L'action nationale, 1 février 1991, Février
[" R NATIONALE i «Un peuple eu marelie» t -f- i\tVolume LXXXI, numéro 2, février 1991 [j S 1/avenir démographique ! de File de Montréal j Michel Paillé |?Le emit annuel j du logement familial |> Yves Péron et Denis Morissette \u2014H\u2014.! Le siècle de l'abbé Groulx t j} Jean Ethier-Blais ; Les chemins : de la poésie québécoise Roger Chamberland 1* Action NATIONALE revue d\u2019information nationale Directeur: Gérard TURCOTTE Secrétaire: Monique TREMBLAY Comité de rédaction: André GAULIN, Robert LAPLANTE, Alain LARAMÉE, Gérard TURCOTTE et Rosaire MORIN, secrétaire de la rédaction Abonnement:\t\t \t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t35,00$\t60,00$ Autres pays\t45,00$\t75,00$ Abonnement de soutien\t75,00$\t Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019Index de périodiques canadiens» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans «l\u2019Index analytique» et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans «Radar» et dans «Périodex».Les articles demeurent la responsabilité de leurs auteurs.La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action Nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.ISSN-0001-7469\tCourrier de la deuxième classe ISBN-2-89070\tEnregistrement numéro 1162 Dépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 - 845-8533 l\u2019Action NATIONALE «Vil peuple eu marche»\t Volume LXXXI, numéro 2, février 1991\t TABLE DES MATIÈRES\t Mon grand-père répond à Mme Lebel Rosaire Morin, Gérard Turcotte\t167 L\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec Rosaire Morin\t174 L\u2019avenir démographique de l\u2019île de Montréal Michel Paillé\t222 Le coût annuel du logement familial Yves Péron et Denis Morissette\t234 Le siècle de l\u2019abbé Groulx Jean Éthier-Blais\t244 Les chemins de la poésie québécoise Roger Chamberland\t262 À Rosemère et ailleurs, l\u2019OLF doit procéder sans délai aux révisions nécessaires Jean Dorion\t276 Québec, capitale Québec Jean-Louis Bourque\t281 Le Moyen-Orient Jean Chapdelaine\t284 Questions d\u2019action nationale Rosaire Morin\t292 L\u2019homme-pensée: Lionel Groulx Rosaire Morin\t304 L\u2019Action Nationale L\u2019Action Nationale existe pour défendre et promouvoir le fait français au Québec, au Canada et à travers l\u2019univers.Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain et pour faciliter l\u2019insertion sociale et professionnelle des jeunes.Champ d\u2019observation L\u2019Action Nationale s\u2019intéresse aussi à la vie des francophones hors Québec.Elle présente des chroniques sur des problèmes internationaux.Elle reflète certaines préoccupations partagées par des associations coopératives, syndicales et patronales.Elle publie des comptes rendus sur des volumes qui contribuent au progrès de la nation.Liberté d\u2019expression L\u2019Action Nationale fait appel à un grand nombre de collaborateurs.Elle ouvre ses pages à la fois aux jeunes auteurs et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L Action Nationale peut refuser de publier un texte qui ne correspond pas au programme de la revue.Elle peut aussi demander à un auteur d\u2019apporter certaines corrections.L\u2019article demandé peut comprendre de 20 à 25 pages.Le compte rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Il doit être dactylographié sur papier 81/2 x 11, à double interligne.L\u2019heure de tombée indiquée est la limite de temps à ne pas franchir.? s Editorial Mon grand-père répond à Mme Lebel V A .JL X.L Action Nationale, nous sommes «assez rétro».Nous ressemblons au «vieux portrait de famille».Une journaliste de Radio-Québec l\u2019a affirmé.Pour ne pas la contredire, l\u2019éditorial parle des ancêtres.Mais que madame Lise Lebel ne s\u2019y trompe pas.Loin de nous l\u2019idée de la voir adopter les coutumes de sa grand-mère.Néanmoins, il semble opportun de lui rappeler le mode de vie des anciens.Certains souvenirs méritent d\u2019être transmis à nos enfants.Ces derniers éviteront alors d\u2019être méprisants à l\u2019égard des aînés.Ils seront mieux préparés pour comprendre les changements qui se produisent.Les aïeuls étaient des gens ordinaires, des «gens du pays», de «petites gens» comme dirait ma grand-mère.Ils étaient des semeurs d\u2019avenir, des travailleurs robustes.Ils étaient des gentilshommes et des femmes dépareillées.Leurs privations nous ont procuré une vie facile.Leur foi était ardente et leurs mœurs honnêtes.Pour les décrire, je présente mon grand-père Godfroy et ma grand-mère Léda dont le mariage était célébré le 4 mars 1889.Ces deux personnages sont vraiment représentatifs d\u2019«un vieux portrait de famille».Je revois encore le grand-père Godfroy, debout sur la galerie, la taille raidie, la tête cabrée, l\u2019œil perçant, les cheveux au vent.Son regard ne pouvait pas embrasser le 28e arpent de sa terre.Il ressemblait à un seigneur fier, libre, indépendant.S\u2019il vivait aujourd\u2019hui, il serait indépendantiste.Le souvenir de la grand-mère Léda que je garde en premier lieu, c\u2019est celui de la photo prise en compagnie de chacune de ses six filles religieuses et de son fils prêtre, alors que je n \u2019avais pas de film dans mon kodak.En ce temps-là, j\u2019avais 13 ans; je trouvais 168 ma grand-mère haïssable.Aujourd\u2019hui, je confesse qu\u2019elle était généreuse, bonne, active, débrouillarde, ingénieuse.C\u2019était une femme forte, éducatrice, chrétienne.Le grand-père Le grand-père Godfroy était formidable.Je lui dois une grande partie des idées que je défends.Le récit qu\u2019il m\u2019a fait des assemblées de Bourassa, de Lavergne et de Mercier me revient souvent en mémoire.Mais ce n\u2019est pas de ces idées que je vous parle aujourd\u2019hui.Je présente l\u2019homme.Sa vie quotidienne incarne le mode de vie de l\u2019époque.Même si nous vivions dans la paroisse voisine, j\u2019ai pu observer les attitudes et la façon de vivre du grand-père par les visites que j\u2019ai faites pendant les foins, les récoltes, les épluchettes, les sucres, les mariages, les funérailles et les fêtes.Le grand-père était honoré d\u2019être un «habitant».Peu instruit, il écoutait.Il observait.Il a été pendant une vingtaine d\u2019années le premier magistrat de sa municipalité et pendant longtemps le préfet du comté.À la maison, il était un paysan.Il s\u2019est épuisé en travaux agricoles sur une terre rocheuse.Il l\u2019a défrichée.Il a labouré, semé, hersé, renchaussé, coupé le foin et le grain, râtelé, battu les gerbes de blé, cueilli les pommes de terre, entaillé ses érables, coupé le bois de chauffage et de construction.Il a bâti sa maison et les bâtiments de la ferme.À l\u2019époque, il n\u2019y avait pas de machinerie agricole, de faucheuse, de moissonneuse, etc.Le grand-père maniait à la main la faux, la faucille, la fourche, le râteau, la gratte, la pelle, la hache, la scie, le marteau, le battoir.Les outils étaient defer.Au début, ils étaient pour la plupart en bois, m\u2019avait-il dit un jour.Les souvenirs jaillissent si nombreux qu\u2019il me faut faire des choix.À soixante ans de distance, j\u2019ai souvenance de cette délicieuse tire d\u2019érable sur la neige.Je revois le fanal en fer blanc et les chandelles de suif qui éclairaient l\u2019étable.Je regarde le grand-père qui peigne ses deux chevaux.Il était si fier qu\u2019il leur donnait un peu de foin, en plus de la paille distribuée aux autres bêtes.J\u2019aperçois aussi l\u2019aïeul près du poêle, avec un sourire de satisfaction et sa pipe en travers, à la manière des lèvres de Jean Chrétien.Mais l\u2019homme était bleu.Sa blague à tabac était de couleur bleue, alors que celle du grand-père Ernest, côté maternel, était rouge.Entre les deux familles, le ciel était toujours bleu et l\u2019enfer ÉDITORIAL 169 toujours rouge.On se retrouvait au temps des fêtes, s\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019élections dans l\u2019air.Un autre détail me revient: l\u2019homme était aussi marguillier.Le dimanche, avant d'entrer à l\u2019église, il enlevait ses souliers de bœuf pour chausser une luxueuse paire de bottines qu\u2019il avait achetée à Rivière-du-Loup.La grand-mère La grand-mère a donné naissance à onze enfants.Six filles sont entrées en communauté religieuse et un garçon a été ordonné prêtre.Cette femme dépareillée a enseigné à l\u2019école du rang.Elle entretenait la maison et un grand jardin potager.Elle aidait son homme aux travaux des champs.Elle veillait étroitement à l\u2019éducation de ses enfants.Je la revois racontant des histoires aux petits.Par l\u2019exemple et la parole, elle les initiait aux valeurs spirituelles et aux pratiques religieuses.La famille priait à genoux, récitait le chapelet tous les soirs et chantait des cantiques religieux.Le jeûne était de rigueur durant le carême.Ces enfants rêvaient beaucoup moins que mes petites-fdles et petits-fils.Léda Lévesque a connu le travail et le renoncement.Elle était la gardienne du foyer, de la langue et de la foi.Comme les femmes de son époque, elle s\u2019amusait avec le tor-deur, le moulin à coudre, le rouet, le métier à tisser.Elle fabriquait les habits, les capots et les culottes du mari et des garçons.Elle confectionnait ses robes, ses vêtements et ses tabliers, ainsi que ceux des filles.Elle tissait des catalogues.Elle tricotait des mailles incalculables pour donner à chacun le gilet, la tuque, le bonnet, le chandail, les mitaines et les bas nécessaires.Elle produisait le savon, des chandelles et aussi les souliers et les bottes de la petite famille.A l\u2019époque, les femmes accomplissaient toutes ces tâches avec soumission et modestie.Il est facile de comprendre à la fois les transformations sociales survenues et les réclamations des femmes à l\u2019égalité.La vie de famille À l\u2019époque des grands-parents, la vie familiale était tissée «serrée».Il va de soi que la plus âgée des fdles s\u2019occupait du dernier-né et parfois de l avant-dernier.L\u2019entraide entre les jeunes prenait 170 toutes les formes imaginables, de l\u2019aide aux études aux soins ménagers, sans compter l\u2019entretien du jardin, la cueillette des fraises, des framboises, des bleuets, des noisettes.De temps en temps, les garçons allaient à la pêche et à la chasse avec leur père.C\u2019était parfois bruyant.On savait quand même s\u2019amuser.Il n \u2019y avait ni radio, ni télévision, ni vidéo, ni les 1 000 jouets que mes enfants offrent à chacun de mes petits-enfants.Jadis, on savait raconter et chanter.Dans presque toutes les familles, les chansons canadiennes et les contes étaient à la mode.J ai moi-même souvenance des histoires de la poulette grise, du loup-garou, du Bon-homme-sept-heures, du Petit Poucet, du feu-follet, de la bête-à-queue, de la chasse-galerie, du revenant.Ma grand-mère (je ne sais si elle était superstitieuse ou si elle contait des histoires) parlait souvent des mauvais sorts.Les conséquences étaient toujours désastreuses si les enfants n\u2019écoutaient pas: une vache ne donnerait plus de lait, un cheval boiterait, un pain serait transformé en pierre, une âme serait vendue au diable.à moins que.la pénitence n\u2019ait eu raison du mauvais sort.Au-delà des déplacements du grand-père dans l\u2019exercice de ses fonctions de maire, la famille se déplaçait peu.L\u2019entrée des tantes en religion et de l\u2019oncle au séminaire représentait les grands voyages.Les fêtes du Nouvel An étaient célébrées selon l\u2019esprit de la race.Dans les bas étendus près du poêle, le petit Jésus apportait des cadeaux à ceux et celles qui avaient été sages.L\u2019aînée de la famille demandait la bénédiction paternelle.Des soupers de famille regroupaient la parenté.Ces veillées étaient très animées.Autour du poêle qui ronronnait, on jouait aux cartes, au trente, au Charlemagne.On dansait, tard dans la nuit, au rythme des «reels», des valses, des «polkas», des gigues.Le violoneux était infatigable et il y avait toujours un conteur d\u2019histoires capable de rompre l'instant de silence qui s élève après une chanson.À l\u2019aube, au clair de la lune, les convives retournaient chacun chez soi.Les carrioles semblaient flotter sur les flocons de neige qui tombaient.Durant l\u2019année, même si la maison familiale comptait une douzaine de pièces, tout l\u2019espace était occupé.Un crucifix était accroché dans la cuisine, face à une pendule marine qui devait s arrêter si ÉDITORIAL 171 la mort frappait un membre de la famille.Des portraits à l\u2019huile étaient pendus aux murs dans la salle à dîner où l\u2019on ne pénétrait qu \u2019aux grandes fêtes.Le grand-père possédait une montre de poche en argent qu\u2019il portait dans les grandes occasions.Aux champs, le soleil indiquait l\u2019heure du dîner et du souper, même s\u2019il était caché par les nuages.Le matin, le chant du coq sonnait le réveil.L'électricité n \u2019avait pas encore fait son apparition.La lampe à l\u2019huile et les chandelles de suif étaient à l\u2019honneur.Les allumettes souffrées étaient d\u2019usage.La chimie n\u2019avait pas encore inventé l\u2019allumette que nous connaissons aujourd\u2019hui.Un détail que j\u2019étais en train d\u2019oublier: les prénoms choisis à l\u2019époque étaient souvent bizarres.Il suffit défaire quelques travaux en généalogie pour le constater.Ma famille n\u2019a pas fait exception à la règle.Aucune recherche ne m\u2019est nécessaire pour trouver des noms étranges.Des oncles et tantes s\u2019appellent Amédée, Anastasie, Arthémise, Clarisse, Clorinthe, Édilbert, Euphrosine, Joséphine, Josephte, Léocadie, Luciana, Maria, Mathuzalem, Rosanna, Salomé.La vie paroissiale Au temps de mes grands-parents, la paroisse était une force de vie française et catholique.Elle était le centre de ralliement en dehors de la famille.Le curé veillait au grain.Il assumait la direction spirituelle et souvent temporelle.Les maîtresses d\u2019école du village et des rangs gagnaient quelque 30$ par année.Un marchand général vendait des biens payables par une ou deux cordes de bois déposées au printemps dans le rang «sept».Au village, il n\u2019y avait pas de médecin et rarissimes étaient les artisans.Une seule automobile dans toute la paroisse.Seul monsieur le curé avait le téléphone.Le dimanche était le jour du Seigneur.L\u2019église était pleine.Les paroissiens accomplissaient leurs devoirs envers Dieu.Le sermon du curé était un moyen d\u2019instruction.Il était toujours long, trop long en hiver.Le froid était tel que le vin et l\u2019eau de M.le curé gelaient dans les burettes.Pour se réchauffer, les fidèles devaient parfois frapper le plancher de la semelle.La messe de minuit était un événement imposant.Le chant du Minuit, chrétiens résonnait avec allégresse.Les cérémonies du baptême, la procession de la Fête- 172 Dieu, la quête de VEnfant-Jésus et l\u2019ensemble des offices du culte étaient des occasions toujours renouvelées de réjouissances.Les célébrations religieuses créaient un climat fraternel.Les paroissiens se connaissaient tous.Ils devenaient même familiers entre eux.L\u2019usage de sobriquets était entré dans les mœurs.Les familles étaient toutes désignées par un surnom.On retrouvait les Bélanger «sardines», les Dumont «corneilles», les Morin «claques», les Pelletier «sautreaux», les Saint-Pierre «Fro», etc.L\u2019usage des sobriquets était surtout pittoresque, mais il arrivait parfois qu\u2019il fût piquant et constituât une offense.Dans la paroisse, certaines situations se transformaient en grand événement social.Les noces rassemblaient tout le cousinage et le voisinage.La suite comprenait parfois jusqu\u2019à trente voitures, calèches, bogheis, «sleighs», carrioles.Pendant deux et même trois jours, les convives se régalaient de pâtés, tartes, tourtières, ragoûts, biscuits, beignes, gâteaux, crème fouettée et «ti-blanc».La fraternité s\u2019exerçait de façon admirable.Si une grange brûlait dans la paroisse, si un accident sérieux survenait, les paroissiens devenaient solidaires.Ils organisaient une collecte compensatrice.Les femmes accueillaient les victimes dans leur maison.Les hommes organisaient une corvée pour remplacer le bâtiment brûlé.Un autre exemple: lors du décès d\u2019une personne, tout le rang se regroupait dans une veillée des morts pour témoigner leur sympathie à la famille éprouvée.En ce temps-là En ce temps-là, la vie était différente.Et l\u2019indice des prix ne souffrait pas d\u2019inflation.Avec quinze sous, on se procurait cent clous.On payait vingt-cinq piastres pour un cheval, cinq piastres pour une vache, une piastre et demie pour cent livres de bœuf et trois ou quatre piastres pour cent livres de lard et soixante-quinze sous pour un agneau.Une livre de beurre se vendait entre huit et dix sous et une douzaine d\u2019œufs revenait à six ou huit sous.Une corde d\u2019érable valait soixante-quinze sous.À l\u2019époque, tout était différent.Nombre de personnes ne savaient pas écrire.(Au fait, 250 000 Québécoises et Québécois sont ÉDITORIAL 173 illettrés, en 1990.) Pour se faire la cour, certains couples utilisaient les services d\u2019une personne intermédiaire.Les temps sont changés.«Les vieux portraits de famille» ne se ressemblent plus, ma chère madame Lebel.Même si elle est âgée de 75 ans, la Ligue d\u2019Action Nationale est jeune.Elle se renouvelle sans cesse.Elle s\u2019adapte aux conditions nouvelles de la vie française et québécoise.Mais la connaissance du passé demeure essentielle à la détermination de l\u2019avenir.Pour prévoir ce qui peut survenir en l\u2019an 2000, il est nécessaire de connaître le comportement de l\u2019époque qui nous a précédés.Pour comprendre les transformations radicales qui s\u2019opéreront au cours des 50prochaines années, il est obligatoire de savoir que la minute présente est celle d\u2019une chaîne immortelle, et non un maillon isolé d\u2019une vie sans continuité.Autrement, nous demeurons incapables de saisir au vol l\u2019avenir.U Rosaire Morin Gérard Turcotte L\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec La Commission Bélanger-Campeau a reçu 520 mémoires.L\u2019Action Nationale a reçu certains de ces mémoires.Elle en présente ici des extraits.Elle ne commente pas.Elle ne résume pas.Elle cite des passages.Elle a choisi.Elle introduit des titres et des sous-titres.Elle accorde une attention particulière à son propre mémoire.C\u2019est normal.On doit davantage aimer son pays.Les organismes ou personnes sont introduits selon l\u2019ordre alphabétique.Les points de suspension [.] indiquent que le texte est une entaille.reproduite avec fidélité.À chacun défaire la synthèse du projet de société qui s\u2019élabore.Rosaire Morin La Ligue d\u2019Action nationale «L\u2019indépendance normale et nécessaire.Notre noviciat aux portes de l\u2019histoire a suffisamment duré.À supposer que nous tentions une fois encore de retarder 1 échéance ou, pis, de masquer sous un faux compromis l\u2019impuissance de choisir, il est peu probable qu\u2019une autre commission puisse, dans vingt- L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 175 cinq ou trente ans, s\u2019efforcer de répondre à la même question: elle n\u2019aurait même pas à tenter une opération de sauvetage, tant les événements auraient décidé pour nous.» La recherche d\u2019une solution «.La masse des ouvrages, des essais, des numéros spéciaux de revues et de journaux aussi bien que les actes de centaines de colloques, séminaires et autres tables rondes, a quelque chose de vertigineux.«Il y a par ailleurs les travaux des grandes commissions à vocation constitutionnelle ou politique (commission Tremblay, Laurendeau-Dunton, Pépin-Robarts, Comité parlementaire de la constitution à Québec, Comité spécial mixte sur la constitution à Ottawa, etc.) et, naturellement, les rapports des nombreuses conférences constitutionnelles des Premiers ministres, en particulier depuis 1960 (par exemple, onze dans la seule période de 1968 à 1971).Pourtant, trente ou quarante ans après, quelques centaines de constats et quelques milliers de déclarations plus tard, nous nous retrouvons devant la même interrogation fondamentale et, pour l\u2019essentiel, dans la même situation constitutionnelle à ceci près qu\u2019elle est devenue plus critique, plus pressante et l\u2019interrogation, dès lors, plus angoissante.» I.L\u2019impossible fédéralisme «.Pour nous, de la Ligue d\u2019Action nationale, il ne s\u2019agit plus de savoir si le Québec doit sortir de la fédération canadienne ou de ce qu il en subsiste, mais comment et quand, tant les événements nous paraissent avoir donné la réponse avec une triste et persistante éloquence.Au reste, nous en avons été pratiquement exclus, sinon expulsés, depuis novembre 1981 et nous sommes régis depuis le printemps de 1982 par une constitution révisée à laquelle nous avons été étrangers, davantage à laquelle le Québec unanime s\u2019est opposé.Il était évident, à compter de là, que la notion des \u2018deux peuples fondateurs\u2019 avait vécu, tout comme l\u2019esprit initial du pacte fédératif.Le fait d être régi contre sa volonté par une loi étrangère, voilà qui s\u2019apparente à un statut colonial.«.Le régime semi-fédéral canadien est né dans un vaste malentendu qui n\u2019a cessé de se perpétuer depuis lors.Pour les 176 Canadiens-Français, ce système, même s\u2019il s\u2019était exprimé dans une loi du Parlement britannique, découlait d\u2019abord d\u2019un pacte entre les deux nations; d\u2019autre part, ils allaient progressivement accorder leur première allégeance au gouvernement \u2018provincial\u2019, expression de leur État national.De leur côté, les Canadiens-Anglais recherchaient un gouvernement central fort et voyaient dans la fédération l\u2019association de provinces strictement égales entre elles.«.Dans la constitution originelle de 1867,.tout ce qui concerne la vie quotidienne des citoyens, ce qui rejoint leur identité fondamentale et leur réalité socio-culturelle, devait être dévolu aux provinces.Il était inévitable qu\u2019au Canada,.le gouvernement central entreprît d\u2019intervenir dans ces vastes domaines.En fait, nous sommes déjà entrés dans une phase de cogestion de l\u2019enseignement post-secondaire et de la politique sociale; le gouvernement central a cessé, par exemple, depuis quelques années, de parler de juridiction \u2018première\u2019 ou \u2018principale\u2019.» II.L\u2019indépendance normale et nécessaire «.Nous avons aujourd\u2019hui, Québécois, un pays à portée de main: la lucidité et la dignité nous pressent de saisir cette chance peut-être ultime.«Selon la vision traditionnelle, nous aurions à choisir entre trois grandes options résumées sommairement sous les appellations de: statu quo, fédéralisme renouvelé, indépendance; classification commode, mais simpliste, qui tendrait à faire apparaître implicitement les premier et troisième termes comme des positions \u2018extrêmes\u2019, le deuxième devenant le vaste champ du raisonnable.Usée jusqu\u2019à la corde, cette typologie nous est servie depuis une trentaine d\u2019années, avec le résultat que nous en sommes restés au statu quo, les timides tentatives de fédéralisme renouvelé ayant fait long feu!.» Le sens des mots «.Il nous paraît important, à ce propos, de dissiper un certain nombre d\u2019équivoques qui entourent depuis quelque temps chez nous les notions de souveraineté et d\u2019indépendance, aussi bien que celles d\u2019association et d\u2019interdépendance.L\u2019enjeu est trop grave pour laisser se perpétuer une ambiguïté qui pourrait conduire à la plus redoutable confusion. L'AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 177 «.La souveraineté et l\u2019indépendance ne représentent pas deux options différentes, deux voies distinctes, deux degrés dans l\u2019autonomie: elles expriment la même réalité fondamentale, la souveraineté de la nation étant 1 expression juridique de son indépendance.Lorsque l\u2019on parle des États souverains comme seuls sujets de droit international, on fait référence aux pays qui disposent de l\u2019indépendance.«De même, sur un autre plan, l\u2019idée d\u2019association, telle qu\u2019elle est entendue en droit international, implique un accord organique entre États souverains pour aménager un espace d\u2019intérêt commun ou pour mettre en commun un certain nombre d\u2019activités d\u2019ordre économique ou monétaire principalement, et les gérer ensemble.Pareille association n est concevable qu\u2019entre États souverains: ainsi, on ne saurait d\u2019aucune façon l\u2019appliquer, par exemple, à la fédération canadienne, même eventuellement rénovée.Il ne faut pas ruser avec les mots, car on finit par ruser avec la réalité: le respect du verbe, surtout dans un débat comme celui-ci, est essentiel au respect des idées et au respect des personnes, des personnes morales que sont les nations.» Le développement global «.La survivance et l\u2019influence des peuples et de leur culture, demain, seront affaires d\u2019audace, de créativité, d\u2019originalité et de sens de 1 effort, c\u2019est-à-dire de leur aptitude à concevoir, à maîtriser et à réaliser un modèle original de développement.Rien n\u2019est acquis et tout est à conquérir.Nous serons comme peuple demain ce que nous choisirons d\u2019être aujourd\u2019hui.Nous devons voir à la fois ce qui est en jeu et c\u2019est une extraordinaire aventure de développement global et de participation comme partenaire à part entière au monde du 21e siècle.Entre le sort médiocre d\u2019une province frileuse, peureuse, folklorisée et dépendante et le statut d\u2019une nation libre', inventive et fraternelle, y aurait-il place pour l\u2019hésitation?«Pour la Ligue d\u2019Action nationale, l\u2019indépendance du Québec est devenue la condition obligée de sa durée et de son développement, termes qui en l\u2019occurrence sont quasi synonymes, car il n\u2019est pas de durée dans la stagnation, pas de survivance dans la médiocrité.Elle est au reste la voie empruntée par tous les peuples et s\u2019il advient à certains d\u2019en être privés, ils n\u2019ont de cesse que de la voir recouvrée, 178 non seulement dans les attributs extérieurs, mais dans la réalité de l\u2019exercice de la souveraineté.Les événements récents et actuels d\u2019Europe centrale et orientale, comme de l\u2019Union soviétique même, en apportent une nouvelle démonstration qui, d ailleurs, n est pas achevée, il s\u2019en faut.» Pouvoir et développement «.La profonde transformation que le Québec a vécue à partir des années soixante sur un rythme accéléré a fait clairement ressortir cette caractéristique des sociétés modernes qu\u2019est 1 unicité du développement, en même temps qu\u2019elle confirmait à partir d un certain seuil son impuissance d\u2019agir.Ce sont ces deux termes de pouvoir québécois et de développement global qui allaient fonder la démarche des gouvernements successifs du Québec, avec des priorités et des accents variés, mais dans une remarquable continuité, aussi bien dans les affaires intérieures que sur le plan international.«Cet aboutissement (l\u2019offensive centralisatrice), aussi compréhensible qu\u2019inévitable, nous impose de reconnaître que la seule voie ouverte est celle de l\u2019indépendance: elle seule implique la plénitude des pouvoirs et permet d\u2019orienter et de gérer efficacement le développement.Cette indépendance n\u2019est pas qu\u2019une aspiration saine et normale, elle n\u2019est pas qu\u2019un droit incontesté: elle constitue désormais pour le Québec l\u2019unique voie de salut et, à cet égard, prend la dimension d\u2019un impératif.«.Au reste, chacun sait qu\u2019en fonction des paramètres de base, population, superficie, richesses naturelles, qualité de l\u2019appareil administratif, niveau de développement, état des équipements et des infrastructures, volume du commerce extérieur, etc., un Québec indépendant se situerait aisément dans le premier quart, sinon le premier cinquième des quelque 160 pays membres des Nations Unies.» La maîtrise de notre destin «.Même dans l\u2019hypothèse où le régime fédéral aurait dans l\u2019ensemble donné satisfaction au Québec, celui-ci aurait été parfaitement justifié, à un certain stade de son évolution, de rechercher la maîtrise complète de son destin.À fortiori, dans l\u2019état de crise et de liquéfaction d\u2019un régime pseudo-fédéral et d\u2019un régime qui persiste L'AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 179 à nier sa spécificité, le Québec est-il aujourd\u2019hui contraint d\u2019assumer son indépendance.«En 1963, Jean Lesage déclarait: \u2018C\u2019est tout le régime fédératif canadien et son fonctionnement qui ont besoin d\u2019être repensés\u2019; en 1965, c\u2019est la Commission sur le bilinguisme et le biculturalisme qui, dans son rapport préliminaire, écrivait: \u2018Le Canada traverse actuellement la crise majeure de son histoire\u2019; Daniel Johnson, enfin, lors de la Conférence sur \u2018la confédération de demain\u2019, à Toronto en 1967, déclarait: Tl est devenu nécessaire de développer la conception d\u2019un Canada à deux partenaires et il est urgent de nous doter d\u2019une constitution totalement nouvelle\u2019 et il ajoutait quelques mois plus tard, sur le même thème: \u2018Nous n\u2019attendrons pas dix ans.\u2019 «Vingt-trois ans après cette conférence de Toronto qu\u2019on avait qualifiée \u2018d\u2019historique\u2019 et dont devait sortir la cascade de conférences des premiers ministres conduisant à la rencontre de Victoria de 1971, nous en sommes exactement au même point, ou plutôt nettement en deçà.Nous n\u2019avons pas attendu dix ans, il est vrai: nous avons attendu près d un quart de siècle.Combien de temps encore allons-nous nous satisfaire de rêver d\u2019être ce que nous n\u2019osons pas être?» Unité de développement «Tout peuple normalement constitué choisit et modèle ses institutions en fonction de deux préoccupations fondamentales et permanentes: la sauvegarde et le renforcement de ses valeurs profondes et d\u2019abord de sa culture; la recherche du taux optimal de développement pour assurer la croissance économique et le progrès social.Ces deux préoccupations sont d\u2019ailleurs étroitement reliées et se conditionnent réciproquement.«.Le développement d\u2019une communauté, quelle qu\u2019elle soit, intègre aujourd\u2019hui toutes les dimensions; c\u2019est une démarche globalisante comme en témoignent les plans de développement des pays les plus divers.Ce développement ne peut être morcelé et il ne peut dès lors relever simultanément de plusieurs autorités, être éclaté entre des pouvoirs multiples et souvent contradictoires.L\u2019enchevêtrement des juridictions entraîne un énorme gaspillage humain et financier, des lenteurs et des blocages et à la fin la paralysie: nous en faisons depuis plusieurs décennies l\u2019amère expérience.Le développement économique, par exemple, ne peut être raisonnablement conçu, abs- 180 traction faite de la qualité des ressources humaines dont il dépend étroitement, c\u2019est-à-dire l\u2019éducation et la formation professionnelle, de même que la mise en œuvre d\u2019une politique de progrès social est indissociable de l\u2019évolution de l\u2019économie.«Bref, dans une société moderne, l\u2019interaction grandissante de tous les domaines impose une conception globale du développement.Et comme il part de tout l\u2019acquis d\u2019une société, qu\u2019il prend appui sur toutes ses ressources, il ne peut avoir qu\u2019un responsable unique, qu\u2019un seul artisan.Voulu, global, planifié, constamment révisé et actualisé, le développement est l\u2019axe majeur de tout projet de société, qu\u2019il se traduise ou non dans un plan formel.Parce qu\u2019il est enraciné dans la réalité socio-culturelle et qu\u2019il est indivisible, il appelle pour sa réalisation un pouvoir complet et unique, un seul lieu de décision.Pas plus que la souveraineté, le développement ne peut être éclaté et dépendre de deux ou trois maîtres, de plusieurs pouvoirs de décision.Le développement d\u2019une nation ne peut être conçu et accompli que par elle, ce qui suppose qu\u2019elle ait tous les pouvoirs et les ressources nécessaires, qu\u2019elle tienne tous les leviers de commandement.«C\u2019est, d\u2019ailleurs, la conscience de l\u2019unicité du développement dans une société moderne et de l\u2019interdépendance de tous les grands secteurs d\u2019activité qui a conduit Québec et Ottawa à adopter, depuis plusieurs décennies, des positions antinomiques avec, en fin de compte, l\u2019affrontement et la paralysie.Dès lors que le Québec entend être une société moderne et donc innovatrice, tout en préservant et en confrontant sa culture, qu\u2019il entend vivre et exprimer en français un mode d\u2019être nord-américain, qu\u2019il veut participer à plein au monde du 21e siècle en sa propre identité, il lui faut avoir en main tous les moyens de développement, la maîtrise de son avenir, ce que seule permet l\u2019indépendance.De son côté, le gouvernement central a été conduit à s\u2019immiscer de plus en plus dans des domaines clés relevant totalement ou en priorité de la juridiction des provinces, justement parce que ce sont là dans les sociétés modernes les lieux premiers où se prépare le développement et où se forge l\u2019identité d\u2019une nation.» L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 181 La ressource humaine «Toute perspective de développement s\u2019inscrit dans la ressource humaine, qu\u2019il faut envisager sous trois aspects principaux: le nombre, la qualité et l\u2019authenticité ou le sens de l\u2019identité.a)\tle nombre «Avant tout, un État doit avoir la maîtrise de sa démographie, c\u2019est-à-dire pouvoir se donner une politique de la population à laquelle se rattache une politique d\u2019immigration.Au 16e siècle, le philosophe Jean Bodin disait à Henri IV: \u2018Sire, il n\u2019est richesse que d\u2019hommes.\u2019 La parole reste tout aussi valable aujourd\u2019hui, mutatis mutandis, et s\u2019applique au Québec avec une particulière acuité.Il lui faut se donner d\u2019urgence une politique démographique avec les deux dimensions de la natalité et de l\u2019immigration.«Cela suppose notamment qu\u2019il ait la juridiction exclusive et complète en matière d\u2019immigration.À l\u2019heure actuelle, il ne l\u2019exerce en fait que sur moins du quart des immigrants qu\u2019il accueille, alors qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un aspect déterminant de son évolution démographique et, dès lors, de sa survivance.Les ententes ponctuelles et partielles \u2014 et précaires \u2014 dans un domaine pareillement vital n\u2019ont guère de signification et peuvent même contribuer à masquer la gravité de la situation.«Seul un Québec souverain pourrait se donner l\u2019immigration de ses besoins, reliée à une politique de la population.Et cela devient terriblement urgent, car le Québec a perdu la maîtrise de l\u2019immigration, qu\u2019il se révèle impuissant à intégrer et qui, concentrée essentiellement dans quelques quartiers de Montréal, joue le rôle d\u2019un véritable cheval de Troie pour le bénéfice de l\u2019anglicisation.b)\tLa qualité «Aussi important que le nombre, la qualité de la population québécoise est un facteur premier du progrès collectif et du rayonnement extérieur.La matière première par excellence, désormais, c\u2019est la matière grise, de même que la ressource première réside dans la qualité (intellectuelle, morale, professionnelle) et dans la santé du citoyen.Une stratégie du développement des ressources humaines est devenue pour tout État moderne condition préalable de progrès 182 et moteur du développement.Il importe que l\u2019État national ait l\u2019autorité et les moyens requis pour une telle stratégie, qu\u2019il dispose à la fois de la juridiction et des ressources financières.La qualité de la ressource humaine passe à la fois par l\u2019éducation, la santé, la sécurité sociale, l\u2019information et l\u2019activité culturelle (production et consommation des biens culturels).«Voici longtemps que l\u2019éducation du citoyen a cessé de se résumer à l\u2019instruction élémentaire, à la scolarité obligatoire, cependant que la frontière tend à s\u2019effacer entre éducation et culture, entre culture et information.La formation du citoyen est à la fois un processus continu et un processus global qui ne saurait, moins que tout autre, dépendre d\u2019autorités multiples.Il en va de même de la politique sociale dont on sait l\u2019importance et le poids dans les sociétés industrialisées; ses orientations et ses priorités sont indissociables de la tradition, des valeurs et du projet d\u2019une société.Tout ce qui concourt à la qualité de la ressource humaine s\u2019inscrit dans la culture nationale et commande le développement collectif.Aucun État ne saurait renoncer à exercer la plénitude de la juridiction dans ce vaste domaine qui est le lieu par excellence de préservation de l\u2019héritage culturel et d\u2019élaboration de l\u2019avenir.c) L\u2019identité «Et puis, après le nombre et la qualité, il y a l\u2019identité à préserver et à conforter, identité qui s\u2019exprime principalement dans la langue, la culture et l\u2019ensemble du patrimoine national.Ce sont là les éléments les plus visibles, les plus sensibles et à la fois les plus profonds de l\u2019être collectif.La maîtrise absolue de la politique linguistique, par exemple, est une des conditions essentielles de la survivance du Québec.Or, loin qu\u2019il en aille ainsi, nous assistons depuis une vingtaine d\u2019années à une intervention grandissante du pouvoir central par le moyen de la politique dite des langues officielles, par la promotion de l\u2019étude de la deuxième langue à l\u2019échelle du pays, par le biais de la Charte des droits et libertés, plus récemment par la Loi C-72.«L\u2019ensemble de ces mesures représente la mise en œuvre par le fédéral d\u2019une véritable politique linguistique qui entre fréquemment en conflit avec celle du Québec et qui tend à miner celle-ci, déjà affaiblie par plusieurs jugements de la Cour suprême relative- L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 183 ment à divers aspects de la Charte de la langue française.Contrairement à l\u2019impression qui prévaut encore en certains milieux, le Québec est de moins en moins maître de sa politique linguistique, qu\u2019il partage de fait avec le gouvernement central jusqu\u2019au jour inéluctable où celui-ci aura acquis en ce domaine comme en tant d\u2019autres la suprématie.Ajoutons que des mesures inconsidérées prises chez nous même, comme la funeste Loi 178, ne peuvent qu\u2019accélérer ce processus mortel.«C\u2019est peut-être là qu\u2019éclatent plus nettement encore qu\u2019ailleurs la nocivité du régime fédéral, son irrépressible tendance à la centralisation et les menaces qu\u2019il fait peser sur notre identité.L\u2019expérience des dernières années a confirmé, si besoin était, l\u2019impossibilité pour le Québec d\u2019avoir une politique linguistique cohérente, vigoureuse et sûre dans le régime actuel.La sauvegarde de sa langue, c\u2019est-à-dire sa propre survivance, presse le peuple québécois d\u2019assumer la juridiction totale en matière linguistique et ce n\u2019est possible que par l\u2019accession à l\u2019indépendance.» Une culture menacée «L\u2019identité nationale, c\u2019est aussi la culture aux points de vue tant de la préservation et de la valorisation de l\u2019héritage dans toutes ses dimensions que de l\u2019encouragement à la créativité et de la diffusion des produits culturels.C\u2019est l\u2019une des premières missions de tout État, d\u2019où la place éminente de la politique culturelle dans la plupart des pays contemporains, à la fois sur le plan national et comme moyen de rayonnement à l\u2019étranger.«Là aussi, le gouvernement fédéral occupe désormais une position éminente, voire dominante, grâce à d\u2019énormes crédits et à l\u2019action d\u2019un large éventail d\u2019organismes de création, de soutien, d\u2019animation et de coordination créés depuis une quarantaine d\u2019années.Son action aboutit fatalement soit à doubler celle du gouvernement du Québec, soit à la supplanter: il y a de fait un ministère fédéral des Affaires culturelles qui relègue au second plan celui du Québec.Les tentatives de coordination et de dialogue ne sauraient occulter le fait qu\u2019il y a là une violation permanente de l\u2019esprit de la constitution et surtout une dépossession d\u2019un attribut essentiel de l\u2019Etat québécois.«Là aussi, l\u2019enjeu est tel pour celui-ci que seule l\u2019indépendance 184 lui permettra d\u2019assumer la totalité et l\u2019exclusivité de la politique culturelle.Celle-ci comprend naturellement aujourd\u2019hui le domaine capital des industries culturelles (à la jonction de l\u2019économie, de la technologie et de la culture) et celui, non moins important, des communications qui est d\u2019ailleurs intimement lié au précédent.Cela explique l\u2019effort ancien du Québec, ses tentatives périodiques et généralement vaines pour élargir sa part dérisoire de juridiction dans un secteur où se joue, à travers les grands médias, une part de l\u2019identité culturelle, de même que l\u2019avenir de la créativité.» Le facteur international «.A ces raisons d\u2019ordre interne qui situent la souveraineté nationale comme un impératif de la survivance et du développement du Québec, s\u2019en ajoute une autre d\u2019ordre international dont l\u2019importance est rarement soulignée, en tout cas insuffisamment soulignée.C\u2019est le poids grandissant des accords internationaux sur les orientations et sur la gestion des affaires intérieures.Qu\u2019il s\u2019agisse des ententes et des accords bilatéraux ou des conventions et des traités multilatéraux, leur multiplication et leur extension ont des effets directs et considérables sur la conduite des affaires intérieures.«Le résultat le plus clair en est que sans autorité sur les relations internationales, sans participation directe au concert des nations, un gouvernement comme celui du Québec assistera impuissant à l\u2019érosion de ses compétences constitutionnelles par le jeu d\u2019accords internationaux auxquels il n\u2019aura été partie d\u2019aucune façon et pourtant auxquels il sera lié contre sa volonté.C\u2019est pour l\u2019avoir pressenti que dès 1965 le gouvernement québécois réclamait, selon une formule célèbre, le prolongement externe des compétences internes.On sait quels conflits en ont résulté avec le gouvernement central et même si, dans le seul cas de la participation aux instances de la \u2018francophonie\u2019 des arrangements précaires ont pu être laborieusement conclus, le problème de fond reste entier, celui du droit de conclure directement et d\u2019exécuter des accords avec l\u2019étranger dans les domaines de sa compétence et celui de participer directement aux organisations internationales œuvrant dans ces domaines.Cela, le gouvernement fédéral ne l\u2019acceptera jamais, il l\u2019a suffisamment répété et selon sa logique propre, il a raison.Mais de cela, le Québec a un besoin absolu, à moins de se résigner à voir une large part de sa juridiction vidée de son sens.Ainsi, sur ce plan aussi, face à ce L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 185 problème aussi, la seule solution efficace et globale pour le Québec réside dans la souveraineté nationale.» La communication «Pour les mêmes raisons, mutatis mutandis, et parce que le pouvoir passe aujourd\u2019hui par l\u2019information, parce que les médias contribuent de plus en plus à modeler la sensibilité et à orienter l\u2019imaginaire des peuples, en particulier de la jeunesse, parce qu\u2019un peuple ne saurait sans danger grave abandonner à l\u2019étranger les moyens d\u2019expression de sa pensée et de sa créativité dans les ordres les plus divers, un État et singulièrement un État fragile comme le Québec, comptable du destin d\u2019un peuple qui vivra toujours en situation précaire, doit avoir la possibilité de légiférer exclusivement en matière de communications, d\u2019information et d\u2019industries culturelles et de pouvoir participer directement et sans intermédiaire à la négociation des accords internationaux et au fonctionnement des organisations internationales correspondant à ces grands domaines.» Acte II de la Révolution tranquille «La grande leçon qui découle de cet ensemble de constatations, c\u2019est qu\u2019une \u2018société distincte\u2019 qui entend à la fois préserver et affirmer son identité et ses valeurs propres et s\u2019inscrire dans le mouvement du progrès économique et scientifique du monde, ne peut strictement pas y parvenir si elle ne détient pas les grands leviers de décision que seule garantit l\u2019indépendance.C\u2019est pourquoi \u2018l\u2019acte II\u2019 de la Révolution tranquille ne peut être que celui de la prise en charge intégrale de son destin par le peuple québécois; davantage, sans cet \u2018acte II\u2019, le premier n\u2019aurait plus guère de sens et ses acquis ne tarderaient pas à être remis en cause.L\u2019espérance frémissante portée par le grand réveil et par les grandes mutations des années 1960 à 1975 perdrait à posteriori toute signification.«Au total, poser la question du développement autonome et global du Québec, c\u2019est poser la question de la maîtrise de son destin.Le peuple québécois entend-il être le maître de sa prospérité et de son avenir et se donner les moyens d\u2019entrer à plein dans le vingt et unième siècle ou se résignera-t-il à recueillir les miettes incertaines d\u2019un développement conçu, dirigé et réalisé par d\u2019autres?C\u2019est en termes de modernité, d\u2019inventivité, de prospérité et de pouvoir de 186 décision que doit être formulée la problématique de l\u2019indépendance avec le souci permanent de l\u2019essor individuel et du progrès collectif.«C\u2019est à la recherche réaliste d\u2019un nouvel arrangement que nous devons nous employer: il y va de l\u2019intérêt du Canada autant que de celui du Québec.Ce qui est en cause, c\u2019est d\u2019abord bien évidemment la survie même de la société québécoise, mais c\u2019est aussi la chance d\u2019une coopération efficace, entre égaux, avec le reste du Canada.Nous sommes comptables de l\u2019avenir de ce peuple, nous choisissons pour les générations qui viendront après nous.Solidaires quoi que nous ayons de ceux qui furent et de ce qu\u2019ils firent, nous devons être en quelque sorte des contemporains de la permanence du Québec: la solidarité des générations n\u2019est pas moins importante que celle qui s\u2019impose entre les contemporains.Il n\u2019y a pas d\u2019intelligence du présent ni de pari sur l\u2019avenir sans lecture attentive du passé.Serions-nous condamnés ou résignés à une sorte de noviciat perpétuel aux portes de l\u2019histoire, novices impuissants à faire et à assumer le vœu perpétuel de l\u2019indépendance?Allons-nous continuer indéfiniment de nous interroger sur le régime propre à nous permettre de nous réaliser pleinement?«Il faut voir que l\u2019indépendance est une solution de raison, d\u2019efficacité et de dignité.Elle conserve tout son pouvoir novateur et apparaît aujourd\u2019hui comme un printemps des peuples.Il n\u2019est pas contradictoire, il est simplement normal que notre époque soit témoin à la fois de l\u2019apparition de vastes regroupements, de nouveaux ensembles fondés sur des intérêts communs d\u2019ordre économique, culturel ou politique et en même temps de la volonté d\u2019émancipation de nombreux peuples, du réveil des identités, de la réaffirmation des authenticités.Le véritable internationalisme ne se fait pas contre les patries, mais à partir d\u2019elles, avec elles, grâce à elles.Les chances de l\u2019universel résident dans l\u2019alliance fraternelle des cultures singulières, des patries souveraines et non pas dans leur abaissement, dans leur réduction.» III.L\u2019urgence d\u2019agir «.Aujourd\u2019hui, pour le Québec, il ne s\u2019agit guère de prendre de risques, tant les conditions essentielles sont réunies de son progrès dans l\u2019indépendance, tant son développement sur tous les plans tient à l\u2019indépendance.Il s\u2019agit de comprendre et d\u2019exploiter la conjonc- L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 187 ture extraordinairement propice et de saisir la chance qui nous est offerte.A l\u2019instabilité et à la confusion liées à un pseudo-fédéralisme pétrifié, donc à l\u2019insécurité permanente, économique autant que psychologique et politique, nous avons l\u2019occasion de préférer la stabilité et la sécurité, qui seront les compagnes naturelles de la souveraineté.Il est temps de reconnaître que l\u2019insécurité est liée, désormais, à la perpétuation artificielle du système existant.«.La conjoncture est éminemment propice, à la fois sur le plan international et sur le plan intérieur, plus propice que jamais elle ne le fut et que sans doute elle ne saurait plus l\u2019être.De surcroît, les porte-parole des grandes institutions financières, tant canadiennes et américaines que québécoises, et une partie grandissante des milieux économiques québécois reconnaissent la parfaite faisabilité de l\u2019indépendance, ce qui d\u2019ailleurs est une évidence.D\u2019autre part, l\u2019opinion populaire dans sa nette majorité y est prête et en ressent de plus en plus la nécessité.«.Il ne s\u2019agit pas seulement aujourd\u2019hui d\u2019assurer l\u2019épanouissement et d\u2019abord la survivance du Québec, il s\u2019agit aussi de préserver les chances d\u2019une collaboration féconde et durable entre le Québec et le Canada.Les deux parties ont objectivement intérêt à l\u2019indépendance du Québec, car il y va pour chacune de sa liberté de choix, de son autonomie de décision dans les divers domaines et de sa stabilité.C\u2019est par le choix de l\u2019indépendance et par là seulement qu\u2019il sera possible d\u2019engager une négociation sereine, à deux, dans l\u2019égalité.«Pour atteindre enfin sa majorité, pour gérer son développement, pour participer comme peuple normal au mouvement du monde, pour définir efficacement de nouveaux rapports avec le Canada et surtout pour conforter les chances de sa survivance, le Québec n\u2019a pas d\u2019autre voie ni d\u2019autre choix que l\u2019indépendance.Il le doit à sa jeunesse en particulier, il le doit aux générations qui viennent, auxquelles on ne peut interdire l\u2019avenir, c\u2019est-à-dire auxquelles on ne peut refuser une patrie.«.Une conjoncture internationale et une conjoncture intérieure éminemment propices se conjuguent pour offrir au peuple du Québec la chance historique de prendre enfin son destin en main et de se donner la patrie qui est à portée de main.Saura-t-il saisir cette chance ou préférera-t-il continuer de végéter comme une province, mendiant 188 périodiquement des bribes de compétence et de dignité à ses multiples partenaires?«Pour le Québec, l\u2019indépendance est aussi légitime et naturelle de soi qu\u2019elle est aujourd\u2019hui nécessaire et pressante.Elle est inscrite dans son histoire, appelée par son évolution, accordée à notre époque, commandée enfin par le respect de soi comme par le respect de l\u2019autre, puisqu\u2019elle est la condition première de toute coopération féconde.La raison dès lors nous y presse autant que le sentiment nous y incline.Bref, elle est affaire d\u2019efficacité autant que de dignité; elle est à la jonction de l\u2019histoire et de l\u2019avenir.» Assemblée des évêques du Québec «Les chemins de l\u2019avenir».L\u2019option politique «.Aucune option politique ne saurait être prise comme un absolu.Le peuple québécois a connu plusieurs régimes constitutionnels dans son histoire.Il pourrait en connaître d\u2019autres.Il semble même qu\u2019il doive le faire.» L\u2019adhésion populaire «.Le changement constitutionnel, pour être légitime, durable et fécond, ne doit pas être la seule chose des gouvernements, du milieu politique ou d\u2019intérêts particuliers.«.On risque d\u2019aller vers d\u2019autres échecs si de futurs aménagements constitutionnels ne reposent pas sur une plus large adhésion populaire, et surtout sur un projet de société, juste et authentiquement démocratique.» Les valeurs économiques «.Il y a lieu de s\u2019interroger sur quelques orientations récentes du Québec.Depuis un certain temps, priorité a été donnée au développement économique.L\u2019économie est certes une composante essentielle de notre vie sociale.Mais les progrès enregistrés à cet égard ne se traduisent pas automatiquement en une société meilleure.Au L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 189 contraire, le libre jeu du marché et les modèles de développement retenus ont laissé à l\u2019écart près d\u2019un million de personnes et des régions entières du Québec.» Les valeurs humaines «.Il est nécessaire sans doute de poursuivre l\u2019œuvre historique de faire du français la langue commune des Québécois et des Québécoises.Cependant, il est aussi impérieux de préserver les valeurs humaines et spirituelles héritées du passé et toujours créatrices de civilisation.Sans ces valeurs, les gens du Québec ne seraient plus liés entre eux que par la contrainte de la loi ou les avantages de l\u2019économie.» La décentralisation «.Une future constitution québécoise devrait donc favoriser une décentralisation vers les régions du Québec, et l\u2019octroi de moyens propres à encourager la participation des gens à des projets et à des défis qui soient à taille humaine.» Centre justice et foi Sentiment territorial «Que le projet d\u2019avenir politique du Québec soit centré sur le sentiment national territorial, qui seul permet d\u2019y inclure les groupes minoritaires et d\u2019éviter le repli ethnocentrique.» Projet de société «.Que la coresponsabilité occupe une place importante dans le projet de société, de façon à donner une voix à d\u2019autres que les classes moyennes et les groupes d\u2019intérêt.Que la centralisation fédérale ne soit pas remplacée par une égale centralisation provinciale.Que la responsabilité du palier municipal soit augmentée.Que la responsabilité politique des groupes minoritaires soit légalement assurée, en particulier pour les premières nations.Que la responsabilité des femmes continue de progresser jusqu\u2019à l\u2019égalité complète.» 190 Les libertés «.Que les libertés individuelles protégées par la Charte du Québec soient garanties plus fortement que jamais dans le projet d\u2019avenir.Que les droits collectifs de la majorité et des minorités soient déterminés le plus clairement possible.» Francophones hors Québec «.Que les Canadiens français hors Québec soient inclus dans le projet d\u2019avenir, en termes de défense de leur autonomie culturelle.» Association des anglophones dans un Québec indépendant L\u2019enracinement au Québec «.Notre Association représente une minorité restreinte mais grandissante du Québec anglophone qui, n\u2019étant pas nécessairement souverainiste, croit que, quoi qu\u2019il arrive aux réarrangements constitutionnels, nous sommes ici pour rester.» La force politique «.L\u2019influence politique du Québec ne sera jamais supérieure à sa force démographique.Et cette force-là diminue constamment.Le Québec a une contrainte majeure: le temps, et cette contrainte-là n\u2019est pas négociable.» L\u2019autonomie linguistique «.La Charte canadienne des droits (en dépit de son titre astucieux) diminue, maintenant et pour l\u2019avenir, l\u2019autonomie linguistique du Québec.» Une décision claire «.L\u2019association suggère fortement que la commission résiste à la tentation de proposer une solution constitutionnelle à mi-chemin entre le statu quo et la souveraineté.Elle doit plutôt analyser les L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 191 moyens par lesquels un Québec souverain pourrait améliorer l\u2019économie québécoise et quelles sortes de liens devraient unir le Canada et le Québec dans l\u2019avenir.» Association des économistes québécois La place du Québec «.Le Québec, par la taille de sa population, le niveau d\u2019éducation de sa main-d\u2019œuvre, la maturité et la diversification de son économie et son organisation sociale, a progressé rapidement tout au long du XXe siècle, s\u2019est réalisée de façon intégrale durant les trente dernières années.Comme État indépendant, le Québec se classe en bonne position, quel que soit le critère de classification parmi un petit nombre de pays ayant une position enviable.La question de sa viabilité dans un environnement international ne se pose même pas.» L\u2019ajustement de l\u2019économie «.Certes, le relâchement de cette interdépendance entraînerait pour le moins une dislocation et des coûts additionnels.Mais c\u2019est le propre de la vie économique d\u2019être faite d\u2019ajustements successifs à des dislocations plus ou moins grandes dont l\u2019importance se mesure moins à leur envergure propre qu\u2019à la volonté qu\u2019on a de les supporter.» La tâche de la commission «.Nous croyons que la tâche de la présente commission ne saurait être seulement de définir le but à atteindre, mais aussi le moyen d\u2019y arriver.Si cette commission se borne à dresser la liste des vœux et des aspirations des Québécois sans s\u2019interroger sur la manière de les traduire en réalité dans un contexte autre que celui d\u2019un affrontement, elle aura semé le germe de nombreuses déceptions et aura fait en sorte que le coût de n\u2019importe quelle option finalement retenue sera plus élevé qu\u2019il n\u2019aurait dû être.» 192 Association du Parti libéral des îles-de-la-Madeleine L\u2019accès aux zones de pêche «.Advenant un changement de statut politique, il nous faut nous assurer que des négociations soient entreprises le plus rapidement possible, avec les provinces maritimes afin de voir au partage équitable de la ressource disponible.Ces négociations devront permettre au Québec d\u2019avoir accès aux zones de pêche des Maritimes, ainsi qu\u2019à la zone de 200 milles.» Le transport aérien «.En ce qui concerne le transport aérien, une autre préoccupation devra être analysée par les autorités gouvernementales québécoises.Dans l\u2019hypothèse que le Québec accède aux pleins pouvoirs politiques dans le secteur du transport, celui-ci devra tenir compte de la problématique du financement de l\u2019aéroport des Îles-de-la-Madeleine.» Le Saint-Laurent «.Nous ne voulons pas passer sous silence l\u2019important rapport de force que pourrait représenter pour le Québec et les Îles-de-la-Madeleine, la voie d\u2019entrée de la route maritime du Saint-Laurent.Cet élément, que l\u2019on qualifie d\u2019atout majeur, pourrait être très important au cours de discussions sur d\u2019éventuels partages des pouvoirs entre le Québec et le reste du Canada.» Bloc québécois Le refus du Canada anglais «.Les multiples tentatives de renouveler la fédération canadienne ont toutes échoué parce qu\u2019elles se sont butées au refus de reconnaître que nous formons une société distincte et de convenir du genre de répartition des pouvoirs qui en découle.» L'AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 193 Le droit à l\u2019autodétermination «.En définitive, il faut asseoir notre démarche sur son assise la plus solide, la plus immuable, celle du droit des peuples à disposer d\u2019eux-mêmes.C\u2019est pourquoi nous recommandons que le Québec proclame sa pleine souveraineté avant la négociation de toute nouvelle entente avec le Canada anglais.La démarche d\u2019accession du Québec à la souveraineté doit permettre l\u2019expression claire du choix de nos concitoyens et concitoyennes et la reconnaissance internationale de l\u2019expression de ce choix.» Les pouvoirs locaux «.C\u2019est pourquoi nous recommandons que les futures institutions québécoises décentralisées reconnaissent le rôle des pouvoirs locaux dans la dynamique du développement et la gestion efficace des services publics.» Jean-Louis Bourque Un pays viable «.Même le Canada anglais sait que le Québec est plus qu\u2019une \u2018société distincte\u2019, qu\u2019il a toutes les caractéristiques d\u2019un pays viable: un territoire défini, une histoire significative, des institutions éprouvées, une langue très fortement majoritaire, une culture nationale originale, une économie développée, des relations internationales et un vouloir vivre collectif.» La seule solution «.La seule solution susceptible d\u2019assurer la prospérité économique et la sécurité culturelle du Québec et de ses habitants, c\u2019est l\u2019indépendance nationale avec tout ce que cela comporte d\u2019avantages, mais aussi d\u2019obligations, de devoirs et de responsabilités.L\u2019indépendance c\u2019est la solution adulte, légitime et claire qui a l\u2019avantage incommensurable d\u2019être définitive et libératrice pour nous permettre de véritablement bâtir notre pays sur un projet de société original.«.La seule voie qui soit de façon réaliste à la portée de notre choix libre, c\u2019est l\u2019indépendance assortie d\u2019ententes ou de traités dans 194 certains domaines précis, mais sans que ces associations soient considérées comme des préalables.» Centrale de l\u2019enseignement du Québec La nature de la société «.Pour nous, l\u2019exercice effectif du droit à l\u2019autodétermination par le peuple québécois, qui ne peut désormais se réaliser qu\u2019en dehors du cadre constitutionnel canadien, passe inévitablement par une réflexion collective sur la nature de notre propre volonté et sur les valeurs qui la fondent.» La nécessaire souveraineté «.La CEQ considère, pour sa part, l\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance nationale comme une condition essentielle à la réalisation du principe de la souveraineté populaire, au maintien de son caractère national distinct et au développement d\u2019une société démocratique, égalitaire et pluriethnique ayant le français comme langue commune.» Les intérêts populaires «.Nous nous devons d\u2019être présents dans l\u2019ensemble du processus, non seulement pour nous assurer que l\u2019accession à l\u2019indépendance nationale ne soit pas escamotée, mais également pour faire en sorte qu\u2019elle se réalise dans le sens des intérêts populaires.Nous devons voir à ce que, par exemple, la constitution du Québec indépendant soit vraiment démocratique et progressiste, qu\u2019elle assure la protection et la promotion des droits individuels et collectifs.» Une culture commune «.Dans le cas de la CEQ, son engagement en faveur de l\u2019indépendance est indispensable, compte tenu de ses positions antérieures concernant les revendications historiques du Québec dont on sait maintenant qu\u2019elles n\u2019ont aucune chance d\u2019être obtenues dans le cadre constitutionnel fédéral actuel.Nos réflexions sur la nature pluriethnique de la société québécoise et sur l\u2019importance de déve- L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 195 lopper une culture commune en français nous conduisent aux mêmes conclusions.» Le moment est venu «.Indépendamment des stratégies partisanes et avec un œil critique sur l\u2019approche constitutionnelle du gouvernement québécois, nous croyons que le moment est venu d\u2019accéder à l\u2019indépendance, qui doit se réaliser de façon démocratique et mener à un approfondissement de nos valeurs démocratiques.» La constitution du Québec «.La constitution du Québec, en plus de définir le régime politique et de prescrire une formule de modification constitutionnelle sous contrôle populaire, doit assurer la protection des droits fondamentaux de la personne humaine et des droits politiques des citoyennes et citoyens, affirmer et promouvoir les droits sociaux et économiques et garantir le caractère français des institutions et le rôle du français comme langue commune de la société québécoise.La constitution du Québec devrait aussi définir les droits de la minorité anglophone et des autres communautés culturelles et reconnaître aux peuples autochtones le droit à l\u2019autodétermination.» Chambre de commerce du Québec La monnaie québécoise «.Une monnaie québécoise rattachée au dollar canadien ou au dollar américain serait à certaines conditions viable et crédible sur les marchés financiers internationaux.Le Québec pourrait avoir recours à cette solution dans l\u2019hypothèse où le reste du Canada refuserait l\u2019union monétaire.En fait, l\u2019instabilité du dollar canadien par rapport au dollar américain est précisément un des fléaux que ressentent le plus vivement les gens d\u2019affaires du Québec.Ils veulent une monnaie commune et stable.» Le marché commun canadien «Recommandation 1: Que la plus grande continuité possible soit 196 établie dans les lois et règlements qui encadrent présentement l\u2019économie du Québec sur le plan interne et dans ses relations avec le reste du Canada et l\u2019étranger.11 faut notamment protéger l\u2019intégrité du marché commun canadien, garantir les libertés économiques actuelles, maintenir l\u2019attitude d\u2019ouverture aux anglophones et aux allophones du Québec et respecter les traités commerciaux et les engagements financiers courants.«Recommandation 2: Que la question de 1 \u2019 avenir constitutionnel du Québec soit tranchée avec célérité et de façon décisive afin que soient minimisées les conséquences économiques de l\u2019incertitude politique.«Recommandation 4: Quel que soit le cadre constitutionnel retenu, que les compétences législatives soient clairement identifiées et distinguées afin que soient abolis ou minimisés les empiétements, les incohérences et les dédoublements intergouvemementaux qui ont conduit au gaspillage des fonds publics.«Recommandation 5: Que soient attribuées à la compétence exclusive du Québec (1) la totalité des matières à caractère essentiellement régional ou local et (2) toute partie régionale ou locale des matières dont l\u2019application dépasse les frontières du Québec, mais qui n\u2019en demeurent pas moins nécessaires à la préservation et au développement de son identité propre.«Recommandation 11: Que les champs de la main-d\u2019œuvre, de l\u2019assurance-chômage et de la recherche et du développement soient attribués à la compétence exclusive du gouvernement du Québec.Que la compétence du Québec en matière d\u2019immigration soit élargie de manière à satisfaire à tout le moins aux dispositions minimales de l\u2019accord du Lac Meech.» Jean-Charles Claveau Un combat séculaire «.Le Canada anglais et le Québec français embrigadés plus ou moins consciemment au niveau de chaque individu dans l\u2019affrontement séculaire commencé par leur mère-patrie respective, la France et l\u2019Angleterre, achèvent l\u2019un et l\u2019autre de se tailler leur part de L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 197 domaine.Ce domaine est la partie du territoire canadien où ils ont réussi au cours des ans à s\u2019implanter et à s\u2019imposer, selon le rapport de forces des camps en présence.Avec un Canada anglais concentré à 95% hors de la Belle Province et un Québec français où se retrouvent 90% des francophones du Canada, le découpage linguistique de plus en plus net préfigure le clivage national et politique qui s\u2019en vient.» Le désir de liberté «.L\u2019un ne peut se développer sans porter atteinte à l\u2019autre, sans le détruire peu à peu pour s\u2019en nourrir et se fortifier lui-même.Devenu trop gros désormais pour être absorbé par le Canada anglais, le Québec français ne peut demeurer à la remorque ou à la merci de son rival sans se condamner à l\u2019impuissance et à la dissolution progressive de sa personnalité nationale dans le grand tout canadien.» La souveraineté «.À la vérité, l\u2019avenir du Québec et du Canada passe d\u2019abord par la souveraineté québécoise qui donnera au Québec le pouvoir exclusif sur son territoire de faire des lois, de lever des impôts et d\u2019établir des relations avec le monde extérieur.» Communauté de Mashteuiatsh de Pointe-Bleue Une protection constitutionnelle «.Nous pensons que l\u2019obtention pour les Montagnais du Lac Saint-Jean de l\u2019autonomie gouvernementale doit recevoir la protection constitutionnelle.Ensuite, les modalités seront à déterminer selon des ententes négociées avec chaque nation.» Notre réclamation «.Il n\u2019est pas question de placer le peuple des Montagnais du Lac Saint-Jean au-dessus des autres.Ni de le mettre au-dessous, par contre.Il n\u2019est pas question non plus d\u2019avoir un État dans l\u2019État, 198 avec des Affaires étrangères, une armée propre, des postes, etc.Ce n\u2019est pas là notre conception.«Il est plutôt question d\u2019avoir des compétences propres sur un territoire ou partie de territoire nous appartenant spécifiquement, et qui traduiront notre souveraineté.Et c\u2019est là que nous voulons exercer notre droit à l\u2019autonomie complète.Nous pensons que la survie, le respect et le développement de notre peuple est une réalité que nous ne pouvons atteindre que par un seul moyen: soit la reconnaissance du droit inhérent à nous autogouverner et la reconnaissance de notre droit de propriété, et de notre compétence sur nos territoires et ses ressources, avec des programmes et services \u2018amérindien-nisés\u2019.» Les ententes «.Il est évident que des arrangements ou des ententes doivent avoir lieu de façon à harmoniser la coexistence avec les groupes qui nous entourent.Un crime demeurera toujours un crime.C\u2019est ce type de souveraineté partagé que nous recherchons et qui nous apparaît faisable et viable pour le respect et la dignité de notre peuple.» Le Québec futur «.Avec ces considérations préalables, la forme qu\u2019un Québec futur peut prendre politiquement et constitutionnellement ne nous effraie pas.Nous considérons cependant que le Québec devrait garder certains liens à définir avec le reste du Canada.En ce qui nous concerne, un de ces liens devrait être sûrement la question autochtone.Pas que nous voulions garder le sacro-saint lien ombilical avec Ottawa.Mais, plus dans l\u2019optique de contribution et d\u2019enrichissement mutuel possible à l\u2019\u2018indianitude\u2019 qui déborderait largement un Québec plus souverain à ce chapitre.«En conclusion, je dirais que ce que nous recherchons ici, c\u2019est un peu l\u2019esprit que vous recherchiez au lac Meech.» L'AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 199 Confédération des syndicats nationaux (CSN) Un État souverain «.Le néo-fédéralisme n\u2019est qu\u2019une bifurcation ramenant inéluctablement au fédéralisme canadien remaquillé.La situation commande d\u2019aller de l\u2019avant: la récupération des pleins pouvoirs d\u2019un État souverain moderne s\u2019impose pour que le Québec progresse.C\u2019est le seul chemin conduisant vers l\u2019avenir.«.Le fait que le Québec devienne un État souverain rapprochera les lieux de décision et de pouvoir de la population.C\u2019est renforcer la capacité de la population d\u2019influencer ceux-ci.C\u2019est aider la démocratie à s\u2019accroître et à s\u2019exercer.» Un projet de société «.Réaliser la souveraineté du Québec, c\u2019est décider nous-mêmes, collectivement, de nos objectifs de société et de les réaliser.«Dans cet esprit, la CSN soumet aux débats, qui se tiendront dans les mois à venir, des éléments d\u2019un projet de société adaptés à un Québec indépendant.Non pas en vue d\u2019élaborer un programme social idéal et utopique, mais un projet de société qu\u2019elle estime réalisable pour le Québec des années 1990, en fonction de la conjoncture nord-américaine et mondiale actuelle.» Des relations communes «.Le Québec et le Canada pourront se doter, dans le cours de leur évolution respective, de divers mécanismes: commissions, comités conjoints, cour de surveillance de l\u2019application des traités, etc., afin de régulariser en commun leurs relations.Mais, pour qu\u2019il y ait avantage mutuel, le Québec doit être un pays indépendant où tous les impôts perçus sur son territoire et toutes les lois qui s\u2019y appliquent doivent relever exclusivement de la compétence de l\u2019Assemblée nationale.» Le droit de parole «.Outre la population québécoise, nul ne doit pouvoir choisir et décider de ce que le Québec veut être et de ce qu\u2019il veut faire. 200 Nulle institution politique ne doit détenir le pouvoir de contrer les décisions prises par l\u2019Assemblée nationale.«Pour la CSN, l\u2019élément le plus important, l\u2019aspect le plus précieux de tout ce qui se dessine et se décide actuellement se résume ainsi: c\u2019est la population du Québec et elle seule qui doit déterminer son avenir politique, constitutionnel, économique, social, culturel, linguistique, environnemental et territorial.Elle devra non seulement être associée à tous les débats, mais consultée et conviée à se prononcer sur tous les choix majeurs qui engagent son présent et son avenir.» L\u2019accession à la souveraineté «.L\u2019accession du Québec à la souveraineté n\u2019est pas conditionnelle à l\u2019acceptation par le Canada de procéder à ces partages de pouvoir, de responsabilité et de compétences.L\u2019avenir du Québec et son développement appartiennent à sa population qui doit se préparer à assumer seule tous les pouvoirs d\u2019un pays souverain.» La confiance est évaporée «.La CSN ne croit plus ceux qui, encore une fois, promettront de faire en sorte que le Québec soit enfin plus fort en demeurant dans la Confédération canadienne.» Proposition de démarche «.Compte tenu de ce qui précède, la CSN propose la démarche suivante: 1.\tQue l\u2019Assemblée nationale tienne un référendum en juin 1991 sur une question claire, concise et précise dont le libellé serait: \u2018Êtes-vous d\u2019accord pour que l\u2019Assemblée nationale proclame sa pleine souveraineté sur l\u2019ensemble du territoire du Québec au plus tard en juin 1992?\u2019 2.\tQue l\u2019Assemblée nationale légifère pour créer une constituante, formée de personnes représentatives des divers groupes composant la société québécoise, qui aura 12 mois, suivant le référendum, pour élaborer un projet de constitution pour le Québec. L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 201 3.\tQue l\u2019Assemblée nationale mène avec Ottawa, dans la même période de 12 mois, des négociations portant sur la succession d\u2019État (partage des dettes et avoirs en commun, rapatriement de la fonction publique fédérale, etc.), ainsi que sur des ententes de partage économiques et politiques susceptibles de convenir aux deux pays.L\u2019Assemblée nationale entreprendra aussi des démarches en vue de la reconnaissance du Québec par les organismes internationaux, dont l\u2019ONU, et les gouvernements étrangers, dont les États-Unis.4.\tQue l\u2019Assemblée nationale fasse ratifier au plus tard en juin 1992, par référendum, le projet de la constitution du Québec.» Conseil Central du Bas Saint-Laurent L\u2019indépendance, un moyen «.L\u2019indépendance du Québec peut nous donner des moyens pour favoriser le développement régional en assurant une vraie place aux régions dans l\u2019ensemble québécois.L\u2019indépendance,.c\u2019est la société québécoise qui se prend en charge probablement, qui assume sa souveraineté dans l\u2019ensemble des questions qui la concernent.» «.Toutes les choses qui sont actuellement de juridiction fédérale deviendront de juridiction québécoise, quitte à créer des institutions communes pour la cogestion de certains domaines d\u2019intérêt mutuel.» Une région à notre goût «.Un Québec indépendant qui ne parviendrait qu\u2019à gonfler les instances centralisées de l\u2019État de rendrait aucunement service au développement régional.Si on veut faire l\u2019indépendance pour se donner une société à notre goût, c\u2019est en même temps et dans le même souffle pour se donner une région à notre goût.«.\u2018Assumer une vraie place aux régions dans l\u2019ensemble québécois\u2019, cela requiert que l\u2019on permette aux régions de garder leur population.Comme à Matane., pas comme à Saint-Nil, à 10 minutes d\u2019auto, qui est vidé.Pas comme dans beaucoup de nos municipalités où il ne reste plus de jeunes.» 202 Le plein emploi «.Un Québec indépendant qui ne mettrait pas résolument l\u2019accent sur le plein emploi, spécialement dans notre région où moins de 50% de la population est en emploi contre plus de 60% au Canada, nous paraîtrait comme un bien mince progrès.L\u2019indépendance que nous voulons, c\u2019est un outil de développement économique, politique et aussi social.Dans un Québec indépendant qui assume la plénitude de ses compétences, nous pourrons parvenir à une nouvelle répartition des pouvoirs, des ressources et des responsabilités entre le central, le régional et le local.Avec un vrai État au centre, on pourra parler d\u2019une vraie décentralisation vers les régions.» Conseil de bande de Sept-îles-Maliotenam À l\u2019intérieur d\u2019un État «.Nous nous trouvons devant la réalité que nous sommes un peuple qui vit à l\u2019intérieur d\u2019un État.Dans la situation actuelle où évoluent les relations internationales, nous pensons qu\u2019il n\u2019est pas réaliste d\u2019emprunter la voie menant, par la sécession, à la reconstitution d\u2019un nouvel État pour les peuples autochtones.» Des garanties «.Nous voulons nous assurer que le choix du peuple québécois, s\u2019il optait pour la souveraineté, ne le conduira pas à opprimer ou à \u2018réprimer\u2019 les peuples autochtones sur \u2018son\u2019 territoire.«.Les peuples canadien et québécois doivent faire en sorte de garantir, à l\u2019intérieur des frontières nationales, la jouissance effective des libertés collectives fondamentales, lesquelles impliquent la faculté pour les peuples autochtones de se donner des institutions adéquates.Rappelons à titre d\u2019exemple, la Belgique, l\u2019Espagne et l\u2019Italie qui ont reconnu, soit la spécificité de certaines régions, soit la coexistence dans le même État de peuples distincts dotés d\u2019institutions politiques propres.» L'AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 203 La reconnaissance de l\u2019identité «.Les peuples québécois et canadien, ainsi que les peuples autochtones, doivent mutuellement reconnaître, dans un esprit d\u2019égalité que: \u2014\tlorsqu\u2019un peuple constitue une minorité au sein de l\u2019État, il a droit au respect de son identité, de ses traditions, de sa langue et de son patrimoine culturel; \u2014\tque les membres des peuples minoritaires doivent jouir, sans discrimination, des mêmes droits que les autres ressortissants de l\u2019État et participer à la vie juridique, à égalité; \u2014\tque l\u2019exercice de ces droits doit se faire dans le respect des intérêts légitimes de la communauté prise dans son ensemble et ne saurait autoriser une atteinte à l\u2019intégrité territoriale et à l\u2019unité politique de l\u2019État, dès lors que celui-ci se conduit conformément à tous les principes énoncés ci-dessus.» Une déclaration commune «.Ce que nous demandons aujourd\u2019hui, c\u2019est un geste honnête où les peuples québécois et canadien d\u2019une part, et les peuples autochtones d\u2019autre part, s\u2019engagent les uns envers les autres en adoptant une déclaration commune des droits des peuples.» «.Cette déclaration constitue le pivot permettant aux peuples concernés de se repenser dans leurs rapports les uns avec les autres à partir d\u2019une perspective d\u2019égalité.» Conseil de la vie française en Amérique Une décision québécoise «.Une nation a besoin d\u2019un État fort, qui lui soit clairement identifié et en harmonie avec ses aspirations légitimes.La nation canadienne-française doit reconnaître que l\u2019État du Québec est le seul qui ait la volonté et les qualités requises pour remplir ce rôle.(et) les membres outre-frontières de la nation canadienne-française reconnaissent au Québec le droit de déterminer, par lui-même, quels 204 pouvoirs et quelle constitution il doit se donner pour remplir sa mission et s\u2019épanouir.» La francophonie d\u2019Amérique «.Tenant compte des rapports de plus en plus nombreux qui s\u2019établissent entre États.nous souhaitons que le Québec conserve ou établisse des liens privilégiés avec les communautés francophones des autres parties de l\u2019Amérique.Nous croyons qu\u2019il y a à ce chapitre une occasion d\u2019établir des réciprocités intéressantes.» Les Anglo-Québécois «.Il faut faire savoir au Canada anglais que la minorité anglophone du Québec jouit d\u2019un réseau parallèle d\u2019écoles, de cegeps et d\u2019universités, sans égard au nombre et d\u2019accès facile, alors que les francophones hors-Québec font face, à peu près partout, à une résistance farouche, sinon à une fin de non-recevoir.» Liaisons françaises «1) Que l\u2019Assemblée nationale du Québec établisse une direction permanente des relations avec les communautés francophones, et publie annuellement un rapport sur la situation de ces communautés.» «2) Qu\u2019une forme de représentation politique de la francophonie hors-Québec soit instituée; \u2014 possiblement avec un siège à l\u2019Assemblée nationale, avec droit de parole.» «5) Que tout accord politique éventuel avec les autres parties du Canada actuel contienne des clauses de réciprocité, non seulement modelées sur le généreux traitement accordé à la minorité anglophone du Québec, mais en fonction d\u2019un rattrapage institutionnel conçu pour corriger des retards plus que centenaires.» Conseil du statut de la femme L\u2019égalité «.Les recommandations que le Conseil formule dans son L'AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 205 mémoire ont pour objectif l\u2019adaptation de notre cadre politique et de nos institutions aux réalités contemporaines des femmes afin que celles-ci atteignent une véritable égalité avec les hommes.» Des chevauchements coûteux «.Le partage des compétences entre les deux paliers du gouvernement affecte les femmes, en matière de conditions féminines, dans les secteurs suivants: le travail, le droit de la famille, la sécurité du revenu, les dépenses fédérales reliées aux services de garde, l\u2019avortement et l\u2019immigration.» Les maîtres d\u2019œuvre «\u2014 Que le gouvernement du Québec soit le maître d\u2019œuvre de la politique de congés parentaux.dans le but d\u2019établir une politique cohérente qui reflète ses propres objectifs et tienne compte des besoins de sa population.\u2014 Que la compétence législative sur le mariage et le divorce relève du Québec.\u2014 Que le Québec se dote de tous les instruments nécessaires à l\u2019élaboration d\u2019une politique de sécurité du revenu cohérente.\u2014 Que les politiques en matière de service de garde à l\u2019enfance soient définies entièrement par le gouvernement du Québec en fonction des besoins des femmes et des familles québécoises.» Conseil québécois du théâtre Pour une révolution culturelle La stabilité économique «.Le développement économique est un outil destiné à permettre de se doter des moyens de remplir une tâche.Au Québec, cette tâche à assurer est la survie de notre mémoire ancestrale et l\u2019établissement d\u2019une société ouverte sur le monde dans toute sa complexité et toute sa variété.«.Le développement économique du Québec a été rendu pos- 206 sible par la mise en branle de la Révolution tranquille, soutenue par l\u2019ensemble de la société.Le but de cette révolution n\u2019était pas de permettre à quelques individus de s\u2019emparer du projet collectif et de déclarer la partie finie quand eux seraient parvenus à profiter à fond des avantages qui leur étaient consentis, ni de leur permettre de décréter que le seul but autrefois fixé avait été celui de leur réussite, à eux et rien qu\u2019à eux, en vertu de quelque supériorité supposée.» L\u2019acte II de la Révolution tranquille «.Il faut de toute urgence mettre en branle la seconde phase de la Révolution tranquille, axée sur deux aspects fondamentaux de notre vie collective: justice sociale et culture.«.Il faut mener à bien l\u2019indépendance du Québec, non par rejet du Canada, mais pour nous permettre d\u2019avoir un accès direct sur le monde, et pour nous forcer à multiplier nos interlocuteurs non plus seulement en fonction de leur force ou de leur domination sur nous.» La justice sociale «.\u2018Il n\u2019y a aucun intérêt à sauver la langue si c\u2019est pour laisser crever ceux qui la parlent\u2019, pour reprendre les mots de Michel Char-trand.» La Révolution culturelle «.Il a fallu trente ans à l\u2019économique pour profiter à fond de la phase I de la Révolution tranquille, il en faudra au moins autant pour redresser la barre en matière de culture et d\u2019enseignement, pour tenter de renverser le gouffre dans lequel nous sommes lancés à fond de train.» Conseil régional de concertation et de développement du Saguenay/Lac Saint-Jean Une reconnaissance législative «.Nous croyons que notre avenir passe plus que par le seul L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 207 canal politique: il passe aussi par la reconnaissance de la notion même du développement régional sur des bases législatives.Nous réclamons une reconnaissance officielle, nous réclamons une loi du développement.Un acte législatif qui affirmera l\u2019existence des régions en tant que partenaires significatifs dans l\u2019évolution du Québec moderne, et qui reconnaîtra par surcroît la nécessité d\u2019offrir à ces régions des outils pour assurer la prise en main de leurs responsabilités, qui leur reconnaîtra aussi des pouvoirs réels et bien définis et une marge de manœuvre financière adéquate.» Le rapatriement des pouvoirs «.Cet exercice de législation présuppose au départ le plein rapatriement, par le gouvernement du Québec, des juridictions et des pouvoirs d\u2019intervention en matière de développement régional.Il lui faut, à tout prix, éliminer le dédoublement néfaste des juridictions.» La propension à centraliser «.Ce rapatriement inclut naturellement la récupération, il va sans dire, des pouvoirs financiers et administratifs détenus jusqu\u2019à présent par l\u2019État fédéral.Il va de soi, cependant, que le gouvernement du Québec devra éviter sa propension toute naturelle à centraliser entre ses mains l\u2019exclusivité de ces pouvoirs d\u2019intervention nouvellement rapatriés et convenir à cet effet d\u2019un juste partage des pouvoirs et des compétences avec les régions québécoises.» «.Vous devez être bien conscients que ce que nous reprochons, nous les régions éloignées, à la structure centralisatrice du Québec en matière de développement régional, se compare à ce que le Québec reproche au fédéralisme canadien.Ne refusez donc pas aux régions ce qui a conduit le Québec à mettre sur pied cette Commission.» Conseil régional de développement de PAbitibi-Témiscamingue Les instruments nécessaires «.Nous croyons donc qu\u2019il faut donner aux régions du Québec 208 les instruments nécessaires à leur développement, leur garantissant du même coup la possibilité de créer l\u2019avenir tel qu\u2019elles le conçoivent.» Un seul palier gouvernemental «.Le CRDAT croit que le développement régional doit demeurer sous la responsabilité d\u2019un seul palier gouvernemental, celui du Québec.Le rapatriement accompagnés des moyens permettant l\u2019application des programmes spécifiques au développement régional.» Le développement durable «.Selon le CRDAT, la notion de développement durable doit tenir compte de l\u2019avenir, c\u2019est-à-dire qu\u2019elle ne doit d\u2019aucune façon compromettre la qualité de vie future de la collectivité.Cette notion implique également un développement ayant des appuis solides dans la région, ce qui nécessite évidemment une concertation préalable entre le gouvernement et la région.» L\u2019avenir politique «.Le CRDAT est d\u2019avis qu\u2019une telle question doit également être posée à l\u2019ensemble de la population du Québec par voie de référendum, ceci dans le but de respecter les principes démocratiques.» Conseil régional de développement du Bas Saint-Laurent L\u2019ambiguïté gouvernementale «.Personne ne semble savoir où commencent et où finissent les champs de l\u2019un et de l\u2019autre (gouvernement).Dans ces circonstances, il n\u2019est pas étonnant qu\u2019on se marche sur les pieds et qu\u2019on se renvoie constamment la balle.Même la définition des termes utilisés montre les positions retranchées des deux parties à l\u2019entente.» L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 209 Un seul responsable «De deux choses l\u2019une: le développement régional devient la responsabilité exclusive d\u2019un seul gouvernement supra-régional; ou, un des deux paliers gouvernementaux supra-régionaux disparaît.Le statu quo est impensable.» La décentralisation «Nous pensons que le développement des régions du Québec est tributaire des éléments suivants: \u2014\tla responsabilisation d\u2019un seul gouvernement quant à la question régionale; \u2014\tl\u2019adoption d\u2019une politique officielle de développement régional par le gouvernement responsable de la question; \u2014\tune décentralisation vers les régions de pouvoirs politiques et/ou administratifs actuellement assumés à Québec et à Ottawa.» Fédération des Francophones Hors Québec Réflexion québécoise «.Nous ne sommes pas sans comprendre que la réflexion qui se tient est celle de la collectivité québécoise; c\u2019est d\u2019abord et avant tout à cette dernière qu\u2019il importe de diriger les actions de son gouvernement.Notre contribution se veut celle d\u2019une collectivité qui partage de nombreuses richesses linguistiques, culturelles et historiques avec la société québécoise.Nous voulons aujourd\u2019hui tirer leçon de l\u2019expérience acquise pour tracer un avenir de coopération mutuelle où le développement des liens qui nous unissent prévaudra sur nos différences structurelles et politiques.» Un million de francophones «.Un million de francophones, c\u2019est autant, sinon plus, de personnes que la population de six des dix provinces canadiennes.Un million de francophones, c\u2019est 20% de la population francophone du Québec.Un million de francophones, c\u2019est des milliers et des milliers d\u2019interlocuteurs pour le Québec dans les domaines écono- 210 mique, éducatif et culturel.Un million de francophones, c\u2019est un avant-poste linguistique essentiel pour la société québécoise.» La complicité «.Le Québec et les francophones hors Québec n\u2019entreront dans une véritable complicité que lorsqu\u2019il seront convaincus qu\u2019il en va non seulement du bien de l\u2019autre partie, mais bien aussi de leurs propres intérêts.» Un choix québécois «.Ce choix fondamental d\u2019un statut politique pour le Québec appartient selon nous à la société québécoise elle-même.Elle est de loin la mieux placée, pour ne pas dire la seule, à pouvoir identifier ses besoins collectifs et elle assume elle-même les conséquences de ses décisions.» Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec Une période historique «.Il vient des moments dans la vie des peuples où des décisions doivent être prises sous peine de rater un virage important, de dévier du fil de l\u2019histoire collective.«.À un contre dix, nous ne pouvons pas gagner.Limités à des demi-compétences et des demi-pouvoirs, exercés dans un climat de guérilla et de chantage, nous ne pourrons même pas prendre les moyens nécessaires pour assurer notre développement comme peuple distinct, et encore moins mettre en œuvre collectivement nos désirs d\u2019organisation sociale et économique.«.Nous voulons la souveraineté, parce que le Québec est notre seul pays, que nous voulons l\u2019occuper et le proclamer, parce que c\u2019est normal qu\u2019un peuple ait un pays et que le Canada sera toujours le pays des autres.» L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 211 La force du Québec «.Le Québec, depuis 25 ans, n\u2019est plus le même.Tout n\u2019est pas encore parfait, mais il reste que nous pouvons être fiers de ce que nous avons mis sur pied en guère plus d\u2019un quart de siècle.Nous avons maintenant des élites intellectuelles, industrielles, financières, scientifiques.Nous avons développé des institutions uniques.Le Québec est sorti du sous-développement industriel et culturel; sa créativité dans tous les secteurs d\u2019activité, incluant les arts et la culture, n\u2019est plus à démontrer.Aujourd\u2019hui, en 1990, nous avons les moyens de nos ambitions.«.Le Québec n\u2019est pas à inventer d\u2019un bout à l\u2019autre.Nous sommes une société moderne, un peu en retrait à certains égards, un peu en avance à d\u2019autres.S\u2019il n\u2019en tient qu\u2019à nous à la FTQ, nous n\u2019avons qu\u2019à persévérer et aller plus loin dans cette voie.Mais chaque chose en son temps.Emparons-nous d\u2019abord des leviers politiques et économiques.Nous discuterons ensuite des actions à prendre.«.Les changements positifs qui sont intervenus au Québec ces dernières décennies ne nous viennent pas du lien fédéral, ils proviennent de nos propres initiatives et institutions.» Canada-Québec «.Pour la FTQ, il est inévitable que des liens existeront, quoi qu\u2019il advienne entre le Canada et le Québec par le biais de diverses ententes.Mais il nous importe d\u2019établir que ces liens devront découler d\u2019une libre décision de deux États souverains.Il importe donc que le Québec affiche son intention de se proclamer souverain avant de discuter de la nature des liens à maintenir.Il faut rappeler aussi que le Canada, et tout particulièrement nos voisins immédiats que sont l\u2019Ontario et les Maritimes, n\u2019ont aucun intérêt, eux non plus, à rompre les liens avec le Québec.» La décision «.Nous croyons, à la FTQ, qu\u2019une décision sur notre avenir constitutionnel doit se prendre par vote référendaire et ne doit pas être l\u2019objet d\u2019une élection.Les enjeux d\u2019une élection et d\u2019un tel 212 référendum sont différents, et nous sommes dotés d\u2019un cadre législatif qui distingue les marches à suivre dans l\u2019un et l\u2019autre cas.» Phyllis Lambert Une vision nationale «.Mais, au juste, quelle est la nature du débat?S\u2019agira-t-il d\u2019établir un plan stratégique pour le Québec?Ou s\u2019agira-t-il de jeter les fondements d\u2019une vision nationale?On a beaucoup insisté sur la nécessité d\u2019un Québec économiquement fort \u2014 et nul ne conteste une telle réalité.Or, l\u2019atteinte de cet objectif ne peut s\u2019accomplir sans s\u2019appuyer sur une confiance profonde dans sa société.Croire en sa société, c\u2019est la connaître, la comprendre.C\u2019est une quête humaniste qui doit appuyer et encourager le discours, l\u2019expression de la culture.» Les institutions culturelles «.Tout au long des débats, il est en outre essentiel que notre société en arrive à un consensus sur l\u2019importance du rôle que jouent nos institutions culturelles pour susciter la créativité dans tous les domaines.Sinon, en quoi notre société serait-elle distincte?Nous devons savoir où nous en sommes et décider des voies que nous voulons suivre.Toutes les grandes sociétés sont reconnues pour leurs œuvres intellectuelles et artistiques.» Une approche humaniste «Je crois fermement qu\u2019il faut mettre la priorité sur l\u2019éducation et les arts, et ceci avec une approche humaniste et une grande ouverture d\u2019esprit.Ainsi pourrons-nous jouer un rôle de qualité sur la scène mondiale et réaliser les possibilités qui nous sont offertes par la langue, laquelle nous donne déjà des rôles privilégiés et variés aussi bien en Europe qu\u2019en Afrique et en Asie.» L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 213 Mouvement Desjardins Le sens de l\u2019économie «.L\u2019économie est de l\u2019ordre des moyens, et non de celui des fins, et.la recherche en cours devra aussi tenir compte des dimensions politiques, culturelles, sociales, historiques, juridiques et internationales.» La résurgence des nationalismes «.L\u2019effet le plus marquant de ce courant est la résurgence des nationalismes, particulièrement observable en Europe et dans les pays de l\u2019Est auparavant assujettis au régime intégrateur du socialisme soviétique.Partout où des structures économiques, politiques ou militaires ont tenté de créer des homogénéités artificielles, les mouvements d\u2019affirmation ou de libération nationale ont relancé la résistance ou les hostilités.» Des faits têtus «.Le gouvernement du Québec ne peut que regarder grandir la dette publique fédérale sans pouvoir intervenir de façon significative dans les décisions du gouvernement central.La même situation limite aussi les pouvoirs d\u2019action du Québec dans les champs de la lutte au chômage, du développement régional, de la formation de la main-d\u2019œuvre, de la structuration industrielle, etc.Le Québec est ainsi pénalisé, à certains égards, par sa participation au fédéralisme canadien et y perd certains pouvoirs essentiels à la pleine réalisation de son potentiel de développement.» La population «.Avec 6,7 millions d\u2019habitants, le Québec pourrait alors se comparer à la Suisse (6,6 M), à l\u2019Autriche (7,6 M), à la Finlande (5,0 M), au Danemark (5,0 M) ou à la Suède (8,5 M).» Le développement des régions «.Une saine prospérité ne peut s\u2019établir sans qu\u2019il y ait équilibre entre le développement de la métropole et celui de la périphérie.Il faut donc viser une intégration économique et sociale maximale 214 de chaque région, dans un climat de responsabilité partagée, mais aussi de collaboration intégrale.» Des recommandations «.Les dirigeants du Mouvement des caisses Desjardins recommandent à la Commission.2.\tDe reconnaître que la décision sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec appartient aux hommes et aux femmes qui l\u2019habitent, sans égard à leur origine, à leur langue d\u2019usage ou à quelque autre facteur, et cela en vertu du droit des peuples à l\u2019autodétermination reconnu par l\u2019Organisation des Nations Unies, et que, en conséquence, il n\u2019y a pas lieu de soumettre cette décision à l\u2019acceptation de la majorité de ceux qui forment le pacte fédératif canadien actuel.3.\tDe reconnaître que le Québec doit avoir le contrôle de ses leviers politiques, économiques, sociaux, législatifs, administratifs et fiscaux et que, pour ce faire, il doit se donner le statut d\u2019une communauté nationale autonome.4.\tDe reconnaître que, devenu autonome, le Québec dans un contexte d\u2019internationalisation, aurait la capacité de négocier des accords avec d\u2019autres nations souveraines, en particulier avec celles qui sont ses voisines.Des partenaires «.Le Québec pourrait établir des liens privilégiés avec ses partenaires actuels au sein du pacte fédératif canadien; ces liens ne seraient pas nécessairement exclusifs.» Mouvement National des Québécois «Sans les moyens d\u2019un pays complet, le Québec français ne fera bientôt plus le poids.» Les juridictions sociales «.Le Mouvement National des Québécois ne peut s\u2019empêcher de souligner l\u2019importance dramatique pour le Québec de récupérer L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 215 l\u2019ensemble des juridictions sociales notamment pour orienter, par une politique familiale adéquate, l\u2019évolution de sa démographie.» La démographie «.Le Québec n\u2019a pas le choix.S\u2019il veut maîtriser son avenir, il lui faut rapidement disposer de tous les moyens d\u2019un pays complet pour agir sur l\u2019évolution de la population et faciliter l\u2019intégration des immigrants qu\u2019il aura choisis et accueillis.» L\u2019organisation territoriale «.Le processus amorcé doit permettre d\u2019atteindre à une organisation optimale du territoire, assurer le développement économique et fournir un cadre de vie propice à l\u2019épanouissement collectif.À cet effet, il importe que chaque niveau de l\u2019organisation territoriale soit responsable des tâches pour lesquelles il est le plus apte à intervenir.Il doit, à cette fin, disposer des ressources et des pouvoirs nécessaires pour le faire et ainsi acquérir le maximum d\u2019autonomie compatible avec la coordination des tâches à un niveau plus élevé.» La souveraineté «.Pour le Mouvement National des Québécois il ne fait aucun doute que l\u2019avenir le plus récent pour le Québec passe par la souveraineté.La souveraineté n\u2019est pas pour nous une panacée.C\u2019est plutôt un moyen.Un indispensable moyen, mais un moyen, tout de même, qu\u2019il nous presse d\u2019obtenir.» Mouvement Québec Français Langue et constitution «.Le français étant, comme il l\u2019est, ancré au cœur du Québec, au point d\u2019en être le cœur, on ne saurait parler du Québec, de sa constitution et de son développement sans placer aujourd\u2019hui au cœur des délibérations pour mieux l\u2019inscrire demain au front de la constitution, la langue, son statut et ses moyens.» 216 Le partage des pouvoirs «.Des pouvoirs que nous avons exercés nous ont été enlevés au moyen de dispositions constitutionnelles prises à cet effet (celles de 1982) et de décisions d\u2019un tribunal dont la suprême vocation est de défendre le Canada, non le Québec.«Les pouvoirs que nous exerçons aujourd\u2019hui sont d\u2019ores et déjà concurrencés, ou le seront tôt ou tard, par un gouvernement fédéral qui, précisément dans ce but, a ajouté à ses moyens d\u2019intervention, son omnipénétrante loi C-72 de 1988, qu\u2019il appelle pudiquement loi des langues officielles.» Les pouvoirs linguistiques «.La seule façon d\u2019atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés pour notre langue, c\u2019est de confier aux seules autorités québécoises, législatives, gouvernementales, administratives, judiciaires, tout le pouvoir sur la langue et tous les pouvoirs nécessaires à la langue.» Les pleins pouvoirs «L\u2019épisode du lac Meech nous a appris que jamais nous ne pourrons acquérir ces pleins pouvoirs dans le cadre politique et constitutionnel actuel.Nous les prendrons donc là où ces pouvoirs se trouvent, c\u2019est-à-dire en nous-mêmes, dans notre Histoire forte de quatre siècles d\u2019enracinement et de deux siècles de résistance, et dans le droit qu\u2019a tout peuple de déterminer sa vie comme il l\u2019entend.C\u2019est donc dans la souveraineté et dans le statut de nation enfin rendu à la liberté politique et à la plénitude des moyens qu\u2019on les puisera.«.Devenue souveraine, notre langue échappera enfin aux querelles et aux chicanes politiques.La paix qui lui sera ainsi apportée fera d\u2019elle ce qu\u2019elle doit être: un facteur d\u2019unité pour tous les Québécois et les Québécoises.» L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 217 Parti québécois Etre québécois «.Être québécois, c\u2019est vivre au Québec, que l\u2019on y soit né ou qu\u2019on l\u2019ait choisi; c\u2019est éprouver un sentiment d\u2019appartenance envers le territoire et la société qui l\u2019habite; c\u2019est se reconnaître une histoire, des traditions, des comportements, des valeurs et une langue commune qui sont facteurs de cohésion; c\u2019est vouloir participer, selon ses aptitudes et ses moyens, au mouvement général de développement culturel, politique, social et économique du Québec.» Le droit incontestable «.Comme peuple, nous possédons ce droit incontestable de décider par nous-mêmes du régime politique qui nous convient le mieux et, ultimement, de conduire nous-mêmes toutes nos affaires si nous en décidons clairement ainsi.Ce droit à l\u2019autodétermination, nous l\u2019avons exercé une première fois par le référendum de 1980.L Assemblée nationale du Québec y a eu recours à nouveau pour instituer la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel.» La souveraineté «.La définition même de la souveraineté implique que: \u2014\ttous les impôts perçus au Québec le seront par l\u2019État québécois ou les administrations qui en dépendent; toutes les lois qui s\u2019appliquent aux citoyennes et aux citoyens québécois émaneront de l\u2019Assemblée nationale du Québec; \u2014\ttous les traités, conventions et accords internationaux seront négociés par les représentants de l\u2019État québécois et entérinés par l\u2019Assemblée nationale du Québec.«Cette solution comporte un double avantage: elle nous garantit la conduite de toutes nos affaires et elle nous donne aussi accès, de plein droit, aux relations et organisations internationales qui sont en train de redéfinir notre monde \u2014 pour que nous y trouvions notre juste place.» 218 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal Le véritable camouflet «.Un immense consensus s\u2019est établi au lendemain de 1 échec de Meech: il est clair que rien ne va plus.Il est clair qu\u2019on ne doit pas attendre du Canada anglais la solution de notre problème constitutionnel.» La Loi 101 «.Au nom de la constitution canadienne, la Cour suprême a invalidé en 1979 les articles de la Loi 101 faisant du français la seule langue officielle des lois et des tribunaux du Québec; au nom de la constitution canadienne, la Cour suprême a invalidé en 1988 les dispositions de la Loi 101 sur l\u2019affichage et les raisons sociales.; au nom de la constitution canadienne, la Cour supérieure a nié le droit du Québec d\u2019obliger les parents à envoyer leurs enfants a l\u2019école française dans les cas où les parents ou leurs enfants ont déjà reçu l\u2019éducation en anglais au Canada.» Le déclin démographique « La part de la population québécoise par rapport à l\u2019ensemble canadien a déjà beaucoup chuté.De 32,30% en 1871, elle est tombée à 28,95% en 1951, puis à 25,81% en 1986.Et la dégringolade se poursuit présentement à un rythme accéléré.Une moindre part de la population canadienne, cela veut dire moins de représentants dans les institutions politiques canadiennes.La règle du plus fort «.Les peuples qui ne contrôlent pas un État ne peuvent qu être soumis aux règles du plus fort ou, en tout cas, aux règles des autres: au lieu d\u2019agir ils ne peuvent que subir.Il est tout à fait normal, pour une culture, de participer à la vie internationale et d\u2019en subir les bons et les moins bons effets.Mais il n\u2019est pas normal d\u2019accepter un rôle qui nous condamne à subir éternellement les conséquences du jeu politique ou économique des autres.Ce qui est normal, c\u2019est de vouloir jouer, le plus totalement possible, la carte de notre propre culture dans le concert des nations.» L\u2019AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 219 La clarté du verbe «.Prenons soins d\u2019éviter la confusion.Dans le désarroi qui a suivi l\u2019échec du lac Meech, la notion de souveraineté a été galvaudée.Il n\u2019est donc pas inutile de rappeler ses trois caractères essentiels: 1 État souverain est le seul qui adopte des lois, qui lève des impôts et qui établit les relations extérieures.L\u2019existence d\u2019un parlement à Ottawa, auquel les Québécois éliraient des députés, n\u2019est donc pas compatible avec la souveraineté du Québec.» Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec L\u2019impossible fédéralisme canadien La nécessaire indépendance «Le Québec a tous les atouts essentiels à un pays souverain (plus que nombre de pays actuellement indépendants).Les milieux financiers internationaux aussi bien que canadiens reconnaissent eux-mêmes la possibilité de l\u2019indépendance sur les plans économique et financier.«Le Québec a le devoir envers lui-même, comme envers les autres peuples, de préserver son identité et sa culture propres, ce que seule désormais permet l\u2019indépendance.Celle-ci ne se divise pas: il n\u2019existe pas de \u2018souveraineté culturelle\u2019 distincte de la souveraineté politique et économique, chacune appelant et conditionnant l\u2019autre.» Un projet global «.Sur le plan interne, l\u2019indépendance est l\u2019unique moyen de conjurer les périls qui montent, de définir un projet global et de gérer notre développement.Sur le plan international, la recherche de cette indépendance s\u2019inscrit dans le mouvement contemporain d\u2019émancipation et de coopération.On ne peut être présent au monde, participer au dialogue des cultures, que si d\u2019abord on est maître de son destin.» Une chance historique «.Ne pas saisir la chance historique de faire l\u2019indépendance 220 aujourd\u2019hui consisterait une abdication définitive, l\u2019indication au Canada que nous sommes mûrs pour toutes les démissions: ce serait le refus de l\u2019avenir, l\u2019option pour le statut permanent de vassal.» Union des Artistes La gestion de la culture «.Au moment où il se prépare à élaborer son projet de société, le Québec devra accorder la priorité à une véritable gestion des arts et de la culture ainsi qu\u2019aux secteurs des communications s\u2019y rapportant.L\u2019idée d\u2019entière liberté de décision et d\u2019action en ces domaines donnera le ton à l\u2019élaboration d\u2019une intervention structurée en conformité avec la réalité du Québec.» Le nécessaire rapatriement «.Pour concrétiser le volet artistique, culturel et des communications du projet de société, le Québec devra rapatrier tous les pouvoirs, toutes les réglementations, les organisations et les ressources qui sont actuellement entre les mains du Canada.» Un plan d\u2019action «.Comme principe directeur, le Québec doit faire de ses actions culturelles et artistiques un axe majeur de son développement social et économique et de sa recherche d\u2019une qualité de vie supérieure.L\u2019exercice du pouvoir sur la culture et sur les arts est un objectif politique majeur de la souveraineté.«Dès maintenant, il faut établir un plan d\u2019action en arts et en culture, contenant toutes les mesures nécessaires à la réalisation de l\u2019autonomie culturelle, axé sur les dimensions sociale et économique de l\u2019avenir du Québec.La Commission doit donner l\u2019orientation générale d\u2019une telle démarche.» La souveraineté et la culture «.Souveraineté et culture étant indissociables pour le Québec, on réalise que c\u2019est au cœur de la culture que résident le véritable L'AVENIR POLITIQUE ET CONSTITUTIONNEL DU QUÉBEC 221 progrès et le bien-être de la société.Dans son préambule, la constitution devra l\u2019afficher de façon claire.«Il faut faire la souveraineté du Québec, parce que c\u2019est la seule façon de parvenir à un réel épanouissement social, culturel et économique, à une époque d\u2019interdépendance croissante entre des peuples capables de vivre librement leur destinée.» Ville de Sainte-Thérèse Un gouvernement «Un seul gouvernement suffit pour administrer un pays.Nous avons, au demeurant, déjà trop souffert d\u2019en avoir deux dans le même pays.» Le partage des pouvoirs «.S\u2019il est un souhait que nous pouvons formuler en terminant, c\u2019est que les changements politiques et constitutionnels qui sont à entreprendre au Québec s\u2019opèrent et qu\u2019ils s\u2019opèrent surtout rapidement en mettant en place les réformes qui s\u2019imposent.Les régions, les municipalités, les commissions scolaires attendent un redéploiement des pouvoirs.Dans le cadre de la souveraineté de l\u2019État québécois, ce redéploiement s\u2019impose comme une nécessité.Il faut cependant faire vite.» Il nous a été impossible de reproduire des extraits de rapports que nous n\u2019avons pas reçus.Q L\u2019avenir démographique des francophones de l\u2019île de Montréal Michel PAILLÉ démographe Conseil de la langue française Résumé L\u2019auteur traite de la dimension linguistique dans l\u2019île de Montréal.Il observe d\u2019abord la courbe inégale de la fécondité.Il note la minuscule contribution de l\u2019immigration francophone.Il démontre que l\u2019adoption du français a été plus faible chez les immigrants arrivés au début des années 1980 que parmi ceux qui ont été accueillis entre 1976-1980.M.Paillé décrit ensuite la situation démographique dans l\u2019île de Montréal qui «compte plus d\u2019habitants que six provinces canadiennes».La population francophone n\u2019y atteint pas 60% au dernier recensement.La dénatalité a frappé l\u2019île de plein fouet.Les migrants interrégionaux s'établissent en banlieue.Les quatre cinquièmes des immigrants entrés au Québec prennent résidence dans l\u2019île.Compte tenu de l\u2019ensemble de ces facteurs, le démographe prévoit une baisse de la population francophone L\u2019AVENIR DÉMOGRAPHIQUE DES FRANCOPHONES 223 dans l\u2019île.Il termine son article par un commentaire sur les transferts linguistiques et par la présentation de deux «petits» tableaux très significatifs sur la langue d\u2019usage des immigrants.A x \\jj cours des dernières décennies, le Québec s\u2019est doté de programmes politiques qui ont, à des degrés divers, des effets sur sa population et ses caractéristiques linguistiques.Au cours des années soixante-dix, deux lois linguistiques1 ont été adoptées par deux gouvernements successifs afin de faire du français, seule langue officielle, la langue qu\u2019une majorité croissante de Québécois utiliserait tout naturellement en toute occasion.Après des négociations avec le gouvernement fédéral, le Québec a conclu une entente sur l\u2019immigration qui lui permet de sélectionner les ressortissants étrangers les plus susceptibles de «contribuer à l\u2019enrichissement socio-culturel du Québec compte tenu de sa spécificité française2».Plus récemment, le gouvernement québécois a fait voter des allocations afin d\u2019aider les couples à mettre au monde les enfants qu\u2019ils désirent et a énoncé une politique de la famille3.Il serait téméraire, dans le cadre d\u2019un article, de dresser le bilan de ces actions gouvernementales.Le tenter ne conduirait sans doute qu\u2019à un survol très superficiel qui laisserait le lecteur en appétit.Notre propos a pour objet principal la dimension linguistique.De plus, comme l\u2019enjeu se trouve dans l\u2019île de Montréal, nous examinerons les tendances démographiques qui la caractérisent et la distinguent de plus en plus du reste du Québec.Bien que notre intérêt premier porte sur les effets de la politique d\u2019aménagement linguistique, on constatera que l\u2019évolution démographique de l\u2019île de Mont- 1.\tU s\u2019agit de la Loi sur la langue officielle (1974) et de la Charte de la langue française (1977).2.\tGouvernement du Québec, Entente entre le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec portant sur la collaboration en matière d'immigration [.], Québec, ministère des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration, 1978, mieux connue sous l\u2019appellation «entente Couture-Cullen», 19 pages.3.\tGouvernement du Québec, Famille en tête.Plan d'action en matière de politique familiale, 1989-1991, Québec, Secrétariat à la famille, 1989, 57 pages. 224 real, en particulier de sa majorité francophone, ne peut être appréciée sans tenir compte des objectifs d\u2019immigration et de l\u2019augmentation récente, mais inégale, de la fécondité.La population du Québec à la veille du XXIe siècle Depuis 20 ans, la fécondité des couples québécois est en deçà du seuil nécessaire au renouvellement des générations.Toutefois, grâce à une structure par âge relativement jeune, le nombre de Québécois n\u2019a pas cessé d\u2019augmenter.Cette croissance va se poursuivre pendant quelques années encore, même si les femmes en âge de procréer n\u2019ont pas 2,1 enfants en moyenne, soit le nombre qu\u2019il faut pour remplacer les jeunes adultes d\u2019aujourd\u2019hui.Outre que cette sous-fécondité a privé le Québec de quelques centaines de milliers de jeunes dont les plus vieux n\u2019auraient que 20 ans aujourd\u2019hui \u2014 ce qui entraîne un important vieillissement de la population \u2014, elle a fortement ralenti la croissance de la majorité francophone et affaibli l\u2019importance relative de la population québécoise dans l\u2019ensemble canadien.Même avec un indice de fécondité de 1,6 enfant à compter de 1986 \u2014 ce qui n\u2019était pas le cas cette année-là \u2014, la population du Québec de langue d\u2019usage française atteindrait 6,2 millions de personnes en 2011 pour décliner ensuite (5,7 millions en 2041)4.L\u2019apport migratoire Dans un contexte de faible fécondité, l\u2019immigration prend une importance relative plus grande dans l\u2019accroissement de la population d\u2019accueil.Or, outre le fait que les immigrants ne peuvent remplacer totalement les naissances manquantes quand celles-ci sont trop nombreuses5, dans le cas du Québec les caractéristiques linguistiques des immigrants et leur intégration à la majorité francophone ne contribuent que faiblement et très lentement à la croissance démographique d\u2019expression française.4.\tMichel Paillé, Aspects démolinguistiques de l\u2019avenir de la population du Québec, Québec, Conseil de la langue française, collection «Notes et documents», n° 53, p.45.Bien que cette estimation ait déjà vieilli, elle constitue néanmoins un ordre de grandeur satisfaisant.5.\tMichel Paillé, «L\u2019immigration massive: une panacée à la dépopulation du Québec?», Bulletin du Conseil de la langue française, 3, 3, automne 1986, p.7. L\u2019AVENIR DÉMOGRAPHIQUE DES FRANCOPHONES 225 Faible contribution, car le nombre d\u2019immigrants de langue maternelle française n\u2019a jamais été très élevé au cours des années quatre-vingt (entre 1 000 et 3 000 annuellement) et leur proportion parmi l\u2019ensemble des immigrants accueillis au Québec a fluctué entre 7% et 14% seulement.Contribution très lente, car l\u2019adoption du français comme langue habituelle est une affaire de générations et présuppose un long apprentissage.C\u2019est ce qui explique que la proportion de Québécois de langue maternelle et de langue d\u2019usage françaises était, au recensement de 1986, de 82,8% dans les deux cas tandis que, chez les anglophones, la proportion d\u2019usagers de l\u2019anglais dépassait celle des Québécois dont l\u2019anglais est la langue maternelle (12,3% comparativement à 10,4%6).L\u2019analyse de la population immigrée recensée au Québec en 1986 permet d\u2019illustrer le faible apport de l\u2019immigration allophone à la majorité d\u2019expression française du Québec.Au recensement de 1986, un peu moins de 6 200 immigrants allophones arrivés ici entre janvier 1976 et juin 1986 parlaient habituellement le français à la maison, ce qui donne une mobilité linguistique moyenne inférieure à 620 individus par année.Il s\u2019agit d\u2019un très faible apport pour une population francophone de 5,6 millions de personnes, mais tout de même davantage qu\u2019en ce qui concerne l\u2019anglais, car on a dénombré 4 500 allophones qui s\u2019exprimaient dans cette langue, soit une moyenne annuelle de 450 transferts linguistiques.Toutefois, le recensement de 1986 montre que l\u2019adoption du français se fait non seulement lentement, mais qu\u2019elle a été, en comparaison avec le choix de l\u2019anglais, plus faible chez les immigrants arrivés au début des années quatre-vingt que parmi ceux que nous avons accueillis au cours de la période 1976-1980.En effet, alors que le nombre d\u2019immigrants allophones qui ont choisi de parler le français au foyer a diminué (de 3 440 à 2 725), il a très légèrement augmenté dans le cas de ceux qui ont opté pour l\u2019anglais (de 2 205 à 2 295)7, Dans l\u2019ensemble, depuis le milieu des années soixante-dix, 6.\tLuc Albert, «Les langues au Canada», Tendances sociales canadiennes, 12, printemps 1989, p.11.7.\tMireille Baillargeon et Claire Benjamin, Caractéristiques linguistiques de la population immigrée recensée au Québec en 1986, [Montréal], ministère des Communautés culturelles et de l'Immigration, 1990, tableau 15, p.41. 226 le français exerce une attraction un peu plus forte qu\u2019autrefois sur les immigrants allophones.Bien que l\u2019on puisse y voir les effets des lois linguistiques et des mesures prises pour favoriser l\u2019apprentissage du français par les étrangers que nous accueillons, on ne saurait considérer les transferts linguistiques des immigrants allophones comme une importante contribution à l\u2019accroissement de la majorité d\u2019expression française du Québec.La situation démographique dans l\u2019île de Montréal Comme l\u2019immigration de ressortissants étrangers de langue française est particulièrement faible et que l\u2019adoption du français comme langue usuelle ne peut se faire que très lentement, nous devons considérer plus attentivement la situation démographique actuelle de l\u2019île de Montréal.Lieu de résidence de plus du quart de la population québécoise, de près de six anglophones sur dix et de trois allophones sur quatre, elle est le cœur de l\u2019activité économique du Québec.Elle compte plus d\u2019habitants que six provinces canadiennes.Du point de vue démographique, l\u2019île de Montréal présente des caractéristiques qui lui sont propres et qui la distinguent du reste du Québec.Notons d\u2019abord que sa majorité de langue maternelle française n\u2019atteignait pas 60% au dernier recensement, alors qu\u2019elle dépassait 91% dans tout le reste du Québec.Il y a donc un écart de plus de 31 points procentuels entre l\u2019île et le reste du territoire, ce qui oblige à un examen particulier.L\u2019île de Montréal a été plus fortement marquée par la dénatalité, en particulier chez les francophones.En 1981, la fécondité des femmes d\u2019expression française y était plus faible que dans l\u2019ensemble des autres régions; l\u2019indice synthétique ne s\u2019élevait qu\u2019à 1,33 enfant par femme, comparativement à 1,77 ailleurs au Québec8.Bien que la fécondité augmente depuis un peu plus de deux ans, on observe d\u2019importantes différences régionales qui placent l\u2019île de Montréal au 13e rang des 16 régions du Québec.Avec un indice 8.Marc Termote et Danielle Gauvreau, La situation démolinguistique du Québec, Québec, Conseil de la langue française, collection «Dossiers du Conseil de la langue française», n° 30, 1988, p.107.Dans cette étude, les données concernant Tile de Montréal comprennent également l\u2019île Jésus. L\u2019AVENIR DÉMOGRAPHIQUE DES FRANCOPHONES 227 synthétique de fécondité qui n\u2019a augmenté que de 1,39 à 1,43 enfant par femme entre 1988 et 1989, l\u2019île ne devance que la Côte-Nord, la Gaspésie (incluant les îles-de-la-Madeleine) et la région de Québec9.Comme la fécondité des allophones est la plus élevée parmi les groupes linguistiques, il se pourrait que la légère augmentation observée dans l\u2019île leur soit en bonne partie attribuable.Même si l\u2019augmentation de la fécondité dans l\u2019île de Montréal depuis deux ans n\u2019était due qu\u2019aux femmes de langue maternelle française, on ne pourrait en déduire, à l\u2019instar de Marc V.Levine, qu\u2019un «mini baby-boom des francophones est à l\u2019horizon10».Importance des mouvements migratoires Outre une fécondité plus faible chez les francophones, les mouvements migratoires entre les régions du Québec affaiblissent à leur tour la majorité d\u2019expression française de l\u2019île de Montréal.En effet, comme R.Lachapelle et J.Henripin l\u2019avaient observé* 11, et ce que H.Gauthier a confirmé12, les francophones du Québec qui migrent d\u2019une région à une autre privilégient, comme lieu de résidence, les banlieues extérieures plutôt que les municipalités de l\u2019île.Ce sont surtout les mouvements migratoires interrégionaux qui expliquent qu\u2019au début des années quatre-vingt «la population francophone de la périphérie a augmenté de 9,4% comparativement à seulement 0,9% dans 1\u2019île»13.9.\tGouvernement du Québec, «Les naissances augmentent dans toutes les régions.sauf une».Québec, Bureau de la statistique, communiqué de presse (Telbec), 26 septembre 1990.10.\tMarc V.Levine, The Reconguest of Montreal.Language Policy and Social Change in a Bilingual City, Philadelphie, Temple University Press, 1990, p.212; traduction libre.11.\tRéjean Lachapelle et Jacques Henripin, La situation démolinguistigue au Canada: évolution passée et prospectives, Montréal, Institut de recherches politiques, 1980, p.51-56 et 77-81.12.\tHervé Gauthier, Les migrations au Québec: aspects régionaux, Québec, Bureau de la statistique du Québec, 1988, p.161-165.13.\tMichel Paillé, Nouvelles tendances démolinguistiques dans Plie de Montréal, 1981-1996, Québec, Conseil de la langue française, collection «Notes et documents», n° 71, p.129. 228 Une autre particularité démographique de l\u2019île de Montréal, mieux connue celle-là, vient de la très forte concentration des immigrants qui ont choisi le Québec comme terre d adoption.«Ce phénomène est même à la hausse car [.] l\u2019île a accaparé en 1986 à peu près les quatre cinquièmes des ressortissants étrangers entrés au Québec», comparativement aux deux tiers au début de la décennie quatre-vingt14.Si l\u2019on ne retient que les immigrants dont la langue maternelle n\u2019est ni le français ni 1 anglais (les allophones), on constate que l\u2019île de Montréal se distingue nettement de Toronto et de Vancouver sous ce rapport.D\u2019après les données du recensement de 1986, l\u2019île de Montréal \u2014 lieu de résidence de 27% des Québécois \u2014 comptait 77% des immigrants allophones15, comparativement à 47% pour Toronto16 et 48% pour Vancouver17.Manifestement, l\u2019immigration est beaucoup plus concentrée au Québec qu\u2019en Ontario et en Colombie-Britannique.Une majorité francophone en baisse Lorsque l\u2019on prend en compte toutes les variables démographiques qui modifient les effectifs d\u2019une population et sa répartition selon la langue maternelle, on observe que depuis 1986 la majorité d'expression française de frie de Montréal s\u2019accroît beaucoup moins rapidement que la population non francophone.L\u2019accroissement net de la population francophone n atteint pas 3 000 personnes alors que celui des non-francophones dépasse depuis 1987 11 000 individus par année.C\u2019est donc dire que les objectifs d\u2019immigration très élevés des dernières années ont conduit à une augmentation de la population non francophone de l\u2019île de Montréal à un rythme cinq fois plus rapide que celui de la majorité d\u2019expression française18.14.\tIbid.y p.31.15.\tStatistique Canada, Service des produits personnalisés, tableau n° PO 3652, 1990.16.\tIbid.-, il s'agit de la division de recensement Toronto Metropolitan Municipality où résident 24% de la population de l\u2019Ontario.17.\tIbid.-, il s\u2019agit des subdivisions de recensement de Vancouver, Richmond, Burnaby et New Wesminster où vivent 25% de la population de la Colombie-Britannique.18.\tMichel Paré, «Plus d\u2019immigrants que de naissances dans l\u2019île de Montréal», Bulletin du Conseil de la langue française, 6, 3, été 1989, p.6. L\u2019AVENIR DÉMOGRAPHIQUE DES FRANCOPHONES 229 Une aussi forte différence entre la croissance démographique des minorités linguistiques et celle de la majorité de langue maternelle française permet d\u2019entrevoir une réduction de l\u2019importance relative de cette dernière.Une immigration annuelle de 35 000 ressortissants étrangers d\u2019ici 1996 conduirait à une proportion de francophones de 57,3%, si trois immigrants sur quatre continuaient à s\u2019établir dans l\u2019île de Montréal.Dans l\u2019éventualité d\u2019une augmentation graduelle de l\u2019immigration qui atteindrait 45 000 personnes en 1992 et se maintiendrait par la suite, la majorité de langue maternelle française pourrait n\u2019être que de 56,5% au recensement de 1996, dans 1 hypothèse où la concentration des immigrants s\u2019accentuerait (82%).Même une immigration réduite à 25 000 individus par année associée à une meilleure répartition territoriale (35% des immigrants s établiraient à 1 extérieur de 1 \u2019île) mènerait à une baisse d\u2019ici 1996 avec 58,5% de francophones, comparativement à 59 9% en 198619.Ces perspectives font état de la population de langue maternelle française de 1 île de Montréal.Mais peut-on penser que l\u2019adoption du français comme langue habituellement parlée à la maison par de nombreuses personnes dont ce n\u2019est pas la première langue apprise dans l\u2019enfance augmenterait cette proportion?Bien qu\u2019aucune politique d aménagement linguistique ne puisse contraindre certaines personnes à parler une langue plutôt qu\u2019une autre dans leur foyer, on espère tout naturellement que la promotion du français au Québec aura un effet indirect sur les transferts linguistiques.Alors qu\u2019autre-lois on choisissait de préférence l\u2019anglais, ne peut-on pas imaginer que le français prévaudra désormais?Nous avons vu plus haut que l\u2019apport des transferts linguistiques pour l\u2019ensemble du Québec est à la fois faible et lent et qu\u2019il y a eu régression au début des années quatre-vingt, comparativement à la fin des années soixante-dix.Qu\u2019en est-il pour l\u2019île de Montréal?Apport très lent des transferts linguistiques Le tableau 1 présente la répartition des immigrants de langue maternelle autre que le français et l\u2019anglais selon leur langue d\u2019usage 19.Michel Paillé, Nouvelles tendances démoünguistiques dans l\u2019île de Montréal 1981-1996, p.97 et 101. 230 à la maison et leur lieu de résidence au recensement de 1986.On constate d\u2019emblée que, peu importe qu\u2019ils résident dans les villes majoritairement francophones du centre et de l\u2019est ou dans l\u2019ouest de l\u2019île, le nombre d\u2019immigrants allophones qui ont choisi le français est relativement faible: 5,8% et 4,6% seulement.Par contre, près de 29% de ceux qui habitent dans l\u2019ouest et près de 11% de ceux qui résident dans la ville de Montréal ou dans les villes situées plus à l\u2019est parlent habituellement l\u2019anglais au foyer.Manifestement, l\u2019anglais l\u2019emporte sur le français, surtout dans les municipalités où vivent plus de la moitié des anglophones du Québec.Tableau 1 Langue d\u2019usage des immigrants de langue maternelle autre que le français et l\u2019anglais, île de Montréal, 1986 Langue\tCentre et Esta\t\tOuestb\t \tN\t%\tN\t% Français\t9 640\t5,8\t2 500\t4,6 Anglais\t18 035\t10,9\t15 785\t28,8 Autrec\t137 540\t83,3\t36 545\t66,6 Total\t165 215\t100,0\t54 830\t100,0 a: Comprend Montréal et toutes les villes plus à l\u2019est, b: Comprend les villes à l\u2019ouest de Montréal, c: Comprend ceux qui font usage de plus d\u2019une langue.Source: Statistique Canada, Service des produits personnalisés, tableau n° PO 3652, 1990.Les données du tableau 1 ne précisent pas quand ces immigrants allophones sont arrivés au Québec.Afin de distinguer approximativement ceux qui se sont établis ici depuis l\u2019adoption de la Charte de la langue française, nous donnons au tableau 2 les mêmes répartitions pour les ressortissants étrangers que nous avons accueillis au L\u2019AVENIR DÉMOGRAPHIQUE DES FRANCOPHONES 231 cours de la décennie 1976-198620.Comme il s\u2019agit d\u2019immigrants dont la durée de séjour au Québec est courte, on ne s\u2019étonnera pas que la plupart parlent leur langue maternelle à la maison.En conséquence, les transferts linguistiques ne touchent que peu de personnes.Tableau 2 Langue d\u2019usage des immigrants de langue maternelle autre que le français et l\u2019anglais arrivés entre 1976 et 1986, île de Montréal, 1986 Langue\tCentre et Est3\t\tOuestb\t \tN\t%\tN\t% Français\t3 290\t7,2\t575\t4,2 Anglais\t2 335\t5,1\t1 370\t10,1 Autrec\t39 915\t87,7\t11 625\t85,7 Total\t45 540\t100,0\t13 570\t100,0 Notes et source: voir le tableau 1.Dans le centre et l\u2019est de l\u2019île de Montréal, le français l\u2019emporte par une faible marge: 3 290 immigrants allophones (7,2%) ont choisi la langue de la majorité, alors que 2 335 (5,1%) ont préféré l\u2019anglais.Bien que les données ne soient pas présentées au tableau 2, notons qu\u2019il y a eu «recul» dans le cas du français quand on compare les immigrants de la période 1976-1980 à ceux de la période 1981-1986 (1 740 comparativement à 1 550), tandis que l\u2019on observe un «progrès» pour l\u2019anglais (1 015 contre 1 320).Dans les municipalités de l\u2019ouest de l\u2019île, l\u2019anglais gagne avec 1 370 transferts (10,1%) contre 575 (4,2%) pour le français.La ventilation de ces transferts selon la 20.Il s\u2019agit plus précisément de la période qui va de janvier 1976 à mai 1986 inclusivement. 232 période quinquennale d\u2019immigration donne un avantage pour l\u2019anglais de 805 contre 380 chez les immigrants arrivés entre 1976 et 1980 et de 565 contre 195 chez ceux qui se sont établis à partir de 1981.Intégration des immigrants et dynamique démographique: deux notions très différentes Cette analyse des transferts linguistiques ne permet pas d\u2019évaluer le degré d\u2019intégration des immigrants à la majorité francophone du Québec.Il n\u2019est évidemment pas nécessaire pour un immigrant allophone d\u2019abandonner l\u2019usage de sa langue maternelle au foyer en faveur du français pour être considéré comme intégré aux francophones de sa province d\u2019accueil.Nombreux sont ceux qui, tout en utilisant leur langue maternelle à la maison, ont appris le français, l\u2019utilisent régulièrement dans diverses activités de la vie en société et ont tissé des liens d\u2019amitié étroits avec des francophones.Cependant, comme notre objet d\u2019analyse est celui de la démographie, les transferts linguistiques sont d\u2019une grande importance.Le renouvellement d\u2019une population définie par la langue que ses membres parlent ne se limite pas aux quatre facteurs que sont la fécondité, la mortalité, l\u2019immigration et l\u2019émigration.En effet, il faut aussi tenir compte des gains et des pertes de cette langue.Puisque l\u2019on veut faire de l\u2019immigration un moyen pour compenser en partie une fécondité trop faible, il nous faut considérer les transferts linguistiques des immigrants non francophones ou, du moins, des ressortissants étrangers allophones.Or, comme nous l\u2019avons montré, ce phénomène est trop lent pour modifier la tendance à la baisse de l\u2019importance relative des francophones de l\u2019île de Montréal, que l\u2019on définisse ceux-ci par la langue maternelle ou par la langue d\u2019usage à la maison.Nombreux sont ceux qui comptent sur l\u2019obligation faite aux immigrants d\u2019inscrire leurs enfants à l\u2019école française pour s\u2019assurer d\u2019une profonde intégration à la majorité francophone du Québec.Nul doute que l\u2019apprentissage d\u2019une langue se fait mieux dans l\u2019enfance et l\u2019adolescence qu\u2019à un âge plus avancé, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de la langue d\u2019enseignement.Toutefois, seulement le quart des immigrants sont des enfants dont les plus vieux ne sont que partiel- L'AVENIR DÉMOGRAPHIQUE DES FRANCOPHONES 233 lement scolarisés en français au Québec21.De plus, la langue dans laquelle ils font leurs études n\u2019est pas nécessairement celle qu\u2019ils transmettront à la génération suivante22.Enfin, l\u2019augmentation du nombre d\u2019immigrants pour les prochaines années et leur forte concentration dans certains quartiers de l\u2019île de Montréal augmentent le défi de leur intégration, en particulier dans les écoles, de plus en plus nombreuses, où les enfants d\u2019immigrants forment désormais la majorité _?21.\tIl faut, bien sûr, ajouter à ces enfants qui arrivent avec leurs parents ceux qui naissent au Québec et qui font toutes leurs études primaires et secondaires en français si leurs familles ne repartent pas.22.\tMichel Paillé, «L'intégration des allophones à la majorité francophone du Québec: 1 apport de l\u2019école», Le français en tête.Colloque sur l'apprentissage du français au Québec, Québec, 29, 30 et 31 janvier 1988, Québec, Centrale de l'enseigne-ment du Québec, 1989, p.62-66. Le coût annuel du logement familial Yves PÉRON et Denis MORISSETTE Département de démographie Université de Montréal Résumé Combien coûte annuellement le logement familial?Quelle fraction de leur revenu les familles québécoises doivent-elles consacrer à leur logement?Combien de familles éprouvent des difficultés à se loger?Autant de questions auxquelles on peut répondre à l\u2019aide des données du dernier recensement.Auparavant, il est cependant nécessaire de préciser quelques définitions essentielles.Quelques précisions sur les définitions Dans ce texte, le mot «famille» désigne une «famille de recensement» comme définie par Statistique Canada.Il s\u2019agit d un noyau familial pouvant être constitué des parents et de leurs fils et filles célibataires vivant au foyer, d\u2019un parent seul avec un ou plusieurs de ses enfants célibataires ou seulement d\u2019un couple n\u2019ayant pas d\u2019enfant non marié à la maison.Ces familles de recensement ont été réparties en plusieurs groupes selon leur structure, leur composition LE COÛT ANNUEL DU LOGEMENT FAMILIAL 235 et, dans une certaine mesure, selon leur avancement dans le cycle de vie: \u2014\tles jeunes couples, c\u2019est-à-dire les couples sans enfant où la femme a moins de 35 ans; \u2014\tles nouvelles familles: familles époux-épouse dont tous les enfants ont moins de six ans et où l\u2019arrivée du premier enfant est donc encore récente; \u2014\tles jeunes familles: familles époux-épouse dont tous les enfants ont moins de quinze ans, mais au moins l\u2019un d\u2019eux a plus de cinq ans, c est-à-dire des familles qui comptent de jeunes enfants d\u2019âge scolaire; les familles âgées: familles époux-épouse qui comprennent au moins un enfant de plus de 14 ans; \u2014\tles familles monoparentales dirigées par une femme; \u2014\tles familles monoparentales dirigées par un homme; \u2014\tles couples restés seuls: couples sans enfant où la femme a 35 ans et plus, c est-à-dire des couples inféconds ou des couples dont les enfants ont quitté le foyer.Dans tous les cas, le mot «enfant» désigne un fils ou une fille célibataire vivant au foyer parental.Les familles ont également été réparties en quatre classes de même effectif, ou quartiles, selon l\u2019importance de leur revenu en 1985: revenu inférieur à 17 700 dollars, compris entre 17 700 et 30 999 dollars, compris entre 31 000 et 45 199 dollars et, enfin, supérieur à 45 200 dollars.Le revenu pris en compte est le revenu familial brut, c\u2019est-à-dire le revenu avant impôt.Il comprend la totalité des revenus des membres de la famille et cela, quelle qu\u2019en soit la provenance: salaires, traitements, prestations sociales, revenus de placements, etc.Les dépenses de logement considérées ici sont les dépenses courantes dans la période de 12 mois allant de juin 1985 à mai 1986.Pour les locataires, ces dépenses comprennent les 12 loyers mensuels et, le cas échéant, les dépenses additionnelles en électricité, en gaz ou autres combustibles.Pour les propriétaires, il s\u2019agit des versements hypothécaires, des taxes municipales et scolaires, ainsi que 236 des dépenses en électricité, en gaz ou autres combustibles.Les frais d\u2019entretien et de réparation ne sont pas expressément pris en compte, mais des provisions pour de tels frais sont incluses dans les loyers.Du fait que les dépenses de logement ne sont relevées que pour les ménages, l\u2019analyse présentée ci-après ne concernera que les familles dites principales, c\u2019est-à-dire les familles incluant la personne responsable des paiements du ménage.Ces familles principales formaient l\u2019immense majorité (près de 90%) des familles québécoises de 1986.Certaines d\u2019entre elles, assez peu nombreuses à vrai dire, n\u2019ont pas été retenues à cause de l\u2019impossibilité d\u2019établir pour elles de bons indicateurs du coût du logement.Il s\u2019agit des familles Tableau 1 Dépenses moyennes des familles principales au titre de l\u2019habitation selon le type de famille et le quartile de revenu, Québec, 1985-1986 Quartiles Types de famille\ti\t2\t3\t4\tTotal Jeunes couples\t4 242$\t4 682$\t5 305$\t6 930$\t5 301$ Familles époux-épouse avec enfants\t4 404$\t4 998$\t5 641$\t6 279$\t5 540$ - nouvelles familles\t4 408$\t5 102$\t6 186$\t7 169$\t5 838$ - jeunes familles\t4 500$\t5 303$\t6 086$\t6 957$\t5 930$ - familles âgées\t4 313$\t4 658$\t4 989$\t5 662$\t5 116$ Familles monoparentales (femme)\t4 188$\t4 510$\t5 383$\t\t\t4 449$ Familles monoparentales (homme)\t4 142$\t4 348$\t5 778$\t\u2014\t4 907$ Couples restés seuls\t3 536$\t4 147$\t4 696$\t5 675$\t4 296$ Ensemble des familles principales\t4 052$\t4 714$\t5 453$\t6 219$\t5 127$ Source: Échantillon au 1/100 des familles, Recensement Canada, 1986. LE COÛT ANNUEL DU LOGEMENT FAMILIAL 237 immigrantes arrivées en 1986 à qui le recensement a demandé de déclarer un revenu nul, des familles ayant déclaré un revenu négatif et enfin, des familles agricoles dont les dépenses de logement sont indissociables d\u2019autres dépenses.Bref, on peut considérer que les résultats présentés ci-après concernent la quasi-totalité des familles québécoises non agricoles.Plus de cinq mille dollars par an D\u2019après le recensement de 1986, les familles québécoises dépensaient, en moyenne, 427 dollars par mois pour se loger, soit un total de 5 127 dollars dans une année (tableau 1).La dépense variait nettement avec l\u2019avancement dans le cycle de vie: elle augmentait en passant des jeunes couples aux nouvelles familles, puis aux jeunes familles, avant de diminuer pour les familles âgées et, plus encore, pour les couples restés seuls.La dépense était, en outre, moins forte pour les familles monoparentales que pour les familles époux-épouse avec enfants.Le montant dépensé variait aussi très nettement selon le revenu de la famille.Ainsi, les familles dépensaient d\u2019autant plus que leur revenu était élevé: les familles du quartile supérieur consacraient 1,5 fois plus d\u2019argent en dépenses de logement que celles du quartile inférieur.Dans tous les types de famille, on observait une croissance des dépenses avec le revenu et dans tous les quartiers de revenu on constatait un même classement des divers types de famille quant à leurs dépenses de logement.Les ressources dont une famille disposait et la composition de cette même famille modifiaient donc sensiblement les dépenses qu\u2019elle devait effectuer au titre de l\u2019habitation.Un coût excessif pour les familles modestes Même si les dépenses de logement augmentaient avec le revenu familial, elles ne s\u2019accroissaient toutefois pas dans les mêmes proportions.En effet, les familles du quartile supérieur disposaient d\u2019un revenu moyen 6,5 fois plus élevé que celui des familles du quartile inférieur, alors qu\u2019elles ne versaient que 1,5 fois plus d\u2019argent pour se loger.Tout en donnant du coût du logement une mesure plus stable à moyen terme que le montant exprimé en dollars, le calcul du rapport de la dépense au revenu permet de généraliser cette observation: comme le montre le tableau 2, plus le revenu de la famille 238 était faible, plus la dépense de logement en absorbait une part importante.En moyenne, l\u2019ensemble des familles consacraient 14,6% de leur revenu brut au logement.Toutefois, les familles du quartile inférieur se détachaient nettement de l\u2019ensemble en y consacrant 37,4% de leur revenu, soit une part deux fois plus grande que celle des familles du quartile immédiatement supérieur.Dans le premier quartile de revenu, toutes les familles consacraient au moins 40% de leur revenu brut au logement, si l\u2019on excepte les couples restés seuls.Ces résultats montrent bien que le revenu de très nombreuses familles pauvres n\u2019atteignait pas le seuil au-delà duquel le coût minimal du logement ne constitue plus une charge excessive.Tableau 2 Pourcentage du revenu familial consacré au logement selon le type de famille et le quartile de revenu, Québec, 1985-1986 Quartiles Types de famille\ti\t2\t3\t4\tTotal Jeunes couples\t40,3%\t19,2%\t14,1%\t11,5%\t15,5% Familles époux-épouse avec enfants\t41,4%\t20,0%\t14,9%\t9,6%\t13,7% - nouvelles familles\t42,3%\t20,4%\t16,5%\t11,7%\t16,4% - jeunes familles\t43,7%\t21,3%\t16,3%\t11,1%\t15,6% - familles âgées\t39,0%\t18,6%\t13,1%\t8,3%\t11,5% Familles monoparentales (femme)\t47,8%\t19,0%\t14,5%\t\u2014\t24,5% Familles monoparentales (homme)\t43,5%\t17,8%\t15,5%\t\t\t16,0% Couples restés seuls\t28,2%\t17,5%\t12,5%\t8,0%\t14,0% Ensemble des familles principales\t37,4%\t19,3%\t14,5%\t9,5%\t14,6% Source: Échantillon au 1/100 des familles, Recensement Canada, 1986. LE COÛT ANNUEL DU LOGEMENT FAMILIAL 239 Tous niveaux de revenu confondus, le pourcentage du revenu consacré au logement était nettement plus élevé pour les familles monoparentales dirigées par une femme qu\u2019il ne l\u2019était pour les autres familles: 24% au lieu de 14% environ.Cette situation était due presque uniquement au fait qu\u2019elles se concentraient parmi les familles à faible revenu.En effet, dans les autres quartiles de revenu, leur taux d\u2019effort était semblable à celui des autres familles.Les familles âgées et les couples restés seuls avaient un taux d\u2019effort un peu plus faible que celui des familles de formation plus récente.Ainsi, alors que les familles époux-épouse avec enfant consacraient en moyenne 14% de leur revenu au logement, les familles âgées en consacraient un peu moins et les nouvelles et les jeunes familles, un peu plus.Parmi les familles à faible revenu, les familles monoparentales dirigées par une femme avaient un taux d\u2019effort plus élevé, résultat d\u2019un revenu moyen plus faible, alors que les couples restés seuls avaient un taux d\u2019effort nettement plus faible, résultat de dépenses moins grandes.Le revenu familial semble donc déterminer en grande partie l\u2019effort financier des familles pour se loger, toutefois à revenu égal les familles âgées et les couples restés seuls ont un fardeau un peu moins lourd.Plus de trois cent mille familles en difficulté Dans les études traitant de l\u2019accessibilité au logement, on s\u2019entend pour dire que, lorsqu\u2019une famille doit consacrer au moins 30% de son revenu brut au logement, cette famille a de fortes chances de réduire ses dépenses au titre d\u2019autres biens de consommation tout aussi essentiels.Par conséquent, 30% représentent un seuil qui permet d\u2019identifier les familles en situation précaire.On s\u2019est donc servi de ce seuil pour estimer la proportion et le nombre de familles dont les dépenses de logement représentaient un coût pouvant affecter leur bien-être quotidien.Au Québec, en 1985,18,4% des familles consacraient au moins 30% de leur revenu brut au logement, ce qui représentait environ 309 000 familles (tableau 3).Évidemment, la plupart d\u2019entre elles se situaient dans le premier quartile de revenu, y regroupant 58,3% des familles et près de 75% des familles monoparentales dirigées par une femme.Dans le second quartile, c\u2019était 13,7% des familles 240 qui se retrouvaient dans cette situation, et dans le troisième quartile, à peine 3,6%.Le seuil critique de 30% était dépassé par la moitié des familles monoparentales dirigées par une femme, le quart des familles monoparentales dirigées par un homme, un couple resté seul sur six, un jeune couple sur sept et environ une famille biparentale sur huit.En nombre de familles, on obtenait les chiffres suivants: \u2014\t9 687 familles monoparentales dirigées par un homme; \u2014\t25 648 jeunes couples sans enfant; Tableau 3 Pourcentage des familles principales consacrant au moins 30% de leur revenu aux dépenses de logement selon le type de famille et le quartile de revenu, Québec, 1985-1986 Quartiles Types de famille\ti\t2\t3\t4\tTotal Jeunes couples\t61,2%\t11,3%\t1,7%\t\u2014\t14,1% Familles époux-épouse avec enfants\t62,1%\t15,7%\t3,9%\t\u2014\t12,8% - nouvelles familles\t69,4%\t12,3%\t2,6%\t\u2014\t15,1% \u2014 jeunes familles\t64,5%\t19,1%\t5,5%\t\u2014\t15,1% \u2014 familles âgées\t55,1%\t14,8%\t2,5%\t\u2014\t10,1% Familles monoparentales (femme)\t74,1%\t11,8%\t4,6%\t\u2014\t48,4% Familles monoparentales (homme)\t67,5%\t12,1%\t9,3%\t\u2014\t24,4% Couples restés seuls\t38,0%\t11,2%\t3,3%\t\u2014\t17,7% Ensemble des familles principales\t58,3%\t13,7%\t3,6%\t\u2014\t18,4% Source: Échantillon au 1/100 des familles, Recensement Canada, 1986. LE COÛT ANNUEL DU LOGEMENT FAMILIAL 241 \u2014\t59 153 couples restés seuls; \u2014\t93 702 familles monoparentales dirigées par une femme; \u2014\t119 245 familles époux-épouse avec enfants.Ainsi, les trois quarts des familles en difficulté avaient encore des enfants à la maison et, parmi elles, les familles monoparentales étaient aussi nombreuses que les familles biparentales.Tableau 4 Pourcentage du revenu familial consacré au logement et proportion des familles principales consacrant au moins 30% de leur revenu au logement selon le type de famille et le mode d\u2019occupation, Québec, 1985-1986 Types de famille\tPourcentage du revenu consacré au logement\t\tProportion de familles consacrant au moins 30% de leur revenu au logement\t \tLocataire\tPropriétaire\tLocataire\tPropriétaire Jeunes couples\t14,7%\t16,6%\t14,8%\t12,8% Familles époux-épouse\t\t\t\t avec enfants\t15,9%\t13,2%\t19,6%\t10,8% - nouvelles familles\t17,0%\t16,3%\t21,8%\t11,4% - jeunes familles\t17,3%\t15,3%\t21,1%\t13,3% - familles âgées\t14,4%\t11,1%\t16,0%\t8,7% Familles monoparentales\t\t\t\t (femme)\t31,0%\t17,6%\t58,5%\t27,2% Familles monoparentales\t\t\t\t (homme)\t18,3%\t14,7%\t28,4%\t21,7% Couples restés seuls\t18,5%\t12,4%\t27,4%\t13,1% Ensemble des familles\t\t\t\t principales\t18,0%\t13,5%\t29,1%\t12,6% Source: Échantillon au 1/100 des familles, Recensement Canada, 1986. 242 Locataires et propriétaires La proportion de familles dépassant le seuil de 30% était également deux fois plus grande chez les locataires que chez les propriétaires (tableau 4).On comptait 29,1% de familles locataires contre 12,6% de familles propriétaires dans cette situation.Mis à part les jeunes couples et les familles monoparentales dirigées par un père seul, on remarque dans tous les autres types de famille une proportion toujours deux fois plus grande de familles dépassant le seuil critique chez les locataires.Le tableau 4 met en parallèle ces proportions avec le pourcentage de revenu que les familles propriétaires et locataires consacraient au logement.Comme on s\u2019y attend, les familles locataires consacraient une part plus grande de leur revenu au logement; toutefois, l\u2019écart avec les propriétaires était plus restreint que ne le suggérait l\u2019indicateur précédent.En effet, 2,3 fois plus de familles locataires que de familles propriétaires dépassaient le seuil de 30%, alors qu\u2019elles ne consacraient qu\u2019un pourcentage 1,3 fois plus grand de leur revenu au logement.La comparaison de ces deux indicateurs met en évidence une moindre dispersion des taux d\u2019effort chez les propriétaires, laquelle tient sans doute au fait que l\u2019accession à la propriété n\u2019est généralement possible que si la famille dispose déjà d\u2019un revenu suffisant.Par ailleurs, on remarque que l\u2019effort financier des jeunes couples, des nouvelles familles et des jeunes familles variait très peu selon qu\u2019ils étaient propriétaires ou locataires.En revanche, l\u2019écart était plus grand pour les familles âgées, les couples restés seuls et les familles monoparentales.Ces faits suggèrent que l\u2019accession à la propriété ne devenait avantageuse que sur le tard, une fois finis les versements hypothécaires.En conclusion Les informations recueillies lors du dernier recensement montrent bien que l\u2019accessibilité financière au logement est loin d\u2019être assurée pour toutes les familles québécoises.Une famille sur cinq, ou peu s\u2019en faut, doit dépenser au moins 30% de son revenu brut pour se loger.Lorsque le revenu de la famille est déjà bas, comme c\u2019est généralement le cas, cela signifie qu\u2019il ne reste plus qu\u2019une somme insuffisante, ou à peine suffisante, pour satisfaire LE COÛT ANNUEL DU LOGEMENT FAMILIAL 243 d\u2019autres besoins essentiels, comme se nourrir ou s\u2019habiller convenablement.Cette situation difficile est le lot de la majorité des familles du premier quartile de revenu.Parmi ces familles en difficulté, les trois quarts ont encore des enfants non mariés à la maison.On y trouve la moitié des familles monoparentales dirigées par une mère seule, celles-ci n\u2019ayant souvent qu\u2019un revenu très modeste, notamment dans les premiers temps de la séparation.On y trouve aussi le huitième des familles biparen-tales, ce qui est peu connu en raison de la cristallisation de l\u2019attention sur la situation des familles monoparentales.À cet égard, il est utile de noter qu\u2019il y a, en nombres absolus, autant de familles à deux parents que de familles à un seul parent dans ce groupe de familles en difficulté.Remerciements Les auteurs remercient le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada pour son aide financière^ Le siècle de l\u2019abbé Groulx Jean ÉTHIER-BLAIS Résumé L\u2019auteur dégage les lignes de force qui ont caractérisé la carrière de Lionel Groulx.Il puise dans l\u2019enfance de l\u2019historien des thèmes qui ont été les fils conducteurs d\u2019une œuvre nationale unique.Il décrit le style de l\u2019homme.Il relate l\u2019angoisse qu\u2019il ressentait devant un devenir national incertain.Il souligne les guides intellectuels qui l\u2019ont inspiré.Monsieur Éthier-Blais tire quelques leçons qui ressortent de l\u2019œuvre de l\u2019abbé Groulx.Il actualise l\u2019habitude de notre peuple qui est «de vouloir régler des problèmes politiques à l\u2019aide d\u2019articles juridiques».Il rappelle «l\u2019absence de dynamisme décisionnel» qui attristait l\u2019historien.Il souligne des comportements qui conduisaient à l\u2019assimilation et à la trahison de certaines classes dirigeantes.L\u2019auteur termine par une réflexion sur le prétendu pessimisme de l\u2019abbé Groulx dont toute l\u2019œuvre est axée sur le culte de la vérité et sur l\u2019appel au dépassement de la personne et de la nation. LE SIÈCLE DE L\u2019ABBÉ GROULX 245 1- Les thèmes de l\u2019enfance On imagine mal l\u2019abbé Groulx enfant.Et c\u2019est dans son enfance que je veux d\u2019abord aller en quête de lui.Avant de tenter de dégager les traits intellectuels de cet homme d\u2019exception, avant de proposer une analyse des rapports qu\u2019il a entretenus avec le déroulement de notre histoire, je veux dégager de sa vie quelques traits, comme un voyageur assoiffé qui, après une longue promenade, boit enfin à la source.Il y a, d\u2019abord, la rivière des Outaouais, qui a vu naître deux races prodigieuses (comme on dit des races des rois de France) dans notre peuple; les seigneurs Papineau, dont le fief de Montebello, qui représente une avancée dernière de notre civilisation, se dresse sur les bords de l\u2019Outaouais, face à l\u2019ouest tout anglais; et puis, il y a l\u2019abbé Groulx, qui est une race en lui-même.Son enfance est celle d\u2019un garçon intelligent, imaginatif et taquin, déjà fier de sa petite taille, qui lui permet de se redresser, la colonne vertébrale comme un piquet, les yeux sur l\u2019objectif, le menton qui pose les questions et apporte les réponses.Il a laissé de sa famille l\u2019image d\u2019un milieu probe et travailleur.Cette enfance, il l\u2019a aimée.Il a aussi aimé la retrouver chez d\u2019autres que lui et c\u2019est pourquoi il adressera souvent ses conférences, ses essais, ses livres, à la jeunesse, à « ceux-là seulement, dira-t-il, qui savent lire », c\u2019est-à-dire ceux qui savent pénétrer avec lui dans l\u2019invisible miroir du passé.Les rapaillages, qui sont de 1916, ont été écrits cependant que l\u2019abbé Groulx, âgé de trente-sept ans, prépare ce cours dont nous célébrons aujourd\u2019hui l\u2019inoubliable éclat.L\u2019abbé Groulx est tout entier dans ce livre de son enfance.On a essayé, ici et ailleurs, d\u2019affaiblir son œuvre d\u2019historien savant, sous prétexte qu\u2019il y avait en lui une veine prophétique.Or, tout historien qui se respecte est un prophète.L\u2019abbé Groulx a été d\u2019abord cet enfant qui a vécu le passé.Ses origines sont paysannes, il est issu des habitants canadiens (comme on disait alors), qui sont à l\u2019épicentre de notre geste en Amérique.Ces hommes et ces femmes forment l\u2019arrière-plan mouvant de civilisation qu\u2019on trouve dans les livres de tous ceux qui ont parlé de nous avec justice, donc avec grandeur: Garneau, Chapais, Parkman, Félix-Antoine Savard, l\u2019abbé Groulx.On les devine derrière l\u2019historiographie, en rangs serrés, vivant leur vie rude de pay- 246 sans ou de coureurs des bois (le feu et l\u2019eau, ces thèmes essentiels de notre littérature), transmettant aux pages des savants, même les plus obtus, leur ferveur.Au départ, chez l\u2019abbé Groulx, cette ligne droite tirée sur le passé français de notre race.Le grand seigneur qu\u2019il est devenu n\u2019a pas fait cesser, en lui, de battre la fibre paysanne.Dans son œuvre, jusqu\u2019à la fin, on entendra ce pied d\u2019enfant qui martèle la terre dure de l\u2019automne, on reconnaîtra ce corps frêle et volontaire qui lutte contre le vent, pour aller à l\u2019école.L\u2019abbé Groulx retiendra de son enfance une image et un schème de pensée qui ne le quitteront plus.L\u2019image est celle des politiciens qui trahissent la patrie par esprit de parti.Je ne m\u2019étendrai pas sur cette triste et récurrente réalité de notre histoire; elle est sous-jacente à toute tentative de comprendre et la pensée groulxienne et notre atterrant immobilisme.Ainsi, dans la Tétralogie, le nain Fafner, possesseur de l\u2019or magique, est l\u2019instrument du destin qui pousse les dieux vers leur crépuscule, jusqu\u2019à ce que le héros paraisse et l\u2019abatte.Nous vivons en ce moment même, en pleine eschatologie de médiocrité politicienne.Dans notre histoire, cette mediocritas aurea, cette médiocrité attachée, comme le nain Fafner, à la puissance de l\u2019argent, est la seule constante.Au rythme de son enfance L\u2019abbé Groulx, enfant, note cela et déjà ce gamin laisse éclater son mépris.Il passe à autre chose, loin des hommes vers la nature profonde des choses.Il constate dès son jeune âge que la vie des champs se déroule ainsi qu\u2019une liturgie.Les saisons, comme le périple des hommes, se meuvent selon un rythme sacré à l\u2019intérieur d\u2019un univers qui, dans notre civilisation, partant d\u2019Hésiode, devint homérique, puis virgilien et fut englobé dans le christianisme qui lui conféra son unicité.L\u2019œuvre de l\u2019abbé Groulx participera de ce rituel zodiacal, de ce qu\u2019on pourrait même appeler ce chant mystique.Dans cette optique, la patrie, le sol lui-même, cette glèbe de laquelle l\u2019homme ne s\u2019extrait que pour accéder à la pleine connaissance historique de lui-même, deviennent une réalité transcendante.Il est important de noter ici que ce sentiment d\u2019appartenance à une aire géographique et historique qui appelle le dépassement est naturelle à l\u2019homme, sur tous les continents.Le cœur bat plus vite au nom de la patrie.Ce sentiment si prenant est naturel et naturel- LE SIÈCLE DE L\u2019ABBÉ GROULX 247 lement reconnu à tous, sauf à nous, selon que nous avons été Canadiens, Canadiens-Français, Québécois.Notre histoire qui relève du merveilleux, semée d\u2019embûches, nos qualités et nos défauts, notre descente orphique dans la terre américaine, notre mission civilisatrice particulière parce que, sur ce continent immense, nous détenons l\u2019esprit de la France, tout cela que l\u2019abbé Groulx a dit, lui a été tenu à rigueur.Il ne fallait pas, il ne faut toujours pas le dire.Moi-même qui, dans le fil de la pensée groulxienne, exalte la splendeur réelle de nos origines, qui suis-je, sinon un empêcheur de dormir sur ses deux oreilles?C\u2019est à ce niveau de décrépitude qu\u2019était descendue notre pensée nationale, à l\u2019époque de l\u2019abbé Groulx.L\u2019interdiction faite d\u2019enseigner l\u2019histoire de nos ancêtres, notre histoire à nous, dans les écoles du Québec, souligne à quel point ce qui était autrefois, dans une sorte d\u2019absolu du déni de soi-même, est toujours présent parmi nous.Toute la doctrine groulxienne est contenue dans ses constatations d\u2019enfance; c\u2019est pourquoi cet homme, immuable comme un chêne, fort comme lui, qui recouvre de son ombre un espace immense, a pu, à la fin de sa vie, car ce fut son dernier livre, écrire Constantes de vie (1967).Au fond du constat gît la constance.L\u2019abbé Groulx m\u2019avait fait l\u2019honneur, à moi indigne et conscient de mon indignité, de me demander de présenter son livre.Il mourut le jour même du lancement et nous nous réunîmes autour de cette flamme, qui venait de vaciller, en apparence, de s\u2019éteindre.Mais nous étions, nous, les fervents, sûrs, dans ce crépuscule du 23 mai 1967, que ce feu, que cette lumière éclaireraient un jour le Québec, qu\u2019ils enflammeraient notre siècle.Un style historique Sa formation fut classique.Il en retint l\u2019harmonie.On la retrouve dans ses livres, construits comme Simonide devait, à Delos, préparer son spectacle et son chant.Cet art du livre architectural est perdu et l\u2019abbé Groulx, en terre américaine, aura été l\u2019un de ses derniers desservants.Lorsqu\u2019il commença à écrire, certains lui reprochèrent son emphase.Peu à peu, son style se raffermit, il fit confiance entière à sa pensée; le fond et la forme s\u2019unirent en lui pour donner naissance au style sobre et mâle, tout affirmatif, qui devint le sien.Curieusement, il accéda à la pureté de l\u2019écriture lorsqu\u2019il cessa d\u2019écrire des romans. 248 On aurait dit que le trop-plein de son âme ardente, il l\u2019avait déversé, par une écriture oratoire, dans ces histoires inventées, L\u2019appel de la race et Au Cap Blomidon.Dans ce dernier roman, il fait apparaître une Sibylle, porteuse des secrets passés et à venir, de la race.Toute l\u2019imagination de l\u2019abbé Groulx est là, dans cette femme qui prophétise, inspirée par les puissances du Haut ou du Bas.Elle annonce la disparition des vainqueurs, emportés par le déversement de leurs maléfices.Mais le héros, Acadien, est bon prince et le livre se termine dans l\u2019harmonie réparatrice.L\u2019abbé Groulx ne croyait pas que nous fussions des Atrides.Nous ne le sommes pas.C\u2019est peut-être dommage.Son style, mon Dieu, au grand scandale de plusieurs, il le mit dans ses œuvres historiques.Les ignorants croient qu\u2019un savant ne doit pas savoir écrire.Il doit leur ressembler, la science en plus.Or, il se trouve que tout historien, s\u2019il veut échapper à la grisaille des grimoires, doit être en même temps qu\u2019il décrit le passé, un écrivain qui s\u2019insère dans l\u2019avenir.Ceci est d\u2019autant plus vrai, et l\u2019abbé Groulx en a fait la loi fondamentale de son œuvre, que les individus, même de génie, un de Gaulle, un Beethoven, ne sont pas les acteurs principaux de l\u2019histoire.Ils sont dominés par elle plus qu\u2019ils ne la dominent.A travers eux, des forces instinctives se font entendre, qui viennent du tréfonds de l\u2019humanité.Pour ne donner qu\u2019un exemple, l\u2019idéologie pacifiste qui, au Québec, s\u2019est manifestée à l\u2019époque de la Guerre des Boers (et leur porte-parole fut Bourassa), ainsi que pendant les deux grandes guerres, représente ces pulsions qui dépassent les individus et orientent le destin.L\u2019historien qui veut se hausser jusqu\u2019à l\u2019interprétation de ces phénomènes, sans trahir la ligne continue de l\u2019histoire, n\u2019a qu\u2019un recours.C\u2019est le style.Comment oublier l\u2019image de Chateaubriand, ce père de l\u2019historiographie moderne, marchant dans la campagne belge et entendant le canon prémonitoire de Waterloo?Tout autant que Napoléon, il devint, par le génie du verbe, qui lui permit de proférer l\u2019événement dans son ampleur, un fil conducteur de l\u2019histoire.Et si nous parlons de l\u2019abbé Groulx aujourd\u2019hui, comme parla de lui, autrefois Olivar Asselin (mais sans la maestria du célèbre journaliste), c\u2019est qu\u2019en lui se trouve, à l\u2019état pur, la fusion toujours incandescente, du fond et de la forme, ce qui s\u2019appelle écrire, être un écrivain, un artiste, expression suprême du réel humain. LE SIÈCLE DE L\u2019ABBÉ GROULX 249 L\u2019angoisse du destin C\u2019est aussi parce que, dans l\u2019œuvre de l\u2019abbé Groulx, se trouve, à chaque page, l\u2019angoisse devant notre devenir.Ses études en Europe, la découverte qu\u2019il y fit des maîtres de l\u2019histoire, Augustin Thierry comme Gonzague de Reynold, l\u2019ancraient dans une double certitude; celle du chrétien qui aspire à la postérité; celle, païenne, issue directement de Lucrèce, et des historiens romantiques, du destin pessimiste des hommes et des nations, aux prises avec la double immensité de l\u2019espace et du temps.L\u2019abbé Groulx concevra ainsi notre périple de nation sur cette terre, comme si, jetés sur ce continent par une volonté divine, vite formés à la virilité, nous avions été abandonnés des dieux et soumis à une série d\u2019épreuves, propres à former en nous l\u2019homme total.Notre grand ennemi, il le voit dans la tentative du vainqueur, mille fois répétée, toujours tenue secrète, jamais abandonnée, de nous assimiler à la culture anglaise.Le cardinal Bourne, lors du discours de Notre-Dame, en 1910, laissa voir le bout de l\u2019oreille; il ne faisait, sous une forme différente, que répéter l\u2019essentiel du Rapport Durham; bientôt, sans doute assisterons-nous, à Montréal, dans cette ville que nous avons construite, à laquelle nous avons donné une âme, à la révolte des milliers d\u2019immigrants, venus d\u2019Orient chercher ici l\u2019épanouissement de l\u2019anglais et qui y trouvent notre nature et notre passé, qui, dans leur intransigeance, forment une muraille enflammée (Lucrèce).La révolte des autochtones n\u2019aura été que le prélude à ce grand drame.Le problème que pose l\u2019abbé Groulx à notre intelligence historique est donc le suivant.Y a-t-il une solution à la logique absurde de notre destin?Lui-même a erré, comme une ombre, aux abords de l\u2019idée d\u2019indépendance, idée pour lui si hautement intellectuelle, qu\u2019elle en devenait platonicienne.C\u2019est qu\u2019il croyait peut-être encore plus à la faiblesse inhérente à la définition ici de l\u2019homme politique qu\u2019aux forces obscures de la nation.Et reconnaissons-le: avant que ces forces obscures n\u2019éclatent dans la médiatique d\u2019octobre 70, avec les roulements de tambour qui l\u2019ont précédée, elles étaient à peine perceptibles.Michel Brunet pouvait parler d\u2019un nationalisme canadien-français à la recherche d\u2019une patrie; il est probable que l\u2019abbé Groulx aurait fait sienne la souveraineté implicite dans une telle formule.Il 250 avait prédit notre État français, qui est encore à venir.Il n\u2019est jamais allé jusqu\u2019à l\u2019indépendance, à un sol bien à nous; à une histoire dont nous serions, dans la mesure du possible, en ce siècle de conglomérats, les maîtres; à la renaissance de notre race.Et pourtant, toute son œuvre conduit à cette libération de notre être national, à ce grand souffle lorsque les mots fatidiques auront été prononcés.Encore faut-il en prendre les moyens.Là encore, l\u2019abbé Groulx a vu juste lorsqu\u2019il nous mettait en garde (en 1918) contre ce sentiment de générosité unilatérale qui est le nôtre.Il n\u2019y a pas à dire, il faut toujours revenir à lui, dans le doute du questionnement, comme dans l\u2019allégresse de l\u2019affirmation.On ne peut rendre ce témoignage, l\u2019histoire nous l\u2019enseigne, qu\u2019aux hommes qui ont beaucoup aimé.La pureté des sources Tout au long de sa jeunesse, ces idées reposent au fond de l\u2019esprit de l\u2019abbé Groulx, où elles forment la sédimentation de l\u2019œuvre future, cet humus qui donnera sa force charnelle au rapport que, devenu homme fait (après quelles tribulations!), il entretiendra avec la parole et l\u2019écriture.Avant de devenir historien, il voudra être homme d\u2019action.Plus tard, le modèle historique deviendra l\u2019action dans sa transcendance, mais de l\u2019adolescence de l\u2019abbé Groulx, retenons qu\u2019il a voulu se mettre au service de la vérité.Je serai soldat, écrira-t-il à dix-huit ans, ramenant à son destin personnel le Homo miles de César.Ses guides intellectuels, ceux qui lui enseignent les préceptes de cette action future, seront Veuillot, Lacordaire, Montalembert, en somme l\u2019école de pensée religieuse française du XIXe siècle, dans son immense pureté.Veuillot avec son tempérament d\u2019incendiaire et de bâtisseur à la fois, reste le grand styliste de son temps; à Lacordaire, l\u2019abbé Groulx empruntera la fièvre intellectuelle et l\u2019amour, si dur à vivre, de la solitude: Montalembert est le maître-d\u2019œuvre d\u2019une cathédrale du sentiment et de la pensée, ses célèbres Moines d\u2019Occident.L\u2019abbé Groulx jeune homme est allé puiser à des sources pures, il a vu le soleil se lever sur des sommets d\u2019intelligence et d\u2019esprit critique.Je crois que, dans notre histoire intellectuelle, l\u2019abbé Groulx est l\u2019instance suprême de la continuité.Il nous a transmis la leçon des LE SIÈCLE DE L'ABBÉ GROULX 251 maîtres de son enfance et de sa jeunesse.De l\u2019enfance, l\u2019idée centrale du suicide par l\u2019auto-trahison; celle de notre insertion dans les cycles mouvants du devenir.A ces deux principes viscéraux viennent se joindre, comme dans une troupe qui répond toujours à l\u2019appel, les voluptés conjointes de l\u2019action et de la parole, en somme l\u2019ivresse subtile du pouvoir et ce lien qui s\u2019établit, toujours vivant, entre l\u2019intelligence de l\u2019abbé Groulx et celles de ces trois hommes qui sont, en France, l\u2019honneur de leur siècle.2.Quelques leçons de l\u2019œuvre Il est significatif et symbolique que les trois premiers ouvrages de l\u2019abbé Groulx historien s\u2019intitulent: Nos luttes constitutionnelles, La confédération canadienne et Vers l\u2019émancipation.Ces titres sont le reflet de notre histoire nationale.L\u2019historien-prophète avait, de ce regard d\u2019aigle qui fut dès l\u2019abord le sien, recomposé le paysage de notre destin.Un peuple constitutionnaliste, voué à l\u2019examen juridique de ce qu\u2019il est et de ce qu\u2019il peut devenir, selon la loi: un peuple qui, dans un second temps, soucieux de conserver les acquis de son passé, cherche à trouver, de conserve avec son vainqueur, une solution qui, du domaine politique, se définira en histoire; au peuple; enfin, qui, prenant conscience de sa force, veut agrandir le champ de ses puissances, par l\u2019accession au gouvernement, et se voit vite rebuté par les tenants de l\u2019immobilisme pour qui, comme le note l\u2019abbé Groulx, «conquérir voulait dire assimiler».La passion procédurière Je vois dans ces trois étapes de notre vie nationale à ses débuts, notre essence même.L\u2019histoire ne peut s\u2019accomplir qu\u2019à partir d\u2019éléments irréductibles: les données historiques immédiates, les forces en présence, le tempérament des peuples, l\u2019espace et le temps.Dans le cas de nos ancêtres, aux prises après la Conquête, avec un vainqueur tout-puissant mais à qui l\u2019analyse à long temps de la situation en Amérique conseillait la prudence, il s\u2019agissait de faire durer le plus possible les tractations.Les discussions pourtant sur la constitution étaient d\u2019autant plus importantes qu\u2019elles ne débouchent jamais que sur une solution temporaire.Nos ancêtres passèrent vite maîtres dans l\u2019art de les faire durer; dans un premier temps séminal, de 1774 à 1791.Ils nous ont 252 légué cette passion procédurière et on peut dire qu\u2019elle dure toujours.La Conquête débouche sur des palabres constitutionnels; la Rébellion de 1837 s\u2019éternise en commissions où la gent avocassière s\u2019en donne à cœur joie jusqu\u2019en 1867; depuis un siècle, le constitutionnalisme s\u2019est transformé en une jungle impénétrable; la lente émergence au Québec de l\u2019idée d\u2019indépendance, avec ses retombées d\u2019une importance psychologique primordiale en 1970, l\u2019élection d\u2019un parti qui se déclarait indépendantiste, ravivent en nous cet amour somnolent.Nous retombons dans notre habitude, qui est de vouloir régler des problèmes politiques à l\u2019aide d\u2019articles juridiques, et d\u2019eux seuls.Proclamer l\u2019indépendance est une chose et la constitution suit.Rédiger une constitution qui mène à l\u2019indépendance est un acte de foi: mais qu\u2019est-ce que la foi sans les œuvres?Pour tout dire, une nation indépendante qui se dote d\u2019une constitution agit selon des intérêts que commande une meilleure gestion du patrimoine national; une nation qui aspire à l\u2019indépendance ne peut qu\u2019être la victime des luttes constitutionnelles qui, par définition, retardent l\u2019expression efficace de ses aspirations.Après la Conquête, nos ancêtres ont eu raison de jouer le jeu des positions et des contre-propositions; mais ils nous ont légué une bien triste illusion, celle de croire que, dans le domaine politique, il peut y avoir des solutions autres que politiques.Aussi, dès son premier ouvrage, l\u2019abbé Groulx pourra écrire que dès l\u2019Acte de Québec, 1774, «la vigueur du sentiment national qui inspire la reconstruction du pays (allusion sans doute au génocide du Général Wolfe) laisse présager que la nation est près de céder à l\u2019instinct naturel qui la pousse vers l\u2019indépendance»-, mais les luttes constitutionnelles, dans ce contexte, énervent les volontés et, quelque nécessaires qu\u2019elles aient été à cette époque, sont une voie de garage qui retardera et rendra dérisoire la portée des décisions nécessaires.Les porte-parole font défaut Pourquoi, peut-on se demander, cette absence de dynamisme décisionnel?C\u2019est là un problème auquel l\u2019abbé Groulx a consacré de nombreuses pages, sans y trouver de solution.Dans son Histoire du Canada français, qui est la biographie de notre être collectif, il remonte, on dirait presque en disciple de Freud, à l\u2019étude de nos LE SIÈCLE DE L\u2019ABBÉ GROULX 253 origines, dont on peut soutenir qu\u2019il a eu la constante nostalgie, tant elles constituent le leitmotiv de sa pensée historique.Son œuvre est tributaire de ce mythe.Ne sommes-nous pas, comme toujours, dès lors qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une civilisation, projetés dans l\u2019univers des contes, d\u2019un folklore supérieur?Ce jeune peuple a tout reçu; un empire sur la terre, qui va des glaciations du pôle au delta du Mississipi; mieux encore, il a hérité l\u2019une des civilisations les plus triomphalistes de l\u2019histoire des hommes, la française, et libre à lui de faire d\u2019elle ce qu\u2019il voudra en Amérique: il est chrétien.La corbeille du nouveau-né est pleine à craquer.Seule, lui manque la dimension tragique.Quelle mauvaise fée s\u2019avance vers lui?Comme dans tous les contes, cette vieille ripopée punit dans la droite ligne du caractère de la victime.A une nation de ratiocineurs, elle déniera le droit à cet épanouissement total que représente pour une nation, condamnée à être minoritaire, la présence récurrente du chef charismatique, de cet homme qui fait l\u2019unanimité du sentiment et de l\u2019instinct vital d\u2019un peuple, mais aussi, mais surtout du leader dont le charisme est soutenu par une volonté qui transcende l\u2019action elle-même, qui la régit, qui l\u2019amène à se dépasser.Pour tout dire, un chef que l\u2019histoire n\u2019intimide pas.Napoléon disait: «J\u2019agis, le reste suit.» Nous sommes loin des atermoiements, du pathos des états d\u2019âme qui semblent être le lot quotidien de nos sphères supérieures.L\u2019abbé Groulx a conçu le déroulement de notre histoire comme le combat entre les forces de la vie et celles de la mort, la vie étant volonté, la mort, renoncement.On pense aux deux étendards de saint Ignace.Cette image paraît dans le Journal de l\u2019abbé Groulx, dès 1902.Cette grande plaine où aura lieu le combat, c\u2019est notre être collectif.Les armées sont en ordre de bataille, mais la nôtre (et l\u2019abbé Groulx le note dès qu\u2019il aborde les événements de 1765) manque de chef.La défaite a été suivie par l\u2019exode de ceux qui auraient pu massivement constituer notre élite.Il faudra presque une génération pour que ces seigneurs et ces fonctionnaires chassés par le vainqueur soient remplacés.Depuis, par un effet de mimétisme cyclique, chaque fois qu\u2019il s\u2019avère nécessaire à la nation de faire entendre la voix de l\u2019avenir, le porte-parole lui fait défaut.L\u2019élu du peuple, celui en qui la nation a mis ses complaisances, n\u2019ose pas.Il chancelle, il est près d\u2019abdi- 254 quer, comme si le bon droit n\u2019était pas de son côté, comme si le pouvoir d\u2019un homme d\u2019État au Québec manquait, par définition, de légitimité universelle, comme s\u2019il était circonscrit, historiquement, par une volonté extérieure qui le retiendrait prisonnier.Mgr Camille Roy, dans un article retentissant, reprocha autrefois à Alonié de Lestres, l\u2019auteur pseudonymique de L\u2019appel de la race, d\u2019avoir insulté à l\u2019enseignement des collèges classiques, en les accusant de châtrer idéologiquement leurs élèves, de leur enseigner l\u2019aliénation historique.Mgr Camille privilégiait en lui le rôle de la poule qui protège sa couvée.Ce bel éclat n\u2019empêchait pas l\u2019abbé Groulx d\u2019avoir raison.Nous savons de quoi il s\u2019agit, puisque nos dirigeants interdisent encore aujourd\u2019hui l\u2019enseignement de notre histoire dans les écoles.Ce grand vide pédagogique, cette décision symbolique d\u2019interdire aux jeunes Québécois l\u2019accès à leur passé, d\u2019où vient-il?La politique d\u2019assimilation Il tient à ceci que notre classe dirigeante, depuis deux siècles, est la victime consentante d\u2019une volonté d\u2019assimilation qui ne s\u2019est jamais relâchée.Il y a des colonisateurs qui agissent à visage découvert.Gide les a démasqués dans ses récits de voyage en Afrique.D\u2019autres ont une méthode plus subtile.C\u2019est le cas de la colonisation anglaise au Canada.Elle utilise la technique du nécrophore, qui consiste à faire le vide sous sa victime inconsciente qui, peu à peu, glisse à l\u2019intérieur du caveau préparé à son intention et s\u2019y retrouve comme emmurée, enfouie, ensevelie sous ses propres décombres.Jusqu\u2019à la fin, elle aura l\u2019illusion de n\u2019avoir pas bougé, cependant que le grand silence l\u2019entoure de sa finalité.Et lorsqu\u2019elle se rend compte que les nécrophores se mettent à table, qu\u2019elle constitue l\u2019essentiel de leur festin, il est trop tard.Elle est morte.C\u2019est ainsi qu\u2019a procédé ici la colonisation anglaise.Par vague successives, soit de séduction intellectuelle, soit de violence, soit d\u2019expansion raciale méthodique, elle nous a, peu à peu, amenés à résipiscence, à concevoir, dans notre tréfonds, comme une faute d\u2019être ce que nous étions.Cette éducation de l\u2019âme s\u2019est faite en trois temps.D\u2019abord, à la faveur de la Révolution Française, nous avons commencé à croire que cette conquête, qui nous éloignait des remous LE SIÈCLE DE L'ABBÉ GROULX 255 de la Révolution et de sa politique anti-chrétienne, était un événement providentiel.Dans un second temps, nous avons cru, et nous croyons encore, à la générosité de l\u2019adversaire.Enfin, chose qui paraîtra incroyable aux historiens du XXIe siècle, et qui relève proprement de l\u2019aliénation tribale, nous avons cru et nous croyons encore que le système de gouvernement britannique était irremplaçable, d\u2019une conception juridique et morale si haute que nous devions tenir à honneur d\u2019y être soumis.Il y aurait un livre à écrire sur ces trois étapes de notre aliénation, que l\u2019abbé Groulx appelle, lui, la politique d\u2019assimilation.Il fut le premier de nos historiens à porter sur ce phénomène qui relève de l\u2019anthropologie le phare de son intelligence.Nous retrouverons toujours en lui ce prophétisme lucide.La trahison des classes dirigeantes Remarquez que cette pénétration des esprits, pour les transformer en thuriféraires de l\u2019aliénation, ne s\u2019adressera jamais qu\u2019à l\u2019élite de notre nation.Elle atteint son apogée, elle peut se reposer sur ses lauriers, elle est suprêmement efficace, lorsque le colonisateur peut laisser au colonisé le soin de s\u2019auto-aliéner, de transmettre, de notaire à médecin, de médecin à juge, de juge à professeur, de professeur à homme d\u2019affaires, la bonne parole.C\u2019est ce que firent nos collèges classiques, sournoisement, pendant un siècle, enrégimentant l\u2019Église dans cette croisade pour adolescents.Tout se tient et l\u2019Église n\u2019hésita pas à emboîter fièrement le pas.Quelle décennie que cette seconde du siècle! L\u2019Église qui laisse tomber le masque et ce sera le discours de Notre-Dame de Bourassa; l\u2019abbé Groulx qui, se rendant compte de l\u2019indigence de l\u2019enseignement de l\u2019histoire et poussé par ceux qu\u2019il appellera modestement, amicalement, d\u2019imprudents amis, inaugure ses cours à l\u2019Université de Montréal.Il y a, ainsi, dans l\u2019histoire de notre nation, des instants où la plaie béante est mise à nu, où les rôles sont distribués, où le mensonge éclate dans son intransigeance, avec son appétit dévorant.Dès ses premiers ouvrages, l\u2019abbé Groulx a stigmatisé la trahison de nos classes dirigeantes, trahison d\u2019où découle naturellement notre carence, d\u2019une génération à l\u2019autre, d\u2019hommes politiques au charisme décisif.Une fibre manquerait-elle?Lorsque le moment décisif vient d\u2019avancer dans l\u2019espace, sans filet autre que l\u2019amour de son peuple et sa confiance en lui, notre homme frémit, recule, se réfugie au sein d\u2019on ne sait trop quelle matrie, pour mieux bouder.Il sait qu\u2019il n\u2019a 256 pas trahi, car, pour trahir, il faut choisir et choisir lui est interdit dans ce domaine qui ne relève pas, en définitive, de lui.Tout se passe, dans la classe politique dirigeante du Québec, comme si un partage des compétences historiques s\u2019était fait; à Québec, tout ce qui a trait à cette absurdité: la souveraineté sans indépendance, à Ottawa, le reste.C\u2019est ce que l\u2019abbé Groulx a défini, pour 1791, en ces termes: «Le Québec obtient une individualité politique et géographique, et du même coup le droit de la population canadienne-française à un foyer national, à l\u2019élément terrestre qui achève de constituer la patrie» (Histoire du Canada français).Depuis 1791, le vocabulaire a changé, a suivi Tocqueville, lord Acton (cet homme qui n\u2019a pas connu l\u2019art de choisir ses disciples), Frantz Fanon; la réalité brute reste la même.Nous restons, parce que nous le voulons bien, les colonisés de quelqu\u2019un.Les élites dirigeantes porteuses de notre destin ont changé, elles aussi; aux prêtres ont succédé les notaires et les avocats mués en hommes politiques; à ceux-ci la Révolution tranquille a substitué les hommes d\u2019affaires.Le discours, dans la sagesse de sa castration, reste le même: ne pas bouger, voir venir, à chaque jour suffit sa peine, il ne faut pas avoir les yeux plus grands que la panse, refrain que l\u2019abbé Groulx a entendu mille fois.Cependant, nos poètes et nos chansonniers s\u2019époumonnent à chanter la liberté des autres.Notre liberté à nous, elle est de refuser l\u2019entière liberté.3.Le pessimisme de l\u2019abbé Groulx Peut-on dire de l\u2019abbé Groulx qu\u2019il est pessimiste?L\u2019étude de l\u2019histoire lui a appris à ne se faire aucune illusion.Il appartient à la race d\u2019hommes, et singulièrement, d\u2019historiens, qui n\u2019en ont jamais assez d\u2019en avoir trop vu.La lecture des textes de ses prédécesseurs, Chapais en particulier, l\u2019avait mis en garde contre une vision romantique de l\u2019histoire, qui ne peut déboucher, par l\u2019apport pré-éminent d\u2019effets littéraires, que sur l\u2019acceptation des thèses du vainqueur et une sérénité factice.Autant dire le Mektoub et ce qu\u2019il comporte de passivité devant la fabrication et le sens de l\u2019événement.Car l\u2019acte d\u2019écrire l\u2019histoire est aussi un geste historique; dans notre milieu si friand de directives, l\u2019interprétation de l\u2019événementiel est aussi importante que l\u2019événement lui-même. LE SIÈCLE DE L\u2019ABBÉ GROULX 257 Le tempérament de l\u2019abbé Groulx était romantique.On lui a reproché nombre de choses.Personne ne l\u2019a jamais accusé de n\u2019avoir pas vibré.Ces vibrations de l\u2019homme intérieur, se traduisant par le style en puissantes harmoniques, entraînent le lecteur vers les zones si importantes en écriture, du non-dit.Comparez Groulx et Frégault.Celui-ci, qui se voulait objectif, accumule les faits et c\u2019est d\u2019eux seuls qu\u2019il tirera la conclusion qui s\u2019impose à son clair regard.Ce sont eux, aussi, qui lui imposent leurs limites.Il y a là une poussière innombrable, comme ces montagnes de sable que traverse le voyageur du désert dans l\u2019espoir toujours déçu de trouver l\u2019oasis.Groulx, au contraire de son élève, commence par la synthèse, la ruche conçue dans sa totalité, les alvéoles hexagonales prêtes à recevoir l\u2019essaim; non qu\u2019il parte d\u2019une thèse pré-établie: c\u2019est d\u2019autre chose qu\u2019il s\u2019agit, d\u2019un plan, qui est lui-même la conclusion d\u2019une réflexion.Dès ses premiers ouvrages, l\u2019abbé Groulx a voulu se situer entre le romantisme des rhétoriqueurs et l\u2019éparpillement des notules.C\u2019est ce qui donne à son œuvre son unité, à sa voix son timbre si particulier, qui appelle l\u2019oratoire et n\u2019y cède jamais, qui pourrait aller vers l\u2019enflure et qui reste en retrait, ajoutant au ton du témoin celui du philosophe et du poète.Le culte de la seule vérité Cette grandeur dans l\u2019accession au sujet est à l\u2019origine de ce qu\u2019on peut appeler le pessimisme gaullien de l\u2019abbé Groulx.Car il fait penser au Général de Gaulle, dans l\u2019utilisation du langage où alternent réalisme de la narration et fulgurances du sacré.N\u2019y aurait-il pas, dans cette approche du réel organisé des hommes, un trait spécifique à l\u2019esprit français?Ses contemporains se sont laissé ou bien séduire par la noblesse passionnée du style groulxien, ou bien ils en ont pris ombrage jusqu\u2019à refuser à son magistère la dignité suprême de l\u2019objectivité historique.C\u2019est pourtant ce style même qui permet aujourd\u2019hui à l\u2019œuvre de l\u2019abbé Groulx de s\u2019épanouir en vérité: il est à la fois l\u2019observateur de l\u2019événement, analysant ses causes, démêlant le delta de ses conséquences, précisant la portée des conclusions; il sera aussi, par l\u2019enchantement de l\u2019écriture, le chantre esthétique de ce déroulement total.Nombre d\u2019historiens peuvent disputer à l\u2019abbé Groulx l\u2019étendue des connaissances et le souci d\u2019œuvrer dans le vrai; lui seul, des 258 hommes de sa génération, a su hausser son œuvre au niveau de l\u2019art.Il a la passion d\u2019un Michelet, mais un Michelet qui enchaînerait sa passion au culte de la seule vérité; il a le champ de vision d\u2019un Tocqueville, avec cette même ardeur, parfaitement tenue en laisse, pour projeter sa réflexion dans l\u2019avenir; à Gonzague de Reynold, il a emprunté, venues tout droit de Joseph de Maistre, les catégories (atténuées) d\u2019un gouvernement universel pré-établi; à Parkman, la vigueur du trait dans la description, avec, en plus, une attention constante portée aux facteurs géographiques et économiques.Voilà l\u2019historien.Avec de tels maîtres, de telles émules, comment l\u2019abbé Groulx n\u2019aurait-il pas été pessimiste?Qu\u2019ils l\u2019aient voulu ou non, Michelet, Tocqueville, Reynold, Parkman ont été les desservants de catastrophes, car tel est le destin des hommes.Nous allons, par vagues successives, d\u2019un naufrage collectif à l\u2019autre, emportés au hasard sur une mer sans limite, sans frein et cruelle comme ont su l\u2019être les dieux antiques; nous-mêmes soumis à ses caprices.Qu\u2019on lise Mommsen ou Sykes, pour l\u2019histoire de Rome; ou Rostoftzeff pour celle du tracé des grands Empires d\u2019Orient; ou les mémorialistes, parmi lesquels se détachent, dans notre langue, Saint-Simon, Chateaubriand et, plus près de nous, de Gaulle lui-même, que trouvons-nous?Le retour violent de toutes choses contre le mur du temps, ce ressac qui emporte les hommes, d\u2019une génération à l\u2019autre, vers la violence et vers la mort.Il faut à l\u2019historien une armure presque impénétrable pour échapper à la tentation du désespoir, dès lors qu\u2019il aspire à la synthèse de l\u2019histoire qu\u2019il écrit.Imaginez l\u2019état d\u2019âme d\u2019un homme comme l\u2019abbé Groulx dans l\u2019exercice de ce métier, au niveau où il le pratiquait, d\u2019extrême concentration sur l\u2019évolution tragique de l\u2019humanité, lorsqu\u2019il s\u2019est trouvé aux prises avec notre histoire à nous, qui semble, dès l\u2019abord, vouée à l\u2019échec.Lui dont l\u2019intelligence était si haute, lui dont le cœur battait à l\u2019unisson de nos pulsions collectives, lui qui, malgré les chutes de notre nation et la trahison continue de nos hommes politiques, avait l\u2019espoir chevillé dans l\u2019âme, comment n\u2019aurait-il pas été pessimiste?Et pourtant, ce pessimiste, par un retournement de la volonté, a combattu le ressac; il a exalté en nous les fiertés d\u2019origine.«Un peuple ne s\u2019attache à ses origines que si on lui en révèle la noblesse» écrit-il (Mémoires); cette noblesse, dans son œuvre, devient un recours. LE SIÈCLE DE L\u2019ABBÉ GROULX 259 L\u2019appel au dépassement Dès 1912, dans Une croisade d\u2019adolescents, il appelle la nation à se dépasser, par l\u2019ardeur patriotique; déjà apparaît sous sa plume l\u2019idée d\u2019un État français indépendant en Amérique.C\u2019est que, dans son esprit et dans la logique de l\u2019histoire, la colonie française d\u2019Amérique portait en elle son indépendance, comme une mère, son enfant.La géographie d\u2019abord, l\u2019éloignement de la métropole, la lutte contre les colonies anglaises, la prise de conscience nationale, si vite devenue notre caractère principal, tout nous obligea très vite à assumer notre destin, avec la France lointaine certes, et nécessaire, mais, pour ce qui a trait au déroulement proprement national, sans elle.C\u2019est pourquoi tout historien, non pas parcellaire, mais qui se veut total, par l\u2019envergure de la pensée et l\u2019approfondissement des faits jusqu\u2019à la racine (et je pense, parmi nos contemporains, au disciple essentiel de l\u2019abbé Groulx, Michel Brunet) ne peut échapper à l\u2019appel jumelé de cette causalité lointaine et de sa finalité toujours plus pressante, la colonisation vite ouverte sur une nationalité nouvelle et l\u2019indépendance, qui a toujours été la seule solution qui puisse donner un sens à notre venue sur cette terre.Venue non pas inopinée, mais, à travers la jungle des errements et des cafouillages, venue ayant un sens que l\u2019abbé Groulx, au cours de sa vie, a tenté de cerner.Il se dégage de cette prospection, en plus de notre rôle (il y a cinquante ans, on aurait dit mission) en terre américaine, qui peu à peu, à la suite de rétrécissements géographiques, nous amènent à nous replier sur le Québec (et, si nous n\u2019y prenons garde, à nous contenter un jour d\u2019une République du Lac Saint-Jean), qu\u2019il a existé au XIXe siècle et au cours de la première moitié du XXe un volet international du Québec, qui a été le missionariat.À ce phénomène inconnu et central de notre histoire, l\u2019abbé Groulx a consacré un ouvrage.Hélas! notre appartenance à la mouvance britannique nous a amenés à envoyer à l\u2019étranger des hommes et des femmes de grande envergure afin d\u2019y prêcher la bonne parole, d\u2019éduquer les peuples et d\u2019y représenter notre nation, en anglais.C\u2019est qu\u2019une sorte de malédiction poursuit notre destin tronqué et lui semble inhérente.Quoi que nous fassions, nous ne pouvons jamais aller au bout de nous-mêmes.Nous sommes voués, bien que possesseurs, selon 260 l\u2019expression de l\u2019abbé Groulx, de «toutes les ressources qui assurent la force et l\u2019indépendance d\u2019une nation», à nous arrêter à mi-chemin; que dis-je?aller au bout de nous-mêmes?Nous nous interdisons de nous dépasser.N\u2019est-ce pas, pourtant, le seul moyen que nous ayons de transcender notre complexe de citadelle assiégée?Jéricho a été détruite non seulement à cause de ses péchés et pour avoir trahi sa véritable mission, mais aussi à cause de cette complaisance que mettaient ses habitants à vivre au milieu de leurs craintes ataviques et dans le souvenir de leurs victoires, à s\u2019endormir sur leurs lauriers.Le prophète a beau leur rappeler qu\u2019ils sont mortels, qu\u2019en eux, comme en chaque homme, le fini et l\u2019infini s\u2019entrecroisent.Le prophète est celui qui détient et proclame la vérité de l\u2019histoire.En ce sens, nous avons eu comme prophète un grand savant et un grand juge et nous n\u2019avons pas entendu sa leçon.Un bloc historique Comme l\u2019histoire, qui fut sa maîtresse, l\u2019abbé Groulx, qui est notre maître, a beaucoup enseigné.J\u2019ai essayé de dégager quelques lignes de force, dans son œuvre.Il y a bien des manières d\u2019écrire l\u2019histoire, notait Asselin en 1923, lui qui situait l\u2019honnêteté intellectuelle par-dessus tout; à condition, bien sûr, que le talent l\u2019accompagnât.Dès 1923, l\u2019éloge rejoignait la vérité.Nous sommes en 1990.Comme lui, les contemporains contempteurs de l\u2019abbé Groulx ont franchi le Styx des chrétiens.Leurs âmes errent au Royaume des ombres.Et leurs œuvres?Elles ne restent présentes à nos yeux que parce que l\u2019abbé Groulx a daigné répondre à l\u2019un, consacrer un article à l\u2019autre.Les chiens aboient et la caravane passe.Asselin, dans sa célèbre apologie, démontre, faits à l\u2019appui, que l\u2019abbé Groulx n\u2019a pas tripatouillé dans les textes; que Louis XV n\u2019a pas abandonné le Canada de gaieté de cœur, que les doctrinaires de l\u2019époque l\u2019y aidèrent de leurs théories.En un mot, il se porte à la défense d\u2019un contemporain qu\u2019il admire.A l\u2019époque, l\u2019abbé Groulx avait peut-être besoin d\u2019Asselin.Aujourd\u2019hui, il n\u2019a besoin de personne, son œuvre achevée, qui forme un bloc historique et le recours intellectuel suprême de notre nation.Pourquoi ne l\u2019avons-nous pas oublié?Bien sûr, il y a l\u2019Œuvre.Mais une œuvre ne suffit qu\u2019à rendre son auteur inoubliable.Aime-t-on Flaubert, ou Balzac?Dans le cas de l\u2019abbé Groulx, il s\u2019agit de l\u2019amour que trois générations de Québécois lui ont porté.Je crois LE SIÈCLE DE L\u2019ABBÉ GROULX 261 que nous l\u2019aimons parce qu\u2019il nous donne l\u2019exemple, et il est le seul de notre race, d\u2019un homme dont toute l\u2019évolution conduit à l\u2019appropriation complète des virtualités de son être.La plupart d\u2019entre nous, nous mourrons comme nous sommes nés, à l\u2019état inchoatif, malgré les apparences de la réussite dans le monde.Il n\u2019est donné qu\u2019à peu d\u2019hommes, et ce sont ceux qui lèguent leur nom à leur siècle, comme on dira le siècle de Goethe, de s\u2019épanouir totalement, d\u2019atteindre ce sommet psychologique où, par le maniement de la vie et l\u2019approfondissement de la pensée, défauts et qualités sont transmués en matière de l\u2019histoire.Ajoutez-y la chance de vivre pleinement, jusqu\u2019à la fin d\u2019une longue carrière.Certains hommes meurent jeunes; d\u2019autres vieillissent mal.Il est donné à un petit nombre d\u2019atteindre la vieillesse dans la plénitude.Lorsqu\u2019il a lieu, ce don du destin ne s\u2019adresse pas qu\u2019à l\u2019élu, mais à ses proches, à la race dont il est issu, à sa nation.Il doit avoir le courage d\u2019affronter ce destin; mieux encore, il doit le rechercher.Ce courage, l\u2019abbé Groulx l\u2019a fait sien, qui n\u2019a jamais bronché devant l\u2019obstacle, qui, au contraire, l\u2019a fait sien, a appris à l\u2019affronter avec joie, à choisir le terrain de ses luttes, à ne jamais tourner le dos au feu.À qui pensait-il, au cœur ardent des luttes?A nous, qui avons connu l\u2019homme dans la splendeur de son intégrité, qui avons eu l\u2019honneur de son commerce; nous qui avons étudié les temps passés dans ses livres; nous qui savons quels auteurs il aimait lire; nous qui connaissons ses amis; nous qui, nous promenant dans Montréal, nous inclinons devant le Mile-End où il a vécu, et dont Ozias Leduc a décoré l\u2019église; nous qui suivons à la trace l\u2019évolution de son esprit dans la revue qu\u2019il a fondée; nous qui voyons l\u2019image de cet homme grandir jusqu\u2019à être le symbole ardent de ce que nous souhaitons devenir; nous à qui il a appris la fierté d\u2019être Français en Amérique, d\u2019être de la souche française qui s\u2019épanouit dans le Québec, à la chaleur du foyer national; nous qui vouons un culte à l\u2019homme du courage, à l\u2019écrivain qui est style, au pessimisme créateur de ce grand esprit; à nous, je pose la question: serons-nous dignes de lui?Prendrons-nous les décisions qui donneront à son œuvre et à sa vie la consécration du destin?Ne faiblirons-nous pas?Serons-nous dignes d\u2019avoir vécu dans ce siècle, ce siècle que domine sa grande ombre, qui retentit de ses jugements, ce siècle, le siècle de l\u2019abbé Groulx?Q Les chemins de la poésie québécoise Roger CHAMBERLAND professeur faculté des Lettres, département de Littérature Université Laval Résumé Monsieur Chamberland rappelle les deux grands courants poétiques du début du XXe siècle: l\u2019exotisme et le régionalisme.Il souligne l\u2019évolution de la poésie qui «se place à la fine pointe de la recherche intellectuelle».Apparaissent alors «la fantaisie, l\u2019ironie, le clin d\u2019œil, le rire».Avec la révolution tranquille, l\u2019auteur voit poindre de nouveaux défis.«On cherche le \u2018cœur\u2019 et \u2018l\u2019âme\u2019 du réel.» Les poètes «se font les chantres du pays, souvent largement associé à la femme».Dans les années soixante-dix, les publications se multiplient et l\u2019ensemble des valeurs est remis en question.Les courants récents voient l\u2019écriture féminine s\u2019amplifier et la jeune poésie prend un essor significatif.M.Chamberland termine en disant que la poésie québécoise «se déploie dans une prose lyrique» et qu\u2019elle «.manifeste avec une vigueur nouvelle renouvelée, la LES CHEMINS DE LA POÉSIE QUÉBÉCOISE 263 conscience des poètes qui ont fait de la lucidité leur exigence première».N X ^ elligan.Nelligan.Emile Nelligan: c\u2019est avec ce poète que la poésie québécoise trouve sa véritable mesure.Joseph Lenoir-Rolland, Eudore Éventurel et quelques autres ont tenté avant lui de briser le carcan thématique et formel qui a prévalu jusqu\u2019à la fin du XIXe siècle.Dans le poème suivant, Eventurel se place en rupture avec la poésie du XIXe siècle.Son œuvre, tôt écrasée, ne sera réhabilitée qu\u2019en 1988 avec Guy Champagne qui en publiera l\u2019édition critique.Un beau salon chez des gens riches, Des fauteuils à la pompadour, Et, çà et là, sur les corniches, Des bronzes dans un demi-jour.Des œillets blancs dans la corbeille Tombée au pied d\u2019un guéridon.Un érard ouvert de la veille, Une guitare, un violon.Une fenêtre.Un rideau rouge.Et sur un canapé de crin, Un enfant qui dort.Rien ne bouge.Il est dix heures du matin.«Plumes et crayons» Nelligan, lecteur de Baudelaire, Poe, Rollinat, Rodenbach et des Parnassiens, a réussi le premier à assimiler ses lectures et à introduire le feu symboliste à ses propres poèmes: Ce fut un grand Vaisseau taillé dans l\u2019or massif; ses mâts touchaient l\u2019azur, sur des mers inconnues; la Cyprine d\u2019amour, cheveux épars, chairs nues, S\u2019étalait à sa proue, au soleil excessif.«Le Vaisseau d\u2019or» 264 Il a écrit son œuvre entière entre 1896 et 1899, puis fut interné jusqu\u2019à sa mort en 1941.Considéré par plusieurs comme l\u2019un des grands mythes de la poésie québécoise, à cause de son génie précoce et de la fatalité de son destin, il a introduit une facture singulière à la poésie et a renouvelé quelques thèmes (l\u2019enfance perçue comme symbole de liberté, la musique, la femme.).Son œuvre complète se résume à quelques dizaines de poèmes qui ont profondément marqué la culture québécoise et suscité bon nombre d\u2019études savantes, des pièces musicales, des chansons, des films, des appellations toponymiques ou des référents à divers degrés.Les régionalistes et les exotiques Deux grands courants poétiques caractérisent également ce début du XXe siècle: l\u2019exotisme et le terroirisme.Les terroiristes, également nommés régionalistes, s\u2019inscrivent directement dans la descendance du courant nationaliste omniprésent au siècle précédent et récupéré par les tenants de l\u2019ultramontanisme.Leur espace est circonscrit par leur regard: de grands champs verdoyants, segmentés de clôtures; des croix de chemins et parfois le fleuve Saint-Laurent; leur territoire: les lieux du culte avec des accessoires et le maître suprême: Dieu.En témoigne, le poème suivant d\u2019Alphonse Désilets, extrait de Mon pays, mes amours: Dis-moi, veux-tu chanter le dieu que nous aimons Et les doux paysans, et la paix des maisons Et la terre si belle, à laquelle je livre Un culte filial, amoureux et câlin ?«Chantons ensemble» Pour leur part, les exotiques, autrement appelés «parisianistes» ou exilés, lancent leurs poèmes comme autant de coups de sonde destinés à miner l\u2019équilibre précaire de cette littérature assurée par un clergé qui veille aux destinées et à «l\u2019enrichissement» intellectuel de son public.L\u2019extrait suivant d\u2019un poème de Loranger montre bien la nouveauté d\u2019un tel discours: J\u2019appuie des deux mains et du front sur la vitre.Ainsi, je touche le paysage, LES CHEMINS DE LA POÉSIE QUÉBÉCOISE 265 je touche ce que je vois, ce que je vois donne l\u2019équilibre à tout mon être qui s\u2019y appuie, je suis énorme contre ce dehors Opposée à la poussée de tout mon corps; Ma main elle seule cache trois maisons.«Je regarde de dehors par la fenêtre» Des recueils comme Paroles en liberté et Flacons à la mer (Marcel Dugas), Le paon d\u2019émail (Paul Morin), Les phases et Mignonne allons voir si la rose.(Guy Delahaye), Les atmosphères (Jean-Aubert Loranger) n\u2019ont pas été des œuvres facilement accueillies par la critique.Pourtant, ce sont ces textes qui préfigurent l\u2019évolution de la poésie québécoise et préparent le terrain à la publication des îles de la nuit (Alain Grandbois) et de Regards et jeux dans l\u2019espace (Saint-Denys Garneau), après 1930.Même si les feux de l\u2019actualité sont braqués sur la querelle opposant exotiques et régionalistes, d\u2019autres poètes se tiennent à l\u2019écart et élaborent une poésie difficilement récupérable par ces deux mouvements.Que l\u2019on pense à Alfred DesRochers, à Rina Lasnier dont le mysticisme dépasse la simple piété, à Robert Choquette ou encore à ces quelques femmes qui émergent dans le champ poétique québécois et disent, avec une liberté et une ferveur jusque-là inédites, l\u2019amour et, plus encore chez Medjé Vézina, le corps désirant.Ne t\u2019en va pas déjà, ne quitte pas mon rêve Et mon cœur plein de toi, qui n\u2019ont pas de sommeil Ma tendresse, ainsi qu\u2019un flot d\u2019azur, se soulève: Non, tu n\u2019as pas encore tout pris de mon regard.«Ne quitte pas mon désir» Jovette Bernier, Simone Routier, Éva Senécal se font les porte-parole, timidement certes, de cette thématique nouvelle, reprise quelques décennies plus tard par les écritures modernes des femmes.O tourments plus forts de n \u2019être qu \u2019une seule apparence Angoisse des fuyantes créations 266 Prière du désert humilié Les tempêtes battent en vain vos nuques bleues «Ô tourments» Avec Grandbois, dont nous venons de lire un fragment, et Saint-Denys Garneau, la poésie québécoise s\u2019affranchit d\u2019une autre contrainte: l\u2019écriture devient opérante; elle scrute l\u2019être et le manifeste, le questionne continuellement et réfléchit dorénavant sur la fonction du poète.Dès ce moment, la poésie «monte la garde du monde», pour reprendre une expression de Gaston Miron, et se place à la fine pointe de la recherche intellectuelle.Dorénavant, l\u2019écriture est mise en scène.Un monde en ruptures Si la guerre a favorisé les échanges multilatéraux et a fait de Montréal un centre majeur d\u2019édition, elle a également permis l\u2019infiltration massive de théories littéraires (dadaïsme, surréalisme).L\u2019évolution sensible du courant des idées provoque l\u2019éclosion de poèmes aux allures surréalistes et introduit certains traits caractéristiques \u2014 la fantaisie, l\u2019ironie, le clin d\u2019œil, le rire \u2014 dans la production d\u2019après-guerre.Principalement stigmatisée par la publication, en 1948, et par la circulation du manifeste Refus global qu\u2019endossent peintres, poètes et dilettantes, la poésie québécoise vole en tous sens et laisse libre cours à une imagination parfois emballée.Sont publiés à la fin des années quarante: Le vierge incendié (Paul-Marie Lapointe), Le voyage d\u2019Arlequin (Éloi de Grandmont), Les nuits abat-jour (Roland Giguère), Théâtre en plein air (Gilles Hénault) et Naïade (Jean Léonard), dont le poème «Vie» atteste d\u2019un nouvel esprit: La vie est une étoile Un pays un culte Une femme une forme Une toile un enfant Naïade.«Naïade», LES CHEMINS DE LA POÉSIE QUÉBÉCOISE 267 tandis que «Les entrailles», une suite d\u2019objets dramatiques, et Étal mixte, un recueil de poèmes de Claude Gauvreau, composés vers la même époque, mais en diffusion restreinte, ne connaîtront l\u2019édition que pendant les années soixante-dix avec la publication des Œuvres créatrices complètes, une somme poétique.Toute l\u2019écriture de Gauvreau expérimente à fond l\u2019automatisme et les données brutes du langage.Le verbier «exploréen» manifeste une imagination excessivement féconde doublée d\u2019un «drame schizophrénique» pour lequel il fut interné à plusieurs reprises.Mon Olivine Ma ragamuche je te stoptatalère sur la bouillette mirkifolchette j\u2019aracramuze ton épaulette je crudilmamie ta ripanape je te cruscuze «les Boucliers mégalomanes» Ce courant libérateur, engendré par l\u2019imagerie surréaliste perceptible entre 1945 et 1955, ouvre la voie à l\u2019exploration des possibles poétiques.Plusieurs maisons d\u2019édition apparaissent alors, notamment les Éditions de l\u2019Hexagone fondées en 1953 par Gaston Miron, son principal animateur.Le rôle de cette maison d\u2019édition demeure fondamental dans l\u2019évolution de la poésie québécoise.C\u2019est que, comme le soulignent Laurent Mailhot et Pierre Nepveu dans l\u2019introduction de leur anthologie, la Poésie québécoise des origines à nos jours, «l\u2019Hexagone désigne avant tout une mutation sociologique, un changement de statut des poètes et des écrivains».Sans faire école au sens strict du terme, l\u2019Hexagone regroupe des poètes qui «acceptent de se soumettre à la loi de la durée, des maturations progressives» (Gilles Marcotte).De nombreux poètes leur confient la publication de leurs œuvres ou la réédition, dans la célèbre collection «Rétrospectives», des recueils publiés à tirage réduit ou épuisé.Ainsi Roland Giguère fait paraître L\u2019âge de la parole (1965) et La main au feu (1973), Paul-Marie Lapointe, Le réel absolu (1971), Alain Granbois, Poèmes (1963), Gilles Hénault, Signaux pour les voyants (1972) et Fernand Ouellette, Poésie (1972). 268 Ces quelques œuvres auxquelles s\u2019ajoutent celles de Rina Lasnier, Anne Hébert, Saint-Denys Garneau et Claude Gauvreau, forment le seuil de référence dont on peut dire qu\u2019il rend spécifique le discours poétique québécois en mettant en valeur, sous des écritures plurielles et singulières, une dominante introspective caractéristique.Même si l\u2019Hexagone semble monopoliser l\u2019édition de la poésie québécoise, d\u2019autres éditeurs fournissent des recueils fort significatifs pour l\u2019intelligence des divers courants et tendances qui s\u2019y manifestent: Les objets trouvés (Sylvain Garneau), Il fait clair de glaise (Maurice Beaulieu), Objets de la nuit (Jean-Paul Martino) et La duègne accroupie de Michèle Drouin, pour qui la poésie est une matière à remodeler: Nos cris vont enfin s\u2019ébattre sur la coutume récente des îles la forme soyeuse du cri repose dans ma bouche comme un oiseau de passage «V» Les nouveaux enjeux de la révolution tranquille Chez Anne Hébert, Grandbois, comme chez certains poètes de l\u2019Hexagone ou d\u2019ailleurs, la parole se fait plus exigeante; on ne se contente plus du jeu de surfaces de la réalité: on cherche le «cœur» et «l\u2019âme» du réel, on approfondit le «Mystère de la parole» dans cette opération de «plongée dans l\u2019essentiel» si chère à Claude Péloquin.Parallèlement à cette quête, mais sans y être totalement étrangère, on cherche à s\u2019enraciner à même le terreau natal; ainsi les poètes de conscience nationale, prenant le relais des régionalistes du début du siècle \u2014 Miron ne se dira-t-il pas influencé par Louis-Joseph Doucet?\u2014, se font les chantres du pays, souvent largement associé à la femme.Dépossédé de son pays, de son corps et de son langage, le poète peut écrire: Je ne sais plus parler je ne sais plus dire la poésie n\u2019existe plus que dans les livres anciens.avoue Paul Chamberland dans L\u2019afficheur hurle.Nié par la religion dans son propre corps, par le politique dans sa langue et son terri- LES CHEMINS DE LA POÉSIE QUÉBÉCOISE 269 toire, l\u2019écrivain se voit forcé de tout recommencer, de se réapproprier son espace intérieur et extérieur vital.Mais ce langage est piégé et, dès 1965, on remet en cause cet engagement politique, d\u2019autant plus que, à la même époque, sautent les premières bombes du Front de libération du Québec (FLQ), prenant ainsi le relais.De plus, l\u2019influence de l\u2019Hexagone diminue, tandis que commencent les hommages de reconnaissance à la génération des années 1940 et 1950 par la publication de leur rétrospective.Sous l\u2019impulsion de l\u2019Exposition universelle de Montréal de 1967, qui marque une ouverture au monde, de même que sous la montée des mouvements «hippie», féministe, de la musique «rock» et par l\u2019utilisation des drogues et la libéralisation des mœurs sexuelles, on assiste à une prolifération d\u2019œuvres dont les titres à eux seuls sont significatifs de cette nouvelle tangente: Pornographie delicatessen (Denis Vanier), Le mal des anges (André Loiselet), Ruts (Raoul Duguay), Les nymphes cabrées (Louis Geoffroy).Cette influence fortement américaine est également enrichie par celle qui vient d\u2019Europe, de France plus particulièrement.On lit Philippe Sollers et Tel quel, Freud, Marx, Blanchot, les formalistes russes, Kristeva, Barthes, Denis Roche et l\u2019on articule son discours poétique sur les grands axes de la recherche formelle, à l\u2019écoute de L\u2019écho bouge beau (Nicole Brassard), du Manifeste infra (Claude Péloquin) avec L\u2019anti-can (Roger Soublière) sous le bras.La poésie transcende ses modèles et remet en cause la nature même du langage.On tente d\u2019évacuer les marques de la subjectivité du langage, on décrit sans sujet des expériences de langue: Fragilité à tout ce futur (répondre d\u2019avalanches la vitre vide) d\u2019injures le mental à tout porté; une ombre se pleut (Michel Gay) Multiplications et foisonnements: les années soixante-dix En 1970, Miron rassemble ses poèmes épars et de nombreux inédits et les publie sous le titre de L\u2019homme rapaillé, s\u2019imposant de la sorte comme l\u2019un des poètes majeurs de la poésie québécoise 270 \u2014 puisqu\u2019à lui seul il synthétise toute la problématique de l\u2019être québécois, jeté hors de son temps historique, étranger dans son propre pays: Compagnon des Amériques Mon Québec ma terre amère ma terre amande ma patrie d\u2019haleine dans la touffe des vents j\u2019ai de toi la difficile et poignante présence avec une large blessure d\u2019espace au front au-delà d\u2019une vivante agonie de roseaux au visage.«Compagnon des Amériques» Son lyrisme n\u2019est jamais folklorique et exprime bien le «qué-bécanthrope».Son œuvre s\u2019accorde à la thématique du pays, fait large emploi d\u2019un langage et d\u2019une imagerie fortement redevable au parler vernaculaire.Si la publication de L\u2019homme rapaillé, en 1970, marque la fin d\u2019une époque, celle qui lui succède s\u2019amorce avec des courants de poésies qui tendent à faire éclater la notion même de poésie pour laisser la place au «texte» multiple, amalgame de genres visant à déconstruire le langage poétique, à le sortir du ghetto culturel dans lequel il s\u2019est enfoncé.Avec Corps accessoires (Roger Des-Roches), Littérature/obscénités (François Charron) ou le travail textuel de Nicole Brossard, Suite logique et Le centre blanc, s\u2019amorce un virage dans le sens de l\u2019écartèlement, de l\u2019angoisse manifeste et de l\u2019expérimentation scripturelle.posture prise: tendre le cou le manoeuvre: les renversements séquentiels lente stratégie dans la citation du corps de la taupe bruissante d\u2019insectes au matin clair la fumée dispersée «texte 24 1 74» de Nicole Brossard On publie beaucoup entre 1970 et 1975, une centaine de recueils par année, donnant ainsi naissance à de nombreuses maisons d\u2019édition ou à des périodiques de création.Certains poètes, ayant déjà publié plusieurs recueils, poursuivent leur cheminement, souvent en dehors des nouvelles écritures presque exclusivement pratiquées par LES CHEMINS DE LA POÉSIE QUÉBÉCOISE 271 une jeune génération de plus en plus instruite.Gilbert Langevin, Jacques Brault, Fernand Ouellette, Suzanne Paradis, Michèle Lalonde, Michel Garneau, Pierre Morency ou Alexis LeFrançois, entre autres, s\u2019inscrivent dans la lignée de ceux qui ont pris parti pour «La suite du monde» (Pierre Perrault) et qui vivent la poésie de façon individualiste sans s\u2019accorder nécessairement à l\u2019air du temps.D\u2019autres poètes \u2014 Marcel Bélanger, Michel Beaulieu, Juan Garcia \u2014 sont attentifs aux signes du corps et de l\u2019écriture, sans toutefois se départir d\u2019un langage accessible.Finalement, une dernière faction de poètes, regroupés autour de la revue Les Herbes rouges, qui change de formule en 1972 pour publier à chaque numéro une plaquette individuelle, entreprennent une vaste investigation du milieu où ils évoluent: ils remettent en question la littérature, les institutions qui la desservent, le langage, la politique, l\u2019ensemble des valeurs sociales.De jeunes écrivains \u2014 Roger DesRoches, François Charron, André Roy, Normand de Beilefeuille \u2014 réunis autour des frères François et Marcel Hébert alimentent et provoquent le champ culturel québécois dans une phase de déconstruction où plus aucune valeur n\u2019était sûre.de la langue exécutant des torsades, des pistes hum (des mots comme «humidité»/«la voix et le poil de»/«corps caverneux gorgé de sang») des pistes humides sur ces excentricités pileuses découvre les tissus érectiles et ces simulacres l\u2019image d\u2019un mur sur lequel tu t\u2019appuies, tissée de manifestations.(Extrait de «Space Opéra» (sur-exposition), recueil de Roger Desroches) Un autre courant, celui-là fortement marqué par la contre-culture américaine, Kerouac, Ginsberg, Leary et compagnie, ainsi que par le «rock», parachève une opération de démystification et de provocation.Les titres des recueils de ces poètes sont symptomatiques de l\u2019esprit qui les anime: Mnibrixes réactés, Drive-in, Les néons las (Lucien Francœur), Empire State Coca blues, L.S.D.voyage (Louis Geoffroy), Lesbiennes d\u2019acid (Denis Vanier), Filles-commandos bandés, La chienne de l\u2019Hôtel Tropicana (Josée Yvon). 272 Ces livres chocs font appel au collage, à la mode du jour et à la pornographie la plus crue.Les courants récents Au milieu de la décennie 1970, l\u2019écriture des femmes s\u2019amplifie et procède à l\u2019inventaire de leur spécificité, des diverses conditions qui les oppriment.Nicole Brossard publie «Le cortex exubérant» au printemps 1974, Madeleine Gagnon, Pour les femmes et tous les autres, en 1975, alors que la Rencontre québécoise internationale des écrivains invite ses participants à échanger sur «La femme et l\u2019écriture».Voilà autant d\u2019événements qui donnent le ton à toute une production ultérieure dont les lieux privilégiés seront La barre du jour, devenue La nouvelle barre du jour, et Les herbes rouges.Aux noms de Gagnon et Brossard s\u2019ajoutent ceux de France Théoret, Yolande Villemaire, Louise Bouchard, Francine Déry, Denise Desautels, Geneviève Amyot, ces trois dernières publiant surtout aux Éditions du Noroît, et encore Jocelyne Felx, Sylvie Gagné, France Vézina, Louky Bersianik, Anne-Marie Alonzo, Célyne Fortin, autant d\u2019écrivaines qui, avec un matériau excessivement mouvant \u2014 le langage \u2014, décloisonnent les genres et font sauter la franche formulation du roman, de la poésie, du théâtre et de l\u2019essai.Refusant les dogmes littéraires, à coup sûr imposés par les hommes, elles exploitent avec un souci évident de faire faux bond à tout ce qui les associerait au discours mâle la dimension de leur «féminitude» (corps, rapport au monde, au travail, conditionnement atavique.).[.] Pourquoi désespérément faut-il que tout s\u2019oppose dans cette société?Quand j\u2019aurai conjoint réellement ce qui veut dire dans mon corps des faits, des substances inséparables, je pourrai dire: j\u2019existe.Et je n\u2019existe pas et je ne vis pas et c\u2019est séparé et quand aurai-je droit à la vie d\u2019exister conforme à l\u2019image que je me fais de la vie d\u2019exister?(Extrait de Nécessairement putain de France Théoret) Ce nouveau déploiement formel n\u2019est pas sans influencer l\u2019écriture qui se fait autour d\u2019elles.De même que l\u2019on assiste à une remise en question du «formalisme», aux Herbes rouges surtout, on procède autrement à une réévalution des rapports incessants entre la LES CHEMINS DE LA POÉSIE QUÉBÉCOISE 273 poésie et le réel, l\u2019écriture et son inscription dans l\u2019histoire.Comme un mouvement oscillatoire constant, on passe «l\u2019illisibilité» du texte à une parole référentielle qui retrouve de grand élans de lyrisme.De fait, il s\u2019agit d\u2019être attentif aux mouvements intérieurs de l\u2019être, de se laisser subjuguer par cette «matière intime» en plein ébullition, de répondre au désir d\u2019explicite et de clarté.Sont exemplaires de cette attitude les recueils Visages (Michel Beaulieu), Arbre-radar et Barbare i7ioMÏ(Gatien Lapointe), Couleur chair (Pierre Nepveu), In-franoir et Fragments paniques (Marcel Bélanger), La parole verte (Philippe Haeck), Vue du corps précédé de Au lieu de mourir (Pierre Laberge), Au milieu du corps l\u2019attraction s\u2019insinue (Claude Beausoleil) et quelques autres.Cette attitude récente se retrouve aussi chez certains poètes qui démultiplient leur exigence d\u2019écriture et une très grande rigueur comme Robert Mélançon, Gilles Cyr, Guy Cloutier et Marie Uguay, dont le recueil Auto-portraits est la plus judicieuse démonstration: Midi froissait la fenêtre et les toits il tombait de simples fardeaux de mémoires et d\u2019appels chacun avait les coudes posés sur la table le monde nous était fermé «Autoportraits» Cet imaginaire passe dorénavant par le corps socialisé, conjonction de tous les pouvoirs qui travaillent l\u2019écriture.D\u2019autres travaux de poètes, menés en parallèle avec ces grandes orientations, valent aussi une lecture attentive: que l\u2019on songe à Jean Charlebois, Renaud Longchamps, François Martel et Hugues Corriveau.Jamais la poésie québécoise n\u2019a-t-elle produit une si grande diversité d\u2019œuvres depuis des textes éclatés, comme le livre-objet Pli sous plis (Jean-Yves Fréchette et Pierre-André Arcand), jusqu\u2019aux écrits frôlant parfois une classicisme totalement renouvelé.La jeune poésie est également de plus en plus présente; les jeunes poètes parviennent de mieux en mieux à se faire publier chez certains éditeurs qui ont destiné une de leur collection à la nouvelle écriture: il s\u2019agit de la collection «l\u2019Instant d\u2019après» aux Éditions du Noroît et la collection «Rouge-gorge» des Écrits des forges.D\u2019autres éditeurs (VLB Éditeur, Triptyque ou les Éditions de la Pleine Lune) ont tout simplement décidé d\u2019inclure à même leur production cou- 274 rante, les œuvres des jeunes poètes.Cette poésie a opté pour une plus grande lisibilité, une prose fortement marquée de lyrisme où passe très souvent un sentiment de vide et d\u2019angoisse existentiels, mais où se dessine aussi parfois une quête métaphysique.Dans Le Monde comme obstacle, recueil de François Charron, chaque poème est le paysage d\u2019une émotion dorénavant rendue possible par la conscience de la légèreté de l\u2019existence: Nulle source antérieure.Une allumette brûle.Une âme s\u2019apaise.Le malheur est repoussé.Mais la terre nous retient.Mais un corps nous est prêté.Cet avenir s\u2019attend encore à nous.Pour Élise Turcotte, la poésie est une quête du quotidien, du monde ambiant, de la nature et des êtres qui l\u2019entourent.La Terre est ici, son plus récent recueil, témoigne de cette exigence de faire saillir l\u2019émotion dans la réalité racontée: L\u2019air se repose et caresse nos tempes.Nous appuyons bien fort sur ce mot pour que l\u2019air entre avec le sommeil.Des inconnus se pardonnent au centre du parc.Arbres flottant sur nos yeux, arbres se dispersant.L\u2019émotion nous attend pour ce soir.Laissons les choses se produire sans nous; nous reviendrons avec le désert à notre portée.L\u2019instant présent, le moment fugace, le bonheur partagé sont les principales dominantes.Les projets collectifs, sociaux, politiques sont révolus; tout se passe ici et maintenant.Le futur est aboli, il est antérieur et se vit au présent.Conclusion Plus que jamais, au Québec, la poésie a renoué avec son public-lecteur.Dorénavant libérée de toutes contraintes, d\u2019impératifs et de poncifs socio-culturels, la poésie québécoise se donne à lire avec force et multiplicité.Ses lieux de diffusion ne sont plus limités au livre seul, mais passe aussi par l\u2019oralité dont attestent les récitals et LES CHEMINS DE LA POÉSIE QUÉBÉCOISE 275 soirées de poésies de plus en plus nombreux dont le plus important est sans doute le «Festival national de la poésie» qui a lieu tous les automnes à Trois-Rivières.Il s\u2019agit d\u2019un événement d\u2019envergure réparti sur une semaine durant laquelle sont présentés des lectures de textes, expositions en tous genres, spectacles de musique, lancements de recueils et ainsi de suite.En route vers l\u2019an 2000, la poésie québécoise n\u2019a pas pris des allures de fin de siècle; au contraire, elle se déploie dans une prose lyrique, retourne parfois aux formes classiques, mais elle manifeste avec une vigueur renouvelée la conscience des poètes qui ont fait de la lucidité leur exigence première.Q A Rosemère et ailleurs, l\u2019OLF doit procéder sans délai aux révisions nécessaires Jean DORION président général Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal Î «/\u2019Office de la langue française annonçait il y a quelque temps sa décision de ne pas en appeler du jugement rendu le 24 août dernier par le juge Paul Reeves de la Cour supérieure concernant le statut linguistique de la ville de Rosemère.Parce que ce jugement risque d\u2019influencer certaines pratiques gouvernementales en matière de langue, il mérite certainement d\u2019être examiné de près par tous ceux que préoccupe le dossier du français au Québec.La Charte de la langue française, ou «loi 101», fait du français la seule langue officielle des institutions publiques québécoises.Cependant, son article 113 f permet des exceptions à la règle.En effet, certains organismes municipaux, scolaires, hospitaliers, etc.peuvent être bilingues dans leur affichage, leur dénomination, leur langue du travail, etc.Statut bilingue Pour obtenir ce privilège, que nous appellerons ici «statut bilingue», ces organismes doivent, en vertu de l\u2019article 113 f, être reconnus par l\u2019Office de la langue française comme desservant des L\u2019OLF DOIT PROCÉDER SANS DÉLAI 277 «personnes en majorité d\u2019une langue autre que française».Un grand nombre d\u2019institutions publiques québécoises peuvent ainsi, en toute légalité, fonctionner à la fois en anglais et en français.Quant à l\u2019Hôpital chinois et à l\u2019hôpital Santa Cabrini, ils peuvent utiliser, à côté du français, le chinois et l\u2019italien, langues de la majorité de leurs clientèles respectives.En 1982, l\u2019Office de la langue française avait reconnu Rosemère ville bilingue en s\u2019appuyant sur le fait que les personnes de langue maternelle française y étaient minoritaires (49%) au recensement de 1976.Décision à notre avis abusive, puisque les anglophones (langue maternelle) n\u2019y étaient pas majoritaires non plus (46%), les allo-phones comblant la différence.En amalgamant anglophones et allo-phones en une majorité fictive, l\u2019Office créait donc un dangereux précédent, contraire aux objectifs de la loi, comme nous le verrons plus loin.Les francophones étant devenus très majoritaires (66%) au recensement de 1986, l\u2019Office décidait, en 1988, de retirer à Rosemère son statut bilingue.Rosemère, Alliance Québec et certains citoyens décidèrent de contester ce retrait en cour.Le droit de retrait La cour s\u2019est prononcée: elle reconnaît à l\u2019Office le pouvoir de retirer un statut bilingue déjà accordé.Les demandeurs niaient l\u2019existence de ce dernier pouvoir en soulignant que la loi 101 mentionne explicitement le pouvoir de donner ce statut, mais non celui de le retirer.Le juge Reeves rejette cet argument et affirme, au contraire, que lorsqu\u2019un organisme ne remplit plus les conditions pour être reconnu bilingue, «l\u2019Office a non seulement le pouvoir, mais aussi le devoir de retirer cette reconnaissance».Cependant, le juge déclare invalide le retrait du statut bilingue de Rosemère pour des raisons de modalités; il reproche en effet à l\u2019Office de ne pas avoir entendu la Ville avant de lui enlever son privilège.Fort de la reconnaissance de son pouvoir de retrait, l\u2019OLF a décidé de ne pas en appeler du jugement.L\u2019Office s\u2019est engagé par ailleurs à élargir sa gamme de critères pour évaluer ce qui constitue 278 une «majorité d\u2019une langue autre que française».Ce faisant, l\u2019OLF entend-il tenir compte de toutes les considérations émises par le magistrat sur ce dernier point?Si tel était le cas, il y aurait lieu d\u2019être très inquiet.En effet, si tout esprit démocrate peut facilement accepter l\u2019idée émise par le juge Reeves, que l\u2019État doit entendre une partie avant de lui retirer un privilège, d\u2019autres principes énoncés par le même magistrat ne manquent pas d\u2019étonner par leur illogisme et par leur incompatibilité manifeste avec l\u2019esprit de la loi 101, que les tribunaux sont censés faire appliquer.Un calcul erroné Premièrement, le juge semble reprocher à l\u2019OLF de ne pas avoir ajouté aux personnes de langue maternelle anglaise, dans ses calculs justifiant le retrait du statut bilingue de Rosemère, les personnes de langues italienne, allemande, grecque, etc.Pour sa part, il fait cette addition.Il semble bien que pour lui «personnes en majorité d\u2019une langue autre que française» veut dire: «personnes en majorité de langues autres que française».Certes, une règle d\u2019interprétation juridique veut que le singulier inclue le pluriel, mais doit-on l\u2019appliquer mécaniquement, sans tenir compte des objectifs de la loi?Les auteurs de la loi 101 ont-ils voulu que, partout où les francophones sont minoritaires sans que pourtant les anglophones soient majoritaires (situation de plus en plus fréquente du fait de l\u2019immigration allophone), on permette le bilinguisme anglais-français?Quiconque a suivi les débats qui ont mené à l\u2019adoption de la loi 101 sait bien que tel ne pouvait pas être l\u2019objectif de cette législation; au contraire, son adoption fut motivée en grande partie par l\u2019intention de contrer l\u2019anglicisation des immigrants.D\u2019ailleurs, la loi ne parle pas de «majorité non-francophone», mais de «majorité d\u2019une langue autre que française»; le statut bilingue doit donc être accordé là seulement où existe une majorité d\u2019un groupe linguistique en particulier, autre que français, non une majorité constituée par plusieurs groupes non-francophones.Une fausse interprétation Deuxièmement, le juge Reeves conteste carrément le critère retenu par l\u2019Office pour définir l\u2019expression «personnes [.] d\u2019une lan- L\u2019OLF DOIT PROCÉDER SANS DÉLAI 279 gue», soit la langue maternelle.Selon lui, par «personnes en majorité d\u2019une langue autre que française», il faut entendre non pas les personnes qui ont cette autre langue comme langue maternelle, mais celles qui désirent recevoir les services municipaux dans une langue autre que le français, qu\u2019elles soient elles-mêmes de langue maternelle anglaise, française ou autre.Il précise: «Il n\u2019est pas inconcevable que dans une ville comportant une forte proportion d\u2019anglophones et d\u2019allophones et une majorité de citoyens de langue maternelle française mais par ailleurs bilingues, cette majorité de citoyens veuille se prévaloir de son bilinguisme parce qu\u2019au plan des services municipaux, elle y verrait un intérêt ou un avantage certain.» Notons que le profil dessiné ici correspond très bien à celui de Montréal, où la majorité francophone est même moins forte qu\u2019à Rosemère! À suivre la logique du juge, on croirait que le but de la loi 101 n\u2019est pas d\u2019encourager les francophones à rester francophones et les allophones à le devenir, mais au contraire de permettre aux uns et aux autres de s\u2019angliciser et les assurant alors de services municipaux en anglais! Est-il permis de présumer autant de sollicitude pour l\u2019anglophilie des allophones et des francophones de la part d\u2019un législateur qui, dans la même loi, interdit aux uns et aux autres, de façon générale, d\u2019envoyer leurs enfants à l\u2019école anglaise?La primauté du français Troisièmement, le juge Reeves appuie en partie son interprétation de l\u2019article 113 f sur la version anglaise de celle-ci, laquelle peut paraître effectivement favoriser davantage que la version française certaines exégèses du magistrat.Pourtant, l\u2019Assemblée nationale a légiféré en 1979 dans le sens suivant: «en cas de divergence entre les textes français et anglais, le texte français prévaut»; mais, selon le juge, «il faudrait se garder d\u2019accorder à ce texte l\u2019effet absolu que sa lecture seule paraît commander.» Entre autres arguments, le juge justifie la préséance qu\u2019il accorde au texte anglais en alléguant que «les personnes qui parlent une autre langue que le français se réfèrent probablement ou nécessairement à la version anglaise de la loi».Le magistrat ne semble pas s\u2019être posé la question suivante: le premier objectif de la Charte de la langue française est-il d\u2019assurer des privilèges linguistiques à la minorité anglophone ou, au contraire, 280 de protéger la langue de la majorité francophone, ce qui implique souvent des restrictions à l\u2019usage de l\u2019anglais?Pour notre part, nous tenons pour évident que la loi 101 a été faite essentiellement en faveur de la langue des francophones; pourquoi ceux-ci n\u2019auraient-ils pas le droit de se fier exclusivement à son texte français pour mesurer la part exacte de l\u2019espace linguistique québécois que la loi garantit au français, y compris là où cette part est limitée par l\u2019autorisation du bilinguisme?Conclusion On peut certainement dire des institutions québécoises bilingues ce que René Lévesque disait des affiches bilingues: «À sa manière (chacune) dit à l\u2019immigrant: il y a deux langues ici, le français et l\u2019anglais, on choisit celle qu\u2019on veut; elle dit à l\u2019anglophone: pas besoin d\u2019apprendre le français, tout est traduit.» L\u2019épanouissement du français au Québec est incompatible avec le bilinguisme généralisé des institutions publiques.Parce que les auteurs de la loi 101 comprenaient très bien cela, ils ont restreint le bilinguisme aux seules institutions servant «une majorité d\u2019une langue autre que le français», critère beaucoup plus restrictif que le «10% d\u2019anglophones» de l\u2019ex-loi 22 ou le «là où le nombre le justifie» des lois fédérales, par exemple.La SSJBM presse l\u2019Office de la langue française de mettre immédiatement à profit la reconnaissance pour la cour de son pouvoir de retirer un statut bilingue déjà accordé, et d\u2019entreprendre de réviser le statut linguistique de toutes les institutions reconnues jusqu\u2019ici bilingues et qui ne répondent plus à la condition prévue à l\u2019article 113 f.Certains juristes nous affirment que la considération du juge Reeves sur les critères de reconnaissance que devrait adopter l\u2019OLF constituent des éléments marginaux de son verdict qui n\u2019obligent pas l\u2019Office.Si celui-ci devait s\u2019y plier, malgré leur inspiration manifestement étrangère à l\u2019esprit de la loi 101, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal demandera au gouvernement de modifier le texte de la loi pour barrer la route à des interprétations aussi fantaisistes et faire en sorte que ce qui est évident pour le commun des mortels le devienne aussi pour les juges.Q Québec, capitale Québec Jean-Louis BOURQUE politicologue v A J.\\.la veille des audiences de la Commission parlementaire Bélanger-Campeau, il est heureux que les mouvements nationalistes soulèvent la question de savoir à quoi ressemblerait la ville de Québec, si elle était appelée à devenir la capitale du pays du Québec.À titre de capitale nationale, elle serait appelée à devenir le lieu de concentration des organismes nécessaires à l\u2019exercice du pouvoir législatif et exécutif (le gouvernement), administratif (fonction publique) et judiciaire (les cours de justice).Il est évident que toutes ces responsabilités actuellement assumées par le gouvernement fédéral seraient désormais à la charge du Québec, mais un Québec agrandi et fortifié par un apport considérable de ressources humaines et matérielles rapatriées d\u2019Ottawa.Il faudrait alors compter avec un accroissement important du nombre des fonctionnaires pour répondre à tous les besoins d\u2019un État moderne.Il faudra reconstruire de nouveaux ministères.Il faudra loger tous ces fonctionnaires.Les pays étrangers ne manqueront pas d\u2019ouvrir des ambassades.Tout ceci viendra bouleverser le visage d\u2019une des plus anciennes villes de l\u2019Amérique du Nord.Il serait regrettable de livrer ces transformations au hasard et à l\u2019improvisation.Pour éviter l\u2019érection de nouveaux «calorifères» (édifice administratif de la Grande-Allée) ou de nouveaux accrocs dans le tissu urbain (la déchirure de l\u2019autoroute Dufferin est irréparable), il serait bon qu\u2019une équipe d\u2019urbanistes, d\u2019architectes, de représentants du maire et des citoyens commence à imaginer un développement harmonieux de la capitale. 282 Ce n\u2019est pas seulement le centre de la ville elle-même qui devra être repensé, mais toute l\u2019agglomération comprenant la rive sud du Saint-Laurent qui aura besoin de nouveaux liens avec la rive nord.De nouveaux aménagements portuaires pourraient faire de la ville de Québec le premier port du Saint-Laurent en eau profonde et la véritable porte d\u2019entrée de l\u2019Amérique du Nord, capable de fonctionner aussi bien en français qu\u2019en anglais.Québec pourra jouer un rôle clé dans la gestion du fleuve et de son environnement.Il faudrait également songer à équiper la capitale d\u2019un aéroport international et d\u2019un lien ferroviaire à grande vitesse (TGV) avec la métropole et les capitales des pays voisins, ce qui aurait l\u2019avantage de réduire la circulation automobile, pour le plus grand bien de l\u2019environnement.Tout en préservant son aspect historique et la richesse de son patrimoine, la ville de Québec, centre des relations internationales, centre de la francophonie en Amérique, aura besoin d\u2019une vie culturelle de stature internationale.Elle sera le siège d\u2019événements artistiques importants et de manifestations internationales d\u2019envergure.Il faudra donc prévoir le développement des équipements actuels.En rapatriant les fonctions et la part du budget du Conseil des Arts qui revient au Québec, le ministère des Affaires culturelles pourra ouvrir une Maison de la francophonie, un Office national du film du Québec.L\u2019Institut québécois de recherche sur la culture prendrait une ampleur nouvelle, l\u2019ENAP pourrait s\u2019adjoindre un centre international d\u2019apprentissage des langues et de formation de personnel diplomatique, l\u2019ACDI s\u2019appellerait désormais l\u2019AQDI (Agence québécoise de développement international), une Radio-télévision véritablement nationale pourrait informer les citoyens sur la vie de la capitale et sur les relations internationales dont elle serait le siège.Promise à un destin prestigieux, la ville de Québec deviendrait une véritable capitale nationale.Elle verrait sa population doubler et pourrait accueillir certains organismes internationaux.Forte de son statut de patrimoine mondial, elle pourrait devenir le Genève d\u2019Amérique.Nous pouvons nous en donner les moyens.Q Note de la rédaction: L'Action Nationale n\u2019a rien contre Québec, la capitale.Mais le siège de la République du Québec ne doit se développer qu\u2019au rythme des régions périphériques.L\u2019esprit de la Capitale doit viser la décentralisation des pouvoirs et des ressources humaines et matérielles. Section La prospérité Hommage à la mémoire de Gaston BEAUDRY Cette section de L\u2019Action Nationale, en collaboration avec le Conseil d\u2019expansion économique, vous présente les nouvelles de la revue et de la Ligue, les mots d\u2019ordre du Mouvement Québec français, des documents historiques.Des chroniques seront aussi publiées: \u2022\tÀ travers l\u2019univers Jean CHAPDELAINE \u2022\tQuestions d\u2019action nationale Rosaire MORIN \u2022\tComptes rendus de volumes Le Moyen-Orient Jean CHAPDELAINE D eux fois en moins de deux ans, ces chroniques ont abordé les problèmes de cette région du monde, à partir, dans chaque cas, d\u2019un petit pays, le Liban d\u2019abord, Israël plus tard.Le reste du monde y était mêlé.Tous les pays de la région y avaient des pions, mais les Grands restaient en seconde ligne, et donc le danger de conflagration générale restait moindre.L\u2019invasion du Kuwait Un peu moindre.Puis le 2 août dernier, avant l\u2019aube, le dictateur iraqien, Saddam Hussein, lança ses troupes à l\u2019assaut du Kuwait, le très riche Émirat coincé entre l\u2019Iraq, l\u2019Iran et l\u2019Arabie saoudienne, au fond du Golfe persique, à l\u2019ouest du Shatt-al-Arab, qui donne à l\u2019Iraq son accès au Golfe persique, car l\u2019Iran est sur la rive gauche, et les deux pays viennent de conclure un armistice après une guerre de 7 ans qui n\u2019a rien réglé.C\u2019est l\u2019Iraq qui avait attaqué un pays pourtant trois fois plus populeux que lui.De toute façon, l\u2019Iraq a déjà tout un contentieux avec le Kuwait: il réclame des îles, des sources de pétrole souterraines, en un mot le Kuwait, bientôt déclaré la 19e province, ou Gouvernorat, de l\u2019Iraq.C\u2019est un coup de force, un cas patent d\u2019agression, quels que soient les arguments avancés en guise de justification.Idem pour la réaction du monde extérieur.Car les enjeux sont immenses.On y viendra. LE MOYEN-ORIENT 285 Les Nations Unies Le 6 août, le Conseil de Sécurité des Nations Unies, convoqué d\u2019urgence, exprime son désaveu et vote un embargo à l\u2019encontre de l\u2019Iraq, jusqu\u2019au retour au statu quo ante.Plus tard, on parlera de dommages de guerre; l\u2019embargo deviendra presque un blocus.Les positions durciront.C\u2019est une première pour l\u2019Organisation des Nations Unies qui peut enfin par l\u2019accord des Cinq Grands \u2014 les membres permanents du Conseil, qui ont droit de veto: U.S.A., U.S.S.R., Chine, France et Grande-Bretagne \u2014 remplir la mission qui lui fut confiée à San Francisco dans la Charte.À la guerre de Corée, il y a près de 40 ans, action avait été prise, mais l\u2019U.R.S.S.était absente: elle boudait les Nations Unies.Cette fois, seuls deux membres du Conseil, Cuba et le Yémen, dérogeront à l\u2019unanimité en s\u2019abstenant de voter.De toute façon, seuls les membres permanents du Conseil ont droit de veto.La voie est ouverte, mais le but est loin d\u2019être atteint.Il faudra que Saddam lâche sa proie ou que les Nations Unies retournent à leur désunion chronique.Un embargo doit être observé: donc des gendarmes.De plus, il faut protéger non seulement les gendarmes, mais aussi les pays voisins de l\u2019Iraq, cibles possibles, sinon probables, de la bête déchaînée: au premier rang l\u2019Arabie saoudienne, beaucoup plus riche encore que le Kuwait.Les forces des alliés Les Etats-Unis, moteur dès les premiers jours de la résistance à l\u2019action de Saddam, ont mobilisé leurs forces et celles de leurs alliés à cette fin.Il fallait que ce fût sérieux.Dès la première semaine, les forces saoudiennes, dont l\u2019armement sol et air, d\u2019origine américaine, est de la toute première qualité, mais peu nombreuses, quelque 60 000 \u2014 l\u2019Iraq en a 10 fois plus, sur le pied de guerre \u2014, recevaient des renforts des États-Unis: une brigade de la division aéroportée (4 000 hommes), deux escadrons d\u2019avions de chasse.Trois porte-avions et leurs escortes se hâtaient vers la Mer Rouge et le Golfe persique.Une brigade du Corps des Marines (16 000 hommes) les suivait de près; tout comme deux divisions lourdes de l\u2019Armée. 286 Assez pour dissuader Saddam de tenter une invasion-éclair; pas assez pour engager et soutenir une guerre en bonne et due forme.Même au moment d\u2019écrire, 3 mois plus tard, les États-Unis qui ont plus de 200 000 hommes sur les lieux, plus de 100 000 en route, et 100 000 autres à venir d\u2019Allemagne \u2014 le Bouclier du Désert \u2014 doivent continuer à mesurer les risques, même avec les renforts venus de plusieurs côtés: navals et aériens de la Grande-Bretagne, comme on pouvait s\u2019y attendre de Madame Thatcher; les alliés européens, la France d\u2019abord, y mettaient chacun du sien, et même la marine canadienne armait une frégate! Plus important pour le fond, l\u2019Égypte envoyait des troupes, le Maroc aussi, et la Turquie mobilisait sur le front nord.Le Pakistan aussi envoyait des troupes, et même la Syrie une brigade, bientôt arrondie à une division, tout en gardant sa frontière commune avec l\u2019Iraq (les ennemis de nos ennemis sont nos amis).La Chine garde le silence, c\u2019est déjà beaucoup; son ministre des Affaires étrangères rôde dans le coin.Et l\u2019U.R.S.S., toute retenue, a néanmoins un destroyer dans le Golfe; mais ils ont voté la Résolution aux Nations Unies.Sans cela, toute la situation serait changée.Les deux grands absents sont les deux Grands, qui n\u2019en sont pas, l\u2019Allemagne et le Japon, qui n\u2019engagent que des subsides, pour aider l\u2019Égypte, les réfugiés qui s\u2019entassent en Jordanie et aider à payer les dommages.Ils ont, il faut l\u2019admettre, des problèmes constitutionnels de politique intérieure, et aussi d\u2019image du passé, à la face du monde.11 y aura des formules à trouver pour l\u2019image de l\u2019avenir.Et ils auront à manifester encore plus de générosité que leurs premiers efforts.Le front tient.Entre-temps, il faut évaluer la situation.Le monde arabe Le monde arabe est divisé.La Ligue arabe est à hue et à dia.Les opinions publiques, en autant qu\u2019elles puissent compter dans ces pays de dictature sous une forme ou une autre, qu\u2019elles soient monarchiques, comme l\u2019Arabie saoudienne ou le Maroc ou les Émirats, ou sous la coupe d\u2019un parti et de son chef, comme l\u2019Égypte, la sanguinaire Syrie ou plus loin l\u2019Algérie, sans oublier l\u2019Iraq, sont LE MOYEN-ORIENT 287 aussi divisées, avec une inclination, pour le moins, côté Iraq.L\u2019Amérique et les anciens colonisateurs: la France et surtout la Grande-Bretagne, perturbent.Le mythe de la solidarité arabe en a pris un coup.Mais en plus du concept «Arabe», il y a aussi l\u2019Islam, que ne réussit pas à effacer complètement la présence du Maroc, de la Turquie, de la Syrie, ni même du Pakistan et du Bangladesh dans la coalition anti-Saddam.Et il y a les Palestiniens, aussi spoliés que le Kuwait et depuis bien plus longtemps.Et en repoussoir, l\u2019Israël de Shamir, toujours le protégé des États-Unis.Les générosités de l\u2019Arabie saoudienne aux pays arabes dans la lutte contre Israël peuvent difficilement faire oublier l\u2019alliance contre nature du protecteur des lieux saints de l\u2019Islam avec le protecteur attitré d\u2019Israël.L\u2019OLP a choisi l\u2019Iraq, ce qui rendra la solution du problème palestinien encore plus difficile.Israël est resté bien sage \u2014 se faire oublier \u2014, tout en demeurant aussi vigilant, et a réussi à ne pas mêler les cartes pendant plus de deux mois jusqu\u2019à l\u2019échauffourée du Mont du Temple, le 8 octobre, où la police israélienne ouvrit le feu contre des émeutiers arabes, Palestiniens \u2014 19 furents tués, en plus des blessés, dans les deux camps, l\u2019autre étant les Israéliens en prière au pied du mur des Lamentations.Le seul gagnant: Saddam, avec le retour de la question palestinienne à l\u2019avant-scène: à exploiter.Des intérêts en jeu Le rapt du Kuwait, c\u2019est la question de principe pur et dur.Mais en arrière-plan des principes, il y a toujours aussi des intérêts, et dans le cas présent, ces intérêts rejoignent des principes: la prospérité du monde par le ravitaillement ordonné en pétrole, dont le Moyen-Orient possède de beaucoup les réserves les plus importantes (65% des réserves mondiales) disponibles à des prix d\u2019exploitation qui permettent le maintien en équilibre des économies des pays les plus développés, et des autres par ricochet.Le Moyen-Orient ravitaille les États-Unis (et le Canada), le Japon, les pays de la CEE, qui sont ses principaux clients, et dont il est le principal fournisseur.Avec le Kuwait sous sa coupe, l\u2019Iraq double sa capacité, et devient, avec l\u2019Iran, un concurrent redoutable de l\u2019Arabie saoudienne à l\u2019OPEC (Organisation des pays exportateurs de pétrole). 288 On se rappellera les chocs pétroliers des années \u201970.Le premier, tous les Arabes, en 1973-74, fit passer le prix du baril de pétrole de 3$ U.S.à 13$; le second, en 1978, principalement l\u2019effet de l\u2019Iran, de 13$ à 39$.Depuis août, il a regrimpé vers les mêmes hauteurs, de 20$ environ qu\u2019il coûtait alors.L\u2019Iraq, qui se considérait exploité au prix de 20$, pourrait se réjouir, si l\u2019embargo ne l\u2019empêchait d\u2019exporter son pétrole, à quelque prix que ce soit.Ce sont les autres qui profitent, et pourtant l\u2019Arabie saoudienne a augmenté sa production pour calmer les prix.Mais dans ce monde compliqué et insécurisé, la spéculation joue à plein.Un peu d\u2019histoire Un moment de réflexion sur les vicissitudes de l\u2019histoire.Pauvres Arabes.Depuis Mahomet, et pendant six siècles jusqu\u2019à Saladin, la fine fleur de l\u2019Islam, une haute civilisation régna en Arabie, Arabia felix, puis les Croisades, et ils disparaissent dans l\u2019Empire Ottoman avec Soliman le Magnifique.Ils n\u2019en ressortiront que pour tomber sous la coupe des Occidentaux après la première guerre mondiale: ils campaient sur les puits de pétrole.Et depuis, c\u2019est la dictature ou des royaumes antédiluviens.la Mésopotamie, c\u2019est l\u2019Iraq d\u2019aujourd\u2019hui.La démocratie \u2014 le moins mauvais des régimes de gouvernement, disait Churchill \u2014 ne les a jamais rejoints.Les richesses du pétrole n\u2019ont jamais profité qu\u2019à quelques-uns.La démographie galopante les appauvrit encore: de l\u2019Iraq à la Mauritanie, on prévoit qu\u2019ils seront 400 millions dans 20 ans, population doublée.Et le pire danger est que la richesse, toute relative, va à l\u2019armement: l\u2019Iraq est armée jusqu\u2019aux dents \u2014 les armes les plus sophistiquées \u2014, et ce sont les dents d\u2019un dictateur bien en place.Depuis trente ans, 20 ans comme second, 10 ans comme chef incontesté, après avoir déposé son prédécesseur, il possède l\u2019Iraq, et il n\u2019a encore que 53 ans.Même s\u2019il est de la minorité Sunni en Iraq, il est à toutes les têtes de pont, a une police à soi, et ses rivaux possibles ne durent pas longtemps: ils meurent vite.Inutile de dire qu\u2019il joue très gros en ce moment.Les revers peuvent vite créer des révolutions de palais.Mais Mussolini dura jusqu\u2019au lynchage, et Hitler jusqu\u2019au suicide, quand tout était perdu.Ç\u2019avait pris du temps, LE MOYEN-ORIENT 289 et quels massacres; les Russes étaient aux portes du bunker, et les Américains pas loin.De la stratégie Saddam n\u2019a lancé que les premiers dés, le ciel est de plomb, mais il n\u2019est pas encore sillonné d\u2019avions armés et de missiles mortels.Et il garde encore des cartes.Il a lâché la rive gauche du Shatt-al Arab à l\u2019Iran, ce qui allège son flanc gauche, mais l\u2019Iran a bien d\u2019autres intérêts et des ressentiments, y compris d\u2019avoir soutenu pendant huit ans une guerre sauvage de la part de l\u2019Iraq.Il a des otages, tant occidentaux que russes, et il en joue à plein: même s\u2019il a laissé partir un nombre important de Français et d\u2019autres nationalités, il en reste, et plusieurs milliers de Britanniques et d\u2019Américains.D\u2019autres étrangers, qui ne sont pas des otages, et qui souffrent encore en silence, sont prisonniers dans la région: environ 400 000 Asiatiques, principalement Indiens, Pakistanais, Bangladeshi, Indonésiens.La Russie, grand fournisseur d\u2019armes à l\u2019Iraq et à la Syrie, jusqu\u2019à récemment, a un jeu à jouer et cherche des compromis.Dans le chassé-croisé récent, elle a renoué des relations diplomatiques avec l\u2019Arabie saoudienne; c\u2019est quand même un bon signe.À Helsinki, où Gorbatchev a rencontré le président Bush, début septembre, il a laissé entendre, en conférence de presse, qu\u2019il était opposé à une solution de la crise par les armes et il l\u2019a répété depuis; la rumeur qui accompagne les va-et-vient de son conseiller Primakov dans la région va dans le même sens.Et son ministre des Affaires étrangères, Chevarnadze, abonde en nuances.La Syrie, le frère ennemi, Ba\u2019ath-iste aussi, a profité des circonstances.L\u2019Iraq occupé ailleurs, et les protecteurs du petit Liban avec d\u2019autres préoccupations en tête, il en a profité pour faire une boucherie des partisans du général Aoun et autres chrétiens, et prendre le Liban encore plus sous sa coupe.L\u2019alliance n\u2019est pas la Sainte-Alliance.La guerre sainte Saddam joue déjà de la guerre sainte, le Jihad, contre les occupants étrangers des Lieux saints en Arabie saoudienne et ce n\u2019est 290 qu\u2019un commencement.La carte Israël reste en ses mains: elle est gardée sans doute pour la guerre chaude, si, et le jour où, elle doit commencer.Le Jihad, pour un Ba\u2019athiste comme Saddam \u2014 parti laïque beaucoup plus qu\u2019islamique \u2014, n\u2019est pas néanmoins tabou.Pour les fins de la cause, Saddam garde un rapport étroit avec le prophète.Des journaux de Bagdad rapportaient, selon Le Monde du 24 octobre, que Mahomet lui était apparu: «Le prophète s\u2019est présenté à moi (Saddam) dans mon sommeil, habillé de blanc (couleur du deuil), et j\u2019ai senti son inquiétude» aurait-il dit.Le prophète aurait ajouté, selon un autre rapport, d\u2019un autre journal: «Tes missiles, ô Saddam, sont aiguillés dans la mauvaise direction.» Sans doute cousu de fil blanc, tout ça, mais beaucoup croiront au miracle, et au rapport privilégié, dans les arrière-pays.Pour les incroyants, comme nous, nous pouvons épiloguer: Un message: quitter le Kuwait.tout en gardant quelques îles stratégiques.Les journaux de Bagdad le laissent entendre: une offre de compromis.Combien s\u2019y laisseront prendre?Un compromis qui laisserait Saddam en place ouvrirait des lendemains aussi menaçants que la situation présente.Conclusion Entre-temps, la guerre pourrit.Il en était de même à l\u2019automne 1939, après le saccage de la Pologne, et les prises russes, jusqu\u2019à mai 1940.Mais ce n\u2019était pas encore la guerre des États-Unis.Cette fois, ils sont en première ligne: ils s\u2019y sont placés.Le courage est là; l\u2019obstination, la volonté dureront-elles?Et combien longtemps?Après que notre «Malbrough s\u2019en va-t-en guerre» Clark eut parlé de guerre sans autorisation du parlement fin octobre, et des pertes de vie que la guerre entraînait, seront-ce les recommandations de prudence et de circonspections que notre premier ministre a laissé entendre qu\u2019il avait depuis données à son ami George qui prévaudront?Et si c\u2019était Saddam qui décidait?L\u2019embargo, le blocus même, prennent inévitablement du temps à produire leurs effets.Rien de surprenant là.Et de son côté, Saddam joue à gagner du temps.Il n\u2019a pas à tenir unie une coalition quelque peu disparate, comme ses adversaires.Et la carte Israël. LE MOYEN-ORIENT 291 Au moment d\u2019écrire, mi-novembre, une proposition du Maroc pour une réunion arabe au Sommet a été repoussée par l\u2019Iraq, qui laisse entendre qu\u2019il ne pourrait y accéder que si l\u2019agenda était étendu au règlement de tous les problèmes de la région, non seulement le Kuwait, mais à peine sous-entendu, celui d\u2019Israël, ce n\u2019est pas que les Palestiniens.Seule l\u2019Égypte a fait la paix avec Israël.A moins d\u2019incident ou d\u2019accident imprévu, mais toujours possible, les issues demeurent, et dans l\u2019ordre, la guerre, la dissolution de la coalition anti-Saddam par l\u2019usure, et la révolution en Iraq.Dans tous les cas, du Kuwait il ne restera pas grand\u2019chose.Q Questions d\u2019action nationale Rosaire MORIN Le 80e anniversaire du Devoir Dans le numéro d\u2019octobre, nous avons salué la venue au Devoir de madame Lise Bissonnette.En ce jour, nous offrons nos hommages et nos meilleurs vœux au quotidien de la rue Saint-Sacrement qui célèbre son 80e anniversaire.Ce journal, tout comme L\u2019Action Nationale, a vécu dangereusement.Il «révèle des dévouements, des volontés, des élévations de pensée, des forces de sursaut que ne laissaient pas prévoir les vingt-cinq ou trente années qui ont précédé la fondation du Devoir».Ces paroles étaient prononcées par Henri Bou-rassa le 14 janvier 1915.Les 75 ans qui se sont écoulés depuis ont exigé de toutes les équipes du Devoir beaucoup d\u2019abnégation, de don de soi, de sacrifice.Les successeurs de Bourassa ont compris «qu\u2019il est inutile de poursuivre dans la vie publique un idéal national et d\u2019espérer le relèvement des mœurs politiques avant d\u2019avoir tenté la réfection de l\u2019opinion publique qui entoure, inspire et dirige les hommes et les partis».(Henri Bourassa, 14 janvier 1915.) C\u2019est ainsi que Le Devoir a presque toujours été un journal de combat.D\u2019une bataille à l\u2019autre, il diffusait des idées.Il continue de le faire malgré des contraintes financières éreintantes.Notre meilleure façon de célébrer le 80e anniversaire du journal consiste à le diffuser, à s\u2019y abonner et à demander à vos amis de s\u2019y abonner. QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 293 Un grenouillage assez cocasse À qui donner le prix?À André Hogue ou à Jean-Pierre Ouellet?Au rouge ou au bleu?Ils se sont donné le baiser d\u2019amour fraternel.Ils ont fait la paix.Ils ne sont plus en querelle.Ils ont uni leurs douces voix pour défendre le fédéralisme.Ils ont invité au festin les 4 hommes et femmes d\u2019affaires non partisans que monsieur Bourassa a désignés d\u2019office à la Commission élargie non partisane, sans l\u2019accord convenu du chef de l\u2019Opposition officielle.Vous le voyez bien, la Commission n\u2019est pas partisane.Les couleurs se mélangent.Le bleu devient rouge et le rouge devient bleu.Pour que ces teintes se confondent davantage, il conviendrait, c\u2019est pressant de le faire, de convier à la fête messieurs Robert Libman et Richard Holden.La bonne entente, l\u2019unité nationale, l\u2019union entre les races commandent la cessation des combats fraternels pour punir les brigands et les traîtres qui veulent bâtir leur propre pays.Ensemble les croisés de Saint-James Street et du Parliament of Ottawa supplieront les dieux de maintenir l\u2019esclavage dans lequel un peuple vit depuis 123 ans.Car c\u2019est pour l\u2019éternité que les Québécois et les Québécoises sont condamnés à subir la domination d\u2019une race étrangère.Bravo, mon cher André et mon cher Jean-Pierre! Rappelez-nous souvent que la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf «s\u2019enfla si bien qu\u2019elle creva».Nous vous répondrons alors que le loup anglophone emporta l\u2019agneau et le mangea «sans autre forme de procès».C\u2019est ce qu\u2019il fit avec nos frères et sœurs établis hors Québec.Les francophones hors Québec A plusieurs reprises, nous avons écrit dans cette revue que la francophonie devait commencer avec les francophones les plus près de nous, ceux de l\u2019Acadie, de l\u2019Ontario et de l\u2019Ouest.Nous avons aussi répété que le gouvernement du Québec se devait d\u2019établir des ponts avec ces communautés; 1 million de francophones hors Québec, c\u2019est une population supérieure à celle de 6 provinces canadiennes.C\u2019est une réalité culturelle dont il faut tenir compte.Le 26 novembre 1990, madame Lise Bissonnette s\u2019exprimait sur ce sujet.Nous en extrayons quelques lignes: 294 «Le gouvernement du Québec n\u2019a plus de politique à 1 égard de la francophonie des autres provinces.Il a tout bonnement cessé, depuis quelques années, de les soutenir dans leurs innombrables batailles juridiques contre des provinces qui résistent par tous les moyens à l\u2019affirmation de leurs droits.L\u2019œil sur sa sacro-sainte «paix sociale» au Québec, le gouvernement Bourassa passera à l\u2019histoire pour sa brutalité dans ce dossier: en 1988, le premier ministre a refusé de condamner si peu que ce soit et a même ouvertement approuvé les gouvernements de Saskatchewan et de l\u2019Alberta, quand ils ont éteint les droits de leur population francophone, qui existaient toujours selon la Cour suprême, mais qui n\u2019avaient jamais été consti-tutionnalisés.De même, il est allé jusqu\u2019à intervenir, en Cour suprême, contre un groupe de francophones albertains qui cherchaient à obtenir la reconnaissance de leur droit de gestion de leurs écoles.«Pour garder sa liberté de manœuvre à l\u2019égard des anglophones québécois, le gouvernement du Québec était prêt à pactiser avec des gouvernements hostiles ou indifférents aux francophones dans l\u2019Ouest.Pour se donner bonne conscience et faire avaler la pilule, il a mis l\u2019accent sur d\u2019autres formes de coopération: soutien aux organismes culturels, échanges, colloques, projets communs, etc.La charité a remplacé le droit.Les ponts ne sont pas coupés, ils sont détournés vers des culs-de-sac.» La taxe sur l\u2019ignorance Notre cher Gérard-D.Lévesque est au bout de son boulot.«Dieu veut ce que femme veut.» Pour une année, il a décidé de ne pas imposer la TVQ sur le livre, mais les abonnés de L\u2019Action Nationale devront la payer.Notre ministre des Finances devrait se retirer.Il n\u2019a rien compris.Par un entêtement irresponsable, le Québec et Ottawa percevront éventuellement 15% de taxes sur les livres, alors que les auteurs qui œuvrent péniblement reçoivent en moyenne moins de 10% des revenus sur la vente de leurs œuvres.Certains qui publient à compte d\u2019auteur perdent même de l\u2019argent.Notre ministre est dépassé.Pour sauver la taxe fédérale sur les billets de Loto-Québec, il a multiplié les démarches; il sauvait quelque 33 millions?pour le trésor.Son jugement se borne à l\u2019enregistrement d\u2019une caisse enregistreuse.Pour lui, la «société QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 295 distincte», c\u2019est le revenu qu\u2019il perçoit sur les personnes qui expriment le mieux la «société distincte».Qu\u2019arrivera-t-il l\u2019an prochain?Je n\u2019ose pas le prédire.Les radios scolaires Rodrigue Larose de Sherbrooke s\u2019insurge contre les radios scolaires qui font jouer 90% de chansons anglaises dans nos écoles françaises.Il écrit, entre autres, ce qui suit: «.à une ou deux exceptions près, les radios des écoles francophones d'ordre secondaire, collégiale et universitaire de l\u2019Estrie \u2014 et probablement de toute la province \u2014 diffusent au maximum 10% de chansons françaises.C\u2019est la promotion de la culture populaire anglaise que font les radios scolaires québécoises.Une enquête même superficielle permettrait de débusquer la scandaleuse lâcheté culturelle des institutions scolaires francophones.pendant que le CRTC impose, avec raison, des normes aux stations publiques de radio.Et les interprètes et les chanteurs francophones se meurent.de n\u2019être pas entendus d'abord dans les écoles québécoises.«L\u2019école fondamentale du peuple québécois, l\u2019école ne joue pas son rôle culturel normal.Elle est détournée de sa mission naturelle au profit de la culture anglo-étatsunienne.Ceux qui sont aux fourneaux n\u2019ont aucun souci du français dans le quotidien de l\u2019école.Ils se donnent bonne conscience avec le français écrit.» Si la situation dans l\u2019école de votre quartier est celle que décrit notre correspondant, vous savez ce qu\u2019il faut faire.Votre intervention et les interventions de votre cousinage et de votre voisinage peuvent corriger une situation anormale.Luc Plamondon, Pierre Vennat, Jacques Blais et tous les autres qui plaident pour la chanson française ne peuvent pas descendre dans votre école et redresser une situation anormale.Sommes-nous différents?En 1974, j\u2019écrivais les lignes qui suivent: «Il faut regarder vivre quotidiennement le peuple canadien-français pour comprendre les causes de son infériorité économique.«Des députés dorment dans les pyjamas de la Stanfield\u2019s Limited de Truro.Des religieux réfléchissent sous les chapeaux de la 296 Biltmore Hats de Guelph.Des juges rendent justice et portent les habits de la Cosmos Imperial Mills de Hamilton.Des épouses de médecins portent élégamment les soutiens-gorge de l\u2019Exquisite Form Brassiere, filiale américaine.Des hommes d\u2019affaires vont au golf en Floride, avec les vêtements de la Highland Queen Sportswear de Toronto.Des professeurs enseignent la fierté nationale en portant les chemises de la Lancer of Canada de Vancouver.«Au même moment, dans des maternelles du Québec, les enfants s\u2019éduquent avec les jouets de la Kelton Corporation de Toronto.Des étudiants en photographie utilisent les caméras japonaises.Des hôpitaux achètent les tapis de la Harding Carpet de Brantford.Des ouvriers boivent la Labatt de London et l\u2019O\u2019Keefe de Peterborough.Des pharmaciens vendent les cosmétiques de la General Foods de Toronto.Des commerçants dégustent le bacon de la Canada Packers de Toronto, sur des nappes en toile importées d\u2019Irlande.Des centres d\u2019artisanat vendent des souvenirs fabriqués au Japon.Pour abrier tout cela, des financiers se rajeunissent avec des perruques de Hong Kong.«Ces faits sont vécus chaque jour.À la maison, au bureau, à l\u2019usine, on achète un produit importé de New York, de Tokyo, de Milan, de Toronto, par habitude, sans même songer aux répercussions de la dépense effectuée.Cette situation est généralisée.Les Canadiens-Français achètent des produits fabriqués par des établissements étrangers pour une valeur excédant les 10 milliards$ par année.» 16 ans plus tard, nos comportements se sont-ils améliorés?À chacun de répondre.Lassonde de Rougemont C\u2019est le cinquième mois de l\u2019enquête sur l\u2019origine des produits.C\u2019est la première fois que je peux me réjouir.Comme vous avez pu le remarquer, les poissons en conserve, les jus de tomates, les soupes, les céréales et les savons nous parviennent de l\u2019étranger.Les sièges sociaux et les usines sont principalement établis en Ontario.Les dirigeants sont des Canadiens-Anglais.Les travailleurs aussi, à quelques exceptions.Personne ou presque personne de ce beau monde ne souscrit au Devoir, à l\u2019Orchestre Symphonique, à nos QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 297 œuvres théâtrales ou artistiques, etc.Personne d\u2019entre eux n\u2019est abonné h L\u2019Action Nationale.Ce mois-ci, chez mon épicier, dans le rayon des jus de fruits, j\u2019ai aperçu avec joie les produits de A.Lassonde de Rougemont.J\u2019ai acheté six contenants différents pour la visite que je recevais dans les jours qui suivaient.Tous mes convives sont partis satisfaits de la saveur de ces jus.Savez-vous que les marques Oasis, Rougemont, Mont-Rouge et Fruitina sont offertes par Lassonde?Cette entreprise produit des boissons à la pomme, pêche, poire, orange, raisin, fruits mélangés, citronade, punch.Elle produit des jus de pomme, orange, pamplemousse, ananas, fruits, légumes.Elle emploie plus de 250 travailleurs chez nous.Elle participe à la vie communautaire de chez nous.Si nous achetions Lassonde, l\u2019entreprise pourrait employer 2 500 travailleurs.Voyez-vous la différence?Welch\u2019s and Quaker Oats Dans la même section, Cadbury Beverages de Mississauga offrait le jus de prune Welch\u2019s: aucune fabrique au Québec.Quaker Oats de Peterborough proposait de vous désaltérer avec Gatorade: aucune usine au Québec.Cola Cola Foods de North York présentait ses agrumes «Déli-Cinq»: aucune usine au Québec.Bennett\u2019s de California exposait son nectar de pruneaux: aucune usine au Québec.McCain de Florenceville exhibait ses jus de pommes: aucune usine au Québec.FBI Brands de Trenton suggérait divers jus et limonades: l\u2019entreprise emploie quelque 160 personnes à Mont-Saint-Hilaire.Metro proposait aussi plusieurs jus: quels sont leurs fournisseurs?Mystère et boule de gomme.Je ne le sais pas encore.Au lieu de téléphoner, j\u2019écris maintenant au président et vous connaîtrez sa réponse.Les renseignements que je communique proviennent des contenants des produits, du répertoire du CRIQ et aussi du Survey of Industrials du Financial Post.Mes moyens financiers ne me permettent pas de recourir à d\u2019autres sources.C\u2019est avec plaisir que j\u2019accueillerais toutes les informations complémentaires qu\u2019on pourrait me procurer. 298 C\u2019est maintenant le moment La question nationale, c\u2019est mille et un détails.Elle se traduit dans notre vie de tous les jours, à tous les instants, dans tous les milieux.L\u2019une de nos abonnés de Saint-Étienne, madame Danièle Saint-Amour, a compris cette réalité.Elle intervient constamment pour donner à la langue française la place qui lui revient.A titre d\u2019exemple, elle vient de faire disparaître le mot look dans une annonce à la télévision de trois magasins de la Mauricie; elle a obtenu que le magasin «M» de Trois-Rivières publie une circulaire en français; elle boude les commerces qui distribuent des circulaires bilingues.«Le problème, écrit-elle, semble l\u2019inconscience., voire, même l\u2019absence de fierté pour notre langue.» C\u2019est maintenant le moment d\u2019agir, pour chacun de nous.Have a Nice Trip Le gouvernement fédéral oblige au bilinguisme les sociétés «dites» fédérales.Ainsi, la moitié du Québec deviendra bilingue au cours des prochaines années.Déjà, j\u2019ai dénoncé cet usage simultané des deux langues officielles du Canada dans nombre d\u2019entreprises, notamment à Bell Canada.J\u2019avais récemment l\u2019occasion de visiter l\u2019une de mes filles.Le billet d\u2019une petite compagnie d\u2019autobus donnait même plus d\u2019importance à l\u2019anglais qu\u2019au français.Sur une ligne, on nous souhaitait «Bon voyage».Sur deux lignes, apparaissait le «Have a nice trip».Tout le billet, recto et verso, était bilingue.Si chacun affichait ses convictions.Canada Post Corporation Business Reply Mail No postage stamp necessary if mailed in Canada Postage will be paid by Quality Control Station Sir Alexander Campbell Bldg, D Ottawa, Ontario K1A 9Z9 Et au verso: Customer Reply Card, etc. QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 299 Un bon ami de Toronto me téléphone pour me dire que la carte qu\u2019il a reçue était rédigée en anglais seulement.J\u2019imagine que «là où le nombre le justifie», la carte devait être bilingue.C\u2019est là une forme de bilinguisme qui est pratiquée en ce pays.La langue anglaise est la langue du Canada anglais et les formules anglaises et françaises sont utilisées là où le nombre des anglophones ne le justifie pas.Le Mouvement Desjardins Desjardins, c\u2019est une grosse entreprise, parce qu\u2019elle sait faire de petites choses.Parmi les 1 000 petites réalisations, signalons l\u2019aide apportée par la Caisse de Beauharnois aux étudiants de l\u2019Atelier-Théâtre de la même ville; l\u2019épanouissement de la culture, c\u2019est une série de comportements.Notons l\u2019investissement de la Fédération des caisses du Bas Saint-Laurent qui a permis le réaménagement de la maison funéraire de Mont-Joli; c\u2019est lugubre, mais c\u2019était nécessaire pour assurer l\u2019expansion d\u2019une entreprise qui offre ses services à une quinzaine de villages compris entre Esprit-Saint, Bic et Mont-Joli.Ajoutons le geste fraternel des 203 directeurs ou directrices qui ont recueilli quelque 180 000$ pour Centraide Québec: la solidarité humaine, ça existe encore.D\u2019autres exemples peuvent être cités par centaines.La Caisse populaire de Saint-Mathieu et la Caisse populaire de Saint-Thomas de Montmagny contribuent financièrement au maintien du «Fonds de secours» de Montmagny qui prête de l\u2019argent sans intérêt à des personnes dans le besoin; pour une fois, l\u2019argent est source d\u2019entraide.La Caisse de Sainte-Marie accorde une subvention aux jeunes familles qui se font construire une maison dans la ville, subvention accordée lors de l\u2019obtention du prêt hypothécaire; voilà une autre façon de donner «un coup de pouce» qui a aidé 36 des 38 nouveaux propriétaires de Sainte-Marie depuis janvier 1990.Les caisses Desjardins de l\u2019Amiante, de Disraeli, Saint-Méthode, Saint-Évariste et la caisse d\u2019économie de la Vallée de l\u2019Amiante ont souscrit 156 900$ à la Fondation du centre hospitalier de l\u2019Amiante; ce geste communautaire est posé dans plusieurs autres milieux.Le Fonds de solidarité Cette initiative de la FTQ mériterait d\u2019être mentionnée tous les mois dans cette chronique.L\u2019espace disponible en vertu de nos 300 faibles ressources matérielles nous oblige à restreindre nos désirs.Le Fonds vient de publier la liste des investissements faits dans 54 entreprises.Plus de 16 000 emplois ont été créés ou maintenus.Ces placements sont consentis dans toutes les régions du Québec.Nombre d\u2019établissements auraient fermé leurs portes sans l\u2019intervention du Fonds de solidarité.À l\u2019heure actuelle, près de 100 000 personnes sont actionnaires du Fonds.Vous pouvez le devenir, si vous ne l\u2019êtes pas.Il y va même de votre intérêt.Le Fonds vous offre un REÉR qui vous permet d\u2019économiser 2 fois plus d\u2019impôt que les formules ordinaires.Chaque action que vous achetez vous donne droit à deux avantages fiscaux.Ces deux avantages combinés vous font économiser en moyenne 80% du montant que vous investissez.Voilà un geste qui vous est bénéfique et qui profite à la fois à des milliers de travailleurs et de travailleuses.Si vous êtes intéressé, vous pouvez rejoindre le fonds en composant sans frais 1 800 567 Fonds ou à Montréal 285-6400.L\u2019Union des producteurs agricoles Au moment où j\u2019écris les présentes lignes, l\u2019UPA n\u2019a pas encore tenu son congrès.Mais il est d\u2019ores et déjà assuré que l\u2019organisme agricole aura voté une résolution en faveur de la souveraineté.Car un sondage récent révélait que 63,6% des 771 agriculteurs répondants favorisaient l\u2019autodétermination du Québec.36,4% approuvaient la souveraineté-association et 27,2% se déclaraient en faveur de l\u2019indépendance sans référence à une association.78,7% souhaitaient un référendum et 86,4% des répondants désiraient que la décision de l\u2019avenir politique soit rapidement prise.Ainsi, les grandes centrales: CEQ, CSN, FTQ et UPA veulent bâtir le pays du Québec.Il y a 21 ans, ces centrales avaient boudé les États généraux.«Un pays en marche» était le slogan de l\u2019époque.Le gouvernement a deux prises Le gouvernement a deux prises contre lui.Il n\u2019a plus d\u2019argent.Il coupe sur les services.Il impose de cent façons différentes.Il n\u2019a pas d\u2019argent pour lutter contre la pauvreté.Il n\u2019a pas d\u2019argent pour héberger de nuit les 12 000 itinérants de Montréal.Il n\u2019a pas d\u2019argent QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 301 pour engager une vraie bataille contre la misère.Mais un bon matin, 11\tgarantit les intérêts sur un prêt de 18 millions$ consenti à des hommes d\u2019affaires et il oblige la Ville de Montréal à investir 15 millions$.Il donne un rabais de 1 millions sur le loyer.Il investit 30 millions$ pour rénover les lieux.À quelle œuvre est destiné cet argent?À la culture?À la fondation de coopératives de travail?À la construction de maisons salubres pour des familles nombreuses qui vivent dans des taudis?À l\u2019organisation de soupes populaires pour les enfants d\u2019Hochelaga qui vont à l\u2019école sans avoir déjeuné?Mais non, cet argent aide des hommes d\u2019affaires qui vont remettre 100 millions$ à M.Bronfman, le même homme qui va déménager si le Québec proclame son indépendance.Vous avez deviné.M.Bronfman, qui a payé les EXPOS, nos amours, quelque 12\tmillions$, qui a probablement diminué de ses revenus les pertes enregistrées avec les Expos, M.Bronfman, par mesure de charité, les revend pour 100 000$.Nous, les caves, nous allons payer une partie de la facture.C\u2019est ignoble, c\u2019est inique, c\u2019est écœurant.La pollution, c\u2019est légal La papetière canadienne la plus polluante peut continuer à polluer.En effet, un arrêt du juge Claude Pinard de la Cour du Québec a décrété que le règlement sur les rejets des papetières ne s\u2019appliquait pas aux «Produits forestiers canadien Pacifique» de La Tuque.Pourquoi ne s\u2019applique-t-il pas?La compagnie produit du carton et non du papier.Ainsi la compagnie canadienne peut demeurer celle qui rejette le plus de dioxines et de furanes dans l\u2019environnement.C\u2019est la sagesse de la justice.Le ministère de 1 Environnement ne peut pas intervenir avant un an.Il prépare une révision des règlements qui obligeront la compagnie à modifier son comportement, on ne sait pas au juste quand.Il serait si simple de poursuivre l\u2019entreprise en vertu de l\u2019article 20 de la Loi de l\u2019environnement qui permet d\u2019ester en justice les entreprises qui rejettent des contaminants non réglementés, mais susceptibles de polluer.C\u2019est l\u2019irresponsabilité d\u2019un ministre.Manipulation et manipulateurs Le plus grand de tous, l\u2019honorable Brian Mulroney, déclare: 302 «Va dire à un journalier de Baie-Comeau qu\u2019on ne sait pas comment on va payer sa pension après 30 ans de service à la Quebec North Shore».Sacré Brian! Il remplace Pierre Elliot.Le plus petit des manipulateurs, Don Donderi, professeur de McGill, payé en partie à même nos impôts, affirme: «Le Québec est moins violent que l\u2019Allemagne ne l\u2019était entre 1933 et 1945.Mais il a hérité de l\u2019Allemagne nazie la distinction d'être le coin le plus rétrograde de la civilisation occidentale.» La vue de cet homme est vraiment malade.Une histoire de golf Le gouvernement Bourassa a soutenu à plusieurs reprises n\u2019être pas informé de l\u2019assaut du 11 juillet contre les barricades d\u2019Oka.Or, le vendredi, 6 juillet, le ministre de la Sécurité publique, Sam L.Elkas, déclarait, en parlant des barricades érigées à Oka depuis le 11 mars: «Ils ont jusqu\u2019à lundi pour obéir, sinon ça va descendre.» Le 12 juillet, le lendemain de l\u2019assaut, le ministre par intérim de la Sécurité publique, Michel Pagé, déclarait qu\u2019on l\u2019avait averti la semaine précédente de la possibilité d\u2019un assaut.Un peu d\u2019histoire Le 17 mars 1810, sur l\u2019ordre du gouverneur Craig, un magistrat, accompagné de deux constables et d\u2019une escouade de soldats, saisit et s\u2019empare de tout le matériel du journal Le Canadien.Deux jours plus tard, Bédard, Taschereau, Blanchet et l\u2019imprimeur Lefrançois sont jetés en prison.Ces incidents sont survenus sur l\u2019ordre de Craig qui voulait imposer ses volontés à la Chambre élue composée en majorité de Canadiens-Français, alors que le Conseil législatif et le Conseil exécutif étaient dominés par les Anglais.La Chambre votait des lois et les deux autres pouvoirs refusaient de les sanctionner.La tactique ressemble à la guerre de la TPS entre les Communes et le Sénat.Le premier affrontement majeur survenait en 1805.Il fallait lever des impôts pour payer la constitution des prisons de Montréal et de Québec.Les Anglais voulaient prélever les impôts sur les terres QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 303 qui appartenaient principalement aux Canadiens-Français.Les Canadiens-Français voulaient imposer des droits sur les marchandises et ils gagnèrent leur cause.Dès l\u2019arrivée du gouvernement militaire Craig, deux problèmes surgissent.La Chambre des députés vote une loi pour décréter l\u2019inéligibilité des juges et une autre loi pour exclure de la Chambre Ézéchiel Hart élu député de Trois-Rivières.Le Conseil exécutif désapprouve ces deux lois.Le parlement est dissous le 27 avril 1908.Les élections qui suivent sont violentes, mais ce sont les mêmes députés qui sont élus, à quelques exceptions.Les mêmes débats reprennent et Craig, à nouveau, proclame la dissolution de la Chambre.La descente au Canadien a lieu et les arrestations citées plus haut sont effectuées.Aux élections nouvelles, Bédard et Blan-chet, toujours en prison, sont réélus.Craig libère les deux prisonniers sans aucune forme de procès.La même méthode a été utilisée en octobre 1970.L\u2019histoire est un perpétuel recommencement.Q La soixante-quinzième année de L\u2019Action Nationale Rosaire MORIN L\u2019homme-doctrine Lionel Groulx Un jour prochain, il me faudra revenir sur Lionel Groulx.Dans le cadre de cette chronique, la brièveté est la règle.Pour préparer les 4 ou 5 pages d\u2019aujourd\u2019hui, sans trop m\u2019en rendre compte, je me suis retrouvé avec un manuscrit de 58 pages.Il me faut soustraire les souvenirs personnels, les notes biographiques, l\u2019œuvre historique et l\u2019action patriotique de l\u2019abbé Groulx, et me limiter à sa participation à notre revue.L\u2019abbé Groulx est devenu membre de la Ligue des Droits du français en mars 1917 et il fut associé à notre mouvement jusqu\u2019à sa mort, en 1967.Comment est-il venu à la Ligue?Le père Archambault parle d\u2019une action providentielle.La mère du jeune Groulx, Philomène Pilon, fut certes l\u2019instrument de la Providence.Elle éveilla chez l\u2019enfant le sens national.À la maison, rang des Chenaux, à Vaudreuil, elle lui lisait à haute voix La Minerve, qui relatait et commentait le procès de Riel et la question des écoles françaises en Ontario et au Manitoba.Le curé Philippe Perrier fut un autre émissaire de la Providence.Au début de l\u2019an 1917, il invite l\u2019abbé Groulx à demeurer au presbytère du Saint-Enfant-Jésus du Mile-End, surnommé «l\u2019évêché du LA SOIXANTE-QUINZIÈME ANNÉE DE L\u2019ACTION NATIONALE 305 Nord».Le lieu est un nid de patriotes.L\u2019hospitalité du curé Perrier est accueillante.Des visiteurs de marque s\u2019y retrouvent: Mgr Arthur Béliveau, Henri Bourassa, le père Charlebois, l\u2019abbé Georges Cour-chesne, Joseph Gauvreau, Orner Héroux, Paul-Émile Lamarche, Mgr Léonard, Georges Pelletier, J.-B.Prince, Mgr F.-X.Ross, Louis Ver-schelden, le père Rodrigue-Marie Villeneuve.Nul doute que l\u2019une de ces bonnes âmes invita le jeune professeur d\u2019histoire à se joindre à L\u2019Action Française.Une chaire d\u2019éducation Dans la revue, de 1917 à 1928, l\u2019abbé Groulx signe 53 articles totalisant 484 pages.C\u2019est notre auteur le plus prolifique.Il aborde le sujet des valeurs: action sociale, apostolat, catholicisme, clergé.Il donne des leçons d\u2019histoire: Marguerite Bourgeoys, François de Laval, Dollard des Ormeaux, les Martyrs canadiens, la découverte du Mississipi, Louis-Joseph Papineau, les Patriotes, Ville-Marie.À plusieurs reprises, il souligne le rôle de l\u2019histoire dans la vie d\u2019un peuple.Il traite aussi de l\u2019avenir politique des Canadiens-Français, du bilinguisme, de la Confédération, d\u2019économie, des Franco-Américains, de lois françaises.Il rend hommage au Devoir, à la Revue Trimestrielle, à Mgr Taché.Ses positions sont cohérentes.Son enseignement prend la forme d\u2019une doctrine nationale.Il croit à l\u2019action intellectuelle.Il aime profondément son «petit peuple» et il a le courage de ses opinions.Il fustige les politiciens et non les hommes politiques; il reproche à l\u2019élite son apathie à l\u2019égard de la nation; il propose des orientations claires et précises.Selon la mode de l\u2019époque, l\u2019abbé Groulx utilise des pseudonymes.Sous la signature de Jacques Brassier, il écrit 76 textes représentant 381 pages.Il s\u2019agit surtout de chroniques sur les activités de la revue et de la Ligue, mais on y retrouve plusieurs comptes rendus et des commentaires sur les écoles ontariennes, la situation du français, la fête de Dollard, la fête de la Saint-Jean-Baptiste et l\u2019enseignement de l\u2019anglais.Nicolas Tillemont, autre pseudonyme, a aussi signé quatre articles sur la vie de la revue et de la Ligue.Mais l\u2019abbé Groulx ne s\u2019est pas contenté d\u2019écrire.En 1921, à l\u2019âge de 43 ans, il succède à Orner Héroux comme directeur de la revue.Il occupe cette responsabilité jusqu\u2019en 1928.Pour un homme 306 ordinaire, c\u2019est un emploi bénévole à temps plein, mais l\u2019abbé Groulx trouve le moyen d\u2019enseigner l\u2019histoire, de poursuivre des recherches aux archives, d\u2019écrire des dizaines de volumes et de brochures et de prononcer des centaines de conférences.Les enquêtes de L\u2019Action Française L\u2019idée des enquêtes avait été lancée par le père Joseph-Papin Archambault.Dès 1917, notre célèbre jésuite entreprenait une étude auprès des commerçants sur les étiquettes anglaises.En 1918, l\u2019abbé Groulx donne une orientation définitive à ces travaux de recherche.Le thème choisi détermine la priorité de l\u2019année.Les enquêteurs sont recrutés «parmi les hommes qui ont quelque chose à dire et qui le disent comme ils le pensent».L\u2019importance de ces travaux est telle qu\u2019il me faudra y revenir plusieurs fois au cours des prochaines chroniques.Cette série de 119 articles a contribué à l\u2019évolution de la pensée nationale au Québec.La plupart de ces textes demeurent d\u2019une actualité brûlante, n\u2019en déplaise à Mme Lebel de Radio-Québec.Ils sont dus à la clairvoyance et à la pensée de l\u2019abbé Groulx.Les thèmes choisis sont: «Nos forces nationales» en 1918; «Les précurseurs» en 1919; «Comment servir» en 1920; «Le problème économique» en 1921; «Notre avenir politique» en 1922; «Notre intégrité catholique» en 1923; «L\u2019ennemi dans la place» en 1924; «Le bilinguisme» en 1925; «La doctrine de L\u2019Action Française» en 1926 et «L\u2019éducation nationale» en 1927.Cette série de 119 articles traite des grands problèmes de l\u2019époque, et des orientations à devoir vivre.Ainsi seront étudiées, entre autres, les questions suivantes: activité intellectuelle, agriculture, anglomanie, artistes, assurances, bilinguisme, capital étranger, catholicisme, cinéma, colonisation, commerce, économie, éducation nationale, émigration, enseignement (primaire, secondaire, commercial, technique, supérieur et scientifique), esprit de parti, histoire, indépendance, industrialisation, institutions de crédit, jeunesse, langue française, mère de famille, minorités francophones, natalité, ouvrier, paroisse, presse, théâtre.À travers tous ces sujets, des modes d\u2019action nationale ont été inventés.Les aspirations du Canada français on été exprimées.La conception et la réalisation d\u2019une telle œuvre sont dues à l\u2019abbé Groulx. LA SODCANTE-QUINZIÈME ANNÉE DE L \u2018ACTION NATIONALE 307 Ses «enquêteurs» étaient recrutés parmi les chefs de file de la nation canadienne-française.Quelques noms nous en persuadent (le chiffre entre parenthèses indique le nombre de participations aux enquêtes): Joseph-Papin Archambault, Olivar Asselin, Hermas Bas-tien (2), N.-A.Belcourt, Mf?Arthur Béliveau, Émile Benoist, Harry Bernard, J.-A.Bernier, Henri Bourassa, Émile Bruchési (3), Jos.-E.Caron, Alfred Charpentier, abbé Émile Chartier, abbé Georges Cour-chesne, Léo-Paul Desrosiers (2), Jules Dorion (2), Adélard Dugré (3), Alexandre Dugré (3), Louis-D.Durand (3), Fadette (2), Ceslas Forest (2), Mgr Georges Gauthier, Lionel Groulx (5), Orner Héroux (3), Louis Lalande, M.-A.Lamarche, Arthur Laurendeau (2), Henry Laurey, Beaudry Leman, Arthur Letondal, Firmin Létourneau, Eugène L\u2019Heureux, Léon Lorrain, Jean-Charles Magnan, Fr.Marie-Victorin, Olivier Maurault, Ernest Miller, Esdras Minville (2), Édouard Montpetit (4), Mg'\" L.-Adolphe Pâquet (2), Georges Pelletier (2), Antonio Perrault (9), Philippe Perrier (4), Yves Tessier-Lavigne (2), Anatole Vanier (4), Joseph Versailles, Thomas Vien, abbé Rodrigue-Marie Villeneuve (2), le plus séparatiste de tous.Parmi cette longue liste de collaborateurs, on retrouve des avocats, des chefs ouvriers, des députés, des économistes, des évêques, des financiers, des journalistes, des médecins, des membres du clergé, un ministre, des religieux, des pédagogues, un sénateur.L\\Action Nationale Malgré toutes les tâches qui le retenaient, l\u2019abbé Groulx a maintenu sa collaboration à L\u2019Action Nationale jusqu\u2019aux dernières années de sa vie.Comme les index de L\u2019Action Nationale ne paraîtront pas avant quelques années, si Dieu me prête vie, et à la condition qu\u2019Hydro-Québec n\u2019ait pas trop de pannes qui affectent mes données, je crois utile de reproduire en annexe les titres et mois de publication des articles parus dans L\u2019Action Nationale sous la signature de notre illustre membre.Vous notez du premier coup d\u2019œil l\u2019amour qui l\u2019anime envers son «petit pays» dont il raconte l\u2019histoire: l\u2019aristocrate d\u2019autrefois, Hincks et Morin, la capitulation de Montréal, La Fontaine, les coureurs de bois, les Patriotes, les premières religieuses, Jeanne Mance, Maisonneuve, Marie de l\u2019Incarnation, Marquette, Talon, le chevalier de Troyes, l\u2019Union des Canadas, Ville-Marie. 308 Mais l\u2019historien a aussi des racines dans le temps présent.Il propose une vraie doctrine nationale et il écrit à plusieurs reprises sur la nécessité de l\u2019éducation nationale et nos raisons de survivre.Il commente l\u2019actualité, la campagne électorale de 1936, les conférences de Bourassa, la fondation d\u2019un parti national fédéral, l\u2019œuvre de Minville, le manuel unique d\u2019histoire, l\u2019œuvre libératrice de la coopération.L\u2019«action intellectuelle» de l\u2019abbé Groulx par notre revue est inappréciable tant elle est importante.En se référant aux enquêtes de la revue, François-Albert Angers écrivait: «J\u2019ai alors compris que l\u2019abbé Groulx avait été le premier recteur de notre première véritable université.C\u2019est-à-dire non pas seulement une institution enseignante \u2014 et L\u2019Action française était tout entière une chaire d\u2019éducation permanente avant la lettre \u2014 mais une institution de recherche aussi, et qui fonde son enseignement sur la recherche1.» Ce témoignage, on peut le prolonger à l\u2019ensemble de l\u2019œuvre accomplie par cet homme par l\u2019intermédiaire de la revue.Conclusion Il est temps de conclure.La conclusion sera brève: sans l\u2019abbé Groulx, L\u2019Action Nationale n\u2019existerait probablement pas.Si elle existait sans la pensée de ce géant, elle ne serait pas la même.Héritier de la mission perpétuelle qu\u2019il nous a léguée, nous conservons en mémoire le message qui résume sa pensée et son action: «Le devoir certain où il n\u2019y a pas de risque de se tromper ni de perdre son effort, c\u2019est de travailler à la création d\u2019un État français dans le Québec, dans la Confédération si possible, en dehors de la Confédération si impossible2.» Nous en sommes maintenant à l\u2019heure où l\u2019État français est impossible dans la Confédération.En hommage à Groulx, montrons-nous à la hauteur des tâches qui nous attendent.Honorés d\u2019être les continuateurs de son œuvre, inspirons-nous de son courage, de sa détermination, de son esprit de travail, pour bâtir notre pays, le Québec.1.\tAction Nationale, juin 1968, 837.2.\tDirectives, 121-122. LA SOIXANTE-QUINZIÈME ANNÉE DE L'ACTION NATIONALE 309 Annexe Titres des articles de monsieur l\u2019abbé Lionel Groulx dans L\u2019Action Nationale «Une tâche entre quelques autres», janv.1933, 29-43.«Regards autour de nous», fév.1933, 110-112.«Pour qu\u2019on vive», avril 1933, 238-247.«Pour qu\u2019on vive», mai 1933, 308-311.«Hincks et Morin», oct.1933, 117-123.«Pour qu\u2019on vive», nov.1933, 187-193.«A travers les vieux journaux du British Muséum», déc.1933, 230-237.«L\u2019éducation nationale et les écoles normales», janv.1934, 6-21.«Pour qu\u2019on vive», janv.1934, 53-56.«Le national et le religieux», fév.1934, 93-99.«L\u2019esprit estudiantin», mars 1934,161-174.«Pour qu\u2019on vive», mars 1934, 178-182.«La relève», avril 1934, 226-228.«L\u2019éducation nationale», sept.1934, 5-26.«Langue et survivance», sept.1934, 46-63.«Pour qu\u2019on vive», oct.1934, 135-142.«Vivre, lettre à Jean-Louis Gagnon», nov.1934, 171-177.«Pour qu\u2019on vive», nov.1934, 201-205.«Pour qu\u2019on vive», déc.1934, 241-247.«Les échos d\u2019une campagne», janv.1935, 44-56.«Les conférences de M.Bourassa», mai 1935, 257-265.«Un chef de 33 ans, La Fontaine», mai 1935, 266-276.«Pour qu\u2019on vive», sept.1935, 52-63.«À propos de 37», juin 1936, 69-89.«La fondation d\u2019un parti national fédéral», mars 1937, 130-144.«Talon en face de son œuvre», fév.1938, 117-121.«Nos premières religieuses», déc.1938, 291-295.«La bourgeoisie et le national», avril 1939, 291-301.«Une opinion anglo-canadienne (F.-R.Scott)», juin 1939, 466-476.«Jacques Marquette», décembre 1939, 232-237.«Le départ de Maisonneuve», mars 1940, 156-175.«Marie de l\u2019Incarnation», mai 1940, 331-336. 310 «L\u2019an 1940», août-sept.1940, 5-21.«Pour un commencement de libération (coopération)», oct.1940, 115-122.«L\u2019expédition du chevalier de Troyes», avril 1941, 275-286.«L\u2019annexionnisme au Canada français», juin 1941, 443-456.«Problème politique», oct.1941, 97-103.«Le centenaire de l\u2019Union des Canadas», nov.1941, 169-183.«La fondation de Ville-Marie», déc.1941, 301-308.«Pour une politique nationale», sept.1942, 6-25.«L\u2019œuvre d\u2019Esdras Minville», janv.1945, 6-14.«Jeanne Mance», mars 1945, 176-196.«L\u2019idée d\u2019indépendance à travers l\u2019histoire», juin 1946, 412-453.«L\u2019orientation fatale», oct.1946, 91-101.«Capitulation de Montréal en 1760», janv.1947, 19-47.«Le coureur de bois, type social», janv.1948, 23-38.«La génération de l\u2019enracinement», avril 1950, 257-260.«Le manuel unique est-il conciliable?», mai 1950, 341-349.«L\u2019aristocrate au Canada d\u2019autrefois», juin 1951, 344-358.«À l\u2019occasion du prix Duvernay», déc.1952, 170-182.«La chaire de civilisation canadienne-française», fév.1953,122-144.«Nos raisons de survivre», janv.1956, 441-448.«Témoignage sur Bourassa», mai-juin 1959, 416-420.«Épître badine au cher Frère Clément Lockquell», mai-juin 1959, 402-407.«Épître badine au P.Bernard Mailhot», fév.1960, 428-432.«Ma conception de l\u2019histoire», avril 1960, 603-617.«De quoi ont-ils peur?», janv.1961, 434-442.«Une vraie doctrine de vie pour notre nation», oct.1964,113-119.0 NOUS COMPTONS SUR VOUS Depuis 75 ans, L\u2019ACTION NATIONALE analyse les événements sociaux, politiques et économiques et fait le point sur la situation du Québec.De fait, c\u2019est la plus ancienne des revues québécoises, mais également la plus engagée.De Lionel Groulx à nos jours, L\u2019Action Nationale a su s\u2019adjoindre des collaborateurs de renom, qui ont marqué leur époque.Faites une ACTION.NATIONALE et recrutez un nouvel abonné.Remplir le coupon et retourner à: l\u2019Action Nationale, 82 rue Sherbrooke ouest, Montréal, Québec, H2X1X3 -Téléphone (514) 845-8533 Nom______________________________________ Prénom_______________ Adresse__________________________________ Ville____________________________________ Code postal _____________________________ Téléphone: Bureau_____________ Résidence Profession Abonnement\t1 an (10 numéros)\t2 ans (20 numéros) \t35,00$\t60,00$ Autres pays\t45,00$\t75,00$ Abonnement de soutien\t75,00$ et plus\t Etudiants\t20,00$\t On peut se procurer les numéros de la revue Grâce aux nombreux collaborateurs qui se sont joints à L\u2019ACTION NATIONALE, tous les numéros publiés depuis janvier 1988 ont suscité un vif intérêt, tant par les sujets traités que par la compétence et le prestige de leurs auteurs.On peut se procurer des exemplaires de ces numéros, au coût de cinq dollars l\u2019unité, en s\u2019adressant & L\u2019ACTION NATIONALE, tél.845-8533, 82 Sherbrooke ouest, Montréal, H2X 1X3.Quatre numéros spéciaux, qui constituent des dossiers de grande actualité, méritent particulièrement d\u2019être signalés: celui de janvier-février 1988, sur la situation linguistique au Québec, traitée notamment par Jacques-Yvan Morin et Gaston Cholette; celui de mai 1988, consacré à la situation présente et à l\u2019avenir de la population du Québec, préparé par Jacques Henripin et Yves Martin, avec la collaboration de spécialistes chevronnés; celui de juin 1989 sur la situation présente et l\u2019avenir du nationalisme canadien-français auquel ont collaboré dix-sept personnalités dont les énoncés méritent d\u2019être lus et vécus; celui d\u2019avril 1990 sur la jeunesse, signé de quinze personnalités québécoises.La plupart des numéros des années antérieures, soit depuis 1933, sont également disponiblesD Le réseau électrique du Québec pourrait faire trois fois le tour de la terre.L'hiver, il traverse la neige et le froid pour apporter lumière et chaleur.* N»?Hydro-Québec iflSiSS La Québécoise imp® Promutuel-vie PROMUTUEL UNE COMPAGNIE D\u2019ASSURANCE-VIE PLEINE DE PROMESSES 7 SOCIÉTÉS NATIONALES DES QUÉBÉCOIS S\u2019UNISSENT À 42 SOCIÉTÉS MUTUELLES D\u2019ASSURANCE GÉNÉRALE POUR CONSTITUER UN IMPORTANT RÉSEAU DE DISTRIBUTION DE PRODUITS D\u2019ASSURANCE-VIE AU SERVICE DU QUÉBEC ET DES QUÉBÉCOIS POUR LA COLLECTIVITÉ LA QUÉBÉCOISE PROMUTUEL-VIE JULES FUGÊRE\tRENÉ DAIGNEAULT PRÉSIDENT\tDIRECTEUR GÉNÉRAL 134, RUE SAINT-CHARLES SAINT-J EAN-SUR-RICHELIEU (QUÉBEC) J3B2C3 Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins SOCIÉTÉ NATIONALE D\u2019ASSURANCE 425, boulevard de Maisonneuve ouest bureau 1500, Montréal H3A 3G5 288-8711 HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE du Centre du Québec HOMMAGE de la SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE de Montréal Avec les hommages du Mouvement National des Québécois et Québécoises et de ses sociétés affiliées Mouvement National des Québécois et Québécoises 2207, rue Fullum Montréal H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur: (514) 527-9460 REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE fondée en 1947 par Lionel Groulx 4 forts numéros par année BULLETIN D\u2019ABONNEMENT NOM ADRESSE Individus Etudiants (avec pièce justificative) Abonnement de soutien Institutions REVUE D\u2019HISTOIRE DE L\u2019AMÉRIQUE FRANÇAISE, 261 avenue Bloomfield, Montréal, Que.H2V 3R6 Tel.: 271-4759 CANADA AUTRES PAYS 40,00$\t44,00$ 20.00\t24,00 60.00\t64,00 40.00\t44,00 relations\t Le magazine québécois de\t l'actualité sociale, politique et religieuse.\tABONNEMENT 1 an (10 nos): 20,35$ Notre monde est trop malin, disait\t(TPS incluse) l\u2019économiste Schumacher, il ne pourra pas survivre sans sagesse.\tà l\u2019étranger: 24,00$ Dans un monde fébrile et désenchanté\t le souci de la justice et l'espérience de la foi chrétienne ne sont plus un luxe, mais un guide de survie.\tRELATIONS 25, rue Jarry ouest Chaque mois, l'équipe de Relations\tMontréal QC vous invite à dépasser l'anecdote pour questionner notre culture, analyser notre société, interpeller notre Église.\tH2P 1S6 CLAUDE-PIERRE VIGEANT traducteur et publiciste 604, rue Waterloo London - Ontario N6B 2R3 DEVENEZ MEMBRE DE SOUTIEN DU MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS EN SOUSCRIVANT DEUX DOLLARS (ou plus).VOTRE CARTE DE MEMBRE VOUS PARVIENDRA SANS DÉLAI.Avez-vous fait parvenir votre souscription à la Fondation Esdras-Minville?Sinon, il est toujours temps de le faire.Vous recevrez un reçu qui rend votre don déductible des impôts fédéral et provincial.Nous déposerons votre don à la FONDATION ESDRAS-MINVILLE.Libellez et adressez votre chèque à: LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE 82 ouest, rue Sherbrooke Montréal H2X 1X3 LE MOUVEMENT QUÉBEC FRANÇAIS 82 rue Sherbrooke Ouest Montréal H2X 1X3 tél.: 845-8533 Rappel ttUMANITAS - nouvelle optique- PRENEZ «LE BEAU RISQUE»! Jean-Charles CLAVEAU MA TERRE, QUÉBEC.Essai sur le Québec en marche Parution, début juin 1990-280 pages, 19,95$ À la question cruciale soulevée dans ces pages, le docteur Jean-Charles Claveau considère qu\u2019il n\u2019y a qu une seule réponse: le Québec ne saurait vivre et s épanouir en français sans le contrôle politique total de son territoire.En vente à la Ligue d'action nationale (514) 845-8533 82 Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 Collection de l\u2019Action Nationale Louis-Philippe DeBlois offre en vente une collection de la revue depuis 1941, soit depuis près de 50 ans.Un montant raisonnable serait accepté.On peut rejoindre M.DeBlois au 81, rue George Rouyn-Noranda J9X 1B1 Tél.: (819) 797-1215 ou 762-5234 Numéro de juin 1990 Notre réserve de la revue de juin 1990 étant épuisée, les abonnés qui pourraient nous faire parvenir ce numéro nous rendraient un grand service.La Direction L \u2019Action Nationale 82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 PIERRE DESMARAIS INC.Imprimeur Lithographe Relieur 6725 Côte-de-Liesse, Saint-Laurent, Québec, Canada H4T 1C8 Téléphone (514) 341-5500\tTélécopieur (514) 341-4601 Nous recommandons Québec: dix ans de crise constitutionnelle, dossier constitué par Roch Denis, VLB Éditeur Autopsie du Lac Meech, la souveraineté est-elle inévitable, Pierre Fournier, VLB Éditeur La poudrière linguistique, la révolution tranquille 1967-1970, Pierre Godin, Boréal FLQ: un projet révolutionnaire, textes rassemblés par R.Comeau, D.Cooper et P.Valliperes, VLB Éditeur Maintenant ou jamais, Pierre Bourgault, Stanké La vie partisane, Andrée Ferretti, l\u2019Hexagone Un dernier blues pour Octobre, Pierre Turgeon, Libre Expression Quand Tocqueville et Siegfried nous observaient., Gérard Bergeron, Presse de l\u2019Université du Québec Nos collaborateurs 1990-1991 Pierre ANC! IL François-Albert ANGERS Louis BALTHAZAR André BEAUCHAMP Jules BÉLANGER Léon BERNIER Louise BISSON Auiélien BOIVIN Gérard BOUCHARD Jacques BOULAY Gilles BOULET Jean-Louis BOURQUE Odina BOUTET Guy BOUTHILLIER Henri BRUN André BZDERA Jean CHAPDELAINE Solange CHAPUT-ROLLAND Guy CHARTRAND Roland CHAUSSÉ Gaston CHOLETTE Jean-Charles CLAVEAU Édouard CLOUTIER Paul-André COMEAU Daniel CÔTÉ Jean-Marc DALPÉ Sylvie d\u2019AUGEROT-AREND Gilles de la FONTAINE Bernard DENAULT Léon DION Gilles DORION Qermont DUGAS Fernand DUMONT Micheline DUMONT Jean-Pierre DUPUIS Philippe FALARDEAU Michel FICHET Carole GALAISE Madeleine GAUTHIER Philippe GÉLINAS Jean-Luc GOUIN Réginald GRÉGOIRE Denis GRENON Jean-Claude GUÉRARD Pierre HAMEUN Fernand HARVEY Julien HARVEY Jacques HENRIPIN André JOYAL Marcel LAFLAMME Simon LANGLOIS Ann LAPERRIÈRE Robert LAPLANTE Gaston LAURION Jacques LAZURE Michel LE BEL Jacques LECLERC Jean-Marc LÉGER Vincent LEMIEUX Brigitte LEPAGE Delmas LÉVESQUE Jean L\u2019HÉRIAULT Ligue d'Action Nationale Doris LUSSIER Yves MARTIN Georges MATHEWS Jacques MAURAIS Julie MERCIER Rosaire MORIN Lise NOËL Edmond ORBAN Laurent OUIMET Roméo PAQUETTE Roland PARENTEAU Madeleine PLAMONDON Jacques POISSON Gilles PRONOVOST Jacques PROULX Bernard RACINE Marc RENAUD André RICHARD Jean-Jacques SIMARD Aurèle THÉRIAULT Marc TERMOTE Marc-Adélard TREMBLAY Rodrigue TREMBLAY Gérard TURCOTTE Pierre VADEBONŒUR Pierre-André WILTZER 1 La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: François-Albert Angers Président: Rosaire morin Vice- présidents: René blanchard Claude duguay Conseillers: Yvon GROULX Léo JACQUES Pierre lamy Marcel laflamme Robert laplante Secrétaire- trésorier: Gérard turcotte Ex-président: Delmas Lévesque Membres: Thérèse baron André beauchamp Christiane bérubé Nicole BOUDREAU Guy BOUTHILUER Michel BROCHU Louise-C.BROCHU Hélène CHÉNIER J.-Charles claveau Pierre dupuis Lucia FERRETTT Philippe géunas Jean genest Léo JACQUES Denise julien Jacques houle Marcel laflamme Pierre lamy Robert laplante Alain laramée Yvon LECLERC Jean-Marc léger Jacques MARTIN Georges meyers Denis monière Jacques-Yvan morin Jean-Marcel PAQUETTE Roméo PAQUETTE Hélène p.-baillargeon Juliette RÉMILLARD Gilles RHÉAUME Jean-Jacques roy L.-Philippe ST-martin André thibaudeau Pierre trépanier Membre honoraire: Jacques boulay Membre émérite: Anna L.normand L\u2019Action Nationale Revue d\u2019information nationale, dont les origines remontent à 1917, L\u2019Action Nationale est la plus ancienne publication nationaliste du Québec.Fondation Esdras-Minville Créée en 1975, la Fondation Esdras-Minville recueille des fonds destinés à des activités nationales, notamment en assumant la permanence de la publication de L Action Nationale.Éditions de L\u2019Action Nationale Par son service d\u2019éditions, L Action Nationale permet la publication et la diffusion d\u2019ouvrages traitant de questions nationales.82, rue Sherbrooke ouest Montréal H2X 1X3 (514) 845-8533 L\u2019Action Nationale 75e année En 1990, se pose dans les heurts politiques tout l\u2019inconnu de l\u2019avenir national.«N\u2019en doutons point: en ces heures plus graves les vieux ferments héroïques se réveillent dans l\u2019âme héréditaire.Les idées qui voltigent et passionnent les têtes; les émotions, les angoisses qui secouent et étreignent, toutes ces puissances d\u2019ébranlement vont atteindre j'usqu\u2019au fond certaines sensibilités plus vibrantes et plus fines.Les voix éparses, les inquiétudes communes se forment en écho net et puissant au fond de quelques âmes choisies, là où le sang de la race, par des mystères cachés, s\u2019est infusé plus généreux et plus fort.Et alors nous avons les poètes, les écrivains, les penseurs des heures tragiques, ceux qui deviennent les guides.» Lionel Groulx L\u2019Action Française, février 1917, p.34."]
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