La tribune, 22 septembre 1987, Cahier 2
[" vn, R La Tribune publie aujourd'hui la pre-mière partie d'un dossier sur l'immigration et les communautés culturelles, particulièrement dans la région de l'Estrie.Aujourd'hui: le départ des immigrants sers les grandes villes.Au cours des trois prochains jours, grâce aux témoignages de Néo-Québécois et d'intervenants en matière d'immigration, nous présenterons le nouveau visage multiculturel de la région et traiterons de ( adaptation des immigrants à la vie québécoise, de l'accueil qu'ils reçoivent ici.Nous verrons aussi comment les jeunes immigrants s'intégrent au monde scolaire.Dans le reportage, lorsqu'il sera question de Québécois de \"vieille souche\" ou \"pure laine\u201d, cela signifie simplement que l\u2019arrivée de leurs ancêtres en terre canadienne remonte à quelques générations.On les associe généralement aux deux peuples fondateurs dominants: français et britannique.la tribune Forum SHERBROOKE.MARDI 22 SEPTEMBRE 1987 (CAHIER B) L'Escale a reçu 2,000 femmes en 10 ans page 3 Loin des leurs, confrontés au chômage.\t_ Les immigrants de l'Estrie en exode vers les grands centres MB «Ut'RRRnnk\u2019r \u2014 llino kp 11< ne veillent nac HenenHre He\t:iiiy etuHec I'nno mnci/iinnna I'.».nave Ho rtfV# l .i (Photo La Tribune par Claude Poulin) Dang Linh Nguyen devant sa pipe à eau rapportée du Vietnam: \"Ici, c'est un paradis terrestre\".La région doit réaliser le besoin de nouveaux venus, estime ¦ SHERBROOKE \u2014 La ministre des Communautés culturelles et de l\u2019Immigration du Québec, Louise Robic, reconnaît le quasi-échec du programme de \u201cdémétropolisation\u201d de l\u2019immigration mis sur pied par le gouvernement québécois à la fin des années 70 et elle avoue ne posséder aucune solution rapide à l\u2019exode des Néo-Québécois vers les grandes villes.\u201cQuand le Québec a ouvert des COFI (Centre d'orientation et de formation des immigrants) dans différentes régions, c'était pour encourager les nouveaux immigrants à s'installer en dehors des grands centres, explique la ministre.On s'est aperçu ensuite que les gens ne restaient pas dans les régions après avoir suivi les cours de français.\" Alors, on a fermé les COFI de Trois-Rivières et de Chicoutimi.Celui de Sherbrooke subira-t-il le même sort?La ministre soutient que non.dans l'immédiat à tout le moins.\u201cEn ce moment, répond Louise Robic au cours d'une entrevue accordée à La Tribune, nous n'avons pas remis en cause le centre de Sherbrooke.Il y a quand même environ 300 personnes qui utilisent ses services chaque année.Remarquez qu'il s'agit peut-être des mêmes individus qui reviennent deux fois.\" En fait, la clientèle du COFI a chute depuis quelques années.Au début de la décennie, on formait une dizaine de groupes pour les cours de français à temps plein.Le centre compte présentement deux groupes.Pour cerner les raisons qui incitent les immigrants à déserter les régions, la ministre des Communautés culturelles s'apprête à commander une étude sur les mouvements migratoires.\u201cJe suis fort intéressée à regarder les possibilités pour trouver les moyens de retenir les immigrants en région, mais ce n'est pas quelque chose qu'on peut faire facilement.\u201d A son avis, une grande part de responsabilité incombe au milieu d'accueil \u201cIl va falloir que la région réalise le besoin de nouveaux venus.Il faut aussi que le milieu soit prêt à accepter ces gens-là.\u201d Selon la ministre, les employeurs devront être sensibilisés au potentiel des Néo-Québécois.\"Ce sont de bons travailleurs prêts à faire beaucoup, qui arrivent souvent avec une bonne formation.Quand les employeurs vont le réaliser, plus d'immigrants vont rester.\" Incidemment, la ministre se dit consciente des efforts à déployer et elle manifeste le désir de préparer une tournée québécoise de sensibilisation.Louise Robic est encouragée par un récent sondage de son ministère démontrant que les citoyens qui côtoient régulièrement les immigrants finissent par mieux les comprendre et mieux les accepter.SHERBROOKE - Dang Linh avait préparé le thé à la façon vietnamienne.Je venais de mettre les pieds au salon qu'il servait le chaud breuvage, dans de petites tasses de faïence ancienne qu'il a rapportées du Vietnam.Le thé était particulièrement bon \"Très bon\", ai-je même suggéré.C'était un mot de trop.L'homme me jeta un regard froid \u201cLe thé.il est bon, mais pas très bon Vous êtes chez moi, vous êtes aussi chez vous.Soyons familiers.\" Et du coup.Dang Linh.70 ans bien sonnés, s'est calé dans son fauteuil en riant de bon coeur.L'entretien s\u2019est déroulé dans un climat détendu, parsemé d'éclats de rire, sans fausse politesse, sans détours.Entre Québécois.Arrivé au Canada il y a deux ans.l'architecte vietnamien parle français depuis 40 ans.Il est venu rejoindre son fils oui travaillait à l\u2019Université de Sherbrooke jusqu'à tout récemment.Dang Linh Nguyen vit avec sa femme et l uné de ses filles, étudiante en musique à l'Université Bishop de Lennoxville.Au Canada, ils ont trouvé un \"paradis terrestre\", eux dont l'existence a été marquée par les guerres au Vietnam.\"Mais il y a toujours des mais\u201d, dira le vieil homme, qui ne parle pas vraiment pour lui mais pense plutôt à ses enfants.\u201cIci, dit-il, c est difficile de trouver un emploi.\" Tellement difficile que les immigrants, pourtant nombreux à choisir de s'établir d'abord dans la région de Sherbrooke, vivent un nouvel exode, un départ vers les grands centres urbains où les chances de trouver un emploi leur semblent meilleures.Ils viennent ici mais ne restent pas.Ils désertent.\u201cActuellement en Estrie.il y a autant, sinon plus d'immigrants qui quittent que de gens qui arrivent.estime Daniel Fillion.du bureau d'immigration Canada à Sherbrooke.On ne contrôle pas les mouvements de population à l\u2019intérieur du Canada.Il y a un principe sacré: tout le monde a le droit de vivre où il veut.\u201d Des Néo-Québécois pourtant installés depuis quelques années continuent de déserter progressivement la région.Chez les nouveaux arrivants, les départs sont également fort nombreux après quelques mois seulement La moitié s'en vont, juge Paul-André Dionne, directeur du Centre d'orientation et de formation des immigrants de Sherbrooke, le seul COFI en dehors de Montréal.Québec et Hull.A la fin des années 70 et au début de la décennie actuelle, la région avait massivement accueilli Vietnamiens et Cambodgiens, ces \u201créfugiés de la mer\" qui ont fui leurs pays dévastés par la guerre.Selon lés responsables des mouvements d'accueil, on dénombrait environ 1.000 Québécois d'origine asiatique à Sherbrooke et dans quelques localités avoisinnantes vers 1981.Ils ne sont plus que 300.\u201cCes gens sont fiers, explique le directeur du COFI de Sherbroo- afl Meme ti certains chefs d\u2019entreprises les embauchent volontiers, les immigrants demeurent confrontés à l'épineux problème (Photo L« Tribun* oar Christian Landry) d'emploi.La porte de sortie: les grands centres urbains.ke Ils ne veulent pas dépendre de l'Etat.Ils vont tout essaver pour se trouver du travail dès qu'ils peuvent Alors, Montréal et Toronto exercent un grand attrait C'est bien connu, la crise éco- aux études, l une musicienne l'autre pharmacienne, sont loin d'ètre assurées d'un emploi dans la region \u201cCes gens sont déracinés de .toute façon, ils ne sont pas vrai- Un reportage de Stéphane Lavallée nomique du debut des années 80 a affecté plus durement les régions que les grands centres urbains Aujourd hui, le taux de chômage est presque aussi élevé à Montréal qu'en Estrie.mais le grand nombre d'entreprises dans la métropole multiplie évidemment les possibilités d'emploi.Rejoindre les autres Souvent, il s'agira aussi de rejoindre un parent ou un ami.de s'établir dans une ville où sa com- ment attaches tout de suite à leur nouvelle ville.Le problème de la mobilité ne se pose pas\", corn mente le porte-parole d'immigration Canada à Sherbrooke, Daniel Fillion En fait, les immigrants jettent l'ancre mais restent constamment disposés à prendre le large s'il le faut Ce mouvement migratoire ne remet pas en cause la qualité de l'accueil estrien, affirment cependant à l'unisson les intervenants en matière d'immigration.Des bagarres ont déjà éclaté entre Québécois et Néo-Canadiens dans TOUR DE VILLE.Na.-jcrv (¦py*.**, 1 /h -è, w -i TOUR DU MONDE munaute d'origine est imposante, organisée et bien implantée.Où l'isolement sera peut-être brisé plus facilement et plus rapidement.Dang Lihn Nguyen retiendra peut-être cette solution.Son fils qui a parrainé sa venue à Sherbrooke travaille désormais à Québec.Ses deux filles présentement les écoles de Sherbrooke, au début de la vague d'immigration massive en provenance de l'Indochine, mais les manifestations apparentes de discrimination raciale pratiquement disparu depuis.\"J'ai eu une très bonne surprise en arrivant ici.raconte un immigrant fraîchement débarqué à Sherbrooke, en provenance d'un ont pays de l'Est L'accueil est bon.les gens sont très sympathiques.Je suis content Ce nouveau Québécois, qui desire garder l'anonymat pour protéger sa tainille encore a l'etranger se bute toutefois a l'épineux problème d'emploi qui risque de le forcer à quitter Sherbrooke \"C'est un cercle vicieux On me demande de l'experience valable au Canada, mais je n ai pas de I première chance D'un autre côté, je trouve normal pour les employeurs de ne pas faire entièrement confiance aux nouveaux arrivants Chaque employeur a la souci de trouver quelqu'un qui va tout de suite travailler a 100 pour cent d'efficacité \" \u201cDes gens comme ça.\" Mais certains patrons n ont plus besoin d'être convaincus Entre une Québécoise pure laine et une immigrante.Wella Fortier, de Confections S DF a Sherbrooke, embauche une Néo Québécoise Dans son entreprise, elle donne présentement de l'emploi a quatre femmes d'origine vietnamienne mais a déjà compté huit Asiatiques parmi son personnel de 35 employées.\u201cDes personnes comme ça.toujours ;i l'heure, toujours présentes.je vais les engager en pre mier Elles font un travail constant.le vendredi comme les autres jours de la semaine.Elles ne dérangent jamais les autres \u201d Lorsque les immigrantes sont devenues plus nombreuses dans l'entreprise.Wella Fortier a essuyé les commentaires hostiles de Québécoises craignant d'être envahies\".Avec le temps, la méfiance a disparu.\"J'ai eu assez de déception avec des employées qui s'en vont après deux semaines, qui décident de ne pas rentrer un matin.Les Asiatiques, quand elle s en vont, c'est après un an ou deux, lorsqu'elles déménagent dans une autre ville ou qu elles trouvent un meilleur travail dans leur domaine.\" En fait, les Neo-Québecoises ne représentent-elles pas une aubaine.elles qui revendiquent peu et accepteront peut-être des salaires moindres1\u2019 .le ne les paye pas plus ni moins que les autres, jure la représentante de l'entreprise de couture établie dans l'Est de Sherbrooke A travail égal, salaire égal .\" Ressources menacées par une baisse de l'immigration?Des services issus d'une solide tradition d'accueil à Sherbrooke Les quatre enfants de la famille Huynh ont quitté le Vietnam sans leurs parents.Ils ne les reverront peut-être jamais.Repérés dans un camp de ré-fugiés en Thaïlande par un prêtre d'Ottawa, les deux frères et deux soeurs ont finalement abouti à Sherbrooke en juillet 1986 Encouragés par leurs parents à fuir leur pays, les Huynh dont 1 âge varie entre 12 et 24 ans.ont dû traverser clandestinement le Cambodge, risquant leur vie pour tenter de se refaire une existence C\u2019est par l'entremise d'Action fraternité internationale que les enfants de la famille Huynh sont arrivés à Sherbrooke où.aujourd'hui.ils travaillent et étudient.Le groupe humanitaire, un service de Caritas-Sherbrooke.leur a déniché une famille de parrainage.Pendant un an.les parents d'adoption ont épaulé ces réfugiés, les aidant à entreprendre une nouvelle vie.Depuis la fondation d\u2019Action fraternité Vietnam en 1979, devenu ensuite Action fraternité internationale (AFIi, semblable scénario s'est répété des centaines de fois.L'organisme recrute des parrains qui accepteront de faciliter l'intégration des réfugiés.A l'occasion, lorsque les ressources financières le permettent, le groupe effectue lui-méme le parrainage de nouveaux Québécois Sa propre survie \u201cAu début, on avait mis l'accent sur l'accueil de célibataires, des jeunes hommes et jeunes femmes.parce que la responsabilité était moins lourde, explique Gilles Duquette, coordonnateur à l'AFI On s est rendu compte par la suite qu'il y avait beaucoup de départs.les jeunes allaient rejoindre des parents et amis installés ailleurs.Alors, depuis une couple d'années, on favorise la venue de familles Elles semblent vouloir s'établir à Sherbrooke pour de bon.\" D'une certaine façon.Action fraternité internationale s\u2019organise pour assurer sa propre survie.Car si les immigrants quittent constamment la région, les groupes de parrainage risquent d'être moins motivés Les Néo-Québécois seront également moins nombreux à parrainer des membres de leurs familles.Les nouveaux réfugiés auront moins de chances de pouvoir compter sur des parents et amis en Estrie: ils risquent de se sentir isolés et de Quitter à leur tour.\u201cNotre premier grand objectif, c'est toujours de sortir les gens des camps de réfugiés Maintenant.notre deuxième but est qu'ils demeurent à Sherbrooke\".dira le représentant d'AFI.\u201cC\u2019est évident, confie Daniel Fillion.porte-parole d'immigration Canada à Sherbrooke, qu'il y a sous-utilisation de notre capacité d'accueil Pas seulement au bureau d'immigration, mais aussi chez les groupes dans le milieu Sherbrooke possède une tradition d'accueil et la gamme de services est complète Dès 1954.le Service d'aide aux Néo-Canadiens (SANC) voyait le jour En 1976.le gouvernement québécois établissait un Centre d'orientation et de formation des immigrants (COFIi à Sherbrooke Ensuite.Action fraternité internationale était mis sur pied Qualité à la baisse?\u201cLe danger qui pèse actuellement.c'est qu une baisse du nombre d'immigrants dans la région entraîne une baisse de qualité des services d'accueil .pense Ri chard Laçasse, coordonnateur au| Service d'aide aux Néo-Canadiens Avec un empê < temps pleinI et un autre à temp* partieL de| même qu'un réseau de bénévoles| bien établi, le *ervire d aide accueille les immigrants, souvent] des réfugies, a leur descente d'autobus au terminus de Sherbrooke.On leur trouve une place pour loger.on les aide à obtenir les services auxquels ils ont droit.tout| en offrant des activités d'intégration pour les nouveaux arrivants] et des activités de sensibilisation] à l'intention du grand public Dans la plupart aes régions, c'est le ministère de I Immigra-] tion qui assume ces responsabili-tés-là.explique Richard Laçasse.Notre avantage, c est d oitrir une structure plus souple, moins bureaucratique La relation de confiance avec les immigrants se développe très vite En bonne partie, le finapcement] des groupes d'accueil est assuré par la communauté au moyen | d activités populaires Depuis quelques années, le gou vernement québécois ne verse] plus un sou a I organisme Action] fraternité internationale et c\u2019est] grâce à la campagne I n Noël] pour la paix qui consiste a vefl-] dre des bougies m temps des Fêtes.que le groupe assure sa survie.Financé parte dement par Immigration Canada et le ministère] des Communautés culturelles du] Québec, le Service d'aide aux] Néo-Canadiens doit également fai-| re appel au public Le démarche est originale: de-| puis 16 ans, le SANC présenté son] Buffet des n.r ' \u2022> un repas gas tronomique annuel auquel participent le* membres d une quarantaine de groupes ethniques.La| plus importante manifestation du| genre au Canada DEMAIN: le nouveau visage de Sherbrooke It LA TRIBUNE, SHERBROOKE.MARDI 22 SEPTEMBRE 1967 .\t.KL \u2014 \tn\t\tYVON DUBE\tLIONEL DALPÉ\tJF AN VIP.NF Alll.T\tJEAN ROY\tPIERRE YVON BEGIN\tROCH BILODEAU =====\tj\tLci inoune -\t\t\t -
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