Le samedi, 1 mars 1952, samedi 29 mars 1952
[" Montréal, 29 mars 1952 DANS CE NUMERO VALLEYFIELD, par Gérard Viol PAUL BERVAL, par Ch.Scarpaleggia LES ENFANTS DES VEDETTES LE TALISMAN D'YVONNE, Un roman de ANNIE-PIERRE HOT.5 ' voü ATIONAL DES CANADIENS 10 cents mmm mam 1 'Àiyîÿti üi \u2014\"L~ Les diamants ne sont nas toujours les meilleurs alliés des femmes./.¦V'-V* Le R.P.MARCEL-MARIE DESMARAIS.O.P., dont les conférences à Radio-Canada, le samedi soir (de 7h.30 à 8h.30) sont très suivies.: > 5?* Les conférences du carême du Père Desmarais à Radio-Canada La vie en rose.Tel est le titre général des sept conférences hebdomadaires que le révérend père Marcel-Marie Desmarais, o.p., prononce le samedi soir, depuis le 1er mars, à la salle Le Plateau, et qui sont diffusées de 7 h.30 à 8 h.30, au réseau français de Radio-Canada.Le père Desmarais est bien connu du grand public.Des milliers de personnes de tous les milieux suivent chaque année ses conférences et les salles qui sont à sa disposition ne sont jamais assez vastes pour contenir tous ceux qui voudraient l\u2019entendre.On aura une idée de la popularité de son enseignement quand on saura qu\u2019un de ses ouvrages, con enant ses conférences de 1951 sur l\u2019Amour à Vâge atomique a été tiré à plus de 125,000 exemplaires.Et ce tirage n\u2019est pas exceptionnel pour cet auteur.C\u2019est que le père Desmarais, qui est docteur en théologie et en philosophie, qui possède des brevets d\u2019études supérieures en littérature et en psychologie, sait allier à la sûreté de la doctrine un art tout personnel de la présentation.En véritable apôtre, qui reconnaît qu\u2019il ne faut rien négliger pour atteindre les intelligences et les coeurs, il choisit pour exposer les vérités éternelles des méthodes de son temps.Le conférencier peui emprunter à la littérature ou à l\u2019actualité les exemples et les anecdotes dont il agrémente son sujet parce que par la méditation il a dégagé de ces événements et de ces fictions le contenu profondément humain ou le message supraterrestre qu\u2019ils contiennent.C\u2019est encore l\u2019Evangile que le père Desmarais prêchera cet e année dans ses conférences sur la vie en rose.Exquise et couverte de bijoux, elle passait une bien tri,te soirée.L\u2019homme qu\u2019elle admirait en secret l\u2019avait évincée .poliment mais sans espoir de retour.Et elle n\u2019en voyait pas la raison ! Ceci arrive parfois : vous vous croyez à votre avantage et vous êtes dans votre plus mauvais jour.L'hali-tosis (mauvaise haleine) a le don de se faire sentir quand on y pense le moins.C\u2019est dans un moment pareil que les diamants ne servent de rien .mais que VAntiseptique Listeriae est indispensable ! Soyez prudente Pourquoi prendre des risques inutiles quand l\u2019Antiseptique Listeriae constitue un préventif efficace contre l\u2019halitosis, si simple et si agréable * ( Rincez-vous la bouche et c'est fait ! Votre haleine sera merveilleusement fraîche et douce.Et l\u2019effet est durable .non pendant quelques secon- des ou minutes, mais durant des heures ! Parfaitement.Des tests cliniques ont prouvé que dans 7 cas sur 10, l\u2019haleine reste pure et douce durant plus de 4 heures après le rinçage.Prenez l\u2019habitude d'user de l\u2019Antiseptique Listerine soir et matin.Vous apprécierez la sensation d\u2019une bouche toujours propre et fraîche et vous aurez la certitude d'être à votre avantage.Et, bien entendu, avant toute rencontre, ne manquez jamais, jamais, à cette précaution élémentaire.Vous le regagnerez cent fois en popularité.* Bien que certains cas d\u2019halitosis soient d\u2019origine organique, la plupart proviennent de la fermentation microbienne d'infimes particules de nourriture logées sur les parois de la bouche.L\u2019Antiseptique Listerine arrête rapidement cette fermentation, puis dissipe les odeurs qu\u2019elle provoque.Lambert Pharmacal Co.(Canada) Ltd.AVANT TOUTE RENCONTRE ANTISEPTIQUE LISTERINE .puïi^ie l haleine pendant des heuïes p.S.Avez-vous essayé la nouvelle Pâte Dentifrice Listerine à la Menthe, prescription dentaire à triple effet ?Fabriquée au Canada.NOTRE COUVERTURE ; Raymond Massey, le célèbre acteur canadien du cinéma et du théâtre américains, frère de notre nouveau gouverneur-général, Son Excellence M.Vincent Massey.C.H.LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE Membres de l'A.B.C., et de l'Association des Magasines du Canada LE SAMEDI \u2014 LA REVUE POPULAIRE \u2014 LE FILM 975-985, rue de Bullion, Montréal 18, P.Q., Can._ Tél.: PL.9637-fc FRED & GEORGES POIRIER Propriétaires JEAN CHAUVIN\tCHARLES SAURIOL Directeur\tChef de la publicité Chef du tirage .ODILON RIENDEAU Chronique sportive .OSCAR MAJOR A B\tO N N E\tM E N T S Canada\t\tEtats-Unis 1 an \t\t.$3.50\t 6 mois \t\t2.00\t AU\tNUMERO :\t10 CENTS Entered March 23rd 1908, c* the Post Office of Sf-Albans, Vf., U.S.A.as second class matter under the Act of March 3rd 1879.Autorisé comme envoi postal de la deuxième classe.Ministère des Postes, Ottawa. 3 \" *y»tsi wmm.¦ \u2022ea*/ H if Si SJ»-.-* Wifi1 5i: % & 0.ÆM: \".; V M#* \u201c*» *r al n i ™ 3 ¦Tr i} I_____________________________________________j Mm»** ¦¦ - mm* Zjmm * .î '.-x' ' .Vue d'ensemble de « l'unité d'habitation » modèle comprenant 19 étages divisés en logis, plus deux étages réservés aux jardins suspendus, terrasses, etc.On peut voir que le « bloc » jouit de vastes dégagements et comporte des fenêtres assez vastes pour dispenser largement à tous la lumière solaire.La construction, sans la moindre recherche de ligne, nen est pas moins imposante par sa sobriété et sa belle ordonnance.En bas, de gauche à droite : la salle d'attente de la buanderie collective, beau- \t*\"\tP: ' coup s'en contenteraient pour un salon.Un coin d'un solarium avec terrasse et vue sur la ville.La construction repose sur de solides pilotis, on voit ici l'entrée des garages d'une contenance de 210 voitures Ci-contre : la pièce principale d'un appar temènt.On voit que le travail est soigné et de bon goût.\t'A Ü,\t.' 1tes Le Samedi, Montréal, 29 mars 1952 AUX PORTES DE PARIS Une histoire vivante du monde par la céramique IL EST aux portes de Paris un musée méconnu des Français comme des étrangers.Et ce musée est pourtant, en son domaine, le plus riche du monde : il s\u2019agit du musée de la céramique installé à Sèvres aux côtés de la célèbre manufacture nationale et qui est le seul où l\u2019on puisse suivre l\u2019évolution prestigieuse de la céramique à travers tous les temps et toutes les écoles.Les collections du musée de la céramique comprennent en effet trente mille pièces environ et aucun autre musée ne peut offrir une aussi cohérente somptuosité.Les salles récemment aménagées avec infiniment de goût et de logique permettent donc à chacun de suivre « l\u2019essentiel de l\u2019histoire de la céramique européenne et particulièrement de la céramique française », ainsi que le déclare lui-même le conservateur.Une promenade dans ces nouvelles salles constitue un véritable voyage à travers les grandes civilisations qui ont créé et perfectionné la technique de la céramique depuis les origines jusqu\u2019à nos jours.La France a pris évidemment une place de choix et nul musée ne peut offrir une vue d\u2019ensemble aussi cohérente et aussi complète de la production céramique française, originellement influencée par les artistes italiens.On pourra suivre ici avec méthode l\u2019évolution des ateliers français depuis la fin du moyen âge jusqu\u2019au j£IXe siècle, rencontrant, au cours de cette passionnante visite, les belles et rares pièces primitives (plats ou pots de pharmacie) de Lyon ou de Montpellier, les pièces à décor polychrome de Nevers, les plats décorés de lambrequins des ateliers de Rouen, les hanaps et les fontaines de Moustiers, les grands plats de chasse de Marseille, les élégantes productions de Strasbourg, de Nider-viller et d\u2019Aprey, les fabriques de « petit feu » de Marseille et leurs éclatants fonds jaunes.Après la très attachante salle consacrée à la poterie française du XVIe siècle (notamment de précieux vestiges des « rustiques figulines » de Bernard Palissy), c\u2019est l\u2019histoire de la Porcelaine qui terminera le cycle et qui, encore une fois, conduira les visiteurs d\u2019Extrême-Orient en France.Ce sont les fabriques de Rouen, St-Cloud, Chantilly, Vincennes et enfin Sèvres, dont la manufacture fondée sous Louis XV n\u2019a jamais cessé, jusqu\u2019à nos jours de faire preuve de la plus intense activité matérielle et esthétique.On peut aussi admirer le panneau en porcelaine tendre exécuté pour la salle à manger du roi Louis XVI à Versailles, le service en porcelaine dure réservé à la laiterie de Marie-Antoinette à Rambouillet, ainsi que le service de Napoléon qui montrent les différents aspects de la production sortie de la célèbre manufacture tour à tour royale, impériale et nationale.Ce merveilleux musée poursuit, peu à peu, son réaménagement.Tel qu'il est cependant, il constitue l\u2019un des lieux de travail les plus incomparables et l\u2019une des collections publiques les plus attrayantes de la capitale française.(Photos S.F.T.) De gauche à droite : chandelier en faïence de Strasbourg.D'aspect un peu naïf, ces charmants objets ont conquis l'admiration du monde par la fraîcheur des couleurs et des sentiments qu'ils reflètent.Une Figuline (terre cuite) de Bernard Palissy qui, comme on le sait, a inventé à Tours, l'art de la cuisson des émaux.Ci-contre, \u201cService aux oiseaux\", créé à Sèvres pour l'usage du roi Louis XV.' Choisies parmi plus de trente mille, voici quelques belles pièces de l'incomparable collection.Ci-dessus, une coupc produite par la fabrique St-Porcelaine disparue avec la révolution.Ci-contre, un biscuit d'une extraordinaire finesse : Don Quichotte cassant les marionnettes.î- rf - i ' Wmm .-*e fj* W i, (Photos S.F.T.) 8 Le Samedi, Montréal, 29 mars 1952 Roman dramatique 1 T TAI ICMi\tii| ivvi/nNNF Lt lALIomi\t\\n U YVUNNt par ANNIE-PIERRE HOT L\u2019express roulait dans la nuit.Il venait de dépasser Le Mans en direction de Paris où il devait arriver à onze heures quarante.Les voyageurs somnolaient ou conversaient.Dans un compartiment de seconde classe se trouvaient seules, deux jeunes filles qui, pour tuer le temps, avaient, au départ, fait ample provision de journaux et de magazines.Toutes deux étaient plongées dans la lecture.Soudain l\u2019une d\u2019elles déclara avec une certaine emphase : \u2014 Elle en a de la chance Annabella ! Il est richement beau gosse, Tyrone Power ! Sa compagne daigna jeter les yeux sur la photo du séduisant acteur ; puis elle répliqua dédaigneuse : \u2014 Ce n\u2019est pas mon type ! \u2014 Je sais!.Mlle Yvonne Lallier est amoureuse de Clark Gable ! \u2014 Idiote ! protesta ladite Yvonne.Comme si on pouvait être amoureuse d\u2019un homme qu'on ne connaît pas ! Si j\u2019aime un jour, et ma foi, cela peut arriver, n\u2019est-ce pas, puisque je n\u2019ai que dix-huit ans, il s\u2019agira d\u2019un homme qui sera peut-être un beau garçon, ce qui n\u2019est pas défendu, mais surtout un type qui n\u2019aura peur de rien, un homme brave.et pas une mazette comme on en voit tant de nos jours ! Cette déclaration, formulée avec le plus grand sérieux, eut le don de faire rire aux larmes Gisèle Hart-coeur, compagne d\u2019Yvonne et, comme celle-ci, à peine âgée de dix-huit ans.\u2014 Tu es trop drôle ! fit-elle quand elle se fut un peu calmée.En somme tu rêves d\u2019un don Quichotte !.Si quelqu\u2019un t\u2019entendait, il lui serait difficile de croire que tu sors du couvent, où tu vis claustrée depuis l\u2019âge de six ans, avec, comme dérivatif, les vacances à Vitré chez ta tante Lucie, une bonne vieille fille, fossile et rétrograde, chez qui tu n\u2019as guère pu apprendre la vie, ni même en soupçonner les petites intrigues.\u2014 Tandis que toi !.ironisa Yvonne vexée.\u2014 Mon Dieu, moi, je vis normalement.Je suis au couvent, à Rennes, cela c\u2019est sûr ; mais seulement depuis cinq ans et, aux vacances, je retrouve mes deux frères, un père, une mère.Oh ! pardon, chérie ! Gisèle, qui adorait son amie, venait d\u2019oublier qu\u2019Yvonne avait perdu sa mère à l\u2019âge de six ans.Spontanément elle se jeta à son cou et l\u2019embrassa en répétant : \u2014 Pardon, je ne suis qu\u2019une sotte ! Tu sais pourtant combien souvent je t\u2019ai plainte que ton père, ta seule famille en somme, s\u2019éternisât au Maroc, et et combien je prends part à ta joie de son retour à Paris et de ton rappel auprès de lui !.Tu me crois, n\u2019est-ce pas ?\u2014 Mais oui, ma petite Gisèle ! Rien, sois-en sûre, ne viendra détruire notre mutuelle affection.Peut-être cependant serons-nous séparées désormais.Ton père est un magistrat distingué ; le mien simple directeur d\u2019hôtel.Cela ne rime guère.\u2014 Ne dis pas de bêtises ! Je te donnerai notre adresse exacte.Bien que je sois allée à Paris à plusieurs reprises, c\u2019est la première fois que je m\u2019y rends chez moi, mon père n\u2019y étant appelé par ses fonctions que depuis un mois seulement.Je me réjouis de cette coïncidence qui, loin de nous séparer, nous rapprochera au contraire.Fleur éclose en un bouquet d'épines, elle est la fille très pure d\u2019un père indigne.L'amour lui sourira-t-il ?Dessin de JEAN MILLET \u2014\tJe le souhaite! murmura Yvonne.Elle hésita, comme bridée par une pensée soudaine ; puis, après un regard vers la campagne obscure, elle reprit : \u2014\tJe le souhaite d\u2019autant plus que mon vif désir de retrouver mon père, que je n\u2019ai pas revu depuis huit ans, est mitigé d\u2019une certaine angoisse.je le connais si peu !.Si nous n\u2019allions pas nous entendre ! \u2014\tUn père ! Ne pas s\u2019entendre avec sa fille ! A-t-on jamais vu cela !.Si tu connaissais le mien !.Magistrat sévère, il est aussi enfant que moi quand il me prend l\u2019envie de le dérider !.Tu verras, je te présenterai.Laisse-moi maintenant achever la lecture de mon feuilleton qui m\u2019emballe ! Mais, à l\u2019encontre de Gisèle Hartcoeur, Yvonne ne put reprendre sa lecture.Sa pensée vagabondant, elle revécut ses années d\u2019enfance et d\u2019adolescence, essayant de s\u2019imaginer le père qu\u2019elle allait rejoindre.A la mort de sa femme, Eugène Lallier était employé de banque, et la petite Yvonne n'avait jamais bien compris la raison pour laquelle U était parti au Maroc, laissant enfermée dans un couvent breton la petite fille de six ans qui n\u2019eût demandé qu'à le suivre et à le chérir.Mais les raisons des grandes personnes ne sont pas toujours celles des petites filles.Toutefois, les années passaient et, au fur et à mesure qu'elle grandissait, Yvonne réfléchissait.Bien que son existence, du point de vue matériel ne laissât rien à désirer, elle avait à maintes reprises fait part dans ses lettres à son père de son vif désir de le rejoindre.Mais toujours il se dérobait, déclarant qu il rentrerait bientôt en France, et qu\u2019alors ils pourraient vivre heureux ensemble.C\u2019est assez dire combien grande avait été la joie de la jeune pensionnaire en apprenant le retour de son père maintenant fixé à Paris, où il avait acheté, de moitié avec un ami, le « Home Read », un hôtel qu'il dirigeait avec son associé.Pour une jeune fille ayant toujours vécu au couvent ou dans le giron d\u2019une vieille tante de province, le seul fait de venir à Paris pour la première fois était déjà un événement.Aussi bien s\u2019était-elle arrangée pour faire coïncider son départ avec celui de son amie Gisèle et voyager ensemble.Son père l\u2019attendrait sans doute à la gare et la reconnaîtrait facilement, pensait-elle, grâce aux nombreuses photos qu\u2019il avait en sa possession.Toutefois Yvonne s\u2019était montrée quelque peu déçue qu\u2019il ne fût pas venu à Rennes dès son arrivée en France et.bien qu\u2019il eût donné comme prétexte les tracas de son installation, elle en gardait au fond de soi, beaucoup d\u2019amertume.Ainsi que tous ceux qui, n\u2019ont pas de foyer et qui.comme elle, ignorent les douceurs de l\u2019intimité familiale, Yvonne Lallier se réjouissait de ce prochain apprentissage.C\u2019est pourquoi elle s\u2019efforçait d'oublier l'impression pénible qui parfois venait l'habiter.11 était normal qu\u2019un père se montrât moins sentimental que ne l\u2019est en général une mère, encore que ses lettres fussent empreintes d\u2019une grande tendresse Même en lisant entre les lignes de ses dernières missives, Yvonne en arrivait à se convaincre qu\u2019il caressait pour elle certains projets d'avenir et.matrimoniaux.«Jamais, se disait-elle, jamais, je n\u2019accepterai que l'on m\u2019impose un mari.Je le trouverai seule ou pas du tout.» Tout en remuant dans sa tête ces pensées confuses, le balancement du train la fit sombrer dans le sommeil, et ce fut Gisèle qui la réveilla en disant : \u2014 Allons, vite! éveille-toi, Yvonne! Nous entrons en gare ! Tu as juste le temps de te faire présentable ! \u2014 Voici ta chambre.Tu y seras tout à fait chez toi et à l\u2019abri des allées et venues de l'hôtel.\u2014 Oh ! mais elle est charmante ! s'exclama Yvonne enthousiasmée, en découvrant cet arrangement moderne égayé de tentures en cretonne claire et dont le cadre était vaste et bien aéré.Spontanément elle se jeta au cou de son père lequel, après une seconde de surprise, parut ravi du contentement de sa fille.\u2014 Maintenant je te laisse, fit-il en se dégageant ; c\u2019est pour nous l\u2019heure du travail.\u2014 A une heure du matin ?s\u2019étonna Yvonne.Tout le monde dort à cette heure-là ! M.Lallier sourit de cette naïveté, mais ne jugea pas à propos de dissuader sa fille.Sur la table un repas froid attendait.Le désignant, il dit à Yvonne : \u2014 Tu dois avoir grand besoin de te restaurer.Tu as ici tout ce qu\u2019il faut pour cela.Mange et repose-toi.Demain matin je reviendrai te voir et nous bavarderons.Si tu as besoin de quoi que ce soit, voici la sonnette.Tu n\u2019auras qu\u2019à appeler, une femme de chambre se présentera et te servira.L' HIRONDELLE Dès qu\u2019avril renaîtra, j\u2019ouvrirai ma fenêtre, Plus tôt et de plus loin pour te voir apparaître ; J\u2019éteindrai sous ton vol, hôte religieux, La bleuâtre fumée à mon foyer joyeux.- Mais si l\u2019épais volet, resté clos a l\u2019aurore, Ne sait plus s\u2019entrouvrir à ta voix qui l\u2019implore, Pense que ton ami, loin, bien loin à son tour, Pour un autre voyage est parti sans retour.Crains de déployer là tes ailes assoupies : Car d\u2019un dur successeur les servantes impies Te pourraient disputer ta patrie en lambeaux.Alors, va de l\u2019église habiter les arceaux ; Cherche l\u2019enclos bordé de prunelliers, de mûres.Où la brise du soir fait pleurer ses murmures ; Et de la croix de fer où Christ a bu le fiel Laisse, pour ton ami, monter tes chants au ciel.Henri de Latouche. Le Samedi.Montréal.21) mars J952 9 ^ ¦ en relief un aigle aux ailes déployées, avec cette légende empruntée à Horace : Majores pennas nido (des ailes plus grandes que le nid).C'était là pour Yvonne un précieux talisman.\u2014\tJe serai heureuse un jour! murmura-t-elle.La dame me l\u2019a promis.Se remémorant cet épisode de son enfance, elle se retrouva à l\u2019âge de douze ans, au cours des vacances passées à Vitré chez sa cousine.Là, un soir du mois d\u2019août, elle avait été le témoin d\u2019un effroyable accident d\u2019automobile qui coûta la vie à plusieurs personnes.Avec un sang-froid surprenant, elle parvint à dégager de la voiture en flammes la femme qui la pilotait, sauvant ainsi la malheureuse d\u2019une mort effroyable.Aussi, à l\u2019hôpital où elle avait été transportée, la pauvre femme ayant fait mander Yvonne et après l\u2019avoir dûment remerciée, lui dit en lui remettant la breloque en souvenir : \u2014\tPetite fille, portez toujours cette médaille qui aujourd\u2019hui encore m\u2019a préservée.Qu\u2019elle vous garde comme elle garda les miens, et vous serez heuieuse un jour.Depuis, jamais, Yvonne n avait vu 1 accidentée.Elle ignorait même son nom, mais le pendentif était toujours là, gardant pour elle son mystérieux pouvoir.Aujourd\u2019hui, au seuil de sa nouvelle existence, il était normal que sa pensée se tournât vers sa mascotte.Pour une jeune fille de dix-huit ans, le bonheur promis ne consiste-t-il pas dans l\u2019espoir d\u2019un prochain mariage ?Aussi bien Yvonne comptait-elle sur la puissance occulte de son talisman pour le lui procurer.Le coeur plein de cette attente, elle se mit au lit et fut très surprise en se réveillant le lendemain matin de n\u2019entendre aucun bruit dans l\u2019hôtel.Il lui semblait extraordinaire que tous les gens que la veille en arrivant elle n\u2019avait fait qu\u2019entrevoir, ne manifestassent leur présence par le moindre va-et-vient.Intriguée, elle se leva, fit sa toilette.Sa montre marquait huit heures quand elle fut prête et le même silence continuait à régner.Voulant en avoir le coeur net, elle sonna.Quelques minutes passèrent : mais, au lieu de la femme de service, ce fut, en robe de chambre, son père qui répondit à son appel.\u2014 Oh ! papa, s\u2019excusa-t-elle, je ne voulais pas vous déranger ! \u2014 Tu ne me déranges nullement J\u2019avais donné l\u2019ordre de me prévenir dès que tu appellerais.Pour ton premier réveil j\u2019ai pensé qu'il te serait plus agréable de voir ton vieux papa plutôt qu\u2019une étrangère -\u2014 Bien sûr ; mais tout de même, vous vous êtes couché tard !.Enfin maintenant, je vais pouvoir vous seconder.\u2014 Me seconder ! répliqua M.La) -lier en souriant ; mais à quoi, mon enfant ?Venant s\u2019asseoir sur un fauteuil libre près de sa fille, il lui prit la main et poursuivit : \u2014 Je ne t\u2019ai point fait venir pour m\u2019aider, du moins pas dans le sens objectif où tu l\u2019entends ; mais tu peux cependant m\u2019être utile.Très utile, même.\u2014 Alors tout est pour le mieux, fit Yvonne déjà toute heureuse.Que faudra-t-il faire ?M.Lallier dévisagea longuement sa fille ; puis, comme pour se libérer d\u2019une pénible corvée, il répondit : \u2014 Devenir la directrice de cet établissement en épousant André Varney, mon associé.Dès les premiers mots, Yvonne avait froncé les sourcils.Aussitôt sur la défensive, elle fit observer d\u2019un ton très calme : \u2014 Pour être la directrice, point n\u2019est besoin d\u2019épouser M.Verney.Ne suis-je pas votre fille et n\u2019êtes-vous pas co-directeur ?M.Lallier parut gêné.Il se leva, fit quelques pas au travers de la chambre, hésitant sur l\u2019attitude à adopter ; puis, finalement, il déclara : \u2014 J\u2019aurais sur ce point beaucoup de choses à t\u2019apprendre ; mais ce serait trop long, un peu fastidieux peut-être et je ne suis pas certain que tu me comprendrais.Sache seulement que je suis l\u2019obligé de M.Verney et qu\u2019il ne tient qu\u2019à lui de nous mettre à la porte tous les deux.\u2014 En somme, si je vois clair, je constitue pour lui une sorte de caution ?M.Lallier, visiblement, était de plus en plus ennuyé.Il toussa, se moucha et vint se rasseoir.\u2014 Allons, allons, tu exagères, ma petite fille ! En somme c\u2019est naturel, puisque tu ignores les heures pénibles que j\u2019ai vécues autrefois.J\u2019ai commis, alors que tu n\u2019étais qu'une enfant, une faute grave.Oh ! bien inconsidérément !.Ta mère est morte de chagrin, et c\u2019est pour réparer que jé me suis exilé.Depuis [ Lire la suite page 13 ] Comme une reine ! enchaina la jeune fille en riant, heureuse au fond de se sentir ainsi accueillie, encore qu elle eut envisagé une tout autre réception.Tout en jetant dans son assiette une aile de poulet froid, elle s essayait a mettre un peu d ordre dans ses idées.Lorsque sur le quai de la gare de Montparnasse, après qu'elle eût pris congé de son amie Gisèle, elle avait entendu derrière son épaule une voix inconnue demander : \u2014 Mademoiselle Yvonne Lallier.je crois?.elle s était détournée surprise, bien qu\u2019elle s\u2019attendit à la question.Devant elle se tenait un petit homme d environ quarante-cinq ans, replet, désespérément chauve, trop souriant et trop gras.Tout d\u2019abord elle avait hésité à le reconnaître pour son père et sa première impression restait plutôt désagréable.Nonobstant elle s était laissée embrasser et avait rendu sans enthousiasme les baisers humides dont il s était montré prodigue.Au fond de soi.elle se félicitait que son amie Gisèle fût déjà partie, emmenée par sa mère, à laquelle du reste elle avait été présentée.Installée dans le taxi près de ce père inconnu, Yvonne s\u2019était lancée dans une conversation à bâtons rompus et aussi banale que possible.Elle cherchait ainsi à se griser pour étouffer le chagrin qui montait en elle, en dépit de l\u2019encombrante sollicitude dont l\u2019entourait son père.Elle essayait de se raisonner, refoulant l\u2019impression de déception qui concrétisait si peu l\u2019idée qu\u2019elle s'était faite de l\u2019auteur de ses jours, et celui qui, tout compte fait, constituait sa seule famille.L'arrivée à l\u2019hôtel la tira de ses mornes réflexions.Là, non plus elle ne trouva point exactement ce quelle escomptait.Elle s'était imaginé un palace ruisselant de lumière, avec une armée de domestiques en livrée.Or le palace n'avait les proportions que d\u2019un hôtel particulier à usage de cercle ou de club et, bien qu\u2019elle n\u2019eût fait qu'entrevoir un des salons, elle ne pouvait se faire aucune idée du genre de clientèle qui fréquentait le « Home Read ».Le service était assuré en grande partie par des femmes et ceci encore surprenait Yvonne.Cependant toutes les personnes quelle avait croisées en gagnant la chambre qui lui était réservée, semblaient lui témoigner par un sourire une réelle sympathie.Un seul homme lui parut plutôt antipathique.C\u2019était André Verney, l\u2019associé de M.Lallier et qu elle pressentait être son candidat ; jeune gandin pommadé, musqué, monoclé, trop joli garçon et dont les minauderies suspectes l\u2019avaient fort mal impressionnée.Mais Yvonne songeait qu\u2019à tout prendre la première impression est souvent trompeuse.Néanmoins elle se demandait pourquoi, alors qu\u2019il lui avait parlé dans toutes ses lettres de son associé, son père le lui avait présenté comme le directeur de l\u2019établissement.Tout cela était bien compliqué pour une petite fille sortant du couvent.Aussi bien prit-elle la résolution de ne point chercher plus loin pour le moment, et d\u2019attendre les événements.Tout en dégustant avec appétit le succulent en-cas, elle retrouvait peu à peu son optimisme.Bien sûr.la vie qui l\u2019attendait ne ressemblerait en rien à celle qu\u2019elle venait de quitter ; mais, après tout, elle saurait s\u2019adapter et qui sait si, dans quelques mois elle ne serait pas mariée et mariée selon son goût ! Cette pensée la fit sourire et, comme elle trouvait à sa convenance, elle s\u2019y arrêta.Aussitôt sa main chercha et rencontra suspendue à un m.nce filet d\u2019or une breloque formée d\u2019une médaille de même métal et portant 10 Le Samedi, Montréal, 29 mars 1952 \" w i Mb :.- - ¦ r1 ¦ , *wm Nouvelle LE PETIT SOU par LOUIS DARMONI A ma petite amie Bernadette GUIDO, dite Dédé.\u2014 L.D La fatalité s\u2019en était mêlée.Il y avait un sou.un tout petit sou (oui, il y en avait encore en ce temps-là), sur le coin de la table.On l\u2019avait oublié là, sans doute.Mais quelle tentation ! Oh ! vous, mamans, qui avez de petits enfants a mant les bonbons comme tous les bambins, ne laissez jamais traîner de la monnaie sur quelque meuble, à portée de leurs menottes.Un enfant, ça touche à tout, vous le savez bien.Et puis, comprenez-le, si vous paraissez faire si peu de cas de votre argent que vous ne preniez pas soin de le renfermer comme chose précieuse, fillette ou garçon pensera que c\u2019est un peu comme si vous dédaigniez ce qui n\u2019a probablement qu\u2019une valeur négligeable.Alors, bien sûr, il songera que s\u2019en emparer n\u2019est pas un grand crime, que ce n\u2019est pas un vol, pas même un larcin.Le petit René, depuis quelques minutes, lorgnait ce petit sou du coin de l\u2019oeil.Mais son père était là, très occupé à sa toilette du matin.L\u2019enfant l\u2019observait.Papa venait de placer le miroir contie la fepêtre.Ainsi s\u2019apprêtait-il à se raser, comme il fait chaque jour.René sait bien que son papa, à ce moment-la, ne bouge plus, toute son attention étant retenue par la crainte de se couper' La main du petit René tremblait lorsqu\u2019elle se posa sur le petit sou.Il avait tout prévu.Son père tournait le dos à la table.René ne risquait donc pas d\u2019être surpris.Papa ne saurait jamais.Un sou, ça peut se perdre, n\u2019est-ce pas ?On croirait l\u2019avoir posé là.Bah ! on l\u2019avait peut-être posé ailleurs.On le retrouverait.Enfin, ce n\u2019est pas une si grosse perte?\u2022 Qu\u2019a-t-on aujourd\u2019hui pour un sou.Et l\u2019on n\u2019y pense plus.Et c\u2019est toujours la même histoire, banale et sotte.Le voleur, même le moins rusé, est persuadé avoir tout prévu.Oui, tout, sauf.ce qui le fait Il CONSEIL , JE SUIS ËTofjNË DU SILENCE DU CAPITAINE NEMO! p/i\\rij
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