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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 5 octobre 1935
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1935-10, Collections de BAnQ.

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[" 47e année, No 18 Montréal, 5 octobre 1935 Le Samedi 5~'/c>o LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS » y** *\u2022*' , ** tTIXTîTîft 1! I l it! U HT mnl ,i: > i ulii ms f îæü I;îï II ! «kr J®.#' NOTRE ROMAN COMPLET (en deux numéros) La Demoiselle aux Moustaches Par Jean Baranct ?NOTRE FEUILLETON : La Femme Fatale Par Constant Guéroult ?Chronique d\u2019actualité : ILe Canal de Suez Par Louis Roland Le Bridge - Contrat Par Arsène DesRochers T NOUVELLE : Crime d\u2019Enfant Par Alberich-Chabrol V ?La Place d* Armes, à Montréal Photo C.P.Jt. -, Allô! Oui! Tu veux lire quelque chose d\u2019amusant! Eh bien, achète LE FILM.Tu ne t\u2019embêteras pas! .ÜÈSfe._ En Septembre: Dans les Ténèbres \u2018Par LINE DEBERRE LE FILM est une revue absolument unique en son genre.C\u2019est la seule revue canadienne où l\u2019on trouve toutes les nouvelles illustrées du cinéma américain et français, en plus d\u2019un roman complet.Les photos du Film sont abondantes et remarquablement bien choisies.Ses romans sont TOUS complets et inédits.Sa chronique de la beauté est aussi des plus intéressantes.Si vous aimez le cinéma, prenez la bonne habitude d\u2019acheter Le Film tous les mois.C\u2019est indispensable.Nos lecteurs et lectrices, de plus en plus nombreux, se sont tout de suite rendu compte des améliorations nombreuses que nous avons apportées depuis quelques mois au Film.Plusieurs d\u2019entre eux se sont empressés de nous écrire pour nous en féliciter et nous encourager à poursuivre nos efforts.Le Film n\u2019a pas dit son dernier mot.LE FILM est en vente partout, le premier samedi de chaque mois LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE 8 CIE, LIMITÉE 975, rue de Bullion Montréal, P.Q.COUPON D'ABONNEMENT Ci-inclus le montant d\u2019un abonnement au magazine de vues animées LE FILM \u2014 50 cents pour 6 mois ou $1.00 pour 1 an.Nom .Adresse .Ville .Province .POIRIER, BESSETTE & CIE, Limitée 975, rue de Bullion,\tMontréal, P.Q\u201e Canada 4 7e année, No 18 \u2014 Montréal, 5 octobre 1935 3 \u2014 La Revanche de l\u2019Aigle Au-dessus des nuées lourdes d orage qui roulaient dans une atmosphère surchauffée, l\u2019Aigle planait.C\u2019était un aigle déjà très vieux quand l\u2019homme fit son apparition sur la terre, mais l'âge ne semblait avoir affaibli ni sa vigueur ni la puissance de son vol.Avec l\u2019indifférence un peu dédaigneuse des grands dominateurs, il parcourait l\u2019espace dont il était le maître absolu.Tous les oiseaux, même les plus robustes, fuyaient devant lui, et les fauves grondaient comme sous la menace d\u2019un mystérieux danger quand ils voyaient ses grandes ailes apparaître au-dessus de la forêt.C\u2019était, en vérité, le roi de l\u2019air et, si le caprice l en prenait, celui de la terre elle-même.Il inspirait en effet partout, la terreur aux petits, la méfiance aux gros et le respect à tous.C\u2019était un imperator avant la lettre, et Napoléon s en est souvenu.Pendant des siècles, des millénaires, le Grand Aigle régna sur la vie farouche, informe et grandiose qui avait envahi le sol terrestre.Il effleurait de son vol les fougères géantes, montait vers la nue, se grisait d\u2019espace, s\u2019élevait toujours plus haut et, dans l\u2019orgueil souverain de l\u2019effort accompli, de l'immensité conquise, il regardait fixement le soleil immense des premiers âges qui flamboyait au ciel.Un être nouveau fit un jour son apparition sur la terre.Il était faible et manquait d\u2019agilité, mais bien vite il se révéla cruel et même sanguinaire.Astucieux également.Ne pouvant batailler avec ses seuls moyens contre les animaux dont il voulait conquérir le domaine, il eut recours à la ruse.L\u2019extraordinaire adresse de ses mains lui permit de fabriquer des armes grossières il est vrai, mais qui décuplèrent sa force.Avec des pierres dures et tranchantes, des branches et des lianes tenaces, il fit des haches et des massues qui lui servirent, dès le commencement!là trois grandes choses, les trois plus importantes et peut-être même les seules de sa vie matérielle : 1 attaque, la défense et l\u2019ambition.Cet être faible mais qui devait bouleverser le monde, c\u2019était l'homme.Contre la griffe et la dent des grands fauves il n\u2019avait que sa pauvre hache de pierre; il s\u2019en servit avec l'énergie que lui donnait le rude instinct de la conservation et connut l\u2019orgueil du vainqueur dans ce combat en apparence inégal.Il prit aux bêtes leur chair comme nourriture, leur peau comme vêtement et leurs cavernes comme abri.Le Grand Aigle décrivait parfois, très haut dans 1 espace, de vastes cercles au-dessus de lui en poussant des cris rauques comme s\u2019il voulait intimider cet importun, mais l\u2019homme y semblait insensible, et le rapace étonné regagnait en planant son aire perdue dans les montagnes.Pourtant, sans paraître y faire attention, l\u2019homme guettait l\u2019aigle mais il ne pouvait rien contre lui.Ayant reconnu sa propre impuissance, il envia l\u2019oiseau et, très humainement, devint son ennemi parce qu\u2019il le jalousait.Comme il ne pouvait lui voler ses ailes, il fut, dès lors, en proie à l'idée* fixe de le détruire.Il médita longtemps, l\u2019esprit tendu vers un but imprécis, avec le pressentiment qu'il allait se rendre maître d\u2019une force encore inconnue dont il sentait les tressaillements dans un objet bizarre qu\u2019il fabriquait avec des branches souples et résistantes.Un jour il se sentit envahir par l\u2019immense orgueil que durent connaître plus tard les grands découvreurs de mondes; il avait réussi son œuvre et possédait un arc lançant à de grandes distances des flèches acérées.Il eut aussitôt la conviction que rien ne lui résisterait plus; maintenant il possédait un pouvoir surhumain puisqu\u2019il pouvait atteindre ses ennemis à distance; il serait le maître incontesté de tout ce qui vit, et la dangereuse ivresse de la destruction noya toute crainte dans son âme.Patiemment, il attendit le retour de l\u2019Aigle, mais le roi de l\u2019espace avait le vol plus rapide et surtout plus puissant que les flèches de l\u2019homme; les profondeurs du ciel étaient son refuge inaccessible.Il arriva pourtant que, sournoisement, l\u2019homme parvint à se glisser au plus épais de la forêt, jus- lifÉi Les Publications Poirier, Bessette 6 Cie, Limitée 975, Ruk dk Bullion, Montréal, Can.Tel.: LAncaster 5819\u20146002 Entered, at the Post Office of S.Albans.Vt.as second class matter under Act of March 1S79 \u2014- ABONNEMENT - CANADA\tEtats-Unis et Europe Un an - $3.50\tUn an .$5.0» Six mold .2.00\tSix mois .2.50 Trois mois .1.00\tTrois mois _______ 1.25 Heures de bureau : 9 h.a.m.à 5 h.p.m.T e samedi.9 h.a.m.à midi.AVIS AUX ABONNES \u2014* Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant 5 jours avant leur expédition.qu\u2019au pied d un arbre où l\u2019invulnérable oiseau s\u2019était posé.Avec précaution il dirigea son arme vers lui et la flèche siffla dans l\u2019air.L\u2019Aigle poussa un grand cri et s\u2019envola lourdement; la flèche lui avait meurtri une aile et déchiré la chair, mais n\u2019avait pas réussi à le tuer.Il passa au-dessus de l'homme qui hurlait sa fureur désappointée et laissa tomber sur son front de larges gouttes de son sang vermeil., L\u2019homme les essuya machinalement, puis une frayeur superstitieuse le prit.Il eut la vision rapide et confuse de massacres gigantesques sur la terre, et dans lesquels son espèce serait décimée au cours des siècles futurs.En de multiples occasions pourtant, il avait teinté ses mains du sang des fauves et.chaque fois, il avait chanté victoire, mais aujourd\u2019hui, ce sang, qui tombait du ciel avait quelque chose d\u2019implacable et de terrible; c'était plus qu'une menace, il y sentait une condamnation.Les siècles passèrent.L'Aigle planait toujours dans la nue et l'homme poursuivait toujours sur terre, comme une œuvre de damné, son travail de \u2022destruction.Il tuait pour vivre; pour voler, pour le \"simple plaisir aussi de tuer.Les anneaux des grandes forêts en eurent la crainte, la haifie et le dégoût.Ils le voyaient s\u2019attaquer, non seulement à eux, mais à .sa propre espèce et se livrer alors à des orgies dé\u2019 cruauté qui les stupéfiaient.L\u2019Homme avait édifié patiemment des villes et il les livrait aux flammes; il anéantissait des peuples entiers grâce à l\u2019art de tuer qu'il perfectionnait sans cesse, et la terre autrefois jànimée d\u2019une sur-\u2022 abondance de Vie, se couvrait maintenant de larges places désertes, calcinées, où l\u2019herbe elle-même ne r\u2019èpoussdit que difficilement quand la trombe humaine, folié et furieuse, avait passé par là.Cette rage de destruction, par une étrange aberration de l'esprit des hommes, fut élevée jusqu\u2019aux sommets des plus belles vertus; on la glorifia dans des accès de véritable hystérie critninelle et des noms furent inscrits en grandes lettres sur les pages de bronze de l\u2019Histoire parce que ceux qui les avaient portés avaient tué beaucoup d\u2019hommes.Impassible, l\u2019Aiglç décrivait toujours ses cercles immenses dans l\u2019azur protégé par une frontière de vide contre les êtres malfaisants qui rampaient sur le sol.De son œil perçant il les voyait surgir, s'agiter, fondre et disparaître sous de grandes taches rouges qui allaient s\u2019élargissant.L\u2019Aigle y reconnaissait le sang tombé de son aile sur le front du barbare des premiers âges.Un jour, l\u2019Oiseau des espaces fut brutalement frappé d\u2019épouvante .L\u2019homme venait enfin de violer son domaine et, comme lui, montait à l\u2019assaut des nuées mouvantes.Ses ailes immenses qui planaient dans un bruit infernal exaspérèrent la frayeur de l\u2019Aigle qui s\u2019enfuit sur le plus haut sommet du globe dans le silence des neiges éternelles.Là, il attendit le Destin.Aigle chimérique, fantôme invisible mais voyant tout, ombre peut-être de ce châtiment terrible que les hommes appellent le Progrès, il vit se dérouler dans les lointains de l\u2019Espace et du Temps un spectacle d\u2019une horreur indicible.Des milliers d\u2019hommes parcouraient les airs dans un vacarme sans cesse grandissant; des traits de feu sillonnaient les nuages avec des sifflements aigus et pêle-mêle, de grands oiseaux humains allaient s\u2019écraser sur le sol dans un tourbillon de flammes, mais il en revenait d\u2019autres, en plus grand nombre toujours.Cela dura longtemps, des années peut-être puis, un jour, l\u2019Aigle étonné ne vit plus que des débris fumants dans une âcre odeur qui envahissait tout.Alors la tache rouge recouvrit toute la terre, le Grand Aigle, enfin vengé, poussa un grand cri de joie terrible et ses ailes, décolorées par le Temps, s\u2019effacèrent pour disparaître dans la neige de la haute montagne.Et c\u2019est ce grand silence, inexorable, qui lentement s\u2019en vient. 4 LE SAMEDI 'Jiahtm#™.UN DERNIER-NÉ \u201cPar Qeorges de Lys Au dehors je lui pris la main.\u2014 Vous êtes dans la peine, bonne mère?\u2014 Ah! hoqueta-t-elle en me reconnaissant, et dire qu'elle me vient de mon dernier enfant, du seul qui me restait à aimer.Vous savez que mon homme et mon aîné sont péris en mer; la guerre m\u2019en a pris deux autres; le dernier m\u2019a quittée pour aller à la ville, la ville maudite qui nous prend nos fils et nos filles par des joies menteuses.Déjà, il avait fait connaissance là-bas d'une pas grand\u2019chose, a voulu l'épouser contre mon gré .et j'avais raison, car elle vient de l\u2019abandonner .Mais un chagrin plus grand me survint encore .Maintenant il veut divorcer, aller contre la loi de Dieu, lui qui, petit, venait si pieusement dans cette même chapelle, prier et fleurir la Vierge des fleurs qu\u2019il se plaisait à cueillir dans la campagne chaque samedi .Il eût cru alors manquer à son devoir si cet autel n\u2019eût été orné par ses soins.Et voilà qu\u2019aujourd\u2019hui il songe a outrager Celle qui a protégé son enfance en reniant les engagements de son baptême .Et dire que s\u2019il ne m\u2019avait pas quittée, que s\u2019il était resté parmi nous, au lieu d'épouser celle qui l\u2019aimait si peu qu\u2019elle l\u2019a abandonné, je l\u2019aurais marié à Marie Cinthe, la fille de ma voisine, une pieuse fille, vaillante à l'ouvrage, jolie comme vous le savez, et qui, elle, l\u2019aimait comme doivent s'aimer entre eux les enfants des hommes sous le regard de Dieu .Divorcer! .Infliger cette tache à notre honneur de bons chrétiens que, dans la famille, on fut toujours, de père en fils, de mère en fille .Cette suprême douleur m'est-elle donc réservée?J\u2019avais écouté cette plainte désolée et une compassion profonde emplissait mon cœur.\u2014 Voyons, mère Le Rouzic, lui dis-je, tout n\u2019est pas désespéré.Je rentre prochainement à Paris.Donnez-moi l\u2019adresse de votre fils; je le verrai, cet Yves-Marie dont je me souviens bien et qui, lui non plus, ne doit pas m\u2019avoir oubliée.Peut-être n\u2019est-il qu\u2019égaré et parviendrai-je, en lui parlant de vous, des siens, des traditions de sa famille, à le ramener dans la voie où ont toujours marché ses anciens.La Mère de Bon-Secours, que nous venons de prier, nous guidera, m\u2019inspirera les mots qui toucheront son cœur .Il vous aimait tant, votre Yves-Marie.Il ne voudra pas vous rendre malheureuse .\u2014 Que la Vierge vous entende et vous bénisse, Madame.Sauvez mon enfant de la perdition, et tous les ¦ jours que Dieu me garde votre nom sera dans ma prière.Quelques jours plus tard, je m\u2019acheminai, un peu soucieuse, dans les rues de Grenelle, à la recherche d\u2019Yves-Marie Le Rouzic.Quel accueil allait me réserver le gars?.Certes, je l\u2019avais connu jadis doux et poli, mais quelques années passées dans un mauvais milieu transforment vite le caractère et les allures d\u2019un jeune homme séparé tout à coup des siens, du milieu où sont honorées les vertus, et jeté en pleine atmosphère d\u2019impiété et de vice.Enfin, j\u2019avais promis à la mère et je ne me déroberai pas à mon engagement.Au seuil d\u2019une allée malpropre qui donnait accès dans une des ces vastes casernes ouvrières qui dressent leurs faces moroses dans les faubourgs, j\u2019abordai une concierge et m\u2019enquis auprès d\u2019elle de l\u2019étage où je trouverais le logement de Le Rouzic.\u2022\u2014 Pas dans l\u2019immeuble, répliqua-t-elle sans aménité; si vous tenez à voir le particulier, faut vous trotter rue de la Convention, à l\u2019hôpital Bou-cicaut; il y est depuis trois jours .Si vous le voyez, dites-lui de ne pas oublier le terme ou je mettrai l\u2019affiche, Je bifurquai pour gagner l\u2019hôpital.Là, après quelques pourparlers, j\u2019obtins, bien que ce ne fût pas jour de visite, d\u2019être conduite auprès du lit où je retrouvai, face émaciée, le gars que j\u2019avais connu, riche de santé et les joues roses dans sa Bretagne natale.Dès mon abord, le rappel du pays ralluma une lueur dans ses yeux.Nous causâmes de sa mère, sans aborder encore le point litigieux.Je lui promis de revenir et l\u2019en sentis soulagé.En sortant, j\u2019interrogeai l\u2019interne de service.Il m\u2019affirma que le malade aurait des chances de se remettre au grand air, mais que le retour à la vie que lui réservait Paris aurait vite raison de ses forces épuisées.Alors, au cours de ma visite suivante, j\u2019abordai la question.Pourquoi ne retournerait-il pas au pays où l'attendaient les soins et la tendresse de sa mère?Une fois rétabli, que ne reviendrait-il au sain travail de la terre?Si son foyer était détruit, n\u2019avait-il pas, pour le remplacer, celui de son enfance?Il hochait la tête à chaque argument, de plus en plus convaincu.\u2014 Soit! me dit-il enfin, je rejoindrai la mère, mais seulement une fois mon divorce obtenu .\u2014 Votre divorce?.mais c\u2019est justement cet acte, contraire à la loi divine, qui lui navre le cœur.\u2014 Pourquoi?répliqua-t-il.~ Vous savez bien que le mariage chrétien est indissoluble, vous qui étiez le premier au catéchisme de votre enfance.\u2014\tMais je ne suis marié qu\u2019à la mairie! .\u2014\tAlors, tout est changé, répliquai-je .Peut-être, au pays, une réparation du mauvais passé vous attend-elle .Avez-vous oublié Marie Cinthe?\u2014\tAh! .murmura-t-il les yeux soudain humides, pauvre fille .celle-là m\u2019eût été bonne! \u2014\tElle pourra l\u2019être.\u2014\tElle n\u2019est pas mariée?s\u2019écria-t-il.\u2014\tNon! .\u2014\tEt pourtant, elle ne pouvait plus compter sur moi! \u2014\tMais elle n\u2019a pas voulu non plus compter sur un autre.Ayez foi.redevenez l\u2019homme de votre jeunesse et 1 avenir pourra tout réparer Et cette année j\u2019ai revu, au pardon de Notre-Dame de Bon-Secours, Yves-Marie, redevenu bon laboureur, et Marie Cmthe, toute rajeunie de bonheur, échanger leurs promesses devant la Madone qui semblait leur sourire, tandis que des larmes de reconnaissance coulaient des yeux de la mère dont la priere avait ete entendue .Le 8 septembre amène la fête, dans le hameau que j\u2019habite, de la chapelle dédiée à Notre-Dame de Bon-Secours.Pauvre sanctuaire, encore élégant du dehors, grâce à son calvaire de granit et son clocheton ajouré, mais si minable à l\u2019intérieur! La tribune, que l\u2019on dénomme jubé dans le pays, semble prête à s\u2019écrouler entraînant sa poutre fléchissante; les dalles brisées et disjointes branlent sous le pied, étalant un sol dénivelé; la statue grossière de la Madone s\u2019adosse à un pilier décrépit; seul, l\u2019autel détonne par la splendeur de ses colonnes tout enguirlandées de pampres sculptés en plein bois et où les lumières s\u2019avivent à l\u2019or dont ils sont rehaussés.Deux fois l\u2019an, le desservant y célèbre l\u2019office divin, le jour du pardon et celui de la Nativité de la Vierge.En outre, un paysan voisin, qui assure les fonctions de sacristain, l\u2019ouvre les dimanches et fêtes à la piété des fidèles.On y voit alors quelques vieilles Bretonnes y égrener leur chapelet, tandis que des bougies, en guise de cierges, sont allumées aux pieds de la Madone.Pendant ce temps, la jeunesse court les bals et les fêtes.Puis, au tomber du jour, la cloche grêle jette le tintement de l\u2019Angelus et le gardien referme la chapelle pour la durée de la semaine.Qui veut entendre la messe doit parcourir les trois kilomètres qui, par un sentier au travers des landes, séparent le hameau de la paroisse^ Est-ce à cause de son humilité même que ce sanctuaire m\u2019est cher?De ma fenêtre, je vois son coq rouillé percer au-dessus des frondaisons et me garder des défaillances du reniement.J\u2019espère n\u2019avoir pas le remords de l\u2019entendre chanter! .Un dimanche, comme je pénétrais dans la chapelle, j\u2019aperçus, prostrée devant la Mère des douleurs, mais aussi la Mère des consolations, une Bretonne dont la face bouleversée d'angoisse se tendait orante, toute sa prière dans les regards, car ses lèvres serrées n\u2019eussent pu les prononcer sans livrer cours à ses sanglots.Je restais là, m\u2019unissant à elle dans son imploration, tant sa peine m\u2019avait été communicative.Enfin péniblement, elle se releva, et d\u2019une marche accablée se dirigea vers la porte.Je la suivis.Je retrouvai, face émaciée, le gars que j\u2019avais connu, riche de santé dans sa Bretagne natale. 5 octobre 1935 5 Amis d\u2019Enf; ance ^Par Florian - Parmentier \"Monsieur, je n'ai pas mangé depuis hier .J\u2019ai faim .Paris.Onze heures du soir.La nuit s'engouffrait dans les rues, mouchetée de flocons de neige, piquée de distance en distance par la lueur clignotante des réverbères, chassée violemment des vitrines encore ouvertes par les éclairages électriques.Au fond d\u2019une place, d\u2019un de ces hôtels où la vie se mène à toutes brides, les fenêtres flambaient, éclaboussant de leurs reflets les passants hâtifs, et la musique, assourdie, voluptueuse, parvenait aux oreilles par bouffées.Sur le pavé, des gens et des voitures s\u2019entre-croi-saient.Toujours pressés, les crieurs de journaux semblaient poursuivre les clients sur les trottoirs.Soudain, un gueux aux haillons élimés, aux traits émaciés, vint s\u2019aseoir sur un banc, dans la contre-allée.Les réflexions auxquelles il se livrait ne devaient pas être des plus gaies, car, à un certain moment, il retourna ses poches, quelques vieux mégots en tombèrent, et il haussa les épaules sans les ramasser.La musique reprenait dans l\u2019hôtel.Le gueux, nonchalamment, allongea les jambes sur le banc.Mais, à l\u2019instant, le pas lourdement rythmé de deux gardiens de la paix se fit entendre sur l\u2019asphalte.\u2014 Eh! là, l\u2019homme! dit l\u2019un d\u2019eux, en tapant sur l\u2019épaule du misérable.On roupille?.Allez, oust! faut pas rester là.¦\u2014 Je ne fais de mal à personne, risqua l'interpellé.Mais les agents n\u2019ont point pour habitude d\u2019admettre les observations.\u2014 De quoi?dit l'un.\u2014 De quoi?renchérit l\u2019autre.On vous dit de foutre le camp! .Ou, sans ça, au bloc allez! allez! \u2014 C\u2019est bon, on s'en va, dit le gueux, se levant sans hâte et traînant la voix.Mais, tandis que s\u2019éloignaient les deux pèlerines encapuchonnées, il pivota sur ses talons et les regarda partir, un rictus aux lèvres .Au même moment les agents se retournaient, de l\u2019air de dire: \"Eh bien! vous êtes encore là!\" Et le pauvre bougre, reprenant une attitude soumise, murmura en faisant demi-tour: \u2014 On s\u2019en va, on s en va! Il traînait ses pieds.Sur un pignon, une girouette le regardait partir.Ses semelles grinçaient, ses dents grinçaient, la girouette grinçait.C\u2019est ainsi que les drames s\u2019établissent entre les choses sans que nous puissions nous en douter.Le vent aussi grinçait sur la soie des airs.Et le coeur du pauvre bougre donc! Qu\u2019avaient-il tous à grincer comme ça?.Il n\u2019y a pas de justice, voilà la raison, sur une terre piéti-née par tant et tant de crimes prospères .Et tandis que la girouette regardait en grinçant, le cœur du vagabond comprit pourquoi ses battements étaient rauques: l\u2019homme avait faim.Et celui-ci s'aperçut tout à coup de l\u2019existence de cette girouette: elle s\u2019était installée dans sa poitrine et dans son ventre.Or, en face, sur le seuil de 1 hôtel, quelques hommes devisaient joyeusement.L\u2019un d eux dit à ses camarades : \u2014 Je vais la chercher.On va rire.Je ne serai pas long; c\u2019est à deux pas d\u2019ici.Puis, tandis que les autres entraient dans l\u2019hôtel, il releva son col de fourrure, alluma un cigare, en- fonça ses mains dans ses poches, engloutissant dans l'une d\u2019elles la pomme de sa canne, et, après avoir jeté un regard à droite et à gauche, se décida à traverser la rue.L\u2019instant était silencieux.Pas de voitures.Personne .Le gueux accosta le passant: \u2014\tMonsieur! .je n\u2019ai pas mangé depuis hier .J'ai faim .Puis, le dévisageant, il s\u2019exclama: \u2014\tTiens! mais c\u2019est Georges! .Quel hasard! .Georges, comment vas-tu?.Tu ne me reconnais pas?Mais Georges était très ennuyé.Il riposta sèchement.\u2014\tVous êtes fou?Pour qui me prenez-vous?.\u2014\tOh! Georges! fît le misérable d\u2019une voix de reproche et de plainte.Comment! toi, le bon camarade d\u2019autrefois tu ne me reconnais pas?Tu ne veux pas me reconnaître?.Nous étions pourtant toujours ensemble au collège.Voyons, rappelle-toi.Lucien, tu sais?.Lucien .je suis Lucien .L\u2019autre eut peur de faiblir.Ses mots s'exaspérèrent: \"Allons! allons! Assez de plaisanteries, je ne vous connais pas!\u2019\u2019 Cette dureté fut comme un coup de fouet sur la maigre échine du loqueteux: \u2014\tAh! ah! ricana-t-il, j\u2019oubliais! .On est de la haute, aujourd\u2019hui! On est riche .très riche! C'est bien.Mille excuses, baron! Peut-être, après ces mots, le fêtard eût-il pu fuir, se débarrasser de l\u2019importun.Mais l\u2019ironie du mendiant l\u2019avait cinglé à son tour: \u2014\tEh bien! après tout, s\u2019emporta-t-il, oui, je suis riche! Qu\u2019est que cela prouve?Cela prouve que .\u2014\tÇa prouve, interrompit l\u2019autre, qu\u2019on n\u2019a plus de cœur: qu\u2019on méprise les amis tombés dans la débine! \u2014\tLes amis! .Comme vous y allez! .Au fait, j\u2019ai peut-être été, jadis ton camarade d\u2019enfance.Mais, depuis! .Ah! tu vois où ça mène, l\u2019inconduite.Si tu n\u2019avais pas agi comme un paresseux, tu ne me tendrais pas la main de cette façon-là, aujourd\u2019hui! .\u2014\tBon sang de bon sang! Qu\u2019est-ce qu\u2019il faut entendre! .Dis donc, tu n\u2019as pas toujours été \u201cau pèze \u201d, quand ta mère tenait la petite librairie de la rue Saint-Merri! \u2014 On a travaillé, mon garçon.Tu n\u2019avais qu'à faire comme moi! \u2014\tTravaillé!!! Et, si jeune, avoir gagné des rentes! .Ah! ah! c\u2019est tout le contraire qui m\u2019arrive à moi.Décidément, il y a des gens qui n\u2019ont pas de veine! Le riche, à part soi, songea qu\u2019il était temps d\u2019en finir, et tirant de son gousset une pièce blanche, il la tendit au miséreux: \u2014\tAllons, tiens! Voilà pour calmer ta soif.La boutade était maladroite, car le gueux bondit d\u2019indignation : \u2014\tUne aumône! .Calmer ma soif! .Dites donc, je ne suis pas un ivrogne! .Et puis, vrai, Monsieur est trop généreux! .Est-ce que Monsieur aurait peur d\u2019un petit air de chantage?.Que Illustration de F.Bazin Monsieur se rassure, je ne connais pas cette musique-là.Mais que Monsieur sache bien que si je mendie, ce soir, c\u2019est que j\u2019y suis contraint par cette chose atroce, épouvantable: la faim! .Pourtant, je ne suis pas assez avili pour vous dire merci lorsque vous croyez acheter vingt sous le droit de me cracher au visage! .\u2014\tOh! oh! des scrupules! Vous avez bien tort, mon garçon.Enfin, à votre aise! .Au revoir! .Et le riche voulut s\u2019éloigner.Mais le gueux le saisit par le revers de son manteau.\u2014\tAttends! attends! cria-t-il.Je ne te tiens pas quitte à si bon compte.Tu m\u2019as outragé dans ce que j\u2019ai le plus à cœur, dans tout ce que je possède encore au monde: ma dignité d\u2019homme.Je t\u2019en demande raison.Ecoute.\u2014\tEh! je n\u2019ai pas le temps de vous écouter! \u2014\tTu le prendras.Je veux te parler, moi.Tu sais bien que, quand je t\u2019ai connu, j\u2019étais à l\u2019aise, et tu étais pauvre.Est-ce que je t\u2019ai dit: \u201cVa-t\u2019en donc avec tes pareils.Je ne fréquente pas les va-nu-pieds!\u201d Est-ce que je te disais cela, moi, quand tu venais m emprunter l\u2019argent de poche que ta mère ne pouvait te donner, et que tu as toujours oublié de me rendre?\u2014\tTu mens, canaille! Tu mens! \u2014\tNon, je ne mens pas.Tu le sais trop bien.Mais laisse-moi continuer .Vois-tu, ce que je vais te dire, si je le criais devant témoins, si je faisais du scandale, tu pourrais encore jouer la victime, tu pourrais m\u2019appeler \u201cignoble personnage\u201d.Mais ici, seul à seul dans la rue déserte, j\u2019ai bien le droit de le dire tout ce que je pense.C\u2019est toi qui l\u2019auras voulu.Eh bien! si ta mère .tu sais .si ta mère n\u2019avais pas .détourné l\u2019héritage du vieux millionnaire, c\u2019est toi qui crèverais de faim, aujourd\u2019hui! Tâche donc de ne pas l\u2019oublier! .Ah! ah! On connaît tout ça.mon fiston! Au comble de la fureur, le fêtard a levé sa canne sur le gueux: \u2014\tTais-toi, tais-toi, misérable! ou je te tue comme un chien.Heureusement, les agents arrivent.Ils s\u2019emparent du gueux.Alors, le riche se rend compte du grand danger qu\u2019il a couru: \u201cTenez-le bien, surtout! dit-il, tout tremblant.Vous avez vu, il voulait m\u2019assommer.Et, comme le pauvre diable proteste, l\u2019un des agents part d\u2019un grand éclat de rire: \u2014 Vous nous prenez pour des imbéciles?. 6 LE SAMEDI ?'ini .h ¦*\u201e * Faible, épuisée, en souriant à son mari penihé sur elle avec amour et reconnaissance, elle se laissait comme flotter sur un océan de béatitude » .CRIME D\u2019ENFANT Roseline, tu ne veux pas venir gâter maman?., Chérie, viens! tu me ferais tant de bien si tu voulais!\u201d La prière douce n'obtint aucune réponse; maman resta seule dans le coin de la chambre, souffreteuse-ment étendue sur sa chaise longue.Debout contre une fenêtre, Roseline, ses grands yeux tout froncés, regardait, en l\u2019irritation d\u2019une créature tentée au delà de ses forces, les trois larges voies de fête que faisait, avec ses trottoirs et sa chaussée, le boulevard Saint-Germain, en cette journée de printemps, sous les deux lignes d'arbres aux feuilles déplissées d\u2019hier.Hier, maman avait décidé qu elle l\u2019emmènerait dans les grands magasins pour lui acheter un chapeau neuf, un chapeau frais comme les fleurs nouvelles, un chapeau qui n\u2019aurait pas subi les brouillards fumeux de l\u2019hiver, ni les encombrements des vestiaires à l\u2019entrée des cours.Aller dans les magasins avec maman, Roseline adorait cela! Elle avait l\u2019attrait éperdu, l\u2019ardente curiosité des opulents étalages.Là, quelques instants, elle goûtait, en des multiplications grisantes, cette joie si féminine, si subtile, que promet la possession d\u2019une chose neuve .Et quand venait le moment de choisir, on se sentait une petite fièvre sur les joues, dans les yeux, une fièvre qu\u2019on n\u2019était pas seule à gagner, que vendeurs, vendeuses et clientes semblaient se passer du bout des doigts en maniant les étoffes soyeuses, les marchandises comme embaumées dans leur lustre vierge.Mais surtout, au fond de Roseline, il y avait cette idée, à la fois imprécise et très nettte, que de toutes les choses qu\u2019on venait admirer là, dont l'acquisition était souhaitée ardemment, aucune n\u2019était comparable à ces deux objets de grâce et d\u2019orgueil qu\u2019elles étaient, elle et maman: maman grande, svelte, avec une toute petite tête fière qui portait son mignon chapeau comme une reine porte sa couronne, et elle, toute haute déjà sur ses jambes de Diane, les épaules inondées de ses cheveux blonds coulant sous son chapeau de velours très empanaché.Un jour, toutes les têtes retournées à leur passage comme à l\u2019ordinaire, on avait chuchoté: \u2014 C\u2019est la princesse K.et sa fille! Roseline avait entendu.Mais à quoi bon avoir entendu, s\u2019être rappelé, s\u2019être promis de savourer aujourd\u2019hui même la joie de ce souvenir?On ne sortirait pas; c\u2019est-à-dire qu\u2019elle sortirait, elle, pour aller à son cours de piano avec Juliette, au lieu d\u2019y être accompagnée par maman, après la promenade, comme il était convenu.Maman avait la migraine; toujours cette migraine déplorable! Mais aussi, pourquoi ne se faisait-elle pas soigner?.Quel dommage que le général, l\u2019oncle de Roseline ne vînt pas plus souvent à Paris?Avec lui les projets tenaient toujours .Et Roseline le sentait si fier de l'emmener au Châtelet ou au cirque, comme si elle avait été sa fille! Il disait d\u2019ailleurs que maman n\u2019était pas malade, qu\u2019elle se frappait, qu\u2019elle ferait mieux de chercher à se distraire au lieu de rester à gémir sur sa chaise longue.Mais, aujourd\u2019hui, maman avait-elle bien la migraine?Roseline se tourna un peu, et, dans une grande psyché qui occupait un angle de la chambre, elle vit que maman tenait un livre ouvert sur une table basse tirée près d\u2019elle .\u2014 Quand on a mal à la tête, on ne peut pas lire! Le docteur avait interdit l'étude à Roseline, l\u2019année dernière, et même la fréquentation du cours, quand il avait craint pour elle une méningite.La maman n avait pas la migraine, alors pourquoi était-elle restée à la maison, emprisonnant Roseline avec elle?.Ah! mais! à force de réfléchir, Roseline devinait très bien .c\u2019était pour se venger (on n\u2019avait pas su apprendre à Roseline le mot punir); oui, c\u2019était pour se venger, parce que, hier, Roseline avait refusé d\u2019aller avec elle chez Mme No-blois, une sermoneuse vieille dame qui exhortait 5 octobre 1935 7 toujours sa maman à la fermeté et Roseline à l'obéissance.\u201cSe venger! ah! si on croyait la dompter par là! .le tour de Roseline viendrait aussi! .\u201d Elle donna un second coup d\u2019œil dans la psyché.Maman était pourtant bien pâle .mais lorsqu\u2019on le remarquait, elle disait toujours en riant que c\u2019était son teint, qu\u2019elle n\u2019avait jamais eu de couleur aux joues .Maintenant elle laissait son livre ouvert sur la petite table, accoudée sur des oreillers qu\u2019elle avait fait ajouter aux coussins de la chaise longue, et, d'une main, elle semblait se presser le cœur .pourquoi ce geste?quand on a mal à la tête, on se passe la main sur le front.Maman s\u2019était peut-être aperçue que Roseline la voyait dans la glace, et elle voulait se donner l\u2019air très malade, lui faire peur.Roseline, détournée de la psyché, colla son front brusquement à un carreau de la fenêtre; ses yeux verts s\u2019étaient foncés comme l\u2019eau de l\u2019Océan, dont elle avait l\u2019âme ombrageuse et fougueuse .Soudain, là-bas.sur le trottoir, elle vit passer sa petite camarade, Madeleine de Lqrges, accompagnée de sa maman.Madèleine tenait à la main son rouleau de musique; il y avait dedans la seconde partie de la sonate à quatre mains qu\u2019elles étudiaient ensemble .et qu\u2019il faudrait jouer tout à l\u2019heure chez Mlle Denisot.Eh! bien, non, par exemple! .Roseline se sentait des doigts de coton .ça ne marcherait pas du tout.et Mme de Lorges, déjà si jalouse d'elle pour Madeleine, en aurait un plaisir! .non, à perdre sa place de première.Roseline amait mieux que ce fût à cause d\u2019une absence; c\u2019était décidé, elle n\u2019irait pas au cours, maman dirait ce qu'elle voudrait.Presque à l\u2019instant même, maman appelait de nouveau: -\u2014 Roseline, c\u2019est l\u2019heure du cours, chérie; va te faire habiller par Juliette.Roseline s\u2019immobilisa davantage contre la vitre.Maman répéta de sa voix languissante qui se plaignait: \u201cRoseline, c\u2019est l\u2019heure, voyons! tu seras en retard, tu perdras ta place!\u201d Elle murmura entre ses dents, mais de manière à être entendue: \u201cOh! ça m\u2019est tout à fait égal!\u201d Maman dit, se forçant à parler un peu plus haut: \u2014 Mais cela ne m\u2019est pas égal, à moi! .je suis fière, tu le sais bien, de tes succès au cours.\u2014 C\u2019est pour cela que tu n\u2019y viens presque jamais! Le ton âpre de Roseline fit tressaillir maman; son corps léger frissonna dans les dentelles du peignoir.Quoi! encore une révolte de l\u2019enfant indomptée?.Faudrait-il donc lui dire tout?Lui faire prévoir les jours lugubres, si prochains peut-être, hélas! .lui dire qu\u2019après cela, personne, personne n\u2019aurait plus pour elle les indulgences de la pauvre maman malade .Oh! quel avenir se préparait l'enfant hautaine, orgueilleuse et trop belle! N\u2019y a-t-il pas presque toujours des drames dans l\u2019existence de ces femmes superbes qui attirent l\u2019amour par leur beauté, et qui s\u2019attirent la haine par les cruautés de leur orgueil et de leur égoïsme?Du moins, pendant ce qui lui restait de jours à vivre, fallait-il, par un peu de fermeté, de sévérité même, entreprendre de discipliner cet esprit absolu, et qu\u2019ensuite les forces contraires de la destinée rompraient, comme tout ce qui se dit inflexible, dans les douleurs et dans les larmes?.Maman disait: \u201cJe t\u2019accompagne avec bonheur quand je ne souffre pas, et aujourd\u2019hui c\u2019est moi qui serai la plus privée de nous deux.Mais puisque ma migraine m\u2019interdit tout à fait de sortir, surtout pour assister à une séance de piano, tu vas être gentille, ma chérie, et me prouver ton affection en allant avec Juliette.\u201d Sa migraine! pauvre maman! Quel malheur qu\u2019elle ne comprît pas qu\u2019à ces riches et impétueuses natures comme celle de Roseline, à quelque prix que ce soit, il faut éviter le soupçon du mensonge! .Elle avait sonné; Juliette parut et reçut l\u2019ordre d\u2019apporter le chapeau et le manteau de Roseline.\u2014 Mademoiselle Roseline, voulez-vous venir?La femme de chambre, déployant le lorfg manteau de velours, tendait vainement l\u2019ouverture de la manche.Roseline appuyait la tête sur ses deux bras croisés contre la vitre, son corps gracieux arc-bouté comme pour la résistance de la rébellion.Roseline commençait à se venger.La femme de chambre crut venir à bout de son caprice par une plaisanterie qui lui réusissait quelquefois.Elle dit: Eh! bien! nous allons habiller ce bébé sans qu\u2019il nous aide.Et elle voulut prendre un bras de Roseline.Mais rien à ce moment ne pouvait plus que cet enfantillage irriter l\u2019altière petite fille.Aussi, de sa main fermée, elle repoussa Juliette en criant d\u2019une voix folle: \u201cVoulez-vous me laisser, vous?\u201d \u2014\tLaissez-la, Juliette.Et Juliette sortie, maman prenait le manteau, s\u2019avançait à son tour, plus pâle que jamais, trop pareille, dans son peignoir blanc, à un grand lis tout meurtri d\u2019une longue journée d\u2019existence; sa bouche était moins tendre que de coutume, mais surtout si douloureuse! .\u2014\tC\u2019est donc moi qui t\u2019aiderai; car tu iras au cours, je le veux! Mais Roseline, la voix basse et farouche d\u2019une créature qui s\u2019enfonce dans l\u2019irréparable, et qui le sait, et qui en a l\u2019horreur en même temps que l\u2019invincible vertige, Roseline répliqua aussitôt: \u2014\tJe n\u2019irai pas au cours! Je ne le veux pas, moi! Maman ne dit plus rien; elle se saisit d\u2019une de ses mains et voulut la faire entrer dans la manche du manteau dont la doublure de soie rose semblait sourire à un jeu puéril.\u201e.Roseline retira sa main d'un coup brusque.Maman reprit cette main, la serra dans la sienne, si mince, si amaigrie! .\u2014\tOseras-tu me désister?.Roseline osa.Elle tordit en tous sens ce bras que maman retenait par une force de vouloir encore dominant la sienne .Elle s'appliqua, de sa main libre, à soulever, à détacher de l'autre, les doigts de maman, rigides et froids .Et, à ne pas triompher, elle entra dans une ivresse de fureur.Toute sa belle figure de petite reine parut se changer en un jet de flammes superbes et monstrueuses; la flamme des cheveux blonds secoués, des joues rouges, des yeux verts, pleins de maléfices: Nouvelle, par ALBERICH - CHABROL Illustration de F.-L.NICOLET \u2014\tJe ne t\u2019aime plus! Je te hais! .Elle jetait cela dans la férocité de ses dents serrées.ses dents de petite lionne qui veulent une proie.Et soudain, réunissant toutes ses forces, toutes ses fureurs, elle donna une poussée terrible .Maman, frappée au côté, chancela, fit un gémissement de blessée qui agonise .ses mains retombèrent distendues, comme si la force avait coulé des doigts pareils à des fontaines qui se vident.Elle se porta en quelques pas pénibles, sursautés, jusqu\u2019à sa chaise longue, et tomba là sur les coussins, pâle, d'une pâleur étrangère encore aux yeux de Roseline.Et Roseline restait debout, toute portée en avant, les bras crispés encore, voulant l\u2019obstacle et la lutte, de tout son corps aiguillonné par la volupté des révoltes, et l\u2019âme déjà stupéfaite dans une horreur d'elle et de tout.Maman se soulevait sur ses coussins; ses paupières laissèrent passer un regard, ses lèvres, un souffle: \u2014\tRoseline! Elle bondit: \u201cPardon! Maman, pardon! J\u2019irai au cours, je ferai ce que tu voudras .dis-moi que tu me pardonnes!\u201d Maman resta immobile, la tête très renversée.Et Roseline eut l\u2019impression qu\u2019au lieu d\u2019être là, sur sa chaise longue, maman, avec des pas d\u2019ombre, marchait vers la porte de la chambre, jusqu\u2019à la dernière de l\u2019apaprtement, et ensuite vers d\u2019autres portes sombres par où elle s\u2019enfonçait loin, loin, dans des espaces de nuit, sans qu\u2019elle eût même la possibilité de retourner la tête.Roseline jeta les cris fous de l'abandon .\u2014\tMaman! maman! Regarde-moi, parle-moi.Reviens dans ta bouche! Reviens dans tes yeux .Maman! Je t\u2019obéirai toujours! Je te le promets! Je te le jure! .Maman! .Peut-être que maman voulut en effet revenir dans ses yeux, dans sa bouche, au moins une seconde afin de pardonner à l\u2019enfant repentante.Les longs cils de ses paupières fermées frissonnèrent comme à une brise; ses lèvres eurent un imperceptible tressaillement .mais, au lieu du mot de tendresse qu'implorait le cœur éperdu de Roseline, ce fut une barre écarlate qui les disjoignit et qui colora sinistrement leur pâleur.Et pendant que Roseline se taisait en un silence d\u2019épouvante inexprimable, regardant, les yeux dilatés, cette chose horrible, le flot de sang coula sur les oreillers, gagna les larges dentelles du bord, la main de Roseline qui se crispait dessus .A l\u2019impression du flot tiède, Roseline bondit mais pour retomber sur ses genoux: \u201cMaman! maman! Maman morte! Maman que j\u2019ai tuée! .\u201d Après ce mot, aucun autre ne put sortir de sa gorge serrée par la poire d\u2019angoisse.Juliette et la cuisinière accoururent, tremblantes, à ses cris qui étaient des clameurs désespérées, et elles la trouvèrent se roulant sur le tapis, étouffée par un râle, les cheveux blonds inondés du sang de maman, ces beaux cheveux blonds que maman avait elle-même, le matin, comme tous les matins, peignés, bouclés avec des doigts pleins d\u2019amour et d\u2019orgueil.Roseline se réveillait dans sa petite chambre bleue, avec les regards d'étonnement qu'ont les malades pour ce qui les entoure, comme s\u2019ils revenaient du monde si lointain et si étranger d\u2019où les morts, eux, ne reviennent plus.Le général, son oncle, et la sœur du général qui tenait à Blois son ménage de célibataire, étaient tous deux près du lit de Roseline, après une dernière visite du médecin.\u2014\tAh! la voici retrouvée! s\u2019écria le général épanoui de joie.Je puis donc partir tranquille! Dans huit jours, la feuille de route signée par le docteur, tu me l'amèneras; mais tâche qu elle perde d\u2019ici là cette figure de sainte pâle: il faudra que nous reprenions notre air de bon petit diable, bien vivant, bien bruyant! .Je ne suis pas comme était cette pauvre Louise, moi, j\u2019aimerai le bruit, quelques coups de vent même dans la maison, c\u2019est plus gai! Au nom de maman, Roseline, trop faible, ne put crier son désespoir comme elle l'avait fait avant d\u2019être consumée par la fièvre cérébrale, mais sa belle figure au galbe maintenant allongé, amaigri, prit une expression de détresse, de misère extrême; ses yeux s\u2019emplirent de larmes, qui lentement, débordèrent.Le général l'embrassa tout ému: \u2014\tVoilà ce que j\u2019ai fait! .mais c\u2019est le docteur qui a voulu qu\u2019on te parle tout de suite d\u2019elle .Allons, je m\u2019en vais, je m\u2019en vais! Ta tante saura mieux que moi toucher au triste événement.Le général sorti, sa sœur vint s\u2019asseoir au chevet de Roseline.C'était une grande mince femme douce, de cette douceur d\u2019aube que gardent les vieilles filles restées seules à travers la vie dans le plein gré d'un cœur voué à l\u2019idéal.Elle parla de maman.Depuis des années, depuis que le père de Roseline, capitaine de frégate, était mort dans un commandement qu\u2019il avait pour les mers du Sud, son état n\u2019inspirait aucun espoir; elle était à la merci d\u2019une émotion .or, précisément, lorsqu\u2019on était accouru près d\u2019elle aux cris de Roseline, on avait vu qu\u2019elle s\u2019était occupée à lire toute la journée un volume sur les naufrages célèbres .A la merci d'une émotion! .Roseline n\u2019en écoutait pas davantage.\u201cMaman morte! Maman que j\u2019ai tuée! .\u201d Ce cri, sorti de sa bouche dans le commencement de son délire, était bien celui de la vérité horrible! Elle avait tué maman comme si elle avait pris un couteau pour le lui planter dans le cœur! .Elle était plus criminelle que les assassins qui tuent des étrangers parce qu\u2019ils n\u2019ont pas d\u2019argent, eux, et que sans argent on ne peut pas vivre, et elle, Roseline, avait frappé maman qui la berçait dans les soins, les baisers, les imméritées tendresses! Ah! Maman! Maman! le meilleur de son orgueil! Jamais plus Roseline ne l\u2019aurait près d\u2019elle! Jamais plus elle ne s\u2019inonderait de joie intérieure à ces mots de ses professeurs de cours: \u2014 Encore première, Roseline! Ce n'a rien d\u2019éton-nant d\u2019ailleurs, avec une mère comme la vôtre! Une mère comme maman! Une mère qu elle avait tuée! Oh! ce sang que d'un coup brutal elle avait fait jaillir de son cœur, ce sang tiède qui lui avait baigné les mains et la figure, et les cheveux! N'en était-elle pas marquée pour sa vie?(Suite à 35) 8 LE SAMEDI SMm ?\u2022 lilill m§ ræuœm&rmœsgm Wmm&mù La Demoiselle NOTRE ROMAN aux Moustaches par Jean Barancy COMPLET LIRE, ne faire que lire ! Cela devenait d\u2019un fastidieux ! Et qu'était-ce encore cela?Quelle niaiserie, cette correspondance de journaux et ces annonces.\u201cMariette Londet, au village des Feuillettes (Lot), désire échanger cartes postales illustrées du département avec Paris.\u201d Michel de Frimeuse s\u2019en tint là et repoussa la revue dont machinalement, il venait de feuilleter les dernières pages, s\u2019arrêtant, il ne savait pourquoi, à celle portant en tête cette rubrique: \u201cCartes postales illustrées, échanges.\u201d Il s\u2019ennuyait, relevant de maladie, et trouvait singulièrement longues les journées de convalescence, dont la monotonie n\u2019était rompue que par la présence de quelques amis et celle de sa dévouée servante, Rosie, une vieille qui, jadis, avait servi sa famille et dont, à la mort des siens, il s\u2019était fait suivre à Paris pour qu\u2019elle prit soin de lui dans son petit logement de garçon.Un délicieux petit logement, un peu haut perché, par exemple, mais dont toutes les croisées donnaient sur un horizon large, Michel demeurant dans la tranquille et quasi provinciale rue d\u2019Assas, juste en face le jardin du Luxembourg.Pendant l\u2019été, la voix des enfants lui parvenait avec celle des oiseaux.Michel était peintre, et peintre de talent.Mais, riche, il ne faisait pas métier de son art.Il était peintre pour le plaisir de l\u2019être, pour celui de revoir encore, chaque fois qu\u2019il le voudrait, quelque coin de forêt ou de pâturage jadis admiré et à jamais fixé par lui sur la toile.D\u2019excellente nature, il eût possédé beaucoup de camarades, pour peu qu\u2019il v eût tenu: mais ayant hérité de son père la fortune qu\u2019il possédait et de sa mère l\u2019âme flère un peu sauvage, il se montrait difficile dans le choix de ses relations et, en somme, recevait peu.Voilà pourquoi Michel s'ennuyait aujourd'hui.Octobre commençait seulement, et les amis dont la présence lui eût été particulièrement agréable n\u2019étaient pas encore rentrés à Paris que, cette année, il n\u2019avait pu quitter, et il lui restait de sa maladie une lassitude et une tristesse invincibles, dont la dé- Publié en vertu d\u2019un truité, avec La Société des Gens de Lettres.Six semaines après M.Michel de Frimeuse épousait Mademoiselle Mariette Londet.vouée Rosie s\u2019inquiétait sérieusement.-\u2014 Voyez-vous, monsieur Michel, lui dit-elle amicalement, cette familiarité lui étant permise en raison de son long séjour auprès de lui,\u2014elle le servait depuis vingt ans et il en avait vingt-huit,\u2014 voyez-vous, monsieur Michel, vous devriez\u2019 dès que vous vous en sentirez la force, quitter Paris et aller faire un tour dans d\u2019autres pays où il fait chaud, même en hiver.Voir des choses nouvelles vous distraira et vous guérira tout à fait, l\u2019âme aussi bien que le corps! Il faut vous secouer.\u2014 Je le sais bien, interrompit le jeune homme, et quand je pourrai sortir et croquer aux environs de Paris quelque joli paysage.\u2014 Très bien ! s\u2019écria la vieille, mais il faudra attendre le soleil de mai pour vous installer en plein air avec vos attirails ! \u2014 Tu as raison; je réfléchirai.je verrai.Rosie partie, Michel réfléchissait, comme il venait de lui dire.Mais à quoi?Maintenant il regardait le feu, la belle flamme dansant entre les chenets de cuivre massif apportés de la maison natale, là-bas, de la Bretagne, et il rêvait doucement, bercé par son crépitement.La servante parlait sagement: oui, il lui faudrait, dès qu\u2019il le pourrait, quitter Paris, aller un peu loin, vers des pays chauds et ensoleillés où il se retremperait comme dans un bain vivifiant.Il songeait aussi aux conseils d\u2019un de ses amis actuellement en voyage de noces : \u2014 Fais comme moi; marie-toi !.Pourquoi pas?Mais voilà! Les jolies \u201c demoiselles de Paris \u201d, pour parler comme Rosie, tout en charmant ses yeux, et même en attirant son désir plus souvent qu\u2019il ne se l\u2019avouait à lui-même, se reconnaissaient incapables de résoudre l\u2019énigme.Trop nouvellement encore débarqué de sa province où il avait vécu en constante communion d\u2019idées avec sa mère, les jeunes Parisiennes, coquettes, pimpantes, troublaient son esprit et ses sens sans émouvoir son coeur, et il lui paraissait très difficile de se marier dans ces conditions.Alors ?Eh bien ! alors, il avait bien le temps d\u2019y songer ! Il reprit le journal abandonné tout à l\u2019heure, lut un article oublié et de nouveau, ses yeux s arrêtèrent sur les annonces de la dernière page, dont quelques-unes ne manquaient pas d'une certaine saveur originale.Celle de Mlle Mariette Londet frappa encore son regard.Qui était-ce, cette Mariette, collectionneuse de cartes postales, dont le nom seul évoquait pour lui l\u2019ima- j j»: ûÿtgr.5 octobre 19 3 5 ge enfantine de quelque petite villageoise pour qui, sans doute, un ou une abonnée de ce journal réclamait des cartes de Paris en échange de celles de son département ?Michel sourit au jeune visage évoqué par son rêve\u2014un rêve de convalescent qu\u2019un rien amusait \u2014 et sonna Rosie.\u2014 Ecoute, lui dit-il, tu vas aller chez le papetier, au coin de la rue, et tu achèteras une série de cartes postales illustrées.Des vues de Paris.Tu as bien compris.\u2014 Oui, monsieur Michel.Ça vous distraira toujours un peu, de regarder ça ! Il ne répondit pas et continua de sourire à sa pensée.Quelques instants après, la bonne vieille lui rapportait douze jolies vues, parmi lesquelles Michel choisit celle du boulevard des Italiens avec son encombrement de voitures et les mouvements affairés des piétons; puis, amusé, il écrivit quelques mots en marge : \u201cMicheline de Frimeuse, rue d'As-sas, 40, Paris, ne demande pas mieux que de recevoir de Mlle Mariette Londet quelques vues de son village et du département\u201d.\u2014 Il faudra tout à l'heure porter cette carte à la poste, dit-il à Rosie.L'enfant à qui je l\u2019envoie en aura plaisir.Et puis, qui sait?peut-être recevrai-je en échange quelque joli coin de campagne dont je tirerai parti.\u2014 Voilà une bonne idée! s\u2019écria joyeusement la vieille servante .Mais, continua-t-elle en regardant son maître avec un peu d'inquiétude, vous avez signé.\u201cMicheline.\u201d Evidemment, elle le croyait un peu fou.\u2014Curieuse, va! répliqua-t-il, pourquoi as-tu lu ?.\u2014 Monsieur Michel.\u2014 Je ne te gronde pas, ma bonne, ajouta-t-il.Les cartes postales peuvent être lues par tout le monde ; elles sont faites pour ça.J\u2019ai écrit \u201cMicheline\u201d parce que la petite à qui je l\u2019envoie s\u2019effaroucherait sans doute de correspondre avec un homme.La vieille servante, une fois sortie, Michel passa un moment à regarder les autres vues de ce Paris bruyant avec lequel il ne parvenait pas à se familiariser assez pour l'aimer franchement, sans arrière-pensée.A quelques jours de là, la dépre-sion morale aussi bien que physique dont il avait souffert pendant la période de sa convalescence s\u2019étant dissipée, il se retrouva un matin tel qu\u2019avant sa maladie, dispos de corps et d\u2019esprit, avec le désir des promenades et même des voyages.\u2014 Tu ne sais pas Rosie, dit-il à la bonne femme; j\u2019ai envie de quitter Paris.\u2014 Quitter Paris! répéta-t-elle étonnée; mais vous n\u2019v pensez pas, monsieur Michel ! \u2014 Toi-même, ma bonne, tu me le conseillais il n\u2019y a pas si longtemps encore.\u2014 Oui bien.Mais pour la saison claire.Ce n\u2019est pas en octobre, avec Mademoiselle Mariette, si vous vouliez me le permettre, je reviendrais avant le printemps.la pluie, le vent et le froid que l\u2019on se met en route! \u2014 Au contraire, répliqua-t-il, on les fuit pour aller quelque part chercher du soleil, à Nice, à Menton ou ailleurs.Et avec la spontanéité inhérente à sa nature, voici qu\u2019il se décidait à partir sans tarder\u2014par exemple, dès la semaine suivante \u2014 après avoir bien entendu arrêté le choix de sa résidence; il y passerait les mois d\u2019hiver et reviendrait vers avril.\u2014 Pour vous faire du bien, ça vous en fera, murmura Rosie en retirant machinalement de la vaste poche de son tablier une carte postale que, dans son trouble à la pensée d\u2019une prochaine séparation, elle ne songeait même pas à donner.\u2014 Qu\u2019est-ce que cela, demanda Michel.\u2014 Ah! mon Dieu, j\u2019oubliais! s\u2019écria-t-elle.La concierge me l'a remise il n\u2019y a qu\u2019un instant, et je ne l\u2019ai pas lue.Vrai, monsieur Michel?\u2014 Que tu es nigaude, ma pauvre Rosie, riposta-t-il amusé par son émoi.Donne-la moi vite.Et décide-toi un peu ! Lis au moins l\u2019adresse, continua-t-il, et tu riras comme moi.Tiens, regarde ! Il la lui mit sous les yeux en lisant à haute voix : \"Mlle Micheline de Frimeuse.\u201d \u2014 Ah! pour le coup, en voilà un qui ne vous connaît pas! s\u2019écria-t-elle, ne se rappelant pas la carte envoyée par son maître à Mariette Londet.Et par discrétion, elle se retira doucement pendant que Michel lisait vivement les cinq ou six lignes écrites d\u2019une main légère, mais ferme : \"Merci pour la jolie vue.Voudriez-vous m'en faire parvenir d\u2019autres ?Je vous envoie les ruines d\u2019un manoir, jadis célèbre dans notre contrée, et que les étrangers de passage ne manquent pas de visiter.Actuellement, le pittoresque en fait toute la curiosité\u201d.Il ne pensait plus du tout à cette Mariette, et il se souvint, tout à coup, qu\u2019il se l\u2019était imaginée petite villageoise.Mais, en regardant plus attentivement son écriture, il eut d'elle une toute autre idée, sans cependant se la représenter encore d\u2019une façon ou d\u2019une autre.En tout cas, elle n\u2019était pas une enfant.La vue était charmante; les ruines fort pittoresques, en effet, émergeaient en demi-cercle ajouré de hautes croisées à ogives, d un fouillis de plantes dont la frondaison vivace, s\u2019accrochant aux pierres, grimpait jusqu\u2019au sommet des vieilles murailles démantelées, couronnées, comme d\u2019une auréole vaporeuse, de petites herbes folles et de fines graminées.Un autre lambeau de mur disparaissait entièrement sous la tombée en cascades, de lianes envhevêtrées.Et Michel se dit que ces ruines devaient, au clair de lune surtout, produire un effet étrange d un charme à la fois poétique et puissant.Tout de suite, il songea au parti que ses pinceaux en pourraient tirer.\u2014Celle qui a choisi cette vue entre bien d\u2019autres a du goût! se dit-il.(Suite à la page 30> faillit ¦ \u2022 * \" .WœMi ï t*- ' ; , , %¦¦ '^ÿÊÊjlÊ atawskt.fWwSff' L E SAMEDI En bas.Ventrée du Canal de Suez où s'engage un navire: au centre, en vue de Port-Saïd, après quoi c'est la route, côtoyant l'Egypte, à destination de la mer Rouge et de l'Océan Indien.(Photos C.N.R.) G bronique cPactualité ^ar Louis Roland 5 octobre 1935 11 ON parle beaucoup du canal de Suez en ce moment; peut-être un peu trop dans certains milieux.Peut-être même assez mal à propos.Joignant la Méditerranée à la mer Rouge puis à l\u2019océan Indien, il est la voie la plus économique et surtout la plus rapide pour une multitude de navires de commerce et de guerre; sans lui, c\u2019est le tour de l'Afrique entière qui s\u2019impose comme, avant le canal de Panama, le tour complet de l\u2019Amérique du sud.On comprend donc que les diverses nations soient intéressées à son bon entretien et à son libre usage.Libre usage moyennant, bien entendu, finances qui s\u2019en vont dans la poche des actionnaires.Une de ces nations veille actuellement surtout, plus jalousement que les autres sur ce canal: c\u2019est l\u2019Angleterre qui en a le besoin continuel et pressant à cause de son commerce mondial ainsi que de la proximité de ses colonies ou protectorats.Elle possède d\u2019ailleurs une forte partie, mais non la majorité des actions du canal; elle a donc assez puissante voix au chapitre et le fait bien voir puisqu\u2019elle parlait de le fermer à l'Italie et, qu\u2019à l\u2019heure où j\u2019écris ces lignes, elle a réuni, dans la Méditerranée, une flotte de guerre assez imposante pour parer aux événements possibles.Or, ce canal qui est aujourd\u2019hui l\u2019objet de sa tendre sollicitude, sur lequel elle veille âprement, n\u2019a pas toujours autant occupé ses pensées, du moins de la même façon.Il est assez piquant de rappeler aujourd\u2019hui que, s\u2019il n\u2019avait tenu qu\u2019à l\u2019Angleterre, cette voie maritime n\u2019aurait jamais été ouverte.Elle s\u2019est, en effet, énergiquement opposée à son creusement quand l\u2019ingénieur français de Lesseps voulut entreprendre les travaux, et ce n\u2019est pas de sa faute s\u2019ils ont pu aboutir.Disons tout de suite que l\u2019idée de ce canal n\u2019était pas nouvelle et qu\u2019on y avait pensé déjà bien longtemps avant que l\u2019Angleterre n\u2019eût la maîtrise maritime dont elle se montra si fière par la suite.Il y a deux mille cinq cents ans, le pharaon Ne-chao la mit à exécution; il commença le canal que continua Darius et que Ptolémée II termina.Travaux à peu près inutiles pourtant, car on ne disposait pas alors des moyens de construction et surtout d\u2019entretien que l\u2019on a maintenant et les sables poussés par les vents eurent bientôt comblé le canal.L\u2019empereur Adrien le fit recreuser; le grand chef arabe Amrou dut recommencer l\u2019opération vers l\u2019an 640 mais un siècle plus tard c\u2019était encore à refaire.Les Vénitiens se remirent à l\u2019œuvre au seizième siècle; Napoléon, quand il n\u2019était encore que Bonaparte reprit l\u2019idée du canal; en 1840, d\u2019autres étudièrent encore la question puis enfin, le grand ingénieur Ferdinand de Lesseps se mit à l\u2019œuvre.Il devait, seul de tous, la conduire à bonne fin.De toutes les tentatives précédentes on peut conclure que le besoin de ce canal était réel, impérieux même et l\u2019on se demande pourquoi l\u2019Angleterre s\u2019y opposa tant.On est en droit de se demander, non sans un peu d\u2019ironie, ce qu\u2019elle pense aujourd\u2019hui de l\u2019état d\u2019esprit qu\u2019elle avait il y a quatre-vingts ans.Quand Bonaparte avait demandé des plans pour le creusement de ce canal, c\u2019est l\u2019architecte-ingé-nieur Le Père qui les avait établis, et ces plans .laissés en plan furent plus tard repris et étudiés par Ferdinand de Lesseps alors jeune diplomate de vingt-cinq ans et qui en fit une étude approfondie.Ce n\u2019est que vingt ans plus tard qu\u2019il y put donner suite.Le khédive d\u2019Egypte Mohammed-Saïd était alors un de ses amis et, le 20 novembre 1852, il obtenait de lui le pouvoir de fonder et de diriger une compagnie qui ferait les travaux projetés.Ferdinand de Lesseps était convaincu que l'Angleterre appuierait le projet, car elle devait en bénéficier largement pour ses voyages aux Indes, mais son espérance fut déçue; lord Palmeston déclara que les travaux n\u2019avaient aucune chance de succès et il mit l\u2019Angleterre en défiance sur un canal qui pourrait livrer aux autres pays également la voie des Indes.L\u2019opposition anglaise se manifesta dès lors d une manière obstinée.Ferdinand de Lesseps était, lui aussi, pas mal obstiné.Il réunit, avec le concours d\u2019une centaine de personnes, un premier capital d\u2019une centaine de mille dollars avec lesquels il poursuivit ses études sur place.Au commencement de l\u2019année 1855, il déclarait que la dépense monterait à environ 37 millions de dollars et que les travaux dureraient six ans.Le 30 octobre 1855 une première commission internationale se réunissait à Paris puis s\u2019embarquait, le 8 novembre à Marseille et, le 2 janvier 1856, établissait un rapport dans lequel les dépenses totales étaient évaluées à une quarantaine de millions de dollars.Au mois de juin, cette même commission se réunissait encore à Paris où elle tenait plusieurs séances et obtenait, en 1857, l\u2019approbation de l\u2019Académie des sciences.Voilà déjà bien des pas ët des démarches mais il y en aurait d\u2019autres encore.Le 15 décembre 1858, la compagnie du futur canal de Suez était enfin constituée au capital prévu de quarante millions de dollars divisé en quatre cent mille actions de cent dollars.La souscription française fut de 207,111 actions, quelques pays étrangers en prirent 15,247 et Mohammed-Saïd acheta le restant, soit 177,642 actions.L\u2019Angleterre avait souscrit zéro.Non contente de s\u2019abstenir, l\u2019Angleterre batailla encore pendant cinq années pour faire échouer les travaux, et ce ne fut pas de sa faute s\u2019ils furent menés à bonne exécution.C\u2019est le 25 avril 1859 que le premier coup de pioche fut donné officiellement; Ferdinand de Lesseps déclara les travaux commencés et l\u2019on ouvrit la première tranchée.La pioche symbolique fut, bien entendu, laissée de côté et de gigantesques dragues furent employées car il y avait, en estimation, soixante-quatorze millions de verges cubes de matériaux à enlever.Les dragues avaient cent vingt pieds de longueur, vingt-cinq de largeur et cinquante de hauteur.Elles pesaient chacune cinq cents tonnes.Elles travaillaient, chacune également, à raison de cent-quatre-vingts verges cubes par heure.Tous les matériaux enlevés étaient transportés dans le lac Timsah.Au fur et à mesure des travaux, ces moyens de creusement furent sans cesse améliorés et augmentés de puissance et le désert qui voyait si peu de monde auparavant se peupla comme par enchantement.En 1863, il était devenu un immense chantier où fourmillaient des ouvriers venus de tous côtés.Il fallut tout d\u2019abord amener de l\u2019eau potable de très loin et à dos de chameau pour les besoins de tout ce monde, puis on creusa un canal supplémentaire pour amener les eaux du Nil; ces travaux durèrent deux années.Il avait également fallu édifier des magasins de toutes sortes, des boulangeries, des entrepôts, des usines pour distiller l\u2019eau, des maisons d\u2019habitation, des hôpitaux; ce fut un travail extraordinaire comme activité et comme bonne conduite.Le creusage fut d\u2019abord exténuant, car il avàit lieu dans la boue infecte, et des européens y auraient laissé leur peau.Vingt-cinq mille fellahs indigènes creusèrent donc un canal préparatoire d\u2019une quinzaine de pieds de largeur sur vingt-sept milles de longueur, et ce n\u2019est qu\u2019alors que les dragues purent entrer en action.L\u2019hostilité anglaise ne désarmait toujours pas; en 1863 elle se manifesta même si violemment que plusieurs chantiers durent fermer.Ismaïl, alors khédive au Caire, fut circonvenu et ses exigences inspirées par l\u2019Angleterre faillirent donner le coup de mort à l\u2019entreprise, mais on veillait à Paris.Ferdinand de Lesseps avait un soutien fidèle autant qu\u2019énergique en la personne de l\u2019impératrice Eugénie qui était sa parente, et l\u2019on vint à bout de surmonter toutes difficultés quoique ce ne fût pas sans peine.Le 31 janveir 1865, la première partie du canal, de Port-Saïd à Ismailia était ouverte; le 9 et le 24 décembre, deux bateaux pouvaient y circuler, et le 18 février 1866, un navire de Trieste, le Primo, passe le premier de la Méditerranée à la mer Rouge, et en novembre on a la surprise un peu amusante de voir qu\u2019un navire anglais, le Prompt, se risque dans ce canal tant combattu par son pays.Il fait le trajet en 32 heures.Le canal est cependant loin d\u2019être achevé; il faut creuser davantage qu\u2019on n\u2019avait prévu, et chaque jour on extrait un million et quart de verges cubes.Il y en a encore quarante millions à enlever et l\u2019argent est épuisé.Un nouvel emprunt est lancé à Paris; il est cou-.vert en 1868, et la dépense totale va monter de ce fait à quatre-vingts millions de dollars.Enfin, le 18 mars 1869, les eaux de la Méditerranée rejoignent le lac Amers; le khédive d\u2019Egypte donne à la France une preuve de bienveillance en rachetant tous les établissements devenus inutiles sur une longueur de près de cent milles, et le 15 août les eaux de la mer Rouge sont enfin mises en contact avec celles de la Méditerranée.Le canal a une profondeur uniforme de vingt-cinq pieds (ce qui ne sera pas suffisant par la suite) et on en fixe l\u2019inauguration au 17 novembre, soit dix ans après les premiers travaux.Cette inauguration fut, naturellement, faite par la France et elle aurait eu lieu bien avant cette date s\u2019il n\u2019y avait pas eu l\u2019opposition anglaise au cours des travaux comme avant ceux-ci.Quoiqu\u2019il en soit, elle fut magnifique.Vingt-deux navires de guerre français, ou armés en guerre y prirent part.Le yacht impérial, VAigle, ouvrait la marche ayant à son bord l\u2019impératrice Eugénie, l\u2019empereur d\u2019Autriche, le prince Frédéric Guillaume de Prusse, le prince et la princesse des Pays-Bas, l\u2019émir Abd-el-Kader, un diplomate russe, deux ministres hongrois, le khédive et ses ministres, et, cela va sans dire, le fondateur et exécuteur de cette belle œuvre, le grand ingénieur Ferdinand de Lesseps.Si je suis bien documenté, je crois pouvoir affirmer qu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019anglais.Le 17 novembre donc, tous ces navires étaient à Port-Saïd et, le 20 au soir, ils arrivaient dans la mer Rouge.Le commandant du yacht impérial, M.de Surville consigna le fait dans son livre de bord où l'impératrice signa.Dans tous les pays, les chefs d\u2019Etat s\u2019intéressèrent à l\u2019œuvre accomplie et les félictiations ne furent pas ménagées à son auteur.Un rêve de deux mille années était enfin réalisé.Les conséquences devaient en être d\u2019une grande importance économique pour toutes les nations; quelques chiffres le prouvent.La distance du Havre à Ceylan, qui était auparavant de 14,130 milles se trouvait réduite à 9,000 milles; celle de Marseille passait de 14,500 à 5,490 et toutes les autres dans des proportions équivalentes.On peut facilement imaginer les économies de temps et d'argent qui en ont résulté.En 1870, il passait 486 navires par le canal; en 1880 il en passait 2,026; en 1890 ce nombre s\u2019élevait à 3,389 et en 1910 on en comptait 4,533.Depuis, ce nombre n\u2019a fait qu\u2019augmenter sans cesse.Les travaux du canal n\u2019ont pas cessé et ne cessent jamais; des chemins de fer, des tramways sont venus le desservir, des bâtiments nombreux ont été édifiés et le creusage d\u2019entretien ainsi que de perfectionnement se poursuit toujours, car les navires augmentent toujours de grandeur et de tonnage.Aujourd\u2019hui, l\u2019Angleterre s\u2019en sert, non pas comme les autres mais davantage qu\u2019eux; elle s\u2019est procuré une notable partie des actions mais non la plus forte partie qui demeure toujours à la France; elle n\u2019en est donc pas, comme certains peuvent le croire, la maîtresse unique, loin de là, et n\u2019a :pas le pouvoir de le fermer seule aux autres, chose qui serait d\u2019ailleurs, croyons-nous, la plus grande des erreurs de politique internationale.Et sans doute aussi, un casus belli de la plus belle espèce .-o- On peut affirmer que le timbre-poste comme moyen d\u2019affranchissement est d\u2019invention française.En 1653, un avis fut affiché à Paris disant aux habitants de cette ville que \u201cles personnes, qui voudront écrire d\u2019un quartier à l'autre auront l\u2019assurance que leurs lettres seront fidèlement remises si elles ont soin d\u2019y joindre ou attacher visiblement un billet de port payé.\u201d On trouvait de ces billets en vente \u201cau Palais, chez les tourières des couvents, chez les portiers des collèges et des communautés et chez les geôliers des prisons\u201d.L\u2019avis ajoutait que ces billets ne coûtaient qu\u2019un sou, et que chacun était invité à en acheter un certain nombre pour sa nécessité. 12 LE SAMEDI L\u2019ylctualité à travers le S^Conde ETHIOPIE \u2014 Le double jeu de la Grande Bretagne M.Eden et le baron Aloisi cachaient dans leurs serviettes un vilain foetus que M.Laval a enterré en faisant semblant d\u2019en ignorer l\u2019existence.C\u2019était le cadavre du traité secret anglo-italien conclu en 1925, par lequel les deux puissances se déclaraient d'accord pour partager entre elles l\u2019Abyssinie.Ce traité était en directe opposition au traité de 1906; par ce dernier document, les mêmes puissances et la France garantissaient l\u2019intégrité territoriale de l\u2019Abyssinie.Le traité secret de 1925 autorisait la Grande-Bretagne à construire un barrage sur le lac Tsana ainsi, qu\u2019une route corrossable jusqu\u2019au lac Tsu-dan, tandis que l'Italie obtenait le droit de tracer une ligne de chemin de fer à travers l\u2019Ethiopie qui relierait l\u2019Erythrée avec la Somalie italienne et passerait à l\u2019Ouest d\u2019Addis-Abeba où l\u2019on comptait s'assurer de nouvelles concessions.Le 9 juin 1926, les deux gouvernements adressèrent leur demande au ras Taffari qui, à leur grande surprise, s\u2019y opposa et fît appel à la Société des Nations.La France, alors en mauvais termes avec l\u2019Italie, soutint la protestation éthiopienne.Il ne resta à la Grande-Bretagne et à l\u2019Italie qu\u2019à nier avec indignation l\u2019existence d\u2019un tel plan.On laissa tomber le traité.A partir de ce moment, Rome et Londres jouèrent chacun son jeu.En 1928, l\u2019Italie conclut un pacte avec l\u2019Abyssinie, s\u2019engageant à soumettre tous les futurs conflits à un arbitrage.La Grande-Bretagne continua de pêcher des concessions pour un barrage.L\u2019avènement l\u2019Hitler fit disparaître le désaccord entre la France et l'Italie.Ce fut en décembre dernier qu\u2019eut lieu l\u2019incident d\u2019Oual-Oual, où tombèrent, contrairement aux informations officielles, près de 2,000 hommes.Cet incident fut suivi, en janvier dernier, par la conclusion du pacte de Rome entre la France et l'Italie.Cette dernière obtint une parti- cipation importante au chemin de fer français Djibouti-Addis-Abeba et reçut carte blanche pour le reste de l\u2019Abyssinie.On eût pu croire que le Duce n\u2019aurait plus qu'à faire une promenade à travers l\u2019Abyssinie et à en prendre possession sans résistance, mettant ainsi fin, une fois pour toutes, aux ambitions britanniques.Au mois de mars, l\u2019Italie commença à envoyer des troupes en Abyssinie, sous l\u2019œil bienveillant de la France.La Grande-Bretagne joua alors une nouvelle carte: le pacte naval germano-britannique et la reconnaissance du service militaire obligatoire en Allemagne.M.Laval dut laisser faire, en prenant note.Il était impossible de soulever cette affaire à Genève, car l\u2019Ethiopie en aurait profité pour formuler ses doléances.Les trois grandes puissances décidèrent de se consulter entre elles.Entre temps, la Grande-Bretagne s\u2019assura la concession sur le lac Ssana, et le gouvernement égyptien vota des crédits de 21 millions de livres sterling pour la construction d\u2019un barrage.Par contre, Mussolini n'y obtint aucune concession.Cette situation permit à Sir Samuel Hoare de déclarer à la Chambre des Communes qu\u2019il \u201ccomprenait le désir d\u2019expansion de l\u2019Italie\u2019\u2019, tout en indiquait que cette expansion devait être contrôlée pour ne pas toucher aux intérêts britanniques.Voilà pourquoi M.Eden insiste tellement sur le traité tripartite de 1906 et redoute que le baron Aloisi ne ressorte de 'l\u2019ombre le cadavre du traité bilatéral de 1925.En effet, le traité de 1906 n\u2019admet que des concessions économiques et exclut toute annexion et tout contrôle politique.Par contre, le traité de 1925, ignore complètement \u201cles droits des petites nations, ainsi que les principes de justice de la S.D.N.\u201d On ne veut pas permettre à Mussolini de dire la vérité.(Sunday Referee, Londres) MEXIQUE \u2014 La mort d\u2019une civilisation.On sait qu\u2019avant la découverte de l\u2019Amérique par Christophe Colomb une grande partie de l\u2019Amérique centrale était occupée par le puissant Empire des Mayas.La disparition subite de ce peuple possédant une très belle civilisation a de tous temps intrigué les savants qui ont émis tour à tour les hypothèses les plus diverses pour l\u2019expliquer.Aujourd\u2019hui, le Dr Cooke, le géologue américain bien connu, apporte une explication très simple, mais qui semble être la juste, du déclin rapide des Mayas.Le fort accroissement de la population a obligé peu à peu ce peuple indien à déboiser d\u2019immenses étendues afin d\u2019y édifier des villes et créer des terrains propres à l\u2019agriculture.Les territoires ainsi déboisés furent par suite exposés à d\u2019intenses pluies tropicales, qui tombent dans cette région pendant plusieurs mois de suite.De vastes marécages ne tardèrent pas à se former favorisant l\u2019éclosion de diverses épidémies, d\u2019autant plus dangereuses que la science médicale des Mayas était impuissante à enrayer leurs méfaits.Ainsi, les étendues gagnées par le déboisement au lieu d\u2019apporter une solution au problème de la population, furent fatales aux Mayas qui, décimés par les maladies, virent leur race s\u2019éteindre en un laps de temps assez court.\t(Koralle, Berlin) ?CANADA \u2014 La guette coûtera cher Le prix de détail de la gazoline, en Italie, vient d\u2019être augmenté de 50 pour cent.Les préparatifs de guerre contre l\u2019Ethiopie seraient la cause de cette hausse extraordinaire.Le gouvernement de Mussolini envoie constamment des renforts en Afrique et, pour l\u2019habillement et la nourriture des troupes, il lui faut aussi lever de nouveaux impôts.Les automobilistes en payeront leur grosse part.Déjà, à Rome, les véhicules-moteurs n\u2019en menaient pas large et les longues promenades étaient seulement le partage de la classe très aisée.(L\u2019Evénement) $B8sæ ms \u2022¦fc'VwrL iss**» ÉBP.wm Vue générale de la ville de Chicoutimi.(Photo A.S.N.) 5 octobre 1935 13 J.Nouvelle pat GM ILE \u2018ROUGIER Je ne Iis ni un ni deux, je saisis mes deux revolvers et, à bout portant, je tirai sur mes agresseurs.ILLUSTRATION de F.BRASSARD T'A VENTURE Capitaine < Le capitaine Dolhstones était un collectionneur passionné de diamants africains, mais c\u2019était en qualité d\u2019amateur et non d\u2019érudit qu'il se livrait à son \u201csport favori\u201d, comme il disait lui-même.J'ai toujours pensé que le capitaine Dolhstones avait d\u2019étranges goûts.En effet, voyager d\u2019un bout à l\u2019autre du monde, toujours en quête de quelques nouveaux spécimens de diamants rares, telle était la vie ordinaire du capitaine.Il faut dire cependant qu\u2019il était le type même de l\u2019aventurier par excellence, et il fut vraiment chanceux de pouvoir toujours répondre aux exigences pécuniaires que de mandait ce métier, rude parfois.Possédant la fortune colossale de cent soixante-quinze millions de dollars, il pouvait facilement satisfaire ses moindres caprices.On ne sut jamais exactement comment il avait pu amasser d'aussi considérables richesses.Dans les milieux sociaux où le capitaine Dolhstones était bien connu, je remarquai souvent que sa popularité était assez équivoque; les uns disaient que ses transactions commerciales furent souvent frauduleuses, les autres, que cette fortune lui venait de son père, qu\u2019il l\u2019avait fait fructifier dans d\u2019heureuses circonstances, etc.Pour moi, je m\u2019abstins toujours de rechercher les causes de son bien-être matériel, cela m\u2019importait peu d\u2019ailleurs, le capitaine ayant toujours été très probe envers moi.Le capitaine Dolhstones était anglais de naissance, mais il était depuis longtemps naturalisé américain.A New-York, non loin de sa demeure privée qu\u2019il habitait très peu, il avait fait construire une assez grande maison, de forme rectangulaire, de deux étages, à l\u2019épreuve du feu et des voleurs.Là, il logeait ses précieuses collections de diamants, évaluées à deux cent trente-six millions seulement! Personne n\u2019y était admis, sauf un très petit groupe d amis privilégiés dont j\u2019avais l\u2019honneur de faire partie.Le capitaine Dolhstones est mort en 1932, ne laissant aucun parent connu, mais une fortune qui ne put jamais être dévoilée pour des raisons graves.Le fait que je raconte ici, je l\u2019appris d\u2019une façon tout à fait inattendue.Voici comment: vers la fin de l\u2019été 1925, j\u2019étais allé à New-York, en voyage d\u2019affaires.Chaque soir, je me reposais des soucis de la journée, en faisant ma promenade régulière, dans les quelques sites intéressants de cette ville.Or, un soir où l\u2019air était suffocant, j\u2019avais beaucoup marché, je me sentais la gorge irritée, je résolus de me désaltérer, et à cette fin, j\u2019entrai dans un bar de dixième ordre du Bronx.Quelle ne fut pas ma surprise en apercevant le capitaine Dolhstones, \"attablé\u201d confortablement et lisant son journal.Ironiquement, je pris place devant lui.Surpris à son tour, de voir un étranger à sa table, il abaissa brusquement son journal et.en me voyant, me fit la plus cordiale réception.Il offrit plusieurs \u201ctournées\u201d.Nous causâmes longuement.Petit à petit, la conversation porta sur les voyages.Le capitaine me dit soudain: \u201cVous savez que depuis dix-sept ans que je mène cette existence, je n\u2019ai jamais manqué de noter, au long, tous les voyages que j\u2019ai entrepris et leurs nombreuses péripéties! .\u2014\t\u201cVraiment! \u2014\tOui! et si je publiais ces mémoires d\u2019aventures, je crois qu\u2019elles pourraient fort bien éclipser la gloire d\u2019Arsène Lupin ou de Sherlock Holmes! \u2014\t\"Alors, pourquoi ne .\u2014\t\u201cAh, ça! jamais! Et pour agir ainsi, j\u2019ai mes raisons, et elles sont graves! .Et puis .je ne voudrais pas que d\u2019autres fassent comme moi, passant par où j\u2019ai passé, souffrent tout ce que j\u2019ai souffert, car j\u2019ai souffert moi aussi! .\u201d Il était devenu triste, et comme s\u2019il avait crû en avoir trop dit, il reprit sa gaieté et dit: \u2014\t\"Que diriez-vous si je vous racontais une de mes aventures?\u2014\t\"Rien.J\u2019écouterais avec la plus grande attention et avec plaisir! \u2014\t\u201cAlors, ça vous va?\u2014\t\u201cMais certainement, parbleu!\u201d Et avant qu\u2019il commença son histoire, j'offris une tournée de whisky.Le capitaine rayonna de joie et entama son récit: \u201cCe que je vais vous raconter, me dit-il, j\u2019ai toujours considéré cet événement comme le plus important de toute ma carrière, j\u2019oserais dire, de toute ma vie.Hélas! il a laissé dans ma mémoire un bien triste souvenir.On était au mois d\u2019août 1921.Un matin, on sonna à ma porte, il pouvait être neuf heures.C\u2019était le facteur qui requérait ma signature pour la remise d\u2019une lettre recommandée.Elle était adressée à mon nom.Je m\u2019empressai de l\u2019ouvrir.Un juif, avec qui j\u2019avais déjà eu quelques relations d'affaires, m\u2019écrivait qu\u2019il s\u2019était porté acquéreur d'un magnifique diamant jaune, unique au monde, à ce qu\u2019il disait.Sachant que j\u2019étais collectionneur de diamants, il avait crû bon de me le faire savoir, étant assuré que ce spécimen m\u2019intéressait.Il ne le vendrait à d\u2019autres qu\u2019à moi, parce que j\u2019étais \u201cson ami\u201d, disait-il.Il mentait effrontément, le bandit! Mais voici où il voulait .(Suite à la page 35) 14 LE SAMEDI La Femme F atale Par Constant GUEROULT Illustration de F.BAZIN RESUME DES CHAPITRES PRECEDENTS Soudoyé par un inconnu, Torribio, d\u2019origine espagnole, consent à assassiner la jeune duchesse de Dyonis, laissée seule une nuit en son vaste hôtel par son mari et ses domestiques.Frappée d\u2019un coup de poignard, elle échappe cependant à la mort, grâce à l\u2019arrivée inopinée et providentielle de Marcel, son ancien ami qui, pour demander sa main, était allé checher fortune en Afrique et dont on avait annoncé la mort.Les autorités policières instituent aussitôt une enquête et aidées de Marcel et de Torribio poursuivent d\u2019actives recherches pour découvrir l\u2019instigateur du crime.Le portrait en miniature d\u2019une femme, trouvé la nuit du drame dans la cour de l\u2019hôtel de Dyonis, les met sur la piste du coupable.No 5\t(Suite) XXI Coeur désespéré AU milieu de la quiétude générale, un seul individu était inquiet; c\u2019était Julien Verpin, l\u2019ouvrier de M.Tillard.Le lecteur a deviné sans doute que ce jeune homme était amoureux de Cyprienne.Cela datait d\u2019un an, c\u2019est-à-dire du jour où elle était revenue de sa pension, ayant subi brusquement la transformation qui change l\u2019enfant en jeune fille.A partir de ce moment, Julien était devenu \u201c toute chose\u201d, comme disait M.Tillard.Jadis gai causeur, tout rond et sans souci, on l\u2019avait vu tout à coup sombre, triste et distrait, et il va sans dire que personne dans la maison n\u2019avait soupçonné la cause de ce changement.\u2014 Qu\u2019est-ce qu'il a donc, cet être là?disait l\u2019horloger à sa femme, il ne parle plus du tout, il est gai comme un croque-mort, il répond à peine et toujours de travers; qu\u2019est-ce qu\u2019il a donc?on me l\u2019a changé, c\u2019est sûr.Julien s'inquiétait donc de ce couvert préparé après le dîner, événement inouï, incroyable, sans précédent dans la maison depuis trois ans qu'il y était.Quand ils ne sont pas complètement aveugles, les amoureux sont doués souvent d une pénétration remarquable.Julien, sans rien savoir de ce qui s\u2019était passé au bal, sans soupçonner la rencontre inattendue qui avait eu lieu entre sa jeune patronne et le jeune homme au médaillon, Julien eut le pressentiment qu\u2019il s\u2019agissait Publié en vertu «Tan traité avec La Société des Gens de Lettres.Commencé dans le numéro du 7 septembre 1935.de celui-ci, et il se dit à part lui : \u2014 Si c\u2019est lui, je suis perdu; je le sens, ce jeune homme sera mon mauvais génie.Et il avait pâli à cette pensée.Mais un quart d\u2019heure après il avait changé de sentiments et ses craintes lui semblaient des chimères.Comment supposer, en effet, qu\u2019il pût s\u2019agir de ce jeune homme, qu\u2019on n\u2019avait pas revu depuis si longtemps! C\u2019était impossible.Après avoir étudié la question sous toutes ses faces, Julien était arrivé à se rassurer complètement, lorsque la porte de la boutique s\u2019ouvrit.Il leva machinalement les yeux.Puis il tressaillit, devint tout pâle et fut pris d\u2019un tremblement subit.C'était lui ! M.et Mme Tillard, qui, sur l\u2019observation de Cyprienne, avaient ajouté quelque chose à leur mise de tous les jours, se levèrent aussitôt pour aller au-devant du jeune homme, tandis que la jeune fille jetait un coup d\u2019oeil sur une glace pour s\u2019assurer que rien ne manquait à sa toilette, à laquelle un beau noeud bien clair passé dans ses cheveux blonds donnait une grâce toute particulière.Ce détail n\u2019avait pas échappé à Julien, qui se le rappela tout à coup et en ressentit une violente angoisse, car il vit là, chez la jeune fille, le désir évident de plaire au nouveau venu.-\u2014 Avant toute chose, monsieur, veuillez reprendre votre porte-monnaie, dit Mme Tillard à Albert.Celui-ci remercia en mettant le porte-monnaie dans sa poche.Puis il exprima à Mme Tillard le regret de ne l\u2019avoir pas vue à la fête de Mme de Clamareins, mais en termes si sincères, si convaincus qu\u2019il était impossible d\u2019en douter.Mme Tillard, qui était moins naïve que son mari, en douta un peu cependant, mais elle trouva le jeune |§|iil Ah ! elle a dit cela, murmura-t-elle entre ses dents serrées homme charmant, aimable, spirituel et fort bien élevé.Bref, il fit sa conquête, et c\u2019était tout ce qu\u2019il se proposait en l\u2019assurant de ses regrets en termes quelque peu hyperboliques.Après une demi-heure de conversation, dans laquelle il ne fut guère question que du bal et qui apprit à Julien deux choses qu\u2019il ignorait, d\u2019abord que le jeune mirliflor, comme il l\u2019appelait tout bas, avait dansé plusieurs fois avec Cyprienne, puis qu\u2019il était revenu en voiture avec elle et son père, Mme Tillard pria Albert de vouloir bien accepter une tasse de thé, et on passa de la boutique dans la salle à manger.Quand il fut seul, Julien laissa tomber ses bras le long de son corps et resta immobile.Ses mains tremblaient et il était incapable de manier ses outils.Ils avaient dansé ensemble ! ils étaient revenus dans la même voiture! et maintenant voilà qu\u2019on le recevait presque en ami, quoiqu\u2019on le connût à peine.Le pauvre ouvrier se sentait envahi par un immense désespoir.Il demeura dans cet état jusqu\u2019au moment où l\u2019on quitta la salle à manger, car il n\u2019y a guère de salons chez les fabricants établis au rez-de-chaussée; mais au moment de la séparation, qu\u2019il croyait devoir être éternelle, le jeune homme n\u2019ayant plus de prétexte pour revenir, une nouvelle torture lui était réservée.\u2014 Eh bien, c\u2019est entendu, madame, dit Albert en saluant, je reviendrai un de ces soirs pour changer le médaillon de ma mère.Il partit, rayonnant de bonheur.\u2014 Il reviendra! balbutia Julien, accablé sous ce dernier coup.XXII L\u2019apparition Il était huit heures du matin environ, lorsque deux jeunes gens, bien connus du lecteur, Marcel Aubertot et Gontran Bixou, descendaient de voiture à la gare du chemin de fer d\u2019Orléans, prenaient leurs billets au bureau, et dix minutes après montaient dans un wagon de première classe.Ils s\u2019y trouvaient seuls.Quand le train se fut mis en marche, Marcel dit à Gontran : - Tu le vois, mon pauvre ami, tu t\u2019es mis généreusement à ma dispostion pour me procurer toutes les 5 octobre 19 3 5 15 vois l\u2019abîme effroyable où tu t\u2019enfonces et dans lequel tu vas disparaître tout entière! Reviens à toi ! Secoue les souillures de ta vie, et, appuyée sur mon bras, soutenue par mon affection, refais-toi une âme nouvelle sous l\u2019influence d\u2019un amour sincère ! Mais, en y réfléchissant, j\u2019ai reconnu que je voulais tenter là une tâche impossible, car elle n\u2019a ni coeur ni loyauté.Jamais, dans tout le cours de notre liaison, je n\u2019ai surpris en elle un accès de franchise, un mouvement de tendresse, un élan du coeur, et la femme qui n\u2019a pas tout cela est perdue sans ressource ; il n\u2019y a rien à tenter pour la sauver.D\u2019ailleurs, ne sais-je pas maintnant, par le choix monstrueux qu\u2019elle vient de faire, qu\u2019elle n\u2019a jamais pu m\u2019aimer, que nos deux natures sont antipathiques l\u2019une à l\u2019autre et que tous ses instincts la poussent irrésistiblement vers le père Colmant, le vieux tripier ! \u2014 Ah çà ! est-ce que véritablement cet homme a été tripier ?\u2014 Je le crois, mais c'est cela ou quelque chose d\u2019aussi relevé, une de ces professions qu\u2019on exerçait jadis le tablier aux reins et la casquette de loutre sur la tête.Vois-tu, quand je me la représente avec ce vieil idiot, si laid, si commun, si trivial, des frissons d\u2019horreur et de dégoût parcourent tout mon être, et quoique j\u2019aie les preuves palpables de cet ignoble amour, je me demande encore parfois si c\u2019est vrai.Heureusement, je suis sorti de cette ornière, je me suis dégagé de cette atmosphère malsaine, j\u2019ai rempli mon coeur de lumière, d\u2019extase et de volupté pure, enfin je me suis purifié et régénéré par un véritable amour.\u2014 Nous voilà arrivés, dit tout à coup Marcel à Gontran.En effet, le train venait de s\u2019arrêter.On était à Etampes.Les deux amis descendirent de wagon, franchirent une barrière, puis montèrent dans une petite voiture qui ressemblait assez aux \"coucous\u201d d\u2019autrefois.Un pauvre diable y prenait place en même temps qu\u2019eux.Il était couvert de nippes qui pendaient et se frangeaient si grotesquement sur sa carcasse efflanquée que l\u2019artiste en fut frappé.\u2014 Vois donc ce particulier, dit-il tout bas à Marcel, ne dirait-on pas un personnage de Callot ou de Té-niers ?Il ne lui manque que l\u2019écuelle au côté et la pipe au chapeau pour que la ressemblance soit parfaite.\u2014 Oui, il est assez réussi.\u2014 Où sommes-nous donc?demanda Gontran.\u2014 A Etampes.\u2014 C\u2019est là que tu veux choisir ta villa d\u2019été ?\u2014 Précisément.\u2014 Dans la ville même ?\u2014 Non, à l\u2019entrée d\u2019un petit hameau situé à une demi-lieue de la ville, et où nous nous rendrons à pied si cela te convient.\u2014 J\u2019en serai ravi ; par ce beau temps ce sera une charmante promenade.Au bout de dix minutes, la voiture s\u2019arrêtait au milieu de la ville.'une contre Vautre, c\u2019est ce que nous verrons., distractions dont j\u2019aurais besoin, et moi, âme égoïste et sans délicatesse, j\u2019abuse de ton dévouement en t\u2019entraînant loin de Paris, où tu laisses tout ton coeur.\u2014 Eh! mon cher Marcel, répondit Gontran, où serait donc le mérite si je n\u2019avais aucun sacrifice à faire pour t\u2019accompagner?\u2014 Au reste, je ne te retiendrai pas longtemps loin d\u2019elle; une heure et demie pour aller, autant pour revenir, deux ou trois heures pour visiter la propriété qu'on me propose et dans laquelle i\u2019irai passer tous les ans la saison d\u2019été, cela fait six ou sept heures.\u2014 Six ou sept jours, si tu veux, ne te gêne pas.\u2014 Non, je veux avoir ton avis et te ramène aussitôt.Mais comment va Mme de Clamareins?\u2014 Beaucoup mieux; les accidents que redoutait le docteur Mativier.ne se sont pas manifestés, elle en a été quitte pour une fièvre qui a duré huit ou dix jours et qui est presque entièrement disparue.Elle a quitté le lit et se propose de faire une promenade en voiture dès que l\u2019état de la température le permettrta.\u2014 On ignore toujours d\u2019où est partie cette affreuse machination?\u2014 Tout le monde, excepté moi.-\u2014 Ah! tu sais ?\u2014 Je soupçonne, mais le cas est trop grave pour dénoncer quelqu\u2019un sur un soupçon, car, ainsi que l\u2019a dit le docteur, cela pourrait être considéré comme une véritable tentative d\u2019assassinat.\u2014 Il faudra surveiller ces gens-là alors.\u2014 C\u2019est ce que je vais faire, car je crois les connaître.\u2014Et la belle Camille, quelles nouvelles?\u2022\u2014 Tristes; elle va de plus fort en plus fort dans la voie où elle s\u2019est engagée.\u2014 La maheureuse ! \u2014 Oui, murmura Gontran avec un accent dans lquel perçait une profonde tristesse, oui, bien malheureuse d\u2019être tombée si bas ! Malgré tout, je me sens parfois pour elle une profonde pitié au coeur; je l\u2019avais élevée si haut dans l\u2019imagination ! j\u2019avais fait d\u2019elle une créature si charmante, que je lui en veux doublement d\u2019avoir détruit mon oeuvre et d\u2019être tombée à ce degré d\u2019abaissement.Telle avait été ma sympathie pour cette femme, que, après la monstrueuse découverte qui la transformait si honteusement à mes yeux, la pensée me vint d\u2019aller à elle, de lui dire: Pauvre créature déchue, Quand les deux amis eurent mis pied à terre: \u2014 Maintenantt, dit Marcel, en route pour le hameau du Pré-Fleury.Ils se mirent en marche et bientôt après ils arpentaint lestement la grande route.Le temps passe vite en causant et en admirant la campagne; une demi-heure s\u2019écoula donc sans qu\u2019on s\u2019en aperçût.\u2014 Oh! le charmant petit pays! s\u2019é-cra Gontran en s\u2019arrêtant tout à coup.\u2014 C\u2019est le hameau du Pré-Fleury.\u2014 C\u2019est là qu\u2019est la propriété que tu veux acquérir ?\u2014 C\u2019est là.\u2014 C\u2019est délicieux, un petit paradis terrestre.\u2014 C\u2019est un peu l\u2019effet que cela me produit.\u2014 Maintenant il s\u2019agit de trouver la maison que.\u2014 C\u2019est ce que je vais demander à la première personne que nous allons rencontrer.On continua de marcher.\u2014 Personne! dit Marcel en jetant un regard autour de tri.Puis avisant une petite maisonnette, dont la façade disparaissait presque entièrement sous la vigne vierge, toute rouge à cette époque de l\u2019année, et au pied de laquelle coulait une petite rivière peu profonde et si limpide qu\u2019on voyait au fond les cailloux blancs et transparents comme de l\u2019onyx épars çà et là dans son fit : \u2014 Informons-nous donc ici, dit-il.\u2014 Quant à moi, voilà mon rêve, s\u2019écria Gontran, je raffole de cette petite maisonnette, et si elle est à vendre, il me la faut.La porte était entr\u2019ouverte, ils entrèrent.Nouveau cri de ravissement jeté par l\u2019artiste.L\u2019intéreur était plus charmant encore que le dehors.Un mélange de rusticité et de goût tout parisien du plus délicieux effet.Un couvert mis, du linge éblouissant de blancheur, de l\u2019argenterie et des cristaux, le tout éclairé par un beau rayon de soleil qui venait de se glisser par la porte entr\u2019ouverte.\u2014 Mais tout cela est délicieux, exquis, adorable, s\u2019écriait Gontran en promenant de tous côtés des regards émerveillés.Il ajouta d\u2019un ton pénétré : \u2014 Ecoute, je raffole de ce petit intérieur, je ne sais à qui il appartient, mais coûte que coûte c\u2019est ici que je veux déjeuner.\u2014 Eh bien ! monsieur Gontran Bixou, mettez-vous à table, vous allez être servi tout de suite, dit une voix derrière l\u2019artiste.11 se retourna et se trouva en face d\u2019une jeune femme, fraîche, jolie, souriante et qui le regardait d\u2019un air malicieux.Un instant immobile et comme pétrifié de stupeur.Gontran murmura d\u2019une voix tremblante et les traits décomposés : \u2014 Christiane ! Christiane !.Oh ! non; non, c\u2019est impossible.\u2014 Eh bien! oui, Christiane, votre amie, c\u2019est bien elle, dit la jeune femme. 16 LE SAMEDI Puis, se rapprochant de lui et lui tendant la main : \u2014 Tenez, prenez cette main-là pour vous assurer que c\u2019est bien moi et non pas mon ombre.Gontran prit sa main et la contemplant tout ému : \u2014 Christiane! murmura-t-il d'une voix attendrie, Christiane vivante ! \u2014 Allons, mon ami, dit la jeune femme, asseyez-vous là, entre moi et ma mère, qui va arriver, on vous contera tout cela en déjeunant.Puis elle pressa la main de Marcel et on se mit à table.XXIII Une photographie Mme Charvay était venue enfin et avait renoué connaissance avec Gontran qui, on le sait, allait souvent voir Christiane pendant la longue absence de Marcel.Puis on s\u2019était mis à déjeuner, mais Gontran s\u2019arrêtait souvent, pour regarder Christiane, que tout Paris croyait morte, Chistiane dont le sang avait été répandu à flots, elle était là, près de lui, non seulement bien vivante, mais plus fraîche, plus jolie, plus charmante que jamais, car elle était gaie et souriante, tandis qu\u2019il l\u2019avait toujours vue triste ou désespérée.\u2014 Ah! mon pauvre Marcel, que tu dois être heureux ! s\u2019écria-t-il enfin.\u2014' D\u2019autant plus heureux, répliqua Christiane, que, si vous me revoyez vivante, c\u2019est à lui seule que je le dois.\u2014 Mais raconte-moi donc cette mystérieuse histoire, dit Gontran à Marcel.\u2014 Très volontiers, d\u2019autant plus que, faisant partie de la société Guimbard et Compagnie, il est indispensable que tu sois au courant de tout ce qui concerne cette affaire.Alors Marcel fit à Gontran le récit détaillé de tous les événements qui se sont déroulés sous les yeux du lecteur: sa longue séance dans la rue de Courcelles, son anxiété en voyant s\u2019agiter les rideaux de la chambre de Christiane, le cri désespéré de celle-ci, son apparition foudroyante au moment où elle allait succomber au couteau de son assassin, et finalement la convention intervenue entre lui et le meurtrier lui-même pour retrouver le vrai coupable, qu\u2019on ne pouvait guère découvrir qu\u2019avec son aide, puisque lui seul connaissait les traits de cet homme.\u2014 Quand je me trouvai seul avec Chrstiane, poursuivit Marcel, je lui fis observer que l\u2019insouciance coupable dont son mari avait fait preuve dans cette circonstance, jointe au projet bien arrêté de son ennemi de se débarrasser d\u2019elle par tous les moyens possibles et à la certitude que cet ennemi avait des complices Miller\u2019s Worm Powders ont été fabriquées pour soulager rapidement les enfants qui souffrent des ravages des vers.C\u2019est une simple préparation pour détruire les vers de l\u2019estomac et des intestins qui font du tort à l\u2019organisme le plus délicat.Elles agissent complètej-ment et sans douleur et bien que dans certains cas elles causent des vomissements, ceci est une indication de leur puissante action et non une action vomitive.dans sa maison même, l\u2019exposait à une mort certaine, si elle ne prenait résolument le parti de quitter cette demeure, plus dangereuse pour elle qu\u2019un repaire de bandits.\u2014 Vous avez raison, me dit Christiane, je ne serais pas rassurée dans cette maison, je tremblerais à chaque pas de m\u2019y trouver face à face avec un assassin, je vais me faire transporter chez ma mère.\u2014 Vous oubliez, répliquai-je, que votre mari a le droit de vous contraindre à réintégrer le domicile conjugal, comme dit la loi, et qu\u2019il ne manquera pas de le faire, au moins dès que vous serez rétablie, et ne fût-ce que dans l\u2019intérêt de sa considération.\u2014 Où aller alors ?\u2014 En quelque lieu que vous vous retiriez, il aura toujours les mêmes droits et il en usera.\u2014 Il n\u2019y a donc aucun moyen de me soustraire à une obligation qui pour moi est un danger de mort?\u2014 Il en est un, un seul.\u2014 Lequel?\u2014 Vous faire passer pour morte.Depuis quelques instants je ruminais ce dessein, le seul qui pût sauver Christiane de l\u2019obligation de venir demeurer près de son mari, c\u2019est-à-dire au milieu même des ennemis invisibles qui l\u2019attendaient là, qui guetteraient une occasion favorable et la signaleraient de nouveau à celui qui déjà avait si bien profité de leurs indications.J\u2019exposai aussitôt à Christiane le plan que je venais de concevoir.Il fallait quitter Paris, non en chemin de fer, sa pâleur et son extrême faiblesse offrant des indices trop faciles, trop reconnaissables dans le cas où l'on chercherait sa piste, mais dans une voiture qui l\u2019amènerait aussi commodément que possible en marchant au pas.Nous nous arrêterions à une petite distance de Paris, où elle passerait deux jours à se reposer, puis nous repartirions, toujours au pas, pour un petit hameau inconnu, situé près d\u2019Etampes, où un ancien fermier de mon père, resté tout dévoué à notre famile et prévenu d\u2019avance, préparerait une habitation pour Christiane.Il lui donnerait sa fille pour compagne, en attendant le moment où je trouverais à propos de faire venir Mme Charvay, que je Medjé Vézina croyais nécessaire de laisser quelques jours dans l\u2019ignorance du sort de sa fille, afin que la réalité de son désespoir constatât aux yeux de tous la disparition de celle-ci.Tout se prêtait à l'exécution de ce plan, les preuves visibles et éclatantes de l\u2019assassinat et le sang répandu si abondamment, qu\u2019il semblait évident que le meurtre avait eu une issue mortelle.Après avoir combattu quelque temps un dessein dont la hardiesse effrayait sa nature timide, Christiane reconnut enfin que la prudence lui commandait impérieusement de l\u2019adopter et elle consentit.Il fallait se hâter, car il était près de trois heures et le duc ou les domestiques pouvaient rentrer et alors tout était manqué.Je sortis pour me mettre à la recherche d\u2019une voiture, et, dix minutes après, j\u2019en ramenais une.Il fallait des précautions excessives pour transporter Christiane sans secousse, la moindre commotion pouvant déranger le pansement sommaire que j\u2019avais appliqué sur la plaie et faire jaillir le sang ; ce fut donc en tremblant et avec des soins extrêmes que je la pris dans mes bras pour la porter dans le fiacre qui stationnait devant la porte de l\u2019hôtel.Cette opération se passa sans accident et je commençai enfin à respirer librement quand la voiture commença à marcher, car jusque-là j\u2019avais éprouvé des transes mortelles en songeant que les domestiques ou leur maître pourraient arriver incessamment.Une heure après, nous étions loin et nous arrivions au petit jour à Choisy-le-Roi.Ma première pensée fut d\u2019appeler un médecin pour faire soigner la blessure de Christiane, mais j\u2019y renonçai aussitôt en songeant au danger qu\u2019il y aurait pour nous à mettre sous ses yeux la preuve palpable d\u2019un meurtre que son devoir lui commanderait de signaler à la justice.Je me décidai donc à la panser moi-même, et, m'étant pourvu par la ville de tout ce qu\u2019il me fallait pour cela, ayant en outre tout le loisir nécessaire, l\u2019opération se fit très heureusement cette fois.Nous nous remettions en route le lendemain matin, sur les instances de Christiane, qui se sentait beaucoup mieux et avait hâte de se voir loin de Paris, et le soir même nous mettions pied à terre au seuil de cette maisonnette, où tout était installé pour nous recevoir.C'était la demeure de Christiane, qui l\u2019habitait avec Augustine, la fille aînée du fermier, tandis que moi j\u2019occupais une chambre à l\u2019hôtel du \u201cLion d\u2019Or\u201d, à Etam-pes.Deux jours après, je la quittais pour retourner à Paris et je me rendais aussitôt près de Mme Charvay, qui, dès qu\u2019elle m\u2019aperçut, s\u2019élança vers moi et tomba dans mes bras en pleurant à chaudes larmes.Je ne voulais pas lui apprendre brutalement la vérité.Je savais qu\u2019une grande joie, succédant brusquement à un immense désespoir, pouvait produire les plus funestes effets.\u2014 Madame Charvay, lui dis-je, vous que j\u2019ai toujours connue si pieuse, si croyante, vous n\u2019avez donc plus foi en la Providence?\u2014 La Providence, dit-elle en pleurant toujours, hélas ! que peut-elle faire pour moi, désormais après m\u2019avoir ravi ma fille ?.\u2014 Si cependant vous saviez ce qu\u2019elle est devenue, sur quel coin de terre vous pouvez aller la pleurer, ne serait-ce pas déjà pour vous une espèce de consolation ?\u2014 Quoi ! s\u2019écria-t-elle en levant tout à coup les yeux sur moi, on sait où est son cad.son corps ?\u2014 Oui.\u2014 Oh! alors vous allez me conduire.\u2014 Où on l\u2019a déposée.Je suis venu pour cela.\u2014 Tout de suite, n\u2019est-ce pas?\u2014 Le temps de faire quelques préparatifs de voyage, car c\u2019est loin d\u2019ici.\u2014 Vous avez vu.sa tombe?\u2014 Je l\u2019ai vue en rêve.Silences, Haltes Divines f Voici que le savoir des choses s\u2019annihile,' Le collier des rancœurs s\u2019est égrené du cou.Le calme auprès de nous s\u2019allonge, chien docile; On a posé son cœur comme un sac de cailloux.L\u2019effluve du néant remonte de la terre; On est un océan loin des vems abrité, El l\u2019incarnation d\u2019un paisible mystère Aussi complet qu\u2019en les plantes, le fruit, l\u2019été : C\u2019est l\u2019arrêt passager du destin sur la vie.Et la fatigue rêve accroupie avec nous.L\u2019épaule se redresse et le bras se délie; Car tout avait ployé, de la nuque aux genoux.Les mains disjointes ont le désacouplement Des oiseaux que juillet sur la branche balance Et notre lèvre croit se poser longuement Aux lèvres mêmes du Silence. 5 octobre 19 3 5 17 \u2014 Ah ! \u2014 Oui; dans mon rêve, c'était une jolie maisonnette rustique, dans laquelle elle allait et venait comme autrefois, si gracieuse et si souple dans sa démarche que je ne pouvais croire que ce fût une ombre.Elle était si charmante ainsi et si délicieusement encadrée dans ce pittoresque intérieur, qu aussitôt éveillé je me mis à dessiner ce tableau, et tenez, le voici, voyez si j\u2019ai bien saisi la ressemblance.Je tirai la gravure de ma poche et la lui montrai.Elle représentait une jeune femme assise et lisant près d\u2019une fenêtre qui mettait son visage en pleine lumière.\u2014 Oh! c\u2019est elle! c\u2019est bien elle ! murmura la pauvre mère d\u2019une voix tremblante d\u2019émotion.\u2014 Ainsi repris-je, vous la reconnaissez bien?\u2014 Il me semble la voir elle-même, tant il y a d\u2019expression et de vie sur ses traits.Puis, examinant le dessin plus attentivement encore; \u2014 Mais, dit-elle tout à coup, on dirait.non, je ne me trompe pas, pas, on dirait que c\u2019est une photographie.\u2014 Ce n\u2019est pas impossible.\u2014 Mais, alors.\u2014 Alors, la photographie reproduisant exactement les objets, il s\u2019ensuivrait que votre fille elle-même aurait posé devant l\u2019objectif._ Oh! mon Dieu! mon Dieu! que me dites-vous là! murmura Mme Charvay en se laissant tomber sur un siège, pâle et tremblante.\u2014 Allons, raidissez-vous contre le bonheur, madame, m\u2019écriai-je alors, car vous avez deviné la vérité; Christiane est vivante.La pauvre mère se mit à sangloter de nouveau, mais de bonheur cette fois.Et, une heure après, nous partions pour Etampes.Une voix du dehors se fit entendre en ce moment.\u2014 La charité, ma bonne dame ! La porte s\u2019entr\u2019ouvrit et un mendiant allongeant la main.______ Tiens, dit Gontran, c est le pittoresque déguenillé dans lequel j ai cru reconnaître un personnage de Calot.Il donna quelques sous au malheureux qui se retira après avoir jeté un long regard sur Christiane.XXIV L\u2019habit ne fait pas le moine ,\u2014 Bien certainement, dit alors Chrstiane, tous ceux qui me connaissent se sont apitoyés sur mon sort, en apprenant l\u2019assassinat dont j\u2019ai été victime; eh bien, c\u2019est à partir de ce jour que commence pour moi une destinée toute de joie et de bonheur.J\u2019avais toujours été mal à l\u2019aise dans cet hôtel où je me voyais traitée en étrangère, presque en ennemie, et dès que je l\u2019eus quitté, quoique faible et très souffrante, il me sembla que j\u2019entrais dans une vie nouvelle et que tout mon être, comme la fleur que touche un rayon de soleil s'épanouissait dans une atmosphère de calme et de sérénité.\u2014 Hélas! chère Christiane, dit Marcel, ce bonheur-là est malheureusement un rêve, et le réveil, d\u2019ailleurs inévitable, peut arriver d\u2019un moment à l\u2019autre, demain peut-être.Christiane tressaillit à ces mots et ses traits se couvrirent d\u2019une subite tristesse.\u2014 Je crois que j\u2019en mourrais, dit-elle d\u2019une voix brisée; je me trouve si bien ici, dans cette petite maison si jolie, si calme, si gracieuse avec sa façade de vigne vierge, son petit jardin entouré de haies vives, sa rivière si claire, si charmante avec ses bords garnis de nénuphars et sa bande de canards, qui s\u2019arrêtent souvent ici, attendant le régal quotidien qui ne leur manque jamais! Mais c\u2019est le bonheur ici, c\u2019est mon paradis terrestre, à moi, je n\u2019y ai connu que les plus douces et les plus heureuses impression, j\u2019y sens la vie déborder de tout mon être, plein de sève et de jeunesse! je ne veux pas, oh ! je ne veux pas quitter cette maison, je ne veux pas, ma mère, je ne veux pas.Et elle se jeta tout en larmes dans les bras de sa mère.\u2014 Chère Christiane, lui dit Marcel en lui pressant la main, je suis désolé de troubler votre bonheur, mais songez aux dangers de toute nature dont vous êtes menacée, aux précautions extrêmes et incessantes dont nous devons nous entourer pour les éviter.D\u2019un côté, votre mari, qui a mis la police sur pied pour vous retrouver morte ou vivante, car fort heureusement il est dans une complète ignorance sur ce point; de l\u2019autre, votre ennemi acharné, inconnu et d\u2019autant plus redoutable, celui qui vous a condamnée, qui trouve des complices partout, qui doit savoir, lui, que vous n\u2019avez pas succombé à vos blessures, et dont la haine mortelle est plus difficile à éviter peut-être que toute l\u2019habileté de la police.Songez à tout cela, Christiane, et vous comprendrez que votre défiance doit être toujours en éveil, et qu\u2019à la première alerte, au moindre signe de danger, nous de-vous êtes prêts à partir, à quitter cette demeure pour fuir nos ennemis.\u2014 Marcel a raison, dit à son tour Gontran, et, quant à moi, je vous trouve bien près de Paris.Qui vous dit qu\u2019on n\u2019est pas déjà sur vos trace ?Ceux qui vous cherchent vont employer tous les moyens, vont mettre en oeuvre toutes les ressources imaginables et suivre toutes les pistes qui peuvent mettre sur votre trace.Il faut donc penser à tout et se défier de tout.Ainsi, croyez-vous que Mme Charvay ait pu disparaître ainsi de sa maison sans que la police ou votre ennemi s\u2019en soient inquiétés?Non, soyez-en sûre.On connaît l\u2019amour de cette mère pour son enfant, l\u2019immense désespoir dans lequel elle était absorbée depuis la terrible catastrophe; on a dû se demander à quelle cause il fallait attribuer son départ subit dans un pareil moment, et il n\u2019est pas impossible qu\u2019on ait soupçonné le véritable motif de son absence.\u2014 J\u2019avais prévu ce danger, dit alors Mme Charvay, et j\u2019ai détourné d\u2019avance les soupçons en causant avec mon mari, devant notre bonne, ' UN ASSURE DE LA MUTUAL LIFE POUR *5,000, TIMMINS, ONTARIO, v \u2022 y Polices d\u2019Assurance d\u2019Enfants offrant PROTECTION et EDUCA TION Le nombre de demandes de renseignements concernant des polices d\u2019assurance-vie pour enfants, venant de parents qui reconnaissent l\u2019avantage de les assurer très jeunes, augmente j ournellement.La Mutual Life a des polices d\u2019assurance-vie pour enfants offrant une protection, des polices de dotation stipulant des payements à un certain âge, et des polices d\u2019éducation payables â 18 ans, au moment d\u2019entrer à l\u2019Université.Pour mettre votre enfant sur le bon chemin, pour lui apprendre à épargner, donnez-lui une police de la Mutual Life.Les polices d\u2019enfants participent aux bénéfices de la Compagnie, qui est absolument \"mutuelle\u201d\u2014la propriété des assutés.\u2022 C\u2019est avec ^plaisir que nous enverrons aux personnes intéressées les détails de nos modes avantageux de protection et d\u2019éducation pour enfants.Détachez le coupon et envoyez-le à notre Siège Social.MUTUAL HFE Fondée en 1869 SIÈGE SOCIAL -\t- WATERLOO, ONT.t( La Propriété des Assurés \u201d CHAQUE DOLLAR DE BENEFICES EST VERSE OU ALLOUE AUX ASSURES \\ ' Th^utual Ufe Assurance Company of Canada^ \\ W7os0;o\" fams m\u2019intéressent.Veuille* n'envoyer des détails.\t- Adresse Age des Enfants 18 LE SAMEDI de la nécessité de partir au plus vite pour la Belgique, où nous appelait la mort récente d\u2019un parent qui nous léguait une partie de sa fortune.\u2014 Et M.Charvay?\u2022\u2014 Il garde la maison et refuse de voir personne, ayant donné pour consigne à la domestique de répondre à tous ceux qui se présentent qu\u2019on n\u2019a aucune nouvelle de Christiane.\u2014 Mais vous lui en avez envoyé des nouvelles ?\u2014 Sans doute.\u2014 Grave imprudence ! \u2014 Comment ?\u2014Si la police, peu convaincue du conte débité par votre bonne, s\u2019est mise aux aguets de ce côté, son premier soin, n\u2019en doutez pas, a été de voir la suscription des lettres et de constater, par l\u2019examen du timbre, le lieu d\u2019où elles partent.-\u2014 J\u2019ai encore prévu cela, répliqua Mme Charvay.\u2014 Et comment avez-vous fait pour.\u2014 Je suis allée trouver un de nos meilleurs amis, je lui ai confié toute la vérité, et il a été convenu que je lui adresserais sous enveloppe les lettres que je voudrais faire parvenir à mon mari.-\u2014 Fort bien, dit Gontran, parfaitement imaginé.\u2014Et pourtant, reprit Marcel, nous ne pouvons nous dissimuler, épiés comme nous le sommes par la police et par l\u2019ennemi de Christiane, que les choses ne pourront rester longtemps en cet état.Non le péril incessamment suspendu sur nos têtes, peut éclater tout à coup, et il ne faut pas attendre ce moment-là pour prendre nos mesures.L\u2019entretien fut interrompu par l\u2019entrée du facteur, qui apportait une lettre pour M.Marcel.Dès que le facteur fut sorti, celui-ci rompit le cachet en disant: \u2014 C\u2019est Guimbard qui m\u2019écrit, il doit y avoir quelque chose de nouveau.\u2014 Oh! lisez bien vite! s\u2019écrièrent à la fois Christiane et Mme Charvay en se rapprochant du jeune homme.\"Encore un pas en avant, disait l\u2019agent de police, je crois connaître le vrai coupable, l\u2019ennemi mortel de la duchesse, et ce point si intéressant pour vous sera éclairci dans quelques jours.Venez donc, car j\u2019aurai probablement besoin de vous.\t\" G.\u2019\u2019 Toujours prudent, Guimbard ne signait jamais autrement que par son initiale.Il ajoutait en post-scriptum : \u201cSi j\u2019ai deviné juste, je puis vous dire, comme les Chalcas de Saint-Cloud : Vous éprouverez une grande surprise.\u201d \u2014 Enfin ! s\u2019écria Marcel avec un transport de joie.\u2014 Oui, voilà une heureuse nouvelle si elle se réalise, dit Gontran.¦\u2014 Mon ennemi, celui qui m\u2019a condamnée, dont la main est toujours étendue sur ma tête, mon ennemi en- SIMPLE ET EFFECTIVE.\u2014 L\u2019Huile Eclectrique du Dr Thomas est si simple à appliquer qu\u2019un enfant peut en comprendre les instructions d\u2019usage.Employée comme liniment, il n\u2019y a qu\u2019à frotter et comme lotion, à appliquer.Les instructions sont si claires et sans cause d\u2019erreur qu\u2019elles sont promptement comprises par les jeunes et les vieux.trc les mains de la police! s\u2019écria à son tour Christiane, ah ! je pourrai donc enfin respirer, aller et venir sans toujours redouter de me trouver face à face avec un assassin.\u2014 Dieu veuille que cet espoir se réalise! murmura Mme Charvay en embrassant sa fille.\u2014 Allons, dit Marcel en se levant, il y va de votre sécurité, de votre existence même, ma chère Christiane, il faut que je vous quitte pour répondre à l\u2019appel de notre ami Guimbard.\u2014Déjà ! fit la jeune fille d\u2019 \u2019une voix attristée.\u2014 Je serais impardonnable de tarder d\u2019une minute, quand votre vie est en jeu, Christiane.Gontran s\u2019était levé comme Marcel.\u2014 Ah! dit-il, en pressant la main de la jeune femme, je pars plus heureux et le coeur plus léger qu\u2019en quittant Paris.Ils partirent tous deux et se mirent à presser le pas, car Marcel avait calculé qu\u2019ils avaient juste le temps d\u2019arriver pour l'heure du train, qui passait à Etampes vers deux heures un quart.A l\u2019heure précise cependant ils étaient à la station.\u2014 Tiens, s\u2019écria tout à coup Gontran, voilà qui est singulier.\u2014 Qu\u2019est-ce donc?demanda Marcel.\u2014 Notre mendiant.\u2014 C\u2019est pourtant vrai.\u2014 Un mendiant qu\u2019on voit sans cesse voyageant en chemin de fer, c\u2019est invraisemblable, cet homme n\u2019est pas un mendiant.Serait-ce un attaché d\u2019ambassade ! Et Gontran se mit à faire mille plaisanteries sur ce thème.La chose était pourtant beaucoup moins plaisante qu\u2019il ne se l\u2019imaginait et il l\u2019eût bien vite reconnu si, au lieu de rire de l\u2019attaché d\u2019ambassade, il eût eu l\u2019inspiration de l\u2019étudier et de s\u2019attacher à ses pas.Aussitôt débarqués à Paris, les deux amis prirent une voiture et se firent conduire rue de la Cité, à un petit café voisin de la préfecture de police.C\u2019était là que Marcel allait trouver Guimbard quand celui-ci ne lui indiquait pas une autre adresse.Humblement perdu dans la foule qui encombrait la cour du débarcadère, le mendiant les avait suivis du regard jusqu\u2019à ce qu\u2019il perdît de vue la voiture.Alors s\u2019approchant lui-même d'un fiacre, il ouvrit la portière et cria au cocher, stupéfait à la vue d'un pareil client : \u2014 Rue de Verneuil.-\u2014 Numéro?\u2014 Celui que tu aimes.\u2014 Dame ! c\u2019est celui du marchand de vin.\u2014 Tout de même, si le coeur t\u2019en dit.\u2014 Va pour un canon alors! \u2014 Trois jolis canons du broc si tu vas seulement comme une locomotive.\u2014 C\u2019est dit.Et cinglant énergiquement son cheval : \u2014 Train express ! ma petite vieille, lui cria-t-il.Le coursier comprit sans doute qu\u2019il s\u2019agissait de trois canons, car il partit d\u2019un très bon train.Au bout de vingt-cinq minutes, le cocher entrait dans la rue de Verneuil, arrêtait sa voiture au \"Bon Coin\u201d, un numéro qu\u2019il connaissait de longue date, pénétrait dans l'établissement avec son client, s\u2019ingurgitait consciencieusement et coup sur coup les trois jolis canons du broc.Après quoi l\u2019attaché d\u2019ambassade sortit et se mit à parcourir la rue de Verneuil d\u2019un pas rapide.Il s\u2019arrêtait bientôt à la petite porte d\u2019un hôtel particulier d\u2019assez bonne apparence, tirait une clef de sa poche, ouvrait cette porte, entrait dans un vestibule à peine éclairé, au bout duquel se dessinait un escalier, et frappait bientôt à une porte du premier étage.La porte s\u2019ouvrit et il entra dans une petite pièce meublée et tendue de soie jaune, d\u2019où se dégageait un léger parfum.La femme qui venait de l\u2019introduire dans cette pièce discrètement éclairée était une magnifique brune, d\u2019une étrange et splendide beauté.\u2014Eh bien, lui dit-elle, rien encore?\u2014 Au contraire, madame la marquise.\u2014 Hein ! que dis-tu ?s\u2019écria la marquise avec un frisson de joie.\u2014 Je dis que j\u2019ai découvert le nid.et même les oiseaux dedans.\u2014 Quoi! la duchesse ?\u2014- Je l\u2019ai vue.\u2014 Oh ! mais .assieds-toi donc là et parle vite.XXV Une vieille histoire \u2014 Ainsi, elle n\u2019est pas morte! s\u2019écria la marquise d\u2019une voix vibrante et en dardant sur le mendiant un regard enflammé.\u2014 Pas plus morte que vous et moi.\u2014 Et tu l\u2019as vue?\u2014 Comme je vous vois en ce moment.\u2014 Vivante! murmura la marquise d\u2019une voix sourde, pleine de haine et de colère.\u2014 Oh! mais là, tout ce qu\u2019il y a de plus vivante, et gentille, et fraîche, et souriante! Un rêve, quoi! -\u2014 Tu es bien sûr que c\u2019est elle, tu la connaissais bien, n\u2019est-ce pas?\u2014 Est-ce que je ne l\u2019ai pas vue vingt fois à son balcon, quand j\u2019étudiais son hôtel.au point de vue de l\u2019assassinat, car enfin c\u2019était moi qui devait faire le coup et j\u2019ose dire que je m\u2019en serais mieux tiré que Torribio.Mais voilà, ces hommes forts, ça flatte le bourgeois, il se dit : Celui-là ne fera qu\u2019une bouchée d\u2019une petite femme faible et peureuse qui, pour toute résistance, va tomber en syncope dès qu\u2019elle va seulement entrevoir la lame d\u2019un couteau.Eh bien, pas du tout, l\u2019homme fort y va brutalement, carrément, bêtement, et rate son affaire, tandis que moi, c\u2019est pas ça, voilà mon système: me défiant de mes muscles, qui ne sont pas d'acier, je me glisse dans les maisons en tapinois, sans faire plus de bruit qu\u2019une taupe sous la terre, je me tapis dans un coin où je reste trois heures, quatre heures immobile, s\u2019il le faut; patient comme l\u2019Indien, je guette l\u2019occasion, j\u2019attends qu\u2019elle soit bien à ma portée, et quand je vois ma belle, je fais un bond, mon couteau à la main, et dzigue! dans le creux de l\u2019estomac, jusqu\u2019au manche! C\u2019est le bon endroit, ça glisse dedans comme dans du beurre et ça évite les cris, j\u2019aime pas le bruit.L'oeil fixé sur lui, Carmen l\u2019écoutait avec une attention froide et sérieuse.\u2014 On dirait que tu as déjà passé par là, lui dit-elle quand il eut fini.\u2014 Oh! dit-il en haussant les épaules, une fois, mais je puis dire que 1e, travail a été fait proprement.Puis, croisant les bras sur sa poitrine et la regardant fixement : \u2014 Voyons, lui dit-il, pourquoi ne voulez-vous pas me confier M.votre mari ?\u2014 Non, tais-toi, répondit la marquise avec un geste d\u2019horreur.\u2014 Vous avez tort, il se conduit comme un marsouin à votre égard, il vous fera avoir des désagréments avec la justice.Savez-vous ce qu\u2019il disait l\u2019autre jour, en dînant au \u201cLapin fourvoyé?\u201d \u2014 Hein?qu\u2019est-ce que c\u2019est que ça ?\u2014Une enseigne tout à fait chouette; ça représente un lapin chassé par une meute, il fait un bond, traverse une vitre et tombe dans la marmite bouillante d\u2019un gargotier, ce qui prouve bien qu\u2019il est fourvoyé.Pour en revenir à votre époux, il était paf, que c\u2019était à payer pour le voir; il faisait couler sa sauce dans sa cravate, laissait tomber sa viande à terre et répandait son vin dans son assiette.\u201c\u2022\u2014Vous riez de moi, vous autres, disait-il à ceux qui le regardaient, eh bien, vous me faites pitié; tenez, vous êtes des feignants, des rien du tout, des va-nu-pieds, tandis que moi j\u2019ai nagé dans les grandeurs, grâce à ma femme et au vieux marquis, un vieux ratatiné qui m'accablait de douceurs.Mais il est mort.Comment?Vous voudriez bien le savoir, mais non, mes petits agneaux, c\u2019est le secret à Bibi.Il est mort dans son vieux château.Bah! tout ça c\u2019était trop vieux, fallait que ça finisse.Mais il reste la marquise ; la marquise, c\u2019est ma femme, et pourtant je ne suis pas marquis, arran-gez-ça; un vrai gâchis, quoi ! Elle est superbe, ma femme, un amour de petite femme, le coeur sur la main ; elle prend soin de son petit Sidore, elle ne veut pas qu\u2019il se tue de travail.Aussi je ménage ma sueur, je me balade sur les boulevards tout le temps et je passe ma vie à rigoler.J'ai un compte ouvert à la \"Lisette\u201d, au \u201cLapin fourvoyé\u201d et au \" Coq-Hardi\u201d, et elle paye partout; oh ! mais là, resta et sans harder.Elle passe tous les mois elle-même, mes enfants, elle-même, et elle acquitte toutes les notes.Oh! mais, par exemple, elle a une drôle d\u2019idée.\u201d Ici il se mit à pouffer de rire, roulant sa tête sur la table et traînant sa longue barbe dans son assiette, pleine de sauce et de vin.\"¦\u2014 Oh ! oui, reprit-il avec son rire bête et sa voix empâtée, on peut dire que, pour une femme distinguée, c\u2019est une drôle d\u2019idée.Elle paye par- 5 octobre 19 3 5 19 Je ne suis ici que depuis quelques mois\u2014mais je crois que je vais m\u2019y plaire .n tout, c\u2019est vrai, sans lésiner, c\u2019est encore vrai; mais elle ne paye que l'absinthe; de sorte que si je veux me faire servir autre chose, impossible puisqu\u2019elle ne le paye pas.Hein ! quelle drôle d\u2019idée ! Heureusement que ça rentre dans ma manière de voir.\u201d La marquise avait écouté tout ce récit avec des frémissements de colère, d'horreur et d\u2019épouvante.\u2014Quoi! murmura-t-elle d\u2019une voix tremblante, il a dit tout cela! tu l'as entendu ?\u2014 Plusieurs fois.\u2014 Oh! le misérable! le misérable! \u2014 Il a même été plus loin l'autre jour à la \"Lisette\u201d.\u2014 Qu'a-t-il donc dit ?\u2014 Il était si complètement ivre qu\u2019il avait roulé à terre.On l\u2019avait poussé du pied dans un coin et là il tenait un tas de propos qu\u2019on prenait pour des rêves d\u2019ivrogne et dont on riait, mais qui n\u2019auraient pas été drôles pour voir s\u2019ils étaient tombés dans l\u2019oreille d\u2019un agent, et il y en a pas mal qui rôdent dans ces parages-là.\u2014 Mais que disait-il donc, grand Dieu?s\u2019écria la marquise en proie à une violente anxiété.\u2014 Voilà ce que j\u2019ai pu saisir à travers les hoquets qui entrecoupaient sa parole empâtée et presque inintelligible :\t\u201c Il ne voulait pas boire, le vieux marquis ; il trouvait que la tisane avait un goût.oui, un goût de cercueil.Mais la marquise lui a parlé durement comme à un enfant qui refuse d\u2019obéir.et il a bu.Le duc était là avec la marquise, il tenait le bonhomme sous les bras, tandis qu\u2019elle le faisait boire.Lui, il était livide, la sueur coulait de son front; il promenait de tous côtés ses yeux voilés, hagards, comme s il cherchait quelqu\u2019un, un appui, une protection autour de lui, et il continuait de boire par force, s\u2019arrêtant de temps à autre pour dire d\u2019une voix faible: \"Je ne veux pas.Je ne veux pas.\u201d Et il a tout bu.Ah! dame! c'est qu\u2019elle a de beaux yeux, la marquise ; mais, quand ces yeux-là vous regardent d'un certain air, on n'est pas tenté de rire.Si vous l\u2019aviez vue là-bas, à Grenade, le jour où elle a enfoncé son couteau dans l\u2019épaule d\u2019une gitana, son amie pourtant, vous auriez dit une petite panthère.Après ça, c\u2019est pas tout à fait sa faute; son père était bandit, sa mère était pire encore; ils ne pouvaient pas avoir engendré une colombe ou un agneau sans tache.\u201d \u2014 Oh! le malheureux ! s\u2019écria la marquise en s\u2019agitant sur son siège, en proie à un trouble inexprimable.Puis, interrogeant brusquement le mendiant.\u2014 Es-tu sûr que personne n\u2019ait entendu ce qu\u2019il a dit concernant cette tisane que j\u2019ai fait prendre au marquis?\u2014 Personne autre que moi, parce que j\u2019écoutais, assis près de lui et me penchant même pour entendre.\u2014 Et qu\u2019as-tu conclu de ses paroles ?Le mendiant hésita à répondre.\u2014 Dame! dit-il enfin, j\u2019en ai conclu que vous aviez intérêt à étouffer la voix de Sidore le plus vite possible.Mon Dieu! je comprends bien votre système; on est bon, on paye les notes d\u2019un brave homme qui adore l\u2019absinthe et ne peut s\u2019en payer, il en meurt, on s\u2019en lave les mains, il n\u2019y a pas le plus petit mot à dire, et la justice n\u2019a pas à s'occuper de ça.Certainement cette manière-là a du bon, elle vous évite des ennuis ; mais voyez-vous, ça traîne trop en longueur; quand un homme est fait à l\u2019absinthe, il peut marcher longtemps comme ça, et si vous ne prenez pas un parti énergique, Sidore en dira tant et tant, qu\u2019un beau jour quelque chose de grave tombera dans le tuyau de l\u2019oreille d\u2019un agent, qui prendra la chose au sérieux et qui voudra savoir.et il saura, en faisant exhumer le vieux marquis, que le goût qu\u2019il trouvait à la tisane était un goût d\u2019arsenic.A ce mot, Carmen bondit de son siège, et, les traits couverts d\u2019une pâleur mortelle : \u2014 Il a encore dit cela! s\u2019écria-t-elle en attachant sur le mendiant un regard effaré.\u2014 Je vous dis que vous êtes poussée dans vos derniers retranchements et qu\u2019il faut prendre un parti, si vous ne voulez vous exposer à la surprise de voir arriver chez vous l\u2019homme à l\u2019écharpe, à la suite d\u2019un bavardage de Sidore entendu par un de ses hommes.\u2014 Oh! c\u2019est horrible! murmura la marquise en laissant tomber sa tête sur sa poitrine avec l\u2019expression d\u2019un profond accablement.\u2014 Quand vous serez décidée, vous n\u2019aurez qu\u2019une syllabe à dire à Fil-en-Quatre, je sais comprendre à de-mi-mot.D'ailleurs, n'y a pas tant à s\u2019abîmer la conscience pour si peu de chose, c\u2019est pas un homme, Sidore, c\u2019est un peu moins qu\u2019un pourceau, il déshonore l\u2019humanité, et puis, remarquez qu\u2019il est destiné à mourir d'une épouvantable maladie et que ce serait lui éviter des souffrances inutiles.Carmen ne répondit pas.Elle restait absorbée dans ses réflexions, immobile, l\u2019oeil fixe et les traits contractés.\u2014 Maintenant, reprit Fil-en-Qua-tre, la question est de savoir par qui vous voulez commencer, votre époux ou votre rivale ?Sidore ou la duchesse ?Carmen fit quelques pas dans son salon, les traits sombres et les sourcils violemment contractés.Puis, s\u2019arrêtant en face de Fil-en-Quatre : \u2014 La duchesse, lui dit-elle.\u2014 Bon! et soyez tranquille, moi je ne vous trahirai pas comme Torri-bio a trahi M.le duc.\u2014 Tu seras largement récompensé.Elle ajouta d\u2019une voix sourde et en le regardant dans les deux yeux : \u2014 Surtout prends bien tes mesures et ne la manque pas, toi.\u2014 Comptez sur moi; d\u2019ailleurs je vais ruminer mon plan et nous en causerons ensemble.En ce moment un froissement de papier se fit entendre.C\u2019était une lettre qu\u2019on glissait sous la porte.Carmen courut la prendre, la tira La vie s\u2019annonce sans nuages pour cette aimable personne! Et le laxatif qu\u2019on lui administre (le cas échéant!) ne contribue pas peu â son optimisme.Elle en raffole\u2014c\u2019est le seul qu\u2019elle accepte sans regimber.Il est fort important qu\u2019un enfant avale de bonne grâce le médicament qu\u2019on lui présente.Si son goût répugnant lui soulève le cœur, il se gendarme, fait un tas d\u2019histoires, et toutes ces giries, outre qu\u2019elles l\u2019énervant, peuvent entraîner une indigestion.Le goût agréable du Castoria est donc un des nombreux arguments en sa faveur.En voici un autre; Tout comme le régime alimentaire que vous avez soigneusement dressé pour votre enfant, le Castoria est spécialement destiné à son délicat organisme.Sa formule ne ressemble en rien à celle de certains purgatifs drastiques qui conviennent aux adultes.Chez les bambins, l\u2019équilibre des organes est facilement détraqué\u2014mais le Castoria ne peut leur donner la colique ni devenir une habitude.Il agit doucement, mais débarrasse complètement l\u2019intestin.Quand votre enfant aura besoin d\u2019un laxatif\u2014des tout premiers mois à la llième année\u2014ayez recours au Castoria.Exiger cette marque et le grand flacon (\u201cformat des familles\u201d) est une notable économie.CASTORIA \u201cLe Laxatif des Enfants\u201d De la petite enfance à la onzième année. 20 LE SAMEDI GRATIS FORTIFIEZ VOTRE SANTE ET EMBELLISSEZ VOTRE POITRINE - JéZ Toutes les femmes doivent être belles et vigoureuses, et toutes peuvent l\u2019être grâce au Traitement Myrriam Dubreuil Vous pouvez avoir une santé solide, une belle poitrine, être grasse, rétablir vos nerfs, enrichir votre sang avec le Traitement Myrriam Dubreuil, approuvé par des sommités médicales.Les chairs se raffermissent et se tonifient, la poitrine prend une forme parfaite sous l\u2019action bienfaisante du Traitement.Il mérite la plus entière confiance, car il est le résultat de longues études consciencieuses.Le TRAITEMENT MYRRIAM DUBREUIL est un tonique reconstituant et possédant le propriété de raffermir et de développer la poitrine en même temps que sous son action se comblent les creux des épaules.Seul produit véritablement sérieux, bienfaisant pour la santé générale.Le Traitement est très bon pour les personnes maigres et nerveuses.Convenant aussi bien à la jeune fille qu\u2019à la femme.Engraissera rapidement les personnes maigres GRATIS.Envoyez 5c en timbres et nous vous enverrons Gratis notre brochure illustrée de 32 pages, avec échantillon Myrriam Dubreuil.Notre Traitement est également efficace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d\u2019épuisement nerveux, quel que soit leur âge.Correspondance strictement confidentielle.Les jours de bureau sont : Jeudi et Samedi, de 2 hrs à 5 hrs p.m.Mme MYRRIAM DUBREUIL 5920.rue Durocher, près Bernard Boîte Postale 2353 \u2014 Dépt.2 MONTREAL, CANADA.AGENTS demandés pour vendre pour nous des cravates de cuir ou de soie.Nous vous les vendons à un prix qui vous permet de toucher une commission de 100%.Ecrirez aujourd\u2019hui pour recevoir échantillons gratuits et tous renseignements.Ontario Neckwear Co., Dépt.515 \u2014 Toronto, 8.Ontario.à elle, déchira vivement l\u2019enveloppe et lut ces mots : \"Ce soir, sept heures, au restaurant.\u201d xxvr Fil-en-Quatre Fil-en-Quatre se dirigeait vers la porte; la marquise l\u2019arrêta d\u2019un geste.\u2014 J\u2019ai encore à te parler, lui dit-elle.Fil-en-Quatre s\u2019inclina en parfait gentleman.\u2014 Mais, d\u2019abord, puis-je compter sur ton dévouement ?\u2014 Jusqu\u2019à la mort.Premièrement, je suis esclave de la beauté, et, pour une belle créature, on peut dire que vous êtes une belle créature; ensuite, vous m\u2019avez promis quinze mille francs si je parviens à réparer la boulette de Torribio concernant la duchesse, et quinze mille francs pour un homme qui n\u2019a jamais vu les louis et les billets de banque qu\u2019à la vitrine des changeurs, c\u2019est un cadeau flatteur, je suis donc à vous corps et âme, et je vais vous le prouver tout de suite.\u2014 Voyons cela.\u2014 En attendant que vous preniez un parti, voici ce que je vous propose à l'égard de votre mari.Je connais, rue de Lorillon, un petit cabaret borgne qui a pour enseigne: \"A l\u2019Absinthe des Connaisseurs!\u201d Or, dans l\u2019absinthe qu\u2019on débite là, il entre une forte dose de cuivre, et, dès qu\u2019on en a bu seulement un cinquième de pure, on a son compte, on est aplati, abruti, incapable de dire ouf, le regard fixe, les traits hébétés et la bouche béante pour toute la soirée.Cette absinthe est connue, elle a un nom : \"la stupéfiante\"; je la vanterai à Sidore; je le conduirai à mon petit cabaret, et je vous jure qu\u2019il ne parlera plus.\u2014 Oui, c\u2019est une idée, dit la marquise.\u2014 D'autant plus heureuse, que ça vous démolit la machine humaine, l\u2019estomac particulièrement, que c\u2019est un beurre.Au bout de quinze jours d\u2019absinthe des connaisseurs, impossible de rien digérer, pas même une goutte de bouillon, la rue au Pain est fermée, on a déjà remercié son boulanger.Un mois après, \u201cdelirium très mince\", mais néanmoins fort gênant ; puis la danse forcée, jour et nuit, sans une minute d\u2019arrêt, avec accompagnement de grincements de dents, de roulements d\u2019yeux, d\u2019écume aux lèvres et de muscles tendus comme des câbles, et enfin le branle-bas général, le galop effréné, la tarentule du diable, la farandole de la mort, le mouvement perpétuel jusqu\u2019à ce que tout l\u2019homme tombe, les muscles se détendent, le corps s\u2019avachit comme une vessie dégonflée.tout est fini, il s\u2019est laissé glisser.\u2014C\u2019est horrible! murmura la marquise.\u2014 Bah! un peu plus tôt, un peu plus tard, c\u2019est toujours comme ça qu\u2019il doit finir, autant lui tendre la perche tout de suite.\u2014 Eh bien, soit, finissons-en avec lui, fais-lui boire de cette absinthe et, pour plus de sûreté, accompagne-le au cabaret.\u2014 C'est entendu et, soyez tranquille, je saurai bien l'empêcher de parler.Ah çà! madame la marquise, c\u2019est donc réellement votre mari, ce coco-là; mais là, pour de vrai ?\u2014 Hélas! oui, je l\u2019ai épousé à Grenade il y a quatorze ans, nous nous aimions alors.cela dura deux ans à peine.Je vis bientôt à quel homme j\u2019avais affaire, je le pris en horreur et voulus le quitter.Mais il ne l\u2019entendait pas ainsi, il me suivit, prétendant qu\u2019il ne pouvait vivre sans moi, ce qui était vrai, en ce sens qu\u2019il ne voulait rien faire et que j\u2019étais obligée de l\u2019entretenir dans la paresse et l\u2019ivrognerie, ce à quoi je consentis à deux conditions : la première, c\u2019est que nous n\u2019habiterions jamais sous le même toit; la seconde, c\u2019est que je restais aussi libre de mes actions que si je n\u2019avais pas de mari.C\u2019est ainsi que nous vivons depuis plus de douze années; mais cela ne peut durer plus longtemps ainsi, ce misérable m\u2019expose aux plus grands dangers par les propos qu\u2019il répète partout; il faut donc en finir avec lui ou je suis perdue.\u2014 Je crois avoir trouvé le moyen de lui paralyser la langue tant que je serai là à veiller sur lui, et tant que je le tiendrai sous l\u2019influence de ma petite absinthe; mais je ne serai pas toujours là, et, je vous le répète, il ne faut qu\u2019un moment, il ne faut qu\u2019un mot tombé dans certaines oreilles pour éveiller l\u2019attention de la police sur votre compte ; voilà pourquoi ,à votre place, je ne laisserais pas traîner la chose en longueur.Carmen, profondément troublée par les effrayantes perspectives que Fil-en-Quatre déroulait devant elle, restait atterrée, comprenant la nécessité d'en finir et reculant avec épouvante devant la terrible résolution à laquelle on voulait la pousser.\u2014 Non, je ne puis me décider en ce moment, s\u2019écria-t-elle tout à coup; je veux réfléchir quelques jours encore.Mais laissons cela, quant à présent; il est un autre péril non moins pressant auquel il faut songer à faire face.Le duc est suivi par la police en ce moment, on a des soupçons, c\u2019est évident, et, grâce à mon portrait trouvé à la porte de son hôtel dans la nuit du meurtre, je suis compromise et surveillée moi-même ; je m\u2019en suis aperçue.\u2014 Diable! diable! dit Fil-en-Qua-tre, mauvaise affaire pour vous, vu le passé, déjà très chargé par la mort du marquis.Supposons qu\u2019en ce moment même, où la police s'occupe de vous, un agent saisisse un des propos de Sidore concernant les derniers moments du marquis et le rôle qu\u2019a joué dans cette affaire la marquise, sa femme\u201d, vous comprenez l\u2019importance que prend tout à coup votre portrait tombé de la poche du duc, de ce même duc, qui aidait si complaisamment cette même marquise de Caravan à faire prendre au vieux marquis récalcitrant la tisane dont il devait mourir dans la nuit.\u2022\u2014 Oh! ce serait terrible.\u2014 Accablant comme un coup de massue.On exhumerait le bonhomme, on farfouillerait le cadavre, on y trouverait la preuve du crime, et une fois votre culpabilité et votre complicité à tous clairement démontrées, cette complicité se retrouve dans le meurtre de la duchesse, incontestablement prouvé par le fait de votre portrait tombé de la poche du duc sur le lieu même du crime.\u2014Oh! ce duc! s\u2019écria Carmen avec un accent plein de colère, quelle imprudence ! quelle insigne maladresse ! porter ce portrait sur lui.\u2014 Il est certain que, vu la circonstance et les dangers auxquels il s\u2019exposait, ça n\u2019était pas malin.La marquise était tombée tout à coup dans de profondes réflexions.Fil-en-Quatre attendait humblement qu elle lui adressât la parole.Il attendit assez longtemps.\u2014 Ecoute, lui dit-elle enfin, tu as dû avoir quelque affaire à la police?\u2014 Plus souvent que je n\u2019aurais voulu, je n\u2019aime pas les nouvelles connaissances.-\u2014 As-tu entendu parler d\u2019un certain Guimbard ?\u2014 Guimbard?je ne connais que ça.Puis, éclatant de rire tout à coup: \u2014 Ce pauvre Guimbard! je ne sais pas ce qui lui est tombé sur le nez, mais il est dans un état.pu plutôt il n\u2019y en a plus: rasé, disparu, enlevé comme une muscade! Après ça, ce nez était si affreux ! C\u2019est sans doute une fée bienfaisante qui, saisie de pitié, aura eu la bonne pensée de le délivrer de cette infirmité.Eh bien! elle n\u2019a pas réussi, la fée bienfaisante, il n\u2019était que laid, ce pauvre Guimbard, il est hideux maintenant.\u2014 La fée qui lui a rendu ce mauvais service, je la connais, et toi aussi. tasse de sucre livre de noix hachées\t2 œufs 14 livre de dattes\t1 cuillerée à table de gélatine 54 livre de figues hachées\t2 cuillerées à table d\u2019eau froide J/j cuillerée à thé de vanille Faites tremper la gélatine dans l\u2019eau froide pendant 5 minutes.Faites chauffer la crème au bain-marie, ajoutez les œufs et le sucre et faites cuire jusqu\u2019à ce que le mélange s\u2019attache à la cuiller de bois.Ajoutez la gélatine trempée à l\u2019eau froide.Brassez jusqu\u2019à complète dissolution et laissez refroidir.Incorporez ensuite les noix, les fruits ainsi que la vanille et faites congeler, ayant soin de brasser de temps à autres.Elle a oublié quelque chose Quelque chose d\u2019IMPORTANT manque à son repas A-t-elle oublié d'assaisonner les légumes?La viande était-elle salée?A-t-elle omis l\u2019essence dans le'pouding?.Non.il y a autre chose qui ne va pas, quelque chose qui manque: le \u201cvolume\u201d indispensable aux habitudes régulières.Sans cela, Votre famille peut souffrir de constipation, à la suite d\u2019insuffisance de \u201cvolume\u201d dans son régime alimentaire.Maux de tête, perte d\u2019appétit et d\u2019énergie peuvent s'en suivre.Epouses et maris en arrivent à s\u2019irriter d\u2019un rien.Le All-Bran Kellogg, une céréale naturellement laxative, fournit ce \u201cvolume\u201d sous sa forme la plus douce.ALL-BRAN vous donne aussi la vitamine B et du fer.Deux cuillerées à soupe par jour suffisent ordinairement, avec lait ou crème.All-Bran (Son Pur) sert également à la cuisine.Il donne à vos muffins, petits pains, gaufres, etc., le \u201cvolume\u201d voulu.Etant plus fin, plus doux, plus savoureux, il se mêle mieux aux autres ingrédients.Vous pouvez encore en saupoudrer vos soupes, salades et autres céréales.Votre famille fera ses délices de la populaire recette donnée ici.Inscrivez All-Bran (SonPur) sur vos mémoires d'épiceries.Procurez-vous le paquet rouge-et-vert.Préparé par Kellogg, à London, Ontario.Pain aux noix et aux bananes ALL-BRAN % tasse shortening 54 lasse sucre 1 œuf (bien battu) 1 tasse ALL-BRAN de Kellogg I54 tasse farine 1 c.à thé es! 2 c.à thé poudre à pâte 54 c.à thé sel 54 c.à thé soda 54 tasse noix hachées I54 tasse bananes écrasées 2 c.à soupe eau ce de vanille Défaites en crème le shortening et le sucre.Ajoutez œufs et ALL-BRAN.Tamisez la farine avec poudre à pâte, sel et soda.Mélangez les noix avec la farine et ajoutez alternativement avec les bananes écrasées auxquelles vous aurez ajouté l\u2019eau.Incorporez la vanille en brassant.Versez dans un moule à pain graissé.Laissez reposer 30 minutes et cuisez à four modéré (375° F.), pendant une heure.Laissez refroidir avant de trancher.Donne 1 pain de 854 x 454 pouces.y, >!:;a Restez du Côté Ensoleillé de la Vie 22 LE SAMEDI js § m mm m ,?T0\tK*** ¦ - \\**VW ,*gg^ïgg|{ i WM WM \u2022 1Ë mtrn m »\u2022*!! SS*** 8247 \u2014 Une chic toilette de gr.32 à 40.Pour un 34: 3% v.de 35 pouces, 3% v.de 39 pouces ou 234 v.de 54 pouces.30 cents.1850 \u2014 Une robe très seyante.Gr.34 à 44.Pour un 38: la robe, 334 v.de 35 pouces ou 3J4 v.de 39 pouces.Manches contrastantes: 2 v.de 35 pouces ou 1% v.de 39 pouces.20 cents.1849 1849 \u2014 Une robe attrayante, gr.14 à 20.Pour un 16: 3J4 v.de 35 pouces, 3% v.de 39 pouces ou 234 v- de 54 pouces.20 cents.1856 \u2014 Une autre charmante toilette pour gr.14 à 20.Pour 16: 434 v.de 35 pouces, 434 v.de 39 pouces ou 2J4 verges de 54 pouces.\u2014 20 cents.1853 \u2014 Une robe pour fillette de 6 à 14.Pour un 10: 2% v.de 39 pouces ou 1% v.de 54 pouces.Contrastant: 24 v- de 35 ou 39 pouces.34 v- de plus pour accorder les carreaux.20 cents.1853 LA VOGUE DES LAINAGES ET DES CREPES DE SATIN PATRONS SIMPLICITY Si votre marchand ne peut vous les fournir, commandez-les, avec votre remise, à l'adresse suivante: PATRONS SIMPLICITY, Département \u201cS\u201d, 8368, rue St-Denis, Montréal, P.Q. 5 octobre 1935 23 Conseils de Beauté L\u2019ensemble et le détail Il est bien rare qu\u2019une femme n\u2019ait rien de joli, de particulièrement joli en elle.Tantôt ce sont les yeux, ou la peau, ou les dents, ou la taille.Et tous les compliments qu\u2019elle reçoit s\u2019adressent à ce détail.Qu\u2019elle se méfie alors.C\u2019est que le reste est critiquable.Il est naturel qu\u2019une femme qui a de belles dents les soigne particulièrement.Mais elle doit soigner autant ce qui, en elle, est imparfait.Un auteur français a dit: \u201cRien n\u2019est plus douloureux à voir qu\u2019un chef-d\u2019œuvre inachevé, ou qu\u2019une beauté à laquelle il manque quelque chose.\u2019\u2019 Si la nature vous a dotée particulièrement pour une partie de votre personne, ne vous contentez pas des compliments que cet avantage vous apporte.Quant à moi, je suis très inquiète lorsqu\u2019on me félicite de l\u2019éclat de mes cheveux.Car je m\u2019efforce d\u2019avoir un visage et des yeux aussi éclatants que ces extraordinaires cheveux dont j'ai hérité.On s\u2019est souvent demandé si ces cheveux étaient naturellement platine.Pour la centième fois, je réponds oui.Lorsque j'étais enfant, on m\u2019appelait l\u2019albinos, et j\u2019en ai assez souffert pour m\u2019en souvenir.Jean Harlow \u2022 Collection de poudres Ne pas oublier qu\u2019on n\u2019arrive pas du premier coup au maquillage idéale.Que même lorsqu'on l\u2019a trouvé, ce maquillage est sujet à fréquents changements.La peau change de ton selon les saisons, l\u2019état de santé.La mode oblige à porter telle ou telle nuance de cheveux (pour celles qui en changent), telle ou telle couleur dominante.Il faut assortir le maquillage à tout cela, et à l\u2019heure, à l\u2019occasion, à l\u2019humeur, à la couleur du temps.Ne croyez pas que je plaisante.Je sais qu\u2019on n\u2019a pas toujours le loisir de faire ces passionnantes recherches.Mais on peut toujours trouver un après-midi de dimanche où l\u2019on n'a rien à faire.Je conseille d\u2019avoir beaucoup de boîtes de poudre de différentes teintes.On en fait de si étonnantes à présent.Puis essayer des mélanges, faire des essais et fabriquer ainsi un assortiment de poudres, qu\u2019on a sous la main et dont on connaît l\u2019effet à l\u2019avance .Maintenant, quelques autres conseils plus précis.Pas de cils noirs pour les blondes J\u2019ai obtenu un excellent résultat en renonçant définitivement aux faux cils -\u2014 que je suis obligée de porter à l\u2019écran, mais qui ne conviennent pas aux femmes petites et minces dans mon genre -\u2014 et en remplaçant le rimmels noir par un cosmétique châtain clair.J\u2019ai les cils très pâles et je dois les teinter.Mais, en noir, ils durcissaient mon regard, et avaient l\u2019air artificiels.Aussi, pour les blondes, pas de cils noirs.Des cils châtains, abondamment cosmétiqués.Un maquillage qui dure Les femmes qui restent longtemps hors de chez elles (celles qui travaillent ou qui font de longues promenades en auto, des excursions) auront intérêt à commencer leur maquillage par un peu de crème, puis par une légère application de rouge gras, qu\u2019un massage fera bien entrer dans la peau.Poudrer largement de poudre du ton choisi, puis, sur les joues, appliquer une poudre nettement plus foncée, puis un peu de rouge sec.Si le vent efface le rouge sec et la poudre foncée, il restera un maquillage de base qui vous évitera l\u2019air livide qu\u2019on a si souvent au retour d une promenade.De même, pour le rouge à lèvres, je conseille de dessiner la bouche avec un crayon sec.Puis poudrer largement.Essuyer doucement le surplus de poudre avec un mouchoir de papier ou une houppette de cygne propre.Puis redessiner à nouveau le contour des lèvres avec un rouge un peu plus gras.Il n\u2019y a pas double dépense.Un tube de rouge peut durer quatre mois.En acheter deux, c\u2019est en avoir pour huit mois.Le résultat est le même pour la bourse, pas pour le maquillage.D\u2019ailleurs, les hommes dépensent tellement, avec leurs cigarettes! Miriam Hopkins Le fard n\u2019abîme pas la peau Ceux qui sont opposés au maquillage \u2014 il y en a encore beaucoup ~ ont fait courir le bruit que le fard usait la peau.Selon eux, une femme jeune qui se maquillait se condamnait aux rides à brève échéance.Cependant, chose curieuse, on put remarquer que deux femmes du même âge: l'une ne s'étant jamais fardée, l\u2019autre au contraire usant de crème et de poudre depuis sa jeunesse, offraient à 40 ans des peaux très différentes.Mais c\u2019était la première qui avait les rides.Jack Dawn, expert maquilleur de la Metro-Goldwyn-Mayer, celui qui fit les visages de Garbo, de Joan Crawford, de Norma Shearer, de Jean Harlow, etc., affirme que lorsque ces artistes arriveront au cap redoutable de la cinquantaine, elles paraîtront dix ans de moins que leur âge.En effet, le maquillage et le démaquillage quotidiens constituent pour la peau et lès muscles du visage une sorte de gymnastique.Les corps gras qui sont à la base des laits, des crèmes, des démaquillants, entretiennent la souplesse de l\u2019épiderme et son humidité.Risquons une comparaison pas très élégante, mais juste.Le visage d'une femme qui se farde est comme une chaussure soigneusement cirée chaque jour.Celui d\u2019une femme qui garde la peau nue et sèche est comme une chaussure qu'on n\u2019entretient pas et dont le cuir arrive à se fendiller et à se racornir.Madge Evans Doublement protégée est la beauté qui reçoit ces soins à .H Je Bea\u201cte r»esd ipS Jes»'crobeS Voyez la tête et la signature sur tous produits Woodbury Les crèmes Woodbury donnent double protection à votre peau grâce à un principe nouveau et scientifique qui les garde \u2014 A L\u2019ABRI DES MICROBES.T ES IMPERFECTIONS de la peau sont souvent causées par des infections microbiennes.Les crèmes Woodbury à l\u2019abri des microbes empêchent leur apparition fréquente et les chassent peut-être pour toujours.Le Cold Cream et la Crème pour le Visage Woodbury contiennent un élément exclusif qui les tient à l\u2019abri des microbes.Ils ne nourriront pas les microbes qui causent l\u2019infection et défigurent.109 dermatologistes affirment qu\u2019ils donnent deux fois plus de chance à votre teint d\u2019être clair, sain et frais.Woodbury empêche aussi la sécheresse au moyen d\u2019un deuxième élément appelé le 576, qui accroît et répare la vitalité juvénile de la peau \u2014 conserve la figure jeune et pleine de sève.La Crème Woodbury pour le visage, qui forme une base discrète pour la poudre, protège contre le vent, la poussière et les affections cutanées.Les deux crèmes se vendent en pots de 50
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