Le Monde illustré, 10 février 1894, samedi 10 février 1894
[" LE MONDE ILLUSTRE 7 ABONNEMENTS: 10ux ANNÉE, No 510 - SAMEDI, nen, 83.00 - - - Six mois.81.50 10 FEVRIER 1894 ANNONCES | Quatre mois, $1.00, payable d'avance Vrndu dans les dépôts - - 5 cents la copie BERTHIAUME & SABOURIN, PROPRISTAIRES.Insertions subséquentes - - - - bombs BUREAUX, 40, PLACE JAOQUES-CARTIER, MONTRÉAL.Tarif spécial pour annonces à long terme : | .su A .Ne, we i NLL DR pres LÉ \u2018 vit roe \u201cPuget rd 3e > ape VUKS DES PRINCIPALES ATTRACTI )NS8 DU CARNAVAL DE QUEBEC DRSRIN DK LA CIF ARMATRONG D APRÈS UNE PHOTOGRAPHIE DK ! REAUDRY 482 LE MONDE ILLUSTRE re LE MONDE ILLUSTRE MONTREAL, 10 FEVRIER 1854 SOMMAIRE Trxre \u2014Entre-Nous, par Léon Ledieu.\u2014Chronique, par Hermance \u2014Carnet du \u2018\u2018 Monde 1llustré,\u201d\u2014Nou- velle canadienne : Les étrennes de Jusephte (avec vur-), par Régie Roy.- Le carnaval de Québec.\u2014 rimes du mois de jauvier : Liste des réclamants.- Poésie : Le semeur, par Louis Veuillot \u2014Nouvelle : La peur, par Emile tiaillot.\u2014Chron'que trifluvienne, Gérald.\u2014La femme au foyer, par J.O.D.\u2014Le ieutenant de vaisseau Tlegoney (avec portrait) \u2014 Propos du dout-ur.\u2014 Ciuserie carnavalesque.par Fauvette \u2014 Les troubles en Sicile.\u2014Notes et faits : Variétés judiciaire« : Vieox proverbes : Apologues ; Las disparus de 1393 \u2014Nouvelles à la main.\u2014 Galerie échiquenne.\u2014 Feuilletons : En famille et les Mangeurs de feu.Gravures \u2014Canada : Vues des principeles attractions du carnaval de Québec.\u2014 Italie : Les troublen én Sicile \u2014 La leçon de patinage.\u2014 Portrait de M.John Henderson.\u2014Lravure du feuilleton.PRIMES A TOUS NOS LECTEURS Ls Mowns ILLUSTRÉ réserve à ses lecteurs mêmes l'escompte ou la commission que d'autres journaux paient à des agents de circulation.Tous lea mois, il fait la distribution gratuite, parmi ses cliente, du montant ainsi économisé.Les primes mensuelles que notre journal peut, de cette sorte, répartir parmi ses lecteurs sont au nombre de 94 ; soit, 86 de une piastre chacune, et puis un des divers prix suivants : $2, $3, $4, 85, $10, $15, $25 et $50.Nous constituons par là, comme les rélateurs du Monns ILLUSTRÉ, tous nos lecteurs, et pour égaliser les chances tous sont mis sur le même pied de rivalité ; c\u2019est le sort qui décide entr'\u2019eux.Le tirage se fait le ler samedi de chaque mois, par trois personnes choisies par l'assemblée.Aucune prime ne sera payée après les 30 jours Qui suivront chaque tirage.A NOS LECTEURS Afin d'éviter tout retard et toute erreur dans la réception des correspondances, prière d'adresser lettres et communications comme suit : LE MONDE ILLUSTRE, Tiroir 1070, Montréa ENTREUNOUS.ADY Aberdeen vient de publier ses notes de voyage dans un charmant volume intitulé : Through Canada with a Kodak.Comme l\u2019a dit une An- Klaise d'esprit : \u201c C\u2019est un livre qu'on lit volontiers un jour sombre, comme nous en avons eus tant cette se maine, car sa reliure renferme un rayon de soleil de printemps.\u201d Bien que tout soit à lire dans ce journal de voyage, je ne m'occuperai, pour le moment, que de ce qui nous intéres«e plas particulièrement, de ses réfl>xions à notre sujet et sur notre province.Qaébec enchante lady Aberdeen.Aucuns mots ne pourront jamais décrire Québec, dit-elle dans son enthousiasme ; et vous devez essayer de vous en faire une idée d'après les dessins que nous vous donnons.Nous l'avons vu par tous les tempe : dans la lumière incertaine et rosée de l'aurore, à notre arrivée ; puis, au milieu des hurlements de la templte ; une autre fois, quand ses clochers étinoelaient au splendide soleil de midi ; puis encore, alora que les tons gris de ses vieux pignons se transformaient aux lueuru du crépuscule.Québec produit une étrauge fascination sur le visiteur ; il le transporte dans le passé, qu'il le veuille ou non ; le milieu qui l'entoure le dowine et c\u2019est la seule ville, à mon sens, qui puime exer cer sur ses enfants le même charme, indéfiniseahle et puissant, que produit aur nous, F:ossnis, notre incomparable ** Auld Reekie.\u201d Des choses, lady Aberdeen passe sux hommes, et voici comment elle nous juge : \u201cUn mot des Canadiens français.Cest un peuple économe, satisfait, religieux et respectant les lois.\u201d Un Français narait dit : craiguaut Dieu et les gendarmes.\u2018* L'air de la France moderne n'est jamais arrivé jusqu'à eux et ce sont encore les mêmes simples paysans normands et bretons qui sont venus il y à des centaines d'années.\u201d Lady Aberdeen tombe dans l'erreur commune à bien des voyageurs qui persistent à ne voir dans les Canadiens que des gens qu\u2019une fée aurait touchés de sa baguette, il y a deux cents ans, pour les endormir, comme dans la ** Belle au bois dormant,\u201d et qu\u2019eax, touristes, ont réveilléa tous a coup, en arrivant an pays.Et ce jugement erronné a été fait et répété tant de fois qu'ii est presqu'impuasible de les convaincre du contraire.Au fait, nous voyons tous les jours dez \u201ctrangers qui prétendent avoir décuuvert la terrasse Frontenac.\u2018\u201c Les Canadiens ajoutent l'auteur, sont très soumis aax prêtres, qui exercent une grande in fluence sur eux et leurs affaires de famille.les règles sont très strictes, pour la danse, les promenades en raquettes et autres amusements.Elles de viennent cependant moina sévères.Par exemple, il y & cinquante ans, il était absolument défendu de manger de la viande pendant les quarante jours du Carême, ce qui était souvent bien dûr, dans un climat aussi rigoureux.Cette loi n'est plus aussi sévère depuis quelques années.\u201d Voilà un passage qui n\u2019est pas tout à fait exact, - mais, passons.L'habileté des colons québecquois l\u2019'étonne ; la calèche donne matière à une description très spirituelle de ce véhicule.Montréal ravit Ialy Aberdeen ; l'hôtsl Windsor eb la montagne loi fonrnissent le sujet de deux pages fort bien senties.*,* Pendant son court séjour à Montréal, lady Aberde+n a passé une soirée chez sir Donald Smith, un des millionnaires les plus généreux et les plus sympathiques de notre pays.Cat enfunt de la laborieuse et intelligente Ecosse, qui a produit tant d'hommes éminents, est une preuve vivante de ce que peuvent le travail et l'énergie.Au début de la vie, petit employé de la puissante compagnie de la Baie d Hudson, égaré, perdu ignoré au petit poste de Mingao, il est devenu le chef de cette armée de trappeurs, de chas- seu, d'employés qui règne sur l'immense territoire du pays des fourrures de l'Amérique du Nord.C'est de plas un financier hors ligae qui a ou l'esprit que nombre de journalistes n'ont pas, de devenir millionnaire.Ce n\u2019est pas un parvenu ; il est arrivé par son talent, les circonstances aidant, bien entendu, mais il sait employer l'or que la fortune lui a donné ; chaque fois qu'on s'adresse à lai pour une bonne œuvre, son chèque est prêt.*,* Mais, je m'éloigue de mon sujet, par sym- psthie pour ce philanthrope.Je disais que lady Aberdeen avait pas:é une soirée chez sir Donald Smith, et son récit est char mant ; elle dit le plus grand bien des personnes qu'elle y & rencontrées et surtout de cet excellent homme, le père Lacombe, le missionnaire bien connu de tous ceux qui ont été mélés d\u2019une manière ou de l'autre, à la rébellion da Nord Ouest.Elle a bien compris le caractère de l'oblat qui a conracré aa jeunesse, sa vie, à ses chers sauvages, comme ils les appulle, et dont l'influenos est ai grande dans les prairies.*,* Lady Aberdeen doune une courte descrip tion de la splendide résidence de sir Donald Smith Eile visite aa galerie de tableaux et remarqua Ia présence d'une toile due au pinceau d'au peintre français, qui représente une scène française et ca tholique : Les Communautés, eans nommer l'artiste, Je l'en félicite, car la photogravare qui illustre son livre donne une pauvre idée de o chef d'œuvre de l'art moderne, de Jules Breton.Les illustrations, du reste, sont très faibles ct ne sont pas dignes du texte.Ce n\u2019est pas la fauta de lady Aberdeen, je le sais, mais l'édition n'a pas été à la hauteur du sujet.Après Montréal, l\u2019auteur se dirige vers l\u2019Ouest où je ne la suivrai pas aujourd'hui ; mais, je le répète, tout est à lire dans oe livre, très bien écrit, qui a sa place dans toutes les bibliothèques, *,* Corbett à battu Mitchell ot à gagné vingt mille dollare en buit minates.Sallivan a été battu par sa femme, qui a tapé dur et ferme sur son seigneur eb maitre, A coups de manche à balsi Avoir été le champion du moude et se faire battre par une femme (1), c'est raide.Décide ment, sa couronne est tombée de lance on que nouille.*,* Fu parlant d'hommes forts, je pense a l'Homme Canon, actuellement député français, qui ne ressemble en rien à ces vulgairne assommeurs avglais et américains.Voici que'ques renseignements que je trouve dans Un journal françaie, sur ce nouveau législs teur: \u201c M Vaillod, le véritable nom de celui qui s'est rendu célèbre à Paris sous le pseudonyme de l'Homme-Canon, n'est pas un inconna dans l'ar rondiesement de Saint Ciaude.Il est conseiller municipal depuis dix ans au moins.À vingt ans, le 5 août 1-70, M.Vui'lod était brigadier-fosrrier au de curas:iers à l'escadrou de dépôs ; ne pouvant en cette qualité, partir immédiatement à la fron tière, il renduit ses galons et entrait comme simple cavalier de 2e classe dana un escadron actif ; en cette qualité, il prenait part à la charge célèbre des cuirassiers de Reischuffen, où il était blessé au bras gauche par un éclat d'ubus.\u201c Voslà qui n\u2019est pas mal, n'ent-ce pas ! \u201c Chez son père, propriétaire aisé de lons-le Saulnier, à la fois boulanger et propriétaire de vignes, il fat successivement mitron et vigneron .puis il s'établit marchand de vins en gros et épouss Mlle Arbel.Il habitait alors Saint-Lupicin, prèr de Saint Claude, uù en qua ité de conseiller mani cipal, il faisait ges débats dans la vie politique.\u201c Le nouvel élu habite, depuis peu de mois.place Denfert, na-dessus d\u2019un café de France, dont il est le propriétaire.\u201c Dune haute stature, les épaules larges of fortes, la poitrine puissante ; les yeux sont très doux, le front très large, la physionomie & Ia fois intelligente et bon enfant.\u201c\u201c Tla raconté le plus simplement du monde à un de nos confrères comment il est entré aux Fulies Bergère.Sait-on seulement, dit-il, comment je fus amené à me faire engager aux Fulies-Ber gère 1 + \u2014Je ne crois pas , aaus doute parce que votre commerce de vins en gros périclitait.* \u2014Kh bien ! pas du tout, reprend mon inter locuteur, mes affaires étair nt prospères.Mais voilà, il y a quelque chose d'un peu excentrique dans ms nature.J'ai toujoure aimé et pratiqué la gymnas tique : la nature m'a doué d'une certaine force qui 8 été appréciée, mais que moi-même j'apprécie peu.* Cependant, je m'en suis servi : un soir, je déclarai devant des amis qu'on pout arriver à des \u2014\u2014\u2014 = =~ - \u2014 choses {nvraisemblables au moyen de l'entraînement.L'un d'eux, sceptique, répliqua : \u201c \u2014 Vous n\u2019arrêteriez pas un boulet de canon, per exemple ! \u201c Je prétendis aussitôt que ce'a pouvait parfaitement se faire, à la condition de bien prendre soin de doser convenablement Ia charge de poudre.Un s'engages promptement : l'enjeu était une uteille de bière, un gain bien modique, comme vous voyez ! Ï] avait été convena que j'aurais deux mois pour réaliser ce que j'avais atlirmé être possible.\u201c \u2014Au bout d\u2019un mois et demi j'avais fait fondre un canon : je réussissais l'expérience, j'avais gagné mon pari.« _\u2014 Vous n'avez jamais été bleasé par le boulet 1 + 8i, quelquefois, mais les blessures étaient in- sigoifiantes.# Vuillod m'établit alors, en quelque sorte, chiffres en main, comment il & pu parvenir à ce tour de force et d'adresse : il prend un papier, me fait le dessin d\u2019un canon, pois il pose et résout un véritab'e théorème de géométrie.\u201c J'avone que je suis très séduit par la netteté de nes explications et la précision de sa parole : le député de S sint-Claude n\u2019est certainement pas un homme banal.\u201d mem © CHRONIQUE v1 est chargé de la chronique religiense da Moxpe ILLUSTRE ! Pour cette fuis, et ce ne sera pas la première, c'est mani.Mon Dieu ! ce genre en- nuirait-il les lecteurs habituels du Monk ILLUSTRÉ ?Car il est la partout notre journal : chez le jeune, chez le vieux ; chez l'humble, chez le mondain.Eh bien, je suis facile, et vous allez le voir : on me lira ou on ne me lira point, ad libstum.Ti en reste tout plein des colonnes agréables et fort intéressantes.* + * Partout, quand l\u2019archet s'est lagsé entre les doigte du chef d'orchestre, quand la dernière polka a battu sa dernière cad nce, quand la dernière valse a enivré son dernier valseur, quand, d\u2019un carnaval bien rempli par toutes sortes de frémissante vertiges, la dernière heure est tombée, comme tombent, chaque année, toutes nos fièvres, tous nos rêves, toutes nos illusions, quand nous sommes entrés en ces jours où l'Eglise, après nous avoir permis beaucoup de licences, veut nous eu- gager à penser sérieusement aux graude devoirs, ne fait il pas bon de remplacer les parfums capiteux par ceax de l'encens et de laisser descendre en son Âme, après tant de griseries mondaines, l'ivresse des ivresses : celle que l\u2019on peut savourer longuement sans risquer d\u2019y laisser quelque chose de sa naiveté, de son calme bonheur ?.\u2026.+ + Un jour de ces semaines dernières, la gracieuse chapelle Notre-Dame de Lourdres avait convié tout un monde à une de cos fêtes auxquelles se mélent et se retrempent le cœur et l'âme.Les invitations étaient lancées depuis quinze jours «léjà, et jamais hôtesse ne s'est faite si sou riante et si belle pour accueillir des visite ura.Nous étions là un trés grand nombre de personnes, et bien mal avisée aurait été celle qui ee serait crue dans une promiscuité indigne de sa distinotion.LE MONDE ILLUSTRE dus Il o\u2019agissait de la fête de Sainte-Agnès, patronne de la Société des Enfants de Marie.Pe M.le curé de Saint Jacques voulut prendre sur ses occupa'ions nombreuses de ce jour pour honores la société de sa présence et loi adresser la parole : \u201c Je vais, dit il, vous entretenir d'au sujet qui vous étonnera peut-être, mais qui est pour vous d'ane importance capitale : Mesdemwiselles, Méfiez-vous deu homunes / Et grands dieux ! à quoi bon trente-six chemins ! Le directeur epirituel d'un cercle de jeunes gens \u2014et quand j'écris spirituel, je l'entends dans les deux acceptions du mot-\u2014n\u2019a-t-il paw pris sa voix la plus grave, la plus profonde pour s'adresser ainei à son auditoire d'élite, il y a quelque temps passé.\u201cMes amis, leur dit-il, méfiez-vous des femmes !\u201d Qu\u2019a-til pu ajouter, ce savant abbé ?Je n\u2019en sais rien.Mais si un hotame averti en vaut deux, que dire donc d'one femme sous la même circonstance 1 Et certes, M.le curé de Saint-Jacques a très bien traité son sujet.\u201c La femue, a-t il continué, est la brebis de la bergerie : timide et craintive\u2014bélas ! curieuse un peu\u2014que le plus lég-r bruit met en éveil, qui veut voir et.être vue.\u201c L'homme, c'est le loup !.Oai, messieurs, le loup ! monsieur le curé l\u2019a dit : le loup ! qui discrètement d'abord vient reconnaître le terrain, puis, qui, enhardi par la séduction de sa proie, fond sur elle.* Mesdemoiselles, méfiez vous des hommes ! \" + + Je ne vesx pourtant pas paraître méchante, et je n'ai pas la prétention non plus de pouvoir citer textuellement monsieur le prédicateur puisque je n'ai pris aucune note alors, mais je puis dire que son texte, il l'a traité paternellement, et en maître sur l'expérience de la vie réelle ?Ya t-il des bons loups et des mauvais loups / Je l'ignore.Mais il paraitrait qu'il y à des hommes bons et des hommes mauvais.C'est encore monsieur le curé qui l'a dit.Et ce n\u2019est qu\u2019envers cette dernière catégorie que les /illes à marier doivent être en garde.Calmez-vous, braves jeunes gens, qui avez toutes les qualités et toutes les aptitudes nécessaires pour faire des maris modèles.Mais ce qu'il en faut de ces qualités et de ces aptitudes ! Si un jeune homme est eans principes de reli- ginn ou do morale,-et comment séparer l\u2019une de l\u2019autre !-\u2014 Il faut l'éloigner Si an jeur © homme est adonné à l'intempérance, iuutile pour la jeune fille de dire : je le converrirai ! A l'âge où un jeune homme se marie, son éducation est faite, si elle \u2018st mauvaise, rien n\u2019y fcra Il faut l\u2019éloigner.Ni un jeune homme ne sait être digue en la présence d'une jeune fille, ne sait la respecter eb se respecter lui-même par ees paroles, ses manières autant que par ees actions :\u2014au large encore celui-là.Etc, etc, etc.Puis la jeune fille ?N\u2019a-t-elle pas aussi une ligne de conduite à observer, et à observer ecrupuleuse- ment envers elle-même \u2019 Mais je ne vais pas être aussi indiscrète et répéter, comme un perroquet, tout ce qui s\u2019est dit là, à huis clos, dans cette assemblée où le sexe barbu n'a pu faire faiblir la consigne et se faire représenter par le plus insignifiant des atômes.LR J + Le chant et la musique ont été à la hanteur de la fate, et 'organiste dévouée, quiest aussi la directrice du chœur, je crois, a droit à une part sensible de reconnaisssnce chez les Enfants de Marie, puisque, malgré les circonstances exceptionnellement douloureuses qu'elle a eues à traverser, le devoir l\u2019a trouvée là toujours, accomplissant, avec cette fatigue que l'on sait, la tâche qu\u2019elle s'est imposée depuis e si longues années déjà.Donc, après avoir payé notre tribut d'hommages à monsieur le curé de Saint Jacques pour les sages avis qu'il nous à donnés, faisons aussi la part du directeur zélé de la Société des Enfants de Marie ur tout ce qu\u2019il a mia da sien dans la solennité e cette fête de Sainte-Agnès.À l\u2019organiste, notre lurge part aussi de remer- ciementa et de sympathies.Wyma CARNET DE LA CUISINIERE M.l'abbé Paquette, de Québec, vient de faire parsitre ou volume de commentaires sur la Somme de saint Thomas.+ * Le mariage est une chose sérieuse en Australie.Les tribanaux viennent d\u2019en annuler un parce que la femme avait trompé son mari.en se rajeunissant de quinze ans \u2018 .+ » M.l'abb$ Blanchard, curé de Saint-Hiinire, a donné sa démissi« n, pour caure de mauvaire santé Tl sera désormais chapelain des sœurs de la miséricorde à Saint Hilaire.+ .Un article du Pal! Mall Gazette n causé beav- coup d'émotion en Angleterr:.en annonçant que M.Gladstone donnerait sous peu ea démission.Le glorieux vieillard est actuellement en France, à Biarritz.Rien cependant n\u2019est encore venu confirmer cette nouvelle à sensation.+ +* +.On a célébré, la semaine dernière.les funéraille- de la Révérende Sœur Sainte-Aldégonde, de la Congrégation de Notse-Dame.Son nom de famille était Marie Murphy.et elle était -œur du Rév.P -J.-Marie Murrhy, Trappiste, à Montréal, et de MM.Murphy Frères, de cette ville.* + * Phipps devant Québec.\u2014Tel est le titre d'un nouvel ouvrage historique dont on annonce l'apparition prochaine L'auteur, M.Ernest Myrand, un québecqunis, a su donner à son ouvrage un puissant intérêt, et hannir de son style la froideur qui règne ordinairement dans ce genre de recherches historiques.+ + * La station du carême, a Notre-Dame, sers prêchée, cette année, par M.l'abbé de Montigny, chanoine de Bordeaux (France).Ce prédicateur, dont la renommée est déjà bien établie là-bas, s\u2019est embarqué samedi, le 22 janvier, pour le Canada, avec M.l'abbé Collin, supérieur du Séminaire de Montréal.Ils seront arrivés ici, probs- blament.au moment où paraîtront ces lignes.+ + + PETITE POSTE EN FAMILLE \u2014 Ludo, Montréal.\u2014Reçu votre lettre eb votre poésie.Ni vos précédents articles, ni votre dernière poésie n'ont pu être acceptés.J.Lanos, Halifax.\u2014Merci pour votre dernier article qui paraîtra prochainement, si possible.Ce n'eat pas le respect qui s'en va, nuin tout ce qui est respectable.\u2014 J.-J.Weiss. 434 LES ETRENNES DE JOSEPHTE K jour naissait.Six heures allaient bientôt sonner chez M.Pierre Latour, cultivateur, demenrant à quatre lieues de Montréal.Mil.huit cent quatre - vingt- treize exhalait son dernier soupir : le jour qui commençait était le 31 décembre, et, en ce moment, il n\u2019y avait dane la maison que Mme Latour, occupée à préparer le déjeuner de ron seigneur.La pièce où elle était servait de cuisine et de salle à mangar ; tont était propre et luisant, mais modeste, criant misère, quoique le propriétaire fut réputé riche Le podle sur lequel elle faisait frire une maigre omelette était craqué à plusieurs endroits ; la lampe qui éclairait cet intérieur permettait de lire sur le vissge mince et pâle de la ménagère la peine et le souci, la vie rude et laborieuse ; les satalognes qui couvraient le plancher avaient été souvent reprisées et, n'en pouvant p'us, s\u2019en al laient en lambeaux.Mme Latour n'avait pas ce qu\u2019il loi fa'lit pour les remplacer par d'autres, et son époux avaricieux ne lui voulait pas acheter de tapis.Tout à coup, des bruits de pas dehors, sous les quel la neige craquait, se rapprochèrent de la mai: son, et bientôt on homme entra tenant de la main gauche un fallot allumé, qu'il éteignit, et de la main droite il portait une grande chaudière pleine de lait, que Rougetre et Caillette venaient de lui céder de leurs mamelles gonflées.\u2014Eh hen ! vieille ! dé- pêche-toé ! l\u2019faut que j' sois à Montréal pour hvit heures, et du train qu'tu vas, j'erai pas rendu À dix ! \u2014C'est-i\u2019 d'ma faute Ÿ Fallait te l'ver plus d'bonne heure et allumer l'poêle à temps ; ton dé- Jeuner s\u2019rait paré i\u2019 a un\u2019 bonne escousse.Elle dit ceci calinement, comme si elle lui débitait an beau compliment.Depuis longtemps, l'avarice de son mari, et, partant de là, son indifférence à tenir ra maison sur le même pied que dans les premières années de son mariage, dans sa hâte d\u2019amasser, avait apporté dans le ménaga une froideur qui fit trouver la vie pesante à Josephte, et finalement elle vaquait à ses occupations quoti.diennas, machinalement, sans goût, sans plai ir.Au début, la vie à deux leur avait sourit.M.La- tour avait eu de son père un joli morceau da terre, et avec ce que son épouse apportait en dot, les jeunes gens pouvaient envissger l'avenir avec assez de confianon.car ils étaient travaillante et courageux.Il fallait être prévoyant en commençant et économiser pour les cas imprévus, et puis, Pierre aurait peut-être des héritiers ?.Quelques années se psssèrent ainsi, mais aucun petit ange ne vint compléter leur bonheur.Pierre avait dit un jour, lorsque une bonne occasion se présents d'a cheter un lopin de terre voisin : \u2014Achetons-le | Ci a'ra pour nos enfants.Et son domaine s'augmenta ainsi.LE MONDE ILLUSTRE Voyant enfin qu'il n'aurait pes de postérité, il n'en continus pes moins à amswer.pour leurs vieux joars, disait-il, eb enta l'amour des pièses blanches et jaunes le gagnant tout à fait, il davint avare.Et dèslors, le b mheur s'enfuit de 0 foyar.Il y avait vingt ans de cela : vingd ans peu gais, ed la vie n'offrais plus à Jovephte aucun charme.Pierre prio place à table en disant : \u2014Fäche toé pus, le mère ! J'dis pas qu'o'est d'ta faute, mé, o'qu'est curiaux, c'est qu\u2019loraque j'veux aller en ville j'su' toujours en r'tard.Elle verse, daus une assintte jaunie et craquée, l'omel-tte cuite et se mit à déjeuner.\u2014Aprda a'oir fourni mes pratiques, aujourd'hui, j'vais aller voir M\u2019eme Chabot.('« va y faire son deuxième mois d'loyer qu'a\u2019 me doé, et j'l'ai ben avertie l\u2019mois passé, quand j\u2019y ai été pour collecte\u201d, que si à\u2019 m'payait pes aujourd'hui pour les deux mois, que j'Ià frais saisir eb que j'Ià mettrais d\u2019hore.\u2014Ta d'vrais a'cir honte, Pierre, pour une quinzaine de piastres charger ton âme d'un tel méfait ! \u2014Viens don\u2019 prs ! Ta pourrais tout\u2019 dona\u201dr, toé ! Si on pense pas pour nos vieux jours, j'voudrais ben sa'oir qui's\u2019qui y peus'ra | I' faut mettre d\u2019l\u2019argent d'côté pour c'temps+-ià.Eb p'is, les gons d'la ville, quand arrive I'jour de l'an, #'i\u2019 dépensaient pas tant pour d'la boisson et toutes sortes de choses inutiles, i' en s'raient qu'mieux.; 1! monta dans'sen traineau, à la porte du restaurant.\u2014Page 484, col.: \u2014Oni ! mé, M'ame Chabot est un\u2019pauvre veuve, et çæ lui à pris ben d'l'argent pour payer l\u2019docteur et a\u2019oir des r\u2019mèdes pendant la maladie d\u2019son mari.Elle a dû e'endetter, et d\u2019puis qu'son vieux est mort, a\u2019 travaille pour tout acquitter.-\u2014Qa'a\u2019 paie «on loyer, alors ! \u2014'Oyons, Pierre.soi\u2019 plus généreux.Si a\u2019 t'paie pas c'te fois icitte, accorde lui encore un mois $ \u2014Ah ! ben non ! Tant pis pour elle! T\u2019 m'faut mon argent, moé.Et, en disant cela, il mordit méchamment dans son pain.Le repas se finit en silence.+* + + En homme pratique, notre cultivateur, en même temps qu\u2019il allait collecter le loyer dû.emportait à Montréal, pour vendre à sa clientèle, toute une traîne de dindes, oies, etc., et toute la matinée passa dans cette distribstion.Il alla prendre son diner dans un restaurant à bon marché de la côte Saint-Lambert.Pendant qu\u2019il mangeait, deux hommes prirent place à la table voisine et, comme ils a\u2019entretenaient à haute voix, notre cultivateur entendnit tout ce qu'ils dinient.Le sujet de leur conversation roulait sur le décès d'an vieillard qui, ea vie durant, avait éoonomisé, épargné, se privant de bsaucrup de choses et se donnant bien de la peine atia d'avoir une boaue aissuce pour ses vieux jours.Il venait de mourir à soixante aus, conti- nusaut toujours la même idée vers le même but.Ses biens, qui lui avaient tant coûté de privations, de misère al'aieat passer entre les mains de ses héritiers : des frères, (les sœurs, etc, car d'enfants il n'an avait point.Ces jaunes gens, aujourd'hui, se promettaient une existence douce et facile et riuient du vieil avare qui n'avait au jouir de ses richeases.Oa comprendra fasilement que ces paroles im pressionuèrent fortement M.Latour et lai donnèrent bsaucoup à penser.Som diner fini, il monta duwns son traîneau à la porte du ressaurant et se dirigea lentement vers la rue Migaonue, où demeurait cette pauvre veuve ll débattiv en lui même longa-mens quelle ligue de condaite il de vrait anivre à l'avenir.La latte entre l'avarica et de mailleurs seuti vents fat rude, mais entia le Bon l'emporta sur le Mauvais En réponse à son coup de sonnette, chez Mme Chabot, une patite filla, \u2014l'unique enfant de ln veuve, \u2014viat oavrir.Elle eat un peu frayeur en voyant le visage aux traits durs de l'avare.Celui ci sans doute, s'en aperçut.\u2014Ne crains pas, ma p'tite, lai dit-il en tâchant d'adoocir les aspérités de sa voix.N'aie pas peur, ma belle ! J'te meng'rai pas ! Ta mère est y icitte ! \u2014 Oui, mousieur.Eatrez ! Eco elle lui offrit une chaise pour s'asseoir.Vous désirez voir maman 1 Voulez vous mo d\u2018re votre nom s\u2019il vous plato Ÿ Je vais aller lui dire que vous voulez la voir.Elle cat occupée en ce moment, mais lle va venir bientôt.\u2014 Laisse faire mon nom, va toujours.Et l'enfant s'en alla annoncer à sa maman qu\u2019un homme, mis en campa- nard, aux traits dars et la voix rude, désirait lui parler.La femme tremble.C'était là le portrait de son propriétaire qui venait certainement chercher le loyer dû pout novembre et décembre.Etle ne pouvait le paver ; qua dirait-il ! que ferait il ?L'huiseier, la anisie, cette bête noire des pauvres gens ; puis.daus la rue.sans gite, sans le sou ! Où al- lert.Eb son enfant bien-aimée en mourrait.Oh ! comme elle souffrit à cette pensée ! L'année nouvelle ne commencerait pas heureusement pour elle.Ne pourrait-elle pas obtenir grâce encore pour un mois Î Qui sait{si d'ici là elle ne gagnerait pas assez pour payer un terme au moins, et pouvoir ainsi demeurer dans la maison en obtenant un autre délai ! Oh ! elle allait lui parler, le supplier ; sûrement son cœur maternel trouverait des accents assez éloquents pour émouvoir le vieil harpagon.Elle se rendit dans la chambre d'entrée où l'at tendait M.Latoar.Chez la couturière, tout était bien propre et à sa place.LA mobilier était humble, mais paraissait bien, et le bonhomme le remarquant, se di sait : \u2014C'est pas ben traître, mé pourtaut ça réjouit l'œil.Si c'était comme ç« chez nous 1 Si Josephte le voulait! Ah ! oui ! bongre ! faut ben dire aussi en tout\u2019 justice qu'c\u2019est ben un peu d'ma faute.Mais tout va changer à c't'heure.Au restaurant, en attendant parler ces deux braves gens, nes yeux s\u2019sont ouverts à la vérité.Mme Chabot entrait et interrompit son soli- logue.-\u2014Bonjour, monsieur.Vous êtes venu pour le loyer, n'est-ce pas ?Hélau ! monsieur, je suis cou turièra commençan\u2018e et ma clientèle n\u2019est pas forte enrore.Je n'ui pu jusqu'ici gigner assez pour vous donner quelque chose aujourd'hui, mais j'espère.\u2014N'vous faites pas d'peine, M'ame Chose, si yous n'avez pas d'argent, eh ben ! j'vous atten: rai.alll NSE.id hn Oh ! merci, M.Latour, comme vous êtes bon ! \u2014Vous dites que l'ouvrage ne vous presse pas beaucoup encore ?Eu feriez vous pour inoi ?c'est- à-dire pour ma femme, vous comp'renez 1 \u2014Oh ! oui, certainement.\u2014Mé, c'est qu'i\u2019 vous faudrait v'nir à la campagne, chez nous.\u2014La chose m'est égale, pourvu que je puisse emmener ma petite fille.\u2014C'est ça.emu'nez là.Pourriez-vous v'nir la s'maine qui vient Ÿ J'viendrai vous chercher en traine.Vous emport'rai vot\u2019 moulin, vot' fillette et tout c'qui vous faut.J'vous paierai c'que ça vaudra.\u2014Oui, monsieur, avec plaisir j'irai.Elle n'en pouvait croire ses oreilles.Bon propriétaire si avare ; comment avaitil tant chargé pour le meilleur ?\u2014 J'viendrai vous qu'ri\u2019, disons mercredi d'la #\u2019'maine prochaine, lui dit-il, en partant.T1 se rendit chez an marchand de ls rue Saint- Laurent, qui le connaissait bien, et où il eut sara difficulté, une somme d'argent nécessaire pour faire lee emplettes qu'il avait en tête de se procurer comme étrennes pour Josephte Toate sun après midi, et une partie de la soirée y Faesa, mais qu'importe, il était satisfait, &t si Josephte doit «inquiéter depuis quelques heures de ne le pas voir revenir, quaud il lui montrera ce qu'il avait apporter pour elle, elle ne le grendera pas beau coup.Sa bonne action de l'après-dîner l'avait mis de joyeuse humeur, et il était surpris de ee sentir si aliègre.Sur le retour chez lui, il riait tout seul, de temps en temps, et il fredonnait des bouts de chansons qu'il n\u2019a vait pas chantés depuis longtemps.Il ne se reconnai«sait plus, tant la gaieté débordait de son cœur.Il se sentait comme 1'écolier qui entre en vacances.\u2014Que j'ai été fou, se disaitiil, de m'être tant ¢chiné, et d'a\u2019vir r'fusé & Josephte les différentes choses qu'elle désirait, dans l'passé, tandis que nous aurions pu être si h'ureux tout c'temps-là : mé nous allons r\u2019compenser pour l\u2019temps perdu.Mé nous n\u2019arris'rons pas d'eitôt au train qu\u2019tu vas, ma yrise.Eh! marche dou\u2019! Réveille-toé ! Et son fouet claqua eonorement.La grise aussitôt se fit aller, ot ça marchait.Josephte était inquiète, toarmentée, de voir que son mari retardait tant, et quand elle entendit au loin sur la route, le son des grelote bien connu, elle respira plan à l'aise.-Enfin, ee dit-elle, le v'là ! Pierre remisa son traîneau, tout de suite et mit sun cheval dans l'écurie, puis revint sous la remise prendre un gros paquet qu'il apporta à la maison.\u2014Qu'as-tu don\u2019, là ?lai demanda sa femme, en le voyant entrer avec le volumineux paquet.\u2014Attends un peu, c'est pas tout : j'en ai encore d'autres dehors.Il fit deax ou trois autres voyages À sun trai- ueau, revenant chargé, chaque fois.Avant d'ouvrir les paquets, il dit à es femme, toute curieuse, que c'était des étrennes qu'il lui apportait, que depuis longtemps il ne lui en avait fait, et qu'il voulait en une fois regagner les années perdues.Joeephte d'abord ne pouvait le croire, mais il lui raconta son voyage a la ville, et ce qui l'avait subitement changé.D'un commun accord, les yeux mouillés de larmes de bonheur, ils tombèrent dans les bras lun de l\u2019autre, au bruit de deux exclamations heureuses : \u2014 Oh ! Pierre ! mon ancien Pierre ! \u2014 Chère Josephte ! Puis, se dégageant doucement, Josephte lui dit : \u2014Moé nursi, j'ai un\u2019 surprise à t'faire.C'est un présent que l'bon Dru nous envoie : nos étrennes pour 1894, J'espère que tu I'accept'ras comme moé, \u2014 Qu'est-c\u2019que c'est Ÿ qu\u2019est-c'que c'est } deman- da-til vivement.\u2014 Cette après-midi, j'étais à t'péparer un eou- per ousque j'voulais m'aurpasser, et qu'tu trouveras ben bon t\u2019-à-lheuro, quand j'entends s'ouvrir la porte de d\u2019vant, en haut, mé sans a'oir entendu personne marcher sur la gal\u2019rie ; puis la porte te l\u2019fermu douc\u2019'ment.Quiens ! que j'me dis, c'est la LE MONLE ILLOSTRE 486 \u2014_ = x x p'tite Bartrand qui m'emporte la r\u2019cette pour la Poutine aux pommes, qu'a m'a promis hier.Mé, comme j'entendais p'us rien, je m'dis, qu'est-ce qu\u2019ça veut dire Ÿ j\u2019vas voir, et devine qu'\u2019est c'que j'trouve contre la porte d'entrée 1 \u2014Ah ! ben ! J°te dis ben que j'su\u2019 pas fort su\u2019 les divines.J'abandonre ! Qu'est-c'que c'était 1 \u2014Attends, j'vas te l'ehercher.Elle sortit de l'appartement vivement et revint après une minute d'absence, portant dans as bras un paquet de linges au milieu duquel apparaissait la tête blanche d\u2019un gros bébé.11 dormait en ce moment et son petit vieage grassovillet faisait plaisir à voir.Le pauvre petit était joli à croquer.\u2014Oui, Pierre, c'est c\u2019qu'on a laissé.J'ai ben cherché à trouver qui 'a'qui pourrait nous l\u2019a\u2018oir emporté, mé j'ai pas réutai.Ainsi il est ben à nous.Dis, Pierre, veux tu qu\u2019uous l'gardiona ?(d'une voix caline, que le sexe sait prendre pour obtenir quelque faveur des seigneurs de la créa- tiou).Nous n\u2019avous pas d'enfants, nous l'adupte- rous ; nous lui donnerons ton nom ?Veux tu ?Ii est si beau, c\u2019'cher p'tit.Pierre pensait que pour on commence ment, c\u2019est un comiuencemeut un peu raide, mais enfin, ça serait bien tout.\u2014 Avant de I'adopter, dit-il, à haute vuix, fau dra qu\u2019jen parle à m'eieu l\u2019euré.Mé j'eré ben qu'\u2019i\u2019 nous l\u2019isissers.À cet instant, le bébé ouvrit ses yeux et regarda res deux nouveaux parents, en souriant.Ceci lui gagna subitement le cœur de M.Latour, qui s\u2019a mullit sous ce sourire.Le souper fut attaqué avec appétit, et fut trouvé très bon, quoique un peu refroidi Ls conversation fut animée tout le temps du repas, et l'on resta mêtue à table longtemps après, oubliant dans le bonheur retruuvé les heures qui fuyaient.Minuit sonna lentement à la pendule, rappela nos amis À ls réalité, et ce fut avec une émotion profonde qu'ils se dirnt entre deux baisers, les paroles ei connues de : \u2014 Bonne et heureuse année ! Depuis ce jour, l'enfant trouvé a été adopté par M.Latour, qui est tout fier aujourd\u2019hui de cette action.Il se promet bi n d\u2019en faire un bon cultivateur, s\u2019il vit, et, en lui inculquant l'amour de l\u2019économie, le garder de trop aimer à amasser comme lui.LE CARNAVAL DE Ql'EBE( Lundi de là semaine dernière s\u2019est ouvert, a Québec, le plus brillant carnaval qu\u2019ait jamais vu la vieil e capitale.Les illu-trations de notre première page donnent une idée des remarquables travaux en glace exé- tés en vue de cette fête superbe.En l'ab ence du gouverneur général, c\u2019est M.le waire Frémont qui a présidé à .\u2019ouverture du palais de glace dont l'architecte, M.B-rlirgnet lui a remis la clef en argent, pour lord Aberdeen.Ou a ensuito dévoilé les atatues de glace de Champlain, du P.Brébœuf et de Mgr de Laval, cette cérémonie n\u2019est accomplie au milieu des ac: clamations de la foule.Le fort de Chateaugusy a ensuite été ouvert et le maire et sa suite ont été phot graphiés sur les murailles.Puis, ces messiears ont parcouru la rue Saint-Jean, la côte du Palais et la rue Saint- Joseph, inaugarant les arcs de triomphe, ete ; ils étaient accompagnés par les d'èves da séminsire poussant des acclamations et chantant des airs nationaux.Dans la soirée, la ville présentait un aspect superbe : les illuminations sur la grande allée et sur la place de la basilique, étaient d\u2019un effet merveilleux.Le fort de glaca ed le parlement res- plendiseaient dee rayons brillants de la lumière électrique.Mardi, au wilieu d\u2019une tempête offruyable, à eu lieu la réception de lord et de lady Aberdeen.Cette réception a été réellement enthousiaste ; une foule nombreuse attendait les distingaés visiteurs à la gare où une adresse de bisnveaue leur fav préreutée.Puis leur voiture, traînée par une centaine de solides gaillards, et précédée d\u2019une fanfare, de tambours et de clairons, se mit en marche ar lea rues Suint-Nicolas, du Palais, de la Fa.rique, Buade, des Carrières, jusqu'au château Frontenac, où Son Excellence avait retenu seu appartements.Jeudi, lee événements du jour ont été la course en canots et le bal des citoyens en l'honneur du gouverneur général, le plus beau qui ait jamais ou lieu à Québec.Le lendemain a eu lieu la magnifiqua procession du carnaval, dont le succès a été fabuleux.On remarquait l'équipage superbe du gouverneur-gé- néral ; | 8 pompiers avec les voitures et instru ments de sauvetage ; la batterie de la garnison ; une magnifique locomotive en bois, œuvre de la maison Carrier ; un détachement des Hussarde Canadiens ; la grande Hermine ; les Hur ns, etc, etc.On pense que plas de 50,000 personnes sta- tionuaient sur le parcours da défilé, et on eatime à à près de 20 000 le nombre des étrangers venus à Québec à l'occasion des fêtes.Enfin, comme tout passe en ce monde, le carnaval s'est, lui aussi, terminé, mais de la façon la plus brillante par la grande fête de nuit de vendredi.Cette fête, au dire des Montréalais eux- mêmes, est la plus féérique qui re soit jamais vu au Canada.L'attaque du palais de glace a été splen dide.Plus de 70,000 personnes encombraient la place du Palais 1 égislatif, et la circulation était impossible.Le feu d'artifice a été trés remarquable : en une heure, 24 000 de piéces pyrotechniques ont été consumés.De toutes parts, les acclamations de la foule éclataient tant le spectacle était grandiose.La vieille cité de Champlain semble s'être enfin réveillée de son long sommeil, et elle se souviendra longtemps des journées de ce mémorable carnaval de 1894.PRIMES DU MOIS DE JANVIER Letirage des primes mensuelles du Monpe I .- LUSTRÉ, pour lea numéros du mois de JANVIER, qui a eu lieu samedi, le 3 février courant, a donné le résultat suivant : ler prix No.37,130.$50.00 2e prix No.16,973.25.00 3e prix No.25,167.15.00 4e prix No.38,179.10.00 5e prix No.991.5.00 6e prix No.17,595.4.00 Te prix No.7.413.3.00 8e prix No.34,992.2.00 Les numéros suivants ont gagné une piastre chacun : 372 6,327 15.279 20.406 27,504 33619 436 7,134 15,353 21,095 27,613 33,692 516 7,817 15.666 21111 27,877 34005 570 8.512 16.277 21.621 23,153 34034 1,542 8.731 16,519 22009 28,345 34590 3,416 9337 16391 22.066 28.722 35,327 3416 10,805 16.460 23,557 29.119 35,502 3,717 11016 17.296 24095 29.754 35.854 4.146 11,042 17,524 24.112 30144 36,420 4,291 11.192 17,923 24,207 31.552 16,964 4421 12094 18,284 24.278 31.726 37,520 4560 12.355 18,310 25884 32694 38419 4,657 12,443 19521 26.632 32990 39 094 4,821 13.725 20,147 27,425 33510 19,395 5,231 14,830 N.B.\u2014Toutes personnes ayant en mains des exemplaires du Mowpe ILLUSTRE, datés du mois de JANVIER, sont priées d'examiner les numé- roa imprimés en encre rouge, sur la dernière page, et, s'ils correspondent avec l\u2019un des numéros gagnants, de nous envoyer le journal'au plus tôt, avec leur adresse, afin de recevoir la prime sans retard.Nos abonnés de Québec pourront réclamer le montant de lears primes ches M.K.Béland, No.476, rue Saint-Jean, Québec fo mre eat \u2014.\" ° À A Ë as, dr mney « £7 wd \u201cwy 4 7 Py it % 9s 2- IE 3 #5 agys A ALT ve * es, 2 £5 y À N vu 7 \" w pl il 1 D A \\X BLE, Te Cu ES RU ry ÿ \u2019 PIR aN a) a iil ny J A \u2018 2 er ol M { SNE a th ne wel i hw med +} \u2018 Le À) © ve) - % 3 Lu à \u201ca } ING) / \u201c=z > MR [05 Hl nS Ÿ R bri] m- Ë .fA Ne Ve A 5 ZN (iD) 1) E) =u a) pie i Yr Ae VA a \u201cal Ae 4 A A = 24 7 -1 VF > dk SNe) Y P £ ts I À! = LA A x ) su y oN wy \u201d \u20ac G yt ): ary 23 La LG tar = NE fe g 5 a Ty JA [AR = be WW LS = N i PY «QC .* 4 fon i ru ) Tan, À = F | =~ 4 È Oy ~N te +7 r AY 2 » / Gr \\ > 1 QS A 3 -\u2014 + = ig = D ~ 7 ms çe é\" pes 34 HN nba >.Cu = PR if ao ++ u \\ w 4} EEN 2 RE ea i 3 ss CE N £ 4 re - = ra\u2019 Pd vu Pa À: X J AY af > = S En (06 iy ut NY F p= +i «20 = Be > A, er * Ed AY) op beef 2 Hn 50 Pe a a = pen Ares 3% Cy mr SM E ge 3 Gr won Aa i EAE te xy I L'explication.\u20142.Le premier mouvement.\u20143.Le second mouvement.\u2014 4.Neule ' La chute LA LEÇON DE PATIN AGE\u2014DEisiN 1's M.RICHARD LE MONDE [ILLUSTRE VU VOU DRE RE NN CNT LE SEMEUR Seul à son grand labeur, sous le ciel iuclément, Le semeur dans le champ promenait es main lente.Un charlatan, sonnant sa fantare insolente, Sur un tertre voisin monts pompeusement.1l eut autour de lui la foule en un moimnent, Fit ses tours, harangua de façon turbulente, Fiatta fort ces oisons at, séance tenante, Leur vendit son remède à tous maux, chérement.Le semeor, dans le champ, menait sou pas tranquille ; Le charlatan, piqué, taoy a cet indocile : \u2018* Eh ! là-bas, l'homme au sac, qui balance la main, \u2018* Sais-tu pas que je vends la vie et l'espérance ?** Que fate-tu quand ceux-ci boivent l\u2019eau de Jouvence * L'autre, semaut toujours, dit : ** Je leur fais du pain.Louis VaUILLOT.LA PEUR - \u2014\u2014 ENFZ, ajouta mon hôte, laissez-moi vous - \u201cfF ( ( narrer cette hi:toire, vous verrez qu'elle eu vaut la peine.y t) Je m'appro hai de la table dree- \u2018 \\ sée sous une verte toanelle tout à Æ émaillée de capucines et de cléma- EL tites.J\u2019allumai une cigarette et me de mis en devoir de bien écouter.Mon 04 interlocuteur, un brave aubergiste de l'Auvergne, à la face empourprée, commença par boire d\u2019un trait son verre de vin, acheva de vider la bouteille, puis avec des gestes larges, me raconta a peu près ainsi sa fameuse histoire : \u2014\u2014Ce que je vais vous dire, monsieur, s'est passé du temps de feu mon père Le pauvre cher homme m'en parlait souvent, et chaque fois il avait des larmes dans les yeux.Ah ! c\u2019est que c'est bien triste aussi, comme vous allez en juger.Après cette petite introductiou, mon hôte continua : * Or donc, dit-il, il y a environ une trentaine d'années.précisément à la gaison où nous sommes, pour la Saint Jean, plusieurs jeunes gens étaient venus dans le pays, en amateurs, en touriste, comme vous appelez cela, vous autres.\u201c* Un seul d'entre eux était connu de mon père, c'était le fils d'an de ses plus anciens amis, Labi- tant une ville voisine d'ici.Cen était assez pour que les vi-iteurs fassent bien ac:ueillis ; aussi, les reçut-on à bras ouverts et les servit-on en princes.* Pendant le repas, les convives, fort gais, parlèrent naturellement d\u2019ane foule de choses et plus particalièrement de la contrée.C'était à qui serait le plus jovial, à qui surenchérirait avec le plus d'esprit et de verve.Les bons mots pleuvaient dru comme grêle, que c'en était un charme, comme disait feu mon Fère.Le copieux repas, arrosé des meilleures houteilles da clos de la famille, ne fit bien entenda qu\u2019augmenter la bonne humeur de nos convives et, quand parut le deesert, la gaieté était à son comble.L'un de ces jeunes gens chanta même une chanson légère à la mode à cette époque, au refrain tous accompsgnairnt en frapaant les verres et les assiettes.Une vraie noce, enfin.\u201c Tout allait bien, et rien ne pouvait faire prévoir les événements qui allaient suivre.** Figirez-vous qu\u2019à un moment, je ne sais de quelle façon la conver-ation fut amenée aur les vieux châ-eaux si nombreux dans l'Auvergne, puis sur les légendes de plusieurs d\u2019entre eux.* Te fils de l\u2019ami de mon père profits de l'occasion pour parler de celle du vieux manoir dont vous voyez les ruines, dans le fond de cette vallée, ici en face de vous.\u201d Et mon hôte me désigna, sur la droite.une gorge assez encaissée où j'aperçus, en effet, un monceau - de ruines sur lesquelles une végétation, diffuse au tant qu\u2019exubérante, étendait ses longs rameaux.Des arbustes avaient en grand nombre poussé sur lea murs écronles, dans lue Laies des tes et des cruisées, au fond de mille crevasses lézardant de toutes parts lus trumeaux ayant résisté aux intempéries des saisons.Le soleil éclairait abondsmment tout cet amas de matériaux et de plantes et jouait bizarrement au travers des pans de murailles et dos arcatures disjointes.Des oiseaux voltigeaient par myriades, et seuls jetaient un peu de vie sur ces vestiges du passé.L'aspect de ces débris était véritablement curieux.Ju me sentis malgré moi plos intéressé au récit que me faisait mon Lôte, devinant que ce vieux castel allait vraisemblablement y jouer un rôle important.Aussi, tout attentif, le priai-je de continuer.\u2014 \u201c Comme vous vc«yez, monsieur, me «dit-il, la situation de ce château le prédeatinait certaiue- ment plus que tout aux légendes qu'on se plaio A racunter partout.* Ce qu'on disait sur oelui-ci n'avait rien de bien extraordinaire.Îl s\u2019y agiesait toujours de quelque fantastique apparition entrevue la nuit par un beau clair de luue, tantôt sur on point, tantôt sur un autre.Les versions différaient sur le lieu précis ol | hôte mystérieux du château se laissait voir ; mais toutes s'accordaient pour dépeindre son blanc costume et ses gestea désordonnés.\u201c Les témoins abondaient, et certains d'entre eux donnaient des détails si précis que force était bien aux plus sceptiques de se rendre à l'évidence.* Telle était la légende de ce château, * Le jeune homme, M.M., dont je vous ai parlé, la raconta avec force détails à ses amis au milieu de l'hilarité générale ; chacun glosait, chacun se moquait de la crédulité populaire, qui avait jusque-là accepté comme possibles d'aussi faciles plaisanteries.+ Mais M.M,., avec le plus grand sérieux du monde, soutint la vraisemblance de ces faits en les appuyant d'attestations de gens de sa connaissance, qu'il assurait être dignes da foi, etc , etc.* Un de ces jeunes gens, M.Edmond C., celui-là même qui s\u2019était fait le chansonnier de la troupe, ne tarissait pas de jeux de mots et de plaisanteries sur les revenants et autres personnages du bon vieux temps.\u201c Lorsque M.M.proposa une promcuade parmi les ruines, son contradictear fut le premier à accepter la partie.\u201c* Maiheureusement lea choses ne devaient pas en rester là.\u201c Toute la bande joyeuse s\u2019achemina donc vers le vieux château qui n'avait pas encore à cette époque l'aspect misérable qu'il à aujoard\u2019hui.\u2018 L'entablement et une partie de la couverture existaient encore ; les murs, quoique en mauvais état, étaient presque tous debout ; les arbustes épineux et les plantes sauvages n'avaient pas encore poussé dans les ouvertures.Néanmoins, le château faisait un effet lamentable, 1a nuit surtout, quand sa grande ombre, toute dentelée, s'étendait dans la plaine et que l'on entendait le brait sinistre du vent s\u2019engouffrant à l\u2019intérieur, c ù il faisait fermer les portes ou les croisées encore sur leurs gonds.Les cris plaintifs des chouettes qui avaient élu domicile en ce logis n'avaient rien non plus de très rassurant.\u201c Bref, par la vue des ruines actuelles vous pouvez vous représenter un peu ce qu'était ce manoir à l'époque dont je parle.\u201c* Les jeunes gens, accompagnés de mon père et de quelques personnes du village, vis.tèrent donc le château dans tous ses détails, et toujours avec le méme entrain.\u2018* Cependant, Ia conversation commencée !'instant auparavaut continuait en dépit des mille dia- tractions de la promenade au travers des longs couloirs et des vastes salles.\u201c M.M.persistant à soutenir la possibilité des apparittons d'outre-tombe, à le grande joie de toute la société, et M.Edmond C.prouvant par acquit de conscience l'invraisemblance de pareilles théories.\u201c La discussion continus assez longtemps, pa- raitil.Enfin, à bout d\u2019argaments un peu sensés, le jeune M.M.voulut terminer par un coup de maître, et il s'avisa de proposer à M.Edmond _- te mr doser, lui qui se disait si incrédule, passer une nuit seul dans le château.Un éclat de rire de co dernier fut d\u2019abord sa réponse ; mais, sur l'insistance de son compagnou, il se hâta de dire que «a conviction était si parfaitement conforme aux idées qu\u2019il avait émises, que rien ue lui était plus indifférent que de passer une nuit dans ces conditions, pourvu toutefois, ajouta- til, qu'on lui permit d\u2019avoir son revolver, pour l'utiliser au besoin, non pas contre les fantômee, puisqu'ils n\u2019existaient que dans les imaginations, mais contre les oiseaux nocturnes qui pourraient venir l'importuner.\u201c La proposition fut aussitôt acceptée, au mi lieu de la joie la plus vive.L'enieu fut le déjeuner du lendemain que paierait celui qui s'avouerait vaincu.* \u2014 Ce ne sera certes pas moi qui en ferai les frais ! s\u2019écria M.Edmond C., en riant.* \u2014 Ni moi non plus, j'en suis sûr, s\u2019exclama M-M., en éclatant de rire.* \u2014 Alors, meesieurs, dit un de leurs amis en s'adressant à la troupe, c sera peut être nous qui Le paierons, ce fameux déjeuner, car je vois bisn qu'aucun de nos amis ne voudra se reconnaître perdant.\u201c L'hilarité reprit de plus belle.\u201c De retour en cette auberge, mon père fut chargé de faire transporter un de ses meilleurs fau teuils dans la salle la plus confortable du château, avec une petite table, une lampe et un livre ; un bon fagot devait aussi alimenter l'Âtre refroidi depuis tant d'années.\u2018\u201c Le soir de ce même jour, les convives «le mou père étaient joyeusement réunis autour de notre table de famille, cette grande que voici.( f£t l'hôte me désigna une vieille table, longue et large, dont le dessus, ciré par les nombreux coups de torch, reposait sur six gros pie«e carrés d'on équillbre douteux ) \u201c Le dîner fut aussi animé que l'avait été le déjeuner.Mon père disait À ce sujet que les Pari siens (car tous ces jeunes gens étaient de Paris lui avaient semblé les compagnons les plus ai mables que l\u2019on puisse avoir en voyage.\u201c Entin, onze heures venaient de sonner, un songes à prendre un peu de repos.Mais, avant, on voulut aller installer M.Edmond C.daus son nouveau demicile, ce que l'on fit à la lueur cles torches, ce qui n\u2019était pas d'un mince effet, comm bien vous pensez « Voilà donc ce jeune homme couduit dans une grande salle du premier étage, qui avait du être bien belle jadis, à en juger par le peu de peiutares qui restaient encore intactes au plafond et sur les lambris.\u201c M.©.s'était muni, come il l'avait dit, d'un pistolet qu'il posa sur la table à oôté de son livre \u201c Un bon feu pétillait dans ls grande cheminée, dont le chambranle tout sculpé avait du être un travail très artistique.\u201c Toute la troupe souhaits bonne nuit au joune parieur, et repartit en file indienne, plus que jamais.\u201c M.Edmond auivit du regard ses compagnons, toujours éclairés par les torches, jusqu'à ce qu'ils eussent disparu derrière les rochers qui bordent le chemin qui mène ici.\u201c Pendant prés d'une heure tout alla bien au chateau.le bruit faible de la brise agitant douce ment la fenêtre mal close, mêlé aux bruissements d'ailes des oiseaux de nuit et au pétillement de la flamme du foyer, troublait seal le silence du lien.\u201c Bien qu'à peine âgé de vingt printemps, M.C.était de cette catégorie de gens peu prompts à s'e !- frayer et qui regardent bien en face le danger avant d'y croire.Aussi, rachant fors bien qu'au cun danger réel ne le menaçait, était il entièrement tranquille, se promenant par la vaste salle et ré flèchiesant probablement à tout co qu'avaient vu ces vieux murs qui l\u2019entouraient.Sa 1èverie fut interompue par le premier coup de minuit qui eon- nait à l'église voisine ; presque aussitôt il se produisit comme un bruit de ferrailles remuées dans le couloir donnant accès à la ralle où il se trouvait, puis, au fur et à mesure que sonnaient les douze coups, ce bruit augmenta d'intensité.\u201cLe jeune homme, plus surpris qu'effrayé, re- LE MOADE ILLUBTRS «rda instinotivement du oôté d'où provenait oeb nsolite vacarme.\u2018\u201c À peine le douzième coup de minuit avait-il retenti dans le profond silence da la nuit, que la rte fat brusquement poussée et laissa voir dans \u2018ouverture béaunte, se détachant sur |+ f md sombre du corridor, une forme blan\u2018 he agitant une grosse chaine.Cette manière de fantôme fit lentement deux pas en avant et resta immobile.\u201c M.Edmond, un peu ému, maie ne perdant aucunement son rang froid, s\u2019empara de son pistolet et mit en joue le nouveau venu en s'\u2019écriant : \u2018\u201c Qui que tu sois, vivant ou revenant, retire toi, ou je fais fen!\u201d Mais celui-ci sembla ne pas avoir compris le sens de ces paroles et fit de nouveau deux en avant, avec on flegme surprenant.\u201c Jusque-là le jeune bomme était absolument maitre de lai ; mais, à la vue de ce apectre à forme humaine semtlant faire fi des armes terrestres et le regardant bienen face de ses deux yeux noirs, il ne put maitriser un sursaut de peur.Fairant un pas en arrière, il appliqua son arme presque eur la itrine de l'inconnu et pressa la détente, le coup partit atrident, et fut accompagné des battements d'ailes de tous les oinraux qui fayaient, étonnés, de ces lieux si calmes d'ordir aire.\u201c A peine la fumée se fitella dissipée, que la fantome fit un geste, semblant fouiller sa poitrine, puis sortit le bras de son auaire, jeta à terre la balle qui venait de lui être lancée, et lentement, lea yeux braqués sur ce pauvre M.Edmond, fit un nouveau pas en avant.Celui-ci alors fut terrible ment effrayé.Ne pouvant s'expliquer cette scène surnaturelle, il eut une vinlente commotion céré- brals at tomba inanimé.\u2014 L'inconnu, alor+, se dépouilla brusquement du drap qui l\u2019enveloppait, jeta ns chaine et se préipita sur lui.+ Ca paseudo-revenant n'était autre que M.M, le fils de l'ami de mon père.T! avait imaginé de jouer un bon tour À son compagnon, et, pour cels, avait eu soin d'enlever préslablement la balle du pistolet ; c'était l|m même qu'il avait lancée ensuite, pour effrayer son ami.* Quand il ee penchs sur celui ci, en se nommant et lui disant de ne rien craindre, il était déjà trop tard.La peur avait été trop forte, le panvre jeune homme avait payé de sa vie une coupable distraction ! Inutile d'ajouter, n'est-ce pas?dit mon béte en terminant, combien le drama a | ingtemps im.proesionné les gens du pays.Chaque f is qua mon pauvre vieux père en parlait, il firiwait toujours en disant : \u2018\u201c Ah ! mes enfants, il ne faut \u201cjamais badiner avec ls peur ! \u201d EMILE GUILLOT.CHRONIQUE TRIFLUVIENNE MA COURINR ANA ce petit coin de journal qu'on me donne, je viens tout bonnement m'asseoir avec vous, aimables lectrices, causer un brin, vous parler de ce que j'aime.Ce que j'aime, moi, ma cousine.Ma foi, tant pis ! c'est un terrain brûlant aussi que de vivre avec des cousines, eb je m\u2019y brûle, bon Dieu ! tous les jours.Quand je dis que je l'aime, ce n'est pas par qui sait () c'est amour.oh! non, pourtant.c'est plutôt par amitié.Mais encore.enfin vous jogerer.Voici : Ma cousine est jolie, Je la voir tous les jours ; à table, partout ; plus que ça, sa chambratte n\u2019est pas très, très éloignée de la mienne, si peu éloignée mêma, que dans le silence de la nuit, je l\u2019entends dormir.bien sûr que je l'entends, le léger souffi 4 da ma fillette, qui dort dans son coquet de p>tit lit blanc.A tous les quatre heures de l'après midi, quand je reviens du bureau de mes patrons, la tête pleine de lois, de aub-pænas, d'exhibits ; ou hien encore, que je m\u2019alarme à la vue de la potence à laquelle se balancera le premier innocent (dina le 8:na do \u201c non coupable \"), que ma maladresse de jeune avocat aura envoyé pendre, il ne faut rien moins que ls vision de ma cousine pour me rassérénor l'esprit.La mignonnette m'appelle de mon petit nom, et me dit bonjour si gentiment, que, Dieu me pardonne ! je Pembrasse À tout coup.Car c'est bien vrai qd'elle est jolie ma cousine ; des cheveux b'onds.des yeux noirs avec des petites dents bien blanches, bien blanches, qu'elle vous montre pour un rien.C'est plus fort que moi, c\u2019est si bon d'ailleurs que d\u2019embrasser ces petites lèvres roses, que, pour un baiser de ma cousine, je méprisernia volontiers, tout le nectar des dieux.Je la fai« assenir tout près de moi, je lui conte mille et mille choses.Elle me répond de eon mieux, mais brièvement, car elle n\u2019est pas bavarde, ma cousine.ça viendra peut être avec le temps \u2018 n'importe : peu d'éloquence, benucoup d'amour ! Le plus souvent je lui dis que je l'aime, et je me pose en point d'interrogation ; quand ma cousine est de bonne humeur, elle me répond un petit oui bien doux, que je me plais à lui faire répéter.Je finis toujours sa phrare par un gros signe d'amitié ! Ma tante sait bien notre petit manège, mais elle en rit pour le moment ; c'est de l'enfantillage me dit elle, qui se passers avec le temps.Le temps ! grave problème.Tout change avec le temps : les opinions et les choses.Dans quinze ans, aimerai- je ma cousine ?Ma cousine m'aimera-t-elle 3.Ma honne tante me permettra t-elle encore ce qu'elle me pesse aujourd'hui.Le temps ! Mais je me moque de toi, incorrigible capricieux ! Tant que j'aurai pour inoi les baisers da ma fillette .tu peux passer, 5 Temps ! Je finissais sans vous dire que, lorsque la neige aura disparv, et que la natrre aura redonné la verdure aux prés, et les fleurs aux lilas, ma cousine saluers le troisième de ses printemps ! Gékarn.LA FEMME AU FOYER Pour que les mœurs consarvent ou alimentent leur pureté et leur énergie, il faut qu\u2019il y ait quelque part un lieu consacré par les souffrances communes, una humble maison, un grenier, qui soit pour tous les membres de la famille comme une patrie plus étroite et plus chère, à laquelle on songe pendant le travail et la peine, et qui reste, dans les souvenirs de toute la vie, associé à la pensée des êtres aimés qu'on à perdus.Comma il n'y a pas de religinn sans temple, il a pas de famillle rana l'intimité du foyer domestique.L'enfant qui a dormi dans le berceau banal da Ja crâcha, et qui n\u2019a pas été embrassé à la lumière du jour par les deux seuls êtres dans le monde qui l\u2019aiment d\u2019un amour exclusif, n\u2019est pas armé pour les luttes de la via, Il n'a pas connu comme nous ce fouds de religion tendre et puissant qui nous console à votre insu, qui nous écarte dw mal sans que nous ayons Ia peine de faire un effort et nous porte vers le bien comme par une secrète analogia de nature.Au jour des crualles épreuves, quand on croirait que le cœur est desséché à force de dédaigner ou à force de souffrir, tout à coup on se rapelle, comme dans une vision enchantée, ces mille riens qu\u2019on ne pourrait raconter et qui nous font tressaillir ; ces pleurs, ces baisers, ce cher sourire, ce grave et doux enseignement murmuré d'une voix si touchante.La source de la morale n'est que là : nous pouvons écrire des livres et faire des théories aur le devoir et le sacrifice ; mais les véritables professeurs de morale, ce sont les femmes.Ce sont elles qui conseillent doucement le bien, qui récompensent le dévouement par nine caresse, qui donnent quand il la faut l'exemole du courage et l'exemple plus difficile de la résignation.qui enseignent À leurs enfants le charme der sentiments tendres et les fières et sé vères lois de l\u2019honneur.Oui, jusque dans les hameaux et dans les mansardes de nos villes, et dans ces caver où pénètre rarement un rayon de eoleil, il n\u2019y a pas une mère qui ne souffle à son enfant l'honneur en même temps que la vie.C'est là, près de cet humble foyer, dans cette communauté de - Dd misères, de soucis et de tendresse que se créent les amours durables, que s'enfantent les simples et énergiques résolutions ; c'est là que se trempent les caractères ; c'est là aussi que les femmes peu- vont être heureuses en dépit du travail et des privations, qui sont notre partage en ce monde.J.O.b.LE LIKUTENANT DE VAISSKA U DEGONEY On avait dit que l'Empereur d'Allemage gracie rait, à l'occasion da Jour de l\u2019An, les deux Français condamnés pour espionnage par la Haute-Cour de Justice aiégeant À Leipzig ; il n'en a rien été.Ces deux Français, qui avaient tout d\u2019abrrd dé claré se nommer Dabois et Daguet, sont MM.De- goney, lieutenant de vaisseau, chevalier de la Lé- gion-d'Honn: ur, et Delguey-Malavas, également officier de marine.Leur attitude devant la Haute Cour de Justice a été des plus dignes ; ils ont avoué avoir pris les plans et dessins des côtes allemandes, mais ils ont énergiquement déclaré qu\u2019ile n'avaient nullement été chargés de cette mission par le gouvernement francais.M.Degoney, dont nous donnons le portrait, avait pris sur lui toute la responsabilité des actes incriminés ; il a été condamné à aix ans de forteresse ; son compagnon a été frappé de quatre sus de la même peine.Tous deux sont emprisonnés dans la forteresse de Glatz, où ils sont soumis à un régime très rigoureux.PROPOS DU DOCTEUR Migraine.\u2014 Beaucoup de gens sont sujets à des migraines acccompagnées de symptômes gastriques.Le Dr Rahow conseille d'avaler la valeur d'une cuillerée à café de sel de cuisine, puis un demi- verre d'eau, Les troubles de l'estomac se trouvent enrayés, et, par suite, l'accès de migraine est prévenu.Caris \u2018les dents:\u2014 On a donné des milliers de recettes pour arrêter la carie des dents.Il paraît qu'on obtient des résultats merveilleux en mâchant pendant quelques jours de l'écorce verte de jeunes branches de chéne.La carie étant une véritable plaie de la dent, l'écorce de chêne agirait en vertu de ses propriétés astringentes.Essayer le laid chaud \u2014Un médecin anglais rapporte que dans les Indes Orientales on se sert du laid chaud aven grand avantage comme spécifique contre la diarrhée, une chopine toutes les quatre heures arrêtera la diarrhée, la colique, les commencements de choléra et la dyssenterie.On ne doit, dans aucun cas, faire bouillir le lait, mais seulement le faire chauffer jusqu\u2019à ce qu\u2019il soit agréable à boire.Te lait bonilli ne peut pas rervir comme remède. AOS - oi WU I\u201d 490 LE MONDE ILLUBTRB Eco eee CAUSERIE CARNAVALESQUE Il est bien court cette année le carnaval, elle est déjà terminée, cette saison des fêtes, des plai- sire, bes bals, où se déploient les magnificences du luxe moderne et les merveilles de nos salons.Il ne m'en restera que d'heureux souvenirs eb je souhaite que toutes mes lectrices puissent en dire autant.Une des plus jolies soirées de la saison à été sans contredit celle donnée dans une large et fashionable dameure de la rue Sherbrooke.Résidence qui paraît avoir été construite sans aucun désir d\u2019apparat, sans tourelles, sans ornementations d'aucun genre, une grande et spacieuse habitation, À l'anglaise où l'on vit pour soi, à la mode du tempe et où l\u2019on reçoit avec cette affabilité gracieuse et courtoise, innée chez les Canadiens.A coup sûr, l'hotesse incomparable possede le talent de grouper des réunions qui méritent de compter parmi les plus agréables de Montréal ; encore les préside-t-elle avec un talent exquis, et l\u2019on s\u2019en dispute l'ac:ès.Il fait si bon s'amuser, voir étinoeler sur les tables les porcelaines splendides, les cristaux, l\u2019orfévrerie ciselée ; savourer der chefs d'œuvre calinaires, déguster des liqueurs dé licieuses.Sous les voutes peintes des aalons regarder danser de besux jeunes gens à l'œil ardent et de gentilles jeunes filles aux atours somptueux.Le carnaval esi bien sage dans notre pays et à part ces quelques soirées brillantes, ces gais at home, où les femmes fout assaut de toilette et les hommes d'amabilité et d\u2019eeprit, qu\u2019y a til à noter ?Dieu merci, nous n'avons pas ici ces fêtes grotesques des jours gras des Boulevards de Paris, du Corso de Rome ou de la Piazzeta de Venise ! Nous devons presque nous en glorifier et surtout en remercier la Providence.Espérons qu'il en sera toujours ainsi.Jadis, selon l\u2019histoire, cette époque, a été assez néfaste et parfois dans un moment de réverie sombre et mélancolique, je me reporte par la pensée à
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