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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2015-01-08, Collections de BAnQ.

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[" www.ledevoir.com ^ LE DEVOIR Vol.C V N° 3 0 2 LE DEVOIR, EE JEUDI 8 JANVIER 2015 1,13 $ + TAXES = 1,30 ILS ÉTAIENT CHARLIE CUARulC Wf&PO; lis\tAu'ii.Qutl.LES Woii^^Avn'^ECHAPPE.CHARLIE HEBDO ET NOUS Pour la liberté d\u2019expression, pour rester vivants Q ue de mots en ce mercredi noir, que de photos, que de dessins, que de soutien.Mais tout en creux, le vide.Que reste-t-il au juste de la liberté d\u2019expression dans nos pays qui s\u2019en sont fait un repère de civilisation?Parler, s\u2019exprimer au risque de la censure a accompagné les développements de la presse moderne, parallèlement aux tentatives menées par les pouvoirs, étatiques et autres, pour restreindre le foisonnement de la prise de parole par le truchement des arts, du cinéma, de la littérature.Le champ de bataille était clair, les protagonistes identifiés, il était possible de se battre pour la liberté.La censure des pouvoirs a évolué, empruntant depuis plusieurs années déjà les formes de la mise en demeure.Celle-ci est devenue familière dans les salles de rédaction, qui savent y faire face.C\u2019est souvent coûteux, parfois compliqué, mais le champ de bataille est clair, les protagonistes identifiés, il est possible de se battre pour la liberté.Parfois, les attaques se faisaient physiques: bombes, tirs, vandalisme.La France a tout un passé à Josée Boileau cet égard et ces dernières années, ce fut au tour de Charlie Hehdo et de Libération d\u2019être touchés.Des menaces autrefois politiques qui portaient maintenant un nouveau nom: l\u2019extrémisme islamiste, dont on avait vu les débuts lors de la fatwa lancée contre Salman Rushdie il y a 25 ans.Il y eut donc incendie pour l\u2019un, tireur solitaire et peu cohérent pour l\u2019autre mais fort d\u2019appuis venus de partout, ni Charlie ni Lihé n\u2019allaient se laisser faire.Le champ de bataille était moins défini, le visage des protagonistes devenait flou, mais en continuant de publier, la bataille pour la liberté était toujours gagnée.Aujourd\u2019hui, c\u2019est d\u2019assassinats ciblés dont il s\u2019agit.Des inconnus venus non pas pour faire peur mais pour tuer, en nombre.Où sont tout à coup les frontières du champ de bataille ?En sommes-nous tous devenus des protagonistes?Et qu\u2019est-ce donc que la liberté?Mourir pour ses idées ne fait tellement plus partie de nos sociétés.A la fin de 2014, quand Reporters sans frontières a publié son bilan annuel des journalistes tués dans le monde à cause de leurs activités, pas un pays occidental ne se retrouvait dans la liste.Même absence en 2013, et l\u2019année d\u2019avant, et les autres encore.Les pays où une presse libre amène le risque d\u2019en mourir sont depuis si longtemps si loin que les journalistes qui là-bas ont appris à faire face au danger nous apparaissent moins des collègues que des héros pris aux pièges de guerres ou de dictatures.Et voilà que pour vrai, pas que pour le symbole, tombent la France, terre de la satire, Charlie Hehdo, Charb, Cabu, Wolinski, des connus, pour quelques-uns du milieu des amis.C\u2019est l\u2019horreur, et nous sommes tous Charlie.Mais après, qu\u2019oserons-nous encore ?En ce jour d\u2019attentat, des médias refusent déjà de publier des caricatures de Mahomet et l\u2019on pressent que les gouvernements, si prompts sur le coup des événements à saluer la liberté de presse, n\u2019auront encore qu\u2019une réponse sécuritaire à opposer à l\u2019extrémisme religieux.La logique même d\u2019enfermement que combat Charlie Hehdo reste à l\u2019œuvre.Il faut s\u2019obliger, et il y a urgence, à garder les fenêtres ouvertes, que les idées circulent, que chacun trouve son ton, mais que les débats se fassent, que les opinions se confrontent et provoquent, surtout en matière religieuse, lieu des nouveaux tabous.Combler le vide de l\u2019attaque contre Charlie Hehdo par les images et les mots, et les blagues, et que l\u2019écho de nos voix et de nos rires nous garde, les garde, vivants.Aujourd\u2019hui Actualités > Attentat contre Charlie Hebdo.La France visée en plein cœur.Page A 10 Actualités > Béte et méchant.Une chronique de Jean-François Nadeau.Page A 10 Actualités > L\u2019Europe sous pression.L\u2019extrême droite prend de l\u2019ampleur.Page A 2 Actualités > Indignation et résistance.Les dessinateurs du monde se sont serré les coudes et ont multiplié les hommages en images.Page A 5 Editorial > Les dieux de l\u2019ignoble.Un éditorial de Serge Truffaut.Page A 8 Idées > Mort aux dévots incroyants! Extrait du livre Les fatwas de Charb.Tome IL Page A 9 Culture > Ces maîtres du crayon qu\u2019étaient Charb, Cabu,Wolinski, Tignous et Honoré.Page B10 JESUIS Avis légaux.Décès Météo Mots croisés.Petites annonces.Sudoku B4 B5 B6 B6 B5 B2 77831303445502 A 2 LE DEVOIR, LE JEUDI 8 JANVIER 2015 TUERIE A La réponse à trouver Michel David n septembre 2001, le monde entier avait été horrifié par les attaques contre les tours du World Trade Center.Même si rien ne justifiait une telle barbarie, plusieurs n\u2019en reconnaissaient pas moins qu\u2019elles symbolisaient un système responsable de terribles injustices qui n\u2019étaient pas à l\u2019honneur de l\u2019Occident.La tragédie de Charlie Hebdo ne peut inspirer aucune réflexion de ce genre.Le combat pour la liberté de presse \u2014 pour la liberté tout court \u2014 que ses artisans menaient depuis des années illustrait au contraire ce que nos sociétés ont de meilleur à offrir à l\u2019humanité.On pouvait trouver qu\u2019ils versaient parfois dans la provocation inutile, mais une liberté débridée sera toujours préférable à l\u2019obscurantisme.La France, qui doit porter le poids de son histoire, a une expérience du terrorisme beaucoup plus longue que la nôtre.Si affligeants qu\u2019aient pu être les récents attentats survenus à Saint-Jean et à Ottawa, ils ne traduisaient pas avec une telle acuité la menace que l\u2019intégrisme représente pour la démocratie et les valeurs qu\u2019elle défend.Clairement, les tueurs de Paris n\u2019étaient pas des « loups solitaires » ou des faibles d\u2019esprit perdus dans le tourbillon d\u2019une vie trop difficile pour eux, mais les membres d\u2019une implacable efficacité appartenant à une organisation dont les objectifs sont parfaitement réfléchis et qu\u2019il faut combattre énergiquement.Le Québec n\u2019échappera pas à l\u2019onde de choc des événements de Paris.Si les politiques d\u2019austérité du gouvernement Couillard ont monopolisé le débat public de façon presque exclusive durant les mois d\u2019automne, le dossier sur la laïcité reviendra inévitablement à l\u2019avant-scène un jour ou l\u2019autre.Aux yeux de plusieurs, le drame de Charlie Hebdo ne rendra que plus impérieux de le rouvrir.Le danger de l\u2019amalgame est généralement proportion-Le Québec\tnel à l\u2019horreur d\u2019un drame.Si ,\tles Français ont aujourd\u2019hui n\u2019echappera\ttoutes les raisons d\u2019être en ^\t, colère et de craindre pour pas a 1 onae l\u2019avenir de leur société, il est de choc des facile d\u2019imaginer le sentiment d\u2019insécurité qui doit habiter événements\tl\u2019immense majorité des mu- sulmans vivant en France, de Pans\tet ailleurs en Occident, qui rejettent catégoriquement l\u2019intégrisme.Autant il ne faut pas imputer à l\u2019ensemble de la communauté musulmane les actes posés ou approuvés par une infime minorité, autant la crainte de l\u2019amalgame ne doit pas servir de prétexte à l\u2019inaction.En novembre dernier, le premier ministre Couillard a précisément invoqué les attentats de Saint-Jean et d\u2019Ottawa pour justifier un nouveau report du dépôt du projet de loi sur la neutralité de l\u2019Etat qui devait être présenté au printemps dernier.Alors que Stephen Harper semble toujours à l\u2019affût d\u2019une nouvelle raison d\u2019accroître les pouvoirs des forces de sécurité, M.Couillard ne manifeste aucune envie de remettre la laïcité à l\u2019ordre du jour.Si le moment lui paraissait mal choisi à l\u2019automne, on voit mal comment il pourrait le juger plus propice maintenant.On sait finalement peu de chose du texte qui serait actuellement en préparation au ministère de la Justice, sinon qu\u2019il doit inclure des dispositions pour baliser les accommodements raisonnables et diverses mesures pour lutter contre l\u2019intégrisme religieux.On peut tenir pour acquis qu\u2019il ne comportera aucune interdiction du pprt de signes religieux par les employés de l\u2019Etat, y compris les juges et les policiers.La seule interdiction que M.Couillard est disposé à envisager est celle du voile intégral.Si la charte de la laïcité proposée par Bernard Drainville était loin de faire l\u2019unanimité au sein de la société québécoise, la position minimaliste des libéraux sur la question des signes religieux, qui allait moins loin que les recommandations pourtant très modérées de la commission Bouchard-Taylor, était encore moins consensuelle.Contrairement au gouvernement Marois, qui aurait dû faire des compromis pour faire adopter son projet, M.Couillard peut s\u2019appuyer sur sa majorité parlementaire pour imposer son point de vue, mais il doit aussi penser à la suite des choses.Déjà, on lui reproche une tiédeur dans l\u2019affirmation de l\u2019identité québécoise qu\u2019il serait imprudent d\u2019accentuer.Heureusement pour lui, les candidats à la succession de Pauline Marois ne semblent pas très désireux de rouvrir la boîte de Pandore.D\u2019entrée de jeu, Jean-François Lisée et, de façon un peu moins mordante, Alexandre Cloutier se sont distanciés de la position du gouvernement dont ils faisaient partie, tandis que Pierre Karl Péladeau a fait une pirouette pour éviter de se prononcer.Même M.Drainville a tenté d\u2019expliquer que son projet n\u2019était finalement pas celui qu\u2019il voulait vraiment.La charte de la laïcité n\u2019était peut-être pas la bonne réponse, mais le drame de Charlie Hebdo rappelle de façon brutale qu\u2019il faudra bien en trouver une.mdavid@ledevoir.com EPILATION: SAUVONS LE POIL! PAR CATHERINE FXMEN$JU4S\tINIECTIONS\tUFIUNCE FSONTIERES\tD\u2019XliUMINIVM\tntONTlSTE COUPEE MARIACC CAV LA CONNERIE EST VN DROIT DE L'HOMME TUNISIE : ENNAHDA, DEGAGE! CHARUEJEBi^ CHARUEBEBli^ CHARLIE HEB (A (bülîQi DE NEW YORK, PAR CABU DiTENUS nUlNÇAlS AO MAROC CAYENNE AtANOER ENQUÊTE; LES PARADIS FISCAUX DE BERNARD ARNAULT KUfSmANTBCSIOm ENTRE BLtNCS CHARUEHON IHARUEJKBDO CHARUEHra L'ArtoOR.tUSMEUltlIC INTÉGRISME | tCOLOCIC\t| MARIAGE HOMO MAHOMET FUT\tLE PS SOLUBLE DANS CES CURETONS DUCINÉMA\tI£ CiZ DE SCHISTE.QUI SONT POUR i'.iNTOüCHABtfô /'fl J fauK cul APPCI AUX DONS On en A encore besolnl \u201clÊi (HARJENEBDO .\t/y LA VÉRnABLE HISTOERE DU PETIT JESUS HORt-SBRIE, BN VENTE EN KIOtOUES HIUIIDU Charlie Hebdo a produit au fil des ans des unes provocantes, ratissant large, de la légalisation de la marijuana au mariage gai, en passant par.l\u2019islam.Écrasé par l\u2019infâme Un journal héritier de la tradition satirique à la française, à la défense d\u2019une liberté d\u2019expression absolue STEPHANE BAILLARGEON Il faudrait oser titrer cet article « Bal tragique à Paris: 12 morts».Charlie Hebdo apprécierait certainement.L\u2019hebdomadaire satirique signe sa naissance médiatique en novembre 1970 en titrant ainsi sa couverture de la mort du général de Gaulle : «Bal tragique à Colombay \u2014 un mort».Dix jours auparavant, un incendie dans une discothèque de Saint-Laurent avait fait 146 victimes et suscité des manchettes en conséquence.Le journal appelé Hebdo Hara-kiri, fondé en 1960, est vite interdit par le ministère de l\u2019Intérieur.En ce temps-là, l\u2019Etat censure encore.Maintenant, la menace vient des groupes radicaux antidémocratiques, tandis que la police et les tribunaux protègent souvent la presse.La publication va contourner l\u2019interdiction de paraître en se rebaptisant Charlie Hebdo.L\u2019appellation fait référence à son mensuel Charlie (sous-entendu Charlie Brown, des Peanuts) et propose un dérisoire hommage à Charles de Gaulle.La satire, la crânerie, l\u2019insolence, jusqu\u2019à la grossièreté adolescente caractérisent fondamentalement cet organe lié à la tradition de la gauche radicale et de l\u2019anticléricalisme à la française.L\u2019ancêtre Hara-kiri, «journal bête et méchant», a lui-même été frappé deux fois d\u2019interdit dans les années 1960.La ligne éditoriale entremêle le vulgaire et le léger, la critique et la dénonciation, mordant à pleins crocs dans tous les pouvoirs politiques, économiques ou religieux.Seulement, la formule ronchonne et bilieuse, souvent sexiste, incarnée par le rédacteur en chef Cavanna et le directeur de publication le professeur Choron, va finir par lasser.Le journal, sans revenus publicitaires, en manque d\u2019abonnés, disparaît en 1982 avec son 580'\" numéro.Une renaissance La nouvelle mouture est lancée en juillet 1992 autour de Philippe Val et Cabu.Le chanteur Renaud participe au refinancement.Des anciens reprennent du service: Cavanna, Delfeil de Ton, Siné, Gébé, Wolinski, Cabu.Des nouveaux arrivent: Tignous, Luz, Oncle Bernard et Charb, caricaturiste surdoué devenu directeur du journal.Il est mort dans l\u2019attentat de mercredi en même temps que quatre autres dessinateurs.La France a une longue tradition de publications anticléricales appuyées sur la revendication de pouvoir rire de tout, y compris de Dieu Le nouveau Charlie s\u2019ancre davantage dans la défense des idéaux de la gauche radicale, des principes républicains, avec une conception absolue de la liberté d\u2019expression héritière de la longue tradition de la satire.Les premiers journaux français dans cette veine corrosive datent de la Révolution française, époque oû le dessin permet en plus de court-circuiter l\u2019illettrisme largement répandu.Cette presse accentue les défauts des puissants pour dénoncer les mensonges, les trahisons, les excès et la violence du pouvoir.La grande famille médiatique dysfonctionnelle compte des dizaines de titres engagés idéologiquement de tous bords {Le Nain jaune, La Lune, Le Rire, Le Canard enchaîné, etc.), qui composent avec la censure d\u2019État et les poursuites judiciaires pendant des décennies.Après les attentats du 11 septembre 2001, tout en critiquant l\u2019antiaméricanisme primaire, Charlie Hebdo s\u2019engage encore plus à fond dans un combat contre le nouvel extrémisme religieux.La France a une longue tradition de publications anticléricales appuyées sur la revendication de pouvoir rire de tout, y compris de Dieu, des hommes et des fous de Dieu, ou de ce qui en tient lieu.La lutte contre l\u2019intolérance (l\u2019« infâme » de Voltaire) a été la grande affaire de Voltaire et des Lumières.L\u2019Eglise catholique en fait généralement les frais.L\u2019islam radical aussi depuis quelques années, actualité oblige.Son option éthique et politique fait que Charlie Hebdo republie en février 2006 les tristement célèbres caricatures de Mahomet du journal Jyllands-Posten.Les dessins, instrumentalisés par des imams danois, viennent stimuler des manifestations dans des pays musulmans.Le numéro spécial, volontairement provocateur et solidaire, s\u2019écoule à 140 000 exemplaires, record historique pour la publication parisienne.Le caricaturiste Charb note pourtant que son journal a déjà fait paraître des dessins autrement plus féroces sur les religieux et les religions, y compris l\u2019islam.En février 2007, Cabu en remet une couche irrévérencieuse en plaçant en une un croquis de Mahomet qui déplore : « C\u2019est dur d\u2019être aimé par des cons».Il faudrait peut-être alors aussi oser titrer cet article « Charlie Hebdo abattu par des cons ».Le Devoir Immigration : l\u2019Europe sous tension MARCO FORTIER Arrivée massive de réfugiés, politiques d\u2019intégration déficientes, économie au ralenti, appels à la guerre sainte venus du Moyen-Orient: l\u2019attentat meurtrier contre Charlie Hebdo à Paris, attribué à des extrémistes musulmans, survient dans une ère de troubles extrêmes en Europe.Bien avant l\u2019attaque de mercredi, les tensions raciales se sont multipliées depuis plusieurs mois dans tout le continent.La France, l\u2019Allemagne et la Suède \u2014 des pays prospères et réputés pour leurs généreux programmes sociaux \u2014 ont vu des mouvements d\u2019extrême droite prendre de l\u2019ampleur.L\u2019attentat contre Charlie Hebdo risque de raviver les sentiments contre l\u2019islam, notamment en France, qui compte la plus grande communauté musulmane d\u2019Europe, et renforcer les groupes racistes, croient des experts.«Je vois monter les fascismes et les intégrismes partout en Europe», dit Nicole Morgan, profes-seure de philosophie au Collège militaire royal de Kingston.«Il y a un problème de migration ingérable en France et en Europe.Je vois les Français aller dans le mur.Ils ne savent plus comment s\u2019en sortir.Ça fait 10 ans que je dis que Marine Le Pen [chef du Front national] a des chances, parce que personne ne fait rien pour gérer l\u2019immigration en France», ajoute-t-elle.Pour cette philosophe d\u2019origine française, l\u2019Europe doit s\u2019inspirer du modèle canadien et québécois d\u2019intégration des immigrants.«En Europe, on me traite de nazie quand fexplique qu\u2019au Canada, on a des quotas et qu\u2019on sélectionne les nouveaux arrivants», dit Nicole Morgan.Contrairement à ce qu\u2019on a dit et répété, on est en plein dans le conflit de civilisation )) Marc Pierini, fondation Carnegie Europe Bref, la gauche française et européenne fait comme si les immigrants n\u2019existaient pas \u2014 ou s\u2019intégraient comme par magie \u2014, tandis que la droite met de l\u2019avant d,es solutions à saveur racistes.Le polémiste Eric Zemmour attribue ainsi tous les malheurs de la France à l\u2019immigration dans son livre Le suicide français.Marine Le Pen, chef du Front national, a affirmé mercredi de son côté que «cet attentat doit [.] libérer notre parole face au fondamentalisme islamique».« Spirale infernale » Le voisin allemand, qui compte comme la France une importante communauté musulmane, notamment d\u2019origine turque, est aussi agité par une vague anti-islam inquiétant ses dirigeants.Lundi à Dresde, capitale de la Saxe, un nouveau défilé d\u2019une mouvance qui s\u2019est appelée Européens patriotes contre l\u2019islamisation de l\u2019Occident (PEGIDA) a rassemblé 18 000 personnes.C\u2019est un record depuis octobre, date du début du mouvement ciblant l\u2019islam, les médias («tous des menteurs») ou les élites politiques, et accusés de diluer la culture chré- tienne allemande.En Suède, des incendies dans trois mosquées ont été perçus comme le signe d\u2019une isla-mophobie grandissante, même si le premier de ces sinistres serait en fait accidentel.En solidarité avec leurs compatriotes musulmans, de nombreux Suédois sont descendus dans la rue vendredi.«Contrairement à ce qu\u2019on a dit et répété, on est en plein dans le conflit de civilisation», affirme Marc Pierini, membre de la fondation Carnegie Europe.«On est dans une sorte de spirale infernale», ajoute-t-il à propos de l\u2019attentat de Paris et des manifestations contre l\u2019islam en Allemagne.«Cet attentat va peser sur le jeu politique en France, il va faire le jeu du Front national», le parti d\u2019extrême droite, selon lui, car «dans ce contexte de tensions, nos démocraties libérales, comme biens d\u2019exportation, sont malmenées».Des démocraties malmenées, peut-être, mais convoitées : pas moins de 207 000 Africains ont traversé la Méditerranée par bateau en 2014 dans l\u2019espoir de trouver refuge en Europe.La plupart des survivants à la traversée débarquent sur les plages du sud de l\u2019Italie, oû ils sont laissés à eux-mêmes dans des camps de fortune.Avant d\u2019être renvoyés dans leurs pays d\u2019origine souvent déchirés par la guerre.De quoi fabriquer des révoltés.«La moitié de la population d\u2019Afrique a moins de 24 ans.Dans les conditions politiques actuelles, ça s\u2019appelle une bombe atomique», souligne Nicole Morgan.Avec l\u2019Agence France-Presse Le Devoir LE DEVOIR, LE JEUDI 8 JANVIER 2015 A 3 CHARLIE HEBDO >' JE SUIS i^CHKRUE 5^ \u201ei|«F HARUE SUIS Comme plusieurs médias, Le Devoir s\u2019est affiché sous la bannière «Je suis Charlie > Mahomet, il avait été le seul média québécois à en publier une, toute petite.MICHAEL MONNIER LE DEVOIR A l\u2019époque du scandale des caricatures de « Je suis Charlie ».vraiment ?Le lâcheté des médias a permis aux extrémistes de prendre Charlie Hebdo pour cible, assène le polémiste Ezra Levant, qui a essuyé la controverse autour des caricatures de Mahomet HELENE BUZZETTI Correspondante parlementaire à Ottawa La fusillade dans la salle de rédaction de Charlie Hebdo mercredi à Paris a déclenché une vague de sjmipathiejoru-na-listique dans les salles de rédaction canadiennes (et de la planète).«Je suis Charlie», ont clamé plusieurs, faisant valoir que l\u2019hebdomadaire satirique avait incarné un rempart contre les tentatives de musellement.Pourtant, l\u2019appui était pour le moins timide, sinon absent, il y a nertf ans lors de la genèse de ce drame.Celui qui en a alors payé le prk crie à l\u2019hjqrocrisie.«C\u2019est factice», tonne au bout du fil le commentateur et polémiste de droite Ezra Levant.«Je vois tous ces journalistes qui se font photographier avec une affichette \u201cJe suis Charlie \u201d ou qui l\u2019utilisent en mot-clic sur Twitter.Mais ce n\u2019est pas ce que Charlie Hebdo a fait.Si vous êtes vraiment Charlie Hebdo, ou aimez Charlie, utilisez une des caricatures comme avatar, ne vous cachez pas en dessous de votre bureau en chuchotant \u201cJe suis avec toi \u201d.» Prémices d\u2019un scandale Retour à février 2006.Le monde musulman s\u2019enflamme autour de 12 caricatures publiées par le journal danois Jyl-lands-Posten en réponse à l\u2019assassinat de Théo van Gogh pour cause de film sur l\u2019islam.Par solidarité, Charlie Hebdo (et d\u2019autres médias en France) les reproduit à son tour.Au Canada, les rédactions s\u2019interrogent.Doit-on publier les dessins?Seulement deux répondent par l\u2019affirmative : le Western Standard et le tout petit Jewish Free Press.Le Western Standard, publication al-bertaine tirée à 40 000 exemplaires aujourd\u2019hui fermée, est alors dirigé par Ezra Levant, qui sévit aujourd\u2019hui chez Sun News.Le Devoir sera le seul autre à en publier, mais une seule, toute petite, en guise d\u2019accompagnement à un texte.Deux solitudes, une fortitude Les douze principaux quotidiens francophones du Québec ont choisi de reprendre les fameuses caricatures de Mahomet.Les images d\u2019origine danoises de 2006 ont déclenché la haine liberticide contre Charlie Hebdo.Les sites et les tirages des journaux de Gesca, de Québécor, du Devoir, du Métro et du 24 Heures, comme les écrans de Radio-Canada ne se privent pas depuis mercredi matin pour diffuser des unes de l\u2019hebdomadaire sat^ique, certaines très iconoclastes.Des médias de tradition anglosaxonne joqent autrement de prudence avec les images impénitentes.À Montréal, The Gazette, comme tous les journaux canadiens du groupe PostMédia {National Post, Vancouver Sun, Ottawa Citizen.) a reçu la consigne de ne pas montrer les caricatures.Le New York Daily News fait encore mieux (ou pire) en censurant une photo montrant le directeur Charb devant la rédaction du Charlie Hebdo en 2011, après un incendie criminel.Charb brandissait la une montrant une caricature du prophète déplorant être «aimé par des cons».Le Daily News l\u2019a brouillée.Le Telegraph de Londres a aussi tronqué la une du journal parisien pour n\u2019en conserver que le bandeau.Stéphane BaiUargeon La réplique ne se fait pas attendre.Le premier ministre Stephen Harper dit «regretter» la publication des dessins.Une plainte contre le Western Standard est déposée à la police.Le bureau du procureur décide de ne pas déposer d\u2019accusation criminelle puisqu\u2019il est impossible de démontrer que le Western Standard avait l\u2019intention d\u2019instiller la haine.Syed Sohar-wardy, le président fondateur de l\u2019Isla-mic Supreme Council of Canada, se dit «déçu» et se tourne vers la Commission des droits de la personne de l\u2019Alberta pour sanctionner les deux publications.Il s\u2019entendra à l\u2019amiable avec le Jewish Free Press, et abandonnera sa cause.L\u2019Edmonton Council of Muslim Communities, lui, persiste et la plainte suit donc son cours.Ezra Levant sera convoqué devant la Commission pour s\u2019expliquer, une séance de 90 minutes qui le choque tant Le monde musulman s\u2019enflamme autour de 12 caricatures publiées par le journal danois Jyllands-Posten qu\u2019il la filme et la diffuse sur YouTube.Ce n\u2019est que deux ans plus tard que la Commission décidera de ne pas confier le dossier au tribunal.Ezra Levant ne s\u2019en réjouit pas le moins du monde.«Le censeur a approuvé ce que j\u2019ai écrit.[.] Je ne suis pas intéressé par son approbation.Le seul test de la liberté d\u2019expression est de pouvoir écrire impunément ce qu\u2019il désapprouve.» La lâcheté comme responsable Aujourd\u2019hui, Ezra Levant raille la solidarité hypocrite des médias.«Bande de lâches!», dit-il au Devoir.Il estime que si tous les médias avaient publié comme lui les caricatures en 2006, le carnage aurait peut-être pu être évité.«Qui aurait-on pu attaquer?Si tout le monde publie, on ne peut plus alors cibler le Jyllands Posten ou Charlie Hebdo.C\u2019est la couardise d\u2019il y a neuf ans qui a rendu possible ceci.» Mercredi, de nombreux médias ont annoncé qu\u2019ils publieraient certaines des caricatures, dont Radio-Canada, le groupe Gesca et Le Journal de Montréal, qui avaient refusé de le faire il y a neuf ans.En 2012, alors que la planète s\u2019enflamme à nouveau à cause d\u2019un mauvais film américain tourné pour le Web et se moquant de l\u2019islam, Charlie Hebdo décide de publier une nouvelle fournée de caricatures de Mahomet.Les médias québécois crient à la provocation.«Des citoyens français vivant à l\u2019étranger perdront peut-être leur vie à cause de la décision de Charlie Hebdo.Qu\u2019est-ce qui est le plus important dans ce cas: la liberté d\u2019expression d\u2019un journal qui veut se péter les bretelles et dire: \u201cRegardez, nous, on est courageux, nous, on ose \u201d, ou la protection des citoyens français?Je n\u2019ai pas de réponse», demandait Richard Martineau dans Le Journal de Québec.«Dans un contexte aussi explosif, le coup de gueule de Charlie Hebdo apparaît à mon sens plus provocateur et opportuniste que courageux.Parce que, quoi qu\u2019on en dise, cogner sur l\u2019islam, c\u2019est toujours vendeur», semonçait Rima Elkouri dans La Presse.En 2007, le chroniqueur de La Presse Yves Boisvert avait reçu Philippe Val, le dirigeant de Charlie Hebdo.Tout en rappelant qu\u2019il avait été d\u2019accord avec la décision de ne pas publier les caricatures, M.Boisvert avait ajouté : «Il y a un seul truc que je regrette de ne pas avoir dit: nous avions peur.Peur d\u2019un fou de Dieu, peur de l\u2019assassin de Théo van Gogh [.].Peur de ceux qui menacent aujourd\u2019hui Philippe Val.Pas peur d\u2019un procès ni de la colère légitime de certains.Non.Je veux dire peur pour vrai, physiquement.Ft nous ne l\u2019avons même pas dit.Parce que nous avions honte de cette peur.» Le Devoir #JeSuisCliarlie : le monde exprime son soutien Entre vigiles et messages d\u2019indignation, la communauté internationale a aussi exprimé son soutien à Charlie Hebdo par le biais des réseaux sociaux.Le mot-clic de ralliement #JeSuisCharlie a ainsi été repris plus de 250 000 fois sur Twitter en quelques heures \u2014 sans compter ses déclinaisons en plusieurs langues.La bannière «Je suis Charlie », lettres grises ou blanches sur fond noir, a été partagée abondamment au fil de la journée.De nombreuses rédactions \u2014 dont celles du Devoir, de Radio-Canada ou du Monde \u2014 ont pu-bbé des photos de leurs journalistes tenant cette affiche en guise de solidarité et d\u2019appui à la liberté d\u2019expression.Plusieurs autres organismes ou citoyens ont fait de même, alors que de nombreux dessinateurs de presse rendaient hommage à leurs collègues disparus à leur façon : par un trait de crayon.Les internautes ont aussi été nombreux à partager les dessins de Charlie Hebdo tout au long de la journée.Le dernier tweet du journal.une caricature réalisée par Honoré et publiée à 11 h 28 (soit quelques instants avant la fusillade^ a été partagé par des dizaines de milliers d\u2019internautes.Le dessinateur fait partie des 12 victimes.Le dernier dessin de Charb, directeur de la publication, a également été partagé abondamment.Guillaume Bourgault-Côté Le droit qui fait tomber tous les autres Le professeur Pierre Trudel explique pourquoi la liberté d\u2019expression doit être ardemment défendue PROPOS RECUEILLIS PAR STÉPHANE BAILLARGEON Pierre Trudel enseigne le droit à l\u2019Université de Montréal.Il est titulaire de la Chaire LP.Wilson sur le droit des technologies de l\u2019information.En tant que juriste, spécialiste des droits fondamentaux de l\u2019information, comment réagissez-vous à l\u2019attentat meurtrier contre Charlie Hebdo7 Ce qui est frappant dans le cas de ce journal et qui se confirme malheureusement maintenant, c\u2019est la relative froideur d\u2019une bonne partie des gens de l\u2019information lorsque vient le temps de défendre la liberté d\u2019expression.Au moment de la fameuse controverse autour des caricatures de Mahomet, une partie importante des gens du milieu de l\u2019information préférait discourir sur le fait que ces dessins n\u2019étaient peut-être pas très beaux et donc que c\u2019était légitime de les censurer plutôt que de débattre sur la liberté d\u2019expression et la liberté de la presse.Malheureusement, la communauté des médias, la communauté journalistique n\u2019ont pas été très très vigoureuses pour défendre ces principes.C\u2019est donc dommage qu\u2019il faille attendre ce genre de carnage pour que les gens se réveillent.Quelles formes prend cet aveuglement face aux menaces à la liberté de presse?Qn tolère plein de limites à la liberté de presse.Qn se culpabilise à la moindre protestation de quelqu\u2019un dérangé par un commentaire ou un texte un peu critiques.Qn donne énormément d\u2019importance à des gens incapables de supporter de points de vue différents des leurs.Dans ce sens, il serait temps pour la communauté journalistique de penser à défendre plus vigoureusement la liberté de presse.Les gens des médias devraient être les premiers à le faire, mais les gens des médias sont souvent les premiers à culpabiliser, à insister sur les erreurs et les dérives médiatiques, alors que c\u2019est inhérent à toute liberté d\u2019engendrer des dérives, des propos qui dérangent et qui créent un inconfort.Forcément, quand on est libre, parfois, on peut aller loin.Pourquoi est-elle si fondamentale, cette liberté de parole?Sur le plan strictement juridique, c\u2019est une règle constitutionnelle.Si vous l\u2019enlevez, toutes les autres tombent avec elle.Sans la liberté de parole, tous les autres droits deviennent impossibles.Il est impossible de concevoir le droit à l\u2019égalité sans cette liberté de base qui permet de juger, de débattre, de parler.D\u2019ailleurs, les croyants eux-mémes sont les premiers à faire les frais des positions li-berticides.Les fanatiques tuent ceux qui pensent et prient autrement.Quel est le lien entre liberté d\u2019expression et liberté de conscience?Ce n\u2019est pas seulement la liberté d\u2019expression qui est menacée, mais aussi la liberté de religion et la liberté de croire et de penser autrement.La démocratie est en jeu.Le droit de chacun de participer en toute liberté aux affaires collectives est en jeu.La véritable liberté d\u2019expression et la véritable liberté de religion supposent que l\u2019on protège l\u2019une et l\u2019autre.La censure a longtemps existé, avec l\u2019aide des tribunaux.Charlie Hebdo a été lancé après un interdit de publication en 1970.Comment se manifeste la censure aujourd\u2019hui?Dans beaucoup de pays, après la Deuxième Guerre mondiale et la constitutionnalisation des droits fondamentaux, dont le droit à la liberté d\u2019expression, il y a eu un progrès indéniable.Il faut se rappeler qu\u2019autrefois, on trouvait tout à fait normal de censurer les artistes ou les journalistes.H y a eu un indéniable progrès, notamment parce que les associations de journalistes, dont la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, ont défendu la liberté de presse, le droit de protéger les sources, et ainsi de suite.Il en reste à faire, du progrès, certainement.Pouvez-vous donner des exemples de menaces à la liberté de presse?Les poursuites en cours contre Charlie Hebdo ! Qu\u2019on puisse poursuivre un journal pour avoir publié des dessins ou des textes a un effet réfrigérant sur la liberté de presse.Dans les pays où on tient à protéger cette liberté, on tient compte de cet effet qui fige.Beaucoup de médias prennent moins de risques ou manquent de courage, en tout cas s\u2019empêchent de diffuser par crainte de poursuites coûteuses devant les tribunaux.Ça coûte cher de se défendre et il y a toujours une épée de Damoclès qui menace.J\u2019en vois tous les mois des médias qui se font menacer, reçoivent des mises en demeure.Ça aussi, c\u2019est le quotidien de la liberté de presse.Dans certains cas, il y a des reculs majeurs.Pas plus tard qu\u2019en septembre, un tribunal a condamné à 7000$ un petit journal de Québec [Les immigrants de la capitale] pour avoir publié une photo d\u2019une femme voilée au motif qu\u2019elle était quand même reconnaissable.Ce genre de poursuites crée un effet réfrigérant, rend risqué le fait d\u2019aborder des questions extrêmement sensibles.Quels sont les effets de cette autocensure?Si on veut protéger la liberté de presse, il faut la protéger notamment contre ça.Sinon, on a une presse qui ne dit plus rien.Qu qui dit sans [prendre de] risques.C\u2019est ce que Charlie Hebdo n\u2019était pas, justement.Ce journal choquaifi c\u2019est sûr.Mais c\u2019est ça, la liberté de presse.Si la liberté de presse c\u2019est de répéter ce qui ne choque personne, vous n\u2019en avez pas vraiment besoin et vous n\u2019avez pas vraiment besoin de droits pour vous protéger.Il faut être très sensible à cet effet inhibiteur qui empêche par exemple le journalisme d\u2019enquête sur des affaires liées à des groupes puissants.Dans ce sens, je crois que nous avons encore du progrès à faire.Maintenant, on fait face à une autre menace, violente, mortelle.Alors que faire?Que recommandez-vous aux gouvernements, aux médias?Il faut se tenir debout.Il ne faut pas céder.Il faut insister sur les conséquences d\u2019un monde ou d\u2019une situation où on ne peut plus dire des choses dérangeantes.Il faut défendre la nécessité absolue de conserver et de protéger le droit de parole et la liberté de presse.Si on juge que ce n\u2019est pas trop grave, comme ça semble malheureusement le cas dans certains milieux, notamment dans certains milieux de l\u2019information, on accrédite le fait que ce n\u2019est pas grave.Le Devoir A 4 LE DEVOIR, LE JEUDI 8 JANVIER 2015 TUERIE A {{ Encore et encore, le peuple de la France s\u2019est tenu debout pour protéger les valeurs universelles que des générations ont défendues.La France et la grande ville de Paris offient au monde un exemple intemporel qui surpassera la vision haineuse de ces tueurs.)) Barack Obama, président des États-Unis {{Le Canada et ses alliés ne seront pas intimidés, et nous continuerons défaire front commun contre les terroristes qui voudraient menacer la paix, la liberté et la démocratie auxquelles tiennent nos pags )) Stephen Harper, premier ministre du Canada {{ Ces événements sont intolérables et inacceptables.Jamais nous ne nous inclinerons devant de tels gestes d\u2019intimidation, de violence et de haine.}} Phiiippe Couiiiard, premier ministre du Québec {{Nous condamnons catégoriquement ce crime cgnique.Nous réaffirmons notre volonté de continuer à coopérer activement dans la lutte contre la menace terroriste.}} Viadimir Poutine, président de ia Russie {{ Cette attaque horrible avait pour but de diviser.Nous ne devons pas tomber dans ce piège.C\u2019est le moment de démontrer de la solidarité à travers le monde.}} Ban Ki-moon, Secrétaire générai de i\u2019ONU {{ Ces gens ne représentent pas l\u2019islam.C\u2019est une honte.Lorsqu\u2019une caricature ou un article nous offusque, nous sommes en droit de le dénoncer, mais à travers les mots.}} Sayed Nabii Abbas, imam du Centre isiamique iibanais de Montréai {{ Le \u2018\u2018respect de la religion \u201d est devenu un code signifiant la \u201cpeur des religions \u201d.Les religions, comme toutes les autres idées, méritent la critique, la satire, et, oui, une irrévérence courageuse.}} Saiman Rushdie, auteur des l^ersets sataniques JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le consul général de France à Montréal, Bruno Clerc (coin inférieur gauche), s\u2019est emparé du mégaphone pour s\u2019adresser à la foule venue se recueillir au pied de l\u2019hôtel de ville de Montréal.Le maire Denis Coderre avait invité de nombreux dignitaires et chefe religieux à participer à la vigile.Des milliers de « Charlie » rendent hommage DAPHNEE HACKER-B.La marseillaise, l\u2019hymne national français, a résonné haut et fort à Montréal mercredi soir.Par centaines, des citoyens ont répondu présents aux diverses vigiles rapidement organisées au courant de la journée, quelques heures à peine après le tragique attentat à Charlie Hebdo qui a coûté la vie à 12 personnes.«Vive la France!», «Liberté!», «Charlie!», ont crié à tue-tête près de 1000 personnes rassemblées devant le consulat général de France à Montréal, en plein centre-ville de la métropole.Vers 18h30, l\u2019avenue McGill, où se situe le consulat, a été littéralement envahie par une foule d\u2019individus brandissant à bout de bras des pancartes «Je suis Charlie» ainsi que des drapeaux de la France.«J\u2019ai eu une boule au ventre toute la journée.C\u2019est un coup pour la France, mais surtout pour la liberté de presse», a confié Samuel Olivet, un Montréalais d\u2019origine française.Reda Bouziane, d\u2019origine marocaine, a aussi voulu assister à la vigie.«L\u2019in- tégrisme prend trop d\u2019espace sur la place publique, il faut se mobiliser et dénoncer ces atrocités qui ne devraient jamais être liées à l\u2019islam !», a lancé le jeune homme de confession musulmane.Julien Elie, un mordu du Charlie Hebdo, peinait à cacher son désarroi.«J\u2019étais un lecteur assidu, en dix ans, je n\u2019ai pas manqué un numéro.Ils ont tué la finesse d\u2019esprit.Tout ce que f aimais.C\u2019est l\u2019horreur», a-t-il dit, la voix émue.Un peu plus tôt en soirée, un premier rassemblement s\u2019est tenu vers 17 h devant l\u2019hôtel de ville, où le maire de Montréal, Denis Coderre, avait invité de nombreux dignitaires.Plusieurs consuls étaient au rendez-vous, dont, sans surprise, le consul général de France à Montréal, Bruno Clerc.Des chefs religieux, de divers horizons, ont aussi tenu à participer au recueillement collectif.«Nous avons été touchés au cœur de la France, de la liberté.Mais la liberté, elle ne meurt et ne mourra jamais!» s\u2019est exclamé M.Clerc aux quelque 200 personnes venues malgré le froid glacial.À la fin du discours, les participants, bougies à la main, ont chanté en cœur La marseillaise.Les yeux de tous étaient alors fixés sur la façade de l\u2019hôtel de ville, où une série de jets de lumière multicolores ont attiré l\u2019attention sur une bannière géante où on pouvait lire «Je suis Charlie».«Il s\u2019agit d\u2019un acte ignoble, barbare.On s\u2019est attaqué à ce qu\u2019il y a de plus précieux: notre liberté, la liberté d\u2019expression et la liberté de presse», a commenté le maire Coderre, flanqué du ministre des Transports, Robert Poëti.Ce dernier s\u2019est aussi dit «horrifié» par les attentats survenus à Paris.Les chefs religieux affligés Les représentants des communautés religieuses venus à l\u2019hôtel de ville ont admis être très mal à l\u2019aise avec le fait qu\u2019un tel massacre puisse être lié à l\u2019islam.«Les premiers otages d\u2019un tel acte de fanatisme, ce sont les musulmans.qui deviennent les cibles d\u2019atroces préjugés.Mais nous continuons à dénoncer ces actes, car ils vont à l\u2019encontre de notre foi», a déploré Carmen Chouinard, porte-parole du Centre islamique libanais à Montréal.«Le fait que des gens se servent du nom de Dieu pour justifier leur crime barbare, c\u2019est une tragédie qui me peine profondément», a pour sa part déclaré l\u2019archevêque de Montréal, M*^ Christian Lépine.Les membres de la communauté juive ont aussi été nombreux à s\u2019indigner.«Cette tuerie n\u2019a rien à voir avec la religion.L\u2019islam vise la paix.Ce qui est arrivé aujourd\u2019hui est une abomination», a déclaré Mayer Feig, membre de la communauté hassidique.Partout sur la planète, de nombreux rassemblements populaires ont été annoncés mercredi dans la soirée, ainsi que dans la matinée de jeudi, en hommage aux victimes de l\u2019attentat.En France et dans le reste de l\u2019Europe, plus d\u2019une centaine de villes ont organisé des vigiles.Ailleurs, le quotidien Le Monde a recensé plus de 50 métropoles où des recueillements collectifs se sont tenus, de New York, à Sâo Paulo, en passant par Le Caire et Moscou.Le Devoir 50 ans d\u2019attaques contre les médias en France ALEXANDRE PIQUARD MAXIME VAUDANO 1961-1962: attentats de l\u2019OAS «A l\u2019époque, des journaux sont visés parce qu\u2019ils sont accusés de vouloir abandonner l\u2019Algérie française et de faire la paix avec le FLN», raconte Patrick Eveno, coauteur d\u2019un livre sur la guerre d\u2019Algérie.Les journalistes du Monde Jacques Fauvet et Jean Planchais, lequel suivait les questions de défense, voient leurs maisons plastiquées, sans qu\u2019il y ait toutefois de morts.Comme de nombreux autres attentats, ceux-ci sont attribués à l\u2019organisation d\u2019extrême droite OAS.Le Figaro est également touché par une bombe dans ses locaux, rappelle Rue89, montrant une vidéo d\u2019époque de Î\u2019INA.«Une énorme table en chêne est projetée jusqu\u2019au plafond sous la puissance du souffle, mais l\u2019attentat ne fait pas de blessés», écrit Claire Blandin dans son histoire du journal, citée par Le Figaro.fr.1979 : attentats contre Le Monde et Le Quotidien de Paris En avril 1979, une bombe est posée dans les locaux du Monde.L\u2019attentat est revendiqué par une «mystérieuse Ligue des combattants français contre l\u2019occupation juive», liée à l\u2019extrême droite.Le 31 mars de la même année, le même groupe a revendiqué un autre attentat à la bombe contre le quotidien Le Matin de Paris.1985: le groupe d\u2019extrême gauche Action directe contre Minute En avril 1985, une bombe souffle l\u2019entrée des locaux du journal d\u2019extrême droite Minute.L\u2019action est revendiquée par Action directe, rappelle un JT de l\u2019époque.Jean-Marie Le Pen, leader du Front national, dénonce alors «les campagnes de haine» selon lui responsables des attaques subies par Minute, déjà visé dans le passé.Il s\u2019en prend aux ministres socialistes qui se déplacent d\u2019habitude sur les lieux d\u2019attentat mais qui ne l\u2019ont pas fait cette fois.1985 : Action directe contre Antenne 2 et Radio France En octobre 1985, deux attentats visent deux médias le même jour : un colis piégé souffle les vitres et endommage les locaux d\u2019Antenne 2, dont les personnels ont été prévenus trois minutes plus tôt par un coup de fd anonyme, raconte Antenne 2 ce jour-là.Le même matin, c\u2019est à Radio France qu\u2019une autre bombe fait exploser les baies vitrées, près d\u2019un parking, détruisant plusieurs véhicules.La revendication est commune et le message unique, note Antenne 2, pour laquelle le groupe activiste veut protester contre la venue de Jean-Marie Le Pen, du Front national, dans deux émissions de ces médias.Le siège de Radio France est visé par un attentat d\u2019Action directe le 1®\" octobre 1985, alors que le groupe radiophonique avait invité Jean-Marie Le Pen, du Front national, à une émission.1991 : une bombe à Libération pendant la guerre du Golfe Le 26 janvier 1991, une bombe explose devant le quotidien, soufflant le hall d\u2019immeuble et blessant un standardiste et deux gardiens, rappelle Slate.fr.Un tract laissé sur place cite la guerre du Golfe et semble justifier l\u2019attentat par la couverture faite par le journal.Le syndicat CGT de Libération déclare que «les inspirateurs de cet acte sont à rechercher parmi ceux qu\u2019exaspère le refus de Libération de se ranger sous la bannière de l\u2019union sacrée, le refus de la sale guerre».Plusieurs ministres se déplacent: Henri Nallefi Catherine Tasca et Jack Lang.2004 : un fou avec un fusil au Monde «Je n\u2019en menais pas large du tout», se rappelle Olivier Biffaud, alors secrétaire général de la rédaction du Monde, descendu parlementer \u2014 avec Edwy Plenel, alors directeur de la rédaction \u2014 avec «un homme fou», qui s\u2019était présenté au siège du journal avec un fusil à canon scié.L\u2019homme avait mis en joue une hôtesse d\u2019accueil du siège, rue Claude-Bernard à Paris, et «exigeait que Le Monde rende compte de ses livres, publiés à compte d\u2019auteur», rappelle l\u2019article paru dans le journal.Après plusieurs minutes de négociations, l\u2019homme finit par lâcher son arme.«Il casse alors son fusil et l\u2019on voit qu\u2019il était chargé, de deux cartouches», raconte M.Biffaud.Depuis cet épisode, la sécurité a été renforcée à l\u2019entrée du Monde, avec un portique.2011 : incendie des locaux de Charlie Hebdo Le 2 novembre 2011, pendant la nuifi les locaux du journal satirique sont en partie détruits par un incendie, provoqué par le lancer d\u2019im cocktail Molotov.Charlie Hebdo vient de pubber un numéro titré «Charia Hebdo», en réaction à la montée des islamistes en Libye et en Tunisie.Il a déjà été visé, six ans plus tôt, dans la vaste polémique qui a suivi la pubbcation des caricatures du prophète Mahomet par le journal danois Jyllands-Posten.Au même moment, ce jour de 2011, le site du journal fait l\u2019objet d\u2019attaques informatiques, revendiquées par un groupe turc défendant l\u2019islam.L\u2019enquête sur l\u2019incendie criminel n\u2019a pas donné de résultats et les auteurs n\u2019ont pas été reùouvés.2013 : un tireur attaque Libération et BFM-TV Le 15 novembre 2013, Abdelhakim Dekhar entre dans les locaux de BFM-TV et menace avec un fusil son rédacteur en chef, avant de prendre la fuite.Il prend alors la direction du journal Libération, où il blesse grièvement par balle un assistant photographe dans le hall de l\u2019immeuble.Il tire enfin sur un bâtiment du siège de la Société Générale, sans faire de blessés, après avoir pris brièvement en otage un automobiliste.À l\u2019issue d\u2019une longue traque dans les rues de Paris, il est finalement interpellé dans un « état semi-conscient » dans un parking souterrain de Bois-Colombes (Hauts-de-Seine).Cet homme de 48 ans, déjà condamné dans l\u2019affaire Rey-Maupin (1994), est toujours demeuré muet sur ses motivations.Dans des lettres écrites avant les faits, il avait évoqué de façon confuse les grands conflits mondiaux, la Libye, la Syrie, dénonçant un «complot fasciste», critiquant «le capitalisme», «la gestion des banlieues» et accusant les médias de participer à la «manipulation des masses».Le Monde LE DEVOIR, LE JEUDI 8 JANVIER 2015 A 5 CHARLIE HEBDO Deborut cjqiujjl ONiec H r ofiooe.©ROeiORNOE PHILADELPHIA INQUIRER Aucune idée ne mérite de tuer ou de mourir pour elle.L\u2019humour sert d\u2019ailleurs très précisément à [se souvenir] de cela.)) Francis Desharnais, dessinateur et créateur du personnage Burquette Indignation et résistance Les dessinateurs du monde se sont serré les coudes et ont multiplié les hommages en images ÜMe ÏAo(2f BÊfe,, FABIEN DEGLISE « c es barbares n\u2019auront pas le dernier mot, l\u2019art et la liberté seront plus forts que toutes les intolérances.» Mercredi en soirée, l\u2019association Dessins pour la paix, mise au monde par le caricaturiste du quotidien Le Monde Plantu, et dont Cabu était membre, s\u2019est indigné devant l\u2019attaque terroriste dont a été victime la rédaction de Charlie Hebdo, appelant à la résistance face à l\u2019obscurantisme et ajoutant sa voix à un concert d\u2019effrois et de stupeurs émanant du monde de la caricature et de la bande dessinée, aux quatre coins du globe.«En tant que dessinateur éditorial pour Radio-Canada, cette tragédie me touche, a indiqué au Devoir le dessinateur Philippe Girard dans la foulée de l\u2019attaque perpétrée contre le journal satirique français.Ça fait peur de voir ce que les gens sont prêts à faire au nom de Dieu.» En chœur, le 9® art s\u2019est mis au diapason pour dénoncer l\u2019assassinat de cinq caricaturistes, mais également l\u2019atteinte portée par ce geste à la liberté de presse et d\u2019expression par des fanatiques religieux.«Nous saluons la mémoire des grands auteurs qui ont été lâchement assassinés, dans l\u2019exercice de leur métier, a indiqué Gilles Ratier, porte-parole de l\u2019Association des journalistes et critique en bande dessinée (ACBD).C\u2019est leur liberté d\u2019expression, fût-elle considérée comme blasphématoire par certains, et donc la nôtre à tous qui a été attaquée.» «Avec le lâche attentat de ce matin, je réalise une chose, c\u2019est que l\u2019époque dans laquelle nous sommes se prend beaucoup trop au sérieux», a résumé sur son blogue le dessinateur Francis Desharnais, père du personnage caustique Burquette.L\u2019homme a d\u2019ailleurs offert en guise de réaction un dessin montrant son personnage en train de détruire sa burqa.«Aucune idée ne mérite de tuer ou de mourir pour elle.L\u2019humour sert d\u2019ailleurs très précisément â [se souvenirI de cela.» Et c\u2019est précisément cet humour et cette dérision qui ont été abattus mercredi, selon lui.«Butés par des connards» Sur le site du Monde, Zep, bédéiste et père de Titeuf, a d\u2019ailleurs pris ce chemin, du rire, pour rendre hommage à ses collègues tombés au combat sous les balles de lâches, avec un dessin montrant le quatuor de caricaturistes montant au ciel, Cabu en tète.Sur un nuage, saint Pierre, lisant Charlie Hebdo, dit: «Cabu ?Pour une fois, vous êtes en avance.» Pour sa part, Pascal Gros, dessinateur au magazine Marianne, s\u2019est dit dans les pages du même quotidien jeté «â terre» par la nouvelle, «comme quelqu\u2019un qui connaît potentiellement des tas de gens qui ont été butés par des connards, a-t-il indiqué.Les tueurs ont fait irruption â l\u2019heure de la conférence de rédaction, ils n\u2019ont pas attaqué â n\u2019importe quel moment».Une attaque en plein cœur d\u2019une institution médiatique et démocratique soulignée également avec force par Dessins pour la paix qui, par la voix de la directrice éditoriale Laure Simoes, a rappelé que «ces assassinats ciblés sont une mise en scène visant â instaurer un régime de terreur, â museler journalistes et dessinateurs et par-delà, l\u2019ensemble des citoyens».Des journalistes, dessinateurs et citoyens qui mercredi ont toutefois clairement indiqué que l\u2019intimidation, sans doute, malgré la douleur, ne fonctionnerait pas.Le Devoir r LE MONDE AAortf-Nû-L-eu ou.- BANKSY (INSTAGRAM) A 6 LE DEVOIR LE JEUDI 8 JANVIER 2015 ACTUALITES CONSEIL NATIONAL Le PQ ne décidera pas d\u2019un programme Seules les grandes orientations seront déterminées ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec Le Parti québécois tiendra un Conseil national à Laval les 7 et 8 février prochains, une semaine après la fin de la période de mise en candidature à la course à la chefferie.Les délégués se pencheront sur les résultats de la consultation qui a eu lieu cet automne dans toutes les associations de circonscriptions et les associations régionales du PQ, une consultation qui portait sur les grandes orientations du parti.11 ne s\u2019agira toutefois pas d\u2019adopter un programme bien défini avant d\u2019élire le prochain chef péquiste, a indiqué le porte-parole du PQ, Dominic Vallières.«On ne veut pas répéter les erreurs de 2002 et de 2005», a-t-il affirmé.Les nouveaux chefs Bernard Landry et André Boisclair s\u2019étaient alors vu imposer un programme détaillé dont ils n\u2019ont pu déroger d\u2019un iota.11 est clair que, lors de la prochaine course, les différents candidats pourront proposer leurs propres éléments d\u2019un programme, qui devra toutefois être ratifié par les militants péquistes dans un congrès à l\u2019automne 2015 ou encore en 2016.Débats Comme c\u2019est désormais l\u2019usage, le Conseil national sera précédé par une Conférence nationale des présidentes et des présidents a.On ne veut pas répéter les erreurs de 2002 et de 2005 )) Dominic Vaiiières, porte-paroie du PQ (CNPP) qui se réunira à huis clos le samedi matin, le 7 février.Le président de l\u2019élection, l\u2019ancien ministre Jacques Léonard, devra également faire approuver certaines modalités de la course, notamment le nombre de débats auxquels participeront les candidats.Jusqu\u2019ici, le favori mais inexpérimenté Pierre Karl Pé-ladeau veut s\u2019en tenir à deux débats afin d\u2019éviter les faux pas, croit-on, tandis que les autres candidats déclarés \u2014 Pierre Céré, Alexandre Cloutier, Bernard Drainville, Jean-François Lisée et Martine Quellet \u2014 souhaitent plutôt la tenue de cinq débats dans dif férçntes régions du Québec.A ce jour, deux candidats ont déposé leur bulletin de candidature en bonne et due forme, accompagné de 2000 signatures de membres issus de 50 circonscriptions et d\u2019une somme de 10 000$, soit Alexandre Cloutier et Pierre Karl Péla-deau.Les autres candidats ont jusqu\u2019au 30 janvier pour ce faire.Le Devoir ETUDE DE NATURE Le Canada doit renoncer à son pétrole ALEXANDRE SHIELDS Le Canada doit absolument laisser plus de 85% de ses ressources pétrolières connues dans le sol s\u2019il veut aider l\u2019humanité à éviter la catastrophe climatique qui s\u2019annonce, conclut une nouvelle étude publiée mercredi par la prestigieuse revue Nature.Globalement, un tiers des réserves pétrolières mondiales, la moitié des réserves de gaz et plus de 80% du charbon devront rester sous terre, soulignent les auteurs de cette étude intitulée Quelle quantité d\u2019énergies fossiles pouvons-nous exploiter?.Pour le Canada, un tel objectif signifierait réduire radicalement la production des sables bitumineux albertains, de façon à ce que celle-ci soit «négligeable» en 2020.Pour le moment, l\u2019exploitation connaît au contraire une croissance soutenue, de sorte que la production quotidienne doit atteindre trois millions de barils par jour en 2020.C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce contexte que les pétrolières plaident en faveur de la construction de pipelines.Haro sur le charbon Le Moyen-Qrient devrait quant à lui renoncer à exploiter près de 40% de ses réserves pétrolières.La Chine, les Etats-Unis et la Russie, l\u2019essentiel de leur charbon.L\u2019utilisation de cette ressource, la plus polluante des énergies fossiles, connaît plutôt une croissance année après année dans le monde.La combustion du charbon représente déjà 44% des émissions mondiales de carbone produites par le secteur énergétique.-t,.-Jiew\t.V ' JEFF MCINTOSH LA PRESSE CANADIENNE Le Canada devrait laisser plus de 85 % de ses ressources dans le sol pour aider la planète à freiner le réchauffement climatique.Ces «contributions» à la lutte contre les changements climatiques, si elles se concrétisaient, permettraient de respecter les limites fixées par la science, soit une hausse du thermomètre mondial de 2 °C d\u2019ici la fin du siècle, par rapport à l\u2019ère pré-industrielle.Selon l\u2019QNU, l\u2019humanité doit absolument limiter ses émissions futures de CQg à environ 1000 milliards de tonnes, après en avoir déjà émis 2000 milliards.Qr les émissions que générerait l\u2019utilisation des réserves connues d\u2019énergies fossiles sont évaluées à 3000 milliards de tonnes.Selon le dernier rapport du Groupe d\u2019experts intergouvememental sur l\u2019évolution du climat (GIEC), il faudrait réduire les émissions mondiales de 40 à 70% d\u2019ici 2050 (par rapport à 2010) et les faire complètement disparaître en 2100.Contradictions «Les hommes politiques doivent réaliser que leur instinct consistant à recourir aux énergies fossiles disponibles sur leur territoire est incompatible avec leur engagement à tenir l\u2019objec- tif de 2 °C», a commenté Christophe McGlade, coauteur de l\u2019étude publiée dans Nature.Si la tendance actuelle se maintient, la planète devrait connaître une hausse de 3°C à 4°C au cours du présent siècle.En plus de la pléthore d\u2019impacts environnementaux, la sécurité alimentaire de millions d\u2019êtres humains sera alors menacée, les ressources d\u2019eau potable risquent d\u2019être réduites, des populations entières seront forcées de migrer et les conflits pour l\u2019accès aux ressources se multiplieront.Le Devoir YANIK DUMONT BARON CHRISTIAN LATREILLE SYLVAIN DESJARDINS JEAN-FRANÇOIS BÉLANGER YVAN CÔTÉ MARIE-EVE BÉDARD SOPHIE LANGLOIS JEAN-MICHEL LEPRINCE ANYCK BÉRAUD RAYMOND SAINT-PIERRE ALEXANDRA SZACKA GINETTE LAMARCHE à la maison Nos correspondants et envoyés spéciaux répondent à vos questions sur les enjeux de la planète et leur métier.Pour plus de détails: ICI.Radio-Canada.ca/correspondants.k Une émission animée par Patrice Roy et France Beaudoin, avec la participation de Céline Galipeau en direct d\u2019Haïti.ce soir à 21 h en simultané ICI Agence métropolitaine de ' transport (AMT) se ravise.L\u2019annulation de quatre arrêts quotidiens du Train de l\u2019Est aux gares Anjou et Saint-Léonard-Montréal-Nord ne sera pas permanente, a indiqué mercredi l\u2019Agence.Mardi, la mairesse de Ri-vière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles, Chantal Rouleau, et le conseiller de Projet Montréal Sylvain Quellet avaient dénoncé ce qu\u2019ils considéraient comme une «coupure de service», quelques semaines seulement après la mise en service de la ligne reliant Mas-couche au centre-ville de Montréal.La veille, l\u2019AMT avait annoncé qu\u2019à compter du 12 janvier, deux trains circulant en sens inverse de la pointe ne s\u2019arrêteraient plus aux gares Anjou et Saint-Léonard-Mont-réal-Nord.Ces arrêts entraînaient des retards d\u2019environ 20 minutes pour les trains circulant en pointe en raison de la présence d\u2019une seule voie ferrée à ces gares, avait expliqué l\u2019AMT pour justifier sa décision.Seulement 15 passagers allaient être pénalisés par cette mesure, avait ajouté l\u2019AMT.Travaux Dans un courriel mercredi, l\u2019AMT a finalement indiqué que des travaux de modification aux quais d\u2019urgence seraient réalisés au printemps et que «l\u2019horaire normal» Train de l\u2019Est serait rétabli à l\u2019automne 2015, sans davantage expliquer cette volte-face.Rappelons que le Train de l\u2019Est, dont le coût s\u2019est élevé 671,4 millions, est entré en service le 1®\"^ décembre dernier et que, selon les données recueillies par l\u2019AMT, 70% des passagers proviennent de la couronne nord.Le Devoir AirAsia : les boîtes noires pourraient être repérées Les autorités indonésiennes ont annoncé mercredi avoir retrouvé la queue de l\u2019avion d\u2019Ai-rAsia qui s\u2019est abîmé en mer de Java, une possible percée au IL jour des recherches, cette partie contenant habituellement les boîtes noires enregistrant les paramètres de vol de l\u2019appareil.«Nous avons réussi à récupérer une partie de l\u2019avion qui était notre objectif la queue de l\u2019avion a été retrouvée», a déclaré à des journalistes le directeur de l\u2019Agence nationale de recherches et de secours, Bam-bang Soelistyo.La section arrière des avions abrite généralement les boîtes enregistrant des informations liées au vol, qui seront cruciales, si elles sont retrouvées, pour déterminer les causes de la chute de l\u2019Airbus A320-200 le 28 décembre, avec 162 personnes à son bord.Le ministre des Affaires maritimes, Indroyono Susilo, a indiqué que des équipes de recherche examinaient maintenant une zone de 200 milles nautiques autour de la zone où la queue de l\u2019appareil a été découverte, dans l\u2019espoir d\u2019y retrouver d\u2019autres éléments de l\u2019avion.11 n\u2019a pas pu préciser quand la queue de l\u2019avion serait remontée à la surface de l\u2019eau, émettant l\u2019espoir que «les boîtes noires puissent être retrouvées rapidement».40 corps repêchés L\u2019avion avait disparu des écrans radars peu après son décollage de la ville indonésienne de Surabaya pour Singapour, après avoir été confronté à des nuages très menaçants.En dépit des opérations de recherche de grande ampleur entreprises par l\u2019Indonésie avec l\u2019aide d\u2019aqtres pays tels la France, les Etats-Unis et la Russie, seul un nouveau corps a été repêché mercredi, portant le total des victimes retrouvées à 40.Agenee Franee-Presse LE DEVOIR, LE JEUDI 8 JANVIER 2015 A 7 ACTUALITES Le Canada accueillera 10 000 réfugiés syriens MARIE VASTEL Correspondante parlementaire à Ottawa Il aura fallu quelques semaines, mais le Canada a finalement répondu à l\u2019appel des Nations unies, qui réclament depuis des mois l\u2019aide de la communauté internationale face au débordement de réfugiés syriens et irakiens qui fiiient les violences dans leurs pays.Ottawa a promis d\u2019accueillir 10 000 réfiigiés syriens d\u2019ici trois ans et 3000 Irakiens l\u2019an prochain.Une cible qui s\u2019inscrira toutefois dans les quotas d\u2019immigration déjà prévus par le fédéral et qui, de surcroît, sera transférée en grande partie aux organismes privés, ont dénoncé des intervenants auprès de réfugiés.Le Haut-Commissariat de rONU pour les réfugiés estime que 3,2 millions de Syriens cherchent aujourd\u2019hui asile.Les pays voisins peinent à répondre à cette demande.Depuis l\u2019été dernier, l\u2019ONU somme le monde de leur venir en aide et d\u2019accueillir encore 100 000 réfugiés syriens.La réponse du ministre canadien de l\u2019Immigration, Chris Alexan- der, est venue mercredi.«Nous faisons cela non seulement parce que nous le pouvons, mais parce que c\u2019est juste», a fait valoir le ministre à La Presse canadienne.Ottawa a ainsi annoncé qu\u2019il recevrait, sur trois ans, 10 000 Syriens qui ont fui au Liban et en Jordanie.Un chiffre qui ne s\u2019ajoutera cependant pas aux quotas d\u2019immigration prévus, a précisé le ministère au Devoir en fin de journée.«Si c\u2019est le cas, on n\u2019a pas vraiment à féliciter le gouvernement.[.] Ça veut dire que des Congolais, ou d\u2019autres, devront attendre plus longtemps», a critiqué Janet Dench, directrice du Conseil canadien des réfugiés.Ottawa relègue son engagement Environ 40% des réfugiés syriens seront parrainés par le gouvernement, 60% devront être pris en charge par des organismes privés.Or, les groupes d\u2019intervenants auprès de réfugiés peinaient déjà à remplir leur mandat.Le Canada avait promis dans un premier temps d\u2019accueillir 1300 Syriens avant la fin de 2014 \u2014 200 parrainés ADRIAN WYLD LA PRESSE CANADIENNE Le ministre de l\u2019Immigration Chris Alexander a affirmé que l\u2019accueil de réfugiés ne sera pas fait « parce que nous le pouvons, mais parce que c\u2019est juste».par le fédéral, 1100 par le privé.Mais des organismes de réfugiés avaient avisé le ministère de l\u2019Immigration qu\u2019ils ne parviendraient pas à atteindre cette cible, faute de temps notamment pour organiser la prise en charge des deman- deurs d\u2019asile.Car ces groupes doivent loger, nourrir, vêtir les réfugiés pendant un an ainsi que les aider à intégrer leur société d\u2019accueil, et donc à trouver un emploi ou une école pour leurs enfants.Qu\u2019Ottawa prenne encore des engagements en leur nom, sans leur accord et sans les prévenir, est «inacceptable» selon Janet Dench.«Le ministre fixe l\u2019objectif pour les groupes de parrainage, et ensuite ce sont ces groupes qui sont critiqués si l\u2019objectif n\u2019est pas atteint», a-t-elle déploré en entretien avec Le Devoir, en rappelant que ces types de parrainage se font de surcroît «aux frais des groupes» et non du gouvernement.Autre bémol, le fédéral a promis l\u2019accueil de Syriens sur trois ans, alors que l\u2019ONU réclamait une aide sur deux ans.«Dans deux ans, il y en aura d\u2019autres [réfugiés].[.] On pourrait faire mieux», a critiqué Stephan Reichhold, de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes.En date de lundi, Ottawa avait accueilli 1075 des 1300 réfugiés syriens attendus avant la fin de 2014.Les demandeurs manquants devraient arriver «dans les prochaines semaines», prédit-on au gouvernement.Les conservateurs se sont attiré maintes critiques, en dé- cembre, lorsque le secrétaire parlementaire du ministre Alexander, Costas Menegakis, a indiqué que son gouvernement allait «prioriser les minorités ethniques et religieuses, celles qui sont menacées» en Syrie.Le Québec prêtera main-forte Les 10 000 autres réfugiés qu\u2019accueillera le Canada seront-ils issus de ces minorités ?«Les personnes qui sont exposées à des risques parce qu\u2019elles appartiennent à une minorité religieuse, à une minorité sexuelle ou parce qu\u2019elles ont été victimes d\u2019un viol sont et demeureront notre priorité», a réitéré le bureau de M.Alexander.Une grande part de la communauté canado-syrienne s\u2019est installée au Québec.Le gouvernement provincial n\u2019avait pas été avisé de l\u2019annonce d\u2019Ottawa mercredi.Mais la province saura répondre aux demandes d\u2019asile qui lui seront présentées.«On est prêts», a-t-on indiqué au bureau de la ministre de l\u2019Immigration Kathleen Weil.Le Devoir PROMOTION \"Ê École nationale d'administration publique LA RECHERCHE, POUR MIEUX SERVIR LE PUBLIC Pour une fonction publique à l\u2019image du Québec actuel Entrevue avec Eric Charest Selon Éric Charest, l\u2019État doit tendre vers une juste représentation de tous les segments de la société s\u2019il veut bien la servir.Le visage du Québec a beaucoup changé depuis une vingtaine d\u2019années : ce Québec complètement homogène, hétérosexuel, blanc, catholique et francophone, bien qu\u2019il n\u2019ait jamais vraiment existé, est désormais loin de nous.Qn peut alors se demander si l\u2019État est le reflet de cette société changeante et diversifiée qui est la nôtre, composée d\u2019immigrés, d\u2019anglophones, d\u2019Autochtones et de personnes handicapées.Pas vraiment, si l\u2019on en croit Éric Charest, professeur-chercheur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique (ENAP), qui s\u2019intéresse de près à cette question.Pourtant, la fonction publique ne saurait être légitime aux yeux de ces groupes minorisés si celle-ci leur est inaccessible.« Certains groupes cibles se sentent négligés par l\u2019État; il faut donc que le gouvernement adapte son offre de services pour que ces personnes s\u2019y sentent à l\u2019aise.Une façon d\u2019y parvenir est de rendre la fonction publique plus représentative des groupes minorisés qu\u2019elle ne l\u2019est maintenant », soutient-il.Dans un Québec changeant et à l\u2019ère des revendications identitaires, il est d\u2019autant plus important de mettre en oeuvre des politiques adaptées aux besoins et aux valeurs des membres de ces groupes.Si l\u2019État n\u2019est pas à l\u2019écoute de certains segments de la population et s\u2019il est réfractaire à les inclure dans ses rangs, des risques de fractures sociales pourraient nous attendre.Des progrès qui tardent à venir S\u2019il reste beaucoup de chemin à faire pour parvenir à cette juste représentativité, ce n\u2019est pas faute de volonté, semble-t-il.En effet, l\u2019État s\u2019était fixé un objectif ambitieux dès la fin des années 1990 : faire en sorte que le quart de ses nouvelles recrues soit issu des groupes minorisés : femmes, anglophones, Premières Nations, communautés culturelles et personnes handicapées.Malgré les moyens mis en place, cette intention n\u2019a pas donné les résultats escomptés, hormis pour les femmes.Cela peut surprendre, d\u2019autant plus que l\u2019État québécois a l\u2019obligation, en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne, de mettre en place un programme d\u2019accès à l\u2019égalité (PAÉ) dont l\u2019objectif est d\u2019améliorer la représentativité à tous les niveaux hiérarchiques dans les différentes catégories d\u2019emplois.Ces PAÉ sont l\u2019instrument légal dont s\u2019est doté le Québec pour lutter contre la discrimination des groupes minorisés à l\u2019embauche qui, trop souvent, restent cantonnés dans des emplois peu qualifiés, instables et offrant peu de possibilités d\u2019ascension professionnelle.Mais pourquoi cet échec alors que les PAÉ sont en place depuis trois décennies?Éric Charest, dont la thèse portait précisément sur ces programmes, en a long à dire sur la question.« C\u2019est un cadre juridique qui fait rarement l\u2019objet de contrôle ou de sanctions.En fait, il nous donne une bonne conscience collective : on a l\u2019impression de faire beaucoup alors qu\u2019on n\u2019atteint pas grand-chose.» De plus, renchérit-il, les employeurs et le grand public nourrissent des préjugés à l\u2019égard de la politique des PAÉ qu\u2019ils perçoivent comme des quotas à l\u2019embauche qui font fi du principe de mérite.« Combien de fois ai-je entendu des cadres dire : \u201cJe ne négocierai pas sur la compétence!\u2019\u2019, déplore-t-il.Les gens faisant partie des groupes minorisés subissent de plein fouet les contre-effets de cette loi.» D\u2019après lui, la bonne volonté n\u2019est pas suffisante lorsqu\u2019on cherche à s\u2019attaquer à la ségrégation professionnelle.« Concrètement, ce n\u2019est pas simple de ne pas discri- K y miner.Le parcours des groupes minorisés en emploi est plein de microbarrières, de microagressions.Ces difficultés sont subtiles, car les employeurs ont souvent des biais dont ils sont inconscients la plupart du temps.» D\u2019autant plus qu\u2019ils auraient tendance à croire qu\u2019il est plus simple de s\u2019entendre avec des gens appartenant au même groupe qu\u2019eux et possédant la même culture.Il s\u2019agirait, d\u2019après le chercheur, d\u2019une « illusion de compréhension ».Quelques pistes de solution Aux fins de la recherche qu\u2019il mène présentement sur ^ la bureaucratie représentative, Éric Charest compte interroger des membres des groupes minoritaires sur leur perception de la fonction publique.Mais, pour l\u2019instant, ce sont les hauts cadres de l\u2019appareil gouvernemental qui accaparent son attention : croient-ils que leur ministère ou organisme est à l\u2019image du Québec?Et quelle influence croient-ils que cela peut avoir sur leur légitimité?Est-ce que la représentativité des effectifs a un impact sur l\u2019adaptation de l\u2019offre de services?Leurs réponses sont éclairantes dans la mesure où « les hauts dirigeants doivent s\u2019assurer que la fonction publique soit le miroir de la société », croit-il, et « ils sont les mieux placés pour nous permettre de comprendre ce qui est fait.et ce qui doit être fait ».Au terme de ses travaux, il compte bien continuer de discuter avec ces hauts fonctionnaires afin d\u2019élaborer avec eux de meilleurs outils pour que leurs services soient utilisés par le plus grand nombre.« En sciences sociales, il ne faut pas faire de la recherche de façon isolée.Ce sont les gens qui nous alimentent et je n\u2019ai pas toutes les réponses », assure-t-il.Il constate d\u2019ailleurs à quel point plusieurs d\u2019entre eux ont à coeur le bien commun à une époque où cette valeur est souvent mise à mal et s\u2019explique difficilement les préjugés persistants à l\u2019égard des administrations.En ces temps d\u2019austérité, faut-il pour autant faire une croix sur des services publics mieux adaptés et donc plus efficaces?« Il ne faut pas se le cacher : il n\u2019y aura pas beaucoup de recrutement externe et la fonction publique risque de ne pas beaucoup évoluer », concède-t-il.La clef de voûte se trouve selon lui dans les partenariats que noue l\u2019administration publique avec les QNG.Il est loin le temps où l\u2019État décidait en vase clos de nouvelles politiques.Désormais, en vertu du principe d\u2019acceptabilité sociale, le gouvernement consulte certaines catégories de citoyens pour connaître leurs opinions, par exemple les personnes pauvres ou les familles homoparentales.Mais il faut aller plus loin encore en « multipliant les stratégies de communication pour mieux atteindre les groupes minorisés, insiste-t-il.Il faut également renforcer les services directs en passant par les organismes communautaires et réfléchir sur la façon de renforcer le cadre financier de ces derniers pour assurer la survie de ces interlocuteurs privilégiés.» m POUR MA MAÎTRISE AVEC RECHERCHE (M.SC.) JE CHOISIS L'ENAP! La référence pour développer des projets de recherche en administration publique sur: \u2022 l'international \u2022 les affaires autochtones\t\u2022 les politiques sociales \u2022 le municipal\t\u2022 et plus encore.la santé l'éducation la sécurité civile fgK Ecole nationale Ê d'administration publique A 8 LE DEVOIR LE JEUDI JANVIER 2015 EDITORIAL ATTENTAT A CHARLIE HEBDO Les dieux de l\u2019ignoble Pour avoir chéri le principe d\u2019égalité pour tous qui est au cœur de la laïcité comme de la liberté, onze fedayins du rire et un économiste de stricte obédience humaniste, donc grand, ont été tués.À eux douze, ils symbolisaient le pays que les fous de Dieu détestent le plus actuellement: cette France qui est aussi une.République ! S Serge Truffaut elon les confidences recueillies par un journaliste du quotidien Libération auprès d\u2019un maître-espion des services de renseignement, la France «est perçue comme une ennemie de l\u2019islam et le plus anti-islamiste parmi tous les pays occidentaux».Il en va ainsi parce que ces héritiers des Lumières continuent de louer encore et toujours le principe stipulant que l\u2019exercice de la liberté passe par la «liberté de blâmer».Il en va ainsi parce qu\u2019ils ont osé accorder la préséance à la laïcité sur toutes les religions.Ces Français sont donc des athées et de fait «plus» ennemis que nos autres ennemis, car contrairement, par exemple, aux Britanniques, le communautarisme, le «tous égaux mais séparés», n\u2019a pas droit de cité en Ile-de-France et ailleurs sur le territoire de l\u2019ex-fille aînée de l\u2019Église.La plus récente verbalisation connue de la haine du Français a été formulée le 22 novembre dernier par le porte-parole du groupe dit État islamique.Sa diatribe, la voici: «Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen \u2014 en particulier les méchants et sales Français [.] alors comptez sur Allah et tuez-le de n\u2019importe quelle manière.» La dernière proposition ayant une résonance très particulière, il faut la répéter : «tuez-le de n\u2019importe quelle manière.» Quelle résonance ?Cette phrase est un écho parfait à la modification commandée par les illuminés d\u2019al-Qaïda en péninsule Arabique (AQGP).Déclinons.Après avoir réalisé que les services de renseignement occidentaux avaient gagné en efficacité, l\u2019imam radical Anouar al-Aulaqi, né aux États-Unis mais d\u2019origine yéménite, a conclu qu\u2019il est désormais inefficace d\u2019envoyer des djihadistes commettre tel acte dans tel pays, inutile de former et de diriger des cellules à distance, etc.Il a donc lancé une fatwa dans laquelle il stipule que tout bon musulman enclin à la guerre sainte, la guerre contre les infidèles, a désormais toute latitude pour tuer, pour saigner, quand bon lui semble, avec les armes de son choix, sans attendre des ordres venus d\u2019ailleurs.Ce faisant, al-Aulaqi a favorisé une atomisation du terrorisme, une espèce de privatisation, au grand dam d\u2019Ayman al-Zawahiri, numéro un d\u2019al-Qaïda, plus enclin au contrôle des troupes.Toujours est-il que dans la foulée de cette fatwa, l\u2019imam d\u2019origine yéménite a fondé une revue composée en langue anglaise, une première, et de facture très professionnelle afin de séduire et de convaincre les jeunes musulmans nés dans les pays occidentaux de massacrer, saigner.Qn rappelle cela pour mieux souligner que ce magazine trimestriel baptisé Inspire détaille comment fabriquer tel type de bombe, comment utiliser telle arme, comment piéger un véhicule, etc.Selon les policiers américains, les frères Tsarnaev, auteurs de l\u2019attentat lors du marathon de Boston, auraient suivi à la lettre les recettes d\u2019Inspire.Dans son avant-dernier numéro, les sanguinaires d\u2019Inspire avaient dressé la liste, photos à l\u2019appui, des dix principaux ennemis de l\u2019islam qu\u2019il fallait abattre.Parmi eux, Charb, le caricaturiste et directeur de Charlie Hebdo.À côté de son visage et de celui des autres, on peut lire ceci qui s\u2019adresse avant tout aux jeunes des cités de Érance, du Royaume-Uni et autres : « C\u2019est vous le terroriste d\u2019à-côté.Votre sang ne sera pas gaspillé [.] Une balle par jour tient l\u2019infidèle éloigné pour toujours.» C\u2019est fait.Ils ont eu Charb qui aimait souligner «je préfère mourir debout que vivre à genoux», ils ont eu le vieux Wolinski, parrain des jeunes fedayins du rire et maître de la résurrection de Charlie Hebdo dans les années 80, ils ont eu Cabu qui a régalé des générations de lecteurs de cet hebdomadaire et de mensuels divers comme Jazz Hot, ils ont eu Tignous, maître du relief des travers d\u2019autrui, ils ont eu ce cher Bernard Maris, auteur clairvoyant du Ah Dieu! que la guerre économique est jolie, et ils en ont eu d\u2019autres dont les menus travaux nous rappelaient à tout instant que Charlie Hebdo était fils de l\u2019infâme puisque né à la suite d\u2019une censure.Dans la caricature d\u2019à côté, Mahomet se plaint d\u2019être aimé par des cons.Ils le sont d\u2019autant plus qu\u2019ils n\u2019ont pas encore compris cet enseignement magistral des Lumières, de Montesquieu pour être exact, soit que «nous sommes tous des accidents géographiques».Alors les religions, les superstitions.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET CHARUi\u2019H RW us CESTDUR CONS.- O Û cû w Œ s J < U w U Ûi D O En signe de solidarité En mémoire des victimes de l\u2019attentat d\u2019hier à Paris et afin de démontrer leur appui aux principes fondamentaux de la liberté d\u2019expression, les quotidiens francophones du Québec ont décidé, de concert pour une très rare fois, de publier une caricature de Mahomet du journal satirique Charlie Hebdo.S\u2019attaquer à quelqu\u2019un simplement pour ses idées et ses opinions est une entrave inacceptable à la démocratie.Ces médias sont: Le Devoir, Le Journal de Montréal, Le Journal de Québec, 24 Heures, La Presse, Le Soleil, Le Quotidien, Le Droit, La Tribune, La Voix de l\u2019Est, Le Nouvelliste et Métro.Aimé par des cons Mourir pour la liberté d\u2019expression en France en 2015, qui aurait cru que ça puisse être possible?C\u2019est pourtant ce qui vient d\u2019arriver.J\u2019en suis dévasté.Dans un quartier où j\u2019ai séjourné maintes fois, dans les bureaux d\u2019un journal que j\u2019ai lu maintes fois, des barbares sanguinaires viennent d\u2019assassiner 12 personnes, dont quatre des plus brillants caricaturistes du monde francophone.Charb et ses collègues sont partis et ça me bouleverse au plus haut point.Ce qui me chagrine le plus, c\u2019est que l\u2019assassinat de ces libres-penseurs de gauche pourrait bien mettre du vent dans les voiles à une extrême droite que Charb et ses collègues ont pourfendue tout autant que l\u2019extrémisme musulman.Si Allah existe, je parie qu\u2019il se dit exactement ce que Cabu lui avait déjà fait dire en caricature : « C\u2019est dur d\u2019être aimé par des cons» ! Prenons garde de ne pas devenir aussi cons qu\u2019eux.LETTRES J\u2019ai confiance que l\u2019attentat contre Charlie Hebdo prouvera qu\u2019on ne peut pas faire taire des idées en tuant ceux qui les portent.Du moins, pas plus qu\u2019on ne peut détruire l\u2019extrémisme religieux en tuant des extrémistes.Notre «lutte contre le terrorisme» est un fiasco n\u2019ayant servi qu\u2019à enrichir les marchands d\u2019armes et de peur.Ne nous empressons pas d\u2019y retourner.L\u2019extrémisme est d\u2019abord issu de la misère, du manque d\u2019éducation et de la détresse psychologique plutôt que de la seule religion (qui est plus souvent un prétexte qu\u2019une cause).Mes amis français, je pense à vous et je vous souhaite de ne pas sombrer dans la spirale de la haine.Én couverture de Charlie Hebdo en juilllet 2011, dans une caricature où il s\u2019illustrait lui-même embrassant à pleine bouche un musulman, le caricaturiste Luz titrait: «L\u2019amour est plus fort que la haine ».[.] Jean-François Lessard McMasterville, le 7janvier 2014 La barbarie à Paris Les actes barbares qui ont été commis à Paris mercredi matin me révoltent.Devant mon impuissance et en tant qu\u2019éducateur, je vais poser deux petits gestes, mais qui ont pour moi une grande signification.Je vais désormais afficher en permanence et bien en vue dans mon bureau les photos de quatre des douze martyrs \u2014 les caricaturistes \u2014 punis pour leur talent qui était aussi grand que leur liberté de pensée.Et je vais également abonner notre école \u2014 qui est déjà abonnée au Devoir \u2014 à Charlie Hebdo.C\u2019est mon droit discrétionnaire de gestionnaire que je mets à contribution au profit de la liberté de parole, car je crois que c\u2019est avec des gestes concrets que l\u2019on enseigne.Et la plume a heureusement toujours été, et sera toujours, plus forte que le sabre.Charles Vien Directeur de l\u2019école secondaire Mont-Royal, Montréal, le 7janvier 2015 LIBRE OPINION L\u2019héritage méconnu de John A.\u201d \\ JEAN-FRANÇOIS CARON Politologue Il,y aura 200 ans ce dimanche naissait en Écosse John A.Macdonald, dont le destin allait le propulser au rang de premier premier ministre du Canada en 1867.Paradoxalement, les connaissances des Canadiens sur cet homme sont fort peu développées.En effet, un sondage de l\u2019Institut du Dominion réalisé en 2009 montrait que plus de deux Canadiens sur cinq ne pouvaient pas l\u2019identifier comme ayant été le premier chef de gouvernement du pays.Voilà un constat étonnant qui fera dire à plusieurs cyniques qu\u2019il est symptomatique de la relation que nous entretenons avec notre histoire.Certains seront donc surpris d\u2019apprendre que celui qui fut notre premier premier ministre était reconnu pour son alcoolisme (qui l\u2019amena à brûler accidentellement sa chambre d\u2019hôtel à Londres en 1866 alors que la délégation canadienne parachevait l\u2019Acte de l\u2019Amérique du Nord britannique avec les autorités coloniales), son racisme envers les Premières Nations et sa propension à provoquer en duel ses adversaires politiques.Il fut le père d\u2019une politique économique protectionniste aujourd\u2019hui révolue et le chef d\u2019un gouvernement qui fut l\u2019un des plus corrompus de l\u2019histoire canadienne.Toutefois, chose encore plus surprenante et pertinente alors que nous nous apprêtons à célébrer le 150® anniversaire de la fondation du pays, il est de notoriété que Macdonald n\u2019a jamais entretenu une grande admiration pour le régime fédéral né en 1867.En effet, ce dernier n\u2019a jamais caché sa préférence pour un régime unitaire où tous les pouvoirs auraient été concentrés dans un seul Parlement.Il n\u2019accepta le fédéralisme qu\u2019à contrecœur, non sans avoir œuvré en catimini pour lui donner une orientation centralisatrice.En conséquence, il n\u2019est pas interdit d\u2019émettre l\u2019hypothèse selon laquelle le caractère centralisateur du fédéralisme canadien qui est souvent décrié par les nationalistes québécois est peut-être davantage lié à cet homme qu\u2019à une intention collégiale des Pères fondateurs du pays.Cet héritage, qui est souvent négligé par les historiens et les politologues, est peut-être le plus significatif laissé par Macdonald.Pouvoir résiduaire L\u2019influence de ce dernier fut particulièrement notable en ce qui a trait au fameux pouvoir résiduaire qui relève clairement du gouvernement central.Il est généralement admis que ce pouvoir, qui vise à attribuer les futures compétences au gouvernement fédéral, constitue une preuve de la volonté centralisatrice qu\u2019avaient les Pères fondateurs.Qr cette interprétation est erronée.Il est en effet possible de noter que les Résolutions de Québec avaient accordé ce pouvoir tant au gouvernement fédéral (pour les matières ayant un ca- ractère général) qu\u2019aux provinces (pour les matières ayant une nature locale).Ce n\u2019est qu\u2019une fois à Londres que l\u2019entente initiale fut profondément modifiée et que le pouvoir résiduaire est devenu une force constitutionnelle favorisant la centralisation.Ce changement est largement attribuable à Macdonald qui, afin de faire prévaloir sa vision, aurait mis à profit son influence auprès des autorités londoniennes pour changer les règles du jeu à la dernière minute.Hector-Louis Langevin, qui était un délégué à Londres, avait d\u2019ailleurs soulevé dans sa correspondance son exaspération de devoir surveiller Macdonald dans ses tractations avec les Britanniques afin de l\u2019empêcher de modifier les résolutions de la Conférence de Québec au profit de solutions favorables à la centralisation du régime.Le fait que de nombreux honneurs furent accordés par le gouvernement britannique à Macdonald et refusés aux autres Pères de la Confédération tendrait à confirmer les liens privilégiés qu\u2019il entretenait avec les autorités coloniales.Il en fut de même avec les pouvoirs de désaveu et de réserve que l\u2019on retrouve dans la Constitution et qui permettent au gouvernement fédéral d\u2019invalider des lois adoptées par les législatures provinciales : ce qu\u2019il ne s\u2019est pas privé de faire.En fait, comme le rappelle le politologue Réjean Pelletier, le gouvernement fédéral désavoua 65 lois provinciales et en réserva 57 entre 1867 et 1896, ce qui correspond à environ 6% de toutes les lois provinciales adoptées au cours de cette période.Encore une fois, Macdonald a joué un grand rôle à cet égard, dans la mesure où ces pouvoirs étaient à l\u2019époque purement symboliques.Cette manière de voir les choses fut d\u2019ailleurs clairement exprimée par Charles Hamil-ton-Gordon, qui était le lieutenant-gouverneur du Nouveau-Brunswick, dans une lettre adressée au secrétaire aux colonies ainsi que dans les pages du quotidien The Globe sous la plume de George Brown.Plusieurs Pères fondateurs furent donc immensément surpris de voir le gouvernement fédéral abuser de ces pouvoirs : abus qui fut confirmé par le Conseil privé de Londres (qui fut le plus haut tribunal du pays jusqu\u2019en 1949), qui trancha que l\u2019utilisation de ces pouvoirs par le gouvernement fédéral était, bien que parfaitement légale, tout à fait injuste.Aidé par les circonstances, Macdonald a donc réactivé un pouvoir qui était tombé en désuétude.En somme, il est à souhaiter que les événements marquant le 150® de la Confédération permettront de revenir sur le rôle que certains Pères fondateurs ont joué ainsi que sur leurs intentions pouç le pays qui allait naître le 1®® juillet 1867.A cet égard, le rôle aujourd\u2019hui attribué à Macdonald quant au projet fédéral de 1867 mériterait d\u2019être revu au profit de celui d\u2019autres hommes (tels Brown et Cartier) qui avaient une vision bien différente du fédéralisme.^ LE DEVOIR LE JEUDI JANVIER 2015 A 9 IDEES CHARUE HEBDO Mort aux dévots incroyants ! CHARB Extrait de: Les fatwas de Charb.Petit traité d\u2019intolérance.Tome IL Les Echappés Charlie EPebdo, Paris, 2014 (pages 82 à 84).n réclamant notre mort, ceux qui se prétendent les meilleurs amis de Dieu l\u2019insultent.Ils insultent Dieu.Leur dieu.D\u2019abord, quel est ce dieu tout-puissant mais irritable qui a besoin d\u2019une fourmi humaine pour prendre sa défense ?Dieu a-t-il besoin qu\u2019un fidèle l\u2019attende à la sortie de l\u2019école parce qu\u2019il a peur qu\u2019un non-croyant lui tire la langue ou lui pique son bonnet?Bonjour, Dieu, ça s\u2019est bien passé aujourd\u2019hui avec la maîtresse, elle a été gentille avec toi?Tiens, voilà ton goûter et montre-moi celui qui t\u2019embête dans la cour de récré, je vais l\u2019égorger.Mais après tout, peut-être que Dieu est une grosse larve pleurnicheuse qui n\u2019est pas capable de régler ses comptes lui-même.Le plus troublant, c\u2019est que quasiment toutes les religions sont capables de nous dépeindre l\u2019enfer.Non seulement l\u2019enfer existe, mais les textes sacrés le décrivent assez bien.On connaît la couleur du papier peint, la chaleur des flammes et la taille des chaînes qui cliquettent lugubrement.La chair des suppliciés n\u2019a pas le temps de cicatriser complètement qu\u2019elle est de nouveau arrachée.Berck ! Les meilleurs amis de Dieu nous promettent très souvent l\u2019enfer.Pour eux, il n\u2019y a pas de doute, on va pleurer notre mère pour l\u2019éternité.Un jour.Un jour qui arrivera forcément puisque nous sommes mortels.Alors pourquoi veulent-ils nous assassiner s\u2019ils sont sûrs que la punition divine s\u2019abattra sur nous dans un laps de temps relativement court?En effet, même si le mécréant vit quatre-vingt-dix ou cent ans, ça ne représente rien par rapport au temps qu\u2019il passera à rôtir dans les braises.La vérité, c\u2019est que le fidèle qui rêve de nous découper en ron- * Charb, directeur de la publication de Charlie Hebdo, en 2012 déliés ne croit pas aux textes sacrés.Il ne croit pas à l\u2019enfer, il ne croit pas à la punition divine, il ne croit pas à l\u2019éternité.Bref, il ne croit pas.S\u2019il était sûr de lui, le fou de Dieu laisserait faire le temps et, le moment venu, il nous montrerait du doigt en se foutant de notre gueule.Il est sur l\u2019Escalator qui l\u2019emmène au paradis, nous sommes sur l\u2019Escalator qui nous descend en enfer, et il rit.Nous sommes penauds, voire suppliants.Nous sommes surtout jaloux (maintenant que nous savons que Dieu LES FATWAS DE(HARD existe) de toutes les bonnes confitures et des beaux culs dont Dieu va le régaler là-haut.Mais non, le crétin habité par l\u2019idée de Dieu n\u2019est pas sûr que ce soit l\u2019idée de Dieu qui l\u2019habite.Il n\u2019est pas sûr que Dieu, s\u2019il existe, est aussi puissant que ça.Alors, dans le doute, il se propose de faire le boulot.Quelqu\u2019un qui fait le boulot de Dieu n\u2019est ni plus ni moins que quelqu\u2019un qui se prend pour Dieu.Y a-t-il pire blasphème pour un croyant que de se prendre pour Dieu ?Le fidèle a tort de tuer l\u2019infidèle.§ FRANÇOIS GUILLOT AGENCE FRANCE-PRESSE non pas parce que Dieu est amour, mais parce qu\u2019il donne raison au mécréant: Dieu n\u2019existe pas.En massacrant l\u2019infidèle, c\u2019est l\u2019idée d\u2019un dieu tout-puissant qu\u2019il massacre, le dévot mégalo.Et qu\u2019est-ce que serait un dieu qui ne serait pas tout-puissant?Un chef de rayon à la ENAC?Allons, assez blasphémé.Je crois que vous en serez d\u2019accord, il faut obliger les fous de Dieu à se regarder dans un miroir jusqu\u2019à ce qu\u2019ils se suicident en réalisant que Dieu, qui est censé avoir fait l\u2019homme à son image, ne peut pas avoir une aussi sale gueule.Amen.La réplique > indépendance La gauche : le bouc émissaire des nationalistes DENIS CHRISTIAN MORIN I epuis longtemps, la gauche est le bouc émissaire tout désigné des nationalistes comme Gilles Laporte, président du Mouvement national des Québécoises et Québécois ^^=11 (MNQ).L\u2019« entreprise de salut national», que les nationalistes comme lui gèrent depuis plus d\u2019un siècle, n\u2019a jamais rallié derrière elle rien d\u2019autre qu\u2019une ribambelle de clercs, peut-être très bien versés dans les questions identitaires, mais nullards sur les enjeux socioéconomiques de la lutte pour l\u2019indépendance du Québec.D\u2019ailleurs, son factum politique contre la gauche, publié dans Le Devoir de samedi, en est une éloquente démonstration.D\u2019abord, disons les choses telles qu\u2019elles sont.Depuis plus de cinquante ans maintenant, sans la gauche, la lutte pour l\u2019indépendance du Québec serait restée cantonnée dans le vain combat de la survivance ethnocentrique.Après avoir relancé le combat indépendantiste, entre autres en revisitant ses raisons théoriques, la gauche l\u2019a redynamisé, ce combat, par son volontarisme effréné.Pendant que les nationalistes se regroupaient autour de leur credo limité du «Québec aux Québécois», la gauche élargissait la revendication du pays à faire avec son leitmotiv du « Québec aux travailleurs».Si la plupart des progressistes du Québec ont fini par accepter de s\u2019allier aux nationalistes pour faire du Québec un pays indépendant, malgré le fait que le mouvement ouvrier organisé, là oû une bonne partie d\u2019entre eux militaient activement, avait dû se battre, parfois violemment, contre le gouvernement nationaliste de Duplessis, il n\u2019en reste pas moins qu\u2019un nombre important de progressistes ont lentement mais sûrement déchanté, au fur et à mesure que le Parti québécois, «un parti de gouvernement», dont le souverainisme d\u2019Etat, caractérisé par un autonomisme plus prégnant que celui de ses adversaires politiques, dont son géniteur, le Parti libéral, faisait la preuve que son fameux préjugé favorable aux travailleurs n\u2019était qu\u2019une «carotte électorale».Le déclencheur «Mal à l\u2019aise sur l\u2019enjeu identitaire, l\u2019immigration, la laïcité ou la lutte contre la corruption, la gauche semble impuissante à formuler un projet de société réaliste et rassembleur pour une population de plus en plus gagnée par l\u2019individualisme et le consumérisme.Beaucoup plus simple dans les circonstances de s\u2019en tenir à l\u2019obstruction contre les ravages du néolibéralisme.» Gilles Laporte, «Le duo pervers entre la gauche et les libéraux», Le Devoir, 3 janvier.Projet de société Les nationalistes ont tout reproché à la gauche.Le fait même de proposer que l\u2019indépendance du Québec devienne un «projet de société réaliste et rassembleur» était considéré, de facto, par les nationalistes, comme une sorte d\u2019arnaque, visant à s\u2019emparer d\u2019une revendication légitime, l\u2019indépendance nationale, pour en faire ensuite le laboratoire des lubies pseudoprogressistes d\u2019une gauche totalitaire ! C\u2019était mettre la charrue devant les boeufs, disaient-ils.Bien que la gauche ait souvent considéré que l\u2019indépendance nationale du Québec avec projet de société progressiste pour rendre la vie humainement plus vivable était une condition sine qua non de son appui, elle n\u2019a jamais balisé la route de l\u2019indépendance, comme n\u2019ont cessé de le faire les nationalistes, avec une série de jalons à poser, ou d\u2019étapes à réaliser, avant d\u2019y arriver.Les progressistes québécois sont presque tous indépendantistes ; mais ce ne sont pas tous les indépendantistes qui sont progressistes.Les nationalistes de droite et plutôt conservateurs sont beaucoup plus nombreux qu\u2019on le pense généralement.Ceux-là, quand ils nous disent que «l\u2019indépendance n\u2019est ni à droite ni à gauche», qu\u2019elle est quelque part, là-bas, en avant, ne font, en fait, que justifier leur vision d\u2019un Québec indépendant, une vision figée dans le temps et l\u2019espace actuels, oû «les vicissitudes du pouvoir.bientôt dirigé par l\u2019infréquen- table Pierre Karl Péladeau » n\u2019empêcheront pas leurs amis du Québec inc.d\u2019exploiter rondement les travailleurs ni leurs « lucides » alliés médiatiques de faire avaler la pilule de l\u2019austérité aux Québécois.Quand la gauche faisait de «la lutte des classes » le moteur de l\u2019histoire des sociétés, les nationalistes lui reprochaient son radicalisme et surtout de faire peur au peuple québécois, reconnu \u2014 par qui?\u2014 comme un peuple pacifique, jovialiste, voire pusillanime.Ne fallait-il pas aller au même rythme que le peuple, ne pas le brusquer, ne rien déranger, y aller en douceur, un référendum à la fois?Le soi-disant combat que mènent les nationalistes pour défendre le modèle québécois, menacé ces temps-ci par les réelles «attaques du gouvernement Couillard», n\u2019est-il pas un modèle de capitalisme qui n\u2019aurait jamais posé problème, comme le prétendait Jacques Parizeau?Pourtant, ce modèle, dont la petite élite clérico-nationaliste est si hère, la gauche, un moment donné, l\u2019a combattu, souvent toute seule, quand sa riposte était autre chose «que la simple défense d\u2019intérêts corporatistes», quand elle n\u2019avait effectivement rien d\u2019autre à proposer «que de résister», mais qu\u2019elle y mettait tout son cœur, toute son énergie, alors que les nationalistes, eux, pendant ce temps-là, motivaient les structures d\u2019exploitation du capitalisme à la québécoise, sous Duplessis comme sous Lévesque, au nom «de la conservation duu rôle tutélaire de notre Etat national».Après avoir été accusée de jouer les idiots utiles du fédéralisme, parce qu\u2019elle souhaitait l\u2019unité de la classe ouvrière canadienne, d\u2019un océan à l\u2019autre, recherche d\u2019unité qui a tout de même connu un certain succès, la gauche n\u2019a repris depuis que le combat de l\u2019indépendance, abandonnant en chemin celui du socialisme.Elle n\u2019a pas renoué avec un type d\u2019organisation voué à la défense des intérêts des travailleurs, elle est devenue une formation politique réformiste, jouant le jeu électoral qui la confine essentiellement « à l\u2019opposition perpétuelle».Revenir au point de départ, aux raisons fondamentales de faire du Québec un pays, c\u2019est la tâche des progressistes, s\u2019ils veulent continuer à se dire de gauche.c Pas de démocratie sans humour MIRA FALARDEAU Spécialiste de l\u2019humour visuel, auteure de Histoire de la caricature au Québec, avec Robert Aird (VLB, 2009) harb, Cabu, Tignous, Wolinski, Honoré, vous êtes morts au combat, et aujourd\u2019hui, la planète vous pleure.Au combat des idées, au combat pour la liberté de presse, au combat pour la liberté tout court.Depuis l\u2019aube de l\u2019humanité, dès que l\u2019humain a su rire, rire de lui et rire de l\u2019autre, l\u2019humour a fait peur.Il a fait peur aux religieux, qui y voyaient un manque de respect, il a fait peur aux rois, qui étaient aussi souvent des chefs religieux, et ainsi, il a été muselé, interdif étouffé.Mais l\u2019humour a su dès ses débuts se camoufler, se draper dans divers déguisements et il a grandi main dans la main avec la démocratie.Aucune démocratie sans humour, aucun humour sans démocratie.Dans la Grèce antique, dès les balbutiements de la démocratie, ne voilà-t-il pas notre cher Aristophane qui fait hurler de rire ses contemporains avec ses comédies oû il se moque presque nommément de certains des dirigeants les plqs véreux ou corrompus?Et ce bon Latin d\u2019Esope qui dans ses fables ironise à qui mieux mieux sur les vices de ses contemporains à travers d\u2019inoffensifs animaux ?Mais ces incursions sont rapidement effacées par la montée des grande^ religions, et le Moyen Age tremble face à l\u2019humour.Il y voit le diable, le mal.Si l\u2019on rit, c\u2019est sous cape ou dans les grands défoulements collectifs tels les carnavals ou les Eêtes des fous.C\u2019est la Renaissance et l\u2019éveil des consciences qui remettent au goût du jour la comédie de mœurs et aussi, les jeux de déformation des visages qui accompagneront la naissance de la caricature sous des plumes aussi prestigieuses que celles de Léonard de Vinci et des frères Carrache.Qn s\u2019amuse désormais à se moquer de tout un chacun dans la commedia dell\u2019arte et on gribouille des satires visuelles que l\u2019on se passe sous le manteau.Encore deux siècles et ça y est, les parlements sont élus, les esprits sont aiguisés, les pinceaux sont hardis, la caricature est née ! Cette grande invention, la presse, va répandre les idées nouvelles de liberté et d\u2019égalité à travers le monde, et la caricature en sera la reine.De lecture instantanée, elle s\u2019adresse à tous les publics, qu\u2019ils sachent lire ou non, et on peut la voir autant dans la presse quotidienne que dans les revues d\u2019opinion qui déferleront sur le monde occidental puis sur l\u2019ensemble de la planète.La caricature fait rire de bon cœur le peuple qui n\u2019en revient pas des bourdes sans cesse répétées de ses dirigeants, de leurs prétentions, et c\u2019est un plaisir sans cesse renouvelé que de déboulonner les grands de ce monde de leur piédestal.L\u2019humour est un état d\u2019esprit critique et corrosif qui surveille ceux qui nous gouvernent.C\u2019est un peu le chien de garde de la démocratie.Le rire est le propre de l\u2019homme, mais faire rire pourquoi?Faire rire dans le but de nous faire réfléchir, de hausser la condition humaine, d\u2019être un peu plus humain en fait.Gui, Charlie Hebdo, né en 1970 à Paris (puis interrompu de 1982 à 992), à la suite de Hara-Kiri (1960-1987), journal bête et méchant, oû Cabu et Wolinski s\u2019illustrèrent tout d\u2019abord avec leurs plumes à la fois douces et rugueuses, représente le summum de l\u2019humour contestataire.Gui, Charlie Hebdo se moque de tout, car il faut pouvoir se moquer de tout.Se taire?Jamais.Charlie Hebdo va paraître cette semaine, nous dit-on.Parfait ! Saluons le courage de cette presse de combat.Le rire est le propre de l\u2019homme, mais faire rire pourquoi?Faire rire dans le but de nous faire réfléchir, de hausser la condition humaine, d\u2019être un peu plus humain en fait.DAMIEN MEYER AGENCE ERANCE-PRESSE Des manifestants brandissent des stylos à Rennes en appui à la liberté de presse.L\u2019EQUIPE DU DEVOIR REDACTION Antoine Robitaille (éditorialiste, responsable de la page Idees), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste), information générale : Isabelle Pare {chef de divisionj, Carohne Montpetit (affaires sociales), Lisa-Mane Gervais (education), Alexandre Shields (environnement), Amehe Daoust-Boisvert (santé), Pauhne Gravel (sciences), Fabien Deghse (société), Jean Dion (sports), Melanie Loisel et Phihppe Orfah (reporters), information politique Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Helene Buzzetti et Mane Vastel (correspondantes parlementaires a Ottawa), Marco Belair-Cinno et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires a Quebec), Jeanne Cornveau et Bnan Myles (affaires municipales, Montreal), Isabelle Porter (affaires municipales, Quebec), Guillaume Bourgault-Côte (reporter), Véronique Chagnon et Louis Gagne (pupitre) information culturelle Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinema), Stéphane Baillargeon (médias), Fredenque Doyon et François Levesque (reporters), Juhe Carpentier (pupitre), information économique Gerard Berube (chef de division), François Desjardins, Enc Desrosiers, Jessica Nadeau et Karl Rettino-Parazelh {reporters'), Gerald DaUaire (pupitre) , information internationale Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Levesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page editoriale et cahier Perspectives), section art de vivre: Diane Precourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emihe Eohe-Boivm (pupitre) , équipe internet: Laurence Clavel, Mane-Pier Erappier, Benoît Munger, Phihppe Papineau et Genevieve Tremblay (pupitre), Martin Blais, Sophie Chartier et Elorence Sara G Eerrans (assistants) , correction : Andreanne Bedard,^Christine Dumazet et Michele Malenfant, soutien à la rédaction: Amehe Gaudreau (secretaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis) DOCUMENTATION Gilles Pare (directeur), Manon Derome (Montreal), Vanessa Racine (Ottawa), Dave Noel (Quebec) PUBOClTE Edith Caron (adjointe), Jean de Billy, Jean-Erançois Bosse, Marlene Côte, Evelyne De Varennes, Amel Ehmam, Nathahe Jobm {par interim), Claire Paquet, et Chantal Rainville (publicitaires), Sylvie Laporte (avis legaux), Amehe Maltais {coordonnatrice), Laurence Hemond (secretaire) PRODUCTION Obvier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald Eihon, Yannick Monn et Nathahe Zemaitis INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique) PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Genevieve O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Maxime-Ohvier Leclerc (coordonnateur du service a la clientèle), Manon Blanchette, Nathahe Eihon, Mane-Lune Houde-Bnsebois, Isabelle Sanchez ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Behveau (adjointe administrative), Claudine Chevner, Elorentma Draghici, Cehne Euroy et Véronique Page A 10 LE DEVOIR, LE JEUDI 8 JANVIER 2015 ACTUALITES Bête et méchant Jean-François Nadeau n Je n\u2019étais pas d\u2019accord avec tout ce que Charlie Hebdo avançait.Pas plus avant le drame qu\u2019aujourd\u2019hui.Cela ne m\u2019empêchait pas de le défendre ni de me trouver en état d\u2019amitié avec certains de ses artisans, avec Charb en particulier, avec qui j\u2019ai passé des moments inoubliables.Charlie Hebdo battait de l\u2019aile.Son tirage, bien qu\u2019encore très élevé, oscillait et piquait même parfois dangereusement du nez, comme du reste c\u2019est le cas dans l\u2019ensemble de la presse internationale.Notre société, voyez-vous, se laisse facilement berner en croyant que l\u2019information est désormais gratuite, qu\u2019on la trouve au bout des doigts, ici et là, dans l\u2019éther du Net.Voilà un mensonge de plus en plus facilement perpétré par ceux pour qui les mé-dias n\u2019ont jamais été autre chose qu\u2019un espace propre^ à soutenir le commerce de toutes les illusions.A la différence des journaux soutenus par des empires financiers, Charlie assumait seul le prk élevé à payer pour^se maintenir dans les chemins de la liberté.A Charlie, on payait cette indépendance un plus gros prk encore qu\u2019ailleurs.Menaces, intimidations, attentats.Aujourd\u2019hui assassinats.Son titre de « directeur de publication » ramenait l\u2019ami Charb à un statut de petit patron que son anarchisme viscéral ne supportait guère.Comme ceux morts avec lui, il avait englouti depuis des années à peu près tout son temps et beaucoup de son argent personnel dans cette aventure.Une aventure qui est à situer, sous plusieurs rapports, en continuité avec celle amorcée par Hara-Kiri dans les années 1960, ce messager d\u2019une parole libératrice et décomplexée alimenté par des écrivains irrévérencieux tels François Cavanna et le professeur Choron.Mais ces gens-là viennent au fond de beaucoup plus loin qu\u2019on ne le dit aujourd\u2019hui.Ils arrivent en quelque sorte tout droit du XVIIF siècle, des Lumières, de là où l\u2019on comprit vraiment que l\u2019usage de la satire constituait l\u2019arme la plus puissante qui puisse être mise au service des petits et des sans-grade.Mais ici comme ailleurs, hier comme aujourd\u2019hui, il y eut de tristes fous de Dieu.On ne parle pas souvent du cas d\u2019Aristide Filiatrault, pourchassé pour ses idées de liberté dans ce Québec ultramontain d\u2019un XIX® siècle qui s\u2019est étiré jusqu\u2019au miliep du suivant, voire au-delà.Poursuivi sans fin par l\u2019Église, confiné à la misère, Filiatrault continuait néanmoins de lutter au nom de la liberté de parole.En 1893, dans ses Ruines cléricales, il écrivait : « La caricature, c\u2019est le cri des citoyens, elle représente la foule ; elle fut l\u2019arme des anciens comme elle fut celle des révolutions.» Charb et les siens savaient tout cela d\u2019instinct.Ces dernières années, il faut savoir que les ventes de Charlie remontaient au-dessus de la ligne de flottaison dès lors que ce journal satirique se lançait dans la critique rageuse des fous de dieu, en particulier ceux de l\u2019islam.Une certaine islamopho-bie de service s\u2019était en conséquence emparée du journal qui produisait désormais à la chaîne des gags de plus en plus lourds en cette matière.La dénonciation de barbus radicaux prit une telle place dans ces pages que cela donnait parfois l\u2019impression d\u2019un fâcheux radotage, même placé sous le couvert de l\u2019humour ravageur et irrévérencieux.Ce pilonnage obsessionnel, livré souvent au nom d\u2019acrobaties intellectuelles douteuses, devenait franchement embarrassant d\u2019imbécillité.Non, Charlie n\u2019était pas qu\u2019amour et poésie.Du coup, on oubliait quelquefois le talent immense et l\u2019esprit unique de plusieurs collaborateurs affairés pourtant à traiter avec doigté d\u2019autres sujets que celui-là.Rien de bien étonnant à ce que ces gens aient été autant haïs par des imbéciles, spécialistes de la haine au premier degré.Reste qu\u2019on ne saurait excuser cette immense bêtise qui consiste à penser qu\u2019en éliminant un messager, on supprime aussi le message.C\u2019est plus bête encore que méchant.Le Dieu vengeur dont se réclament ces assassins a-t-il à ce point besoin de l\u2019aide de simples mortels pour se faire justice ?Charb se le demandait en riant.La diversité de la presse, et partant la diversité des idées, se trouve mise à mal comme jamais.Tandis que l\u2019offre d\u2019émissions de cuisine, de jeux-questionnaires et de plateaux où l\u2019on assemble à la va-vite des vedettes préfabriquées va grandissante, l\u2019information et la culture vivent en confine ment dans des camps retranchés.On me dira que cette violence faite à l\u2019intelligence n\u2019est pas du même ordre qu\u2019un attendant sanglant.Pour quoi donc Charb et les siens se battaient-ils en fin de compte, malgré leurs dérapages, si ce n\u2019est pour l\u2019intelligence ?Il faudrait enfin tâcher de voir qu\u2019un même drame aux conséquences funestes se rejoue parfois sur des tableaux très différents qui n\u2019en sont pas moins violents au final.J\u2019ai entendu toute la journée des journalistes et des caricaturistes de partout à travers le monde s\u2019inquiéter de la liberté de la presse, de la leur surtout.Les mêmes qui d\u2019ordinaire trouvent que tout le monde va trop loin parce qu\u2019eux ne vont nulle part se souciaient soudain de Charlie Hebdo.Un moment rare.Que tous ceux-là se rassurent : l\u2019immense majorité d\u2019entre eux n\u2019a absolument rien à craindre.L\u2019autocensure qu\u2019ils pratiquent déjà leur assure la pak même si à raison ils montrent aujourd\u2019hui ne pas avoir l\u2019esprit tranquille.J\u2019ai perdu un ami.Mais je ne perdrai pas mes idées.Ni espoir.FRANÇOIS NASCIMBENI AGENCE FRANCE-PRESSE Les forces de Tordre françaises ont lancé une vaste chasse à Thomme à Reims, dans le nord-est de la France, dans la nuit de mercredi à jeudi.L\u2019unité d\u2019élite de la police \u2014 le Raid \u2014 était siu place.Un appartement a été perquisitionné.ATTENTAT TERRORISTE CONTRE «CHARLIE HEBDO» La France visée en plein cœur Stupeur et consternation face à une atteinte sans précédent à la liberté de presse CHRISTIAN RIOUX Correspondant à Paris Cy est un attentat terroriste sans précédent qui a visé la France mercredi, décimant presque entièrement la rédaction de l\u2019hebdomadaire satirique Charlie Hebdo.Tant par son niveau d\u2019organisation, le nombre de victimes et surtout sa cible \u2014 la liberté de presse \u2014, cette attaque n\u2019a pas d\u2019équivalent dans l\u2019histoire récente de la France.Vers 11 h 30, deux hommes ca-goulés se revendiquant de l\u2019islam se sont présentés en pleine conférence de rédaction dans les petits locaux du journal satirique, rue Nicolas Appert dans le 11® arrondissement de Paris.Les terroristes sont aussitôt montés à l\u2019étage pour mitrailler une dizaine de personnes à la Kalachnikov.En soirée mercredi, le nombre de victimes atteignait 12 morts, dont deux policiers, et 11 blessés.Quatre d\u2019entre eux étaient toujours entre la vie et la mort.Les auteurs ont pu prendre la fuite et se rendre jusqu\u2019à Reims, dans le nord-est du pays, où une opération policière était en cours au moment d\u2019écrire ces lignes.Les policiers ont effectué des perquisitions dans plusieurs appartements, à la recherche d\u2019indices.Durant ce temps, les suspects ont été identifiés comme étant Saïd et Cherif Kouachi, deux frères de 32 et 34 ans, de même que de Ha-myd Mourad (18 ans), qui aurait agi comme chauffeur.Ce dernier, qui est le beau-frère de Chérif Kouachi, s\u2019est rendu aux policiers dans la nuit de mercredi à jeudi, «après avoir vu que son nom circulait sur les réseaux sociaux», a expliqué une source proche du dossier.Il a été placé en garde à vue.Selon différentes sources, les frères Kouachi auraient séjourné en Syrie l\u2019été dernier.Ché rif Kouachi est un djihadiste bien connu des services antiterroristes français.Il a été condamné en 2008 pour avoir participé à une filière d\u2019envoi de combattants en Irak.«Nos héros» La tuerie a semé la stupeur et la consternation dans toutes les couches de la société française.«C\u2019est une vraie boucherie», a déclaré Rocco Contento, du syndicat de la police nationale.Érançois Hollande s\u2019est aussitôt rendu sur place pour condamner sans la moindre hésitation «un acte terroriste».Plus tard, en soirée, le président s\u2019est adressé à la nation rappelant que «ces hommes et cette femme sont morts pour l\u2019idée qu\u2019ils se faisaient de la France, c\u2019est-à-dire la liberté [.1 Ce sont aujourd\u2019hui nos héros».Trois jours de deuil national ont été décrétés, ainsi qu\u2019un moment de recueillement ce jeudi à midi.Toute la classe politique française, de Jean-Luc Mélenchon, du Éront de gauche, à Marine Le Pen, présidente du Front national, a emboîté le pas à ses dirigeants et dénoncé un crime odieux contre la liberté de presse.Réunis à l\u2019Élysée, des responsables religieux musulmans, protestant, juif, orthodoxe et bouddhiste ont affirmé «que la République laïque et ses valeurs, notamment la liberté de conscience, la démocratie et la liberté de la presse, demeurent aux fondements de notre vivre-ensemble».L\u2019imam de Drancy, Hassen Chalghoumi, s\u2019est immédiatement rendu sur les lieux du drame pour inciter les musulmans à manifester leur désapprobation.Sans qu\u2019on puisse relier l\u2019attentat à une organisation, la piste islamiste ne semble guère faire de doute.Au moment d\u2019assassiner un policier, l\u2019un des terroristes en fuite s\u2019est écrié: «On a vengé le prophète Mahomet ! » D\u2019après une source policière citée par Libération, les terroristes cherchaient précisément le directeur du journal, Charb, sur qui plusieurs fat-was ont déjà été lancées.Selon des journalistes qui ont eu la vie sauve, les hommes armés se revendiquaient d\u2019al-Qaïda.Manifestations spontanées Depuis 2005 et la célèbre affaire des caricatures de Mahomet au Danemark (republiées par Charlie Hebdo en France), l\u2019hebdomadaire satirique était dans la mire des organisations islamistes.En 2011, à quelques jours de la publication d\u2019un numéro intitulé «Charia Hebdo», les locaux du journal avaient été incendiés à coups de cocktails Molotov.En 2012, un imam afghan avait offert 100 000 $ de récompense à quiconque tuerait le dessinateur français Charb, assassiné mercredi.Héritier d\u2019une vieille tradition libertaire française de dérision et d\u2019irrévérence, Charlie Hebdo a toujours, malgré les menaces, continué à croquer sans discrimination du curé autant que de l\u2019imam.Au nombre des victimes tombées, on trouve aussi les caricaturistes Cabu, Wolinski, Ti-gnous et Honoré, sans oublier l\u2019économiste et chroniqueur Bernard Maris, qui était actionnaire du journal.Les dessinateurs Cabu (alias Le Grand Duduche) et Wolinski (ancien du magazine Hara-Kiri) avaient plus de 70 ans et avaient fait rire des générations de Français qui leur vouaient une tendresse toute particulière.Symbole de cet attachement et du choc ressenti par la population, de gigantesques rassemblements spontanés se sont organisés dans toutes les grandes villes de France.A Paris, vers 18 h, des dizaines de milliers de personnes ont envahi la place de la République et les rues avoisinantes.La foule d\u2019un calme rare brandissait des crayons pour rendre hommage aux dessinateurs et des pancartes où l\u2019on pouvait lire « Contre la barbarie».Des lampions étaient allumés sur la statue centrale représentant la République.Celle-ci arborait un brassard noir et un drapeau tricolore.Le 11-Septembre français Cet attentat exceptionnel a été désigné par le politologue français Gilles Kepel comme «le 11-Septem- bre français».A la nuance près, dit-il, que le groupe État islamique (Daesh) a remplacé al-Qaïda.Dans le magazine Le Point il affirme qu\u2019«f/ existe en France un réel danger de radicalisation».«Je ne me souviens pas d\u2019un crime de cette ampleur à l\u2019égard des journalistes», a renchéri l\u2019ancien ministre de Injustice Robert Badinter sur les ondes de France 2.Pour le directeur du magazine Le Point, Franz-Olivier Giesbert, c\u2019est «notre âme [.1 l\u2019esprit français, celui de la rigolade» que les terroristes ont visé.La presse française et internationale a exprimé sa solidarité avec l\u2019hebdomadaire.«Nous sommes tous Français», a déclaré en français le président du Conseil italien, M^tteo Renzi.Même le secrétaire d\u2019État américain, John Kerry, s\u2019est exprimé pour l\u2019occasion dans la langue de Molière.Les premiers ministres canadien et québécois ont aussi exprimé leur solidarité.La sécurité a immédiatement été portée à un niveau jamais atteint depuis les attentats de Mohamed Merah à Toulouse en 2012.Des policiers ont notamment été postés devant toutes les rédactions parisiennes.Il était de notoriété publique que, depuis plusieurs mois, la police redoutait un attentat d\u2019envergure.Cinq projets auraient d\u2019ailleurs été déjoués depuis 2013.On ne s\u2019étonnera donc pas que la dernière caricature de Charb [publiée dans le numéro du 7jan-vierl ait été si prémonitoire.A un personnage qui soulignait qu\u2019il n\u2019y avait toujours pas eu d\u2019attentat en France, un djihadiste répondait: «Attendez, on a jusqu\u2019à la fin janvier pour présenter ses vœux.» Avec l\u2019Agence France-Presse Le Devoir iwioufe m SÉSVawx ASSOCIATED PRESS Deux des trois suspects filmés lors d\u2019un échange de coups de feu avec un policier à Paris.CHARLIE HEBDO Le dernier dessin de Charb paru dans l\u2019édition du 7 janvier 2015 de Charlie Hebdo.LE DEVOIR Les bureaux du Devoir sont situés au 2050, rue De Bleury, 9® étage, Montréal (Québec), H3A 3M9 ® Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8 h 30 à 17 h Renseignements et administration : 514 985-3333 D Le Devoir sur ledevoir.com CO sur Facebook et sur Twitter La rédaction Au téléphone 514 985-3333 / 418 643-1541 Par courriel\tredaction@ledevoir.com Par télécopieur\t514\t985-3360 Publicité Au téléphone\t514\t985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais)\t1 800 363-0305 Par télécopieur\t514\t985-3390 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone Par courriel Par télécopieur 514 985-3344 avisdev@ledevoir.com 514 985-3340 Petites annonces et publicité par regroupement Au téléphone\t514 985-3322 Par télécopieur\t514 985-3340 Abonnements (lundi à vendredi 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone\t514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans 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publication \u2014 Enregistrement n\u201c 0858 Dépôt legal Bibliothèque et Archives nationales du Quebec, 2007 "]
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