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Titre :
La barre du jour
Éditeur :
  • Montréal :[La barre du jour],1965-1977
Contenu spécifique :
Novembre 1970 - Février 1971
Genre spécifique :
  • Revues
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • Nouvelle barre du jour
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La barre du jour, 1970, Collections de BAnQ.

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[" Darre du jour la barre du Jour Revue littéraire bimestrielle Novembre-février 1971 COMITE DE REDACTION Michel Beaulieu\tNicole Brossard\tJean-Yves Collette Marie-Francine Hébert\tJean-Marie Poupart\tMarcel Saint-Pierre Roger Soublière\tBernard Tanguay\tGleason Théberge Secrétariat : Francine Brossard ?Distribution : La barre du jour 665, rue Crevier, Montréal 379, Qué.?Les auteurs des textes que nous publions sont les seuls responsables des opinions qu'ils émettent.?Toute reproduction interdite.?Les textes soumis à la revue seront remis sur demande s'ils sont accompagnés d'une enveloppe affranchie.?Couverture : dessin de Michel Boileau ?Toute correspondance doit être adressée au secrétariat de : la barre du jour 665, rue Crevier, Montréal 379, Qué.v sommaire TEXTES .2 nicole brassard UN PEU NOUVELLE-FRANCE .7 françois charron POÈMES .12 miche! beauiieu LES GROS COUSSINS\t22 jean-yves colîette FAIT SITOT DIT\t28 jean-marie poupart POÈMES .30 janek sinoé PING PONG .48 marie-francine héberî DE LA DOUCE AGONIE\t58 bernard tanguay * PRÉSENTATION .69 jacques-a.lamarche LES INÉDITS .76 robert charbonneau NICOLE BROSSARD CE MIDI CE JUILLET le des espaces et des lettres qui boucle aujourd'hui le tout LITTÉRAIRE : Venglobant du délire des radieuses images qui s\u2019en suivirent .MODE D\u2019APPROCHE : manuel ouvert (les soutires) insistance s\u2019il faut rompre du désir de prendre le large aveuglé soleil tonnerre et torride autour de soi la suite en actes de paroles dépouillés d\u2019écriture revendication mots d outre-pensée laissés proie lecture proie de toutes révélatrices .ou plutôt ne naîtront peut-être jamais les phrases d\u2019identiques en identiques vagues n\u2019atteindront pas.si toutes clichés épargnent du pourquoi : ce texte suite et rupture risque qui témoignera dans la tremblante atmosphère aussi texture fine s\u2019y dessine alors s\u2019inscrit apte à la séduction autre mot écrire ou (nous nous choisirons) l\u2019allonger sur le blanc sobrement d\u2019une lecture les séquelles l\u2019azur et le vert ensemble insistent DANS LA DIFFÉRENCE k\\ h VERSION apprentissage soit le motif vivement les TITRES constamment je intime (pour t\u2019écrire) perpétuelle transcrite à te transmettre renouveler vois oscillation trop stimulée je écrire (autrement) fissure renouveau aboli refaire or ce mutisme comblé verbal autrement double-emploi les événements octobre un rythme car s\u2019y révélant VOYEZ dit-il VOYEZ LES MANCHETTES quelques images (dans la neige, etc.) plus avant comme après texte : medium (message) en ces circonstances déchiffrement et gestes croisés si piégé cet ensemble métamorphose et langage fucké les CODES confrontation virtuelle ton regard j\u2019y inscris un peu de sens un peu d\u2019une arme insensée du texte pratiqué les volte-face les particularités : répression et climat 1.lire : les rues d\u2019octobre et de Montréal 2.manifeste (leur) DIFFUSE frontière enfoncée désordre linguistique 3.les acides luisent Polaroid lecture de l\u2019image texte souligné en train de se politiser tel est l\u2019espace défini le cadre du texte pratiqué : avec insistance 3 LA PROSE MAINTENANT s\u2019y ajoute toujours un peu de l\u2019inutile.Tentons le décodage.Je pense à ces sorties verbales transmises (leur incohérence), aux facteurs de crédibilité qui jouent en leur faveur.Car tout cela fut imprimé et lu.TITRES.Ils opèrent comme nous : ellipse, omission, répétition.Ils opèrent comme nous et cette crise du langage leur profite.la prose : en comprendre les abus et la composition.Et des ressemblances qui existent entre l\u2019écrivain et le politicien \u2014 tous deux usurpateurs du sens \u2014 dire qu\u2019elles éclateront.tant va la consommation verbale et écrite que surgissent l\u2019un après l\u2019autre les non-sens.Y mettre un frein, et parler aussi de cette gêne à prononcer, à écrire certains mots.Alors guillemets, tirets et parenthèses apparaissent et ajoutent à la confusion.Se dessine un style nouveau, écriront-ils.Plutôt des tics nerveux d\u2019écriture.des blancs, des intervalles qui amènent peu à peu à la renonciation.Abdiquer.Hésiter.le bégaiement.Etre les marionnettes d\u2019un système linguistique qui n\u2019ordonne plus le sens .la communication .créer du sens avec du non-sens, telle semble être la démarche dernière des sociétés consommatrices.Babel n\u2019est pas une image.Babel.le non-sens est too much.donc reprendre l\u2019analyse.Des vernis littéraires et plastiques que nous ajoutons depuis trop longtemps sur un fond de culture bourgeoise, n\u2019attendre rien de plus qu\u2019un Babel de consommation.Mon gag ton bag pendant ce temps leur gun leur fun.Uà 4 \u2018\u2018Si une taille de bottes et de skis pouvait satisfaire tout le monde, on pourrait se passer de Streeter & Quarles.Malheureusement, la même taille ne satisfait pas tout le monde.Quelquefois même, un pied n\u2019a pas la même taille que l\u2019autre.Ne pas être équipé correctement peut avoir des résultats sérieux.Même dangereux.Les meilleures fixations de sécurité du monde, mal réglées, sont aussi dangereuses que les fixations-pièges d\u2019autrefois.A Streeter & Quarles, nous n\u2019avons jamais vendu quoi que ce soit que nous pensions ne pas être de bonne qualité.Et nous n\u2019allons pas commencer.En même temps, nous avons essayé de vous donner le maximum pour votre argent.Et nous n\u2019allons pas arrêter.S & Q acceptera le prix, quel qu\u2019il soit, offert en ville pour le même équipement de ski.Quel que soit le prix.Nous ne permettrons pas, sciemment, à nos concurants de vendre meilleur marché que nous.Nous ne sommes pas exploiteurs.(Nous avons vu trop d\u2019orteils gelés).Mais^ nous avons l\u2019intention de nous battre avec les \u201csuper-escompteurs\u201d, en acceptant leurs prix quels qu\u2019ils soient.Et ausi en offrant les meilleurs conseils.Il va faire froid durant ce long hiver.Pensez-y.de Streeter & Quarles.\u201d Le meilleur prix.Le meilleur conseil.Centre Fairview \u2022 Place Versailles 3 magasins à la Place Ville-Marie La Presse, mercredi le 18 novembre 1970.5 F tel est l\u2019enjeu l\u2019automutilation sémantique au profit d\u2019un quelconque quelque chose humain culturel (économique), sourde oreille et mutisme.Pourtant mots et phrases se multiplient.Imprimés, diffusés.On accélère le processus de consommation.Aveuglément Babel.Et non-concordance des temps.* * * l\u2019écriture \"associée de façon permanente dans ses origines à des sociétés fondées sur l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme\u201d Entretiens avec Claude Lévi-Strauss l\u2019écriture : accumuler les connaissances.Les inscrire en lieu sûr à l\u2019épreuve du temps.Pierre, papyrus, papier et .maintenant bandes sonores.Langage déployé dans l\u2019espace et dans le temps, ramené à sa dimension (discours enregistré le .).donc l\u2019écriture, l\u2019écrit : objet.Souvent bibelot.De luxe.Servant à tuer l\u2019ennui.Ou passeport social.Ou Proclamation par ordre de sa Majesté.Ou carte d\u2019identité, l\u2019écriture aussi parce que vitale dans le déploiement de la connaissance.Vitale en tant que code décryptable : langage scientifique.Privilège entre les mains de celui (publiciste, poète, etc.) qui a pour fonction de créer soit d\u2019ajouter aux mots des surcharges de sens.Enfraignant les lois de la littéralité et de la latéralité, le créateur devient temporairement l\u2019unique détenteur du sens.Bien vite cependant le lecteur consommateur passe du statut de locataire du sens à celui de propriétaire.Il devient lui aussi apte à faire le commerce des mots.Il échange.La qualité, la quantité / et la rapidité avec laquelle se feront les transactions / détermineront les chances de survie d\u2019un commerce essentiel dans lequel les fraudes sémantiques sont monnaie courante puisqu\u2019elles assument au nom des détenteurs du pouvoir le viol (sic) des consciences.Nicole BROSSARD FRANÇOIS CHARRON UN PEU NOUVELLE-FRANCE DU THÈME TEX- à comme par cette page qui,\tcaractère si tôt, sans rien (le début).L\u2019objet neutre ainsi parallèle aux - exp.\t: où se trouvent la li- gnes / la phrases parce que autant l\u2019habitude puis paradoxale fige(rait) chaque trait de l\u2019écriture d\u2019aplomp, en sachant le possible ou l\u2019im- Mais écouterions-nous plus tôt signifiant à chaque ce que durant la lecture, peu importe cette durée - D\u2019ailleurs, y en a-t-il une nature du mot cependant renverser la chaudière dans l\u2019épuisement qu\u2019elle elle leur allume tous les feux or jusqu\u2019ici ambigus du sort 3 celle là jeune fille (troublante ?)mais au passé, une facade .se peut-il que souffrant du scorbut, tout surpris du fixe à la connaissance, et de l\u2019orange aussi.Puisque jeunes avec 6 publiques à l\u2019assaisonnement de l\u2019hi-remémore cette jungle sur le givre.Où ils hibernent jadis vous auriez ménagés à cette chambre, inscrite 9 flamboies, ceux auquels tu tâches d\u2019y imbiber la noirceur plutôt, de ton signe et garni, évocateur de saisons véhiculées aujourd\u2019 12 par les motifs du vestiment, le sien 7 chaudière est à mettre moins tôt - avec ce qui n\u2019empêche la lettre premier et dernier l\u2019espace à remplacer ce chapitre, savoir les déboires de mademoiselle; il ne reste qu\u2019en imaginer le thème, panel ! ! !, une sorte de drame acclamé.J\u2019ose dire par le fait, si oui.discipline joindre le Ainsi voyo cognitif, plus une r encore mei qui masquait l\u2019allure du temps fasse s deux bouts à un point d\u2019impact, ns-nous l\u2019évolution structurale du les lèvres) d\u2019un souvenir, tout au elation petit à petit encadrée ou Heure.en plus personnel-c\u2019était autrefois le cri nombreux des, guétapens / la vie d\u2019une autre époque \u2014 15 couvre-chefs de décembre évacue ici, les mièvres dûes à l\u2019expé- mastiquent la viande.Elle sort dedans des barils de sel 18 Toi comme ondulait une Madeleine de Ver chères, transportée par le ponctuel peut-être plaintif, quel drôle de barricades au son 21 Voyant passer quand tu t\u2019apprêtes pour un mime l\u2019idylle gicle à quoi bon d\u2019autres aussi pleins d\u2019éloges t\u2019auront dit comme une légende 24 prise à ces mesures de guerre ?8 une impertinence à écouter 1\u2019 7 la réflexion en cause (d\u2019une) sous toutes réserves propose pour son bien la destitution : sa part logique que pratiquement close.L\u2019entreprise folle renvoie à\tl\u2019ambition.Enumère des termes fréquentés :\ttôt / late contraires.La ligne en joie et totale et bientôt se voit l\u2019objectale du.L\u2019autre principe aux degrés des ponctuations.Ce n\u2019est pas grand chose, j\u2019occupe, dis-je, en soi le phénomène.Et puis l\u2019héroïne à jeûn située dans l\u2019angle de deuil, préparatoire à l\u2019immédiat écorche la suave (le sens) du mot car ils moururent à tes yeux avant demi-tour à cette nouvelle- 27 pays attaqué dont divers éléments décident à montrer leur postérieur aussi bien revenons-y, tiède chancèles-tu 30 avec tes seaux de glace ?Un déclin de physique, de l\u2019honneur que fatigua, vous proclameriez votre maladie ?ou elle est saine 33 comme quoi la demoiselle utilise des amphétamines (fictives ais-je bien entendu un vieux ?).Alors que s\u2019éloignent les raquettes aux déplacements de troupes 36 - un peu publiables 9 De demeures appliquées rond où qu\u2019ils se recroquevillent, comme en masquer de leurs membres à pied.39 pour qu\u2019ils puissent, soulevant leur ossature couverte chère \"je rougeoie\u201d, étonné de ceux à qui compilation des faits passés que nous nommons 42 Le gel est tout ce qui nous reste pour mettre en scène, à distance encor -rieuse période qu\u2019amorce la naissance 45 (et à toutes ces pelleteries convoitées dont aurait fait voyager au profit de son errance pour combler les poches.\u201dLarguez ! Equi-48 vos bords !\u201d Vous n\u2019êtes pas pires partis, 10 > 7 quand rien ne sert d\u2019achever la littérale, ici et là, rechercher J cherche son spectre; c\u2019est tout de même l\u2019infortune du dit.qu\u2019en ce siècle les bouts d\u2019hommes une pipe et chacune, confondue, réchaud qu\u2019ornait 51 quelque visage.En tempête ce fut la fin dans ces huttes à peine, nues, avec cette odeur d\u2019écorce niant le contraste.) François CHARRON 11 MICHEL BEAULIEU pour fêter un printemps (à Michel Butor) c\u2019était un jour basculant dans ses gonds un jour pas tout à fait ainsi que les autres ni plus calme ni plus vert un jour ordinaire à peine plat à peine arrondi dans ses coins et l\u2019on en gravissait le versant sud promeneurs paresseux des dimanches et sans trop s\u2019en rendre compte peut-être le souffle un peu plus court on n\u2019a plus vingt ans que diable même si la canne attendra quelques années il s\u2019en faudrait de peu pour cette courbure ce poids qui vous attise le fond des reins la douleur est un cyprès confit qui fraie parmi les réseaux multipares mais le sommeil qui vous replace les os il faudrait y songer plus tôt que la nuit couteau dans les yeux cet affleurement des glaces l\u2019hiver assoupi sur son socle un printemps s\u2019en vient qui ne casse rien 12 abstraction fracas \\ arceau - y ces légers marteaux fleuve / n\u2019y a pas n\u2019y a plus (mais oui -f- mais non : non) -le plus par le moins donne moins l\u2019escalier (ailleurs) souterrain / ce qui est n\u2019est pas ce qui n\u2019est pas ce qui est (et encore) par exemple : un oeil roule dans ses fourneaux il suffit (paraît-il) de le croire pour qu\u2019aussitôt (et puis) et puis (la suite un peu plus tard) 13 références admettons que (faisons semblant que) mais sans doute ceci n\u2019est-il pas assez évident disons alors que le mot s\u2019échappe des dents peut-être soufflé peut-être gravissant des espaces il faut en référer aussitôt disent les uns (mais à qui ?) à quelque bobine perdue au cours des astres oui cette ellipse ainsi je te / tu me / la fête encore ou si peu cette escarbille à peine enfoncée 14 abstraction 2 veuillez (oui vous savez : la formule \u2014 on la lit si l\u2019on peut dire tellement souvent \u2014 c\u2019est n\u2019importe quoi ces feuilles de papier parfois un reste de tranche nature ou très découpées ((mais rien du tout rien du tout je vous assure)) sur l\u2019espace d\u2019une pomme en quatre fissurée (en quelque sorte il s\u2019agit de ((mais non mais non )) ((alors ?)) (( ?)) et si mais si oui / non / peut-être bien que / pas du tout) nature morte il s\u2019agit de décrire un espace restreint (par exemple une pomme dans un mortier ou quelque chose d\u2019avoisinant mais pas tout à fait une pomme dans un mortier disons une carafe à demi-pleine / à demi-vide selon la perspective mais peut-être vraiment une pomme disons posée sur la table ou parmi un ensemble de fruits à moins qu\u2019ils ne s\u2019agisse de la table elle-même) ou de l\u2019effacer parmi l\u2019espace ambiant 16 un après-midi devant la mer prends garde à ce feu : les murs sous les murs et les murs couvent les glaces (ô petit coeur dans le blanc démâté l\u2019écume des vagues le sable la montante marée du soleil dans un oeil \u2014 chairs brûlées \u2014 les cheveux s\u2019agacent un peu de sel / un peu d\u2019iode / un peu d\u2019eau cette lunaison) il ne peut être que bon de le répéter de temps en temps un tant soit peu (pour soi-même ou pour autrui) tu ne le répéteras jamais assez un peu de trop mais beaucoup trop trous dans les murs (petites mémoires percluses : le fil s\u2019amenuise / de même le filet : on n\u2019y piégera plus que des ombres d\u2019ailleurs venues / aussitôt reparties selon la trame ou le réseau) j\u2019attendais (tu attendais / il attendait) non plus maintenant (ces lucioles) (les clignements des cils sur la poussière ou contre l\u2019à peine petit peu de rien tu en ressassais la saveur dans tes ongles) demain viendrait / ses cortèges / ses lendemains un autre jour quelque part s\u2019effacerait 17 au contraire ne venais-tu pas de nulle part ou d\u2019ailleurs (à peine déployée sur les pans du silence à peine fragile au milieu des couleurs une pleine lune irisée se baignait peut-être dans tes yeux tes yeux fauves tes yeux fous ((silence murmures-tu sur le silence ne dis rien tout de suite attends encore un peu et le printemps se délestait de ses anneaux)) à peine clos cette douceur des paupières) ouvertes les paumes sur le jour qui s\u2019étonne de naître un peu plus tôt quand approche l\u2019été encore qu\u2019il tarde à l\u2019affrontement des midis chauds tu ne sais pas encore mais quelle importance tu le sauras à peine avant d\u2019ouvrir les yeux et les murs s\u2019effondreront autour de toi bousculés dans le sens aigu de leurs fractures 18 à très bientôt érodé mot de suie percuté délavé le sceau de la faim à la pointe du coeur (or j\u2019écrirai maintenant quelques mots pleins de toi ((il s\u2019agit de la veilleuse au fond des yeux et peut-être de la ferveur esquissée contre son ombre)) ténu entre les doigts le fil se tend à peine tu ne l\u2019entendrais pas se rompre sur l\u2019espace en même temps que bousculée la nuit bascule) mot mourant parmi les gestes découverts le réseau de la joie sous la pointe des doigts un peu de rien tu le tournes en tes doigts (tu en caresses les angles tu les effaces les amincis les polis du bout de l\u2019index le lances en l\u2019air qu\u2019il frôle à peine le plafond redescend vers le fond de ta main le serres très fort entre tes paumes les lignes s\u2019y graveront à la surface ou leurs ombres) et le déposes un peu plus loin contre le miroir 20 stroboscope à l\u2019orée d\u2019un jour de qui sait quand n\u2019importe qui se dirigeant vers n\u2019importe où les couteaux des couleurs éclatent dans les yeux tu ne l\u2019apercevais qu\u2019à peine parmi le brouillard des foyers ou : quand un édifice recouvrait cette illusion d\u2019un espace à peine modifié dans son organisation en ralentissant peut-être le pas de nouveau modifié tandis que tendue contre le rapport des trottoirs elle avançait tu la reconnaîtrais parmi n\u2019importe qui d\u2019un coup de poing effaçant les rangées de maisons traversant simplement la rue printemps 1970 Michel BEAULIEU 21 JEAN-YVES COLLETTE LES GROS COUSSINS MOUS ET L\u2019USAGE QUE FONT D\u2019EUX LES GROS FAISEURS DE FUMÉE, DE DISCOURS ET DE PARAPHRASES INTRODUCTION AUX GRANDS TRAVAUX DES FAISEURS DE FUMÉE, PROVENANT DE LA CELLE QUI TIQUE.Les gros coussins mous faisaient des volutes d\u2019air, dans l\u2019air épais et cendré de la celle qui tique, fumée tout au long des discours et paraphrases.Les gros coussins toujours mous retombaient après, (ayant tout d\u2019abord suivis une trajectoire voulue, étudiée, et longuement mûrie au soleil par le fumeur de celle qui tique), après quelques secondes, quelque part dans le vide créé, (ou déjà existant, (qui sait?)), mais rempli de fumée.Retombaient sans bruit, leur rôle étant d\u2019assourdir toutes chutes, leur chute propre fut donc, selon l\u2019usage, silencieuse, malpropre, et sans fracas.Leur rôle étant aussi, de faire reposer les grosses bulles du gros faiseur de fumée, lorsqu\u2019il est fatigué de lancer et de faire virevolter dans l\u2019air, mi-pesant, mi-un-peu-lourd de l\u2019endroit où il se trouve, les gros coussins si peu rigides, et de faiseur de fumée provenant de la celle qui tique, qui fait que l\u2019air soit épais et poudré et qu\u2019il soit possible d\u2019y dessiner et de remarquer après coup, les volutes accomplies par les gros coussins mous, lorsqu\u2019ils sont retombés.Donc, le gros faiseur de fumée qui rend l\u2019air épais et poudré, se remet, à l\u2019instant même, à la tâche, la seconde en importance: celle de faire des discours et de paraphraser.La première tâche étant de lancer, il faut le rappeler, de lancer en l\u2019air de gros coussins mous, qui doivent accomplir des volutes, (ou, si vous préférez, des enroulements en spirale).22 DISCOURS OU PREMIÈRE TÂCHE, LA SECONDE EN IMPORTANCE, ACCOMPLIE PAR LE PREMIER FAISEUR DE FUMÉE, QUI N\u2019EST PAS LE PLUS IMPORTANT DES FAISEURS DE FUMÉE, PROVENANT DE LA CELLE QUI TIQUE.Messieurs, (dit-il), nous sommes aujourd\u2019hui réunis dans un endroit rempli de fumée, et il faut bien le dire, nous sommes, je crois, (je me permet ici de croire pour vous), satisfait de cet état de chose, puisque la fumée qui est ici ce soir, est bien, si je ne m\u2019abuse, une fumée de cigarettes, et que cette cigarette est bien, si je me permets de ne pas m\u2019abuser ainsi à deux reprises, il s\u2019agit bien de la celle qui tique, la seule qui produise cette intense, méthodique et bienveillante fumée qui nous comble de joie, lorsque nous lançons dans son air épais et cendré, de gros coussins mous, et d\u2019admirer longtemps encore après que ces derniers sont retombés, les charmants enroulements, que notre génie, et notre longue pratique de ces choses, nous permettent de faire exécuter à ces légers lourds coussins mous gros.(applaudissements).Messieurs, (redit-il), ce n\u2019est pas le hasard qui nous a convié, mais bien un heureux concours de circonstances imprévisibles et incongrues, assemblées par le hasard, et ce concours à voulu, que nous soyons, nous qui sommes assemblés en ce jour, tous des amateurs sans frein, de la délicate et synonymement délicate atmosphère enfumée par la celle qui tique, et ce n\u2019est pas tout, que nous soyons aussi très sincèrement, je l\u2019espère, 23 (et je vous prie ici d\u2019écraser votre mégot dans le cendrier et toute possible agressivité), de vrais, de sincères, d\u2019honorables partisans de ce sport noble, racé, j\u2019ai dit, le lancement des gros coussins mous, dans l\u2019air parfumé des odorantes odeurs de fumée de la cigarettes.Messieurs, (re-redit-il), (applaudissements prolongés), dans ce monde de bonté, de fraternité et d\u2019amour, nous devons espérer, et nous avons tout droit de croire que nous pouvons, sans trop grande illusion, espérer, que la projection de coussins mous deviendra un sport mondialement apprécié et pratiqué, et que sur nos têtes dévolura l\u2019honneur d\u2019avoir été les premiers à en propager renseignement, les règles de ce bienfaisant tue-temps.A cet effet, je lève mes gros coussins mous à notre gloire, et je les stratosphérise sur le champ de bataille, dans la grande immensité de l\u2019espace fumifié, épais et poudré de la fumée des modules grossis de la cigarette celle qui tique.Messieurs, (bis-bis dit-il), (applaudissements plus que prolongés), je serai sec: merci de votre attention. EXPOSÉ OU SECONDE TACHE, LA PREMIÈRE EN IMPORTANCE, ACCOMPLIE PAR LE PREMIER FAISEUR DE FUMÉE, QUI N\u2019EST PAS LE PLUS IMPORTANT DES FAISEURS DE FUMÉE, PROVENANT DE LA CELLE QUI TIQUE Ce qui est à retenir, et qui évidemment est très important, puisque c\u2019est à retenir, dans la fabrication de ce très utile instrument que sont les gros coussins mous, étant donné que, et j\u2019affirme cela sans sourciller, sans gros coussins mous, il ne peut y avoir d\u2019utilisation vraiment rationelle de la fumée provenant de la celle qui tique, et que sans utilisation de cette fumée nous pouvons nous attendre, dans de brefs délais, à de désastreux désastres économiques.Donc, en ce qui concerne la fabrication des gros coussins mous, il faut se rappeler qu\u2019ils sont fabriqués exclusivement d\u2019oiseaux à plumes, et que ces oiseaux vivent exclusivement dans des basse-cours à plumes.Donc, il faut bien mélanger, pour obtenir de gros coussins mous, qui fendent bien l\u2019air épais de celle qui tique, il faut mélanger un huitième de plumes de poules, un huitième de plumes de poulet, (communément appelées duvet), un huitième de plumes 25 de coq, (enlevées immédiatement après le combat), un huitième de plumes d\u2019oies, (avant qu\u2019elles ne soient oisives), un huitième de plumes de canards, (avant qu\u2019elles ne soient pendantes), un huitième de plumes de faisans, (avant qu\u2019ils ne soient faisandés), un huitième de plumes de dindes, (avant qu\u2019elles ne soient farcies).Le dernier huitième est consacré seulement, exclusivement, sérieusement, universellement et généralement au tissu, communément appelé tissu, et qui recouvre les plumes de toutes sortes, énumérées ci-dessus.Le tissu, pour ne pas être en reste sur la plume, et se fendre au beau milieu d\u2019une randonnée dans l\u2019air épais remplie de fumée, doit être fait d\u2019un fin mélange de coton fin, de lin fin, de laine fine, et de n\u2019importe quel substitut synthétique, à la condition expresse que ce dernier contienne au moins cinquante pour cent de finesse.Il est aussi nécessaire que la matière sus-dites, soit employée dans les proportions suivantes: un quart de chacun des trois premiers éléments, et deux huitièmes du dernier, (une partie étant fine, et la seconde, (qui la suit de près), pas nécessairement).Lorsque vous rassemblés tous ces éléments, (qui sont élémentaires), vous pouvez fermer le four, que vous aviez instinctivement allumé, car vous n\u2019avez pas oublié, je l\u2019espère, le dis- 26 cours du premier faiseur de fumée: ce n\u2019est pas avec un four, même à trois cents cinquante degrés, que l\u2019on fait de la fumée; donc ces linéaires éléments étant rassemblés, vous fourrez le tissu avec les plumes dans les mains de votre maman, et vous lui demandez de fourrer le coussin avec les plumes et de coudre l\u2019ensemble, afin que cela puisse ressembler à un gros coussin mou, (et si peu lourd), qui fend bien l\u2019air épais et poudré, venant de la fumée de la celle qui tique.NOTE DE L\u2019AUTEUR DES GROS COUSSINS MOUS.(l\u2019auteur, qui est le premier faiseur de fumée provenant de la celle qui tique, se rendant compte de l\u2019aridité de ses propos, interrompt ici ces mêmes propos, et se propose, (bien sûr), de les reprendre un peu plus tard, d\u2019abord dans un ouvrage volumineux, (déjà en préparation), et qui s\u2019adressera aux spécialistes, aux déjà experts faiseurs de fumée et lanceurs de gros coussins mous, et un second ouvrage, de vulgarisation, (aussi en préparation), qui s\u2019adressera aux apprentis tout ce que vous savez).Jean-Yves COLLETTE 27 JEAN-MARIE POUPART FAIT SITOT DIT prophétie passive 2- Les circonstances antérieures, autrefois dites déterminantes, n\u2019auront plus guère d\u2019influence sur aucun phénomène important, que ce phénomène soit rapporté par des artistes ou qu\u2019il se contente d\u2019arriver tout bonnement, sans déranger personne.Tenter d\u2019expliquer ceci par cela sera jugé du dernier des ridicules.Voilà pourquoi le décousu temporel accédera enfin à la place d\u2019honneur qui lui revient de droit, dans l\u2019histoire comme dans le récit imaginé.Le mot intrigues ne sera bientôt plus usité qu\u2019au pluriel.Sans tarder.Restera le cousu-main, le cousu d\u2019or et le cousu logique, c\u2019est tout.Dans le cas qui vous occupe ici, c\u2019est-à-dire sur le plan pratique et immédiat, cela ne signifie pas que le tonnerre, par exemple, bouscule la foudre, que l\u2019explosion arrive avant la bombe et sans même qu\u2019on ait entendu parler de quoi que ce soit.Non.Mais plutôt que les actes inconscients et conscients de F., votre soeur, n\u2019ont rien ( ou au contraire ) à voir avec les obsessions et les convictions de cette chère M., née et morte en odeur de littérature, que le problème des liens et des clins d\u2019oeil ne se pose pas, et partant n\u2019a aucune importance.28 3- Rien Réchappe à l\u2019homme.Tel sera le slogan que l\u2019art continuera de claironner sur tous les fronts plus ou moins stratégiques.CONTINUERA PAR SA FORME, EN TOUT CAS, CAR DANS LE FOND, CE SERA SOUVENT TRÈS DIFFÈRENT.Différent, certes, inutile et fallacieux; d\u2019où ces grincements de dents au sortir d\u2019un vernissage ou du lancement d\u2019un livre.Effronté, l\u2019art mentait.C\u2019était tellement criant que la fresque mentait, que le poème mentait, que le journal mentait, que le télégramme mentait ! Dénoncer ?Qui, au juste ?Dénoncer ?Comment ?Pourquoi ?A quoi bon ?Puisque d\u2019ailleurs les illuminés seront là pour s\u2019en charger avec toute l\u2019inélégance requise.Se couchant sur les rails, se noyant un soir par distraction, ils ne crèveront jamais avec des mots cambriolés à Sophocle, à Shakespeare, à Goethe.Un petit cri étouffé, puis le silence bref \u2014 et ce sera là, veuillez le croire, une très belle façon de mourir.Toute neuve avec ça ! 1- Interdire aux faits d\u2019en précéder d\u2019autres.Dans le but de régler définitivement le problème des influences et des déterminations éventuelles.Facile, mais cela eût été injuste puisque, c\u2019est bien connu, on peut avoir lieu AVANT dans le temporel espace sans nécessairement toucher, sans provoquer quoi que ce soit.Et, sous le coup de cette défense, se sentant brimés, les phénomènes programmés pour le futur auraient pu se précipiter dans l\u2019espace temporaire du présent et risquer de provoquer là un embouteillage circonstantiel des plus déchirants pour l\u2019homme.IL NE SUFFIT PAS D\u2019UNE INVERSION POUR RÉINVENTER LE MONDE.Jean-Marie POUPART 29 JANEK SINOÉ PREMIER POÈME MÉTASPHÉRIQUE ET MONO VERSEE comme & avant l\u2019émouvoir au-delà du corps & les cris qui s\u2019en détachent avec la lucidité volontaire du gouffre où m\u2019en sort la tête déclanchent des lieux dépossédés de l\u2019absence régulière de moi-même criant (ni néantissant).Voilà?alors des images tantôt vomies m\u2019enlèvent le silencieux prélude d\u2019ailleurs là qui se rejette la mort du couic guillottinant le réel plié en deux sur le trottoir à surgir de mes yeux le sang longuement maternel parce que d\u2019être rien: la mort tisse une chemise à la portée de mon homme victime de l\u2019ici & là.Je m\u2019efface de trop à la surface du dedans de mes geste dispersant sa lumière corporellement.Le mal dans mes veines demeure, les regards se ferment pour ne pas me quitter dans ma peau neuve de vous créer.déchirer le jour en une plénitude de grimaces nègres à l\u2019encontre du soir pour y nourrir mon sang d\u2019ascèses qu\u2019il me faudra moi-même saisir & là nous nous sommes trouvés des noms de folie circulaire afin de nous bien mesurer la gravité de nos visages lueurs au réverbère du coin: derrière moi: dixseptième miroir de la révélation: la nonchalance du tout: 30 s\u2019étendre sur le trottoir de la rue (là-bas l\u2019union androgyné-siaque se promène & me dépasse) pour que se repose ma chair j\u2019en perds des bouts de ma vie: l\u2019ariane de ma vie à me poursuivre à travers l\u2019assaillement de ma création du monde, à la face étranglée dans sa nuit: monovers conséquent à soi-même n\u2019y suis-je plus?que voilà un autre qui me dévore comme & avant je monte me coucher un oeil sur le vertige de l\u2019heure l\u2019autre derrière le miroir à me cramponner de tout mon long à l\u2019aspect de l\u2019inéternel bien malgré moi sombre dans le sommeil (je) Hchischique échappe dans le temps la durée de mon corps & ainsi que s\u2019accomplisse la densité de voyage certain d\u2019o-jets vécus bouge plus .Pavoisements de jaunes soleils comme des jets d\u2019urine flous au sortir des grands cercles de la vie! Voilà, où j\u2019en suis, à l\u2019angoisse fulminante des immenses clartés de soleils, qui m\u2019éparpillent au seuil de la nuit, qui remontent là-bas dans un ciel acide & au ventre m\u2019empoignent d\u2019atroces arrachements du corps: (GROUIL d\u2019images fluides LEMENT FRÉMIS de femmes rêvées) SEMENT 31 & m\u2019assaillent au coeur même de ma tentative d\u2019imagination, avec mes cuisses qui te respirent, mon sexe faible qui remonte.jusqu\u2019à toi.avec mes yeux de me dire tout seul l\u2019univers clos de l\u2019illusion de créer sans épaisseur ni lourdeur l\u2019espace monoversel pour tenir debout ma respiration de la conscience malheureuse & la séparation de mon propre corps à trainer les ruelles de l\u2019insensible instinctivement m\u2019approcher de l\u2019autre le langage de l\u2019intuition à choisir au milieu des objets métas-phériques toujours chancelants dans la poitrine remonte à la gorge de ne pas dire la crainte de la désolation par des rythmes & des tremblements de tout le corps & s\u2019achève dans les larmes ma dernière nuit sans défense vers la clef du possible en soi & seulement en soi ensuite la démarche vers l\u2019autre l\u2019amie (frisson de femme) désir l\u2019un de l\u2019autre & pour cela: ÊTRE LA hors de moi au milieu des objets du mouvement en la force de la chair en la violence rénouvelée de nos lèvres OU LA MORT DÉSERTE notre sang hors d\u2019haleine de ne pouvoir nous y rejoindre au plus profond même de notre 32 consommation au fin fond de l\u2019errance de nos mains NOUS sur les routes magnétiques de nos paupières dilatées sur le lit ultime de notre exil là parmi les silences du glissement de nos genoux ALLIONS À L\u2019ENCONTRE DE LA SÈVE GRAVI-DE tout remués de se sentir au rendez-vous de la faiblesse de nos sanctuaires jadis clos à l\u2019endroit même OÜ DÉSERTE LA MORT.sur un nuage que j\u2019ai crevé là-bas en plein rêve je suis cet oeil qui s\u2019invente un frisson de femme oubliée, & sa voix était visible (à entendre).DEUXIÈME POÈME MÉTASPHÉRIQUE ET MONOVERSEL L instant de s\u2019en-aller chancelle dans ma tête l\u2019instant de nous imaginer en partance sillonne les latitudes de nos corps je n\u2019ai pu faire le voyage les vents t\u2019amenaient mon absence de partout.S\u2019OUVRE MON OEIL DÉFIANT L\u2019ÉCLAIRCITUDE 33 derrière l\u2019Univers envahissant de l\u2019avenue Bloomfield, je reviens à pieds encore tout tremblant au sortir de cette transe, première impression: toujours un même monde clos encerclé de gens qui n\u2019ont rien pu mourir encore de l\u2019impuissance de leur chair mobile.(O les vagues denses se laissent choir en l\u2019air se renversent dans les cieux repoussant tous les paysages choisis d\u2019avance agonisent les ombres fuient les souffles de la perception lavée du crépuscule inachevé le sel de ton âge noyant tu le sais bien tant d\u2019heures d\u2019angoisse à se choisir d\u2019amour où tout n\u2019est que vagissements d\u2019eaux voraces d\u2019O,mégas de voies lactées muettes jetées dans ses courbes de tournoiement intense fouillent les soleils de ne plus s\u2019y voir (clair) de tous ces gens insensés qui n\u2019ont su mourir ni dire) & FERME VITE CET OEIL.PROPHÈTE, à la poésie à la main d\u2019écrire les routes sourdes de la mort en un verbe stupéfié où l\u2019absurde se relâchait d\u2019une mordante étreinte d\u2019aimer, & c\u2019est pourquoi je vous parle avec mes mains & mes pieds corporels un baiser sur la joue marque la rupture de tout langage à s\u2019y perdre vite poète t\u2019efface les yeux là-bas PARS! it après un voyage périssable (languide atmosphère, abasourdissante d\u2019élasticité sonore) l\u2019oiseau de mer émondé des laiteurs chlorotiques et l\u2019ébahissement lunaire plus hébescent que de coutume tnt 11 ncel1 *\tL\u2019OEIL AU SEUIL DE PARTIR PLEIN DE LA NEBULOSITE ASCENSIONNELLE.4|\t.VOI(S)AGE .teotl J Ml non pas moi dirais-je (VOIci que je suis LA) merveilles! à la suite de mes yeux résonne le bronze inquiet de l\u2019orgue sonore à la tête de ceux qui me REMPLISsent hors de moi l\u2019aspiration du vide sur le tapis rouge du rien de l\u2019escalier \u2014 a roulant je ne sais où \u2014 le jour se lève \u2014 & là je me suis pas à pas jusqu\u2019au lendemain qui se mêle longtemps à l\u2019avance de sourire.I «1 * pi marcher l\u2019avenue Bloomfield en se roulant d\u2019espace au seuil de la lumière au-dessus des regards de délire, mettre debout parallèlement aux clartés de jaunes soleils la nudité du spasme, \u2022 je respirais ma sueur de vides, l\u2019avenue Bloomfield droit devant en l\u2019alignement des rues verticales, marcher sur l\u2019écran des trottoirs sales un parc à la portée des yeux, des enfants 35 animés aux balançoires s\u2019élancent & retombent en la force de l\u2019élan, moi l\u2019idiot d\u2019outremont parmi les fleurs, je me noie mes fleurs .mes fleurs en arcade sur l\u2019arabesque colonne de rosée se noient dans la langourosité carminale (mais où coulent mes pleurs au milieu de l\u2019hippocrène fontaine démiurgique), se saoulent de l\u2019opaque euphorescence du léthé & se rejettent sur les bords curvaminés de l\u2019angoisse: (O mes nautiques iris déchirés du rouge papillonnaire à la tige mobile au creux de l\u2019aboli corail!) .là parmi outremont en fleurs je détonne-je ?l\u2019étrange des mots m\u2019effarouche (je ne sais pas plus lesquels) m\u2019échappe le dire en fragments, SUIS NÉ GATION ; comme et sphères des lignes au jaune naît ci-devant (car la mécanique des neiges) anormalement élastique, au-dessus donc outremont J\u2019INVENTE À M\u2019ÉTENDRE LA des taches à souffleter avec ça dans le dos (mon âge?) un frisson continue le rideau la résonnance de la-do-ré(e).j en\u2019ysuisplus - j \u2019 y a 11 a n t j\u2019halluciné le buccin oublie à l\u2019heure où ses seins pas à pas ci-de-vant, je coulerai -je en elle, (une mer à boire, tu y mordras le verre à la bouche les mots happés secs sur des fleurs) la mer tumescente mandorle, m\u2019endors l\u2019océan rachidien tout de vitriol au-dessous du nylon ivre de nystagmus, je ne sais plus l\u2019histoire obélistique, les murs (mur de gène mur rasé), l\u2019immense sâti, puis à plus tard que tu ne l\u2019aies pas connue & l\u2019été je l\u2019aurais cru ça (il n\u2019est que peintre) viendra, mais le léthé voici mon frère si seulseul 36 que faire que je fasse le voyage du?est-il à rêver mourir au plus tard béni du jourd\u2019hui trop fréquent, cuivré de sel, à manipuler le pharès le moi agonisant & l\u2019à très loin étoile des mains en cellophane qu\u2019agite donc un semblant de caducée (sinistre l\u2019e caduque) entr-ouvert une fille et une fleur sur un tapis long de cadences & quelque part le visage phosphate, l\u2019accusée sonde au loin & alors se lève devant les abattre tous, (ci file le sisyphe en si), l\u2019incanescente la (la vide) bleuité des atmosphériques, outremont ma belle poitrine sourde de la chair de poule à moi en avant le cul tout à fait répandu ouvert de vertes cou-lures :\t,\t! P! ||^ la ribote assène de l\u2019amour, viens mon coeur le fil de la (la vierge transparence) malléabilité tâtonne, ô le bel homme argonaute.L\u2019INSONDABLE VIDE ET IL DELIVRE UNE VOIX: L\u2019INSTANT (ouf, il était temps, ai failli tout perdre de l\u2019homme que je demeure encore & je m\u2019y accrochais) révolte des colores: des jaunes & des bleus se fuient, malades, tout tourne alentour du centre: s\u2019éclabousser 37 j\u2019allumai ma chandelle, des hommes endormis tout autour qui s\u2019ignoraient au profond de leur nuit & le mur d\u2019en face se libère reconnaissable, mais nous sommes suspendus au crochet de l\u2019ennui du sommeil lent à venir tant que la tête ne berce bien à son aise la moelle de l\u2019oreiller sur les rires naissants de l\u2019aube & maintenant s\u2019accumulent des rêves de femmes vécus dans le caroussel de l\u2019étrange consolation: pour moi au milieu des larmes un mouvement du corps surtout par la bouche de dire JE SOUFFRE: l\u2019étranglement d\u2019 ÊTRE, se déroule la langue de nous saisir, à la tienne entrelacée en un noeud d\u2019étouffement, et nos corps s\u2019ébranlent BASCULENT DANS L\u2019ESPACE BREF de se mouvoir plus loin dans le sommeil.je chante l\u2019homme enfui contre le nocturne hirsute, inoccupé bord bohémien où je sombre, à la source du désordre de vivre, NOUS CHERCHONS L\u2019ÎLE FLABELLÉE, l\u2019insondable aquarelle de Port-aux-Saumons (ô ivresses) ne l\u2019ai pas rencontrée, lorsque je rêve de l\u2019heuristique en-aller de l\u2019hommeaboli le temps délivre les feuilles de sa haine (à la face ricannante, je m\u2019abouche de lui et tant d\u2019autres et d\u2019autres encore).38 1\u201c HOMMAVAGINE suit cette dédicace (je ne sais plus à qui?) son visage a disparu où toutes les étoiles viennent dormir leur dernier reflet de neige avant l\u2019aurore, (une) fleur à l\u2019entrée de mon respire mou, à la portée de mon corps nu (à inventer peut-être), à la poussée de mes mains, à l\u2019encontre de nos amours à (venir), à l\u2019orée de ma bouche paisible, venue de loin, tu es allée chercher ma vie sur un lent soupir de solitude et je t\u2019ai trouvée un nom de fontaine dans la nuit de ce jardin afin de nous suivre le long de nos corps jusqu\u2019au bout pour se perdre se retrouver s\u2019abandonner à nouveau et ne plus y revenir JAMAIS.TROISIÈME POÈME MÉTASPHÉRIQUE ET MONOVERSEL L\u2019éparse habitude de vivre par un geste de la tête flanche dans le temps passé à la recherche d\u2019enfance ou d\u2019infini sans défense et la clef de la vie enfin retrouvée en soi N\u2019en appréhende aucun désir plus pur que celui de me savoir non loin du but pour me reposer le corps d( * A I 39 Au reste mes yeux s\u2019éloignent seuls globalement ouverts à la surface des objets qu\u2019ils mythifient lueurs titubantes l\u2019alignement de ruelles transverses des soleils qui tombent rapidement l\u2019agitement du corps à la musique épuisée Et tant d\u2019autres et d\u2019autres frémissent mais je ne sais plus leurs noms que je les aies connus sans les voir dans les avenues la foule d\u2019un nuage s\u2019empresse autour de moi J\u2019y reviens devant l\u2019allongement des jours innés à les entendre les arbres pleureurs à vendre des châteaux jamais à l\u2019encontre des ruelles nègres ma mûlatresse errance assez Là il y a de l\u2019eau dans un pot là un pain dans une assiette c\u2019est le lendemain qui semait l\u2019heure oui j\u2019ai degueulé oui ce n\u2019est rien le souci de boire j\u2019ai crié cela il se tut le bois Si nous allions voir ce que j\u2019ai cru voir la rêvalité d\u2019un peuple à genoux des gazons à laisser filer ma chair où saigne l\u2019ô rayon violet de ses yeux (d\u2019ignoble oeil à ceux de mes amis) (à l\u2019île actuelle le chemin de cuivre bien à elle l\u2019ininterrompue on note les mots trop lents pour les tremper d\u2019azurs) LARÊVALITËD\u2019UNPEUPLEÀGENOUXLARÊVALITË D\u2019UNPEUPLEÀGENOUXLARÊVALITÊD\u2019UNPEUPLE 40 CHE\tALA\tAST VAU\tFER\tRES CHE\tMET\tTUY RAI\tURE\tCON JE ?\tDES\teus lui par 1er d\u2019o MON INTENSE SOIF ?verticalement comme un exil les deux têtes de l\u2019istizaingo ne s\u2019avouaient plus et pâlie sa joue gémissante ne s\u2019abreuvait plus ON T\u2019APPELAIT PAR TOI ICI je réduirai l\u2019obscure déchirante.je suis de\td\u2019être à personne, c\u2019est connu ceux de vous Cependant il faut savoir combien je vous étreint avec mes épaules d\u2019âme, comment ne pas les aimés?J\u2019ouvre mes lèvres à m\u2019aggripper, se mouillent (je serais-tu à boire pour toujours).Il neige dénudée, fêlée et en poudre ou liquide, je ne sais l\u2019instant d\u2019avant dont je suis fier, elle parle toujours à un voile d\u2019organdi la neige et ce sera vrai de nouveau, Je fais feu c\u2019est-à-dire je te nomme et mon nom au loin jo anne.41 un clairon prie une fleur pousse ils se tuent une femme se nomme TRISTE de ne même plus nous savoir (l\u2019attente alentour de tout nous) comme hier où j\u2019allais sur tes cheveux bien plus encore toi et seulement même de toi puis en dedans s\u2019anime mais quoi?(à plus tard et dehors la neige blesse l\u2019heure où JE TE DIRAI non à l\u2019évanouissement des corps ils m\u2019assassinent-ils en elle certaines nuits de douceur commune.ecaf\tentre les yeux à l\u2019imprécise (pour elle de lui) les à\tlèvres de tout nier l\u2019au-delà des murmures épars face\t(les murs eux soudain ici) tu es loin sur le trop plein de nos pas pour le dire de l\u2019oiseau bleu parmi le souffle à deux de nos mains l\u2019aveuglement même d\u2019étouffer au dedans des bords de la nuit vibrances tout passe assaillies et nos corps tel un cri vibrent toi si bien prisonnière du sang de la lèvre à deux comme et fière en son corps me voici au bord suspendu d\u2019elle te dessine mes doigts sur le front savait-elle le sens de mon ombre /hurle JE /vesuve /chancelle Je n\u2019écris plus d\u2019eux d\u2019amour.42 QUATRIÈME POÈME MÉTASPHÉRIQUE ET MONOVERSEL ME VIDE le cri à l\u2019origine de l\u2019à côté des deux rêves je ne suis plus n\u2019ayant d\u2019épaisseur qu\u2019en deHORS le cri pas assez de vibrations entre les Hchures claires-obscures de l\u2019HOM l\u2019autre que moi qui se vide comme un autre soi-même à l\u2019entendre s\u2019éterniserai-je?avec le non moins désarroi (que je suis-je) s\u2019attable en eux hors du pour dire (avec nous) le hurleMENT à l\u2019avant capitale de chacun de nos pas à l\u2019envoûtement NOUS VIDES jusqu\u2019au cri du coeur à s\u2019échaper tous AVEC MA SALIVE DE NE PAS DIRE: l\u2019abc d\u2019air et de fumée, le défi de la clarté nomade & ghirzèh ma source marijeann.Abaisser l\u2019inventaire noir qui de l\u2019eustatique monovers où la pauvre femme s\u2019accable des rythmes qu\u2019on veut clore en la satisfaction des danses java tu fleures de perles Balancer la perte de vue qui tombe blanche au gré de la tienne poésie s\u2019alène tout un tour de chant par là ma douce rancune (le jas tout de travers) Chanter le revoir de l\u2019en-aller (c\u2019était hier) et vernis à saveur de feu parmi les bleusités non étanchées encore de rêves souterrains je fuis ô toi ghirzèh ma source ma chair de séparation même 43 1 i n v e n t a i r e noir.émerveillement de la quiétude et la mer du sud qui veille et ment je m\u2019y perds.mes entraves te deviendront une terrible présence hors de l\u2019existence ne demande pas: j\u2019ai trop souffert maintenant environnés que de vents en tous sens sur les épaules en un jour nous sommes affamés tu as fait éclaté ma peur dans le passé: N\u2019EST-CE PAS D\u2019OBSCURITÉ QU\u2019IL FAUT ERRER ET DÉCOUVRIR LES YEUX LEVÉS SUR SOI, L\u2019ISTIZAINGO DE MA CHAIR où il fait étrangement beau et paix (souffle de girzèh contre moi en mes yeux lentement ouverts sur un monde chauve dans la cage où je reviens comme l\u2019oiseau & JE SUIS IMMENSE MÊME RÉDUIT À CET EXIL 44 dans la vaine oubliance des calmes bleuissements, auprès de la haute fenêtre ouverte sur la mer où l\u2019aube muette s\u2019agenouille doucement, avec le souffle mol du noroît, dans l\u2019émergence de l\u2019horizon, accoudé, l\u2019oeil perdu dans une rêvalité idéalique, J\u2019OPALE, sans trop le savoir, de grands soleils fauves qui se lèvent là-bas, naviguant en Est, lustrant de rayons colorés et obliques l\u2019inaliénable azur de mes saisons enchevêtrées et saupoudrant de reflets la chevelure jadescente de mes anémones de mer.La soif comme les pays à fuir ou s\u2019engloutir au sublime dès le premier voyage avec ses courants de soleil de me suivre n\u2019ai pas existé en l\u2019objet de mon oeil n\u2019ai jamais existé dans la profondeur de l\u2019érotique je reste suspendu près d\u2019ici cette mobilité des mains à ne rien saisir d\u2019un coup d\u2019oeil plus bas ou plus haut les paupières anonymes s\u2019affaisent crever cette page où s\u2019enlise l\u2019ésotérique des mots que je prononce tout semble le même avec la connaissance du même visage insupportable ceci et cela à les dire de façons multiples ne changent rien la soif la faim se vide de l\u2019eau au creux de ma plainte qui me précipite fatigué d\u2019écrire L\u2019EQUILIBRE des mots qu\u2019on accole à la suite l\u2019architecture de ces objets qui me chatouillent l\u2019oeil de désirs spasmodiques m\u2019envahissent dans la profondeur du hasard à m\u2019oublier sans faute la division du temps intérieure jamais vue 45 m\u2019étirer la peau presque pâle où l\u2019on n\u2019efface le souffle de la mort molle molle molle n\u2019y creuse l\u2019autre soi (disant) au grand partage du matin celui-là même qui se prépare on me surprend à se baigner au son blond des yeux disparates m\u2019hurle les épaules ivres d\u2019aimer dans la rue tinctorial jour d\u2019anéanti à l\u2019autre continent déraille l\u2019ivrognerie drague là TU SAIS L\u2019EXIL s\u2019y noieront bien j ebavais-tubavais nier de les cerner en leur soif calme le plafond s\u2019avarie s\u2019accroupie se fendille le trompe l\u2019oeil avec la voisine vois-là l\u2019arsenical magasin des oreillers en oeil de boeuf l\u2019évanouissement à profaner l\u2019urine transhume l\u2019anse de la mort d\u2019elle la vraie l\u2019intraveineuse mille à l\u2019heure partout sur mes continents 46 Elle marche le long et le large moi j\u2019étais seul quelle aube de ma fidélité: quelle aube de la globalité qui se tait longtemps comme un rêve d\u2019enfant d\u2019il y a très loin MORT JE M\u2019ATTENDS À L\u2019AUBE DE MA CHAIR QUI SE NOMME lalent eu rduspasmelo ng e t a gonisant, quelquepartaucoeurdel\u2019océanefigu-rinedemer,àl\u2019endroitoùs\u2019éclabous-seleflotdusalinspumescent.Janek (André BEAUDET) SINOÉ 47 MARIE-FRANCINE HÉBERT PING PONG ac\tc\u2019est à la fois\toc\t ac\tà la fois\toc\t ac\tfois\toc\tde plus ac\tqui coûte\toc\tle plus ac\tquoiqu\u2019on\toc\ten dise ac\ton a\toc\ttoujours ac\tcru qu\u2019il était plus\tdifficile de retrancher\t ac\tqu\u2019il l\u2019était\toc\td\u2019ajouter ac\tmais il\toc\tarrive ac\tun moment\toc\toù ajouter ac\ttranche comme un\tcouteau\tfraîchement aiguisé par le mot\tle coutelier qui passait par ne soit prononcé\t\tlà juste avant que ac\ton est\toc\tprécisément ac\tcoupé\toc\ten deux ac\tmorceaux\toc\tde pain 48 oc\tc est\tac oc\tparts\tac oc\tque soi\tac oc\tperçoit\tac oc\tcar ne sachant pas s\u2019il a cise de vouloir en savoir plus sur le sujet obtus qui ne nous préoccupe pas plus qu\u2019il n\u2019en faut mais au sujet duquel on écrit pour occuper comme cela ou autre en deux qu\u2019autre ne nous pas tant raison puisqu'împré- oc oc oc oc oc oc oc oc oc oc oc ac ac ac ac ac ac ac ac ac ac ac 49 OC\tcar il\tac\tarrive oc\tlà qu\u2019on\tac\tn\u2019ait pas oc\tle sexe\tac\tlà oc\tet que\tac\tmême lui oc\trefuse\tac\tde nous oc\trenvoyer\t\tla balle oc\tles mains\t\ten deux oc\tet vides\t\tsont vides oc\tet dé-\t\tballées oc\tle corps\t\tet un oc\tn\u2019en est\t\tplus un oc\ton a\t\tpassé oc\tle seuil\t\tde la oc oc\tréponse\t\tpossible car il oc\tn\u2019arrive\t\tpas oc oc\ta\tac\tlubrifier 50 on ne devine pas le sens caché car il se cache.L\u2019écrire n\u2019est pas le chercher mais en flatter le poil du chat dont on veut une léchée qu\u2019il ne donne pas au moment où l\u2019on croit et où l\u2019on veut et que l\u2019on a donc pas puisqu\u2019il ne lèche que lui.Mais il ne posera pas sa petite langue dans votre oreille car il n\u2019a pas faim sauf quand le plat est propre et qu\u2019il ne vous préfère pas car c\u2019est comme cela qu\u2019il s\u2019aime le plus.Quand il ne vous lèche pas ce n\u2019est que pour mieux se déjouer lui-même car il aime jouer plus que tout et que c\u2019est quand il se déjoue qu\u2019il se joue le mieux.51 ac\tcar\toc\tquoiqu\u2019on ac\tlèche\toc\tc\u2019est tout ac\ttoujours\toc\tpour qu\u2019il ac\ty ait\toc\tquelque qui ac\tbande\toc\tla matière ac\tgrise\toc\tdonc n\u2019est ac\trien\toc\td\u2019autre qu\u2019un ac\tsens\toc\tqui peut ac\ten\toc\tce sens ac\tet à\toc\tla place ac\tou pré\toc\tférablement ac\tsouvent\toc\tse masturber ac\tsans\toc\tprotubérance ac\tou\toc\témission ac\tappa-\toc\trentes et ac\talors\t\t ac\tquoi\t\t 52 oc\tsens\tac\ta cela oc\ton bande\tac\toù l\u2019on oc\tpeut\tac\tet non oc\toù l\u2019on\tac\tvoudrait oc\tsurtout\tac\tsi l\u2019on oc\ta l\u2019o-\tac\treille sèche oc\tet que\tac\tne pou- oc\tvant pas\tac\ts\u2019offrir oc\tquelque\tac\tmoment oc\tde luxe\tac\tl\u2019on s\u2019offre oc\tle luxe\tac\tde ne oc\tpas le\tac\tdire oc\tcar on\tac\tle sent oc\tad\tac\tjacent oc\tad\tac\thoc ac\tlà\toc\tla main ac\tpar\toc\tla chemise ac\ten-\toc\ttre-ouverte ac\tdu\toc\tcliché ac\tle\toc\tdésamorcera ac\tlà\toc\tle doigt ac\tpar\toc\tla fente ac\ta\toc\tpeine ac\t* e-\toc\técartée ac\tet\toc\thumide ac\tle\toc\tdésamorcera ac\tl\u2019é-\toc\tcriture ac\tsera\toc\tcourte ac\tet par\toc\tpetits ac\tbouts\toc\tet l\u2019on croit peut-être jouir sans l\u2019écrire ici ou ailleurs tel que ou autrement on l\u2019écrit avant pendante ou après de toute façon.54 mais qu\u2019on le prenne par le gros ou le petit bout qui n\u2019en est toujours vulnérable qu\u2019ailleurs et c\u2019est là qu\u2019il ne faut pas le chercher car on l\u2019égare et il se refuse à n\u2019être toujours que celui qui se refuse à se laisser prendre par l\u2019excroissance que l\u2019on croit.Tant n\u2019est pas la tendresse que par moment elle se lasse de ne l\u2019être pas.Tant va le mot dont on a toujours peur qu\u2019à la fin il ne se brise pas et tant va pour le reste qu\u2019à la fin il s\u2019esquive.Tant va qu\u2019à la fin on l\u2019écrit pour l\u2019écrire et qu\u2019il était une fois la de la fleur qui s\u2019épor à la rime quand la pâleur transpor de la chere emire dont la chermire ror et qu\u2019il faille la rare qu\u2019on expire pour la pelir dans l\u2019autre qu\u2019on expire toujours la même ror appréhendée car on pror de la grande morqui et qu\u2019on ne puisse et c\u2019est pour le cor qu\u2019on ne puise pas car on s\u2019épuise toujours avant.55 oc\tainsi de\tac\tla main oc\tqui colle\tac\taprès oc\tau\tac\ttour de oc\tl\u2019au-\tac\ttre qui oc\tn\u2019a pas\tac\teu la oc\tmain\tac\theureuse oc\tet\tac\tpreste oc\tle\tac\tgeste est oc\tlas\tac\tet ne oc\ts\u2019é-\tac\ttire pas oc\tcar\tac\til n\u2019en oc\tcol-\tac\tlerait oc\tque\tac\tplus qu\u2019il oc\tn\u2019en\tac\tfaudrait oc\tain-\tac\tsi 1 e- oc\tcrire\tac\tétire oc\tle\tac\tpoil oc\tseul\tac\tqui reste oc\tlà\tac\tou il oc\tne\tac\tfaudrait oc\tpas\tac\t 56 ac\ttoc\toc\ttropolor ac\tcar\toc\trelur ac\tcar\toc\ten la ac\tmor\toc\tpire ac\tplus\toc\tqu\u2019il ne ac\tflor\toc\ttout ac\tle mor\toc\tdétor ac\tde\toc\tla lettre ac\ten\toc\tlettray ac\trigir\toc\tet sec ac\tet non\toc\tpolie ac\tet que\toc\tl\u2019on veut ac\tfermer\toc\tmais qu\u2019il ac\tn\u2019en\toc\treste pas ac\tmoins\toc\touverte ac\tde l\u2019a-\toc\tvantrir ac\tet de\toc\tderrière ac\ttoc moc de la\toc\tfarur toujours plus qu\u2019il n\u2019en faut à la detray pour l\u2019attendrir Marie-Francine HÉBERT BERNARD TANGUAY DE LA DOUCE AGONIE JUSQU\u2019À LA GLORIEUSE RÉSURRECTION DU PÉNIS-SPLEEN DU PRINCE AINSI QUE L\u2019INVERSE (EXTRAIT) .1.il me semble qu\u2019à l\u2019ombre de chaque geste tu te carresses un peu plus .et cela me terrifie, (je me plaque) lentement contre les murs de pierres, vaincu par.ces branches de vent qui recouvrent chacune des mains, et.cette route qui me mène jusqu\u2019à la vieille porte.\t.ma plaie me guette.j\u2019en res- te immobile à ma lourdeur mais, sous moi.vacille ma tête pendue .je scrute ces bras qui râpent l\u2019air.plâtre craquelé, et pourtant, moi de même, le sang se heurte aux os sans débâtir l\u2019horrible hébétude de la dureté, j\u2019ai l\u2019impression vague et sale que la rue masquée vomit devant moi.(je frémis en me murmurant.) .elle englue sur mon cou.(( je me demande la stratosphère évacuée et la bellitude mirifique des galaxies enfin désarticulées pour que je puisse enfin à telle seconde et elle de même même à la grandeur de son aisselle-pré danser au creux d\u2019une mer couleur des aubes perdues flottant allègrement vers ces horizons poudreusement bleus que je contemple guilleret les yeux phosphorescents d\u2019incroyable et j\u2019inassouvis l\u2019émerveillement grimpé de mes crochets au haut de la mâture des saturnes égarées comme moi et elle voilà\t))) 58 .2.je marche.(.les yeux vaseux le menton dansant il a carressé son gros sexe gras tout en déplorant longuement la pauvre inutilité dudit objet, puis au prix de certains efforts non négligeables, il a déposé sur ses lèvres un énorme boudin excrémentiel, horrible et puant à souhait, magnifiquement propre à soulever le coeur, juste assez pour en jouir.) .il avait découvert l\u2019inouïe beauté de son bouleversant trou du cul.et je ne m\u2019avise pas d\u2019en découvrir les dents, j\u2019y pense.et.je mécroulerais si seulement tout cela s\u2019écroulait de soi-même et même.je pue.le cri s\u2019enracine sous l\u2019attaque et s\u2019y perd, je suce et j\u2019avale toute la pourriture visqueuse qui glisse péniblement de la bouche à l\u2019entre-gorge.le désordre des mouvements m\u2019assaille me pétrit jusqu\u2019à m\u2019en casser je craque, il est une chose qu\u2019on tait.59 .3.je griffe ce qui sèche sur ma verge molle, et j\u2019enterre la douceur, à même la nuque et le dos.(ô ma si tendre bien-aimée ton espèce de corps long couvert de nichons flasques fait méchamment bander mon gros pénis de rhinocéros, je choisis les yeux fermés de mimer pour nous un vieil animal en rut, de la bave partout, à vomir parce que le sourire désosse le corps, et je m\u2019amuse grassement à me balancer sur les pattes de derrière en me dandinant, et je fais voguer dans les airs mon sublime sexe en caoutchouc, tout en dansant une valse cyclique, je t\u2019arrose de sperme parce que je suis de plus en plus émerveillé par le grand bâton magique qui est gentiment fiché dans le frais sous mon cul.et je frétille rien qu\u2019à me sentir si merveilleusement désarticulé, je chatouille, et je ris comme un vieux pourri qui se masturbe et qui se sait atrocement bien pourri.\t.) 60 .4.au fur et à mesure que mon crâne s\u2019emplit bien malgré lui des rues que je perce en dérivant vers tes mains .un temps couvert de sueurs, de salive, gluante elle coule calmement hors des regards .je trébuche à chaque visage, (ce long escalier de bois), le sol se fend, je cède, .et ce vieux métal noir que je caresse il me semble y sentir l\u2019ombre de ton épaule.derrière la vitre comme au fond d\u2019une eau trouble tu es là.l\u2019envie m\u2019agace de m\u2019écraser, l\u2019arcade durement appuyée au creux d\u2019une flaque de boue, (car elle ne renvoie pas l\u2019image), le tabac se délie en se noyant dans le crachat jaunâtre.(il me lie.la fièvre harrasse j\u2019ai mal jusqu\u2019au sang et les taches sur le ventre qui m\u2019écartent de vos maléfices, la crainte se répand sur ma pâleur étourdie.), chacun traîne devant lui sa chair piteuse, tout est encore sordide ici.tout se dissoud.(plus la distance entre le mouvement du râtelier de tes doigts-tueurs-à-gages et le frisson qui irrigue ma verge se rétrécit en accordéon, plus me fait chanceler l\u2019incommensurable distance entre le mouvement du râtelier de tes doigts-tueurs-à-gages et le frisson qui irrigue ma verge si.) .61 .5.et je ne sais pas.il me semble que je me rapproche de l\u2019ombre, et tout cela coule et pénètre sous le reste, (et je me tremble), je couve la terreur de la fatigue tant et trop repoussée à la force des seuls yeux qui cassent.je sens que ma tempe s\u2019échan-cre.inerte.(ta tête s\u2019éloigne jusqu\u2019à dissoudre si je glisse sournoisement, au dessus de toi.hors de toi.comme un voleur de grand chemin, et cette phénoménale ballade m\u2019amène à poser délicatement ma mignonne langue-truite sur le poil fol-lichon qui réchauffe et garde la fente en toi où je veux aller tu le sais.quand je lèche désinvoltement ta vulve molle et souriante, divine amie, je ferme les yeux, car j\u2019ai peur, (ou presque).la langue glisse sur les noeuds, il faut que je me nou-risse du sel de la chair et chaque doigt revêt sa carapace d\u2019odeur.62 .6.j\u2019écarte les algues de poussière et je referme les paupières, surtout les murs qui supportent ma présence comme les traces de son corps, ils exigent cette force de les fixer, pour mieux en assumer les émanations, c\u2019est à peine si je peux balbutier quelques gestes déjà rompus avant que d\u2019être portés, je ne ressens rien, un vilain traumatisme bicéphale me guette, mais je sais qu\u2019il ne bondira pas.il a trop peur, vaincu, sans moi.d\u2019ailleurs, si je suis encore le seul cactus, c\u2019est que mes désirs devancent le reste, précisément, mes lèvres suivent, à l\u2019ombre de l\u2019air, la courbe jamais interrompue de sa cuisse sans elle dedans.je veux sentir la couleur du geste et là jusqu\u2019où iront les doigts, mon corps surplombe l\u2019étang, et l\u2019eau qui lèche la froideur de mes muscles enveloppant les os repossédés.\t.tout cela commande .et je surgis, bandé de mon arbrure de chair.63 .7.la peau qui la recouvre est tellement froide dans les replis là où le muscle tend la rondeur, ta main me rafraîchit le creux nerveux de la cuisse et la peau s\u2019y réchauffe en elle-même.silencieuse, (mes gestes étaient laissés à eux-mêmes), les tiens se plaquent.et les tiges qui maintenant tendent mes doigts rentrent en moi jusqu\u2019à ce sexe qui se brandit et flotte lentement sur la tête disparue, il prend forme sous tes doigts.tu refermes la main (comme on chasse les grenouilles), peu à peu il se détache, hors moi.un autre espace s\u2019impose et ronge tous les autres, et je regarde les yeux liés à la tête ces doigts de toi qui me mordillent en pleurant.(je suis autant d\u2019algues floues repliées, humides, sur ce cadavre de la noyée disparue depuis.je me cabre car elle\tjette autour du sexe une volée de doigts et les ailes battent contre les nerfs, elle gratte le rire, élancé sur la bouche presque.les hanches se courbent, elle lèche, et la peur creuse son trou, et chaque vertèbre glisse sur l\u2019autre, je plie, cette main de moi qui s\u2019avance vers nous, je tends sur elle, toi, ligotée à toi.64 .8.toute étranglée dans les remous de l\u2019orgasme qu\u2019elle fit sucer hors de ses fesses.(malheureux crétin à roulettes, si je savais, précisément lorsque tu me secoues démentiellement la verge en priant tous les fétiches de l\u2019histoire, les yeux pissant de colère, pour que je jouisse enfin, que tu te concentres de toute ta volumineuse masse cérébrale sur une analyse copieusement poussée de l\u2019élevage pré-révolutionnaire des pingouins d\u2019Autriche méridionnale, il me semble autant allègrement qu\u2019a-trocement que j\u2019en resterais bellement impuissant, idiote machinerie corporelle à la gomme et aux noix !.à moins que tu ne me le murmures à l\u2019oreille, le tout arrosé d\u2019un rire hautement boudeur et d\u2019un coup bas sur ce que tu tiens si bien, évidemment.) et (chaque fois que tu ne congèles pas l\u2019ostensible preuve de mon hypothétique virilité avec la ténacité rayonnante de celle qui ne veut plus perdre (je le désire), je bande à tête perdue et l\u2019érection jamais ne s\u2019arrêtera plus, toute à me mordiller, imminente, euphorisante, véritablement menaçante), ton sourire a parfois la forme d\u2019un orteil, une clé au bas du nez.65 .9.où la pour-fesse.et la condition hautement périlleuse de mes agiles contorsions te supprime cet air faussement négligé te surprend et t\u2019alarme, je te comprends, mais j\u2019essaie simplement de jouir désespérément au travers de toi.c\u2019est que ta gentille bouche me suce si tendrement.car tu sais pertinemment que tu ne suceras jamais autre chose avec autant de grâce et de beauté morbide, jamais .(quand ta langue lèche en sautillant le petit jus qui coule).(et c\u2019est moins par le terrible frisson qui m\u2019enlève les hanches que par ta propre magnifiscence à me mordiller que tu tressailles.il pleut ma tendresse sur vos jardins, douce fée et je reviens à l\u2019instant, me collant à l\u2019échine osseuse du pur-sang râpeux, guilleret, décoller la charmante croûte de sperme qui te momifie.) .pendant que tes fesses, encore, me bouleversent, dans quelque sens que je les regarde.(ennuyée tu te grattes le joli nombril au moment même sueur me coule des yeux, savoir pourquoi je grimace et quoi je souris .la salive fraîche sèche impatiente sur ta 66 .10.tes traces moulent ma rétine, je palpe l\u2019ombre du désir comme éjacule à l\u2019aube un pendu, et.j\u2019y ouvre mes doigts à la lueur de ites yeux sur mon propre corps, et plus je ne te cabre pas et plus tes pas me cassent, et plus tu fissures une brèche à ma faiblesse, que j\u2019en ai dans le geste le mouvement des seins, dans le regard l\u2019ombre de ton désir, je fuis les caresses figées .je les inscris de tes dents, sur ma langue dont accouchent les mâchoires, je mords et tu ouvres toi-même la plaie, à chaque coup le sang, qui gicle et qui réjouit la mort, elle grimace, qui danse sous les doigts.et le silence creuse son océan de sable en moi qui fixe la décomposition du sourire, car l\u2019immense volupté que tu déploies, si ta main me caresse le cul, me saisit, comme une aube éjacule un pendu le désir de l\u2019ombre me palpe .je perce et je fends de mon sexe les vagues de chair, (les muscles avident les muscles rompent), ces grottes indécises, où gisent emmurés et dorment tous les gestes survenus de toi sous mes cervelles violemment soulevées, crèvent.(je me désire au ventre rosé de ma faible tête la vaste soulevée molle des larmes effacées, et la vrillante douceur qui glisse plus loin que le retour même je m\u2019entraîne au-delà du massacre des vents sous la pourpre lueur de ce qui semble poindre hors de cette caresse sur la ligne du sein sous l\u2019emprise étroitement jouissive de deux orteils ivres sont-ils d\u2019avoir pu contempler ce divin sourire délicatement peint à leur front par l\u2019ivresse qui les ébranlait jusqu\u2019à la nausée de la joie) .67 .11.car enfin l\u2019inouie tendresse ruisselle hors nous et glisse des cuisses aux sables des doigts., sans le savoir je venais de comprendre que je ne mesurerais plus son regard à la tentation de mes mains sur le bout de ses seins, un caillot de sang brun naissait hors de mon front.je suce mon poignet rogné, j\u2019ignore où je fuis, le geste court sous d\u2019autres nerfs que ceux de mes os.à chaque sol mes agonies s\u2019effacent et je traîne, je déséquilibre le peu qui me reste .harcelées par le désir mes mains cèdent mais tout a fui.la peur sillonne mon épaule cachée, elle fond comme moi.honteux je caresse, celle qui dort.l\u2019angoisse bête me troue le visage, et j\u2019arrache la peau elle s\u2019effrite sous les ongles, je n\u2019y peux plus rien, que glisser le doigt et le coincer là où le sein retombe sur la peau, il se rafraîchit, il rosit.Bernard TANGUAY 68 LES INEDITS ROBERT CHARBONNEAU (1911-1967) \"On ne crée pas une oeuvre pour refléter son temps ou même exposer une philosophie.Le véritable romancier écrit d\u2019abord pour cerner en lui le mystère de l\u2019être.Il s\u2019exprime lui-même, il se libère de ses angoisses dans des oeuvres qui, dans la mesure où elles sont vraies, valent également pour les autres\u201d, déclairait Robert Charbonneau lors de la réception de la médaille Chauveau.O Ces paroles de Charbonneau rejoignait les préoccupations des animateurs de la revue La Relève : \"L\u2019homme actuel .s\u2019engage dans une oeuvre simplement parce qu\u2019il a découvert un lieu qui lui permette de se donner.alors seulement l\u2019oeuvre aura valeur de témoignage, et le prochain pourra vérifier à cet engagement les misères de la vie.\u201d(1 2) Bien que je ne partage pas cette opinion, elle n\u2019en reste pas moins valable pour d\u2019autres; elle permet de situer Robert Charbonneau en face de son oeuvre.Paul Valéry avait déjà décrit les conséquences d\u2019une telle option : \"une pensée toute certaine, merveilleusement prévoyante, aux lacunes calculées, sans ténèbres involontaires .\u201d.(3) (1)\tMémoire de la Société royale du Canada, L\u2019art d\u2019être Canadien, discours de Robert Charbonneau, titulaire de la médaille Chauveau pour 1965 (tome III, série 4).(2)\tPréliminaires à un manifeste pour la patrie, Robert Charbonneau Robert Elie, Paul Beaulieu, Claude Hurtubise, La Relève, 1er cahier, 3e série, septembre 1936, page 31.(3)\tPoésies, L\u2019amateur de poèmes, page 65.69 Charbonneau d\u2019ailleurs, plus de 20 ans après la publication de son premier roman, avouera son acceptation de cette philosophie de l\u2019écriture : \"Il (Paul Valéry) pourrait être notre modèle à nous.Sa spontanéité est sans cesse tenue en laisse.Son naturel, c\u2019est la perfection d\u2019une forme conquise sur une nature rebelle\u201d.(4) Je n\u2019avais pas encore vingt ans lorsque Robert Charbonneau et Paul Beaulieu publièrent les premiers cahiers de La Relève.Je fus donc étranger au combat de ces jeunes Turcs formés dans un collège autoritaire et sacral.Je n\u2019ai jamais partagé leurs préoccupations métaphysiques.Lorsque je découvris l\u2019existence de cette génération antérieure à la mienne, Claude Hurtubise et Robert Charbonneau en étaient rendus à La Nouvelle Relève.Le premier roman de Charbonneau, Ils posséderont la terre, avait reçu un prix David; le deuxième, Fontile, était déjà coiffé du prix Duvernay.La critique avait salué avec enthousiasme ce jeune et nouveau romancier de 1941 : \"Jamais chez nous romancier n\u2019avait atteint à de telles profondeurs, n\u2019avait plongé regards plus cruels ni lucides au fond de l\u2019âme humaine.\u201d (5) Pour moi, Charbonneau était un être si froid et si lucide qu\u2019il m\u2019a souvent paru inquiet, angoissé, désabusé.Je l\u2019ai connu à la Société des écrivains canadiens.J\u2019appréhendais les premiers contacts et je redoutais son impersonnalité.L\u2019homme se révéla bien différent.Appelé à travailler avec lui alors qu\u2019il venait d\u2019être élu à la présidence de la Société, j\u2019eus le plaisir de constater qu\u2019il craignait la société tapageuse mais qu\u2019il aimait les êtres humains., Son masque d\u2019indifférence hautaine disparaissait lors de discussions sérieuses, engagées ou gratuites, dès qu\u2019il s\u2019agissait de créer.Le premier bulletin que j\u2019avais soumis l\u2019intéressa; il s\u2019imposa, avec Pierre Baillargeon et Marcel-Aimé Gagnon, une revision méthodique des termes et des idées tout en se souciant de ne blesser aucune sensibilité.Charbonneau pouvait disséquer cruellement, froidement une société, une idée, un fait (et la présence du fin analyste Pierre Baillargeon à ses côtés ne simplifiait pas la tâche), mais il respectait attentive- (4)\tDiscours de juin 1965, déjà cité, page 25.(5)\tGuy Sylvestre, Le Droit, 6 décembre 1941.70 ment le produit d\u2019une pensée.Le métier de journaliste qu\u2019il avait longtemps exercé, sa responsabilité de Directeur du Service des Textes à Radio-Canada le préparait à ces dissections intellectuelles.Ne les avait-il pas pratiquées toute sa vie dans son oeuvre de romancier?Elles correspondaient d\u2019ailleurs à son tempérament angoissé.\"Vision d\u2019une gare à quatre étages Dans un entrecroisement de veines à fleur de \u2022[terre ; yeux Et bras de sémaphores, O vie Angoissée, aventure des chemins de fer .\u201d(6 7) Analyste rigoureux, Charbonneau n\u2019avait toutefois rien du dilettante ou du logicien pur; il adorait l\u2019action.Co-fondateur et co-directeur de La Relève, avec Paul Beaulieu, à sa sortie du collège, puis de La Nouvelle Relève (1941-1948), vice-président co-fondateur de l\u2019Académie canadienne-française, président de la Société des Editeurs en 1945, co-fondateur des Editions de l\u2019Arbre (directeur littéraire de 1941 à 1948) que Claude Hur-tubise fera renaître après les inquiétudes de 1945, Robert Charbonneau demeura actif jusqu\u2019à sa mort.Lors de la dernière réunion de la Société des écrivains canadiens (président 1966-1967) qui précéda sa mort, il nous encouragea, Andrée Maillet et moi, à poursuivre nos efforts pour la création d\u2019un centre québécois du P.E.N.international.O Il intervint lui-même avec l\u2019archiviste Jean-Jacques Lefebvre auprès du P.E.N.canadien pour faciliter nos démarches.Je me souviens de cette remarque de Clayton Gray (écrivain montréalais de langue anglaise), aux funérailles de Charbonneau : \"Il aura fallu que la mort survienne pour l\u2019empêcher de vous suivre au congrès de fondation de votre P.E.N.; (6)\tRobert Charbonneau, Farnham, La Nouvelle Relève, vol.III, numéro 7, 1944, page 423.(7)\tAndrée Maillet fut la première, à la Société, à reprendre l\u2019idée de Jean-Guy Pilon de créer un centre québécois du P.E.N.(association internationale de Poets, Essayists, Novelists.Le Canada jouissait de cette reconnaissance et le P.E.N.regroupait alors écrivains de langue anglaise ou française.Andrée Maillet malade, je terminai les démarches avec Charbonneau et Lefebvre.Le Québec, à titre distinct du Canada, fut reconnu lors du XXVe congrès du P.E.N., en août 1967, à Abidjan, en côte d\u2019ivoire.Germaine Guèvremont en fut la première présidente.71 à New York, l\u2019an dernier, il fut l\u2019un des plus vibrants défenseurs d\u2019un centre canadien-français.\u201d Ce fut donc durant sa présidence que se réalisa un rêve cher à Jean-Guy Pilon et à tant d\u2019autres écrivains québécois : une reconnaissance officielle internationale du fait littéraire québécois.Le fait québécois était d\u2019ailleurs une préoccupation, une constante dans l\u2019esprit de Charbonneau.Dès 1936, il signait un manifeste qui déclarait : \"Il y a pour nous un monde, et il y a une justice à rendre à chacun en établissant bien cette zone tout à fait libre qui sépare patrie et Etat.il peut arriver que l\u2019indépendance politique et économique d\u2019une nation soit une condition du développement de sa culture; elle n\u2019en saurait être la cause .\u201d(8) Trente ans plus tard, Charbonneau reprendra ce thème : \".une société fermée qui demande à des tiers de prendre pour elle ses responsabilités et, en échange, aliène sa liberté.C\u2019est ce qui nous est arrivé.Nous avons vendu notre âme .\u201d(9) Charbonneau vivant eut-il poussé jusqu\u2019à la liberté économique et politique son amour de la liberté spirituelle et culturelle?Nul ne saurait le dire mais au moins, il était conscient de l\u2019impact du problème et son esprit méthodique l\u2019aurait amené à une réflexion et à une décision inéluctables.Même la thématique de ses romans indique cette évolution.Sa vision du monde dynamique mettait en opposition deux valeurs.D\u2019une part, les personnages de Charbonneau renoncent à la société : Jérôme meurt au sanatorium, Fernand donne sa vie pour celle d\u2019André Laroudan (Ils posséderont la terre), Armande s\u2019offre en holocauste (Fontile), Bernard Massénac meurt dans un incendie (Les désirs et les jours), Sylvie et Lucien Guilloux meurent (Aucune créature), d\u2019autre part, ils acceptent l\u2019absolu de l\u2019engagement politique : Edward accepte la révolution sociale et s\u2019engage dans la guerre d\u2019Ethiopie (Ils posséderont la terre), Julien Pollender devient député (Fontile), Auguste Prieur et Pierre Massénac achètent le journal politique de Deuville (Les désirs et les jours), George Hautecroix est directeur du journal Le National et rêve de libérer le peuple (8)\tPréliminaires à un manifeste pour la patrie, page 10, déjà cité.(9)\tL\u2019art d\u2019être Canadien, page 22, déjà cité.72 canadien (Aucune créature-).La personnalité de Charbonneau et sa conception de la vie auraient pu le rapprocher de l\u2019existentialisme de Sartre : les personnages du romancier se retrouvent très souvent dans leur solitude; l\u2019auteur se soucie moins de leurs vies individuelles (combien sont disparus.combien sont morts) que du sens de la vie.Charbonneau s\u2019éloigne cependant de l\u2019éthique sartrienne à cause de sa formation religieuse : ses héros trouvent la condamnation de leur vie dans une fin extérieure à leur volonté : feu, noyade, accident qui surgissent comme punitions naturelles.En majeure, Charbonneau s\u2019est vivement intéressé à l\u2019amitié et à l\u2019adolescence; en mineure, l\u2019adolescent transformé en adulte fuit le monde ou se plonge dans la transformation politique de son milieu.Charbonneau lui-même a semblé cruellement divisé entre ces deux pôles de son oeuvre : la conquête de l\u2019absolu spirituel (métaphysique ou onirique) ou la valorisation de 1 action sociale (politique ou littéraire).La mort lui a évité un choix personnel écartelant; elle l\u2019a figé parmi les anciens romanciers canadiens alors qu\u2019il a droit de siéger parmi les romanciers modernes québécois.Cette présentation me permet de contredire, humblement, l\u2019intemporalité d\u2019un personnage de Fontile: \"Quant à moi, ma jeunesse était finie et tous ceux qui en avaient été les témoins .me paraissaient appartenir à un monde définitivement dépassé.\u201d(10).Le monde des romanciers québécois de 1940 ne l\u2019est pas ! Jacques-A.LAMARCHE (10) Robert Charbonneau, Fontile, cité d\u2019après Jean-Charles Faladeau, Notre société et son roman, Editions HMH, Montréal, 1967, page 141.73 ROBERT CHARBONNEAU ROMANS-NOUVELLES ILS POSSÉDERONT LA TERRE, roman, Editions de l\u2019Arbre, Montréal, 1941 (un des prix David).FONTILE, roman, Editions de l\u2019Arbre, Montréal, 1947 (Prix Duvernay).LES DÉSIRS ET LES JOURS, roman, Editions de l\u2019Arbre, Montréal, 1948.AUCUNE CRÉATURE, roman, Editions Beauchemin, Montréal, 1961 (Médaille Chauveau de la Société Royale, 1965).CHRONIQUE DE L\u2019ÂGE AMER, roman, Editions du Sablier, Montréal, 1967.AUCUN CHEMIN N\u2019EST SÛR, conte, Cahiers de l\u2019Académie canadienne-française, numéro 4, p.11, Montréal, 1959.ESSAIS CONNAISSANCE RU PERSONNAGE, essai, l\u2019Arbre, Montréal, 1944.LA FRANCE ET NOUS, essai, l\u2019Arbre, Montréal, 1947.PARALLÈLE, essai, Cahiers de l\u2019Académie canadienne-française, numéro 10, p.19, Montréal, 1966.ROMANCIERS CANADIENS, essai inédit, radio-collège, Montréal, 1952-1953.POÉSIE PETITS POÈMES RETROUVÉS, poèmes, l\u2019Arbre, Montréal, 1944.VERS D\u2019ÉTÉ, poèmes, l\u2019Arbre, Montréal, 1948.THÉÂTRE RADIOPHONIQUE PRÉCIEUSE ELIZABETH, Radio-Canada, 1949.FONTILE, Radio-Canada, 1951, pièce tirée du roman, 1951.LES DÉSIRS ET LES JOURS, pièce tirée du roman, Radio-Canada, 1951.74 Iliillil ; SIMW Robert Charbonneau, 1967, Les pages qui suivent sont extraites d\u2019un roman à l\u2019état d\u2019ébauche.Le lecteur trouvera parfois des parenthèses inopinées ainsi que des notes qui lui sembleront hors contexte.Il voudra bien tenir compte du fait qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un manuscrit non revu par l\u2019auteur.En groupe, René se préoccupait trop de l\u2019image qu\u2019il donnait de lui-même et manquait souvent d\u2019esprit.Il ne savait pas assumer ses défauts en se disant que tout remords, tout effort pour se changer devant les autres impliquait un aveu de faiblesse.Il raisonnait en riant que si chaque épreuve contribuait à transformer son caractère c\u2019était à un rythme tellement lent qu\u2019il lui faudrait vivre très vieux s\u2019il espérait devenir un jour totalement lui-même.Comment n\u2019avait-il rien vu?A l\u2019université, le jeune homme vivait dans une ambiance extraordinaire.Ses professeurs enseignaient le marxisme, la révolution; ils se moquaient des idées qui ne mènent pas aux actes.Parfois, Paul le voyait songeur, à table, où, autrefois, il ne laissait rien passer sans y ajouter son grain de sel.Quelques temps auparavant, il lui avait appris l\u2019arrestation de D.(dont le père venait de mourir et dont la mère voyageait en Europe) puis, celle d\u2019un autre étudiant de Sainte-Marie, moins près de lui cependant.D.répétait: \"Un révolutionnaire doit être prêt à aller, s\u2019il le faut, jusqu\u2019au crime.\u201d Il a franchi ce pas et les journaux venaient de révéler qu\u2019il avait participé à un hold-up dans une banque avec des criminels déjà connus de la police.Le vol aurait été commis pour procurer des fonds au F.L.Q.René parlait peu de cela et plus volontiers à ses camarades qu\u2019à sa mère.\"Je refroidis un peu son ardeur quand il s\u2019agit de violences.\u201d Il était capable de passion et à cet âge, on se laisse entraîner.C\u2019est l\u2019âge du don de soi à une cause.La libération du Québec ne manque pas de grandeur.D\u2019autre part, il possédait une assiette solide, c\u2019était un tempérament réaliste; il avait eu en son père l\u2019exemple d\u2019une compréhension, qui ne rejettait pas la possibilité des extrêmes, mais qui évaluait les risques.76 Tout de même, Paul était un peu inquiet de voir la police si près de lui.D., neveu des B., qui étaient des voisins turbulents, faisait partie de son groupe des sciences humaines: ils avaient les mêmes professeurs.L\u2019autre détenu venait d\u2019une classe voisine.\"Que serait-il arrivé, en mon temps, pensa-t-il, si Paul Beaulieu ou Jean Chapdelaine ou Roger Morin avaient participé à un coup?\u2019\u2019 Jusqu\u2019à un certain point, il sait que je le comprends, que je réagis comme lui devant la révolte des étudiants, les manifestations devant la Place des arts à l\u2019inauguration de la grande salle, et si je blâme les dynamitages irréfléchis et en général les crimes, c\u2019est autant parce qu\u2019ils neutralisent des forces précieuses que parce qu\u2019ils répugnent à ma conscience et au respect que j\u2019ai de la vie des innocents sacrifiés inutilement.Tous les terroristes de vingt ans, en procès pour leur vie en ce moment, sont perdus pour la révolution, sans avoir rien accompli de positif.Il faut des gens prêts à donner leur vie, mais pour atteindre un objectif précis et qui en vaille la peine.Tuer un passant en plastiquant une boîte à lettre n\u2019a rien de noble et ne peut que jeter de l\u2019odieux sur la cause.René, je crois, le comprend.Ici, la révolution est en marche.Lesage la sert indirectement et dans une certaine mesure, sans le comprendre, car il ne cesse, dans ses discours, de la ravaler, d\u2019en réduire l\u2019importance, de la minimiser, inconscient que c\u2019est la force qui permet le bill 60 et l\u2019étatisation de l\u2019Hydro, etc.René ne se laissait pas toucher par les arrestations, répétant \"qu\u2019il faut beaucoup d\u2019énergies, de richesses et même de vies gâchées dans une révolution.C\u2019est l\u2019ambiance qu\u2019il faut créer à tout prix.\u201d Admet-il que ceux qui cachent du plastique dans les boîtes à lettres, risquant de tuer enfants et femmes, sont des lâches?S\u2019ils ont le courage de tuer, pourquoi ne pas choisir une victime qui en vaut la peine, et de la tuer en face, acceptant la mort si elle résulte de leur geste.* ?* 77 A dix heures, téléphone de B.invitant Paul à déjeuner au Bon Vivant, où il avait longtemps mangé le jeudi avec Edmond L.Plus tard, ce dernier préférait l\u2019atmosphère de l\u2019Etable, où l\u2019on mangeait dans un décor d\u2019exposition, ou le Café de la Paix, rue de la Montagne, dont la patronne était originaire de Lyon.Installés à une petite table, près de la première colonne en entrant, ayant à leur droite une table couverte de grands crus qu\u2019on chambrait dans leurs paniers, ils avaient l\u2019impression \"de prendre un congé.\u201d Au fond de la vaste salle, conçue sur le modèle des pubs londonniens, se détachait une large fresque représentant Champlain et les joyeux compères de l\u2019Ordre qu\u2019il avait créé pour faire oublier aux Normands les rigueurs de nos hivers.Au premier plan, les notables s\u2019avancaient, à la file, chacun portant un plat ou un accessoire, sous l\u2019oeil amusé des Indiens et aux sons d\u2019un violon et d\u2019une trompette.Ce tableau, placé derrière le bar, tranchait sur le décor de style anglais \u2014 plafonds ceintrés, aux poutres apparentes, meubles et colonnes de bois noir, vitraux colorés et vieilles gravures \u2014 de la taverne.Parfois, un rire féminin s\u2019élevait derrière eux, mais en général, les hôtes, des jeunes hommes d\u2019affaires à la mine soignée, aux vêtements de tweeds sombres, parlaient de mouvements de valeurs, d\u2019impôts et autres sujets également graves, ou se racontaient des histoires gauloises.Au moment de leur entrée, un marmiton apparaissait avec ses fourneaux roulants et il allumait les feux sous les rôtis et les tourtières.Le soir, on ne servait qu\u2019à 6 h.30.A ce moment, les garçons se retiraient discrètement et le service était assuré par le suave maître d\u2019hôtel.Les plafonniers diffusaient une lumière saumâtre.Il y avait des gens que Pierre aimait rencontrer à table, des compagnons auxquels il s\u2019habituait.Ils n\u2019avaient parfois avec lui qu\u2019un point de rencontre mais comme ils mangeaient ensemble, les affinités s\u2019étendaient.Ces gens-là étaient peu nombreux.D\u2019ordinaire, ces déjeuners étaient à deux convives.Parfois, un nouveau venu se joignait au petit groupe.78 Quand il parlait de déjeuner avec quelqu\u2019un pour une troisième ou quatrième semaine, Georgette lui disait: \"Tu aimes déjeuner avec lui.\u201d A table, ses préoccupations de la veille le reprirent.Il lui arrivait d\u2019être incapable de concentrer son attention sur les paroles de son compagnon.Ses pensées tournaient en rond.Il voyait René en prison, peut-être accusé de meurtre.Toutes les nuits depuis sa visite chez Georgette, il s\u2019éveillait à 3 h.30 et restait ainsi angoissé, passant d\u2019une idée à l\u2019autre, incapable de se calmer.B.parlait de Chez Pierre.Les hors d\u2019oeuvre, la bouillabaisse, la demi-bouteille de Bordeaux lui manquaient.Mais à cause de Georgette, qui y déjeunait, Paul ne pouvait songer d\u2019y remettre les pieds.Mais il ne pouvait avouer cette raison à B.Au Bon Vivant, il mangeait avec beaucoup de plaisir.\"Quand nous sommes ensemble, je ne fais pas de faux pas\u201d, dit-il.Paul répondait distraitement, cherchait ses mots, manquait d\u2019élan.Son compagnon le sentait mal à l\u2019aise.Paul tenta de s\u2019expliquer.\u2014\tJ\u2019ai la tête légèrement congestionnée.Un calmant que j\u2019ai pris.La sensation n\u2019est pas trop désagréable à la condition de ne pas s\u2019engager dans une discussion.Par bonheur, avec toi, je n\u2019ai pas besoin de prétendre avoir de l\u2019esprit.Il ne craignait pas de laisser une fausse image.B.le connaissait assez bien.Pourtant, un mois plus tard, il se plaindra d\u2019un ami à qui il faisait souvent des confidences et qui, lui, quand il avait des revers ou traversait des moments difficiles se taisait, faisait l\u2019homme qui est au-dessus des chagrins, etc.\u2014\tPeut-être votre ami n\u2019éprouve-t-il aucun soulagement à se confier.Tout dépend des tempéraments.Il faut l\u2019accepter comme il est, surtout si vous vous entendez bien tous les deux sur les autres points.La table voisine était occupée par le docteur Roméo Boucher et une jolie femme accompagnée de ses deux enfants.Au moment de l\u2019addition, le docteur Boucher, que Paul avait salué en entrant, vint à leur table et Paul le présenta à B.Il parut flatté et il ne trouvait rien à nous dire, répétant qu\u2019il avait déjeuné avec la femme d\u2019un confrère de Chicago.A la porte, un ancien 79 professeur s\u2019accrocha à B., qu\u2019il retient quelques minutes puis il les suivit jusqu\u2019au vestiaire.Paul constata que ce qui avait fait jusque là son plaisir avait perdu tout intérêt.Il ne songeait qu\u2019à son fils, au danger pressenti par Georgette.Il eut besoin de rencontrer des gens qui avaient les mêmes préoccupations que lui et téléphona à M.L.(Au début.L., c\u2019est Edmond L., puis accablé par les événements, Armand B.(déchéance physique).Persécutés par les mêmes.) L.le reçut dans sa bibliothèque qui lui servait également de cabinet de travail.Dans sa villa, le bibliophile reprenait sa taille naturelle, réduite dans le salon de R.Place, par la personnalité de Georgette.C\u2019était un grand Anglais raffiné, qui se piquait de parler le français et qui recevait comme la gentry.Il parlait, la bouche pointue, enhardi sans doute par la richesse de son cabinet et l\u2019impression que faisait sur son hôte sa bibliothèque et ses documents.Il devenait quelqu\u2019un.Son petit recueil de poèmes, publié avec une traduction de Thomas G., n\u2019avait obtenu qu\u2019un succès de politesse, mais on ne pouvait traiter d\u2019amateur distingué le bibliophile qui avait constitué une collection unique de papiers, lettres, gravures, premières éditions de William Blake et répété ensuite cet exploit avec les Canadiana, intéressant deux fois l\u2019Université.Paul eut l\u2019impression, en voyant Mme L., de la reconnaître.\u2014 Ma femme est Américaine, dit son hôte.Où l\u2019avait-il vue?Quand?Mais Paul était surtout curieux de la fille, étudiante à l\u2019Université de Montréal et qui avait embrassé la cause du séparatisme.Paul remarqua d\u2019abord qu\u2019elle était mince, qu\u2019elle avait de belles jambes et une tache de vin sur le bras gauche.Elle ressemblait à sa mère dont elle avait le visage oval, le front, arrondi par la disposition des cheveux, la peau diaphane, rosée sous les paupières et nacrée aux joues, au cou.Elle s\u2019exprimait avec assurance, et même une pointe d\u2019hostilité, quand elle sut que Paul était le père de René.Elle avait un teint vieil ivoire, des dents bien plantées mais sans éclat, un contour terne.On la sentait chaude, propre, du bois de vieille fille qui suit des cours de littérature, ne manque pas de prétention.80 Elle parla presque tout de suite \u2014 elle ne pouvait douter que Paul ne fut venu pour l\u2019entendre parler du milieu universitaire, dont elle parlait d\u2019ailleurs avec ferveur \u2014 elle parla donc d\u2019un de leurs professeurs et des réunions qu\u2019il tenait, après les cours, dans son bureau ou dans un restaurant de Snowdon, et où on devisait de tout sous l\u2019angle nationaliste \u2014 et même extrémiste.\u2014\tVoulez-vous dire des gens qui seraient disposés le cas échéant à faire appel à l\u2019étranger comme Adrien Arcand aux Nazis pendant la guerre, ou d\u2019autres à Moscou ou à Paris?\u2014\tQuelques-uns sûrement.\u2014\tMais continuez, je vous en prie! \u2014\tCes réunions durent souvent trois ou quatre heures et nous fournissent l\u2019occasion de faire le point, de réfléchir ensemble, de nous mettre au courant de ce qui compte.\u2014\tRené, je suppose, y assiste?\u2014\tIl n\u2019en manque aucune.Moi non plus, d\u2019ailleurs.\u2014\tVous formez un groupe homogène?\u2014\tAu début, ces rencontres avaient quelque chose d\u2019un peu guindé.C\u2019est que le professeur était seul à savoir vraiment où il nous entraînait.Il lui fallait nous habituer à lui faire confiance.Il nous laissait causer à bâtons rompus, sans apprêt et surtout sans contrainte.Dans les premiers temps, ces convocations nous surprenaient, brisant le rythme de notre travail, sans compensation, croyons-nous.Le professeur ouvrait le journal et à brûle-pourpoint nous demandait notre sentiment.Nous avions l\u2019impression d\u2019être sur la sellette, examinés, corrigés \u2014 car il nous reprenait.De sorte que les paranthèses indépendantistes, les échappées restaient l\u2019accessoire.Mais peu à peu, un climat s\u2019est créé et aujourd\u2019hui, tous viennent avec enthousiasme, participent à la discussion, s\u2019expriment en toute liberté.\u2014\tJe vous envie, dit Paul.Ce que j\u2019aurais donné pour être invité ainsi à causer avec un Montpetit, un Olivar Asselin.J\u2019ai toujours eu des amis, des compagnons comme B.avec qui je vais déjeuner régulièrement.Mais ces relations ne satisfont pas ma soif de faire partie d\u2019un groupe d\u2019actions.81 Peut-être ai-je toute ma vie été sensible à ce besoin d\u2019échanges.Il n\u2019ajouta pas: Je ne suis moi-même que quand je puis parler.Et sincèrement, il enviait cette jeune fille et son fils de faire partie d\u2019un tel groupe \u2014 oubliant un instant leur danger \u2014 ouvert aux idées et à la discussion, jeune d\u2019esprit, capable de rire et de vibrer à l\u2019unisson.\u2014 Je ne sais comment vous exprimer ce que ces réunions représentent pour nous, mais je sens que vous me comprenez.Dans dix ans, vingt ans, les étudiants qui sont le plus étrangers à l\u2019idée de ces rencontres, qui, laissés à eux-mêmes s\u2019en passeraient, eh bien, je crois qu\u2019ils se les remémoreraient comme des moments exaltants de leur jeunesse.Pendant que Mlle L.parlait, Paul avait senti s\u2019établir avec elle une de ces relation qu\u2019un homme arrivé peut entretenir par exemple avec ses nièces, entre le moment où leurs sens s\u2019éveillent et celui où elles ont leur premier prétendant.Rien ne saurait remplacer ces conversations où les sens et le coeur sont engagés.On fait alors toutes sortes de découvertes.Mais il doit y avoir \u2014 d\u2019une façon parfois très lointaine \u2014 un risque amoureux, un désir réciproque de deux êtres, non formulé certes, mais très vif, sous-jacent.Tout ce qui se dit alors se distribue sur les deux plans du coeur et de l\u2019esprit.Chaque mot porte une charge sensuelle en même temps que sa signification propre.La jeune fille y prendra parfois d\u2019autant plus de plaisir qu\u2019elle aura l\u2019impression, devant les autres femmes, d\u2019être distinguée, préférée de son partenaire.En ce moment, Mlle L.sentait la rivalité de sa mère que Paul, suspendu à ses lèvres, paraissait oublier.Ils en vinrent bientôt au contenu explosif des discussions.En ces dernières années, et sous l\u2019influence d\u2019une école d\u2019historiens qui tournent le dos à l\u2019abbé Groulx, on s\u2019est mis à voir dans le sort des Canadiens français une conséquence économique de la conquête.Voilà le grand mot lâché.Trop longtemps, les Canadiens français, faisant porter leurs efforts à la défense de leur langue et de leur foi, négligeaient l\u2019aspect 82 le plus important du problème: le côté économique.Les Anglais croient encore qu\u2019il suffit qu\u2019on leur donne le temps d\u2019apprendre le français.On leur rit au nez.Ce sont eux maintenant les naïfs! Donc, nos historiens ont commencé à attirer l\u2019attention sur l\u2019économique.En même temps, toute la vie de l\u2019esprit, longtemps brimée sous la dictature, éclatait.Sans la télévision, le séparatisme qui a germé en quelques mois n\u2019aurait pu s\u2019épanouir.Mais ce qui fut le triomphe de Jean-Louis Gagnon, puis de Pelletier, à la Presse et la fondation du Nouveau Journal.Le clergé n\u2019avait pas accepté la liberté d\u2019expression à la télévision.Il lui fit une lutte, souvent mesquine, souvent lâche, mais, signe des temps, il s\u2019y brisa les dents.Du côté des jeunes, on ne mit pas de temps à comprendre le sens et la portée de cette victoire.Ils avaient tenté de s\u2019opposer aux idées nouvelles; ils avaient mis en accusation ses défenseurs et leur autorité, dans cette épreuve de force, avait été bafouée.Tirade de Mlle L.contre l\u2019Eglise (tirée des souvenirs) \u2014\tL\u2019ennemi, c\u2019est l\u2019Eglise autant que les capitalistes et l\u2019Occupant.\u2014\tL\u2019Occupant?\u2014\tOui, les Anglais.A un moment, Pierre senti ses lèvres sèches, sa langue collée au palais.Mlle L.allait toujours à l\u2019attaque.Paul, souvent, était forcé de lui donner raison.Elle était bien informée et raisonnait avec l\u2019intransigeance des passionnés.La Révolution de 89.Nous nous réjouissons d\u2019y avoir échappé.Elle eut été notre salut.Elle nous eut délivré de la théocratie.Paul: \u2014\tJe suis heureux que tous les révolutionnaires aient péri.Leur oeuvre me réjouit, mais leurs crimes m\u2019épouvanteraient impunis.Ils tuaient pour des idées; il est juste qu\u2019à leur tour ils périssent pour leurs idées.\u2014\tNotre refus de 89 a fait de nous les adversaires du progrès, non seulement à ce moment de l\u2019histoire, mais pour 83 toujours, c\u2019est-à-dire pour jusqu\u2019au jour où, prenant conscience de cette faute nous la rejetterons.Les Anglais ne croient qu\u2019aux faits.Si nous créons le Québec indépendant, ils le reconnaîtront.A leurs yeux, nous avons commencé d\u2019exister au moment des dynamitages.C\u2019étaient des faits.Ce professeur, vous en parlez au passé tout à coup.La police le recherche à la suite de l\u2019attentat de la semaine dernière.Paul se surprit à dire: Personne n\u2019est prêt.Il faut adopter l\u2019homme à l\u2019ère de la machine, sortir une bonne fois du moyen-âge, où l\u2019Eglise nous a retenus, non par malice, mais parce qu\u2019elle non plus n\u2019est pas ajustée au temps.Il continua à l\u2019intention des L., surpris: Il n\u2019y a pas de confusion dans l\u2019esprit des jeunes.Pour eux, l\u2019Eglise, c\u2019est l\u2019ennemie.Ils ne nuancent pas.Mais d\u2019autre part, en essayant de ménager trop de passé, en nous efforçant de comprendre, nous avons perdu la bataille.? Extraits du journal de Robert Charbonneau TOUTE CRÉATION TIRE SON INTÉRÊT DU PLAISIR QUE L\u2019AUTEUR A PRIS À L\u2019ÉCRIRE A cet égard, je me rencontre avec Grimm, cité par André Gide dans son Journal (1916), p.247: ''Mais n\u2019y travaillez, lui dit-il, que lorsque vous en avez vraiment le désir, et, sur toutes choses, oubliez toujours que vous faites un livre: il sera aisé d\u2019y mettre des liaisons: c\u2019est l\u2019air de vérité qui ne se donne pas quand il n\u2019y est pas du premier jet et l\u2019imagination la plus heureuse ne le remplace pas.\u201d Quant à moi, depuis des années, je n\u2019ai pas d\u2019autre méthode.Certes, j\u2019écris aussi au fil de la plume, mais ensuite, j\u2019opère en tri et ne retiens que le spontané, le naturel que je mets en valeur en le rapprochant d\u2019autres éléments également spontanés.Je suis bien capable d\u2019épuiser un sujet, mais l\u2019expérience m\u2019a appris que ce n\u2019est pas ainsi qu\u2019on obtient quelque chose de solide, de durable.Je me rends aujourd\u2019hui aussi loin que je puis aller, mais je n\u2019abandonne pas.Je remets à demain de faire un autre pas en avant.MES ROMANS Je n\u2019ouvre jamais un de mes romans sans que derrière la page que je lis ne se profilent \u2014 très différents souvent, parfois totalement opposés \u2014 le sentiment, l\u2019observation directe, 85 la particularité humaine qui a été le déclic ou la trame de ce que j\u2019y exprime.C\u2019est ainsi que le Prologue reflète certains aspects de mes années de formation, de mon apprentissage des sentiments, qu\u2019I/s posséderont la terre fourmille de garçons et de filles que j\u2019ai connus dans mon enfance et ma première jeunesse, que Pontile doit son atmosphère au séjour de deux ans que je fis à Ottawa un peu avant la guerre.L\u2019action des Désirs se déroule dans les milieux de la politique et des journaux, que j\u2019ai fréquentés à Hull et à Ottawa.Une petite ville est un microcosme réunissant toutes les circonstances favorables à l\u2019étude des passions: Aucun chemin n\u2019est sûr fait revivre un écrivain que j\u2019ai connu quand j\u2019étais directeur littéraire des Editions de l\u2019Arbre, et Aucune créature, enfin, évoque en filigrame les Jeune-Canada et la Relève à propos des milieux existentialistes et séparatistes des années 50.Dans Aucune créature, le caractère et le comportement de Carrel se compose de la somme des observations conscientes ou non que j\u2019ai faites auprès des directeurs de journaux que j\u2019ai connus au cours de ma carrière et que ma mémoire me restitue amalgamés, fusionnés.Le personnage est imaginaire, autonome \u2014 Carrel n\u2019est aucun des journalistes qui ont été à l\u2019origine de sa création, mais ses actes sont dans le champ et dans la projection de ceux qu\u2019un être comme mes modèles pouvait poser.Il ne faudrait pas conclure que mes romans sont autobiographiques, qu\u2019ils ne seraient en quelque sorte que le déchet psychanalytique de l\u2019auteur.Non.Je puis dire que je ne suis aucun de mes personnages, même s\u2019ils sont des projections de mon expérience.LE PROLOGUE\t'\tT J\u2019adopte au moment de la rédaction du Prologue une façon de travailler que j\u2019ai perfectionnée depuis, mais qui a peu changé.Un soir, avenue McDougal, j\u2019entreprends de mettre mes notes au net et, tout à coup, ému par le souvenir de Roger Morin, je me mets à écrire d\u2019une grosse écriture spontanée, sans 86 aucune arrière-pensée de publication.La transposition de cet ancien camarade au personnage se fit sans que j\u2019en aie clairement conscience.Pendant que j\u2019écrivais, la vérité de Jérôme, personnage imaginaire, devenait à mes yeux plus vraie, plus authentique que celle de mon ancien ami.Celui-ci n\u2019avait pas l\u2019unité de Jérôme, car je n\u2019avais connu qu\u2019un aspect de lui.Je l\u2019avais d\u2019ailleurs bientôt perdu de vue, puis perdu définitivement.Il ne me restait de lui qu\u2019un souvenir, mais en assumant ce souvenir d\u2019un autre, Jérôme lui donnait une vérité esthétique.(Le même phénomène devait se reproduire pour Berthelot Brunet que je ne parvenais pas à faire revivre dans l\u2019essai que je préparais à la demande de son frère, mais qui sous le nom de Maugret, unifié et par ressaut grandi, devient plus vrai que le Berthelot historique, forcément fragmentaire, que les gens ont connu.) Chaque fois que je touche au personnage de Roger Morin, je suis inspiré.Il revit dans mon personnage de Jérôme, dans l\u2019ami de Sarto, conforme à la vérité et cependant imaginaire, plus vrai que si je le copiais ou copiais la vie, mais servant de point de départ à ma rêverie.C\u2019est son esprit que j\u2019incarne dans mon personnage.DEUX IMAGES Ce soir-là, j\u2019écris d\u2019un seul jet le récit de la vie de Jérôme, d\u2019abord intitulé Episode de la vie de collège.Cette évocation, avec la description de l\u2019incendie de la ferme des Prévost et de la mort de Fernand, fut à l\u2019origine du Prologue.En fait, c\u2019est le rapprochement de ces deux morts, de ces deux images de morts, à la fois si différentes et si semblables, qui ont déclenché l\u2019acte créateur dont devait sortir mon premier roman.La première image, je l\u2019avais fixée à Saint-Faustin, l\u2019année même de la mort de Fernand, brûlé vif comme le petit héros de mon récit.C\u2019est dans mon bureau de la rue Langevin, à Hull, que j\u2019écrivis la seconde partie du Prologue.Par la grande baie vitrée qui éclairait la pièce, je pouvais suivre le va et vient des Hullois sur la petite place triangulaire du bureau de poste.87 DONNER VIE Au moment de la rédaction du Prologue, je suis à Ottawa et le recul, l\u2019isolement m\u2019inspirent de donner vie à des personnages.Ou plutôt de raconter une histoire, de faire revivre les personnages qui m\u2019ont suivi dans ma petite chambre de l\u2019avenue McDougal et qui me tiennent compagnie dans mes longues marches le long du canal Rideau ou en direction de Hull, où je me rends souvent à pied le matin après le petit déjeuner.Jusque là, j\u2019avais publié des articles, des poèmes, j\u2019avais accumulé des notes.Mais depuis quelque temps, je sentais le besoin de m\u2019exprimer plus complètement, de faire passer dans mes écrits quelque chose de mes expériences des choses et des hommes.Le Prologue fut donc conçu autour de deux images: celle de Fernand P., brûlé dans l\u2019incendie de la ferme de ses parents, et celle d\u2019un camarade de collège, qui avait succombé à une péritonite peu avant mon départ pour la capitale.Je trouvais dans le genre romanesque une façon de m\u2019exprimer plus conforme à ma nature.D\u2019autre part, le dépaysement m\u2019aidait à mieux me voir et à mieux comprendre le milieu que je venais de quitter.Ce phénomène se répétera à mon retour à Montréal et alors mes observations d\u2019Ottawa me serviront pour Fontile et les Désirs et les jours.À L\u2019ORIGINE A l\u2019origine du personnage d\u2019André Laroudan, il y a une phrase, entendue à Farnham, peu avant notre retour à Montréal: \"Les enfants X ont fait mourir leur mère de chagrin.\u201d Cette phrase m\u2019impressionna fortement.Un personnage, celui d\u2019André, est sorti de la germination des images que me suggérait cette idée.Tous les autres personnages se sont formés en moi de cette façon, sans que j\u2019en sois conscient avant de commencer à écrire.Ils se sont enrichis de mes expériences, de traits observés en moi-même et dans les autres.Les lieux où se passent mes romans ne sont importants qu\u2019en autant qu\u2019il existe une relation vivante entre eux et le 88 personnage.Fontile comme Deux-Villes, n\u2019est pas Farnham, du moins la ville de ce nom, mais une ville imaginaire qui emprunte certains de ses aspects à mes souvenirs d\u2019enfance.On trouve dans Fontile des paysages de Farnham, d\u2019Ottawa, mais la ville où évolue Julien Pollender est créée de toutes pièces, comme son nom et le nom de tous mes personnages.J\u2019accorde beaucoup d\u2019importance au son des noms.Ils évoquent des personnages, souvent à un moment où ceux-ci ne sont encore en moi qu\u2019à l\u2019état de nébuleuse, où je ne sais ni où ils vont, ni comment leur aventure va se terminer.De même pour les villes.21 mars 1964 \u2014 On trouve le nom de Fonthill dans la Préface à Vathek (Mallarmé, Oeuvres, Pléiade, p.552).Et il y a un village de l\u2019Ontario qui possède, porte ce nom, (Fonthill).Mais mon titre vient plus simplement du mot latin FONS et du mot île.ILS POSSÉDERONT LA TERRE J\u2019écrivais Ils posséderont la terre la nuit, après une longue marche avec Jacques Robitaille.Nous faisions halte dans une rôtisserie de la rue Sainte-Catherine dont j\u2019oublie le nom.Je rentrais ensuite par la rue Papineau et, assis dans mon lit, je trouvais encore assez d\u2019énergie pour écrire dans mes cahiers jusqu\u2019à l\u2019aube, rédigeant quelques pages de mon roman ou un article pour la Relève.J\u2019écrivais sur une tablette de bois et transcrivais le matin dans la pièce qui prolongeait ma chambre et où j\u2019installais ma machine à écrire sur le tabouret du piano.Je dormais ensuite jusqu\u2019à midi.Puis, c\u2019était le retour à la salle de rédaction où je retrouvais Claude pour répondre au courrier de l\u2019Arbre ou pour élaborer le prochain numéro de la Relève.Nous écrivions nos éditoriaux dans le bureau de Desmarais ou dans un restaurant grec, angle Saint-Laurent et Notre-Dame.MES PERSONNAGES Le tourment de mes personnages naît d\u2019une exigence intérieure qui les empêche de se complaire en eux-mêmes, aussi bien que de la conscience qu\u2019ils prennent, de leur sécheresse, 89 de leur incapacité de se donner.Mais alors que cela, selon ma conception, leur confère une dimension intérieure et une indiscutable grandeur, on a trop souvent voulu n\u2019y voir que déficience.Alors que si un homme me dit qu\u2019il est un grand pécheur, je ne le mépriserai pas et me tournerai plutôt vers moi-même pour reconnaître que j\u2019en suis un aussi; le critique et le lecteur se sont mis d\u2019accord trop souvent pour jeter la pierre à André Laroudan, à Julien, etc.COURANT La disparition de VArbre m\u2019a coupé non seulement des personnes, mais du courant intellectuel.Cependant, dans ma solitude forcée, je ne perds pas mon temps.Peu d\u2019écrivains, même parmi les jeunes, lisent plus que moi, se tiennent plus au courant, sont plus au fait.Des forces s\u2019accumulent.Mais les livres, les conversations ne remplacent pas le contact du réel, l\u2019action, la main à la pâte.Des théories, comme celles de Sollers, de Le Clézio, d\u2019autres ont besoin pour vivre de conversations.La solitude est nécessaire pour concevoir, mais sans la parole, les échanges, les idées s\u2019étiolent.L\u2019écrivain doit être aussi un homme qui parle.Mais j\u2019ai perdu le contact.J\u2019ai besoin des autres comme interlocuteurs, comme sounding board, comme protagonistes.L\u2019avant-garde est à ce prix.ROMAN (avec MALADIE) Mes cahiers de cette époque m\u2019apparaissent, à distance, comme des oasis où l\u2019âme s\u2019arrête de fuir, de craindre, de se tourmenter, pour souffler un moment, reprendre haleine, assouvir sa soif de tendresse et de compréhension.Mon roman n\u2019est que cela, bien incomplètement, bien imparfaitement et pour voir cela, il faut oublier l\u2019affabulation, se laisser porter par le rythme, le ton, la sérénité des points de vue.Robert CHARBONNEAU 90 BULLETIN D\u2019ABONNEMENT À LA BARRE DE JOUR V\t___________________________________________ * Nom .Adresse .Veuillez m'abonner à partir du numéro .>\\ Vous trouverez ci-joint un paiement de .6 numéros: $10.00 (1 an)\tà l'étranger: $12.00 LA BARRE DU JOUR, 665, rue Crevier, Montréal 379, Qué.Vient de paraître BLA - BLA - BLA poésie-objet de BERNARD TANGUAY aux ÉDITIONS FONT En vente partout au prix de $1.50 distribution exclusive : LA BARRE DU JOUR 665, rue Crevier, Montréal 379, Qué.91 Vient de paraître JLE CENTRE BEANT poèmes de NICOLE BROSSARD illustrés par Marcel Saint-Pierre aux ÉDITIONS D'ORPHÉE Tirage limité à 175 exemplaires En vente partout au prix de $3.00 distribution exclusive: LA BARRE DU JOUR 66S.RUE CREVIER\tMONTRÉAL 379, QUE.Vient de paraître SE VR CR suite érotique de MARIE-FRANCINE HÉBERT En vente partout au prix de $2.95 distribution exclusive : LA BARRE DU JOUR 665, RUE CREVIER, MONTREAL 379, QUE.92 En vente partout au prix de $2.50 1651, rue Saint-Denis, Montréal CN LIVRE LES ÉDITIONS DU JOUR NICOLE BROSSARD Vient de paraître roman de SUITE LOGIQUE En vente partout au prix de $1.60 Les Editions de l'Hexagone rue St-Denis,\tMontréal 129 NICOLE BROSSARD Vient de paraître 93 Saint-Denys Garnean Oeuvres Édition critique présentée par Jacques Brault, professeur assistant, et Benoît Lacroix, professeur titulaire à l\u2019Institut d\u2019études médiévales.TABLE DES MATIÈRES \u2014 Introduction générale; Chronologie de Saint-Denys Garneau \u2014 POÉSIE : Oeuvre poétique publiée par l\u2019auteur (Regards et jeux dans l\u2019espace) ; Oeuvres poétiques posthumes (Juvenilia, Poèmes retrouvés) \u2014 PROSE : Oeuvres en prose publiées par l\u2019auteur; Oeuvres en prose posthumes (Journal, Nouvelles et essais, Juvenilia, Varia, Correspondance) \u2014 Notes et variantes; Index alphabétique des noms cités; Index alphabétique des poèmes.1970.Un volume de 1,320 pages (51/2 x 81/2)> relié similicuir sous jaquette de couleur : $25.00 [8405 0152 8} Les Presses de l'Université de Montréal C.P.6128, Montréal 101, Canada 94 études françaises Revue consacrée aux lettres françaises et canadiennes-françaises Dans chaque numéro : des articles, notes et documents originaux, comptes rendus, écrits par des spécialistes canadiens et étrangers ainsi que des textes de création.ÉTUDES FRANÇAISES paraît 4 fois l\u2019an : en février, mai, août (numéro spécial) et novembre.L'abonnement : $5.00; le numéro : $1.50 Spécimen gratuit sur demande au Service de publicité des Presses de l\u2019Université de Montréal.EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE OU CHEZ L\u2019ÉDITEUR Les Presses de l'Université de Montréal Case postale 6128, Montréal 101, Canada 95 IIAiiO NUMÉRIQUE Erreur de pagination Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES E3 ES ES Achevé d\u2019imprimer en février mil neuf cent soixante-onze sur les presses des Ateliers Jacques Gaudet Limtiée à Saint-Hyacinthe KATER1 TEKAKWITHA Jeune Iroquoise devenue chrétienne et morte en odeur de sainteté?à Caughnawaga, près de Ville-Marie j (Montréal), en 1680.¦ Kateri adorait des dieux de feuillage.Ils étaient beaux mais ne répondaient pas.Elle priait beau, la rosée, les nuages, Mais pour rien, à pleurer, au fond des bois.Pourtant elle était belle aussi, comme l'ancolie, Et ses yeux battaient comme la feuille du ginkgo.Et plus belle encore, hâlée de mélancolie A cause du silence des échos .Un jour lui fut dit que les herbes, que les eaux, Que l'odeur mouillée de ce maïanthème, Que le vol et la folle joie des oiseaux, C'est simplement le signe partout que Dieu t'aime Mais ce n'est pas Dieu, certes, Dieu est plus voisin^rj Et elle mourut vite, du parfum de Dieu sur son sein GUSTAVE LAMARCHE P Ce poème fait partie d'une nouvelle série de poèmes canadiens ^ présentés par la 1COMPAGNIE DE LA BAIE D'HUDSON H $2.00 Des textes de Michel Beaulieu, Nicole Brossard, François Charron, Jean-Yves Collette, Marie-France Hébert, Jean-Marie Poupart, Janek Sinoé et Bernard Tanguay ainsi que des inédits de Robert Charbonneau présentés par Jacques-A.Lamarche."]
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