Le samedi, 1 octobre 1909, samedi 9 octobre 1909
[" ILVilO NUMÉRIQUE Première(s) page(s) manquante(s) ou non-numérisée(s) Veuillez vous informer auprès du personnel de BAnQ en utilisant le formulaire de référence à distance, qui se trouve en ligne : https://www.banq.qc.ca/formulaires/formulaire reference/index.html ou par téléphone 1-800-363-9028 Bibliothèque et Archives nationales Québec ES ES ES ES Vol.XXI, Xo IS 9 Octobre 1909.LE SAMEDI 11 '?\u2019ïlpCi; - - IFOIRTTTIlSrE 13TT BOISG-OBEY Premiere Partie No *2 (suits) ni Le soir de ce jour de carnaval, pétulant que le général pleurait son fils, pendant que René se jurait à lui-même, comme il l\u2019avait juré à son oncle, de venger la mort de son malheureux cousin, la baronne de Casanova recevait nombreuse et joyeuse compagnie dans l\u2019hôtel qu\u2019elle occupait au coin de la rue Monsieur et de la rue de Babylone.Elle se produisit tout d\u2019abord dans les jardins publics que fréquentait alors la jeunesse élégante, à Tivolo, à Beaujon, au Ranelagh, et.comme elle était toujours accompagné par une jeune femme d\u2019une beauté éblouissante, elle recruta promptement un brillant cortège d\u2019adorateurs.Les hommages de ces galants cavaliers s\u2019adressaient surtout à la charmante nièce de la baronne, à Stella Négroni, qui ne quittait jamais sa tante, et qui.elle aussi, se prétendait veuve, quoiqu\u2019elle n\u2019eût pas plus de vingt-cinq ans- On sut bientôt que les deux étrangères aimaient le plaisir, qu\u2019elles recherchaient la société et que le salon était ouvert à quiconque possédait une certaine situation de fortune et des façons convenables.Ces dames 'avaient le ton de la bonne compagnie et paraissaient jouir d\u2019une large aisance, car elles louaient fort cher un bel hôtel entre cour et jardin et menaient une vie assez dispendieuse, quoiqu\u2019elles n\u2019eussent pas d\u2019équipage.D\u2019où tiraient-elles leurs revenus.Les médisants assuraient que ces revenus se fondaient uniquement sur le produit de la bouillotte et Ru creps.Commence dans le No du 2 octobre 1909.Publié en vertu d\u2019un traité avec la Société de3 gens de lettres.Mais, comme ils ne citaient pas de noms, et comme, d\u2019autre part, la baronne de Casanova ne prélevait à son profit aucune taxe sur les jeux qu\u2019on pratiquait chez elle, bien des gens soutenaient que ces suppositions malveillantes étaient de pures calomnies.Ce qu\u2019il y avait de certain, c\u2019était (pie la maison des Italiennes abritait, chaque soir, une foule de cavaliers aimables qui se rencontraient là comme sur un terrain neutre.Les officiers de la nouvelle armée y coudoyaient les grognards de la vieille garde.On y voyait des agents de change, des auditeurs du Conseil d\u2019Etat, et même des députés.Les royalistes y étaient moins nombreux que les libéraux, mais n\u2019y étaient pas moins bien accueillis,* et ces dames, surtout la baronne, avaient pour eux des prévenances toutes spéciales.Par contre, elles ne recherchaient pas leurs compatriotes.Aucun Italien ne se montrait chez elles.D\u2019ailleurs on n\u2019y parlait jamais ou presque jamais politique, et il était rare que la conversation y devint générale.Usant de la liberté complète que Mme dé Casanova laissait à ces hôtes, chacun se gouvernait à sa fantaisie, les uns se relayant aux tables de jeu, les autres faisant leur cour à Stella ou se groupant pour causer.U y en avait même qui allaient se promener dans le jardin, lorsque le temps le permettait.Personne ne s\u2019occupait d\u2019eux, la signora Négroni étant toujours fort entourée et la baronne ne s\u2019éloignant guère de la bouillotte qu\u2019elle aimait avec passion et qu\u2019elle jouait très heureusement.Les habitués arrivaient assez tard ; quelques-uns même, en sortant du théâtre.Aussi, vers minuit, la réunion était-elle fort animée.Ce lut 1 heure que choisit des Loquetiô-res pour s\u2019y rendre, car il s\u2019était décidé, apres mure réflexion, à modifier le programme qu\u2019il avait exposé au marquis.Il s\u2019était dit que, pour découvrir la vérité, il ne suffisait pas de tomber brusquement dans l\u2019hôtel de la rue de Babylone et d\u2019interroger celles qui l\u2019occupaient- Ces dames ne manqueraient pas de nier, et il serait sans doute fort difficile de les convaincre de mensonge, car il était à peu près certain que le comte Henri n\u2019avait pas été tué chez elles.D\u2019ailleurs, en recourant à des procédés violents, on eût ébruité une affaire qu\u2019on voulait tenir secrète.Mieux valait agir avec douceur et avec tendresse.Des Loquetières était passé maître dans les opérations qui demandaient du tact, de la patience, de la finesse et la connaissance 'du coeur humain.Il avait fait ses preuves sous Fouché, qui lui confiait volontiers des missions difficiles et comme Fouché, il avait servi successivement, et toujours avec le même zèle, le Directoire, l\u2019Empereur et les Bourbons.Aussi occupait-il un rang très élevé dans la hiérarchie des agents secrets, et avait-il amassé une fortune assez ronde.Il ne frayait plus avec les espions subalternes et il s\u2019était acquis des amitiés dont il se montrait fier, celle du chevalier de Saint-IIélier.entre autres.Mais il n\u2019avait pas renoncé à exercer sa profession et il se félicitait grandement d\u2019être désigné pour diriger une enquête dont le résultat intéressait un pair de France.Sur le fond de l\u2019affaire, sa conviction était faite.Il croyait que le comte René était innocent de la mort de son cousin, .tué très probablement par un ennemi politique.14 12 LE SAMEDI Et il pensait qu\u2019il fallait, pour agir, prendre comme point de départ les indications que Relié donnait, c\u2019est-à-dire chercher la maison de l\u2019homme à lu chaise et savoir ce qui s\u2019était passé la veille chez la baronne de Casanova.Le comte ayant déclaré qu\u2019il voulait chercher seul la maison, des Loquetières s\u2019était borné provisoirement à le faire suivre par un agent inférieur.René de Rrouage avait parcouru ce jour-là le quartier de l\u2019Hôtel de Ville, sans reconnaître l\u2019endroit où il avait pris la chaise à porteurs et sans se douter qu\u2019un espion marchait sur ses talons.Quant aux dames de la rue Babylone, elles étaient depuis leur arrivée eu France surveillées discrètement, et l\u2019on n\u2019avait rien à dire contre elles.On savait qu\u2019elles étaient munies de passeports réguliers et qu\u2019elles avaient déposé chez un banquier de Paris une somme importante.Cette somme n\u2019ayant pas été entamée par elles\u2014on savait cela aussi\u2014on supposait que le jeu les défrayait ; mais, les perdants ne s\u2019étant jamais plaints, il n\u2019y avait vraiment pas lieu d\u2019intervenir et ou laissait en repos la baronne et sa nièce.\t$ Personne d\u2019ailleurs ne les accusait de se mêler de politique, personne, excepté des Loquetières qui avait une ou deux fois appelé sur ces étrangères l\u2019attention de ses chefs.Cependant, il ne pensait plus à elles lorsque la déclaration du jeune comte réveilla ses soupçons.Il résolut aussi d\u2019examiner de près leur conduite et de surprendre leurs secrets, mais il si* garda bien de requérir l\u2019assistance de l\u2019administration qu\u2019il servait.D\u2019abord, parce qu\u2019il ne se fiait guère à l\u2019habileté de ses collègues, qui avaient tous la main trop lourde pour une besogne si délicate, et surtout parce qu\u2019il voulait se réserver l\u2019honneur de la mener à bien.Il fit seulement prendre, dans l\u2019après-midi, quelques renseignements.Deux agents, qu\u2019il employait plus vo-, lontiers que les autres, allèrent flâner dans les parages de la rue Babylone, causer avec les boutiquiers et boire dans les cabarets où ils trouvèrent à qui .\t' r.Ils ne recueillirent sur les Italiennes que des propos insignifiants, et ils acquirent la certitude qu\u2019aucune querelle n\u2019avait troublé pendant la nuit du dimanche au lundi gras, la réception de la baronne, doigt, et mit dans sa poche sa plus belle Leur rapport confirma les appréciations de M.des Loquetières, qui persista péi-nnmoins dans le projet qu\u2019il avait formé de passer la soirée chez elles.Henri de Brouage, en quittant son cousin, lui avait dit qu\u2019il allait finir'sa nuit chez la baronne.S\u2019y était-il fait conduire et .y était-il arrivé?L\u2019avait-on vu dans le salon?Voilà ce que îles Loquetières tenait avant tout à éclaircir.A ta place de l'habit vert qu\u2019il portait fvélontiers le matin, il endossa un frac \u2022d\u2019une coupe un peu démodée; il passa la culotte et les bas de soie de rigueur; il se fit coiffer au goût du jour, le toupet ramené au somment du crâne et formant la houppe; il arbora le jabot et les manchettes, passa un beau diamant à son petit tabatière.Ainsi accommodé, il ressemblait vaguement à AI.de Sartine, le fameux lieutenant de police, qu\u2019il avait pu entrevoir dans sa jeunesse et qu\u2019il se piquait un peu d\u2019imiter.Pour lui ressembler tout à fait, il lui manquait de porter l\u2019épée en verrouil et le chignon poudré, mais il s\u2019efforçait de suivre les grands traditions laissées par cet illustre personnage, et il comptait appliquer chez la baronne certains procédés dont il fut, dit-on, l\u2019inventeur.Donc, vers minuit, un équipage de remise déposait Al.des Loquetières à la porte de l\u2019hôtel qu\u2019habitaient les deux étrangères.Il n\u2019y avait jamais mis les pieds, et ces dames ne le connaissaient pas.mais il n\u2019était pas du tout embarrassé pour se présenter lui-même, sachant qu\u2019elles ne tenaient pas essentiellement aux formalités d\u2019introduction, et ayant, d\u2019ailleurs, imaginé d\u2019avance un prétexte qui cadrait avec ses vues.Il jugeait même inutile de s\u2019affubler, pour la circonstance, d\u2019un nom de fantaisie, celui qu\u2019il portait habituellement n\u2019ayant pas mauvais renom- Al.des Lo-quetières allait un peu dans tous les mondes, et n\u2019avait jamais été soupçonné d\u2019appartenir, de près ou de loin, à la police du royaume.En descendant de voiture, il trouva, sous le vestibule, un portier, qui n\u2019avait ni le costume, ni l\u2019air d\u2019un suisse.C\u2019était un garçon bien découplé, dont la peau basanée, et les yeux d\u2019un noir de jais, accusaient assez 'l\u2019origine.Il aurait pu poser pour un brigand calabris devant Horace Vernet, qui, en ce temps là, ne peignait encore que des tableaux militaires, et il était certainement né dans les montagnes de l\u2019Italie la plus méridionale.Il toisa AI.des Loquetières et ne lui fit pas mauvais mine, mais il barrait le chemin de l\u2019escalier, et il attendait, évidemment, que ce visiteur, qu\u2019il voyait pour la première fois, prit la peine de se nommer.\u2014Alon ami, lui dit l\u2019agent secret, je dois être présenté ce soir à Aime la baronne par le comte Henri de Brouage.Vous le connaissez sans doute, car il fréquente beaucoup le salon de Aime de Casanova.Pourriez-vous me dire s\u2019il est déjà arrivé?Eu lançant à brûle-pourpoint cette question savamment préparée, des Loquetières regardait le portier avec des yeux qui savaient lire à livre ouvert, sur b4< figures, les pensées les plus secrètes et les impressions les plus fugitives.Le portier ne sourcilla point et répondit tranquillement : \u2014Je n\u2019a» >as encore vu.ce soir, le comte Henri.Alais il viendra, sans doute.\u201411 est venu hier, n\u2019est-ce pas?\u2014Hier?non.je ne crois pas.Cependant.Voyons, que je me rappelle.Ali ! si.je l\u2019ai vu.j\u2019étais au fond du 15 vestibule, et la porte cochère était ouverte.il est arrivé en cabriolet.il est descendu de voiture.mais il n\u2019est pas entré.\u2014Vraiment! Et pourquoi?\u2014Je n\u2019en sais rien.Je suppose qu\u2019il a rencontré un de ses amis sur le trottoir.11 m\u2019a semblé qu\u2019il parlait avec quelqu\u2019un.On m\u2019a appelé dans ma loge.et quand je suis revenu à la porte, le comte n\u2019était plus là.Son ami l\u2019aura emmené ailleurs.Tout cela fut dit avec un accent italien très prononcé, mais en assez bon français et de l\u2019air le plus naturel du monde.Des Loquetières tombait de son haut.Trouver, dans la réponse du premier individu .qu\u2019il interrogeait, une partie de la solution du problème qu\u2019il cherchait, c\u2019était à quoi il ne s\u2019attendait guère, et le succès passait son espérance.Tout s\u2019expliquait d\u2019une façon très plausible, si les choses s\u2019étaient passées comme le disait le portier.Le comte en descendant de son cabriolet de place, avait été abordé par un homme que très probablement il connaissait, puisqu\u2019il s\u2019était décidé à le suivre.Restait à savoir si le portier ne répétait pas une leçon apprise par coeur.\u201cNon, se dit des Loquetières, qui s\u2019y connaissait, il ne ment pas.Les mots lui viennent trop facilement.S\u2019il mentait, il serait le premier comédien de ce temps-ci.\u201d \u2014Au reste, continua l\u2019Italien, si monsieur veut monter il trouvera au salon quelqu\u2019un qui pourra peut-être le renseigner.\u2014Qui donc?\u2014Le cousin du comte Henri.\u2014Quel cousin?s\u2019écria des Loquetières.Il songeait à René, et il s\u2019étonnait fort d\u2019apprendre que René se trouvait chez lu ba'ronne.\u2014Le vicomte Fabien.\u2014Bon ! j\u2019y suis, pensa l\u2019agent.C\u2019est le frère cadet du comte René.Nous avons d\u2019assez mauvaises notes sur lui.Comment se fait-il qu\u2019il passe la nuit dans une maison de jeu, la veille du jour où ou va enterrer le fils unique de sou oncle, le marquis?\u2014Le vicomte était ici hier, reprit le portier.Il vient tous les soirs.Il répondra mieux que moi aux questions de monsieur.\u201411 me présentena à Mme de Casanova.Cela m\u2019évitera le désagrément d\u2019attendre dans ce vestibule l\u2019arrivée du comte Henri.dit des .Loquetières.Il venait de se décider à pousser l\u2019enquête à fond et à ne sortir de l\u2019hôtel qu\u2019a-près avoir complètement élucidé les graves questions qui le préoccupaient.Il monta donc l\u2019escalier lentement pour donner audience à ses réflexions, et, en montant, il se disait: \u2014On entre ici comme dans un moulin.Si les femmes conspiraient, elles se garderaient un peu mieux.Mais je veux examiner de près le cas de ce vicomte Fabien.Alalheureusement.je ne le connais pas même de vue, et je vais être 6 LE SAMEDI 13 obligé de prier un des invités do nie le montrer.Au moment où il arrivait au premier palier, il aperçut un jeune homme appuyé contre la rampe et lisant une lettre à In lumière d\u2019un quinquet.\u2014Tiens, murmura-t-il, c\u2019est.Marcas.le secrétaire de mon ami Raint-ITélier- Parbleu ! je ne suis pas fâché de le rencon trer.Mais (pic diable vient-il faire chez la baronne?Le jeune homme, que des Loquetières voyait de profil, était si absorbé par la lecture d\u2019une lettre, qu\u2019il n\u2019aperçut pas 'le visiteur qui montait l\u2019escalier.L\u2019agent arriva tout doucement derrière lui, et lui dit, en lui serrant le bras: Ah! ah! je vous y prends, monsieur Victoria \u201cTu quoque, fili !\u201d Vous aussi mon cher enfant, vous passez vos nuits chez Mme de Casanova.Victoria tressaillit, froissa vivement la lettre qu\u2019il lisait *ivec tant d\u2019attention et la mit dans sa poche.En même tcm'ps, il se retournait.\u2014Comment, c\u2019est moi.Les plaisirs qu\u2019on prend ici 11e sont plus de mon âge.mais il faut tout voir, et puis, 011 111\u2019a dit de telles merveilles de la beauté de la signora Negroni.Mais qu\u2019avez-vous donc, mon jeune a-mi?Vous êtes pâle comme un mort.\u2014Ce n\u2019est rien, balbutia le jeune homme.J\u2019ai un rhumatisme dans l\u2019épaule droite, et, en me touchant, vous m\u2019avez fait un mal atroce.\u2014Peste! je 11e vous savais pas si sensible.Voilà bien la jeunesse d\u2019à présent.A vingt-trois ans, elle a des rhumatismes.Heureusement, le vôtre ne vous empêche pas de vous amuser- Je gagerais «pie vous 11e sortirez de cet hôtel qu\u2019au petit jour.Ri mon ami Raint-ITélier a besoin de son secrétaire dans la matinée, je le plains.1\u2014Oh! il n\u2019est jamais visible avant midi.\u2014C\u2019est juste, et, morbleu, vous avez bien le droit de vous distraire.Votre père vous a envoyé à Paris pour étudier le code, mais il ne vous a pas défendu d\u2019aller dans le monde, et vous préférez le salon de la baronne aux soirées de la place Royale- \u2014J\u2019avoue que je ne gofite ni la musique, ni la danse, ni la prose du vicomte d\u2019Arlineourt et je me suis abstenu hier, comme toujours, d\u2019assister à la réception de M.de Saint-IIélier.\u2014Vous y avez perdu, car Mlle Octavie a des yeux qui feraient supporter la lecture de dix romans et d\u2019une demi-douzaine de tragédies.\u2014Vous l\u2019avez vue?demanda vivement le jeune secrétaire.\u2014Vue et admirée, mon cher, et je puis vous assurer que jamais elle ne fut plus belle.Je l\u2019ai trouvée.resplendissante, c\u2019est le mot.Mais il ne s\u2019agit pas de cela, et je n\u2019ai pas envie de m\u2019enrhumer en restant sur eet escalier, où votre rhumatisme ne se guérira pas.Vous allez me présenter à ces dames.Je n\u2019ai pas le bonheur de les connaître, et, en venant ici j\u2019ai un peu compté que le hasard me ferait rencontrer chez elles un ami qui m\u2019introduirait.Je n\u2019espérais pas qu\u2019il me servirait si bien, car vous devez être au mieux avec la baronne.Je suis sûr que vous ne manquez pas une seule de ses fêtes.Vous vous trompez.Je n\u2019étais pas ici hier.et si vous m\u2019y voyez ce soir, c\u2019est que.Oh ! je 11e vous le reproche pas, au contraire, et je vous promets de n\u2019en rien dire à Raint-llélier.Montons, mon jeune ami,, montons, et ouvrez-moi les portes île cet Olympe.Il me tarde de présenter mes hommages aux déesses qui l\u2019embel-lisent.Victoria Marcus ne fit pas d\u2019objections, et précéda l\u2019important personnage qu\u2019il rencontrait assez souvent chez M.île Raint-llélier.Ce n\u2019était pas qu\u2019il l\u2019affectionnât beaucoup, car le jeune secrétaire du chevalier ne chérissait ni son patron, ni lus amis de son patron- Ron père, un petit propriétaire du Languedoc, en l\u2019expédiant à Paris pour y faire son droit, l\u2019avait recommandé à un député bien pensant, lequel l\u2019avait placé chez M.de Raint-llélier.Inutile de dire que l\u2019étudiant fréquentait moins l\u2019école que les estaminets, les bals du quartier Latin et les filles d\u2019armes.On ne le voyait aux cours que les jours où il s\u2019agissait de siffler un professeur, mais il 11e manquait pas une manifestation politique, acclamant Manuel et le général Eoy au sortir d\u2019une séance orageuse de la Chambre, pu bien huant les députés \u201cultra\u201d qui se réunissaient le soir, rue Thérèse, chez leur respectable collègue M.l\u2019iet.Car Victoria, fils d\u2019un royaliste du Midi, avait des opinions fort avancées et des accointances avec les plus violents ennemis du gouvernement des Bourbons.Cependant, il restait en bons termes avec le chevalier qui était dévoué à la monarchie et qui ne se doutait pas que son secrétaire fût un révolutionnaire en herbe.Peut-être les beaux yeux de Mlle Octavie avaient-il.s opéré ce miracle.Tl la voyait presque tous les jours, car il se présentait régulièrement à midi chez M.de Raint-llélier, et comme ce cligne gentilhomme dormait volontiers après son déjeuner, il arrivait assez souvent que la charmante Octavie entrait dans le cabinet de son père, qB\u2019elle y trouvait le jeune secrétaire et qu'elle no dédaignait pas de* causer avec lui, en tête à tête.Ces entrevues ne pouvaient pas tirer à conséquence, Marcas n\u2019étant pas en situation d\u2019aspirer à.la main d\u2019une si riche héritière, mais idles no paraissaient pas déplaire à Mlle de Saint-ITélier.Marcas.qui n\u2019était pas ce qu'on appelle un joli garçon, avait une physionomie intelligente et un caractère fort à souhait pour .charmer les femmes.Ardent, ambitieux, toujours prêt à entreprendre l\u2019impossible, ce garçon savait parler à merveille le langage passionné qu'elles comprennent et qu'elles aiment.Il avait une façon de les regarder qui leur disait clairement: Mettez-nmi à l\u2019épreuve.Faut-il décrocher une étoile pour vous l\u2019offrir?Je suis prêt.Octavie n'avait sans doute rien «le pareil à lui demander, mais elle goûtait son esprit, qui était vif et mordant, fertile en saillies imprévues, en traits à l\u2019emporte-pièce, et en même temps très délié, très rusé, très c: \u2019 'e de réflexion et de calcul.Balzac a dit: \u201cQuand un Méridional possède la finesse des gens du Nord et l\u2019audace des gens d\u2019outre-Loire.il est coin, plot, et \u201creste roi de Suède.\u201d Marcas ne songeait pas à passer roi comme Bernadette, mais il était complet- \u2014Jeune homme, lui dit des Loquetières.quand ils arrivèrent dans l\u2019anti-cliambre, je compte sur vous non seulement pour me présenter, mais aussi pour me '\" ir dans ces régions toutes nouvelles pour moi.On m\u2019a dit que ces dames recevaient des célébrités; vous me les montrerez, car vous devez être un des familiers de la maison.\u2014Moi! pas du tout; il y a fort peu de temps que je la fréquente, et je n\u2019y connais presque personne, s\u2019empressa de répondis1 l\u2019étudiant qui semblait peu disposé à servir de cicerone à l\u2019ami du chevalier.Entre nous, je u\u2019y viens que pour jouer et je ne m'occupe pas du tout des invités de la baronne.Je n\u2019en reste pas moins à votre disposition et je ferai de mon mieux pour vous renseigner, ajouta-t-il poliment, pendant qu\u2019un domestique fort bien tenu les débarrassait de leurs manteaux, chez M.Grol.hé, la montre d\u2019or est exposée Chez Mme de Casanova, on n\u2019annonçait personne, de peur de déranger les joueurs.Marcas et des Loquetières purent donc se glisser dans le salon sans qu\u2019on les remari piât.Ce salon était très vaste, très richement décoré et très brillamment éclairé.Res fenêtres donnaient sur le jardin de l\u2019hôtel, et il communiquait avec un boudoir dont la porte .avait été enlevée pour permettre aux causeurs qui s\u2019y retiraient de 11e pas perdre de vue les tables de jeu.La plus entourée de ces tables était celle où on jouait an crops, un jeu de dés qui faisait alors fureur.Les autres, consacrées à l\u2019écarté et à la bouillotte, attiraient aussi des amateurs.Quant, aux invités qui préféraient la causerie aux émotions, ils s\u2019étaient groupés autour de la cheminée ou cantonnés sur des sofas aux deux bouts de la galerie.Les parties, quoique fort animées, n\u2019étaient pas bruyantes et les conversations se tenaient à un diapason modéré.En un mot.on pouvait croire en bonne compagnie.\u2014Mon 'cher, dit à demi-voix des Loque-tières.ceux qui accusent la baronne de tenir un tripot ont tort- Cette réunion me rappelle les soirées que donnait la Sainte-Ainaranthe au com- 51 1 14 L£ SAMEDI nieucemeut de Revolution.Ou jouait chez elle avec décence, comme on le liait ici.On y rencontrait des hommes politiques, et j\u2019aperçois là-bas deux députés de l\u2019opposition.On y voyait des militaires 1e toutes les opinions, et voici des officiers de bi garde royale et des officiers à demi-solde.\u2014Heureusement, dit en riant Marcas la ressemblance s\u2019arrête là.La Saint-Ama-ranthe et sa fille ont été guillotinées, f\" je ne mu trompe.J\u2019espère que la baronne et sa nièce ne finiront pas d\u2019une façon aussi tragique.\u2014Diable! ce serait dommage; mais ces dames n\u2019ont rien à craindre de pareil, ear, Dieu merci! nous ne vivons plus sous la Terreur, et les horreurs de la Révolution ne recommenceront jamais.Félicitez vous, jeune homme, tie ne pas avoir véçu sous cet nbobinable régime.L\u2019étudiant ne répondit point à ce compliment, mais sa figure exprimait assez qu\u2019il ne se réjouissait nullement de ne pas avoir vu Quatre-Vingt-Treize.'\u2014Et à propos de la baronne, reprit des Loquetières, montrez-la-moi donc a-vant de me présenter.\u2014Elle est à l\u2019autre bout du salon, et fort occupée à la bouillotte-\u2014Et sa charmante nièce?\u2014La signora Negroni se tient habituellement dans le boudoir qui tait suite a la galerie.Mais, si vous m\u2019en croyez, vous ne me prendrez pas pour introducteur.Ces dames me traitent comme un pauvre diable d\u2019étudiant dont la présence chez elles ne t;re pas à conséquence, et elles s\u2019étonneraient sans doute que je me permisse de leur présenter un homme plus âgé et beaucoup mieux posé que moi dans le monde.\u2014Oh ! je ne veux pas vous gêner, mon cher Vietorin, et d\u2019ailleurs je ne tiens pas essentiellement à offrir mes hommages à ces dames.Je 1 aurais fait avec plaisir, si c\u2019eût été une formalité obligatoire, mais j\u2019aime autant m\u2019en dispenser.Entre nous, ajouta des Loquetières en prenant un air confidentiel, j ai eu la fantaisie de venir ici pour voir une personne dont la beauté fait du bruit dans Paris et aussi pour tenter un peu la fortune.Car je ne hais, je le confesse, ni les jolies femmes, ni le jeu.Et pour compléter mes aveux, je vous dirai que j a-dore les brunes et que je raffole de l\u2019écarté.\u2014Alors, vous ne pouviez pas mieux tomber.Stella Negroni est, brune comme la nuit, et vous trouverez là-bas une partie d\u2019écarté où on fait à tout coup des centaines de louis de chaque côté.Moi.je préféré le ereps et je vais tâcher de trouver une petite place a la grande table.Souffrez donc que je vous quitte, maintenant que vous êtes suffisamment renseigné.\u2014A votre aise, mon, cher Vietorin, Amusez-vous, c\u2019est de vot-e age, et comptez sur ma discrétion.Saint-IIélier ne saura pas que je vous ai rencontré ici, car je m\u2019abstiendrai même de lui dire que j\u2019y suis venu.L\u2019étudiant répondit par un sourire qui signifiait: je ne parlerai à personne de notre rencontre, et se rapprocha du tapis vert où roulaient les dés.Des Loquetières n\u2019était pas fâché que le secrétaire du chevalier s\u2019éloignât.Il n\u2019avait plus besoin de lui, puisqu\u2019on pouvait ontrer'chez la baronne sans être présenté à elle ou à sa nièce, et il aimait bien mieux se diriger tout seul.L\u2019assemblée lui semblait intéressante à étudier.Il voulut surtout voir et observer ce Fabien de Brouage qui venait se divertir le lendemain de la mort tragique de son cousin, et, de peur de donner à Marcas l\u2019éveil sur le véritable motif qui l\u2019attirait chez la baronne, lui, Loquetières, homme grave et mûr, il ne se souciait plus de lui demander des indications- Espérant bien en venir à ses fins et comptant sur sa propre sagacité pour trouver le jeune vicomte, il entreprit un voyage de découverte à travers le salon de Mme de Casanova.Il commença par la table placée au ventre de la galerie.11 n\u2019était pas facile d\u2019en approcher, car autour des joueurs assis se pressaient beaucoup de joueurs restés debout, faute de chaises pour s\u2019asseoir.Des Loquetières parvint cependant à se faufiler dans le cercle et à se placer entre deux officiers des grenadiers à cheval, qui étaient venus là en petite tenue.\u2022\u2014L\u2019armée est largement représentée ici, pensa-t-il.S\u2019il vient des conspirateurs, ils n\u2019y sont pas en majorité.Buis, il se mit à examiner d\u2019un oeil perspicace les figures qui l'entouraient.Victoria Marcas n\u2019avait sans doute pas réussi à percer la foule, car il n\u2019était pas là.Mais les sujets d\u2019observation ne manquèrent pas à des Loquetières, qui en vint bientôt à se dire: \u2014lié! hé! j\u2019ai peut-être conclu un peu trop vite; voilà en face de moi des messieurs qui ont bien la mine d\u2019avoir servi Bonaparte et de le regretter.La rosette de la Légion d\u2019honneur à la boutonnière, les favoris coupés à l\u2019ordonnance, c\u2019est bien cela.Ces réflexions furent troublées par les exclamations des joueurs, saluant un coup ext raordinairc.\u2014Sept fois! s\u2019écria un des officiers qui se trouvaient tout près de des Loquetières.Voilà sept fois que ce diable de Brouage pusse! A propos, dit l\u2019autre à demi-voix, sais-tu s\u2019il est vrai que son cousin, le fils du général, a été tué en duel, la nuit passée?Ce bruit-là courait, ce soir, à l\u2019état-major de la place.\u2014C\u2019est malheuresement vrai.La Mar-tinière.qui est aux gardes de Monsieur, m\u2019a affirmé le fait, et il le tenait de source certaine.Mais on veut étouffer 1 affaire, et les journaux ont reçu l\u2019ordre de n\u2019en pas parler.\u2014Et sait-on par qui il a été tué?Connaît-on la cause du duel?17 \u2014On ne sait absolument rien.Ou suppose qu\u2019il se sera pris de querelle dans la rue- Il était en tenue.11 aura dégainé.\u2014Alors, il se serait donc battu avec un militaire?Les bourgeois ne portent pas l\u2019épée.\u2014Ce qu\u2019il y a de certain, c\u2019est que la querelle ne s'est pas engagée dans le salon de la baronne, car Henri de Brouage n\u2019y a pas mis les pieds hier.Nous y étions, et toi ou moi nous l\u2019aurions vu.\u2014Non.il n\u2019y est pas venu.En revanche son joli cousin y était, comme tous les soirs.Il est inouï qu\u2019il ose se montrer le lendemain d\u2019un pareil événement.\u2014Il l\u2019ignore peut-être.11 est brouillé avec son oncle.\u2014Bon ! mais son frère voit le général et il voit son frère.\u2014Fort peu, je crois.Il donne dans les idées révolutionnaires, et il est amoureux fou de la Negroni.Il passe sa vie ici et dans les cafés où se réunissent les libéraux- C\u2019est un homme à ne pas fréquenter.et je suppose (pie sa famille l\u2019a renié.\u2014Ma foi! je lui pardonne ses opinions à cause des mains qu\u2019il a au ereps.Il m\u2019a fait gagner trente louis ee soir.\u2014Et à moi vingt.Mais, c\u2019est égal, la maison de la baronne ne nous porte pas bonheur, à nous autres royalistes.Depuis cinq mois, voilà quatre officiers de la garde qui y venaient et qui ont été tués en duel.\u2014Bah! la série s\u2019arrêtera, et.en attendant, je vais profiter de celle qui se dessine sur la main de ce jacobin Je vicomte.Faisons dix louis à nous deux, veux-tu?On peut croire quo des Loquetières n\u2019avait jias perdu un mot de cette causerie, qui s\u2019était tenue au milieu du brouhaha produit par le paiement d\u2019un gros coup, et qu\u2019il était seul à écouter.Le hasard le servait à souhait.Il était déjà parfaitement fixé sur deux ou trois points importants.Henri de Brouage ne s\u2019était pas montré.la veille, au jeu de la baronne.Fabien de Brouage, au contraire, y avait passé la nuit.Donc, Fabien était tout à fait étranger à la querelle qui s\u2019était terminée iiar la mort de son cousin, et très probablement il ignorait cette mort; car, s\u2019il l\u2019avait connue, il n\u2019aurait pas poussé le cynisme jusqu\u2019à venir jouer chez Mme de Casanova.\u2014Preuve indiscutable qu\u2019il ne voit pas son frère, quoi qu\u2019en dise c.et officier, conclut le logicien des Loquetières.D\u2019autre part, il pense fort mal en politique et il y a des chances pour qu\u2019il soit sympathique à la nièce et à la Casanova aussi.A noter encore que quatre militaires royalistes qui fréquentaient ees dames ont été couchés sur le carreau, en plein jour ceux-là ; mais peu importe.Il y a peut-être ici des gens qui ont pris la suite des affaires de messieurs de l\u2019Epingle Noire.En 1S17, les bretteurs du parti s\u2019étaient associés pour chercher noise aux officiers de l\u2019année alliée- Maintenant que le ter- LX SAMEDI 15 ritoire est évacué, ils se proposent peut-être d\u2019expédier les officiers de la garde.C'est à vérifier, et à vérifier le plus tôt possible.Ne pas oublier, pourtant, qu\u2019il y a une femme dans la coulisse.Qui sait si ee n\u2019est pas à ses amoureux qu\u2019on en veut?et le comte Henri a dû pour le moins lui faire la cour.Je la verrai tout à l\u2019heure et j\u2019examinerai son entourage.En attendant, il faut que j\u2019étudie un peu M.Fabien.Le vicomte était justement placé en face du continuateur de la grande tradition des lieutenants de police d\u2019autrefois.La figure de ce jeune gentilhomme se trouvait en pleine lumière, et elle valait bien la peine qu\u2019on l\u2019observât.Elle ressemblait beaucoup à celle de son Ircre par les traits, mais pas du tout par 1 expression.Il était blond comme lui.il avait comme lui les yeux bleus et le nez aquilin ; mais autant René avait l\u2019air froid et réservé, autant Fabien paraissait ardent et vif.routes les passions se reflétaient à la fois sur son visage mobile, et il n\u2019était pas nécessaire d être bien habile physionomiste pour deviner qu\u2019il devait aimer comme il jouait, avec frénésie.Il avait du feu dans les prunelles, et le sang à fleur de peau.En ce moment, ce n\u2019était pas l\u2019amour qui allumait son regard et qui colorait ses joues.Il agitait fièvreusement le cornet, il lançait les des avec violence, et ses doigts se crispaient en ramassant l\u2019or que le ban.(plier poussait devant lui.Le crops qu\u2019on jouait chez la baronne é-tait presque aussi cher qu'au cercle des Etrangers, le crops fort démodé aujour-d hui et tort en vogue alors, semblait n-voir été inventé tout exprès pour le vicomte, (pii attaquait la fortune comme on charge à la baïonnette.Cet impétueux s\u2019accommodait mal des cartes qu\u2019en étale sans bruit et qui déroulent lentement l\u2019arrêt du destin.Il lui fallait le claquement see fie l\u2019ivoire heurtant les parois du cornet, les bonds irréguliers des petits cubes blancs sur le tapis vert- Les dés, pour lui.c\u2019était la bataille bruyante remuante, changeante.Aux dés, le joueur tient sa chance dans sa nuru; du mouvement qu\u2019il fera, dépend la victoire.Aux cartes, il subit les décrets du hasard, enfermés dans une taille de trente-et-quarante à laquelle il ne peut rien changer.\u2014Pardon, messieurs, dit timidement des Loquetières à ses voisins les grenadiers à cheval, auriez vous l\u2019obligeance de m\u2019expliquer les règles de ce jeu?de n\u2019y comprends rien, et je voudrais exposer quelques louis.\u2014C\u2019est bien simple, répondit un des officiers.On joue, vous le voyez, contre une banque, et chaque ponte prend le cornet à son tour.Ce ponte, avant de jouer, \u201cappelle un point,\u201d c\u2019est le terme technique.Il peut appeler cinq, six, sept, huit ou neuf.S\u2019il amène du premier coup le point qu\u2019il a demandé, il gagne.Tenez, M.de Brouage, qui a la main en ce moment, appelle sept.Vous allez voir.\u2014Ah ! dit des Loquetières.il a tiré onze.1\u2014C\u2019est le creps gagnant.Nous avons dix louis à ramasser, mon camacle et moi.\u2014Et le monsieur que vous venez de nommer reçoit un billet de mille francs.Le creps gagnant est une belle chose, et cette partie me paraît avantageuse pour les joueurs.\u2014Détrompez-vous- Elle est, au contraire.fort avantageuse pour le banquier, car il n\u2019y qu\u2019un creps gagnant, tandis qu\u2019il y a trois crops perdants qui sont douze, trois et deux; mais ce Brouage a une telle veine qu\u2019il ne les amène jamais.\u2014Faisons-nous le paroli! demanda l\u2019autre grenadier à cheval.\u2014Ma foi! oui.j\u2019ai confiance.\u2014Et moi aussi, dit des Loquetières en posant trois pièces d\u2019or sur le tapis; je vais aventurer une petite somme.C\u2019est le meilleur moyen de m\u2019instruire.Voyons.ce monsieur appelle encore sept.\u2014Il a raison; de tous les points qu\u2019on peut former avec deux dés, c\u2019est le plus facile à amener.\u2014Et il l\u2019amènera, j\u2019espère! s\u2019écria l\u2019ami du chevalier de Saint-llélicr, car il a l\u2019air de compter sur la victoire.Il brandit son cornet connue il brandirait un sabre.Et le banquier ne paraît pas rassuré.A\u2018h ! voilà les dés qui roulent.il les suit de l\u2019oeil.voyons le point.\u2014Quatre! murmura l\u2019officier.'\u2014Est-ce que ce serait un creps perdant?\t1\t| \u2014Non.mais c\u2019est un point détestable, et ce point devient le nôtre, tandis que sept devient le point de la banque.\u2014Et que va-t-il se passer maintenant?¦\u2014Le ponte va lancer les dés jusqu\u2019à, ce qu\u2019il ait ramené e ou sept.Celui de ces deux points qui sortira le premier gagnera.\u2014Bon! je commence à comprendre.Oh! comme le banquier pâlit! \u2014Parce qu\u2019il a lu le point.Ce Brouage a tiré quatre au second coup de cornet- \u2014Alors, nous avons gagné?\u2014Vous le voyez bien, puisqu\u2019on nous paie.Je me figure que la banque ne tardera guère à sauter, et je vous engage à pousser votre veine.\u2014C\u2019est que.je n\u2019ose pas, balbutia des Loquetières, qui empochait déjà sa mise et son bénéfice.Et puis, je n'ai pas l\u2019habitude de ce jeu.Je me contenterai donc de la leçon que vous avez bien voulu me donner.L\u2019officier regarda de travers ee bourgeois timide, qui se faufilait chez la baronne pour gagner trois loui-s et qui s\u2019eu louait là; mais des Loquetières n\u2019était pas venu pour gagner la considération de deux lieutenants des grenadiers à cheval, pas plus qu\u2019il n\u2019était venu pour tenter la fortune.La petite comédie qu\u2019il venait de jouer 18 n\u2019avait d'autre but (pie de lui permettre d\u2019observer à loisir le vicomte Fabien, sans que ses voisins du tapis vert eussent lieu de s\u2019étonner de son empressement à se pousser près de la table.11 en avait assez vu maintenant, et il voulait poursuivre ses observations en explorant le salon, dont il ne connaissait encore qu\u2019un côté.Sur le frère de René de Brouage son opinion était à peu près faite.'\u2014C\u2019est un homme que ses passions ont entraîné dans un monde interlope, pensait-il, H se peut qu'il conspire, mais les joueurs ne sont jamais de bien dangereux ennemis du gouvernement.Ils sont trop absorbés par leur vice.Et je ne croirai jamais (pic cet amateur forcené du creps ait assassiné son cousin.Avec une tête comme la sienne, on se brûle la cervelle quand on a tout perdu, mais on n\u2019assassine pas.Et puis, quel intérêt avait-il à la mort du comte Henri?Avec les opinions qu\u2019il affiche, il n\u2019espère pas succéder un jour a la pairie de son oncle.Et ,si le comte a été condamné par dos gens qui ont juré d\u2019exterminer les défenseurs du tronc et le l\u2019autel, ces gens-là n auraient pas choisi un Brouage pour lui donner un coup d\u2019épée.Au surplus, les témoignages que j'ai recueillis par hasard l\u2019innocentent complètement.Evidemment, il a passé ici toute la soirée et toute la nuit d\u2019hier; ces officiers n ont aucun intérêt à mentir, et ils viennent d\u2019affirmer qu'ils l\u2019y ont vu.Il faut chercher ailleurs et peut-être pas très loin, car.après tout, c\u2019est à la il(,rte de cet hotel que le comte Henri a rencontre 1 homme qui l'a amené; pour \u2022 pi il ait suivi cet homme, il fallait qu\u2019il le connut, et il ne serait pas impossible qu\u2019il l\u2019eût connu chez la Casanova- 11 s\u2019agit maintenant de l\u2019étudier un peu, cette baronne.Je n\u2019aurai pas de peine à la trouver, quoique M areas ne soit plus là pour me la montrer.Ou est-il passé, ee Mareas?-se demandait des Loquetières, qui remarquait tout.U m\u2019a quitté brusquement, sous prétexte d aller jouer au creps, et je ne l\u2019ai pas vu autour du tapis vert.Saint-llélicr a tort d\u2019employer ce garçon-la, qui pense fort mal et qui serait très capable d\u2019une indiscrétion.Dès que j aurai voix au chapitre, je conseillerai au chevalier de le mettre à la porte.quand ça ne serait que pour l\u2019empêcher de faire les yeux doux à.\u2014Bonsoir, cher monsieur des Loquetières.dit une voix Sonore.En même temps, une main se posait sur 1 épaule de l\u2019observateur, qui se retourna vivement et se trouva en face d'une figure de connaissance.\u2014Tiens! s\u2019écria-t-il.c\u2019est vous.Berna ville.Que diable faites-vous ici?Et vous?répondit d\u2019un ton narquois le nouveau venu, qui était un homme de quarante cinq ans à peu près, d\u2019une ligure sympathique et intelligente.\u2014Mon cher, la curiosité m\u2019y a attiré; 77 D) LE SAMEDI on m\u2019a ri11 qu\u2019il s\u2019y passe des choses étonnantes, et à ne vous rien celer ce qui m\u2019étonne le plus chez cette Luronne, c\u2019est de m\u2019y voir.\u2014Mh bien! moi, .je confesse que je m\u2019y amuse, et (pie j\u2019y viens assez souvent.\u2014Vous, c\u2019est tout naturel.Vous êtes journaliste, vous allez partout.\u2014Pardon, je suis .journaliste, c\u2019est vrai.Mais je rédige le \u201cDrapeau blanc,\u201d et je inc compromets un peu en me fourvoyant parmi les libéraux et les bonapartistes qui foisonnent dans ce sillon.\u2014Il y en a donc beaucoup?Je n\u2019ai remarqué, jusqu\u2019à présent, que des officiers de la garde royale.i\u2014Des Loquetières, mon ami.vous voudriez bien passer pour un naïf; vous n\u2019y réussirez pas avec moi.Je sais que vous avec été.dans la diplomatie.je.ne sais pas quand, ni ou par exemple.mais vous le dites, et je vous crois sur parole-., comme .je crois ce cher Saint-llélior quand il m'assure qu\u2019il a été l\u2019agent des princes pendant l\u2019émigration.N\u2019essayez donc pas de me persuader (pu* vous n\u2019avez pus aperçu certains personnages qui nous feraient fusiller, vous et ,moi.s\u2019ils en avaient le pouvoir.\u2014J\u2019ai bien vu le député qui tient la banque au crops.\u2014Celui-là est un habitué, et il no vient que pour jouer.Mais l\u2019autre, le grand lama de la démocratie, .je soupçonne fort que ee n\u2019est pas le jeu qui l\u2019attire.\u2014Où est-il donc?demanda des Loque-ticres d'un air innocent.\u2014Là-bas, devant la cheminée, répondit Bernaville.Comment! vous ne le voyez pas?Il c,husc avec un homme très brun, qui porte à son jabot une épingle en corail.\u2014Don ! s\u2019écria des Loquetières.je le vois maintenant, il n\u2019a.ma foi! pas beaucoup changé depuis la Révolution.\u2014Oh! il est très bien conservé.presque aussi bien que les momies égyptiennes dit en riant Bernaville.C\u2019est un homme immuable.Tel vous l\u2019avez vu en 1700, tel vous le voyez maintenant, tel vous le verrez d.ans vingt ans.à moins que ses amis n\u2019arrivent au pouvoir, car il ne pourra plus être le chef d\u2019une opposition quelconque.\u2014Alors, mon cher, je lui souhaite une longue vie.Mais, dites-moi.cpicl est doue ee personnage qui lui parle?\u2014-L'homme à l\u2019épmgle?Celui-là ne pense pas comme lui en politique.C\u2019est un grand seigneur espagnol que la Revolution a chassé de son pays.Il n\u2019y rentrera que le jour où nous aurons délivré Ferdinand VII.ce qui ne tardera guère, il faut l\u2019espérer, et.en attendant, il passe quelquefois ses soirees chez la baronne, pour étudier les moeurs parisiennes- On le dit fort riche, et s\u2019il fraie avec le chef de la gauche, c\u2019est que cc chef est marquis.1 \u2014Il a une figure qu\u2019on ne peut pas oublier quand on l\u2019a vu une fois, murmura des Loquetières.F.n effet, l'interlocuteur de cet opposant de profession, qu\u2019on qualifiait déjà d\u2019illus- tre et qui est devenu, avec le temps, une figure historique, l\u2019étranger persécuté, par les libéraux espagnols, s\u2019il fallait en croire Bernaville, ne ressemblait guère aux autres habitués du salon de Mme de Casanova.C\u2019était un homme de trente à trente-cinq ans, très grand, mais bien pris dans sa liante taille; son air et scs façons sentaient d\u2019une lieue l\u2019aristocratie.Son visage manquait de régularité, et il avait les épaules un peu hautes; mais son front rayonnait d\u2019intelligence et ses yeux parlaient.Le trait caractéristique de son visage était un nez bourbonien, qui complétait à merveille cette physionomie hautaine et un peu railleuse.11 était simplement et correctement vêtu à la mode du temps, qu\u2019il relevait par une suprême distinction.Il ne portait ni dentelles, ni bijoux, et le seul détail de sa toilette qui accusât son origine méridionale., c\u2019était l\u2019épingle qui avait attiré un instant l\u2019attention de M.des Loquetières.une épingle fichée son jabot et dont la tête avait été taillée dans un morceau de corail rose, pêché sur la côte africaine.Le corail avait été en faveur à l\u2019aris sous le consulat, et il avait même eu un regain de vogue au début de la Révolution; mais, en 182.1, il était complètement délaissé, en France, tandis qu\u2019à Naples les élégants l\u2019appréciaient encore.Or, Naples étant à demi espagnole, un Castillan avait bien le droit de sacrifier au goût napolitain.Des Loquetières, qui remarquait tout, et particulièrement les épingles, depuis le complot de 1817.fit vite cotte réflexion.Il s\u2019était-d\u2019abord préoccupé du bijou, il ne sc préoccupa plus que do l\u2019homme, et il voulut savoir son nom.-\u2014Comment s\u2019appelle cet hidalgo?demanda-t-il à Bernaville.\u2014Je suppose, répondit le journaliste, qu\u2019il s\u2019appelle (louiez, à moins qu\u2019il ne s\u2019appelle l\u2019elez ou Valdez, mais je vous avoue que je n\u2019en sais rien.11 doit avoir, comme tous scs compatriotes, une demi-douzaine de noms eu \u201cès\u201d ou en \u201cos.\u201d séparés par un \u201cy.\u201d Quand on me défile une de ces kyrielles, j\u2019ai toujours envie d\u2019ajouter : \u201c Y m\u2019ennuie-\u201d \u2014Vous plaisantez sans cesse.Al a is je déclare que votre réfugié a bien l\u2019air d\u2019un grand d\u2019Espagne.\u2014Bas du tout.Les grands d\u2019Espagne sont presque fous rabougris et contrefaits, et ce fidèle de la baronne est un homme superbe.\u2014Vous le traitez de fidèle.Est-ce .qu\u2019il vient souvent ici?\u2014Je n\u2019y suis jamais venu sans l\u2019y rencontrer.11 est vrai que je n\u2019y fais moi-méme que de rares apparitions.Vous voulez savoir pourquoi il fréquente ce salon, où se rassemblent des gens de toute espèce?Parce qu\u2019il a des vices, mon (\u2022hcr.Il n\u2019y a que les vices qui rapprochent les hommes.Avez-vous jamais vu un vertueux s\u2019en'aller chercher un vertueux d\u2019une autre caste que la sienne?IB Non, n\u2019est-ce pas?La vertu est droite, et, pour lier les gens, il faut des atonies crochus.\u2014Alors, ce seigneur joue?\u2014Probablement, à moins qu\u2019il ne vienne présenter ses hommages à la signora Negroni.Il y met de la discrétion, mais je l\u2019ai vu plus d\u2019une fois en aparté avec elle, quand il croit qu\u2019on ne l\u2019observe pas.Ses doublons sont peut-être la raison suffisante de l\u2019opulence de ces dames.1\u2014;Pourriez-vous me dire s\u2019il était ici hier et s\u2019il y a passé la nuit?demanda l\u2019ami du chevalier de Saint-IIélier.\u2014Comment diable voulez-vous que je sache cela ?Est-ce que vous vous imaginez que je viens tous les soirs?Et puis sur quelle herbe avez-vous marché?Vous êtes plus questionneur que \u201cl\u2019interrogeant bailli\u201d du comte de \u201cl\u2019Ingénu,\u201d par M.Arouet de Voltaire.\u2014Quoi! vous citez Voltaire, vous un rédacteur du \u201cDrapeau Blanc?\u201d \u2014Pourquoi pas?11 détestait la canaille.et si les révolutionnaires qui le portent aux nues s\u2019étaient avisés de prêcher leurs doctrines sur ses terres, il les aurait fait jeter dans un cul de Lasse fosse.-Mais laissons en paix la mémoire de feu Arouet et venez, (pie je vous montre la baronne et sa nièce-\u2014Je ne demande pas mieux, dit dos Loquetières qui se félicitait de plus en plus d\u2019avoir rencontré un guide si obligeant et si bien informé.Bernaville le conduisit, en louvoyant à travers les groupes, jusqu\u2019au bout de la galerie où étaient établies parallèlement une table de bouillotte et une table d\u2019é-ca été.Chez Mme de Casanova, chaque partie avait ses amateurs.Le crops attirait les jeunes; l\u2019écarté plaisait davantage aux officiers de la nouvelle et de l\u2019ancienne armée; la bouillotte avait les préférences des hommes mûrs qui avaient brillé sous le Directoire.La baronne y siégeait assidûment, à cette bouillotte des gens posés, quoiqu\u2019elle u\u2019eût pas encoEe dépassé la quarantaine, et on peut croire que des Loquetières l\u2019examina avec toute l\u2019attention qu\u2019elle méritait.C\u2019était une femme fort bien conservée, que cette veuve d\u2019un colonel italien.Elle avait la taille un peu forte, et des épaules superbes qu\u2019elle ne cachait point, des bras potelés et des mains qui laissaient à désirer.Les doigts étaient trop courts et les ongles trop carrés.La figure manquait aussi de distinction, mais elle était belle, d\u2019une beauté romaine, avec des yeux immenses, un nez magistral et un menton spillant.Le teint était bistré et même légèrement halé; les cheveux, plantés très bas sur le front, étaient noirs comme du jais, et les lèvres trop charnues s\u2019entrouvraient souvent pour laisser voir une double rangée de dents blanches et larges, des dents à broyer du pain de munition.Car la baronne était rieuse et sa physionomie gaie tempérait sensiblement la sé- LE SAMEDI 17 vérité de ses traits de statue.Elle ressemblait tout à la fois à.Junon et à une cantinière de Grande Armée.Au moment où Bernavillc et des Loque-tières entrèrent dans le cercle qui l\u2019entourait.Junon venait d\u2019abattre un brelan carré et ramassait, avec une satisfaction qu\u2019elle ne cherchait point à dissimuler, un tas d\u2019or assez respectable.Ses quatre partners\u2014en ce temps-là la bouillotte se jouait à cinq\u2014ses quatre partners avaient des mines de fournisseurs, on aurait dit autrefois de fermiers généraux.Larges poitrines, mollets plantureux, puissantes encolures, visages fleuris, toilettes de mauvais goût, verbe haut- On aurait pu se croire chez M.Barras.\u2014C\u2019est curieux, souffla au journaliste l\u2019émule de M.de Sartine, nous n\u2019avons pas fait dix pas et nous nous trouvons déjà dans un autre monde.Là-bas il n'y avait que de jeunes fous el ici je reconnais trois notables commerçants de mon quartier, tous les trois enragés libéraux.Ils ont souscrit dernièrement aux publications de Touquot, le libraire qui imprime la Charte sur des tabatières.\u2014Mon cher, répondit tout bas Berna-ville, cet*e baronne n\u2019a pas d\u2019opinion.Elle gagne aussi volontiers l\u2019argent des jacobin que l\u2019argent des royalistes.Et le coeur île sa nièce n\u2019a pns d\u2019opinion non plus.Elle reçoit indifféremment les hommages des gardes du corps et ceux des débris de la vieille garde.A propos de gardes du corps, ajouta-t-il en entraînant des Loquetières, vous savez la nouvelle du jour?\u2014Ma foi! non, répondit l\u2019agent qui était tout oreilles, car il flairait un renseignement nouveau.\u2014Mon cher, le fils du marquis de Brou-age a été tué, la nuit dernière, en duel, dans la rue.On est venu ce matin au journal, de la part du ministre de l\u2019intérieur, pour nous prier de ne pas parler de cette affaire.\u2014Ah! mon Dieu! c\u2019est un assassinat! s\u2019écria des Loquetières en feign,ant le plus profond étonnement.Ce jeune homme faisait partie, si je ne me trompe, de la maison militaire du roi.Encore un meurtre politique- \u2014Ce n\u2019est pas mon avis.Le comte Henri était un charmant cavalier, qui a-vait des succès dans tous les mondes.Il était même fort empressé auprès de l,a signora Negroni que je vais vous montrer, et quand vous l\u2019aurez vue.vous ne serez pas surpris qu\u2019il se soit amouraché d\u2019olle.Il avait des rivaux.L\u2019un d\u2019eux lui aura cherché querelle et l\u2019aura envoyé dans l \u2019autre monde pour rester maître du terrain.Croyez-moi, mon cher, il y a de la femme dans cette affaire.\u2014Diable! mais si votre supposition est juste, c\u2019est une personne très dangereuse que cette signora Negroni, et très peu sensible à la perte de scs prétendants, puisqu\u2019elle reçoit ce soir.Peut-être ignore-t-clle que le comte est mort.Et, au fait, je suis curieux de savoir à quoi m\u2019en tenir sur ce point.Les femmes sont toutes des énigmes, mon cher, et Stella est une énigme très agréable à déchiffrer.Venez m\u2019aider un peu à lire sur son doux visage.Nous allons la trouver dans ce boudoir où elle trône, sans doute, au milieu d\u2019un essaim! d\u2019adorateurs.Des Loquetières ne se tit pas prier pour accompagner Berna ville.Il lui tardait d\u2019autant plus de voir la belle Negroni, que l\u2019opinion émise par le journaliste avait fait naître des doutes dans son esprit.il se demandait s'il ne faisait pas fausse route et si le comte Ilcnri n\u2019avait pas été tué par un rival.Dans ce cas là, il fallait immédiatement changer de tactique et chercher le meurtrier parmi les amoureux de Stella, nu lieu de le chercher parmi les ennemis des Bourbons- Et toutes les indications recueillies au vol par des Loquetières, depuis son entrée dans le salon, étaient absolument contradictoires.Aussi était-il perplexe et se préparait-il à déployer toutes ses facultés d\u2019observation pour deviner le secret de.Stella Negroni.11 franchit côte à côte avec Bernavillc le seuil du boudoir, et il eut presque un éblouissement en apercevant cette incomparable Stella.Il voyait pourtant tous les jours une autre merveille, Octavie de Saint-llélier, qu\u2019il appréciait à toute sa valeur; elle et son père en savaient quelque chose.Mais il n\u2019imaginait pas qu\u2019il pût exister sous le ciel une créature aussi parfaite que la jeune femme qui lui apparut assise au fond de ce salon.Elle était vêtue de noir, et la pâleur chaude et mate de son visage s'harmonisait à merveille avec le costume sombre qu\u2019elle portait.Scs cheveux retombaient en nattes épaisses sur son cou, et scs grands sourcils dessinaient sur son front blanc deux arcs qui semblaient avoir été tracés au pinceau, tant ils étaient réguliers.Scs yeux ne ressemblaient pas aux yeux d\u2019émeraude de la divine Octavie.On eût dit des diamants noirs.Ils avaient moins d\u2019éclat et plus de douceur.La physionomie, moins expressive et moins mobile que celle de Mlle de Kaint-Ilélier, était plus sympathique; le regard était plus doux et plus réfléchi.Oriental par le caractère particulier de sa beauté, Stella devait être Italienne par le coeur.Contrairement aux prévisions de Ber-naville, elle n\u2019était pas entourée de sa cour.Un seul homme, assis sur un siège bas, presque à ses pieds, lui parlait, et on devinait .aisément à ses gestes qu\u2019il lui parlait d\u2019amour.Cet adorateur, qui avait su se ménager un tête-à-tête au milieu d\u2019une assemblée nombreuse, tournait le dos à îles Loquetières et à son guide mais la signora Ne- groni, qui paraissait l\u2019écouler avec une émotion contenue, leur faisait face et aussitôt, d\u2019un signe ou d\u2019un mot prononcé à voix basse, elle l\u2019avertit que deux intrus étaient là- L\u2019amoureux se leva vivement et se retourna- \u2014Parbleu! murmura Bernavillc, la (\u2022(i ncidence est bicarré.Nous parlons de la mort tragique du comte de Brouage et nous surprenons son cousin germain en flagrant délit de déclaration.Peste! il ne perd pas de temps pour consoler la Negroni.\u2014Il jouait tout à l'heure au crops, dit tout bas des Loquetières.J\u2019aime à croire qu\u2019il ne connaît pas le fatal événement que.Penh! c\u2019est un philosophe, un esprit fort ; ces gens-là sont sans vergogne, et ils ne doutent de rien, que de l\u2019existence de Dieu et de la légitimité du pouvoir royal.Qui sait si celui-là ne rêve pas déjà d\u2019hériter un jour de la pairie de son oncle?Des Loquetières ne dit mot, mais il pensa beaucoup de choses.\u2014Soyons bons princes, même avec tes libéraux, et ne dérangeons pas cet heureux couple, lui souffla le journaliste en le tirant par la manche.L\u2019agent se laissa entraîner.En faisant volte face, il se heurta presque contre un homme qui entrait précipitamment dans le boudoir et qu'il reconnut fort bien.C'était le réfugié espagnol, le seigneur à l\u2019épingle rose.Ce Castillan ne parut pas prendre garde aux deux personnages qui se trouvaient sur son chemin.Il continua à s\u2019avancer vers In signora Negroni, mais il modéra son allure précipitée et il aborda très cérémonieusement la dame du boudoir.On devinait qu\u2019il sc savait observé.Telle était du moins l\u2019opinion de des Loquetières, qui aurait voulu tout voir et tout entendre, comme le Solitaire de la romance.Entendre ce qu\u2019allaient se dire Stella et scs adorateurs, c\u2019était impossible.Voir c\u2019était difficile, mais ce n\u2019était pas impraticable, en s\u2019y prenant bien- Bernavillc.en homme bien élevé, entraîna son compagnon pour ne pas avoir l\u2019air d\u2019épier ce trio; mais l\u2019agent tenait beaucoup à ne pas trop s'éloigner, et il dégagea doucement son bras.\u2014Eh bien! lui demanda le rédacteur du \u201cDrapeau blanc,\u201d quand ils eurent franchi le seuil du salon, que dites-vous de cette beauté transalpine?\u2014Je dis qu\u2019elle doit tourner toutes les tètes, et, en vérité, je ne suis pas étonné qu\u2019on sc batte pour elle.Ri le comte de Brouage était son prétendant, il y a gros à parier qu\u2019il a été tué, comme vous le supposez, par quelqu\u2019un qui aspirait à le supplanter dans les bonnes grâces de la dame.\u2014Reste à savoir lequel.Tous les habitués de ce salon sont plus ou moins amoureux de Btella, y compris le marquis jaco- 18 UE IAMED1 \u2022 r* bin.Je l\u2019ai entendu plus d\u2019une fois lui débiter des fadeurs qu\u2019il a sans doute apprises par coeur à Versailles avant la guerre d\u2019Amérique.\u2014Je remarque cependant qu\u2019il n\u2019a pas accompagné dans le boudoir son ami l\u2019Es-pagnol.\u2014Non.Il doit être parti.Il n\u2019aime psa à rentrer tard.Ce n\u2019est pas qu\u2019il ait des discours à préparer, puisqu\u2019il ne monte jamais à la tribune.Mais il doit passer ses nuits à correspondre avec les ennemis du roi.\u2014Alors, voiufc croyez qu\u2019il conspire?demanda des Loquetières en prenant un air innocent.\u2014Mon cher, les libéraux ne font que cela.Seulement les chefs se tiennent dans la coulisse et laissent les écervelés qui veulent jouer les premiers rôles se faire couper le cou, pendant qu\u2019ils protestent hautement de leur respect pour le gouvernement constitutionnel- Mais laissons là les révolutionnaires prudents et revenons à la divine Stella.Ce qui me plaît en elle, e\u2019est qu\u2019elle ne ressemble pas du tout à nos poupées à la mode.Elle ne se coilïe pas, elle ne s\u2019attife pas, elle .prend pas d\u2019attitudes.Elle est belle et voilà tout.\u2014Belle comme une statue, mon cher Bernaville, et le marbre est froid.\u2014Des Loquetières, vous n\u2019y entendez rien.Cette statue a un coeur, je vous en réponds.Si vous en doutez, vous n\u2019avez qu\u2019à regarder ses yeux.\u2014Oui, ils se voilent.ses longs cils s\u2019abaissent.on jurerait qu\u2019elle vient de recevoir une mauvaise nouvelle.1\u2014Bien trouvé.La mauvaise nouvelle, je la devine.Le seigneur Gomez y Valdez y.n\u2019importe quoi vient d\u2019apprendre, de la bouche de son ami le député, que le comte de Brouagoa été tué la nuit dernière, et il s\u2019est empressé d\u2019aller raconter l\u2019histoire à Stella.Ces Castillans manquent de tact, \u2014IIuni ! celui-ci n\u2019est peut-être pas très fâché d\u2019annoncer à la belle que ce jeune homme est mort.Les Espagnols sont jaloux en di,aljle et on les accuse d\u2019être féroces en amour.Mais, si vos conjectures sont justes, je serais curieux de savoir ce qu\u2019éprouve en ce moment le cousin de la victime- \u2014Moi aussi ; malheureusement, il nous tourna le dos, et, comme je n\u2019aime pas à surveiller les gens, je n\u2019attendrai pas qu\u2019il se retourne.J\u2019ai affaire à mon journal et je vous souhaite le bonsoir.Venez donc un de ces matins au café Lemblin.Toute l\u2019école libérale et classique y déjeune.Nous turlupinerons un peu ces perruques révolutionnaires.Et,sans attendre la réponse de des Loquetières, Bernaville, qui était un fantaisiste, tourna brusquement les talons et se mit à remonter la galerie.L\u2019admirateur de M.de Sartine était accoutumé aux singularités du journaliste, qui fut une des ligures les plus curieuses de ce temps., fertile en types originaux.Il ne chercha point à le retenir, sachant bien que le rédacteur du \u201cDrapeau blanc\u2019\u2019 n\u2019en faisait jamais qu\u2019à sa tête.Au surplus, il n\u2019avait plus besoitn de lui, ni de personne.Les renseignements qu\u2019il venait de recueillir lui suffisaient.11 n\u2019avait plus qu\u2019à les coordonner, à les comparer et à en tirer des conclusions.Or, c\u2019était précisément à quoi i'I excellait.Son esprit logique et précis avait déjà laissé de côté les comparses qui remplissaient le salon, pour s\u2019attacher aux personnages qui lui paraissaient valoir la peine qu\u2019on les étudiât.La baronne lui semblait insignifiante.Les députés de l\u2019opposition n\u2019étaient évidemment pour rien dans l\u2019affaire- L\u2019étudiant .Mareas, non plus.Du reste, il avait sans doute décampé, car on ne le voyait plus.Restaient .Stella, Fabien de Brouage et le seigneur espagnol.Quel lien unissait entre eux ces deux hommes et que pouvaient-ils avoir à dire de si intéressant à la signora Negroni.L\u2019entretient qu\u2019ils avaient avec elle continuait, plus an:mé que jamais, et des Loquetières ne perdait pas un de leurs gestes.Son instinct de maître en espionnage lui disait qu\u2019il était question entre deux de l\u2019événement du jour, et qu\u2019ils devaient y être mêlés, au moins indirectement.Aussi les regardait-il de tous ses yeux, et à force de les regarder, il aperçut dans la toilette de l\u2019Italienne un détail qui ne l\u2019avait pas frappé tout d\u2019abord.Elle portait, passée horizontalement à travers son épaisse chevelure noire, une longue broche d\u2019argent terminée aux deux bouts par deux grosses boules de corail rose.\u2014Oh! oh! se dit des Loquetières, voilà une parure qui ressemble fort à l\u2019épingle de l\u2019hidalgo.Serait-ce un signe de ralliement?Pourquoi tout ce corail?Je sais bien que c\u2019est encore la mode en Italie;.mais en Espagne?Décidément, il faut que je sache à quoi m\u2019en tenir sur ce réfugié et je vais commencer par le suivre à sa sortie de l\u2019hôtel.Ce projet était sans doute fort sage, mais en attendant le moment de le mettre à exécution, l\u2019ami du chevalier se trouvait dans une situation assez fausse.Planté, comme il l\u2019était, au bout de la galerie, à deux pas du boudoir ouvert, il devait attirer tôt ou tard, et il attirait déjà l\u2019attention de l\u2019Italienne et de ses amis, qui tournaient fréquemment la tête de son côté.Or.il tenait absolument à ne pas les perdre de vue.et, par conséquent, à ne pas quitter la place.Pour motiver une longue station à l\u2019entrée du boudoir, il fallait un prétexte, une occupation qui lui permit de se donner une contenance.A sa gauche, tout près de lui.on jouait à l\u2019écarté.En se rapprochant de la table, il pouvait encore suivre du regard les causeurs du petit salon- \u2014Voilà mon affaire, pensa-t-il.Je vais me mêler aux parieurs, je parierai même, s\u2019il faut, et personne ne fera plus attention à moi.Il obliqua donc insensiblement à gauche, et, en se confondant avec les spectateurs de la partie, il prit position si adroitement, que tout en faisant face au tapis vert, il surveillait du coin de l\u2019oeil le trio suspect.Les intéressés au jeu n\u2019avaient pas exagéré en disant que les coups étaient très chers.De chaque côté s\u2019élevaient des piles de louis d\u2019une hauteur respectable, et des Loquetières admirait qu\u2019on risquât tant d\u2019or dans un temps où l\u2019or était assez rare.Ce phénomène ne lui paraissait d\u2019autant plus surprenant, que les joueurs n\u2019appartenaient pas à la même catégorie que les amateurs de la bouillotte.Il n\u2019y avait autour de la table d\u2019écarté que des jeunes gens et des hommes qui avaient appartenu à l\u2019ancienne armée.La demi-solde .accordée par le gouvernement aux militaires non ralliés suffisant à peine pour vivre, un observateur pouvait bien se demander où ces braves a-vaient pris de quoi exposer de si gros enjeux.\t, \u2014En voici un qui, si je ne me trompe, était simple capitaine sous l\u2019usurpateur, et qui risque une mise de deux cents francs, pensait des Loquetières.C\u2019est la Cour des Miracles, que ce -salon de la baronne.Les pauvres s\u2019y changent en riches; mais je ne crois pas aux miracles, et j\u2019aurai l\u2019explication de celui-là.Et il ajoutait à part lui: \u2014L\u2019Espagnol est toujours là.et le vicomte aussi.Ils causent maintenant plus tranquillement.Ils ont l\u2019air de traiter une affaire.Quelle affaire?.Certainement, ils ne parlent pas du cours de la rente.Cette Italienne ne les écouterait pas avec tant d\u2019attention.Pendant qu\u2019il suivait en esprit ce raisonnement, un des joueurs qui venait de perdre l.a partie se leva en disant: 1\u2014Décidément, il n\u2019y a rien à faire-Notre côté est empoisonné.Pour changer la veine, il nous faudrait quelqu\u2019un qui n\u2019eût pas encore tenu les cartes.Et, avisant l\u2019honnête ligure de M.des Loquetières, le décavé reprit: \u2014Vous jouez l\u2019écarté, n\u2019est-ce pas, monsieur?\u2014Assez mal, balbutia l\u2019agent, qui ne se souciait pas d\u2019ench,ailier sa liberté en s\u2019engageant dans une partie.\u2014Qu\u2019importe?Nous vous conseillerons, et vous gagnerez, j\u2019en réponds.Je suis physionomiste, et je su's certain que vous devez avoir r\u2019e la chance.Celui qui tenait ce discours engageant était un officier en bourgeois, mais un officier qui servait certainement les Bourbons car il était tout jeune et il n\u2019avait pas la mine rébarbative des militaires réformés depuis la chute de l\u2019Empire.Du reste les joueurs s\u2019étaient partagés en deux camps.D\u2019un côté les royalistes, de l\u2019autre les bonapartistes.Et les royalistes étaient en pleine déroute.Ils venaient d\u2019être battus pour la quatrième fobs par un grognard qui devait être aussi fort à la pointe et à la contre- pointe qu\u2019à l\u2019écarté, car il regardait les vaincus d\u2019un air provosateur.Il se sentait soutenu, d\u2019ailleurs, par cinq ou six camarades tous des gens solides et pourvus de figures énergiques.Les amis de son adversaire ne ressemblaient point à ces soudards, et ils se mirent à insister auprès de des Loquetières qui, en toute autre circonstance, n\u2019aurait pas mieux demandé que de combattre pour la bonne .cause, car il ne haïssait point l\u2019écarté et il le jouait à merveille.Qui donc gagnera la jolie montre d\u2019or?Mais il ne voulait pas cesser d\u2019observer la scène qui se passait dans le.boudoir, et il aurait nettement refusé de tenir les cartes, s\u2019il ne se fût aperçu qu\u2019il verrait encore mieux les causeurs en s\u2019asseyant qu\u2019en restant debout.La table était disposée de telle sorte que les deux tenants étaient placés de .profil par rapport au petit salon, et comme elle touchait presque la cloison, les parieurs, groupés d\u2019un seul côté ne masquaient pas le sofa où la signora Negroni venait de se rasseoir entre scs deux adorateurs.Des Loquetières se dit qu\u2019après tout il courait encore moins le risque d\u2019attirer l\u2019attention de la dame en s\u2019attablant- On ne se défie pas d\u2019un homme qui tient les cartes, attendu qu\u2019on suppose qu\u2019il est tout à son jeu.Il espérait bien, d\u2019ailleurs, n\u2019être pas retenu longtemps et le colloque auquel il s\u2019intéressait', ne paraissait pas près de finir.De plus, il eraingnait de se singulariser en refusant une invitation polie, et il n\u2019était pas fâché de se concilier la bienveillance de quelques habitués appartenant à la même opinion que lui.\u2014Messieurs, dit-il en prenant place, je ne veux pas vous désobliger.Je vous préviens seulement que je joue très petit jeu.On ne lui répondit pas, mais on le soutint.A côté du double louis qu\u2019il déposa timidement sur le tapis, s\u2019entassèrent aussitôt des masses compactes.La confiance revenait aux vaincus, mais les vainqueurs ne demandaient qu\u2019à poursuivre la série de leurs triomphes, et les mises furent couvertes avec entrain par le côté adverse.La donne échut à des Loquetières, qui, en tournant l\u2019atout, s\u2019inclina et dit: \u2014Monsieur, j\u2019ai bien l\u2019honneur de vous saluer.\t, Son adversaire, au lieu de lui répondre par un signe de tête pdli, lança une carte comme il aurait poussé un coup droit, puis une autre, puis une autre encore, et en détachant la dernière, par un coup de poing, il s\u2019écria: \u2014La vole ! Des Loquetières crut devoir prendre un air isolé, .mais il lui était parfaitement égal de perdre deux points, car il assistait en ce moment même à un spectacle bien (plus intéressant pour lui que la partie.La scène avait changé dans le boudoir.Stella Negroni, à demi couchée sur les LE SAMEDI\t1 coussins du sofa, jouait distraitement a-vec son éventail; les deux hommes s\u2019étaient levés et continuaient à causer entre eux pliais, sans doute, leur conversation n\u2019intéressait plus la belle Italienne, car elle ne l\u2019écoutait pas.\u2014Qu\u2019est-ce que le vicomte peut bien raconter à l\u2019Espagnol?pensait des Loquetières.Mais il fallut se remettre à son jeu- Au second coup, le grognard fit encore le point; de plus, il eut le roi, et ses opinions politiques ne l'empêchèrent pas de le marquer.La vieille garde triomphait sur toute la ligne, et la jeune année faisait assez triste figure.\ti L\u2019homme des grandes traditions, lui, ne paraissait pas ému du tout.Il considérait son double louis comme perdu, mais il trouvait que ce n\u2019était pas payer sa place trap cher, car, dans le boudoir, la pièce se corsait.Un homme venait d\u2019y entrer par une porto que l\u2019espion ne pouvait pas voir et qu\u2019il n\u2019avait pas remarqué, et cet homme était le portier qui gardait l\u2019hôtel.\u2014Pour le coup, il y a du nouveau, se dit des Loquetières; cet Italien vient faire un rapport à sa maîtresse.Donc, il se passe ou il va se passer des choses que je veux voir.Heureusement, ce vieux sabreur a quatre points.D\u2019ici à deux minutes, j\u2019aurai perdu, et je serai libre de mes mouvements.I\u2014A vous de donner, dit à des Loquetières un des parieurs qui le soutenaient.Tâchons de ne pas perdre le cinquième points comme nous avons perdu les quatre premiers.\u2014Monsieur, murmura l\u2019ami du chevalier de Saint-IIélier, je crains bien qu\u2019en comptant sur moi, vous n\u2019ayez mal placé votre confiance; mais, enfin, je vais faire de mon mieux pour la justifier.Et il se mit à mêler les cartes en observant le boudoir du coin de 1 oeil et en se disant : \u2014Par où le portier est-il venu?Il y a donc dans le petit salon une porte secrete?Et quelle nouvelle apporte à la Negroni ce célèbre Calabrais?Elle n\u2019a pas l\u2019air trop émue en l\u2019écoutant, et cependant il mi semble ,qu\u2019elle a pâlit.\u2014Ah! le roi! s\u2019écria le jeune officier-C\u2019est de bon augure.Marquez-lc.Des Loquetières le marqua, sans aucun enthousiasme, et releva son jeu avec l\u2019espoir de n\u2019y trouver que des sept ou des huit.Il y vit.à sa très vive contrariété, cinq atouts par la dame.S\u2019il l\u2019eût osé.il aurait proposé, mais on le surveillait, et force lui fut de faire la vole.La jeune armée releva la tête, et la vieille garde murmura.\u2014Silence dans les rangs! dit le grognard qui tenait les cartes.La partie n\u2019est pas perdue pour trois points qu un civil vicnt.de faire.Après 1\u2019entree des alliés nous avons bien eu le 20, mars.\u2014Et après le 20 mars, Waterloo, ripos- 19 ta l\u2019officier qui avait recruté des Loquetières.Le sabreur releva la tête, et dit tranquillement ni toisant son ennemi: \u2014Vous, monsieur de Waterloo, nous causerons tout à,l\u2019heure, si le coeur vous en dit.\u2014Quand il vous plaira.\u2014Bon! pensa l\u2019agent.Encore un duel-Voilà une affaire à suivre.Qui sait si ce n\u2019est pas ce vieux chercheur de querelles qui a fait le coup de la nuit dernière.Pourvu qu\u2019il gagne vite la partie! damais je n\u2019ai eu tant besoin de ma liberté d\u2019action.\u2014C\u2019est dit, reprit le capitaine on demi-solde, on s\u2019expliquera, jeune homme.Et, en attendant, vous allez voir le retour de l\u2019île d\u2019Elbe.Je parie mes vieilles bottes contre votre épaulette neuve que je tourne César.11 tourna le neuf de pique, à la grande désolation de des Loquetières, qui faisait les voeux les plus ardents pour son adversaire.11 venait de voir disparaître le portier, qui avait dù s\u2019en aller, comme il était venu, par un escalier dérobé, et il voyait maintenant la Negroni, le vicomte et le seigneur espagnol rentrer dans le grand salon.\u2014Où vont-ils?se demandait l\u2019élève de Fouché.Et qui sait si je les retrouverai tout à l\u2019heure?Maudite partie! Ma foi! tant pis., je vais proposer si j\u2019ai beau jeu, et jouer d\u2019autorité si je n\u2019ai rien eu main; ce sera fini plus vite.Mes parieurs crieront, mais je m\u2019eu moque.Les parieurs /crièrent, en effet, car, ayant relevé un jeu superbe, il proposa.\u2014Impossible à mon coeur, répondit le vieux troupier, qui se croyait sûr du point, car il avait deux rois, dont César, son préféré, deux atouts.Il le perdit, et son refus lui coûta la part ii*.Des Loquetières était exaspéré, .mais ses associés jubilaienl, et il recueillit les éloges les plus flatteurs sur la façon magistrale dont il avait ménagé ce coup victorieux- Ces éloges, il ne les méritait guère, et il enrageait de tout son coeur d\u2019avoir été si bien servi par le hasard.La fortune ne favorise que ceux qui la dédaignent.Aussi ne voit-on presque jamais les pauvres diables gagner.Le gagnant malgré lui s\u2019agitait sur sa chaise pour tâcher de voir ce qui se passait dans le salon, et surtout ce qu\u2019étaient devenus les causeurs du boudoir.Il était si troublé, qu\u2019il oublia de ramasser ses quatre louis.Il fallut que son ami l\u2019officier le priât, à deux reprises, de procéder à la repartition des bénéfices entre les intéressés et de retirer la petite somme qui lui revenait.\u2014Bravo! monsieur, lui dit ce gai jeune homme, vous avez dispersée l\u2019armée de la Loire.J\u2019espère que vous allez la poursuivre.\u2014AIais.murmura l\u2019ami du chevalier de Saint-IIélier, toute ma joie est gâtée.On 20 LE SAMEDI vous a cherché querelle, et je serais désolé qu\u2019à l'occasion de cette partie, vous fussiez obligé.\u2014D'aller sur le terrain ?Parbleu ! j\u2019eu serais ravi.Il y ;i trois mois que je ne me suis battu, et la m.ain me démange.D\u2019ailleurs, j\u2019ai des camarades à venger.On a encore tué cette nuit un garde du corps.\u2014Oui, j\u2019ai entendu parler à mots couverts .de ce déplorable événements, répondit des Loquetières.qui était toujours ù 'l\u2019affût 0° renseignements) Ifîonna'it-eri la cause de la querelle?Sait-on.\u2014Vous pl(aîrnit-il monsieur, de vous occuper do la partie?dit sèchement le joueur qui venait de s\u2019asseoir à la place du perdant.Celui-là paraissait être intimement lié avec les vieux troupiers que l\u2019espion venait, de battre, mais il ne leur ressemblait pas du tout.Il n\u2019avail pas trente ans il ét.nit vêtu à la mode du jour, et cependant il portait le ruban rouge, et ses favoris étaient coupés carrément au niveau de l\u2019oreille- Il devait avoir servi en 1814.dans les gardes d\u2019honneur.Des Loquetières mourait d\u2019envie de lâcher pied devant ce jeune soutient de l\u2019usurpateur, mais il comprit que, s\u2019il levait le siège, son brusque départ serait remarqué.Or, ce qu\u2019il craignait par-dessus tout, e était d\u2019attirer l\u2019attention, car la dernière partie de la tâche qu\u2019il s\u2019était imposée était des plus délicates à remplir.Il voulait s\u2019attacher aux pas du seigneur espagnol dont l\u2019épingle en corail lui trottait par la cervelle, et, pour épier quelqu\u2019un, c\u2019est assurément une détestable condition que d\u2019être épié soi-même.Il se résigna donc, fort à contre coeur, a rester.S.démord, il se retourna plusieurs fois sous prétexte de consulter ses parleurs au sujet du partage du butin conquis sur les impériaux.De mouvement prémédité lui procura 1 indicible satisfaction de voir que les 1re s personnes qui l\u2019intéressaient étaient encore dans le salon.Le vicomte Fabien cherchait à fendre la foule pour s\u2019approcher de la table de crops ; le Castillan causait avec des messieurs qui n\u2019avaient pas du tout l\u2019air de conspirer, et la belle Stella, debout derrière sa respectable jante écoutait, en jouant de l\u2019éventail, les galanteries au gros sel des financiers de bouillotte.l\u2019on! se dit des Loquetières, ils ne se doutent de rien.Je les retrouverai tout à l\u2019heure, et.en attendant, je puis bien gagner quelque argent à ces traîneurs de sabre.Il sera certainement pris sur l\u2019ennemi, cet argent-là.car il ne sort pas de la caisse des retraites- Rassuré et rasséréné, l\u2019agent secret laissa ses quatre louis sur le t.upis, et prit les cartes contre un adversaire qui avait à chaque donne le roi et trois atouts dans la main.La partie fut gagnée en deux coups.Au garde d\u2019honneur succéda un grand ébsble.d\u2019officier, dont le visage osseux semblait avoir été brûlé en Egypte, tanné en Espagne et gelé en Russie, un volontaire de t)2.passé prétorien pour avoir trop vaincu sous César.Celui-ci risqua cinq louis, qu\u2019il appelait cinq napoléons, et il les perdit sans marquer un seul point, mais non sans jurer entre ses dents.Vint ensuite un homme à lunettes, qui avait dû être chirurgien militaire et qui se défendit un peu mieux.Il fut décavé par un roi.tourné au moment décisif.La grande Armée expiait ses triomphes.Elle en était à la retraite de Moscou.Et.comme on l\u2019avait déjà vu après la Bérésinn.elle manifestait un vif mécontentement.voire des dispositions à se débander.Sans doute, les munitions lui manquaient.car elle avait usé beaucoup de cartouches.Tous ees braves en disponibilité lançaient des regards furieux au placide des Loquetières.qui souriait béatement et qui n\u2019était plus nressé de partir, car il venait de gagner quatre parties et il y prenait goût.De plus, il n\u2019oubliait, pas de regarder souvent derrière lui.et il constatait charpie fois, avec un nouveau plaisir, que la signora Negroni et l\u2019homme à l\u2019épingle rose n\u2019avaient pas changé de place.La Negroni se penchait en ce moment pour dire quelques mots à l\u2019oreille de la baronne et l\u2019hidalgo s\u2019enfretenait mabite-nant avec un homme dont l\u2019infatigable observateur ne voyait que le dos.\u2014Allons, messieurs, à qui le tour?demanda railleusement un des officiers royalistes.La place était vide en face de des Loquetières.e| les perdants montraient peu de dispositions à l\u2019occuper.¦\u2014Les rois sont contre nous, grommela le chirurgien- 1\u2014Tl y en a pourtant un qui se nomme César, dit un garde de Monsieur.\u2014César est à Sainte-Hélène et son successeur nous a mis à la demi-solde.\u2014On ne s\u2019en douterait pas.Vous jouez plus cher que nous.\u2014Prétendriez-vous insinuer que la police de vos Bourbons nous fait des rentes?demanda le vétéran des armées de la République.\u2014Prenez-lo comme vous voudrez, répliqua la garde de Monsieur.\u2014Très bien, jeune homme, je serai demain à midi devant le canon du Palais-Royal.\u2014Moi.j\u2019y serai à midi moins un quart.\u2014Encore un ! pensa des Loquetières.On marche sur les duels ici.C\u2019est ne pas s\u2019y reconnaître, au milieu de tous ces breteurs.\u2014Voyons, messieurs, s\u2019écria un officier.finissons en.Trouvez un rentrant ou bien l\u2019un de nous va prendre la place.\u2014TTn rentrant! me voici, dit une voix qui fit tressaillir l\u2019ami du chevalier.Cette voix était celle de l\u2019homme qui causait avec l\u2019espagnol, et qui.après avoir salué poliment son interlocuteur, ,se re- tourna et se dirigea vers la table d\u2019é-carté.\u2014Le colonel Fournés! s\u2019écrièrent en choeur les vaincus- Ah! ah! nous allons voir.\t, L\u2019agent n\u2019avait pas besoin qu\u2019on prononçât ce nom pour reconnaître celui qui le portait.Ce colonel était, une des personnalités les plus marquantes du parti qui regrettait l\u2019Empire.Il avait brillamment servi Napoléon, il était riche, il était encore jeune, .et il exécrait le nouveau régime.11 n\u2019en fallait pas tant pour faire de lui un chef, et il avait été mêlé plus ou moins directement à tous les complots tramés depuis 1815 contre le gouvenement des Bourbons.\t^ Compromis notamment dans l\u2019affaire de l\u2019Epingle noire, il avait comparu comme accusé, au mois d\u2019octobre 1817, devant la cour d\u2019assises de la Seine.Acquitté, grâce aux excellents renseignements fournis sur son compte par le général de Brouage, qui l\u2019avait eu jadis sous ses ordres au De dragons, le colonel Fournés était resté à Paris, où on le surveillait.quoiqu\u2019il affectât de ne plus s\u2019occuper de politique.Or, il y avait eu un jour dans la vie de des Loquetières, jour néfaste, où cet espion de haut vol s\u2019était vu forcé de faire lui-même, et en propre personne, arrêter ce terrible colonel, lequel n\u2019avait certes lias oublié la ligure du Judas qui l\u2019avait jadis attiré dans un piège.1\u2014S\u2019il me voit, je suis perdue, se dit ausssitôt il\u2019ami de M.de Saint-Hélier.Il ne vient, ici que pour conspirer, et il devinera sans peine que je n\u2019y viens que pour observer.Je vais être assommé dans la rue en rentrant chez moi.Et.tout en cherchant un moyen d\u2019é-chapper au lamentable sort qu\u2019il prévoyait.le malheureux se mouchait avec fureur.pour tâcher de cacher s^i figure sous son mouchoir.Cependant, le colonel s\u2019avançait calme et souriant.Il salua courtoisement les joueurs, même ceux de l\u2019autre parti, serra la main à deux ou trois anciens camarades.et s\u2019assit sur la chaise vacante en disant : \u2014Nous sommes donc battus, messieurs?\u2014A plate couture, mon colonol, répondit l\u2019ex major- \u2014Bah! la bataille de Marengo était perdue à trois heures, et à six heures nous l\u2019avions gagnée.Je ne suis pas Desaix, mais je vais tâcher d\u2019arrêter la déroute.Je tiens tout ce qu\u2019on jouera de l\u2019autre côté, et je prends dans mon jeu tous ceux de mes amis qui voudront bien s\u2019y intéresser.Des Loquetières ne s\u2019associa point au murmure approbateur qui accueillit cette proposition.Il s\u2019agitait comme si son siège eût été rembourré d\u2019épines, et il baissait le nez de plus en plus.Cependant, le colonel ne paraissait pas s\u2019occuper de lui.Tl avait posé deux rouleaux d\u2019or sur la table, et il attendait, sans regarder son adversaire, que le jeu fût fait, LE SAMEDI 21 C\u2019était une figure avenante que celle du colonel Fournés.Il était blond, mince et fort bien tourné.11 avait guère plus de quarante ans, ets s façons ne sentaient nullement la caserne.11 ressemblait plutôt à un homme du monde qu\u2019à un soldat, et il aurait eu l\u2019air très doux, n\u2019eût été le regard clair et perçant comme une lame d\u2019épée qui jaillissait parfois de ses yeux bleus.\u2014Les mises sont faites.11 me semble monsieur, que nous pouvons commencer, dit-il en adressant à des Loquetières un aimable sourire.\u2014Un jurerait qu\u2019il ne me reconnaît pas.pensait l\u2019espion, en toussant pour se donner une contenance.Non.je me (latte.il est impossible qu\u2019il ait oublié ma figure.Que faire, mon Dieu, que faire?Il était, tellement bouleversé qu\u2019il oublia de retirer les louis qu\u2019il venait de gagner et qu\u2019il n\u2019avait certes pas l\u2019inte-tion d\u2019exposer à un revers de fortune.S\u2019il eût songé à les mettre à l\u2019abri, il les aurait empochés d\u2019autant plus volontiers que son esprit plein de ressources venait de lui suggérer un moyen de se dérober.Il était, résolu à décamper, mais il s\u2019agissait de décamper sans qu\u2019on inquiétât sa retraite.Or, il se disait que s\u2019il levait le siège avant de commencer la partie le colonel Fournés pourrait fort bien en faire autant, et le suivre dans le salon, dans l\u2019escalier et même plus loin, pour lui couper les oreilles.Au contraire, la partie une fois engagée, le redoutable colonel ne serait plus libre de ses mouvements, car il se ferait sans doute un point d\u2019honneur de ne pas abandonner ses camarades qui venaient de lui confier leurs derniers napoléons.Fournés devait certainement avoir conservé un mauvais souvenir de ses courtes relations avec le personnage qui l\u2019avait arrêté jadis; mais, après tout, il ne savait pas d\u2019une façon certaine que ce personnage venait chez la baronne pour y faire son métier d\u2019espion.Fit, s\u2019il s\u2019en doutait, il n\u2019était pas probable qu\u2019il voulût faire une scène dans le salon, eu présence de beaucoup de gens qui n\u2019étaient pas tous de son parti.Des Loquetières finit même par se dire one cet élégant conspirateur n\u2019était pas homme à se faire justice de sa propre main et que, s\u2019il voulait châtier un agent de la police secrète, il chargerait de cette besogne dos affiliés sulbalternes.Ceux-là n\u2019avaient pas tant de scrupules et ne demandaient pas mieux que d\u2019assommer un mouchard.Le grand point consistait donc à disparaître sans laisser à Fournés le temps de donner des ordres, et Fournés ne pouvait pas leur en donner à une table d\u2019é carté.sous les yeux de cinq ou six officiers royalistes.Un peu réconforté par ccs réflexions judicieuses l\u2019élève de Fouché releva la tête et osa pour la première fois, regarder l\u2019ennemi en face.\u2014Vous plaît-il monsieur, que nous ti- rions la donne?lui demanda le colonel de sa voix douce et sonore.\u2014Je commence à espérer qu\u2019il ne se souvient pas de moi, pensa des Loquetières.Raison de plus pour brusquer mon départ.A la longue, la mémoire lui reviendrait- La main échut au soldat de l\u2019Empire qui accompagna la retourne d\u2019un gracieux salut.Le moment était venu de jouer la comédie pour avoir un prétexte de déguerpir.Des Loquetières passa, sa main sur son front, se pinça les lèvres, et prit un air souffrant.\u2014C\u2019est à vous à parler, monsieur, lui dit poliment Fournés- \u2014Je propose murmura l\u2019agent d\u2019une voix entre coupée.\u2014Je refuse.Des Loquetières joua d\u2019une main tremblante.et ne fit pas une seule levée.\u2014Qu \u2019avez-vous donc, monsieur?demanda le colonel avec intérêt.Seriez-vous indiposé?\u2014Oui, balbutia l\u2019agent qui u\u2019avait pas eu de peine à pâlir, car il avait réellement peur; je.je ne me sens pas bien.\u2014Reposez-vous.J\u2019attendrai que vous soyez remis.\u2014Je vous suis obligé.mais je.oui.je souffre trop pour continuer.je ne sais plus ce que je fiais.je désirerais sortir.\u2014Ce n\u2019est pourtant pas la première fois que ce pékin voit le feu, ricana le chirurgien-major.\u2014Diable ! mais vous allez couper notre veine, cher monsieur, s\u2019écria un des offi-ciers royalistes.\u2014Je suis désolé, messieurs, mais je vous jure que je ne saurais rester plus longtemps.j\u2019ni besoin d\u2019air.j\u2019étouffe.\u2014Bon! voilà maintenant qu\u2019il a des vapeurs comme une jolie femme.Ce n\u2019est pas naturel, dit le sceptique! major.\u2014Monsieur, dit le colonel de l\u2019air le ]>11is sérieux du monde, il serait cruel d\u2019insister pour vous obliger ;i achever la.partie.Je crois que vous ferez bien d\u2019aller faire un tour dans le jardin de l\u2019hôtel.\u2014Oui.c\u2019est cela.dans le jardin.en m\u2019y promenant je me remettrai.mon étourdissement se dissipera, je l\u2019espère.alors je remonterai.\u2014Et en attendant, vous nous plantez là avec nos deux points! interrompit un des grognards.\u2014J\u2019en suis désolé.mais un de ces messieurs aura peut-être la complaisance de tenir mon jeu.\u2014Je n\u2019y vois, pour ma part, aucun inconvénient, dit le colonel.\u2014Alors, je vais prendre les cartes, s'écria l\u2019officier qui avait ramassé- un duel pour avoir parle de à\\ aterloo.\u2014Merci.oh! merci.je vous suis bien obligé.et à monsieur aussi, dit des Loquetières en se levant avec eflort.Et comme il ne perdait pas la tête, il ajouta, pour faire croire qu\u2019il se proposait vraiment de revenir- \u2014J\u2019ai six cent quarante francs au jeu.2-1 aurez-vous la complaisance de les retirer avec mon bénéfice si nous gagnons.et si je ne suis pas de retour avant la fin du coup?\t, i\u2014C\u2019est convenu, lui répondit l'officier en s\u2019attablant à sa place.Dos Loquetières, émerveillé et ravi du succès do sa mise, s\u2019éloigna d\u2019un pas chancelant pour gagner la porte; mais il eut soin, avant d\u2019y arriver, de regarder à droite et à gauche, et même de se retourner une ou deux fois.11 eut l\u2019inexprimable satisfaction de voir que le colonel continuait la partie, et il remarqua, on passant, que la baronne était toujours à la bouillotte, que le seigneur castillan se tenait debout derrière elle, et que In signora Negroni avait disparu.\u2014Je suis sauvé, se dit-il en prenant son manteau dans l\u2019antichambre; mais, c\u2019est, égal, je n\u2019ai pas de temps à perdrp.Fournés n\u2019a qu\u2019un mot à dire pour mettre un de ccs coupes-jarrets à mes trousses.Pourvu que je trouve un cabriolet de place pour rentrer chez moi.Et il descendit quatre à quatre les marches de l\u2019escalier où.en arrivant, il avait rencontré l\u2019étudiant Marcas.\u2014Quelle soirée! pensait-il.Je n\u2019aurai pas grand\u2019chose à apprendre demain au marquis, mais je tiens beaucoup de pistes.Le vicomte Fabien est suspect.L\u2019Espagnol est suspect.La baronne et sa nièce sont suspectes.Ben.voilà que je parle comme du temps où je travaillais pour le Comité de salut publie.J'ai eu tort d\u2019opter pour les moyens doux.On conspire ici.Le colonel Fournés.l\u2019épingle.tout ça sent le complot à plein nez.et i j\u2019avais eu l\u2019heureuse idée de donner un coup de filet cette nuit, j\u2019aurais pris beaucoup de poissons.\u2022 et dos gros.Bah! ccs farceuses ne perdent rien pour attendre.Je les ferai coffrer demain.Oui.mais demain il sera peut-être trop tard.Les oiseaux sc seront: envolés- Si j\u2019allais tout droit à la préfecture?Non, ee serait peine perdue.Ils ont supprimé le service de permanence.Ils donnent tous.Ab! ce u\u2019est pas comme ça qu\u2019on faisait la police sous le duc d\u2019Otrante.ni même sous Robespierre .C\u2019est égal, je n\u2019en aurai pas Je démenti.Je flaire une grosse affaire.Tous ces vieux de la vieille qui roulent sur l\u2019or.et deux duels engagés chez la baronne a propos de bottes.j\u2019enverrai demain des agents a il'Palais-Royal et au café Lem-blin.il faut que je sache les noms des deux grognards qui ont cherché querelle aux royaux.et puis.et puis nous verrons.Si je faisais pincer une suite de l\u2019Epingle noire, on ne me nianehandciyiit pas cinq cent mille francs de gratification sur les fonds secrets.je pourrais me retirer tout à fait, acheter un château.la châtelaine est toute trouvée, si elle voulait.et elle voudra.il faudra bien qu\u2019elle veuille.d\u2019ici à quelques jours, j\u2019irai LE SAMEDI 22 vuir Saint-IIélier pour lui demander une réponse définitive- Ce long monologue ne prit fin qu\u2019au bas de l\u2019escalier.Dans le A'cst iDiilo.des Loquetières retrouva le portier, causant tranquillement avec deux cochers (pii étaient entrés là pour se réchauffer.Ce Calabrais n\u2019avait pas du tout l\u2019air de conspirer, et il salua poliment le personnage (pii lui avait demandé des renseignements deux heures auparavant.\u201411 a une physionomie honnête.Fiez-vous donc aux apparences! pensait l\u2019espion.En même temps, il s\u2019avaneait jusque sur le seuil, et.sans mettre le pied dans la rue, il regardait à droite et à gauche pour s\u2019assurer qu\u2019aucune figure suspecte ne se montrait aux abords de l\u2019hôtel.Il eut la chance d\u2019être accosté par le cocher d\u2019un cabriolet, dit de régie, qui lui offrit sa voiture.Des Loquetières s\u2019empressa d\u2019accepter, et.feignant de redouter la température d\u2019une nuit de mars, il attendit que le véhicule vint se ranger devant la porte enchère, et il y grimpa sans fouler le pavé.Ses craintes étaient chimériques, et.il aurait ] u rentrer chez lui pédestrement, car l\u2019homme qui lui inspirait tant de frayeur ne songeait pas du tout à le poursuivre.Pendant qu\u2019un cabriolet de louage emportait vers son domicile l\u2019ami du chevalier de Sai nf-I lélicr, le colonel Four nés perdait, la partie d\u2019écarté qu\u2019il jouait contre un jeune officier de la garde.I\tne fois de p'us.la Grande Armée, si longtemps victorieuse, était battue, et le combat dut cesser car les vaincus n\u2019avaient plus de poudre pour tenter une revanche.Les soixante quatre louis de des Loquetières furent ramassés par le vainqueur, lequel chercha vainement son associé pour les lui remettre et linil par les confier au valet de la baronne.Fouriiés seul aurait pu lutter, et Four-nés ne paraissait pas disposé à chicaner la victoire.II\tse leva après avoir salué poliment son adversaire il était toujours poli, ce terrible colonel\u2014et il s\u2019éloigna, non sans adresser, en parlant, quelques paroles consolantes à ses camarades, qui restaient la poche vide et le coeur ulcéré.Il ne tenait nullement à se trouver mêlé aux pou purlers qui allaient s\u2019engager à propos des rencontres projetées pour le lendemain, et il se dirigea vers la table de bouillotte.Le Castillan persistait à suivre le jeu de Mme de Casanova.Fournés le frôla en passant, et dit, de façon à n'être entendu que de lui seul: \u2014J ai vu Judas.Venez.J\u2019ai à vous parler.Et, continuant son chemin à travers le salon, il alla se mêler aux groupes qui entouraient la table de crops.Les joueurs n\u2019étaient plus les mêmes.Décavé sans doute par le vicomte de Broliage, le député de l\u2019opposition avait quit- f té la place.Le vicomte lui-même s\u2019était éclipsé.Ft, personne ne se présentant plus pour tenir la banque, les perdants, excités par l\u2019espoir de se rattraper, s\u2019adonnaient avec rage à un crops tournant, c\u2019est-à-dire (pie chacun d\u2019eux prenait le cornet à son tour et que les mises étaient tenues par qui voulait, ou plutôt par qui pouvait., Fournés se contenta de les regarder, et il lut bientôt rejoint par l\u2019Espagnol, qui lui prit le bras et l\u2019entraîna à l\u2019autre bout de la galerie, dans l\u2019embrasure d\u2019une fenêtre donnant sur le jardin \u2014Alors, dit l\u2019homme à l\u2019épingle rose, vous êtes sûr que cet homme est un espion ?\u2014Parfaitement sûr.C\u2019est lui qui m\u2019a arrêté il y a quatre ans.11 n\u2019est venu ici que pour vérifier les bruits qui courent sur cette maison.Et comme s\u2019est un fin limier, il a tout vu, tout remarqué- \u201411 m\u2019a surpris causant avec Fabien et .Stella dans le boudoir.\u2014Et moi.il m\u2019a très bien reconnu.Il ne lui en faut pas tant pour tirer une conclusion.]] doit être déjà en route pour la préfecture de police.1\u2014Nous avons peut-être eu tort de le laisser partir.\u2014Qu\u2019aurions-nous pu faire?Il était inutile de lui chercher querelle.Ces gens-là ne se battent pas, et surtout ils ne se battent pas sous un réverbère, moyen dangereux.d\u2019ailleurs.C\u2019est la mort du fils de P.rouage, mon ancien colonel, qui a fait qu\u2019on nous ,a détaché cet espion.La police ne songeait pas à la baronne.Elle aura su que le comte Henri fréquentait son salon, et maintenant qu\u2019elle a mis le nez dans nos affaires, elle ne nous lâchera plus, si nous n\u2019avisons.\u2014J\u2019ai avisé, dit froidement l\u2019Espagnol.I)em,ain, il ji\u2019y aura plus personne dans cotte maison;.Vous «\u2022/iv.e'z que depuis^ longtemps mes mesures sont prises pour le cas où notre secret serait éventé.Alors vous me fierez connaître le nouveau point de railliement.\u2014Demain soir, la \u201chaute vente\u201d sera in formée.\u2014Fort\tbien.J!y serai.Séparons- nous.Encore un mot cependant.Qu\u2019avez-vous décidé au sujet de l\u2019épreuve qu\u2019on doit faire subir au vicomte?J\u2019espère (pi il en sortira honorablement, m,ais je la crois indispensable pour rassurer les frères qui se défient du neveu d\u2019un pair de France.\u2014C\u2019est- pour eette nuit.\u2014Alors, à demain! dit le colonel en tournant le dos à son interlocuteur.IV Le colloque entre l\u2019Espagnol et le colonel Fournés n\u2019avait duré qu\u2019un instant, et personne ne l\u2019avait remarqué.Tout le monde était au jeu.et les joueurs ne s\u2019occupaient guère de ce qui se passait en dehors de la partie.Quelques décavés s\u2019étaient déjà retirés; d\u2019autres se préparaient à les suivre.25 Les rangs s\u2019éclaircissaient peu à peu, et la fête tirait visiblement à sa fin, car, chez Mme Casanova, tout se passait avec décence, et l\u2019aurore n\u2019y surprenait jamais les pontes maniant les cartes ou agitant le .cornet.L\u2019écarté avait cessé.Le crops languissait.Seule, la bouillotte tenait encore.Il y avait eu des désastres à la table ronde, et les financiers en déveine ne lâchent pas prise facilement; niais la baronne, qui avait gagné gros, venait de céder sa place à un rentrant et était allée savourer sa victoire dans le petit salon- L\u2019Espagnol traversa lentement la galerie.U examina, en passant, les attardés rpii luttaient encore contre la fortune, et ne vit pas, parmi eux, de figures suspectes.Les grognards mis en déroute par des Loquetières conféraient dans un coin, et les officiers royalistes formaient, à quelques pas du conciliabule bonapartiste, un autre groupe très animé.Evidemment, on discutait de part et d\u2019autre les conditions du double duel projeté pour le lendemain.Les capitalistes dépouillés par la baronne se querellaient sur un coup mal en-gu gé.Le seigneur castillan passa sans que personne lit attention à lui, et se glissa dans le boudoir, ou Mme Casanova, assise à ],a place qu\u2019occupait tout à l\u2019heure sa nièce.s\u2019éventait pour se rafraîchir.L\u2019Espagnol la regarda d\u2019un certain air, et elle se leva avec empressement.\u2014Qu\u2019y a-t-il donc?demanda-t-elle.\u2014Nous sommes trahis,.11 faut partir.i\u2014Bon! dit tranquillement la baronne.Je m\u2019y attendais, et je suis prête.\u201cE finita la musica.\u201d Qu\u2019allez-vous faire de moi.Orso?\u2014Je n\u2019en sais rien encore.Demain, tu recevras mes instructions.\u2014Je vais prier saint Janvier pour que vous me renvoyiez en Italie- \u2014En Italie! tu n\u2019y penses pas.Franceses.Tu serais reconnue et arrêtée dès que tu aurais passé la frontière.Nous ne reverrons notre patrie que le jour où notre patrie sera libre.\u2014Fasse la madone que ce jour vienne bientôt, car je meurs d\u2019ennui dans cette ville où le soleil ne se lève pas cinquante fois par an.et encore.quand il se lève, il est pâle comme s\u2019il avait la fièvre.\u2014Tu meurs d\u2019ennui, dis-tu?Je croyais que tu aimais le jeu.\u2014Oui, je l\u2019aime, dit la baronne avec conviction.Que voulez-vous, Orso, c\u2019est dans le sang.Mon père avait joué et perdu son héritage quand les sbires de Ferdinand l\u2019ont pris.J\u2019aime le jeu pour les émotions qu\u2019il me donne, mais j\u2019aime encore mieux mon pays.\u2014Je le sais, Francesca.Si je doutais de toi, je ne te confierais pas nos secrets; je compte sur ton dévouement absolu, et bientôt peut-être je te demanderai une nouvelle preuve de ce dévouement.\u2014Si c\u2019est ma vie qu\u2019il vous faut, Orso. UC SAMEDI \u201823 vous pouvez la prendre.Elle est à vous, ear vous avez exposé la vôtre pour sauver mou pauvre Giaeomo, et si tous nos frères de Calabre avaient eu autant de courage (pie vous, je ne serais pas veuve.Disposez donc de Francesca Eanese comme vous disposeriez d\u2019une esclave.Vous m\u2019avez faite baronne; faites de moi une marchande de pommes, une balayeuse des rues, peu m\u2019importe pourvu (pie je serve notre sainte cause- \u201411 n\u2019est )>as question de cela.Mais il se peut que j\u2019aie une mission à te confier.une mission qui t\u2019obligera à quitter Paris, à vivre dans la solitude, à habiter une masure qui ne vaut guère mieux qu\u2019une prison.\u2014Où vous m\u2019enverrez, Orso.j\u2019irai.Et, en me séparant de vous, je ne vous adresserai qu\u2019une prière, une seule: je vous supplierai de ne jamais oublier que Cecilia d\u2019Ascoli vous a tout sacrifié, et (pi\u2019en ce monde elle n\u2019a plus que vous pour la protéger.\u2014Pourquoi me rappelles-tu le passé?demanda vivement l\u2019homme que Berna-vile prenait pour un Espagnol.Est-ce que Cecilia se plaint de moi?La pauvre enfant vous aime trop pour se plaindre.Et puis, de quoi se plaindrait-elle?Xe l\u2019avez-vous pas élevée jusqu'à vous en l\u2019épousant, vous qui êtes prince de C'atanzaro.due de Corloone et marquis d\u2019Aleamo?Cecilia était la fille d\u2019un simple gentilhomme.Vous 11e l\u2019avez choisie ni pour sa naissance ni pour sa richesses.Orpheline, on l\u2019avait recueillie par charité au couvent de Lanziano.et elle allait prendre le voile quand elle a renoncé à entrer en religion pour vous consacrer sa vie.Cecilia vous doit tout, Orso- \u2014La femme d\u2019un proscrit.\u2014D\u2019un nroscrit qui reprendra son rang quand il aura délivré l\u2019Italie des tyrans et des étrangers.\u2014Et qui serait pondu par les Autrichiens s\u2019il se montrait dans le royaume de Naples.Non, Francesca, ce 11\u2019est pas Cecilia qui me doit de la reconnaissance.C\u2019est moi qui suis son obligé, et la seule chose que je craigne au monde, c\u2019est de mourir avant d\u2019avoir pu recompenser tant d\u2019abnégation.\u2014Vous l\u2019.aimez.Elle 11e demande rien de plus.\u2014Oui, je l\u2019aime, dit Orso d\u2019une voix vibrante.Je l\u2019aime et je souffre de lui imposer l\u2019odieuse existence qu\u2019elle a acceptée par patriotisme et qu\u2019elle supporte pour l\u2019amour de moi.Je souffre de la voir livrée sans défense aux galanteries de ces Français qui la prennent pour une aventurière.\u2014Et qui me prennent pour une intrigante.Je m\u2019en console.Que m\u2019importe ce qu\u2019ils pensent de moi et de la noble fille que j\u2019ai nourrie do mon lait?Cecilia d\u2019Ascoli et Francesca Ranese servent mieux l\u2019Italie en tenant ce salon où se rencontrent les défenseurs de la liberté, qu\u2019en se cloîtrant et eù se bornant à former des voeux stériles pour la délivrance du sol natal.\u2014Oui, murmura le proscrit, c\u2019est grâce à vous que nos frères ont pu se réunir et s\u2019entendre, s,ans donner l\u2019éveil à nos ennemis.Deux femmes ont fait ce que nul de nous n\u2019aurait pu faire- Nous avons maintenant dans Paris cinquante \u201cventes\u201d en pleine activité.La \u201cCharbonne-ric\u201d est fondée en France.Mais je n'ai plus rien à vous demander.Votre tâche est accomplie, et l'heure est venue de quitter cette maison.Vous êtes soupçonnées, l'n espion s\u2019est introduit ici cette nuit.Le colonel Fournés me l\u2019,a montré.D\u2019autres ont rôdé hier autour de l\u2019hôtel, qui sera probablement- visité demain par des agents de la police françaises.Ils 11\u2019y trouveront personne.Luigi vient de monter ici par l\u2019escalier dérobé.Lui aussi, il m\u2019a signalé l\u2019espion qui vient de partir.Je l\u2019ai chargé de donner le mot d\u2019ordre à nos gens.Demain, chacun d\u2019eux aura pris domicile dans des quartiers éloignés de celui-ci.Toi Francesca, tu vas te confiner dans ton logement de Passy.\u2014Où mes voisins me prennent pour une bonne bourgeoise, pour une provinciale (pli aime à se coucher de bonne heure.Ils ne m\u2019ont jamais vue que le jour, et ils 11e se doutent pas que tous les soirs je deviens baronne.\u2014Maintenant, il serait dangereux de continuer ce jeu.On pourrait te reconnaître.Il faut que tu sortes de Paris, et tu eu sortiras d\u2019ici à quarante-huit heures.\u2014Et CeciLa ?Elle restera près de vous n\u2019est-ce pas?Ah! elle s'estimera trop heureuse, car la vie (pi\u2019elle mène l\u2019excède.\u2014Cecilia ne reviendra plus dans cet hôtel et 11e pourra plus habiter la France.\u2014Lui avez-vous dit qu\u2019elle allait être forcée de partir.\u2014Non, pas encore \u2014C\u2019est singulier.Tout à l\u2019heure, pendant que vous parliez, j\u2019avais cru lire sur sa figure une émotion si vive.Où est-elle?\u2014Elle vient de sortir par la porte du jardinet, elle m\u2019attend dans la berline, sur le boulevard des Invalides.Je vais aller la rejoindre, et nous allons rentrer ensemble dans cette maison de la Petite Pologne où, depuis dix mois, nous cachons notre bonheur, et qu\u2019il va falloir quitter.AIais séparons nous.Il est temps- La nuit s\u2019avance, et il ne faut pas que le jour nous trouve ici.Montre-toi un instant dans le grand salon.11 est presque vide, et on ne s\u2019étonnera pas que tu te retires: c\u2019est ton heure habituelle.Descends par l\u2019escalier dérobé.Luigi va t\u2019accompagner à Passy.i\u2014Je vous obéirai.Orso.dit Francesca d\u2019une voix émue; mais je voudrais, puisque je dois partir.je voudrais embrasse r Cecilia.\u2014Tu la verras avant ton départ, je te le promets.Mais, en ce moment, nous 11\u2019avons pas une minutes à perdre.A-dicu.Et après avoir ainsi coupé court aux prières de la baronne Francesca, le sei- 20 gneur à l\u2019épingle rose s\u2019assura d'un coup d\u2019oeil que personne .11e l\u2019observait, pressa le bouton caché dans la boiserie à l\u2019angle du boudoir et disparut par la porte sw-crèt e.Il trouva Luigi à son poste, au bas du petit escalier, et il apprit de l,a bouche de ce fidèle serviteur que tout était prêt pour le départ si brusquement décidé.Les trois carbonari qui jouaient le rôle de domestiques chez .Mme de Casanova avaient reçu le mot d\u2019ordre et n\u2019attendaient que le départ de la baronne pour disparaître.Le personnel de l,u maison, y compris la baronne et sa prétendue nièce, n\u2019avait jamais fait que camper rue de Babylone.Tout ce monde menait une existence en partie double et i! ne lui eu coûtait guère de déménager au pied levé.Orso adressa quelques brèves recommandations ,au plus dévoué et au plus intelligent de ses auxiliaires, à ce portier qui avait reçu si poliment des Loquetières, et Luigi les écouta avec tout le respect qu'il devait à son chef suprême et à un prince italien.Car il était vraiment prince, duc et deux ou trois fois marquis en Italie, ce conspirateur que Bernaville prenait pour un seigneur castillan exilé par les libéraux d'Espagne.Conspirer, c\u2019était sa vie.(\u2018(inspirer et a mer, car il adorait cette Cecilia d\u2019Ascoli it nue les joueurs prenaient pour la nièce de la prétendue baronne de Casanova.Et.en traversant le jardin, il pensait beaucoup moins aux conséquences politiques du grave incident qui venait de sc produire qu'au trouble que celui-ci allait jeter dans sa vie.Il se glissa dans la rue par la petite porte dont il avait la dé et il gagna le boulevard des Invalides, ou stationnait une voiture conduite par un cocher affilié à la \u201cCharboinicrie.\u201d Il y monta vivement, et il n\u2019eut pas besoin de donner d\u2019ordre à ce cocher, qui savait où il fallait conduire son maître.\u2014Enfin c\u2019est donc toi.dit Cecilia en serrant Orso dans ses bras.Je ne vivais plus depuis que je t\u2019ai quit t é.\u2014Enfant ! dit Orso en l\u2019attirant sur son coeur.Que craignais-tu.\u2014Oh! ce n\u2019est pas pour moi que j\u2019avais peur, répondit Cecilia.Je pensais à cet espion que Luigi est venu nous signaler et je me forgeais mille chimères.Je te voyais arrêté par les sbires.je savais que tu te serais défendu.et je tremblais d\u2019entendre le bruit d\u2019un coup de fou.je te croyais blessé.tué.que sais je?\u2019Pu as tant tardé! \u2014J'avais des instructions à donner à Francesca.\u2014Des instructions?Mais j\u2019aurais pu me changer de les lui transmettre, puisque je la verrai demain.\u2014T11 ne la verras pas demain.\u2019Pu ne la verras peut-être plus jamais- \u2018\u2014Jamais! que dis-tu?Ah! mon Dieu, serait-ce sur elle que le malheur-est tombé?(A suivre.) 24 LE SAMEDI \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 \u2022 » \u2022 \u2022 Supposez que vous rencontriez sur la rue un passant, 1 premier venu, et que vous lui demandiez s'il sait ce que c\u2019est que le rhumatisme, U vous regarderait étonné et vous répondrait à coup sûr: \u201c Oui, je le sais.\u201d Et peut-être ajouterait-il: \u201cVoulez-vous un remède, j\u2019en connais un.\u201d Aussitôt il vous débiterait longuement une cure infaillible, dont la recette lui a été transmise par un vieil oncle navigateur ou par la servante du curé qui a baptisé son grand-père.Si l'on poussait l\u2019interrogatoire plus loin, on s\u2019apercevrait vite que le passant, c\u2019est-à-dire le vulgaire, englobe sous le nom de rhumatisme toutes les douleurs, tous les malaises souvent (pii peuvent lui survenir.Les jointures sont-elles enflées?c\u2019est du rhumatisme.Laissent-elles percevoir des craquements plus ou moins nombreux pendant les mouvements?C\u2019est encore du rhumatisme.Bien plus, une douleur s\u2019installe-t-elle dans le dos ou dans le côté?Elle est encore portée au compte de ce malheureux rhumatisme qui n\u2019en peut plus, mais se voit encore attribuer, selon l\u2019inspiration du patient, des maux de tête, des déformations de doigts, des congestions de poumons et des douleurs d\u2019estomac, voire même des affections internes parfaitement naturelles, comme par exemple, l\u2019&ge critique.Et cela n\u2019est pas étonnant, puisque le père de la médecine, lui-même, le docte Hippocrate, avait assimilé les épanchements rhumatismaux aux articulations, aux écoulements du nez daus le rhume et, pour cette raison, avait donné à ce désagréable dérangement le nom de rhumatisme, rappelant par analogie le rhume auquel il le rattachait.Pendant des siècles, on est resté dans ces idées; il ne faut donc pas s\u2019étonner si elles ont encore cours dans le vulgaire et c\u2019est seulement lorsque Pasteur a fnoncé et développé le rôle des microbes dans la maladie que les esprits se sont orientés dans une autre voie.Ou a reconnu que beaucoup de maladies s\u2019accompagnent de gonflements des jointures, ou plutôt que le gonflement des articulations peut être dû à des malaises très différents, à des microbes d'une origine absolument dissemblable.11 est resté alors une maladie spéciale dans laquelle la tuméfaction et.l\u2019endolorissement des jointures tiennent la première place, maladie aiguë qui est le vrai rhumatisme.Mais les douleurs, les points de côté, les maux de tête ne sont pas du rhumatisme, la plupart du temps, du moins, et ont des sources bien différentes.Le plus souvent, surtout, chez les femmes qui arrivent à la cinquantaine ou qui l\u2019ont dépassée, ces malaises sont l\u2019indice de l\u2019approche de l\u2019âge critique, époque difficile où l\u2019organisme féminin subit une révolution fatale inévitable qui demande une sage préparation pour être abordée en toute sécurité.Pour affronter sans danger l\u2019âge critique, il n\u2019y a qu'à se bien porter.Par \u201c se bien porter \u201d nous entendons dire être aussi bien que l\u2019on peut être, avoir la conviction que l\u2019on ne peut pas être mieux, en un mot être dans l\u2019état merveilleux de santé que procurent les Pilules Rouges, c\u2019est-à-dire avoir du sang riche et pur, des forces, un excellent appétit, de bonnes digestions et un bon sommeil, être exempte de tout malaise, car le plus petit malaise indique qu\u2019il y a quelque chose qui cloche dans l\u2019organisme ou un terrain tout préparé pour accueillir la maladie.On lui ouvre la porte, pour ainsi dire.Mettez-vous donc en état de défense, de force, de résistance, en prenant lés Pilules Rouges, le grand régénérateur du sang, le tonique des nerfs, le purificateur de l\u2019organisme.Certes, il serait excessif de prétendre que toutes les maladies des femmes ont invariablement leur origine ou leur siège dans le sang, cependant, c\u2019est presque un axiome, tant les exceptions sont rares !\t11 n\u2019en est pas moins vrai que le sang, le liquide vital par excellence, ne saurait être altéré dans sa composition ou troublé dans sou cours sans que l\u2019organisme en pâtisse et qu'il en résulte un malaise grave, la plupart du temps dangereux.Ainsi s'expliquent les douleurs et la gravité de l'époque critique.Aussi, ne saurions-nous trop conseiller aux femmes que cette épreuve attend prochainement, de suivre un traitement de Pilules Rouges dont elles ue peuvent tirer que les plus salutaires effets.En voici un exemple: Sudlow, Mass., 30 mai 1909.Messieurs, C'est avec plaisir que je vous écris afin d\u2019apporter un nouveau témoignage en faveur des excellentes Pilules Rouges.Elles font un grand bien à toutes les femmes qui traversent l\u2019époque critique et souffrent en conséquence de douleurs des articulations, de faiblesses, d\u2019étourdissements.Quant à moi, elles m\u2019ont ramenée avec une rapidité merveilleuse ; j\u2019étais faible et pâle et le moindre travail me fatiguait.Toutes ces douleurs ont disparu pour faire place à un courage vrai que je ne me connaissais pas avant de faire l\u2019essai des Pilules Rouges.Daignez accepter ce témoignage comme une excellente preuve de l\u2019efficacité des Pilules Rouges.Votre dévouée, Mme OLIVIER TALBOT.CONSULTATIONS GRATUITES par les Médecins de la Compagnie Chimique Franco-Américaine, tous les jours, excepté les dimanches, de 9 heures du matin à G heures du soir, au No 274 rue Saint-Denis, Montréal.Les femmes malades qui ne peuvent venir voir nos médecins sont invitées à leur écrire.Les Pilules Rouges sont en vente chez tous les marchands de remèdes.Nous les envoyons aussi, par la poste, au Canada et aux Etats-Unis, sur réception du prix, 50c, une boîte, $2.50 six boîtes.Toutes les lettres doivent être adressées: COMPAGNIE CHIMIQUE FRANCO-AMERICAINE, 274 rue Saint-Denis, Montréal.Savon et Onguient «\t- FO \u201d Règles Hygiéniques à suivre pour prévenir et guérir les Maladies de la Peau Les causes générales des maladies de la peau sont: la faiblesse de la constitution, les scrofules, la syphilis, la mauvaise digestion, le manque d\u2019air et d\u2019exercice, la dentition La malpropreté en est aussi souvent une autr 1/ Guérison radicale /\tDES 1 MALADIES DE LA PE A,U prix 25\"*\u2019 ' '*'*'*\u2022 la débilité générale, la mauvaise nourriture, chez les enfants et la délicatesse de la peau, e, et c\u2019est pourquoi il est de la plus haute importance que les personnes veillent attenti vement aux soins de leur corps, se lavent souvent, toujours avec de l\u2019eau chaude et un sa* von antiseptique, comme le savon BEL-PO.Le traitement des maladies de la peau diffère peu, malgré que ces maladies soient variées.Comme traitement local, il n\u2019y en a pas de meilleur que l\u2019application de l\u2019Onguent BEL-PO, une ou deux fois par jour, sur les parties malades, après qu\u2019elles ont été soigneusement lavées avec le savon BEL-PO.Le savon et l\u2019onguent BEL-PO sont vendus chez tous les marchands de remèdes.Prix du sav'yn et de l\u2019onguent BEL-PO, 25c chaque.Envoyés aussi yar la malle, sur réception du prix, par la Compagnie Chimique Franco-Américaine, 271 rue St-Denis, Montréal \u2014 «¦» PRIX: i LE SAMEDI 25 CASSE-TETE CHINOIS 1)1) \u201c SAMEDI \u201d No 01!» Portrait de femme Liste des concurrents: MONTREAL Mmes J A Chapleau, A Corbeil, A Gamaclie, Lafontaine, L Laliberté, W Lapierre, Z Latulippe, C Pagé, R P Parenteau, J W Robin, J Sheridan, A Sicotte, N W Tanguay, Mlles A Cloutier, M Durand, A Fontaine, L Fortin, E Gascon, A Guérault, P Jérôme, Y Joly, A Laferrière, Mlles R A Larivlère, E Massé, 1 Payette, M L Primeau, L Sicotte, MM H Desparois, A Laiplante, J Sicotte, Montréal.CANADA Recettes et Conseils lui peau des mains.\u2014Pour préve- | nir la sécheresse de la peau des mains, qui est si désagréable, et de-1 vient réellement pénible quand elle ! se traduit en gerçures, on doit main-! tenir la peau bien propre, mais évi-ter qu\u2019elle reste humide quand on | vient de se laver.On fait bien de por-j ter des gants chauds, et l\u2019on se trouve bien, d\u2019autre part, de recourir à [ la lanoline additionnée d\u2019un peu 1 d\u2019oxyde de zinc.J David Giroux, Beauport; O D\u2019Anjou 2f, Bic; Mme L Couture, i Cobalt, Ont: Mlle A Groulx, Hull : ' A Boisseau, Louisville; Mme E Levasseur, Mlle M Paradis, Matane ; I H Fontaine, Maniwaki; Mme H A j Proulx, M W Tremblay, Ottawa, Ont; Mlle F Fournier, M J Cari, J O Gar-neau, P Paré, Québec; Mlle I Lavoie, Rivière du Loup (en bas); H Fortin, Rivière Famine; 0 Bouchard, A Marchessault, Sherbrooke; J E Desrosiers, J G Lemay, Sorel; Mlle F Meilleur, St-Augustin ; Mlle H Fortier, Ste-Scholastique; .1 Frève, Thet-foril Mines; Mme H Z Lord, Trois-Rivières; Mme Lemaire, Viamville ; Mlle E Courteau, M A Dagenais, Ville St-Louis; Mlle B Gagnon, Village Poltimore.Empesage
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