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Titre :
Le samedi
Éditeur :
  • Montréal :Société de publication du "Samedi",1889-1963
Contenu spécifique :
samedi 28 octobre 1944
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque semaine
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  • Nouveau samedi
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Le samedi, 1944-10, Collections de BAnQ.

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[" Montréal, 28 octobre 1944 56e année, No 23 fà:/f 5' BK J- LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS\tDIX CENTS IDA LUPINO et PAUL HENRE1D Photo Warner Bros.Wmf Marcel he nous parle de \"IL ÉTAIT UNE FOIS\" - LA VILLE-LUMIERE L'ANGOISSE, par Claude Vaimont 2 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 : ?m c/'iom /hccu£& QUOI DE NEUF?LA PHOTO EN GUERRE L\u2019un des exploits des techniciens qui poursuivent des recherches en photographie est de prendre du haut des airs des instantanés du territoire ennemi et de s\u2019en tirer indemnes.Ces recherches ont été fort utiles aux envolées de reconnaissance des aviateurs alliés.Une grande partie des progrès de la photographie aérienne est due aux investigateurs canadiens du Conseil national des Recherches.La coopération étroite du Canada, de la t Grande-Bretagne et des Etats-Unis, a grandement contribué à ces progrès.Aux premiers jours de la guerre, ce travail de photographie aérienne était confié aux lents avions du temps de paix.Il n\u2019y avait qu\u2019une ombre au tableau : ces avions ne rentraient presque jamais.On apporta un changement j radical à la situation en confiant cette tâche aux plus rapides avions de ce temps-là.Les Spitfires furent dépouillés de leurs armements pour leur permettre d\u2019accroître leur vitesse ; on les munit de plus gros réservoirs à essence afin d\u2019augmenter leur rayon d\u2019action, et on les équipa d appareils photographiques automatiques.Avant le départ un technicien ajuste l\u2019appareil, détermine la vitesse et l\u2019intervalle entre les photographies.Le pilote du Spitfire se dirige sur la partie du territoire ennemi qui lui est assignée, déclenche le mécanisme de l\u2019appareil en pressant un bouton, survole la cible dans toute son étendue ou jusqu\u2019au moment où des chasseurs ennemis apparaissent.Il n\u2019est pas armé, mais comme il vole très haut et à une grande vitesse, il peut s\u2019échapper.Entre autres améliorations, l\u2019appareil repose sur des trépieds solides et ne ressent pas les vibrations de l\u2019avion.Un révélateur permet de développer sans interruption les pellicules d\u2019une largeur de neuf pouces.On a aussi réalisé des progrès dans le domaine de la photo-eclairage en utilisant des bombes-éclairs à retardement.Quand commencèrent les raids de nuit, la photographie nocturne devint d\u2019une nécessité vitale parce que le commandant des bombardiers devait savoir si le pilote avait ou non touché sa cible.Dans la photographie nocturne, la cible est illuminée par une bombe-éclair réglée de façon à éclairer à une certaine altitude.La lueur frappe une cellule photo-électrique au fond de l\u2019avion, déclenchant le mécanisme de l'appareil.Il y a aujourd\u2019hui de ces appareils dans tous les bombardiers.La bombe-éclair est relâchée en même temps que les bombes incendiaires et explosives, et dès que l\u2019équipage du bombarder entre \u2018à sa base, on sait s\u2019il a réussi ou non à toucher sa cible.L\u2019un des problèmes du Conseil national des Recherches était de trouver une bombe-éclair dégageant une meilleure lumière, qui réduirait le temps requis par le déclancheur, ainsi que les vibrations du moteur qui obscurcissent la photo.Nos découvertes dans ce domaine ont été communiquées au ministère de la production aéronautique de Grande-Bretagne.HABITATION IDEALE ?Durant la guerre, de nombreuses familles ont vécu dans des logements surpeuplés où les conditions de vie étaient peu intéressantes.Aussi, rêvent-elles à l\u2019après-guerre alors qu\u2019il sera facile de se construire une maison, que les matériaux et la main-d\u2019œuvre ne représenteront plus le même problème.Pour venir en aide à ceux qui projettent d\u2019édifier une maison après les hostilités, la \u201cWorkers\u2019 Educational Association\u201d, de Toronto, a poursuivi une série d\u2019enquêtes afin de connaître le genre de maison moderne que les ouvriers aimeraient habiter.Avec le concours d\u2019architectes et de sociologues, on a ensuite dressé les plans de cette maison idéale.Voici un peu comment elle sera bâtie et les commodités qu\u2019elle renferme.Au rez-de-chaussée, il y a la salle de bain et une chambre à coucher, à l\u2019usage du membre de la famille, âgé ou malade, qui ne peut monter l\u2019escalier.La chambre de bain se trouve à proximité de la porte de service, de sorte que les enfants pourront entrer et sortir sans traîner la boue et la neige dans toute la maison.Il y a beaucoup d\u2019armoires, dont deux dans chaque chambre à coucher.Il y en a aussi dans les halls, et il y a un spacieux vestiaire dans le vestibule d\u2019en avant.Enfin, on trouve une soupente à conserves au pied de l\u2019escalier de la cave.L\u2019un des avantages de la nouvelle maison, c\u2019est la cuisine-dînette combinée où six convives peuvent se mettre à table.La dînette conduit au vivoir sous une grande voûte, ce qui donne beaucoup d\u2019espace pour les réceptions du samedi soir.Les murs sont dessinés de façon à placer aisément les meubles, trois des murs pouvant recevoir le chesterfield.Les fenêtres sont disposées pour que l\u2019air circule le plus possible.La salle de jeu et le séchoir à linge sont dans la cave, et une cloison met cette pièce à l\u2019abri de la poussière de la fournaise.Le linge est étendu sur des séchoirs que maman hisse, au moyen de poulies, jusqu\u2019au plafond afin de permettre aux enfants de se livrer à leurs jeux.Papa a son propre atelier.Le chauffage à air chaud et climatisé recueille la presque totalité des suffrages et on a décidé d\u2019installer un appareil de climatisation.On estime que la maison coûtera environ $4,700, aux prix d\u2019avant-guerre de Toronto.Au mois d\u2019octobre, la première maison de ce genre sera l\u2019enjeu d\u2019une loterie dont les recettes serviront à poursuivre des recherches encore plus approfondies sur le logement au Canada.L\u2019expérience acquise bénéficiera aux ouvriers qui désirent se construire une maison après la guerre.a 56e année, No 23 \u2014¦ Montréal, 28 octobre 1944 3 CARNET EDITORIAL LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de l'A.B.C., et de l'Association des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975, RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 TéI : P La tea u 9638 * Président :\tFRED POIRIER Vice-prés.:\tGEO.POIRIER Surintendant: ALBERT PLEAU Rédacteur en chef : FERNAND DE VERNEUIL Chef de la publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS : WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Lachine (Ottawa, Hull, Sherbrooke, Drummondville, St-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette, etc., et les environs.) e A Québec et Lévis : ADELARD PARE 6, rue du Pont, Québec e Aux Trois-Rivières et au Cap-de-la-Madeleine : PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Philippe, Trois-Rivières Entered at the Post Office of St.Albans, Vf., as second class matter under Act of March 1879 ABONNEMENT CANADA SEULEMENT Un an\t$3.50 Six mois\t2.00 \u2022 AU NUMERO: 10 cents e HEURES DE BUREAU: 9 h.a.m.à 5 h.p.m.du lundi au vendredi.e AVIS AUX ABONNES \u2014 Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition.LE DROIT ET LA FORCE THEORIQUEMENT, le Droit est une force; pratiquement, la Force est un droit.Telles sont les deux formules qui contiennent toutes les manifestations humaines, celles de l'individu et celles des peuples.Tout le reste n'est que verbiage, simulacre et mensonge.Droit et Force; deux mots brefs, d'une seule venue, formés chacun de cinq lettres comme la main I est de cinq doigts.Au fait, ce sont deux mains puissantes; celle du Droit est naturellement la droite qui s offre en manière de bon accueil; la Force est la main gauche qui s appuie sur l'épée accrochée au ceinturon.Dans la vie des hommes, ces deux mains symboliques agissent presque toujours séparément ; celle de gauche ignore généralement ce que fait celle de droite.Depuis que le monde est monde, bien des hommes, à la pensée subtile comme à la poigne rude, ont essayé d'établir sur la terre la souveraineté de la Force ou celle du Droit; ils n'ont encore réussi qu'à écrire une histoire qui s'appelle l'Histoire, que les écoliers apprennent en baillant et que les hommes oublient en rêvant.Cependant, philosophes, penseurs et constructeurs de systèmes nous ont légué de bien belles définitions qui valent, après tout, ce qu'elles valent et dont il faut nous contenter faute de mieux jusqu'ici.Il y a, par exemple, une définition classique du Droit.C'est ce qui est juste et bien fondé; c'est la faculté de faire une chose et d'en disposer d'après un pacte social, des conventions particulières ou des lois positives.C'est fort bien dit, mais un peu nébuleux; cela suppose évidemment des pactes et conventions qui ne soient pas entachés d'injustice mais sait-on jamais, très exactement et sans erreur aucune, ce qui est juste et surtout bien fondé ?C'est reculer la définition mais nullement la donner.Il y a une doctrine empiriste qui croit s'en tirer par une échappatoire; l'existence du Droit, dit-elle, est contemporaine de celle de la société.Le droit d'ancienneté, alors ?Ce n'est pas très malin et si j'avais l'esprit pointu, je dirais même que c'est une ânerie mais je ne le dirai pas, parce que, dans cette école empiriste, je trouve des noms reluisants comme ceux d'Epicure, Robbes, Helvétius, Spencer et Stuart Mills.Je ne puis toutefois m'empêcher de penser qu'ils auraient pu tout aussi savamment nous dire: l'existence de la chaussure est contemporaine de celle des pieds; la première chaussure ayant été, en effet, la peau de dessous des pieds épaissie par l'usage.D'autres grands esprits qui ne sont certainement pas de la simple peau de toutou ont pour théorie celle du droit naturel qu'ils définissent ainsi: L'ensemble des conditions universellement requises pour que le libre arbitre de chacun se concilie avec celui des autres.Telle est la manière de penser de Sophocle, de Platon (pas le kolla-borationniste), d'Aristote, de Cicéron, de Kant et de Montesquieu sans compter les autres.Quand on s'obstine à voir clair dans leur définition on finit par y arriver mais c'est pour patauger ensuite dans un sable mouvant sans frontières bien définies.Cette définition ressemble singulièrement à une immense potée de chicanes.Et rares sont les chicanes qui n'ont pas recours à une force de coercition plus ou moins brutale.Et puis, des \"Droits\", qu'il y en a, dans le passé, le présent et certainement l'avenir ! Je ne les ai pas rassemblés tous dans le creux de ma main \u2014 elle ne serait pas assez grande \u2014 mais je puis toujours vous en servir une pincée: le droit romain, l'industriel, le judiciaire, le maritime, le militaire, le municipal, le public, le rural, le social, l'administratif, le commun, le constitutionnel, le coutumier, le criminel, le diplomatique, le domestique, et le féodal qui aurait pu s'appeler celui du toupet puisqu'il permettait au seigneur de prendre ce que bon lui semblait partout où il le trouvait.La mission première d'un Etat étant d'assurer l'exercice du Droit, il peut, dans ce but, mettre la force à son service et c'est même une nécessité reconnue dans le proverbe: \"Bon droit a besoin d'aide\".C'est ce que le penseur Hegel appelle le Droit objectif et ceci nous conduit aussi fatalement que naturellement à regarder la Force pour voir la tête qu'elle a.Elle a, tout d'abord, sa ou plutôt ses définitions, elle aussi.En voici quelques-unes: Pouvoir de contraindre; puissance militaire d'un Etat; toute cause capable de produire un mouvement ou de le modifier.Le panthéisme dit même que c'est le principe universel des choses; Bismarck semble avoir été du même avis quand il a dit: \"La force prime le droit\".Je sais qu'il a nié cette parole mais sa manière d'agir l'a toujours affirmée.Mentalité de surboche.La Force s'exprime par un gros chiffre ou par zéro.Dans le premier cas, c'est en temps d'élection.Le plus grand nombre d'électeurs fabrique par exemple un député qui, à son tour, fabriquera des lois; il représentera donc le Droit parce qu'il sera le produit de la Force.D'autre part, l'individu qui a, dans la caboche, l'idée bien arrêtée que le travail est le pire ennemi de l'espèce humaine, ce citoyen-là cultivera sa paresse avec succès grâce à la force d'inertie qui, pour être zéro, n'en est pas moins puissante.Entre la Force et le Droit, la ligue de démarcation n'est pas toujours très apparente, elle semble parfois même s'effacer; quand un pays s'empare d'une colonie par la force, cela se justifie par le droit de conquête et ce qu'on appelle le droit à l'existence se confond singulièrement avec la force des choses.La société des nations fut la preuve que le Droit sans la Force n'est qu'une simple farce, les seuls discours n'ayant jamais pu servir de fortification contre l'artillerie.Un paralytique a, comme tout le monde, le droit de marcher mais s'il n'en a pas la force il ne marchera qu'en rêve.Le Droit, c'est parfois une drôle de chose.Souvent c'est une simple question géographique; ce qui est admis sous une latitude ne l'est pas sous une autre et souvent même il n'est point besoin de changer de pays pour constater cette différence.La baigneuse qui fait généreusement admirer ses belles papattes sur une plage en a le droit, mais qu'elle ne s'avise pas de donner le même spectacle aux passants d'une ville; le sable a des droits que l'asphalte ne connaît pas.Quant à la force, elle est essentiellement relative; l'homme ne connaît pas et ne peut pas connaître la force absolue.De même qu'on trouve toujours un plus sot que soi, on rencontre fatalement un jour un plus puissant que soi.Ceci revient à dire que, dans le système du monde, le fort mange le faible; chacun et chaque chose y passent à leur tour.La force étant faite d'énergie et de temps en proportions variables, il s'ensuit que le fort peut manger très vite le faible mais, qu'en revanche, le petit arrive à manger le gros en y mettant le temps nécessaire.La grosse bête mange la petite mais, à son tour, le microbe mange la grosse bête.La muraille de ciment maîtrise l'inondation mais la goutte d'eau finit par ronger la pierre.Dans son domaine, l'homme croit disposer souverainement de la force parce qu'il a domestiqué l'animal et dompté la machine; il croit naïvement que sa volonté peut faire des esclaves à son gré alors qu'il n'est lui-même qu'un jouet pour d'autres forces: il suffit parfois d'un simple regard de femme pour le changer en bête.Tout bien examiné nous en arrivons fatalement à cette conclusion que la force peut revêtir cent aspects et se manifester de mille manières tandis que le droit ne semble être que simple matière de conventiqn et quq les deux choses ne vont pas l'une sans l'autre.Le Droit sans la force n'est qu'une chimère et la Force sans le Droit n'est plus que de la barbarie brutale.La Force seule dispose toutefois d'un bon atout; si elle réussit un mauvais coup, elle trouvera certainement des raisons pour le justifier ensuite et l'on verra des hommes pourtant sensés appuyer ces raisons.Il y a des célébrités historiques dont la fortune fut ainsi faite.Quant au Droit, s'il ne compte que sur lui-même, il lui faudra compter deux fois et, dans l'intervalle, il aura le temps de crever.C'est cela qu'il ne faudra pas oublier si l'on veut que le Droit vive en sécurité sur la planète après la tempête actuelle. 4 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 \u2022Ssfeÿ ¦ -\u2022- Ville- Lumière Nous vivons une des années les plus palpitantes que le monde ait connues.Après cinq ans d\u2019un âpre conflit au cours duquel on a assisté aux prémices d\u2019une révolution qu\u2019on peut qualifier de \u201cmondiale\u201d, il nous est enfin possible de pouvoir affirmer que le sort des armes tourne nettement en faveur des Nations-Unies.Que nous réserve l\u2019après-guerre ?Nul ne saurait le dire au juste.Certains sont optimistes, d\u2019autres sont pessimistes.Quoi qu\u2019il en soit, la phase la plus difficile est sur le point de prendre fin, et pour ce qui est de l\u2019organisation de l\u2019après-guerre, on peut rappeler aux pessimistes que ce sera là une tâche bien agréable en comparaison du problème pyramidal qu\u2019on est sur le point de résoudre.Une guerre à la fois, comme dit l\u2019autre !.En attendant, ce qui nous intéresse plus particulièrement, nous, Canadiens-français, c\u2019est le fait que la France qui nous est si chère, pour tant de raisons, vient à peine de retrouver son vrai visage dans son historique libération.A l\u2019aube du 6 juin dernier, les troupes d\u2019invasion alliées, en effectuant l\u2019entreprise militaire la plus hardie qu\u2019ait connue le monde, préparait pour les historiens futurs une abondante matière.La suite presque ininterrompue de déceptions qui ont marqué les trois premières années de cette guerre nous avaient à ce point rendus réticents que nous n\u2019osions point formuler d\u2019enthousiasme, même quand la Normandie, même quand la Bretagne échappaient successivement à l\u2019emprise du Boche ; nous nous disions qu\u2019il restait Paris et que la bataille de Paris serait l\u2019acid test de notre puissance, le critère suprême de nos possibilités.Or il est arrivé que l\u2019épreuve s\u2019est révélée en notre faveur; la Ville Lumière, non seulement a ete libérée, mais elle a, peut-on dire, échappé au massacre et à la destruction.Paris, centre de la culture européenne, Paris, la plus belle ville du monde, tressaillit de joie.Son accueil aux soldats alliés et français fut tel que les correspondants de guerre, pourtant blases par l\u2019exercice de leur profession, en eurent les larmes aux yeux.Tous les témoignages, tous les rapports, tous les comptes-rendus étaient unanimes pour rappeler au monde qu\u2019après sa terrible épreuve, la Ville Lumière avait quand même conservé son atmosphère si exceptionnellement hospitalière, si étrangement séduisante.Paris qui, à la suite de quatre longues années de privation, d\u2019humiliation et de misère, aurait normalement pu montrer des signes de défaillance a eu cette force morale de se montrer heureux et confiant.Plus d\u2019un correspondant a été frappé de l\u2019aspect relativement optimiste de sa population.Peu de choses, extérieurement du moins, pouvait rappeler qu\u2019un affreux cauchemar venait de prendre fin.C\u2019est qu\u2019on avait souffert, enduré, patienté en ne , perdant jamais courage.On avait su conserver la façade, mais après une observation plus attentive, il apparut que ce peuple, de Paris qui vociférait sa joie et sa reconnaissance n\u2019avait pas été atteint dans son ame parce que, toujours, il avait eu la grandeur morale d espérer contre tout espoir.Déjà, peut-être, les dernières traces d\u2019occupation sont-elles disparues.Graduellement, sans doute, la vie revient à son cours normal.Il est même permis de supposer que l\u2019élégance et le bon gout commence à refleurir comme aux plus beaux jours, en dépit de la tâche colossale de réorganisation.C\u2019est que Paris est en pleine phase de résurrection après être sorti de sa léthargie.C\u2019est que Paris ne peut pas mourir parce qu\u2019il est indispensable au monde.Paris vivra parce que sans lui, selon le mot de d\u2019Annunzio, le monde s\u2019ennuierait, même le monde aile-mand .Photo du haut, à gauche, l\u2019Arc de Triomphe (Photo Braissai).\u2014 Au centre : Quai de la Cité, le marché aux fleurs (Photo Louis Cail-laud).\u2014 Ci-dessous, la tour Eiffel vue au crépuscule.(Photo Braissai). 8 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1941 L\u2019ANGOISSE Nouvelle par CLAUDE VALMONT Docteur, voici.Excusez-moi si mes paroles sont un peu décousues, mais j\u2019ai besoin de votre indulgence .«Je ne comprends pas ce qui m\u2019arrive et je n\u2019ose pas en demander l\u2019explication, parce que je ne veux pas que l\u2019on me prenne pour un fou.« Personne ne peut être fondé à supposer que je ne suis pas absolument sain d\u2019esprit.Et cependant, lorsque j\u2019essaye de retrouver l\u2019emploi de mon temps depuis deux ou trois jours, j\u2019éprouve l\u2019étrange impression de tomber dans une sorte de gouffre ! « Cet après-midi, par exemple, j\u2019ai été voir mon ami Julien à son bureau et il m\u2019a dit d\u2019un air profondément pénétré : « \u2014 Alors, mon pauvre vieux, ça va mieux aujourd\u2019hui ?« Je n\u2019avais pas été malade et je répondis d\u2019un ton dégagé : « \u2014 Mais cela va toujours très bien.«\u2014Tant mieux, me dit Julien, car l\u2019autre jour tu n\u2019avais pas l\u2019air fier ! Enfin je suis bien content que cela n\u2019ait pas été grave et que tu sois tout à fait qui était venu la chercher.Mais personne ne pouvait donner aucun signalement concernant cet inconnu.Le docteur Darbel fut très frappé de ce qu\u2019il venait de lire et de la coïncidence qui existait peut-être entre cet assassinat et l\u2019état mystérieux dans lequel se trouvait son malheureux client.Il se demanda avec angoisse ce qu\u2019il devait faire.Avait-il le devoir de communiquer à la justice les terribles soupçons qui lui traversaient l\u2019esprit ?N\u2019avait-il pas, en ce moment, une terrible responsabilité et n\u2019aurait-il pas sa part de culpabilité dans le cas où un nouveau forfait aurait lieu ?\u2014 Pourquoi, demanda Darbel, me dites-vous que si l\u2019on vous accusait d\u2019un crime, vous ne sauriez pas vous défendre ?\u2014 Parce que je n\u2019ai aucun souvenir de ce que j\u2019ai fait.Parce que je ne me rappelle même pas être sorti de chez moi hier.Je dis un crime comme je dirais autre chose, puisque je ne sais rien, absolument rien ! \u2014 Voyons, insista Darbel, tâchez de vous remémorer tout ce que vous avez fait hier en n omettant aucun détail, fût-il en apparence le plus insignifiant; Vous avez dîné chez vous, hier au soir ?\u2014 Non j\u2019ai dîné au restaurant, comme d habitude et je suis rentré tout de suite après dîner, parce que j\u2019avais un travail pressé à terminer.\u2014 Vous étiez seul chez vous ?\u2014 Oui, j\u2019étais seul et je voulais être seul.Un ami m\u2019avait demandé s\u2019il pouvait venir me voir apres dîner.Ne voulant pas qu\u2019il vienne, je lui avais dit que je ne serais pas chez moi.\t.\u2014 Et vous vous êtes mis à travailler tout de suite .__Oui, j\u2019avais à établir un devis pour un client et à tracer le plan qu\u2019il m\u2019avait demandé pour l\u2019installation d\u2019un bar.\u2014 Vous avez fait ce devis ?\t# r \u2014 Oui.du moins en partie, parce que des elements me faisaient défaut.Puis j\u2019ai commencé à établir le plan.Ce plan, pourriez-vous me le montrer ?\u2014 Oui, je ne l\u2019ai pas encore remis à mon client que je ne dois voir que demain.\u2014 Et après, quand vous avez terminé votre travail ?Jacques Valor réfléchit quelques instants, puis reprit avec une certaine hesitation : \u2014 J\u2019ai pris un journal du soir que j\u2019avais rapporté et je l\u2019ai parcouru .-\u2014 Et puis ?\u2014 Et puis .et puis .je ne sais pas .Je crois que je me suis endormi.\u2014 Mais vous dites que votre femme de ménage ne vous a pas trouvé chez vous, ce matin.\u2014 Non, en effet.\u2014 Où étiez-vous?Vous avez passé la nuit dehors ?\t[ Lire la suite page 30 ] remis.« J\u2019ai été sur le point d\u2019interroger mon ami et de lui demander brutalement une explication .Mais au moment de parler, je n\u2019ai pas osé .J\u2019ai pensé à l\u2019air de compassion qu\u2019il allait prendre pour me considérer et je n\u2019ai pu me résoudre à passer à ses yeux pour un fou ! « Ai-je donc été malade sans m\u2019en douter, sans même m\u2019en souvenir ?Comment se produit-il en moi de tels abîmes d\u2019inconscience ?Je vous en prie, docteur, dites-moi ce qu\u2019il faut faire, aidez-moi à remonter le cours de mes actes, car ces trous qui se produisent dans ma mémoire sont un véritable supplice .» C\u2019était avec une expression d\u2019angoisse que Jacques Valor interrogeait le docteur Darbel, le fameux psychiatre, qu\u2019il était allé consulter et qui l\u2019écoutait attentivement avec une gravité profonde, tout en disant : \u2014 Il ne faut pas vous affoler ainsi.Vous devez réfléchir avec beaucoup de calme et je suis sûr que vous arriverez à retrouver ie souvenir des événements qui, à l\u2019heure actuelle, vous fait défaut.\u2014 Mais c\u2019est ce que j\u2019ai fait, docteur, et je vous explique que tous mes efforts n\u2019ont réussi qu\u2019à me jeter dans l\u2019inquiétude.Si je suis venu vous trouver, c\u2019est pour que vous m\u2019aidiez ! Je vous en prie, inter-rogez-moi.C\u2019est le seul espoir que j\u2019aie de me ressaisir.\u2014 Avant tout, interrompit le docteur, vous ne devez pas attacher tant d\u2019importance à des faits qui n\u2019ont sans doute pas la valeur que vous leur accordez ! Avec nervosité, Jacques Valor reprit : \u2014 Tout à l\u2019heure encore, lorsque je suis rentré chez moi, la femme de ménage était en train de faire mon appartement.En me voyant, elle prit un air qui me parut étrange en disant : « Vous devriez me prévenir lorsque vous avez l\u2019intention de découcher ! Je suis venue ce matin et je me suis bien demandé ce que vous étiez devenu.Comme c\u2019est la première fois que cela vous arrive, j\u2019ai eu peur qu\u2019il soit survenu quelque chose d\u2019extraordinaire.» \u2014 Et là non plus, vous ne savez pas ce que vous avez pu faire ?Vous n\u2019avez aucune idée précise ?\u2014 Ni précisG, ni imprécise, docteur, je ne sais rien, je ne comprends rien ! Si l\u2019on me disait que j ai commis un crime cette nuit, je serais bien obligé de le croire.Le docteur tressaillit malgré lui et fut obligé de faire tous ses efforts pour garder son sang-froid.Il venait de lire dans le journal le récit d\u2019un crime mystérieux, dont les circonstances paraissaient infiniment étranges.Une femme avait été trouvée assassinée devant la porte de l\u2019immeuble qu\u2019elle habitait, et l\u2019on n\u2019avait pas la moindre indication qui permît d identifier le criminel.On l\u2019avait vue quitter le soir même le théâtre où elle jouait, en compagnie d\u2019un homme K?* mssmm \" Pourquoi me dites-vous que si l'on vous accusait d'un crime, vous ne sauriez vous défendre ?\" î ê + ' i mm.jgMMtaft -1.m : $ Mj m *%*à ¦MÈÊtÉÊÊt ?*£/ I I r^'\t^ v lit asss^ *.*>>»\u2022* Les jeunes starlettes de Hollywood ont un besoin particulier de culture physique pour se tenir en bonne forme.A tous les jours, elles pratiquent le lancer du ballon rond, l'escrime imaginaire, si l'on peut dire, la marche et quelques mouvements faciles de culture physique sous les yeux d'un instructeur, comme le démontrent ces photos.Dans le Monde CHOSES ET AUTRES Par \u2022 Gene Tunney, ancien champion mondial des boxeurs poids lourds, attaché à un haut poste sportif de la marine américaine, a récemment déclaré à un rédacteur sportif de Los Angeles qu\u2019il avait abandonné la boxe, il y a 15 ans, parce qu\u2019il était fatigué des gens malhonnêtes qu\u2019il était contraint de coudoyer.Gene Tunney aime la boxe, en dépit de tout ce qui fut dit et de tous les efforts qu\u2019il fit pour l\u2019oublier.S\u2019il n\u2019avait pas aimé la boxe, il n\u2019aurait pas fourni $50,000 pour un trophée qui perpétue les noms des champions passés, présents et futurs.Gene aurait pu donner ce montant pour quelque chose de cultivé dont on le dit plus entiché que la boxe.Il ne faut pas s\u2019y tromper.La véritable raison pour laquelle Gene quitta la boxe fut qu\u2019il se trouva pris au milieu de trop de gens malhonnêtes.La situation n\u2019a pas [beaucoup changé.Tous ceux qui s\u2019y connaissent un peu dans la boxe vous diront que, pour arriver quelque part, il faut plus de manoeuvres en-dessous que dans n\u2019importe qvel autre sport.Tunney ne pouvait digérer la chose.Le public n\u2019a aucune idée de ce qui k\tse passe sous la surface, car s\u2019il le savait il y aurait un cri unanime pour demander de tout connaître.Tunney, rendu malade par les tactiques employées, accrocha ses gants avec plaisir pour se débarrasser des choses sales.Il faut aussi dire qu\u2019il avait épousé une héritière d\u2019une fortune de près de $50,000,000.On peut changer d\u2019idée à moins ! ¦ Savait-on que \u201cDoug\u201d McPhee, ancien arrêt-court du club de baseball Lachine, avait perdu la vie, le mois dernier, au cours de la bataille d\u2019Italie, sous les couleurs des Royal Victoria Rifles de Montréal.La direction du club Cherrier a déboursé près de $900, pour la location du Stadium et les taxes, lors du programme double contre St-Jean, le 1er octobre.Les propriétaires du Stadium ont une drôle de manière d\u2019encourager le baseball, n\u2019est-ce pas ?.Les parachutistes qui se lancent des aéroplanes à une altitude de 30,000 pieds ne sont pas à la chaleur.Loin de là, dans cette région, la température est de 30 degrés au-dessous de zéro.OSCAR MAJOR ¦ Réponses à MM.J.Castonguay et A.Lemay, Montréal : 1° Les Orioles de Baltimore possèdent le record de l\u2019assistance à une joute de détail de la Ligue Internationale.En effet, 29,667 personnes payèrent leur entrée pour voir les Orioles vaincre le Newark par 7 à 3, le 1er octobre dernier, lors de la quatrière joute de cette série éliminatoire.2° M.Louis Belcourt, décédé récemment, à Québec, à l\u2019âge de 71 ans, fut le meilleur lanceur que nous ayons eu, de tout temps, dans notre province, d\u2019après Eugène Payette, qui fut lui-même l\u2019un de nos meilleurs joueurs de baseball, d\u2019il y a 35 ou 40 ans.Louis Belcourt possédait un répertoire de balles rapides et de courbes, qui lui auraient gagné une place dans les ligues majeures, s\u2019il avait voulu gagner alors sa vie sur les losanges américains.M.Louis Belcourt, à son meilleur sur le monticule, mesurait 6 pieds et pesait 190 livres, de 1895 à 1905.Bien que son nom ait été intimement lié à l\u2019industrie du téléphone pendant des années à Québec, Louis Belcourt était aussi très avantageusement connu dans d\u2019autres sphères d\u2019activité.Il était membre du Rotary, grand amateur de chasse et de pêche.Dans les cercles du téléphone à Québec on le comptait comme l\u2019un des meilleurs joueurs de quilles.Dans sa jeunesse ses prouesses à la crosse, au baseball et au hockey l\u2019avaient très souvent fait acclamer à Montréal et dans la région.Comme diversion favorite, M.Belcourt prenait un malin plaisir à se mesurer au jeu de billard avec les exécutifs Bell de passage à Québec au club de Garnison.Après leur avoir infligé une défaite en règle, il leur offrait leur revanche au bridge et invariablement sortait vainqueur.UN PEU DE JIU-JITSU Depuis la guerre, tout particulièrement, des cours de jiu-jitsu existent dans la majorité des camps mili- taires des Etats-Unis.Des clubs privés, dans les grandes villes américaines, à Montréal au Y.M.C.A., encouragent ce sport sur une haute échelle.Plusieurs jeunes athlètes, gradués de l\u2019Ecole de jiu-jitsu du Y.M.C.A., sont devenus instructeurs dans plusieurs de nos institutions.Parmi eux, nous comptons le jeune Michel Daoust, 18 ans, 6 pieds, fils de Louis Daoust, directeur-général de la maison Daoust & Lalonde, et ancien troisième but du club de balle molle du 65ème Régiment, champion de la Ligue des Officiers de 1923.Il est aussi reconnu que les fervents adeptes du jiu-jitsu sont, dans la plupart des cas, plus élégants que les lutteurs.Le jiu-jitsu est l\u2019application des connaissances anatomiques à l\u2019attaque et à la défense.Ce sport japonais ne dépend pas de la force musculaire, contrairement à la lutte corps à corps.On n\u2019y emploie pas d\u2019arme, comme les autres formes de lutte.D\u2019origine militaire il est essentiellement japonais.Mais les guerriers primitifs, et même plus récemment ceux de l\u2019époque féodale, lé laissaient aux \u201cSamourai\u201d subalternes, qui partout étaient chargés de maintenir l\u2019ordre et jouaient, en quelque sorte, le rôle de policiers.Cet art de défense doit son développement actuel à la réforme de Kano qui, en 1886, en supprimant les prises dangereuses, fit du jiu-jitsu une nouvelle méthode de perfectionnement de la discipline morale et de la culture physique.L\u2019adresse consiste à saisir ou à frapper une partie du corps telle qu\u2019il en résulte un engourdissement ou même une douleur interdisant, momentanément, toute résistance.Il s\u2019agit donc là de tentatives de déséquilibre, de porte-à-faux et de désarticulation que l\u2019adversaire apprend, d\u2019ailleurs, à parer avec une souplesse et une agilité merveilleuses.Au Japon, en commençant et en terminant, les adversaires se prosternent lentement et cérémonieusement, l\u2019un en face de l\u2019autre, avec des marques de profond respect.Puis, ils se saisissent par les poignets, les jambes ou par leurs vêtements en forte toile, et se roulent sur les nattes.Les spectateurs suivent, avec une curiosité passionnée, toutes les phases du jeu, les enveloppements, les torsions de ces corps jeunes et souples, vêtus de blanc.[ Lire la suite page 28 ] 10 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 Récit sentimental Un Deuil Retardataire Par ALBERT ÀCREMÀNT Au mois de septembre 1939, quand éclata la guerre, Louis Versonit quitta Paris avec sa sœur Suzanne.Il possédait, dans le Lot-et-Garonne, une petite maison où, chaque année, il passait l\u2019été.Nulle part ailleurs il n\u2019aurait trouvé un refuge plus économique, plus sûr et plus confortable.Homme de lettres, il était de ces nombreux écrivains qui, sans avoir réussi à conquérir une gloire tapageuse, ont cependant beaucoup de talent.Il collaborait à des journaux, à des magazines, à des revues, soit avec des contes, soit avec des nouvelles, soit avec des feuilletons, qu\u2019un éditeur donnait ensuite en librairie.Sans avoir jamais gagné de grosses sommes, il vivait à son aise, car ses bénéfices étaient réguliers.En interrompant certaines publications et en forçant les autres à supprimer la moitié de leurs pages, les hostilités lui portaient un coup sérieux.Avec sa philosophie coutumière, il en prit son parti : \u2014 J\u2019en ai tant vu, disait-il à sa sœur, et pourtant je n\u2019ai que quarante-neuf ans .Rappelle-toi mes déceptions successives .1930 ! Le prix Goncourt ! On m\u2019accordait toutes les chances.J\u2019étais le favori !.1935 ! L\u2019Académie française ! La commission des grands prix me proposa pour une de ses plus hautes récompenses .1936 ! La Légion d\u2019honneur ! Une société de presse a demandé pour moi le ruban rouge.1937 ! Léontine Quintin, de la Comédie-Française ! Je croyais pouvoir l\u2019épouser .Rien ne m\u2019a réussi, rien !.Dans leur petite maison, avec une basse-cour suffisamment garnie et un potager adroitement composé, ils avaient l\u2019avantage de vivre avec indépendance.C\u2019est ce qu\u2019ils firent.Louis Versonit continua de travailler comme si ses œuvres devaient être publiées le lendemain ou la semaine suivante.Etant d\u2019imagination pure et d\u2019observation humaine, c\u2019est-à-dire éternelle, celles-ci se trouvaient au-dessus de l\u2019actualité.Elles auraient certainement un jour leur place et leur utilité.Le bureau de l\u2019écrivain avait une large fenêtre qu\u2019encadrait une glycine.Devant lui sé déroulait un délicieux jardin avec des arceaux chargés de roses et de rocailles où s\u2019accrochaient des mousses.Comment ne pas travailler avec ardeur dans un pareil cadre, si éloigné des angoisses de l\u2019heure et si reposant avec la régularité des journées laborieuses ?L\u2019hiver de 1939 fut très rigoureux.C\u2019est à peine si Louis Versonit s\u2019en aperçut.Il préparait lui-même, à la scie et à la hache, le bois qui flambait ensuite dans sa cheminée de briques, Portant un ample veston de velours à côtes, ne sortant qu\u2019en sabots dans sa cour et dans le clos, il ressemblait à un paysan.Il tenait sa sœur au courant de sa production, bien entendu.Lui montrant les manuscrits nouveaux, classés avec soin, selon leur genre, dans des dossiers séparés, il disait : \u2014 Regarde .Soixante contes d\u2019avance.J\u2019en publiais et j\u2019en republierait un par semaine.En voilà déjà pour plus d\u2019un an !.Douze nouvelles de quinze cents lignes .Une par mois !.Une année assurée !.Un feuilleton de quinze mille lignes et un autre, dont j\u2019ai terminé la première partie !.Quand ils ont un certain âge, la plupart des hommes de lettres ne peuvent plus écrire.Leur imagination est tarie.Leur style chancelle.Moi, je n\u2019aurai, pour me survivre, qu\u2019à puiser dans quelques cartons.Comme tu le vois, malheur est bon !.Les mois se succédant, les manuscrits s\u2019ajoutèrent aux autres.Il fallut ouvrir de nouveaux dossiers.Pendant le second hiver, hélas ! Louis Versonit fut malade.Cette circonstance n\u2019aurait pu être qu\u2019un incident.Mais il tomba sur un médecin insuffisant.Et cela fut irréparable.Quand il se rendit compte que tout espoir serait vain, il dit à sa sœur, qui pleurait : \u2014 Pour un instant, ma chère Suzanne, remets ce mouchoir dans ta poche.Tout m\u2019indique une mort prochaine.Ce n\u2019est pas le moment de nous amuser avec des larmes, aussi flatteuses soient-elles pour moi.Il faut que je te parle sérieusement.La pauvre fille ne concevait pas qu\u2019on traitât si légèrement une heure si grave.Elle poussait des exclamations et lançait des protestations.Son frère continua : \u2014 Pourquoi avoir peur des mots lorsque la vérité se dresse ?Tu n\u2019es pas riche.Il va convenir que tu tires de mes œuvres inédites le plus d\u2019argent possible.J\u2019y ai beaucoup réfléchi.Voici, pour obtenir un résultat intéressant, comment tu opéreras.\u2014 Je t\u2019obéirai, Louis.\u2014 Avant tout, tu cacheras ma mort Dans l\u2019affaire, ce sera même ,une chose essentielle.\u2014 Pourquoi ?\u2014 Dans les journaux, dont Tétais le collaborateur, on sera obligé, après la guerre, de me rendre la place que j\u2019occupais.Si on apprenait ma disparition, on me consacrerait évidemment une note nécrologique, qui flatterait, durant quelques jours, ton amour-propre, mais, en même temps, pour caser un ami, on s\u2019empresserait de me remplacer.Tu présenterais mes manuscrits.Avec commisération, Ton te répéterait :\t« Non, voyez- vous, pas d\u2019œuvres posthumes ! Ça fait trop triste ».Au contraire, si tu expliques que je suis soigné dans un sanatorium, comme les écrivains, malgré leurs défauts nombreux, ont toujours bon cœur, tu profiteras d\u2019une sympathie attendrie.On te serrera les mains en soupirant : « Ce pauvre Versonit! Comme il doit s\u2019ennuyer là-bas ! » Mes contes, mes nouvelles, mes feuilletons paraîtront régulièrement.Et tu n\u2019auras, à la fin du mois, qu\u2019à passer à la caisse.\u2014 Je n\u2019oserai jamais.\u2014 Mais si, mais si ! Tu oserais.Dès qu il s\u2019agit de toucher de l\u2019argent, les femmes révèlent une audace insoupçonnée \u2014 Tu crois ?Je te l'affirme.D\u2019autre part, i) se peut qu une lettre de moi soit nécessaire de temps en temps, pour un remerciement, un rappel ou une protestation.\u2014 Tu prévois tout.C est mon devoir.Tu seras juge de cette correspondance que tu assureras toi-même.Il te suffira de taper les lettres a la machine.A l\u2019avance, je vais mettre ma signature en bas de quelques dizaines de feuilles.De cette façon, personne n\u2019aura jamais le moindre doute sur l\u2019authenticité de ces lettres.Comprends-tu bien tout cela ?\u2014 Très bien ! ?\u2014 - CHOSES MORTES Ta lèvre me semblait une grenade ouverte, Rouge, sous les blondeurs du soleil printanier; Et ta prunelle était comme la vague verte Qui flambe sous la rame aux chants du nautonier.Tes cheveux me semblaient des brises sur les mousses, Blonds comme un clair de lune et fous comme un baiser; La grâce à flots divins tombait de tes mains douces, Telle une fleur légère, en mon cœur embrasé.Le merle en te voyant chantait des trilles blanches, Lorsque seule, à l'aurore et montant le sentier Tu cueillais longuement pour mettre sur tes hanches La rose couleur d'aube ou le pâle églantier.Ah ! c'est que tout est pur au matin de la vie ! La beauté de la chair est la beauté des jours: Et l'âme à l'espérance a sa force asservie Tant que sa liberté n'a pas fui pour toujours.Car vous étiez ainsi, vous, ô ma chère blonde: Une vierge au front doux que fuyaient les douleurs, Mais vous avez perdu sur les chemins du monde, L'autrefois; et l'amour a fait couler vos pleurs .Eh bien, pleurez ! puisque c'est l'ordre ici; pleurez ! /ous dont les jours n'ont plus de soleils ni de roses, lusqu'à ce que la mort, dans ses bras ulcérés \u2019longe votre néant dans le néant des choses .\u2019leure, ô mon pauvre amour ! Tu pleures le plaisir 5e ne plus voir d'avril fleurir sur ta fenêtre, \u2019our moi qui pleure aussi de n'avoir pu saisir Jn frisson d'idéal entrevu dans mon être.ARTHUR de BUSSIERES ?-*-4 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 U f ' !- Vingt fois, Suzanne passa ses mains à l\u2019intérieur des dossiers.Elle tente de lutter contre l\u2019évidence, sachant qu\u2019aucun papier n\u2019a pu être oublié.Mais le vide est total, qui la déchire.\u2014 Tu suivras fidèlement mes instructions ?\u2014 Je te le promets.\u2014 Alors, ça va.Nous sommes d\u2019accord.Tu peux recommencer à pleurer.Je ne te dérangerai plus .Il n\u2019ajouta aucun mot.Il consacra ses dernières forces à mourir paisiblement.Suzanne Versonit était ce qu\u2019on appelle une demoiselle calme.Très modeste, elle ignorait la coquetterie.Elle avait à présent trente-trois ans.Et jamais la moindre velléité de se marier ne l\u2019avait effleurée, car jamais elle n\u2019avait été seule.Quand ses parents disparurent, son frère l\u2019avait recueillie.Elle avait soigné ceux-ci, elle dirigea le ménage de celui-là.Les uniques soucis qu\u2019elle connut furent d\u2019ordre domestique.Elle ignorait comment on fabriquait un journal, mais elle savait vingt-cinq manières de préparer une omelette.Et pourtant elle n\u2019était point laide.Mais elle livrait les qualités et les défauts de son visage à l\u2019état nature.Or, en pareil cas, ce sont les défauts qui paraissent avec le plus d\u2019éloquence.Après les hostilités, quand les journaux eurent repris leur parution normale, ou à peu près, elle fit en tremblant, sa première entrée dans une rédaction.Il s\u2019agissait d\u2019un journal mondain, dont les salons étaient luxueux.Dans de larges fauteuils, des abonnées élégantes attendaient que la rédactrice des « Mondanités » voulût bien les recevoir.Les grooms de l\u2019antichambre avaient un uniforme neuf.L ascenseur ne cessait pas de fonctionner, absorbant ou déversant des rédacteurs loquaces.Suzanne Versonit, éberluée, appréhendait de se trouver devant le rédacteur en chef.Saurait-elle répéter sur un ton normal la leçon apprise ?Au souvenir de son frère défunt, une brusque émotion n\u2019allait-elle pas la saisir ?Mais peut-être parce qu\u2019elle était là, transplantée dans un milieu neuf où rien ne correspondait à ses , réalités quotidiennes, elle se trouva comme arrachée à sa propre personnalité.C\u2019est avec une aisance parfaite qu\u2019elle répondit aux questions qui lui furent posées : \u2014 Où était-il pendant la guerre ?que faisait-il ?Comment est-il tombé malade ?Quand croyez-vous qu\u2019il sera guéri ?Comment le soigne-t-on ?Avec un sourire à peine mélancolique elle reçut les témoignages de sympathie en promettant de les transmettre.\u2014 Vous lui direz tous mes voeux de rétablissement et toutes mes amitiés.Il avait 1 air malingre.Mais vous verrez qu\u2019il vivra cent ans.\u2014 J\u2019en doute.Croyez-moi.Les natures malingres sont celles qui résistent le mieux.Qu\u2019il continue à m\u2019envoyer régulièrement sa copie! Qu\u2019il nous revienne vite! Nous le réclamons .Elle partit très satisfaite.Mais, alors qu\u2019elle attendait dans le salon, Suzanne, qui était devant une glace, avait pris honte peu à peu de ses joues blêmes, de ses lèvres blanches et surtout de ses souliers rudes.Avec le premier argent qu\u2019elle reçut, elle acheta du rouge pour les joues, du rouge pour les lèvres, une toilette à la mode et des souliers découpés.Deux ans plus tôt, ces détails lui eussent semblé ridicules.Mais la décence n\u2019exige-t-elle pas qu\u2019on soit au diapason de ceux que l\u2019on fréquente ?La silhouette nouvelle que révélait son miroir ne lui déplaisait d\u2019ailleurs pas : \u2014 Dire que j\u2019ai pu vivre si longtemps sans savoir qu\u2019un simple trait de rouge était susceptible de ressusciter mes lèvres fanées ?Sous ce fard, mes joues donnent l\u2019impression d\u2019avoir refleuri.Et mon corps, en revêtant cette petite robe moderne, semble avoir perdu dix ans de son âge .Des mois se passèrent pendant lesquels la transformation morale suivit chez elle la transformation physique.\t,\t, A présent, la situation de son frere était suffisamment établie.Personne ne se serait étonné si elle s\u2019était contenté d\u2019envoyer par la poste le manuscrit hebdomadaire ou mensuel.Mais elle avait commencé d\u2019apprécier l\u2019atmosphère des rédactions.Chaque fois qu\u2019elle devait faire une nouvelle visite, c\u2019était pour elle une fête.Elle en jubilait à l\u2019avance comme d\u2019autres se réjouissent à la pensée qu\u2019elles vont aller aux courses, au théâtre ou au bal.Le rédacteur en chef lui avait présenté le secrétaire de la rédaction, qui ne manquait jamais, à son tour, de lui présenter les collaborateurs présents dans son bureau.Elle se considérait comme étant de la maison.C\u2019était charmant! On lui offrait des places pour l\u2019Opéra.Le jour vint où ellç en demanda pour le Palais-Royal et le théâtre Michel.On lui donnait des cartes de pesage.On la vit à Auteuil et à Long-champ.A trente-trois ans, elle faisait ses débuts dans la vie.Un événement faillit tout compromettre.Dans un de ses contes, Louis Versonit avait raconté l\u2019histoire très amusante d\u2019un certain Popusec, pharmacien ridicule.Or, il se trouva qu\u2019un véritable Popusec, ayant lé même nom et la meme profession, se présenta au journal avec l\u2019intention de briser un de ses bocaux sur la tête de l\u2019écrivain diffamateur.Quel tumulte dans l\u2019antichambre ! Lorsqu\u2019on lui eut expliqué que l\u2019auteur était malade, il prétendit obtenir l\u2019adresse de son sanatorium : \u2014 Quand on a assez de forces, criait-il, pour écrire cm pamphlet, on en a assez pour recevoir une correction.Eoi de Popusec ! Je la lui donnerai.Le rédacteur sportif, spécialiste de la boxe, était un ami de Louis Versonit.Il considéra que ce pharmacien vraiment exagérait.D\u2019un coup direct à la pointe du menton rouspéteur, il mit fin à 1 incident.Le Popusec puni réintégra le domaine de ses jujubes et de ses fœtus en conserve.Mais, dans le monde littéraire, on ne peut jamais prévoir les conséquences d\u2019une affaire comme celle-ci.L\u2019attention des journalistes et des lecteurs se trouva brusquement portée sur les œuvres de Louis Versonit.Certains, qui ne le connaissaient pas, se mirent à le lire.Les autres le lurent plus soigneusement.\u2014 Eh ! mais, cet animal-là a rudement de talent ! \u2014 Il y a longtemps qu\u2019il écrit ?\u2014 Comment se fait-il qu\u2019on n\u2019ait jamais entendu parler de lui ?\u2014 Il va falloir que j\u2019achète tous ses livres.On lui écrivit des lettres d\u2019admiration.Les rédacteurs en chef, aussi invraisemblable que cela puisse paraître, lui annoncèrent spontanément une augmentation.Sur les feuilles signées d\u2019avance, Suzanne envoyait des remerciements circonstanciés.Elle était heureuse, car la considération croissante qu\u2019on avait pour son frère rejaillissait sur elle.Pauvre Louis Versonit ! Il eût été fier si, cette curiosité s\u2019était manifestée de son vivant ! Mais l\u2019ironie des destinées humaines, en ce qui le concernait, devait aller beaucoup plus loin.Il se passait alors à l\u2019Institut des choses très curieuses.On sait qu\u2019à l\u2019Académie française, il est très rare qu\u2019on vote pour quelqu\u2019un.Lorsqu on donne son suffrage, c\u2019est presque toujours contre quelqu\u2019un.Un certain groupe de jeunes \u2014 appelés jeunes, car moins vieux \u2014 avait entendu dire que les anciens comptaient attribuer le grand prix de littérature a un cardinal-historien.Il avait donc été décide de voter contre ce prélat en prenant comme favori Paul Picadoux, romancier esthète, bolcheviste mondain.Or les anciens n\u2019avaient jamais eu ce projet.Au contraire, ils pensaient consacrer le talent d un général-philosophe.Pour répondre à l\u2019attaque, ils adoptèrent le cardinal-historien.L\u2019élection se présentait donc avec cette originalité incohérente qu aucun des deux partis en présene n\u2019avait de candidat de son goût.Situation éminemment académique ! Au moment du vote, à cause de quelques indépendants, qui méprisent ces façons, il fut impossible d\u2019obtenir une majorité.\u2014 Pourtant, il nous faut un lauréat ! \u2014 Est-ce nécessaire ?\u2014 Réservons ce prix pour l\u2019année prochaine.\u2014 On dira que nous voulons thésauriser.\u2014 Qu\u2019en pense le secrétaire perpétuel ?Louis Versonit était loin, très malade.Il n inquiétait aucun des romanciers de l\u2019Académie.Son nom était dans l\u2019air.Si on lui accordait le prix, cette récompense aurait des résonnances dans la presse, ce qui a toujours sa valeur.C\u2019est presque à 1 unanimité que Louis Versonit fut proclamé lauréat du grand prix de littérature.Parmi ses confrères, l\u2019effet fut d\u2019autant plus grand qu\u2019il était imprévu.Un tel écrivain, connaissant la gloire alors qu\u2019il était malade devant les neiges éternelles de la Jungfrau ! Quel magnifique sujet pour les chroniqueurs, pouvant à leur aise disserter sur les vanités humaines, ou bien sur la Suisse et ses sanatoria, ou bien sur l\u2019isolement favorable aux .« i %, )2 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 NOS MILITAIRES De g.à d.: 16, le soldat Jean>Léon Tougas de Heywood, Man.\u2014\t17, le soldat Maurice Chalifoux de Montréal.\u2014 18, le soldat Bernard Barrette de Tétreaultville.\u2018 i4y: yj De g.à d.: le marin Bernard Paradis de Montréal.\u2014 32, le soldat Benoît Lagueux de LaSarre.\u2014 33, Adrien Fournier, parachutiste, de Hearst Ontario.yt # l m m m&m De g.à d.: 34, le soldat Jean-Paul Boyer de St-Jean.\u2014 35, le soldat Henri Blanchette.\u2014 36, le soldat Joseph Bellemare de Montréal.De g.à d.: 37, le soldat Elie Letourneau.\u2014 38, le soldat J.A.Gérard de Ste-Rosalie.\u2014 39, le soldat Wilfrid Laprise de Montréal.39\t3?méditations, selon que leur érudition était idéologique, géographique ou philosophique.Les artistes ne reçoivent, en effet, de publicité que dans la mesure où ils permettent des articles faciles.C\u2019est pour cette raison d\u2019ailleurs que tant d\u2019entre eux inventent sur eux-mêmes des anecdotes susceptibles de commentaires.Tant pis si l\u2019élaboration de ces manœuvres leur enlève le goût de travailler ! Suzanne Versonit, qu\u2019on vint de toute part interviewer, eut la joie secrète de constater que cette mise au premier plan de sa propre personnalité ne la choquait nullement.A un journaliste qui lui demandait la photographie de son frère, n\u2019eut-elle pas l\u2019aplomb de dire : \u2014 Désirez-vous aussi la mienne ?Elle ouvrit un salon littéraire où chaque dimanche les amis et admirateurs de celui qu\u2019on appelait maintenant le Maître se retrouvèrent.Elle avait jugé ça plus commode que de recevoir l\u2019un ou l\u2019autre isolément.Le samedi soir, elle se coiffait soigneusement.Le dimanche matin, elle poussait son lit dans la garde-robe.Son appartement, qui était modeste, s\u2019agrandissait d\u2019un salon.Quelle ne fut pas sa surprise, un jour, de voir arriver, parmi les amis et les amis des amis, Léontine Quin-tin, sociétaire de la Comédie-Française ! Emotion parmi l\u2019assistance ! Vif mouvement de curiosité.La brillante comédienne, sans un mot, saisit Suzanne Versonit dans ses bras où flottaient de larges manches et l\u2019embrassa.L\u2019attirant ensuite à l\u2019écart, elle lui dit de sa voix profonde : \u2014 Chère Mademoiselle, le cœur me bat.Soutenez-moi.Je vais tomber.\u2014 Asseyez-vous dans un fauteuil.\u2014 Pour exprimer l\u2019état de mon âme, il faut que je sois debout.\u2014 Appuyez-vous au mur.\u2014 Inutile! Je vais mieux.Même si je n\u2019avais pas voulu venir, Mademoiselle, je serais venue.Il fallait que je vinsse, que je vous visse, que je vous parlasse.Une force m\u2019a poussée.\u2014\tVers moi ?\u2014\tVers vous! Pour vous dire combien je regrette ma cruauté d\u2019antan .Je veux que notre cher grand homme me pardonne.Vous plaiderez ma cause auprès de lui, n\u2019est-ce pas ?Je suis bouleversée, écrasée, anéantie par l\u2019erreur que jadis j\u2019ai commise.\u2014\tRemettez-vous, Madame, je vous en prie.\u2014\tAh! si j\u2019avais su qu\u2019il avait tant de talent, tout aurait changé ! J\u2019avais bien lu quelques-unes de ses œuvres.Mais personne ne m\u2019avait prévenue qu\u2019un jour on se mettrait d accord pour le porter aux nues.Vous le savez, en effet, comme moi, n\u2019est-ce pas, Mademoiselle, vous qui êtes une des notabilités du monde des lettres ! La gloire d\u2019un auteur dépend de l\u2019entente de quelques-uns.Jamais je ne me consolerai de cette bévue.Mais il n\u2019est pas trop tard pour réparer.Donnez-moi son adresse.Je quêterai son pardon.Comme il est aussi généreux que grand, il me l\u2019accordera.Je me rendrai auprès de lui.Je le soignerai.S\u2019il peut vivre, comme je le souhaite, nous nous épouserons.S\u2019il doit mourir, que ce soit dans mes bras et qu\u2019une photographie, prise en cet ultime moment, affirme dans tous les magazines du monde que nous étions deux amants dignes de la légende !.Léontine Quintin était si riche d\u2019imagination que, dans la minute, elle était certainement sincère.Sur sa jupe, ses doigts se tordaient.Ses lèvres avaient une crispation vibrante.Spectacle étonnant ! Voilà comment, par l\u2019enchaînement des circonstances, Suzanne Versonit, parlant au nom de son frère, se trouva obligée d\u2019assurer une correspondance d\u2019amour avec une éminente sociétaire.Elle s\u2019en tira fort bien, découvrant dans son esprit des formules passionnées dont jamais elle ne se serait crue capable.Hélas ! les dossiers laissés par l\u2019écrivain commençaient à se vider.Oserons-nous l\u2019avouer ?Dans sa crainte de voir finir une existence aussi agréable, la sœur du maître eut la témérité de se croire écrivain elle-même.Très tard dans la nuit elle demeurait penchée sur des feuillets que, sitôt qu\u2019elle les avait relus, elle jetait au panier.Tour à tour elle passa du feuileton à la nouvelle et de la nouvelle au conte.Quelle consolation si elle pouvait dans les journaux succéder à son frère ! Quand elle crut avoir réussi un conte parfait, elle le porta au rédacteur en chef d\u2019un de ses journaux.\u2014\tUn de mes cousins m\u2019a envoyé ce manuscrit.Voulez-vous être assez gentil pour le lire.J\u2019aimerais avoir votre avis .Modestement, elle ajoutait : \u2014\tMoi, je trouve ça très bien.Le rédacteur en chef, qui n\u2019avait pas les mêmes raisons d\u2019être indulgent, fut sévère : \u2014\tRidicule ! Niais ! Dites à votre cousin de faire plutôt du commerce .En marge de \" Nos Militaires \u201d AVIS Au cours du printemps dernier, nous avons avisé nos lecteurs à plusieurs repris qu\u2019à partir du mois de mai, la direction du SAMEDI avait décidé de ne plus retou ner les photos de militaires après leur publication.Bien que cet avis ait été répé subséquemment, plusieurs de nos lecteurs qui nous envoient des photos de mi taires continuent d\u2019avoir l\u2019impression que rien n\u2019est changé à cet effet, c\u2019est do, pourquoi nous insistons pour rappeler à nos lecteurs du SAMEDI que si no continuons comme avant de publier toutes les photos de militaires qu\u2019on veut hi nous faire parvenir, - et ce, aux mêmes conditions - il y a toutefois ceci , changés qu\u2019on NE RETOURNE PLUS lesdites photos depuis le début de m Qu\u2019on s\u2019en souvienne et qu\u2019on se le dise.U est bien entendu qu\u2019il n\u2019en coûte ri pour faire paraître une photo de militaire, des deux sexes et des trois armes < doit aussi se montrer patient, car les retards sont inévitables, vu le nombre cor dérable de photos que nous continuons de recevoir.\u2014 LA DIRECTION * I Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 13 Suzanne Versonit n\u2019insista point.Elle recommença de se coucher à des heures normales .A présent le dossier des feuilletons était vide.Dans les autres, il n\u2019y avait plus que deux nouvelles et quatre contes.La pauvre sœ*r vivait dans l\u2019état d\u2019esprit du condamné dont les jours sont mesurés.On la voyait qui maigrissait.On ignorait que ce fût de dépit.Quand on l\u2019interrogeait, elle répondait : \u2014 En effet, je ne vais pas bien.J\u2019ai beaucoup de chagrin.La santé du maître me donne de douloureuses inquiétudes .On essayait de la consoler : >\t\u2014 Tant que le dernier soupir n\u2019est pas rendu, il y a de l\u2019espoir.La médecine a fait de tels progrès,.depuis quelques années, qu\u2019on doit garder confiance jusqu\u2019au bout.Mais elle secouait la tête négativement : \u2014 Il y a des pressentiments qui ne trompent pas.Quelque chose me dit que la fin est proche.Evidemment !.Les deux dernières nouvelles ont paru.Encore un conte et ce sera fini ! Il devient urgent que Louis Versonit entre en agonie.Dix fois, vingt fois, Suzanne passa ses mains à l\u2019intérieur des dossiers.Elle sait pourtant qu\u2019aucun papier n\u2019a pu être oublié.Elle tente de lutter contre l\u2019évidence.Mais le vide est total, qui la déchire.Elle prend le train pour la Suisse.De Lauterbrunnen elle lance un télégramme à ses amis : « Le maître est mort ce matin, à troix heures cinq.Stop.Conformément à son expresse volonté, ses obsèques auront lieu dans l\u2019intimité.Stop.On est prié de n\u2019envoyer ni fleurs, ni couronnes.Stop.Amitiés affligées.\u2014 Sa sœur Suzanne.» Huit jours après, elle rentre à Paris.Elle est vêtue de noir, avec un long voile sur le visage.De nombreux écrivains se sont dérangés pour la recevoir à la gare.Quelle étrange situation est la sienne ! Il y a trois ans, elle fut obligée de dissimuler sa peine, qui était réelle.Aujourd\u2019hui la voici forcée de jouer la tragédie du chagrin.Aux condoléances qu\u2019on lui adresse, elle répond par des sanglots.Mais son angoisse est grande, car, dans le même temps, elle se demande si ses sanglots d\u2019imitation sont suffisamment véridiques.Pour l\u2019embrasser, on l\u2019invite à relever son voile, mais elle refuse en prétextant qu\u2019elle veut cacher ses lar- \u2014 CONSEIL mes, alors qu\u2019en réalité elle refuse de montrer ses yeux secs.Certains reporters, pour alimenter leur article, lui posent des questions gênantes sur les derniers soupirs du maître.Celui-ci n\u2019a-t-il pas, en mourant, prononcé une phrase qu\u2019on rendrait historique ?Suzanne n\u2019a rien prévu de tout cela.Elle se tire d\u2019affaire en simulant un évanouissement.Elle tombe dans les bras du chef de gare, car elle a eu le temps d\u2019observer qu\u2019il est le plus robuste des hommes présents.Léontine Quintin en profite pour prendre sa place vis-à-vis de la presse.Bien entendu, tous les écrivains sérieux s\u2019inclinent devant la décision suprême de leur confrère : « Ni fleurs, ni couronnes ! » Cela suppose selon eux : « Et sans discours ! » Mais il y a toujours les dissidents de la seconde zone, qui aimeraient mieux mourir que de ne point prononcer une oraison funèbre.Quelques-uns de ceux-là ont décidé de faire chanter une messe pour le repos de l\u2019âme du maître.Après la cérémonie religieuse, le lendemain, sur le parvis de la Madeleine, ils prononcent tour à tour une harangue émue.Suzanne Versonit n\u2019a même plus le droit de sourire quand elle entend des phrases comme celles-ci: «Louis Versonit est certainement l\u2019homme qui comprit le mieux notre époque d\u2019après guerre.Certes, il ne faisait pas de l\u2019histoire, mais il était mieux qu\u2019un historien, car, sur des thèmes éternels, il exprimait l\u2019esprit du temps présent ! Et quelle magnifique existence que la sienne ! Surtout depuis trois ans, existence remplie de noblesse, d\u2019abnégation, mais aussi de confiance ! Certes, ses œuvres précédentes étaient belles, mais c\u2019est depuis trois ans surtout que, bon vivant, il nous confia son ardent amour de la vie.Aimons-le tout en l\u2019admirant.Admirons-le tout en l\u2019aimant, car sa mort sur les cimes glacées, loin de Paris et de ses jeux, constitue la plus pure des leçons de modestie.En me penchant sur votre tombe encore chaude, je vous dis : « Maître, c\u2019est sur les sommets que vous avez vécu vos derniers temps, c\u2019est l\u2019air des sommets qui vivifie vos œuvres dernières, c\u2019est sur les sommets du ciel que nous vous reverrons .» Pendant que se déroulent les périodes sonores, les autobus circulent, indifférents, sur le boulevard de la Madeleine et Suzanne Versonit fait semblant de pleurer.Albert Acremant PRATIQUE $MH| Question: Ce Soir, Dira-t-il: \u201cVous êtes Adorable\u201d?SONNETTE DE PORTE \u2014 Si votre sonnette de porte ne fonctionne pas, cela peut provenir d\u2019une de ces causes : Les piles électriques peuvent être épuisées.Le bouton n\u2019assure pas le contact voulu.Des saletés peuvent s\u2019être introduites »\tdans le vibrateur ou la clochette.Un fil peut s\u2019être cassé.D\u2019abord, enlevez le couvercle du bouton-pressoir.Si vous n\u2019y voyez aucune vis, ce couvercle doit s\u2019enlever en tournant, comme celui d\u2019un bocal.Assurez-vous qu\u2019aucun fil n\u2019est cassé, où il est relié au bouton.Etablissez alors un bon contact entre les deux fils exposés, à l\u2019aide de la lame d\u2019un couteau.Si cela ne fait pas sonner, c\u2019est le »\tbouton qui est fautif.Nettoyez les contacts avec du papier de verre, ou grattez- les avec un couteau.Il faudra peut-être courber un peu les contacts à ressort, de façon qu\u2019une légère pression du bouton donnera le contact voulu.Si, lorsque vous reliez ensemble les deux fils du bouton-pressoir avec un couteau, vous ne faites pas sonner, joignez temporairement ces deux fils ensemble avec un bout de fil de cuivre et examinez la clochette même (ou le vibrateur).Enlevez-en le couvercle en pressant les côtés entre les doigts.Epoussetez-en l\u2019intérieur.Nettoyez les contacts du vibrateur en frottant une ou deux fois avec une lime à ongles ou du papier de verre plié en deux.Assurez-vous que les contacts se touchent un peu quand la clochette n\u2019est pas en action.Si cela ne fait pas, EXAMINEZ LES PILES (on doit même les inspecter d\u2019abord, si elles sont aisément accessibles).On les essaye avec une petite ampoule de lampe de poche.Tordez un petit fil de cuivre autour de la partie à vis de l\u2019ampoule et établissez le contact avec les bornes de la pile.On peut encore utiliser seulement un fil électrique ; on le fait toucher la borne à laquelle est reliée le fil de la sonnette, puis on le glisse vivement sur l\u2019autre borne.Une bonne pile produira une brillante étincelle.\tCourtoisie C.I.L.Réponse: Tout Dépend.Votre robe est ravissante.Votre chevelure est un enchantement.Le bonheur et la joie se mirent dans vos yeux.Naturellement, il vous adorera SI \u2014 ah, ce si \u2014 votre haleine est douce, fraîche comme votre personne.Etes-vous bien sûre qu\u2019il en est ainsi ?Vous pouvez ignorer le moment où votre haleine devient une gêne aussi inutile que nuisible.Mais alors, pourquoi se le demander ?Pourquoi s\u2019exposer ?L\u2019Antiseptique Listerine, voilà la précaution facile, absolument agréable que toute personne vraiment attrayante ne devrait jamais négliger de prendre.Ils sont légions ceux qui savent combien souvent il rend les haleines désagréables plus douces, plus pures, moins susceptibles de gêner.Alors que certains cas d\u2019halitose sont d\u2019origine organique, la plupart, selon plusieurs autorités en médecine, ont pour cause la fermentation bactériologique des minuscules particules de nourriture qui adhèrent aux parois de la bouche.L\u2019Antiseptique Listerine, mettant fin à cette fermentation enraye ainsi les causes des odeurs de la fermentation.Lambert Pharmacal Company (Canada), Ltd., Toronto, Ontario.L\u2019Antiseptique Listerine pour l\u2019hygiène buccale FABRICATION CANARIENNE I 14 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 Not re feuilleton : DÉVOUE^*1 HÉROtQuE Par PAUL BERTNÀY Elle sera à votre disposition, monsieur le juge .toujours et partout, elle comme moi, si vous me la rendez .Nous vous serons dévoués à la vie et à la mort, comme nous le sommes déjà à madame.Il montra Liliane.\u2014 Oh ! mon père, supplia la jeune femme, vous ne pouvez pas laisser cette jeune femme prisonnière.Firluth regarda le magistrat avec stupeur.Son père ! C\u2019était du père de Liliane que dépendait le sort de Giovanina ?Mais alors elle était sauvée ! Une grande joie brilla dans ses yeux.\u2014 Rendez-la-moi, monsieur, s\u2019écria-t-il, et jamais esclave plus dévoué .M.Vernier pensait toujours à sa cause.Il cherchait avant tout à s\u2019éclairer.\u2014 Mais, dit-il, votre femme doit savoir comment a été commis le crime, comment M.de Pompéry .\u2014 Oui, monsieur .Elle n\u2019avait jamais voulu me parler de cela.Elle avait peur pour son père et ses frères, car elle est bonne, Giovanina .Elle craignait aussi que cela ne m\u2019éloignât d\u2019elle, de savoir les siens impliqués dans des crimes.Mais le j our où elle a vu madame, qui a été bonne pour elle, si malheureuse, où elle a appris qu\u2019un innocent allait être condamné .alors elle a tout dit.\u2014 Et qu\u2019a-t-elle dit ?\u2014 Que M.de Pompéry a été tué par sa femme.M.Vernier et Liliane avaient fait un mouvement violent.Fine-Oreille écoutait d\u2019un air indifférent comme étranger à ce qui se passait, affectant, c\u2019était un de ses travers, de n\u2019être jamais étonné de rien.\u2014 Et, reprit le magistrat, elle est sûre, de cela?\u2014 Elle en est persuadée.\u2014 Elle peut en avoir les preuves ?\u2014 Je ne le sais pas.Elle vous le dira elle-même, monsieur.Mais le poignard avec lequel a été frappé M.de Pompéry, et qui a appartenu à M.de Lagarde, a été remis à Mme de Pompéry par le père de Giovanina qui l\u2019avait volé à M.de Lagarde.Le juge d\u2019instruction semblait fort ému.Il griffonna à la hâte un morceau de papier et le donnant à Firluth : \u2014 Vous allez aller avec monsieur, dit-il à Fine-Oreille, faire remettre en liberté la jeune femme que vous avez arrêtée.\u2014 Bien, monsieur.__Je ne lui demanderai, ajouta-t-il en s\u2019adressant au clown, que de se tenir à ma disposition.\u2014 Nous y serons, s\u2019écria le jeune homme transporté de joie, nous y se- NOTRE FEUILLETON \u2014 No 8 Publié en vertu d'un traité avec la Société des Gens de Lettres.\u2014 Les noms de personnages et de lieux de nos romans, feuilletons, contée et nouvelles sont fictifs et choisis au baser*.rons, monsieur le juge, elle et moi.toujours.Il se tourna vers Liliane.\u2014\tOh ! madame, que de reconnaissance ! \u2014\tAllez, mon ami, dit le magistrat, allez et à bientôt ! Et Firluth sortit avec Fine-Oreille.M.Vernier était dans un état d\u2019agitation impossible à décrire.\u2014 Ça s\u2019éclaire ! ça s\u2019éclaire, dit-il à Liliane.Il ne s\u2019agit plus que de savoir quel rôle ont joué ces Italiens .Mais qui aurait pu s\u2019imaginer que cette femme, une femme du monde .\u2014 Une aventurière, dit Liliane.\u2014 Elle a été danseuse, oui, mais on n\u2019a sur elle que de bons renseignements, et pour que M.de Pompéry l\u2019épouse .car c'est une comtesse, il n\u2019y a pas à dire, c\u2019est une comtesse authentique, maintenant, une femme du plus grand monde .Quel bruit cela va faire ! Je n\u2019y puis pas croire encore.Une telle perversité ! Assassiner son mari elle-même, le frapper d\u2019un coup de poignard.le soir de ses noces.dans sa voiture.C\u2019est inimaginable ! Et quel motif ?Pour faire accuser M.de Lagarde ?On s\u2019y perd.Il est vrai qu\u2019avec les femmes il faut s\u2019attendre à tout.Mais quelle comédienne et comme elle est forte, cette femme ! Tout en disant ces mots le magistrat allait et venait par la pièce à pas saccadés, et il pensait à la façon dont il avait été joué, dont les airs hautains, majestueux de la comtesse de Pompéry lui en avaient imposé.Il revoyait son attitude détachée, pendant l\u2019interrogatoire de Paul de Lagarde, la façon hypocrite, sournoise, dont elle avait, en ayant l\u2019air de vouloir sauver le jeune homme, achevé de le perdre tout à fait, de le pousser du pied au fond de l\u2019abîme.Et il répéta encore : \u2014 Cette femme est forte, bien forte !.Et il pensait à la lutte qu\u2019il aurait à subir .car elle se défendrait.Elle se défendrait énergiquement, et s\u2019il n\u2019avait pas de preuves.de preuves certaines .convaincantes, il pourrait être vaincu encore.Mme de Pompéry avait pour elle le public, les journaux.Elle était si belle !.L\u2019invraisemblance du motif qu\u2019il faudrait attribuer au crime, car le magistrat ne trouvait à cet assassinat aucune raison plausible.Quel intérêt avait Mme de Pompéry à tuer son mari ?un mari riche qui l\u2019adorait ?On ne le voyait pas.Personne ne croirait à la combinaison romanesque qui était venue du magistrat.Mme de Pompéry tuant son mari pour faire accuser de ce crime un homme dont elle voulait se venger ! C\u2019était de la littérature romanesque, du roman feuilleton.Et là était le point faible pour le magistrat.Il pouvait bien dire : C\u2019est Mme de Pompéry qui a tué son mari ! Et quand on lui demanderait pourquoi, il ne saurait que répondre.Enfin, on verrait.Il allait toujours suivre cette piste.Et s\u2019il acquérait la moindre preuve de la culpabilité de la comtesse, de sa complicité même, il n\u2019hésiterait pas, il irait jusqu\u2019au bout.Il avait l\u2019esprit bouleversé par tovites ces pensées, quand un nouveau coup de sonnette se fit entendve- Cette fois, c\u2019était Lahure.Il venait annoncer que Mme de Pompéry était gardée à vue .\u2014 Mais il était temps de s\u2019y prendre, ajouta-t-il, car elle allait partir.\u2014 Partir ?Lahure l\u2019avait arrêtée au moment où elle allait monter en voiture pour prendre le train.L\u2019inspecteur raconta ce qui s\u2019était passé, ce qu\u2019il avait dit à la comtesse, quelle attitude épouvantée celle-ci avait eue.Puis il parla de l\u2019homme arrêté à la porte de l\u2019hôtel.\u2014 Un homme, dit-il, qui attendait Mme de Pompéry pour la poignarder.\u2014 Pour la poignarder?fit M.Vernier ahuri.\u2014 Parfaitement.\u2014 Et cet homme esc au dépôt ?\u2014 Parlaitement, monsieur le juge \u2014 Vous l\u2019avez interrogé?\u2014 Parfaitement ! C\u2019est un ancien ami de la comtesse de Pompéry, du temps où elle était en Italie.Elle lui a fait tuer un homme.M.Vernier sauta en l\u2019air.\u2014 Tuer un homme ?\u2014 Oui, monsieur le juge.\u2014 Mais alors ! s\u2019écria le magistrat, cette femme est indigne de ménagements.Tout apparaît vraisemblable.J\u2019interrogerai cet homme.\u2014 Cet homme l\u2019aimait.Elle devait l\u2019épouser après le crime commis, pour- suivit le policier, mais il parait qu\u2019elle s\u2019était moquée de lui.L\u2019homme a été arrêté, condamné aux travaux forcés à perpétuité.Il s\u2019est évadé, est venu en France à la recherche de la comtesse pour lui rappeler sa promesse.Mais celle-ci l\u2019a envoyé promener et il veut la tuer.Voilà l\u2019histoire .\u2014 Quel tissu d\u2019horreurs ! s\u2019écria le magistrat.Mais tout cela nous servira, ajouta-t-il, car avec de pareils antécédents, tout devient possible.Il congédia Lahure et resta un instant plongé dans ses réflexions, la tête dans ses mains.Puis il se releva et dit à Liliane : \u2014 Oh oui !.Nous aurons du nouveau demain ! Et il passa dans sa chambre à coucher.La jeune femme jeta vers le ciel un regard reconnaissant et murmura : \u2014 Enfin, Dieu a pitié de nous ! VU Il était à peine huit heures du matin, quand M.Vernier, qui avait passé la nuit, sans dormir, dans l\u2019impatience de tirer enfin au clair le drame mystérieux auquel il avait été mêlé, fit introduire dans son cabinet, son greffier à côté de lui, Zéphyrino d\u2019abord, puis Constantino, Rianza et Margarita.Dès le premier coup d\u2019œil jeté sur le groupe, il avait compris à qui il avait affaire.Zéphyrino paraissait très abattu.Toute sa morgue était tombée .Il ne sentait plus dans ses poches les billets de banque de la comtesse de Pompéry, qu\u2019on lui avait saisis au greffe, et son aplomb l\u2019avait abandonné.La nuit passée sans dormir, dans les affres que l\u2019on devine, avait battu ses yeux, pâli ses joues.Ses vêtements, déchirés dans la lutte qu il avait soutenue contre les agents, lui donnaient l\u2019air débraillé et minable d un bandit de grand chemin.Il avait sur le front et sur l\u2019œil des traces noires de coups.Bref, toutes les apparences du véritable coquin en lutte avec la société.Constantino et Rianzo n avaient pas meilleure mine et Margarita, éplorée et geignarde, tassée dans ses vêtements, offrait un aspect misérable qui était presque touchant.Le magistrat lui fit approcher une chaise et la fit asseoir.\u2014 Puis il interrogea Zéphyrino, le père de la famille et le chef de la bande.Apres lui avoir fait décliner ses nom et prénoms, il lui demanda quels étaient ses moyens d\u2019existence.L Italien, qui avait repris un peu d\u2019aplomb, se drapa et répondit : Je souis scoulptour.\u2014 Je fais des estatoues .\u2014 Sculpteur ?- - Qui se vendent ?Oui, mossou le jouge.- - Et à qui ?^ ceux qui aiment l\u2019art ! dit avec em ohase le coquin.I.Vernier n\u2019insista pas.-Cest bien, dit-il, voici ee dont vo\\ s etes accusé .LISEZ NOTRE NOUVEAU FEUILLETON: Le Naufrage du Bonheur Par JULES DE GASTYNE \u2014= à la page 18 \u2014\t= Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 15 - En effet, fit Zéphyrino, je ne serai pas fâché de le savoir .-C\u2019est pour vous le dire que je vous ai ait conduire ici.Et d\u2019abord, ajouta M.Vernier en pr( îant sur son- bureau le poignard qu avait servi à assassiner M.de Pom-péry et qu\u2019il avait fait rechercher, connaissez-vous ceci ?L\u2019Italien fit un mouvement aussitôt réprimé, puis il s\u2019approcha, regarda l\u2019arme avec attention et déclara tranquillement : \u2014 C\u2019est oun poignard.Il est même fort joli.\u2014 L\u2019avez-vous vu déjà ?\u2014 Non, mossou le jouge .Je n\u2019ai pas eu cet avantage.Il se tourna vers ses fils : \u2014 Et vous, avez-vous vou cette arme .cette jolie arme ?.Constantino et Rianzo firent de la tête un signe négatif.Margarita n\u2019avait pas remué.\u2014 Cette arme, dit le magistrat, c\u2019est l\u2019arme avec laquelle a été tué M.de Pompéry .Zéphyrino sembla ne pas comprendre .Il chercha un instant dans son souvenir.\u2014 Mossou de Pompéry ?\u2014 Vous ne savez pas ce que je veux dire ?\u2014 Non, mossou le jouge.\u2014 Bon .C\u2019est vous pourtant, reprit le magistrat, en regardant le misérable dans les yeux, qui êtes accusé de l\u2019avoir tué.Malgré lui, Htalïen soubresauta, mais il se remit aussitôt.\u2014 Moi ?fit-il d\u2019un air tranquille, quelle folie !.Mais je croyais que c\u2019était oun jeune homme .Mossou de Lagarde.\u2014 Ah! s\u2019écria M.Vernier, vous savez donc de quoi je veux parler ?.\u2014 J\u2019ai lou le procès.Je l\u2019ai lou comme tout le monde.Et comment aurais-je commis ce crime, mosâou le jouge, reprit le coquin dont l\u2019assurance revenait, car il supposait que le magistrat ne savait rien, ou du moins rien de sérieux.\u2014 Et pourquoi l\u2019aurais-je commis ?.Je n\u2019ai jamais connou, je n\u2019ai jamais vou M.de Pompéry.M.Vernier le regarda fixement sans répondre et sous ce regard Zéphyrino blêmit.\u2014 Voici, dit tranquillement le magistrat, les charges qui pèsent sur vous, et elles sont graves, je vous en préviens.\u2014 Ce poignard, que je viens de vous montrer, a été volé par vous à M.de Lagarde dans une attaque nocturne.L\u2019Italien fit un bond effrayant.\u2014 Qui a dit cela ?s\u2019écria-t-il.qui a pou mentir ?\u2014 J\u2019ai les preuves, dit M.Vernier.\u2014 C\u2019est faux, mossou le jouge, c\u2019est faux ! On veut me perdre ! Je souis entouré d\u2019ennemis.Je n\u2019ai jamais vou mossou de Lagarde .Vous pouvez nous confronter .\u2014 En effet, il ne vous a pas vu.C\u2019était la nuit.Mais on sait que c\u2019est vous.Et si on l\u2019avait su plus tôt, il n\u2019aurait pas été condamné.Constantino et Rianzo étaient devenus livides.Leurs genoux s\u2019entre choquaient.Zéphyrino lui-même commençait à devenir inquiet.Il reprit cependant avec une sorte de fièvre : \u2014 Mais qui a dit ça ?.Qu\u2019on nous confronte ! Et que je confonde le misérable impostour ?Sans faire attention à ces protestations, le juge d\u2019instruction poursuivit : \u2014 Donc, le poignard qui a frappé M.de Pompéry était au moment du crime entre vos mains.\u2014 C\u2019est faux ! hurla l\u2019ancien danseur, ____Nous le prouverons, dit le magistrat.\u2014 Je vous en défie !.Ce poignard, je l\u2019avais remis .\u2014\tA qui?demanda le juge.L\u2019Italien s\u2019arrêta court.Il comprit qu\u2019il avait dit une sottise.Et ses yeux éperdus errèrent autour de lui.\u2014\tVous voyez bien, reprit M.Vernier, que vous l\u2019avez vu ce poignard, que vous le connaissez.\u2014 Eh bien ! oui, avoua le coquin .Je le connais, là!.Je l\u2019avais trouvé.\u2014 Volé ! \u2014 Trouvé, mossou le jouge, trouvé.Mes fils sont témoins.Il se tourna vers les deux jeunes gens qui acquiescèrent de la tête.\u2014 Je l\u2019avais trouvé sur la route et je l\u2019ai vendou .\u2014 A qui ?\u2014 A oun amatour.\u2014 Vous pouvez me dire son nom ?\u2014 Non, mossou le jouge.Il passait.Il a vou le poignard dans mes mains .Il l\u2019a trouvé beau.Il m\u2019a offert oun bon prix.\u2014 Deux cent mille francs, demanda M.Vernier d\u2019un air ironique.Zéphyrino tressaillit.\u2014 Deux cent mille francs ?Pourquoi deux cent mille francs ?\u2014 Parce que c\u2019est le chiffre à peu près que vous avez touché, si j\u2019en juge par ce qu\u2019on a saisi sur vous.\u2014 Vous voulez parler de cet agent qu\u2019on m\u2019a volé ?Il est à moi, cet argent, mossou le jouge.\u2014 Je n\u2019en doute pas, dit le magistrat, et il vous sera rendu quand vous en aurez justifié, ce qui vous sera probablement facile, la provenance.\u2014 Oun héritage, dit Zéphyrino, en Italie .oun vieil oncle .\u2014 Nous verrons tout cela, dit tranquillement M.Vernier.En attendant, savez-vous ce qu\u2019on nous a dit ?\u2014 Non, mossou le jouge.Mais si ce n\u2019est pas ce que je viens de dire à mossou le jouge, c\u2019est faux .mossou le jouge, je vous le joure ! \u2014 On nous a dit, poursuivit le magistrat, que ces deux cent mille francs étaient le prix que vous aviez reçu pour assassiner M.de Pompéry.L\u2019Italien leva les bras au ciel.\u2014 Assassiné, moi, oun assassin ! Et qui m\u2019aurait payé, qui ?\u2014 Mme de Pompéry.\u2014 La comtesse ?\u2014 Oui.\u2014 Infamie ! s\u2019écria le gredin.Mme la comtesse est aussi innocente !.\u2014 Elle a avoué, dit le magistrat.Zéphyrino sauta en l\u2019air.\u2014 Avoué ! avoué quoi ?\u2014 Tout.le crime .la façon dont il avait été commis.Et ce sont ces aveux qui lui ont mérité l\u2019indulgence de la justice.Je l\u2019ai autorisée à partir.\u2014 Elle est partie ?\u2014 Oui.\u2014 Libre ?\u2014 Parfaitement libre .à la condition de ne plus rentrer en France.L\u2019Italien ne pouvait plus tenir en place.Tout son sang bouillait.Il allait et venait devant le bureau avec des allures de fou.La comtesse partie, libre, et lui !.Il s\u2019écria : \u2014 Mais-enfin, qu\u2019a-t-elle dit?mossou le jouge.Elle ne m\u2019a pas accusé, moi ?\u2014 Si !.\u2014 Et de quoi ?\u2014 D\u2019avoir tué son mari.\u2014 Moi ?\u2014 Vous .sur ses ordres .\u2014 Sour ses ordres ?Zéphyrino leva les bras au ciel.\u2014 C\u2019est inimaginable ! Elle a dit que c\u2019est moi qui ai toué M.de Pompéry ?\u2014 Oui.\u2014 Pour de l\u2019argent ?\u2014 Pour deux cent mille francs qu\u2019elle vous a versés.\u2014 C\u2019est inouï ! \u2014 Et c\u2019est elle qui a conduit les agents .\u2014 Chez moi ?\u2014 Chez vous ! J*®*.r APRÈS LA VICTOIRE - LA fulX.La Victoire veut dire beaucoup pour bien des gens.Mais elle a un sens bien précis pour tous: c\u2019est la paLx et la faculté de goûter le genre de vie auquel nous tenons surtout.Or, nous n\u2019aurons cette faculté qu'après la Victoire en Europe et en Asie.Le Septième Emprunt de la Victoire du Canada est un défi pour nous tous.Son objectif a été fixé à $1,300,000,000: jamais objectif n\u2019a été si haut.C\u2019est l'occasion pour tout citoyen d\u2019apporter son concours à un dernier et formidable effort.Maintenant que nous entrevoyons la Victoire en Europe, il ne faut pas flancher.Quelle que soit votre souscription au dernier emprunt, faites en sorte que ce soit la plus large.La Victoire et la Paix en valent la peine.-?- \"Tout poui la Victoile RCHEfiZ DES OBIiIGHTIOIIS DE bR VICTOIRE -«- Metropolitan Life Insurance Company (COMPAGNIE À FORME MUTUELLE) New-York Frederick H.Ecker, PRÉSIDENT DU CONSEIL Leroy A.Lincoln, PRÉSIDENT DIRECTION GENERALE AU CANADA: OTTAWA Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 L\u2019Italien ne se possédait plus, tant la colère le soulevait.Il était devenu pâle comme la mort.Il s\u2019était tourné vers ses fils comme pour les prendre à témoin, et il dit à plusieurs reprises : \u2014 Oh ! oh ! oh ! Puis, il éclata.\u2014 La misérable ! Et s\u2019avançant vers le bureau du magistrat, hors de lui, perdant toute prudence et toute mesure dans l\u2019exaltation de sa fureur : \u2014 Mais c\u2019est elle, mossou le jouge, c\u2019est elle qui l\u2019a toué.Le magistrat eut un tressaillement profond.\u2014 Elle ?\u2014 Oui, mossou le jouge.Elle seule, sans complice.\u2014 Vous pouvez prouver cela?\u2014 Oui, mossou le jouge.oui, quand vous le voudrez ! D\u2019abord, quand j\u2019ai lou la description dou poignard, j\u2019ai dit à ma femme, à mes enfants : C\u2019est Mme de Pompéry qui a fait le coup.\u2014 C\u2019est vrai, appuya Constantino, \u2014 Et, demanda le magistrat, comment le saviez-vous ?\u2014 Parce que c\u2019était à elle que j\u2019avais remis le poignard.Et je vais tout vous dire maintenant, mossou le jouge, tout.\u2014 Je vous écoute, dit M.Vernier tout tressaillant.\u2014 C\u2019est Mme de Pompéry, poursuivit l\u2019Italien, qui nous avait chargés, mes fils et moi, de suivre mossou de Lagar-de qui aimait oune autre femme.Or oune nuit, mossou de Lagarde nous a sourpris.Il y a eu loutte, et dans la loutte le poignard est tombé.Je l\u2019ai pris et l\u2019ai remis à la comtesse qui me l\u2019a demandé comme souvenir.Voilà, mossou le jouge, la vérité .la vérité poure.Et quand j\u2019ai su que M.de Pompéry avait été assassiné et que c\u2019était sa femme qui l\u2019avait toué, je souis allé chez la comtesse et je loui ai fait passer oun mot : \u201cJ\u2019ai reconnou le poignard\u201d.Elle a eu peur et m\u2019a donné cent mille francs pour me faire taire.\u2014 C\u2019est vrai, cela ?demanda M Vernier.\u2014 Je le joure ! \u2014 Et les cent autres mille francs ?\u2014 Elle me les a donnés hier pour me faire partir.Elle avait peur.Le juge d\u2019instruction eut un tressaillement de joie.\u2014 Je la tiens donc! se dit-il.Et se tournant vers Zéphyrino : \u2014 C\u2019est bien.Il sera tenu compte de votre sincérité.\u2014 Et on me rendra mon argent ?demanda l\u2019Italien.\u2014 Peut-être.\u2014 Ah ! mossou le jouge, vous pouvez disposer de moi à la vie à la mort.M.Vernier interrompit ses protestations.Il appuya sur son timbre, et à l\u2019huissier qui parut : \u2014 Emmenez les accusés ; qu\u2019ils restent à ma disposition.\u2014 Oui, monsieur le juge .Et quant les Italiens furent partis.M.Vernier donna l\u2019ordre d\u2019introduire la comtesse de Pompéry.Il se frottait joyeusement les mains.Il tenait tout.toute la vérité.Le mystère s\u2019éclaircissait.C\u2019était la comtesse qui avait tué elle-même son mari.Pourquoi ?Il fallait le savoir.La porte s\u2019ouvrit et la comtesse parut.VIII de Pompéry avait passé une nuit terrible .Pour la première fois, depuis le crime, le remords était venu s\u2019asseoir à son chevet.Déjà elle n\u2019était plus libre.Sous prétexte de la protéger des agents étaient là, dans son antichambre.Impossible de fuir.de tromper leur surveillance.Elle avait pensé à les acheter.Devant leur attitude elle y avait renoncé.Il fallait se résigner.Demain, elle paraîtrait devant le juge non plus en témoin, mais en accusée.Et à cette pensée toute sa chair frémissait de terreur.Que savait-il, ce juge ?Il lui avait été impossible de le deviner dans l\u2019entretien qu\u2019elle avait eu avec lui.Mais il paraissait sûr de lui, sûr enfin de tenir le bon bout du fil.\u2014 Les Italiens avaient-ils pu fuir ?\u2014 Elle l\u2019ignorait, et elle n\u2019avait plus que cet espoir que Zéphyrino eût eu le temps de partir.\u2014 Lui seul pouvait la perdre, connaissait la vérité, en avait les preuves.Mais s\u2019il était surveillé comme elle .si.Elle n\u2019osait s\u2019arrêter à cette idée.Pris, menacé, Zéphyrino parlerait.et alors c\u2019était la fin, l\u2019abîme, \u2014 un effondrement dans le sang et dans la boue.Et la comtesse frémissait toute à cette pensée terrible \u2014 Se voir si haut, riche, adulée, belle .Au moment de jouir de tous les triomphes, comblée de tous les dons de la fortune et du nom .et tomber ! tomber plus bas qu\u2019elle ne l\u2019avait jamais été.Elle avait eu, en songeant à la chute possible, probable, des accès de rage où elle déchirait avec ses dents ses draps et ses oreillers .Et l\u2019image de Paul vengé, heureux, passait devant ses yeux, avec la vision de sa rivale aimée, désormais triomphante .Est-ce que c\u2019était possible cela ?Est-ce que le ciel le permettrait ?.N\u2019était-elle pas toujours la favorite de la fortune ?\u2014 Celle qu\u2019elle avait choisie entre toutes pour l\u2019élever, la mettre dans la lumière et le soleil ?\u2014 Est-ce que la roue aurait tourné ?\u2014 N\u2019aurait-elle plus ni son bonheur, ni sa chance ?\u2014 La journée de demain lui apparaissait grosse de menaces .tout assombrie par de funestes pressentiments.\u2014 Oh ! pourquoi n\u2019était-elle pas partie ?\u2014 Pourquoi n\u2019était-elle pas loin déjà, à cette heure, hors de tous périls, de tous soupçons ?hors de la main-mise de la justice ?Elle se sentait prise, et cela lui enlevait tout son aplomb, comme la bête fauve qui reste interdite, tremblante et sans défense, quand elle vient de choir dans un piège.Avec le jour pourtant, le jour qui lui montra dans la glace qu\u2019elle était toujours belle, bien qu\u2019un peu pâle, quelque assurance lui revint.Zéphy- rino avait peut être pu fuir, et nul autre que lui ne connaissait son crime, ne pouvait l\u2019en convraincre.Et elle lutterait, elle lutterait jusqu\u2019au bout.Elle entra d\u2019un pas ferme dans le cabinet du juge d\u2019instruction.Elle était entièrement vêtue de noir et semblait grandie par cette toilette sombre.Son teint était mat, ses yeux brillaient d\u2019un feu de fièvre, et jamais peut-être elle n\u2019avait été plus majestueuse et plus belle.Le magistrat en fut frappé et un doute passa en lui.Comme cette femme si haute, qui semblait faite pour trôner sur les nuées, avait-elle pu s\u2019abaisser à commettre un crime bas, vil, odieux, l\u2019assassinat d\u2019un homme sans défense, endormi peut être, qui avait cru à son amour et à ses caresses ?Mais il se rappela les paroles de Zéphyrino, les accusations de l\u2019Italien arrêté par La-hure, et ses doutes s\u2019évanouirent.Toutefois, il ne traita pas tout d\u2019abord la comtesse en accusée.Il fit avancer un siège et l\u2019invita à s\u2019asseoir.La jeune femme refusa de la main.\u2014 Inutile, monsieur, dit-elle d\u2019un petit air dégagé.J\u2019espère que vous n\u2019allez pas me garder longtemps.\u2014 Cela dépendra de vous, madame la comtesse.\u2014 De moi ?.\u2014 Oui, si vous répondez franchement aux questions que je vais avoir l\u2019honneur de vous poser.\u2014 Parlez, monsieur .Le magistrat jeta les yeux sur les papiers restés épars sur son bureau .\u2014 Connaissez-vous, demanda - t - il.une famille d\u2019Italiens établie à Saint-Ouen et dont le chef se nomme Zéphyrino ?Malgré sa puissance sur elle-même, la comtesse avait tressailli et sa pâleur s\u2019était accentuée.Elle répondit cependant d\u2019une voix assez ferme : \u2014 C\u2019est possible, monsieur .Je connais beaucoup d\u2019Italiens, et beaucoup d\u2019Italiens me connaissent, étant Italienne moi-même.Pourquoi me demandez-vous cela ?\u2014 Parce que des soupçons pèsent sur ces Italiens .\u2014 Ah! Et elle ajouta, comme si elle ne donnait à cette question aucune importance : - ils sont arrêtés ?Le juge ne répondit pas.__Oui, poursuivit-il, des soupçons pèsent sur eux .Il paraît que ce sont eux qui ont volé à M.de Lagarde le poignard avec lequel M.de Pompéry a été frappé.\u2014 C\u2019est possible, monsieur, répondit la comtesse, faisant des efforts inouïs pour cacher la terreur qui lui envahissait l\u2019âme.Je ne connais pas ces hommes.Du moins, je ne me souviens pas d\u2019eux.Et sur le crime en lui-même, vous ne l\u2019ignorez pas, je ne sais rien et ne puis rien savoir, puisque ces scélérats avaient pris soin de m\u2019endormir .Mon pauvre mari a-t-il été frappé par M.de Lagarde, déjà condamné pour ce crime après votre enquête ou par ces Italiens dont vous me parlez maintenant, je suis incapable de vous fournir là-dessus le moindre éclaircissement.Je dormais.J\u2019ai été la première, si vous vous en souvenez, monsieur, à douter de la culpabilité de M.de Lagarde.Mais depuis que le jury s\u2019est prononcé, je n\u2019ai plus d\u2019opinion, car je pense que les lumières de la justice, ses moyens d\u2019investigation sont supérieurs à mon propre jugement.\u2014 La justice peut se tromper, madame.\u2014 Vous croyez donc qu\u2019elle s\u2019est trompée ?.\u2014 J\u2019en suis persuadé.\u2014 M.de Lagarde est innocent ?\u2014 J\u2019en suis convaincu.\u2014 Eh bien ! monsieur, dit avec un peu de dédain la comtesse, il n\u2019y a qu\u2019une chose à faire : réparer l\u2019erreur au plus vite et le remettre en liberté.\u2014 C\u2019est ce que je compte faire, madame, mais pour cela, il me faut trouver les vrais coupables.\u2014 Je ne puis pas vous aider, monsieur, je ne sais que ce que j\u2019ai dit.\u2014 C\u2019est pourtant sur vous que je compte.\u2014 Sur moi ?\u2014 Oui, madame la comtesse .\u2014 Si vous n\u2019avez que mon aide .\u2014 Est-ce que vous me la refuseriez?\u2014 Non, monsieur.\u2014 Vous devez, comme la justice, tenir à ce que la lumière se fasse.à ce que votre mari soit vengé, véritablement vengé ?\u2014 Assurément.Mais, je vous le répète, je ne sais rien de plus que ce que j\u2019ai déclaré déjà.Vous pouvez, au moins, reprit le juge après un court silence pendant lequel il avait paru réfléchir à la question qu il allait poser, et en fixant ses yeux sur la comtesse, vous pouvez me donner sur ces Italiens .Mais je ne les connais pas, monsieur, interrompit vivement Mme de Pompéry, qui n\u2019avait pu réprimer un tressaillement.\u2014 Vous ne les connaissez pa-?\u2014 Non, monsieur.Pourtant, vous allez chez eux quelquefois .\u2014 Moi?sursauta la jeune femme épouvantée.\u2014 On vous y a vue \u2014 Moi?Peut~être était-ce pour porter une aumône à des compatriotes.C\u2019est très naturel.Et il n\u2019y a pas a s\u2019en cacher.^a's jamais! monsieur, jamais1 fit violemment Mme de Pompéry, qui sentait la terre s\u2019effondrer sous elle .Je ne saL pas ce que vous voulez dire .d\u2019où vous tenez .\u2014 D\u2019un de mes inspecteurs, dit tranquillement le juge d\u2019instruction, que j avais charge de vous suivre .comtesse faillit pousser un cri Elle fut obligée de se tenir au bureau pour ne pas chanceler.et elle bégaya, affolée par la peur, une peur terrible, surnaturelle, qui la prit aux entrailles : \u2014 Je ne sais pas .c\u2019est possible .M.Vernier eut pitié d\u2019elle.L'enchevêtrement compliqué de voies ferrées que montre cette photo est une des voies d\u2019accès à l'une des plus grandes gares de Londres.Toutes les pointes de croisement qu'on aperçoit sont actionnées de la cabine d'aiguillage à droite.On peut se rendre compte de l'énorme responsabilité des aiguilleurs en précisant que dans les quatre semaines qui suivirent le jour D, les chemins de fer britanniques battirent tous leurs records en mettant en service 17,500 trains spéciaux pour le transport de troupes et de ravitaillement en vue de l'invasion.On a compté, en outre, 113 trains spéciaux pour le transport de la correspondance et colis destinés aux armées de même que des trains-hôpitaux, sans parler de ceux qui firent le transport des prisonniers allemands. Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 17 \u2014 Je ne veux pas, madame, vous torturer plus longtemps, je sais tout.La comtesse leva vers le magistrat les yeux d\u2019archange foudroyé.Elle balbutia : \u2014 Quoi, monsieur ?\u2014 Il est inutile de nier, de vous défendre .Les Italiens sont là, arrêtés.Je viens de les interroger et ils ont tout dit.\u2014 Et qu\u2019ont-ils dit, monsieur ?\u2014 Que c\u2019est vous qui avez tué votre mari.Cette fois, la comtesse cria.Elle cria de terreur.et de rage tout à la fois.Elle allait et venait comme une bête prise.\u2014 Moi ?Ils ont dit ?.Mais c\u2019est faux, monsieur, c\u2019est faux !.Moi, mon mari, et pourquoi ?\u2014 Cela, dit le juge, je ne le sais pas.eux non plus.Et j\u2019espère que vous allez me le dire.\u2014 Mais ce n\u2019est pas vrai, monsieur, entendez-vous, ce n\u2019est pas vrai ! Des misérables !.pour me perdre !.Assassin, moi ! Et pourquoi ?Pourquoi ?Elle était folle.Elle regardait la terre, souhaitant qu\u2019elle s\u2019entr\u2019ouvrit.Et elle reprit : \u2014 M\u2019accuser, moi ! moi ! la comtesse de Pompéry ! Elle se campa devant le juge, superbe, fulgurante, ayant mis dans son attitude, sur son visage, toute la majesté, toute la hauteur qu\u2019elle y pouvait mettre et elle dit : \u2014 Mais regardez-moi donc, monsieur le juge, ai-je l\u2019air d\u2019une criminelle ?\u2014 Mon Dieu ! madame, fit tranquillement M.Vernier, je ne sais pas, moi .Les physionomies sont souvent trompeuses.\u2014 Mais c\u2019est infâme, monsieur ! \u2014 Si je crois même ce que l\u2019on m\u2019a dit, fit sans paraître impressionné le magisrat, vous n\u2019en seriez pas à votre coup d\u2019essai.Elle le regarda avec des yeux égarés.\u2014 Je ne comprends pas.\u2014 Il y a ici un autre Italien.Elle dit comme malgré elle : \u2014 D\u2019Arbano ! \u2014 Oui, il paraît que c\u2019est ainsi qu\u2019il se nomme.Eh bien ! ce d\u2019Arbano, que vous connaissez très bien, a commis pour vous un crime .en Italie.\u2014 Mais, s\u2019écria la comtesse, affolée, tout le monde s\u2019entend donc pour me perdre ?\u2014 Il est là, dit le juge, voulez-vous que je le fasse venir ?\u2014 Non, non, s\u2019écria la jeune femme terrifiée.A quoi bon ?.Cet homme est mon ennemi.Il me menace.Il veut me tuer.Il dira toutes les calomnies, tous les mensonges .Mais ce qu\u2019on ne pourra pas me prouver, jamais, jamais.c\u2019est que j\u2019ai tué mon mari ! \u2014 Il y a pourtant, dit M.Vernier, toujours calme, des présomptions graves .\u2014 Et lesquelles ?\u2014 C\u2019est à vous que l\u2019Italien a remis le poignard .Vous avez acheté son silence deux cent mille francs .\u2014 Et qui a dit cela ?\u2014 Votre complice.\u2014 Un misérable, monsieur, hurla la comtesse éperdue, un menteur ! Sans répondre, le juge d\u2019instruction posa sa main sur un timbre et sonna.La comtesse le regardait faire avec des yeux tout blancs de terreur.Elle s\u2019écria : \u2014 Qu\u2019allez-vous faire ?\u2014 Le faire venir.Et vous vous expliquerez tous les deux.\u2014 Ah ! fit la jeune femme.Et elle alla, folle d\u2019épouvante, se blottir dans un coin du bureau.Toutes les terreurs, toutes les foudres tombaient sur elle.L\u2019huissier était entré.M.Vernier allait lui donner ses ordres, mais la comtesse se précipita au-devant de lui.Elle l\u2019arrêta d\u2019un geste souverain.\u2014 Assez, monsieur, je ne veux pas voir ce traître.Je lui cracherais au visage.Oui, c\u2019est moi qui ai tué M.le comte de Pompéry.Et savez-vous pourquoi je l\u2019ai tué ?\u2014 Non, madame .\u2014 Ce n\u2019est pas, comme vous pourriez le croire, pour lui voler sa fortune .Je l\u2019ai tué dans un moment de colère, parce qu\u2019il m\u2019avait menti.\u2014 Menti ?.\u2014 Pour m\u2019avoir à sa discrétion.pour m\u2019obliger à l\u2019épouser, il m\u2019avait dit que j\u2019étais ruinée.que l\u2019homme qui me servait ma pension était mort sans rien me laisser ., Et c\u2019était faux, monsieur, c\u2019était faux ! \u2014 Vous expliquerez, dit tranquillement le juge d\u2019instruction, toutes ces raisons aux jurés et peut être vous mériteront-elles leur indulgence.Mme de Pompéry eut un sourire plein de dédain.\u2014 Leur indulgence ! fit-elle.\u2014 Je n\u2019implorerai l\u2019indulgence de personne.Pour ce qui est M.de Lagarde, que j\u2019aimais, que j\u2019aime encore.je n\u2019ai rien fait, je le jure, pour le perdre .C\u2019est le hasard seul qui a tout combiné.Et maintenant, faites de moi ce qu\u2019il vous plaira.J\u2019ai perdu, je paie.Mais je ne suis pas de celles qu\u2019on mène à travers les foules, enchaînées derrière un char de triomphe.Et vous ne m\u2019aurez pas vivante ! D\u2019un geste prompt comme l\u2019éclair, avant même que le juge d\u2019instruction eût pu se douter de ce qu\u2019elle allait faire, la comtesse avala le contenu d\u2019une fiole qu\u2019elle avait tirée de son sein.Elle tomba foudroyée.\u2014 Jamais, dit plus tard le magistrat, je n\u2019ai vu femme plus grande, plus belle que la comtesse de Pompéry à cette minute suprême.Cette aventurière est morte en grande dame .Après cette scène tragique l\u2019instruction fut vite close.Les Italiens, retenus pour l\u2019attaque dont avait été victime M.de Lagarde, furent condamnés plus tard à cinq ans de prison, sauf Margarita qui fut acquittée.D\u2019Arbano fut remis aux autorités italiennes.Et jamais stupeur n\u2019égala celle du public, quand il lut le lendemain dans les journaux ces nouvelles à sensation : Erreur judiciaire.\u2014 Mise en liberté de M.de Lagarde.\u2014 Mort de Mme la comtesse de Pompéry.Pendant huit jours on ne s\u2019occupa pas d\u2019autres choses.On s\u2019arrachait les journaux, et tous les chroniqueurs commentèrent à l\u2019envie ces étranges événements qui passionnaient non seulement la France, mais le monde entier.IX ¦ a première visite de Paul de Lagarde I à sa sortie de prison, fut pour sa I mère.Il se fit conduire au Père-Lachaise où elle avait été inhumée, et il resta près d\u2019une heure en prière sur sa tombe, lui demandant pardon encore de toutes les douleurs involontaires qu\u2019il lui avait causées.Comme il sortait du cimetière, la poitrine oppressée par le chagrin, les yeux encore humides, cherchant du regard un fiacre pour redescendre dans Paris, un homme qui le suivait depuis le Palais surgit devant lui, très pâle, les yeux fiévreux, et dit : \u2014 Vous êtes M.Paul de Lagarde?\u2014 Oui, monsieur.\u2014 Je suis M.Vernier.\u2014 Bien.Paul toisa l\u2019homme d\u2019un regard plein de dédain.\u2014 Et vous désirez ?\u2014 Vous le savez bien, monsieur, répondit Juste qui avait peine à contenir la fureur qui l\u2019animait.\u2014 Je vous assure, fit Paul étonné.[ Lire la suite page 20 ] Qua/iïe Assures // y/ y.Plus de 400 épreuves garantissent l\u2019uniformité, la sécurité et la durabilité de chacune des ampoules Edison Mazda que vous achetez.Les ampoules Edison Mazda subissent une inspection minutieuse et de rigoureuses épreuves qui garantissent longue durée à leur intensité lumineuse.C\u2019est l\u2019éclairage qu'il faut pour mieux voir.Utilisez-les partout chez vous./V-i VIBRATION AMPOULES EDISON MAZDA CANADIAN GENERAL ELECTRIC CO.LIMITED aimftBhi CDKTKRSTf, avec Irroi tiynn et Julia Blihup nORTHERH PURSUIT ROffinn cumpun, rrticues illustrés, nomiRnms photos, etc.RRDID: bfl UOIX DE CBE, RADIO-dEUIIESSE, PDTinS Adresse .VH/e .Province .POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE.975, rue de Bullion, Montréal, P.Ç.Canada.UOTRE mnGRzmi .grâce à la collaboration exclusive de sa correspondante autorisée à Hollywood, Louise Gilbert-Sauvage, est en mesure de fournir au nombre toujours grandissant de ses lecteurs les informations les plus récentes et les plus précises.Le Film va toujours de l\u2019avant pour informer les cinéphiles des dernières productions de Hollywood et d\u2019ailleurs.Un abonnement au Film constitue un excellent cadeau qui sera fort apprécié de celui ou celle qui le recevra.Chacun de ses numéros contient un beau roman complet d\u2019amour, d\u2019une lecture fort agréable et dont l\u2019intrigue ne manque jamais de plaire aux plus exigeants.Lire un seul numéro du Film, en un mot, est particulièrement remarquable par sa tenue typographique hautement soignée, sa mise en page d\u2019un goût exclusif et l\u2019abondante variété de sa matière à lire.Coupon d'abonnement LE FILM 1 on .$1.00\t2 ans .$1.50 (CANADA SEULEMENT) IMPORTANT.\u2014 Indiquer d'une croix I ) s'il s'agit d'un renouvellement.Nom 18 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 Notre NOUVEAU feuilleton: Le Nau^e du Par JULES de GASTYNE PREMIERE PARTIE LA PLUS AIMEE Chapitre I |E t\u2019ai dit vingt fois, Léon, que je ne recevais pas des gens que je ne connais pas.I Tu n\u2019as jamais vu celui-ci ici ?\u2014 Non, monsieur.\u2014 Eh bien ! alors ?\u2014 Mais il a tant insisté, monsieur ! \u2014 Il faut l\u2019envoyer à mon secrétaire.\u2014 C\u2019est Monsieur lui-même qu\u2019il veut voir \u2014 et pour des choses ne souffrant aucun délai et que Monsieur sera bien aise d\u2019apprendre.\u2014 Bon .tout à l\u2019heure, le temps de terminer mon courrier.\u2014 Oui, monsieur.Et l\u2019huissier particulier de M.Dupontavisse, le directeur d\u2019une des principales maisons de banque de Paris, qui avait pris l\u2019habitude de signer « du Pontavisse » s\u2019étant retiré, son maître, resté seul, se mit à griffonner fiévreusement quelques signatures sur de grandes feuilles couvertes d\u2019une écriture correcte placées devant lui.Ayant dépassé la quarantaine, de physionomie autoritaire et dure, de haute taille, épais d\u2019encolure, il avait l\u2019attitude d\u2019un homme habitué à voir tout plier devant lui, serviteurs et événements.La figure était entièrement rasée, sauf de petits favoris noirs très courts et très fournis, des lèvres épaisses et sensuelles, un teint coloré et gras, avec des replis au menton et aux joues.Les yeux d\u2019un bleu gris avaient par moments des reflets d\u2019une acuité métallique.On comprenait, en voyant la physionomie de cet homme, qu\u2019il ne devait pas faire bon à entrer en lutte avec lui.Il donnait Tim-pression à première vue d\u2019un être dangereux et redoutable .malgré sa placidité affectée quand il était au repos.Il occupait un vaste cabinet, meuble avec une somptuosité un peu voyante, fait pour tirer l\u2019œil et pour en imposer au visiteur.\u2014 Situé dans un vaste immeuble tout neuf faisant le coin du boulevard des Italiens et de l\u2019avenue de l\u2019Opéra, \u2014 éclairé par quatre larges fenêtres, dont deux donnaient sur le boulevard et les deux autres dans l\u2019avenue.Il était là au centre de tout le mouvement et de tout le bruit parisiens, dont il savait noter avec une habileté particulière les fiévreuses pulsations pour les exploiter à son profit.Parti de rien, il était arrivé par son énergie, par son ardeur au travail et par son intelligence aussi à une des plus hautes situations.Il était député.Il serait sûrement ministre quelque jour et sa fortune passait pour être considérable .Quand il eut fini de jeter sur le papier toutes les signatures demandées, il sonna pour les faire reprendre.Puis il dit à l\u2019huissier : \u2014 Faites entrer le monsieur qui a tant insisté pour me voir.Et pendant qu\u2019on lui amenait le visiteur, il reprit la carte sale remise et laissée au hasard sur son bureau.C\u2019était une carte grossière, sur bristol commun, une de ces cartes faites à la minute et coûtant 1 fr.50 le cent.Elle portait ce nom : « Constant Rivard » sans autre désignation.Que pouvait vouloir cet homme, dont la carte annonçait une personne de condition modeste au puissant financier Fernand du Pontavisse qui certainement n\u2019avait jamais entendu parler de lui ?Un gêneur sans doute, un quémandeur peut-être.Au moment où le banquier se faisait cette réflexion, la porte du cabinet s\u2019ouvrit et dans l\u2019entre-bâillement apparut un homme à physionomie singulière .Petit, malingre, le visage très pâle, au milieu duquel brillaient, d\u2019un éclat extraordinaire, des yeux petits et noirs, l\u2019homme s\u2019avançait timidement avec une démarche légèrement claudicante.Il était vêtu proprement, mais sans luxe et sans élégance.Rien en lui ne prévenait en sa faveur.R donnait l\u2019idée d\u2019un de ces vaincus ie-la vie sur lequel ont plu toutes les amertumes d\u2019une destinée malheureuse.LA TOUSSAINT La voix du jour s\u2019éteint, la nuit vient sur la terre De ses longs voiles noirs, elle fait son manteau.Novembre, sombre et froid, revient poser son sceau.C\u2019est la fête des morts là-bas, au cimetière.Dans les cyprès courbés un lugubre vent erre Frôlant les corps transis .qui sortis du tombeau Viendront à la nuit noire au paisible hameau Revoir quelques instants leur ancienne chaumière.F.coûtons leur appel, voix de père ou d\u2019ami, Voix chères d\u2019autrefois, nous reprochant l\u2019oubli Du souvenir promis, à l\u2019heure où l\u2019épi tombe.De leur sombre séjour, sachons à l\u2019avenir Souvent franchir le seuil, avec un souvenir Pour eux tous qui nous crient : Pitié, de leur tombe.Il semblait souffreteux et triste, et le financier ne douta pas qu\u2019il ne vmt pour quelque aumône.\t.\t.,\t.En son for intérieur il maudit Léon et son manque de perspicacité, mais il était trop tard maintenant pour reculer.Il était condamné à apprendre pourquoi Constant Rivard avait tant insiste pour le voir.Sans l\u2019inviter à s\u2019asseoir il lui dit d\u2019un ton de mauvaise humeur .\u2014\tVous avez insisté pour me voir, monsieur, sans que j aie 1 honneur de vous connaître.Vous savez pourtant que mon temps est précieux et que je ne reçois pas les inconnus.Dites-moi tout de suite ce qui vous amène et en quelques mots, car je suis très pressé.Sans se laisser troubler le moins du monde par cet accueil plutôt désagréable, le visiteur répondit : \u2014\tCe que j\u2019ai à vous dire, monsieur, sera pourtant un peu long peut-être, mais cela vous intéressera certainement et vous ne regretterez pas de m\u2019avoir accueilli.Je vous demanderai seulement, parce que mes jambes se fatiguent vite, la permission de m\u2019asseoir.Avant de répondre, le financier toisa des pieds à la tête l\u2019inconnu misérable qui lui parlait avec cet aplomb et cette audace à lui, personnage si important et si au-dessus de lui, puis il fit un signe presque imperceptible pour acquiescer à sa demande.Constant Rivard se laissa aller avec béatitude sur un des fauteuils orientaux copieusement rembourrés placés à sa portée, pendant que M.du Pontavisse continuait à le considérer d\u2019un air très intrigué.Alors il commença : \u2014 Vous avez lu sur ma carte, monsieur, comment je m\u2019appelle, Constant Rivard.Constant Rivard, sans autre indication, car je ne sais rien.J\u2019ai été rentier.Je ne le suis plus, n\u2019ayant plus de rentes.Je voudrais être employé; je ne le suis pas encore, n\u2019ayant pas trouvé de place.Donc, je ne suis rien.JEANNE LE ROY.\u2014 C\u2019est pour une demande d\u2019emploi ?interrogea le banquier.Et il allait sonner pour envoyer l\u2019homme à son secrétaire.Mais Rivard, ayant compris ce qu\u2019il voulait faire, s\u2019empressa de poursuivre : \u2014 Non, non, ce n\u2019est pas ce que vous nensez.Je ne viens pas pour solliciter de l\u2019argent ou une place, mais pour vous demander de m\u2019écouter jusqu\u2019au bout sans montrer d\u2019impatience, je vous jure que vous ne vous en plaindrez pas.Ce que j\u2019ai à vous apprendre ne vous fera peut-être pas plaisir, mais vous serez bien aise pourtant de le savoir, car il vaut toujours mieux voir clair dans ses affaires que de marcher à l\u2019aveuglette.C est un fou ! pensa le financier.Et il voulut sonner encore.Mais l\u2019homme eut un geste si impérieux qu\u2019il s'arrêta.Pourtant il dit avec un mouvement d\u2019impatience : \u2014\tAu fait, monsieur, venez au fait ! \u2014\tJ\u2019y arrive, monsieur, répondit Constant Rivard toujours impassible et j\u2019y serais déjà si vous ne m\u2019aviez interrompu par vos gestes et vos airs d\u2019énervement.Je m\u2019appelle donc Constant Rivard.Je suis né riche, très riche même Mon pere était banquier comme vous.Il m\u2019a laissé à sa mort près de deux millions, deux millions liquides.C\u2019est une somme.Mais j\u2019eu le malheur à ce moment de tomber amoureux.Je tombai amoureux d une fille beaucoup plus jeune que moi, la fille d\u2019un menuisier, admirablement belle et n ayant aucune fortune.J\u2019essayai de m\u2019en faire aimer.Mais pouvais-je être aimé avec mon physique?M.du Pontavisse, ne voyant pas où son interlocuteur voulait en venir essaya encore de 1 interrompre.\t\u2019 \u2014\tMais, monsieur, fit-il agacé.\u201cAttendeZ V attend^z\u2019 fit l\u2019autre, ne m\u2019interrompez pas, je vous en supplie.Et ecoutez-moi jusqu au bout.C est pour votre bien décomagéanCier\u2019 qUl Sétait kVé à d6mi\u2019 86 laissa retmber sur son siège l\u2019air Il semblait dire : \u2014\tAllez ! puisque je suis, paraît-il, condamné à vous entendre Alors le visiteur poursuivit ; -C\u2019était folie de songer que je pouvais être aimé un jour - folie d\u2019autant Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 19 plus grande que je savais presque pertinemment que le cœur de cette jeune fille était pris.Elle aimait un de mes camarades de collège, dont j\u2019avais toujours été jaloux, aussi beau que j\u2019étais laid, aussi vigoureux que j\u2019étais malingre, aussi élégant que j\u2019étais gauche, aussi brave que j\u2019étais peureux, aussi pauvre que j\u2019étais riche, mais devant avec ses qualités, avec son physique, voir tout lui sourire dans la vie, tandis que je semblais destiné, moi, à n\u2019avoir jamais qu\u2019à essuyer les rebuffades de la destinée.De savoir que celle que j\u2019aimais avait été distinguée déjà par le garçon que j'avais considéré, dès les bancs du collège, comme un rival prédestiné, cela rendît encore ma passion plus furieuse, me fortifia dans le désir d\u2019humilier cet homme et de triompher de lui.Je ne le pouvais qu\u2019avec mon argent.C\u2019était la seule supériorité que je pusse avoir sur lui.J\u2019abrège.Le père de la jeune fille fut blessé ; ne pouvant plus continuer à travailler, tous tombèrent dans la misère.\t» Et alors j\u2019offris mes services.Le père et la mère firent si bien, pesèrent tant sur la volonté de leur fille que celle-ci consentît enfin à m\u2019accorder sa main ; mais après quelles luttes, apres quelles résistances, je ne devais l\u2019apprendre que plus tard.Pour le moment, j\u2019étais fou, monsieur, fou de joie, fou de bonheur ! Il me semblait que tout chantait autour de moi.Je n\u2019avais jamais vu le ciel si pur, les fleurs si belles.Je vivais dans un rêve éblouissant.Elle allait être ma femme ! Le banquier écoutait maintenant son interlocuteur.Il semblait même l\u2019écouter avec un intérêt extrême.Il était marié.Il avait épousé une femme qu\u2019il adorait encore \u2014 autant qu\u2019aux premiers jours de son union.Il avait éprouvé toutes les sensations qu\u2019on lui dépeignait et l\u2019amour dont cet homme parlait paraissait si naïf, si sincère, qu\u2019il ne pouvait s\u2019empêcher d\u2019en être touché ! Constant Rivard ne lui semblait plus importun.Il prenait intérêt à son histoire.Et il eut un geste de la main pour lui dire de continuer.\u2014 Ce mariage se fit, reprit celui-ci, avec une pompe jamais vue là-bas.Les fêtes durèrent plusieurs jours, et nous partîmes.Je partis avec ma femme, seul à seule.Je l\u2019avais à moi, pour toujours.Je voyais bien qu\u2019elle ne m\u2019aimait pas, qu\u2019elle semblait souffrir auprès de moi; mais moi, qui l\u2019aimais tant, j\u2019étais persuadé que mon amour la toucherait enfin, attendrirait son cœur ; lorsqu\u2019elle aurait vu ce que j\u2019étais prêt à faire pour elle, pour m\u2019en faire aimer, elle aurait pitié de moi ! Comme elle paraissait s\u2019ennuyer en province, je l\u2019emmenai à Paris.Je fis pour la distraire toutes les folies imaginables, et comme ma fortune diminuait à vue d\u2019œil, j\u2019entrepris des spéculations pour rattraper mes dépenses afin de pouvoir toujours entretenir autour d\u2019elle le luxe insensé auquel je l\u2019avais habituée et qui semblait lui plaire.Mais je ne fus pas heureux dans mes entreprises, et au moment où je voyais mes ressources diminuer à vue d\u2019œil et où je commençais à avoir des inquiétudes pour l\u2019avenir, j\u2019appris coup sur coup que ma femme me trompait, et n\u2019avait jamais cessé d\u2019être la petite amie de l\u2019homme dont je vous ai parlé; il avait été son ami avant qu\u2019elle m\u2019épousât et l\u2019enfant que j\u2019avais d\u2019elle, né un peu prématurément, une petite fille, n\u2019était pas de moi.Ah ! monsieur, quel coup ! Comment y ai-je survécu ?Comment n\u2019en suis-je pas resté assommé ?A cette heure je ne me l\u2019explique pas encore ! Pendant plusieurs semaines je restai comme fou.Je ne rêvais que menaces et vengeance.Mais qui menacer ?Lui ?Il était dix fois plus fort que moi.Le provoquer ?Il était devenu un spadassin dangereux et les journaux le citaient depuis longtemps comme une des premières lames de Paris.Le faire assassiner par des malandrins, la nuit, au détour de quelque rue ?J\u2019y ai songé, monsieur, j\u2019y ai songé sérieusement.Puis cette lâcheté m\u2019a répugné.C\u2019était à lui surtout que j\u2019en voulais, à lui le bellâtre .le séducteur.Je savais comment me venger de la mère.J\u2019avais gardé sa fille.Mais lui ?Que lui faire à lui ?Je cherchai longtemps, mais enfin j\u2019ai trouvé.C\u2019est vous, monsieur, qui allez le punir ! M.du Pontavisse se dressa tout debout, en proie à la plus violente surprise qu\u2019un homme pût éprouver.\u2014 Moi?\u2014 Vous, monsieur.Et, sur un geste du financier, l\u2019homme poursuivit.___Oh! je sais ce dont vous êtes capable.J\u2019ai pris mes renseignements.Vous êtes de première force à l\u2019épée et au pistolet.Vous êtes vigoureux, énergique.___En effet.Mais pourquoi irai-je me mesurer avec ce monsieur que je ne connais pas ?___Parce qu\u2019il est l\u2019amant de votre femme, après avoir été l\u2019amant de la mienne.Le banquier fit un bond formidable.Ses traits se contractèrent.Il eut un mouvement comme pour écraser l\u2019homme qui lui parlait ainsi.\u2014 Monsieur ! s\u2019écria-t-il.\t, L\u2019autre dit sans s\u2019émouvoir : ___Je vais vous donner toutes les preuves .Et il sortit des papiers de sa poche.M.du Pontavisse le considérait avec des yeux hagards, des yeux qui ne voyaient pas.\t.On eût dit en effet que toute intelligence s était etemte en son cerveau et qu\u2019il ne comprenait pas.Il semblait vivre un cauchemar.\t.\t, Sa femme le tromper ! sa femme adorée en laquelle il avait si grande confiance et dont il se croyait si ardemment aimé, était-ce possible ?Non, cela n\u2019était pas vrai.C\u2019était fou! Et cet homme venant lui apprendre cette trahison, de cette façon, c\u2019était un fou !\t[ Lire la suite page 21 ] fâJiëfik ûô ûllàjdtuHiâ de /a ï'tcùnfoz \"SALAM TUYAU -¦ r\\ a rv ni Dans l'antichambre des médecins, des dentistes .Dans les kiosques à journaux, aux comptoirs des gares de chemin de fer et d'autobus, sur les trains, dans les tramways, dans les hôtels; bref, partout, on voit des gens achetant ou lisant La Revue POPULAIRE Qu'est-ce à dire, sinon que ce magazine porte bien son nom !.Et ce critère, que vous pouvez constater par vous-même, est largement dépassé par cet autre, plus éloquent encore, qu'est l'abonnement.Cette vogue de La Revue POPULAIRE a toujours été croissante depuis sa fondation qui remonte à plus de trente-sept ans, ce qui, entre nous, démontre péremptoirement que la durée d'un produit est en relation directe avec le maintien de sa qualité.Voilà ce que constatent, depuis longtemps, tous les amis de La Revue POPULAIRE Si vous n'êtes pas de ce nombre, ne tardez pas plus longtemps: joignez-vous-y et vous aurez tôt fait de partager notre avis.Le risque n'est pas grand: $1.50, et vous avez tellement à gagner.NOTRE ROMAN DE NOVEMBRE: LE VOILE SUR L'AMOUR Par LOUIS DERTHAL Coupon d'abonnement-:- La Revue POPULAIRE Ci-inclus $1.50 pour 1 an ou $2.00 pour 2 ans (Canada seulement).Important\u2014Veuillez indiquer d\u2019une croix [\t] s\u2019il s\u2019agit d\u2019un renouvellement.Nom .Adresse .Ville .Prov.POIRIER, BESSETTE & Cie, Limitée, 975, rue de Bullion, Montréal, P.Q. 26 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 \u2014 Je vous hais.Et je veux vous tuer ! Et il prononça ces mots la bouche bavant de rage, l\u2019œil injecté de sang, la main à demi levée.Paul baissa cette main.\u2014 Je suis à vos ordres, dit-il froidement et il passa.Juste le suivit un moment d\u2019un regard plein de haine et prononça : \u2014 Oh oui ! je te tuerai ! Et il s\u2019éloigna de son côté.La rencontre que Paul avait vainement essayé de cacher à Liliane, mais que celle-ci avait pressentie, devinée, et dont elle lui avait arraché l\u2019aveu, la rencontre devait avoir lieu près de Suresnes, dans un terrain clos que Juste connaissait.Le prétexte avoué était une querelle, survenue entre les deux hommes, dans un cercle.M.Vernier, le père, avait essayé vainement de s\u2019interposer.Son fils n\u2019avait rien voulu entendre, et ils avaient dû, Liliane et lui, s\u2019en remettre au jugement de Dieu, comme on disait autrefois.Pour avoir plus vite des nouvelles la jeune femme et son père vinrent s\u2019installer dans la petite maison louée par Firluth et Giovanina, désormais réunis, heureux, et les deux jeunes gens allèrent se poster près du lieu du combat pour voir ce qui se passerait et en prévenir aussitôt leurs amis.M.Vernier, bien que n\u2019ayant plus pour son fils aucun amour, aucune estime, ne pouvait pas souhaiter sa défaite, peut-être sa mort.Il eût trouvé ce vœu criminel.Et pourtant il voyait sa belle-fille si malheureuse ! De son côté, Liliane ne devait pas prier pour son ami contre l\u2019homme dont elle portait le nom, qui était encore son mari, qui était le père de sa fille.Ils attendaient, tout tremblants de crainte, la décision du ciel.Liliane, le cœur déchiré par toutes ces affres, eut tout à coup dans le silence un cri de désespoir : \u2014 Mon Dieu! mon Dieu! je ne serai donc jamais heureuse ! Et elle se tordit les bras dans un accès de douleur effrayant.Son père courut à elle.\u2014 Mon enfant, ma fille, dit-il de sa voix la plus affectueuse, du courage ! Et tout à coup il devint livide.Il venait d\u2019apercevoir Giovanina qui accourait.Il se précipita au-devant d\u2019elle.\u2014 Eh bien ?\u2014 Blessé ! \u2014 Qui ?\u2014 M.de Lagarde.Liliane jeta cm grand cri.\u2014 Ah! fit-elle, il n\u2019y a pas de justice ! Mais au même moment, Firluth apparaissait essoufflé, hors d\u2019haleine, tout boueux et les vêtements en désordre.\u2014 Si, madame, cria-t-il, il y en a une ! Votre mari est mort ! M.Vernier et Liliane eurent un même mouvement de terreur.\u2014 Mort ?\u2014 Ou du moins, reprit le jeune homme, très gravement blessé.On s\u2019empressa autour de lui.\u2014 Mais comment ?Giovanina nous avait dit ?.\u2014 Oui, et M.de Lagarde est blessé aussi.Mais ce n\u2019est rien, M.de Lagarde ; il est debout.Huit jours de repos .\u2014 Et c\u2019est lui, demanda M.Vernier, qui a blessé mon fils ?\u2014 Non, un de ses témoins.\u2014 Comment cela ?\u2014 Voilà.M.de Lagarde était tombé.On avait arrêté le combat.Un des témoins dit à mi-voix : \u2014 Il n\u2019y a que les coquins qui ont de la chance ! M.Vernier avait entendu.Il vint au témoin, encore tout enfiévré par le combat DEVOUEMENT HEROÏQUE [ Suite de la page 17 ] \u2014\tRépéteriez - vous, monsieur, ce que vous venez de dire ?\u2014\tParfaitement, monsieur .Vlan ! un soufflet ! Aussitôt tout le monde s\u2019assemble.On décide qu\u2019on videra la querelle sur l\u2019heure.M.Vernier le veut, l\u2019exige II n\u2019écoute ni les conseils ni les observations de ses témoins.Il veut tuer l\u2019homme qui l\u2019a insulté.Il menace de se faire justice lui-même si on lui refuse satisfaction.On est obligé d\u2019en passer par là .On croise de nouveau le fer et dès le premier engagement M.Vernier tombe.\u2014 Grand Dieu ! s\u2019écria le magistrat.Et Liliane, prise de compassion, murmure : \u2014 Le malheureux ! Et tous les deux, le père et la fille, courent au devant de Juste qu\u2019on va sans doute transporter chez lui.Ils arrivent au moment où l\u2019on vient de déposer le blessé sur son lit.Il est pâle comme les draps, l\u2019œil à demi éteint.Pourtant, en voyant son père et sa femme, en les reconnaissant il se ranime un peu.\u2014 Vous! dit-il, vous venez insulter à ma mort ?.Car je vais mourir, moi.Et il vit, lui, il vit !.maints projets dans le but de faire connaître et aimer à la jeune génération, notre immense et merveilleux pays.N\u2019est-ce pas sous forme de contes qu\u2019ils apprendront et aimeront nos légendes dorées et les faits historiques de nos aïeux ?De retour à Montréal, j\u2019allai trouver mon directeur à Radio-Canada, je lui parlai de mes projets d\u2019émissions pour enfants qui comprenaient des contes historiques, des contes de fées et il va sans dire des contes d\u2019aventures.\u2014 Et je suppose que le tout fut accepté ?\u2014 Exactement.\u2014 Les enfants ne pouvaient rencontrer de meilleur avocate pour plaider leur cause, répondis-je à Mlle Barthe, et c\u2019est heureux, mille fois heureux, que la Société Radio-Canada reprenne cette année le programme \u201cIl Etait Une Fois\u201d.\u2014 Y aura-t-il encore trois émissions par semaine ?\u2014 Certainement, de répondre Mlle Barthe ! c\u2019est ainsi que le lundi sera consacré à la féerie \u2014 le mercredi à l\u2019aventure et le vendredi à l\u2019histoire du Canada.\u2014 Mes compliments, mademoiselle, vous pourrez, de cette façon, satisfaire tous les goûts.\u2014 La nouvelle note dans ces programmes sera de présenter aux émissions des œuvres inédites d\u2019auteurs canadiens.\u2014 Bravo ! ce sera une aide merveilleuse pour encourager la littérature canadienne et Radio-Canada mérite tous nos éloges pour cette œuvre de propagande.Mlle Barthe me parle ensuite de différents sujets qu\u2019il vaut mieux ne pas dévoiler afin d\u2019en laisser toute la primeur aux auditeurs du programme Il Etait Une Fois, ensuite nous arrivons au chapitre des interprètes du programme.\u2014 Il va sans dire, me dit mon aimable interlocutrice, que le principal interprète reste madame Jeanne Mau-bourg qui tient le rôle si sympathique de la grand-maman.\u2014\tNous venons, dit le père, ta femme et moi, te pardonner .Et il se mit avec Liliane à genoux au pied du lit.\u2014\tMoi, s\u2019écria Juste, les yeux maintenant étincelants, je ne pardonne pas! Et je mourrai vengé, car vous ne saurez jamais où elle est, jamais ! \u2014 Ma fille ! gémit la douloureuse mère.Le magistrat s\u2019approcha de son malheureux enfant.\u2014 Tu vas paraître devant Dieu, commença-t-il.\u2014 S\u2019il y avait un Dieu, s\u2019écria Juste, il m\u2019aurait permis de tuer cet homme qui m\u2019a pris ma femme ! M.Vernier essaya en vain de le toucher.\u2014 Songe que ton enfant va rester seule .qu\u2019elle a besoin des soins de sa mère .qu\u2019elle sera malheureuse loin d\u2019elle.que tu vas emplir d\u2019amertume et de douleur deux existences.\u2014 Ce sera ma vengeance ! dit Juste inflexible.\u2014 Oh ! s\u2019écria le magistrat qui se leva, tu es indigne de toute pitié ! A ce moment, on entendit à la porte le bruit d\u2019une bousculade.C\u2019était une femme qui voulait entrer malgré les Pierre Durand remplit les rôles multiples de Barbe-Bleue, du Méchant Ogre, ou encore du grand-père très doux.Camille Ducharme fait le vilain sorcier ; Roland Chenail, Jean - Pierre Masson et d\u2019autres jeunes premiers personnifient les princes charmants.\u2014 Vous aurez aussi des enfants?\u2014 Oui, mais ils sont vraiment trop nombreux pour me hasarder à les énumérer.\u2014 Avec de tels artistes il n\u2019existe aucun doute que les programmes dirigés avec talent par Marcelle Barthe seront très réussis.J\u2019invite donc nos petits lecteurs à être aux écoutes les lundi, mercredi et vendredi à 5.30 heures, au Poste CBF, pour entendre grand-maman Maubourg leur raconter de belles histoires.Au moment de prendre congé de mademoiselle Barthe je lui posai une dernière question, ce n\u2019était pas la moindre car elle m\u2019intéressait particulièrement.\u2014 Quelle est, d\u2019après vous, la meilleure manière d\u2019écrire un conte à la radio pour les enfants ?\u2014 Il faut qu\u2019il y ait beaucoup d\u2019action, que le texte soit très coloré, les effets sonores nombreux.enfin il faut que les fées soient très très douces, les sorciers très très méchants et les aventuriers très très intrépides.\u2014 Si, avec tout cela, les enfants ne sont pas contents, qu\u2019est-ce qu\u2019il leur faut ?\u2014 Rien ne peut être trop beau pour eux, me répondit mademoiselle Barthe.N\u2019oublions pas que c\u2019est notre génération de demain, il importe beaucoup que nos enfants connaissent leur histoire, qu\u2019ils soient gais et optimistes.A la fin de notre entretien j\u2019appris, tout à fait par hasard, que l\u2019arrière-grand-père de Mlle Barthe n\u2019était autre que J.-B.Meilleur, le grand éducateur du siècle dernier, ce qui confirme la puissance de l\u2019atavisme dans certaines familles, puisque nous retrouvons en Marcelle Barthe une autre merveilleuse éducatrice de nos chers enfants.Lucille Desparois.témoins qui gardaient l\u2019entrée, malgré le médecin.Elle avait un enfant dans les bras.Liliane l\u2019aperçut, se jeta sur elle! \u2014\tReine ! ma fille, ma fille bien-aimée ! En entendant ce cri, Juste se souleva sur sa couche, les yeux hagards et il cria : \u2014\tQue venez-vous faire ici, vous ?Sortez ! sortez ! \u2014\tMoi, répondit la femme, je viens vous rendre votre enfant.Vous ne me donnez pas d\u2019argent et je ne suis pas assez riche pour la nourrir !.\u2014\tMa fille ! cria Liliane transportée .Et s\u2019adressant à la gardienne : \u2014\tJe vous paierai, moi! \u2014\tVous êtes la mère?\u2014\tOui ! \u2014\tEh bien! j\u2019aime autant ça! Le magistrat se tourna vers son fils.\u2014\tTu vois, tu as Dieu contre toi !.\u2014\tOui, fit le blessé avec des regards de damné.Dieu, vous mon père, tout le monde ! je vous brave tous !.Et il expira !.EPILOGUE a blessure de Paul étant légère, quelques jours suffirent pour le remettre sur pied.Dans toute l\u2019affaire du duel, il avait eu le beau rôle, et s\u2019était acquis la sympathie de tous.Somme toute il ne pouvait qu\u2019être rassuré sur l\u2019avenir.La mort violente de Juste Vernier dénouait une situation qui menaçait de devenir impossible.Les principes religieux de Liliane lui interdisaient tout recours au divorce, elle n\u2019aurait jamais pu se résoudre à vivre sous le toit conjugal.Son mari mort elle pouvait maintenant aimer Paul de Lagarde sans remords.La première entrevue entre les deux éprouvés prit place quelques jours après le duel.Paul se sentant assez fort pour sortir fit demander et obtint la permission de se présenter chez M.Vernier.Les jeunes gens étaient si émus en se voyant que pour plusieurs minutes ils se contemplèrent sans dire une seule parole.Un.peu remis de leur émotion ils épanchèrent leurs âmes.Tous les odieux souvenirs de la période terrible qu\u2019ils venaient de traverser étaient oubliés dans leur extase.M.Vernier profita du moment où les jeunes gens allaient se quitter pour faire observer à Paul que selon les coutumes du monde, il ne pouvait se présenter comme fiancé si tôt après la mort violente du mari de Liliane, et lui conseilla de faire un long voyage à l\u2019étranger pendant la durée du deuil qu\u2019il portait peur sa mère.De Juste il ne parla point.Il lui dit en même temps qu\u2019il avait donne sa démission et qu\u2019il allait emmener Liliane et sa fille en Bretagne où il avait acheté une propriété.Paul acquiesça, et annonça son prochain départ pour l\u2019Amérique sur 1 invitation d\u2019un de ses amis qui s\u2019était établi dans le Kansas.Une semaine plus tard, Paul de Lagarde quittait le Havre sur les paquebots de la ligne transatlantique.Liliane et sa fille, Reine, accompagnées de M.Vernier étaient sur le quai pour lui faire leurs adieux.Us restèrent jusqu\u2019au moment où le steamer se déroba à leurs yeux.Un an plus tard, Paul, bronzé comme, un Turc, était de retour et menait a 1 autel Liliane, plus belle que jamais, et alors, certain que rien ne les séparerait plus ils se retirèrent au sein de leur famille et purent enfin goûter le bonheur qui est le partage de si peu dans ce monde., Paul Bertnay.IL ETAIT UNE FOIS [ Suite de la page 5 ] Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 ZI LE NAUFRAGE DU BONHEUR f Suite de la page 19 ] Il nageait en pleine folie \u2014 et cette idée rasséréna un peu le pauvre banquier.Il eut un geste de la tête comme pour repousser les paroles entendues.Et un sourire crispa sa lèvre.Constant Rivard le regardant attentivement, comprit ce qui se passait en lui.Il eut un sourire aussi, un sourire plein d\u2019amertume.\u2014 Vous ne me croyez pas?Vous pensez que je suis un fou ! Non, monsieur, malheureusement pour vous et surtout pour moi, je ne suis pas fou.Votre femme est l\u2019amie de Silvère Tolbiac, l\u2019ancien amant de ma femme, et en venant vous l\u2019apprendre je me venge de lui comme je me vengerai d\u2019elle en lui faisant connaître la trahison de celui qu\u2019elle aime sans doute encore.Ah ! monsieur, quand j\u2019ai fait cette découverte! Quand j\u2019ai appris que cet homme, que j\u2019épie depuis que ma femme m\u2019a quitté pour le suivre, avait une autre préférée, quel soulagement et quelle joie ce fut pour mon cœur ulcéré ! Mais il me fallait savoir qu\u2019elle était cette préférée et je le suivis.Je me fis son espion.Je ne le quittai pas d\u2019une semelle que je n\u2019eusse tout appris.Et je sais, monsieur, je sais \u2014 je sais que la préférée de cet homme est votre femme.Et je suis venu vous dire : «Vengez-moi! Vengez-vous ! » Moi je suis faible ; vous, vous êtes fort ! Le banquier sortit enfin, à ces paroles, de la douloureuse torpeur dans laquelle il était plongé.Et il dit : \u2014 Je ne vous crois pas, monsieur.Je ne crois pas que ma femme m\u2019ait trahi.\t, Vous vous êtes trompé.\u2014 Trompé ?s\u2019écria Constant Rivard avec un sourire amer \u2014 Trompé ?Voulez-vous savoir où ils se réunissent ?Je vous donnerai l\u2019adresse, le numéro de la chambre d\u2019hôtel.J\u2019ai loué une chambre séparée par une simple cloison de la chambre où ils se donnent leurs rendez-vous.Je vous mènerai dans cette chambre et vous entendrez.M.du Pontavisse passa la main sur son front mouillé d\u2019une sueur glacée, et il murmura : \u2014 Ah ! si c\u2019était vrai ! \u2014 Vous y viendriez, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Oh ! oui ! Les dents du financier grinçaient.\u2014 Vous les tueriez?\u2014 Sans pitié ! \u2014 Venez, monsieur, venez, je vais vous mener vers la chambre ! Mais le banquier secoua la tête encore.Il n\u2019était pas convaincu.\u2014 Ce n\u2019est pas possible ! \u2014 Venez, venez et vous verrez ! Vous entendrez.Us doivent y être à cette heure.\u2014 Dans la chambre ?\u2014 Oui, monsieur.M.du Pontavisse se rappela que sa femme devait sortir dans la journée.Un soupçon horrible traversa son esprit, et il dit à l\u2019homme : \u2014 Venez ! \u2014 Enfin, fit celui-ci.Et ils partirent tous les deux.II mntenant le banquier avait plus de hâte encore que son compa-d\u2019.être arrivé.Le doute était entré en lui.lancinant, torturant.Il voulait savoir ! n ne croyait pas encore, mais il voulait avoir la certitude qu\u2019il avait raison de ne pas croire ou qu\u2019il avait tort.Une fièvre le brûlait.Aussi, comme Rivard se dirigeait vers son fiacre, il lui saisit le bras, et cela avec une telle violence que l\u2019autre cria et le conduisit vers son automobile l\u2019attendant dans l\u2019avenue.\u2014 Nous serons plus vite arrivés, lui dit-il, les dents serrées, toute la chair frémissante d\u2019anxiété .Et c\u2019était un homme fort ! Mais combien les hommes les plus forts sont faibles devant la jalousie, la plus terrible des passions agitant la race humaine.Constant Rivard paya sa voiture et monta dans l\u2019automobile du financier après avoir donné au conducteur l\u2019adresse d'un hôtel, boulevard Malesherbes.Pendant le trajet, assez court, car l\u2019automobile allait très vite, les deux hommes ne prononcèrent pas une parole.Le banquier songeait.Lui aussi, comme son compagnon, il avait fait un mariage d\u2019amour.Il était déjà riche et puissant quand il avait fait connaissance chez un de ses amis d\u2019une jeune fille venant donner des leçons de piano aux enfants de cet ami, une jeune fille d\u2019une rare beauté, et dans tout l\u2019éclat d\u2019une jeunesse radieuse.Il en avait été ébloui, et n'avait plus cessé de penser, rentré chez lui, même au milieu de ses préoccupations et de ses affaires à la divine apparition.L\u2019image de Mlle Jeanne Aubin le poursuivait partout, jusque dans son sommeil, l\u2019empêchant de dormir et de travailler.Le banquier essaya de réagir ; mais, malgré ses efforts pour ne plus penser à la jeune artiste, il avait toujours devant les yeux l\u2019éblouissement de sa chevelure dorée, l\u2019éclat de ses grands yeux de rêve, la sveltesse de sa taille, et dans les oreilles la douceur de sa voix, car il l\u2019avait entendue chanter chez son ami et elle chantait d\u2019une façon ravissante, avec une voix qui n\u2019eût pas été déplacée sur un théâtre d\u2019ordre.Mais elle était d\u2019une famille austère, qui n\u2019avait pas voulu lui laisser suivre la carrière artistique pleine de trop de dangers pour une jeune fille.Jeanne Aubin, ayant perdu son père de bonne heure, vivait avec sa mère, qui possédait de petites rentes suffisantes pour les empêcher de mourir de faim, mais pas assez fortes pour leur permettre de tenir le rang auquel les avaient habituées leur naissance et leur éducation.Le père avait été, en effet, un fonctionnaire d\u2019un grade assez élevé.Alors Jeanne, parfaite musicienne, s\u2019était mise à donner des leçons dans quelques familles de sa connaissance, afin d\u2019augmenter leurs maigres ressources.Quand le banquier Fernand du Pontavisse, devenu déjà dans le monde de la finance un personnage considérable et qu\u2019on savait posséder une grosse fortune, quand le banquier Fernand du Pontavisse, voyant qu\u2019il ne pouvait plus s\u2019arracher à l\u2019image dont il était obsédé, vint faire part à la mère de Jeanne Aubin de la passion conçue pour sa fille et de son désir d\u2019épouser celle-ci, il y eut dans l\u2019humble appartement où vivait en recluse Mme Aubin, une sorte d\u2019effarement.Et pourtant la mère de Jeanne ne savait pas ce qu\u2019était M.du Pontavisse ; mais, à la vue seule du banquier, à l\u2019élégance de sa mise, elle avait deviné qu\u2019il était riche, d\u2019une position bien supérieure à celle de sa fille, et elle avait été tellement éblouie qu\u2019elle avait pu à peine prononcer quelques paroles inintelligibles.Elle avait fini par dire qu\u2019elle parlerait à Jeanne et que, selon ce que celle-ci déciderait.Elle n\u2019avait pas l\u2019intention de contrarier ses goûts.Et le banquier était parti là-dessus, attendant maintenant la réponse de celle qui était devenue pour ainsi dire l\u2019arbitre de sa destinée et sûrement de son bonheur.Il n\u2019avait pas osé lui parler à elle de ses intentions avant d\u2019en avertir sa mère ; mais déjà, chaque fois qu\u2019il avait rencontré la jeune fille chez ses amis, il lui avait laissé voir qu\u2019elle ne lui était pas indifférente.Mais Jeanne connaissait, elle, M.du Pontavisse.Elle savait quelle position il occupait, et jamais l\u2019idée ne lui serait venue qu\u2019il pourrait un jour songer à elle pour faire d\u2019elle sa femme.Elle semblait, par sa situation d\u2019humble coureuse de cachet, si loin de lui ! Aussi tomba-t-elle de son haut quand sa mère lui dit, un soir, qu\u2019elle avait reçu dans la journée une visite de quelqu\u2019un s\u2019intéressant vivement à elle.Jeanne était devenue très rouge, mais elle ne voyait pas qui avait pu venir chez elle.Elle n\u2019avait autorisé personne à lui faire la cour et n\u2019avait pas d\u2019ami.Elle demanda à sa mère : \u2014 Il t\u2019a donné son nom ?\u2014 Voici sa carte.Jeanne prit la carte, lut le nom de M.du Pontavisse et poussa un violent cri de surprise.\u2014 M.du Pontavisse est venu ici ?\u2014 Tu le vois.\u2014 Un homme de trente-cinq ans environ ?\u2014 Oui.\u2014 Un peu fort ?\u2014 Oui.\u2014 Elégant ?\u2014 Oui.Tu le connais ?\u2014 C\u2019est une ami de Mme Lafère et c\u2019est chez elle que je l\u2019ai vu.\u2014 Il est venu demander ta main.\u2014 Ma main ?\u2014 A peu près.Enfin, j\u2019ai compris qu\u2019il t\u2019aimait.\u2014 Mais, maman, ce n\u2019est pas possible! \u2014 Pourquoi donc ?\u2014 Sais-tu qui est ce M.du Pontavisse ?\u2014 Pas du tout.\u2014 C\u2019est un banquier.\u2014 Eh bien ?\u2014 Plusieurs fois millionnaire.Moi sa femme ! Tu as mal compris.\u2014 Je t\u2019assure.Jeanne devint sérieuse.Elle se rappela qu\u2019elle avait remarqué, en effet, combien le financier la regardait.Elle se rappela qu\u2019il venait bien plus souvent depuis quelque temps chez les Lafère et qu\u2019il s\u2019y présentait aux heures où il savait la trouver là.Etait-ce possible ?La jeune fille eut un éblouissement.M.du Pontavisse amoureux d\u2019elle ! M.du Pontavisse voulant faire d\u2019elle sa femme ! Elle s\u2019y croyait pas encore.Elle dit à sa mère : \u2014 Tu ne t\u2019es pas trompée au moins?\u2014 Mais non, ma chérie.\u2014 Il t\u2019a bien dit qu\u2019il voulait m\u2019épouser ?\u2014 Il me l\u2019a laissé entendre.\u2014 Et qu\u2019as-tu répondu ?\u2014 Que je te consulterais.\u2014 Mais, ajouta la mère, regardant le visage bouleversé de sa fille, est-ce que tu l\u2019aimerais déjà?\u2014 Moi, maman, mais non.Mais si tu savais ce qu\u2019est M.du Pontavisse, JEUNES ET VIEUX EXIGENT LES rbb t Hommes ou femmes qui parfois ne requièrent que leurs cartes d'identification trouveront ce portefeuille doublement utile.Il comprend trois! fenêtres transparentes ajustées au portefeuille.Superbe modèle solidement fabriqué javec le meilleur cuir, ce portefeuille réunit de plus les deux caractéristiques exclusives à Perkins, le \"Bill- j guard\" et la \"Cashette\".Si vous désirez obtenir notre catalogue illustré, écrivez à H.Perkins & Sons (Canada) Limited, 1191, rue Université, Montréal, Qué.Prix variant de $1.15 à $8.25.V\u2019 22 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 5 PRIX A GAGNER CHAQUE SEMAINE LES 5 GAGNANTS \u2014 5 JEUX DE CARTES Solution du Problème No 670 Problème No 669 Mlle Dolorès Rouleau, St-Sébastien Station, Co.Frontenac, P.Q.; Mlle Marie-Rose Sylvain, 100, rue Lavigueur, Québec, P.Q- J Mme A.Beauchamp, 3449, rue De Bullion, Montréal (18), P.Q.; Mlle Yvonne Bélisle, 161, rue St-Georges, St-Jérôme, Co.Terre-bonne, P.Q.; Mlle Marcelle Dallaire, Case Postale 63, Bagotville, Chicoutimi, P.Q.- AVIS - Le rationnement des jeux de cartes nous oblige à n\u2019offrir que cinq jeux par semaine.LES MOTS CROISES DU \"SAMEDI\" \u2014 Problème No 671 10\t11\t12\t13\t14\t15 (Les réponses doivent nous parvenir le jeudi soir, au plus tard).Nom .Adresse .Ville ou Village .Province ri] U M £ R L j O U £> T t e> R t £ F G- É R EST L R V E -R D R U L E c O N O T |N Ü E S R U O E S TON ERE K U l & U £ N j U R S E \"A E & i i t o T L t T T £ ROuES f C R u 6 H £ T R £ C l R £ -R E R R t E ^ o I U £ m t O T S E O u R 'KJO M R N S F.M U vj R E R TENIR q|oh W1T 1H E: O- O U T HORIZONTALEMENT 1.\tObjet qui forme une enceinte.\u2014 Reptile.\u2014 Homme très avare.2.\tNom donné à la Perse.\u2014 Chaque.\u2014 Roule.3.\tCaprice extravagant.\u2014 Habitude ridicule.\u2014 Rapporter textuellement.4.\tDénuée d\u2019esprit.\u2014 Branche de rotang pour faire des carmes.5.\tSuspension d\u2019hostilités.\u2014 Coiffure des Evêques.6.\tExclamation d\u2019admiration.\u2014 Possédée.\u2014 Uhité de mesure de longueur.\u2014 Note.7.\tRoue à gorge d\u2019une poulie.\u2014 Petit réseau pour retenir les cheveux.\u2014 Solide.8.\tQue nous apportons en naissant.\u2014 Genre d\u2019oléacées originaire de Perse.\u2014 Petit amas d\u2019eau.9.\tPossèdent.\u2014 Peau de veau mort-né.\u2014 Linacée employée comme plantes textiles.10.\tPetit cube pour jouer.\u2014 Mal reconnaître les services de.\u2014 Garçon d\u2019écurie de course.\u2014 Conjonction.11.\tJument qui a le tendon blessé.\u2014 Patrie de St-Etienne.12.\tSuite ininterrompue.\u2014 Importa le tabac en France (1530-1600).13.\tVoix d\u2019homme la plus élevée.\u2014 Toute libéralité à titre gratuit.\u2014 Conformément à.14.\tConfond en un.\u2014 Habitude bizarre.\u2014 Plaque cornée formant le dessous du sabot d\u2019un animal.15.\tQui plaît à l\u2019œil.\u2014 Ane sauvage.\u2014 Terme du jeu de tennis.VERTICALEMENT 1.\tMassue dont on se sert en gymnastique.\u2014 Temps qu\u2019une planète met à faire sa révolution.\u2014 Cuvette.2.\tBison d\u2019Europe.\u2014 Plante dont on se sert en Orient pour teindre les cheveux.\u2014 Légumineuse.3.\tOutil de menuisier.\u2014 Préfixe.\u2014 Lieu pour serrer les foins.4.\tNom scientifique du salpêtre.\u2014 Arbre qui a les deux âges de la coupe du bois.5.\tBalle pour jouer à la paume.\u2014 Rendre expérimenté.6.\tConjonction.\u2014 Action d\u2019éveiller.\u2014 Nuage.\u2014 Moi.7.\tGaz stomacaux.\u2014 Insecte hémip-tère.\u2014 Préjudice.8.\tAprès.\u2014 Mélanger des choses diverses.\u2014 Tout bénéfice.9.\tEt le reste.\u2014 Corps simple.\u2014 Une des Cyclades.10.\tAdverbe.\u2014 A un air gai.\u2014 Intervalle entre les solives et les tuiles.\u2014 Pronom.11.\tPetit bâtiment à un mât.\u2014 Instrument qui sert à pulvériser.12.\tUnité des mesures de capacité pour les liquides.\u2014 Mort.13.\tTranche de pain que Ton fait rougir devant le feu.\u2014 Fleuve de la Suède.\u2014 Morceaux chantés par un seul artiste.14.\tPuits naturel creusé en forme de gouffre.\u2014 Emportement de colère.-\u2014Acier laminé.15.\tTrois fois.\u2014 Personnes descendants d\u2019un ancêtre commun.\u2014 Poli.il y a bien de quoi, vois-tu, être troublée.\u2014 Ainsi il ne te déplaît pas ?\u2014 Me déplaire ! Mais maman, je ne veux pas croire encore que ce soit sérieux.Madame du Pontavisse, moi ! Jamais, dans mes songes les plus ambitieux, je n\u2019aurais pu rêver rien de pareil ! \u2014 Ainsi, tu es heureuse ?\u2014 Je n\u2019ose pas.\u2014 Pourquoi ?\u2014 J\u2019ai peur que ce ne soit pas vrai.C\u2019est trop beau.Ah ! maman, maman ! Et la jeune fille, se laissant tomber sur la poitrine de sa mère, se mit à sangloter.Elle sanglotait de joie et d\u2019énervement aussi.Et elle ne voulait pas croire encore à ce qu\u2019on lui apprenait.Il fallut que M.du Pontavisse vînt lui faire connaître lui-même ses intentions.Et le banquier se rappelait, à cette heure tragique où il allait peut-être être mis en présence de la trahison de la femme aimée, l\u2019effet produit par sa demande, et avec quel bonheur elle avait été accueillie ! et quelle gratitude infinie il avait lue dans les yeux de celle qu\u2019il venait arracher à une médiocrité presque misérable, pour la lancer dans une existence de luxe, de fêtes et de joies de toutes sortes ! Il était persuadé qu\u2019elle n\u2019oublierait jamais cela, qu\u2019elle n\u2019oublierait jamais ce qu\u2019elle lui devait, et si ce qu\u2019on lui avait dit était vrai elle l\u2019aurait oublié! Le banquier semblait anéanti.Jamais il n\u2019avait songé à cela.Jamais il n\u2019avait pensé qu\u2019un jour sa femme, cette petite Jeanne dans les yeux purs de laquelle il lisait tant de candeur et de loyauté, pourrait aimer un autre homme et le trahir, lui, lâchement, bassement ! Il secoua la tête et répéta : \u2014 Ce n\u2019est pas possible ! Elle avait toujours semblé l\u2019aimer.Dans les premiers jours de leur mariage, quand il l\u2019initiait à cette vie de grande mondaine qu\u2019elle allait mener, quand il lui montrait le véritable palais qu\u2019elle allait habiter à Paris, le château à Nice où elle passerait les hivers et la villa fleurie de la côte normande où s\u2019écouleraient ses étés et qu\u2019il lui disait que tout cela était à elle désormais ; quand il se faisait une joie de satisfaire tous ses caprices, de la mener chez les couturières à la mode, où elle pouvait se commander les plus élégantes toilettes, chez les bijoutiers où il la laissait libre de choisir les plus beaux joyaux, elle avait pour le remercier des yeux si énamourés et si émerveillés à la fois et des sourires si extasiés et si reconnaissants qu\u2019il avait cru naïvement qu\u2019elle n\u2019aurait jamais assez du dévouement et de la fidélité de toute une vie pour Ten remercier.Puis elle paraissait l\u2019aimer sincèrement.N\u2019était-il pas jeune encore et n\u2019avait-il pas tout ce qui pouvait plaire à une femme ?Il était heureux et fier de montrer à tous celle qu\u2019il adorait, de la mener dans tous les endroits où Ton est en vue, et il semblait dire : \u2022 \u2014 Cette femme que vous voyez, si élégante et si belle et qui m\u2019adore, eh bien ! c\u2019est ma femme ! Son amour s\u2019augmentait encore des satifactions d\u2019amour-propre qu\u2019elle lui donnait et de la confiance qu\u2019il avait en elle.Jamais il n\u2019avait surpris rien de faux dans son regard, rien de louche dans ses sorties ou dans ses fréquentations et il avait été pleinement heureux ! Pendant le jour il vaquait à ses immenses affaires, l\u2019esprit tranquille, sans une inquiétude, sans un soupçon ; et, le soir, il rentrait chez lui, où il la trouvait paraissant toujours aussi ai- mante, toujours aussi empressée a lui plaire.\t, Comment aurait-il doute d elle et pourquoi en aurait-il douté ?N\u2019avait-elle pas avec lui tout ce qu\u2019elle pouvait désirer, une tendresse jamais assouvie et toutes les satisfaction de la coquetterie et de la vanité?Il s\u2019était endormi ainsi dans une fausse sécurité, persuadé qu\u2019on ne pouvait pas même y songer, et son réveil n\u2019en était que plus terrible.Cependant l\u2019auto venait de s arrêter.Constant Rivard, qui n\u2019avait pas voulu, par une réflexion, par un mot, troubler les songeries du banquier, lui montra l\u2019hôtel, une grande maison neuve avec une entrée ornée de plantes vertes, ayant aux fenêtres de riches rideaux de dentelles.Et il lui dit : \u2014 C\u2019est là ! M.du Pontavisse frémit jusqu\u2019au fond de l\u2019âme, regarda d\u2019un air singulier ce bâtiment dans lequel il allait peut-être trouver la preuve de son malheur, de ce malheur qu\u2019il n\u2019avait jamais voulu prévoir et qu\u2019il ne croyait pas possible.Il s\u2019arracha à sa torpeur et dit : \u2014 Allons ! Et il sauta à bas de l\u2019automobile.Constant le suivait, un peu ému malgré tout, ayant seulement alors conscience de l\u2019infamie commise, du drame allant peut-être en surgir et dont il aurait été l\u2019artisan.Et il hésitait presque maintenant et avait ralenti son pas.Mais- le financier se retourna, impatient, le sang brûlé par la fièvre.\u2014 Eh bien ! dit-il rudement, qu\u2019attendez-vous ?Alors Constant Rivard se rappela la trahison dont il avait été victime, la haine dont il était animé contre son auteur.Et il se décida à pénétrer dans l\u2019hôtel.Il traversa et fit traverser à M.du Pontavisse un long vestibule couvert d\u2019un épais et somptueux tapis, alla prendre une clef pendue à un crochet dans le bureau, et, tenant cette clef à la main, il dit en se retournant: \u2014 Venez, monsieur ! Et lui et le banquier montèrent l\u2019escalier.Constant s\u2019arrêta au deuxième étage, et toujours sans un mot, ouvrit la porte d\u2019une chambre très luxueusement meublée.Puis, montrant à M.du Pontavisse une porte cachée par des tentures de soie, lui dit : \u2014 Ils sont là, derrière cette porte.Vous pouvez écouter.Le banquier s\u2019approcha fébrilement, colla son oreille au bois de la porte et poussa une sorte de cri assourdi.\u2014 C\u2019est elle ! \u2014 Vous voyez, monsieur, que je ne vous ai pas trompé.\u2014 Non, non, j\u2019ai reconnu sa voix.Et, tout frémissant, M.du Pontavisse se remit à écouter.\u2014 Quand vous voudrez entrer, dit Constant Rivard, vous n\u2019aurez qu\u2019à pousser la porte.J\u2019ai dévissé la serrure.Une simple pression.\u2014 Oui, oui, laissez-moi ! De ses mains crispées, le financier pétrissait dans la poche de son pardessus la crosse de son revolver.Constant Rivard le contempla un instant, vit la résolution homicide luisant dans son regard et s\u2019éloigna doucement en disant : \u2014 Je suis vengé! III IL Y avait près de deux heures que Jeanne du Pontavisse et Silvère Tolbiac étaient enfermés dans la chambre voisine, pièce luxueusement meublée, que les tentures et les tapis somptueux rendaient très sourde. Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 23 Jeanne était arrivée la première, surprise et choquée que son amant mît si peu d\u2019empressement à venir la rejoindre.Et elle s\u2019était promenée avec agitation dans la pièce pendant des minutes qui lui avaient paru d\u2019une longueur démesurée, allant de la porte, pour écouter si elle entendrait le bruit de son pas, à la fenêtre pour tâcher de l\u2019apercevoir.Dans tout l\u2019épanouissement de sa beauté, de sa beauté blonde et lumineuse lui ayant valu la réputation d\u2019être une des plus belles femmes de Paris, Mme du Pontavisse attirait tous les regards dès qu\u2019elle se montrait dans un salon ou à l\u2019avant-scène de quelque théâtre.Grande, mince, un peu fluette même, elle était d\u2019une élégance extrême et portait à ravir des toilettes toujours choisies avec un goût exquis, et sortant de chez les meilleurs faiseurs.Elle avait les plus beaux bijoux peut-être de Paris ; pour ses courses elle disposait d\u2019une automobile de trente mille francs, et un attelage composé de bêtes de dix mille francs lui servait pour se promener au Bois quand elle voulait se faire voir.Beauté à la mode, son nom était constamment cité dans les journaux avec cette épithète flatteuse: la belle dame du Pontavisse.Il y avait loin de cette situation à celle occupée avant son mariage, quand elle courait les rues pour aller donner des leçons de piano à cinq francs le cachet.Mais cela était si ancien qu\u2019elle n\u2019y songeait plus et n\u2019était plus même étonnée de sa singulière fortune.On eût dit qu\u2019elle était née et avait toujours vécu au sein de 1 opulence dont elle jouissait.Elle était stupéfaite seulement qu\u2019étant si belle et si aimée on se permît de la faire attendre.Et quand Silvère se montra enfin elle courut à lui toute courroucée.\u2014 J\u2019allais m\u2019en aller.\u2014 Je vous demande pardon, dit le jeune homme, mais j\u2019ai hésité à venir.\u2014 Hésité ?\u2014 Oui.Et comme elle se cabrait : \u2014 Ecoutez-moi, dit-il avec un geste pour l\u2019apaiser \u2014 et laissez-moi vous parler paisiblement \u2014 Vous savez ce que je vous ai dit ?\u2014 Oui, que vous ne m\u2019aimiez pas.\u2014 Que j\u2019aimais une autre femme du moins, une femme pour qui je suis tout et que je ne puis abandonner.Elle eut un gest fiévreux.Pourquoi m\u2019avoir fait la cour, alors ?__On fait toujours la cour aux jolies femmes.\u2014 Pourquoi m\u2019avoir laissé croire ?\u2014 Que je vous aimais?je ne vous l\u2019ai jamais dit.\u2014 C\u2019est vrai.Mais quand je suis tombée dans vos bras, dans tes bras, car je t\u2019aimais, moi, je t\u2019ai aimé du jour où je t\u2019ai vu pour la première fois, tu ne m\u2019as pas résisté.\u2014 Il eût fallu être un saint, et encore .et je suis un homme, un homme très faible même.et je n\u2019ai pas pu cacher le ravissement que j\u2019ai éprouvé.Mais quand je me fus repris .\u2014 Tu as eu des regrets ?\u2014 Non, mais quelques remords d\u2019avoir trahi la malheureuse femme .Et comme elle faisait un geste pour partir : \u2014 Ecoute-moi, reprit-il vivement, écoute-moi quelques minutes.Je ne veux pas te faire de la peine.Tu es pour moi une femme exquise, la plus exquise même que j aie jamais ren- contrée, mais pour toi, pour moi, il faut cesser de nous voir.Nous courons à un abîme.Que ton mari apprenne.Elle eut un geste d\u2019une indifférence suprême.\u2014 Que m\u2019importe ! \u2014 Et si cette femme qui m\u2019a tout sacrifié se doutait.\u2014 Eh bien ?\u2014 Je la connais.Elle en mourrait.Elle n\u2019est pas riche comme toi.Elle n\u2019est pas entourée comme toi d\u2019un tas d\u2019adorateurs.Elle vit seule, triste.Elle n\u2019a d\u2019autre joie que de me voir, de savoir que je l\u2019aime et que je lui reste fidèle, et si elle savait que je la trompe, je ne me le pardonnerais jamais ! Jeanne battait les vitres de ses mains fiévreuses.Quand son amant eut fini, elle se retourna fiévreusement.\u2014 C\u2019est pour me dire cela que tu m\u2019as fait attendre ?Et si je t\u2019aime, moi ?Si je ne peux pas me passer de toi maintenant ?Si je meurs, moi, de ton abandon ?\u2014 Allons donc ! \u2014 Tu ne me crois pas ?\u2014 Franchement non.\u2014 Pourquoi ?\u2014 Tu as d\u2019autres distractions, un mari qui t\u2019adore.\u2014 Et pour ce mari même .\u2014 Ah ! oui, fît-elle en marchant avec agitation, parlons-en de ce mari! \u2014 N\u2019est-il pas aux petits soins ?\u2014 Si, si.Il me donne tout ce que je veux.Je n\u2019ai qu\u2019à exprimer un désir pour être satisfaite.Et je dois être une femme bien heureuse.Je suis aimée, choyée, dorlotée je me vautre dans la soie, les velours, les dentelles et j\u2019ai des bijoux qui rendent jalouses toutes les femmes, un mari exquis et qui m\u2019aime .Mais précisément il est trop exquis ce mari, et il m\u2019aime trop.Il est trop parfait, et je n\u2019ai rien à lui reprocher, pas un moment de mauvaise humeur, pas un refus, pas une désobéissance à mes volontés, et je ne dois avoir pour lui que de la reconnaissance.Je lui dois tout.Il a fait de moi la plus enviée des femmes, et je n\u2019ai pas l\u2019ombre d\u2019une critique à faire sur sa conduite.C\u2019est ce qui m\u2019enrage, comprends-tu ?Il est fidèle, solennel, sans défaut.Et moi j\u2019ai besoin de me détendre de temps en temps.Il y a des moments où je voudrais du bout de mon pied lui enlever son chapeau à huit reflets et le faire voltiger dans le salon.Mais il me croirait folle et me ferait enfermer.D\u2019ailleurs je ne l\u2019aime pas.je ne l\u2019ai jamais aimé et pourtant j\u2019ai fait tout ce que j\u2019ai pu.Dans les premiers temps de mon mariage je me disais constamment : Il faut que j\u2019aime mon mari !.il faut que j\u2019aime mon mari ! Et je m\u2019efforçais de m\u2019extasier smses qualités, je me.disais : Il est bon, il est beau.Il a été excellent pour moi.Il m\u2019a prise sans fortune.Il m\u2019a élevée jusqu\u2019à lui, moi qui n\u2019étais rien qu\u2019une pauvre petite fille sans avenir.Je dois l\u2019aimer, je dois l\u2019aimer ! Mais plus je me disais : Je dois l\u2019aimer et moins je l\u2019aimais, comprends-tu ?\u2014 Non.\u2014 C\u2019est comme cela cependant.J\u2019ai dû me résigner à jouer la comédie, et je l\u2019ai si bien jouée qu\u2019il ne s\u2019est jamais douté de la réalité de mes sentiments, et il croit encore à cette heure que je n\u2019ai jamais cessé de l\u2019adorer, dit Jeanne.Je lui devais bien cela, et en lui donnant cette conviction j\u2019ai payé ma dette envers lui.Mais on se lasse à la longue de jouer un rôle.On a soif d\u2019éprouver des sentiments vrais .Le jeune homme leva les yeux sur elle, tout frémissant.Jamais elle ne lui avait paru si belle ! .Jamais il n\u2019avait vu dans ses yeux une telle flamme .Quelques minutes plus tard, M.du Pontavisse, guidé par Constant Rivard, pénétrait dans la chambre voisine.Il entendit, l\u2019oreille collée à la porte, un murmure de voix dans lequel il lui sembla reconnaître la voix de sa femme.Et il continua à écouter.Il avait éprouvé d\u2019abord de la stupeur.Maintenant il ressentait une rage folle d\u2019avoir été trompé ainsi, d\u2019avoir été dupé si longtemps ! A cent lieues de se douter que son mari était si près d\u2019elle, elle disait à son amant : \u2014 Maintenant tu me jures que tu ne m\u2019abandonneras pas ?Il fit un signe affirmatif.\u2014 Je ne t\u2019empêche pas, moi, de revoir cette femme, puisque tu l\u2019aimais avant moi, mais que je ne sois pas privée de toi .Je t\u2019aime, oui, je t\u2019aime ! Dis-moi que tu reviendras souvent.\u2014 Oui, le plus souvent possible.\u2014 Et nous nous aimerons encore ! \u2014 Oui.\u2014 Tu m\u2019aimes, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Oui.\u2014 Un peu ?\u2014 Beaucoup.\u2014 Beaucoup ?-\u2014Beaucoup, je t\u2019assura.Et si je t\u2019avais connue avant.\u2014 Tu n\u2019aurais pas aimé d\u2019autres femmes ?\u2014 Non.\u2014 Est-ce bien vrai ?\u2014 Je te l\u2019affirme.N\u2019es-m pas la plus délicieuse ?Elle s\u2019écria avec élan : \u2014 Ah! si c\u2019était vrai! Si c\u2019était vrai qu\u2019un jour tu ne puisses plus te passer de moi comme moi je ne peux plus me passer de toi ! que je serais heureuse ! Elle cria cette phrase avec une telle force que sa voix dépassa les tentures, la porte, arriva jusqu\u2019aux oreilles de son mari.Et celui-ci, fou de jalousie et de rage, enfonça la porte, arriva jusqu\u2019aux oreilles de son mari.VOUS A-T-IL ABANDONNE POUR UNE AUTRE.?767o des adultes ont une mauvaise haleine! Ne courez pas ce risque .employez la POUDRE A DENTS COLGATE Des expériences scientifiques prouvent positivement que 7 fois sur 10 la POUDRE A DENTS COLGATE arrête instantanément la mauvaise haleine.ECONOMISEZ ! Comparée à d\u2019autres grandes marques, pour le même prix, la grosse boîte de poudre à dents Colgate .donne 30 fois plus de brossages, la boîte geante 40 fois plus! CONSEIL AUX FUMEURS! La poudre à dents Colgate est un des moyens les plus rapides et faciles pour prévenir taches de nicotine et haleine de tabac! 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Nous disons à dessein le misérable, car cet homme, né avec des sentiments honnêtes, était devenu capable des plus lâches vilenies depuis qu\u2019un amour malheureux en avait fait une sorte de dément de la jalousie.Se voyant faible et laid, après que la trahison de sa femme eut brisé sa vie et lui eut montré qu\u2019il ne pouvait pas être aimé, ne se pardonnant pas aussi d\u2019avoir sacrifié sa fortune pour en être payé ensuite ainsi qu\u2019il le disait, de la plus noire ingratitude, il en était arrivé à se haïr soi-même, puisqu\u2019il n\u2019était plus capable d\u2019être heureux.Mais combien il haïssait encore davantage ceux qu\u2019il accusait d\u2019être la cause de son malheur, et cette femme aimée toujours et qui ne l\u2019aimait pas, et son amant, ayant pour lui le défaut d\u2019être beau et aimé et l\u2019enfant qu\u2019il ne pouvait pas regarder sans frémir en toutes ses moelles ! Il ne pouvait plus y avoir sur terre pour lui d\u2019autre satisfaction que celle de la vengeance.Faisons-nous un devoir d'acheter des Obligations du 7e Emprunt de la Victoire.ffiSai coupon d'abonnement (CANADA SEULEMENT) 1 an .$3.50 6 mois .$2.00 IMPORTANT \u2014 Indiquer d'une croix (\t) s'il s'agit d'un renouvellement.Nom .Adresse .Ville .Province .POIRIER, BESSETTE & CIE, Ltée 975.rue de Bullion.Montréal, P.Q. 24 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 ¦ Etes-vous déprimée?Nerveuse?Sans énergie?Délaissée?La vie n'a-t-elle pour vous que des désagréments?Souffrez-vous de maigreur?De vertiges?De migraines ?et votre teint a-t-il perdu sa fraîcheur?C'est alors que vous avez le sang trop lourd, chargé de toxines, et le travail de ce sang non purifié cause de pénibles désordres dans votre organisme.Faites alors votre cure de désintoxication naturelle.Les éléments concentrés qui constituent le merveilleux TRAITEMENT snno\"ir élimineront tous ces poisons.De jour en jour vos chairs se développeront et redeviendront fermes, votre teint s'éclaircira, vous serez plus attrayante avec tout le charme de la jeunesse.Envoyez cinq sous pour échantillon de notre merveilleux produit SANO « A ».Correspondance strictement confidentielle.Mme CLAIRE LUCE LES PRODUITS SANO ENRG.Case Postale 2134, (Place d'Armes), Montréal, P-Q- Ecrivez lisiblement ci-dessous.Nom -\u2014- Adresse \u2014-\u2014 Ville \u2014i-\u2014-Prov- Et il la tenait maintenant.Il en jouissait âprement, férocement, de cette vengeance ! Il allait être vengé à la fois des deux êtres qu\u2019il avait tant à cœur de châtier, car il allait apprendre à son ancienne femme, et avec quelle joie atroce ! la trahison dont elle avait été victime de la part de l'homme dont elle se croyait sans doute toujours aimée.Il se dirigeait pour cela, pour annoncer à l\u2019infortunée le malheur devant la livrer au désespoir ; il se dirigeait d\u2019un pas allègre vers le bureau de poste le plus voisin pour envoyer à Huberte \u2014 c\u2019était le petit nom de Mme Rivard \u2014 un petit bleu, car il avait hâte de lui apprendre la fatale nouvelle, quand tout à coup il se ravisa et se dit : \u2014 Si j\u2019y allais moi-même?Je serais témoin de sa douleur, de ses larmes, de ses cris de colère.et comme je serais heureux ! Quelle revanche de voir trahie à son tour celle qui m\u2019a si odieusement trahi ! « Oui, se dit-il, c\u2019est cela, je vais y aller ! x> Il connaissait l\u2019adresse de sa femme, n\u2019ayant jamais cesser, depuis qu\u2019ils étaient séparés, d\u2019épier chacun de ses faits et gestes.Mais jamais il n\u2019avait osé se présenter chez elle.Peut-être refuserait-elle de le recevoir.Mais il avait un moyen de se faire ouvrir la porte.Il parlerait de sa fille, et elle accou-rerait.Un pâle sourire plissa les lèvres du coquin à cette pensée, et pour mettre tout de suite à exécution son exécrable projet, il chercha du regard un fiacre libre.Il ne tarda pas à en apercevoir un, fit un signe au cocher et monta dans la voiture : \u2014 25, quai d\u2019Anjou, dit-il et vite.il y aura un bon pourboire ! La voiture démarra aussitôt et vingt minutes après elle s\u2019arrêtait devant la maison indiquée.La nuit tombait \u2014 une nuit d\u2019automne légèrement brumeuse et froide.Un brouillard s\u2019étendait sur la Seine, et les feuilles jaunies des arbres des quais roulaient en tourbillonnant avec un bruit léger.Dans les boutiques voisines s\u2019ouvrant sur le quai des lumières s\u2019allumaient.Constant Rivard sauta à terre.puis il entra sous une voûte obscure et se dirigea vers la loge que la concierge venait d\u2019éclairer et brillant au fond d\u2019une cour très sombre.\u2014 Madame Mélier, demanda-t-il, car Huberte avait repris son nom de jeune fille.\u2014 C\u2019est ici, monsieur.\u2014 Elle est chez elle ?\u2014 Je le pense.Au deuxième, la porte en face.L\u2019ancien mari d\u2019Huberte monta un large escalier de pierre aux marches couvertes de l\u2019humidité du soir.Il ne pouvait se défendre d\u2019une émotion assez vive à la pensée de se trouver en présence de celle à laquelle il songeait sans cesse et qui avait tenu une si grande place dans son existence.Objet de préoccupations constantes de sa jeunesse, à cette heure encore, elle avait le pouvoir de tant l\u2019émouvoir qu\u2019il était tout tremblant rien qu\u2019en touchant le bouton de la sonnette dont le son allait frapper ses oreilles.La porte fut quelque temps à s\u2019ouvrir, puis une vieille demanda d\u2019un ton assez maussade : \u2014 Vous désirez, monsieur?\u2014 Mme Mélier .Elle est ici ?\u2014 Oui, monsieur.Mais je sais pas si madame reçoit.Si monsieur veut me dire son nom ?\u2014\tDites-lui, fit le visiteur à voix assez haute pour être entendu à 1 intérieur de l\u2019appartement, que je viens lui apporter des nouvelles de sa fille.Huberte avait entendu, avait reconnu la voix.Une porte s\u2019ouvrit vivement et elle parut.\u2014\tMa fille est souffrante ?Constant Rivard, devenu pâle comme la mort en la voyant, et dont les lèvres frémissaient, répondit : \u2014\tPas précisément.Mais j\u2019ai pensé que vous seriez peut-être heureuse d\u2019avoir de ses nouvelles.Puis, tout bas, avec une physionomie singulière : \u2014 Recevez-moi.J\u2019ai à vous parler ! Huberte hésita.Elle n\u2019avait jamais revu son mari depuis qu\u2019ils étaient séparés.Elle s\u2019était privée même d\u2019aller voir sa fille pour ne pas le rencontrer.Que venait-il faire chez elle ?Que lui voulait-il ?Il n\u2019était pas là sûrement dans de bonnes intentions et pour lui apprendre une nouvelle agréable.Mais elle fut prise par la curiosité et, lui ouvrant la porte : \u2014 Entrez, monsieur.Et elle entra derrière lui après avoir congédié la domestique.Quand ils furent en présence tous les deux, l\u2019ancien mari et l\u2019ancienne femme, il y eut un moment de silence.Ils se regardèrent comme pour se rendre compte du changement produit en eux depuis le temps assez long qu\u2019ils ne s\u2019étaient vus.Constant Rivard constata avec une sorte de rage jalouse qu\u2019Huberte avait à peine changé ; elle avait toujours l\u2019air jeune et elle était très belle.Mais elle le trouva, lui, considérablement vieilli.Il était devenu d\u2019une maigreur invraisemblable, et son teint d\u2019une pâleur jaune avait quelque chose de malsain et de maladif.On comprenait que le malheureux avait beaucoup souffert.Il n\u2019avait jamais été beau, mais il avait l\u2019aspect plus repoussant encore que lorsqu\u2019elle l\u2019avait connu.Elle fut prise d\u2019une sorte de pitié compatissante, et c\u2019est d\u2019une voix s\u2019excusant presque et en demandant pardon, d\u2019une voix où il n\u2019y avait plus aucune rancune, bien qu\u2019elle n\u2019eût jamais pardonné la façon brutale dont on l\u2019avait séparée de sa fille, qu\u2019elle l\u2019interrogea: __Que voulez-vous de moi?Je vous écoute.Avant de prononcer une parole, Rivard la regarda encore, et la constatation de sa jeunesse et de sa beauté demeurées dans tout leur éclat, ayant rallumé toute sa fureur, il répondit d\u2019un air mauvais : \u2014\tJe viens vous parler de celui que vous m\u2019avez préféré, de celui avec lequel vous êtes enfuie, et dont vous vous croyez sans doute aimée.Elle le fixa avec des yeux d\u2019angoisse.Elle ne comprenait pas.\u2014\tEh bien ?\u2014\tEh bien ! il ne vous aime pas, lui, il vous trompe ! cria Constant Rivard, ayant hâte de frapper tout de suite sur le cœur toujours fermé pour lui Le coup fut terrible.Huberte devint d\u2019une lividité extrême.Elle chancela.Mais elle se remit presque immédiatement.Et, avec une superbe assurance, elle répondit : \u2014 Je n\u2019en crois rien.L\u2019amour de Silvère est trop haut, trop sincère .Il l\u2019interrompit brutalement.\u2014 M.Tolbiac vient d\u2019être surpris en flagrant délit avec Mme du Pontavisse par M.du Pontavisse, et il est peut-être mort à l\u2019heure qu\u2019il ' est.Puis, avec une joie atroce aux yeux, il attendit l\u2019effet produit par l\u2019effroyable nouvelle.Il fut terrible.Huberte poussa un cri et roula à terre comme foudroyée.Il la crut morte et allait appeler.Mais elle lui fit péniblement de la main un geste pour lui dire de n\u2019en rien faire.Elle ne voulait pas que sa domestique fût témoin de cette scène.Alors il se pencha vers elle pour lui donner des soins.Mais elle le repoussa avec une sorte d\u2019horreur.\u2014 Ah ! je savais bien, s\u2019écria-t-elle, que vous ne veniez que pour me faire du mal.Pourquoi vous ai-je reçu ?\u2014 Il vaut mieux, fit-il, que vous appreniez de moi ce qui s\u2019est passé que de l\u2019apprendre par les journaux.Si l\u2019on en juge par son air, le caporal Georges La Plante de Saut-Sainte-Marie, Ont., ne semble pas trop enthousiaste de ce bol de cuivre qui constituerait un souvenir traditionnel du Proche-Orient.C\u2019est que La Plante connaît la marchandise .et aussi les marchands du Caire.Il sait fort bien qu'il lui faut ne pas paraître intéressé, sans quoi, il lui en coûtera plus cher, selon la coutume établie-\tPhoto C.A.R.C. Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 \u2014\tPar les journaux ?\u2014\tIls seront tous pleins demain de ce scandale.\u2014 J\u2019ai laissé le mari devant la porte de la chambre où ils étaient enfermés, le revolver à la main.Elle s\u2019était relevée.Elle lui jeta un regard empreint de tout son mépris pour cet homme, et elle demanda : \u2014 C\u2019est vous qui l\u2019avez guidé ?Il répondit nettement : \u2014 C\u2019est moi.\u2014 Misérable ! \u2014 Pour me venger, comprends-tu, pour me venger de lui et de toi ! Ah ! vous avez fait de moi le malheureux, le désespéré, le paria que je suis devenu ! Et vous croyiez que j\u2019avais pardonné ?Quand je t\u2019ai connue, j\u2019étais riche.J\u2019étais un de ces fortunés mortels que tout le monde envie.Par toi, à cause de l\u2019amour insensé que tu m\u2019avais inspiré, je suis devenu le plus misérable et maintenant peut-être le plus méprisable des hommes.Et tu crois que cela ne s\u2019expie pas ! Oui, j\u2019ai épié ton amant, j\u2019ai acquis la preuve de la trahison, j\u2019ai pris le mari par la main pour lui montrer la trahison et je viens te dire maintenant : Voilà ce qu\u2019a fait celui que tu aimes ! Il vient d\u2019être surpris avec une autre femme, et peut-être a-t-il été tué dans ses bras ! Et tu m\u2019as quitté pour lui et tu l\u2019aimes peut-être encore ! Huberte regarda d\u2019un air de défi celui qui lui parlait ainsi.Et, hors d\u2019elle, voulant frapper à son tour, elle lui cria à la face : \u2014 Oui, je l\u2019aime, je l\u2019ai toujours aimé.et toi, je t\u2019ai haï toujours! \u2014 Mais il ne t\u2019aime pas, lui, puisqu\u2019il te trompe ! \u2014 Je ne le crois pas ! Tu es bien capable d\u2019inventer tous ces mensonges pour me faire souffrir.\u2014 Tu liras les journaux demain.Devant cette assurance elle se sentit faiblir.Si c\u2019était vrai pourtant ! Et cela devait être.Elle y croyait maintenant.Silvère un traître ! Silvère aimant une autre femme ! Silvère, en qui elle avait eu toujours une foi aveugle, qui lui avait donné de si éclatantes preuves d\u2019amour ! Silvère ne l\u2019aimait plus ! Silvère en aimait une autre ! A cette pensée tout son cœur se déchira.Des larmes montèrent à ses yeux.Et elle faillit éclater en sanglots.Mais elle se raidit.Elle fit des efforts surhumains pour ne pas montrer à cet homme dont elle était observée et devant être si heureux de la voir souffrir, l\u2019effroyable douleur qui broyait tout son être.Elle s\u2019efforça de rester calme, et elle dit en regardant Constant Rivard dans les yeux, et bien qu\u2019elle ne fût pas convaincue elle-même de la véracité de ses paroles.\u2014 Je ne vous crois pas.\u2014 A votre aise ! \u2014 Je sais que vous me haïssez et que vous cherchez tous les moyens de me faire souffrir.Mais celui-ci fera long feu.Je suis sûre de l\u2019amour de Silvère.En prononçant ces paroles, elle avait fait un geste involontaire trahissant toutes ses tortures.Constant Rivard ne s\u2019y méprit pas, et il dit très tranquillement : \u2014 Attendez demain.Devant ce calme, devant cette impassibilité fixe et froide, dénotant combien le misérable était sûr de lui, Huberte fut prise d\u2019un nouvel accès de désespoir plus violent que le permier.25 \u2014 Demain ! s\u2019écria-t-elle, mais si je croyais à ce que vous me dites, est-ce que je pourrais vivre jusqu\u2019à demain?Mais je ne vous crois pas, non, non, je ne vous crois pas ! Elle criait très fort comme pour se persuader elle-même, mais le doute était entré dans son âme, un doute terrible la torturant atrocement.Il la regarda, vit l\u2019expression de souffrance empreinte sur ses traits blêmes, et il prononça : \u2014 Vous avez raison ! Il vaut mieux être fixé tout de suite, venez ! \u2014 Où?\u2014 A l\u2019hôtel où le drame s\u2019est passé.\u2014 Avec vous ?\u2014 Est-ce que je vous fais peur ?\u2014 Oh ! non ! \u2014 Pourquoi hésiter ?J\u2019ai une voiture en bas.Dans un quart d\u2019heure vous serez fixée.Elle se décida, saisit un chapeau et dit : \u2014 Allons ! Elle ajouta : \u2014 Mais si vous m\u2019avez menti ! Pour toute réponse un sourire plissa les lèvres de Constant Rivard, un sourire méchant et qu\u2019elle trouva hideux.Ils descendirent, montèrent dans la voiture et, en se trouvant près de cet homme, toujours son mari, Huberte ressentit une impression singulière.Elle se rappelait tout ce qu\u2019elle avait souffert déjà par lui, et cette nouvelle douleur, peut-être la plus terrible de toutes, lui venait encore par lui ! Etait-il donc né pour être son bourreau ?Elle ne parlait pas.Elle se faisait toute petite dans le fond de voiture pour ne pas être frôlée par son corps odieux.Et elle rêvait, elle rêvait à tout ce qui lui était arrivé depuis que cet homme s\u2019était trouvé sur son chemin.Elle était, quand elle l\u2019avait vu, complètement heureuse.Elle vivait près de ses parents, dans une petite commune du département de la Vienne.Elle était déjà fort jolie et avait été remarquée par un de leurs voisins, le fils du médecin de l\u2019endroit, ce Silvère Tolbiac qu\u2019elle n'avait jamais cessé d\u2019aimer et que Ton accusait maintenant de l\u2019avoir trahie pour une autre, elle qui lui avait tout sacrifié et lui avait consacré sa vie ! Tout était lumière et joie autour d\u2019elle, à cette époque où son cœur s\u2019ouvrait à cette première affection d\u2019enfance laissant dans l\u2019âme un tel parfum qu\u2019on en ressent plus tard la douceur jusqu\u2019à la plus extrême vieillesse.Tout s\u2019était borné entre eux, car ils ne pouvaient guère se voir sans être sous l\u2019œil des parents et des voisins, à quelques regards échangés, à des serrements de mains à la dérobée.Mais combien doux les regards, et combien tendres les serrements de mains ! Sans avoir pu ainsi échanger autre chose que quelques paroles banales, ils avaient compris qu\u2019ils s\u2019adoraient et qu\u2019ils étaient déjà l\u2019un à l\u2019autre.Huberte prévoyait pourtant qu\u2019il y aurait de l\u2019opposition à leur mariage de la part des parents de Silvère plus riches que les siens et devant avoir pour leur fils des vues plus élevées.Mais elle ne pouvait empêcher de penser à lui, et quand elle l\u2019avait aperçu dans la matinée, elle emportait du bonheur pour le reste du jour.Il avait deux ou trois ans à peine de plus qu\u2019elle.C\u2019était un jeune homme charmant, distingué.Il venait de terminer ses études et restait au pays, attendant que son père lui eût trouver quelque part une situation._ Huberte sentait qu\u2019ils allaient être séparés, et elle souffrait à l\u2019avance de cette idée.Pourtant, un jour, il avait pu lui dire à la hâte : \u2014 Je vous aime.Je n\u2019aurai pas d\u2019autre femme que vous ! Et depuis ces paroles l\u2019amour de la jeune fille avait pris des proportions inattendues.Huberte avait un besoin de voir Silvère, de lui parler, de lui entendre répéter la promesse faite .Mais aucune félicité n\u2019était comparable à la sienne, et elle avait le coeur tout frémissant d\u2019espoir et d\u2019amour.A ce moment, son ciel si radieux se ternit brusquement.Elle apprit presque en même temps que Silvère allait partir et qu\u2019un homme arrivé récemment dans le pays et auquel elle n\u2019avait jamais fait attention, un homme passant pour être riche s\u2019était épris d\u2019elle et cherchait à s\u2019en approcher.Il avait déjà fait à son père des ouvertures, et le père avait accueilli ses avances avec une sorte d\u2019éblouissement, n\u2019osant en croire ses yeux et ses oreilles.C\u2019était en effet le fils d\u2019un banquier fort riche, connu dans la région, réputé pour être plusieurs fois millionnaire ; il venait de perdre son père et avait hérité de toute sa fortune.Il se nommait Constant Rivard.Il habitait à quelques lieues du bourg une vaste et charmante habitation appelée le château, et on le voyait maintenant très souvent à Jazeneuil, où il venait, avait-il dit, pour apercevoir Mlle Méfier.Il ne l\u2019avait pas caché au père de la jeune fille, et celui-ci, tout transporté, s\u2019était empressé de faire part à son enfant de l\u2019heureuse nouvelle.Elle n\u2019avait pas été accueillie comme il l\u2019espérait.Huberte avait pâli en l\u2019entendant et s\u2019était empressée de murmurer d\u2019un air un peu dédaigneux : \u2014 Mais je ne connais pas ce monsieur ! \u2014 Tu feras connaissance, dit M.Méfier.Il ne demande que cela.\u2014 Mais je n\u2019y tiens guère! \u2014 Un homme si riche ! \u2014 Que m\u2019importe ! \u2014 Tu ne vas pas être assez sotte cependant pour le repousser.Songe à notre situation.Je me fais vieux.C\u2019est à peine si je peux travailler.Ta mère est infirme.Ce serait pour nous la vie assurée, une vieillesse exempte de soucis.Et pour toi ! Songe ce que ce serait pour toi ! Madame Rivard.la femme la plus riche, la plus enviée.Tu habiteras le château Tété, tu iras à Paris l\u2019hiver.Tu auras des bijoux, des toilettes, des chevaux, des voitures.C\u2019est-à-dire que c\u2019est fou et que lorsque j\u2019y pense .\u2014 N\u2019y pense pas, papa, dit la jeune fille doucement, car cela ne se fera pas.\u2014 Et pourquoi donc ?\u2014 Parce que je ne veux pas me marier \u2014 et qu\u2019en tout cas, je n\u2019épouserai pas ce monsieur.\u2014 Eh bien, moi, s\u2019écria le père, l\u2019air résolu, je te dis que si! Et quand je devrais.\u2014 Quoi donc, papa ?\u2014 Te mener moi-même à l\u2019autel.\u2014 De force ?\u2014 Oui, de force.Ma tête bout, vois-tu, quand j\u2019y pense.et depuis que cet homme est venu ici, m\u2019a parlé, m\u2019a dit l\u2019effet produit sur lui, m\u2019a fait connaître ses intentions, il me semble que je vis dans un rêve.Des millions, petite, des millions dont tu aurais la jouissance, dont nous aurions notre part, nous qui avons toujours vécu dans la gêne, presque dans la misère, quelle revanche ! et comme les voisins qui nous ont méprisés vont faire une tête quand ils apprendront tout cela ! \u2014 Ne t\u2019exalte pas, papa, dit Huberte doucement, je te jure que1 je ne songe guère à M.Rivard et que j\u2019ai en tête d\u2019autres idées.M.Méfier regarda sa fille.Il était devenu très pâle.THICK SAUCE THICK CROSSE s BLACKWELL k Une Sauce Epaîite faite d'après la recette anglaise \u2014 Donne du piquant à tous les plats de viande et de pots* ton.\t19F La Nourriture du Dr.Chase POUR LES NERFS pour MEILLEUR SOMMEIL MEILLEURE DIGESTION MEILLEURE SANTÉ.JOUEZ DE LA GUITARE APPRENEZ A JOUER la Guitare Hawaïenne par correspondance.Cours complet, méthode très facile.Examens, diplôme, etc.Superbe guitare hawaïenne fournie GRATIS avec la première leçon.Termes de paiements faciles.13 années d\u2019expérience.Des milliers d\u2019élèves diplômés recommandent notre cours.LE CONSERVATOIRE DE MUSIQUE HAWAÏENNE ENR.122-S, Blvd.Charest, Québec.Il NECESSAIRE POUR ECOLIERS! 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Il veut pour son fils une fille riche, une fille dans une position au moins égale à la sienne, car ils sont fort à leur aise.Jamais, jamais il ne laissera son fils t\u2019épouser.D\u2019ailleurs, quand il sera loin, il ne pensera guère à toi.\u2014 Il ne m\u2019oubliera jamais .\u2014 Il te l\u2019a dit ?\u2014 Et je suis sûre qu\u2019il ne me mentait pas.\u2014 Peut-être a-t-il ces idées pour le moment.Tu es assez jolie pour lui tourner la tête.D\u2019autant plus qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019autres jolies filles dans le pays.Mais quand il sera à Paris, où il y a des filles cent fois plus jolies que toi, plus élégantes, plus spirituelles, ah ! il ne songera guère à toi ! Et puis, il n\u2019est pas fibre.Il y a le père, il y a la mère.Tu les connais comme moi.Des orgueilleux, la mère surtout, qui ont sur leur fils des idées ! Non, non, c\u2019est fou ! Il faut que tu oublies cela.Les amours de jeunesse, ça passe comme on avale un verre de vin.Huberte secoua la tête.Elle ne partageait pas l\u2019opinion de son père.Elle sentait qu\u2019elle était éprise, elle, pour la vie.Elle ne répondit pas.Elle ne voulait pas entrer tout de suite en lutte avec le menuisier.Elle se dit : \u2014 Je verrai Silvère et je lui parlerai ! Et elle ne songea plus qu\u2019à avoir une entrevue secrète avec lui pour s\u2019expliquer tout à son aise.Mais ce n\u2019était pas facile, et plusieurs jours se passèrent sans qu\u2019elle eût pu trouver une occasion favorable.Mais pendant ce temps l\u2019intrigue ourdie entre son père et Constant Rivard avai fait du chemin.Le fils du banquier était venu dans la maison du menuisier.Il avait été présenté à Huberte et déjà dans le pays on commençait à jaser de cette singulière aventure.On ne pensait pas que M.Rivard eût l\u2019intention d\u2019épouser la fille Méfier, mais on disait qu\u2019il était amoureux d\u2019elle, avait le désir de la séduire et que le père ne serait pas éloigné de prêter la main à ses projets.Cependant, d\u2019un autre côté, du côté de Silvère, une intrigue se nouait aussi.Ses parents n\u2019avaient pas été sans remarquer l\u2019air préoccupé du jeune homme; son attitude parut étrange, surtout lorsqu\u2019on lui parlait de son prochain départ et des vues que l\u2019on avait sur lui.Le père alla aux informations et apprit que son fils était amoureux, et de qui ?D\u2019une fille de rien, de la fille de Méfier, le menuisier, sur laquelle on jasait beaucoup en ce moment, et qu\u2019on disait courtisée par un homme très riche, M.Rivard, qui ne cherchait certainement pas à l\u2019épouser.M.Rivard avait ses entrées dans la maison Méfier, était favorise par le père, et déjà peut-etre au mieux avec la fille.Le médecin, en apprenant ces details, était entré dans une colère affreuse.Il rentra chez lui tout pâle de fureur et, s\u2019adressant à sa femme : \u2014 Sais-tu pourquoi Silvère hésite à partir ?Pourquoi, lorsque nous lui parlons de sa cousine, il n a pas 1 air d\u2019entendre et ne nous répond pas ?\u2014 Non, mon ami.\u2014 Il est amoureux.\u2014 Silvère ?\u2014 Oui.\u2014 Et de qui ?\u2014 D\u2019une petite voisine, assez jolie fille, la gueuse ! \u2014 Je la connais?\u2014 Parbleu ! \u2014 Qui donc ?\u2014 La fille à Méfier.\u2014 La fille à Méfier! cette mijaurée qui se fait remarquer par ses toilettes au-dessus de sa position ?\u2014 Oui.\u2014 Mais c\u2019est une petite rien du tout.\u2014 C\u2019est mon avis.\u2014 Et Silvère est amoureux d\u2019elle ?\u2014 On le prétend.\u2014 C'est sa préférée ?\u2014 On ne va pas jusque-là.Mais on dit qu\u2019il la courtise ; il cherche toutes les occasions de se trouver avec elle et elle-même n\u2019est point indifférente à ses avances.\u2014 Et nous nous nous doutions de rien ! \u2014 Comment nous serions-nous doutés ?\u2014 Mais ce n\u2019est pas sérieux ?\u2014 Il paraît que si.\u2014 Il ne veut pas l\u2019épouser ?\u2014¦ Il n\u2019en serait pas éloigné ! Elle est assez fine.\u2014 Mais jamais je ne consentirai à une pareille union.\u2014 Et moi donc ! \u2014 Il faut parler à Silvère \u2014 Dès qu\u2019il rentrera.\u2014 Et prendre des mesures énergiques.\u2014 L\u2019éloigner au plus tôt.\u2014 C\u2019est mon avis.\u2014 Où est-il ?\u2014 Il y a assez longtemps qu\u2019il est sorti.Il ne tardera pas sans doute à rentrer.\u2014 Je vais l\u2019attendre dans mon cabinet.Quand il paraîtra, tu me l\u2019enverras.\u2014 Oui, mon ami.\u2014 Je vais un peu lui savonner la tête.Une heure environ après cette conversation, Silvère, ne se doutant de rien, rentrait chez lui, l\u2019air assez sombre.Il avait entendu parler des assiduités de M.Rivard auprès de celle qu\u2019il aimait et considérait déjà comme sa femme.Et il avait un peu peur, bien que M.Rivard ne fût pas d\u2019aspect fort séduisant, de ce rival si riche.Il savait combien la fortune \u2014 et une fortune comme celle de Constant Rivard \u2014 peut tourner facilement la tête à une jeune fille pauvre, surtout quand elle est entourée de gens avides ne pouvant lui donner que de mauvais conseils.Ses inquiétudes étaient d\u2019autant plus vives qu\u2019il n\u2019avait pas vu la jeune fille depuis plusieurs jours, qu\u2019il ignorait ce qu\u2019elle pensait et se demandait si elle ne le fuyait pas.Silvère était donc de fort mauvaise humeur quand il parut devant sa me re.Celle-ci l\u2019avait observé silencieusement et avait été frappée de la tristesse de sa physionomie ; elle lui dit : \u2014\tTon père veut te parler.\u2014\tOù est-il ?\u2014\tDans son cabinet.\u2014\tJ\u2019y vais.Il franchit un couloir, et, arrivé devant la porte de son père, il frappa légèrement.\u2014\tAh ! c\u2019est toi ?fit le père ouvrant lui-même la porte.Entre ! Silvère pénétra dans la pièce.Il vit tout de suite à la physionomie de son père que celui-ci avait quelque chose de grave à lui dire.Il pâlit légèrement.\u2014\tEst-ce qu\u2019il savait ?\u2014\tVous avez à me parler, papa ?\u2014\tOui, assieds-toi.Moi je reste debout.J\u2019ai besoin de marcher un peu.Il regarda son fils dont l\u2019embarras et l\u2019angoisse étaient visibles.Et il lui dit : \u2014 Tu ne m\u2019avais jamais parlé, toi, d\u2019une fille Méfier ?Silvère devint plus pâle encore.I! bégaya : \u2014 D\u2019une fille Méfier ?\u2014 Oui, la fille du menuisier.\u2014Mlle Méfier ?\u2014 Mlle Méfier, si tu veux.C\u2019est ta préférée ?\u2014 Oh ! papa ! \u2014 Tu essayes du moins d\u2019en faire ta protégée si elle ne Test pas encore.En un mot, tu la courtises ?\u2014 Oui, papa, mais ce n\u2019est pas comme vous le dites.\u2014 Comment donc ?\u2014 Mlle Méfier est une honnête fille.\u2014 Jusqu\u2019à présent.\u2014 Elle le sera toujours.-\u2014 Alors tu es bien nigaud ! \u2014 Pourquoi donc ?\u2014 De perdre ton temps avec elle, si tu as cette conviction ?\u2014 Mais, papa.\u2014 Quoi ?\u2014 Mlle Méfier est digne d\u2019être aimée sérieusement.Le père eut un sourire narquois devant l\u2019air convaincu de son fils.\u2014 Et tu l\u2019aimes, peut-être ?\u2014 Oui, papa profondément.\u2014 Il ne te manque que de me charger d\u2019aller lui demander sa main.\u2014 Je venais vous en prier, papa.M.Tolbiac regarda son fils.Il avait peine à contenir la colère s\u2019amassant en lui.Il lui dit froidement : \u2014 Tu n\u2019es pas fou ?\u2014 Non, papa.\u2014 Epouser la fille Méfier, toi ?\u2014 Pourquoi pas ?\u2014 Parce que je ne veux pas de ça.je ne veux pas de ça, et à aucun prix, parce que ta mère n\u2019y consentirait jamais.Une fille sur laquelle on cause ! \u2014 A tort ! \u2014 Qui reçoit chez elle la visite d\u2019un bonhomme qu\u2019on dit plusieurs fois millionnaire.\u2014 C\u2019est précisément pour cela.\u2014 Que tu veux l\u2019épouser ?\u2014 Oui, papa, ou du moins me prononcer pour faire taire les mauvaises langues et avoir le droit de chasser cet homme de chez elle.\u2014 Mais si elle l\u2019accueille, c\u2019est qu\u2019il ne lui déplaît pas ou que du moins ses visites ne lui sont pas désagréables.\u2014 Ce n\u2019est pas elle qui l\u2019accueille.\u2014 Qui donc ?\u2014 Son père lui impose la vue de cet homme.Elle en souffre assez.\u2014 Pauvre naïf ! \u2014 Naïf! \u2014 Eh! oui, je dirais jobard, si je n\u2019avais pas peur de te froisser.Elle te fait croire .\u2014 Rien.Je ne lui ai pas parlé depuis qu\u2019on dit que cet homme va chez elle, Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 ?7 mais je la connais assez pour être sûr qu\u2019elle méprise ses millions.Le père regarda son fils d\u2019un air plus guoguenard encore, puis il lui dit: \u2014 Veux-tu que je te dise, moi, ce qu\u2019est ta demoiselle Méfier ?C\u2019est une maligne et une roublarde.\u2014 Papa ! \u2014 Elle avait jeté son dévolu sur toi, qui était pour elle un assez bon parti, mais un autre est venu, plus riche.\u2014 Je vous assure, papa, que vous vous trompez.Mlle Méfier est la personne la plus désintéressée, la plus loyale.Mais le père, ce n\u2019est pas la même chose, et c\u2019est pour cela que j\u2019ai peur.\u2014 Qu\u2019on te la prenne ?\u2014 Qu\u2019on ne la contraigne à faire ce qu\u2019elle ne voudrait pas.Mais elle m\u2019aime, je suis sûre qu\u2019elle m\u2019aime.Et moi je l\u2019aime tant ! En entendant ces paroles dont l\u2019accent était si ému, sincère, M.Tolbiac changea de physionomie.Il cessa d\u2019être railleur pour devenir grave.\u2014 C\u2019est si sérieux que cela ?\u2014 C\u2019est très sérieux, papa, à ce point sérieux que si vous refusez de me laisser épouser Mlle Méfier, vous ferez le malheur de ma vie et je ne me marierai jamais ! Le médecin s\u2019était arrêté dans sa marche à travers le salon.Il contempla son fils comme pour s\u2019assurer qu\u2019il parlait sérieusement.Et il vint s\u2019asseoir en face de lui.Il laissa écouler quelques minutes sans parler, puis il dit : \u2014 Il est grand temps que tu partes.Silvère avait eu un sursaut.\u2014 Que je parte ?\u2014 Oui.Pour Paris.Et tu vas partir demain par le premier train.\u2014 Mais .\u2014 Il n\u2019y a pas de mais.J\u2019ai parlé tout à l\u2019heure à ta mère; elle est tout à fait de mon avis Et elle ne savait pas ce que tu viens de m\u2019apprendre.\u2014 Alors, vous refusez ?\u2014 De parler au père de Mlle Méfier ?Mais oui.Je refuse.Et de toutes mes forces encore.Le mari de la fille Méfier, toi, j\u2019aimerais mieux mourir ! Et ta mère, ta mère ! Ah ! quels cris elle jetterait ! Ce que tu as de mieux à faire, crois-moi, si tu ne veux pas te brouiller avec elle et avec moi, c\u2019est de faire ce que je te dis : partir sans hésitation.Quand tu seras loin, tu oublieras.\u2014 Jamais, papa.\u2014 D\u2019ailleurs, c\u2019est elle qui t\u2019oubliera.\u2014 Elle ne m\u2019oubliera pas plus que je ne l\u2019oublierai moi-même.\u2014 Veux-tu parier, dit le père, qu\u2019avant six mois elle ne sera plus ici ?\u2014 Où ira-t-elle donc ?\u2014 A Paris.\u2014 Pour me rejoindre?\u2014 Pour rejoindre son amant, M.Rivard.\u2014 Vous la calomniez, papa.Vous calomniez une jeune fille que vous ne connaissez pas et qui ne mérite pas un tel outrage.Craignez de le regretter un jour.\u2014 Regrettez d\u2019avoir mal parlé de Mlle Méfier ?Tu veux rire ?\u2014 Non, je ne ris pas.Mlle Méfier est digne de tous les respects, et je l\u2019aime de toute mon âme.\u2014 Tu es mûr pour les douches, mon fils.Va faire tes malles et prépare-toi à partir dès demain.Silvère connaissait son père et surtout sa mère.Il n\u2019était pas majeur.Il savait qu\u2019il devait exécuter leur volonté et que rien ne pourrait les faire fléchir.Mai dans deux ans il serait fibre.Il suffirait pour Huberte et pour lui de patienter jusque-là.Il ne se doutait pas de l\u2019amour de la jeune fille et de sa fidélité.Elle saurait l\u2019attendre.Mais il ne voulait pas s\u2019éloigner sans l\u2019avoir vue, sans s\u2019être concerté avec elle, sans avoir échangé de nouveaux serments.Et, rentré dans sa chambre, au fieu de faire ses malles, il songea au moyen d\u2019avoir avec elle une suprême entrevue.Ce n\u2019était pas facile.Elle ne pouvait avoir fieu que pendant la nuit.Et comment lui faire savoir qu\u2019il allait la rejoindre, lui demander qu\u2019elle l\u2019attendît ?Il y rêva longtemps.Puis il eut un geste de joie.Il avait trouvé.TV La maison habitée par Méfier, le menuisier, était située tout à l\u2019extrémité du bourg, entourée d\u2019un jardinet séparé de la route par des barrières toutes vermoulues et qu\u2019il était bien facile de franchir.Si Huberte pouvait descendre la nuit, dans le jardin, Silvère pourrait avoir avec elle l\u2019entrevue souhaitée et lui confirmer ce qu\u2019il lui avait dit déjà, que, malgré l\u2019opposition de ses parents, malgré tous les obstacles, il ne cesserait de l\u2019aimer et n\u2019aurait pas d\u2019autre femme.Il écrivit fiévreusement sur un mor-1 ceau de papier : Il faut que je vous voie, Huberte, que je vous voie cette nuit, car on veut me faire partir demain.Descendez dans votre jardin à l\u2019heure où vous pourrez vous échapper.Vous m\u2019y trouverez.» Puis, ayant plié soigneusement ce papier, il alla se promener autour de la maison des Méfier.Il espérait apercevoir Huberte, pouvoir lui glisser le mot, mais il passa vainement à plusieurs reprises devant la maisonnette sans avoir aperçu la jeune fille.Et seulement à la nuit tombante il la vit venir de loin, sortant d\u2019une des maisons du bourg.Il manœuvra pour passer à côté d\u2019elle et quand elle fut assez près de lui, il lui glissa dans la main le petit billet.En le prenant, Huberte lui adressa un sourire qui parut lui confirmer tout son amour, et il s\u2019en alla tout heureux, emportant dans ses yeux et dans son cœur la douce vision de l\u2019aimée.« Elle viendra, se dit-il, et elle m\u2019aime toujours ; je l\u2019ai vu à son regard.» Tout ce qu\u2019on a dit est faux.Ce sont des calomnies et des mensonges ! Huberte est digne de moi.Silvère rentra avec cette conviction dont son âme fut rassérénée et quand on fit allusion chez lui à son départ du lendemain, U ne fit aucune observation et parut accepter son sort avec résignation.Son père pensa qu\u2019il était content même d\u2019aller à Paris.Et il dit à Mme Tolbiac, tout heureux de la résolution prise : \u2014 C\u2019était le seul remède, tu vois.Dans quinze jours il n\u2019y pensera plus.\u2014 J\u2019en suis sûre, murmura la mère.Et ils se félicitèrent tous les deux d\u2019avoir arraché leur fils à ce péril.Pendant ce temps, Silvère, monté dans sa chambre, attendait avec impatience l\u2019heure où il pourrait s\u2019échapper de la maison.Il s\u2019était installé à sa table pour travailler, mais il lui eut été bien impossible d\u2019écrire une ligne ou de tracer un mot.Il guettait anxieusement tous les bruits se faisant autour de lui pour saisir l\u2019instant où tout le monde serait endormi.Il avait entendu ouvrir la porte de la chambre où couchaient son père et sa mère.Les domestiques avaient cessé d\u2019aller et de venir, et bientôt un calme complet régna dans la tranquille demeure.Silvère attendit encore que ses parents aient eu le temps de s\u2019endormir; puis il ouvrit doucement la porte de sa chambre, descendit avec précaution les marches de l\u2019escalier couvertes de tapis, traversa sans lumière le vestibule et tira doucement le verrou de la porte d\u2019entrée.Une minute après il était dehors et personne ne l\u2019avait entendu.Du reste, dans le bourg, tout le monde semblait dormir.Les lumières de maisons étaient éteintes et on n\u2019entendait d\u2019autre bruit que celui du vent s\u2019engouffrant en sifflant dans les rues étroites et faisant remuer les tuiles des toitures.« SilÉIl a -'Mi1 sms* fl&\u2019àaù Notre civilisation que l'on dit avancée offre souvent d'étranges paradoxes, celui, par exemple, qui consiste à avoir développé à ce point les moyens de destruction que l'homme, en certaines circonstances, en soit rendu à habiter les cavernes comme au temps les plus reculés de l'histoire.C'est ainsi que quantités de Maltais, qui s'étalent aménagé des logis dans le roc pour se protéger contre les raids nazis, continuent de les habiter, en attendant la reconstruction.Photo C.A.R.C.æf2 FAÇONS POUR SOULAGER LE SUPPLICE de la Soulagez réellement la toux, l\u2019irritation et la congestion dues à la bronchite\u2014par ce moyen à double action, qui, de fait, -Ot2* s PENETRER - _Cc profondémentdans les bronches, grâce à ' ses vapeurs médicamenteuses adoucissantes.STIMULE lasurfacedela S poitrine et du dos, commît,, me un cataplasme ré chauffant.*A*en '¦KHBHtt DK HEUP.tt* Pour retirer tous les avantages de cette double action PÉNÉTRANTE-STIMULANTE, frictionnez simplement, au coucher, la gorge, la poitrine et le dos avec du Vicks VapoRub.Instantan'ment, le VapoRub se met à l\u2019oeuvre\u2014de 2 façons à la fois, comme indiqué ci-dessus\u2014pour apaiser la toux bronchique, 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feuilleton en cours.-COUPON D\u2019ABONNEMENT- (Canada seulement) 1 an .$3.50 6 mois .$2.00 IMPORTANT \u2014 Indiquez d'une croix (\t) s'il s\u2019agit d'un renouvellement.Nom .Adresse .v\u201e V/lle .Province .POIRIER, BESSETTE & CIE, Limitée 975, rue de Bullion, Montréal, P.Q. 28 Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 DANS LE MONDE SPORTIF [ Suite de la page 9 ] Enlacés, ils luttent dans un silence impressionnant.La défaite d\u2019un adversaire est obtenue tantôt par un croc-en-jambes, une pression de genoux, de la hanche ou du sternum, ou bien encore par une lente torsion du pouce, très douloureuse.Les accidents sont fort rares, car celui qui se sent et s\u2019avoue vaincu crie \u201chalte ! \u201d ou frappe deux coups sur la main de l\u2019adversaire, qui cesse immédiatement la prise.C\u2019est une école de volonté et d\u2019endurance .MORT AU CHAMP D'HONNEUR Tous les amateurs de baseball reconnaîtront un vétéran de ce sport chez les jeunes de Sherbrooke, dans la personne du regretté ex-lanceur A.Le-tarte, mort en Normandie.Letarte, a été la vedette du Baseball Junior de Sherbrooke, dès 1937-38.L\u2019année sui-volonté et d\u2019endurance .Le soldat Armand Letarte, ancien lanceur de la ligue Sherbrooke Junior, tué en Normandie.Il servait outre-mer depuis 4 ans et demi.Régiment de Maisonneuve, s\u2019enrôlait dans l\u2019Armée Active et, dès janvier 1940, il traversait avec les premiers contingents Canadiens Français.Letarte occupait la position de chauffeur mécanicien, depuis son entrée dans l\u2019Armée.Marié à une écossaise de Glasgow, en 1942, le soldat Letarte était père d\u2019une petite fille du nom d\u2019Adèle.Son père, résidant à Drummondville, M.Emile Letarte, a appris la nouvelle d\u2019abord que son fils était blessé, puis quelques jours plus tard, la Défense Nationale, à Ottawa, annonçait son décès dans un hôpital militaire, des suites de blessures reçues au front.Il laisse dans le deuil, outre son épouse et sa petite fille, son père et sa mère, cinq soeurs : Dame Gérard Béliveau, Laprairie ; Dame J.R.Pinard, de la rue Bowen à Sherbrooke ; Mlle Irène Letarte, garde-malade au sanatorium St-François de Sherbrooke (actuellement en service à la Canadian Celanese Ltd.de Drummondville) ; Ré-jeanne et Carmen, deux étudiantes de Drummondville.Le soldat Letarte laisse aussi dans le deuil deux frères : Orner Letarte, parachutiste, actuellement en service outremer, et Roger, assistant maître de poste, à St-Simon de Drummondville.Ses beaux frères : Gérard Béliveau, de Laprairie ; le sergent J.R.Pinard, du Bureau de recrutement de Sherbrooke, et ses tantes et oncles : La famille Eugène Letarte, Sherbrooke ; la famille Hormidas Letarte de Richmond, William Lalonde et Hormidas Lavigne aussi de Richmond ; la famille Eugène Guimont et Eugène Tourigny de St-Félix de Kingsey ; M.Aimé Lamothe de Drummondville, et plusieurs autres parents de la région de Sherbrooke et Richmond.Le soldat Letarte est né à Drummondville ; il fit ses études commerciales au collège de Victoriaville.Il a toujours pris une part active aux sports tant à Drummondville que dans tous les Cantons de l\u2019Est.Lors du service funèbre, chanté dans sa paroisse natale, St-Simon de Drummond, une foule immense lui a rendu les derniers hommages.LE RETOUR A LA VIE SIMPLE Quelques économistes prétendent que si, après la présente guerre, du jour au lendemain, tous les individus les plus riches, ces multimillionnaires qui fabriquent les guerres aussi facilement que l\u2019on fabrique un avion aux usines Fairchild ou Noorduyn, réduisaient de moitié leur train de vie, le problème de la réhabilitation des soldats dans la vie civile serait vite réglé.Il y a dans cette affirmation une grosse part de vérité.Dans la société actuelle minée par une civilisation mal comprise, où le machinisme est devenu le destructeur de la santé, du commerce et de l\u2019industrie, une simple loi votée dans tous les pays pour la réduction massive du nombre des usines, pour la limitation de la production et pour favoriser le retour à l\u2019artisanat et à la campagne, imposerait en même temps une vie plus réglée et plus sage.La Société vit comme un individu.Elle peut présenter les mêmes symptômes de maladie.Comme pour l\u2019individu, la vie compliquée la fatigue, la surexcite.Si son organisme surmené réagit plus mal, d\u2019une façon illogique, le marasme devient imminent.C\u2019est le moment de le conjurer.On le pourrait alors facilement, mais l\u2019orgueil, la vanité, la veulerie neutralisent les bons élans.La crise survient.Entre nous, on est à préparer une autre crise pour l\u2019après-guerre, afin que nous ayons une autre \u201cbelle guerre\u201d dans un certain nombre d\u2019années .C\u2019est alors pour la société l\u2019arrêt forcé, analogue à l\u2019isolement dans une maison de santé pour l\u2019homme d\u2019affaires surmené.Une période de calme est nécessaire, un régime alimentaire sévère, ainsi qu\u2019un repos cérébral complet.A ce moment, la lutte devient inutile ou destructrice.Tout doit être réduit au minimum pour que les organes reprennent leur fonctionnement normal, pour que le système nerveux se tonifie, pour que l\u2019être tout entier récupéré la force qui lui est nécessaire.A côté de l\u2019hygiène physique, U faut un réconfort moral que l\u2019on doit trouver ailleurs que dans les boîtes de huit, les salles de danse et les tavernes.Il faut donc bannir l\u2019extravagance, les complications, les suggestions négatives.Trop souvent le sujet ou la société malade se nourrit d\u2019aliments moraux toxiques, des poisons à tout crin.Une vie plus saine, plus calme, moins trépidante, plus conforme à la nature.Une vie où les exercices de culture physique devraient être obligatoires, à la petite école, au collège, à l\u2019Université, au travail même, faciliterait le fonctionnement de tous les organes, diminuerait l\u2019impétuosité des passions (plaisirs charnels et soif du jeu de hasard) et mettrait l\u2019individu dans de meilleures conditions pour obtenir judicieusement les lois qui le dominent, qu\u2019il sqbit, et contre lesquelles aucun effort humain ne peut prévaloir.I Le temps était fort noir, le ciel très sombre, mais l\u2019air était doux comme lorsqu\u2019il va pleuvoir.Certain de n\u2019être pas observé, car les rues étaient absolument désertes, Silvère se dirigea à grands pas vers la demeure du menuisier.Le calme était profond là comme dans le reste du bourg.Silvère regarda le jardin.Il n\u2019y avait personne, Huberte n\u2019était pas descendue.Viendrait-elle ?A tout hasard il franchit la clôture et alla se blottir dans l\u2019ombre d\u2019un bosquet.Toutes les fenêtres de la maison étaient obscures.Huberte était peut-être couchée et endormie.Pourtant, si elle l\u2019aimait comme il le croyait, elle devait être anxieuse aussi de le voir avant qu\u2019il partît.Il était impossible qu\u2019elle ne cherchât pas à profiter de l\u2019o c c a s i o n offerte.Mais peut-être avait-elle peur de lui et n\u2019oserait-elle pas venir.Silvère commençait à être inquiet quand il lui sembla entendre remuer le feuillage tout près de lui.Il se retourna vivement et aperçut une ombre venant lentement dans l\u2019allée.La nuit était si noire qu\u2019il ne pouvait pas distinguer quelle était cette ombre, mais il sentit un frisson traverser tout son corps et son coeur se mit à battre avec une violence extrême.Il sortit avec précaution de sa cachette et fit quelques pas vers l\u2019ombre.Il vit alors l\u2019ombre esquisser un mouvement et une voix demanda: \u2014 C\u2019est vous, Silvère?C\u2019était elle ! Il n\u2019eut qu\u2019un élan.\u2014 Huberte ! Et il tomba aux pieds de la jeune fille.Celle-ci le releva tendrement.\u2014 Ah! mon ami, fit-elle avec une tristesse infinie dans la voix, nous sommes bien malheureux ! Il tressauta.\u2014 Malheureux ! \u2014 J\u2019avais bien hâte de vous voir pour vous dire tout ce qui se passe.\u2014 Et que se passe-t-il donc ?\u2014 On veut me marier, mon ami, avec un homme qui m'est odieux, que je déteste, mais qui est riche ! \u2014 Monsieur Rivard ?\u2014 Vous savez ?\u2014 J\u2019en ai entendu parler.\u2014 Mais c\u2019est faux, je ne veux pas.C\u2019est mon père qui veut me contraindre.Mais je n\u2019aime pas cet homme ; c\u2019est vous seul que j\u2019aime; toi seul, mon ami ! \u2014 Ah ! Huberte ! \u2014 Et toi aussi, tu m\u2019aimes, n\u2019est-ce pas ?Et tu m\u2019aimeras toujours ! \u2014 C\u2019est pour te le dire que j\u2019ai voulu te voir.\u2014 Et tu vas partir ?\u2014 Mon père, ma mère veulent que je parte, et je ne peux pas leur désobéir.\u2014 Alors je serai seule.Comment aurai-je la force de lutter ?\u2014 Tu penseras que je t\u2019aime, que je reviendrai et que nous serons heureux.Huberte poussa un soupir profond.\u2014 Hélas ! fit-elle.\u2014 Tu as peur ?Il y avait un banc près de là.Us allèrent s\u2019y asseoir.Silvère avait prit la main de son amie, une main fine et douce comme du satin.Il la pétrissait entre les siennes qui frémissaient.Et il murmura : \u2014 Que je t\u2019aime ! \u2014 Tu m\u2019aimes bien ?\u2014 Oh ! oui, de toute mon âme.Et si nous devions être séparés à jamais, vois-tu, j\u2019aimerais mieux mourir ! Elle se serra contre son cœur.\u2014 Qu\u2019ils viennent donc, cria-t-U tout enivré de bonheur, ceux qui veulent nous séparer ! Elle lui saisit le cou et, le regardant avec des yeux dans lesquels des larmes brillaient, des larmes de volupté et de bonheur : \u2014 Tu ne m\u2019oublieras jamais?\u2014 Jamais ! \u2014 Quoi qu\u2019il arrive maintenant, je serai à toi toujours ! \u2014 Que je t\u2019aime, ô mon aimée ! s\u2019écria-t-il tout enfiévré.La nuit passa si rapidement qu\u2019ils s\u2019en étaient à peine aperçus et qu\u2019ils furent tout surpris quand ils virent que l\u2019horizon blanchissait.Le jour allait se lever.Déjà, dans les maisons voisines, des coqs chantaient, saluant la venue de la lumière.Et Silvère dit : \u2014 Il faut que je parte ! \u2014 Déj à ?\u2014\tLe jour va venir.\u2014\tC\u2019est vrai.Que la nuit a été courte ! \u2014\tElles seront courtes toujours, celles où nous serons ensemble, ô mon aimée ! \u2014\tY en aura-t-il d\u2019autres ?\u2014\tToutes celles que nous aurons à vivre quand nous serons libres et que nous aurons pu nous unir.\u2014\tTu vas partir, dit-elle tout attristée.\u2014\tJe reviendrai bientôt.Je reviendrai plus aimant.\u2014\tEt nous ne nous quitterons plus ?\u2014\tNon.\u2014\tSi tu allais m\u2019oublier avec d\u2019autres femmes ! Tu en verras de si jolies là-bas ! \u2014Aucune ne sera belle comme toi et n\u2019aura pour moi le charme de tes yeux et de tout toi enfin ! Que tu es belle et que je t\u2019aime ! Elle était heureuse.Elle lui tenait la main et ils marchaient appuyés l\u2019un sur l\u2019autre sur les allées de gravier, dans le jour bondissant.Us durent pourtant s\u2019arracher à cette extase.Elle rentra en hâte chez elle.Et il courut de son côté vers sa demeure.Mais cette nuit exquise, cette nuit divine ne devait jamais être oubliée de lui et d\u2019elle.Et c est a cette nuit qu\u2019elle pensait à cette heure, auprès de l\u2019homme la menant à l\u2019endroit où celui qui lui avait donné ces joies l\u2019avait trahie, disait-on.Elle se rappelait tous les détails que nous venons de dire et qu\u2019elle tenait de lui, tous les frissons, toutes les ardeurs de cet amour né dans leurs cœurs.Et elle pensait aux douleurs ayant suivi si rapidement ensuite ces heures de félicité.Comme il avait dit, Silvère était parti le lendemain et on s\u2019était plu de tous côtés à dire à Huberte, d\u2019après les affirmations des parents, qu\u2019il ne reviendrait pas ; qu\u2019on l\u2019avait fait quitter le pays pour le marier.Elle n\u2019y croyait pas, mais elle ne recevait rien de lui et elle ne pouvait pas lui écrire, ne sachant pas où il était.La pensée n\u2019avait pu lui venir qu\u2019on avait intercepté les lettres envoyées par lui.Et chez elle on lui faisait maintenant une guerre acharnée.[ A suivre prochain numéro ] Publié en vertu d'un traité avec la Socléti des Gens de Lettres.\u2014 Les noms de person nages et de lieux de nos romans, feuilletons contes et nouvelles sont fictifs et choisis ai nasara. Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 29 LES TROIS MAGAZINES 5x12:76 Erreur ! direz-vous.Que non, car selon notre manière de calculer, la somme de cinq dollars, en douze mois, représente bien soixante-seize numéros de magazine à votre crédit.Mieux encore, si l\u2019on poussait plus loin ce petit jeu d\u2019arithmétique, l\u2019on pourrait ajouter que la somme de cinq dollars pour Un abonnement aux Trois Magazines : LE SAMEDI LA REVUE POPULAIRE LE FILM représente soixante-seize romans complets, douze récits policiers ou nouvelles sentimentales, plusieurs centaines d\u2019articles de tous genres, de nombreuses chroniques instructives et variées, sans faire mention de plusieurs romans-feuilletons.Le tout présenté de façon fort attrayante dans une tenue typographique qui ne le cède en rien aux meilleures publications du genre en Amérique.Grâce à cet abonnement de cinq dollars, on se tient au courant du monde cinématographique, radiophonique, littéraire, pédagogique etc.La mode, la cuisine, les conseils pratiques, les anecdoctes scientifiques, l\u2019humour, bref : tout un monde vous devient accessible en vous abonnant au SAMEDI, à LA REVUE POPULAIRE et au FILM.COUPON D\u2019ABONNEMENT AUX TROIS MAGAZINES Ci-inclus veuillez trouver la somme de $5 (Canada seulement) pour un an d\u2019abonnement aux TROIS magazines : LE SAMEDI, LA REVUE POPULAIRE et LE FILM.\u2014 IMPORTANT : Veuillez indiquer d\u2019une croix (\t) s\u2019il s\u2019agit d\u2019un renouvellement.Adresse __- Localité - T*rov.- POIRIER, BESSETTE & CIE, Limitée, 975, rue de Bullion, Montréal, P.Q.i MesRecettes Par Mme ROSE LACROIX Directrice de l'Ecole Ménagère Provinciale et de l'Irntitut Ménager de LA REVUE POPULAIRE, do SAMEDI et du FILM.SALADE AUX FRUITS ET AUX ŒUFS 1\tc.à tb.de gélatine\t14 de tasse d eau froide % de tasse d\u2019eau bouillante 2\tc.à tb.de sucre\t% c- \u201c de sel % de tasse de vinaigre de cidre V4 de tasse de jus d\u2019orange\tVi de tasse de jus de citron Faire gonfler la gélatine dans l\u2019eau froide 5 minutes.Ajouter l\u2019eau bouillante puis tous les autres ingrédients.Verser Vï de pouce de cette gelée au fond d\u2019un moule et laisser prendre.Placer 4 demi-pêches, la partie bombée sur la gelée, remplir le moule de chou haché, de céleri, de pommes.Verser le reste de la gelée et laisser prendre bien ferme.Démouler sur un lit de laitue croquante et entourer d\u2019oeufs durs tranchés.Servir avec mayonnaise.GATEAU AUX POMMES Yi de tasse de graisse 1 tasse de sucre\t2 tasses de farine 1 c.à thé de soda à pâte % c.à thé de sel\t1 tasse de purée de pommes 1\ttasse de raisins 1\tc.à thé de gingembre\tVe.c.à thé de clou 1 c.à thé de cannelle Défaire la graisse en crème avec le sucre.Tamiser la farine, mesurer et tamiser de nouveau avec le soda, le sel et les épices.Ajouter au premier mélange alternant avec la purée de pommes.Incorporer les raisins.Verser la pâte dans un moule à pain beurré et fariné et cuire à four modéré 350° F.1 heure.POUDING AUX PECHES y4 de tasse de graisse\t% tasse de sucre 1 œuf 2\ttasses de farine\t3 c.à thé de poudre à pâte 1 tasse de lait Préparer comme une pâte à gâteau ordinaire.Peler 6 pêches, les couper en tranches minces et mettre au fond d\u2019un plat à pouding beurré.Saupoudrer d\u2019une demi-tasse de sucre.Verser sur les fruits la pâte à gâteau ci-haut mentionnée et faire cuire à 350° F.1 heure.ROTI DE PORC BRAISE 1 épaule de porc de 4 à 5 livres\t2 gousses d\u2019ail 1 carotte 1\tfeuille de laurier\tsel et poivre Essuyer et parer une épaule de porc, enlever la couenne.Mettre au fond d\u2019une casserole épaisse ou d\u2019un petit chaudron en fer ainsi que la carotte taillée en filets et faire prendre couleur.Piquer les 2 gousses d\u2019ail, séparer en morceaux dans la partie grasse.Mettre la viande sur la couenne.Ajouter 1 tasse d\u2019eau chaude, 1 c.à tb.de sel et V2 c.à thé de poivre et la feuille de laurier.Couvrir et laisser cuire doucement 2y2 heures à 3 heures.Quand la viande est bien tendre et se détache des os, dresser sur un plat chaud.Remettre la casserole sur le feu, faire brunir le fond de la cuisson à grand feu, mouiller d\u2019une tasse d\u2019eau chaude et laisser bouillir 10 minutes.Couler dans des petits bols et laisser prendre.Pour avoir une graisse de rôti bien blanche, la refroidir lentement.BLANC-MANGER AUX ŒUFS 2\ttasses de lait\t3 c.à tb.d\u2019amidon de maïs (cornstarch) 2\tc.à tb.de sucre 1\tc.à thé de vanille\t2 blancs d\u2019œufs Mettre dans une casserole l\u2019amidon de maïs et le sucre.Délayer avec le lait froid et faire cuire jusqu\u2019à épaisissement.Retirer du feu, aromatiser et incorporer délicatement 2 blancs d\u2019oeufs battus.Verser dans des coupes et servir avec crème aux jaunes d\u2019œufs.CREME AUX JAUNES D'ŒUFS 2\tjaunes d\u2019œufs\tde tasse de sucre 1 tasse de lait Mettre le tout au bain-marie et cuire jusqu\u2019à consistance de crème.Mes chères lectrices, En réponse à vos instances réitérées de publier un livre de recettes, j\u2019ai le plaisir de vous annoncer que je viens de publier un recueil des recettes.Ce recueil, intitulé \u201cLe Menu du jour\u201d, comprend 240 menus et recettes appropriées à la cuisine de famille.Je crois que ce livre rendra de grands services aux maîtresses de maison qui veulent préparer des repas variés, rationnels et économiques.Ce livre est en vente à l\u2019Ecole Ménagère Provinciale, 461 est, rue Sherbrooke, au prix de $1.00 plus la taxe de 10 sous pour frais d\u2019expédition, payables en bon de poste seulement à Madame R ose Lacroix, 461 est, rue Sherbrooke, Montréal.V b*0 LeJe ' 'Xi .i-v# aaü\u2019> \"Zr.£s / q\u201eréPa' e deb°ny 'Co lest en du chen ,fs°ÿL eJÎ ^ncen isers -tu P\u2019 1 oun n-u T'en>c'~hoses?ǰ J0,:fre bonP°urJ .fonts- - urqu0\u2018 po' oUrS S) nefJ js fouj°u' *1 Jdden° shoüd- . L'ANGOISSE [ Suite de la page 8 ] 30 Jacques Valor ne répondit pas.Dar-bel reprit : \u2014 Vous devez bien vous souvenir de ce que vous avez fait.de l\u2019endroit où vous avez dormi.\u2014 Je me suis endormi dans un fauteuil, en lisant le journal, je vous le répète, docteur .Ensuite je ne sais plus rien, je ne vois plus rien.\u2014 A partir de quand vos souvenirs reprennent-ils ?\u2014 Eh! bien, voilà.je me vois très bien dans ma salle de bains, faisant ma toilette.Je me suis même dit qu\u2019il était heureux que je n\u2019aie pas eu de rendez-vous avec un client ce matin parce que j\u2019ai remarqué qu\u2019il était extrêmement tard et j\u2019ai été surpris d\u2019avoir dormi aussi longtemps .-\u2014 Habituellement vous vous levez toujours à la même heure ?\u2014 Je me suis toujours levé avant huit heures et cela ne m\u2019est jamais arrivé en semaine de me lever à une heure aussi tardive.¦\u2014 Quelle heure était-il quand vous vous êtes fait cette observation ?\u2014 Onze heures.\u2014 Il est donc de toute évidence que vous n\u2019avez pas passé la nuit chez vous, puisque votre femme de ménage ne vous a pas trouvé ce matin.\u2014 Il faut bien que je l\u2019admette, mais je n\u2019en ai aucun souvenir.Je me vois lisant un journal et succombant au sommeil.puis, ce matin, faisant ma toilette.\u2014 Alors, entre onze heures du soir et onze heures du matin, vous ne savez pas ce que vous avez pu faire ?\u2014 C\u2019est-à-dire que je ne me le demanderais même pas et que je n\u2019aurais pas songé à me poser cette question si ma femme de ménage ne m\u2019avait pas dit qu\u2019elle avait été surprise de ne pas me trouver chez moi ce matin.Enfin, c\u2019est affreux de penser que pendant douze heures j\u2019ai été complètement inconscient.C\u2019est affreux, docteur ! Si Jacques Valor paraissait de plus en plus angoissé, le docteur Darbel, pour sa part, était de plus en plus perplexe.Il avait à présent l\u2019impression que Jacques Valor était le criminel que l\u2019on recherchait.Mais pouvait-il le lui dire ?Se représente-t-on l\u2019atroce hésitation que l\u2019on peut éprouver à dire à un homme, dont la mentalité est celle d\u2019un esprit raffiné et cultivé, qu\u2019il est l\u2019auteur d\u2019un crime crapuleux ?Darbel ne savait que faire.Il avait la sensation de n\u2019avoir jamais subi pareil embarras et il regardait Jacques Valor avec une extraordinaire compassion .Celui-ci reprit : \u2014 Je vous en prie, docteur, parlez, dites-moi ce que vous pensez.Tout me semble préférable à cette incertitude abominable .En prononçant ces mots, Jacques Valor aperçut le journal qui relatait le crime dont Darbel ne pouvait s\u2019empêcher de le soupçonner.Il lut le récit du meurtre avec une nervosité étrange.puis, d\u2019un air d\u2019accablement total, il laissa tomber le journal en murmurant : \u2014 C\u2019est abominable, abominable ! C\u2019est évidemment moi qui ai commis ce crime ! Et le malheureux se laissa tomber sur un fauteuil, accablé, désespéré .Il ne pouvait se défendre de regarder ses mains qui, sans doute, avaient agi seules, sans être commandées par son esprit.Darbel était tellement impressionné par le drame qu\u2019il voyait se dérouler devant lui qu\u2019il lui était impossible d\u2019adresser à cet homme, dont le martyre était profond, aucune parole de réconfort.Tout à coup, Jacques Valor releva la tête et dit à Darbel : \u2014 Téléphonez au commissariat, docteur.Dites-leur que le criminel est chez vous.Darbel contemplait d\u2019un air tragique le misérable qui lui parlait ainsi et dont il n\u2019avait pas le courage de précipiter la perte.Il tenta de dire : -\u2014 Mais vous n\u2019êtes pas certain de ce que vous dites .\u2014 Docteur, vous en êtes plus convaincu que moi-même, avouez-le .\u2014 Mais non, non, ne me faites pas dire ça .\u2014 Regardez, docteur .Et Jacques Valor montrait une tache de sang qu\u2019il venait de découvrir sur son vêtement, ainsi qu\u2019une légère blessure qu\u2019il s\u2019était faite au poignet gauche.\u2014 Vous n\u2019avez plus de doute, maintenant, docteur, vous voyez bien.Téléphonez au commissariat ! Un homme comme moi est un danger public.Le Samedi, Montréal, 28 octobre 1944 Vous n\u2019avez pas le droit de le laisser en liberté .Darbel se disposait à prendre l\u2019appareil, quand, précisément, la sonnerie du téléphone retentit.Il prit le récepteur et écouta .Une voix de femme était au bout du fil et disait : \u2014 Docteur, à tout hasard, je vous téléphone .Excusez-moi de vous déranger .mais je sais que vous connaissez Jacques Valor et, comme je ne sais où m\u2019adresser, en désespoir de cause, je viens vous demander de m\u2019aider .Jacques Valor est venu chez nous, hier au soir, à Saint-Cloud.Il est arrivé vers minuit en me racontant je ne sais quelle histoire à dormir debout, qu\u2019il s\u2019était perdu sur la route .je ne sais plus, d\u2019ailleurs .je comprenais à peine ce qu\u2019il me disait.Je lui ai donné l\u2019hospitalité naturellement et ce matin, à la première heure, en entrant dans sa chambre, nous ne trouvâmes plus personne .je téléphonai chez lui.On ne me répondit pas.Comme je sais qu\u2019il est votre client, docteur, je viens vous mettre au courant, à tout hasard de ce qui s\u2019est passé.Il semblait tellement étrange que je crains qu\u2019il lui soit arrivé quelque chose.\u2014 Vous avez passé la soirée à Saint-Cloud, chez vos amis ?dit le docteur .Ces mots furent une illumination pour le malheureux Jacques Valor qui s\u2019était cru un criminel et qui, à l\u2019aide de ce point de repère, put aussitôt reconstituer toute sa soirée.Son émotion avait été si terrible qu\u2019il fut à jamais guéri de ces absences de mémoire, de cette sorte de dédoublement de la personnalité dont quelques êtres sont les innocentes et inconscientes victimes.Claude Valmont.LIBERTÉ Elle mérite qu\u2019on se batte et qu\u2019on prête pour elle Achetez des Certificats d\u2019Epargne de Guerre ASSEMBLÉ MUOURDHUI wSii&te; vQm M J- tf 'T\" mm ï'ii Contribution de la BLACK HORSE Le Saw,edi, Montréal, 28 octobre 1944 31 EfMS IflBeijMsSaoni TRENTE-SIXIEME EPISODE v\\mnzksxmi\\:üï%] i»/ii ¦ICS'ŒJll iii^cs^qiii gügsgpp .îV'P'V'ilrf \\
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