Le devoir, 9 novembre 2013, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F > LE DEVOIR LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2013 Rk'A'''?'' \u2018V -\u2022 .^ .'C V fffoK f'Hr#- ir.lÀHVf] mrr'-^rm- é Th%^.'.m.m ï- f :\t' ' La réprobation d\u2019Aain Finkielkraut ILLUSTRATION TIFFET L\u2019essayiste français Alain Finkielkraut et le journaliste du Devoir Antoine Robitaille ont publié ensemble en 1999 Uingrati-tude, simultanément chez Québec Amérique et Gallimard.Ils s\u2019entretiennent aujourd\u2019hui sur les sujets brûlants, ici comme en France, d\u2019identité nationale, de multiculturalisme et de laïcité.Conversation.ANTOINE ROBITAILLE Identité», on le sait, est devenu un gros mot en France.«National» y avait subi le même sort quelque temps auparavant.Imaginez, dans cet Hexagone qui s\u2019estime en proie aux pires démons, lancer un livre s\u2019intitulant Uidentité malheureuse.C\u2019est ce que vient de faire Alain Finkielkraut.Un essai où, au surplus, il décortique \u2014 en ne dissimulant pas son regret \u2014 les différentes dimensions de la dénationalisation à l\u2019œuvre dans sa société, qui devient entre autres post-littéraire.Redites et réédition «La France semble aujourd'hui tourner la page de la France.C'est l'angoisse qui m'étreint»y confie le philosophe au bout du fil, explicitant «la soudaine inquiétude» qui l\u2019a conduit à écrire.L\u2019ouvrage connaît un grand succès outre-Atlantique et y provoque un débat intense.La réception d\u2019une certaine presse a toutefois été mauvaise.«De très nombreux journalistes et intellectuels m'attaquent avec une extrême animosité», constate l\u2019auteur.Technophobe assumé, il ne verra pas sur Twitter les critiques sauvages dont il fait l\u2019objet.Mais elles sont à peine plus dures que celles, imprimées, dans certains anciens médias.«Il y a deux jours, confie Finkielkraut, j'ai appris par Le Nouvel Observateur, sous la plume de François Reynaert, que si je combattais le Front national, c'était sur sa droite!» Et voilà l\u2019auteur de La défaite de la pensée qui s\u2019adonne à un de ses arts préférés : reformuler l\u2019argumentation de l\u2019adversaire pour mieux la circonscrire.«Je donnerais une caution intellectuelle et cultivée, par toutes les citations dont j'agrémente mon livre, au discours fruste et brutal du Front national.Je serais le soutien intellectuel à la lepénisation des esprits.» Lui qui estime que la montée du FN est une catastrophe, est-il choqué d\u2019être accusé de ce crime intellectuel?La situation est «désagréable à vivre», admet-il, avant de préciser qu\u2019elle est tout de même «intellectuellement très intéressante».Elle vient en fait confirmer une partie de ses thèses.Celle, par exemple, qui veut que la scène intellectuelle française soit aujourd\u2019hui «obsédée par l'idée de récurrence».Rien de ce qui se produit n\u2019est inédit; «tout ce qui se passe est une réédition».Dans ce présent vu comme un éternel retour, «les Musulmans tiennent le rôle que tenaient les Juifs dans les années 1930.Le Front national est un parti fasciste et, pour le dire en riant.Média-part, c'est Radio-Londres.L'actualité est ainsi couchée sur un DAVID BALICKI Pour Alain Finkielkraut, « penser, ce n\u2019est pas arriver tous les deux ans avec une idée nouvelle.C\u2019est creuser son chemin, frayer une voie».lit de Procuste et tout ce qui dépasse est censuré».Aux yeux de ce fils de déporté, «pour penser que l'islamo-phobie est l'équivalent contemporain de l'antisémitisme de jadis, il faut oublier la fréquence, la puissance et l'intensité de l'antisémitisme musulman.Pour voir à l'œuvre une xénophobie comparable à celle des années 1930 ou de la fin du XIX^ siècle, il faut occulter la terrible réalité des territoires perdus de la République».Là, souligne-t-il, un sexisme intransigeant, une violence antirépublicaine se déploient avec une force inédite.Dans ces «territoires», est souvent traitée comme «pute» toute femme portant la jupe, fait remarquer Finkielkraut dans un chapitre fort de L'identité malheureuse, intitulé «Mixité française».De plus, dans les villes de banlieue, ajoute-t-il au bout du fil, «il n'y a pas de précédent aux agressions contre les professeurs, contre les pompiers, contre les pharmaciens, contre les commerçants».Plusieurs en France ont interprété les émeutes de 2005 comme une réédition.On parla d\u2019un «Mai 68 des quartiers populaires».Réponse de Finkielkraut: attention, à l\u2019époque, «les femmes étaient présentes et actives dans les ''manifs\", dans les \\mphis\", sur les barricades».Un «Mai» strictement masculin?«Lfne contradiction dans les termes.» Or, pour certains de ses adversaires, tous ces événements et phénomènes «ne doivent pas être pris en considération».La cécité volontaire découle d\u2019une «mémoire idéologique qui gouverne la perception dominante du monde».De cette mémoire, VOIR PAGE F 5 IDENTITÉ Les 100 ans de Du côté de chez Swann Page F 2 Mathieu Bock-Côté, le conservateur de gauche Page F 6 Ms.Marvel, nouvelle superhéroïne L\u2019éditeur américain de bandes dessinées Marvel, qui publie Spi-derman.Hulk, Captain America et consorts, lancera en février prochain les aventures mensuelles d\u2019une nouvelle superhéroine.Ms.Marvel, alias Kamala Khan.L\u2019adolescente de 16 ans, issue d\u2019une famille pakistano-américaine vivant à Jersey City, dans le New Jersey, qui reçoit d\u2019un coup des super-pouvoirs, sera la première héroïne musulmane chez cet éditeur.Le scénario est signé par G.Willow Wilson, déjà auteure de plusieurs bandes dessinées.Est-ce que Kamala se liguera avec Qahera, qui a commencé à sévir cette année sur le Web ?Qahera, dont l\u2019auteure qui se dit Egyptienne reste anonyme, combat en noir et blanc la misogynie et l\u2019islamophobie, profitant de la discrétion que son hidjab peut lui apporter.{qahera.tumblr.com) Agence France-Presse Avec Le Devoir AGENCE FRANCE PRESSE La suite tant attendue des aventures de Benjamin Tardif NOUVEAUTE François Barcelo Ailleurs en Arizona Les aventures de Benjamin Tardif II IBLIO ¦ F I D E s BIBLIO-FIDES livres de poche F 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2013 LITTERATURE UTTERATURE FRANÇAISE 1913, année magnétique Il y a 100 ans, le 14 novembre, paraissaitcôté de chez Swann^ premier tome d\u2019i la recherche du temps perdu CHRISTIAN DESMEULES année 1913 n\u2019est pas tout à fait comme les r autres.Voyez un peu.Stravinski vient de composer Le sacre du printemps, créé dans une chorégraphie électrique du génie Nijinski par les Ballets russes de Diaghilev au théâtre des Champs-Elysées.Biaise Cendrars accouche, avec ùi prose du Transsibérien et de la petite Je-hanne de France, assorti des illustrations de Sonia Delaunay qui s\u2019inspirent des mots et des sonorités du poète, du «premier livre simultané».Et Apollinaire publie Alcools.A quelques mois de la Grande Guerre, c\u2019est un peu comme si la modernité, à Paris, frappait à grands coups à la porte du siècle.Au cours de cette année charnière, Marcel Proust a quarante-deux ans.Il traverse, comme d\u2019habitude, des complications sentimentales et vient d\u2019essuyer des pertes à la Bourse, où il s\u2019amuse à spéculer après avoir hérité d\u2019une petite fortune à la mort de sa mère en 1905.Il sort aussi de moins en moins, conséquence à la fois d\u2019une santé fragile et des exigences du gros roman auquel il s\u2019est harnaché, l\u2019œuvre de toute sa vie.Pour publier Du côté de chez Swann, son gros manuscrit dactylographié qui enfle au gré des corrections, refusé par tout le monde \u2014 notamment par Gallimard et la NRF sur les conseils d\u2019André Gide (voir texte ci-dessous) \u2014, Proust doit finalement se résoudre à mettre la main à sa poche.Et c\u2019est le 14 novembre 1913 que paraît à compte d\u2019auteur chez l\u2019éditeur Bernard Grasset le premier tome d\u2019un livre qui sera au final beaucoup plus long que tout ce que Proust avait cru.Longtemps, je me suis couché de bonne heure Marcel, le narrateur, raconte à travers ces pages son enfance à Combray, ses premières lectures, son attachement à la figure maternelle, sa fascination pour un univers de monda- nités en voie de disparition, pour la puissance obscure de l\u2019amour et de la mémoire.Et Du côté de chez Swann, lui-même coup d\u2019envoi d\u2019À la recherche du temps perdu, s\u2019ouvre avec l\u2019une des amorces les plus célèbres de la littérature occidentale : «Longtemps, je me suis couché de bonne heure.» Deux semaines plus tard, une critique enthousiaste de Lucien Daudet, un de ses amis, donne le coup d\u2019envoi, en première page du Figaro, de la réception critique d\u2019une œuvre qui a depuis fait couler des torrents d\u2019encre: «L\u2019analyste de M.Proust est si parfaitement incorporée à une sensibilité prodigieuse qu\u2019elles se confondent ensemble sans qu\u2019on puisse départir l\u2019une de l\u2019autre.» En tout, avant la guerre, 2800 exemplaires auront été vendus.Un succès critique et commercial considérable pour ce roman tentaculaire et déconcertant, voire un peu monstrueux.Mais quel lecteur pouvait alors imaginer jusqu\u2019où irait l\u2019œuvre de Marcel Proust?Que, six tomes plus tard, ces milliers de pages formeraient ce long serpent qui se mord la queue ?Un massacre de lecteurs Un théorème de lecture exponentiel colle à la Recherche: selon les chiffres de Gallimard, seulement la moitié des acheteurs du premier tome se procurenUe deuxième, À l\u2019ombre des jeunes filles en fleurs.A peine la moitié de ceux qui ont acheté le second achèteront ensuite le troisième.Le côté de Guermantes.Après, on a fait le plein des éclopés, et la cohorte se stabilise.C\u2019est donc dire que seul le quart des lecteurs qui y plongent parviennent à en faire la traversée.A dire vrai, les écueils sont nombreux pour qui se décide à entreprendre la lecture de la Recherche.Même lorsqu\u2019on le lit dans son bain, soir après soir, goutte à goutte.Pourquoi lire la Recherche! Toutes les raisons sont bonnes, et elles sont innombrables.AGENCE ERANCE PRESSE Uauteur Marcel Proust, autour de 1896 C\u2019est notamment l\u2019occasion d\u2019une fabuleuse suspension du temps, loin des plaisirs instantanés, une expérience de leçture totale, plus que jamais peut-être en 2013.A la fois réflexion sur le temps, sur la suspension du temps et sur le souvenir, la lecture de la Recherche est elle-même expérience de temps suspendu au long de ses milliers de pages vivantes.On parle de traversée, de longueur, d\u2019étendue, mais il pourrait aussi bien être question de profondeur.Puisque lire le chef-d\u2019œuvre de Proust, c\u2019est un peu comme nager au milieu de l\u2019océan plutôt que dans une piscine.L\u2019espace autour de soi devient tout à coup insondable, le ciel et la mer se confondent.Et on y trouve de tout: des bouteilles de plastique, des espèces de poissons méconnues, des zones de plancton phosphorescent et des flaques de mazout.Un classique Les événements de la vie de Marcel Proust en 1913-1914 \u2014 chagrins ou santé chancelante \u2014 et l\u2019arrêt des activités d\u2019édition chez Grasset durant la Première Guerre mondiale viendront bouleverser le projet initial de l\u2019écrivain et faire gonfler de façon considérable la dimension de l\u2019œuvre, qui passera de mille cinq cents à trois mille pages en l\u2019espace de huit ans.Les éditions Gallimard publieront le deuxième volume, A l\u2019ombre des jeunes filles en fleurs, titre pour lequel Proust recevra le prix Goncourt en 1919.La publication d\u2019A la recherche du temps perdu ne sera achevée qu\u2019en 1927, cinq années après sa mort.La Recherche est une cathédrale : mélange d\u2019architecture à la fois simple et complexe.C\u2019est un livre inclassable qui aborde l\u2019ambition sociale et artistique, l\u2019amour et le désir, la mémoire.Si l\u2019auteur Du côté de chez Swann est l\u2019un des premiers romanciers européens à aborder de façon ouverte dans son œuvre la question de l\u2019homosexualité, masculine et féminine, par son analyse fine et impitoyable des «lois générales de l\u2019amour», Proust rejoint aussi, en les égalant sur ce terrain, M\"^® de La Layette, Stendhal et Benjamin Constant.Qu\u2019est-ce qu\u2019un classique?«Un classique, disait Italo Calvino, est un livre qui n\u2019a jamais fini de dire ce qu\u2019il a à dire.» Cent ans plus tard, entre les commérages existentiels et la mécanique du cœur, en voilà un qui n\u2019a pas fini de nous parler.Collaborateur Le Devoir Proust de A à Z Ce Dictionnaire amoureux de Marcel Proust a remporté le prix Femina essai cette semaine GILLES ARCHAMBAULT Je ne sais si comme moi vous êtes fasciné par les dictionnaires.Le mot même me titille.Esprit sans suite, je me verrais mal consacrer trop d\u2019heures à une tâche.Aussi dois-je confesser que je ne suis jamais venu à bout de cette œuvre majeure, A la recherche du temps perdu.J\u2019ai eu beau en entreprendre la lecture une dizaine de fois, rien n\u2019y fait.Je JACQUES LANCTÔT me reconnais dans ce narrateur qui s\u2019est longtemps couché de bonne heure, mais sa prolixité me rebute.Vient de paraître le Dictionnaire amoureux de Marcel Proust de Jean-Paul et Raphael Enthoven.Qu\u2019ils soient père et fils est anecdotique : les deux «se sont bien amusés à se donner raison, puis tort, à mesure qu\u2019ils se promenaient, ensemble ou séparément, au hasard d\u2019une œuvre qu\u2019ils vénèrent depuis longtemps».De leur propre aveu, leur dictionnaire est «partial, incomplet, désinvolte, sérieux, moqueur, amoureux».J\u2019imagine mal un proustien convaincu prendre plaisir à feuilleter cet étrange diction- naire.Il en va tout autrement pour des lecteurs dans mon genre que l\u2019œuvre continue de dérouter quelle que soit la fascination qu\u2019elle exerce sur eux.Asperge à Zidane Dans son Contre Sainte-Beuve, Proust estimait que l\u2019on devait juger l\u2019œuvre d\u2019un écrivain sans s\u2019intéresser à sa vie.Comment écrire un dictionnaire amoureux sans se référer à une biographie sans cesse commentée?Nos deux auteurs ne se sont pas gênés de recourir à des précisions, admises ou non, sur la vie de cet écrivain mondain condamné à la solitude et qui en a tiré une œuvre.Ils font leurs commentaires admira- \tCauserie \tPenser l'époque.à l'heure de la pensée Twitter \tAvec Mathieu Bock-Côté \tÀ l\u2019occasion de la parution de son nouveau livre \tExercices politiques chez vib éditeur \tPenser l'époque est une exigence essentielle de la vie de la cité; mais pour y parvenir, il faut savoir dissiper les brumes de l'actualité et tenter de retrouver le sens de l'histoire.Animée par Cari Bergeron tifs, mais ne se privent pas pour autant de nous livrer des potins et des on-dit.On ne lit pas un dictionnaire, on le consulte.Il en va autrement pour celui qui nous occupe.J\u2019ai commencé par les noms propres.Que trouverais-je aux articles consacrés à Paul Morand, à Cocteau, à Gide?Ce dernier aurait refusé le manuscrit de Du côté de chez Swann parce que la peinture que faisait son auteur de l\u2019homosexualité ne coïncidait pas avec la sienne.Alors que Proust décrit des êtres honteux de leur condition, Gide, dans son Corydon, insiste sur le côté hédoniste de la pédérastie.Il aurait dit à Gaston Gallimard que Proust faisait reculer la question de l\u2019acceptation homosexuelle de cinquante ans.Ce Dictionnaire amoureux est un fourre-tout jouissif.Si on y apprend que Proust, de retour d\u2019une visite au musée du Jeu de paume, est renversé par la grandeur de Vermeer, dont La vue de Delft l\u2019éblouit, c\u2019est qu\u2019on s\u2019est rendu à l\u2019article «Grains de sable», où l\u2019on apprend aussi qu\u2019il aurait dit à sa gouvernante: «Vous n\u2019imaginez pas la minutie, le raffinement.Le moindre petit grain de sable!» Et il aurait conclu: «Je devrai encore corriger, corriger.Ajouter des grains de sable.» Et il y a des détails qui relèvent de la conversation mondaine.On peut vivre sans savoir que le Grand Hôtel de Balbec n\u2019était pas si imposant ou que le petit Marcel n\u2019était en rien un gastronome, se contentant de poulet rôti.Mais j\u2019aime que des auteurs se proclamant amoureux de leur sujet mêlent l\u2019anecdotique à l\u2019essentiel.Les amoureux n\u2019agissent pas autrement.Anatole Erance estimait que «la vie est trop courte et Proust est trop long».Nos auteurs rappellent que ce qui fait la valeur de l\u2019œuvre prous-tienne, c\u2019est justement les digressions.Selon sa personnalité, ses goûts, le lecteur qui s\u2019aventure dans un univers de cette envergure pourra faire son miel de longueurs qui, isolées, sont des hors-d\u2019œuvre à la vie propre.n y a des heures et des heures de pur bonheur dans ce faux dictionnaire qui ne s\u2019adresse pas uniquement, on l\u2019aura compris, à des convaincus.Collaborateur Le Devoir DICTIONNAIRE AMOUREUX DE MARCEL PROUST Jean-Paul et Raphael Enthoven Plon/Grasset Paris, 2013, 730 pages EN LIBRAIRIE Louis Pelland VOLTAIRE DELBUSSO ÉDITEUR A LA RADIO CANADIENNE Textes présentes et annotes par Joel Castonguay Belanger et Benoit Melançon 90 pages \u2022 19 95$ www delbussoediteurca JOSEPH YVON THÉRIAULT EVANGELiNE CONTES D AMÉRIQUE EVANGELINE CONTES D'AMÉRIQUE Québec Amérique tient à féliciter JOSEPH YVON THÉRIAULT, finaliste aux Prix littéraires du Gouverneur général pour son essai Évangéline - Contes d'Amérique.Québec Amérique quebec-amerique.com « Évangéline est un livre brillant du sociologue acadien Joseph Yvon Thériault.» \u2014 Yves Boisvert, La Presse « (.) un livre qui changera à jamais votre perception de cette légende née d\u2019un poème américain et qui deviendra un mythe fondateur de l\u2019Acadie.» \u2014 Éric Dupont, Vactualité LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2013 F 3 LITTERATURE Robert Lalonde : en plein cœur Portrait, fait de souvenirs, d\u2019une mère par son fils Danielle Laurin y ai été celui qui a eu raison de fai- i^P mer, puis raison de te haïr et de s\u2019enfuir, raison de faire sa vie loin de toi, et finalement raison de rentrer, même s\u2019il se fait tard», écrit Robert Lalonde dans C\u2019est le cœur qui meurt en dernier.Sa mère est morte.Depuis longtemps déjà.C\u2019est à elle qu\u2019il s\u2019adresse néanmoins dans ce récit.Comme s\u2019il voulait replonger dans leur intimité, la recréer.Comme si leur dialogue n\u2019avait jamais cessé au fond de lui.Comme s\u2019il cherchait encore à comprendre.Comprendre la nature de leur fougueuse relation.Comprendre qui était vraiment cette femme qui lui a donné la vie.Et se comprendre lui, à travers elle.Comprendre enfin le fils qu\u2019il a été et l\u2019homme qu\u2019il est devenu.Comprendre les traces qu\u2019elle a laissées en lui.Comprendre sa vie à elle, sa vie à lui.Comprendre la vie.Et la mort.Comprendre ?Ce n\u2019çst peut-être pas le bon mot.A moins de lui attribuer l\u2019intelligence du cœur.Ce cœur qui bat à toute allure, ce cœur de pierre tout aussi bien, ce cœur malmené, mal aimé, tumultueux, déchiré, en déroute, ce cœur qui saigne, et qui s\u2019attendrit soudain, ça dépend de l\u2019heure, du moment de la journée, de l\u2019âge, des années.Morceaux choisis C\u2019est d\u2019un portrait qu\u2019il s\u2019agit.Un portrait en dents de scie.Effectué par à-coups.Par le biais de petites scènes, d\u2019incursions dans la vie quotidienne, de bouts de conversation, de photos d\u2019un autre temps, de non-dits révélateurs, comme autant de morceaux choisis.C\u2019est d\u2019abord sa mère que Robert Lalonde place dans la lumière.Même si.«Je sais que tu n\u2019aimes pas ce que je fais aujourd\u2019hui, tu n\u2019aimes pas que je t\u2019ébruite comme je le fais, à tout vent.Apparaître en pleine clarté te désespère, t\u2019enrage, même, je le sais.» Mais impossible d\u2019y échapper.C\u2019est une dette dont il lui faut s\u2019acquitter, sans doute.Ne serait-ce que pour rendre justice à sa mère qui, devenue nonagénaire, lui demandait comme on se parle à soi-même: «J\u2019ai été qui, j\u2019ai été quoi, peux-tu me le dire ?» Il ne s\u2019agit pas d\u2019un livre-hommage pour autant.D\u2019une ode à la mère morte.Pas de lunettes roses, de complaisance.Une grande affection, oui.Un attachement profond.Mais aussi de l\u2019agacement, des déceptions, de la tristesse, de la révolte, du malheur qui remontent à la surface, tandis que Robert Lalonde plonge dans les souvenirs qui le relient à sa mère.Toutes femmes Au fil des pages, on découvre cette mère sous différentes coutures.Celle qui dramatise tout, prévoit toujours le pire, s\u2019accroche à la superstition.Celle qui se plaint de son sort de mère, d\u2019épouse, de femme à la maison qui torche, lave, nettoie, esclave de son fils et de son mari.Celle qui chante, le cœur léger, une fois son ménage fini.Celle qui se prend pour une diva, se la joue, fait l\u2019actrice.«À coup sûr tu m\u2019as légué la parole qui surestime le réel, le dramatise, à l\u2019aide de beaux mensonges insignifiants» rêvant d\u2019une autre vie que la sienne.Celle qui se soûle au gin, perd la carte, disparaît, s\u2019engouffre dans la dépression puis on efface tout, on recommence.Celle qui joue les Cruella.Celle qui cache son analphabétisme.Celle qui fait l\u2019autruche aussi bien.Car entre eux, la mère et l\u2019enfant, il y aura toujours eu un secret innommable, «dont il ne fut jamais question qu\u2019en paraboles sibyllines » : la pédophilie du mari, l\u2019inceste subi par le fils.Déjà évoqué par l\u2019écrivain, cet abus, dans ses romans.Dans Que vais-je devenir jusqu\u2019à ce que je meure?, notamment, inspiré de son adolescence.Il en est question à quelques reprises dans C\u2019est le cœur qui meurt en dernier, entre les lignes.Du genre : «Ça allait recommencer, les rudes caresses, ses grandes mains sur moi.» Par rapport au père, plus loin, le fils confie qu\u2019il en est arrivé avec les années à «une manière d\u2019espèce de sorte de par- don qui, tout en n\u2019effaçant rien, changeait tout.» Pour ce qui est de la mère comme telle, la seule fois où le sujet a été abordé par elle, raconte Robert Lalonde, elle était déjà très vieille, affectée par des médicaments.Surréaliste comme scène: elle croit que son fils près d\u2019elle est plutôt son mari, mort il y a longtemps.Elle parle à son fils comme s\u2019il s\u2019agissait de son mari.Ça donne ceci: «Et c\u2019est à lui, à moi devenu lui, que tu as confié ton chagrin, ta honte, le malheur que favais, qu\u2019il avait introduit dans la maison, comme on ouvre la porte au loup.Tu me suppliais de lui, de me faire des excuses.Tu me, tu le menaçais de fermer à clé la porte de votre chambre.» Comment imaginer une chose pareille: «Tu avais donc toujours su, pour papa et moi.Et tu n\u2019avais rien dit.» Distance et temps Pas de continuité chronologique ici.Ce personnage énigmatique, l\u2019auteur nous le donne à voir dans le désordre des années, parfois dans sa jeunesse et sa vieillesse mêlées.Mais chaque fois, en creux, le fils est là qui observe, qui s\u2019agite, ou qui tourne le dos, avec à l\u2019intérieur de lui des sentiments contradictoires, des questions sans réponse, une sensibilité à fleur de peau.Ce qui fait que dans l\u2019ombre de sa mère, c\u2019est aussi lui-même que Robert Lalonde dévoile.Ce qui fait que ce livre est un objet à part.Ce qui fait que c\u2019est du grand art.Dans sa construction même.Dans le choix des mots aussi.On connaissait déjà la force d\u2019évocation de cet auteur, mais cette fois, elle s\u2019agrémente d\u2019une certaine simplicité.D\u2019une recherche, peut-être, sans effets de style, de ce qui pourrait s\u2019appeler l\u2019authenticité.L\u2019authenticité du cœur.«C\u2019est le cœur qui meurt en dernier» : ce sont les paroles de la mère à l\u2019orée de la mort.«Le cœur, pas la tête», prenait-elle le soin de préciser.Si hommage il y a avec ce livre, c\u2019est là qu\u2019il se situe, du côté du cœur.r/- Ç' \u2018%.'y À ¥ JACQUES GRENIER LE DEVOIR Dans l\u2019ombre de sa mère, c\u2019est aussi lui-même que Robert Lalonde dévoile.Robert Lalonde aura mis plus de 40 ans à achever son récit.Besoin de cette distance pour ne pas laisser le ressentiment prendre le dessus, pour ne pas se laisser submerger par la «rancune volcanique» qui l\u2019habitait, explique-t-il à la toute fin.Il a bien fait d\u2019attendre.Entre-temps, il aura publié son premier roman, La belle épouvante, suivi d\u2019une vingtaine d\u2019ouvrages.Et il est sûrement mieux à même aujourd\u2019hui de reconnaître ce qui suit: «A coup sûr tu m\u2019as légué la parole qui surestime le réel, le dramatise, à l\u2019aide de beaux mensonges insignifiants.Tu m\u2019as légué l\u2019imagination qui fait voir.» C\u2019EST LE CŒUR QUI MEURT EN DERNIER Robert Lalonde Boréal Montréal, 2013, 168 pages P 11, Gaspard\" LE DEVOIR 1 ALMARÈS SERGE JOYAL LE MYTHE DE NAPOLÉON AU CANADA FRANÇAIS EN LIBRAIRIE { DELBUSSO ÉDITEUR 576 pages \u2022 illustré en couleur 39,95$ www.delbussoediteur.ca Du 28 octobre au 3 uovembre 2013 f\tCLASSEMENT AUTEUR/EDITEUR Romans québécois Il Les héritiers du fleuve ?Tome 2 1898-1914 Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean\t2/2 Ü Mauvaise foi Marie Laberge/Québec Amérique 1/3 3 Mensonges sur le Plateau-Mont-Royal ?Tome 1 Un mariage.Michel David/ Hurtubise 3/4 olivieri Librairie & Bistro Au cœur de la littérature Dimanche 10 novembre À 14h Culture et Communications Québec\u201d\u201d Entrée libre/réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Entre poésie et fiction Rencontre avec Anthony Phelps Autour de son anthologie de poésie Nomade Je fus de très vieille mémoire Bruno Doucey, Paris 2012 et de son roman Des fleurs pour les héros Le temps des cerises, Paris 2013 « Phelps, un titan haïtien.inscrit son nom parmi les grands poètes antillais modernes.» Jean-Yves Masson Le Magazine littéraire Avec la participation de : Martine Audet, Robert Berrouet-Oriol, Joël Des Rosiers, Gary Klang, Maguy Métellus, Pierre Nepveu, Marie-José Thériault et du musicien Toto Laraque.4 La belle affaire.Le roman de William H.\tFrançois De Falkensteen/Libre Expression\t4/2 ^ Les années de plomb \u2022 Tome 1 La déchéance d\u2019Édouard\tJean-Pierre Charland/Hurtubise\t5/2 6 La vie épicée de Charlotte Lavigne \u2022 Tome 4 Foie gras au.\tNathalie Roy/Libre Expression\t-/I 7 La grange d\u2019en haut \u2022 Tome 2 Lexode de Marianne\tMicheline Dalpé/Goélette\t-/I 8 Les héritiers du fleuve \u2022 Tome 1 1886-1893\tLouise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean\t9/13 9 Les héritiers d\u2019Enkidiev \u2022 Tome 8 An-Anshar\tAnne Robillard/Wellan\t6/6 lOl Sous la surface Martin\tMichaud/Goélette\t8/4 Romans étrangers\t\t Il Perdre le Nord\tKathy Reichs/Robert Laffont\t-/I ^ Le plus beau des chemins\tNicholas Sparks/Michel Lafon\t-/I 3 [empreinte de toute chose\tElizabeth Gilbert/Calmann-Lévy\t7/2 4 Troisième humanité \u2022 Tome 2 Les micro-humains\tBernard Werber/Albin Michel\t-/I S Cinq jours\tDouglas Kennedy/Belfond\t-/I 6 Les perroquets de la place d\u2019Arezzo\tÉric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel\t3/9 7 Inferno\tDan Brown/Lattès\t4/23 8 Crossfire \u2022 Tome 3 Enlace-moi\tSylvia Day/Elammarion Québec\t1/5 9 Cinquante nuances de Grey \u2022 Tome 1\tE.L.James/Lattès\t2/57 lOl Cinquante nuances plus claires \u2022 Tome 3\tE.L.James/Lattès\t6/39 Essais québécois\t\t Il Là où croît le péril.croît aussi ce qui sauve\tHubert Reeves/Seuil\t2/4 ^ Tenir tête\tGabriel Nadeau-Dubois/Lux\t1/4 3 Les années Croc\tM.Viau 1 J.-D.Leduc/Québec Amérique\t5/2 4 Cap sur un Québec gagnant.Le projet Saint-Laurent\tErançois Legault/Boréal\t3/2 S Le Sel de la terre\tSamuel Archibald/Atelier 10\t8/11 6 Résistance.Chroniques 2008-2009\tPierre Ealardeau/VLB\t10/7 7 De quoi le territoire du Québec a-t-il besoin?\tCollectif/Leméac\t7/3 8 Rebâtir l\u2019avenir.Comprendre et surmonter la crise financière\tJacques Racine/Médiaspaul\t-/I 9 Les filles en série\tMartine Delvaux/Remue-ménage\t4/2 lOl Exercices politiques\tMathieu Bock-Côté/VLB\t-/I Essais étrangers\t\t Il Le bien commun\tNoam Chomsky/Écosociété\t2/2 3 Plaidoyer pour l\u2019altruisme.La force de la bienveillance\tMatthieu Ricard/NIL\t-/I 3 Puissances d\u2019hier et de demain, [état du monde 2014\tCollectif/La Découverte\t1/5 4 Un été avec Montaigne\tAntoine Compagnon/des Équateurs | Erance-Inter\t4/2 ^ La vie a-t-elle un sens?Bande dessinée et philosophie\tCollectif/Philosophie Magazine\t-/I 6 Le bidule de Dieu.Une histoire du pénis\tTorn Hickman/Robert Laffont\t-/I 7 Les personnages de Lucky Luke et la véritable histoire de la.\tCollectif/Historia\t6/11 8 Panne globale.Crise, austérité et résistance\tDavid McNally/Écosociété\t-/I 9 [égalité c\u2019est mieux Pourquoi les écarts de richesses ruinent.\tRichard Wilkinson | Kate Pickett/Écosociété\t3/2 lOl Vert paradoxe.Le piège des solutions écoénergétiques\tDavid Dwen/Écosociété\t9/2 AWUMEY EXPLICATION DE LA NUIT La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d'information et d'analyse Basparil sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Basparil et est constitué des relevés de caisse de 215 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Basparil.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.« Edem Awumey a écrit un roman dur et sensible.à la fois concret et philosophique.» Marie-Christine Blais La Presse « Un roman très prenant qui est porté par un souffle lyrique très fort.» Anne Michaud Bernier et de Radio-Canada Ottawa ^^m>Edem Awumey ^ J EXPLICATION DE LA NUIT 2i6 pages \u2022 22,95 $ PDF et ePub : 16,99 $ SO www.editionsboreal.qc.ca F 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2013 LITTERATÜIIE La Vitrine ÙA RECHERCHE DU BOUT DU MONDE Michel Noel 'If *w\\ \u2018\u201cKSS-miî ROMAN JEUNESSE À IA RECHERCHE DU BOUT DU MONDE Michel Noël Hurtubise Montréal, 2012, 252 pages Romancier québécois d\u2019origine algonquine, Michel Noël vient de remporter le prestigieux Prix TD 2013 de littérature canadienne pour l\u2019enfance et pour la jeunesse avec ce très beau roman initiatique pour adolescents.Jeune Innu orphelin et bossu en quête de son identité dans une Amérique d\u2019avant l\u2019arrivée des Européens, Wapush est convaincu que sa bosse est le ventre de sa mère morte qu\u2019il porte sur son dos, comme un petit igloo pourvoyeur de courage et de réconfort.Rédigé dans une prose empreinte d\u2019une rude et émouvante poésie nordique, ce récit est un éloge de la culture amérindienne, de ses valeurs (respect des anciens, fraternité avec tout ce qui vit) et de sa riche spiritualité.Même si, au cœur de l\u2019épreuve, la toundra tarde à répondre à ses questions, Wapush ne perd jamais patience.«Il n\u2019y a rien à ma connaissance qui ne parle pas», dit-ü avec sagesse.L\u2019écrivain et ethnologue Michel Noël n\u2019a vraiment appris à lire et à écrire qu\u2019à l\u2019âge de 14 ans.Comme son héros, il a malgré tout brillamment trouvé sa voie.Inspirant.Louis Cornellier ESSAI À FORCE DTMAGINATION Jean-Pierre Boyer, Jasmin Cormier, Jean Desjardins, David Widgington Lux éditeur Montréal, 2013, 190 pages Voilà plus de 50 ans qu\u2019üs lèvent le poing, génération après génération, pour réclamer la gratuité scolaire et un meilleur accès à l\u2019éducation.A force d\u2019imagination retrace les affiches et artefacts qui ont porté le mouvement étudiant jusqu\u2019en 2013.Ces affiches, elles ont été collectionnées patiemment, au cours des dernières décennies, parles membres du collectif d\u2019édition du Centre de recherche en imagerie populaire, auquel participent les auteurs.Imaginatives, féroces, amusantes ou dénonciatrices, ces affiches, accompagnées d\u2019un texte explicatif, témoignent d\u2019un combat qui n\u2019a pas beaucoup changé au fil des décennies.«La gratuité scolaire, maintenant ou jamais», peut-on lire sur une reproduction du journal Le Quartier latin du.22 mars 1966.Mais c\u2019est bien l\u2019élan créateur des grandes manifestations étudiantes de 2012 qui demeure l\u2019inspiration première de ce livre, avec ses affiches proclamant que les rêves étudiants «sont plus grands que les urnes».On y redécouvre de belles trouvailles, comme cette illustration numérique, amusant clin d\u2019œil à la loi 78 qui tentait de freiner les manifestations : «Après avoir mis l\u2019huile sur le feu, l\u2019oie spéciale se retrouve dans l\u2019eau chaude.» Caroline Montpetit AGENDA AGENDA MEMINI 2014 Agenda historique des éditions DU Septentrion Septentrion Québec, 2013, 164 pages Fondées à Québec par l\u2019historien Denis Vaugeois, les éditions du Septentrion fêtent, cette saison, leur 25® anniversaire.En un quart de siècle, cette maison, où j\u2019ai moi-même publié trois essais, s\u2019est imposée comme le lieu de la discipline historique.Pour marquer le coup, on y publie cet Agenda Memini (en latin, «se souvenir»), qui rappelle, jour après jour, de grands événements ayant marqué le Québec, le Canada et toute l\u2019Amérique du Nord, de la Nouvelle-France jusqu\u2019à nos jours.Des éphémérides qui remettent notre histoire au cœur du quotidien, colligées par Sara Cos-sette-Blais.J\u2019y apprends que le jour de mon anniversaire, mais en 1834, ont été votées les fameuses 92 résolutions.Ça me convient.Le grand format de cet agenda (20,7 cm x 26,6cm) n\u2019est peut-être pas le plus fonctionnel, cependant.Louis Cornellier Agenda Memini 2014 La Pastèque : 15 ans de bédé hors des cases \tRencontre du CRILCQ \tUne dramaturgie du contraste \tCauserie avec \tFanny Britt \tAuteure de théâtre \t{Honey Pie, Couche \tavec moi (c'est l'hiver), Hôtel Pacifique, Enquête \tsur le pire et Chaque \tJour) traductrice et \tauteure jeunesse, Fanny \tBritt est présentement finaliste pour la sélection des prix littéraires du \tGouverneur Général \t2013 pour Bienveillance \t(catégorie théâtre) et Jane, le renard et moi (catégorie jeunesse -texte).\tAnimée par \tVéronique Grondines FABIEN DEGUISE L> histoire a été racontée ' mardi dernier par Frédéric Gauthier, éditeur de La Pastèque, au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) où a pris son envol une exposition consacrée aux 15 ans de sa maison.Quinze bédéistes y «rencontrent», jusqu\u2019en mars prochain, quinze œuvres de la collection permanente.Audace, culot et idées neuves.Les fondements de cette exposition ne pouvaient être différents pour célébrer une maison d\u2019édition qui, depuis son apparition en 1998, a fortement changé les contours de la bande dessinée québécoise.Cela, elle l\u2019a réussi en misant sur la diversité culturelle du Québec, source de créativité, selon elle, en définissant la mondialisation au lieu de la subir, mais également en luttant férocement contre le repli sur soi et le défaitisme qui, à la fin du siècle dernier, empêchait le monde des bulles au Québec de pétiller, comme aujourd\u2019hui.Les racines Dans La Pastèque, 15 ans d\u2019édition, bouquin hommage qui fait office de catalogue d\u2019expo au MBAM, les géniteurs de la maison, Frédéric Gauthier et Martin Brault, se souviennent du moment où le germe de leur projet a été semé.Tous deux bossaient à La Mouette rieuse, une librairie spécialisée en bande dessinée rue Saint-Denis \u2014 envolée depuis \u2014, où les titres audacieux en provenance de jeunes maisons d\u2019édition européennes, comme L\u2019Association, et les œuvres éclatées de Pascal Rabaté, de Lewis Trondheim, de Frederik Pee-ters et de Marjane Satrapi faisaient le bonheur des clients et des deux jeunes libraires qu\u2019ils étaient.À l\u2019extérieur, le monde de la bédé au Québec ne cessait alors de se plaindre du manque de marché pour les œuvres confidentielles qu\u2019il produisait.Qn parlait d\u2019un manque d\u2019éditeurs sérieux, de la su- Les géniteurs de La Pastèque, Frédéric Gauthier et Martin Brault prématie des œuvres franco-européennes et américaines, le tout dans un environnement geignard qui, pour Gauthier et Brault, ne pouvait être une fatalité.Diversité ou ouverture La publication de Spoutnik 1, un collectif d\u2019auteurs émergents d\u2019ici côtoyant pour la première fois des talents émergents d\u2019ailleurs, allait donner le ton.Qn est en décembre 1998.Guy Delisle, qui commence à séduire un éditeur européen avec sa Réflexion (L\u2019Association), y dévoile sa poésie graphique, aux côtés de Leif Tande (un des secrets les mieux gardés de la bédé qué- bécoise), Jimmy Beaulieu, mais également de l\u2019Qntarien Seth et de l\u2019Arkansassais Brian Biggs.«L\u2019idée était de stimuler une nouvelle génération d\u2019auteurs, de leur donner un nouveau véhicule de diffusion», résume M.Gauthier, qui défend toujours l\u2019idée qu\u2019un corpus national ne perd pas son identité en s\u2019ouvrant sur le monde.Ce véhicule, en 15 ans, aura fait naître Philippe Girard, Isabelle Arsenault, Michel Raba-gliati et son désormais ico-nique personnage Paul.11 aura livré en français \u2014 une première \u2014 le monde de l\u2019Espagnol Fermin Solis, du Néerlandais Eric de Graaf, de l\u2019Argen- ILLUSTRATION PASCAL BLANCHET tin Liniers, et amené ici la délicatesse de la Française Violaine Leroy.11 aura également ramené au bon souvenir du présent les Red Ketchup et Michel Risque, loufoques personnages issus de Croc et des années 1970.Et ce, encore et toujours, avec cette effronterie devenue un incroyable moteur de création, que l\u2019on ne s\u2019étonne pas de trouver chez un adolescent de 15 ans.Le Devoir LA,PASTÈQUE, 15 ANS D\u2019EDITION Collectif La Pastèque Montréal, 2013, 270 pages m.LITTERATURE QUEBECOISE Printemps de Prague Jean Lemieux traite de l\u2019usure du couple QUEBEC AMERIQUE L\u2019écrivain québécois Jean Lemieux EN L BRA R E Marc Turgeon LE DECLIN DE LA CULTURE SCOLAIRE DELBUSSO ÉDITEUR 172 pages ?22,95$ www.delbussoediteur.ca Claude CORBO ENJEUX DE SOCIETE Essais, études et opinions sur ['éducation et [es institutions politiques EN LIBRAIRIE DELBUSSO ÉDITEUR ) 432 pages ?34,95$ www.delbussoediteur.ca CHRISTIAN DESMEULES Prof de littérature au cégep de Limoilou, écrivain en hibernation, menuisier amateur, Patrick Robillard s\u2019est un peu perdu de vue depuis les onze ans qu\u2019il est marié avec Fva, une musicienne tchèque devenue seconde clarinette au sein de l\u2019Grchestre symphonique de Québec.Amoureux «sans remède» et jeune docteur en littérature comparée à Prague au début des années 2000, ü avait séduit sa belle en portant un tricorne rouge et en jouant à l\u2019écrivain qu\u2019ü n\u2019était pas encore.Mais tout ça lui semble loin.11 n\u2019est plus aujourd\u2019hui que «Papa-trick », version familiale et québécoise de l\u2019homme à tout faire, obnubilé par le bien-être des deux jeunes enfants du couple.«Peut-on traverser les décennies sans rencontrer de brume?», se demande-t-ü.Le narrateur de Prague sans toi, le dernier titre de Jean Lemieux, auteur de nombreux romans, dont On finit toujours par payer et Le mort du chemin des Arsène (La Courte Échelle, 2003 et 2009), a depuis longtemps mis ses ambitions littéraires entre parenthèses.C\u2019est ainsi que le roman alterne, avec la voix de Patrick, entre leur rencontre d\u2019autrefois à Prague et leurs difficultés d\u2019aujourd\u2019hui.Si la musicienne a toujours été pour lui un «lac profond enchâssé entre de hautes forêts» et demeure encore une énigme, ü a depuis un certain temps de moins en moins accès à ses pensées ainsi qu\u2019à sa «caverne enchanteresse».Pire: l\u2019homme d\u2019imagination qu\u2019il est se met à croire que sa femme le trompe, avec un trompettiste de l\u2019orchestre, et qu\u2019eUe songe à le quitter.Et pendant tout ce temps le Quintette avec clarinette de Mozart continue de résonner, comme l\u2019inverse parfait de l\u2019état d\u2019esprit de ce protagoniste inquiet, tourmenté et terrifié à l\u2019idée de perdre le plus important de tous ses repères.Rompre dans la dignité En désespoir de cause, Patrick conçoit un coup d\u2019éclat afin de forcer le dialogue : retourner à Prague, sans Eva, à la fin de l\u2019année scolaire.Espérer que le climat de leur couple se réchauffe.Mais «Prague, cristal intemporel, est la même, mais la magie n\u2019opère plus».Patrick arpente la ville et remonte des «fleuves de pilsner» sans trop savoir ce qui l\u2019attend.Portrait sensible d\u2019un amour ébréché, Prague sans toi peut compter sur une narration ha-büe, même si elle est relativement conformiste.Sans oser vraiment explorer les zones les plus sombres de la vie et du couple, le roman ne verse pas non plus dans la légèreté et la caricature conjugale.Jean Lemieux y dessine un personnage crédible d\u2019homme arrivé au mi-temps de sa vie, mis en demeure de concilier les trois cornes de son chapeau: celles d\u2019amant, de père et de créateur.Tel une sorte de memento mori pour le couple, Prague sans toi explore de façon sympathique le thème de l\u2019usure du couple, à travers une tentative un peu tardive, maladroite et désespérée de ramener à la vie un mourant.La fin du roman laisse dans une certaine mesure en suspens l\u2019issue de leur différend.Êt tout cela nous rappelle qu\u2019en amour, comme dans les romans qu\u2019on écrit, on ne trouve souvent que ce qu\u2019on y met soi-même.Pas vrai?Collaborateur Le Devoir PRAGUE SANS TOI Jean Lemieux Québec Amérique Montréal, 2013, 192pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2013 F 5 LITTERATURE Une vie de mensonges Qu\u2019est-ce que réussir et que signifie rater sa vie ?Que disent nos mensonges sur ce qu\u2019on est devenu, lorsqu\u2019on fait le bilan ?Ces questions courent dans le roman de Karine Tuil, lequel s\u2019est hissé jusqu\u2019au troisième tour de la sélection du Concourt.GUYLAINE MASSOUTRE Samir est un musulman d\u2019origine tunisienne, émigré en France, qui estime ne pas avoir eu de chance.Orphelin de père, avocat mais chômeur, il se sent humilié ; il décide alors de réussir, réussir à tout prix.Se faisant appeler Sam, ou Sami, diminutifs de Samuel \u2014 prénom d\u2019un vieil ami \u2014, il est embauché dans un cabinet juif.Sans difficulté ni préméditation, l\u2019opportuniste et ambitieux personnage se construit le quotidien d\u2019un juif sépharade, à la fois crédible et protégé par ceux auxquels il s\u2019allie.Sa vie bascule toutefois dans cette nouvelle identité.«Avec le mensonge, on peut aller très loin; mais on ne peut pas en revenir.» Karine Tuil cite ce proverbe yiddish qui illustre bien L\u2019invention de nos vies et son histoire, que Tuil a longtemps mûrie.En voulant approfondir sa propre existence, elle a tiré sur le fil d\u2019un autre, ce Sami menteur, qui s\u2019entend parler comme s\u2019il li- sait à livre ouvert dans son propre piège.Pour la romancière, on le devine, la fiction est une tentation naturelle et un chemin tout tracé.Sensible aux compromissions de la réussite sociale, Tuil s\u2019enrage contre les artifices identitaires qu\u2019elle retrace patiemment.Le suspense s\u2019inscrit dans ce qui nous entoure.Elle se confie ainsi à la littérature, en trente-trois chapitres qui racontent l\u2019ascension et la chute de trois êtres qui voient leur vie basculer dans cette imposture.Un complexe bien vu Il faut passer rapidement sur les premières pages, qui n\u2019invitent pas trop à lire ce roman dense et tortueux.L\u2019histoire s\u2019enclenche pourtant réellement.Jusqu\u2019où mentir, et à qui ?Pour Samir, fils d\u2019un ferronnier et d\u2019une couturière, les contraintes sociales sont l\u2019occasion de mesurer sa force.Son désir de revanche le pousse dans l\u2019engrenage du mensonge.Dans l\u2019ombre, il joue son bras de fer avec les autres et étend son pouvoir grâce à la belle-famille new-yorkaise qu\u2019il s\u2019est donnée.Il se paie même le luxe de défendre les femmes humiliées, non sans reproduire à sa façon les aberrations qu\u2019il dénonce.Mais sa sexualité va l\u2019entraîner là où il ne peut plus cacher son origine.Impossible de reculer: la vénalité du personnage précipite sa fuite en avant.Grâce à des inventions, celui qui se pense invincible nourrit sa propre légende, fantasme sans éthique qui fait courir à sa famille le danger d\u2019imploser.Au-delà de cette renommée, sa mystification sidérante fera-t-elle de lui un traître, un pervers comparable au tueur que Truman Capote décrivait dans De sang-froid\u2019^ Tuil donne là le meilleur d\u2019elle-même: étudier la compromission à même la perméabilité des identités.Ce qui était une faiblesse, l\u2019humiliation, est un atout qui trouve sa place auprès des maîtres de la société.Manipuler devient l\u2019art de s\u2019inventer.Ce menteur a créé un nouvel être, plus libre de son destin, et sa communauté d\u2019adoption, par humanisme, tolérera ses jeux de côté.Le retournement de situation de Samir, pris dans la guerre d\u2019al-Qaïda et la lutte antiterroriste américaine, donne lieu à des pages fort bien menées sur ce qui arrive à un quidam commis avec l\u2019un ou l\u2019autre côté.La quatrième et dernière partie du roman compte des passages forts, au moment où les personnages choisissent leur destin entaché et justifient leur liberté.A certains, le mensonge est une bonne af faire, un moyen de survivre.De même, le roman permet à l\u2019auteure de réfléchir sur ce que dit la littérature dans notre monde.On pense à Mensonges sur le divan d\u2019Irvin Yalom, qui traitait également du récit de l\u2019expérience et de sa fabrication par la parole.Tuil traite ce sujet énergiquement.Dans la partie finale d\u2019un poker où tout le monde se retrouve, quitte à changer de place et à passer son tour, l\u2019auteure dénonce le cynisme et l\u2019évidente facticité des sociétés.Collaboratrice Le Devoir L\u2019INVENTION DE NOS VIES Karine Tuil Grasset Paris, 2013, 495 pages TT LOÏC VENANCE AGENCE ERANCE PRESSE Alain Finkielkraut tient à sa tradition française de laïcité.Il rappelle dans son essai avoir mené le combat pour le maintien d\u2019une interdiction des signes ostentatoires, entre autres à l\u2019école, dès les années 1980.IDENTITE SUITE DE LA PAGE E 1 Alain Finkielkraut se dit «victime».«Je ne cesse de répéter que notre situation est nouvelle et incomparable.Et cela suffit à me ranger dans le mauvais camp, à être accusé du crime de lepénisation.» Laïcité Comme bien d\u2019autres démocraties, la France vit une crise du «vivre-ensemble».«La fréquence du mot traduit le désarroi d\u2019une société qui voit la disparition de la chose», écrit-il.Finkielkraut tient à sa tradition française de laïcité.Il rappelle dans son essai avoir mené le combat pour le main- tien d\u2019une interdiction des signes ostentatoires, entre autres à l\u2019école, dès les années 1980.Plusieurs penseurs nord-américains du multiculturalisme manquent de mots pour dénon-\t\u2018 cer cette façon de voir.«Martha Nussbaum, Joan Scott ou Charles Taylor voudraient à toute force que la France [.] abandonne son modèle de laïcité pour s\u2019aligner sur les normes américaines.» Pour des auteurs férus de pluralisme, la «différence» française est intolérable.Si la France obtempérait et laissait tomber sa laïcité, on assisterait paradoxalement «au triomphe simultané du multiculturalisme et de la culture américaine ! Il y a une contra- 1 idenrire malheureuse diction dans les termes», note Finkielkraut.Certains, dont Le Monde, ont reproché au philosophe ses redites.On retrouve en effet dans L\u2019identité malheu-reuse certains thèmes et citations qui ponctuent plusieurs de ses livres, dont L\u2019ingratitude (1999).Tout de même, répond-il, le thème de l\u2019identité nationale, il ne l\u2019a jamais abordé ainsi dans ses essais antérieurs; de même pour l\u2019effet de l\u2019interconnexion (notamment sur l\u2019école).Dans ce livre foisonnant, il développe la thèse de la «guerre des respects», bref de la reconnaissance, de manière neuve aussi.De toute façon, conclut-il, «penser, ce n\u2019est pas arriver tous les deux ans avec une idée nouvelle.C\u2019est creuser son chemin, frayer une voie.[.] Si l\u2019on peut déceler une continuité entre ce livre et les précédents, cela ne signifie pas que je piétine, mais au contraire que je travaille sérieusement».Le Devoir L\u2019IDENTITE MALHEUREUSE Alain Finkielkraut Stock Paris, 2013, 228 pages YVETTE ERANCOLI EN LIBRAIRIE LE NAUFRAGE DU VAISSEAU D'OR Les vies secrètes de Louis Dantin DELBUSSO ÉDITEUR 448 pages \u2022 illustre \u2022 34 95$ www delbussoediteurca Deux soirées à la librairie Paulines Mercredi 13 novembre 19h30 L'âge adulte de la démocratie avec Christian Nadeau, professeur de philosophie morale et politique (UdM) ni n èr^uHnes LIBRAIRIE Jeudi 14 novembre 19h30 Entretien avec Kim Thuy Animation Marie-LyneVerret Les deux soirees contribution suggeree 5$ Beaucoup plus qu'une librairie! 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 ERANÇOIS PESANT LE DEVOIR François Lévesque signe ici son sixième roman.POLARS Trous noirs MICHEL BELAIR François Lévesque, par ailleurs aussi journaliste au Devoir, en est déjà, avec Une maison de fumée, à son sixième roman, ce qui est en soi plutôt impressionnant pour un jeune trentenaire.Il raconte ici une histoire terrible plantée dans le même genre de terreau que ses livres précédents; à Malacourt, près de No-taway, une ville située en région «éloignée», comme on dit, une petite fille s\u2019est évaporée dans la nature.30 ans tout juste après la disparition de deux fillettes, près d\u2019une maison détruite le même soir par un incendiaire.Cette disparition amènera le sergent Dominique Chartier du Service de police de la Ville de Montréal à prendre quelques jours de vacances pour se mêler aux recherches.Il retrouvera là un collègue de la Sûreté du Québec.et une foule de souvenirs surgis de son passé trouble.Bien vite, on apprendra que Chartier habitait la maison près de laquelle les deux premières disparitions sont survenues et qu\u2019il a perdu sa mère ce soir-là dans l\u2019incendie.Façon film On vous prévient: les 40 dernières pages du livre sont absolument hallucinantes.Elles font partie de ce qui s\u2019est écrit de plus fort ici dans le genre et on ne pourra \u2014 vous verrez bien ! \u2014 qu\u2019en sortir bouche bée, épaté, sonné, sans mot.Wow! Mais le lecteur devra toutefois se montrer bienveillant pour arriver jusque-là, car si les méandres de l\u2019intrigue arrivent constamment à nous surprendre, surtout quand tout nous éclate en plein visage, les personnages, eux, manquent de profondeur et, di-sons-le, de vérité.Chartier, par exemple, nage dans l\u2019improbable et l\u2019inconsistant On veut bien comprendre que c\u2019est un être qui se cherche et dont le passé est rempli de trous noirs, mais il n\u2019a rien d\u2019un policier ou d\u2019un enquêteur.Vivant une vie vide, pas même toute vouée à son métier, il semble flotter entre deux eaux en se laissant porter par ce qui se déroule devant lui.Sa présence sur les lieux de la disparition restera tout au long totalement injustifiée.L\u2019auteur décrit aussi méticuleusement la moindre nuance du paysage et plante chacune de ses scènes avec soin, comme s\u2019il écrivait un scénario.Ce qui, bien sûr, braque encore plus les réflecteurs sur le décor.et en même temps sur le flou des personnages.François Lévesque a tissé là une histoire étonnante qui vous jettera par terre, on l\u2019a dit, en fin de parcours.Ne reste plus qu\u2019à faire vivre la prochaine par des personnages un peu plus solides.Collaborateur Le Devoir UNE MAISON DE FUMÉE François Lévesque Editions Alire Lévis, 2013, 237pages Hélène Dorion s\u2019adresse à notre fragilité.Celle que nous ne voulons pas voir, ressentir, vivre et qui pourtant nous ouvre à ta vie.Celle qui est masquée sous l\u2019épaisseur des images de puissance, de contrôle, de rentabilité.Jean-Claude Ravet Hélène Dorion Sous l'arche du temps Êssoi SUIVI d'entretiens TYPOn U ne société de Québécor Média F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 9 ET DIMANCHE 10 NOVEMBRE 2013 ESSAIS Mathieu Bock-Côté, le conservateur républicain Louis CORNELLIER a prose touche les profondeurs du malaise moderne sans jamais déprimer, et sans jamais nous laisser croire non plus quPn pourra faire de la nostalgie une politique.Il ne nous propose pas de vivre dans un musée, mais de revenir aux choses fondamentales, à cette part de l\u2019homme sacrifiée par le monde moderne et qui est indispensable à la civilisation.» Cette belle description est celle que le sociologue et chroniqueur Mathieu Bock-Côté réserve à un de ses maîtres, l\u2019écrivain français conservateur Denis Tillinac.C\u2019est celle que j\u2019aurais envie, à mon tour, de réserver à Bock-Côté lui-même.En lisant ces lignes, mes amis de gauche vont vouloir me lancer des roches, mais tant pis : Mathieu Bock-Côté (MBC) est actuellement un des plus brillants essayistes du Québec.Sa pensée est forte, nourrie à une impressionnante culture, et son style, qui allie la clarté à l\u2019élégance, est éblouissant.Les exercices politiques qu\u2019il publie ces jours-ci, un recueil de ses meilleurs textes parus sur son blogue du Journal de Montréal depuis février 2012, sont l\u2019éclatante démonstration de l\u2019envergure intellectuelle de ce jeune penseur de 33 ans qui se réclame du conservatisme.Car, oui, MBC est conservateur.Il ne l\u2019est pas, cependant, au sens harpérien du terme.D\u2019abord, l\u2019essayiste ne cache pas ses «profondes convictions souverainistes».Sa pensée, de plus, est en opposition radicale avec un individualisme de type néolibéral.Son conservatisme, inspiré par les œuvres des Raymond Aron, Hannah Arendt et Alain Finkielkraut, est républicain.Etonnamment, MBC cite peu d\u2019auteurs québécois dans ce livre.La cité, écrit-il, n\u2019est pas «seulement un arrangement procédural», un assemblage d\u2019individus attachés à leurs droits et à leurs intérêts.«La vie politique, ajoute-t-il, n\u2019est pas que gestion, mais aussi héritage historique et valeurs collectives.» État-nation et identité nationale Cet héritage et ces valeurs, MBC les trouve dans l\u2019histoire de l\u2019Occident et dans celle du Québec.Contre un cosmopolitisme libéral qui chante la grandeur du déracinement et le dépassement de l\u2019identité nationale, il défend l\u2019Etat-nation, «socle politique de la civilisation occidentale» et cadre de référence à travers le- ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR « La vie politique n\u2019est pas que gestion, mais aussi héritage historique et valeurs collectives», écrit Mathieu Bock-Côté.quel «chaque culture répond à la dialectique si particulière entre l\u2019enracinement et l\u2019universel».Contre un multiculturalisme qui inverse le devoir d\u2019intégration (la société d\u2019accueil doit s\u2019adapter au nouvel arrivant), il défend une conception substantielle et républicaine de l\u2019identité nationale, nécessaire à la préservation du lien politique et d\u2019un monde commun.Une société, insiste-t-il, n\u2019est pas une page blanche, «mais bien le fruit d\u2019une civilisation dont on doit conserver les fondements, et dont la nation est l\u2019expression politique la plus achevée».Le Québec a donc le devoir, et pas seulement le droit, de faire du français la langue de la politique, du pouvoir, du travail et des interactions sociales, dans le respect, évidemment, des droits de la minorité anglaise historique.La langue, écrit MBC avec raison, «n\u2019est pas un phénomène individuel, mais collectif», et elle ne vit pleinement «que lorsqu\u2019elle permet de se connecter à toutes les sphères de l\u2019existence».La laïcité, de même, est nécessaire «pour construire du commun dans une société qui se disperse».Il faut que les Québécois aient tristement intériorisé le chartisme à la Trudeau pour croire le contraire.Enfin, et toujours dans un souci républicain de reconstruire un monde commun dans le cadre de l\u2019État-nation, l\u2019enseignement de l\u2019histoire nationale à l\u2019école s\u2019impose comme un urgent devoir, de même que la création d\u2019une citoyenneté québécoise.Un tel programme, comme l\u2019indépendance du Québec qu\u2019il cherche à préfigurer, à préparer, est dénoncé par les fédéralistes, qui y voient une position de repli identitaire.Avec les accents de Bourgault, MBC renverse brillam- ment cette perspective.C\u2019est le Canada, écrit-il, qui «nous enferme dans un statut politique trop étroit qui pousse à l\u2019entre-soi provincial et qui entraîne l\u2019appauvrissement de la vie collective».C\u2019est par l\u2019indépendance que le Québec pourra entrer directement en contact avec le monde, en français, qu\u2019il trouvera «une synthèse optimale et durable entre les exigences inévitables de l\u2019enracinement et son aspiration cosmopolite à l\u2019universalité».Bock-Côté est-il de droite ?MBC, dit-on, est de droite.Ce n\u2019est pas faux, mais c\u2019est très imprécis.Le sociologue préfère se qualifier de conservateur.Il critique, c\u2019est vrai, et parfois injustement, les dérives de l\u2019extrême gauche et ce qu\u2019il appelle les excès bureaucratiques de la social-démocratie.Il réserve toutefois ses critiques les plus senties au courant de la «nouvelle droite québécoise», cette droite de VHomo economicus libéré de toutes attaches, cette droite oublieuse du fait que la nation est le lieu par excellence du politique et de la quête du bien commun et revendiquant son droit de se «désaffilier du collectif».Féroce à l\u2019égard des riches exilés fiscaux, MBC reconnaît les vertus innovatrices du capitalisme, mais refuse la domination de la logique du marché.Il cite le socialiste Jean Jaurès, qui affirmait que «la nation est le seul bien des pauvres» parce qu\u2019elle crée «une communauté d\u2019obligations qui amène le riche à partager une partie de ses avoirs avec ceux qui ont moins», il rappelle que «l\u2019homme qui réussit n\u2019est pas né dans un monde vide où il s\u2019est fait sans l\u2019aide de personne» et dit de l\u2019impôt progressif qu\u2019il est «l\u2019expression indispensable d\u2019une justice sociale qui rappelle les devoirs liés à l\u2019appartenance à une communauté politique».En ce sens, la critique que MBC fait de «l\u2019individualisme dépolitisant» d\u2019une Oprah Winfrey, critique accompagnée d\u2019un brillant éloge de l\u2019idéal d\u2019une vie décente, est celle d\u2019un conservateur.de gauche.Penseur hyperactif (comment fait-il pour écrire autant et si bien en maintenant une telle qualité de réflexion ?), MBC propose donc des Exercices politiques de haut vol.Héritier d\u2019une civilisation occidentale et d\u2019un peuple québécois dont il tient à préserver les grandeurs, il s\u2019impose en essayiste tragique habité par une espérance volontaire.louisco@sympatico.ca EXERCICES POLITIQUES Mathieu Bock-Côté VLB Montréal, 2013, 384 pages La vie de Fernand Daonst, militant syndicaliste total MICHEL LAPIERRE Après les scandales qui ont éclaboussé et éclabousse encore la FTQ, voilà qu\u2019on peut redécouvrir, surpris, un syndicaliste exemplaire.Fernand Daonst l\u2019a dirigée, comme secrétaire général, de 1969 à 1991, puis, comme président, jusqu\u2019en 1993.Dans le tome I (1926-1964) de sa biographie, André Leclerc dépeint un homme «distingué» au «vocabulaire châtié, sans juron ni mot vulgaire».Il révèle pourtant que Daonst est issu d\u2019une famille monoparentale et pauvre.Syndicaliste lui-même, Leclerc souligne que Fernand Daonst, né à Montréal en 1926, puis élevé près du centre-ville, se fait, dès 1950, le promoteur du français comme langue de travail.Pas étonnant que, plus tard, le dirigeant de la FTQ, la plus importante fédération syndicale du Québec, devienne le principal défenseur de l\u2019autonomie de l\u2019organisme au sein du Congrès du travail du Canada.Mais, pour lui, l\u2019apprentissage de la vie n\u2019a pas été facile.Un jour, dans le tram- way, il dit à un ami: «Regarde l\u2019homrpe là-bas, c\u2019est mon père.» A son interlocuteur qui demande pourquoi il ne va pas lui parler, il répond : « On ne se connaît pas.» Le père a déserté le foyer lorsque Fernand avait moins d\u2019un an, laissant sa femme subvenir aux besoins des enfants.Rêves syndicaux L\u2019adolescent se distingue de son milieu pçu scolarisé.Il entre à l\u2019École du Plateau, établissement secondaire public qui permet d\u2019accéder, dans certains champs d\u2019études, à l\u2019Université de Montréal, sans devoir d\u2019abord fréquenter les collèges classiques où la formation coûte cher.Diplômé en relations industrielles, Daonst est en présence, dans le Québec de 1950, de deux syndicalismes : d\u2019abord celui, minoritaire, de la Confédération des travailleurs catholiques du Canada (la future CSN), encore sous l\u2019influence du clergé et souvent caractérisée par le métier que chacune des associa- MICHELINE LACHANCE PRÉSENTE Jeudi le r^îoVEMBRL^^ ^i[^de 19h à 21h ^Sitre suivi d\u2019une séance de signature tions représente ; ensuite celui, majoritaire, des associations laïques nord-américaines au service de divers secteurs industriels indépendamment des métiers exercés.Il choisit le second, plus moderne.Séduit par l\u2019humanisme des réformes socio-économiques du président américain Franklin D.Roosevelt et par le Congress of Industrial Organisations (CIO), fédération syndicale qui, aux États-Unis, a découlé, en 1935, d\u2019un esprit semblable, Daonst travaille à Montréal dans un organisme canadien qui s\u2019inspire du CIO.Analyste rigoureux de cette évolution du syndicalisme à travers la vie du militant, André Leclerc est aussi un conteur savoureux.Grâce à lui, on apprend que la plus folle audace vient de marginaux et qu\u2019elle n\u2019est pas toujours vouée à l\u2019échec.Le célèbre lutteur Johnny Rougeau veut fonder un syndicat dans l\u2019entreprise très antisyndicale où il travaille: Coca-Cola! Daonst n\u2019en croit pas ses oreilles, mais ça se réalisera, comme le propre rêve du syndicaliste d\u2019associer la lutte des travailleurs à la marche vers l\u2019émancipation du Québec.Collaborateur Le Devoir FERNAND DAOUST Le jeune militant syndical, NATIONALISTE ET SOCIALISTE.TomeI: 1926-1964 André Leclerc M éditeur Mont-Royal, 2013, 304 pages /^^ire LIBRAIRIE INDÉPENDANTE AGRÉÉE Place Longueuil ;; 825, me Saint-Laurent Ouest LongueuiLQc ;; www.librairie-alire.com ;; 450679-8211 olivieri Librairie & Bistro Au cœur de la société Mercredi 13 novembre à 19h En présence de Nicolas Calvé, Philippe Despoix, Gilles Dupuis, Silvestra Mariniello, Jean-Philippe Michaud, Walter Moser et Jean-François Vallée Entrée libre/réservation obligatoire RSVP : 514.739.3639 Bistro : 514.739.3303 5219 Côte-des-Neiges Métro Côte-des-Neiges Penser dans les RUINES DE L\u2019UNIVERSITÉ Avec Éric Méchoulan, Jean-Claude Guédon et Mariella Pandolfi Causerie animée par Christine Bernier À l\u2019occasion de la parution de Dans les ruines de l\u2019université de Bill Readings chez Lux Éditeur et dans le sillage des réflexions entamées pendant la grève étudiante de 2012 au Québec, il paraît à la fois opportun et nécessaire de se pencher à nouveau sur la situation critique de l\u2019université.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Fernand Daonst (à droite) en compagnie de Factuel dirigeant de la FTQ, Michel Arsenault, en 2009.Yvan LAMONDE TRAJECTOIRES INTELLECTUELLES ET POLITIQUES DES XIX'^ ET XX'^ SIECLES QUEBECOIS EN LIBRAIRIE DELBUSSO ÉDITEUR 354 pages * 34 95$ wwwdelbussoediteurca \u201cM STEPHANE SAVARD HYDRO-QUEBEC ET L\u2019ÉTAT QUÉBÉCOIS 1944-200^ .SEPTENTRION.QC.CA ' LA RÉFÉRENCE EN HISTOIRE AU QUÉBEC En librairie w f "]
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