Le samedi, 1 novembre 1959, samedi 7 novembre 1959
[" 71e année, No 14, Montréal, 7 novembre 1959 LE MAGAZINE NATIONAL DES CANADIENS *\tUn jeune géant : le football québécois par PIIHI PROUU *\tL'étonnante famille Mahuzier par JIAN-MANÇOIS PIRIII *\tLes millionnaires se disputaient mes yachts par H.I.JULYAH cents Ks»ü£1 fl f\tp I i _ 1 _ T.fl\t5[0_ S s 1 £ 1 M C 'J\tA c\ti\tO\tL\ts\t1 L\tf\tl7]fl\t\u201d4\ti\tN\tf\t¦\tfl r \u2019\tL O O w\t.\t1 PE\t\u2019 T\ti \"T\t£ ¦\t¦\t5 flft E d|ü\tL\tV £\tE\t?Tl\tO 1 S\tT 1 E £ B 1\t?J | P\\#\t1 £ O T\tàfii\t\t\th d|u\ti\t1 \"ir Jlc em\tE e>\to fl\tT H\tc « s\t1 M L)\tC 1 M Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 15 ROMANS - NOUVELLES POLICIERES ET SENTIMENTALES ¦ CONTES l n roman d amour complet BOURRASQUE « par ANNIE ACHARD Quelque chose d\u2019intéressant dans votre courrier, Pierre ?.Je le vois à votre visage., dit Mme de Vilford tandis que son mari continuait à décacheter les quelques lettres que le facteur venait de déposer à leur maison du Guildo.Trente-cinq ans de vie commune \u2014 et heureuse \u2014 lui avaient appris à lire sur les traits de l\u2019homme grand, mince, sympathique, qu\u2019était le vicomté de Vilford, propriétaire terrien resté fidèle à sa Bretagne natale.Il leva vers elle le regard de ses yeux étonnamment clairs et tendit la feuille qu\u2019il venait de parcourir : \u2014 Une lettre de Bertrand., dit-il d\u2019un ton devenu grave.\u2022\u2014 De Bertrand.Que dit-il ?fit-elle avec un intérêt plus vif.\u2019 M.de Vilford haussa les épaules avec un peu de découragement : \u2014 Rien de très précis.comme toujours.Cependant, il laisse entrevoir son prochain retour en France.La campagne contre les rebelles du Sud semble terminée.du moins pour le moment.Bertrand pense obtenir sous peu un congé.illimité.\u2014 Ah! comme j\u2019en serais heureuse.Mais Bertrand ne dit-il pas autre chose ?D\u2019elle.Ellê laissa sa phrase en suspens, paraissant attendre anxieusement la réponse.\u2014 D\u2019elle, rien.Vous savez, Cio tilde, de quel mystère il a voulu entourer leur double départ de Vilford.de Vilford dont nous lui avions laissé l\u2019entière jouissance.Que savons-nous, en somme ?Que Bertrand et s'a femme en sont partis, pas ensemble, et que, depuis, le château est laissé à l\u2019abandon.Que s\u2019est-il passé entre eux ?Que se cache-t-il là-dessous ?Quelle fantaisie.ou quel drame ?Tous deux demeurèrent quelques minutes silencieux, semblant réfléchir à tout ce qui avait entouré de trouble et d\u2019inconnu le départ de leur fils unique, son engagement imprévu dans les rangs des combattants envoyés dans le Sud-Marocain, sa participation à une guerre d\u2019embuscades qui cachait tant de redoutables périls.Une profonde rancune perça dans la voix de Mme de Vilford quand elle reprit : \u2014 Ah ! comme nous avions raison de nous opposer à un mariage avec cette femme dont nous ne savions rien.Elle a fait le malheur de notre fils.Serait-il allé se battre dans la Légion étrangère, s\u2019il avait été heureux ?N\u2019avez-vous rien appris de nouveau au sujet de cette Eisa ?L\u2019enquête que vous avez fait faire ?.\u2014 Enquête très discrète.Il ne fallait pas 'qu\u2019une révélation.brutale vînt entacher notre vieux nom.J\u2019ai su seulement \u2014 mais ne vous ai-je pas déjà dit tout ceci ?.que, arrivée un soir chez son père, Mme Bertrand de Vilford n\u2019en était plus sortie qu\u2019au jour où tous deux étaient parti dans une auto de louage, en direction de Nantes.La maison \u2014 une petite maison à l\u2019écart du village de Saint-Quilvic \u2014 vidée de ce qu\u2019elle contenait, de ce qu\u2019il y avait apporté son locataire de hasard, a élé rend.ue au propriétaire.Parvenus à Nantes où les ont rejoints leurs meubles, ce Monsieur.Ldng-dôfen et sa fille sont montés à bord d\u2019un bateau marchand se dirigeant vers la Méditerranée.Etrange itinéraire qui les a menés.Dieu sait où ?\u2014 Pas en Norvège, à coup sûr., persifla Mme de Vilford.Il semblerait que la Bretagne n\u2019était pas un exil suffisant.Quelles raisons peuvent-ils avoir de se cacher et qu\u2019est-ce que Bertrand a pu apprendre sur leur compte pour qu\u2019il se soit ainsi éloigné d\u2019eux ?Il se prétendait si épris.Après un instant de silence, elle ajouta : \u2014 Ne disait-on pas, à Vilford.que cette jeune femme allait avoir un enfant ?M.de Vilford ne put retenir un soupir : \u2014 Ceci m\u2019était revenu, en effet, et je vous avoue, Clotilde, que l\u2019idée de devenir grand-père, même par cette belle-fille que nous avions refusé de connaître, ne laissait pas de m\u2019émouvoir.Et vous, mon amie ?.A son tour, celle-ci eut un pauvre sourire : \u2014 Je pensais tout à fait comme vous, Pierre.Et parfois, je rêvais' que, peut-être, la naissance de ce petit enfant venant compléter le bonheur dont on nous disait que jouissait Bertrand, nous permettrait, sans que notre orgueil en souffrît, de.venir à Vilford.Le regard affectueux de M.de Vilford se posa sur le visage de sa femme.Un autre soupir, plus douloureux que le premier, lui échappa : \u2014 Et tout cela n\u2019aura été qu\u2019un lève, Clotilde.Depuis lors, trois ans se sont écoulés.La vieille demeure que nous avions quittée afin que notre fils continuât d\u2019y représenter la famille, est abandonnée, Bertrand s\u2019est engagé au loin, et l\u2019enfant.s\u2019il est heureusement venu au monde, s\u2019élève en un lieu que nous ignorons.En dépit de leur excessive fierté de race, cette fierté qui les avait fait s\u2019opposer au mariage de leur fils et refuser même de connaître la femme qu\u2019il avait choisie par amour, le vicomte et la vicomtesse de Vilford étaient d\u2019âme généreuse.Il leur était douloureux de tout ignorer du drame qui avait ravagé le foyer de Bertrand et du sort de l\u2019enfant.\u2014 Du moins, Bertrand nous annonce-t-il sa visite ?demanda Mme de Vilford, revenant, après un long silence, à la conversation interrompue.Un nouveau haussement d\u2019épaules .découragée de son mari lui répondit d\u2019abord, puis il déclara : \u2014\tPas même.Il laisse entendre que certains projets le retiennent dans le Midi de la France, dès qu\u2019il aura retrouvé sa liberté.Cependant, et ceci est assez contradictoire, il me prise de vouloir bien donner les ordres nécessaires pour que le château soit tenu en état de le recevoir.Ces mots parurent stupéfier Mme de Vilford.Son fils songerait-il à venir réoccuper seul ce château dont il avait « fui » il y a avait plus de trois ans ?\u2014\tLe château., fit-elle.Aurait-il donc l\u2019intention.M.cîe Vilford reprit la feuille qu\u2019il avait déposée sur son bureau : \u2014 Voici exactement, dit-il, les termes dont s\u2019est servi Bertrand.Je lis.«afin que, si les projets auxquels je viens de faire allusion, se réalisent, j'y puisse rentrer aussitôt avec la possibilité d\u2019y reprendre ma vie d\u2019autrefois.Car\u2019, en ce cas, je ne retournerais pas en Afrique.» \u2014 Tout ceci est bien énigmatique, soupira Mme de Vilford, et je ne reconnais pas les façons habituellement si franches de Bertrand.Reprendre sa vie d\u2019autrefois.Laquelle ?Celle qu\u2019il avait auprès de nous, avant ce déplorable mariage.ou bien celle qu\u2019il a eue après.Reprendre sa vie d\u2019autrefois.Serait-ce alors avec sa femme.et son enfant ?La voix, d\u2019abord sévère, dé la vieile dame s\u2019était adoucie et assourdie en prononçant les derniers mots.Sans doute, dans l\u2019esprit de la possible «grand-mère» s\u2019évoquait un visage de bébé dont la présence aurait pu la combler de joie, le visage d\u2019un bébé gage d\u2019une entente souhaitée secrètement ! L\u2019émotion de M.de Vilford ne le cédait en rien à celle de sa femme bien qu\u2019il s\u2019efforçât de n\u2019en rien laisser paraître et ses doigts tremblaient un peu en repliant la lettre du fils éloigné.Cependant, si confuses que soient les lignes écrites par Bertrand, malgré l\u2019obscurité dont elles s\u2019enveloppaient, M.et Mme de Vilford se raccrochaient à l\u2019espérance qu\u2019avec le retour de leur fils, pourrait luire l\u2019aube de jours plus heureux.Sagement, ils s\u2019efforçaient de ne penser qu\u2019au présent.Bertrand allait échapper aux dangers qui le guettaient quotidiennement dans cette zone dangereuse où les combats étaient incessants.Il rentrerait en France, y verrait ses parents.Ensuite.C\u2019était le secret de l\u2019avenir.Et il fallait savoir attendre.Saint-Cyr, mais il avait dû se rendre compte que ce projet déplaisait à sa 11 Bertrand de Vilford avait alors vingt-neuf ans.Enfant unique, il n\u2019avait que rarement quitte la résidence de sa famille et ses premières études s\u2019étaient faites sous la direction d\u2019un précepteur installé au château de Vilford.L\u2019internement dans un lycée parisien afin d\u2019y préparer ses bachots l\u2019avait ensuite éloigné quelque temps des siens.Il avait souhaité se présenter à mère, laquelle souhaitait le voir se fixer sur leurs terres ; afin de ne pas lui infliger une déception, il avait renoncé à la carrière militaire et s\u2019était rallié aux désirs de ses parents, se résignant à être seulement un propriétaire ocupé à gérer ses domaines.Occupation qui, prise au sérieux \u2014 et Bertrand la prendrait ainsi \u2014 serait fort absorbante, les terres dépendant du châteaux couvrant une vaste superficie cl leur exploitation requièrent un important travail.Pour M.et Mme de Vilford, la question de l\u2019avenir de leur fils ne posait aucun problème.Il épouserait une jeune fille choisie parmi les héritières des domaines d\u2019alentour, dont la naissance et l\u2019éducation correspondraient aux siennes.Aucun obstacle ne s\u2019élèverait, et une telle union serait approuvée par tous.M.et Mme de Vilford accueilleraient avec joie cette belle-fille et gâteraient leurs petits-enfants.Les traditions des ancêtres se transmettraient à une nouvelle génération et la vie coulerait sans soucis et sans heurts.De ce rêve idyllique, le vicomte de Vilford et sa femme furent brusquement éveillés.Gens parfaitement droits et honnêtes mais imbus de vieux préjugés et entièrement conformistes, ils n\u2019avaient oublié dans l\u2019établissement de leurs plans qu\u2019une chose : la rencontre de l\u2019amour.Et la rencontre d\u2019Eisa.Ce jour-là, Bertrand de Vilford parcourait son domaine.Il s\u2019engagea dans un petit sentier qui le ramènerait plus rapidement au château que la route prise à l\u2019aller.Ce sentier mi-en surface, mi-chemin creux, était pittoresque à souhait et Bertrand, très sensible à la poésie champêtre, l\u2019empruntait toujours avec plaisir.« Au fait, se dit-il, tandis qu\u2019une cabane lui apparaissait à peu de distance, je vais m\u2019arrêter chez la vieille Mathurine.J\u2019aurai des nouvelles de ce mauvais sujet de Baptiste et verrai si elle ne manque de rien d\u2019essentiel.Baptiste avait été l\u2019un de ses compagnons de jeux lorsque, tout enfant 16 Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 le gamin avait été admis au château où sa mère, Mathurine, venait en journée.Pas méchant mais paresseux, devenu plus tard buveur et querelleur, il n\u2019était plus pour la vieille femme qu\u2019un souci et pas du tout une aide.Discrètement, les Vilford venaient au secours de leur ancienne servante, lui évitant un véritable dénuement.Comme il allait entrer dans la cabane, Bertrand vit qu\u2019une personne déjà était auprès de Mathurine.Il hésita puis se décida à franchir le seuil de cette hutte couverte de chaume.Après quelques mots adressés à sa vieille protégée, il examina mieux la gracieuse inconnue dont rien, jusqu\u2019à ce jour, ne lui avait fait soupçonner l\u2019existence.Sa taille svelte, la fraîcheur d\u2019un visage dans lequel s\u2019ouvraient d\u2019immenses yeux couleur de turquoise, la blondeur si particulière des cheveux, enfin l\u2019accent harmonieux mais surprenant pour des oreilles françaises de la voix qui avait adressé quelques paroles à la paysanne, étonnèrent et charmèrent Bertrand.Elle avait paru d\u2019abord effarouchée de l\u2019intrusion du jeune homme dans la pauvre cabane et avait mine de fuir.Bertrand lui assura que sa visite serait brève.Il avait, en effet, remis quelque argent à Mathurine, écouté distraitement ses remerciements et ses doléances à propos du fils impénitent ; puis, après quelques paroles d\u2019excuse, il avait salué la jeune fille et s\u2019était éloigné, emportant dans son souvenir la troublante image d\u2019Eisa.Qui était-elle ?Et comment si délicieuse créature ne lui avait-elle jamais été signalée ?L\u2019imagination de Bertrand, à qui aucune véritable aventure sentimentale n\u2019était encore arrivée, se donnait libre cours, et sa curiosité se trouvait fort surexcitée.Au coure des journées suivantes il revint maintes fois hanter le sentier couvert dans l\u2019espoir d\u2019y retrouver son inconnue.Une semaine cependant s\u2019écoula sans qu\u2019un bienveillant hasard le remit en sa présence.Entre temps, malgré sa répugnance à s\u2019enquérir d\u2019elle, il n\u2019avait pu résister au désir de questionner Mathurine.Il avait appris ainsi qu\u2019Elsa « une bien (lentille et charitable demoiselle, et pas fi ère.», avait dit la vieille, vivait seulement avec son père dans le village de Saint-Quilvic, le plus proche de là, celui dont dépendait aussi le château des Vilford.\u2014 Son père.Savez-vous son nom, Mathurine ?avait demandé le jeune homme.La femme avoua son ignorance.Il demanda encore : \u2014 Ces personnes n\u2019habitent pas là depuis longtemps, je pense.Depuis quand connaissez-vous cette jeune fille ?La mémoire de la paysanne était rétive.Mathurine finit par avouer : \u2014 Deux mois peut-être.Elle a passé sur le sentier.oui, le jour où la Marie-Jeanne était venue me voir.Deux mois, oui.« Deux mois, ou trois, ou un., pensa Bertrand.La Marie-Jeanne, une vieille ivrognesse.et même Mathurine.Baptiste a peut-être de qui tenir.Mais après tout, que m\u2019importe ?Le hasard me la fera bien rencontrer de nouveau.Et Saint-Quilvic n\u2019est pas loin, après tout.Le jour où il la vit enfin paraître sous les arbres à travers les branches desquels passaient les rayons d\u2019un soleil d\u2019une générosité rare en ce climat breton, elle lui sembla toute baignée de lumière.« Une créature de rêve »., murmura Bertrand, poète à ses heures.Il n\u2019hésita pas à l\u2019aborder malgré le mouvement effarouché qu\u2019elle n\u2019avait pas su dominer.\u2014 J\u2019ai à m\u2019excuser, mademoiselle, dit-il, d\u2019avoir troublé votre visite à la pauvre Mathurine, il y a une semaine.Me l\u2019avez-vous pardonné ?Il l\u2019avait jugée délicieuse.Il en fut plus persuadé encore lorsqu\u2019elle lui sourit.\u2014 Oh !.cela était sans importance-Je vais assez souvent chez Mathurine.\u2014 Je n\u2019avais pas encore eu le plaisir de vous apercevoir.Vous habitez notre pays depuis peu, je pense ?demanda Bertrand, incapable de résister au désir d\u2019être mieux renseigné qu\u2019il ne l\u2019était encore sur celle dont il ne connaissait que le prénom.Elle répondit brièvement : \u2014 Oui, depuis peu.Il eut l\u2019impression qu\u2019elle ne tenait pas à parler d\u2019elle, à se « raconter ».Ses yeux s\u2019étaient détournés et elle regardait au loin.Pour la mettre en confiance et obtenir, peut-être, la réciproque, il dit : \u2014 Permettez-moi de me présenter : je m\u2019appelle Bertrand de Vilford et j\u2019habite avec mes parents le château de ce nom, très près d\u2019ici.Ses yeux toujours fixés au loin, elle dit à voix basse : \u2014 Mon nom est Eisa Longdofen.\u2014 Un nom étranger à notre région.dit Bertrand en souriant.Un nom Scandinave.il me semble.\u2014 Oui.Elle n\u2019ajouta rien, tendit la main : \u2014 Adieu, Monsieur.J\u2019ai peu de temps à moi.Il serra la petite main aussi blanche que le visage, dit, presque malgré lui : \u2014 Au revoir, Mademoiselle.Il était de plus en plus désireux de retrouver la jeune fille et de la mieux connaître.A l\u2019avenir, le chemin couvert sur lequel s\u2019ouvrait la cabane de Mathurine verrait fréquemment passer Bertrand de Vilford.Il était impossible, dans ces conditions, que les entrevues ne se renouvelassent pas entre les deux jeunes gens, malgré la timidité \u2014 ou la sauvagerie \u2014 d\u2019Eisa.Mais le machiavélisme de Bertrand se développait en fonction des difficultés.Dans ces entrevues, devenues peu à peu fréquentes, la sympathie naissante ne tarda pas à faire place à une véritable camaraderie, affectueuse d\u2019un côté, plus vite amoureuse de l\u2019autre.Mais si l\u2019idylle s\u2019ébauchait, le mystère dont s\u2019entourait la charmante étrangère qui ne se décidait pas à parler davantage d\u2019elle-même et dont le père auquel elle faisait, pourtant, parfois allusion, demeurait inconnu de Bertrand, restait le même.Pas plus qu\u2019à leur première rencontre, Bertrand n\u2019était renseigné sur la famille d\u2019Eisa, sur son origine exacte, sur les raisons qui les avait conduits, son père et elle, à venir vivre dans un pays si éloigné du leur et vers lequel rien absolument n\u2019avait, dû les attirer.Lorsque quelque lucidité revenait à Bertrand, il redoutait que ce mystère, la retraite obstinée de M.Lonkdôfen, sa nationalité nordique, la solitude dans laquelle le père et la fille vivaient, leur récente et inexplicable venue dans ce coin perdu de Bretagne, s\u2019ils donnaient un charme romanesque aux rencontres des deux nouveaux amis, ne fissent s\u2019opposer farouchement les siens aux projets qu\u2019il pourrait être amené à former.Car, maintenant, l\u2019amour s\u2019imposait à Bertrand, immense, insatiable, et le jeune homme sentait qu\u2019aucune opposition, qu\u2019aucune défense, ne pourrait l\u2019empêcher de lier sa vie à celle d\u2019Eisa.Mais elle y consentirait-elle ?Certes, elle se montrait, à présent, joyeuse de le rencontrer, devenait plus communicative, laissait voir ses goûts, ses désirs, mais si ses conversations ne présentaient plus la contrainte timide des débuts, aucune allusion n\u2019y était jamais faite à la vie privée de M.et de Mlle Longdofen tant dans le présent que dans le passé, et rien du mystère qui l'enveloppait ne s\u2019était dissipé.Qui étaient-ils exactement et quelles raisons, graves certainement, leur avaient-elles fait quitter le pays ?le jeune homme l\u2019ignorait toujours.Cependant, le moment vint où Bertrand fut incapable de se dominer.Il ne voulait plus penser à autre chose qu\u2019à connaître les sentiments de la jeune fille et savoir si elle consentirait à devenir sa femme.Il était bien imprudent de tenter une pareille démarche sans avoir l\u2019agrément de ses parents ; mais le jeune homme avait atteint l\u2019heure où il ne pouvait plus raisonner.Eisa, Eisa-rien autre ne comptait désormais.Ah ! comme il devait se souvenir de son intense émoi ce soir où, après une promenade à travers la lande, il avait retenu, au moment de se séparer d\u2019elle, la main de la jeune fille.Jamais il n\u2019avait trouvé Eisa plus délicieuse que ce jour de septembre où, tandis que la lumière déclinait, elle se dressait devant lui toute claire dans une robe d\u2019un vert pâle au-dessus de laquelle ses cheveux de lin formaient un diadème lumineux, donnant à toute sa mince silhouette quelque chose de féerique et d\u2019irréel.« Une fée des neiges », pensa-t-il, évoquant le pays du Nord d\u2019où elle était venue : \u2014 Eisa, avait-il demandé d\u2019une voix haletante, Eisa, n\u2019avez-vous pas deviné ce qui est mon voeu le plus cher ?Comme elle le regardait, interdite, il avait repris en pressant davantage la main tremblante : \u2014 Eisa, je vous aime de toute mon âme.\u2014 Vous m\u2019aimez.Oh!.Elle avait fait un mouvement pour retirer sa main à l\u2019étreinte de Bertrand, mais il l\u2019avait retenue fortement.¦\u2014Oui, je vous aime, redit-il.Eisa, ne pourrez-vous m\u2019aimer aussi ?Ne voudrez-vous pas devenir ma femme ?Son effarement se fit plus \" grand encore tandis que, d\u2019une voix défaillante, elle répétait : \u2014 Votre femme.votre femme, moi.\u2014 Oui, vous, Eisa Longdofen.Je vous offre mon vieux nom de Vilford que tous, dans le passé, ont porté honorablement.\u2014 Votre vieux nom.Mais, Bertrand, vous me connaissez si peu, vous savez de.ma famille, si peu de choses.Vous pourriez peut-être regretter, plus tard.si vous appreniez.\u2014 Quoi ?fit-il, oubliant toute prudence.Eisa, avec des yeux comme les vôtres, que pourriez-vous dissimuler ?Dites, ma bien-aimée, consentirez-vous ?Elle-même se laissa prendre à cette promesse de bonheur.Elle savait bien qu\u2019elle aimait Bertrand comme Bertrand l\u2019aimait, mais elle n\u2019avait jamais espéré que leur union pût se réaliser.Et voici que cette union lui était offerte, que d\u2019elle dépendait leur mutuel bonheur.Elle oublia ce qui pouvait les séparer, les obstacles qu\u2019une famille peut-être hostile pourrait dresser entre elle et Bertrand.Elle laissa, sans plus de résistance sa main dans celle du jeune homme et en même temps que des larmes de joie montaient à ses yeux, elle murmura la phrase si belle qui consacre le mariage protestant : \u2014 Oui, je veux.«Pour le meilleur et pour le pire, pour la richesse et pour la pauvreté.» Puis, subitement inquiète, elle ajouta : \u2014 Mais, Bertrand.votre famille.Y consentira-t-elle ?Je lui suis inconnue.Bertrand sentit un petit frisson d\u2019angoisse le parcourir mais il ne voulut pas s\u2019arrêter à l\u2019objection.Il dit d\u2019un ton assuré : \u2014 Je vous aime; mes parents vous aimeront aussi.Comment pourraient-ils ne pas vous aimer, Eisa ?Ainsi s\u2019étaient-ils fiancés.Mais que de complications ensuite !.M.Longdofen avait, lui, approuvé le choix de sa fille, tacitement et sans faire de commentaires.Il se borna à assurer Bertrand de sa confiance en lui transmettant le soin d\u2019assurer le bonheur de cette Eisa qu\u2019il aimait profondément.Il ne donna sur lui et sur sa situation que peu de précisions.Bertrand ainsi accepté jugea que M.Longdofen était un homme d\u2019une grande distinction avec qui, par suite de sa connaissance superficielle du français, la conversation se faisait vite difficile.Il eut toutefois l\u2019impression que le père d\u2019Eisa exagérait son peu d\u2019aisance à parler notre langue pour éviter de trop nombreuses questions de la part de son interlocuteur, questions auxquelles il n\u2019eût pas voulu répondre.Décidé, dit-il succinctement, à quitter la Norvège, sa patrie, après la perte douloureuse de sa femme et à la suite de revers financiers provoqués par un commerce de bois en difficulté, désireux de retraite et de solitude dans un climat plus doux que son pays, il s\u2019était fixé sur la côte bretonne qui plaisait à sa fille comme à lui.Ses revenus suffisaient à son existence modeste, prévint-il encore, mais Eisa n\u2019avait aucune fortune à espérer.Si cette déclaration n\u2019affecta en rien Bertrand qui savait posséder de la fortune pour deux, elle le surprit cependant.Lors de cette première visite dans la simple maison louée par M.Longdofen à Saint-Quilvic et au cours de celles qui suivirent, assez rares cependant car son futur beau-père ne fit rien pour les provoquer, Bertrand vit avec surprise des restes d\u2019un luxe qui avait dû être parficulièrement opulent.Jamais, à coup sûr, la petite maison bretonne n\u2019avait connu des tapis d\u2019O-rient, des meubles de prix, des tableaux de valeur certaine, comme ceux qu\u2019y avaient intallés son locataire et qui semblaient bien provenir d\u2019une famille de haute classe accoutumée à une vie fastueuse.La simplicité actuelle de l\u2019existence du père et de la fille avait, par comparaison, de quoi étonner fortement Bertrand.Le mystère continuait.Mais qu\u2019importait ce mystère au jeune homme puisqu\u2019il aimait Eisa, qu\u2019Elsa l\u2019aimait, que, prochainement il serait son époux ?Ce qu\u2019il acceptait délibérément de ne pas connaître allait toutefois être pour le vicomte et la vicomtesse de Vilford une raison majeure de s\u2019opposer au voeu de leur fils.Bertrand s\u2019était flatté de les convaincre aisément de souscrire à son bonheur.Fils unique, toujours infiniment gâté, il se croyait sûr, après quelques critiques peut-être, de faire accepter par ses parents la délicieuse Eisa pour bru, une bru qu\u2019ils chériraient bientôt à l\u2019égal de Bertrand.C\u2019était là une grande illusion.L\u2019étonnement et la réprobation de M.et Mme de Vilford furent indicibles le jour où leur fils décida, non sans une certaine gêne tout de même, à leur annoncer ses fiançailles.\u2014 Sans nous avoir consultés., s\u2019écria le père.Quelles sont ces manières, Bertrand ?N\u2019avions-nous pas notre avis à donner ?\u2014 Et avec une jeune fille dont la famille nous est inconnue.une étrangère., ajouta la conformiste mère de Bertrand.Si je m\u2019attendais à cela ! Alors que, autour de nous, Lucienne d\u2019Arvilan ou Sabine de Landern.\u2014 Ne les regrettez pas, maman, intervint Bertrand.Elles ne m\u2019auraient pas plu.Seule, Eisa. Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 \u2014\tC\u2019est bien., dit froidement M.de Vilford.Tu prendras tes responsabilités.Pour nous, nous devons tout au moins nous renseigner sur celle que tu veux introduire dans notre famille.\u2014\tC\u2019est votre droit, père, mais quelle que soit votre appréciation, je ne changerai rien à ce que j\u2019ai décidé.Je suis engagé à Mlle Longdôfen et je considère cet engagement comme définitif.\u2014\tSoit.Dans ce cas, tu ne t\u2019étonneras pas, Bertrand que, si notre foyer te reste ouvert, nous ne puissions y accueillir ta femme.Nous ne voulons aucun scandale, aussi ne nous opposerons-nous pas à ton mariage.D\u2019ailleurs, tu es majeur.Mais notre peine sera immense de ne pouvoir fréquenter ton foyer.ni connaître ceux qui viendront un jour y prendre leur place.Malgré leur tendresse pour leur fils et la privation qu\u2019ils allaient s\u2019imposer à eux-mêmes, les parents de Bertranl se murèrent dans leur intransigeance.Ils firent, toutefois, généreusement les choses afin que la situation du ménage soit large et, abandonnant le château familial à leur fils, se retirèrent eux-mêmes dans une charmante, pittoresque et confortable maison qu\u2019ils possédaient dans le bourg du Guilde, non loin de la baie de la Fresnaye, l\u2019une des plus belles des Côtes-du-Nord.Si cette demeure n\u2019avait pas l\u2019allure grandiose du château de Vilford, elle offrait encore, avec son architecture spécifiquement bretonne, les vieux meubles dont elle était meublée et la très jolie vue qu\u2019on découvrait de ses fenêtres, une retraite délicieuse qu\u2019apprécieraient ses nouveaux occupants.Malgré leur générosité et les accommodements qu\u2019ils avaient apportés dans ces négociations délicates, de lourds froissements s\u2019étaient produits entre les parents et le fils.La déception des uns était trop grande de ne pouvoir que se résigner au mariage de l\u2019autre alors qu\u2019ils avaient espéré s\u2019en réjouir.Et la belle-fille qui leur était imposée ne pouvait remplacer, pour M.et Mme de Vilford, l\u2019une des jeunes filles qu\u2019ils eussent si volontiers et si chaleureusement accueillie.Le mariage avait donc eu lieu en la seule présence de M.Longdôfen et de deux amis de Bertrand venus, à sa demande, l\u2019un de Quimper et l\u2019autre de Paris pour être ses témoins, et sans que personne n\u2019y représentât la famille de Vilford.\t« Et la vie conjugale de Bertrand et d\u2019Eisa commença.Cette vie fut délicieusement, totalement heureuse.Le bonheur le plus pur avait justifié le choix de Bertrand.Eisa et lui connaissaient la plus divine félicité.Leur mariage durait depuis plusieurs mois sans que, sur leur ciel conjugal, le plus léger nuage se soit encore montré.Douce, aimante et parfois passionnée,' Eisa était l\u2019épouse idéale.Bertrand s\u2019émerveillait sans cesse de sa beauté, cette beauté blonde des races nordiques, de son charme, de leur entente magnifique qu\u2019aucune note discordante, qu\u2019aucun goût opposé ne venait jamais troubler.Le bonheur absolu.Toutefois, les premiers enivrements de la lune de miel calmés, Bertrand souffrait quelquefois de la rupture avec les parents dont il avait toujours reçu, jusqu\u2019au jour où s\u2019était imposé tyranniquement son amour pour Eisa, les plus grands témoignages d\u2019affection et de sollicitude.Ne plus les voir lui était une douloureuse privation.Il savait bien, et tant son père que sa mère le lui avaient répété, qu\u2019il 17 serait toujours bien accueilli dans leur maison du Guildo.Bertrand, cependant, ne s\u2019y était pas rendu.Il ne voulait pas y venir sans Eisa et M.et Mme de Vilford n\u2019auraient pas admis qu\u2019il l\u2019y amenât.Le temps, pensait quelquefois le jeune homme, arrangerait les choses et, lorsque les parents auraient accepté de voir, ne serait-ce qu\u2019une fois, leur délicieuse belle-fille, la partie serait certainement gagnée.L\u2019amoureux cherchait de quelle manière amener cette entrevue qui serait, selon lui, décisive.Mais ce moyen, il ne le trouvait pas.Un fait nouveau allait pourtant se produire qui pourrait sans doute permettre un rapprochement entre le jeune ménage et les parents Vilford.Eisa attendait un enfant.Ce fut pour Bertrand une joie immense d\u2019escompter la venue de ce nouveau bonheur.Après la satisfaction éprouvée à la perspective de devenir père de famille, il vit dans cet événement un motif d» réconciliation avec les siens.Il connaissait bien ses parents et savait qu\u2019ils ne pourraient pas rester insensibles à l\u2019annonce d\u2019une future naissance au foyer de leur fils.Qu\u2019un nouveau Vilford continuât la vieille lignée dont ils tiraient une certaine vanité, ne leur serait certes pas indifférent.« Préviendrai-je tout de suite mes parents ?» se demanda le futur papa.C\u2019était un sujet sur lequel il ne pouvait consulter Eisa.Après maintes ré- flexions, il décida d\u2019attendre quelque temps.La jeune femme était douée d\u2019une santé robuste sous une apparence frêle.Aucun trouble ne vint ralentir son activité coutumière et elle continua soit avec Bertrand lorsqu\u2019il n\u2019était pas pris par ses multiples occupations de gentleman fanner, soit seule, les longues promenades qu\u2019elle aimait faire autour de Vilford.Elle était à présent bien connue de tous les paysans qui vivaient dans les hameaux des alentours et chacun d\u2019eux se plaisait à reconnaître la bonne grâce, la simplicité, la générosité aussi, de celle qu'il appelait familièrement Mme Bertrand.Quand se ferait assez proche l\u2019arrivée du poupon attendu, Bertrand écrirait au Guildo.Il était chaque jour plus sûr qu\u2019une telle nouvelle effacerait tout sentiment de rancune chez ceux qui la recevraient, ceux dont le foyer s\u2019ouvrirait à la jeune femme par qui ils auraient la joie de devenir grands-parents.L\u2019avenir dirait si son optimisme était justifié et si seraient confirmés ses espoirs.Ainsi passèrent quelques mois.Ill SI toutes relations étaient rompues entre M.et Mme de Vilford d\u2019une part, Bertrand et sa femme de l\u2019autre, les premiers n\u2019étaient pas sans se tenir discrètement au courant, autant qu\u2019ils le pouvaient sans provoquer autour d\u2019eux curiosité ou commérages, de ce qui se passait chez les seconds.La parfaite union des deux jeunes gens, la vie paisible qu\u2019ils menaient dans le vieux château familial ne leur étaient pas inconnues et un certain apaisement leur venait que, malgré son choix à leur sens imprudent et blâmable, leur fils soit réellement heureux.Us étaient eux-mêmes gens de bon sens et gens loyaux.Sans se l\u2019avouer l\u2019un à l\u2019autre, une certaine indulgence s\u2019insinuait en eux et, s\u2019ajoutant au chagrin latent provoqué par la privation de Bertrand, leur faisait souhaiter que quelque chose intervînt ayant l\u2019air de forcer à se tendre une main toute disposée à le faire avec joie.Car ils ne pouvaient faire le premier pas.Quelques amis fidèles, des meilleurs et de moins bons, venaient assez souvent les voir dans leur nouveau logis ; avec eux, ils s\u2019entretenaient volontiers de Bertrand.Trop fiers et trop pleins de tact pour révéler leur complet désaccord familial, ils donnaient des prétextes, qui ne trompaient d\u2019ailleurs personne, pour expliquer l\u2019absence de toutes fréquentations entre le ménage de Bertrand et le leur.Ils eurent, l\u2019un et l\u2019autre, un certain coup au coeur, lorsque une douairière fort titrée de Quimper leur déclara tout de go : \u2014 Vous êtes des cachottiers.Il paraît que vous allez devenir grands-parents, Pierre, et vous, ma chère Clo-tilde, «mère-grand», si j\u2019ose dire.Vous n\u2019aurez pas dû me laisser apprendre cela par le vieux docteur qui fréquente à Vilford et que, de mon côté, j\u2019invite parfois à dîner.Car, même si Bertrand ne vient pas jusqu\u2019ici, j\u2019imagine qu\u2019il vous écrit.et que vous savez ce dont je viens de vous parler.Jouait-elle le faux pour savoir le vrai, suivant une expression familière ?Voulait-elle embarrasser ses amis qui étaient, de plus, ses petits-cousins suivant les usages de la parenté bretonne extensible à l\u2019infini ?La vieille dame, fort bavarde, fort inoccupée et fort indiscrète, avait un peu la réputation d\u2019une commère assez perfide.Qu\u2019ils aient toute confiance en elle ou qu\u2019ils soient sur leur garde, M.et Mme de Vilford ne bronchèrent pas : \u2014 La nouvelle n\u2019est-elle pas prématurée ?demanda calmement le vicomte.Bertrand ne nous a encore informé de rien, ce qu\u2019il ne manquera pas de faire quand il y aura lieu.¦\u2014 U doit attendre une certitude absolue s\u2019il y a encore des doutes car il ne voudrait pas nous donner une fausse joie.ajouta la vicomtesse.\u2014 Mais le docteur Vigal.\u2014 Ce bon Vigal me paraît outrepasser ses fonctions en parlant à tort et à travers de sa clientèle.renchérit M.de Vilford.Pour nous, nous nous réjouirons lorsque notre fils lui-même nous aura fait part de.l\u2019événement.Pas plus l\u2019époux que l\u2019épouse n\u2019aurait voulu avouer qu\u2019aucune correspondance ne s\u2019échangeait entre leur fils et eux.Chez les êtres les plus honnêtes et les meilleurs, il existe ainsi des recoins ténébreux qui échappent aux élans de la franchise et de la sincérité.La répercussion des paroles de leur amie-parente était toutefois profonde dans les coeurs de M.et de Mme de Vilfort, coeurs si préparés à se laisser attendrir.A partir de ce jour-là, les parents de Bertrand attendirent fébrilement la lettre que celui-ci ne pouvait manquer \u2014\tétant donnée l\u2019importance du fait \u2014\tde leur faire parvenir la lettre qui COUPABLE ou NON-COUPABLE ?CHRONIQUE JUDICIAIRE par ROBERT MILLET, B.A.Le témoignage d\u2019un accusé est-il suffisant pour contrebalancer celui du plaignant et justifier son acquittement ?Un jeune homme et une jeune fille, deux inconnus, se rencontrent dans un cabaret et font connaissance.De quatre heures de l\u2019après-midi jusqu\u2019à une heure du matin, ils consomment ensemble.Puis il est question de rentrer chacun chez soi.Comme il convenait, le jeune homme offre à sa compagne de la reconduire .dans son automobile.Le lendemain, la jeune fille dépose une plainte contre son compagnon de fortune et le traduit en Correctionnelle sous une double accusation : celle d\u2019assaut et de vol avec violence.En Cour, la plaignante affirme que tout allait bien entre eux jusqu\u2019au moment où, après avoir quitté le cabaret, ils parvinrent à l\u2019angle des rues Berri et Rachel.C\u2019est là et alors que le jeune homme aurait commis l\u2019assaut et perpétré le vol.L\u2019accusé, d\u2019autre part, soutient que les choses se sont passées de toute autre façon.D\u2019accord avec la plaignante sur la marche des événements de quatre heures de l\u2019après-midi jusqu\u2019à une heure du matin, il la contredit catégoriquement quant à l\u2019incident survenu à l\u2019angle des rues précitées.A cet endroit-là, déclare-t-il sur la foi du serment, la plaignante lui aurait demandé de l\u2019argent avec insistance.N\u2019ayant pas l\u2019habitude de tels procédés, indigné, outré de la tournure que prenait l\u2019aventure, il avait stoppé sa voiture pour inviter sa compagne à descendre sur-le-champ.Elle a refusé.R a ouvert la portière et l\u2019a poussée au dehors.Puis, comme elle avait laissé ses souliers et sa bourse dans le véhicule, il les lui avait lancés sur le trottoir.Les avait-elle récupérés ?Il l\u2019ignorait, puisqu\u2019il avait aussitôt démarré en vitesse, afin de prévenir toute tentative de retour de l\u2019indésirable.Cet accusé est-il COUPABLE ou NON-COUPABLE d\u2019assaut grave et de vol avec violence ?NON-COUPABLE ! a décidé le Président du Tribunal dans un jugement rendu aux Sessions de la Paix, à Montréal, le 5 mars 1959.La contradiction flagrante entre les affirmations de la plaignante et la version du prévenu ont créé un doute raisonnable sur la culpabilité de celui-ci, et, vu les circonstances qui ont précédé l\u2019incident du retour, le prévenu devait bénéficier du doute et être acquitté.Robert Millet, b.a. 18 Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 leur annoncerait qu\u2019allait leur naître un petit-fils.et un descendant de la vieille famille dont la généalogie remontait authentiquement à l\u2019époque de Nominoé, le grand roi du terroir breton.Mais cette lettre n\u2019arriva pas.et rien ne vînt confirmer l\u2019information apportée par la douairière de Quimper.M.et Mme de Vilford continuaient à se jouer mutuellement la comédie de l\u2019indifférence vis-à-vis de ce qui se passait dans le manoir familial mais au fond, ils étaient tous deux envieux.Peu à peu, cependant, et devant le silence persistant de Bertrand, ils reconquirent leur calme et se persuadèrent que le futur petit Vilford n\u2019avait existé que dans l\u2019imagination d\u2019une vieille dame désoeuvrée désireuse de jouer un rôle intéressant.Or, la quiétude revenue du ménage du Guildo fut, quelque trois mois plus tard, totalement troublée.Ce ne fut pas une noble dame qui en porta la responsabilité mais un simple fermier de Vilford venu voir le vicomte.A celui-ci, étonné que Gaël Lardée, un de ses métayers, soit venu lui payer son fermage au lieu de le faire à Bertrand, le bonhomme déclara, employant la langue gaélique que parlait parfaitement le châtelain : Dame M\u2019sieur le vicomte, j\u2019aurais bien voulu, mais c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a plus personne au château, M\u2019sieur Bertrand est parti.M.de Vilford se mit d\u2019abord à rire : Parti.Qu\u2019entendez-vous par là, mon bon Lardée ?Parti pour quelques jours sans doute.Un petit voyage.\u2014 Je crois pas, M\u2019sieur le vicomte.En voilà bien plus de quinze jours que le château est vide.tout à fait vide, et personne ne sait où est allé M\u2019sieur Bertrand.Cette fois, M.de Vilford ne songea plus à rire.11 ne retînt pas longtemps le fermier dont il ne pouvait tirer aucun renseignement utile.Il ne fit, non plus, aucun commentaire, se réservant de se livrer à une enquête immédiate.Celle-ci, commencée le jour même, révéla des faits alarmants.Bertrand de Vilford avait bien quitté brusquement sa demeure, y laissant seule sa jeune femme.Il y était revenu un mois plus tard pour en repartir le lendemain.Ceci datait de quelques semaines.Quant à « Mme Bertrand », nul ne l\u2019avait revue.On assurait que son père avait, lui aussi, abandonné Ja petite maison de Saint-Quilvic dans laquelle il s\u2019était installé un an plut tôt.Ces indications plongèrent dans une morne tristesse M.et Mme de Vilford.Que s\u2019était-il donc passé?Quelle circonstance grave avait pu amener une telle catastrophe et provoqué le départ de Bertrand ?Au milieu de leurs pires perplexités, alors que, malgré les investigations tenacement poursuivies, aucun fil d\u2019Ariane n\u2019était apparu pouvant conduire au but, ils reçurent de leur fils une lettre extrêmement brève, et combien inquiétante : « Des circonstances infiniment cruelles m'ont obligé à quitter Vilford dont je vous demande, père, de faire assurer la garde.Incapable de demeurer en France, je me suis engage dans la Légion étrangère et suis venu au Maroc où des combattants étaient réclamés.Je m'efforcerai de nous donner parfois de mes nouvelles.Croyez à toute ma profonde affection et pardonnez sa fuite à votre malheureux Bertrand ».C\u2019était tout, et ce tout n\u2019expliquait rien.Pas une allusion à la jeune fem- me qu\u2019il avait dit tant aimer, à cette Eisa pour laquelle, il avait renoncé au foyer paternel.Mais le fait que personne ne soit resté au château, et l\u2019aveu d'une lourde souffrance accablant le jeune homme, laissaient aisément conjecturer que cette femme devait être la cause et la raison de cette souffrance et de cet abandon.Douloureusement atteints par cette faillite d\u2019un mariage auquel ils n\u2019avaient point donné leur approbation et dont ils n\u2019avaient rien attendu de bon, M.et Mme de Vilford se retranchèrent dans une retraite de plus en plus sévère, attendant avec une impatience torturante l\u2019arrivée des lettres, très rares, de Bertrand, priant aussi le Ciel que les combats épargnassent le soldat volontaire.et désespéré.Mais, pour eux, le mystère restait absolu.Enfin, une dernière lettre de leur fils leur fit espérer le retour prochain de cclui-ci.Des raisons qui le ramenait, il ne disait encore rien d\u2019explicite.Ce ne serait que lorsqu\u2019il serait là que ses parents pourraient savoir, peut-être, ce qui l\u2019avait éloigné et ce qui le ramenait.Peut-être.* * * De ce drame dont la vie de Bertrand avait été ravagée, qu\u2019auraient pu soupçonner M.et Mme de Vilford ?Quand, dans sa vie active et son isolement moral, là-bas à travers la région hostile où combattait la Légion, Bertrand se remémorait, comme en film pathétique, les scènes douloureuses qui avaient détruit son bonheur, un immense découragement, une infinie désespérance l\u2019accablaient comme au premier jour.Et sous ses paupières closes, alors se recréait, nettement, inexorablement, ce qu\u2019avait été le passé.Ce jour-là, un beau jour de septembre finissant, Bertrand cheminait d\u2019un pas allègre à travel's la forêt qui commençait aux abords du château.Son carnier, abondamment garni n\u2019alourdissait pas sa marche et un air de vive satisfaction accompagnait le sifflement joyeux qui s\u2019échappait de ses lèvres.L\u2019approche de l\u2019automne dorait les feuillages dont la chute allait commencer, tapissant de leur masse rousse les sentiers serpentant à travers le bois.Devant le chasseur courait Torn, un bel épagneul blanc taché de fauve qui revenait parfois vers son maître pour repartir de nouveau en avant, comme s\u2019il voulait inviter le jeune homme à presser encore son allure.\u2014 Âh ! ah ! Torn, dit Bertrand en riant.Quelle hâte de rentrer au logis.Une bonne pâtée t\u2019y attend, il est vrai, et tu ne l\u2019auras pas volée.Il jeta un coup d\u2019oeil sur sa gibecière gonflée, puis reprit : \u2014 Mais crois-tu donc, mon vieux Torn, que je ne sois pas aussi désireux que toi d\u2019arriver à la maison ?Ne sais-tu pas avec quelle joie je vais retrouver mon Eisa, et combien les heures me paraissent longues loin d\u2019elle ?Il souriait, heureux, parlant à son chien ainsi qu\u2019à un ami véritable et comme si l\u2019intelligente bête eût été capable de le comprendre, tandis que se précisaient dans sa mémoire l\u2019adorable visage, le pur sourire, les cheveux d\u2019une blondeur si rare de sa bien-aimée.Le sifflement se faisait plus joyeux et le pas plus allègre, malgré la saine fatigue du chasseur, à mesure que l\u2019amoureux Bertrand se rapprochait du château.\u2014 Nous voilà arrivés à la chapelle du Saint-Sans-Tête.monologua-t-il en arrivant à une croisée de chemin près de laquelle se devinait une massive construction.Arrêtons-nous un instant, vieux Torn ; le temps de passer en revue mon butin.Il se dirigea vers une bâtisse en pierre qui se cachait sous les arbres et parmi un fouillis de rochers, lesquels paraissaient se continuer en une suite ininterrompue jusqu\u2019au village.Sur la façade de cette bâtisse, une chapelle désaffectée et à peu près en ruine, se voyait, sculpté de façon rudimentaire, un personnage vêtu d\u2019une tunique longue, les mains jointes pour la prière mais dont la tête manquait.De là le nom donné à la ruine.Au moment où Bertrand en atteignait les abords, il crut entendre des voix venant de l\u2019intérieur.En même temps, Torn donna des signes d\u2019une agitation qui n\u2019avait rien de menaçant.\u2014 Tiens.Il y a des gens là-dedans.s\u2019étonna Bertrand.Confusément, il distingua une voix d\u2019homme et uhe voix de femme.Ne s\u2019en souciant pas autrement, il se mit à vider son carnier afin d\u2019en dénombrer le contenu.Les voix lui arrivaient toujours de l\u2019intérieur de la chapelle.\u2014 Des amoureux., pensa-t-il avec amusement, distinguant toujours un timbre grave et un timbre léger.Ne les dérangeons pas.Bien qu\u2019il ne cherchât pas à surpren-dre la conversation qui se tenait si près de lui, il entendit pourtant, prononcées par la voix masculine, ces paroles : \u2014 Oh chérie, comment te remercier ?La femme devait parler extrêmement bas.Ce qu\u2019elle répondit, Bertrand ne le discerna pas.L\u2019arrangement de son butin de chasseur était terminé ; il se leva, se disposa à reprendre sa route.S\u2019étant attardé un moment il ressentait plus de hâte encore à retrouver son « home » et, surtout, Eisa.Comme il longeait le mur latéral de la ruine, son regard plongea à travers l\u2019ouverture, obstruée en partie par des grilles et des lianes retombantes, qui s\u2019y trouvait ménagée.Il put ainsi apercevoir, lui tournant le dos, un homme grand, d\u2019allure jeune, qui serrait dans ses bras une femme dont il baisait longuement le visage.De celle-ci dont la tête s\u2019appuyait, cachant la figure, sur l\u2019épaule de son compagnon, il distingua seulement qu\u2019elle était blonde et qu\u2019à l\u2019annulaire de la main posée sur le bras de l\u2019homme, elle portait une alliance d\u2019or.Torn grogna sourdement et flaira longuement le mur.Sans qu\u2019il put ni s\u2019en défendre ni s\u2019en expliquer la raison, un étrange malaise, comme un obscur pressentiment, envahit brusquement Bertrand.Pourquoi ce malaise, et pourquoi ce pressentiment ?Certes, il n\u2019eût pu le dire mais il reprit d\u2019un pas rapide, en courant presque, le chemin de Vilford.Son sifflement joyeux avait cessé et un pli soucieux s\u2019était formé sur son front.A l\u2019allure qu\u2019il avait adoptée maintenant, la courte distance séparant le château de la vieille chapelle fut vite franchie par Bertrand.Torn le suivait à regret et, de temps en temps, s\u2019arrêtait, regardait en arrière, semblant guetter quelqu\u2019un qui suivrait le même chemin.Ce fut en courant tout à fait que le jeune homme franchit la grille de sa demeure, traversa la cour carrée qui s\u2019étendait devant le bâtiment, et pénétra dans le hall d\u2019entrée.Il déposa, toujours hâtivement, son fusil et sa gibecière et se dirigea vers la pièce, petit salon gracieusement décoré, où sa femme affectionnait de se tenir.\u2014 Eisa., cria-t-il en poussant la porte.Près de la haute fenêtre nichée dans l\u2019épaisseur du vieux mur, il aperçut la corbeille à ouvrage et le tricot abandonné, mais Eisa ne se trouvait pas là.\u2014 Eisa ?cria-t-il de nouveau, voyant une porte de communication avec la pièce suivante ouverte, Eisa, me voici.Où es-tu donc ?Aucune réponse ne vînt.Etonné de ce silence et ne pouvant chasser la lourde inquiétude dont il ne pouvait se défendre, Bertrand se rendit dans leur chambre, parcourut les quelques pièces de leur appartement particulier.Il se disposait à questionner les domestiques quand lui parvint le bruit de la porte principale du manoir qui se refermait.Il revint toujours courant, dans le hall d\u2019entrée qu\u2019il avait traversé quelques minutes plus tôt.Alors il se trouva devant Eisa.Eisa enveloppée d\u2019une grande mante paysanne dont le capuchon rejeté en arrière découvrait les cheveux clairs.Le trouble de la jeune femme ainsi placée à l\u2019improviste devant le mari dont elle ne devait pas escompter si tôt le retour, fut manifeste.Elle ne put retenir un geste d\u2019inquiétude : \u2014 Bertrand.Déjà là., mumura-t-elle, désemparée.Il ne la serra pas dans ses bras, ce qui eût été son plus naturel mouvement de tendresse.Une effrayante angoisse naissait en lui.Sa voix était anxieuse lorsqu\u2019il dit : \u2014 Oui.J\u2019avais hâte de te revoir.Je pensais te trouver à la maison.Et tu rentres à peine.Eisa, d\u2019où viens-tu donc ?Cette absence insolite de la jeune femme, son arrivée tardive, son visage hagard et ces cheveux en désordre, ces cheveux si clairs que découvrait la cape.Grand Dieu !.Ces cheveux n\u2019étaient-ils pas ceux que, dans la vieille chapelle, Bertrand avait distingués brillants dans l\u2019obscurité ?Et la femme à laquelle ils appartenaient se trouvait dans les bras d\u2019un homme dont elle acceptait les baisers.Rêvait-il ?De quel cauchemar effroyable était-il la proie ?Il passa la main sur son front, sentant sa raison l\u2019abandonner.Alors, ses yeux exorbités rencontrèrent la main gauche d\u2019Eisa, la main où brillait une alliance en or.Ceci mit le comble à ses soupçons et à son désespoir ; il cria comme l'eût fait un fou : \u2014 Toi, toi, Eisa.mon Eisa.Tu étais dans la vieille chapelle.avec un homme.je t\u2019ai vue.Cet homme.Tout le corps de la jeune femme fut secoué d\u2019un affreux tremblement mais elle ne prononça aucune parole.Son visage était devenu d\u2019une pâleur livide.Elle dit enfin d\u2019un ton suppliant, tandis que ses bras se tendaient et que ses yeux s\u2019embuaient de larmes : \u2014 Bertrand.Alors, Bertrand eut un geste d\u2019irrésistible violence ; il saisit sa femme pai le bras, l\u2019entraîna dans leur chambre dont il repoussa bruyamment la porte ; il cria : \u2014 C\u2019est toi.c\u2019est toi qui étais dans la ruine.Je vous ai vus.Toi.Avoue-le donc.Elle ne baissa pas les yeux ; mais cette fois encore, elle ne répondit rien.Bertrand, toujours violemment, continua : \u2014 Et lui, lui, cet homme qui te tenait dans ses bras.Dans ses bras, toi, en qui j\u2019avais tant de foi !.Cet homme, qui était-il ?Elle ne répondit pas davantage.Il l\u2019attira à lui, rudement : \u2014 Répondras-tu ?Qui est cet homme?Je veux savoir.Qui est-ce?Un Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 homme que tu aimes, bien sûr.Mais son nom ?Elle avait tressailli plus manifestement que jamais.Dans son visage de suppliciée, les yeux se fermèrent : \u2014 Cet homme.n\u2019est pas un homme que j\u2019aime.du moins pas comme tu le crois, dit-elle.Bertrand eut un rire sardonique : \u2014 Il te tenait contre lui et t\u2019embrassait.Quelle honte !.Et tu dis ne pas l\u2019aimer.Mais qui est-il, encore une fois ?\u2014 Je ne peux pas le dire., fit-elle avec effort.Plus froidement, mais avec un accent de mépris indicible, Bertrand déclara : \u2014Tu ne peux pas.Ah! quelle créature es-tu donc ?J\u2019ai tout bravé pour t\u2019épouser : le blâme de ma famille, la rupture avec les parents qui m\u2019étaient le plus cher.Je répondais de toi, de ta pureté.Et ils avaient raison, les autres, ils avaient raison de me mettre en garde contre l\u2019étrangère dont nous ne savions rien.Quelle dupe j\u2019ai été.La dupe de tes yeux clairs, de ton sourire que je disais angélique.Ah ! ah ! Nous avons huit mois de mariage.Sans doute connaissais-tu déjà l\u2019autre.Oh !.Il était hors de lui, disait sans contrôle les mots blessants.Dans un nouvel accès de rage, il la secoua sans ménagement ; des larmes plus pressées coulèrent sur les joues Eisa.Elle gémit : \u2014 Bertrand, par pitié.songe à notre enfant.Le rire du malheureux devint démoniaque.Il perdit, toute mesure, cria : \u2014 Notre enfant.Ton enfant, oui ! Pas le mien, pas le mien.Un instant, il se tut, la respiration coupée par la colère.Il hoqueta, puis parvînt à se calmer.Il semblait avoir maintenant dominé sa violence.Eisa, sans un geste, sans un mot, continuait à pleurer.Bertrand lâcha le bras qu\u2019il meurtrissait et s\u2019éloigna de quelques pas : \u2014 Je pars ce soir., dit-il d\u2019un ton glacial.Je suis incapable de demeurer ici.Je reviendrai dans quelque temps, plus lucide, je l\u2019espère.Alors, nous nous expliquerons.Il faudra que je sache qui est cet homme.et tu devras me le dire ; ne l\u2019oublie pas.Ensuite, je prendrai une décision.Adieu.Il sortit de la pièce sans un nouveau regard pour Eisa.Celle,-ci était demeurée debout et immobile.Sur ses joues, des larmes coulaient toujours, faisant de la jeune créature qui, d'habitude, resplendissait de joie et de gaieté, une véritable statue du désespoir.Etait-elle innocente, était-elle coupable ?Qu\u2019y avait-il de plausible dans la violente accusation de Bertrand et par suite de quel malentendu, de quelle circonstance qu\u2019elle s\u2019obstinait à garder secrète, s\u2019était-elle donné l\u2019apparence d\u2019une femme oublieuse de ses plus impérieux devoirs ?Elle n\u2019avait rien voulu expliquer et Bertrand, douloureusement surpris, cruellement frappé, ne pouvait croire qu\u2019à une sinistre duperie, une injurieuse trahison.Et pourtant, une coupable aurait-elle ressenti une telle détresse ?Quand Bertrand eut refermé la porte, Eisa, à bout de force, s\u2019effondra, sans connaissance, sur le sol.Le soir même, ainsi qu\u2019il l\u2019avait annoncé à sa femme, Bertrand de Vil-ford quitta le château où il avait passé des mois de bonheur auxquels succédaient le plus amer désespoir.Personne ne sut dans quelle direction il allait.Ce fut un mois plus tard qu\u2019il revînt.De ces semaines effroyables où, tourmenté par les doutes et la plus affreuse peine, il avait erré, allant d\u2019un endroit à un autre, au hasard de la route qui se présentait devant lui, conduisant a une dangereuse allure la petite voiture qui n\u2019était j>as faite pour mener un train pareil, ces semaines, il aurait été incapable de dire comment il les avait vécues.Il avait passé quelques jours à Paris où, en dépit de ses efforts, il n\u2019avait pu réussir à s\u2019étourdir ; puis de ville en ville et d\u2019hôtel en hôtel, le cerveau en déroute, la santé ébranlée, il n\u2019avait pu chasser de sa mémoire l'affreuse vision d\u2019Eisa pressée dans les bras d\u2019un homme inconnu, d\u2019un homme qui l\u2019appelait « Chérie ».Pour elle, il avait sacrifié l\u2019affection des siens qui auraient le droit de ne plus l\u2019accueillir désormais qu\u2019avec réticence.Et d\u2019ailleurs, comment revenir chez eux sans révéler la vérité et dire quelle était la raison de sa solitude ?Or, pour rien au monde, il n\u2019accepterait de faire connaître le désastre de son foyer.Alors, que faire ?Revenir à Vilford, retrouver la coupable, vivre auprès d\u2019elle ainsi qu\u2019un étranger ?Mais l\u2019enfant ?Cet enfant qui lui avait causé tant de joie lorsqu\u2019il s\u2019était annoncé et auquel il ne pensait plus maintenant qu\u2019avec haine.Non, cet enfant, il ne pourrait le considérer comme sien.Il ne pouvait pour l\u2019heure tolérer le silence d\u2019Eisa.Dût-il souffrir mille fois plus encore, dût-il retourner avec une douleur accrue le couteau dans la blessure, il voulait absolument savoir.Il retournerait à Vilford afin d\u2019obliger Eisa à s\u2019expliquer.A la fin d\u2019une brumeuse journée d\u2019automne, il franchit la porte de la demeure familiale.Une étrange sensation d\u2019abandon, de solitude, le saisit, cette sensation imprécise, si démoralisante, qu\u2019est le silence d\u2019une maison d\u2019où il semble que toute présence est disparue.Nulle part il ne vit de trace d\u2019Eisa.Il parcourut les pièces familières, puis descendit à l\u2019office où, seule, une vieille servante attachée à la maison depuis plus de trente ans, se trouvait.\u2014\tYannick, demanda-t-il, il n\u2019y a donc plus personne ici ?Où sont les autres ?Elle avait vu naître Bertrand ; elle avait une touchante admiration pour lui.Elle le ragarda tristement, sans répondre.Il demanda, plus nerveusement : \u2014\tYannick, où est Madame?\u2014\tMadame., répéta-t-elle, se décidant à parler.Oh ! Monsieur Bertrand, Madame n\u2019est plus là.\u2014\tPlus là?Ah! ça, Yannick, que veux-tu dire ?Et où est-elle ?La vieille femme haussa les épaules en un mouvement d\u2019ignorance.Puis elle dit humblement, lentement, comme si elle voulait atténuer la cruauté de ses paroles : \u2014\tJe ne sais pas, monsieur Bertrand.Elle est partie.Elle a laissé pour vous cette lettre.Elle avait ouvert un tiroir, pris une enveloppe cachetée.Elle la lui tendait.D\u2019un geste empreint d\u2019une impatiente brusquerie, il saisit le pli.Il fut, toutefois, assez maître de lui pour ne pas le décacheter devant la femme.Si dévouée que fût celle-ci, elle ne devait pas être le témoin de ce que serait sa réaction.Il gagna son cabinet de travail ; là, il ouvrit l\u2019enveloppe, sortit la feuille et lut : « Bertrand, mon mari bien-aimé, Bertrand, je ne put s supporter vos injustes soupçons.Un secret qui ne m\u2019appartient pas me défend de vous rien expliquer.Puisque vous n\u2019avez plus confiance en moi, puisque vous me croyez coupable, je ne puis demeurer près de vous, chez vous.«Je pars, Bertrand.Je quitte celte maison où j\u2019avais cru trouver, pour toujours, le bonheur.Adieu.J\u2019élèverai sexde notre enfant, votre enfant, Bertra nd.19 « Que Dieu vous pardonne votre dureté.Moi, je vous aimerai toujours.Eisa ».Elle avait encore ajouté, d\u2019une pauvre écriture tremblante et que des larmes avaient à demi-effacée, ces mots touchants : « Mon Bertrand bien-aimé, je t'aime, je l\u2019aime.et je te dis adieu.» Sur le visage de Bertrand, des larmes aussi coulaient.Ainsi, Eisa était partie et, sans doute, ne la reverrait-il jamais.Mais au fait, cela ne valait-il pas mieux?Quelle eût été leur existence l\u2019un près de l\u2019autre avec, entre eux, l\u2019affreux soupçon ?Pourtant, ce qu\u2019il y avait de meilleur en Bertrand se troublait.Un tremblement nerveux le secouait.Un remords lui venait de sa violence, de sa fuite et de sa dureté que lui rappelait Eisa.N\u2019avait-il pas été trop crédule ?N\u2019aurait-il pas dû montrer plus de douceur?Peut-être alors, aurait-il obtenu l\u2019explication que sa femme avait refusé de donner à une interrogation offensante.Si elle n'était pas coupable ?Mon Dieu !.Et il l\u2019avait si mal traitée.Ah ! savoir, savoir.Mais comment ?Et où la rechercher ?Où ?Bertrand eut un cri soudain : \u2014 Mais chez son père, voyons.Où se serait-elle réfugiée sinon chez lui ?II n\u2019hésitia pas à sortir sur-le-champ.Il était incapable d'attendre, une heure même, pour se rendre chez M.Longdôfen.Une sorte d\u2019apaisement lui venait, et comme une espérance.La lettre d\u2019Eisa, cette lettre qui était un adieu, l\u2019avait bouleversé jusqu\u2019au fond de l\u2019âme.Il ne songeait plus à l\u2019injure qu\u2019il croyait avoir subie.Il ne songeait plus qu\u2019à retrouver Eisa.Que ferait-il s\u2019il la revoyait devant lui, si elle était vraiment chez son père ?Ce qu\u2019il ferait, il ne le demandait même pas.Tout, maintenant, lui paraissait supportable hors la privation pour jamais de celle qu\u2019il avait si profondément aimée.Il sortit du château.Le village était proche et le jour ne déclinait pas encore.En dépit de la brume, le temps était clair.Il prit la direction du petit pays, fut jusqu\u2019à la maison.Son coeur battit plus vite lorsqu\u2019il la distingua, isolée, au bout du chemin.Enfin, il allait savoir si Eisa était perdue à jamais ou si un espoir de bonheur restait encore.Il pressa le pas, arriva devant la modeste demeure de M.Longdôfen.Mais alors une cruelle déception lui fut imposée.La porte paraissait solidement fermée et tous les volets étaient clos.Il sonna cependant, mais nul ne vint ouvrir.Manifestement, personne n\u2019était à l\u2019intérieur de la maison.A cela, Bertrand ne s\u2019était certes pas attendu.Désemparé, il se dirigea vers le centre du village.Cette maison, Eisa avait eu l\u2019occasion de le lui dire, appartenait au pharmacien du petit pays à qui M.Longdôfen l\u2019avait directement louée, Bertrand n\u2019hésita pas à aller se renseigner auprès du propriétaire.Sa déception se fit alors plus profonde encore.Il apprit, en effet, qu'une semaine auparavant, les meubles avaient été emportés, le logis vidé de tout ce que le locataire y avait amené .Ensuite, ce locataire, qu\u2019accompagnait sa fille, avait quitté le petit bourg de Saint-Quivic sans donner d\u2019explication à quiconque.La clef rendue à son propriétaire et celui-ci dédommagé largement de cette location interrompue, la maison allait recevoir d\u2019autres occupants.Ce ne fut pas sans une pénible humiliation que Bertrand devina l\u2019étonnement du digne pharmacien d'être interrogé par le jeune homme qu\u2019il connaissait bien, au sujet de cet étranger dont il n\u2019aurait pas dû ignorer le L'HOROSCOPE DU \"SAMEDI\" ( Nouvelle série) 4\t5\t2\t8\t3\t6\t7\t2\t5\t4\t3\t6\t2\t8\t4\t3 V\tD\tV\tS\tE\tU\tD\t0\tE\t0\tP\tN\tT\t0\tU\tA 4\t6\t3\t8\t2\t5\t7\t4\t8\t2\t6\t5\t3\t8\t2\t4 S\tE\tR\tY\tR\tL\tE\tD\tE\tE\tG\tA\tG\tZ\tA\tE 6\t4\t2\t8\t5\t3\t6\t2\t7\t4\t3\t5\t2\t6\t4\t3 R\tF\tV\tP\tJ\tN\t0\tE\tV\tI\tE\t0\tN\tS\tE\tZ 8\t6\t3\t5\t7\t2\t4\t6\t3\t8\t5\t4\t6\t2\t3\t5 E\tS\tP\tI\tE\tI\tZ\tE\t0\tR\tE\tL\tS\tR\tU\tP 8\t4\t2\t6\t5\t3\t7\t6\t2\t8\t3\t7\t4\t5\t2\t5 S\tE\tE\tU\t0\tR\tI\tR\tS\tE\tD\tN\tD\tU\tT\tR 2\t8\t5\t4\t3\t6\t2\t7\t8\t5\t3\t6\t2\t4\t8\t3 A\tV\tT\tI\tE\tP\tS\tE\tE\t0\tM\tR\tS\tA\tR\tA 6\t4\t2\t8\t5\t3\t8\t6\t2\t4\t5\t3\t8\t6\t2\t4 I\tB\tU\tA\tU\tI\tN\tS\tR\tL\tS\tN\tT\tE\tE\tE Comptez les lettres de votre prénom.Si le nombre de lettres est de 6 ou plus, soustrayez 4.Si le nombre est moins de G, ajoutez 3.Vous aurez alors votre chiffre-clef.En commençant au haut du rectangle pointez chaque chiffre-clef de gauche à droite.Ceci fait, vous n\u2019aurez qu\u2019à lire votre horoscope donné par les mots que forme le pointage de votre chiffre-clef.Ainsi, si votre prénom est Joseph, vous soustrayez 4 et vous aurez comme clef le chiffre 2.Tous les chiffres 2 du tableau ci-dessus représentent votre horoscope.Droits réservés 1945, par 'William J.Miller, King Features, Inc. 20 Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 départ.Et que cet étranger ait été accompagné de sa fille, la propre épouse de celui qui s\u2019enquérait d\u2019eux, n\u2019était pas pour le propriétaire et ne serait pas pour d\u2019autres habitants de Saint-Quivic, un mince sujet de stupéfaction et, peut-être de commérages.Bertrand en eut un peu tardivement conscience.Il essaya de plaisanter, mettant sur le compte d\u2019une absence de sa part l\u2019oubli d\u2019un projet de voyage qui lui avait en effet communiqué, M.Longdofen.Le pharmacien ne fut pas dupe et regarda s\u2019éloigner Bertrand.Il souriait un peu railleusement, tandis que le jeune homme, plastronnant, affichait de siffler joyeusement.Mais dès qu\u2019il fut hors de portée de la vue de celui qu\u2019il venait d\u2019interviewer, son sifflement s\u2019arrêta et ce fut avec le visage le plus découragé et de l\u2019allure la plus lasse qu\u2019il retourna à Vilford.Pour lui, la trace d\u2019Eisa, la trace de la femme qu\u2019il croyait infidèle et coupable mais qu\u2019en dépit de sa rancune il ne pouvait cesser d\u2019aimer, cette trace paraissait tout à fait perdue.IV Les jours qui suivirent son retour à Vilford furent atroces pour Bertrand.Il avait, durant le mois précédent, profondément souffert de ce qu\u2019il appelait la trahison d\u2019Eisa.Il puisait dans son ressentiment une certaine force et se raidissait dans son malheur.Maintenant, des doutes lui venaient sur la culpabilité de sa femme ; la lettre qu\u2019elle lui avait laissée n\u2019avait pu que l\u2019émouvoir et il ne cessait de se demander s\u2019il ne s\u2019était pas laissé aller, trop impulsivement, à une certitude et si le débordement de violence qui avait muré Eisa dans son silence n\u2019avait pas été funeste à tous deux.Toutes les apparences, certes, étaient contre la jeune femme.Car Bertrand n\u2019avait pas rêvé.Eisa était bien dans la vieille chapelle et un homme la tenait serrée contre lui.Cet homme l\u2019appelait « Chérie ».Ce mot, Bertrand l\u2019avait bien entendu.Alors ?Mais peut-être \u2014 il cherchait des raisons d\u2019espérer \u2014 s\u2019agissait-il d\u2019un ami d\u2019autrefois retrouvé par hasard et qui avait employé un mot que l\u2019on prononce parfois sans y attacher d\u2019importance.Un ami, un camarade, au pis aller, un « flirt » de jadis.mais pas un homme qui aurait eu, actuellement, Eisa étant mariée, trop d\u2019affection pour elle.Quand il en fut là de ses réflexions et de ses déductions, Bertrand se moqua de lui-même.Il eut un rire douloureux : \u2014 Je suis complètement idiot, se morigéna-t-il.Je bâtis un grotesque roman ! Et pourtant, mon Dieu, pourtant, malgré ce que j\u2019ai vu.je voudrais tant m\u2019être trompé.Il laissa tomber sa tête dans ses mains, et en dépit de son énergie d\u2019homme, des sanglots secouèrent ses épaules.La question lancinante se posait sans arrêt pour lui ; où pouvait être allée Eisa ?Qu\u2019il eût provoqué ce départ par la cruauté de ses paroles, par son intransigeante sévérité, par sa brutalité même, il ne le niait pas ; il reconnaissait ses torts.Il s\u2019avouait qu\u2019en revenant à Vilford, calmé par son mois de pérégrinations, il n\u2019avait pas perdu l\u2019espoir que, d\u2019un entretien où ils apporteraient lui plus de compréhension, elle plus de confiance, pourrait surgir une détente heureuse, que l\u2019explication lui serait donnée de ce qui l\u2019avait offensé et qui, peut-être, n\u2019avait rien d\u2019offensant.Mais cet entretien ne pouvait avoir lieu puisque Vilford était vide et que d\u2019Eisa, Bertrand ne savait rien.Quelques jours s\u2019écoulèrent pour lui dans une morne inaction.Rien ne l\u2019intéressait plus de ce qui se passait dans le domaine et il ne s\u2019occupait plus de rien.Malgré quelques discrètes investigations dans la région.Il n\u2019avait rien pu apprendre concernant M.Longdofen et sa fille.Une totale obscurité entourait leur disparition.Et Bertrand pensait aussi à l\u2019enfant.cet enfant dont il attendait tant de joie.cet enfant qu\u2019il avait renié au paroxysme de sa colère.cet enfant dont il savait combien il l\u2019aurait chéri.Bertrand était un garçon trop sain, trop naturellement actif, pour se laisser longtemps dominer par cette veulerie et cette démoralisante inaction.Il fallait qu\u2019il prenne un parti.Mais lequel ?Habiter Vilford seul, se remettre à son travail de gentleman-farmer ?Vivre dans cette vaste demeure sans un être cher près de lui, sans le réconfort d\u2019une affection précieuse et d\u2019un tendre sourire ?De cela, il se sentait incapable.«Je deviendrais fou.» s\u2019affirma-t-il un jour où il essayait de réaliser ce que serait cette existence solitaire après avoir connu la chaleur d\u2019un foyer où l\u2019amour avait tout embelli.Alors, que faire ?Durant plusieurs semaines, il se le demanda.Il envisagea maints projets sans parvenir à prendre une décision.Puis un matin, une informatnon de journal l\u2019orienta dans un sens imprévu.Les mots de guérillas.appel de volontaires.action renforcée de nos troupes.lui indiquèrent la voie qui le soustrairait à son apathie, le ferait revivre utilement.Il décida de contracter un engagement dans la Légion étrangère, cette légion si souvent refuge d\u2019êtres désespérés et qui peuvent rester anonymes, et de demander à être incorporé dans les bataillons envoyés dans ce Sud-Marocain où les troubles s\u2019exaspéraient.Sa résolution prise, les démarches faites, son engagement ratifié, son affectation parmi les combattants signifiée, Bertrand se rendit immédiatement au lieu qui lui était indiqué et prit le commandement \u2014 il était officier de réserve et son grade lui était conservé \u2014 dont il était chargé.Cette vie dangereuse, active et souvent exaltante, lui permettrait de se dominer lui-même et de redevenir fort.Ce fut alors qu\u2019il écrivit à ses parents la lettre douloureuse qui, tout en leur apprenant et son exil et sa tristesse, les laissaient dans une totale ignorance et une cruelle incertitude des causes qui les avaient provoqués.V Si le Maroc faisait alors partie de l\u2019Empire français, ce beau Maroc créé par le génie de Lyautey, si l\u2019occupation française y était volontiers acceptée avec tous les progrès matériels, tout le bienfaisant modernisme qu\u2019elle y avait instaurés, dans l\u2019Extrême-Sud, proche du grand désert, quelques tribus dissidendes faisaient à nos troupes une cruelle guerre d\u2019embuscades où trop des nôtres n\u2019échappaient pas aux plus grands dangers.Entraînés par des fanatiques, les insoumis attaquaient sans relâche nos soldats et chaque jour voyait des combats.Ce matin-là, les ordres avaient été donnés pour que, à l\u2019aube du lendemain, un bataillon de la Légion étrangère \u2014 celui justement, où avait été affecté Bertrand de Vilford \u2014 se lançât à l\u2019assaut d\u2019un campement ennemi dons l\u2019emplacement avait pu être exactement repéré.\u2014 Alors, garçons, tout est prêt ?On part en pleine nuit, prévint le soir l\u2019officier qui, depuis bientôt trois ans, appartenait à l\u2019unité.\u2014 Oui, mon lieutenant, répondit un homme.Et on est gonflé à bloc.On va en mettre un coup ! L\u2019officier, après un salut cordial, s\u2019éloigna.Ses soldats l\u2019aimaient, et il savait pouvoir compter sur eux.Il les aimait aussi, si farouches qu\u2019ils puissent être, si inquiétants parfois.Ils appartenaient à des races diverses et, sous les noms de fortune qU\u2019ils avaient adoptés, qui sait combien d\u2019êtres ayant failli à l\u2019honneur se cachaient ?Mais là, devant la tâche à accomplir, ils n\u2019étaient plus que des soldats que leur bravoure allait réhabiliter.Pour celui que les hommes appelaient le lieutenant Bertrand, c\u2019était d\u2019un affreux désespoir qu\u2019il était venu demander l\u2019oubli à cette tâche héroïque et dans ce lointain pays.A l\u2019aube de ce jour J., devenu l\u2019entraîneur de son escouade, il commanderait l\u2019attaque contre les dissidents.Les ennemis, du moins ceux qui n\u2019étaient ni morts ni prisonniers, fuyaient vers le désert.La troupe française, victorieuse, se regroupait.Hélas ! de ce côté aussi, il y avait des pertes et, parmi les blessés, plusieurs se trouvaient gravement atteints.Sous une tente dressée en hâte, on amenait ceux dont le transfert se révélait particulièrement délicat.Un des infirmiers qui donnait les premiers soins vint au jeune chef, lui dit rapidement : \u2014 Lieutenant, il y a un homme qui voudrait vous parler.Il est fichu.En hâte, l\u2019officier gagna la tente, se pencha sur l\u2019homme gémissant et dont le visage ruisselait de sang : \u2014 Mon ami, demanda-t-il, que puis-je pour vous ?Le blessé regarda Bertrand.Celui-ci tressaillit.Une imperssion de « déjà vu », un souvenir incertain, le troublaient.\u2014 Je vais mourir.haleta le malheureux.Je vais mourir et.je voudrais.qu\u2019elle soit prévenue de ma mort.Alors elle pourra, de nouveau, être heureuse.Vous lui direz.que j\u2019ai racheté.que je suis mort en brave.Oui, elle sera encore heureuse-peut-être.elle.ma pauvre Eisa- La voix était si basse que Bertrand crut avoir mal entendu.Une angoisse l\u2019envahit : \u2014 Eisa.avez-vous dit ?Eisa., .fit-il en se penchant plus encore sur le moribond.Son nom ?Son nom.Péniblement, le mourant murmura : \u2014 Eisa Longdofen.Vous lui direz, n\u2019est-ce pas ?Bertrand eut un cri : \u2014 Eisa Longdofen.Ah ! que signifie cela ?Je suis Bertand de Vilford.L\u2019homme, par un effort suprême, parvînt à se rdresser: \u2014 Je le savais.dit-il.Il faut que je vous\u2014 parle.Le Ciel veuille que j\u2019en aie.le temps.L\u2019officier se courba jusqu\u2019à effleurer la bouche du mourant : \u2014 Je vous écoute.dit-il.Alors, pendant quelques secondes, l\u2019homme murmura des mots coupés de gémissements, que le lieutenant Bertrand.angoissé, écoutait de toute son attention.\u2014 Mais son adresse, son adresse.supplia-t-il dans un cri éperdu, lorsque l\u2019homme, épuisé, se tut.Dans un dernier effort, le moribond haleta : \u2014 Très loin.là-bas en Corse.Dans la montagne.à Santa-Ma.Et puis, plus rien.L\u2019homme ne respirait plus.La mort inexorable ne lui avait pas permis de mettre le point final à sa confidence.Bertrand, frémissant d\u2019un bouleversement indicible, ne pouvait détacher ses yeux de celui qu\u2019un hasard prodi- gieux avait mis sur sa route, de cet homme qui l\u2019envoyait à Eisa.Quand, un peu plus tard, le transport des blessés organisé, les honneurs rendus aux morts, la troupe se remit en marche, il songea que l\u2019indication reçue était bien imprécise et que, du lieu où vivait Eisa, il ne savait qu\u2019à demi le nom : Santa-Ma.Mais une résolution s\u2019affirmait en lui, farouche.Dût-il parcourir à pied l\u2019île entière, il faudrait qu\u2019il retrouvât la Santa-Maria ou la Santa-Magda-lena, ou une autre Santa-Ma\u2014 qui serait le village où s\u2019était réfugiée Eisa.Eisa qu\u2019il savait à présent innocente et pour qui son amour renaissait plus ardent que jamais.Ce qu\u2019il fallait faire, il ne fut pas long à le décider.Il était au terme de son engagement et il lui était loisible de reprendre sa liberté.Il la reprendrait donc sans retard, rentrerait en France, ne remonterait pas en Bretagne mais gagnerait la Corse aussi vite qu\u2019il le pourrait.Et là, il chercherait.Ce fut la veille du jour où il allait pouvoir s\u2019embarquer pour Marseille qu\u2019il écrivit à ses parents.Sans les mettre au courant des derniers événements \u2014 pas plus qu\u2019il ne leur avait expliqué les premiers \u2014 il leur laissa entrevoir son prochain retour, d\u2019abord dans le Midi de la France et, si certains espoirs se réalisaient pour lui, sa réinstallation au château de Vilford.A la date fixée, il monta sur le bateau à destination de Marseille.De là, il prit un avion qui le conduisit sur le terrain d\u2019atterrissage proche d\u2019Ajaccio.Là, il allait se documenter, chercher les Santa-Ma.de l\u2019île si justement appelée lie de Beauté.Une voiture de location qu\u2019il conduirait lui-même, lui permettrait ensuite de se livrer à toutes les pérégrinations nécessaires.Et « si Dieu le votdait », il retrouverait Eisa.* * » Le soleil était encore ardent en cette journée de septembre, sous ce climat si agréablement tempéré dont jouit l\u2019île sur ses rivages et même jusqu\u2019à une certaine altitude.Seuls, les villages les plus haut perchés connaissent une fraîcheur, appréciable en été, et pas du tout excessive lorsque celui-ci touche à sa fin.Sur ce piton qui dominait la vallée, quelques maisons étaient construites sans grand ordre et l\u2019ensemble, s\u2019il était des plus rustiques, ne manquait ni de pittoresque ni de couleur.\u2014 Serez-vous bien là, père ?demanda la jeune femme tandis qu\u2019elle aidait un homme d\u2019un certain âge à s\u2019installer devant une tablette sur laquelle un attirail d\u2019aquarelliste était disposé.\u2014 Certainement très bien, mon enfant, répondit l\u2019interpellé dont les traits portaient l\u2019empreinte d\u2019une grande fatigue, plus morale peut-être que physique.Me voilà prêt à faire du bon travail durant ton absence.Et ce paysage est si beau.La table était placée en effet, à l\u2019ombre d\u2019un bouquet de chênes et, à quelque distance de la maison, vraie demeure paysanne faite de pierres sèches, dont la situation tout au sommet du piton rocheux dominait la masse de rochers au-delà desquels se voyait une verdoyante vallée.Au moment où la jeune femme revenait vers la maison, il demanda : \u2014 Mais, pour Andou ?\u2014 Andou restera sous la surveillance d\u2019Assunta et sous le vôtre, père, fit-elle en souriant, car je ne doute pas qu\u2019il cherche à courir çà et là.La vieille Assunta n\u2019a guère d\u2019autorité sur lui.Vous vous faites, heureusement, mieux obéir par ce petit espiègle.Elle affectait une gaieté que l\u2019ex- Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 21 pression mélancolique de ses yeux, démentait.Elle reprit : \u2014 Il faut que je me hâte.Le car d\u2019Ajaccio passe à Grossetto, à deux heures.Je n\u2019ai que le temps de faire les douze cents mètres qui nous séparent de ce village.\u2014 Comme tu vas être chargée, mon enfant.Mes aquarelles, tes broderies.Ma chère petite, quelle existence est la tienne !.J\u2019avais tant cru ton bonheur assuré.Ah ! que celui qui a fait notre double malheur est coupable.Et l\u2019autre, si crédule.La jeune femme interrompit vivement : \u2014 Chut!.chut.Ne nous attendrissons pas, père.N\u2019avons-nous pas eu tout de même quelque chance en trouvant ici un asile ?Et puisque nos ressources devenaient trop modestes pour nous permettre d\u2019élever Andou, n\u2019est-ce pas une chance plus grande encore que ces magasins d\u2019Ajaccio apprécient et paient largement les tableautins et les broderies que nous leur fournissons ?\u2014 Tu es si adroite ! Ces broderies de notre pays, exécutées par toi, sont si attrayantes ! Mais quelle fatigue cela t\u2019impose ! Qui m\u2019eût dit, lorsque nous étions si largement installlés soit dans la maison de Trondhjem, soit dans notre résidence au-dessus du fjord.La jeune femme ne répondit pas.Elle entourait sa tête d\u2019un foulard de soie et, prenant à la main une mallette assez lourdement chargée, vint au vieillard et lui tendit son front.\u2014 A ce soir, père.Je serai là avant sept heures, j'espère : ce sera l\u2019avant-dernier car.Andou dort.Je pars sans le réveiller.En dépit de sa charge, elle s\u2019engagea d\u2019un pas leste sur le chemin qui rejoignait, à quelques centaines de mètres de là, la route de Grossetto.Tant qu\u2019elle avait été en présence de son père, son visage avait conservé une expression souriante.Dès qu\u2019elle fut à quelque distance de la maison, le sourire s\u2019effaça et fit place à un air de profonde tristesse.Car elle ne pouvait oublier son immense peine.Son coeur gardait, toujours aussi, douloureuse, la blessure de son abandon, la blessure que lui avait faite le seul être qu\u2019elle eut aimé, celui vers qui elle était allée dans tout l\u2019enthousiasme de sa jeunesse et la ferveur de son coeur, celui qui l\u2019avait crue coupable, celui dont les violents reproches lui avaient imposé le plus cruel supplice et la plus intime révolte, celui pourtant qui était le père de son enfant.celui dont elle était à jamais séparée.Et tandis qu\u2019elle allait porter l\u2019ouvrage dont le prix l\u2019aiderait à vivre \u2014 elle élevée dans le luxe et l\u2019ignorance de la valeur de l\u2019argent \u2014 de grosses larmes coulaient sur le visage toujours ravissant mais désespéré d\u2019Eisa Longdofen qui s\u2019appelait aussi, sans que nul autour d\u2019elle s\u2019en doutât, Mme Bertrand de Vilford.Depuis trois ans, elle habitait la maison bâtie au faîte de la colline détachée d\u2019un massif montagneux, près d\u2019un infime hameau de quelques feux.Lorsque, sans bien savoir où leur route les conduirait, son père et elle s\u2019étaient éloignés de Saint-Quilvic, le hasard d\u2019une rencontre à bord du bateau faisant route vers le Sud les avait décidés à venir jusqu\u2019en Corse.Là, on leur avait procuré cette maison dont la situation en un lieu perdu convenait à leurs désirs de solitude et d\u2019oubli.Eisa l\u2019avait quittée, quelque temps après leur arrivée, pendant cinq semaines, quand l\u2019heure avait sonné de mettre au monde dans des conditions de sécurité et de surveillance médicale indispensable, l\u2019enfant attendu.Une émotion profonde, une émotion infiniment douloureuse aussi l\u2019avait étreinte, lorsqu\u2019elle avait tenu dans ses bras le nouveau-né qui était le fils de Bertrand, et que celui-ci le reniait.Elle l\u2019avait appelé Bertrand, comme son père ; mais de Bertrand, la vieille servante qu\u2019Elsa avait pu s\u2019attacher avait fait « Bertrandou » et, plus simplement, Andou.Combien de fois, dans les mois suivants, tandis qu\u2019Andou devenait un bébé magnifique et caressant, des larmes devaient-elles monter aux yeux d\u2019Eisa quand elle songeait que ce bel enfant qui eût dû faire le bonheur de Bertrand et le sien, grandirait auprès d\u2019elle sans connaître son père ! Et puis, elle avait essayé de se résigner, de se consacrer à l\u2019enfant à demi-orphelin de qui elle devait désormais attendre les seules satisfactions de sa vie.VI Bertrand était arrivé en Corse plein d\u2019espoir et se croyant assuré de découvrir assez rapidement le refuge d\u2019Eisa.Mais il y avait plus d\u2019un mois maintenant qu\u2019il parcourait l\u2019ile et n\u2019avait encore rien trouvé.Il faisait pourtant méthodiquement sa recherche ayant, pendant les derniers jours passés au Maroc, établi le plan de son exploration.\u2014 Dans la montagne.avait dit le soldat mourant, Santa-Ma.Donc, après avoir dressé, d\u2019après un annuaire géographique emprunté à la bibliothèque du régiment, à Marrakech, la liste complète, avait-il lieu de croire, des villages de Corse portant un nom commençant par Santa-Ma.il avait exclu ensuite tous ceux situés au bord de la mer ou dans les rares parties plates de l\u2019île.Ceci limitait son champ d\u2019action ; mais le nombre de ce qui restait à voi-parmi les petites agglomérations placées sous cet incomplet vocable : Santa-Ma.était grand car l\u2019île Beauté est une île montagneuse et les villages placés sous la protection d\u2019un saint ou d\u2019une sainte sont innombrables.La chance ne l\u2019ayant pas favorisé jusqu\u2019alors, Bertrand n\u2019avait encore aucun indice sur le sort d\u2019Eisa et de M.Longdofen.Combien en avait-il visité, pourtant, de Santa-Maria ou Maria-Thérésa ou Maria-Magdalena ou Maria-des-Nei-ges ou Santa-Madona, même Santa-Marguerita ou Santa-Marta.Empruntant des carrioles quand les routes étaient trop étroites ou trop mal entretenues pour qu\u2019y circulât sa voiture \u2014 une voiture sans prétention de peu volumineuse pourtant \u2014 allant à pied sur les pires raidillons, il n\u2019avait pas laissé inexplorée, lui semblait-il, la moindre région où il eût quelque probalité de trouver l\u2019asile d\u2019Eisa.Il avait répugné, jusqu\u2019alors, à mettre quelque agence dans ses confidences.Pourtant, tant de démarches vaines le décourageaient.Il redoutait de ne pas aboutir sans aide.Faudrait-il donc se résigner à confier à un détective la mission que lui-même ne pouvait mener à bien ?Après avoir accompli un périple complet à travers l\u2019île, il était revenu à Ajaccio, son point de départ.Quel pouvait être ce Santa-Ma.introuvable, ce Santa-Ma.où se cachait Eisa.Eisa vers laquelle tout le coeur de Bertrand allait irrésistiblement, cette Eisa qu\u2019il savait maintenant innocente de la trahison dont il l\u2019avait si violemment accusée ! Car il n\u2019ignorait plus le nom de l\u2019homme aperçu auprès d\u2019elle dans la chapelle du Saint-sans-Tête, cet homme qu\u2019elle n\u2019avait pas voulu lui nommer.Et il n\u2019ignorait plus ce qu\u2019était cet homme pour Eisa.Et voici, telle que le mourant l\u2019avait dite à ses derniers moments à Bertrand, l\u2019histoire de M.Longdofen et, partant, celle de sa fille Eisa.Harold Longdofen était le descendant d\u2019une vieille famille de Trondhjem, la ville la plus respectée de Norvège, celle où, depuis des temps immémoriaux, étaient sacrés les rois.Ses ancêtres avaient été de ceux qui, parcourant les mers, avaient attaché leur nom à des découvertes lointaines.\u2014 mêlées il faut bien le dire en ces siècles lointains, d\u2019expéditions conquérantes et souvent fâcheuses pour les habitants de nombreux rivages européens \u2014 et gagné au cours des ans, en même temps qu\u2019une notoriété flatteuse, une fortune incessamment accrue.Lui-même, Harold, était devenu bourgmestre de sa ville natale, et aussi un conseiller écouté du souverain auprès duquel il était souvent appelé, à Oslo.Vivant tantôt dans la capitale, tantôt à Trondhjem où il possédait la maison héritée de ses pères, tantôt encore dans une splendide propriété située sur les hauteurs dominant le fjord du même nom, son existence s\u2019écoulait, active et utile, embellie par la présence à son foyer d\u2019une femme très aimée et de deux enfants : Hans et Eisa.Un jour, un bien triste jour, le malheur entra dans la maison.Mme Longdofen fut emportée par une attaque de grippe infectieuse ; son mari, accablé de douleur, ne parvînt à se reprendre qu\u2019en songeant à ses enfants.Ceux-ci avaient alors, le fils vingt et un ans, la fille dix-huit.Si cette dernière était la douceur même, ne donnant à son père que des satisfactions, son frère, de caractère fantastique et violent fournissait à M.Longdofen de nombreux sujets de préoccupation.Deux ans passèrent sans incident no- table.Hans poursuivait ses études de droit dans la capitale.Il paraissait devoir conquérir facilement les titres nécessaires pour s\u2019inscrire au barreau et faire une carrière d\u2019avocat.Soudain arriva à M.Longdofen, sous la forme d\u2019une information officieuse, mais qui menaçait de devenir officielle, la nouvelle de fautes graves commises par Hans, fautes risquant de déclencher une action en justice et de déshonorer le nom jusqu\u2019alors sans tache des Longdofen.\u2014 Mais qu\u2019a-t-il fait?s\u2019écria le malheureux père devant l\u2019imprécise information.\u2014 Appelez à vous tout votre sang-froid, dit l\u2019ami qui avait assumé la délicate tâche d\u2019informateur.Votre fils, entraîné dans une orgie d\u2019étudiants, à Oslo, a pris part à un rixe et a blessé gravement un de ses condisciples.De plus, l\u2019enquête faite a révélé que la querelle avait été amenée par des histoires de jeux et par le reproche fait à Hans, d\u2019avoir réglé certaines sommes perdues avec un chèque faussement signé de vous.M.Longdofen fut littéralement atterré.Son ami continuait : \u2014 Sans la rixe et l\u2019état grave de l\u2019étudiant, l\u2019affaire aurait peut-être pu s\u2019arranger ; mais la famille exaspérée est prête à déposer une plainte contre Hans.\u2014 Quels sont ces gens?demanda M.Longdofen qui s\u2019efforçait de ne pas perdre sa faculté de réfléchir.\u2014 Des gens assez douteux, malheureusement.Sans grandes ressources, de moralité équivoque.et qui ne négligeront pas une si belle occasion de tirer profit pécuniaire d\u2019un incident fâcheux.\u2014 C\u2019est-à-dire ?.\u2014 Que l\u2019offre d\u2019une somme.importante.très importante, les ferait, peut-être renoncer.jj COUPON CADEAU - Offre Spéciale ABONNEZ-LES AUX TROIS GRANDS MAGAZINES | LE SAMEDI - 1 (Pour 12 mois) K § « 1 » -OU A VOTRE CHOIX ?\tLE SAMEDI (bi-mensuel) ?\tLA REVUE POPULAIRE (mensuel) ?\tLE FILM (mensuel) ________________________ Remplissez ce bulletin à votre choix Veuillez trouver ci-inclus la somme de $ .pour l'abonnenent indiqué d'un ( X ).\t\u2014 IMPORTANT : Marquez d'une croix ?s'il s'agit d'un renouvellement._ NOM DU DESTINATAIRE .ADRESSE .VILLE .PROV.ou ETAT .(2j NOM DU DESTINATAIRE .ADRESSE .VILLE .PROV.ou ETAT .M -\tLE FILM Canada\tEtats-Unis $5.50\t$8.00 3.50\t5.00 1.50\t2.00 1.50\t1.50 « « « » Ü « « K K\tPOIRIER, BESSETTE & CIE, LIMITEE P 975 - 985, rue de Bullion,\tMontréal 18, P.Q. 22 Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 \u2022 \u2022 \u2022 le Ciel t'aidera par JEAN COMPOSTELLE Prévisions astrologiques générales pour la quinzaine du 24 octobre au 7 novembre 1959 pour vous qui êtes nés sous le signe : DU BELIER (21 mars - 20 avril) Vous avez le don d'exciter des jalousies, même dans votre entourage immédiat.Et ce n\u2019est pas seulement pour votre réussite professionnelle, mais pour votre sage comportement.DU TAUREAU (21 avril - 20 mai) La tnurnurp do vos affaires de coeur sera de nature à vous inspirer des espoirs, mais votre esprit tourmenté vous objectera des \u201csi\u201d et des \u201cmais\u201d et vous risquez d\u2019échouer.DES GEMEAUX (21 mai - 21 juin) Il est vraisemblable qu\u2019il vous faudra vous préoccuper de problèmes domestiques assez épineux.Mais si vous vous comportez raisonnablement, vous vous réjouirez d\u2019importants succès.DU CANCER (22 juin - 23 juillet) Vous auriez intérêt à ne pas vous familiariser trop rapidement avec les gens étrangers à votre cercle habituel, car vous pourriez être déçus par des apparences trompeuses.DU LION (24 juillet-23 août) Une rencontre dont vous espériez plus de spontanéité vous décevra si vous ne tenez pas compte du caractère peu communicatif de la personne en cause.Soyez compréhensifs.DE LA VIERGE (24 août - 23 septembre) wmp Un travail fastidieux risque de vous être imposé, acceptez-le de bonne grâce plutôt que d\u2019entrainer des conflits dans votre milieu professionnels en cherchant à vous en libérer.DE LA BALANCE (24 septembre - 22 octobre) La quinzaine sera mouvementée et vous serez tenus en haleine par des imprévus parfois désagréables.Le hasard interviendra dans vos affaires de coeur.Fiez-vous â vos intuitions.DU SCORPION (23 octobre - 22 novembre) Un besoin d\u2019activité, plutôt physique que moral, vous portera à entreprendre trop de choses «à la fois.Prenez garde au surmenage.Et gare â l\u2019équilibre de votre budget.DU SAGITTAIRE (23 novembre - 21 décembre) Si vous êtes mariés, félicité conjugale ; si vous ne l'êtes plus, vous trouverez des personnes toutes disposées à vous remarier et cela dans des conditions très satisfaisantes.DU CAPRICORNE (22 décembre - 20 janvier) Votre charme personnel vous vaudra la sympathie de l\u2019autre sexe et vous n\u2019aurez aucun mal à faire des conquêtes.Mais peut-être cela ne vous intéressera pas suffisamment.DU VERSEAU (21 janvier-19 février) -N.H Quinzaine agréable car vous serez souvent invités au-dehors.Vous serez entourés d'une Jeunesse qui tranchera par son entrain sur votre milieu familial un peu trop réservé.DES POISSONS (20 février - 20 mars) Si vous cherchez une situation ou si vous désirez changer la vôtre, vous trouverez parmi vos relations des personnes influentes qui vous aideront, si vous êtes moins timides.M.Longdôfen prit aussitôt sa décision.Il était alors dans sa villa du fjord et n\u2019était prévenu que tardivement des faits.Il voulait maintenant agir avec le plus de rapidité possible afin d\u2019éviter le pire.\u2014 Quelle que soit cette somme, je paierai.Je ne saurais supporter qu\u2019une plainte.Tout ce que je possède, s\u2019il le faut.\u2014 Songez pourtant à votre fille, dit l\u2019ami, fort ému.\u2014 Hélas !.Ma pauvre Eisa !.Mais il s\u2019agit de notre honneur.Elle pensera comme moi.De plus, elle aime infiniment son frère et acceptera n\u2019importe quel sacrifice afin de le sauver.Mon ami, aidez-moi.Sachez ce que seront les exigences de ces gens.Les démarches, faites par l\u2019ami en question, aboutirent au retrait de la plainte, d\u2019autant plus que le blessé, jugé d\u2019abord gravement atteint, se rétablit rapidement.Mais ce retrait ne fut consenti qu\u2019en échange d\u2019une véritable fortune.En fait, M.Longdôfen dut réaliser la plus grande partie de ce qu\u2019il possédait \u2014 par suite de circonstances économiques et boursières déplorables, cette réalisation fut particulièrement désastreuse \u2014 ne gardant qu\u2019une rente lui permettant de vivre simplement, et la propriété du fjord qu\u2019il dut louer avec un très long bail.Du moins, l\u2019honneur était-il sauf et le .nom des Longdôfen demeurait absolument pur.Cependant l\u2019affaire s\u2019était ébruitée.Ne pouvant accepter les regards apitoyés de ses concitoyens, frappé dans son orgueil et dans son affection personnelle, M.Longdôfen, après avoir obtenu que Hans s\u2019expatriât, avait pris le parti de quitter la Norvège.Il vint s\u2019installer, avec quelques restes de son ancienne opulence, dans la maison de Saint-Quilvic.Là, dans cet exil volontaire, il sembla que le sort s\u2019adoucissait en mettant Bertrand de Vilford sur la route d\u2019Eisa.Du moins, pour celle-ci, l\u2019existence se reconstruirait à l\u2019abri de tout souci et son père ne ressentirait plus le tenace regret d\u2019avoir ruiné sa fille pour sauver son fils de l\u2019arrestation et du déshonneur.De Hans, parti pour l\u2019Amérique, il n\u2019avait plus de nouvelles.I! y eut ainsi pour le père et pour la fille quelques mois de quiétude puis, brusquement, un nouveau drame.Eisa revenait chez M.Longdôfen, désespérée, et un exil plus lointain encore s\u2019imposait pour tous deux.Pendant longtemps, la jeune femme avait refusé de dire à son père ce qui s\u2019était passé, détruisant son bonheur.Cependant, peu après la naissance de son fils, rendue plus faible par sa maternité et le sentiment de sa solitude auprès de ce berceau, elle avait tout raconté : \u2014 Un soir, dit-elle, tandis que je revenais de vous voir et rentrais à Vilford, je fus abordée par un gamin du pays qui me remit une lettre.Je l\u2019ouvris, et ma surprise devint de la stupéfaction quand je vis qu\u2019elle était de Hans.Il me disait que, après avoir voulu gagner l\u2019Amérique ainsi que vous le lui aviez demandé, la crainte de se laisser de nouveau entraîner \u2014 vous savez combien il était faible ___ à des imprudences, l\u2019avait décidé à quitter l\u2019Angleterre et s\u2019engager dans une voie plus rude.Des indications lui ayant été fournies à ce sujet, il avait résolu de s\u2019engager en France dans la Légion étrangère.Il sortirait de là régénéré, rendu plus fort ; alors, vous pourriez lui pardonner.Une vive émotion avait envahi M.Longdôfen.Il prit la main d\u2019Eisa : \u2014\tEt alors?demanda-t-il.\u2014\tComment avait-il découvert notre résidence à Saint-Quilvic ?Je ne sais.Sur le moment, je ne m\u2019en souciai pas.Il me disait ne pas pouvoir renoncer au désir de me voir.Il était venu en Bretagne, de Paris où il avait rempli les formalités d\u2019engagement ; il se tenait caché dans une ferme proche du village et me suppliait de venir, le lendemain, dans une chapelle en ruines que le hasard lui avait fait apercevoir non loin de sa ferme et dont il m\u2019indiquait la situation.Je la connaissais bien, d\u2019ailleurs.« Vous devinez mon trouble que je dus dissimuler à Bertrand.Je ne pouvais rien lui dire puisqu\u2019il ignorait nos malheurs et les fautes de Hans.Bertrand devait s\u2019absenter ce lendemain une partie de la journée ; il ne rentrerait qu\u2019à la fin de l\u2019après-midi.Je pus donc me rendre facilement à l\u2019appel de Hans.Il se montra infiniment ému, infiniment repentant, et infiniment désireux de racheter le passé.Son engagement était sage mais les dangers auxquels il serait exposé m\u2019affolaient.Je l\u2019assurai de ma tendresse, lui demandai instamment de me faire parvenir des nouvelles, l\u2019obligeai à accepter une petite somme dont je pouvais disposer \u2014 un cadeau de Bertrand.« Au moment de nous séparer, Hans me prit dans ses bras ; je demeurai quelques secondes ainsi, serrée contre lui, ma tête reposant sur son épaule tandis qu\u2019il embrassait mon front.Puis je partis ; lui-même prit le chemin de la plus proche gare d\u2019où il regagnerait Paris.« Hélas ! Quand je rentrai à Vilford, je me trouvai devant Bertrand revenu plus tôt qu\u2019il n\u2019était prévu, de Bertrand qui, en traversant le bois, avait vu, dans la vieille chapelle, un homme me tenant dans ses bras.Une pénible discussion eut lieu entre nous.Je refusai de dire qui était cet homme et vous comprenez, père, ce que supposa Bertrand.\u2014 Ma pauvre petite !.murmura M.Longdôfen.Ainsi, ce n\u2019était pas assez du mal fait quelque temps plus tôt, il fallait encore que Hans détruisit ton bonheur.\u2014 Alors reprit Elpa, ne pouvant supporter les soupçons de mon mari, ne pouvant me disculper sans révéler ce que vous et moi tenions tant à cacher, je quittai Vilford, père, et vins me réfugier auprès de vous.\u2014 Pauvre enfant.pauvre innocente victime.murmura encore M.Longdôfen, qui demeura un long moment accablé de tristesse.\u2014 Père, dit la jeune femme, nous ne parlerons jamais plus de cela, n\u2019est-ce pas ?Le passé est mort.Nous reprendrons courage car nous avons un autre Bertrand, un tout petit Bertrand, près de nous.Effectivement, plus jamais, il n\u2019avait été question entre eux de Hans, ni du mari trop crédule d\u2019Eisa.Seul Andou était là pour rappeler ce qu\u2019avait été le court bonheur de la jeune femme et l\u2019atroce erreur qui avait brisé ce bonheur.VII Une dernière exploration venait d\u2019être faite par Bertrand à l\u2019est d\u2019Ajaccio.Ainsi que les précédentes, elle s\u2019avérait infructueuse, il était à bout de courage.Il ne lui restait qu\u2019à confier à des gens plus habiles que lui le soin de retrouver Eisa.Une agence de recherches, oui, mais il ne trouverait cela qu\u2019à Nice.Le lendemain, à cinq heures, il prendrait le bateau ; il fit retenir une place sur le « Commandant-Querré », puis, envahi d\u2019une amère tristesse, il rentra à l\u2019hôtel pour passer sa dernière nuit dans ce pays si beau mais, pour lui, si décevant.Dans le courant de la matinée suivante, il sortit afin de tromper son im- [ L re la suite page 50] Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 23 LA SEULE COMPAGNIE DE DÉMÉNAGEMENT COMPLÈTEMENT ÉQUIPÉE À L\u2019ÉCHELON NATIONAL AU CANADA POINTS IMPORTANTS pack inc c RAT SHIPPINO \tk \tV Premier: Fondée en 1888, Hill the Mover fut la première compagnie canadienne à motoriser ses véhicules en 1911.Au Canada, Hill the Mover est la seule compagnie de déménagement Premier: En 1913, arrivait à New York la première remorque de déménagement canadienne.envoyée par Hill the Mover, naturellement.Premier: Hill the Mover inaugura le premier service d\u2019autobus au Canada, entre Hamilton et Brantford, Ontario.Premier: Hill the Mover fut la première compagnie de déménagement au Canada avec équipement entièrement motorisé.Premier: Difficile à prouver, mais vrai, Hill the Mover croit avoir été le premier à offrir un service d\u2019emballage des articles à déménager.Premier: Le premier déménagement domestique par route entièrement canadienne, de Toronto à Winnipeg, fut fait par Hill the Mover en 1946.qui soit propriétaire de ses remorques, succursales et entrepôts dans tout le pays; et soit équipée pour déménager les meubles, de la porte de votre demeure à la nouvelle, n'importe où au Canada.En outre, Hill the Mover a un service de liaison s\u2019étendant à tous les états américains.Hill the Mover vous offre le meilleur service.Si vous ne voulez pas emménager immédiatement dans votre nouvelle résidence, Hill the Mover entreposera vos meubles dans un entrepôt sous sa gestion et lui appartenant en propre.De plus, les déménageurs Hill\u2014les plus courtois dans le métier\u2014traitent vos meubles comme s\u2019ils leur appartenaient.Si vous projetez de déménager, au loin ou dans le même quartier, téléphonez au bureau de Hill the Mover le plus près pour un estimé gratuit.Vous trouverez le numéro dans les pages jaunes de votre annuaire téléphonique.Pour recevoir un exemplaire gratuit de la brochure \"Liste de vérification pour un déménagement plus facile\u2019\u2019, écrivez à Hill the Mover.BUREAUX ET ENTREPOTS DANS TOUT LE PAYS Téléphonez à Hill the Mover Siège social: Toronto.Succursales et bureaux de vente: Montréal Summerside Halifax Dartmouth Chatham Moncton Oromocto Peterborough Pembroke Ottawa Trenton Barrie Hamilton St.Catharines Clinton Sudbury Winnipeg Brandon Regina Calgary Edmonton Chilliwack Vancouver Victoria.AU-DELÀ DE 70 ANNÉES DE SERVICE IA PIU5 GRANDE COMPAGNIE DE DÉMÉNAGEMENT ET D'ENTREPOSAGE DOMESTIQUES AU CANADA 0ÏBM jidPÆi) 1 La sensation de l\u2019année! DART .s iv Chic, fringante, entièrement nouvelle w M 1 MKÊBÊSBMMSSfBSB WÊÊ IHHMNMfe MBiWigaBwi .M&SÊ: iwaüiS V*.=?.Mm itmpmtp J*'\"*'- «rHf.0.7 VICTORIA SHAW est questionnée par le détective GLENN CORBETT au sujet du meurtre de l'actrice Sugar Touch.La jeune fille s'aperçoit qu'elle devient amoureuse du détective d'origine japonaise James Shigeta qui mène l'enquête.VICTORIA, qui connaît des amours malheureuses, va solliciter les conseils de son amie ANNA LEE.Des Studios Columbia \"The Crimson Kimono\" Récit policier à intrigue fortement nouée.Le spectateur reste en haleine jusqu\u2019à la fin du film.Sugar Touch (Gloria Pall), une vedette de music-hall, est tuée au moment où elle retournait à la loge après son numéro.Deux détectives, Charles Bancroft (Glenn Corbett) et Joe Kojaku (James Shigeta) ont charkge de l\u2019enquête.Dans le cours de celle-ci, ils sont frappés par une magnifique peinture où la victime, Sugar Touch, apparaît revêtue d\u2019un éblouissant kimono pourpre.L\u2019auteur de cette peinture est une jeune étudiante des Beaux-Arts du nom de Christine Dawnes (Victoria Shaw).Celle-ci révèle aux détectives que lors des séances de pose, Sugar Touch était accompagnée d\u2019un homme du nom de Hansel.Elle leur fait un portrait de l\u2019individu mais aucun des suspects ne ressemble à ces traits.Peu de temps après, Christine est elle-même l\u2019objet d\u2019un attentat manqué.C\u2019est alors que les deux détectives prennent la jeune fille sous leur protection.A l\u2019élément mystère vient s\u2019ajouter ici la rivalité des détectives devenus tous deux amoureux de Christine.Pour le dénouement de toutes ces intrigues, le film apporte sa solution inattendue et pleine d\u2019intérêt.GLENN CORBETT et VICTORIA SHAW rencontrent de multiples problèmes d'amour et de mystère dans ce film.La jeune fille et son amie PEARL LAY discutent du meurtre qui fait la manchette des journaux.Une scène du film dans laquelle JAMES SHIGETA poursuit son enquête auprès de deux religieuses.VICTORIA SHAW, entourée de deux détectives JAMES SHIGETA et GLENN CORBETT, tente d'identifier un suspect. Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 3S L'ETONNANTE FAMILLE .t Suite de la page 26 1 En 1939, on décide de frapper un grand coup : le premier.La nouvelle équipée ne sera plus une promenade, et le nouveau film sera autre chose que du cinéma d\u2019amateur.C\u2019est la descente en kayak des Gorges du Ver-don, avec deux vedettes, d\u2019une du canoë, la séduisante Geneviève de Col-mont, célèbre pour avoir descendu le canyon du Colorado en kayak, l\u2019autre devenue depuis une actrice connue : Claude Nollier, la future Jeanne d\u2019Arc de Claudel et Honegger.Cet excellent documentaire rapporte en effet un franc succès, sous le titre de « La Croisière sauvage ».Puis c\u2019est la guerre.Mahuzier n\u2019étant pas mobilisable à cause de sa grande famille, regagne cette Ardèche qu\u2019il aime.C\u2019est alors, comme pour tous, une période difficile.Mahuzier entre dans la Résistance, mais ce n\u2019est pas cela qui peut faire vivre les siens.Le cinéma documentaire pas davantage, en cette époque troublée.Alors il entre comme administrateur dans une tournée théâtrale organisée par Jean No-hain, Claude Dauphin et Marguerite Moréno.Après quelques années ternes et financièrement pénibles, l\u2019année 1947 est cruciale pour Albert Mahuzier, mais pour lui seul.Il parvient à se faire engager comme cinéaste dans une expédition qui se monte pour l\u2019Afrique Equatoriale Française.Cette fois, pas question d\u2019emmener sa famille, qui remâchera suffisamment sa déception pour en venir cinq ans plus tard à la décision du grand départ collectif.Mais le chef de famille prépare activement le terrain.Il rentre avec un film : « Les Grandes Chasses en Afrique centrale ».Il écrit un livre du même titre et signe un contrat à long terme avec l\u2019éditeur Amiot-Dumont.A ce premier voyage, il n\u2019avait encore aucune expérience, mais accumula les premiers éléments de celle qui allait lui permettre d\u2019emmener sa famille au bout du monde.Le problème initial avait été celui de la tenue.« Alors que les uns me conseillaient le style dit « canadien », avec des bottes, chemise de cow-boy, culotte de trappeur, d\u2019autres me riaient au nez quand j\u2019énumérais interrogativement cet équipement, paraît-il absolument désuet.Tout cela : inutile.Prenez un short, des espadrilles ordinaires, une chemisette sans manches largement échan-crée, et avec un foulard sur la tète vous serez paré pour la Grosse Bête ! » Ce futur uniforme de la « tribu », Albert Mahuzier l\u2019estime insuffisant pour les battues.« Je me ralliai à une opinion modérée et emportai une combinaison militaire, genre « mécano », précieuse contre les herbes coupantes et de solides espadrilles de montagne, à tiges hautes et semelles renforcées ; l\u2019expérience montra qu\u2019avec un vieux casque kaki qui me fut prêté sur place, j\u2019étais l\u2019un des mieux équipés.» Au retour, Mahuzier inaugure également la grande organisation de conférences d\u2019explorateurs : « Connaissances du Monde », en collaboration avec d\u2019autres tenants de la grande aventure, dont Paul-Emile Victor et Roger Ferlet.Une deuxième expédition en Afrique, en 1950, vit la mort tragique de Marcel Vincent, l\u2019un des meilleurs amis de Mahuzier, alors que celui-ci filmait un lion blessé.Mais n\u2019animal, dans un sursaut désespéré, se jeta sur Vincent.Mahuzier acheva aussitôt la bête, mais il était trop tard.Comme de toutes ses expéditions désormais, Mahuzier allait tirer de celle-ci un film et un livre : « Tornades et Chasses tragiques ».A chacun de ses retours en Afrique, Mahuzier aura la surprise de décou- vrir un pays toujours plus imprégné par le progrès, tant sur le plan du costume que des coutumes et des idées.C\u2019est la jeunesse surtout qui l\u2019étonne, tant elle adopte vite les habitudes des blancs.Chaque soir, le camp est entouré de jeunes des deux sexes posant des questions au rythme d\u2019une mitrailleuse.Le cinéma, notamment, les passionnent.Mais si les jeunes filles s\u2019habillent « à la parisienne », au coeur de la brousse elles conservent les dents taillées en biseau.Ce dont Mahuzier comprit l\u2019utilité lorsque, au lendemain d\u2019une chasse à l\u2019éléphant, il fut incapable de mastiquer un morceau de la langue de l\u2019animal, laquelle langue avait cependant cuit pendant neuf heures.En 1953, Alain, le dernier-né, a près de deux ans.Les aînés viennent de terminer leurs examens, et le problème ne se pose pas encore pour les plus jeunes.Le moment de partir est venu, préparé à dire vrai depuis des années.A cette époque, la jeune classe est composée de Louis, vingt-deux ans, Philippe, vingt ans, licencié en lettres, T « intellectuel de la tribu », Jacqueline, dix-neuf ans, Anne, dix-sept ans, Jeannine, seize ans, dites « les pin-up », Yves, treize ans, François, onze ans, dits « les âges ingrats », Luc, sept ans, et Alain, qui deviendra explorateur à vingt-deux mois.De longue date, chacun sait dresser un campement, cuisiner, changer une roue, sauf les tout-petits, qui d\u2019ailleurs ont appris à se rendre utile au maximum.En outre, pendant la période de préparation au premier grand voyage en commun, les filles ont appris à faire du pain, et les garçons à tuer et dépecer un mouton.Qui disait donc que la véritable aventure, à notre époque, consiste à devenir père de famille ?Avec ses neuf rejetons, Albert Mahuzier multipliait déjà les difficultés.En promenant les neuf par toute la terre, il a lancé un défi.Sa récompense réside dans le fait qu\u2019il semble avoir beaucoup moins de mal avec sa nichée que le père d\u2019une famille nombreuse sédentaire.Peut-être parce qu\u2019il a eu le courage de lui offrir une école buissonnière permanente en même temps que la plus authentique école de sciences naturelles.Car il n\u2019était pas question de renoncer aux études.Papa et les aînés feraient travailler les plus jeunes.Quant aux aînés, on faisait confiance à leur maturité pour préparer eux-mêmes leurs examens.Ainsi partit, le premier jour de l\u2019année 1953, la première des « Expéditions cinématographiques Mahuzier autour du monde ».Deux mois plus tôt, la famille s\u2019était installée, si l\u2019on peut dire, dans une maison de Boulogne-sur-Seine qui allait devenir son port d\u2019attache.La caravane était composée de trois voitures dans lesquelles on se serrait sans grogner, trop heureux de partir enfin tous ensemble.Objectif : aller filmer les gorilles sur les volcans du Kivu, au Congo Belge.Imagine-t-on ce que ces quelques mots magiques peuvent signifier pour des moins de vingt ans ?Cette fois, Albert Mahuzier décide d\u2019écrire son livre sur place, en même temps qu\u2019il réalise son film.Pourquoi ce surcroît de travail ?Parce qu\u2019au retour « on redevient bourgeois en quelques heures, comme si l\u2019on n\u2019était jamais parti ».Il est vrai qu\u2019à chacun de ses retours, le chef de famille retrouve un épais paquet de feuilles d\u2019impôts, ce qui vous coupe aussitôt les ailes du romanesque.Ce livre pris sur le vif, dédié « à l\u2019héroïne numéro un de cet ouvrage sincère, à Jeannine Mahuzier, compagne de bons et de fichus quarts d\u2019heures », c\u2019est « A la poursuite des Gorilles ».Ils se sont effectivement fait désirer, ces monstrueux quadrumanes.Ils n\u2019ont cessé dix jours durant de dépister la troupe familiale, en pleine région des Pygmées et malgré l\u2019aide de ceux-ci, allant jusqu\u2019à blesser le vieux N\u2019Den-déré, le chef des Pygmées.Il y eut en outre les inévitables ennuis mécaniques.On ne saurait mieux se rendre compte de la folle aventure de ce premier voyage que par cct aveu sans détour du chef de l\u2019expédition : « Louis a 22 ans ; il est fort comme un Turc et possède d\u2019indéniables dons pour la mécanique, surtout en ce qui concerne le démontage.Il est moins fort pour le remontage, mais il est jeune et j\u2019ai bon espoir qu\u2019il y arrivera.Philippe a une aversion marquée pour la mécanique et un mauvais oeil évident dans ce genre d\u2019activité.Ce sera toujours sa voiture qui crèvera, son moteur qui calera au moment le plus désagréable.« C\u2019est Louis, Philippe et moi qui constituons l\u2019équipe de pilotes titulaires.Nous sommes très qualifiés pour traverser l\u2019Afrique.J\u2019ai mon permis de conduire depuis trois ans, Louis depuis six mois et Philippe depuis quinze jours.Mais nous avons été « gonflés » par un charmant garçon, Avenel, pilote de la même voiture que nous dans le rallye Alger-Le Cap.Il nous a donné quelques précieux conseils, fait mettre des soupapes en Stellite (nous ne savons pas au juste ce que sont les soupapes et ce qu\u2019est la Stellite) et ajouter une lame à chaque ressort.Pour le reste: Inch\u2019 Allah! Sa voiture a marché, les nôtres font de même ! » En outre, nul n\u2019étant prophète dans son pays, et moins encore dans sa famille, Albert Mahuzier a par moments le plus grand mal à se faire obéir de sa troupe.Il y a même de brèves mutineries ! Toutefois, d\u2019expédition en expédition, tout a fini par s\u2019assouplir, par rouler à merveille.Mais un autre facteur intervenait : les années passant, Louis, l\u2019aîné, vole aujourd\u2019hui de ses propres ailes et vient de tourner un film en Israël.Philippe est père de deux enfants.La dernière fois que la famille a été au complet, en Australie, en 1954, elle a failli disparaître dans un cyclone alors qu\u2019elle avait frété un petit cotre pour filmer la ponte des tortues marines.\u2014 Puisque nous sommes tous ensemble, ce sera moins grave, avons-nous dit.Au lieu de mourir, ils aboutirent dans une petite île où ils vécurent dix jours de paradis terrestre.Depuis, il a fallu modifier la composition de l\u2019équipe.Anne a épousé un dessinateur de dessins animés qui n\u2019a pas la passion de l\u2019aventure.On a par contre « intégré » Simone, la femme de Philippe, bien qu\u2019elle manque d\u2019entraînement.Mais une chose est certaine : l\u2019aventure continuera.On adaptera seulement les prochains voyages aux futurs changements de la famille : aux mariages, aux naissances, aux services militaires, aux changements de vocation toujours possibles, bien que peu probables.Jusqu\u2019à présent, pas un Mahuzier n\u2019a renié la devise familiale :\t« Réaliser d\u2019une manière raisonnable quelque chose qui semble friser la folie ».Surtout pas l\u2019admirable Jeannine, dont le dévouement sans bornes s\u2019allie à « un manque de discipline sans limites ».\u2014 Il est vrai, conclut Albert Mahuzier, que la vie de bohème, puisque c\u2019est cette vie-là que j\u2019ai voulu lui faire partager, ne doit pas s\u2019encombrer d\u2019horaires ni de plans longuement mûris.J.-F.PÉRIER Chaussette Pure Laine On ne fait pas , mieux ! Irrétrécissable.Indéformable.Mi chaussette $1.50.Chaussette montante $1.75.En vente dans les meilleurs magasins pour hommes.Distribution par Caulfeild, Burns & Gibson Ltd., Toronto.Poils PARTI S FIGURE Lèvres Bras Jambes HEUREUSE MAINTENANT Après avoir tout essayé, je découvris un moyen simple et modique de faire disparaître les poils superflus.Grâce à son usage régulier.des milliers de femmes sont admirées et aimées.Mon livre gratuit vous livre mon secret.Posté sous pli discret.Aucun échantillon d\u2019esai.Ecrivez à : ANNETTE LANZETTE, P.O.Box 600 Dépt.C-241, Toronto.Ontario.Inclure 5C pour réponse.WS R'AW Talons mous, |1|fl,8)IJ|% SI vous avez aux alentours de Montréal .PROPRIETE, TERRE ou TERRAIN à vendre Adressez-vous à ROMEO AUGER CR - 6 - 3718\t1250, rue Villeray, Montreal Ayez plus de confort avec vos FAUSSES DENTS Voici un moyen agréable de supprimer le malaise causé par les fausses dents.PASTEETH, une poudre améliorée, qu\u2019on saupoudre sur les fausses dents dti haut et du bas.fuit que ces dernières adhèrent plus fermement, de sorte (pie vous vous sentez plus à votre aise.Aucune sensation ni goOt gommeux, sur ou pâteux.Elle est alcaline mon acide».Ne surit pas.Enrayez l\u2019odeur désagréable ihuleJ-ne de dentier».Procurez-vous PASTEETH des aujourd'hui à n'imnortq quelle pharmacie.7 \u201cLA BUICK DES BUICK\" BUICK ELECTRA 225 \u2014 4 DOOR HARDTOP vmm i' i «i \\ «wésk» rm.f/f, V ¦ \\ \\ ^ \\ V \\ V i, 4, » U \\ Vi l \\ /j vV , >Tvi'.>y A&\"*?:'qv!00 a ggl IS LA BUICK Il n\u2019y a pas d\u2019autre façon de la décrire: c\u2019est la Buick des Buick! Cette voiture marque la plus grande réussite de Buick aux points de vue de l\u2019apparence, du fini de la fabrication, de la perfection technique.La nouveauté de la Buick \u201960 est évidente.Tous les éléments de sa carrosserie sont, soit entièrement nouveaux, soit profondément modifiés.Ses formes pleines, ses lignes arrondies sont la nouveauté marquante de 1960.La grille concave, les lignes latérales sinueuses, le capot surbaissé, les enjoliveurs de côtés confèrent à la Buick '60 une remarquable distinction.Et maintenant, le point de vue technique: seule la Buick possède une transmission toute à turbines.Du démarrage aux vitesses de route, pas le moindre changement de vitesses, mais un \u201cflot\u201d régulier, soutenu, de puissance.Et pour doubler, sur route, la transmission toute à turbines Buick permet des accélérations subites absolument sans égales.Aux points de vue de la valeur, de l\u2019apparence et de la perfection technique, c\u2019est vraiment \u201cla Buick des Buick\u201d.Essayez-la ! 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Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 43 ROMANCE D'OUEST une nouve lie Je Qi/t ert G\u2018 anne 1880 \u2014 Arkansas City.La locomotive avec sa haute cheminée et ses roues énormes, entrait dans la petite gare en traînant à sa suite une longue file de wagons de bois où les voyageurs les plus hétéroclites étaient accrochés.Dès qu\u2019elle eut stoppé, essoufflée, crachant des jets de vapeur noire, les portières claquèrent et les nouveaux arrivants s\u2019épandirent au dehors, se heurtant puis se mêlant à la foule bariolée des porteurs, des cow-hoys et de tous les chercheurs de fortune, venus dans la cité en formation pour y développer un commerce ou y trafiquer de l\u2019or ou de l\u2019alcool.Joël MacCowen arrivait par ce train.C\u2019était un grand garçon d\u2019une vingtaine d\u2019années, avec un visage candide sous d\u2019épais cheveux noirs.Son corps athlétique était revêtu de la tenue qu\u2019adoptaient en général tous les aventuriers pour se rendre dans les villes de l\u2019Ouest : blouse, guêtres et ceinturon où l\u2019on peut accrocher la bourse et les pistolets.Il venait travailler dans la proche vallée, avec son oncle, pour y distribuer les fourrures qui descendaient du Nord, et y garder les chevaux.Il avait à la fois la fierté et l\u2019insouciance des jeunes conquérants, et comme au surplus il était poète sans le savoir, il ouvrit des yeux émerveillés sur l\u2019animation de la ville naissante.Nanti d\u2019une grande sacoche pour tout bagage, il traversa les groupes compacts formés autour des voyageurs, frôlant les naseaux des chevaux, se glissant entre deux carrioles, jouant des coudes au besoin.Et comme la nuit s\u2019annonçait, il héla un de ces individus faméliques, bon à tout sauf au travail honnête, qui encombraient la rue principale, la seule, à vrai dire, qui pût se targuer d\u2019avoir une apparence de rue.\u2014 Hé ! mon vieux ! Tu connais un endroit où l\u2019on peut boire et s\u2019asseoir ?\u2014 L\u2019interpellé s\u2019empressa et voulut s\u2019emparer du sac de Joël.-\u2014- Laisse ça.Pas besoin de boy.Où me conduis-tu ?Le bonhomme cligna de l\u2019oeil d\u2019un air entendu.\u2014 Au meilleur des bouges \u2014 La Pépite d\u2019Or ! Les cabarets n\u2019étaient alors que de vulgaires cabanes de bois d\u2019où s\u2019échappaient au dehors de la fumée, des rires et des chansons.Un continuel va et vient faisait claquer les portes à battants qui en barraient l\u2019entrée et il n\u2019était pas rare d\u2019entendre des coups de feu ponctuer les rixes fréquentes.Lorsque Joël entra à La Pépite d\u2019Or, la salle était bondée de consommateurs, les uns râpés, les autres confortablement huppés suivant la marche de leurs affaires, mais tous vêtus d\u2019une manière simple et pratique.Au comptoir, quelques regards s\u2019attachèrent au nouvel arrivant et semblèrent jauger son importance.La fumée enveloppait tout ce monde d\u2019un voile épais et bleuâtre.Joël MacCowen s\u2019assit et regarda.Certes, l\u2019atmosphère ne le surprenait pas.Qu\u2019il vînt du Nord, des récentes conversations et des courriers l\u2019avaient renseigné sur la vie pittoresque de ces villes surgies de la terre comme des champignons et des hommes rudes qui y vivaient.Et son oncle, en l\u2019appelant à lui, l\u2019avait mis sur ses gardes : \u2014 Attention aux rencontres faciles, lui avait-il écrit.Dans le fond sur la scène une femme chantait.Et lorsque Joël arrêta ses yeux sur elle, il vit une créature brune, une de ces femmes comme il n\u2019y en a pas dans le nord et dont la longue robe sombre et les mains gantées de noir accusaient la blancheur du bras et du cou où scintillait un gros diamant.Sa voix prenante et un peu âpre modulait un chant où il était question d\u2019amour et d\u2019héroïsme.Alors Joël releva son chapeau sur le front, posa ses deux coudes sur la table et écouta.Et quand elle eut fini, il se tourna vers son plus proche voisin : \u2014 Qui est cette femme ?dit-il.L\u2019autre eut un sourire railleur.« Tu débarques d\u2019aujourd\u2019hui, répondit-il.Ça se voit.C\u2019est Dorothy mon bon.Une belle garce, ma parole.Ils n\u2019en n\u2019ont pas comme ça à New-York ».* * # Joël se plut aussitôt beaucoup dans le ranch de son oncle.Son travail était rude et simple.Le matin alors que l\u2019aube commençait à poindre, il conduisait les chevaux à travers la plaine, puisqu\u2019il revenait vers la rivière pour charger et décharger les peaux.Et quand le soir tombait, il prenait le chemin de la ville et entrait à La Pépite d\u2019Or.Il y avait déjà fait pas mal de connaissances, buvant par ci par là un whisky avec des vagabonds ou de riches habitués, et il n\u2019était pas rare qu\u2019on l\u2019appelât familièrement « le gosse » à cause de son visage clair et de ses yeux francs qui s\u2019allumaient de paillettes lorsqu\u2019il riait.Mais surtout il écoutait Dorothy qui, chaque soir, versait dans son coeur l\u2019amère mélancolie de ces existences farouches dont elle savait traduire à merveille les violentes passions.Il la voyait ensuite passer entre les tables, happée aq passage par des mains rugueuses, souriant à tous, promenant son beau corps souple à travers les multiples visages.Et quand parfois, elle était bousculée par un individu un peu ivre, il eut envie de bondir et de la dégager.Mais elle n\u2019avait pas besoin de lui, et, toujours souriante, elle se faufilait.Alors il se demandait pourquoi elle ne vivrait pas plutôt dans une grande prairie comme la sienne, avec les chevaux qu\u2019il aimait tant.Or, un soir, comme par hasard, une place était vide en face de lui, elle vint s\u2019y asseoir et, malgré soi, il se sentit rougir jusqu\u2019aux cheveux.Elle ne l\u2019avait même pas regardé.Alors, il avance timidement la main et touche un de ses gants.\u2014 Vous prenez quelque chose?dit-il.Elle leva sur lui de grands yeux bleus et eut une seconde de saisissement.\u2014 Il n\u2019y a pas longtemps que tu es ici ?dit-elle.Tu es plus frais que les autres.Joël se sentait troublé profondément.\u2014 Je viens tous les soirs vous écouter chanter, dit-il.Elle le considéra un moment et ses yeux prirent une expression d\u2019indéfinissable tristesse.Et, sans parler, elle se leva.Ce soir-là, il sembla à Joël que les lumignons de la salle étaient des lustres.Sur le chemin du retour, les étoiles lui clignaient de l\u2019oeil d\u2019un air complice.Et il se sentait plus léger que l\u2019air nocturne, qui, sentait bon.» * * Comme toujours, pour ceux qui sont nés pour des destins uniques, le miracle se produisit.Joël était en train de caracoler dans la vallée, lorsqu\u2019il aperçut un matin un svelte cavalier qui venait à lui dans un nuage de poussière.Quand il fut arrivé à sa hauteur, il s\u2019arrêta.Alors Joël reconnut Dorothy.D\u2019un geste énergique elle ramena les brides vers elle, et le cheval, tout soufflant, se cabra.\u2014 Hé ! Garçon ! lança-t-elle, je suis bien dans le ranch de Johnson ?\u2014 Exactement.\u2014 La piste d\u2019Arkansas passe par là ?\u2014 Je vous y conduis.D un bond, Joël fut près d\u2019elle, maintenant sa monture d\u2019une main ferme et experte.Dorothy était plus belle que jamais avec sa chevelure pleine de reflets fauves qui retombait lourdement sur ses épaules.Scs grands yeux dévisageaient le jeune cavalier.\u2014 Mais je te reconnais, tu es un habitué de la Pépite.Joël MacCowen enleva d\u2019un geste son chapeau : \u2014 Vous m\u2019avez fait l\u2019honneur de me parler l\u2019autre soir .Dorothy baissa la tête et talonna sa monture.Les deux cavaliers se mirent en route, I un à côté de l\u2019autre, au pas tranquille de leurs chevaux.\u2022 \u2014L\u2019honneur, c\u2019est un bien grand mot pour une fille comme moi, dit 44 Le Samedi, Montréal, 7 novembre 1959 Dorothy.Les hommes du Nord sont galants.Mes chansons te plaisent, mais moi, je les chante pour vivre.Et quand la belle romance est finie je retrouve la vie dure, cruelle et égoïste des hommes de l\u2019Arkansas.Elle s\u2019exprimait de cette voix un peu sourde et âpre qui donnait tant de vérité à scs chants.Et Joël l\u2019écoutait comme si, pour la première fois, l\u2019existence déchirait son voile.\u2014 El toi, c\u2019est ici que tu passes tes journées ?dit-elle.\u2014 Oui.c\u2019est ici, dit Joël.Parmi les troupeaux, ou à diriger les équipes de noirs qui déchargent les radeaux.Depuis le point du jour, je suis libre et disparais dans les clairs espaces.A midi, je déjeune rapidement d\u2019une tranche de pain et d\u2019un morceau de porc.Et le soir je file à travers le moor .pour me retrouver à La Pépite.\u2014 Et après une journée aussi limpide tu vas t\u2019enfermer au cabaret ?Joël tourna la tête vers Dorothy et ses yeux où brillaient des paillettes, avaient un tel éclat qu\u2019elle baissa le front.\u2014 Et.tu ne fais aucun commerce ?dit-elle.Tu ne trafiques pas sur le gin ou la coco ?Joël éclata de rire.A quoi bon se compliquer l\u2019existence ?Je travaille pour mon oncle, c\u2019est tout.Et quand je me retrouve chaque matin entre le ciel et nies chevaux, avec de la vie plein les muscles, le coeur léger, l\u2019esprit clair, qu ai-je besoin d\u2019autre pour vivre ?Dorothy regardait maintenant ce grand garçon, plein de lumière dont les larges épaules étaient légèrement penchées en arrière et qui souriait content de lui.\u2014 C\u2019est curieux, dit-elle de sa voix un peu rauque.Jamais un homme a Arkansas ne m\u2019a parlé comme toi.Ils ne recherchent tous que leur plaisir ou leur intérêt.11 est dangereux ici d\u2019être désintéressé ! Ils étaient arrivés sur le sentier.L\u2019air était lumineux.On apercevait dans le lointain, les premières maisons de la ville.\u2014 Heureux garçon, dit-elle \u2014 A ce soir ! Et se redressant sur sa selle, d\u2019un bref commandement de jambes, elle lança sa monture au galop.* * * Quand Joël entra ce soir-là à La Pépite, des regards d\u2019envie se tournèrent vers lui.Il portait suspendue à sa ceinture, une bourse gonflée de louis d\u2019or et encadrée de deux pistolets impressionnants.Il se rendait à Los Angeles pour y régler les comptes de son oncle.Certes, il ne lui avait pas dit qu\u2019il s\u2019arrêterait au cabaret.Fier de son importance, il s\u2019assit au centre de la salle, en attendant Dorothy.Après son tour de chant, avant de le rejoindre, elle s\u2019arrêta au comptoir, longuement.Elle se tenait à proximité de deux hommes, l\u2019un, sorte de géant hirsute, et l\u2019autre, gros, vêtu de gris, coiffé d\u2019un chapeau melon, et mâchonnant un cigare.Et Joël, plus solide que jamais ce soir-là, tout pénétré de sa mission, s\u2019impatientait à sa table.Enfin Dorothy vint à lui.Elle s\u2019assit rapidement en face du « gosse », elle était pâle et sa voix tremblait.-Joël, dit-elle, il faut que tu partes.Tout de suite.Comme il la regardait sans comprendre, elle posa les mains sur son bras.\u2014 Je t\u2019en supplie, Joël.C\u2019est une bourse d\u2019or que tu as à ta ceinture ?Et après ?-L\u2019homme en gris est le patron de l\u2019établissement.C\u2019est un être dur et sans scrupules.Chaque homme qui entre ici avec de l\u2019argent, s\u2019il n\u2019est pas soutenu par une bande, est sûr d\u2019être dépouillé.Joël s\u2019était cabré comme un jeune poulain, et avec impétuosité il s\u2019écria : \u2014 Mais j\u2019ai mes pistolets ! \u2014 Tu es jeune et inexpérimenté, Joël.Que peux-tu faire contre tous ces hommes l Ils te tueraient \u2014 Oui j\u2019en suis sûre, ils te tueraient ! Voilà deux ans que je vis avec eux et que je subis leurs moeurs impitoyables.Pour l\u2019argent, ils ne reculent devant aucune bassesse.Ses yeux se mouillaient de larmes.- Mais alors, reprit Joël, votre vie est odieuse ici.Personne ne vous aime, sinon pour le rapport que vous procurez.Je ne vous laisserai pas, je me défendrai, je vous défendrai ! Joël, supplia Dorothy, pense à ton oncle, à son commerce.Et puis aussi, ajouta-t-elle plus bas, fais-lc pour moi.Le jeune homme la regarda d\u2019un air de surprise ravie : \u2014 Pour vous?Chère Dorothy, avez-vous autre chose pour moi que de l\u2019amitié ?Elle le regarda d\u2019un air suppliant.J\u2019ai le droit de\tt\u2019aimer,\tJoël, mais pas toi.\tTu es un être\texceptionnel dans ce milieu\tinfâme,\tla vraie pépite qui\tbrille au sein\tdu vil métal.Tu es fort de toute ta jeunesse, de tes dons,\tde ton espoir\tintact.Il ne faut pas les avilir\tauprès\td\u2019une femme comme\tmoi .\u2014 Dorothy ! Dorothy ! balbutiait Joël.Quel soir merveilleux ! \u2014 Va-t-en, continuait Dorothy.Il le faut.Toi, si fort et si courageux, serais-tu faible en face de l\u2019amour ?Je me suis désaltérée à la source de tes illusions et de tes rêves, Joël, sans que tu le saches.Le monde dans lequel je vis ne te ressemble pas .\u2014 Que m\u2019importe, cria Joël, ce que tu faisais jusque là.Je suis assez fort pour t\u2019emporter loin de ce monde affreux.C\u2019est ton âme de maintenant que je veux.Dès le premier jour, je me suis accroché à toi, avec toutes les puissances de mon être.L\u2019amour est une Rédemption .Ils se regardèrent éperdument tous les deux.Il leur semblait maintenant qu\u2019ils étaient suspendus dans la fumée, au-dessus des tables, au-dessus du peuple qui s\u2019agitait sous eux dans l\u2019or et dans l\u2019orgie.Il n\u2019y avait plus que Joël et Dorothy, face à face dans un grand silence et une grande lumière.Quand la foule commença à diminuer dans la salle et que, seuls, quelques ivrognes restaient accrochés au comptoir, l\u2019homme en gris entra dans la chambre de Dorothy.Elle était en train de peigner devant la glace ses longs cheveux noirs.Il se posta derrière son siège, jambes écartées, mains aux poches, tout en fumant son cigare bagué et le promenant d\u2019un coin à l\u2019autre de sa bouche.\u2014 Alors, Madame a un Don Juan ?dit-il.Dorothy haussa ses belles épaules blanches.L\u2019homme y posa sa grosse main jaunâtre où brillait un rubis.Et se penchant au-dessus de la tête brune : \u2014 Pourquoi est-il parti si vite le jeune cavalier à la bourse d\u2019or ?\u2014 Je n\u2019en sais rien.L\u2019homme mâcha son cigare avec impatience.\u2014 Tous les soirs tu le rejoins, reprit-il.C\u2019est à croire qu\u2019il n\u2019y a que lui.Tout à l\u2019heure tu m\u2019as entendu discuter avec le grand Géorgie, et tu as averti le beau monsieur du coup qu\u2019on préparait.Hein ! dis-le ?Dorothy faisait mine d\u2019être absorbée par sa toilette et ne répondit pas.Mais son coeur battait follement.L\u2019homme la secoua durement.\u2014 Alors, on achète des diamants, on fait une situation à Madame, et elle fait échouer stupidement une affaire qui sert à son entretien ?\u2014 Laisse-moi donc, disait Dorothy, laisse-moi ! Elle s\u2019était levée, et des larmes brillaient dans son visage farouche.L\u2019individu l\u2019avait saisie par les bras et la tenait sauvagement devant lui, la bouche tordue d\u2019un mauvais sourire.\u2014 Tu ne pleures jamais avec moi, dit-il, l\u2019aimerais-tu par hasard?Dorothy d\u2019un geste fière releva la tête et fixa l\u2019homme.Ses boucles brunes s\u2019écrasaient comme de lourdes grappes, sur ses douces épaules.Sa gorge était toute éclairée.\u2014Et si je l\u2019aimais, après tout, dit-elle avec une voix que la passion rendait plus âpre et plus belle.N\u2019ai-je pas le droit d\u2019aimer moi aussi Je ne vis qu\u2019avec des êtres répugnants, comme toi, comme tous.Des trafiquants et des pirates à qui je vends mon âme, entre deux forfaits.Mon cavalier m\u2019a appris le goût des larmes.11 m\u2019a apporté la fraîcheur et la joie dans cette aridité sans fin.Sa jeunesse et ses illusions m\u2019ont lavée de tous vos péchés.Et maintenant je vous hais, calmement, silencieusement mais implacablement, je vous hais ! L\u2019homme l\u2019avait lâchée.De ses petits yeux cruels et gris comme son chapeau melon, il l\u2019observait.Puis il tira un pistolet de sa poche et le fit sauter dans le creux de sa main : \u2014 Ces sortes de maladies ne peuvent se guérir que par ça ! dit-il en ricanant.Gare à ton Joël, si je le revois ici ! Dorothy avait averti l\u2019oncle de Joël, pour l\u2019empêcher de mettre les pieds, à son retour, à La Pépite cPOr.Mais Joël, sans passer au ranch, prit directement le chemin du cabaret.N\u2019ayant plus aucun argent que pouvait-il redouter ?Lorsqu\u2019il entra, Dorothy était sur la scène et chantait, plus grave et belle qu'à l\u2019ordinaire.Tous à coup, elle aperçut Joël, dans le fond, qui se tenait près de la porte.Alors il sembla qu\u2019elle mettait encore plus de passion dans son chant.Et le gosse restait émerveillé écoutant les strophes harmonieuses qui semblaient ne s\u2019adresser qu\u2019à lui : Du bonheur, ce n\u2019est point l\u2019instant, mon amour, mon amour, va-t-en ! .Un homme en gris, coiffé d\u2019un chapeau melon, traversa la salle, et comme Joël faisait mine d\u2019aller s\u2019asseoir, il se sentit happé par derrière et entraîné dehors.Sur la scène, Dorothy, de sa voix âpre et chaude continuait sa mélodie plaintive.Ses bras se tordaient comme.dans une véritable douleur.De près on aurait pu voir d\u2019abondantes larmes ruisseler sur ses joues.Son regard ne quittait pas l\u2019entrée.On entendit dehors, un coup de feu, comme tant d\u2019autres dans une soirée.Puis l\u2019homme en gris rentra seul, en ajustant ses manchettes.Dorothy était toute pâle.Elle crut qu\u2019elle allait mourir.C\u2019était à l\u2019instant où elle achevait sa romance, qui disait que le bonheur est au-devant de nous.\u2014 FIN \u2014 Le Samedi, Montréal, 7 novembre 7959 Chime criminelle 45 LES BANQUIERS DE ROUGEMONT par
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