Le samedi, 1 août 1947, samedi 30 août 1947
[" 59e année, No 15\tMontréal, 30 août 1947 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS S'YOO DANS CE NUMERO UNE STATION THERMALE CELEBRE Par WALTER HOLTON VISITE AU 1AR0IN BOTANIQUE Par GASPARD ST-ONGE LE MEURTRE DU \u201cSEQUANIA\u201d Par PAUL DARGENS fe Samedi mm\tI \tJ \tI ï ' X ^\t.vil Le Samedi, Montréal, 30 août 1947 Un message des compagnies d\u2019assurance-vie et de leurs agents au Canada UN RECORD IMPOSANT * Vous savez ce qu\u2019un homme éprouve lorsqu'il abaisse un record .que ce soit un record de pèche .ou un record de ventes .Chaque assuré canadien doit être fier du record établi en 1946.En effet, malgré le pire bouleversement que le monde ait jamais subi et durant lequel notre pays et 1 industrie de l\u2019assurance-vie en particulier ont maintenu leur solidité et leur sécurité, l\u2019année 1946 a vu émettre un montant record d\u2019assurance-vie.L\u2019an dernier, les Canadiens se sont procuré près d\u2019un milliard et demi de dollars d\u2019assurance-vie, un record de tous les temps, et l\u2019assurance en vigueur s\u2019élève maintenant à $10,800,000,000.L\u2019assurance-vie de chaque foyer canadien, qui est en moyenne de $3,500, est définitivement devenue la principale source de sécurité personnelle et familiale des nôtres.Un nombre de plus en plus grand de Canadiens comprennent l\u2019avantage de posséder de l'assurance-vie. Le Samedi, Montréal, 30 août 1947 3 SI VOUS PRENEZ VOS VACANCES ATTENTION AU SOLEIL Par DENISE VEDRUNE POUR OU CONTRE LES BAINS DE SOLEIL ?Les médecins, inquiets de l\u2019abus des bains de soleil et des graves inconvénients qui en découlent, deviennent, d\u2019année en année, plus sévères à leur sujet.Ce n\u2019est pas le soleil qu\u2019ils condamnent mais l\u2019exagération de certaines femmes qui, des heures durant, et sans aucune précaution, s\u2019exposent à ses rayons.Ils ne nient pas ses bienfaits qui sont nombreux : d\u2019abord le soleil tue les microbes et permet de cicatriser des plaies qui se refermeraient difficilement : il guérit certaines affections de la peau, l\u2019acné entre autres.Dans le cas de rhumatisme et de décalcification, il opère de véritables miracles.Egalement dans les cas de tuberculose osseuse, ganglionnaire ou péritonéale.Mais ses dangers ne doivent pas être sous-estimés.Tout le monde connaît les principaux d\u2019entre eux : coups de soleil, insolations, conjonctivites.Ce qu\u2019on ignore, c\u2019est que l\u2019abus du soleil peut agir sur le système nerveux (et causer des névrites), et sur la circulation.Certains spécialistes des varices déconseillent les bains de soleil.D\u2019autres, moins sévères, prétendent qu\u2019avec de la prudence, en humectant les jambes d\u2019eau froide, on peut éviter leurs mauvais effets.Tous ceux qui ont le foie sensible doivent se souvenir que c\u2019est lui qui travaille à les brunir et fournit à la peau sa pigmentation.Cela ne veut pas dire qu\u2019il faille supprimer totalement le bain de soleil mais il faut faire attention, pendant cette période, à ne pas fatiguer le foie et à le remonter par des boissons rafraîchissantes et amères.Pendant le bain de soleil, protéger le foie par une compresse d\u2019eau fraîche.Les gens dont les reins ne sont pas en bon état doivent être également très prudents.Enfin le soleil a une action congestive qui s\u2019exerce en particulier sur les poumons.On a vu des tuberculeux peu atteints et même ignorants de leur état, victimes d\u2019accidents aigus (hémoptysies) dus uniquement à l\u2019action du soleil.QUELQUES PRECAUTIONS D'ORDRE GENERAL : Limiter la durée du bain de soleil : pas plus d\u2019une demi-heure le premier jour, et pas à n\u2019importe quel moment de la journée.Commencez le matin vers 9 heures.N\u2019augmentez que très progressivement la durée du bain.Si la peau rougit, redoublez de prudence.Savoir se retourner à temps : il ne faut à aucun prix s\u2019endormir au soleil.Vous vous réveillerez avec une bonne insolation et couverte de brûlures graves.Il est même préférable de ne pas se coucher à même le sable car il y a au niveau du sol une couche d\u2019air qui ne circule pas.Allongez-vous sur un plancher surélevé, sur un transatlantique, afin de respirer un air qui se renouvelle.Couper le bain de soleil par des exercices, afin de faire circuler le sang.Ainsi on évite à la fois l\u2019action anémiante et l\u2019action congestive du soleil.Les premiers bains de soleil, surtout, ne doivent jamais être pris en position couchée, mais debout et en mouvement.Boire beaucoup : c\u2019est ainsi que vous éviterez le plus efficacement l\u2019insolation et que vous vous débarrasserez des toxines que concentre dans l\u2019organisme l\u2019action prolongée du soleil.POUR LE VISAGE Il faut que chacune apprenne à connaître sa peau, car les réactions du soleil sont très variables suivant les individus.Les brunes le supportent mieux en général que les blondes.Certaines femmes deviennent rouges, d\u2019autres marron, d\u2019autres enfin ont tout de suite un joli hâle doré.Si votre peau rougit, c\u2019est qu\u2019elle est fragile et sèche.Appliquez plusieurs fois par jour une crème à brunir assez épaisse et une couche de poudre antisolaire.Matin et soir nettoyez le visage avec un corps gras.Appliquez trois fois par semaine le masque suivant : un blanc d\u2019oeuf battu neige ferme.Etalez sur le visage, gardez un quart d\u2019heure et rincez à l\u2019eau de son.Si votre peau devient marron, n\u2019abusez pas des huiles à brunir, une très légère couche suffira.Nettoyez votre visage le soir en appliquant un jaune d\u2019œuf mélangé avec une cuillerée d\u2019huile d\u2019olive.Gardez quatre à cinq minutes, rincez.Enfin, soir et matin, frottez le visage avec une tranche de pêche, de concombre ou de melon et rincez à l\u2019eau de rose.Si votre hâle est doré, ne mettez que très peu d\u2019huile à brunir, sans poudre.Les teints dorés sont plus jolis légèrement luisants.Pour le nettoyage du soir employez le beurre frais et rincez à l\u2019eau de rose.Le matin, frottez le visage avec une tranche de concombre.NOTRE COUVERTURE Les vacances tirent à leur fin.Mlle Dactylo veut bien en profiter jusqu\u2019au bout et personne ne l\u2019en blâmerait.Une jeune citadine passant une quinzaine sur une ferme finirait par s'ennuyer si, dans un très bel esprit, elle ne décidait de se mettre au diapason de ses hôtes.Pour ce faire, rien n\u2019est plus simple : on enfile la salopette, on s\u2019enroule un fichu autour de la tête et on couvre ses jolis doigts d\u2019une paire de gants inélégants mais qui protègent bien.Ainsi accoutrée, Mlle Dactylo peut participer aux divers travaux de la ferme .en amateur, va de soi ! Conduire les bons chevaux de trait est généralement la tâche la plus invitante, puisque cela vous donne l\u2019illusion de vous rendre indispensable et vous fait prendre le soleil en même temps que l\u2019exercice.Cela vous donne aussi l\u2019occasion de vous faire photographier ce qui constitue un bien agréable souvenir de vacances\tPhoto Harold M.Lambert Studios.sodée haïmante ce seïa JOSETTE était au comble de son bonheur.Elle attendait impatiemment son Prince Charmant qui la ferait valser dans cette atmosphère de rêve et de féerie.L\u2019un des plus beaux moments de sa vie se préparait.Jamais elle ne s\u2019était sentie si heureuse, jamais elle n\u2019avait paru si délicieusement fraîche et ravissante.Il convient de dire que Josette, de tout temps, avait rayonné de cette fraîcheur et que c\u2019était là son premier charme.Mais cette fraîcheur, elle l'entretenait savamment, sachant fort bien depuis son adolescence qu\u2019elle est la clé ouvrant les portes sur le beau monde.Il suffisait de l\u2019entrevoir pour remarquer en Josette une femme trop avertie, trop avisée pour traiter à la légère une haleine douteuse (halitose).Etes-vous vraiment sûr de vous-même ?Sur ce point, êtes-vous comme Josette ?Ou traitez-vous l\u2019haleine à la légère ?Dans ce dernier cas .vous avez tort ! Une seule petite négligence (pouvant se produire n\u2019importe quand, et à votre insu) peut vous classer parmi les personnes \"à être évitées\u201d.Faites comme ces innombrables personnes avisées .adoptez l\u2019agréable précaution qu\u2019est l\u2019usage de l\u2019Antiseptique Listerine soir et matin, et entre temps, lorsque vous désirez laisser bonne impression.Alors que certains cas d\u2019halitose sont d\u2019origine organique, la plupart, d\u2019après les autorités en la matière, proviennent de la fermentation bactériologique de miniscules particules de nourriture adhérant aux muqueuses de la bouche.En enrayant une telle fermentation, l\u2019Antiseptique Listerine met fin aux odeurs dont elle est la cause.Lambert Pharmacal Co., (Canada) Ltd.FABRICATION CANADIENNE 59e année, No 15 \u2014 Montréal, 30 août 1947 LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE Membres de PA.B.C., et de PAssociation des Editeurs de Magazines du Canada Le Samedi La Revue Populaire Le Film 975-985, RUE DE BULLION MONTREAL \u2014 CANADA \u2022 T é I : PLateau 9638 * FRED POIRIER GEO, POIRIER Préiidentt conjoints JEAN CHAUVIN Directeur Rédacteur en chef : GERALD DANIS Chef de publicité : CHARLES SAURIOL Directeur artistique : HECTOR BRAULT Chroniqueur sportif : OSCAR MAJOR Chef du tirage : ODILON RIENDEAU NOS REPRESENTANTS s WILFRID DAOUST 20, Onzième Avenue, Laehine (Ott a wa, Hull, Sherbrooke, Drummondville, Saint-Hyacinthe, Sorel, Granby, Farnham, Saint-Jérôme, Joliette et les environs.) \u2022 ADELARD PARE 6, rue du Pont, Québec (Québec et Lévis) \u2022 PAUL LARIVIERE 1710, rue St-Philippe.Trois-Rivières (Trois-Rivières et Cap-de-la-Madeleine ) Autorisé comme envol postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa.! Entered at the Post Office of St.Albans, Vf., as second clast matter under Act of March 1879 Un\tABONNEMENT CANADA an\t\t\t$3.50 Six\tmois\t2.00 Un\tETATS-UNIS an\t-\t$5.00 Six\tmois \u2022 ¦ \u2022 s * m m\t2.50 \t\u2022 AU NUMERO: 10 cents \u2022\t HEURES DE BUREAU: 9 h.a m.à 5 h.p.m.du lundi au vendredi.AVIS AUX ABONNES \u2014 Let | abonnés changeant de loca-lité sont priés de nous donner un avis de huit jours, l'empaquetage de nos sacs de malle commençant cinq jours avant leur expédition, j 4 EDITORIAL L\u2019ÎLE-AUX-COUDRES SI l'on veut retrouver les coutumes vénérables de nos ancêtres, leur vie à la fois laborieuse et paisible, leurs mœurs douces et courtoises, la chaleur de leur accueil et les tournures savoureuses de leur parler, c'est sur les îles de la province de Québec, Ile d'Orléans, Iles-de-la-Madeleine, Ile-aux-Coudres, qu'il faut les aller chercher.L'isolement que la ceinture des eaux autour d'elles amène nécessairement a conservé plus longtemps qu'ailleurs, chez leurs habitants, ces vestiges du passé que la civilisation américaine tend à faire disparaître.Il est vrai qu'avec la facilité des communications, ponts, navires à vapeur et même avions, cette solitude tend, de jour en jour, à devenir moins complète.N'empêche que pour certaines d'entre elles, les longs mois d'hiver les replacent dans la même situation qu'il y a cent ans et que l'atmosphère y demeure plus franchement française que n'importe où ailleurs.Je me rappelle une visite à l'Ile-aux-Coudres, il y a une vingtaine d'années, où l'arrivée de cette dizaine d'étrangers que nous étions avait créé une curiosité que les bonnes gens, dans leur simplicité, ne songeaient même pas à dissimuler.On faisait cercle autour de nous et l'on nous examinait comme on le ferait pour de nouveaux arrivés de pays lointains.J'imagine que maintenant les visiteurs sont plus nombreux et que leur venue ne cause plus la même sensation.L'Ile-aux-Coudres est située à soixante mille en aval de Québec et son losange de cinq milles de côté barre presque complètement l'entrée de la Baie Saint-Paul.De la côte nord, on la dirait tout en longueur si le changement de course des navires qui la côtoient ne venait nous indiquer sa forme véritable.De la « Pointe de la Baie Saint-Paul » on dirait qu'ils piquent droit sur nous, lorsque soudain en doublant le phare qui garde la pointe nord de l'î\u2019e, un brusque coup de gouvernail leur fait faire un angle de près de quarante-cinq degrés pour nous présenter leur flanc de tribord, alors qu'ils filent vers Québec.Son nom lui vient de Jacques Cartier, qui y trouva une grande quantité de coudriers, lors de son séjour de 1535, et la dénomma Ile-aux-Coudres.On sait que la première messe en notre pays y fut dite le 7 septembre 1535.Une croix de granit de sept pieds de haut, érigée par la commission des Monuments Historiques, commémore cet événement et porte l\u2019inscription suivante : « Le 6 septembre 1535, Jacques Cartier fit ancrer près d'ici trois vaisseaux : la Grande Hermine, la Petite Hermine et l'Emerillon ; il explora l'île et la dénomma l'Isle-aux-Coudres.Le lendemain, après avoir dit la messe, il en prit possession au nom du Christ et du Roi.Ce fut la première messe sur le sol canadien dont l'histoire fasse mention.» Ses premiers habitants vinrent s'y établir en 1723.L'île fut érigée canoniquement en paroisse en 1827.Un missionnaire qui la desservit longtemps y a laissé une réputation de sainteté.On raconte même, d'après des sources dignes de foi, que le 11 avril 1782 l'abbé Compain, alors en séjour sur l\u2019île, fut réveillé par les cloches sonnant le glas et entendit une voix lui disant de se rendre au bout d'en-bas de l'île, qu'il y trouverait une chaloupe pour le transporter à Tadoussac où le Père missionnaire venait de mourir et où il devait se rendre pour lui donner la sépulture ecclésiastique.Fidèle à la voix, l'abbé Compain partit dans la nuit noire et trouva effectivement la chaloupe.Sentant sa fin prochaine, le missionnaire avait ordonné à un groupe de ses ouailles de partir pour l'Ile-aux-Coudres, quelque fut la température, car Dieu les protégerait, pour aller quérir l'abbé Compain, afin que son corps ne fut pas mis en terre sans les prières et les bénédictions de l'Eglise.Est-ce là une de ces légendes dont l'imagination démesurée des gens de mer est coutumière ?Ce n'est pas à moi d'en décider.En 1759, l'avant-garde de la flotte de Wolfe vint mouiller à l'Ile-aux-Coudres.Durell, qui la comman- dait, y fit descendre ses malades et les officiers se détendirent en faisant la chasse.Les habitants avaient fui vers la Baie Saint-Paul à l'approche de l'ennemi.Femmes et enfants s'y réfugièrent dans les bois, pendant que les hommes construisaient sur la rive des fortifications de sable qui se voient encore.Depuis ce temps, rien n'est venu troubler le calme de ce coin béni.Il y a bien les secousses sismiques, dont l'épicentre est, paraît-il, à la Baie Saint-Paul, qui de temps en temps viennent nous rappeler que la baie et la trouée dans les montagnes qui la continue, sont une faille dont les lèvres, sous une poussée verticale ou peut-être même horizontale venant des monts Notre-Dame, ont une tendance à se déplacer.Mais ces secousses sont légères et les gens du pays y sont depuis longtemps habitués.C'est donc dans une paix, qui se voit dans les yeux, se traduit dans les paroles, transperce dans les gestes, suinte même des bêtes et des choses, que la population poursuit sa vie et son travail.Le cabotage (les goélettes doivent transporter les marchandises de l'extérieur et les produits de l'île), la pêche, la culture des pommes (McIntosh, Lobo, Fameuses, Melba, Greening, etc.) et des patates sont les principales occupations des habitants de l'île.Même si les eaux du fleuve ne fournissent plus avec la même abondance qu'autrefois les marsouins énormes, cette pêche se pratique encore de nos jours.Une série de piquets, distants peut-être de vingt pieds, et que les monstres marins sont trop bêtes pour traverser, les retient, à marée baissante, sur la grève.On fait fondre leur chair dans de grands chaudrons, en plein air.et l'huile ainsi obtenue se vend bon prix sur les marchés, pour cuire les fameux beignets et pour divers autres usages.L'odeur n'en est pas agréable et lorsque les gens de l'île en enduisent leurs bottes ils se laissent, à ce que l'on dit, pressentir plusieurs milles à l'avance.Le petit poisson, le Caplan, est aussi une autre richesse.Il abonde tellement à l'embouchure des ruisseaux qu'on va le chercher a pleins tombereaux pour engraisser le sol.La culture des pommes se fait sur une grande échelle et une coopérative s'est formée pour assurer un meilleur rendement et un meilleur prix.Les communications avec la terre ferme est maintenant assurée par un service de traversiez qui relie l'île avec le quai des Eboulements.Mais en hiver, pour se rendre à la Baie Saint-Paul, ce sont encore les grandes chaloupes, qui voguent alternativement sur 1 eau ou glissent sur la glace et le « frasil », que l'on est forcé d'employer.\t' wuvai\tVJ V Gv les vieilles coutumes et les moulins à vent d'autrefois, 1 air salin venant du large qui vous revigore en un instant, une vue magnifique de la rive nord avec ses montaqnes severes, dont le troupeau, en rangs pressés s'enfuit vers l'horizon, des gens qui ont le cœur sur la main, des souvenirs historiques, mais surtout je le répété, une atmosphère de paix douce et reposante, qui constitue, suivant moi, la caractéristique de l'île Au sortir de nos villes trépidantes, c'est comme un baume qui descend sur l'âme, lui fait oublier les tracas journaliers, lui remet en mémoire les vraies valeurs de la vie et lui fait apprécier un passé qui n avait certainement pas tous les conforts et toutes les commodités dont nous jouissons, mais qui, plus gue epoque actuelle, donnait le contentement véritable et la source du vrai bonheur.L'Ile-aux-Coudres est maintenant d'accès facile L'eté, un convoi du Canadien National part tous les jours de Montréal pour le pays de Charlevoix II comporte wagons-salons, wagons-observatoires et wagons-restaurant^ En descendant aux Eboulements on a ensuite qua prendre le traverser qui vient tous les jours accoster au quai des Eboulements.Paul LOMBKET r': ., ¦ ' 5 Vaincue, prostrée, l\u2019Allemagne connaît en ce moment le sort qu'elle voulait infliger aux autres.Son économie est malade à ce point qu'elle constitue une sérieuse menace pour les démocraties qui, seules, peuvent reconstituer les cadres normaux de la sécurité mondiale.Entendons-nous bien : on ne châtie pas l\u2019Allemagne ; sa peine actuelle est une conséquence logique, inéluctable de sa folle et criminelle équipée.Nous dirons même que les alliés, en ce moment, font pour elle ce que jamais elle n'aurait songé faire pour les autres, admettant qu'elle fut vainqueur.Les scènes de cette page nous font mieux voir sa situation actuelle.Ci-contre, des adolescents, aides-fermiers, montrent patte blanche en passant d'une zone à l'autre.\u2014 Ci-dessous, un commerçant, sans doute nazi au temps du règne d'Hitler et ses comparses, fait de même.\u2014 Au bas, à gauche, notre homme passe en zone britannique après avoir satisfait aux formalités de l\u2019occupant.EN ALLEMAGNE OCCUPEE DÉBÂCLE BRITISH .> ¦ \u2019ÿ&fî * \\Vi ¦ ÉiltiS HELENE et JACQUELINE, émerveillée», déambulent dans le jardin des plantes vivaces, le long du boulevard Pie IX.Cette section, entre autres merveilles, contient la roseraie que tout visiteur demande à voir.EN COMPAGNIE DE NOS JUMELLES qg g i ¦ aaxai] v.' Nos deux jumelles sont photographiées ici au moment où elles s'approchent de la façade, vers l'entrée principale.L'allée offre toutes les beautés d'un jardin des Contes des Mille et une Nuits, li paraît loin, ici, le bruit de la ville.La pergole, comme on sait, est une sorte de tonnelle faite d'un assemblage de poteaux et de poutrelles servant de support à des plantes grimpantes.En voici une vraiment imposante que découvrent HELENE et JACQUELINE.UNE VISITE AU JARDIN Par GASPARD ST-ONGE A.'«>A t.w ¦ ¦Vf ¦* .y Vf ¦> *âi ¦ Nos jumelles, Hélène et Jacqueline, sont toujours de ce monde.On a pu les avoir perdues de vue pendant un certain temps, mais, à cause de cela, il ne faut pas en conclure qu\u2019elles aient abandonné leur projet de visiter la métropole en ce quelle peut comporter de choses intéressantes à voir.Avec elles, comme on s\u2019en souvient, nous avons passé en coup de vent aux studios de CBF, au Musée Historique Canadien, voire même à nos propres ateliers, et nous avons pu constater que leur légitime curiosité nous a permis, jusqu\u2019à maintenant du moins, de mieux connaître la Cité de Maisonneuve.En touristes avisées qu\u2019elles sont, Hélène et Jacqueline ont insisté auprès de notre photographe pour que ce dernier les amenât dans ce reportage au Jardin Botanique qu\u2019il devait entreprendre pour notre compte.Le résultat, comme on pourra en juger par les photos illustrant ces deux pages, a été probant.Tout le monde a été content, à commencer par nos deux hôtesses.Il en fut de même pour le personnel du Jardin Botanique, sans oublier, naturellement, notre artiste des ombres et des lumières.Si l\u2019on devait traduire en prose courante et continue les impressions d\u2019Hélène et de Jacqueline, voici en quels termes nous devrions écrire : Le Jardin Botanique est l\u2019un des lieux de promenade les plus populaires de notre métropole.On s\u2019y rend en toute saison, mais surtout en mai, juin, juillet et août, alors que la nature est en fleurs, ou à 1 automne pour admirer la merveilleuse exposition de chrysanthèmes.On arrive au bâtiment principal par un vaste escalier en pente douce, bordé d\u2019arbustes.C\u2019est là que se donnent cours et conferences.Cependant, comme on pouvait s y attendre, c\u2019est surtout le domaine extérieur qui retient l\u2019attention.On examine tour à tour les fleurs.en bordure, les jardinets cultivés par les écoliers, les legumes qui poussent en couches-chau-[ Lire la suite page 37 ] HELENE et JACQUELINE ont passé des heures exquises au Jardin Botanique où elles se rendaient dernièrement en compagnie de notre photographe.N\u2019eût été l\u2019esprit de discipline de ce dernier, il lui eût fallu deux jours plutôt qu\u2019un après-midi pour compléter ce reportage photographique, tant nos deux sympathiques jumelles s\u2019attardaient à chaque particularité du Jardin comme cette urne remplie de très jolies fleurs, par exemple.189 I» > mÊmi ¦ 'itim La serre d'exposition est un endroit charmant inondé de lumière, de fraîcheur et de couleur.On peut y étudier de plus près les variétés de la flore.Dans le jardin des plantes vivaces, l'architecte paysagiste a prévu des bassins fort attrayants pour les nénuphars.Ici, on peut rêver à sa guise, l'inspiration y trouve ce qu'il faut.wÊy*tf$Èi& Peut-être plus prosaïques dans leur aspect, les couches-chaudes que l'on voit ici autour des serres de service n'en sont pas moins intéressantes aux yeux du profane qui visite le jardin.Dans le jardin économique, on voit des plantes commerciales, textiles, médicinales, etc., qui intéressent.g® Dans une des serres de service : plantes tropicales.\u2014 Ci-dessous, examen d'un spécimen d'herbier.Justification du titre bien connu : \"A l'ombre des jeunes filles en fleurs '' ?Iesta.'V i '¦MS&K éép S.M ¦ Au bord d'un lac artificiel.\u2014 Ci-dessous, nos jumelles et Mlle Jeanne Viau, assistante à l'Herbier de l'Institut Botanique.«ÏW VY\\\\ iViïAlVWA \\ \\\\*S nv*u > m * » mm HELENE et JACQUELINE viennent de découvrir ce que c'est qu'un abri pour plantes d'ombre.Ce clair-obscur zébré n'a pas échappé à l'attention du photographe qui avait prévu l'effet.\u2014 Ci-dessous, dans la serre, Hélène contemple avec un réel intérêt quelques spécimens de cactus.Photos Conrad Poirier \u2014 Le Samedi.«set JS H 8 BATH UNE STATION THERMALE CELEBRE Par WALTER HOLTON (EXCLUSIF AU \"SAMEDI\") : & mm 'lis rrmfl WiïW9 'mjjjgem - i:0.iff*®?- Depuis plus de 2,000 ans, Bath, reine de l\u2019ouest de l\u2019Angleterre, offre à l\u2019humanité souffrante le bienfait de ses eaux médicinales.Aujourd\u2019hui encore, un flot continue coule de ses sources thermales autour desquelles s\u2019est élevée une des plus belles villes d\u2019Angleterre.Bath est bâtie au fonds d\u2019une cuvette formée par les flancs unis des collines environnantes.Du sommet de ces collines, on peut voir la ville arrosée par lAvon qui serpente comme un filet d\u2019argent entre les parcs, les jardins et les bâtiments dont le gris se détache sur le fonds émeraude des collines qui dominent.Au 18ème siècle, un génie en architecture, John Wood le jeune, citoyen de la ville, fut chargé de reconstruire la cité.Il mit à profit tous les avantages que lui donnait l\u2019emplacement et utilisa cette pierre spéciale de Bath couleur de miel lorsqu\u2019elle est extraite mais prenant par la suite une teinte d\u2019argent.Il fit de Bath une ville aux rues noblement tracées, avec ses beaux parcs et jardins que nous voyons aujourd\u2019hui, ses rangées de maisons d\u2019un style qui rappelle le règne Ces rois Georges, élégantes dans leurs courbes uniformes et leur dignité, et s\u2019élevant vers les collines boisées.Vu des hauteurs, l\u2019ensemble de la ville paraît uniforme, les tours et les clochers émergeant de la masse grisâtre comme pour saisir les rayons du soleil.Bien que possédant une architecture d\u2019un caractère qui lui est particulier, le fait le plus remarquable, peut-être, est l\u2019atmosphère de calme paisible et d\u2019oisiveté.Cette impression ne veut pas dire que Bath n\u2019a pas d\u2019industries ; de nombreuses usines prospères y sont installées, fabriques de meubles, de vêtements, de produits alimentaires, de biscuits.Mais la ville n\u2019est pas un des ateliers du pays ; Bath est essentiellement une station thermale et la ville des classes oisives.Bath a toujours été ainsi, depuis déjà le temps des Romains qui découvrirent les propriétés médicinales de ses eaux thermales en l\u2019an 54 et qui y envoyaient leurs légions pour une cure de repos.Depuis, la ville a été touchée par toutes les époques de l\u2019histoire de l\u2019Angleterre.Après 400 ans, les Romains partirent et la ville qu\u2019ils construisirent tomba en ruines.Mais les sources thermales ne restèrent pas longtemps négligées.Les Saxons arrivèrent, suivis de moines et d\u2019évêques qui firent de la ville un des centres ecclésiastiques de l\u2019Angleterre du Moyen- cigr.x uo, au.lutiut\t\u201c'\u2022'****)\t~ -* ce impériale, pourrait-on dire, de Beau Nash, le rendez-vous de l\u2019élégance.C\u2019est ce fameux maître de cérémonies qui, en fait, fit renaître Bath ; il organisa des fêtes, attira la société, faisant de Bath la ville où le monde de l\u2019élégance devait être vu.Avec l\u2019argent qui affluait dans la ville, John Wood put réaliser son rêve de Bath reconstruit.Après cette période de vogue, Bath retomba dans la sérénité d\u2019une ville de province.Mais aucune autre ville fut autant liée que Bath aux hommes et femmes illustres, notamment à ceux des arts et de la littérature anglaises.Gainsborough, Smollett, Sheridan, Jan Austen, Dickens, Thackeray et Meredith ne sont que quelques-uns panmi ceux qui vécurent et travaillèrent dans la ville.Des édifices remarquables de Bath, le plus beau, peut-etre, est 1 Abbaye, et les plus intéressants, les reliques de 1 occupation romaine.L Abbaye est le dernier des monuments d\u2019archi-tecture Gothique Perpendiculaire qui fût construit en Angleterre ; elle est notée pour ses belles voûtes et du Mnv SACulptrS- C\u2019est Ie ^uI ^stige de la cité du Moyen-Age dont les eaux attiraient les pèlerins venus de toutes les parties de l\u2019Angleterre.L'Abbaye fut ^construite en 1499 par l\u2019évêque Olivier.Selon une légende, le prélat, de passage dans la ville alors en ruines, fut impressionne par l\u2019état de l\u2019Abbaye lorsqu\u2019il y fut ee l\u2019Ahh°Ur ^ meUre à rabH d'un viol\u20acnt °ra-ge , 1 Abbaye n avait pas de toit et le digne évêque fut trempé jusqu\u2019aux os.sonUe, t0,UteLleS rCliqUeS romaines, les bains te par lf q ^ L°rSqUe la ville f* détrui- rlu~SaTSen 577\u2019 C6S bains fu-nt, heu- furent dét\u2019\tet ce n\u2019est Qu\u2019en 1882 qu\u2019ils Ïvés n, irS; eSt 3inSi qUe nous furent con- ZTenomf qUeS'UnS ^ PlUS fins monuments ue i epoque romaine.originales\t\u201c 1 \u201cf tuyau de\t- UJOurs > n y a meme le froide potable.Le p^rquTeÏ t ^\t^ des feuilles ete î u qUet est toujours couvert mains avaient P ^ T* les instructeurs remuées dans le vÔisTnagr *\u201c C°UiM5 Men P e!n travail ; le soleil Hür-WÆtr,Wfa\u2019\" rivé ?'se*\t6st~il Pas encore ar- convietion.JÇUne fi ,e sans trop de Le Samedi, Montréal, 30 août 1947 15 De quelle imparlance cela esT-il pour le lavaqe des couches?¦Ssjt a sM CANADA Si^S^£> \"T70ULEZ - VOUS dire que cette perceuse V multiple qui fait 20 trous à la fois dans une boîte d\u2019engrenages peut m\u2019aider à laver le linge un tantinet plus blanc?\u201d \"Ma foi, oui! C\u2019est en 'coupant les cheveux en quatre\u2019 de cette façon qu\u2019on produit une laveuse qui nettoie tout plus à fond, plus vite et plus sûrement que vous n\u2019oseriez le croire.Cette perceuse multiple, par exemple, prévient ce que les techniciens appellent 'surépaisseur\u2019 .signifie que toutes les pièces travaillantes sont d\u2019un ajustage précis, au 1/1000e de pouce .ce qui est à peu près l\u2019épaisseur d\u2019un cheveu.\u201d \"N\u2019essayez pas de me dire que les couches de bébé se ressentiront de la différence!\u201d \"Sans aucun doute .de même que tout ce que vous laverez .et vous aussi!\u201d \"Comment le savez-vous?\u201d \"Les techniciens Inglis ont vérifié des milliers de tissus différents lavés dans toutes sortes de laveuses différentes, pour voir laquelle de ces machines laverait mieux le linge, et avec le moins d\u2019usure.Et .parce que tous les outils et les machines que nous employons ici sont du dernier modèle, nous pouvons mettre immédiatement en pratique tout ce que nos techniciens apprennent de nouveau, et les avantages qui en résultent vous sont immédiatement accessibles.\u201d Ici, à la maison Inglis, nous n\u2019avons aucun capital d\u2019immobilisé dans des outils et des matrices démodés\u2014n\u2019avons à suivre aucun devis d\u2019avant-guerre\u2014pour cette raison, nous pouvons construire pour vous des appareils ménagers qui, au point de vue de conception et de rendement, sont des ainnées en avance.Cependant, Inglis n\u2019en est pas à ses débuts dans ce domaine.Depuis 85 ans, cette grande Compagnie canadienne construit des machines d\u2019excellente qualité et fait office de pionnier pour la vulgarisation des nouveaux progrès techniques.Pendant la guerre, la maison Inglis fit marcher l\u2019une des plus importantes usines d\u2019armes portatives du Commonwealth Britannique.La main-d\u2019oeuvre qui a rendu cela possible produit pour vous, aujourd\u2019hui, de meilleurs chauffe-eau, laveuses, repasseuses et appareils de chauffage dirigeant la chaleur vers le haut .produira demain de meilleures laveuses et sécheuses automatiques.l/nejeune maman cfécoui/repourquoi /es /éc/niciens coupentun c/eireu en quatre L\u2019USINAGE TECHNIQUE, VOUS APPORTE MAINTENANT DE MEILLEURS APPAREILS MÉNAGERS DIVISION DES APPAREILS MÉNAGERS JOHN INGLIS CO.LIMITED, TORONTO, CANADA 16 Le Samedi, Montréal, 30 août 1947 Toute sa joie, tout son entrain s\u2019en étaient allés brusquement et ce fut sans plaisir qu\u2019elle mit pied à terre.Le changement fut si brusque que Mme Leroy ne pouvait manquer d\u2019en être frappée.\u2014 Que vous arrive-t-il, mademoi -selle ?Vous semblez contrariée ! \u2014 Moi, pas le moins du monde, ma bonne Leroy ! Je me demande où vous êtes allée chercher une pareille idée.Allons, aidez-moi à déballer mon matériel, voulez-vous ?\u2014 Très volontiers ! En quel endroit allez-vous vous placer ?\u2014 Tenez, il me semble qu\u2019ici.Et Lucile, après avoir inspecté les alentours d\u2019un regard perçant, afin de s\u2019assurer que, décidément, personne n\u2019était en vue, indiquait un point vers la gauche.De là, elle embrasserait toute la mare et aurait juste en face d\u2019elle trois saules dont le feuillage argenté s\u2019inclinait gracieusement vers les eaux miroitantes.\u2014 Le fait est que c\u2019est ravissant, ici, murmurait la femme de charge, tand.s que Lucile plantait son chevalet.Jamais je ne m\u2019en étais aussi bien aperçue qu\u2019aujourd\u2019hui.\u2014 Que vous disais-je ?Quand on a l\u2019habitude de voir quotidiennement de près certains lieux, on finit par ne plus les remarquer.Brusquement, un beau jour, sans savoir pourquoi, les yeux s\u2019ouvrent et c\u2019est alors une véritable découverte.\u2014 Oui, en effet, en effet.Tandis que la jeune fille s\u2019installait sur son tabouret et ouvrait sa boîte à couleurs, la femme de charge prenait place sur l\u2019un des coussins tirés de la voiture.Elle avait apporté un sac de tapisserie, d\u2019où elle sortit un ouvrage de broderie.Mme Leroy était de ces femmes qui ne peuvent rester inoccupées ; même lorsqu\u2019elle se reposait, ses doigts ne chômaient pas.Le silence s'établit entre les deu < femmes.Lucile s\u2019absorbait à sa besogne, jetant sur sa toile les premiers éléments du tableau qu\u2019elle méditait d\u2019exécuter.Pourtant, son esprit n\u2019v était point.A chaque instant, elle coulait un regard à droite et à gauche ; cela sans succès.Décidément, M.Bernier ne se montrait pas.\u2014 Mon indiscrétion d\u2019hier l\u2019aurait-elle mis en fuite ?songea Lucile, mécontente et quelque peu vexée.Vraiment, ce monsieur ferait alors preuve d\u2019un bien mauvais caractère ! Ce carrefour est un lieu public et je ne l\u2019ai guère dérangé, n\u2019étant pas restée plus de cinq minutes.Quoi qu\u2019il en soit, le peintre ne reparut point et quand, vers cinq heures, la fraîcheur commençant à descendre, Mme Leroy parla de regagner « La Braudière », Lucile ne formula aucune objection.Elle semblait maussade, préoccupée et le retour s\u2019effectua en silence.Alors que les promeneuses mettaient pied à terre dans la cour du château, Baptis-tin, qui discourait au milieu d'un groupe où l\u2019on apercevait Suzanne, la première femme de chambre, Marthe, la cuisinière, et Albert Tisserand, le chauffeur, Baptistin se précipita vers elles de toute la vitesse de ses vieilles jambes.\u2014 Ah! mademoiselle, vous arrivez bien.Quel malheur ! Nous nous demandions justement où vous pouviez bien être .\u2014 Mais enfin, qu\u2019y a-t-il ?coupa Lucile dont la voix révélait quelque impatience.\u2014 Bichu, le garde-chasse, et son fils, viennent de rapporter le pauvre César ; ils l\u2019ont trouvé étranglé dans un collet, au fond de la garenne de Somois.\u2014 Vous dites?.sursauta la jeune fille.\u2014 La vérité, mademoiselle.La triste vérité.Etranglé comme un simple lapin.un fameux collet que celui-là, à ce que m\u2019a dit Bichu ! Pour lui, il y a de la malveillance .On a dû attirer César de ce côté et lui engager de force la tête dans l\u2019appareil, à moins qu\u2019on ne l\u2019ait tué auparavant d\u2019une piqûre,,car c\u2019était un rude chien.Mademoiselle le sait mieux que personne.Mlle Artez n\u2019écoutait plus ; elle avait couru vers la niche qu\u2019on apercevait dans l\u2019ombre d\u2019une charmille voisine et là, agenouillée sur le sol, contemplait avec des yeux pleins de larmes le cadavre de son vieux compagnon qu\u2019on avait recouvert d\u2019uné toile.Mme Leroy, qui se hâtait de la rejoindre, semblait bouleversée.\u2014 Pauvre bête.Je me demande quel est le misérable qui a bien pu la tuer ?.11 faudra interroger Bichu.\u2014 Certainement.certainement.murmura Lucile d\u2019une voix entrecoupée.Soudain, la jeune fille s\u2019immobilisa ; ses yeux venaient de tomber sur une flèche de carton fixée au collier de l\u2019animal et en tous points semblable à celle qui avait servi de signature à la lettre anonyme reçue la veille.Elle en éprouva une sorte de choc et sa pâleur augmenta.\u2014 Qu\u2019est ceci ?s'étonnait Mme Leroy qui, à son tour, remarquait le détail.\u2014 Rien .Venez .Je vous expliquerai .Baptistin, veillez à ce qu\u2019on ne touche point à César.\u2014 Bien, mademoiselle, murmura ,e vieux jardinier en secouant sa tête chenue.Déjà, Lucile entraînait la femme de charge vers le château.Une fois dans la bibliothèque, elle s\u2019empara du telephone, demandant la communication avec M.Watrin.\u2014 Mon cher tuteur, il se passe ici de singuliers événements.Et, en quelques mots, sans chercher à cacher son émotion, Mlle Artez mettait l\u2019ex-notaire au courant de la mort de César, ainsi que de ses particularités.A ce moment, on frappait à la porte et Suzanne entrait, apportant une lettre sur un plateau.Un coup d\u2019œil suffit a Mlle Artez pour identifier l\u2019enveloppe et l\u2019écriture constituant 1 adresse.\u2014 Attendez une seconde, cher monsieur Watrin, voulez-vous ?Déjà, elle décachetait le pli, courait à la signature que formait une flèche.\u2014 C\u2019est bien cela .Je reçois à l\u2019instant une lettre anonyme du genre de celle que je vous ai montrée.Ecoutez, je vais vous la lire.Et la jeune fille déchiffrait les lignes suivantes : « Mademoiselle, « Vous n\u2019êtes point venue hier au rendez-vous que je vous avais donné et vous avez eu tort.L affaire est des plus sérieuses et, à l\u2019occasion, on vouia le fera bien voir.« Si vous ne voulez point avoir de graves ennuis, allez déposer ce soir même, vers huit heures, une enveloppe contenant les dix mille francs réclamés sous la grosse pierre qui se trouve a l\u2019entrée du sentier du Grand-Hêtre, eu carrefour des Loges.« Dans voti e intérêt, obéissez, sinon .» QUI EST-IL, QUI EST-ELLE?Très jeune, ce bébé serre dans ses bras un jeune ours.La courte biographie que vous Lisez ne dira pas s\u2019il n\u2019a toujours tenu dans le creux de son bras que des oursons.Il est né dans la capitale fédérale, le jour de la Saint - Georges.Canadien français, c\u2019est peut-être à cause de cette coïncidence qu\u2019il est tellement canadien en premier lieu.Il passa son enfance à Rockliffe, tout près d\u2019Ottawa où, aujourd\u2019hui les avions se posent.A quinze ans, il avait déjà une moustache et débutait dans la photographie.Il y en a qui \u201cfont fai-e\u201d leur portrait, lui, il \u201cfaisait\u201d dans les négatifs, les acides et les impressions, pour ne pas dire dans la chambre noire.Déjà, il était passé par le High School et par le petit séminaire d\u2019Ottawa.Il délaissa la photographie pour la peinture : peintre d\u2019enseigne.Ne croyant pas loger à bonne.enseigne, il se dirigea vers le fonctionnarisme, puis vers le journalisme où il demeura trois jours seulement.Il en avait assez.Par la suite, il devint démarcheur (il n\u2019a pas dit quelles démarches).Enfin, le voici gérant de campagnes électorales puis, par accident, caricaturiste politique.Il laissa cette carrière probablement par dégoût des caricatures qu'il avait à faire de certaines .binettes, pour revenir au journalisme : au Droit d\u2019Ottawa.D.y demeura dix ans.Durant cette période, il fonda un hebdomadaire intitulé La Semaine, qui parut le jeudi, mais pas plus que trois fois.Une semaine de trois jeudis, c\u2019en était assez pour lui.Il s\u2019enrôle, puis est réformé pendant son séjour à l\u2019école des officiers de Brockville.Il est engagé à titre de rédacteur au service de l\u2019Information en temps de guerre où il demeure trois ans avant de démissionner pour ne pas devenir \u201cfonctionnaire sérieux\u201d.A Montréal, il arrive avec son sourire habituel.Il est directeur littéraire d\u2019une maison d\u2019éditions et, avec Henri Poulin, il prépare l\u2019émission Canadiana que dirigeait Jean Beaudet et que Roger Baulu et Albert Chamberland mettaient en ondes.Puis après.après il y a eu et il y a encore cette amusante et spirituelle émission qui a nom \u201cPuis après\u201d qui passe tous les soirs à 7 h.45 à Radio-Canada, avec Marcelle Barthe, Miville Couture et Raymond La-plante.Les programmes auxquels il participa ne se comptent plus, même aux ondes courtes (en anglais parfois).Ce qu\u2019il ne dit pas, c\u2019est qu\u2019il aime souverainement collectionner les incunables, qu\u2019il fit du théâtre à Ottawa, notamment aux côtés de Mme Laurette Larocque-Auger dans une pièce de Zamacoïs : \u201cLa Fleur Merveilleuse\u201d.Tessier est \u201cversatile\u201d pouvons-nous écrire, car ce mot, dit Larousse, \u201cne s\u2019emploie qu\u2019au figuré\u201d.Savez-vous son nom ?Non ! Eh bien tournez à la page 34 du présent numéro du SAMEDI et vous le verrez, un peu plus habillé, les bras croisés sur la poitrine, un sourire distingué et des yeux rieurs.Une exclamation de colère proférée bout du fil prouva que le cette lecture.\u2014 Voilà qui est intolerable.Ne bougez pas de chez vous, Lucile, et atten-dez-moi.Avant une heure, je serai a «La Braudière».J\u2019amènerai egalement un vétérinaire afin de déterminer comment fut tué César, disait lex- et vieil ami !\t\u201e Lucile, ayant raccroche, entreprit de mettre Mme Leroy au courant de la situation car, la veille, ne voulant point l\u2019alarmer, elle ne lui avait pas parle de la première lettre anonyme.La gouvernante écoutait, atterree, montrant un visage soudainement ble- 1111.\u2014 Mais c\u2019est épouvantable !.Qm peut bien vous en vouloir, mademoiselle ?__Je l\u2019ignore, mais nous finirons bien par l'apprendre, répliqua Lucile, toute frémissante.Moins d\u2019une demi-heure plus tard, M.Watrin arrivait.Il n\u2019était pas seul.M.Chamoreau, l\u2019un des premiers vétérinaires de Bourges et un autre personnage, l\u2019accompagnaient.\u2014 L\u2019inspecteur Morand, de la Sûreté 1 présenta-t-il.Je suis passé au Commissariat central.\u2014 Vous avez bien fait, approuva Lucile.Tandis que M.Chamoreau faisait transporter dans une sellerie désaffectée le cadavre du pauvre César, le tuteur et sa pupille gagnèrent la bibliothèque où bientôt M.Morand vint les rejoindre.Il tenait à la main la flèche de carton et demanda à voir les deux lettres.Lucile les lui remit incontinent.L\u2019inspecteur Gilbert Morand était un grand gaillard de trente-deux ans, à la silhouette massive, aux petits yeux gris, singulièrement perçants.Il entreprit d\u2019examiner les missives.Celles-ci avaient été mises à ia grande poste de Bourges dont elles portaient le cachet.L\u2019écriture des enveloppes était manifestement déguisée.\u2014 Voyons, mademoiselle, vous ne vous connaissiez pas d\u2019ennemis ?s\u2019en-quit l\u2019inspecteur.\u2014 Certainement non.C\u2019est bien la première fois qu\u2019on m\u2019adresse de semblables menaces.\u2014 Par conséquent, vous ne soupçonnez personne ?Cette offensive qui, brusquement, se déclenche contre votre tranquillité, semble indiquer que récemment vous vous êtes créé une inimitié ou que vous avez fait la connaissance de quelqu\u2019un .Le policier s\u2019interrompit, car Lucile avait eu un tressaillement.\u2014 Voyons, expliquez-vous, mademoiselle.\u2014 C\u2019est que la chose est si absurde, si irwraisemb'able .\u2014 Il n\u2019y a rien d\u2019invraisemblable en matière criminelle.Communiquez-moi votre idée, insistait doucement Morand.\u2014 Mais oui, mon enfant.Parlez .reprenait M.Watrin.\u2014 Hier, en revenant de chez vous, mon tuteur, j\u2019ai rencontré une personne que je ne connaissais point auparavant, mais il n\u2019y a aucune raison pour que ce soit l\u2019auteur.Enfin, voici la chose : Et, en quelques mots, Mlle Artez narra sa rencontre avec Gaston Bernier.\u2014 Il est évidemment peu probable que ce soit ce monsieur.murmura Morand.Enfin, je verrai.Vous r.e voyez pas autre chose à me signaler ?Aucun fait nouveau ou bizarre n\u2019a marqué votre existence en ces derniers temps ?Sur la réponse affirmative de Lucile, l\u2019inspecteur gagna l\u2019office où il interrogea longuement tous les domestiques.Apres quoi, il se rendit à Auray-sur-Yèvre.L\u2019heure suivante, il était de re- QUALITÉ DE GROSSE VOITURE À PRIX MODIQUE 5 ggg \u2022 ' ¦ ¦ \u2022 \u2022Il : :: WMm 9S8&8Ê£ÊÊÊÊ&lll(ÊÊti La nouvelle vous offre le plus bel ensemble de beauté, de rendement et d'économie de tout le domaine des bas prix /CHEVROLET Le Samedi, Montréal, 30 août 1947 DEPRIMEE ?NERVEUSE ?Irkv.'v 4 LYMPHATIQUE?DÉLAISSÉE ?LISEZ ALORS CECI.Ne perdez pas courage car la vie peut très bien vous sourire encore ! La maigreur, les vertiges, les migraines, un teint dépourvu d\u2019éclat sont très souvent les caractéristiques d\u2019un sang alourdi, obstrué de toxines, cause très répandue de longs et ennuyeux désordres organiques.Le moyen tout indiqué pour y remédier est une cure naturelle de désintoxication.Or, les éléments concentrés qui sont à la base du merveilleux TRAITEMENT SANO \u201cA\u201d ont précisément pour fonction d\u2019éliminer ces poisons.Dès que la cure est commencée, on constate un développement, une fermeté nouvelle des chairs.Le teint se ranime et le charme séduisant de la jeunesse réapparaît.Un envoi de cinq sous suffit pour recevoir un échantillon de notre merveilleux produit SANO « A » Correspondance strictement confidentielle.LES PRODUITS SANO ENRG.Mme CLAIRE LUCE Ci-inclus 5 sous pour échantillon du produit SANO « A ».Ecrivez lisiblement d-dessous.Nom .Adresse .\u2014\u2014* Ville .* TOUS pouvez toujours vous fier sur les Bat-' teries Powerline Cbryco .recommandées par les ingénieurs de Chrysler pour longue durée, rendement assuré et bas frais de maintien.Les Batteries Powerline Cbryco vous donnent le pouvoir quand vous le voulez .quelque soient les circonstances .elles sont vendues dans leur pleine efficacité .et elles conservent leur capacité de rendement.Pour satisfaction complète, installez une Batterie Powerline Cbryco.CE QUE \"CHRYCO\" VEUT DIRE \u201cChryco\u201d est une marque de fabrique tirée de \u201cChrysler Corporation\u201d, et c\u2019est la marque qui signale la qualité spéciale des pièces de remplacements et des accessoires.Seuls les accessoires et pièces authentiques CHRYCO sont approuvés par les ingénieurs de Chrysler et recommandés par eux pour les voitures Chrysler, Plymouth, Dodge et DeSoto, pour les camions Dodge et Fargo et pour les Moteurs Industriels Chrysler.1 CONCEPTION ET FABRICATION DE CHRYSLER CORPORATION OF CANADA, LIMITED DIVISION DES PIÈCES ° WINDSOR, ONTARIO L._______ 32 Le Samedi, Montréal, 30 août 1947 DANS L'ILE GOTLAND UN VILLAGE DE L\u2019ÂGE DE FER Près de 70 archéologues suédois, norvégiens, danois, finlandais, islandais et anglais participent cet été aux fouilles d\u2019un des anciens villages les plus remarquables des pays Scandinaves, Vallhagar, dans 1 île de Gotland, dans la Baltique, qui date du milieu de l\u2019âge du fer.Les,fouilles ont été préparées et commencées l\u2019été dernier par un groupe d archéologues sous la direction de l\u2019archéologue suédois, le Dr Marton Stenberger, qui est aussi le chef de l\u2019expédition de cette année.Nous ne nous attendons pas à faire de sensationnelles trouvailles, a dit le Dr Stenberger dans un interview à la presse.Notre tâche essentielle est plutôt de faire une étude détaillée du peuplement et d\u2019essayer de déterminer le plan et le caractère du village.Nous espérons aussi obtenir quelque idee de la manière dont vivaient ses habitants.Des spécialistes, géologues, botanistes et ostéologues, prêteront leur assistance et seront chargés de l\u2019examen du phosphate et de, 1 analyse du pollen.L\u2019armée de l\u2019Air suédoise a déjà apporté son concours à l\u2019expédition en photographiant l\u2019emplacement sous des angles différents et une troupe de sapeurs suédois essaieront de localiser la présence d\u2019objets de métal dans le sol au moyen d\u2019un équipement électrique détecteur de mines.Les fouilles seront terminées à la fin de septembre.Après une dernière révision de la documentation rassemblée, les résultats seront publiés dans un ouvrage rédigé en collaboration par les savants ayant participé aux fouilles.De multiples trouvailles \u2014 qui ont fait de Gotland un veritable paradis des archéologues \u2014 évoquent l\u2019histoire fascinante de cette île, située au large de la côte suédoise, dans la Baltique.Peu après la fin de la grande période glaciaire, les premiers habitants s\u2019établirent dans 1 île.Pendant l\u2019âge du bronze, ils devinrent un peuple de marins dont les traditions se maintinrent pendant l\u2019ère des Vikings, durant laquelle ils étendirent leurs expéditions jusqu\u2019à Byzance, en utilisant les fleuves russes.Il est avéré que les Vikings de Gotland contribuèrent fortement à la création de la route commerciale qui menait de l\u2019Orient à l\u2019Europe occidentale et qui garda sa prédominance des siècles.C\u2019est la situation géographique de Gotland sur cette route qui rendit l\u2019île \u2014 et sa capitale Visby en particulier \u2014 riche et puissante.Il reste peu de documents écrits qui aient survécu aux desastres qui s\u2019abattirent plus tard sur la ville, mais l\u2019imposant mur d\u2019enceinte, long de trois kilomètres et demi et flanqué de tours nombreuses, qui entoure Visby, les maisons à pignons à redans des marchands du temps de la Ligue Hanséatique, aux XlIIe et XlVe siècles, les ruines d\u2019églises revêtues de lierre, sont un éloquent témoignage de cette période de puissance et de prospérité.\t,\tf Mais la richesse provoque l\u2019envie ; la ville et le pays environnant lu-rent ravagés et brûlés par des envahisseurs étrangers et le commerce international trouva d\u2019autres routes.L\u2019île, cependant, après des siècles de pauvreté relative, est aujourd\u2019hui de nouveau une région prospéré de la Suède ; elle possède une très importante industrie de ciment et de pierre a chaux une agriculture bien développée et un grand trafic touristique.Durant la guerre, Gotland, qui forme une pierre angulaire du système de défense de la Suède, a vu ce trafic plus ou moins arrêté, mais des l\u2019annee dernière les touristes affluaient en grand nombre vers l\u2019île légendaire.Des bateaux et des avions confortables amènent chaque été à Gotland plus de 50 000 touristes, c\u2019est-à-dire un nombre à peu près égal à celui de la population totale de l\u2019île.La plupart des visiteurs sont naturellement des Suédois mais le nombre des visiteurs étrangers est considérable aussi.Avant la guerre, des navires de long cours jetaient souvent l\u2019ancre dans la rade de Visby pour permettre aux passagers de visiter les sites historiques et admirer la beauté de l\u2019île.\t,\t, Lorsqu\u2019il parcourt les paisibles rues de Visby et en contemple les remarquables monuments médiévaux, le promeneur peut se croire reporte sept cents ans en arrière.Le climat ensoleillé de l\u2019île et la riche vegetation \u2014 Visby est célèbre pour ses roses \u2014 contribuent aussi à donner un charme particulier à la vieille cité, magnifiquement étagée en terrasses devant la mer Mais Visby possède aussi des traits modernes: bons hôtels et restaurants pour accueillir les touristes, et pour distraire ceux-ci, bals, concerts et représentations théâtrales organisés dans les ruines.D\u2019excellentes plages s\u2019étendent, pour ainsi dire, tout autour de l\u2019île et l\u2019elegante station balnéaire de Snackkardsbaden, près de Visby, a été récemment pourvue d\u2019une vaste piscine, afin que les visiteurs puissent jouir d\u2019un bain tempere, même si Neptune se montrait d\u2019humeur revêche et envoyait de froids courants le long des côtes de Gotland.LE CLIMAT DE LA TERRE SE RECHAUFFE Dans tout le monde, même sous les tropiques, la température s\u2019élèverait graduellement, selon le Professeur Hans Ahlmann, géographe et glaciolo-giste éminent de l\u2019Université de Stockholm, récemment de retour dune tournée de conférences aux Etats-Unis.Les glaciers des régions arctiques, déclare-t-il, fendent plus rapidement et l\u2019eau de mer devient plus chaude.Ceci, à son tour, fait que beaucoup d\u2019espèces de poisson émigrent vers le nord \u2014 parmi eux la morue.Les glaces flottantes ne se répandent plus sur d\u2019aussi vastes étendues qu\u2019autre-fois.Ainsi, la saison d\u2019embarquement du charbon au Spitzberg, qui était de 95 jours au début de ce siècle, est maintenant de 200 jours.Cette amélioration du climat a eu aussi pour résultat que des forêts croissent dans des régions autrefois arides et que les moissons sont plus abondantes sous des latitudes où elles étaient pauvres, autrefois.Le climat des régions tropicales s\u2019est aussi modifié, bien que l\u2019accroissement de la chaleur y soit moins sensible.Malgré sa passion pour lui, elle avait toujours eu la prudence de la lui refuser, sachant bien qu\u2019elle le tenait uniquement par là.\u2014\tMa procuration ?.répeta-t-elle, pourquoi faire ?.\u2014\tReleyre dit qu\u2019elle est indispensable.\u2014 Mais encore une fois, pourquoi ?\u2014\tPour les détails de la procédure.La duchesse réfléchit.Ayant par hasard regardé Philippe, la physionomie embarrassée de son mari lui donna un coup en plein cœur.\u2014 Vous allez me faire croire que maître Releyre n\u2019est pas l\u2019homme intelligent dont vous m\u2019avez parlé, mon cher ami, dit-elle ; je connais un peu les affaires, et, pour envoyer des assignations aux Clavières, cette pièce est absolument inutile.\u2014 Il me l\u2019a pourtant réclamée.\u2014 Vous vous serez trompé.Les affaires vous causent tant de distractions.\u2014 Non, j\u2019ai bien compris.La preuve, c\u2019est que la voilà écrite tout entière de sa main, cette fameuse procuration.\u2014 Voyons.Attentivement, la duchesse lut le papier.Quand elle en vint à la formule habituelle : « J\u2019autorise ledit duc de Ro-quebrune, mon mari, à acheter, à vendre, à faire tels contrats ou transactions qu\u2019il croira nécessaires ».une grande colère la prit.\u2014 Qu\u2019est-ce que vous voulez donc faire de ma fortune, Philippe ?.s\u2019é-cria-t-elle.« Une procuration, à vous, et rédigée ainsi ?.Oh ! par exemple, jamais !.Il faillit se laisser aller à une des violences qui lui étaient habituelles.Mais le duc n\u2019était despote et absolu qu\u2019avec les êtres plus faibles que lui.Cette fois, Claire était la plus forte, forte des millions qu\u2019elle avait su garder.\u2014 Mais, ma chère amie, dit-il, très doucement, avant de vous emporter, permettez-moi de vous expliquer ce que vous n\u2019avez pas l\u2019air de comprendre.\u2014 Quoi donc ?\u2014 Que les formules de cette procuration, qui paraissent vous choquer si profondément, ne sont que des formules banales et ordinaires.Il n\u2019y a pas une seule pièce de cette nature qui ne soit rédigée ainsi.\u2014 Cela m\u2019est égal.Je ne signerai jamais cela.D\u2019ailleurs, on n\u2019a pas besoin d\u2019une procuration pour l\u2019affaire qui nous occupe.\u2014 Mais à chaque instant, on devra vous déranger pour des signatures.\u2014 Je me dérangerai.\u2014 Vous, la duchesse de Roquebrune, vous occuper de ces détails, allons donc !.\u2014 Je m\u2019en suis bien occupée depuis sept ans, et je ne m\u2019en suis pas trouvée plus mal.Je continuerai, voilà tout.Elle paraissait absolument décidée.Philippe surmonta toutes ses répugnances, toute sa rancune.Il s\u2019approcha soudainement d\u2019elle, et entourant sa taille de son bras : \u2014 Dis donc tout de suite que tu te méfies de moi, fit-il en cherchant à l\u2019attirer contre lui.Ne me réponds pas, je l\u2019ai mérité.A vivre toujours seul, il m\u2019est venu un horrible caractère.Je n\u2019ai pas eu toujours pour toi les égards que tu méritais .Mais, au fond, vois-tu.Claire, je t\u2019aime grandement, absolument, je l\u2019ai bien senti quand j\u2019ai vu qu\u2019un ennui te menaçait.Le cœur de la duchesse bondit dans sa poitrine.Malheureusement pour Philippe, Claire leva les yeux vers lui, et son regard à lui, malgré toute sa volonté, n\u2019avait pas su se mettre à l\u2019unisson de ses perfides paroles.Le ravissement de la malheureuse ne dura pas une seconde de plus.\u2014 Je ne me méfie pas de vous, Phi- lippe, dit-elle, mais je sais que vous avez les affaires en horreur.Vous me l\u2019avez déclaré vous-même plus d une fois.Or, que deviendrait une procuration si illimitée entre vos mains ! Elle serait évidemment livrée au premier qui vous inspirerait confiance, ce Releyre ou un autre .«Non, non, pour vous-même, dans votre propre intérêt, je dois vous la refuser.\u2014 Je t\u2019en prie, insista-t-il,, en lui montrant la place, là, rien qu\u2019un petit gribouillage, et ce sera tout .Allons, mon adorée, fais-moi ce plaisir.Eile le repoussa fermement.\u2014 S\u2019il faut aller chez Releyre, j\u2019irai, dit-elle.Donner ma procuration à qui que ce soit, jamais.Alors, il entra dans une colère terrible, et l\u2019insulta grossièrement, bassement.Et Claire, pleine de soupçons maintenant, se disait : \u2014 Mais où veut-il en venir ?.Et pourquoi, pourquoi, avec sa rente énorme, a-t-il besoin d\u2019argent ?Philippe, en proie à une rage folle, sortit pour aller lui-même mettre à la poste le chèque destiné à maître Releyre.Il resta fort tard dehors.En rentrant chez lui, il poussa plus que jamais les verrous de sa porte ; mais il ne se coucha pas, malgré l\u2019heure avancée de la nuit.Après avoir inspecté minutieusement les serrures de son appartement et s\u2019être assuré qu\u2019aucune surprise n\u2019était possible, il s\u2019assit à une table de travail, prit une plume, de l\u2019encre, et, avec une lettre ouverte devant lui, il se mit à copier attentivement les caractères qui étaient sur cette lettre.Il recommença une centaine de fois, sans se lasser jamais.Le temps passait, de grosses gouttes de sueur perlaient à son front et cependant il recommençait toujours, ne paraissant s\u2019apercevoir ni des heures qui s\u2019enfuyaient, ni de la fatigue qui eût dû ankyloser ses doigts.Comme le jour venait, faisant pâlir la lumière dorée de la lampe électrique qui l\u2019éclairait, Philippe eut un sourire de satisfaction.\u2014 Cette fois-ci, dit-il avec un sourire infernal sur ses lèvres de sang, ça y est.Un joli talent que je ne me connaissais pas, et qui va me rapporter gros.Cette dinde-là, me forcer à ces choses !.Il réfléchit quelques instants, puis, haussant les épaules : \u2014 Bah ! fit-il, mari et femme ne font qu\u2019un .« Nous verrons bien, si jamais elle ose se fâcher de ma petite industrie.Reposé, il reprit sa plume, et sur la procuration de Releyre, aux endroits mêmes qu\u2019avait indiqués l\u2019avocat, il mit la signature et le paraphe de Claire de Cypières, duchesse de Roquebrune.C\u2019était admirablement imité, et la duchesse seule, ou un expert des plus habiles, eût pu reconnaître le faux que venait de commettre le duc de Roquebrune.Sans un remords, très heureux au contraire, Philippe se coucha.Il avait ouvert les verrous donnant dans son cabinet de toilette par où d\u2019ordinaire entrait son valet de chambre.Sous son traversin était la procuration.\u2014 Avec cela, dit-il, la caisse de Ma-bille m\u2019est ouverte, et Nhiska est à moi.Les rêves les plus heureux, les plus tranquilles hantèrent son sommeil.Comme pour leur donner raison, il fut éveillé par le facteur qui avait à lui remettre une lettre chargée.Un parfum étrange se dégageant de l\u2019enveloppe satinée fit sauter le cœur de Philippe dans sa poitrine.Il enleva les cinq cachets de cire d\u2019or, et dans un éblouissement fou il lut les lignes suivantes : « Je n\u2019entends parler autour de moi que des folies qu\u2019un grand seigneur Le Samedi, Montréal, 30 août 1947 33 vient de faire dans un petit hôtel situé sur la place Malesherbes.«Si l\u2019écrin est digne du bijou, ainsi que le disait l\u2019autre jour quelqu\u2019un de ma connaissance, le bijou consentira peut-être à s\u2019y laisser enchâsser, et cela aujourd\u2019hui même, à quatre heures.« Prudence et circonspection.» Le duc lança un regard chargé de haine vers la porte de sa femme.\u2014 Pour un sourire d\u2019elle, dit-il dans un élan de passion irrésistible, je serais capable de t\u2019arracher les entrailles si Nhiska me le demandait.A deux heures, il passa chez Mabille qui, devant la signature de Claire, lui dit : \u2014 Monsieur le duc, je suis à votre disposition, mais, pour la régularité de la chose, je garde la procuration de Mme la duchesse.« Combien vous faut-il ?Philippe n\u2019osa pas refuser la pièce qu\u2019il avait fabriquée et, la gorge un peu serrée, malgré son aplomb et ses raisonnements du matin, il répondit : \u2014 Pour le moment, deux cent mille francs me suffiront, cher monsieur.Je verrai après.\u2014 Ne vous gênez pas, fit Mabille.Et, sonnant, il dit au garçon de bureau qui se présenta, en lui donnant un papier : \u2014 Conduisez monsieur le duc à la caisse et remettez ceci au caissier de ma part.Ceci, c\u2019était le papier sur lequel Pierre Mabille avait écrit : « Donnez deux cent mille francs espèces à M.le duc de Roquebrune, sur simple reçu de lui.» VT \u2014 Loulou L\u2019après-midi de ce même jour, et pendant que Philippe de Roquebrune cherchait à tuer les heures qui le séparaient du moment où il devait se rendre chez la danseuse, les Champs-Elysées regorgeaient de monde.Le temps était superbe.Aux arbres, la verdure des feuilles nouvelles se mêlait aux fleurs des marronniers, légères comme de petites pyramides de plumes ; les massifs embaumaient, déjà fleuris des premières plantes odorantes ; dans une poussière d\u2019or, les autos de luxe et les attelages montaient la longue avenue, portant au Bois les frêles Parisiennes pâlies par les veillées nocturnes des dernières fêtes ; sur les bas-côtés, tout un monde particulier se pressait, se promenait à petits pas, ou était assis sur les fauteuils de fer.C\u2019étaient en général de jeunes mères, escortées de la nounou au bonnet enrubanné ou de la gouvernante anglaise.Quelques-unes s\u2019asseyaient, brodaient, lisaient, tandis que, par troupes, les bébés sérieux faisaient à terre des forteresses de sable et des montagnes de gravier.D\u2019autres allaient un peu plus loin et avec amour, en restant debout, elle'1 considéraient l\u2019enfant assis devant 1* Guignol célèbre, les yeux luisants corn me des étoiles, riant à en pleurer ch» que fois que Guignol rossait le commi\" saire.La représentation n\u2019était pas encor-commencée, lorsque deux jeunes femmes entrèrent dans le petit cercle réservé et vinrent installer une jolie fillette sur la chaise du premier rang qui faisait le coin.La petite pouvait avoir quatre ou cinq ans.Elle était jolie à miracle sous sa grande capote qui abritait deux larges yeux d\u2019azur et des cheveux d or plus fins que de la soie.Cependant, en dépit des reflets roses du grand chapeau, qui eussent dû colorer un peu les traits de la mignonne, le petit visage restait d\u2019une pâleur transparente absolue, comme celle des êtres dont la santé est chancelante et la poitrine délicate.Malgré la tiédeur presque chaude du jour, l\u2019enfant était enveloppée d\u2019un manteau de grosse soie blanche, entièrement doublé de cygne, sous lequel elle grelottait.C\u2019était Alice de Clavières, que Madeleine et Jeannie, debout à quelques pas, dévoraient du regard avec autant d\u2019amour et de sollicitude l\u2019une que l\u2019autre.La veille, l\u2019enfant, par hasard, s\u2019était arrêtée à la même place, et elle avait tant ri, elle s\u2019était tant amusée, elle d\u2019ordinaire sérieuse et toujours triste, que, depuis lors, elle ne parlait plus que de revenir voir les farces des petits acteurs de bois.Madeleine, qui ne résistait jamais à un désir de la chétive enfant, avait déjeuné à la hâte, et, pendant que Richard partait s\u2019occuper de leurs affaires particulières, elle se rendait avec Jeannie et sa fille devant le Guignol des Champs-Elysées.Mais là, Alice fut déçue.Dans son impatience nerveuse d\u2019arriver tôt, elle avait devancé l\u2019heure.Un morceau de toile rayée de rouge et de gris fermait le trou où d\u2019ordinaire vont, viennent, s\u2019agitent et se trémoussent les petites marionnettes qu\u2019adorent les bébés.Elle se retourna désespérée vers sa mère : \u2014 Maman ! Où qu\u2019y est Guïol ?.fit-elle, les yeux pleins de larmes, déjà jaillissantes comme une pluie de cristal.\u2014 Pleure pas, ma vie, répondit aussitôt Madeleine, il va venir.Deux secondes passèrent.L\u2019enfant nerveuse recommença : \u2014 Dis, maman, pourquoi y vient pas Guïol ?\u2014 Il dort encore, ma Lili, sois patiente .Mais Lili n\u2019avait pas l\u2019air de vouloir suivre ce conseil.Ses larmes coulèrent plus fort sur ses joues blanches, et bientôt de gros sanglots soulevèrent sa petite poitrine délicate.\u2014 Oh ! tu n\u2019es pas sage ! s\u2019écria Madeleine en venant s\u2019agenouiller devant elle.Tu as voulu venir trop tôt, Guignol est sans doute encore couché.11 faut savoir attendre un peu et faire comme les autres fillettes.¦\u2014 Pourquoi y se lève pas ?\u2014 Il est peut-être un peu paresseux.Peut-être aussi est-il rentré tard hier soir, car il gagne sa vie, lui .A ce moment, une petite voix d\u2019or, VOUS BRODEZ, MADAME?f\t\\ \"CORBEILLES DE ROSES\" Cette parure pour coiffeuse (trois morceaux) est richement ornée de broderie Colbert.Vous pouvez la commander étampée sur coton blanc.Nous sommes en mesure de vous fournir également un chemin de table assorti, 16 pouces par 36.Mme L.DE BELLEFEUILLE, 61, Bord du Lac, Valois, P.Q.LISTE DES PRIX \u2014 Patron No 2040 Veuillez m\u2019envoyer les articles suivants : ?\t2040 \u2014 Parure pour coiffeuse (3 morceaux)\t35 cents ?\t2040A \u2014 Chemin de table, 16 par 36\t65\tcents ?\tCoton à broder blanc, à six brins (gros\técheveau)\t35\tcents ?\tPatron des quatre articles sur papier\t25\tcents ?\tPapier carbone, bleu ou jaune, pour tracer\t10\tcents Temps requis pour la livraison : 4 jours.Prière à mes lectrices d\u2019inclure le prix du patron, plus la taxe de 4% ou 2%, selon le cas, sous forme de bon postal, mandat d\u2019express ou argent sous pli recommandé.Nom\t.Adresse .Localité .Province Le Samedi \u2014 30 août 1947 COMMENCE À AGIR ENJSKONDES n»; sfE r::- * LE VÉRITABLE ASPIRIN EST MARQUÉ COMME CECI Avez-vous des cadeaux à faire?Ne cherchez pas plus longtemps.Abonnez vos parents et amis au* 3 grands magazines : Le Samedi, La Revue Populaire et Le Film.Remplissez NOS COUPONS D\u2019ABONNEMENT AVIS IMPORTANT A nos Lecteurs et Dépositaires ?POUR des raisons très importantes nous tenons à rappeler à tous nos lecteurs et dépositaires que notre maison, la maison Poirier, Bessette & Cie, Limitée, ne possède et n\u2019édite que TROIS MAGAZINES, qui sont les suivants : LE SAMEDI LA REVUE POPULAIRE LE FILM Nous n\u2019avons donc aucun lieD d\u2019aucune sorte avec tout autre magazine, revue ou publication quelconque de la Province de Québec.?Poirier, Bessette & Cie, Ltée 975-985, de Bullion Montréal 18 34 Le Samedi, Montréal, 30 août 1947 une voix très douce, s\u2019éleva derrière Madeleine et dit : ¦\u2014Voulez-vous m\u2019acheter un petit bouquet de violettes, madame ?.Encouragez-moi, mademoiselle, ça vous portera bonheur.Un rien distrayait Alice, ainsi qu\u2019il arrive à tous les enfants nerveuses et maladives.Elle leva les yeux, oubliant pour quelques secondes Guignol, le commissaire et même le chat.Une fillette de sept à huit ans, vêtue de haillons, ses admirables cheveux châtains couverts d\u2019une pauvre petite capeline noire déchirée, était debout devant elle, lui présentant en effet un petit bouquet de violettes.Autant la fille du comte de Clavières, dans ses somptueux vêtements, était pâle, chétive, délicate, autant la petite pauvresse sous les guenilles qui la couvraient à peine, avec ses souliers honteusement percés et ses doigts que les rigueurs de l\u2019hiver passé avaient couvert d\u2019engelures dont on voyait encore les rouges bouffissures, autant cette dernière éclatait de force, de vie et de santé.Sous sa peau d\u2019une blancheur idéale, on voyait courir un sang généreux.Ses yeux, aussi bleus que ceux d\u2019Alice, pétillaient d\u2019intelligence, tout en restant droits, bons et naïfs ; ses épaules larges, sa poitrine naturellement plate mais projetée en avant, la robustesse de toute sa petite personne admirablement campée, tout cela formait un contraste frappant avec la fille de Madeleine, semblable à une pauvre petite libellule toute blanche, que la moindre brise devait emporter.Alice tendit sa petite menotte recouverte d\u2019un gant de soie blanche.\u2014- Dorme tes fleurs, dit-elle.Oh ! comme elles sentent bon ! La petite marchande choisit le plus beau de ses bouquets dans le léger étalage qu\u2019elle portait pendu au cou, au moyen d\u2019une petite cordelette ronde.\u2014 Celui-ci est le plus joli, mademoiselle, dit-elle, c\u2019est le plus frais ; pre-nez-le.\u2014 J\u2019en veux un autre, répondit Alice ; encore un autre.Merci.Je les veux tous.Mets-les là, sur mes genoux.La pauvresse, déjà pratique, regarda Madeleine.Madeleine, d\u2019un coup d\u2019œil, les avait comptés.Il y en avait douze ou quinze environ.\u2014 Certainement, dit-elle.Et tirant une pièce de dix francs de son porte-monnaie, elle la tendit à la fillette.\u2014 Garde tout, ma petite, ordonna-t-elle de sa douce voix pleine de pitié et de bonté.L\u2019enfant tressaillit.\u2014 A moi cela, madame ?.fit-elle, interloquée.\u2014 Eh oui ! à toi, pour prix de tes bouquets.Il n\u2019y a rien d\u2019extraordinaire à mon action.\u2014 Mais je dois vous rendre, madame.Mes bouquets ne valent que vingt-huit sous, puisqu\u2019il y en a quatorze à deux sous, et vous me donnez dix francs.\u2014 Je te répète que tout est à toi.Peut-être as-tu des frères, des sœurs, une maman pas très riche, cette petite pièce l\u2019aidera un peu.\u2014 Je n\u2019ai pas de maman, moi.fit l\u2019enfant dont les beaux yeux jusque-là si doux subitement s\u2019assombrirent.Rien, rien qui m\u2019aime.Mais merci tout de même, madame ; aujourd\u2019hui, au moins, je ne serai pas battue .La comtesse de Clavières, tout à coup bouleversée par cet accent poignant, où l\u2019on sentait un désespoir bien au-dessus de l\u2019âge de la fillette, même aussi un âpre sentiment de révolte, ne put répondre sur-le-champ.Jeannie, qui considérait l\u2019enfant, tout aussi intéressée que sa sœur de lait, s\u2019écria : ___Battue !.Et pourquoi donc te bat-on, pauvre petite ?.\u2014 Parce que, des fois, la recette n\u2019est pas bonne et qu\u2019on s\u2019imagine que j\u2019ai flâné ou que je me suis amusée lorsque je n\u2019ai rien vendu.Comme si l\u2019on s\u2019amusait quand la pluie tombe à torrents, ou qu\u2019il y a un pied de boue glacée dans les rues !.Dans cette saison-ci, encore, passe.Il ne fait plus froid, au moins .Alice, avec une intelligence très précoce, écoutait cette poignante plainte, et certainement la comprenait.Elle ne pensait plus au commissaire, ni à Guignol si ardemment demandé quelques minutes auparavant.Jeannie pleurait.Madeleine faisait tous ses efforts pour ne pas l\u2019imiter.C\u2019était possible ?Il y avait des enfants aussi malheureux que cela ?.Des enfants perdus qui avaient faim, qui avaient froid, et que personne n\u2019aimait ?.Malheureuse !.Sa Léone qu\u2019elle cherchait, qu\u2019elle adorait, qu\u2019elle eût voulu retrouver au prix de sa vie, en était peut-être là, elle aussi !.La voix d\u2019Alice l\u2019arracha à ses réflexions douloureuses et profondes comme la blessure que fait le scalpel en fouillant les chairs vives.\u2014 Maman, disait la mignonne, il faut lui donner mon manteau si elle a froid.« Veux-tu ?.Et elle faisait déjà mine de déboutonner l\u2019élégante petite pelisse.\u2014 Laisse, ma mie, laisse, dit Madeleine, la voix étranglée d\u2019émotion.Celui-là serait trop petit pour elle, nous lui en donnerons un autre, sois tran quille.\u2014\tTout de suite, alors.Allons l\u2019acheter.\u2014\tEt Guignol ?\u2014\tNous reviendrons après.\u2014\tSoit, allons.Alice était déjà debout, prenant sans fausse honte la main de la mendiante.\u2014\tComment t\u2019appelles-tu ?dit-elle.\u2014\tLoulou, répondit la petite marchande, ne comprenant rien à ce qui lui arrivait.\u2014\tEh bien ! ma Loulou, viens avec nous, maman va t\u2019acheter un manteau et un chapeau, et des souliers, tu n\u2019auras plus froid !.Elle l\u2019entraîna, marchant devant, heureuse de son idee, voulant la mettre tout de suite à exécution.Tout à coup, elle s\u2019arrêta.\u2014 As-tu un parapluie ?demanda-t-elle, très sérieuse.Loulou, revenue de sa première surprise, et ayant un peu repris possession d\u2019elle-même, se mit à rire.\u2014 Un parapluie ?.répéta-t-elle.Ah ! bien oui !.Personne n\u2019a jamais vu un de ces outils-là chez nous.Un parapluie, mademoiselle ?.Mais pourquoi donc faire ?\u2014 Mais pour te couvrir quand il pleut.« Maman, il faut lui acheter aussi un parapluie, elle ne se mouillera plus lorsqu\u2019elle sera dehors sous la pluie .\u2014 Oui, oui, dit Madeleine, ravie et émue de la charité si gentille, du cœur si généreux de sa mignonne enfant ; oui ma Lili chérie, nous lui achèterons tout ce qu\u2019il lui faut, et c\u2019est toi qui le lui donneras.La comtesse de Clavières était arrivée devant le landaulet automobile qui l\u2019avait amenée.Elle y monta, faisant asseoir Jeannie à ses côtés.Sur le devant, Loulou et Alice se placèrent toutes les deux.Le hasard fit que la petite mendiante était assise en face de Madeleine.Au moment où l\u2019auto partit, les yeux de la comtesse plongèrent dans le regard bleu de l\u2019enfant.Célle-ci, en proie à une surprise, à un attendrissement infinis, réfléchissait, étreinte par un monde de sensations nouvelles, à coup sûr singulières.Ne rêvait-elle pas ?Et comme sur sa malheureuse paillasse, quand, au matin, elle s\u2019éveillait glacée au lever du jour, n\u2019allait-elle pas voir s\u2019enfuir cette fée si belle qui se penchait vers elle ?.Déjà méfiante, par tous les malheurs endurés, Loulou avait sur son fin visage, dans ses prunelles magnifiques, une expression bizarre, moitié soupçonneuse, moitié attendrie.Madeleine, en la regardant tout à coup, surprit cette expression de physionomie et devint toute pâle.Où donc avait-elle la tête ?.Est-ce que là, subitement, comme en un éclair rapide, le visage d\u2019Horace, son premier mari, le marquis de Cy-pières, ne venait pas d\u2019apparaître devant elle, sous les traits de cette belle et malheureuse enfant ?.La comtesse ferma les yeux, en proie à une indescriptible émotion.Quand elle les rouvrit, Alice disait à Loulou : \u2014\tOù demeures-tu ?Est-ce loin de chez nous ?\u2014\tA la Butte-aux-Cailles, numéro 41, répondit la mendiante.De l\u2019autre côté de Paris.Oh ! il y en a du chemin, allez !.\u2014 Je veux aller te voir.Son expressive physionomie déjà transformée ne portait plus aucune trace de cette ressemblance qui venait de bouleverser Mme de Clavières.Celle-ci se dit : \u2014 Je suis folle !.Dans ma passion de retrouver ma fille, je vais maintenant la voir partout !.On arriva devant un grand magasin de nouveautés.Lorsqu\u2019on en ressortit, la petite mendiante, transformée, avait l\u2019air d\u2019une fille de reine.De pauvres et humbles habits cependant l\u2019habilllaient, mais, bien coupés et de nuance sombre, ils faisaient ressortir l\u2019élégance étonnante de la belle petite fille.Loulou partit ayant sous son bras un paquet volumineux.Ce paquet contenait, outre les hardes qu\u2019elle venait de quitter dans un salon d\u2019essayage, tout un petit trousseau modeste mais solide.Le fameux parapluie qu\u2019avait voulu donner Alice était remplacé par un bon petit imperméable, à pèlerine et à capuchon.\u2014 Je veux te revoir, dit la fille de Madeleine en quittant la mendiante, prise qu\u2019elle était pour elle d\u2019une sympathie subite, irrésistible.Tu reyien-dras, ma Loulou ?.Promets-le, cle revenir, dis ?.\u2014 Oui, mademoiselle, soyez-en persuadée ; je serai demain aux Champs-Elysées, avec mes bouquets.On était sur la porte du grand bazar où avait été faite la transformation de Loulou.Comme il faisait encore grand jour, autour des étalages, sous les portes d\u2019entrée, sur les trottoirs de la rue, il y avait un monde fou.Subitement, la petite marchande de violettes s\u2019empara de la main de Madeleine et y déposa un long un ardent baiser.QUI EST-IL, QUI EST-ELLE?,,, k mi:* M.RUDEL TESSIER, journaliste, scripteur, commentateur et conférencier à qui l'on doit plusieurs sketches radiophoniques.Originaire d'Ottawa où il étudia, M.Rudel Tessier vint à Montréal où on l'entend chaque soir à CBF (7 h.45) dans la série \"Puis Après\" avec trois excellents camarades.Photo Armour Landry. le Samedi, Montréal, 30 août 1947 35 La jeune femme, qui venait de payer à la caisse, ne s\u2019était pas encore regantée.Les lèvres fraîches de cette petite étrangère, en s\u2019appuyant sur sa peau, lui produisirent un effet bizarre, extraordinaire, qui lui porta subitement au coeur, comme si une syncope allait la prendre.Elle se raidit, se trouvant faible et ridicule.Quand elle eut repris possession d\u2019elle-même, Loulou avait disparu dans le flot des visiteurs qui entraient dans l\u2019immense magasin et qui en sortaient.Le soir, Alice ne parla à son père que de cette aventure.Richard, familiarisé avec les charités de Madeleine, qui se laissait émouvoir par toutes les misères qu\u2019elle rencontrait, surtout par celles des enfants, n\u2019y attacha aucune importance.D\u2019autant plus que la comtesse, loin de cette fillette qui l\u2019avait bouleversée, se trouvait de plus en plus absurde d\u2019avoir pu retrouver sur les traits jeunes et purs de la petite mendiante quoi que ce soit de la revêche et soupçonneuse physionomie d\u2019Horace, et se gardait bien de confier à Richard les pensées rapides qui l\u2019avaient si fortement émue.Malgré cela, Madeleine ne ferma pas les yeux de la nuit : toujours, devant elle, dans un rayonnement divin, elle revoyait un berceau qu\u2019entouraient Jeannie et Seconde Laberenne; une enfant rose et blanche dormait sous les rideaux de dentelles, et ses beaux yeux, de la couleur des myosotis qui s\u2019ouvrent dans les montagnes, au bord des ruisselets bondissants, ces yeux d\u2019azur étaient ceux de Loulou.\u2014 Seconde, qui lui avait donné son lait, était un peu sa mère aussi, se dit Madeleine; je l\u2019emmènerai demain avec nous.Qui sait si elle éprouvera la même émotion que moi, en présence de Loulou ?Seconde, en effet, avait suivi Madeleine dans l\u2019Inde ; elle avait soigné Jeannie et la marquise avec le plus grand dévouement.Et quand cette dernière, devenue la femme de Richard, avait eu une seconde petite fille qu elle avait nourrie, cette fois-ci, Seconde s\u2019était d\u2019elle-même improvisée la bonne d\u2019Alice, ne la quittant pas d\u2019une heure, partageant avec Jeannie les soins à donner à l\u2019enfant.Jamais nuit et matinée ne parurent d\u2019une longueur pareille à Madeleine.Elle avait beau se raisonner, se trouver absurde, tout son cœur volait vers la petite mendiante.Elle eût voulu la prendre, l\u2019amener chez elle, l\u2019élever avec Alice.Et comme excuse à cette irraisonnable pensée, elle se disait : \u2014 Loulou a l\u2019âge et même les yeux de Léone.Ce que je ferais pour cette abandonnée ne porterait-il pas bonheur à mon enfant à moi, ma chère petite, perdue et volée ?Enfin, le landaulet automobile fut prêt, et ce fut Seconde, ce jour-là, qui accompagna la comtesse.Alice était prête depuis longtemps.Tout à coup, au moment de partir, elle disparut.\t, .Quand elle revint, elle portait péniblement dans ses bras une poupée presque aussi grande qu\u2019elle.\u2014 Que veux-tu faire de Fernande?La petite rougit violemment.\u2014 Loulou ne doit jamais avoir eu de poupées, dit-elle, je voudrais lui donner celle-là, elle est si belle !.\u2014 Trop, ma chérie.Sa robe en soie, son chapeau à plumes feraient peut-être envie à cette pauvre petite qui ne peut en avoir de semblables.Il ne faut pas éveiller ce regret en elle.Mais si tu veux, dès ce soir, nous travaillerons à l\u2019habiller autrement, et nous la lui donnerons après.Alice frappa ses petites mains 1 une contre l\u2019autre.\u2014 C\u2019est cela ! oui, tu as raison, maman.Partons vite .elle nous attend peut-être.Je lui donnerai des gâteaux à la place de Fernande.Et elle ne fut contente, en effet, que lorsque Seconde eut bourré un sac de petits fours, de fruits et de gourmandises.Debout contre le Guignol, à la place même où elle avait vu Alice, la veille, Loulou attendait, les yeux tournés vers le chemin par où elle pensait qu\u2019arriveraient Mme de Clavières et sa fille.A l\u2019aspect de Madeleine, tenant l\u2019enfant par la main, les prunelles de la mendiante étincelèrent, tandis qu\u2019une expression de profond et indicible bonheur animait son joli visage, semblable à ces adorables têtes blondes qu\u2019on voit dans les keepsakes anglais.Elle s\u2019élançait, mais tout à coup, comme si une pensée soudaine eût surgi en elle, Loulou s\u2019arrêta.\u2014 Méchante ! dit Alice qui avait quitté la main de Madeleine et avait couru vers la mendiante .Méchante ! tu m\u2019as vue, et tu ne viens rien me dire .Pourquoi ?\u2014 Je n\u2019ai pas osé, mademoiselle, répondit Loulou en jetant un regard confus et embarrassé sur les loques dont elle était vêtue.\u2014 Tiens, fit Mlle de Clavières, c\u2019est vrai, je n\u2019avais fait attention qu\u2019à toi.Je n\u2019avais pas regardé comme tu étais habillée.Pourquoi n\u2019as-tu pas remis ta robe d\u2019hier, elle t\u2019allait si bien ?.Ne l\u2019aimes-tu plus ?.Une rougeur ardente couvrait les joues de la mendiante.\u2014 Oh ! si, dit-elle, elle est si jolie, ma robe !.Mais le signor Becchini n\u2019a pas voulu que je la remette.Il me l\u2019a prise, le brigand !.Les yeux de la fillette brillèrent, pleins de la même expression concentrée et rancunière qu\u2019ils avaient déjà eue la veille dans la voiture.Madeleine, qui arrivait, ayant marché plus lentement que sa fille, vit cette expression et de nouveau tressaillit, s\u2019arrêtant net, les pieds cloués au sol.\u2014 Oh ! cette fois-ci, murmura-t-elle éperdue, je n\u2019ai pas rêvé !.Comme elle ressemble à Horace !.Cependant la petite marchande venait de voir la comtesse, et toute préoccupation étrangère avait disparu subitement de ses traits, maintenant illu-\u2022 minés de joie comme si un rayon du paradis les eût éclairés.Elle joignit ardemment les mains, les élevant vers Madeleine, sans oser prononcer une parole.\u2014 Eh bien! fillette, dit la comtesse qui elle-même, devant ce brusque changement, se trouvait encore absurde et se ressaisissait, tu ne me dis rien.Tu m\u2019as donc oubliée depuis hier ?.\u2014 Est-ce que c\u2019est possible, madame ?.J\u2019ai au contraire rêvé de vous toute la nuit.__Ah ! peut-on savoir les détails de ce songe ?__Je vous voyais comme la sainte Vierge dans un nuage, dit-elle.Vous me promettiez de venir me chercher et de m\u2019apprendre à lire, si j\u2019étais sage.__Oh ! lire ! fit Alice qui avait une profonde répugnance pour les mystères de l\u2019alphabet, c\u2019est bien ennuyeux.\u2014 C\u2019est tout ce que je désire, répondit la mendiante.\u2014 Alors, il faut aller à l\u2019école, tu apprendras.\u2014 Je n\u2019ai pas le temps.Le signor Becchini n\u2019y consentirait pas.\u2014 Qu\u2019est-ce que le signor Becchini?demanda Madeleine.__Celui qui a volé ce que tu avais donné hier à Loulou, maman, répondit Alice.__Tiens, au fait, c\u2019est vrai, tu as tes vieux habits, pauvre petite.Pourquoi t\u2019a-t-on pris les neufs ?.__Parce que le signor Becchini a prétendu que si j\u2019avais l\u2019air d\u2019une petite demoiselle, je n\u2019inspirerais pas la pitié et qu\u2019on ne me donnerait rien.Alors, auand j\u2019ai été déshabillée, il les a regardés, tournés et retournés, en disant : « J\u2019en tirerai bien une trentaine de francs, de toutes ces nippes.» Puis, ce matin, il a tout roulé ensemble, et est sorti pour aller vendre ce que vous m\u2019aviez donné.« Mais c\u2019est un vol, n\u2019est-ce pas, madame ?.Car c\u2019était bien à moi, ces vêtements ?.\u2014 A coup sûr, oui, ma pauvre petite.Mais alors, quand le front reviendra, comment feras-tu?demanda Alice, vivement intéressée.Loulou eut un douloureux hochement de tête.\u2014 Comme j\u2019ai fait jusqu\u2019ici, dit-elle, je gèlerai.Oh! j\u2019y suis habituée, allez, mademoiselle.Si je ne suis pas morte l\u2019hiver dernier par les temps qu\u2019il a faits, c\u2019est que je mourrai jamais.Et prise d\u2019un subit accès de découragement, elle ajouta : -\u2014Les chiens sont plus heureux que moi.et lorsqu\u2019ils me rencontrent toute mouillée l\u2019hiver, avec mes pieds presque nus et mes haillons perces, pour sûr que je dois leur faire pitié.Alice pleurait.\u2014 Maman, dit-elle, ô maman chérie, je t\u2019en conjure, amène Loulou à la maison.Elle est si gentille, si gentille.Dans l\u2019Inde, elle n\u2019aura jamais plus froid.« Dis Loulou, veux-tu venir dans l\u2019Inde avec nous ?.\u2014 Je voudrais bien, mademoiselle, mais le signor Becchini me retrouverait et me tuerait.Il m\u2019a du reste prévenue.\u2014 De quoi ?\u2014-Que si jamais je m\u2019en allais, le diable lui dirait où je suis ; qu\u2019alors il me rattraperait et me ferait mon affaire.\u2014 Est-ce que cet homme-là est ton père ou ton parent ?demanda Madeleine.\u2014 Oh! non, madame, je ne le crois pas.Qu\u2019est-ce qu\u2019il est, alors ?\u2014 Je ne sais pas.Il est Italien.Nous sommes beaucoup d\u2019enfants chez lui.Les uns râclent du violon et vont chanter dans les cours ; d\u2019autres vendent de petits bonshommes de plâtre, alignés sur une planchette, qu\u2019ils portent sur la tête ; les petites filles, les plus gentilles, dit-on, vendent des bouquets comme moi.Tous, le soir, nous devons lui rapporter une somme qu\u2019il fixe le matin.Celui ou celle qui n\u2019y arrive pas est battu à perdre haleine et va se coucher sans manger.\u2014 Et combien êtes-vous ainsi chez ce misérable ?¦\u2014 Quatorze, madame.\u2014 Et la police tolère ces choses ?.Mais c\u2019est épouvantable ! \u2014 Elle ne le sait pas.\u2014 Vous ne vous plaignez donc pas?\u2014 Il n\u2019y a pas de danger ! Il vient souvent chez nous des messieurs qu\u2019on appelle des inspecteurs, je crois.Ils nous interrogent.Un jour, un garçon a voulu raconter quelques histoires.Becchini a failli le tuer.Je vous assure que personne n\u2019a plus envie de recommencer.Madeleine se sentait aussi émue, aussi bouleversée que sa fille, laquelle, la chère petite, pleurait à chaudes larmes ainsi que Seconde Laberenne.Toutes sortes d\u2019idées généreuses germaient en elle.La comtesse, en effet, devinait que ce Becchini devait être l\u2019un de ces entrepreneurs d\u2019enfants, lesquels entrepreneurs envoient leurs élèves dans les rues de Paris exploiter la pitié publique avec de petits métiers destinés à voiler la mendicité qui est interdite ; ou bien ils louent ces mêmes enfants à des femmes qui s\u2019en vont, avec deux ou trois gamins pendus à leurs jupes, implorer la charité au coin des rues.Madeleine ne pourrait-elle, avec une somme d\u2019argent relativement considérable, arracher Loulou à Becchini ?.la prendre chez elle, l\u2019élever, en faire pour Alice, plus tard, ce que Jeannie avait été pour elle ?.Mais, avant de se décider à cette chose, assez grave, il fallait étudier LA BOUGIE PRÉFÉRÉE des CANADIENS FAtHlOUM t AU CANADA DIPUiS Fiez-vous à CHAMPION 2.cca*td
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