaitement» bilingue?Ce qui risque alors de se produire, si l\u2019autre occupe une position socioculturelle privilégiée, c\u2019est que le bilingue se glisse dans la peau de l\u2019autre et en oublie totalement d\u2019exprimer sa différence; il y a apparemment entente parfaite, mais au prix du bâillonnement d\u2019une culture.Le cas du Québec est éclairant à cet égard: traditionnellement, une portion de la population franco-québécoise, se recrutant surtout (mais pas exclusivement) dans les milieux d\u2019affaires, est tellement soucieuse de se rapprocher des milieux anglophones qu\u2019elle s\u2019éloigne beaucoup de la culture franco-québécoise, jusqu\u2019à «lever le nez» sur elle; cette anglomanie, couplée à une francophobie bon teint, mène dans certains cas à l\u2019anglicisation pure et simple.Pour comprendre l\u2019autre et le respecter dans sa culture, sans abdiquer la sienne, il n\u2019est nullement nécessaire de devenir comme lui; au contraire, un apparentement trop grand peut rendre aveugle aux différences: il faut prendre une certaine distance pour percevoir les reliefs d\u2019un paysage.L\u2019ouverture à l\u2019autre consiste aussi à découvrir les processus «d\u2019entrée en culture» (Paul Ricœur), d\u2019enculturation, propres à chaque culture: comment la vie y est-elle expliquée?Corn- LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE 599 ment la mort est-elle apprivoisée?Comment la communication humaine est-elle réglée et ritualisée?Ces questions, et d\u2019autres semblables, permettent de rejoindre non pas quelque no man\u2019s land culturel, mais le lieu de naissance des diverses cultures.Merleau-Ponty a pressenti que le dépassement de l\u2019ethnocentrisme ne pouvait emprunter que cette voie: «.pour traduire d\u2019une culture à l\u2019autre, il faut sans doute dépasser et les langues et les cultures.l\u2019espace ou le temps de la culture ne se survolent pas, et.la communication d\u2019une culture constituée à l\u2019autre se fait par la région sauvage où elles ont toutes pris naissance\".Il ne suffit donc pas de considérer les cultures seulement dans leur état d\u2019achèvement contemporain, ni de comparer des structures culturelles, comme le fait Lévi-Strauss, pour y discerner soit des éléments universels et des formes particulières d\u2019organisation, soit des éléments universels et des formes particulières d\u2019organisation, soit des éléments aléatoires et des formes universelles.Pour mettre au jour et accueillir, dans la communication, «l\u2019attache qui relie secrètement une expérience à ses variantes12», le point de vue propre à l\u2019observateur apparaît non pas tant comme un système de référence fatalement déformant que comme un passage obligé pour prendre conscience des processus d\u2019enculturation.C\u2019est en creusant sa propre culture en même temps qu\u2019une autre que l\u2019acteur communicant pourra aller au-delà d\u2019elles, pour deviner et palper les grandes questions qui ont toujours occupé les hommes.En saisissant ensemble deux particularités culturelles, en les comparant sous un certain paradigme commun, comme la valeur ou la beauté, il aborde la singularité de chaque culture, la sienne et celle de l\u2019autre.En comparant, par exemple, les attitudes et les rites qui entourent la mort en Amérique du Nord, en Europe, en Afrique et en Océanie, il entrevoit les distances culturelles qui peuvent séparer ces quatre continents, malgré la possible communauté linguistique.Il comprend que chaque façon de vivre la mort se défend, a du sens, alors que 11.\tM.Merleau-Ponty, p.154.12.\tIbid., p.155.Le visible el l'invisible, Éd Gallimard, 1964, 600 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019ignorance pressée proclame facilement que la manière des autres est insensée.Au moment où il trouve du sens aux actions et aux coutumes des autres, le sens des siennes s\u2019en trouve, non pas ruiné, mais relativisé.En aucun cas, cette prise de conscience ne peut mener à un quelconque sentiment d\u2019infériorité ou à son contraire.S\u2019il est une dimension obligée de toute véritable ouverture, c\u2019est bien la recherche de l\u2019égalitarisme communicationnel.Une certaine position de pouvoir et même une certaine recherche de pouvoir ne sont jamais totalement absentes de la communication.Cependant, bien qu\u2019horizon utopique, l\u2019égalité des personnes, dans l\u2019estime et le comportement réciproques, doit être recherchée comme finalité propre à la communication interculturelle libératrice; sans cette finalité égalitaire, la communication, comme l\u2019a bien vu Habermas, redevient instrumentale ou stratégique, c\u2019est-à-dire subordonnée aux pouvoirs des individus ou à la pesanteur des choses.Tel est le premier mouvement dialectique, entre soi et l\u2019autre, qu\u2019engendre la communication interculturelle.Le deuxième lui ressemble, tout en incorporant d\u2019autres soucis et d\u2019autres perspectives.La recherche de soi devient intérêt actif pour la vitalité culturelle du groupe d\u2019origine.Autrefois, la collaboration à cette vitalité s\u2019appuyait presque exclusivement sur la solidarité ethnique (les liens du sang), sur un fort sentiment d identité culturelle, nourri dans le partage des mêmes traditions, notamment religieuses.Il n\u2019en va plus ainsi aujourd hui: si une certaine participation culturelle à la communauté d\u2019origine, notamment à la connaissance de son histoire, demeure indispensable, les défis de l\u2019affirmation embrassent désormais toutes les actions sur le monde, immédiat et lointain, la construction de la société politique (médiation nécessaire de l\u2019État), afin qu\u2019elle reflète démocratiquement la composition pluriculturelle de la société civile, les communications, enfin, avec toutes les communautés culturelles associées à la communauté la plus importante, historiquement et politiquement.L\u2019existence culturelle d\u2019une collectivité s\u2019exprime soit en termes de traditionnalisme, lorsque le poids des traditions et des structures sociales empêche le rajeunissement et le renouvellement, soit en termes de vitalité culturelle, lorsque les traditions LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE 601 permettent d\u2019absorber et de façonner de façon spécifique le donné brut de l\u2019expérience, par exemple les innovations technologiques.Concrètement, presque toujours les deux tendances coexistent et se heurtent dans la même communauté, mais la vitalité (ou la créativité), en principe inséparable d\u2019une suffisante autonomie économique et politique, est devenue aujourd\u2019hui une question de vie ou de mort.Elle dépend de multiples facteurs, comme l\u2019expressivité du tempérament national, une certaine tradition de recherche et d\u2019aventure, la reconnaissance accordée aux initiatives individuelles.La communication interculturelle peut y contribuer aussi, de façon nouvelle, dans la mesure où elle entraîne une saine compétition, fournit de nouveaux exemples de développement, stimule l\u2019esprit et la sensibilité de mille façons.Cependant, pour que ces apports profitent finalement à toute la communauté culturelle, il faut que les bénéficiaires reviennent lui raconter, lui communiquer, les découvertes faites auprès des autres, voisins ou étrangers.Sans une certaine volonté d\u2019appartenance et la fierté qui l\u2019accompagne, cet échange est impossible.La communication interculturelle doit devenir intraculturelle pour développer la culture, individuelle et collective, dans l\u2019harmonie.Il y a plus de cinquante ans, l\u2019anthropologue Edward Sapir abordait en pionnier ce problème qui apparaît aujourd\u2019hui primordial.Après avoir constaté qu\u2019il n\u2019existait plus de «corrélation nécessaire entre le développement d\u2019une civilisation et l\u2019authenticité de la culture13», il n\u2019hésitait pas à plaider pour le rétablissement des liens entre les acquis individuels et les traditions collectives, selon une dialectique d\u2019enrichissement réciproque: «L\u2019assimilation de l\u2019idéal cultivé par l\u2019individu ne peut être organique et vigoureuse que sur le terrain d\u2019une culture collective authentique; or la culture d\u2019une communauté ne peut être authentique que si elle est soumise aux transformations énergiques qu\u2019exercent sur elle des personnalités à la fois robustes et saturées des valeurs culturelles de leur époque et de leurs pays14.» 13.\tEdward Sapir, Anthropologie.Éd.de Minuit, 1969, t.2, p.145 14.\tIbid., p.153-4. 602 L\u2019ACTION NATIONALE Cette continuité profonde, qui n\u2019exclut pas certaines ruptures, car toute culture porte en elle des germes d\u2019aliénation et de mort, commande un discernement critique.En s\u2019arrimant au devenir concret d\u2019une culture précise, la communication interculturelle cesse d\u2019être naïve et devient sélective.Elle ne réserve pas d\u2019accueil inconditionnel à tout ce qui vient de l\u2019étranger, des U.S.A., par exemple.Elle n\u2019hésite pas à dénoncer les agissements et les productions qui maquillent ou menacent les cultures, lorsque la puissance économique et l\u2019arrogance se substituent à l\u2019échange bilatéral et favorisent l\u2019acculturation.Enfin, la dialectique interculturelle trouve son couronnement normal et nécessaire dans la coopération active: faire œuvre commune avec les autres cultures (commune facere).La légitime préoccupation de soi ne doit pas tourner au nombrilisme: «Il ne faut pas s\u2019enliser dans notre différence» (Aimé Césaire).Des interlocuteurs de culture différente n\u2019iront pas loin, s\u2019ils ne s\u2019intéressent qu\u2019à eux-mêmes, de façon égocentrique ou altruiste.Une fois passé le moment de surprise et de découverte, qu\u2019adorent les touristes et qui déclenche tant d\u2019exclamations («It is so typical!»), l\u2019intérêt mutuel risque fort de s\u2019émousser s\u2019il ne peut pas se porter sur quelque projet commun à réaliser.La folklorisation des cultures, même celles des groupes majoritaires, résulte précisément de ce fait qu\u2019elles ne servent qu\u2019à aiguillonner le plaisir temporaire de la curiosité, sans contribuer à bâtir la société actuelle et la culture vivante (celle dont on vit quotidiennement, la culture ambiante), qui façonne l\u2019économie, la politique, la vie sociale, l\u2019environnement et les loisirs populaires.Une telle pratique interculturelle est évidemment fonction d\u2019une longue éducation éthique, sans cesse à recommencer, ce qu\u2019oublient trop facilement les apôtres de l\u2019internationalisme.Or cette éducation rencontre fatalement sur son chemin le politique et devient elle-même politique, au sens noble du terme.Les conditions politiques Alain Touraine pose clairement le dilemme politique où semble acculée la communication intellectuelle: «Faut-il défendre l\u2019universalisme de la raison et du progrès, mais alors ne LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE 603 risque-t-on pas de s\u2019identifier aux intérêts des pays dominants?Faut-il au contraire justifier la défense des spécificités culturelles, mais ne risque-t-on pas alors d\u2019appuyer des régimes autoritaires, voire des théocraties qui n\u2019en appellent à des croyances que pour mieux maintenir un pouvoir de terreur rétrograde et corrompu?»15 La présence et la conscience de ce dilemme peuvent facilement devenir intolérables et susciter la tentation des esquives simplificatrices refusant l\u2019un des termes de la contradiction; l\u2019histoire et la pensée politique fournissent de nombreux exemples d\u2019une telle solution paresseuse au problème de la rencontre des cultures16.Celle-ci réclame, plus que de nobles idées appuyées sur certaines références philosophiques, un examen attentif et laborieux des conditions politiques particulières où elle s\u2019élabore toujours péniblement.C\u2019est d\u2019abord le poids relatif et l\u2019équilibre des forces politiques en présence qui retiennent l\u2019attention.Les cultures sont concrètement associées à ces forces, façonnées elles-mêmes par divers facteurs comme le pouvoir économique, l\u2019audace des individus, la cohésion des organisations communautaires et.la vitalité culturelle.La forcepolitique d\u2019un groupe culturel implique, évidemment, un certain contrôle des institutions politiques, économiques et sociales17, mais elle est indissociable d\u2019une certaine conscience collective qui fait émerger des pouvoirs symboliques.Le pouvoir politique a toujours une dimensions 15.\tAlain Touraine, «La sociologie est-elle encore l\u2019étude des sociétés?» in Les scientifiques parlent.(dir.Albert Jacquard), Hachette, Paris, 1987, p.224.16.\tParmi beaucoup d\u2019autres, Alain Finkielkraut, dans son récent essai La défaite de la pensée, Gallimard, 1987, p.65 ss., verse dans ce simplisme, sous prétexte de défendre des valeurs universelles.17.\tDans ses travaux, le sociologue torontois Raymond Breton insiste beaucoup, presque trop exclusivement, sur ce contrôle; voir, par exemple, R.Breton, J.G.Reitz et V.Valentine, Les frontières culturelles et ta cohésion du Canada, L\u2019Institut de recherches politiques, Montréal, 1981; ici, la communication interculturelle est et doit être subordonnée aux exigences de la cohésion de la société canadienne.Cette cohésion appelle, entre autres choses, «la priorité de l\u2019identité canadienne sur l\u2019identité régionale».Or, si cette primauté fait référence à quelque chose, ce ne peut être qu\u2019à une certaine culture anglo-canadienne, quels que soient les discours sur la dualité linguistique et le multiculturalisme. 604 L\u2019ACTION NATIONALE symbolique18, parce qu\u2019il présuppose et favorise, tout à la fois, une certaine maîtrise des discours, des savoirs et des arts au sein d\u2019une communauté qui les attend et les accueille.C\u2019est à mesurer la force politique des divers groupes culturels au sein d\u2019une société politique plus ou moins hétérogène qu\u2019il faut d\u2019abord s\u2019employer.Or il arrive, comme c\u2019est le cas dans la société québécoise, que la force politique ne soit pas équivalente au poids démographique et que des groupes minoritaires, pour des raisons historiques (comme la Conquête de 1760) ou économiques, possèdent des pouvoirs sans aucune proportion avec leur population.Il en résulte un déséquilibre politique, au point de vue régime démocratique, des groupes en présence, déséquilibre qui affecte fatalement les relations interculturelles.Au Québec, le groupe minoritaire d\u2019origine anglaise a depuis longtemps joui d\u2019un pouvoir politique et d\u2019un prestige social qui lui permettent non seulement d\u2019échapper à l\u2019intégration à la langue française, mais même d\u2019assimiler la majorité des immigrants19.Le jeu des relations interculturelles entre anglophones et francophones, entre francophones et allophones, s\u2019en trouve fatalement faussé.Il est impossible d\u2019instaurer des communications viables et durables entre les cultures sans rétablir, au moins conjointement, un équilibre vraiment démocratique entre les forces politiques.La reconnaissance légale et officielle (étatique) des divers groupes culturels se fait en fonction de cet équilibre démocratique et de la nécessaire unification (bien différente de l\u2019uniformisation) culturelle de toute société politique.Dans toute société politique territorialement identifiée, il y a nécessairement une langue et une culture majoritaires, celles de la majorité démocratique20.L\u2019harmonie politique dans une société «pluricultu- 18.\tMême une sociologie d\u2019allégeance marxiste, comme celle de Pierre Bourdieu, peut reconnaître la place et le rôle de ces pouvoirs symboliques; voir, en particulier, Choses dites, Éd.de Minuit, Paris, 1987.19.\tPar exemple, 70% des écoliers d\u2019origine italienne étudient dans le réseau scolaire anglophone, à Montréal.20.\tLe concept de majorité démocratique est délicat à manier.Il intègre l\u2019histoire et l\u2019origine ethnique sans s\u2019y réduire.Il présuppose une philosophie de l\u2019histoire qui refuse le fatalisme, et une philosophie du droit qui ne se limite pas aux droits de l\u2019individu. LA COMMUNICATION INTERCULTURELLE 605 relie» de fait est impossible sans la reconnaissance de cette langue et de cette culture majoritaires, et sans les mécanismes d\u2019intégration démocratique des groupes minoritaires au groupe majoritaire.La place et le rôle des diverses cultures dans une telle société ne peuvent pas être identiques.La clarification et l\u2019acceptation de cette situation sont indispensables à une saine pratique de la communication interculturelle.La croyance en l\u2019égalité politique et factuelle des langues et des cultures sur un même territoire politique engendre illusions et duperies, dans la mesure où cette pseudo-égalité conduit à accepter des mesures et à bâtir des institutions où la culture démographiquement ou socialement faible est soumise au même régime que la culture dominante et confrontée quotidiennement avec elle.Au sein de cet égalitarisme fictif, il y a nécessairement un vainqueur et un vaincu; en d\u2019autres termes, la culture minoritaire ne peut qu\u2019y perdre en affirmation de soi et en vitalité.Les Franco-Ontariens, après avoir cru que leur langue et leur culture seraient préservées et affermies dans des écoles (primaires et secondaires) bilingues où leurs enfants apprenaient très tôt l\u2019anglais, ont fini par se rendre compte que ces institutions étaient des machines d\u2019anglicisation: l\u2019égalité juridique et institutionnelle des cultures ne profitait qu\u2019à la culture anglaise, parce que tout le contexte socio-économique favorisait l\u2019anglais.Dans le cas précis d\u2019une culture démocratiquement majoritaire sur un territoire donné, mais minoritaire et fragile dans le contexte d\u2019une fédération dont elle est une partie, ou d\u2019un continent dont elle est une fraction, ou même d\u2019un univers où toute culture particulière est menacée par la massification et l\u2019uniformisation culturelles, il est indispensable que des mesures politiques, novatrices et audacieuses, viennent favoriser cette culture, pour corriger le poids des puissances dominantes et assurer la vitalité culturelle des petits pays ou petites communautés.La promotion politique du multiculturalisme est donc foncièrement ambiguë.Elle présuppose, en effet, que l\u2019équilibre démocratique des forces politiques est déjà assuré et que le projet politique ne fait qu\u2019entériner une situation sociologique satisfaisante.Or, précisément, il y a souvent, sinon toujours, un profond hiatus entre les faits sociaux et les propositions politiques.Des intentions pieuses ou aveugles peuvent cacher des des- 606 L\u2019ACTION NATIONALE seins moins avouables; la critique politique ne peut guère en décider.Elle doit avant tout révéler au grand jour les stratégies concrètes, notamment économiques, des pouvoirs culturels en présence, et les effets réels des mesures politiques, au-delà des discours politiques, simplificateurs à force de générosité naïve ou d\u2019altruisme angélique.Ces discours et les actes qu\u2019ils justifient peuvent favoriser la véritable communication interculturelle, mais à certaines conditions politiques, examinées ici brièvement; ils doivent s\u2019appuyer sur un compte rendu honnête des forces et des faiblesses des cultures en présence, et sur une conception clairement affichée de la portée et de la valeur accordées aux différences culturelles.La critique ne peut que dénoncer les législations pseudogénéreuses et les discours mystificateurs qui veulent promouvoir la communication interculturelle au nom de l\u2019humanisme abstrait ou de la culture internationale.Comme le répètent à satiété Lévi-Strauss et tous ceux qui connaissent le prix des cultures particulières, il n\u2019y a de culture internationale ou mondiale que dans la collaboration des cultures: «La civilisation mondiale ne saurait être autre chose que la coalition, à l\u2019échelle mondiale, de cultures préservant chacune son originalité21.» Le seul universalisme viable, qui ne soit pas répressif pour les cultures économiquement ou démographiquement faibles, c\u2019est la coalition culturelle, pratiquée sous le signe de l\u2019égalitarisme communicationnel, de la reconnaissance des réalités politiques concrètes, du respect des droits individuels et collectifs.21.Lévi-Strauss, op.cil., p.77. L\u2019histoire de l\u2019éducation au Québec par RICHARD LECLERC Introduction Le présent écrit sur l\u2019histoire de l\u2019écuation au Québec se veut une synthèse du développement qu\u2019a connu ce secteur angulaire de l\u2019évolution nationale du peuple québécois depuis plus de quatre siècles.Il vise à doter les étudiants, les personnes oeuvrant dans le secteur de l\u2019éducation et les citoyens s\u2019intéressant au sujet d\u2019un instrument de référence qui tout en étant modeste permet l\u2019acquisition de connaissances de base sur le système scolaire du Québec depuis ses premiers balbutiements jusqu\u2019à aujourd\u2019hui.Le travail se divise en six sections où l\u2019on exposera, section par section, une période de cette merveilleuse histoire.Chacune de ces parties cherchera à éclairer le lecteur face aux acteurs et aux structures scolaires qui ont marqué l\u2019édification du secteur de l\u2019éducation au Québec.Il est à noter que les données statistiques que l\u2019on retrouve dans le texte émanent des annuaires et rapports publiés par le Bureau de la statistique du Québec, par Statistique Canada, par le département de l\u2019Instruction publique, ainsi que par le ministère de l\u2019Éducation. 608 L\u2019ACTION NATIONALE I.Quelques arpents de neige: la Nouvelle-France (1608-1759) Attirés par cette terre promise et sous l\u2019impulsion du Roi de France qui favorise le peuplement rapide de la Nouvelle-France, les premiers colons français ont immigré dans ces territoires nouveaux dès le début du XVIIe siècle, avec l\u2019espérance de jours meilleurs.La première famille de colons à venir s\u2019installer en Nouvelle-France, Louis Hébert (1575-1627) et son épouse Marie Rollet (1590-1649), arriva à Québec en juin 1617.Néanmoins, ce n\u2019est qu\u2019à partir de 1630 qu\u2019à débuté sérieusement ce mouvement de colonisation qui donnera naissance à la civilisation française en Amérique.Rapidement la vallée du Saint-Laurent se peupla d\u2019habitants.De 3 215 individus qu\u2019ils étaient en 1665, la population coloniale augmente à 12 263 personnes en 1685, à 16 417 en 1706, à 37 716 en 1734 et à 55 009 à la veille de la Conquête par l\u2019Empire britannique.La plupart de ses arrivants étaient issus des classes populaires et moyennes de la société française; ainsi, on y retrouvait nombre de menuisiers, de maçons, de soldats, d\u2019agriculteurs et de marchands.Même si certains de ces citoyens ne savaient ni lire, ni écrire, ni calculer, en contrepartie une majorité avait reçu dans la métropole une éducation élémentaire qui leur avait fourni une formation de base en langue et en arithmétique.Les récollets avaient bien tenté, dès 1615, d\u2019établir en Nouvelle-France une institution d\u2019enseignement pour instruire et convertir à la foi chrétienne les filles et fils d\u2019Amérindiens, mais cette expérience se révéla un échec lamentable.Ce résultat peut s\u2019expliquer par les différences culturelles qui existaient entre ces peuples et les Européens, ainsi que par le nomadisme des autochtones qui empêchait toute stabilisation des effectifs scolaires.Tout au cours du régime français, l\u2019enseignement s\u2019est développé autour de quatre grandes institutions: les petites écoles (niveau élémentaire), les écoles secondaires, les maisons d\u2019éducation spécialisées et finalement, les écoles supérieures.Bien avant que la colonie ne puisse s\u2019offrir des écoles, faute d\u2019un bassin de population assez considérable, c\u2019est aux mères de famille que revenait la charge de retransmettre à leurs rejetons L\u2019HISTOIRE DE L'ÉDUCATION AU QUÉBEC 609 les connaissances fondamentales qu\u2019ils auraient reçues en France dans les maisons dévouées à cette œuvre.Malheureusement, ce n\u2019est pas avant l\u2019automne 1635 qu\u2019est instituée à Québec par les jésuites (Compagnie de Jésus) la première école élémentaire et par le fait même l\u2019ancêtre des institutions d\u2019enseignement nord-américaines (en effet, le collège Harvard n\u2019est créé aux États-Unis qu\u2019un an plus tard).L\u2019objectif premier de l\u2019institution était de pourvoir à l\u2019instruction des enfants d\u2019habitants qui se faisaient de plus en plus nombreux en Nouvelle-France.Par ailleurs, elle constituait une force d\u2019attraction pour amener et établir dans la colonie de nouvelles familles pionnières.Une vingtaine de garçons assistent aux premières leçons dispensées dans cette école réclamée tant par les religieux que par les parents soucieux de voir leurs enfants recevoir une instruction similaire à celle qui était alors dispensée dans la métropole.De telles initiatives furent reprises à Montréal, où les sulpiciens et les frères Charon fondèrent, en 1666 puis en 1694, des institutions de niveau primaire.Dans les décennies qui ont suivi, pas moins d\u2019une trentaine de petites écoles sont ouvertes, sous la bienveillance de communautés religieuses qui venaient en Nouvelle-France prêcher la Bonne Nouvelle.11 y a également des laïques, comme le notaire Séverin Ameau (1620-1715), qui participent à cette aventure en terre d Amérique par l\u2019établissement, en 1652, du premier cours destiné aux garçons de Trois-Rivières.Parallèlement à l\u2019œuvre des membres de la Compagnie de Jésus, les religieuses ursulines mettent sur pied à Québec, en 1639, une institution d\u2019enseignement destinée aux jeunes filles.Cette initiative est suivie par la sœur Marguerite Bourgeois (1620-1700), fondatrice de la congrégation Notre-Dame, qui a établi des écoles similaires à Montréal dès 1657 (en raison du peu d\u2019enfants qui y résidaient on y a admis des garçons jusqu\u2019à la fondation en 1666 d\u2019une institution pour ceux-ci) et à Trois-Rivières vers 1664.L\u2019éducation des jeunes filles se limite généralement à ces petites écoles, ces filles n\u2019ayant pas accès aux maisons d\u2019enseignement supérieures dédiées aux garçons.Toutefois, elles peu- 610 I.\u2019ACTION NATIONALE vent poursuivre dans certaines écoles ménagères localisées dans les municipalités de Montréal, Québec et à Pile d\u2019Orléans, des études qui les initient aux travaux de la maison.Signalons que tout au long du régime français, la Vieille capitale a été pourvue avant Montréal d\u2019institutions scolaires.Ainsi, elle occupa pendant plusieurs décennies le rôle de centre intellectuel de la colonie, en raison de son poids démographique plus important et de la fonction qui lui fut attribuée en tant que capitale politique, économique et religieuse de la Nouvelle-France.De par sa situation géographique et son accessibilité, par voie tant terrestre que fluviale, le site de Québec fut plusieurs années, avant l\u2019arrivée sur les rives du Saint-Laurent des premiers explorateurs européens, le lieu de contact et de troc des autochtones.À l\u2019aube de l\u2019établissement de la colonie française, Québec deviendra une plaque tournante des échanges entre l\u2019ancien et le nouveau continent.Au XVIIe siècle, la ville devient le centre de distribution des produits, ainsi que le point d\u2019embarquement des fourrures destinées à l\u2019Europe.Par ailleurs, une raison additionnelle explique l\u2019importance que prend la Vieille capitale face à Montréal.En amont de Québec, le lit du fleuve Saint-Laurent se rétrécit d\u2019une façon appréciable.Dans la région du lac Saint-Pierre, l\u2019on note la présence de nombreuses petites îles, d\u2019alluvions sableuses et de fonds marins peu profonds.Faute de dragages (ce qui fut réalisé à partir du milieu du XIXe siècle), ces parages demeurèrent inaccessibles aux navires à fort tirant d\u2019eau.Au début du XVIIIe siècle, dans les campagnes périphériques aux centres urbains, l\u2019on dispense des services quasi équivalents à ce qui se fait dans les trois principaux centres urbains.Malheureusement, en milieu rural éloigné, faute d\u2019écoles, les enfants ne peuvent pas tous recevoir un savoir élémentaire.En raison de chemins mal entretenus, de la dispersion des populations sur le territoire et des rigueurs hivernales qui empêchent le déplacement des élèves vers l\u2019école, les autorités ne jugent pas bon de construire d\u2019institutions dans ces localités.À ces barrières physiques s\u2019ajoute l\u2019indifférence des parents face à l\u2019instruction de leurs rejetons et à la volonté du clergé de ne pas détour- L\u2019HISTOIRE DE L\u2019ÉDUCATION AU QUÉBEC 611 ner les braves fils d\u2019agriculteurs des vertus de la terre.Pour les autorités religieuses et royales, la fréquentation scolaire en zone rurale est perçue comme un dangereux instrument qui détourne la progéniture campagnarde des travaux agricoles et aurait pour effet de susciter chez eux un rejet des valeurs terriennes, base du développement de la Nouvelle-France.Malgré tout, ces régions isolées sont visitées occasionnellement par des maîtres ambulants qui dispensent d\u2019une paroisse à une autre des enseignents élémentaires et superficiels à la jeune population.Dans les petites écoles, les programmes scolaires sont plutôt dépouillés.Généralement, les instituteurs se contentent d\u2019inculquer aux écoliers des rudiments d\u2019arithmétique, de lecture et d\u2019écriture, sans plus.Quant aux jeunes filles, elle sont soumises aux mêmes apprentissages, en plus de devoir suivre certains cours d\u2019arts ménagers où on les initie aux travaux familiaux et domestiques.Dans ces écoles, aucun cours d\u2019histoire ou de géographie n\u2019est dispensé et les leçons de religion occupent une partie importante de l\u2019horaire quotidien de ces élèves.L\u2019objectif premier du cours primaire est bien plus de former de bons citoyens catholiques aux mœurs exemplaires que de les préparer aux études avancées.Dans un tel contexte, toutes les matières servent à transmettre les valeurs chrétiennes aux enfants, par exemple l'apprentissage de la lecture se faisant au moyen de textes dévots.Les connaissances acquises y sont plutôt sommaires, étant donné la durée réduite des études, qui se limitent généralement à deux ans pour les hommes et à quelques années supplémentaires pour les femmes, qui doivent assimiler les travaux ménagers.Pour la plupart des enfants, la petite école est la phase terminale de leurs études.Cependant, dans le dessein de former une élite autochtone, on inaugure en 1655 à Québec le collège des jésuites, qui est une école secondaire où l\u2019on dispense le cours classique.Institution de prestige, elle se compare aux meilleures écoles supérieures de France.Pour les plus talentueux des moins fortunés on institue un programme de bourses, le premier d\u2019ailleurs en Amérique du Nord.Ce plan a pour fonction d\u2019assurer la subsistance et la pension de ces écoliers afin qu\u2019ils puissent poursuivre des études supérieures. 612 L\u2019ACTION NATIONALE Le cours secondaire permet aux élèves de s\u2019orienter soit vers les classes de lettres, soit vers les sciences.Le jeune qui se dirige vers la première option est soumis à l\u2019apprentissage de la grammaire, du latin, du grec, de la rhétorique et des sciences humaines, comme la géographie et l\u2019histoire.On y étudie les grands classiques, tels Virgile et Cicéron.Quant à ceux qui ont opté pour les sciences, on les initie à la philosophie, à la physique et aux mathématiques.Fait intéressant à noter, l\u2019usage du français était interdit dans les classes de lettres, car les cours s\u2019y donnaient uniquement en latin, tandis que les cours de sciences pures étaient dispensés dans la langue de Molière.À une certaine époque, afin d\u2019y attirer les autochtones, des cours furent donnés en langues huronne et algonquine.Destiné uniquement aux garçons, le collège des jésuites fut la seule institution de Nouvelle-France à dispenser un cours classique complet durant tout le régime français.Ses diplômés, fort peu nombreux, se dirigeaient généralement après leurs études vers les professions libérales, militaires ou devenaient marchands dans la colonie.Afin d\u2019assurer l\u2019organisation d\u2019une communauté ecclésiastique locale, monseigneur François de Montmorency-Laval (1623-1708), premier évêque de Québec, travaille ardemment, avec la bienveillance du pape et du roi de France, à la création du séminaire de Québec dont la vocation est de former des ministres du culte.Institué à Paris par acte le 26 mars 1663, la nouvelle institution à but vocationnel accueillit ses treize premiers novices en octobre 1668 (à cette époque, en raison des travaux agricoles, les vacances estivales s\u2019échelonnaient de la mi-août au début d\u2019octobre).Différent du cours classique, l\u2019enseignement dispensé par le séminaire permet la formation d\u2019aspirants à la prêtrise.Ils y sont généralement admis dès l\u2019âge de dix ans, afin d\u2019être initiés aux valeurs religieuses, spirituelles, ainsi qu\u2019au chant et à la prière.Soucieux dans un premier temps de fournir une formule de rechange à ceux qui n\u2019ont pas les aptitudes pour accéder à la carrière ecclésiastique ou aux professions libérales, et dans un second temps en vue de former des artisans et des hommes de L\u2019HISTOIRE DE L\u2019ÉDUCATION AU QUÉBEC 613 métiers locaux, on fonde des institutions spécialisées, véritables ancêtres des instituts techniques contemporains.S\u2019insérant entre les niveaux élémentaire et secondaire, de telles maisons d\u2019enseignement sont ouvertes à Montréal, à Québec et dans le village de Saint-Joachim, petite communauté située à environ 40 kilomètres à l\u2019est de Québec.Ainsi, on assiste à la création de trois écoles des arts et métiers, une à Québec et une à Saint-Joachim, créées toutes deux en 1668 à l\u2019initiative du séminaire de Québec, et une à Montréal sous la direction des frères Charon, qui entra en fonction dès 1694.Ces maisons étaient des institutions prédestinées pour ceux qui désiraient acquérir des connaissances en sculpture, en menuiserie, en maçonnerie, en coordonnerie ou dans d\u2019autres emplois manuels.À ces écoles s\u2019ajoute au Cap Tourmente (près de Saint-Joachim) une ferme modèle exploitée par et sur les terres du séminaire de Québec, qui offre aux fils d\u2019agriculteurs une initiation aux métiers de la terre.Quant à la première école coloniale supérieure, elle est inaugurée à Québec en 1671, à l\u2019instigation de la Compagnie de Jésus.Appelée l\u2019école de Mathématiques et d\u2019Hydrographie, elle sera suivie, deux décennies plus tard, par la naissance dans la future métropole du Québec et sous la direction des frères Charon d\u2019une académie poursuivant des buts identiques.Les écoles de mathématiques et d\u2019hydrographie sises à Québec et à Montréal dispensent, comme leur nom l\u2019indique, des cours d\u2019hydrographie et de mathématiques dans le dessein d\u2019instruire dans les techniques des hommes, dont la Nouvelle-France a besoin pour assurer son développement économique et territorial.Arpenteurs, cartographes, explorateurs et officiers de marine étaient des hommes aux carrières prometteuses et stratégiques pour la colonie que l\u2019on formait dans ces maisons spécialisées.Excellentes pour le savoir qu\u2019elles propagent et par les maîtres qui y tiennent chaire, ces institutions firent marques, leurs œuvres étant même reconnues outre-Atlantique.Il est à noter que seuls les jeunes qui se dirigeaient vers la prêtrise pouvaient effectuer l\u2019ensemble de leurs études supérieures en Nouvelle-France.Cette situation n\u2019était point le cas 614 L\u2019ACTION NATIONALE pour ceux qui désiraient poursuivre un cours en notariat ou en médecine.En effet, ils devaient soit aller dans la mère-patrie pour approfondir ces matières, soit devenir apprentis avec un membre de la profession et apprendre le métier sur le tas.Tout au long du Régime français, le secteur scolaire a relevé essentiellement des instances ecclésiastiques qui exerçait un contrôle total sur les orientations et le fonctionnement des premières institutions scolaires en terre américaine.Marqué par une inexistance de structures administratives et organisationnelles, c\u2019est à l\u2019évêque de la colonie que revenait la pleine souveraineté en matière d\u2019éducation.En vertu des pouvoirs qui lui étaient conférés par l\u2019autorité papale, il approuvait la construction de nouvelles écoles, embauchait les instituteurs et définissait les programmes d\u2019enseignement.Les seules interventions étatiques de l\u2019époque concernent les subsides en numéraire ou en lopins de terre que le roi de France octroie de façon irrégulière au clergé afin qu\u2019il puisse s\u2019acquitter de ses obligations envers la population.Le rôle du gouverneur de Nouvelle-France, qui est le représentant politique de la royauté sur ces possessions nouvelles, en est un avant tout de support et de conseil auprès de l\u2019Église pour les questions scolaires.Il intervient uniquement pour s\u2019assurer que les maîtres disposent des permis nécessaires pour pratiquer leur profession et que ceux-ci n\u2019enseignent qu\u2019à des personnes du même sexe.Ce non-interventionnisme, pratique conforme à ce qui prévaut alors dans la mère-patrie et dans les nations de foi catholique, coïncide avec l\u2019émergence du pouvoir religieux en Europe.Affaire strictement de ressort privé, l\u2019éducation relève de la famille et des autorités ecclésiastiques qui reçoivent le support moral et financier de l\u2019État pour mener à ses fins cette tâche.Fait intéressant à souligner, l\u2019accès à l\u2019ensemble des institutions d\u2019enseignement est gratuit: seuls les coûts inhérents au pensionnat sont à la charge des parents.L\u2019enseignement qui fut dispensé dans ces institutions se comparait admirablement à ce qui se faisait en France à la même époque.Tout comme les maîtres, les programmes, manuels scolaires et méthodes pédagogiques étaient importés d\u2019outre-Atlantique.Les éducateurs avaient à leur disposition un petit L\u2019HISTOIRE DE L\u2019ÉDUCATION AU QUÉBEC 615 ouvrage intitulé L\u2019école paroissiale ou la manière de bien instruire les enfants des petites écoles, rédigé à Paris en 1654 par le pédagogue Pierre Targa.Fort complet, ce recueil pédagogique, le premier sûrement à avoir été utilisé en Amérique du Nord, renseigne le maître sur les qualités qu\u2019il doit posséder pour pratiquer sa profession, sur les notions religieuses qu\u2019il est nécessaire de transmettre dans ses classes et sur les méthodes qu\u2019il doit employer pour rétrocéder son savoir aux jeunes écoliers.Tout au cours du régime français, c\u2019est aux membres des communautés religieuses que revient la tâche de transmettre les connaissances élémentaires aux jeunes coloniaux.À ceux-ci s\u2019ajoutent certains érudits laïques, tels les notaires et les maîtres ambulants, qui exercent surtout leur profession dans les régions reculées de la colonie en allant d\u2019une paroisse à une autre pour dispenser leur savoir.Pour exercer le métier, ces derniers devaient détenir une autorisation du gouverneur certifiant leurs compétences en matière d\u2019enseignement et ainsi faire preuve de leur moralité exemplaire.Cette période, nonobstant les doutes soulevés par certains historiens quant à la réelle volonté des autorités religieuses et royales de favoriser une éducation de qualité pour tous les Néo-trançais, fut malgré tout l\u2019occasion de jeter les premières bases qui menèrent à l\u2019édification du système scolaire québécois.Ainsi, à la fin du Régime français, la moitié des hommes et plus du tiers des femmes de Québec et de Montréal, qui sont alors les deux principaux centres urbains de la colonie, sont réputés alphabétisés, tandis que ces niveaux ne dépassent guère quinze pour cent dans les régions rurales.En dépit des humbles ressources pédagogiques dont disposait la colonie, on a su établir des institutions spécialisées et supérieures dotées de qualités comparables à celles qui existaient dans la mère-patrie.L\u2019école de Mathématiques et d\u2019Hydrogra-phie de Québec en est à elle seule un excellent exemple. En marge de l\u2019actualité nationale par ROSAIRE MORIN Le peuple sans nom Dans La Presse du 25 juin, Lysiane Gagnon parle des idéologies «fondues comme neige au soleil».Elle termine son article en posant plusieurs questions.Nous les reproduisons à l\u2019intention de nos lecteurs et nous publierons dans cette chronique les réponses que nous recevrons.Voici les questions de madame Gagnon: «Dites-moi: quel est au juste le nom du peuple que l\u2019on célèbre, le 24 juin?» «Québécois?Un Québécois est un résidant du Québec.Point.Le terme inclut tous ceux qui y habitent, immigrants de fraîche date ou anglophones de vieille \u2018souche\u2019.» «Canadiens français?L\u2019expression est tombée en désuétude, sauf si elle est appliquée aux minorités françaises hors Québec.Elle pourrait d\u2019ailleurs désigner les Canadiens immigrés de France.» «Canadiens-Français avec un trait d\u2019union?L\u2019ambiguïté est moindre, mais laisse tomber la référence du Québec, foyer principal de la francophonie canadienne.» «Québécois francophone?L\u2019expression désigne ceux qui parlent français, et inclut donc les gens d\u2019origine libanaise, wal- EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 617 lone ou haïtienne, et même, si l\u2019on respecte l\u2019étymologie, ceux pour qui le français n\u2019est pas une langue seconde.La Reine d\u2019Angleterre est francophone.» «Franco-Québécois?Ça sonne \u2018minoritaire\u2019, comme Franco-Manitobain, Franco-Américain.» «Faudrait-il dire Québécois de langue française de vieille souche?Un peu longuet, non?Et que fait-on alors des 100 000 Ontariens qui viennent de la même souche, même s\u2019ils achètent leur vin à la OLB plutôt qu\u2019à la SAQ?On va les appeler comment, ceux-là?Y a-t-il une culture québécoise qui inclurait les Turcs et les Tamouls, mais exclurait d\u2019office la francophonie ontarienne et acadienne qui a les mêmes racines et vit en français?Et si le Québec n\u2019est pas une mosaïque, s\u2019il y a ici une culture dominante, n\u2019est-ce pas celle qui vient de la vieille souche française?Si oui, comment doit-on désigner ses descendants?» «D\u2019où venons-nous?De Nouvelle-France.Où allons-nous?Dans toutes les directions, c\u2019est-à-dire nulle part.Qui sommes-nous?Comment savoir?Ce qui n\u2019est pas nommé existe-t-il?» La réponse à ces questions vous appartient.J\u2019espère vous lire sur ce sujet si important de notre identité nationale.108 000 jeunes chômeurs Au Québec, en 1987, les jeunes de 14-25 ans représentent 33% des chômeurs et 20% de la population.Le taux de chômage de ce groupe d\u2019âge s\u2019élevait à 14,9%.Il est plus élevé que dans la plupart des pays industrialisés.Mais ces données ne donnent pas une image exacte de la réalité.La situation du travail chez les jeunes est plus tragique que l\u2019indice du chômage.Le tiers des 15-24 occupent des emplois à temps partiel; un grand nombre d\u2019entre eux sont relégués au travail au noir ou à la pige.En outre, la statistique ne tient pas compte des jeunes qui retournent aux études parce qu\u2019ils ont été incapables de se trouver un emploi.Enfin, aux chiffres officiels, il importe d\u2019ajouter les milliers de jeunes chômeurs désabusés qui ne cherchent plus de travail.Cette situation persiste.Elle s\u2019éternise.La société des adultes est incapable de réaliser l\u2019insertion sociale et professionnelle 618 L\u2019ACTION NATIONALE des jeunes.Pourtant, cette intégration serait bénéfique et profitable.Elle aboutirait à la répartition des richesses.mieux que tous les programmes de sécurité sociale.Les beaux discours n\u2019empêchent pas les jeunes chômeurs de devenir trop souvent des assistés sociaux.Le suicide chez les jeunes Le congrès de l\u2019American Psychiatrie Association réunissait à Montréal 6 000 médecins psychiatres.Dans le cadre de ses assises, le dr Gaston Harnois, directeur de l\u2019hôpital Douglas, révélait que le nombre des suicides chez les adolescents du Québec se situe aux premiers rangs des pays du monde et qu\u2019il continue d\u2019augmenter.Le dr Harnois établit le taux de suicide à 36 par 100 000 chez les jeunes Québécois.Il recommande l\u2019organisation d\u2019une campagne de prévention dans les institutions scolaires.L\u2019expérience a démontré les effets bénéfiques d\u2019une telle initiative.Les jeunes qui songent à s\u2019enlever la vie ne se confient pas aux professionnels de la santé.Ils parlent plutôt de leurs desseins avec leurs camarades qui ne prennent pas au sérieux les intentions exprimées, d\u2019où la nécessité de faire prendre conscience au milieu du phénomène dépressif.Le tiers des pauvres du Canada sont québécois Selon le recensement de 1986, le Québec compte 285 100 familles qui vivent sous le seuil de la pauvreté, soit 33,5% du total canadien, alors que nous ne comptons que pour 24% de la population.Depuis 1981, le nombre de familles québécoises qui vivent sous le seuil de la pauvreté a augmenté de 12,5%, alors qu\u2019il baissait de 6% en Ontario.À l\u2019échelle nationale, le Québec est passé du cinquième rang en 1970 au huitième rang en 1985 pour le revenu familial moyen.L\u2019Ontario se classait au premier rang, devant l\u2019Alberta et le Yukon.La situation des personnes seules est assez pénible; en ce groupe, le taux de pauvreté atteint la proportion de 44,6% au Québec, à comparer avec les 28,3% de l\u2019Ontario. EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 619 Les jeunes comptent la plus forte proportion de membres qui vivent dans un milieu à très faible revenu.En 1985, un jeune sur cinq vit dans la pauvreté et ce n\u2019est pas le libre-échange qui améliorera leurs conditions de vie.Les chantiers de Montréal Montréal se développe sans plan, selon les intérêts financiers des grandes entreprises.Un nombre considérable d\u2019études ont été réalisées.Cent fois, la ville s\u2019est comparée à Toronto.On se concerte.On parle de relance.Puis, un bon matin, cinq, dix, quinze grandes entreprises décident d\u2019élever un gratte-ciel au centre-ville.Les stratèges sont heureux et le maire aussi.Mais, le fond des problèmes demeure.L\u2019île de Montréal manque d\u2019équipements industriels de qualité.Les entreprises québécoises, canadiennes et étrangères s\u2019établissent dans la banlieue de Montréal ou dans la région de Toronto.Nous n\u2019avons pas, nous ne pouvons donc pas offrir, d\u2019installations et de services de qualité pour de nouvelles industries ou pour des entreprises en expansion.Pourtant, nous comptons plusieurs emplacements susceptibles d\u2019aménagement pour des équipements industriels.L\u2019établissement de grands parcs industriels et la modernisation des aires existantes coûteraient quelque 250 millionsS que personne n\u2019investit.Aussi longtemps que ces projets ne se concrétisent pas, les entreprises s\u2019établissent ailleurs.Des projets culturels prioritaires trament aussi en longueur.Une douzaine d\u2019équipements culturels sont l\u2019objet d\u2019analyse, de spéculations et de tergiversation depuis des années.À titre d\u2019exemple, les premières pelletées de terre de la salle des concerts ont même été effectuées par le maire Drapeau.Mais rien ne se décide.Les querelles de clochers, la vanité des hommes et les conflits d\u2019intérêts retardent le début des travaux.Il se peut aussi que la volonté politique d\u2019investir quelque 300 millionsS en immobilisations culturelles n\u2019existe pas.même si elle doit concéder certaines largesses à l\u2019approche des élections.Mais, en attendant les vraies décisions, les Montréalais n\u2019ont pas structuré de programme d\u2019ensemble qui relie les installations, les espaces et les œuvres d\u2019art.Les aménagements majeurs d\u2019art 620 L\u2019ACTION NATIONALE public sont compromis pour un long temps, à moins d\u2019un réveil soudain.D\u2019autres interventions sont requises.Citons, entre autres, l\u2019infrastructure routière de la région, l\u2019amélioration et, le cas échéant, la création d\u2019espaces publics, la démolition des taudis de certains quartiers et leur remplacement par des constructions appropriées, le réaménagement du Vieux-Port, etc.Mais, pour entreprendre de tels chantiers, il faudrait croire aux retombées des investissements et à l\u2019avenir.Les miettes au Québec Le Conseil de la science et de la technologie du Québec rendait récemment public un document d\u2019une centaine de pages qui analysait les contrats adjugés par les divers ministères fédéraux dans les domaines de la science et de la technologie.Quelque 250 millionsS sont versés chaque année aux universités et au secteur privé.Le CSTQ révélait que le Québec reçoit une part de contrats de science et de technologie nettement inférieure à sa capacité de recherche et de développement.Lors des trois premières années du programme, de 1973 à 1976, les résultats étaient satisfaisants pour le Québec.La part des contrats obtenus par les fournisseurs québécois représentaient une moyenne de 24,4% du total canadien.Mais de 1976 à 1985, le Québec a été oublié, plus souvent qu\u2019à son tour.Pour cette période, la moyenne des contrats octroyés au Québec s\u2019est chiffrée à 18,3% du total canadien.Dans les trois dernières années, la situation s\u2019est davantage détériorée.Le Québec recevait à peine 10% des contrats scientifiques et techniques accordés par le gouvernement fédéral dans le cadre de sa politique d\u2019impartition.L\u2019application de semblables politiques explique que le gouvernement fédéral ait dû dépenser 975 000$, plus 140 000$ venant de sept commanditaires dont quatre sont des filiales américaines, pour célébrer les festivités du 1er juillet. EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 621 Un drôle de parlement Pour lier le Québec à la Confédération, les premiers ministres du Canada et des provinces ne consultent pas la population.Pour établir le libre-échange entre le Canada et les États-Unis, le premier ministre du Canada ne consulte pas la population.La souveraineté du peuple en prend son coup.Sur l\u2019avortement, sujet capital qui nécessite une législation, voilà que monsieur Mulroney, avec son petit sourire habituel, marche sur la pointe des pieds et, avec grande précaution, consulte son Parlement.11 présente un projet de résolution paradoxale et insoutenable et il propose à la fois un changement important à la procédure parlementaire.La résolution présentée préparerait un projet de loi sur l\u2019avortement.Elle est introduite par un rappel au jugement de la Cour suprême qui décrétait que l\u2019avortement ne devait plus être jugé comme un crime.Une partie de la résolution reconnaît le droit à l\u2019avortement dans les premières semaines de la grossesse, à certaines conditions.Deux amendements sont aussi insérés qui se contredisent l\u2019un l\u2019autre.Jamais pareil projet n\u2019a été présenté au Parlement du Canada.Le gouvernement est incapable d\u2019élaborer un projet de loi répondant aux circonstances et aux besoins de la société.Il soumet une résolution nébuleuse et même contradictoire en ses éléments pour obtenir, par un vote libre, l\u2019opinion des députés.Le Parlement n\u2019est plus le lieu de la législation.Habitué comme il est à commander des sondages, plus de 1 000 en 4 ans, le gouvernement aurait pu demander à une maison spécialisée de recueillir les idées et les tendances des députés.On a préféré une mini-consultation, mais on abroge les règles de procédure de la Chambre des Communes.Sur la résolution, aucun amendement ne sera accepté.Dans un tel contexte, 1 Opposition n existe plus.La façon de procéder est cavalière et antiparlementaire.Elle brise la tradition établie à la Chambre des Communes.Elle constitue un précédent dangereux qui ouvre la voie à des abus d autorité, salle d\u2019attente des autocrates et des despotes. 622 L\u2019ACTION NATIONALE Le Lac Meech est contaminé Le 7 décembre 1987, le gouvernement de l\u2019Alberta ratifiait l\u2019Accord constitutionnel que les onze premiers ministres du Canada et des provinces avaient précédemment signé.Six mois plus tard, le même gouvernement ne respecte pas sa signature.Il vient de déposer à son Assemblée législative un projet de loi diamétralement opposé à l\u2019esprit et à la lettre de l\u2019entente du Lac Meech.Le projet stipule que «l\u2019anglais est la langue des lois de l\u2019Alberta».11 nie les droits historiques de 50 000 francophones.Le ministre James Horsman vient d\u2019invoquer le droit à la différence culturelle pour justifier la loi linguistique que les députés s\u2019apprêtent à voter.Edmonton entend décréter qu\u2019aucune loi ni règlement ne seront traduits.Toutefois, douce consolation, en souvenir de l\u2019affaire Piquette, un député pourra s\u2019exprimer en français et le Journal des Débats sera publié dans les deux langues, sans traduction.Résultat: une page sur 10 000 sera publiée en français.Voilà une interprétation inique et odieuse de l\u2019engagement pris au Lac Meech de protéger «l\u2019existence de ses collectivités de langue française».En route vers le multiculturalisme, le gouvernement conservateur d\u2019Edmonton permettra l\u2019usage d\u2019autres langues à l\u2019Assemblée législative.Il demandera à Ottawa de payer la note des traducteurs, lorsque des accusés exigeront de subir un procès dans leur langue.Évidemment, les Québécois paieront une partie de la note par le biais de l\u2019impôt fédéral.Le procureur général a aussi annoncé une nouvelle Loi scolaire.Le gouvernement offrira «aux étudiants la possibilité d\u2019apprendre le français et un nombre sans précédent de langues, y compris les langues autochtones, l\u2019ukrainien, l\u2019allemand, 1 italien, l\u2019hébreu, le chinois et d\u2019autres encore», mais les immigrants qui s\u2019installeront en Alberta seront encouragés à apprendre l\u2019anglais seulement.Ces orientations sont décidées, selon le ministre Horsman, «pour être à l\u2019image du vaste patrimoine culturel de l\u2019Alberta».Ainsi, Edmonton interprète le droit des francophones à recevoir l\u2019enseignement dans leur langue.L\u2019histoire se répète.De 1905 à 1988, l\u2019Alberta et la Saskatchewan n\u2019ont pas respecté les droits du français.C est la Cour suprême qui prononçait ce jugement, en février dernier.La Cour EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 623 a jugé que la loi sur les Territoires du Nord-Ouest aurait dû s\u2019appliquer dans ces deux provinces dès leur création.Cette loi prévoyait l\u2019utilisation du français et de l\u2019anglais à l\u2019Assemblée législative et devant les tribunaux de ces deux provinces.Pour se conformer à la décision de la Cour suprême, l\u2019Alberta qui a méconnu les droits du français pendant 83 ans exprime avec arrogance un mépris invraisemblable à l\u2019égard des francophones.L\u2019attitude et le comportement du gouvernement albertain démontre la fragilité, la faiblesse et la futilité de l\u2019accord du Lac Meech.Déjà, deux provinces, la Saskatchewan et l\u2019Alberta, ont adopté des positions contraires à l\u2019entente qu\u2019elles avaient acceptée.Dans ces deux provinces, l\u2019égalité juridique et pratique des francophones n\u2019est pas reconnue, pas plus d\u2019ailleurs qu\u2019elle ne l\u2019est au Manitoba, en Colombie britannique, à Terre-Neuve et en Nouvelle-Écosse.Le Canada est un pays constitutionnellement bilingue au Québec et unilingue dans la plupart des autres provinces.Est-il encore possible de croire à la loyauté de partenaires qui ne respectent pas leur signature?La loi sur les langues officielles Le gouvernement de monsieur Mulroney aura adopté le projet de loi C-72 sur les langues officielles, lorsque vous lirez ce commentaire.Les «dinosaures» du PC n\u2019ont pu discuter de leurs 135 amendements.D\u2019ailleurs, certaines de leurs revendications frisaient le ridicule.À titre d\u2019exemple, citons la réclamation du député de Simcoe-Sud, Ron Stewart.Ce député demandait au gouvernement de modifier le projet de loi afin d\u2019obliger les institutions fédérales à offrir activement leurs services en anglais et en français au Québec, en dépit des dispositions de la Loi 101.Ce bonhomme n a rien compris.et il sera certes réélu aux prochaines élections.Pour sa part, le député de Fundy-Royal, Bob Corbett, exigeait un amendement qui ferait de l\u2019anglais la langue de travail dans les institutions fédérales du Canada, y compris dans la région de la capitale nationale, et qui réclamait que le français devienne la langue du travail dans les institutions fédérales du 624 L'ACTION NATIONALE Québec.Au fond, malgré son incompréhension totale de la dualité canadienne, il est peut-être le député qui a compris le pourquoi de la Loi 101.Quoi qu\u2019il en soit, et malgré l\u2019appui des partis politiques, le projet demeure inacceptable pour le Québec.11 contredit l\u2019accord constitutionnel du Lac Meech.il représente une ingérence intolérable dans les compétences de l\u2019Assemblée nationale du Québec.Le projet est la négation même du caractère distinct de la société québécoise.Il prévoit que les deux langues officielles devraient être traitées de la même manière partout au pays.La position qui favorise ainsi l\u2019égalité de statut des deux langues officielles correspond dans les faits à promouvoir la langue anglaise au Québec, sans protéger concrètement la langue française, ni au Québec, ni dans les autres provinces.Les nouvelles lois linguistiques de la Saskatchewan et de l\u2019Alberta sont nettement significatives.Pourtant, dans la mer anglophone du Nord-Amérique, c\u2019est la langue française qui est menacée.Par surcroît, cette loi représente une ingérence inadmissible dans la juridiction du gouvernement du Québec.Au nom de l\u2019unité nationale, le fédéral interviendrait désormais pour promouvoir le bilinguisme dans les services provinciaux, dans les municipalités, voire dans les entreprises.Il pourrait encourager les associations, les organisations et les organismes bénévoles à fournir leurs services en français et en anglais.De tels objectifs sont inconciliables avec les orientations du gouvernement du Québec qui a déjà décrété que le français est la langue de l\u2019État et du travail.Naturellement, le gouvernement de monsieur Bou-rassa n\u2019a pas réclamé les modifications qui s\u2019imposaient.Il s\u2019est satisfait d\u2019une entente-cadre dont nous ne connaissons ni le cadre, ni le contenu.De toute façon, une telle entente reconnaît l\u2019ingérence du Fédéral dans une compétence exclusivement provinciale.Devant une loi contraire aux aspirations du Québec français, comment se fait-il que nos sociétés nationales n\u2019aient pas sonné l\u2019alerte pour réveiller monsieur Bourassa?La langue française au Canada Le recensement de 1986 situe la position du français.Notre langue agonise dans toutes les provinces, à l\u2019exception du Qué- EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 625 bec et du Nouveau-Brunswick.Depuis le début du siècle, la proportion des francophones n\u2019a cessé de diminuer au Canada.La décroissance s\u2019est accentuée au cours des 30 dernières années.Dans l\u2019ensemble du pays, 24% de la population parle le français à la maison; en 1974, la proportion était de 25,7%.Le recul est considérable.Mais la situation hors Québec est plus tragique.Dans les autres provinces, 5% de la population déclaraient que le français était leur langue maternelle, mais 3,6% seulement affirment parler le français à la maison.À l\u2019Ouest de l\u2019Outaouais, le processus de l\u2019assimilation semble irréversible.À titre d\u2019exemple, rappelons qu\u2019en Saskatchewan 8 980 personnes parlent le français à la maison sur 23 726 Fransaskois.Les bonnes intentions de monsieur Mulroney avec son bill C-72 sont comparables à l\u2019action du prêtre qui donne l\u2019Extrême-Orient à un agonisant.Par contre, le rayonnement de la langue anglaise brille de tous ses éclats.Malgré le fait que nombre d\u2019immigrants ne parlent ni français ni anglais, la proportion de personnes qui parlent l\u2019anglais augmente légèrement; elle est passée de 88,2% à 88,6% en 1986.La langue française au Québec Au Québec, la langue française progresse lentement, en dépit du fait que 70% des immigrants adoptent la langue anglaise.En 1986, 82,8% des Québécois parlent le français à la maison, même si cette proportion n\u2019est que de 66,9% dans la grande région de Montréal.L\u2019augmentation est légère, si elle est comparée à 1981, alors que 82,5% parlaient le français à la maison.10% des Québécois déclarent que l\u2019anglais est leur langue maternelle, mais plus de 12% des citoyens disent parler l\u2019anglais à la maison.On se rend ici compte que la majorité des Néo-Québécois s\u2019intégrent au milieu anglophone.À peine 30% d\u2019entre eux choisissent la langue française.Il va de soi que le Québec compte la plus forte proportion de bilingues au Canada.34,5% des Québécois sont bilingues, un sur trois.Dans 20 ans, il n\u2019est pas imbécile de croire que la moitié des Québécois seront bilingues.Pour l\u2019ensemble du pays, 626 L\u2019ACTION NATIONALE la proportion est de 16,2% et 4 Franco-Canadiens sur 5 se déclarent bilingues.Hors le Canada français, on retrouve un anglophone bilingue sur 22 anglophones unilingues.Monsieur Mulro-ney, avec son projet C-72, nous fait penser à Don Quichotte et à ses châteaux.Alliance Québec, la chanceuse Le gouvernement du Québec défend la Loi 101 devant la Cour suprême.Il finance aussi la contestation de la même Loi devant la même Cour.Il a en effet versé la somme de 34 000$ à Alliance Québec qui demandait récemment que le français ne soit plus obligatoire pour être engagé dans la police de Montréal.La demande est moins radicale que celle de Gurud-wara Sahib Quebec qui réclamait l\u2019embauche de policiers ne maîtrisant pas la langue française et portant le turban, la barbe et un couteau, selon la coutume sikh.Mais revenons à nos moutons.Le gouvernement du Québec a défrayé les honoraires de deux avocats réputés qui travaillent à 100$ l\u2019heure pour contester une loi démocratiquement adoptée par l\u2019Assemblée nationale.Le geste «est très difficilement défendable», selon une déclaration de monsieur Robert Bourassa à La Presse.Il est pour le moins très inaccoutumé.Mais ce qui est plus révoltant, c\u2019est de constater que le gouvernement qui finance la défense et la contestation de la Loi n\u2019adopte pas lui-même la Loi linguistique du Québec.Par son indécision et son atermoiement, le parlement du Québec permettra qu\u2019une force fédérale, la Cour suprême, décide de notre avenir linguistique.Pourtant, les droits démocratiques fondamentaux appartiennent au peuple qui a élu pour légiférer des députés, et non des juges.Que ces représentants élus transfèrent leur autorité au pouvoir judiciaire est vraiment anormal et bizarre.Qu\u2019ils financent les contestataires de la Loi 101 est troublant et inquiétant.Mais l\u2019aspect le plus angoissant réside dans l\u2019attitude même du premier ministre, Robert Bourassa.Depuis des mois, cet homme répète subtilement, à mots couverts, que la Loi 101 met en péril les droits légitimes et démocratiques des anglophones du EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 627 Québec.Il regrette l\u2019existence à Montréal d\u2019un problème linguistique.Il veut faire disparaître les irritants.Ce discours est irritant.La douce France Louis-Michel Morris est conseiller commercial de la France à Toronto.Dans Le Devoir du 25 juin, Michel Vastel reproduit des extraits d\u2019un document de 21 pages que monsieur Morris a distribué à la salle de presse fournie par le gouvernement français au Canada, lors du Sommet de Toronto.Voici quelques citations de ce document intitulé «L\u2019Ontario, premier marché canadien et base d\u2019implantation en Amérique du Nord»: \u2014\t«Les sociétés françaises ne tiennent pas assez compte du poids économique de l\u2019Ontario».(L\u2019affirmation est recevable.) \u2014\t«L\u2019Ontario est une base d\u2019implantation en Amérique du Nord relativement peu coûteuse par rapport à d\u2019autres localisations».(Nuancez, cher monsieur Morris.) \u2014\t«L\u2019Ontario est la base d\u2019implantation la plus avantageuse en Amérique du Nord à cause de sa position géographique».(Le conseiller de la France compare les coûts de main-d\u2019œuvre, de l\u2019énergie, de l\u2019électricité, des terrains et des bureaux à Toronto, Chicago et New York, mais ignore totalement Montréal; quelle indifférence.) \u2014 Le représentant de la France souligne la qualité de vie et la richesse de Toronto où \u2022\t«on vit mieux que dans la plupart des grandes villes américaines».(Cet homme ne connaît pas Montréal.) \u2022\t«les Chinois de Hong Kong arrivent en masse».et «plus de la moitié des immigrants au Canada s\u2019installent» à Toronto.(L\u2019argument est léger et méconnaît les raisons historiques.) \u2014 Le représentant de la France déclare en son document: \u2022\tToronto est «la première place bancaire et boursière du Canada». 628 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\tToronto sera «toujours la locomotive économique du Canada».\u2022\t«la capitale fédérale, plus de 800 000 habitants, est en Ontario».(Les frontières de l\u2019Outaouais viennent d\u2019être modifiées par la France qui nous abandonne une autre fois.) \u2022\t«les sociétés françaises du secteur de l\u2019aéronautique devraient venir davantage prospecter l\u2019Ontario, dans la perspective des compensations industrielles qui ne manqueront pas d\u2019accompagner d\u2019éventuels contrats d\u2019exportation pour la France».(M.Morris a oublié de choisir l\u2019emplacement de l\u2019Agence spatiale.) L\u2019avis le plus émouvant exprimé par monsieur Morris réside dans l\u2019affirmation qu\u2019à Toronto «il y a de nombreux conseils francophones, avocats, banquiers, agents de change, etc., avec lesquels il est facile de communiquer».Pauvre monsieur Morris! Il est aveugle et sourd.Jean-Louis Roy, à Paris, doit alerter Roucard.L\u2019homme détruira sa demeure À Toronto, 350 scientifiques et planificateurs politiques de 48 pays se sont réunis à la fin du mois de juin dans le cadre d\u2019une conférence mondiale sur «L\u2019atmosphère en évolution: implication pour la sécurité du globe».Ils se sont vite mis d\u2019accord sur la gravité du danger qui menace la planète.Après la guerre nucléaire, ils jugent que deux périls majeurs défient la race humaine: l\u2019amincissement de la couche d\u2019ozone et l\u2019accélération de l\u2019effet de serre.Plusieurs causes contribuent à la destruction de la couche d\u2019ozone.Citons, entre autres, les chlorofluoro-carbones, les oxydes d\u2019azote contenues dans les pluies acides, l\u2019utilisation massive de charbon et de combustible fossile, la hausse du méthane dégagé par les rizières et par les fumiers des animaux domestiques.Des études magistrales qui ont été présentées, il m\u2019apparaît valable d\u2019en résumer brièvement quelques-unes, en citant l\u2019auteur et le sujet principal. EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 629 \u2014\tt\u2019alerte: «Les humains doivent désormais changer leur conception du monde, sinon l\u2019humanité risque de rater le plus grand défi de son histoire».(Mme Gro Harlem Brundtland, premier ministre de Norvège.) \u2014\tle climat: L\u2019accumulation dans la troposphère de gaz carbonique, de méthane et d\u2019autres gaz plus rares bouleversera d\u2019ici 50 ans l\u2019ensemble du climat terrestre.La concentration de gaz carbonique dans la haute atmosphère devrait doubler d\u2019ici l\u2019an 2030, si les tendances actuelles se maintiennent (Dr Kenneth Hare, chancelier de l\u2019Université Trent.) \u2014\tla santé: Les États-Unis ne verraient pas seulement leurs plaines fertiles du Mid-West transformées en contrées arides, mais la santé des Américains serait sérieusement affectée par l\u2019effet de serre.Les cancers de la peau se développeront et les personnes qui s\u2019exposeront aux rayons ultraviolets subiront un affaiblissement général du système immunitaire.Pour chaque degré Celsius supplémentaire, l\u2019EPA prévoit 10 000 morts par année en raison des chaleurs torrides qui frapperaient surtout les personnes âgées.(Lester D.Grant, directeur des évaluations environnementales de l\u2019Environnement Protection Agency.) \u2014\tles pays en voie de développement: L\u2019effet de serre aurait des conséquences tragiques sur les pays en voie de développement.Le volume des pluies diminuerait de 25%.(Jaromic Nemec, FAC.) Toute augmentation de 2 degrés de la température du globe aura pour effet de stériliser la capacité de reproduction des plants de riz et de diminuer tragiquement la production de blé.(S.K.Sinha, spécialiste agro-alimentaire de l\u2019Inde.) \u2014\tles forêts canadiennes: Les résineux seront repoussés vers le nord de 100 kilomètres pour chaque degré d\u2019augmentation de la température du globe.Si rien ne ralentit l\u2019effet de serre, ces essences commerciales ne pousseront plus dans les Basses Laurentides: leur distribution commencera à la hauteur de l\u2019Abitibi et du Lac Saint-Jean.Les industries forestières seront obligées de déménager au nord et de modifier leurs techniques de coupe et d\u2019aménagement.(J.S.Maini, sous-ministre adjoint aux Forêts du Canada.) 630 L\u2019ACTION NATIONALE \u2014 Le danger: Le danger est si grand que la communauté internationale ne peut pas prendre le risque de ne pas s\u2019y attaquer rapidement.(Dr Robert T.Watson, responsable de la recherche en haute atmosphère de l\u2019Agence spatiale.) \u2014 Les solutions: Les chercheurs et les experts réunis à Toronto ont rappelé l\u2019urgence de trouver et d\u2019appliquer des solutions immédiates et radicales à ce problème dramatique.Ils réclament notamment de la communauté internationale une réduction de 50% des émanations de gaz carbonique, d\u2019ici une génération.Ils ont défini les principaux moyens qui devraient permettre aux pays occidentaux de réduire leurs émissions de gaz de serre de 20% au moins, d\u2019ici l\u2019an 2000.Ils jugent qu\u2019il faudra reviser ou renouveler les grandes stratégies énergétiques et revoir toute l\u2019approche de leurs effets sur la sécurité des personnes et de l\u2019environnement.Dans Le Devoir du 28 juin, Louis-Gilles Francœur écrit que «pour les experts, l\u2019effet de serre équivaut à l\u2019apocalypse».«Les régions les plus chaudes seront les plus frappées.Les déserts d\u2019Afrique s\u2019étendront.Le centre des États-Unis et les Prairies canadiennes, ces «greniers» du globe, deviendront des déserts.Les plaines côtières, qui produisent la moitié des denrées mondiales, seront en grande partie noyées parce que la fonte des pôles haussera d\u2019un mètre le niveau des océans.» Francœur écrit aussi que «des régions comme l\u2019Ontario et le Québec \u2014 ou les régions nordiques \u2014 pourraient en apparence s\u2019en tirer mieux: leur saison de culture sera allongée au détriment de la saison de ski.Mais, en réalité, elles vivront elles aussi des changements draconiens parce que leur faune, leur flore et leurs forêts n\u2019arriveront pas à s\u2019adapter à un changement aussi draconien».Évidemment.les gouvernants du Canada, des États-Unis et des autres pays industrialisés ne sont pas prêts à accepter les changements et les sacrifices nécessaires à empêcher l\u2019apocalypse.Lorsque la planète verra les cultures ravagées et l\u2019organisation sociale chambardée, il sera probablement trop tard pour réagir.Se peut-il que nous soyons devenus aussi imbéciles et que nos modes de vie défient l\u2019irrésistible cataclysme?. EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 631 5 membres de Greenpeace en prison Greenpeace est une organisation internationale pour la protection de l\u2019environnement.Il y a deux ans et demi, quelques-uns de leurs membres avaient visité l\u2019Alcan.Cette entreprise émet plus de 800 tonnes de HAP à partir de ses trois usines du Saguenay.Comme aucune action n\u2019avait été posée depuis, cinq membres de Greenpeace ont récemment effectué une visite à l\u2019usine de Jonquière.Juchés au sommet d\u2019une cheminée, ils voulaient dérouler une banderole de 45 pieds portant l\u2019inscription: «Alcan, cancer».A la demande de la compagnie, la police est intervenue.Elle a arrêté cinq membres qui ont été mis sous verrous pendant quelques heures.Leur mise en liberté a coûté 50$ et l\u2019infraction sur un terrain privé leur a valu une légère amende.L\u2019incident est banal, mais les émissions HAP, qui contiennent des composés cancérigènes, sont dangereuses.Les bélugas du Saint-Laurent sont en voie de disparition.Nombre de personnes se demandent si le haut taux de cancer du Saguenay n\u2019est pas rattaché à ces émissions de HAP et de BAP.On sait aussi que les citoyens de Jonquière affichent un taux de mortalité 37% plus élevé que l\u2019ensemble de la population québécoise.C\u2019est la révélation faite par le Département de santé communautaire de l\u2019hôpital de Chicoutimi.Le «Profil socio-sanitaire de la région du Saguenay-Lac Saint-Jean» démontre que la surmortalité frappe tous les groupes et, indistinctement, les hommes et les femmes.À Jonquière, on meurt de maladies de l\u2019appareil circulatoire dans une proportion de 34% plus élevée qu\u2019ailleurs au Québec.La surmortalité est de 78% plus élevée pour les décès causés par les maladies de l\u2019appareil respiratoire et elle est de 64% supérieure pour les maladies de l\u2019appareil digestif.L\u2019étude de l\u2019hôpital de Chicoutimi révèle aussi que la mortalité infantile à Jonquière est l\u2019une des plus élevées de la province, avec un taux de 13,1 pour 1 000, alors que le taux au Québec est de 9,0 pour 1 000.Scientifiquement, on n\u2019a pas relié l\u2019indice de surmortalité à la présence à Jonquière de l\u2019aluminerie Alcan.Il serait urgent de savoir ce qui en est. 632 L'ACTION NATIONALE Le pollueur-payé et le pollué-payeur Le printemps dernier, une entente tripartite intervenait entre Noranda, le gouvernement fédéral et le gouvernement du Québec sur le financement de l\u2019usine d\u2019acide sulfurique qui commencerait ses opérations en 1989.La formule de financement semblait raisonnable: Mines Noranda payait un tiers, Québec prêtait un tiers et Ottawa prêtait un tiers.À cette occasion, le ministre Clifford Lincoln annonçait que Mines Noranda pourrait déduire de ses remboursements certains investissements en matière de dépollution.Mais la réalité est aussi sale que la pollution causée par Noranda.Grâce à l\u2019insistance du Devoir, il a été révélé et confirmé par le ministère que les investissements de la Noranda ailleurs qu\u2019à sa raffinerie polluante de Rouyn pourront être admis comme remboursements du prêt consenti par Québec et Ottawa, supposément à des fins de dépollution.L\u2019entreprise pourra même récupérer une partie de son capital de 41,6 millionsî par des économies d\u2019impôt.Ainsi, les deux prêts gouvernementaux s\u2019élevant à 82,3 millionsî sont des subventions à la Noranda.Vive l\u2019entreprise privée! C\u2019est magnifique! Baptiste paie afin que la grande entreprise de Toronto encaisse.C\u2019est ainsi que le pollueur est payé et que le pollué devient le payeur.Mais il a fallu le flair de Louis-Gilles Francœur pour découvrir le dessous de cette entente confidentielle signée le 20 mars 1987.Mais les tractations demeurent encore mystérieuses, le texte intégral du contrat n\u2019a pas été déposé à l\u2019Assemblée nationale et les décrets de sa mise en application font partie des secrets politiques.Quelle transparence! Le mouvement québécois des chantiers En juin, juillet et août, une vingtaine de chantiers ont permis à des jeunes âgés de 16 à 25 ans de vivre intensément, de confronter leurs valeurs, d\u2019améliorer leurs habiletés manuelles et de réaliser à la fois un projet de travail utile à la communauté.Les jeunes n\u2019ont pas de salaire, mais ils sont logés et nourris.À Matane, les filles et les garçons du chantier ont apporté leur collaboration à la préparation des jeux d\u2019hiver du Québec.Ils ont aménagé un sentier de ski de fond, fabriqué des podiums EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 633 du «mérite sportif» et des panneaux de signalisation pour orienter les visiteurs.À Hérouxville, en Mauricie, les jeunes ont travaillé à la restauration d\u2019un camp de vacances ouvert douze mois par année aux clientèles les plus démunies.Ils y ont rafraîchi la peinture, fait des réparations, aménagé des aires de jeux et réalisé un parc d\u2019amusement avec carrés de sable, glissoires, modules d\u2019hébertisme, etc.A Pointe-Bleue, au pays des Montagnais, des gars et des filles ont rénové les belvédères en bordure du lac, identifié les rues de la réserve et peinturé l\u2019école de police amérindienne.Au Lac Drolet, dans le comté de Mégantic, les jeunes ont travaillé au Village culturel de l\u2019Estrie; ils ont installé des pancartes de signalisation, construit des estrades, monté des tentes et des kiosques d animation pour les spectateurs.Dans la même municipalité, un autre groupe de jeunes a réalisé divers travaux pour la garderie La petite bottine: réparations, peinture, aménagement de terrain, construction d\u2019une remise à jouets et de petites tables à pique-nique.À Pointe-Noire, au confluent du Saguenay et du Saint-Laurent, les participant(e)s ont facilité l\u2019accès au point d observation des baleines: forage, pose d\u2019ancrage, clôture, réparations de portes et de planchers, construction de boîte à fleurs, pose de tourbe, peinture du phare, etc.À Saint-Lin des Laurentides, le Club des baladeurs équestres a vu les jeunes débroussailler un sentier équestre, fabriquer trois abris pour chevaux, construire des ponceaux au-dessus d\u2019un marécage et restaurer le système de signalisation existant.À Saint-Raymond, à une demi-heure de Québec, les bénévoles du chantier ont réparé, sablé et peinturé des bancs et des tables qui ont servi aux Festival de la Grosse Bûche les 15, 16 et 17 juillet.Ils ont aussi rénové des kiosques et aménagé la scène extérieure, 20 x 40 pieds.Un second chantier dans la même ville a réalisé des travaux à l\u2019aréna municipal et au centre communautaire: 42 panneaux d\u2019insonorisation, mur de soutènement, peinture, etc.À Trois-Pistoles, le chantier a aidé trois organismes: le Festival des îles, l\u2019Association de chasse et pêche des Basques et la Société historique et généalogique de Trois-Pistoles.On y a rajeuni les kiosques, fabriqué et posé des affiches, installé les clôtures, la scène et les décorations et participé à l\u2019accueil et à l\u2019animation pendant le déroulement du Festival.Pour les mêmes 634 L\u2019ACTION NATIONALE organismes, un autre groupe de jeunes a mis en valeur une maison ancestrale de 140 ans: nivellement et ensemencement de terrain, plantation d\u2019arbres et de fleurs et préparation d\u2019une exposition d\u2019antiquités.À Louiseville, porte de la Mauricie, les jeunes du chantier ont apporté un joli coup de main au Musée agricole: peinture de la maison ancestrale, réparation des fenêtres et des portes, installation de gouttières.Ils ont aussi rénové le café-théâtre et participé à la transformation de la grange en lieu d\u2019exposition.Un second groupe de jeunes a travaillé à la rénovation des différents bâtiments: hangar à bois, hangar à grain et atelier d\u2019outillage.À Grand-Mère, de jeunes Belges, Français et Québécois ont aménagé l\u2019extérieur d\u2019une garderie: pose de gazon, piste cyclable pour tricycles, peinture et aussi spectacles pour les enfants.À Blanc-Sablon, à 2 000 kilomètres de Montréal, les jeunes du chantier ont travaillé à la mise en valeur du site historique de l\u2019île Verte (Greenly) et à l\u2019organisation des structures touristiques.À Chertsey, les jeunes du chantier ont rénové un camp de vacances pour les familles et personnes à faible revenu.Ils ont réparé des galeries, des fenêtres, des portes, des rampes d\u2019accès.Ils ont construit une quinzaine de lits, peinturé les deux chalets et aménagé un sentier d\u2019hébertisme et de randonnée.À Longueuil, au bénéfice des 300 bénévoles du C.B.R.S.et de leurs clientèles, un groupe de jeunes a créé trois spectacles de vingt minutes chacun, a confectionné les marionnettes-vedettes, a fabriqué les costumes, s\u2019est occupé de la sonorisation, de l\u2019éclairage, des décors, a produit un document audio-visuel et a aménagé l\u2019extérieur du Centre en plantant quelques arbres.Voilà quelques initiatives heureuses qui forment le caractère des jeunes en développant leur sens social, leur débrouillardise et leurs habiletés! Il est souhaitable que le Mouvement québécois des chantiers puisse bénéficier d\u2019un budget correspondant aux besoins des jeunes.Des milliers de filles et de gars auraient avantage à participer à de telles activités.L\u2019État devrait être plus généreux à l\u2019égard d\u2019un organisme qui permet à des jeunes d\u2019apercevoir à l\u2019horizon la petite flamme d\u2019espérance dont Claudel parlait. EN MARGE DE L\u2019ACTUALITÉ NATIONALE 635 La cogestion chez Ro-Na Au centre de distribution de Québec du groupe Ro-Na, une formule de cogestion est appliquée avec des résultats éblouissants.L\u2019organisation du travail ressemble à celle qui était naguère appliquée au centre de légumes et de fruits de Steinberg de Ville Saint-Laurent.Les contremaîtres ne chicanent jamais.Il n\u2019y a pas de contremaîtres.Il n\u2019y a pas de patrons.Chaque employé établit ses horaires en fonction de ses besoins et de ceux de l\u2019entreprise.Lorsque les commandes abondent, un grand nombre d\u2019employés travaillent autant qu\u2019il le faut.Il faut satisfaire les clients.Le temps ainsi accumulé leur permet de s\u2019absenter au moment qui leur est favorable.Le recyclage à des tâches nouvelles est facilité.Les employés suivent plusieurs cours de gestion.Ils sont initiés à diverses tâches administratives.Ils sont ainsi capables de prendre les décisions les plus appropriées.À tous les niveaux, les employés sont impliqués dans les décisions.À chaque semaine, ils se réunissent et rencontrent la direction pour discuter des relations avec la clientèle, le contrôle de la marchandise, les mouvements de main-d\u2019œuvre, les salaires et les conditions de travail.Ces employés sont syndiqués et leur syndicat est affilié à la section locale 109 du syndicat des travailleurs de l\u2019énergie et de la chimie.Leur convention collective est presque unique.Elle a pour but «de permettre aux employés de prendre les décisions qui leur permettront de vivre l\u2019expérience d\u2019une gestion basée sur la notion d\u2019entrepreneurship et d\u2019autogestion».Les employés sont enthousiasmés par leurs conditions de travail.Ro-Na est aussi heureux de la formule appliquée.Le centre de distribution de Québec a un taux de productivité de 30% supérieur à celui de Boucherville. Les affaires sociales par JEAN-DENIS ROBILLARD « 1 ourquoi briser ce qui marche?» Voilà l\u2019interrogation que posait John Ciaccia, député libéral de Montréal-Mont-Royal, lors du fameux débat référendaire à l\u2019Assemblée Nationale, le 6 mars 1980.Pourtant, dans le secteur des affaires sociales, l\u2019histoire nous montre que ça ne marchait pas si bien que cela entre Québec et Ottawa qui se veut intraitable dans ce domaine comme dans bien d\u2019autres d\u2019ailleurs.Voyons les faits.1963: Le Rapport Boucher paraît au Québec.Les mois se succèdent, pour ne pas dire les années; aucune amélioration n\u2019est apportée de la part d\u2019Ottawa pour soulager les problèmes sociaux de notre province.1965: Le ministre libéral du Bien-être, René Lévesque, écrit à Ottawa qu\u2019il est absolument essentiel que le premier responsable de la conception et de l\u2019application des mesures sociales soit, sur notre territoire, le gouvernement du Québec.C\u2019est le seul moyen d\u2019exercer une action efficace.Ottawa répond: «No.» 1966: René Lévesque revient à la charge: «Le caractère même des problèmes sociaux et des mesures qui les concernent, affectant le tissu le plus fondamental des relations individuelles et communautaires, explique que le Québec se sent obligé de concevoir et de diriger lui-même sa propre politique dans ce domaine.» Ottawa répond: «No.» 1968: Jean-Paul Cloutier, unioniste, ministre du Bien-être, écrit à son tour: «Il m\u2019apparaît clair, sans qu\u2019il soit besoin d\u2019invoquer LES AFFAIRES SOCIALES 637 l\u2019argument constitutionnel, que seules les provinces ont juridiction en matière familiale et ceci est d\u2019autant plus vrai dans le cas du Québec.» Ottawa répond: «No.» 1969: Jean-Paul Cloutier se reprend: «La politique sociale est une responsabilité fondamentale des provinces.La coexistence de deux gouvernements dans ce domaine empêche une planification efficace, permet la contradiction entre les divers programmes, mène au double emploi administratif et au gaspillage.L\u2019ensemble des mesures de sécurité sociale a une relation directe avec la culture d\u2019un peuple et lui permet de s\u2019expliquer collectivement.La société québécoise ne peut pas plus être privée de son propre système de sécurité sociale que de son propre système de lois ou d\u2019éducation.» Ottawa répond: «No.» 1970: Publication du Rapport Castonguay-Nepveu.Le Canada tout entier est impressionné par nos beaux travaux.Même que les autres provinces vont s\u2019en inspirer! Mais en pratique, rien ne change.1971: Claude Castonguay, libéral, ministre québécois des Affaires sociales, déclare que le gouvernement du Québec croit essentiel d\u2019avoir une responsabilité prioritaire dans la conception de la politique sociale et, partant, dans celle de toutes ses composantes, de façon que cette politique soit conforme aux objectifs ou aux priorités de la société québécoise dont il doit, au premier chef, assurer l\u2019épanouissement.Par responsabilité prioritaire, dans la conception de la politique sociale, nous entendons la primauté du pouvoir de légiférer ou même l\u2019exclusivité d\u2019un tel pouvoir.» Ottawa répond: «No.» 1972,\t18 mai: Dans Le Devoir, on mentionne que M.Claude Castonguay critique de nouveau le gouvernement fédéral qui refuse de négocier le partage des juridictions en matière sociale.L\u2019imbroglio sur les allocations familiales persiste toujours.1973,\t4 avril: Le ministre Robert Quenneville du ministère des Affaires sociales écrit à Robert Andras: «À l\u2019intérieur de différents programmes fédéraux provinciaux, en particulier celui des Initiatives locales, plusieurs projets sont acceptés quant à l\u2019implantation de garderies d\u2019enfants sur le territoire du Québec.Ces 638 L'ACTION NATIONALE projets, financés temporairement par le truchement des programmes d\u2019initiatives locales, créent au ministère des Affaires sociales des difficultés considérables en raison du caractère permanent de ce type de service.» «Il y aurait sûrement avantage à ce que les autorités de ce ministère québécois soient consultées.» Une fois de plus, le gouvernement canadien fait fi des reproches que lui adresse le Québec.1978,\t8 mai: Denis Lazure est l\u2019orateur invité lors d\u2019une assemblée à Brossard.Il fait remarquer à son auditoire que le fédéral tente toujours de gruger la juridiction provinciale par souci d\u2019électorat.Il sabote toute planification.Ainsi, messieurs Forget et Castonguay du gouvernement provincial précédent se sont battus pour obtenir le rapatriement des points d\u2019impôts.En décembre 1976, on réussit à en obtenir la majorité.Juin 1977, Marc Lalonde, du fédéral, propose un nouveau financement: le partage des coûts 50-50.C\u2019était retourner 15 ans en arrière: toutes les provinces désirent le rapatriement des points d\u2019impôt et administrer elles-mêmes.Il a dû retirer son projet de loi.Le fédéral a créé, à la vapeur, un centre de santé au travail.Pourquoi?C\u2019est que le Parti québécois prépare un livre blanc sur la santé au travail.Le fédéral inonde la province de Québec de subventions finançant des projets d\u2019une durée de 6 mois, de 3 mois, etc.Le projet terminé, il laisse une clientèle privée de services.Bref, le gouvernement central s\u2019ingénie à créer des besoins qu\u2019il cesse de combler par la suite, laissant au ministère provincial des Affaires sociales le soin de ramasser les pots cassés et d\u2019en recoller du mieux qu\u2019il le peut les morceaux, quitte à débalancer considérablement le budget.1979,\t28 mars: Le ministre Denis Lazure écrit dans Le Journal de Saint-Bruno un court texte dans le but d\u2019éclairer le Parti libéral, section Chambly, au sujet de l\u2019indexation des allocations familiales. LES AFFAIRES SOCIALES 639 Dès 1974, il y avait entente entre le fédéral et le provincial à ce sujet, et les barèmes d\u2019aide sociale ont été établis en conformité avec l\u2019échelle croissante des allocations familiales.Mais cette année, le gouvernement fédéral ne respecte pas les termes de cette entente.Non seulement il n\u2019a pas indexé les allocations familiales comme il se devait de le faire, mais il les a diminuées de 22,1 %.11 faudra aussi se rappeler la décision du gouvernement fédéral d\u2019apporter des modifications au régime d\u2019assurance-chômage qui, en bref, rend plus sévères et moins généreuses les conditions à ce chapitre et occasionne pour le Québec un déboursé additionnel évalué à 40 millions!.Voilà un autre exemple de l\u2019ingérence du fédéral qui semble se plaire à mêler les cartes; car c\u2019est après de nombreux mois de consultations réciproques et de pourparlers que les gouvernements d\u2019Ottawa et de Québec en venaient en 1974 à une entente en vertu de laquelle la province pouvait désormais répartir selon ses priorités l\u2019enveloppe globale qui lui était versée par le gouvernement central au chapitre des allocations familiales.On voit ce qui vient de se passer! 1979, 2 novembre: Dans un supplément spécial du journal La Presse, on résume l\u2019invasion de la politique sociale du gouvernement fédéral: 1-\tOttawa refuse de rendre au Québec les impôts qu\u2019il lui avait empruntés pour instaurer une série de programmes sociaux placés sous sa responsabilité et obéissant à des normes fédérales.2-\tSeule la ténacité du gouvernement Québécois a pu permettre d\u2019établir le Régime des rentes et la Caisse de dépôt, bien sûr, malgré la volonté fédérale.3-\t«Payant des taxes et des impôts à Ottawa pour assumer leur part des programmes fédéraux, les Québécois ont encore à supporter le coût des mesures sociales dont ils ont dû se doter.» 4-\tQuel que soit le parti au pouvoir, le gouvernement du Québec a toujours soutenu qu\u2019un régime intégré de sécurité sociale entièrement administré par le Québec, si jamais il pouvait rapatrier les ressources fiscales adéquates, deviendrait plus logi- 640 L\u2019ACTION NATIONALE que, moins coûteux, mieux adapté et donc beaucoup plus avantageux pour les Québécois que ne le prétend le système actuel.5- En instituant son contrôle des prix et des salaires, malgré l\u2019opposition du Québec, le gouvernement central, avec l\u2019appui de la Cour suprême, s\u2019est ingéré directement dans les négociations collectives et la fixation des prix, deux domaines qui jusqu\u2019alors étaient réservés à la province.On s\u2019est vite rendu compte des effets créés par ces nouveaux empiétements fédéraux au Québec, notamment par la détérioration du climat social.1979, 13 novembre: Dans Le Devoir, on titre: «Les allocations familiales: un nouveau litige Ottawa-Québec.» 1-\tDavid Crombie, ministre fédéral de la Santé nationale et du Bien-être social, annonce aux Communes qu\u2019un Comité de son cabinet étudie la possibilité de réduire le nombre de bénéficiaires du régime d\u2019allocations familiales.2-\tLe ministre québécois, Denis Lazure, lui expédie une missive dans laquelle il lui souligne que les changements envisagés remettent totalement en cause les arrangements juridictionnels élaborés par le Québec lors de la conférence fédérale-provinciale en avril 1973.À cette occasion, le gouvernement du Québec avait accepté les arrangements actuels du régime à une double condition: l\u2019universalité des prestations accordées par le fédéral et l\u2019indexation annuelle au coût de la vie.Et après les promesses référendaires, vous croyez que les changements favorables au Québec se sont multipliés?Allons donc! Continuons plutôt la liste des faits qui démontrent le contraire.1983, 10 septembre: Michel Roy écrit un éditorial dans La Presse sur le partage des frais dans les soins de santé.1-\tLe Québec ne reçoit plus d\u2019Ottawa depuis cette année la part totale que le gouvernement fédéral s\u2019est engagé à défrayer.2-\tPar suite des modifications apportées aux accords fiscaux, le Québec recevra du Trésor fédéral seulement environ 40% au lieu de 50%.3-\tNotre province est donc indûment privée des rentrées sans lesquelles la qualité générale des soins pourrait diminuer. LES AFFAIRES SOCIALES 641 4-\tAu cours de l\u2019exercice 1982-83, le manque à gagner du Québec, par suite des changements apportés à la formule de partage (PNB et population), représente une baisse de 145 millionsS.Une projection de ces rentrées, de 1982 à 1987, permet d\u2019appréhender que le Québec recevra (pour la santé) 900 millionsS de moins qu\u2019il n\u2019aurait reçu, si la formule n\u2019avait pas été modifiée en 1982.1984, 24 février: Lise Bissonnette, en éditorial dans Le Devoir, doute des «Intentions d\u2019Ottawa».1-\tLe 26 janvier dernier, le ministre des Affaires sociales du Québec, Pierre-Marc Johnson, suggère de refondre simplement les articles des lois antérieures qui touchent directement ces pratiques (les malades ne doivent pas avoir de frais supplémentaires à payer soit aux médecins, soit aux hôpitaux).La réponse d\u2019Ottawa ne lui est jamais parvenue.2-\tPar une coïncidence bien planifiée, elle a plutôt été diffusée à Ottawa, quelques moments avant le témoignage de M.Johnson, mardi, le 21 février, devant un comité des Communes.3-\tElle ne contenait pas d\u2019amendements précis au projet C-3: des explications et des intentions seulement.4-\tEn fin de journée, on faisait malgré tout reproche au ministre québécois de ne pas vouloir discuter des amendements.5-\tLe texte de la réponse qu\u2019on n\u2019a pas encore trouvé le moyen de mettre à la poste canadienne à destination de Québec ne répond pas du tout aux questions québécoises.6-\tQuébec a vu une agression constitutionnelle dans le projet C-3, projet qui instaure un système par lequel le gouvernement fédéral pourrait désormais décider seul des services assurés et modifier unilatéralement les règlements.7-\tMme Bégin laisse entendre d\u2019une manière bien floue certaines intentions d\u2019amendements.8-\t«L\u2019histoire a démontré plusieurs fois que le Québec voyait plus clair que quiconque dans des manœuvres qui cherchent à rompre l\u2019équilibre fédéral-provincial au profit d\u2019une centralisation toujours plus poussée.» 9-\tUne fois de plus, «la province éternellement récalcitrante» a vu juste. 642 L\u2019ACTION NATIONALE 1984,\t11 avril: La Presse canadienne émet un communiqué dans Le Devoir: l\u2019ancien ministre Claude Castonguay joint sa voix au mouvement provincial unanime contre le projet de loi fédérale C-3, projet qui a été adopté il y a deux jours, le lundi 9 avril 1984,\tau sujet des services de santé.L\u2019opposition libérale du Québec promet d\u2019appuyer le gouvernement Lévesque dans sa lutte contre la menace d\u2019ingérence du gouvernement fédéral.Le député libéral de Brome-Missisquoi, M.Pierre Paradis, fait savoir au ministre des Affaires sociales, M.Camille Laurin, que son parti se joindra au combat que mène le gouvernement.1985,\t15 mars: La coalition pour la défense des services sociaux affirme que le dialogue devient impossible avec Jake Epp, ministre fédéral de la Santé et du Bien-être (Le Devoir).1-\tLa coalition québécoise s\u2019est formée d\u2019une vingtaine d\u2019organismes populaires et syndicaux en novembre 1984.2-\tAu sortir d\u2019une rencontre avec Jake Epp, six représentants de cette coalition affirment que les femmes et les retraités doivent craindre, avec toutes les raisons du monde, son projet de réforme des prestations aux enfants et aux personnes âgées.3-\tMonique Simard, vice-présidente de la CSN, soutient que la relance envisagée par le gouvernement fédéral passe par un «désengagement étatique qui ne peut mener qu\u2019à un accroissement des inégalités existantes».4-\tOttawa accorde de plus en plus d\u2019importance aux programmes sélectifs et marginalise les programmes universels.1985,19 décembre: Tout le monde se rappelle les fameux traitements subis par des Québécois à l\u2019Institut Allan-Memorial, à Montréal, dans les années 65.1-\tLa CIA avait obtenu la permission de financer et d\u2019expérimenter des techniques de lavages de cerveau pratiqués à l\u2019insu de ces Québécois.2-\tJoe Clark voudrait bien réparer les pots cassés; il souhaite, sans succès, obtenir un règlement hors cour à cet effet; car les cobayes involontaires poursuivent l\u2019agence d\u2019espionnage américain pour 1 millions chacun (Le Devoir).1986,\t26 février: Renée Rowan, dans Le Devoir, titre son papier: LES AFFAIRES SOCIALES 643 «Québec refuse de participer aux travaux du comité fédéral sur les garderies».1-\tDéjà, les 28 et 29 septembre 1985, Marc-André Bédard, alors vice-premier ministre et leader du gouvernement, avait déclaré: «Ottawa intervient dans un secteur que le Québec estime être de sa responsabilité.» 2-\tLe Comité mis sur pied par Ottawa présentera des recommandations sur le rôle du gouvernement fédéral et les implications économiques de la garde d\u2019enfants.3-\tLes séances du groupe de travail débutèrent à Ottawa le 11 février.4-\tQuébec, pour sa part, affirme que la question du financement doit faire l\u2019objet de négociations fédérales-provinciales; c\u2019est à ce niveau que les choses doivent se traiter, pas ailleurs.5-\tUn autre groupe d\u2019étude ministériel dirigeant ses recherches sur la garde en milieu familial et présidé par Mme Kati Cooke avait précédé la formation de ce Comité sur les garderies.6-\tOttawa, de plus, met sur pied un troisième groupe de travail formé de fonctionnaires de chacune des provinces canadiennes.7-\tLe principe sur lequel s\u2019appuie l\u2019administration des services de garde doit partager les coûts sur la base de 50% fédéral et 50% provincial.8-\tOr, dans les faits, le Québec ne se fait rembourser que 31%.9-\tL\u2019an dernier, le Québec dut comptabiliser un manque à gagner de 11,1 millions$ à cause des critères d\u2019admissibilité au financement fédéral.10-\tOn prévoit qu\u2019en 1985-86, le Québec aura perdu 13,8 millions$ à ce chapitre.1986, 29 mars: Le Devoir nous revient avec l\u2019affaire des expérimentations faites à Montréal pour la CIA qui a défrayé 60 000$ au défunt d\u2019Ewen Cameron à cet effet.1-\tOttawa cherche à dissimuler sa participation.2-\tM.Hadwen, officier de liaison entre le ministère des Affaires extérieures et la CIA en 1977, aujourd\u2019hui directeur du 644 L\u2019ACTION NATIONALE Service d\u2019analyse des renseignements et de la sécurité au ministère des Affaires extérieures, s\u2019est fait dire par son propre avocat de ne répondre à aucune question concernant la CIA.3- On refuse à Joseph Rauh, l\u2019avocat des neufs plaignants, l\u2019accès à certains documents.1986, 8 mai: Un rapport de l\u2019avocat George Cooper, rapport commandé par le ministre de la Justice, John Crosbie, essaie d\u2019innocenter le gouvernement concernant les lavages de cerveau financés par la CIA (Le Devoir).1-\tCe rapport nous apprend que le gouvernement canadien, par le biais du Conseil national de recherches du Canada, du Conseil de recherches pour la défense et du ministère de la Santé et du Bien-être social, a financé lui aussi les travaux du psychiatre.2-\tM.Kaplan, ancien solliciteur général, estime que ce rapport est incomplet et peu judicieux.3-\tLe député néo-démocrate David Orlikow affirme que le gouvernement fédéral s\u2019est lavé les mains dans cette affaire.4-\tLa signature par le patient d\u2019une formule de consentement général était considérée comme satisfaisante sur le plan moral, mentionne-t-on dans ce rapport.Or, M.Orlikow soutient que pas un seul consentement n\u2019a jamais été demandé ni obtenu d\u2019aucun des plaignants.1986, 10 mai: Deux jours plus tard, l\u2019éditorialiste Marcel Adam du journal La Presse titre son texte: «Quand l\u2019État subventionne le lessivage des cerveaux.» Le gouvernement canadien, moralement responsable des dommages causés, se voit lui-même mis en cause à son tour.1986, 15 mai: Jean-Claude Leclerc, du Devoir, vient à son tour renchérir la thèse de la responsabilité du gouvernement canadien.1-\tCette fois, nous apprenons que le dr Cameron ignorait que la CIA le finançait! 2-\tOn reste sceptique quant aux fonctionnaires des ministères de la Santé ou de la Défense nationale qui ont subventionné plusieurs travaux du dr Cameron. LES AFFAIRES SOCIALES 645 3-\t«Il y allait non seulement des patients qu\u2019on soumettait aux expériences, mais de la qualité même de la vie de centaines de milliers de personnes aux prises avec des difficultés mentales sérieuses.» 1986, 16 août: Juliet O\u2019Neill de la Presse Canadienne écrit dans La Presse que le fameux rapport commandé par Ottawa depuis trois mois, «sous couvert d\u2019aider, nuit en fait à la cause des neuf citoyens», car le tribunal américain a reporté en septembre prochain les procédures préliminaires au procès qui lui, à son tour, est remis année après année depuis cinq ans! 1-\tL\u2019associé de Me Rauh, le jeune avocat Jim Turner, affirme que M.Pivnicki, beau-père du premier ministre Brian Mulroney, fervent disciple du dr Cameron et qui pratique encore à l\u2019Institut Allan Memorial, a rejeté son invitation à s\u2019impliquer dans cette cause.2-\tSelon Me Rauh, le fameux rapport fournit de nouvelles munitions à la CIA dans ses efforts pour se disculper.1986, 15 novembre: Les contributions du gouvernement fédéral ne tiennent pas compte du support des fondations privées.1-\tDans La Presse, on note que pour les 600 000 alcooliques du Québec, Ottawa vient de verser une subvention de 600 000$ alors qu\u2019en Ontario, Alcoholism and Drug Addiction Research compte sur 30 millionsS pour diffuser, prévenir et fonctionner.2-\tL\u2019Alberta dispose de près de 20 millionsS.3-\tJean-Pierre Poulin, directeur général de la Fondation Jean Lapointe, déclare que les établissements québécois semblables à cette fondation, quand ils existent, sont sous-financés et non structurés.4-\tDans La Presse du 13 décembre 1986, on abonde dans le même sens sur le même sujet: les fondations nationales choient l\u2019Ontario en lui versant 22,7 millionsS contre 8,9 millionsS seulement pour le Québec.5-\tLa Heart and Stroke Foundation de l\u2019Ontario a versé pour la recherche sur les maladies du cœur 10,9 millionsS, alors que son pendant québécois, la Fondation du Québec pour les maladies du cœur, n\u2019a offert que 900 000$. 646 L\u2019ACTION NATIONALE 6-\tGlobalement, les fondations privées nationales ont soutenu la recherche médicale pour 15,9 millionsS chez nos voisins ontariens, alors que le Québec n\u2019a reçu que 2,5$ millions.7-\tLe gouvernement fédéral néglige volontairement ces différences et continue l\u2019injustice en ne déboursant que 48,7 millionsS pour le Québec, alors que l\u2019Ontario reçoit une fois de plus la grosse part de 60,8 millionsS.1987, 3 mars: Le Devoir publie quelques extraits de la lettre du ministre québécois des finances Gérard-D.Lévesque à son homologue fédéral, M.Michael Wilson.Le ton suinte le courroux.Après tout, selon les promesses référendaires, le fédéralisme ne se devait-il pas d\u2019être rentable pour le Québec?1-\t«Vous avez décidé que les montants additionnels de 175 millionsS par année résultant des modifications envisagées au programme de péréquation seraient réduits de moitié en 1987-88.» 2-\tEn 1983-84, la part des revenus de transferts fédéraux dans les revenus totaux du gouvernement du Québec indiquait 29,6%, tandis que, selon les programmes de transferts fédéraux, elle ne devrait représenter que 22% en 1989-90.3-\tEn fait, les transferts fédéraux de 1985-86 ont diminué de 46 millionsS par rapport à ceux de 1984-85 et une nouvelle chute de 185 millionsS est observée en 1986-87.4-\t«Je tiens à vous rappeler que lors de la mise sur pied des programmes de santé et jusqu\u2019à la fin des années 70, le gouvernement fédéral s\u2019était engagé à ce que sa participation soit l\u2019équivalent de la moitié des dépenses provinciales dans ces secteurs.» 5-\tDepuis le début des années 80, on a assisté à un revirement de la situation, alors que le gouvernement fédéral a adopté des mesures qui se sont traduites par un manque à gagner de 1,6 milliards pour le Québec sur la période de 1982 à 1987.6-\tAvec l\u2019adoption de la Loi C-3 sur la santé, Ottawa a introduit de nouvelles normes susceptibles d\u2019entraîner des dépenses additionnelles pour la province, tout en limitant sa capacité de rationaliser ses coûts.7-\t«Non satisfait de ce fédéralisme prédateur, vous avez décidé d\u2019en rajouter en faisant adopter la Loi C-96 en juin 1986.» Pour le Québec, l\u2019application de cette loi représente: LES AFFAIRES SOCIALES 647 a)\tun manque à gagner de plus de 2 milliardsî, d\u2019ici 1991; b)\tune chute en termes réels des contributions financières fédérales au titre de la santé à compter de 1988.8-\tAu total, pour la période de 1982 à 1992, l\u2019ensemble de ces mesures devrait se traduire par un manque à gagner de plus de 6 milliards$ pour le Québec.9-\tDans le domaine de la santé, les mesures fédérales nuisent sérieusement à la capacité du Québec de répondre adéquatement aux besoins futurs, notamment en raison du vieillissement de la population et du coût des nouvelles technologies médicales.10-\t«Je suis donc forcé de constater qu\u2019au moment même où votre gouvernement devrait accélérer la croissance de sa contribution à la santé, il décide de faire exactement l\u2019inverse.» 11-\tIl est devenu évident que le niveau des services de santé ne peut être maintenu sans que le Québec ne s\u2019endette davantage.12-\tLe gouvernement fédéral devrait donc aider à maintenir le niveau actuel plutôt que d\u2019entraîner le Québec dans de nouvelles dépenses permanentes qu\u2019il ne peut se permettre.13-\t«Au Québec, malgré les mesures de rationalisation que nous avons mises en place, il est prévu que les dépenses de santé croîtront à un rythme excédant la contribution fédérale, soit à 7,2% en moyenne sur la période 1985 à 1989, comparativement à une croissance zéro pour la contribution financière du gouvernement fédéral.» 14-\tDans le domaine de la santé, la contribution fédérale totale qui était de 41,5% des dépenses en 1985 ne sera plus que de 37,5 % en 1989.15-\tLa contribution fédérale au financement des programmes établis était de 20,3% en 1985, elle ne sera plus que de 15,3% en 1989.16-\tD\u2019ici à peine 15 ans, le Québec ne pourra plus compter sur aucune participation financière fédérale, si la tendance se maintient; ce qui signifie que le gouvernement fédéral ne contribuerait plus au financement de la santé au Québec! 1987,1er avrji: Mme Stella Guy, présidente de l\u2019Office des services de garde du Québec, regrette que le comité spécial des Communes sur la garde des enfants n\u2019ait pas retenu dans son rapport 648 L\u2019ACTION NATIONALE la demande du Québec d\u2019assouplir les règles de financement du RAPC (Régime d\u2019assistance publique du Canada) (Le Devoir).1-\tLe principe du fédéral qui prévaut théoriquement dans ses programmes de services de garde s\u2019appuie sur le partage des coûts: 50% par le fédéral et 50% par le Québec.2-\tOr dans les faits, Québec ne réussit à se faire rembourser que 32%.3-\tOttawa ne reconnaît pas la garde en milieu scolaire, dont il ne rembourse pas les frais.Ainsi, le Québec compte 528 garderies en milieu scolaire pour les enfants de 6 à 12 ans: il est facile de constater que le manque à gagner est grand.4-\tM.Jake Epp, ministre de la Santé nationale, proposera en juin prochain les termes d\u2019un accord.Mme Gagnon-Tremblay, ministre du Québec, déléguée à la Condition féminine, rappelle une fois de plus à Ottawa la stricte juridiction provinciale des services de garde: «La compétence de planifier, de développer, d\u2019organiser et de faire fonctionner les services de garde appartient aux provinces.» 1987, juin: Dans la publication Écho, bulletin d\u2019information de la S.S.J.B.Centre du Québec, René Blanchard écrit que l\u2019examen des comptes révèle que le Québec n\u2019a reçu que 6% des 627 millions! dépensés par Ottawa pour les Affaires sociales.L\u2019auteur ajoute: «Faudrait-il devant de tels décalages qui se répètent et s\u2019accentuent d\u2019années en années depuis la Confédération et que même le passage d\u2019une Québécoise, Mme Monique Vézina, quelles que soient ses compétences et sa gentillesse, ne réussira jamais à corriger, faudrait-il donc se poser des questions sur la qualité intrinsèque du fédéralisme canadien pour les Québécois?» 1987, 21 septembre: Dans une lettre au Devoir, Diane Lemieux du Regroupement des CALACS s\u2019adresse au ministre de la Santé nationale et du Bien-être social: 1- Il y a plus d\u2019un an, le 10 juin 1986, M.Epp déclarait: a)\tque la protection des jeunes constituait une priorité; b)\tque son ministère entendait consacrer 20 millions! au cours des cinq prochaines années à des initiatives sociales; LES AFFAIRES SOCIALES 649 c) que le Secrétariat à l\u2019enfance victime de la violence sexuelle devait voir à la coordination de toutes les activités touchant cette problématique.2-\tOr, nous ne connaissons aucun projet de ce Secrétariat.3-\tNous n\u2019avons jamais su qui a été nommé au poste de conseiller spécial en matière d\u2019agressions sexuelles des enfants.4-\tNous n\u2019avons jamais entendu parler de l\u2019existence d\u2019un plan d\u2019action permettant d\u2019atteindre les objectifs quant à la protection des jeunes.5-\tJamais il ne nous a été possible de connaître la répartition et la gérance de ces 20 millionsî.6-\tEnfin, nos recherches ne nous ont pas appris quel support financier Ottawa entendait donner pour l\u2019implantation du programme Espace-Québec.Conclusion: Avons-nous encore le goût de répéter avec John Ciaccia: «Pourquoi briser ce qui marche?» Voilà un autre secteur où jamais nous ne deviendrons maîtres de notre destinée.Nos décisions majeures seront toujours bloquées par de nombreuses entraves.Le compromis ne peut plus durer.Ou nous en sortons pour vivre libres et pour prendre en main tous les postes de commande chez nous, ou nous continuons la collaboration pour disparaître lentement dans l\u2019assimilation.P.S.En toute dernière heure (Le Devoir, 28 octobre 1987), le Vérificateur général du Canada raconte quelques histoires d\u2019horreur dont celle du contrôle \u2014 ou plutôt il faudrait écrire: du manque de contrôle \u2014 dans les laboratoires du ministère de la Santé: «En 1985, il fallait en moyenne deux ans pour approuver un médicament pour consommation humaine.Pour décongestionner le système, le ministère met en circulation des médicaments en vertu d\u2019une procédure d\u2019urgence.Mais il avoue n\u2019avoir aucun contrôle sur leurs effets nocifs.!» 2e P.S.Tout juste avant l\u2019expédition du texte pour publication, je ne puis résister à citer Marcel Gagnon, docteur en science alimentaire et directeur du Centre de recherches en sciences appliquées de l\u2019alimentation rattaché à l\u2019Institut Armand-Frappier. 650 L\u2019ACTION NATIONALE Dans Le Devoir du 11 décembre 1987, le docteur Gagnon affirme que: 1-\tla clef dans toute cette affaire des moules se retrouve dans la méthode de détection des toxines; 2-\tles inspecteurs du gouvernement fédéral s\u2019en tiennent à la méthode bactériologique, méthode qui remonte à Jules César; la seule différence entre cette époque et 1987 consiste à ce qu\u2019on a remplacé les goûteurs de l\u2019Empereur par des souris! Puis cela prend trois jours ou plus avant de savoir à quoi s\u2019en tenir; 3-\tla méthode immunologique mise au point par les chercheurs d\u2019Armand-Frappier n\u2019exige qu\u2019une demi-heure pour dépister la présence d\u2019une toxine.4-\t«Nous avons demandé des subventions à Pêches et Océan Canada afin de développer un prototype de la trousse de détection.» La demande est restée sans réponse.Ottawa boude la méthode utilisée par l\u2019Institut montréalais.Présentement, le Québec compte un décès.trois patients aux soins intensifs et plus de soixante-quinze malades pour la seule région de Montréal. L\u2019Action Nationale vous recommande Il y aura toujours des printemps en Amérique, Louis-Martin Tard, Libre Expression, 500 pages.Le prochain rendez-vous, Louis O\u2019Neill, les Éditions La Liberté Inc.L \u2019Espoir et le Défi de la Paix, Simonne Monet-Chartrand, Guérin littérature, 204 pages.Le piège de la langue, Marina Yaguello, Seuil, 159pages.La mémoire de Mirabel, Jean-Paul Raymond et Gilles Boileau, Éditions Méridien, 212 pages.Mythe et reflet de la France, Sylvain Simard, Les Presses de l\u2019Université d\u2019Ottawa, 400 pages.La bombe et l\u2019orchidée, Fernand Séguin, Libre expression.La foi gardienne de la langue en Ontario, 1900-1950, Robert Choquette, Éditions Bellarmin, 242 pages.En collaboration, direction Maurice Lemire, DICTIONNAIRE DES ŒUVRES LITTÉRAIRES DU QUÉBEC (tome I, des origines à 1900, 2e édition revue, corrigée et mise à jour, 40$; tome II, 1900 à 1939, 2e édition revue, corrigée et mise à jour, 65$; tome III, 1940 à 1959, 60$; tome IV, 1960 à 1969, 60$; tome V, 1970à 1975, 70$.) Éditions Fides, Montréal. Jean C.Lallemand raconte, par Bertrand Vac (chez Louise Courteau, éditrice à Montréal) par PHILIPPE GÉLINAS, C.R.I\u2014^es inventions électroniques ont du bon! Après le regretté Paul L\u2019Anglais (Ma belle époque, aux éditions de l\u2019Héritage, à Montréal, en 1977) qui raconte ses souvenirs dans une langue impeccable et avec une émotion discrète, le regretté Jean Lallemand a dicté les siens au romancier Bertrand Vac, qui intercale ses commentaires ou des remarques entre les tranches de souvenirs du mémorialiste.Ce procédé est utile: le mécène montréalais était presque nonagénaire, quand il a dicté ses souvenirs et sa santé ne lui permettait probablement pas de rédiger ni d\u2019ordonner tout un livre de souvenirs; et l\u2019on peut bien supposer que le romancier a réussi par des suggestions et des encouragements à obtenir que reviennent à la mémoire du vieillard des souvenirs pittoresques ou intéressants.Il faut accorder à Bertrand Vac que le choix de ces souvenirs alterne entre des sujets personnels ou familiaux, aide à connaître la bourgeoisie francophone très aisée de Montréal pendant les trois premiers quarts de notre siècle, et les occupations d\u2019animateur artistique du mémorialiste, qui donne un portrait peu instructif, mais agréable, de l\u2019activité artistique au sommet: sans doute est-ce un peu le carnet de bal d\u2019un mondain, mais c\u2019est un portrait aimable, à l\u2019image du mécène civilisé qu\u2019était le regretté Jean Lallemand. JEAN C.LALLEMAND RACONTE 653 On doit regretter toutefois et même déplorer, d\u2019abord, l\u2019erreur de présentation imputable à l\u2019éditrice: depuis quand «Jean Lallemand raconte \u2014 Bertrand Vac» veut-il dire: «Jean Lallemand raconte \u2014 souvenirs recueillis et commentés par Bertrand Vac»?De plus et surtout, l\u2019auteur des souvenirs, que le soussigné a un peu connu, était un civilisé, un raffiné, et c\u2019est peu respecter sa mémoire que de laisser se glisser des erreurs de frappe nombreuses (pages 156, 163, 296, 309, et autres).Enfin, Bertrand Vac est romancier et médecin, ce qui lui impose deux fois l\u2019obligation d\u2019écrire le français correctement: on n\u2019écrit pas «on a affaire», mais «on a à faire» (p.138); on n\u2019écrit pas «des anglais», mais «des Anglais» (p.168); tous, même les romanciers et les médecins, savent que l\u2019Organisation de l\u2019Aviation civile internationale se décrit par un sigle français qui est OACI et non par le sigle anglais ICAO (p.200), et quand on va à la place des Arts, on ne va pas à la Place-des-Arts (p.270).Le regretté Jean Lallemand n\u2019a jamais fait profession de nationaliste militant, il a même été assez conformiste pour solliciter des fonds en faveur de la Russie soviétique.pour venir en aide à la démocratie, mais c\u2019était un homme de qualité qui avait le souci de la dignité: il vivait avec raffinement et s\u2019exprimait avec correction.Il faut trouver bon que ses souvenirs aient été publiés, en savoir gré à l\u2019éditrice et à celui qui les a recueillis; la vérité exige d\u2019ajouter que ni l\u2019éditrice ni le commentateur n\u2019ont ainsi honoré la mémoire de celui qui, à travers son apparente futilité personnelle, fut un mécène généreux et souvent très utile.Il méritait mieux. Colloque André Laurendeau 17, 18 et 19 mars 1989 à l\u2019Université du Québec à Montréal I\u2014/es départements d\u2019Histoire, de Sociologie et de Science politique de l\u2019UQAM sont heureux d\u2019annoncer, dans le cadre de la série de colloques annuels sur les leaders politiques du Québec, la tenue du troisième colloque consacré à André Laurendeau, les 17, 18 et 19 mars 1989.André Laurendeau, dirigeant du Bloc Populaire, a été député à Québec de 1944 à 1974.Journaliste, écrivain, il fut coprésident de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme au Canada.Le comité organisateur souhaite recevoir des projets de communications sur ce leader politique et ses activités liées à la Ligue pour la Défense du Canada et au Bloc Populaire, mais également sur ses activités journalistiques et littéraires, particulièrement à Y Action Nationale, au journal Le Devoir, et à Radio-Canada.Nous aimerions situer André Laurendeau parmi les intellectuels québécois qui ont marqué leur époque et ont exercé une influence décisive sur la scène politique et culturelle québécoise.Nous retiendrons son implication à titre de coprésident de la Commission royale d\u2019enquête sur le bilinguisme et le bicultu- COLLOQUE ANDRÉ LAURENDEAU 655 ralisme au Canada, son engagement nationaliste et ses préoccupations sociales; tous ces aspects devraient intéresser plusieurs chercheurs-res.En plus des contributions d\u2019historiens-nes, de sociologues et de politologues, nous souhaitons les contributions de spécialistes d\u2019études littéraires et des communications.Les personnes qui ont connu André Laurendeau et qui souhaiteraient participer à cet événement sont priées de nous rejoindre dans les plus brefs délais.Leur témoignage sera très apprécié.Le comité organisateur du colloque est formé de monsieur Claude Corbo, recteur, de Madame Lucille Beaudry, profes-seure au département de Science politique et de messieurs Gilles Bourque, professeur au département de Sociologie, et Robert Comeau, du département d\u2019Histoire.Les personnes intéressées à présenter des communications devraient acheminer leur proposition avant le 15 septembre 1988 à l\u2019adresse suivante: Robert Comeau, professeur Coordonnateur du colloque André Laurendeau Département d\u2019Histoire Université du Québec à Montréal C.P.8888, Suce.«A» Montréal H3C 3P8 L\u2019Association Francophone d\u2019Amitié et de Liaison (AFAL) organise les 7 et 8 décembre 1988, au siège de l\u2019UNESCO à Paris, un colloque sur le thème «Comment réaliser un espace francophone vivant de co-édition et de co-production?».Les débats engloberont le double domaine de l\u2019écrit et de l\u2019audiovisuel.L\u2019AFAL, réunion internationale d\u2019organisations non gouvernementales couvrant les domaines les plus divers de la francophonie, a retenu le principe de ce colloque pour traduire la volonté des associations francophones de fournir une contribution aux travaux préparatoires du prochain Sommet francophone de DAKAR en 1989.11 s\u2019agit de réunir des représentants des milieux professionnels, officiels et associatifs, dans l\u2019ensemble du monde francophone, pour élaborer une douzaine de propositions concrètes à présenter aux instances de la francophonie.D\u2019ores et déjà, le Ministère des Affaires Étrangères, le Commissariat Général de la Langue Française et l\u2019ACCT ont manifesté leur intérêt pour ces travaux.Le colloque débutera par une séance plénière dans la matinée du mercredi 7 décembre, suivie de deux demi-journées de travaux en commssion, et d\u2019une séance plénière dans l\u2019après-midi du jeudi 8.Le Président, X.DENIAU Maison nationale des Patriotes Attraits et services: -\tCentre d'interprétation relatant l'histoire des Patriotes de 1837-1838.-\tExposition d artéfacts.-\tSite archéologique -\tVisite auto-guidée -\tService d'accueil -\tBoutique.Horaire: -\tJuin à novembre, du mardi au dimanche, de 10 h à 18 h.Lundi sur réservation.Visites commentées pour groupes, sur réservation.Décembre à mai sur réservation.Frais d'admission: -\tAdultes: 1,50 $.-\tÉtudiants, Âge d'Or: 1,00 $ -\tEntants: 0,50 $.-\tMoins de 6 ans: gratuit.Localisation: 610, chemin des Patriotes, au coeur du village de Saint-Denis-sur-Richelieu Accès par I autoroute 30 (sortie 158, bac saisonnier de St-Antoine) et I autoroute 20 (sortie 113, direction Sorel).Information ou réservation: (514) 787-3623. (-' ^ PRIX MICHEL-BRUNET Le Prix Michel-Brunet, doté d'une bourse de 1 000$, couronne le meilleur ouvrage traitant d'un sujet historique, produit par un(e) jeune historien(ne) québécois(e) de moins de 35 ans.Ce prix est régi par les règles suivantes: 1)\tl'auteur(e) devra être résident(e) du Québec et être âgé(e) de moins de 35 ans lors de la parution de son oeuvre; 2)\tl\u2019oeuvre doit être publiée en langue française; 3)\tl\u2019oeuvre peut être aussi bien un livre, un article dans une revue scientifique, un document sonore ou vidéo; 4)\tl'oeuvre doit être publiée durant les 24 mois précédant l'annonce du prix, le 24 juillet de chaque année; 5)\ttoute personne ou toute maison d'édition qui désire soumettre une oeuvre doit en faire parvenir trois exemplaires au secrétariat de l'institut, en mentionnant qu'il s'agit du Prix Michel-Brunet 6)\tle jury sélectionne une oeuvre parmi celles reçues avant le 31 août 1988.Le jury, dont les membres sont nommés pour trois ans avec rotation annuelle est constitué, pour cette année de René Hardy, de l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, de Jean Blain de l'Université de Montréal, et de Philippe Sylvain, de Québec.institut d\u2019histoire de l\u2019amérique française iiw 261, avenue Bloomfield, Montréal H2V 3R6 Québec (Canada) (514)271-4759 _________________J Hommage à la mémoire de GASTON BEA U DR Y SECTION ÉCONOMIQUE La Prospérité ¦ & Un patrimoine forestier en péril par ROBERT LAPLANTE I\u2014'a parution d\u2019un livre sur la forêt destiné au grand public est un événement rare dans l\u2019édition québécoise.Et à cet égard, il faut se réjouir de voir le ministère Énergie et ressources prendre intérêt à susciter la publication d\u2019ouvrages qui peuvent contribuer à élargir le débat public sur l\u2019avenir de notre forêt.Cela dit, il n apparaîtra cependant pas évident au lecteur québécois que la publication de l\u2019ouvrage de Donald Mackay Un patrimoine en péril s\u2019imposait comme une priorité.Le livre n\u2019est pas inintéressant, mais à une époque où les ressources budgétaires se raréfient, il faut se demander si le gouvernement du Québec a eu raison d\u2019investir dans la traduction et la publication d\u2019un ouvrage dont la perspective est avant tout pancanadienne, alors que nous manquons cruellement de bons ouvrages dressant le portrait complet de la situation québécoise.Certes, le livre a le mérite de faire voir que la situation forestière est catastrophique partout au Canada.Mais c\u2019est là, au mieux, une triste constatation et, au pire, un prix de consolation pour qui s\u2019inquiète de l\u2019avenir de la forêt québécoise.Que 1 urgence soit généralisée ne nous mène guère à mieux cerner ce qu\u2019il importe de faire ici et maintenant.L\u2019auteur, du reste, renonce d emblée à s\u2019aventurer sur ce terrain: son livre, nous dit-il, ne veut que relater 1 histoire des bonnes occasions ratées partout au Canada de préserver le patrimoine forestier.Il réussit bien à nous montrer que l\u2019histoire forestière canadienne est 662 L\u2019ACTION NATIONALE lamentable.La cupidité, la politique à courte vue et la pratique systématique du pillage sont les constantes de l\u2019histoire de tous les types d\u2019exploitations forestières, à chaque époque et dans toutes les provinces.Là-dessus, l\u2019auteur est convaincant, même s\u2019il s\u2019efforce lui-même d\u2019atténuer la lourdeur du bilan et la raideur du portrait en citant quelques individus de bonne volonté et en donnant quelques exemples d\u2019actions ponctuelles valables, mais limitées.Malheureusement, sa description s\u2019arrête toujours là où devrait commencer l\u2019analyse.S\u2019il faut s\u2019en tenir à l\u2019exposé de Mackay, l\u2019histoire de l\u2019exploitation forestière aurait été faite par deux acteurs principaux: les industriels et les ingénieurs forestiers.Il y est, bien sûr, question des gouvernements, mais leur action n\u2019est pas vraiment contextualisée, hormis quelques vagues considérations générales.On s\u2019étonne de voir jusqu\u2019à quel point sont peu présents dans cette histoire des acteurs comme les syndicats et les divers coopérateurs forestiers.Cela ne tient pas seulement au fait que l\u2019auteur doive passer vite pour couvrir l\u2019ensemble du territoire canadien.Cela relève davantage et surtout des limites de sa perspective.Et ces limites, elles sont très rapprochées.Il apparaît d\u2019abord évident à l\u2019auteur que l\u2019avenir de la forêt repose avant tout dans les mains des ingénieurs forestiers.Pour lui, c\u2019est d\u2019abord une affaire d\u2019experts.Des experts qui, comme toujours, ne sont jamais assez nombreux, n\u2019ont jamais assez de moyens et ne sont jamais assez écoutés.La population, dans cette affaire, n\u2019aurait de rôle à jouer que par l\u2019intermédiaire de ses députés.Ses syndicats, ses coopératives, ses groupes de pression ne sont pas vraiment conviés au débat.Mais, par-dessus tout, c\u2019est sa perspective et son parti pris en faveur d\u2019une plus grande centralisation qui irrite au plus haut point.Souhaiter plus de pouvoir à Ottawa, vouloir lui confier le leadership en matière de politique forestière, c\u2019est d\u2019abord souhaiter une érosion des compétences constitutionnelles des provinces.Et cela va à l\u2019encontre des revendications traditionnelles et des droits légitimes du Québec.C\u2019est, au surplus, souhaiter une distance encore plus grande entre les centres de décisions et le terrain «concret» où se joue l\u2019avenir de la forêt.L auteur a pourtant consacré une bonne partie de ses énergies à montrer UN PATRIMOINE FORESTIER EN PÉRIL 663 que 1\u2019éloignement des centres de décision des réalités quotidiennes de I activité forestière a toujours eu des effets néfastes sur les réalités locales.S\u2019il avait porté une plus grande attention aux initiatives populaires québécoises, la contradiction lui aurait paru flagrante.Il les évoque à peine et cela réduit grandement l\u2019intérêt et la portée de l\u2019ouvrage.Marcel Lortie, qui signe la préface, a sans doute vu cette lacune, puisqu\u2019il prend la peine d\u2019insister sur l\u2019originalité de ces expériences \u2014 sans néanmoins fournir de grandes pistes d\u2019analyse.Et son insistance ne fait que renforcer la nécessité et l\u2019impératif de dresser un véritable bilan exhaustif de la situation québécoise.Un bilan qui retracerait, région par région, d\u2019époque en époque, l\u2019évolution et le déplacement des conjonctures qui ont aujourd\u2019hui conduit la plus grande part des paroisses agro-forestières au seuil du désastre.Le lecteur qui aborde Un patrimoine en péril avec l\u2019idée de se faire une image claire des enjeux forestiers québécois sera déçu.La perspective pancanadienne du livre ne l\u2019éclairera pas vraiment.Mais le point de vue de l\u2019auteur, la façon dont il conduit son exposé et, surtout, ses oublis et omissions suffiront au moins à le convaincre d\u2019une chose: l\u2019avenir de la forêt est une chose trop sérieuse pour qu\u2019on la laisse aux seuls experts.Fussent-ils experts techniciens ou spécialistes de la vulgarisation! P.S.\u2014 On notera une erreur absolument impardonnable à l\u2019éditeur officiel du Québec: la carte des régions forestières du Canada, une des planches du livre, reproduit en anglais les désignations territoriales: voilà sans doute une autre des erreurs administratives si chères au ministre Rivard. Même __.si Ton s'entend bien avec elle, # il faut savoir garder ses distances L\u2019électricité fait tellement partie de nos vies qu\u2019on a tendance à l\u2019oublier.Mais l\u2019oublier, surtout dans les travaux de bricolage, c\u2019est s\u2019exposer à des conséquences tragiques.Évitez de dresser une échelle sous une ligne électrique ou à proximité d\u2019un conducteur sous tension.E quand vous utilisez un outil électrique, assurez-vous de ne pas avoir les mains mouillées ou les pied: sur une surface humide.Un choc électrique ça ne prévient pas : sachez donc garder vo: distances ! G L'ÊLECTRIFFICACITÊ Assurance vie Desjardins A chaque passage de la vie .nos besoins de protection évoluent.Tous nous avons besoin de services de protection diversifiés bien adaptés à ce que nous vivons.Tous nous recherchons de bons conseils, de bonnes solutions et la sécurité qui nous convient.L'Assurance-vie Desjardins nous offre ce service-conseil et une protection adaptée à nos besoins. Nous souscrivons avec fierté à l\u2019Action Nationale SOCIÉTÉ SECOURS MUTUELS UNE INSTITUTION D'ASSURANCE VIE AUX SERVICES EXCLUSIFS DES MEMBRES DES SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS de* région* suivante* : La Société Nationale de f£*t du Québec La S.N.Q.de ia région de* HautevRivlére* La S.N.Q.de ta région de rOutaouais La S.N.Q.de ia région Saguenay Lac St-Jean U S.N.Q.de ta région de r Amiante La S.N.Q.de la région Richelieu St-Laurent la S.N.Q.de la région Richelieu-Yamaelca Siège social: 134, rue Saint-Charles Saint-Jean-Sur-Richelieu J3B 2C3 LEGKXJFE noria i/ateur (Ronà) \"Podium BOTANIX CLAUDE-PIERRE VIGEANT uaducieuf et publiciste\t\tPhotocomposition et montage: 604, rue Waterloo London \u2014 Ontario N6B2R3\t\tAtelier LHR 514-659-9712 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tél.845-8533 SOCIETE NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, ouest, boulevard de Maisonneuve, suite 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 Tél.: (418)658-9966 Télex: 051-31726 Guy Bertrand AVOCAT Tremblay, Bertrand, Morisset, Bois, Mignault et Ass.1195, Avenue Lavigerie, suite 200 Ste-Foy (Québec) G1V 4N3 C\u2019est le temps de passer à L\u2019ACTION.NATIONALE Depuis 70 ans, L\u2019ACTION NATIONALE analyse les événements sociaux, politiques et économiques et fait le point sur la situation du Québec.De fait, c\u2019est la plus ancienne des revues québécoises, mais également la plus engagée.De Lionel Groulx, à nos jours, l\u2019Action Nationale a su s\u2019adjoindre des collaborateurs de renom, qui ont marqué leur époque.Faites une ACTION.NATIONALE et recrutez un nouvel abonné.Remplir le coupon et retourner à: l\u2019Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal, QC, H2X 1X3 Téléphone: (514) 845-8533 Nom ______________________ Prénom ________________ Adresse __________________________________________ Ville_____________________Code postal_____________ Abonnement 1 an (10 numéros) 2 ans (20 numéros) 25$\t45$ Abonnement de soutien\t35$ et plus REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMERIQUE FRANÇAISE fondée en 1947\t4 forts numéros par Lionel Groulx\tpar année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Étudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions CANADA AUTRES PAYS 40,00$\t44,00$ 22,00\t26,00 60.00\t64,00 40.00\t44,00 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Que.H2V3R6 Tél.: 271-4759 relations Le magazine québécois de l'actualité sociale, politique et religieuse.Notre monde est trop malin, disait l\u2019économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.Dans un monde fébrile et désenchanté, le souci de la justice et l'expérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe, mais un guide de survie.Chaque mois, l'équipe de Relations vous invite à dépasser l'anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Église.ABONNEMENT 1 an (10 nos): 16,00$ à l\u2019étranger: 20,00$ RELATIONS 8100, boul.Saint Laurent Montréal (Québec) H2P2L9 VOLUMES ET NUMEROS SPECIAUX EN VENTE À LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Nombre\tPrix 50 ANNÉES DE NATIONALISME POSITIF, synthèse de I activité de la Ligue d'action nationale de 1917 à 1963, 260 pages, 5$\t________ ESDRAS MINVILLE (1896-1975), par Angers, Arès, Gagnon, Létour- neau, Harvey, etc., 188 pages, 1976, 7$\t________ LA BATAILLE DES COMMUNICATIONS, le drame de la centralisation fédérale et du peu de flexibilité de son fédéralisme, 1976,160 pages, 5$\t________ LA LANGUE FRANÇAISE, ASPECTS CONSTITUTIONNELS, POLITIQUES ET CULTURELS, par Angers, Arès, Beaupré, Caston- guay, Dorion, Godin, Laurion, Pépin, Renaud, 1975,172 pages, 5$__________________ LE TERRITOIRE DU QUEBEC, dossier sur Hull, le port de Montréal, les parcs fédéraux, le Labrador, Mirabel et le sol agricole, 1977, 104 pages, 5$.\t- AUJOURD\u2019HUI L\u2019ACADIE, où en est I Acadie et si le Québec se sépare?Universitaires et penseurs acadiens se penchent sur le futur.La meilleure synthèse surl'Acadie actuelle, 1977,180 pages, 5$.\t________ L\u2019ACADIE AUX ACADIENS, 180pages, 5$\t________ BÂTISSEUR DE PAYS, par John Grube, 1981,250 pages, 10$\t________ POUR ORIENTER NOS LIBERTÉS, par F -A Angers, 280 pages, 6$\t________ JOSEPH-ENA GIROUARD, par Jean Genest, 52 pages, 5$.\t________ UNE LENTE AGONIE \u2014 LE FRANÇAIS AU CANADA, par Jean-D.Robillard, 1986, 192 pages.20$\t- 7e ET 8e CONFERENCES DES COMMUNAUTES ETHNIQUES DE LANGUE FRANÇAISE, 1986, 192 pages, 6$\t- L\u2019EROSION DE LA SAUVEGARDE DU FRANÇAIS AU QUEBEC, par Jacques-Yvan Morin, 1988, 5$\t- DOSSIER SUR LA DEMOGRAPHIE DU QUÉBEC, par Jacques Henripin et plusieurs spécialistes, 1988, 5$ La Ligue d\u2019Action Nationale Présiden( honoraire: François-Albert Angers Président du Conseil: Yvon Groulx Vice- présidents: Delmas Lévesque René Blanchard Secrétaire- trésorier: Gérard Turcotte Directeurs: Richard ARÈS Thérèse baron André beauchamp Paul-A.BOUCHER Jacques boulay Guy BOUTHILL1ER Michel BROCHU Louise C.-BROCHU Marcel chaput Jean-Charles CLAVEAU Claude duguay Pierre DUPUIS Philippe gélinas Jean genest Jacques HOULE Alban jasmin Marcel laflamme Jean-Marc LÉGER Georges meyers Denis MONIÈRE Jacques-Yvan morin Anna l-normand Jean-Marcel paquette Roméo PAQUETTE Charles poirier Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques ROY André TH l BAU DE au L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, l\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assurant la permanence de la publication de l\u2019Action Nationale.Éditions de l\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, l'Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 "]
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