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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Décembre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 1991-12, Collections de BAnQ.

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[" lyActH Ml N ATTON ALE Volume LXXXI, numéro 10, décembre 1991 «Un peuple en marche» La question constitutionnelle québécoise Andrée Lajoie Fondements d\u2019un projet québécois de société Hélène Tremblay L\u2019histoire se répète Gilles de LaFontaine Les offres d\u2019Ottawa Rodrigue Tremblay £Actioii NATIONALE Directeur: Gérard Turcotte Secrétaire: Monique Tremblay Secrétaire de la revue: Rosaire Morin Comité de rédaction: Francine Charest, François Dumas, Paulette-Michelle Hétu, Robert Laplante, Denis Monière, Gérard Turcotte Comité de lecture: Christiane Bérubé, Brigitte Dagnino, Jean-Pierre Dupuis, Lucia Ferretti, André Gaulin, Alain Laramée, Janine Thériault, Roch Tousignant Abonnement:\t10 numéros Québec, Canada\t35,00\t$ Autres pays\t45,00\t$ Étudiant\t20,00\t$ Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «l\u2019Index de périodiques canadiens» depuis 1948 et dans «Point de repère», publié par la Centrale des bibliothèques et la Bibliothèque nationale du Québec, depuis 1985.Les articles parus entre 1966 et 1972 sont signalés dans «l\u2019Index analytique» et ceux de 1972 à 1983, à la fois dans «Radar» et dans «Périodes».La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action Nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.ISSN-0001-7469 Courrier de la deuxième classe ISBN-2-89070 Enregistrement numéro 1162 Dépôt légal: Bibliothèque nationale 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 \u2014 845-8533 «Un pays à portée de main» RENCONTRE NATIONALE colloque et banquet samedi, le 14 mars 1992 à l\u2019Hôtel Le Méridien Si vous avez déjà répondu, nous vous en remercions.Votre coopération facilite l\u2019organisation de cette journée.Si vous avez oublié de nous répondre, vous pouvez utiliser le formulaire reproduit au verso de cette feuille.Nous serons heureux de vous accueillir.Une revue qui fête son 75ième anniversaire, au Québec, c\u2019est très rare.Le fait mérite d\u2019être souligné, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019une revue d\u2019idées, libre, indépendante et tournée vers l\u2019avenir.Vous n\u2019aurez pas l\u2019occasion de fêter souvent le 75ième anniversaire d une revue québécoise.Formulaire d\u2019inscription (au verso) à retourner à: Ligue d\u2019Action Nationale, 82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 \u2014 514-845-8533 ou 848-0575 Date d\u2019inscription: Heure de tombée:\t13 décembre 1991 Paiement:\tVotre chèque peut être post-daté au 28 février 1992.Inscrivez-vous immédiatement et payez plus tard.Frais d\u2019inscription: Au colloque:\t10 $ par personne.Au banquet:\t65 $ par abonné(e) et par conjoint(e); 75 $ autre participant.Après le 13 décembre: Une somme additionnelle de 10 $ est exigé par événement.Vous pouvez participer au colloque ou au banquet, mais votre présence aux deux événements est possible, voire désirée.Supplément postal, L\u2019Action Nationale, volume LXXXI, n° 10, décembre 1991. Formulaire d\u2019inscription: \tOui\tNon Je serai au colloque\t?\t?Je serai au banquet\t?\t?Frais d\u2019inscription: Ci-joint mon chèque au montant de $_________________ Choix de l\u2019atelier Voir le résumé de la problématique sur la feuille jointe.Indiquez 1 pour le premier choix et 2 pour le second choix ____\t1\t\u2022\tQuébec dans le monde ____\t2.\tForce économique de petits États ____\t3.\tComparaison avec la CEE ____\t4- Crises du fédéralisme dans le monde ____\t5.\tRèglement de la dette ____\t6.\tMonnaie québécoise ____\t7- Union économique Québec\\les deux Amériques ____\t8.\tConquêtes des marchés internationaux ____\t9.\tL\u2019indépendance nécessaire au projet de société ____ 10.Démocratie populaire ____ 11 - Charte des droits individuels et collectifs ____ 12.La culture, une compétence indivisible ____ 13.Urgence d\u2019une politique de la population ____ 14.Développement régional ____ 15.Intégrité du territoire ____ 16.Rentabilité de la fédération canadienne ____ 17.Francophonie nord-américaine ____ 18.Populations amérindiennes ____ 19.Minorités établies au Québec - 20.L\u2019histoire des nations Nom:\t Adresse:\t Ville:\tCode: Téléphone:\tProfession: Supplément postal, L\u2019Action Nationale, volume LXXXI, n° 10, décembre 1991. NATIONALE Volume LXXXI, numéro 10, décembre 1991 TABLE DES MATIÈRES Le traquenard constitutionnel\tDenis Monière\t1470 Les offres d\u2019Ottawa, bien en deçà de ce dont le Québec a besoin pour se développer\tRodrigue Tremblay\t1475 La question constitutionnelle québécoise\tAndrée Lajoie\t1492 Fondements d\u2019un projet québécois de société\tHélène Tremblay\t1504 L\u2019histoire se répète\tGilles De LaFontaine\t1525 Le cycle de Noël dans le conte littéraire québécois du XIXe siècle\tAu ré lien Boivin\t1549 L\u2019Inde\tJean Chapdelaine\t1572 Questions d\u2019action nationale\tRosaire Morin\t1581 Index des auteurs 1991\t\t1591 Le 75e anniversaire\t\t1602 Nos annonceurs 1603 Editorial Le traquenard constitutionnel Par une curieuse dialectique, dans le jeu constitutionnel canadien, les revendications québécoises ont toujours été retournées contre les intérêts du Québec et ont servi à renforcer l'identité et les institutions canadiennes au détriment de l'affirmation nationale québécoise.Contre-attaque fédérale Ainsi, dans les années soixante, les dénonciations de la discrimination linguistique ont engendré la loi sur les langues officielles qui tendait à imposer le bilinguisme au Québec et à favoriser l\u2019assimilation des francophones.Les exigences répétées par les divers gouvernements du Québec d\u2019un nouveau partage des pouvoirs depuis la révolution tranquille et l\u2019échec du référendum ont été récupérées à leur tour pour effectuer le rapatriement unilatéral de la constitution, l\u2019adoption d\u2019une formule d\u2019amendement qui a fait disparaître le droit de veto du Québec et d\u2019une Charte des droits qui limite les pouvoirs de l\u2019Assemblée nationale du Québec.Par la suite, les conditions minimales posées par le gouvernement de Robert Bourassa pour signer la nouvelle constitution ayant été rejetées, le gouvernement fédéral en a profité pour élaborer une réforme constitutionnelle où, en échange de concessions symboliques, il s\u2019attribue de nouveaux pouvoirs de gestion économique qui restreignent l\u2019autonomie des provinces en matière de politique économique. PREFACE 1471 La supercherie des propositions fédérales Pour bien comprendre les implications des actuelles propositions constitutionnelles fédérales, il faut mettre en relief la logique qui les soustendent.Il faut d\u2019abord remarquer qu\u2019il n \u2019est jamais fait référence au peuple québécois alors qu \u2019on évoque à plusieurs reprises l\u2019existence des peuples autochtones et qu\u2019on pousse même l\u2019audace conceptuelle jusqu\u2019à parler «des nombreux autres peuples venus d\u2019ailleurs» pour désigner les diverses communautés ethniques.Cette occultation de l\u2019existence du peuple québécois est aussi révélée par les raccourcis historiques et les omissions du régime français, de la conquête britannique, de la répression de la révolution démocratique de 1837-38.Pour définir une identité nationale canadienne, on a refoulé dans le néant tous les conflits qui ont fait le Canada.On a remplacé le Canada des peuples fondateurs par le Canada du melting pot.On a ainsi réduit l\u2019identité québécoise à une simple majorité linguistique gommant par le fait même la spécificité de nos origines, de notre culture, de nos institutions, de notre mode de vie et de notre conception du développement.A cette supercherie, se greffe un détournement de finalité puisqu'au lieu de répondre aux demandes du Québec, ces propositions fédérales visent avant tout à promouvoir l\u2019identité canadienne et à consolider l\u2019autorité du gouvernement fédéral qui se présente comme le seul gouvernement national.Bien sûr, Québec deviendrait constitutionnellement une société distincte, ce qu\u2019elle est de toutes façons dans les faits, mais le gouvernement du Québec deviendrait un gouvernement comme les autres c\u2019est-à-dire soumis à la tutelle fédérale et incapable d\u2019orienter le développement collectif en fonction de nos besoins spécifiques.Refoulé dans sa mission culturelle, il perdrait la maîtrise des leviers de commande stratégiques.Un recul invraisemblable Cette réforme constitutionnelle représente un recul pour le Québec par rapport aux demandes traditionnelles qui ont été faites depuis trente ans par tous les gouvernements et aussi par 1472 L\u2019ACTION NATIONALE rapport aux conditions minimales formulées au lac Meech par Robert Bourassa.Il faut rappeler à cet égard au Premier ministre qu \u2019il posait la restitution du droit de veto comme une condition sine qua non pour signer la nouvelle constitution canadienne.Or, ce droit qui était jugé fondamental et dont le parti libéral s\u2019était fait le champion depuis la conférence de Victoria en 1971 a été mis aux oubliettes.Pour réduire encore plus la marge d\u2019autonomie du Québec, non seulement a-t-on rayé le droit de veto, mais on s\u2019est ingénié à rendre l\u2019emploi de la clause dérogatoire plus difficile en exigeant une majorité de 60 % des membres de l\u2019Assemblée nationale, ce qui aurait pour effet de rendre son utilisation très exceptionnelle.On propose aussi d'en limiter la validité à trois ans.Alors que la reconnaissance de la société distincte devait servir à définir l\u2019esprit de la ronde des négociations sur le partage des pouvoirs, elle est maintenant réduite à une clause d\u2019interprétation de la Charte des droits où elle se retrouve en compétition avec d'autres clauses interprétatives sur le multiculturalisme et les droits autochtones.Elle est enfin cadenassée par la clause Canada qui fera primer les caractéristiques du Canada sur celles de la société distincte.On risque donc de se retrouver avec une reconnaissance de la société distincte sans véritable statut particulier pour assumer les responsabilités collectives qui en découlent.C \u2019est ce qu \u2019on appelle une coquille vide.On pourra toujours présenter comme un gain l\u2019insertion dans la constitution des pouvoirs actuels que possède le Québec en matière d\u2019immigration, mais il faut souligner qu \u2019il ne s\u2019agit pas de pouvoirs accrus et que le Québec n\u2019obtient pas la juridiction exclusive en ce domaine puisque le fédéral garde les compétences qu \u2019il a exercées jusqu 'à présent.Invasion fédérale dans l\u2019économie Par ailleurs, ce qui est accordé sur le plan culturel ou pour la formation de la main-d'œuvre est limité par les propositions visant à renforcer l\u2019union économique.Lorsqu\u2019on parle de concertation, d\u2019harmonisation, de coordination, on doit corn- PRÉFACE 1473 prendre ingérences du gouvernement fédéral notamment en matières budgétaires, fiscales, dans les réglementations des sociétés de fiducie et celles des valeurs mobilières.Si ces propositions étaient adoptées, elles créeraient un système de tutelle sur les politiques macro-économiques des gouvernements provinciaux.Le fédéral pourrait aussi invoquer sa nouvelle responsabilité pour accroître ses interventions dans le domaine de l\u2019éducation puisqu\u2019on relie clairement dans le document les problèmes de l\u2019économie canadienne au taux élevé d\u2019abandon scolaire, à l'analphabétisme et aux faibles investissement en recherche.Au nom de la libre circulation de la main-d\u2019œuvre, le Québec devra-t-il éliminer ses exigences pour faire du français la langue du travail, puisque le français pourrait être considéré comme un obstacle à cette libre circulation?Cette logique met aussi en cause toutes les réglementations provinciales sur les corporations professionnelles.Une plus grande centralisation La logique intrinsèque de cette réforme est d\u2019étendre les pouvoirs généraux du fédéral et de restreindre en les définissant les champs de compétence des provinces, ce qui permettra à terme une plus grande centralisation des pouvoirs au nom de l\u2019efficacité économique.C\u2019est le palier de gouvernement qui définit les objectifs et les normes des politiques qui exerce le véritable pouvoir et non pas celui qui les applique.Ainsi, les pouvoirs généraux seront à Ottawa et les pouvoirs particuliers à Québec.Or, on sait que dans tout système le particulier est subordonné au général.Il n \u2019y aurait donc qu \u2019un gouvernement national au Canada, qui agirait comme chef d\u2019orchestre, les gouvernements provinciaux devant suivre la mesure.La thèse des deux nations qui a inspiré la vision québécoise du Canada depuis 1867 n\u2019aurait plus aucune pertinence et l\u2019Etat du Québec ne pourrait plus prétendre être un État national.Dans cette nouvelle donne constitutionnelle, on demande au Québec, pour reprendre une formule biblique, d'abandonner son droit d\u2019aînesse pour un plat de lentilles.Il y a traquenard parce qu \u2019en échange de gains partiels le Québec 1474 L'ACTION NATIONALE devrait sacrifier ses capacités d\u2019intervention économiques.L\u2019Etat du Québec ne serait plus le lieu de la cohérence sociale puisqu il n aurait plus la possibilité de lier le développement culturel et le développement socio-économique.Le principe de cohérence serait à l\u2019extérieur des institutions politiques québécoises et serait soumis à la logique canadienne qui s\u2019immiscerait dans tous les champs de compétence.?Denis Monière Les offres fédérales sont insuffisantes pour le développement du Québec Rodrigue Tremblay, Ph.D.économiste Université de Montréal Résumé Cet ancien ministre de l\u2019Industrie et du Commerce du Québec analyse les propositions Mulroney-Clark.Il souligne d\u2019abord la modification constitutionnelle de 1982 imposée au Québec, puis il rappelle l\u2019échec de l\u2019Accord du Lac Meech et le passage à la ronde «Canada» sans avoir intégré le Québec dans la Constitution canadienne.L\u2019auteur compare ensuite les demandes minimales du Québec aux propositions fédérales actuelles.Il démontre que le document fédéral dilue les réclamations présentées dans Meech et qu\u2019«aucun premier ministre du Québec ne pourrait consentir à un tel assujettissement du Québec aux dictats des provinces anglophones sans abdiquer ses responsabilités».M.Tremblay examine enfin les propositions fédérales relatives au marché commun, à la Banque du Canada, à la politique monétaire, au droit de propriété, à la clause nonobstant pour conclure que ces offres sont inacceptables; le gouvernement du Québec deviendrait «un gros gouvernement municipal».Trois camouflets fédéraux Le Québec isolé La Constitution canadienne de 1982 (l\u2019Acte Constitutionnel) a été adoptée sans référendum démocratique et 1476 L\u2019ACTION NATIONALE contre la volonté expresse presque unanime de l\u2019Assemblée Nationale du Québec.Dans cette Constitution, le Québec en tant que seule entité politique où les francophones sont majoritaires en Amérique du Nord, devient une province sujette à la volonté de sept provinces anglophones, représentant 50 pourcent de la population canadienne (art.38).En effet, ces provinces peuvent aujourd\u2019hui et dans l\u2019avenir modifier la Constitution du Canada, dans le sens de leurs besoins et de leurs intérêts, sans l\u2019assentiment du Québec.Les seuls domaines où le Québec détient un semblant de droit de veto sont la monarchie, le nombre de députés et de sénateurs, l\u2019usage du français et de l\u2019anglais et la composition de la Cour Suprême (art.41).Parce que la Constitution de 1982 a été imposée au Québec et parce que le Québec s\u2019y trouve marginalisé, cette Constitution est non seulement illégitime au Québec, mais elle fait du Canada anglais l\u2019héritier de la Grande Bretagne en tant que maître de son ancien empire en Amérique du Nord.On peut donc dire que le Québec appartient depuis 1982 à l\u2019empire politique canadien.L\u2019Accord du Lac Meech et l\u2019humiliation du Québec L\u2019Accord du Lac Meech de 1987 élargissait quelque peu le droit de veto constitutionnel du Québec, en l\u2019appliquant aux pouvoirs et au mode de sélection des sénateurs, à la création de nouvelles provinces et au rattachement aux provinces existantes de tout ou partie de territoires (art.41 modifié).Cette concession des provinces anglophones fut par la suite amoindrie puisque certaines provinces récalcitrantes (Terre-Neuve, Manitoba et Nouveau-Brunswick entre autres), exigèrent du Premier ministre du Québec qu\u2019il se prononce publiquement en faveur d\u2019un sénat canadien élu.En ce faisant, le Premier ministre du Québec réduisait considérablement la portée des cinq conditions minimales qu\u2019il avait établies pour entériner l\u2019Acte constitutionnel de 1982.En effet, le gouvernement Bourassa avait insisté sur la désignation explicite du Québec en tant que foyer d\u2019une société distincte dans le préambule de la Constitution, sur un droit de veto sur toutes questions LES OFFRES FÉDÉRALES 1477 constitutionnelles, sur l\u2019imposition de limites au pouvoir fédéral de dépenser à des fins provinciales, sur un pouvoir conjoint en matière d\u2019immigration et sur la participation du gouvernement du Québec à la nomination des juges de la Cour suprême originant du Québec.Cependant, non seulement le Québec n\u2019avait pas un droit de veto constitutionnel complet dans l\u2019Accord du Lac Meech, mais son premier ministre s\u2019était engagé (6 juin 1990) à accepter un sénat canadien élu doté de «pouvoirs réels».En ce faisant, le Québec acceptait presqu\u2019évitablement une plus grande centralisation politique à Ottawa selon le modèle américain.En effet, ce n\u2019est que depuis 1905 que les sénateurs américains sont élus.Avant cette date, les sénateurs américains étaient désignés par les législatures des États.La légitimité démocratique que le Sénat américain acquit fit des sénateurs les véritables porte-paroles des intérêts régionaux aux dépens des États et des gouverneurs.Un amendement constitutionnel, le dix-septième, vint confirmer en 1913 la nouvelle pratique déjà mise en œuvre par certains États.Un sénat canadien élu devrait produire les mêmes effets au Canada et renforcer le pouvoir politique fédéral.Malgré ces concessions de la part du Premier ministre du Québec, l\u2019Accord du Lac Meech, déjà approuvé à l\u2019unanimité par le gouvernement fédéral et par les premiers ministres de toutes les provinces en avril 1987, fut torpillé par les assemblées législatives de Terre-Neuve et du Manitoba le 22 juin 1990, faisant ainsi sombrer la «ronde constitutionnelle du Québec».La ronde «Canada» du gouvernement Mulroney N\u2019ayant pas réussi à réparer l\u2019injustice faite au Québec en 1982 en faisant entériner l\u2019Accord dilué du Lac Meech et la ronde supposément du Québec ayant été abandonnée, le gouvernement Mulroney passa tout de go à une deuxième ronde baptisée «ronde Canada» le 24 septembre 1991 en publiant son document de travail constitutionnel «Bâtir ensemble l\u2019avenir du Canada: Propositions».Ces propositions constitutionnelles étaient le résultat des cogitations de multes comités de fonctionnaires fédéraux provenant surtout du Conseil privé, du Bureau 1478 L'ACTION NATIONALE des relations fédérales-provinciales, du ministère de la Justice et du ministère des Finances.Plus question dans ce document de réparer l\u2019injustice politique et constitutionnelle faite au Québec par l\u2019adoption unilatérale d\u2019une constitution qui excluait le Québec.Tout au plus ce document tente de préserver des bribes de dispositions contenues dans le défunt Accord du Lac Meech, et s\u2019applique plutôt à satisfaire aux revendications des milieux politiques du Canada anglais en faveur d\u2019un gouvernement central fort, sous son contrôle.Les propositions «fédérales» sont contenues en effet, dans 28 articles et regroupées dans trois grandes divisions, soit celle portant sur les droits et la citoyenneté, celle portant sur les institutions politiques et celle portant sur le marché commun canadien et les pouvoirs du gouvernement central en matières économiques.Quelles seraient les conséquences pour le Québec de l\u2019avenir si le gouvernement du Québec et la population du Québec allaient souscrire à ces amendements constitutionnels?Pour répondre à cette question, il convient d\u2019une part de faire une comparaison entre les dispositions du document de travail fédéral et les dispositions de l\u2019Accord du Lac Meech; d\u2019autre part, il est nécessaire d\u2019analyser la portée des nouvelles propositions constitutionnelles que le gouvernement Mulroney fait siennes.Comparaison entre Meech et les propositions fédérales Propositions de l\u2019Accord du Lac Meech Comme on l\u2019a vu précédemment, le gouvernement du Québec avait amorcé des négociations constitutionnelles devant conduire à l\u2019Accord du Lac Meech, avec cinq conditions minimales.En bout de ligne, le Premier ministre du Québec avait accepté d\u2019aller en bas de son propre minimum.En effet, le droit de veto constitutionnel accordé au Québec (et à toutes les autres provinces) ne portait pas sur «toute question constitutionnelle», mais uniquement sur un nombre restreint de sujets; pour les autres changements constitutionnels, le Canada anglais pouvait procéder sans le Québec avec la règle du 7/50, c\u2019est-à-dire avec l\u2019assentiment de sept provinces représentant cinquante pour cent de la population canadienne. LES OFFRES FÉDÉRALES 1479 De plus, concernant le pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral dans les champs de juridiction provinciale, celui-ci n\u2019était pas limité, sauf qu\u2019il s\u2019accompagnait dorénavant d\u2019un droit de retrait avec compensation pour une province qui acceptait de mettre en œuvre un programme «compatible avec les objectifs nationaux».Concernant la demande d\u2019une reconnaissance explicite du Québec en tant que société distincte, l\u2019Accord du Lac Meech contenait une clause dite interprétative de l\u2019ensemble de la Constitution et de la Charte des droits, sans restreindre ceux-ci et sans déroger aux compétences législatives des gouvernements fédéraux et provinciaux.De plus, tous les gouvernements avaient la responsabilité de protéger la dualité linguistique au Canada (art.2(1)).En matière d'immigration, l\u2019Accord du Lac Meech permettait au gouvernement fédéral de conclure des accords administratifs avec tout gouvernement provincial, selon le modèle Cullen-Couture, mais ne garantissait nullement au Québec le pouvoir d\u2019élaborer une politique québécoise d\u2019immigration et de population.Le seul domaine où le gouvernement du Québec obtenait pleine satisfaction à sa demande «minimale» était le principe de sa participation à la nomination des trois juges sur la Cour suprême provenant du Québec.En contrepartie, cependant, le Premier ministre du Québec s\u2019était engagé en faveur du principe d\u2019un sénat élu et doté de pouvoirs réels, dans le cadre d\u2019une réforme générale devant être complétée avant le 1er juillet 1995.Dilution et amputation de Meech Qu\u2019en est-il dans le document fédéral actuel de cet agrégat constitutionnel qu\u2019était l\u2019Accord du Lac Meech et que le premier ministre Robert Bourassa jugeait acceptable et suffisant pour justifier la signature de la Constitution amendée de 1982?Le document fédéral propose de constitutionnaliser dès maintenant la pratique d\u2019un sénat élu, sans rôle législatif en matières de crédit, de finance et d\u2019emprunt, mais doté d\u2019un veto 1480 L'ACTION NATIONALE suspensif de six mois dans la plupart des autres domaines (prop.9).Même si un tel organisme élu fait violence au principe du système parlementaire britannique de la responsabilité ministérielle, le gouvernement fédéral se hâte donc de consti-tutionnaliser la concession du Premier ministre du Québec de 1990.Au chapitre des conditions minimalisées du Québec, force est de reconnaître qu\u2019elles le deviennent encore davantage.DROIT DE VETO Premièrement, le Droit de veto élargi du Québec (et des autres provinces) disparaît (prop.13).Pour la plupart des changements constitutionnels futurs, c\u2019est la formule du 7/50 qui prévaut, y compris pour la création de nouvelles provinces, ce qui signifie que les provinces anglophones peuvent amender la Constitution canadienne sans l\u2019accord du Québec et, au besoin, contre lui.SOCIÉTÉ DISTINCTE Deuxièmement, la clause de la désignation du Québec en tant que société distincte est inscrite dans la charte des droits et définie comme s\u2019appliquant notamment à la langue, à la culture et au Droit civil (prop.2), et le gouvernement du Québec se voit confirmer dans sa responsabilité fondamentale de «protéger et de promouvoir sa société distincte» (prop.7).C\u2019est un retour 125 ans en arrière quand l\u2019Acte de l\u2019Amérique britannique du Nord de 1867 précisait que le Québec était distinct selon la religion, la langue et le droit civil.Aujourd\u2019hui, la culture a remplacé la religion.Alors que l\u2019Accord du Lac Meech prévoyait que l\u2019ensemble de la constitution devait être interprété en fonction de la clause de la société distincte, le document fédéral semble vouloir réduire cette interprétation à la seule Charte des droits et précise qu\u2019elle s\u2019applique avant tout à trois domaines, tout en maintenant la responsabilité générale du gouvernement du Québec dans ce domaine.Ces changements sont plus que symboliques.Cependant, ils constituent néanmoins un recul certain sur l\u2019Accord du Lac Meech pour le Québec. LES OFFRES FÉDÉRALES 1481 En fait, à jouer constamment sur les mots, on risque de perdre de vue une réalité fondamentale: Le Québec n\u2019est pas une société distincte dans certains domaines.Il est la patrie d\u2019une société nationale.POUVOIR DE DÉPENSER Troisièmement, concernant la limitation du pouvoir de dépenser du gouvernement fédéral dans les champs de juridiction provinciale, le droit de retrait des provinces avec compensation est maintenu (prop.27).Cependant, les conditions imposées aux provinces par le fédéral pour obtenir une compensation financière sont resserrées.En effet, les mesures provinciales ne devront plus être uniquement compatibles avec les objectifs nationaux, mais devront dorénavant être conformes aux objectifs des nouveaux programmes fédéraux (même s\u2019il s\u2019agit de domaines de juridiction provinciale).De plus, le gouvernement fédéral à la fois propose de renforcer et de circonscrire son pouvoir d\u2019intervention dans n\u2019importe lequel domaine, de juridiction fédérale ou provinciale, en vertu de la disposition relative à «la paix, l\u2019ordre et le bon Gouvernement», lequel se trouve déjà dans le préambule de l\u2019article 91 de l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique (prop.22), mais aussi en vertu d\u2019une nouvelle disposition générale selon laquelle «le Parlement du Canada a compétence exclusive pour légiférer en toute matière qu\u2019il déclare utile à l\u2019efficacité de fonctionnement de l\u2019union économique» (prop.15).En contre-partie, le gouvernement fédéral se déclare disposé à limiter son rôle et à reconnaître la compétence exclusive des gouvernements provinciaux dans un certain nombre de domaines où ils ont déjà la compétence (prop.24), soit le tourisme, la foresterie, les mines, les loisirs, le logement et les affaires municipales, en plus de reconnaître la formation de la main-d\u2019œuvre en tant que domaine de compétence provinciale exclusive (prop.18).De plus, pour les questions qui ne sont pas de nature nationale, le gouvernement fédéral est disposé à laisser le champ de juridiction aux gouvernements provinciaux (prop.22) et à conclure des arrangements administratifs avec les gouver- 1482 L\u2019ACTION NATIONALE nements provinciaux pour la mise en œuvre de programmes et de services à la population, tels ceux reliés à la protection de la faune, les services de traversiers.etc.(prop.26).Le document est donc contradictoire: d\u2019une part, il reconnaît au gouvernement fédéral le droit de tout faire, même dans les champs de juridiction provinciaux, soit de lui-même (prop.22), soit avec l\u2019assentiment de sept provinces comprenant cinquante pour cent de la population (props.15 et 27); d'autre part, il s\u2019engage à mieux respecter et même à rationaliser la dispension de certains services publics par un processus de déconcentration administrative.Dans cette perspective générale, le gouvernement du Québec ne serait pas protégé contre les incursions du gouvernement fédéral dans ses domaines de juridiction, tel l\u2019éducation, mais la réforme constitutionnelle proposée ouvrirait la porte à des délégations législatives (prop.25) et administratives (prop.26) du gouvernement fédéral vers les gouvernements provinciaux.Pour le Québec, ou bien la proposition 15 est entièrement retirée, ou bien le gouvernement du Québec obtient un droit de veto à la place de la formule d\u2019approbation 7/50 pour entériner les incursions législatives fédérales.Autrement, avec la proposition 15 c\u2019est tout le développement économique futur du Québec qui serait soumis aux aléas des choix et décisions des provinces anglophones.L\u2019IMMIGRATION Quatrièmement, concernant l\u2019immigration, le gouvernement fédéral souhaite conserver son rôle dans l\u2019établissement d\u2019une politique d\u2019immigration canadienne avec des objectifs nationaux, mais est disposé à négocier des ententes particulières et constitutionnalisées avec les gouvernements provinciaux.Ici rien de changé.COUR SUPRÊME Cinquièmement, le document fédéral ne garantit plus au Québec trois juges à la Cour suprême.Seule est maintenue la liste des candidats établie par le gouvernement du Québec pour des nominations par le gouvernement fédéral. LES OFFRES FÉDÉRALES 1483 Tout comme pour le droit de veto aux changements constitutionnels, la composition de la Cour suprême exige pour être modifiée l\u2019unanimité de tous les gouvernements fédéraux et provinciaux, selon l\u2019article 41 de l\u2019Acte constitutionnel de 1982.Parce que le gouvernement fédéral souhaite que ses propositions puissent être adoptées avec l\u2019appui de sept provinces représentant cinquante pour cent de la population, il a choisi de laisser tomber ces deux revendications du Québec, soit son droit de veto constitutionnel et son droit acquis historiquement à trois juges à la Cour suprême.QUE RESTE-T-IL DE MEECH?Que reste-t-il dans le document fédéral des conditions minimalisées du Québec déjà contenues dans l\u2019Accord du Lac Meech?1.\tDroit de veto constitutionnel = 2.\tClauses de la société distincte= 3.\tPouvoir fédéral de dépenser = 4.\tImmigration 5.\tJuges à la Cour suprême zéro Vl 1 (si la proposition 15 est retirée ou modifiée en profondeur, sinon il faut inscrire ici Vï) 1 Vi TOTAL = 3 (sur 5) Par rapport à l\u2019Accord du Lac Meech, les cinq conditions minimales du gouvernement du Québec ont, au mieux, un poids égal à trois (sur les cinq conditions minimales originales), tandis que la clause du sénat élu est renforcée et que le gouvernement fédéral se donne tous les pouvoirs, avec l\u2019assentiment de sept provinces anglophones, d\u2019intervenir dans n\u2019importe lequel domaine, fédéral ou provincial, qui touche à l\u2019efficacité de l\u2019union économique.Cela signifie que toute question impliquant un commerce inter-provincial (biens, services, valeurs mobilières.etc.), en viendrait avec le temps à tomber sous juridiction fédérale.Le même phénomène s\u2019est produit aux États-Unis au siècle dernier, quand la Cour suprême américaine statua que toute 1484 L-ACTION NATIONALE activité économique «inter-state» tombait sous la juridiction du gouvernement de Washington.Avec ce jugement (ref.jugement du Marshall en 1810), les États américains se sont vus vidés de plusieurs pouvoirs que la Constitution américaine leur garantissait.Au seul chapitre de la comparaison Lac Meech-Document fédéral, nous concluons que le gouvernement du Québec se retrouve à la case de départ, et il est tout aussi loin de réintégrer la Constitution canadienne qu\u2019il ne l\u2019était après le coup de force constitutionnel du gouvernement Trudeau de 1982.Aucun premier ministre du Québec ne pourrait consentir à un tel assujettissement du Québec aux dictats des provinces anglophones sans abdiquer ses responsabilités.Mais, il y a plus.D\u2019autres propositions nouvelles contenues dans le document fédéral constituent des reculs importants et substantiels pour le Québec.Une proposition de marché commun inacceptable Qu\u2019en est-il des autres dispositions du document fédéral contenant les propositions d\u2019amendements constitutionnels?Certaines ont un grand mérite, prises isolément, mais prises globalement, elles auraient des conséquences économiques importantes, tandis que d\u2019autres pourraient se révéler carrément néfastes à la longue pour le Québec.Outre les dispositions déjà analysées, celle qui affecterait le plus la vie des Québécois et Québécoises de l\u2019avenir est la proposition 14 qui vise à consolider le marché commun canadien.La quadruple liberté de circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux est garantie.De plus, les gouvernements tant fédéral que provinciaux ne pourraient légiférer en vue de réduire cette liberté de circulation.En théorie et prise isolément, une telle clause a du mérite.Cependant, elle aurait pour conséquence pratique de réduire considérablement le pouvoir d\u2019intervention économique et réglementaire du gouvernement du Québec.C\u2019est ainsi, par exemple, que le gouvernement du Québec ne pourrait mettre en œuvre une politique d\u2019achat.Tandis que la réglementation des professions et des entreprises ne devrait pas comporter de dis- LES OFFRES FEDERALES 1485 positions portant entrave à la libre circulation des personnes et des capitaux.Ne subsisteraient à la longue que la péréquation fédérale et les programmes de développement régional pour amoindrir les pressions économiques à la mobilité de la main-d\u2019œuvre.Or, une telle mobilité à l\u2019intérieur de l\u2019espace économique canadien, n\u2019a pas nécessairement les mêmes conséquences pour un Québécois francophone que pour un Canadien anglophone.À cause du peu d\u2019institutions francophones à l\u2019extérieur du Québec, un déplacement à l\u2019extérieur du Québec est parfois synonyme d\u2019émigration, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un déplacement au-delà de l\u2019Ontario ou du Nouveau-Brunswick.Au siècle dernier et au début du vingtième siècle, à l\u2019époque où le Québec n\u2019avait pas de gouvernement efficace en matières économiques, il s\u2019est produit des exodes importants de population, surtout vers les régions industrialisées du Nord-Est des États-Unis.Au cours de la décennie 1880-1890, par exemple, le Québec subit un exode de 10,7 pourcent de sa population vers les États-Unis.En fait, de 1840 à 1931, le surplus de main-d\u2019œuvres agricole dans un Québec non-industrialisé obligea 900,000 Québécois à s\u2019expatrier vers les usines de textile de la Nouvelle-Angleterre et les explorations forestières des Grands Lacs.1 Afin d\u2019être en mesure de contrer les effets d\u2019une détérioration économique, et les exodes de population, un gouvernement du Québec doit pouvoir appliquer des politiques économiques appropriées.Dans cette perspective, un gouvernement du Québec ne pourrait endosser la proposition 14 du document fédéral qu\u2019à la condition d\u2019un transfert important de pouvoirs économiques (taxation, subventions, emprunts, réglementation professionnelle ou financière, politiques salariales, politiques influençant la productivité et la compétitivité des entreprises.etc.).Or, le document fédéral propose justement le contraire.Voir, Yolande Lavoie, L'émigration des Québécois aux États-Unis de 1840 à 1930, Etudes et documents, Conseil de la langue française, Gouvernement du Québec, 1979, p.45. 1486 L'ACTION NATIONALE La municipalisation des provinces Le document fédéral dépouillerait le gouvernement du Québec de la plupart de ses pouvoirs en matières économiques et financières de trois façons.Premièrement, toute action le moindrement discriminatoire en faveur des producteurs du Québec serait invalidée (prop.14).Deuxièmement, le gouvernement fédéral centraliserait à Ottawa les pouvoirs d\u2019intervention économique (prop.15 et 22).Troisièmement, un mécanisme d\u2019harmonisation des politiques budgétaires provinciales serait établi sous l\u2019autorité d\u2019un Conseil de la fédération opérant selon la règle du 7/50, c\u2019est-à-dire sans l\u2019accord nécessairement du Québec.En d\u2019autres termes, le gouvernement du Québec, responsable de la gestion de l\u2019État du Québec selon la terminologie de l\u2019ancien premier ministre Jean Lesage, serait graduellement ramené à ce qu\u2019il était avant les années \u201930 ou même il y a cent ans.Il n\u2019aurait guère plus de pouvoirs d\u2019intervention économique et financière qu\u2019un gros gouvernement municipal.La Banque du Canada et la politique monétaire Une autre disposition du document fédéral qui a des relents d\u2019avant 1930 et même d\u2019avant le vingtième siècle, est le mandat étroit qui serait confié à la Banque du Canada de ne préserver que la seule stabilité des prix.Alors qu\u2019aux États-Unis et dans la plupart des grands pays industrialisés, la Banque centrale doit non seulement garder un œil sur l\u2019évolution des prix et sur le pouvoir d\u2019achat de la monnaie, mais doit aussi sinon tout autant contribuer à stabiliser l\u2019activité économique générale et l\u2019emploi, au Canada nous reviendrions de facto, à un régime monétaire apparenté à l\u2019étalon-or d\u2019avant 1914.Les banques centrales modernes ne sont pas des organismes placés sur le pilotage automatique, mais surveillent constamment l\u2019évolution du crédit et de l\u2019endettement dans l\u2019économie, l\u2019évolution des taux d\u2019intérêt réels, l\u2019évolution du taux de change réel de la monnaie, l\u2019évolution de la masse monétaire réelle, l\u2019évolution de l\u2019activité économique générale LES OFFRES FEDERALES 1487 et du taux de chômage, en plus d\u2019agir en tant qu\u2019agent fiscal du gouvernement.Au lieu de régionaliser les mécanismes de fonctionnement de la Banque centrale, comme c\u2019est le cas aux États-Unis avec leurs douze banques centrales régionales, le gouvernement Mul-roney-Wilson-Crow propose plutôt de maintenir la centralisation institutionnelle de la Banque du Canada, tout en dissociant la politique monétaire de l\u2019objectif de stabilisation des conditions économiques courantes, pour ne retenir que le seul contrôle du niveau général des prix.En résumé, dans ce schème économique du dix-neuvième siècle, les gouvernements provinciaux seraient de grosses municipalités pouvant au besoin être mises financièrement en tutelle par Ottawa, et la Banque du Canada n\u2019aurait aucune responsabilité explicite de contribuer à la stabilité de l\u2019activité économique et du chômage, et se contenterait de seulement combattre les pressions inflationnistes par le contrôle du crédit et de la monnaie.Avec un tel programme de désengagement économique et financier, ce ne sont pas seulement des exodes de population du Québec qui seraient à craindre, mais des exodes de population du Canada vers les États-Unis, là où le développement industriel, la croissance économique et la création d\u2019emplois demeurent des objectifs à atteindre et auxquels la Banque centrale doit contribuer.On comprend mieux, à la lecture de ce document constitutionnel la mentalité des fonctionnaires et politiciens fédéraux qui l\u2019ont rédigé, et pourquoi la Banque du Canada s\u2019appliquent systématiquement depuis deux ans à saboter l\u2019Accord de Libre-échange avec un dollars canadien de 10 à 15 pour cent surévalué.Un système d\u2019apartheid pour les autochtones?Une autre proposition du document fédéral qui est de nature à réduire les pouvoirs du gouvernement du Québec est l\u2019idée très contestable que la reconnaissance des droits historiques des autochtones passe par l\u2019autonomie gouvernementale 1488 L\u2019ACTION NATIONALE territoriale (prop.4).En effet, puisqu\u2019il ne peut y avoir de gouvernement autonome sans territoire, la proposition fédérale équivaudrait à morceler le territoire des provinces canadiennes, afin de créer des enclaves à 1 \u2019 intérieur desquelles une juridiction autochtone autonome s\u2019exercerait.Une telle proposition ne peut illustrer mieux la faillite intellectuelle des milieux politiques et bureaucratiques à Ottawa.Au lieu de viser à l\u2019égalité démocratique de tous les citoyens devant les lois, on tend plutôt à créer des ghettos politiques de nature raciale, et à établir un régime permanent de contestations et de conflits en ce qui a trait à l\u2019accès et à la propriété des ressources.Malgré leur petit nombre, les autochtones du Canada seraient constitutionnellement placés dans une position de force pour extraire le maximum de rentes économiques sur tout projet de développement des ressources (pétrole, électricité, mines.etc.).Sur un même territoire provincial, il y aurait deux catégories de citoyens: ceux qui contrôlent les ressources et en extraient les rentes, et les autres, privés de la liberté d\u2019accès aux ressources et juste bons à payer des taxes et des impôts.Toute la question des droits des autochtones n\u2019a pas été suffisamment étudiée.Et on doit se demander si la solution de l\u2019apartheid est vraiment la meilleure solution dans une société démocratique fondée sur le droit.Est-ce qu'un citoyen peut avoir des droits sans avoir les responsabilités?Le droit de propriété et la clause nonobstant Mentionnons finalement pour être complet, deux autres dispositions du document fédéral qui sont susceptibles de porter préjudice au Québec.Même si l\u2019insertion du droit de propriété dans la constitution peut se justifier à plus d\u2019un égard, cette clause réduirait la portée du pouvoir qu\u2019ont les provinces de légiférer en matières de «propriété et de droits civils» (art.92(13) de l\u2019AABN).Par conséquent, il est possible qu\u2019une telle clause, si elle avait existé, aurait rendu plus difficile la nationalisation de l\u2019électricité au Québec en 1962.Une telle disposition, en effet, renforcerait le pouvoir des tribunaux par rapport à celui des parlements.En termes concrets, il est probable dans LES OFFRES FÉDÉRALES 1489 un tel contexte que le gouvernement Lesage aurait difficilement pu mettre en marche la Révolution tranquille de Québec au début des années \u201960 dans le domaine économique.Un autre exemple historique est l\u2019imposition d\u2019un embargo à l'exportation du bois brut en 1905 par le gouvernement Gouin, afin d\u2019encourager l\u2019installation d\u2019usines à papier et d\u2019industrialiser le Québec afin de renverser les exodes de population vers les régions industrialisées du Nord des États-Unis et de l\u2019Ontario.Avec le projet constitutionnel du gouvernement Mulroney, le gouvernement fédéral pourrait bloquer une telle initiative du Québec sous prétexte que cela réduit ou bien les droits de propriété, ou bien l\u2019efficacité de l\u2019union économique canadienne.Avec la constitutionnalisation du droit de propriété, il est logique de croire que les tribunaux s\u2019inspireraient de la philosophie fondamentale de la constitution pour limiter davantage les pouvoirs d\u2019intervention des gouvernements provinciaux en matières économiques.Un troisième exemple historique est l\u2019accord Pearson-Le-sage sur la création du Régime des rentes du Québec et l\u2019institution de la Caisse de dépôt en 1965.En effet, la philosophie première des changements constitutionnels proposés par le gouvernement canadien est de centraliser les principaux pouvoirs économiques d\u2019intervention sous son contrôle.La décentralisation financière que représente la création de la Caisse de dépôt aurait été contraire à cette philosophie centralisatrice et le gouvernement fédéral s\u2019y aurait sans doute opposé.Finalement, soulignons que la proposition à l\u2019effet que les législatures ne pourront se prévaloir de la clause dérogatoire, dite clause nonobstant, sans une majorité parlementaire de 60 pourcent diminue encore davantage la portée de cette clause et, partant, les prérogatives de l\u2019Assemblée Nationale du Québec et des autres législatures provinciales, lesquelles avaient exigé que cette clause fut incluse dans l\u2019entente constitutionnelle de 1982.Conclusions Quand on analyse et dissecte chacune des propositions d'amendements constitutionnels du gouvernement fédéral, et 1490 L'ACTION NATIONALE qu\u2019on en fait un portrait d\u2019ensemble, on ne peut faire autrement que conclure que le document fédéral dans la perspective de l\u2019avenir du Québec, est incroyablement mauvais.C\u2019est un document qui reflète une philosophie du dix-neuvième siècle concernant la gestion de l\u2019économie.C\u2019est un document qui vise à concrétiser la minorisation définitive du Québec à l\u2019intérieur de l\u2019empire politique canadien.C\u2019est un document qui propose de vider le gouvernement du Québec de tout pouvoir efficace d\u2019intervention économique, c\u2019est un document qui propose une centralisation sans précédent en temps de paix des pouvoirs économiques à Ottawa, tout en retirant à la Banque du Canada sa responsabilité en matière de stabilisation économique.C\u2019est un document qui est un recul sur des points majeurs que le gouvernement du Québec avait considéré comme essentiels lors de l\u2019Accord du Lac Meech.C\u2019est un document, finalement, qui ramène les prérogatives particulières du Québec à moins qu\u2019elles ne l\u2019étaient il y a 125 ans.Si le gouvernement fédéral décidait d\u2019aller de l\u2019avant avec ces changements constitutionnels sans l\u2019appui de la population du Québec et sans l\u2019assentiment de l\u2019Assemblée Nationale du Québec, en s\u2019appuyant seulement sur l\u2019approbation de sept provinces anglophones représentant cinquante pourcent de la population canadienne, comme l\u2019article 38 de l\u2019Acte constitutionnel de 1982 le lui permet, nous serions confrontés à un deuxième coup d\u2019état constitutionnel perpétré contre le Québec en moins de quinze ans.Aucun premier ministre du Québec ni aucun gouvernement du Québec ne peut légitimement prendre le document fédéral comme base de départ de négociations constitutionnelles afin d\u2019amener le Québec à accepter librement la Constitution de 1982.Le document ne vise pas à réparer l\u2019injustice faite au Québec en 1982.Il vise plutôt à poursuivre l\u2019œuvre déstabilisatrice et impériale du gouvernement Trudeau de 1982.Le document fédéral se situe à des kilomètres - lumière de l\u2019esprit et de la philosophie de l\u2019Accord du lac Meech de 1987, lequel visait «à assurer la participation pleine et entière du Québec à l\u2019évolution constitutionnelle du Canada».Avec ses propositions constitutionnelles provocantes, le gouvernement LES OFFRES FÉDÉRALES 1491 fédéral «retourne les tables» contre le Québec et le défie presque ouvertement de s\u2019auto-déterminer ou de se ranger.Prises globalement, les propositions constitutionnelles du gouvernement Mulroney apparaîtront à une majorité de Québécois comme une provocation à l\u2019endroit d\u2019un Québec déjà humilié par le coup de force constitutionnel de 1982.? La question constitutionnelle québécoise: réflexions sur l\u2019avenir politique du Québec Andrée Lajoie* professeure Faculté de Droit Université de Montréal Note préliminaire Deux mises en garde s\u2019imposent.La première vise le fait qu 'il est rare dans notre milieu, comme partout ailleurs, de trouver des personnes compétentes dans tous les domaines, sans même parler d\u2019expertise dans des champs aussi variés que le partage des compétences constitutionnelles, l\u2019histoire des institutions comparées, la succession d\u2019État, l\u2019anthropologie ou la sociologie de l\u2019identité collective, l\u2019économie, les finances, le commerce, la fiscalité et les politiques monétaires.Aussi vaut-il mieux porter tout de suite notre attention vers une deuxième mise en garde, relative au postulat de scientificité que l'on pourrait prêter au débat constitutionnel.L\u2019appel à des experts peut en effet mener à croire que le choix du statut constitutionnel d\u2019un pays procéderait selon une logique déductive, et qu \u2019il y aurait moyen de prouver par expertise la supériorité d\u2019une solution sur une autre.Soyons plus modestes et admettons sincèrement qu\u2019il s'agit d\u2019un processus politique, auquel il n\u2019y a d\u2019ailleurs aucune honte et qui n\u2019est en rien inférieur à une expertise.Il s\u2019agit de deux modes de raisonnement qui ne sont pas interchangeables.Version révisée d un mémoire présenté à la Commission sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec. LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE QUÉBÉCOISE 1493 Je pose donc ma contribution, qui ne saurait différer à cet égard de celle de mes collègues, comme rhétorique et visant à proposer des arguments raisonnés pour une solution politique.Les principaux problèmes relatifs au statut politique et constitutionnel du Québec Pour répondre globalement au départ, je dirais que le Québec n\u2019a pas les moyens constitutionnels de ses politiques.Plus précisément, il n\u2019a pas les moyens nécessaires pour mettre en œuvre ses politiques et surtout pour affirmer, maintenir et développer son identité politique.Absence de contrôle On pourrait énumérer une liste interminable de domaines dans lesquels le caractère distinct de la société québécoise ne peut s\u2019affirmer à l\u2019intérieur du cadre et de la pratique constitutionnels actuels: l\u2019immigration, la langue et le développement culturel, l\u2019environnement, l\u2019aménagement du territoire, les politiques sociales, l\u2019enseignement, plus particulièrement universitaire; les droits collectifs et plus particulièrement syndicaux; les politiques économiques notamment en matière de main-d\u2019œuvre; l\u2019exportation, surtout en ce qui concerne les ressources naturelles; les politiques monétaires, notamment le taux d\u2019intérêt et le taux de change avec l\u2019étranger.On conçoit aisément qu\u2019en l\u2019absence de contrôle véritablement exclusif sur des matières de cette envergure, une société ne peut pas se prétendre distincte ou, en tout cas, se maintenir telle bien longtemps sans se payer de mots.Comment imaginer qu\u2019on puisse développer ou même maintenir des caractéristiques sociétales distinctes quand, sur des matières comme celles-là, la compétence législative, \u2014 si c\u2019est encore de cela dont il s\u2019agit \u2014 ne peut s\u2019exercer qu\u2019à l\u2019intérieur de paramètres prédéterminés selon des valeurs d\u2019une autre société, selon les contraintes soit du texte constitutionnel lui-même, soit des interprétations judiciaires qui l\u2019accompagnent inévitablement, soit de pratiques constitutionnelles alégales, telles les ententes fédérales-provinciales auxquelles nous avons nous-mêmes consentis? 1494 L'ACTION NATIONALE Je pourrais évoquer plus longtemps sur chacune de ces matières individuelles et, sur certaines d\u2019entre elles, je l\u2019ai fait ailleurs.Mais l\u2019exercice ne serait pas utile dans le cadre de cet article.Car, sans même s\u2019arrêter sur la futilité d\u2019entretenir le moindre espoir de faire accepter une telle liste par quelques négociations que ce soit avec le Canada anglais après Meech, il faut voir que c\u2019est aussi autrement que se pose l\u2019inadéquation du fédéralisme à la situation politique actuelle du Québec.L\u2019inadéquation du fédéralisme D\u2019une part, en effet, quel que soit le soin avec lequel on établit au départ le partage des compétences dans une constitution fédérale, et même pendant la période relativement courte des débuts d\u2019une constitution où ce partage répond encore aux exigences sociétales relativement inchangées qui l\u2019ont suscité, le fédéralisme a toujours ceci de particulier que les compétences qu\u2019il attribue aux différents ordres législatifs ne sont jamais vraiment étanches par la suite au regard des tribunaux qui sont forcés de déterminer quels aspects spécifiques de la réalité concrète peuvent faire l\u2019objet de normes émanant de chacune des autorités concernées.Même sans tenir compte des forces centripèdes intrinsèques à la société canadienne, qui n\u2019aurait nul besoin du fédéralisme s\u2019il ne s\u2019agissait d\u2019aménager ses rapports avec le Québec, il n\u2019est pas possible de chercher la solution dans l\u2019attribution au Québec d\u2019une liste quelconque de compétences, si étendues soient-elles et si longue soit la liste, puisque ces compétences ne sont jamais «exclusives» que de nom et ne sortent jamais intactes de la passoire jurisprudentielle.Mais, d\u2019autre part, et c\u2019est beaucoup plus important, la forme fédérale, quelles que soient les modalités de superstructure qu\u2019elle aménage, est surtout utile comme modèle ultime de décentralisation dans une société homogène répartie sur un vaste territoire.En l\u2019absence d\u2019une volonté collective exceptionnelle, manifestement absente ici, elle ne saurait résoudre les divergences qui la suscitent.Au Québec, la fédération canadienne ne correspond pas à l\u2019identité politique de la collectivité, ne s\u2019ancre dans aucun sentiment d\u2019appartenance et ne saurait permettre le maintien et le développement d\u2019une identité socié- LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE QUEBECOISE 1495 taie distincte.Car l\u2019ordre politique comme dans plusieurs autres, le tout dépasse la somme des parties, et les rapports d\u2019ordre symbolique qu\u2019un peuple entretient avec l\u2019État qui matérialise son identité font partie du substrat nécessaire à sa santé politique et à son développement.Des liens économiques nécessaires On m\u2019objectera le processus d\u2019intégration fédérative auquel se livre actuellement l\u2019Europe de l\u2019Ouest et la nécessité de liens économiques avec des ensembles plus étendus que le marché intérieur québécois.Pour répondre à la seconde objection en premier, il est bien évident que l\u2019indépendance ne peut pas signifier l\u2019autarcie économique et que le Québec a besoin de liens économiques avec des marchés plus vastes, plus vastes d\u2019ailleurs que le Canada, et cela dès maintenant et quel que soit son statut.Mais il ne me semble pas utile de «constitutionnaliser» ces liens et je ne vois ce qui empêche de les consigner tout simplement dans des ententes ou des traités à terme, relevant plutôt du droit international, solution qui offre le double avantage de préserver et la souveraineté du pays, et la souplesse de liens que le réalisme économique conduit à vouloir modifiables au gré de l\u2019évolution de la conjoncture.Mais il faut s\u2019arrêter aussi à l\u2019exemple de la Communauté européenne pour dissiper le malentendu sur lequel repose cette comparaison souvent évoquée.Faut-il rappeler que les pays qui se sont engagés dans cette aventure, car c\u2019en est une, ont au départ des siècles d\u2019histoire, où s\u2019est définie et aguerrie leur identité nationale.Leur population, sauf peut-être celles des îles britanniques, éprouve par ailleurs dans l\u2019ensemble, un sentiment d\u2019appartenance croissant à l\u2019égard de l\u2019ensemble européen, et le mouvement favorable à l\u2019intégration est partout perceptible.Ce ne sont pas là des atouts négligeables pour le succès éventuel d\u2019une telle entreprise, et rien n\u2019indique que, contrairement au contexte européen, ils soient présents ici.Au surplus, il faut bien voir que la connaissance qu\u2019ont les Européens de l\u2019ouest de la vie politique et constitutionnelle en fédération, est tout entière empruntée à leurs lectures et à leurs 1496 L\u2019ACTION NATIONALE souvenirs touristiques, principalement des États-Unis et du Canada, (caron ne peut pas imaginer qu\u2019ils se soient sentis inspirés par l\u2019Europe de l\u2019est.), mais il se pourrait bien que ce soit nous cette fois, \u2014 et sans doute aussi les Européens de l\u2019est, dont on ne parle pas assez à mon avis dans cette comparaison \u2014, qui écrivions les scénarios de science politique fiction que l\u2019Europe de l\u2019ouest s\u2019apprête à vivre, si les institutions de la Communauté se constitutionnalisent, si le Parlement européen et la Banque centrale jouent pleinement le rôle qui leur est offert, bien malin qui dira où en seront les pays membres dans un quart de siècle, et pourquoi il faudrait les suivre sur un terrain dont nous avons toutes les raisons que donne l\u2019expérience de connaître mieux qu\u2019eux les embûches.La plénitude des compétences On aura certes compris que j\u2019estime que le Québec doit jouir à titre de pays indépendant de la plénitude des compétences qui constituent la souveraineté des États reconnus comme tels par la communauté internationale et n\u2019en partager aucune avec d\u2019autres pays.Pour les raisons déjà exposées, à l\u2019exception de tribunaux internationaux ou bipartites pour l\u2019adjudication de traités, aucune structure politique de nature à mitiger la souveraineté politique du Québec ne devrait à mon avis être instituée ni surtout «constitutionnalisée».En revanche, pourvu qu\u2019elles n\u2019entament pas la souveraineté, toutes les ententes qui paraîtront utiles à nos intérêts collectifs et nationaux, notamment en matière de développement culturel et économique, pourront être consignées dans des instruments internationaux, signés avec les pays de notre choix qui y consentiront, y compris, mais pas uniquement il va sans dire, le Canada, et cela sur des objets aussi limités ou aussi vastes qu\u2019il conviendra et pour les périodes de temps qui paraîtront indiquées dans la conjoncture.Je ne vois aucune raison valable de limiter d\u2019avance dans l\u2019espace ou de soumettre au consentement d\u2019autres collectivités, nos choix de partenaires économiques ou culturels, ni de nous priver de la marge de manoeuvre dont dispose tout pays souverain pour se retirer de traités ou d\u2019ententes qui ne conviennent LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE QUÉBÉCOISE 1497 plus aux intérêts qu\u2019ils devaient servir.Rien n\u2019oblige à recommencer l\u2019opération de 1867 et à «couler dans le béton» constitutionnel, selon l\u2019expression populaire, un partage de compétences dont on peut sans peine imaginer la désuétude rapide, au rythme où l\u2019histoire se déroule.Mieux vaut garder nos options ouvertes, et voir venir avec le maximum de souplesse, ce que tout partage des compétences rend impossible à cause de la lourdeur du processus d\u2019amendement constitutionnel.À propos de la maonnie Je voudrais cependant m\u2019attarder sur le cas de la monnaie commune, que beaucoup estiment devoir maintenir au-delà du seuil de notre désengagement à l\u2019égard du Canada.Je ne suis pas économiste.Toutefois, sans émettre d\u2019opinion définitive dans ce domaine qui n\u2019est pas le mien, j\u2019aimerais faire quelques remarques à ce sujet.Une monnaie commune, ce n\u2019est pas une compétence constitutionnelle; c\u2019est plutôt l\u2019objet partiel d\u2019une compétence qui, pour être efficace dans ce domaine, doit englober l\u2019ensemble de la politique monétaire et présuppose, je crois, l\u2019existence d\u2019institutions politiques communes, au moins sous la forme de Banque centrale.Les politiques monétaires, \u2014 qui comprennent au moins, si ma mémoire est bonne, le contrôle de la masse monétaire, du taux d\u2019intérêt, du taux d\u2019escompte des débentures de l\u2019État, et du taux de change avec l\u2019étranger \u2014, font l\u2019objet d\u2019un débat chez les économistes quant à leur efficacité quand il s\u2019agit de corriger les problèmes économiques sérieux.Tous, en revanche, peuvent constater qu\u2019elles ont des effets secondaires souvent indésirables comme le démontre la récession récente, que l\u2019on qualifie de «made in Canada» à partir de la seule augmentation des taux d\u2019intérêts par la Banque du Canada.Ce n\u2019est qu\u2019un exemple et n\u2019importe quel professeur de macro-économie ou d\u2019échanges internationaux pourra beaucoup mieux que moi disserter sur les effets secondaires, bénéfiques ou nocifs de ces diverses politiques monétaires dans une conjoncture donnée.Dans ces circonstances, un pays qui veut conserver le contrôle de son économie, dont dépendent toutes ses autres politiques, culturelles aussi bien que sociales, ne devrait pas à mon avis abandonner même partiellement à un organisme com- 1498 L'ACTION NATIONALE mun le pouvoir de gérer ces politiques qui ne sont jamais neutres.Il me paraîtrait beaucoup plus sage et moins dangereux de nous engager à maintenir notre monnaie dans un écart inférieur et supérieur maximum prédéterminé à l\u2019égard d\u2019une autre monnaie de notre choix, qui pourrait être le dollar canadien ou américain, ou même éventuellement l\u2019ECU européen.Cette solution, parfois désignée par l\u2019expression «serpent monétaire», offrirait le triple avantage de ne pas requérir le consentement du pays dont la monnaie nous servirait d\u2019étalon et de sécuriser les investisseurs en régularisant le cours de notre monnaie, sans nous lier à l\u2019avance à des politiques monétaires décidées au moins partiellement par d\u2019autres.Car cette dernière solution ne comporte, pour reprendre le langage juridique, qu\u2019une obligation de résultat, \u2014 maintenir la monnaie à un cours, flottant s\u2019il le faut, mais relativement stable par rapport à une monnaie présumée plus forte \u2014 par les moyens de notre choix.L\u2019alternative d\u2019une véritable monnaie commune implique en plus le consentement du pays visé, une obligation supplémentaire, de moyens celle-là, choisis hors de notre contrôle, et la création d\u2019une ou de plusieurs institutions politiques communes, dont l\u2019autorité rejoindrait tous les aspects de la vie quotidienne.Les impacts sur le maintien et la promotion de l\u2019identité québécoise L\u2019identité québécoise est certes d\u2019abord culturelle, mais elle n\u2019est pas seulement cela, du moins dans le sens étroit du mot culture et à moins d\u2019y inclure l\u2019agencement de tous les modes de vie.Dans ces conditions, l\u2019accession à la pleine maîtrise, dans 1 \u2019indépendance, non seulement de la souveraineté culturelle au sens étroit où elle couvre la langue, les lettres et les arts, mais aussi les moyens économiques de les développer, est non seulement utile mais essentielle au maintien et à la promotion de l\u2019identité québécoise.Sur cette indissociable interrelation des compétences économiques et culturelles, je me permettrai ici une longue citation d\u2019un texte intitulé «Les attitudes changeantes du Québec à l\u2019égard de la Constitution de 1867», que feu Jean Beetz faisait paraître en 1965: LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE QUÉBÉCOISE 1499 Les Québécois, individuellement et collectivement, (.) ont appris que les valeurs culturelles devaient s'incarner et qu\u2019elles étaient condamnées à s\u2019étioler si elles n\u2019étaient pas stimulées, appuyées, par des ressources abondantes.Ils se sont rendus compte qu\u2019il est impossible que la collectivité, comme les individus, progresse dans les arts et les sciences et périclite dans l\u2019industrie, le commerce, les finances et la politique et qu\u2019il était tout aussi impossible qu\u2019une société réussisse dans ses entreprises matérielles sans que son activité spirituelle en profite.Observant autour d\u2019eux, ils ont appris une leçon pourtant élémentaire savoir, qu\u2019avec de l\u2019argent l\u2019on peut acheter des œuvres d\u2019art et constituer un musée, qu\u2019avec de l\u2019argent l'on peut subventionner le théâtre, qu\u2019avec de l\u2019argent l\u2019on peut activer la recherche scientifique, qu\u2019avec de l\u2019argent l\u2019on peut développer une université, qu\u2019avec de l'argent l\u2019on peut importer des talents.Ils commencent d\u2019admettre que les arts, les sciences, et les lettres se nourrissent aussi de nourriture terrestre.Comparant leurs propres institutions culturelles, scientifiques, ou éducatives avec les institutions de la même nature qui appartenaient à la majorité hors du Québec et dans le Québec, ils ont constaté qu\u2019elles étaient inférieures à ces dernières, et qu\u2019ils étaient vaincus sur le terrain même où ils avaient pu espérer garder des avantages.Ils ont appris bien d\u2019autres choses encore.Par exemple, qu\u2019avec de l\u2019argent, en Amérique, l\u2019on peut décrotter une famille en moins de trois générations et en faire accéder les membres à la classe dirigeante.Par exemple, qu\u2019il y a des chances que l\u2019on fasse de la meilleure politique avec beaucoup d\u2019argent qu\u2019avec peu, mais surtout qu\u2019un même gouvernement doit être responsable du prélèvement et de la perception de l\u2019argent qu\u2019il dépense, s\u2019il ne veut pas prendre des habitudes de femme entretenue.Ils croient que les richesses proviennent de la croissance de l\u2019économie, qu'elle réside dans l\u2019industrie, le commerce, et le capital.Mais ils possèdent peu de capitaux, et ils ne détiennent que partiellement les moyens de réglementer l\u2019industrie et le commerce et de contrôler le rythme de la croissance économique1.1.Dans P.-A.Crépeau et C.B.MacPherson, L\u2019avenir du fédéralisme canadien, (The Future of Canadian Federalism), Montréal, Toronto, Les Presses de l'Université de Montréal/University of Toronto Press, 1965, pp.125-126. 1500 L\u2019ACTION NATIONALE Si tout était déjà si clair il y a un quart de siècle pour un constitutionnaliste si peu suspect qu\u2019il a dans l\u2019intervalle siégé à la Cour suprême du Canada à l\u2019invitation de Pierre Elliott Trudeau, comment ne pas voir aujourd\u2019hui jusqu\u2019à quel point l\u2019identité québécoise est liée au contrôle total de notre économie, qui ne saurait venir que de l\u2019indépendance?En plus de la maîtrise de l\u2019économie, deux autres éléments absents de la solution fédérale conforteraient l\u2019identité québécoise avec l\u2019avènement de l\u2019indépendance.Il s\u2019agit de la visibilité internationale à titre de pays et, dans un autre ordre d\u2019idées, de la responsabilité des élus politiques.Le premier se conçoit comme une évidence.Le second mérite d\u2019être énoncé.Dans un cadre où les compétences, et par conséquent les responsabilités politiques sont partagées, diffuses, entremêlées, il est toujours possible aux responsables politiques fédéraux et provinciaux de se renvoyer la balle et de se rendre mutuellement responsables des crises et des échecs.Quand le pouvoir est unifié et que chacun sait où il loge, l\u2019utilisation normale du processus démocratique mène à la maturation politique d\u2019un peuple et renforce son identité: car sur ce plan, les collectivités ne diffèrent pas tellement des individus, dont les crises d\u2019identité se résolvent rarement dans l\u2019irresponsabilité.Les impacts sur le maintien et la promotion du niveau de vie des Québécois Je répète que je ne suis pas économiste.Mais la pratique quotidienne de la critique des sciences sociales, notamment juridiques, me permet d\u2019apercevoir les limites qui séparent la science économique de la science fiction, et elles me paraissent se situer nettement en-deça d\u2019une prédiction valable et précise, ou même d\u2019une appréciation globalement juste des impacts de l\u2019indépendance sur le niveau de vie des Québécois, en tenant compte au surplus des aspects économiques, commerciaux, fiscaux, financiers et monétaires.Tout au plus peut-on poser certaines hypothèses, à court et à moyen terme.Il ne me paraît pas que la réalité des échanges économiques puisse être indépendante des besoins tels que perçus à une LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE QUEBECOISE 1501 époque déterminée dans une société donnée, et rien n\u2019indique que cette perception et ces besoins changeraient du seul fait de l\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance.À partir de là, je n\u2019imagine pas que les milieux d\u2019affaires canadiens-anglais mettent longtemps les désaccords politiques et le sentiment de rejet devant les considérations plus pratiques et profitables qui les gouvernent généralement, d\u2019ailleurs à bon droit.À moyen terme, on peut donc croire que, les soubresauts d\u2019humeur passés, les relations économiques avec ce marché, qui n\u2019est pas le seul qui nous est accessible, reprendront normalement, car le marché québécois gardera néanmoins le même attrait pour les investisseurs, comme l\u2019ont d\u2019ailleurs fait savoir de nombreux commentateurs financiers américains et canadiens.Peut-on imaginer au-delà de cela des effets bénéfiques sur l\u2019économie du seul fait de l\u2019indépendance, médiatisés par une identité québécoise mieux affirmée, une nouvelle fierté internationale?Sans doute, mais pas nécessairement.Les incertitudes fédérales Mais, et c\u2019est là le plus important, on ne peut rien prédire non plus de plus précis sur ce qu\u2019il adviendra du niveau de vie des Québécois s\u2019ils demeurent à l\u2019intérieur de la fédération canadienne.Depuis le temps qu\u2019ils s\u2019y essayent, si les économistes pouvaient prédire l'avenir, ça se serait su: mais même l\u2019avenir du cours de la Bourse leur échappe souvent, sans parler de la survenance des crises économiques, que les plus visibles d\u2019entre eux n\u2019osent même pas nommer quand elles sont déjà là.Les économistes ne sont d\u2019ailleurs pas seuls dans cette situation et les juristes, pour ne nommer qu\u2019eux, ne sont pas meilleurs devins: par définition, la moitié des avocats qui entrent au Palais le matin en ressortent le soir ayant perdu leur cause et, à moins de prétendre qu\u2019ils ont tous sciemment trompé leurs clients sur l\u2019issue probable du litige, il faut admettre qu\u2019ils n\u2019ont pu prédire la solution que choisirait le juge.Les objectifs véritables des disciplines scientifiques ne sont d\u2019ailleurs pas non plus de l\u2019ordre de la prophétie et la plupart des hommes et des femmes de science admettent pouvoir donner plus souvent des explications post-factum que des prédictions valables. 1502 L\u2019ACTION NATIONALE Devant la vulnérabilité de la conjoncture économique à une profusion de variables psychologiques et politiques en provenance d\u2019intervenants qu\u2019aucun pays ne saurait toutes contrôler, ce que l\u2019on peut espérer de mieux, c\u2019est qu\u2019un Québec indépendant reconnaisse ses intérêts correctement, les poursuive par les moyens les moins incertains et corrige son tir au fur et à mesure de l\u2019évolution de la conjoncture.En résumé, la presque totalité des changements que l\u2019indépendance du Québec pourrait provoquer dans la réalité économique, sont d\u2019ordre psychologique et politique et se rangent parmi les facteurs les moins susceptibles de prévision.Mais l\u2019impact de la non-accession à l\u2019indépendance n\u2019est pas mieux connu et pourrait être au moins aussi sérieux en décourageant les initiatives reliées au développement de l\u2019identité québécoise.Les implications sur le statut politique et constitutionnel Sur le choix du processus à l\u2019indépendance, je favorise une démarche légitime dans l\u2019ordre international, soit une déclaration unilatérale d\u2019indépendance obligatoirement précédée d\u2019un référendum.Suite à cette déclaration, l\u2019Assemblée législative du Québec, désormais pays souverain dès sa reconnaissance par la communauté internationale, adopterait deux lois valides dans le nouvel ordre juridique résultant de l\u2019accession du Québec à l\u2019indépendance.La première viserait la création d\u2019une constituante, qui pourrait être l\u2019Assemblée elle-même ou bien emprunter les éléments positifs du modèle de la Commission sur le statut politique et constitutionnel du Québec, investie du mandat de préparer une constitution pour la soumettre au peuple dans un délai maximum d\u2019un an.La seconde maintiendrait en vigueur le droit positif existant, y compris le contenu du droit d\u2019origine fédérale antérieur, sauf modification immédiate ou future, et abrogerait tous les éléments de droit constitutionnel reliés au partage des compétences, dès lors toutes investies dans les institutions québécoises correspondantes, qui seraient maintenues telles quelles sauf modification expresse, en attendant la LA QUESTION CONSTITUTIONNELLE QUÉBÉCOISE 1503 ratification par le peuple du projet de constitution en voie d\u2019élaboration par la constituante.Par la suite, les seules négociations constitutionnelles à entreprendre avec Ottawa concerneraient la succession d\u2019État: dette, actif, frontières, etc.Les autres négociations se situent dans le cadre du droit international en vue de la signature de traités ou ententes entre pays souverains, qu\u2019il s\u2019agisse du Canada ou d\u2019autres pays, et ne sont pas destinées à être ultérieurement constitutionnalisées, ni dans une fédération, ni dans aucun autre type de superstructure, mais à rester ce qu\u2019elles sont, des ententes à terme ou révocables selon les modes prévus par le droit international.Expériences historiques pertinentes Compte tenu de ce que j\u2019ai écrit plus haut sur mes réserves à l\u2019égard de l\u2019expérience actuellement en cours en Europe occidentale, aucun autre exemple pertinent ne me semble être survenu depuis la parution de l\u2019ouvrage très complet sur ce sujet de Jacques Brossard, «L\u2019Accession à la souveraineté et le cas du Québec», paru aux Presses de l\u2019Université de Montréal en 1976.J\u2019y réfère les lecteurs.? Fondements d\u2019un projet québécois de société Hélène Tremblay Vice-rectrice à l\u2019enseignement et à la recherche Université du Québec à Rimouski «L\u2019imaginaire d\u2019hier peut devenir le réel d\u2019aujourd\u2019hui ou de demain.» Léon Dion1 A la condition de rêver et de vouloir.Introduction Dans le débat qui s\u2019est engagé sur l\u2019avenir politique et constitutionnel du Québec, il est encore temps de prendre du recul et de reconnaître que les arguments invoqués pour revendiquer un rapatriement plus ou moins large des pouvoirs reposent sur une logique discutable.Pour analyser celle-ci, nous ferons référence à l\u2019expression de «nationalisme réactif».Le nationalisme réactif a essentiellement recours aux frustrations accumulées.Il fait appel à l\u2019incapacité ressentie de faire accepter par le reste du Canada des objectifs prioritaires pour le Québec.En sens inverse, il dénonce l'obligation imposée au Québec par le gouvernement fédéral de se plier à des politiques ou pratiques jugées incompatibles.Il est essentiellement défensif.Il voit dans le nouveau statut du Québec un remède à tous les maux, l\u2019aboutissement d\u2019une lutte à finir.Cette approche présente de nombreux inconvénients.Elle rejette le système en place et véhicule donc un message négatif.1.Léon Dion.Québec 1945-2000: à la recherche du Québec, Québec, P.U.L.1987, p.4. PROJET QUÉBÉCOIS DE SOCIÉTÉ 1505 Comme elle exploite les oppositions entre paliers de gouvernements, elle divise les membres de la population plutôt qu\u2019elle ne les rassemble.Par ailleurs, sa popularité est arbitraire dans la mesure où elle dépend du niveau de tolérance ou d\u2019exaspération de chacun envers les structures politiques en place.L'histoire politique récente de pays comme ceux d\u2019Europe de l\u2019Est tend à démontrer que le nationalisme réactif obtient un large consensus le jour où les citoyens sont convaincus que leur sécurité matérielle ou physique n \u2019est plus garantie, que leurs libertés fondamentales sont menacées.Nous doutons de son efficacité dans une société aussi prospère, libre et ouverte que le Québec.Tout le discours entourant l\u2019avenir constitutionnel du Québec pourrait être repris à partir d\u2019une logique différente.Il dégagerait une vision explicite de l\u2019environnement culturel, social, économique et politique au sein duquel la société souhaite évoluer.Il s\u2019appuierait sur les valeurs qui sont propres au Québec et définirait les objectifs à poursuivre et les moyens à mettre en œuvre afin de réaliser un projet de société2 conforme à ses aspirations.Cette approche écarte les obstacles soulevés par le nationalisme réactif.Elle est constructive parce que tournée vers l\u2019avenir; elle crée une nouvelle dynamique avec le reste du Canada.Elle est un facteur de rapprochement au sein de la population québécoise et elle est susceptible de soulever l\u2019enthousiasme.De plus, et surtout, elle confère au statut politique du Québec le rôle qui lui revient, celui d\u2019instrument devant permettre la réalisation du projet de société en question.Il s\u2019agit d\u2019un véhicule et non d\u2019une fin en soi.Le reste de cet article comprend deux sections.La première constitue le cœur du sujet et explore les grandes lignes d'un projet de société que nous jugeons réaliste.La deuxième section en déduit quelques commentaires susceptibles d\u2019éclairer le débat sur le statut politique du Québec à venir.Kiinon Valaskakis définit un projet de société comme étant «une image articulée et explicite de notre identité collective et du but vers lequel nous voulons nous diriger» dans Le Canada des années 90: effondrement ou renaissance?, Montréal, Publications Transcontinental inc., 1990, p.240. 1506 L\u2019ACTION NATIONALE Éléments d\u2019un projet de société Un projet de société est par définition un projet intégré, cohérent et exhaustif.Il offre une image articulée des caractéristiques dominantes au Québec dans quinze ou vingt ans.Pour ce faire, il fixe les objectifs à atteindre en matière culturelle, économique, sociale et politique, de même que les valeurs collectives sous-jacentes.Les cinq objectifs suivants nous semblent devoir s\u2019inscrire dans le projet de société: 1)\tpromouvoir «le caractère français, la culture, l\u2019histoire et les traditions du Québec»3; 2)\tgarantir un développement orienté de l\u2019économie; ce développement sera fondé sur des secteurs clairement identifiés qui tiendront compte de l\u2019environnement externe et interne du Québec et qui respecteront les valeurs culturelles, morales et écologiques de la société québécoise; 3)\tsoutenir une contribution équilibrée de toutes les régions au développement du Québec; 4)\tassurer une répartition équitable du revenu disponible entre les familles québécoises; 5)\tassurer une croissance démographique correspondant aux préférences réelles de l\u2019ensemble de la société.Quoique davantage axés sur les dimensions économiques du projet, ces cinq objectifs sont évidents et devraient faire consensus.C\u2019est l\u2019interprétation donnée à chacun qui en déterminera l\u2019originalité, le pouvoir d\u2019attraction et de mobilisation auprès de la population québécoise.Avant de reprendre chacun d\u2019eux et de le commenter, nous proposons une liste de valeurs collectives qui seraient promues et sous-tendraient l\u2019ensemble.Les valeurs sous-jacentes au projet de société Avant de concevoir un projet de société, il est indispensable de savoir si les valeurs qu\u2019une société véhicule sont un moteur de changements économiques, politiques et technologi- 3.Kimon Valaskakis.Op.cit., p.249. PROJET QUÉBÉCOIS DE SOCIÉTÉ 1507 ques ou si, au contraire, elles sont mues par ces changements.Le Groupe québécois de prospective4 s\u2019est penché sur la question sans pouvoir trancher, ou plus exactement conclut que les deux alternatives sont possibles.Nous suggérons de voir les valeurs individuelles actuellement à l\u2019honneur comme le résultat plutôt que le moteur des changements qui se sont produits dans la société québécoise depuis quelques décennies.Ces valeurs sont «l\u2019épanouissement personnel, l\u2019autonomie, le plaisir immédiat, l\u2019expérimentation et le bien-être individuel»5.Elles découlent logiquement de l\u2019abondance en biens et services de consommation qui a marqué l'Amérique du Nord depuis la Deuxième Guerre mondiale, de même que de phénomènes comme la hausse des revenus, l\u2019urbanisation et la sécularisation de la société depuis la Révolution tranquille.Elles sont venues supplanter celles plus traditionnelles «d\u2019ordre, d\u2019autorité, d\u2019abnégation et de frugalité»6.Les valeurs collectives En revanche, les valeurs collectives sont à notre avis, source de changement social.Elles doivent être promues délibérément et primer sur les valeurs individuelles7 pour que les objectifs qui viennent d\u2019être énumérés soient atteints.4.\tGROUPE QUÉBÉCOIS DE PROSPECTIVE.Le futur du Québec au conditionnel, Chicoutimi, Gaétan Morin éditeur, 1982.5.\tSimon Langlois.«L\u2019évolution récente des valeurs dans la société québécoise», Action Nationale, vol.80, n° 7, 1990, p.927.6.\tSimon Langlois, op.cit., p.926.7.\tIl n'y a pas de dichotomie entre droits individuels et droits collectifs dans une éventuelle mise à jour de la Charte québécoise des droits.Les droits collectifs traduisent l\u2019obligation qu\u2019une société se donne, à un moment donné de son histoire, de mettre tout en oeuvre afin d'implanter les valeurs qui lui semblent prioritaires.Toutefois, cette poursuite se fait avec l\u2019aide de garde-fous, de limites constituées par les droits individuels.L\u2019image qui nous vient à l\u2019esprit pour réconcilier ces deux concepts est mathématique; il s\u2019agit d\u2019une «maximisation sous contrainte»: chaque société cherche à aller aussi loin que possible dans l\u2019application de certaines valeurs, à les maximiser, sous contrainte du respect des droits individuels.Si l\u2019image est mathématique, sa règle d\u2019application ne l\u2019est évidemment pas.Chaque cas doit être étudié selon ses mérites propres, en fonction de la culture, des préférences, de la «sensibilité» des acteurs en présence.11 y a donc là matière à interprétation. 1508 L\u2019ACTION NATIONALE Les principales valeurs collectives à partager peuvent être regroupées selon qu'il s\u2019agit de valeurs fondamentales ou de valeurs plus spécifiques au projet québécois.La première catégorie de valeurs évoquée concerne: \u2014\tl\u2019avènement d\u2019une démocratie véritable et plus responsable, une «cité de la libre discussion, de la libre confrontation.une société éthique par opposition aux fascismes durs et aux libéralismes mous»8; \u2014\tla justice sociale, qui passe par une distribution équitable des revenus, par le respect des valeurs et de la culture propres à autrui, par un accès et un traitement identique devant la loi; \u2014\tla négation de tout pouvoir fondé sur la relation dominant/dominé, sur la violence, la xénophobie et le racisme.Les valeurs collectives plus spécifiques au projet québécois touchent: \u2014\tla sauvegarde d\u2019un passé pacifique autant à l\u2019intérieur qu\u2019envers les pays étrangers; \u2014\tle partage du pouvoir, dans toutes les sphères de prise de décision, comme condition d\u2019épanouissement et de responsabilisation des individus; \u2014\tun altruisme profond, une générosité véritable qui déborde du cadre des institutions philanthropiques et bénévoles, et qui ne naît pas d\u2019un sentiment de culpabilité ou d\u2019un sens du devoir; \u2014\tla primauté des intérêts collectifs sur les intérêts individuels; \u2014\tune confiance absolue dans les vertus de la créativité, de l\u2019imagination, comme sources premières de progrès collectif; \u2014\tune foi inébranlable dans le potentiel du Québec à atteindre ses objectifs, dans les vertus de l\u2019excellence vue comme la poursuite du progrès permanent plutôt que le l\u2019élitisme.8.Fernand Dumont.«L\u2019avenir de la culture», Action nationale, 80(1), 1990, PROJET QUÉBÉCOIS DE SOCIÉTÉ 1509 Cette liste, quoique sommaire, illustre déjà l\u2019état d\u2019esprit, les attitudes qui présideront à l\u2019avènement d\u2019une société fondée sur quatre piliers: la connaissance, la conscience, la culture et la créativité.En effet, nous entrons dans une ère où le pouvoir d\u2019un groupe ou d\u2019une société réside moins entre les mains de l\u2019élite économique ou politique, et davantage dans la sphère du savoir.9 De là vient l\u2019urgence de reconnaître la priorité qu\u2019il faut accorder à la connaissance comme facteur de développement.Par ailleurs, plus l\u2019information se complique et se morcelle, plus l\u2019individu est obligé de faire des choix judicieux, et donc de porter un jugement éclairé et objectif; c\u2019est ce que nous appelons la conscience.La culture donne à chacun des racines, un environnement, des alliances qui le situeront dans l\u2019espace et dans le temps et conféreront à la société dans laquelle il évolue une identité propre.La créativité vient couronner l\u2019ensemble, en ce sens qu\u2019elle est source de dynamisme et de progrès humain, qu\u2019elle génère l'«élan vital» au sens de Valaskakis, c\u2019est-à-dire: «l\u2019énergie psychologique disponible qui entraîne les gens et les institutions dans leurs sillons d\u2019avenir.Sans lui, les organisations les mieux conçues sont vouées à l\u2019échec.»10 Les objectifs à poursuivre La présente section reprend successivement les cinq objectifs déjà énumérés de manière à en explorer le sens et émettre les quelques réflexions qui nous semblent opportunes pour chacun d\u2019eux.Promouvoir le caractère français, la culture, l'histoire et les traditions du Québec Il est extrêmement difficile de spécifier les contours d\u2019un pareil objectif.Fernand Dumont le reconnaît lorsqu\u2019il enseigne que la culture recouvre à la fois les œuvres de l\u2019esprit et les 9.\tLire par exemple 2100, récit du prochain siècle, sous la direction de Thierry Gaudin, Paris, Payot, 1990 pour s\u2019en convaincre.10.\tKimon Valaskakis.Op.cit., p.240. 1510 L'ACTION NATIONALE genres de vie, les modèles accoutumés de comportement et les croyances, la façon de se vêtir, etc., il y voit tout de même les assises de toute société, l\u2019essence de sa spécificité: «Il y a culture parce que les personnes humaines ont la faculté de créer un autre univers que celui de la nécessité.Nous voulons sauvegarder [la langue française comme] première exigence, premier symbole de la dignité humaine: ce qui fait des francophones des êtres de culture».11 Cette tendance ethnocratique, qui pousse une nation à préserver son identité culturelle, n\u2019est pas propre au Québec.Elle s\u2019explique en particulier par l\u2019uniformisation des modes de vie et de consommation à l\u2019échelle mondiale: «Les forces qui élargissent les zones économiques, qui universalisent les formes de divertissement, et le reste, tendent également les ressorts du particularisme \u2014 le besoin de s\u2019identifier, de renforcer son identité, de savoir qui on est et ce que seront nos enfants»12.Promouvoir 1 \u2019identité québécoise fut et demeure une source importante de dynamisme et de créativité, surtout dans les domaines politique, culturel et social.C\u2019est dans le domaine économique que cette spécificité a su le moins inspirer le développement du Québec.Cela provient sans doute d\u2019une intégration insuffisante des politiques culturelles et économiques.Une meilleure articulation des deux domaines favoriserait pourtant le renforcement de l\u2019un comme de l\u2019autre: des biens et services plus originaux et donc plus attrayants sur les marchés internationaux d une part, et une société plus consciente, plus valorisée par sa spécificité culturelle d\u2019autre part.Ce premier objectif demeurera utopique s\u2019il ne s\u2019appuie pas sur un système d\u2019éducation qui axe toute la formation sur la créativité et la transmission de valeurs intellectuelles particulières.Toutes les institutions sociales (le milieu de l\u2019éducation, Il Fernand Dumont.«L'avenir de la culture», Action Nationale vol 80 n° 1 1990, p.20.12.A.Gotlieb.Le Canada des années 1990.L'enjeu culturel canadien, notes pour un discours prononcé devant le Bureau des gouverneurs du Junior Achievement, Conseil des Arts du Canada, 8 novembre 1990, p.6. PROJET QUÉBÉCOIS DE SOCIETE 1511 ia famille, l\u2019Église, les syndicats, les médias et les associations diverses) doivent être davantage conscientes du rôle qui leur revient en matière de formation.L\u2019école ne peut porter seule le fardeau de transformer les étudiants en «êtres de culture», pour reprendre l\u2019expression de Fernand Dumont.Garantir un développement orienté de l\u2019économie Le développement durable du Québec s\u2019appuiera sur un certain nombre de secteurs industriels clairement identifiés et tiendra compte de son environnement particulier, de même que de ses valeurs culturelles, morales et écologiques.Trois tendances lourdes pour l\u2019avenir du Québec se dessinent depuis déjà quelques années.La première se rapporte au concept de mondialisation des économies, tel que les trois blocs géo-politico-économiques qui sont en train de se former tissent même entre eux des liens de plus en plus inextricables.La seconde tendance porte sur la tertiarisation de l\u2019économie et, de manière plus spécifique, sur le fait que la vitalité d\u2019une nation repose désormais sur la production et la circulation de l\u2019information: l\u2019information constitue une part de plus en plus grande de la valeur des produits et services en circulation, et va de pair avec le développement des communications.Le troisième concerne le phénomène d\u2019ethnocentrisme auquel nous venons de faire allusion.Ces tendances sont souvent brandies comme autant de menaces.Le Québec dispose en effet de peu d\u2019avantages comparés en ce qui concerne les biens dont la production est intensive en main=d\u2019œuvre.Il ne dispose pas non plus d\u2019une taille lui permettant de bâtir simultanément plusieurs secteurs d\u2019excellence.Ces tendances peuvent par contre être perçues comme autant d\u2019opportunités à saisir.La localisation géographique du Québec, son taux élevé de scolarisation, l\u2019expertise déjà acquise, ses ressources naturelles, son potentiel tant en termes d\u2019infrastructures industrielles que d\u2019état d\u2019avancement de la R&D, son ouverture au changement, la qualité de ses relations à l\u2019échelle mondiale peuvent être utilisées à son profit.Pour ce faire, certaines réorientations doivent cependant être assurées. 1512 L'ACTION NATIONALE DES CHOIX STRATÉGIQUES En premier lieu, des choix s\u2019imposent quant aux secteurs industriels à privilégier.En effet, pour tenir compte des trois tendances précitées, certaines conditions deviennent préalables à l\u2019émergence d\u2019un secteur moteur, capable de supporter la concurrence internationale.Il s\u2019agit de: 1) l\u2019existence d\u2019un personnel suffisant en recherche, qui aura accès aux réseaux d\u2019information disponibles partout à travers le monde et qui garantira des percées technologiques significatives; 2) un partenariat entre entreprises plus spécialisées qu\u2019à l\u2019heure actuelle, afin de supporter les coûts élevés de recherche et développement (R&D) encourus et de permettre à chacune d\u2019acquérir une efficacité qui surclasse les concurrents du réseau; 3) l\u2019accès à un marché étendu, tout en offrant un produit différencié qui tiendra compte des besoins des consommateurs auxquels le produit est destiné.En second lieu, le Québec devra se bâtir une nouvelle stratégie internationale.L\u2019objectif n\u2019est plus tant de trouver des débouchés mondiaux pour ses produits, mais de fournir à ses entreprises l\u2019opportunité de s\u2019insérer dans des réseaux internationaux de fabrication des produits.En troisième lieu, puisque seulement un nombre limité de secteurs québécois pourront espérer acquérir une notoriété internationale, les politiques de soutien au développement industriel devront être beaucoup mieux ciblées.Le support public, tant technique que monétaire, sera orienté de manière à supporter des secteurs précis, plutôt que de soutenir ou corriger des situations communes à toutes les entreprises, comme c\u2019est le cas actuellement.Voici des exemples du type de décision qu\u2019il faudra prendre d\u2019ici quelques années, premièrement, quels sont les secteurs dont le Québec peut et veut conserver l\u2019entière maîtrise, et ce pour toutes les étapes du processus de production?Des industries tels les arts et la culture, celles reliées à l\u2019électrique et l\u2019électronique, à l\u2019optique, la foresterie, l\u2019agro-alimentaire, les biotechnologies sont des cibles possibles.Par ailleurs, quels sont les secteurs pour lesquels le Québec préférera s\u2019insérer dans un réseau international, et développer une expertise unique PROJET QUÉBÉCOIS DE SOCIÉTÉ 1513 pour une seule ou quelques-unes des étapes du processus de production?À cette question, le Québec pourrait vouloir répondre en misant sur ses acquis en matière de R&D et de recherche en sciences humaines et sociales, d\u2019expertise-conseil en gestion publique et parapublique, en ingénierie, ou encore sur ses connaissances des particularités de divers marchés.Le Québec devra effectuer des choix stratégiques, avons-nous dit.Or tout choix exige le recours à une grille de sélection, c\u2019est-à-dire à des critères qui s\u2019inspirent de ses préférences éthiques, culturelles et écologiques.La liste des valeurs collectives énumérées plus haut fait partie d\u2019une telle grille.Celle-ci, une fois appliquée, pourrait donner des résultats comme: l\u2019élimination des industries à vocation militaire, la promotion de nouveaux procédés de transformation non polluants, la mise en réseau d\u2019entreprises québécoises avec celles de pays industrialisés et en voie de développement prioritaire, la production de biens et services destinés à l\u2019amélioration du bien-être intellectuel et psychologique des individus et non pas tant de leur bien-être matériel, etc.Avant de terminer, il faut rappeler le rôle moteur que sont appelés à jouer la recherche et l\u2019acquisition de connaissances.Le secteur de l\u2019enseignement supérieur est directement interpellé, mais il n\u2019assume pas de responsabilité exclusive à ce chapitre.De nombreuses organisations publiques et privées devront être mises à contribution.Et la créativité, l\u2019innovation, la découverte deviendront des concepts clés.Assurer une répartition plus équitable du revenu disponible entre les familles québécoises Statistiques Canada publiait récemment l\u2019information suivante: «Il existe encore un fossé profond entre les riches et les pauvres: 20 % de toutes les familles canadiennes \u2014 celles dont le revenu est en dessous de 24 390 $ \u2014 ont reçu en 1989 6,5 % de la totalité des revenus familiaux»13.13.Le Devoir, «Le revenu des ménages n\u2019a guère augmenté dans les années 80», Le Devoir, 30 novembre 1990, p.A-5. 1514 L'ACTION NATIONALE Ces statistiques banalisent la réalité quotidienne sous-jacente.Les reportages, les articles et les rapports se multiplient en effet pour dénoncer l\u2019itinérance et le vagabondage, le chômage élevé chez les jeunes et les femmes, l\u2019isolement des personnes âgées, la violence sous toutes ses formes, les effractions à la propriété, l\u2019alcoolisme et les polytoxicomanies.Il est possible de voir là les symptômes d\u2019une insécurité croissante.Cette insécurité naît de l\u2019accumulation d\u2019informations partielles et savantes, de l\u2019augmentation du poids démographique de communautés ayant une culture et des valeurs inconnues, de la multiplication de règles du jeu qui se complexifient et se judiciarisent, en bref de l\u2019impression de perdre le contrôle sur son avenir personnel.On peut aussi croire que ces phénomènes sont tous reliés, à des degrés divers, à la question du revenu disponible14.Il y aurait en effet une corrélation élevée entre la pauvreté et le risque d\u2019adopter des comportements marginaux15.En ce cas, l\u2019application d\u2019une politique intégrée de sécurité du revenu devient opportune.Celle-ci s\u2019articulerait autour de deux axes majeurs se renforçant mutuellement: viser le plein-emploi et réduire les écarts entre les revenus de toutes les familles.Viser le plein-emploi Viser le plein-emploi consiste non seulement à assurer une meilleure adéquation entre les emplois disponibles et les personnes en chômage, mais aussi à attirer les personnes qui ne sont pas entrées sur le marché du travail ou l\u2019ont quitté.Cet objectif requiert un certain nombre d\u2019actions positives comme: \u2014 l\u2019élaboration d\u2019un plan de développement qui mise sur les secteurs les plus forts et prépare la réorientation des plus 14.\tLe revenu disponible correspond au revenu dont dispose le contribuable une fois que les transferts gouvernementaux (prélèvements et prestations) ont été calculés.15.\tLe Groupe de travail pour la jeunesse établit un lien direct entre les deux concepts, dans le cadre de ses travaux commandés par le ministère de la Santé et des Services sociaux.Son rapport devrait paraître au cours de l'automne 1991. PROJET QUÉBÉCOIS DE SOCIÉTÉ 1515 faibles.C\u2019est souvent l\u2019urgence ou les contraintes électorales qui dictent aujourd\u2019hui la nature des décisions à prendre; \u2014\tl\u2019émergence d\u2019une solidarité indéfectible entre les grands partenaires économiques, pour l\u2019élaboration puis l\u2019application du plan de développement.L\u2019organisation du Forum pour l\u2019emploi et le Fonds de solidarité de la F.T.Q.vont actuellement en ce sens; ils doivent être les précurseurs d\u2019un mouvement de fond et non demeurer des accidents de parcours; \u2014\tune meilleure articulation des pratiques de rémunération en emploi.Celles-ci chercheront à réduire les écarts entre les revenus rattachés aux différentes fonctions au sein de l\u2019organisation et à favoriser le recrutement de nouvelles personnes plutôt que la hausse des revenus du personnel déjà en place ou le maintien du temps consacré au travail.Certaines politiques pourront de plus abattre les barrières (syndicales, corporatives, sexistes.) qui protègent certaines fonctions et professions: des emplois équivalents devront conduire à une rémunération égale; \u2014\tl\u2019apprentissage d\u2019une volonté individuelle et collective d\u2019investir en vue d\u2019obtenir des résultats à long terme, plutôt que de rechercher la consommation et la jouissance immédiate (de ses revenus, de l\u2019environnement.); \u2014\tpour chaque organisation, une appropriation de ses responsabilités à l\u2019égard de l\u2019emploi et des revenus dans sa zone d\u2019influence, plutôt que leur renvoi systématique à des instances externes; \u2014\tun meilleur partage des pouvoirs de décider et d\u2019agir au sein de l\u2019organisation.Depuis quelques années surtout, les québécois se reprochent mutuellement de ne parler que de droits et non de responsabilités personnelles.Or, un individu cherchera à protéger ses droits seulement lorsqu\u2019il craint une perte de contrôle, un empiétement du pouvoir d\u2019autrui sur sa vie publique et privée.Une plus grande responsabilisation, une mise à l\u2019écart de certains droits va de pair avec l\u2019acquisition de pouvoirs équivalents. 1516 L'ACTION NATIONALE Une politique de plein-emploi ne peut être effective sans faire référence à la formation et aux compétences de la main-d\u2019œuvre.Il s\u2019agit, dès lors, de mieux coordonner l\u2019offre et la demande d\u2019emplois16, de même qu\u2019encourager un plus grand nombre de personnes à devenir elles-mêmes des entrepreneurs.Des politiques pertinentes doivent rejoindre à la fois les jeunes qui sont en période de formation initiale, les gens qui sont déjà en situation d\u2019emploi et ceux qui se retrouvent en situation de recyclage.C\u2019est pourquoi on parle de plus en plus d\u2019une approche favorisant la formation continue.Il est cependant dangereux d\u2019associer la formation aux seuls besoins économiques de la société.L\u2019expression «formation globale», de plus en plus répandue, cherche à situer la formation dans une perspective beaucoup plus large, de manière à couvrir les autres besoins fondamentaux de l\u2019individu: besoins de formation personnelle, de s\u2019approprier une culture et une «mémoire collective», de faire siennes des valeurs humanitaires.Réduire les écarts de revenu entre les familles québécoises Il s\u2019agit ici d\u2019assurer une meilleure répartition du revenu disponible, calculée sur la base de l\u2019unité familiale ou du ménage plutôt que de l\u2019individu.Cet objectif est d\u2019autant plus important que la société actuelle promeut la consommation de biens et services à la fois en tant qu\u2019indicateur de réussite sociale et porte d\u2019accès au bien-être individuel.Même si une égalisation parfaite des revenus va à l\u2019encontre du système économique en place, les écarts observés sont indéfendables sur la seule base des talents et compétences individuels.Trois types de politique peuvent remédier à la situation: \u2014 une politique moins différenciée de rémunération pour les personnes en emploi; cette idée a été énoncée précédemment; 16.Il y aurait, en 1991, un million de personnes en chômage et 600 000 postes vacants au Canada. PROJET QUEBECOIS DE SOCIETE 1517 \u2014\tune politique de revenu minimum familial garanti, qui assurerait à chaque famille des crédits d\u2019impôts suffisants pour franchir un plancher défini en fonction des besoins de ses membres.Le coût d\u2019une telle politique sera moindre si elle se substituait aux programmes actuels de transfert de revenus.En effet, ces derniers poursuivent de trop nombreux objectifs pour être vraiment efficaces en matière de redistribution des revenus; \u2014\tune politique fiscale qui assure une progression continue des revenus disponibles et qui respecte, ce faisant, les principes fondamentaux d\u2019équité horizontale et verticale.Le premier principe exige un traitement fiscal identique pour deux familles vivant une situation identique; le deuxième requiert un traitement différent lorsqu\u2019elles vivent une situation budgétaire différente.Il est possible d\u2019élargir cette section sur la répartition des revenus de manière à lui conférer une dimension internationale.Les écarts entre pays riches et pauvres s\u2019élargissent et peuvent reposer sur une logique très proche de celle évoquée pour le Québec.La société québécoise pourrait contribuer à l\u2019avènement d\u2019une répartition plus équitable des revenus entre les pays.Soutenir une contribution équilibrée de toutes les régions Cet objectif provient d\u2019une prise de conscience plus répandue des disparités qui existent entre les régions, et de la conviction que ces disparités ne sont ni souhaitables, ni inévitables.Sur ces bases, les régions périphériques peuvent mettre à profit un bassin de ressources susceptible de contribuer à la croissance économique, culturelle et sociale du Québec, susceptible également de les sortir d\u2019une relation de dépendance envers les régions urbaines.Le discours actuel sur le «développement endogène» concourt directement au renversement de la situation.Ce discours a besoin d\u2019être supporté par des politiques et des pratiques congruentes de la part des acteurs économiques.Nous suggérons quatre pistes de réflexion possibles.CONFIER À CHACUNE DES RÉGIONS UNE VOCATION ÉCONOMIQUE SPÉCIFIQUE Les politiques économiques ont encouragé jusqu\u2019à maintenant une stratification horizontale de l\u2019économie: les régions- 1518 L'ACTION NATIONALE ressources ont été vouées à l\u2019exploitation des matières premières, les régions péri-urbaines au développement du secteur manufacturier et les grands centres au développement du tertiaire.Cette tendance pourrait être modifiée au profit d\u2019une stratification sectorielle de l\u2019économie.Chacune des régions deviendrait alors le centre d\u2019activité d\u2019une ou d\u2019industries données, en couvrant sur place les trois secteurs, primaire, secondaire et tertiaire.Les réseaux de communication existants rendent maintenant cette approche réaliste.Un seul exemple suffira à illustrer cette idée.L\u2019Est du Québec deviendrait ainsi la région où s\u2019installent toutes les entreprises reliées aux ressources maritimes.La R&D, l\u2019exploitation, la transformation et la commercialisation des produits dérivés des technologies marines se feraient dans la région; les activités des ministères sectoriels correspondants y seraient concentrées.Il pourrait en être de même pour les autres secteurs industriels et les autres régions.ASSURER UNE PLUS GRANDE DÉCENTRALISATION DES POUVOIRS ADMINISTRATIFS ENTRE LES RÉGIONS Des critères existent pour déterminer le niveau de décentralisation optimal des biens et services publics dans une région donnée.17 Toutefois, il n\u2019existe pas de recette miracle, de modèle unique qui réponde aux besoins de toutes les régions et de tous les secteurs.Trois formules sont envisageables: \u2014 une déconcentration, par le biais de bureaux ou offices régionaux.C\u2019est la formule la plus répandue à l\u2019heure actuelle, mais elle est de plus en plus dénoncée, surtout parce que les programmes demeurent centralisés et donc rigides face aux besoins spécifiques du milieu; 17.M.A.Boisvert propose la grille d'analyse suivante: le niveau de décentralisation optimal est fonction du résultat de quatre forces en présence.Les deux premières forces ont un effet centralisateur; elles concernent la présence d économies d échelle dans la production et la nécessité d\u2019intemaliser les effets externes à une région.Une troisième force, décentralisatrice celle-là, porte sur 1 hétérogénéité des besoins exprimés.Et la dernière, ambivalente, porte sur la nécessité de confier les responsabilités afférentes au plus petit nombre d autorités possible.Dans L'implication économique de la souveraineté-association, Montréal, P.U.M., 1980, p.87. PROJET QUÉBÉCOIS DE SOCIÉTÉ 1519 \u2014\tune décentralisation effective, c\u2019est-à-dire un partage clair des responsabilités entre gouvernements central, régionaux et locaux.L\u2019approche adoptée par la Norvège en matière d\u2019éducation et de santé peut ici servir d\u2019exemple18; \u2014\tune centralisation territorialisée, qui signifie une gestion centralisée, mais localisée dans la région dont la vocation économique coïncide avec la mission du ministère ou office en question.Cette formule s\u2019appliquerait à la suggestion faite dans la section précédente.FAÇONNER UN NOUVEAU DÉCOUPAGE DES RESPONSABILITÉS EN MATIÈRE DE DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE INDUSTRIEL Il est possible de concevoir un nouveau partage des pouvoirs administratifs qui permette de concilier les objectifs de développement orienté de l\u2019économie et d\u2019un meilleur équilibre entre les régions.En voici un exemple, portant sur le soutien qui pourrait être apporté au développement des secteurs industriels moteurs.Les gouvernements locaux détiennent désormais la responsabilité et le pouvoir de supporter le démarrage d\u2019entreprises si elles remplissent des conditions comme celles de se situer à l\u2019intérieur de créneaux préidentifiés et de mettre en marché un nouveau produit ou utiliser un nouveau procédé.Le gouvernement régional prend ensuite la relève en imposant des critères qui sont complémentaires aux précédents, tout en assurant une évolution progressive de l\u2019entreprise.Il peut exiger un partenariat minimal entre l'entreprise sise dans la région et d\u2019autres qui lui sont complémentaires, un produit qui commence à faire ses preuves sur le marché québécois ou international, une part minimale de son budget consacrée à la R&D.Le gouvernement québécois intervient à la fin du processus de croissance et offre son support sous des conditions qui favorisent la consolidation du secteur: l\u2019existence de partenaires (québécois ou 18.P.Delorme.«L'exemple norvégien de décentralisation: les municipalités constituent un levier majeur dans l\u2019élaboration et la mise en œuvre des politiques», Le Devoir, 11 octobre 1990, p.b-8. 1520 L'ACTION NATIONALE étrangers) suffisants pour garantir la viabilité du produit et/ou procédé, une aire de distribution adéquate du produit en question, son classement dans un des créneaux compris dans le plan québécois de développement ou sa capacité d\u2019en ouvrir un nouveau, un minimum de contacts internationaux.Cet exemple respecte les orientations prises dans les sections antérieures.Les gouvernements interviendraient de manière complémentaire, chacun dans sa zone naturelle d\u2019influence, mais en tenant compte du niveau d\u2019information dont il doit disposer pour prendre sa décision: le support au démarrage d\u2019une entreprise exige pratiquement d\u2019en connaître les promoteurs, ce qu\u2019il est impossible d\u2019attendre d\u2019un gouvernement central.De plus, le support serait assujetti au développement orienté d\u2019industries motrices.Les entrepreneurs potentiels seraient incités à se lancer dans des secteurs prioritaires, et ce, dès le départ.ÉLIMINER LES BARRIÈRES AUX COMMUNICATIONS Les populations locales sont actuellement éloignées, non pas tant à cause de leur dispersion ou des moyens de communication en place, mais bien plutôt à cause de pratiques de tarification et de taxation basées sur la distance: qu\u2019on pense à la téléphonie, aux réseaux de transport en commun, à la taxation des hydrocarbures pour s\u2019en convaincre.Un partage différent du coût des systèmes marquerait un progrès majeur.Les quatre thèmes qui viennent d\u2019être explorés n\u2019épuisent pas la question de l\u2019équilibre entre les régions du Québec.Mais ils encouragent tous un changement de perspective, de mentalité aussi des uns envers les autres.Ils veulent démontrer qu\u2019un tel changement peut s\u2019effectuer au profit de l\u2019ensemble des régions.Assurer une croissance démographique harmonisée aux préférences réelles de l'ensemble de la société Le cinquième objectif porte sur la question démographique.Celle-ci n a jamais soulevé autant de controverses qu\u2019à 1 heure actuelle, d une part à cause des phénomènes reliés à la baisse de la natalité, à la hausse de l\u2019immigration et au vieillis- PROJET QUÉBÉCOIS DE SOCIÉTÉ 1521 sement de la population, et d\u2019autre part à cause d\u2019une prise de conscience en faveur d\u2019une croissance, positive certes, mais harmonieuse plutôt que maximale.Deux thèmes exigent des interventions concertées et cohérentes: la politique familiale et celle sur l\u2019immigration et les communautés culturelles.IMPLANTER UNE POLITIQUE FAMILIALE PLUS COHÉRENTE Outre les décisions qui seront prises en matière de distribution du revenu disponible dont il a déjà été question, une politique familiale doit notamment rechercher: l\u2019élimination des contraintes en matière d\u2019accès au marché du travail (horaires de travail et durée de travail, services de garde, barrières ergonomiques.), un partage plus équitable des responsabilités familiales à la maison, le respect des préférences des couples dans le choix de leur statut matrimonial, la protection et la reconnaissance des responsabilités des parents envers leurs enfants et des enfants envers leurs parents, une adaptation des biens et services disponibles aux besoins des familles nombreuses ou ayant de jeunes enfants, etc.SE DOTER D\u2019UNE POLITIQUE CLAIRE EN MATIÈRE D\u2019IMMIGRATION L\u2019arrivée massive d\u2019immigrants est un phénomène trop récent pour avoir laissé aux Québécois et Québécoises le temps d\u2019adopter des politiques claires et sereines.On hésite encore entre plusieurs attitudes sans trop savoir laquelle retenir.Les options sont nombreuses: l\u2019assimilation, le «melting pot», le multiculturalisme, le transculturalisme en sont des exemples.La dernière option semble la plus porteuse d\u2019avenir, la plus respectueuse des valeurs collectives du Québec: «le transculturalisme préserve l\u2019identité et les racines culturelles de chacun, mais s\u2019y ajoute une communication entre les cultures pour créer de nouvelles synthèses dynamiques»19.Une telle «synthèse dynamique» suppose cependant une ouverture réelle aux cultures et traditions de l\u2019autre.Elle exige des Québécois de croire que leur culture et leur histoire méritent 19.Kimon Valaskakis.Op.cit., p.255. 1522 L\u2019ACTION NATIONALE d\u2019être transmises, partagées, endossées par autrui, mais qu\u2019elles se verront enrichies par l\u2019apport des communautés ethniques.Elle exige en retour de ces dernières d\u2019assimiler les valeurs et aspirations de leur patrie d'adoption.De plus, elle élimine tout pouvoir basé sur la relation dominant/dominé.Voilà donc présentés les éléments constitutifs d\u2019un éventuel projet de société.Le libellé qui a été retenu pour définir les objectifs à poursuivre est plutôt conventionnel et ne devrait pas soulever d\u2019objection majeure.Cependant, nous avons voulu leur apporter une interprétation personnelle, fondée sur notre expérience et sur notre lecture des situations qui méritent d\u2019être rectifiées.Reste à vérifier si d\u2019autres partagent une vison semblable du Québec de demain et, sinon, à la compléter ou la modifier conformément aux aspirations du plus grand nombre.Le statut politique et constitutionnel du Québec Quel que soit le contenu du projet de société qui sera retenu, il est possible de déduire de la section précédente deux hypothèses quant aux liens constitutionnels qui s\u2019établiront entre le Québec et le reste du Canada.La première porte sur la conciliation possible des projets québécois et canadien, et le second sur la viabilité d\u2019un projet de société distinct.La convergence des projets québécois et canadien Même si le projet poursuivi par la société canadienne hors Québec est inconnu, il y a de fortes chances qu\u2019il diffère sensiblement du projet québécois.Le niveau des valeurs partagées de part et d\u2019autre fournit déjà de bons indices.Par exemple, les Canadiens hors Québec sont souvent moins attachés, moins unanimes quant aux valeurs culturelles, au patrimoine qu\u2019ils doivent préserver.La défense des droits collectifs n\u2019y reçoit pas le même accueil eu égard au poids qu\u2019ils accordent aux droits individuels: un parallèle entre les chartes canadienne et québécoise des droits et libertés le démontre.Si 1 on se fie à une enquête effectuée par M.A.Boisvert-0, les Québécois valorisent comme nulle part ailleurs 20.M A.Boisvert.Op.cit., p.76. PROJET QUÉBÉCOIS DE SOCIÉTÉ 1523 au Canada un emploi stable, le rôle de la politique et des syndicats dans la société, les mouvements en faveur des droits des femmes, l\u2019accession à un poste de commande.En revanche, ils valorisent moins qu\u2019ailleurs la propriété d\u2019une maison, un régime de libre entreprise, le respect du système judiciaire et la liberté de presse.En plus de valeurs distinctes, ou du moins de pondérations différentes entre celles-ci, les objectifs respectifs seront eux aussi probablement difficiles à concilier: la lutte au chômage n\u2019est pas une priorité en Ontario et en Alberta, par exemple, comme elle l\u2019est au Québec.La formulation de secteurs économiques prioritaires devrait différer puisqu\u2019elle ne repose pas sur les mêmes avantages fondamentaux, ni sur les mêmes ressources primaires.Le problème du développement régional au niveau intraprovincial n\u2019a pas non plus la même résonance à l\u2019extérieur du Québec.La viabilité économique d\u2019un projet distinct La question de la viabilité économique d\u2019un projet n\u2019est pas du ressort de la prévision économique.Le message le plus pertinent que nous apprend la science économique à ce propos, c\u2019est que les anticipations des acteurs ont tendance à se réaliser.Par exemple, si les Québécois sont tous convaincus qu\u2019il y aura une hausse sensible de l\u2019inflation dans un avenir rapproché, ils adopteront des comportements inflationnistes.Il faut en déduire que si les Québécois croient en la viabilité de leur projet de société, et empruntent des comportements qui s\u2019y conforment, elle se vérifiera.Conclusion Si les Québécois et Québécoises se donnent comme mandat d\u2019ébaucher un projet de société, ce mandat ne sera ni plus lourd, ni plus ambitieux que celui de définir le statut politique et constitutionnel du Québec.Cet article a tenté de le démontrer.Le meilleur moyen d\u2019arriver à formuler un projet collectif consiste probablement à suivre les traces de la Commission Bélanger-Campeau, c\u2019est-à-dire à faire appel à une large con- 1524 L'ACTION NATIONALE sultation par le biais d\u2019audiences publiques, précédées ou non d\u2019états généraux dans chacune des régions du Québec.La commission qui aura le mandat de recueillir et intégrer l\u2019ensemble des positions exprimées devra être aussi impartiale que possible et avoir une représentation large et diversifiée.Elle détiendra son mandat de l\u2019Assemblée nationale.Le projet de société devra faire un large consensus, et par conséquent, être motivant et dynamique, refléter les valeurs communes, stimuler la créativité.Il sera un facteur de rassemblement et non de division, et préparera l\u2019avenir plutôt que de régler des comptes avec le passé.Il misera sur les valeurs qui sont propres au Québec, qui en font une société distincte.Il générera l\u2019«élan vital».? L\u2019histoire se répète Gilles De LaFontaine Université du Québec à Trois-Rivières Résumé L\u2019auteur rappelle que l\u2019histoire se répète depuis deux cent trente ans.Alors le conquérant voulait intégrer les Canadiens dans un tout uniforme régi par la loi et les coutumes anglaises.Mais les vaincus ont résisté.Ils ont revendiqué.Ils ont arraché des concessions, des compromis.À la faveur d\u2019une conjoncture qui leur était favorable, ils ont obtenu l\u2019Acte de 1774 et l\u2019Acte de 1791.Ces régimes ont abouti à une lutte entre deux races.Pour mettre fin aux querelles nationales, l\u2019Acte d\u2019Union est imposé par Londres.Le caractère national du Bas-Canada doit être celui de l\u2019Empire britannique.En 1991, la situation est identique.La Reine de l\u2019Angleterre a transmis ses pouvoirs à une majorité anglaise et cette majorité entend nous imposer un caractère d\u2019unité nationale qui perpétue leur supériorité et notre infériorité.À l\u2019ignorer, on se condamne à répéter des erreurs qu\u2019on pourrait éviter.L\u2019histoire se répète à moins qu\u2019on la connaisse et s\u2019en souvienne assez pour éviter de reprendre sempitemelle-ment les mêmes pistes jusqu\u2019aux mêmes impasses.On oublie si vite quand il y a tant de chats à fouetter.Devant la rude évidence des récents refus du lac Meech, il s\u2019en trouve encore, nos gouvernants en tête, pour s\u2019obstiner à retergiverser sur les responsabilités d\u2019un fédéralisme renouvelé. 1526 L'ACTION NATIONALE On se retrouve «sur le perron», nous disait la moue déçue du ministre Rémillard, avant le lumineux échec de Meech.«Nous ne nous imposerons pas, si l\u2019on ne veut pas de nous», murmurait fièrement un ministre Ryan incrédule, qui n\u2019osait croire à ces manifestations d\u2019intolérance du milieu anglophone devant nos modiques revendications.Comme si ces réactions hostiles étaient l\u2019effet subit d\u2019une combustion spontanée.«Et si cette hostilité devait persister («la main de Dieu» nous en garde!) il faudrait bien, la mort dans l\u2019âme, se résigner à s\u2019interroger «sérieusement sur notre place dans ce pays».comme si cette histoire ne durait pas depuis deux cent trente ans! Et le premier d\u2019entre ces ministres, leur longanime maître en délais et compromis, le pliant et peu cassant Bourassa juché sur la frontière Allaire de la souveraineté, se déclare toujours prioritairement fédéraliste.La majorité du peuple ne l\u2019est visiblement plus, les dix partenaires, fédéral et provinciaux ne le sont vraisemblablement pas moins qu\u2019ils ne l\u2019étaient; mais peut-on s y fier, et sait-on jamais?.Des électeurs, ça oscille, ça oublie, ça se calme et ça se manipule.Prenons le temps de noyer le poisson.On les consultera plus tard, quand la fièvre de la fierté tombée, ils seront redevenus plus amnésiques, plus patients, plus «réalistes».Et c est là que nous en sommes encore une fois, à supplier nos confédérés majoritaires et rébarbatifs de bien vouloir nous permettre de nous distinguer de la majorité et de nous auto-gou-vemer sur le seul territoire où nous pouvons le faire, en vertu de notre propre majorité sur ce même territoire.«Les hommes sont rarement dignes de se gouverner eux-mêmes,» disait laconiquement Voltaire.Pourquoi faudrait-il qu\u2019encore une fois nous laissions la dignité s\u2019éroder et se dissoudre dans les cauteleuses tergiversations de nos maîtres à branler, Ryan, Bourassa, Rémillard et Cie?Stratégie douteuse et coûteuse, où il devient évident pour tous, sauf pour nos hésitants dirigeants, que nos valeureuses rodomontades dépassent de loin la fermeté de nos convictions; et qu\u2019elles baisseront ton et pavillon à la moindre minimale concession de nos réfractaires partenaires. L'HISTOIRE SE RÉPÈTE 1527 Les opposants forcenés, type Wells, Filmon, Harper, moins bons princes, plus méfiants.et clairvoyants, savent qu\u2019une minimale concession introduit un ennuyeux ardillon dans la chair de la fédération.Et qui sait, nous disent déjà certains de ces irréductibles, les Libmans égalitaristes d\u2019ici et les Mannings réformistes d\u2019Alberta, qui sait, si vous considérez (ô sacrilège!) que le Canada est divisible, pourquoi ne pourrions nous, de notre côté, décider (Dieu vous protège!) que le Québec est aussi divisible?.Hein?Pourquoi ne pourrions-nous pas nous tailler un West-Island anglophone et une couple de corridors pan-canadiens à travers les terres de Rupert au nord, et le long de la frontière au sud?Et voilà où nous en sommes! dans ce tissu d'agiotage, de chantage et de branlage, où nous risquons, une fois de plus, de nous laisser emberlificoter, assouplir, et endormir dans le paisible dernier sommeil de l\u2019extinction.C\u2019est ici et maintenant qu\u2019il serait temps de nous réveiller et, les yeux, les oreilles, le cœur grand ouverts, bien s arrêter à réfléchir sur les leçons de l'histoire.Tant il est vrai qu à 1 ignorer, on se condamne à la répéter; c\u2019est-à-dire à répéter ces erreurs oubliées qu\u2019on pourrait éviter, si on s en souvenait.Ce que nous dit l\u2019histoire de plus franc: c\u2019est grâce à la résistance et à force de persistance à faire jouer notre différence, notre «distinction» que nous avons réussi à rester dans le bateau, assez bien ou tant bien que mal, toujours tels que nous sommes.Nous avons somme toute assez bien profité du poids et du nombre de notre présence pour nous garder une assez bonne place au soleil.C\u2019est vrai et bravo! Mais ce n\u2019est pas tout, tant s\u2019en faut.Le choc initial Un régime militaire pendant quatre ans, sous le général Amherst qui applique fidèlement les directives de bienveillance et de conciliation reçues de la couronne britannique.Les ordres d\u2019Amherst enjoignent particulièrement aux militaires d\u2019avoir à «vivre en bonne intelligence et en bonne harmonie avec les Canadiens».Ce qu\u2019il convient d\u2019admirer ici, c\u2019est autant la 1528 L'ACTION NATIONALE pragmatique sagesse politique du vainqueur que sa magnanimité.Devant une population vaincue, qui lui est étrangère par les mœurs et par la langue, quel meilleur recours peut-il avoir que de se la concilier par les bons procédés, sous peine d\u2019avoir à mater sa résistance larvée?Ce qui n\u2019empêche pas de voir, dans les directives du secrétaire d\u2019État aux colonies, quelle sorte de suffisant mépris se camoufle sous cette pragmatique condescendance: «Des ordres précis et très exprès» doivent être donnés pour empêcher qu\u2019aucun soldat, matelot, ou autre, n\u2019insulte les habitants français [.], défendant à qui que ce soit de les offenser en leur rappelant d\u2019une façon peu généreuse cette infériorité à laquelle le sort des armes les a réduits, ou en faisant des remarques insultantes sur leur langage, leurs habillements, leurs modes, leurs coutumes et leurs pays, ou des réflexions peu charitables et peu chrétiennes sur la religion qu\u2019ils professent.» Aucune loupe n\u2019est requise pour saisir que le méprisant dénigrement, interdit aux militaires par anticipation, est aussi le fait des autorités nouvellement établies, puisque l\u2019interdiction se fonde, non sur la dignité de la personne, mais sur la générosité de commande et la charité chrétienne d\u2019apparat.Le fait est que les derniers mots du texte précité: «la religion qu\u2019ils professent» sont le fruit d\u2019une correction qui en dit long sur la morgue de fond qui arrive mal à se dissimuler.Le texte initial du secrétaire royal britannique disait plutôt: «les erreurs de cette religion égarée que malheureusement ils professent.» Et ce n\u2019est que sur la représentation du grand-vicaire Perrault que le gouverneur Burton de Trois-Rivières en changea la formulation.Ce qui permit audit grand-vicaire, qui avait d\u2019abord refusé, de la lire au prône et de l\u2019envoyer aux curés, tout en y voyant une preuve de la sincérité des intentions du roi.Tant il est vrai que dans cet échange convenu de bons procédés obligés, le peuple vainqueur n avait pas plus de choix et de mérite à exprimer sa bienveillance fabriquée que le peuple vaincu n\u2019en avait de l\u2019accepter avec reconnaissance.(Disons pour mémoire que les faits allégués et textes cités sont tirés de Y Histoire du Canada par les textes, vol.I, de G.Frégault et M.Trudel, Fides, 1968).Mais ce qu il importe de souligner, c\u2019est que cette fragile tension d équilibre qui s installe dès le départ, entre un nouveau L'HISTOIRE SE RÉPÈTE 1529 dirigeant minoritaire et une population majoritaire, étrangère à ses vues et ses fins, ne cessera jamais, jusqu\u2019à ce jour, de s\u2019exercer, malgré un minimum de concessions, celles nécessaires pour contenir, sauf à graduellement l\u2019éliminer, le poids politique d\u2019une population rébarbative à l\u2019assimilation.Les différends en matière de langue, de droit et de coutumes ne tardèrent pas à poindre après les précautions de tolérance du régime militaire.Dès la première année du gouvernement civil, en 1764, l\u2019attitude agressive de la minorité anglaise incitait quatre-vingt-quinze signataires à présenter, au nom des Canadiens, une pétition de protestation au souverain britannique.Trois ans plus tard, à la fin de 1767, le lieutenant-gouverneur Carleton devait lui-même présenter à son tour, au secrétaire d\u2019État de Londres, sa propre représentation contre les rigueurs injustes de l\u2019administration anglaise locale.Il prend la défense de ce «peuple canadien», composé, «d\u2019habitants occupant une colonie établie depuis longtemps» et dont les «lois et coutumes étaient radicalement différentes des lois et coutumes d\u2019Angleterre».Il invoque à leur crédit «cet esprit de subordination [qui] a maintenu au milieu d\u2019eux l\u2019harmonie dont ils ont joui jusqu\u2019à notre arrivée et conservé au gouvernement souverain l\u2019obéissance d\u2019une province très éloignée».Il va jusqu'à dire que, sauf erreur, «aucun conquérant n\u2019a eu recours dans le passé à des procédés aussi sévères», même dans une capitulation qui, contrairement au traité de Paris, n\u2019assure aucune garantie de protection.Dans une lettre précédente, de la même année, ce même lieutenant-gouverneur Carleton, agissant comme administrateur suppléant, en l\u2019absence du gouverneur Murray (rappelé pour répondre aux accusations de la minorité anglaise), assurait le même secrétaire aux colonies que cette race canadienne» aux racines «si vigoureuses et si fécondes», on n\u2019arriverait jamais à la submerger dans les vagues d\u2019immigration britannique; «sauf ajoutait-il, dans les villes de Québec et de Montréal».S\u2019il est juste de noter ici le réalisme bienveillant et perspicace de ce haut fonctionnaire anglais, il n\u2019importe pas moins de souligner le contexte significatif dans lequel s\u2019est amorcé le débat toujours 1530 L'ACTION NATIONALE en cours sur la reconnaissance effective de notre identité «distincte».Les éléments importants impliqués dans ces interventions de Carleton sont assez faciles à expliciter: Dès le départ, une volonté, contenue mais évidente, d\u2019intégrer ces «nouveaux sujets» de la couronne britannique dans un tout uniforme régi par la loi et les coutumes anglaises, dans la langue anglaise.Ce n\u2019est que par la force des choses, et faute de pouvoir commodément faire autrement, qu\u2019on tempère cette volonté d\u2019assimilation.Les appuis et sympathies, comme ceux de Carleton, sont fonction de cet «esprit de subordination» et de cette «obéissance» qui facilitent tellement l\u2019exercice libre de la domination.Il faut bien accepter la différence, «d\u2019abord qu\u2019on est là», comme dit la chanson d\u2019Édith, mais il ne faut surtout pas que ça dérange l\u2019establishment.Qui oserait prétendre qu'après plus de deux cents ans, les mêmes éléments fondamentaux du débat ne sont pas toujours là, présents et opérants?Même si, depuis plus de cent ans, le régime monarchique s\u2019est mué en gouvernement démocratique?C\u2019est que les partenaires minoritaires de jadis, bénéficiaires privilégiés du pouvoir royal, sont devenus les mandataires majoritaires, et non moins privilégiés, d\u2019un pouvoir fédéral central, aussi jaloux que le roi pouvait l\u2019être, de ses prérogatives souveraines.Clyde Wells n\u2019est que le haut-parleur actuel de cette majorité farouchement embusquée dans sa domination, quand il refuse obstinément au peuple québécois, comme une injuste et inacceptable faveur, toute reconnaissance, même purement nominale, de son effectif caractère distinctif.Et n\u2019est-il pas, avec ses plus ou moins secrets complices, la réplique fidèle de ces premiers vainqueurs plus ou moins ouvertement fiers de leur supériorité?Ceux-là qui, toujours comme jadis, quand ils n\u2019ont pas le pouvoir entier, tiennent mordicus à contrôler le pouvoir que, par la force des choses et du temps, ils se sont à contrecœur vus obligés de partager.À croire que l\u2019histoire, plutôt que se répéter, ne fait au fond que continuer! Voyons la suite qui ne manquera pas de nous offrir de nouvelles variations sur un thème connu.Nous en sommes encore à l\u2019origine crue du combat fondamental: Canadiens d une part, avec l\u2019encombrant poids de L'HISTOIRE SE REPETE 1531 leur présence, British d\u2019autre part, qui doivent composer avec ce poids, faute de pouvoir l\u2019éliminer ou l\u2019absorber.Dépits et répits Nouvelles revendications, études et délibérations à Londres, sans oublier l\u2019ombre menaçante de la révolution dite «américaine», l\u2019impasse finit par déboucher sur l'Acte de Québec de 1774.Les Canadiens y décrochent le gros de leurs principales réclamations: frontières élargies, liberté de culte, lois civiles françaises, participation au Conseil.Ce qui montre bien l\u2019opportunisme circonspect de ces concessions obligées, c\u2019est que les lois et coutumes seront maintenues «jusqu\u2019à ce que celles-ci soient changées ou modifiées [.]».Ce que n\u2019a pas manqué de souligner, en octobre de la même armée, le premier Congrès des colonies anglaises du sud, dans son appel aux Canadiens.Toujours la même attitude: on ne cède que ce qui semble nécessaire au maintien de la sujétion, dans l\u2019attente toujours latente d\u2019une éventuelle intégration.Qui voudrait une confirmation du caractère occasionnel et transitoire de cette précaire générosité pourrait la trouver dans les instructions de Georges III au gouverneur Carleton, en janvier 1775, dès la veille de l\u2019entrée en vigueur de l\u2019Acte de Québec.Le Conseil législatif se devra «de bien considérer [.] si les lois anglaises, sinon entièrement, du moins en partie, ne devraient pas servir de règle dans tous les cas» de causes civiles touchant au commerce et à la propriété.Arrêtons-nous ici et faisons un bond d\u2019une décennie, jusqu\u2019en 1783, pour observer en bref ce que l\u2019histoire nous apprend.C\u2019est alors, le 3 septembre, qu\u2019à Versailles une paix «chrétienne, universelle et perpétuelle» entre l\u2019Angleterre et la France entérinait le désistement définitif de cette dernière à l\u2019égard du Canada.Or le même jour où, vingt après, se confirmait ainsi l\u2019assujettissement du Canada, l\u2019Angleterre reconnaissait officiellement, à Paris, l\u2019affranchissement de son ancienne colonie des États-Unis! Moins de dix ans après s\u2019y être militairement opposée, «Sa Majesté Britannique reconnait les dits États-Unis [.] comme des états libres, indépendants et souverains» et «traitera avec eux comme tels». 1532 L\u2019ACTION NATIONALE Le même jour, une dépendance, après vingt ans, resserre ses liens, tandis qu\u2019une indépendance, après moins de dix ans, achève de dénouer les siens.Ce qu\u2019on gagne en deux fois moins de temps qu\u2019il ne faut pour continuer de s\u2019en priver, à vouloir assez s\u2019affirmer entièrement libres pour pouvoir, sans permission, d\u2019abord le devenir! Quitte à devoir ensuite, pour avoir sereinement attendu la funeste permission refusée, forcément et finalement l\u2019obtenir.Comme une palme non nécessaire, courageusement méritée et fièrement affichée.Se pourrait-il qu\u2019un jour, la colonie hétérogène du Nord (dite, comme maintenant, «province de Québec») en fasse autant que ces colonies homogènes des États du Sud, devenus par auto-déclaration «États Libres et Indépendants»?Jusques à quand?.Sans demander ni attendre, comme des enfants peureux, l\u2019impossible permission.Mais trêve de rêves et d\u2019impatience! Revenons à notre fil de l\u2019histoire, pour continuer de mieux voir comment et pourquoi il n\u2019a cessé de se nouer jusqu\u2019à nos actuelles impasses.Replis en sursis Nous en sommes rendus à l'Acte constitutionnel de 1791, dix-sept ans après Y Acte de Québec.comme quoi tout n\u2019a pas tourné rond et qu\u2019il faut se remettre au rafistolage.Oui, nous ne l\u2019oublions pas, les provinciaux québécois toujours soumis et obéissants à la couronne britannique existent toujours; ils n\u2019ont été ni limogés ni déportés.et ils en profitent pour améliorer leur sort, tant qu\u2019ils le peuvent.Mais c\u2019est déjà assez exigeant de s\u2019évertuer à garder sa chemise, pourquoi faudrait-il, alors et toujours, se perdre en reconnaissance envers ceux qui n\u2019ont pas encore réussi à la leur enlever?Revenons à la façon dont le nœud des antagonismes a continué de se resserrer en s\u2019emmêlant.Il y aura tout de même un desserrement tactique temporaire: Y Acte constitutionnel de 1791, toujours une loi britannique, tentant de dénouer l\u2019impasse.Essentiellement il divisera «la province de Québec» en deux gouvernements distincts: le Haut et le Bas-Canada, dont L'HISTOIRE SE REPETE 1533 chacun sera doté d\u2019un Conseil constitué et d\u2019une Assemblée élue.On constatera tôt que, malgré ces réaménagements, la situation fondamentale n\u2019en change pas pour autant.Il y a toujours cette paralysante et frustrante opposition entre une élite de dirigeants dominateurs qui voudraient tout gérer à leur guise, et un peuple d'habitants installés qui, avec un minimum décent de protestations, et l\u2019ambivalente connivence du clergé, oppose la résistance tranquille de sa masse.Dans une lettre du 1er novembre 1800 au Secrétaire britannique, le lieutenant-gouverneur Milnes dit avoir été dès le départ «frappé de la condition incertaine des intérêts du gouvernement».Notons bien qu\u2019il ne s\u2019agit pas tellement des intérêts des gouvernés, qui sont plutôt, comme à l\u2019origine, ceux qui font problème.Ces cultivateurs, pour la plupart, «simples habitants», qui se disent «sous tous les rapports aussi indépendants que le seigneur lui-même».La deuxième cause mentionnée de l\u2019incertain état de choses, c\u2019est l\u2019interférence équivoque de «l\u2019évêque catholique romain», entre les mains de qui «tout le patronage de l\u2019église a passé»; patronage qui devrait normalement revenir à la plus soumise église anglicane.De même les prêtres qu\u2019on a indûment laissés proliférer, «ne se considèrent en aucune façon astreints à un autre pouvoir que celui de l\u2019évêque».Entre autres moyens suggérés par Milnes pour obvier à ces entraves et «pour supprimer toute sédition qui pourrait se produire», ce serait d\u2019abord par «le défrichement et la colonisation», de voir à «implanter, avec le temps dans cette province, une population protestante [.] plus étroitement liée au gouvernement britannique».Quant à l\u2019évêque, tout de même «animé des meilleurs sentiments à l\u2019égard du gouvernement», qui lui assure un traitement, il y aurait un moyen facile, et peu coûteux d\u2019encourager sa sollicitude: ce serait d\u2019accéder à sa demande «d\u2019augmenter cette rente», pour grossir des revenus jugés «pas du tout conformes à sa situation».D\u2019où l\u2019on voit que si les rapports deviennent plus subtils, l\u2019insatisfaction mutuelle fondamentale n\u2019en subsiste pas moins, entre les intentions frustrées des autorités et les accommode- 1534 L\u2019ACTION NATIONALE ments de fortune des administrés.Et de plus en plus, dans les débats continus qui s\u2019ensuivent, se confirme, quand on s\u2019applique à la suivre, cette chaîne encombrante et embrouillée qui associe et oppose deux populations, conjointes par obligation et disjointes dans les aspirations.La quadrature du cercle, la cheville ronde qui résiste au trou carré.Une importante distinction, offerte au second regard, qui, alors et de prime abord, n\u2019émergeait guère de la confusion ambiante, c\u2019est celle entre les Anglais d\u2019ici et ceux de Londres.Ces derniers se sont souvent, sinon toujours, montrés plus impartiaux et conciliants que les premiers.Ce sont ces officiers londoniens de la couronne qui ont, par sagesse pragmatique sans doute, mais souvent aussi par sincère empathie, contribué à relâcher les liens du nœud gordien initial.En font foi cette lettre, déjà mentionnée, de Carleton, en 1767, au lendemain de la conquête, et les instructions à Gosford, en 1835, à la veille de la rébellion; de même que les actes constitutionnels de 1774 et de 1791, fruits de pareilles sympathies.Quant aux Anglais d\u2019ici, toujours frustrés dans leur volonté de domination et d\u2019assimilation, pendant ce demi-siècle de luttes parlementaires et de concessions péniblement acquises, ils n\u2019ont cessé de protester à ces gains des Canadiens.C\u2019est cette opposition systématique du «parti anglais» du Bas-Canada, alias «province de Québec», qui faisait constamment obstacle à cette importune société francophone récalcitrante, qu\u2019ils auraient ardemment voulu voir éteinte plutôt que «distincte».Alors comme maintenant, 1 ardeur de leur désir les empêchait d\u2019admettre, fût-ce théoriquement, l\u2019inéluctable existence de ce fait, de peur que cette admission eût le moindre effet dans les faits.En témoigne cette lumineuse pétition de décembre 1822, signée par 1,452 Montréalais anglophones.Les pétitionnaires y dénoncent les déplorables concessions faites en 1774 et 1791 aux «co-sujets» Français, sans lesquelles «ils sont convaincus que la province serait aujourd\u2019hui, en toutes choses essentielles, une province anglaise».Soulignons cette indéfectible volonté arrêtée et toujours vivace de faire du Québec français «une province anglaise», une «province comme les autres».On croi- L'HISTOIRE SE RÉPÈTE 1535 rait entendre les échos rétrogrades des embusqués Manning et Wells, qui toujours nous refusent la «distinction» dans l\u2019uniforme unité canadienne.Avec la trudeauesque et chrétiennine complicité entêtée de tous ceux-là qui se font fort d\u2019enchâsser cette académique «distinction» dans un «fédéralisme renouvelé»; ce même illusoire renouvellement qu\u2019ils ont eux-mêmes si honteusement failli à réaliser après l\u2019avoir si pompeusement promis.Sans parler de cette bourassative, ryanique et rémil-lardeuse obstination, aussi naïve que poussive, à croire aux miracles de la conversion spontanée du Canada d\u2019à côté.Mais revenons à nos moutons, de ceux qui ont toujours peine à se prémunir contre «la raison du plus fort», qui ne cesse de les assiéger.L\u2019objectif concret du «parti anglais», depuis 1791 surtout, n\u2019avait cessé d\u2019être la fusion de toute la population du Haut et du Bas-Canada en une seule entité absorbante et niveleuse.Cela seul pouvait réussir à contrer, comme ils disaient si bien, ces «traits nationaux [du Bas-Canada] qu\u2019il est de l\u2019intérêt à la fois de la mère patrie et de la colonie de faire graduellement disparaître au moyen d\u2019une union avec les co-sujets d\u2019origine britannique».Et l\u2019occasion de la pétition montréalaise était précisément un projet de loi prévoyant l\u2019union des deux Canada présenté au Parlement de Westminster, au cours de l\u2019été précédent; projet qu\u2019à la suite des représentations sur place de Papineau et Neil-son, le ministère avait jugé plus opportun de retirer.Autre occasion de distinguer entre les prudents Anglais modérés de là-bas et les ardents forcenés d\u2019ici.Mais ce n\u2019était que partie remise, puisque la tension croissante des quinze années subséquentes devait mener jusqu'à l\u2019imposition par Londres de cette fatidique Union, depuis si longtemps souhaitée de nos Anglos locaux.Apogée de la curée Cet Acte d\u2019Union des deux Canada, sanctionné par la reine à l\u2019été 1840, était le fruit médiat de la rébellion de 1837-38, et l\u2019effet immédiat du rapport de lord Durham, mandaté pour étudier et résoudre l\u2019impasse.Il va sans dire qu\u2019il représente pour le «parti anglais» la plus grande victoire à ce jour de leur 1536 L'ACTION NATIONALE irréductible volonté assimilatrice.L\u2019amalgame lui assure en effet tout ce qu\u2019il exigeait de plus concret pour réaliser sa domination, depuis toujours vainement souhaitée: Soit l\u2019anglais comme seule langue officielle, une égale représentation à l\u2019unique Chambre d\u2019Assemblée (malgré une nette infériorité numé-rique), et, comble de l\u2019injustice, une fusion des revenus et dettes, qui force un Bas-Canada franco bafoué et radié, à partager le déficit substantiellement supérieur d\u2019un Haut-Canada anglo, triomphant et radieux! Cet apogée du persistant déséquilibre entre les forces en présence mérite qu\u2019on s\u2019y arrête, car il illustre jusqu\u2019à l\u2019insupportable nausée, cette impuissance chronique où nous maintient, depuis le jour Wolfe et toujours depuis, cette mer ambiguë de la pernicieuse union britannique transmuée en fallacieuse unité canadienne.Cette impossibilité consubstantielle persistante, malgré les apparentes et illusoires «accalmies» (c\u2019est le mot de Léo-Paul Desrosiers pour désigner l\u2019intermède de Durham), de pouvoir surnager et respirer librement, tant que nous nous acharnerons à vouloir rester dans ces eaux pan-canadiennes irrémédiablement piégées.Lord Durham, nommé en 1838, à la fois gouverneur du pays désuni et haut-commissaire chargé de sa réunion, était un homme aussi lucide et brillant qu\u2019arrogant et prévenu.Son fameux rapport affiche autant la cynique perspicacité de ses observations que l\u2019arrogante sagacité de ses propositions.Un modèle de géniale rouerie impériale! Il ne faut pas nous gêner pour reconnaître l\u2019occasionnelle justesse de ce qu\u2019il dit.Rien comme 1 œil d\u2019un flegmatique Britannique pour nous éclairer sur nos plus obscures et insidieuses faiblesses! Il dit d\u2019abord avoir trouvé dans la constitution et dans son application, «des défauts très suffisants pour expliquer en grande partie la mauvaise administration et le mécontentement».Mais il ajoute avoir découvert «une cause beaucoup plus profonde et plus radicale», ferment de «haine mortelle» et de «dissensions désastreuses», qu\u2019aucune réforme des institutions et des lois ne suffirait à corriger.«Cette cause, il faut la faire disparaître avant d\u2019attendre le succès de toute autre tentative capable de porter remède aux maux de la malheureuse province». L\u2019HISTOIRE SE RÉPÉTÉ 1537 Quelle est cette cause?«Je m\u2019attendais à trouver un conflit entre un gouvernement et un peuple; je trouvai deux nations en guerre au sein d\u2019un même État; je trouvai une lutte, non de principes, mais de races».La racine première de ce conflit?Une société française «vieille et retardataire dans un monde neuf et progressif»; des sujets demeurés Français mais des Français qui ne ressemblent pas du tout à ceux de France».Des Français déchus quoi! Mais chez qui hélas! «la conquête n\u2019a pas changé grand\u2019chose».La voilà la tache «profonde et radicale» qu\u2019il faut «faire disparaître», le virus de discorde qu\u2019il faut «exterminer»! Ce pertinent diagnostic global s\u2019accompagne de considérations analytiques auxquelles on pourrait honnêtement souscrire, n\u2019étaient le parti pris anglo-saxon, et le ton hautain du suffisant dédain: «Voici une race d\u2019hommes habitués aux travaux incessants d\u2019une agriculture primitive et grossière»; ce qui les pourvut «de biens matériels bien au-delà de leurs anciens moyens, à tout le moins au-delà de leurs désirs».Ce qui suffit à expliquer que, tellement et ainsi bornés, «ils ne firent aucun progrès que le premier progrès que la terre leur prodigua».Coincés en nombre croissant dans leurs terres de moins en moins nourricières, qu\u2019ils y restent ou en sortent, «il semblerait que les Canadiens français sont destinés, en quelque sorte, à occuper une position inférieure et à dépendre des Anglais pour se procurer un emploi».Ces Français déracinés du sol natal, «dont ils ont été séparés par quatre-vingts ans de domination étrangère», et «davantage par les transformations [de] la Révolution», ne sauraient avoir aucun avenir viable digne d\u2019être envisagé: On ne peut guère concevoir nationalité plus dépourvue de tout ce qui peut vivifier et élever un peuple que les descendants des Français dans le Bas-Canada, du fait qu\u2019ils ont gardé leur langue et leurs coutumes particulières.C\u2019est un peuple sans histoire et sans littérature.La littérature anglaise est d\u2019une langue qui n\u2019est pas la leur; [.] Une analyse aussi impitoyable de «la cause la plus profonde et plus radicale» du malaise laisse déjà assez nettement deviner la prescription qui doit logiquement en découler.Mais 1538 L\u2019ACTION NATIONALE avant d\u2019y revenir, examinons un moment la distinction que nous venons à peine de faire entre la générale tolérance et relative impartialité des officiers de la métropole et la constante intransigeance du «parti anglais» local.Cette attitude du haut-commissaire Durham n\u2019infirme-t-elle pas sérieusement cette constatation?Ce qui nous incline à croire qu\u2019une telle attitude n\u2019est pas dépourvue d\u2019une certaine sollicitude (superbement paternaliste), c\u2019est qu\u2019il se trouve des historiens pour dire que cette partie anti-francophone de son rapport lui serait moins attribuable qu\u2019à un de ses intimes collaborateurs du nom d\u2019Adam Thom.Cet incommode Ecossais, installé à Montréal depuis 1832, y pratiquait le journalisme tout en étudiant le droit, quand lord Durham, six ans plus tard, l\u2019engagea dans son équipe.Après quoi il accompagna le gouverneur en Angleterre, pour l\u2019assister dans la rédaction de son historique rapport.Tout récemment, Dale Gibson, un professeur de droit de 1 Université du Manitoba, se faisait l\u2019écho de ces historiens ci-dessus mentionnés, quand il écrivait {The Beaver, oct.-nov., 1990, p.31): L\u2019on croit généralement qu\u2019Adam Thom, dont l\u2019hostilité à l\u2019égard de presque tout ce qui était français s\u2019était manifestée dans ses éditoriaux, fut largement responsable de ces parties du rapport Durham qui recommandent la suppression de la culture française.Il reste plausible que le tempérament altier de lord Durham, hautement imbu de la supériorité anglo-saxonne de sa culture aristocratique, malgré son dévouement reconnu de whig radical à la cause des opprimés, ait été davantage frappé par le caractère désespéré d\u2019une situation que touché par la détresse, jugée incurable, d\u2019un peuple à ce point démuni.Venons-en aux remèdes proposés par notre lord enquêteur et juge.Ils sont à l'avenant des rigueurs sans quartier de l\u2019analyse diagnostique, et s\u2019adressent d\u2019abord aux «moyens de terminer à 1 Assemblée l\u2019agitation des querelles nationales, en établissant pour toujours le caractère national de la province».Et ces moyens sont aussi clairs et précis que la fin visée: L'HISTOIRE SE REPETE 1539 Je n\u2019entretiens aucun doute sur le caractère national qui doit être donné au Bas-Canada: ce doit être celui de l\u2019Empire britannique, celui de la majorité de la population de l\u2019Amérique britannique, celui de la race supérieure qui doit à une époque prochaine dominer sur tout le continent de l\u2019Amérique du Nord.Plus concrètement, sans rien précipiter ni brusquer, il s\u2019impose au gouvernement britannique «d\u2019établir dans la province une population de lois et de langue anglaises, et de n\u2019en confier le gouvernement qu\u2019à une Assemblée décidément anglaise».Nous avons déjà vu les principales stipulations de Y Acte d\u2019Union qui devaient résulter du rapport.Nous voyons maintenant, sans aucune équivoque, quelles intentions de domination assimilatrice les inspirent.Essayons de voir les motivations exprimées, et si on peut toujours les associer à cette énigmatique bienveillance ci-devant supposée.La prémisse en est une constatation déjà énoncée: «Je ne connais pas de distinctions nationales qui marquent et continuent une infériorité plus irrémédiable».La langue, les lois et le caractère du continent nord-américain étant largement anglais, «toute autre race que la race anglaise y apparaît dans un état d\u2019infériorité».C\u2019est donc «pour les tirer de cette infériorité que je veux donner aux Canadiens notre caractère anglais».Cela «pour l'avantage des classes instruites» déjà exclues, «plus peut-être qu\u2019il n\u2019était nécessaire» des professions élevées; mais on ne pouvait se montrer plus équitable envers «ceux qui parlent une langue étrangère».(Notons tout de même le condescendant effort d\u2019impartialité.) Mais c\u2019est surtout cette masse «primitive et grossière» qui rappelle sa rude sollicitude: «Je désire plus encore l\u2019assimilation pour l\u2019avantage des classes inférieures», ces familles paysannes dont l\u2019«aisance commune se perd vite par suite du surpeuplement des réserves où elles sont renfermées».Et si leurs membres, pour améliorer leur sort, émigrent vers l'extérieur, «la plupart devront servir d\u2019hommes de peine aux industriels anglais».Il est difficile de nier la perspicacité prophétique de ces spéculations sur l\u2019avenir du peuple franco-québécois.Il le serait 1540 L\u2019ACTION NATIONALE davantage de contester la fulgurante confirmation offerte par ce célèbre rapport Durham à ces fatales constantes qui depuis les Plaines d\u2019Abraham, n\u2019ont jamais cessé de marquer le sort et d\u2019entraver l\u2019essor de notre toujours «malheureuse province».Complicité locale en aval Avant de passer à la dernière étape de notre réflexive rétrospective, faisons une autre pause pour le pénible et malin plaisir de constater que, plus d\u2019un siècle après l\u2019accablant plaidoyer à charge de lors Durham, il est possible de trouver chez nous, un émule de notre britannique contradicteur, un autre juge, aussi sévère, et plus amer, des aspects jugés rétrogrades de notre société québécoise.C\u2019est un jeune journaliste de Cité libre, Québécois hybride et parfaitement bilingue, en attendant le jour prochain où avec l\u2019enthousiaste appui de ses compatriotes ca-nadiens-français, il pourra poursuivre plus concrètement la tâche amorcée de dénigrement et de castration.Les circonstances sont loin d\u2019être identiques, mais les visées sont étrangement analogues.Il ne peut plus s\u2019agir, dans les années 60, de supprimer la langue et l\u2019Assemblée nationales, qui ont été depuis longtemps rétablies.Mais il s\u2019agit toujours de réduire au minimum endurable les aspirations «réactionnaires» et «ridicules» du Québec au moindre semblant de souveraineté.C\u2019est bien connu, et sans cesse répété dans les anciens textes officiels, la souveraineté, c\u2019est pour le Souverain.et ses légitimes héritiers.Ce n\u2019est pas pour le peuple, «ni assez instruit, ni assez riche, ni surtout assez nombreux» pour assurer sa propre gouverne.Et il va sans dire qu\u2019il s\u2019agit encore et toujours d\u2019assurer, au maximum possible, le pouvoir dominant et anglophone de l\u2019unité canadienne, cette unité inviolable, que s\u2019obstine à menacer la même (mau)dite race canadienne-française [.] trop anémiée culturellement, trop dépourvue économiquement, trop attardée intellectuellement, trop sclérosée spirituellement, pour pouvoir survivre [.] au cloaque [créé par les excès] de la vanité et de la «dignité» nationales. L\u2019HISTOIRE SE RÉPÈTE 1541 Qu\u2019est-ce que ce langage?Et ce superbe mépris?.Ne s\u2019agirait-il pas d\u2019autres passages du rapport Durham, reprenant, dans des termes presque identiques, les mêmes arguments dénigrants?.Ou de l\u2019écho attardé de l\u2019un de ses lointains descendants?.Il y a ce supplément d\u2019arrogant mépris, qui s\u2019ajoute à la suffisante morgue.Hé non! C\u2019est d\u2019un brave et authentique Canadien d\u2019ici, de chez nous, qui aurait peut-être quand même hérité, de la moitié anglo-saxonne de son ascendance, quelques affinité avec notre lord contempteur, qui sait?.Le lecteur qui n\u2019a pas encore réussi à identifier notre personnage, devra attendre que nous ayons filé, jusqu\u2019au terme prévu, le parallèle où il s\u2019est engagé.Disons donc, pour illustration de continuité, que cette sacro-sainte vierge de «l\u2019unité nationale» fédérale menacée de viol, (que notre héraut contemporain de la médisance s\u2019entraîne à défendre dans l\u2019arène politique), cette «unité» n\u2019est au fond que la forme rajeunie et plus civilisée, de l\u2019ancienne et brutale Union des deux Canada.Cette «unité» consacrée sous sa nouvelle espèce s\u2019est substituée, par transubstantiation, à l\u2019espèce plus punitive de l\u2019Union, tout en en conservant la finalité inchangée: Le «caractère anglais» dominant, imposé par Durham, s\u2019est préservé dans la transmutation de l\u2019union en fédération.Effective fédération, hypocritement appelée confédération, qu\u2019on n\u2019aurait pas à défendre si farouchement si elle l\u2019était de fait: une association plus libre d\u2019états autonomes.Même si, dans un monde plus évolué, on ne peut plus se permettre de sévir et punir de fait, on peut quand même encore, plus ou moins civilement, rugir, et menacer de contrevenir à plein souhait; et la peur aidant, à quelque substantiel effet.C\u2019est l\u2019oriflamme fatidique de Durham, remplacée par l\u2019étendard pathétique de Trudeau! Car c\u2019est bien de lui que nous voulions ci-devant parler! Ce belliqueux journaliste qui déjà préparait les obstinés combats du futur premier ministre fédéral.Cette enragée résistance qu\u2019il devait, pendant plus d\u2019une décennie, à grands coups de savants sophismes, de fulminantes menaces et de fallacieuses promesses, opposer à la vague montante de l\u2019indépendantisme québécois; ce vilain «séparatisme», qui non seulement risquait 1542 L\u2019ACTION NATIONALE de saper sa principale base électorale, mais encore de saborder cette grande nef fédérale et son gouvernement central fort dont nous ne savions pas apprécier les multiples bienfaits.Nous avons déjà eu l\u2019occasion, dans ces pages (U Action nationale, juin 1990, pp.770-798), d\u2019exposer cet acerbe manifeste du journaliste Trudeau, en regard de la magistrale riposte offerte par l\u2019écrivain Hubert Aquin.L\u2019effet Durham: La politique du tandem Il nous resterait à rappeler ces luttes, moins ardentes mais persistantes, qui ont suivi l\u2019accalmie forcée de l'Acte d\u2019Union de 1840, jusqu\u2019au remaniement qui en est résulté, vingt-sept ans plus tard, avec l\u2019actuelle dite Confédération canadienne.Ces luttes, principalement menées par le tandem Lafontaine-Baldwin, ne font que confirmer la permanence de «ces deux nations en guerre au sein d\u2019un même État», mentionnées par Durham comme étant la cause «plus profonde et plus radicale» du malaise fondamental.Des recommandations avaient bien conduit à une identification extérieure accrue du «même état», mais en ne réussissant pour autant qu\u2019à en exacerber l\u2019inhérente et lancinante contradiction.Arrêtons-nous une fois de plus pour considérer un effet moins apparent mais non moins efficace du rapport Durham sur l\u2019évolution problématique du destin québécois.Michelet disait de l\u2019histoire: «ce qu\u2019elle dit, elle le produit».Mallarmé, de son côté, disait de la poésie: «Énoncer, c\u2019est produire».Jean-Pierre Faye, dans sa Théorie du récit, s\u2019inspirant de ces deux formules, se livre à de judicieuses considérations sur les énigmatiques rapports de causalité susceptibles de s\u2019établir entre le récit imaginaire et une action conséquente.Ce que, dans un essai ultérieur, il appelle «l\u2019effet Mably», qu\u2019il définit ainsi: «il existe dans l\u2019histoire un effet d e production d\u2019action parle récit».Pour notre part, nous appellerions «effet Durham» les conséquences, sur la suite de notre toujours problématique destinée, du «récit» fait par le haut-commissaire de la situation étudiée.La croyance en notre expéditive disparition n\u2019est pas la moindre de ses fictions.Mais c'est dans une de ses recommandations, dont la L'HISTOIRE SE RÉPÈTE 1543 prophétique justesse effacera tôt l\u2019aspect fictionnel, que réside particulièrement cet effet Durham dont nous parlons.Partant de cet aspect foncièrement national du conflit qu\u2019il étudie, le roué gouverneur en vient à suggérer à ses compatriotes coloniaux d\u2019intégrer les Canadiens français dans leurs partis politiques, plutôt que de les affronter dans un seul parti d\u2019opposition unie.Ne serait-ce pas le meilleur moyen de leur faire oublier leur rancœur et d\u2019«exterminer la haine mortelle qui maintenant divise les habitants du Bas-Canada en deux groupes hostiles: Français et Anglais»?Au lieu de perpétuer cette stérile et coûteuse division des races, embrigadons ces Français dans la confrontation des formations politiques.Quoi de mieux pour canaliser leur énergie combative et l\u2019orienter, tout en l\u2019éduquant, vers d\u2019autres objectifs, plus propices à raffermir ce caractère national britannique qu\u2019il importe de conserver à la colonie! Ces co-sujets turbulents y oublieront graduellement leurs revendications, pour s\u2019habituer progressivement à nos coutumes et à notre langue, et idéalement finir par les adopter.La bonne vieille formule impériale! depuis longtemps éprouvée: diviser pour régner.Elle était connue, mais on ne savait trop comment l\u2019appliquer.Il fallait la géniale audace de Durham pour la ressusciter et nous la resservir.Dès après Durham, son truc magistral s\u2019est mis à fonctionner avec les Lafontaine-Baldwin, avec qui les deux races ont commencé de se trouver des objectifs à défendre en commun, avec toujours d\u2019insuffisants résultats.Après moins de vingt ans, on jugea bon et habile de raffiner la formule en lui donnant des allures de respect démocratique des disparités.C\u2019est alors que, dans une pseudo-confédération (où il y a un «con» de trop.), l'ancienne «province de Québec» obtient une reconnaissance, plus apparente que réelle, tant elle est partielle, de ses aspirations culturelles fondamentales.Elle devient l\u2019une, «comme les autres» d\u2019abord des quatre provinces initiales, puis progressivement, pour ainsi dire, des six autres à venir.Il faut l\u2019avouer, avec les mêmes visées de domination, mais tellement mieux camouflées, la formule fédérale s\u2019avère cinq fois plus subtile et habile que la grossière et gauche Union qu\u2019elle a remplacée. 1544 L'ACTION NATIONALE Et qui oserait, par les temps indécis qui courent, se risquer à prédire de combien de fleurons encore elle peut enrichir son équivoque couronne?Ou de combien de lustres elle pourra encore, si jamais, se targuer à la fin d\u2019avoir dépassé la longévité écourtées de son aïeule?.La spécieuse «Confédération» Ce qu\u2019on peut dire pour le moment, c\u2019est que le magique effet Durham n\u2019a pas manqué d\u2019agir efficacement à l\u2019ombre plus sournois du régime fédéral.Il faut dire, pour être honnête sans cesser d\u2019être lucide, que le nouveau régime fédéral du Canada l\u2019a fait passer du statut colonial à celui de dominion.Tout en réduisant graduellement la domination de Londres, il a inauguré un gouvernement démocratique assoupli, permettant à tous de mieux respirer.Mais il faut aussi rappeler que la domination locale du pouvoir central n\u2019en a pas moins hérité de la traditionnelle vigilance à l\u2019égard du caractère britannique dominant du complexe fédéral.L\u2019affaire Riel, les écoles séparées du Manitoba, les débats linguistiques et tant d\u2019autres flambées similaires périodiquement survenues, en témoignent abondamment.A preuve aussi les termes à souligner dans ces actes du Parlement britannique qui marquent la progressive émancipation du pays: L\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique, de 1867, le Statut de Westminster de 1929.Indices révélateurs du fait que ces actes persistent à confirmer la majorité anglaise dans ses «droits», sans faire plus que strictement dû pour favoriser l\u2019essor de la minorité française québécoise, encore moins celui des minorités francophones des autres provinces.Et ne parlons pas de ce rapatriement de la constitution de 1982, exploit marquant de l\u2019ère Trudeau, réalisé sans l\u2019accord du Québec, et de toute évidence plutôt destiné à gêner ses prérogatives qu\u2019à les promouvoir.Pour souligner les divers avatars entraînés par l\u2019effet Durham sous le régime fédéral, arrêtons-nous pour relever les principaux tandems bilingues appelés à en assurer la permanence.Précisons que ce rappel ne vise aucunement à incriminer L'HISTOIRE SE REPETE 1545 les personnages impliqués et leurs plus ou moins discernables motivations.Celles-ci peuvent varier, depuis le choix forcé du moindre mal jusqu\u2019à l\u2019honnête conviction d\u2019une positive contribution à une grande cause, en passant par les appâts plus douteux de la gloire gratifiante, de l\u2019aventure valorisante ou de la lucrative carrière.Les historiens les plus avisés auront toujours de la peine à préciser la teneur relative de ces éléments de participation subjectifs, mouvants et difficilement pondérables \u2014 même au sein d\u2019un seul personnage.Qu\u2019il suffise de remarquer que ces collaborations, dans les meilleurs des cas, n\u2019ont su faire mieux que d\u2019empêcher notre situation «distincte» de se dégrader.Elles ne l\u2019ont jamais améliorée, lui permettant tout au plus de se consolider pour la continuation de la résistance.Comment s\u2019en étonner, quand la valeur escomptée de la participation à la cause centrale dominante implique la mise en veilleuse ou en oubli (prévue dans l\u2019astucieuse logique de l\u2019effet Durham) de l\u2019appartenance des collaborateurs à une cause nationale récessive?\u2014 qu\u2019il s\u2019agit précisément de garder en récession.L\u2019astuce en effet consiste à faire en sorte que les meilleurs éléments, ou agents, de cette cause secondaire, loin de servir à la promouvoir, aillent plutôt enrichir de leurs précieux services la cause centrale prioritaire.Et ils sont rares les cas d\u2019un Louis-Hippolyte La Fontaine ou d\u2019un Lucien Bouchard, qui sache tirer nettement et à temps l\u2019intégrité de son appartenance du bourbier de l\u2019ambivalence! C\u2019est ainsi qu\u2019après les couples Baldwin-La Fontaine et Macdonald-Cartier sous l\u2019Union, on a vu, ces collaborations bilingues se reproduire et s\u2019élargir au sein du cabinet fédéral.Façon tout indiquée de gagner l\u2019électorat québécois et de l\u2019intégrer, avec des succès variables, aux politiques unitaires du gouvernement central.Pour la première guerre, il y eut la collusion Borden-Lau-rier, puis pour la deuxième, les duos Mackenzie King-Emest Lapointe, puis Mackenzie King-Louis Saint-Laurent, assurèrent à l\u2019Angleterre la participation canadienne, malgré une forte résistance québécoise.C\u2019est Diefenbaker, par sa victoire conservatrice de 1957 qui secoua l\u2019électorat québécois de sa traditionnelle allégeance 1546 L'ACTION NATIONALE au parti libéral fédéral.Son parti l\u2019emporta, même s\u2019il n\u2019obtint que quelques sièges au Québec.Les anglophones du parti libéral fédéral, craignant, après cette défaite, que leur parti ne soit par trop devenu celui des Canadiens-Français, forcèrent la démission de leur chef Louis Saint-Laurent.Ébranlés dans leur foi libérale, les Québécois, l\u2019année suivante gratifièrent Diefenbaker de cinquante députés supplémentaires.Mais à leur dam et chagrin ils durent constater que son énorme majorité lui permettait d\u2019exercer le pouvoir sans l\u2019apport de la députation québécoise.Ce qui amena la population québécoise à mieux mesurer l\u2019importance incertaine de son poids au parlement d\u2019Ottawa.L\u2019alliance Pearson-Trudeau ramena le Québec au bercail libéral.Une fois le dauphin québécois couronné premier ministre, il en reçut, avec son étrange consentement, ces longues années d\u2019onéreux French power.Vaine gloire ambiguë, maintenue à grands renforts de bilinguisme et d\u2019unité canadienne.Lubies forcenées et futiles, dont les retombées d\u2019antagonisme ont donné tout leur éclat dans le brillant échec des accords du lac Meech! Il est significatif que la plus imposante participation québécoise au gouvernement fédéral (celle de l\u2019ère Trudeau) soit aussi celle qui a suscité dans le Canada anglais la plus grande résistance et la plus forte animosité anti-québécoise.Révélateur aussi que cet apport le plus massif du Québec à la direction du pays lui ait fourni en retour les positions les plus résolument adverses à son essor.Ce qui donne une éloquente confirmation aux géniales intuitions et machiavéliques prévisions de lord Durham: Plus on en met, et de plus doués, dans le jeu de la collaboration aux visées d unification, plus on accroît ses chances et plus on paralyse les forces de la résistance.À ces attelages politiques hétérogènes, il faut joindre ces jumelages analogues des commissions royales d\u2019enquête, appelées à la rescousse dans les récurrents problèmes de fonctionnement inter-gouvernemental.Leurs résultats variables seront toujours conditionnés par la même norme sous-jacente de l\u2019uniformité majoritaire à sauvegarder.Elles fourniront des éclair- L\u2019HISTOIRE SE RÉPÈTE 1547 cissements et des tempéraments aux questions posées, sans jamais leur apporter de vraies solutions stables.La commission Rowell-Sirois sera largement exploitée pour consolider les juridictions fédérales en matière économique et fiscale.La commission Pépin-Robarts sera remisée pour avoir trop ménagé les prérogatives provinciales.D\u2019autres, comme celles dites Massey-Lévesque et Dunton-Laurendeau, parties du bi-culturalisme, serviront finalement à le diluer en décevant bilinguisme et en dirimant multi-culturalisme.L\u2019échéance en suspens Est-ce que l\u2019histoire vraiment se répète?.À la suite et fin de ces réflexions, ne faudrait-il pas plutôt dire que, dans l\u2019instance en cause, elle se continue dans ses lignes maîtresses insidieuses et tortueuses?À bien considérer et peser l\u2019ensemble, tant dans l\u2019enchaînement constant des causes et des effets constatés que dans l\u2019usante frustration respective des partis impliqués, l\u2019évidente nécessité ne s\u2019impose-t-elle pas d\u2019un changement radical de parcours dans la route canado-québécoise?Ce parcours usé achève de s\u2019effondrer sous les vains soubresauts.À force de se répéter, l\u2019histoire n\u2019en peut plus de continuer à se perpétuer.Son insistante récurrence du passé s\u2019est muée en culminant suspense du présent.Il n'est plus possible de l\u2019oublier pour la répéter: sa vive et obsédante présence nous force à l\u2019affronter sans esquive.Il n\u2019y a plus d\u2019autre choix pour un peuple qui se respecte que de rompre la corde usée de ce tissu tordu.Pour bravement et sereinement le refaire à sa vraie mesure et ses justes couleurs.Ses meilleurs experts, aguerris en chantier, lui disent que ni la matière ni les outils ne manquent pour assurer le plein épanouissement de son destin en séculaire attente et en précaire suspens.C\u2019est l\u2019histoire qui continuera de nous oublier et de nous effacer, dans les sentiers des soumissions et des dépendances, si nous ne savons assumer nous-mêmes l\u2019affirmation résolue de notre indépendance. 1548 L\u2019ACTION NATIONALE Quelles plus stimulantes paroles pourrait-on rappeler, en 1 occurrence, que ces belles et nobles sentences du vibrant Bernanos: La liberté ne s\u2019enseigne à personne, ne se donne même à personne, elle est une force intérieure, une puissance de l\u2019âme.Un peuple libre est celui qui compte sur une certaine proportion d\u2019hommes fiers et, si la proportion n\u2019est pas atteinte, à quoi bon le faire proclamer libre par les avocats! ? Le cycle de Noël dans le conte littéraire québécois du XIXe siècle Aurélien Boivin Professeur Département des littératures Université Laval Résumé Le professeur Boivin nous invite à partager l'imaginaire de la Noël au XIXe siècle.Il rappelle les longs préparatifs de l\u2019Avent, la mise en train pour «l\u2019hivernage», la scène des boucheries, le réveillon, le bas de Noël, le trajet de la ferme à la crèche de l\u2019église, sans oublier les mille Ave de Maria Chapdelaine.M.Boivin relate les réjouissances du temps des Fêtes.Il évoque des légendes.Il rappelle les réceptions du Jour de l\u2019an et le baiser de Madeleine qui a le droit d\u2019embrasser son fiancé, mais le miroir se casse: c\u2019est le présage de sept ans de malheur.L'auteur parle des traditions de la gui-gnolée, de la quête de l\u2019Enfant-Jésus, de la bénédiction paternelle et du gâteau des Rois qui contient une fève et un pois.Il termine avec le mardi gras et la légende du diable à la danse.1 est peu de chercheurs qui s\u2019intéressent au conte littéraire québécois au XIXe siècle.Non pas que le genre ne soit pas 1550 L\u2019ACTION NATIONALE populaire ou se soit peu développé au siècle dernier.J\u2019ai déjà montré que le conte littéraire ne mourait pas de soif près de la fontaine, comme dans la ballade de Villon.Bien au contraire, le genre a été très pratiqué et il nous éclaire sur un imaginaire fort riche et parfois troublant, comme en témoignent les nombreuses apparitions du diable, de loin le personnage surnaturel le plus représenté dans le conte québécois du XIXe siècle, avec les loups-garous, les feux follets, les lutins et autres personnages diaboliques maléfiques, sans oublier les personnages bénéfiques1.Ces contes nous éclairent encore sur la vision du monde de nos premiers littérateurs qui, inévitablement, par le fait qu\u2019ils vivent à une époque donnée, ont représenté la société dans leurs écrits, devenus de véritables documents sociologiques.J\u2019ai relu une bonne partie de ces contes que j\u2019ai recueillis en 19742, à l\u2019occasion des recherches qui devaient mener à la parution du premier tome du Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, en 19783, en m\u2019intéressant au calendrier liturgique, en particulier au cycle de Noël.Je vous invite à partager le fruit de mes découvertes et réflexions.L'année liturgique L année liturgique se divise en deux grands cycles: le cycle de Noël (ou de la Nativité ou de l\u2019Incarnation) qui commémore la naissance du Sauveur; le cycle de Pâques (ou de la résurrection) qui commémore la mort puis la résurrection triomphale du Christ.Si Pâques est la fête par excellence dans la 1.Voir Aurélien Boivin, «De quelques êtres surnaturels dans le conte littéraire québécois au XIX' siècle», Nord, n° 7 (automne 1977), p 9-40.On consultera aussi «l 'Imaginaire des conteurs québécois au XIX' siècle»: les êtres sumatu-rels malétiques», Cahiers pour la littérature populaire (Paris), nos 8-9 (au-tomne 1987), p 11-26, et la présentation de notre anthologie, le Conte fantastique québécois au XIXe siècle, Montréal, Fides, 1987, 440 p.(«Bibliothèque québécoise»), [Voir, p.5-27], 2 Aurélien Boivin, le Conte littéraire québécois au XIXe siècle.Essai de bibliographie critique et analytique, préface de Maurice Lemire, Montréal Fides 1975, XXXVIII, 385 p.3.Sous la direction de Maurice Lemire, Montréal, Fides, 1978-1987, 5 tomes. LE CYCLE DE NOËL 1551 religion chrétienne, Noël la détrône facilement dans 1 imaginaire des hommes.Cette dernière fête a donné lieu à une série de traditions et de coutumes beaucoup plus développées.En un mot, il y a beaucoup plus d\u2019écrits autour et sur les «Fêtes» qu\u2019il y en a sur la fête de Pâques ou le temps pascal.Penchons-nous sur le cycle de Noël, en tentant de le découvrir à travers le conte littéraire du siècle dernier et quelques écrits importants du XX1 siècle.Qu\u2019entend-on par cycle de Noël?Dans le calendrier liturgique, le cycle de Noël marque le début de l\u2019année liturgique.Cette période s\u2019amorce avec la liturgie de l\u2019Avent, le quatrième dimanche avant Noël, et se termine le dimanche de la Septua-gésime, frontière entre le cycle de Noël et le cycle de Pâques.Pour les paysans de la société traditionnelle, le cycle s amorce avec l\u2019arrivée des premiers froids et les premières chutes de neige, pour se terminer avec le Mardi gras, à minuit.Ce cycle profane est marqué par les préparatifs des fêtes, comme l\u2019Avent dans le cycle religieux est la période préparatoire à la célébration de la Nativité.C\u2019est l\u2019amorce de la saison des longues soirées d\u2019hiver que l\u2019on passe en allant «tantôt chez un voisin, tantôt chez l\u2019autre4», alors que «[c]ertains reprennent, telle une interminable mélopée pleine de redites [.] l\u2019étemelle lamentation canadienne; la plainte sans révolte contre le fardeau écrasant du long hiver5», a écrit Louis Hémon, dans son célèbre roman Maria Chapdelaine.L\u2019Avent ou les longs préparatifs Il faut en convenir: les littérateurs du siècle dernier (et même ceux du XXe siècle) se sont peu intéressés à la liturgie du temps de l\u2019Avent.Les récits se limitent à évoquer les prières et les pénitences auxquelles se livrent les habitants pour mieux se préparer à la venue du Messie.Préparation spirituelle à peine esquissée, avec l\u2019assistance à la messe des quatre dimanches de l\u2019Avent, comme le rappelle Germaine Guèvremont dans le Sur- 4.\tJean Provencher, C'éiail l'hiver.La vie rurale traditionnelle dans la vallée du Saint-Laurent, Montréal, Boréal, 1986, p.28.5.\tLouis Hemon, Maria Chapdelaine, présentation de Aurélien Boivin, Montréal, BQ, 1990, 203[1] p.(«Bibliothèque québécoise, Littérature»), [V.p.42]. 1552 L\u2019ACTION NATIONALE venant en fournissant même des extraits de l'Évangile du premier dimanche de 1 Avent: «En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples: il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles.!»6 * L aboutissement de cette longue préparation, c\u2019est la confession, dans la soirée du 24 décembre, puis la messe de minuit.Les récits sont explicites: les habitants se mettent en route plus tôt pour la messe de minuit, afin de passer au confessionnal, avant de recevoir la communion en cette nuit sacrée, solennelle.«C\u2019est à qui se rendra le premier à la sacristie pour se confesser rapidement afin d\u2019aller fumer la pipe à quelque endroit de prédilection, en attendant l\u2019heure de la messe^, note Denise Rodrigue, qui aurait toutefois dû ajouter que, pendant que les hommes fumaient, les femmes se préparaient à la cérémonie en accomplissant leurs dévotions, ainsi qu\u2019on disait alors.La préparation matérielle Si 1 Avent marque «le début de la nouvelle année liturgique», si «le curé ne manque pas de rappeler à ses paroissiens que [c ]est un temps mis à part pour se préparer à la venue du Sauveur pour une meilleure vie8», il signifie encore, pour les habitants de la société traditionnelle, l\u2019arrivée définitive de l\u2019hiver.Mais voici que du nord vint bientôt un grand vent froid qui ressemblait à une condamnation définitive, à la fin cruelle d\u2019un sursis; [.] la neige recouvrit [les feuilles] et le sol blanchi ne connut plus comme parure que le vert immuable des arbres sombres, qui triomphèrent, pareils à des femmes emplies d\u2019une sagesse amère, qui auraient échangé pour une vie éternelle leur droit à la beauté.9 6.Le Survenant, introduction de Yvan G.Lepage, Montréal, BQ, 1990, 221 p.(«Bibliothèque québécoise, Littérature»), [V.p.79-80], 7 Denise Rodrigue, «la Civilisation canadienne-françaisc dans les écrits d\u2019É-douard-Zotique Massicotte».Thèse de D.E.S.Québec, Université Laval 1968, XXVI, 326 f.[V.f.59], 8.\tSœur Marie-Ursule, la Civilisation traditionnelle des Lavalois, préface de Luc Lacourcièrc, Québec, les Presses de l\u2019Université Laval [et] Montréal, Fides 1950, p.68.(«Les Archives de folklore», n° 1).9.\tLouis Hémon, op.cit., p.97. LE CYCLE DE NOËL 1553 Après la Sainte-Catherine, qui coïncide avec la montée dans les chantiers, les habitants se préparent à «hivarner»: ils passent de la cuisine d\u2019été à la cuisine d\u2019hiver, de l\u2019extérieur à l\u2019intérieur.On renchausse la maison, on calfeutre portes et fenêtres: La maison devi[e]nt le centre du monde, et en vérité la seule parcelle du monde où l\u2019on pût vivre, et plus que jamais le grand poêle de fonte fut le centre de la maison.10 On se prépare à un véritable siège, à un long siège.On refait la provision du bois de chauffage: Habituellement, le cultivateur se rend faire son bois de chauffage au moment de l\u2019Avent, précisément au décours de la lune.C'est le meilleur temps pour couper le bois de chauffage.Autrement, répète-t-on, le bois sèche mal, a tendance à moisir et fournit moins de chaleur.Sans compter qu\u2019à ce temps de l\u2019année, l'habitant profite des chemins durcis par la gelée pour circuler en forêt.* 11 On s\u2019active aussi à regarnir le garde-manger.Les paysans font «les boucheries») dès le début de l\u2019Avent, dans la première semaine de décembre, «dans le croissant de la lune».Car, note encore Provencher, «décembre est suffisamment froid pour que la viande se conserve bien, et la lune qui croît retarde le durcissement de la viande12».Dans la société traditionnelle, toute la famille participe à la journée de la «boucherie»: Chacun a ses fonctions: chaudières à faire bouillir pour «échau-der» (ébouillanter) l\u2019animal une fois tué.Dans la grange se réunissent les hommes de famille, car il faut saigner et dépecer le porc.Très souvent, si le chef de famille se retrouve seul, un voisin vient lui donner un coup de main.[.] Une femme ramasse le sang pour faire du boudin, en ayant soin toutefois de mettre «une cuillerée de vinaigre dans la chedière parce que ça empêche de cailler.13 10.\tMd., p.98.11.\tJean Provencher, op.cir., p.56.12.\tIbid., p.44.Sœur Marie-Ursule, op.cil., f.68-69.13 1554 L\u2019ACTION NATIONALE Damase Potvin, dans son roman le Français14 (1925), et Clément Marchand, dans Courriers des villages15 (1937), ont immortalisé cette scène de mœurs qu\u2019est la «boucherie» dans la société traditionnelle.Le premier fournit plein de détails sur l\u2019opération proprement dite qui se déroule le matin de la Sainte-Catherine, chez l\u2019habitant Camille Gagnon, à Maria, dans le Témiscamingue.Il décrit la triste sortie de la bête, puis la saignée, sur «un lit de paille d\u2019avoine que l\u2019on avait étalé sur la neige, devant la grange», à l\u2019aide «d\u2019un grand couteau pointu, bien aiguisé16, qui s\u2019enfonce jusqu\u2019à la carotide.Une fois mort, les femmes ayant soigneusement recueilli le sang qu\u2019elles transformeront rapidement en boudin, les hommes procèdent à la toilette («l\u2019époilage») de la bête, puis à sa dissection que l\u2019écrivain réaliste décrit étape par étape jusqu\u2019au départ des aides que l\u2019on a pris soin de récompenser en leur remettant quelques morceaux de viande fraîche que l\u2019on a réservés aussi pour le curé et pour quelques notables de la paroisse.Si Clément Marchand est moins précis, il est toutefois plus humain en s\u2019apitoyant sur le sort de la pauvre bête dont on réservera les meilleurs morceaux pour le réveillon de Noël, ainsi que le précise madame Dandurand, née Joséphine Marchand, dans son conte «le Réveillon.Scène de mœurs canadiennes» (1890): Depuis deux jours, il y avait branle-bas dans la maison.On avait d abord fait boucherie, puis les beaux porcs à la chair rosée ouverts par le couteau du haut en bas et empilés sur le traîneau du père P'tit Jacques, avaient pris le chemin du marché.Mais les saloirs de la ménagère s\u2019étaient auparavant remplis d'une ample provision; des morceaux de choix destinés au réveillon de la nuit de Noël [.] avaient surtout été réservés.17 14.Damase Potvin, le Français.Roman paysan tin «pays de Québec», Montréal, Éditions Édouard Garand, 1925, p.235-238.15 Clément Marchand, Courriers des villages, préface de Jean Royer, Montréal, Stanké, 1985, 240f4] p.(«Contes 10/10»), [V.«Flambées de joie», p.(2031 -210], 16.\tDamase Potvin, op.cil., p.236.17.\tLa Pairie, 24 décembre 1890, p.1. LE CYCLE DE NOEL 1555 Le réveillon de Noël Ce réveillon de Noël est préparé de longue haleine, dans les cuisines des maisons campagnardes.Dès la «boucherie» réussie, les femmes se mettent au travail et confectionnent tourtières et pâtés à la viande, ragoûts de pattes et tête fromagée, cretons, boudin et saucisses, qui orneront, le temps venu, la table du réveillon.«On dirait, note Jean Provencher, qu\u2019elles font des provisions pour un état de siège.18 Laissons la parole à Clément Marchand: Les femmes brassaient des pâtes, plantaient le coutelas dans les fesses de bouvillon, assaisonnaient les viandes, bourraient les volailles.Sur les rondelles du poêle, les marmites chantaient [.].Mon oncle coulait son vin de cerise.Mon grand-père s'entourait de fioles et de carafes pour réduire le whisky.Vers le soir, sur les dressoirs de la laiterie, s\u2019alignaient les corbeilles de beignets dorés, les croustillants pâtés au lard, les mokas glacés au chocolat.Des rôtis plantureux baignaient dans leur graisse.Des chapelets de saucisses pendaient au-dessus des pots de confiture.Les tablettes étaient si chargées qu'elles faisaient un ventre.On avait devant soi assez de victuailles pour régaler cent convives.19 On astique encore la maison qui doit reluire comme un sou neuf, la journée de Noël.Pas un coin n'est oublié.Le ménage terminé, on procède à la décoration: les filles aînées, que de secrets motifs de coquetterie activent, épinglent aux fenêtres les rideaux fraîchement repassés et faufilent des dentelles à leurs robes tandis que la maman donne aux enfants un rinçage solennel.20.Les coutumes de Noël On évoque aussi, dans les récits du siècle passé, la coutume qu\u2019entretiennent «religieusement» les enfants de suspen- 18.\tJean Provencher, op.cit., p.82.19.\tClément Marchand, op.cit., p.204 20.\tMadame Dandurand, op.cit., p.1. 1556 L\u2019ACTION NATIONALE dre à la cheminée ou au pied de leur lit un bas de Noël que le Petit Jésus ne manquera pas de remplir de cadeaux, de friandises et de fruits, des oranges surtout qu\u2019on ne voyait dans les campagnes qu à cette époque de l\u2019année.On évoque encore la coutume de déposer ses souliers dans l\u2019âtre du foyer, que les enfants retrouvent bien garnis, le matin de Noël (ou du Jour de l\u2019an, selon les traditions familiales), ainsi que le rapporte madame Dandurand, dans ses Contes de Noël (1889), premier recueil signé par une femme au Québec, ou encore Louis Fréchette.Quelques littérateurs, dont le grand Fréchette, rappellent aussi la coutume de la bûche de Noël, «qui était jadis un réel morceau de bois de chauffage»21 que l\u2019aîné ou le cadet de la famille bénissait avant de la jeter au feu, le soir de la messe de minuit.Malheur à celui qui ose profaner ce morceau de bois arrosé d eau bénite! L homme que 1 on voit dans la lune quand elle est pleine, raconte une grand-mère à ses petits-enfants, en attendant la messe de minuit, est le comte Robert de Kerfoël, un impie, condamné à transporter son lourd fardeau jusqu\u2019au jugement dernier pour avoir profané une bûche de Noël consacrée par un serviteur de son château, la Tour-du-diable, selon la légende que rapporte Fréchette dans «la Bûche de Noël22», un conte de son recueil la Noël en Canada, publié en 1900.La nuit de Noël Ces mêmes littérateurs ont laissé une foule de descriptions, toutes plus colorées les unes que les autres, du trajet de la ferme à 1 église, le soir du 24 décembre, «cette longue route parcouiue à une heure si tardive au son des grelots, le crissement des lisses sur la neige durcie, le scintillement des étoiles, la caresse des fourrures sur les joues et la chaleur transmise de corps à corps sous les peaux de bêtes23.Permettez-moi de citer 21.\tJacques Lamothe, le Folklore du temps des Fêtes, Montréal Guérin 1981 228 p.[V.p.70], 22.\tLouis Frechette, o/j.cil., p.87-96.23.\tJean Provencher, o/j.cil., p.84. LE CYCLE DE NOËL 1557 une description remplie de poésie de madame Dandurand, dans le conte déjà cité: Une récente tombée de neige, suivie d\u2019une rigoureuse gelée, avait préparé à souhait les chemins pour la promenade nocturne.Entre les chaumières à demi enfouies sous la céleste avalanche, ils se dessinaient dans leur immaculée blancheur avec ce double ruban d'un joli métallique que les patins d\u2019acier des traîneaux ont déroulé sur leur passage.Sous les rayons d\u2019argent de la lune, ils semblent des avenues élyséennes, dignes de caresser les anges.24 Les cloches sonnent à la volée, carillonnent «avec des frémissements de joie» car, outre qu\u2019elles annoncent «le retour d\u2019une fête douce, belle, grande et chère au monde chrétien», elles appellent «les fidèles à la maison de dieu et [semblent] s\u2019être faites plus douces, cette nuit».Sans doute que «les anges [.] planaient autour [d\u2019elles], en adoucissaient le son et lui donnaient un accent céleste.Message d\u2019amour divin qui conviait les chrétiens à l\u2019une des plus belles cérémonies de l\u2019Église25».Pendant ce temps, selon la croyance populaire, les animaux de la ferme parlent entre eux.Et les hommes prêtent attention «aux bruits de l\u2019étable en allant reconduire la bête [le cheval] pour la nuit», au retour de la messe de minuit.Car, «un vieux adage français, repris sur les bords du Saint-Laurent, veut que les animaux se parlent la nuit de Noël [et] on pourrait les surprendre [alors] en pleins palabres.À vrai dire, poursuit Jean Provencher, cette nuit-là, il semble se passer des choses étranges.On répète par exemple, que les montagnes s\u2019entrouvent et laissent voir le minérai qu\u2019elles contiennent.Les morts sortent des tombes et viennent s\u2019agenouiller en silence au pied de la croix du cimetière, là où le dernier curé de la paroisse [.] leur chante la messe.Puis, toujours en silence, regardant le village où ils ont vécu, la maison où ils sont décédés, et gagnent à nouveau leurs cercueils.26 24.\tMadame Dandurand, le Réveillon.Scènes de mœurs canadiennes», la Patrie, 24 décembre 1890, p.1.25.\tRégis Roy, «les Cloches de Noël», le Monde illustré, 23 décembre 1893, p.400.Jean Provencher, op.cit., p.85.26. 1558 L\u2019ACTION NATIONALE Tous n\u2019ont cependant pas cette chance de pouvoir parcourir la distance qui les sépare de l\u2019église pour participer à la fête, même si, «aller à la messe de minuit, c\u2019est l\u2019ambition naturelle et le grand désir de tous les paysans canadiens, même de ceux qui demeurent le plus loin des villages», avoue Louis Hémon.Pour «s\u2019attirer la bienveillance divine» quand même, on récite, le jour avant Noël, les mille Ave, convaincue d\u2019obtenir d\u2019obtenir la faveur désirée car, selon la croyance populaire, «[u]ne personne qui a quelque chose à demander et qui dit ses mille Ave comme il faut avant le minuit de Noël, c\u2019est bien rare si elle ne reçoit pas ce qu\u2019elle demande».27 La période des Fêtes Avec Noël et la messe de minuit, célébrée pompeusement, même dans la plus petite église du canton le plus reculé, on entre dans la deuxième phase du cycle de Noël, la période des Fêtes proprement dite, qui porte d\u2019ailleurs bien son nom, du moins dans la société traditionnelle.Alors s\u2019ouvre une période de réjouissances.C'est au sens large, le temps de Carnaval, dont le cycle, dans de très nombreuses régions de France, s\u2019amorce dès les fêtes de Noël.28 Noël est donc le signal du commencement des «Fêtes», qui débutent à 1 église avec la célébration de la messe de minuit, divisée elle aussi en trois parties: d\u2019abord une grande messe célébrée avec éclat, car la fête de Noël n\u2019était-elle pas autrefois la fête du soleil.Puis, la messe de l\u2019aurore et la messe du jour, deux basses messes, agrémentées de chants de Noël que les fidèles, quelque peu agités, ont envie de fredonner.Après la messe ou les messes, on se rend, en famille, contempler la crèche que les jeunes ont pu admirer à souhait depuis leur arrivée au temple puisque, selon la tradition, ils ont pris place sur les gradins de la balustrade qui sépare le chœur de la nef, près de la crèche où repose le petit Jésus de cire, à qui on demande mille faveurs.27.\tLouis Hémon, op.cit., p.102.28.\tClaude Gaignebet et Marie-Claude Florentin, le Carnaval.Essais de mythologie populaire, Paris, Pavot, 1979, 170[2] p.(«Le Regard de l\u2019histoire»), [V P 41], LE CYCLE DE NOËL 1559 Souvent, dans la foule, il se trouve quelque enfant pauvre, qui, peiné de l\u2019extrême indigence de l\u2019enfant Jésus, lui abandonne, qui un foulard, qui un chandail («le Noël de la Kite»29 de Françoise), avant de retourner chez lui dans la nuit froide.On le retrouve le lendemain, mort gelé sous une porte cochère ou dans la chaumière de ses parents, l\u2019Enfant Jésus ayant exaucé ses vœux: se retrouver avec lui au Paradis.Des fillettes riches, telles Jeannette, la propre fille de Louis Fréchette, dans le récit du même nom de la Noël au Canada, et Antoinette («le Rêve d\u2019Antoinette» de madame Dandurand), acceptent de partager leurs présents en cette nuit solennelle, avec des fillettes pauvres; des athées retrouvent la foi, en cette nuit miraculeuse et des enfants pauvres ont enfin accès, en cette nuit de paix, à la joie, au bonheur étemel dans le Paradis.Des coutumes moralisatrices Les littérateurs du XIX' siècle catholique ne manquent jamais, surtout à l\u2019occasion de Noël, d\u2019être moralisateurs: un jeune homme qui refuse d\u2019aller à la messe de minuit, préférant s\u2019adonner à la lecture d\u2019un mauvais livre, maudit les cloches qui appellent les fidèles à l\u2019église en cette nuit sacrée.Le lendemain, il fait des reproches à la directrice de la pension où il habite car elle ne l\u2019a pas réveillé pour le réveillon traditionnel: il ne peut comprendre les explications de la bonne dame, car Dieu l\u2019a châtié pendant son sommeil: il est sourd.30 On peut aussi évoquer la punition de Torn Caribou, un personnage d\u2019un conte de Jos Violon de Louis Fréchette, qui a refusé d\u2019accompagner ses camarades à la messe de minuit, célébrée dans un chantier voisin.À leur retour, tôt le lendemain matin, ses compagnons le trouvent suspendu à un arbre, les cheveux blanchis par la peur, une mère ourse à ses pieds que Jos violon ne tarde pas d\u2019abattre avec son fusil.Une forte odeur de rhum se dégage de la bête.L\u2019ivrogne Torn Caribou, qui avait 29.\tFrançoise [pseudonyme de Robertine Barry], «le Noël de la Rite», dans Fleurs champêtres, Montréal, la Cie d'imprimerie Desaulniers, 1895, p.93-102.30.\tRégis Roy, «les Cloches de Noël.Nouvelle canadienne», le Monde illustré, 23 décembre 1893, p.400-401. 1560 L\u2019ACTION NATIONALE préféré cuver son whisky plutôt que d\u2019aller à la messe de minuit, avait caché sa bouteille dans la fourche d\u2019un arbre aux pieds duquel la mère ourse avait fait sa cache pour l\u2019hiver.Ivre, il en a échappé quelques gouttes dans les yeux de l\u2019animal en hibernation, lequel lui avait alors labouré de ses griffes «le cadran», «le fond de cale», «le rond-point» ou encore, c\u2019est selon, «la propriété foncière».31 Châtiment exemplaire aussi pour Joachim Crête, le meunier, et son homme engagé, Hubert Sauvageau, qui déclinent tous deux l\u2019invitation des paysans, préférant boire et jouer aux dames plutôt que d\u2019assister à la messe de minuit.Pour avoir ainsi manqué à leur devoir de chrétien, les deux hommes sont sévèrement punis.D abord, à minuit, le moulin cesse soudainement ses opérations.Une rapide virée ne révèle toutefois rien d anormal.Puis, tout à coup, l\u2019éclairage disparaît et, au même moment, apparaît à la porte un énorme chien noir.Crête, le mécréant, qui a «une pensée de repentir», s\u2019empare d\u2019une faucille et frappe à l\u2019oreille la bête «aux yeux flambants», avant de perdre connaissance.Le lendemain de Noël, le meunier retrouve ses sens et ordonne à son employé d\u2019arrêter le mécanisme du moulin qui ne doit pas tourner, le jour de Noël.Sauvageau le ridiculise: Noël est passé.Le meunier se remémore alors la scène de la nuit de Noël et constate que son employé est blessé à 1 oreille.C\u2019était donc le loup-garou qu\u2019il a délivré.Il sombre dans la folie.«Quant au moulin, la débâcle du printemps l\u2019avait emporté.32 L\u2019histoire du vieux conteur Si les conteurs acceptent de conter dans l\u2019attente de la messe de minuit, pour passer le temps, ils laissent encore libre cours à leur art, le dernier soir de l\u2019année.Car, ce soir-là, dans la société traditionnelle, ainsi que le confirme le grand-père qu'Honoré Beaugrand met en scène dans la légende «le Fantôme de 1 avare», les tenants de la parole sont sollicités.31\tLouis Fréchette, «Tom Caribou», op.cit.t p.145-156.[V.p.156], 32\tLouis Fréchette, «le Loup-garou», op.cir., p.167-178. LE CYCLE DE NOEL 1561 Même situation que dans les contes de Jos Violon, même scénario, même empressement du vieux conteur de profiter du temps qui lui est alloué pour renseigner son auditoire, qui connaît déjà toutefois le conte, et pour glisser une leçon morale.Le début du conte proprement dit, c\u2019est-à-dire du récit dans le récit, technique fréquemment utilisée dans le conte littéraire québécois, est révélateur sur ce point: Mes enfants, reprit d\u2019une voix tremblotante l\u2019aïeul aux cheveux blancs, depuis bien longtemps, je vous répète à la veille de chaque jour de l\u2019an, cette histoire de ma jeunesse.Je suis bien vieux, et peut-être pour la dernière fois, vais-je vous la redire ici ce soir, soyez toute attention, et remarquez surtout le châtiment terrible que Dieu réserve à ceux qui, en ce monde, refusent l'hospitalité au voyageur en détresse.33 Et le vieillard de raconter une histoire vieille de soixante-dix ans, alors qu\u2019il avait vingt ans et qu\u2019il avait obéi au désir de son père d\u2019aller en ville, la veille du Jour de 1 an, pour acheter «divers objets pour la famille, entre autres, une magnifique dame-jeanne de Jamaïque, qui nous était absolument nécessaire pour traiter dignement les amis à l\u2019occasion du nouvel an».On connaît la suite, surpris en route par une tempête, il est contraint de demander l\u2019hospitalité à un paysan, qui lui est toutefois étranger, bien qu\u2019il connaisse tous les habitants du canton.Au cours de la conversation, son hôte lui avoue être un revenant condamné par Dieu, depuis trente ans, à revenir sur la terre, en chaque veille du jour de l\u2019an, pour avoir refusé de secourir par avarice un voyageur en détresse, mort par sa faute privé de soins.et des derniers sacrements.Le voyageur ainsi secouru, en l\u2019occurrence le futur conteur, s\u2019évanouit et ne retrouve ses sens qu\u2019à quelques arpents de la demeure paternelle.Accusé par les siens d\u2019avoir été victime d'une hallucination, le jeune homme s\u2019en va trouver le curé qui, en dépouillant les registres, confirme l\u2019existence d\u2019un avare brûlé dans l\u2019incendie de sa maison, châtiment reçu, selon l\u2019homme d\u2019église, pour son man- 33.Honoré Beauorand, «le Fantôme de l\u2019avare», dans la Chasse-galerie, [préface de François Ricard], Montréal, Fides, 1979, 107 p.(«Bibliothèque québécoise»).[V.p.85]. 1562 L\u2019ACTION NATIONALE que de charité, donc pour sa non-observance du premier commandement de Dieu.Les conteurs, qui racontent dans les chantiers, la dernière soirée de l\u2019année, «en attendant l\u2019heure de sauter à pieds joints par-dessus la tête d\u2019un quart de lard, de la vieille année dans la nouvelle»34 ne manquent pas, eux aussi, de teinter leur récit d une leçon morale.C\u2019est le cas de Joe le cook qui, «la veille du Jour de l\u2019an 1858, en pleine forêt vierge, dans les chantiers des Ross, en haut de la Gatineau35», accepte, moyennant «un petit coup de Jamaïque pour lui délier la langue36», de raconter aux bûcherons, qui font cercle autour de lui, une histoire à laquelle il a été personnellement mêlé, «un soir comme celui-ci, la veille du Jour de l\u2019an, il y a trente-quatre ou trente-cinq ans37», quand il a accepté de courir la chasse-galerie avec sept autres pendards comme lui \u2014 car les voyageurs doivent être en nombre pair \u2014 pour aller danser avec les filles au rigodon du Jour de l\u2019an chez le père Batisette Augé, «à la Petite-Misère, en bas de Contrecœur».Il prend toutefois bien soin, au début de son récit, de faire cette mise en garde: Pour lors que je vais vous raconter une rôdeuse d\u2019histoire dans le fin fil; mais s\u2019il y a parmi vous autres des lurons qui auraient envie de courir la chasse-galerie ou le loup-garou, je vous avertis qu ils font mieux d\u2019aller voir dehors si les chats-huants font le sabbat, car je vais commencer mon histoire en faisant un grand signe de croix pour chasser le diable et ses diablotins.J\u2019en ai eu assez de ces maudits-là dans mon jeune temps38.Au Jour de l\u2019An On raconte qu\u2019au matin du Jour de l\u2019an, la traditionnelle bénédiction paternelle réunit toute la famille, chez l\u2019aïeul paternel, puisque le souper, non moins traditionnel du Nouvel an, se 34.\tHonoré Beaugrand, «la Chasse-galerie», op.cit., p.19.35.\tIbid., p 11.36.\tIbid., p.18.37.\tLoc.cit.38.\tIbid, pli. LE CYCLE DE NOËL 1563 déroule chez l\u2019aïeul maternel.C\u2019est l\u2019aînée de la famille qui, selon la coutume, demande la bénédiction au nom de tous les autres membres de la famille.C\u2019est d\u2019ailleurs le premier geste que l\u2019on pose en sortant du lit, le matin du Jour de l\u2019an, ou avant même de se déshabiller, de se «dégrayer», lorsqu on se présente chez son père avec ses enfants.Les rasades étaient fort nombreuses car, cette joumée-là, on ne manquait pas à sa promesse de la croix de tempérance même si on acceptait de prendre un coup.C\u2019est ce qu\u2019il faut entendre quand on dit que, «le Jour de l\u2019an, les libations sont permises» car, ce jour-là, «on mouille pas la croix39 On savait recevoir la parenté et les amis accourus cette joumée-là, dès le petit matin, parfois même dès après les douze coups de minuit, pour offrir ses vœux de «Bonne et Heureuse année», selon la formule populaire, «le Paradis à la fin de vos jours».Les amoureux étaient fort matinals, car, le premier jour du Nouvel An, ils avaient le droit d\u2019embrasser leur financée, ainsi qu\u2019en témoigne Françoise (Robertine Barry), dans un conte de son recueil Fleurs champêtres intitulé «le Baiser de Madeleine».Notez le début: Elle lui avait promis de l\u2019embrasser au Jour de l\u2019An40.C\u2019était, de préciser le narrateur omniscient, «à la Notre-Dame», Notre-Dames-des-Avents, c\u2019est-à-dire le 8 décembre, «quand on avait présenté le bouquet à Baptiste Dumont et à Sophie, sa femme», les parents de Madeleine, le soir de ses fiançailles avec Pierre, le fils d\u2019un habitant de la paroisse.«[I]l y avait eu grande fête, grand bruit et grand rassemblement41», la seule réjouissance alors permise dans le temps de l\u2019Avent.Mais Madeleine, le matin du Jour de l\u2019an, est inquiète: son fiancé Pierre tarde à se présenter car il n\u2019a pas aimé, mais pas du tout, que Madeleine, sa future, se fasse escorter par un rival, de l\u2019église à la maison, après la messe de minuit.Elle souffre 39.\tFrançoise [pseudonyme de Robertine Barry], «le Baiser de Madeleine», dans Fleurs champêtres, op.cit., p.28.».40.\tIbid., p.21.4L Loc cit. 1564 L'ACTION NATIONALE toute la journée.Heureusement, avant l\u2019heure fixée pour la fin de la presentation des vœux, soit avant le souper, Pierre se présente, au grand soulagement de Madeleine pour recevoir son baiser du Jour de l\u2019an, même s\u2019il lui avoue, «d\u2019une voix émue et tremblante», avoir failli ne pas venir «à cause de Pitre».Il lui souhaite «la bonne heureuse».Le conte se termine bien, n\u2019ayez crainte; car, de conclure le narrateur: Et elle [Madeleine], oubliant, comme oublient les femmes \u2014 [c\u2019est une femme qui écrit - ], toutes ses angoisses, toutes ses douleurs, tournait encore dans son cœur un généreux pardon pour 1 avoir tant fait attendre, tendit ses lèvres pour le baiser promis.La prenant dans ses bras, bien doucement, bien tendrement, Pierre dit gaiement, d'une voix qui dissimulait mal son émotion: - Beau-père, quand irons-nous chez M\u2019sieur l\u2019curé mettre mon premier ban avec Madeleine?42 Le miroir brisé t J°US leS contes n ont Pas toujours une fin aussi heureuse «Le Miroir brisé4*», un autre conte de la même conteuse, se termine d une façon tragique.S\u2019il est un accident qu\u2019il faut éviter, e premier de 1 an, c\u2019est de casser un miroir.Déjà, tout le monde connaît la superstition: un miroir brisé, c\u2019est le présage de sept ans de malheur.C\u2019est bien pire, si on casse un miroir, le premier de l\u2019an.Lisons ce qu\u2019en dit Françoise, quand un grand-pere, donc homme d\u2019âge vénérable, brise un miroir en se rasant, tôt le matin du Jour de l\u2019an, en présence de Marie\u2019 sa petite-fille, qui attend son fiancé pour lui donner son baiser du Jour de l\u2019an: Un miroir cassé au premier de l'an! Un signe de deuil dans cette maison qui ne comptait que des fêtes! Tout un cortege de sombres pressentiments envahit l\u2019aïeul et 1 enfant; des bruits de sanglots, de glas funèbres tintaient déjà a leurs oreilles.\tJ 42.\tIbid., p.32.43.\t«Le Miroir brisé», dans Fleurs champêtres, op.cil, p.125-136. LE CYCLE DE NOËL 1565 Pâles et tremblants, tous deux se regardèrent et, dans leurs regards, se lisait la même interrogation: \u2014 Qui des deux parlerait le premier?44 Ni l\u2019un, ni l\u2019autre des «deux spectateurs de cette scene, muets et terrifiés, n\u2019osent proférer une parole».Et, de poursuivre le narrateur: Le vieillard, avec tout l\u2019égoïsme de son âge, se cramponnait a la vie, prêt à immoler ce sang jeune et vigoureux pour ajouter quelques heures à ses pâles jours d hiver45.Quant à la jeune fille, «les lèvres serrées, elle attendait», car, «pourquoi le prononcerait-elle le mot fatal?Ah! Dieu, si l\u2019on tient à la vie, n\u2019est-ce pas quand on a vingt ans et quand on aime'46» Elle doit toutefois capituler, devant l\u2019obstination de son grand-père, quand se présente son fiancé à qui elle «souhaite une bonne et heureuse année», avant de «se jet[er] a son cou, en pleurant47.La guignolée et la quête de l Enfant-Jésus Il faut rappeler encore que, «quand on etrenne le Jour de l\u2019an, ça porte chance [.] pour tout le reste de l\u2019année» et évoquer aussi quelques autres coutumes, rigoureusement observées pendant le temps des fêtes, dans la société traditionnelle, comme la guignolée et la quête de l\u2019Enfant-Jésus, qui sont, ni plus ni moins, que des invitations au partage a une epoque de l\u2019année particulièrement marquée par l\u2019opulence, l\u2019abondance.La guignolée, c\u2019est «la quête la plus importante» du temps des Fêtes, destinée à «recueillir, pour les indigents, des aumônes en nature afin d\u2019égayer leur temps des fêtes».La plupart des maisons de la paroisse sont ainsi visitées par les «queteux», qui ne manquent pas de faire la fête, surtout qu\u2019ils sont souvent accueillis par «un petit coup» et qu\u2019ils terminent parfois leur 44.\tIbid., p.134.45.\tLoc.cit.46.\tLoc.cit.47.\tIbid-, p.136.48.\t«Le Baiser de Madeleine», p.24 1566 L\u2019ACTION NATIONALE tournée sans trop s\u2019en souvenir.Nos aïeux aimaient lever le coude et buvaient dru et sec! Bien différente est la quête de l\u2019Enfant-Jésus que le curé, accompagné des marguilliers, effectue dans sa paroisse, entre Noël et le Jour de l\u2019an, en commençant généralement par les maisons les plus éloignées, dans le but de recueillir des aumônes pour 1 enfant-Jésus, qui repose dans la crèche de l\u2019église, au même moment où s effectue la quête.Voici comment la décrit Jean Provencher dans son ouvrage, C\u2019était l\u2019hiver: Quand le curé se présente flanqué des marguilliers, on s\u2019agenouille pour recevoir sa bénédiction et tous, du père jusqu\u2019au petit dernier, lui serrent la main.La visite de paroisse importune les fidèles libertaires, mais impressionne les fervents pratiquants.[.Le curé] s'informe de chacun, annonce les dernières décisions du conseil de fabrique, exhorte à la piété et recommande aux prières les paroissiens malades [.] les marguilliers emportent avec eux ce qu\u2019on leur offre pour l\u2019Enfant-Jésus.[.] Quand la visite de paroisse est terminée, le curé[.] ne tarde pas à mettre en vente sur la place de l\u2019église les fruits de la quête, car les produits périssables pourraient se perdre49.Normalement, le curé se fait accompagner du marguillier en charge, c\u2019est-à-dire le doyen.Mais le conteur choisit Fanfan Dalcour comme compagnon du curé dans son conte afin de permettre au jeune homme de se réconcilier avec la population de la paroisse, lui qui a dû se réfugier au Manitoba après avoir fait un mauvais parti à un «bleu», pendant une campagne électorale.Le gâteau des Rois Au cours de la même période, le curé, le dernier dimanche de 1 année, procède à 1 église à la vente annuelle des bancs, qui ne manquait pas de donner lieu, parfois, à des batailles d\u2019enchère et à envenimer des rivalités entre familles qui convoitaient le même banc.C est à cette époque aussi que le pasteur ou chef spirituel de la paroisse procède à 1 élection (qui est souvent une 49 Jean Provencher, op.cit., p.98-99. LE CYCLE DE NOËL 1567 nomination) du nouveau marguillier qui aura droit d occuper le banc d\u2019œuvre pour les trois prochaines années.Le jour des Rois ou l\u2019Épiphanie, le 6 janvier, met un terme à la période des Fêtes proprement dite.Ce jour-là, fête d\u2019obligation, les fidèles assistent à la messe et poursuivent avec parents et amis les réjouissances du temps des fêtes.Le soir, au souper, comme le veut la tradition, on déguste, au dessert, le gâteau des Rois, dans lequel la maîtresse de maison a pris soin de cacher une fève et un pois.Celui et celle qui les découvriront seront alors déclarés roi et reine.Ils s\u2019embrassent et ils régnent jusqu\u2019à la fin de la journée sur toute la maisonnée et on leur doit reconnaissance, déférence et obéissance.Plusieurs littérateurs ont illustré cette coutume dans leurs récits.Citons, à titre d'exemple, Firmin Picard, qui, dans «Gracieuse royauté50», imagine l\u2019élection de jeunes adolescents dans une famille à l\u2019aise.Sitôt investis dans leur nouvelle fonction, le roi et la reine, à qui le père rappelle que «le Roi pourrait, tout le jour, ordonner, commander, et qu\u2019il lui serait obéi dans tout ce qui serait juste», exigent «que le carrosse soit attelé et revêtu de ses plus belles fourrures, que les chevaux soient couverts de leur[s] plus riches harnais et que Magloire [l\u2019homme engagé] nous conduise, la Reine, mes frères et moi, faire une promenade dont nous lui dirons le but en secret».Ils se rendent ensemble dans une famille pauvre des environs porter cadeaux et provisions.Les Rois, certes, ne sont pas toujours aussi généreux.D\u2019aucuns, souvent des hommes mariés, exigent force baisers (chastes bien sûr) de la part des femmes de la maison, des belles jeunes filles surtout.C\u2019est parfois aussi le cas de quelque fiancé «ratoureux», qui ne se faisait pas de scrupule, élu Roi, d\u2019exiger quelques affections particulières de la part de sa bien-aimée.Mais le Roi, selon la tradition, devait recevoir à souper, avant le 2 février ou la Chandeleur de la même année, tous les convives assis à la même table que lui, le jour de l\u2019Épiphanie, 50.Firmin Picard, «Gracieuse Royauté», le Monde illustre, 9 janvier 1897, p.583. 1568 L\u2019ACTION NATIONALE ainsi qu\u2019on a baptisé cette fête d\u2019obligation alors, dans la société traditionnelle.Après les Rois Si les Rois marquent la fin du temps des fêtes proprement dit, ils ne mettent pas pour autant un terme au cycle de Noël puisque les réjouissances se poursuivent jusqu\u2019au 2 février, fête de la purification de la vierge Marie ou fête de la Chandeleur, et même au-delà, jusqu\u2019aux Jours gras.Les paysans se réunissent tantôt chez l\u2019un, tantôt chez l\u2019autre et participent à des veillées où la danse, la musique, la chanson, les contes et les jeux sont à 1 honneur.Il faut bien passer le temps car la terre qui dort sous quelques mètres de neige ne réclame pas, comme à la fin du printemps et au cours de l\u2019été, la présence des hommes.Ils en profitent donc pour s\u2019amuser.Cette période, d\u2019au moins quarante jours, selon les années, c\u2019est celle du «Carnaval et son cortège d\u2019amusements de toutes sortes qui se termine avec le mardi gras, à minuit», note Denise Rodrigue.Les littérateurs n\u2019insistent à peu près pas, pour ne pas dire pas du tout, sur la fête de la Chandeleur ou fête des cierges que l\u2019on fait bénir à la messe et qu\u2019on utilisera toute l\u2019année durant quand on assiste un mourant, quand le curé apporte le saint viatique aux malades ou même quand il fait un temps orageux pour protéger la maison et ses habitants du tonnerre et des éclairs.Pendant le carnaval, il était dans la coutume de se promener à la brunante avec des torches allumées.«C\u2019est, rapportent les théologiens médiévaux, par désir de voir la vraie lumière, celle des chandelles, triompher de la lumière profane de ces torches, que l'Église instaura l\u2019usage des cierges de la Chandeleur [que 1 on] utilisait essentiellement au moment d\u2019un décès: c\u2019étaient des cierges qui assuraient une bonne mort51», écrit Claude Gaignebet dans son ouvrage le Carnaval (1974), qui note encore que les fêtes carnavalesques s\u2019échelonnaient depuis la Saint-Antoine, le 17 janvier, jusqu\u2019à la Chandeleur, le 2 février.51.Claude Gaignebet et Marie-Claude Florentin, op.ci:., p.21. LE CYCLE DE NOËL 1569 Les littérateurs ignorent aussi presque totalement la Saint-Valentin qui n\u2019était pas, selon sœur Marie-Ursule, «la fête de l\u2019amour, comme on la connaît aujourd\u2019hui.Dans la société traditionnelle, on envoyait des feuilles comiques; par exemple, «une femme loquace a reçu une feuille qui la représentait avec un nez de perroquet; une autre d\u2019humeur difficile se trouvait caricaturée par un visage en lame de couteau52».Il semble bien que nos caricaturistes modernes ont puisé à cette source! Ce sont toutefois les trois derniers jours de cette longue période de réjouissances qui ont intéressé les écrivains du siècle dernier et même ceux du XXe siècle, voir des cinéastes comme Pierre Perrault.Ce sont les Jours gras, appelés aussi «carême-prenant».«On appelle jours gras», écrit Denise Rodrigue, «les trois jours qui précèdent le mercredi des Cendres.Ces jours sont particulièrement animés et joyeux53», car ce sont les derniers avant le carême, période de mortification et de pénitence au cours de laquelle les réjouissances sont interdites.Au cours des jours gras, «les routes sont achalandées.On se visite entre parents et amis.On se recrée chez l\u2019hôte qui reçoit à souper et plus il y a d\u2019invités, plus il y a de plaisir54».Le trait caractéristique de la fin du Carnaval, c\u2019est la mascarade du Mardi gras, «chez les enfants et les adultes.On aime se travestir, porter un masque étranger et des vêtements bizarres.Ainsi affublée, la mascarade va de porte en porte, boit, mange et danse au grand plaisir de chaque maisonnée55».On se réjouit avant l\u2019arrivée du carême, qui renverse le Mardi gras.C\u2019est pourquoi, la danse doit arrêter à minuit, ce soir-là, car il est interdit d\u2019empiéter, de danser sur le Mercredi des cendres.Plusieurs jeunes filles, aux quatre coins du Québec, l\u2019ont appris à leurs dépens.Pensons à Rose Latulipe ou à Flore de Saint-Luce ou à d\u2019autres «écervelées» qui ont payé de leur vie leur égarement et qui ont ainsi compromis leur salut étemel.52.\tSœur Marie-Ursule, op.cit., p.76.53.\tDenise Rodrigue, «la Civilisation canadienne-française.», f.64 54.\tLoc.cit.55.\tLoc.cit. 1570 L'ACTION NATIONALE C est, on 1 a deviné, la légende du diable à la danse ou du diable beau danseur, immortalisée par le jeune Aubut de Gaspé dans l\u2019Influence d\u2019un livre, dans le titre «l\u2019Étranger56».Je vous la résume brièvement: le soir du Mardi gras, un paysan offre 1 hospitalité à un voyageur en détresse.Visiblement inquiet, après le départ de sa fille au bras de son cavalier, pour assister au bal du Mardi gras, il raconte au visiteur la légende de Rose Latulipe.À pareille date, il y a plusieurs années, Rose Latulipe, belle et gracieuse jeune fille, délaisse son amoureux, à qui elle fait, disait-on alors, manger de l\u2019avoine, et danse aux bras d\u2019un beau et galant jeune homme surgi tout à coup, tard en soirée, et parlant magnifiquement le français.À minuit, comme c\u2019était le Mercredi des cendres, le père veut arrêter la danse.Rose insiste toutefois pour poursuivre les réjouissances et promet son amour à l\u2019étranger élégamment vêtu qui lui remet un magnifique collier de pelles.Elle conclut le pacte en passant ce collier autour de son cou après y avoir enlevé une petite croix qui pendait à une chaînette.Puis elle s\u2019évanouit.Quelques instants plus tard, le curé du village accourt à la demeure des Latulipe et somme Satan, car c\u2019était lui, de déguerpir, ce qu\u2019il fait aussitôt en laissant derrière lui une forte odeur de soufre.Rose, pour expier, entre au couvent et meurt cinq ans plus tard.Dans d autres versions, le diable s\u2019enfuit en emportant un peu du pan de mur car il ne peut passer sous la porte surplombée d un crucifix.Parfois, il réussit à entraîner la jeune fille avec lui en enfer, car le curé arrive trop tard.Il se peut même, comme dans «le Rigodon du diable57» de Louvigny de Montigny, que tous les participants à la fête du Mardi gras, parce qu\u2019ils ont désobéi, meurent noyés pour avoir dansé «sur le carême».Terrible punition qui peut décourager même les pires mécréants! Le Mardi gras met bel et bien un terme au cycle de Noël.Il y aurait encore bien des choses à dire, bien des renseignements à fournir sur le cycle de Noël dans le conte littéraire québécois du siècle dernier, essentiellement un cycle de réjouis- 56.\tReproduit dans notre anthologie, p.31-43, cf.note 1.57.\tReproduit dans notre anthologie, p.419-431. LE CYCLE DE NOËL 1571 sances, comme on l\u2019a vu.Toutefois, on n oublie pas les moins nantis, les défavorisés à qui on porte secours, en particulier dans la période du temps des fêtes proprement dit.Les Canadiens d\u2019autrefois savaient s\u2019amuser et s\u2019adapter au cycle des saisons.Mais ils savaient aussi s'arrêter pour se préparer intérieurement, spirituellement à cette grande fête de la Résurrection.S ils étaient de bons vivants, ils étaient aussi de fervents croyants.C\u2019est ainsi que les ont imaginés les littérateurs du siècle dernier.Dommage que leurs textes soient aujourd\u2019hui négligés car ils méritent plus que l\u2019oubli.? Linde Jean Chapdelaine IJays lointain, mystérieux, au territoire immense, un quasi-A continent, avec une population qui s\u2019achemine gaiement vers le milliard (850 millions au recensement évaluatif de cette année), rejoignant presque la Chine.Et pourtant, par certains aspects, familier.Peut-être parce que c\u2019est un membre du Commonwealth, dont la reine est la tête, mais aussi, beaucoup plus, parce que son chef pendant plus de 15 ans depuis l\u2019indépendance en 1947 (et même avant: la mahatma Gandhi) était un très grand personnage, Jawaharlal Nehru, premier ministre de 1947 à sa mort en 1964.Ses successeurs, avec quelques courts inter-règnes, à la tête du parti du Congrès qu\u2019il dirigeait, et du Gouvernement auront été sa fille Indira Gandhi (sans rapport avec le mahatma), et son petit-fils, Rajiv Gandhi, tous deux morts assassinés, la première par un garde du corps, un Sikh, et ce dernier lors de la campagne électorale du printemps dernier; il y a du Tamoul là, comme il y avait un Sikh dans l\u2019autre cas; les Sikhs au Punjab et les Tamouls, au sud-est, juste à côté du Ceylan, conduisent une guerre civile larvée.Le parti du congrès est même devenu le Congrès-I (I pour Indira).Un peu d\u2019histoire «Du fond des âges.,», écrivait de Gaulle en commençant son panégyrique de la France.Nous ne plongerons pas si profond, sauf pour rappeler que l\u2019Inde a subi des invasions succes-sives au cours des siècles lointains et a presque toujours, jusqu\u2019à 1 indépendance, été gouvernée par des conquérants étrangers.Deux mille ans avant le Christ, les Aryens, venus d'Europe LINDE 1573 centrale, \u2014 ceux qu\u2019Hitler avait remis à contribution dans sa croisade pour la pureté de la race, \u2014 la colonisèrent.Alexandre, dans sa conquête de l\u2019Asie, au 4e siècle avant Jésus-Christ, s\u2019était rendu jusqu\u2019à Hindus, le fleuve qui traverse l\u2019Inde et le Pakistan à l\u2019ouest, vers l\u2019Océan Indien.Depuis lors, à travers diverses invasions, l\u2019Islam d abord, aux 7e et 8e siècles, puis celle des Mongols, de Genghis Khan au 13e siècle, \u2014 l\u2019Empire du Grand Moghol dura jusqu au 17e siècle, \u2014 l\u2019Inde, terre de passage, vit enfin, si l\u2019on peut dire, arriver les Européens.Dès le 16' siècle, Vasco de Gama, le portugais, découvre la route des Indes par le Cap de Bonne-Espérance; la colonie de Goa est bientôt fondée sur la côte de Malabar, \u2014 côté Océan Indien à l\u2019ouest.Un peu plus tard, la France aussi établira un comptoir à Pondichéry, sur la côte de Coromandel, à l\u2019est; François-Xavier, un des premiers jésuites, n\u2019est-il pas appelé l\u2019apôtre des Indes.Dès le début, en l\u2019an 1600, les Anglais établissaient un comptoir à l\u2019ouest d\u2019abord, près de Bombay; puis, la East India Compagny bâtit à travers la péninsule une puissance sans égale, avec sa propre armée, et qui, à toutes fins pratiques, régna sur les Indes (l'Inde, le Pakistan et le Bangla Desh d\u2019aujourd\u2019hui) pendant deux cent cinquante ans.Comme aurait dit Duplessis, les «rajahs», les princes, mangeaient dans ses mains.Après la mutinerie de son armée, en 1857, la East India Compagny céda la place au Gouvernement anglais lui-même, et vingt ans plus tard, Disraéli, son premier ministre, obtint du Congrès de Berlin, pour la reine Victoria le titre d\u2019impératrice des Indes, titre que la Grande-Bretagne exerça par ses Vice-rois jusqu\u2019à l\u2019inde-pendance, en 1947, soit jusqu au partage de 1 Empire entre l\u2019Inde et le Pakistan, plus tard le Bangladesh; éventuellement l\u2019Inde absorba des comptoirs portugais et français.L'Union indienne compte une vingtaine d\u2019États et 10 Territoires.Gouverner pareil empire n'est pas une sinécure malgré la qualité du personnel administratif hérité des Anglais et dont Nehru est le meilleur exemple.L\u2019Indian Civil Service, Indiens et Britanniques, était de tout premier ordre, formé, et il l\u2019est encore, dans les meilleures écoles et universités de l\u2019Inde, mais aussi de Grande-Bretagne. 1574 L\u2019ACTION NATIONALE D\u2019abord, la densité de la population: le double de celle de la Chine.Des quelques 20 États, 9 ont environ 50 millions de population chacun, et le plus populeux, Uttar Pradesh, dont le territoire de Delhi est une enclave, dépasse les 100 millions.Les langues et les religions Ensuite, notons la diversité des langues et des religions.Même si la langue officielle de l'Union est l\u2019Hindi, elle ne rejoint pas la moitié de la population.L\u2019État central accorde une place importante à l\u2019anglais au Parlement de l\u2019Union et dans les cours de justice; la langue de la Cour Suprême et de la Haute Cour est l\u2019anglais, et les lois et règlements sont rédigés en anglais, avec traduction en Hindi1.De plus, plusieurs langues sont courantes, et même majoritaires dans certains États et territoires.Quand aux religions, même si l\u2019Hindouisme embrasse 85 % de la population, il y a presque autant de mahométans en Inde qu\u2019au Pakistan actuel (après la séparation d\u2019avec le Bangladesh), près de 100 millions, quelque 10 millions de Sikhs, et autant de chrétiens, sans compter tous les autres courants.Sans compter surtout que l\u2019hindouisme divise la population en castes, avec tous les problèmes politiques qui en découlent.Au début, il y avait les prêtres (brahmanes), les militaires, les artisans et commerçants, les agriculteurs et enfin les intouchables.Le sens de toutes ces divisions a changé, et un brahmane aujourd\u2019hui n\u2019a pas à aller prendre un bain s\u2019il frôle un intouchable dans l\u2019autobus, mais l\u2019essentiel demeure: la division entre classes supérieures, en gros les trois premières, et inférieures, les 2 dernières, surtout les intouchables.Toutes sortes de réglementations pourvoient à un traitement de faveur pour les classes défavorisées; des contingentements dans le fonctionnarisme, par exemple, comme le recherchent les apôtres des Noirs et autres minorités aux États-Unis.Il en était ainsi 20 ans apres I indépendance, en 1967.Je n\u2019ai pu confirmer si le statut officiel de l\u2019anglais avait changé depuis; l\u2019anglais demeure cependant la lingua franca pour les communications avec le monde extérieur. L\u2019INDE 1575 Une démocratie socialiste Inévitablement, vu les 3 siècles et demi de domination anglaise, l\u2019idéologie indienne en a subi de profondes influences.L\u2019Union indienne, en 1947, s\u2019est voulue une démocratie, (et elle n\u2019en est pas peu fière), laïque, et socialiste, un socialisme fortement influencé par le courant anglais de la Fabian Society, social et non-marxiste.La démocratie demeure, et le parti du congrès, qui a dominé l\u2019évolution du pays depuis l\u2019indépendance, même s il a perdu des plumes au cours des ans, a toujours eu des rivaux.Le laïcisme aussi, malgré les tiraillements, tant religieux que raciaux, que connaît le pays, et dont la fille et le petit-fils de Nehru ont été les victimes.Pour un socialisme, mitigé et social, dès le départ, en 1947, l'Inde s\u2019est voulue une économie fermée, tentant de se suffire à elle-même, une économie dirigiste, qui est aujourd\u2019hui à bout de souffle.Ce qui montre bien que, le gouvernement, soit-il démocratique comme en Inde, ou dictatorial comme en russie, ne peut vivre et prospérer que si la loi du marché règne, surveillée mais non dirigée par l\u2019État.La politique extérieure Démocratie socialiste dans sa politique interne, l\u2019Inde pouvait mal ne pas transposer cette approche, cette inclination, dans sa politique extérieure.La Russie avait battu Hitler, ne l\u2019oublions pas, sur la base d\u2019une économie socialiste.Elle y était aussi poussée par son environnement.La première manifestation est survenue dans les années \u201950 avec le «non-alignement», dont les coryphées, après la conférence afro-asiatique de Bandung (Indonésie), étaient Nehru (Inde), Nasser (Égypte-RAU), et Tito (Yugoslavie).Aux Nations Unies, disait-on un peu méchamment, il y avait les clients de l\u2019Ouest, ceux de l\u2019U.R.S.S., et les non-ali-gnés, pour la plupart prêts à manger, tour à tour, à tous les râteliers.L\u2019Inde rejoignait aussi le caucus des membres du Commonwealth.Elle avait des problèmes de frontières avec la Chine, \u2014 l\u2019Himalaya les sépare, \u2014 petite guerre en 1962, \u2014 et 1576 L'ACTION NATIONALE le Tibet aussi, \u2014 le Dalaï Lama a trouvé asile en Inde.Il y avait un équilibre à maintenir du côté Pakistan, déjà aidé par l\u2019Ouest dans sa rivalité avec l\u2019Inde, et encore plus depuis les affaires d\u2019Afghanistan; déjà deux guerres, \u2014 frontières à l\u2019Ouest et le Cachemire, \u2014 et en 1972, l\u2019indépendance, assistée par l\u2019Inde, du Pakistan oriental (le Bangladesh \u2014 Bengale oriental).Le rapprochement avec l\u2019U.R.S.S.aidait à maintenir cet équilibre.Et c\u2019est par des apports tant de ce côté que de l\u2019Ouest, (le Canada s\u2019y est déjà brûlé les doigts), que l\u2019Inde a continué à développer une capacité nucléaire dont on ne connaît pas exactement le niveau; l\u2019Inde n\u2019a pas encore souscrit au traité sur la non-prolifération nucléaire, auquel même la France et la Chine, deux puissances nucléaires, viennent de se rallier.D\u2019ailleurs, l\u2019U.R.S.S.demeure le premier allié de l\u2019Inde, le premier de ses fournisseurs d\u2019armement et son second partenaire commercial.Comme des arrangements spéciaux règlent ces échanges, \u2014 e.g.paiements en roupies, \u2014 les bouleversements actuels en Union soviétique et la détérioration de sa situation économique ne peuvent qu\u2019aggraver celle de l\u2019Inde; l\u2019U.R.S.S.a grand besoin de devises et la roupie n\u2019est pas convertible.Le destin de l\u2019Inde Inévitablement l\u2019Inde, par son poids démographique, sa situation géo-politique, la qualité de son personnel dirigeant, a un grand destin, mais aussi un long chemin à parcourir, semé d\u2019embûches.C\u2019est comme la Chine.Les tâches prioritaires d\u2019un État si fortement populeux que l\u2019Inde sont évidemment de nourrir son monde, de l\u2019instruire et de préserver sa santé.Or, en ces domaines, l\u2019Inde n\u2019a rencontré qu\u2019un succès des plus mitigés, surtout en comparaison de ses voisins, aussi pauvres et aussi peu instruits au départ.L'agriculture La Révolution verte des années \u201970 a au moins réussi à faire cesser la famine, endémique jusqu\u2019alors.L\u2019Inde, depuis 10 ans, réussit à se nourrir et ne doit plus, année après année, avoir LINDE 1577 recours à l\u2019aide, à la charité internationale.C\u2019est le moins qu\u2019on puisse attendre quand 70 % de la population vit de l\u2019agriculture; même s\u2019il faut aussi nourrir les vaches sacrées de l\u2019Hindouisme! Le déficit alimentaire corrigé, il n\u2019en reste pas moins que plus des Vi de la population sont engagés dans cette occupation qui ne compte que pour le tiers du PIB (produit intérieur brut).Le PNB (produit national brut) s\u2019en ressent; il est l\u2019un des plus bas au monde, (U.S.182 $ billions, par tête 246 $).C\u2019est un peu moins que le niveau atteint par la Chine, par tête 271 $, ou le Pakistan, par tête 331 $, mais bien loin derrière les «petits tigres», e.g.Corée du Sud, plus de 2 000 $, avec 45 m.d\u2019habitants, ou Taïwan, par tête, plus de 3 500 $, 20 m.d\u2019habitants.Et il n\u2019y a pas grand rattrapage, au contraire.Le taux de croissance en Inde, à 4 %, est plus bas qu\u2019au Pakistan, en Corée, en Chine même, ou à Taïwan où il atteint près de 11 %, et le taux d'inflation en Inde est le plus élevé, à 7 %; il est moins de 1 % à Taïwan.L\u2019auto-suffisance agricole, de plus, a été atteinte au prix de subsides gouvernementaux qui enrichissent plus les entreprises fabriquant des engrais chimiques que les agriculteurs.Et ce sont les payeurs de taxes qui écopent des déficits budgétaires.L\u2019éducation, la santé et l\u2019économie Le progrès en éducation a été encore moins bon, à partir d\u2019un départ très bas.Il y a 25 ans, on évaluait le niveau d\u2019alphabétisation à 12 % de la population; et dans ce pourcentage, déjà très bas, les femmes étaient particulièrement désavantagées.L\u2019Inde dépense moins de ressources budgétaires que la plupart de ses voisins en éducation.Elle y consacre 3 % de son PNB (10 $ par tête d\u2019habitant) quand la Thaïlande en dépense 4,2 % (34 $ par tête), et la Malaisie 8,5 % (156 $ par tête).Mais surtout ces dépenses, déjà bien peu adéquates, vont, plus qu\u2019ail-leurs, à l\u2019éducation secondaire et supérieure.Et ce sont les États les plus populeux, et les plus pauvres, qui reçoivent le moins.La démocratie sociale en prend un coup.Il en est de même pour les dépenses de santé.Déjà bien peu au total, elles vont trop souvent à la médecine curative, coûteuse, et non à l\u2019essentiel, à la prévention, à la qualité de 1578 L\u2019ACTION NATIONALE l\u2019eau et de l\u2019hygiène.Le taux de mortalité infantile le montre trop bien.Ce qui est plus important encore, c\u2019est le développement économique qui retarde.L\u2019Inde cherchait l\u2019auto-suffisance, à la russe.Ses progrès ont été minces, et pas mal pour les mêmes raisons: le dirigisme de l\u2019État avec la corruption et l\u2019inefficacité qui en découlent.Même si, en agriculture, l\u2019Inde a enfin réussi à nourrir sa population, il n'en reste pas moins que le déficit de la balance commerciale continue, de l\u2019ordre de 5-6 $ billions par an, et que l\u2019accès aux sources internationales d\u2019aide et de crédit est limité.Le Fonds monétaire international et la Banque mondiale ont des règles auxquelles l\u2019Inde n\u2019a pas encore voulu se soumettre: l\u2019aube finit peut-être par approcher, cependant.Pendant quarante ans, le parti du congrès, \u2014 Nehru, puis sa fille Indira, puis son petit-fils Rajiv, \u2014 au pouvoir presque sans interruption, ont imposé à l\u2019État une philosophie dirigiste.Le monde agricole, la grande majorité de la population, ne s\u2019en plaignait pas et y trouvait un maigre profit.Le monde des affaires avait dû trouver des accommodements, meilleurs ni pour l\u2019État, ni pour personne, e.g.corruption.Mais ce monde, tout minoritaire qu\u2019il soit, c\u2019est l\u2019avant-garde du progrès économique.Et minoritaire, ce n\u2019est que façon de parler, toute relative.Dans presque tous les États les plus populeux qui contiennent des villes et une communauté attenante, comme Bombay, Calcutta, Madras et même l\u2019enclave de la Nouvelle-Delhi dans l\u2019Uttar Pradesh, plusieurs dizaines de millions d\u2019habitants sont engagés dans l\u2019industrie et le commerce et ils produisent près des % du PIB.Les élections de 1991 Or, il y a eu des élections en Inde en mai et juin de cette année.Ce fut pendant la campagne électorale que Rajiv Gandhi fut assassiné, ce qui prolongea la période des élections.De 1 avis des observateurs les plus sagaces, la crainte et la sympathie qui en résultèrent ont permis au parti du Congrès et d\u2019obtenir une majorité, relative du moins, dans la nouvelle Assemblée: quelque 240 sièges sur 511, beaucoup moins qu\u2019aux élections majoritaires de \u201984 et de \u201989. L'INDE 1579 Comme l\u2019écrit The Economist, il peut paraître paradoxal de parler de la mort d\u2019un parti qui revient au pouvoir, après 18 mois dans l\u2019opposition, mais l\u2019ère du parti du Congrès, l\u2019ère Nehru, c\u2019est fini: reste à voir ce qui la remplacera; les arrangements actuels ne sont que de transition.Le nouveau P.M.choisi par le parti du Congrès, P.V.N.Rao, pas jeune (70 ans) et malade par dessus le marché, fera la transition.Son second, Sharad Pawar, au puissant ministère de l\u2019Intérieur, est de la nouvelle vague et c\u2019est lui qui reçoit le crédit pour le succès du parti dans l\u2019État de Maharastra, dont Bombay, la capitale, l\u2019ancien siège de la East India Compagny, est aujourd\u2019hui le centre économique et financier du pays.Le Congrès a perdu ses fiefs de Uttar Pradesh et de Bihar, au nord-est, sous le Népal, les deux États les plus populeux.Et le vainqueur dans le premier est ce parti, le BJP, dont l\u2019ascension météorique (7 sièges en '84, 86 en \u201989, et 125 cette fois) en font sans aucun doute le parti d\u2019opposition officielle.Ses chefs sont des modérés.On parle de nationalisme hindou, mais beaucoup craignent des relents de fondamentalisme religieux et politique (en face-à-face avec celui des Musulmans, Sikhs, Tamouls, et autres).C\u2019est en Uttar Pradesh, où le BJP est le grand vainqueur, tant dans les élections nationales que dans celles de l\u2019État, qu\u2019est située la mosquée, à Ayodhya, que les Hindous veulent raser, ou au moins déplacer, parce que bâtie sur un site sacré pour les Hindous, et la remplacer par un temple au dieu de la guerre, Rama.Bihar a donné une majorité à l\u2019autre parti d\u2019opposition, la coalition de la gauche et du Front national, tout comme le Bengale (capitale Calcutta).Des projets de réformes Le nouveau gouvernement doit et veut faire des réformes.En aura-t-il le courage et la force: il est minoritaire.Mais il n\u2019y a pas de temps à perdre: les réserves de devises sont à leur plus bas; la dette extérieure a plus que triplé depuis dix ans: elle approche des 80 milliards $; le déficit des comptes courants a aussi presque triplé, plus de 8 milliards $.Déjà un budget d\u2019austérité a été présenté; la monnaie a été dévaluée; une nouvelle politique commerciale prend forme; la 1580 L\u2019ACTION NATIONALE fin des permis d'importation réduira la corruption; la dévaluation fera cesser les subsides aux exportations et le déficit budgétaire sera réduit d\u2019autant.Ces réformes, si elles durent, ouvriront la voie aux crédits de 1 extérieur, privés et du fonds monétaire international, essentiels pour un nouveau départ de l'économie.L\u2019alternative, c\u2019est la banqueroute.C\u2019est assez pour faire réfléchir même les factions les plus hostiles, tant dans les partis d\u2019opposition qu\u2019à l\u2019intérieur du parti du Congrès-I.L\u2019Inde peut et doit s\u2019en tirer.? Questions d\u2019action nationale Rosaire MORIN L\u2019Action Nationale La Ligue entreprend sa 79e année et la Revue entrera, le mois prochain, dans sa 75e année.75 ans pour une revue comme la nôtre, c\u2019est un âge assez avancé.D\u2019autant plus que la publication est en pleine santé et qu\u2019elle connaît un second souffle de vie.Les fêtes seront spéciales.La grande rencontre aura lieu le 14 mars à l\u2019hôtel Le Méridien.La journée sera d\u2019abord axée vers l\u2019avenir du Québec.Nous existons pour la défense et la promotion d\u2019un petit peuple toujours confronté à une existence périlleuse.La rencontre est sous le thème «Un pays à portée de main».Des ateliers de travail discuteront des sujets suivants: La place du Québec dans le monde Force économique de petits Etats Comparaison avec la Communauté Économique Européenne Le fédéralisme dans le monde Règlement de la dette Monnaie québécoise Union économique Québec/les deux Amériques Conquête des marchés internationaux Indépendance nécessaire au projet de société Démocratie populaire Charte des droits individuels et collectifs La culture une compétence indivisible Urgence d\u2019une politique de la population Développement régional 1582 L\u2019ACTION NATIONALE Intégrité du territoire Rentabilité de la fédération canadienne Francophone nord-américaine Populations amérindiennes Minorités établies au Québec L\u2019histoire des nations Un banquet clôturera cette journée.Si vous n\u2019êtes pas déjà inscrit, faites-le sans retarder.Après les fêtes, il sera trop tard.Vous n\u2019avez qu\u2019à nous écrire et à nous indiquer l\u2019atelier de travail de votre choix.L\u2019entrée aux ateliers est gratuite; l\u2019accès au colloque coûte 10 $ et le banquet coûte 65 $ pour les abonnés.Inscrivez-vous avant le 14 décembre et payez le 28 février.A propos d\u2019économie et d\u2019indépendance Je copie, parce que je ne peux faire mieux.Et la copie mérite d\u2019être conservée, polycopiée, imprimée et diffusée dans tous les foyers.Dans Le Devoir du 15 octobre 1991, page 2, Mme Jane Jacobs déclare «que le Québec libre deviendrait plus prospère s il proclamait sa souveraineté».Mme Jacobs est une spécialiste torontoise en développement économique urbain.Elle «est bien connue dans les milieux universitaires canadiens et étrangers».Voici ce qu\u2019il faut diffuser: Dans une entrevue, l'éminente économiste a prédit l\u2019échec des pourparlers constitutionnels, à cause des différences «irréconciliables» entre le Québec et le Canada anglais.Mais pour le Québec, a-t-elle dit, ce sera une bonne chose puisque les propositions constitutionnelles du gouvernement fédéral auraient pour effet de réduire le contrôle de la province sur sa propre économie.La situation économique du Québec au sein de la confédération canadienne n\u2019est d\u2019ailleurs pas tellement reluisante actuellement, a-t-elle fait remarquer.Comment quelqu'un peut-il soutenir que le Québec se trouve mieux économiquement à l\u2019intérieur du Canada, a-t-elle demandé.Au cours des 10 années qui ont suivi le référendum de 1980, a-t-elle constaté, Montréal a sombré graduellement dans un état de ville provinciale de seconde classe, après avoir joué un rôle proéminent.Je suis convaincu que cela va continuer, si le Québec persiste à faire partie du Canada. QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 1583 Les adversaires de l\u2019indépendance, a noté Mme Jacobs, prétendent que les autres provinces canadiennes vont mettre fin à leurs relations économiques avec le Québec, s\u2019il se sépare.Pour elle, cependant, il est impensable que les producteurs de bœuf de l\u2019Alberta, par exemple, ferment leurs ranches plutôt que de vendre leur viande aux consommateurs québécois, ou que les travailleurs d\u2019industries ontariennes choisissent volontairement le chômage pour punir les Québécois.Des hommes d\u2019affaires du Québec d allégeance fédéraliste, a signalé Mme Jacobs, ont prédit que la proclamation de la souveraineté serait suivie d\u2019une période d\u2019incertitude qui nuirait à l\u2019économie québécoise.Évidemment, a-t-elle signalé, que les compagnies qui dépendent lourdement des subventions ou des contrats du gouvernement fédéral favorisent le fédéralisme.Mais ce n\u2019est pas la façon d\u2019administrer un pays ou une économie, a-t-elle déclaré.Dans la même veine, a-t-elle poursuivi, les menaces de retirer les investissements du Québec ne sont pas fondées.Si les grandes banques canadiennes, par exemple, décident de désin-vestir, les Québécois vont rapidement transférer leurs épargnes au Mouvement Desjardins et à d\u2019autres institutions québécoises.Il ne faut pas oublier, à ce sujet, que le taux d\u2019épargne des Québécois est supérieur à celui des autres Canadiens, a-t-elle souligné.Reste la question de la monnaie.Mme Jacobs croit qu\u2019une devise québécoise représente trop d\u2019avantages pour que le Québec maintienne la devise canadienne plus que quelques années après l'indépendance.La valeur d\u2019une devise, a-t-elle dit, dépend de plusieurs facteurs, dont le volume des importations et des exportations, les taux d\u2019intérêt et la politique fiscale et sociale.La valeur du dollar canadien est largement déterminée par ce qui se produit à Toronto et aux environs, parce que c\u2019est la région économique la plus puissante du pays, a-t-elle constaté.Mais cela peut être très mauvais pour les provinces de l\u2019Atlantique et du Québec.Une devise québécoise, selon elle, produirait une hausse des exportations québécoises, ce qui procurerait de l\u2019argent pour les importations et les investissements et engendrerait la croissance économique».La valeur de cette déclaration provient pour une bonne part du fait qu\u2019elle n\u2019est pas commanditée, qu\u2019elle est désintéressée, 1584 L\u2019ACTION NATIONALE c\u2019est-à-dire exprimée par une personnalité libre dont la compétence est reconnue.L\u2019opinion est libre.Epoc «Epoc», c\u2019est une deuxième chance pour des jeunes dé-crocheurs en difficultés.Cet organisme offre aux jeunes des programmes de formation, des stages d\u2019apprentissage sur le travail de bureau, le travail en électricité et en des domaines exigeant une habileté technique.Après leur stage, 90 pour cent des jeunes obtiennent un emploi; un certain nombre retournent aux études pour compléter leur secondaire et leur cégep.Les 168 jeunes qui acquièrent, chaque année, grâce à Epoc, un statut de citoyen à part entière dans la société, coûte 8 000 $ par an, par participant, alors qu\u2019une personne incarcérée coûte 70 000 $ par an, qu'une personne en centre d\u2019accueil coûte 55 000 $ et qu\u2019un itinérant fréquentant les maisons d\u2019hébergement coûte 22 000 $ par an.À «Epoc», la majorité des jeunes sont intégrés sur le marché du travail; ils ne reçoivent plus d\u2019aide sociale, ils contribuent à la fiscalité; ils peuvent fonder un foyer dans des conditions normales de vie.Le coût de l\u2019intégration est un investissement.Depuis la fondation d\u2019Epoc, 2 500 jeunes sont devenus économiquement autonomes.Boulot vers «Boulot vers», c\u2019est un autre organisme sans but lucratif qui intègre au travail des jeunes de 16 à 25 ans.Ces jeunes ont une faible expérience de travail, rarement plus de trois mois consécutifs pour un même employeur et presque toujours à des emplois précaires.Ils n\u2019ont pas non plus les connaissances suffisantes pour réussir dans la vie; ils ont abandonné l\u2019école en secondaire III, pour la plupart.Avant de franchir la porte de «Boulot Vers», 75 pour cent d\u2019entre eux vivaient d\u2019assistance sociale et 25 pour cent étaient sur l\u2019assurance-chômage.Le tiers de ces jeunes avaient connu des problèmes de délinquance.À «Boulot Vers», un stage de formation de quatre à six mois est offert aux jeunes.Ils sont rémunérés au salaire mini- QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 1585 mum.Ils apprennent les métiers d\u2019ébéniste, de dessinateur de meubles, de magasinier et de chauffeur-livreur.C\u2019est mieux que de tendre la main toute sa vie sur la rue Saint-Denis.Le jeune apprend des notions de vie sociale et civique.Il est initié aux réalités économiques qu\u2019il devra affronter.Durant le stage, un suivi individuel lui est assuré.Les jeunes travaillent.Ils fabriquent des tables, des bancs, des carrosses et des meubles pour garderies et personnes seules.La vente de ces produits représente le tiers du financement.Les gouvernements contribuent environ 300 000 $ par année.C\u2019est un coût social trente fois intérieur au paiement d\u2019une prestation sociale pour la vie.Car à la fin du stage, 60 pour cent des stagiaires trouvent un emploi permanent et 20 pour cent retournent aux études.Le «Boulot Vers», c\u2019est une porte vers l\u2019avenir pour les jeunes.Cette initiative devrait être multipliée aux quatre coins du Québec.C\u2019est l\u2019une des meilleures méthodes d\u2019insertion sociale et d\u2019intégration au travail.Les Franco-Américains Le Conseil de la Vie Française invitait en novembre les Québécois à renouer contact avec les Franco-Américains.Des rencontres ont été organisées à Montréal, Québec et Sherbrooke.Bravo pour cette louable initiative! Selon le Conseil, et d\u2019après Claire Quintal, directrice de l\u2019Institut français de Worcester, 3 150 982 habitants de la Nouvelle-Angleterre sont, à 98 pour cent, des descendants de Canadiens-Français émigrés aux 19e et 20e siècle du Québec et des provinces maritimes.Voici, par états, la distribution de ces Franco-Américains.Massachusetts\t957 319 New York\t898 436 Connecticut\t369 268 Maine\t292 279 New Hampshire\t275 000 Rhode Island\t206 540 Vermont\t160 140 1586 L'ACTION NATIONALE Ces fils du Québec et des Maritimes, d\u2019origine ethnique française, représente 24 pour cent de la population de la Nouvelle-Angleterre.Ils représentent plus de 50 pour cent des francophones du Québec.Voilà un milieu de recrutement pour notre ministère d'immigration.Bourassa, un cabotin M.Bourassa est comme une girouette.Les vents du nord l\u2019incitent à parler de «souveraineté partagée».La brise de l\u2019est lui inspire l\u2019air du «fédéralisme renouvelé» et, parfois, du «fédéralisme coopératif».Vraiment, M.Bourassa n\u2019est pas fiable, ni digne de foi.Souvent il varie; bien fol qui s\u2019y fie.Voici quelques pirouettes des derniers temps.A l\u2019annonce des propositions fédérales, Robert Bourassa déclare que «la proposition constitutionnelle du gouvernement fédéral est une contribution utile, qui comporte plusieurs éléments positifs» (La Presse, 26 septembre 1991, page 1).Jean Lesage s\u2019est retourné dans sa tombe.Deux jours plus tard, Robert Bourassa riposte au Mouvement Québec qui exigeaient un référendum dès le mois de juin.Il a fustigé les forces souverainistes: «Ils se comportent comme des apprentis sorciers.Ils veulent lancer le Québec dans l\u2019inconnu, dans l\u2019incertitude sans avoir au préalable examiné sérieusement les conséquences d\u2019une décision aussi importante que celle-là.C\u2019est une attitude irresponsable», a-t-il martelé (Le Devoir, 28 septembre 1991, page 1).L\u2019incertitude et l\u2019insécurité de son fédéralisme comporte déjà des conséquences graves: plus d\u2019un million de Québécoises et de Québécois vivent d\u2019aide gouvernementale.Notons aussi cette réponse à un journaliste qui lui demandait «s\u2019il pouvait promettre qu\u2019il n\u2019y aura pas d\u2019élections en 1992», M.Bourassa déclarait: «Tout ce que je peux affirmer pour le moment, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y aura pas d\u2019élections en 1991».(Le Devoir, 21 oct.1991, 2) En parlant de la loi 150 et de l'obligation d\u2019un référendum avant octobre 1992, M.Bourassa répondait un «bien, voyons, cette loi-là peut être amendée comme toute autre loi». QUESTIONS D\u2019ACTION NATIONALE 1587 Et M.Bourassa est parti en croisade.Des îles-de-la-Ma-deleine à la lointaine Abitibi, M.Bourassa visite des usines, donne la main aux travailleurs, rencontre la presse régionale et réunit à huit clos les comités exécutifs des comtés.Signes des temps, indices d\u2019élections.Notre cabotin national jongle.Il recherche la façon de conserver le pouvoir.Pourquoi tant d\u2019ambition?Quelle satisfaction y a-t-il à détenir le pouvoir s\u2019il ne gouverne pas?Car telle est la situation actuelle.À Ottawa comme à Québec, nous n\u2019avons plus de gouvernements.Nos deux Premiers ministres travaillent au jour le jour, comme des pompiers et les débats parlementaires baignent souvent dans la rigolade et la pitrerie.Messieurs Beaudoin, Cyr et Saint-Pierre Voilà trois grands patrons, trois grands présidents.Ils dirigent Bombardier, Bell Canada et SNC Lavalin.Ils coprésident le ^Regroupement Économie et Constitution».Pour eux, le Canada est indivisible et le temps est venu de mettre l\u2019accent sur les enjeux économiques des questions politiques.Pas question de souveraineté.En démocratie, les hommes d\u2019affaires peuvent participer aux débats politiques.Personne ne leur conteste ce droit.Ce qui est anormal, ce qui est étrange, c\u2019est leur apparition publique soudaine.C\u2019est la croisade dans laquelle ils se lancent.C\u2019est la mobilisation des ressources qu\u2019il prévoit.Le président des coprésidents, Claude Beauchamp, annonçait que le groupe bénéficierait de deux millions pour des annonces à la télévision.Habituellement, les gens d\u2019affaires sont plus discrets.Ils ont presque tous refusé à ce jour de mêler les affaires au patriotisme.Circonspects, réservés, presque mystérieux, ils œuvraient dans les coulisses, quêtant aux gouvernements privilèges, faveurs et subventions.Et ils ont réussi dans leurs manœuvres.Bombardier fait des affaires d'or avec le gouvernement.Il a reçu au cours des ans des centaines de millions de dollars en subventions, en réduction d\u2019intérêts, en aide gouvernementales de toutes sortes.Il n\u2019y a presque pas de contrat sans une faveur 1588 L'ACTION NATIONALE des gouvernements.Pour sa part, SNC a vu le jour avec Bersimis et la baie de James et aussi avec l\u2019armement militaire vendu au gouvernement ou par son entremise.Les programmes de recherche de BCE et de Northern bénéficient d\u2019une aide gouvernementale considérable.Qui aura la patience de relever les chiffres?Ce n\u2019est sûrement pas au nom de leurs travailleurs que ces trois grands patrons interviennent.Ce n\u2019est pas non plus au nom des 629 000 assistés sociaux et des 450 000 chômeurs qu\u2019ils font campagne.Ce n\u2019est pas pour diminuer l\u2019écart entre les riches et les pauvres qu\u2019ils sont partis en croisade.Ils interviennent dans le débat pour protéger leurs piastres, leur fortune.Cette fortune, ils la doivent toutefois à nos impôts.Les centaines de millions $ qu\u2019ils ont reçu du gouvernement les contraignent peut-être au militantisme dont ils s\u2019affichent.Que la situation serait différente si ces subventions avaient été versées à une caisse des travailleurs ou à une caisse de développement qui aurait investi dans ces entreprises! Les faveurs de l\u2019État auraient profité à l\u2019ensemble des travailleurs ou à la collectivité.Les entreprises auraient la même taille (nous avons besoin de 100 multinationales), mais la richesse serait autrement distribuée et le droit de parole respecterait les attentes et les besoins de la population, au lieu de la conscrire au nom d\u2019intérêts mercantiles.La monnaie canadienne?Notre Benoît national ne croyait pas à la possibilité du Québec d\u2019adopter la devise canadienne.Il déclarait que Jacques Parizeau avait tort d\u2019affirmer, le 27 mai dernier, qu\u2019un Québec souverain pouvait utiliser le dollar canadien comme monnaie.Or voici que l\u2019Institut C.D.Howe, l\u2019un des instituts les plus crédibles du Canada, vient de donner raison à monsieur Parizeau.Dans l\u2019étude publiée sous la signature de William Robson et de David Laidler, deux économistes reconnus à travers tout le Canada, l\u2019Institut C.D.Howe reconnaît que le dollar canadien est une monnaie convertible, échangeable partout à travers le monde contre toute monnaie convertible.À QUESTIONS D'ACTION NATIONALE 1589 moins de déclarer le dollar canadien non convertible, le Canada ne peut pas empêcher le Québec de se servir de son dollar.Pas plus que l\u2019Angleterre n\u2019a pu, en 1921, empêcher l\u2019Irlande de conserver la livre britannique comme monnaie.Même la puissante Banque de l\u2019Angleterre a été impuissante devant la décision irlandaise.Le dossier de la monnaie ne pourra pas faire partie des contes de trouille et de frousse qu\u2019on racontera bientôt aux Québécoises et aux Québécois.Sans compter que le Québec aura aussi la possibilité de créer sa propre monnaie.Cette hypothèse n\u2019est pas à rejeter.Mulroney-Clark et le Mouvement Québec Français Le Mouvement Québec Français trouve «dangereux» le plan Mulroney, ce «marchand d\u2019illusion», qui laisse son nom sur la liste des candidats à la tâche de secrétaire général des Nations Unies, fonction actuellement occupée par Javier Perez de Cuellar.Il est vraiment bouffon notre Premier ministre.Le porte-parole du MQF, Guy Bouthillier, s\u2019inquiète de voir F «appareil fédéral bien décidé à maintenir son emprise sur ce qu\u2019il appelle ses institutions culturelles, en même temps qu\u2019il est déterminé à renforcer sa maîtrise de l\u2019économie, si exigeante et tentaculaire qu\u2019elle englobe l\u2019activité d\u2019enseignement».M.Bouthillier déclarait: Nous ne voulons pas de ces propositions, car elles ne visent qu\u2019un seul but: nous faire consentir à la constitution de 1982.Nous ne voulons pas d\u2019un système qui prétend nous définir comme une simple société distincte, parmi d\u2019autres, et qui présente notre langue comme étant une simple langue majoritaire, alors qu\u2019elle est \u2014 c\u2019est ce que dit clairement notre loi 101 \u2014 la langue commune du Québec.Nous ne voulons pas d\u2019un système qui refuse à notre langue et à notre culture les pouvoirs dont elles ont besoin.Et le porte-parole du MQF d\u2019ajouter: Nous sommes un peuple, et nous entendons le proclamer haut et fort ici, pour ensuite le faire savoir partout ailleurs.Nous 1590 L\u2019ACTION NATIONALE sommes un peuple, et nous interdisons à quiconque de nous définir autrement.Nous sommes un peuple et nous allons nous donner les pouvoirs qui sont ceux d'un peuple.Et monsieur Bouthillier de conclure: Il est temps de passer à la souveraineté: Débattre plus longtemps des propositions d\u2019Ottawa ne serait que pure diversion.C\u2019est dans la souveraineté, et dans la seule souveraineté, que notre langue va puiser les moyens, la force et, par conséquent, la confiance et le prestige dont elle a besoin.Radio-Canada, la divine Le 30 septembre, une directive est adressée par Radio-Canada à ses journalistes.Ce document de cinq pages se veut un code d\u2019ethnique.Les directeurs généraux de l\u2019information, Claude Saint-Laurent et Réjean St-Amaud, déclare que le débat constitutionnel pouvant être «long et délicat», il convenait de rappeler «les lignes de conduite qui gouvernent nos pratiques journalistiques».En page deux, on apprend que «les émissions d\u2019affaires publiques doivent refléter le Canada comme nation et évoquer les avantages sociaux, économiques, culturels et politiques apportés par l\u2019appartenance à la nation canadienne».Radio-Prav-da ne parlait pas autrement.Cette directive, c\u2019est la préparation des armes pour le «non».Elle s\u2019inscrit dans le message irresponsable de l\u2019ancien premier ministre, Pierre Elliott Trudeau, qui déclarait que la clause de «société distincte» pouvait permettre au Québec de «déporter des Québécois non-franco-phones».M.Trudeau s\u2019était trompé de cible, car c\u2019est bien le gouvernement fédéral qui a organisé la déportation de plus de 100 000 réfugiés qui avait cru que le Canada était une terre d\u2019asile.? Index des auteurs 1991 ACTION NATIONALE L\u2019avenir politique et\tfévrier constitutionnel du Québec Angers, François-Albert Soixante-quinze ans de\tjanvier marginalité qui se normalisent enfin Asselin, Pierre À l\u2019heure de la politique réelle\toctobre au Québec Bariteau, Claude La voix perdante du Québec\tde\toctobre demain Bélanger, Jules L\u2019économie en Gaspésie:\tjanvier l\u2019espoir est permis Bertrand, Yves L\u2019édition québécoise:\tnovembre problèmes et solutions Blais, Marie-Josée Le Québec: un pays conquis à\toctobre reconquérir Boivin, Aurélien Le cycle de Noël dans le conte décembre littéraire québécois Boucher, Jacques À nos deux commissions dites\tmars «nationales» 174-221 3-11 1090-1104 1065-1075 105-114 1204-1223 1105-1113 1549-1571 432-434 1592 L\u2019ACTION NATIONALE Boulay, Jacques L\u2019anglais est devenu la langue de la communication médicale\tjanvier Bourbeau, Robert Evolution démolinguistique des francophones hors-Québec\tmars Bourque, Jean-Louis Québec, capitale Québec\tfévrier Bzdera, André Le Québec face à la Cour suprême, que faire?\tjanvier Castonguay, Charles L\u2019effondrement démographique des minorités francophones\toctobre Chamberland, Roger Les chemins de la poésie québécoise, thématique actuelle de la chanson québécoise\tfévrier septembre Chapdelaine, Jean Le général De Gaulle et le Québec Le Moyen-Orient Un an après: le nouveau visage de l\u2019Europe L\u2019Inde\tjanvier février septembre décembre Cloutier, Rollande On est souverain ou on ne l\u2019est pas.\tmai Comeau, Paul-André Génération et vocabulaire\tjuin Coulombe, Michel Scénario pour un cinéma à\tnovembre l\u2019heure des choix politiques 81-91 330-342 281-282 36-43 1076-1079 262-275 961-969 92-104 284-291 983-990 1572-1580 660-665 834-845 1330-1358 INDEX DES AUTEURS 1991 1593 D\u2019Auqerot-Arend, Sylvie Concilier nationalisme et\tjanvier\t56-68 féminisme: un défi pour le Québec de l\u2019avenir De Bonville, Jean Les bases de données, un\tnovembre 1408-1438 secteur sous-développé de l\u2019industrie des communications De La Fontaine, Gilles L\u2019histoire se répète\tdécembre 1525-1548 De La Garde, Roger \u2014 Denise Paré L\u2019analyse de la programmation\tnovembre 1259-1303 télévisuelle: tout un programme Demers, François La presse écrite: fin de cycle, novembre 1184-1203 fin de siècle Dion, Jean-Luc Les francophones du Canada:\tavril\t549-556 un cas de nécessaire réciprocité DOCUMENTS: Manifeste gaspésien et\toctobre 1135-1143 madelinot Projet de déclaration des droits septembre 1010-1013 de la femme et de la citoyenne Dorion, Gilles La merveilleuse épopée du\tjanvier\t69-80 roman québécois Dorion, Jean À Rosemère et ailleurs, l'OLF\tfévrier\t276-280 doit procéder sans délai aux révisions nécessaires 1594 L\u2019ACTION NATIONALE Dugas, Clermont Politiques de développement régional et lutte aux disparités Dumont, Micheline L\u2019expérience historique des femmes face à l\u2019avenir politique et constitutionnel Dupuis, Jean-Claude Jacques Dufresne et la constitution du Québec Antonio Perrault et le nationalisme juridique Le retour de Cité Libre Histoire de la Ligue: la pédagogie française Dupuis, Jean-Pierre Crise constitutionnelle: crise politique ou crise d\u2019identité?Éthier-Blais, Jean Le siècle de l\u2019abbé Groulx À quel Québec De Gaulle s\u2019adressait-il?septembre 925-940 mai\t611-622 juin\t855-859 septembre 1007-1009 octobre 1043-1052 octobre 1114-1119 janvier 115-120 février 244-261 juin\t822-833 Fortin, Bernard L\u2019enjeu de la politique\tseptembre 941-955 familiale québécoise: le réflexe familial Fortin, Pierre Le plein emploi sans inflation,\tmars\t343-363 est-il possible au Québec?Gaulin, André La chanson, songeuse et\tjuin\t811-821 voyageuse INDEX DES AUTEURS 1991 1595 Le «Thème de «la p\u2019tite vie»\tseptembre dans la chanson contemporaine» Gauthier, Hervé La population active dans un\tavril régime de faible fécondité Jean, Bruno La question rurale: les\tmai mutations récentes de la ruralité québécoise Joyal, André La lutte à la pauvreté: des\toctobre initiatives de création d\u2019emplois Julien, Pierre-André L\u2019avenir politique du Québec:\tseptembre mythes et réalités Lacroix, Jean-Guy La radio au Québec: un média novembre en crise qui trahit son mandat social Lajoie, Andrée La question constitutionnelle\tdécembre québécoise Lanctôt, Guylaine Marc-Yvan, t\u2019es passé à côté\tavril Landry, Kenneth Essais, études et critiques\tavril littéraires des années 80 Langlois, Simon Le Québec, une société\tavril distincte à reconnaître et une identité collective à consolider 971-980 527-541 596-609 1024-1042 909-924 1224-1244 1492-1503 523-526 542-547 482-501 1596 L\u2019ACTION NATIONALE Laramée, Alain Les communications\tnovembre Historique des relations\tnovembre Québec-Ottawa en matière de communications Vers une politique des\tnovembre communications au Québec Lavoie, Marc \u2014 Maurice Saint-Germain L\u2019assimilation des\tavril francophones hors-Québec Leblanc, Alonzo D'Aristophane à Michel\tmai Tremblay: le trivial dans le théâtre québécois Leclerc, Jacques Un modèle de puissance\tmars linguistique: le cas du français Leclerc, Richard Les voies souveraines: esquisse\tmai d\u2019une politique ferroviaire québécoise Leclerc, Yvon La lutte à la pauvreté, des\tavril causes aux solutions Légaré, Jacques \u2014 Nicole Marcil-Gratton L\u2019avenir politique du Québec\tjuin passe par son avenir démographique Léger, Jean-Marc L\u2019époque autorise-t-elle encore octobre le fédéralisme?1158-1164 1165-1183 1439-1451 557-562 674-686 400-418 651-659 474-481 770-786 1053-1064 INDEX DES AUTEURS 1991 1597 Lord, Michel La littérature fantastique québécoise depuis 1980\tmars\t380-399 Marcil-Gratton, Nicole \u2014 Jacques Légaré\t\t L\u2019avenir politique du Québec\tjuin\t770-786 passe par son avenir démographique\t\t Mercier, Lucie\t\t La vie quotidienne des femmes: entre famille et travail\tjanvier\t44-55 Mercier, Robert\t\t Grandeur et misère de la forêt québécoise\toctobre\t1080-1089 Michaud, Yves\t\t René Lévesque\tjuin\t850-854 Monière, Denis\t\t Le traquenard constitutionnel\tdécembre\t1470-1474 Morin, Claude\t\t De Gaulle et l\u2019émergence internationale du Québec\tmars\t419-431 Morin, Rosaire\t\t Questions d\u2019action nationale\tjanvier\t133-146 Le fondateur de notre\tjanvier\t147-158 mouvement: Joseph-Papin Archambault, s.j.Questions d\u2019action nationale\tfévrier\t292-303 L\u2019homme-doctrine: Lionel Groulx\tfévrier\t304-310 Questions d\u2019action nationale\tmars\t442-455 Le premier directeur de la revue: Orner Héroux\tmars\t456-460 Questions d\u2019action nationale\tavril\t564-576 1598 L\u2019ACTION NATIONALE Les précurseurs: Anatole Vanier, Joseph Gauvreau, Léon Lorrain\tavril\t577-582 Questions d'action nationale\tmai\t705-718 La population, l\u2019immigration, l\u2019intégration\tjuin\t787-810 Questions d\u2019action nationale\tjuin\t861-870 Questions d\u2019action nationale\tseptembre\t994-1006 Questions d\u2019action nationale\toctobre\t1120-1134 Questions d\u2019action nationale\tdécembre\t1581-1590 Morin, Rosaire \u2014 Gérard Turcotte\t\t Mon grand-père répond à Mme Lebel\tfévrier\t167-173 André et Jean-Pierre ne veulent pas comprendre\tmars\t323-329 Québec, mon pays, maintenant ou jamais\tmai\t591-595 L\u2019incapacité du Premier ministre\tjuin\t733-734 Quelle sorte de pays voulons-nous?\tseptembre\t885-889 L\u2019incapacité du Premier ministre (reprise)\tseptembre\t890-891 Le parti du Bon Dieu\toctobre\t1020-1023 Morissette, Denis \u2014 Yves Péron\t\t Le coût annuel du logement familial\tfévrier\t234-243 Noël, Lise\t\t Anniversaire d\u2019une funeste 6 décembre\tjanvier\t12-19 Noreau, Pierre\t\t Devenir national et solidarité sociale\tseptembre\t893-907 INDEX DES AUTEURS 1991 1599 Ouimet, Laurent Démocratie\tjuin\t846-849 Page, Lorraine\t\t Les femmes dans le Québec de demain\tmai\t623-627 Paillé, Michel\t\t L\u2019avenir démographique des francophones de l\u2019île de Montréal\tfévrier\t222-233 Paquette, Gilbert\t\t Le virage informatique et l\u2019avenir national\tnovembre\t1359-1384 Paré, Denise\t\t L\u2019analyse de la programmation télévisuelle: tout un programme\tnovembre\t1259-1303 Péron, Yves \u2014 Denis Morissette\t\t Le coût annuel du logement familial\tjanvier\t234-243 Poisson, Jacques\t\t Nos attitudes et le combat national\tjanvier\t121-131 Provencher, Jean\t\t La duplicité n\u2019est plus de mise\tseptembre\t956-960 Raboy, Marc\t\t Vers une politique québécoise de télévision: les leçons de l\u2019histoire\tnovembre\t1304-1329 Racine, Bernard\t\t Le rapport Allaire\tmars\t364-379 Robert Choquette\tmars\t435-438 Du rapport Allaire au rapport\tmai\t688-704 Bélanger-Campeau 1600 L\u2019ACTION NATIONALE Rhéaume, Gilles Marcel Chaput ou la fidélité au\tmars service de l\u2019indépendance Saint-Germain, Maurice \u2014 Marc Lavoie L\u2019assimilation des\tavril francophones hors-Québec Serra, André Présent et avenir de la\tjuin démocratie Simard, Sylvain France-Québec, des relations\tmai qui s\u2019effilochent Tremblay, Gaétan La câblodistribution: pierre\tnovembre angulaire d\u2019une politique de communication progressive Tremblay, Hélène Fondements d\u2019un projet\tdécembre québécois de société Tremblay, Henri Québec fut fondé le 23 juin\tmai 1990 Tremblay, Rodrigue Souveraineté, marché-commun, janvier libre-échange Le statut politique et\tavril constitutionnel du Québec L\u2019union monétaire et la création juin d\u2019un CanaFed Les offres d\u2019Ottawa, bien en\tdécembre deçà de ce dont le Québec a besoin pour se développer 439-440 557-561 735-758 666-673 1245-1258 1504-1524 628-650 20-35 502-521 759-769 1475-1491 INDEX DES AUTEURS 1991 1601 Turcotte, Gérard \u2014 Rosaire Morin Mon grand-père répond à Mme Lebel André et Jean-Pierre ne veulent pas comprendre Québec, mon pays, maintenant ou jamais L\u2019incapacité du Premier ministre Quelle sorte de pays voulons-nous?L\u2019incapacité du Premier ministre (reprise) Le parti du Bon Dieu Vadeboncoeur, Pierre Nous avons mille ans février\t167-173 mars\t323-329 mai\t591-595 juin\t733-734 septembre\t885-889 septembre\t890-891 octobre\t1020-1023 avril\t471-473 Wilson, Kevin G.Les enjeux de la\tnovembre 1385-1407 télécommunication: juridiction, réglementation et nouveaux services 1602 L\u2019ACTION NATIONALE Le samedi, 14 mars 1992 à Voccasion du 75e anniversaire de l\u2019Action Nationale Rencontre nationale à Montréal à l\u2019Hôtel Méridien «Au pays à portée de main» Tous nos abonnés sont invités.Serez-vous avec nous?Inscrivez-vous avant le 14 décembre et payez le 28 février.Pour renseignements 514-848-0575 (I HflV Vf Kl Hydro-Québec, «!!!!!!SfîîïBI c\u2019est 75 000 emplois directs et indirects et pour plus de deux milliards de dollars d\u2019achats.Et l\u2019avenir pourrait être encore meilleur.Hydro-Québec, ce sont des installations à construire, des équipements à faire fonctionner, de l\u2019énergie à commercialiser.En réalisant ces activités et en attirant des entreprises grandes consommatrices d\u2019électricité, nous avons soutenu en 1990 l\u2019équivalent de 75 040 emplois directs et indirects.Et acheté pour près de deux milliards et demi de dollars.Sur ces deux milliards et demi, près des trois quarts ont été dépensés au Québec.Car nous avons pour politique d\u2019accroître le contenu québécois des biens et des services que nous achetons.'W'\"* Et si nous réalisons comme prévu nos projets d\u2019investissement, le nombre d\u2019emplois soutenus pourrait atteindre 87 000 années-personnes en 1992.C\u2019est 3 % des emplois au Québec, sans tenir compte des effets d\u2019entraînement.Hydro-Québec a été créée pour produire et fournir de l\u2019électricité.Mais elle a aussi pour rôle de contribuer à l\u2019essor économique de la collectivité québécoise.C\u2019est un rôle qu\u2019elle est fière d'assumer.Hydro Quebec 1604 SOCIETE NATIONALE D\u2019ASSURANCES 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1500, Montréal, H3A3G5 (514) 288-8711 Avec les hommages de Assurance-vie Desjardins 1605 Hommages de la Fondation Esdras-Minville HOMMAGES de la SSJB du Centre du Québec HOMMAGES de la SSJB de Montréal Avec les hommages du Mouvement National des Québécoises et Québécois et de ses sociétés affiliées Mouvement National des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal H2K 3P1 (514) 527-9891 1606 BEN BÉLAND INC\tTailleur nettoyeur \tDrolet Fournitures électriques\tVêtements sur mesure 7152, boul.Saint-Laurent, Montréal H2S 3E2 (514) 274-2465\tFAITES AJUSTER VOS VÊTEMENTS Habits \u2014 Vestons \u2014 Paletots 8300, Drolet \u2014 388-2532 LABORATOIRE DR RENAUD Société québécoise à l\u2019avant-garde de la science dermocosmétique 1040, avenue Rockland, Outremont H2V 3A1 \tHP9 Sico - Crown Diamond -\t1BF Mulco - NuBrite - Cuprinol -Sterling - Kyanite AUTOSTOCK 8288, boul.Pie IX, Montréal H1Z 3T6 593-8300 \u2014 Télécopieur: 593-6405 1607 ALIMENTATION\tAVOCAT Industries Lassonde Inc.\tJutras & Associés Germain Jutras, LL.L.Boissons et jus divers 170, 5e Avenue, Rougemont JOL 1 MO \u2014514-469-4926\t449, rue Hériot, Drummondville, J2B 1B4 477-6321 - Téléc.: 474-5691 ALIMENTS\tBIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE Alimentex Inc.\tC.Lamond & Fils Ltée Robert Bourgeois, président Henri-Louis Gagnon, président-directeur-général C\u2019est tout naturel \u2022\tAliments de santé \u2022\tLivres naturistes \u2022\tExtracteurs à jus \u2022\tSuppléments alimentaires \u2022\tPrescriptions naturopatiques\t1065, rue de Bleury, Montréal H2Z 1N1 861-3491 - Téléc.: 866-7058 \tGESTIONNAIRES CONSEILS J.-C.Martin & Ass.Inc.Jacques-C.Martin, président 1188, 1ère Avenue, Québec, G1L3K8 529-7988 Téléc.: 529-6939\t105, Thornton, Montréal H3P 1H7 735-3436 - Téléc.: 843-9491 ASSURANCES\tINGÉNIEUR Poitras, LaRue & Rondeau Inc.\t Courtier d\u2019assurances\tSerge Gendron 3925, rue Rachel, bur: 200, Montréal H1X 3G8 - 899-5377\t527-9541 AVOCAT\tTRADUCTEUR et PUBLICISTE Philippe Gélinas, c.r.\tClaude-Pierre Vigeant 10, St-Jacques, bureau 812, Montréal H2Y 1L3 845-3229\t604, rue Waterloo, London, Ontario N6B 2R3 Index des annonceurs Action Nationale .1604 Alimentex Inc.1607 Assurance-Vie Desjardins .1604 Autostock .1606 Ben Béland Inc.1606 Fondation Esdras-Minville.1605 Philippe Gélinas, C.R.1607 Serge Gendron .1607 Groupe Sico.1606 Hydro-Québec.1603 Industries Lassonde.1607 Germain Jutras .1607 Laboratoire Dr Renaud.1606 C.Lamond & Fils Ltée.1607 Jacques Martin et Associés Inc.1607 Mouvement National des Québécois et Québécoises.1605 Poitras, Larue, Rondeau & Associés.1607 Société nationale d\u2019assurances.1604 SSJB du Centre du Québec.1605 SSJB de Montréal.1605 Tailleur nettoyeur Drolet.1606 Claude-Pierre Vigeant .1607 Achevé d\u2019imprimer en novembre 1991 sur les presses des Ateliers Graphiques Marc Veilleux Inc Cap-Saint-Ignace, Qué. La Ligue d\u2019Action Nationale Président honoraire: Président: Vice-présidents: Secrétaire-trésorier: Conseillers: François-Albert Angers Rosaire Morin René Blanchard, Claude Duguay Gérard Turcotte Yvon Groulx, Léo Jacques, Pierre Lamy, Robert Laplante, Delmas Lévesque, Jacques Martin Membres: André Beauchamp, Christiane Bérubé, Nicole Boudreau, Guy Bou-thillier, Louise-C.Brochu, Michel Brochu, Hélène Chénier, J.-Charles Claveau, Jean-Claude Dupuis, Pierre Dupuis, Lucia Ferretti, Philippe Gélinas, Jean Genest, Jacques Houle, Denise Julien, Marcel La-flamme, Alain Laramée, Yvon Leclerc, Jean-Marc Léger, Georges Meyers, Denis Monière, Jacques-Yvan Morin, Jean-Marcel Paquette, Roméo Paquette, Hélène Pelletier-Baillargeon, Juliette Rémillard, Gilles Rhéaume, Jean-Jacques Roy, Louis-Philippe St-Martin, André Thibaudeau, Pierre Trépanier.L\u2019Action Nationale Les 70 000 pages publiées par la revue depuis 75 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec.Prix Richard-Arès et François-Albert Angers Le prix Arès a pour objectifs de promouvoir la culture nationale et le prix Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Éditions de L\u2019Action Nationale L'action de publier des ouvrages permet d\u2019approfondir une question et de diffuser des orientations précises sur une priorité de l\u2019heure.Le 75ième anniversaire Le Comité du 75ième convoque les forces vives du Québec pour réaliser la cohésion nécessaire à l\u2019élaboration d\u2019un projet de société.Fondation Esdras-Minville Cette société recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la Ligue.82, rue Sherbrooke ouest, Montréal H2X 1X3 \u2014 (514) 845-8533 "]
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