Le devoir, 11 mai 2013, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 MAI 2013 Lr subjectivité au rang des beaux-arts Un demi-siècle d\u2019édition au Boréal C\u2019est d\u2019abord une histoire de vieux papiers et de jeunes gens qui les remuent avec gourmandise.Cinquante ans plus tard, les éditions du Boréal ne cessent d\u2019en écrire de nouveaux chapitres.MARIE-ANDREE LAMONTAGNE Nous sommes en 1962.Denis Vaugeois, le verbe clair et haut, de Ténergie à revendre, enseigne Thistoire à rÉcole normale de Trois-Rivières.Jacques Lacoursière, qui fut Tun de ses étudiants, raie sage sur le côté, esprit littéraire autant qu\u2019histo-rique, se voit un jour confier par Albert Tessier la responsabilité d\u2019ordonner et de mettre en valeur l\u2019imposante masse des archives Pierre Boucher, à Trois-Rivières.Vous qui lisez ces lignes, si vous ignorez qui est Pierre Boucher, arrivé, à 13 ans, avec sa famille en Nouvelle-France, en 1635, bientôt soldat, interprète, ami des populations amérindiennes, seigneur (Boucherville n\u2019a pas toujours été une ville de banlieue), gouverneur de Trois-Rivières, etc., vous donnez raison à ces deux jeunes gens qui estimaient, dans les années 1960, que les Québécois \u2014 le mot est alors à peine entré dans l\u2019usage \u2014 ne connaissaient pas assez leur histoire, qu\u2019ils doivent pourtant connaître s\u2019ils ambitionnent de changer le monde, et au premier chef la société, alors en pleins chamboulements.Flanqués d\u2019un évêque allumé, de deux abbés pragmatiques, d\u2019un libraire et d\u2019un graphiste, ces jeunes gens à l\u2019esprit délicieusement fantasque ont alors l\u2019idée de traiter l\u2019histoire sur le mode de l\u2019actualité.Morts, batailles, alliances, faits divers, débats: comme dans un roman de H.G.Wells, le lecteur est catapulté en 1524, année de référence pour le premier numéro du journal Le Boréal Express, qui paraît en novembre 1962 et compte 10000 abonnés un an plus tard.De la publication d\u2019un journal à l\u2019édition de livres, à l\u2019époque comme maintenant, il n\u2019y a qu\u2019un pas à franchir pour les audacieux.A cette différence près que ce n\u2019est pas la convergence qui anime alors l\u2019équipe du Boréal Express.En 1968, alors que paraît le premier titre de la maison d\u2019édition, le journal n\u2019existe Le monde du livre est un écosystème, où le maintien de la diversité, à tous les niveaux, est un vrai enjeu plus, ayant épuisé ses troupes rédactionnelles et reçu le coup de grâce d\u2019une augmentation draconienne des tarifs postaux.Ce qui demeure de l\u2019esprit des origines, toutefois, c\u2019est un goût très vif pour l\u2019histoire, comme en témoigne la toute première collection de la maison d\u2019édition née du journal, collection vouée à la publication d\u2019essais historiques sur le Canada et le Québec.Son nom, «17/60», se fait l\u2019écho d\u2019une date fameuse.Vous qui lisez ces lignes (oui, encore vous), si vous ignorez ce qui s\u2019est passé en 1760, c\u2019est que, décidément, en matière d\u2019inculture historique, plus ça change, plus c\u2019est pareil.Et que l\u2019équipe des éditions du Boréal Express, sous l\u2019impulsion des historiens Paul-André Linteau et René Durocher, fut bien inspirée d\u2019accorder une place prépondérante à cette discipline dans le catalogue de la maison d\u2019édition pendant la première décennie de son existence.Place à la littérature Plus généralement, les sciences humaines et les essais domineront encore le catalogue pendant la décennie suivante, mais la littérature montre déjà le bout du nez, avec le premier changement de garde qui voit Antoine Del Busso intégrer l\u2019équipe en 1977 (il y restera jusqu\u2019en 1989), devenir actionnaire principal en 1978, après le départ de Denis Vaugeois, désormais entré en politique, et s\u2019associer à Pascal Assa-thiany, fondateur de Diffusion Dimédia, société qui diffuse et distribue depuis 1974 les ouvrages publiés par les éditions du Boréal Express.La littérature s\u2019installera en force dans les années 1980, alors que les éditions du Boréal (qui ont entretemps fait tomber l\u2019adjectif «Express») connaîtront une troisième génération d\u2019animateurs, celle, toujours active, des Jacques Godbout et François Ricard, arrivés dans les années 1980, des Jean Bernier et Hélène Girard dans les années 1990.Ce sont eux, avec Pascal Assa-thiany, directeur général depuis 1989, qui auront donné au Boréal son visage actuel, ayant su attirer, retenir, choisir les auteurs qu\u2019ils estiment nécessaires de publier, après en avoir débattu, parfois âprement, au comité de lecture.En trois décennies d\u2019édition littéraire en ce qui les concerne, qu\u2019y a-t-il eu de changé?«Avec Véquipe de troisième génération, explique VOIR PAGE F 2 BORÉAL «On a voulu faire du Boréal une grande maison de littérature générale, comme Suhrkamp en Allemagne, Feltrinelli en Italie, Anagramma en Espagne, Gallimard ou Le Seuil en France» Pascal Assathiany Entrevue avec André Major Page F 3 Lucien Francœur, le rockeur fatigué Page F 7 «Boréal Compact»: 25 ans Au même moment où les éditions du Boréal célèbrent leur cinquantenaire, la collection de poche de la maison, «Boréal Compact», souffle ses 25 bougies.Pour l\u2019occasion, «Boréal Compact» lance une offensive en librairie avec la réédition de plusieurs titres, certains réunis dans de jolis coffrets de trois titres.C\u2019est le cas notamment de certains ouvrages de Serge Bouchard, Gilles Archambault, Louis Hamelin, Gil Courtemanche, Dany Laferrière et Marie Laberge.Notons aussi au passage la réédition en poche, dans une nouvelle présentation, du classique J os Carbone de Jacques Benoit, de même que plusieurs autres incontournables, dont le très beau livre de Julie Mazzieri Le discours sur la tombe de Vidiot, publié initialement chez José Corti à Paris.Au rayon de la biographie, on trouve aussi en poche depuis peu, après la réédition du Gaston Miron de Pierre Nepveu, l\u2019histoire de Wilfrid Derome, expert en homicides, fondateur d\u2019un laboratoire de recherches médicolégales ultramorderne, pionnier du genre en la matière, une histoire méconnue racontée par Jacques Côté.La collection «Boréal Compact» compte plus de 250 titres dans plusieurs champs de la littérature: romans, nouvelles, théâtre, poésie, essais.Des incontournables, très souvent.Le Devoir Parce qu'il y a des hommes et des femmes qui osent encore dire NO désobéissanoe civile Vécole de Gandhi et de Luther King F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 MAI 20IS LIVRES 6 Comité éditorial de Boréal en 1987.De gauche à droite: Paul-André Linteau, Antoine Del Busso, Daniel Latouche, Jacques Godbout, Pascal Assathiany et François Ricard.Les éditions du Boréal en douze jalons Novembre 1962 : parution du premier numéro du journal historique Le Boréal Express, consacré à l\u2019actualité de l\u2019année 1524.18 mars 1963 : création de la société Le Boréal Express, qui signe l\u2019acte de naissance juridique des futures éditions du Boréal.1967: mort du journal Le Boréal Express, victime de l\u2019essoufflement de l\u2019équipe rédactionnelle et de la hausse des tarifs postaux.1968: parution d\u2019un premier titre aux éditions du Boréal Express : L\u2019idée d\u2019indépendance au Québec.Genèse historique, de Maurice Séguin, dans la collection « 17/60 >>.1974: création de Diffusion Dimédia, société de distribution et de diffusion dirigée par Pascal Assathiany et qui diffuse, entre autres éditeurs, les ouvrages des éditions du Boréal Express 1978: départ du fondateur, Denis Vaugeois, nommé ministre des Affaires culturelles dans le gouvernement Lévesque; Antoine Del Busso, directeur des éditions depuis 1977, devient actionnaire majoritaire et s\u2019associe à Pascal Assathiany.1980: entrée en littérature des éditions du Boréal Express avec le roman Maria Chap-delaine, de Louis Hémon, dans l\u2019édition critique de Ghislaine Legendre.1987: abandon de l\u2019adjectif « Express » ; participation minoritaire des éditions du Seuil au capital des éditions du Boréal; mise sur pied du comité éditorial; Jacques Godbout est nommé président du conseil d\u2019administration.1989: départ d\u2019Antoine Del Busso; Pascal Assathiany devient directeur général des éditions du Boréal.1990: Jean Bernier est directeur de l\u2019édition; installation au 4447 de la rue Saint-Denis à Montréal.1993 : retrait des éditions du Seuil du capital des éditions du Boréal, redevenues entièrement propriété québécoise.Avril 2010 : virage numérique des éditions du Boréal à la suite d\u2019un accord entre Diffusion Dimédia et l\u2019entreprise De Marque, qui prévoit la commercialisation en format numérique d\u2019un certain nombre de titres des éditeurs diffusés; en 2013, 300 titres du catalogue Boréal sont offerts dans ce format ainsi que toutes les nouveautés.Et un 13® jalon, pour faire bonne mesure : mai 2013; 50® anniversaire; environ 2000 titres au catalogue et 1000 auteurs.M.-A.L.BORÉAL .[S AGNIERS, CHAMPIONS INTERNATIONAUX À LA CROSSE] SUITE DE LA PAGE E 1 Assathiany, on a voulu faire du Boréal une grande maison de littérature générale, comme Suhrkamp en Allemagne, Eeltrinelli en Italie, Anagramma en Espagne, Gallimard ou Le Seuil en France.On a réussi à le faire dans le domaine de la littérature québécoise et canadienne.Mais on s\u2019est aussi heurtés au principe de réalité, qui pose la question de la capacité pour un éditeur oeuvrant dans un pays de langue française qui n\u2019est pas la France d\u2019attirer des auteurs sur le plan international.On a donc appris à ruser, en établissant des partenariats, par exemple avec les éditions de l\u2019Olivier, La Découverte, Christian Bourgois, Le Seuil ou Bhébus.» Le pari de la littérature Au Québec comme ailleurs, la frilosité des éditeurs est manifeste, à l\u2019heure où l\u2019édition est dominée par l\u2019économie, aux règles dictées, pêle-mêle, par les marges qu\u2019exigent de grands groupes propriétaires, par le recul du livre dans l\u2019espace public alors que, paradoxalement, la lecture demeure le loisir préféré de bon nombre de Québécois, ou par l\u2019arrivée du numérique au modèle économique encore à trouver.Les chiffres, tout éditeur doit savoir les intégrer à sa pratique.Ce qui n\u2019empêchait pas, en son temps, Jérôme Lindon, patron des éditions de Minuit et grand découvreur de talents, de rappeler qu\u2019un ouvrage littéraire est un bien qui doit pouvoir créer sa propre demande et non chercher à y répondre.Pour L'HISTOIBE - CIIOYEN D' Un nouveau danger: le surpeuplement! La papulation atteint un point critique: 220.000 ¦\t1/5 ! Tande enquâte ethno- HOCHELACA lASÉ PAR les FLAMMES C'EST PROUVÉ, TERRE est RONDE BAYARD meurl à LES BARBUS seranl-lls excommunies ?.Æs Indiens ont-ils une amc ?mitres Premier numéro du journal historique Le Boréal Express, consacré à «l\u2019actualité» de l\u2019année 1524.vient battre le seuil du 4447, rue Saint-Denis, qui est garant de la diversité et de la vitalité du catalogue, selon Pascal Assathiany.Cela étant, la prise de risque est-elle demeurée la même au fil des ans?«On a l\u2019esprit de contradiction, résume ce dernier avec humour.C\u2019est peut-être ce qui fait que nous Au Québec comme ailleurs, la frilosité des éditeurs est manifeste, à l\u2019heure où l\u2019édition est dominée par l\u2019économie, aux règles dictées, pêle-mêle, par les marges qu\u2019exigent de grands groupes propriétaires une maison d\u2019édition, le corollaire de cette vision est le choix d\u2019une politique d\u2019auteur, qui inscrit chaque livre publié par un écrivain dans une œuvre en devenir au sein de cette maison.Au Québec, quelques maisons d\u2019édition ont fait ce choix.«Elus que jamais», dit Assathiany, les éditions du Boréà privilégient elles aussi cette approche, dans leur cas tour à tour patrimoniale et exploratrice, comme le montre un catalogue où cohabitent avec bonheur Gabrielle Roy, Marie-Claire Blais, Victor Lévy-Beaulieu, Gilles Vigneault, Robert Lalonde, Monique Proulx, Mauricio Segura, Rachel Leclerc, pour ne nommer qu\u2019eux.Au passage, rappelons un truisme : une maison d\u2019édition existe d\u2019abord à travers ses écrivains.Pour choisir les siens, le Boréal s\u2019appuie sur son comité de lecture, formé des cinq éditeurs susmentionnés, auxquels s\u2019ajoute aussi au besoin l\u2019un ou l\u2019autre des quatre conseillers littéraires de la maison.C\u2019est cette diversité de voix, en amont, alors que périodiquement la déferlante de manuscrits Un vent prodigue « C est un récit prenant que nous offre I ecrivaine franco-manifobaine Simone Chaput.[.] Un grand souffle traverse ce roman qui englobe les enjeux de la planète aussi bien que les humains qui doivent y faire face.» Monique Roy, Chatelaine 514 524-5558 lemeac@lemeac.com sommes demeurés une maison indépendante.Au contraire, plus la tendance est au livre formaté et vite digéré, plus on a envie de publier des ouvrages exigeants.Bien sûr, à la fin de l\u2019exercice financier, il faut en arriver à un nombre supérieur à zéro.Mais l\u2019édition réserve constamment des surprises sur le plan des ventes.Et le fait d\u2019avoir un fonds riche permet un flux de revenus constant Ainsi, 47% des ventes réalisées en 2012 proviennent des ouvrages du fonds.Il en résulte une stabilité, c\u2019est le maître mot, qui permet au Boréal de publier de nouveaux auteurs.Du coup, oui, on peut dire que la prise de risque est demeurée la même.» En 2013, la maison d\u2019édition compte 11 salariés.Elle publie de 60 à 70 titres en nouveauté par an, et une soixantaine en réimpression.Le catalogue propose près de 2000 titres, affiche une dizaine de collections, certaines bien établies, comme «Papiers collés» ou «Boréal compact», et accueille environ 1000 auteurs.Pascal Assathiany situe entre 5 et 8% les parts de marché des éditions du Boréal, pour ce qui est des ventes réalisées en librairie, au Québec, dans le seul domaine de la littérature générale.Et le numérique?A Theure actuelle, les ventes de livres dans ce format représentent, estime-t-il, entre 4 et 5% des ventes totales des éditions du Boréal, qui, à l\u2019instar d\u2019autres éditeurs, ont choisi de reconduire dans l\u2019univers numérique la chaîne de commercialisation du livre imprimé, ce qui a pour conséquence de maintenir le libraire à la place essentielle qui est la sienne.Qn le voit: le monde du livre est un écosystème, où le maintien de la diversité, à tous les niveaux, est un vrai enjeu.Du coup, Pascal Assathiany appuie le projet de réglementer le prix du livre pendant les quelques mois où il est vendu en nouveauté.L\u2019idée, qui fait dorénavant consensus chez tous les acteurs du monde du livre et rallie un nombre significatif de lecteurs dans le grand public, sera bientôt étudiée en commission parlementaire à Québec.11 s\u2019agit là d\u2019une mesure importante pour empêcher un écosystème aux équilibres subtils et sans cesse recomposés de se transformer en jungle où tous seraient soumis, en définitive, au régime des best-sellers y&aAviS, par quelques-uns.Chiffres, chiffres.Qn veut bien.Mais leur apparente objectivité ne doit tromper personne.L\u2019édition littéraire est d\u2019abord affaire de sensibilité, en 1963 comme en 2013.«La subjectivité, y a que ça, rappelle Assathiany.C\u2019est ma conception de l\u2019édition, qui, sur la scène internationale, n\u2019est surtout pas un métier de renvois d\u2019ascenseur.L\u2019édition, c\u2019est: tu reçois un texte, tu le lis, tu l\u2019aimes, tu le prends.Et chaque fois que tu crois à un manuscrit et que tu découvres que des milliers de personnes l\u2019aiment aussi, et que ce livre circule, qu\u2019il devient parfois un film, c\u2019est le plus beau souvenir que je garde de ma pratique d\u2019éditeur, et ce souvenir est renouvelé.» Collaboration spéciale Le Devoir François Blais et l\u2019anodin au peigne fin Danielle Laurin An ans, vous ambitionnez de faire carrière comme joueur de hockey dans la Ligue nationale et à 32 ans, devenu obèse, vous gagnez votre vie comme vendeur de thermopompes.Ainsi va le monde dans La classe de madame Valérie.Désillusion garantie.Petites vies sans envergure, petites misères au quotidien.Bienvenue chez les perdants ordinaires.Ceux qu\u2019affectionne l\u2019écrivain Prançois Blais, devenu maître dans l\u2019art de passer au peigne fin l\u2019anodin.Nous sommes à Grand-Mère, cette ville de la Mauricie où l\u2019auteur est né et dont il a fait le théâtre principal de son œuvre.Comme toujours, il plante son décor dans la réalité brute.Nous sommes dans le singulier, le particulier, mais qui agissent comme révélateurs.Variante de taille cependant par rapport aux six romans précédents de l\u2019auteur : plutôt que de mettre en évidence un ou deux personnages, il nous offre cette fois une galerie de portraits.Portraits intrusifs, qui fouillent les entrailles des protagonistes.Ainsi aurons-nous accès, derrière les masques de chacun, à leurs pensées les plus secrètes, inavouables, à leurs angoisses, aspirations, frustrations.Le microcosme ici est vu au microscope.Nous pénétrons dans une petite école de Grand-Mère.Dans une classe, en particulier.11 y a là 25 élèves de cinquième année et leur enseignante, qu\u2019on va suivre tour à tour, et que l\u2019on va retrouver dans des périodes charnières de leur vie.Trois époques se chevauchent: 1990, 1997, 2011.Les jeunes qu\u2019on découvre pour la plupart à 11 ans reviennent dans l\u2019histoire comme cégé-piens, puis une fois bien installés dans l\u2019âge adulte.L\u2019originalité du procédé ici consiste à briser la chronologie : on peut voir untel enfant jouer au ballon-chasseur dans la cour de la petite école et, tout de suite après, sans crier gare, l\u2019apercevoir à 32 ans dans une chambre d\u2019hôtel en train de s\u2019envoyer en l\u2019air avec une escorte, tandis que sa femme et ses enfants ne se doutent de rien.C\u2019est le contraste entre les époques, entre les comportements enfantins, adolescents, adultes de chacun, qui frappe.Par ricochet, on ne peut que mesurer la distance entre qui on est, qui on veut être et qui on devient.Incluant toutes les désillusions qui viennent avec le vieillissement.Une telle voulait devenir enseignante, elle travaille comme serveuse sexy dans un resta bas de gamme et carbure aux guides de croissance personnelle.Celui qui rêvait d\u2019être musicien joue de son instrument de temps en temps la fin de semaine dans un bar miteux mais s\u2019abrutit quotidiennement dans une usine.Mais on remarque une certaine constance, aussi.Pas surprenant que le petit génie des maths soit devenu un crack de l\u2019informatique.Et que la fille qui ne savait pas ce qu\u2019elle voulait faire plus tard, n\u2019importe quoi en fait, à la condition que ce ne soit pas trop forçant, ait opté pour l\u2019aide sociale et le farniente comme mode de vie.11 y en a pour tous les goûts.Dans le lot, il y aura même un suicidé.Et un tueur en série.11 y a les carrières, mais il y a la vie de couple aussi.Des enfants dans certains cas.Et, encore là, bien du désenchantement.Le plus remarquable, c\u2019est que l\u2019auteur est aussi à l\u2019aise dans la peau des uns que des autres.11 sait se glisser dans leur tête, tour à tour, dans les moments les plus intimes.Et les faire interagir entre eux dans toutes sortes de situations.Le projet était ambitieux, l\u2019opération est réussie.Au bout d\u2019un certain temps, toutefois, l\u2019intérêt s\u2019estompe un peu.Le procédé devient un peu trop systématique, prévisible.Les détails s\u2019accumulent, l\u2019impression que ça tourne à vide.Qn souhaiterait un peu plus de profondeur, peut-être.Heureusement, il y a les clins d\u2019œil récurrents de l\u2019auteur, qui avoue franchement ne pas vouloir se cacher sous un narrateur objectif.11 nous interpelle directement, nous prend à témoin.Ses intrusions pleines d\u2019humour et ses piques souvent assassines viennent nous distraire, et parfois nous font éclater de rire.Quand, par exemple, il se rend compte, vers la fin du récit, qu\u2019il n\u2019a mis en scène aucun personnage gai, il fait son mea-culpa et crée un habile revirement de situation.Sourire en coin, il va aussi jusqu\u2019à introduire une part interactive au roman: choisissez ce que fera tel personnage dans tel contexte.L\u2019auteur sent bien, un moment donné, qu\u2019il lui faudra aboutir.11 sait bien qu\u2019il étire la sauce, joue avec nous.Qn a beau être dans un roman choral qui se déploie sur des centaines et des centaines de pages, genre dans lequel un écrivain comme Jean-Simon Desrochers s\u2019est démarqué avec La canicule des pauvres il y a quelques années, «il va falloir, indique Erançois Blais, que je pense à conclure bientôt: tu as autre chose à faire et l\u2019idée n\u2019est pas de jouer à qui pisse le plus loin contre Jean-Simon Desrochers».Bien dit.Quand même, on se surprend en refermant La classe de madame Valérie à se demander : et après?Que vont-ils devenir après, tous ces trentenaires ordinaires, une fois franchies la quarantaine, puis la cinquantaine, ainsi de suite?Bien que leur avenir, pour la plupart, semble bouché aujourd\u2019hui, ces jeunes adultes nés au tournant des années 1980 sauront-ils s\u2019inventer une autre vie ?LA CLASSE DE MADAME VALÉRIE François Blais L\u2019Instant même Québec, 2013, 402 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 MAI 2013 F 3 LITTERATÜRE LITTERATURE QUEBECOISE \u2014 ENTRETIEN André Major : entendre passer le vent CHRISTIAN DESMEULES \\ A la ville comme à la campagne, derrière les pages d\u2019un livre ou à la barre d\u2019une émission de radio, André Major a la parfaite figure d\u2019un intranquille.Qu\u2019il soit à Lisbonne, à Montréal ou à son chalet des Laurentides, en congé de soi-méme, de la famille, des amis, ou du Québec, le présent ne lui suffit jamais longtemps.Des déserteurs, des prêtres défroqués, des lecteurs et des voyageurs, l\u2019œuvre de cet écrivain né en 1942 à Montréal, longtemps réalisateur d\u2019émissions culturelles à la radio de Radio-Canada, en est remplie.Lorsqu\u2019on est écrivain, il y a aussi cent façons de «prendre le large » : lire, écrire, voyager en sont quelques-unes.Major les pratique toutes à la fois.Son huitième roman, A quoi ça rime ?, donne la parole à un «écrivain défroqué», récemment veuf et bientôt sexagénaire, libéré de toutes ses obligations professionnelles, qui entreprend un voyage à Lisbonne pour y disperser les cendres de son oncle, y relire Pessoa et arpenter les petites rues de la ville blanche, il emploie ses jours, avant de revenir à Montréal, à tenir à distance le fantôme de l\u2019écrivain qu\u2019il a été et à tracer les plans d\u2019une cabane qu\u2019il rêve de construire sur un terrain des Laurentides que lui a légué son oncle.Une méditation sur le deuil, le vieillissement et l\u2019engagement amoureux, entrecoupée de lectures de Hamsun, de Léautaud, de Kafka et (bien sûr) de Pessoa.C\u2019est en déambulant dans les rues de Lisbonne, où il a passé deux mois à l\u2019automne 2011 pour y retravailler le troisième volume de ses carnets {Prendre le large: carnets 1995-2000, Boréal, 2012), qu\u2019André Major a soudain eu l\u2019idée d\u2019une nouvelle dans laquelle un homme abordait le Tage avec une urne funéraire.«Contrairement au roman, raconte-t-il en entrevue, la nouvelle est un genre qui n\u2019exige pas un décrochage de la réalité aussi absolu.Et quand je suis revenu à Montréal, cette histoire me trottait encore dans la tête.C\u2019était la première partie du roman, celle qui se déroule à Lisbonne.Pour ne pas laisser le personnage en plan, et un peu à mon corps défendant, je dois l\u2019admettre, fai dû poursuivre l\u2019écriture.» Jour après jour, pendant tout l\u2019automne et une partie de l\u2019hiver, c\u2019était aussi une façon pour André Major de prolonger son séjour à Lisbonne, même s\u2019il était enfermé dans une chambre du quartier Ahuntsic.Cette nouvelle écrite au je s\u2019est ainsi peu à peu transformée en tout un roman écrit lui aussi à la première personne \u2014 lui qui n\u2019avait jamais écrit de roman à la première personne.Retour aux sources Qn retrouve dans A quoi ça rime ?Antoine, le protagoniste de L\u2019hiver au cœur (Boréal, 1987).Sans trop forcer, on pourra aussi y voir le protagoniste sans nom de La vie provisoire (Boréal, 1995), un homme qui avait rompu les amarres du couple et s\u2019était installé quelque temps dans une île des Antilles pour y ruminer des rêves de vie recluse et de recommencements.Depuis, André Major avait en quelque sorte défroqué de la fiction.11 s\u2019en était en partie expliqué dans ses carnets 1975-1992, Le sourire d\u2019Anton ou l\u2019adieu au roman (PUM, 2001, puis repris en poche chez Boréal en 2012).«Je ne tolérais plus d\u2019avoir à transcrire la vision que f avais de la réalité pour que celle-ci existe pleinemen t », dira Antoine dans le roman.L\u2019auteur du Cabochon et des Histoires de déserteurs s\u2019est lui aussi essayé à vivre sans recourir au «subterfuge des mots».«J\u2019ai compris pourquoi je m\u2019étais éloigné du roman, poursuit-il.On est complète- rU'UtîÜ 13 «n.\"IUMI FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR André Major a besoin d\u2019un ailleurs, proche ou lointain, afin de pouvoir supporter Vici.La campagne ou la ville, le Québec ou l\u2019étranger, il lui faut ne serait-ce que la possibilité d\u2019une évasion.ment pris.On n\u2019a plus de vie, on ne s\u2019appartient plus.On appartient au récit, aux personnages.On y pense continuellement.C\u2019est une expérience qui nous submerge.J\u2019étais toujours c\u2019est une chose que l\u2019écrivain arrive difficilement à contrôler, toujours plongé à la fois dans une œuvre et dans une autre.Même déchirement pour Antoine, qui se demande à Lisbonne «Je suis constamment tiraillé et c\u2019est comme si je n\u2019arrivais pas à pouvoir faire le sacrifice d\u2019une chose ou de l\u2019autre» préoccupé par ce que f écrivais, il n\u2019y avait plus de vacances intérieures.J\u2019avais l\u2019impression de vivre une vie monastique.» Mais «l\u2019adieu au roman» n\u2019aura été que provisoire.En reprenant spontanément, près de trente ans plus tard, ce personnage d\u2019alter ego déjà doté d\u2019une trame existentielle et d\u2019un univers qui lui est propre, André Major avait déjà un peu tracé la voie : « C\u2019est un retour au roman, oui, mais pas au roman comme je l\u2019avais pratiqué jusque-là.Entre temps, f avais lu des écrivains comme W.G.Sebald.J\u2019aimais ce sentiment d\u2019incertitude qui nous promène entre le documentaire et l\u2019autobiographique.Ça m\u2019avait remué.Et je me souviens de m\u2019étre dit à l\u2019époque que si jamais je revenais à la prose romanesque un jour, il faudrait que ça aille dans cette direction.» auquel des deux hétéro-nymes de Pessoa il ressemble le plus : au mélancolique Bernardo Soares ou au pastoral \u2014 et lumineux \u2014 Alberto Caeiro ?Peut-être même que ce tiraillement est le réel moteur de l\u2019écriture?«Si je n\u2019avais pas cette dualité, confie Major, je serais peut-être tellement en accord avec moi-même que je n\u2019aurais pas la moindre envie d\u2019exprimer autre chose.Pour qu\u2019il y ait harmo- nie, chez moi, fai besoin de satisfaire ces deux pôles, apparemment contradictoires, et qui sont peut-être en réalité indispensables l\u2019un à l\u2019autre.» Drôle d\u2019endroit pour échafauder des rêves de cabane à la Thoreau (ou à la Jean-Pierre Issenhuth).«Je voulais être seul, se dit Antoine dans le roman, entre autres raisons, pour entendre passer le vent, sans obéir aux injonctions du monde, aussi nombreuses que vaines, auxquelles succombent la plupart des gens terrifiés par la seule perspective de mourir.» La sensation de Lisbonne Bien sûr, on a parfois l\u2019impression, ici et là, que l\u2019auteur des carnets, habitué à commenter l\u2019actualité et ses lec- tures, voulait sortir de la cachette où le romancier l\u2019avait confiné.«Il fallait continuellement le garder en bride», reconnaît André Major.Qn pense ici à quelques tirades dédiées à «notre écrivain de la boursouflure», en qui certains lecteurs verront sans beaucoup d\u2019efforts une allusion au barbu de Trois-Pistoles.Contrairement à d\u2019autres voyageurs facilement perdus dans le dédale de Lisbonne, Antoine n\u2019y trouve rien d\u2019autre, lui, que ce qu\u2019il avait déjà imaginé, c\u2019est-à-dire «un monde que mes lectures et mes rêveries m\u2019avaient rendu familier, au cœur même de son étrangeté».Même chose pour son créateur, qui a cherché à incarner ses lectures au coin des rues bordées d\u2019azulejos.«En relisant Le livre de l\u2019intranquillité dans mon petit studio de Lisbonne, se rappelle Major, c\u2019est comme si toutes les images devenaient tout à coup évidentes pour moi.Ça n\u2019ajoutait rien aux mots, bien sûr, mais ça prenait la forme d\u2019une sensation, d\u2019une image concrète que je pouvais éprouver sur ma peau.En écrivant tôt le matin, f avais même parfois l\u2019impression de voir les mêmes choses vues par Pessoa.» La brèche est-elle ouverte à nouveau?Pour de bon?«Il n\u2019est pas impossible que je poursuive dans cette voie.Et si je continue à écrire de la fiction, ce sera sans doute de cette façon et sans doute aussi avec le même personnage.» Collaborateur Le Devoir À QUOI ÇA RIME?André Major Boréal Montréal, 2011, 192pages Principe de dualité A quoi ça rime ?est traversé de part en part par le motif de la dualité.L\u2019homme public, «l\u2019encabané».Le romancier, le carnettiste.La solitude intérieure et l\u2019idée du couple.Montréal, Lisbonne (ou même la Russie, autre porte de sortie féconde).L\u2019ambivalence y règne.Major a besoin d\u2019un ailleurs, proche ou lointain, afin de pouvoir supporter Vici.La campagne ou la ville, le Québec ou l\u2019étranger, il lui faut ne serait-ce que la possibilité d\u2019une évasion.Pour ne pas étouffer.«C\u2019est ce qu\u2019a représenté pour moi Lisbonne, quand j\u2019y repense.Une sorte d\u2019issue de secours.» «J\u2019ai l\u2019impression que cette dualité, confie encore André Major, elle est beaucoup aussi la mienne.Et chez Kafka, par exemple, que j\u2019ai beaucoup relu ces derniers temps, il y a constamment ce tiraillement-là.C\u2019est quelque chose que fai toujours connu, même enfant.L\u2019été et les week-ends, on était souvent chez mes grands-parents à la campagne, et je n\u2019ai jamais pu renoncer à ça par la suite, c\u2019est devenu un besoin.En même temps, je suis constamment tiraillé et c\u2019est comme si je n\u2019arrivais pas à pouvoir faire le sacrifice d\u2019une chose ou de l\u2019autre.» Même dans ses lectures.!,¦/ 0GaspardLE DEVOIR ALMARÈS Du 29 avril au 5 mai 2013 \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 mân\tKim Thûy/Libre Expression\t1/5 2 Les héritiers d'Etrkidiev \u2022 Tome 7 Le coirquérarrt\tAnne Robiiiard/Weiian\t2/6 3 Ce qui se passe au Mexique reste au Mexique !\tAméiie Dubois/Éditeurs réunis\t3/26 4 Féiicité \u2022 Tome 4 Une vie nouveiie\tJean-Pierre Chariand/Hurtubise\t5/1D 5 La fiancée américaine\tÉric Dupont/Marchand de feuiiies\t4/27 6 ii était trois fois.Manon, Suzie, Fiavie\tMarie Potvin/Goéiette\t1D/2 7 Souvenirs de ia baniieue \u2022 Tome 4 Junior\tRosette Laberge/Éditeurs réunis\t6/9 8 Gaby Bemier \u2022 Tome 2\tPauiine Giii/Québec Amérique\t8/12 9 Mâie, femeiie et autres espèces animaies\tEveiyne Gauthier/Éditeurs réunis\t-/I 10 Les deux saisons du faubourg\tMyiène Giibert-Dumas/VLB\t9/4 Romans étrangers\t\t 1 Cinquante nuances pius ciaires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattès\t1/13 2 Cinquante nuances pius sombres \u2022 Tome 2\tE.L.James/Lattès\t2/17 3 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t3/31 4 Le manipuiateur\tJohn Grisham/Robert Laffont\t5/2 5 Demain\tGuiiiaume Musso/XO\t4/8 6 Un sentiment pius fort que ia peur\tMarc Levy/R.Laffont I Versiiio\t6/1D 7 Ne t'éioigne pas\tHarian Coben/Beifond\t-/I 8 Crossfire \u2022 Tome 2 Regarde-moi\tSyMa Day/Eiammarion Québec\t9/9 9 Crossfire \u2022 Tome 1 Dévoiie-moi\tSyMa Day/Eiammarion Québec\t8/19 10 22/11 /63\tStephen King/Aibin Miche!\t7/7 Essais québécois\t\t 1 La bataiiie de Londres\tErédéric Bastien/Boréa!\t1/4 2 À brûie-pourpoing\tNormand Lester/intouchabies\t2/6 3 Libérez-vous des syndicats!\tEric Duhaime/Genex\t3/1D 4 Le printemps guébécois.Une anthoiogie\tCoiiectif/Écosociété\t1D/6 5 Vieiüir avec grâce\tDenise Bombardier/Homme\t4/12 6 Journa! d'un écrivain en pyjama\tDany Laferrière/Mémoire d'encrier\t6/12 7 Assez c'est assez ! Pourquoi et comment !e monde.\tLouis Laiiier/Carte bianche\t-/I 8 Chartes Sirois, i'homme derrière Francois Leqauit\tRichard Le Hir/Michei Brûié\t-/I 9 Gouvernance.Le management totaiitaire\tAiain Deneauit/Lux\t-/I 10 Digressions\tRobert Lévesque/Boréa!\t-/I Essais étrangers\t\t 1 Repenser !e vieiüissement\tNortin M.Hadier/PUL\t1/2 2 Les miiiiardaires.Comment tes uitra-nches nuisent à féconomie Linda McQuaig j Neii Brooks/Lux\t\t5/4 3 Mémoire du feu\tEduardo H.Gaieano/Lux\t8/2 4 1493.Comment ia découverte de i'Amérique.\tChartes C.Mann/Aibin Miche!\t4/8 5 No steak\tAymeric Caron/Eayard\t1D/5 6 Confessions d'un jeune romancier\tUmberto Eco/Grasset\t2/3 7 Fin de i'Occident, naissance du monde\tHenré Kempf/Seui!\t3/12 8 La puissance discrète du hasard\tDenis Grozdanovitch/Denoë!\t-/I 9 Adoif Hitier.La séduction du diabie\tLaurence Rees/Aibin Miche!\t7/9 10 Les iois fondamentaies de ia stupidité humaine\tCario M.Cipoüa/PUE\t-/I MAGDA vnce Lundi 13 mai 19h30 «Des ténèbres à la joie » À LA LIBRAIRIE PAULINES 2653, rue Masson à Montréal, (514) 849-3585 Contribution suggérée : 5 $ La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019infoimation et d\u2019analyse 6dspdti sur les ventes de livres français au Canada, Ce palmarès est extrait de Bdspdn! et est constitué des relevés de caisse de 215 points de vente, La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Bdspdré.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.j Quatre petits ' ' ^ ç Qau^depain DéSlériè^aig^r I.: ffr ' ^ aulines LIBRAIRIE Beaucoup plut qu\u2019une librairie ALBIN MICHEL F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 MAI 2013 LITTERATURE Quand la vie est silencieuse GILLES ARCHAMBAULT Je n\u2019ai pas lu Là-haut, tout est calme, le roman qui fit connaître en Europe le romancier néerlandais Ger-brand Bakker.Né à Amsterdam en 1962, il a créé dans ce roman, à ce qu\u2019on rapporte, un univers clos dans lequel est décrite avec conviction la solitude de l\u2019être humain aux prises avec une nature oppressante.Le détour ne s\u2019écarte pas tellement de ce projet.On y raconte la fuite d\u2019une femme qui quitte son mari et la vie universitaire pour se rendre un peu au hasard dans un lieu reculé où elle souhaite qu\u2019on ne la retrouve pas.En pleine campagne anglaise, elle parvient à louer pour quelques mois une bicoque laissée libre à la suite du décès de la vieille dame qui l\u2019occupait depuis des lustres.Le lecteur ne tarde pas à apprendre que celle qui se fait appeler Emilie, et dont le prénom véritable ne sera mentionné qu\u2019à la sauvette, est une enseignante qui, ayant eu une relation avec un de ses étudiants, voit sa carrière menacée.On sait qu\u2019elle travaille sur l\u2019œuvre d\u2019Emily Dickenson et qu\u2019elle se réfère fréquemment aux poèmes de l\u2019Américaine, pas toujours pour s\u2019en inspirer.Le mari abandonné, un être falot, se laisse convaincre de partir à sa recherche et engage un détective.Pourquoi le fait-il ?Il ne le sait pas bien, ses beaux-parents non plus, ce qui ne les empêche pas de le harceler.Il faut ramener la fautive puisque c\u2019est dans l\u2019ordre des choses.Dans cette fermette où tout lui rappelle la présence de l\u2019occupante première, l\u2019ameublement y étant vétuste, le décor défraîchi, la nouvelle arrivée ne se sentira jamais à l\u2019abri.La nature qui l\u2019entoure n\u2019a rien pour la rassurer.Non seulement y vit-elle seule, ne trouvant refuge que dans le recours au vin et dans les bains chauds, mais elle doit s\u2019accommoder de la présence du troupeau de moutons d\u2019un voisin fermier et d\u2019oies qui cacardent à longueur de journée.Souvent, la nuit, un renard vient égorger l\u2019une de ces dernières.De dix qu\u2019elles étaient au début du séjour, il n\u2019en restera plus que quatre.Image qui ajoute au climat d\u2019oppression subi par l\u2019étrangère.Elle ne trompe sa solitude au début que par un peu de GALLIMARD Le détour a des airs de Là-haut, tout est calme, roman qui fit connaître le romancier néerlandais Gerbrand Bakker, mettant en scène l\u2019être humain aux prises avec une nature oppressante.jardinage.Ou par des visites chez le boulanger, chez la coif-feuse ou chez le médecin qu\u2019elle parvient à convaincre de lui prescrire des médicaments, sa réserve étant à sec.Ces gestes, elle les accomplit sans conviction.Avant tout.Roman écrit avec une rare maîtrise, Le détour met en scène des personnages en fuite, en fuite d\u2019eux-mêmes et de leur habitat s\u2019occuper.Avant tout, faire semblant.La thèse sur Emily Dickenson peut toujours attendre.Survient le voisin, un rustre qui veut la terroriser, sans jamais y parvenir totalement.Vulgaire à souhait, s\u2019essayant à la séduire brutalement, il fait chou blanc.Avec un jeune homme dans la vingtaine, Bradwen, dont on finit par ap- BULLETIN D\u2019HISTOIRE POLITIQUE VOL.21, N» 3, PRINTEMPS 2013 Le Canada et la Deuxième Guerre mondiale vlb éditeiar Une société de Québécor Media editionsvlb.com prendre qu\u2019il est le fils en cavale du malotru, s\u2019installe un climat de confiance.Comme on pouvait s\u2019y attendre, une sorte d\u2019idylle prend forme.S\u2019agit-il d\u2019amour ou d\u2019une séduction passagère ?Il appartient à la manière de l\u2019auteur de le dévoiler.Apprenant qu\u2019elle doit quitter plus tôt que prévu son refuge, le bail étant résilié, Emilie prend de nouveau la fuite.Pour aller où ?En Irlande?Peut-être?Pendant ce temps, le mari et son détective l\u2019ont repérée.Y aura-t-il rencontre ?A vrai dire, Gerbrand Bakker, et à sa suite le lecteur, n\u2019en a cure.Ce qui compte dans ce roman avant tout, c\u2019est le pouvoir d\u2019envoûtement d\u2019une écriture.De ces deux mois de novembre et de décembre en pays de Galles, on ne retient que le récit d\u2019une vie remplie de gestes aussi inutiles qu\u2019aléatoires.Pourquoi aller chez la coiffeuse, pourquoi s\u2019obstiner à vivoter au milieu d\u2019une nature hostile ?Y a-t-il autre chose à faire qu\u2019à occuper le temps ?Le jeune presque amant ap-porte-t-il ce qui ressemble au bonheur?Rien n\u2019est moins sûr.Mis à côté toutefois des conversations qui nous sont rapportées entre le mari abandonné et ses beaux-parents et entre ce dernier et le détective, les silences énigmatiques de l\u2019héroïne du roman sont lumineux.On comprend la bêtise du milieu qu\u2019elle a fui.Pourtant, celui dans lequel elle se débrouille tant bien que mal est d\u2019une médiocrité à pleurer.C\u2019est ce que croit Bradwen, le jeune amant qu\u2019a délaissé Emilie dans son dernier abandon.Il finira du reste par choisir la mort.Roman écrit avec une rare maîtrise.Le détour met en scène des personnages en fuite, en fuite d\u2019eux-mêmes et de leur habitat.Roman psychologique si l\u2019on veut, mais d\u2019un genre particulier.La logique y a peu de place, on agit par instinct.Du moins, le romancier ne s\u2019octroie pas la liberté de nous expliquer leurs décisions.Il se contenterait de les capter à la façon d\u2019un peintre ou d\u2019un cinéaste de (grand) talent.Collaborateur Le Devoir LE DÉTOUR Gerbrand Bakker Traduit du néerlandais par Bertrand Abraham Gallimard, coll.«Du monde entier» Paris, 2013, 258 pages A propos de Doerr Louis Hamelin Apres un premier roman remarqué (y compris par cette çhronique).Anthony Doerr, Étasunien d\u2019environ 38 ans, revient avec un recueil de nouvelles.Pour un troisième livre, c\u2019est rare, presque un accroc au parcours éditorial balisé comme une autoroute qui attend l\u2019écrivain de ce pays, où, à l\u2019exception de quelques entêtés du genre de Carver, le recueil de nouvelles sert habituellement de banc d\u2019essai avant de s\u2019attaquer à plus gros.Voici ce que, en^2006, j\u2019écrivais à propos d\u2019À propos de Grace, le roman de Doerr: «[.] Vultime secret pourrait bien se trouver dans l\u2019émerveillement.Évoquant l\u2019embrasement des bougainvillées dans la lumière insulaire, un des personnages affirme: «Parfois, je n\u2019arrive pas à croire qu\u2019il m\u2019a été donné de vivre si longtemps et de voir de telles choses.» [.] N\u2019est-ce pas que tout ça est fichtrement, scandaleusement beau ?» Dans Le mur de mémoire, l\u2019émerveillement est parfois au rendez-vous, mais pas toujours.Placer la très longue nouvelle éponyme (97 pages) au début du livre était risqué : c\u2019est loin d\u2019être la plus réussie des six dont est composé le recueil.Doerr a situé dans l\u2019Afrique du Sud post-apartheïd une trame un peu compliquée.Une vieille femme souffrant de la maladie d\u2019Alzheimer accepte de se prêter à un traitement expérimental dont bénéficient les clients fortunés d\u2019une clinique: des spécialistes y ont mis au point une technique permettant de récupérer les souvenirs et de les stocker sur une cassette.Pas invraisemblable en soi.On voit ainsi apparaître, au pays de Pis-torius-la-gachette, des voleurs de mémoire qui attirent les balles de revolver aussi sûrement que s\u2019ils avaient l\u2019imprudence de s\u2019isoler pour faire pipi.Le thème de l\u2019insécurité s\u2019en trouve renouvelé.Et sait-on jamais, l\u2019explication scientifique fournie par l\u2019auteur pourrait même tenir la route: «[.] le substrat de souvenirs anciens se trouve non dans les cellules mais dans l\u2019espace extracellulaire.Dans cette clinique, nous ciblons ces espaces, les marquons et les inscrivons dans des modèles électroniques.» Le problème, c\u2019est que les patients, avec leurs quatre trous de vis percés dans le crâne et protégés par des petits bouchons de caoutchouc, ont plus l\u2019air de sortir d\u2019un vieux machin comme Frankenstein ou Dr.Je-kyll and Mister Hyde que d\u2019une histoire écrite au troisième millénaire et flirtant avec la science-fiction.Disons que ce thème de la mémoire qui, dans le fond, se trouve au cœur de toute littérature, a été traité par d\u2019autres nouvellistes Q^ensons à Borges) d\u2019une manière qui rend les efforts de Doerr, en comparaison, au mieux maladroits.Ça devient plus intéressant quand un des personnages part dans le désert du Grand Karoo à la recherche d\u2019un fossile de gorgone (une sorte de dinosaure) .On retrouve l\u2019émerveillement, sans compter que le fossile vaut des millions.Toute lecture, il va sans dire, est un processus subjectif, et je suis bien obligé de reconnaître que la seconde nouvelle, Engendrer, créer, pourrait m\u2019avoir séduit pour des raisons personnelles, même si j\u2019ai très envie d\u2019affirmer qu\u2019elle est meilleure objectivement.Un couple de Laramie, Wyoming, y essaie d\u2019enfanter.C\u2019est beaucoup de travail, on le sait.Et quand ça ne veut pas, ou quand ça veut trop, ça peut facilement virer à l\u2019obsession.«Soixante-quinze trillions de cellules dans leurs corps, et pas moyen d\u2019en réunir deux.» «Le néant est la règle.L\u2019exception, c\u2019est la vie.» Quand on se fatigue de jouer à Loto-Zygote, la science accourt à la rescousse, mais la, procréation assistée, aux États-Unis, ça coûte un bras.Dans Les justes de Camus, la grand-duchesse dit au terroriste qui a bousillé son grand-duc: beaucoup de choses meurent avec un homme.C\u2019est aussi vrai des bébés écartés au montage.« Ses fils.Ses filles.[.] ADN déjà dézippés, appariés, rezip-pés, aptitudes pour le piano, le hockey sur gazon, et pour prendre la parole en public \u2014 prédéterminés.Yeux pâles, veines apparentes, la forme du nez de Herb.Mais pas assez bons.Pas viables.» Prédéterminés, je veux bien, mais il ne faudrait quand même pas exagérer.Un gène du hockey?Et les Sénateurs en cinq, c\u2019est quoi?De la prédétermination ?Les nouvelles de Doerr nous promènent beaucoup: de la zone démilitarisée entre les deux Corées à un hameau chinois sur le point d\u2019être englouti par le gigantesque projet de barrage des Trois Gorges sur le Yan^e.De la lituanie post-soviétique au Hambourg d\u2019avant la Seconde Guerre mondiale.Ce n\u2019est pas seulement l\u2019état de la mémoire humaine qui semble préoccuper Doerr, mais aussi cette autre mémoire, plus ancienne et primitive, qui dort enfouie dans la profondeur des couches géologiques de la boule terrestre.La gorgone fossile du désert du Karoo répond à l\u2019énorme esturgeon, poisson antédiluvien s\u2019il en fut, qui tout au fond de la rivière Nemunas, en Lituanie, a survécu au joug soviétique, à la surpêche, aux pesticides, à un barrage hydroélectrique et au marché noir du caviar.Tous les deux pourraient être des métaphores des histoires que le nouvelliste nous raconte.Le personnage de fillette de Nemunas a beau savoir toutes sortes de choses utiles, comme, par exemple, «que les oryctéropes trouvent l\u2019eau qui les désaltère en déterrant une certaine variété de concombre», l\u2019esturgeon est plutôt inattendu: «[.] un poisson gros comme un missile nucléaire bondit hors de l\u2019eau.» Ça m\u2019a rappelé cette fois où, ado, au bord de la rivière des Prairies, dans le soir qui tombait, j\u2019ai vu cette forme sombre d\u2019une taille invraisemblable, un poisson au dos long comme une Volkswagen, venir crever la surface des eaux souillées durant la fraction de seconde nécessaire pour s\u2019imprimer à jamais sur ma rétine, avant de retourner à son obscur monde subaquatique et insoupçonnable.L\u2019esturgeon de la petite Allison m\u2019a rappelé ma vision lavalloise, et c\u2019est d\u2019ailleurs un des effets de la bonne littérature : ressusciter les propres souvenirs du lecteur, les lui ramener sous une lumière neuve.Dans Vie posthume, autre longue nouvelle qui paraît faire plus que ses 64 pages, les petites pensionnaires juives d\u2019un orphelinat de Hambourg ignorent le sort qui les attend, et vont continuer de l\u2019ignorer une fois la guerre déclarée, jusqu\u2019à la mise en place de la Solution finale et leur départ en train pour une certaine destination.Apparemment inusable comme sujet.Ce thème des camps de la mort, coriace comme un hideux poisson à carapace remuant la vase noire du fleuve de l\u2019histoire.LE MUR DE MÉMOIRE Anthony Doerr Traduit de l\u2019américain par Valérie Malfoy Albin Michel Paris, 2013, 287pages POESIE À la recherche de Mélanie HUGUES CORRIVEAU Errance poétique autour de la représentation, le Mélanie de Simon Dumais est un livre étrange et très réussi, un ovni dans le monde littéraire de la saison.L\u2019auteur va dériver autour de certains clichés photographiques qu\u2019il a pris d\u2019une ancienne amoureuse et qu\u2019il a perdus, en y insérant une réflexion pertinente sur l\u2019art de la représentation autant graphique que textuelle.Le projet est clairement défini au départ: «Si je quitte maintenant la femme de la photographie \u2014 avec qui j\u2019ai vécu \u2014 et que j\u2019essaie de saisir les contours d\u2019un personnage de fiction \u2014 disons Mélanie, du Désert mauve de Nicole Brossard \u2014, quelle serait pour moi la différence ?L\u2019une existe-t-elle plus que l\u2019autre ?» Beau défi s\u2019il en est que celui de nous proposer d\u2019entrer dans l\u2019univers d\u2019une auteure, sans peut-être jamais avoir lu l\u2019œuvre originale.Or, c\u2019est là que l\u2019entreprise prend toute sa vigueur.Dumais parvient à nous faire voir comment on peut se perdre dans divers imaginaires, comment l\u2019objet «image» comme l\u2019objet «mot» se prêtent au fantasme.Comme il sait qu\u2019il y a «beaucoup de bruit dans le noir», le terrain de l\u2019exploration est sans fin.Déjà complexe dans ses intentions, ce livre se complexifie davantage quand l\u2019auteur introduit deux femmes rencontrées au Mexique et qui parlent à leur tour de divers personnages du roman originel.L\u2019auteur intervient alors pour commenter les propos prêtés aux deux protagonistes.En fait, nous avons en main un recueil qui se transmue en un récit poétique, fascinant à maints égards, ne serait-ce que Un livre étrange et très réussi, un ovni dans le monde littéraire de la saison par la qualité des réflexions qui approfondissent les notions de réalité et d\u2019imaginaire: «Mélanie déplacée, recontextualisée./ Déjà à la lecture./Produire un texte.Prétexte: Mélanie./Mélanie objet /^figure /passage /personnage./ A travers elle, à travers son monde qui est une fiction [.] saisir qui dans les mots existe [.]» Un récit représente qui?quoi?Qui l\u2019écrit?Que montre-t-il?Quelle est l\u2019importance des lieux dans ces passages d\u2019un texte à l\u2019autre ?Questions qui hantent ce projet d\u2019écriture multiforme.Résumé ainsi, le livre s\u2019éclaire : «Le projet: organiser des séances de photo.Matérialiser mon image mentale de Mélanie.La mettre en relation avec d\u2019autres personnages [.] elle en sera transformée.Ou peut-être sera-t-elle à ce point différente, si distante, que l\u2019image d\u2019origine en restera intacte.» Ajoutons à cela des surprises qui réjouissent, comme les premiers poèmes que j\u2019ai pu lire sur les voitures, cette icône du monde américain, leurs modèles et leurs accessoires en option, parce que, dans le roman de Nicole Brossard, Kathy Kerouac, la mère de Mélanie, possède une Mercury Meteor, «héritière spirituelle de la Medalist, mille neuf cent cinquante-six / sœur d\u2019adoption de la Monterey / Mercury Meteor, première génération / mille neuf cent soixante et un / grosse voiture./ Deux ou quatre portes.Deux ou trois vitesses, une quatrième (overdrive) en option.» C\u2019est sans compter les réflexions pertinentes sur l\u2019évolution de la télévision qui, dans les années 70, présentait un meuble parfois trois fois plus gros que l\u2019écran, alors qu\u2019au-jourd\u2019hui le meuble a disparu au profit de l\u2019écran.L\u2019image supplée l\u2019objet qui la soutient.Tout se tient.Preuve que la poésie peut mener partout.Un bon livre qui ouvre les portes au plaisir d\u2019une lecture à la fois savante et passionnée.Collaborateur Le Devoir MÉLANIE Simon Dumais L\u2019Hexagone, coll.«Écritures» Montréal, 2013, 72 pages LE DEVOIR LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 MAI 20IS F 5 LITTERATURE Danse avec Pascal Quignard Né en 1948, enfant autiste, Pascal Quignard est un rêveur doté d\u2019une mémoire peu commune.Sa pensée circule à rebours, silencieuse et critique, au-delà des effets de mode.Dans L\u2019origine de la danse, l\u2019écrivain aligne sa pensée critique et ses confidences.GUYLAINE MASSOUTRE Faudrait-il se priver de l\u2019essayiste Quignard sous prétexte que le lire est exigeant?11 s\u2019est forgé un monde très étrange et imaginatif au contact du monde latin et de la psychanalyse.Sa notoriété repose sur une soixantaine d\u2019ouvrages qu\u2019on qualifie de majeurs.Connu du grand public comme romancier, il a inspiré de beaux films avec ses romans Tous les matins du monde et Villa Amalia.Mais son style concis et piqué d\u2019anecdotes livresques a mis les non-initiés à distance de Dernier royaume, dont huit volumes sont parus.D\u2019autres s\u2019en régalent, comme si des siècles de littérature se compactaient dans ses maximes de poète.Cet écrivain allusif et éclectique continue donc d\u2019enrichir son cabinet de curiosités.Combien de fragments d\u2019histoire n\u2019a-t-il pas collectionné ! A son lecteur patient et joueur, il propose ainsi de bâtir son propre puzzle.De l\u2019origine L\u2019origine de la danse commence par une rencontre avec la butôïste d\u2019origine japonaise Carlotta Ikeda (venue à Montréal en 2003).Pour elle, il a écrit un texte, Medea, et l\u2019a suivie au Japon.Un essai en a résulté.Admiratif du butô, Quignard s\u2019y retourne vers ses se- crets lovés : sa très petite enfance séparée des autres, muette.Ce mouvement corporel facilite ainsi une «rêverie en boucle», un rebondissement de son autobiographie, sensuelle, inédite.L\u2019essai séduit.Dans le «jadis» de son paradis perdu, dans sa langue et ses mythes, l\u2019écrivain raconte sa première enfance, voluptueuse et taciturne, car c\u2019est en autiste qu\u2019il est entré dans le monde.Et s\u2019il parle de lui, il nous inclut aussi.Voici la «sortie du corps de l\u2019autre», «de la nuit vers la lumière», l\u2019art minimaliste du butô.Ces danseurs, enduits de la cendre d\u2019Hiroshima, ont adopté les figures étranges des nourrissons.Ils miment « l\u2019effroi et l\u2019extase », dans leur danse expressive où le corps est joie, douleur, découverte, «motricité qui ne désire pas fuir», saynète de la vie et de la mort.De danse et d\u2019autisme Quignard y glisse des contes percutants.Ici, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un enfant qui ne veut pas vivre, là, la sienne, enfant qu\u2019il a été, non-vivant, hostile à sa famille, refusant nourriture et conformité.Comme les danseurs de butô, il conçoit une sensorialité extrême, mémorisée comme «en amont du monde».De là lui viennent ses hésitations phonétiques, traces mnémo- ï,' Isadora Duncan (1877-1927), pionnière de la danse moderne niques qu\u2019il traque dans sa passion de l\u2019étymologie.11 fait danser sa langue.Du texte, le lecteur retiendra un bonheur quasi béat: la fascination de Quignard pour le vivant.Cette «vie qui cherche à renaître au cours d\u2019une motricité originaire», la danse, a quelque chose de prénatal, dit-il, que plombe la coordination difficilement acquise aux premiers âges: «danse perdue (dans le corps tombé, natal, désorienté, souillé, attiré, vagissant) lors de la nativité des enfants».Le corps foetal tremble encore du coït fondateur, formule-t-il, qu\u2019il entre dans la danse des rotations, de l\u2019expulsion, de l\u2019émotion qui constitue notre premier voyage dans la vie et pour la mort.Et Carlotta Ikeda, dansant, se change en Médée.Mais si elle avive l\u2019autiste en lui, il sait sortir de son corps refuge.«La danse fait appel au corps silencieux qui habite toute la vie dans un corps qui précède.» L\u2019autisme, «le non langage, le non visage, la non personne, le non désir, l\u2019an-orexis », enserrerait délicatement le vivant plus longtemps.A la lenteur des plantes, il compare le «recro-queviïlement» du non-né.Mais une fois accouché, Quignard épouse la corrida, Shiva et Hi- jikata, Dostoïevski et Purcell, l\u2019art rupestre.Ce «Dehors», c\u2019est la véhémence de naître, chacun se livrant décontenancé et happé par la rotation solaire.L\u2019essayiste se glisse dans le rôle d\u2019un thérapeute.Rien ne l\u2019entrave ! Poète, il suit la ligne, l\u2019espace, le blotti, le déplié.Son essai est une ellipse, un repos, un piège, un corps de mots qui dansent.Et sa victoire, sa réussite littéraire, c\u2019est de passer outre à la normalité : « On garde toujours un enfant pour se venger.» Collaboratrice Le Devoir Piiücul Quignard L\u2019Origine de la danse Galilée L\u2019ORIGINE DE LA DANSE Pascal Quignard Galilée Paris, 2013, 175 pages Le sourire aux lèvres SUZANNE GIGUERE On a lu l\u2019an dernier une fable craquante (Minuscule) d\u2019Andrew Kaufman.Les éditions Alto publient cette fois une histoire d\u2019amour fantasque qui a révélé l\u2019auteur to-rontois au grand public canadien en 2003, Tous mes amis sont des superhéros.Avec un titre pareil, on se doute bien qu\u2019on entre dans une histoire imprévisible, voire irrésistible.Le jour du mariage de Torn et de Super-Perfectionniste, le très jaloux Super-Hypno, l\u2019ex de Perf, jette un sort à Torn et le rend invisible.Or Torn n\u2019a rien du superhéros.11 tente désespérément de redevenir visible.En vain.Après six mois d\u2019attente, convaincue qu\u2019il l\u2019a abandonnée, Perf, décidée à refaire sa vie, prend un aller simple Toronto-Vancouver.Torn a le temps du vol pour convaincre Perf de son existence.Le voyage est ponctué de flash-back où Torn appelle à l\u2019aide Harper Lee poursuit son agent L\u2019auteur du roman Ne tirez pas sur l\u2019oiseau moqueur (To Kill a Mockingbird) traîne son agent en cour.Dans une plaînte déposée cette semaîne, la romancière Harper Lee, 87 ans, allègue que Samuel Plnkus l\u2019a dupée en prenant avantage de sa vue et de son ouïe déclinantes.Plnkus est le gendre d\u2019Eugene Wlnlck, qui représenta les Intérêts de la romancière pendant plus de 40 ans avant que la maladie ne le force à prendre sa retraite.En 2007, Plnkus aurait persuadé l\u2019écrlvalne octogénaire de lui céder les droits de son seul roman, lequel s\u2019est écoulé à 30 millions d\u2019exemplaires en plus d\u2019avoir remporté le prix Pulitzer.Or Harper Lee affirme ne conserver aucun souvenir d\u2019une telle transaction.La poursuite exige donc que Samuel Plnkus rende toutes les sommes perçues en redevances Indues.Publié en 1960, Ne tirez pas sur l\u2019oiseau moqueur brosse le portrait d\u2019un avocat Idéaliste de l\u2019Alabama qui défend un homme noir accusé de viol.Le roman fut porté à l\u2019écran en 1963 par Robert Mulligan et valut à Gregory Peck l\u2019Oscar du meilleur acteur.Le Devoir ses amis pour Inverser son destin d\u2019homme Invisible.11 se rappelle surtout ce délicieux moment où Super-Perfectionniste était arrivée à son appartement avec deux pots de peinture pour rafraîchir le linoléum de la cuisine rayé de traces de talons et de brûlures de cigarettes.«Ils avaient commencé à l\u2019endroit où le lino jouxtait la moquette.Ils travaillaient à reculons, à toute vitesse, recouvrant chacun la surface devant eux, puis reculant de quelques pas pour peindre à nouveau.Très vite, leurs pieds avaient heurté le mur du fond.Ils s\u2019étaient retrouvés coincés, entourés de peinture fraîche.Torn avait relevé les yeux, Super-Perfection-niste avait souri.\u201cC\u2019est malin ! Qu\u2019est-ce qu\u2019on fait mainte- nant ?\u201d avait demandé Torn.Et Super-Perfectionniste l\u2019avait embrassé (à la perfection).» Sans révéler la pirouette finale, on peut affirmer que Torn est plus que jamais amoureux de sa femme.«Pendant 3 heures et quarante-cinq minutes, Super-Perfectionniste a regardé les nuages.Torn n\u2019a regardé qu\u2019elle.» Tous les superhéros qui gravitent autour de Torn et Perf sont des superhéros de l\u2019ombre, du quotidien, drôles, pathétiques, passionnés, maladroits, amoureux.Et puis 11 y a aussi ceux qui doutent.On est loin des superhéros qui sauvent l\u2019univers.En fait, Andrew Kaufman explore les névroses contemporaines de nos sociétés tyrannisées par les apparences, obsédées par la per- formance et la compétitivité, hantées par la peur de la solitude et celle de vieillir.Impossible de ne pas s\u2019identifier à ses superhéros.11 suffit de résumer le trait de personnalité qu\u2019on déteste le plus, celui dont on désire se débarrasser, ou encore de trouver un truc qu\u2019on réussit comme personne.Qui n\u2019a pas été un jour un «super-je-flambe-je-me-ruine, un super-paresseux, un super-stressé, un super-je-change-d\u2019humeur-à-la-vitesse-du-son, un super-télé-accroc, un su-per-tout-de-suite-les-grands-mots, un super-j\u2019y-arriverai-jamais» ou alors, un «super-je-maîtrise-le-temps, un super-j\u2019ai-l\u2019ouïe-super-fine, unsuper-impeccablissime»?Tous mes amis sont des superhéros est accompagné d\u2019illustrations de Plshler, allas Su- per-Dessinateur, et traduit de l\u2019anglais par Anna Rozen, au-teure de romans et de livres pour enfants.Une folle douce teinte cette fable poétique, à la fols réaliste et surréaliste.Andrew Kaufman signe un livre charmant, qui se lit le sourire aux lèvres.Un roman vivant, jubîlatoîre.Avec un humour décalé, humain.Collaboratrice Le Devoir TOUS MES AMIS SONT DES SUPERHEROS Andrew Kaufman Traduit de l\u2019anglais (Canada) par Anna Rozen Illustrations de Pishier Editions Alto, coll.«Coda» Québec, 2013, 136 pages ANDReW KAUFMAfl ^ sur la berge je retrouve l\u2019étrange aventure d\u2019une étoile et d\u2019un enfant qui ne sait lire que dans l\u2019écuelle éternellement vide de l\u2019avenir yf Jean-François Beauchemin fardeaux de mésanges 4 O Q l\u2019Hexagone l\u2019Hexagone Une compagnie de Québécor Media editionshexagone.com Le calepin d\u2019Érasme « Dans Le calepin d\u2019Erasme, du nom de ce grand penseur de la Renaissance qui combattait tous les dogmatismes, Paré a réuni ses notes, qui vont de l\u2019aphorisme au court essai et qui, additionnées, dessinent une vision du monde.Incarnation de l\u2019honnête homme contemporain.Paré s\u2019intéresse à presque tout et mêle habilement le sérieux et l\u2019humour subtil.» Louis Corneliier, Le Devoir 514 524-5558 lemeac@lemeac.com culturelles\t____\u2014: /-V\t^1 E9E9 Quebec h ea @ F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 MAI 2013 LIVRES Lahontan : le procès amérindien de l\u2019Europe MICHEL LAPIERRE \\ A peine né, le mouvement de protestation autochtone Idle No More («Fini l\u2019apathie») a frappé par sa portée globale.On y a perçu la rage de survie d\u2019une culture différente.Y transparaît la culture que le voyageur français Lahontan décrivit, en 1703, dans ses Mémoires de l\u2019Amérique septentrionale, qui, enfin accessibles avec les éclaircissements nouveaux de Réal Ouellet, se révélent un procès de notre civilisation occidentale.Historien de la littérature, Ouellet étoffe, dans cette édition, des travaux entrepris il y a plus de 20 ans.D\u2019entrée de jeu, il signale qu\u2019au début du XVIIF siècle, la France natale de Louis-Armand de Lom d\u2019Arce, baron de Lahontan (1666-1716), «est le pays d\u2019Europe le plus riche et le plus peuplé: elle compte 19 millions d\u2019habitants, contre 6 à 8 en Espagne, 5 ou 6 en Angleterre et 8 pour \u201cl\u2019ensemble des possessions des Habsbourg de Vienne \u201d».Cela nous aide à comprendre pourquoi, dès leur publication au XVIIF siècle, les œuvres de Lahontan, fruits de ses séjours en Nouvelle-France (notamment à Montréal) entre 1683 et 1693, furent traduites en trois langues et eurent une influence considérable à travers l\u2019Occident.On devine l\u2019effet de cette phrase au sujet des Amérindiens : «Ils disent que le titre de Sauvages, dont nous les qualifions, nous conviendrait mieux que celui d\u2019hommes, puisqu\u2019il n\u2019y a rien moins que de l\u2019homme sage dans toutes nos actions.» On peut soupçonner Lahontan d\u2019idéaliser les autochtones pour mieux transposer dans Une des gravures contenues dans le livre Mémoires de l\u2019Amérique septentrionale de Lahontan.les propos qu\u2019il leur prête la critique qu\u2019un esprit prévoltai-rien comme le sien fait lui-même de l\u2019Europe.Mais Ouellet nous rappelle que d\u2019autres explorateurs français des XVIF et XVIIF siècles aux idées différentes, tels Marc Lescarbot, Paul Le Jeune, François-Xavier de Charlevoix, Nicolas Perrot, émirent des jugements semblables.Lahontan n\u2019est pas le seul, à l\u2019époque, à écrire sur le communisme naturel des Amérindiens: «On a beau leur donner des raisons pour leur faire connaître que la propriété de biens est utile au maintien de la société, ils se moquent de tout ce qu\u2019on peut dire sur cela.» Il le fait toutefois avec un détachement unique, qui frôle l\u2019ironie, pour insinuer qu\u2019il est, au fond, insensé d\u2019agir autrement.Annonçant l\u2019exaltation de l\u2019innocence originelle que fera Lahontan Mémoires de l\u2019Amérique septentrionale Édition préparée par Réal Oiiellet Rousseau dans son Discours sur l\u2019inégalité (1755), les autochtones, vus par Lahontan, enseignent «que, les hommes étant pétris du même limon, il ne doit point y avoir de distinction ni de subordination entre eux».Selon le mémorialiste clairvoyant, ils incarnent la sérénité sexuelle, car ils «n\u2019ont jamais eu cette sorte de fureur aveugle que nous appelons amour» et se satisfont «d\u2019une amitié tendre».On reproche au mouvement Idle No More de ne pas assez parler français.C\u2019est pourtant dans cette langue que l\u2019on a, pour la première fois, rendu à la culture qu\u2019il défend un hommage très moderne.Collaborateur Le Devoir MÉMOIRES DE L\u2019AMERIQUE SEPTENTRIONALE Lvhontan Édition préparée par Réal Ouellet Lux Montréal, 2013, 328 pages Zweig et son mondialisme né du latin MICHEL LAPIERRE \\ A l\u2019heure où l\u2019Union européenne se révèle un édifice fragile centré sur l\u2019économie, Derniers messages, de Stefan Zweig (1881-1942), depuis très longtemps introuvable en français et enfin accessible, étonne par sa singularité.Inspiré par son «grand maître» Freud, l\u2019écrivain viennois y voit l\u2019unité de l\u2019Europe comme une hantise culturelle abyssale, sortie des «rêves nostalgiques des peuples» et d\u2019un pacifisme nourri de latinité sublimée.En mai 1939, il écrit à son ami Hermann Broch, autre Autrichien, qui, en exil comme lui, travaille au roman La mort de Virgile (1945), hommage au grand poète de l\u2019Antiquité latine et, par le fait même, rejet symbolique de l\u2019hitlérisme: «Tuez Virgile afin qu\u2019il ressuscite.» Comment ces deux Juifs germanophones peuvent-ils Zweig pense que «la Réforme détruit la Renaissance» trouver dans la romanité, qui opprima Israël et qui qualifia les Germains de barbares, le salut de l\u2019Europe, sinon du monde entier à cause de l\u2019influence occidentale ?Dans son recueil posthume de 11 textes (1924-1940), préfacé maintenant par le germaniste Jacques Le Rider, Zweig répond en expliquant que l\u2019Empire romain, dès le début de notre ère, substitue «au chaos de l\u2019Europe», aux rivalités ethniques, une nouveauté: «l\u2019idée de civilisation», de cosmopolitisme.Il précise: «Si cet édifice avait duré deux ou trois siècles de plus, les racines des peuples se seraient alors mélangées, l\u2019unité de l\u2019Europe, qui est encore aujourd\u2019hui un rêve, serait depuis longtemps une réalité.» N\u2019est-ce pas, comme le lui reprochent Thomas et Klaus Mann, écrivains allemands exilés encore plus antinazis K que lui, tendre vers un apolitisme dangereux en négligeant la notion d\u2019asservissement?Certes, ce risque existe, mais, volontiers tournée vers l\u2019esthétique, la réflexion de Zweig reste exaltante dans sa complexité.Selon l\u2019écrivain, si l\u2019essor des idiomes nationaux a entravé la force unificatrice du latin, l\u2019Europe retrouve le legs moral de l\u2019unité romaine, aux XVI® et XVIF siècles, grâce à la musique de Monteverdi et de Palestrina.Zweig pense que «la Réforme détruit la Renaissance» et «la souveraineté de la langue latine ressuscitée».Il croit que les sentiments nationaux inspirés de la Révolution française portent atteinte au «sentiment fraternel» européen.Sa vision, en apparence élitiste, touche à un égalitarisme surprenant lorsqu\u2019il soutient que la révolution sociale de Stelim Z>s\u2019eig DcriiFris IIK\u2019HSIKJI'.S 1848, vécue «partout en même temps» en Europe, renoue avec l\u2019unité romaine en la modernisant.Il considère qu\u2019avant de subir le joug de Hitler, Vienne, héritière de Rome par son inter-nationalisme, concrétisait sa pensée : «La jouissance me paraît être un droit et même un devoir» si elle est éclairée.Dans la nuit incertaine de l\u2019utopisme, Zweig regarde Tolstqï, révolté contre l\u2019État et la propriété, comme la dernière étoile, «conscience incorruptible» de l\u2019unité du monde, puis, plus tard, au Brésil, il se donne la mort.Collaborateur Le Devoir DERNIERS MESSAGES Stefan Zweig Bartillat Paris, 2013,256 pages La Vitrine BANDE DESSINEE LA COLÈRE DE EANTÔMAS Tome i : LES BOIS DE JUSTICE Olivier Bocquet et Julie Rocheleau Dargaud Paris, 2013, 56 pages Le présent serait-il en panne de héros?Plus de 100 ans après sa naissance sous la plume des romanciers français Pierre Souvestre et Marcel Allain, Fantômas, père des superhéros maléfiques, apporte un début de réponse en effectuant ce retour remarqué dans le présent, par la porte du 9® art.Sous les pinceaux de l\u2019illustratrice québécoise Julie Rocheleau, ce premier volume d\u2019une trilogie annoncée renoue avec l\u2019univers trouble et torturé de ce «génie du crime» dont les aventures en feuilletons ont été si populaires au début du siècle dernier.Le graphisme est habile.Il transporte efficacement le lecteur dans ce passé peuplé de hauts-de-forme et de policiers à bacchantes que l\u2019objet littéraire expose tout en respectant l\u2019esprit d\u2019une œuvre pervertie dans l\u2019imaginaire collectif par les adaptations comiques mettant en vedette Jean Marais et Louis de Funès.Pas de rire donc ici \u2014 il n\u2019y en a jamais eu dans Eantômas \u2014, mais du drame dont la finalité, on s\u2019en doute, ne devrait pas rester longtemps derrière un masque.Fabien Deglise ARCHITECTURE PATRIMOINE EN DEVENIR L\u2019architecture moderne DU Québec France Vanlaethem Les Publications du Québec 2013,227pages Ce qui n\u2019est pas ancien n\u2019est souvent pas perçu comme un patrimoine à protéger.Et pourtant! En architecture, la modernité est cette tranche-clé de l\u2019histoire où la rupture avec le passé a marqué la conception des bâtiments.Un style qui, jusqu\u2019à tout récemment, était encore honni, sous-estimé.Avec le recul des années, ce patrimoine bâti récent gagne lentement ses lettres de noblesse, mais les batailles â livrer pour sauver plusieurs bâtiments iconiques de la modernité demeurent nombreuses, explique l\u2019auteure de Patrimoine en devenir, fondatrice de Docomomo Québec, organisme qui lutte pour la sauvegarde de ce patrimoine encore jeune.Dans cet ouvrage, Vanlaethem fait la recension des efforts réalisés jusqu\u2019ici, des édifices modernes classés biens culturels, mais surtout de tous ceux qu\u2019il reste â inscrire â notre patrimoine.Isabelle Paré HISTOIRE HISTOIRE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES AU QUEBEC Guy Laperrière VLB Montréal, 2013, 336 pages « Que les communautés aient tenu une place centrale dans l\u2019évolution religieuse, économique, culturelle du Québec est une évidence que personne ne remet en cause», écrit avec raison l\u2019historien Guy Laperrière dans cette synthèse qui retrace l\u2019action missionnaire, éducative, hqspitalière^et sociale de ces hommes et femmes inspirés par l\u2019Évangile.A l\u2019heure où plusieurs de ces communautés s\u2019effacent, Laperrière, avec rigueur et sobriété, propose un solide bilan de la contribution capitale de ces milliers de religieuses et de religieux â la construction du Québec, de 1600 â aujourd\u2019hui.Très accessible et substantiel, cet important ouvrage adopte un style descriptif qui manque un peu d\u2019allant, mais il contient de précieuses informations historiques sur des bâtisseurs de notre nation que nous avons la faiblesse de négliger.Louis Cornellier HISTOIRE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES AU QUEBEC ACADEMIE DES LETTRES DU QUEBEC Danielle Fournier, André Vanasse et Robert Lalonde à l\u2019Académie des lettres du Québec L\u2019Académie des lettres du Québec annonce l\u2019élection de trois nouveaux membres.Danielle Fournier est écrivaine et poète.Depuis 2008, elle est la première femme à diriger les prestigieuses Éditions de l\u2019Hexagone.Elle a remporté le Prix du Gouverneur Général en 2009.Robert Lalonde est l\u2019un des écrivains les plus féconds et les plus estimés du Québec.Par ses activités de comédien et d\u2019acteur, il est aussi un intervenant d\u2019importance sur notre scène culturelle.André Vanasse est romancier, essayiste, critique littéraire, éditeur, professeur de littérature.Qn lui doit la fondation des éditions XYZ.Il est le directeur de Lettres québécoises.Les trois nouveaux académiciens seront officiellement reçus l\u2019automne prochain.Pour détails, voir le site de l\u2019Académie www.academ iedeslettresd uq uebecca COLLOQUE Le Québec des années 1960 et son ouverture sur le monde Université de Montréal \u2014 Jeudi 16 mai 2013 Pavillon 3200 Jean-Brillant, local B-3240 (8h30-16h30) Québec : Pacifisme, militantisme et latino-américanisme.Présence à l\u2019étranger et reconnaissance internationale.La jeunesse étudiante internationale : Rapprochement et appropriation.L\u2019avant-gardisme du « Printemps érable » au Québec : Impact, continuité ou rupture avec le mouvement étudiant des années 1960?avec Jean-Philippe Warren et Gabriel Nadeau-Dubois.Renseignements : Jean.Lamarre@rmc.ca.Programme : www.griquere.ca Organisé par le GRIQUERE Entrée libre.Bienvenue à tous.G.R.I.Q.U.E.R.E.Groupe de recherche interuniversitaire sur le Québec des années 1960 et ses relations avec l'extérieur ASSOCIATION Tf INTERNATIONALE 9 DES ÉTUDES ^QUÉBÉCOISES Canada Faites imprimer votre propre livre Votre roman, votre récit, vos souvenirs.25 copies, 500 copies, une seule copie.C'est vous qui décidez.Qualité librairie bouquinplus Service de livre à la demande Pierre Larochelle plarochelle@bouquinplus.com 514 277-6022 poste 231 LE DEVOIR, LES SAMEDI II ET DIMANCHE 12 MAI 2013 F 7 ESSAIS Lucien Francœur, le rockeur fatigué L-y Louis CORNELLIER « P oète pas vraiment poète doublé d\u2019un chanteur pas vraiment chanteur», écrit son éditeur et ami Bernard Pozier, Lucien Francœur, «dans un champ comme dans l\u2019autre [.] a suscité la controverse.» Sa meilleure œuvre, au fond, n\u2019est pas un de ses livres ou un de ses disques; c\u2019est lui-même, c\u2019est-à-dire ce personnage original de poète-rockeur qu\u2019il a su inventer et incarner depuis tant d\u2019années.Dans ce rôle de lettré rebelle ou de rockeur in-tello \u2014 «J\u2019étais le blouson noir des chansonniers et le Camus des bums», résume-t-il \u2014, Francœur n\u2019a pas toujours su éviter le ridicule, mais il est parvenu à créer une œuvre qui n\u2019est pas sans qualités.A l\u2019époque de mes études collégiales, dans les années 1980, je suivais avec avidité les cours de poésie de Bernard Pozier, je lisais les recueils de Jean-Paul Daoust et j\u2019écoutais en boucle Les gitans reviennent toujours (1987), un des bons albums de Francœur, réalisé par Gerry Boulet.En me faisant découvrir que la poésie pouvait s\u2019allier à l\u2019univers rock et à la culture populaire, ces trois poètes ont été à l\u2019origine de mon choix d\u2019étudier en littérature.Je me suis éloigné, depuis, du rock et de l\u2019œuvre de Francœur, mais je conserve un attachement nostalgique pour cette dernière.Des propos transparents J\u2019ai donc lu avec bienveillance Francœur, le rockeur sanctifié, la biographie présentée sous forme d\u2019album que le journaliste Charles Messier consacre au personnage.Très riche en photographies et en fac-similés de toutes sortes, cet ouvrage, basé sur de longs entretiens avec le poète, n\u2019est pas une grande biographie littéraire.Messier, essentiellement, se contente de rapporter et de mettre clairement en forme les confidences de Francœur et de quelques-uns de ses amis.L\u2019intérêt du livre tient donc à sa facture visuelle et à la transparence des pro- ,,,, FRANÇOIS PESANT LE DEVOIR Lucien Francœur, poète, rockeur, enseignant et animateur de radio, au lancement de Francœur, le rockeur sanctifié, ici accompagné de Fauteur Charles Messier et de Jacques Racine, guitariste d\u2019Aut\u2019Chose.0^ i/iadiC K if\t3 {p « Fc \u201d ^ ( 1,-).j\t1 y Des noms de personnes ayant marqué la vie de Francœur.mes horizons créatifs et de me permettre d\u2019aller voir ce qu\u2019il y avait au fond de moi.Sans la drogue, et particulièrement l\u2019acide pris cette nuit-là [lors de la Nuit de la poésie, en mars 1970],/c n\u2019aurais jamais rien publié.» Des fulgurances poétiques La poésie de Francœur, «où se croisent les éléments constituant la culture étasunienne, la culture française et la culture spécifique d\u2019ici», comme l\u2019ex- le rockeur /onclific Comme intellectuel, Francœur veut avoir la parole, mais sans faire l\u2019effort de réfléchir.Si le poète-rockeur a eu ses vertus, l\u2019homme d\u2019opinion, lui, n\u2019a produit que de la distorsion.pos du rockeur, usé par une vie de patachon.Né à Montréal en 1948 et élevé à Repentigny par un père porté sur la bouteille, Francœur part sur la bum à Fadolescence.Il écoute les Beatles et les Stones, ne déteste pas se battre et faire des vols avec ses amis moptréa-lais, fugue jusqu\u2019aux Etats-Unis et commence à consommer de la drogue.Le jeune rebelle se distingue toutefois de ses complices par son goût de la lecture et de la culture.«J\u2019avais l\u2019impression, dit-il pour expliquer sa délinquance, de suivre les traces de mes héros d\u2019enfance, des héros nocturnes, déviants et rebelles.Parmi eux, il y avait Elvis Presley, le personnage du Survenant, les rôles incarnés par Marion Brando et James Dean, Billy The Kid.Les bons, je n\u2019étais pas capable!» Francœur, qui reconnaît aujourd\u2019hui que l\u2019insécurité et la peur d\u2019être rejeté ont été le moteur de sa vie, se compose rapidement un personnage pour se démarquer dans cet univers désorganisé.«J\u2019aimais, avoue-t-il, me montrer comme le rebelle qui lit et qui écrit.» La poésie, pour ce faire, lui semble la voie royale et la drogue, un puissant stimulant créatif.«L\u2019acide, dit Francœur, aura eu sur moi cet effet foudroyant et bénéfique d\u2019ouvrir plique Bernard Pozier dans la préface d\u2019Entre cuir et peau (typo, 2005), la meilleure anthologie des textes du poète, sera saluée par Gaston Miron.Regard à la fois complaisant et critique sur l\u2019expérience américaine, cette poésie, d\u2019inégale qualité, a des fulgurances.Dans Les néons las (FHexa-gone, 1978), Francœur propose un noir «Synopsis du cauchemar américain»: «[.] car voyez-vous les petits / l\u2019américanisme c\u2019est/ la foi du Bon Dieu / l\u2019homme inventorié / la pollution vénale / et l\u2019illusion de la vitesse / /la guerre dans les pores de la peau».Comme rockeur, avec Aut\u2019Chose ou en solo, Francœur poursuit dans la même veine, mais plus simplement et souvent avec humour {Le freak de Montréal, Rap-à-Büly).Sans être transcendante, son œuvre, même si elle s\u2019est construite à coups d\u2019emprunts culturels, a une réelle originalité et une indéniable valeur littéraire.Quand il se met à réfléchir, toutefois, Francœur s\u2019embourbe systématiquement.«J\u2019ai réalisé, confie-t-il à Messier, que j\u2019étais bon pour donner mon opinion et que le monde aimait savoir ce que je pensais sur tout plein de suj^ets.Je suis un opi-nioniste!» A cet égard, il s\u2019il- DANIEL GAGNE/TELE QUEBEC FRANCŒUR LE ROCKEUR SANCTIFIE Lucien Francœur et l\u2019écrivain Patrick Straram lusionne lourdement.Sa pensée, en effet, est confuse, toujours mal argumentée et très changeante.Ambivalent sur la question nationale, Francœur joue les marginaux, mais il fait de la pub parce que c\u2019est payant, travaille à la radio de tous les conformismes (CKOI), adore les voitures et fréquente les Hells, dans les années 1980-1990, tout en parlant de justice sociale.Il se présente en prof connaisseur du réseau collégial, mais dit n\u2019importe quoi sur le sujet.Comme intellectuel, Francœur veut avoir la parole, mais sans faire l\u2019effort de réfléchir.Si le poète-rockeur a eu ses vertus, l\u2019homme d\u2019opinion, lui, n\u2019a produit que de la distorsion.Traité à la méthadone, le rebelle, aujourd\u2019hui, est fatigué.«J\u2019ai souvent de la misère à me prendre pour le personnage que je jouais dans les années 1970 et 1980, et qui me faisait écrire des livres», confie-t-il tristement à Messier, en ajoutant avoir «perdu le goût de créer».Déjà, dans son rpeueil Express pour l\u2019éden (Ecrits des Forges, 2001), il annonçait son épuisement: «le trip tire à sa fin / les uns sont morts / les autres disparus / ou pas forts / ceux qui restent / se sont regardés / dans le miroir / se sont guère vus / pas plus que moi // en attendant mieux / fort peu probable / puisque le meilleur / est dans le rétroviseur / où il est signifié / que les objets / sont plus près / qu\u2019ils n\u2019apparaissent / ainsi en est-il / de tout un chacun / en bout de piste / ou en fin de compte».Les rockeurs fatigués, quand ils sont poètes, sont parfois émouvants.Le Montréal de Ladébauche selon Hector Berthelot MICHEL LAPIERRE \\ A Montréal, vers 1880, un intrigant substitue, pour mettre la main sur un trésor, un enfant à un autre qui vient de mourir.Il a, pour que l\u2019on copie un tatouage sur l\u2019imposteur, découpé, dans le cadavre, un morceau de la fesse gauche où se trouve cette marque distinctive: «un castor rongeant une feuille d\u2019érable».Dans son feuilleton Les mystères de Montréal (1879-1881), Hector Berthelot, journaliste et caricaturiste, fait du rire le scalpel qui fouille notre inconscient.Que Ti-Pite, l\u2019adolescent imposteur de 12 ans, «type du gamin de Montréal», se fasse vite passer pour un petit aristocrate de la rue Saint-Denis, qui, mort hier à quatre ans d\u2019une grave maladie, aurait hérité d\u2019une immense fortune, ce n\u2019est rien.La mère du trépassé explique: «Sa maladie était une maladie de croissance.» Berthelot supplée à l\u2019invraisemblance par un humour qui lui permet même de ne pas trop se perdre dans l\u2019intrigue abracadabrante qu\u2019ü a concoctée.Aujourd\u2019hui préfacé par Gilles Marcotte, le roman oublié d\u2019Hector Berthelot (1842-1895), publié sous le pseudonyme de M.Ladébauche, est enfin accessible grâce aux recherches de Micheline Cam-bron, qui en a établi et commenté le texte désinvolte.Comme le pensent les deux critiques, l\u2019œuvre du journaliste, chroniqueur humoristique et caricaturiste québécois regorge de saveur.Quelque peu une parodie des Mystères de Paris (1842-1843), du Français Eugène Sue, elle recrée le pittoresque de Montréal au XK® siècle, de la place Jacques-Cartier à la rue Saint-Paul et à la côte à Baron, des rues populaires San-guinet et Ontario à la hautaine rue Sherbrooke.Le cordonnier Bénoni Vaillancourt, après s\u2019être battu «en duel» à coups de poing avec Cléophas Plouf, conducteur de «p\u2019tits chars», a séjourné à «l\u2019Hôtel Fayette» (la prison de la ville).De nouveau libre comme Les mystères dt Montre par M Ljdcbuiclu IJuUr Bemelot l\u2019air, il embrasse Ursule Sans-façon, pour l\u2019amour de qui il s\u2019était bagarré avec son rival.Bouche contre bouche, les tourtereaux s\u2019échangent une «bonne gomme d\u2019épinette», si bien que Bénoni oublie que «la grosse picotte» a défiguré et rendu borgne sa dulcinée, dont la sœur cadette, Cuné-gonde, «travaillait dans le poil chezDubuc, Desautels & de».Sœur aussi de Ti-Pite, celui qui a volé l\u2019identité du fils défunt de l\u2019aristocrate dont elle est la domestique, Ursule perd beaucoup de ses illusions depuis qu\u2019elle sait que Cléophas, qu\u2019elle croyait célibataire, a une femme et qu\u2019il est père de huit enfants.Celui-ci est également artiste: d\u2019après le lambeau de chair qui lui a servi de modèle, il a reproduit le tatouage du jeune patricien disparu sur la fesse gauche de Ti-Pite, après lui avoir offert du porto mêlé à un puissant soporifique.On a Fimpression de lire une histoire écrite pour faire rigoler de grands enfants.Le Montréal où une misère bonhomme côtoie une opulence trop criarde pour ne pas être un peu factice suggère une réalité très nord-américaine qui n\u2019arrête pas de renaître : le Far West urbain.La chasse au trésor coûte la vie à Cléophas et à Bénoni, son meurtrier, que le tribunal condamne à la pendaison.On découvre que le véritable héritier de la fortune que l\u2019on croyait destinée au petit aristocrate défunt est un autre patricien, qui va contribuer à élire, comme maire de Montréal, le fieffé conservateur Jean-Louis Beaudry, comme si la joyeuse liberté du Far West, cette supposée terre du progrès, tenait moins de la réalité que du rêve.Collaborateur Le Devoir LES MYSTÈRES DE MONTREAL PAR M.LADEBAUCHE Hector Berthelot Nota bene Québec, 2013, 296 pages louisco@sympatico.ca FRANCŒUR, LE ROCKEUR SANCTIFIE Charles Messier VLB Montréal, 2013, 128 pages INp ym-} ¦ Vivre, penser, regarder « Synthèse entre l\u2019esprit libre de l\u2019écriture et l\u2019objectivité de la scientifique, voici une somme monumentale de réflexions - claires, vulgarisées et conséquentes - que Siri Hustvedt a écrites entre 2006 et 2011.D\u2019un contenu excessivement riche, cet ouvrage ne s\u2019ancre pas dans la théorie, mais touche plutôt-voire bouleverse - le réel.» Le libraire 514 524-5558 lemeac@lemeac.com >1\tE9 E3 ^ Quebec U ra @ L\u2019Or bleu LEJONCLEUR DE JÉRUSALEM C'fTAiT MTDIP^CpIS MWUCHTIIS CilCMlN TAISMsT CUILBEAULT AIiE5fTE ! 1.111 l'AS$A$SIH JOUAIT DUTROMIONC IM'XATIONîiâ^ l\u2019AKTICl IILUKS MARCEL TRLDEL Htfram BOOM L\u2019ÉCHO 20 0 0 WUif L roll AV/\"MIDIs' IF m \\fcsPH!niiers| Miiiislm Claude Moite Le Moineau domestique ^CHO.SK ( OMMl-UN GRAND RKUPI h SORTIE DE secours Galiridit- R(jy Wil.1, J [;\u20143 IINOLLH LA MARQUE DES LIONS reparation L'XP HISTOIRE PüPULAlRt L\u2019HUMANITÉ HUCUUNDIK 9uviUa« à la ville BIAKRIFGFR P?'.K.! IiétitaB HISTOIRE DE LA roue AU QUFÆFr Louis Caron Le canard de b(ris U BATAILLE DES DBDURES .ÆÆ AAÏHAIIK l\u2019ETTUMSKI Lyrique Louis -ddetnon Lettres d sa famille CHRETIEN jl ta^r.Une idée de 1 université Uculire'^ ([UébLcÉe esl-elle ; su cri»?J - ,irK-i \u2019 I\téditions du .t i Doreal ans l'histoire continue Lf.nhnr qui\t«jihiblsic JoancnGnida\tLE PERSONNAGE -i ^ lOHNSRUL MON PAYS GERARD mJON fAlSCCQlEPEUX TRUDEAU LES FEMMES EN POLITIÇUE CHAMGENT-EUES LE MONDE?JTf Æ Toëws 1£ BESTIAIRE DIHAlS Vigneault les écrits KtTAYLOR^ m Onon:ta' Claude Byari LE MARCHÉ DES ÉTOIUS L\u2019AFFAIRE ADAM ET ÈVE T.JiefT\u2019 ft H1ST01R£ DC CATHOUCISME QUEBECOIS \u2022 - 4: JUblLi était Tété \u201cINVASIONS MuPfu LA , PENSFE IMPUISSANTE ÜJ Ri'll» FIN DE CYCLE ELLIOS»! DE 1837-1838 r:- J sashfnHQCiB CiRNfiTS INTIMES ?I NAISSANCF D UNE UnÉRATURi JOBLO, IEIOCATMœ] T I ne \\ T.^ ' \u2019 \u2019\u2019\u2019 tEZ'- RENÉ I \"., ffi J' REPONSE A IN AMI DAMADIEA Suzuki , CallEjrVF-él CENSDF.PARCMÆ VERS L\u2019INDIFFÉRENCE DES SEXES?Quelques-uns des 1800 titres publiés depuis 1963.www.editionsboreaLqc.ca "]
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