Le devoir, 7 février 2015, Cahier F
[" LIVRES CAHIER F .LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 EEVRIER 2015 ^ V Éclairs N \u2018'-\u2022V X.des créatrices déchirées Sylvia Plath, >, Ingeborg Bachmann, Sarah Kane et Nelly Arcan vues par Jacques Beaudry N /\u2022 V, N \\ \\ WIKIMEDIA COMMONS Auguste Rodin, Femme allongée, 1880.Crayon et aquarelle sur papier.MICHEL LAPIERRE Le livre Le cimetière des filles assassinées, de Jacques Beau-dry, paraît alors que Ton souligne qu\u2019il y a 70 ans les Alliés découvraient, de janvier à mai, les camps de concentration nazis.La question que pose l\u2019essayiste n\u2019en devient que plus brûlante.Pourquoi Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann, Sarah Kane et Nelly Arcan ont-elles dans leurs œuvres littéraires associé l\u2019abîme de leur désespoir de femmes meurtries à «des images de guerre et d\u2019oppression totalitaire » ?L\u2019Américaine Sylvia Plath (1932-1963), épouse malheureuse de l\u2019Anglais Ted Hugues et qui, comme lui, s\u2019illustra en poésie, l\u2019Autrichienne Ingeborg Bachmann (1926-1973), dont Thomas Bernhard admirait les vers, étaient beaucoup plus âgées que la Britannique Sarah Kane (1971-1999), enfant terrible de la dramaturgie, et que la romancière québécoise Nelly Arcan (1973-2009).Mais toutes se sont donné la mort, si l\u2019on croit au suicide d\u2019Ingeborg Bachmann, victime de l\u2019incendie de sa chambre d\u2019hôtel.Philosophe et critique littéraire québécois né en 1955, Beaudry soutient que des «forces violentes capables de briser une vie intérieure» ont assassiné les quatre créatrices et qu\u2019elles «ne seraient pas sans rapport avec celles qui ont bouleversé l\u2019histoire du monde et qui ¦MK'- ARCHIVES LE DEVOIR Ingeborg Bachmann secouent encore son actualité».Fondé sur une analyse approfondie de la vie et des écrits de ces femmes, l\u2019ouvrage dépasse l\u2019étude et devient un dialogue avec les disparues.L\u2019auteur les ressuscite en les tutoyant En s\u2019adressant à Sylvia Plath, Beaudry participe à la féminité angoissée de la créatrice, de la mère, de l\u2019amoureuse: «Je voudrais une vie conflictuelle, disais-tu, un équilibre entre les enfants, les sonnets, l\u2019amour et les casseroles sales.Et affirmer la vie, de manière fracassante, sur les pianos et les pentes de ski, et aussi au lit au lit au lit» {Œuvres, Gallimard).Mais les doux conflits du bonheur quotidien n\u2019apparaissent pas.Le vide subsiste, d\u2019autant que Sylvia imagine que son père, né en Allemagne, a l\u2019Europe sanguinaire qui lui colle à la peau.Dans Papa, l\u2019un des plus poignants de ses poèmes.ARCHIVES LE DEVOIR Sylvia Plath elle accable l\u2019homme chéri, mort lorsqu\u2019elle était encore enfant: «Toutes les femmes adorent un fasciste.» Elle y ajoute : «Il se peut bien que je sois juive» {Ariel, Gallimard).Beaudry voyage dans l\u2019intuition poétique de Sylvia.Il se félicite qu\u2019elle ait associé, par amour-haine de son père, la puissance rqeurtrière nazie à celle que les Etats-Unis, son propre pays, avaient déployée au Japon en 1945, dans des circonstances pourtant différentes.Tu as été, dit-ü à Sylvia, «assez intrépide pour te rapprocher d\u2019une horreur qui pouvait sembler si éloignée (la Shoah et Hiroshima) jusqu\u2019à ce que tu puisses saisir cet enfer comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019une affaire familière».Anéanties Le père d\u2019Ingeborg Bachmann ne fut pas, quant à lui, un nazi imaginaire mais combien réel.Aussi l\u2019Autrichienne, hantée par le non-sens métaphysique de l\u2019horreur hitlérienne, fait-elle du Créateur en personne, dans sa pièce Le bon Dieu de Manhattan (Actes Sud) , l\u2019auteur d\u2019une série d\u2019assassinats de couples d\u2019amants.Ce qui permet à Beaudry de dire à Ingeborg: «La figure du Dieu monstrueux t\u2019a accompagnée tout au long de ta vie.» C\u2019est une façon raisonneuse mais juste de résumer le désarroi de cette femme brisée.L\u2019artiste elle-même exprime son état d\u2019esprit dans un poème d\u2019une étrange beauté: «Où que nous allions sous l\u2019orage de roses / la nuit est illuminée d\u2019épines, et le tonnerre / du feuillage, naguère si doux dans les buissons, / est désormais sur nos talons» {Poèmes, Actes Sud).Du Dieu meurtrier d\u2019Ingeborg Bachmann, nous passons à l\u2019absence pure et simple de l\u2019au-delà pour refléter plus brutalement encore la violence humaine dans Anéantis, de Sarah Kane (L\u2019Arche), pièce créée en 1995.«Pas de Dieu.Pas de Père Noel.Pas de fées.Pas de forêts enchantées.Rien, putain de rien», statue l\u2019un des personnages, un homme mûr qui viole une jeune femme en Angleterre.Sur scène, d\u2019une explosion inattendue surgit un soldat brutal.Beaudry déclare à la dramaturge : tu as compris que la vie privée dépend de l\u2019universel «en faisant entrer, sans la nommer, la guerre de Bosnie, et tout ce qu\u2019elle avait de cruel, dans une simple chambre d\u2019hôtel».VOIR PAGE F 2 CRÉATRICES La petite musique de Jacques Poulin en boucle Page F 3 Se souvenir de nos zouaves Page F 6 Lire?Que du bon.La D*^® Josie Billington, de l\u2019Université de Liverpool, a dévoilé il y a quelques jours les résultats d\u2019une nouvelle étude, menée au Royaume-Uni, sur les effets et les conséquences de la lecture.Trente minutes par semaine le nez dans un livre suffiraient, selon ces résultats, à améliorer le quotidien.Sur les 4146 répondants interrogés par Internet, les lecteurs étaient moins enclins à se déclarer dépressifs (à 21 %) et étaient surtout plus satisfaits de leur vie.Les lecteurs se montraient aussi moins stressés et disaient réagir mieux aux situations difficiles.Une surprise ?Les lecteurs montreraient également une estime de soi légèrement supérieure (10%).« Si les avantages sociaux de la lecture sont largement reconnus, il est également important de reconnaître les gains à tirer de la lecture pour la santé et le bien-être», a indiqué la chercheuse en sciences de la psychologie.De plus en plus d\u2019études démontrent les conséquences de la lecture sur les liens sociaux, les connexions neuronales ou la capacité d\u2019empathie que développent les gens qui lisent.De l\u2019autre côté du spectre, une étude antérieure (2012) concluait que les élèves britanniques se sentaient, au contraire, honteux d\u2019être vus par leurs amis avec un livre dans les mains.Seulement 33,5% d\u2019entre eux voyaient la lecture comme une activité cool.Le Devoir JACQUES NADEAU LE DEVOIR F 2 LE DEVOIR LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE EEVRIER 2015 LIVRES Entre ravissement et affliction Danielle Laurin Une femme s\u2019adresse à son amant.Elle lui écrit, dans un cahier, puis deux, puis trois, qu\u2019elle brûlera.Elle s\u2019adresse à cet homme, qui ne la lira pas, pour tenter de se ressaisir elle-même.Elle n\u2019en peut plus, elle ne se reconnaît plus, ne s\u2019appartient plus.Mais peut-elle «guérir» de cette passion qui l\u2019enflamme, la consume ?Et le veut-elle vraiment?Comment apprendre à vivre sans cette excitation, cette intensité, cette extase suprême, tous les sens en éveil ?Comment renoncer à l\u2019absolu quand on l\u2019a connu?L\u2019héroïne de Blues nègre dans une chambre rose, deuxième roman de Jennifer Tremblay, nage en pleine confusion.«Je ne sais pas si nous recommencerons à nous écrire et à nous voir un jour, si une bonne fois je te réinviterai chez moi.Je l\u2019espère, je ne l\u2019espère pas.Je t\u2019aime, ne t\u2019aime plus.La peur de te retrouver, la peur de ne pas te retrouver.» Elle confond hier et aujourd\u2019hui, amalgame le passé et le présent à l\u2019infini, comme si quelque chose en elle refusait de trancher.Elle se remémore jusqu\u2019à s\u2019y perdre leur première nuit d\u2019amour.«Je savais désormais ce que ça voulait dire, cette expression fabuleuse, nuit d\u2019amour, et favais envie de raconter ça à tout le monde autour de moi, à l\u2019aéroport, dans l\u2019avion, nuit d\u2019amour, nuit d\u2019amour, nuit d\u2019amour.» Elle revit toutes les retrouvailles qui ont suivi, selon un cérémonial bien établi.Toujours selon son bon vouloir à lui.Et l\u2019attente, l\u2019attente, l\u2019attente.«Il me semble que toutes tes visites se confondent en une seule.Se rappeler une seule, c\u2019est un peu se les rappeler toutes.» Puis : «Des mois entiers s\u2019écoulent lentement, très lentement, avant que tu ne franchisses de nouveau, en deux pas lestes, les marches de ma galerie.» Elle ressasse ses échecs, ses tentatives avortées de se l\u2019approprier.Elle ressent l\u2019abandon dans lequel il l\u2019a laissée à répétition.«Ton entêtement à systématiquement ne pas répondre à mes courriels dans un délai raisonnable m\u2019a empoisonné la vie.» Elle le revoit surgir chez elle à nouveau.Sa présence immense tout à coup.Ses gestes, ses mots.Son corps sur le sien.Et ses mains.Elle revoit tout.Et elle exulte, encore, avec son odeur dans son cou.Elle sait qu\u2019elle est en manque.Elle sait aussi qu\u2019elle n\u2019en peut plus de ce cercle infernal.Elle sait qu\u2019elle est au bord de la folie.Peut-être même en plein dedans.C\u2019est cette ambivalence, cette déchirure, ce dédoublement que rend à merveille ici l\u2019au-teure de la pièce Le carrousel, en tournée au Québec ce printemps, et de La liste, saluée par un Prix du Gouverneur général en 2008 et bientôt présentée en portugais au Brésil.Jennifer Tremblay marche dans les pas du génie de la passion tragique, Stephan Zweig.Dans les pas de Marguerite Duras aussi: «Tu me tues, tu me fais du bien.» Et dans ceux d\u2019Annie Emaux, via Passion simple (Gallimard), notamment: «A partir du mois de septembre de N\\\\ ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Blues nègre dans une chambre rose est le deuxième roman de Jennifer Tremblay.l\u2019année dernière, je n\u2019ai plus rien fait d\u2019autre que d\u2019attendre un homme: qu\u2019il me téléphone et qu\u2019il vienne chez moi.» On pourrait penser tout aussi bien à Camille Laurens, à son livre L\u2019amour, roman, en particulier : «Si les femmes attendent un bruit de pas qui n\u2019arrive jamais, les hommes fuient vers un pays où ils n\u2019arrivent jamais \u2014 ou bien, à peine au port ils n\u2019ont cesse de repartir, Circé les pousse vers Pénélope, et près de Pénélope ils révent au chant des sirènes.» Faire l\u2019amour à un nègre Mais au-delà de l\u2019universalité de la passion amoureuse dans tous ses états littéraires, on entre dans une histoire bien singulière.Elle, Eanny, a cru à l\u2019âge de 25 ans, à la suite d\u2019un accident qui a failli lui coûter la vie et l\u2019a laissée avec une boursouflure détestable sur le ventre, que plus aucun homme ne voudrait d\u2019elle sexuellement.Eanny est musicienne, sa guitare lui sert de rempart.Peu connue encore, elle savoure ses premiers succès.Lui, Bobo, est un bluesman reconnu internationalement.Pour ne pas dire adulé, avec toutes les femmes à ses pieds.Bon, il est marié, plus âgé qu\u2019elle.Quoi de surprenant?Mais surtout, Eanny est blanche.Bobo est noir.Plusieurs pages là-dessus.Sur la différence, dans les rapports amoureux, sexuels, pour une femme blanche, entre un homme noir originaire d\u2019ailleurs et un homme blanc made in Québec.Qde à l\u2019homme noir, pour tout dire: «La femme blanche qui n\u2019a jamais goûté un Nègre en jeans, chemise rose, parfum suave de terre et d\u2019épices n\u2019a jamais rien goûté, c\u2019est ce que je dis à mes amies, si vous n\u2019avez pas fait l\u2019amour avec un beau Nègre parfumé, aussi bien dire que vous n\u2019avez jamais fait l\u2019amour.Celles qui connaissent la peau noire sont d\u2019accord avec moi.Nous Trois questions à Jennifer Tremblay Pourquoi un roman, et pas une pièce de théâtre ?Je me suis beaucoup questionnée.j\u2019ai hésité entre les deux formes.Mais le théâtre ne m\u2019aurait pas permis les mêmes jeux avec le temps.Enfin peut-être que oui.au fond tout est possible.Mais je ne trouvais pas comment.Alors, le roman s\u2019est imposé.Avec la forme romanesque, je me sentais plus libre.Quand on écrit pour la scène, les contraintes sont très nombreuses.Le roman, c\u2019est la liberté.Où avez-vous puisé i\u2019inspiration pour votre personnage de musicien noir qui chante ie biues et qu\u2019un iarge pubiic aduie?Mon père et mes oncles étaient musiciens.Ils chantaient dans les bars.Quand j\u2019étais petite, j\u2019avais l\u2019impression qu\u2019ils étaient des stars.Quand mon père s\u2019assoyait à la batterie, j\u2019étais euphorique.Je suis fascinée par les musiciens.Je les ai toujours regardés de loin en leur imaginant des vies complètement romanesques.11 y a d\u2019ailleurs un passage inspiré de ça dans ma pièce Le carrousel.Et puis, il n\u2019y a rien de plus banal que l\u2019histoire d\u2019une passion amoureuse.J\u2019ai pensé qu\u2019il fallait y mettre de la couleur.Du noir, du bleu.et du rose.Vous écrivez: «La peau des hommes noirs est naturellement imbibée d\u2019un parfum imaginé par Dieu pour faire basculer la femme blanche.» Mais vous ieur reprochez aussi ieur comportement voiage.Ne craignez-vous pas ies généraiités?Eanny, dans ses cahiers, généralise au sujet de tout et de rien : elle a cru à 25 ans que PER-SQNNE n\u2019allait plus la désirer; ensuite elle généralise au sujet des Noirs, des Blancs, des femmes, du public (elle pense que parce qu\u2019elle aime Bobo, tout le monde l\u2019aime.) et ainsi de suite.C\u2019est dans son tempérament.En même temps, je pense qu\u2019elle a rencontré assez de Noirs pour se permettre d\u2019avoir son opinion.Dans la passion, il n\u2019y a pas de nuance.Einalement, moi, Jennifer, si je puis me permettre de me placer quelques secondes au-devant de mon personnage, je vous dirai qu\u2019il y a toujours du vrai dans les généralités, et qu\u2019à vouloir tout nuancer, on repeint tout en beige.Sortez au Balattou ce soir, arrêtez-vous un moment à la Taverna, puis au La Tulipe.Vous m\u2019en donnerez des nouvelles.sommes d\u2019accord aussi pour dire que si l\u2019homme noir est facile à attraper, il faut accepter de le partager, on ne sait jamais avec combien de femmes on le partage, mais l\u2019idée de la facilité vient justement du fait qu\u2019il n\u2019est fidèle à aucune.» Comme un écho, un clin d\u2019œil, une réponse, peut-être, d\u2019un point de vue inversé, au premier roman de Dany Laferrière, Comment faire l\u2019amour avec un nègre sans se fatiguer (Typo).Même si on n\u2019est pas du tout dans le même ton.Même s\u2019il n\u2019est pas question d\u2019humour, dans Blues nègre dans une chambre rose: nous sommes dans la dévastation de la passion.Et dans son ravissement.Entremêlés.BLUES NÈGRE DANS UNE CHAMBRE ROSE Jennifer Tremblay VLB Montréal, 2015, 182pages CREATRICES SUITE DE LA PAGE F 1 Double peau De son côté, Nelly Arcan introduit, en 2007, un symbole de la guerre d\u2019Afghanistan, la burqa, dans A ciel ouvert (Seuil), dernier roman paru de son vivant.Le mot reviendra dans le titre de son livre posthume : Burqa de chair (Seuil).En fait, il n\u2019évoque pas tant pour elle le conflit d\u2019Asie centrale que la guerre subtile que tant de femmes occidentales, souvent esclaves du voyeurisme masculin, livrent contre elles-mêmes.11 s\u2019agit de «l\u2019acharnement esthétique», précise la romancière, qu\u2019elles déploient sur leur propre corps pour mettre «à la place de la vraie peau une peau sans failles, étanche, inaltérable, une cage».Beaudry a Nelly Arcan la perspicacité de rapprocher du film Said, de Pier Paolo Pasolini, la mise à nu que Nelly Arcan fait, écrit-il, de «toutes les blessures subies pour être belle d\u2019une beauté industrielle».pBeneviève Damas iîire d\u2019un bonheur NICOLAS RUEL Selon lui, l\u2019écrivain et cinéaste italien, qui «avait trouvé dans le sadisme une analogie du pouvoir fasciste», décrivit, à l\u2019écran, dès 1975, «l\u2019humiliation des corps» lorsque «la marchandisation» les «chosi-fie».Beaudry montre ainsi que Nelly Arcan, la plus jeune des créatrices dont il traite, rend ÜTuez rimagination et vous assassinerez rhumanité )) Extrait de Le cimetière des filles assassinées encore plus actuelle, plus épidermique, à la suite de ses trois sœurs aînées, l\u2019écriture du drame de l\u2019humanité au tréfonds de la souffrance lumineuse des femmes.Collaborateur Le Devoir LE CIMETIÈRE DEjS FILLES ASSASSINEES Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann, Sarah Kane, Nelly Arcan Jacques Beaudry Nota bene Montréal, 2015, 152pages En librairie\ty y le 10février\twww.JML a IH a C .q i NOUVEAUTE Murielle Beaulieu ENQUETE SUR L'ÂME ESSAI PHILOSOPHICO-SPIRITUKI.19,95 ENQUETE SUR L'AME Cet essai philosophico-spirituel touchera spécialement les lecteurs qui cherchent à comprendre ce qui, en nous, nous dépasse et nous interpelle.Murielle Beaulieu, diplômée en philosophie, O publié, en 2010, chez Médiospoul, Laisse-moi te dire, lettres pour chaque âge de la vie.En librairie \u2022 CARTE BLANCHE Nouvelles du désespoir LOUIS CORNELLIER Ly univers dépeint dans Le ' repaire des solitudes, premier reçueil de nouvelles de Danny Émond, n\u2019est pas jojo.Les personnages qui le peuplent, la plupart du temps de jeunes adultes, ont l\u2019alcool triste, la cigarette dépressive et la baise masturbatoire.Ni aimables ni détestables, ce sont des perdants, désœuvrés et paumés, «des mollusques», avoue l\u2019un d\u2019entre eux, dont la conscience «est réduite au strict minimum».Ils vivent dans des appartements miteux, glandent en prenant de la drogue ou ont des emplois de misère.Autofriction, la nouvelle qui ouvre le recueil, donne le ton.Le narrateur, issu d\u2019un «va-et-vient accidentel lors d\u2019une soirée d\u2019ennui», raconte avoir rapidement «surpris le réel en flagrant délit d\u2019insignifiance », se dit « représentatif de l\u2019individualisme universel» et admet qu\u2019il pratique l\u2019écriture comme une thérapie, en rédigeant «des récits où il ne se passe rien, qui se terminent mal et [qu\u2019il] déconseille-rai[t\\ aux suicidaires».Ça résume, en effet, l\u2019esprit de ce recueil sans lumière, dans lequel, comme le suggère le titre, des solitudes s\u2019entrechoquent dans la ville \u2014 Québec, selon les rares indications à ce sujet \u2014 sans se rencontrer.L\u2019exploration de la détresse existentielle contemporaine recèle un riche potentiel littéraire Clichés d\u2019infortune Ça pourrait être fort.L\u2019exploration de la détresse existentielle contemporaine, sur fond de misère socioéconomique, recèle un riche potentiel littéraire.Qr, ici, on trouve plutôt une complaisance dans le glauque, des personnages évanescents dont la réalité ne convainc pas, des losers de papier, quoi.Brèves, les 29 nouvelles qui composent ce recueil parviennent souvent, grâce à un style simple, direct, parfois cru, à évoquer des atmosphères sinistres assez saisissantes, mais elles sont en panne de progression narrative, redondantes et n\u2019évitent pas les clichés de l\u2019infortune (inceste, incommunicabilité).Les cinq nouvelles, disséminées dans le recueil, racontant l\u2019histoire de Maurice, un poivrot prématurément usé, forment une séquence plus substantielle et émouvante, dans un ensemble marqué au sceau d\u2019une désolation qui, parce qu\u2019elle est étalée de façon convenue plutôt qu\u2019explorée, tourne à vide et ne bouleverse pas autant qu\u2019elle le devrait Collaborateur Le Devoir LE REPAIRE DES SOLITUDES Danny Émond Boréal Montréal, 2015, 160 pages LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 EEVRIER 2015 F 3 LITTERATURE Petite musique en boucle Jacques Poulin publie un 14® roman qui nous entraîne du pareil au même Christian Desmeules - ès les premières pages, un sentiment s\u2019installe, une image finit par s\u2019imposer.Celle d\u2019une vieille tante qu\u2019on aime bien, accueillante et chaleureuse, qui nous reçoit toujours avec son sourire sincère, une paire de pantoufles en Phentex et le même plat de bonbons présenté d\u2019une main tremblante.Des berlingots décolorés, des réglisses, des bonbons au miel ou à l\u2019anis, des caramels un peu durcis.Des bonbons qu\u2019on a pourtant aimés un jour, mais à présent un peu défraîchis, rarement renouvelés, et qu\u2019elle ne sort plus, on s\u2019en doute, que pour la forme.Le monde change, nous avons changé avec lui, mais certaines choses, certaines personnes persistent dans leur fidélité touchante au passé et à l\u2019identique.Mais comment dire la lassitude, la déception, l\u2019ennui?Un jukebox dans la tête, 14® roman de Jacques Poulin depuis Mon cheval pour un royaume (Leméac), paru en 1967, nous en fournit peut-être la clé.Alter ego discret de Jacques Poulin depuis Volkswagen Blues (Babel) en 1984, l\u2019écrivain Jack Waterman habite au 12® étage d\u2019une tour d\u2019habitation du quartier Saint-Jean-Baptiste, à Québec.Personnage discret, modèle de compassion et de douceur mais aussi d\u2019immaturité, il écrit debout en raison de graves maux de dos, fidèle à sa production quotidienne d\u2019une demi-page.En prenant l\u2019ascenseur, un jour qu\u2019il allait acheter le journal, une jeune fille inconnue {«vingt-cinq ou trente ans») l\u2019aborde: «J\u2019ai lu tous vos livres et.je vous ai fait une pçtite place dans mon cœur.» Emu aux larmes par cette déclaration, muet devant la beauté de la jeune femme (une rousse qui s\u2019appelle Mélodie), le vieil écrivain décide de la suivre dans la rue, se disant, comme piqué par une mouche, qu\u2019elle est peut-être sa «dernière chance».La dernière occasion d\u2019aimer, d\u2019être aimé, voire de s\u2019approcher de son idéal de beauté./ Ecoutez la chanson bien douce Ce nouveau roman de Jacques Poulin diffuse un lourd parfum de nostalgie, dominé par les vieilles chansons de Montand, de Perré, de Brel ou de Barbara que le narrateur sait convoquer à volonté au moyen du jukebox qu\u2019il a, explique-t-il, dans la tête.Un climat d\u2019inquiétude artificiel tenant à bien peu de chose i CHRISTIAN DESMEULES Le nouveau roman de Jacques Poulin diffuse un lourd parfum de nostalgie.\u2014 climat aussi devenu récurrent dans les derniers livres de Poulin \u2014 permettra au vieil écrivain et à l\u2019inconnue de se rapprocher.Mélodie, dira-t-elle à Waterman, croit qu\u2019elle est suivie par un homme qui aurait vaguement cherché à abuser d\u2019elle il y a une dizaine d\u2019années, un bouncer du nom de Boris qui pourrait même avoir emménagé au 12® étage de leur immeuble.Une intrigue grotesque et caricaturale, qui plus est superflue, à laquelle on ne croit pas un instant.Dès lors, cette menace floue leur fournira un prétexte pour se raconter des épisodes de leur vie.Peu à peu, un peu à la manière des contes des Mille et une nuits, le récit se développe.Racontant quelques souvenirs de son enfance, ou de ses longs voyages aux Etats-Unis, Waterman se souvient aussi de ses années à Paris, alors qu\u2019il occupait une loge de concierge (comme Jacques Poulin lui-même), un appartement forcément minuscule qu\u2019il s\u2019est vu obligé de quitter en raison du bruit occasionné par des travaux interminables à l\u2019étage du dessus.Personnage timide et d\u2019une extrême douceur, il est parfois aussi capable d\u2019humeur grinçante envers ses collègues qu\u2019il appelle les «écrivains médiatiques».Orpheline qui n\u2019a jamais connu ses parents.Mélodie, elle, a plutôt vécu la ronde des centres d\u2019accueil, de la droguç et de la rue, des fugues.A 16 ans, elle a trouvé refuge dans un centre d\u2019aide pour femmes en difficulté de Limoi-lou, chez Petite Sœur, où elle a découvert les livres de l\u2019écrivain.Avant de s\u2019enfuir aux Etats-Unis et d\u2019aboutir à San Erancisco munie d\u2019une lettre de recommandation pour Lawrence Eerlinghetti, poète et propriétaire de la mythique librairie City Lights.Entre ces deux-là, confidences La Vitrine Le gouvernement des émotions .et l\u2019art de déjouer les manipulations ESSAI LE GOUVERNEMENT DES EMOTIONS .ET l\u2019art de déjouer LES MANIPULATIONS Pierre Le Coz Albin Michel Paris, 2014, 208 pages Les faits divers, la téléréalité, les événements médiatiques et les débats publics jouent de plus en plus avec les émotions.Pierre Le Coz, spécialiste en philosophie morale, que l\u2019on connaît aussi pour ses travaux sur l\u2019éthique médicale, n\u2019est pas le seul à remarquer que l\u2019on fait régulièrement appel au pathos dans nos sociétés.II propose cependant une voie de solution.Comment déjouer les stratégies manipulatrices qui tentent de rendre les individus plus ou moins craintifs, colériques, respectueux ou indignés?La raison seule peut-elle endiguer le «pouvoir contingent des émotions» ?Non, répond le philosophe.«Les émotions doivent être laissées à leur libre jeu démocratique, se réviser et se contre-réviser, jusqu\u2019à ce q'q\u2019une décision équilibrée puisse sortir de leur confrontation.» A partir d\u2019exemples concrets souvent tirés de l\u2019actualité et rejetant une approche purement rationaliste qui préconiserait une mise à l\u2019écart des différentes formes d\u2019affects.Le Coz préfère examiner les possibilités qu\u2019offre le travail de réflexion sur la nature exacte de ce que l\u2019on ressent sous le coup.de l\u2019émotion.Renaud Lussier pour confidences, la confiance s\u2019installe.«Le sentiment que j\u2019éprouvais pour elle se situait dans une zone mystérieuse, quelque part entre l\u2019amour et l\u2019amitié», se dira Waterman.De façon encore plus vague : « C\u2019était comme si nous partagions la chaleur d\u2019un feu de bois.» Un air connu, trop connu Tout cela est mince, il faut le reconnaître, de plus en plus mince.Apogée d\u2019un malaise qui ne fait que croître depuis ses deux ou trois derniers titres.Un jukebox dans la tête est sans doute l\u2019un des livres les plus faibles de l\u2019écrivain de 77 ans.Si Les grandes marées, Volkswagen Blues, Le vieux chagrin, La tournée d\u2019automne ou La traduction est une histoire d\u2019amour (Leméac/Actes Sud) avaient tous leur personnalité propre, les derniers romans, sur fond de vague quête amoureuse, présentent chaque fois les mêmes ingrédients: une jeune femme rousse un peu androgyne, quelques chats, une menace imprécise et sans queue ni tête, une sexualité ambiguë et source de malaise, un personnage vieillissant doucement misanthrope qui relaie pour un nouvel auditoire \u2014 c\u2019est ce qu\u2019il croit \u2014 une éthique de la littérature puisée chez Ernest Hemingway ou Gabrielle Roy.Et des invraisemblances à la pelle.L\u2019écrivain ressasse de plus en plus ses propres clichés en donnant l\u2019impression de lui-même s\u2019ennuyer.Il le fait certes au moyen de sa «petite musique» bien reconnaissable, avec ses notes de mélancolie et de minimalisme, ses variations sur les mêmes thèmes et les mêmes motifs.Mais la mélodie déjà limitée se répète de manière obsessionnelle et le jukebox, lui, s\u2019entête à jouer encore et toujours le même disque dont les sillons, à l\u2019évidence, commencent à faire entendre leur usure.Et cette musique-là, croyez-moi, elle est d\u2019une tristesse infinie.UN JUKEBOX DANS LA TETE Jacques Poulin Leméac Montréal, 2015, 152 pages C Gaspard LE DEVOIR X ALMARÈS Du 26 janvier au\tfévrier 2016\t\t \t\t \t\t Romans québécois\t\t 1 Baiser \u2022 Tome 1 Les dérapages de Cupidon\tMarie Gray/Guy Saint-Jean\t1/3 2 Le retour de roiseau-tonnerre \u2022 Tome 2 Perceptions\tAnne Robiiiard/Weiian\t4/2 3 Un voisinage comme ies autres \u2022 Tome 4 Un hiver fiévreux Rosette Laberge/Les Éditeurs reunis\t\t2/4 4 Les heritiers du fieuve \u2022 Tome 41931-1941\tLouise Trembiay-D\u2019Essiambre/ Guy Saint-Jean\t3/9 5 Le gazon.toujours pius vert chez ie voisin?\tAmeiie Dubois/Les Éditeurs reunis\t6/11 6 Vioience a i\u2019origine\tMartin Michaud/Goeiette\t5/11 7 Coup sur coup \u2022 Tome 3 Coup de maître\tMicheiine Duff/Quebec Amérique\t10/2 8 La veuve du bouianger\tDenis Menotte/Logiques\t8/18 9 Les années de piomb \u2022 Tome 4 Amours de guerre\tJean-Pierre Chariand/Hurtubise\t-/I 10 Le secret de Dieu \u2022 Tome 1 Le message des tempiiers\tYves Laiiberte/Coup d\u2019œii\t7/2 Romans étrangers\t\t 1 Soumission\tMichei Houeiiebecq/Fiammarion\t1/2 2 L\u2019effet papiiion\tJussi Adier-Disen/Aibin Michei\t-/I 3 Coiere ardente\tRichard Castie/City\t6/2 4 Le Women murder ciub \u2022 Tome 1212 coups pour rien\tJames Patterson | Maxine Paetra/Lattes\t3/3 5 Le marchand de sabie\tLars Kepier/Actes Sud\t2/3 6 La coiiine aux esciaves\tKathieen Grissom/Guy Saint-Jean\t4/3 7 Que ta voionte soit faite\tMaxime Chattam/Aibin Michei\t-/I 8 Le jour ou j\u2019ai appris a vivre\tLaurent Gouneiie/Kera\t-/I 9 Bienvenue a Big Stone Gap\tAdriana Trigiani/Guy Saint-Jean\t9/2 10 La vengeance de Janus\tJamie Freveietti/Grasset\t8/3 Essais québécois\t\t 1 Jean-François Lepine, sur ia iigne de feu\tJean-François Lepine/Libre Expression\t1/13 2 Le cimetiere des humanités\tPierre-Luc Brisson/Poetes de brousse\t-/I 3 Derives de ia commission Charbonneau\tLouis Demers/Liber\t-/I 4 S\u2019indigner, oui, mais agir\tSerge Mongeau/Écosociete\t-/I 5 Les acteurs ne savent pas mourir\tAiain Vadeboncoeur/Lux\t2/15 6 De remarquabies oubiies \u2022 Tome 2 iis ont couru i\u2019Amerique Seige Bouchard | Marie-Christine Levesque/Lux\t\t6/8 7 Ma vie rouge Kubrick\tSimon Roy/Boreai\t7/2 8 Le prochain virage\tFrançois Tanguay | Steven Guiibeauit/Dmide\t-/I 9 Metier critique\tCatherine Voyer-Leger/Septentrion\t4/2 10 Confessions post-referendaires.Les acteurs poiitiques de.\tChantai Hebert | Jean Lapierre/Homme\t5/20 '?'Essais étrangers\t\t 1 Le capitai au XXi° siecie\tThomas Piketty/Seuii\t1/36 2 Les âmes biessees\tBoris Cyminik/Ddiie Jacob\t7/12 3 La chair interdite\tDiane Ducret/Aibin Michei\t2/2 4 Y a-t-ii un grand architecte dans i\u2019univers?\tStephen Hawking/Ddiie Jacob\t5/10 5 L\u2019État isiamique\tSamuei Laurent/Seuii\t6/8 6 Le retour des djihadistes.Aux racines de i\u2019État isiamique\tPatrick Cockbum/des Équateurs\t-/I 7 Minus, iapsus et mordicus.Nous parions tous iatin sans ie.\tHenriette Waiter/Robert Laffont\t-/I 8 Le suicide français\tÉric Zemmour/Aibin Michei\t3/4 9 Extra pure.Voyage dans i\u2019economie de ia cocaïne\tRoberte Saviano/Gaiiimard\t4/2 10 Pourquoi ie monde n\u2019existe pas\tMarkus Gabriei/Lattes\t-/I La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est proprietaire du système d\u2019information et d\u2019analyse BdSfdri sur les ventes de livres français au Canada Ce palmares est extrait de BasfaràA est constitue des releves de caisse de 260 points de vente La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet BaspanI © BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite POÉSIE D\u2019une mère à l\u2019autre HUGUES CORRIVEAU TU ne vois pas comme un oiseau, dit Louise Marois à sa mère, car «les paysages de l\u2019enfance font du bruit dans [sa] tête».Le père à l\u2019écart, ne restent que la mère et la fille.Et le texte ainsi défilé autour d\u2019elles, prisonnières d\u2019une passion confuse, se déplie d\u2019abord en prose narrative, puis en vers libres.Dans la zone grise de la maison de la mère, des mots gris, des suies.Sans concession, la mort si proche de la mère : «Tu frappes ton visage de ton poing, tu as mal.De la glace sur l\u2019enflure, l\u2019infection de ta joue et tu frappes.Insupportable.Tu vas mourir.On t\u2019installe pour que tu puisses être seule avec ta mort.» Erontale, la douleur.Retour sur images, sur l\u2019enfance laissée vacante par la partante: «la ruelle une entaille / jusque dans ses bords ses dentelles d\u2019acier / cassée de partout / naître de ça / d\u2019une ruelle poussiéreuse».Le «mésamour» de ce couple mère-fille.Depuis l\u2019école primaire, depuis les dessins reproduits dans le recueil pour témoigner du don, depuis ce qui, mal reçu, a survécu de cette passion, depuis tant de désirs, les poèmes sont là, jusqu\u2019au bout.Louise Marois signe un très beau livre d\u2019une rare intensité.D\u2019un geste quotidien à un autre, d\u2019un souvenir à la vivacité actuelle de son surgissement, l\u2019entreprise évoque parfois celle de Denise Desautels, mais autrement, inscrite dans une simplicité désarmante qui ravive déjeuners et jeux fragiles, regards volés et sentiments contraints.En fin de livre, la longue prose narrative reprend son droit fil, revient à la mort exacte qui fait si mal, qui fait trembler.I.anguc maternelle cette mort offerte «comme un vieux bouquet».Parler de l\u2019autre L\u2019imagination matérielle qui est en jeu dans Langue maternelle convoque la sensualité des fruits, l\u2019imminence d\u2019un geste de la femme aimée et le goût suave du plaisir à la bouche.Quoique, de tous les sens, la vue détienne en elle le trésor du monde encastré dans la pupille de l\u2019autre, souvenir inamovible ou sublimé par le rêve haletant qui palpite encore au réveil.Ou mieux encore, la main posée, sensuelle, sur une épaule, le frôlement du plaisir éphémère à l\u2019éveil des sens.Si les amours ont la part belle dans ce beau recueil, l\u2019amitié y tient aussi le phare.Un peu \u201e\tà la manière de Jean ^\tRoyer qui convie l\u2019au- tre comme la source d\u2019une parole vivifiée, Jean-Philippe Dupuis raffermit son âme à l\u2019aune essentielle des présences aimées.Les livres oriflammes, en fait, à bout de bras pour atteindre la parole, depuis Kafka ou Camus, depuis Verlaine, Eerron ou Miron «dissipé[s\\ dans un rêve / Dans une autre façon de prendre le temps / Comme une fusée de carton / Qui ne peut jamais aller bien loin / Pas encore / Tout s\u2019éloigne».Lire ce recueil touchant et bien écrit est un baume dans le bruit ambiant.Collaborateur Le Devoir TU NE VOIS PAS COMME UN OISEAU Louise Marois L\u2019Hexagone Montréal, 2014, 112 pages LANGUE MATERNELLE Jean-Philippe Dupuis Le lézard amoureux Montréal, 2014, 54 pages Robert LALONDE Robert Lalonde «Un recueil fascinant, très riche.Ce sont des textes qu méritent d\u2019être relus et longuement décantés.C\u2019est précieux.» Catherine Lachaussée Radio-Canada A L\u2019ETAT SAUVAGE « Un très, très beau livre qu\u2019on savoure.» Patricia Tadros, Radio-Canada «A l\u2019état sauvage est jalonné de ces magnifiques moments d\u2019écriture et de nature conjuguées.» Marie-Christine Blais La Presse+ Roman i68 pages \u2022 19,95 $ PDF et ePub : 14,99 $ «Ce serait le roman de la fraternité.» Danielle Laurin, Le Devoir f Boréal www.editionsboreal.qc.ca F 4 LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 EEVRIER 2015 LITTEUTURE LITTERATURE QUEBECOISE Nouvelles en apesanteur DANIELLE LAURIN Lise Gauvin, collègue au Devoir, n\u2019est pas seulement spécialiste des littératures de la francophonie.Elle est aussi auteure de fiction.Nouvelliste accomplie, aguerrie.Observatrice minutieuse du monde extérieur autant que des soubresauts intérieurs, dans un mouvement de balancier.Ça va, ça vient.Le dehors, le dedans.On alterne tout le temps dans Parenthèses.Même si, au départ de la plupart des 17 histoires qui composent le recueil, c\u2019est le dehors qui semble prendre toute la place.Subterfuge.Le dehors, les autres, les lieux.Tailleurs.Le tout décrit dans les moindres détails, qui peuvent paraître anodins, superflus.Puis, sans qu\u2019on y prenne garde, un glissement s\u2019opère, et c\u2019est l\u2019état d\u2019âme du personnage central, parfois aussi narrateur ou narratrice, qui domine.L\u2019impression qu\u2019on avance sur le bout des pieds.Sans avoir l\u2019air d\u2019y toucher.«Détachement» est le mot-clé ici.En apparence.L\u2019impression que les protagonistes de Parenthèses voguent entre deux eaux.Qu\u2019ils vivent entre parenthèses, justement.Mais pour mieux repartir, rebondir.Peut-être.L\u2019impression qu\u2019ils sont toujours ailleurs.Dans tous les sens du terme : ils voyagent beaucoup.L\u2019impression qu\u2019ils se branchent sur le monde extérieur pour mieux se débrancher d\u2019eux-mêmes, de leur vague à l\u2019âme, le temps d\u2019une parenthèse.Une façon de retarder le moment d\u2019affronter leurs tourments.Vient un temps où ça ne suffit plus.Ça les rattrape.Ce n\u2019est pas dit comme ça.Plutôt suggéré.DOMAINE PUBLIC Léonard de Vinci, La dame à Vhermine (entre 1488 et 1490) dans l\u2019ensemble.C\u2019est sibyllin, nuancé.Jusqu\u2019à ce que tombe une petite phrase, souvent à la fin de la nouvelle.Et tac.Perles et clins d\u2019œil Il y a des clins d\u2019œil à Proust, à Duras, à Hébert, notamment.Il y a la guerre, sa barbarie : trois petites pages et tout est dit.Il est question de ruptures amoureuses, de couples qui se désagrègent, beaucoup.D\u2019hommes et de femmes qui ont trop longtemps mis leur vie entre parenthèses.Un personnage revient dans quelques nouvelles.Une éditrice québécoise qui a ses entrées en Prance.Et qui profite de ses escapades parisiennes pour s\u2019extirper du quotidien, pour faire le point sur sa relation amoureuse qui bat de Taile.C\u2019est elle qui ouvre et ferme le recueil : la boucle est bouclée.Mais la question demeure: va-t-elle renoncer à sa liberté ?Il y a quelques épisodes surréalistes, dont un qui concerne une touriste égarée, à Cracovie, qui se retrouve avec une hermine empaillée dans les mains, en référence au tableau La dame à Vhermine, de Vinci.La fin de l\u2019histoire laisse bouche bée: «Cest alors que Vanimal la mordit et figea sa main dans la pose du tableau le temps qu\u2019il lui restait d\u2019éternité.» Parmi les perles.Aux marches du palais, un court texte qui nous transporte en Chine, lors d\u2019une visite guidée au palais de l\u2019impératrice Ts\u2019eu-hi.L\u2019accompagnatrice, une étudiante chinoise, pose de drôles de questions.Des questions inattendues, profondes.Désespérées.Du type: «Quelle est la nécessité de vivre ?» A quoi lui répond la narratrice: «On ne discute pas d\u2019un cadeau qu\u2019on a reçu.» Réplique de la jeune fille: «Alors je vous donne ma vie, prenez-la.» L\u2019histoire aurait pu s\u2019arrêter là.Mais la narratrice ajoute: «Les souvenirs des lieux visités me revenant peu à peu, je m\u2019aperçus que quelque chose de moi était resté là-bas, quelque chose d\u2019indéfinissable et de douloureux, comme une parenthèse impossible à refermer.» Effet miroir dans un temps suspendu et désir d\u2019ailleurs assuré, à la lecture de ces Parenthèses.Collaboratrice Le Devoir PARENTHÈSES Lise Gauvin Lévesque éditeur Montréal, 2015,130 pages LITTÉRATURE JEUNESSE ________, c\u2019est qui Dieu?Des ouvrages pour aborder les conflits religieux et l\u2019islam avec vos enfants AMÉLIE GAUDREAU Il n\u2019est pas nouveau que les hommes se tapent dessus à propos de la religion.Mais pour les enfants et adolescents qui ne connaissent pas nécessairement cette réalité historique, l\u2019actualité donne à croire que les violences religieuses sont surtout le fait de disciples de l\u2019islam, ce qui n\u2019aide en rien à enrayer les préjugés à l\u2019égard de cette religion.Deux petits ouvrages s\u2019adressent à eux (et aux adultes curieux) et peuvent être d\u2019un grand secours pour donner quelques pistes de réponse aux questions que font naître ces querelles stériles.Le philosophe français Michael Eoessel tente d\u2019expliquer avec clarté et un humour de bon goût, dans son essai bien nommé Pourquoi les hommes se disputent-ils à propos de Dieu ?\u2014 ramené fort à propos sur les tablettes \u2014, les raisons les plus logiques des guerres verbales comme physiques qui naissent entre fidèles de différentes confessions religieuses.n divise son argumentaire en quatre parties, sans porter de jugement sur les religions en tant que telles ni sur leurs adeptes.C\u2019est plutôt l\u2019insécurité ou la trop grande confiance des hommes qui est ici pointée : leur désir que LE Dieu «unique» soit le leur et qu\u2019il assure leur salut, et la confusion que certains d\u2019entre eux entretiennent entre la foi et le savoir.Sa pensée, limpide, intègre des concepts élaborés par des philosophes occidentaux majeurs (I^t, Hume, Descartes) et définit des termes caractéristiques des trois grands monothéismes.Les illustrations amusantes et pas trop envahissantes d\u2019Aprore Callias, qui montrent l\u2019Être suprême sous la forme d\u2019un géant dont on ne voit que les pieds, agrémentent cet ouvrage à mettre entre les mains des curieux de 10 ans ou plus.Mon dieu à moi Malgré son titre.Comment parler de l\u2019islam aux enfants s\u2019adresse principalement aux jeunes de 5 à 15 ans.Le journaliste et auteur jeunesse Gérard Dhôtel, qui donne beaucoup dans l\u2019ouvrage documentaire à caractère historique et social, réussit à démystifier cette religion, son fonctionnement, ses traditions et les enjeux politiques et sociaux qui y sont rattachés à travers des questions-réponses qui s\u2019adressent à trois tranches d\u2019âge (5-7 ans, 8-10 ans et 11-15 ans).Les sujets sensibles (le port du voile, l\u2019islamisme) sont abordés avec intelligence et tact.Seul bémol : les références un peu trop franco-françaises nécessiteront des explications supplémentaires des adultes qui accompagneront les enfants dans cette lecture.Le Devoir POURQUOI LES HOMMES $E DISPUTENT-ILS APROPOS DE DIEU?Michael Foessel Dessins d\u2019Aurore Callias Gallimard jeunesse Paris, 2007, 73 pages COMMENT PARLER DE LTSLAM AUX ENEANTS Gérard Dhôtel Le Baron perché Paris, 2014, 109 pages ROMAN QUEBECOIS Marcher vers soi CHRISTIAN DESMEULES Prendre un jour la route, à 60 ans, après quarante années d\u2019une existence plutôt sédentaire, abandonner pour quelques mois ses habitudes, ses livres, sa collection de pipes.Se découvrir rapidement de nouveaux muscles, éprouver des douleurs et des joies inédites, avant d\u2019enchaîner les randonnées, les kilomètres, les rencontres.Découvrir avec un étonnement mêlé de bonheur une «nouvelle manière d\u2019être au monde».C\u2019est le mystérieux « sortilège » qui gouverne Sergio Ko-kis depuis 2004, année où, en compagnie de son épouse.Use, le peintre et romancier s\u2019est engagé avec une curiosité mêlée de scepticisme sur le chemin de Compostelle \u2014 ou plutôt sur Tun des chemins qui mènent à Santiago de Compostela, en Galice, au nord-ouest de l\u2019Espagne.Lex-trémité d\u2019un entonnoir qui, depuis plus de mille ans, attire et engloutit les pèlerins des quatre coins de l\u2019Europe.Ce premier voyage, ainsi que les nombreux autres qui le suivront, vers Compostelle le plus souvent ou encore à travers la Suisse, c\u2019est ce que Kokis raconte dans Les sortilèges du chemin.Le récit est celui de Tétonnante découverte d\u2019une passion tardive, celle de marcher sac au dos.«Curieux comme ma tête est vide, vide comme quand j\u2019attaque un long dessin ou un tableau.Seul le paysage absorbe mes sens et la marche semble se faire automatiquement, à un rythme qui lui est propre.» Éprouvant, il faut le dire, une allergie viscérale à la «pacotille ésotérique» d\u2019un Paulo Coelho, l\u2019auteur du Pavillon des miroirs (Lévesque) reconnaît que «les manifestations animistes sont assez rares au long du parcours, même si certains personnages avaient l\u2019air de sortir d\u2019un asile d\u2019aliénés».Il lui faut avouer toutefois qu\u2019il se passe «quelque chose» sur ce chemin.Quelque chose qui est lié de près à l\u2019expérience physique extrême de la marche de longue randonnée, de même qu\u2019aux rencontres entre « pèlerins » ou randonneurs qui partagent plus ou moins un même état.Une mystique qui a plus à voir, au fond, avec un fort sentiment de liberté et la sécrétion d\u2019endorphines qu\u2019avec le mysticisme ou la spiritualité.Effet de paysage Un peu vantard lorsqu\u2019il flatte ses propres capacités de polyglotte, par moments aussi un peu imbu de sa bonne fortune d\u2019auteur et d\u2019artiste visuel, Kokis ne se dépouille pas aussi facilement de son ego sur les sentiers que de ses vêtements de ville.Mais il est facile d\u2019imaginer pires compagnons de route que ces deux-là, cultivés et bons vivants qui ne répugnent jamais à une bière froide pour se réhydrater, à un dernier verre de vin ou d\u2019orujo Ga grappa espagnole), capables même de toutes les justifications en ces matières, car «si l\u2019on n\u2019est pas grand amateur de sucreries et de chocolat, seul un apport adéquat d\u2019alcool empêchera le marcheur de s\u2019émacier dangereusement jour après jour».des chem Tout en faisant des liens fertiles entre ces randonnées des dix dernières années et l\u2019écriture ou la gestation de ses livres, Kokis cherche à comprendre et à expliquer ce qui est à l\u2019œuvre au juste dans l\u2019esprit du promeneur, essayant notamment de mesurer l\u2019effet du paysage sur la conscience.Pour lui, à n\u2019en pas douter, il s\u2019agit d\u2019une révélation.« C\u2019était comme si j\u2019avais, à l\u2019aube de ma vieillesse, découvert une facette tout à fait nouvelle de ma personne, un fond mélancolique de l\u2019âme que je n\u2019avais jamais fréquenté auparavant.» Laissez-vous emporter par ce récit dont la contagion opère, elle, sans aucun sortilège.Collaborateur Le Devoir LES SORTILÈGES DU CHEMIN Sergio Kokis Lévesque éditeur Montréal, 2015,196 pages La Vitrine BANDE DESSINEE CAPHARNAÜM Lewis Trondheim Pow Pow Montréal, 2015, 280 pages Inachevé, mais pas forcément inintéressant.Avec son Capharnaum, le bédéiste hyperactif Lewis Trondheim propose ici une incursion étonnante dans un processus de création qui s\u2019est joué dans ses carnets, sans crayonné, entre 2003 et 2005.Le bonhomme était alors parti pour une grande épopée de 5000 pages dans l\u2019ordinaire de la vie d\u2019un libraire dont le destin va croiser celui de Willard Matte, justicier masqué fictif \u2014 quoique peut-être pas totalement.L\u2019ambitieux projet a été mis au rancart à l\u2019approche de la 300® page.L\u2019intégral est dévoilé, dans une édition conjointe de L\u2019Association (pour la Erance) et Pow Pow (pour le Québec) avec des personnages à tête d\u2019animaux, qui, comme aime bien le faire Trondheim, jouent habilement avec les codes de leurs propres narrations, s\u2019amusent du réel et de ses représentations, de la digression, dans un ensemble forcément solide et exemplaire.Fabien Deglise ESSAI ANTIPATHIES Gérard Miller Dessins de Haro Grasset Paris, 2014, 224 pages Psychanalyste français d\u2019origine juive, de tendance freudo-lacanienne, et ex-militant maoïste, Gérard Miller, est un intellectuel populaire dans les médias parisiens.A l\u2019oral comme à l\u2019écrit, son style nerveux, tranchant et goguenard fait mouche.Dans ce nouvel essai, il réunit plus d\u2019une centaine de courts textes dans lesquels il exprime, sans trop de ménagement, l\u2019antipathie que lui inspirent certaines réalités ou quelques personnages publics.Penseur de gauche, adversaire du « bon sens » cher à la droite, Miller, qui a la détestation joyeuse et souveraine, brocarde donc, notamment, les tatouages, les téléphones portables, le diagnostic d\u2019hyperactivité, le report de l\u2019âge de la retraite, les juifs d\u2019extrême droite, Bachar el-Assad, Vladimir Poutine, les psychanalystes Jung et Rou-dinesco, de même que les intellectuels Badiou, Einkiel-kraut, Muray et Zemmour.Le psychanalyste engagé fait la preuve, dans ces pages, qu\u2019être brillant, ça signifie souvent être « contre ».Louis Cornellier GERARD M LIER ROMAN LES RIVALES Michel Peyramaure Robert Laffont Paris, 2015, 311 pages Connaissez-vous Michel Peyramaure, ,60 ans, auteur de best-sellers historiques et vedette de l\u2019École de Brive ?Il signe Les rivales, histoire des légendaires Lucrèce Borgia et Isabelle d\u2019Este.On est à Rome, à la Renaissance, où les assassinats politiques vont bon train.Ces belles-sœurs se livrent une guerre de femmes, sans merci, pendant dix années.Peyramaure est un maître du genre, un vulgarisateur très compétent.Il a le sens des dialogues, de la fête, de la fresque allégorique et du portrait imagé.Il a signé une centaine de livres divertissants et, s\u2019il n\u2019était pas le compatriote de mes aïeux, je vous dirais sans ambages ni snobisme qu\u2019il mérite amplement le succès que ses contes se sont taillé.Guylaine Massoutre Didier Pieux LES 10 COMMANDEMENTS du bon sens éducatif Parents sans stress PSYCHOLOGIE LES 10 COMMA,NDEMENTS DU BON SENS EDUCATIE Didier Pieux Odile Jacob Paris, 2014, 144 pages Après avoir dénoncé sans nuance, dans Françoise Dolto, la déraison pure (Autrement, 2013), les méthodes éducatives prônées par la célèbre psychanalyste, le psychologue français Didier Pieux propose ses propres conseils, inspirés par l\u2019approche cognitivo-comportementale.Invitant les parents à ne pas jouer les psys et à «retrouver un savoir-faire éducatif plus réaliste» alliant amour et frustration.Pieux, qui critique autant les thèses psychanalytiques que psychiatriques, précise que, de nos jours, les enfants souffrent plus d\u2019une carence éducative que d\u2019une carence affective.Les petits trop encadrés d\u2019hier, que défendait Dolto à juste titre, ont fait place aux enfants rois.Pieux plaide donc pour une éducation qui apprend la «tolérance aux frustrations».Il détruit aussi, au passage, quelques mythes.Il est faux de croire, écrit-il, que tout est joué avant six ans, que tous les ados sont en crise et que les problèmes scolaires de nos enfants sont attribuables à la surdouance.Sans être transcendant, et malgré son mauvais titre, cet essai pratique s\u2019avère tout de même une saine invitation à la pratique d\u2019une autorité parentale ferme et mesurée.Louis Cornellier A3A LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 EÉVRIER 2015 F 5 LITTERATURE Le pire est toujours certain Les paniques et les phobies vues et confessées par Claire Legendre CTTYT.ATNF.MASSOTTTRF.\trians la ripvisp rips SLiarIoks \u2014 nlrts ra ratp\t'\tI B j GUYLAINE MASSOUTRE Perdre quelqu\u2019un.Perdre un amour.Perdre son pays.Perdre la santé.Perdre le nord.Qu\u2019arrive-t-il quand ce sentiment envahit votre vie, vos moindres pensées au quotidien ?Est-il possible que, soudain insoutenables, vos sensations se transforment en émotions à la puissance cube?Le pire, comme dit l\u2019adage, est-il toujours certain ?Claire Legendre y répond avec son propre corps dans Le nénuphar et l\u2019araignée.Quel est ce nénuphar qui envahit les poumons de Chloé dans un fameux roman de 1947 ?Il a fait les beaux jours de L\u2019écume des jours (Livre de poche), et Boris Vian en était le maître.A son tour, Claire Legendre place son récit au sommet de la crise hypocondriaque.En trente-cinq brefs chapitres, très enlevés, mi-drolatiques mi-catastrophiques, la romancière détaille l\u2019assaut des peurs qui font le défi de l\u2019acteur, tandis que le pire, pressenti illusoirement, se transforme en réalité menaçante.Des fantasmes, on passe sur un autre plan, celui du réel frappant de plein fouet.Bienvenue sur la scène du crime qui, d\u2019une manière molié-resque, poussée dans les avenues d\u2019un caractère, sollicite les avancées de la médecine contemporaine.Le livre est brillant, illustré d\u2019anecdotes savoureuses et pathétiques, petit bijou d\u2019autocritique qui décape l\u2019angoisse avec une vigueur épatante.L\u2019entropie du pire Avec l\u2019humour de ses livres précédents, Legendre observe et relate ses paniques, avec la même acuité qu\u2019un entomologiste dépiaute un coléoptère.L\u2019heure narrée est grave, puisque, à la plume experte, correspond le tranchant du bistouri.Elle captive, en ironisant sur les obsessions et les maniaqueries qui font la loi des séries, pensées et actes farfelus répondant aux ennuis dont on dit qu\u2019à force ils se multiplient.Le récit va plus loin.Il interroge.Comment entrer dans le monde d\u2019autrui, toucher sa plus intime individualité ?Tous les romanciers se posent cette question, et Legendre la retourne dans tous les sens.Au cœur du bouquet de ses réponses, elle met bibi.C\u2019est désarmant, tant de symptômes et si peu de réalité.Tant de paniques avec autant de fantaisie.Tant de traits soulignés et une si poignante mélancolie.L\u2019épanchement mesure la solitude qui ne s\u2019arrache à elle-même qu\u2019au prix de sa lucidité.Je est un autre, et l\u2019auteure en fait une force dans chacun de ses livres.A battre ce «moi» comme plâtre, à foncer dans l\u2019absurde, comme Des fantasmes, on passe sur un autre plan, celui du réel frappant de plein fouet dans la devise des Shadoks \u2014 plus ça rate, plus on a de chances que ça marche \u2014, elle traverse des frontières.Sa scène, c\u2019est l\u2019empathie qu\u2019elle met à connaître l\u2019affolement qui lui fait toucher ce qu\u2019on demande d\u2019ordinaire à un autre : émouvoir, tout en livrant en pâture la folie du personnage en acte.Tout est jeu, tout est illusion, tout est véritable.Ainsi, le feu couve sous la cendre.«Le pire avec la fiction, c\u2019est qu\u2019elle ne sert à rien pour se protéger.Même pas un cocon: pour peu qu\u2019on y croie, elle fait aussi mal que la réalité.» Nous entrons avec Legendre, en douce, dans l\u2019univers des travers d\u2019autrui.Comme Esope dans la vérité de tous.Plus grand est le jeu, pire est la déperdition du sujet moqué.Il s\u2019impose.Dans la peur panique d\u2019un danger extrême, le risque qu\u2019il se perde, qu\u2019il disparaisse, qu\u2019il meure vient moins du réel que des mots qui en rendent compte.Il se tue à le répéter.Hallucinations et mille bévues Hypersensible, pitoyable et rebondissant dans les péripéties, avec sa certitude d\u2019en faire trop, Legendre livre une large part émotionnelle de sa nature.Emerveillement et angoisse.Surréalisme.Synesthésie.Hallucinations d\u2019un vivant enfariné.L\u2019introspection découvre ainsi le paysage montréalais, québécois, qui cadre cette senso-rialité très fine.Entre psychopathologie et description, ce pan d\u2019autobiographie élargie au fantastique, très subjective, associe pensée du non-verbal et de l\u2019incorporé à la conscience elle-même.L\u2019écriture est une merveilleuse paroi poreuse, et la romancière, en animal phobique, devient cet insecte envahissant, ces frêles ailes vibrantes et cette défense qui se joue sur le mode de la faiblesse et de l\u2019auto-trahison.Russell disait qu\u2019il y a deux formes de connaissance : par la description et par l\u2019expérience.Legendre a l\u2019art de pratiquer cette double distance et d\u2019y ajouter la transe.Qui aurait cru que ce qui faisait la force du XVIT siècle classique trouverait autant d\u2019actualité dans cette farce centrée sur l\u2019auteure, qui sait en même temps présenter son actuel pays d\u2019adoption, où elle professe la littérature ?Collaboratrice Le Devoir LE NENUPHAR ET L\u2019ARAIGNEE Claire Legendre Les Allusijs Montréal, 2015,103 pages A RICHARD KLICNIK Claire Legendre place son récit au sommet de la crise hypocondriaque.Claire Legendre en trois titres Le nénuphar et l\u2019araignée «L\u2019hypocondriaque ne craint rien tant que d\u2019étre pris au dépourvu.A vouloir à toute force maîtriser son CLAIRE LEGENDRE LE NÉNUPHAR ET L'ARAIGNÉE , destin, parer les coups à venir, il pai^ inlassablement son péché d\u2019orgueil.Dans ses moments de lucidité, car il en a, l\u2019hypocondriaque reconnaît volontiers que, tant qu\u2019il peut passer son temps à inspecter ses murs \u2014 ou le téléphone portable de son conjoint \u2014 en tâtant ses côtes, c\u2019est qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019autre souci que l\u2019anticipation des soucis Anrs.» Mise à nu.méthode Stanislavski La méthode Stanislavski (Grasset, 2006) « C\u2019est ma faute.J\u2019avais prévu tout ça, en rêve, en roman.Après.je ______________ crois que je me suis laissé déborder par mon enthousiasme.C\u2019était une idée excitante.Ce n\u2019est pas le moment de la ramener, mais je dois avouer que, jusqu\u2019à ce que ça tourne vinaigre, j\u2019étais assez fière.» Ainsi commence un imbroglio romain, dans la Villa Médicis et l\u2019air empoisonné où se monte un drame d\u2019artistes haïssables.De la scène au crime, il n\u2019y aura qu\u2019un pas.Décadence et sa- tire font un jeu aussi subtil que cruel.L\u2019écorchée vive (Grasset, 2009) «Le conte de fée, juste- ______________ ment, c\u2019était de ne rien dire.S\u2019il venait à l\u2019apprendre, l\u2019histoire ne vaudrait plus rien.L\u2019ignorance de François était le seul gage que l\u2019histoire serait belle, c\u2019était mathématique.» Dix ans après Viande (Grasset), un roman très cru qu\u2019elle a écrit à dix-sept ans, Legendre raconte un secret sis dans un corps.Expérience aiguë de la réalité par le corps.LITTERATURE ETRANGERE La fièvre de l\u2019or CHRISTIAN DESMEULES \\ A l\u2019époque de la ruée vers l\u2019or du XIX® siècle, en Alaska, au Yukon ou plus loin encore, de l\u2019autre côté du monde, dans les mines sud-africaines, en Australie, en Nouvelle-Zélande, des milliers d\u2019hommes ont souvent risqué le tout pour le tout pour la soif de s\u2019enrichir ou de refaire leur vie.Avec patience, il leur fallait d\u2019abord tamiser à la main d\u2019énormes quantités de gravats et d\u2019alluvions pour espérer tomber sur une pincée de paillettes d\u2019or, une pépite, un aller simple vers la fortune.C\u2019est un peu par moments l\u2019impression que donne la lecture du gros roman d\u2019Eleanor Catton, Les luminaires \u2014 qui n\u2019est peut-être pas aussi «sublime» qu\u2019on nous l\u2019affirme à gauche et à droite.Même si ça scintille ici et là, il faut le reconnaître, tout au long de ses mille pages le lecteur est à la recherche d\u2019une substance qui vaudrait son pesant d\u2019or.En 1866, Hokitika, une petite ville-champignon sur la côte ouest de l\u2019île du Sud, en Nouvelle-Zélande, est au cœur de la ruée vers l\u2019or.Ils y affluent par centaines, attirés par tous les mirages : politiciens en campagne, magouilleurs, capitalistes et tricheurs de toutes espèces, femmes perdues, proxénètes et maquerelles, mangeuses d\u2019opium ou mangeuses de fortune, fils de bonne famille en rupture de ban avec l\u2019Angleterre victorienne.Maoris spoliés.Et puis de l\u2019or.De l\u2019or qui disparaît, qui réapparaît, qui change de mains.Des fortunes qui se font et se défont.Voilà ce qui est au cœur de ce roman touffu.L\u2019histoire, elle, s\u2019amorce avec l\u2019arrivée de Walter Moody De l\u2019or qui disparaît, qui réapparaît, qui change de mains.Des fortunes qui se font et se défont.Voilà ce qui est au cœur de ce roman touffu.Eleanor Catton à Hokitika, un jeune Anglais «pied tendre», observateur privilégié de toute l\u2019intrigue qui structure ce gros roman, qui débute par la mort soudaine et inexpliquée d\u2019un prospecteur misanthrope.On ne lui connaissait pas d\u2019épouse, mais celle-ci fera peu après son apparition pour réclamer son dû.Surpoids Le voile de mystère se lèvera peu à peu, très lentement, entraînant à sa suite une nuée de personnages.Un capitaine de bateau, trafiquant d\u2019opium à Hong Kong avant de passer quelques années au bagne et de se recycler dans la grande es-croquerie.Un «Chinetoque» (sic) qui a juré de se faire vengeance.Une prostituée sous l\u2019emprise du laudanum.Tous liés entre eux d\u2019une manière ou d\u2019une autre.Plus jeune lauréat de l\u2019important prix Man Booker en 2013 (à 28 ans), la Néo-Zélandaise est une observatrice discrète de cette jungle humaine dans laquelle chacun a dé- , , barqué avec sa propre ' histoire \u2014 étant née au Canada, elle a aussi pu remporter le Prix du Gouverneur général la même année.Eleanor Catton ne se prive pas d\u2019exposer les détails de ces destins entremêlés et de les imprégner, à la façon d\u2019une lourde vinaigrette, d\u2019une intrigue à la Agatha Christie.Une recherche de la vérité émaillée de longues conversations et plongée dans une ambiance historique qui apparaît d\u2019une étonnante vérité.Au moyen d\u2019une structure empruntée à l\u2019astrologie, avec un style qui fait écho à celui des romans affectés de Les Luminaires ROBERT CATTO l\u2019époque victorienne, ne se privant pas de recourir à des allers-retours temporels, l\u2019auteure tisse dans Les luminaires une toile d\u2019araignée narrative qui est une .\tvraie prouesse.Un roman ambitieux L\tet d\u2019une maîtrise supé- rieure, certes, mais :\tpeut-être un peu obèse : *\ttant il paraît inutile- ment trop long.Débordant de tous les côtés, tout en restant mince en matière de substance.Des attributs qui en font surtout, en somme, un divertissement de qualité supérieure.Collaborateur Le Devoir LES LUMINAIRES Eleanor Catton Traduit de l\u2019anglais par Erika Abrams Alto Québec, 2015, 992 pages La Vitrine L'ATTENTAT POLAR L\u2019ATTENTAT Mario Cardinal Carte blanche Montréal, 2015, 250 pages Les lecteurs un peu moins jeunes connaissent tous Mario Cardinal.Brillant journaliste au Devoir, au Soleil puis à Radio-Canada \u2014 où il a terminé sa carrière en tout premier ombudsman de la société d\u2019Etat \u2014, il a pris sa retraite il y a une dizaine d\u2019années et s\u2019est depuis remis à l\u2019écriture.Après un livre sur Henri Bourassa, voilà qu\u2019il se met au thriller politique, ou plutôt au polar didactique, «pour faire œuvre de mémoire», comme il le dit lui-même dans l\u2019avant-propos.Ici, nous sommes quelque part, presque aujourd\u2019hui ; le Québec vient de se donner un premier ministre charismatique et tout laisse croire qu\u2019il réalisera l\u2019indépendance tellement il rallie la grande majorité des électeurs.Mais il est la cible d\u2019un tireur isolé lors du défilé de la Saint-Jean et le voilà entre la vie et la mort.La prémisse est invitante.Surtout qu\u2019on nous la fait vivre sous l\u2019angle d\u2019une journaliste à la réputation sans tache ; c\u2019est elle qui mène l\u2019enquête plus que les trois corps policiers chargés de le faire.Jusque-là, c\u2019est parfait: bien écrit, plausible, pertinent.Lorsque l\u2019un des personnages s\u2019acharne à mettre tout cela en contexte en remontant aux premiers temps de la colonie puis à la Conquête, et aux rapports tendus qui suivirent, on l\u2019accepte.Mais quand il insiste page après page et que la démonstration en vient à prendre plus de place que l\u2019intrigue elle-même, quelle que soit la pertinence des faits racontés, sa lourdeur fait décrocher et l\u2019on perd tout intérêt.C\u2019est triste, mais trop, c\u2019est trop.Michel Bélair cardinal MARIO L'ATTENTAT Véritable enquête journalistique, ce roman navigue entre fiction et faits historiques.Le jour de la fête nationale, un premier ministre indépendantiste du Québec est la cible d'un attentat qui le plonge dans le coma.Une journaliste mène une enquête aux ramifications insoupçonnées, mais révélatrices de l'histoire québécoise.24,95$ \u2022 En librairie \u2022 CARTE BLANCHE 945 F 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 7 ET DIMANCHE 8 FEVRIER 2015 ESSAIS Quand les zouaves étaient sérieux Louis CORNELLIER O On a beau se le faire rappeler par des universitaires sérieux, on peine à l\u2019imaginer aujourd\u2019hui: de 1868 à 1870, 507 jeunes Canadiens français se sont portés volontaires pour devenir zouaves pontificaux et aller se battre au Vatican.En voie d\u2019unification, l\u2019Italie yeut conquérir Rome et trois Etats contrôlés par le pape Pie IX.Des catholiques de l\u2019Europe et du Canada souhaitent donc venir en aide à ce dernier.Au Québec, Ignace Bourget, en guerre locale contre les idées libérales de plus en plus populaires, voit là une belle occasion de promouvoir les idées conservatrices et ultramontaines.Sa campagne aura du succès.En 1924, Lionel Groulx, dans Notre maître, le passé, s\u2019extasie encore devant ces nouveaux croisés.«Ah ! ces petits zouaves de Pie IX, il faudra les aimer beaucoup et les placer bien haut dans notre histoire, écrit-il.[.] Les origines de leur mouvement, ce frisson sacré qui souleva tout à coup les jeunes poitrines et fit passer d\u2019un bout à Vautre du Canada français un courant magnétique, tout cela se peut-il expliquer sans l\u2019intervention mystérieuse de l\u2019Esprit?» Si «faire le zouave», aujourd\u2019hui, signifie agir en imbécile, on doit constater que l\u2019affaire, à l\u2019époque, fut on ne peut plus sérieuse.Ces jeunes hommes, et ce n\u2019était pas des farces, voulaient vraiment donner leur vie pour la gloire du catholicisme et de leur nation.Les tenants et aboutissants de cette épopée sont bien présentés dans Les soldats du pape, un ouvrage collectif dirigé de main de maître par le sociologue Jean-Philippe Warren.En plus de faire ressortir l\u2019esprit qui animait les zouaves canadiens, ce livre explique clairement le contexte du mouvement et ses suites.Il faut savoir, en effet, qu\u2019il y eut, au Québec, des gens pour se revendiquer de l\u2019esprit zouave jusqu\u2019en 1993.La virilité belliqueuse Une idée reçue veut que le Québec ait été, tout au long de son histoire, caractérisé par une attitude plutôt pacifiste.L\u2019historien Qllivier Hubert montre ici que ce n\u2019est pas vraiment le cas.Un tiers des colons qui ont peuplé la Nouvelle-France étaient d\u2019anciens militaires, rappelle-t-il, «et la milice faisait des Canadiens un peuple en arme».Dans les milieux bourgeois, le discours de «la virilité belliqueuse et dominatrice » est très répandu.Dans la seconde moitié du XIX® siècle, les collèges classiques entretiennent presque tous des milices scolaires, qui initient les jeunes de bonne famille à la culture militaire.C\u2019est dans ce milieu, d\u2019ailleurs, que seront recrutés la plupart des zouaves canadiens.Arrivés trop tard sur le front, ces derniers ne se battront pas directement contre les troupes italiennes \u2014 la reddition de l\u2019armée papale aura lieu en septembre 1870 \u2014 et aucun de ces volontaires ne mourra au combat.Leur aventure ne sera pas vaine pour autant.En chemin vers Rome, nos zouaves passent par la France, où ils reçoivent un accueil chaleureux.Les Français conservateurs, Louis Veuillot en tête, sont impressionnés par la qualité de leur langue \u2014 celle du XVIF siècle, dit-on \u2014, par leur fougue et leur moralité.«L\u2019expédition des zouaves ponfifi-caux, notent Warren et Eric Désautels, a permis de faire connaître les Canadiens de langue française aux Européens à un moment où l\u2019Europe les avait très largement oubliés.» Soldats déçus du pape, nos zouaves furent cependant des diplomates culturels efficaces.Mal du pays A Rome même, l\u2019expérience fut plus difficile, explique Warren.Soumis à une discipline militaire de fer, incapables de communiquer directement avec le peuple romain, qui ne parle pas français, nos zouaves, en pays de connaissance en France, comme le montrent les notes de voyage de l\u2019un d\u2019entre eux reproduites dans ce livre, ressentent à Rome un violent mal du pays.Plusieurs d\u2019entre eux souffriront de la faim, avant d\u2019être faits prisonniers et couverts d\u2019insultes au moment de la défaite.Ils en tireront la leçon, conclut le sociologue, «qu\u2019ils ne pouvaient vivre sous un ciel étranger, que le poids de l\u2019exil leur pesait trop».Il y a là l\u2019expression d\u2019une part émouvante et constante de l\u2019identité québécoise.î à Mf- ¦ PHOTOS WILLIAM NOTMAN / MUSEE MCCORD Sur la photo de gauche, Alfred Laroque, zouave pontifical en 1868.À droite, les lieutenants Brownlow et Englet (Espagnol et Albanais) et le capitaine Campbell, zouave, sont photographiés en 1866.Aujourd'hui, VAssociaUon des zouaves de Québec fait presque partie du folklore.Les Jeunes ignorent ce que signifie le mot zouave, désormais emplogé dans des expressions péjoratives pour se moquer de quelqu\u2019un \u2014 faire le zouave.Les aînés n\u2019ont qu\u2019un vague souvenir des zouaves, qu\u2019ils associent aux processions religieuses de leur enfance.Enfin, les gens confondent souvent les zouaves avec les membres de la flambogante Garde suisse pontificale en poste au Vatican.)y Extrait de Les soldats du pape À leur retour au pays, «les jeunes héros de notre dernière épopée», pour reprendre la formule de Groulx, sont acclamés, autant par le peuple que par une poésie propagandiste qui chante ces valeureux patriotes catholiques.Afin de leur venir en aide, les élites cléricales demandent au gouvernement de leur octroyer des terres pour qu\u2019ils puissent poursuivre, autrement, leur mission de défendre la civilisation chrétienne et française.En 1871, dans les Cantons- de-l\u2019Est, sur les bords du lac Mégantic, est donc fondée Piopolis, une paroisse baptisée en l\u2019honneur de Pie IX et destinée à la colonisation par les zQuaves.Mal accueillis par des Ecossais déjà installés dans cette région, peu préparés au métier d\u2019agriculteur sur des terres difficiles et éloignées des grands centres, les zouaves ne feront pas de miracles.Piopolis est aujourd\u2019hui une petite municipalité d\u2019environ 400 habitants.Pendant des années, raconte Diane Andy, les soldats canadiens français du pape et leurs descendants animeront une association d\u2019inspiration militaire ayant pour but de préserver la mémoire de leur aventure et l\u2019esprit de leur mouvement.En 1984, dans leur chant du cygne, ils accueilleront Jean-Paul II à Québec.Depuis 1960, cependant, faire le zouave n\u2019attire plus l\u2019admiration.Sans s\u2019en désoler, on peut au moins souhaiter pour cette passionnante histoire mieux que l\u2019oubli.louisco@sympatico.ca LES SOLDATS DU PAPE Sous la direction de Jean-Philippe Warren Presses de l\u2019Université Laval Québec, 2014, 146 pages lA Voir > Le documentaire de Marcei Carrière Avec tambours et \u201d trompettes (1968) sur l\u2019histoire des zouaves pontificaux au Québec, sur le site Web du Devoir.Mon père, ce dictateur SEBASTIEN VINCENT Quels types de pères furent dans l\u2019intimité des dictateurs tels Mussolini, Franco, Mao, Bokassa, Mobutu, Duvalier, Kadhafi ou Loukachenko ?Quel rapport à la figure paternelle et au pouvoir ces fils et filles de despotes ont-ils entretenu?Les destins des héritiers de 17 tyrans, racontés par un collectif de journalistes et d\u2019universitaires réunis par le grand reporter Jean-Christophe Bri-sard et l\u2019historien Claude Qué-tel, sont aussi variés que tragiques, chacun à leur manière.Certains descendants de dictateurs, comme Bachar el-As-sad, grand timide qui rêvait d\u2019être ophtalmologue à Londres, ont été contraints d\u2019offrir «leur innocence à un régime qui voyait en eux une continuité dynastique», et ce, au prix d\u2019une métamorphose radicale et douloureuse de leur personnalité.Les fils aînés de Saddam Hussein sont sortis de l\u2019enfance avec la ferme intention de succéder à leur père et se sont livrés à des luttes fratricides pour y parvenir.L\u2019un d\u2019entre eux, Oudaï, sans doute hanté par le fait que Saddam obligeait ses deux fils à assister en bas âge à la mise à mort cruelle de ses opposants, est lui-même devenu un tortionnaire paranoïaque et sans scrupule.Une violence transmise par le père qui l\u2019a mené droit vers l\u2019abîme.Hosni Moubarak, qui a régné sans partage sur l\u2019Egypte du- ARCHIVES AGENCE ERANCE-PRESSE Photo non datée montrant Joseph Staline en compagnie de sa seconde épouse, Nadejda Sergueïevna Allilouïeva, et de sa fille Svetlana lossifovna Allilouïeva.rant plus de trente ans, a pour sa part entraîné dans sa chute ses fils Alaa et Gamal lors du Printemps arabe, éteignant du coup la flamme hégémonique des Moubarak.Si la fille de Franco, celle de Ceausescu, celles de Mao et les enfants Pinochet «ont parfaitement adhéré au régime paternel» que le monde entier leur demande, aujourd\u2019hui, de détester, les enfants du shah d\u2019Iran ont dû se résigner à l\u2019errance pour trouver un peu de quiétude.Svetlana, fille de Staline, et Alina Castro, descendante non reconnue du Lider Mâximo à qui on attribue une dizaine d\u2019enfants légitimes et illégitimes, ont aussi trouvé refuge à l\u2019étranger.Une manière de rompre pour toujours les liens avec un passé familial dont elles n\u2019ont jamais été maîtresses.Cet essai, auquel il manque malheureusement toute note ou référence et une conclusion générale, montre que, si de rares rejetons de despotes ont pleinement assumé, voire défendu, l\u2019héritage paternel, nombreux sont ceux qui ont subi leur filiation comme un terrible legs chargé de sang, de drames personnels et collectifs.Un poids qui les a littéralement écrasés.Collaborateur Le Devoir ENFANTS DE DICTATEURS Sous la direction de Claude Quétel et Jean-Christophe Brisard Editions First Paris, 2014, 371 pages À roccasion du cinquantième anniversaire de la Place des Arts, historiens, artistes et gestionnaires partagent leurs réflexions sur le rôle et Tinfluence de cette institution qui a puissamment contribué à rémergence de toute une industrie culturelle.ANS 50 ANS DE LA PLACE DES ARTS Sous la direction de Louise Poissant 2015 PAPIER PDF \"I Presses de l'Université du Québec On a tous besoin de savoir POUR AGIR PUQ.CA "]
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