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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2015-01-10, Collections de BAnQ.

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[" Sciences : L\u2019architecture des flocons de neige Page b 6 Michei David : Québec gagnerait un référendum sur l\u2019austérité Page b 3 Manon Corneiiier : Ottawa et les attentats en France Page B 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 Hj.GUILLAUME BRIQUET AGENCE ERANCE-PRESSE Comment expliquer la vague d\u2019enrôlements chez les jeunes dans des groupes djihadistes ?Les jeunes combattants « Ma génération choisissait l\u2019extrême gauche, eux, le djihad » CECILE CHAMBRAUD Ils sont parfois très jeunes, tantôt convertis, tantôt de famille musulmane, ruraux ou urbains, issus de milieux en difficulté ou des classes moyennes, et parmi eux des jeunes filles, des couples avec enfants.Pour les parents, c\u2019est un nouveau visage de leurs enfants qui, particulièrement en Europe, partent en Sjrie s\u2019enrôler, par centaines et même par milliers, dans les rangs de l\u2019insurrection djihadiste \u2014 ou en éprouvent la tentation.Que signifie cet engouement à rejoindre des combattants dont la majeure partie de l\u2019opinion ne retient que des têtes tranchées, des otages exécutés et des localités entières martjrisées ?Comment comprendre ce qui convainc des jeunes, parfois jugés bien insérés, d\u2019aller risquer leur vie \u2014 et même de vouloir mourir \u2014 pour une cause à laquelle, parfois, rien ne semblait les prédestiner ?Comment interpréter la vitesse à laquelle ces jeunes semblent se décider, comme en témoignent des parents atterrés et impuissants ?Ce sont les convertis à la religion musulmane qui, pour le chercheur Olivier Roy, professeur à l\u2019Institut universitaire européen de Florence, livrent une première «clé de compréhension » du phénomène.«Leur fort pourcentage (20% à 25%)) montre qu\u2019il ne s\u2019agit pas de la radicalisation d\u2019une partie de la population musulmane, observe-t-il.C\u2019est une constante depuis quinze ans.Il y avait la même proportion dans le gang de Roubaix», composé pour la plupart d\u2019anciens membres de milices défendant la cause musulmane pendant la guerre de Bosnie, au milieu des années 1990.Les 15-17 «Le phénomène dépasse largement les communautés musulmanes, convient le sociologue Farhad Khosrokhavar, auteur d\u2019un livre intitulé Radicalisation (Maison des sciences de l\u2019homme, 2014).Depuis un an et demi, il est beaucoup plus global.Il touche maintenant la tranche des 15-17 ans, les classes moyennes.» «Daech, analyse Olivier Roy, n\u2019est pas l\u2019expression d\u2019une culture traditionnelle musulmane.Ses membres se posent comme seuls détenteurs du savoir, comme seuls vrais musulmans, et considèrent tous les autres comme des hérétiques.» Comment expliquer cette vague d\u2019enrôlement?Pour Olivier Roy, ces jeunes seraient pris dans un «mouvement générationnel », marqué par une forme de nihilisme.«Dans les messages que certains laissent, ils disent: \u201cJ\u2019avais une vie vide, sans but.\u201d La vie telle qu\u2019ils l\u2019appréhendent dans leur famille \u201cne vaut pas d\u2019être vécue\u201d.Ma génération choisissait l\u2019extrême gauche, eux, le djihad, car c\u2019est ce qu\u2019il y a sur le marché.» L\u2019attrait de l\u2019abcès syrien Pour comprendre cet engagement de génération, il faut revenir à l\u2019origine, c\u2019est-à-dire à la révolte sjrienne contre le régime de Bachar al-Assad.Car on oublie qu\u2019avant ce moment-clé, comme l\u2019explique Samir Amghar, chercheur à l\u2019Université du Québec à Chicoutimi, «on était dans une phase de déclin du djihadisme ».La mort d\u2019Oussama ben Laden, l\u2019emprisonnement de nombreux cadres, la réinsertion d\u2019autres par des régimes du Golfe se conjuguaient pour que le mouvement s\u2019étiole.«Les \u201cprintemps arabes\u201d lui ont donné un second souffle, résume le chercheur, notamment avec la libération de nombreux djihadistes emprisonnés, comme en Tunisie et en Libye.Et la Syrie est venue fournir une zone de conflit, une nouvelle utopie.» Le changement, confirme Moha-med-Ali Adraoui, auteur d\u2019un essai intitulé Du Golfe aux banlieues, le salafisme mondialisé (PUF, 2013), a précédé l\u2019avènement du groupe Etat islamique (El).«Beaucoup sont partis se battre contre Assad.C\u2019est la clé, cela en a convaincu un bon nombre.» Le fait que les Occidentaux aient renoncé à intervenir militairement contre le régime de Bachar al-Assad à l\u2019été 2013, après qu\u2019il eut fait usage d\u2019armes chimiques, a pu renforcer la révolte contre le sentiment d\u2019abandon de l\u2019opposition sjTienne.«Il n\u2019y a pas eu une seule autocritique là-dessus» chez les Occidentaux, relève Jean-Pierre Filin, professeur à Sciences Po Paris.«Il y a quelques mois, en France, tout le monde était d\u2019accord pour renverser Assad, note Olivier Roy.Eux tentent de le faire aujourd\u2019hui.» Pour décrire ce qui fait l\u2019attrait si puissant de l\u2019abcès syrien, au point que certains soient prêts à tout abandonner pour le rejoindre, Mohamed-Ah Adraoui fait un parallèle à première vue audacieux avec la capacité de mobilisation d\u2019une organisation non gouvernementale.Une ONG «fonctionne à la mondialisation et à l\u2019utopie, explique-t-il.Lorsqu\u2019une catastrophe se pro- «Le phénomène dépasse largement les communautés musulmanes » duit quelque part, des personnes animées par l\u2019esprit de solidarité partent sur ce théâtre».Cette catastrophe, c\u2019est le conflit sjrien, avec ses images d\u2019enfants tués, de civils pris pour cible ou empoisonnés à l\u2019arme chimique.Dans les motivations de ceux qui sont partis ces derniers mois, affirme aussi Farhad Khosrokhavar, «ily a une réinterprétation de l\u2019humanitaire.Une bonne partie d\u2019entre eux ne sont pas dans le djihad comme l\u2019était Mohammed Merah.Il y a un mélange d\u2019humanitaire et de néocommunautaire.Ils sont prédjihadistes.Une fois sur place, avec l\u2019endoctrinement, ils peuvent se transformer».La facilité d\u2019accès aux scènes de guerre contribue aussi à faire du phénomène une vague sans précédent, selon Jean-Pierre Filin.«On part de Paris le matin, on y arrive le soir.» La tentation Depuis la première guerre d\u2019Afghanistan jusqu\u2019à la Syrie et à l\u2019Irak aujourd\u2019hui, en passant par la Tchétchénie, la Bosnie, le Cachemire, des non-musulmans d\u2019origine se sont impliqués dans des conflits.«A condition que les théâtres soient accessibles, nuance Mohamed-Ali Adraoui.Ce n\u2019est pas le cas par exemple de la Palestine ou de la Chine, pays où le djihad demeure endogène.» L\u2019Algérie des années 1990, cadre d,\u2019un très sanglant affrontement entre l\u2019État et les islamistes, représente aussi un contre-exemple instructif.En dépit des liens entre ce pays et l\u2019Europe, et singulièrement la France, il n\u2019avait pas eu un tel effet d\u2019appel sur de jeunes Européens.C\u2019est que, explique Farhad Khosrokhavar, contrairement au drame syrien, il ne s\u2019inscrivait pas dans le contexte d\u2019espérance collective des révolutions arabes.Le chercheur discerne aussi une dimension proprement européenne à cette tentation djihadiste.D\u2019abord parce que de nombreux pays du continent sont touchés à une même échelle, Ijien davantage, proportionnellement, que les États-Unis.«Il y a un malaise européen.La nation, au cœur de la construction européenne, est en crise.L\u2019Europe ne parvient plus à donner un horizon d\u2019espérance à sa jeunesse», analyse-t-il.Auteur de L\u2019Apocalypse dans l\u2019islam (Fayard, 2008), l\u2019historien Jean-Pierre Filin insiste sur VOIR PAGE B 2 : DJIHAD «Nous avons franchi une limite » Le parallèle ne peut être établi qu\u2019avec le nazisme, autre révolution hors norme, dit la professeure Catherine Saouter STÉPHANE BAILLARGEON Le hasard, cette Providence des impies, a voulu que la traque des responsables de la tuerie de Charlie Hebdo se transporte d\u2019abord à Villers-Cotterêts, en Picardie.La ville de naissance d\u2019Alexandre Dumas est aussi celle où le roi François P\u2018^a signé l\u2019ordonnance de 1539 stipulant que les « quelzconques actes et exploictz de justice ou qui en dependent soient prononcez, enregistrez et délivrez aux parties en langage maternel françoys et non aultrement».Autrement, c\u2019est-à-dire en latin.Et alors ?Et alors, cet acte fondateur de la primauté et de l\u2019exclusivité du français dans les documents officiels du royaume signale aussi la volonté d\u2019unification nationale qui va s\u2019ampli-her jusqu\u2019à nous, jusque dans la République où a eu heu le massacre de la rue Nicoîas-Appert.«Cet acte du début de l\u2019unification par la langue fait partie de la construction des Etats modernes, explique la professeure Catherine Saouter de l\u2019ÜQAM, qui souligne elle-même le symbolisme du sort.La langue, c\u2019est le pays, comme le dit Saramago.C\u2019est quand même incroyable que l\u2019attentat contre Charlie Hebdo ait été mené dans ce lieu, avec sa forte dimension symbolique qui n\u2019est pas marquée par une mystique à la Jeanne d\u2019Arc, mais par la rationalité dont est si fier l\u2019Occident et qui est tellement détestée par les extrémistes religieux.» Spécialiste des images, M\u201c® Saouter s\u2019intéresse beaucoup à la photographie de guerre et aux dessins de presse.Pour elle, cependant, avec le massacre des journalistes, chroniqueurs et dessinateurs de Charlie Hebdo, quelque chose de plus essentiel encore que la liberté d\u2019expression vient d\u2019être attaqué.La rupture atteint le cœur du système démocratique, le fondement de la société et de l\u2019humanité, doit-on dire.«On peut, on doit parler de la liberté de presse, mais fai l\u2019impression que quelque chose de bien plus fondamental est atteint.Mon sentiment, c\u2019est qu\u2019on a franchi une limite et qu\u2019on ne peut plus régler les problèmes qui surgissent avec les tenants et les aboutissants habituels.» Un changement de paradigme Cette position en dehors du système oblige donc à la juger avec de nouvelles balises conceptuelles.La professeure affirme d\u2019ailleurs que le parallèle ne peut être établi qu\u2019avec le nazisme, autre révolution hors norme.«Il faut considérer l\u2019irrationalité absolue de ce qui se passe avec les djihadistes, dit-elle.On est en dehors des joutes politiques habituelles.Ces gens n\u2019ont même aucune revendication spécifique, sinon délirantes.Ils sont en train de prendre en otage toute la planète et ils réussissent à le faire.Les nazis aussi étaient dans ce délire violent et destructeur et il n\u2019y a eu qu\u2019une seule solution, VOIR PAGE B 3 : LIMITE JE SUIS ERIC CABANIS AGENCE ERANCE-PRESSE Une des nombreuses manifestations de soiidarité avec Charlie Hebdo B 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 PERSPECTIVES Après Charlie Manon CORNELLIER à Ottawa La tragédie de Charlie Hebdo et ses suites dramatiques ont soulevé une indignation justifiée et unanime.Partout, on y a vu une attaque directe contre un des droits les plus fondamentaux en démocratie, la liberté d\u2019expression et, par ricochet, la liberté de la presse.«Quand un trio d\u2019hommes masqués ont mené une attaque contre nos principes démocratiques les plus précieux \u2014 la liberté d\u2019expression, la liberté de la presse \u2014, ils ont attaqué la démocratie partout», a lui aussi déclaré le premier ministre Stephen Harper, jeudi.Pour lui, c\u2019est une preuve de plus, après les attentats de Saint-Jean-sur-Richelieu, d\u2019Ottawa et ailleurs dans le monde, que «le mouvement djihadiste international a déclaré la guerre à quiconque ne pense ou n\u2019agit pas comme il le voudrait».La question qui se pose maintenant est comment y répondre.Pour le gouvernement conservateur, il n\u2019y a pas de doute que cela passe par la lutte contre le groupe Etat islamique, mais aussi par l\u2019attribution de pouvoirs plus étendus aux forces de l\u2019ordre et aux services de renseignement.Ce processus, qui était déjà en branle avant les attentats au Canada et qui a démarré avec le projet de loi C-44 sur le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), se poursuivra en mode accéléré.Le premier ministre l\u2019avait promis au lendemain de la fusillade au parlement, il l\u2019a réitéré lors de son passage en Colombie-Britannique.Rapidement après la reprise des travaux parlementaires, le 26 janvier, son gouvernement offrira aux forces de l\u2019ordre et de sécurité des pouvoirs accrus pour «identifier des menaces terroristes potentielles et pour [.] procéder à des détentions, arrestations et autres actions lorsque c\u2019e^t nécessaire», a-t-il dit.A l\u2019automne, les ministres de la Justice, Peter MacKay, et de la Sécurité publique, Steven Bla-ney, ont évoqué plusieurs possibilités, dont l\u2019augmentation des pouvoirs de surveillance des groupes soupçonnés de terrorisme et l\u2019allégement des exigences en matière de détention préventive.Est-ce vraiment nécessaire ?Selon plusieurs experts, les pouvoirs en matière de détention préventive, d\u2019arrestation sommaire et de surveillance sont suffisants.Depuis 13 ans, aucun des complots terroristes en sol canadien n\u2019a réussi.La police ou les services secrets les ont contrecarrés et ont réussi à faire inculper plusieurs personnes qui purgent actuellement des peines d\u2019emprisonnement, tout cela sans même utiliser, dans plusieurs cas, certains des pouvoirs accordés après le 11 septembre 2001.Selon les anciens juges de la Cour suprême Erank lacobucci et John Major, qui ont tous deux présidé des commissions d\u2019enquête sur des enjeux de sécurité, il ne faut pas agir avec précipitation, mais évaluer d\u2019abord les outils existants, juger de leur efficacité et de leur utilité pour contrer le terrorisme et ensuite, si nécessaire, en proposer de nouveaux.L\u2019exercice ne s\u2019arrête pas là.Le gouvernement ne peut renforcer les pouvoirs des services de police et de renseignement sans renforcer les contrôles auxquels ces services sont soumis, ont-ils rappelé à la fin d\u2019octobre, lors d\u2019une conférence de l\u2019Université d\u2019Ottawa portant précisément sur la sécurité nationale et les droits de la personne.Le gouvernement conservatepr évacue toujours cet aspect de l\u2019équation.A son avis, les mécanismes de surveillance de la GRC, du SCRS et du Centre de sécurité des télécommunications (CST) sont adéquats.Que la commission O\u2019Connor ait recommandé une refonte en profondeur de cet édifice ne l\u2019émeut pas.Le sentiment d\u2019insécurité qu\u2019alimente chaque attentat rend les gens plus enclins à accepter des services de police et de renseignement plus musclés.Le gouvernement s\u2019est d\u2019ailleurs servi des drames d\u2019Ottawa et de Saint-Jean pour défendre et précipiter l\u2019étude, cet automne, de son projet C-44, qui n\u2019est pourtant qu\u2019une réponse à deux jugements rendus au cours de l\u2019année précédente sur la protection des sources du SCRS et la portée de son mandat à l\u2019extérieur du Canada.Toujours sous prétexte de sécurité, le gouvernement a refusé cet automne de renoncer à une directive permettant, dans certaines circonstances, à cinq agences fédérales, dont le SCRS, la GRC et le CST, d\u2019échanger de l\u2019information avec des partenaires étrangers même s\u2019il y a un risque sérieux de recours à la torture.Lors de son point de presse jeudi, M.Harper a insisté sur la nécessité de trouver un juste équilibre entre la protection des droits fondamentaux et la sécurité des Canadiens.Cet équilibre ne peut cependant se trouver en vase clos.Le débat qui s\u2019annonce doit être transparent et ne doit pas être mené à coup de bâillons, comme dans le cas de C-44.La démocratie, qu\u2019on dit attaquée depuis mercredi, mérite mieux.Comme le disait l\u2019ancien ministre français de la Justice Robert Badinter mercredi, «ce n\u2019est pas par des lois et des juridictions d\u2019exception qu\u2019on défend la liberté contre ses ennemis.Ce serait là un piège que l\u2019histoire a déjà tendu aux démocraties.Celles qui y ont cédé n\u2019ont rien gagné en efficacité répressive, mais beaucoup perdu en termes de liberté et parfois d\u2019honneur».mcornellier@ledevoir.com LIBERTE D\u2019EXPRESSION Aux racines de la satire, la musique CHRISTOPHE HUSS L> attentat de cette semaine dans les locaux ' de l\u2019hebdomadaire Charlie Hebdo, maître de la satire, a suscité une indignation profonde à cause de sa violence, mais surtout parce que, derrière celle-ci, la liberté d\u2019expression était attaquée.Mais au cœur de cette tragédie, c\u2019est aussi notre ADN qui a été attaqué.La satire, ce n\u2019est pas qu\u2019un journal, que des dessins.C\u2019est l\u2019un des fondements mêmes de notre culture qui est aujourd\u2019hui maculé de sang sur l\u2019autel de l\u2019intolérance.L\u2019histoire de la musique éclaire magistralement et symboliquement la nature consubstantielle à notre culture de la satire.L\u2019utilisation de la musique pour soutenir un propos satirique est très ancienne, puisque les recueils des Carmina Burana retrouvés dans le monastère de Benedikbeuren, en Allemagne, datent de la première moitié du XllL siècle.Outre les chansons religieuses, chansons d\u2019amour et chansons à boire, ces Carmina Burana médiévaux comportent un groupe de chansons morales et satiriques.Parmi les prernières œuvres musicales profanes du Moyen Âge figurent Le jeu de Robin et Marion, divertissement d\u2019Adam de la Halle datant d\u2019environ 1280, et, surtout.Le roman de Fauvel (1310-1314).Nous sommes aux sources de la musique occidentale, 50 ans avant la Messe de Nostre-Dame de Guillaume de Ma-chaut, fondatrice de la musique poljqihonique.Qu\u2019est-ce que Le roman de Fauvel?Une satire d\u2019une extrême virulence contre le pouvoir de Philippe le Bel, racontant l\u2019histoire d\u2019un âne devenu roi.Le nom de l\u2019âne lui-même est dérivé des initiales de six vices capitaux : Platte-rie.Avarice, Uilanie (vilenie), Variété (inconstance) , Envie et Lâcheté.Ce roman de Gervais du Bus a été renforcé entre 1316 et 1320 par l\u2019adjonction de nouveaux vers et surtout de 169 compositions musicales qui en augmenteront l\u2019aura et la diffusion.Dans son palais, entouré de nombreux courtisans \u2014 Charnelité, Avarice, Orgueil, Gloutonnerie, Parjure \u2014, Pauvel aspire à épouser Dame Por-tune, mais se liera finalement à Vaine Gloire, union de laquelle naîtront de multiples Pau-veaux qui envahiront le monde.Les temps ont-ils tellement changé ?Au goulag de Staline Un peu plus de 620 ans après Fauvel, c\u2019est Chostakovitch qui, en 1932, projette d\u2019épingler le régime soviétique dans Orango.Le sujet est similaire: Orango, «biomorphe» (mi-homme mi-singe), produit le plus avancé de la science soviétique, est, au sein de la société, un journaliste influent et un orateur de premier ordre, même si ses discours sont parfois interrompus de cris primaux.Le projet était un opéra en trois actes, dans lequel Orango finissait par devenir secrétaire général du Parti communiste ! Chostakovitch s\u2019est arrêté à temps, avant les fameuses purges staliniennes de 1937 qui ont emporté l\u2019auteur du livret, Alexander Starcha-kov, journaliste et critique littéraire.La prudence de Chostakovitch lui aura permis de distiller, par la suite, un fiel plus subtil dans maintes autres œuvres, ouvertement, comme dans la 13\u201d Symphonie, ou en catimini, comme dans la cantate Antiformalist Rayok, qui ne fut créée qu\u2019en 1989.Partout et à toutes les époques la satire en musique a écorché les pouvoirs.Toujours en Prance, en 1745, avec Platée, créée pour le mariage du fils de Louis XV avec l\u2019infante d\u2019Espagne, Jean-Philippe Rameau se paye à la fois la WI Kl MED IA Le roman de Fauvel est une virulente satire du pouvoir du roi Philippe le Bel.tête de la mariée (réputée peu gracieuse), du père du marié (coureur de jupons comme Jupiter dans l\u2019opéra) et de la cour au complet.Quant à un opéra aussi célèbre que La flûte enchantée de Mozart, aujourd\u2019hui largement célébré comme un opéra maçonnique, il était avant tout pour les spectateurs de l\u2019époque une satire politico-sociale dans laquelle l\u2019esprit éclairé de l\u2019empereur Joseph 11 libérait le peuple autrichien du despotisme de sa mère Marie-Thérèse, une «Reine de la nuit».Les exemples sont multiples, en période de paix comme de guerre, contre les puissants comme contre les autorités religieuses (r«Amen» de La damnation de Faust de Berlioz, jugé blasphématoire en 1846), les musiciens étant les premiers à se moquer d\u2019eux- mêmes ou de leurs confrères.Les pires tjnans ont tué des hommes, mais ils n\u2019ont pas tué leur âme ni leur œuvre.Dans un baraquement du camp de Terezin, Viktor Ullmann compose en 1943 son opéra-pamphlet L\u2019empereur de l\u2019Atlantide, bras de fer entre l\u2019empereur (Hitler, symbole de toute tyrannie s\u2019exerçant par le sang) et la Mort qui protège la Vie.Dans l\u2019ultime scène, après que la Mort eut emporté l\u2019empereur Overall, les survivants chantent ceci : «Apprends-nous à respecter en nos frères les plaisirs et les malheurs de la vie.Apprends-nous le commandement suprême: tu ne conjureras pas en vain le grand nom de la Mort.» Le Devoir DJIHAD SUITE DE LA PAGE B 1 associée au territoire sur lequel l\u2019El étend son emprise.Le «Cham», l\u2019équivalent du Levant avec, au centre, le continuum sjno-irakien, est af filié dans la tradition musulmane à des prophéties eschatologiques sur fond de bataille de la fin des temps.Elles sont au cœur du discours des djihadistes et participent, aux yeux de ces spécialistes, à la «séduction» exercée par ce champ de bataille.«Moins la culture musulmane des candidats au djihad est forte, plus elles ont d\u2019emprise», souligne Jean-Pierre Filiu.«Cette dimension est liée à la fascination de la violence, à la culture gore que l\u2019on retrouve partout, estime Olivier Roy.C\u2019est un phénomène profondément moderne et générationnel.La dimension apocalyptique est dans notre culture.On ne veut pas voir que Daech est un produit de notre modernité», affirme-t-il.Amateurisme et théâtralisation Cet univers s\u2019illustre à travers certains des documents, notamment vidéo, mis à la disposition des candidats au djihad sur Internet.Dounia Bouzar et le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l\u2019islam étudient depuis des mois ce que des jeunes tentés par un départ regardent sur Internet.La chercheuse note une sophistication récente de la propagande djihadiste, qui présente maintenant «des offres individualisées» pour se couler dans «les univers de référence» variés de ces jeunes.Certains mettent en avant des «valeurs humanistes» et altruistes, d\u2019autres empruntent à l\u2019univers des jeux vidéo (notamment d\u2019Assassin\u2019s Creed), d\u2019autres insistent sur la «communauté de substitution» que des jeunes ayant du mal à trouver leur place rechercheraient dans cet engagement.«Au départ, relève Dounia Bouzar, ils sont captés sur Internet par des choses qui n\u2019ont parfois rien à voir avec l\u2019islam, notamment des théories du complot, des récits de manipulations.» La chercheuse décrit aussi longuement dans son rapport «les techniques des dérives sec- GUILLAUME BRIQUET AGENCE ERANCE-PRESSE Des combattants du groupe al-Nosra dans le village syrien d\u2019Aziza taires » utilisées par les « recruteurs » du Net : isolement puis rupture avec les proches, dépersonnalisation, théories du complot.Cette approche est critiquée par certains.La théorie de l\u2019emprise sectaire «est un refus de comprendre, selon Olivier Roy.C\u2019est nier à quelqu\u2019un la raison de son action.Ces jeunes sont volontaires.Ce sont eux qui vont chercher sur des sites».La Toile serait-elle donc le premier agent recruteur du djihad ?Samir Amghar en doute : «Internet est un lieu de socialisation, d\u2019alphabétisation djihadiste.Mais ce n\u2019est pas Internet qui incite à partir.C\u2019est plutôt un copain, une rencontre, un leader charismatique.» Le Web et les réseaux sociaux, quoi qu\u2019il en soit, servent puissamment une autre dimension dans l\u2019engagement de ces jeunes qui a trait à la construction de soi.Désormais, ceux qui partent font parfois profiter les internautes de leur parcours en postant photos et vidéos de chaque étape.Ils s\u2019affichent avec une kalach- nikov, un drapeau noir, même s\u2019ils n\u2019ont jamais combattu.«La personne se transforme, résume Jean-Pierre Filiu.File devient chevalier.Maxime Hauchard [un Français qui apparaît sur des vidéos de décapitations] devient Abu Abdallah Al-Faransi, il porte des explosijs, des armes.La transformation physique aussi est impressionnante.Ils finissent par ressembler à al-Baghdadi», le chef de l\u2019El.II«amateurisme» de ces nouvelles recrues va de pair avec la «théâtralisation » de leur engagement, selon Samir Amghar.« C\u2019est une esthétisation de l\u2019islam.On rejoint moins la Syrie pour combattre Assad que pour montrer qu\u2019on est capable de partir.C\u2019est une posture.Ces jeunes sont le produit d\u2019une société occidentale où l\u2019image est centrale et où il est difficile de vivre dans l\u2019anonymat.Même sans trop de talent, on peut devenir une vedette.» Et jouer avec la mort.Le Monde LE DEVOIR LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 B 3 PERSPECTIVES Les mutations du djihad De chiite qu\u2019elle était, la violence est aujourd\u2019hui l\u2019apanage des extrémistes sunnites CHRISTOPHE AYAD Plus d\u2019un quart de siècle après la fatwa condamnant à mort Salman Rushdie pour avoir critiqué l\u2019islam, la République islamique d\u2019Iran se retrouve aux côtés de l\u2019écrivain d\u2019origine indienne et d\u2019expression anglaise pour condamner l\u2019ignominieuse attaque contre Charlie Hebdo et l\u2019assassinat de douze personnes.Ce paradoxe illustre les mutations du djihadisme depuis 1989.Elles sont au nombre de trois.Un djihadisme «sunnisé» Alors que les attentats-suicides et la martyro-logie djihadiste avaient été adaptés à la théologie musulmane par des organisations chiites telles que le Hezbollah dans les années 1980, sous l\u2019influence de la République islamique d\u2019Iran et de son guide suprême, l\u2019ayatollah Kho-meyni, cette forme de violence extrême est devenue aujourd\u2019hui l\u2019apanage de l\u2019extrémisme sunnite.Ce basculement s\u2019est fait d\u2019abord par imitation, à l\u2019instar du Hamas palestinien, «formé» par le Hezbollah libanais au début des années 1990.Puis, les impasses et échecs successifs de l\u2019islam politique sunnite, empêché de parvenir au pouvoir par les urnes (comme ce fut le cas du FIS en Algérie, en janvier 1992) ou incapable de sortir d\u2019une culture de la violence, l\u2019ont radicalisé.Le soutien des pays occidentaux aux régimes sunnites, qu\u2019il s\u2019agisse de monarchies conservatrices (Arabie Saoudite,, Qatar) ou d\u2019autocraties soi-disant laïques (l\u2019Egypte de Moubarak puis de Sissi, l\u2019Algérie des généraux et de Bouteflika) , a donné corps au projet d\u2019al-Qaïda et de son fondateur, Oussama ben Laden : frapper l\u2019ennemi lointain \u2014 l\u2019Occident \u2014 pour déstabiliser l\u2019ennemi proche \u2014 les régimes arabo-mu-sulmans, sommés de choisir leur camp dans la «guerre contre le terrorisme» à la suite du 11-Çeptembre.Enfin, l\u2019invasion de l\u2019Irak par les Etats-Unis de George W.Bush a achevé de radi-caliser les sunnites, persuadés que Washington avait offert Bagdad sur un plateau aux chiites et à leur parrain iranien.Tandis que le monde sunnite n\u2019a cessé de s\u2019affaiblir et de se fragmenter, l\u2019axe chiite s\u2019est de plus en plus comporté en puissance hégémonique.C\u2019est dans ce contexte de « guerre de Trente Ans » du Moyen-Orient que la frange la plus radicale de l\u2019islamisme sunnite, incarnée par Abou Moussab Al-Zarkaoui, se voyant assiégée par repnemi iranien (chiite et perse) d\u2019une part et les Etats-Unis de l\u2019autre, s\u2019est mise à agir en minorité persécutée, perdant tout sens des proportions et mettant sur le même plan les ignominies d\u2019Abou Ghraïb, les crimes de Bachar al-Assad ou les caricatures de Charlie Hebdo.L\u2019impuissance et la lâcheté conduisent souvent à s\u2019en prendre à la cible la plus facile : les minorités (chrétiens, Kurdes, Yézidis), les civils chiites.et les caricaturistes de Charlie.Un djihadisme mondialisé Depuis les attentats du 11-Septembre, le territoire du djihad n\u2019a cessé de s\u2019étendre.Il court désormais de la Mauritanie aux Philippines, suivant une ligne discontinue mais presque rectiligne sur les deux tiers du globe terrestre.Cette mondialisation du djihadisme est nourrie par une militarisation constante de la lutte menée contre lui.Paris, qui avait participé a minima à la guerre d\u2019Afghanistan et avait refusé de s\u2019embarquer dans l\u2019aventure irakienne, est désormais en pointe de la lutte antidjihadiste depuis son intervention au Mali.Autopromue gardienne du Sahel avec l\u2019opération Barkhane, la France a été la première à livrer des arpies aux Kurdes irakiens et à rejoindre les Eta,ts-Unis dans leur campagne aérienne contre l\u2019État islamique (El) en Irak.Déjà dans le collimateur, elle est désormais une cible privilégiée des djihadistes.Après AGENCE ERANCE-PRESSE Le soutien des pays occidentaux aux régimes sunnites a donné corps au projet d\u2019Oussama ben Laden.New York, Madrid, Londres, il était hélas prévisible que Paris soit un jour frappé par une attaque terroriste à haute valeur symbolique.Mais s\u2019il est devenu difficile de perpétrer des attentats à la bombe ou de détourner un avion, l\u2019attaque contre Charlie Hebdo n\u2019a pas un but différent: frapper la société visée d\u2019effroi, semer la division en son sein pour faire des musulmans des boucs émissaires eL en fin de compte, les radicaliser à leur tour.Si le djihad a étendu son emprise, il s\u2019est aussi rapproché : l\u2019EI a exploité au maximum les réseaux sociaux et Internet pour recruter, se dispensant ainsi de passer par des mosquées ou des individus.Enfin, la Syrie, plus proche et accessible que les zones tribales pakistanaises, a permis l\u2019afflux en masse, depuis l\u2019Occident notamment, de milliers de candidats au djihad, dans des proportions jamais connues jusqu\u2019à présent.La France, qui compte la plus importante communauté musulmane d\u2019Éurope, est l\u2019un des pays les plus affectés par ce phénomène.Un djihadisme divisé L\u2019émergence récente du groupe État islamique sur la scène du djihad global a posé un défi inédit à al-Qaïda.La proclamation du califat La mondialisation du djihadisme est nourrie par une militarisation constante de la lutte menée contre lui par Abou Bakr al-Baghdadi entame en effet l\u2019autorité spirituelle et organisationnelle d\u2019Ay-man al-Zaouahiri, le successeur de Ben Laden à la tête d\u2019al-Qaïda.Cependant, loin d\u2019affaiblir les deux organisations, cette rivalité les pousse à se surpasser, sur le terrain pour le contrôle de territoires et de ressources, mais aussi dans l\u2019organisation d\u2019attaques en Occident, à haute valeur symbolique dans la galaxie djihadiste.L\u2019EI, qui a largement recruté des jeunes Européens, dispose ainsi d\u2019un atout de taille.Pour lui faire pièce, l\u2019état-major d\u2019al-Qaïda, basé dans les zones tribales pakistanaises et menacé constamment par des drones, aurait envoyé plusieurs cadres en Syrie, notamment certains venant de sa filiale yéménite (al-Qaïda dans la Péninsule arabique), la plus fidèle aux héritiers de Ben Laden et la plus aguerrie, dans le but d\u2019y former un groupe uniquement consacré à la préparation d\u2019attentats en Occident: il s\u2019agit de Khorassan, une organisation mal connue mais ciblée à plusieurs reprises par des raids américains depuis septembre.Dans un cas comme dans l\u2019autre, les meurtriers présumés de Charlie Hebdo correspondent au profil.Le Monde LIMITE SUITE DE LA PAGE B 1 celle de la guerre classique, mais aussi celle de la seule et unique guerre juste du XX\u201d siècle.» Quels sont alors les moyens pour lutter contre cette situation gravissime ?La guerre a échoué et on voit bien quel dégât elle a amplifié au Moyen-Orient.En fait, un siècle plus tard, le monde entier paye encore pour les néfastes conséquences dans cette région du monde de la Première Guerre mondiale.«On entend de manière vertueuse qu\u2019il faut revendiquer la liberté d\u2019expression.Je veux bien de ce consensus idéalisé et il faut défendre à tous crins cette liberté, mais nous sommes au-delà de ça.Nous avons à faire à des gens qui ne sont plus dans les règles du jeu.Ils s\u2019en prennent d\u2019ailleurs bien plus à leurs coreligionnaires.Les attaques contre l\u2019Occident sont ponctuelles.Avec eux, il n\u2019y a plus d\u2019accord tacite sur ce que c\u2019est qu\u2019être humain sur cette terre.» Mais encore ?Que faire ?«Pour les solutions, je ne sais pas, répond franchement la profes-seure.Je ne suis pas stratège.Mais je sais que nous sommes face à un nœud extrêmement important qui demande aux stratèges et aux politiques de changer complètement de paradigme.En tout cas, nous n\u2019arriverons à rien avec encore plus de drones.» Tuer Charlie L\u2019irrationalité à l\u2019œuvre devient tout aussi manifeste dans le choix de la cible : au fond, Charlie Hebdo n\u2019avait pas beaucoup d\u2019impact comme phénomène franco-français, avec ses 30 000 exemplaires écoulés par numéro et sa situation au bord du gouffre financier.Seulement, c\u2019était un symbole puissant, celui du fou du roi.Quand on s\u2019en prend à cette figure, comme l\u2019a fait aussi la cyberattaque contre Sony et le film The Interview, on tombe hors de la civilisation.«Franchement, Charlie Hebdo finissait par devenir casse-pieds et chiant, grossier et vulgaire.Mais critiquer ou appuyer ce journal en la circonstance ne change rien.Il y a d\u2019ailleurs un décalage, une faille entre la croyance en la démocratie, entre l\u2019idée de la liberté de presse et la faillite politique, l\u2019incapacité à construire du vivre-ensemble à l\u2019échelle planétaire.Il y a aussi une dimension spécifiquement française qui renvoie à la montée européenne des extrêmes droites.» Là aussi les enjeux atteignent les fondements.Marine Le Pen, leader du Front national, a annoncé au lendemain de la tuerie de Paris qu\u2019elle souhaitait un référendum sur le rétablissement de la peine de mort en France, alors que plus aucun pays européen ne l\u2019applique.Le 11-Septembre des crayons Reste le problème tout aussi fondamental des images.Le massacre a frappé un journal de l\u2019image, héritier de la longue tradition de la satire par le dessin.L\u2019Occident a vécu de très épiques et meurtrières crises autour de querelles liées aux images et surtout à la vénération des représentations du divin, jl\u2019abord avec les iconoclastes du Bas Moyen Age, puis au moment de la Réforme.«Je dirais simplement que, dans leur barbarie, les tueurs utilisent l\u2019iconoclasme.Mais ce n\u2019est qu\u2019un aspect de leur irrationalité absolue.» La spécialiste souligne alors la qualité des caricatures diffusées sur la mort des caricaturistes.Une des plus parlantes montre deux crayons à la verticale attaqués par un avion, comme les tours jumelles de New York.Le 11-Septembre des caricaturistes.«C\u2019est le 11-Septembre des caricaturistes et l\u2019événement est ressenti comme tel à l\u2019échelle internationale.Ce n\u2019est pourtant pas la première fois que les caricaturistes sont attaqués.Mais là, ils ont été traités comme des animaux.» Là encore, quelque chose d\u2019essentiel se manifeste.M\u201c® Saouter se dit frappée par l\u2019absence de peur dans les images-hommages.« C\u2019est aussi insolite que remarquable.J\u2019ai étudié le corpus du 11 septembre 2001.Il y avait beaucoup de peur, de terreur, de haine et une promotion de la violence pour venger cet attentat.Maintenant, pas du tout.Je crois que les caricaturistes lancent cette fois un cri de désespoir, au-delà de la partie avec les bons et les méchants.» Cette attaque contre les dessinateurs survient aussi à un nouvel âge d\u2019or du genre, alors que le bédéreportage, les romans graphiques et le dessin de presse atteignent de nouveaux sommets de qualité.Le dessin, avec sa mise à distance consolatrice, sert en fait de contrepoids à la photographie de presse hjqierréaliste et à ses images souvent insupportables.«En visant les dessinateurs et le dessin, la barbarie s\u2019attaque au cœur de l\u2019humanité.Les caricaturistes Vont senti et ils ont su le transmettre avec leurs dessins qui ne jettent aucunement de l\u2019huile sur le feu qui nous embrase tous.» Le Devoir La parole et le geste fl® Michel David ans la frénésie des emplettes de Noël, on a fait peu de cas de la lettre que Bernard Drainville et son collègue député de Sanguinet, Alain Therrien, ont adressée au premier ministre Couillard pour lui demander de reporter d\u2019un an le retour au déficit zéro.C\u2019est pourtant la première brèche dans l\u2019appui unanime dont l\u2019échéancier budgétaire du gouvernement bénéficie à l\u2019Assemblée nationale, exception faite des trois députés de Québec solidaire, qui ont toujours appelé à moins de précipitation.M.Drainville est également le premier candidat à la succession de Pauline Marois à se dissocier de la position officielle du PQ, qui n\u2019a jamais remis en question l\u2019objectif d\u2019un retour à l\u2019équilibre dès 2015-2016.Selon le point de vue, on peut trouver que le gouvernement fait preuve de courage ou d\u2019un manque de compassion, mais il faut reconnaître que sa politique d\u2019austérité est cohérente avec son échéancier.On ne peut pas en dire autant du PQ, qui dénonce les compressions mais rejette un report du déficit zéro.En réalité, il est bien content que les libéraux se chargent du sale travail et creusent peut-être leur propre tombe.Il est probable que le discours souverainiste recevrait un meilleur accueil si la population était moips inquiète de la santé des finances publiques.A tort ou à raison, la plupart des souverainistes pensent aussi qu\u2019un Québec indépendant serait plus sensible à la détresse des plus démunis.Dans l\u2019immédiat, tout cela n\u2019est cependant d\u2019aucune utilité pour ceux qui souffrent des politiques du gouvernement Couillard.11 faudra encore de nombreuses années avant qu\u2019un gouvernement péquiste puisse conduire les Québécois à la terre promise, si jamais cela arrive.S\u2019il fut un temps où Robert Bourassa se réclamait de la social-démocratie, il y a longtemps que le PLQ lui a tourné le dos.Le PQ dit toujours s\u2019en inspirer, mais sa position sur le déficit dément cette prétention.Ce double discours ne convaincra personne.Chaque fois qu\u2019on lui a demandé de préciser sa position sur l\u2019échéancier budgétaire, Pierre Karl Péladeau s\u2019est défilé, mais la direction intérimaire du parti, qui lui est Dans l\u2019état\tmanifestement inféodée, n\u2019aurait pas pris une position actuel des\tqu\u2019il désapprouverait sur ,\t,\tune question de cette impor- choses, le\ttance.Même Martine Quel- uniivprnpmpnt\tsouvent présentée gouvernement\tcandidate le plus à gagnerait un\tgauche, a soutenu qu\u2019elle ne disposait pas de «fewse»!6/e référendum\tdes chiffres » qui lui permet- ,,\ttraient de se prononcer.De sur 1 austente\tquels autres chiffres a-f elle besoin exactement?La lettre de M.Drainville a le mérite de joindre le geste à la parole et d\u2019être conséquente avec les principes qu\u2019il dit être les siens.Le PQ aurait d\u2019autant plus avantage à lui emboîter le pas que cela lui permettrait du même coup de damer le pion à la CAQ, qui entend dorénavant axer son discours sur l\u2019économie plutôt que sur les finances publiques.Sur le fond, François Legault est sans doute d\u2019accord avec le second argument de M.Drainville qui, à l\u2019instar de nombreux économistes, craint que les mesures d\u2019austérité ne compromettent la reprise.Après avoir plaidé pour un retour à l\u2019équilibre dès 2014-2015, il serait cependant un peu gênant pour le chef de la CAQ de proposer un nouveau report.Le PQ et les centrales syndicales sont des alliés objectifs contre le gouvernement Couillard, mais encore faudrait-il qu\u2019elles lui facilitent un peu les choses en joignant elles aussi le geste à la parole.Elles ont beau présenter la lutte contre l\u2019austérité comme un combat pour la préservation du « modèle » hérité de la Révolution tranqujlle, il saute aux yeux que les employés de l\u2019État craignent d\u2019abord pour eux-mêmes.Le PQ n\u2019a pas intérêt à se faire le véhicule politique d\u2019un mouvement en faveur d\u2019un report du déficit zéro qui viserait essentiellement à leur assurer de meilleures conditions de travail.Peu importe la comparaison qu\u2019on peut faire avec le secteur privé, des hausses salariales de 13,5% sur trois ans apparaissent nettement exagérées pour l\u2019immense majorité des contribuables.Le président du Conseil du trésor, Martin Coiteux, fait mouche quand il accuse les syndicats de défendre leurs seuls intérêts corporatistes sous le couvert d\u2019une recherche du bien commun.Il n\u2019en tient qu\u2019à eux de prouver qu\u2019il a tort.Pour démontrer la sincérité de leurs préoccupations sociales, ils devraient proposer d\u2019entrée de jeu de réduire leurs demandes si le gouvernement accepte d\u2019assouplir ses mesures d\u2019austérité, par exemple en modérant l\u2019augmentation du tarif des garderies et en renonçant à réduire les prestations d\u2019aide sociale.Qn peut toujours rêver, non?Pour le PQ, il aurait beau jeu d\u2019appuyer un arrangement de ce genre.Présentement, tout le monde fait celui du gouvernement, qui aurait toutes les chances de gagner un référendum sur l\u2019austérité.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 EDITORIAL CHARLIE HEBDO ET LES JOURNALISTES La haine d\u2019informer Au lendemain du massacre perpétré dans les locaux de Charlie Hebdo, le groupe Etat islamique (El) a annoncé avoir exécuté deux journalistes tunisiens pendant qu\u2019en Arabie Saoudite un blogueur canadien était fouetté.Retour sur la haine de la liberté d\u2019informer.T out au long de l\u2019année 2014, les journalistes ont été la cible privilégiée des fous de Dieu rattachés à la nébuleuse al-Qaïda ou au groupe Etat islamique davantage qu\u2019ils ne l\u2019avaient été lors des années antérieures.On précisera même, cela a son importance, que les sursauts de violence dont ils ont été les sujets ont été plus nombreux au cours des quatre derniers mois.On précisera surtout que, hormis les caricaturistes et journalistes de Charlie Hebdo et des médias américains et britanniques, la grande majorité des victimes d\u2019enragés tous sunnites, c\u2019est à souligner mille fois plutôt qu\u2019une, étaient des reporters, des photographes ou des caméramans arabes.C\u2019est bien évidemment en Sj^ie que le pourcentage de reporters égorgés s\u2019est avéré le plus élevé.Dans un territoire où s\u2019affrontent en vérité les chiites et les sunnites.Signe d\u2019un temps marqué par une guerre des religions qui ne dit pas son nom, Téhéran a qualifié d\u2019ignominieuse l\u2019attaque menée par des sunnites contre Charlie Hebdo.Cet aspect du dossier a ceci d\u2019intéressant qu\u2019une fois détaillé, il éclaire en quoi et pourquoi des sunnites se sont employés à conjuguer leurs actes avec la férocité la plus marquée qui soit.On s\u2019explique.A la faveur du renversement de Saddam Hus-' sein, un sunnite, les chiites sont devenus les maîtres quasi absolus de l\u2019Irak.Ce bouleversement avait d\u2019ailleurs convaincu Hosni Moubarak, alors président de l\u2019Egypte, d\u2019affirmer, sur le ton de l\u2019angoisse, que l\u2019Iran était en train de Serge\tconstruire «un croissant chiite» jusqu\u2019au littoral Truffaut méditerranéen.Ce propos, qui était une hjqjo-thèse avant tout, a eu une conséquence notable : il a convaincu les sunnites irakiens, dont des anciens officiers de l\u2019époque Hussein, que les Américains, leur armée et TOUS les médias occidentaux avaient conçu un complot dont la finalité était de «remettre» l\u2019Irak entre les mains des chiites, des apostats.Cela rappelé, et pour en revenir à Charlie Hebdo et aux deux confrères tunisiens assassinés, il faut souligner qu\u2019entre ses interventions militaires en Libye, au Mali, en débordant parfois en Mauritanie et ailleurs au Sahel, sans oublier les aides apportées en sous-main aux laïcs tunisiens, la Erance a été à la pointe dans le combat contre les islamistes, sunnites on tient à le rappeler, dans cette région du monde.Autrement dit, elle a bandé ses muscles beaucoup plus fréquemment que les Etats-Unis.Bref, elle s\u2019est affichée comme «le parrain» de ses environs.C\u2019est dans ce contexte qu\u2019Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de l\u2019EI, a confectionné un corpus idéologique et conçu une mécanique de la violence destinée aux Occidentaux.Aux plus jeunes d\u2019entre eux et aux plus désœuvrés.II cherchait et cherche toujoius d\u2019ailleurs à attirer les Eiuopéens, et plus particulièrement les musulmans de la Erance, plus nombreux qu\u2019en Allemagne, en Espagne ou ailleius, à participer au djihad en Syrie et en Irak pour, après coup, commettre des attentats dans les pays dont ils sont citoyens.On notera que l\u2019un des trois terroristes tués hier à Paris s\u2019est réclamé de TEL Histoire de ne pas se faire doubler par les dirigeants de l\u2019EI, ceux d\u2019al-Qaïda de la péninsule Arabique ont adopté cette stratégie en y greffant la variable suivante à l\u2019adresse des jeunes Européens : faire le djihad en Syrie et en Irak n\u2019est pas le préalable obligé aux attaques en sol européen.Autrement dit, vous pouvez tuer quand et comme bon vous semble en vous attachant à.A saigner tout ce qui ressemble à une vérité autre que la nôtre.EMPLOI Vous dites 250 000 ?ors de la dernière campagne électorale, l\u2019équipe libérale a promis de livrer 250 000 emplois au cours d\u2019un mandat de cinq ans.Il y a moins d\u2019un an que les libéraux sont au pouvoir, mais le résultat net pour 2014 s\u2019établit à -2300 emplois en moyenne annuelle, alors qu\u2019il avait été de - N Jean-Robert Sansfaçon +47 800 l\u2019année précédente.Pendant la même année 2014, l\u2019Ontario a créé 53 600 emplois après une performance de 95 700 l\u2019année précédente.Total sur deux ans : 45 500 pour le Québec et trois fois plus pour l\u2019Ontario dont la population est 66% plus élevée.Autre donnée agaçante : le nombre de travailleurs à temps plein a diminué de 33 400 en 2014 au Québec, alors que celui des temps partiels a augmenté de 31 000.Cela vient alourdir le bilan.Conclusion: aucun politicien ne devrait s\u2019aventurer à promettre des résultats sur lesquels il a si peu d\u2019emprise.Question d\u2019honnê-teté intellectuelle.De respect.En décembre, le Québec a perdu 6700 emplois par rapport à novembre, mais on constate cette fois que l\u2019emploi à temps plein s\u2019est accru sensiblement alors que le temps partiel a diminué.Tant mieux! Mais il faudra attendre quelque temps avant de conclure à un renversement de tendance.Avec aussi peu de nouveaux emplois, les choses ne vont pas s\u2019améliorer pour un gouvernement qui a grandement besoin de nouveaux revenus pour boucler son budget.Il ne faut pas siuestimer la capacité d\u2019un gouvernement à créer des emplois et au Canada, le défi est encore plus grand à cause de la présence de deux ordres de gouvernement, dont le fédéral qui contrôle la moitié des outils de politique budgétaire et la totalité de la politique monétaire (taux d\u2019intérêt, crédit hypothécaire, monnaie).Si l\u2019économie prend du mieux en 2015 comme il faut l\u2019espérer, ce ne sera ni à cause du gouvernement du Québec, trop occupé à reconstruire sa marge de manœuvre, ni à cause du fédéral qui tente d\u2019en faire le moins possible.Ce sera plutôt grâce à la double chute du prix du pétrole et du dollar.Deux facteius que personne n\u2019avait vus venir.et qu\u2019Qttawa ne souhaitait siutout pas.Cela dit, il ne faut pas non plus minimiser l\u2019influence d\u2019un gouvernement comme celui du Québec qui dépense 100 milliards par année et qui embauche plus d\u2019un demi-million de salariés.Même si ce gouvernement ne peut pas étirer l\u2019élastique budgétaire à sa guise, encore moins imprimer de l\u2019argent, il peut au moins faire en sorte d\u2019utiliser au mieux les outils à sa disposition.Ce qui n\u2019est pas toujours le cas.C\u2019est pourquoi il sera intéressant de lire les recommandations de la Commission sm la fiscalité dont le rapport est attendu pour bientôt.Car s\u2019il est difficile de taxer davantage, il est certainement possible de mieux taxer dans une perspective de croissance, d\u2019équité et d\u2019emploi.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCOTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS LAPIERRE, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET LETTRES Dessin d\u2019un serrement de coeur Engagé volontaire dans l\u2019armée au début de la Seconde Guerre mondiale, mon beau-père en a rapporté un carnet de dessins humoristiques publié à Londres en 1941, Europe at War.L\u2019auteur, David Low {«cartoonist»), dépeint, parfois en visionnaire, la succession des événements ayant conduit à la catastrophe meurtrière: la montée du fascisme en Europe, la politique d\u2019apaisement du premier ministre britannique Ne-ville Chamberlain afin d\u2019éviter la guerre, le déclenchement inéluctable du conflit.En son temps, David Low était vu comme un alarmiste, un va-t-en-guerre {«war monger»).Les nazis ne s\u2019y trompèrent pas.Le nom de David Low fut inscrit dans Le Livre noir parmi ceux des personnalités \u2014 politiciens, journalistes, économistes, artistes, féministes, acteurs, écrivains, etc.\u2014 qui seraient mises à la disposition de la Gestapo dans l\u2019éventualité de l\u2019invasion, de l\u2019occupation et de l\u2019annexion de l\u2019Angleterre au IIP Reich.Ce n\u2019est pas d\u2019hier que les caricaturistes nous teqdent un miroir grossissant de l\u2019actualité ! A leurs risques et périls.Car, en trame de fond de leurs dessins satiriques, se nouent et se dénouent la liberté d\u2019expression, la liberté de penser et de dire, la liberté de regard, la liberté du point de vue qui, si féroce, si provocateur soit-il, d\u2019un coup de crayon, amène une ré- flexion, une conscience, un rire, un serrement de cœur.Comme ce fut le cas ce mercredi 7 janvier 2015, à Paris.Pierre Bouliane Laval, le 8 janvier 2015 Censure et censure Je ne peux m\u2019empêcher de noter l\u2019ironie du fait qu\u2019un journal (presque supprimé) était le remplaçant d\u2019un autre journal {Hara Kiri) qui a effectivement été fermé par le gouvernement français pour s\u2019être moqué du général de Gaulle ! Décidément, l\u2019humour a le dos aussi large que la notion de censme, n\u2019est-ce pas?Nigel Spencer Montréal, le 9 janvier 2015 Revue de presse Ils sont quand même un peu Charlie GUILLAUME BOURGAULT-COTE Ils ne sont peut-être pas complètement Charlie, mais ils disent l\u2019être quand même un peu.Du moins dans les mots.Le Devoir a fait état cette semaine du refus de certains médias canadiens anglophones (notamment les prestigieux CBC et The Globe and Mail) de publier des caricatures controversées de Charlie Hebdo à la suite de l\u2019attentat de mercredi.Le directeur des normes et pratiques journalistiques de CBC a indiqué que «reproduire cette image revient à reproduire quelque chose qui est choquant pour des gens d\u2019une religion importante».Chroniqueuse au National Post, Jen Gerson a vivement dénoncé la frilosité de ceux qu\u2019elle appelle des «chickens» \u2014 des peureux.Les dessins étaient «essentiels» pour comprendre l\u2019événement et pourquoi 12 personnes sont mortes, dit-elle.Le Post a publié les caricatures, mais pas tous les journaux du groupe Postmedia.Ne soyons pas naïfs, écrit Gerson : l\u2019attentat n\u2019a rjen à voir avec le racisme supposé de l\u2019État français.Il a été perpétré par deux fanatiques qui ont tué des gens innocents parce qu\u2019ils avaient à leurs yeux insulté l\u2019islam.Et leur violence avait un but : effrayer d\u2019autres journalistes ou caricaturistes et les inciter à ne pas toucher au Prophète.Quand des journaux refusent de publier les caricatures à l\u2019origine du drame, ils donnent raison aux auteurs de la tuerie, pense Gerson.Elle relève toutefois également un fait plus subtil.Dans le florilège des hommages rendus aux disparus de Charlie par les dessinateurs du monde entier, Gerson dit n\u2019avoir vu aucun dessin représentant Mohammed.Qn a eu beaucoup de crayons brisés prêts à écrire de nouveau, beaucoup de terroristes menacés par des crayons, beaucoup d\u2019encre rouge.Mais personne n\u2019a osé faire ce que Charlie Hebdo a fait: blasphémer Mohammed.Qr nous devons aux disparus d\u2019arrêter d\u2019être serviles, pense Gerson.Et la meil- leure façon d\u2019éviter qu\u2019un média soit ciblé par des terroristes, c\u2019est de ne pas le laisser seul au front, suggère-t-elle.Globe et liberté Le Globe and Mail a donc jugé qu\u2019il n\u2019avait pas besoin de publier les unes de Charlie pour expliquer l\u2019événement à ses lecteurs.Mais l\u2019équipe éditoriale a exprimé sa solidarité avec l\u2019hebdomadaire français dans un texte rappelant que le combat de Charlie en était un pour la liberté d\u2019expression et qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un principe fondamental de toute démocratie.La liberté d\u2019expression ne voudrait rien dire si elle imposait que l\u2019on dise des choses avec lesquelles tout le monde est d\u2019accord.Elle ne voudrait rien dire non plus si elle excluait le droit de déranger, rappelle le Globe.Quand elle est pleinement déployée, elle permet à une société d\u2019être gouvernée par la raison plutôt que par la croyance, et permet que les conflits se règlent par la parole plutôt que par la violence.L\u2019attaque contre Charlie Hebdo était en ce sens une attaque contre la démocratie, dit le Globe.Bien sûr, Charlie Hebdo est une publication particulière, ajoute le journal.Il pense que peu d\u2019entre nous voudraient vivre dans un monde où tous essaieraient vraiment d\u2019être des «Charlie» tout le temps.Mais notre civilisation et ses libertés seraient impossibles sans qu\u2019au moins quelques personnes choisissent de jouer le rôle de Charlie et qu\u2019elles puissent le faire où, quand et comment elles le souhaitent.Parce que sans la possibilité de défier le statu quo, la démocratie n\u2019est pas possible.Dans une société moderne, rationnelle et démocratique, la critique de toutes les idées, y compris celles touchant au religieux, doit être permise.Et c\u2019est ce que l\u2019attentat contre Charlie Hebdo menace, dit-on.Dans un éditorial au ton semblable, le Toronto Star parlait jeudi d\u2019un geste «horrible et consternant», mais qui était «prévisible».Parce que Charlie Hebdo aimait provoquer et déranger, et que tous savaient les menaces qui pesaient contre la publication, surtout depuis l\u2019incendie de 2011.Mais cela n\u2019a jamais freiné Charlie de faire ce qu\u2019il croyait devoir faire, souligne-t-on.La résistance et le courage du directeur Charb étaient en ce sens exemplaires, croit le Star: voilà l\u2019exemple à suivre.Ne pas trembler devant la menace.Ne pas avoir peur d\u2019exprimer des opinions dissonantes.Le droit à la satire, de remettre en question, de se moquer est le rempart d\u2019une société libre, pense le Star.L\u2019attaque contre le magazine en est une contre la liberté d\u2019expression, ajoute le plus grand quotidien canadien.Mais l\u2019esprit de Charlie Hebdo n\u2019est pas mort mercredi : il vit dans le credo de Charb qu\u2019il vaut mieux mourir debout que de vivre à genoux, conclut le Star.Le problème français Mais au-delà des questions de liberté d\u2019expression, la chroniqueuse Margaret Wente soutenait jeudi dans le Globe and Mail que l\u2019attentat contre Charlie Hebdo cristallise le «sérieux problème» que la Erance éprouve avec les musulmans et l\u2019immigration.Un problème contre lequel la classe politique ne sait pas quoi faire, estime-t-elle.Wente suggère que le terrorisme islamiste est alimenté en Erance par le ressentiment de plusieurs musulmans (qui composent près de 10% de la population) contre l\u2019État, contre leurs conditions de vie difficiles, contre un discours anti-immigrant et anti-musulman qui compte beaucoup d\u2019adeptes dans la population.La procession du Eront national montre que la situation a toutes les chances de s\u2019envenimer : ainsi Charlie Hebdo ne doit pas être considéré comme un incident isolé, pense Wente.Sur Twitter: ©gbcote Le Devoir Les articles originaux sont liés aux versions numériques de ce texte. LE DEVOIR LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 B 5 IDEES î ARIS MESSINIS AGENCE ERANCE-PRESSE Dans les moments d\u2019horreur, n\u2019oublions pas les personnes qui, dans plusieurs pays, mettent leur vie en danger pour revendiquer paix, liberté et démocratie, armées de leur seul courage, rappelle M\u201c® Houda-Pepin.Ci-dessus, des femmes kurdes assistant à des funérailles à Kobané, en novembre.L\u2019islamisme radical : l\u2019Ailleurs est ici Il faut combattre sans relâche l\u2019instrumentalisation des religions FATIMA HOUDA-PEPIN Députée à l\u2019Assemblée nationale de 1994 à 2014 Politologue et consultante internationale Face à la barbarie qui nous interpelle, chaque jour davantage et qui a culminé, le 7 janvier dernier, par la tuerie de dix membres de l\u2019équipe de Charlie Hebdo ainsi que de deux policiers, les démocrates du monde entier, du Nord et du Sud, toutes religions confondues et sans religion, doivent se mobiliser ensemble contre la violence, contre le fanatisme, contre l\u2019extrémisme, contre le sexisme, contre le radicalisme, contre le djihadisme et contre l\u2019hjqio-crisie des dirigeants qui banalisent la menace des intégrismes et qui ferment les yeux sur ces enjeux qui minent les fondements mêmes de notre démocratie.Désormais, l\u2019Ailleurs est ici, et il en va de la sauvegarde de nos valeurs communes, de la liberté, de l\u2019égalité et des droits de la personne.Un autre pan de la démocratie est tombé cette semaine avec l\u2019attentat contre Charlie Hebdo : la liberté de presse.Et dire qu\u2019il y a encore des « bien-pensants » qui soutiennent que l\u2019islamisme radical est l\u2019œuvre de quelques marginaux, voire de «loups solitaires».Radio-Canada, dans son émission Enquête du 27 novembre 20f 4, a même poussé le ridicule jusqu\u2019à prétendre avoir fait le tour des mosquées de Montréal et conclure que l\u2019intégrisme n\u2019existait pas au Québec.Quelle tristesse ! Tout en respectant la croyance sincère ou la non-croyance des gens, il faut dénoncer vigoureusement et combattre, sans relâche, l\u2019instrumentalisation des religions à des fins politiques.C\u2019est le mal de notre siècle, celui qui menace notre sécurité, notre paix sociale et notre vivre-ensemble.L\u2019islamisme radical n\u2019a rien de religieux et sa folie meurtrière ne s\u2019attaque pas qu\u2019aux «mécréants».Le plus lourd tribut est payé par les musulmans eux-mêmes.D\u2019ailleurs, l\u2019un des deux policiers abattus froidement par les terroristes de Charlie Hebdo, Ahmed Merabet, 42 ans, était lui-même musulman.Cela ne les a pas empêchés de le tuer d\u2019une balle dans la tête et de le laisser gisant sur le sol.Non, l\u2019islamisme radical n\u2019a rien de religieux, c\u2019est un mouvement idéologique et poli- tique qui se drape de l\u2019islam qu\u2019il pervertit au gré de ses prétentions pour justifier les horreurs de sa violence et de son action terroriste.L\u2019islamisme radical vise ouvertement, par l\u2019endoctrinement systématique et par la force des armes, la prise de pouvoir dans un but bien précis, celui d\u2019éradiquer la démocratie et d\u2019instaurer la charia.Aucun pays, musulman ou non musulman, n\u2019est aujourd\u2019hui à l\u2019abri de cette menace.Dans cette lutte contre cette barbarie qui est de plus en plus proche et qui nous affecte directement, sur les plans émotif et symbolique, dans cette prise de conscience tardive de notre vulnérabilité face à la terreur des décapitations de journalistes et des prises d\u2019otages occidentaux, et face au Recrutement de jeunes fanatisés d\u2019Europe, des Etats-Unis et du Canada, partis combattre « les mécréants » en Irak et en Syrie, n\u2019oublions pas les millions de femmes et d\u2019hommes qui, dans plusieurs pays musulmans, mettent leur vie en danger, chaque jour, armés de leur seul courage, pour revendiquer paix, liberté et démocratie et qui vivent sous la terreur de la violence au quotidien.ATTAQUE MEURTRIÈRE À CHARLIE HEBDO Je suis Charlie, oui mais.PIERRE MOUTERDE Sociologue essayiste Comment n\u2019aurait-on pas envie de joindre sa voix au concert d\u2019appui et de solidarité qui déferle sur la Lrance, depuis l\u2019attaque de l\u2019hebdomadaire français Charlie Hebdo et la mort de 42 personnes, dont quatre caricaturistes-vedettes lâchement assassinés, Charb, Wolinski, Cabu, Tignous ?Et comment n\u2019aurait-on pas envie de reprendre en chœur les invocations répétées par les chroniqueurs du monde entier sur le danger de vouloir s\u2019en prendre à ce qui reste si vital pour un pays qui aspire à la démocratie authentique : la liberté d\u2019expression?Et surtout, quoi de plus barbare que de le faire comme on l\u2019a fait ce 7 janvier dernier à Paris : en s\u2019acharnant à décimer à grands coups de kalachnikovs une équipe de journalistes et de caricaturistes, certes vitrioliques et irrévérencieux, mais dont la seule arme restait le crayon et le rire, aussi «bête et méchant» soit-il par ailleurs ! Je suis donc Charlie.mais ce large consensus qui \u2014 à travers cette formule \u2014 s\u2019est forgé devant l\u2019ignominie ne doit pas faire illusion.Ni non plus cacher les signes d\u2019un autre drame \u2014 autrement préoccupant \u2014 dont l\u2019ombre portée est en train d\u2019assombrir et de gagner l\u2019Europe entière.Masquer l\u2019essentiel Peu ont mis en évidence le contexte sociopolitique de fond dans lequel cette tuerie a pris corps.Bien sûr, on n\u2019a pas manqué \u2014 et au premier chef Marine Le Pen, dirigeante du Pront national \u2014 de stigmatiser la montée de l\u2019islamisme radical en montant en épingle les dangers qu\u2019encouraient ainsi la République française et ses idéaux laïques et rationalistes hérités des conquêtes du Siècle des lumières.Mais en jouant ad nauseam de ce registre, on ne fait que masquer l\u2019essentiel.Car on ne comprendra rien de la résurgence du terrorisme contemporain sans la relier au terreau qui ces dernières années l\u2019a rendue pos-sil^le et n\u2019a cessé de l\u2019exacerber : le terrorisme d\u2019Etat, les menées belliqueuses et impérialistes des puissances occidentales, Etats-Unis en tête, elles qui, à grand renfort de bombardements in-discriminés, de drones terrifiants et de politiques pétrolières prédatrices et à courte vue, ont fini par participer à la déstabilisation de pays entiers, à la naissance de vastes zones de non-droit où la guerre le partage au chaos et à l\u2019arbitraire le plus absolu, ne laissant bien souvent aux populations civiles locales que l\u2019option des camps de réfugiés ou de l\u2019exil, avec son lot de colères, de frustrations rentrées, de rages soulevées devant tant d\u2019hjqiocri-sie, de doubles jeux et d\u2019intérêts bien comptés des puissants de ce monde.Et à ce niveau, la Prance n\u2019est pas en reste.Avec Prançois Hollande, président soi-disant «socialiste», elle est même plus interventionniste que jamais, devenue avec la Grande-Bretagne le relais servile des politiques américaines au Moyen-Qrient, prête à faire le coup de feu, à envoyer ses soldats ou ses avions de chasse en Afghanistan, au Mali, en Libye, en Irak.Sentiments xénophobes C\u2019est ce qu\u2019ont oublié les caricaturistes de Charlie Hebdo (et cela ressort d\u2019un choix politique qu\u2019on ne peut que mettre en question) : la Prance était en guerye, impliquée plus que jamais aux côtés des Etats-Unis dans des interventions militaires et politiques qui, loin d\u2019éradiquer les sources premières du terrorisme, n\u2019ont fait \u2014 la réalité de l\u2019Irak nous le Peu ont mis en évidence le contexte sociopolitique de fond dans lequel cette tuerie a pris corps montre tous les jours \u2014 que l\u2019alimenter de multiples façons.Dans un tel contexte, quand Charlie Hebdo fait de la religion musulmane une de ses cibles privilégiées, on est plus qu\u2019en droit de lui demander \u2014 lui qui se définit comme un hebdomadaire de gauche \u2014 si ce n\u2019est pas pour le moins, politiquement, des plus contre-productifs.Car c\u2019est là l\u2019autre versant du drame, son revers et sa part sombre : pendant que, d\u2019un côté, la Prance se lance dans des équipées militaires hasardeuses à l\u2019extérieur de ses frontières, sur son territoire et en Europe même, voilà que, dans le sillage de la crise financière de 2008 et d\u2019un glissement à droite de tout le corps social, n\u2019ont cessé de se renforcer et de se banaliser de forts sentiments xénophobes, bien souvent teintés de relents racistes, et qui tout naturellement, dans le contexte actuel, sont en train de se transformer en isla-mophobie rampante.Avec tous les dangers que cela peut représenter sur les plans social et politique.L\u2019histoire nous l\u2019a tragiquement appris dans le passé.Dans les périodes de crise et d\u2019incertitude, de désorientation idéologique \u2014 et c\u2019est ce que connaît l\u2019Europe actuellement \u2014, il suffit que des forces d\u2019extrême droite organisées soient capables de montrer du doigt un bouc émissaire et d\u2019en faire le responsable de tous les maux ressentis pour que des populations entières finissent par céder aux sirènes pseudo-rassurantes d\u2019un populisme autoritaire.Et pour lutter contre cette peste, il faut bien plus que de l\u2019indignation partagée autour des valeurs de la liberté de presse ou de la laïcité ! N\u2019est-ce pas ce à quoi nous invite d\u2019abord à réfléchir cette terrible attaque contre Charlie Hebdo?C\u2019est pas un supermarché *¦ David Desjardins Il faut des morts.II faut de l\u2019extrême violence pour que notre mollesse collective se fige enfin.lî faut la stupeur puisqu\u2019à force de confort, on perd l\u2019habitude des postures exigeantes que nécessite la défense d\u2019idéaux.Ceux dont l\u2019horreur nous rappelle aujourd\u2019hui la valeur.Ces idéaux que nous bradons si souvent pour trop peu.Alors, dans l\u2019effarement, parce qu\u2019il faut toujours dire quelque chose, nous proférons toutes sortes de conneries faussement chargées de sens.Comme celle entendue le plus souvent, livrée en boucle à la radio et à la télé mercredi soir, et jeudi: «Nous ne plierons pas.» Serait-ce parce que, si confortablement avachis dans notre cocon de paix, là où la petite violence ordinaire est étouffée par l\u2019assourdissant ronron du quotidien et les geignements de tous ces gens qui confondent démocratie et pouvoir d\u2019achat, se plier un peu plus encore relèverait de la contorsion ?Passé notre nombril, en nous courbant un peu plus, il ne nous resterait plus qu\u2019à contempler notre cul.Voilà une image qui possède cette drôlerie de mauvais goût que n\u2019auraient pas reniée les défunts artisans de Charlie Hebdo.Un journal qui, en tirant sur tout le monde, de Hollande à Le Pen, des musulmans aux chrétiens en passant par les juifs, Houellebecq, Depardieu et Dieudonné, a choisi le parti de l\u2019irrévérence totale, de la critique de l\u2019extrémisme et de la connerie qui ne serait pas non plus exempte de bêtise.Ni de méchanceté.C\u2019est un choix qui se discute.Encore faut-il en être capable.Qr, s\u2019il est des méthodes particulièrement brutales de museler une parole libre, comme celle des tueurs de mercredi, il en existe d\u2019autres bien plus insidieuses, auxquelles nous participons et qui, malgré notre bel élan de solidarité, nous empêchent de pouvoir dire en toute franchise que nous sommes Charlie.Et encore moins que nous ne plierons pas.Autrement, il faudrait cesser de regarder nos libertés se dissoudre dans la rectitude, laissant ainsi la santé de la démocratie se détériorer, observant l\u2019espace médiatique s\u2019adonner à la niaiserie permanente, à l\u2019humour sans conséquence qui nous reconduit dans le consensus mou du rire bien gras, nous refusant à toute critique de peur d\u2019être taxés d\u2019élitisme.Il faudrait réaliser que nous avons laissé les gouvernements manipuler les faits, dissimuler de l\u2019information, mettre des bâtons dans les roues des journalistes, puis que nous les avons réélus.Que nous les avons laissés utiliser notre colère et nos peurs pour mieux restreindre nos droits.Il faudrait nous avouer que nos vies sont bien trop confortables pour y faire entrer le conflit d\u2019idées, l\u2019affrontement intellectuel, l\u2019effort de penser pour soi, de lire et d\u2019écouter ce qui nous dérange, puis d\u2019y répondre.D\u2019aller au-delà de la provocation, de regarder ce qu\u2019elle recèle.Je pense à celle des radios d\u2019opinions de Québec, dont un lecteur m\u2019écrivait récemment qu\u2019il ne comprenait pas qu\u2019elles aient le droit d\u2019exister, alors que la véritable question à poser, c\u2019est simplement: pourquoi existent-elles?Mais la tentation de la censure est plus commode, moins pénible.Qu alors on fait comme si ce qui nous agace n\u2019existait pas.Nous regardons la presse libre mourir à petit feu, puis nous reprenons notre place dans la file à la station-service, au Costco, à l\u2019entrée du Saint-Hubert, au guichet automatique, à la suite d\u2019un statut Pacebook qui cristallise un préjugé en trois lignes et auquel nous ajoutons notre petit « like » minable.C\u2019est comme si nous avions oublié de quoi sont constitués les remparts qui préservent ce même confort qui nous fait confondre liberté et conformisme.Et donc, nous laissons ces murs s\u2019effriter, peu à peu, espérant que l\u2019amour fraternel induit par la liberté de consommer nous exemptera de la douleur nécessaire aux débats qui maintiennent une démocratie en vie.Nous ne serons jamais Charlie tant que nous préférons la gentillesse au choc des idées.Tant que nous n\u2019aurons pas le courage de comprendre qu\u2019il faut surtout défendre ceux qui ne partagent pas nos points de vue.Défendre leur droit d\u2019exister, même s\u2019ils sont cons comme des manches, qu\u2019ils choquent.Justement parce qu\u2019ils choquent.Mais on peut aussi espérer que ce drame ne sera pas parfaitement inutile.Qu\u2019il ne nous tirera pas vers le bas et que ces abrutis armés jusqu\u2019aux dents, plutôt que de nous faire peur, nous secouent avec une telle violence que nous réalisions enfin que nos petits renoncements s\u2019additionnent, jusqu\u2019à la faillite.Qsons croire qu\u2019en tuant ces défenseurs d\u2019une liberté absolue, ils nous ramènent à la vie.Et qu\u2019on réalise que la liberté n\u2019est pas un supermarché: on n\u2019y choisit pas selon ses goûts.Qn prend tout.Après, on pourra toujours chialer sur ce qu\u2019on y trouve de dégueulasse.ddesjardins@ledevoir.com L\u2019EQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Antoine RobitaiUe (éditorialiste, responsable de la page Idées), Jacques Nadeau (photographe), Michel Garneau (caricaturiste); information générale : Isabelle Paré {chef de division), Caroline Montpetit (affaires sociales), lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Mélanie Loisel et Philippe OrfaU (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel Dav\\A(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau et Brian Myles (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter)-, Véronique Chagnon et Louis Gagné (pupitre), information culturelle : Catherine Lalonde (responsable du cahier Livres), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane BaiUargeon (médias), Frédérique Doyon et François Lévesque (reporters), JuHe Carpentier (pupitre)-, information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins, Eric Desrosiers, Jessica Nadeau et Karl Rettino-ParazelU {reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Serge Truffaut (éditorialiste), Claude Lévesque et Guy Taillefer (reporters), Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives)-, section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs), Emilie EoUe-Boivin (pupitre) ; équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Erappier, Benoît Munger, Philippe Papineau et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Sophie Chartier et Elorence Sara G.Eerraris (assistants) ; correction : Andréanne Bédard,^Christine Dumazet et Michèle Malenfant ,\u2022 soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire) ; Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Gilles Paré (directeur), Manon Derome (Montréal), Vanessa Racine (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBOClTE Edith Caron (adjointe), Jean de Billy, Jean-Erançois Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel EUmam, Nathalie Jobin {par intérim), Claire Paquet, et Chantal Rainville (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais {coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Olivier Zuida (directeur adjoint), Michel Bernatchez, Richard Des Cormiers, Donald EiUon, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Maxime-Olivier Leclerc (coordonnateur du service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie EiUon, Marie-Lune Houde-Brisebois, Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette BéUveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Elorentina Draghici, CéUne Euroy et Véronique Pagé. B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 10 ET DIMANCHE II JANVIER 2015 SCIENCES L\u2019architecture des flocons de neige 9 ASSOCIATED PRESS Puisqu\u2019ils adoptent tous la même architecture, les flocons de neige devraient donc être tous identiques.Pourtant, il n\u2019en est rien et, selon le vieil adage, chaque flocon est unique.Certains font penser à un ouvrage de dentelle d\u2019une finesse extraordinaire, d\u2019autres ressemblent à de la ouate.Si on les examine de près, chacun apparaît unique.Pourtant, tous les flocons de neige présentent la même architecture de base.Leur formation est dictée par le même principe de thermodynamique.Seuls des facteurs environnementaux, comme les différences de température et la turbulence de l\u2019air, viennent en modifier la configuration initiale.PAULINE GRAVEL TOUS les flocons de neige croissent de la même façon.Tous sont mus par le même principe physique, selon lequel tout flux tend naturellement à adopter rarchitecture qui facilitera le mieux son écoulement.Lors de la formation des flocons de neige, le flux est l\u2019évacuation de chaleur qui a lieu lors de la solidification, soit lors du passage de la vapeur d\u2019eau à l\u2019état de glace.«Paradoxalement, durant la solidification, la glace du flocon de neige est la source de chaleur, elle est plus chaude que Pair ambiant dans lequel elle se forme», fait remarquer Adrian Bejan, professeur de génie mécanique à l\u2019Université Duke en Caroline du Nord, qui a élaboré à la fin des années 1990 la théorie constructale, qui démontre cette tendance naturelle de tout flux à se configurer de façon à faciliter son mouvement.La chaleur qui est relâchée durant la solidification irradie donc dans l\u2019entourage du flocon.« Ce flux de chaleur coule de plus en plus vite et facilement à mesure qu\u2019évolue la croissance de la glace le long de cette forme dendritique typique qui développe des doigts additionnels à mesure que le gel se continue», souligne le chercheur.Selon M.Bejan, ce dégagement de chaleur qui se produit en masse lors d\u2019une grosse tempête de neige est responsable de l\u2019adoucissement des températures que l\u2019on observe à ce moment-là.Les étapes de leur formation Ces minuscules chefs-d\u2019œuvre de glace que sont les flocons de neige prennent naissance dans l\u2019air froid et humide des nuages.Là-haut, les grains de poussière sur lesquels se posent des gouttelettes d\u2019eau induisent la solidification de celles-ci.Des billes de glace apparaissent, puis grossissent jusqu\u2019au moment où la forme sphérique de la bille de glace ne constitue plus l\u2019architecture la plus efficace pour dissiper la chaleur.Un changement de configura- tion s\u2019impose alors pour que la solidification, et la libération de chaleur qu\u2019elle entraîne puissent se poursuivre plus rapidement.De la sphère émergent soudainement des bras qui croissent dans six directions différentes, mais sur le même plan.L\u2019angle entre les atomes de la molécule d\u2019eau est à l\u2019origine de cette symétrie hexagonale.«Cette forme étoilée permet alors à la glace de transférer la chaleur à son entourage plus facilement qu\u2019une büle sphérique de même diamètre», précise M.Bejan tout en spécifiant que le flocon a aussi avantage à croître dans un seul plan, car ses aiguilles ont ainsi un meilleur accès à l\u2019air froid ambiant que si elles pointaient dans toutes les directions.Dans ce dernier cas, les aiguilles se retrouveraient dans une telle promiscuité qu\u2019elles s\u2019isoleraient les unes des autres du froid.«Des aiguilles qui se développent dans un seul plan peuvent dissiper leur chaleur beaucoup plus rapidement que des aiguilles pointant dans toutes les directions, et leur croissance peut alors être plus rapide», ajoute le scientifique.Puis survient un autre moment critique où la structure sera plus performante si elle se ramifie.De l\u2019extrémité de chacune des six aiguilles émerge alors une nouvelle étoile dont seulement trois des six branches auront la chance de croître, car l\u2019aiguille mère forme déjà l\u2019une d\u2019entre elles et les deux branches latérales pointant plus vers l\u2019intérieur ont accès à de l\u2019air qui n\u2019est pas suffisamment froid compte tenu du fait qu\u2019elles se retrouvent trop près des deux aiguilles mères voisines (voir le schéma).Les extrémités des aiguilles pointant droit devant se ramifieront à leur tour en trois nouvelles branches si elles trouvent un bassin d\u2019air suffisamment froid dans leur entourage pour y déverser la chaleur qu\u2019elles doivent évacuer pour poursuivre la croissance du flocon.La croissance du flocon continuera ainsi plus ou moins longtemps selon la température extérieure.«Quand l\u2019air environnant est plus chaud que la glace de l\u2019extrémité des aiguilles, la solidifi- cation s\u2019arrête, la croissance du flocon s\u2019interrompt.Le flocon de neige a alors atteint sa taille maximale et il commence sa chute», explique M.Bejan.Si la température extérieure est très froide, la solidification, qui est responsable de la croissance du flocon, pourra se poursuivre plus longtemps.Les flocons présenteront alors un plus grand nombre de niveaux de ramification.Lorsque le froid est particulièrement intense, la solidification s\u2019effectue beaucoup plus rapidement et elle se produit sur la fine pointe de l\u2019extrémité des aiguilles.Il en résulte des flocons finement ciselés, dotés d\u2019aiguilles très effilées et amplement ramifiées.Par contre, si le temps est plus doux, la solidification se fait plus lentement, et les flocons seront plus grassouillets avec des branches plus larges et moins nombreuses.Pour expliquer ce phénomène, Adrian Bejan fait l\u2019analogie avec les feuilles des arbres dont les tailles varient selon le climat dans lequel ces derniers poussent.Tandis que les flocons de neige dissipent la chaleur, les feuilles des arbres dissipent l\u2019humidité, précise-t-il.En Norvège où le vent est sec et très fort, les arbres n\u2019ont besoin que de petites feuilles, voire que des aiguilles, pour évacuer l\u2019eau.Par contre, dans les forêts de l\u2019équateur où il n\u2019y a pas de vent mais beaucoup d\u2019eau à relâcher, les feuilles sont grandes et plates, tout comme les flocons.«C\u2019est le même principe qui est sous-jacent.Pour les arbres, ce sont les dif- férences de vent (vent fort ou pas de vent) qui déterminent la taille des feuilles, tandis que pour les flocons, ce sont des différences de température qui détermineront la finesse des aiguilles», explique-t-il.Les facteurs responsables de la singularité des flocons S\u2019ils adoptent tous la même architecture, les flocons de neige devraient donc être tous identiques.Pourtant, il n\u2019en est rien et, selon le vieil adage, chaque flocon est unique.Selon Adrian Bejan, ce sont des facteurs extérieurs au plan initial qui confèrent une forme particulière à chaque flocon.«En théorie, l\u2019air humide qui entoure le flocon de neige ne bouge pas du tout.Le seul mouvement en présence est le transfert de la chaleur.Mais dans la vraie vie, l\u2019air dans lequel baignent les flocons est en mouvement.Les flocons se forment dans de la turbulence, ce qui provoque des collisions entre eux.Les flocons se heurtent les uns contre les autres, ce qui entraîne le bris de certains et la coalescence d\u2019autres», fait remarquer l\u2019ingénieur en mécanique.Ces événements aléatoires font que les flocons acquièrent des caractéristiques particulières, même si au départ ils sont identiques.Un deuxième facteur qui contribue à rendre les flocons singuliers est, comme on l\u2019a vu précédemment, la température particulière à laquelle ils se forment.S\u2019il fait très froid, ils seront minces et effilés, s\u2019il fait plus doux, ils seront dodus et grassouillets.Un troisième facteur est le moment précis dans ha vie du flocon où on l\u2019observe.Lorsqu\u2019ils viennent de se former dans les nuages, et qu\u2019ils sont intacts, ils se ressemblent comme deux gouttes d\u2019eau.Ensuite, ils subiront les vicissitudes de l\u2019existence d\u2019un Le flocon de neige esLil un objet fractal ?SOURCE UNIVERSITE DUKE Ce schéma montre que de l\u2019extrémité de chacune des six aiguilles émerge une nouvelle étoile dont seulement trois des six branches auront la chance de croître.On est tenté d\u2019associer le flocon de neige à un objet fractal, lequel est souvent décrit comme une structure gigogne.«Le concept d\u2019objet fractal en géométrie est une image ou un objet qui est obtenu en répétant un algorithme mathématique un nombre infini de fois.Une fractale de flocon de neige serait un dessin de flocon avec les six aiguilles centrales, à l\u2019extrémité desquelles s\u2019attacherait un autre flocon complet à six branches, et ce patron se répéterait indéfiniment, explique Adrian Bejan, professeur de génie mécanique à l\u2019Université Duke en Caroline du Nord.Or un des- flocon : ils rencontreront la turbulence, voire un coup de vent qui les conduira sous la pluie.«Mais à leur origine, ils sont uniques, ils sont dotés de cette forme originale et unique qui est décrite par la loi constructale», rappelle le chercheur.Selon Adrian Bejan, la loi constructale est à l\u2019origine de l\u2019émergence de nombreuses formes naturelles, tant vivantes qu\u2019inanimées.Le principe de la loi constructale s\u2019applique aussi au bassin hydrographique d\u2019un fleuve.Même s\u2019ils semblent différents les uns des autres, les bassins versants ne sont pas uniques.Ils répondent tous au principe de la théorie constructale, laquelle prédit que chaque grand fleuve comprend en moyenne quatre affluents, affirme le scientifique.Autre exemple: les sprinteurs, qu\u2019il s\u2019agisse des animaux qui courent, qui nagent ou qui volent, nous semblent tous différents, mais au fond, la théorie constructale nous dit que leur morphologie prédit exactement sin de flocon généré en répétant à l\u2019infini l\u2019algorithme fractal aboutira à un flocon qui n\u2019existe pas dans la nature.Car dans la nature, tous les flocons ont un très petit nombre de niveaux de ramification.La ramification du flocon de neige ne se poursuit pas à l\u2019infini, contrairement à ce qui est requis par la définition de l\u2019objet fractal.Il n\u2019y a pas de design fractal dans la nature.Il a toutefois une géométrie qui suggère le début de la genèse d\u2019un objet fractal, mais les flocons fractals avec un nombre infini de ramifications n\u2019existent dans notre monde», rajoute le scientifique.la vitesse qu\u2019ils peuvent atteindre, affirme M.Bejan.«La loi constructale nous indique que si on élève la masse corporelle de l\u2019animal à la puissance 1/6, on obtient un nombre qui correspond à sa vitesse.Il en résulte que les plus gros animaux sont aussi les plus rapides.» Qui plus est, le chercheur a récemment montré que la théorie constructale peut même nous permettre de prédire le design des avions du futur: leur forme, leur taille, leur vitesse, la taille de leurs moteurs et la taille de leur charge de carburant.«Le flocon de neige met en lumière l\u2019évolution de tout ce qui bouge», y compris la circulation de l\u2019air dans les voies aériennes, les bronches et les poumons; la circulation du sang dans les artères, les capillaires et les veines ; la circulation automobile dans les rues de la ville.«La tendance observée sur le flocon de neige est universelle », conclut Adrian Bejan.Le Devoir "]
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