L'action nationale, 1 février 1999, Février
[" I 'Act ion WÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊKKÊKÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊtÊÊÊÊÊÊÊÊÊtlÊÊÊÊÊÊÊ Volume LXXXIX, numéro 2, février 1999 IL^kgÉDaDnD IM A I IONALE Directeur Directrice adjointe Rédacteur en chef Secrétaire administrative Comité de rédaction François Aquin, avocat Jacques Brousseau Jean-Yves Duthel, administrateur Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante, sociologue Ronald-E.Laviolette, notaire honoraire Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Denis Monière, politicologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Hélène Pelletier-Baillargeon, écrivaine Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon, ex-sous-ministre aux Affaires culturelles Lucia Ferretti, professeure d\u2019histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÂC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau.Membres du jury Jules Bélanger, historien Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès.Membres du jury Roland Arpin, directeur, Musée de la civilisation du Québec Gérard Bouchard, directeur de l'IREP, professeur UQAC Henri Brun, professeur de droit international, Université Laval Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy 425, boul de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur.514-845-8529 Courriel: revue@action-nationale.qc.ca - Site: http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 Rosaire Morin Laurence Lambert Michel Rioux Claire Caron TABLE DES MATIÈRES Volume LXXXIX, numéro 2, février 1999 Éditorial LE BILINGUISME INSTITUTIONNEL Rosaire Morin L'indépendance En finir avec LE CONTENTIEUX Québec-Canada\t8 Gilles Vandal\t L\u2019épargne La Bourse de Montréal, UNE SOCIÉTÉ FILIALE TORONTOISE ?\t27 Rosaire Morin\t Plaidoyer pour UNE ÉCOLE CULTURELLE\t49 Roland Arpin\t L'Action nationale\t Orientation et Comités\til L'évolution DÉGÉNÉRESCENTE DE NOTRE LANGUE\t79 Richard Weilbrenner\t L'indépendance ET LES PIÈGES de la complaisance\t39 Robert Laplante\t L'égalité des DEUX LANGUES Jean-Paul Perreault Cent ans de présence QUÉBÉCOISE AU JAPON Richard Leclerc Les armoiries du Québec Luc Bouvier\t115 Francesco Iacurto AUX JARDINS du Vatican Maurice Lebel\t125 La petite histoire du Québec Jean-Denis Robillard\t131 Regards sur l'actualité Rosaire Morin\t135 Chronique francophone Le Cambodge Michel Têtu et Réjean Beaudin\t148 Lectures\t163 Comptes rendus DE LECTURE\t167 Courrier DES LECTEURS\t174 Index des ANNONCEURS v.crai «nj L/c rnc/civ\\.L J JL» québécoise au Japon ly 1 Index des annonceurs 114 Allard, Pierre, C.A.124 Bijouterie emblématique Lamond & fils 134 Caisse d\u2019économie des travailleurs de Québec 98 Cap-aux-diamants 7 CSN 106 Devoir, Le C3 Fonds Optimum C4 Fonds de Solidarité 130 Forces 102 Hôtel du Collège de France 48 Hydro-Québec 129 Laboratoire Dr Renaud 78 Loto-Québec 129 Maxima Capital 123\tMouvement national des Québécoises et Québécois 124\tPoitras, Larue & Rondeau inc.129 Sansregret, Taillefer et Associés 71 Société des Alcools du Québec 123 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 123\tSociété Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 105 Société nationale d\u2019assurance 124\tSyndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 124 Tassé & Associés Limitée 124 Translatex Communications 147 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc.2 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE Éditorial Un champ de bataille : le bilinguisme institutionnel Rosaire Morin La connaissance et l\u2019usage de plusieurs langues favorisent la réussite personnelle.Elles sont également nécessaires au progrès de l\u2019entreprise québécoise.L 'Action nationale est parfaitement consciente de la nécessité du « trilinguisme ».La conquête des marchés mondiaux l\u2019exige.L\u2019épanouissement personnel aussi.Charles-Quint disait qu\u2019un «homme qui sait quatre langues vaut quatre hommes ».Mais la propagande qui vise à rendre le Québec bilingue vise à faire de nous des citoyens de langue anglaise.L\u2019usage simultané de l\u2019anglais, au Québec, dans les institutions publiques et dans les grandes entreprises, diminue le rayonnement et l\u2019utilité de la langue française.Toute personne qui a de l\u2019avenir dans l\u2019esprit sait que le déclin d\u2019une langue débute par son inutilité.L\u2019usage répandu d\u2019entreprises francophones qui publient leurs rapports annuels dans les deux langues est une pratique qui déprécie l\u2019utilité du français.L\u2019accueil téléphonique L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 3 bilingue est une autre mode qui produit les mêmes effets.Les résultats de quelques appels sont ici reproduits : ACCUEIL TÉLÉPHONIQUE D'ENTREPRISES OU D'ORGANISMES, LANGUE PARLÉE, LE 25 JANVIER 1999 \tFrançais\tAnglais\tBilingue1\tBilingue2 10 industries francophones, Montréal\t4\t0\t4\t2 10 industries anglophones, Montréal\t1\t0\t7\t2 10 sociétés financières du Québec\t0\t1\t7\t2 10 sociétés financières de Toronto\t0\t9\t1\t0 10 hôtels de Montréal\t3\t0\t7\t0 10 hôtels de Toronto\t0\t10\t0\t0 5 centres hospitaliers à Montréal - français\t0\t0\t5\t0 5 centres hospitaliers à Montréal - anglais\t0\t0\t3\t2 10 centres hospitaliers à Toronto\t0\t10\t0\t0 10 organismes fédéraux à Montréal\t0\t0\t10\t0 10 ministères fédéraux à Montréal\t0\t0\t10\t0 10 ministères provinciaux à Toronto\t0\t7\t0\t3 10 ministères du gouvernement du Québec\t10\t0\t0\t0 Résultats\t18\t37\t54\t11 Bilingue\u2019 : pour des instructions en frança\ts, appuyez sur le 1\t\tou le 2.\t Bilingue2 : pour des instructions en anglais, appuyez sur le 1 ou le 2.\t\t\t\t La différence est grande.On ne croirait jamais que ces personnes morales habitent le même pays.Et l\u2019écart est toujours grandissant.Dix-huit sur cent vingt répondants utilisent le français pour nous accueillir au téléphone.Si vous doutez de l\u2019étendue du malaise, parce que le sondage est à petite échelle, multipliez l\u2019exercice par cent, et vous obtiendrez les mêmes proportions.À Toronto, la réception est shakespearienne, trente-six fois sur quarante.Admirez la manœuvre ! Quatre entreprises seulement répondent dans les deux langues.Toronto n\u2019est pas une métropole bilingue.L\u2019équilibre binational est rompu.A mari usque ad mari, la langue anglaise a dévoré le français dans les provinces anglophones.4 \u2022 L'ACTION NATIONALE Au Québec, il est difficile de faire la distinction entre le faux et le vrai.Montréal est devenue la plus grande ville française de langue anglaise au monde.Le terrain devient glissant.Dix-neuf sur quatre-vingts répondants téléphoniques parlent la langue de Molière dont dix émanent des ministères du gouvernement québécois.Soixante sociétés au Québec font usage des deux langues pour nous accueillir.Cinquante-trois entreprises québécoises imposent aux « Français du Québec » l\u2019obligation d\u2019appuyer sur 1 ou sur 2 pour poursuivre une conversation en langue française.C\u2019est humiliant, avilissant, vexant.Les dix centres hospitaliers québécois sont bilingues et les dix centres torontois sont unilingues anglais.Sept des dix hôtels montréalais sont bilingues et les dix hôtels torontois sont unilingues anglais.Huit institutions financières québécoises sont bilingues et neuf sociétés torontoises répondent en anglais.Ne perdons point la tête.L\u2019histoire canadienne et universelle démontre que la pire erreur que puisse commettre un peuple, dans sa vie publique, c\u2019est de n\u2019être pas réaliste.La langue menacée au Québec, ce n\u2019est pas l\u2019anglais ; c\u2019est le français.La pratique du bilinguisme institutionnel est dangereuse.Le déclin d\u2019une langue débute par son inutilité.Si la langue anglaise devient indispensable, le français devient une langue seconde.Après quelques décennies, le Québec bilingue dans ses institutions deviendra une terre de langue anglaise.L\u2019âme d\u2019un peuple passe avant le portefeuille.Comme le poisson pourrit d\u2019abord par la tête, une société périclite par ses chefs de file.Les décideurs qui fixent les normes sont-ils tentés de démissionner, de se soumettre ?À diminuer l\u2019effort pour le rayonnement du français, à institutionnaliser le bilinguisme, à rendre indispensable la langue anglaise, le peuple québécois se suicide.L'ACTION NATIONALE \u2022 5 La langue est le lien de la vie civile.Elle s\u2019impose à tous les individus d\u2019un même groupe national.Il n\u2019y a qu\u2019une seule langue commune pour toutes les personnes.Rousseau disait que c\u2019est celle « que les enfants parlent avant de savoir parler*.Certes, la maîtrise d\u2019au moins une langue supplémentaire est une nécessité vitale pour tous les Québécois et Québécoises.Mais la langue française est pour nous l\u2019expression de notre identité nationale et l\u2019affirmation de l\u2019existence du peuple québécois.Elle souffre et elle succombe devant l\u2019affaiblissement de son usage.La réalité linguistique ne correspond pas à la vie réelle.Les personnes d\u2019origines des îles britanniques au Québec s\u2019élèvent à 1689851 et les personnes d\u2019origines françaises en Ontario sont au nombre de 302 550.Les manigances de la Statistique fédérale tronquent, il est vrai, la réalité démographique.Mais ce n\u2019est pas L\u2019Action nationale qui établit les questions du recensement.Ce ne sont pas les Québécoises et les Québécois qui ont construit et qui ont détruit le mythe de l\u2019unité canadienne.1.Source : Le Canada en statistiques - Origine ethnique de 1996, Canada, provinces et territoires.6 \u2022 L'ACTION NATIONALE L'âme de CE PAYS S\u2019il est venu le temps de se donner un pays, il importe de savoir ce que nous en ferons.L'Action nationale a accompagné le Québec tout au long de ce siècle.Elle apporte à nouveau une pièce majeure dans la patiente construction de notre projet collectif.La CSN salue cette initiative qui contribue à la qualité de nos débats.L'ACTION NATIONALE \u2022 7 L'indépendance Ce texte ouvre un débat.Le contenu est sujet à beaucoup de discussion.Mais, à l\u2019heure actuelle, le Québec ne peut se permettre de garder le silence.Il ne peut demeurer sur la défensive.Les troupes fédérales sont en guerre.Le Québec doit répondre.La rédaction En finir avec le contentieux Québec-Canada Gilles Vandal1 1.La signification de l\u2019élection de novembre 1998 Compte tenu des sondages précédant l\u2019élection, les résultats du scrutin du 30 novembre dernier en ont surpris plusieurs et en ont laissé plus d\u2019un perplexe.Une fois de plus, les Québécois révélaient leur ambiguïté proverbiale.Plusieurs messages, parfois contradictoires, peuvent être décelés de l\u2019élection québécoise de 1998.Les Québécois ont d\u2019abord voté pour un bon gouvernement formé par le Parti 1.Professeur titulaire, Directeur du Département d\u2019histoire et de sciences politiques, Université de Sherbrooke. Québécois ; ont reconnu les efforts effectués depuis trois ans dans l\u2019assainissement des finances publiques ; ont reconnu que le gouvernement de Lucien Bouchard était plus apte que l\u2019équipe de Jean Charest à défendre les intérêts du Québec ; ont montré qu\u2019ils formaient un électorat plutôt sophistiqué et que l\u2019influence d\u2019un chef de parti, si charismatique soit-il, « a une influence limitée sur les résultats d\u2019un scrutin électoral.Par ailleurs, en refusant de donner au premier ministre Lucien Bouchard la victoire éclatante qu\u2019il recherchait, les Québécois ont montré leur réticence à endosser son engagement à réunir les conditions gagnantes pour la tenue d\u2019un éventuel référendum sur la souveraineté.Dans ce contexte, les récents louvoiements post-électoraux du premier ministre Bouchard concernant la démarche à suivre ne sont pas surprenants.Il est conscient qu\u2019une réflexion en profondeur s\u2019impose.Il hésite devant la réponse attendue, mais inexprimée par la population.Il doit toutefois favoriser une réflexion en profondeur et l\u2019entreprendre sans tarder.Attendre davantage, c\u2019est abandonner la bataille au gouvernement fédéral.Le message du 30 novembre n\u2019est pas aussi négatif pour le gouvernement Bouchard qu\u2019on pourrait le croire à première vue.Les libéraux ont obtenu en terme de voix leur troisième pire score électoral des cinquante dernières années et leur cinquième plus mauvais résultat depuis 1897.Bien plus, la base électorale libérale est confinée à Montréal et à deux régions périphériques : l\u2019Estrie et l\u2019Outaouais.L\u2019appui libéral dans l\u2019électorat francophone ne cesse de s\u2019effriter depuis le début des années 1990, dépassant à peine les 30%.L\u2019élection de 1998 a montré que le message libéral ne passait pas parce que ce parti n\u2019a plus de position constitutionnelle bien définie concernant les revendications autonomistes du Québec.Par contre, l\u2019ADQ, dont le programme constitutionnel consiste à récupérer le contrôle de 22 champs de compétence envahis par le gouvernement fédéral, est devenu un refuge pour bon nombre de nationalistes mous.L'ACTION NATIONALE \u2022 9 Mais par dessus tout, les Québécois ont montré lors de la dernière élection qu\u2019ils étaient fatigués des débats interminables et stériles sur l\u2019avenir du Québec qui les divisent toujours davantage sans jamais rien régler.Par ailleurs, Les Québécois ne sont pas prêts à appuyer majoritairement ni la souveraineté, ni le statu quo constitutionnel, d\u2019où l\u2019appui important que l\u2019ADQ a obtenu.2.Un avenir politique apparemment bloqué Un agenda constitutionnel bloqué Depuis les échecs de Meech et de Charlottetown, le gouvernement fédéral et ceux des autres provinces ont mis en veilleuse toute velléité de réformer globalement et en profondeur le système politique canadien.La constitution de 1982 satisfait très clairement les élites canadiennes et à peu près plus personne hors Québec, à part Preston Manning, ne ressent de besoin urgent de changer cette dernière.Ces élites considèrent que les demandes québécoises comme de simples caprices faisant partie d\u2019une obsession constitutionnelle.Par conséquent, elles se refusent à voir plus longtemps le Canada pris en otage par le Québec.La position du reste du Canada(ROC), c\u2019est d\u2019offrir le moins possible au Québec tout en évitant de fermer la porte.On veut montrer aux Québécois que la souveraineté n\u2019est pas nécessaire, et même plus qu\u2019elle causerait plus de problèmes qu\u2019elle n\u2019en réglerait.Pour ce faire, on recourt au discours creux du fédéralisme flexible tout en jouant à la fois de la carotte (Accord de Calgary, amendement constitutionnel sur les commissions scolaires linguistiques) et du bâton (Stéphane Dion, renvoi à la Cour Suprême).On recule sur un aspect (accord sur le transfert de la main d\u2019œuvre), pour ensuite envahir d\u2019autres champs de compétence provinciale (bourses du millénaire).La stratégie fédéraliste consiste à 10 \u2022 L'ACTION NATIONALE tenir le débat ouvert tout en reportant ultérieurement les discussions en profondeur sur le contentieux Québec-Canada.Le Parti libéral du Québec a fait sienne cette position depuis les échecs répétés de Meech et de Charlottetown.Les libéraux du Québec se sont résignés au fait que le fédéralisme canadien est incapable de répondre à la volonté québécoise d\u2019une plus grande autonomie.L\u2019adoption de leur programme constitutionnel, Reconnaissance et Interdépendance, au printemps 1997, reflète ce virage important et l\u2019abandon par ce parti de toute velléité de revendications autonomistes.Le PLQ a fait le constat que le Québec n\u2019avait pas d\u2019autres choix que de se conformer à la réalité canadienne.L\u2019arrivée de Jean Charest2 à la tête du PLQ illustre d\u2019ailleurs remarquablement bien le virage qui est survenu au sein de ce parti depuis 1992.Le Canada est donc devenu le seul choix du PLQ.Ce n\u2019est pas accidentel si Jean Charest a fait du refus de tenir tout référendum le thème majeur de sa campagne électorale.Il n\u2019est pas surprenant dans ce contexte que l\u2019on évite à tout prix, dans le camp fédéraliste, d\u2019ouvrir la boîte de Pandore constitutionnelle.On affirme qu\u2019il sera possible de régler une fois pour toute le contentieux Québec-Canada seulement après l\u2019élection d\u2019un gouvernement fédéraliste à Québec.En d\u2019autres mots, une fois que le peuple québécois aura abandonné ses principales revendications traditionnelles et aura accepté que le Québec soit une province comme les autres.Alors seulement, le reste du Canada sera prêt à discuter sérieusement de changements constitutionnels avec le gouvernement du Québec.La stratégie fédéraliste consiste à gagner du temps.Cette stratégie mise donc sur la lassitude des Québécois, sur leur fatigue constitutionnelle.On recourt à une politique d\u2019usure, 2.Jean Charest a non seulement endossé le concept de l\u2019égalité des provinces mais il a presque fait une religion de la coopération interprovinciale, acceptant dans le processus une cogestion d\u2019une variété de programmes avec le gouvernement fédéral.L\u2019ACTION NATIONALE «Il car les fédéralistes sont conscients qu\u2019à long terme le temps travaille en leur faveur.Dans ces circonstances, le gouvernement fédéral et les gouvernements des autres provinces ont tout avantage à voir l\u2019actuel gouvernement du Québec se cloisonner dans un agenda rigide lié à la souveraineté.Les discours du premier ministre Jean Chrétien le démontrent très bien, lorsqu\u2019il affirme que la seule question acceptable pour lui en serait une qui porterait sur la sécession.Ce que le gouvernement fédéral et le reste du Canada ne veulent surtout pas, peu importe le discours officiel, c\u2019est de rouvrir le débat constitutionnel pour répondre aux demandes du Québec.Le Canada tel qu\u2019il est leur convient très bien.Pour eux, tout a été réglé en 1982.Le gouvernement du Québec doit donc se doter d\u2019une stratégie forçant le reste du Canada à rouvrir la boîte de Pandore constitutionnelle.Dans le contexte actuel, seul un gouvernement souverainiste à Québec peut le faire.Mais pour cela, il a besoin d\u2019établir un rapport de force qui repose sur un large consensus québécois, dans le cadre d\u2019un projet rassembleur non partisan.Diminution de la ferveur nationaliste Les résultats de l\u2019élection du 30 novembre sont venus confirmer ce que démontraient les sondages.L\u2019option souverainiste est en perte de vitesse et ne recueille tout au plus qu\u2019entre 40 et 45% de la faveur de l\u2019électorat.En ce sens, le discours fédéraliste consistant à affirmer qu\u2019il y a des problèmes plus importants que de parler de constitution et de souveraineté a porté fruit.Ce discours a permis à Jean Charest, comme nous l\u2019avons mentionné plus haut, de faire de l\u2019opposition à la tenue de tout référendum le thème majeur de sa campagne, comme si le contentieux Québec-Canada avait déjà été réglé.Ainsi, sondage après sondage, plus de 70% des Québécois affirmaient à l\u2019automne 1998 leur opposition 12» L'ACTION NATIONALE à la tenue d\u2019un référendum sur la souveraineté au cours du prochain mandat du gouvernement.La ferveur nationaliste semble donc loin de ce qu\u2019elle était au début des années 1990.Cependant, le tableau est beaucoup moins noir qu\u2019il apparaît à première vue.D\u2019abord, le gouvernement Bouchard a été réélu, en dépit de l\u2019effet Charest du printemps dernier.De plus, pour la première fois depuis 1995, une majorité des Québécois affirmaient dans un sondage réalisé au début de novembre 1998 que le peuple Québécois a le droit de se séparer (73%), qu\u2019il a les compétences humaines, techniques et financières pour former un Etat souverain (64%), que la réforme du fédéralisme est impossible (62 %) et que la souveraineté est réalisable (65 %)-3 Toutefois, ces mêmes Québécois désirent aussi dans une proportion de 70% donner une dernière chance au fédéralisme canadien.Cette ambiguïté des Québécois est peut-être surprenante.Mais elle est assez compréhensible et reflète bien le tempérament des Québécois.Ces derniers ne sont pas prêts à faire la souveraineté sur un coup de tête.Cette attitude reflète une grande prudence et une maturité politique certaine.Beaucoup de Québécois entrevoient donc la souveraineté comme une mesure à laquelle ils recourront que s\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019autres choix.Le peuple québécois semble donc aujourd\u2019hui confronter à une situation sans issue.D\u2019une part, le gouvernement fédéral et neuf provinces qui ne sont pas disposés à entamer des discussions constitutionnelles pour régler le contentieux Québec-Canada.D\u2019autre part, le gouvernement souverainiste du Québec ne semble pas disposer de suffisamment d\u2019appui populaire pour tenir un référendum sur la souveraineté.Par ailleurs, bien que le présent gouvernement du Québec dirigé par Lucien Bouchard n\u2019ait pas reçu le mandat moral de tenir un référendum sur la souveraineté, ce 3.Ces quatre indicateurs ont été développés par mon collègue Jean-Herman Guay dans le cadre d'études produites par le GROP.L'ACTION NATIONALE «13 dernier jouit tout de même de certains atouts dont le plus important à court terme est le temps, étant au début de son mandat.De plus, il dispose d\u2019une certaine marge de manœuvre en dépit d\u2019un horizon constitutionnel en apparence bloqué.Il pourrait donc avec un peu de vision et en développant le consensus québécois autour d\u2019un projet rassembleur faire débloquer la situation.3.Les diverses options ouvertes au gouvernement du Québec Dans les circonstances actuelles, l\u2019avenir politique du Québec semble bloqué et ce, tant et aussi longtemps que les Québécois seront incapables de se brancher, d\u2019affirmer ce qu\u2019ils veulent vraiment.En dépit des résultats mitigés de la dernière élection, le gouvernement du Québec dispose de plusieurs options.Il peut : \u2022\tPrimo : prendre note du résultat électoral et adopter un moratoire sur le débat constitutionnel et la tenue d\u2019un référendum sur la souveraineté.Même si cette option satisferait beaucoup de fédéralistes québécois, sans mentionner ceux des autres provinces, elle n\u2019est pas vraiment acceptable pour le Québec.Elle signifierait à toute fin pratique une reconnaissance que le Québec n\u2019était pas vraiment sérieux dans ses revendications autonomistes des 40 dernières années, qu\u2019il peut facilement s\u2019accommoder du statu quo et que le problème québécois est à toutes fins réglé.\u2022\tSecundo : tenir coûte que coûte un référendum sur la souveraineté.Cette option répondrait sans doute aux demandes de l\u2019aile nationaliste pure et dure du PQ.Mais compte tenu des fortes probabilités d\u2019une importante défaite, la tenue d\u2019un tel référendum ne ferait qu\u2019affaiblir davantage la position du Québec.Cette option n\u2019est donc pas plus réaliste que la première.14 \u2022 L'ACTION NATIONALE \u2022\tTertio: tenter de réunir les conditions gagnantes et ne tenir un référendum sur la souveraineté que si les dites conditions sont réunies.Mais cette option rend plus qu\u2019improbable la tenue d\u2019un tel référendum.Elle pose le problème de définir ce que l\u2019on entend par conditions gagnantes.Comment pourrait-on créer la ferveur nationaliste nécessaire à la victoire finale ?\u2022\tQuarto : proposer une offre de partenariat au reste du Canada.Cette option peut paraître intéressante à première vue.Si le reste du Canada acquiesce à l\u2019offre, il n\u2019y a alors pas de problème et la souveraineté-partenariat va se faire d\u2019elle-même.Mais il ne faut pas trop compter là-dessus.Si le reste du Canada refuse, le gouvernement du Québec peut toujours alors tenir un référendum sur la souveraineté.Mais les résultats d\u2019un tel référendum seraient largement influencés par le refus du Canada de négocier au préalable le partenariat.On retourne donc plus ou moins à la situation de 1995, ferveur nationaliste en moins.\u2022\tQuinto proposer une réforme du fédéralisme canadien répondant aux aspirations traditionnelles du Québec.Malgré les apparences, cette proposition est à la fois plus radicale et plus hardie dans la perspective d\u2019un gouvernement souverainiste.Et pourtant, c\u2019est celle qui a le plus de chance de faire débloquer le contentieux Québec-Canada, voire même de réaliser la souveraineté du Québec.4.Plaidoyer pour une réouverture du contentieux Québec-Canada Le premier objectif du gouvernement du Québec doit être de forcer la réouverture du débat constitutionnel par une offre de renouvellement du fédéralisme canadien à partir des aspirations traditionnelles du Québec.Cette offre pourrait se faire dans le cadre d\u2019un énoncé de politique où le gouvernement affirmerait son désir de régler une fois L'ACTION NATIONALE «15 pour toutes le contentieux Québec-Canada et que par conséquent il est disposé à tout mettre sur la table et à examiner toutes les avenues possibles.Certes, les protagonistes des deux côtés de l\u2019arène politique vont s\u2019opposer farouchement à une telle démarche pour des raisons différentes.Les souverainistes purs et durs vont affirmer que cette démarche est inutile, que cette approche a déjà été tentée sans succès à Meech et à Charlottetown.Le reste du Canada a alors dit non au Québec.Une telle démarche représente donc pour eux une perte de temps qui ne fera que diviser davantage les Québécois.Par contre, les Chrétien, Dion et autres fédéralistes vont déchirer leur chemise devant ce qu\u2019ils considéreront comme une nouvelle astuce du Parti québécois.Ils dénonceront immédiatement une telle démarche, accusant le gouvernement du Québec de mauvaise foi et de ne chercher qu\u2019à réaliser par une voie détournée son projet de souveraineté.Ils affirmeront avec force que le reste du Canada ne négociera jamais le couteau sur la gorge.Ils ajouteront que leur stratégie de petits pas fonctionne bien.Ils ont tout avantage à court-circuiter dès le départ une telle proposition venant du gouvernement du Québec.Mais au-delà des lignes de parti, la démarche proposée s\u2019inscrit dans la foulée de l\u2019élection du 30 novembre, où les Québécois exprimaient leur désir de donner une dernière chance au Canada.Voyons donc plus en détail le contenu de la démarche proposée en cinq points.\u2022 Première étape : énoncé de politique devant l\u2019Assemblée nationale Cet énoncé politique pourrait contenir les cinq éléments suivants : 16 \u2022 L'ACTION NATIONALE -\taffirmation de la volonté du gouvernement du Québec de régler une fois pour toutes le contentieux Québec-Canada et engagement à signer à certaines conditions la constitution canadienne ; -\tréaffirmation des demandes traditionnelles du Québec (sur la base du rapport de la Commission Bélanger-Campeau et de la loi 150) ; -\tdéfinition des conditions minimales non négociables qui pourraient inclure le droit de veto sur tout amendement touchant le statut du Québec, l\u2019abrogation du pouvoir de dépenser, l\u2019abolition des pouvoirs résiduels, le prélèvement des impôts sur le territoire du Québec, le prélèvement des taxes de ventes, d\u2019accise ; -\tcompétence exclusive dans les domaines de la culture, de l\u2019éducation, de la santé, de la sécurité sociale, de la main-d\u2019œuvre, des communications, du développement régional, de l\u2019administration de la justice, soit dans tous les domaines qui ont trait à la croissance humaine des Québécois, à leur affirmation économique, à leur épanouissement culturel et au rayonnement de la communauté québécoise ; -\tdéfinition des éléments à compétence partagée qui seraient négociables, comme la représentation internationale du Québec et tous autres domaines d\u2019intérêts communs ; -\tdéfinition des éléments de compétences fédérales ; exemple : la défense ; -\tdéfinition du processus à suivre ; -\tengagement du Québec de renoncer à la souveraineté si le reste du Canada accepte les demandes du Québec et signe un accord sur les bases de la présente proposition ; -\tengagement du Québec de tenir un référendum sur la souveraineté si le reste du Canada rejetait les demandes du Québec.Cet énoncé de politique pourrait avoir lieu dès le printemps 1999.Il est évident que cet énoncé pourrait prendre un cadre plus général où tout serait mis sur la table.Mais au L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 17 préalable il faudrait que le Canada anglais reconnaisse l\u2019existence du peuple québécois.\u2022\tDeuxième étape : débat de la proposition dans le cadre d\u2019une commission parlementaire spéciale La tenue d\u2019une commission parlementaire vise à permettre un débat public sur l\u2019avenir du Québec ; à mettre à jour les demandes du Québec ; à permettre à différents groupes et experts d\u2019exprimer leur point de vue ; à rétablir le large consensus québécois qui existait au début des années 1990.Cette commission parlementaire spéciale pourrait se tenir à l\u2019automne 1999- L\u2019Assemblée nationale adopterait une loi au printemps 2000, à la suite du dépôt du rapport de la commission parlementaire spéciale, sur l\u2019engagement du gouvernement du Québec de signer la constitution canadienne à certaines conditions bien précises.\u2022\tTroisième étape : adoption d\u2019un projet de loi sur la question référendaire La question pourrait être : Êtes-vous d\u2019accord pour que le gouvernement du Québec signe la constitution canadienne selon les conditions stipulées dans la loi XX.Question claire et sans ambiguïté.Elle choquerait plusieurs souverainistes, mais les avantages sont énormes.Une telle question créerait un large consensus au Québec.Elle affirmerait la volonté du Québec de demeurer dans le Canada, mais pas à n\u2019importe quelles conditions.La balle serait dans le camp du ROC.La question référendaire pourrait être adoptée au printemps ou à l\u2019automne 2000.\u2022\tQuatrième étape : tenue du référendum proposé au moment fixé par le gouvernement du Québec 18 \u2022 L'ACTION NATIONALE Si on peut s\u2019attendre à une réponse largement positive de la population québécoise, alors certains pourraient se demander quelle est la nécessité de tenir un tel référendum au lieu d\u2019entamer, à la suite d\u2019une motion de l\u2019Assemblée nationale, les discussions avec le reste du Canada.Pourquoi ne pas procéder comme en 1991-1992 et éviter ainsi des dépenses inutiles?Il y a plusieurs raisons pour ce faire : -\tD\u2019abord, il y a une question de légitimité politique.Le gouvernement du Québec n\u2019a pas demandé et n\u2019a pas par conséquent reçu de mandat de réformer le fédéralisme.-Deuxièmement, un tel référendum permettrait d\u2019affirmer haut et fort au reste du Canada que le gouvernement québécois ne parle pas seulement en son nom mais qu\u2019il exprime aussi la volonté du peuple québécois.L\u2019expression du large consensus québécois donnerait donc plus de force aux demandes du Québec.-\tTroisièmement, il faut prendre en compte la décision de la Cour Suprême.Le reste du Canada serait très mal vu de refuser de négocier après la tenue d\u2019un tel référendum.La décision de la Cour Suprême a tracé la voie qu\u2019il faut suivre.-\tQuatrièmement, la tenue d\u2019un tel référendum s\u2019inscrit en continuité avec le développement du cadre démocratique des sociétés modernes (Suisse, États-Unis).On fait la démonstration une fois de plus que l\u2019avenir du Québec doit être d\u2019abord décidé par le peuple québécois et non par ses élites.Ce référendum pourrait se tenir au printemps ou à l\u2019automne 2000.\u2022 Cinquième étape : définition du cadre des négociations Le cadre des négociations serait déterminé par une loi adoptée par l\u2019Assemblée nationale.Cette loi stipulerait clairement non seulement les demandes du Québec, mais aussi L'ACTION NATIONALE \u2022 19 le déroulement et la durée des négociations, qui ne devrait pas dépasser un an.Pour éviter toute accusation de mauvaise foi de sa part, le gouvernement du Québec pourrait mettre sur pied, comme il avait prévu le faire en 1995, une commission indépendante de surveillance des négociations.Le gouvernement du Québec aurait la possibilité de mettre fin aux négociations en tout temps suite à un rapport de la commission de surveillance révélant un refus de négocier du reste du Canada.Il serait alors en droit de tenir un référendum sur la souveraineté au moment qu\u2019il le jugerait à propos.$.Les avantages de la démarche proposée Cette démarche comporte plusieurs avantages importants.Elle permettrait entre autres de \u2022 Primo : rouvrir le contentieux Québec-Canada en obligeant le reste du Canada à répondre aux demandes du Québec L\u2019adoption de la démarche proposée permettrait non seulement au Québec de réaffirmer clairement ses demandes traditionnelles à partir d\u2019un large consensus québécois.Bien plus, le débat constitutionnel serait rouvert selon des termes définis par le Québec.L\u2019exigence de résultat contenue dans la démarche proposée forcerait le gouvernement fédéral et les gouvernements des autres provinces à répondre aux demandes formulées par le peuple québécois.Comme nous l\u2019avons mentionné précédemment, la décision de la Cour Suprême contraint d\u2019ailleurs le reste du Canada à négocier.Le gouvernement fédéral et ceux des autres provinces n\u2019auraient donc pas le choix.En forçant le reste du Canada à négocier sur la base des conditions établies par l\u2019Assemblée nationale et entérinée par 20 \u2022 L'ACTION NATIONALE le peuple québécois, la démarche proposée aurait de bonne chance de mettre fin à un long contentieux qui divise le Québec et le Canada depuis plus de cinquante ans.Le Québec aurait alors obtenu un statut particulier dans le cadre d\u2019un fédéralisme asymétrique lui permettant d\u2019exercer les pouvoirs d\u2019un état quasi-souverain tout en évitant une rupture brutale.Par contre, tout refus de négocier de la part du reste du Canada aurait des conséquences incalculables.Imaginons ici un peu la secousse psychologique qu\u2019un nouveau refus du reste du Canada aurait sur la population québécoise.Ce refus serait perçu comme un nouveau rejet de tout le Québec.C\u2019est au peuple québécois que l\u2019on aurait alors dit non.Les effets seraient d\u2019autant plus dévastateurs que ce nouveau rejet du Québec surviendrait après que le peuple québécois aurait parlé fort par voix référendaire.Dans un tel contexte, un référendum sur la souveraineté ne pourrait être que gagnant.\u2022\tSecundo : donner au gouvernement du Québec le contrôle de l\u2019agenda constitutionnel Le gouvernement du Québec prendrait ainsi le leadership de l\u2019agenda constitutionnel, fixerait les conditions du débat et définirait les règles du jeu.La démarche proposée permettrait aussi au gouvernement du Québec de se doter d\u2019un échéancier précis et limité dans le temps dont il serait le seul à avoir le contrôle.Le projet d\u2019échéancier contenu dans le présent document n\u2019est donné qu\u2019à titre d\u2019exemple.Il pourrait être modifié selon la conjoncture.\u2022\tTertio : faire de l\u2019avenir politique du Québec une priorité immédiate Le gouvernement du Québec aura atteint au printemps 1999 l\u2019objectif du déficit zéro.Après la période des grandes coupures, les problèmes entourant la répartition des surplus budgétaires vont paraître bien minimes.Comme le gou- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 21 vernement Bouchard ne peut à court terme relancer le débat sur la souveraineté du Québec, il devrait se limiter au simple rôle d\u2019être un bon gestionnaire.Par contre, la démarche ici suggérée propose une façon de relancer le débat national, de renouer avec le large consensus qui prévalait lors de la Commission Bélanger-Campeau, de placer la question de l\u2019avenir du Québec au centre de l\u2019échiquier politique.\u2022\tQuarto : amener les Québécois à se dire oui à eux-mêmes.Les Québécois désirent donner une dernière chance au Canada.Notre proposition reflète l\u2019ambiguïté des Québécois.En établissant un large consensus populaire, elle permettrait de créer une coalition arc-en-ciel.Cette proposition serait donc endossée : -\tpar une large majorité de nationalistes québécois qui, sans être purs et durs, rêvent depuis trente ans de voir un jour un Québec souverain ; -\tpar les nationalistes mous tant libéraux qu\u2019adéquistes ; -\tpar beaucoup de fédéralistes québécois qui seraient tentés de voter oui à une telle proposition comme solution de dernier recours.Cette démarche permettrait au gouvernement du Québec de bâtir à partir d\u2019une approche non-partisane un large consensus populaire, parce qu\u2019elle rejoint la grande majorité de la population qui est plutôt centriste.Les Québécois se diraient donc oui pour la première fois et ce avec une large majorité.À part une mince frange de purs et durs des deux extrémités, qui d\u2019autre pourrait militer pour le non ?\u2022\tQuinto : amener le PLQ à supporter cette démarche La dernière élection a montré que la tentative du PLQ de se doter d\u2019un programme constitutionnel centré sur les préférences canadiennes a échoué.Ce dernier a déjà indiqué ses intentions de développer une approche plus autonomiste 22 \u2022 L'ACTION NATIONALE dans les prochains mois afin de rejoindre l\u2019électorat francophone.La démarche proposée amènerait le Parti Libéral du Québec à se commettre davantage dans le cadre du renouvellement du fédéralisme canadien.Après tout, le PLQ a été porteur des grandes revendications autonomistes du Québec des 40 dernières années.La présente démarche s\u2019inscrit dans la foulée du Rapport Allaire et de la Commission Bélanger-Campeau qui ont été tous deux endossés par le Parti libéral.En appuyant cette démarche, le PLQ s\u2019inscrirait en continuité avec Jean Lesage et Robert Bourrassa et pourrait ainsi renouer ses liens de confiance avec l\u2019électorat francophone qui boude ce parti depuis le début des années 1990.Par contre, si jamais le PLQ s\u2019opposait à la présente démarche, il devrait dire pourquoi il rejette maintenant des demandes qu\u2019il avait lui-même formulées dans le Rapport Allaire.Il avouerait alors qu\u2019il ne croit pas que le fédéralisme canadien soit vraiment «réformable» et que le reste du Canada puisse vraiment reconnaître les demandes traditionnelles du Québec.Le refus d\u2019appuyer cette démarche couperait davantage le PLQ de l\u2019électorat francophone.Pour ces diverses raisons, il ne fait pas de doute pour nous que le PLQ endosserait la démarche proposée.\u2022 Sexto : amener le Parti québécois à endosser ce projet Le Parti québécois devrait initier cette démarche pour plusieurs raisons.La présente démarche s\u2019inscrit, en dépit des apparences, dans la tradition du Parti québécois.Nous n\u2019avons ici qu\u2019à penser à la question référendaire de 1980, au beau risque du milieu des années 1980, à la proposition de référendums sectoriels de Parizeau en 1989, à l\u2019endossement du rapport de la Commission Bélanger-Campeau de 1991, à l\u2019offre de partenariat de 1995.L'ACTION NATIONALE \u2022 23 Le Parti québécois émergerait ainsi comme le parti qui a réussi à résoudre le contentieux Québec-Canada et à obtenir une réponse positive du ROC aux grandes revendications autonomistes du Québec.Les objectifs de l\u2019article 1 du programme du PQ auraient en grande partie été atteints.Le Québec aurait ainsi obtenu un genre de souveraineté-association ou souveraineté-partenariat, tout en évitant les conséquences négatives d\u2019une rupture trop brutale.En adoptant une telle démarche, le Parti québécois démontrerait qu\u2019il est un parti de tous les Québécois, qu\u2019il n\u2019est pas un parti dominé essentiellement par les Ayatollas de la souveraineté, qu\u2019il forme un parti pragmatique qui est capable de réunir les Québécois de toutes allégeances dans un projet commun.Par contre, en cas de refus du ROC, le Parti québécois aurait réuni les conditions gagnantes pour tenir un référendum sur la souveraineté.\u2022 Septimo : amener le reste du Canada à accepter les demandes québécoises En adoptant cette approche, le gouvernement du Québec aurait de bonnes chances de faire accepter par le ROC ses demandes pour plusieurs raisons bien simples.D\u2019une part, le Canada serait obligé de négocier à la suite de la décision de la Cour Suprême.D\u2019autre part, il serait très intéressé par la présente démarche, parce qu\u2019elle mettrait fin une fois pour toutes au contentieux Québec-Canada.Cette démarche serait d\u2019autant plus crédible qu\u2019elle serait initiée et endossée par un gouvernement souverainiste.Le ROC serait d\u2019autant plus tentée d\u2019acquiescer aux demandes du Québec qu\u2019il aurait la certitude que tout rejet de sa part de ces demandes serait suivi d\u2019un référendum sur la souveraineté.Le Canada verrait donc la menace de son démantèlement disparaître avec la fin de l\u2019incertitude politique qui a dominé la vie canadienne ces vingt dernières 24 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE années.Le Canada retrouverait la stabilité politique dont il a besoin.\u2022 Octavo : garder toutes les options ouvertes Un tel référendum aurait donc d\u2019immenses conséquences.Le ROC ne veut présentement rien entendre d\u2019un fédéralisme asymétrique, d\u2019un statut particulier ou de société distincte pour le Québec.En dépit de cela, il serait forcé de négocier face à un Québec uni et fort.Face au large consensus québécois exprimé lors d\u2019un référendum, le reste du Canada serait en état de faiblesse.Tout refus de négocier de la part du reste du Canada aurait d\u2019immenses répercussions internationales qui faciliteraient ultérieurement la reconnaissance du Québec comme État souverain.En rejetant les demandes du Québec, c\u2019est le reste du Canada qui forcerait ce dernier à tenir un référendum sur la souveraineté.Le Québec ressortirait donc gagnant d\u2019une telle démarche peu importe son issue.Si jamais le reste du Canada disait oui à une telle démarche, les gains pour le Québec seraient extraordinaires.Le peuple québécois aurait pour ainsi dire acquis des grands pans de sa souveraineté sans souffrir des affres d\u2019une rupture brutale.Par contre, si le reste du Canada disait non, le gouvernement du Québec aurait alors le mandat de tenir un référendum sur la souveraineté.Et contrairement à 1992, le gouvernement du Québec serait disposé à exercer ce mandat.Donc, le peuple québécois conserve dans le cadre de la démarche proposée toutes ses options.Conclusion Les Québécois souffrent présentement de fatigue constitutionnelle.Ils perçoivent le débat entourant l\u2019avenir du Québec comme une source interminable de conflits stériles.Le principal mérite de la proposition mise de l\u2019avant ici est L'ACTION NATIONALE \u2022 25 de montrer qu\u2019il est possible de mettre fin au contentieux Québec-Canada et de redéfinir une fois pour toutes les relations du Québec avec le reste du Canada dans un délai assez court.En dépit de ses avantages indéniables, cette démarche a peu de chance d\u2019être retenue par l\u2019actuel gouvernement du Québec.La principale source d\u2019opposition à la proposition mise de l\u2019avant ici risque de venir non des fédéralistes ou du reste du Canada qui seraient plutôt piégés \u2022> par cette proposition mais de l\u2019aile la plus militante du Parti québécois qui y verrait une trahison de son idéal politique.Comme ces militants composent la base du Parti québécois et compte tenu de la culture politique de ce parti, Lucien Bouchard aurait fort à faire pour faire entériner une telle démarche.Pourtant, n\u2019est-ce pas un peu cette démarche que proposait Jacques Parizeau lors de la campagne électorale de 1989, alors qu\u2019il affirmait qu\u2019il irait chercher les pouvoirs dont le Québec a besoin par une série de référendums.Sa proposition alors était de faire la souveraineté à la pièce.Malgré tout, ce n\u2019est que par une proposition semblable à celle-ci que le peuple québécois pourra faire débloquer la présente situation.Il faudrait pour ce faire que Lucien Bouchard fasse preuve de la même détermination que celle qu\u2019il a démontrée dans la poursuite de l\u2019objectif du déficit zéro et qu\u2019il décide de confronter les militants de son parti sur cette question.Le Québec est à la croisée des chemins.Il est encore maître de son destin.Plusieurs voies sont ouvertes devant lui.Le présent document montre qu\u2019avec un peu de vision il est possible de débloquer le contentieux Québec-Canada.Mais seul l\u2019avenir nous dira la route que le gouvernement du Québec s\u2019apprête à suivre.Le débat est donc ouvert.?26 \u2022 L'ACTION NATIONALE L'épargne La Bourse de Montréal, une société filiale torontoise ?Rosaire Morin Je dirai de l\u2019argent ce qu \u2019en disait de Caligula, qu 'il n \u2019y avait jamais eu un si bon esclave et un si méchant maître.Montesquieu En 1141, Louis VII, roi de France, créait le premier marché de valeurs mobilières sur un pont de Paris.Ce n\u2019est pas cette histoire que L\u2019Action nationale vous raconte aujourd\u2019hui.Notre inquiétude grandit devant la diminution du contrôle québécois des entreprises.La maîtrise de l\u2019économie nationale est d\u2019une importance capitale pour l\u2019avenir québécois.Les analyses publiées dans la revue, depuis septembre, soulignent la petite taille de nos entreprises dans divers secteurs financiers.Elles démontrent aussi la tragique déportation de l\u2019épargne québécoise.Près de 300 milliards $, fruits de notre travail, créent de l\u2019emploi en d\u2019autres provinces et pays.L'ACTION NATIONALE \u2022 27 L\u2019article de ce jour jette un regard sur les valeurs mobilières.Cette industrie connaît une croissance accentuée par une conjoncture économique favorable.La chute des taux d\u2019intérêt et la hausse du cours des actions ont incité les particuliers à investir leur épargne dans les actions, les obligations et dans les fonds de placement et de retraite.Quelle est la part du marché dévolue à la Bourse de Montréal et aux maisons de courtage québécoises ?La réponse n\u2019est pas aussi complète que nous l\u2019aimerions.I.- La Bourse de Montréal Les cours de la Bourse sont affaires d'opinions.Ils reflètent les idées, les imaginations sombres ou riantes.» Jacques Bainville La bourse est un baromètre.Elle indique la météo de l\u2019économie.Elle est sensible aux moindres changements.Ses indices affichent la température.Ils varient à l\u2019annonce d\u2019un tremblement de terre japonais.Ils oscillent lors d\u2019un frisson brésilien.Les enchères à la bourse fluctuent selon le jeu de l\u2019offre et de la demande.Le marché des actions est l\u2019activité principale de la bourse.On y offre aussi des options qui donnent le droit, mais non l\u2019obligation, d\u2019acheter ou de vendre un titre à un prix et dans un délai fixés.On transige également des produits financiers comme les obligations du gouvernement et les acceptations bancaires.Dans la décennie 90, l\u2019intérêt pour la Bourse grandit.La baisse des taux d\u2019intérêt provoque une croissance accélérée des valeurs mobilières.De nouvelles émissions d\u2019actions financent l\u2019expansion des entreprises.Comme le rendement est supérieur à l\u2019intérêt des banques et des caisses, l\u2019in- 28 \u2022 L'ACTION NATIONALE vestisseur est preneur.En 1996, près de 37% des Canadiens détiennent des actions cotées en bourse1.Une minute de silence est observée en 1997.Le scandale de la société minière Bre-X rappelait la volatilité des marchés financiers.Sur la foi de rumeurs d\u2019une découverte de riches gisements d\u2019or en Indonésie, le titre de la société de Calgary monte en flèche.Il s\u2019effondre brutalement quelques mois plus tard.Des Canadiens voient les gros profits s\u2019envoler en fumée.Mais la croissance a, depuis, retrouvé un second souffle.Au Canada, les marchés boursiers exercent leurs activités à Montréal, Toronto, Winnipeg, Calgary et Vancouver.En 1996, la valeur des actions négociées grimpe de 45%.Elle atteint le sommet de 301 milliards $2.Les revenus de l\u2019industrie totalisent 8,4 milliards $.Près de 35000 employés gagnent leur vie dans ce secteur.Un peu d\u2019histoire Montréal est l\u2019une des plus anciennes bourses de l\u2019Amérique.Dès les années 1830, les marchands se réunissent à Y Exchange Coffee House, une auberge du marché de la rue Saint-Paul, pour vendre leurs actions.En 1872, l\u2019association Board of Brokers modifie son nom.Désormais, elle sera connue sous le vocable »The Montreal Stock Exchange - La Bourse de Montréal ».L\u2019organisme est la première bourse canadienne.Sa croissance est rapide.À titre d\u2019exemple, en 1914, la Bourse compte déjà 109 sociétés inscrites.Dix mille actions sont négociées chaque jour.Elle est une plaque tournante des marchés financiers au Canada.Depuis, la Bourse de Montréal a perdu la première place.Chaque jour, 17 millions d\u2019actions sont échangées sur son parquet ; la valeur moyenne est de 198 millions $.Elle excelle 1.\tAnnuaire du Canada 1999, p.458.2.\tIdem.L'ACTION NATIONALE \u2022 29 dans les produits dérivés.En 1996, plus de 3,4 millions de contrats à terme et 834000 options ont été transigés3.Le principal instrument de mesure de la Bourse de Montréal est l\u2019indice canadien du marché, le XXM.Il est composé de 25 titres de sociétés de différents secteurs.D\u2019autres indices sont aussi utilisés : indice bancaire canadien, produits forestiers, biens d\u2019équipement, mines et métaux, hydrocarbures, services publics.La part du marché Le marché boursier est un outil très important dans le financement des entreprises.Quelle est la part de la Bourse de Montréal dans l\u2019activité des bourses canadiennes?Voilà la première question de cet article ! Le tableau 1 présente une réponse assez troublante.Il indique la valeur en 1997 et la part de marché des bourses canadiennes.Tableau 1 ACTIONS - ACTIVITÉ DES BOURSES CANADIENNES AU 31 DÉCEMBRE 1997 \tValeur $1997\tPart de marché Montréal\t61 911 298182\t12,44% Toronto\t423169614 970\t85,04% Vancouver\t8670338121\t1,74% Alberta\t3872185 892\t0,78% Total\t497623437165\t100,00% Source: http://www.bdm.ora/fr.fail.html.11 janvier 1999\t\t La mesure de notre taille : une grenouille vit un bœuf.et « la chétive pécore s\u2019enfla si bien qu\u2019elle creva ».C\u2019est là une bien triste histoire.Une tragédie.Elle prend racine dans la faiblesse des maisons de courtage québécoises.Elle existe parce que les conseillers en placement sont ensorcelés par 3.httn://www hdm.org/fr.faall.htlml»!S.11 janvier 1999 30 \u2022 L'ACTION NATIONALE le parquet de Toronto.Elle se perpétue parce que nos hommes d\u2019affaires ne résistent pas à la tentation de visiter Bay Street pour leurs émissions d\u2019actions.« La raison du plus fort est toujours la meilleure».Elle l\u2019emporte «sans autre forme de procès».En 1998, la Bourse de Montréal n\u2019a pas progressé au rythme de la Bourse de Toronto.Même si les transactions sur les contrats à terme ont atteint un niveau record, le parquet de Montréal continue de perdre du terrain sur le marché canadien des actions.Un faible 10% des transactions d\u2019actions au Canada ont été négociées au «Square» Victoria.C\u2019est 2,4 points de moins que l\u2019année précédente.La part du marché a constamment reculé depuis 1992, alors qu\u2019elle atteignait 21%.C\u2019est la Bourse de Toronto qui domine.Elle négocie 88,96% des transactions canadiennes, en termes de valeur, en 1998.Vancouver se contente de 0,68% et l\u2019Alberta descend aux enfers avec 0,32% du marché canadien4 Une structure étrangère La grippe asiatique et le frisson brésilien ne sont pas les responsables du déclin de la Bourse de Montréal.Au-delà des trois fautifs identifiés précédemment (maisons de courtage, conseillers en placement et hommes d\u2019affaires), une situation anormale perdure.La Bourse de Montréal est sous la gouverne de maisons étrangères de courtage.Elle joue son avenir.Mais l\u2019avenir sera déterminé par les sociétés de valeurs mobilières établies en d\u2019autres provinces et pays.Le tableau 2 présente les gouverneurs membres, au 31 décembre 1997.4.Le Journal de Montréal, 7 janvier 1999, p 35.L'ACTION NATIONALE \u2022 31 Tableau 2 BOURSE DE MONTRÉAL, GOUVERNEURS MEMBRES, DÉCEMBRE 19971 Représentant\tMaison\tSiège social\tFiliale de René-G.Jarry\tLévesque Beaubien\tMontréal\tBanque Nationale Luc Bertrand\tCorp.Deacon Capital\tToronto\t Luc Bachand\tNesbitt Burns\tToronto\tBank of Montreal Jean-P.De Montigny\tRBC Dominion\tToronto\tRoyal Bank Jean-Pierre Galardo\tFIMAT Produits\tMontréal2\tSociété Générale Pierre Gloutney\tRefco, Valeurs mob.\tToronto\t Jean-Luc Graver\tCapital Newcrest\tToronto\t James T.Klerman\tGoldman Sachs\tToronto\t André Lemire\tValeurs mob.Marleau3\tToronto\tDundee Bancorp Gary Little John\tValeurs mob.TD\tToronto\tBank TD Dominion Jacques-0.Nadeau\tScotia McLeod\tToronto\tScotia Bank 1.\tRapport annuel 1997, Bourse de Montréal.2.\tSociété filiale de la Société Générale de France.3.\tLa maison de Valeurs mobilières Marleau est devenue Peelbrooke Capital Le président Gérald-A.Lacoste doit négocier l\u2019expansion de la Bourse de Montréal avec neuf gouverneurs membres dont les maisons ont pignon sur rue à Toronto.Il doit aussi tenir compte des intérêts d\u2019une maison de Paris.Une seule société est québécoise : Lévesque Beaubien Geoffrion.Les représentants de quatre banques torontoises ont-ils intérêt à développer la Bourse de Montréal, alors que leurs sièges sociaux sont les piliers de la Bourse de Toronto ?Les Bank of Montreal e t Royal Bank éprouvent-elles une certaine sympathie pour Montréal?Sur 36 milliards $ d\u2019actifs, leurs fonds mutuels n\u2019avaient pas placé un seul sou, en 1997, dans le gouvernement du Québec et dans Hydro-Québec.Les sociétés torontoises qui dirigent la Bourse de Montréal ont-elles une âme québécoise ou torontoise ?Au Comité exécutif de la Bourse de Montréal, on retrouve les représentants de Corporation Beacon Capital, 32 \u2022 L'ACTION NATIONALE RBC Dominion, Refco et Scotia McLeod dont l\u2019âme québécoise est un écran de fumée poussé par le vent.La seule entreprise québécoise qui y siège est Lévesque Beaubien Geoffrion.M.Lacoste et deux représentants du personnel participant sont les autres membres du Comité.Au Comité d\u2019inscription, cinq entreprises de Toronto et deux de Montréal sont présentes Au Comité de corbeille, sept maisons torontoises et une maison montréalaise ont voix au chapitre, en compagnie de négociateurs indépendants et de membres du personnel participant de la Bourse.Au Comité de politique du marché - actions et options, neuf sociétés torontoises et deux québécoises établissent les stratégies.Au Comité de politiques du marché - contrat à terme, sept entreprises torontoises et une société montréalaise sont les principaux décideurs.Les représentants de Toronto ne peuvent s\u2019émouvoir, s\u2019éveiller et s\u2019ouvrir aux exigences et besoins des entreprises québécoises.Leur loyauté travaille pour la promotion de la Bourse de Toronto et le développement de l\u2019économie ontarienne.Il est ici valable de rappeler que les banques ont autorisé 526 milliards $ de crédit aux entreprises ontariennes et 85 milliards $ aux entreprises québécoises5.Comme les cinq grandes banques torontoises représentent 92,68% des actifs bancaires canadiens, il est logique de conclure que les gestionnaires torontois n\u2019ont pas une âme québécoise.Leurs décisions comportent le mystère de leurs intérêts.Les membres de la Bourse La Bourse de Montréal est un organisme sans but lucratif.Elle appartient à ses membres.Ces membres sont des courtiers en valeurs mobilières.5.Revue de la Banque du Canada, printemps 1998, Crédit consenti aux entreprises du Canada, S38, S39 L\u2019ACTION NATIONALE «33 Selon leur adresse principale inscrite dans la Revue boursière6, 43 maisons de courtage sont torontoises dont 20 établies à Bay Street ou à King Street.Neuf maisons originent de Vancouver et une autre est située en Nouvelle-Écosse.Vingt-six maisons de courtage sont québécoises.Onze d\u2019entre elles sont de langue française, soit 14% des maisons inscrites à la Bourse de Montréal.Aucun doute.Les - Français» du Québec sont locataires.Vassaux.Feudataires.Ils ont le plaisir d\u2019être propriétaires de petites maisons.Ils n\u2019ont pas le plaisir de faire.Ils n\u2019en ont pas les ressources.L\u2019écart dans l\u2019avoir entre les banques torontoises et leurs sociétés filiales s\u2019agrandit, s\u2019aggrave.Le peuple québécois est plus jaloux de se choisir des maîtres étrangers que d\u2019acquérir la liberté dans son pays.Les banques torontoises et les maisons étrangères membres de la Bourse de Montréal favorisent leurs intérêts.Ces sociétés ne peuvent servir deux maîtres.Elles ne peuvent à la fois avantager Montréal et Toronto.Elles vendent aux Québécois des obligations de gouvernements hors Québec.Elles offrent des actions d\u2019entreprises hors Québec.Elles déportent alors l\u2019épargne québécoise.Elles obtiennent des émissions d\u2019actions dont le traitement est réalisé à Toronto.Elles affaiblissent ainsi les maisons de courtage québécoises.Les entreprises en bourse Le 31 décembre 1997, la Bourse de Montréal compte 573 sociétés inscrites : 290 du Québec, 163 de l\u2019Ontario, 56 de l\u2019Alberta, 32 de la Colombie-Britannique, 7 de la Nouvelle-Écosse, 4 de Terre-Neuve, 4 du Manitoba, 3 de la Saskatchewan, une société au Nouveau-Brunswick et à l\u2019île-du-Prince-Édouard et 12 en d\u2019autres pays 6.Revue boursière et répertoire des sociétés 1997, Bourse de Montréal, pp.100-103.34 \u2022 L'ACTION NATIONALE Des 290 entreprises québécoises, 89 exercent leurs activités dans les mines et les ressources.La présence de nos industries, commerces et services est faible, déficiente.Une Bourse dynamique doublerait et triplerait le nombre des sociétés inscrites.Les services de financement doivent être offerts à toutes les compagnies qui répondent à des normes correspondant à la réalité québécoise.Deux cent quatre entreprises utilisent le français comme langue de correspondance.De grandes entreprises québécoises : Air Canada, Alcan, BCE, Bell Canada, Canadien National, Canadien Pacific, Molson, Power et Tembec, demandent une correspondance en langue anglaise.Une seule des 163 entreprises ontariennes demande une correspondance en français.L\u2019exception est si méritoire qu\u2019il convient d\u2019identifier cette société qui respecte la langue de la majorité québécoise ; il s\u2019agit de Maude Lake Ltd de Toronto.To be or not to be ?Même si elle est utile à celui à qui on la dit, la vérité ne lui est pas agréable.Et les représailles suivent la parole dite.Mais L'Action nationale ne se laisse pas impressionnée par les coupures d\u2019annonces et par les poursuites judiciaires.Elle va droit au but avec la rigidité d\u2019une pointe d\u2019acier.Si la part dévolue à la Bourse de Montréal n\u2019est plus que de 10%, il y a des responsables, des démissionnaires, des coupables.Où qu\u2019il se cache, il faut les interpeller, les pourchasser et les convier à retrouver le sens de la solidarité, de l\u2019entraide et du bon sens.Ils doivent faire preuve de loyauté à l\u2019égard de leur milieu.Le développement du Québec ne se fera pas en servant les intérêts de Toronto.Un gérant torontois reste un gérant.La construction de l\u2019économie nationale du Québec se fait avec des gens qui aspirent à la liberté.LAction nationale n\u2019a pas les ressources financières pour conduire l\u2019enquête.Mais elle interroge les intermé- f ACTION NATIONALE \u2022 35 aires financiers qui doivent répondre de leurs actes et de leurs décisions.La Bourse de Montréal, société filiale torontoise dans sa direction, doit redevenir québécoise.Elle doit réaliser le double des transactions actuellement effectuées.Au rythme actuel de ses activités, elle s\u2019en va à la dérive, comme une épave entraînée par le courant.Le gouvernement du Québec s\u2019implique-t-il concrètement pour conserver au Québec et à Montréal une activité boursière prometteuse d\u2019avenir?La Caisse de dépôt, le Mouvement Desjardins, la Banque Nationale du Canada, Hydro-Québec, les grandes entreprises et nos 1 200 caisses de retraite se préoccupent-elles du rôle social à promouvoir?Quel est le bilan de ces sociétés québécoises qui monopolisent l\u2019épargne populaire?Consentent-elles à la Bourse de Montréal et aux maisons de courtage québécoises la part du marché qui devrait leur revenir?L\u2019Action nationale invite les conseillers et les gestionnaires financiers à développer le milieu dans lequel ils vivent.A cueillir les pommes avant qu\u2019elles soient mûres, les Québécois et les \u201cFrançais» du Québec deviendront des étrangers dans leur propre pays.II.Les maisons de courtage québécoises Hélas ! on voit que de tout temps les petits ont pâti des sottises des grands.La Fontaine Il y a trente ans, le Canada comptait 250 maisons de courtage en valeurs mobilières dont 20 étaient vraiment d\u2019importance nationale.Aujourd\u2019hui, il en reste environ 165 dont huit d\u2019envergure nationale.36 \u2022 L'ACTION NATIONALE À la Bourse de Montréal, 79 maisons de courtage siègent sur le parquet.Elles effectuent des transactions en leur nom.Elles conseillent les investisseurs.Elles offrent des analyses de marché et de produits.Un peu d\u2019histoire Jadis, une maison de courtage montréalaise dominait la scène canadienne : A.E.Ames & Co.Limited.Elle incarnait la solidité et le savoir-faire.Elle était le chef de file de toutes les émissions importantes de titres.À cette époque, Montréal est le centre financier du Canada.Entre la Place d\u2019Armes et la Place Victoria, on retrouve les grands courtiers canadiens.La Bourse de Montréal occupe la première place.Dans la métropole, alors québécoise, une deuxième bourse est en activités.La Bourse Canadienne offre ses services à des compagnies à petite capitalisation.La langue d\u2019usage était l\u2019anglais.En 1941, Jean-Louis Lévesque crée le Crédit Interprovincial Inc.Il se spécialise dans le placement de titres à revenu fixe, auprès des épargnants et des communautés religieuses.En 1962, il achète la maison Beaubien.Il réunit une équipe de francophones compétents.Il demeure une inspiration.«Il est essentiel, dira-t-il un jour, que nous regroupions nos forces de façon à affronter la concurrence anglo-saxonne et américaine7».À la fin des années 60, le Québec compte 75 maisons de courtage dont 28 de langue française.Depuis, les maisons francophones sont passées de 28 à 11.Une dizaine de courtiers étaient établis dans la Ville de Québec.Le marché des valeurs mobilières présente alors une frontière définie.Il perpétue la réalité des deux solitudes.Les 7.Jules Bélanger, J.-Louis Lévesque, La montée d\u2019un Gaspésien aux sommets des affaires, Fides, 1996.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 37 émissions du gouvernement et des grandes entreprises du Québec sont un territoire réservé aux courtiers de langue anglaise, avec l\u2019appui de la Bank of Montreal et de la Royal Bank.Les maisons francophones sont limitées au marché municipal et à la vente au détail au Québec.La révolution tranquille modifie les mentalités.Elle suscite l\u2019espoir de devenir maître chez soi.Le gouvernement Lesage crée les instruments de la libération économique : Caisse de dépôt et placement, Société générale de financement, Soquem, Soquid, Rexfor.«Vive le Québec libre ! » révèle notre existence à toute la planète.L\u2019Exposition de 1867 démontre notre savoir-faire.Les entreprises francophones connaissent une croissance inespérée.La décennie qui suit est inflationniste.Les gouvernements dépensent sans compter.Les émissions d\u2019obligations deviennent une source d\u2019enrichissement pour les courtiers.Les commissions sont fixes, les montants des émissions croissent et les profits aussi.Au cours de ces années florissantes, l\u2019exode des courtiers vers Toronto se poursuit.Il s\u2019intensifie.Sans le dire, les Bank of Montreal et Royal Bank établissent à Bay Street le centre de leur gestion et de leurs décisions.Elles entraînent dans le déménagement les plus grandes maisons de courtage.C\u2019était l\u2019occasion pour les courtiers québécois de se regrouper et de se développer.L\u2019absence de vision a conduit à l\u2019immobilisme.Les maisons de Toronto n\u2019ont pas hésité.Elles ont implanté à Montréal des sociétés filiales dont la prospérité appauvrit le Québec.C\u2019est l\u2019une des causes de la déportation massive de l\u2019épargne québécoise.Seule la maison Lévesque, Beaubien profite de la période.Elle établit des succursales.Elle développe le marché des obligations, des actions, des options, des contrats à terme, etc.Par son dynamisme, elle obtient le poste de chef de file du syndicat des nouvelles émissions d\u2019obligations du gouvernement québécois et d\u2019Hydro-Québec.38 \u2022 L'ACTION NATIONALE La récession de 1981 provoque la fermeture et la fusion de plusieurs maisons.Le regroupement -René-T.Leclerc, Geoffrion, Robert et Gélinas » est le plus grand ralliement des courtiers québécois.Les maisons anglophones observent la même stratégie.Dominion Securities avale A.E.Ames, Harris & Partners, Pemberton, Pitfield MacKay, entre autres.Midland Doherty ingurgite Walwym Stodgel et Cochran Murray.En 1985, le gouvernement canadien fait frissonner les courtiers de valeurs mobilières.La refonte des lois du secteur financier autorise les institutions financières à élargir le champ de leurs activités.Le premier choc véritable se produit en 1987.Les banques, les sociétés de fiducie et les sociétés d\u2019assurances peuvent acquérir des entreprises de valeurs mobilières.Elles peuvent même fonder leur propre maison de courtage.Le krach boursier du 19 octobre 1987 est un autre événement qui trouble la sérénité des courtiers.Plusieurs d\u2019entre eux encaissent les profits réalisés avec le programme RÉA.D\u2019autres acceptent l\u2019offre des banquiers.C\u2019est leur planche de salut.Dominion Securities se retrouve à la Royal Bank.Wood Gundy passe à la CIBC.Nesbitt Burns choisit la Bank of Montreal.McLeod, Young & Weir épouse la Bank of Nova Scotia.Lévesque, Beaubien Geoffrion entre dans le giron de la Banque Nationale.L\u2019ère des courtiers banquiers est en place.Les syndicats bancaires traditionnels disparaissent.Les courtiers perdent les allocations de nouveaux financements.C\u2019est l\u2019ère des prises fermes d\u2019émissions.Les courtiers québécois sont écartés, à l\u2019exception de Lévesque, Beaubien.Jamais la concentration n\u2019a été aussi forte.Cinq courtiers, par hasard associés à des banques, ont un contrôle sur les émetteurs et sur les investisseurs.L\u2019empreinte des banques est renforcée par la législation fédérale.En 1992, le gouvernement permet qu\u2019il en soit ainsi par la révision de la Loi sur les banques et de la Loi sur les sociétés de fiducie et de prêt.L'ACTION NATIONALE \u2022 39 La conjoncture est favorable à l\u2019établissement de grands empires.La période inflationniste est terminée.L\u2019assainissement des finances publiques est devenu une mode.Le taux d\u2019intérêt des banquiers et des caisses est faible.Les particuliers recherchent un rendement de placements plus élevé.C\u2019est le signal de la course au trésor.On ne parle plus d\u2019alliances stratégiques.Le Canada et le Québec vivent à l\u2019heure de l\u2019oligarchie.Les cinq grandes banques de Toronto possèdent 564 sociétés filiales qui exercent des activités dans le courtage, les fonds mutuels, les assurances, la fiducie, le financement spécial, le prêt hypothécaire, la gestion de portefeuille, le crédit-bail, l\u2019affacturage, les cartes de crédit, etc.Ces sociétés filiales sont ainsi réparties: Royal: 154, Scotia: 145, CIBC : 119, TD : 82 et Montréal : 64.Soixante-et-une de ces sociétés sont établies en des paradis fiscaux.\u2022 Les banques soutiennent leurs maisons de courtage.Elles leurs fournissent des capitaux et des services auxiliaires pour leurs opérations et la prise ferme d\u2019émissions.Elles étendent leur puissance dans des activités de courtage rentables, telles la distribution de fonds de placement et la négociation de titres d\u2019emprunt.Elles établissent une présence dominante sur le marché des produits dérivés, des devises.La mesure de notre taille Sur la liste des 96 courtiers de 1970, 12 seulement ont traversé l\u2019histoire et siègent aujourd\u2019hui sur le parquet de la Bouse de Montréal.Quatre sociétés ont résisté à toutes les tentations de fusion : Casgrain & Cie, MacDougall MacDougall MacTier, Maisons Placements Canada et Tassé & Associés.Soixante-sept nouvelles maisons sont inscrites à la Bourse de Montréal au 31 décembre 1997.On retrouve en première place les courtiers des banquiers torontois.Ils sont la «libre circulation».Ils bloquent toutes les routes.Ils ont avalé la plupart des sociétés de 40 \u2022 L'ACTION NATIONALE fiducie et des maisons de courtage.À la Bourse de Montréal, leurs sociétés filiales roulent sur l\u2019or.Banques\tMaisons filiales CIBC\tCIBC Wood Gundy Securities Montreal\tNesbitt Burns Ltd Royal\tRBC Dominion Securities Scotia\tScotia McLeod Inc.Toronto-Dominion\tTD Securities Le gouvernement, les sociétés d\u2019État, les grandes entreprises sont envoûtés par leur pouvoir.Le Mouvement Desjardins a même confié à Nesbitt Burns et à Scotia la vente de leurs actions de la Banque Laurentienne du Canada.Une analyse des opérations québécoises de ces filiales de courtage torontoises découvrirait une boîte de pandores où est renfermé le secret de l\u2019exode de l\u2019épargne québécoise.Trente-huit autres maisons torontoises siègent à la Bourse de Montréal.Neuf maisons de courtage ont pignon sur rue à Vancouver et le siège social d\u2019une autre est dans la Ville de Halifax.Pour plusieurs d\u2019entre eux, l\u2019or est tout et le Québec n\u2019est rien.Vingt-six maisons ont une inscription avec une adresse principale au Québec.La maison-mère de Brockhouse & Cooper est en Grande-Bretagne.FIMAT est apparenté à la Société Générale de France qui est aussi inscrite à la Bourse.Valeurs Mobilières Crédit Suisse First Boston Canada passe par Boston pour escalader les Alpes.La maison Valeurs mobilières Marleau Lemire a été vendue à Dundee Bancorp et a déménagé son siège social à Toronto.Yamaichi International nous arrive du Pays du Soleil-Levant.Les grandes maisons québécoises sont affiliées à de grandes entreprises financières.La Banque Nationale du Canada est présente sur le parquet de la Bourse de Montréal par Lévesque Beaubien Geoffrion et par Placements Banque Nationale Inc.L'ACTION NATIONALE \u2022 4l BLC Valeurs Mobilières Inc.est une société de la Banque Laurentienne du Canada.Le Mouvement Desjardins possède les Valeurs Mobilières Desjardins Inc.Dubeau Capital est la seule maison de courtage de la Ville de Québec.À moyen terme, seule Lévesque Beaubien Geoffrion peut prétendre être le courtier québécois international.Les Casgrain, Maxima Capital, Tassé, Whalen Béliveau et les autres se développeront si la société québécoise retrouve les vertus de la solidarité et de l\u2019entraide.Il faudra toutefois que les maisons investissent dans le capital humain et dans la technologie de pointe pour demeurer concurrentielles.III.- Être maître de son destin Nous ne sommes plus que les locataires d\u2019un petit Québec de plus en plus illusoire.Pierre Perrault Les entreprises financières revêtent pour l\u2019économie du Québec une importance stratégique.Elles jouent un rôle capital dans la mobilisation et l\u2019utilisation de l\u2019épargne.Elles doivent investir dans le développement du Québec une plus grande partie des fonds qu\u2019elles gèrent.La libre circulation Les perspectives actuelles sont troublantes.La dépendance des marchés américains et torontois ne permet pas d\u2019espérer que les Québécoises et les Québécois seront les maîtres de leur destin.La propriété des entreprises appartient majoritairement à des décideurs qui vivent en d\u2019autres provinces et pays.L\u2019idéologie de la mondialisation est si puissante et aguerrie que les gestionnaires de l\u2019argent des autres oublient qu\u2019ils 42 \u2022 L'ACTION NATIONALE doivent avoir une adresse pour s\u2019adresser au monde.Même la Bourse de Montréal préconise l\u2019ouverture sans frontières8.«Seule une saine concurrence peut rendre possible un marché national vraiment ouvert que nous préconisons depuis longtemps.Aucune barrière ne doit exister dans les marchés et nous en faisons une priorité-.Cette priorité néglige la force herculéenne de Bay Street et de Wall Street.L\u2019Action nationale favorise l\u2019ouverture au monde.Mais pour obtenir des résultats tangibles, il est essentiel que l\u2019entreprise québécoise puisse s\u2019appuyer sur un marché local rentable.Seule une telle base lui permet d\u2019être compétitive et concurrentielle.La libre circulation imposée au Canada par le Québec est aujourd\u2019hui réclamée par Toronto et appuyée par le gouvernement fédéral.La force d\u2019attraction des entreprises torontoises leur permet d\u2019aspirer et d\u2019avaler toutes les compagnies qui les concurrencent.Le Groupe de travail MacKay du gouvernement fédéral encourage leur appétit.Le rapport vise à accroître la concurrence dans le secteur financier.Il souhaite que les institutions financières aient un accès plus facile aux marchés canadiens.Il approuve le principe de la fusion des grandes sociétés.Il propose l\u2019harmonisation des règles existantes.Il recommande l\u2019uniformisation de la réglementation pour éviter les chevauchements.L\u2019Association canadienne des courtiers en valeurs mobilières est l\u2019organisme professionnel de l\u2019industrie canadienne des valeurs mobilières.Elle endosse le rapport MacKay.Elle demande au gouvernement d\u2019adopter des mesures énergiques pour éliminer les chevauchements dans la réglementation entre les gouvernements fédéral et provinciaux9.8.\tRapport annuel 1997, Bourse de Montréal, p.3.9.\tAssociation canadienne des courtiers en valeurs mobilières, Bulletin 25, 10 septembre 1998 L'ACTION NATIONALE \u2022 43 Cette association est très canadienne.Son Conseil d\u2019administration 1998-1998 comprend 27 membres.Treize membres originent de Toronto, quatre de la Colombie-Britannique, trois de l\u2019Alberta, deux de la Nouvelle-Écosse, un de l\u2019Ile-du-Prince-Édouard et quatre de Montréal.Les quatre membres de Montréal représentent Deacon de Toronto, Wood Gundy de Toronto, Merrill Lynch de Toronto et Microcell Telecommunications apparentée avec Northern Telecom de Brampton, Ontario.L\u2019industrie typiquement québécoise est absente.Le discours fédéral et canadien ne favorise pas le dynamisme québécois.Le gouvernement fédéral exerce une influence uniformisante à travers tout le Canada.La province de l\u2019Ontario est nettement protégée et bardée.Dans ce contexte, le gouvernement du Québec doit affirmer sa compétence en matière de valeurs mobilières.Il ne dbit pas renoncer à exercer son influence pour l\u2019expansion du secteur financier et du marché des valeurs mobilières au Québec.Les conventions et les émissions d\u2019actions et d\u2019obligations revêtent des aspects importants reliés au droit civil.Les lois d\u2019un pays ne se limitent pas à la législation qui contraint tous ses citoyens.Elles sont aussi l\u2019expression des volontés et des aspirations d\u2019un peuple.Elles traduisent les façons de vivre qui font naître l\u2019existence d\u2019une communauté nationale.C\u2019est pourquoi nos institutions financières ne peuvent être identiques aux sociétés de langue anglaise.Le respect des différences est une condition de l\u2019épanouissement du peuple québécois.Une stratégie du développement Le secteur financier et celui des valeurs mobilières sont d\u2019une importance capitale pour l\u2019économie de Montréal et du Québec.Si les actifs des sociétés québécoises sont inférieurs à 10% dans les banques, les assurances, les fiducies, les fonds mutuels et les valeurs mobilières du Canada, il y a 44 \u2022 L'ACTION NATIONALE une déficience évidente.L\u2019organisation et le leadership québécois sont déficients.Il n\u2019y a pas de chefs de file crédibles et influents pour faire la promotion des entreprises et des produits québécois.La stratégie actuelle de développement est insuffisante.Les atouts de Montréal ne sont pas utilisés.Montréal n\u2019est pas une ville sans ressource.Elle se compare aux grandes métropoles nord-américaines.Elle possède des éléments structuraux favorables.Elle ne les met pas à profit.Elle dispose d\u2019une main-d\u2019œuvre qualifiée, bilingue et multilingue.Les ressources universitaires sont de haut niveau dans les domaines de la mathématique, de la finance moderne, de l\u2019informatique et de la statistique.L\u2019environnement technologique et la recherche n\u2019ont rien à envier aux autres grandes villes.Montréal compte plus de 1 000 entreprises dans les technologies avancées.Plus de 400 centres de recherche exercent des activités haut de gamme.Soixante-quinze mille employés travaillent dans le secteur de la haute technologie.L\u2019expertise montréalaise dans les industries électronique, aéronautique, pharmaceutique et dans les télécommunications est supérieure à celle de Toronto.La renommée de Montréal, comme centre scientifique et technologique est reconnue partout, sauf ici.Sous le plan de la fiscalité, Montréal offre les meilleures incitations fiscales en R&D parmi les grandes villes américaines.Le taux d\u2019imposition des entreprises est l\u2019un des plus bas au Canada.D\u2019autres atouts existent : faible coût de la vie, accès par transport aérien, activités culturelles et sociales variées.L\u2019une des conditions du relèvement des institutions financières québécoises réside dans le potentiel même de ses entreprises : Caisse de dépôt et placement, Banque Nationale du Canada, Banque Laurentienne du Canada, Mouvement Desjardins et 1 200 caisses de retraite.Si les grands de ce monde apprennent à travailler ensemble, le secteur financier peut redresser rapidement l\u2019échine.L'ACTION NATIONALE \u2022 45 Mais il leur faudra découvrir de nouveaux modèles d\u2019opérations.L\u2019évolution technologique l\u2019exige.Il leur faut aussi s\u2019entendre rapidement sur une stratégie de développement précise et mettre leurs forces en commun pour l\u2019expansion collective de nos institutions financières.À travailler comme Robinson Crusoé, chacun dans son île, nous ne réaliserons pas les actions qui conduisent au progrès.Les chefs de file de la communauté financière de Montréal sont-ils capables d\u2019analyser les tendances du marché?de choisir les pistes potentielles du développement ?d\u2019établir un consensus sur des objectifs réalistes ?de créer des liens entre eux pour la réussite ?d\u2019utiliser les médias pour promouvoir leur image ?et de sensibiliser à leurs objectifs les décideurs québécois ?Il va de soi qu\u2019une attention particulière doit être accordée à l\u2019implantation de centres financiers internationaux, et non torontois.Au début des années 80, le gouvernement du Québec et le milieu des affaires de Montréal convenaient d\u2019accentuer la vocation internationale de Montréal.Des allégements fiscaux importants étaient consentis.De nombreux centres ont été créés depuis.Ils réalisent des activités à caractère international qui se seraient effectuées en d\u2019autres provinces et pays, si nous n\u2019avions pas su les attirer ici.Au dernier discours du budget, le gouvernement du Québec a annoncé une mesure qui peut relancer les relations financières internationales.Il donne à l\u2019Université du Québec à Montréal le mandat de créer un Institut international de formation et de recherche en finance mathématique et en intermédiation financière.Des crédits annuels de 1,1 million de dollars sont octroyés aux activités de cet Institut.L\u2019UQAM réalisera son mandat en collaboration avec les autres institutions universitaires et organismes ayant des expertises reconnues dans le domaine.C\u2019est là une heureuse initiative.46 \u2022 L'ACTION NATIONALE C\u2019est dans une vision globale du secteur financier qu\u2019il faut concevoir la croissance de la Bourse de Montréal et du marché des valeurs mobilières.L\u2019Action nationale n\u2019est pas qualifiée pour dire comment développer ces deux activités essentielles à la bonne marche de l\u2019économie québécoise.Mais elle est certaine qu\u2019une réforme majeure s\u2019impose.Elle est même urgente.IV.- Conclusion Z \u2019être dit libre est celui qui peut réaliser ses projets.Sartre Le peuple québécois doit posséder le pouvoir de l\u2019argent.Ce vil métal décide de tout à la longue.Il est une source de la liberté.Privée de la maîtrise de ses institutions financières, une nation ne peut espérer l\u2019épanouissement de sa culture.En une telle hypothèse, son destin serait menacé.L\u2019argent et le pouvoir ont une puissance incommensurable.L Action nationale en appelle au gouvernement du Québec, notamment au ministre de l\u2019Économie.Elle lui rappelle cette parole de Donnedieu de Vabres : \u2022 Il n\u2019est point, dans la bataille politique, de personnage plus puissant et plus isolé que le ministre des Finances.Chef d\u2019une administration qui domine toutes les autres, responsable de la préparation et de l\u2019exécution du budget, maître des pouvoirs extraordinaires que confère le contrôle du crédit, des investissements et des changes, il doit sans nulle relâche faire face aux sollicitations et aux offensives dont son pouvoir unique est l\u2019objet ».Il doit «faire face aux sollicitations et aux offensives» des entreprises de Toronto.Il doit favoriser la création d\u2019un centre financier montréalais dont les répercussions retomberont sur tout le territoire québécois.?L'ACTION NATIONALE \u2022 47 K.\t, , ,\tmm «\ti Nous avons I e ne r p e i pour a I I u m e r , I ' a v e n i r .\"'«'A Grandir.Prospérer.Conjuguer le futur au présent.En vivant la grande aventure de la mondfèlisa-tion, nous nous donnons les moyens de générer de nouveaux emplois, de stimuler nos forces montantes, de faire voyager nos nouvelles technologies.Prenons rendez-vous avec le XXIe siècle.Afin que l'avenir brille pour plusieurs générations.www.hydroquebec.com Hydro Québec 48 \u2022 L'ACTION NATIONALE Une énergie nouvel Plaidoyer pour une école culturelle Roland Arpin* On attend avant tout de l\u2019école qu\u2019elle soit un lieu éducatif.J\u2019en conviens sans difficulté mais je voudrais que l\u2019école soit de surcroît, ou en même temps, un lieu de culture.D\u2019où ce plaidoyer pour une école culturelle.Les anciens disaient d\u2019une personne instruite qu\u2019elle possédait «une bonne éducation» mais ils réservaient l\u2019étiquette de personne cultivée aux universitaires et aux artistes.La notion de culture s\u2019est considérablement élargie, ces dernières années, dans la mesure même où la culture a quitté le domaine limité des arts et de l\u2019esthétique pour englober le domaine social et l\u2019univers de la science et de la technologie.On parle couramment de la culture religieuse, de la culture d\u2019entreprise, de la culture rock, de la culture politicienne, de la culture des marginaux.Cette situation nous impose de dresser une nouvelle carte mentale sur laquelle nous sommes conviés à inscrire * Directeur général, Musée de la civilisation, Québec L'ACTION NATIONALE \u2022 49 de nouvelles connaissances, des données jusqu\u2019à récemment ignorées et des valeurs que nous suggèrent de nouveaux phénomènes sociaux.Nous entrons dans la modernité sur la base de valeurs qui occupent une place nouvelle comme les droits individuels, la démocratie comme modèle d\u2019organisation de la société, la protection des minorités, l\u2019équité entre les générations.«Malgré les disparités énormes en matière d\u2019éducation, écrit Pérez de Cuéllar, aucune génération n\u2019a jamais été aussi instruite, aussi consciente de la nature multiculturelle du monde, aussi informée des inégalités qui subsistent.« De la naissance à la mort, la technologie nous accompagne ; au-delà de la mort même, puisque certains cimetières américains offrent maintenant un service automatisé qui diffuse des conversations enregistrées avant le décès, sur simple insertion d\u2019une pièce de monnaie dans le monument funéraire ! La culture est vivante ; elle se modifie, se densifie, se dilue, se transforme au gré du développement des individus.La culture de chaque personne est une véritable construction qui impose continuellement des choix.Tout n\u2019est pas culture, tout n\u2019appartient pas aux valeurs durables et fondamentales.S\u2019il est une responsabilité importante de l\u2019école, c\u2019est bien celle qui consiste à introduire les jeunes au monde des signes, à les outiller pour qu\u2019ils puissent départager l\u2019ivraie et le bon grain, pour qu\u2019ils puissent discerner entre le débat d\u2019idées et la démagogie, pour qu\u2019ils puissent reconnaître le philosophe rigoureux et l\u2019opportuniste, pour qu\u2019ils puissent s\u2019y retrouver dans les grands débats éthiques, en particulier dans les questions bioéthiques qui nous rejoignent tous, un jour ou l\u2019autre ; enfin, pour que les jeunes soient capables de découper leur propre territoire intellectuel.Transmettre des connaissances est un devoir de l\u2019école ; enseigner aux jeunes comment organiser les connaissances transmises est un devoir tout aussi impérieux.Ces divers attributs de l\u2019école se résument en quatre mots : développer une compétence durable.50 \u2022 L'ACTION NATIONALE Un enseignement « transversal » ou « disciplinaire » ?Philippe Perrenoud dans son livre Construire des compétences dès l\u2019école1, poursuit une réflexion éclairante sur les deux démarches qui s\u2019offrent à l\u2019école entre le «tout disciplinaire » et le « tout transversal ».\u2022\tIl rappelle qu\u2019il y a des situations dont la maîtrise puise ses ressources dans une seule discipline (écrire un conte, disséquer une souris, transcrire une mélodie).\u2022\tIl y a, par ailleurs, des situations dont la maîtrise puise dans les ressources de plusieurs disciplines (un médecin, un architecte, un ingénieur utilisent plusieurs domaines de la connaissance); en communication, en santé, en éducation, on ne saurait être « monodisciplinaire ».\u2022\tEnfin, nombreuses sont les situations dont la maîtrise ne passe par aucune connaissance disciplinaire, sauf la connaissance de la langue maternelle.(Pensons à tous ceux qui s\u2019intéressent à la philatélie, aux animaux, à l\u2019horticulture, au bricolage).La démarche dite disciplinaire ne saurait être méprisable sous prétexte qu\u2019elle n\u2019est qu\u2019une partie d\u2019un tout plus considérable.Il faut connaître des notions, des dates importantes, des noms de lieux, des règles grammaticales ou éthiques.On ne saurait confondre les dynasties, les grandes époques géologiques, les diverses religions.Avant de discourir sur les questions fondamentales, il faut donc acquérir le vocabulaire et la grammaire propres aux divers domaines de la connaissance.On ne saurait se complaire dans une idée trop répandue à l\u2019effet que nos jeunes ne connaissent pas les structures et le vocabulaire de leur langue maternelle mais qu\u2019en contrepartie, ils sont très créateurs! Comprenons-nous bien, il ne saurait s\u2019agir de transformer tous les jeunes en génies en herbe ; il s\u2019agit tout simplement de les aider à se construire 1.ESF éditeur, Paris, 1998.L'ACTION NATIONALE \u2022 51 une pensée et asseoir leurs connaissances sur de solides fondements.On ne tranche véritablement jamais la question, à savoir : l\u2019école doit-elle aménager l\u2019enseignement à partir d\u2019une structure \"disciplinaire» ou doit-elle plutôt favoriser une organisation «transversale» pour assurer la diffusion des connaissances?Il me semble que ce sont là des étapes successives qu\u2019il faut aménager, beaucoup plus que des antagonismes qu\u2019il faut réduire.Le rapport de l\u2019enfant au monde n\u2019est pas le même que celui de l\u2019adolescent ou du jeune adulte.L enfant conquiert le monde selon une démarche qui le mène du particulier au général, alors que l\u2019adolescent et le jeune adulte établissent graduellement des rapports de complémentarité entre leurs connaissances en même temps qu\u2019ils s\u2019ouvrent l\u2019esprit à la compréhension des grands ensembles.La bonne vieille notion d\u2019induction ou de déduction, sur laquelle repose tout le processus d\u2019acquisition de la connaissance, tient toujours bien le coup.La découverte du monde et la manière d\u2019y parvenir ne sauraient être une question réglée une fois pour toutes.L\u2019enfant procède au cas par cas, sans établir de liens nécessairement entre les connaissances qu\u2019il acquiert.Tout se passe comme s\u2019il participait à l\u2019aventure humaine en appliquant sur son œil l\u2019orifice évasé d\u2019un entonnoir qui lui fait découvrir un monde en pièces détachées.Pour l\u2019adolescent et l\u2019adulte, la démarche est toute autre.Ceux-ci collent leur œil sur le tuyau étroit de l\u2019entonnoir et le monde leur apparaît comme un macrocosme vaste et grouillant offrant de multiples points de rencontre.Ainsi, passons-nous, tout au cours de notre vie, d\u2019un monde fini à un monde infini.Ce qu\u2019il importe de comprendre, c\u2019est que des matériaux épars ne sauraient tenir lieu de compétence chez les jeunes qui sont formés dans nos écoles et nos cégeps.Je me permettrai une autre analogie en comparant la démarche d\u2019acquisition des connaissances à la construction d\u2019un casse-tête.52 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE On en construit d\u2019abord la bordure pour circonscrire l\u2019image, puis on fabrique des morceaux de nuages, des morceaux de forêt et des personnages.C\u2019est peu à peu que se dégage une image complète.Ainsi en est-il de l\u2019aventure scolaire de chacun des humains.Établir des rapports entre les connaissances, jeter des ponts entre les deux grands champs que sont les humanités et les sciences, faire comprendre que la technologie est le lieu de passage entre la théorie et la pratique, faire découvrir que certaines valeurs supérieures ou spirituelles sont le lieu de l\u2019homme, voilà autant de responsabilités de l\u2019école.Ce faisant, elle joue toujours sur deux plans : faire acquérir des connaissances et établir des rapports entre elles ; instruire et cultiver et fournir les outils qui permettront aux jeunes de poursuivre seuls la démarche d\u2019acquisition et d\u2019intégration des connaissances.Distinguons des niveaux Mais de quoi parlons-nous exactement, lorsque nous parlons d\u2019un environnement éducatif et culturel à l\u2019école?Il est difficile de répondre brièvement et en toute limpidité à cette question.Toute réflexion sur l\u2019environnement, qu\u2019elle se réfère à la culture ou à la nature, suppose une dimension pluridimensionnelle, donc la convergence de plusieurs facteurs.Par exemple, deux écoles de même taille, disposant du même nombre de professeurs et de professionnels, situées dans des quartiers semblables, peuvent s\u2019avérer d\u2019une qualité totalement différente.L\u2019une, présentant les caractéristiques qui en font une école réputée pour la qualité éducative de ses services et pour son ouverture au monde et à la culture, et l\u2019autre, reconnue pour sa médiocrité et son laisser-aller généralisé.J\u2019ai maintes fois constaté que l\u2019élément déterminant entre les écoles se trouvait du côté du leadership de la direction de l\u2019école.Lorsque celle-ci établit le difficile équilibre entre ses fonctions gestionnaires et ses fonctions pédagogiques, elle joue un rôle irremplaçable dans la qualité générale de l\u2019école.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 53 Quittons un instant le terrain de l\u2019éducation et de la culture et regardons autour de nous.Qu\u2019en est-il, par exemple, de la culture d\u2019entreprise des grands commerces?Ordre, propreté, accueil chaleureux, qualité des produits offerts, courtoisie dans le service après vente, voilà quelques qualités de ces entreprises marchandes.Que dire de l\u2019environnement éducatif et culturel, sinon qu\u2019il se vit d\u2019abord à un premier niveau, à travers des qualités de base toutes simples : une école propre et ordonnée, des professeurs dont la tenue reflète une certaine discipline personnelle et le respect envers eux-mêmes, des locaux publics accueillants où les jeunes vivent dans une propreté dont ils sont les premiers artisans, un environnement sonore contrôlé.Puis, s\u2019imposent des qualités d\u2019un niveau plus élevé, le deuxième niveau de l\u2019environnement éducatif et culturel.Des jeunes qui respectent leurs éducateurs dans leurs relations humaines.Une école qui tolère le port de la casquette dans les classes ne saurait répondre à ce critère qui exige déjà un certain raffinement.Ensuite, le respect de l\u2019autorité professionnelle des enseignants par les étudiants.Les professeurs doivent jouir de la légitimité que leur confèrent leurs connaissances et leur expérience.Une école n\u2019est pas un parc d\u2019amusement, une classe n\u2019est pas une commune.Le tutoiement égalisateur semble installé à demeure; on ne peut que le regretter car il y a un monde entre le fait de dire au professeur : - Écoute Rodrigue, je ne comprends rien à ta démonstration » et « Excusez-moi, monsieur, mais je ne comprends pas votre démonstration.- Bien sûr, mes observations vont à contre-courant d\u2019une pratique du nivellement qui semble bien enracinée.D\u2019aucuns prétendront qu\u2019on ne saurait revenir à des valeurs qualifiées de - bourgeoises» qui favoriseraient le clivage social ! Est-ce que ces personnes oseraient tutoyer les membres d\u2019un jury qui les recevraient pour une entrevue en vue d\u2019un emploi?Est-ce qu\u2019elles tutoieraient l\u2019éminent chirurgien qui s\u2019apprête à les opérer?Un adolescent de quinze ans s\u2019adresse effrontément à son 54 \u2022 l\u2019action nationale enseignante de 45 ans, qui a une carrière derrière elle et qui se consacre à lui paver la voie de la connaissance pour sa vie durant, et on trouve cela normal.Tout de même ! L\u2019école est le lieu d\u2019acquisition du savoir et de la connaissance.Elle peut exercer, de plusieurs manières, sa responsabilité de transmettrice, dépendant des divers types d\u2019enseignants et d\u2019enseignantes qui sont à son service, depuis le professeur engagé et passionné jusqu\u2019au professeur ringard qui peine à accomplir une tâche qu\u2019il s\u2019ingénie à réduire de toutes les manières.On ne le dit pas assez et assez fort, tant valent les enseignants d\u2019une école, tant vaut l\u2019école.J\u2019admets que cet aphorisme commande que certaines conditions propices soient réunies : une direction d\u2019école qui définit des règles d\u2019organisation et de discipline et qui s\u2019assure de leur respect, un cadre général d\u2019accompagnement des élèves, l\u2019expression d\u2019attentes claires et élevées, un rapport de connivence entre les parents, la direction et les enseignants, un climat général de convivialité et de bonne santé dans les relations humaines et les relations de travail, des conditions matérielles de bonne qualité.On me dira que c\u2019est beaucoup demander.Et pourtant, ce n\u2019est là que le troisième niveau de l\u2019environnement éducatif et culturel.J\u2019en esquisse un quatrième.L\u2019école est le lieu même des projets.Chaque jeune qui la fréquente poursuit un grand projet puisqu\u2019il est en marche vers l\u2019âge adulte.Il est parfois difficile de lui faire comprendre qu\u2019il joue déjà les cartes de son avenir dans les toutes premières années de sa longue marche.Il s\u2019agit là des destins individuels que des adultes attentifs et dévoués peuvent soutenir et favoriser sans pouvoir se substituer au jeune contre sa volonté propre.Chaque enseignant, chaque enseignante poursuit son projet professionnel.Les uns vivent sur le vieux gagné, les autres rechargent sans cesse leurs batteries par du perfectionnement et de la mise à jour.On peut inciter les plus nonchalants à plus d\u2019ardeur.C\u2019est là une tâche difficile.Au-delà L'ACTION NATIONALE \u2022 55 des projets individuels des jeunes et des enseignants, existent les projets decole qui ont pris diverses formes, ces dernières années, et qui se sont répandus.C\u2019est heureux car l\u2019avènement des conseils d\u2019établissements ne saurait connaître le succès escompté si ces derniers ne disposent pas de balises.La loi 180 attribuant de nouveaux pouvoirs aux écoles représente un défi considérable pour les directions, les parents et les professeurs.Plus que jamais, on fait appel au leadership de la direction de l\u2019école, au professionnalisme des éducateurs, à la largeur de vue des parents et à la tolérance des uns et des autres.On peut penser que «des questions comme la religion, la discipline, le costume, l\u2019argent, les sorties, les classes de neige, l\u2019attrait de l\u2019école à vocation particulière deviendront rapidement des enjeux dans plusieurs conseils d\u2019établissement2 ».Ces conseils connaîtront sans doute une période de rodage.Il serait dommage qu\u2019ils se transforment en champs de bataille, comme ce fut le cas des conseils d\u2019administration des cégeps, durant leurs premières années de fonctionnement.Le projet d\u2019école, il appartient à la direction et aux enseignants de le définir.Normalement, son contenu présente les stratégies éducatives, les particularités de l\u2019école, les activités extrascolaires, les règles du jeu de l\u2019établissement.L\u2019école est ici au cœur de sa mission qui lui commande d\u2019afficher ses couleurs et de les défendre.Ce projet d\u2019école ne saurait s\u2019épanouir si le dogmatisme, qu\u2019il soit administratif ou syndical, règne dans la place, car il repose sur l\u2019engagement des éducateurs, sur la volonté de se démarquer, sur leur désir de développer une école communautaire et sur la culture de la liberté.Une liberté, comme le souligne Luce Brassard3 dans l\u2019excellente revue Vie pédagogique, qui « permet aux élèves d\u2019exposer leurs points de vue sans agressivité, d\u2019écouter celui des autres d\u2019une manière active, de cri- 2.\tLouis LAFRANCE, -Pour le meilleur et pour le pire.Doit-on s\u2019attendre à une guerre de tranchées entre enseignants et parents dans les futurs Conseils d\u2019établissement?- Le Devoir, 5 mai 1998.3.\tVie pédagogique, Ministère de l\u2019Éducation, avril-mai 1998.56 \u2022 L\u2019ACTION NATIONALE tiquer sans blesser, de confronter leur pensée à celle des autres, de contribuer à une œuvre commune, de construire du sens avec les autres et de faire l\u2019expérience de la démocratie.» Ainsi, se développent les savoirs et le savoir-vivre qui sont des instruments préalables à l\u2019exercice de la liberté.Aujourd\u2019hui, on parle de culture commune,4 au lieu de parler de culture générale ou de culture fondamentale, des notions qui ont alimenté bien des colloques en éducation au cours des années 70.La culture commune est normalement définie dans son contenu, en France, par le Conseil national des programmes, chez nous, par le ministre de 1 Éducation.Elle s\u2019exprime en termes d\u2019objectifs de fin d\u2019études secondaires et elle constitue une référence unique pour tous les établissements d\u2019enseignement.Mais on ne saurait s\u2019en tenir à ce cadre normatif car il va de soi que d\u2019autres compétences font partie de la culture commune.La surabondance des connaissances disponibles qui peuvent être acquises rend obsolète la définition de l\u2019honnête homme, vu comme un réceptacle capable d\u2019assimiler en totalité les connaissances disponibles.Au XVIIe siècle, L\u2019Encyclopédie de Diderot enseignait comment fabriquer des aiguilles mais également de la poudre à canon.Elle se prétendait l\u2019alpha et l\u2019omega de la connaissance ; impossible d\u2019imaginer cela aujourd\u2019hui.La culture commune doit reposer sur beaucoup de connaissances mais plus encore sur l\u2019esprit de méthode, la capacité d\u2019analyser, de synthétiser et de généraliser.Elle doit proposer aux jeunes une démarche d\u2019instrumentation intellectuelle qui les rend aptes à établir des rapports entre les champs de la connaissance, capables de comprendre les grands ensembles, habiles à jeter des ponts entre les arts, les lettres, les sciences humaines, les sciences pures ou les sciences de la nature.La culture de l\u2019école passe par un itinéraire dont les mots-clés sont l\u2019ouverture de l\u2019intelligence, l\u2019usage intensif de la créativité et le développement d\u2019une pensée critique.4.\u2022 Les principes pour changer les lycées \u2022, Le Monde, 29 avril 1998.L'ACTION NATIONALE \u2022 57 Un tel projet de développement d\u2019une culture commune exige le partenariat, la transversalité, le décloisonnement des spécialités et une vision généreuse de la définition des tâches.C\u2019est là le quatrième niveau dans les facteurs de définition d\u2019une école éducative et culturelle.Vous me direz que je rêve ami lecteur ! Permettez-moi de souligner que le succès du Musée de la civilisation est largement dû au partage, par tout son personnel, d\u2019une telle philosophie.La gestion y est au service de la création ; la personne est au cœur de ses productions culturelles - expositions, activités éducatives, activités artistiques et intellectuelles l\u2019expérience humaine, celle de nos visiteurs notamment, y est considérée comme une grande richesse ; les employés du Musée jouissent de toute la marge de manœuvre nécessaire à des professionnels et à des techniciens qui pilotent des projets de création.Les équipes sont multidisciplinaires et leurs membres sont forcément flexibles puisqu\u2019ils sont assignés de projet en projet, selon les besoins institutionnels.Le Musée est jeune et il ne traîne pas le poids des contraintes bureaucratiques et syndicales des réseaux publics, j\u2019en conviens.Mais pourquoi les écoles du Québec ne connaîtraient-elles pas une nouvelle jeunesse, en réponse à l\u2019effort colossal que fait présentement le ministre de l\u2019Éducation pour les densifier et les relancer?Favoriser et susciter la vie culturelle Une école véritablement culturelle ne saurait se contenter d\u2019offrir un cours d\u2019arts plastiques le vendredi après-midi ou une période de flûte à bec, le lundi matin.Une école culturelle est un lieu où on favorise un certain débordement par rapport à l\u2019autre école, qui vit dans la stricte observance des programmes scolaires, des règles administratives et des conventions collectives de travail.Entre le curriculum formel de l\u2019école et le curriculum réel, qu\u2019il appartient aux enseignants de préciser, il y a un espace pour la créativité et l\u2019innovation que beaucoup d\u2019écoles utilisent.58 \u2022 L'ACTION NATIONALE J\u2019en veux comme preuve quelques exemples qui ne sont surtout pas exhaustifs5 : \u2022\tÀ la polyvalente de La Pocatière, Gilles Pelletier, professeur d\u2019écologie, crée un environnement vivant et attrayant à l\u2019aide de plantes et d\u2019animaux, en plus d\u2019organiser, durant les fins de semaine, des activités en pleine nature.\u2022\tHarold Ouellet, enseignant des métiers du verre au centre Le Chantier, à Laval, se plaît à enrichir le programme en préparant ses élèves au marché du travail par des cours de comportement et de formation de la personne.\u2022\tProfesseur d\u2019art, à l\u2019école secondaire Albert-Carrier de Thetford Mines, Renée Gilbert entraîne ses élèves dans des mégaprojets d\u2019animation qui dépassent largement sa classe et qui donnent le ton à l\u2019école.Ainsi, l\u2019an dernier, elle a mis en branle un vaste projet sur le thème : \u2022\u2022 Où sont allées les tortues du monde?» Cela a notamment donné lieu à la création d\u2019une gigantesque sculpture exposée à la Maison de la culture, visitée par 2 000 personnes.\u2022\tAu collège Regina Assumpta, c\u2019est une vaste opération, dite d\u2019enrichissement culturel fondé sur l\u2019intégration de l\u2019histoire, qui a mobilisé les enseignants et les enseignantes.En biologie, en anglais, en français, en géographie, chaque professeur a présenté sa matière en favorisant un angle historique et en faisant ressortir la richesse d\u2019un tel éclairage.\u2022\tÀ l\u2019école St-Luc, de Montréal6, c\u2019est par la création d\u2019un spectacle à grand déploiement qu\u2019on favorise l\u2019intégration des nombreuses ethnies qui fréquentent l\u2019école.Cette année, on monte La Belle et la Bête qui exige la collaboration d\u2019élèves de trente nationalités.Le spectacle s\u2019autofinance par la vente de billets, et le spectacle sera présenté à Montréal et en Europe par les jeunes.5.\tCes exemples sont empruntés à la revue du MEQ, Vie pédagogique, février-mars 1998.6.\tRadio-Canada, Info Culture, semaine du 4 mai 1998.L'ACTION NATIONALE \u2022 59 \u2022 Lucie Gailloux, enseignante à Limoilou, s\u2019est servi du Musée de la civilisation comme lieu de création théâtrale.Son projet a pris de l\u2019ampleur et elle entreprend un vaste projet avec le Musée et sa commission scolaire qui plongera les jeunes dans de nombreux projets de création qui seront présentés aux écoles de la région.Je pourrais en rajouter car très nombreux sont les pédagogues qui ont compris que la classe est le lieu privilégié de l\u2019ouverture sur les dimensions culturelles de la vie.Quel adulte ne se souvient pas d\u2019aventures hors curriculum, artistiques, scientifiques ou de pleine nature?Adolescent, j\u2019ai eu la chance de participer à des camps de sciences naturelles.Un jour, le frère Rolland-Germain, le savant collègue de Marie-Victorin, nous a conduits au mont St-Bruno pour une excursion.Avant l\u2019escalade, il a marqué un temps d\u2019arrêt et nous a donné ce que nous désignerions aujourd\u2019hui comme un cours d\u2019écologie.Il nous a expliqué que les espèces et variétés de minéraux, de plantes, d\u2019insectes, d\u2019oiseaux et d\u2019arbres seraient différents au fur et à mesure que nous allions progresser vers le sommet de la montagne.Par la suite, tout au long de l\u2019excursion, le Frère a illustré sa leçon par des exemples.J\u2019étais émerveillé par cette découverte que je faisais.Je n\u2019ai jamais oublié cette grande leçon sur l\u2019écosystème.Savoirs aux mains propres et savoirs aux mains sales Les savoirs scolaires sont diversifiés.Ils peuvent trouver leurs raisons d\u2019être et leurs finalités dans l\u2019usage qu\u2019on en fait dans la poursuite d\u2019études ou d\u2019activités techniques ; on parle alors de savoirs fonctionnels ou utilitaires.D\u2019autres savoirs sont le fruit de l\u2019observation, du contact avec la nature et de l\u2019expérience.Ils sont peu valorisés aujourd\u2019hui dans une société toute centrée sur l\u2019université et sur l\u2019accessibilité aux carrières dites libérales.Sauf que nous faisons tous appel dans notre vie courante à ces travailleurs qui viennent à la maison nous dépanner par l\u2019exécution de travaux 60 \u2022 L'ACTION NATIONALE domestiques que nous ne savons plus exécuter, faute de savoirs pratiques.D\u2019autres formes de savoirs n\u2019apparaissent pas immédiatement utiles; on les qualifie de savoirs théoriques.On ne saurait les sous-estimer car ils trouvent leur sens dans l\u2019intelligence qu\u2019ils donnent du monde, grâce à la curiosité qu\u2019ils assouvissent et nourrissent à la fois.Ce sont des savoirs apparemment spéculatifs, mais apparemment seulement, car ils permettent d\u2019établir des rapports entre les connaissances, les phénomènes sociaux et certaines manifestations de la science.Des disciplines comme la philosophie, l\u2019histoire, la mathématique appartiennent à cette catégorie.De tout temps, les élèves du secteur technique et ceux qui ont choisi la formation générale prolongée qui conduit ultimement à l\u2019université, ont formé des groupes étanches.Sans le dire clairement, les institutions d\u2019enseignement ont créé des ghettos dans lesquels ne cohabitaient pas les jeunes qui se préparaient à occuper des fonctions de travail qui offraient aux uns des professions aux mains propres et aux autres des métiers aux mains sales.Il a fallu la réforme des années 60 et la création des écoles polyvalentes et des cégeps pour rompre partiellement avec ces clivages sociaux.Le raffinement des techniques, au cours des dernières années, et le développement des technologies complexes ont fait le reste du chemin et ont contribué à redresser la situation.Aujourd\u2019hui, des entreprises de haute technologie offrent des lieux de travail qui ressemblent davantage à des laboratoires de recherche qu\u2019à des fabriques et des usines.Le haut degré de sophistication des technologies et de l\u2019automatisation fait ressortir la place primordiale accordée au savoir et à l\u2019intelligence des techniciens.D\u2019ailleurs, il n\u2019est qu\u2019à voir les voies privilégiées qui s\u2019offrent aux jeunes diplômés des écoles secondaires et du collégial pour prendre conscience des multiples chemins qui leur sont ouverts.J\u2019en prends à témoins deux magazines récents, L\u2019actualité et Affaires plus1, qui traitent de cette question.Lorsqu\u2019on L'ACTION NATIONALE \u2022 6l regarde la liste des dix secteurs offrant le plus de possibilités d\u2019emploi, on assiste, en quelque sorte, à la revanche de la formation technique.Voyez : la haute technologie, le manufacturier, les services aux entreprises, les communications, l\u2019électronique, le commerce de détail, les services financiers, les produits de consommation, le médical-phar-maceutique, les soins de santé.Sans compter de tout nouveaux débouchés de travail dans des domaines comme l\u2019environnement, la biotechnologie, la métallurgie, la plas-turgie, l\u2019aérospatiale et bien d\u2019autres.«Mais attention, lit-on dans l\u2019article de l\u2019Actualité: la compétence technique ne garantit pas un emploi stable.Les employeurs recherchent de plus en plus les compétences indirectes, comme la maîtrise de l\u2019anglais, la capacité de comprendre et d\u2019exprimer des idées, et celle de travailler en équipe.L\u2019environnement devient de plus en plus multidisciplinaire.L\u2019ingénieur qui a une bonne idée doit pouvoir l\u2019expliquer, et pas seulement à d\u2019autres ingénieurs ! La leçon de Montaigne On cite souvent Montaigne bien librement, sans retourner dans Les essaie pour en vérifier le contexte.À propos de la fameuse tête bien faite et bien pleine, voici le paragraphe complet des écrits du philosophe : -Je voudrais aussi qu \u2019on fût soigneux de lui choisir un conducteur (un maître) qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine.Je ne veux pas qu 'il invente et parle seul, je veux qu \u2019il écoute son disciple parler à son tour.qu \u2019il ne lui demande pas seulement compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance, et qu 'il juge du profit qu \u2019il aura fait, non par le témoignage de sa mémoire, mais de sa vie.- 7.\tJuin 1998.8.\tTome I, Gallimard, 1965, pp.188-189 62 \u2022 L'ACTION NATIONALE On assène généralement ce texte sur la tête des enfants alors que son auteur le destine au \u201cconducteur», donc, au maître.C\u2019est de celui-ci dont parle Montaigne, c\u2019est d\u2019abord le maître qui doit avoir une tête bien faite plutôt que bien pleine.Au maître, Montaigne demande d\u2019écouter son disciple parler.Ce disciple ne doit pas être un perroquet qui répète les leçons mais il doit en dégager le sens et la substance.Ces mots sont déjà très forts, la contrainte qu\u2019ils imposent est considérable mais ce n\u2019est pas encore suffisant pour Montaigne qui exige du maître qu\u2019il juge son disciple sur le profit qu\u2019il aura fait de sa leçon, non pas par le témoignage de sa mémoire mais par celui de sa vie.Voilà tout un programme pour l\u2019école, ses dirigeants, ses éducateurs et éducatrices, vous en conviendrez.Est-il abusif de dire que Montaigne ne se contente pas d\u2019une école qui développe, même intensément, les habilités cognitives et qu\u2019il exige de celle-ci qu\u2019elle outille l\u2019enfant en lui faisant acquérir, aussi et de surcroît, des « compétences ?» En éducation, on invente peu de choses nouvelles ; on reprend sans cesse quelques certitudes de base, des démarches éprouvées au fil des ans, on les colore à l\u2019aide des idées du jour et on les fait progresser quelque peu, avant de passer la main à la génération suivante d\u2019éducateurs et d\u2019éducatrices qui reprennent les mancherons de la charrue pour ouvrir quelques sillons nouveaux avant de passer eux-mêmes la main à la génération suivante.N\u2019utilise-t-on pas l\u2019expression «le métier d\u2019éducateur» pour qualifier ceux qui s\u2019y adonnent?C\u2019est ainsi, par exemple, que refait surface l\u2019idée de Construire des compétences dès l\u2019école.Dès la première page de son livre, Philippe Perrenoud définit la compétence comme une capacité d\u2019agir efficacement dans un type défini de situation, capacité qui s\u2019appuie sur des connaissances, mais ne s\u2019y réduit pas.Retenons que les deux auteurs, à des siècles de distance, militent en faveur d\u2019une formation qui s\u2019articule autour de deux grands pôles : la nécessité pour les L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 63 jeunes d\u2019acquérir des connaissances mais aussi l\u2019impérieuse obligation d\u2019intégrer leurs connaissances.Œuvrer dans un monde nouveau Nous entendons dire que le métier d\u2019enseignant est en voie de disparaître en faveur d\u2019une profession â!accompagnateur.Selon cette hypothèse, l\u2019ordinateur serait le véritable leader auprès des élèves et des étudiants.Quelle bêtise ! L\u2019ordinateur est un outil merveilleux mais un outil.Il offre des possibilités illimitées en ce qui a trait au stockage des données, à l\u2019organisation de masses considérables d\u2019informations.Plus encore, l\u2019ordinateur oblige à une démarche intellectuelle ordonnée, faisant appel à la logique ; de surcroît, la machine se transforme par la simple utilisation des logiciels appropriés en un outil d\u2019aide à la création, et quoi encore?Mais de là à reléguer l\u2019enseignant au rôle d\u2019accompagnateur, il y a une limite qu\u2019on ne saurait franchir.La présence de moniteurs cardiaques au pied du lit d\u2019un grand malade est rassurante, mais seule la présence du médecin, le timbre de sa voix, ses encouragements, son intervention professionnelle peuvent être véritablement réconfortants.Pourquoi en serait-il différent pour le jeune qui explore le vaste champ des connaissances?-Les problèmes9 de l\u2019éducation ne sauraient être résolus par la technologie, déclarait M.Steven Jobs, un des fondateurs de l\u2019entreprise d\u2019informatique Apple, et qui préside de nouveau la société depuis le 16 septembre 1997.On peut mettre sur cédérom l\u2019ensemble des connaissances.On peut installer un site Internet dans chaque classe.Rien de tout cela n\u2019est fondamentalement mauvais, sauf si cela nous berce de l\u2019illusion que l\u2019on s\u2019attaque ainsi aux maux de l\u2019éducation.» L\u2019apprentissage de la dialectique, le développement du sens critique, l\u2019établissement de rapports entre les domaines 9.Le Monde diplomatique, avril 1998.64 \u2022 L'ACTION NATIONALE de la connaissance ne sont que quelques exemples de démarches qui demandent la présence active d\u2019un enseignant ou d\u2019une enseignante.Un logiciel informatique peut servir d\u2019outil pour décomposer un poème de Baudelaire, dans le cadre d\u2019une étude sur les structures linguistiques de l\u2019œuvre, mais aucun ordinateur ne remplacera jamais la découverte intime des Fleurs du mal et la démarche de lecture, éclairée par les leçons d\u2019un bon pédagogue.Souvenons-nous de nos premières découvertes des grandes œuvres, Vol de nuit, L\u2019étranger, Menaud maître-draveur.Aucune place pour un ordinateur dans ce plaisir adolescent que seuls de bons enseignants peuvent faire naître.Un ordinateur, si performant soit-il, ne saurait communiquer ; il ne fait que transmettre.Confondre la communication et la transmission est une faute grave en éducation ! Il faut attribuer aux nouvelles technologies le mérite qui leur revient, sans plus ; il faut surtout les considérer comme des ajouts formidables et des outils qui ne remplacent pas l\u2019enseignant mais qui lui fournissent des moyens nouveaux, comme ce fut le cas pour les développements techniques du XIXe siècle qui ne remplacèrent pas les ouvriers mais qui allégèrent leurs tâches, en leur permettant de se consacrer à des travaux faisant appel davantage à leur intelligence.Là où les enseignants sont conviés à évoluer, c\u2019est dans le cloisonnement qui caractérise leur profession depuis toujours.10 Tout en conservant son rôle premier comme lieu d\u2019éducation et d\u2019instruction, l\u2019école doit être à la fois spongieuse et critique, accueillante et sélective, ouverte et exigeante.Elle doit former à la méthode et offrir tous les codes d\u2019accès possibles.Elle est également le lieu où les connaissances se sédimentent et sont stockées jusqu\u2019au moment où s\u2019opère la synthèse.Le jeune entre dans l\u2019âge adulte sur le plan intellectuel lorsqu\u2019il manie, avec une certaine facilité, 10.Roland ARPIN - Un projet de société ou une société de projets?-, Conférence à l'Association québécoise de pédagogie collégiale, Québec, 10 juin 1998.L'ACTION NATIONALE \u2022 65 la comparaison, l\u2019induction et la déduction.Ces réflexions ne sont pas neuves mais elles ont le mérite d\u2019être fondamentales.Réfléchissant aux rapports entre l\u2019école et la culture, il faut mettre de l\u2019avant une autre réalité très contemporaine qui devient, elle aussi, banale à force d\u2019être rappelée : il s\u2019agit de l\u2019ouverture au monde et de l\u2019éclatement des frontières géographiques et des frontières de la connaissance.Au cours des dernières décennies, nous avons assisté à la découverte de l\u2019infiniment petit et à l\u2019exploration de l\u2019in-finiment grand.Le monde, avec ses grandeurs et ses vicissitudes, se produit en continu sur l\u2019écran de RDI ou de CNN, la guerre du Golfe a laissé le souvenir d\u2019un gigantesque spectacle offert à des centaines de millions de téléspectateurs bien calés dans leur fauteuil.Les dernières générations d\u2019hommes et de femmes ont pu connaître leurs arrière-grands-parents par le truchement de la vidéo qui en a conservé les images et la voix.Dans un autre ordre, le système Internet a doté des millions de foyers de véritables centres d\u2019informations qui offrent des possibilités dont on n\u2019aurait même pas osé rêver, il y a une dizaine d\u2019années.Ces progrès simplement esquissés ici situent l\u2019école dans un contexte nouveau.Son hégémonie comme lieu d\u2019apprentissage et de diffusion des connaissances est remise en cause ; son efficacité fait l\u2019objet de doutes ; ses méthodes et ses objectifs sont passés au crible car le monde de l\u2019enseignement est perçu comme trop conservateur.Dans un tel contexte, l\u2019école, dont j\u2019ai déjà dit qu\u2019elle était plus indispensable que jamais, devra se remettre en question et sans doute redéfinir les rôles qui lui sont exclusifs.L\u2019école doit toujours persister dans sa volonté de poursuivre des objectifs cognitifs et affectifs mais également d\u2019autres objectifs, mis en valeur ces dernières années, comme les objectifs de maîtrise, les objectifs de transfert, les objectifs de compétence, les objectifs d\u2019expression de la pensée.66 \u2022 L'ACTION NATIONALE La culture est vivante et évolutive La notion de culture évolue au rythme du développement de valeurs nouvelles et du renouvellement des connaissances.Ainsi, la science et la technologie occupent une place privilégiée dans la société et cette réalité commande une adaptation des programmes scolaires.Dans un récent numéro de la revue Possibles, je lis ce très beau passage11 : «Heureux l\u2019être humain qui, forcé par les événements ou guidé par sa propre réflexion, se rend compte de la rigidité des modèles qui se sont installés en douce dans sa vie, entreprend de critiquer l\u2019étroitesse des perspectives où ces modèles l\u2019ont enfermé et reprend possession de son jugement critique en vue d\u2019élargir sa marge de choix dans de nombreux domaines de l\u2019existence.- Réfléchissant à l\u2019évolution de la culture et à la nécessité de s\u2019alimenter à de multiples sources de la connaissance et du savoir, je trouve cette observation particulièrement pertinente.Une des consolations que la vie nous apporte dans ce que j\u2019appellerai pudiquement la maturité plutôt que la vieillesse, c\u2019est justement l\u2019enracinement de quelques grandes certitudes sociales, philosophiques ou métaphysiques.Pour qualifier cette certitude, le philosophe Gustave Thibon12 utilisait le mot invariant : c\u2019est-à-dire une pensée, une évocation qui peut avoir un sens, une valeur nourricière dans toutes les époques et dans toutes les cultures.Ce sentiment est propre à l\u2019âge adulte.L\u2019adolescent et le jeune adulte surtout, se comporteront bien différemment, se livrant parfois à une certaine boulimie lorsqu\u2019ils découvrent un domaine de la connaissance qui coïncide avec leurs intérêts, à moins qu\u2019ils ne pratiquent un éclectisme qui les conduit à grignoter de gauche à droite dans les divers domaines de la connaissance sans se donner la peine d\u2019en rechercher les 11.\tAndré THIBAULT, volume 22, numéro 1, hiver 1998.Numéro thématique ¦ Générations : des liens à réinventer.¦ 12.\tGustave THIBON, L\u2019ignorance étoilée, Montréal, Boréal Express, 1984.p.9.L ACTION NATIONALE \u2022 67 rapports.L\u2019enfant, pour sa part, expérimente la pensée magique qui s\u2019entrelace avec le rêve.Il jouit de cette merveilleuse période au cours de laquelle des mots comme rigueur, rationalité, productivité, logique, ne font pas encore partie de son vocabulaire.Choisir son camp Pour les Romains, une personne cultivée devait être quelqu\u2019un qui sait choisir ses compagnons, parmi les choses, les pensées, dans le présent comme dans le passé.Ce sont encore les Romains qui disaient terra educat : la terre nourrit.Le mot éducation réfère donc à une fonction nourricière.Mais il s\u2019en trouve pour donner à ce mot une autre origine étymologique : le verbe educare signifierait également : faire sortir de, tirer de.Selon qu\u2019on retient l\u2019une ou l\u2019autre définition de l\u2019éducation, ce sont deux types d\u2019écoles totalement différents qu\u2019on privilégie.L\u2019une se veut protectrice, écologique, dans le sens premier du mot OIKOS, qui signifie maison et habitat.Cette école, fidèle à la vision de Platon, place la vie au centre de l\u2019univers; les valeurs y sont fondatrices.Selon cette vision du monde, l\u2019homme n\u2019est pas en rupture avec le monde qui l\u2019entoure ; il recherche l\u2019harmonie.Cette forme d\u2019humanisme intègre la culture existante et ses multiples manifestations auxquelles elle ajoute sa propre contribution.Elle voit dans la culture le lieu de l\u2019homme, selon la belle expression de Fernand Dumont.L\u2019autre école privilégie l\u2019approche mécaniste.On y valorise les rouages, les systèmes.La raison transcende tout ; les manuels, les programmes, la formation des maîtres s\u2019en ressentent.Pour les mécanistes, le tout, c\u2019est l\u2019ensemble des parties, point à la ligne.Il ne s\u2019agit pas ici de noircir le modèle mais je reprendrai ce qu\u2019écrivait Émile Robichaud,13 il y a plusieurs années: «Alors qu\u2019une conception organique de la culture nous invite à considérer le sol comme le support 68 \u2022 L'ACTION NATIONALE nourricier de la plante, la conception mécaniste nous réduit à n\u2019y voir qu\u2019un support physique qui ne sert qu\u2019à tenir la plante en place, la nourriture ne provenant que de l\u2019apport externe d\u2019engrais chimiques.On connaît le résultat de ce type de culture : un sol durci, séché, qu\u2019il faut labourer à grands frais et dont le vent fait sa proie.- Dans la vie, il faut sans cesse choisir son camp.Pour moi, une école est un lieu d\u2019affection et d\u2019émerveillement ; une école est un lieu de paix et de sérénité ; une école est un lieu de découverte des connaissances ; une école est le lieu de l\u2019ordre : compréhension de l\u2019organisation sociale, apprentissage de la méthode, construction de sa pensée propre.J\u2019oserai dire qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019école sans la présence de la passion : passion de transmettre, passion de savoir, passion pour l\u2019ouverture sous toutes ses formes.Les écoles sont comme des chevaux de course que l\u2019on bourre de vitamines et de moulées savamment mélangées.Cela leur donne du muscle mais n\u2019en fait pas pour autant des vainqueurs.C\u2019est le sens du vent, les caresses du soleil, l\u2019encouragement des spectateurs qui les soutiennent.Les architectes peuvent bien construire les meilleures pistes de course, les vétérinaires ont beau s\u2019esquinter à trouver la potion magique, la victoire tient d\u2019abord et avant tout aux rapports étroits, affectueux même, entre le jockey et sa monture.Ainsi en est-il des jeunes et de leurs rapports à l\u2019école.Conclusion Il faut être téméraire pour plaider en faveur d\u2019une école culturelle, alors que nous sommes submergés par l\u2019économisme et le technologisme, devenus des dogmes au cours des dernières années.Je me souviens du livre bleu intitulé Bâtir le Québec, publié en 1970, qui prétendait offrir une 13.Émile ROBICHAUD, ¦ Oikos ¦, Les Cahiers de l'Agora, numéro 1, Automne 1987.Les observations concernant les deux types d\u2019écoles sont également empruntées à ce texte de É.Robichaud.L\u2019ACTION NATIONALE \u2022 69 politique économique pour le Québec et qui réussissait, en 523 pages, à ignorer presque totalement le système d\u2019éducation et la culture comme leviers de notre développement.Heureusement, cette époque est déjà lointaine et le discours a considérablement changé comme en témoignent les récents sommets économiques.On comprend mieux que jamais que le défi économique et le défi éducatif sont des frères siamois.Mais l\u2019équilibre ne doit pas être rompu entre une école qui serait un simple appendice à la formation technique et à la préparation à l\u2019emploi et une école qui s\u2019obstine à être un milieu éducatif et culturel, donc un lieu d\u2019approfondissement et de synthèse.Une telle école doit soumettre la technologie et les sciences aux contraintes de la réflexion et de la pensée complexe et aux exigences des besoins de ceux qui la fréquentent.Une telle conception de l\u2019école commande à ceux qui y travaillent de maintenir le cap avec détermination sur des objectifs de rigueur, tout en faisant preuve d\u2019ouverture et de sens critique en ce qui a trait aux moyens nouveaux qui leur sont offerts pour exercer leur merveilleuse et difficile profession d\u2019éducateurs et d\u2019éducatrices.La qualité culturelle et éducative de l\u2019école est un résultat.Résultat qui est la somme de l\u2019engagement et de la compétence des éducateurs et des éducatrices qui persistent à croire aux grandes valeurs de cet humanisme intégral qui est toujours une référence solide et durable.?70 \u2022 L'ACTION NATIONALE axu\u2014* Qii\u2019esii-ce qu\u2019au n pour >as I La modération a bien moillour goût
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