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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2001-04, Collections de BAnQ.

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[" I .'Action Volume XCI, numéro 4, avril 2001 SOMMET ,1 / DE5 4* AMÉRIQUES/* / >i I '¦ .Lc chant da Armand Vail IM AT IONALE Directeur Directrice adjointe Communications Secrétaire administrative Robert Laplante Laurence Lambert Michel Rioux Claire Caron Comité de rédaction François Aquin, avocat Jean-Yves Duthel, administrateur Henri Joli-Cœur, administrateur Robert Laplante Lise Lebrun, animatrice communautaire Yvon Martineau, avocat Denis Monière, politicologue, Université de Montréal Jacques-Yvan Morin, constitutionnaliste, Université de Montréal Pierre Noreau, Université de Montréal Michel Rioux Marie-Claude Sarrazin Comité de lecture Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval Jean-Jacques Chagnon Lucia Ferretti, professeure d'histoire, UQTR Alain Laramée, professeur, TÉLUQ Chrystiane Pelchat, enseignante Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal Paul-Émile Roy, écrivain Jean-Claude Tardif, conseiller syndical Prix André-Laurendeau, Membres du jury Monique Dumais Lucia Ferretti Daniel Thomas, professeur, UQAT Prix Richard-Arès, Membres du jury Roland Arpin, directeur, Musée de la civilisation du Québec Gérard Bouchard, directeur de l'IREP, professeur UQAC Simon Langlois, sociologue, Université Laval Comptes rendus Paul-Émile Roy Comptes rendus Le chant des peuples ou Le droit des peuples à l'autodétermination Armand Vaillancourt 1996 Photo : Marcel LaHaye 425, boul.de Maisonneuve Ouest, bureau 1002, Montréal (Québec) H3A 3G5 Téléphone: 514-845-8533 - Télécopieur: 514-845-8529 Courriel : revue@action-nationale.qc.ca - Site : http://www.action-nationale.qc.ca Envoi de Poste - Publications - Enregistrement N° 09113 Volume XCI, numéro 04 avril 2001 in UJ oc OÛ LO < UJ h\u2014 O IDITORIAL 505 Matapédia Robert Laplante\t3 Débats Conjurer la crise d'identité Jean-Marc Léger Minoritaires sur 111e de Montréal, les francophones franciseront-ils suffisamment?Pierre Serré\t21 Pour rendre justice et honneur à Yves Michaud Thérèse-Isabelle Saulnier Le Cégep français pour tous Michel Moisan\t65 Présence de la ville dans le roman québécois André Gaulin\t71 Dossier L'intégration continentale au sommet des Amériques Jean-Louis Bourque\t96 La place du Québec dans les Amériques Marc Dean\t127 Lectures 143 Comptes rendus de lecture Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896) Yvan Lamonde Fernand Dumont, Un témoin de l'homme Serge Cantin J'ai mal à la langue de mon pays Jean Ferguson Les bulletins du Lundi Courrier des lecteurs Index de nos annonceurs 147 149 151 153 165 2 in oc 146 Allard, Pierre, C.A.163 Bijouterie emblématique Lamond & fils 163\tBLC Valeurs mobilières 32 Caisse d'économie des travailleurs de Québec 171 Cap-aux-diamants 69\tCSN 20 Devoir, Le 70\tFondAction C4 Fonds de solidarité 164\tLaboratoire Dr Renaud 31 Loto-Québec 94 Ministère des relations internationales 146 Mouvement national des Québécoises et Québécois 93 Optimum, Gestion de placements C3 Optimum placements 175 Optimum, Société d'assurance 164 Poitras, Larue & Rondeau inc.164 Sansregret, Taillefer et Associés 142 Société des Alcools du Québec 146 Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal 146 Société Saint-Jean-Baptiste du Centre du Québec 163 Syndicat des employés de magasins et de bureaux de la SAQ 163 Translatex Communications + 175 Veilleux, Marc, Imprimeur Inc.2 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE 505 Matapédia Robert Laplante < ÛC O a 'LU Vingt ans après avoir conduit sa première grande action de revendication pour le développement de la Matapédia, le Rassemblement populaire matapédien a tenu à Causapscal, le 25 mars dernier, un grand rassemblement de protestation.La réduction de 30 % des attributions d'approvisionnement des industries forestières va faire perdre 350 emplois directs à une région déjà affligée d'un taux de chômage de 25 % avec un taux d'activité d'à peine 53%.Cela s'appelle un désastre.Vingt ans se sont écoulés pour imposer une accablante conclusion : la faillite d'un modèle de développement.Tiraillée par la concurrence de deux gouvernements établissant des priorités et des programmes souvent contradictoires, accablée par les impacts de la compétition bureaucratique induite par ce même dédoublement et piégée dans les paramètres d'un mode d'exploitation des ressources qui fait primer la croissance des industries du bois sur le développement de l'économie, la région agonise.Les motifs de sa protestation sont, hélas, aussi connus L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u20223 qu'une ritournelle.Les Matapédiens n'en finissent plus de redire qu'ils connaissent le mal qui les afflige, ils n'en finissent plus de redire qu'ils veulent vivre chez eux et qu'ils veulent le faire en prenant appui sur le potentiel qu'ils connaissent et se reconnaissent.Leurs revendications : une intervention plus cohérente de l'État, l'intensification de l'aménagement forestier, la consolidation des industries forestières existantes, des projets de deuxième et troisième transformation du bois, un fonds substantiel, géré sur place, pour la diversification et la relance économique.Toutes choses raisonnables et maintes fois exprimées.Et pourtant, rien n'a suffi de les dire sur tous les tons et dans toutes les officines depuis vingt ans.Il y a certainement eu, là, déficit démocratique.La volonté politique a toujours été molle et velléitaire en ce qui concerne les actions de restructuration économique des régions dites ressources.Ce caractère velléitaire qui a conduit au désastre actuel, ne s'explique cependant pas seulement par la faiblesse politicienne.C'est l'ensemble du modèle de développement sous-jacent à la réflexion, dans l'appareil de l'État comme chez un grand nombre d'intervenants économiques qui est en cause.Le problème de la Matapédia et de ses semblables, n'est pas un problème qui se peut régler par la seule action économique.Les difficultés des régions ressources tiennent d'abord et avant tout des lacunes structurelles qui pèsent sur elles depuis leur ouverture au peuplement.Les régions ressources sont, pour la grande majorité, des régions où les structures d'établissement et de peuplement sont restées inachevées.Elles souffrent des lacunes qui ont marqué la politique de colonisation, politique, faut-il le dire, qui a été bricolée dans des conditions d'indigence épouvantables.Ces lacunes ont condamné les populations locales à un véritable héroïsme et c'est à la force des poignets et en ne comptant d'abord que sur elles-mêmes qu'elles ont réussi à 4 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE bâtir le pays qu'elles habitent.C'est seulement sous la pression de leurs revendications que les gouvernements canadien et québécois ont fini par remplacer le laisser-faire par des programmes de développement régional.Avec le résultat que nous avons sous les yeux.C'est une approche globale de population qui peut, seule, permettre de combler les lacunes d'une ouverture au peuplement déficiente.Il faut agir simultanément et avec cohérence sur toutes les composantes des infrastructures sociales, économiques et culturelles.Il est clair que la seule croissance ne réglera pas les problèmes de l'exode démographique et des déséquilibres dans la composition de la population.Il faut revoir les modalités de soutien à l'employabilité, le mode d'accès à la forêt publique, les conditions de participation culturelle, les infrastructures de transport, de services, etc.Pour mettre en place des solutions vraiment structurantes, il faut que l'action de l'État soit franchement située dans une perspective de soutien au peuplement.C'est dans cette perspective qu'on pourra constater que le régime forestier actuel est une cause de l'exode de la population, qu'il ne permet pas une exploitation patrimoniale de la forêt qui donnerait aux communautés locales les moyens de vivre de la forêt plutôt que de dépendre des compagnies.Il faut stabiliser le peuplement en favorisant l'établissement de fermes forestières.Il faut que l'action en forêt soit pensée en complémentarité avec la mise en valeur des ressources humaines locales, c'est-à-dire pensée en fonction d'une stratégie de professionnalisation accrue de la main-d'œuvre forestière, élaborée en fonction d'objectifs à long terme, faisant une plus grande place à l'aménagement avec des techniques de pointe.Il faut donner un rôle accru aux coopératives et aux groupements forestiers, il faut, il faut.C'est d'une approche audacieuse et innovatrice dont la région a besoin.Une politique de développement régional qui donne à voir le pays à naître.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 5 La Matapédia doit devenir une région-témoin.La stratégie de développement qui s'impose ne doit pas consister à faire plus de ce qu'on connaît déjà : il faut penser et faire autrement.Ce n'est pas avec des programmes que cela se fera.Il faut un cadre plus large qui donnera la souplesse et les moyens d'innover.Il faut une loi d'expérimentation sociale qui permettra d'agir vite et sans entrave.Les mesures budgétaires du gouvernement Landry ne sont pas la seule réponse requise.Il faut un renouvellement complet des perspectives.Cela commence par un changement radical des façons de voir la forêt et sa place dans la dynamique économique régionale.La forêt reste le principal atout mais il faut l'exploiter avec une vision progressiste qui en fera un secteur de pointe.Ce n'est pas possible dans le cadre actuel : il faut une loi d'expérimentation sociale pour lever ces obstacles qui tiennent autant d'une foresterie frileuse que d'un régime forestier inadéquat.Il faut placer la mise en valeur de la forêt dans une perspective sociétale, la sortir du registre trop étroitement sectoriel où la tient le ministère actuel.Il faut une loi pour se donner les moyens de penser en dehors des sentiers battus.Une loi pour soutenir la mobilisation, outiller convenablement les citoyens et favoriser l'élaboration d'une vision d'ensemble du développement régional.Grosse commande pour M.Baril.0 6 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Conjurer la crise d'identité Jean-Marc Léger Faut-il occulter les origines?La maîtrise de sa langue (et, par là de sa pensée : « maître de sa langue, donc maître de soi-même », Valéry) est pour chaque peuple une condition première de survie et de développement, à quoi s'ajoutent naturellement le sens et la fierté des origines.Cela vaut en particulier pour un peuple comme le nôtre contraint en permanence de vivre dangereusement.Or, nous assistons depuis quelque temps à une sorte de remise en cause insidieuse de l'identité de la majorité du peuple québécois, sous le pieux prétexte de l'égalité et de l'unité de tous les citoyens, comme si la fidélité aux origines faisait obstacle à l'accueil et à l'intégration des immigrants.Cette offensive pernicieuse tend à susciter un sentiment de culpabilité, à répandre l'impression que l'attachement aux origines françaises, que le fait de les rappeler, de les affirmer, traduirait une sorte de refus de l'autre ou même d'exclusion des autres.Dans le même temps, on traite L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 7 Débats avec une condescendance apitoyée, voire sur un mode méprisant, les générations précédentes : le pharisaïsme est décidément, autant que l'ignorance, à l'ordre du jour.Les artisans, souvent inconscients, de cette entreprise de dénationalisation ont décidé qu'il n'y avait plus désormais de Canadiens français que dans le reste du Canada: ils seraient interdits de séjour et même d'évocation au Québec.Les tenants de la pensée unique (c'est-à-dire, généralement, inique), essentiellement réactionnaire et conservatrice à l'image du prétendu néolibéralisme, tentent d'entretenir une véritable phobie à propos de certains mots qu'ils ont entrepris de diaboliser, au premier chef les termes de « ethnie » et « ethnique » et même, pour une part, ceux de « nation », « national » et tout ce qui s'y rattache.La rectitude politique et l'air du temps commanderaient d'y substituer par exemple les mots de «civique» et « inclusif » qu'on emploie d'ailleurs souvent dans leur acception anglaise, le mépris de la langue allant de pair avec le mépris des origines.Encore un peu et nous nous retrouverons en plein délire.Les obsédés de l'ethnique et les excités de l'inclusif célèbrent par ailleurs les « communautés culturelles » sans se rendre compte de la contradiction et de l'illogisme dans leur comportement, ces communautés reposant naturellement sur le fait ethnique.Le terme « ethnie » désigne tout simplement l'ensemble des personnes qui sont de même origine, qui partagent une histoire et une culture, qui ont une langue commune.Le mot n'est en soi ni laudatif, ni péjoratif, il n'implique nul jugement de valeur mais est simplement l'expression d'une réalité socioculturelle.Sous ce rapport, nous appartenons tous, que nous le voulions ou non, à une ethnie.D'autre part, il ne faut pas confondre le fait ethnique et le fait national.La nation ne se limite pas à l'ethnie : la plu- 8 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE part des nations ont accueilli au cours des âges des apports de diverses origines, qu'elles ont su généralement assimiler avec bonheur.C'est pourquoi la nation se distingue de l'ethnie au sens strict mais sans s'y opposer, puisque, au départ, elle repose sur elle.Ainsi, la nation canadienne-française, ou québécoise, pour qui le préfère, a comme fondement la collectivité ou l'ethnie française d'Amérique mais comprend aussi des Québécois de toutes origines qui, venus chez nous surtout depuis le milieu du XIXe siècle, ont souhaité nous rejoindre, faisant leurs notre culture, notre langue, notre histoire, nos combats, nos aspirations.Ils forment avec nous la nation québécoise dont le caractère français est fondamental, car seul il nous distingue du reste du Canada, seul il explique et justifie la recherche de l'émancipation politique.Le temps de la confusion Dans une déclaration publiée en janvier dernier, sur une page entière du Devoir, appuyée de quelques centaines de signatures, il est dit notamment que: «Nous rejetons tout nationalisme qui fait la promotion d'une identité fondée sur l'ethnicité».Voilà qui a le mérite d'être clair tout autant qu'absurde, voilà qui est aussi le reflet de la nouvelle pensée unique, dénationalisante et uniformisante, qui fait partout le lit de la langue anglaise et de l'hégémonie anglo-américaine.On ne devrait pas évoquer, paraît-il, moins encore célébrer les origines françaises, la Nouvelle France, ni parler d'Amérique française, car tout cela serait ethni-ciste, réducteur, « exclusif » : la fidélité aux origines, la fierté de celles-ci traduiraient en fait le refus de l'autre ! La déclaration disait encore : « Nous partageons un même patrimoine de droits et de responsabilités (sic!) » et poursuivait : « Il faut placer la démocratie, la solidarité et la langue française au cœur de tout projet politique».L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 9 Bravo, certes, mais pour quelle raison désormais, en vertu de quoi la langue française serait-elle encore « au cœur du projet politique » puisqu'il n'y a plus de nation française du Québec mais simplement une espèce de grosse communauté culturelle, plus ancienne (sauf les nations autochtones) et plus nombreuse, pour un temps encore, que les autres, dont on expliquerait mal qu'elle veuille imposer sa langue aux autres communautés.S'il n'y a plus de nation française d'Amérique, de nation canadienne-française ou franco-québécoise, il n'y a plus de raison, de justification de rechercher l'autonomie politique du Québec ni de défendre la langue française, de la proclamer langue nationale ou « langue commune », comme on dit pudiquement, désormais, et presque en hésitant, dans nombre de milieux officiels.Cette déclaration, comme de nombreuses prises de position de même encre, repose sur une contradiction fondamentale, illustre la confusion des esprits et débouche sur une impasse, quels que puissent être la noblesse d'inspiration et les sentiments généreux de leurs auteurs et de leurs adhérents.« La générosité non éclairée par la lucidité conduit souvent au désastre» a dit Thierry Maulnier (Violence et conscience).Parmi les exemples de la redoutable dérive dont nous sommes témoins depuis quelque temps, je relève le curieux propos suivant: «S'il est encore des gens qui se définissent comme Canadiens français, ce sont les francophones hors Québec, pas les Québécois.Le nationalisme des Canadiens français de jadis était un nationalisme ethnique, en ce sens qu'il ne laissait pas de place aux nouveaux arrivants ou à quiconque n'était pas descendant de colons français.Aujourd'hui, les Québécois, qu'ils soient les descendants des dits Canadiens français d'alors ou nouvellement arrivés de partout, sont des Québécois nonobstant la langue qu'ils parlent.C'est ce que l'on appelle un 10 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE nationalisme civique, donc basé sur une citoyenneté québécoise».J'aurai rarement relevé autant d'inexactitudes dans un aussi court texte.flos anciens savaient assimiler D'abord, il se trouve encore des Québécois, relativement nombreux, qui se disent Canadiens français.En deuxième lieu, nos frères de la diaspora canadienne-française, comme nos frères acadiens, qu'ils se trouvent dans le reste du Canada, aux États-Unis ou ailleurs, commandent respect, solidarité et soutien.Il y a ensuite un devoir élémentaire de respect et de piété (au sens où les Romains parlaient de « pietas erga suos») envers toutes les générations qui ont permis, par leur admirable ténacité et leur constant effort qu'existe aujourd'hui un Québec créatif, moderne et français.Enfin, s'il est vrai que certains des nôtres furent réservés, jadis, à l'endroit des nouveaux venus (et dans leur situation, cela était compréhensible), c'est par milliers en revanche que furent acceptés, accueillis, assimilés des immigrants, des Irlandais d'abord surtout mais aussi, plus tard, des Italiens en grand nombre, des Grecs, des Polonais, des Proche Orientaux, dans la deuxième moitié du XIXe et la première moitié du XXe siècle.Chacun connaît l'exemple classique des Johnson et autres O'Leary, qui se considéraient comme Canadiens français et nous tous les considérions spontanément, naturellement, comme nôtres.À l'instar de beaucoup de mes contemporains, j'ai connu à l'école primaire des Berardelli et des Bumaylis et, au collège, des Moore et des Lord par exemple : ils étaient, avec des dizaines de milliers d'autres, l'illustration d'une assimilation normale et féconde, parfaitement réussie, où chacun était gagnant.Personne n'aurait eu l'idée saugrenue de les L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 11 qualifier « d'allophones », ni de les inscrire dans une prétendue communauté culturelle.Affirmer que nos grands-parents et autres aïeux ne faisaient pas de place aux nouveaux arrivants, c'est proférer une contrevérité.C'est aussi apporter sa caution aux milieux qui tentent de répandre la fable du «racisme» des Canadiens français: s'il y a quelque racisme au Québec, ce n'est certainement pas chez les Franco-Québécois qu'il convient de le chercher.C'est le lieu de citer cette phrase de Régis Debray, qui a la portée d'un verdict: «Qui n'est pas présent à soi-même n'est pas présent aux autres.La honte de soi fait en même temps des larbins et des racistes, des xénophobes et des girouettes ».Le caractère français du Québec, fondement de la souveraineté Au premier rang des débats qui s'imposent chez nous (déjà implicitement engagés dans certains cas et parfois depuis longtemps), et qui intéressent non seulement les souverainistes mais la société québécoise entière, il en est un évidemment prioritaire, essentiel et exigeant, sorte de préalable à tous les autres.C'est celui qui a trait à la question fondamentale, lancinante, embarrassante ou irritante pour certains, toujours actuelle: qu'est-ce donc qu'être Québécois?La question peut sembler élémentaire: elle est apparemment devenue délicate, gênante, complexe et surtout elle rend compte de la crise d'identité que nous traversons, au point de ne plus guère savoir nous définir nous-mêmes.Pour certains adeptes du discours néo-libéral mondialiste (qu'irrite la moindre référence aux origines et à l'identité, aux nôtres, en tout cas !), la réponse est d'une admirable et émouvante simplicité.12 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Est Québécois, quiconque vit au Québec, en respecte les lois, souscrit à « ses valeurs » et y paie l'impôt ! Et tous ces citoyens constituent le peuple québécois, terme que l'on préfère à celui de nation, qui évoquerait l'ethnicité, vocable abhorré, auquel on associe une connotation péjorative.A chaque province, son peuple?Dès lors, on peut dire, en bonne logique, que quiconque vit en Ontario, par exemple, en respecte les lois, en accepte les valeurs (qui se déclinent de pareille façon partout en Occident : primauté du droit, libertés individuelles, solidarité et partage, tolérance, respect d'autrui, égalité, démocratie parlementaire, sécurité des personnes et des biens, etc.) et y paie les impôts est Ontarien et que tous ces Ontariens peuvent prétendre à former un peuple.De même pour nos compatriotes albertains ou néo-écossais et pour ceux de Colombie britannique, bref une bonne dizaine de peuples, sans compter les autochtones.Si, en effet, la considération première est d'ordre géographique : le fait d'habiter un territoire donné, à quoi s'ajoutent le partage de valeurs communes et la qualité de contribuable, on voit mal en vertu de quoi les habitants de chaque province canadienne ne pourraient pas estimer qu'ils constituent un peuple, tous ces peuples, formant à leur tour, dans la diversité et l'égalité, un super peuple canadien dont la santé et la perpétuation devraient nous importer à tous ! J'entends bien que les adeptes du peuple «géographique » et du patriotisme territorial, par opposition, bien sûr, au «répugnant» patriotisme dit ethnique, crieront à la caricature de leur conception et de leur démarche.Ce sont pourtant bien là les attributs qu'ils retiennent pour la définition d'un peuple.Je tiens, L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 13 pour ma part, que si l'on refuse de prendre en compte les origines et l'histoire, dans notre cas nos origines françaises et toute l'histoire de l'Amérique française, de les prendre en compte comme partie intégrante de la définition du peuple du Québec, on retire alors tout fondement à la recherche de la souveraineté ou même tout simplement d'une plus grande autonomie et d'un statut particulier.Origine de l'ambiguïté Il est vrai que nous avons commencé de créer l'ambiguïté au moment où, dans les années soixante à soixante-dix, précisément pour mieux marquer notre singularité, nous avons substitué l'appellation « Québécois » à celle de « Canadiens français ».Il y avait là l'affirmation d'une fierté et d'un élan nouveaux, coïncidant d'ailleurs avec le réveil des années soixante et avec toutes ses promesses.Nous n'avons pas pris garde, cependant, que cette expression nouvelle d'une identité ressentie comme renforcée, en quelque sorte actualisée, et que l'on voulait présenter ainsi à l'extérieur, pouvait, à terme, se révéler un piège et comme le préambule d'une dépossession, l'amorce, aussi, d'un vaste malentendu.Pour marquer plus clairement, plus éloquemment, une identité singulière, en fonction du pays attendu, de la patrie déjà présente, nous risquions d'affaiblir l'élément fondamental de cette identité, le caractère français de notre peuple.Pourtant, à l'origine du mouvement qui a tendu à substituer « Québécois » à « Canadiens français », le propos était évidemment tout autre, puisqu'il visait à renforcer l'affirmation de la singularité du Québec, donc, d'abord de son caractère français, en ajoutant, à la dimension culturelle, la dimension politique, celle-ci devant conforter et prolonger celle-là.C'est 14 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE d'ailleurs pourquoi les multiples combats pour la langue française furent menés d'abord par des militants souverainistes et par les tenants d'une large autonomie du Québec et que les slogans « Québec français » et « Québec libre » apparaissaient, en règle générale, comme interchangeables.Il n'empêche, et c'était prévisible, qu'un glissement s'est produit, au point que la définition de l'identité québécoise suscite aujourd'hui chez beaucoup des nôtres la gêne et l'embarras.Entre leur volonté de faire du Québec un espace original de langue française et leur souci d'accueil aux allogènes, leur crainte - celle qu'une propagande persistante leur a inculquée - de paraître « exclure l'autre », ils s'efforcent de trouver la formule propre à réconcilier ces diverses préoccupations.Pour ma part, je considère qu'à moins de consentir à nier sa propre identité il faut tenir que la définition élémentaire du Québécois inclut nécessairement la qualité de francophone, soit de souche, soit d'élection.S'il ne devait pas en être ainsi (et alors ce serait un tournant dramatique), il faudrait créer le néologisme « Québécois français » ou « Franco-Québécois » de même qu'hier nous nous disions, avec raison, sans prétention mais très justement, Canadiens français.À la limite, mieux vaudrait revenir à cette appellation ancienne et enracinée, qui avait au moins le mérite de nous situer clairement, en mettant bien en relief l'élément central de notre identité.Nous ne saurions accepter sans nous renier une définition purement géographique et circonstancielle du Québécois, qui nous ferait culturellement multiples, c'est-à-dire anonymes, et linguistiquement «asexués».L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 15 Une opposition artificielle C'est d'ailleurs cette définition équivoque du « Québécois » qui a suscité le curieux débat, inutile et artificiel, à propos d'un prétendu patriotisme territorial que l'on voudrait opposer au patriotisme dit ethnique.On ne s'attache pas à un territoire en soi, on ne le ressent comme sa patrie que parce qu'il est le lieu de siècles d'efforts et de luttes de son peuple, marqué par ses peines, ses entreprises et ses rêves, et qu'il est imprégné par sa langue et sa culture.Le patriotisme est à la fois territorial et culturel, ou ethnique, comme l'on voudra : les origines et l'Histoire en sont des éléments fondamentaux.Et si l'on tient tellement à distinguer, mieux vaudrait que l'on parlât - et avec beaucoup plus de justesse - de patrie charnelle ou physique et de patrie culturelle, la première étant naturellement pour nous le Québec, et la seconde, la langue française, qui nous permet de dire, en un sens, que nous sommes chez nous partout où l'on parle français.Francophone : l'abus et l'ambiguïté L'expression désormais courante de «Québécois francophone », comme substitut, contestable, de celle de Canadien français, est une nouvelle manifestation de la confusion dans les esprits autour de concepts fondamentaux.En effet, les deux vocables «francophone» et «français» renvoient à des réalités socioculturelles et socio-politiques radicalement différentes : « français » fait référence aux origines, à l'histoire et à la culture, alors que «francophone» souligne la langue d'usage, la langue principalement - mais non exclusivement - parlée par une personne ou par un groupe, sans référence aux origines, à des attitudes, à des préoccupations, à des habitudes communes.Ainsi, 16 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE nous, Canadiens français ou Québécois français sommes francophones parce que nous sommes d'origine française, francophones de souche en quelque sorte, cependant qu'il existe par ailleurs, fort heureusement, nombre de francophones d'élection ou de choix, qui sont de toutes sortes d'origines autres que françaises.Il faut cesser de confondre les deux situations.Au reste, nos ancêtres, à partir du moment (vers le milieu du XIXe siècle) où ils durent partager leur qualité de « Canadiens » avec les autres habitants du pays, se définirent eux-mêmes, avec raison, non pas comme « Canadiens francophones » ni même comme «Canadiens de langue française», pressentant l'ambiguïté et soupçonnant le piège mais bien comme « Canadiens français » qui disait clairement notre identité, nous situait plus et mieux que le terme de « francophone » impuissant à exprimer les origines et l'histoire.Il est urgent de cesser de confondre, chez nous, les termes et les concepts de « français » et « francophone ».La confusion procède généralement de l'ignorance mais il arrive qu'elle résulte d'une volonté délibérée d'occulter les origines et de se fondre dans un grand tout pan canadien ou néo-québécois, c'est-à-dire au nom de « l'ouverture » de faire le jeu de l'uniformisation.« L'oubli des origines est mortel pour le progrès » a dit Régis Debray, auquel fait écho Daniel Sibony: « L'origine de la haine, c'est la haine des origines ».Fierté de soi, confiance en soi Un peuple ne peut survivre ni se développer sans une confiance minimale en lui-même, fondée sur le sens de l'identité et la conscience de l\u2019héritage, sans une certaine espérance.Le nôtre puisait celle-ci, jadis, dans sa foi, ceux-là pour une large part dans son histoire.Ayant renoncé à la première et s'étant coupé de L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202217 la seconde, dans le cours d'une immense et vertigineuse braderie, comment ne serait-il pas aujourd'hui atteint, à certaines heures, par le doute, et enclin à un secret désarroi ?Et comment, dans ce dénuement inédit, aggravé par le silence des intellectuels et la logorrhée de la classe politique, ne serait-il pas ébranlé par les attaques dont il est curieusement la cible depuis quelque temps, troublé, sinon même porté, parfois, à donner raison à ses accusateurs?Le vieux complexe de culpabilité refait surface et s'ajoute au besoin puéril d'être « aimé » et de « faire plaisir », ainsi qu'à une ancienne habitude de démission, nourrie par un sentiment d'infériorité.Comme il se doit, il ne manque pas, parmi les nôtres, de bonnes âmes pour faire chorus avec les accusateurs, pour battre leur coulpe et la nôtre.Les Bourgeois de Calais sont innombrables et il est entendu que l'accusateur a toujours raison, contre ce « pelé, ce galeux, d'où vient tout le mal ».On croit rêver.C'est le petit peuple franco-québécois, contraint de s'arc-bouter pour survivre dans cette immense Amérique anglophone, qui a subi plus que son lot d'oppression, dont l'avenir est rien moins qu'assuré, c'est lui qui serait l'agresseur et menacerait les libertés des autres ! Il faut lui inculquer ou renforcer chez lui un sentiment de culpabilité : c'est la plus sûre façon d'accroître sa vulnérabilité, de l'amener à se méfier de lui-même, et à douter, dès lors, de pouvoir assumer raisonnablement la maîtrise de ses affaires.Un peuple souverain, dynamique, sûr de lui, peut se permettre de jouer les magnanimes.Un peuple faible et menacé doit se montrer intransigeant sur l'essentiel, s'il veut avoir une chance de survivre et de forcer le respect de l'autre.Car ce respect ne se mendie pas : il s'impose et se conquiert.18 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE La nation est par excellence médiatrice entre l'individu et l'universel.Il ne peut exister de véritable internationalisme qu'à partir de nations autonomes : loin de s'ériger sur les décombres des patries, l'universalisme est menacé par leur abaissement.Bien frivole qui croit que l'avènement éventuel d'un ordre mondial de justice et de solidarité, qu'un dialogue universel des cultures, puissent naître de la dilution des patries et de l'érosion des identités nationales.Les nations sont autant de formes singulières de l'universel et il n'est pas de culture nationale sans enracinement.Sinon, c'est l'irrésistible montée d'une grise et tyrannique uniformité, l'exact contraire de l'universalisme avec lequel pourtant on paraît souvent porté à la confondre.Pour ma part, je revendique tout à la fois ma qualité de Français, de Canadien français, de Québécois français (et pas simplement « francophone » : là aussi, il y a ambiguïté et il peut y avoir détournement d'identité), fier d'un héritage que j'assume tout entier, fier de « toutes les générations de nos pères » (Gaston Miron) et reconnaissant envers elles.Le moment me semble venu pour tous les Québécois français, conscients et fiers de leurs racines, de dénoncer l'entreprise anti-nationale et d'y faire échec.Tout ce qui est d'origine et d'expression françaises a naturellement vocation à l'universel.Notre histoire en a été constamment l'illustration : nous tiendrons à honneur de faire en sorte qu'il continue d'en aller ainsi.0 L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 19 AT)% jj Economisez |v±Ï! i Recevez Le Devoir 1 À VOTRE , PORTE du lundi au samedi pour seulement ?,74$ v-/ par semaine (taxes en sus) Abonnez-vous par téléphone, *\tc\u2019est facile et rapide ! Composez le (514) 985-3355 pour la région de Montréal, ouïe 1 800 463-7559 pour l\u2019extérieur.K Br * Prix basé sur l\u2019abonnement de 52 semaines, dans les secteurs où il y a livraison par camelot.ÎLcj *¦ »\tx*.'s 4 Æ-i\t.* 20 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Minoritaires sur l'île de Montréal, les francophones franciseront-ils suffisamment?Pierre Serré1 Au vu des dernières estimations, la diminution de la présence francophone à Montréal revêt un caractère inéluctable.Selon le démographe Marc Termote, le déclin des effectifs francophones sur l'île, déjà commencé depuis 1991, devrait se traduire par leur « minorisation démolinguistique» dès 2016-2021.Compte tenu de ce que ce scénario (le 17e de Termote) était basé sur des effectifs immigrants de 32 000 entrées annuelles et de l'intention gouvernementale de hausser ces volumes à 40000 à 45 000, cette échéance devrait cependant se rapprocher à 2011-2016.Les causes démolinguistiques de cette minorisation appréhendée sont connues: francisation nettement insuffisante des allophones nés au Québec (26%) et nés à l'étranger (51%); chez les natifs, francisation des anglophones inférieure à l'anglicisation des francophones; pro- 1.Ph.D.science politique.Tiré du mémoire présenté le 12 décembre 2000 à la Commission des états généraux sur la situation et l'avenir de la langue française au Québec, pierre.serre@sympatico.ca L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202221 gression démographique des effectifs allophones deux fois plus rapide que les effectifs allophones francisés et quatre fois plus rapide que la progression des francophones ; exode des francophones vers les banlieues contre maintien de la concentration des allophones sur l'île de Montréal.Ces transformations posent naturellement la question du maintien de la capacité de francisation des francophones dès lors qu'ils ne constitueront plus qu'un groupe minoritaire sur l'île de Montréal.À cette vision plutôt «pessimiste» de la situation, l'on oppose habituellement les progrès de la «francisation », c'est-à-dire du français en tant que langue d'« intégration » des immigrants.Précisons qu'à long terme il s'agit bel et bien d'« assimilation » et non simplement d'« intégration ».Tout individu peut en effet s'intégrer linguistiquement (adopter une autre langue d'usage hors foyer) sans effectuer un « transfert linguistique » (adopter une autre langue d'usage à la maison), ainsi que le suppose la « première langue officielle parlée», la «PLOP», indicateur servant au gouvernement fédéral pour déterminer les régions où existe une clientèle suffisante pour justifier des services gouvernementaux en langue minoritaire.Quant à l'« assimilation linguistique », dont l'indicateur premier reste le transfert linguistique, elle est à envisager selon une perspective intergénérationnelle.Sans reconnaissance et sans appuis institutionnels étendus, les langues tierces s'estompent en deux ou trois générations devant les pressions des langues dominantes, en l'occurrence le français et l'anglais.Les données relatives à la conservation de la langue d'origine le démontrent : 67 % des allophones immigrés conservent leur langue maternelle contre 45 % chez les allophones nés au pays, dont 11% chez les 65 ans et plus.Loin d'être marginaux, les transferts linguistiques représentent un phénomène majeur: près de la moitié (47%) des 22 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE anglophones montréalais sont issus de transferts linguistiques, contre 6 % des francophones.La francisation est-elle suffisante pour contrer à long terme la minorisation des francophones dans la région montréalaise ?Minorisation et francisation sont-elles compatibles ?La minorisation se traduira-t-elle au contraire par un affaiblissement de la capacité d'intégration et d'assimilation linguistiques des francophones ?Nous sommes d'avis que la minorisation des francophones sur l'île de Montréal n'a qu'une valeur symbolique.Même si les capacités d'intégration et de francisation des francophones ont singulièrement augmenté au cours des 30 dernières années, elles s'avèrent déjà, dans les faits, insuffisantes pour assurer l'avenir de la communauté.De fait, si la faible capacité de francisation des francophones n'a pas encore enfoncé ces derniers au delà d'un point de non-retour, c'est en raison du solde migratoire interprovincial négatif des trente dernières années, lequel était composé massivement d'anglophones.Si ce solde migratoire avait été nul, la part du français aurait reculé de plus de 4 % dans l'ensemble de la population québécoise et d'environ 6% à Montréal, et cela en seulement 30 ans.Pour contrer cette diminution, avec solde migratoire nul, il aurait fallu que le français obtienne sa « juste part », au moins 85 % des transferts, ce qui aurait permis la reproduction du rapport numérique entre francophones et anglophones.Or cette proportion de 85 % de transferts vers le français ne se retrouve que dans les régions du Québec où les francophones comptent pour au moins 90% de la population.À défaut d'atteindre ce 85 %, la situation du français demeure profondément dépendante du mouvement migratoire des non-francophones.L'important est donc la diminution du poids relatif des francophones dans l'ensemble de la région métropolitaine de recensement (RMR) de Montréal.De fait, selon Termote, la minorisation prévue à Montréal n'est que le reflet insu- L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202223 laire d'une diminution de 2,5 % du poids des francophones à l'échelle de la RMR par rapport à 1996.Le même scénario prévoit, dans la suite des choses, un recul de 7% d'ici 2041.Ces fléchissements du poids relatif des francophones auront-ils des répercussions sur l'orientation linguistique de la langue publique commune utilisée par les immigrants, laquelle laisse entrevoir l'orientation que prendront les transferts ?La mesure de l'effet du contexte linguistique sur l'orientation des transferts des immigrants n'est pas chose facile à faire.Pour pouvoir saisir correctement l'influence du quartier de résidence, il faudrait pouvoir relier directement ces derniers aux transferts qui s'y sont réellement produits.Or les transferts réalisés parmi les immigrants arrivés entre 1991 et 1996 dans l'ensemble des quartiers de la RMR sont peu nombreux (25 000) et auraient pu parfaitement avoir eu lieu avant l'arrivée au pays ou dans un autre quartier que celui où les individus ont été recensés en 1996.De fait, les individus semblent davantage choisir un quartier conforme aux choix linguistiques qu'ils ont déjà faits qu'ils ne semblent influencés dans leurs choix linguistiques par les caractéristiques linguistiques de leur quartier de résidence.Cela dit, la première langue officielle parlée, la « PLOP », permet néanmoins de se donner une idée de l'influence de la diminution du caractère francophone des quartiers sur l'orientation linguistique des allophones.Statistique Canada construit cette variable sur la base de trois autres variables du recensement, la langue maternelle, la langue parlée à la maison et la connaissance des langues officielles.Nous avons appelé « rayonnement des langues » la différence existant entre la langue parlée à la maison et la PLOP.Le rayonnement estime le nombre d'individus qui se servent d'une langue autre que leur langue parlée à la maison pour leurs communications publiques.L'intérêt du rayonnement réside dans le fait qu'il renseigne sur l'orien- 24 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE tation que prendront les individus lorsqu'ils feront éventuellement un transfert linguistique.De fait, la part du français dans le rayonnement total de l'anglais et du français s'établissait à 59,0% en 1996, comparativement à 40,2% dans l'ensemble des transferts en direction du français et de l'anglais.Cependant, dans l'ensemble des immigrants recensés en 1996, cette part était inférieure puisqu'elle s'établissait à 55 % (et même 53 % chez les ceux arrivés entre 1991 et 1996).Comparativement aux transferts linguistiques, le rayonnement n\u2019est pas surtout le fait des immigrants les plus anciennement arrivés ou des allophones de seconde génération.Il est peut-être transitionnel, soit le fait des immigrants nouvellement arrivés et de jeunes allophones inscrits dans les écoles, qui sont en train d'apprendre la langue qu'ils adopteront éventuellement un jour comme langue parlée à la maison.Il peut être aussi transactionnel, soit le fait d'immigrants plus anciennement arrivés qui n'ont pas abandonné leur langue maternelle.La distribution spatiale du rayonnement du français tend à refléter cette différence: elle est nettement moins liée que ne le sont les transferts au pourcentage de francophones dans chaque quartier.Revenons maintenant à notre question initiale : la diminution du caractère français du milieu montréalais joue-t-elle sur l'orientation linguistique des allophones immigrants?Notre hypothèse est que l'environnement linguistique du quartier influence l'orientation des nouveaux arrivants, en particulier des jeunes et des enfants.Pour ceux-ci, il fournirait des renseignements essentiels à leur orientation linguistique présente et future.Or, s'il s'avérait que la part du français dans le rayonnement des langues (qui donne une image des transferts à venir) diminue avec le caractère moins français des quartiers, on pourrait conséquemment s'attendre à ce que l'affaiblissement du caractère français de la RM R d'ici 2016 s'accompa- L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 25 gne d'un recul de la part du français dans le rayonnement des langues.L\u2019analyse des caractéristiques démolinguistiques des 753 quartiers montréalais indique que l'essentiel du rayonnement du français repose sur les caractéristiques d'origine des immigrants.La proportion de francophones dans le voisinage (les quartiers voisins) permet aussi d'expliquer l'augmentation de la part du français dans le rayonnement.En termes concrets, le rayonnement du français est particulièrement élevé lorsque augmentent la proportion de «francotropes» (immigrants de pays d'origine «tournés» vers le français, dont les effectifs représentent 54,5% des immigrants de la RMR) et la proportion de francophones dans le voisinage.Un effet positif moins systématique a aussi été remarqué avec l'augmentation de la proportion d'immigrants arrivés après 1980.Compte tenu de la diminution appréhendée du caractère français et anglais de la RMR, nous avons aussi examiné le rayonnement du français dans les quartiers qui préfigurent ce que sera le profil démolinguistique de la RMR de demain.Ainsi, dans les quartiers comptant 10% d'allo-phones mais moins de 10% d'anglophones, le rayonnement reposerait encore sur les épaules des francotropes, puis sur la proportion d'immigrants arrivés à partir de 1981, ainsi que sur la proportion de francophones dans les quartiers.Cette nette préséance des caractéristiques pré-migratoires dans le processus d'intégration à la majorité francophone atténue donc les effets potentiels du caractère plus ou moins français du voisinage sur l'orientation linguistique des immigrants.L'effet du voisinage apparaît cependant plus que résiduel : les francotropes d'abord, de même que l'ensemble des immigrés arrivés en 1981 et après, sont les groupes porteurs de la francisation, et cela d'autant plus que faiblit le pourcentage de francophones dans chaque quartier.26 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE Dans ce contexte, un affaiblissement du poids relatif des francophones de 2,5 % (ce qui correspond au recul du poids relatif des francophones entre 1996 et 2016) suivi d'un autre de 4,5% supplémentaires (correspondant au second recul prévu entre 2016 et 2041) devraient se traduire, toutes choses étant égales par ailleurs, par de légères diminutions du rayonnement du français dans l'ensemble de la RMR (-0,4% pour la baisse de 2,5 % de la proportion de francophones et -0,6% pour le recul suivant de 4,5 %).Il est toutefois surprenant de constater que l'effet apparaît plus grand dans les quartiers à forte composante allophone et faible composante anglophone (-1,3% lorsque le poids des francophones fléchit de 2,5% et -2,3% avec le fléchissement supplémentaire de 4,5%).Cette diminution du rayonnement lorsque fléchit la composante francophone des quartiers permet-elle de conclure à un retrait éventuel de la part du français dans le rayonnement des langues au cours des décennies à venir ?La comparaison des données de recensement de 1986 à 1996 sur le rayonnement peut laisser croire que le recul appréhendé est déjà amorcé.En effet, durant cette période, s'il est exact que la progression de la proportion de la population qui est considérée utiliser le français comme première langue officielle a augmenté, l'examen des mêmes données montre aussi que la proportion de la population qui dit utiliser l'anglais comme première langue officielle a aussi progressé.De fait, la mise en rapport du rayonnement des deux langues montre que la part de l'anglais s'est légèrement accrue de 1991 à 1996.Cette analyse confirme à tout le moins la fragilité de la langue française en matière de rayonnement et d'assimilation.Dans les circonstances actuelles, les tendances démographiques et linguistiques à l'œuvre présentement, par le simple fait d'offrir aux nouveaux arrivants un environnement globalement moins francophone - même s'il est également moins anglophone -, pourraient faire diminuer L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 27 la capacité d'intégration et de francisation des francophones d'ici quelque temps, si ce n'est déjà le cas.L'analyse a également montré combien étaient importantes, sur le plan linguistique, la sélection et la préparation des immigrants : les francotropes s'avèrent le groupe porteur de la francisation, et cela quel que soit le milieu de vie.Des changements aux migrations interprovinciales pourraient modifier de manière importante l'évolution du poids des francophones.Dans la perspective du déclin démographique, des pressions politiques pourraient s'exercer pour une ouverture accrue du marché du travail montréalais en faveur de la main-d'œuvre nord-américaine.Le succès de certains secteurs industriels québécois, la qualité de vie et le bas coût du logement pourraient également inciter de nombreux Canadiens à tenter leur chance au Québec.Par ailleurs, le libre-échange nord-américain, par une succursalisation accrue de l'économie québécoise, pourrait avoir entraîné la création de conditions plus favorables à l'anglais.Cette question cruciale et délicate devrait d'être suivie de près dans une perspective de pérennisation de la majorité francophone.28 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE @R=66% IR=75% @R=71% |R=64% 0R=76% 0p=ea% @R=66% 0R-69% IR=32% IR=79% 0R=68% |R=45%! |R=46C I =65% |RM1% »R=62% LPOM |R=74* ; LPOM »= 10% 4 j LPOM * 20% |R=50% ! LPOM >» 20% & iLPOM».30% i LPOM |R=54% iwhîxiwMHH) \u2014 'JM-\\ Carte 1a Rayonnement du français par rapport à l'anglais chez les allophones.île de Montréal, 1996 @R*60% 1 Tétreaultvllle, 2 hochelaga-Malsonneuve, 3 5te-Marle, 4 McGill, 5 5t-Henrl-Polnte-5t-Charle5, 6 Westmount, 7 Motre-Dame-de-Grâce, 8 Côte-des-Melges-5nowdon, 9 Mont-Royal-Côte-5t-Luc, 10 Outremont, 11 Plateau Mont-Royal, 12 Mlle End, 13 Rosemont, 14 5t-Léonard, ptle sud, 15 Petite Patrie, 16 Parc Extension, 17 Vllleray, 18 5t-Mlchel, 19 Ahuntslc, 20 Cartlervllle, 21 RMère-des-Pralries, 22 Verdun, 23 LaSalle, 24 Lachlne, 25 5t-Laurent, 26 Ouest-de-l'île, 27 Pierrefonds-Dollard, 28 Polnte-aux-Trembles, 29 Anjou, 30 5t-Léonard, ptle nord, 31 Montréal-llord, 32 Laval-Est, 33 Laval-Centre, 34 Laval-des-RapIdes, 35 Laval-Chomedey, 38 Mascouche, 47 Brossard, 48 5te-Catherlne, 50 5t-Bruno, 51 5t-hubert, 52 5t-Lambert, 53 Longuell-Centre, 54 Longuell-Rlve, 55 Boucherville L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u202229 IR=92% |R=52% |R=53% |R*70% @R=75% IR=63% |R=83% |R=66% |R=32\u2018 |R=80% |R=43% |R=54% |LPOM< 10% |R=56% IR=36% ILPOM >= 10% 4 11 POM < 20% |R=61% I LPOM »*> 20% & I LPOM < 30% [LPOM as n SAO 142 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE CD Année francophone internationale, 2001 Le bilan annuel de la Francophonie, AFI, 2001, 416 p.CD Jacques Baugé-Prévost Histoire méconnue de l'écologie de la santé, Québécor, 2001, 192 p.CD Gilles l.Bourque Le modèle québécois de développement de l'émergence au renouvellement, Presses de l'Université du Québec, 2000 CD Marc Brière Point de départ! Essai sur la nation québécoise, Éditions Hurtubise, 2000, 228 p.CD Roch Côté (Sous la direction de) Québec 2001, Annuaire politique, social, économique et culturel, Fides, 2000 CD Roch Denis Les défis de l'université au Québec, vlb éditeur, 2000 CD Gilles Duceppe Question d'identité, Lanctôt Éditeur, 2000 CD Christian Dufour Lettre aux souverainistes québécois et aux fédéralistes canadiens qui sont restés fidèles au Québec, Éditions Stanké, 2000 L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 143 Lectures ÇX^ Serge Cantin Dumont, Fernand, Un témoin de l'homme, Éditions l'Hexagone, 2000 ÇQ Jean Ferguson J'ai mal à la langue de mon pays, De Beaumont Éditeur, 2000, 78 p.ÇXX André Gervais (Sous la direction de) Emblématiques de l'époque du jouai, Lanctôt Éditeur, 2000 QX John K.Grande Jouer avec le feu, Armand Vaillancourt: sculpteur engagé, Lanctôt Éditeur, 2001,127 p.ÇQ Renée Joyal Les Enfants, la société et l'État au Québec, Éditions Hurtubise, 2000 QX Robert Lahaise (Sous la direction de) Québec 2000, Éditions HMH Hurtubise, 2000 \\XX Yvan Lamonde Histoire sociale des idées au Québec 1760-1896, Fides, 2000 ÇXX Diane Lamoureux L'amère patrie, Féminisme et nationalisme dans le Québec contemporain, Éditions du remue-ménage, 2001, 181 p.QX Solange Lefebvre (Sous la direction de) Religion et identités dans l'école québécoise Comment clarifier les enjeux, Fides, 2000 ÇQ Jocelyn Létourneau Passer à l'avenir, Histoire, mémoire, identité dans le Québec d'aujourd'hui, Boréal, 2000 Jean Levasseur Anatomie d'un référendum (1995), XYZ Éditeur, 2000 QX Jean-François Usée Sortie de secours, Comment échapper au déclin du Québec, Boréal, 2000 144 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE eX Jocelyn Maclure Récits identitaires, Le Québec à l'épreuve du pluralisme, Québec/Amérique, 2000 eX Yves Michaud Paroles d'un homme libre, vlb éditeur, 2000 eX Jean Morisset, Éric Waddell Amériques, Éditions de l'Hexagone, 2000 QX Alain Peyrefitte De Gaulle et le Québec, Éditions Stanké, 2000 eX Piette, Christine Où va l'Université ?Le travail professoral : miroir d'une évolution, Éditions HMH-Hurtubise, 2000 e^ Michel Plourde, Michel Duval, Pierre Georgeault (Sous la direction de) Le français au Québec, 400 ans d'histoire et de vie, Fides, 2000 eX Sylvain Rivière Gaspésie rebelle et insoumise, Lanctôt Éditeur, 2000 OX Fernande Roy, Histoire de la librairie au Québec, Leméac, 2000, 238 p.eX Marjolaine Saint-Pierre Saint-Castin, baron français, chef amérindien, 1652-1707, Éditions du Septentrion, co-édité aux Éditions Atlantica de Biarritz, 2000 eX Ismène Toussaint Louis Riel, Le Bison de cristal, Éditions Stanké, 2000 eX Daniel Turp La nation bâillonnée, Le plan B ou l'offensive d'Ottawa contre le Québec, vlb éditeur, 2000 eX Pierre Vadeboncoeur L'humanité improvisée, Bellarmin, 2000 eX Pierre Vennat Les poilus québécois de 1914-1918.Histoire des militaires canadiens-français de la Première Guerre mondiale, tome 1 et tome 2, Éditions du méridien, 2000 L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 145 Pierre Allard Comptable agréé Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent 3e étage Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone: (514) 385-6601 Télécopieur: (514) 385-6177 La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (819) 478-2519 ou 1 800 943-2519 Organisme d'entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec 4.SS JB T SOCIÉTÉ SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL Maison Ludger-Duvernay 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal H2X 1X3 Tél.: (514) 843-8851 Télécopieur: (514) 844-6369 Mouvement national des Québécoises et Québécois Le réseau de la fierté québécoise 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur: (514) 527-9460 Courriel: mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca 146 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE in LU in 3 3 O U UJ UJ OC 3 Yvan Lamonde Histoire sociale des idées au Québec (1760-1896), Éditions Fides, 2000, 565 pages Un livre indispensable, incontournable dans la bibliothèque des esprits curieux qui se sustentent avec avidité des œuvres particulièrement créatrices qui concernent l'histoire intellectuelle.Ce dernier ouvrage du professeur Lamonde, qui en a commis une vingtaine d'autres tout aussi ravissantes pour quiconque désire réfléchir sérieusement sur la circulation, l'influence et l'évolution des idées en Amérique française.Les recherches que l'auteur poursuit depuis plusieurs décennies font de lui rien de moins que la sommité dans son domaine de recherche.Sa contribution exceptionnelle par sa rigueur et son ampleur pour ne pas écrire unique dans notre République des lettres, à la connaissance réfléchie, mûrie et validée de la vie des idées au Canada, au L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 147 LECTURE Canada français et au Québec, ne sera jamais assez signalée.Le professeur Lamonde est un auteur aguerri.Cette dernière publication ne fait pas exception à sa règle d'excellence.Plus d'un demi-millier de pages consacrées aux débats d'idées et ce, dans une perspective essentiellement sociale.Ce livre est une véritable somme sur la vie de ces fameuses idées qui tissent les sociétés et les façonnent au point de changer l'ordre des choses.La lecture de livre est passionnante car elle est l'œuvre non seulement d'un savant mais aussi et peut-être surtout celle d'un pédagogue passionnant qui nous entraîne à sa suite dans les corridors de l'histoire québécoise.L'ouvrage se divise en quatre parties.De 1760 à 1815, de 1815 à 1840, de 1840 à 1877 et enfin, de 1877 à 1896.Chacune de ces parties est appréhendée avec rigueur et générosité.Avec rigueur alors que les œuvres majeures sont présentées et commentées.Avec générosité aussi car l'auteur fait sans cesse ressortir l'importance des différentes contributions.Ainsi il est possible de connaître les tenants et les aboutissants de ces idées qui ont tant façonné la réflexion dite, selon les époques, canadienne soit canadi-enne-française.Il faut souligner la remarquable accessibilité de cet ouvrage écrit dans une langue qui favorise non seulement l'immédiate compréhension des concepts mais qui facilite aussi l'interaction entre les différents courants de pensée qui ont traversé la société durant ce siècle et demi parmi les plus bouillonnants que le Canada français ait connus au long de son histoire.Ce livre exceptionnel du professeur Lamonde mérite donc pleinement d'être consulté et médité car il contient l'essentiel de cette vie sociale des idées.L'histoire de la vie intellectuelle de chez nous s'ennoblit et s'enrichit avec cette œuvre magistrale qui alimente la réflexion, nourrit la 148 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE connaissance et ouvre des horizons nouveaux par sa largeur et sa profondeur.Gilles Rhéaume CD Serge Cantin Fernand Dumont, Un témoin de l'homme, Entretiens colligés et présentés par Serge Cantin, L'Hexagone, 2000, 361 p.Comme le souhaite Serge Cantin dans sa présentation, cet excellent recueil peut servir d'introduction à l'œuvre de Fernand Dumont.Il est constitué d'entretiens radiophoniques, d'entretiens donnés dans des revues et d'un entretien publié dans un journal, entre 1965 et 1996.Serge Cantin se trouvait devant une masse considérable de textes et d'entretiens qu'il fallait présenter en essayant d'éviter les répétitions, en les élaguant, en les regroupant parfois de façon à en rendre la lecture plus profitable.Le résultat de l'opération est remarquable et tous ceux qui s'intéressent à la pensée de Fernand Dumont trouveront un grand profit à la lecture de ce bouquin.Le livre est divisé en quatre parties.La première retrace le cheminement personnel et intellectuel de Dumont et nous permet de découvrir «à partir de quelles zones plus obscures de sa recherche, sont nées les idées maîtresses autour desquelles s'est cristallisée sa pensée».Les trois autres illustrent les grands thèmes que Dumont a abordés dans son œuvre : la foi et la religion, l'éthique et la politique, la société québécoise.Il est impossible de relever, dans un simple compte rendu, tous les points forts de la réflexion de Dumont.Je me contenterai tout simplement, de façon très subjective, d'attirer l'attention sur quelques-unes de ses idées ou de ses observations qui me semblent d'une grande actualité.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 149 Dumont a beaucoup réfléchi sur la culture.Il était inquiet du sort qui lui est fait dans notre société.C'est avec angoisse qu'il assistait «à la désintégration de la culture dans la vie quotidienne», qu'il constatait que la culture était « de plus en plus livrée à la production comme à peu près tous les autres aspects de l'existence» (p.60).Il était inquiet de «la prépondérance des pouvoirs économiques par rapport aux pouvoirs politiques », et il allait jusqu'à affirmer que « si la politique ne réussit pas à reprendre un certain contrôle sur l'économique, nous assisterons à la destruction des cultures » (p.60).L'uniformisation qui est à l'œuvre dans le processus de la mondialisation, l'amenait à penser que si l'unification technique par similitude était inévitable, la technique étant la même partout, elle ne devait pas affecter la culture qui ne peut souffrir l'uniformisation.Si l'on veut parler d'unification de la planète, il faut le faire non en termes d'uniformisation mais plutôt de rencontre «dans la confrontation et le dialogue », ce qui suppose non une réduction mais un approfondissement des cultures particulières.Fernand Dumont a beaucoup réfléchi et écrit sur la foi, la religion, sur le rôle de la religion dans l'histoire du Québec, sur le catholicisme comme élément historique de l'identité québécoise.Cette réflexion nous fournit des jalons pour la compréhension de ce qui se passe actuellement au Québec, et mérite d'être approfondie.Mais là où la pensée de Dumont peut nous être le plus utile, c'est dans le débat qui se poursuit aujourd'hui autour du devoir de mémoire.Pour Dumont, dans le domaine de la culture et de la politique, on n'invente pas à partir de zéro.« On hérite des valeurs et, en les vivant, on les modifie, on ne les crée pas» (p.90).Dans l'histoire se transmet un héritage qu'il est capital de préserver.C'est le problème important de la tradition.La modernité tend à se replier sur le présent et à écarter la conscience historique.Or, la conscience historique est essentielle à la démocratie.Il regrette 150 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE que pendant plusieurs années on ait cessé d'enseigner l'histoire au Québec, ce qui explique pour une part que beaucoup de jeunes n'aient pas de conscience historique.Pour Dumont, notre histoire est tragique.Nous arrivons difficilement à l'assumer.« On a saccagé la mémoire collective », dit-il.« On a aboli les cours d'histoire et de géographie, tout en instaurant, de façon sous-jacente, un immense procès de notre passé » (p.289).Or, dit-il, « on ne peut pas foncer vers l'avenir si on ne s'accepte soi-même ».11 faut donc opérer une restauration de la mémoire pour redécouvrir notre identité profonde.Je souhaite que beaucoup de Québécois lisent ce livre, que les éducateurs surtout y puisent une inspiration qu'ils transmettront à la jeunesse.On peut n'être pas toujours d'accord avec Dumont, mais les questions qu'il pose sont essentielles, et peuvent alimenter abondamment une démarche culturelle et pédagogique.Paul-Emile Roy Jean Ferguson J'ai mal à la langue de mon pays, Éditions de Beaumont, 2000, 78p.Jean Ferguson est un Québécois originaire d'Abitibi.Il a pour ancêtres des Français et des Micmacs.Il a fait carrière dans l'enseignement.La langue française est sa patrie, sa mère, son âme.Il la célèbre dans un poème qui est un chant d'amour et un cri d'angoisse car elle est menacée par des vents violents qui s'abattent sur elle.Des vents qui souffrent sur tout le continent et qui emportent tout.Comment le poète pourra-t-il parler et chanter, communiquer avec « les riveraines amazones» de sa contrée si sa langue ne devient qu'un souvenir?Que vaut un pays qui ne parle plus sa langue L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 151 mais qui se contente de baragouiner « le galimatias de son gros voisin ?Jean Ferguson se réclame de Gaston Miron.Comme lui, il voit la langue comme l'âme même de la culture, la forme suprême de l\u2019identité, la permanence dans le temps et dans l'espace.Que restera-t-il de lui si on le dépossède de ce qui a uni ses ancêtres, les Français et les Micmacs en un seul être, le Métis ?J'ai mal à la langue de mon pays est un poème et en même temps un plaidoyer, une protestation contre l'époque qui broie la réalité dans son malaxeur et la réduit à une substance informe qui empoisonne et la langue, et l'air, et la vie du poète.Ferguson est-il pessimiste ?Faut-il se rendre à ses arguments?En fait, il ne s'agit pas d'arguments, mais d'une voix qui gémit dans la tempête, qui crie dans le désert.Il faut espérer que cette voix soit entendue.Le désert, après tout, n'est-il pas le lieu des grands recommencements ?Paul-Émile Roy 152 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE LU O O JQÛ Chaque semaine, plus de 1200 personnes reçoivent le Bulletin du lundi par courrier électronique.Pour les lecteurs qui ne sont pas encore branchés à Internet, les voici reproduits ici.Punis par minorisation Le Canada refuse toute reconnaissance de la nation québécoise.La négation constitutionnelle de notre existence vient tout simplement consacrer la négation institutionnelle quotidienne de notre réalité.Au mieux, la différence québécoise n'est qu'une source d'agacement, au pire, matière à condescendance.L'arrogance de l'État canadien, son cynisme à notre égard restent cependant constants.Le projet de loi sur les jeunes contrevenants n'est qu'un épisode supplémentaire de l'exaspérant gaspillage d'énergie auquel nous condamne le lien canadien.L'unanimité de l'Assemblée nationale, les interventions fermes de la totalité des acteurs majeurs du monde juridique et des milieux de la rééducation, conjuguées aux interpellations des éditorialistes et d'une foule de leaders d'opinion ne suffisent pas.Le Canada veut sa loi répressive.La ministre de la Justice n'a cure des romantiques: les valeurs canadiennes l'inspirent ! En particulier pour mâter L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 153 LUNDI les délinquants de l'Ouest parmi lesquels se trouve une bonne majorité d'autochtones.Et qui dit valeurs canadiennes, bien sûr, n'est jamais loin des balivernes sur l'esprit de compromis apparemment si caractéristique du fédéralisme canadien.C'est ce qu'invoquent la ministre et les libéraux pour dire que les amendements déposés vont permettre aux provinces - cela comprend le Québec - de finasser avec la loi en prévoyant des modalités pour ne pas l\u2019appliquer.C'est un simulacre.D'une part, la répression restera la norme : la présomption d'application des peines prévues pour les adultes à l'égard d'un adolescent reconnu coupable reste le principe qui donne à la loi son économie générale.L'évolution de la jurisprudence va inévitablement encadrer les modalités de suspension de la présomption, limiter les moyens de finasser avec loi en précisant, en toute logique, que les exceptions ne sont là que pour confirmer la règle ! D'autre part, le débat sur ces modalités, sur ce projet de loi masque l'essentiel : en sa forme même, ce projet constitue un recul pour le Québec.Il est en cela tout à fait exemplaire de ce que représente toujours le compromis canadien pour nos intérêts.Les fédéraux vont essayer de nous convaincre que nous avons fait des gains du simple fait que nous avons évité de tout perdre ! Telle est la logique de la minorisation : toujours, il faut minimiser les pertes, se consoler à l'idée que le recul aurait pu être plus grand.Reculer sur l'essentiel et se laisser distraire par l'accessoire.Rien ne sert de nier le réel, il revient avec la force du refoulé.Il y a deux nations, deux sociétés dans le Canada de Jean Chrétien.Le Québec ne veut pas vivre sous l'empire de règles qui l'obligeront à traiter ses jeunes contrevenants en s'inspirant de valeurs qui ne sont pas les siennes.Ces deux nations s'éloignent de plus en plus l'une de l'autre, la loi Mclellan en fait l'éloquente démonstration.Mais le réel, ce n'est pas seulement les valeurs différentes, 154 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE c'est aussi et surtout, dans ce cas-ci comme pour l'ensemble de notre condition, le rapport de force, la domination.Le Québec s'use à discuter, consacrant à la minimisation des pertes des énergies qu'il devrait mettre au service de ses jeunes les plus mal pris.Avec ce projet de loi, le Canada sabote nos acquis et nous obligera à travailler avec des outils façonnés pour des usages contraires aux fins auxquelles nous voulons les faire servir.Le Québec peut toujours causer.Les compromis que lui consent le Canada ne portent jamais sur l'essentiel.Une fois le projet de loi adopté, les inconditionnels fédéralistes québécois continueront d'ergoter sur les vertus présumées de modalités qui n'auront eu d'utilité véritable que de produire l'illusion que le Québec a été entendu.Au bout du compte, les jeunes contrevenants québécois seront traités plus durement.Derrière les barreaux où la loi les enverra, ils se trouveront au surplus prisonniers de la condition de leur peuple.Punis par minorisation.Robert Laplante Bulletin du 12 février 2001 En finir avec les jérémiades Les cotisants paient trop cher.Une très grande proportion de chômeurs n'ont pas accès aux prestations pour lesquelles ils ont cotisé.Les travailleurs saisonniers sont victimes de règles mal adaptées à leur situation.Le surplus actuariel est au double de ce que les normes et la prudence rendraient nécessaire.Le gouvernement fédéral pille la caisse.Il se sert des ressources ainsi confisquées pour envahir les juridictions des provinces.Contre tout bon sens ce détournement est nié, enrobé dans un discours lénifiant et quelques concessions administratives.La liste des constats peut s'allonger.Celle des litanies d'impuissance restera interminable.L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 155 Les partis d'opposition ont beau faire front commun, multiplier les éclats de voix, lancer toutes les imprécations, rien n'y fait.Les libéraux sont bien en selle et ils n'entendent pas saigner la poule aux œufs d'or.Les manœuvres de cette semaine en vue d'amener le gouvernement Chrétien à modifier son approche législative pour favoriser un débat et accroître la transparence dans la gestion de l'assurance-emploi ont franchi le seuil du pathétique.Tout cela avait l'air d'un hymne à l'impuissance.Une espèce de mise en scène pour faire voir à quel point les Don Boudrias de ce « plus meilleur pays du monde » peuvent être arrogants et cyniques.Car, en bout de course, c'est à cela qu'en sont réduits les partis d'opposition à Ottawa : à jouer les figurants d'un sinistre vaudeville.Les Canadiens s'accommodent relativement bien de cette situation.Malgré la grogne et les coups de gueule occasionnels, l'état de l'opinion publique reste, dans l'ensemble, très favorable à cette façon de gouverner.Et surtout, les Canadiens ne voient pas là une cause de remise en question radicale de leurs institutions parce que, à terme, ils estiment néanmoins profiter des mesures nationales que ce pillage de la caisse rend possible.Les risques de décrochage civique engendrés par l'attitude fédérale, le dégoût de la politique et le mépris des institutions que cette gestion inspire, ne suscitent pas, au Canada, des réactions très énergiques, encore moins une forte mobilisation.Le Québec n'a pas à s'accommoder ni de la gestion fédérale, ni des difficultés de mobilisation de l'opinion publique canadienne.Il y a des limites à toujours se placer à la remorque de la majorité.Le Bloc québécois perd son temps à essayer de faire lever les protestations au Canada.Ce qui est nécessaire, ce qui s'impose pour la sauvegarde et la promotion de nos intérêts nationaux, c'est de mobiliser la population québécoise sur une solution alternative.Le Bloc devrait sillonner le Québec et faire la démonstration 156 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE de la nécessité de créer la Caisse québécoise d'assurance-emploi.Il faut cesser de se lamenter.Le temps n'est plus aux dénonciations.Il faut de l'action.Il faut des gestes.Les citoyens et, en particulier, les chômeurs et chômeuses du Québec, en ont assez de l'impuissance.Leur situation d'exclusion temporaire ou de marginalisation chronique est déjà suffisamment éprouvante.La preuve est faite que rien de leur condition n'atteindra le gouvernement d'Ottawa.C'est inutile de les accabler de dénonciations politiciennes pour venir accroître leurs sentiments d'impuissance.Ils n'ont pas besoin du Bloc pour cela.Le gouvernement du Québec, pour sa part, serait mieux avisé de cesser de souscrire sa part d'employeur à une caisse qu'Ottawa utilise pour l'étouffer.Il devrait être le premier à chercher à façonner un outil plus conforme à nos intérêts et à la protection des chômeurs.Un peu d'audace que diable ! C'est exaspérant à la fin de voir toutes ces énergies gaspillées pendant que se brisent des destins et que s'accroissent le dégoût pour la politique et le mépris des institutions.Que le Bloc québécois et le gouvernement du Québec unissent leurs forces et fassent émerger un contre-modèle.Il appartiendra ensuite aux fédéraux de faire la preuve que la Caisse actuelle sert mieux nos intérêts.Il faut en finir avec les jérémiades.Robert Laplante Bulletin du 19 février 2001 Un tour de calèche L'anecdote est cocasse mais pathétique.Gilbert Lavoie, l'éditorialiste du Soleil, tient la ministre Beaudoin responsable d'un dérapage appréhendé des discussions sur la place du Québec au Sommet des Amériques.(Le Soleil, 22/02/01) Elle aurait commis un grave impair par un écart L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 157 de langage vraiment troublant soulignant qu'elle trouvait tout à fait normal que Bernard Landry, premier ministre du Québec, tienne, s'il en obtient l'autorisation et l'occasion, à saluer les invités en leur précisant qu'ils sont réunis dans la capitale nationale du Québec.L'éditorialiste en reste indigné : c'est vraiment chercher à mettre le feu aux poudres.Oser dire ce qui est écrit sur tous les panneaux de signalisation de la capitale !!! Gilbert Lavoie en a assez des guerres de symboles.Évidemment, pas des symboles canadiens.En bon fédéraliste inconditionnel, il est indisposé par la seule affirmation des symboles québécois.Il est tellement convaincu du poids des symboles qu'il est bien prêt à reconnaître l'importance pour le Canada de ne pas donner d'espace symbolique au Québec.Il faut vraiment faire preuve d'un fanatisme terrible pour insister pour se présenter et se faire reconnaître pour ce qu'on est.M.Lavoie considère comme de la provocation l'usage du mot national qui indispose au plus haut point les autorités outaouaises.Ces chicanes devraient être réservées pour consommation interne, c'est en famille qu'on lave son linge sale, estime le brave éditorialiste.Il a bien raison, il vaudrait mieux se contenter d'y être comme de simples et sympathiques figurants.Après tout, Pierre Pettigrew n'a-t-il pas dit que le Québec serait bien représenté parce qu'il est lui-même Québécois et que ça devrait suffire?On a beau prêcher l'ouverture au monde et les vertus de la globalisation, après tout, les origines ethniques suffisent : le Canada fera bien la preuve de sa grande magnanimité par la présence de quelques représentants de sa principale minorité.L'État québécois ?On repassera.Ce ne sont pas les souverainistes qui dressent un mur autour du Québec mais bien le Canada et les fédéralistes qui font écran.Le raisonnement de Gilbert Lavoie est exemplaire à cet égard.Un minoritaire doit tenir son rang.Le Canada lui expliquera le monde et l'expliquera au monde.C'est vraiment faire preuve d'ingratitude crasse 158 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE que de ne pas lui en être reconnaissant et de ne pas tout faire pour lui rendre facile la démonstration d'une si grande générosité.On comprend dès lors que Le Soleil appuiera le programme fédéral quoi qu'il advienne : il y aura tellement de retombées pour le Québec, on ne crache pas dans la soupe.aux pois.On imagine dès lors la vaillante équipe éditoriale du nouveau potentat médiatique de Paul Desmarais se réjouir de la proposition de Jean Pelletier, directeur de cabinet, lui-même authentique Québécois de souche, suggérer que le gouvernement du Québec, premier ministre en tête, offre aux chefs d'État des Amériques un magnifique tour de calèche dans la vieille ville.L'occasion sera rêvée d'y faire étalage des réalisations de Patrimoine Canada, bien mises en évidence par les drapeaux de Sheila Copps.Les invités apprécieront, c'est certain, la parlure si chantante du personnel en costume d'époque.Ah le beau défilé ! Mais tout cela n'est que pur délire.Le Canada n'accepterait jamais que le gouvernement du Nouveau-Brunswick soit tenu à l'écart de la parade.Il faudrait nécessairement recourir à la haute technologie canadienne et mandater une société torontoise pour projeter sur écran géant dans le Vieux-Port les images si pittoresques du Village acadien.Et pourquoi pas celles de Louisbourg, pour ne laisser personne en reste ?Le Soleil pourrait y consacrer un cahier spécial et recevoir la publicité fédérale en plus de faire la lumière sur les événements.Robert Laplante Bulletin du 26 février 2001 Enfin l'alpinisme ! Première manifestation tangible de l'arrivée de Bernard Landry : la ministre des Relations internationales a retrouvé la voix, son style et même un peu de l'ironie qu'elle L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 159 a déjà eue si mordante et efficace.À en juger par les réparties que lui a servies Stéphane Dion cette semaine, on peut penser qu'elle va vite regagner la forme.À l'évidence, à Ottawa on avait fini par s'habituer à voir le Québec dans les câbles.Plus que le changement de ton, ce qui fait plaisir à voir dans l'attitude récente de Québec c'est de redécouvrir que le gouvernement semble déterminé à agir.Il est tard, malheureusement, et voilà un bon moment déjà que le travail aurait dû être amorcé.Il y a une éternité que l'opinion publique québécoise n'a pas été appelée à se mobiliser sur des enjeux de politique internationale.Certes, nous avons eu droit à ce qui traîne dans l'air du temps, aux incantations idéologiques sur la mondialisation et le libre-échange.Mais on recommence à peine à sentir que la ministre et le gouvernement sont soucieux de faire connaître comment le Québec peut agir.On ne peut que s'en réjouir.Cependant, il faut savoir concéder qu'on ne refera pas en quelques semaines ce qui aurait dû l'être en plusieurs années.Il faut donc bien circonscrire les attentes à l'égard du Sommet des Amériques.Ottawa est bien déterminé à ne laisser aucun espace de visibilité internationale au Québec.Et comme il sait qu'il s'agit là d'un enjeu hautement stratégique, il sera prêt, sur le plan domestique, à payer cher le prix de son intransigeance.Comme d'habitude, son hypothèse stratégique de base repose sur le mépris et la certitude que les velléitaires Québécois vont finir par prendre leur trou, par se résigner au statut de provinciaux dans lesquels le Canada les enferme.Il faut donc le prendre à contrepied et faire la démonstration que la constance et la détermination garderont le Québec en mouvement.Le gouvernement du Québec doit recommencer à faire ce qu'il ne fait plus depuis trop longtemps : la pédagogie politique.Il faut résister à la tentation politicienne de se contenter de faire mal paraître Ottawa.Québec doit faire la démonstration que l'oblitération canadienne du peuple 160 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE québécois constitue l'expression ultime du déficit démocratique qui entoure tout cet exercice.Nier la nation pour mieux miner ses intérêts nationaux.Québec doit briser le silence et les manœuvres de censure en associant directement l'Assemblée nationale à l'élaboration et à la divulgation de ses positions.Il faut montrer en quoi et comment le Québec entend non seulement faire valoir ses intérêts mais aussi les asseoir sur des consensus nationaux clairs.Pas de fait accompli, pas de mascarade.Le gouvernement du Québec doit faire voir son originalité et sa singularité jusque dans la manière de faire entendre sa voix.Il faut montrer en quoi et comment le Québec entend, malgré l'hostilité outaouaise, se faire connaître et reconnaître.On espère une intense activité diplomatique.On espère surtout que, plus jamais, le Québec n'offre à ses propres citoyens et à ses éventuels alliés et partenaires internationaux le spectacle d'un État résigné à se faire ouvertement mépriser par Ottawa.Il est malheureusement peu probable que l'avance canadienne soit rattrapable pour le mois d'avril.Il faut d'ores et déjà que Québec lance des initiatives à longue portée qui lui permettront de revenir dans le jeu.La ruse et l'imagination sont les meilleurs moyens de combattre la force brute.Il faut des actes : d'ores et déjà inviter les chefs d'État et les délégations à participer à des projets et à des événements dont le Québec sera l'hôte et le maître-d'œuvre, lancer à l'occasion du Sommet un programme de séminaires et de conférences internationales, mettre à contribution les institutions québécoises et les inciter à créer des passerelles avec les Amériques, intensifier les programmes d'échanges, etc.La liste pourrait être très longue.L'essentiel est de cesser d'être à la remorque des événements ou du Canada.Le gouvernement du Québec doit désormais placer sa politique internationale à l'avant-plan.Et faire la preuve à ses L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 161 propres citoyens que le Québec peut marquer des points et pas seulement se gausser de joutes verbales.Une province n'a pas de point de vue sur le monde.C'est ce que répètent à l'envi les Pettigrew et Chrétien de ce « plus meilleur pays ».Il faut leur montrer que le Québec se hissera au sommet.Celui des Amériques ne représente qu'une ascension parmi d'autres.C'est une occasion cependant de refaire la solidarité et de se redonner le moral.Une cordée déterminée peut venir à bout des falaises les plus abruptes.C'est une affaire de cohésion autant que de travail.Il est heureux de voir enfin Québec réaliser que l'alpinisme ne se pratique pas dans les marécages.Robert Laplante Bulletin du 5 mars 2001 162 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE BIJOUTERIE EMBLÉMATIQUE C.Lamond & Fils Ltée Robert Bourget, Président 125, rue Alfred St-Gabriel-de-Brandon (Québec) JOK 2N0 Tél.: 1 800 567-9771 flou La employé (e) s de la U petite ata mineur, c at non! paU ta fouueMiMté, c'ett oui! A4*piW1D\tSyndicat des empioyé(e)s de magasins et de bureaux de la SAQ VjW\t1065, rue St-Denis, Montréal H2X 3J3 \u2022 Téléphone: (514) 849-7754 (JjTss.2_ extérieur de Montréal 1-800-361-8427 \u2022Télécopieur:(514) 849-7914 BLC VALEURS MOBILIÈRES UNE FILIALE DE LA BANQUE LAURENTIENNE Marc Colpron Conseiller en placements 1981, av.McGill College, bureau 100 Montréal (Québec) H3A 3K3 Tél.: (514) 350-3047 TRANSLATEX.Communications' REDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone: (450) 463-0204 «Télécopieur: (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 163 IEJ uLTimn ASSURANCES ET SERVICES FINANCIERS^ Poitras, Larue & Rondeau Inc.Courtier d'assurances 3925, rue Rachel Est, bur.200 Montréal H1X 3G8 Tél.: (514) 899-5377 ^STA^\\ Sansregret, Taillefer & Associés inc.\t Conseillers et administrât Michel Prés mtaillefer@sta-conseil.com 5125, rue du Trianon, bureau 560 Montréal (Québec) HIM 2S5 Téléphone : (514) 355-7869 - (800) 782-5799\teurs en avantages sociaux Taillefer ident Télécopieur : (514) 355-7923 178, rue Sainte-Marie Terrebonne (Québec) J6W 3E1 Téléphone : (450) 471-2662 LABORATOIRE DR RENAUD SOCIÉTÉ QUÉBÉCOISE A L'AVANT-GARDE DE LA SCIENCE DERMOCOSMÉTIQUE 1040, AVENUE ROCKLAND, OUTREMONT H2V 3A1 164 \u2022\u2022\u2022 L\u2019ACTION NATIONALE te UJ te te 3 O U tn te UJ m £ UJ UJ Le contentement Le billet du lundi de Robert Laplante est toujours aussi juste, énergique, bien vu, bien pensé et bien écrit.Le problème que cernent ses judicieux appels à l'action se trouve du côté de ceux qui devraient diriger le mouvement qui mettrait fin à la mélasse fédérale, cette sorte d'impérialisme junior.Jamais le mouvement indépendantiste, en effet, n'a été si près de la classe dominante, de l'argent, des instruments du pouvoir d'État, de l'éducation, des médias, des élites, des affaires, des nouvelles technologies, de l'influence et de la visibilité.Jamais ses chances de réussir à mobiliser un tant soit peu toutes ces choses n'ont été aussi grandes.Et ses appuis populaires, en réserve de la république, sont encore disponibles.Par contre, jamais ceux qui dirigent ce mouvement n'ont-ils eu une si grande peur du risque.Jadis, ils invitaient la société à prendre des risques, et ils étaient braves.Maintenant qu'ils devraient mettre en jeu leur propre appartenance à la nouvelle classe dominante, de même que les avantages qui en découlent, ils sont moins braves, et c'est normal.Les voilà donc prudents plus que nécessaire et, devant l'urgence de la lutte, défaitistes, mélancoliques, étapistes, nostalgiques et préretraités plus que jamais.Le problème n'est pas à Ottawa, il L'ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 165 est à Québec ; il n'est pas dans « l'âme » du peuple ni dans « l'ambivalence » de la société, il est dans le contentement de la nouvelle classe dominante.Chiâler contre Ottawa pour donner à penser que l'on a encore le feu sacré et attendre encore deux ans pour avoir droit à la pension complète.Gilles Gagné (En finir avec les jérémiades du 22 février) « .L'hostilité outaouaise.»x Je ne suis probablement pas la seule au Québec pour laquelle « l'Outaouais » évoque d'abord et avant tout la partie québécoise du bassin de la rivière Outaouais et, notamment, l'ensemble urbain formé par Hull, Gatineau, etc., dont la population se chiffre dans les 100000 habitants.D'où la pernicieuse ambiguïté que présente pour moi « l'hostilité outaouaise », même si votre contexte ne laisse aucun doute sur la cible visée.Je ne déplore pas moins que vous la lourdeur de l'épithète « ottawaien, ne », mais ne vaut-il pas mieux sacrifier l'élégance à la clarté et appeler un chat un chat ?(Un chat méchant, en plus !) Je suis persuadée que les Québécois outaouais vous en sauront gré.Pour revenir à votre bulletin de ce lundi 5 mars, parmi les débats à porter sur la scène internationale, figure le statut linguistique d'Ottawa récemment agrandie par des fusions.Roch Blais (« Une fusion, deux mesures », Le Devoir, 1.En réaction au bulletin du 5 mars 2001 : (.] Il faut montrer en quoi et comment le Québec entend, malgré l'hostilité outaouaise, se faire connaître et reconnaître.On espère une intense activité diplomatique.On espère surtout que, plus jamais, le Québec n'offre à ses propres citoyens et à ses éventuels alliés et partenaires internationaux le spectacle d'un État résigné à se faire ouvertement mépriser par Ottawa.[.] 166 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE 5 mars 2001, p.A 6) souligne que des municipalités qui fonctionnaient en français seront oblitérées dans le grand tout, aussi bien, sans doute, que leur nom français : Vanier, Orléans, Cyrville.Or, d'autres l'ont souligné, le Canada est encore légalement bilingue, et c'est pure logique que sa capitale se dote d'un statut officiel d'entité bilingue.Il faut s'étonner que nos braves députés à la Chambre des Communes n'aient pas leur mot à dire sur la question et ne le disent pas, se retranchant derrière la responsabilité provinciale du gouvernement Harris en la matière.Voilà un autre aspect de l'hostilité ottawaienne.Hélène Trudeau Traductrice et enseignante retraitée Cul-de-sac mortel Les huit longs éditoriaux de monsieur Alain Dubuc sur la question du français au Québec auraient pu être coiffés du titre général « de Lord Durham à Alain Dubuc » ! L'éditorialiste en chef de La Presse a été fidèle à lui-même en jouant subtilement le jeu de ses maîtres que sont les adversaires acharnés de la francisation territoriale du Québec et, bien sûr de toute velléité d'émancipation nationale.(.) Nulle part dans ses huit longs exposés, n'a-t-on vu la moindre allusion à l'article 133 de la Constitution de 1867, article qui fut pourtant et est toujours le noeud gordien du problème linguistique au Québec.Nulle mention également de l'article 23 de l'acte constitutionnel de 1982 qui aggrava encore notre situation linguistique.(.) L'éditorialiste ne pouvait conclure son long plaidoyer qu'en préconisant un nouvel affaiblissement de la loi 101, ce qui, bien évidemment, nous conduirait vers un cul-de- L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 167 sac mortel.Qu'il apprenne au moins que non seulement nous ne le suivrons pas mais que prendrons sous peu une direction diamétralement opposée à celle qu'il a l'inconscience de nous indiquer.G.Brosseau, Saint-Jean-sur-Richelieu Salutations à nos amis français et suisses Cela fait plusieurs mois que je me dis qu'il faut répondre à monsieur Philippe Bezamat de France qui s'indignait de la perte du Labrador par le Québec.Ses propos me touchent beaucoup et je veux en donner suite dans la mesure de ce que j'en sais.D'une part je travaillais au ministère des Transports et je peux vous dire, monsieur Bezamat, que sur nos cartes (routières et administratives) nous tracions une limite autre que provinciale pour indiquer l'incongruité de la situation.Il semblerait qu'il ne serait pas facile de contester cette spoliation de la Cour de Londres car il faut savoir que ce sont les Terre-Neuviens qui en occupaient les côtes.D'autre part ils ne sont pas plus riches pour autant et ils durent même compter sur Hydro-Québec pour harnacher les chutes Churchill.Il en résulta un contrat ferme qui se révéla, par la suite, nettement à l'avantage du Québec, ce qui indigna beaucoup les Terre-Neuviens (douce revanche mais j'en ai pas moins une sympathie à l'égard de cette province qui est la dernière, si je me souviens bien, à joindre le Canada dans des circonstances démocratiques pour le moins troubles).Aussi, monsieur Bezamat, vous vous indignez de la « présence sournoise » de la reine anglaise sur notre monnaie et nos timbres, eh bien sachez qu'il y a plus grave : tous les ministères et sociétés de l'État central sont employés à nous imposer, avec des millions $ de nos impôts, leur drapeau (chiffon rouge de monsieur Landry, notre ministre des Finances outré de devoir faire flotter le drapeau canadien 168 \u2022\u2022\u2022 L'ACTION NATIONALE pour avoir droit à des subventions dans des domaines de compétence provinciale) et leur vision unitaire (un peuple) du pays.Je voudrais aussi répondre à monsieur Robert Fürts de Suisse intéressé à des « rapprochements entre le futur Québec LIBRE» et sa Suisse francophone.Je souhaite que vos vœux de rapprochements se réalisent, d'autant plus qu'il faut diversifier nos économies pour faire contrepoids au géant américain.Il serait intéressant aussi, monsieur Fürst, de connaître, dans ces pages, la situation des Suisses francophones dans la fédération suisse.Je salue donc l'intérêt porté à notre peuple par les amis français et suisses de même qu'à toutes les autres communautés françaises du monde et particulièrement les Wallons de la toute nouvelle fédération belge (j'ai demandé, il y a plusieurs mois, à l'émission Enjeux de la société Radio-Canada de présenter un reportage sur les fédérations belge et suisse.J'ai eu droit à un accusé de réception poli de la Société qui préfère, depuis ce temps, présenter des reportages à vocation plus individuelle que collective tels que: la beauté, les enfants du divorces, l'avortement.).Je suis heureux que notre revue L'Action nationale soit le reflet de notre ouverture sur le monde et je souhaite comme vous, messieurs Bezamat et Fürst, un Québec LIBRE le plus vite possible ! Claude L'Heureux, Sainte-Foy-bientôt-Québec ! L\u2019ACTION NATIONALE \u2022\u2022\u2022 169 UJ 3 O < jUO
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