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Titre :
L'action nationale
Éditeur :
  • Montréal :Ligue d'action nationale,1933-
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Action canadienne-française, ,
  • Tradition et progrès,
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L'action nationale, 2005-05, Collections de BAnQ.

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[" NATIONALE Volume XCV numéro 5 MAI 2005 Éditorial Une mesure d'hygiène publique -\tRobert Laplante\t2 Critique du terrorisme -\tPierre Vadeboncoeur\t8 Jacques Parizeau et la commission Gomery -\tJean-Louis Bourque\t12 Un programme de commandites pour les CSS S ?-\tJacques Fourn ier\t17 Les velléités d\u2019un apprenti sorcier -\tGeorges Amsellem\t20 La direction politique : facteur décisif -\tRichard Gervais\t23 Télé-Québec de nouveau sous la loupe et le couperet -\tAlain Laramée\t32 Imaginons un autre 20 mai 1980 où les Québécois se disent OUI à eux-mêmes -\tDenis Monière\t44 La fin des téléromans à l\u2019ancienne ?-\tSerge Gauthier\t53 Le gigantisme de Concordia -\tGaston Laurion\t57 C\u2019est cela mon modèle de pays, mon modèle d\u2019un Québec souverain -\tMaka Kotto\t60 Dossier La réforme du mode de scrutin des libéraux diminuera encore le poids des francophones \t \t \t \t \t \t Antoine Dumas L\u2019oeuvre à venir 1992 Bibliothèque nationale du Québec L'Art inn 1215, rue de la Visitation, bureau 101, Montréal (Québec) H2L 3B5 Téléphone : 514-845-8533 Télécopieur : 514-845-8529 revue@ action-nationale.qc.ca administration (©action-nation ale.qc.ca www.action-nationale.qc.ca Directeur : Robert Laplante Directeur adjoint : Sylvain Deschênes Comité de rédaction : Sylvain Deschênes ; Lucia Ferretti, professeure d'histoire ; Richard Gervais, philosophe ; Lise Lebrun, animatrice communautaire ; Sylvie Ménard, Centre d\u2019histoire des régulations sociales ; Pierre Noreau, Centre de recherche en Droit public, Université de Montréal ; Michel Rioux ; Pierre Serré, chercheur.Comité de lecture : Claude Bariteau, anthropologue, Université Laval ; Jean-Jacques Chagnon ; Lucia Ferretti ; Alain Laramée, professeur, TÉLUQ; Chrystiane Pelchat, enseignante ; Marc-Urbain Proulx, économiste, UQÀC ; Pierre-Paul Proulx, économiste, Université de Montréal ; Paul-Émile Roy, écrivain ; Jean-Claude Tardif, conseiller syndical.Prix André-Laurendeau, Membres du jury : Luc Bouvier, professeur de littérature ; Lucia Ferretti ; Daniel Thomas, professeur, UQAT.Prix Richard-Arès, Membres du jury : Andrée Lajoie ; Simon Langlois ; Michel Seymour.Comptes rendus : Paul-Émile Roy ; Mathieu Bock-Côté. 2 ÉDITORIAL Robert Laplante UNE MESURE D\u2019HYGIÈNE PUBLIQUE Le gouvernement Martin mérite ce qui lui arrive.Le Canada mérite ce qui lui arrive.Et le Québec a le devoir de prendre les moyens pour ne plus que cela lui arrive.Et cela, ce n\u2019est pas d\u2019abord la corruption.Il ne faut pas se tromper, elle n\u2019est qu\u2019un effet secondaire d\u2019une entreprise où les commandites trouvent leur sens véritable.Le gouvernement libéral de Jean Chrétien a déployé sur le Québec une véritable logique d\u2019occupation, lancé sur lui un dispositif d\u2019enfermement visant à casser sa cohésion nationale, à réduire à l\u2019insignifiance inoffensive son gouvernement et à soumettre la démocratie québécoise à la volonté du Parlement Canadian.Il s\u2019est trouvé que dans l\u2019opération le recours au banditisme d\u2019Etat servait bien les intérêts du Parti libéral tout en nourrissant les mercenaires dont il avait besoin pour garder une prise sur l\u2019électorat et graisser les rouages de la domination.La commission Gomery ne décrira qu'une partie de ce dispositif.Elle aura néanmoins permis de faire voir un cabinet fédéral déterminé à tout mettre en œuvre pour déstabiliser le Québec.Les révélations concernant la réunion du cabinet de février 1996 constituent une pièce majeure.Marcel Massé a formulé à cette occasion le sens véritable de l\u2019action 3 du gouvernement Canadian sur le Québec.Il s\u2019agissait bien de le soumettre, de le saigner à blanc financièrement et de lancer sur lui une véritable guerre de propagande.Le tout au lendemain d\u2019une série de manœuvres frauduleuses pour voler le référendum en violant la loi québécoise, en blanchissant de l\u2019argent, en trafiquant l\u2019octroi de citoyenneté.Ce sont les élus libéraux qui ont cautionné et orchestré ces manœuvres qu\u2019il faut sanctionner.Les voyous qu\u2019on a vu défiler ne sont que de sinistres mercenaires, ils sont répugnants mais ils ne portent pas le scandale.Tout au plus ne sont-ils que les pitoyables exécutants qui se sont engraissés en faisant les basses oeuvres et la sale besogne.Le vrai scandale, c\u2019est celui de la raison d\u2019État Canadian lancée contre notre peuple.Le Parti libéral du Canada, ne s\u2019est pas seulement révélé comme une machine de corruption.C\u2019est un parti qui a poussé jusqu\u2019à sa formulation extrême l\u2019ambition trudeauis-te de construire le nationalisme Canadian sur la négation de la nation québécoise.Il a, de la sorte, relayé et modernisé les anciennes rationalisations impériales qui se trouvent au fondement de la création et de l\u2019existence du Canada.Et il a doté ce pays artificiel d\u2019un appareil institutionnel et juridique tout entier ordonné autour de l\u2019empêchement.Cela a culminé avec le Clarity Bill, la camisole de force dont est si fier Stéphane Dion.Il n\u2019y avait plus moyen de lancer des leurres, de fabriquer des pseudos-promesses de changement constitutionnel, il ne restait plus que la force brute, habillée dans le juridisme.Et en cela, une grande partie de l\u2019opinion publique Canadian était prête à le suivre.Les débordements lui donnent peut-être la nausée, mais cette même opinion reste férocement contre toute forme de reconnaissance de notre réalité nationale. 4 L\u2019élection qui vient ne laissera qu'une seule alternative aux Québécois : voter pour le Bloc pour faire un pas de plus vers la sortie.Les partis fédéraux, NPD et conservateurs confondus, n\u2019ont rien d\u2019autre à offrir que la perpétuation d\u2019un ordre constitutionnel illégitime, un ordre qui a été refaçonné pour nous oblitérer.Plus personne au Canada ne peut, ni même ne cherche à proposer un destin spécifique pour le Québec.Cela place dans un véritable cul-de-sac tous ceux et celles qui se disent encore, ici, fédéralistes.L\u2019élection sera pour eux l\u2019occasion de revoir où va ultimement leur loyauté : au pays réel du Québec ou une chimère rhétorique en appelant encore à un éventuel accommodement que le Canada refuse obstinément.On comprend l\u2019anxiété et la colère des inconditionnels du lien Canadian : la réalité les rattrape, les urnes vont consacrer la cassure et placer deux nations dans un face-à-face auquel ils ne peuvent plus faire écran.L\u2019occasion se présente enfin de réduire à néant la possibilité de fabriquer l\u2019alibi de la double loyauté.Il faut se débarrasser du P LC pour se débarrasser des voyous et des mercenaires, c\u2019est une mesure d\u2019hygiène publique.Et il faut s\u2019en débarrasser pour mettre à nu le seul rapport qui définisse la relation Canada-Québec, le rapport de domination qui carbure à la négation radicale de notre réalité nationale.Un vote pour le Bloc doit préfigurer le sens qu\u2019aura bientôt un vote pour le PQ : un vote pour sortir du Canada. Grâce au cahier Plongez dans le monde de la finance, de la culture et des livres.Rêvez de voyage, de décoration.Préparez vos sorties et vos soirées télé AVEC LE GUIDE LE PLUS COMPLET QUI SOFT, lin loupnal Indépendant Abonnements : 514.985.3355 ou 1 800 463.7559 www.ledevoir.com ^CrioK M Mettez vos valeurs en action Réalisez vos projets en gérant vos besoins financiers de manière socialement responsable tout en participant à un développement solidaire du Québec.Au service de milliers de Québécoises et Québécois des réseaux coopératif, communautaire, culturel et syndical depuis plus de 30 ans Desjardins Caisse d'économie solidaire www.cecosol.com Partout au Québec (numéros sans frais) : Québec 1 877 647-1527 / Montréal 1 877 598-2122 / Joliette 1 866 753-7055 Articles Critique du terrorisme -\tPierre Vadeboncoeur\t8 Jacques Parizeau et la commission Gomery -\tJean-Louis Bourque\t12 Un programme de commandites pour les CSSS ?-\tJacques Fournier\t17 Les velléités d\u2019un apprenti sorcier -\tGeorges Amsellem\t20 La direction politique : facteur décisif -\tRichard Gervais\t23 Télé-Québec de nouveau sous la loupe et le couperet -\tAlain Laramée\t32 Imaginons un autre 20 mai 1980 où les Québécois se disent OUI à eux-mêmes -\tDenis Monière\t44 La fin des téléromans à l\u2019ancienne ?-\tSerge Gauthier\t53 Le gigantisme de Concordia -\tGaston Laurion\t57 C\u2019est cela mon modèle de pays, mon modèle d\u2019un Québec souverain -\tMaka Kotto\t60 Dossier La réforme du mode de scrutin des libéraux diminuera encore le poids des francophones \t \t \t \t \t \t 8 Pierre Vadeboncoeur CRITIQUE DU TERRORISME La guerre fait ce que le terrorisme, qui est affreux, fait lui-même, mais, quantitativement si j\u2019ose dire, elle entraîne mille fois plus de destructions, de victimes civiles, de malheur, de désolation, de terreur.Il n\u2019y a pas de comparaison.Avec, en outre, pour ce qui est de la guerre : le vol pur et simple de pays et de ressources, la domination politique et d\u2019autres exactions.Le contraire du droit.Sans parler du mensonge : fausse démocratie, fausse liberté, discours faux, solidement appuyé sur la force.Le bilan est si peu reluisant que les observateurs ne le dressent à peu près plus et, cédant à la fatalité, finissent par tout abandonner, psychologie de gens revenus de tout.Le cas de l\u2019Irak commence à être considéré comme du passé révolu, et c\u2019est de « paix » que les Américains se vantent maintenant comme si rien ne s\u2019était passé et comme si l\u2019arbitraire, le leur, n\u2019était pas roi.Cependant, au sujet du terrorisme, une question se soulève.Je me la posais déjà il y a vingt ou trente ans : quels que soient les buts du terrorisme, est-il efficace ?Il ne l\u2019est pas, du moins pour ce qui est de vaincre.Il me semblait déjà que c\u2019est l\u2019arme des faibles et que, par elle-même, elle ne conduit à rien, sinon à entretenir une atti- 9 tude agressive parmi des populations qui ont une grande cause mais pas de moyens adéquats pour la défendre.Il faut sur le sujet avoir des idées claires.Si l\u2019on voulait tirer enfin une ligne, faire le compte des possibilités réelles du terrorisme, on en viendrait à la conclusion que voici : il ne peut espérer vaincre contre une force militaire, ni prévaloir sans être appuyé lui-même par une armée extérieure, ou bien sans s\u2019en constituer une, chose généralement impossible.En fin de compte, la force militaire seule décide.La Résistance, en France, n\u2019aurait jamais gagné contre l\u2019Allemagne.Elle ne fut qu\u2019un élément des forces en action contre le nazisme.A la limite, les Alliés auraient sans doute pu se passer d\u2019elle et il aurait bien fallu.Le terrorisme palestinien n\u2019a pas réussi jusqu\u2019à ce jour et les événements récents, en Palestine, processus de paix, négociations éventuelles de gouvernement à gouvernement, apaisement sur le front des agressions, pacification donc mais démission, sont les formes que prend la défaite palestinienne.La résistance palestinienne, n\u2019étant pas une force militaire, ne disposant non plus d\u2019aucune force militaire venant à sa rescousse contre une armée elle-même appuyée sur la puissance américaine, ne peut gagner la partie.Un certain statu quo officiel est en train de s\u2019installer, lequel, en guise de conclusion, consacrera cette défaite sous la forme d\u2019une « paix » entre Israël et un État impuissant.En attendant la suite.En Chine, avec Mao, les révolutionnaires se sont constitués en armée, une armée devenue si importante qu\u2019elle a pu ÎO faire face aux forces japonaises sur le territoire, puis aux troupes de Tchang Kaï-chek, victorieusement.On peut mentionner d\u2019autres exemples.Prenez le cas des Basques.Leur cause n\u2019avance plus, malgré des attentats perpétrés sur des dizaines d\u2019années.En Irlande, la situation est figée et le pays toujours scindé.Dans les années i960, nous avons connu ici même un bref épisode terroriste.Cela, qui n\u2019avait aucun avenir, a tourné vite à rien.Le terrorisme n\u2019est que tentative de force sans la force, ce qui est la formule de son échec.Une révolution n\u2019a rien à voir avec le terrorisme : c\u2019est un acte visant directement à s\u2019emparer du pouvoir.Castro n\u2019a pas fait de terrorisme.Il a fait une révolution.Cependant, les masses peuvent parfois vaincre politiquement et de cela il y a des exemples, dont celui, récent, de l\u2019Ukraine, qui a suivi celui de l\u2019Espagne.Le terrorisme, quant à lui, laisse des images fortes, auxquelles s\u2019accroche pathétiquement l\u2019espoir.Mais il faut prendre, de toutes ces choses, des mesures sans complaisance.La mort d\u2019Arafat, lui-même pathétique, a changé brusquement la donne, et une réalité ne tenant pas du rêve est apparue.Toutefois, il est vrai, le terrorisme mondial demeure une menace, car ses agents peuvent virtuellement semer la mort chez l\u2019ennemi par des moyens chimiques ou bactériologiques, ou par la désorganisation des réseaux électroniques n reliant les fonctions vitales d\u2019un pays.Cette situation force à rester en état d\u2019alerte et à dépenser des sommes énormes dans le but de se protéger.? 12 ARTICLES Jean-Louis Bourque f JACQUES PARIZEAU ET LA COMMISSION GOMERY Jacques Parizeau, ex-premier ministre du Québec, avait raison lorsqu\u2019il déclarait, au soir du dernier référendum, en 1995, que c\u2019était l\u2019argent et le fricotage pour gonfler le vote ethnique qui avaient eu raison du OUI.Les révélations de corruption, de fraude et de mensonges, recueillies par la commission Gomery, et surtout les déclarations fracassantes de Benoît Corbeil, ancien président du PLC (section Québec), nous le démontrent quotidiennement.Tant de corruption pour le lavage de cerveaux par le matraquage de la propagande à grande échelle, l\u2019immense love-in à Montréal, les panneaux publicitaires le long de nos routes, l\u2019invasion de milliers de drapeaux unifoliés plaqués sur les objets les plus inattendus de manière irrespectueuse et choquante, l\u2019achat de votes avec l\u2019arrivée massive de Manitobains en autobus scolaires, le déblocage massif et paniqué de milliers de dossiers d'immigrants, visant à fausser le vote démocratique, à leurrer la population du Québec sur la force de son désir légitime d\u2019affirmation nationale et internationale.Ce qui s\u2019est avéré être le plus grand scandale politique de l\u2019histoire contemporaine du Canada qui vient d\u2019être mis à jour, après 5 ans de questions du Bloc québécois sur ce sujet 13 à la Chambre des communes et grâce au courageux rapport de la vérificatrice générale du Canada, avait essentiellement pour but d\u2019anéantir le mouvement indépendantiste au Québec.« Qui veut la fin veut les moyens » dit le proverbe, mais qui aurait pu imaginer que des moyens aussi malhonnêtes, aussi anti-démocratiques et même illégaux, puisqu\u2019ils violaient la Loi québécoise sur les référendums, puissent être utilisés, pour mater le Québec une fois pour toutes et écraser définitivement toute velléité d\u2019indépendance ?Cela dépasse l\u2019entendement ! Le PLC aura réussi à nous démontrer que ce système est pourri jusqu'à la moelle.Pratiquement propriétaire du pouvoir dans un système de parti unique, le PLC trop longtemps et trop souvent au pouvoir, se comporte comme s\u2019il était maître d\u2019une république de bananes.Il s\u2019est montré indigne de nous gouverner sur la scène nationale et de nous représenter sur la scène internationale.La « raison d\u2019État », n\u2019en déplaise à Jean Chrétien, ne peut justifier de tels agissements qui, commis par un simple citoyen s\u2019attireraient de lourdes peines de prison.Le gouvernement du PLC aurait pu réformer le fédéralisme canadien et réparer l\u2019outrage fait au peuple québécois, lors du rapatriement unilatéral de la constitution canadienne en 1982.Il aurait pu réparer l\u2019échec du Lac Meech et de Charlottetown et au moins reconnaître le Québec comme société distincte.Jean Chrétien a préféré bâillonner le Québec avec la Loi C-20 sur la clarté référendaire, concoctée par le ministre Stéphane Dion, qui s\u2019est fait élire avec de l\u2019argent sale, et se permet de faire la leçon à tout le monde.Jean Chrétien et ses complices ont préféré détourner des millions de dollars dans le programme de l\u2019Unité canadienne et des commandites alors que les besoins sociaux des H provinces sont criants.Son successeur, Paul Martin, tente d\u2019acheter nos votes.Depuis que souffle un vent d\u2019élections, les millions pleuvent sur Montréal et ailleurs : promesses de construction d\u2019autoroutes, budgets pour l\u2019assainissement des eaux et les infrastructures rurales, suppléments aux loyers, partage de la taxe fédérale sur l\u2019essence, réaménagement de l\u2019Oratoire Saint-Joseph, réfection de la rue Notre-Dame, et la liste s\u2019allonge tous les jours ! La bonne vieille recette des promesses et des bouts d\u2019asphalte peut-elle encore fonctionner maintenant que l\u2019on connaît les dessous nauséabonds des agissements de ce gouvernement qui ose se présenter comme le seul rempart à la menace séparatiste et aux idées conservatrices de l\u2019Ouest canadien ?L\u2019Ontario, pragmatique, passera l\u2019éponge, trop intéressée à garder au pouvoir un parti qui défend ses intérêts et lui garantit une centralisation des ressources pour éviter l\u2019éclatement du Canada qui les terrorise.Pour lutter contre l\u2019indépendance du Québec, les libéraux fédéraux ont choisi la pire des solutions.Ils nous procurent une raison de plus pour nous sortir du fédéralisme canadien, ce prédateur qui vide nos poches pour mieux nous matraquer avec sa propagande, ce tricheur qui envahit sans vergogne les champs de compétence du Québec, ce gouvernement centralisateur qui nie les aspirations spécifiques du Québec en matière d\u2019environnement (Kyoto), de développement économique et social et d\u2019épanouissement démographique, linguistique et culturel, ce rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage.Il fallait beaucoup mépriser la belle province pour penser qu\u2019une opération de publicité et de marketing malhonnête pourrait le faire oublier.Le danger extrême pour la suite des choses, c\u2019est l\u2019effet de banalisation qui découle de la généralisation du mensonge, 15 de la fraude et de la tricherie.Tout le monde le fait, donc ce n\u2019est pas grave.Cela se fait même en France, en Italie, etc.Pire encore, l\u2019exemple vient de haut, des autorités publiques responsables dont on n\u2019attend même plus qu\u2019elles soient imputables et au-dessus de tout soupçon.Certains vont jusqu\u2019à cautionner la criminalité comme étant une règle de conduite tout à fait acceptable, excellent ingrédient d\u2019un scénario de télé-réalité.C\u2019est le règne de l\u2019image et de la statistique : est bon ce qui est statiquement répandu.La fraude finit par devenir la nouvelle norme éthique des comportements humains et sociaux, autrement dit la « Bougonisation » de la société québécoise par des politiciens et des fonctionaires libéraux.C\u2019est au Québec que le sursaut d\u2019écoeurement se doit de réveiller, comme jamais auparavant, la conscience collective et de favoriser la fort probable élection massive du Parti québécois.Ce dernier devra, aussitôt arrivé au pouvoir, avec beaucoup plus de maturité, de sagesse et de clairvoyance qu\u2019il y a io ans, enclencher immédiatement et légitimement le processus d\u2019accession à la souveraineté du Québec par des actes concrets d\u2019indépendance, comme par exemple l\u2019adoption d\u2019une constitution du Québec, l\u2019amorce d\u2019une transition budgétaire des finances publiques, le changement du régime fiscal et de perception des impôts, une réforme de la fonction publique, le développement d\u2019une politique de relations internationales, etc.Quant à la constitution du Québec proprement dite, l\u2019acte fondateur du nouvel État québécois, elle devra être rédigée par une constituante et adoptée de façon démocratique et populaire par le peuple québécois et ses représentants élus, pour faire en sorte que le Québec devienne enfin un État à part entière, libre de ses choix et qui puisse faire entendre sa voix dans le concert des nations, comme le souhaitait si ardemment et si passionnément, il n\u2019y a pas si longtemps feu René Lévesque.Les fruits sont mûrs dans les vergers de l\u2019Indépendance chantait de façon prémonitoire, notre grand poète national Félix Leclerc ! Le peuple québécois a été trahi et bafoué une fois de plus, il doit en prendre acte et agir en conséquence.? 17 Jacques Fournier* UN PROGRAMME DE COMMANDITES POUR LES CSSS?La mise en place des nouveaux Centres de santé et de services sociaux (CSSS) fusionnés doit marquer un changement important dans le réseau.Finis les CLSC, les CHSLD (centres d\u2019hébergement), les hôpitaux ! Il ne faut pas se tourner vers le passé mais regarder l\u2019avenir avec confiance ! Tel est le message plein d\u2019optimiste que l\u2019on entend ces jours-ci dans le réseau de la santé et des services sociaux.Le ministre Philippe Couillard et les Agences régionales souhaitent que se développe le plus rapidement possible un « sentiment d\u2019appartenance » du personnel à l\u2019égard des nouveaux CSSS.Travaillons la main dans la main pour développer des continuums de services et des « projets cliniques » (réorganisations administratives) emballants ! Malheureusement, ces vœux se heurtent à la sociologie profonde du réseau : le personnel a bel et bien développé un profond sentiment d\u2019appartenance, qui au CLSC, qui à l\u2019hôpital, qui au CHSLD, en fonction de ses préférences professionnelles, de ses valeurs, de son histoire.La construction d\u2019un nouveau sentiment d\u2019appartenance « élargi » ne devrait cependant pas poser trop de problème Employé dans un Centre de santé et de services sociaux (CSSS) dans les CSSS de petite taille : population peu nombreuse, CHSLD avec peu de lits, hôpital de moins de 50 lits desservant une seule MRC (municipalité régionale de comté).On imagine qu\u2019avec le temps, l\u2019appartenance élargie se développera.Le problème se pose dans les gros CSSS, ceux dont l\u2019exministre Jean Rochon disait lors d\u2019un colloque de l\u2019Association des CLSC et des CHSLD : « Fusionner un CLSC avec un gros hôpital, c\u2019est s\u2019acheter du trouble ».Que penser, par exemple, du CSSS Richelieu-Yamaska, qui dessert trois MRC s\u2019étirant d\u2019Acton Vale, aux portes de Drummondville, à St-Bruno, à quelques encablures de Montréal ?Peut-il exister un sentiment d\u2019appartenance a un territoire sous-régional, ou supra-local, semblable ?Que penser des CSSS de 4000 employés dispersés dans de nombreux bâtiments, pardon « installations » ?Pour employer une comparaison, boiteuse comme toute comparaison, même si les Québécois ont des passeports canadiens, qu\u2019ils sont légalement Canadiens, une grande partie d\u2019entre eux se sentent surtout Québécois et s\u2019identifient sociologiquement davantage comme Québécois que Canadiens.Comment développer le sentiment d\u2019être Canadien chez les Québécois ?Par un programme de commandites, pardi ! La même solution judicieuse pourrait être employée, avec le même succès indéniable, pour développer le sentiment d\u2019appartenance du personnel aux nouveaux CSSS.Pourquoi ne pas distribuer à tous les employés et à toutes les employées des CSSS un T-shirt, un gaminet si vous préférez, avec l\u2019inscription : « Je suis du CSSS Machin, j\u2019en suis fier et 19 je suis prêt ! ».Le port de ce T-shirt serait, bien sûr, obligatoire.Il pourrait y avoir aussi des gaminets avec un dessin de silo barré : fini le fonctionnement en silos ! Et pourquoi pas des drapeaux au logo du CS S S et des cravates à 85 $ ?Après le Canadian nation building, indéniablement réussi, assisterons-nous à un CSSS building aussi efficace ?Au début de chaque quart de travail, les cadres pourraient convoquer le personnel et tout le monde chanterait ensemble : « Nous sommes du CSSS Machin.Nous sommes des champions ».Une chanson-thème grassement rémunérée au bénéfice de la firme de Robert-Guy Scully serait appropriée.Laissez aller votre imagination : il n\u2019y a pas de limites au développement d\u2019idées-concepts pour fabriquer, de force, un sentiment d\u2019appartenance qui n\u2019existe pas.Et, ce qui est intéressant, dans quelques années, on pourra remettre à l\u2019oeuvre la commission Gomery.? 20 ARTICLES Georges Amsellem* LES VELLÉITÉS D\u2019UN APPRENTI SORCIER** Comme dirait Montaigne : « Mais au fait, de quoi s\u2019agit-il ?» Il s\u2019agit, en l\u2019occurrence, de ce qu\u2019on appelle à Hollywood un miscasting ou d\u2019une maldonne en francophonie.A quoi peut bien vouloir en venir notre nouveau et prématurément usé, premier vizir ?Et quels maîtres entend-il servir au juste ?En un temps record, il aura réussi à desservir tout le monde sans pour autant livrer la marchandise à ses bailleurs de fonds.Quelle histoire veut-il bien nous raconter notre barde quelque peu aphone ?On pourrait penser qu\u2019il l\u2019a déjà sue.Mais, chemin faisant, vers un rêve mal désiré, ambition lourdement parrainée, il s\u2019est embrouillé dans la feuille de route qu\u2019on lui avait au préalable assignée pour s\u2019improviser en funambule souffrant de vertige.* Auteur et poète ** L \u2018apprenti sorcier : par allusion à une célèbre ballade de Goethe.Celui qui déchaîne des événements dont il n\u2019est pas capable d\u2019arrêter le cours (Le Petit Robert) 21 Et si l\u2019arrogance accompagne souvent l'incurie du pouvoir, notre serviteur en chef a réussi à se mettre la majorité de la population à dos, toutes tendances confondues, sans qu\u2019on soit sûr qu\u2019il en tire une quelconque satisfaction.Le pouvoir ne semble même pas l\u2019avoir épanoui.Il en paraît plutôt accablé.À la colère succède le mépris, sentiment qu\u2019on éprouve souvent face à la médiocrité autoritaire, malheureusement régnante par les temps qui courent.La gabegie tous azimuts.À l\u2019inverse du roi Midas, notre vizir de province, faute d\u2019être calife de la « grande » capitale, métamorphose ce qu \u2018il touche en monnaie de singe et la solidarité en lutte pour la survie et en individualisme débridé.Alors qu\u2019en prenant les commandes du vaisseau, la visibilité était presque parfaite, notre petit timonier a réussi à brouiller l\u2019horizon avec une célérité fulgurante.Le capitaine navigue à vue.Et vogue la galère.Ses « sponsors » deviennent sceptiques et inquiets, ils se demandent comment ils pourraient bien récupérer leur mise.Hélas, le mercenaire malgré lui et à son corps défendant, se révèle totalement insolvable.Alors que faire ?On ne peut quand même pas laisser couler le bateau, les parrains sont aussi à bord.On tente d\u2019emblée de sauver le bateau pour mettre la main sur le magot, ensuite on largue le batelier pour mieux extor- 22 quer les passagers.C\u2019est astucieux.Mais le plan n\u2019est pas si simple.Car on risque de renverser l\u2019embarcation et d\u2019être tous noyés.Mais si le large et l\u2019air marin ne sont pas toujours porteurs de visions clairvoyantes pour tout le monde, il reste encore les vieux remèdes maintes fois éprouvés.Les pourvoyeurs pourraient toujours prescrire au petit timonier, qui souffre de mal de mer, une cure de repos en terre ferme pour cause d\u2019agitation incontrôlable.Le premier soignant de notre Belle Province, qui a troqué le bistouri pour le sceptre, serait ravi de porter la casquette du capitaine déboussolé.Il aurait la prestance et le sang froid nécessaires aux opérations délicates.Mais puisque le temps nous est cruellement compté et, que de surcroît, il nous échappe aussi fatalement ; il ne suffit pas alors de le bousculer pour pouvoir brutalement l\u2019apprivoiser.C\u2019est là qu\u2019il se rue, se cabre et barre la route à celui qui ne sait pas en saisir le rythme intime.La « réingénierie » de notre apprenti sorcier, imposée avec cynisme et dans le fouillis, s\u2019est transformée en panne sèche.Enfin tout espoir n\u2019est pas vain.Le bien et le sens communs se sont dressés sur la route cahoteuse de notre matamore désorienté qui fonce tête baissée, les yeux fermés, les oreilles bouchées dans une foule qui lui est, désormais, hostile.? 23 ARTICLES Richard Gervais LA DIRECTION POLITIQUE : FACTEUR DÉCISIF Dans un mouvement politique, lorsque le facteur direction fait défaut, le jeu des autres facteurs est également enrayé : l\u2019organisation perd de sa cohésion, le moral des troupes s\u2019étiole.L\u2019effet dans l\u2019action est visible : mots d\u2019ordre raréfiés, mobilisation ralentie, ripostes anémiques et traînardes, déphasage par rapport à la conjoncture.C\u2019est cela qui se passe aujourd\u2019hui dans le mouvement québécois pour l\u2019indépendance.Le Parti québécois, véhicule historique du projet souverainiste, a une direction velléitaire en son personnel et minimaliste en son orientation.Elle n\u2019est pas à la hauteur de l\u2019histoire à faire et des exigences pressantes du mouvement, qu\u2019elle freine au contraire et dévoie même.Or, la sous-estimation du facteur direction est relativement fréquente et l\u2019occasion est bonne, avec le congrès national du Parti québécois en juin 2005, pour soulever cette question.Le titulaire actuel de la présidence du parti y sera, en vertu des statuts, soumis à un vote de confiance.Ça provoque déjà une course larvée à la chefferie, dont plusieurs voudraient qu\u2019elle soit rendue officielle par la démission du président en titre.Plus largement, on se rend compte que le problème de la direction du mouvement indépendantiste n\u2019a pas été réglé une fois pour toutes par la création du « parti de René Lévesque » et que, pour ce qui est des réquisits de l\u2019heure en 24 la matière, la seule présence du Parti québécois n\u2019offre pas les garanties nécessaires.On ne peut pas tranquillement se contenter de reconduire en l\u2019état la direction péquiste, comme si l\u2019avenir de la cause indépendantiste allait essentiellement dépendre d\u2019autres facteurs tels le dynamisme de la base ou l\u2019état d\u2019esprit de la nation.Cette direction est trop molle et trop provincialiste pour mener à l\u2019indépendance du Québec.Ce n\u2019est pas avec du nationalisme de simple « province pas comme les autres mais province quand même » qu\u2019on va mettre un terme à la souveraineté canadienne sur le territoire québécois ; pas avec l\u2019étemelle « mise en veilleuse de l\u2019option » ; pas avec des promesses de référendum qui servent de prétexte à l'inaction et à la dérobade devant le combat partisan.On ne va pas non plus y parvenir avec des chefs qui croient rallier le suffrage des mous et des indécis en pratiquant mollesse et indécision eux-mêmes et qui tournent l\u2019aspiration québécoise à l\u2019indépendance en rêve de refondation confédérale du Canada.Non, ce n\u2019est pas avec des chefs aussi peu chefs et aussi peu séparatistes qu\u2019on va victorieusement faire face à la machine de guerre « fédérale » et établir pleinement l\u2019ordre québécois au Québec.La crise de direction de notre mouvement national procède essentiellement de ce que le Parti québécois a fait un travail lamentable à ce chapitre après le référendum de 1995 et que son passage à l\u2019opposition parlementaire depuis l'élection d\u2019avril 2003 ne donne lieu jusqu\u2019ici qu\u2019à des ajustements de superficie.Dans l\u2019imminence de leur congrès national de juin 2005, s\u2019il y a une chose que les membres du Parti québécois devraient avoir à l\u2019esprit, c\u2019est bien l\u2019importance que revêt ce facteur direction pour un mouvement comme le leur.Contrairement à ce que laissent entendre certains observateurs ou analystes \u2014 souvent pro-Landry, on comprend 25 pourquoi \u2014, les militants ont raison de s\u2019inquiéter au plus haut degré du leadership de leur parti et de vouloir que le congrès de juin serve à autre chose qu\u2019à conforter l\u2019exécutif en poste dans sa langueur résolue, son attentisme empressé, son nationalisme provincial.Ils ont raison car, dans la situation présente du parti et du mouvement souverainistes, la direction est devenue le facteur prépondérant et décisif.La tâche de l\u2019heure pour le mouvement indépendantiste québécois est de se redonner une direction ; et si le Parti veut tenir un rôle majeur là-dedans, il doit, lui, changer de chef et d\u2019état-major.D\u2019aucuns prétendent que l\u2019apathie est dans la nation, l\u2019inertie chez les militants.Ils mettent en cause, qui l\u2019influence de l\u2019Europe communautaire parcourue par l\u2019antinationalisme, qui le triomphe des valeurs individualistes parmi la jeunesse, qui la diversification des lieux d\u2019engagement hors des partis, dans la « société civile », qui le vieillissement des couches militantes de la population, qui le ras-le-bol généralisé du citoyen à l\u2019égard de la classe politique.Toutes ces considérations, de valeur explicative inégale et parfois fort douteuse, ont pour dénominateur commun d\u2019écarter de l\u2019explication le facteur direction et d\u2019être au mieux des conditions d\u2019exercice de celle-ci.Ces facteurs environnants amènent bientôt ceux qui les invoquent à plaindre les leaders souverainistes condamnés à oeuvrer dans un contexte aussi ingrat, puis à leur décerner à peu près tous les satisfecit.Par exemple c\u2019est temps-ci, ils accolent étoiles et angelots brillants à la feuille de route de Bernard Landry.Mais ils se trompent.Leur erreur aujourd'hui est aussi lourde que celle que commettaient hier ceux qui plaignaient le « grand chef indépendantiste » Lucien Bouchard d\u2019être victime de l\u2019incompréhension de son peuple ! 26 Il ne faut pas croire qu\u2019on va réveiller le Parti québécois en secouant le militant.C\u2019est au sommet qu\u2019il faut faire porter le coup.On va réveiller le Parti québécois en délogeant les endormeurs qui sont à sa tête.Le parti n\u2019a pas besoin de gardiens de son coma, qui le bordent et le préservent des injonctions de la conjoncture et des trépignements de la base, le condamnant ainsi à l\u2019inefficacité politique et à l\u2019évanescence historique.Pensez seulement à ce que ne fait pas ce parti, en ce moment même, pour profiter politiquement du « scandale des commandites » : quelle occasion ratée ou plutôt, puisque l\u2019affaire perdure, quelle série d\u2019occasions ratées ! Et en rapport avec le dernier jugement de la Cour suprême relativement à la loi ioi, où est donc parti le parti ?Un communiqué inoffensif dans la Lettre du parti et c\u2019est à peu près tout.Véhicule de l\u2019indépendance, le Parti québécois ?Hum ! À condition peut-être de changer de chauffeur \u2014 si c\u2019est encore possible.Comme c\u2019est là, le train de l\u2019indépendance est bourré de monde, mais on a des serre-freins comme conducteurs.Si le prochain congrès ne refait pas du Parti québécois le vaisseau amiral de l\u2019indépendance, il n\u2019aura été qu\u2019un rendez-vous manqué.Et le Parti québécois ne redeviendra pas ce vaisseau amiral sans rompre avec l\u2019attentisme invétéré de sa direction, ni sans relever l\u2019équipe Landry, ce qui n\u2019ira pas non plus sans crise.Il n\u2019y a guère de sens à répéter aux militants le poncif ridicule voulant qu\u2019 « on a toujours les chefs qu\u2019on mérite » de toute façon, sinon celui de se donner de faux airs de réalisme et de justifier n\u2019importe quel opportunisme à la tête des partis politiques.Dans cette catégorie « sous-estimation du facteur direction », la palme pourrait aller cette année à la chanson qui raconte que les remuements autour de la succession de Bernard Landry sont une perte de temps.À l\u2019approche du congrès national, la question de la chefferie acca- 27 parerait trop inutilement les membres, elle les divertirait de leur véritable responsabilité, et elle détournerait le parti de la lutte contre le fédéral et du travail idéologique sur le terrain.Un instant ! Ces exhortations à la mobilisation extérieure, c\u2019est aux chefs qu\u2019il faut les adresser, pas aux militants qui y sont déjà, sur le terrain, autant que faire se peut en l\u2019absence de direction.On n\u2019a qu\u2019à voir les nombreux groupes souverainistes, cercles, associations, rassemblements qui ont vu le jour depuis quelques années, ainsi que les bulletins, journaux, sites Internet qui maintiennent vivante la lecture souverainiste de la réalité, malgré, faut-il insister, la réticence jalouse du PQ, au pouvoir ou pas, à les soutenir.Déclarer que les péquistes perdent leur temps dans des querelles de succession ou à contester Landry et qu\u2019ils feraient mieux de sortir se battre procède d\u2019un mépris certain à l\u2019égard de ces citoyens indépendantistes actifs un peu partout sur le territoire québécois, y compris dans les rangs péquistes.Le reproche est vicieux, puisqu'il revient à blâmer les troupes pour l\u2019incurie réelle des chefs.En dirigeant leurs critiques sur la direction, les membres ne cherchent pas un bouc émissaire : ils actionnent la clef qui pourrait débloquer la situation et faire sortir le parti de son surplace.C\u2019est parce que l\u2019état-major péquiste ne fait pas son travail, parce qu\u2019il gaspille systématiquement les occasions, parce qu\u2019il ne mobilise pas sur le terrain, parce qu\u2019il manque de pugnacité contre les menées fédéralistes hostiles, parce qu\u2019il n\u2019orchestre pas la riposte, parce qu\u2019en somme cet état-major fait faux bond qu\u2019on le conteste et que la question brûlante de sa relève devient déterminante.L\u2019exécutif péquiste est installé comme à demeure dans l\u2019attentisme « stratégique » et dans le rapetissement provincialiste de l\u2019aspiration nationale.Aussi les militants ont-ils raison d\u2019en être mécontents et de vouloir en changer.Ils sentent bien que la question de la direction est cruciale et que la lutte partisane \u2014 et la lutte 28 pour l\u2019indépendance est une lutte partisane \u2014 n'est pas un happening pédagogique et que l\u2019indépendantisme ne saurait vaincre en traitant la question de la direction par-dessus la jambe.Ils sentent bien, malgré ce que les « pédagogues » peuvent en dire, que l\u2019avenir du Parti québécois dépend à l\u2019heure actuelle par-dessus tout des personnes qui seront aux commandes.L\u2019erreur d\u2019analyse ici visée induit des perspectives stériles et au fond rien que pieuses (« Québécois, encore un effort ! », « Ayons foi dans le pays qui vient ! », « Militants, militantes, soyons plus convaincants que jamais ! »).Si l\u2019on veut vraiment et efficacement encourager le militantisme national, le meilleur moyen est encore de renouveler la direction.Car dans l\u2019état actuel des choses, la nation est plus décidée que ses supposés dirigeants, plus prête qu\u2019eux à combattre la mainmise canadienne et moins hésitante à faire de sa patrie québécoise un pays.La vérité est quelle est plus disposée à entendre le discours de l\u2019indépendance que ne sont prêts à le tenir les porte-parole officiels du PQ.La vérité est qu\u2019en ce moment même, le PQ est encore une fois en train de gaspiller une conjoncture qui, contrairement à ce que des journalistes colportent, est favorable à la cause de l\u2019indépendance.Les militants et les militantes ne sont pas tannés de combattre tout court, ils sont tannés de combattre en ordre dispersé, sans direction unifiante et, à cause de cela, d\u2019avoir toujours à recommencer la même chose.La pâte est donc là, mais les boulangers refusent d\u2019y mettre le levain : ils attendent en vrais irresponsables que le pain lève tout seul.Ça fait que.Ça fait que les boulangers en question voudraient donc qu\u2019on se contente de la galette.Citons quelques autres exhortations insipides et singulièrement contre-indiquées dans le contexte.Par exemple : rap- 29 peler aux militants que l\u2019avenir de la nation est entre leurs mains pour peu qu\u2019ils s\u2019unissent derrière leur chef! Ici, en prime, l\u2019effet comique est assuré.Autre exemple : inviter les indépendantistes de réserve à se remobiliser tout en évitant les affrontements musclés autour de la direction du parti et sans remise en question de l\u2019équipe en poste.C\u2019est oublier que ces indépendantistes ont quitté l\u2019active pour avoir justement percé à jour les procrastinateurs incorrigibles dont les Landry d\u2019aujourd'hui sont les disciples Autre exemple encore.Quand la direction (et donc la chefferie pour ce qui est du Parti québécois) est de loin le facteur déterminant qui va décider de la progression ou de la régression du mouvement, ce n\u2019est pas le moment de mettre en garde contre 1\u2019 « illusion du sauveur ».Le parti manque cruellement d\u2019un leader politique fort, non pas vaguement nationaliste mais clairement séparatiste jusque dans l\u2019action, et déterminé à utiliser le pouvoir provincial pour réaliser le programme indépendantiste.Si le congrès péquiste de juin 2005 n\u2019est pas le théâtre d\u2019un changement de direction (chef comme orientation stratégique), si les provincialistes qui rêvent de négocier des morceaux de souveraineté auprès d\u2019Ottawa ne sont pas remplacés par des séparatistes qui veulent débarrasser le Québec de la souveraineté canadienne et en faire un État lui-même pleinement souverain, l\u2019heure sera venue de rompre en bloc avec ces dirigeants pusillanimes et d\u2019appeler à la formation d\u2019un nouveau parti indépendantiste.Qu\u2019un chef digne de ce nom donne le signal, il serait immédiatement suivi par des dizaines de milliers de souverainistes.Le Parti québécois est-il capable d\u2019un tel renouvellement de sa direction ?On entend des militants dire qu\u2019il n\u2019y a rien à faire, que l\u2019appareil est trop lourd et encroûté ; que ceux qui 30 en contrôlent les destinées sont pratiquement indélogeables ; que l\u2019équipe en place a trop bien assis son ascendant dans les ramifications du parti pour qu\u2019on puisse en contester le leadership avec succès ; que remplacer Landry par un des aspirants connus à la chefferie serait changer quatre trente sous pour une piastre.Ces objections ne manquent pas de réalisme mais elles s\u2019arrêtent à mi-chemin.Car si la tâche de l\u2019heure du mouvement pour l\u2019indépendance est de se redonner une direction, renouveler la direction péquis-te n\u2019est qu\u2019une des formes concrètes possibles de cette tâche générale.C\u2019est écrit dans le ciel que si l\u2019état-major péquiste ne change pas, le mouvement national va à terme s\u2019organiser autrement, se donner de nouveaux chefs par d\u2019autres moyens.C\u2019est même déjà officieusement commencé.De plus, même si on jugeait le Parti québécois sclérosé au point d\u2019être inamendable et sa direction indélogeable, de toute façon la solution ne pourra surgir que dans la dénonciation de cette sclérose et de cette direction.La contestation menée aujourd\u2019hui, à l\u2019intérieur comme à l\u2019extérieur du PQ, est donc loin d\u2019être inutile.Ce travail critique est même indispensable à l\u2019éclosion de la solution de rechange, en terme d\u2019orientation, de stratégie et d\u2019organisation.Le surplace actuel de la cause souverainiste, on se trompe donc en en faisant grief au peuple québécois lui-même, à son « manque de sens national », à sa « phobie de la chicane ».Les sondages établissent à répétition que l\u2019appui à la souveraineté dépasse le suffrage péquiste.Aux dernières élections provinciales (avril 2003), la différence était énorme, de l\u2019ordre de 12 ou 15 %.On fait également fausse route à accabler la base et à pointer du doigt les camarades désabusés.Au passage actuel de l\u2019histoire, ce sont les chefs qui manquent au rendez-vous, qui ne sont pas à la hauteur et 31 qu\u2019il faut remplacer.Que le renouvellement de la direction du mouvement indépendantiste se fasse à l\u2019intérieur du parti par un changement du personnel dirigeant ou à l\u2019extérieur par la création d\u2019un nouveau parti, de toute façon la critique ouverte et énergique contre cette direction péquiste traînarde et hypnotique est à l\u2019ordre du jour.? 32 ARTICLES Alain Laramée* TÉLÉ-QUÉBEC DE NOUVEAU SOUS LA LOUPE ET LE COUPERET Le paysage idéologique et politique de la plupart des États occidentaux a bien changé depuis une ou deux décennies ; on n\u2019y parle plus que de privatisation, de déréglementation et de libéralisation.Ici c\u2019est l\u2019État-Provigo qui apparaît, en France, ce pourrait être l\u2019État-Félix-Potin.Certains analystes parlent de mutation socioculturelle qui se serait produite dans nos sociétés ; à preuve, on cite les Etats- Unis, l\u2019Angleterre, le Canada et la France ; le Québec pousse lui aussi des péans à la libre entreprise.(Marcel Rioux, 1986).' Vingt ans sont passés depuis la parution de ce texte de Marcel Rioux.On le croirait d\u2019hier.Plus de trente cinq ans se sont écoulés depuis la création de Radio, Télé-Québec et pour une ixième fois on passe et repasse encore à la loupe, avec toujours ce même regard de rentabilité à la Provigo, le mandat, la raison d\u2019être et l\u2019existence de notre seule télévision publique nationale.Nous sommes dans la dernière ronde des coupures et des études sur la Société de télédiffusion du Québec.Voyons un peu de quoi retourne la présente opération comptable du gouvernement néo-libéral québécois actuel.* Professeur en communication à la Télé-université et Directeur de l\u2019Unité d'enseignement et de recherche Travail, Économie et Gestion. 33 Une décennie de restrictions budgétaires On va d\u2019abord tasser notre monde pour pouvoir louer un maximum de locaux.1 Télé-Québec avait connu sa dernière remise en question et ses dernières restrictions budgétaires sous le joug du gouvernement péquiste.En 1995, le gouvernement avait réduit son budget de 25 millions de dollars et transféré plus de 80 % de sa production au secteur privé, jetant hors mur ainsi plus de 400 employés3.Ce fut l\u2019une des pires crises existentielles qu\u2019a connues la Société.On croyait avoir réussi à sauver les meubles.Du moins, c\u2019est ce que pensaient ses artisans.Mais non.Neuf ans plus tard, le budget de 2004, le dernier budget de l\u2019ex-ministre Yves Séguin, en mars 2004, amputait la subvention de base de Télé-Québec de 5 millions de dollars la faisant passer de 62,5 à 57,5.Évidemment, des compressions de près de 10 % commencent par ne laisser de place que pour payer une main d\u2019œuvre de maintenance de locaux qui deviennent, en conséquence, trop vastes pour les « nouveaux » besoins de la Société.Toute mesure budgétaire de cette nature, particulièrement celle qui touche aux institutions issues de la révolution tranquille, nécessite une argumentation, une justification politique pour être légitime.C\u2019est alors que différentes rumeurs et ballons politiques ont commencé à circuler dans les officines du Parti libéral mais également sur certaines tribunes de presse.On interrogeait la pertinence de maintenir un investissement de l\u2019État dans cette institution.Le ministre Séguin mentionnait ouvertement qu\u2019il fallait tenir une réflexion sur une éventuelle privatisation de la chaîne, alors que la ministre Jérôme-Forget en rajoutait en voulant assigner à Télé-Québec un nouveau 34 mandat dans le projet gouvernemental dit « de gouvernance en ligne sur Internet ».Décidément, Télé-Québec n\u2019était d\u2019une part pas assez rentable, d\u2019autre part pas assez nécessaire aux opérations de l\u2019État et pouvait enfin devenir utile dans la planification des activités de renseignement et d\u2019information du gouvernement.On affichait, par ces discours, une absence totale de vision dans l\u2019application des restrictions, mise à part la volonté manifeste de récupérer coûte que coûte un 5 millions par-ci et par-là.C\u2019est le propre, il faut le dire, de toute gouvernance fondée sur la gestion des moyens à défaut d\u2019avoir des fins.Encore qu\u2019utiliser le mot gouvernance est plutôt mal venu dans les circonstances.Évidemment, si on croyait le peuple trop ignare, indifférent ou trop absorbé par d\u2019autres gestes politiques scandaleux pour s\u2019indigner de la chose, on se méprenait sur les effets politiques de tant de confusions et d\u2019irrationalités.Trop c\u2019était trop ! Ce geste et les insinuations ministérielles qui l\u2019ont accompagné ont donc provoqué un véritable tollé dans l\u2019opinion publique4 et particulièrement chez les artistes, les artisans, les auteurs et les journalistes.De coalitions en pétitions, l\u2019opinion publique s\u2019est exprimée avec les moyens du bord, faute d\u2019avoir une voix forte dans l\u2019opposition péquiste.On se surprend toujours d\u2019ailleurs de la lenteur de réaction et de la faiblesse du discours politique souverainiste des dernières décennies en matière de communications.On y reviendra dans un dossier futur.Toujours est-il que, face à ce ressac de la société civile, le gouvernement, par la voix de sa ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp, a annoncé la mise sur pied d\u2019un groupe de travail pour étudier la situation et faire 35 des propositions non pas, selon la ministre, pour privatiser Télé-Québec, mais la « moderniser ».Le groupe de travail ministériel ; des mercenaires déguisés C\u2019est ainsi qu\u2019en juin 2004, un groupe de travail a été constitué pour réaliser le mandat suivant : s\u2019assurer de l\u2019adéquation des activités de Télé-Québec avec sa mission éducative et culturelle, en passant en revue l\u2019ensemble de ses processus d\u2019affaires et de ses modes d\u2019organisation en tenant compte, à cet égard, du rôle de Télé-Québec comme promoteur de l\u2019identité québécoise, reflet des réalités régionales à l\u2019écran et des communautés culturelles ainsi que de sa capacité d\u2019établir des partenariats public-privé.Le groupe était composé de Claude Bédard, président, associé principal de la firme H JC Productions et des membres suivants : Michel Bissonnette, producteur exécutif et vice-président création de Zone 3, Guy Fournier, membre du conseil d\u2019administration de Télé-Québec, Biaise Gagnon, directeur général de la salle de spectacles de Sept-îles, Louise Gendron, directrice générale des programmes à Télé-Québec, Michèle Giroux, associée chez LVL studio inc.(consultante en nouveaux médias), Pierre-Gérald Jean, enseignant à la Commission scolaire de Montréal, Suzanne Lévesque, animatrice téléradio et de Nancy Savard, réalisatrice et productrice, présidente de Productions 10e Ave inc.Quels sont les critères qui ont prévalu à la composition de ce groupe ?On n\u2019en sait rien.Toutefois, on peut remarquer qu\u2019aucune des personnes membres ne provient du milieu académique ou universitaire, ni des organismes publics et des mouvements sociaux, ni du milieu municipal, ni du monde artistique, ni du milieu syndical, ni d\u2019aucun milieu social critique connu.Par contre, la plupart proviennent du 36 secteur privé.Or, nous savons que la composition d\u2019un comité ou d\u2019un groupe de travail, sans en déterminer les tenants et aboutissants de ses travaux, conditionne les perspectives, le questionnement, les références et les valeurs qui domineront les analyses et les recommandations.En bref, on est en famille économico-politiquement libérale.Le groupe a procédé par ses propres études et analyses mais s\u2019est aussi alimenté des travaux et des mémoires de différents groupes et individus, une cinquantaine en tout, ainsi que par la consultation de plusieurs experts.Il a déposé son rapport à la ministre le 21 février5.Intitulé « Télé-Québec -Priorité à l\u2019écran » le rapport ne présente pas moins de 38 recommandations toutes effectuées à l\u2019intérieur du cadre budgétaire gouvernemental sans remettre en question la nature et la taille du nouveau budget réduit de 5 millions de dollars et dans la même perspective idéologique que celle adoptée par toutes les opérations gouvernementales, perspective dite de « modernisation » et de partenariat public-privé (PPP).On ne reprendra pas le détail de ces recommandations ici mais on fera plutôt ressortir la perspective et la prospective générales qui s\u2019en dégagent.Malgré un rappel, néanmoins louable, de la nécessité de préserver l\u2019existence, la mission et le mandat de service public de Télé-Québec, de développer davantage la production régionale, et de faire plus de place à la diffusion de productions québécoises, le groupe de travail a poursuivi le travail de sabotage de Télé-Québec \u2014 travail entamé de longue haleine par les différents gouvernements qui se sont succédés à l\u2019Assemblée nationale mais plus intensivement et volontairement par celui du Parti libéral \u2014 soit lui mettre des conditions d\u2019exploitation telles qu\u2019à moyen terme on soit tenu, soit de la privatiser, soit de la fermer faute d\u2019avoir pu 37 accomplir sa mission.Comme machiavélisme on a déjà vu plus habile que cela.La principale recommandation à cet effet, est celle de sortir Télé-Québec de la production interne de ses propres émissions et de faire faire cette production uniquement à l\u2019externe, évidemment par le secteur privé.La farce la plus grosse consiste à croire que les ioo emplois qui seraient perdus à 1 interne à la suite de l\u2019application de cette recommandation, seraient largement compensés par les 600 à 700 qui seraient créés dans le secteur privé.C\u2019est à croire que ces 100 emplois de Télé-Québec génèrent un salaire de 600 emplois dans le secteur privé (mais à quels salaires travaillent-ils et avec quelle précarité d\u2019emplois ?) ou que la libération de l\u2019espace de diffusion occupé par la production locale (75 heures) et la diffusion d\u2019émissions non québécoises pour les producteurs privés permettrait d\u2019y diffuser six fois plus de productions.Mais avec quels moyens on les achèterait ?Avec l\u2019argent sauvé par les 100 emplois libérés ?Ridicule ! Aucun chiffre et aucune simulation financière quelconque n\u2019appuie cette recommandation.Comme procès de ré-ingénierie on a vu mieux, n\u2019est-ce pas ?Il s\u2019agit plutôt de croire au stéréotype fort répandu dans ce milieu que dans le privé tout coûte moins cher, qu\u2019on peut faire beaucoup plus avec moins, que l\u2019argent est mieux géré, qu\u2019on est plus productif.et que toutes ces vertus vont apporter inévitablement la manne à Télé-Québec.On a déjà vu ! L\u2019autre recommandation-hypothèse est celle d\u2019accroître le financement externe en faisant modifier la licence de la Société pour lui permettre de passer douze minutes de publicités à l'heure au lieu de huit.Encore une mesure lancée en l\u2019air sans analyse de faisabilité ni d\u2019impact6.D\u2019abord, une des sources d\u2019attraction et de distinction de Télé-Québec 38 est justement ce peu de publicité par rapport aux chaînes commerciales, voire cette absence de publicité dans la diffusion des longs métrages notamment.Puis, est-ce le mandat d\u2019une télévision éducative de faire de la publicité plutôt que d\u2019éveiller l\u2019esprit critique justement à la marchandisation continue de l\u2019imaginaire social et culturel dans les autres chaînes ?Enfin, la tarte publicitaire au Québec est toujours la même.Il n\u2019y a pas plus de sources de commanditaires qui apparaîtraient si Télé-Québec augmentait son offre d\u2019espace.Ce qui signifie que, d\u2019une part, Télé-Québec entrerait en contradiction avec sa mission culturelle et éducative en étant obligée de jouer le jeu des industries culturelles commerciales selon les mêmes règles et dans les mêmes créneaux que les chaînes commerciales pour s\u2019attirer ces mêmes commanditaires et, d\u2019autre part, si elle obtenait du succès, elle contribuerait seulement à un déplacement en chaîne des enveloppes publicitaires sans qu\u2019il n\u2019y ait plus d\u2019argent investi dans l\u2019ensemble du système médiatique québécois, donc sans créer lesdits 600 nouveaux emplois dans le secteur privé car il y en aurait autant de perdus.Nous sommes donc encore devant une vielle idée maintes fois évoquée en vase clos, non documentée dans les faits donc en pleine mythologie-idéologie justificatrice d\u2019un détournement annoncé de fonds publics supplémentaires vers le secteur privé.C\u2019est de là que viendrait l\u2019argent neuf pour le privé, mais rien de neuf pour l\u2019ensemble de la production et de l\u2019offre télévisuelles généralistes publiques.Il est d\u2019autant plus surprenant de voir réapparaître cette idée que tous les groupes qui ont présenté un mémoire aux audiences ont, à des degrés divers, revendiqué l\u2019accroissement du financement public.Mais ce groupe de travail, en bon mercenaire, a tout simplement ignoré cette demande de la société civile pour se contenir dans le cadre fermé de la 39 ministre.Une fois de plus, un simple coup d\u2019œil sur la composition de ce groupe de travail donne un certain relief à cette recommandation notamment en en ce qui a trait à son impartialité et à sa représentativité.Veut-on se faire dicter l\u2019offre de programmation de notre seule télévision généraliste publique par des producteurs privés qui seraient financés par les fonds publics ?Est-ce ce genre de télévision que nous voulons ?Est-ce ce nivelage des consciences par le bas, véritable opium commercial d'une société du divertissement, que nous voulons ?Voilà l\u2019ordre des questions à débattre et non celles relatives à de futiles petits remaniements d\u2019ingénierie improvisés au gré des conjonctures politiques et de la pression intéressée des vautours, amis de tout acabit.La troisième et dernière recommandation que nous allons commenter est celle qui concerne le développement régional par la restructuration de l\u2019organisation régionale et par l\u2019augmentation de la production régionale.Certes, idéologiquement et politiquement, cette recommandation tombe en pleine rectitude.L\u2019Union des artistes l\u2019a d\u2019ailleurs louangée.Toutefois, on est en droit de se demander si une telle directive servirait bien Télé-Québec mais surtout si elle peut se traduire par une réelle application dans les faits.Comme le souligne juste à propos le Syndicat général des employés de Télé-Québec.[.\u2019augmentation de la production en région et de sa présence à l\u2019écran est certes honorable et souhaitable, mais les moyens proposés ne permettront pas de bien refléter les réalités régionales et d\u2019y accroître l\u2019emploi.La totalité de cette production étant refilée à l\u2019industrie privée, les producteurs 40 des grands centres en profiteront pour établir de petites succursales dont la production sera contrôlée encore par Montréal.Le rapport Bédard fait totalement erreur en réduisant le rôle des neuf bureaux régionaux à celui « d\u2019accompagnateurs » pour les producteurs privés.De plus, les régions verront rapidement s\u2019appauvrir leur patrimoine télévisuel, actuellement archivé et préservé par les bureaux régionaux de Télé-Québec, puisque la possession des droits des émissions relèvera des producteurs.7 Mais plus que ces simples recommandations, ce sont les effets à moyen terme sur la seule chaîne de télévision nationale publique et généraliste que le Québec possède qui est en cause.Télé-Québec et les communications au Québec ; on s\u2019ennuie du Livre blanc de J.-P.L'Allier Le traitement que l\u2019on fait à Télé-Québec depuis plus de deux décennies n\u2019est qu\u2019un conséquence d\u2019une suite de décisions ou plutôt de non décisions et de non engagement des gouvernements successifs du Québec dans le dossier des communications.Le premier geste politique ferme et clair, inégalé, qui a été posé dans ce domaine a été celui du rapport L\u2019Allier et du livre blanc sur les communications8, une politique québécoise des communications, qui remonte à 1968, où on édifiait une véritable réflexion globale, sociale et culturelle des communications, où on argumentait et on revendiquait haut et fort la pleine juridiction et entière gouverne du Québec dans ce domaine.Le deuxième geste fut celui, plus modeste en terme de communications, de la politique québécoise du développement culturel9, livre blanc fortement inspiré de la politique des communications de 1971.Aucune réflexion d\u2019envergure ni aucune position politique 41 d\u2019affirmation n\u2019a été prise.Au contraire, on a éliminé la Régie des services publics et laissé le fédéral occuper tout l\u2019espace politique et juridique.10 D\u2019année en année, de fil en aiguille, le Québec s\u2019est progressivement écrasé dans ce champ de juridiction et la société québécoise s\u2019est faite investir petit à petit mais sans obstacle par la perspective plutôt idéologique des industries culturelles de sorte que le lien politique entre communications et société, entre communications et identité et entre communications et territoire s\u2019est érodé au profit du lien entre industries et profit, entre industries et clients, entre industries et cote d\u2019écoute, entre industries et vedettariat, entre industries et productivité.entre industries et entreprises privées.La boucle est bouclée.Voilà la véritable cause du manque d\u2019emprise du politique et du social sur les communications en général et dans le dossier de Télé-Québec en particulier.On n\u2019est rendu à la défendre trop souvent que par des positions, parfois plutôt malhabiles, et porteuses de suspicion par les seuls intérêts de ces quelques artisans, encore en poste.Voilà, à mon sens, la source de la faiblesse de l\u2019argumentaire, de l\u2019absence de vision, de référence et de perspective sociétales dans tout le dossier des communications en commençant par celui de Télé-Québec.Même l\u2019Union des artistes tient ce langage et joue le jeu du compromis néo-libéral.On ne peut pas crier au scandale devant la présente opération car elle s\u2019inscrit dans cette dynamique historique non remise en question depuis plus de deux décennies.Par contre, on peut et on doit profiter de la présente occasion pour non pas repenser les communications au Québec mais les penser enfin dans une perspective politique, juridique et sociétale à l\u2019ère de la mondialisation et de l\u2019explosion11 des 42 communications.Ce n\u2019est pas de partenariat qu\u2019il faut parler mais d\u2019autonomie et d\u2019indépendance accrue de Télé-Québec car côté partenariat Télé-Québec y est déjà beaucoup trop engagé.Côté urgence, la première étape consiste, bien sûr, à résister à ce déclin déjà annoncé de Télé-Québec mais qui ne pourrait que s\u2019accélérer par l\u2019application des principales recommandations de ce rapport.Une commission parlementaire s\u2019impose à court terme mais ne sera pas suffisante.À défaut de gouvernail sauvons au moins le bateau.La deuxième consiste à sortir de cette perspective comptable de courte vue pour tenir un véritable débat national sur les communications, conduisant à une politique tant attendue des communications au Québec en lien avec son espace, son territoire, son identité, son vouloir vivre collectif et les liens sociaux qu\u2019on choisira de privilégier, de construire et d\u2019édifier au moyen des communications12.Un tel débat prendra en compte les processus scandaleux de la concentration de la propriété des médias, de la dépendance structurelle régionale, de la dépendance du Québec en matière d\u2019information internationale et le développement d\u2019une éducation critique et constructive aux médias parmi les principaux enjeux relatifs au développement culturel du Québec moderne et au renforcement de l\u2019exercice de la démocratie.Ce projet, nous comptons y œuvrer au cours de la prochaine année en apportant notre contribution, à l\u2019image du numéro spécial de L\u2019Action nationale en 1991 sur les communications, afin d\u2019offrir une alternative à cet État-Provigo dans lequel nous sommes engagés, comme société citoyenne, à corps défendant et de manière plus pernicieuse et invisible que jamais.? 43 1\tRioux, Marcel, (1986), De l\u2019État providence à l\u2019État-Provigo, revue Possibles, pp.29-39 2\tPaule Beaugrand-Champagne, citée par Louise Leduc dans Le Nouvelliste, 3 avril 2004.3\tOn est passé de 731 employés en 1995 à 331 actuellement.4\tUne pétition de prestige signée par plus de 350 personnalités a été diffusée dans 3 quotidiens le 4 mai 2004 et une autre a été signée par plusieurs milliers de citoyens sur un site conçu à cet effet sur l\u2019Internet.5\tOn peut se procurer le rapport et différents documents relatifs aux travaux de ce groupe sur le site Internet du ministère.6\tCela nous prendrait un BAPE des communications, celles-ci étant aussi important pour le développement socialement durable que la problématique environnementale.7\tVoir les commentaires du SCETQ sur son site Internet.8\tPour une politique québécoise des communications ; 1971 9\tLa politique québécoise du développement culturel, 1978, deux tomes, déposés par le ministre du développement culturel, Camille Laurin et conçu et rédigé sous la co-direction de Fernand Dumont et de Guy Rocher.10\tVoir le no spécial sur les communications de L\u2019Action Nationale, avril 1991, pour les détails de cet historique.11\tVoir le livre de Proulx, Serge et Philippe Breton (2002), L\u2019explosion de la communication à l\u2019aube du XXième siècle, Boréal.12\tWolton, Dominique (1990), Éloge du grand public, Une théorie critique de la télévision, Flammarion 44 ARTICLES Denis Monière- IMAGINONS UN AUTRE 20 MAI 1980 OÙ LES QUÉBÉCOIS SE DISENT OUI À EUX-MÊMES Il y a vingt-cinq ans, le peuple québécois, le soir du 20 mai 1980 exprimait au monde entier sa volonté d\u2019exister par lui-même.Après une campagne référendaire où les camps du OUI et du NON se livrèrent une lutte acharnée, une forte majorité de Québécois disait OUI et confiait au gouvernement du Parti québécois le mandat de négocier un nouveau statut politique avec le gouvernement canadien.Ce résultat surprit les observateurs venus des quatre coins du monde pour suivre la campagne référendaire car le camp du NON n\u2019avait ménagé ni les arguments de la peur ni les moyens financiers pour peser sur la conscience des Québécois.En dépit de la législation québécoise encadrant le référendum, la bataille n\u2019avait pas été faite à armes égales.Les fédéralistes avaient utilisés des fonds publics pour inonder les ondes de messages visant à insécu-riser les Québécois.Jusqu\u2019à la dernière semaine, les sondages indiquaient que l\u2019opinion publique était partagée, la proportion d\u2019indécis étant encore très élevée.Les assemblées publiques se succédaient aux quatre coins de la province ; les organisateurs du OUI avaient mobilisé tous les militants du mouvement souverainiste pour faire du porte à porte dans les rues des villes Politologue 45 et les rangs des campagnes afin de rencontrer personnellement les électeurs et les convaincre de se donner un pays.Les partisans du NON firent appel surtout aux politiciens et aux hommes d\u2019affaires pour valoriser le fédéralisme canadien.Comme il leur était difficile de répondre à la dialectique du changement en soutenant le statu quo, ils promirent qu\u2019un NON voudrait dire OUI au fédéralisme renouvelé et jouèrent sur l\u2019ambiguïté de leur slogan « Mon NON est Québécois » ce qui pouvait laisser entendre qu\u2019un vote négatif entraînerait des changements constitutionnels conformes aux demandes traditionnelles du Québec qui depuis les années soixante revendiquait un statut particulier et une redistribution de pouvoirs permettant au Québec d\u2019être maître de son destin du moins sur le plan culturel.L\u2019ancien chef du Parti libéral Robert Bourassa avait résumé cette thèse dans le concept de souveraineté culturelle.Cinq jours avant le vote, le camp du NON organisa une assemblée publique au Centre Paul-Sauvé.Le premier ministre canadien Pierre Trudeau dans son discours de clôture de la campagne donna pour la première fois des indications quant à la signification du changement qu\u2019il proposerait advenant la victoire du NON.Il expliqua qu\u2019il allait rapatrier la constitution canadienne et qu\u2019il demanderait au parlement britannique d\u2019y inclure une charte des droits et une formule d\u2019amendement.Il ne cacha pas qu\u2019il procéderait même s\u2019il y avait des désaccords des provinces et qu\u2019un vote de la Chambre des communes suffirait à enclencher le processus de changement constitutionnel.Il expliqua sa conception des droits fondamentaux qui ne reconnaissait des droits qu\u2019aux individus et non aux collectivités.En vertu de cette logique, il n\u2019entendait pas traiter le Québec d\u2019une façon particulière, toutes les provinces seraient égales et le 46 gouvernement canadien serait dorénavant un gouvernement national de telle sorte que le peuple québécois ne serait pas reconnu comme entité distincte.Il conclut son allocution en mettant la tête de son gouvernement sur le billot et annonçant la démission de son gouvernement et le déclenchement d\u2019élections dans l\u2019éventualité d\u2019une victoire du OUI.Ce projet constitutionnel suscita l\u2019enthousiasme des anglophones, mais il fut considéré comme une gifle par les libéraux québécois qui préconisaient une vision décentralisée du fédéralisme canadien et qui espéraient faire reconnaître le Québec comme société distincte.Le chef libéral, Claude Ryan dut ravaler sa déception pour cacher la fissure idéologique du camp du NON, mais les militants sincères du parti libéral qui depuis la révolution tranquille croyaient qu\u2019on pouvait réformer le fédéralisme dans le sens du respect de l\u2019autonomie provinciale et de la dualité culturelle déchantèrent.Le premier ministre canadien avec sa morgue habituelle avait mis le dernier clou dans le cercueil de la théorie des deux peuples fondateurs.Désormais il n\u2019y avait qu\u2019un seul peuple au Canada.Il venait par cette déclaration d\u2019enlever toute crédibilité politique au chef du camp du NON Claude Ryan qui devait ravaler sa rage de s\u2019être fait rouler par son allié fédéral.Le lendemain, en conférence de presse, l\u2019ancien premier ministre du Québec, Robert Bourassa déclara qu\u2019il se retirait du camp du NON car il estimait que le projet constitutionnel exposé la veille par le premier ministre canadien allait à l\u2019encontre des intérêts du Québec et rendait illusoire sa conception d\u2019une souveraineté culturelle dans le cadre canadien puisque le Québec ne serait plus maître de ses choix linguistiques et culturels.Il offrait sa collaboration loyale au Parti québécois pour mettre en place les institutions d\u2019un Québec souverain tout particulièrement pour la création 47 d\u2019institutions monétaires communes.Cette prise de position provoqua le ralliement de l\u2019aile nationaliste du Parti libéral du Québec à la thèse de la souveraineté-association.La nouvelle position de Robert Bourassa procédait d\u2019un calcul stratégique car son objectif principal était d\u2019empêcher Trudeau de réaliser sa réforme constitutionnelle.Il fallait dès lors que le OUI l\u2019emporte pour forcer le déclenchement de nouvelles élections fédérales et espérer une défaite du Parti libéral du Canada.À ses yeux, la victoire du NON comportait plus de risques que la victoire du OUI.Fidèle à sa prudence coutumière, il cherchait à se garder des portes ouvertes et comptait sur l\u2019élection du Parti conservateur pour revenir à une conception décentralisée du fédéralisme.Profitant de ces dissensions dans le camp fédéraliste, René Lévesque, dans un message télévisé à la nation le 18 mai, offrit immédiatement à Robert Bourassa qui avait dans le passé participé à l\u2019élaboration de la plateforme initiale du Mouvement souveraineté-association, de faire partie du comité des négociateurs.Il remercia aussi le premier ministre canadien pour sa franche contribution au débat référendaire.Il conclut son allocution par un vibrant appel au ralliement de tous les Québécois dans le camp de l\u2019espoir.Les cartes étaient sur la table et les Québécois pouvaient choisir entre deux options claires.Il n\u2019y avait plus d\u2019ambiguïté dans la vision centralisatrice proposée par le Parti libéral du Canada.Les Québécois avaient le choix entre le statut subordonné d\u2019une minorité ethnique dans le fédéralisme unitaire ou l\u2019affirmation d\u2019une nation indépendante avec la liberté et les responsabilités que cela implique en particulier celle d\u2019assurer la stabilité et la croissance économique par la négociation d\u2019un traité d\u2019association avec le Canada. 48 Pendant les derniers jours de la campagne, alors que les troupes du NON étaient démoralisées, les partisans du OUI, galvanisés par les derniers événements, redoublèrent d\u2019effort pour convaincre les fédéralistes déçus de changer leur NON en OUI.Les sondages indiquaient que les déclarations des derniers jours avaient eu un impact significatif sur les électeurs et que le sort du Québec allait se jouer le jour du vote.Le 20 mai au matin, les électeurs se massèrent devant les bureaux de scrutin.La matinée était ensoleillée mais froide pour le mois des lilas.Il y avait de la fébrilité dans l\u2019air.Dans les cafés, les discussions étaient animées.Chacun sentait ce que cette journée avait d\u2019exceptionnel.Un peuple allait pouvoir choisir librement son destin en déposant un bulletin dans l\u2019urne.Il n\u2019y avait pas de précédent historique où un changement de régime politique avait pu se faire pacifiquement par la voie démocratique.Le Québec offrirait au monde entier l\u2019image d\u2019une société moderne qui par la délibération réussit à résoudre des conflits de nature politique et identitaire.Le geste que chaque électeur allait poser aurait une signification historique.Chacun sentait qu\u2019il participait pleinement au destin collectif et que chaque vote allait peser dans la balance.Le Québec vivait la quintessence de la démocratie.En début de soirée, de longs cortèges de voitures s\u2019acheminaient vers le Centre Paul-Sauvé où le camp du OUI avait convié ses partisans à attendre le dévoilement des résultats.Dès 191130, le parterre et les gradins étaient archi combles et la foule s\u2019agglutinait à l\u2019extérieur autour d\u2019écrans géants qui retransmettaient le déroulement de la soirée.Les poètes, chansonniers, chanteurs populaires qui avaient depuis vingt ans accompagnés le mouvement de libération nationale 49 étaient sur scène et venaient à tour de rôle faire chanter la foule.Une mer de drapeaux fleur de lys oscillait au rythme de la musique.Une forêt de caméras occupait les premières rangées obstruant la vue des spectateurs qui profitaient des interruptions pour lancer des cris de protestation.Mais dans l\u2019ensemble l\u2019atmosphère était bon enfant.Des couples avec des jeunes enfants sur leurs épaules côtoyaient des personnes âgées, des travailleurs, des étudiants, des professeurs.Chacun se regardait avec l\u2019espoir de voir leur rêve se réaliser.Des journalistes circulaient avec micro et caméra afin de retransmettre ces moments d\u2019intenses émotions.Tous avaient conscience que cette soirée passerait à l\u2019histoire.A 2oh30, le maître de cérémonie, Doris Lussier, interrompit le spectacle pour annoncer les premiers décomptes qui donnaient une légère avance au OUI.Tous les regards se portèrent vers les écrans qui indiquaient les chiffres magiques.Plus la soirée avançait plus l\u2019écart entre le OUI et le NON s\u2019accentuait.A chaque annonce, des cris de joie fusaient pendant de longues minutes.La foule était partagée entre l\u2019euphorie et la gravité du moment.A 211130, Radio-Canada, par la voix de Bernard Derome, annonça que si la tendance se maintenait, le OUI obtiendrait 57 % des voix.Dans les minutes qui suivirent, le chef du camp du NON Claude Ryan fit une brève déclaration à partir du Forum reconnaissant la défaite du NON.Il disait respecter le choix des Québécois et offrait sa collaboration pour construire de nouvelles relations avec le Canada.Une ovation monstre accueillit René Lévesque à son arrivée sur la scène entouré d\u2019artistes, de députés, de syndicalistes qui avaient tous participé au combat souverainiste depuis la fin des années soixante.Pendant dix minutes un tonnerre d\u2019applaudissement l\u2019empêcha de parler.Peu à peu, on réussit à l\u2019entendre 50 qui de sa voix frêle martelait des « Écoutez », « Je vous en prie, écoutez ».Ce soir, les Québécois se sont dit OUI à eux-mêmes.Nous avons décidé de nous faire confiance et de prendre en main notre destin.Ce soir nous ouvrons un nouveau chapitre de notre histoire où nous retrouverons notre liberté, où nous serons véritablement maître chez nous.Nous avons la maturité pour assumer les responsabilités qui incombent à un peuple souverain et nous exercerons cette souveraineté dans le respect des autres.Cet appui massif nous ouvre la route de l\u2019indépendance mais il nous reste encore des étapes à franchir avant d'y arriver.Dès demain nous constituerons le comité de négociation et proposeront un calendrier de rencontres au gouvernement canadien.Une nuit de fêtes s\u2019en suivit.Des feux de joie furent allumés sur le Mont-Royal qui scintillait de centaines d\u2019étoiles dans la nuit.Alors que le silence régnait dans la partie ouest de la ville, des klaxons se firent entendre toute la nuit dans les quartiers est de la ville.Une foule animée déambula dans les rues du centre ville jusqu\u2019à l\u2019aurore.C\u2019était le début d\u2019un temps nouveau comme le disait une chanson populaire.Le lendemain une véritable onde de choc frappa le reste du Canada.Le Canada anglais se réveilla abasourdi et éberluée, n\u2019ayant pas été préparé par les dirigeants politiques canadiens à une éventuelle victoire des souverainistes.La forte présence au parlement fédéral de députés fédéralistes provenant du Québec leur avait laissé croire qu\u2019ils représentaient l\u2019opinion publique québécoise et qu\u2019il n\u2019y avait pas de risque de voir le pays éclater.Le premier ministre Trudeau leur répétait qu\u2019il n\u2019y avait qu\u2019une poignée de séparatistes au Québec et que l\u2019intransigeance était la seule politique valable pour mettre au pas le Québec. 51 Alors que les éditoriaux des journaux torontois adoptèrent un ton modéré et pragmatique en reconnaissant la nécessité de négocier un traité d\u2019association économique afin de protéger les 300 000 emplois qui dépendaient du marché québécois, les journaux de l'Ouest canadien manifestèrent de l\u2019animosité et du ressentiment.Ils avaient l\u2019impression de s\u2019être fait rouler par les élites du Canada central.On n\u2019avait qu\u2019à laisser ces French bastards se débrouiller seuls disaient certains anglophones enragés par la décision des Québécois qui contredisaient leur vision du Canada ce beau et grand pays, si généreux avec ses minorités.Le OUI des Québécois avait brisé cette image et porté atteinte à leur identité ce qui expliquait leurs réactions émotives.Mais de nombreuses voix provenant surtout des milieux intellectuels et de la gauche canadienne disaient que le Canada devait reconnaître le caractère démocratique du choix des Québécois et qu\u2019il fallait donner une nouvelle architecture au système politique canadien qui ne correspondait plus aux besoins de la société canadienne.Le Canada pouvait développer une identité canadienne sans le Québec.Le choix des Québécois pouvait s\u2019avérer bénéfique pour le Canada en lui donnant plus de cohérence.En fait la victoire du OUI fut surtout interprétée comme l\u2019échec de la politique d\u2019intransigeance menée par le gouvernement canadien à l\u2019endroit des revendications québécoises.En refusant de reconnaître le biculturalisme comme élément essentiel de l\u2019identité canadienne, le premier ministre Trudeau avait poussé les nationalistes traditionnels dans le camp souverainiste.Sa vision abstraite des droits individuels avait occulté les aspirations profondes des Québécois aux yeux du reste du Canada. 52 Le premier ministre canadien, après avoir réuni son conseil des ministres, annonça qu\u2019il se rendrait chez le gouverneur général du Canada pour remettre la démission de son gouvernement et qu\u2019il y aurait des élections générales le ier juillet.Il expliqua en conférence de presse qu\u2019il assumait la responsabilité de l\u2019échec de la campagne du NON parce que, forcé par l\u2019agenda des souverainistes, il n\u2019avait pas eu le temps d\u2019expliquer sa conception de la réforme constitutionnelle qu\u2019il proposait aux Canadiens et qu\u2019il en ferait l\u2019enjeu principal de la prochaine campagne électorale.Pressé par les journalistes sur son attitude vis-à-vis les négociations qui devaient s\u2019enclencher à la suite du référendum, il expliqua que l\u2019élection fédérale tiendrait lieu de deuxième référendum et que s\u2019il était réélu, il n\u2019y aurait pas de négociation.Aux journalistes qui mettaient en doute son respect de la démocratie, il répondit que la démocratie s\u2019exprimerait aux élections fédérales ce qui était une façon détournée d\u2019invalider la démocratie québécoise.Les chefs des deux partis d\u2019opposition dénoncèrent l\u2019intransigeance du Parti libéral et acceptèrent chacun de leur côté de reconnaître le résultat référendaire.Il se dirent prêts à négocier le changement de statut politique du Québec parce que le Canada n\u2019avait pas intérêt à entretenir des conflits constitutionnels et qu\u2019il fallait reconstruire sur de nouvelles bases les relations entre le Québec et le Canada.Il fallait tourner la page de la confrontation.? 53 ARTICLES Serge Gauthier* LA FIN DES TÉLÉROMANS À L\u2019ANCIENNE?M\u2019imposant de regarder quelques émissions à la mode de notre télévision d\u2019aujourd\u2019hui, jeudi soir le 3 février dernier, je me suis buté successivement sur les séries Cover Girl à Radio-Canada, Le coeur a ses raisons et Vice caché à TVA.Je n\u2019ai pu que constater le vide et la superficialité de ces productions pourtant subventionnées à grand coup de taxes publiques et pour quel résultat au fond ?Des cotes d\u2019écoute, de la vente de publicité, du remplissage ?Soyons franc : ces séries sont sans intérêt et même enrobées d\u2019une présentation technique ambitieuse et au goût du jour, elles laissent le téléspectateur le moindrement exigeant avec une nette impression d\u2019avoir simplement perdu son temps.Ce même 3 février 2005, un petit article du journal Le Devoir sous la plume de Paul Cauchon nous apprend la fin du téléroman Le bleu du ciel de Victor-Lévy Beaulieu avec, en prime, une déclaration de Mario Clément, directeur des programmes à Radio-Canada, décrétant que : « c\u2019est le dernier téléroman à l\u2019ancienne que nous diffusons ».Je ne sais pas si Le bleu du ciel méritait ou non d\u2019être retiré des ondes mais je suis certain que ce monsieur Clément a tort de rejeter du revers de la main les « téléromans à l\u2019ancienne » sans L\u2019auteur est détenteur d\u2019un doctorat en ethnologie de l\u2019Université Laval.Il est président de la Société d\u2019histoire de Charlevoix. 54 considérer qu\u2019il s\u2019agit aussi, même avec leurs faiblesses et leurs défauts, d\u2019un héritage important de la culture du Québec contemporain.Je tiens donc ici à relever trois aspects importants qui faisaient, à mon avis, la force des « téléromans à l\u2019ancienne » et que nous risquons de perdre dans le charabia diffus des séries actuelles.Une écriture de source littéraire Les plus importants téléromans québécois sont d\u2019origine littéraire : La famille Plouffe de Roger Lemelin, Le Survenant de Germaine Guévremont, Les Belles Histoires des pays d\u2019en-Haut de Claude-Henri Grignon, La Petite Patrie de Claude Jasmin et, bien sûr, les nombreux téléromans de Victor-Lévy Beaulieu (Race de monde, L\u2019Héritage, Bouscotte) parmi d\u2019autres.À ce sujet, certains pourront citer le succès de la série La vie, la vie comme un exemple d\u2019une production actuelle issue de l\u2019oeuvre littéraire d\u2019un écrivain.Peut-être bien, mais outre cette exception, l\u2019écriture actuelle des séries diffusées sur nos ondes est faible, le plus souvent calquée sur des recettes américaines et axée plus sur l\u2019effet visuel que sur la qualité des textes.Et pourtant, le téléroman québécois avait su faire un lien significatif avec les écrivains d\u2019ici et s\u2019inscrire dans une dramaturgie québécoise parfois fort riche.Le retrait du Bleu du ciel et du « téléroman à l\u2019ancienne » marque-t-il la fin de cette tradition ?Il faut espérer que non.Un lieu de réflexion collectif Ce n\u2019est certainement pas le but d\u2019un téléroman, fusse-t-il même \u201c à l\u2019ancienne \u201d d\u2019être un lieu de réflexion sociale.Et pourtant nos téléromans ont souvent trouvé le moyen d\u2019être des témoins utiles de l\u2019évolution du Québec.Il suffit de pen- 55 ser aux téléromans de Janette Bertrand ou de Lise Payette qui, à leur époque, illustraient les changements que vivaient le Québec d\u2019alors et même se montraient audacieux sur certaines questions.Que reste-t-il de cela dans les séries d\u2019aujourd\u2019hui ?Pas grand chose, il me semble.Il paraît plutôt que les séries actuelles se dispensent de retenir les enjeux sociaux ou sinon, elles les travestissent de manière superficielle- comme c\u2019est le cas de la série Cover Girl par exemple- en imposant davantage la notion de divertissement et une mise en image faussement provocante.Perdra-t-on avec la fin du « téléroman à l\u2019ancienne », cette sorte de forum populaire que furent autrefois certains oeuvres télévisuelles québécoises simplement au profit de productions sans substance et désincarnées ?Un lien avec les régions du Québec Les gens habitant les régions québécoises écoutent aussi les « téléromans à l\u2019ancienne » et ces productions ont su présenter leur milieu de manière parfois fort attachante.Il suffit de se rappeler des téléromans de Pierre Gauvreau et notamment Le Temps d\u2019une paix en lien avec Charlevoix pour savoir jusqu\u2019à quel point ce lien avec le cadre régional -notamment par le biais de tournage en région- a pu être riche et significatif à une certaine époque.Nous ne disons pas ici que la formule était parfaite car, le plus souvent, elle reposait sur la nostalgie et sur un recours au folklore parfois de mauvais aloi.Mais que restera-t-il du vécu régional dans les « nouvelles productions »?À ce jour, rien du tout.Le Bleu du ciel sera-t-il une des dernières séries télévisées tournées en région qui abordent le vécu des gens des milieux régionaux ?Si tel est le cas, Radio-Canada renoncerait à une part importante de son mandat et mettrait fin à 56 une tradition féconde et au profit de quoi ?Des séries situées nulle part et n\u2019importe où ?Les gens des régions ont aussi droit à se voir représenter à la télévision.Le « téléroman à l\u2019ancienne » a fait ses preuves à ce sujet et il faut peut-être s\u2019inquiéter de le voir disparaître sans même qu\u2019un débat public ne se fasse.La fin des « téléromans à l\u2019ancienne » : une perte sociale et culturelle Mais au fait, changer le « téléroman à l\u2019ancienne » pour quoi ?Pour faire moderne, pour éviter le traditionnel ?Rejeter cette forme d\u2019écriture c\u2019est aussi renoncer à un héritage qui n\u2019est pas sans valeur et qui a fait ses preuves.Serait-il possible de renouveler le genre sans en perdre la substance ?En regardant quelques séries actuelles fort coûteuses et si peu intéressantes, il semble difficile de se convaincre que cette « évolution » n\u2019est pas une perte réelle pour la vie culturelle et l\u2019évolution sociale du Québec.Tous ces changements menant à si peu et pour une inflation des coûts si importante (plus d\u2019un million de dollars par épisode pour la série Détect Inc.de Claude Meunier diffusée à Radio-Canada !) qu\u2019il est permis de se demander s\u2019il ne s\u2019agit pas d\u2019un scandale aussi grave et pernicieux que celui des « commandites » et qui nous conduit irréversiblement vers une autre manière de déconstruire l\u2019héritage culturel des Québécois si menacé par les temps qui courent. 57 ARTICLES Gaston Laurion* LE GIGANTISME DE CONCORDIA Nous assistons, au centre-ville de Montréal, à un phénomène qui n\u2019est pas sans rapport avec la construction des deux mégacentres hospitaliers subventionnées à égalité, l\u2019un pour les francophones, l\u2019autre pour notre la minorité anglophone, le tout payé à même les impôts de l\u2019ensemble des contribuables.On nous annonce en effet (Le Devoir, 7 avril 2005, p.A 5) que l\u2019Université Concordia « pourra aller de l\u2019avant avec la construction du pavillon John-Molson [.], à l\u2019angle de la rue Guy et du boulevard de Maisonneuve ».Or ce projet, autorisé par l\u2019arrondissement Ville-Marie contre l\u2019avis du Comité consultatif d\u2019urbanisme, se défend difficilement sur le plan esthétique autant qu\u2019administratif et détruira de surcroît le milieu de vie des riverains.Mais au delà de ces considérations humanitaires, qui n\u2019ont presque plus cours dans notre société matérialiste, il est cependant permis de se demander jusqu\u2019à quel point nous allons tolérer l\u2019expansion outrancière de cette université de langue anglaise et lui permettre d\u2019occuper une portion grandissante du centre-ville.Le but non avoué de cette opération ne serait-il pas d\u2019y aménager, par la suite, un vaste campus s\u2019ajoutant à celui de McGill : après les maisons occupées rue Mackay et rue Bichop, après les facultés du boulevard René- Professeur titulaire émérite(Université Concordia) 58 Lévesque, après les locaux du Faubourg Sainte-Catherine et d\u2019ailleurs, après l\u2019édifice situé au coin de Sainte-Catherine et Saint-Mathieu et celui récemment construit angle Sainte-Catherine et Guy, voici en effet qu\u2019un autre monstre envahira l\u2019angle Maisonneuve et Guy, non loin des deux bâtiments déjà existants, un peu à l\u2019est sur Maisonneuve.Sans compter l\u2019acquisition récente du couvent des Soeurs Grises, situé non loin de là, boulevard René-Lévesque.Il n\u2019y a plus qu\u2019à exproprier le reste et à construire un mur d\u2019enceinte.Mais n\u2019oublions pas que, par ailleurs, cette université croît et se multiplie sur le Campus Loyola, dans l\u2019ouest de la ville.« Jusques à quand » allons-nous tolérer cette expansion intempestive ?On nous dira sans doute que les frais de construction sont assumés en grande partie par quelques généreuses fondations ou par des dons, mais, comme pour le mégacentre hospitalier, qui paiera, avec ses impôts, les frais de fonctionnement, durant les années à venir ?Cette question est d\u2019autant plus pertinente que l\u2019on sait que l\u2019université en question est un lieu d\u2019anglicisation, non seulement d\u2019un bon nombre de francophones, mais également de nombreux immigrants.Quant aux Canadiens des provinces et aux Américains, qui y étudient partiellement à nos frais pour retourner ensuite dans leurs terres, ce n\u2019est certainement pas là qu\u2019il prendront contact avec la culture québécoise et qu\u2019ils apprendront notre langue.« Jusques à quand » donc serons-nous assez benêts pour tolérer une telle situation, qui nous saigne à blanc depuis longtemps, et continuera longtemps de le faire si nous n\u2019y mettons le holà ?Finirons-nous par comprendre que c\u2019est cette réalité, parmi d\u2019autres causes entretenues par la couardise de nos dirigeants, qui nous empêche aujourd\u2019hui de répondre favorablement aux demandes légitimes de la 59 Cassée et d\u2019établir la gratuité de l\u2019enseignement à tous les niveaux, au Québec ou, en tout cas, d\u2019aller dans cette direction et non dans celle que nous propose le gouvernement actuel.? 6o Maka Kotto* C\u2019EST CELA MON MODÈLE DE PAYS, MON MODÈLE D\u2019UN QUÉBEC SOUVERAIN Ce n\u2019est ni par pulsion ni par réflexe fanatique que je m\u2019investis dans l\u2019architecture de ce pays.C\u2019est par lucidité.Le Québec a plus que jamais intérêt à se délivrer de l\u2019étau que lui impose la pseudo confédération dans laquelle il se trouve piégé.Nous nous devons de bâtir un Québec libre, digne, démocratique et solidaire, dans le respect de la différence et de la diversité qui le caractérise.Ce, avec toutes les Québécoises et tous les Québécois lucides, quelles que soient leurs origines.Le Québec est une maison : C\u2019est celle qui m\u2019a accueillie ; On m\u2019y a fait une place ; c\u2019est ma maison.Quand elle est attaquée, je me dois de la défendre ; C\u2019est notre maison.Député du Bloc québécois de la circonscription de Saint-Lambert à la Chambre des communes 6i Nous y sommes attachés.Elle a une toiture, des portes et des fenêtres ouvertes.Nous devrions être libres d\u2019y faire les travaux que nous voulons.Nous devrions être libres d\u2019y inviter qui nous voulons, quand nous voulons ! Les Ahmed, les Wang, les Anderson, les Nguyen, les Salvatore, les Alper les Lévy, les Cohen, les Hidalgo, Papadhôpoulos, les Metellus, les Amadou, sans oublier tous ceux qui ont été déportés sans aucune forme de procès.Tous ceux encore, qui sont victimes de ce que certains appellent délit de faciès, et d\u2019autres, profilage racial.Dans le pays libre du Québec, nous vivrons selon des principes reconnus par tous les membres de la « famille » élargie.Il sera notre Château, ce pays libre, quelles que soient nos origines.Amoureuses et amantes du Québec, Amoureux et amants du Québec, nous y serons seeds propriétaires.Et nous l\u2019aimerons.Ce pays a, et aura 62 des valeurs qui lui sont propres, un génie qui lui est propre, un sens des solidarités qui lui est propre, un sens du partage qui lui est propre, une langue publique commune qui lui est propre, une culture qui lui est propre.Nous voudrions qu\u2019il soit dirigé avec bon sens, dans l\u2019intérêt de tous.Comme dirait l\u2019autre, nous mettrons l\u2019accent au cœur de la politique, avec des solutions nouvelles, originales, pour lui redonner sa noblesse, sa raison d\u2019être, et pour tirer le meilleur de tous, du monde, du temps et de la vie ; afin que s\u2019ouvre, aux cœurs des réflexes sectaires, des ouvertures à l\u2019autre, à la différence, à la diversité.Aussi, il nous appartient, 63 il est de notre responsabilité à nous, souverainistes, dès aujourd\u2019hui, dans l\u2019architecture de notre projet, d\u2019assurer à nos jeunes et à nos enfants, un avenir plus ouvert, inclusif, pluriel.Et pour cela, d\u2019instaurer une égalité des chances de fait et non seulement de forme.Cela commence par la dénonciation de la sous-représenta-tion des métèques dans plusieurs secteurs de l\u2019activité humaine.Contrairement à ce que nous avons l\u2019habitude d\u2019entendre en théorie, nous sommes en réalité dans un système où les choses ne bougent que lorsque des lois sont votées et appliquées pour les faire bouger.Nous sommes en réalité dans un système où l\u2019on peut espérer et attendre les bonnes volontés des uns et des autres.Les femmes dans leur combat l\u2019ont bien constaté.Alors à compétence égale, poussons pour la discrimination positive.La discrimination négative, nous en connaissons bien les résonances.En poussant pour la discrimination positive, nous créons inéluctablement le débat.Il y a des gens qui sont pour, et d\u2019autres qui sont contre.J\u2019attends.J\u2019attends que ceux qui sont contre avancent d\u2019autres propositions et démontrent que l\u2019idée de la discrimination positive est absurde.Je suis persuadé que dans son application, la discrimination positive, pendant une période déterminée, permettra à ceux des métèques qui ont du talent, de l\u2019exprimer ce talent. 64 Ils auront ainsi une chance d\u2019être appréciés ou jugés comme des êtres normaux.Pour le moment ils sont loin de l\u2019exprimer, ce talent.Pour créer des chances égales, il faudra des lois.Car les métèques ne font pas confiance à un système qui les ignore.Un système qui ne veut pas évoluer.Ils ne veulent pas d\u2019une petite politique volontariste, et superficielle, à l\u2019instar de ce qui se fait jusqu\u2019à présent.Pour nous souverainistes, il faudra donc aller plus loin.La collectivité tirera certainement des leçons de cette politique après la période déterminée, car elle aura laissé jaillir des talents pendant ce temps .Ils sont légion, les talents dans ces milieux-là.Je doute fort que nous soyons au seul endroit en Amérique du Nord où il n\u2019y aurait que des métèques sans talent.Nous sommes nombreux à avoir souvent l\u2019impression qu\u2019il existe ici une véritable volonté de la part de certains décideurs, prisonniers d\u2019une forme aiguë d\u2019étroitesse d'esprit, et souffrant d\u2019une carence de vision sans nom, de ne pas prendre les métèques en considération.D\u2019un autre côté, il est aussi possible qu\u2019ils aient tout simplement hérité d\u2019un fonctionnement méprisant vis-à-vis de nous, et qu\u2019ils continuent à ne pas nous voir comme des 65 êtres normaux, parfois même à croire que nous n\u2019existons pas.Ou tout au plus, que nous ne pouvons exister qu\u2019à travers eux.Il y a véritablement un problème au chapitre des mentalités.Et je crois que si nous, souverainistes, ne faisons rien, si nous ne montrons pas le vrai visage de ce pays libre que nous sommes apparemment les seuls à imaginer, et qui n\u2019a rien à voir avec le discours hypocrite ou perfide défendu ici et ailleurs, alors on ne considérera jamais les métèques comme des gens normaux.On continuera de plus en plus à les laisser sur la touche, et à ne pas croire qu\u2019il existe des talents parmi eux.Côté des métèques : Eu égard à une certaine lâcheté, à un individualisme très prononcé, à un autisme social et culturel, à l\u2019inertie et à la torpeur, la plupart des métèques ne s\u2019impliquent pas et donnent l\u2019impression de ne pas comprendre la pertinence de le faire pour changer les choses.Cependant, un nombre croissant de lucides parmi eux crie avec force une chose : ras-le-bol ! Ras-le-bol de jouer les « faire-valoir ».Ras-le-bol de jouer la touche exotique.Ras-le-bol de jouer les alibis sociaux et culturels.À être ou à ne pas être, ils choisissent d\u2019être.Ne serait-ce que pour leurs plus jeunes, leurs enfants. 66 Qui ont consciemment ou inconsciemment une soif exacerbée de modèles de référence et d\u2019identification, pour être, pleinement, eux aussi.Ils se veulent citoyens lucides et responsables.Pas des opportunistes imbéciles vivant dans le confort et l\u2019indifférence.La société dans laquelle nous vivons relève de plus en plus d\u2019origines diverses.Dans notre projet, cette diversité, à l\u2019inclusion des autochtones et des anglophones, devrait se refléter partout.Dans une ou deux générations, au sein d\u2019un Québec indépendant et inclusif, cela permettra à chaque citoyenne, et à chaque citoyen, quels que soient ses origines, son genre, sa couleur, son orientation sexuelle, sa religion, d\u2019accéder à une réelle visibilité et au marché du travail, à la dignité et à la fierté qui résultent de la réussite.C\u2019est cela mon modèle de pays, mon modèle d\u2019un Québec souverain.Merci.? DOSSIER LA RÉFORME DU MODE DE SCRUTIN DES LIBÉRAUX DIMINUERA ENCORE LE POIDS DES FRANCOPHONES Dossier La réforme du mode de scrutin des libéraux diminuera encore le poids des francophones \t \t \t \t \t \t 68 DOSSIER Pierre Serré* LA RÉFORME DU MODE DE SCRUTIN DES LIBÉRAUX DIMINUERA ENCORE LE POIDS DES FRANCOPHONES La réforme du mode de scrutin concoctée par le ministre Dupuis et maintenant pilotée par le ministre Benoît Pelletier corrigera-t-elle le handicap électoral dont souffre le Parti libéral du Québec (PLQ) ?Éta-blira-t-elle une équité véritable entre les forces politiques ?Bien qu\u2019il semble exact que la réforme proposée corrigera certains travers du scrutin majoritaire actuel, notre analyse de la proposition Dupuis-Pelletier nous laisse croire qu\u2019elle favoriserait outrageusement le PLQ, quelle écarterait le Parti québécois (PQ) du pouvoir de manière permanente, qu\u2019elle favoriserait les tiers partis fédéralistes de droite tout en limitant l\u2019influence des partis issus des forces de démocratisation de la société québécoise.Le projet Dupuis-Pelletier repose sur une prémisse discutable.Le PLQ serait lésé par le mode de scrutin actuel.Nous montrerons tout d\u2019abord que tel n\u2019est pas le cas, que le scrutin majoritaire affaiblit considérablement le poids des francophones et qu\u2019il ne peut constituer une solution de repli.Nous verrons ensuite les grandes lignes du projet Dupuis-Pelletier, une simulation des résultats des élections provinciales tenues de i960 à 2003, et les effets prévisibles de la Ph.D.science politique pierre.serre@sympatico.ca 69 réforme.Une dernière section examine les amendements nécessaires à apporter au projet pour atteindre les finalités désirées, soit une représentation juste et équitable pour toutes les forces politiques en présence.Nous croyons qu\u2019une représentation proportionnelle conforme aux objectifs précités redonnerait aux francophones une place électorale conforme à leur poids démographique et ouvrirait la voie vers l\u2019indépendance.Le PLQ est-il lésé par le scrutin majoritaire ?Deux interprétations de l\u2019impact du scrutin majoritaire s\u2019opposent : -\tla concentration du vote libéral dans le cadre du mode de scrutin majoritaire entraîne un gaspillage des voix obtenues par le PLQ qui fait du Parti québécois (PQ) le grand bénéficiaire des travers de notre mode de scrutin ; -\tle vote bloc des non-francophones avantage plus qu\u2019il n handicape le PLQ dans sa quête du pouvoir.Par l\u2019affaiblissement du poids électoral des francophones, la création d une dynamique politique qui marginalise les défenseurs des droits collectifs des francophones de l'arène politique, l\u2019impossibilité de créer une union sacrée entre PQ et PLQ, le scrutin majoritaire constitue, après le statut minoritaire et le partage des pouvoirs et des ressources au Canada, le troisième pilier de la subordination politique du Québec.La première interprétation est défendue notamment par Louis Massicotte, politologue à l\u2019Université de Montréal, et par quelques collègues.M.Massicotte a d\u2019ailleurs été le 70 conseiller principal du ministre Dupuis dans l\u2019élaboration du nouveau mode de scrutin.La deuxième interprétation est celle de l\u2019auteur, issue d\u2019une recherche entreprise il y a plus de 15 ans.Elle a fait l\u2019objet d\u2019une thèse de doctorat, d\u2019un livre (Deux poids, deux mesures, VLB, 2003) et de plusieurs articles.Selon le professeur Massicotte, le PLQ souffre d\u2019un handicap « structurel » qui l\u2019empêche parfois d\u2019accéder au pouvoir même s\u2019il dispose de davantage de voix que son principal rival.Il faut ainsi au PLQ obtenir au moins 7,5 % de plus de voix que le PQ pour accéder au pouvoir (Louis Massicotte, « Un mode de scrutin à revoir », Relations, juillet-août 2002 no 678, p.32-35).Le PLQ a ainsi été écarté du pouvoir à trois reprises au cours du 20e siècle, une fois en 1944, une fois en 1966, au profit de l\u2019Union nationale (UN), et une autre fois en 1998, au profit du PQ, alors que la carte électorale était pourtant relativement égalitaire.S\u2019il faut donner raison au professeur Massicotte sur ce point, il faut néanmoins considérer l\u2019ensemble du « structurel » sous-jacent : le Québec qui vote est composé d\u2019une majorité de 85 % de francophones politiquement divisée à peu près à parts égales sur la question de son avenir politique.À la moitié fédéraliste s\u2019ajoute un bloc de 15 % de non-francophones qui vote de manière quasi monolithique et presque permanente.Deux exceptions notables : en 1976, les anglophones ont ponctuellement reporté leur vote sur l\u2019UN ; puis, en 1989, ils répétaient l\u2019opération avec plus de finesse en appuyant les Equality Party et Unity Party (dans ce cas, il n\u2019y eut aucune conséquence favorable au PQ, alors que la division de 1976 avait coûté le pouvoir au PLQ).En situation de bipartisme pur, ces deux blocs d\u2019électeurs représentent plus de la moitié des votants 7i (42>5 % + 15 % = 57>5 %)\u2022 En situations réelles, les forces fédéralistes parviennent généralement à se maintenir en un bloc dominant.Le « handicap libéral » s\u2019applique donc à un bloc d\u2019électeurs constituant plus de la moitié de l\u2019électorat votant.Or quand on représente un bloc de 57,5 % des votants, souffrir d\u2019un handicap de 7,5 % des voix n'empêche généralement pas de prendre le pouvoir.De fait, cela n\u2019a pas empêché le PLQ de former sept des douze gouvernements élus depuis i960 même s\u2019il a été privé indûment du pouvoir en 1966 et en 1998.Il n\u2019a pas non plus empêché le PLQ de disposer de la plus forte suneprésentation (écart entre proportion des voix obtenues et proportion des sièges obtenus) de tous les partis depuis 1970 : 10 % en moyenne pour les neuf élections de cette période (8 % pour les douze élections de i960 à 2003) contre o % pour le PQ, -3 % pour l\u2019UN et -8 % pour les tiers partis (-11 % de i960 à 2003).Victorieux, le PLQ l\u2019a d'ailleurs le plus souvent remporté en étant spectaculairement surreprésenté : une prime de 25 % depuis 1970 (19 % depuis i960) qui surpasse nettement celle qu\u2019a pu obtenir le PQ, qui était de 19 %.Même défait, sa sous-représentation est demeurée moins grave que celle qui a affecté le PQ ou même l\u2019Action démocratique du Québec (ADQ) : -7 % pour le PLQ depuis 1970 (-6 % depuis i960) contre -15 % pour le PQ et -11 % pour les trois élections auxquelles a participé l\u2019ADQ de 1994 à 2003.On doit enfin rajouter que même la perspective de voir le PLQ tirer de l\u2019arrière par plus de 15 % chez les francophones ne suffirait pas pour l\u2019anéantir.Même à son minimum chez les francophones (avec 23 % des inscrits en 2003, Ie PLQ obtenait son résultat le plus faible depuis 1970), le PLQ est 72 tout de même parvenu à conserver, de 1970 à 2003, une moyenne de 34 % des sièges (36 % de i960 à 2003).Par contre, en ce qui concerne le PQ, dès qu\u2019il tirera de l\u2019arrière par 15 % ou plus chez les francophones, sa députation se réduira à une peau de chagrin, un peu à l\u2019image du sort que connaît l\u2019ADQ depuis son arrivée sur la scène électorale.Simple, la thèse du handicap l\u2019est.Sa logique est mathématique, mais non sociologique.Il apparaît nécessaire d\u2019accorder une attention particulière aux rapports de force entre les groupes linguistiques qui sont à la base de la vie collective des Québécois.Autant le changement des règles du jeu a des impacts sur les rapports de pouvoir entre les groupes, autant le maintien du mode de scrutin actuel a des implications qu\u2019il importe de connaître afin de jauger la réforme Dupuis-Pelletier.Et à cet égard, le scrutin majoritaire affaiblit les francophones et constitue l\u2019obstacle principal à l\u2019accession à l\u2019indépendance.Les francophones affaiblis par le mode de scrutin majoritaire Le bloc de 15 % d\u2019électeurs non francophones auquel s\u2019additionnent les fédéralistes radicaux francophones (les partisans d\u2019un pouvoir fédéral plus centralisé et combattant activement les droits collectifs des Québécois) exige d\u2019être surmonté pour qu\u2019un point de vue francophone nationaliste et contestataire de l\u2019ordre politique canadien s\u2019installe au pouvoir.S\u2019en tenant strictement aux voix, on peut calculer que la majorité francophone (85 % des votants) se transforme grâce au scrutin majoritaire en un groupe de taille à peu près équivalente à celui des non-francophones.En effet, dans les situations les plus favorables aux francophones, leur capacité de dégager une majorité en faveur d\u2019un parti nationaliste (qui remet en question les relations intercom- 73 munautaires et qui intervient au nom des droits politiques de la majorité) a historiquement été égale à celle des non-francophones de dégager une majorité fédéraliste.Au Québec, depuis l\u2019avènement des cartes électorales (presque) égalitaires, francophones et non-francophones sont au mieux à égalité sur le plan électoral.Au pire, le point de vue nationaliste francophone est obligé de s\u2019exprimer dans un parti contrôlé par les fédéralistes radicaux (les partisans francophones du statu quo constitutionnel ou de la centralisation du pouvoir entre les mains du gouvernement fédéral) qui exercent un contrôle absolu sur l\u2019orientation politique et idéologique du PLQ.Ce dernier point provient d\u2019une analyse fine du comportement électoral et de l\u2019impact du scrutin majoritaire sur les relations intercommunautaires.Lorsque l\u2019on examine l\u2019influence du mode de scrutin majoritaire sur la répartition des sièges, on constate qu\u2019il a pour effet de gonfler artificiellement ce 15 % des électeurs en un bloc de 35 % des sièges qui appartiennent de manière permanente aux libéraux, indépendamment de tout scandale, de toute malversation et de tout recul que le gouvernement provincial ou son vis-à-vis fédéral peuvent faire subir au Québec.Ce 35 %, représente plus de deux fois la proportion de non-francophones (15 %).Le PLQ au pouvoir, ce 35 % correspond à la moitié des députés libéraux, les deux tiers du conseil des ministres et presque 100 % des titulaires des ministères les plus importants.Lorsque le PLQ est dans l\u2019opposition, ce 35 % se transforment en 90 % du total des députés libéraux.La concentration du vote non francophone fait perdre des sièges au PLQ, cela est exact.Mais la dispersion de ce même vote parvient elle aussi à lui en faire gagner de manière surprenante.Quelques points de pourcentages de non-franco- 74 phones suffisent ainsi à sceller l\u2019issue du scrutin dans toutes les circonscriptions partageant ces caractéristiques.En 2003, il fallait aussi peu que 3,5 % de non-francophones votants pour que les circonscriptions hors Montréal basculent entre les mains des libéraux.En 1994 et en 1998, il en fallait éîitre 5 % et 6 %.Toutes les circonscriptions comptant moins de 90 % de francophones votants hors Montréal et moins de 79 % à Montréal sont des châteaux forts libéraux où les non-francophones font la différence de manière systématique.Leurs titulaires sont en poste autant de temps qu\u2019ils le désirent.Le scrutin majoritaire en permet l\u2019élection ad nauseam.En équilibre sur les diverses composantes libérales de leur électorat respectif, les élus de ces circonscriptions sont structurellement des fédéralistes radicaux, des francophones prêts à accepter, lorsque les circonstances l\u2019exigent, le ravalement des intérêts du Québec au sein du Canada et ceux des francophones au Québec, la centralisation des pouvoirs et des ressources à Ottawa et la diminution corollaire des pouvoirs du gouvernement du Québec.Ces francophones sont tantôt issus de l\u2019élite économique, tantôt issus des milieux municipaux, tantôt de simples desperados en quête d\u2019une amélioration de leur sort.Ensemble, les représentants de ces circonscriptions occupent structurellement les meilleures places au sein de la hiérarchie libérale et exercent une influence politique qui écrase structurellement celle des élus plus nationalistes.Le PLQ a peut-être une clientèle majoritairement francophone, mais il reste un parti fédéraliste résolument radical.En résumé, beau temps, mauvais temps, plus du tiers des élus de l\u2019Assemblée nationales sont des fédéralistes radicaux.Au contrôle du Parti libéral, dans l\u2019opposition comme 75 au pouvoir, ils étouffent la formulation d\u2019un point de vue critique nationaliste dans leurs rangs et empêchent la construction des consensus politiques nécessaires pour combattre le fédéral et renforcer l\u2019État québécois.Ce faisant, ils facilitent les attaques des nationalistes canadiens contre l\u2019identité même des francophones tout en empêchant la formation d\u2019une union sacrée en faveur de l\u2019indépendance.L\u2019 « English Rule » : des défaites et des purges On entend parfois qualifier les circonscriptions libérales permanentes (les sièges sûrs, les forteresse libérales) d\u2019« anglophones ».Ce qui est vrai, c\u2019est que les francophones qui y vivent n\u2019ont pas accès à une représentation nationaliste et subissent 1\u2019 « English Rule » sans discontinuité.Les régions de l\u2019Outaouais, de Montréal et de l\u2019Estrie sont situées à mi-chemin entre les francophones du Québec et hors Québec : des élus libéraux à tous les niveaux de représentation définissent les enjeux et décident de l\u2019avenir des francophones.Or c\u2019est précisément en ces lieux où les francophones auraient le plus besoin de protection qu\u2019ils n\u2019ont justement aucun pouvoir.Leur sort est lié aux « bonnes intentions nationalistes » de leurs élus libéraux, mais surtout à la volonté politique des élus provenant du reste de la communauté francophone, pour peu que ceux-ci parviennent à comprendre minimalement leur situation et à s\u2019engager, contre toute logique électorale, dans la lutte pour le respect de leurs droits (au lieu de chercher à se concilier l\u2019appui des élites locales).Sans cette solidarité du reste des francophones, le sort des francophones québécois vivant sous l\u2019« English Rule » sera celui du Pontiac, du Nouveau-Brunswick, puis des communautés francophones hors Québec.Par l\u2019affaiblissement politique des francophones, 76 par le refoulement des francophones hors du pouvoir, le scrutin majoritaire est assimilateur.De telles situations ne sont pas sans générer quelque gêne dans les rangs fédéralistes.En maintes occasions, on a pu constater des affrontements entre fédéralistes radicaux et nationalistes : amnistie de Claude Ryan aux enfants qui fréquentaient illégalement les écoles anglaises, retour de l\u2019affichage bilingue, lutte obstinée contre toute mesure collective pour influer sur l\u2019usage des langues au travail.Rappelons la résistance de Claude Ryan à condamner le rapatriement unilatéral de la Constitution de Pierre Elliott Trudeau, l\u2019acquiescement de Robert Bourassa à la révision de l\u2019entente du Lac Meech, son détournement de la volonté populaire et sa recherche à tout prix d\u2019une nouvelle entente constitutionnelle (ce qu\u2019était l\u2019Accord de Charlottetown) alors que l\u2019indépendance était à portée de main.Mentionnons la timide condamnation de la Loi sur la clarté référendaire par Daniel Johnson et la collaboration active de Jean Charest dans l\u2019œuvre d\u2019effacement menée par le grand frère fédéral.Les libéraux radicaux du provincial sont bien appuyés par leurs alliés du fédéral, encore plus radicaux et plus militants contre le nationalisme québécois.Et bien appuyés par les médias et les maires libéraux des grandes villes québécoises, dont les assises du pouvoir ont été généreusement consolidées par les fusions municipales de Louise Hard.Dès que les relations intercommunautaires sont ramenées dans les débats publics, les tensions entre fédéralistes radicaux et nationalistes reprennent de la vigueur.Elles ont d\u2019ailleurs eu des conséquences importantes sur la vie et la mort des partis depuis i960.Pour mémoire, rappelons la naissance, en 1967, du Mouvement souveraineté-association de René Lévesque ; en 1990, la création de l\u2019Action 77 démocratique du Québec de Jean Allaire et Mario Dumont.D\u2019autres événements ont impliqué le retrait temporaire (en 1976 et en 1989) de l\u2019appui d\u2019une partie des anglophones de l\u2019électorat libéral (mais non des allophones).Le colmatage de ces brèches importantes dans la clientèle libérale avait cependant exigé de la direction du parti un lessivage en règle de tout nationalisme susceptible de contenter les défenseurs des droits collectifs de la communauté francophone.La stratégie référendaire : une liberté politique étriquée Le Parti québécois est aussi affecté par le scrutin majoritaire.La stratégie référendaire, qui force la cour aux fédéralistes mous qui sont justement stationnés dans la cour d\u2019autres partis, exige en contrepartie que l\u2019establishment péquiste se démarque de sa propre base militante et tente de se faire passer pour modéré.Ainsi, toute prise de position susceptible de heurter l\u2019électeur non péquiste mais potentiellement favorable à la souveraineté ou nationaliste est sans avenir, que ce soit en matière de langue (notamment l\u2019essentielle « clause Québec »), d\u2019immigration, de communications, d\u2019éducation, de santé et de services sociaux (notamment l\u2019adhésion au projet d\u2019un hôpital universitaire anglais pour une communauté qui ne compte que pour 8 % de la population québécoise).Une donne qui ne changerait probablement pas après l\u2019indépendance.Conjugué au discours fédéraliste radical des libéraux, le discours péquiste écarte le nationalisme et se concentre exclusivement sur le rêve.d\u2019un pays.Cette stratégie a d\u2019ailleurs démontré ses limites puisque jamais le PQ n\u2019est parvenu à réunir seul les consensus politiques nécessaires à l\u2019union sacrée.Le résultat du OUI de 1995 n\u2019a été obtenu que sur les cendres encore chaudes de Meech, entente initiée par les 78 libéraux.La stratégie référendaire, qui découle de l\u2019accession au pouvoir d\u2019un PQ minoritaire aux voix et de l\u2019obligation de légitimation qui l\u2019accompagne, forge un espace de liberté politique étriqué, une sorte de nouvelle grande noirceur reflétant les contraintes institutionnelles imposées.Les libéraux provinciaux et fédéraux ont parfaitement compris que la seule chose à faire, concernant la question du Québec, est d\u2019éviter de créer une dynamique de négociation qui pourrait éventuellement déraper et nourrir le nationalisme québécois.Avec la Loi sur la clarté de Stéphane Dion et de Jean Chrétien, le Canada est à prendre, mais non à laisser.Avec la démolition de l\u2019État par le gouvernement Charest, le Québec est pris dans le ciment constitutionnel et des contraintes budgétaires impossibles.Il n\u2019a d\u2019autre choix que de renoncer à son existence propre et à ses ambitions.Ce n\u2019est pas la première fois qu\u2019une telle chape de plomb écrase le Québec.L\u2019élection de i960 a commencé la démocratisation des pratiques politiques des politiques sociales et des interventions gouvernementales.Il a néanmoins fallu attendre la venue au pouvoir du PQ en 1976 pour qu\u2019un parti attaché aux droits culturels et politiques des francophones et visant ouvertement à modifier les rapports de pouvoir entre le Québec et le Canada anglais, et surtout entre les francophones et les non-francophones au Québec - notamment avec la loi 101 -, parvienne enfin au pouvoir.C\u2019est parce que le programme du PQ prévoyait une démocratisation politique en profondeur, notamment sur le plan des droits politiques de la majorité francophone, que cette élection a pris de véritables allures de libération nationale.La dynamique allait toutefois se casser sur les contraintes inhérentes à la stratégie référendaire, le PQ rompant avec les forces de démocratisation pour subir la défaite en 1985. 79 Élu en 1994, Jacques Parizeau a choisi de ne pas perdre de temps et de tenir un référendum rapidement en capitalisant en 1995 sur les restes de Meech et de Charlottetown, prenant soin au préalable de reporter les enjeux intercommunautaires après le référendum.Son refus de gérer une province et sa démission reflètent bien une compréhension fort répandue et plutôt « conventionnelle » du politique.L\u2019expremier ministre était au pouvoir.Il aurait pu lancer la conquête du pouvoir politique par les francophones en procédant à une démocratisation globale des institutions politiques.Ce faisant, il aurait fait oeuvre utile et préparé les conditions les plus sûres d\u2019accession à l\u2019indépendance.Bien que souverainiste, son successeur s\u2019est inscrit en droite ligne dans cette pensée anti-nationaliste en matière de relations intercommunautaires au Québec.Son approche exempte des droits collectifs des francophones, bien qu\u2019adaptée à la stratégie référendaire, a ainsi mené à plusieurs reculs pour le Québec (langue de travail, langue des services publics, fusions municipales, délégations du Québec, médias) et l\u2019a laissé isolé devant l\u2019offensive d\u2019Ottawa.Les fédéralistes ont-ils historiquement bénéficié du scrutin majoritaire ?Malgré leur « handicap structurel », le PLQ est parvenu à former sept des douze gouvernements depuis i960.Monopolisant sans répit le pouvoir dans plusieurs régions depuis lors, ils sont parvenus à renverser la volonté majoritaire des francophones en 1995 ET en 1989.En 2003, ils constituaient un gouvernement qui ne disposait que d\u2019une portion restreinte de l\u2019électorat francophone, 23 % des francophones inscrits.Par cette élection, ils démontraient, grâce à l\u2019appui des non-francophones, qu\u2019ils n\u2019avaient pas besoin d\u2019un appui majoritaire chez les francophones pour 8o accéder au pouvoir.Quant au PQ, sa stratégie s\u2019est avérée délétère pour le mouvement nationaliste lui-même : ce qui l\u2019a mis au monde et l\u2019a nourri devient, à chaque prise du pouvoir, un handicap dans la course référendaire.Bref, le scrutin majoritaire, si nécessaire pour soutenir la concentration du pouvoir, a en contrepartie freiné l\u2019élan de libération nationale et retardé l\u2019indépendance de plusieurs décennies.Clairement, les grands perdants ont été les francophones, censurés dans leur expression et attaqués dans leur identité, toujours menacés devant les formidables forces qui sont déployées devant elle.Les seuls gagnants jusqu\u2019à présent ont été les partisans du maintien de l\u2019union canadienne et les anti-nationalistes canadiens.Leur arrogance et leur impunité se lisent à la mesure des scandales qu\u2019ils ont engendrés.Pourquoi changer quelque chose qui fonctionne bien ?Pourquoi diable changer un système qui est parvenu à maintenir le Québec dans sa situation de subordination politique ?Doit-on plaider l\u2019ignorance tant au sein du PLQ que du PQ ?Pour le professeur Massicotte et ses collègues, le principal problème est que, depuis 40 ans, le pouvoir a illégitimement échappé au PLQ au profit du parti pourtant arrivé second aux voix (l\u2019UN en 1966 et le PQ en 1998).C\u2019est l\u2019irritant majeur, c\u2019est ce qui a motivé le présent gouvernement dans sa recherche d\u2019un nouveau mode de scrutin.Bien sûr, il serait tout à fait légitime que la réforme proposée par les libéraux corrige ces aberrations.Mais il n\u2019est pas évident que la proposition Dupuis-Pelletier procède d\u2019une conception équitable de la démocratie.En tout état de cause, il semble que l\u2019objectif ait été de troquer quelques confor- 8i tables majorités en échange d\u2019un plus grand accès au pouvoir.Nos propres simulations tendent à appuyer cette hypothèse.Ces simulations ont été menées sur la base des caractéristiques du nouveau mode de scrutin rendu public par le ministre Dupuis le 15 décembre 2004.Rappelons-en les grandes lignes.Selon l\u2019avant-projet de loi, le Québec serait divisé en 75 circonscriptions de taille relativement similaire, lesquelles seraient regroupées généralement par groupe de trois en circonscriptions régionales (de 24 à 27 « districts » selon les scénarios) comptant chacune de un à trois sièges compensatoires en plus.(Précisons que les circonscriptions fédérales accordent un poids important aux populations non citoyennes puisque leurs délimitations sont basées sur la population totale et non sur les électeurs inscrits, comme c\u2019est le cas au Québec.) Le nombre total de sièges par région varierait donc de trois à huit, et deux autres circonscriptions seraient ajoutées pour tenir compte des spécificités des îles-de-la-Madeleine (comme actuellement) et du Nunavik (regroupant toutes les communautés inuites situées au nord de la Baie-James), pour un total de 127 sièges.Rappelons que ces simulations ne reprenaient que les résultats des élections de 2003 et de 1998.Dans le scénario évoqué en conférence de presse (26 régions, méthode écossaise, technique d\u2019Hondt), elles donnaient le PLQ gagnant à ces deux occasions, quoique minoritaire en 1998 (le PQ avait en réalité obtenu une majorité de sièges à cette occasion).Nous n\u2019avons mesuré que l\u2019impact purement mécanique d\u2019un changement de mode de scrutin depuis i960 à 2003.Aucun effet d\u2019entraînement n\u2019a donc été pris en compte.Or on sait qu\u2019un changement de mode de scrutin induirait des changements dans la dynamique partisane comme chez les 82 électeurs.Néanmoins, un tel exercice n\u2019est pas dénué d\u2019intérêt, ne serait-ce que pour illustrer l\u2019impact du mode de scrutin proposé par les libéraux sur les rapports intercommunautaires.Conformément au projet Dupuis-Pelletier, les circonscriptions utilisées lors des élections de i960,1962,1966,1970, 1973 et 1976 ont été regroupées en 75 grandes circonscriptions de manière à refléter le plus exactement possible les résultats réels.L\u2019élimination des plus petites circonscriptions a été privilégiée dans le respect d\u2019une contrainte : la répartition des sièges entre les partis reflète à peu près parfaitement la réalité.Aucun biais n\u2019a été introduit à cette étape.Ces 75 circonscriptions ont produit 75 élus au scrutin majoritaire, ainsi que le prévoyait la proposition Dupuis-Pelletier (exception faite de la distorsion attribuable au critère de délimitation des frontières - population totale au lieu de citoyens -, distorsion qui favorise le PLQ).Elles ont été à nouveau regroupées par groupes de trois pour former 25 circonscriptions régionales : à chacune a été attribué deux sièges compensatoires pour un total de 50 nouveaux élus.À ces 125 élus ont été rajoutées les circonscriptions des îles-de-la-Madeleine et du Nunavik à partir de 1981.(L\u2019inclusion de cette dernière ne change pas véritablement les résultats puisque cette circonscription élirait fort probablement un candidat inuit indépendant des autres partis.) La méthode de regroupement en 75 circonscriptions qui fut suivie pour les élections de 1981, 1985 et 1989 diffère légèrement de celle utilisée dans le cas des élections précédentes.Les circonscriptions étant plus égales en taille, les regroupements ont privilégié la proximité géographique 83 tout en respectant la contrainte de refléter fidèlement possible les résultats réels au niveau des 75 circonscriptions.Pour 1994, les simulations reprennent les résultats réels par quartier et par municipalité (à l\u2019exclusion du vote par anticipation, de ceux des détenus et des électeurs hors Québec, ces votes étant légèrement plus favorables au PLQ qu\u2019au PQ) retransposés dans les frontières des circonscriptions fédérales de 2004.Les résultats fournis par le Directeur général des élections utilisés par le professeur Massicotte ont été utilisés pour les élections de 1998 et de 2003.Les résultats sont étonnants (tableau 1).Tableau i Simulation des résultats des élections générales tenues au Québec de i960 à 2003 selon les propositions de la réforme Dupuis-Pelletier L\t i960\tSimul PLQ UN/PQ* TIERS 68 57\t\tfions TOTAL 126\tRésultats Gouv.majoritaire PLQ\tRésultats réels Gouv.majoritaire PLQ 1962\t7' 1\t54\t1\t126\tGouv majoritaire PLQ\tGouv.majoritaire PLQ 1966\t67\t57\t2\t126\tGouv.majoritaire PLQ\tGouv.majoritaire UN 1970 '973 1976 I98l 1985 1989 '994\t72 |\t20 80 !\t38 48\t58 58\t68 76 -\t50 69\t53 62 \\\t62\t34 8 20 1 1 5 2\t126 126 126 127 127 127 126\tGouv.majoritaire PLQ Gouv.majoritaire PLQ Coalition ou gouv.minoritaire Gouv.majoritaire PQ Gouv.majoritaire PLQ Gouv.majoritaire PLQ Coalition ou gouv.minoritaire\tGouv.majoritaire PLQ Gouv.majoritaire PLQ Gouv.majoritaire PQ Gouv.majoritaire PQ Gouv.majoritaire PLQ Gouv.majoritaire PLQ Gouv.majoritaire PQ \u2018998\t60 60\t6\t126\tCoalition ou gouv.minoritaire\tGouv.majoritaire PQ 2003\t66 ;\t43\t17\t126\tGouv.majoritaire PLQ\tGouv.majoritaire PLQ * UN de i960 à 1966, PQ après.Les tiers sont basés sur les résultats cumulés de tous les partis autres que les paires PLQ/UN de i960 à 1966 et PLQ/PQ à partir ae 1970.De sept gouvernements libéraux majoritaires, les résultats simulés en accordent plutôt huit au PLQ, remplaçant l'aberration de 1966 par un gouvernement libéral majoritaire.En 84 lieu et place des quatre gouvernements péquistes majoritaires, on n\u2019en compte plus qu\u2019un seul, celui de 1981.Les trois autres, ceux de 1976, de 1994 et de 1998 sont replacés par des coalitions ou des gouvernements minoritaires.Voilà donc quelques changements de taille, surtout lorsque comparés aux résultats qu\u2019aurait produit une répartition totalement proportionnelle des sièges (seulement deux gouvernements majoritaires de 1970 à 2003 - 1973 et 1985 -, tous deux libéraux, et tous deux en proie à des déchirements internes qui auraient amené leur éclatement avant la fin de leur mandat).C\u2019est ici que les règles présidant à la formation des gouvernements sont importantes : le premier ministre sortant, prenant note des résultats électoraux, doit annoncer au lieutenant-gouverneur de la province sa décision soit de diriger un gouvernement minoritaire avec appuis ponctuels de l\u2019opposition, soit de gouverner en coalition avec un autre parti, soit de céder l\u2019initiative à un autre parti, lequel a alors les mêmes options (voir Louis Massicotte, « Mythes et réalités des parlements sans majorité », Le Devoir, 1 juin 2004).Il y a fort à parier, dans un contexte anti-nationaliste, que les partis fédéralistes parviendraient à trouver quelque consensus et à écarter les nationalistes du pouvoir.L\u2019arrivée au pouvoir du PQ aurait probablement été retardée, sinon reportée sine die.Il n\u2019y a toutefois pas lieu d\u2019ergoter sur les résultats puisque un nouveau mode de scrutin restructurerait de toute façon l\u2019espace partisan.Partis et électeurs changeraient de comportements.Tout est dans l\u2019ampleur de la restructuration impliquée.En la matière, la place accordée au pluralisme et le type de partis admis dans l\u2019arène sont les éléments clés.Or, d\u2019une part, le projet des ministres Dupuis et Pelletier favorise plus qu\u2019actuellement le recrutement d\u2019un personnel 85 politique au profil conservateur et, d\u2019autre part, formule implicitement des seuils d\u2019accès à la représentation qui « modèrent » les succès des tiers partis.Voyons voir.Le recrutement d\u2019un personnel politique conservateur Avec 75 circonscriptions au lieu des 125 actuelles, le nombre de places disponibles diminue de 40 %.De fait, les 50 candidats apparaissant sur les listes compensatoires sont dorénavant entièrement redevables devant le chef du parti : c\u2019est lui qui leur donne un rang sur la liste ou qui les exclut.Il n\u2019est d\u2019ailleurs même pas nécessaire d\u2019être candidat dans l\u2019une ou l\u2019autre des 75 circonscriptions uninominales majoritaires puisque la constitution des listes est laissée à la discrétion des partis.Les chefs de parti accroissent donc leur influence sur la sélection des candidats.Le processus de désignation des candidats, en assemblées d\u2019investiture, s\u2019effectuera donc dans 75 circonscriptions au lieu de 125.Les travers qui affectaient la sélection des candidats s\u2019en trouvent d\u2019autant renforcés.Non seulement le nouveau mode de scrutin favorisera plus qu\u2019auparavant les candidats proches du chef, mais il favorisera davantage ceux qui sont issus des milieux les mieux organisés pour remporter les assemblées d\u2019investiture (voir la section portant sur le profil des candidats aux élections de 2003, P.Serré et Sylvain Deschênes, « Le malaise démocratique », dans L\u2019Action nationale, nos 5 et 6, mai/juin 2003).Il est évident que le profil des candidatures féminines et issues de groupes minoritaires, comme celui des élu(e)s, en sortiront affaiblis ; les mesures compensatoires annoncées ne devraient pas chambouler cette tendance. 86 Au PLQ et à l\u2019ADQ, les candidats issus des milieux d\u2019affaires (chambres de commerce, groupes d\u2019intérêts, associations professionnelles), des milieux municipaux (maires ou conseillers des grandes municipalités, siégeant sur les conseils d\u2019administration d\u2019organismes publics et privés, etc.) ou des milieux scolaires, ethniques ou religieux, caritatifs privés ou issus de clubs associatifs (Rotary, Lions, etc.; clubs sportifs, scouts) sont déjà avantagés dans la lutte pour les investitures des partis.Comme les circonscriptions sont plus grandes, les ressources impliquées devront l\u2019être également, ce qui renforce les chances de succès des candidats les mieux organisés.Par ailleurs, moins de circonscriptions compteront les proportions de francophones nécessaires à l\u2019élection de candidats nationalistes et souverainistes.Ces trois éléments mis ensemble, poids plus grand du chef dans la désignation des candidats, taille plus grande des circonscriptions et raréfaction des circonscriptions suffisamment francophones pour permettre l\u2019élection de candidats nationalistes, font en sorte que les positions des fédéralistes radicaux au sien du PLQ et de l\u2019ADQ sortiront renforcées de la réforme.Trait distinctif du PQ, le nouveau système renforcera les candidats qui disposent de larges appuis dans le parti et, surtout, auprès du chef.Bref, la proposition Dupuis-Pelletier risque d\u2019accentuer les distorsions actuelles dans le nouveau mode de recrutement du personnel politique.Les possibilités réelles de changement se retrouvent du côté des listes électorales et dans l\u2019expression d\u2019un véritable pluralisme. 87 L\u2019augmentation du pluralisme : distorsions et seuils d\u2019accès à la représentation Le nouveau mode de scrutin proposé réduit considérablement l\u2019ampleur des primes accordées au parti gagnant : dans la victoire, autant le PLQ que le PQ voient leurs surreprésentations (leurs primes issues de la transformation des voix en sièges) actuellement bonifiées de 19 % en moyenne diminuer à 5 % seulement selon nos simulations (tous les pourcentages se rapportent à la période commencée en i960).Au total, les primes du parti appelé à former le gouvernement passent de 18 % en moyenne à 5 %.Quant à l\u2019opposition officielle, la sous-représentation du parti appelé à la former, auparavant de 10 %, disparaît totalement au profit d\u2019une surreprésentation de 2 %.Cette surreprésentation ne se distribue cependant pas également.D\u2019une part, le PQ demeure, dans la défaite, légèrement sous-représenté de 1 %, tandis que, d\u2019autre part, la sous-représentation du PLQ (6 %) cède la place, nouveauté, à une surreprésentation moyenne de 3 %.Même défait, le PLQ resterait surreprésenté.Ce sont évidemment les tiers partis qui supporte les distorsions restantes.Ils demeurent grosso modo à peu près autant sous-représentés : de 8 % sous le système actuel, la sous-représentation passe à 7 % selon la proposition Dupuis-Pelletier.Cela étant dit, cette dernière devrait toutefois stimuler leur vitalité et leur permettre de ratisser plus large dans l\u2019électorat.On constate néanmoins que même avec 20 % des voix, les tiers partis ne sont pas assurés d\u2019obtenir une juste représentation.Le type de dispersion ou de concentration des électeurs représente tantôt un obstacle, tantôt un avantage à la représentation.Dans le premier cas 88 (dispersion), par exemple, le PQ de 1970, qui ne disposait, avec 23 % des voix, de 6 % des sièges, parvient à obtenir 16 % des élus.Il demeure donc sous-représenté de 7 %.Avec 20 % des voix, l\u2019UN de 1970 présente des résultats un peu moins décevants : de 16 % des sièges en réalité, elle en obtient dorénavant 17 % (simulation) et.reste l\u2019opposition officielle ! La sous-représentation de l\u2019ADQ - qui était de 18 % des voix en 2003 - passe de 15 % à 6 %.Elle demeure cependant forte en 1998 (de -11 % à -8 %, pour 12 % des voix) et reste entière en 1994 (-6 % dans les deux systèmes, pour un parti qui avait 6 % des voix).Avec 9 % des voix, le tandem « Rassemblement pour l\u2019indépendance nationale/Ralliement national » de 1966 obtient un siège dans notre simulation.Maigre prix de consolation pour une '.sous-représentation qui passe de 9 % à 8 %.Pour tous les petits partis n\u2019obtenant pas au moins 10 % des suffrages au niveau national, le succès électoral demeure nul.exception faite de 1\u2019Equality Party de 1989 qui, grâce à l\u2019extrême concentration de ses électeurs chez les anglophones, demeure bien représenté (quoique 3 % des sièges sous la proposition Dupuis-Pelletier au lieu de 4 % sous le majoritaire).Il existe donc un seuil à partir duquel la représentation devient possible.Lorsque les partis disposent de moins de 10 % à 12 % des votes valides, l\u2019accès à la représentation reste misérable, sauf pour les partis à vocation ethnique ou linguistique.Au delà de ce seuil, la sous-représentation persiste mais diminue progressivement avec l\u2019augmentation des votes valides.En définitive, la proposition Dupuis-Pelletier, qui établit la proportionnalité dans de très nombreux districts électoraux de faible amplitude, produit bel et bien une certaine équité pour les principaux partis, mais 89 une équité qui s\u2019accomplit au détriment du pluralisme.Elle n\u2019exclut pas l\u2019accès à la représentation pour les tiers partis, mais elle la complique et incite plutôt fortement au regroupement des forces en un nombre restreint de gros partis.Bilan La proposition Dupuis-Pelletier comporte une proportionnalité plus forte entre voix et sièges pour les grands partis, mais non pour les tiers.En corrigeant les distorsions qui affecte les grands partis ET en conservant une prime aux grands partis, elle permet au PLQ d\u2019accéder seul au pouvoir, et cela de manière récurrente.Tenant compte des règles de formation des gouvernements, ce parti serait également appelé à former des gouvernements minoritaires ou à établir des gouvernements de coalition pour demeurer au pouvoir.La proposition gouvernementale risque de transformer le système de partis du Québec en un système bipartisan ou tri-partisan doté d\u2019un parti plus que dominant, un parti institutionnellement au pouvoir.C\u2019est pourquoi l\u2019attrait d\u2019un parti tel le PLQ serait considérable.Quant aux tiers partis, leur accès à la représentation est dorénavant possible pour peu qu\u2019ils dépassent la barrière des io % à 12 % des votes valides (un seuil implicite élevé qui surpasse même celui de la Turquie).Ils continuent cependant de souffrir de sous-représentation et de marginalisation étant donné la possibilité d\u2019accès au pouvoir que se réserve le PLQ.Peut-on envisager un fractionnement des partis majeurs ?Une telle hypothèse est plausible.Toutefois, par opposition aux partis nationalistes et partis de gauche, les partis fédéralistes et partis de droite partent favorisés dans la course.Le mode de recrutement et la taille des circonscriptions favori- 90 sent ces derniers.Leurs candidats sont mieux nantis et mieux organisés, appuyés par les médias et leur parti respectif s\u2019inscrit naturellement en tant que partenaire potentiel pour un PLQ de temps à autre minoritaire.Grâce à ces distorsions introduites dans le nouveau pluralisme, le Québec serait vraisemblablement appelé à plus de conservatisme politique que maintenant.Ces transformations ne se feront pas dans le vide mais affecteront les rapports de force entre les groupes.Elles modifieront la situation actuelle pour créer une nouvelle dynamique.Il n\u2019est donc pas inutile de comparer avec le scrutin majoritaire.Dans ce dernier cas, les fédéralistes radicaux contrôlent le PLQ, tantôt au pouvoir, tantôt dans l\u2019opposition.Leur influence est démesurée par rapport à leur poids démographique et réduit l\u2019expression de points de vue nationalistes fédéralistes.Cette sur-influence des fédéralistes radicaux empêche la construction des solidarités nationales indispensables pour combattre les desseins fédéraux et construire l\u2019union sacrée nécessaire à l\u2019indépendance.D\u2019autre part, le scrutin majoritaire enferme le PQ dans la logique référendaire et vide du même coup le discours péquiste de sa teneur nationaliste.Bien qu\u2019il préserve une certaine alternance au pouvoir (mais pas dans toutes les régions) au prix de distorsions souvent aberrantes et d\u2019une légitimité douteuse, il retourne néanmoins le PQ contre ses propres alliés et rend le projet d\u2019indépendance plus romantique que politique.Le projet Dupuis-Pelletier créerait une situation de parti institutionnel certes plus en lien avec les résultats électoraux mais dénaturant tout de même ces derniers grâce au maintien de la prime au gagnant.Rappelons encore une fois que le PLQ n\u2019accède presque jamais seul au pouvoir en dispo- 9i sant de la majorité des voix.Les deux seules fois où ce fut le cas, 1973 et 1985, le parti, gorgé de nationalistes francophones, a implosé aux élections suivantes.Ce nouveau statut de parti hégémonique permettrait donc au PLQ d\u2019atténuer les possibilités de fractionnement des forces fédéralistes, en particulier en ce qui concerne ses composantes anglophone allophone et nationaliste (la légère prime qui subsiste permet d\u2019atténuer la recherche de la maximisation de cette dernière composante, potentiellement perturbatrice pour la structure de pouvoir interne du parti).La proposition Dupuis-Pelletier renforcerait la représentation des seconds partis ainsi que celle des autres partis compatibles avec l\u2019orientation libérale, mais restreindrait fort probablement la représentation des autres forces de démocratisation.Le résultat net serait le suivant : la proposition de réforme des libéraux présente le risque d\u2019écarter presque totalement du pouvoir les forces de démocratisation de la société québécoise.Grâce aux légères distorsions qui subsisteraient entre voix et sièges, grâce également aux règles de constitution des gouvernements, le PLQ s\u2019auto-consacre comme parti permanent du gouvernement.Les modifications nécessaires à l\u2019atteinte des objectifs Puisque le scrutin majoritaire s\u2019est avéré nocif avec l\u2019usage, et puisque le projet Dupuis-Pelletier s\u2019avère menaçant pour la démocratie au Québec, quelle est la solution qui reste ?Si la proportionnelle rétablit théoriquement le poids électoral des francophones à sa juste valeur, peut-on modifier la proposition Dupuis-Pelletier pour la rendre acceptable ?Voyons voir.Le premier élément devrait être le renforcement du principe de la proportionnalité des voix.La règle est simple et devrait 92 tenir quelles que soient les modalités retenues : tant de voix, tant de sièges.La compensation devrait être pleine et entière et calculée au niveau national.Les députés issus de ce mécanisme compensatoire devraient être rattachés à une circonscription régionale.La division du territoire en 26 circonscriptions régionales, beaucoup trop nombreuses, nuit au pluralisme et devrait être corrigée pour permettre un véritable pluralisme dans chaque région.Le nombre d\u2019élus ne devrait pas faire obstacle.En mode de scrutin mixte compensatoire, telle la proposition Dupuis-Pelletier, deux votes permettent une plus grande diversification du vote de l\u2019électeur.En scrutin proportionnel de liste, un seul vote pourrait suffire.Deuxième élément, le renforcement du pluralisme.Aucun parti ne devrait pouvoir former le gouvernement s\u2019il ne dispose pas de la majorité des voix.Ce principe exige d'abord une véritable proportionnalité entre voix et sièges.Pas de distorsions possibles dans la distribution des sièges, pas de prime au vainqueur.Aussi, le seuil d\u2019accès à la représentation devrait-il être faible (1 %, ce qui reste supérieur à celui des Pays-Bas ; certains pays n\u2019en ont pas) pour éviter d\u2019octroyer une prime au parti gagnant.Fort de ce pluralisme, il faudrait ensuite fonder la gouverne sur le principe des coalitions entre partis plutôt que d\u2019accepter la formation de gouvernements minoritaires, lesquels n\u2019ont d\u2019autre légitimité que celle que leur reconnaissent les partis d\u2019opposition.À cela s\u2019ajoute la nécessité d\u2019avoir les instruments collectifs nécessaires pour informer adéquatement l\u2019électorat de la vie politique nationale.Troisième et quatrième éléments, le mode de nomination des candidats et le financement des partis politiques.Le mode de nomination des candidats ne devrait pas favoriser 93 les forces sociales les plus à même d\u2019imposer leur point de vue aux autres couches de la société.Les assemblées d\u2019investiture coûtent cher en ressources financières et humaines et ne favorisent pas également tous les groupes.Qui plus est, les liens entre électeurs et députés sont loin d\u2019être aussi significatifs que les élus ne le laissent croire.Des listes régionales fermées utilisées dans le cadre de scrutins proportionnels régionaux permettraient le recrutement d\u2019un personnel politique plus qualifié et plus diversifié.Le pluralisme entre partis assurerait l\u2019existence d\u2019alternatives bien campées, tandis que le financement des partis, à l\u2019image de ce qui profite actuellement aux partis fédéraux, établirait une plus grande équité entre les divers courants politiques.Le mode de scrutin ainsi amendé correspond grosso modo au modèle nordique (Danemark, Islande, Suède) : une proportionnelle régionale doublée d\u2019une correction au national.Ce modèle permettrait au Québec un véritable pluralisme en plus de casser l\u2019ascendant des fédéralistes radicaux sur les fédéralistes nationalistes.Il libérerait également le PQ de la stratégie référendaire, réintroduirait les droits collectifs des francophones à l\u2019Assemblée nationale, sur lesquels les forces fédéralistes se divisent continuellement, et créerait les conditions favorables à la prise des grandes décisions de la part de gouvernements parfaitement légitimes parce que disposant d\u2019une majorité des voix.Qui devrait décider ?Que les libéraux soient écartés illégitimement du pouvoir n\u2019empêche pas que les fédéralistes parviennent sans difficulté à paralyser la majorité francophone et à la maintenir dans un état de subordination politique et sociale.Le scrutin 94 majoritaire est, avec le poids démographique du Québec et le partage des pouvoirs et des ressources au Canada, un des trois piliers de la subordination politique du Québec.La proposition Dupuis-Pelletier va simplement plus loin en menaçant d\u2019exclusion du pouvoir les forces nationalistes.Il est à souhaiter que l\u2019on se soucie dorénavant, dans l\u2019ensemble des forces de démocratisation, de l\u2019impact sur les rapports intercommunautaires des institutions qui structurent le pouvoir et de toute réforme qui touche ces institutions.En la matière, une véritable réforme de la représentation ne devrait en aucun cas chercher à obtenir l\u2019aval de ceux qui en profitent.? Le réseau de la fierté québécoise Mouvement national des Québécoises et Québécois 2207, rue Fullum, Montréal (Québec) H2K 3P1 Tél.: (514) 527-9891 Télécopieur: (514) 527-9460 Courriel : mnq@mnq.qc.ca Site internet : mnq.qc.ca La Société Saint-Jean-Baptiste du Centre-du-Québec 449 rue Notre-Dame, Drummondville (819) 478-2519 ou 1 800 943-2519 Organisme d\u2019entraide et de fierté québécoise ! Plus de 31 000 membres au Centre-du-Québec Souveraineté du Québec ùmcjue française 'Tète nationale Assurance vie\tA f .| Société 91____Saint-Jean-Baptiste deh MAU RICIE www .sa JbaeurâcAs.sgc.ee 375-^a®i o Sansregret, Taillefer & Associés inc.Cabinet en assurance collective de personnes info@sta-conseil.com www.sta-conseil.com 178, rue Sainte-Marie Télécopieur : (450) 471-0026 Téléphone : (450) 471-2662 Terrebonne (Québec)\t(514)355-7923\t(514)355-7869 J6W3E1\t(800)782-5799 le Kcts sembleraient pwr^Paijs Souverain Unum Quebec Patria Nostra Est Québec, notre seule patrie C.P.306, succursale C, Montréal (Québec) H2L 4K3 Tél.: (450) 491-5437 Courriel : roy.b@videotron.ca - Site internet : www.rpsquebec.qc.ca Allwrrl (K É~1»rriAfv= SOCIÉTÉ NOMINALE COMPTABLES AGRÉÉS Pierre Allard, c.a.8175, boul.St-Laurent, 3e étage, Montréal (Québec) H2P 2M1 Téléphone : (514) 385-6601 \u2022 Fax : (514) 385-6177 Courriel : allardp@qc.aira.com TRANSLATEX.Communications\u201d RÉDACTION \u2022 RÉVISION \u2022 TRADUCTION Claude Ghanimé 1669, rue Cartier, Longueuil (Québec) J4K 4E2 Téléphone : (450) 463-0204 \u2022 Télécopieur : (450) 463-0227 Courriel : translatex.com@sympatico.ca \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t \t g8 LIRE LES ESSAIS DANIEL TURP Nous, Peuple du Québec, Un projet de Constitution du Québec, Les Éditions du Québécois, 2005,175 p.Daniel Turp aime les constitutions.Il aime en lire, il aime en débattre et en rédiger.Le député du Parti Québécois dans Mercier est professeur de droit constitutionnel à l\u2019Université de Montréal et a été coordonnateur de la Saison des idées.On peut voir en lui l\u2019un des principaux artisans de la proposition de programme qui sera présentée aux militants du Parti québécois lors du congrès du parti en juin.Son projet de constitution est un ouvrage bref qui va droit au but.Dans la première partie, l\u2019auteur contextualise le problème constitutionnel dans l\u2019histoire du Québec.Il retrace l\u2019idée d\u2019une constitution dans notre histoire nationale.Du Quebec Act de 1774 au Canada Act de 1982, le résumé est concis, exact et l\u2019interprétation des événements non controversée.Dans la seconde partie, l\u2019auteur décrit son projet de constitution pour le Québec.Le texte à proprement parler est suivi de longues annexes, où se trouvent le, ou plutôt les, projets de constitution de Turp.Conformément à la proposition soumise aux militants péquistes, Turp propose que 99 l\u2019Assemblée nationale soit autorisée à adopter, après un référendum gagnant, la constitution initiale d\u2019un Québec souverain, établissant une citoyenneté québécoise, des institutions démocratiques et une assemblée constituante.La véritable constitution du Québec sera quant à elle rédigée par les membres de cette assemblée constituante, au nombre de 400, puis adoptée par référendum national.Bien sûr, on ne peut préjuger du résultat des travaux de cette future assemblée, mais rien ne nous empêche de spéculer.L\u2019auteur propose ainsi un projet de constitution qui, sait-on jamais, sera peut-être un jour présenté comme document de travail aux membres de l\u2019assemblée constituante.Les lecteurs sauront être reconnaissants à Daniel Turp de demeurer bref dans la rédaction de ses projets de constitution.Au moment où les États européens soumettent à leurs citoyens un projet de traité constitutionnel de 160 pages, un fouillis inextricable de détails et de dispositions, Daniel Turp nous présente une constitution initiale de 5 pages et une constitution nationale de 13 pages bien ficelées.Le deuxième chapitre est sans doute le plus étrange du livre.Daniel Turp y discute ce qu\u2019il appelle « l\u2019émergence » de la constitution du Québec, de la Charte des droits et libertés de la personne à la Loi sur les droits fondamentaux du Québec.Ceux qui ont l\u2019esprit légèrement tourné vers la philosophie du droit voudront sans doute savoir comment une constitution peut émerger en général, alors qu\u2019on aurait plutôt tendance à dire qu\u2019elle existe ou qu\u2019elle n\u2019existe pas.Ne nous formalisons pas sur ce point.Turp explore plutôt comment, depuis Daniel Johnson père, les Québécois se sont peu à peu dotés d\u2019une identité constitutionnelle partielle, en adoptant graduellement des « lois TOO d\u2019organisateur régional, le tout sans salaire, pas même celui de la peur.Mes tâches : établir un secrétariat à Québec et le financer ; enquêter dans les 27 comtés ruraux, de l\u2019Assomption à Roberval sur la rive Nord et d\u2019Arthabaska à Gaspé, rive Sud.Le tout sans allocations de voyage.etc.J\u2019ai donc quêté, à raison de 3 jours par semaine, pendant 20 mois, au-delà de cinq cents repas et de 230 couchers.L\u2019hospitalité rurale, une si totale générosité dans l\u2019accueil ! Ce fut ma plus enrichissante expérience de psychologie populaire et pour tout dire, de réelle fraternité de d\u2019humanité.L\u2019Action libérale nationale est dans la bataille électorale \u2019934 28 juillet - Publication du manifeste de lAction libérale nationale comportant 52 articles classés : Reformes agraires, ouvrières, industrielles, commerciales, économiques, financières, politiques, administratives, électorales, judiciaires.Puis programme de causeries hebdomadaires à Radio-Canada.13 août - Grande assemblée à St-Georges de Beauce où Edouard Lacroix, député libéral fédéral, le roi du bois, homme de grande popularité sur la Rive Sud donne son adhésion publique à l\u2019ALN.15 août - Fondation de notre journal hebdomadaire sous le nom de : « La Province » - directeur : Séraphin Vachon.Enfin, pour la première fois en politique, face à un fond de misères populaires et à la violence du paupérisme, on entend parler de « justice sociale ».Plus encore, Face à la profonde crise économique, nous voulons créer une « ère nouvelle » grâce à un nouveau contrat social qui implique un certain degré de socialisation de l\u2019économie. Et à partir de là, c\u2019est une campagne politique permanente ; toutes saisons dans tous les comtés.Gouin reçoit une offre privée du Parti libéral, de se présenter libéral, avec promesse de ministère.Il refuse.Nous voici en 1935.Oscar Drouin, député libéral de Québec-est entre dans notre mouvement.Y sont déjà rendus les conseillers législatifs J.-C.-Ernest Ouellet, Elysée Thériault.Le dix mai précédent, c\u2019était au tour du Dr Hamel et de son disciple René Chaloult.Les adhésions sont reçues par centaines.Le mouvement libéral national a le vent favorable dans ses voiles .M.Taschereau et le parti libéral provincial, aux abois, déclenchent les élections générales provinciales pour le 25 novembre.Le protocole d\u2019entente pour l\u2019élection de 1935 Afin de ne pas diviser les forces de l\u2019opposition, les deux chefs - M.Duplessis au nom du Parti conservateur, M.Gouin, au nom du Parti de l\u2019Action nationale - et poussés frénétiquement par leurs troupes respectives se rencontrent pour signer une entente pour les fins de l\u2019élection de 1935.Car aucun des 2 chefs ne pouvait malheureusement prévoir une autre élection en août 1936.La rencontre a lieu à l\u2019Hôtel Windsor, le 7 novembre.Monsieur Duplessis s\u2019oppose à une seule entente publique.Après discussion, le consensus est arrêté : à savoir, une entente publique et une entente privée.Cependant l\u2019essentiel seulement de l\u2019entente dite publique sera communiqué verbalement aux candidats.Voici le texte de cette entente publique : 102 « Répondant au désir de l\u2019électorat du Québec,-le parti conservateur provincial et l\u2019Action libérale nationale déclarent, par leurs représentants attitrés, qu\u2019aux élections du 25 novembre, ils présenteront un front uni contre l\u2019ennemi commun du peuple de la province de Québec, le régime Taschereau.« Il n\u2019y aura qu\u2019un seul candidat oppositionniste officiel, soit conservateur, soit libéral-national, dans chaque comté.« Après la défaite du régime antinational et trustard de M.Taschereau, le parti conservateur provincial et l\u2019Action libérale nationale formeront un gouvernement national dont le programme sera celui de l\u2019Action libérale nationale, programme qui s\u2019inspire des mêmes principes que celui du parti conservateur provincial.« Ce Gouvernement national Duplessis-Gouin aura comme Premier ministre, M.Maurice Duplessis et la majorité des ministres sera choisie par M.Paul Gouin parmi les membres de l'Action libérale Nationale ».Montréal, 7 novembre 1935 (SIGNE) Paul Gouin M.L.Duplessis » Puis la lettre d\u2019entente personnelle et confidentielle exigée par M.Duplessis qu\u2019il a, seul, signée et qu\u2019il a écrite de sa main : « Personnelle et Confidentielle Montréal, 7 novembre 1935 Monsieur Paul Gouin 103 Montréal Cher monsieur Gouin, Il est évident que les meilleurs intérêts de la Province exigent l\u2019écrasement du régime Taschereau et que pour atteindre ces fins patriotiques la collaboration de tous les hommes désintéressés, ayant à cœur le bien de notre chère province, est essentielle.Afin de ménager toutes les susceptibilités et pour éviter tous les froissements dont pourrait profiter ce régime néfaste, il est entendu que lors de la prochaine élection provinciale, il y aura de vingt-cinq à trente candidats conservateurs provinciaux et, pour la balance, des candidats de l\u2019Action libérale nationale, offrant toutes les garanties de sincérité et de succès et tous combattant sous le même drapeau et supportant l\u2019Alliance Duplessis-Gouin.Veuillez croire, cher monsieur Gouin, à ma meilleure considération.ML.Duplessis » M.Duplessis exigeait que cette lettre-entente demeure secrète et confidentielle, de crainte d\u2019être attaqué par les conservateurs fédéraux dont il tirait sa caisse électorale, pour avoir consenti à donner à Gouin les deux tiers des comtés, ne laissant aucune chance au parti conservateur provincial, advenant une victoire d\u2019exercer une véritable autorité au sein du futur cabinet des ministres.Et les deux partis partent à la guerre fraîche et joyeuse.La victoire est à leur porte.Le 25 novembre 1935, Gouin fait 104 conclut que le réseau français de Radio-Canada a été beaucoup plus équilibré, favorisant légèrement le NON à 52 % contre 48 %.On peut seulement imaginer quel serait le constat pour le réseau Global ou CTV, ou la chaîne de journaux Southam, aujourd\u2019hui Canwest : sûrement de l\u2019ordre de 90 % à 10 %.Cardinal note que Erin Research conclut que ce déséquilibre est légitime et justifié en disant que, parce que la clientèle de la CBC est anglophone et unanimement fédéraliste, les journalistes et salles des nouvelles avaient raison de suivre les consensus populaires du public.En d\u2019autres mots, la propagande partisane par le réseau public du Canada est légitime.Le souci d\u2019informer et d\u2019être équitable dans la présentation des nouvelles est ainsi subordonné à la volonté de dire à la population ce qu\u2019elle veut bien entendre et de suivre les consensus populaires.Plus grave encore, la CBC/Radio-Canada a entériné les conclusions d\u2019Erin Research ! Bref, les hautes instances radio-canadiennes conviennent que la déontologie des réseaux publics d\u2019information permet la propagande contre le Québec quand l\u2019avenir du Canada est en jeu ! Qu\u2019en serait-il si l\u2019anti-sémitisme faisait l\u2019objet d\u2019un consensus populaire.La CBC/Radio-Canada applaudirait-elle les journalistes et les directeurs de l\u2019information qui favoriseraient l\u2019anti-sémitisme au nom d\u2019un consensus populaire décelé par des sondages ?Poser la question, c\u2019est y répondre.Mario Cardinal s\u2019en lamente, mais c\u2019est tout.En cela, il est prisonnier d\u2019une idée d\u2019un réseau de radio et de télévision, CBC/Radio-Canada, qui a fait son temps.Alors que tous les partis politiques québécois considèrent le Québec comme 105 une nation, que le Québec possède son Assemblée « nationale », sa capitale « nationale », sa bibliothèque « nationale » et son drapeau « national », pourquoi doit-on continuer à accepter que la programmation du principal réseau public qui nous dessert doive « contribuer au partage d\u2019une conscience et d\u2019une identité nationale [canadienne] » ?De même, Mario Cardinal est prisonnier d\u2019une idée du Canada qui a fait son temps.Le simple constat sur le comportement de CBC/Radio-Canada au référendum de 1995, qui en fait un réseau d\u2019État faisant la promotion de la position du Gouvernement du Canada, non pas un réseau public indépendant de l\u2019État, est suffisant pour que le Québec prenne des mesures radicales pour protéger le droit à des informations justes équitables et pour nous protéger contre la propagande d\u2019un État plus fort.À titre d\u2019exemple, le Québec pourrait établir un CRTQ, conseil de la radiodiffusion et des télécommunications pour le territoire québécois, comme cela aurait dû être le cas depuis les débuts de la radio et de la télévision au Canada ; et bâtir, à partir de Télé-Québec, une grande RTQ, Radio et Télévision du Québec, qui aurait une déontologie à toute épreuve.Le long et pénible sermon de Mario Cardinal sur la superproduction Le Canada, une histoire populaire, justifiant sa participation et réglant des comptes avec ceux qui l\u2019ont dénoncée, a pour effet de cacher la vérité sur la période de Ï995 à 2002 pendant laquelle l\u2019émission a été conçue, réalisée et diffusé.Ce sermon banalise aussi les grandes manœuvres de propagande et de corruption visant à gagner les cœurs et les esprits des Québécois.La superproduction sur notre formidable histoire commune a été proposée en 1996, quelques mois après le référendum.Ce n\u2019aurait été qu\u2019un curieux hasard, selon Mario Cardinal, io6 sans aucun lien avec les manœuvres d\u2019Ottawa.Rappelons qu\u2019à ce moment-là, Ottawa lançait son plan B, parlait de la partition du Québec et mettait en branle le mal nommé scandale des commandites.Mario Cardinal fait pitié en tentant de distinguer sa superproduction de tout cela.Quand il regrette la malheureuse coïncidence qui faisait que son émission était diffusée en même temps que Sheila Copps distribuait « ses petits drapeaux », il minimise le rôle de cette super ministre du gouvernement du Canada de qui CBC/Radio-Canada relevait.Aussi, quand Mario Cardinal parle de la malheureuse coïncidence des déclarations malheureuses du président de Radio-Canada, Robert Rabinovitch, à la veille de la diffusion de l\u2019émission, il cache la nature tricotée serrée et l\u2019extrême malhonnêteté et de la classe politique et culturelle du Canada - surtout quand il s\u2019agit du Québec.Voici une déclaration malheureuse de Robert Rabinovitch, tellement innocente selon Cardinal qu\u2019elle ne se trouve que dans les notes à la fin du livre: « The History Project is an example of the nation-building blockbuster type of stories we would like to do.» (trad.« Notre projet historique est un exemple des superproductions vouées au nation building que nous voudrions faire.» Time Magazine, The Canadian Edition, le 26 juin 2000).Robert Rabinovitch était aussi membre du Conseil d\u2019administration de la Fondation CRB qui a financé en sous-main les minutes du patrimoine réalisées par Robert-Guy Scully.Mario Cardinal proteste que c\u2019est la faute aux nationalistes si l\u2019émission n\u2019a pas été bien accueillie au Québec : jamais, dit-il, les producteurs de l\u2019émission n\u2019auraient versé dans un bas exercice de nation building.Il se lance ensuite dans une défense sans retenue du producteur et du concepteur de 107 l\u2019émission, Mark Starowicz.Ce que Mario Cardinal ne dit pas, et il le sait très bien, c'est que Mark Starowcz a été le producteur de l\u2019ignoble émission The Greatest Canadian, qui a défrayé les manchettes en 2004.Si cette clownerie n\u2019était pas un bas exercice de nation building, il n\u2019en existe aucun.Par ailleurs, Si Starowicz et la CBC avaient eu la moindre sensibilité pour le Québec, ils auraient retiré l\u2019émission dès que les résultats commençaient à rentrer.Rappelons que Don Cherry figurait à la 7e place et le seul Québécois dans les 10 premiers était Pierre Elliott Trudeau, qui ne méritait cette position que parce qu\u2019il avait mis le Québec à sa place avec la Loi des mesures de guerre en 1970 et le coup de force constitutionnel de 1982.La CBC aurait du s\u2019inspirer de l\u2019Afrique du Sud où la South African Broadcasting Corporation (SABC) a retiré sa version de l\u2019émission lorsqu\u2019un nombre important de téléspectateurs soumettaient que « The Greatest South African » étaient Hendrik Verwoerd, fondateur de l\u2019apartheid, ou Eugene Terreblanche, suprématiste blanc en prison.La CBC ne l\u2019a pas fait.Dans sa défense de Canada, une histoire populaire et dans le sermon qu\u2019il nous livre sur notre inélégance, Mario Cardinal fait tout de même un constat rafraîchissant.Le mot Canada serait maintenant un tabou.Simplement de le voir, de l\u2019entendre, provoquerait un haut-le-cœur chez un grand nombre des Québécois.Rafraîchissant, n\u2019est-ce pas, parce que cela veut dire que les efforts pour imposer comme une camisole de force autant le mot Canada que les symboles n\u2019a pas eu le succès escompté ! Robin Philpot io8 RAPHAËL CANET ET JULES DUCHASTEL (DIR.) La nation en débat, entre modernité et post-modernité, éditions Athéna, 2003 Ce livre, dirigé par Raphaël Canet et Jules Duchastel, est tiré du colloque Penser la nation dans l\u2019espace francophone, tenu en mai 2000 à l\u2019Université de Montréal dans le cadre des travaux de l\u2019ACFAS.On y retrouve des contributions d\u2019universitaires, la plupart Québécois, sur le concept de nation et son redéploiement dans la modernité tardive.Contributions pour la plupart convenues, rigoureuses bien que sans trop d\u2019originalité.Les textes de Gilles Bourque, Jacques Beauchemin et Diane Lamoureux se distinguent du lot, pour de bonnes raisons dans les deux premiers cas, et pour de très mauvaises dans le troisième, en campant bien le débat autour de la communauté politique sous la poussée de la société des identités.Le livre se clôt par un débat auquel participent quelques auteurs, et où on trouve, comme il se doit, du meilleur et du pire, le meilleur venant comme on s\u2019y attend la plupart du temps des mêmes, le pire étant monopolisé par les quelques uns qui font carrière sur le dos du pauvre monde et qui multiplient les contributions à ce qu\u2019il faudra bien un jour appeler les radical studies.Relevons d\u2019abord la contribution de Gilles Bourque, qui tente d\u2019approfondir conceptuellement la notion d\u2019union confédérale quelques fois mises de 1 avant par les souverainistes pour expliciter leur conception d\u2019un éventuel partenariat politique entre un Québec indépendant et un Canada sans le Québec.Pour Bourque, le partenariat est autre chose qu\u2019un appendice tactique au projet souverainiste, mais bien un mode de résolution original du problème politique Canada-Québec qui prend en considération les transformations de la communauté politique dans la modernité avancée et qui permet aussi de donner forme au désir de reconnaissance et d\u2019autonomie des différents peuples du Canada, sans pour autant reproduire le modèle qu\u2019il dit dépassé de 1 État nation « westphalien ».Au terme de cette refondation de la communauté politique fédérale, le Québec ne serait pas un État formellement indépendant, mais aurait une autonomie nationale substantielle soustraite aux rapports de domination intégrés à la structure du fédéralisme canadien actuel.« La lutte pour la reconnaissance de la nation québécoise dans le projet plus large d\u2019une communauté pancana-dienne qui se reconnaîtrait elle-même comme une communauté supra ou multinationale » est la forme que doit prendre le nationalisme québécois dans les années à venir.Ce redéploiement du nationalisme doit miser sur le dépassement d\u2019une conception « passéiste et illusoire » du retour à l\u2019État-nation.« Il faudrait, au contraire, militer pour la démocratisation et la transformation de la seule position que, de toute façon, ce mouvement est en mesure de réaliser, soit la souveraineté-partenariat».L\u2019indépendance du Québec est dorénavant une « utopie contreproductive » qui « ne saurait être réalisée qu\u2019au prix d\u2019une division dont la société québécoise aurait à assumer très longtemps les séquelles ».Au niveau théorique, la contribution de Bourque n\u2019est pas négligeable, loin de là, traduisant pratiquement l\u2019idée d\u2019un État multinational en vogue aujourd\u2019hui dans la théorie politique.En cela, elle constitue un pôle rival de théories concurrentes comme celle du fédéralisme personnel inspiré de Karl Renner et d\u2019Otto Bauer sur laquelle certains intellectuels d\u2019ici en manque d\u2019idées originales ont décidé de faire carrière.Pour Bourque, les nations ont encore besoin d\u2019un no support politique concret et territorial pour effectuer l'idéal d\u2019autodétermination propre à la modernité démocratique.Il est bien que ces choses soient encore dites.Ne serait-ce que pour cela, le texte de Bourque mérite d\u2019être lu et réfléchi.Au plan pratique et politique, toutefois, Bourque invite les indépendantistes à un virage stratégique discutable.La souveraineté devrait être située de nouveau dans l\u2019axe canadien, dans une proposition de réforme radicale du fédéralisme qui permettrait aux nations canadiennes de se constituer en États associés.On peut résumer dans le vocabulaire péquiste la position défendue par l\u2019auteur : Gilles Bourque est le dernier défenseur du trait d\u2019union.Évoquons ensuite la contribution de Diane Lamoureux.Lamoureux reprend le couplet habituel de la secte féministe radicale sur le régime d\u2019hybridité et de différenciation identitaire qui serait le propre de la dynamique politique contemporaine et qui entraînerait sa fragmentation.La modernité politique est à dépasser, dit-elle, en s\u2019inspirant notamment du pluralisme juridique médiéval, dont on sous-estimerait la capacité de prise en charge de la diversité profonde des sociétés contemporaines.Transposant son analyse au problème Canada-Québec, elle invite les souverainistes, comme c\u2019est devenu la mode, à renoncer à constituer ici un État indépendant pour rechercher de nouveaux modèles associatifs qui ne se définissent plus dans la perspective de la souveraineté nationale.Elle se déclare ainsi « fédéraliste ».Mais Lamoureux est une fédéraliste sophistiquée.Elle s\u2019inspire du « modèle anarchiste des communautés librement associées », plus ou moins proudhonnien, qui permettrait un traitement inédit de nos problèmes nationaux.Elle en profite aussi pour critiquer l\u2019indépassable pathologie du nationalisme, soit la violence symbolique et physique, qui se serait m généralement manifesté dans son histoire, aux États-Unis, en ex-Yougoslavie et, semble t-il, au Québec.Le projet de construction d\u2019un État sur la base d\u2019une communauté de sens peut s\u2019avérer extrêmement dangereux à notre époque.Si la construction de la \u201cnation américaine\u201d n\u2019a pu se faire qu\u2019au prix de la mise en esclavage des Noirs et du génocide autochtone, si la constitution de nouveaux États-nations sur le territoire de l\u2019ex-Yougoslavie s\u2019est accompagné d\u2019un processus sanglant de \u201cpurification ethnique\u201d, peut-être faut-il arrêter d\u2019insister sur les \u201ccirconstances particulières\u201d liées à ces processus et se demander si la violence n\u2019est pas inhérente à tout projet nationaliste.Avis aux intéressés qui manqueraient d\u2019imagination pour s engager dans l\u2019espace public, voilà une position en vogue.Ce qui est très utile par ailleurs quand on l\u2019adopte, c\u2019est qu\u2019on peut toujours la sacrifier à la prochaine mode gauchiste.Soulignons enfin la contribution de Jacques Beauchemin, celle là d\u2019une évidente pertinence, sur la nation en tant que communauté politique fondée sur la communauté de mémoire et de culture.Prenant acte de la poussée des identités dans l\u2019espace public, Beauchemin fait le pari de défendre malgré tout la nation en tant que communauté de culture instituée politiquement.Pour Beauchemin, on ne peut négliger l\u2019épaisseur historique d\u2019une communauté politique, ce qu\u2019il appelle son fondement communautariste, « dans la mesure où c\u2019est sur cet arrière-plan que la société peut s\u2019apercevoir comme monde commun porteur d\u2019un projet éthico-politique pour elle-même ».Pour Beauchemin, c\u2019est l\u2019existence d\u2019un monde commun, Dumont aurait dit une culture, qui rend possible une « délibération démocratique » véritable, qui ne s\u2019épuise pas dans une politique de 112 reconnaissance de la diversité identitaire.La particularisation de la communauté politique est inévitable, à partir d\u2019une expérience historique concrète, elle-même chargée d\u2019une tradition à travers laquelle se manifeste une intention éthique capable d\u2019orienter la délibération autour d\u2019une certaine idée du bien commun.La communauté politique suppose nécessairement une frontière qui permet justement au peuple de se constituer à partir d\u2019une certaine représentation de lui-même concrétisée dans une mémoire, un récit de soi qui déploie la référence nationale dans le temps et forge l\u2019idée d\u2019une communauté de destin.S\u2019il faut faire droit à la diversité identitaire des sociétés contemporaines, cela n\u2019a de sens qu\u2019en fonction d\u2019un arrière plan éthique concrétisé dans une expérience historique partagée que la philosophie politique contemporaine a tendance à négliger pour dissoudre le lien politique dans une simple pratique procédurale de la démocratie.Un débat clôt l\u2019ouvrage, où Diane Lamoureux, Daniel Salée et Claude Couture se liguent dans un front radical postmoderne pour en appeler à une sociologie du désordre et de l\u2019hybridité contre ceux qui disent la communauté politique dans le langage de la cohésion et de la communauté de sens.Claude Couture se paie aussi d\u2019une réflexion soi-disant postcoloniale sur les prisons mentales qui nous empêcheraient d\u2019entrevoir les possibles au sein du réel, en nous invitant, cela va de soi, à s\u2019en libérer pour embrasser une pensée informe.Nul doute qu\u2019il réussit, quant à lui, le pari de l\u2019informe.Toujours se déprendre, de soi-même, et assumer l\u2019indétermination du monde, dans le désordre, l\u2019éclatement et le métissage.D\u2019une prison mentale à l\u2019autre, d\u2019une configuration historique à l\u2019autre, c\u2019est du poids pesant de la tradition que l\u2019homme post-moderne doit se déprendre pour en finir avec le vieux fond impérial et colonial qui conserve une ii3 emprise hégémonique sur l\u2019imaginaire occidental.On voit le projet.Dans certains départements de science politique, le gauchisme conservera son éternelle jeunesse.Ne négligeons pas non plus la contribution de Daniel Salée, dans ce débat, qui nous explique ne pas bien saisir en quoi la partition du territoire québécois l\u2019affecterait personnellement, et plaidant pour un laissé-faire politique qui renonce à poser la question de l\u2019autorité, surtout de la légitimité.Citons le, nous ne dirions pas mieux que lui sa réflexion : « Ça ne me dérange pas moi, qu\u2019on ait perdu le fameux Labrador.En bout de piste, on parle seulement de territoire » (p.176).On peut imaginer la réaction du même homme dans l\u2019hypothèse d\u2019une nouvelle poussée partitionniste suivant un référendum gagnant sur l\u2019indépendance du pays.Soulignons finalement les autres contributions de l\u2019ouvrage qui s\u2019intéressent tout autant au nationalisme en Belgique, à la théorie de Hobsbawm sur la nation et à l\u2019inévitable débat entre les conceptions française et allemandes de la nation.Rien de bien mauvais, rien d\u2019exceptionnel non plus.Des contributions honnêtes qui viennent meubler un livre tiré d\u2019un colloque.Quoi retenir de ce livre ?D\u2019abord, et c\u2019est heureux, l\u2019attention portée à la question de la communauté politique, distincte de celle du régime politique ou de l\u2019identité personnelle.La nation n\u2019est pas un concept qui réfère d\u2019abord à l\u2019identité personnelle d\u2019un sujet à la personnalité complexe, mais une réalité historique à partir de laquelle se constitue la communauté politique dans la modernité à partir de matériaux beaucoup plus anciens.Ensuite, que le sens commun a déserté nos universités.Car si l\u2019on pose la question de la communauté politique, on semble oublier au même moment de poser celle de l\u2019État, comme si l\u2019une pouvait 114 exister sans l\u2019autre à l\u2019époque présente, et comme si l\u2019autre était une forme historique une fois pour toutes périmée.Périmée aux yeux de la théorie post-moderne, nous le concédons, périmée au niveau de la réalité politique, c\u2019est une affirmation qu\u2019un rapport plus intime à la réalité permettrait d\u2019amender discrètement.Les peuples qui sont un lutte pour la conquête de leur indépendance ou sa préservation savent exactement à quelle forme politique ils font référence et pour laquelle ils sont prêts à de grands sacrifices.Cette forme, c\u2019est l\u2019État, national et indépendant, qui permet à un peuple de se constituer librement, et d\u2019humaniser à sa façon son coin du monde.Voilà quand même un livre qui a quelques bonnes raisons d\u2019être lu.La contribution de Bourque sur la question nationale est loin d\u2019être négligeable, bien que tout y soit très discutable.Celle de Beauchemin, qui approfondi d\u2019autres de ses travaux, tout aussi essentielle pour penser l\u2019inévitable lien entre la mémoire et la politique et qui pose la question nationale dans le langage de l\u2019appartenance plutôt que de l\u2019identité, autrement dit dans sa capacité d\u2019inscrire la communauté politique dans le monde socio-historique.Celle de Lamoureux, enfin, pour rire un peu, et pour avoir sous la main une caricature facile de cette pensée d\u2019extrême-gauche qui n\u2019en finit plus d\u2019inventer de nouvelles façons d\u2019être révolutionnaire, à condition qu\u2019on lui reconnaisse sa permanence universitaire.Mathieu Bock-Côté LAURIER TURCEON Patrimoines métissés, Contextes coloniaux et postcoloniaux, Editions de la Maison des sciences de l\u2019homme, Paris, Les Presses de l\u2019Université Laval, 2003, 234 p.Je dois avouer qu\u2019à première vue le titre de ce livre m\u2019est apparu fort peu attirant.Vraisemblablement, il est destiné au public européen, si friand de nouveautés en général et de néologismes en particulier.Je l\u2019ai donc d\u2019abord associé à cette masse d\u2019œuvres subventionnées qui vise à survaloriser une certaine vision d\u2019un monde qui serait de plus en plus post-national.Heureusement, il n\u2019en est rien.Il s\u2019agit au contraire d\u2019un ouvrage hautement scientifique qui s\u2019appuie sur des exemples concrets pour nous renseigner à propos de la notion de patrimoine.Il faut dire que l\u2019auteur, Laurier Turgeon, est un professeur d\u2019histoire et d\u2019ethnologie à l\u2019Université Laval qui jouit d\u2019une réputation internationale, ce qui ne l\u2019empêche pas d\u2019être impliqué dans son milieu.C\u2019est sans doute ce qui explique la forme que prend cet ouvrage : son introduction et sa conclusion abordent le sujet dans toute sa globalité, alors que ses cinq chapitres concernent cinq lieux précis de patrimonialisation.Dans un premier temps, l\u2019auteur prend soin de nous expliquer que le concept de patrimoine, « biens du père » selon l\u2019étymologie du mot, a été utilisé par l\u2019État pendant longtemps afin d\u2019assurer la continuité de la nation.Son étude visait traditionnellement à comprendre comment s\u2019effectuait sa transmission d\u2019une génération à l\u2019autre à l\u2019intérieur d\u2019un même groupe.Mais ici, l\u2019auteur préfère s\u2019inscrire dans une nouvelle tendance qui vise à étudier la formation et surtout les mutations des patrimoines, d\u2019où la référence au métissage.De plus, il choisit d\u2019inscrire le patrimoine dans les contextes coloniaux et postcoloniaux, plutôt que dans des contextes régionaux, nationaux ou internationaux comme cela ce fait habituellement.Si le premier chapitre, qui porte sur la déclaration sous serment d\u2019un capitaine malouin qui aurait combattu un monstre de mer en 1701, est le moins pertinent, il n\u2019est tout de même pas sans intérêt.On y raconte comment les autorités françaises ont utilisé ce récit incroyable pour valoriser les marins, histoire de gonfler leur moral en ce début de guerre de Succession d\u2019Espagne, et pour alimenter les réflexions d\u2019intellectuels.On y apprend aussi que le tribunal était l\u2019endroit tout désigné pour publiciser une histoire, tant auprès du peuple que de la communauté scientifique, et pour l\u2019immortaliser grâce aux archives.Enfin, on en conclu qu\u2019à cette époque, comme aujourd\u2019hui ajouterai-je, les faits divers et leur utilisation peuvent être l\u2019expression d\u2019une volonté politique plus que d\u2019une information neutre et que, dans ce contexte, la manipulation n\u2019est jamais loin.Une autre partie intéressante de cet ouvrage porte sur le chaudron de cuivre et plus particulièrement sur l\u2019impact de l\u2019échange de cet objet entre les Européens et les Amérindiens.Mais d\u2019abord, il vaut la peine de souligner l\u2019utilisation par l\u2019auteur du mot « amérindien » qui a été trop souvent remplacé par celui d\u2019autochtone dans la littérature.En effet, alors que le terme amérindien renvoie spécifiquement aux premières nations d\u2019Amérique, celui d\u2019autochtone signifie « qui est issu du sol où il habite » et ne devrait donc pas être monopolisé par un seul groupe, aussi noble fut-il.Dans la même lignée, il faut remarquer la rigueur de l\u2019auteur qui nous parle de la préhistoire récente lorsqu\u2019il est question des Amérindiens au XVe siècle puisque, même s\u2019il n\u2019est pas de bon ton de le rappeler, ces derniers n\u2019ayant pas découvert l\u2019écriture à ce moment ils vivaient littéralement 117 toujours à l\u2019ère préhistorique.Ce qui ne leur enlève rien par ailleurs.Pour en revenir au chaudron, mentionnons que son utilisation, lors de cérémonies mortuaires et/ou festives, permettait aux groupes amérindiens notamment d\u2019alimenter leur sentiment d\u2019appartenance, de se distinguer et même de se renforcer par rapport aux autres groupes amérindiens.Comme quoi depuis toujours un apport étranger à une culture riche et distincte peut être fort bénéfique pourvu qu\u2019il soit bien géré.C\u2019est sans doute pourquoi souvent les Amérindiens enfouissaient les chaudrons après leur utilisation, histoire de symboliser l\u2019appropriation et d\u2019éviter l\u2019acculturation, ce mal qui constitue toujours une menace lorsqu\u2019il est question d\u2019échanges culturels entre dominants et dominés.Sans doute l\u2019auteur a-t-il choisi les chaudrons de cuivre parce qu\u2019ils illustrent à merveille ce défi, en effet : « debout, ils s\u2019ouvrent aux autre pour fournir les aliments nourriciers nécessaires à la vie ; renversés, il se ferment pour offrir protection et sécurité ».Par ailleurs, le plus instructif de cette oeuvre porte sur les Basques et le Québec.Un chapitre entier est consacré à l\u2019île aux Basques et plus précisément à son sol.Ce lieu est fort intrigant car les fouilles archéologiques prouvent qu\u2019il a été occupé par différents peuples amérindiens avant d\u2019être le premier lieu de rencontre entre Européens et Amérindiens au Québec.En effet, dès la fin du XVIe siècle, des pêcheurs basques s\u2019y rendaient afin de faire fondre de la graisse de baleine.Ainsi, encore aujourd\u2019hui, on y retrouve d\u2019immenses fours datant de cette époque et, non loin de ceux-ci, des pointes de flèches et autres objets typiquement amérindiens.Ce sont ces découvertes qui illustrent le mieux le sujet d\u2019étude de l\u2019ouvrage, comme le témoigne ce passage révélateur : « [.] nous avons pensé, d\u2019abord, qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un site amérindien contenant des objets de traite basques avant que l\u2019hypothèse d\u2019un foyer basque avec des objets amérindiens ne l\u2019emporte.Ce n\u2019est que plus tard que nous avons réalisé qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un site métissé, comprenant les éléments de l\u2019une et de l\u2019autre des cultures.» Un autre chapitre porte sur ce que l\u2019auteur appelle « l\u2019eth-noscopie » basque au Québec.En effet, quiconque est déjà passé dans la région de Trois-Pistoles a sûrement remarqué les drapeaux basques (Ikournia), la rue des Basques, La fromagerie des Basques et d\u2019autres références aux Basques qu\u2019on retrouve en grand nombre (même la MRC et la commission scolaire rendent hommage aux Basques en portant leur nom).Cela dit, c\u2019est avec stupéfaction que j\u2019ai découvert que des noms aussi familiers que Les Escoumins et Etchemin sont d\u2019origine basque.De même, j\u2019ai été surpris d\u2019apprendre qu\u2019il existe un Centre muséographique du Parc de l\u2019Aventure basque en Amérique, qui a vu le jour grâce à une mobilisation citoyenne extraordinaire qui a eu lieu au milieu des années 90.Fait à souligner, lors de l\u2019inauguration de ce centre, chaque politicien invité à prononcer un discours avait sa propre vision de l\u2019événement.Alors que le député provincial, Mario Dumont, trace un parallèle entre l\u2019aventure basque et celle de Trois-Pistoles, deux défis, le député fédéral, Paul Crète, louange la diversité culturelle et Mathias Rioux, pour sa part, célèbre l\u2019amitié entre deux peuples minoritaires.De plus, le représentant du gouvernement basque commente l\u2019attachement des Basques à leur pays et leurs racines, après que le consul d\u2019Espagne ait dit qu\u2019il faut s\u2019intéresser à l\u2019avenir plutôt qu\u2019au passé.On comprend alors que plus qu\u2019à une célébration de l\u2019histoire, nous assistons à l\u2019histoire de deux peuples qui se battent pour affirmer leurs différences.D\u2019ailleurs, je pense que c\u2019est ce 119 point en commun, plus que le passage de Basques sur le Saint-Laurent au XVIe siècle, qui explique cette fascination réciproque entre Québécois et Basques.Par ailleurs, mentionnons que les habitants de Trois-Pistoles et des environs ont investi des sommes importantes dans la recherche en généalogie, histoire de renforcer leurs liens avec le Pays basque grâce à une possible filiation.À ce jour, les résultats sont mitigés mais la recherche se poursuit.Ce sont toutes ces démarches, de la toponymie à la généalogie en passant par la muséologie, qui font dire à l\u2019auteur que : « Loin d\u2019être un héritage du passé qui se transmet de génération en génération, le patrimoine se veut, se construit, s\u2019invente et se vit.» Enfin, je ne peux passer sous silence un autre passage remarquable, où l\u2019auteur évoque cette tendance, malsaine selon moi, de certains chercheurs qui pensent le monde à travers le prisme déformant de l\u2019induction freudienne.En effet, le savant professeur affirme que : Si les approches postcoloniales et postmodemes des dernières années ont porté beaucoup d\u2019attention aux mouvements migratoires transnationaux, aux diasporas déterritorialisées et aux communautés constituées électroniquement, elles se sont peu préoccupées du comportement des groupes culturellement homogènes, territorialisés et histori-sés, qui représentent encore la vaste majorité de la population mondiale.En fait, les déplacements transnationaux ne concernent qu\u2019une infime partie des gens sur la planète.Le cas de la MRC des Basques suggère que les populations fortement localisées s\u2019efforcent d\u2019introduire l\u2019autre dans leur patrimoine pour rendre leur monde plus exotique, hétérogène et différent, bref pour se délocaliser.Au lieu de se déplacer, ils déplacent les autres et les intègrent dans leurs paysages ethnoscopiques. 120 Le dernier chapitre de ce livre est pour sa part consacré aux restaurants ethniques qui existent au Québec.On y apprend entre autres que si tant d\u2019immigrants ouvrent de tels restaurants, c\u2019est essentiellement pour mieux s\u2019intégrer.Pour moi, cette constatation contredit ce que voudraient nous faire croire les adeptes du multiculturalisme, pour qui le besoin le plus pressant des nouveaux arrivants est de conserver leur culture d\u2019origine.Plus intéressant encore, l\u2019auteur affirme que la popularité grandissante de ces restaurants traduit non pas une critique de la restauration rapide ni un raffinement du consommateur moyen, mais plutôt un engouement pour l\u2019étrangéité qui va de pair avec une dévalorisation de nos mets traditionnels.Ce phénomène amène l\u2019auteur à un questionnement identitaire fort important dont l\u2019essentiel se lit comme suit : Longtemps ancrée dans le soi, l\u2019identité québécoise ne se construit-elle pas maintenant des (re)sources de l\u2019autre?.Comme l\u2019a relevé Michel de Certeau, ces passages brusques d\u2019un conservatisme radical à une modernité excessive, du soi à l'autre, sont plutôt caractéristiques des politiques identitaires des groupes minoritaires dont les préoccupations délaissent le domaine culturel au profit des arènes politiques et économiques.Au lieu défaire reconnaître leur différence en mettant l\u2019accent sur la spécificité de leur patrimoine culturel, les Québécois semblent vouloir incorporer la différence comme un moyen de régénérer le soi.Voila une réflexion qui ne manquera pas de stimuler ceux qui, comme moi, pensent qu\u2019il est prioritaire de réfléchir à propos de notre identité nationale et de la situer par rapport à un avenir rapproché où nous devrons accueillir d avantage d\u2019immigrants. 121 Finalement dans sa conclusion, l\u2019auteur nous rappelle ce contraste frappant entre l\u2019ère postcoloniale, où le métissage est célébré, et l\u2019époque coloniale pendant laquelle il était dévalorisé.Quand on pense au sort réservé à Louis Riel, on comprend qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un euphémisme.Puis à la toute fin, il y va d\u2019une très lucide mise en garde contre une esthétique de l'hétérogène qui patrimonialise le métissage et en fait une idéologie au service de la mondialisation libérale.Cette dernière opinion aurait certes méritée un développement plus élaboré et surtout un rapprochement avec la situation au Québec.Cela dit, il me semble que l\u2019auteur donne suffisamment de matériel pour que le lecteur, soucieux du sort de notre nation, soit tenté d\u2019effectuer cette contextualisation sans doute utile à une meilleure compréhension de notre cheminement identitaire.Guillaume Rousseau 122 GENEVIÈVE NOOTENS Désenclaver la démocratie, Des huguenots à la paix des braves, Québec-Amérique, 2004,168 p.Désenclaver la démocratie.Voilà le projet de Geneviève Nootens, professeure à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi, dans ce petit essai de philosophie politique.Mais de quoi la démocratie doit-elle être désenclavée ?La réponse est simple : de l\u2019État-nation, cette structure politique contingente, apparue avec la modernité et dans laquelle se condense un ensemble de concepts limitant nos horizons politiques : Dénouer ces liens, percevoir et nommer les nouveaux lieux potentiels d\u2019allégeance et de participation, réarticuler les pratiques auxquelles nous attribuons une valeur normative.(p.18), voilà la tâche qui nous attend.Mais pourquoi l'État-nation enclaverait-il l\u2019exercice de la démocratie ?Que lui reproche-t-on au juste ?Les griefs de Nootens ne sont pas nouveaux, ils recoupent en bonne partie ceux formulés depuis quinze ans par les philosophes occupés à penser la mondialisation : l\u2019État-nation est dysfonctionnel dans une économie mondialisée, l\u2019État-nation détruit la diversité culturelle, l\u2019État-nation maltraite les minorités, l\u2019État-nation ne s\u2019intéresse pas à la justice globale, l\u2019État-nation se pose comme un modèle exclusif d\u2019organisation des rapports politiques, niant par sa rigidité la possibilité de voir apparaître d\u2019autres alternatives démocratiques : La remise en cause de l\u2019unité idéologique de l\u2019État territorial souverain apparaît comme prometteuse, non seulement parce qu\u2019elle ouvre de nouvelles perspectives sur le plan de la démocratie et de la justice globale, mais aussi parce qu\u2019elle permet de penser autrement les rapports entre nations, (p.164) 123 Bref, l\u2019État national est un carcan.Un carcan idéologique qui nous empêche d\u2019organiser nos rapports politiques de manière juste et efficace.Quel est le fil à briser pour rompre ce carcan ?C\u2019est l\u2019idée qu\u2019à chaque État appartient une nation et qu\u2019à chaque nation appartient un État.Cette idée, Nootens s\u2019y attaque en nous rappelant d\u2019abord le caractère construit du demos, c\u2019est-à-dire de la communauté politique ou de la nation.L\u2019auteur insiste : le demos est fondamentalement indéterminé.les frontières du demos ne sont pas données, mais socialement et politiquement définies, (p.119) Cela permet à Nootens de démultiplier les demoï à l\u2019infini : mon village est un demos, ma province est un demos, mon pays également, tous les gauchers de ma me forment un demos, de même tous les Abitibiens dont le numéro d\u2019assurance sociale commence par 272.Il faut savoir faire preuve, qu\u2019on me pardonne l\u2019expression, de démophilie.Mais comment intégrer tous ces démoï dans un ordre démocratique ?Nootens parcourt les modèles disponibles : cosmopolitisme, nationalisme libéral, supranationalisme, gouvernance à niveaux multiples ; pour finalement s\u2019arrêter sur l\u2019idée d\u2019une « démocratie multiscalaire », système où les lieux d\u2019autorité se superposent, se recoupent et sont constamment renégociés, sans qu\u2019aucun ne s\u2019impose aux autres.Pour étayer sa position, Nootens a recours à la théorie du pluralisme juridique : Le concept de pluralisme juridique dénote la possibilité de multiples lieux d\u2019autorité, fondés sur des ordres normatifs légitimes qui ne sont pas nécessairement organisés hiérarchiquement.Autrement dit, des ordres juridiques normatifs distincts peuvent coexister, dans le cadre d\u2019une disper- 124 sion de l\u2019autorité, sans qu\u2019aucun riait à nier l\u2019indépendance ou le caractère normatif de l\u2019autre, (p.86) En théorie du droit, le pluralisme juridique désigne la capacité du juge à utiliser dans son raisonnement des principes extérieurs à l\u2019ordre juridique positif.Il peut ainsi se référer à des principes moraux ou aux us et coutumes d\u2019une minorité.Voilà un bien beau projet, mais cela implique qu\u2019on s\u2019entende minimalement pour dire qui est le juge.En ce sens, le pluralisme juridique par excellence, ce n\u2019est pas lorsqu\u2019un juge utilise deux normes de sources différentes pour rendre une décision, mais bien lorsque deux juges prétendent en même temps être habilités à prendre une même décision.De cette possibilité pourtant, Nootens ne parle point.L\u2019ordre juridique décrit par Nootens en est un où les différents niveaux d\u2019autorité n\u2019ont aucun pouvoir l\u2019un sur l\u2019autre, où une multitude d\u2019autorités se rapporte à une multitude de demoï, sans qu\u2019aucun principe ne vienne assurer la cohérence de l\u2019ordre juridique.Nootens se défend pourtant d\u2019être postmoderne : Certains seront tentés d\u2019attribuer l\u2019idée de fragmenter l\u2019autorité à un schème de pensée postmoderniste qui saluerait la fragmentation sociale de manière générale et irréfléchie ; mais une telle idée apparaît tout autant prémoderne que postmodeme.L\u2019Europe d\u2019avant la modernité est en effet caractérisée par une telle fragmentation de l\u2019autorité, (p.87) Ce que dit Nootens est juste, mais ce qu\u2019elle ne mentionne pas, c\u2019est que la situation prémoderne était précisément vécue comme pathologique.Dans la pratique, la fragmentation de l\u2019autorité signifiait qu\u2019un individu pouvait à la fois être accusé d\u2019une chose et de son contraire.Accusé par le Pape mais disculpé par l\u2019Empereur.Une telle situation a cer- 125 tainement existé, mais elle ne peut en aucun cas servir de modèle normatif.En ce sens le Moyen-Âge était véritablement une période a-normale.Une période marquée par les conflits de préséance et obsédée par la question de la souveraineté.Dans la démocratie « multiscalaire » et fragmentée de Nootens, le citoyen serait dans la situation du paysan lombard au XI le siècle : soumis à une pluralité de juges dont les jugements risquent constamment de se contredire.Obéir à l\u2019empereur au risque d\u2019être pendu par le Pape ou obéir au Pape au risque d\u2019être pendu par l\u2019Empereur.Le prix est cher payé pour renoncer à l\u2019État-nation.C\u2019est que le lien entre l\u2019État-nation et la démocratie n\u2019est pas contingent.Rigoureusement parlant, les deux termes sont même des synonymes.Si la nation renvoie au démos, c\u2019est-à-dire à la multitude constituée en peuple, l\u2019État renvoie quant à lui au kratos, à savoir au pouvoir constitué, à la hiérarchie explicite qui s\u2019institue entre les gouvernants et les gouvernés.Celui qui veut disjoindre l\u2019État de la nation doit également disjoindre le kratos du démos.Cela peut se faire de trois manières : i) en proposant des formes politiques antidémocratiques (telle que la monarchie ou l\u2019aristocratie) ; 2) en éliminant toute relation hiérarchique (l\u2019anarchie) ou 3) en démultipliant les kratoï sans rime ni raison.C\u2019est cette troisième voie que choisit Nootens.Elle s\u2019engage dès lors dans une régression qu\u2019elle ne contrôle plus, où pour chaque nouveau kratos, elle doit inventer un nouveau demos.S\u2019amorce alors un voyage au cœur du «constructivisme total », où le philosophe se donne l\u2019impression de reconstruire les possibles à souhait, sans égards pour l\u2019exigence de cohérence et d\u2019unité qui guide pourtant les décisions des 126 acteurs politiques.Nootens souhaite ouvrir à ses lecteurs de nouveaux horizons et, en un sens, elle y parvient : ceux qui s\u2019intéressaient exclusivement à la politique pourront maintenant se familiariser avec la science fiction.Benoît Dubreuil 127 GUY DURAND Le Québec et la laïcité.Avancées et dérives, Montréal, Les éditions Varia, 2004, 122 p.Ce petit livre s\u2019intéresse à la question de la place des religions dans l\u2019espace public au Québec en ce début de XXIe siècle.L\u2019auteur est plus précisément préoccupé par ce qui lui semble un paradoxe dans le consensus social actuel : cantonnement ferme à la sphère privée des manifestations de la foi chrétienne d\u2019une part et, d\u2019autre part, ouverture de plus en plus large de l\u2019espace public aux autres traditions religieuses.Tandis que les maires des grandes villes et les députés hésitent désormais à offrir à Noël leurs vœux.de Noël à leurs commettants, le port du kirpan est autorisé à l\u2019école, par exemple.Comment devrait-on poser la question de la laïcité dans la société québécoise, et notamment à l\u2019école publique, c\u2019est le propos de l\u2019ouvrage.Le premier chapitre aborde les notions de sécularisation, de laïcité et de neutralité.L\u2019auteur y constate avec raison que les rapports entre l\u2019État et les cultes, entre la société et les religions évoluent constamment dans chaque pays, et que de l'un à l\u2019autre ces rapports sont conditionnés par l\u2019histoire et les rapports de force spécifiques entre tenants de la neutralité de l\u2019espace des institutions publics et tenants de la présence du religieux.Il en donne des exemples fort intéressants tirés de l\u2019expérience de plusieurs pays européens et des États-Unis, ce qui lui permet de conclure que la laïcité n\u2019est pas un concept abstrait et indépendant des cultures.Partout, y compris en France où elle a pourtant presque pris valeur de credo intransigeant, la laïcité est un principe qui trouve des accommodements et des ajustements contextuels en fonction des traditions culturelles de la population.Mais dans chaque pays, ce qui est certain, c\u2019est qu\u2019il revient à l\u2019É- 128 tat « de chercher à établir un lien social, un sentiment d\u2019identité nationale », une culture publique à la fois commune et respectueuse de la tradition majoritaire.Dans le chapitre deux, sur les « repères culturels », Durand continue de poser les balises nécessaires à la démonstration qui forment la trame des chapitres ultérieurs.En gros, il y défend le projet d\u2019une société française au Québec, nourrie de l\u2019apport harmonieux des nombreux immigrants de tous pays qui ont choisi de s\u2019y établir et qui, tout en transformant peu à peu la culture d\u2019accueil, selon un processus vivant et prometteur, ont aussi la responsabilité de s\u2019intégrer au groupe majoritaire.Mais comment le pourront-ils, se demande Durand, si le groupe majoritaire, justement, n\u2019ose plus affirmer sa culture, proposer sa propre vision de ce qu\u2019il est, assumer son passé et exiger l\u2019intégration ?Pour l\u2019auteur, les Québécois francophones ont encore du mal à accepter ce qu\u2019ils ont été, et en particulier, ils ont du mal à accepter leur héritage chrétien.Par ailleurs, alors que nos États (le Québec et le fédéral) se sont donnés des chartes des droits qui permettent heureusement de protéger la liberté de religion des croyants de traditions minoritaires, le recours à la clause « nonobstant », qui fait partie intégrante de la constitution de 1982, peut permettre aussi de défendre légitimement les droits de la culture majoritaire, peu reconnus dans la Charte canadienne des droits.C\u2019est avec tous ces éléments qu\u2019il faut compter lorsqu\u2019on pose la question des rapports entre État et cultes, entre société et religions dans le Québec du XXIe siècle.Le reste du livre de l\u2019auteur va au cœur de son sujet.Et celui-ci est essentiellement un plaidoyer en faveur des cours d\u2019enseignement religieux catholique ou protestant à l\u2019école publique, qui ne sont maintenus actuellement que parce le 129 recours à la clause « nonobstant » les protège jusqu\u2019en 2005.Or, certains, y compris le Conseil sur les affaires religieuses, dont le mandat est d\u2019éclairer le ministère de l\u2019Éducation, jugent si infâme que l\u2019Assemblée nationale ait de nouveau recours à cette clause pour protéger l\u2019enseignement religieux dans les écoles publiques, qu\u2019ils sont prêts à tout, y compris à abolir celui-ci, pour délivrer les parlementaires d\u2019une telle épine.Comment en est-on arrivé là ?Et pourquoi devrait-on recourir encore une fois à la clause « nonobstant » ?Durand consacre le reste de son livre à répondre à ces questions.Comme chacun sait, la constitution de 1867 a fait de l\u2019éducation une responsabilité provinciale exclusive.À la demande de la puissante minorité angloprotestante du Canada-Est, qui craignait de se retrouver à la merci de l\u2019Église catholique dans les écoles, l\u2019article 93 a été inclus dans l\u2019AANB, par lequel les minorités religieuses du Québec et de l\u2019Ontario se sont vus conférer le droit à un système scolaire séparé.Au moment de la création du ministère de l\u2019Éducation du Québec, au début des années i960, les évêques et la minorité protestante ont obtenu le maintien de la confessionnali-té des commissions scolaires et des écoles.En 1997, les ministres Marois, du Québec, et Dion, du fédéral, se sont toutefois entendus sur un amendement constitutionnel par lequel l\u2019article 93 a été aboli, seulement pour le Québec d\u2019ailleurs, ce qui a rendu possible le remplacement des commissions scolaires confessionnelles par des commissions scolaires linguistiques et s\u2019est trouvé à lier désormais l\u2019enseignement religieux à l\u2019école publique à l\u2019utilisation de la clause « nonobstant ».Le recours à la clause « nonobstant » a peut-être mauvaise presse, mais il est tout à fait légitime.La clause est une par- 130 tie de la constitution et elle permet aux législateurs élus de se distancier des positions juridiques souvent abstraites que peuvent prendre des juges non élus, ce qui en fait en somme un chien de garde démocratique plutôt que son contraire.Par ailleurs, si l\u2019Assemblée nationale se prive d\u2019utiliser cet instrument, cela signifie que seuls les enfants scolarisés dans le réseau privé bénéficieront désormais des fonds publics pour l\u2019enseignement religieux.En effet, il vaut peut-être la peine de faire remarquer que le gouvernement du Québec subventionne à hauteur de 60 % les écoles privées, et que la plus grande partie de celles-ci ont un caractère religieux nettement affirmé, notamment dans la région de Montréal.Comment justifier que les 84 % des enfants du primaire public et les 62 % des élèves du secondaire public qui sont inscrits à l\u2019enseignement religieux confessionnel des traditions majoritaires n\u2019y auraient plus accès, tandis que les enfants juifs, grecs orthodoxes, musulmans et autres qui forment à peine 2 % à 3 % de la population québécoise au recensement de 20011 mais fréquentent de plus en plus massivement les écoles privées religieuses jouiraient des subventions du gouvernement pour être initiés à leurs propres traditions spirituelles ?Ce que Durand propose, en fait, c\u2019est un oui sans équivoque à l\u2019accueil des immigrants, au respect de la diversité culturelle, et à la protection des droits individuels, mais dans un contexte de promotion du Québec français, avec sa majorité, sa culture, ses valeurs, ses institutions, bref sa spécificité.Dans l\u2019espace public, cela signifie le droit pour chacun et chacune d\u2019afficher les signes de sa religion, mais pas s\u2019il est un employé de l\u2019État dans ses fonctions.Cela signifie aussi le droit de vivre selon ses traditions religieuses, mais pas si elles vont délibérément à l\u2019encontre des valeurs les plus fondamentales de la société et des droits égaux qu\u2019elle reconnaît 131 aux hommes et aux femmes : l\u2019excision est et devra rester illégale.Cela signifie le droit de ne pas travailler le jour du sabbat si on est juif, mais pas celui de changer le calendrier pour y abolir toute référence chrétienne et les congés de Noël et de Pâques.Dans l\u2019école, le respect des droits et croyances de chacun combiné au respect de l\u2019histoire du Québec et des traditions majoritaires signifie le maintien de l'enseignement religieux catholique ou protestant à l\u2019école publique et celui du service d\u2019animation spirituelle et communautaire, d\u2019autant plus que l\u2019État finance largement l\u2019enseignement des traditions religieuses minoritaires dans le réseau privé.Le livre de Durand ouvre des perspectives intéressantes.Nous vivons une curieuse époque.Les rapports entre l\u2019État et les cultes n\u2019ont pas fini de se redéfinir.L\u2019année 2005 verra-t-elle les Communes légaliser le mariage civil gai, ce qui marquerait de manière significative la distance prise par l\u2019État face aux définitions du mariage données par toutes les religions ?Verra-t-elle l\u2019instauration d\u2019un tribunal islamique au Québec, ce qui serait au contraire abandonner à un culte un pan entier et fondamental de la mission de l\u2019État, celui du droit, qui lui-même assure une part importante de la cohésion sociale ?On n\u2019a pas fini de réfléchir à toutes ces questions, et un livre comme celui de Durand apporte un éclairage nécessaire, sur la question de l\u2019école tout au moins.Lucia Ferretti t En effet, de nombreux enfants issus des communautés culturelles sont catholiques ou protestants.Il ne faut pas confondre communautés culturelles et traditions religieuses minoritaires. 132 PIERRE VENNAT Général Dollard Ménard.De Dieppe au référendum.Montréal, Art Global, 2004 Pierre Vennat a déjà signé plusieurs ouvrages qui ont largement contribué à réhabiliter auprès du grand public la place des Canadiens français dans l\u2019histoire militaire du Canada.Ses ouvrages ont, en outre, permis de faire les nuances qui s\u2019imposent au sujet des interprétations qui ont marqué la scène idéologique en ce qui concerne la participation à la Grande Guerre (Les Poilus québécois) ou encore à la Deuxième Guerre mondiale (Les Héros oubliés).Les relectures qu\u2019il a faites ont mis en valeur le courage, la compétence et les faits d\u2019armes des soldats de métier, des volontaires et des conscrits dans les grands conflits qui ont façonné le vingtième siècle.Il poursuit ce travail avec Général Dollard Ménard.De Dieppe au référendum.Le héros du débarquement de Dieppe a été une légende vivante, en son temps considéré comme la plus grande figure militaire de notre peuple.Il était important de raviver le souvenir et de faire le travail de mémoire en rédigeant sa biographie.Pierre Vennat s\u2019en acquitte ici d\u2019une façon admi-rative sans être complaisante.Il nous présente un homme au parcours d\u2019abord fulgurant, qui le conduira de l\u2019Inde coloniale à Singapour dans des postes où il se distinguera par sa compétence, sa capacité d\u2019adaptation et sa combativité feront de lui le candidat désigné pour commander les Fusilliers Mont-Royal lors du raid sanglant de Dieppe.Blessé cinq fois au cours de cette opération qui reste une des plus contestées de l\u2019histoire de la Deuxième Guerre, Ménard aura fait preuve là d\u2019un véritable héroïsme. 133 Cette stature de héros, le Canada, propagande de guerre oblige, l\u2019utilisera abondamment, faisant jouer un rôle de premier plan à Ménard dans les campagnes destinés à mousser le recrutement ou encore la vente des bons de la Victoire.Les choses se compliqueront vite cependant pour ce Canadien-français jugé dérangeant par son franc-parler, sa droiture et son ambition.Celui qui aura réussi à imposer le français dans le commandement des troupes (francophones !) paiera cher son esprit d\u2019indépendance et de revendication.Sa carrière ralentira, d\u2019abord lentement, puis de plus en plus rapidement au fur et à mesure que l\u2019armée complétera sa modernisation.La marginalisation de Ménard conduira à sa mise à la retraite prématurée, à l\u2019âge de cinquante deux ans.Le personnage restera néanmoins un héros encombrant.Lors des cérémonies de commémoration, par ses déclarations publiques et surtout par sa prise de position en faveur du OUI au référendum de 1980, l\u2019homme s\u2019attirera régulièrement les tracasseries, les manoeuvres hypocrites et vexa-toires de l\u2019establishment militaire et politique Canadian.Le tout culminera dans une « affaire » odieuse et minable, le « procès des généraux » qui l\u2019opposera à deux compatriotes et officiers ( Dextrase et Allard) qui ont sali sa réputation en laissant entendre que son engagement en faveur du OUI s\u2019expliquait comme une séquelle de ses blessures qui auraient affaibli ses facultés.Exemple pathétique de la lutte fratricide et manifestation répugnante de l\u2019esprit de soumission déloyale à son peuple.Ménard a fini par avoir réparation mais cela n\u2019a pas mis fin aux vexations et à la conduite revancharde de l\u2019État Canadian qui l\u2019a tenu à l\u2019écart ensuite des cérémonies du cinquantenaire du débarquement.Nos sociétés nationales et 134 l\u2019Assemblée nationale du Québec, heureusement, ont eu une conduite plus digne et posé les gestes de reconnaissance que ce héros méritait.L\u2019ouvrage de Vennat continue d\u2019ho-norer la mémoire de cet homme et en cela, il fait oeuvre utile.On lui reprochera avec raison de rester un peu trop anecdotique et d\u2019en rester à de trop laconiques généralités en ce qui concerne la mise en contexte et l\u2019analyse de l'armée canadienne et de sa dynamique francophobe, mais il ne faut pas trop lui en tenir rigueur.Ce livre fait un premier déblayage, il réunit des matériaux qui auraient pu se perdre, il maintient vivants non seulement le souvenir mais l\u2019intérêt pour l\u2019homme et ce qu\u2019il a fait.La vie et l'œuvre du plus grand héros militaire de notre histoire mériteront d\u2019être maintes fois revisités.Pierre Vennat a réussi à raviver l\u2019intérêt et à faire valoir la nécessité de maintenir un questionnement sur ce pan de notre histoire et sur les personnages qui, à l\u2019instar de Dollard Ménard, ont contribué à y incarner une idée de la grandeur et de l\u2019idéal.Robert Laplante Pour souligner son 20e anniversaire, la revue d\u2019histoire du Québec Cap-aux-Diamants vous offre un exceptionnel rabais de 20% sur l\u2019abonnement d\u2019un an.Pour une période limitée, vous ne paierez que 27,50$ (taxes comprises).L\u2019abonnement de 2 ans est aussi disponible à 55$.Profitez de cette offre! (418)656-5040 revue.cap-aux-diamants@hst.ulaval.ca Capaux-Diamants Cette offre est valable jusqu\u2019au 31 décembre 2005 et ne peut être jumelée à aucune autre.20% de rabais par rapport au prix en kiosque de 34,52$ pour 4 parutions. 136 LIVRES REÇUS Louis-Georges Harvey Le Printemps de l\u2019Amérique français.Américanité, anticolonialisme et républicanisme dans le discours politique québécois, i8oyi8^y, Boréal, 2005, 296 p.Louis-Hippolyte La Fontaine Correspondance générale, tome III, Mon cher Amable, Les Éditions Varia, 2005, 490 p.Serge Gauthier Laure Gaudreault, La syndicaliste de Charlevoix, XYZ éditeur, 2005,175 p.Michel Matte L\u2019activité secrète de René Lévesque le 18 juin 3965, LANCTÔT ÉDITEUR, 2005, 168 p. 137 COURRIER DES LECTEURS À PROPOSE DE PIERRE VADEBONCOEUR J\u2019ai commencé à lire Pierre Vadeboncoeur il y a plus d\u2019une douzaine d\u2019années.C\u2019était son fameux « Gouverner ou disparaître » et nous n\u2019étions plus trop loin du référendum de 1995.J\u2019avais alors tellement apprécié cet essai que j\u2019en avais remis quatre exemplaires en cadeau à des amis lors d\u2019une rencontre de Noël.Je n\u2019ai depuis jamais cessé de lire et d\u2019apprécier Vadeboncoeur.J\u2019ai lu plusieurs de ses bouquins et la plupart de ses textes publiés dans L\u2019Action nationale, Le Couac et Le Devoir.Je l\u2019apprécie d\u2019abord pour ses analyses précises et honnêtes des divers enjeux sur lesquels il se penche, que ce soit au niveau national ou international, mais je l\u2019apprécie aussi beaucoup pour sa belle langue claire et harmonieuse et qu\u2019on dirait parfois d\u2019un temps, pourtant pas si lointain, où la culture et l\u2019art étaient autre chose que courses effrénées d\u2019une éphémère culture de consommation à une autre, où la culture, l\u2019art et la littérature avaient encore un certain sens.Pierre Vadeboncoeur est l\u2019un de nos plus grands et de nos plus brillants intellectuels et nous sommes plusieurs à le penser.Si j\u2019estime grandement L\u2019Action nationale et Le 138 Couac, qui publient régulièrement de ses textes, je trouve par contre regrettable que la concentration de la presse entre les mains de quelques affairistes et un certain contrôle idéologique de son contenu nous empêchent de profiter d\u2019une plus grande diffusion de ses analyses et de sa pensée.J\u2019aime bien L\u2019Action nationale pour la qualité des analyses et des études que l\u2019on y retrouve et plus particulièrement pour les éditoriaux de Robert Laplante, mais je dois avouer que chaque fois que j\u2019ouvre mon Action nationale, c\u2019est d\u2019abord dans l\u2019espoir d\u2019y retrouver un texte de Pierre Vadeboncoeur.Bruno Marquis Gatineau (Qc) 139 LA LIGUE D\u2019ACTION NATIONALE Président Denis Monière Vice-président Pierre Noreau Secrétaire Jacques Brousseau Trésorier Robert Ladouceur Conseillers Isabelle Le Breton Jacques Martin Ex Officio Robert Laplante MISSION Être un carrefour souverainiste où se débattent les aspirations de la nation québécoise comme collectivité de langue française suivant une tradition de réflexion critique, d\u2019indépendance et d'engagement, à partir des situations d\u2019actualité qui renvoient aux enjeux fondamentaux de notre avenir collectif.Membres Dave Anctil Pierre de Bellefeuille Mathieu Bock-Côté Jean-Jacques Chagnon Eric Devlin Benoît Dubreuil Christian Gagnon Alain Laramée Jean-Marc Léger Jacques Martin Yves Michaud Jacques-Yvan Morin Paul-Émile Roy Membres honoraires Thérèse Baron Christiane Bérubé Nicole Boudreau Jacques Boulay Guy Bouthillier Hélène Chénier Delmas Lévesque Pierre Dupuis Lucia Ferretti Yvon Groulx Léo Jacques Roméo Paquette Hélène Pelletier-Baillargeon Gilles Rhéaume Membres émérites René Blanchard Jean-Charles Claveau Jean Genest Georges Meyers OPTIMUM GESTION DE PLACEMENTS INC.confiance \u2022\tGestion active en actions et en obligations \u2022\tGestion équilibrée performance \u2022\tGestion indicielle \u2022\tGestion privée Le succès de Optimum gestion de placements repose sur l'expertise de ses gestionnaires appuyés par une équipe de spécialistes qualifiés, sur des styles de gestion bien définis et sur une collaboration étroite et durable avec chacun de ses clients.Pour de plus amples informations Sophie Lemieux, M.Sc.Directrice, Développement des affaires Éric Ouellet, B A.A , PI.Fin , Directeur, Développement des affaires 425, bout de Maisonneuve Ouest, bureau 1740, Montréal (Québec) Canada H3A 3G5 Téléphone : (5141 288-7545 Télécopieur: (514) 288-4280 www.groupe-optimum.com ® Marque de commerce de Croupe Optimum inc.utilisée sous licence A votre service plus que jamais ! 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