Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (10)

Références

Le devoir, 2015-05-23, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
[" Palmyre Quand le patrimoine devient une arme de guerre aux mains d\u2019EI Page b 2 Michel David Couillard devra préciser sa position constitutionnelle Page b 3 Manon Cornellier Ottawa et sa défense flexible des\tPage B 2 PERSPECTIVES CAHIER B .LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MAI 2015 Vente d\u2019Archambault Les intentions musicales de M.Renaud La vente de la chaîne Archambault à Renaud-Bray a fait fortement réagir le milieu littéraire cette semaine.Des inquiétudes, des questions.Mais pratiquement pas un mot sur l\u2019avenir de ce qui demeure au cœur de l\u2019identité d\u2019Archambault: la musique.Pourtant, il y a, là aussi, matièrequelques interrogations.«Ce sont deux métiers.GUILLAUME BOURGAULT-COTE Pour l\u2019amateur de musique, la maison Archambault, à l\u2019angle des rues Berri et Sainte-Catherine, à Montréal, a valeur de temple.Les pianos et les guitares scintillantes, les rangées de partitions en tous genres, les disques recommandés par des disquaires souvent hautement qualifiés : il y a là quelques bonnes heures à passer.Prenons le même amateur et pla-çons-le dans un Renaud-Bray: la visite sera assurément plus courte.L\u2019espace-disque est en effet souvent réduit à une peau de chagrin dans les 30 succursales du géant libraire.Et depuis janvier 2014, le poste de disquaire a été aboli au sein de la chaîne, laissant le mélomane avec des commis bien intentionnés, mais non spécialisés.La note de service envoyée aux employés pour annoncer la disparition du poste évoquait «de nouveaux impératifs commerciaux», la «nécessité de s\u2019adapter à un monde en constante évolution», les «changements profonds» vécus par le secteur de l\u2019audiovidéo depuis quelques années.Un discours d\u2019affaires qui disait clairement que le secteur de la musique n\u2019était plus exactement une priorité.Deux métiers Or, si le Bureau de la concurrence avalise la transaction annoncée mardi, c\u2019est l\u2019équipe de Renaud-Bray qui sera dorénavant aux commandes des 14 succursales d\u2019Archambault \u2014 qui revendique le titre de «plus important disquaire et détaillant d\u2019instruments de musique et de partitions» du Québec.Une situation qui inquiète plusieurs intervenants du milieu musical, dans la mesure où on connaît peu ou prou les intentions musicales de Biaise Renaud, président et héritier du groupe Renaud-Bray.Pour le moment, Renaud-Bray indique qu\u2019il entend garder l\u2019identité et le nom des deux chaînes.«Ce sont deux métiers, disait M.Renaud mercredi.Archambault a sa propre stratégie, sa propre clientèle, ses propres spécialités.» Dans son communiqué de presse, il situait l\u2019acquisition comme une manière de «préserver la pérennité de l\u2019entreprise», mais «aussi de pouvoir assurer une plus grande vitalité à notre sec- teur d\u2019activité et, par le fait même, à l\u2019ensemble de la chaîne du livre».Pas un mot précis sur les disques.Et plus loin : «Renaud-Bray et Archambault ont l\u2019obligation de s\u2019adapter et de se renouveler pour faire face à l\u2019avenir.» Invitée à préciser ses intentions à moyen terme par rapport au marché de la musique, la direction de Renaud-Bray répétait ce même message jeudi, soulignant aussi que, tant que le Bureau de la concurrence n\u2019a pas étudié le dossier, c\u2019est Québécor qui gère les actifs de Groupe Archambault.En résumé : rien ne bouge, rien ne change.Et on verra plus tard.Archambault a sa propre stratégie, sa propre clientèle, ses propres spécialités.» Des craintes «C\u2019est une transaction qui marque la fin d\u2019une époque», estime un imprésario en parlant de Père où les marchands de disques avaient une certaine importance dans l\u2019économie culturelle.«Renaud-Bray a aboli le métier de disquaire: de là à dire que la musique n\u2019est pas très importante aux yeux des hautes instances de la chaîne, il n\u2019y a qp\u2019un pas à faire.» A l\u2019ADlSQ, la directrice générale, Solange Drouin, dit espérer que «Biaise Renaud va importer la tradition musicale d\u2019Archambault vers Renaud-Bray, et non le contraire.S\u2019il généralise le traitement de la musique qui a été appliqué dans les Renaud-Bray, ce ne sera pas une bonne nouvelle».Directeur disque chez Spectra, François Bis-soondoyal s\u2019est posé plusieurs questions cette semaine en entendant parler du rachat.«Nous avons hâte de connaître les intentions de Biaise Renaud parce qu\u2019il sera à la tête d\u2019un joueur extrêmement important pour le milieu du disque, dit-il.C\u2019est difficile de se prononcer actuellement sur ce qui pourrait arriver, on ne sait ce qu\u2019il veut faire et on n\u2019entend pas d\u2019engagement clair envers la musique depuis mardi.Mais disons que, pour nous, la notion de disquaire est importante, et on souhaite que les points de vente demeurent » Cela car il se vend encore trois fois plus d\u2019albums en format physique qu\u2019en numérique au Québec.Selon les chiffres de l\u2019Qbservatoire de la culture et des communications du Québec (bilan 2014), 5,7 millions de CD ou de vinyles ont été vendus l\u2019an dernier à travers la province, contre 1,9 million d\u2019albums achetés en VOIR PAGE B 3 : MUSIQUE i t^i J PEDRO RUIZ LE DEVOIR Plusieurs intervenants du milieu musical ont hâte de connaître les intentions de l\u2019acquéreur du disquaire et détallant d\u2019instruments de musique.THAÏLANDE Entre le jaune et le rouge, la dictature s\u2019installe BRUNO PHILIP à Bangkok Il y a un an, le 22 mai 2014, le chef de l\u2019armée thaïlandaise, le général Prayuth Chan-ocha, tapait violemment du poing sur la table après l\u2019échec des négociations entre le pouvoir et l\u2019opposition, alors que se poursuivait depuis des mois l\u2019occupation du centre de Bangkok par des milliers de manifestants antigouvernementaux.Les ministres d\u2019un cabinet réduit à un pouvoir fantomatique refusaient de démissionner, leurs opposants s\u2019obstinaient à refuser de lever le «siège» de Bangkok.«Si c\u2019est comme ça, je prends le pouvoir!» tonna le général.En ce début d\u2019après-midi, et pour la 12® fois depuis 1932, les militaires venaient de s\u2019emparer des rênes du royaume.Un an plus tard, le bilan est pour le moins mitigé, voire carrément désastreux sur le triple plan politique, humain et économique.Depuis une dizaine d\u2019années, la Thaïlande n\u2019arrive pas à sortir de la crise sociale et politique, parfois violente.dans laquelle elle s\u2019est embourbée et qui a terni l\u2019image de cette nation de 67 millions d\u2019habitants longtemps vitrine du «miracle» économique de l\u2019Asie du Sud-Est.En sept mois de crise, une trentaine de personnes ont été tuées en 2014 durant les manifestations.Deux options «Quand l\u2019armée a pris le pouvoir, je me suis sentie soulagée.C\u2019était la fin des manifs, le retour à la normalité, à la paix.On dit que c\u2019est une dictature.Mais la démocratie n\u2019apporte pas la solution à tous les problèmes.Regardez la France!» explique en souriant et dans un français parfait Premika Sucharitkul, la cinquantaine, artiste et fille d\u2019un ancien ambassadeur de la Thaïlande à Paris, dont une grand-tante fut l\u2019épouse d\u2019un ançien roi.«Après ce coup d\u2019Etat, la Thaïlande a deux options», estime Sombat Boonngamanong, militant prodémocratique et directeur d\u2019une ONG s\u2019occupant des sans-logis et des ethnies minoritaires M Prayuth Chan-ocha des confins birmans, qui a passé 27 jours en prison après le putsch: «Soit on reste englués dans notre passé féodal, soit on saute dans le futur de la modernité.Mais voilà, on ne sait plus comment sauter.Et l\u2019armée, elle, ne veut pas de retour à la démocratie.» A Bangkok, les avis sont très partagés selon la couleur politique que l\u2019on affiche : les uns, qui penchent vers le camp des «chemises jaunes», aux couleurs du roi, sont des militants conservateurs et ultraroyalistes issus de la haute bourgeoisie ou des classes moyenne et supérieure.Ce sont leurs partisans qui bloquaient la capitale l\u2019année dernière.Leur obstination précipita le putsch des militaires, par ailleurs majoritairement gagnés à leur cause.Les autres, dits «chemises rouges», forment une coalition bigarrée d\u2019intérêts alliant de riches entrepreneurs de Bangkok à la paysannerie des campagnes plus déshéritées du nord et du nord-est du pays.Leur héros s\u2019appelle Thaksin Shinawatra, ex-policier milliardaire qui fit fortune dans les télécoms et fut premier ministre de 2001 à 2006 avant d\u2019être renversé par l\u2019armée.C\u2019est le gouvernement de sa sœur Yin-gluck, devenue première ministre après les élections législatives de 2011, que les «jaunes» poussaient à la capitulation.L\u2019armée scella son sort comme elle l\u2019avait fait, cinq ans plus tôt, pour son frère.Ce dernier vit désormais en exil entre Londres et Dubaï, pour échapper à des accusations de corruption.Deux visions Au cœur de l\u2019affrontement s\u2019opposent deux visions antagonistes.L\u2019une, paternaliste, est de l\u2019avis que les élites traditionnelles du pouvoir \u2014 palais, armée, haute bourgeoisie des affaires \u2014 peuvent contribuer à faire évoluer un système en l\u2019adaptant aux valeurs thaïlandaises.Pour les tenants de cette thèse, la Thaïlande n\u2019est pas mûre pour une démocratie à l\u2019occidentale.VOIR PAGE B 2 : DICTATURE B 2 LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MAI 2015 PERSPECTIVES Vendre son âme Manon CORNELLIER à Ottawa Avis aux intéressés, l\u2019Arabie Saoudite est à la recherche de huit bourreaux pour couper la main des voleurs, mais aussi décapiter les condamnés à mort qui croupissent dans ses prisons.Et il y en a beaucoup parce qu\u2019on ne lésine pas avec les punitions au royaume du wahhabisme.Depuis janvier dernier, pas moins de 85 personnes ont été décapitées dans ce pays, une hausse fulgurante par rapport à l\u2019an dernier alors que 87 personnes ont subi ce sort.Voilà qui rivalise avec le groupe armé Etat islamique (El).Le Canada fait la guerre à l\u2019EI, mais pas à l\u2019Arabie Saoudite.Le Canada dénonce la barbarie de l\u2019EI, mais pas celle de Riyad.Bien au contraire ! Pour Ottawa, le royaume saoudien est un allié, au point d\u2019accepter de lui vendre du matériel militaire.C\u2019est même une société d\u2019Etat, la Corporation commerciale canadienne (CCC), qui a signé en février 2014 un contrat qu\u2019elle qualifie elle-même d'« historique ».Il prévoit la fourniture de véhicules et de matériel de formation militaire d\u2019une valeur de «plusieurs milliards de dollars».Quinze milliards pour être précis.Les véhicules blindés, conçus et fabriqués à London (Ontario) par General Dynamics Land Systems, «permettront de conserver plus de 3000 emplois chaque année au Canada», se réjouit la CCC dans son communiqué.Ce contrat est si important qu\u2019il fera passer l\u2019Arabie Saoudite au second rang des clients de matériel militaire canadien.À quoi servira ce matériel ?À réprimer la population ou à défendre les frontières ?Ottawa refuse de dire s\u2019il a obtenu des garanties à cet égard.Lorsqu\u2019une transaction de ce genre est envisagée avec un pays présentant un bilan persistant de violations sérieuses aux droits de la personne, la loi exige pourtant que le gouvernement canadien s\u2019assure de ne pas aggraver la situation et qu\u2019il obtienne l\u2019assurance que le matériel militaire ne servira pas contre la population civile.On ne sait donc pas si une telle assurance a été demandée ou donnée.On sait par contre, grâce au Globe and Mail, que la dernière évaluation canadienne de la situation des droits de la personne en Arabie Saoudite remonte à 2012.Bref, Ottawa a laissé la CCC signer ce contrat et a même commencé ce printemps à accorder les premiers permis d\u2019exportation nécessaires sans procéder à une mise à jour de son examen.Comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement actuel refuse toujours de signer le Traité sur le commerce des armes, faisant du Canada le seul pays membre de l\u2019OTAN et du G7 à agir ainsi.Il prétexte que son système de contrôle des exportations militaires est aussi bien, sinon meilleur, que celui prévu dans le traité alors qu\u2019il offre lui-même la preuve du contraire.Ce gouvernement prétend sur toutes les tribunes mener une politique étrangère fondée sur les principes.Lesquels dans ce cas-ci?Il lui aurait suffi de lire les rapports de multiples organisations vouées à la défense des droits fondamentaux pour voir qu\u2019il faisait fausse route en appuyant ce contrat.La dernière déclaration écrite soumise par Amnistie internationale au Conseil des droits de l\u2019homme des Nations unies résume bien ce que tout le monde constate.Violation des droits à la liberté d\u2019expression, d\u2019assemblée et d\u2019association, discrimination à l\u2019endroit des femmes et des minorités, emprisonnement et exécution de dissidents, recours à la peine de mort, la liste est longue.Ça ne prend pas un génie pour savoir que Riyad est du mauvais côté des choses.Tout le monde connaît l\u2019apartheid sexuel dans lequel les femmes saoudiennes sont maintenues, un état dont la plupart des gouvernements étrangers s\u2019accommodent pour poursuivre leurs petits commerces.Les décapitations, souvent menées en public, ne sont un secret pour personne.Les attaques à la liberté d\u2019expression non plus.Le cas du blogueur Raif Badawi nous le rappelle trop bien.Emprisonné depuis 2012, il a été condamné à 10 ans de prison et à 1000 coups de fouet pour avoir parlé religion.On l\u2019accuse d\u2019avoir insulté l\u2019islam.Il a reçu les 50 premiers coups de fouet le 9 janvier dernier, un châtiment qui devait se répéter chaque vendredi, mais qui est depuis reporté de semaine en semaine.Sa femme Ensaf Haidar s\u2019est réfugiée au Canada, à Sherbrooke, avec leurs trois enfants.Elle se bat depuis pour le faire libérer.Le gouvernement canadien a réagi du bout des lèvres, demandant la clémence pour son mari plutôt que sa libération et insistant sur le fait qu\u2019il n\u2019est pas citoyen canadien.Le gouvernement conservateur dit combattre le terrorisme islamiste et le voilà qu\u2019il s\u2019acoquine à un régime qui défend un courant ultra-conservateur de l\u2019islam, le wahhabisme, dont s\u2019inspirent bien des extrémistes.Pire, il accepte qu\u2019on lui livre du matériel militaire.L\u2019argument économique ne peut expliquer cet aveuglement volontaire d\u2019Ottawa.Après tout, l\u2019Arabie Saoudite est le principal responsable de la chute du prix du brut qui a ébranlé l\u2019économie canadienne cet hiver.Il reste les 3000 emplois en jeu dans le sud-ouest de l\u2019Ontario, une région riche en sièges à la Chambre des communes.Mais l\u2019électoralisme peut-il vraiment aller jusque-là?Il faut espérer que non.mcornellier@ledevoir.com .'-S II,.U ' il\t.J/ r, %'®- ¦¦ \u2022y ^ ¦ * 4.V ^ Si CHRISTOPHE CHARON AGENCE ERANCE-PRESSE Les risques sont grands que le riche site de Palmyre soit endommagé, sinon détruit, par les djihadistes.PALMYRE Le patrimoine comme arme de guerre Avec la prise de Palmyre, joyau archéologique inscrit au Patrimoine mondial de PUNESCO, le groupe Etat islamique franchit un nouveau seuil dans ce qui est désormais qualifié de génocide culturel.La menace qui plane sur la cité millénaire ramène au premier plan le recours à la destruction patrimoniale comme arme de guerre.ISABELLE PARÉ Plus qu\u2019un affront psychologique envers l\u2019Occident, la mainmise des djihadistes sur le site antique de Palmyre s\u2019inscrit dans une logique d\u2019éradication du passé du peuple syrien et des rares marqueurs identitaires des populations locales.Autrefois dommage collatéral des guerres traditionnelles, l\u2019annihilation du patrimoine, devenu l\u2019arme de guerre de prédilection d\u2019EI, ne peut plus être considérée comme un enjeu secondaire, affirme Nada El-Hassan, chef de l\u2019unité des États arabes au Centre du patrimoine mondial de l\u2019UNESCO.«Le patrimoine est central dans cette guerre.Il est utilisé comme une arme psychologique pour anéantir Vautre.Jamais le patrimoine n\u2019a été la cible aussi directe d\u2019un conflit et c\u2019est pourquoi sa protection doit maintenant être intégrée aux décisions militaires internationales», martèle la représentante de l\u2019UNESCO, jointe à Paris par Le Devoir.Dans un des conflits les plus meurtriers de la planète, dont le bilan s\u2019élève à plus de 220 000 morts et à des millions de déplacés, l\u2019appel à sauver les traces de cultures millénaires pèse bien peu dans l\u2019échelle de l\u2019horreur.A mots couverts, on a même reproché à l\u2019certains leaders de s\u2019émouvoir davantage pour des pierres que pour les milliers d\u2019humains pris en otages dans ce conflit.Cela n\u2019a pas empêché cette semaine la directrice générale de l\u2019UNESCO, Irina Bokova, d\u2019appeler le Conseil de sécurité de l\u2019ONU à se saisir de cet enjeu et de «sauvegarder le patrimoine mondial de Palmyre».«Il faut faire en sorte que la destruction du patrimoine mondial soit considérée et punie comme un crime de guerre», renchérit Nada El-Hassan.Publicité de premier plan Dans la guerre menée par El, le patrimoine et les droits de la personne ne peuvent plus être mis en opposition, estime-t-elle.Non seulement le pillage des sites archéologiques est devenu l\u2019un des axes du financement du groupuscule terroriste, mais les images spectaculaires d\u2019artefacts réduits en poussière assurent une publicité de premier plan pour recruter des jeunes à la recherche de sensations fortes.«Il s\u2019agit d\u2019une guerre médiatique, d\u2019une guerre ou l\u2019anéantissement du patrimoine fait partie des armes.El a compris le pouvoir de cette arme à l\u2019endroit de l\u2019Occident, mais aussi à l\u2019égard de la population.Lorsqu\u2019il détruit son patrimoine, la population civile est tuée deux fois, car ce patri- L\u2019annihilation du patrimoine, devenu l\u2019arme de guerre de prédilection d\u2019EI, ne peut plus être considérée comme un enjeu secondaire moine incarne sa mémoire et son humanité», avance la porte-parole de l\u2019UNESCO.A cet égard, plusieurs spécialistes du patrimoine s\u2019insurgent contre la médiatisation accordée aux images des exactions culturelles commises ailleurs en Syrie.«Plus on montre ces images d\u2019EI, plus on les incite à récidiver, croit Mme El-Hassan.On doit parler de ces destructions, mais les images sont de l\u2019ordre de la propagande.Elles ne doivent pas être traitées comme de l\u2019information.» Une position que partage Dinu Bumbaru, directeur d\u2019Héritage Montréal et d\u2019Icomos Canada (Conseil international des monuments et sites), qui croit que, «compte tenu du pouvoir démultiplicateur de ce genre d\u2019action, les YouTube de ce monde devraient refuser de servir de vecteur à la propagande d\u2019EI».Selon ce dernier, il n\u2019y a pas de hasard dans l\u2019assaut mené sur ce site aussi «photogénique», couru avant la guerre par des milliers de touristes occidentaux.Palmyre, fusion de civilisations En entrevue à la BBC, Kevin Butcher, spécialiste de la culture romaine au Proche-Orient à la Warwick University, comparait cette semaine Palmyre à la « Venise du désert», ayant le sable pour mer et les chameaux pour navires.Carrefour caravanier, l\u2019ancienne cité juive, élevée au cœur d\u2019une oasis, fut une plaque tournante des échanges commerciaux entre l\u2019Occident et l\u2019Orient pendant des siècles.Située sur la route reliant Rome à la Perse, à la Mésopotamie et à l\u2019Inde, elle fut notamment conquise par les Grecs et devint une cité romaine prospère en 19 avant notre ère.Habitée par de riches commerçants, la ville acquiert même le statut de cité libre et connaît son apogée sous l\u2019empereur Hadrien.Palmyre devient la plus grande puissance commerciale du Proche-Orient entre le P'' et le IIP siècle, avant que La Mecque ne la détrône au VP siècle.Sous le joug des musulmans, un souk sera construit au sein des colonnades, puis la ville sera lentement abandonnée sous l\u2019Empire ottoman.Ce riche passé cosmopolite, né de la rencontre de civilisations multiples, a laissé des vestiges richissimes qui, malgré des siècles d\u2019influences à prédominance gréco-romaines, affichent un style propre et unique à la Syrie, marqué par la présence d\u2019une religion polythéiste préislamique et d\u2019écrits sémitiques.Outre sa célèbre colonnade dressée en plein désert, l\u2019immense cité abrite les vestiges d\u2019un théâtre, d\u2019une agora, d\u2019un temple dédié au dieu Bêl, de bains, de nombreuses villas d\u2019inspiration romaine et de tours à tombeaux uniques à cette région, qui ont survécu au passage des siècles.Certains des bustes et sculptures de petite taille propres à ces monuments funéraires, réunis dans le musée de Palmyre, ont été mis à l\u2019abri par des civils au péril de leur vie, ou déplacés vers Damas, dans les jours qui ont précédé l\u2019invasion d\u2019EI.y.U>11 .\t.\t\u2022\t^\tJ*\tSf ¦ '1 ' A>vPKOC lor h GREG EISHERG Un des nombreux trésors que recèle le site archéologique de Palmyre.Un symbole dérangeant En plus d\u2019offrir une position stratégique sur le plan militaire, la prise de Palmyre fait figure de symbole puissant, El mettant le grappin sur l\u2019incarnation du métissage culturel survenu entre l\u2019Orient et l\u2019Occident et de r« idolâtrie » propre aux infidèles.« Cela symbolise tout ce que El veut éradiquer, à savoir la grandeur de civilisations préislamiques.On veut effacer ces traces, comme on l\u2019a fait à Ha-tra.Ce site appartient non seulement au patrimoine mondial, il est un symbole de la fierté syrienne qui permettrait, après la guerre, non seulement de reconstruire l\u2019identité syrienne au-delà des divergences religieuses, mais d\u2019aider à la reconstruction économique », estime Greg Jones, spécialiste des cultures préislamiques au Moyen-Orient à l\u2019Université Carie-ton, qui craint le pire pour la suite des choses.Si les plus petits artefacts pourraient être rescapés pour renflouer les coffres du groupe terroriste, les grands monuments, eux, pourraient être dynamités dans un grand coup d\u2019éclat.«C\u2019est ce qu\u2019ils ont fait à Nimrod», affirme M.Jones.Le 29 juin prochain, lors de la rencontre annuelle du Çomité du patrimoine mondial à Bonn, les États membres seront appelés à créer une coalition internationale visant à protéger le patrimoine au Moyen-Orient.«L\u2019Italie demande depuis longtemps la création de Casques bleus pour protéger des sites culturels», affirme Nada El-Hassan.Devant l\u2019hécatombe culturelle essuyée à Hatra, à Nimrod, à Mos-soul et dans plusieurs autres sites majeurs tombés sous la coupe d\u2019EI, il faudra aller plus loin, assure-t-elle.Le Devoir DICmiURE SUITE DE LA PAGE B 1 L\u2019autre vision est celle des partisans de Thaksin et du gouvernement renversé, qui soutiennent l\u2019idée que l\u2019élévation du pouvoir d\u2019achat des paysans et leur plus grande contribution politique aux affaires du royaume contribueront à renforcer la démocratie et à jeter les bases d\u2019une Thaïlande plus égalitaire et dépouillée des archaïsmes d\u2019une antique féodalité.Résultat: les campagnes pro-Thaksin vomissent la junte, qui s\u2019est affublée d\u2019un titre aux consonances orwelliennes, le Conseil national pour la paix et l\u2019ordre (NCPO).Depuis le putsch, toute liberté politique est supprimée, les médias subissent la censure et tout rassemblement de cinq personnes est interdit.Les grandes institutions \u2014 l\u2019Assemblée nationale, le Sénat, le Conseil national de réforme, le Conseil pour la rédaction de la nouvelle Constitution \u2014 sont toutes composées de militaires ou de personnalités loyales à la junte.Selon les informations fournies par le site d\u2019Ilaw Ereedom, organisation de la société civile qui dresse la liste des abus du régime, 751 personnes ont été convoquées par l\u2019armée depuis le «golpe» thaï dans le but de «corriger leur comportement» (sic).Parmi elles, 428 ont été arrêtées et, à ce jour, selon l\u2019ONG, 68 personnes restent emprisonnées pour raisons politiques.«Cette junte est une dictature qui peut se satisfaire d\u2019un certain niveau de critique.En cela, le régime fait preuve d\u2019une certaine sophistication», analyse Pravit Rojanaphruk, journaliste de gauche au quotidien anglophone de droite The Nation.A la différence des télévisions, la censure n\u2019est pas strictement imposée dans les journaux.«J\u2019ai peur que l\u2019armée ait l\u2019intention de rester au pouvoir pour trois, cinq ans», redoute Natta-wut Saikua, 39 ans, secrétaire général du mouvement des «chemises rouges» et ancien ministre adjoint du gouvernement renversé.Dans son bureau de la télévision « rouge » Peace TV, qui vient d\u2019être fermée sur ordre de la junte, il reste confiant dans l\u2019émergence à terme d\u2019une nouvelle Thaïlande.Pour l\u2019heure, dans la Thaïlande jaune-rouge des frères ennemis, c\u2019est l\u2019armée qui hisse les couleurs.Le Monde LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MAI 2015 B 3 PERSPECTIVES PARTI QUEBECOIS La domestication de Pierre Karl Péladeau On connaît le caractère vindicatif de Pierre Karl Péladeau.Pour son baptême de feu en tant que chef de l\u2019opposition, il a plutôt choisi de se présenter à l\u2019Assemblée nationale sous un jour différent, se montrant conciliant, presque généreux, en tendant la main au premier ministre Philippe Couillard.Chez les libéraux, on croit que le naturel reviendra au galop.Du moins on l\u2019espère de tout cœur.ROBERT DUTRISAC Correspondant parlementaire à Québec Dans son discours le soir de l\u2019élection, le nouveau chef du Parti québécois a rappelé qu\u2019il avait voté pour la première fois à 18 ans, le 20 mai 1980, lors du premier référendum.Trente-cinq ans plus tard, Pierre Karl Péladeau n\u2019a qu\u2019une seule ambition : « réussir » \u2014 son slogan de campagne à la chefferie \u2014 là où René Lévesque a échoué, « faire du Québec un pays », comme il dit, sans poing en l\u2019air mais plutôt avec les deux bras levés en signe de victoire.«Voilà longtemps que nous n\u2019avons pas eu autant confiance en notre option », a dit Pierre Karl Péladeau aux militants.Dans les cercles pé-quistes, on croit que son discours, rédigé soigneusement et livré honnêtement, a convaincu plusieurs péquistes qui restaient sceptiques quant à ses qualités de chef.Les membres de ce parti, qui a connu toute une dégelée il y a un an à peine, se sentent rassérénés, plus près qu\u2019ils ne l\u2019étaient du Grand Soir.Encore faut-il que ce sentiment se propage en dehors de la chapelle pour rejoindre la population.Vaste chantier.Mais Pierre Karl Péladeau n\u2019a pas tort de penser qu\u2019il insuffle un nouvel élan à l\u2019option.Ce n\u2019est certes pas une bonne nouvelle pour les libéraux si les souverainistes commencent à croire en leurs chances.Nervosité Dans les jours qui ont précédé l\u2019élection, les apparatchiks péquistes et le caucus étaient nerveux; ils ne savaient pas à quoi s\u2019attendre pour la suite des choses.Alors que sa victoire était déjà considérée comme acquise, sauf par Alexandre Cloutier qui s\u2019est laissé berner par un sondage robotisé, Pierre Karl Péladeau, qui ne voulait sans doute pas se montrer présomptueux, n\u2019avait rien laissé filtrer de ses intentions.On ne savait pas s\u2019il allait chambouler l\u2019équipe pour favoriser ses fidèles, ni quel ton il voulait adopter à l\u2019Assemblée nationale.On priait pour que l\u2019unité des troupes prime, pour qu\u2019une certaine stabilité soit préservée et que le chef ne se précipite pas à la jugulaire de Philippe Couillard dès la première période de questions.Pierre Karl Péladeau a décidé de répondre à ces vœux.Au grand soulagement du personnel politique et du caucus.Mardi, à sa première question, Pierre Karl Péladeau s\u2019est campé sur un terrain qu\u2019il connaît bien : l\u2019économie.Et plutôt que d\u2019argumenter avec le premier ministre, il a choisi de lui faire une proposition: tenir en septembre prochain «un grand forum économique» ahn de doter le Québec «d\u2019une véritable politique économique».Le chef péquiste a insisté sur l\u2019importance de protéger les entreprises québécoises et leurs sièges sociaux.Philippe Couillard a répliqué en invoquant «un ingrédient essentiel» pour garder les sièges sociaux au Québec: «la stabilité économique, politique et financière» que favorise «l\u2019appartenance du Québec à la fédération canadienne».Mercredi, Pierre Karl Péladeau est revenu avec la même « main tendue », et jeudi tant le premier ministre que le chef péquiste étaient absents de la Chambre.Donc, son entrée en scène a reposé sur un seul sujet et une seule approche.Des appuis Le sondage Léger Marketing publié mardi dans Le Devoir et celui de CRQP publié vendredi montrent sensiblement la même chose : l\u2019élection de Pierre Karl Péladeau a dopé les appuis au PQ, mais l\u2019effet n\u2019est pas mirobolant.Son parti recueille 34% des intentions de vote contre 32% pour le PLQ et 20% pour la CAQ.Le JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE On sentait une certaine nervosité mardi dans ies rangs péquistes aiors que Pierre Kari Péiadeau a posé sa première question en tant que chef du PQ.PQ a tout de même gagné 9 points en deux mois.C\u2019est loin du score d\u2019André Boisclair après qu\u2019il a été élu chef du PQ, soit 47 %, mais l\u2019Action démocratique du Québec était moins forte à l\u2019époque que la CAQ aujourd\u2019hui et Québec solidaire ne récoltait guère plus de 5% des intentions de vote.Les libéraux attendent Pierre Karl Péladeau avec une brique et un fanal.Mardi, la Commission des institutions entendra le commissaire à l\u2019éthique et à la déontologie des élus, Jacques Saint-Laurent, dont quelques recommandations portent sur le cas du chef péquiste et actionnaire de contrôle de Québécor.La semaine suivante, ce sera au tour du jurisconsulte de l\u2019Assemblée nationale, Claude Bisson.En août, on compte sur le Centre d\u2019étude sur les médias de l\u2019Université Laval, qui dévoilera une analyse indépendante du cas PKR pour souffler sur les braises.Qn croit que la position du chef péquiste est intenable.Pas de cirque Pour la plupart des élus péquistes, la cause est cependant entendue.La Commission des institutions ne pourra pas faire consensus sur des modihcations au code d\u2019éthique des députés qui viserait leur chef, estiment-ils.«Ce n\u2019est pas vrai qu\u2019on va se servir du code pour empêcher quelqu\u2019un d\u2019être député», affirme le député péquiste Stéphane Bergeron qui, au sein de Les libéraux attendent Pierre Karl Péladeau avec une brique et un fanal cette commission, a remplacé au pied levé Jean-Prançois Lisée, le franc-tireur qui ne veut pas se dédire.Chacun de leur côté, libéraux et péquistes soutiennent qu\u2019ils ne veulent pas faire d,e cette commission «un cirque».A trop s\u2019acharner sur PKP, on risque d\u2019en faire une victime, croit-on chez les libéraux.Il faut s\u2019acharner, mais pas trop, et surtout faire en sorte que les doutes sur la situation de conflits d\u2019intérêts du chef péquiste s\u2019instillent dans l\u2019électorat.Un travail de sape, patient et rigoureux.Dans le camp péquiste, on croit que le recours à une fiducie sans droit de regard (avec directive de ne pas vendre les actions de l\u2019empire) sera suffisant pour satisfaire l\u2019opinion publique.Le dernier sondage Léger Marketing montre d\u2019ailleurs qu\u2019une majorité de Québécois (52%) sont «plutôt indifférents» à l\u2019égard de la situation de l\u2019actionnaire de contrôle de Québécor.La vraie partie est commencée.Les libéraux espèrent bien que Pierre Karl Péladeau succombera à son instinct de tueur devant l\u2019imperturbable Philippe Couillard, que surgira l\u2019impétueux et vindicatif D\"^ Jekyll.Jusqu\u2019ici, c\u2019est un M.Hyde posé et propret qui s\u2019est montré et un Pierre Karl Péladeau domestiqué qui a accepté de suivre les conseils de son entourage.Le Devoir MUSIQUE SUITE DE LA PAGE B 1 ligne (un recul de 3,7% par rapport à l\u2019année précédente, le premier jamais enregistré pour cette catégorie).Décroissance Pour donner une idée de la décroissance générale du secteur, il suffit de rappeler que 13 millions de CD ont été vendus au Québec en 2004.Une décennie plus tard, les ventes ont fondu de moitié.Et le même phénomène se mesure partout ailleurs (au Canada, les ventes de CD sont passées de 36,6 millions en 2004 à 11,2 millions en 2014).C\u2019est un euphémisme de dire que l\u2019industrie musicale n\u2019est plus la vache à lait qu\u2019elle fut dans les années 80 et 90 \u2014 l\u2019arrivée du CD et de MTV avait alors révolutionné la façon de promouvoir et de consommer la musique.Qn se souvient de Michael Jackson, du gant blanc, du moonwalk.Tout le monde renouvelait sa discothèque, on produisait des vidéo-clips avec des budgets de film, l\u2019argent coulait à flots.Prise dans une certaine euphorie, l\u2019industrie n\u2019a pas vu venir la révolution Internet, et elle en paie encore le prix aujourd\u2019hui.L\u2019importante chute des ventes de disques « concrets » a entraîné la fermeture de plusieurs magasins et de profonds réaménagements chez ceux qui sont demeurés \u2014 Ar- chambault y compris.En 2009, le directeur des achats pour la chaîne expliquait au Devoir que l\u2019enseigne avait été «obligée de dynamiser [son] offre» en réaction aux baisses constantes des ventes.«Dynamiser» voulait alors dire diminuer l\u2019espace-disque et les inventaires pour plutôt vendre des livres, des DVD, des revues, quelques babioles aussi.Maillon Aujourd\u2019hui, la décision de Québécor de se départir du maillon vente au détail de sa chaîne de production-diffusion musicale «indique bien à quel point cette partie de l\u2019industrie est en décroissance», estime Claude Martin, professeur retraité de l\u2019Université de Montréal et spécialiste de l\u2019économie des industries culturelles.«Québécor avait intégré Archambault à sa structure complète multiplateforme, qui allait des émissions de télé \u2014 qui sont de très grandes vendeuses d\u2019albums \u2014 à l\u2019enregistrement de disques [Musicor], la distribution [Sélect], la vente.En cédant Archambault, elle désarticule le morceau au bout de la chaîne.Elle détruit en quelque sorte la synergie qu\u2019elle avait patiemment construite.C\u2019est une indication du manque d\u2019avenir de cette branche.Et la question que je me pose, c\u2019est si Biaise Renaud acceptera de soutenir un secteur moins rentable alors que lui ne profite pas des intérêts de la synergie.Québécor avait une chaîne cohérente, alors que Renaud-Bray ne va disposer que du bout de celle-ci, et pas le bout le plus payant.» M.Martin observe que «la captation de l\u2019argent pour la culture et le divertissement passe désormais beaucoup plus par les réseaux \u2014\tcomme l\u2019abonnement Internet [Vidéotron] \u2014\tque par les objets ».Enseignes fortes Mais cela ne veut pas dire qu\u2019un disquaire comme Archambault n\u2019a plus sa raison d\u2019être, fait valoir un membre de la direction du groupe, qui soutient que les 14 magasins de la chaîne sont rentables.«Ce n\u2019est pas une transaction de \u201cre-branding\u201d ou de fermeture de succursales», souligne-t-il.Dans ce contexte, il ne croit pas que «Biaise Renaud va revirer ça de bord, car ce serait une grosse erreur.Archambault et Renaud-Bray ne sont pas la même chose, même si une partie de l\u2019offre se ressemble.M.Renaud gagne à avoir deux enseignes fortes qui ont des personnalités distinctes».Dans le milieu, ils sont plusieurs à l\u2019espérer pour le bien des mélomanes qui veulent un accès « concret » à la musique, que ce soit par les disques ou les instruments.Reste à voir si la dynamique d\u2019une économie musicale largement dématérialisée convaincra les nouveaux patrons d\u2019Archambault de maintenir le cap.Qu si «l\u2019obligation de s\u2019adapter et de se renouveler pour faire face à l\u2019avenir» signalera, là aussi, la fin des haricots pour les disquaires.Le Devoir Le dangereux pari du vide Michel David Le premier ministre Couillard l\u2019a déclaré sans détour: la «séparation» sera le grand thème de la prochaine élection.Puisque c\u2019est également le vœu de Pierre Karl Péladeau, on voit mal comment il pourrait en être autrement, n\u2019en déplaise à Prançois Legault.Le PQ serait cependant très mal avisé de se laisser imposer tout le fardeau de la preuve.Le proverbe « Un tiens vaut mieux que deux tu l\u2019auras» traduit très bien la dhficulté de contrer la menace d\u2019«instabilité» que brandit déjà M.Couillard simplement en faisant miroiter les hjjpothétiques avantages de l\u2019indépendance.Dans une lettre ouverte publiée mercredi dans Le Devoir, l\u2019ancienne députée libérale de La Pinière, Patima Houda-Pepin, affirmait que le principal avantage du camp souverainiste dans ce nouvel affrontement est «le vide d\u2019une option fédéraliste légitime qui romprait avec le statu quo et offrirait aux Québécois une alternative crédible à la souveraineté ».Selon elle, «il est donc urgent pour le PLQ de retrouver son âme et d\u2019articuler une position claire sur la place du Québec dans le Canada du XXI\u201d siècle».En toute justice pour M.Couillard, il faut reconnaître qu\u2019à l\u2019occasion de sa récente visite à Toronto, il a rappelé que «le caractère spécifique du Québec doit nécessairement être reconnu», mais il l\u2019a dit seulement en français, comme s\u2019il ne voulait pas choquer ses hôtes.Quand on veut poser une exigence, on s\u2019arrange normalement pour être compris.Avec raison, les médias ontariens ont plutôt vu dans son discours un vibrant plaidoyer pour l\u2019unité canadienne.De toute manière, M.Couillard l\u2019a répété à plusieurs reprises : il n\u2019a aucune intention de prendre l\u2019initiative d\u2019une réouverture du dossier constitutionnel.Si jamais quelqu\u2019un d\u2019autre voulait le faire, il profiterait simplement de l\u2019occasion pour présenter les demandes du Québec.C\u2019est comme si elles n\u2019étaient plus qu\u2019ac-cessoires.Au cours des dernières décennies, les chefs du PLQ ont tous senti le besoin d\u2019exphciter leur projet constitutionnel dans un document auquel on peut encore se référer.Certains étaient sans doute utopiques (le livre beige de Claude Ryan) ou purement conjoncturels fie rapport Allaire), mais ils traduisaient néanmoins un réel désir de réaménager la fédération ca-Quand on\tnadienne pour tenir compte des aspirations du Québec, veut poser\tMême après la victoire du ,\tNon en 1995, Daniel John- une exigence,\tson avait jugé imprudent de se présenter devant l\u2019électorat sans programme consti-normalement\ttutionnel.L\u2019actuel ministre des Affaires intergouverne-pour être\tmentales canadiennes, Jean- ,\tMarc Pour nier, avait été l\u2019un compris\tdes artisans du document intitulé Reconnaissance et interdépendance, qui reprenait pour l\u2019essentiel les dispositions de l\u2019accord du lac Meech.Il fallait «redéfinir l\u2019union politique canadienne», avait-il expliqué à l\u2019époque.Qn ne peut certainement pas lui reprocher un manque de patience.Jean Chrétien a eu beau lui signifier brutalement que le fédérahsme n\u2019était pas un «magasin génércà» où chacun pouvait choisir ce qui lui plaisait, Jean Charest n\u2019en a pas moins mis sur pied un comité présidé par Benoît Pelletier, qui a accouché d\u2019un rapport de 165 pages.Soit, pendant ses neuf ans au pouvoir, M.Charest n\u2019a jamais cru le fruit suffisamment mûr pour tenter de mettre ses recommandations en œuvre, mais le rapport Pelletier n\u2019en présentait pas moins une vision québécoise cohérente du fédérahsme.M.Couillard est le premier chef du PLQ à ne pas voir la nécessité d\u2019aller au-delà des généralités évoquées ici et là dans un discours.Ceux qui, comme M\u201c® Houda-Pepin, avaient mis leurs espoirs dans le grand congrès d\u2019orientation qu\u2019il avait promis durant la course à la chefferie en seront pour leurs frais.Il sera plutôt fondu dans ce qu\u2019on appelle le «congrès des membres », qui aura heu les 13 et 14 juin.Bien entendu, aucune discussion sur l\u2019avenir du fédérahsme n\u2019y est prévue.on s\u2019arrange En pariant sur le vide plutôt que de s\u2019aventurer sur le terrain miné de la Constitution, M.Couillard fait le calcul que la population préférera encore un statu quo indolore au risque de l\u2019instabi-hté.S\u2019il avait la naïveté de croire que le statu quo peut réellement exister en matière de relations fédérales-provinciales, sa première année de pouvoir devrait pourtant l\u2019avoir éclairé.Il y a quinze ans, le PLQ proposait de remplacer le Transfert canadien en santé par un transfert de points d\u2019impôt.Aujourd\u2019hui, M.Couillard en est réduit à supplier Qttawa de ne pas le diminuer arbitrairement.Chaque budget fédéral amène son lot de mauvaises nouvelles qu\u2019on tente tant bien que mal de minimiser pour ne pas faire le jeu des « séparatistes ».Même dans un domaine qui relève aussi évidemment de la compétence des provinces que la lutte contre l\u2019itinérance, le Québec a dû se plier au diktat fédéral pour grappiller quelques millions.Et voilà maintenant que Thomas Mul-cair veut recréer un ministère des Affaires urbaines.Misère ! Si le PQ ne réussit pas à profiter du vide de la pensée constitutionnelle du PLQ, il y a des gens à Qttawa qui ne demandent pas mieux que de le faire.mdavid@ledevoir.com B 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MAI 2015 EDITORIAL Josée Boileau RECENSEMENT Prévisible, avéré L\u2019affaire était annoncée, prévisible, connue et elle se vérifie : abolir l\u2019obligation de répondre à la forme longue du recensement a des impacts majeurs, dans tous les domaines.Tous ceux qui ont besoin de rigueur s\u2019en plaignent, ce qui explique sans doute pourquoi le gouvernement Harper tenait tant à ce chambardement scientifique.1 y a maintenant cinq ans, en plein mois de juillet, pendant que se tenaient les sommets du G8 et du G20 en Ontario, le gouvernement conservateur (en fait le premier ministre Stephen Harper lui-même, a-t-on depuis appris) décidait en douce que dorénavant, répondre au formulaire long du recensement serait facultatif plutôt qu\u2019obligatoire.C\u2019était là une décision invraisemblable tant les données recueillies de cette manière étaient reconnues internationalement pour leur fiabilité et, dans tous les secteurs d\u2019activité au Canada, pour leur utilité.Le tollé fut donc à la hauteur lors de l\u2019annonce de cette décision, comme lorsque les premières données du recensement de 2011 furent divulguées.Statistique Canada, responsable du recensement, émettait elle-même des mises en garde : données à manipuler avec précaution.On saura sous peu quel budget sera octroyé au prochain recensement, qui se tiendra en 2016.Mais ce qui est sûr, c\u2019est qu\u2019on a maintenant un portrait plus clair des dégâts causés par le chambardement de 2010.Aux résultats du recensement sont liés des services publics, des programmes gouvernementaux, des subventions, des décisions d\u2019affaires.Ceux-ci édulcorés, les ministères souffrent, les villes manquent d\u2019information (au point où certaines mènent leurs propres enquêtes pour compenser, s\u2019ajoutant des dépenses !), le monde des affaires perd des repères.Des associations qui n\u2019ont rien de révolutionnaire \u2014 la Chambre de commerce du Canada, la Fédération canadienne de l\u2019entreprise indépendante, l\u2019Association canadienne d\u2019économie.\u2014 réclament le retour du recensement traditionnel.Quant aux chercheurs, ils manquent de mots pour décrire la catastrophe qu\u2019a représentée ce changement qui contrecarre l\u2019analyse fine, particulièrement en matière de recherche sociale.Notre dossier en donne des exemples éloquents en matière de données sur la pauvreté ou l\u2019habitation.Le pire, c\u2019est que la perte de repères de qualité ira croissant, car on s\u2019éloignera alors du dernier recensement à la solidité avérée, celui de 2006.Pour rectifier le tir, il faudrait agir là.ou bientôt.La solution tient, on l\u2019aura compris, à un changement de gouvernement.Mais si les conservateurs reviennent au pouvoir, la réputation de Statistique Canada en matière de recensement sera entachée pour de bon.Pourtant, l\u2019actuel statisticien en chef, Wayne Smith, minimise les inquiétudes.En entrevue au Globe and Mail il y a quelques jours, il soutenait que la qualité des données récoltées en 2011 a surpassé ses attentes puisque les volontaires ont été nombreux pour répondre au formulaire long.Une réponse qui laissera le moindre chercheur pantois : en ces matières, ce n\u2019est pas le volume qui compte, c\u2019est de s\u2019assurer que toutes les catégories de la population sont représentées ! M.Smith ajoute que le Canada doit faire comme d\u2019autres pays développés et se fier davantage à des données tirées de documents comme les déclarations de revenus.Bonjour l\u2019intrusion dans la vie privée, raison officielle pour laquelle les conservateurs s\u2019en sont pris au recensement! En fait, ni par A, ni par B, ni avec le temps passé, cette décision de 2010 ne tient la route, si ce n\u2019est d\u2019assurer «une dégradation lente mais continue des connaissances», comme a résumé au Devoir le chercheur Richard Shearmur.Et l\u2019ignorance sert tellement bien les gouvernements démagogiques.AMÉRIQUE CENTRALE Une paix incomplète gr Oscar Romero, l\u2019archevêque de San Salvador assassiné le 24 mars 1980, il y a 35 ans, par des paramilitaires d\u2019extrême droite, sera béatifié ce samedi.Quelque 250 000 personnes sont attendues sur la place Salvador del Mundo pour les cérémonies de béatification.Pour l\u2019occasion, les deux principaux gangs du pays, les ma-ras et le barrio 18, sont même allés jusqu\u2019à décréter une trêve.La mémoire de M®^ Romero est encore vive dans la conscience nationale, comme l\u2019est au Guatemala voisin celle de l\u2019archevêque Juan Gerardi, à son tour assassiné 18 ans plus tard, le 28 avril 1998, deux jours après la publication d\u2019un rapport qui pointait l\u2019armée pour «l\u2019holocauste souffert par le peuple» et, plus particulièrement, par ses minorités ethniques.Ces deux petits pays, affligés d\u2019élites traditionnellement inféodées aux intérêts américains, ont connu des guerres civiles épouvantablement cruelles et violentes.Celle au Salvador, de 1980 aux accords de paix de 1992, fera plus de 100 000 morts; celle au Guatemala en fera 150 000 avant que la paix ne soit signée en 1996.La mémoire de ces deux martyrs des droits de la personne, abattus à une époque où la théologie de la libération était taboue au Vatican, est encore vive parce que les consciences nationales sont encore blessées.Si la guerre s\u2019est tue, les sociétés n\u2019ont pas été pacifiées pour autant.Si le Salvador a fait des progrès politiques \u2014 l\u2019alternance s\u2019est installée avec la victoire du candidat du FMLN, l\u2019ex-guérilla marxiste, aux deux dernières présidentielles \u2014, le taux d\u2019homicides y demeine l\u2019un des plus élevés au monde.Trafic de drogue et violence afférente, pauvreté inextricable, corruption, impunité, institutions « démocratiques » fragiles et instables.Tel était le bilan que faisait en 2012 l\u2019ex-président co-staricain G scar Arias, père des Accords de paix d\u2019Esquipulas de 1987, de l\u2019état des lieux en Amérique centrale.«Déprimé ?Non, avait-il déclaré en entrevue.Désillusionné, plutôt.» Au Guatemala, un énorme scandale de corruption ayant récemment conduit, notamment, à l\u2019arrestation du gouverneur de la Banque centrale, a été mis au jour par la Commission internationale contre l\u2019impunité au Guatemala (CICIG), une création onusienne que le président actuel, Qtto Pérez Molina, un ex-général qui a des squelettes dans le placard, voudrait d\u2019ailleurs bien voir disparaître.Le scandale a déclenché une réaction populaire d\u2019une ampleur inédite, avec grande manifestation à la clé dans la capitale.On s\u2019en réjouirait davantage si la rue constituait un contre-pouvoir véritablement organisé.En définitive, ces révélations n\u2019y changeront probablement rien.Les loups (les politiciens, l\u2019armée, le milieu des affaires) ne se mangent pas entre eux.Guy Taillefer LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 > FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédactrice en chef JOSÉE BOILEAU Vice-présidente, développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente, ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des finances STÉPHANE ROGER Directrice de ^information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-ERANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIEEET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET lise THigAwLT, unued.t(reporters), Benoît Munger et Philippe 'Pap\\r\\eaxi(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre) ; information internationale : Jean-Pierre Legault (pupitre international, page éditoriale et cahier Perspectives), Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre) ; section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs) ; Loïc Hamon (cahiers spéciaux) ; équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michéle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau\tLaura Pelletier et Arnaud Stopa écowwAJ.DOCUMENTATION Manon Derome\t, Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBOCITÉ Mélisande Simard (adjointe par intérim), Jean de Billy, Jean-François Bossé, Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Imane Boudhar (analyste programmeur), Hansel Matthews (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Geneviève O\u2019Meara (coordonnatrice des communications et de la promotion), Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Manon Blanchette, Marie-Lune Houde-Brisebois, Nathalie Filion et Kevin McKissock.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (reponsable des services comptables), Claudette Béliveau (adjointe administrative), Florentina Draghici et Xavier Pigeon (par intérim). B 6 LE DEVOIR, LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MAI 2015 SCIENCE Solitaires et singuliers solitons Cette onde solitaire se manifeste entre autres dans la nature à travers les vagues scélérates, les tsunamis et les lasers Phénomène étrange et surprenant, le soliton est à l\u2019origine des fameuses vagues scélérates qui ont englouti des navires sans crier gare.Ses propriétés particulières en font un outil d\u2019une grande puissance et d\u2019une fiabilité irréprochable pour notamment la transmission d\u2019informations par fibre optique sur de très longues distances.PAULINE GRAVEL C% est l\u2019ingénieur ^ écossais John Scott Russell qui fit la toute première observation d\u2019un soliton, en 1834.Russell surveillait une péniche tirée par deux chevaux qui voguait allègrement sur un canal près d\u2019Edimbourg en Ecosse.Lorsque l\u2019embarcation s\u2019arrêta brusquement, l\u2019ingénieur écossais fut témoin d\u2019un phénomène singulier qui se produisit à la surface de l\u2019eau.La masse d\u2019eau que la péniche avait mise en mouvement s\u2019accumula autour de la proue un instant, avant d\u2019abandonner le bateau puis de se propager sous la forme d\u2019une seule et unique vague bien ronde et bien définie qui poursuivit sa course sur le canal à grande vitesse.Russel monta alors sur son cheval et suivit la vague pendant plusieurs kilomètres jusqu\u2019à ce qu\u2019elle lui échappe dans les méandres du canal.Aussi longtemps qu\u2019il put l\u2019observer, il remarqua que la vague avait conservé sa forme et sa vitesse initiales.Cette découverte fut pour Russell l\u2019événement le plus extraordinaire de sa vie et il consacra une bonne dizaine d\u2019années à essayer de comprendre ce qu\u2019il appela cette «grande onde solitaire», qui ne pouvait être décrite par les théories des vagues d\u2019eau existantes.Il fallut attendre 1871, année où le mathématicien et physicien français Joseph Boussi-nesq publia la première théorie mathématique décrivant l\u2019observation de Russell.Puis, en 1895, les Hollandais Diede-rik Korteweg et Gustav de Vries proposèrent une équation qui permet de comprendre les caractéristiques fondamentales des solitons.«Le soliton est une onde de grande amplitude capable de se propager sur de longues distances fthéo-riquement infinies] sans déformation et qui se révèle exceptionnellement stable en présence de perturbations», résume le physicien Thierry Dauxois de l\u2019Ecole normale supérieure de Lyon en Erance.Outre la vague qui se crée lors de l\u2019amarrage brusque d\u2019un bateau, les tsunamis, les mascarets et les vagues scélé- «Avec la technologie du soliton, on pourrait imaginer une fibre optique qui relierait New York à l\u2019Irlande sans interruption» rates, voire le nuage morning glory constituent diverses manifestations des solitons dans la nature.Les raz-de-marée ou tsunamis résultent d\u2019un glissement de terrain sous-marin qui soulève une masse d\u2019eau, laquelle se propage ensuite à vitesse constante comme une onde solitaire vers les côtes.Le mascaret (aussi appelé mur d\u2019eau) prend naissance à l\u2019embouchure de certains fleuves quand la marée montante rencontre le flux naturel de l\u2019écoulement du fleuve et remonte à contre-courant.Il devient spectaculaire quand la marée est importante, le niveau d\u2019eau du fleuve est bas et les fonds de celui-ci sont plats et peu profonds sur une longue distance.On peut observer des mascarets sur la Gironde, la Garonne et la Dordogne en Erance.Plus près de nous, au Nouveau-Brunswick, dans la rivière Petitcodiac, les .T.\"Tt-\u2014 - ,\t'O* «!¦ .AGENCE ERANCE-PRESSE Le soliton «est une onde de grande amplitude capable de se propager sur de longues distances [théoriquement infinies] sans déformation et qui se révèle exceptionnellement stable en présence de perturbations», résume le physicien Thierry Dauxois.Dans la nature, il se matérialise dans différentes sortes de vagues.hautes marées en provenance de la baie de Eundy créent des mascarets quand elles remontent le cours de cette rivière près de Moncton.Les vagues scélérates sont des vagues dont l\u2019amplitude et la cambrure sont démesurées par rapport aux conditions de la mer qui régnent au moment où elles surviennent Ces vagues concentrent une quantité inattendue d\u2019énergie.Ainsi, le janvier 1995, alors qu\u2019une petite tempête en mer du Nord générait des vagues d\u2019une hauteur \u2014 crête-creux \u2014 de 10 à 12 mètres, une vague scélérate s\u2019éleva soudain à plus de 18 mètres au-dessus du niveau moyen de la mer.Cette vague dont la hauteur crête-creux fut évaluée à 31 mètres endommagea le matériel entreposé sur un pont de la plateforme pétrolière Draupner appartenant à Statoil.Les scientifiques croient que la friction du vent à la surface de la mer participerait à la création de ces vagues monstrueuses.«On utilise la théorie des solitons pour expliquer la formation de ces vagues géantes à la surface de la mer par les conditions aléatoires naturelles», souligne le physicien John Dudley de l\u2019Université de Eranche-Comté, en Erance, qui était de passage à Montréal à l\u2019occasion des 24 heures de science.«Il existe différentes familles de solitons.Il y a des solitons qui se propagent indéfiniment, et il y a aussi des solitons qui subissent une croissance et une décroissance rapides, dont font partie les vagues scélérates.» En collaboration avec un expert irlandais en énergie marine, John Dudley étudie actuellement la genèse des vagues scélérates.Grâce à un financement européen, les chercheurs ont pu installer sur les côtes d\u2019Irlande une bouée qui mesure les fluctuations de la surface de la mer.«En mesurant avec précision la surface de la mer, on espère pouvoir détecter les signatures de ces solitons, ou du moins des traces très préliminaires de leur mise en forme», explique-t-il.Le nuage morning glory quant à lui est un nuage en forme de rouleau pouvant mesurer jusqu\u2019à 1000 kilomètres de long, un à deux kilomètres de haut, et atteindre une vitesse de déplacement de 40 km/h.Il se forme de temps à autre au-dessus du golfe de Carpentarie, au nord de l\u2019Australie, lorsque régnent des conditions atmosphériques particulières, dont un taux d\u2019humidité élevé.Des bandes nuageuses aussi spectaculaires ont déjà été observées dans la région de l\u2019île de Sable ,au large de la Nouvelle-Ecosse.Semblable à une vague se déplaçant à vitesse constante sans changer de forme, le nuage morning glory peut être décrit comme un soliton.Solitons optiques Les solitons qui avaient été compris mathématiquement à la fin du NIX'\" siècle ont été complètement oubliés jusqu\u2019en 1960, l\u2019année de l\u2019invention du laser.Certains scientifiques ont alors voulu appliquer ce «phénomène de piégeage» à la lumière.Ils ont ainsi mis au point un système optique capable de générer une vague de lumière \u2014 une impulsion électromagnétique \u2014 qui se propage sans déformation, c\u2019est-à-dire un soliton optique.Ils se sont ensuite servis de ces solitons optiques pour fabriquer des lasers à impulsions de très haute intensité, qui ont d\u2019abord été utilisés comme instruments de laboratoire en recherche fondamentale avant de trouver des applications, en médecine notamment.«La technologie des solitons a permis de créer des lasers à impulsions qui sont fiables et stables», indique M.Dudley avant d\u2019expliquer qu\u2019un laser est en fait une matière (un gaz, un solide, un semi-conducteur ou autre chose) qu\u2019on excite à l\u2019aide d\u2019un courant électrique afin qu\u2019elle émette de la lumière.Cette lumière circule ensuite entre deux miroirs qui, en la réfléchissant, la concentrent, voire «l\u2019optimisent en une petite impulsion lumineuse», qu\u2019on appelle soliton.Pour obtenir un soliton optique, «il faut choisir les bons paramètres, comme le degré de réflexion des miroirs et la quantité de lumière qui est émise.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Le physicien John Dudley de l\u2019Université de Franche-Comté laquelle dépend du courant électrique utilisé», précise le physicien.Einalement, un des miroirs est conçu de telle sorte qu\u2019il laisse échapper à l\u2019extérieur une toute partie de la lumière, qui rebondit sans cesse entre les miroirs à l\u2019intérieur du réservoir.Les lasers à soliton sont aujourd\u2019hui employés pour effectuer des chirurgies oculaires \u2014 comme la chirurgie Lasik pour corriger la myopie \u2014 qui requièrent une grande précision.Ces « scalpels de lumière», comme on les surnomme, sont des lasers à impulsions très courtes, dont la durée des impulsions est de l\u2019ordre de la femtoseconde (10'^^ seconde).«En concentrant beaucoup d\u2019énergie en très peu de temps, les lasers femtosecondes préviennent les dommages causés par la diffusion de la chaleur dans les tissus», fait remarquer M.Dudley, qui était l\u2019invité du Centre de recherches mathématiques de l\u2019Université de Montréal.Fusion nucléaire La dynamique des solitons est aussi à la base des immenses plateformes lasers utilisées pour étudier la fusion nucléaire.Dans le soleil, la force gravitationnelle permet de réunir deux atomes d\u2019hydrogène pour créer un noyau d\u2019hélium, dont l\u2019énergie est moindre que celle des deux atomes d\u2019hydrogène.L\u2019excès d\u2019énergie ainsi générée est libéré sous forme de chaleur.Sur Terre, «on fait appel à la force des impulsions lumineuses pour pousser les noyaux d\u2019hydrogène ensemble.On a réussi l\u2019épreuve de principe qui montre une certaine libération d\u2019énergie, mais celle qui est nécessaire pour créer le laser et générer les impulsions est largement supérieure à l\u2019énergie libérée.Quand on ajoute l\u2019énergie requise pour faire fonctionner le laser lui-mème, le rendement est négatif», affirme le physicien d\u2019origine néo-zélandaise.Transmission d\u2019informations Depuis déjà quelques décennies, les chercheurs travaillent sur la propagation des solitons dans les fibres optiques pour les télécommunications.Comme le soliton optique est une impulsion lumineuse qui a la capacité de se propager sur une distance infinie en conservant ses propriétés, on a pensé qu\u2019il devrait améliorer grandement les technologies de l\u2019information et de la communication, en permettant de transmettre des débits plus élevés sur de très grandes distances.«Avec la technologie du soliton, on pourrait imaginer une fibre optique qui relierait New York à l\u2019Irlande sans interruption, et dans laquelle on injecterait les bits de 1 et 0 sous forme de solitons qui se propageraient de l\u2019Amérique à l\u2019Irlande sans distorsion.Mais le problème est que cela requiert des lasers qui coûtent très cher, car la création d\u2019un soliton nécessite une trop grande puissance pour être rentable sur le plan commercial, explique M.Dudley.Alors, on utilise plutôt des lasers à très basse intensité, et comme le signal subit une distorsion au cours de sa propagation, on le coupe avant qu\u2019il devienne complètement illisible: à tous les 50km, on détecte le signal et on le régénère.» Lorsqu\u2019ils ont introduit de la lumière à de très hautes intensités dans la fibre optique, les chercheurs ont observé que la lumière avait changé de couleur à sa sortie de la fibre, passant du vert au bleu par exemple, alors qu\u2019à de basses intensités, la lumière qui sort est identique à celle qui a été injectée.L\u2019injection d\u2019un laser invisible infrarouge à très haute intensité dans un mètre de fibre optique a permis de voir émerger de la fibre un arc-en-ciel, raconte M.Dudley, qui a étudié le phénomène qu\u2019il explique par une interaction entre la matière, soit le verre, et la lumière.«La matière décompose plus ou moins la lumière initiale en impulsions solitons, chacune ayant une couleur légèrement différente.La lumière devient ainsi localisée dans de petites impulsions, qu\u2019on appelle solitons.Ce phénomène nous porte à croire que la nature aime les solitons, elle aime être structurée et localisée.La nature a choisi de créer les solitons et les solitons ont une couleur différente en fonction de l\u2019intensité», avance-t-il.«Le concept de soliton a dépassé le domaine de la physique pure, poursuit le chercheur.Quand on regarde un embouteillage dans la circulation et qu\u2019on voit les groupes de voitures qui avancent et qui s\u2019arrêtent, comme une vague qui roule, on peut décrire ce phénomène comme un soliton qui se propage, d\u2019autant que les embouteillages n\u2019apparaissent que lorsque la circulation est très intense.Cela nous donne les règles mathématiques pour concevoir les systèmes de bretelles et de ronds-points qui permettraient de modérer l\u2019intensité de la circulation, même si, bien sûr, ces aménagements ont été conçus empiriquement par les ingénieurs, bien avant que le formalisme des solitons ait été compris!» John Dudley extrapole encore plus: «Est-ce que les idées, voire les révolutions qui sont localisées pendant un certain temps et qui se diffusent ensuite ne seraient pas gouvernées par la physique non linéaire des solitons ?Est-ce que les mathématiques des solitons ne constitueraient pas un outil pour comprendre pourquoi le printemps arabe s\u2019est arrêté, et peut-être pour mettre en place un jour les politiques ou les idées nécessaires pour qu\u2019il puisse continuer?» Le Devoir "]
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.