L'action nationale, 1 février 1997, Février
[" L'Action Volume LXXXVII, numéro 2, février 1997 Un modèle de privatisation?Non! Un scandale! 1917-1997 wnsssnnssm Directeur Rosaire Morin Secrétaire de rédaction Laurence Lambert Administratrice Marie-Laure Prunier Analyse sociale Michel Rioux Recherche Claire Caron Correction d'épreuves Marc Veilleux Éducation Jean-Claude Tardif Comité de rédaction Hélène-Andrée Bizier Jacques Brousseau Andrée Ferretti Robert Laplante Denis Monière Jean-François Nadeau Martin Poirier Michel Rioux Ronald-E.Laviolette Comité de lecture Jean-Jacques Chagnon Jean-Pierre Dupuis Lucia Ferretti Colette Lanthier Alain Laramée Pierre Noreau Chistiane Pelchat Paul-Émile Roy Janine Thériault Prix André-Laurendeau Membres du jury Jules Bélanger Lucia Ferretti Colette Lanthier Infographie Composition Monika, Québec Impression Marc Veilleux Imprimeur inc., Boucherville Champ d\u2019action La revue s\u2019intéresse à tous les aspects de la question nationale.Des orientations cohérentes sont proposées pour bâtir le Québec de demain.Liberté d\u2019expression L\u2019Action nationale fait appel à un grand nombre de collaboratrices et de collaborateurs.Elle ouvre ses pages aux jeunes et aux experts.Respectueuse de la liberté d\u2019expression, elle admet les différences qui ne compromettent pas l\u2019avenir de la nation.Rédaction L\u2019article demandé peut comprendre de 10 à 20 pages.Le compte-rendu d\u2019un livre peut compter une ou deux pages.Un article soumis, sans entente préalable, peut varier de 5 à 8 pages.L\u2019envoi du manuscrit et de la disquette facilite nos travaux.Le texte vulgarisé est la forme d\u2019écriture souhaitée.Index Les articles de la revue sont répertoriés et indexés dans «L\u2019index des périodiques canadiens» depuis 1948, dans «Périodex» depuis 1984, dans «Repères» publié par SDM Inc.et la Bibliothèque nationale du Québec depuis 1985- Reproduction La traduction et la reproduction totale ou partielle des textes publiés dans L\u2019Action nationale sont autorisées à condition que la source soit mentionnée.L\u2019ACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bur.1002 Montréal, Québec H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 Télécopieur: 514-845-8529 TABLE DES MATIÈRES FÉVRIER 1997\t 3 Éditorial Le silence Rosaire Morin\tChroniques 7 La cave est pleine Jean-Claude Germain\t101 Comptes-rendus 109 Lectures 17 La culture politique du Québec Guy Rocher\t121 La presse Paul-Émile Roy 39 Le recul du français Jean-Paul Perreault\t124 1917-1997 47 Être ou ne pas être Georges Lessard\t141 Notre patrimoine Laurence Lambert 49 Morsure à l\u2019âme Jean-François Nadeau\t145 Regards Rosaire Morin 53 B\u2019nai Brith et Lionel Groulx Jean-Jacques Chagnon\t157 Les États généraux 165 Courrier des lecteurs 55 Locomotives Luc Laforce\t169 Nos annonceurs DOSSIER Un scandale! La privatisation du stationnement à Montréal par Léo-Paul Lauzon L'ACTION NATIONALE \u2022 1 SI VOUS N\u2019ÊTES PAS ABONNÉ-E NATIONALE Deux cents personnes reçoivent la revue chaque mois sans y être abonnées.L\u2019Action nationale est devenue un lieu de réflexion, de prospective et un instrument d\u2019information.C'est le 80e anniversaire Sensible aux problèmes du présent et aux défis du proche avenir, la revue défend des valeurs fondamentales et elle fait la promotion d\u2019un projet de société qui facilitera à tous l\u2019accès à un travail permanent.Vous pouvez nous retourner votre chèque et ce formulaire Abonnement :\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t38 $\t70 S Étudiant\t22 $\t40 $ France\t300 FF\t550 FF Autres pays\t65 $\t118 $ Soutien\t100 $\t175 $ Abonnement à vie\t1 000 $\t Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.\tNom\tPrénom \tAdresse\t L\u2019Action NATIONALE\tVille\tCode postal 425, bout, de Maisonneuve O.bureau 1002\tTéléphone\tTélécopieur Montréal H3A 3G5\tProfession\t Téléphone : 514-845-8533\t\t Télécopieur : 514-845-8529\tDate\t SI VOUS ETES ABONNE E Pouvez-vous nous trouver un nouvel abonné?Si chacun le fait, nous doublons notre rayonnement.NATIONALE Recruter un nouvel abonnement, c\u2019est planter un pays au coeur d\u2019une Québécoise et d\u2019un Québécois.Merci de votre coopération.C\u2019est le 80e anniversaire Abonnement :\t10 numéros\t20 numéros Québec, Canada\t38 $\t70 $ Étudiant\t22 $\t40 $ France\t300 FF\t550 FF Autres pays\t65 $\t118 $ Soutien\t100 $\t175 $ Abonnement à vie\t1 000 $\t Un reçu pour impôt sera émis pour toute somme supérieure au tarif de l\u2019abonnement.Nom\tPrénom Adresse\t Ville\tCode postal Téléphone\tTélécopieur Profession\t L\u2019Action NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve O.bureau 1002 Montréal H3A 3G5 Date Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 A «Un jour, j\u2019ai ressenti un étrange malaise, presque schizophrénique.Je ne savais plus dans ce bilinguisme instantané, colonial, reconnaître mes signes, reconnaître que ce n\u2019était plus du français.Cette coupure, ce fait de devenir étranger à sa propre langue, sans s\u2019en apercevoir, c\u2019est une forme d\u2019aliénation (linguistique) qui reflète et renvoie à une aliénation plus globale qui est le fait de l\u2019homme canadien-français, puis québécois, dans sa société, par rapport à sa culture et à l\u2019exercice de ses pouvoirs politiques et économiques.» Gaston Miron L\u2019Homme rapaillé, 1996, Éditions Typo et Gaston Miron, p.208.2 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE ÉDITORIAL Le silence Les grenouilles se lassant de l\u2019état démocratique, par leurs clameurs firent tant Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique Lafontaine, Fab.III, 4 Rosaire Morin An Québec, la clameur des grenouilles nir.Elle est silencieuse.est un souve- La monarchie britannique est décédée.La démocratie est malade.«.La démocratie fait oublier à chaque homme ses aïeux,.elle lui cache ses descendants et le sépare de ses contemporains» (Tocqueville).L\u2019autocratie est en train de lui succéder.Mais les autocrates ne sont pas les premiers ministres élus par le peuple.Ils font partie de la maladie.Ils pratiquent le caporalisme.Ils imposent leurs vues aux partisans.Ils expulsent les dissidents.Ils introduisent la règle du mutisme.Qui ne pense pas comme le chef est un adversaire, un ennemi.Le dogme de la démocratie qui émane du peuple est périmé.Même les députés et les conseillers doivent obéissance.La participation à droit égal est devenue un mythe.Comme au temps de Trudeau et de Duplessis.Une assemblée souveraine ne peut plus inspirer le génie.Les autocrates Le pouvoir réel est exercé par messieurs M.W Barrett, John E.Cleghorn, A.L.Flood, Peter Godsœ, L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 3 Gordon Thiessen et Richard M.Thompson.Ces six millionnaires gèrent 1 000 milliards $ qui appartiennent au peuple.Ils exercent une influence directe sur 2 000 milliards$.Quarante fois le budget du gouvernement du Québec.Et cette puissance n\u2019est soumise à aucun contrôle du peuple.Ces banquiers disposent d\u2019une autorité absolue sur l\u2019argent des autres.Ils jouissent d\u2019un pouvoir incommensurable et démesuré.Ils concentrent l\u2019épargne populaire dans leurs coffres-forts.Ils la gèrent selon leurs intérêts et leurs objectifs.Ils décrètent les conditions de vie d\u2019une société.Ils établissent une dictature financière et industrielle qui modifie les modes de pensée et de vie.Ils réduisent les valeurs d\u2019une collectivité au niveau de leurs propres conceptions.Ils se chargent ainsi du bonheur, de l\u2019ordre et de l\u2019avenir du peuple.Ce peuple est si naïf qu\u2019il leur confie aveuglément le fruit de son travail.Les six millionnaires sont les véritables autocrates de la société québécoise et canadienne.Les Bé-land, Bérard,Desmarais, Garneau et les hommes politiques québécois ne sont que des intermédiaires.Le spectacle me rappelle la fable turque du dragon à plusieurs têtes et à plusieurs queues.La multitude des têtes crée un mirage.Car la multitude des queues n\u2019obéit qu\u2019à une seule tête.Une tête invisible qui déplace ses pions à volonté, selon ses caprices.L\u2019idéal de l\u2019égalité L\u2019intérêt des banquiers s\u2019oppose diamétralement à l\u2019égalité entre les hommes.Ne nous illusionnons pas.L\u2019équipollence entre milliardaires et assistés sociaux est une utopie, une fiction.Les nababs et les cresus n\u2019accepteront jamais le partage des richesses.Ils concèdent l\u2019égalité des droits si elle ne nivèle pas les conditions sociales.Ils acceptent l\u2019égalité politique si elle garantit l\u2019inégalité sociale.Ils refusent le concept même de l\u2019égalité des chances.Pour eux, la L\u2019intérêt des banquiers s\u2019oppose diamétralement à l\u2019égalité entre les hommes.4 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE dépendance est naturelle.La servitude est universelle.La seule égalité qu\u2019ils tolèrent, c\u2019est celle de la misère et de la pauvreté.Telle est la loi du libéralisme, du mercantilisme et des banquiers.Ces gestionnaires de l\u2019argent des autres s\u2019enrichissent aux dépens des masses populaires qui s\u2019appauvrissent.Le profit excessif est toujours du travail non payé.Mais ce sont là des propos qu\u2019il ne faut pas tenir.En liberté surveillée Et ceux qui lèvent l\u2019index à la bouche et qui nous font le signe du silence ne sont pas les autocrates, mais bien leurs intermédiaires.Ceux-là qui aspirent à faire partie des mêmes loges.En ces derniers temps, des conseils de demeurer bouche cousue nous ont été prodigués.Mais nous n\u2019avalerons pas notre langue pour obtenir quelques écus.Nous aimons trop la liberté pour subir la contrainte.Les deniers que nous perdons par notre franc parler ont été remplacés en janvier par mille nouveaux abonnés qui ont la passion de la liberté.C\u2019était la notre choix.Vive la liberté! Elle nous permet de dire et de faire quelque chose.L\u2019indépendance d\u2019esprit de la revue n\u2019est pas dominée par l'inquiétude financière.Au Québec, les petits ruisseaux ont formé le majestueux Saint-Laurent.Le mouvement de nouveaux abonnés renforce notre passion de la liberté.En sa 80e année, L\u2019Action nationale se battra plus que jamais pour la libération sociale et politique des Québécoises et des Québécois.La liberté de penser sera exprimée avecje sens des responsabilités et des risques inhérents.I L'ACTION NATIONALE \u2022 5 Plus que l\u2019homme «Rappelons encore une fois, car nous y reviendrons, la constance dans le courage et les efforts des mères de famille d\u2019Ottawa faisant, jour et nuit, la garde de leurs écoles; des institutrices travaillant sans salaire, et dans des milieux déplorablement défavorables, à l\u2019éducation française et catholique de nos petits compatriotes ontariens.Orner Héroux L\u2019Action française février 1917, p.47^/ La cave est pleine Jean-Claude Germain* JLe temps n a pas d\u2019allant, le ciel est gris, le plafond baisse et nous sommes des milliers dans la cave à le regarder baisser, les bras ballants, la bouche ouverte.Sauf pour les vendeurs de lunettes roses, l\u2019atmosphère est morose.Le Québec casse maison.À l\u2019étage supérieur, c\u2019est le grand bardas.La mode est au réaménagement.Faire moins avec plus.Donc, on agrandit les salles de réunions de concertation et on ajoute des chaises à trois pattes pour prouver que le patronat et les hauts fonctionnaires participent à l\u2019équilibre budgétaire.Finis les grands projets! On serre la vis sans fin.Au lieu d\u2019abattre les cloisons et de soulever les plafonds, on presse le plancher du rez-de-chaussée vers la cave.Le gratte-ciel dont on vantait le penthouse, les fenêtres ouvertes sur le monde et les stationnements souterrains se métamorphosent en donjons.Avec ses créneaux au sommet et ses oubliettes au sous-sol, le prototype a acquis ses lettres de noblesse il y a belle lurette.Aujourd\u2019hui, il fait partie de la réalité quotidienne de la jeunesse.Qui n\u2019a pas joué à Donjon et Dragon?Le temps du Monopoly est révolu! Dans la cave Dans la cave, le plafond ne cesse pas de baisser.L\u2019air et l\u2019espace vital manquent.On ne vaque plus à Dramaturge.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 7 ses occupations, on progresse dans la cohue, on se fait un chemin avec les coudes, on se tire du cou et on comprime les fesses pour se tailler une place de la largeur de ses pieds.La population n\u2019augmente pas, sauf quelle se sent de plus en plus populeuse.Ce n\u2019est pas tout! Au treizième sous-sol, dans un cul-de-bas-de-fosse, il y a une fuite dans la maçonnerie.On ne parvient pas à colmater la fissure.L\u2019eau monte.Le trou s\u2019élargit.Les pompes ne fournissent plus.Il n\u2019y a pas de solution en vue mais les explications des experts prolifèrent.Tous ceux qui n\u2019en sont pas deviennent à leur tour des experts sur les experts.La panique n\u2019est pas encore collective.L\u2019affolement demeure individuel.À quel moment la cave sera-t-elle entièrement inondée?À toutes les heures, une nouvelle lecture de la crue des eaux permet d\u2019établir une projection quotidiennement révisée du cataclysme appréhendé.Plus on ausculte, plus on suppute.L\u2019incidence des variations de températures saisonnières sur la congélation de l\u2019eau partage les doctes en deux écoles.Dans la prospective optimiste, l\u2019hiver est hâtif, long et le printemps froid, sec et retardé.Les moins frileux rêvent d\u2019une température sous zéro, sans neige, d\u2019octobre à mai.Les arthritiques, pour leur part, font des cauchemars puisque la prévision pessimiste met en scène un hiver tardif, doux, neigeux, suivi d\u2019un printemps prématuré, pluvieux et tropical.Peu importe le scénario, la décision relève du gouvernement.Le champ d\u2019expertise scientifique s\u2019arrête là où commence celui du pouvoir politique.Doit-il assurer le bien-être de la population ou favoriser la gelée à son détriment?De toute évidence, couper le chauffage est meurtrier et suicidaire.Les sondages le confirment.Le pouvoir d\u2019arbitrage du politique s\u2019arrête là où commence celui de l\u2019opinion.Que faire sinon gagner du temps?Les stratèges recommandent de laisser faire et les tacticiens de créer La panique n \u2019est pas encore collective.L\u2019affolement demeure individuel.8 \u2022 L'ACTION NATIONALE une commission parlementaire pour doter leurs concitoyens d\u2019une politique de la gestion des prévisions météorologiques.Dans la population, la constante révision de la date fatidique provoque alternativement l\u2019espoir et le désespoir.Ces variations émotives sont également l\u2019objet d\u2019autres études sur le taux de tolérance moyen de l\u2019angoisse dans une cave où l\u2019eau monte et descend à un rythme variable et imprévisible.L\u2019épouvante rend-elle les gens plus perméables à l\u2019eau ou au froid?Les doctes n\u2019ont pas été formés pour proposer des solutions pratiques.Les doctes n\u2019ont pas été formés pour proposer des solutions pratiques.Leur champ d\u2019action se limite à des explications théoriques.La plupart d\u2019entre eux sont des macrologues et ils soutiennent que le tout répond toujours de la partie.Pour la macrologie, l\u2019inondation appréhendée n\u2019a pas une cause ponctuelle ou locale.C\u2019est la résultante d\u2019une mutation dans l\u2019économie générale des eaux sur la surface de la terre.Le changement provoque une normalisation, une mondialisation et une redistribution des marées.Dans cette perspective dite de Washington, le rez-de-chaussée de l\u2019un est souvent appelé à devenir la cave de l\u2019autre.Le paradigme de l\u2019Adantide a remplacé celui du mont Ararat.De jour en jour, l\u2019irrationnel prend le relais de la rationalité pour réconforter l\u2019anxiété qui gagne toutes les couches de la société.À tout moment, divers mages d\u2019autant de sectes et de rites se réunissent autour du trou, qui déborde pour agiter des clochettes, des cymbales, des encensoirs, des rameaux ou des goupillons.Entourés de leurs fidèles, ils tentent d\u2019exorciser la frayeur de la crainte en l\u2019aspergeant d\u2019eau bénite.Quelques prières consacrées peuvent-elles conjurer un raz-de-marée?Le miraculeux exige la foi.La récurrence du phénomène suscite d\u2019autres études pointues sur la recrudescence des sectes et du mysticisme à l\u2019aube de l\u2019an 2000.La perte des valeurs L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 9 traditionnelles est-elle une préfiguration de l\u2019apocalypse?Le millénarisme représente-t-il une somatisation du temps?Faire des neuvaines est sans doute plus utile.Un fait demeure.Le plafond baisse et l\u2019eau monte.Incapables de marcher sans bottes, les gens ne se déplacent plus qu\u2019en groupes serrés et apprennent à dormir debout comme des bêtes.Dans tous les sous-sols, on croise des solitaires qui ont perdu le sens commun.L\u2019œil fou, l\u2019air égaré, l\u2019esprit défla-boxé, ils répètent inlassablement une évidence comme s\u2019ils creusaient une galerie pour s\u2019évader d\u2019un cachot: un trou est un trou est un trou\\ Seule une religion pourrait transformer leur démence en une quelconque espérance.L\u2019attente a horreur du vide et pour le combler, elle s\u2019invente une raison d\u2019attendre qui changera le trou en déficit et l\u2019eau en vin.Pour en faire un culte, il suffit qu\u2019un messie en prêche l\u2019Évangile.Qu\u2019est-ce qu\u2019un déficit sinon un trou racheté par le ferme propos?Déjà, on s\u2019impose volontairement le jeûne, la mortification et la chasteté.La mode est au repentir.Tous sont appelés à marcher sur les eaux mais peu y parviendront.Les autres seront sacrifiés.Il n\u2019y a pas d\u2019Église digne de ce nom sans épuration.Le déficit est le déficit et son prophète la rédemption pour l\u2019an 2000.Les pragmatiques l\u2019approuvent mais ne croient pas au paradis.Le ciment de la maçonnerie du cul-de-bas-de-fosse a cédé sous la pression de l\u2019eau.Qui a façonné le mur?Des cols bleus?Des ouvriers syndiqués?Les erreurs d\u2019hier expliquent celles d\u2019aujourd\u2019hui.Quand le donjon sera privatisé, la cave sera étanche.Qui peut nier l\u2019expertise de la libre entreprise dans la construction et la rationalisation des oubliettes.Seul un juste partage des acquis peut garantir le bonheur, le travail aux travailleurs et le profit aux profiteurs.Qui a façonné le mur?Des cols bleus ?Des ouvriers syndiqués ?10» LACTION NATIONALE Chacun protège le peu d\u2019immunité qu'il lui reste.Pendant ce temps-là, à l\u2019étage supérieur, tous les leviers de pression sont mis en oeuvre pour abaisser régulièrement le plancher du rez-de-chaussée.Pour se donner bonne conscience, on a engagé des pleureuses professionnelles.Leurs cris déchirants et leurs soupirs à fendre l\u2019âme brisent le cœur du Prophète qui ne quitte plus sa cellule d\u2019anachorète.En bas, on gémit de plus en plus et on vocifère de moins en moins.La résignation engendre la prostration.C\u2019est le Puits et le Pendule d\u2019Edgar Allan Poe.La dépression est une maladie Ce n\u2019est pas un récit d\u2019horreur.Ce n\u2019est pas un cauchemar issu de l\u2019imagination d\u2019un auteur.Le Québec d\u2019aujourd\u2019hui vit dans la fiction d\u2019un roman gothique.La crise économique est réelle, c\u2019est le trou.La dépression qu elle entraîne l\u2019est tout autant, c\u2019est le déficit.Plus ou moins grand ou plus ou moins profond, le trou demeure un trou.Mais la dépression est une maladie infectieuse répertoriée et fort bien documentée lors de la Grande Dépression des années trente.Le premier effet d\u2019une maladie transmise socialement est 1 affaiblissement du système immunitaire de la collectivité.La dépression provoque tout d abord une atonie généralisée suivie d\u2019une rupture de toutes les solidarités.Chacun protège le peu d\u2019immunité qu\u2019il lui reste.Le filet social est une gigantesque passoire dont les trous s\u2019agrandissent progressivement! Chaque fois qu\u2019un nouveau secteur de la population glisse au sous-sol, les groupes rescapés contemplent la pointure de leurs souliers.Combien de temps encore sera-t-elle plus grande que celle des trous?Chaque rémission n\u2019est qu\u2019une trêve dans la détresse.Plus on se laisse gagner par le déficit, plus on fabule.C\u2019est une maladie abusive comme l\u2019alcoolisme.Plus on boit, plus on déparle.Peut-on s\u2019en L'ACTION NATIONALE «Il abstenir?Les Alcooliques anonymes l\u2019ont prouvé avec une formule qui s\u2019avère efficace pour eux.Si on veut, on peut! Il faut relever ses manches et se cracher dans les mains! C\u2019est le mot d\u2019ordre qu\u2019on a répété sur tous les tons pendant la Grande Crise pour redonner du courage et non de l\u2019ouvrage aux chômeurs découragés.Buveurs et chômeurs, même combat en somme! Ces jours-ci, Pierre Péladeau invite tout un La volonté ne chacun à devenir son propre boss.Lequel des deux Peut Que vouloir.Péladeau faut-il entendre?L\u2019alcoolique anonyme ou l\u2019homme d\u2019affaires?Vouloir c\u2019est pouvoir.L\u2019équation n\u2019est pas aussi simple.La volonté collective est-elle suffisante pour contrer l\u2019adversité?Dans les années trente, force fut de déchanter.La volonté ne peut que vouloir.Pour pouvoir, il faut d\u2019abord en avoir les moyens politiques, économiques et culturels.Les acquérir dans chacun de ces domaines a pris du temps, beaucoup d\u2019efforts, d\u2019intelligence et de savoir-faire.Le Prophète ne veut plus Après une guerre mondiale, une après-guerre autonomiste, une révolution tranquille, un ralliement pour l\u2019indépendance, deux gouvernements souverainistes et deux référendums, le Québec peut compter sur un État, une économie et une culture.Depuis un bon moment déjà, les Québécois ont les moyens de pouvoir, ici et ailleurs.Or voilà que tout à coup, leur gouvernement se laisse envahir par une insidieuse fatigue qu\u2019Hubert Aquin nommait naguère culturelle.Saisi par le déficit, il ajourne le pays aux calendes grecques et relègue sa raison d\u2019être aux oubliettes.Le Prophète ne veut plus.Vouloir et ne pas pouvoir est frustrant mais créateur.Pouvoir et ne pas vouloir, en revanche, est un mal extravagant.C\u2019est une superfluidité que le Québec ne peut se permet- 12 \u2022 LACTION NATIONALE Quand on peut, on ne peut pas ne pas vouloir.tre.Si une coupure budgétaire s\u2019impose dans le contexte parcimoniste actuel, c\u2019est bien celle-là.Quand on peut, on ne peut pas ne pas vouloir.Peut-on soigner une déprime par une dépression?La souffrance purifie.Plus le traitement est douloureux, plus le rétablissement est vigoureux.La rengaine est ancienne.L\u2019opération, promet-on, passera à l\u2019histoire de la chirurgie économique.Une réussite! On retirera le déficit et on remettra le compteur du malade à zéro.Et le patient?Comme le confirmera sans doute l\u2019autopsie du Fonds monétaire international, il ne survivra pas à l\u2019intervention mais il sera mort en parfaite santé.Pour les tenants du messianisme du déficit, le Québec ressuscitera d\u2019entre les morts.Sauf que depuis le temps qu\u2019il survit, le Québec ne sait pas mourir.Il n\u2019en a jamais eu les moyens.Pour mourir, il faut avoir vécu.Lorsqu\u2019on survit, on ne meurt pas.On cesse de survivre.Un Christ qu\u2019on éteint comme une chandelle ne fait pas le poids comme Sauveur et Rédempteur.Agoniser est une distinction nationale.C\u2019est un mode de survie dont les arts québécois ont fait un art.Le plus sommaire survol de la réalité démographique, économique, politique et linguistique de l\u2019Amérique du Nord prouve hors de tout doute raisonnable que leur existence au Québec est une impossibilité.Au mieux, c\u2019est un oubli de l\u2019histoire ou une erreur de la nature.Il y aura toujours quelques savants minimalistes pour soutenir que, face aux dinosaures ou aux empires, seules les erreurs ont des chances de survivre.Mais pourquoi ébruiter ce qui demeure la conviction profonde de plusieurs millions de Québécois?Chaque nation n\u2019est-elle pas la manifestation d\u2019un secret partagé?N\u2019est-ce pas là l\u2019article un de toutes les constitutions?Je suis donc j\u2019existe! L\u2019ACTION NATIONALE «13 Le désir de créer l\u2019œuvre Les hommes politiques québécois auraient beaucoup à apprendre de la pratique artistique.Tout d\u2019abord, ils sauraient d\u2019expérience que la représentation précède la critique et que le désir crée l\u2019œuvre et non l\u2019inverse.Le théâtre québécois existe parce que les acteurs éprouvaient le besoin d\u2019en faire.C\u2019est aussi simple! Pourquoi?Parce que c\u2019est dans leur nature.Pourquoi est-on poète, romancier, peintre, danseur, musicien, acrobate ou artiste?Par nécessité ou par choix?La seule alternative n\u2019est-elle pas de ne pas être?Est-ce un choix?Les hommes politiques québécois auraient beaucoup à apprendre de la pratique artistique.Pourquoi est-on Québécois?Quand on est la réponse, à qui pose-t-on la question?Seul le devenir importe.Pendant près de trois siècles, l\u2019Église a condamné le théâtre et frappé d\u2019interdit ses artisans et ses rares partisans.Qui s\u2019en est plaint sauf les premiers intéressés?Pourquoi la population l\u2019aurait-elle fait?N\u2019avait-elle pas accès comme comptoir colonial aux importations parisiennes, londoniennes, newyorkai-ses et hollywoodiennes ?Bref, au « best of» de trois cultures.Plusieurs confondent toujours l\u2019itinéraire des circuits de tournées internationales et l\u2019ouverture d\u2019esprit.L\u2019universalisme culturel demeure l\u2019étalon or des élites provinciales.Faute de se voir accorder la première importance, les provinciaux se veulent autres par dépit.Au lieu d\u2019être curieux d\u2019eux-mêmes et de prendre la mesure de leurs tailles, ils empruntent l\u2019ombre des autres pour se grandir à leurs propres yeux.Le théâtre n\u2019est pas un miroir mais la vitrine d\u2019un grand magasin luxueux dont ils rêvent d\u2019être les mannequins.Le possible retrouve sa liberté Peut-il en être autrement?De l\u2019Afghanistan au Zaire, tout prouve le contraire mais le verdict des 14» L'ACTION NATIONALE Le théâtre pas plus qu'un pays n\u2019est le rejeton d\u2019une étude de marché et d'un sondage.mondialistes est inexorable et sans appel.Nul pays ne saurait prétendre à la reconnaissance sans s\u2019être assuré d\u2019avance de l\u2019existence d\u2019un marché suffisant ou d\u2019un partenariat.Toutes leurs enquêtes macrologiques établissent, chiffres à l\u2019appui, que la culture du peuple, par le peuple et pour le peuple est une impossibilité statistique.Nulle culture ne peut jouer des cuillères d\u2019elle-même, par elle-même et pour elle-même.À moins d\u2019être convaincu que les nations naissent confédération et les cultures nationales internationales, pourquoi s\u2019en soucier?Une fois que l\u2019impossible est normé, le possible retrouve sa liberté.Le théâtre pas plus qu\u2019un pays n\u2019est le rejeton d\u2019une étude de marché et d\u2019un sondage.La pratique de la scène n\u2019est pas une certitude mais l\u2019inquiétude d\u2019un désir.Le théâtre est une mémoire qui, comme celle de 1\u2019 eau, ne saurait être détournée de son chemin d\u2019origine.Au commencement de l\u2019acte théâtral, il n\u2019y a pas la guichetterie mais le souvenir d\u2019un soi collectif, ce je-me-souviens partagé d\u2019un moment privilégié éphémère, sans cesse perdu, sans cesse retrouvé.Les comédiens débutent par le spectacle - c\u2019est la fin recherchée \u2014 et ils la répètent jusqu\u2019à ce que les mots et les gestes vivent par eux-mêmes et revendiquent leur indépendance, à l\u2019heure et à la date fixée au calendrier.Pour les acteurs, le début est la fin et la fin annonce un début.Avant d\u2019exister, le spectacle est.La représentation ne fait qu\u2019en apporter la confirmation publique.Il en est de même des pays.Ils sont tout entiers dans leur mémoire.Rares sont ceux dont l\u2019avenir est assuré mais tous sont un je-me-souviens partagé.Sans cette mémoire et sans le désir impérieux d\u2019être seuls ensemble, il n\u2019y a ni théâtre, ni pays.Petits ou grands, dans tous les théâtres du monde, les pièces sont montées pour être jouées de- L'ACTION NATIONALE \u2022 1 5 vant les salles pleines.Or, il arrive souvent qu\u2019elles accusent un déficit d\u2019entrées lors des représentations.La plupart des acteurs s\u2019en accommodent pourvu que les spectateurs soient plus nombreux qu\u2019eux.Quelques-uns, mauvais joueurs, se sentent personnellement interpellés par ce trou dans l\u2019assistance.Un vide qui offense leur vanité et semble remettre leur talent en question.C\u2019est plus fort qu\u2019eux! Incapables de s\u2019oublier et d\u2019oublier les sièges vides qui les narguent, ils choisissent d\u2019ignorer les réactions des spectateurs qui ont payé leurs places et ils jouent pour le déficit.Lorsque cela se produit, le public a la sensation d\u2019être floué et faute de faire partie d\u2019un ensemble, chaque spectateur se retrouve encore plus seul d\u2019être seul avec une absence.Sur scène, le jeu s\u2019en ressent et le spectacle se désarticule.Comment peut-on espérer émouvoir ou provoquer les applaudissements d\u2019un déficit?L\u2019attente est aussi insensée que la performance est vide de sens.Conclusion Louer une salle de théâtre pour les sièges et remiser le spectacle à la cave n\u2019est pas moins absurde que vouloir faire un pays pour ceux qui ne le désirent pas en partenariat avec ceux qui n\u2019en veulent pas.Le pays et le théâtre n\u2019en sont pas à leur premier soubassement.Sauf qu\u2019au Québec, ces temps-ci, il y a foule dans la cave et assez de public pour jouer à guichet fermé.Il suffit de fixer une date de représentation et, pour donner toute sa hauteur à la scène, de soulever le plafond.Le spectacle a été amplement répété.Il existe déjà.Le désir impérieux d\u2019être seuls ensemble fera le reste.La mémoire retrouvera son chemin d\u2019origine.?Au Québec, ces temps-ci, il y a fouie dans la cave.16» LACTION NATIONALE La culture politique du Québec Guy Rocher* Ce que l\u2019on peut appeler la culture politique d\u2019une société ou de toute collectivité se situe à l\u2019intérieur de la culture de cette société ou collectivité; elle en est une partie, une dimension.Commençons donc par apporter quelques précisions autour de ces termes qui seront utilisés tout au long des pages qui suivent.La culture, au sens anthropologique Quand on emploie ici le mot culture, c\u2019est dans le sens anthropologique du terme.Il faut entendre culture non pas dans le sens d\u2019une personne cultivée, mais pour signifier plutôt des manières de penser, de sentir, d\u2019agir qui sont communes à un ensemble de personnes formant une société, un groupe, une entité quelconque, une collectivité.Existent des paliers de culture différents.Ainsi, chaque famille a sa culture avec ses traditions propres, ses modes de pensée à elle.On peut parler d\u2019une culture familiale.C\u2019est ce qui fait que deux cultures familiales s\u2019affrontent dans un nouveau couple et on ne sait pas laquelle va dominer.On finit par en arriver à un heureux ou un malheureux compromis! On peut aussi parler de la culture d\u2019une université, la culture propre à chaque université.La culture Centre de recherche en droit public.Université de Montréal.L\u2019ACTION NATIONALE *17 de l\u2019UQAM n\u2019est pas la culture de l\u2019Université de Montréal.Ce n\u2019est pas la culture de Harvard.Chaque université a sa culture.Chaque génération a également sa culture.Chaque région peut avoir sa culture.Un pays a sa culture, même s\u2019il peut aussi comporter un plus ou moins grand pluralisme culturel.La culture politique Parmi les éléments de cette culture et en faisant partie, se trouve ce qu\u2019on désigne par la culture politique, c\u2019est-à-dire l\u2019ensemble des idées, des attitudes, des mythes, des images touchant la gouverne d\u2019une collectivité.D\u2019une manière plus concrète, la culture politique définit les fins poursuivies et choisit les moyens de les atteindre.Elle porte en particulier sur la création et l\u2019utilisation des ressources nécessaires pour que le groupe poursuive et atteigne certains buts, notamment sa reproduction, sa survie, son évolution.La culture politique ne se trouve pas qu\u2019au niveau de l\u2019État; il en existe une dans tout groupe social.Ainsi, chaque famille a non seulement sa culture, mais chaque famille a sa culture politique.Par exemple, «qui décide de quoi» est au cœur de la culture politique à l\u2019intérieur de la famille.À quel moment les adolescents commencent-ils à faire partie de la prise de décision, c\u2019est-à-dire de la culture politique dans une famille?À quel moment les adolescents commencent-ils à avoir leur mot à dire, à quel moment ont-ils finalement, dit-on parfois, le dernier mot dans la culture politique d\u2019une famille?Il en va de même à l\u2019intérieur d\u2019une université.Il y a une culture politique de la décision, de la prise de décision, particulière à chaque université.Des universités ont une culture politique plus hiérarchique ou plus démocratique que d\u2019autres.De même, Chaque famille a sa culture politique.18 \u2022 L'ACTION NATIONALE Pour qu\u2019un pays existe, il faut qu\u2019une certaine culture politique minimale rassemble tous ses citoyens.dans un pays, la culture politique comprend l\u2019ensemble des idées, des attitudes, des représentations et des sentiments, s\u2019accompagnant de symboles et d\u2019images, qui déterminent ou influencent la prise de décision et la gouverne de la collectivité nationale.La culture politique d\u2019un pays est rarement unitaire: elle comporte généralement des sous-cultures plus ou moins divergentes, par exemple régionales, de classes sociales, de minorités, de langues, de religions.Mais pour qu\u2019un pays existe, il faut qu\u2019une culture politique minimale rassemble tous ses citoyens, au-delà de ces so us-cultures, et les englobe.La culture politique (mal) traitée par les sciences sociales Si on se place du point de vue des sciences sociales, la culture politique est un sujet qui tombe dans le champ de la science politique, mais aussi de la sociologie politique et de l\u2019histoire politique.Ce que l\u2019on observe, c\u2019est que dans ces trois disciplines, science politique, sociologie et histoire politique, les liens entre politique et culture ont été trop peu étudiés.On n\u2019a pas très bien réussi à relier politique et culture.On traite, d\u2019un côté, de politique, de l\u2019autre, de culture, sans que les deux soient bien mis en rapport.Cette manière de faire est dénoncée dans un petit livre écrit par deux éminents historiens anglais de Cambridge, spécialistes de l\u2019histoire ancienne de Rome, la Rome de la République et du début de l\u2019Empire, la Rome du début de l\u2019ère chrétienne.Voici ce que Mary Beard et Michael Crawford disent de la manière de faire l\u2019histoire de Rome: «Les travaux modernes sur la République romaine tendent à réserver une place marginale à l\u2019histoire culturelle et religieuse.La raison en est, pour une part, une notion très réductrice des domaines constitutifs de LACTION NATIONALE «19 l\u2019histoire (élections, guerres, traités plutôt que littérature, art, modes de pensée): mais elle tient aussi, pour une autre part, à une incertitude sur la manière dont les historiens doivent traiter de culture et de religion.Dans la mesure où on ne peut les absorber purement et simplement dans l\u2019histoire politique, il a souvent paru plus commode de les reléguer à l\u2019ar-rière-plan, pour rendre éventuellement plus vivant un récit politique ennuyeux.L\u2019histoire ne concerne pas seulement les événements et les actions, mais aussi la manière dont ils sont perçus et discutés»1.Cette dernière phrase est particulièrement riche.La culture politique que ces deux historiens essayent de reconstituer dans la Rome de cette époque, c\u2019est la manière dont sont perçus et discutés les événements, les actions des groupes et des personnes impliqués dans l\u2019histoire quotidienne de la société de la République.Voilà une assez bonne définition de la culture politique.Ce n\u2019est que depuis quelques années, disons deux ou trois décennies, que l\u2019on a commencé à développer ce champ de recherche particulier qui s\u2019appelle la culture politique.Et ce qui frappe lorsqu\u2019on aborde ce domaine d\u2019étude, c\u2019est que ce sont surtout les Anglo-Saxons de la science politique et de la sociologie politique qui ont entrepris de développer et de pratiquer ce nouveau champ de recherche.Des Anglo-Saxons britanniques et des Anglo-Saxons américains, et quelques Canadiens.Parmi ces derniers, un universitaire de chez nous a beaucoup contribué à développer ce champ, c\u2019est notre collègue Charles Taylor de l\u2019Université McGill.En 1971, il a publié dans la Review of Metaphysics un important article, maintenant cité très souvent par les historiens 1.Mary BEARD et Michael CRAWFORD, Rome et l'Italie à la fin de la République (218-31 au J.-C.), traduit par Emmanuel Pailler, Paris, Presses universitaires de France, 1993, p.33.L\u2019histoire ne concerne pas seulement les événements et les actions, mais aussi la manière dont ils sont perçus et discutés.20 L\u2019ACTION NATIONALE et les politologues comme un de ceux qui ont lancé l\u2019idée de la recherche sur la culture politique1.La culture politique est l\u2019objet de trois grands types de recherche.On essaie tout d\u2019abord de faire des typologies, de voir quels sont les grands types de culture politique observables dans les différentes sociétés.Deuxièmement, on a fait des études comparatives.Comment se compare la culture politique, par exemple, de la Grèce et de Rome dans l\u2019Antiquité?Ou la culture politique de l\u2019Écosse et de la Grande-Bretagne aujourd\u2019hui?Et finalement, on a essayé d\u2019analyser, d\u2019expliquer les cultures politiques à travers une série d\u2019événements, à travers des personnages, des mouvements politiques ou des mouvements intellectuels2.À la lumière de ces travaux, essayons maintenant de présenter la culture politique québécoise à l\u2019aide de quelques traits qui me paraissent particulièrement marquants.La culture politique québécoise a connu une évolution qui passe par l\u2019histoire des classes sociales.La culture politique de la classe rurale Je dirai tout d\u2019abord que la culture politique québécoise a connu, au cours du dernier demi-siècle, une évolution qui passe par l\u2019histoire des classes sociales du Québec.On peut donc relier l\u2019histoire de la culture politique à celle des classes sociales.Trois grandes étapes apparaissent.Une première va jusqu\u2019à la fin des années 50.C\u2019est toujours la Révolution tranquille à quoi on revient.Jusqu\u2019à la fin des années 50, on peut dire que la culture politique québécoise reflétait la culture de la classe rurale.Celle-ci, jusqu\u2019au milieu du siècle, jouissait du poids 1.\tCharles TAYLOR, «Interpretation and the Sciences of Man», dans Review of Metaphysics, n° 25, 1971, p.3-51.2.\tPour de plus amples développements sur la culture politique, on consultera notamment l\u2019ouvrage de Stephen Welch, The Concept of Political Culture, New York, St.Martin\u2019s Press, 1993.L\u2019ACTION NATIONALE «21 politique le plus important.Il en est résulté que la culture politique québécoise jusqu\u2019aux années 50 était marquée par-dessus tout par la valorisation de la fidélité: fidélité au passé, aux traditions, à la langue, à la religion catholique, au droit civil français.Au 19' siècle et au début du 20', on attachait une grande importance au droit civil français comme un des traits de la société distincte du Québec, un trait aujourd\u2019hui perdu de vue.La culture politique de la classe ouvrière À partir des années 50 et 60 se produit une éclipse à la fois démographique et politique de la classe rurale.On entre dans une deuxième étape: la culture politique des années 60 et 70 sera inspirée par la classe ouvrière.Les porte-parole de la classe ouvrière vont animer une pensée politique qui n\u2019est pas nécessairement syndicale mais qui porte l\u2019esprit du syndicalisme.La fidélité au passé est remplacée par l\u2019idée du changement, de la mutation, de la contestation, de la révolution même.Révolution tranquille, mais révolution.Valorisation, donc, d\u2019autres éléments de la vie collective que la fidélité.En même temps, cette nouvelle culture politique des années 60-70 va être axée sur l\u2019égalitarisme, nécessaire à la société démocratique, et sur la participation.Mais cette période fut relativement courte, elle ne dura guère plus de deux décennies.À son tour, la classe ouvrière perd du terrain.Pas autant que la classe rurale n\u2019en avait perdu, cependant, mais elle perd du terrain au profit d\u2019une nouvelle classe qui est en pleine montée, la classe moyenne.La culture politique de la classe moyenne La classe moyenne est composée de ceux et celles qui ont soit des origines rurales, soit des pa- tine nouvelle classe est en pleine montée, la classe moyenne.22 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La classe moyenne est devenue la classe dominante des sociétés occidentales de la fin de ce siècle.rents artisans, petits ouvriers, petits commerçants.Elle s\u2019est grossie de tous ceux et celles qui deviennent grands commerçants, professeurs, enseignants, professionnels, financiers, etc.Il y a toujours eu une classe moyenne, mais elle était réduite et fragmentée.On en parlait au pluriel; on parlait des classes moyennes.Depuis un certain nombre d\u2019années, on en est venu à parler de la classe moyenne.Elle est devenue la classe dominante des sociétés occidentales de la fin de ce siècle.Au Québec, la classe moyenne a pris une place hégémonique d\u2019autant plus facilement que nous n\u2019avons pas d\u2019aristocratie, pas de sang bleu.Qu\u2019est-ce qui caractérise la culture politique de la classe moyenne?Ce n\u2019est plus la valorisation ni des fidélités, ni des grandes solidarités ouvrières.C\u2019est la valorisation de la personne.Ce n\u2019est pas un hasard que les Chartes des droits et libertés de la personne soient apparues avec cette montée, cette poussée de la classe moyenne.C\u2019est aussi la valorisation de la qualité de vie, dont on entend constamment parler et qui est devenue une sorte de valeur dominante, même une raison de vivre.C\u2019est également la consommation, ce que j\u2019appellerais la consommation gourmande.Autrefois, avec les classes moyennes supérieures, on avait ce que les chercheurs avaient appelé: la consommation ostentatoire.Avoir des objets de luxe, c\u2019était pour les montrer.La consommation est aujourd\u2019hui de moins en moins ostentatoire, elle est plutôt gourmande.On aime le stéréo pour le son, la qualité du son.Et la Floride pour la Floride.C\u2019est moins pour épater les autres que pour son confort.Voilà ce que j\u2019appelle la consommation gourmande plutôt qu\u2019ostentatoire.On aura reconnu, bien sûr, les valeurs sur lesquelles s\u2019appuie le néolibéralisme.Celui-ci est en ef- LACTION NATIONALE \u2022 23 fet essentiellement une conséquence idéologique de la montée et de l\u2019hégémonie de la classe moyenne.Les « élites » de ces trois étapes Chacune de ces trois étapes a connu ses définisseurs ou ses «élites», c\u2019est-à-dire ceux qui exprimaient le mieux les valeurs principales.Si on revient à la première étape, avant les années 50, le clergé a joué un rôle dominant dans l\u2019expression des fidélités traditionnelles, de concert avec un halo de professionnels, surtout des juristes, qui ajoutaient un élément laïque à l\u2019élite religieuse.Dans une recherche qui est restée une sorte de classique en science politique, Léon Dion a analysé le débat qui a eu lieu autour du Bill 60, au début des années 1960, le projet de loi créant le ministère de l\u2019Éducation et le Conseil supérieur de l\u2019Éducation.La conclusion à laquelle il arrivait, c\u2019était que de tous les groupes qui s\u2019étaient présentés au gouvernement pour faire valoir leur point de vue, pour ou contre la création d\u2019un ministère de l\u2019Éducation, il n\u2019y en avait qu\u2019un seul dont l\u2019opinion avait vraiment eu du poids, c\u2019était l\u2019Épiscopat du Québec.L\u2019Épiscopat était le groupe le plus fort, le plus puissant, le seul qui avait réussi à faire entendre sa voix1.Dans la deuxième étape, qui sont les principaux définisseurs?Un certain nombre de diplômés des sciences humaines et sociales.Ce sont eux qu\u2019on retrouvait chez les journalistes, les bureaucrates, les fonctionnaires, dans les mouvements populaires, dans le syndicalisme.Finalement, avec la troisième étape, qui sont les définisseurs?Ce sont les entrepreneurs, les hommes et femmes d\u2019affaires et les économistes.Ce sont 1.Léon DION, Le Bill 60 et la société québécoise, Montréal, Hurtubise-HMH, 1967.Au début des années 1960, l\u2019Épiscopat était le groupe le plus fort.24 \u2022 LACTION NATIONALE Un virage radical s \u2019opère à l'endroit de l'État.On lui demande maintenant d\u2019être intervention- niste.eux qui tiennent le discours de la classe moyenne, celui qui correspond le mieux à l\u2019esprit et à la culture politique de la classe moyenne.Redéfinition de l\u2019État Au surplus, chacune de ces trois étapes s\u2019est accompagnée d\u2019une redéfinition de l\u2019État.Dans la première étape, le rôle de l\u2019État, suivant la doctrine catholique de cette époque-là, était considéré selon ce qu\u2019on appelait la doctrine de subsidiarité de l\u2019État.Par exemple, pendant la commission Parent les tenants de cette doctrine exprimaient l\u2019opinion que l\u2019État n\u2019a pas le droit d\u2019enseigner.L\u2019enseignement revient à la famille, à l\u2019Église, disait-on.À l\u2019État revient comme fonction principale d\u2019assister et appuyer l\u2019Église et la société civile dans leurs missions: mission d\u2019éducation, de service de santé, de bien-être et missions proprement religieuses.Dans la deuxième étape, un virage radical s\u2019opère dans l\u2019attitude et les attentes à l\u2019endroit de l\u2019État.On lui demande maintenant d\u2019être interventionniste, d\u2019être une Providence, on lui demande d\u2019agir comme moteur du changement, d\u2019être le promoteur et réalisateur de l\u2019idéologie égalitariste, d\u2019être le bras de la justice sociale, de la justice distributive.Et, dans la troisième étape, la redéfinition de l\u2019État prend la forme de «l\u2019État en crise».L\u2019État-échec succède à l\u2019État-providence.On assiste à la remise en question de l\u2019efficacité de l\u2019État: c\u2019est ce que nous connaissons depuis deux décennies.Redéfinitions de la démocratie Également, redéfinition à travers ces trois étapes de la démocratie dans notre culture politique.La démocratie des années avant 50-60 était une démocratie de la majorité.Il était normal qu\u2019un parti politique majoritaire gouverne pendant les quatre an- rACTION NATIONALE «25 nées.Bien sûr, avec tout ce que cela lui donnait de possibilités de favoritisme à l\u2019occasion, ce qu\u2019on appelait le patronage, le bon patronage et le mauvais patronage.Depuis les années 60, la démocratie a complètement changé.Ce n\u2019est plus la démocratie de la majorité ou, en tout cas, celle-ci n\u2019est maintenant qu\u2019une partie de la démocratie politique.Nous avons accepté et nous avons même inspiré une démocratie des groupes de pression.La présence des groupes de pression dans la prise de décision politique est maintenant constante, elle s\u2019est manifestée de plus en plus depuis les année 60.Cependant, entre l\u2019étape 2 et l\u2019étape 3, il s\u2019est produit un changement dans les groupes de pression qui expriment et influencent la culture politique.Les groupes de pression de la deuxième étape, c\u2019étaient les syndicats et les mouvements populaires, qui ont eu alors une grande marge de manoeuvre.Et puis, s\u2019est produit un déclin de ces mouvements, qui sont remplacés aujourd\u2019hui par un autre type de groupes de pression, encore très peu apparent mais très réel, ce sont les professions, c\u2019est-à-dire les ordres et les syndicats professionnels, et les professions qui ne sont pas encore officiellement reconnues comme ordres professionnels mais qui veulent l\u2019être ou qui se prétendent tels.Car, un des traits les plus caractéristiques de la société contemporaine, y compris de notre société québécoise contemporaine, c\u2019est sa professionnalisation progressive.Les professions se sont multipliées et gagnent sans cesse en pouvoir et en influence.Le nationalisme dans la culture politique québécoise Un autre trait dominant de la culture politique québécoise, c\u2019est, bien sûr, le rôle que le nationalisme, canadien-français puis québécois, y a joué et la Un des traits les plus caractéristiques de la société québécoise contemporaine, c\u2019est sa professionnalisation progressive.26 \u2022 L'ACTION NATIONALE Le nationalisme promoteur d\u2019un pays québécois, d\u2019un pays souverain, d\u2019une pays indépendant ou qui aspire à l\u2019être.place qu\u2019il y occupe.C\u2019est surtout depuis les années 30, en ce qui concerne notre siècle en tout cas, que le nationalisme a pris de plus en plus une place prépondérante dans la culture politique québécoise et qu\u2019il a traversé une rapide évolution.Nous avons d\u2019abord connu le nationalisme d\u2019une province, le nationalisme de Duplessis.Au 20' siècle, après Taschereau qui n\u2019était pas nationaliste, l\u2019entrée du nationalisme dans la culture politique québécoise s\u2019est faite avec Duplessis, avec l\u2019Action libérale nationale puis l\u2019Union nationale.C\u2019est à ce moment qu\u2019on voit le nationalisme s\u2019installer dans la culture politique officielle.Un nationalisme qui s\u2019exprime dans l\u2019esprit de la classe rurale dominante de l\u2019époque.Et puis, nous sommes progressivement passés à un nationalisme qui a voulu être celui de la modernité avec la Révolution tranquille.Le nationalisme s\u2019est alors exprimé dans l\u2019esprit d\u2019un Québec qui voulait se moderniser, qui voulait entrer dans la modernité.Finalement, a émergé progressivement une troisième version du nationalisme, le nationalisme promoteur d\u2019un pays québécois, d\u2019un pays souverain, d\u2019un pays indépendant ou qui aspire à l\u2019être.De 1960 à aujourd\u2019hui, on assiste d\u2019abord à l\u2019entrée puis à l\u2019expansion continue du projet de souveraineté, d\u2019indépendance, de plus en plus présent et explicite dans la culture politique québécoise.Le nationalisme dans la science politique Ouvrons ici une importante parenthèse.Il est un trait tout à fait remarquable de la science politique et de la sociologie politique contemporaines, c\u2019est le grand changement d\u2019attitude que l\u2019on peut observer chez certains chercheurs de ces disciplines à l\u2019endroit du nationalisme.L'ACTION NATIONALE \u2022 27 Au cours des deux dernières décennies, est apparu un nouveau courant de pensée chez un certain nombre, que je crois croissant, de chercheurs en science politique et en sociologie politique.Il y a quinze ou vingt ans, ce qu\u2019on lisait sur le nationalisme en science politique était destiné à nous expliquer que celui-ci n\u2019existait que dans de petits groupes minoritaires, dépassés, déphasés, archaïques et chauvins.C\u2019est à peu près l\u2019image qu\u2019on donnait des nationalismes.Bien sûr, cette image négative n\u2019a pas complètement disparu de la science politique.Mais voilà que certains chercheurs ont complètement changé de perspective.Ils constatent que le nationalisme existe, se multiplie, se développe.S\u2019il se multiplie, c\u2019est peut-être qu\u2019il existait avant: voilà une première observation de la science politique.On ne découvre pas le nationalisme, il était toujours là.On se trompait auparavant, quand on ne le voyait pas.Il était là, il ne fait que surgir maintenant.Autre «découverte» faite par les tenants de ce courant de la science politique contemporaine: le nationalisme n\u2019est pas une pathologie de la vie sociale.Ici encore, virage important.Car c\u2019était ainsi que le nationalisme était conçu il n\u2019y a pas très longtemps.Mieux encore, le nationalisme n\u2019est maintenant plus vu comme une réaction archaïsante à la modernité.Pendant longtemps, on disait que la modernité engendre le nationalisme dans la mesure où celui-ci était interprété et expliqué comme un mouvement de repli d\u2019une collectivité sur ses racines.Aujourd\u2019hui, la perspective a changé: on reconnaît que le nationalisme fait partie de la modernité, est inhérent à la modernité.On se rend compte qu\u2019il n\u2019est pas une réaction contre la modernité, mais qu\u2019il en est un élément et peut même en être un élément moteur.Je fais état de cette innovation en science politique parce quelle est extrêmement significative On ne découvre pas le nationalisme, il était toujours là.28 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE On ne parle plus du nationalisme au singulier, mais d\u2019une pluralité de nationalismes.pour l\u2019avenir.Ce qui est par ailleurs notable - et regrettable - dans cette évolution, c\u2019est quelle ne se produit pas dans une égale mesure chez les politologues de langue française.Elle se produit avant tout chez les politologues de langue anglaise.Chez les politologues de langue française, le nationalisme est encore trop souvent associé à l\u2019ancienne perception: le nationalisme est nécessairement chauviniste.Des politologues anglo-saxons sont en avance à ce sujet1.À cet égard, il est frappant de constater que, dans ces études en langue anglaise, on ne parle plus du nationalisme au singulier, mais d\u2019une pluralité de nationalismes.Le nationalisme des minorités en est un; le nationalisme des États-nations en est un autre.Il y a des nationalismes séparatistes, des nationalismes quasi séparatistes, des nationalismes non séparatistes, etc.Ainsi, le politologue britannique, John Breuilly, dans un ouvrage récent intitulé Nationalisms and the States, publié en 1982, réédité en 1993, présente le panorama le plus complet sur l\u2019évolution des nationalismes aujourd\u2019hui2.De nouveaux alliés anglophones Cette parenthèse sert ici de transition pour souligner le fait que, dans l\u2019étude du nationalisme et de son avenir, nous avons dans le monde anglo-saxon des sources intellectuelles où nous pouvons aller puiser.Elles sont d\u2019autant plus intéressantes et valables pour nous qu\u2019elles sont en langue anglaise: elles viennent paradoxalement \u2014 et c\u2019est ce qui est intéressant 1.\tSignalons ici, entre bien d\u2019autres exemples, le numéro de la revue Daedalus de l\u2019été 1993, sur les nationalismes dans le monde.Un des meilleurs articles est écrit par un collègue canadien-anglais, professeur de sociologie à l\u2019Université McGill, John Hall.2.\tJohn BREUILLY, Nationalism and the State, Chicago, The University of Chicago Press, première édition, 1982, deuxième édition, 1993.L'ACTION NATIONALE «29 -\tde ce monde anglo-saxon qui est par ailleurs le plus difficile à convaincre de la légitimité et de la vérité de notre nationalisme québécois.Nous avons donc maintenant des alliés importants dans le monde universitaire.Des alliés d\u2019autant plus importants que ce sont eux qui enseignent qu\u2019il ne faut plus déprécier ou décrier les nationalismes, pas plus les nationalismes séparatistes que les autres.Soulignons donc ce fait: c\u2019est de la langue anglaise que l\u2019on puise en ce moment la meilleure source de réflexion et même de justification du nationalisme, plus particulièrement du nationalisme québécois ou canadien-français, tant décrié par ailleurs dans cette même langue! L\u2019avenir de la culture politique québécoise: des choix à faire Une telle source d\u2019inspiration et de réflexion sur les nationalismes - et le québécois en particulier -\tarrivent à point nommé pour nous au Québec.Il est en effet urgent aujourd\u2019hui - et surtout pour l\u2019immédiat futur - d\u2019assurer la légitimité et l\u2019authenticité (celle-ci entendue dans le sens éthique que Charles Taylor lui a donné) du nationalisme dans la culture politique québécoise.Celle-ci en effet est à un carrefour.Elle est comme Janus, elle a deux faces.Elle regarde vers Ottawa et elle regarde vers Québec.Elle regarde la souveraineté et elle regarde le fédéralisme.La culture politique québécoise n\u2019est pas unitaire.C\u2019est en ce sens quelle est une culture politique à la Janus.L\u2019avenir de la culture politique québécoise dépend donc du choix que nous allons faire.Le contenu de cette culture sera bien différent selon l\u2019option que nous prendrons.Si l\u2019on considère l\u2019évolution de l\u2019opinion publique selon les sondages, une majorité de Québécois en est venue à croire que la population appuiera la souveraineté dans un autre référendum et C\u2019est en langue anglaise que l\u2019on puise la meilleure source de réflexion et même de justification du nationalisme.30 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Plus que jamais l'idée de «la souveraineté inéluctable» est entrée dans la culture politique québécoise.que le Québec sera un jour un pays souverain.Cette perception de l\u2019avenir fait maintenant partie de la culture québécoise.Cela veut dire que plus que jamais l\u2019idée de «la souveraineté inéluctable» est entrée dans la culture politique québécoise.Nous pouvons tabler pour l\u2019avenir sur cette base profondément souverainiste du nouveau nationalisme québécois.En même temps, ce qui est troublant, c\u2019est que cette même culture politique québécoise doit faire face à la critique de l\u2019État.Tous les pays de l\u2019Occident sont en ce moment engagés dans cette évolution, nous ne pouvons pas reculer.Nous ne sommes plus en 1960-70 où nous faisions confiance à l\u2019État.Nous traversons maintenant cette phase de l\u2019histoire contemporaine caractérisée par ce que l\u2019on appelle «le désenchantement de l\u2019État» ou la crise de l\u2019État-pro-vidence, voire la crise de l\u2019État tout court.Deux options se présentent à nous: selon la première, on demande le retrait de l\u2019État, on demande à l\u2019État de se réduire, de s\u2019amincir; selon l\u2019autre, on demande à l\u2019État de se redéfinir ou plus exactement on demande à la société quelle redéfinisse son État.Je suis pour ma part un adepte de cette deuxième solution.Je crois qu\u2019avant de commencer à vouloir à tout prix réduire l\u2019État, il serait bien préférable que notre culture politique québécoise se préoccupe d\u2019une redéfinition de l\u2019État.Car, nous Québécois, de quelque origine que nous soyons, de quelque adhésion politique que nous soyons, nous avons besoin d\u2019un État québécois assez fort et assez actif.Nous ne pouvons pas nous passer de la force d\u2019un État québécois, étant donné notre situation géopolitique.Cela ne veut pas dire de tout remettre entre les mains de l\u2019État.Au contraire, cette redéfinition de 1 État devra en même temps s accompagner d\u2019une vitalité toujours plus grande de la société civile.L'ACTION NATIONALE \u2022 3 1 Par conséquent, une des conditions pour que nous réussissions cette redéfinition de l\u2019État, c\u2019est que nous ayons une culture politique de plus en plus forte, de plus en plus large et dynamique.Une culture politique qui déborde les partis politiques, capable d\u2019imprégner la société civile tout entière, d\u2019être à la portée de tous, en quelque sorte comme l\u2019air que nous respirons.Pour une culture politique dynamique Le rôle dynamique d\u2019une revue comme L\u2019Action nationale m\u2019apparaît à cet égard précieux.L\u2019Action nationale est un des lieux d\u2019expression de la culture politique, un des lieux du mûrissement et de l\u2019évolution dynamique de la culture politique québécoise.Il faudra d\u2019ailleurs continuer à développer et à enrichir une culture politique qui soit proprement québécoise, c\u2019est-à-dire qui ne sera ni états-unienne, ni européenne, ni française, ni britannique.Il faudra quelle soit nôtre, il faudra quelle soit proprement québécoise.Notre culture politique a déjà son originalité.Elle a déjà ses traits propres.Il faut continuer à y travailler, à la lumière de ce que d\u2019autres sources peuvent nous apporter, pour développer une culture politique proprement québécoise.Cette culture proprement québécoise peut et même doit s\u2019inspirer d\u2019autres cultures politiques, pour en faire son profit, pour son enrichissement et aussi pour garder son aptitude à l\u2019évolution.Par exemple, nous pouvons profiter d\u2019une relation non seulement avec des intellectuels français, mais aussi d\u2019un rapport avec des intellectuels américains.À côté de ce que les États-Unis peuvent nous offrir de moins intéressant, et même de pire, il y a, par ailleurs, des forces culturelles et politiques améri- II faudra d\u2019ailleurs continuer à développer et à enrichir une culture politique qui soit proprement québécoise.32 \u2022 L'ACTION NATIONALE En ce qui concerne la redéfinition de l\u2019État, c\u2019est plutôt chez des intellectuels européens que nous pouvons puiser.caines qui peuvent être très précieuses.En particulier, pour notre culture politique québécoise, la tradition des regroupements locaux et régionaux, qui fait partie de la démocratie américaine, devrait être une source d\u2019inspiration pour animer davantage notre vie communautaire locale et régionale.À ce sujet-là, nous devrions lire, relire et méditer le grand ouvrage d\u2019Alexis de Tocqueville sur La démocratie en Amérique, écrit en 1830, mais qui demeure la principale, la grande oeuvre classique sur la démocratie américaine, écrite par un juriste français qui portait un regard à la fois étonné, perspicace et critique sur cette démocratie nouvelle.Cet ouvrage demeure toujours une lecture obligatoire pour les étudiants en sciences sociales et humaines dans les universités et collèges américains.En revanche, en ce qui concerne la redéfinition de l\u2019État, c\u2019est plutôt chez des intellectuels européens que nous pouvons puiser.On trouve en effet en Europe une critique, une discussion de l\u2019État qui est plus près de notre conception de l\u2019État que l\u2019américaine.La nôtre est plus européenne et c\u2019est en France notamment que nous pouvons puiser l\u2019inspiration nécessaire pour nourrir une culture politique québécoise originale en même temps qu\u2019ouverte aux sources extérieures.Mûrir l\u2019idée de la démocratie Du même coup, il faudra que notre culture politique québécoise approfondisse l\u2019idée de la démocratie.Non pas que nous soyons moins démocrates que d\u2019autres.Mais nous devons peut-être l\u2019être plus que d\u2019autres, pour bien montrer que nous le sommes, compte tenu des préjugés qui circulent à notre sujet dans certains milieux anglo-saxons.Et la démocratie à pratiquer n\u2019est pas seulement celle de l\u2019État, mais aussi et surtout la démocratie de toute la société, en profondeur.On peut espérer que notre L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 33 culture politique apporte une contribution originale à la réflexion sur la valorisation concomitante de la liberté et de l\u2019égalité, de la personne et de la collectivité, des solidarités et de l\u2019initiative personnelle.Ce sont les grands dilemmes de la démocratie contemporaine dans tous les pays du monde, devant la poussée du néolibéralisme.Se situant au confluent de la tradition communautariste d\u2019inspiration catholique et du libéralisme anglo-saxon, la culture politique québécoise pourra apporter à la résolution de ces dilemmes une pensée renouvelée.Un autre point d\u2019appui que nous avons au Québec pour contribuer au mûrissement de l\u2019esprit démocratique, c\u2019est le fait que notre culture politique québécoise ne connaît ni extrême gauche ni extrême droite.À la différence des États-Unis où prévaut une extrême droite très forte, à la différence de l\u2019Europe où s\u2019affrontent une extrême droite et une extrême gauche très fortes, nous sommes plutôt extrême centre! C\u2019est notre position.Elle a ses inconvénients, mais elle a ses vertus.Cela nous évite des discussions qui sont parfois brutales et aussi peut-être stériles.Cela nous permet aussi de développer plus facilement un langage et une culture communs.Les deux cultures politiques: la canadienne, la québécoise Ajoutons encore que cette culture politique québécoise est, on le voit, de plus en plus en décalage avec la culture politique du reste du Canada.Nous le savions depuis longtemps, mais cette rupture s\u2019affirme de plus en plus.Rosaire Morin, dans un très beau texte, nous le disait il y a deux ans.Je me réfère ici à l\u2019introduction que Rosaire Morin a écrite pour ce fameux numéro 750 de la revue L\u2019Action nationale, où il a rassemblé cet extraordinaire dossier, auquel il a travaillé pendant des semaines, sur l\u2019ensemble de la vie québécoise.Cette culture politique québécoise est de plus en plus en décalage avec la culture politique du reste du Canada.34 \u2022 L'ACTION NATIONALE La culture québécoise est riche.Dans son introduction, il fait précisément état, d\u2019une manière très forte, très percutante, de ce décalage entre notre culture politique québécoise et la culture politique du reste du Canada.Au fait il y a toujours eu un décalage dans le temps entre Québécois et «Canadiens».C\u2019est comme si deux peuples ne vivaient pas à la même époque et les écarts qui en découlent produisent un effet délétère dans l\u2019esprit des citoyens et des citoyennes du Québec.Ce décalage dans le temps et dans les esprits peut être observé dans plus d\u2019un domaine.Pendant des années, les Québécois ont réclamé l\u2019indépendance du Canada.Lorsque le statut de Westminster est proclamé et que la Reine de l\u2019Angleterre est couronnée Reine du Canada, des Québécois revendiquaient déjà l\u2019indépendance du Québec.Pendant trente ans et plus, les Canadiens français ont réclamé un drapeau canadien; lorsque le fédéral accepte d\u2019oublier l\u2019Union Jack et le Red Enseign, le Québec arborait avec fierté le drapeau fleurdelisé depuis vingt ans.Lorsque les Québécois réclamaient un nouveau partage des pouvoirs, le Canada anglais envahissait les compétences provinciales.Lorsqu\u2019un gouvernement souverainiste menaçait la dictature fédérale, le Canada anglais rapatriait la constitution en modifiant les pouvoirs du Québec, sans son consentement.La litanie des déplacements dans le temps et dans les esprits pourrait faire l\u2019objet d\u2019un livre.les «deux peuples fondateurs» de ce pays ne vivent pas à la même époque1.La culture québécoise est riche.Elle a été animée par une longue tradition de discussions, de remises en question et surtout par une longue quête d\u2019identité.Il y a longtemps que nous nous demandons qui nous sommes.On nous le demandait : nous avons essayé de le dire.Nous pouvons bâtir sur cette très longue tradition d\u2019interrogation sur nous.Et 1.Rosaire MORIN, «Introduction.Québec, pays à portée de main», UAction nationaley volume LXXXTV, numéro 10, décembre 1994, 750e numéro, p.13-14.L\u2019ACTION NATIONALE «35 cette interrogation identitaire se poursuivra à l\u2019avenir dans le cadre relativement nouveau du pluralisme culturel amené par la présence des communautés culturelles, qui maintenant s\u2019interrogent avec nous sur l\u2019identité québécoise.La culture politique québécoise présente le trait d\u2019être à la fois cohérente et apte à l\u2019adaptation et au changement: cohérente dans ses diverses et divergentes formes d\u2019expression, apte au changement à travers les contradictions et oppositions quelle vit à l\u2019intérieur d\u2019elle-même et quelle rencontre dans son milieu.C\u2019est une base prometteuse pour l\u2019avenir.C\u2019est sur cette base que l\u2019on peut entretenir un certain optimisme sur l\u2019évolution que la culture politique québécoise pourra connaître dans l\u2019avenir.Et il en sera ainsi dans la mesure où nous continuerons à l\u2019entretenir, dans la mesure où nous l\u2019enrichirons et dans la mesure où cet enrichissement ne se fera pas seulement sur le plan des politiques nationales, des politiques officielles, mais quelle descendra de plus en plus dans toutes les activités collectives et communautaires de notre société.Mais cela ne se réussit pas sans beaucoup d\u2019efforts, beaucoup de travail.Rappelons ici la conclusion par laquelle Max Weber terminait sa grande conférence de 1919 sur «la politique comme vocation»: La politique consiste en un effort tenace et énergique pour tarauder des planches de bois dur.Cet effort exige à la fois de la passion et du coup d\u2019œil.Il est parfaitement exact de dire, et toute l\u2019expérience historique le confirme, que l\u2019on n\u2019aurait jamais pu atteindre le possible si dans le monde on ne s\u2019était pas toujours et sans cesse attaqué à l\u2019impossible1.1.Max WEBER, «Le métier et la vocation d\u2019homme politique» (Po-litik als Beruf), conférence de 1919, dans Max Weber: Le savant et le politique, Paris, Union générale d\u2019éditions, Collection 10-18, 1963, p.185.36 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019impossible, c\u2019est ce qu\u2019a réussi le nationalisme canadien-français.S\u2019attaquer à l\u2019impossible, c\u2019est maintenant le défi du nouveau nationalisme québécois.L BULLETIN D'HISTOIRE POLITIQUE Prix: 30 $ \u2014 étudiants: 20 $ \u2014\tVol 5, n° 1 (aut.1996) : L'Enseignement de l'histoire au Québec \u2014\tVol 5, n° 2 (fév.1997) : Les Anglo-québécois à l'heure du plan B \u2014\tVol 5, n° 3 (mars 1997) : Histoire et mémoire Faites parvenir un chèque à ; AQHR a/s P Drouilly, Département de Sociologie UQAM, C E 8888, Suce.Centre-ville, Montréal H3C 3B8 Téléphone : (514) 987-8427 L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 37 «Je ne veux pas jouer à la victime.Je ne veux pas écrire pour me plaindre.Je réclame simplement le droit à la parole.Le droit de parler entre nous, de ce qui nous touche nous, collectivement, sans avoir chaque fois à demander la permission aux contremaîtres ou aux frères directeurs.Parler pour essayer de se comprendre, de nous comprendre.Parler au risque de tromper.Au moins refuser le silence collectif couvert par le ronronnement débile et satisfait des insupportables animateurs de radio et de télévision.» Pierre Falardeau 15 février 1839, 1996, Éditions Stanké, p.11 Le recul du français au Canada Jean-Paul Perreault* Les deux côtés de la médaille Au cours des 20 dernières années, selon Mme Sheila Copps {Le Droit, 5 octobre 1996), «le nombre de francophones à l\u2019extérieur du Québec a augmenté» et «on compte aujourd\u2019hui un million de francophones hors Québec».Selon Mme Copps, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes! Contrairement à ces prétentions, le tableau suivant sur l\u2019évolution de la langue française au Canada hors Québec montre un net recul parmi ceux qui se déclarent de langue maternelle française! Sur 976 415 francophones de langue maternelle, près de 35% confessent parler le plus souvent anglais à la maison.Selon le Recensement de 1991, les écarts continuent, au Canada, à favoriser l\u2019anglais au détriment du français! Des gains faramineux de 2 129 330 en faveur de la langue majoritaire, contre des pertes de 273 635 pour le français! Ce phénomène des transferts linguistiques, mieux connu sous le vocable «assimilation», joue nettement en faveur de l\u2019anglais au détriment du français.Comment Mme Copps peut-elle ignorer ces faits?Président de l\u2019Impératif français L'ACTION NATIONALE \u2022 39 Tableau 1\t\t\t\t Évolution de la langue française au Canada, hors Québec, 1971-1991\t\t\t\t \tLangue maternelle\tLangue d\u2019usage\tÉcart\t% 1971\t926 400\t675 925\t-250 475\t-25,95% 1991\t976 415\t636 640\t-339 775\t-34,79% Différence\t+50 015\t-38 285\t\t Source: Statistique Canada, Cat.96-313F.\t\t\t\t \t\t\t\t Tableau 2\t\t\t\t Assimilation au Canada\t\t\t\t \tLangue maternelle\tLangue d'usage\tÉcart\t% anglais\t16311 210\t18 440 540\t+2 129 330\t+13,05 français\t6 562 065\t6 288 430\t-273 635\t-4,17 autres\t4 120 770\t2 265 075\t-1855 695\t-45,03 Total\t26 994 045\t26 994 045\t\t Source: Statistique Canada, Cat.96-313F.\t\t\t\t \t\t\t\t Tableau 3\t\t Évolution du poids relatif des Francophones et des Québécois, Canada, 1951 et 1991\t\t Francophones Canada et Québec\tQuébécois1\tFrancophones Canada hors Québec 1951\t29,0%\t28,9%\t7,3% 1991\t24,3%\t25,2%\t4,8% 1.\tQuébécois comprend la population francoph Source: Statistique Canada\tone, anglophone\tet allophone.Le tableau 3 contredit encore madame Copps sur le poids démographique et sur le pouvoir relatif des Québécois et des francophones qui ne cessent de décliner.40 \u2022 L'ACTION NATIONALE Au plan linguistique, l\u2019impact canadien a des effets dommageables sur l\u2019identité francophone et québécoise.Le Canada anglicise.Lors d\u2019une conférence qu\u2019il donnait à Montréal, le 1\u201c juin 1996, le Commissaire aux langues officielles «a parlé carrément d\u2019un problème d\u2019assimilation des francophones hors Québec».«Suggérer que ce sont des problèmes d\u2019assimilation est tout simplement faux.»! Puis, devant le Comité parlementaire sur les langues officielles, le 11 juin, le président du Conseil du trésor, Marcel Massé, avouait que cette assimilation était «normale» et «naturelle»; «Que ce soit aux Indes ou que ce soit à Malawi, c\u2019est le même processus sociologique.vous avez clairement une tendance par la majorité d\u2019assimiler la minorité, et plus la majorité est large proportionnellement à la minorité, plus l\u2019assimilation se fait vite et complètement».Le comité ne devrait-il pas demander au ministre responsable de l\u2019administration de la Loi sur les langues officielles de revenir expliquer comment il se fait que, dans sa circonscription électorale de Hull-Aylmer et dans l\u2019ensemble de l\u2019Outaouais et du Québec, l\u2019assimilation se fait non pas vers le français, mais davantage vers l\u2019anglais?Mme Copps est restée étrangement silencieuse sur cette question, sauf récemment, où, devant ce même comité parlementaire, elle déclarait le 20 novembre dernier: «.suggérer que ce sont des problèmes d\u2019assimilation est tout simplement faux.»! Serait-ce que l\u2019assimilation constatée est normale et naturelle?Le comité ne devrait-il pas inviter de nouveau Mme Copps afin quelle explique ce quelle a voulu dire par ses propos?Regardons ce qu\u2019en dit une étude du professeur John Richards de Simon Fraser University: Ces chiffres mettent en évidence le poids démesuré qu\u2019exerce la langue anglaise au Canada.L'ACTION NATIONALE \u2022 4 1 Tableau 4 Langue française - taux de «persévérance» linguistique par région et par province, 1971-1991.\t\t Provinces\t1971\t1991 Terre-Neuve\t56,5%\t45,0% île-du-Prince-Édouard\t56,8%\t53,1 % Nouvelle-Écosse\t65,9%\t58,3% Nouveau-Brunswick\t91,2%\t90,3% Québec\t98,4%\t98,8% Ontario\t69,7%\t59,1% Manitoba\t62,8%\t49,7% Saskatchewan\t47,6%\t32,4% Alberta\t45,9%\t35,2% Colombie-Britannique\t26,4%\t26,7% Yukon\t25,6%\t45,7% Territoires du Nord-Ouest\t46,6%\t45,7% Reste du Canada\t70,2%\t64,2% Reste du Canada sans l\u2019Ontario ni le Nouveau-Brunswick\t51,3%\t40,8% Source: John Richards, -Language Matters: Ensuring That the Sugar Not disolve in th««§« ^MK ypW*3SSSPSR»s^« i^ssssw^v^- '^gF\"- £iJk\t4«* * ££$*.î\u2018 H .Âktfw&.i »||pfi%r Ar?sl.».1 S *3?.* h?.i#.a* 34ü irw^;:: «)£>! MPS se^3:\u201dffl MMirtS ytNMrt Un scandale LA PRIVATISATION DU STATIONNEMENT À MONTRÉAL Analyse des impacts socio-économiques Léo-Paul Lauzon Professeur, titulaire de la Chaire d\u2019études socio-économiques et professeur au Département des sciences comptables de l\u2019Université du Québec à Montréal. Hauteur remercie son assistant de recherche principal, monsieur Sylvain Houle, dàenteur d\u2019un baccalauréat et d\u2019une maîtrise en sciences comptables, et professeur à l\u2019Université de Moncton.L\u2019auteur tient également à remercier messieurs François Patenaude, étudiant au baccalauréat en comptabilité et chercheur à la Chaire, de même que Martin Poirier, bachelier en sciences comptables, étudiant à la maîtrise en sciences économiques et chercheur à la Chaire, pour leur contribution à ce projet de recherche. Sommaire 1.\tHistorique de l\u2019entente.62 2.\tTermes de l\u2019entente originale.66 3.\tL\u2019entente de juillet 1996.72 4.\tAnalyse des revenus d\u2019exploitation .\t75 5.\tAnalyse des frais d\u2019exploitation.78 6.\tLe coût du privé: analyse différentielle .\t84 7.\tNouvelle filiale.87 8.\tTransparence de la société.88 9.\tProjet du Carré Phillips.93 10.\tConclusion.96 11.\tBibliographie.99 L'ACTION NATIONALE «59 % S\u2019inscrivant dans l\u2019idéologie néolibérale des privatisations, la Ville de Montréal cédait, le 1er juillet 1994, la gestion de l\u2019activité «stationnement» à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.Cette activité relativement simple à administrer et fort lucrative avait toujours été, dans le passé, gérée par la Ville de Montréal elle-même.Cette privatisation d\u2019un service public a occasionné la création de la société en commandite Stationnement de Montréal (CCMM) Inc.(ci-après SDM).Cette dernière a le mandat de gérer, pour trente ans, les espaces de stationnement tarifés appartenant à la Ville de Montréal.En théorie, la Ville peut reprendre cette activité à l\u2019expiration de l\u2019entente avec la Chambre de commerce dans trente ans.Nous disons bien «en théorie» car, dans les faits, compte tenu des conditions contraignantes de reprise en mains par la Ville, cela ressemble à une privatisation à rabais en bonne et due forme d\u2019un bien commun.Depuis plusieurs années, nous sommes constamment envahis par le discours dominant vantant les mérites d\u2019une plus grande efficacité du secteur privé.Il n\u2019est donc pas surprenant que cette première expérience de privatisation à la Ville de Montréal suscite beaucoup d\u2019intérêt pour l\u2019ensemble de la collectivité.Il est maintenant temps de tracer un portrait réaliste de la nouvelle gestion de cette activité.Objectifs de l\u2019étude L\u2019objectif de cette étude est donc de cerner l\u2019impact de l\u2019entente de «partenariat» pour l\u2019ensemble des citoyens de la Ville de Montréal, pour la Ville de Montréal elle-même, pour ses employés, pour la Chambre de commerce de Montréal, pour les usagers et pour toutes les autres parties prenantes à cette transaction.Est-ce que les bénéfices escomptés par une telle entente ont bel et bien été réalisés?Afin d\u2019atteindre cet objectif, nous ne nous limiterons pas L'ACTION NATIONALE \u2022 61 aux aspects économiques, mais nous étudierons également les questions d\u2019ordre éthique et social.Dans notre analyse, nous retiendrons l\u2019approche socio-économique afin de cerner les véritables gagnants et perdants de cette opération, soit la Chambre de commerce elle-même, la nouvelle société en commandite et ses cadres, les usagers du stationnement payant, les employés, les contribuables de Montréal et la Ville elle-même.Dépendamment des résultats, il y aura peut-être lieu de revoir tout le processus de privatisation à Montréal enclenché par le parti Vision Montréal du maire Pierre Bourque, dont il a maladroitement confié l\u2019étude et les réflexions à un comité des «sages» provenant exclusivement du secteur privé, et qui sont eux-mêmes vivement intéressés par des secteurs municipaux comme l\u2019eau potable, les immeubles, les infrastructures, la géomatique, l\u2019informatique, les laboratoires, etc.Tout dépend évidemment si nos élus veulent réellement desservir les intérêts supérieurs de la collectivité ou plutôt privilégier certains intérêts strictement privés.On ne saurait insister sur la très grande précaution qui doit être mise de l\u2019avant dans le cas de cession de biens publics ou de services publics à des intérêts privés pour de très longues périodes de temps ou pour toujours.1.Historique de l\u2019entente l.a.Un projet qui intéresse la chambre de commerce Au mois de juin 1990, la Ville de Montréal réalisa une étude portant sur la possibilité de créer une société paramunicipale afin de regrouper l\u2019activité stationnement et d\u2019en améliorer l\u2019efficience.Dès lors, la Chambre de commerce démontra un intérêt certain pour le dossier et proposa d\u2019étudier de nouvelles approches de développement de l\u2019activité en cause.Évidemment, la Chambre de commerce entrevoyait la possibilité de s\u2019impliquer dans la gestion des stationnements de la Ville.La Ville mandatait, en février 1991, la Chambre de commerce pour effectuer une étude de faisabilité sur la création d\u2019une société mixte, où les fonds proviendraient des secteurs privé et public.Au mois de septembre 1991, la Chambre de commerce déposait un rapport proposant, entre autres, la création d\u2019une société dont elle 62 \u2022 L'ACTION NATIONALE serait propriétaire à parts égaies avec la Ville.Suite à certaines réserves de la Ville, la Chambre de commerce a présenté, en octobre 1992, une proposition finale, en s\u2019inspirant fortement de l\u2019expérience française des Sociétés d\u2019économie mixte (SEM).Selon cette proposition, la Chambre de commerce et la Ville seraient les deux actionnaires d\u2019une SEM qui achèterait les parcs de stationnement municipaux et obtiendrait en concession le stationnement sur rue pour une durée de 30 ans.La SEM emprunterait 75 millions de dollars, dont la majorité serait remise à la Ville pour l\u2019achat des autoparcs, du fonds de roulement et de la concession.À partir de cette proposition, la Ville de Montréal invita les firmes de consultation à soumissionner dans le but d\u2019effectuer une étude sur les nouvelles formes d\u2019organisation publique-privé reliées à l\u2019activité stationnement.L\u2019objectif de l\u2019étude était d\u2019analyser et proposer diverses formes d\u2019organisation publique-privé pour gérer et développer une partie ou l\u2019ensemble de l\u2019activité stationnement tout en respectant les orientations de la politique de transport et de stationnement de la Ville.l.b.L\u2019étude de la firme Stratem Inc.La Ville a finalement accordé le mandat de consultation à la firme Stratem, à un coût de 50 000$.Stratem a analysé dans son étude1 quatre scénarios différents: le statu quo, la création d\u2019une Société paramunicipale, la gestion privée, et la formation d\u2019une SEM sous l\u2019auspice de la Chambre de commerce.Selon Stratem, la solution la plus appropriée était la création d\u2019une société paramunicipale.L\u2019exploitation d\u2019une société paramunicipale devrait permettre d\u2019améliorer la rentabilité financière de l\u2019activité stationnement, en regroupant les activités au sein d\u2019une même organisation.Bien que le statu quo et la gestion privée comportaient, selon Stratem, des éléments intéressants au niveau opérationnel et financier, il en ressortait que l\u2019option de la création d\u2019une société paramunicipale était la solution la plus souhaitable pour la Ville de Montréal.Étude de nouvelles formes d\u2019organisation publique-privée du stationnement à Montréal, Stratem Inc., 25 mai 1993.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 63 La firme de consultants a été catégorique en affirmant que la proposition de la Chambre de commerce, qui prônait la création d\u2019une société d\u2019économie mixte, était l\u2019option la moins intéressante pour la Ville, et cela pour les raisons suivantes : \u2022\tAu bout de 30 ans, la Ville obtiendrait 1.3 milliard de dollars dans l\u2019optique du statu quo, contre seulement 767.3 millions de dollars si la proposition de la Chambre de commerce était acceptée.\u2022\tLa demande de financement risquait d\u2019être difficile étant donné la faible capacité d\u2019offrir des garanties financières.D\u2019après la firme de consultation, les terrains disponibles étaient évalués à 6,8 millions de dollars et non 20 millions de dollars tel qu\u2019énoncé dans la proposition de la Chambre de commerce.\u2022\tEn ce qui concerne l\u2019aspect administratif et opérationnel, la Chambre de commerce ne disposait d\u2019aucune expérience ou expertise dans le domaine de la gestion des stationnements.l.c.Une seconde étude pour cautionner la privatisation Suite aux recommandations de la firme de consultation Stra-tem, il aurait été normal de s\u2019attendre que la Ville de Montréal opte pour la création d\u2019une Société paramunicipale.Pourquoi la Ville a-t-elle choisi d\u2019implanter la solution la moins intéressante?Puisque les recommandations de Stratem ne faisaient pas l\u2019affaire de la mairie, la Ville a mandaté la Chambre de commerce pour trouver une nouvelle firme de consultants, afin d\u2019effectuer une seconde étude.Finalement, c\u2019est la firme GTM Développement et Services, une entreprise affiliée à la Compagnie Lyonnaise des Eaux (France), qui a obtenu le mandat d\u2019effectuer l\u2019étude qui permettra à la Ville de vendre son projet de privatisation.Cette «bénédiction» de la part de la firme française a coûté aux contribuables la somme de 300 000$, les dirigeants de la Ville ayant cette fois choisi de payer le gros prix pour que l\u2019étude s\u2019oriente dans le bon sens.En ajoutant les 50 000$ qu\u2019a coûtés l\u2019étude de Stratem, c\u2019est 350 000$ que les contribuables montréalais ont versés pour cautionner le bradage d\u2019un de leurs biens publics.64 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE l.d.Un dernier coup de pouce pour la privatisation L\u2019étude de GTM Développement et Services n\u2019était pas suffisante, selon les dirigeants de la Ville, pour couvrir leurs arrières, puisqu\u2019ils ont décidé de mandater le service Habitation et Développement urbain de la Ville pour réaliser une dernière étude sur la proposition de la Chambre de commerce1.Il aurait été intéressant de comparer les avantages réels de la gestion par le public et le privé dans une étude objective, pour ensuite prendre une décision éclairée sur la privatisation.Dans 1 étude de la Ville, toutefois, les dés étaient pipés d\u2019avance.Tout d abord, le service de la Ville prend pour acquis que la gestion des parcomètres amènera une augmentation annuelle du rendement de 2% pour les années 1997 à 2003, simplement sur la base de la prétendue supériorité du secteur privé.Inutile de dire qu\u2019un tel a priori a favorisé indûment l\u2019option privatisation par rapport à l\u2019option de créer une paramunicipale.L\u2019étude a également inclus, dans les sommes perçues par la Ville, les montants versés au Fonds de développement économique.Comme nous allons le voir, ces sommes servent à financer des initiatives de la Chambre de commerce, qui administre le Fonds.L\u2019étude inclut également les sommes réinvesties dans SDM pour 1 acquisition d actifs.Il est évident que la Ville ne profite d\u2019aucune façon de ces sommes; pourquoi alors les avoir incluses dans les montants perçus par la Ville?Mystère.Une telle façon de considérer les sommes versées au Fonds ou à SDM est typique de l\u2019idéologie néolibérale: ce qui est bon pour le secteur privé est nécessairement bon pour l\u2019ensemble de la population.Nous nous inscrivons en faux contre une telle approche, qui porte à comptabiliser des sommes profitant à la Chambre de commerce comme si elles avaient été encaissées directement par la Ville.Tout compte fait, le processus de privatisation des activités de stationnement n\u2019a donné lieu à aucune analyse sérieuse de la situation de la part des dirigeants de la Ville.Ceux-ci se sont contentés \u2022 Document explicatif relatif à l\u2019entente à intervenir avec la Chambre de commerce du Montréal métropolitain», Habitation et Développement urbain, Ville de Montréal, mars 1994.L'ACTION NATIONALE \u2022 65 de commander plusieurs études en ne retenant que celles qui faisaient leur affaire, et en écartant soigneusement l\u2019étude de la firme Stratem.2.Termes de l\u2019entente originale 2.a.Modalités générales de l\u2019entente originale Le 23 juin 1994, le conseil municipal a approuvé une convention intérimaire confiant à la SDM l\u2019exploitation du stationnement tarifé pour une période de six mois, du 1er juillet 1994 au 31 décembre 1994.Cette convention prévoit également la vente finale pour le 1er janvier 1995.La Ville de Montréal et la Chambre de commerce ont choisi une formule qu\u2019ils ont appelée «partenariat», mais qui, dans les faits, s\u2019apparente davantage à une privadsation pure et simple, l\u2019unique actionnaire de la SDM étant la Chambre de commerce.Dans un article du journal Le Devoir^, la présidente du conseil d administration de SDM, Me Nicole Forget, a candidement admis que la Chambre de commerce avait acheté en bonne et due forme la concession du stationnement à Montréal, et qu il s agissait effectivement d\u2019une privatisation pure et simple et non d\u2019une entente de partenariat: «Nous ne sommes pas liés à la Ville de Montréal par le mode du partenariat comme on l\u2019entend actuellement.On a acheté une concession.Nous sommes donc une entreprise privée.» Pourtant, afin d\u2019apaiser les sceptiques et les détracteurs à ce bradage de biens publics, la Chambre de commerce et la Ville de Montréal ne cessaient de répéter avant l\u2019entente, et un certain temps par la suite, qu\u2019il fallait parler de partenariat et non de privatisation.L\u2019entente prévoit que SDM versera annuellement une compensation évaluée à près de 11 millions de dollars pour l\u2019exploitation du stationnement tarifé.Toutefois, comme nous le verrons plus tard, la majorité de ce montant n\u2019est pas réellement versée à la Ville, puisqu\u2019il comprend une somme de 4.8 millions de dollars pour les intérêts que la Ville évite supposément de payer en remboursant une partie de sa dette.De plus, le solde ne constitue pas 1 LÉVESQUE, Kathleen, «Des parcomètres intelligents au centre-ville», Le De-voir, 15 octobre 1996.66 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE une réelle redevance pour 1 exploitation du stationnement tarifé, car il comprend une kyrielle de postes tels les taxes, loyers, intérêts et permis payés par la nouvelle société à la Ville.La Chambre de commerce obtient la concession pour une période de 30 ans.La Ville a droit a seulement deux représentants sur le conseil d administration de la SDM, qui comprend huit membres.Les autres membres du conseil d\u2019administration proviennent de la Chambre de commerce ou du secteur privé.Dans trente ans, la Ville pourra toujours reprendre ses activités de stationnement, mais il y a un petit «hic».C est qu elle devra payer ses anciens actifs cédés a la Chambre de commerce à la nouvelle valeur marchande, ce qui nous fait dire qu il s agit bel et bien dans les faits d une privatisation d un bien public que 1 on a présenté hypocritement comme une cession temporaire.De plus, tous les nouveaux projets, incluant des parcs de stationnement intérieurs et extérieurs, initiés par la Chambre de commerce, seule ou avec d autres, et financés par des fonds publics au cours de la période de trente ans demeurent la propriété de ces intérêts privés dans l\u2019éventualité où la Ville veuille mettre un terme à l\u2019entente dans trois décennies.2-b.Prix payé et financement de l\u2019achat Le prix de vente théorique s\u2019élève à 76.8 millions de dollars.Ce montant comprend une somme de 60 millions de dollars pour 1 octroi de la concession de stationnement et le solde, soit 16,8 millions dollars, est la contrepartie pour les terrains et équipements de la Ville cédés à SDM.La Ville de Montréal a effectivement reçu, du montant symbolique de 76.8 millions de dollars, la somme de 56.8 millions de dollars.Cependant, la Ville endosse 40 millions de dollars des emprunts effectues par SDM auprès d une institution financière pour payer le prix de vente.En ce qui concerne le solde de 20 millions de dollars, la Ville a émis à SDM une débenture non garantie portant intérêt à 9% l\u2019an.Les intérêts sont payables dès la première année, mais les versements en capital ne s\u2019effectueront qu\u2019à partir du dixième anniversaire de l\u2019entente.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 67 En somme, la Ville a prêté 20 millions de dollars à SDM et a garanti à la banque un emprunt de 40 millions de dollars effectué par SDM.De plus, les intérêts payés par SDM à la banque sur les emprunts de 56.8 millions de dollars seront tous déduits des supposées «redevances» versées par SDM à la Ville, qui finance donc directement ou indirectement la totalité du prix de vente annoncé de 76.8 millions de dollars.Dans les faits, les contribuables de Montréal auront financé entièrement le délestage d\u2019un bien public fort lucratif.Ce montage financier est très avantageux pour la Chambre de commerce.Advenant une faillite de SDM, par exemple, la Ville perdrait sa débenture de 20 millions de dollars, qui n est pas garantie, et devrait rembourser les pertes subies par les banques jusqu à concurrence de 40 millions de dollars.Elle assume donc la totalité des risques, puisque la Chambre de commerce n\u2019a investi aucune mise de fonds dans SDM, et que les banques pourraient facilement se faire rembourser les créances non garanties par la Ville de 16.8 millions de dollars à même les terrains et autres actifs de SDM.2.C.Une redevance famélique La SDM verse en principe une redevance annuelle de 11.0 millions de dollars à la Ville pour l\u2019exploitation du stationnement tarifé.Toutefois, cette redevance comprend les taxes et droits que SDM verse maintenant à la Ville, comme tout autre commerce.Ce montant comprend aussi les loyers versés par SDM pour des locaux et terrains appartenant à la Ville, et, depuis la nouvelle entente intervenue en juillet 1995, les intérêts que SDM verse a la Ville sur la débenture de 20 millions de dollars.Finalement, ce montant est réduit des intérêts «évités» par la Ville.L\u2019entente suppose en effet que la Ville a réduit son endettement de 56.8 millions de dollars grâce au montant reçu au moment de la vente, et la Ville éviterait ainsi de payer, selon l\u2019entente, des intérêts de 4.8 millions de dollars.Toutes les sommes perçues par la Ville dans le cadre de l\u2019entente ne changent donc en rien ses recettes globales, car ce que SDM donne d\u2019une main, il le reprend de l\u2019autre en réduisant la compensation finale réellement versée à la Ville.Cette compensation, pour l\u2019année 1996, est évaluée à moins d\u2019un million de dollars.68 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE La vente de la concession de stationnement, qui devait réduire 1 endettement de la Ville et améliorer sa situation financière, n\u2019a donc absolument rien changé: la Ville supporte toujours le même niveau de risques en garantissant les emprunts de SDM, et paie indirectement les mêmes intérêts qu\u2019avant, sinon plus.2.d.Partage des profits De plus, les profits ne sont plus versés en totalité à la Ville.En effet, de 20% à 40% des profits sont soit versés à un fonds de développement économique administré par la Chambre de commerce, soit réinvestis dans le stationnement.Le tableau suivant présente la répartition des profits prévue par l\u2019entente: Partage des profits selon les termes de l\u2019entente \t1995\t1996\t1997 à 2024 Ville de Montréal\t60%\t70%\t80% Fonds de développement économique\t32%\t21%\t14% Fonds de réinvesdssement de la Société\t8%\t9%\t6% La SDM doit également verser une redevance annuelle de 400 000$ à la Chambre de commerce, avant toute distribution de profits, sans compter certains remboursements de dépenses effectués à la dite Chambre.Cette redevance annuelle de 400 000$ versée a meme les fonds publics a la Chambre de commerce n\u2019a aucune justification, surtout lorsqu il implique un organisme qui ne cesse de réclamer des baisses radicales dans les dépenses publiques.Dire que le maire Bourque vient, dans le but de renflouer les coffres de la Ville, d\u2019imposer une taxe annuelle de 10$ à chacun des utilisateurs des 8 000 jardins communautaires.Pendant que l\u2019on va chercher de l\u2019argent dans les poches des citoyens ordinaires et que 1 on coupe ou tarifie certains services municipaux, notre bien-aimé maire, dans toute sa sagesse, trouve tout à fait opportun de verser 400 000$ annuellement, soit 16 000 000$ au cours des quarante prochaines années (trente années de l\u2019entente plus une prolongation probable de 10 ans), sans qu aucun service réel ne soit rendu a la Ville.Ces «honoraires professionnels» s\u2019ajoutent aux salaires des hauts dirigeants de SDM, et L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 69 à la rémunération des membres du conseil d\u2019administration nouvellement créé pour le stationnement, de même qu\u2019aux profits versés dans le Fonds de développement économique.Ce sont des frais que la Ville n\u2019encourait pas avant cette transaction.À l\u2019expiration de l\u2019entente, la Ville devra acquérir les équipements et les terrains à la juste valeur marchande des actifs à cette date.Dans une trentaine d\u2019année, les terrains que la Ville devra racheter auront probablement une valeur marchande très élevée.La Ville n\u2019aura pas le choix de les laisser entre les mains de la Chambre de commerce, à moins de débourser des sommes considérables.La Chambre de commerce, dans un tel cas, bénéficiera de la plus-value sur les équipements et les terrains, de même que des sommes réinvesties au cours des trente années du contrat à même les profits de SDM.2.e.Le fonds de développement économique Selon les termes de l\u2019entente, un fonds de développement économique, aussi appelé Fonds Ville-Marie (ci-après le Fonds), est créé pour promouvoir le développement économique de la Ville.Le Fonds est financé exclusivement par une quote-part des bénéfices de SDM, établie à 32% la première année, 21 % la deuxième année et 14% les années subséquentes.Le Fonds est censé financer des projets favorisant notamment la qualité du transport en milieu urbain, la formation professionnelle, la création d\u2019emplois, le tourisme et l\u2019environnement.Comme la Ville ne peut nommer que deux des sept administrateurs du Fonds, et que le Fonds est administré par la Chambre de commerce, celle-ci est libre de disposer des sommes qui y sont déposées pour promouvoir les projets de son choix.Pour sa première année, le Fonds a retenu quatre projets totalisant 300 000$.La Chambre de commerce s\u2019est elle-même octroyé la part du lion, en finançant son propre projet de 150 000$, soit la moitié des subventions totales1.Cette somme servira à subventionner les entreprises qui offrent des stages à des étudiants du collégial.1 Claude Marsolais, «Une partie des revenus du stationnement sert à la création d\u2019emplois pour les jeunes», La Presse, 6 septembre 1995.70 \u2022 L ACTION NATIONALE Évidemment, c est la Chambre de commerce qui choisit les heureuses élues pour ce programme.Nous avons tenté de rejoindre le coordonnateur du Fonds, M.Daniel Marineau, pour avoir la liste les entreprises choisies, de même que les critères de sélection.M.Marineau n\u2019a malheureusement pas retourné nos appels.Selon deux brochures du Fonds1, tout projet ne doit, en prin-cipe, dépasser 50 000$ annuellement, mais cette base peut être étendue selon le potentiel du projet.Avec un budget de 150 000$, il faut croire que le projet de la Chambre de commerce présentait un potentiel exceptionnel! Sur les trois autres projets de 50 000$ du Fonds, notons un projet visant à mettre sur pied une entreprise de services à domicile dans le domaine des soins de la santé et un projet de sensibilisation à 1 entrepreneurship.La privatisation des soins de santé et l\u2019encensement de l\u2019entrepreneurship, voilà bien deux thèmes de prédilection pour la Chambre de commerce.La créadon du Fonds ne fait donc que donner l\u2019opportunité aux représentants de la Chambre de commerce d\u2019administrer des fonds publics comme bon leur semble, en finançant des projets qui intéressent surtout les membres de la Chambre, plutôt que l\u2019ensemble des citoyens montréalais.En somme, on finance des projets prives a meme des fonds publics sans que les élus n\u2019aient leur mot à dire dans le choix final des initiatives privées à financer.2-f.Une entente désavantageuse pour la ville > ^n résumé, la Ville reçoit en fin de compte beaucoup moins qu\u2019avant et supporte le même niveau d\u2019endettement qu\u2019avant: la transaction intervenue avec la Chambre de commerce n\u2019a rien changé sur ce point.La Ville doit toutefois rémunérer la Chambre de commerce (400 000$ / an) et le conseil d\u2019administration de SDM (73 500$ / an) tout en partageant ses profits avec SDM et le Fonds de développement économique, sans compter les généreux salaires versés au président et à ses trois vice-présidents qui, soit dit en passant, sont nettement plus élevés que ceux des cadres à l\u2019emploi de la Ville.Il est vrai qu\u2019il faut toutefois ajuster le salaire des 1.\t«Orientations 1995-1996» et «Fonds Ville-Marie: Un levier économique L'ACTION NATIONALE «71 nouveaux gestionnaires privés aux «lois du marché».Dire que certaines études clament que les gens du public sont nettement mieux rémunérés que ceux du secteur privé.Nous reviendrons sur ces émoluments plus loin dans cette étude.La Chambre de commerce, elle, fait main basse sur ces 473 500$ et sur le Fonds, de même que sur la plus-value des actifs si la Ville décide de les racheter, tout cela sans avoir injecté un seul centime dans cette affaire.Comment les dirigeants de la Ville ont-ils pu accepter une entente aussi désavantageuse?En ce qui a trait aux revenus additionnels qui proviendront éventuellement de la hausse future des tarifs et de l\u2019ajout de parcomètres, la Ville devra se contenter de recevoir une partie seulement de ces produits supplémentaires alors qu\u2019auparavant elle en accaparait la totalité.3.L\u2019entente de juillet 1996 3a.La nouvelle entente intervenue entre la Ville et Stationnement de Montréal Suite à sa première année d\u2019exploitation, SDM a enregistré un déficit de 500 000$.Pour tirer SDM de l\u2019embarras, les dirigeants de la Ville ont conclu une entente spéciale pour réduire les montants qui devraient normalement être versés par SDM à la Ville selon l\u2019entente originale, et pour octroyer à SDM divers avantages directs et indirects.Selon le procès-verbal de l\u2019entente1, les modifications apportées viennent solutionner des «irritants», un euphémisme couramment utilisé par le patronat pour désigner tout ce qui peut porter atteinte à leurs profits privés.Dans les faits, la Ville de Montréal a bel et bien fait cadeau d\u2019environ 2 millions de dollars annuellement à la Chambre de commerce.Voici les principales concessions accordées à SDM par la Ville: \u2022 La compensation que SDM doit verser annuellement à la Ville de Montréal est réduite de 1.8 million de dollars.1.Extrait du procès-verbal de l\u2019assemblée du Conseil municipal (résolution C096 01643), Ville de Montréal, 9 juillet 1996.72 \u2022 L'ACTION NATIONALE \u2022\tLa Ville doit maintenant assumer le coût des droits sur les mutations immobilières lorsqu\u2019un terrain est rétrocédé de S DM à la Ville.\u2022\tLes gratuités pour les événements spéciaux, que la Ville demande à SDM pour les journalistes, les élus et les employés, seront dorénavant déduits du montant plafond accordé à la Ville.Les élus admettent dans le procès-verbal que la hausse du plafond de 200 000$ à 275 000$ pour les événements spéciaux ne sera pas suffisante pour compenser les coûts additionnels assumés par la Ville.\u2022\tL\u2019entente peut maintenant être prolongée de dix ans ou plus, à partir du 1er janvier 1995, pour permettre à SDM de recouvrer ses investissements dans le cas où il y aurait construction d\u2019équipements importants pour le stationnement hors-rue.\u2022\tLe montant de base qui sert au calcul de la compensation versée à la Ville est réduit chaque fois qu\u2019un terrain est rétrocédé à la Ville, pour tenir compte de la réduction sur le bénéfice d\u2019exploitation.Pourtant, l\u2019exploitation de ces terrains est en réalité déficitaire.En échange de toutes ces concessions à la Chambre de commerce, la Ville de Montréal n\u2019obtient rien de substantiel.À croire que les fameuses «renégociations» n\u2019ont été dans les faits qu\u2019une litanie de griefs de la part de la Chambre de commerce, et que nos élus y ont répondu par une série de courbettes.3.b.Remise en question de l\u2019entente De l\u2019aveu même du document, la Ville de Montréal aurait pu remettre en question l\u2019entente intervenue avec la Chambre de commerce: «Ne pas intégrer les intérêts reçus sur la debenture de 20 M$ dans le calcul de la compensation aurait pour impact de mettre S.de M.en défaut.Il faudrait alors, à coup sûr, dénoncer l entente et revoir le montage financier de l\u2019entente.»1 Plutôt que d\u2019en profiter pour mettre fin à une entente nettement désavantageuse pour les contribuables montréalais, ou à tout Extrait du procès-verbal de l\u2019assemblée du Conseil municipal (résolution C096 01643), Ville de Montréal, 9 juillet 1996.L\u2019ACTION NATIONALE «73 le moins en renégocier les termes à l\u2019avantage de la Ville, l\u2019équipe du maire Bourque a préféré faire un cadeau additionnel d\u2019une valeur annuelle d\u2019environ 2 millions de dollars à la Chambre de commerce pour la tirer du bourbier financier où elle s\u2019était elle-même enfoncée.Grâce à ce petit cadeau de 2 millions de dollars, le déficit de 500 000$ que SDM a enregistré pour 1995 s\u2019est subitement transformé en bénéfice de 1.5 million de dollars.Sans cette modification opportune, SDM se dirigeait tout droit vers un important déficit pour sa première année d\u2019exploitation.Où est donc la supériorité intrinsèque du secteur privé?3.c.Impact sur les finances de la ville À en croire nos élus, les nouvelles concessions n\u2019auront que peu d\u2019impact sur les finances de la Ville, comme en fait foi le commentaire suivant: «Vus plus globalement, ces ajustements ont très peu d\u2019impact puisqu\u2019en bout de ligne la Ville récupère à chaque année une partie importante des bénéfices de S.de M., soit 70% pour l\u2019exercice 1996 et 80% pour chacun des exercices subséquents.»1 Ainsi, pour faire avaler plus facilement cette pilule amère, le maire Bourque et ses conseillers versent-ils allègrement dans la démagogie, tout en admettant implicitement que la nouvelle entente est défavorable pour la Ville.On omet tout simplement de faire part des faits suivants : La Ville manque une belle occasion de mettre fin à l\u2019entente sans avoir à dédommager la Chambre de commerce.On aurait pu au moins renégocier à l\u2019avantage de la Ville.En se privant notamment d\u2019un versement annuel fixe de 1.8 million de dollars, la Ville obtient une part sur des profits somme toute aléatoires, puisque les dirigeants de SDM passent en premier en se versant des salaires et en se faisant rembourser des frais de représentation, de promotion et autres, sans oublier la Chambre de commerce qui se voit recevoir, on ne sait trop pourquoi, des redevances annuelles de 400 000$ et différents remboursements de dépenses.1.Extrait du procès-verbal de l\u2019assemblée du Conseil municipal (résolution C096 01643), Ville de Montréal, 9 juillet 1996.74 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE De 20% à 40% des profits de SDM ne sont pas versés à la Ville, mais sont destinés à un fonds administré par la Chambre de commerce ou sont réinvestis dans SDM.La Ville ne touche donc pas le plein montant des sommes octroyées à SDM, même dans 1 optique où la totalité de ces sommes apparaît au bénéfice net de SDM.Les sommes octroyées à SDM par la Ville représentent donc bel et bien une perte pour l\u2019ensemble des citoyens montréalais.4.Analyse des revenus d\u2019exploitation 4.a.Une hausse des revenus d\u2019exploitation Selon le budget de 1996 déposé par SDM à la Ville de Montréal, les revenus d\u2019exploitation augmenteront d\u2019environ 8.3% au cours de la prochaine année, comme l\u2019indique le tableau ci-dessous.Cette augmentation doit avoir, selon la direction de SDM, une incidence a la hausse de 827 000$ sur la compensation versée à la Ville.Revenus du stationnement Années 1994 à 1996 (milliers de dollars) \t1994 (Réel)\t1995 (Prévision)\t1996 (Budget) Parcomètres\t16 761.1\t17 232.2\t18 952.8 Autoparcs\t3 108.7\t3 168.7\t3 168.7 Autres revenus\t198.0\t218.4\t218.4 TOTAL\t20 067.8\t20 619.3\t22 339.9 Augmentation (%)\t\t2.7%\t8.3% Les revenus du stationnement tarifé auront donc augmenté de 11.3% en deux ans.Avant de conclure à la supériorité du secteur privé et à 1 efficacité de la gestion par la Chambre de commerce, il convient toutefois d\u2019examiner la cause de telles hausses de revenus.4.b.Des coûts additionnels pour les usagers Comme le montre le tableau suivant, les dirigeants de SDM nont pas lésiné sur 1 implantation de nouveaux parcomètres: LACTION NATIONALE «75 Installations de nouveaux parcomètres années 1984 à 1996 Tarif horaire\t\t\t \tmoins de 1 $\t1 $ et plus\tTOTAL 1984 à 1990 (moyenne)\t161\t44\t205 1991\t0\t159\t159 1992\t90\t18\t108 1993\t83\t84\t167 1994\t0\t356\t356 1995\t463\t597\t1060 1996 (budgété)\t0\t1000\t1000 Alors que la Ville, lorsqu\u2019elle gérait encore les parcomètres, en implantait de 100 à 200 nouveaux par année, la Chambre de commerce en a rajouté 356 dès la première année d\u2019exploitation, en 1994.En 1995 et 1996, c\u2019est plus de 1 000 parcomètres par année qui sont apparus sur les trottoirs de Montréal.C\u2019est 4.3 fois la cadence adoptée par la Ville de Montréal au cours des dix dernieres années.Il est également intéressant de voir que plus de 80% des parcomètres implantés au cours des trois dernières années ont un tarif horaire de 1 $ et plus.On peut facilement voir la cause de l\u2019augmentation des revenus de SDM.L\u2019entreprise a également profité de hausses importantes de tarifs de parcomètres déjà existants.Comme le montre le tableau de la page suivante, la presque totalité des parcomètres à 1 $ l\u2019heure sont passés à 1.50 $ l\u2019heure en 1993, l\u2019année où la Ville de Montréal avait décidé de larguer ses parcomètres à la Chambre de commerce.L\u2019année suivante, les 1 928 parcomètres tarifés à 25 sous l\u2019heure ont vu leur tarif doubler.76 \u2022 L'ACTION NATIONALE Évolution des tarifs horaires et du nombre de parcomètres, années 1984 à 1996 Tarif moyen* (dollars)\tAugmentation annuelle (%)\t25e volume présente les études d\u2019Alain Beaulieu, Denys Delâge, Cornelius Jaenen et Marcel Trudel.Il publie aussi les travaux des deux sociologues, Jean-Charles Falardeau et Léon Gérin, et du géographe Christian Morissoneau.Denis Vaugeois a déjà publié sur ce sujet «La Fin des alliances franco-indiennes» aux éditions Boréal et Septentrion.Il a réexaminé à nouveau divers procès au cours desquels le «traité de Murray» a été cité.Il a consulté de nombreux documents sur l\u2019évolution des «Flurons de Lorette».Cette communauté est venue près de disparaître.À titre d\u2019exemple, en 1762, le gouverneur de Québec, James CACTION NAnONALE «107 Murray, recensait moins de cent personnes à Lorette.Aujourd\u2019hui, la tribu est plus vivante que jamais.Elle attire l\u2019attention.Elle provoque des réactions.* * * André Beauchamp Gérer le risque, vaincre la peur, Bellarmin, Montréal, 1996, 192 pages.T jpc sociétés modernes sont exposés aux dangers du sang contaminé, de la vache folle ou de cataclysmes naturels.Parfois, ces phénomènes prennent des proportions catastrophiques.Ils ne sont pas toujours prévisibles.Mais l\u2019auteur croit qu\u2019il est possible de concevoir une gestion du risque efficace.Il propose une conception ethnique et des modes d\u2019évaluation du risque.Il met en lumière la responsabilité des scientifiques.La gestion du risque commande plus d\u2019équité que de raffinement des techniques d\u2019évaluation.André Beauchamp est un spécialiste de la consultation publique.Il constate l\u2019écart entre la science du risque et l\u2019inquiétude des citoyens.Il est un éthicien de l\u2019environnement.Ex-président du Bureau d\u2019audiences publiques sur l\u2019environnement, il est membre de la Chaire de recherche en éthique de l\u2019environnement Hydro-Québec/McGill.J 108 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE LECTURES Nous avons reçu: André-J.Bélanger, Introduction à l\u2019analyse politique, PUM, 1996, 326 p.Luc Bernier, De Paris à Washington, la politique internationale du Québec, PUQ, 1996, 159 p.Pierre Bourgault, La colère, Écrits polémiques, tome 3, Lanctôt Éditeur, 1996, 313 p.Gilles Bourque et Jules Duchastel, L\u2019identité fragmentée, Fides, 1996, 380 p.André Champagne, L\u2019histoire du régime français, Coll.Entretiens avec l\u2019histoire, Septentrion, 1996, 185 p.André Champagne, Le Québec des XVIIP et XIXe siècles, Coll.Entretiens avec l\u2019histoire, Septentrion, 1996, 254 p.Jean-Charles Claveau, Les pionniers de la seigneurie de Murray Bay, Éditions Fleur de Lys, 1996, 190 p.Robert Comeau et Rodrigue Tremblay, Stanley Bréhaut Ryerson, un intellectuel de combat, Vent d\u2019ouest, 1996, 426 p.Claude Corbo, Lettre fraternelle raisonnée et urgente à mes concitoyens immigrants, Lanctôt Éditeur, 1996, 137 p.Roch Côté, Québec 1997, Fides-L?Devoir, 1996, 458 p.Serge Courville et Normand Séguin, Le coût du sol au Québec, RU.L., 1996, 184 p.Serge Courville, Jean-Claude Robert, Normand Séguin, Atlas historique du Québec, Le pays laurentien au XIXe siècle, PUL, 1996 171 p.Georges Dor, Anna braillé ène shot, Essai sur le langage parlé québécois, Lanctôt Éditeur, 1996, 191 p.Fernand Dumont, Raisons communes, Boréal, 1995, 255 p.L'ACTION NATIONALE «109 Pierre Falardeau, 15 février 1839, scénario, Stanké, 1996, 169 p.Jacques Ferron, Une amitié bien particulière, Lettres à John Grube, 1990, Boréal, 256 p.Marcelle Ferron, L\u2019esquisse d\u2019une mémoire, Éditions des Intouchables, 1996, 299 p.Jean-Guy Genest, Godbout (Adélard), Septentrion, 1996, 390 p.Louis Gill, Fondements et limites du capitalisme, Boréal, 1996, 887 p.Jacques Guimont, La petite ferme du Cap-Tourmente, Septentrion, 1996, 228 p.Louis-Edmond Hamelin, Écho des pays froids, PUL, 1996, 482 p.Pierre-André Julien et Martin Morin, Mondialisation de l\u2019économie et PME québécoises, Presses de l\u2019Université du Québec, 1996, 204 p.Roger Julien, Un peuple, un projet, Éditions écosociété, 1996, 175 p.Hélène Kerbiriou, Les Indiens de l\u2019Ouest canadien vus par les Oblats, Septentrion, 294 p.Jacques Lacoursière, Histoire populaire du Québec, T.3, Septentrion, 1996, 494 p.Henri Lamoureux, Le citoyen responsable, L\u2019éthique de l\u2019engagement social, VLB éditeur, 1996, 197 p.André Lefebvre, De l\u2019enseignement de l\u2019Histoire, Guérin, 1996, 207 p- Josée Legault, Les nouveaux démons, VLB Éditeur, 1996, 238 p.Pierre Martel et Laganière Hélène, Le français québécois, usages, standard et aménagement, P.U.L., 1996, 141 p.Guy Rocher, Études de sociologie du droit et de l\u2019éthique, Éditions Thémis, 1996, 327 p.Paul-Émile Roy, La magie de la lecture, Humanitas, 1996, 156 p.Bernard Saint-Aubin, Une histoire universelle, Guérin, 1996,427 p.Marc Saint-Hilaire, Peuplement et dynamique migratoire au Saguenay 1840-1960, PU.L, 1996, 285 p- 110» L'ACTION NATIONALE Gérard Saucier, Sur les traces d\u2019un bâtisseur en Abitibi, Pierre Saucier, PUQ, 1996, 281 p.Florian Sauvageau, Les politiques culturelles à l\u2019épreuve, IQRC, 1996, 394 p.J.R.M Sauvé, Géopolitique et avenir du Québec, Guérin littérature, 1996, 348 p.Rémi Savard, L\u2019Algonquin Tessouat et la fondation de Montréal, L\u2019Hexagone, 1996, 233 p.Michel Vastel, Lucien Bouchard, En attendant la suite., Lanctôt Éditeur, 1996, 233 p.1-ACTION NATIONALE «111 Maintenir le cap L\u2019Action nationale brasse des idées.Elle critique.Elle propose.Au cours de la dernière année, elle a parlé des «coupures bêtes et méchantes».Elle a souligné l\u2019hésitation du Premier ministre du Québec à promouvoir la souveraineté.Voilà que monsieur Lucien Bouchard vient de prononcer le discours que nous voulions entendre! Nous sommes heureux d\u2019en reproduire de larges extraits.Le lecteur doit se souvenir que LAction nationale est indépendante des partis politiques et quelle est indépendantiste, pas bloquiste, ni péquiste.Extraits du discours du Premier ministre, LUCIEN BOUCHARD1 «Qu\u2019allons-nous leur dire, aux femmes et aux hommes du Québec, à compter d\u2019aujourd\u2019hui?Nous allons leur dire trois choses assez simples, au fond.Nous allons leur dire que le gouvernement des Québécois prépare un Québec solide, un Québec solidaire, un Québec souverain.Un Québec solide «Un Québec solide.Nous sommes en train de solidifier, pour longtemps, les fondations de l\u2019État des Québécois.Nous 1.Extrait du discours du Premier ministre, Lucien Bouchard, prononcé à l'ouverture du Conseil national du Parti québécois, le 25 janvier 1997; les sous-titres sont de nous et les points de suspension annoncent des coupures.au texte.112» L\u2019ACTION NATIONALE avons encore de grandes décisions à prendre, dans le prochain budget et dans les prochains crédits de ce printemps, mais nous savons d ores et déjà qu avec 1 appui des Québécois et de nos partenaires, nous sommes fermement engagés dans la voie de la réussite.«Ce travail de solidification, nous ne le faisons pas pour faire plaisir aux agences de cotation ou aux investisseurs étrangers.Au contraire, nous le faisons pour qu\u2019ils aient de moins en moins de prise sur nos décisions.nous le faisons pour que nous soyons moins dépendants de leurs humeurs et de leurs taux d\u2019intérêt.«Nous le faisons pour être, dans tous les sens du terme, indépendants! «Un Québec solide c\u2019est aussi un Québec où l\u2019emploi progresse.Nos efforts d aide à l\u2019exportation, à la recherche et au développement, le coup d\u2019accélération que nous donnons à l\u2019économie sociale, l\u2019allégement de la taxe sur la masse salariale et le partage du travail, la déréglementation, la réduction du temps de travail, le démarrage des petites entreprises, la relance de la formation professionnelle, de l\u2019apprentissage et des stages en entreprises, toutes ces mesures visent la progression de l\u2019emploi, concrètement, réellement, durablement, dans chaque ville, chaque quartier et chaque village du Québec.«Pour faire reculer le chômage, nous agissons sur tous les fronts, nous empruntons chaque avenue, nous ne ménageons aucun effort.Nous allons appeler à la mobilisation générale des partenaires sociaux, sur chaque territoire de MRC, grâce à la mise en place progressive des guichets uniques pour l\u2019entreprise et pour l\u2019emploi et la mise en oeuvre, dans les plus brefs délais, de nouveaux plans locaux de création d\u2019emplois.«Ces décisions que nous avons conçues et prises l\u2019an dernier, au Sommet sur l\u2019économie et l\u2019emploi, nous allons les réaliser cette année et nous voulons que leur impact soit rapide et tangible.«Je vais vous parler d\u2019un autre aspect de notre économie que le gouvernement des Québécois est en train de solidifier pour de bon: nos sociétés d\u2019État.Hydro-Québec, rénovée, relancée, avec une nouvelle entente exemplaire avec ses syndiqués et une direction dynamique et déterminée, est en train de redevenir, sous nos yeux, le symbole de la force économique du Québec chez nous et à LACTION NATIONALE «113 l\u2019étranger.Les alliances stratégiques conclues en Asie comme son agressivité nouvelle pour conquérir les nouveaux marchés de l\u2019énergie aux États-Unis, la nouvelle symbiose avec Gaz Métropolitain, sont prometteuses de croissance, d\u2019emplois et de revenus pour tous les Québécois.«La nouvelle alliance entre Hydro et Gaz Métro en fait d\u2019ailleurs le plus grand partenariat électrique et gazier en Amérique du Nord.«La Société générale de financement, de son côté, prend, elle aussi, le tournant du partenariat dans l\u2019investissement de haute-technologie au Québec, et sera appelée à jouer un rôle plus dynamique pour susciter et accompagner le développement économique.«La Caisse de dépôt et placement, qui a toujours été présente sur les marchés boursiers étrangers, a décidé de le faire maintenant en s\u2019associant directement à nos entreprises qui créent de l\u2019emploi au Québec en offrant l\u2019excellence québécoise un peu partout sur le globe.«Hydro-Québec, la SGF, la Caisse de dépôt et placement, la compagnie Gaz Métropolitain sont en train de redevenir une source de fierté et de solidité pour l\u2019économie québécoise, à côté des autres grandes réalisations économiques du secteur privé.«Cette reprise en mains de nos affaires, c\u2019est également une reprise de la confiance en soi, une reprise de confiance en notre capacité collective et en notre avenir.«Au fond, derrière ces alliances, ces investissements, ces taux de rendement, se profile l\u2019essentiel: notre capacité de nous tenir debout, notre capacité d\u2019être indépendants! «Un Québec solide, donc, capable et confiant en sa force et son avenir.Un Québec solidaire «Un Québec, aussi, solidaire.Nos actions en matière de finance et d\u2019économie nous permettent d\u2019avoir, une fois pour toutes, les moyens de notre solidarité.Dans un monde où tout se modifie autour de nous.LÉtat doit incarner la sécurité collective qui permet, 114» L'ACTION NATIONALE justement, à l\u2019individu de prendre des risques, de se montrer audacieux et ambitieux.Les réformes que nous mettons en place assurent donc une solidarité à long terme, assise sur notre solidité financière retrouvée.«Et il n\u2019est pas question d\u2019attendre pour renforcer la solidarité québécoise.C\u2019est maintenant que nous avons besoin de ce Québec solidaire, et nous le construisons aujourd\u2019hui.«Nous avons d\u2019ailleurs une priorité absolue: les enfants du Québec et les familles du Québec.Nous avons dévoilé cette semaine la nouvelle politique familiale du gouvernement des Québécois.Ce n\u2019est pas seulement une politique pour le futur, c\u2019est d\u2019abord une politique pour le présent.«Le premier juillet prochain - dans cinq mois - les familles québécoises recevront leur premier chèque mensuel d\u2019allocation unifiée pour enfants.Pour les familles de deux parents qui travaillent à faible revenu, l\u2019allocation signifiera un montant nouveau, supplémentaire, pouvant atteindre 1 600 dollars par an pour le premier enfant.Pour une famille monoparentale à faible revenu, ça signifiera 2 900 dollars par an, de plus, dans le budget familial.«En septembre, dans sept mois, la maternelle à temps plein sera offerte, gratuitement, à tous les enfants de cinq ans.Nous commencerons dès cet automne à offrir progressivement des services de garde, à cinq dollars par jour, aux enfants de 4 ans, puis l\u2019an prochain à ceux de 3 ans et ainsi de suite jusqu\u2019à ce que l\u2019offre de services de garde touche tous les âges.Chaque fois, nous donnerons la priorité aux familles défavorisées.«Nous pensons aussi aux enfants à naître et aux congés de maternité car, à compter du premier janvier de l\u2019an prochain, nous mettrons en place un régime d\u2019assurance parentale qui couvrira toutes les situations, y compris les mères qui ont un travail autonome ou précaire et qui n\u2019avaient pas, jusqu\u2019ici, droit à un tel régime.Il faut faire en sorte que toutes les familles québécoises qui veulent avoir des enfants sachent qu elles peuvent se consacrer à plein temps aux soins de leur nouveau-né, ou de l\u2019enfant qu\u2019elles viennent d\u2019adopter, sans pénalité financière.«C\u2019est une idée neuve au Québec.Cette politique familiale globale s\u2019ajoute à plusieurs autres que le gouvernement a adoptées LACTION NATIONALE «113 en faveur des enfants, des familles et des femmes.Le régime de perception automatique des pensions alimentaires permet de corriger une injustice trop longtemps tolérée.La défiscalisation des pensions et la nouvelle grille de calcul permettent d\u2019assurer plus de sécurité et plus de dignité financière aux familles monoparentales.«Le nouveau régime d\u2019assurance-médicaments a instauré, depuis le premier janvier et dans presque tous les cas, la gratuité des médicaments pour les enfants, les adolescents et les étudiants à temps plein en situation familiale.La jeunesse québécoise bénéficie dorénavant de la solidarité pour les médicaments, comme plus d\u2019un million de Québécois qui en étaient jusqu\u2019à maintenant dépourvus.«Et je n\u2019ai pas parlé de l\u2019équité salariale, une des lois les plus progressistes au monde en la matière.On sait aussi que la majorité des travailleurs au salaire minimum sont des femmes.Or en ces temps de gel et de restrictions salariales, n\u2019ayons pas peur de souligner que la catégorie de Québécois qui ont bénéficié de la plus substantielle hausse de salaire depuis un an et demi sont les petits salariés, car le gouvernement des Québécois a augmenté le salaire minimum de 12% depuis octobre 1995.Et avec la réduction de la semaine de travail à 40 heures, nous ferons en sorte que les travailleurs soient payés en temps supplémentaire, cette année dès la 43e heure, l\u2019an prochain dès la 42e, et ainsi de suite jusqu\u2019à 40 heures.«Un Québec solidaire, c\u2019est aussi la réforme de la Régie des rentes, qui donne à nos jeunes la sécurité d\u2019une retraite équivalente à celle de leurs aînés.C\u2019est ouvrir l\u2019aide juridique à 650 000 nouveaux ménages à faible revenu.C\u2019est adopter, comme nulle part ailleurs en Amérique, le principe de l\u2019appauvrissement zéro pour les Québécois qui ne peuvent accéder au marché du travail.C\u2019est œuvrer, comme jamais auparavant, pour l\u2019acquisition de connaissances et l\u2019accès à l\u2019emploi, grâce notamment à un fonds de solidarité de 250 millions de dollars pour aider nos concitoyens à sortir de la pauvreté.«Je ne pense pas qu\u2019on puisse trouver un autre gouvernement, en Amérique, en Europe ou ailleurs, qui déploie autant d\u2019énergie et de ressources pour la solidarité sociale, alors même qu\u2019il procède à un assainissement rapide des finances.116» L'ACTION NATIONALE «Un Québec solidaire, c\u2019est donc un Québec où les jeunes et les aînés, où les travailleurs à faible revenu et les démunis, les familles et les retraités, savent qu\u2019ils peuvent compter sur la grande famille québécoise.Ils savent que l\u2019aide à l\u2019enfance, à l\u2019équité, à la retraite, sont des acquis inattaquables, reposant sur la générosité active des Québécois et sur des assises financières solides.Un Québec souverain .«Souverain, le Québec doit l\u2019être, pour devenir encore plus solide et encore plus solidaire.Mais il doit l\u2019être avant tout parce que nous sommes un peuple impatient d\u2019être maître de toutes ses décisions.«Lorsque vous expliquerez aux Québécoises et aux Québécois les décisions que nous mettons en oeuvre, dites-leur: Regardez ce que nous avons fait, en un an, ensemble.Dans notre Assemblée nationale, à notre conférence socio-économique et à notre Sommet.Regardez comment les Québécois ont la capacité d\u2019innover et d avancer, rapidement, résolument, pour améliorer leur condition.«Et comparez avec les dossiers qui nous échappent, parce que nous ne sommes pas souverains.Vous le savez, nous tentons de négocier en ce moment avec Ottawa la gestion des mesures actives de la formation et du perfectionnement de la main-d\u2019œuvre, si crucial pour 1 emploi au Québec.Cette revendication fait l\u2019objet d un consensus general chez tous nos partenaires.Si nous réussissons a nous entendre, cette année, savez-vous quel anniversaire nous célébrerons à ce sujet?Le trentième anniversaire de cette revendication québécoise.«Alors vous voyez, c\u2019est simple.Quand les Québécois ont la capacité de décider seuls, ensemble, ils bougent en quelques mois.Quand il faut attendre le reste du Canada, ça prend au moins 30 ans.«Les Québécois n\u2019ont pas les moyens de subir les lenteurs fédérales.«Nous voulons être maîtres de toutes nos décisions, maîtres de nos objectifs et de nos réalisations.Maîtres de notre immigration et de notre politique linguistique.Maîtres de notre identité de peuple.Les Québécois, et surtout les Néo-Québécois, sont victimes ces L'ACTION NAnONALE \u2022 1 17 temps-ci d\u2019une campagne de propagande fédérale aussi ridicule que coûteuse.Après l\u2019opération drapeau, on a l\u2019opération publi-repor-tage, puis l\u2019opération «voyages gratuits aux Rocheuses», sûrement une invention de Jean Chrétien.«Nous avons beaucoup d\u2019atouts dans notre jeu.En février, le gouvernement fédéral va nous en donner d\u2019autres: un budget fédéral.Un budget qui va prouver, encore une fois, que le fédéralisme nuit aux efforts du Québec.Posez-vous quatre questions, le soir du budget fédéral: «Premièrement, est-ce qu\u2019Ottawa va confirmer que malgré les réserves considérables qu\u2019il a réussi à dégager sur notre dos, il va continuer de pelleter 1,2 milliard de son déficit dans la cour du Québec pour l\u2019année qui vient?Si oui, nous pourrons expliquer aux Québécois que nous payons cher la mauvaise gestion du fédéralisme et les coûts exorbitants qu\u2019il nous impose.« Deuxièmement, Ottawa est maintenant parfaitement informé de la nouvelle politique familiale et d\u2019assurance parentale québécoise qui fait consensus chez nous et qui répond aux besoins spécifiques des Québécois.Est-ce qu\u2019il va par conséquent se retirer complètement de ce champ de compétence et nous donner tous nos points d\u2019impôts, comme on le réclame depuis des décennies?S\u2019il refuse, nous pourrons expliquer aux Québécois comment Ottawa se fiche de nos valeurs, de nos orientations et de nos priorités en matière familiale.«Troisièmement, Ottawa sait très bien que les milieux économiques et financiers québécois sont farouchement opposés à son projet d\u2019une nouvelle commission centralisée des valeurs mobilières.Cette commission canadienne ferait mal, économiquement, à Montréal.Est-ce qu\u2019Ottawa va annoncer qu\u2019il abandonne cette idée néfaste?Sinon, nous pourrons expliquer aux Québécois qu\u2019Ottawa décide de nuire, en toute connaissance de cause, à l\u2019économie de Montréal.«Quatrièmement, est-ce qu\u2019Ottawa va faire preuve d\u2019équité envers le Québec en nous donnant l\u2019argent qu\u2019il nous doit pour l\u2019harmonisation de la TPS, comme tout le Sommet l\u2019a réclamé?Est-ce que M.Martin va annoncer qu\u2019il rend au Québec les deux milliards de dollars qui nous sont dus?Ou est-ce qu\u2019il va continuer 118» L'ACTION NATIONALE à subventionner les Maritimes, comme le Nouveau-Brunswick, pour que Frank McKenna vienne tenter de marauder nos entreprises avec notre propre argent?Si Ottawa refuse de rendre cette élémentaire justice aux Québécois, nous pourrons leur expliquer comment Ottawa se fiche de la justice et de l\u2019équité quand on parle du Québec.* * * «Vous savez que j\u2019ai eu l\u2019occasion de passer quelques jours avec M.McKenna et les autres premiers ministres dans une mission commerciale en Asie.Avant de quitter Bangkok, les journalistes m ont demandé quelles leçons politiques je tirais de ce voyage.Je leur ai répondu que je tirerais ces conclusions une fois de retour au Québec.Je pense que c\u2019est le bon moment.«D\u2019abord pour souligner que ce qui m\u2019a frappé le plus, c\u2019est le dynamisme des entrepreneurs québécois, la qualité de leurs produits et de leurs services et l\u2019excellente réputation dont ils jouissent dans les pays que j ai visités.Nous avons de bonnes raisons d\u2019avoir confiance en l\u2019avenir et j\u2019ai acquis la conviction que loin d\u2019être des victimes de l\u2019incontournable mondialisation, les Québécois peuvent en être les gagnants.Cette mission, et plus encore les missions commerciales dirigées par les ministres québécois et celles que je dirigerai moi-même, doivent ouvrir les portes à nos exportations, aux produits que fabriquent nos travailleurs.La moitié de notre richesse dépend de notre capacité d\u2019exporter ce que nous fabriquons et nous avons là un potentiel de croissance économique et de création d\u2019emplois considérable.«Pour ce qui est des autres premiers ministres, je les avais d\u2019abord rencontrés en juin à Ottawa, en présence de M.Chrétien.On avait parlé de politique, on ne s\u2019était pas entendus et on s\u2019était quittés en constatant l\u2019échec et le désaccord.«Cette fois-ci, on na pas parlé de politique.On a seulement parlé d\u2019échanges commerciaux, d\u2019intérêts économiques, d\u2019investissements.On n\u2019a pas essayé de se convaincre les uns les autres de ce qui était souhaitable pour nos peuples.On a seulement laissé parler l\u2019intérêt économique.Et on a constaté l\u2019accord et la réussite.«Pour moi, il y a deux grandes leçons dans ce voyage.La première c\u2019est que, pour mettre fin aux chicanes qui durent depuis L\u2019ACTION NATIONALE «119 des siècles, le peuple canadien devrait arrêter de dire aux Québécois comment gérer leurs affaires.De cette façon, les Canadiens pourront construire leur pays à leur guise.Pour être plus sereins, les deux peuples doivent par conséquent être souverains.«La deuxième leçon c\u2019est que, lorsqu\u2019on laisse les Québécois et les Canadiens faire des affaires, dans leur intérêt, ils réussissent, que ce soit au Québec, au Canada ou en Asie.«La souveraineté politique, le partenariat économique, c\u2019est la seule formule gagnante pour nous et pour eux.«La voie du succès est maintenant toute tracée.Une élection fédérale, d\u2019abord, testera notre énergie, notre organisation et notre capacité de convaincre.Une élection québécoise, ensuite, nous permettra d\u2019ouvrir la porte de la campagne référendaire.«Je vous sens prêts pour ces victoires à venir, je vous sens impatients de retourner sur le terrain, de mobiliser, d\u2019organiser, de gagner.Moi, je peux vous dire que je le suis.Nous sommes prêts pour l\u2019étape décisive, nous sommes prêts pour la souveraineté.U 120 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Quelques perles de mon sottisier Paul-Émile Roy L/a hargne des journaux anglais du Canada à l\u2019endroit du Québec me surprend toujours.Est-ce de la discourtoisie ou du fanatisme?Jugez-en par vous-même.Plusieurs Galganov «Un Galganov n\u2019est pas suffisant.Il nous faut plusieurs centaines de Galganov décidés et consentants à être persécutés et emprisonnés si nécessaire pour défendre les droits des individus».Lettre à The Gazette, 3 décembre 1996 L\u2019intolérance «La Raison pour laquelle je suis si opposé à la sécession du Québec du reste du Canada et pour laquelle je veux lutter contre elle par tous les moyens que la démocratie met à ma disposition, n\u2019est certainement pas que je crois que les Québécois sont moins tolérants que les autres Canadiens.Non, c\u2019est que je suis convaincu que la sécession menacerait la tolérance «.Et un peu plus loin: «La sécession est le type de démarche de division qui peut plonger la plus tolérante des populations dans l\u2019intolérance».Stéphane Dion, The Gazette, 3 décembre 1996 Une des minorités «À Toronto, par exemple, les 100 000 francophones constituent juste une des centaines de minorités vivant dans la ville la plus multi-culturelle du Canada.Ici, le mot «pure laine «ne signifie rien de plus que tout ce que vous pouvez trouver sur un chandail Benetton».The Gazette, 1er décembre 1996 L'ACTION NATIONALE «121 À propos du Canada «Les jeunes Québécois apprennent peu de choses à propos du Canada de ce temps-ci.Si bruyants que soient les détracteurs de l\u2019indépendance du Québec, ceux qui parlent le plus fort ne pensent pas au pays mais à leurs propres intérêts dans ce pays».Gretta Chambers, The Gazette, 6 décembre 1996 Un complot «Ce que (Diane) Francis décrit comme son étude exhaustive de la situation du Québec, l\u2019a amenée à conclure que l\u2019indépendance, dans toute son illégalité, n\u2019est rien qu\u2019un complot pernicieux monté par très peu de personnes - à peu près 500 selon son estimation - pour circonvenir les pratiques et les principes démocratiques pour tromper un électorat bête et niais».Gretta Chambers, The Gazette, 6 décembre 1996 Jean Chrétien À propos de sa promesse, pendant la campagne électorale, d\u2019abolir la TPS, le Premier ministre Jean Chrétien a soutenu qu\u2019il n\u2019avait jamais pris cet engagement: «En face d\u2019une salle pleine de Canadiens ordinaires et devant des milliers d\u2019autres qui le regardaient à la télévision, le Premier ministre du Canada a dit un mensonge.Pas une blague, pas une expression équivoque, ni une remarque grossière \u2014 un mensonge impudent, grossier.Les Canadiens peuvent pardonner à un Premier ministre qui ne respecte pas une ou deux promesses.Ils ne peuvent pardonner à un Premier ministre qui les regarde dans les yeux et qui ment».The Globe and Mail, 12 décembre 1996, éditorial L\u2019identité québécoise «Les individus ont une identité.Les populations comprises dans un territoire n\u2019en ont pas, si ce n\u2019est de façon métaphorique.Le mot «identité «, comme ceux d\u2019«âme», de «personnalité collective», suggère un singulier principe d\u2019organisation, donnant unité et sens au tout.Peut-être peut-on dire d\u2019un État islamique qu\u2019il a 122» L'ACTION NATIONALE une identité.En un certain sens, on pouvait reconnaître à l\u2019ancienne Union soviétique, sous Staline, une identité conférée par le sang et la terreur.Mais les États libéraux démocratiques n\u2019ont pas d\u2019identité».William Johnson, The Gazette, 13 décembre 1996 Message aux Québécois Beaucoup de gens, au Canada anglais, croient que vous avez abusé de leurs bonnes intentions.À vrai dire, certains croient que vous êtes devenus un fardeau domestique (les transferts de paiement) et un embarras international (la censure des Nations-Unies) qui n\u2019en vaut pas la chandelle.L\u2019opposition à l\u2019insertion de la clause de la société distincte dans la Constitution canadienne n\u2019est qu\u2019une réponse à ce dernier irritant».Joe Houlden, The Ottawa Citizen, 11 décembre 1996 La sorcière Faisant allusion à Lucien Bouchard qui ne pourrait plus se regarder dans le miroir si la loi 101 n\u2019était pas censurée, Keith Henderson termine son article par ces mots: «Miroir, miroir sur le mur, quelle est la plus belle de toutes les femmes?Ceux qui aiment les contes de fées le savent.Celle qui se regarde le plus intensément dans le miroir, c\u2019est la méchante sorcière».Keith Henderson, The Financial Post, 11 décembre 1996 L'ACTION NATIONALE «123 1917-1997 Quand on a 80 ans.«La jeunesse de 1 esprit quand on n\u2019est plus jeune, c\u2019est la plus belle des jeunesses.» L\u2019Action nationale est octagénaire.Elle a défié toutes les tempêtes.Toutes les batailles elle a vécu.L\u2019idée d\u2019un pays, elle a semé.Le temps de la récolte est venu.Hélas! les politiciens sommeillent.Mais la revue conserve l\u2019espoir.Elle fixe le cap sur l\u2019avenir.Son verre est à moitié plein.Hélas! il ne sera pas possible de raconter le chemin parcouru, faute de ressources matérielles.Mais au fil des mois, la revue présentera le fil conducteur de sa pensée et de ses combats.Elle publiera de larges extraits d\u2019articles parus depuis 1917 qui s\u2019insèrent dans l\u2019actualité.L\u2019observateur averti constatera le perpétuel recommencement d\u2019un peuple sans mémoire.Le problème économique Richard Arès Notre organisation économique Olivar Asselin La dictature économique Eugène L\u2019Heureux Profil de la dictature François-Albert Angers Les Américains et nous Esdras Minville 124» L\u2019ACTION NATIONALE Janvier 1943 Notre question nationale le problème économique Richard Arès1 c V_vhez les Canadiens français, en particulier, le problème économique pose une question vitale: celle de l\u2019avenir de leur culture française et partant de leur nationalité.I- La situation actuelle : faits et témoignages .Nous sommes pris dans un régime économique qui de par son caractère nous est étranger.et qui.nous maintient pratiquement en état de constante infériorité.L\u2019élément français, sur le terrain économique, n\u2019est pas seulement en posture d\u2019infériorité, il est aussi en état de dépendance et même de servitude; ce qui implique par conséquent que «d\u2019autres» y exercent non seulement la prépondérance, mais aussi le monopole et même la dictature.Notre dépendance économique Cette infériorité économique révélée par les chiffres précédents s\u2019accompagne d\u2019une dépendance.1) La nature De toutes les ressources naturelles, mises à notre disposition par l\u2019Acte de 1867, seul le sol cultivable échappe encore jusqu\u2019ici à l\u2019emprise du monopole étranger.Au sujet de notre domaine minier.tous les grands établissements miniers du Canada.appartiennent soit aux Anglo-Canadiens, soit aux Américains.Dans le domaine forestier, la situation 1.L\u2019Action nationale, janvier 1943, pp.64-90.L'ACTION NATIONALE «125 n\u2019est pas plus reluisante.En 1937, on répartissait ainsi la part prise par les principaux groupes dans la production du papier: Canadiens anglais 67%, Américains 31.15%, Canadiens français 1.85%.2)\tLe travail Dans notre province, nous fournissons la force travail.Comme, dans l\u2019industrie, le commerce et la finance, «nous sommes au dernier rang pour ce qui concerne les propriétaires», rien d\u2019étonnant si les rôles de chefs, de patrons, d\u2019employeurs, de gérants nous échappent.3)\tLe capital Les chiffres indiquent suffisamment que les grands capitaux ne sont pas de notre côté: l\u2019on sait aussi d\u2019après le travail de M.Beaudry, que nous ne comptons que pour 20% dans le capital industriel de la province, quand en réalité, il nous faudrait compter pour 80%.Mais le plus grave, c\u2019est que cette infériorité comporte une dépendance extrêmement préjudiciable: l\u2019argent gagné si péniblement par les nôtres s\u2019engouffre dans les entreprises anglo-saxonnes.4)\tNotre servitude économique Car il y a servitude économique: ce qui précède le laisse entrevoir, ce qui suit achèvera de le démontrer.La prépondérance exercée par «les autres» dans notre province n\u2019est pas seulement accapa-reuse, monopolisatrice, elle se fait encore dominatrice, quelquefois même oppressive: le monopole tend à se transformer en dictature.Les dictateurs économiques.ont étouffé toutes les industries portant ombrage à leur monopole, ne reculant devant aucune accusation, aucune assertion, aucune machination;.ils se sont emparés avec leur argent, surtout avec l\u2019argent des autres, de tous les moyens nécessaires à l\u2019exercice de la dictature: politique, presse, banques, services publics et industries de base1.1.L\u2019Action nationale, février 1933.126» L'ACTION NATIONALE II- Les conséquences Pour notre peuple, les conséquences d\u2019une telle situation économique touchent au désastre.Nous avons perdu la bataille économique et voilà que cette défaite aggrave tous nos autres problèmes nationaux.Non seulement le problème économique, ainsi qu\u2019on l\u2019a dit déjà, est devenu une question nationale, mais la question nationale elle-même est, pour une large part aujourd\u2019hui un problème économique.1)\tL\u2019économique et le problème social .N étant plus maîtres de notre vie économique, nous avons du subir le régime qui faisait 1 affaire des «autres».Or, ce régime.a transformé notre peuple en un peuple de gagne petit, de salariés toujours incertains du lendemain, accentuant la déchéance de nos classes moyennes vers le prolétariat et même vers le paupérisme.2)\tL\u2019économique et le problème politique .En fait, la servitude économique ne vient jamais seule et, comme 1 écrivait Asselin, «un peuple qui ne jouit pas de liberté économique est condamné à la servitude politique».Ce désordre a pour suite fatale 1 impuissance du pouvoir.Au problème économique tout comme au problème social, il n\u2019a pu apporter que des.palliatifs: assurances pour accidents, pensions de vieillesses, allocations aux mères nécessiteuses, travaux de routes ou de ponts, crédit agricole, etc.Les enquetes ont pu révéler les abus les plus criants, 1 État n a pas bougé, il ne s\u2019est pas décidé aux réformes de structure.3)\tL\u2019économique et le problème culturel .L\u2019économique n\u2019est pas pour mais contre nous.Et cela surtout parce que, dans ce qu\u2019il a de plus fort et de plus irrésistible, il est le produit, non pas de notre civilisation canadienne-française mais d\u2019une civilisation rivale.En définitive, c\u2019est un conflit de civilisations, de cultures que 1 économique déclenche nécessairement dans notre province.Qu\u2019on se rappelle la question de Siegfried: «Pourrez-vous subir, comme vous le faites, l\u2019américanisme économique et rester de culture française?» LACTION NATIONALE «127 Mars 1921 Les lacunes de notre organisation économique Olivar Asselin1 T jo mise en valeur des richesses naturelles, qui dans la sphère économique est pour le Canada français la question des questions, n\u2019a encore préoccupé chez nous que les politiciens.Et comme le politicien, au contraire de l\u2019homme politique, fait de la politique pour avancer ses affaires personnelles, notre régime de concessions forestières, hydrauliques, minières, a été, dans l\u2019ensemble, établi presque uniquement à l\u2019avantage des financiers et des industriels anglais.Pour ce qui est des forces hydrauliques, par exemple, tout le monde admettra qu\u2019en attendant que le Canadien français fût apte à la grande et à la moyenne industrie, ses ministres n\u2019avaient pas le droit de la priver de ce qui, chez nous, sera avant longtemps un facteur indispensable de succès industriel.L\u2019Histoire s\u2019étonnera qu\u2019à des prix dérisoires, on se soit empressé d\u2019affermer les chutes les plus puissantes du pays, comme si, une fois le régime emplytéotique imposé aux politiciens, il fallait au moins l\u2019empêcher de profiter aux Canadiens français.Ce qu\u2019ils ont fait pour les forces hydrauliques, nos politiciens l\u2019ont fait pour la forêt.Et ils continueront leur politique de trahison plus ou moins consciente tant qu\u2019il n\u2019aura pas été dressé, par les soins d\u2019un Comité économique indépendant du gouvernement, un inventaire complet des concessions faites jusqu\u2019ici.Le grand public, en notre province.n\u2019a pas idée du degré de dilapidation où le patrimoine national en est rendu.Ce n\u2019est pas à l\u2019heure où cette perspective s\u2019offre à nos yeux, que nous souscrirons sans réserve aux plaidoyers prononcés par 1.L\u2019Action française, mars 1921 p.131-146.128 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE certains de nos hommes publics en faveur de l\u2019industrialisation du Québec.Si ces messieurs ont en vue d\u2019enrayer l\u2019exportation des bois à pâtes de toute provenance, d\u2019exiger la transformation des produits miniers, en particulier de l\u2019amiante, dans les limites de la province, de forcer, sous peine de résiliation, le concessionnaire de forces hydrauliques à les exploiter, rien de plus raisonnable, et nous en sommes.Si l\u2019industrialisation intensive du Québec à l\u2019heure actuelle ne nous agrée pas, c\u2019est uniquement dans la mesure où elle pourrait supposer l\u2019abandon de nos dernières richesses naturelles à l\u2019étranger: le jour où notre race aura les connaissances techniques, l\u2019expérience administrative et les capitaux nécessaires pour réussir dans la grande industrie, elle ne devra pas hésiter à s\u2019y engager.Il y a donc lieu de rechercher de nouveaux moyens de faciliter l\u2019accès de l\u2019industrie à nos compatriotes.De ces moyens, les uns sont d\u2019ordre pécuniaire, et c\u2019est, notamment, une attitude plus sympathique, moins passive, des organismes de crédit à l\u2019égard de l\u2019industrie.Les autres sont d\u2019ordre intellectuel, et c\u2019est, par exemple, un meilleur enseignement des sciences requises dans l\u2019exploitation de nos richesses naturelles.Certaines de nos banques d\u2019escompte ont prêté en ces derniers temps une aide puissante aux entreprises industrielles : souhaitons que toutes puissent bientôt s\u2019adjoindre, pour l'étude des affaires de cette nature, de véritables conseils techniques qui leur aident à décider et à régler les avances intelligemment, au lieu de procéder trop souvent à l\u2019aveugle, ouvrant les crédits au petit bonheur de la digestion, et les coupant de même.Puisque la connaissance de la chimie est indispensable dans 1 industrie minière, la métallurgie, la fabrication des pâtes et papiers, faisons de la chimie industrielle une des matières principales de notre enseignement scientifique.De même, s\u2019il est vrai que le salut de la race dépende de son émancipation économique, les directeurs de l\u2019enseignement secondaire ne s\u2019étonneront pas qu\u2019on leur demande de faire une toute petite place dans leur programme à l\u2019économie politique.Un peuple maître de son industrie peut toujours se tailler une place dans le commerce.L\u2019entreprise commerciale proprement dite L'ACTION NATIONALE «129 est pour nous beaucoup moins urgente que l\u2019industrielle.Le Canada français fera bien, cependant, de jalonner dès maintenant sa route dans ce domaine.A n\u2019en juger que par les échos qui nous arrivent de leurs délibérations, on serait tenté de croire que nos Chambres de commerce, seul organisme capable de suppléer chez nous un ministère indifférent à tout ce qui est français, n\u2019ont sur le commerce extérieur ni vues sérieuses ni politique suivie: à peu près complètement abandonnée à l\u2019effort individuel, notre expansion commerciale progresse au hasard, va-comme-je-te-pousse.Sachons le reconnaître: dans toutes les sphères de l\u2019activité économique, nous n\u2019avons cessé de penser en vaincus.Cette disposition d\u2019esprit a tenu pour une part à notre déplorable éducation politique: la fierté n\u2019est pas une plante, et que l\u2019on cultive dans le champ que l\u2019on veut: c\u2019est une atmosphère; si elle fait défaut dans le domaine politique, elle manquera également dans l\u2019économique.On n\u2019a rien compris à la question économique, on n\u2019a apporté dans l\u2019action économique aucune idée.130» L'ACTION NATIONALE Février 1933 La dictature économique dans la province de Québec Eugène L\u2019Heureux1 L meilleure définition de la dictature économique serait peut-être celle-ci : la maîtrise absolue de quelques hommes sur toute la vie économique d\u2019une ou de plusieurs nations.Cette maîtrise est le fruit naturel du libéralisme économique engendré lui-même par les doctrines libertaires du dix-huitième siècle en réaction contre les principes d\u2019ordre, de justice et de charité que l\u2019Église, après des siècles de prédiction, d\u2019exemple et de travail, avait fait triompher au milieu des sociétés européennes.En mettant la liberté de l\u2019homme d\u2019affaires (homo œconomi-cus) au-dessus de la loi morale et de toute direction politique, en n\u2019imposant à la vie industrielle, commerciale et financière aucun autre régulateur que celui de la concurrence, le libéralisme économique a donné libre cours à toutes les cupidités, favorisé l\u2019étranglement des faibles par les forts, puis, finalement, soumis le marché au caprice de quelques-uns.En d\u2019autres termes, il a préparé les voies à une véritable dictature économique.La crise s\u2019accentue; elle paraît de plus en plus insoluble; et le silence fautif continue.On semble attendre, pour faire les admissions et les corrections nécessaires, que la dictature prolétarienne soit venue chasser la dictature des spéculateurs et s\u2019installer à sa place.Est-il donc vrai que l\u2019humanité soit imprudente et opiniâtre à ce point?À qui, sinon aux dictateurs économiques, sinon aux virtuoses de la spéculation, devons-nous la crise actuelle?1.L\u2019Action nationale, février 1933 p.67-78 L'ACTION NATIONALE «131 Ce sont eux qui ont causé la surcapitalisation et la surproduction; ce sont eux qui ont faussé la répartition de la richesse, en tirant des dividendes plantureux du machinisme.; ce sont eux qui ont habitué toutes les familles à vivre au-delà de leurs moyens par une génération excessive de la vente à tempérament;.ce sont eux qui ont dominé la politique, en faisant des hommes publics leurs instruments, tant par des souscriptions à la caisse électorale que par une distribution intéressée d\u2019avantages personnels; ce sont eux qui ont acheté la presse et trompé le public en semant les théories les plus abracadabrantes qu\u2019ils ont réussi, grâce à une publicité mensongère, à faire prendre pour des oracles.Or, si on supprime la surcapitalisation, si on proportionne la production au pouvoir d\u2019achat, si on demande au machinisme non plus des dividendes toujours plus considérables, mais des prix accessibles à la masse des consommateurs, si on habitue les familles à vivre selon leur revenu actuel,.si la politique redevient la «res publica» après avoir été trop longtemps une affaire oligarchique menée par des barons de la finance plus puissants que les Bonaparte, les César et les Alexandre, si la Presse recouvre sa liberté,.si tout cela se réalise la crise se dissipera bientôt, car on aura supprimé ses causes.C\u2019est la dictature économique qui a causé cette crise au milieu de laquelle nous nous débattons; c\u2019est la même puissance parasitaire qui l\u2019empêche de finir, en ligotant l\u2019autorité publique, dont la mission, en temps de calamité plus que jamais, comporte l\u2019orientation de la vie économique nationale et la suppression des abus.Les dictateurs économiques ont arraché à notre Province une vente prématurée de ses ressources naturelles, qui fut le principe de la plus monumentale faillite.L\u2019industrie de l\u2019électricité a été organisée par eux, selon leurs propres plans, sans aucune surveillance effective de l\u2019État, de telle façon que ce fluide magique, si utile à la vulgarisation du progrès sous ses multiples formes, est vendu trois fois plus cher qu ailleurs, en cette province incomparablement riche en énergie hydraulique.Les dictateurs économique ont étouffé toutes les industries portant ombrage à leur monopole, par exemple, les pulperies de Chicoutimi, la Machine Agricole de Montmagny, les fabriques de mise en conserve, etc.Ce sont encore les dictateurs économiques 132 \u2022 L'ACTION NATIONALE qui ont obtenu ou imposé des tarifs ferroviaires favorisant leurs entreprises au détriment de leurs concurrents, au mépris de la géographie et du bon sens.C\u2019est à eux que nous devons la centralisation excessive de toute l\u2019activité économique.Avec leur argent, surtout avec l\u2019argent des autres, qu\u2019ils manipulaient à leur gré, nos dictateurs économiques se sont emparé de tout ce qu\u2019il faut pour exercer une dictature: politique, presse, banque, services publics et industries de base.Le but poursuivi et atteint par nos dictateurs et bâtisseurs de trusts, ce fut 1 édification de leur propre fortune sur les ruines de 1 épargne accumulée laborieusement par les pauvres et les riches.Les dictateurs économiques n ont pu réaliser leurs projets mégalomanes sans transformer tout le peuple \u2014 moins eux \u2014 en un vaste prolétariat vivant de peu, devant compter trop souvent sur l\u2019assistance publique pour sa subsistance, cela dans une jeune province remplie de richesses naturelles à peine exploitées.Par des procédés bien ordonnés, mais efficaces, il faut arracher aux maîtres-spéculateurs 1 influence excessive qu\u2019ils exercent sur toute notre vie économique.Puis cette influence, il faut la partager entre des théoriciens formés ad hoc et des praticiens moins accapareurs que nos dictateurs actuels.Pour obtenir ce résultat, on doit amener 1 opinion publique à réclamer la fondation d un Conseil national contrebalançant, auprès des gouvernants, 1 influence hautaine et néfaste des spéculateurs qui font la pluie et le beau temps dans la finance, dans les services publics, dans la politique, dans la presse, dans 1 industrie et le commerce, en un mot, partout.Que la Propriété ait son mot à dire dans la gestion de la chose publique, nous en sommes; mais ce doit être la vraie Propriété et non la gérance de fabuleux capitaux mouillés, montés en pyramides et mariés à quelques piastres substantielles fournies, celles-là, par les épargnants, qui sont les dindons de toute cette farce dictatoriale.L'ACTION NAnONALE «133 Novembre 1944 Profil de la dictature économique au Canada-Français François-Albert Angers1 (>e qui frappe quand on examine l\u2019économie du Québec, c\u2019est qu\u2019on y retrouve cette accumulation d\u2019une énorme puissance d\u2019un pouvoir économique discrétionnaire, aux mains d\u2019un petit nombre d\u2019hommes qui d\u2019ordinaire ne sont pas les propriétaires, mais les simples dépositaires et gérants du capital qu\u2019ils administrent à leur gré.La concentration technique de la fonction industrielle En 1929,.10,5% des établissements s\u2019assuraient 88% de la production.En 1938,.on pouvait dire grosso modo que sur 8 700 établissements produisant pour 1 milliard, 8 000 ne prenaient que 200 millions, pendant que les 700 autres en conservaient 800 millions, avec 86% du capital et 71% des ouvriers engagés dans l\u2019industrie manufacturière.La concentration économique et financière .En 1935, les 2 400 sociétés par actions canadiennes classées dans ces annuaires ne représentaient que 381 unités indépendantes.Les 2 019 autres.sont sous le contrôle de grandes entreprises à caractère public.Or c\u2019est précisément dans ces entreprises qu\u2019on retrouve l\u2019existence de ce pouvoir discrétionnaire exercé sur de fortes sommes par des gérants que les véritables propriétaires peuvent difficilement déplacer.1.L\u2019Action nationale, novembre 1944, p.185-199.134» L'ACTION NATIONALE Les administrateurs qui se multiplient Et ce n est même pas tout.Il y a les relations entre administrateurs de diverses entreprises, par le jeu de présences des mêmes hommes dans les conseils de plusieurs compagnies.Cette formule moderne du don d\u2019ubiquité imbrique les diverses compagnies en un vaste système de contrôle du monde industriel, commercial et financier qui tend vers l\u2019unité de direction sous un groupe d\u2019hommes relativement restreint.C\u2019est ainsi qu\u2019en cette même année 1935, 50% des 4 235 administrateurs de compagnie enregistrés dans le Canadian Directory of Canadian Directors siégeaient à plus d un conseil, et près de 15 % à plus de 5 conseils, quelques-uns atteignant les 15, 25 et même 50 postes d\u2019administrateurs.La centralisation privée de la fonction bancaire .L\u2019évolution du régime bancaire au Canada a considérablement évolué vers la centralisation depuis 50 ans; or, même avec un contrôle d\u2019en haut, il est extrêmement important, pour empêcher que personne ne soit investi du pouvoir dangereux de dispenser le crédit selon son bon plaisir, qu\u2019une concurrence vraie persiste sur le marché des crédits bancaires.En dépit des apparences, il n\u2019empêche que trois des dix grandes banques disposent à elles seules de moyens qui leur permettent de consentir 70% des prêts.Ce qui veut dire que les autres peuvent difficilement entrer en lutte avec elles.Le défaut pratique le plus grave de notre système bancaire est surtout dans le fait de la participation active des administrateurs de banque aux conseils des grandes entreprises industrielles.C\u2019est ici.que les banquiers se créent des intérêts mutuels qui les lient plus ou moins les uns aux autres, rendant ou risquant de rendre purement illusoire en certains cas la concurrence.Il est indiscutable que des abus graves peuvent résulter de pareille pratique.À tous égards, il y a un péril d\u2019ordre public qu\u2019il importe de conjurer.Fonction bancaire et fonction industrielle confondues Quelques chiffres en montreront toute l\u2019étendue.En 1935, .les administrateurs de nos banques occupaient 760 postes d\u2019ad- LACTION NATIONALE \u2022 135 ministration dans 394 compagnies.Les trois banques de Montréal, Royale et Canadienne de Commerce étaient représentées dans 260 de ces 394 compagnies; elles se rencontraient toutes les trois dans 7 compagnies et par deux à la fois dans 31 autres.Dans une entreprise comme le Canadien Pacifique, on trouvait des représentants de 6 banques; de 5 banques, dans 3 compagnies; de 4, dans 9; de 3 dans 17 autres compagnies.Les banquiers se trouvaient ainsi en association directe avec 217 sociétés de services publics, 149 entreprises du groupe fer et acier, 99 compagnies s\u2019occupant de transformation des produits alimentaires, 124 entreprises de pâte à papier, 130 dans les transports, 79 dans la construction, 149 dans la minoterie, 34 dans la distillerie, 59 dans la distribution, 49 dans les textiles, 31 dans le pétrole, 23 dans le caoutchouc, 85 dans les divers.Prise maintenant dans son ensemble, la pyramide industrielle et financière canadienne peut à bon droit être appelée un régime de dictature économique.En soi, .une dictature économique peut être bonne comme peut l\u2019être une dictature politique.Mais dans le concret, ce ne peut être qu\u2019accidentel dans ce cas comme dans l\u2019autre.De sorte qu\u2019avant même d\u2019avoir établi des résultats, on est en droit de dire qu\u2019un pareil régime ne doit pas se perpétuer tel quel.(.) 136» L'ACTION NATIONALE Août 1923 Les Américains et nous Esdras Minville1 voisins du Sud, ambitieux et entreprenants, emboîtent le pas aux grandes puissances européennes dans la voie de l\u2019expansion coloniale.Désireux d\u2019asseoir leur hégémonie sur un territoire de plus en plus étendu, ils jettent les yeux sur le Pacifique et les pays du continent américain, du nord, du centre et du sud.En attendant qu\u2019une nouvelle interprétation de la doctrine Monrœ leur permette d aller «coloniser l\u2019Europe», ils s\u2019emploient activement à s\u2019implanter dans les divers pays qui, par leur situation géographique, leurs conditions économiques et politiques, gravitent dans l\u2019orbite des États-Unis.Peut-on vraiment s\u2019en étonner?(.) La politique d\u2019expansion territoriale des États-Unis est une conséquence du prodigieux développement économique de ce pays depuis 50 ans.(.).Déjà leur politique triomphe en Amérique méridionale, aux Antilles et dans le Centre-Amérique.(.) Les autres démocraties hispano-américaines, Bolivie, Pérou, Équateur, etc., nées d\u2019hier à la liberté, glissent rapidement sous leur tutelle, ne conservent plus à l\u2019endroit des Américains du Nord, qu\u2019une liberté théorique.Démesurément riches, aujourd\u2019hui, les Yankees utilisent l\u2019or et l\u2019utiliseront vraisemblablement de plus en plus comme médium de propagande et d\u2019expansion.C\u2019est par le dollar, arme moins bruyante, mais aussi puissante que le canon, qu\u2019ils entendent faire prévaloir leurs prétentions et implanter le drapeau étoilé sur les cinq continents.(.).Car les Américains, avec la ténacité et le sang-gêne qui leur sont propres, poursuivent à l\u2019heure actuelle, par le prêt et le contrôle financier, par le trust, la direction politique et l intervention directe 1.L\u2019Action française, août 1923, pp.97-105.LACTION NATIONALE «137 dans les affaires intérieures, comme à Cuba, à Haïti, à Panama, une campagne de conquête et d\u2019accaparement économique d\u2019autant plus effective et dangereuse que pacifique.(.) (.) New-York devient subséquemment notre banquier.En six ans, la situation du Canada, par rapport au Royaume-Uni et à la république américaine, change totalement d\u2019aspect.Les Américains sont de rudes concurrents.Laissés à nos seules ressources, nous pouvons difficilement rivaliser avec eux.Les emprunts répétés des pouvoirs publics, s\u2019ils constituent un placement sûr pour l\u2019épargne canadienne, sont aussi de nature à restreindre le crédit et à gêner le développement industriel et commercial du pays.L\u2019invasion américaine dans l\u2019industrie et le commerce canadiens progresse avec une rapidité déconcertante.Il suffit de jeter un coup d\u2019oeil autour de nous pour le constater.Systématiquement, et tous les jours, nos voisins nous refoulent et prennent notre place dans tous les domaines de l\u2019activité économique.Pour consolider les positions acquises, agrandir leur champ d\u2019action, ils lancent ici des entreprises nouvelles, en alimentent d\u2019autres de leurs capitaux, ou achètent, tout simplement, celles de nos institutions les plus florissantes qui leur font concurrence sur notre propre marché.En même temps que s\u2019accélère l\u2019envahissement de l\u2019industrie canadienne par le capital américain, les échanges commerciaux entre le Canada et les Etats-Unis se développent dans d\u2019énormes proportions.Il est vrai qu\u2019il faut tenir compte ici des conditions anormales qui ont prévalu au cours de la dernière décade mais cela ne change rien à notre état de sujétion économique vis-à-vis de la république voisine.Nous en dépendons dans une très large mesure pour notre approvisionnement, tant en produits fabriqués qu\u2019en produits naturels, le combustible par exemple.Il est naturel qu\u2019un pays comme le nôtre, en voie de formation, peu peuplé, possédant un territoire immense à mettre en valeur, dépende, dans une certaine mesure, de l\u2019extérieur pour son approvisionnement en objets manufacturés et qu\u2019il doive, pour assurer son essor, parfaire son outillage, développer ses ressources naturelles, faire appel au capital étranger.Mais encore, ce pays ne doit-il pas, sous prétexte de perfectionner son organisme économique, compromettre sa liberté en se laissant délibérément glisser sous la dépendance de l\u2019un de ses créanciers.138 \u2022 L'ACTION NATIONALE (.) Il y a plus.L\u2019attraction qu\u2019exerce sur nous le voisinage des États-Unis et qui se manifeste par l\u2019exode ininterrompu des nôtres vers la frontière, l\u2019engouement d\u2019un grand nombre d\u2019entre nous pour tout ce qui est étranger, l\u2019infiltration lente mais continue des moeurs et des habitudes américaines dans notre vie courante et, faut-il le dire, l\u2019inexplicable inertie de la masse du peuple canadien en face des problèmes d\u2019intérêt national, inertie que la grande presse, par son mutisme, ne se fait pas faute d\u2019entretenir, autant d\u2019indices qui laissent présumer quelle molle résistance nous pourrions opposer à la vague d\u2019américanisme en train de déferler sur le Canada.L'afflux croissant du capital américain dans notre industrie et nos finances publiques, l\u2019énorme développement des échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis depuis quelques années, mis en regard des ambitions politiques que nos voisins ne craignent pas d\u2019afficher et qu\u2019ils s\u2019efforcent de réaliser ailleurs, devraient suffire à éveiller chez nous l\u2019attention de ceux qui détiennent dans leurs mains l'orientation du pays.«L\u2019influence accompagne l\u2019argent», «le drapeau suit le commerce».Les Américains le savent; nous ne semblons guère nous en douter.Il serait temps d\u2019éclairer sur ce point l\u2019opinion populaire.Nous avons assez longtemps cédé le fonds et le revenu; songeons maintenant à réserver au moins ce qui nous reste du premier, si nous devons, pour un temps encore, sacrifier le second.L\u2019ACTION NATIONALE «139 Le français en Ontario Les deux cent cinquante mille Canadiens-français, descendants des pionniers qui ont conquis ce sol à la colonisation, qui l\u2019ont défriché, qui l\u2019ont arrosé de leurs sueurs, qui en ont fait leur patrimoine et qui entendent y vivre, m\u2019ont, un jour choisi pour leur défenseur.J\u2019ai donc le devoir de les défendre contre les attaques du pouvoir civil et contre les persécutions d\u2019un groupe qui invoque la religion pour les assaillir et qui demande à la crosse et à la mitre une victoire que leur propre nombre et leur insignifiance ne pourraient obtenir.Malheureusement les évêques de langue anglaise de la province de l\u2019Ontario sont, en majorité, les instigateurs des persécutions dont souffrent les Canadiens-français de leurs diocèses respectifs et c\u2019est un tribunal constitué presqu\u2019en totalité de ces mêmes personnages ecclésiastiques qui déciderait aujourd\u2019hui du sort de toute une race et de la survivance de sa langue.V Philippe Landry L\u2019Action française juillet 1917, 211-212 Notre patrimoine La pulperie de Chicoutimi Laurence Lambert F /n 18.>5, a Chicoutimi, 1 industrie du bois de sciage qui est le quasi-monopole de la famille Price1, est en déclin.Pour relancer 1 économie de la ville, le maire Joseph-Dominique Guay propose 1 établissement de nouvelles manufactures.Une campagne publicitaire est alors lancée a grande échelle et vante les avantages de Chicoutimi.Les propositions ne tardent pas: «Deux projets nous sont soumis, l\u2019un par une puissante compagnie qui veut faire venir du coton ici, l\u2019autre par une compagnie en voie de formation qui veut exploiter la pulpe du bois.(.) Disons tout de suite que chacune des deux manufactures s\u2019engagerait à employer 200 personnes et à payer 50 000$ de gages par année.(.) Si le projet se réalise, nous devrons le succès à l\u2019esprit d\u2019initiative que Chicoutimi a montré depuis six mois.En construisant l\u2019aqueduc, en dotant Chicoutimi de la lumière électrique, nous avons attiré sur 1.L\u2019industne du bois de sciage est à l\u2019origine de la ville de Chicoutimi 50 ans plus tôt.\tr LACTION NATIONALE \u2022 14 1 notre ville, sur nos pouvoirs d\u2019eau surtout, l\u2019attention des capitalistes qui nous font aujourd\u2019hui des propositions.»1 Le projet de pulperie est accepté un an plus tard.Julien-Édouard-Alfred Dubuc, ex-gérant de la Banque Nationale, devient, au début de 1898, le premier directeur général de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi.La manufacture est installée juste au-dessus de la grande scierie des Price.La pulperie commence son activité par deux imposantes constructions: le moulin n° 1 (1897-1898) au coût de 125 000$ et le moulin n° 2 (1899-1903) au coût faramineux de 1,5 million$.Le premier moulin à pâte mécanique comprend un outillage des plus perfectionnés et produit 35 tonnes de pâte par 24 heures.Cette pâte est principalement exportée en Angleterre et aux États-Unis.Au moment de sa mise en service, le moulin n° 1 est considéré comme le plus grand moulin à pâte mécanique au monde! Le deuxième moulin double la production.De 150 ouvriers en 1898, ils sont 800 en 1912 et près de 2 000 en 1920, sans compter les autres employés occupés à la coupe en forêt ou à la drave.Ce qui fait passer la population totale de Chicoutimi de 3 800 en 1901 à plus de 9 000 en 1921.Outre ces deux moulins, la compagnie a un système de tramway électrique et de voies ferrées pour le transport du bois et des marchandises.Une forge et un atelier de réparation permettent de fabriquer et de réparer les pièces de machinerie.Entre 1904 et 1914, la Compagnie de Pulpe connaît la prospérité financière et commerciale.Elle acquiert notamment, la Compagnie de pulpe de Ouiatcheouan (Val-Jalbert).En tout, la Compagnie de pulpe de Chicoutimi fait l\u2019acquisition d\u2019une quinzaine de compagnies2 qui joueront un rôle important dans son développement et celui de la région.En 1915, toutes ces compagnies sont intégrées à la North American Pulp and Paper Companies dont la présidence est assurée par J.-E.-A Dubuc, aussi directeur de l\u2019usine de Chicoutimi.Avec 1.\tLe Progrès du Saguenay, 17 octobre 1895, cité dans «La pulperie de Chicoutimi en évolution 1896-1982», Ville de Chicoutimi, Éditeur, 1983.2.\tPrincipalement: les usines de Chandler en Gaspésie, de Port-Alfred, la Société d\u2019éclairage et d\u2019énergie électrique du Saguenay, la Compagnie du Chemin de fer Roberval-Saguenay, et la Compagnie générale du port de Chicoutimi.142» L'ACTION NATIONALE 26 millions$ d actif, elle est considérée comme la plus importante organisation de pâtes à papier au monde.C\u2019est à cette époque quelle construit le moulin à pâte chimique de Port-Alfred1 2 : la Ha! Ha! Bay Sulphite Company.Le déclin En 1919, la North American Pulp and Paper Cies fait place à la Compagnie de Pulpe et de pouvoirs d\u2019eau du Saguenay.La nouvelle administration entreprend la construction d\u2019un autre moulin (prolongement du moulin n° 2).Mais, un an plus tard, la conjoncture et la surproduction du marché, l\u2019abolition de la Régie des prix du Canada obligent la compagnie à se livrer à une véritable guerre du papier.Cette guerre favorise le regroupement de certaines entreprises ou bien encore la prise de contrôle et 1 élimination de concurrents.La Compagnie de Pulpe n\u2019échappe pas à ce mouvement et pour y réagir, elle lance sur le marché des obligations, une émission de près de 3 millionsS\".En 1922, Price Brothers (depuis toujours adversaire) acheté la moitié des obligations, la Bay Sulphite l\u2019autre moitié.La Price Brothers entre au conseil d\u2019administration obligeant Du-buc à démissionner.Malheureusement en 1924, Becker & Co et la Bay Sulphite3 font faillite.La Compagnie est obligée de déposer le bilan.Pendant 2 ans, grâce à un comité de sauvegarde des intérêts des créanciers et des actionnaires (la Quebec Pulp and Paper), les moulins de Chicoutimi et de Val-Jalbert fonctionnent.Mais, en 1927, la plus riche partie du domaine forestier est cédée aux liquidateurs.On ferme Val-Jalbert et les moulins nos 2 et 4.Les moulins nos 1 et 3 ainsi que les autres établissements connexes ferment en 1930.En dépit de plusieurs projets, notamment celui de la Eastern Mining and Smelting, en 1954, qui installe une usine d\u2019affinage de cuivre et de zinc, l\u2019entreprise abandonnera le site en 1959 laissant des structures inachevées.En 1966, Union Carbide exploitera tem- 1.\tPort-Alfred a été rattaché à d\u2019autres municipalités formant la ville de La Baie en 1976.2.\tCes obligations sont garanties notamment sur un contrat de 10 ans pour la vente de pâte avec la Becker & Co de Londres.3.\tAujourd\u2019hui, la Consolidated Bathurst.L\u2019ACTION NATIONALE «143 porairement l\u2019usine hydro-électrique de la Eastern Mining pour sa propre usine située à proximité.Pendant plus de 30 ans la Compagnie de Pulpe aura été l\u2019une des principales ressources d\u2019emploi pour la population ouvrière et un formidable outil de développement pour la région.Aujourd\u2019hui C\u2019est en 1979 que débutent les travaux de mise en valeur du site de la Pulperie afin de l\u2019ouvrir aux visiteurs.Le site est classé monument historique par le ministère des Affaires culturelles du Québec en 1984.C\u2019est aujourd\u2019hui un vaste complexe touristique, culturel et artistique.Il accueille depuis 1994, la célèbre maison du peintre Arthur Villeneuve.L\u2019artiste y a peint en 1957-1958 des fresques naïves sur les murs intérieurs et extérieurs représentant l\u2019histoire de la ville et de la région.Grâce à un circuit d\u2019interprétation, à une maquette animée ainsi que d\u2019une exposition sur la grande aventure de la Compagnie de pulpe de Chicoutimi, le visiteur découvre la fabrication de la pâte à papier.Les vestiges impressionnants de la pulperie de Chicoutimi célèbrent le savoir-faire en matière d\u2019exploitation forestière des ouvriers canadiens-français du début du siècle.Malgré les inondations de juillet 1996, le site de la Pulperie réouvrira ses portes dès mai prochain.1 Errata: Maison Saint-Gabriel Une erreur s\u2019est glissée à la page 124 du numéro de décembre 1996: La Maison Saint-Gabriel se situe au 2146, place Dublin à Montréal, H3K 2A2 (et non sur la rue Favard).Pour les visites, téléphonez au 514-935.8136.1.Pour visiter, vous pouvez téléphoner à la Pulperie au (418) 698.3100 ou par Internet: http://www.saglac.qc.ca- r2000/pulperie.htm 144» L'ACTION NATIONALE Regards Rosaire Morin Les 92 Résolutions I-/e 21 février 1834,1 Assemblée du Bas-Canada adoptait les célèbres 92 Résolutions.Depuis l\u2019Acte de 1791, l\u2019Assemblée du peuple luttait contre le Conseil exécutif formé d\u2019anglophones hostiles aux «Canadiens».Elle votait les budgets nécessaires aux dépenses publiques, mais elle n avait pas le pouvoir d en surveiller l\u2019usage.Elle revendiquait ce droit.Elle réclamait aussi l\u2019élection des membres du Conseil exécutif.Les pétitions populaires se multipliaient.Les désaccords avec le gouverneur Aylmer s\u2019intensifiaient.À la session de 1833, sur douze lois votées, le gouverneur en désavouait une et réservait les onze autres à la sanction royale.Le 17 février 1834, le député Bédard présentait à la Chambre des députés 92 Résolutions adoptées dans des assemblées populaires.Elles avaient été rédigées par les députés Bédard, Morin et Bourdages, sous la direction de Papineau.Elles étaient adoptées le 21 février par un vote de 56 députés contre 24.Elles contenaient les griefs de la Chambre sur les abus du Conseil, le contrôle des deniers publics, la tenure des terres, l\u2019exploitation des colons, la participation des militaires aux élections, etc.Les députés Morin et Viger se rendaient à Londres pour les présenter à la Chambre impériale.Les Lords n\u2019ont pas compris le message.Pas plus que Jean Chrétien ne comprend les réclamations du Québec.L\u2019ACTION NATIONALE «145 La déportation de l\u2019épargne Le gouvernement fédéral semble vouloir maintenir le plafond de 20% imposé aux placements étrangers des caisses de retraite.C\u2019est là une heureuse rumeur.Cette orientation devrait inspirer le ministre de l\u2019Économie et des Finances du Québec.Depuis trop longtemps, le Québec dépend des capitaux étrangers.Il est vulnérable aux humeurs des grands banquiers.Qu\u2019on le veuille ou non, messieurs M.W.Barrett, John E.Cleghorn, A.L.Flood, Peter Godsoe, Gordon Thiessen et Richard M.Thompson sont plus influents auprès des marchés financiers que ne le sont, ensemble, Lise Bissonnette, Clément Godbout, Robert Laplante, Gérald Larose, Lorraine Pagé et sept millions de contribuables québécois.Si le Québec aspire à une certaine liberté politique, il doit désormais utiliser l\u2019épargne des Québécoises et des Québécois à des fins de développement social et économique du Québec.Or, l\u2019épargne québécoise, placée en actions et en obligations par les banques, les caisses populaires, les caisses de retraite, les fonds mutuels, les sociétés d\u2019assurances et les autres entreprises financières, finance d\u2019abord des compagnies et des gouvernements établis hors Québec.La proportion de l\u2019exportation dépasse les deux tiers de l\u2019épargne.La somme excède les 100 milliards$.Les complices de cette déportation sont messieurs Claude Béland, André Bérard, Raymond Garneau, Paul Desmarais et les gestionnaires de l\u2019argent des autres qui assistent en spectateurs à la déportation de l\u2019épargne québécoise.L\u2019hémorragie a trop longtemps duré.Il faut arrêter la saignée.Le gouvernement du Québec doit intervenir.Il rend obligatoire la vérification annuelle d\u2019une caisse populaire qui gère quelques dizaines de millions de dollars.Mais il ne possède pas les portefeuilles des caisses de retraite, des compagnies d\u2019assurances, des sociétés de fiducie et des fonds mutuels qui mobilisent plus de deux cents milliards d\u2019épargne (c\u2019est du moins ce qu\u2019on m\u2019affirme).Il ne vérifie pas les placements de ces entreprises.Pourquoi n\u2019impose-t-il pas un plafond de 40% en placements étrangers sur les épargnes bénéficiaires d\u2019avantages fiscaux?20% hors Canada et 20% hors Québec?146» L\u2019ACTION NATIONALE Une agence de propagande En juillet 1996, le gouvernement Chrétien accorde 20 000 000$ au Bureau d\u2019information du Canada, avant même que le plan de travail de l\u2019organisme ne soit élaboré.Ce Bureau relève de madame Copps.Il est dirigé par Roger Collet.Il sert «de soutien aux Canadiens qui cherchent à s\u2019impliquer dans la promotion de l\u2019unité» de leur pays.Le 12 juillet, à la sortie du cabinet, madame Lucienne Robillard, ministre de la Citoyenneté et de l\u2019Immigration, répondait aux journalistes qui s\u2019informaient du rôle du Bureau: «Vous savez bien que c\u2019est confidentiel».{Le Devoir, 13 juillet 1996).Le Bureau (de propagande) a été autorisé par un décret du Conseil des ministres à contourner les règles d\u2019embauche qui régissent 200 000 fonctionnaires fédéraux.Brian Levitt Brian Levitt, président d\u2019Imasco, était l\u2019un des invités de monsieur Bouchard au Sommet sur l\u2019Économie et l\u2019Emploi.Il y présidait même un comité qui a examiné les attraits et les faiblesses de Montréal.De son rapport, Le Devoir du 30 octobre reproduisait l\u2019extrait qui suit: «Tant que l\u2019hypothèse de l\u2019incertitude politique n\u2019aura pas été levée, on ne peut raisonnablement s\u2019attendre à ce que Montréal réalise le potentiel économique qui devrait normalement être le sien et créer ainsi tous les emplois dont Montréal a besoin».Le Devoir écrit aussi : «Le français comme langue d\u2019usage au Québec constitue également un irritant majeur pour l\u2019économie montréalaise.C\u2019est ce qui ressort du rapport du comité dirigé par Brian Levitt».Il mest impossible de reproduire d\u2019autres extraits du texte.Les documents du Sommet demandés ne me sont jamais parvenus.Il est quand même étrange que notre Premier ministre invite à sa table des personnalités qui lui tirent dans le dos.M.Levitt préside Imasco, la onzième plus grande entreprise au Canada.BAT.Industries, UK, possède 42% de son capital social.En 1995, les reports d\u2019impôt d\u2019Imasco s\u2019élevait à 116 000 000$.Imasco, c\u2019est la société-mère d\u2019Imperial Tobacco qui, pour 3 000 000$, a acquis un L'ACTION NATIONALE \u2022 147 stade au nom de sa cigarette DuMaurier, alors que les trois niveaux de gouvernements avaient souscrit 20 000 000$.Où allons-nous?Sur quelle route le Québec est-il engagé?Le gouvernement fédéral improvise au jour le jour.Son premier ministre vient de proférer un gros mensonge.Le ministre des Finances qui s\u2019excuse parfois.a mis le cap sur Panama.La fiscalité ne distingue plus entre les paradis fiscaux et le paradis terrestre.À Montréal, le maire Bourque recherche des partenaires pour accomplir les tâches pour lesquelles il a été élu.Il veut remettre 42 services à l\u2019entreprise privée dont le déclin est amorcé.Il a besoin de 100 millions $ pour la relance de Montréal et la Caisse de retraite des employés de la Ville de Montréal place plus d\u2019un milliards en dehors du Québec.À Québec, monsieur Bouchard gère la décroissance.Le déficit zéro est l\u2019objectif.L\u2019austérité est la consigne.Les coupures méchantes sont les outils.Il faut «s\u2019adapter».C\u2019est même une «nécessité».Et la décentralisation rêvée prend une drôle de tournure.Les pouvoirs sont concentrés au «bunker».Les factures sont adressées aux hôpitaux, aux commissions scolaires, aux universités, aux municipalités.Seul le coût est décentralisé.Il est aussi partagé avec les fonctionnaires et les assistés sociaux.Même les dépenses des ministres sont comprimées.On a toutefois oublié de tendre la main aux bénéficiaires des paradis fiscaux, des reports d\u2019impôt, des échappatoires fiscales, des options d\u2019achat d\u2019actions.C\u2019est là que l\u2019argent est accumulé, entassé, amoncelé.La gestion actuelle rétrécit, réduit et diminue la qualité des services de santé, de sécurité sociale et d\u2019éducation.Les bonnes législations: assurance-médicaments, équité salariale, réforme de l\u2019aide sociale et de la santé, ne réussissent pas à indiquer l\u2019avenir du Québec.Nous ne savons pas où l\u2019État se dirige.L\u2019itinéraire est imprécis, changeant.La circulation ne se déroule pas toujours sur le chemin du Roy.Le conducteur emprunte souvent la voie d\u2019accès et même des routes cahoteuses et remplies d\u2019obstacles imprévus.Où allons-nous?1 48 \u2022 L'ACTION NATIONALE Dieu-le-père-éternel-qui-siège-dans-le-bunker le sait-il?Si oui, peut-il nous indiquer le cap.Les hélicoptères Le fédéral na plus d\u2019argent.Il en a trouvé un peu pour les drapeaux de madame Copps.Et aussi pour la radio internationale.Mais ça n\u2019a pas été facile.Toutefois le ministre de la Défense Doug Young n\u2019a pas les mêmes problèmes de liquidités.Il dépense.Il est dépensier.Il consacrera 600 millions $ à l\u2019achat de 15 nouveaux hélicoptères SAR «pour rebâtir les forces canadiennes».Il dépensera aussi un autre 600 millions $ pour l\u2019achat de nouveaux équipements, vêtements et immeubles destinés aux Forces armées.Il rêve aussi d acquérir une flotte de 30 appareils pour remplacer les vieux Sea King de lutte anti sous-marine.Le coût n\u2019en serait que d\u2019un milliard$.En 1997-1998, M.Young engagera 2,2 milliards$ en dépenses militaires additionnelles pour une armée en déroute dont les généraux démissionnent à tour de rôle.Le gouvernement du Québec n\u2019a pas un seul mot à dire dans la décision fédérale.Les pauvres et l\u2019aide sociale «En 1994, le taux de pauvreté des familles québécoises est le plus élevé (16,8%) après Terre-Neuve (18,4%) et il dépasse nettement la moyenne canadienne (13,7%).«En 1994, 16,8% (344 000) des familles québécoises étaient pauvres.En 1994, 20% des enfants (338 000) vivaient dans des familles pauvres».«Depuis le dépôt des rapports Bouchard et Fortin en mars dernier, on attend toujours le Livre vert du gouvernement concernant la réforme de la Sécurité du revenu (il est maintenant déposé).Pourtant, depuis avril, plusieurs coupes ont été effectuées dans les prestations que reçoivent les familles.Actuellement, les parents qui participent à une mesure d\u2019insertion professionnelle se voient accorder 120$ au lieu de 150$; c est 30$ de moins par mois dans leur budget.Quand aux parents qui désirent participer mais qui ne le peuvent pas, en raison du manque de places dans les programmes, ils voient leurs prestations réduites de 50$ par mois.«En outre, le gouvernement a décidé d\u2019annuler l\u2019indexation des prestaüons des parents inaptes au travail et de procéder à une réduc- LACTION NATIONALE «149 don qui peut varier entre 30$ et 70$ de l\u2019allocation au logement pour les familles admissibles.» Ces chiffres et faits sont extraits d\u2019une publication du Conseil de la famille1.Couper ainsi l\u2019aide sociale et ne pas imposer les reports et les paradis fiscaux, c\u2019est manquer de coeur et de vision.Quand on a du cœur, on ne frappe pas des mal-nourris et des mal-logés.Quand on a de la vision, on envisage les coûts futurs de la pauvreté et on puise les recettes fiscales dans les coffres-forts des milliardaires.Daniel J.Branda Daniel J.Branda est le président et chef de la direction de Hewlett-Packard (Canada).Il était le conférencier du Canadian Club le 28 octobre dernier.À cette occasion, il a déclaré entre autres : .Nous avons donné à nos employés du Québec la possibilité de faire leurs preuves au sein de l\u2019organisation et ils ont réussi à merveille.Nos propres études montrent que le talent en ingénierie coûte environ 35% moins cher ici qu\u2019aux États-unis.La quantité de services en recherche-développement que nous pouvons acheter pour un dollar au sud de la frontière ne coûte que 52 cents ici, la qualité rien est pas moins impressionnante et Montréal compte certaines des meilleures écoles d\u2019ingénierie de l\u2019Amérique du Nord.Montréal est depuis longtemps notre base nord-américaine pour le soutien technique en français.[Le Devoir, 29 octobre 1996) M.Branda a aussi déclaré que le «taux de rotation du personnel d\u2019ingénierie est beaucoup plus faible qu\u2019aux États-unis.Ce taux ria été que de 2,6% en 1995, ce qui a pour résultats des coûts moindres et des projets moins souvent perturbés.Hewlett-Packard (HP) est une multinationale qui a un chiffre d\u2019affaires de 31 milliards US$ et 104 000 employés.1.Lappauvrissement des familles dans un contexte d'insécurité, p.3.150 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019indépendance Jacques Parizeau vient d\u2019adresser une «lettre ouverte aux souverainistes».La politesse commande une réponse.Car cette lettre était aussi destinée à la revue.Elle est plus que souverainiste; elle est indépendantiste.Reproduisons quelques extraits : Trop de souverainistes sont aujourd\u2019hui désorientés, trop de militants se sentent floués pour que je ne me sente pas la responsabilité d\u2019intervenir dans le débat pour essayer de clarifier les choses.Le Québec et le Canada se neutralisent, n\u2019arrivent plus à bouger, s\u2019enfoncent dans des conflits souvent dérisoires.Qu\u2019est-ce qu\u2019un pays souverain?C\u2019est un pays dont les représentants du peuple votent tous les impôts, adoptent toutes les lois et approuvent tous les traits.Il y a des économies budgétaires que l\u2019on ne pourra réaliser que si nous sommes un pays souverain.Il y a des politiques économiques et sociales que l\u2019on ne pourra appliquer que si nous sommes un pays souverain.Il y a des réformes fiscales qui resteront impossibles tant que nous ne serons pas indépendants.Il y a des lois qui sont de véritables leviers économiques sur lesquels nous ne pouvons agir.Plus on persuadera l\u2019opinion publique francophone du Québec et anglophone du Canada que nous, les souverainistes, avons absolument besoin d\u2019un «partenariat», plus le Canada enverra paître le Québec, et plus les Québécois seront déchirés par ce refus.Au point où nous en sommes, il faut être très clair: l\u2019objectif, c\u2019est la souveraineté; le partenariat est une modalité et, après négociation, il pourrait être fort différent de celui qui a été proposé.Dans ce sens-là, la souveraineté est nécessaire, et le partenariat souhaitable.Pas le contraire.Pas la souveraineté souhaitable et le partenariat nécessaire.La souveraineté baisse dans les sondages.Bien sûr.Le contraire serait étonnant.Les fédéraux l\u2019attaquent inlassablement.La riposte est rare et faible.On ne «vend» pas la souveraineté en la cachant.Merci de votre lettre, monsieur Parizeau.Votre «franc parler» éclaire la route.La pauvreté «Il y aura toujours des pauvres», me répliquait un ami ministre, le surlendemain de Noël.Et il ajoutait: «il nous est impossible d\u2019en arrêter la marche, avant d\u2019avoir créé de nouvelles richesses.Et pour créer de nouvelles richesses, il faut stabiliser l\u2019économie».L\u2019ACTION NATIONALE «151 À cette fin, le gouvernement fédéral combat sans cesse l\u2019inflation.Il a maintenu à un niveau élevé les taux d\u2019intérêt.Ainsi, il a ralenti l\u2019économie.Le chômage a augmenté.Le nombre des pauvres aussi.Et le coût de la dette publique a pris des proportions effarantes.Dans ce contexte, pour créer de nouvelles richesses, les gouvernements tolèrent les reports d\u2019impôt et les paradis fiscaux.Ils inventent même des échappatoires fiscales.Et la richesse est créée.Elle est colossale.Mais elle est concentrée.Elle est accumulée dans une centaine de coffres-forts.Elle n\u2019est pas redistribuée.Elle crée quelques nouveaux millionnaires.Et des centaines de milliers d assistés sociaux.Il devient de plus en plus évident que la justice sociale ne sera pas la motivation de l\u2019intervention gouvernementale.À l\u2019horizon, devant l\u2019accroissement de la pauvreté, les règles de la sécurité publique risquent bientôt de prévaloir.Le nombre des pauvres augmente.Et aussi celui des itinérants, des clochards, des décrocheurs, des analphabètes.La protection de la société deviendra la priorité.Déjà, le simple citoyen que je suis a été victime de cinq vols par effraction.Il faudra inévitablement augmenter le nombre des policiers et agrandir les prisons.La limite de 20% Dans Le Devoir du 21 décembre, Gérard Bérubé espère que le gouvernement fédéral maintiendra «le plafond de 20% imposé aux placements étrangers dans des véhicules donnant droit à une déduction fiscale».Il démontre que ce plafond est violé par les gestionnaires de l\u2019argent des autres.«Un tel plafond peut facilement être contourné.Dans les régimes enregistrés d\u2019épargne-retraite notamment.Un REER peut aisément avoir un contenu de 36% de titres étrangers lorsqu\u2019un titulaire se prévaut de sa limite de 20% et investit la différence dans un fonds d\u2019investissement qui respecte sa propre limite de 20%.Ce contenu en placements étrangers peut atteindre les 52% si une étape est ajoutée, celle qui consiste à engager la portion de 80% en titres canadiens à l\u2019acquisition d\u2019unités de fonds qui achètent des parts d\u2019autres fonds.152» L'ACTION NATIONALE Les titulaires d un REER à la recherche d\u2019une diversification internationale peuvent également s\u2019en remettre aux titres de holdings canadiens disposant de filiales ou de placements étrangers; ceux a la recherche de placements en devises autres que canadiennes peuvent également se concentrer sur les titres d\u2019émetteurs canadiens libellés dans une autre devise.Il existe donc plus d\u2019une façon de contourner la règle du 20 %».Mon cher Bernard Landry, le temps du courage est arrivé! Le budget s\u2019en vient.Le Parti libéral du Québec En mars, le Parti libéral du Québec soumettra à ses militants un projet d orientation politique sous le titre «Reconnaissance et interdépendance».Le document accepte le statu quo.Le rapatriement de 1982 est devenu un «fait qui fut à juste titre dénoncé au Québec».La réclamation de pouvoirs additionnels est une lutte «stérile».«Le partage des compétences législatives a bien résisté à l\u2019épreuve du temps».Les demandes de Meech sont réitérées: droit de veto, pouvoir sur 1 immigration, droit de retrait et nomination de trois juges à la Cour suprême.Quatre petites conditions et rien de plus.«L\u2019honneur et l\u2019enthousiasme» sont disparus.Le gouvernement fédéral pourra même intervenir dans les domaines de la santé, des services sociaux et de 1 éducation.Il pourra créer de nouveaux programmes avec le consentement de la majorité des provinces.Comme en 1982,1 acceptation du Québec ne sera plus nécessaire.Dans le domaine de la culture, la position du Comité Monti-gny est à peine rassurante.Elle est timide.Il suffira que l\u2019on reconnaisse les institutions originales du Québec «dans la mesure où elles présentent un lien démontrable avec l\u2019expression et le développement de son identité.On est loin du «Québec libre de ses choix» de Jean Allaire Même Georges-Emile Lapalme et Jean Lesage dénonceraient ce document.Ils demandaient des changements en profondeur.L'ACTION NATIONALE «153 Le Centre Molson Ronald Corey a failli me faire pleurer.Vous connaissez cet homme?C\u2019est le président du Canadien.Un bel homme.Il est charmant et gentil.À la veille de Noël, il demandait un cadeau de 4,5 millions $ à la Ville de Montréal.Il a fait des démarches en catimini auprès du gouvernement.Il supplie le bon maire Bourque de réduire de moitié les taxes municipales sur le Centre Molson.Ces taxes sont de l\u2019ordre de 9,9 millions$.M.Corey parle d\u2019un traitement équitable.De justice sociale.Certaines équipes de la Ligue nationale ne paient pas de taxes.Quelle injustice pour Montréal! Le Canadien devrait être un assisté social comme Bombardier.Mais M.Corey n\u2019a pas tout dit.Une seule équipe canadienne ne paie pas de taxes.Il s\u2019agit du club de Calgary.Et la raison est valable: la patinoire de l\u2019équipe est la propriété de la Ville.Et entre Calgary et Montréal, il y a toute une différence.Montréal est une ville de hockey.Le Forum était rempli à pleine capacité.La Brasserie Molson a décidé d\u2019agrandir la patinoire du Canadien.Pour faire de l\u2019argent.Elle a choisi de dépenser plus de 200 millions$.Pour faire de l\u2019argent.Et Le Centre Molson joue à guichets fermés.Toutes les loges sont vendues et à haut prix.Leur coût est déduit de l\u2019impôt des entreprises.À cause de cette déduction fiscale, les particuliers paient plus d\u2019impôt.L\u2019injustice est là! Pauvre M.Corey! Vous êtes riche.Vous voulez faire plus d\u2019argent.Ne nous faites pas pleurer.Bombardier Les contribuables canadiens viennent de faire un autre cadeau à Bombardier.Partenariat technologique Canada vient d\u2019accorder un prêt sans intérêt de 57 millions $ à une société filiale de Bombardier, De Havilland.Ce prêt facilitera le développement du biturbo-pro-pulseur de ligne Dash.C\u2019est pour aider «à régulariser la situation concurrentielle à laquelle font face nos avions régionaux sur la scène aéronautique internationale» déclarait un représentant de Bombardier.Il y a à peine quelques mois, Ottawa avait prêté 87 millions $ sans intérêt à Bombardier pour soutenir des travaux de recherche du modèle élargi du Regional Jet.Y a-t-il un économiste à la retraite qui aurait le courage de relever les subventions, octrois, rabais d\u2019in- 154» L\u2019ACTION NATIONALE térêt et autres avantages accordés à Bombardier au cours des 50 dernières années?Cette entreprise est probablement la plus grande assistée sociale du Canada et son président, Laurent Beaudoin, est le mieux payé, 19 millions $ pour 1995.C\u2019est le salaire annuel de 1 500 travailleuses du vêtement! Commissions scolaires Le Québec compte 158 commissions scolaires.Le gouvernement du Québec devrait en abolir 158.Le temps est venu de mettre de l\u2019ordre dans la structurite.La bureaucratie est onéreuse.Organisons nos écoles primaires et secondaires autour des MRC! Enrichissons l\u2019enseignement de ces niveaux par le rendement supérieur des enseignants et des enseignantes! Simplifions les conventions collectives! Complétons les cadres scolaires en retournant au moins 1 234 fonctionnaires du MEQvers les MRC et les écoles.Vendu DMR, propriété québécoise, passe sous le contrôle de Am-dhal des États-unis.Softimage, bijou québécois, est acheté par Microsoft, étoile américaine.Urgel Bourgie, maison funéraire québécoise, a été vendue à Stewart Enterprises, société américaine.Fibro Friction de Montréal est vendue à Standard Motor de New York.La compagnie québécoise Naya a été acquise par Coca-Cola, entreprise américaine.Metrix Interlink, société québécoise, est achetée par UUNET Technologies, compagnie américaine.Stanmont de Montréal devient la propriété de la compagnie américaine Shawk.Le Groupe Commerce de Saint-Hyacinthe est passé sous le contrôle d\u2019une compagnie hollandaise.Les Nordiques de Québec sont vendus à Comsat du Colorado.L\u2019ACTION NATIONALE «155 La litanie des entreprises québécoises vendues à des compagnies étrangères doit être connue.La liste sera complétée de mois en mois.Un peu d\u2019histoire Le 3 février 1866 s\u2019éteignait François-Xavier Garneau qui avait publié trois volumes sur l\u2019histoire du Canada.Le 9 février 1883 était signé le contrat pour la construction du Palais législatif de Québec; dans le dessin de la façade, on introduisit les armes de la Province avec la devise «Je me souviens!».Le 15 février 1839, cinq patriotes étaient pendus sur l\u2019ordre du gouverneur Colborne: Aimable Daunais, Charles Hindelang, Pierre-Rémi Narbonne, François Nicolas et François-Marie Thomas Chevalier de Lorimier.Le 17 février 1919 décédait Sir Wilfrid Laurier qui avait souhaité que jamais plus un Canadien-Français n\u2019accède à la fonction de Premier ministre du Canada.Le 26 février 1864 décédait Louis-Hippolyte La Fontaine qui, en 1843, avait prononcé le premier discours en français pour protester contre l\u2019injustice de l\u2019Acte d\u2019union qui proscrivait l\u2019usage du français dans les Chambres du Canada.?156 \u2022 L'ACTION NATIONALE 1967-1997 Les Etats généraux du Canada français Il y a 30 ans, 2000 délégués élus par 29 000 associations siégeaient en assises nationales.À travers les passions de l\u2019heure la délégation est partagée en quarts: libérale, unioniste, riniste, canadienne.Les délégués répondent démocratiquement à des centrâmes de questions.Le projet de société est amorcé.Les pouvoirs du Québec sont définis La volonté populaire est exprimée Après 30 ans, quels sont les résultats?Hélas! il y a un trou dans la mémoire.L\u2019avenir n\u2019est plus le miroir du passé.Le fil conducteur est brisé, cassé.Les 37 résolutions ont été oubliées.L\u2019indifférence au passé est consommée.Le monde politique débute avec un chef.L\u2019avenir dénie le passé.La démocratie n\u2019a plus de racine.Le progrès du Québec est vacillant.En février Les résolutions des ateliers des minorités françaises.Au fil des mois, nous publierons les 37 résolutions.Le lecteur pourra observer le chemin parcouru et le trou dans la mémoire.Les résolutions ne sont pas résolues.Le progrès est à venir?CACTION NATIONALE «157 Les États généraux du Canada français.Résolutions 1969 de l\u2019Atelier des minorités françaises 1.\tUn recensement Un recensement quinquennal de la nation canadienne-fran-çaise doit être institué et faire l\u2019inventaire des ressources humaines, tenant compte de l\u2019origine ethnique, de la connaissance effective et de l\u2019usage de la langue française.Ce recensement doit être établi par un organisme reconnu de la nation canadienne-française, en collaboration avec les gouvernements concernés.D\u2019ici la formation de cet organisme, le Conseil de la vie française doit demander au Bureau fédéral de la statistique d\u2019inclure les normes précisées dans le prochain recensement.Dans chaque province, un relevé des effectifs scolaires cana-diens-français doit être effectué annuellement.2.\t«Maison du Québec» Le gouvernement du Québec doit établir une Maison du Québec dans chaque province du Canada, en collaboration avec chaque gouvernement provincial.Une telle politique aidera au rayonnement de la culture française au Canada et favorisera des relations continues entre les associations canadiennes-françaises.3.\t«Les mouvements migratoires» Dans chaque province, des organismes de placement doivent favoriser et orienter l\u2019immigration, les migrations interrégionales et 158 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE interprovinciales des Canadiens-Français, accueillir les nouveaux venus et les aider dans le choix de leur travail.Le Gouvernement du Québec doit étudier la possibilité d\u2019orienter des immigrants francophones vers les centres de langue française qui sont viables dans les autres provinces.4.\t«L\u2019enseignement du français» L\u2019enseignement aux francophones hors du Québec doit être donné en français, à tous les niveaux scolaires, là où un nombre d\u2019élèves est suffisant, sans négliger l\u2019étude de la langue anglais Les écoles françaises et les écoles bilingues de ces provinces doivent posséder des structures pédagogiques distinctes des écoles anglaises.Les structures administratives internes de ces écoles françaises ou bilingues doivent comprendre un personnel bilingue.La représentation dans les commissions scolaires de ces provinces ne doit pas être basée sur l\u2019évaluation foncière.5.\tLa compétence constitutionnelle en éducation L\u2019éducation doit demeurer de compétence provinciale.La constitution du Canada doit être amendée, de façon à reconnaître les droits des minorités de langue officielle, en matière d\u2019éducation.Les constitutions du Canada et des Provinces doivent contenir une déclaration des droits de 1 homme qui reconnaît les droits des minorités de langue officielle.Le Ministère d\u2019Éducation de chaque province doit assurer le recrutement et la formation du personnel enseignant des écoles francophones.Le Ministère de l\u2019Éducation de chaque province doit augmenter considérablement l\u2019octroi de bourses d\u2019études aux enseignants francophones et les échanges de professeurs avec le Québec et les pays francophones.L\u2019équivalence des différents certificats d\u2019enseignement doit être reconnue dans toutes les provinces canadiennes.L\u2019ACTION NATIONALE «159 Les gouvernements du Québec et des autres provinces doivent collaborer dans la préparation des programmes d\u2019enseignement en français et des manuels scolaires en français.Le Gouvernement de chaque province doit utiliser l\u2019accord-cadre signé entre le Canada et la France.Avec les gouvernements des pays francophones et du Québec, le gouvernement de chaque province doit négocier les ententes nécessaires à l\u2019obtention de bourses d\u2019études, de stages de perfectionnement, d\u2019échanges d\u2019étudiants et de professeurs francophones.Le Gouvernement de chaque province doit aider les étudiants francophones de son territoire à poursuivre leurs études dans les universités bilingues du Canada.Le partage des taxes scolaires imposées sur les corporations doit être révisé, pour devenir plus équitable là où la situation l\u2019exige.6.«Les relations entre Canadiens-Français» L\u2019insuffisance actuelle des relations entre le Québec et les minorités françaises, ainsi qu\u2019entre les minorités elles-mêmes, doit faire place à des communications et à des échanges culturels qui répondent aux besoins des minorités.Une association active et représentative de toute la population de langue française du Canada doit assurer pleinement le rayonnement culturel du Canada français.Elle doit réunir périodiquement les dirigeants de toutes les régions francophones et réaliser l\u2019unité autour d\u2019objectifs communs.7.«Les droits des Canadiens-Français» Les Canadiens-Français doivent avoir constitutionnellement le droit de faire usage de la langue française dans tous les organismes du Gouvernement fédéral, devant la Législature de leur province, ainsi que devant les tribunaux, dans toutes les procédures judiciaires.Les Canadiens-Français exigent, dans chaque province, une représentation adéquate à tous les niveaux de la fonction publique.160» L'ACTION NATIONALE Partout, au Canada, les Canadiens-Français doivent officiellement être reconnus et représentés au sein des organismes de radiodiffusion qui les concernent.8.\t«La vie économique des Canadiens-Français» Les Canadiens-Français établis hors du Québec doivent créer des entreprises commerciales, industrielles et financières où le français sera la langue d\u2019usage.Ils invitent des hommes d\u2019affaires du Québec à établir, dans les autres provinces, des entreprises où l\u2019usage du français serait encouragé.9.\t«L\u2019aide du Gouvernement du Québec» Le Gouvernement du Québec doit: 1\t° aider les minorités françaises par l\u2019intermédiaire de ses déléga- tions accréditées en diverses villes, notamment à Paris; 2\tencourager les étudiants francophones des autres provinces à poursuivre leurs études dans les universités françaises du Québec; 3\taccélérer les négociations avec les autres provinces pour la reconnaissance de l\u2019équivalence des diplômes; 4° participer à l\u2019organisation de «Semaines de vie française», dans chacune des autres provinces, à des fins culturelles et commerciales; 3 aider à la création d\u2019une agence de presse canadienne-française qui diffuse aux minorités françaises des nouvelles dans leur langue.6° offrir aux minorités françaises les services de Radio-Québec, en matière de radio éducative et de radiodiffusion ; 7° élaborer un programme d\u2019entraide culturelle, technique et financière qui correspond aux besoins des francophones des autres provinces; 8° inviter les Québécois à acheter les produits des Canadiens-Français des autres provinces.L'ACTION NATIONALE \u2022 1 61 10.\t«Les médias de communication et d\u2019animation» Le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux doivent: 1° assurer conjointement un service complet de radiodiffusion française qui rencontre les besoins des francophones de chacune des provinces; 2° collaborer à la création et au financement de centres culturels français, dans chaque région où vit un nombre suffisant de francophones; 3° développer les échanges d\u2019émissions de radio et de télévision, tant avec le Québec qu\u2019avec les pays francophones.11.\t« La compétence constitutionnelle en radiodiffusion» Le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux doivent négocier le partage de la compétence constitutionnelle relative à la radiodiffusion et à la télévision françaises.12.\tLes relations entre Canadiens-Français Concernant le Québec Devant le désir des Canadiens-Français d\u2019affirmer davantage leur sentiment d\u2019appartenance à une même nationalité, 1° il convient d\u2019augmenter et d\u2019institutionnaliser les échanges entre les divers groupes qui forment la communauté nationale; 2° le Québec, conscient de ses responsabilités et n\u2019ayant pas actuellement les moyens constitutionnels de s\u2019en acquitter, doit prendre les mesures voulues pour assumer pleinement son rôle à l\u2019égard de la nation canadienne-française.13.\tConcernant les groupes français établis hors du Québec Les Canadiens-Français établis hors du Québec doivent être considérés et se considérer eux-mêmes comme des membres à part entière de la nation canadienne-française.162» L'ACTION NATIONALE Grâce à une aide concrète des pouvoirs publics, des groupements et des institutions, les échanges avec le Québec doivent être intensifiés dans tous les domaines et spécialement dans le domaine culture, afin de favoriser le rayonnement de la nation canadienne-française hors du Québec.Commentaires Rosaire Morin Il y a deux solitudes au Canada: les deux peuples fondateurs.Les Anglais et les Français.Mais, au Canada français, il y a aussi des frontières entre les Québécois francophones et les francophones hors Québec.L\u2019Association des francophones de l\u2019Acadie et du Canada ne comprend pas les francophones du Québec.En certains milieux, on accuse les États généraux du Canada français d\u2019être responsables de la scission.Aux États généraux, le tiers des 425 délégués hors Québec ont quitté les Assises.Ils n\u2019acceptaient plus les règles de procédures qu\u2019ils avaient choisi eux-mêmes d\u2019établir.L\u2019accusation contre les États généraux est légère.Les divisions remontent dans le temps.En 1967, la brisure éclatait publiquement.En 1961, elle était consacrée dans le secret de l\u2019Ordre de Jacques-Cartier.Déjà, depuis de nombreuses années, des différences apparaissaient entre francophones.Elles les divisaient selon les territoires et les intérêts.Les subventions du gouvernement fédéral aidaient au fractionnement, à l\u2019éloignement.Dans la plupart des provinces, la dénomination «Franco-» avait remplacé le vocable «canadiens-fran-çais».Franco-Ontariens, Franco-Manitobains, Franco-Albertains, Franco-Colombiens.Et ce changement substantiel d\u2019identité nationale est apparu au fil des années, bien avant l\u2019existence des États généraux.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 1 63 Les États généraux ont tenté un rapprochement, une « réconciliation» pour employer un mot à la mode.Pour établir des consensus entre les francophones du Québec et ceux établis hors Québec, nous avons visité chacune des capitales et rencontré les grandes associations de Halifax à Vancouver.Leurs représentants ont déterminé les règles de leur participation.Ils ont préparé les documents de travail.Ils ont choisi leurs délégués.Et les Québécois ont fraternisé.Les résolutions que nous reproduisons aujourd\u2019hui ont été adoptées aux Assises de 1969.Lisez et relisez ces résolutions.L\u2019appui des États généraux a été sans équivoque.Les Canadiens-Français établis hors Québec étaient considérés comme des membres à part entière de la nation canadienne-française.Du recensement à l\u2019enseignement du français, des objectifs communs étaient fixés.Ils sont encore de pleine actualité, pour la plupart.Mais les communications sont coupées.Les grands organismes francophones des autres provinces sont subventionnés par le gouvernement fédéral.Leur liberté d\u2019expression est limitée.Telle est la réalité.?164 L'ACTION NATIONALE COURRIER DES LECTEURS Le fédéralisme Le fédéralisme canadien est responsable d\u2019un gaspillage de 5 milliards $ par année.C\u2019est un système farci de dédoublements, de chevauchements, d\u2019empiètements, d\u2019envahissements et d\u2019enchevêtrements de toutes sortes.Administrer dans de telles conditions c\u2019est immoral, même si c\u2019est légal.Robert Bourassa le déclarait même pendant la campagne référendaire: «Il faudrait éliminer les chevauchements qui causent le gaspillage».Jules Lebeau Bellefeuille La peur .Je suis convaincu qu\u2019Ottawa pense actuellement à lancer un nouveau mouvement «terroriste» au Québec - la décision n\u2019est pas encore prise - mais seulement une franche compréhension de ce qui s\u2019est passé à l\u2019intérieur du FLQ pourrait avertir le Québécois moyen qu\u2019on joue souvent avec ses émotions de peur.Comme en octobre, 1970.Un lecteur torontois Une autre déportation C\u2019est un service plus que remarquable que vient de nous rendre M.Rosaire Morin, en nous faisant toucher du doigt à quel point nos épargnes et nos placements prenaient le train pour l\u2019extérieur du Québec, particulièrement, Toronto (.) Michel Vastel, dans Le Droit du 7 octobre dernier, traitant de ce débat sur le contrôle des épargnes québécoises, déclare ceci: «Les Québécois ont la fierté de l\u2019être, personne n\u2019en doute.Mais ont-ils la fierté de l\u2019avoir?».Georges Lessard Hull L'ACTION NATIONALE *165 Défense de Lionel Groulx .Une chose est cependant certaine, «il faudra bien que tous ceux qui ont identifié Lionel Groulx à [.] l\u2019obscurantisme repensent leur jugement et retournent (enfin!) aux sources» (É.Robi-chaux, L\u2019Action nationale, juin 1968).Son oeuvre ne doit pas demeurer stérile par négligence, enfermée dans une bibliothèque bien close, et ses livres de ceux qu\u2019on n\u2019ouvre plus, car il y a beaucoup à en tirer.«On a suivi Lionel Groulx parce qu\u2019il a eu la force d\u2019avancer.Ce serait l\u2019abandonner que de nous immobiliser» (G.Frégault, L\u2019Action nationale, juin 1968).Hugo Saint-Hilaire Mont-Laurier L\u2019espoir Pour l\u2019heure, donc, je cherche un groupe, une mouvance, l\u2019embryon d\u2019un parti voué à l\u2019indépendance du Québec, pour tous les citoyens de cette Province, pour en faire un pays de langue française où l\u2019État ne sera pas réduit à sa plus simple expression et sous la botte du capitalisme sauvage qui sévit mondialement.Que ceux et celles qui se sentent à l\u2019étroit dans leur toison après les pluies d\u2019automne, s\u2019en dégagent et se lèvent.Nous ne partirons pas de zéro et ce ne sera pas notre objectif non plus.Il y a partout des voix dissidentes, même dans le Parti québécois.Nous en ferons la reconquête pour le vouer à l\u2019indépendance ou en bâtirons un autre.Je termine M.Bouchard, en vous réitérant que de Saint-Cosme de Vair à «nowhere», c est «noway» et prenez pour acquis que pissenlit passé en fleur, je sème à tous vents.Odette Pouliot Montréal Un impératif (.) À partir des données dévoilées par l\u2019étude du directeur de L\u2019Action nationale, la souveraineté est un impératif et doit se faire sans autres délais ni considérations.Elle doit se faire parce quelle permettra le rapatriement de l\u2019épargne, préservant ainsi la social-démocratie et revitaliseront notre économie en créant des emplois.(.) 166» L'ACTION NATIONALE Pierre Marissal Saint-Joachim-de-Shefford La langue Maintenant, l\u2019Aléna passe par Toronto.La référence des nouvelles à la T.V est le plus souvent le Globe and Mail.De plus en plus de documents nous arrivent bilingues mais pliés de façon à ce qu ils apparaissent d abord en anglais à l\u2019ouverture de l\u2019enveloppe.(.) Le Collège Bart à Québec incite les jeunes à s\u2019inscrire au cours de secrétariat intensif en anglais.On retourne vitement à pleine vitesse, 30 ans en arrière pour éviter les critiques de M.Galganov.» Henri-L.Gautrin Neuville L'ACTION NATIONALE «167 Que fait Jacques Parizeau?Il écrit Pour un Québec souverain.Bientôt en librairie vlb éditeur INDEX DES ANNONCEURS 178\tAllard, Pierre, C.A.179\tAssocation américaine de juristes 174\tAssurance vie Desjardins-Laurentienne 100\tBulletin d\u2019histoire politique 167\tCap-aux-Diamants 176\tCentre généalogique AD 181\tClub des 100 associés 170\tDevoir; Le 173\tFédération des travailleurs et travailleuses du Québec 175\tFondation du Devoir, La Couverture 3 Fonds Optimum Couverture 4 Fonds de solidarité 174\tGaz Métropolitain 177\tHydro-Québec 176\tImprimerie Gagné 174\tLaboratoire Dr Renaud 176\tLamond & Fils Ltée 178\tMouvement national des Québécoises et Québécois 168\tParizeau, Jacques 176 Poitras, Larue & Rondeau inc.51\tRelations 171\tSociété des alcools du Québec 178\tSociété Saint-Jean-Baptiste de Montréal 178 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 172\tSociété nationale d\u2019assurance 176 Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 176\tTassé & Associés Limitée 172 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc.48\tVie ouvrière CACTION NATIONALE «169 ___________LE DEVOIR___________ Un journa l engagé pour des gens exigeants conçu pour ses ftc Ip lecteurs qui sont des gens H actifs, présents dans leurs milieux.1 C\u2019est un journal intelligent crédible, influent.Un journal d\u2019information qui traite de toutes les grandes qucs- i .lions, qu\u2019elles soient locales ou JjÊ internationales, politiques ou Æjf j i économiques, culturelles ouflH 'sociales.Un journal de réfé-^n^wincontournable paj^a^^^^ ru v \",The Society of Se iw Papers Design» à l'occasion de son quinzième concours annuel à décerné 14 pnr au Devoir.Q 170 \u2022 L'ACTION NATIONALE L\u2019expérience qualité DE LA y V* [ La modération a bien meilleur goût n Société des alcools du Québec L'ACTION NATIONALE *171 Marc Ve 1340, rue Gay-Lussac, section 4, Boucherville, Qc J4B 7G4 Tél.: (514)449-5818 \u2022 Fax.: (514) 449-2140 j-m SOCIETE NATIONALE D\u2019ASSURANCE FILIALE D\u2019OPTIMUM GÉNÉRAL INC.Partenaire Optimum® 425, boul.de Maisonneuve Ouest, Bureau 1500, Montréal H3A3G5 (514) 288-8711 172 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec ,(SCPAMD!rALÊ % **** 545, boulevard Crémazie Est 17e étage Montréal (Québec) H2M 2VI Téléphone: (514) 383-8000 Télécopieur: (514) 383-8001 L'ACTION NATIONALE \u2022 173 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE À L'AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 r»l Gaz WQJ Métropolitain LA FORCÉ DE LÉIilERGIE jM*' WJ.Æ\t40» u0tr Avec les hommages de Assurance vie Desjardins-Laurentienne 174 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Bravo aux 80 années de succès de l\u2019Action nationale ! une alliée dans la diffusion de l\u2019essence de la société québécoise.Hommages lecteurs ef amis dont 1 appui soutenu est un gage de pérennité.Fbndaiïm du DEVOIR Moteur et stimulant reflet de l\u2019évolution culturelle de la société québécoise depuis 87 ans, Le Devoir s\u2019est doté d\u2019un important élément de santé financière: la Fondation du Devoir.Fondée en 1956 et relancée en 1990, la Fondation du Devoir joue un rôle de soutien crucial en ce qui a trait aux appels de fonds, aux offres d\u2019actions au grand public, à la sollicitation de placements publicitaires et au recrutement d\u2019abonnés.LACTION NATIONALE «175 BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, président 125, rue Alfred St-Gabriel-de-Brandon (Québec) JOK 2N0 Tél.: 1 800 567-9771 ASSURANCES Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d\u2019assurances 3925, rue Rachel Est, bur.200 Montréal H1X 3G8 (514) 899-5377 CENTRE GENEALOGIQUE A.D.ENR.André Dionne, B.A.Arbres généalogiques Titres d'ascendance Recherches historiques 484, Limoilou Laval (Québec) H7G 3X8 669-3293 imprimerie gagné ltée Les spécialistes du livre Louise ville Tel.: 819-228-2766 800-567-2154 Téléc.S19-228-8390 Montréal Tel.: 514-527-8211 800-268-8211 Téléc.: 514-521-4660 LA SOCIÉTÉ DES ALCOOLS\t DU QUÉBEC\t INDISPENSABLE DANS UN QUÉBEC SOUVERAIN.PRÉSENT DANS 55 PAYS\t/SFAAR Syndicat des employés L-tOCp, de magasins et de bureaux de la SAQ Depots le temps,\t1065, rue Saint-Denis Montréal H2X 3J3 \tTél.: (514) 849-7754 1-800-361-8427 (extérieur de Montréal) Denis Laberge Conseiller en placements Tassé & Associés, Limitée 630, boul.René-Lévesque Ouest, bureau 1200 Montréal, (Québec) H3B 1S6 Tél.: (514) 879-3900 176 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Jus 100 % naturel À la maison, au travail, partout, quand vous tirez votre «jus » d'ici, vous puisez vos watts à la source et vous êtes tout naturellement branchés sur une qualité de vie respectueuse de l'environnement et du bien-être de la collectivité.Bref, sur l'avenir! GC Hydro Québec LACTION NATIONALE \u2022 177 %\tPierre Allard, c.a Pierre Allard Comptable agrée\t980, rue Saint-Antoine Ouest Bureau 308 Montréal (Québec) H3C 1A8 Téléphone: (514) 874-0838 Télécopieur: (514) 874-2638 â -'i SSJB Plus de 32 000 membres au coeur du Québec S.SJ.B.CENTRE DU QUÉBEC 449, rue Notre-Dame Drummondville 819-478-2519 .1 Qjgainfiine régional Jemxaioe et de cNUcoise 4 SSJB ?SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, H2X 1X3 Tél.: 843-8851\tTélécopieur : 844-6369 Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K3P1 Tél.: 527-9460 Télécopieur : 527-9460 Avec les hommages du MNQ et de ses sociétés affiliés 178 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE L\u2019ASSOCIATION AMERICAINE DE JURISTES Le droit à l\u2019autodétermination: Québec-Puerto Rico Histoire, analyse et perspectives 21\tmars 1997 18h - 21 h 22\tmars 1997 9h - 17h UQAM, salle AM-050 400, rue Ste-Catherine Est, Montréal CONFÉRENCIERS ET THÈMES Le droit à l'autodétermination des peuples Juan Mari Bras, Mayaguez (Puerto Rico) David Jacobs, Toronto (Ontario) Françoise David, Montréal (Québec) La langue comme attribut du droit d'un peuple à l\u2019autodétermination Ana Lydia Vega, San Juan (Puerto Rico) Gregory Baum, Montréal (Québec) Les tenants et aboutissants du processus décisionnel Josée Legault, Montréal (Québec) Noel Colôn Martinez, San Juan (Puerto Rico) L'accession à la souveraineté: périls et défis Harry Rodriguez Reyes, New York (États-Unis) Henri Brun, Québec (Québec) Ciaude-G.Charron, Montréal (Québec) Colloque organisé par l'Association américaine de Juristes, le Congreso Nacional Hostosia-no de Puerto Rico, La Maison de la Culture de l'Université du Québec à Montrai et le Comité UQAM-Amérique centrale.Billets et renseignements John Philpot 300, rue Léo-Pariseau, bureau 2201 Montréal, H2W2N1 Tél.: 514-982-0144 -Télec.: 514-982-0149 Billets: 25$ étudiants et membre de l\u2019AAJ L'ACTION NATIONALE «179 La ligue d\u2019Action nationale Président honoraire François-Albert Angers Président Robert Laplante Vice-président Danielle Gagné Secrétaire Jean-François Nadeau Trésorière Isabelle Le Breton Conseillers Gilles Rhéaume Paul-Émile Roy Ex-officio Rosaire Morin Secrétariat Directrice Marie-Laure Prunier Claire Caron Yves Fortin Denise Joyal Laurence Lambert Régine Le Bourhis Ginette Lefebvre Relationnistes Jean-Paul Champagne Monique Michaud André L\u2019Heureux Membres Pierre Allard René Blanchard Nicole Boudreau Guy Bouthillier Jean-Jacques Chagnon Jean-Charles Claveau Claude Duguay Pierre Dupuis Jean Genest Pierre Lamy Colette Lanthier Alain Laramée Yvon Leclerc Jean-Marc Léger Delmas Lévesque Jacques Martin Denis Monière Jacques-Yvan Morin Pierre Noreau Gilbert Paquette Pierre Trépanier Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Jacques Boulay Hélène Chénier Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Jean-Marcel Paquette Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Juliette Rémillard Membres émérites Louise-C.Brochu Michel Brochu Marcel Laflamme Georges Meyers Anna-L.Normand 180» L'ACTION NATIONALE NATIONALE CLUB DES 100 ASSOCIÉS Abonnés à vie Madame Gabrielle Allen Monsieur François-Albert Angers Monsieur Gaston-A.Archambault Monsieur Paul Banville Monsieur Henri Blanc Madame Antoinette Brassard Monsieur Gérard Deguire Monsieur Yves Duhaime Monsieur Henri-F.Gautrin Monsieur Paul Grenier Monsieur Yvon Groulx Madame Anna Lagacé-Normand Monsieur Rosaire Morin Monsieur Jacques Rivest Monsieur Yvon Roy Madame Cécile Vanier L\u2019ACTION NATIONALE «181 COMITE EDITORIAL François Aquin, avocat, Montréal Louis Balthazar, politologue, Université Laval Claude Baribeau, anthropologue, Université Laval André Beauchamp, sociologue, Montréal Jules Bélanger, historien, Gaspé Jean-Guy Bissonnette, directeur de la recherche, Centraide Gérard Bouchard, sociologue, UQAC Henri Brun, constitutionnaliste, Université Laval Claudette Carbonneau, première vice-présidente, CSN Paul-André Comeau, journaliste, Montréal Marcel Couture, président, Le Devoir, Forces Fernand Daoust, administrateur, Fonds de Solidarité Bernard Descôteaux, rédacteur en chef, Le Devoir Nicole de Sève, conseillère, CEQ Clermont Dugas, géographe, UQAR Fernand Dumont, sociologue, Université Laval Andrée Ferretti, écrivaine, Cowansville Lucia Ferretti, vice-rectrice, UQAT Danielle Gagné, administratrice, Longueuil Alain-G.Gagnon, professeur, Université McGill Mona Gagnon, conseillère, FTQ Pierre Graveline, écrivain, éditeur, Montréal Jean-Claude Guérard, économiste, HEC Roger Guy, professeur, UQAT André Joyal, économiste, UQTR Pierre-André Julien, économiste, UQTR Jacques Lacoursière, historien Claude Lafleur, directeur général, UPA Danielle Lafontaine, sociologue, UQAR Guy Laforest, politologue, Université Laval 182» L'ACTION NATIONALE Andrée Lajoie, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Lamonde, économiste, Fonds de Solidarité Simon Langlois, sociologue, Université Laval Colette Lanthier, psychologue, Secrétariat à l\u2019action communautaire Robert Laplante, sociologue, Ville de Montréal Alain Laramée, professeur, Télé-Université Léo-Paul Lauzon, professeur, UQAM Lise Lebrun, action communautaire, Montréal Jean-Marc Léger, directeur, Fondation Lionel-Groulx Pierre Marois, avocat, Saint-Lambert Yves Martin, sociologue, démographe, Lac Brome Suzanne Messier, démographe, ministère de l\u2019Éducation Denis Monière, politologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, sociologue, UQAT Ferdinand Ouellet, ex-sous-ministe, Saint-Roch-des-Aulnaies Michel Paillé, démographe, Conseil de la langue française Pierre Paquette, secrétaire général, CSN Micheline Paradis, directrice, Ma Caisse, Desjardins Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine, Outremont Henri-Paul Proulx, secrétaire général, Solidarité rurale Guy Rocher, sociologue, Université de Montréal Bruno Roy, président, Union des écrivaines et des écrivains Jean-Claude Tardif, conseiller, CEQ Hélène Tremblay, sociologue, UQAR Rodrigue Tremblay, économiste, Université de Montréal Daniel Turp, professeur titulaire, Université de Montréal Pierre Vadeboncœur, écrivain, Outremont Monique Vézina, présidente du MNQ L\u2019ACTION NATIONALE «183 Abonnement 1 an\t 10 numéros\t Québec, Canada\t38,00$ Étudiant, Québec\t22,00$ France\t300.00FF Autres pays\t65,00$ Abonnement\t de soutien\t100,00$ Abonnement à vie\t1,000,00$ Abonnement 2 ans\t 20 numéros\t Québec, Canada\t70,00$ Étudiant, Québec\t40,00$ France\t540.00FF Autres pays\t118,00$ (Taxes incluses) ISSN-0001-7469 ISBN-2-89070 Dépôt légal : Bibliothèque nationale Périodicité: 10 numéros par an LACTION NATIONALE 425, boul.de Maisonneuve ouest bureau 1002 Montréal H3A 3G5 Téléphone: (514) 845-8533 Télécopieur: (514) 286-8165 L\u2019Action nationale Les 80 000 pages publiées par la revue depuis 80 ans constituent une contribution efficace au développement du Québec Prix Richard-Arès Le prix Arès a pour objectif de promouvoir la culture nationale.Prix F.-Albert Angers Le prix Angers vise à susciter un intérêt accru pour la coopération.Prix André-Laurendeau Le prix reconnaît les meilleurs articles publiés dans la revue au cours de l\u2019année.Fondation Esdras-Minville Cette fondation recueille des fonds dont les revenus financent en partie les activités de la revue.Fondation Gaston-Beaudry Cette fondation facilite des travaux de recherche sur la question économique.Ne jetez jamais un numéro de L\u2019Action nationale Souvenez-vous toujours que L\u2019Action nationale accepte tous les exemplaires qu\u2019on lui offre, particulièrement les années : 1917 - 1918 - 1944 - 1951 à 1973 - octobre 1994 Nous acceptons aussi l\u2019âme des livres et l\u2019Almanach de la langue française 425, boul.de Maisonneuve ouest, bureau 1002, Montréal H3A 3G5 Téléphone: (514) 845-8533 184 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Saviez-vous que certains des meilleurs fonds au Canada sont gérés au Québec?t 4L Fonds Optimum \u2022 Solution idéale pour votre REER \u2022 Aucune commission, frais d\u2019entrée, ni pénalité de sortie Fonds Optimum\t\tRendements annuels *\t\t\t \t1 an\t2 ans\t3 ans\t5 ans\t10 ans Équilibré\t12,0%\t15,9%\t8,8 %\t10,5%\t9,0 % Obligations\t12,3%\t17,2%\t9,1 %\t11,3%\t10,6% Actions\t26,8 %\t19,5%\t\u2014\t\u2014\t\u2014 Le partenaire Optimum® de la retraite des Québécois (514) 288-1600 1-888-OPTIMUM t Selon la firme indépendante BelICharts, le Fonds Optimum Obligations se dasse parmi les dix meilleurs fonds d'obligations au Canada pour les pénodes de 2, 3, 5 et 10 ans \u2018Rendements annuels moyens nets en date du 31 décembre 1996 Le rendement passé ne garantit pas les résultats futurs II est important de lire le prospectus simplifié des Fonds Optimum avant d'y investir DE SO] le futur C'est aussi \\ en pensant ^ à eux que nous investissons dans votre entreprise.Envoi»pubj EnregiUfemei Montréal : (514) 383-8383 S( 1 800,361 -5017 "]
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