Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (7)

Références

Le devoir, 2014-01-18, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Charte de la laïcité : Ce fut une bonne semaine pour le ministre Drainville Page b 3 Manon Cornellier et Tutilisation partisane de l\u2019appareil d\u2019Etat Page b 2 Michel David et le rôle de la CAQ pour piéger les libéraux Page b 3 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 Le rêve chinois à portée de tir JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le ministère des Transports du Québec serait Pun des ministères qui investissent le plus dans la recherche au Canada.INFRASTRUCTURES EN DÉROUTE Quelle voie emprunter ?Québec cherche le remède à la crise des ponts et viaducs vieillissants MARCO FORTIER CA est une étrange situation dont le ^ Québec semble avoir le secret: vendredi matin, au moment même où une armée d\u2019ingénieurs du ministère des Transports scrutait de toute urgence 500 ponts et viaducs à la,recherche de fissures, des chercheurs de l\u2019École polytechnique confirmaient l\u2019efficacité d\u2019une nouvelle sorte de béton de 1000 à 2000 fois plus étanche que le béton traditionnel.Les ouvrages conçus avec ce béton ultraré-sistant peuvent durer de 100 à 200 ans, et subir leurs premières réparations d\u2019importance après 75 ans, explique Bruno Massicotte, professeur responsable du Groupe de recherche en génie des structures à l\u2019École polytechnique de Montréal.De quoi faire rêver les Québécois, qui craignent une fois de plus que le ciel \u2014 ou un viaduc \u2014 leur tombe sur la tête.Qn a constaté l\u2019ampleur de la menace cette semaine, quand un bloc de béton s\u2019est détaché d\u2019un viaduc qui surplombe l\u2019autoroute 40, dans l\u2019ouest de Montréal, pour aller s\u2019écraser sur le capot d\u2019une voiture.La conductrice est passée à un cheveu de la mort.La bonne nouvelle, c\u2019est que les premiers ponts conçus avec, ce superbéton ont été érigés en Europe, aux États-Unis et en Qntario.La mauvaise nouvelle, c\u2019est que ce béton n\u2019est pas encore utilisé au Québec.«Il y a tellement de nouvelles technologies, que les gens du ministère des Transports sont prudents avant de les implanter.Ce qui retarde tant au Québec, ce sont les mauvaises expériences, qui n\u2019ont pas marché dans le passé, comme le Stade olympique, par exemple», dit Bruno Massicotte.Cet ingénieur expérimenté ne lance pas pour autant la pierre au ministère des Transports du Québec (MTQ).«C\u2019est l\u2019un des ministères qui investissent le plus dans la recherche au Canada», dit-il.Bruno Massicotte croit que «le fruit est mûr» pour le recours à ce béton ultra-durable dans les ponts et viaducs du Québec.Le MTQ, la Société des ponts Jacques-Cartier et Champlain et la Ville de Montréal ont tous investi dans la recherche sur ces nouveaux matériaux pour les infrastructures.« On est presque rendus à faire des projets-pi-lotes.On sait qu\u2019on a la meilleure solution.Il faut utiliser ces nouveaux bétons dans le nouveau pont Champlain et le nouvel échangeur Turcot », fait valoir Bruno Massicotte.40 ans de négligence En attendant l\u2019arrivée à la rescousse de ce superbéton, les 5294 ponts et viaducs du Québec continuent de se détériorer : le tiers des infrastructures routières ont besoin de réparations ou doivent être remplacées, a révélé cette semaine le MTQ.Les gouvernements ont pourtant plus que doublé les investissements dans l\u2019entretien et le remplacement des ponts et chaussées depuis une décennie.L\u2019effondrement du viaduc de la Concorde à Laval, en 2006, qui a tué cinq personnes et en a blessé six autres, a sonné l\u2019heure du réveil : après la tragédie, les libéraux de Jean Charest avaient entrepris de rattraper 40 ans de négligence dans l\u2019entretien des infrastructures.Le gouvernement Marois a saisi la balle au bond et a continué de pomper des centaines de millions par année dans l\u2019asphalte et le béton.La menace de l\u2019effondrement d\u2019un pont ou d\u2019un viaduc continue pourtant de planer au-dessus des automobilistes.Ce déficit chronique d\u2019entretien s\u2019explique facilement : les coûts des travaux ont explosé et le MTQ a perdu le contrôle des chantiers, parce que les ingénieurs d\u2019expérience sont pas- sés au secteur privé, souligne Luc Bernier, codirecteur du Çentre de recherche sur la gouvernance à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP).Un rapport de SECQR-KPMG commandé par Québec évoque des dépassements de coûts de 78% dans une vingtaine de chantiers.La commission Charbonneau, qui doit se pencher dans les prochaines semaines sur les contrats au MTQ, permettra peut-être de faire la lumière sur le rôle de la corruption dans la déroute des infrastructures.«Il est clair que le ministère des Transports, la Ville de Montréal et Hydro-Québec ont perdu une précieuse expertise en ingénierie.On n\u2019a rien contre les jeunes, mais les nouveaux ingénieurs embauchés dans le secteur public manquent tous d\u2019expérience.Et le MTQ fait surveiller les travaux par des firmes privées», dit Michel Gagnon, président de l\u2019Association professionnelle des ingénieurs du gouvernement du Québec.VOIR PAGE B 3 : LA VOIE MICHAËL MONNIER LE DEVOIR Un expert souhaite que de nouveaux bétons soient utiiisés dans ies infrastructures à construire.PHILIPPE GRANGEREAU à Pékin La Chine a confirmé ce mois-ci son ambition de devenir une superpuissance militaire.Le 9 janvier, à la grande surprise de tous les experts, l\u2019Armée populaire de libération (APL) a réalisé le test grandeur nature d\u2019un missile de croisière hypersonique volant à Mach 10 \u2014 dix fois la vitesse du sqn, soit 12250 km/h.Seuls les États-Unis y étaient jusqu\u2019alors arrivés.Cette arme encore expérimentale, dite «hypervéloce», sera si rapide qu\u2019aucun système de défense antimissile existant ne sera capable de l\u2019intercepter, conférant une supériorité stratégique considérable au pays qui parviendra à la déployer.Êlle est censée permettre de frapper n\u2019importe quel point du globe dans un délai très court, avec une tête conventionnelle ou nucléaire.La Russie, l\u2019Inde et la Erance s\u2019y intéressent également.L\u2019exploit chinois a été révélé cette semaine par des officiels du Pentagone.Pékin, qui avait gardé l\u2019affaire secrète, a confirmé mercredi que ce test avait bel et Le budget chinois de la défense est en augmentation constante de plus de 10% par année depuis 20 ans bien eu lieu.Les forces armées chinoises, qui paraissent déterminées à se doter de fortes capacités straté-giques à longue portée, modernisent leur arsenal à marche forcée.Après la pulvérisation réussie en 2007 d\u2019un de ses satellites situé à 800 kilomètres de la Terre à l\u2019aide d\u2019un missile orbital, la Chine a mis à flot un porte-avions, s\u2019est lancée dans la construction d\u2019un second porte-aéronefs ultramo-derne, a déployé des sous-ma-rins ultrasilencieux et des prototypes de drones et d\u2019avions furtifs.Nouvel empire Le budget chinois de la défense est en augmentation constante de plus de 10% par année depuis 20 ans.Qui plus est, selon le centre de recherche indépendant IHS Janes, il passera de 135,5 milliards de dollars en 2010 à 272 milliards en 2015 \u2014 soit quatre fois celui du Japon.«Notre rêve est celui d\u2019une nation puissante, ce qui signifie que notre armée doit être puissante», lançait en décembre 2012 Xi Jinping, qui cumule les fonctions de président, de chef du Parti communiste et de l\u2019armée.«L\u2019armée doit se préparer à combattre et à gagner des guerres», exhortait-il dernièrement.« Le rêve chinois », érigé l\u2019an dernier par Xi Jinping en doctrine officielle, est aussi le titre d\u2019un livre écrit par un théoricien militaire qui est enseigné dans toutes les académies militaires.Son auteur, le colonel Liu Mingfu, y explique que le VOIR PAGE B 2 : CHINE B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 PERSPECTIVES Dangereux glissement r'.'v X Manon CORNELLIER à Ottawa e tous les premiers ministres à la tête d\u2019une démocratie parlementaire de type britannique, le premier ministre canadien est celui qui a le plus de pouvoirs.En fait, il est celui qui détient réellement tous les pouvoirs de la Couronne, ce qui fait dire à la chef du Parti vert, Elizabeth May, que nous vivons dans «une dictature rythmée par des élections».Cette concentration des pouvoirs entre les mains du premier ministre et de ses éminences grises n\u2019est pas nouvelle.Le phénomène a pris une nouvelle dimension sous Pierre Elliott Trudeau pour s\u2019accentuer sans cesse par la suite et de façon encore plus marquée sous Stephen Harper.Le lancement, la semaine dernière, par le bureau du premier ministre, d\u2019une vidéo hebdomadaire mettant en vedette M.Harper a donc fait sourire, avec ses relents de culte de la personnalité.(Une vidéo lancée par quelques notes de Maple Leaf Forever, une chanson dont les premiers mots sont une ode à la victoire de Wolfe.) Les conservateurs se moquent des critiques.Ils n\u2019ont qu\u2019un objectif: la victoire électorale en 2015.On prétend informer les citoyens, mais il ne s\u2019agit pas d\u2019information.On est ici dans l\u2019univers de la propagande.Comme avec ces attaques contre les géants de la téléphonie cellulaire ou ces publicités télévisées faisant la promotion de la Subvention canadienne pour l\u2019emploi, qui n\u2019existe toujours pas.Ces deux campagnes ont coûté à elles seules 9 et 2,5 millions.Plus de 11 millions en fonds publics dépensés en pure perte.Etrange hasard, les campagnes de publicité les plus coûteuses (40 millions pour la promotion des ressources naturelles et 11 millions pour la formation de la main-d\u2019œuvre) coïncident avec les thèmes que chérissent les conservateurs, nous apprenait la Canadian Press cette semaine.Et pendant que le gouvernement vend sa salade, il s\u2019emploie discrètement à désarmer ceux qui le contestenL le scrutent et le questionnent.Des citoyens aux parlementaires, en passant par le directeur parlementaire du budget (DPB).Ainsi, nous révélait Le Devoir ces derniers jours, les avocats du gouvernement fédéral auront accès à toute la jurisprudence de la Section d\u2019appel des réfugiés (SAR) et à celle du Tribunal de la sécurité sociale, qui entend les appels, entre autres, en matière d\u2019assurance-emploi.Les avocats des plaignants et demandeurs n\u2019auront, en revanche, accès qu\u2019à une partie des décisions, soit celles que les deux organismes voudront bien rendre publiques.«Inacceptable» et «inéquitable», s\u2019est insurgé le Barreau du Québec, car cela met le citoyen en position désavantageuse face au tout-puissant gouvernement.Et comme si cela ne suffisait pas, la SAR a invoqué le coût trop élevé de la traduction pour justifier sa décision.L\u2019obstruction prend d\u2019autres formes.Le DPB, qui a pour rôle d\u2019aider les députés à garder le gouvernement responsable, doit depuis plusieurs mois faire des demandes d\u2019accès à l\u2019information pour obtenir des documents que le gouvernement ne veut pas lui donner.On apprenait cette semaine qu\u2019il doit en plus payer les frais exigés pour le traitement de demandes importantes.Le Parlement paie donc pour avoir accès aux documents nécessaires à l\u2019exercice de ses fonctions de chien de garde ! Ça ne s\u2019arrête pas là.Le gouvernement appuie aussi les projets de loi de ses députés qui ciblent les bêtes noires conservatrices.Après les dirigeants syndicaux, les activités politiques des organismes de bienfaisance, c\u2019est au tour des fonctionnaires indépendants du Parlement d\u2019être dans la mire.Un projet de loi «visant à soutenir l\u2019impartialité politique des agents du Parlement» (C-520) doit faire l\u2019objet d\u2019un premier vote cet hiver.11 prévoit que le directeur général des élections, le vérificateur général, les commissaires aux langues officielles, à l\u2019information, à la protection de la vie privée et j\u2019en passe s\u2019engagent par écrit à se conduire de façon non partisane dans l\u2019exercice de leurs fonctions.Leurs employés devraient faire la même chose.Quant aux personnes qui convoitent un poste dans leur bureau, elles devraient produire une déclaration indiquant si elles ont occupé un poste partisan au cours des dix années précédentes.Le clou?Tout parlementaire pourrait demander par écrit à un agent du Parlement d\u2019examiner une allégation de conduite partisane contre un de ses employés.Belle chasse aux sorcières en perspective.Prises individuellement, ces manœuvres peuvent paraître dérisoires, mais leur effet cumulatif est un déséquilibre toujours plus grand entre les pouvoirs du premier ministre et ceux des élus et des citoyens.Cela alimente le désintérêt et le désengagement qui, à leur tour, créent un terreau fertile pour les abus de pouvoir.Rien de tout cela n\u2019arrive encore à susciter un véritable sursaut d\u2019indignation populaire, ce dont le gouvernement tire parti.11 sait qu\u2019une partie de la population ne se soucie que de son portefeuille et de ses intérêts particuliers.Tant qu\u2019il lui offre des baisses d\u2019impôt, elle est contente et se fiche du reste.C\u2019est d\u2019ailleurs cette attitude qui, poussée à son extrême, mène à un phénomène comme la popularité quasi inébranlable de Rob Pord à Toronto.mcornellier@ledevoir.com ADEM ALTMAN AGENCE ERANCE-PRESSE Recep Tayyip Erdogan à son arrivée au parlement la semaine dernière pour y prononcer un discours sur le contentieux avec les juges.ANALYSE Les confrères ennemis de la Turquie Le premier ministre Erdogan a juré la perte du mouvement de l\u2019imam Gülen, qu\u2019il accuse d\u2019être derrière les trois vastes enquêtes anticorruption MARC SEMO Agent des juifs », «sale Arménien», «laquais des Américains » : chaque jour, sans cesse depuis bientôt un mois, arrivent menaces et insultes.« Quand un pouvoir souffle la haine, tout peut arriver et l\u2019Etat de droit est aujourd\u2019hui menacé», soupire Abdullah Bozkurt, chef du bureau d\u2019Ankara de Today\u2019s Zaman, version anglaise du quotidien Zaman, premier tirage du pays et vaisseau amiral de l\u2019empire de presse de la confrérie islamiste de Petltullah Gûlen, imam septuagénaire réfugié aux Etats-Unis depuis 1999.Longtemps alliée de l\u2019AKP \u2014 le Parti de la justice et du développement, mouvement islamo-conservateur du premier ministre.Recep Taj^yip Erdogan, au pouvoir depuis 2002 \u2014, la très influente Cemaat (la communauté), comme l\u2019appellent ses membres, est désormais devenue l\u2019ennemi à abattre pour le premier ministre.11 accuse la confrérie, également toute-puissante dans l\u2019éducation grâce à ses réseaux d\u2019écoles, d\u2019être derrière les trois grandes enquêtes anticorruption qui ont entraîné le 17 décembre l\u2019arrestation d\u2019une vingtaine de personnes \u2014 hauts fonctionnaires, directeurs de banque et deux fils de ministres \u2014 et dont 11 pense être la véritable cible.«C\u2019était une tentative de coup d\u2019Etat judiciaire, une tache noire dans l\u2019histoire de la démocratie turque», martèle Erdogan, dénonçant un complot d\u2019Israël, des Américains et des lobbys financiers, vilipendant cet «Etat dans l\u2019Etat», ce «gang» qui en serait l\u2019outil grâce à se^ hommes Infiltrés au plus haut niveau de l\u2019Etat.«L\u2019empire de la peur instauré par cette organisation, notamment dans la justice et la police, doit être mis en lumière», clamait mercredi Recep Taj^ylp Erdogan.L\u2019AKP et les «gûlénlstes» partagent peu ou prou la même vision d\u2019un Islam modéré, même si ces derniers privilégient la société civile sur le politique et aJffichent des choix en politique étrangère plus clairement pro-occidentaux.Cette guerre pour le pouvoir est d\u2019autant plus implacable que chacun des deux camps y joue sa survie.Les journaux affiliés se déchaînent, déballant jour après jour des révélations accablantes sur l\u2019ennemi.Purges Erdogan a remanié son gouvernement, chassant la moitié des ministres éclaboussés ou jugés peu fiables, pour créer «un cabinet de guerre», et a lancé des purges massives dans la police, limogeant plus de 2500 hauts responsables.Les entreprises liées à la confrérie sont sous pression, ainsi que leur principal établissement financier, Asya Bank.«La purge est encore plus systématique qu\u2019après le 28 février 1997, quand l\u2019armée avait contraint à la démission le premier ministre islamiste Necmettin Erbakan [le mentor d\u2019Erdogan], car les militaires connaissaient moins le mouvement islamiste», reconnaît un juriste proche de la confrérie.Pris par surprise et paniqué par les enquêtes, le premier ministre s\u2019est lancé dans des initiatives pour le moins étranges concernant un pays candidat à l\u2019Union européenne.11 a donné l\u2019ordre à la police de ne pas obéir aux directives des procureurs.Ceux qui gênent sont mutés d\u2019office par le nouveau ministre de la Justice, Bekir Bozdag, passant outre le Conseil supérieur de la magistrature (HSYK), devenu indépendant depuis la réforme de 2010.Le premier ministre veut maintenant le mettre sous tutelle par une nouvelle réforme, clamant que ses membres sont en majorité des gûlénistes.La principale force d\u2019opposition de gauche, le CHR social-démocrate, s\u2019indigne.Le président de la République, Abdullah Gûl, affiche pour sa part toujours plus clairement sa distance d\u2019avec l\u2019autoritarisme du premier ministre et s\u2019active pour tenter de trouver un compromis acceptable par Bruxelles et une Union « Ce qui se passe met en cause la démocratie elle-même » toujours plus inquiète.Le bras de fer continu captive une opinion publique peu habituée à un tel déballage.Fracas Cette crise de régime est la plus grave depuis le retour à la démocratie, après le coup d\u2019Etat militaire de 1980.«Il y a certes l\u2019urgence de la question morale, mais ce qui se passe met en cause la démocratie elle-même, car la séparation des pouvoirs en est le pilier», s\u2019indigne Haluk Oz-dalga, vice-président de la commission UE-Turquie, qui a démissionné avec fracas de l\u2019AIÛ?indigné de la dérive d\u2019Erdogan.Seuls 7 parlementaires sur les 326 de l\u2019AKP l\u2019ont pour l\u2019instant imité.«Les autres attendent, estimant que le premier ministre garde toujours la main, mais s\u2019il trébuche vraiment, ils le lâcheront», explique ce parlementaire qui fut longtemps social-démocrate, avant de rallier en 2007 un AKP qui semblait alors porteur des réformes.Tout se jouera lors des élections municipales de mars, véritable test des rapports de force.Dans les sondages, l\u2019AKP continue de caracoler en tête avec 40% des suffrages, mais il risque de perdre des villes symboles comme Istanbul ou Ankara.Les intellectuels et l\u2019opposition de gauche sont divisés sur l\u2019attitude à adopter dans l\u2019affrontement entre l\u2019AKP et la Cemaat.L\u2019autoritarisme croissant d\u2019Erdogan, élu, est-il plus ou moins dangereux que le pouvoir occulte des gûlénistes?Mais il est déjà certain que cette guerre au sommet donne un sérieux coup à la crédibilité de l\u2019ensemble du processus de réformes menées depuis dix ans.«La Turquie aujourd\u2019hui ne serait même pas admise comme pays candidat, soupire un diplomate européen, car elle ne remplit plus les critères de base, c\u2019est-à-dire des institutions démocratiques et un Etat de droit qui fonctionne.» Libération CHINE SUITE DE LA PAGE B 1 «rêve chinois est de bâtir un pays qui soit le plus puissant au monde, et la première puissance militaire de la planète».Malgré ces relents militaristes, le nouvel Empire chinois maintient que son effort colossal dans le domaine militaire est de nature «pacifique».L\u2019objectif d\u2019un missile hypersonique, note néanmoins le professeur Yang Yuhui de l\u2019Institut aéronautique de Nankin, «est bel et bien de déjouer et de pénétrer» le système de défense antimissile d\u2019un pays tiers.La Chine, qui consacre des ressources considérables à la recherche sur les missiles hypersoniques, a bâti en 2012 la plus grande soufflerie hypersonique du monde et, selon une source, pas moins de 100 groupes de scientifiques sont mobilisés par ce programme.Embargo Bien que l\u2019armée mette systématiquement en avant ses propres capacités d\u2019innovation, elle s\u2019est en réalité débrouillée pour obtenir les éléments essentiels de ce dont elle a besoin en Europe, et notamment en Erance.La situation peut paraître paradoxale, puisque l\u2019Europe soumet la Chine à un embargo sur les ventes d\u2019armes depuis la répression sanglante de la place Tiananmen, en juin 1989.En réalité, cette sanction est contournée, car la vente de matériel dit «à double usage» (civil et militaire) n\u2019est pas explicitement proscrite.En Chine, selon une longue enquête publiée le mois dernier par l\u2019agence Reuters, la plupart PWANG ZHAO AGENCE ERANCE-PRESSE Le budget de l\u2019armée chinoise ne cesse d\u2019augmenter.des navires militaires de surface modernes et les sous-marins ultrasilencieux sont équipés de moteurs franco-allemands ; les destroyers sont munis de missiles mer-air, d\u2019hélicoptères anti-sous-marins et de sonars français ; les moteurs des bombardiers et des avions de chasse maritimes sont britanniques.Toujours selon cette enquête, qui se fonde sur les données de l\u2019organisme indépendant Stockholm International Peace Research Institute (Sl-PRI), Eurocopter a fourni les plans d\u2019hélicoptères de transport et d\u2019attaque chinois.Paris, qui a vendu à Pékin pour près de 3 milliards de dollars de licences et de matériel, serait désormais le plus gros fournisseur militaire européen de l\u2019APL.Le cœur du dispositif chinois est son système de positionnement global Beidou, sans lequel l\u2019armée devrait utiliser le GPS russe ou américain.Une dépendance périlleuse puisque Washington a plusieurs fois «déréglé» son GPS pour faire dévier des missiles chinois.Qr, là encore, le déploiement de ce GPS chinois à usage militaire n\u2019a été possible que grâce à l\u2019Europe, via un partenariat avalisé par la Commission de Bruxelles avec le consortium travaillant à la mise en place du GPS européen Galileo.Port de cette carte de visite, des officiels chinois ont pu acheter matériel et technologies auprès de nombreuses compagnies du Vieux Continent.L\u2019armée a ainsi acquis en 2003 les indispensables horloges atomiques suisses sans lesquelles il n\u2019y aurait eu ni Beidou.ni missile hypersonique, puisque celui-ci a besoin de ce guidage.Libération LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 B 3 PERSPECTIVES COMMISSION SUR LA CHARTE La semaine à Bernard Drainville Les libéraux de Philippe Couillard peinent à se positionner À la première semaine des consultations en commission parlementaire sur la charte de la laïcité, le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, calme et posé, était comme un poisson dans l\u2019eau.Il faut dire qu\u2019une majorité de participants favorisaient la charte tandis que les opposants, même les Townshippers qui, dans leur mémoire, avaient des mots durs pour dénoncer le projet de loi 60, se sont montrés respectueux.Tchadorisés, pour ainsi dire, les libéraux ont mal paru.Mais ils n\u2019allaient pas laisser le ministre péquiste s\u2019en tirer aussi facilement.ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec \\ A la guerre comme à la guerre.Les libéraux ont brisé la règle voulant que les mémoires déposés en vue d\u2019une commission parlementaire, et que tous les membres de la commission ont en leur possession, ne soient rendus publics que le jour de la comparution de leurs auteurs.Ils ont coulé à La Presse le mémoire du Barreau du Québec sur le projet de loi 60, une analyse étoffée qui en contestait les assises juridiques.Puis, dans le même quotidien vendredi, il y a eu la fuite du mémoire tout aussi dévastateur de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ).«On ne souhaite pas que notre mémoire soit utilisé de façon politique», a exigé la bâtonnière, Johanne Brodeur, mécontente de la fuite.Trop tard, c\u2019est déjà fait.Mardi, le porte-parole libéral en matière de laïcité, Marc Tan^ay, n\u2019avait pu répondre aux journalistes qui lui demandaient, à répétition, si une enseignante pourrait porter le tchador à l\u2019école.Mercredi, Marc Tanguay avait trouvé une réponse : la demande d\u2019accommodement serait refusée par la direction de l\u2019école, comme si çp allait de soi.Pour les autres employés de l\u2019État, le port du tchador pourrait être accepté, au cas par cas.Jeudi, un journaliste lui a demandé à la blague: «Quelle est votre position quotidienne sur le tchador?» Marc Tanguay ne l\u2019a pas trouvé drôle.En fait, ce que Marc Tanguay a tenté d\u2019exprimer, c\u2019est que la position libérale est de respecter intégralement les çhartes québécoise et canadienne des droits.A l\u2019exception, cependant, de l\u2019obligation de fournir et de recevoir les services publics à visage découvert.Les libéraux soutiennent que cette obligation générale est conforme aux chartes.Or tant le Barreau du Québec que la CDPDJ, dont les libéraux pourtant se réclament, affirment le contraire : il faudrait accorder à une employée dp l\u2019État ou une citoyenne qui fait affaire avec l\u2019État un accommodement pour lui permettre de porter tout signe religieux qu\u2019elle choisit, que celui-ci soit prescrit ou non par sa religion, d\u2019ailleurs.Le problème avec la position libérale, c\u2019est qu\u2019il est difficile d\u2019être cohérent quand l\u2019état du droit, c\u2019est le cas par cas.Les libéraux reconnaissent eux-mêmes qu\u2019ils ont du mal à passer leur message auprès de l\u2019électorat francophone.Du cas par cas où la victime de la discrimination qui demande l\u2019accommodement a le gros bout du bâton plutôt que la citoyenne qui s\u2019offusque que des femmes, après 100 ans de féminisme, arborent des symboles de soumission et de ségrégation.Une plainte Cette semaine, The National Post rapportait que la Commission des droits de la personne de la Nouvelle-Écosse avait avalisé un accommodement accordé à un homme de confession musulmane qui ne voulait pas entrer en contact avec des femmes.Dans une classe d\u2019aïkido, un sport de combat, l\u2019instructeur, à la demande du musulman, avait séparé le groupe en deux, les femmes d\u2019un côté et les hommes de l\u2019autre, pour éviter tout contact entre eux.L\u2019homme avait aussi refusé de serrer la main des participantes à la fin de l\u2019exercice, comme c\u2019est l\u2019usage.La plainte d\u2019une jeune femme, qui s\u2019était sentie humiliée et traitée comme «une citoyenne de deuxième ordre», a été rejetée.C\u2019est ça, l\u2019état du droit au Canada.r JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Le ministre Bernard Drainviiie à son arrivée jeudi à ia commission.À lire les mémoires du Barreau et de la CDPDJ, il est clair que le projet de loi 60 n\u2019est pas conforme aux chartes.Même les éléments qui font consensus chez les députés des différents partis de l\u2019Assemblée nationale, comme les balises supplémentaires relatives aux accommodements religieux, l\u2019obligation d\u2019avoir le visage découvert et l\u2019espèce de primauté que les parlementaires veulent accorder à un des droits garantis par la Charte des droits, soit celui de l\u2019égalité entre les hommes et les femmes.C\u2019est l\u2019approche légaliste, parfaitement légitime.Mais il s\u2019est exprimé devant la commission parlementaire des points de vue qui sont tout aussi légitimes, notamment de la part de la Coalition laïcité Québec et des groupes de femmes comme Pour le droit des femmes (PDP Québec) et l\u2019Association féminine d\u2019éducation et d\u2019action sociale (ALEAS).La Coalition laïcité Québec a plaidé PQur un parachèvement de la laïcité de l\u2019État amorcé par la Révolution tranquille.Cela n\u2019a rien à voir avec un repli identitaire, une thèse qu\u2019a défendue un autre participant, le philosophe Michel Seymour.Ce n\u2019est pas un nationalisme conservateur.«Ça n\u2019a rien de réactionnaire», a soutenu un porte-parole de la Coalition, André Lamoureux.Le droit des femmes Le voile islamique, encore lui, fait partie des signes religieux qui «transmettent et sont porteurs d\u2019une idéologie», a affirmé Leila Ben-salem, de la ,Coalition.Ils n\u2019ont pas leur place au sein de l\u2019État.Pour sa part, le groupe PDP Québec «dit non au recul par rapport au droit des femmes sous prétexte de liberté religieuse.Ce serait une Les libéraux reconnaissent eux-mêmes qu\u2019ils ont du mal à passer leur message trahison de toutes les luttes menées par des générations de Québécoises», a déclaré sa présidente, la sociologue Michèle Sirois.« Tolérer le port de symboles sexistes par des employés des services publics implique tacitement une acceptation de la discrimination fondée sur le sexe.[.] Depuis des millénaires, certains symboles ont un sens et malheureusement, ce sens est dévastateur pour les femmes.» Bernard Drainville a perdu un peu de sa sérénité quand il a parlé des «anticharte» qui se targuent de détenir une «supériorité morale» par rapport aux tenants de la charte de la laïcité.«Je crois qu\u2019ils devraient reconnaître la légitimité de notre position», a-t-il dit.Le ministre ne prise guère les accusations de racisme et d\u2019intolérance qui fusent à l\u2019endroit de citoyens qui sont favorables au projet de loi 60.Dans la même veine, le ministre se défend de verser dans le populisme, comme l\u2019a accusé Michel Seymour, entre autres.«Il y en a qui n\u2019aimaient pas mon ton à Radio-Canada.Ils trouvaient que c\u2019était un ton trop parlé», a rappelé l\u2019ancien journaliste, mais aussi fils de «farmer», comme il l\u2019a souligné.«Je suis capable de parler au monde dans des mots qui sont aisément accessibles et rendre toute la complexité des idées du débat», a-t-il argué.Et les gens, quel que soit leur niveau d\u2019éducation, sont capables de se faire «une tête» même si l\u2019enjeu est complexe.«J\u2019ai toujours fait une distinction entre l\u2019éducation et le jugement.» Marc Tanguay aurait peut-être quelques leçons à prendre de son adversaire péquiste.Le Devoir LAVOIE SUITE DE LA PAGE B 1 Malgré les efforts dans l\u2019entretien, de 24% à 44% des sommes réservées aux infrastructures depuis 10 ans sont allées dans de nouvelles routes \u2014 autoroute 25, autoroute 30, autoroute 50, route 85, autoroute de la réserve des Lau-rentides \u2014, note Michel Gagnon.Bref, les partis au pouvoir semblent toujours tentés de promettre de nouvelles routes plutôt que d\u2019entretenir les infrastructures existantes.Comme dans le temps de Duplessis.«On n\u2019a encore rien vu: le gouvernement Ma-rois a promis des investissements récents de 7 milliards dans les infrastructures, comme un système de train léger sur le pont Champlain, sans savoir d\u2019où viendra l\u2019argent.Et ça risque d\u2019empirer à l\u2019approche des élections», dit Latima Houda-Pepin, porte-parole du Parti libéral du Québec en matière d\u2019infrastructures.Le ministre des Transports, Sylvain Gau-dreault, veut justement écarter l\u2019influence de la politique dans la gestion des infrastructures.C\u2019est pour ça qu\u2019il propose la création d\u2019une Agence des infrastructures de trans- port, qui emploierait 90% des 6500 fonctionnaires actuels du MTQ.Cette agence gérerait plus de 5,6 milliards de dollars par année en toute indépendance, fait valoir le ministre Gaudreault.Compétence ou favoritisme?Des ingénieurs du secteur privé interrogés par Le Devoir voient d\u2019un bon œil la mise sur pied d\u2019une telle agence.La Lrance a «dépolitisé» avec succès la planification et l\u2019aménagement du fameux viaduc de Millau en confiant sa mise en œuvre à un groupe d\u2019experts indépendants, note un ingénieur.Sans le «carcan » de la Loi sur la fonction publique, l\u2019agence pourrait aussi offrir des conditions de travail comparables à celles des firmes de génie-conseil.Au-delà du salaire, des ingénieurs disent qu\u2019ils seraient attirés par ce milieu de travail stimulant, où leur travail serait mis en valeur.«Il y a du talent au MTQ, mais les ingénieurs sont toujours pris à gérer des crises.Vous avez vu cette semaine: des ingénieurs cherchaient des fissures sous les viaducs à coups de marteau et prenaient des photos de poutres maganées», dit un ingénieur qui a demandé à garder l\u2019anonymat.«Pas besoin d\u2019une agence des infrastructures pour recruter des ingénieurs.On avait les meilleurs ingénieurs quand j\u2019étais ministre des Transports.On ne confiait pas tout le travail au secteur privé », souligne de son côté Lucien Lessard, qui a été membre des deux gouvernements de René Lévesque.Comme bien d\u2019autres observateurs, cet expoliticien se méfie comme de la peste des «agences», qui échappent à l\u2019imputabilité de l\u2019Assemblée nationale.«Regardez ce qui se passe à l\u2019Agence du revenu.C\u2019est le bordel.Ils n\u2019arrêtent pas d\u2019écœurer le simple citoyen, qui est présumé fraudeur.Le ministre ne répond même pas aux questions, il laisse l\u2019Agence répondre à sa place», dit Lucien Lessard.D\u2019après lui, le gouvernement Marois devrait tirer des leçons de l\u2019affaire Charles Lapointe.L\u2019ancien dirigeant de Tourisme Montréal a mené un train de vie princier durant 20 ans et a quitté cette «agence indépendante» avec une indemnité de départ de plus de 600000$ avec la bénédiction d\u2019un conseil d\u2019administration à la fois ignorant et complaisant.Il a fallu l\u2019intervention du vérificateur général pour mettre fin au «bar ouvert».Le Devoir Pieger les libéraux Michel é David e façon générale, il faut reconnaître les efforts de la Coalition avenir Québec pour trouver des solutions aux problèmes économiques et financiers auxquels le Québec est confronté.Le plan de réduction des dépenses de l\u2019État que le député de Lévis, Christian Dubé, doit dévoiler bientôt en laissera sans doute certains sceptiques, comme le Projet Saint-Laurent, mais la CAQ tente au moins d\u2019offrir une solution de remplacement au gouvernement Marois plus constructive que le Parti libéral, dont le programme économique semble consister essentiellement à dénigrer tout ce qu\u2019il fait.Consacrer la moitié des 550 millions additionnels que le Québec va toucher au titre de la péréquation pour réduire la taxe santé ne stimulerait que très modestement la croissance économique, mais soulager un peu les contribuables ne ferait pas de mal non plus.Certes, il fut un temps où l\u2019idée aurait fait pousser des cris d\u2019indignation à Prançois Le-gault.Dix jours avant les élections du 26 mars 2007, Jean Charest s\u2019était attiré ses foudres quand il avait promis de retourner aux contribuables les 700 millions additionnels qu\u2019il avait réclamés d\u2019Qttawa, soi-disant pour assurer la pérennité des grands services sociaux.Porte-parole du Parti québécois en matière de finances, M.Legault avait dénoncé cette duplicité et menacé de renverser le gouvernement minoritaire fraîchement élu, maïs la nouvelle ministre des Plnances, Monique Jérôme-Por-get, n\u2019avalt pas cru à ce bluff.Cela dit, M.Legault a parfaitement le droit de se prévaloir du «droit d\u2019évoluer» qu\u2019a jadis revendiqué Philippe Couillard et qui permet aujourd\u2019hui au chef libéral de multiplier les virages à 180 degrés.SI la taxe santé a été maintenue, Pauline Marois n\u2019a jamais dit qu\u2019elle était éternelle.Puisque les 550 millions additionnels de péréquation n\u2019étalent pas prévus, en consacrer la moitié à réduire la taxe ne devrait pas retarder le retour à l\u2019équilibre budgétaire.En principe, cela ne suffirait pas à convaincre la CAQ d\u2019appuyer le prochain budget, puisqu\u2019elle exige le déficit zéro dès 2014-2015, mais, qui sait, la pensée de M.Legault continuera peut-être d\u2019évoluer.Une entente concernant le budget aurait un effet déterminant sur le débat au sujet de la charte de la laïcité.Dans l\u2019état ac-«S\u2019il\ttuel des choses, le projet de loi 60 ne pourra pas se ren-commence à dre à l\u2019étape de l\u2019étude artl-, J J de par article avant que le mettre du slack gouvernement soit renversé dnnc In nniilip «U qu\u2019ll décide lul-même de dans ta poulie déclencher des élections maintenant, ça avant de tomber.En revanche, s ü survit ne marchera jusqu\u2019à l\u2019automne ou même jusqu\u2019au printemps 2015, P®®\tun compromis avec la CAQ permettant d\u2019en préserver l\u2019essentiel pourrait permettre son adoption.Les libéraux ont les moyens d\u2019y faire obstruction pendant un bon moment, mais 11 y a des limites.La députée péquiste de Champlain, Noëlla Champagne, qui siège à la commission parlementaire, a peut-être commis une Indiscrétion en laissant entendre au Nouvelliste que son collègue Drainville serait ouvert à un compromis.« Quand on écoute le ministre comme il faut, on comprend que Bernard ne veut pas laisser d\u2019ouverture maintenant II se retranche derrière un mutisme de bon aloi.S\u2019il commence à mettre du slack dans la poulie maintenant, ça ne marchera pas», a-t-elle déclaré.S\u2019il refuse catégoriquement d\u2019envisager le recours à la clause «nonobstant», c\u2019est bien sûr pour ne pas reconnaître Implicitement l\u2019incons-tltutlonnallté de son projet, mais saps doute aussi pour ne pas Indisposer la CAQ.Éviter les mises à pied en assortissant l\u2019Interdiction des signes religieux d\u2019une clause dite « grand-père » pourrait aussi favoriser un rapprochement.En réalité, 11 ne s\u2019agit pas tellement de savoir si le PQ et la CAQ peuvent s\u2019entendre.Quand on veut, on peut.Éa véritable question est: ont-ils Intérêt à le faire ?S\u2019il estime que la version dure de la charte peut l\u2019assurer d\u2019une majorité de sièges, ce qui n\u2019est pas acquis, le gouvernement ne fera aucun compromis significatif.Dans le cas contraire, une entente sur le dos des libéraux pourrait être avantageuse pour les deux partis.SI la charte de la laïcité était adoptée avant le déclenchement des élections, le PLQ serait très embarrassé lors de la campagne électorale.Philippe Couillard a déclaré qu\u2019ll faudrait lui passer sur le corps avant de violer les droits fondamentaux, mais s\u2019engageralt-11 à rétablir le libre port des signes religieux s\u2019il devenait premier ministre ?Le débat sur la laïcité était peut-être Incontournable, mais une fols qu\u2019ll sera clos, 11 est douteux que la population laisse les libéraux l\u2019y replonger, comme Ils l\u2019avalent fait en promettant de défusionner les municipalités qui le souhaitaient.Inversement, les opposants à la charte que le PLQ tente de fédérer ne lui pardonneraient pas de baisser les bras.Déjà empêtré dans le tchador, M.Couillard doit prier le ciel de ne pas se retrouver devant ce dilemme.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 EDITORIAL AUDIENCES SUR LA CHARTE Le débat s\u2019organise Des esprits chagrins doutaient de l\u2019intérêt de la commission parlementaire sur la charte de la laïcité qui s\u2019est ouverte cette semaine: tout n\u2019avait-il pas été dit?Mais cette commission a un grand mérite : celui d\u2019organiser le déhat.D\u2019un côté la vision légaliste de la société, de l\u2019autre sa vision politique.Et il ne faudrait pas croire que l\u2019une est plus légitime que l\u2019autre.L Josée Boileau a première semaine d\u2019audiences de la commission parlementaire sur le projet de loi 60 aura, comme on pouvait s\u2019y attendre, donné lieu à des moments loufoques, où le ridicule des propos l\u2019emporte sur le malaise à les entendre.Les réseaux sociaux en font déjà leurs choux gras.A quoi s\u2019ajoutaient vendredi les,appels à la démission de ministres péquistes.A chacun le sien : Québec inclusif qui veut dégommer Bernard Drainville, les libéraux qui en demandent autant de Bertrand St-Arnaud.Allons, un peu de calme, on en a encore pour des mois ! Ces dérives écartées, il reste qu\u2019un débat de fond se tient.En commission, les participants, généralement bien préparés, sont interrogés par des représentants de tous les partis, ce qui permet d\u2019aborder leurs propos sous tous les angles.Les mémoires du Barreau du Québec comme de la Commission des droits de la personne (rendus publics par une fuite politiquement opportune.) ajoutent à la mise en valeur de l\u2019importance des enjeux en cause.Ils ne sont toutefois pas un point final : le fait que nous soyons une société de droit n\u2019implique pas que celui-ci soit statique.La Commission des droits de la personne du Québec en offre elle-même un exemple probant.En 1982, il a fallu ajouter nommément la grossesse comme motif de discrimination dans la Charte québécoise des droits de la personne parce qu\u2019invoquer la discrimination selon le sexe ne suffisait pas.Perdre son emploi parce qu\u2019on était enceinte était jusque-là légal puisque, comme le veut l\u2019analyse juridique qui ne voit les dossiers qu\u2019en pièces détachées, ce n\u2019était pas toutes les femmes d\u2019une entreprise donnée qui était ainsi congédiées ! Si la Charte a finalement été modifiée par les élus, c\u2019est grâce à la pression de groupes féministes qui trouvaient que cette argutie juridique n\u2019avait aucun sens.Le juriste n\u2019est pas un sociologue : il applique des règles.Seul le jeu d\u2019un ensemble de forces sociales finira par faire bouger cefles-ci.L\u2019analyse que fait fa commission sur fa charte de fa laïcité n\u2019en est donc pas une d\u2019opportunité politique, mais de solidité juridique.Le Barreau ne f\u2019évafue pas autrement.Vu f\u2019état actuel du droit canadien, où fa croyance sincère d\u2019un individu sert de premier référent, if est clair que f\u2019ensembfe du projet de foi 60 du gouvernement Marois est en eaux troubles.Mais if est foin d\u2019être indéfendable : des juristes pensent autrement que f\u2019avis du Barreau ; tout point de droit se conteste ; et des questions qu\u2019on croyait chose jugée peuvent être revisitées (ainsi de fa prostitution ou du suicide assisté).Surtout, if y a fes forces sociales, ce regard plus large qu\u2019offrent fes audiences de fa commission parlementaire : syndicaliste, philosophe, anthropologue, ex-éfu, activistes, citoyens., ont défifé cette semaine.Qn se perd parfois dans des considérations byzantines mais on entend fes craintes de pertes d\u2019em-pfois, que fe gouvernement ne peut ignorer.Et f\u2019on constate fe terrain que fe religieux ne cesse de grignoter (un appel à fa prière à fa garderie !), preuve de fa pertinence qu\u2019un Etat s\u2019interroge sur des situations inimaginables au moment de f\u2019adoption des chartes des droits et qu\u2019if cherche à compléter fa mise en place d\u2019une laïcité entamée au Québec depuis fes années 1960.Suggérer d\u2019ajuster fes instruments juridiques à fa réalité, en débattre, même y arrimer des élections, cefa s\u2019appelle jouer son rôle politique.Et cefa a encore de l\u2019importance en démocratie.INFRASTRUCTURES ROUTIÈRES Danger public f y aurait 500 infrastructures routières propriété du ministère des Transports susceptibles de perdre des morceaux de béton.Cefa n\u2019arrive pas tous fes jours, mais une seule fois est de trop, comme cefa s\u2019est produit cette semaine forsqu\u2019inopinément un morceau de béton est tombé d\u2019un viaduc sur une auto.Au jeu des probabilités, if y a peu de chances que cefa se reproduise, mais un viaduc sur trois étant en mauvais état, tout peut arriver.Le ministère des Transports est à conclure une analyse des 500 viaducs présentant des risques d\u2019effritement de leur revêtement de béton.Qn peut croire que fes mesures nécessaires seront prises.Qn sait à Québec qu\u2019if y aurait un prix politique élevé si un deuxième incident survenait.Cefa mettrait encore plus en évidence fes causes ~\t~ profondes du délabrement de nos infrastruc- \"\" ¦ tures, qui n\u2019ont à voir que superficieffement ravec fes conditions climatiques.Cet incident ravive fe débat sur fa capacité du ministère des Transports de remplir adé-,\t^\t! H quatement son mandat après avoir laissé au fif des années son «expertise» migrer vers fe secteur privé.Dès fors, on introduisait dans fa gestion des projets fe facteur profit absent lorsque fe travail de conception et de surveillance des travaux relevait des fonctionnaires.Ce modèle d\u2019impartition a d\u2019abord fleuri à Lavaf, dont fes contribuables ont fait les frais, comme f\u2019a exposé fa commission Charbonneau.Le rapport Duchesneau affirmait qu\u2019en plus d\u2019avoir perdu fe contrôle sur ses projets, fe ministère des Transports a assumé des factures de 79% à 131% plus élevées que s\u2019il avait dirigé fui-même fes travaux.La nécessité de redonner au gouvernement fa responsabilité et fes moyens d\u2019assumer ses responsabilités est indubitable.Le ministre Sylvain Gaudreauft préconise de créer une Agence des infrastructures de transports qui serait à distance du pouvoir politique et prendrait seule fa responsabilité de planifier, de développer et de gérer fes actifs routiers.Effe aurait fa capacité de recruter fes meiffeurs ingénieurs et de pouvoir mieux fes rémunérer.Un projet de foi à cet effet a été déposé en décembre.Plusieurs doutent qu\u2019une agence ferait mieux que fe ministère si on fui redonnait fes moyens adéquats.La politique étant ce qu\u2019effe est, échapperait-effe aux interventions ministérieffes ?Beaucoup de questions se posent.En fait, fe ministre précipite fes choses car f\u2019anafyse en profondeur du problème n\u2019a pas été faite.La commission Charbonneau se penchera bientôt sur fe dossier du ministère des Transports.Mieux vaudrait attendre ses recommandations, ce qui permettrait au ministère de se consacrer entre-temps aux urgences que sont fes infrastructures constituant un danger public./K W Bernard Descôteaux LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Iti ITATS'UnIJ CfÇffKoNT\tLCÇ Co/^^/V^U/VÎCAT^^>Nf iîifRVoTTf -lom-pDis A 1.AiR CoMT£mT.HûUAwPC V\\r A AUûRS ?CRûiT PAÇ LETTRES Ma charte ne fait pas de victimes En matière de justice, on dit que, non seulement if doit y avoir justice, mais aussi apparence de justice.Cette règle devrait nous inspirer dans f\u2019éfaboration du projet de charte sur fa laïcité.En effet, non seulement f\u2019état devrait-if affirmer haut et fort sa neutralité religieuse, mais if devrait aussi y avoir apparence de neutralité dans fa fonction publique.Avoir apparence de neutralité, ça signifie que toutes fes personnes qui ont un contact direct avec fes citoyens devraient s\u2019exempter d\u2019afficher leurs convictions religieuses.Je dirais à vue de nez que cette approche touche environ 10% des fonctionnaires tout au plus.Mais pour tous fes autres qui travaillent entre 4 murs dans des tours à bureaux, «Qu\u2019est-ce que ça peut ben faire.» comme dirait Jean-Pierre.Cette approche a fe mérite de ne pas faire de victimes car fes personnes visées par fa mise en application de fa charte pourraient se voir offrir un autre emploi équivalent s\u2019ils sont incapables de retirer leurs signes pour des raisons religieuses ou identitaires.Cette approche est simple d\u2019appfica-tion, ejfe respecte fes objectifs poursuivis par f\u2019Etat en matière de laïcité et effe ne fait pas de victimes.C\u2019est un point fondamental pour fa mise en place d\u2019une charte qui doit se faire fa plus rassem-bfeuse possible.Je me demande ce que fe gouvernement attend pour donner cette assurance à tous fes québécois et toutes fes Québécoises.André Boulianne Magog, le 16 janvier 2014 Pont: payer en donble Lettre ouverte au ministre Denis Lebel Monsieur fe Ministre, Votre intention de faire payer fes usagers du futur pont Champlain est totalement injustifiée.Tout d\u2019abord, if s\u2019agit de remplacer un pont dont fe choix de fa technologie ne répondait pas au climat hivernal que f\u2019on connaît au Québec.D\u2019autre part, comme fe gouvernement du Canada n\u2019a pas de responsabilité en matière routière, et qu\u2019if impose tout de même une taxe de dix cents fe titre sur fes carburants depuis des décennies, fes automobilistes du Québec ont depuis longtemps payé fe futur pont Champlain.Je peux facilement comprendre l\u2019opposition du gouvernement du Québec, de même que des élus municipaux de fa grande Région de Montréal.If y a au Québec 5 miffions de détenteurs de permis de conduire qui vous disent: «pourquoi payer la taxe sur l\u2019essence, si on doit payer en double pour un pont construit par celui qui nous taxe ?» Et que dire des utilisateurs de fa Voie maritime du Saint-Laurent qui imposent des coûts additionnels pour laisser fibre court au passage des bateaux, ne sont-ifs pas des usagers eux aussi ?André Mainguy Longueuil, le 15 janvier 2013 REVUE DE PRESSE La fausse note de Neil Young GUILLAUME BOURGAULT-COTE Sa voix haut perchée n\u2019a pas perdu un brin de précision au fif des ans et son fofk-rock-grunge continue de fasciner des miffiers d\u2019admirateurs.Musicalement parlant, Neif Young demeure une icône à 68 ans.Mais lorsqu\u2019il s\u2019agit de politique, fe statut de l\u2019artiste canadien est un peu moins consensuel, remarquait-on cette semaine, après sa sortie controversée contre fes sables bitumineux.Dimanche dernier, Neif Young entamait une minitournée baptisée «Honour the Treaties».Ceffe-ci vise à amasser des fonds pour appuyer un recours juridique de fa première nation Chipewyan d\u2019Atha-basca, qui s\u2019oppose au projet d\u2019expansion de fa mine Jackpine de Sheff (à 70 km au nord de Eort McMurray).En conférence de presse.Young a livré une charge contre fes sables bitumineux et contre un gouvernement conservateur pour qui «l\u2019argent est une priorité absolue».If a comparé Eort McMurray à Hiroshima (comparaison qu\u2019if avait déjà faite à Washin^on en septembre 2013), a indiqué n\u2019avoir jamais vu quelque chose d\u2019aussi «laid et destructeur» qu\u2019un site d\u2019extraction de sables bitumineux, et a soutenu que f\u2019essentief du pétrole afbertain est consommé en Chine.Au chapitre des efforts personnels qu\u2019if fait pour ne pas consommer de pétrole, Neif Young a vanté fe fait qu\u2019if conduit une voiture électrique.Suivant ces commentaires, fe Calgary Sun a invité Young à se concentrer sur fa musique à l\u2019avenir.«S\u2019il y a une chose que les citoyens détestent, c\u2019est de se faire dire quoi faire ou quoi penser par une célébrité richissime », dit-on.Le Sun dénonce fa comparaison exagérée avec Hiroshima, rappelant que fa bombe atomique qui a dévasté fa viffe japonaise a fait plus de 70000 morts.Neif Young conduit une voiture électrique?Mignon, dit fe Sun.Mais fe chanteur oublie que f\u2019éfectricité qui alimente son véhicule provient de toutes sortes de sources d\u2019énergie, y compris fe polluant charbon.De toute façon, soufigne-t-on, ce n\u2019est pas de voitures électriques qu\u2019ont besoin fes autochtones de f\u2019Afberta: ifs ont plutôt besoin d\u2019emplois, comme ceux qu\u2019amène l\u2019exploitation des ressources naturelles dans fa région.Cefa doit se faire dans fe respect des règles environnementales, reconnaît fe Calgary Sun, mais, selon fui, c\u2019est déjà bien fe cas.Dans fe National Post, Peter Eoster écrit que fa charge mal dirigée de Neif Young contre fes sables bitumineux dessert fes communautés autochtones qu\u2019if espère aider.Eoster rappelle qu\u2019if n\u2019y a pas de preuve que fe taux de cancer élevé à Athabasca soit une conséquence de f\u2019ex-pfoitation de fa mine.If refève également que fa communauté Chipewyan profite économiquement de fa présence de Sheff dans fe secteur \u2014 ce que fe chef de fa nation ne nie pas.Comme fe Sun, Eoster estime que fe meilleur espoir d\u2019amélioration des conditions de vie des communautés éloignées «repose sur les emplois liés aux ressources naturelles».plutôt que sur un soutien basé sur de fausses prémisses.Partant du même incident.Don Braid écrit dans fe Calgary Herald que l\u2019inaction de fa province en ce qui concerne f\u2019adoption d\u2019un plan de lutte contre fes changements climatiques ouvre fa porte à des critiques exagérées comme celles de Neif Young.En refusant d\u2019agir, f\u2019Afberta se rend vulnérable aux attaques et à la démagogie, croit Braid.Charte et York Dans un long éditorial publié mercredi, le Globe and Mail est revenu sur le projet de loi 60 du gouvernement Marois, dans le contexte de l\u2019accommodement religieux accordé par l\u2019Université York à un étudiant qui ne voulait pas participer à un atelier où des femmes seraient présentes.Le Globe écrit que la liberté de religion.au Canada, est une valeur intrinsèque depuis bien avant l\u2019adopdon de la Charte des droits et libertés.Il rappelle qu\u2019en 1807, Ezekiel Hart, un juif élu à la Chambre d\u2019assemblée du Bas-Canada, n\u2019avait pu siéger parce qu\u2019il ne pouvait prêter serment sur la Bible.Mais 25 ans plus tard, cette même Chambre vota en faveur de l\u2019émancipation politique des juifs \u2014 le Bas-Canada fut ainsi le premier territoire de l\u2019Empire britannique à adopter une telle loi, plus d\u2019un quart de siècle avant l\u2019Angleterre.Ce geste fut le premier d\u2019une série faisant du Canada un pays où les gens de toutes les confessions ont pu pratiquer leur religion librement, pour autant que cela respecte les lois civiles.Le Globe estime qu\u2019il y a un parallèle entre le cas Hart et la charte de la laïcité du gouvernement Marois: Hart aurait dû renier sa foi pour exercer une charge publique, ce que propose en partie la charte.«C\u2019est un immense pas en arrière par rapport à une tradition de tolérance et d\u2019accommodement», estime le quotidien, qui pense que la charte créerait un nouveau régime de non-accommodement irraisonnable.Cela dit, l\u2019accommodement offert par York est injustifiable, ajoute le Globe.Les universités doivent accommoder les différences, mais pas si cela désavantage quelqu\u2019un, nie l\u2019égalité homme-femme ou ne respecte pas la non-discrimination raciale.Qr, le cas de York franchit cette ligne, pense-t-on.Quelques jours plus tôt, le National Post avait aussi dénoncé en éditorial la décision de l\u2019Université.Selon le Post, le professeur qui a reçu la demande d\u2019accommodement a bien agi en consultant différentes personnes et en cherchant une solution au problème : c\u2019était là un réflexe intelligent.Mais le Post se décourageait de voir comment les experts en droits de la personne de l\u2019Université ont pu bousiller le dossier.Le Devoir LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 B 5 IDEES Mémoire du Barreau sur la charte des valeurs Une conception du droit qui équivaut à faire de la politique GUILLAUME ROUSSEAU Membre du Barreau du Québec et professeur de droit public à la Faculté de droit de l\u2019Université de Sherbrooke e mémoire du Barreau concernant la charte des valeurs fait jaser et on comprend pourquoi.Le très vénérable ordre professionnel y développe un argumentaire sans nuances contre toute interdiction générale du port de symboles religieux.Même le port de la burqa lors _______________ d\u2019un témoignage en cour trouve grâce à ses yeux.Son implacable syllogisme se résume comme suit: «Nous sommes pour le droit; le droit permet le port de la burqa; donc nous sommes pour la burqa.» Pourtant, même en s\u2019inspirant strictement du droit, le Barreau aurait pu développer une position beaucoup plus nuancée.Et il aurait eu avantage à le faire, notamment à la lumière d\u2019une affaire récente au cours de laquelle la Cour supérieure a sévèrement critiqué le Barreau pour avoir pris une position politique en invoquant un argument de droit mal fondé.L\u2019affaire De Belleval contre Québec Cette affaire remonte à 2011, au moment où la Ville de Québec et Québécor ont conclu des ententes concernant le futur amphithéâtre qui devrait permettre le retour des Nordiques.Puisque la Ville de Québec n\u2019avait pas procédé par appel d\u2019offres, certains adversaires politiques du maire Labeaume ont alors annoncé leur intention de contester ces ententes devant les tribunaux.Pour contrer les effets de l\u2019incertitude créée par cette annonce, le Parti québécois déposa un projet de loi pour confirmer Invalidité de ces ententes.Puis, soudainement, des «montréalocentristes» et des «Québecorophobes», nombreux dans certains médias, se sont trouvé une vocation de spécialistes du droit municipal et du droit constitutionnel.C\u2019était évident: les ententes étaient illégales, et le projet de loi inconstitutionnel! Avec d\u2019autres, j\u2019ai alors développé un argumentaire étayé pour défendre la légalité des ententes (la liberté contractuelle permet à la ville de procéder comme elle le veut sauf lorsqu\u2019une loi limite clairement cette liberté) et le projet de loi constitutionnel (l\u2019Assemblée nationale peut adopter une loi rétroactive en vertu de la Souveraineté du Parlement).En raison du brouhaha médiatique, cet argumentaire passa inaperçu, bien qu\u2019il fût repris par des députés.Dans ce contexte, on aurait pu s\u2019attendre à ce que le Barreau éclaire le débat en utilisant sa crédibilité pour révéler l\u2019état réel du droit sur la question.Il n\u2019en fut rien, au contraire.Le Barreau canadien est allé en commission parlementaire défendre la position selon laquelle le projet de loi était contraire au principe de la primauté du droit.H fut alors déculotté par un député au fait de l\u2019état réel du droit.Se croyant plus rusé, le Barreau québécois n\u2019est pas intervenu en commission parlementaire, préférant défendre cette position devant la Cour supérieure.Il semble toutefois que cette dernière n\u2019ait pas apprécié.Dans son jugement, qui confirme sans l\u2019ombre d\u2019une hésitation la validité des ententes et de la loi, elle mentionna que, et je » ftîfTte'ittWï ASSOCIATED PRESS En 2011, la position du Barreau sur la loi concernant le projet d\u2019amphithéâtre de Québec de Pierre Karl Péladeau et Régis Labeaume avait été jugée mal fondée.Aujourd\u2019hui, il s\u2019oppose sans subtilité à l\u2019interdiction de la burqa.cite: «Sous le couvert de la primauté du droit, tout comme les demandeurs, le Barreau du Québec attaque en réalité l\u2019opportunité pour le Parlement d\u2019adopter une loi ayant des effets rétroactifs, pour conclure à sa nullité», ce qui revient à dire qu\u2019il a fait de la politique.Puis, avant de reprendre les arguments évoqués au précédent paragraphe de la présente lettre ouverte, le tribunal ajouta que «la position du Barreau, formulée après l\u2019adoption de la loi privée, est aussi mal fondée».Après avoir été ainsi rappelé à l\u2019ordre, le Barreau aurait pu tirer la leçon et se montrer par la suite plus prudent.A la lumière de son mémoire sur la charte des valeurs, force est de constater qu\u2019il n\u2019en est rien.Manque de nuances Notamment dans le but de ne plus être rabroué par les tribunaux, et d\u2019ainsi préserver intaçte son immense crédibilité d\u2019organisme vital à l\u2019État de droit, le Barreau pourrait se montrer beaucoup plus nuancé lorsqu\u2019il prend position publiquement.Son objectif pourrait être de présenter le droit dans toutes ses nuances.Ce n\u2019est pas ce qu\u2019il fait en se prononçant contre l\u2019interdiction relative de la burqa proposée par la charte des valeurs.Le Barreau se rallie aux juges majoritaires de la Cour suprême qui, en décembre 2012, dans R c.N.S., se sont prononcés contre une interdiction générale du visage couvert lors d\u2019un témoignage.Cependant, il ne mentionne pas que des juges du plus haut tribunal canadien \u2014 minoritaires, mais pas nécessairement pour toujours \u2014 ont plutôt dit qu\u2019en droit canadien, une telle interdiction était légale, et ce, précisément au nom de la neutralité de l\u2019État.Il ne s\u2019agit là que d\u2019un exemple parmi d\u2019autres, parce qu\u2019il serait possible de prendre pratiquement chaque point du mémoire du Barreau et de le nuancer en citant un courant jurisprudentiel omis ou une décision importante qui jette un éclai- LA PRESSE CANADIENNE rage différent.Et cela va de soi puisque le droit est presque toujours sujet à interprétation.Il ne s\u2019agit pas de dire que le Barreau aurait dû prendre position pour la charte des valeurs.Il s\u2019agit de dire que dans ce genre de débat politique, il devrait proposer un éclairage nuancé plutôt qu\u2019une position tranchée.Cela diminuerait les risques qu\u2019il défende une position mal fondée en droit et qu\u2019il soit perçu comme prenant une position politique partisane, avec les conséquences que cela peut avoir pour sa crédibilité.Et il n\u2019y aurait là rien de contradictoire avec sa mission consistant à défendre la primauté du droit, pour autant qu\u2019il ait une conception de cette dernière qui soit conciliable avec la souveraineté du Parlement.Autrement dit, plutôt que de défendre une conception qui s\u2019apparente à celle du «gouvernement des juges», il devrait défendre une position plus proche de celle du «gouvernement avec les juges», laquelle laisse une place prépondérante aux élus lorsque vient le temps de fixer les règles du vivre-ensemble.Ainsi, il ferait du droit.Et il laisserait les politiciens faire de la politique.Pour un Bloc québécois au service de l\u2019indépendance JEAN-FRANÇOIS FORTIN Député du Bloc québécois, Haute-Gaspésie-La Mitis-Matane-Matapédia epuis 2011, lorsque Daniel Paillé a pris les rênes du Bloc québécois, les militants du parti, tout comme sa direction, ont travaillé sans relâche à remettre sur pied une organisation qui a subi toute une gifle lors des dernières élec- D fions fédérales.L\u2019électorat nous a envoyé un message clair, le parti a besoin de se renouveler.Evidemment, avec aussi peu que quatre députés, le Bloc québécois a été remis en question, mais s\u2019est aussi remis en question.Réflexion qui a toujours cours et qui culminera lors du prochain congrès du parti, au mois de mai 2014 à Ri-mouski, congrès dont j\u2019assure la mise en œuvre.Eort de 35000 membres et seul parti indépendantiste dans l\u2019arène fédérale, le Bloc doit être une force qui travaille au Parlement fédéral à défendre le Québec et à développer une connaissance de dossiers d\u2019un véritable pay^, et sur le terrain à organiser et promouvoir un État à naître.Le départ de Daniel Paillé ravive, une fois de plus, le questionnement sur la pertinence du Bloc québécois.Pourtant, la fracture entre le Canada et le Québec ne s\u2019est pas résorbée le mois passé.Les raisons qui ont présidé à sa création en 1991, travailler aux conditions nécessaires à la liberté de la nation québécoise et à la défense sans relâche des intérêts du Québec trop souvent bafoués, sont malheureusement encore d\u2019actualité.La démonstration que le Canada de Stephen Harper est aux antithèses des demandes et des préoccupations québécoises n\u2019est plus à faire : réforme de l\u2019assurance-emploi qui pénalise les travailleurs du Québec et des Maritimes, mise à mal d\u2019instruments de développement qui nous sont propres en coupant les crédits d\u2019impôt aux fonds de travailleurs, coupes dans le financement de la recherche qui entraîne des fermetures de laboratoires scientifiques et des abolitions de postes dans des secteurs clés liés à la compréhension et la protection de notre environnement, mise en valeur des sables bitumineux et de l\u2019industrie automobile en laissant tomber le secteur de la forêt ou encore de l\u2019aéronautique, promotion d\u2019une monarchie qui historiquement a voulu annihiler le fait français en Amérique.La liste pourrait s\u2019allonger longtemps.Le Nouveau Parti démocratique (NPD) n\u2019est malheureusement pas une solution.Sa vision est canadienne, à un tel point qu\u2019il n\u2019hésite pas à promouvoir des projets qui vont à l\u2019encontre de l\u2019économie québécoise.Pensons au financement du projet du Bas-Churchill, accueilli favorablement par les néodémocrates et les libéraux, qui vient directement concurrencer Hydro-Québec dans l\u2019exportation d\u2019électricité avec une partie de nos impôts.Qui plus est, Thomas Mulcair, cet ancien avocat d\u2019Alliance Quebec qui s\u2019est battu contre la loi 101, ne peut de toute façon, de manière générale, se permettre d\u2019être pro-Québec lui qui cherche à marquer des points ailleurs au Canada et en particulier, il lui sera toujours impossible de défendre les souverainistes du Québec, lui qui avait également pris l\u2019habitude de les vilipender lorsqu\u2019il était député du Parti libéral du Québec.Quant à Justin Trudeau, il est non seulement l\u2019héritier de son père, celui qui a imposé une Constitution en 1982 sans l\u2019accord du Québec, mais aussi du Parti libéral du Canada, qui a créé la loi sur la clarté référendaire, trempé dans le scandale des commandites et celui qui se fait le défenseur du multiculturalisme.Le multiculturalisme canadien \u2014 et les politiques mises de l\u2019avant pour le promouvoir depuis le début des années 1970 par Pierre Elliott Trudeau \u2014 a été invariablement rejeté par tous les gouvernements du Québec.Autrement dit, à Ottawa il n\u2019y a personne qui se fient debout pour le Québec lorsque l\u2019intérêt canadien prime.De plus, des 75 députés québécois, 71 d\u2019entre eux, armés de ressources et de personnel, font la promotion d\u2019un statu quo consfi-tutionnel qui se traduit nécessairement par des reculs pour la nation québécoise.La pertinence du Bloc québécois trouve ainsi son essence dans l\u2019impertinence; l\u2019impertinence canadienne envers le Québec.Aujourd\u2019hui, cette pertinence demeure plus que jamais, elle s\u2019articule dans cette volonté d\u2019émancipation d\u2019une nation qui est actuellement confrontée à déterminer son avenir.A la veille d\u2019un congrès et d\u2019une nouvelle direction, le Bloc québécois doit revoir ses priorités.Il doit s\u2019engager clairement dans la promotion continuelle, en Chambre comme auprès de nos concitoyens, de l\u2019indépendance.Avec ce seul objectif en tête : devenir un outil de mobilisation et de réflexion au service de celles et ceux qui partagent le projet de liberté du Québec.En attendant la colère I- David Desjardins Ce qui est le plus génial avec The Wolf of Wall Street, c\u2019est d\u2019en avoir fait une comédie.Du début à la fin, je me suis tapé sur les cuisses, même quand je savais bien qu\u2019au fond, le dindon de la farce, c\u2019était moi.C\u2019est nous.La mère célibataire.Le retraité.L\u2019anonyme de la classe moyenne qu\u2019on amène à la rivière en jouant à la flûte cet air qui l\u2019envoûte, sans savoir s\u2019il pourra nager.J\u2019en entends dépjorer que ce soit aussi drôle, aussi divertissant.A commencer par la fille d\u2019un comparse de Jordan Belfort (le fameux «loup»), qui signait dans plusieurs journaux américains une lettre adressée aux artisans du film, qu\u2019elle qualifie d\u2019irresponsables.Je comprends, je compatis.Son père l\u2019a arnaquée elle aussi quand elle avait dix-huit ans.Elle a changé de vie, même de patronyme.Elle déplore qu\u2019on ne parle pas des victimes de ces escrocs.Et pourtant, c\u2019est absolument brillant d\u2019avoir rendu aussi sympathique ce personnage de salaud qu\u2019incarne Leonardo DiCaprio, sans pourtant camoufler sa cupidité, son imbécile obsession d\u2019un fiic dont il ne sait que faire.Parce qu\u2019on a affaire à un crétin de douchebag, un ado attardé qui se vautre dans la dope, aligne les putes et les voitures sport, et que c\u2019est ce portrait grossier de la richesse pour la richesse qui fascine en même temps qu\u2019il dégoûte.Il nous dit que Wall Street est le décor d\u2019un jeu pour grands enfants où l\u2019on assassine financièrement son prochain en abusant de sa confiance, tout cela grâce au charme que possèdent les vendeurs qui ont le mieux compris les obsessions de ce monde.On accuse le réalisateur d\u2019avoir glorifié un criminel, d\u2019avoir banalisé la violence.Les bien-pensants ont ceci d\u2019agaçant qu\u2019ils croient que le cinéma manufacture le réel alors que c\u2019est l\u2019inverse.Comme dans Casino ou Goodfellas, Martin Scorsese touche au sublime en montrant comment on peut tordre les codes pour rendre acceptable le fait d\u2019exploser le crâne de son voisin et/ou de lui extorquer son fric.Et comment les mafieux comme les financiers sont imbibés du pouvoir, de cette conviction qu\u2019ils planent au-dessus du monde.Bref, cette violence ne peut pas être plus banale qu\u2019elle ne l\u2019est déjà.Je disais que le génie du film, c\u2019est d\u2019en avoir fait une comédie.Simplement parce que, malgré les innombrables leçons que nous servent les médias, les avertissements, les krashs, les bulles spéculatives et les économies nationales plombées par les largesses du système, les requins de la finance continuent d\u2019opérer en manipulant la valeur des devises, en trompant les clients, les agences de notation, les gouvernements.La bonne morale généralement en vogue à Hollywood n\u2019y fera rien.Scorsese fait mieux qu\u2019une leçon, il réduit la chose à ce qu\u2019elle est: une farce grotesque.La finance est une affaire d\u2019ego, de sentiments et d\u2019impulsivité qu\u2019on travestit en science et qu\u2019on enrobe d\u2019un langage spécieux.C\u2019est brillant, je vous dis.On ressort de ce film en ayant le sentiment d\u2019avoir été diverti, mais dans chaque éclat de rire, le réalisateur a planté une idée : ce n\u2019est pas nous qui allons rire les derniers.Comme quoi la comédie n\u2019a jamais autant d\u2019impact que lorsqu\u2019elle nous fait danser sur le fil du rasoir, menaçant à chaque instant de nous faire basculer vers le tragique.De Viande à chien, une adaptation libre 6éUn homme et son péché mise en scène par Erédéric Dubois au Périscope, je suis ressorti moins emballé.Mais je n\u2019ai pas détesté ce que la pièce recèle d\u2019incomplet, de cryptique.Le sentiment d\u2019étrangeté qui en émane s\u2019est avéré une autre source de réflexion sur l\u2019argent et la finance.J\u2019en ai trimbalé l\u2019inconfort, qui m\u2019habitait tandis que je lisais les nouvelles économiques.Cette étude de l\u2019IRIS qui avance que le gouvernement pourrait récupérer jusqu\u2019à 900 millions de dollars par an s\u2019il cessait d\u2019accorder des faveurs fiscales aux plus fortunés.Cette annonce de la Commission européenne qui imposait en décembre une amende de 1,7 milliard d\u2019euros à un groupe de grandes banques qui ont manipulé les taux d\u2019intérêt à leur avantage.Le jeu est truqué.On ne peut pas gagner.Le loup retombe toujours sur ses pattes parce qu\u2019il est parvenu à nous convaincre que, s\u2019il s\u2019effondre, nous aussi.Alors, nous glorifions le fiic pour le fiic, le pouvoir pour le pouvoir, et s\u2019enrichir plus encore demeure le droit exclusif des nantis, validé par les lois sur le revenu.La vaste majorité gratte ses cennes et s\u2019achète du rêve à crédit.On se console avec cette idée que le cœur de ceux qui nous arnaquent a beau s\u2019être transformé en tirelire, ils n\u2019en sont pas moins humains.Que le tintement des pièces qu\u2019ils y insèrent n\u2019étouffera pas le cri de leurs angoisses.C\u2019est mieux que rien.Mais il n\u2019y a que notre colère pour venir à bout de toute cette intox.Il n\u2019y a qu\u2019elle pour couper les pattes du loup.ddesjardins@ledevoir.corn L\u2019EQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Antoine Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idées), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste); information générale : Isabelle Paré (chef de division'), Caroline Montpetit (affaires sociales), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Mélanie Loisel et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel DdiVid(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Robert Dutrisac et Jessica Nadeau (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau et Brian Myles (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter); information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), Frédérique Doyon et François Lévesque (reporters), Julie Carpentier (pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), Marco Bélair-Cirino, François Desjardins et Eric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emilie Folie-Boivin et Louis Gagné (pupitre) ; équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier, Benoît Munger et Philippe Papineau, (pupitre), Sophie Chartier et Geneviève Tremblay (assistantes) ; correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire); Florence Ferraris (commis).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome (Montréal), Monique Bhérer (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Elyes Ben M'rad, Claire Breton (superviseure), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Nathalie Jobin (par intérim), Claire Paquet, Catherine Pelletier et Chantal Rainville (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais, (coordonnatrice).Elise G\\rard(secrétaire).PRODUCTION Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald Filion, Caroline Guimond, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Maxim-Olivier Leclerc (coordonnateur du service à la clientèle), Manon Blanchette, Danielle Cantara, Nathalie Filion, Marie-Lune Houde-Brisebois, Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Florentina Draghici, Céline Furoy et Véronique Pagé.^ B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 JANVIER 2014 PHILOSOPHIE Le Devoir de philo YOLO : le carpe dim des temps modernes ?Contraste et rapprochement entre la devise de Drake et la locution d\u2019Horace Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.ÉDOUARD NASRI Professeur au Département de philosophie du cégep Limoilou YOLO.C\u2019est en écrivant ces quatre lettres au tableau que j\u2019ai amorcé mon cours de « Philosophie et rationalité » l\u2019automne dernier.Je n\u2019avais pas encore terminé de le faire que des éclats de rire se sont fait entendre (mais aussi quelques «Oh non, pas ça!»).Popularisée par le rappeur et chanteur canadien Dr^e en 2011, dans sa chanson The Motto («La devise»), l\u2019expression YOLO fait fureur chez beaucoup de jeunes, quoiqu\u2019elle en rebute pas mal d\u2019autres qui en sont déjà au stade de Voverdose.Mais une chose est sûre: une large majorité la connaît et elle ne laisse pas indifférent.On la retrouve sous diverses formes: à l\u2019oral (sous forme d\u2019interjection), à l\u2019écrit (sur les réseaux sociaux tels que YouTube, Facebook et Twitter), imprimée sur des vêtements et des casquettes (c\u2019est donc également une opération marketing plutôt juteuse : l\u2019an dernier, Drake a demandé des redevances à deux magasins qui utilisent « son » expression).L\u2019acteur américain Zac Efron se l\u2019est même fait tatouer sur la main et d\u2019autres quidams ont suivi son exemple ! Mais au fait, ça veut dire quoi, YOLO?Faisons n\u2019importe quoi ! YOLO est l\u2019acronyme de la phrase anglaise «You only live once».Traduction: «On ne vit qu\u2019une fois.» Lorsque j\u2019ai demandé à mes étudiants d\u2019expliquer le sens de cette expression, des réponses telles que «il faut oser prendre des risques», «on doit profiter de la vie sans penser aux conséquences», «il faut se faire plaisir!», mais aussi «faire n\u2019importe quoi», ont été lancées.Après discussion, nous en sommes venus à la conclusion que YOLO, dans son acception courante, servait surtout de justification passe-partout aux choix faits et aux comportements adoptés au quotidien : «Je me suis saoulé la veille d\u2019un examen, YOLO!»; «J\u2019ai roulé à 200km/heure sur l\u2019autoroute, YOLO!».On ne vit qu\u2019une fois : autant en profiter et faire tout ce qu\u2019on désire sans penser aux conséquences de nos actions (même si elles sont négatives).Bref, faisons n\u2019importe quoi ! Impossible, dès lors, de ne pas faire le lien avec les fameux et populaires cascadeurs de l\u2019émission Jackass diffusée depuis plusieurs années sur la chaîne de télévision MTV.Un jackass, en anglais, c\u2019est quelqu\u2019un de stupide, un idiot.Ces «héros des temps mo- STEPHEN LOVEKIN GETTY IMAGES AEP Popularisée par le chanteur et rappeur canadien Drake (ici au Barclays de New York, 2013), dans sa chanson The Motto, l\u2019expression YOLO fait fureur chez beaucoup de jeunes, quoiqu\u2019elle en rebute pas mal d\u2019autres.dernes», sous l\u2019apparence de l\u2019improvisation, n\u2019hésitent pas, entre autres, à dévaler des pentes dans des chariots d\u2019épicerie jusqu\u2019à l\u2019inévitable chute bruyante et douloureuse, à s\u2019envoyer des balles de tennis dans les parties génitales (avec ralenti !), à se taser mutuellement pour «voir ce que ça fait» et à manger des omelettes au vomi (!) pour satisfaire le malin plaisir du téléspectateur-voyeur.Ces élans de témérité à forte teneur masochiste peuvent faire rire, il n\u2019empêche qu\u2019ils envoient un message : on ne vit qu\u2019une fois, « donc on s\u2019en fout!».Faisons les pires âneries et advienne que pourra ! Il n\u2019est donc pas surprenant de constater que, malgré l\u2019avertissement diffusé au début de l\u2019émission (demandant que personne ne reproduise les cascades effectuées \u2014 ou supervisées \u2014 par des professionnels), on assiste depuis quelques années à une recrudescence de vidéos postées sur YouTube par des jackass en herbe (le plus souvent, des jeunes), dans lesquelles ils se livrent à leurs prouesses.Par exemple : faire du skateboard sur le toit d\u2019une maison avant de s\u2019écraser violemment au sol ou encore se frapper à coups de poisson Qe fish slap) .L\u2019objectif?S\u2019amuser, se sentir exister, reconnu (en obtenant le plus possible de «J\u2019aime» sur Facebook \u2014 ils se comptent parfois par millions), et surfer sur la vague de cet effet de mode.C\u2019est alors que quelques étudiants dans la classe se sont manifestés pour nuancer cette interprétation.Il y aurait.% 1 I ^\tA J Épicure, dans une illustration de Tiffet.¦4- KK Tandis que nous parlons, le temps jaloux aura fui )) RENAUD PHILIPPE LE DEVOIR Édouard Nasri: «Après discussion avec mes étudiants, nous en sommes venus à la conclusion que YOLO, dans son acception courante, servait surtout de justification passe-partout aux choix faits et aux comportements adoptés au quotidien.On ne vit qu\u2019une fois : autant en profiter et faire tout ce qu\u2019on désire sans penser aux conséquences de nos actions, même si elles sont négatives.» disent-ils, une autre manière d\u2019interpréter l\u2019expression YOLO.Une interprétation plus mature, moins stupide, plus positive.Un effet de mode ?« YOLO, pour moi, ça veut dire que la vie est fragile: il faut profiter de chaque instant et être prudent, car à tout moment on peut mourir!», a lancé une étudiante.Le lien avec une autre expression, celle-là remontant à la philosophie gréco-latine, venait d\u2019être fait: carpe diem {quam minimum credula postera).Cette locution latine, attribuée au poète romain Horace (65 - 8 av.J.-C.) dans ses Odes, signifie littéralement: « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain.» Directement inspiré de l\u2019épicurisme (et dans une certaine mesure du stoïcisme), le carpe diem nous renvoie brutalement à notre condition d\u2019être mortel \u2014 condition que nous oublions le plus souvent (pour le bien de notre santé mentale : la conscience permanente de notre mort serait une véritable torture pour l\u2019esprit!).Ce destin auquel on ne peut échapper, et sur lequel notre volonté n\u2019exerce aucune emprise, génère chez nous une angoisse (c\u2019est la peur de l\u2019inconnu : «Qu\u2019est-ce que la mort?La fin de tout?Un passage vers autre chose?Quelle serait cette autre chose?») et, en même temps, nous force à faire preuve d\u2019autoréflexivité : Horace si le temps m\u2019est compté, que faire de ma vie?Comment bien vivre ?Le carpe diem apparaît dès lors comme un outil théoriquement très efficace pour réorienter nos pensées et notre énergie : plutôt que d\u2019angoisser face à ma future néantisation, je ferais mieux de remplir du mieux que je peux chaque seconde de mon existence: «Tandis que nous parlons, le temps jaloux aura fui», écrivait Horace.Mais comment utiliser ce temps de vie précieux?Une philosophie pratique J\u2019ai écrit que le carpe diem est un outil théoriquement très efficace.Combien sommes-nous à vivre dans la projection perpétuelle, jusqu\u2019à en oublier de profiter pleinement de l\u2019instant présent?«Plus tard, je ferai ceci ou cela : les futures vacances, les futurs projets, etc.» Combien sommes-nous à toujours repousser la réalisation de nos désirs et de nos ambitions vers un hypothétique et lointain avenir?Dans une société qui valorise la vitesse et l\u2019urgence, il semble que beaucoup d\u2019entre nous parvenions à nous persuader que maintenant n\u2019est jamais le bon moment: «Je souhaite retourner étudier, mais je n\u2019ai pas le temps.Ce n\u2019est pas le bon moment.» Le bon moment existe-t-il vraiment?N\u2019aurons-nous pas toujours quelques raisons de justifier le report ad finitum de nos projets ?Appliquer le carpe diem au quotidien, c\u2019est tenter de nous délivrer de cette tendance à reporter à un lendemain plus qu\u2019incertain! On entend parfois dire: quand on veut, on peut.Mais j\u2019ai beau me projeter et faire des plans, ma volonté n\u2019a aucune emprise sur de la Horace dans les hasards de la vie: il se pourrait qu\u2019en sortant de chez moi, ce matin, je me fasse heurter par une voiture ou que la foudre s\u2019abatte sur moi! Alors, cessons de penser à plus tard et concentrons nos forces sur le hic et nunc {« ici et maintenant»).Loin de constituer une solution miracle aux maux de l\u2019exis-tence humaine, essayer de «cueillir Ion saisirl le jour» \u2014 c\u2019est-à-dire tenter de profiter de chaque instant de notre existence et accepter la nécessité de notre finitude \u2014 est bien plutôt un combat de tous les instants d\u2019où nous ne sor-Un element\ttons que ra- rement vainqueurs.Les philosophie\tvéritables , ^\tépicuriens d\u2019Epicure\tçxistent-ils ?.\tÉpicure et repose par\tHorace l\u2019é- taient-ils véri-tablement son carpe\teux-mêmes?Y a-t-il vrai-réside\tment une per- sonne sur ter-dans la\tre qui soit ca- modérufioti moderation\tjamais angois- ser quant à l\u2019inévitabilité de sa propre disparition?C\u2019est possible, mais il est fort probable que ces personnes sont minoritaires.On peut également penser à l\u2019empereur-philosophe romain Marc-Aurèle (120 - 180) qui, dans ses Pensées pour moi-même, brandit à chaque page le bouclier stoïcien afin de repousser les assauts de sentiments considérés comme étant dangereux (la colère, la peur, l\u2019angoisse, etc.) parce que perturbateurs de la recherche de la sagesse.La plupart de ceux, dont je fais partie, qui s\u2019efforcent de suivre cette philosophie pratique dans leur existence quotidienne savent combien il est ardu de réellement s\u2019y conformer, tandis qu\u2019il est beaucoup plus facile de simplement le dire.La simplicité théorique du carpe diem n\u2019a d\u2019égal que sa complexité pratique ! Le bonheur de l\u2019existence Mais ce n\u2019est pas tout.Un autre élément de la philosophie d\u2019Épicure reprise par Horace dans son expression carpe diem, et loin de la caricature qu\u2019en fait inconsciemment le sens commun (ne dit-on pas \u2014 à tort \u2014 du gourmand amateur de bonne bouffe qu\u2019il est un épicurien ?), réside dans la modération.Si le bonheur (défini comme l\u2019accumulation de certains plaisirs) est le but ultime de l\u2019existence et qu\u2019il faut donc orienter nos actions vers celui-ci, cette quête doit impérativement être faite de façon modérée.Cette nuance, bien que d\u2019apparence superficielle, change pourtant tout.Le plaisir doit être recherché au quotidien (dans l\u2019activité philosophique, les relations amicales, et ce qu\u2019on appelle communément «les petits plaisirs de la vie »), mais il faut impérativement en jouir dans la modération, c\u2019est-à-dire éviter tout excès.On est ici très loin du YOLO tel qu\u2019initialement interprété ! «Du pain d\u2019orge et de l\u2019eau procurent le plus vif plaisir à celui qui les porte à sa bouche après en apoir senti la privation», disait Épicure.Nul besoin d\u2019explication savante ici : c\u2019est la frugalité qui l\u2019emporte, loin des plats gras, copieux et de la gourmandise.L\u2019épicurien véritable doit satisfaire ses besoins essentiels, tels que manger et boire, et doit dans le même temps éviter de succomber à tout autre plaisir non nécessaire et non naturel (par exemple, posséder le dernier gadget électronique à la mode).En cette ère de surconsommation, cela donne à penser.On ne vit qu\u2019une fois et le temps passe vite, alors carpe diem.Ou YOLO.si l\u2019on y greffe le principe de modération.Des commentaires?Écrivez à Antoine Robitaille: arobi-taille@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire : ledevoir.com/societe/ le-devoir-de-philo."]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.