Le Quartier latin, 8 octobre 1959, jeudi 8 octobre 1959
[" BIEN FAIRE ET LAISSER BRAIRE Journal bi-hebdomadaire de l\u2019Association Générale des Étudiants de l\u2019Université de Montréal MONTRÉAL, 8 OCTOBRE 1959 VOLUME XLI \u2014 NUMERO 7 L\u2019EDUCATION, EA PROSTITUTION des grandes idées LES CHANTIERS, un geste a court ou a long terme ?contact personnel avec la misère Page 3 Page 2 Page 3 Le nouveau Premier ministre de la province, l\u2019Honorable Paul Sauvé, sera prochainement l\u2019hôte de l\u2019Uni- § versité de Montréal.Il se ÿ rendrait alors à une invita- à tion officielle de Mgr Lussier.La date de cette visite ayant été fixée, semble-t-il, au 24 octobre, soit un samedi, on ignore si une manifestation étudiante a été prévue pour la circonstance.4 D'autre part, la direction de l\u2019AGEUM, par la voie de son § Comité d\u2019Education, se pro- À pose d'écrire à M.Sauvé, Le Premier ministre accepte l\u2019invitation officielle de Mgr Lussier - Le 24 octobre serait la date choisie - Rencontre avec les étudiants ?M.SAUVÉ À L'U NIVERSI l'invitant à rencontrer les étudiants à cette même occasion.Dans une allocution qu\u2019il prononçait à Rimouski en fin de semaine dernière, le Premier ministre a réitéré son désir de voir à ce que l\u2019enseignement dans le Québec possède la structure \u201c\u2018la plus parfaite possible\u201d.Il est donc à prévoir que M.Sauvé profite de sa visite à notre Université pour ajouter quelques précisions sur les projets envisagés en ce sens.Six étudiants de l'U.de M.ont quitté Montréal dimanche dernier avec les autres délégués de l\u2019est du pays pour prendre part au Congrès des Associations étudiantes canadiennes qui se tient cette semaine à Saskatoon.On reconnaît, de gauche à droite, avant leur départ de la Gare Centrale par le \u2018\u2018Super-Continental\u2019\u2019: MM.Robert Reeves, Michel Robert, Jacques Gérin, vice-président de l\u2019AGEUM, Claude Roy, Paul Trudel, Pierre Martin.Le contingent de 34 étudiants, représentants d\u2019une vingtaine d\u2019universités, était le premier de cette importance à se prévaloir des avantages du nouveau plan de voyage en groupe à prix réduit récemment mis au point par le Canadien National.CHALEUREUSEMENT APPLAUDIS Raymond Lévesque, Blanchet, Jean-Pierre, Clémence ., les \u201cBozos\u201d, ce soir-là, avaient fait appel à tout ce qu\u2019ils ont de talent .Emus et enthousiasmés par l\u2019accueil chaleureux de plus de 500 étudiants, Îls ont donné un témoignage étonnant de leur potentiel, ils se sont mérité une fois de plus le titre des \u201cmeilleurs chansonniers\u201d.La Société Artistique avait invité le public étudiant à un spectacle des \u201cBozos\u201d jeudi soir dernier au centre Social.\u2019 VOEUX DES COMMISSAIRES D\u2019ECOLES © # \u2018 e .e Rendre accessible l'enseignement secondaire \u2018 ° #, h de ex jusqu'à la douzième \u2018Rendons accessible l\u2019enseignement secondaire jusqu\u2019à la 12e année ou l'équivalent, à tous les enfants de la province, garçons et filles, avec comme seul critère: leur talent, leur désir et leur volonté de s\u2019instruire.Tous les obstacles y compris le principal, l'obstacle financier, doivent être aplanis et surmontés.\u201d\u2019 Ces paroles ne sont pas tirées d'un des derniers \u2018Quartier Latin\u2019, du mémoire de la FNEUC régionale ou de quelque résolution du Comité d'éducation, mais bien de la bouche de M.Albert Morissette, vice-président de la Fédération des commissions scolaires catholiques, lors du congrès de cet organisme, en fin de semaine à Montréal.\u201cLe jour où tous les Canadiens français du Québec, sans exception, auront cet avantage, a-t-il déclaré, le commissaire d\u2019écoles du Québec méritera des siens le respect, la considération, car il aura accompli son devoir.\u201d Selon lui, trop de commissaires croient avoir accompli leurs devoirs lorsqu\u2018ils ont organisé l\u2019enseignement élémentaire dans leurs écoles.Je sais également que bon nombre de commissaires se préoccupent de l\u2019enseignement secondaire.Ils doivent le rendre gratuit à tous les échelons, soit jusqu\u2019à la 12e année\u2019.année Pour réaliser pleinement ces voeux, il serait nécessaire d'\u2019amender l'article 69 du code scolaire et obliger les commissions scolaires à organiser toutes les classes du cours secondaire.La scolarité obligatoire devrait également être reportée à 16 ans ce qui n\u2019est d'ailleurs pas une nouveauté puisque l'on réclame la même chose depuis cinq ans dans tous les congrès où il est question d\u2019éducation.M.Morissette a terminé son exposé en déclarant que \u2018\u2019ce serait un sacrilège que de négliger ou de s\u2019abstenir de pousser les études plus avant, un sacrilège envers l\u2019individu et aussi envers la société ca- nadienne-française, qui a besoin de tous ses éléments mite la'page huit 20 PAGE DEUX LE QUARTIER LATIN La prostitution des grandes idées Spéculer sur les valeurs que la tradition ou le sens commun ont consacrées aux yeux des peuples; tourner la noblesse et le dynamisme de ces valeurs en obstacles à l\u2019évolution, voilà ce qui a toujours été l\u2019arme la plus puissante des réactionnaires.La plus fallacieuse.La plus cynique.Cela n\u2019est rien moins que de la prostitution.Or cette tactique ne pourrait être plus clairement illustrée que dans la présente campagne (elle ne date pas d'hier cependant) contre ce que l\u2019on appelle \u2018\u2018Panticléricalisme dans nos universités\u2019\u2019._ Encore faut-il préciser que ce mot, dans le langage de la presse qui l\u2019utilise, s\u2019applique aussi à des incidents sans référence directe au clergé: conflits d\u2019autorité dans l\u2019exercice de fonctions disciplinaires (v.g.Ottawa), conflits d\u2019attitudes, vis-à-vis l\u2019éducation par.exemple, (Montréal).De même que par une certaine façon de crier survivance, on peut vite tuer le vrai patriotisme, de même par une certaine façon de mentionner le rôle éminent du clergé canadien-français dans le passé, on peut envenimer les problèmes que ce dernier se pose à lui-même et à la société.C\u2019est cette façon à rebours qu\u2019une portion de la presse québécoise se complait à utiliser, portion dont le plus noble représentant est sans doute \u201c\u2018Notre Temps\u201d, : C\u2019est chose bizarre d\u2019ailleurs que les pourfendeurs de ce soi-disant anticléricalisme soient plus nombreux chez les journalistes que chez les clercs; ces derniers en traitent habituellement avec plus de réserve et de sérieux.La droite a souvent été plus catholique que le pape.Rebels with Le Q.L., sous la signature de D.Marchand, mettait en relief, dans un récent numéro, le climat qui baigne notre système d\u2019éducation.Déplorant le peu de place laissée à l\u2019inquiétude personnelle, à la mise en question, à la critique, il préconisait le retour à la méthode socratique, à une vraie \u201cmaieutique\u201d.Or, dans notre milieu, comme le faisait remarquer M.Guy Rocher au congrès de PICAP, à Ste-Adèle, deux thèmes majeurs nous servent de points de repère: la Vérité absolue ct PErreur absolue.Pour ou contre.L\u2019un ou l\u2019autre.Le caractère relatif des êtres, des choses, et des situations nous est imperceptible.Exiger de l\u2019élève la réceptivité, une docilité qui servira à le mouler dans une conformité parfaite; imposer au maître l\u2019obligation de ne s\u2019en tenir qu\u2019à un rôle de répétiteur consciencieux et fidèle, tel est, semble-t-il, le \u201cpattern\u201d principal de notre pé- dagogic.Dans nos maisons d\u2019éducation, la mise en question, le doute, l\u2019inquiétude ne sont-ils pas admis que dans la mesure où ils promettent un prompt retour aux thèses officielles ?Et toutes les aventures inetllectuelles ne sont-elles pas ainsi condamnées à l\u2019avance à ne déboucher que sur deux réalités préalablement définies: le Bicn ou Alors que le clergé est parfaitement conscient de son insuffisance numérique, de son incompétence, comme bloc, dans un grand nombre de disciplines universitaires, des difficultés d\u2019administration de plus en plus complexes et de moins en moins religieuses, de la précarité et de l\u2019inefficacité de certaines structures, les bien-pensants réactionnaires viennent rappeler à hauts cris la gloire des temps où la plupart de ces problèmes ne se posaient pas.De sorte qu\u2019aux critiques et aux propositions de ceux qui ont pris conscience du changement des circonstances, (aussi bien étudiants que professeurs), on oppose des protestations scandalisées.L\u2019insuffisance des moyens et des structures cause des manquements ou des anomalies dans l\u2019exercice de l\u2019autorité, En prendre conscience et le dire devient de l\u2019insubordination.Demander des explications devient de l\u2019arrogance.Suggérer des réformes devient du sabotage.Le dévouement et l\u2019efficacité de notre clergé en matière d\u2019éducation sont définitivement une des gloires de notre histoire.S\u2019en servir pour moucher les étudiants sincères, pour étouffer les prises de conscience, et pour guérir tous les malaises, c\u2019est prostituer cette gloire.Et c\u2019est retarder l\u2019avènement de solutions qui doivent être nouvelles.Et c\u2019est peut-être aussi grandement nuire au clergé qui ainsi devra toujours, sous prétexte que son histoire l\u2019y oblige, allaiter une société chétive de chrétiens se refusant à mûrir.Normand Lacharité clear minds le Mal?Combien de promesses d\u2019une vie intellectuelle authentique et persunnelle n\u2019ont pas été tuées dans l\u2019ocuf parce qu\u2019il y avait un risque d\u2019aboutir entre la Vérité absolue et l\u2019Erreur absolue ?Se complaire dans notre sécurité doctrinale et dogmatique, est-ce là la \u201cchance d\u2019un fruit mür\u201d dont parlait Valéry ?L\u2019immuabilité de nos concepts ne garantit-elle pas la sécurité de notre Ordre sur lequel il repose ?Ainsi nous sommes prisonniers et de nous-mêmes et de nos définitions, mais nous sommes heureux et tranquilles.Saint Thomas ne définit-il pas le bonheur comme étant \u201cla tranquillité dans l\u2019Ordre\u201d?Et en choisissant contre l\u2019ordre établi et par le fait même contre le pouvoir, contre cette autorité qui est définie le plus souvent par ceux qui l\u2019exercent et l\u2019imposent, ne risque-t-on pas de perdre l\u2019état de grâce social ?N\u2019y aurait-il pas au fond de tout cela un manque de foi, d\u2019abord en ce que nous définissons comme étant la Vérité, ce qui expliquerait notre peur de ré-ouvrir l\u2019enquête.Et en second lieu, ne sommes nous pas d\u2019avis que seul un petit groupe de choisis soit appelé et convié à la séance de fabrication des définitions ?Bruno Meloche Un premier pas.Dans un de ses récents éditoriaux, le \u201cMcGill Daily\" souhaite la possibilité de rencontres plus fréquentes entre les étudiants de l\u2019Université de Montréal et ceux de McGill.L'éditorialiste invoque trois arguments qui, selon lui, justifient et, plus, rendent nécessaires de telles rencontres: étudiants de l\u2019un et l\u2019autre campus ont à faire face à des problèmes communs; une amitié solide menée sur le plan universitaire contribuerait A tuer une lutte malsaine entre Canadiens-français et Canadien-anglais.Enfin, l\u2019argument le plus important dans un pays qui a la chance de posséder deux cultures, les deux groupes distincts doivent s'employer à se connaître et à s\u2019enrichir de ces deux cultures.Evidemment, certains Canadiens, je dirais \u2018\u2018plus-que-français\u2019\u2019, reconnaîtront encore dans ces arguments le signe d\u2019une profonde volonté d\u2019assimilation .Pourquoi se laisser aveugler par le parti- pris quand il y a de part et d\u2019autre, indices de bonne volonté?Nous croyons aux raisons invoquées par nos voisins, nous partageons leurs désirs parce qu\u2019ils sont les nôtres et nous nous emploierons avec eux à les réaliser.oan a Certaines activités conjointes existent déjà.Pensons au domaine artistique (Exposition McGili-Montréal), au domaine sportif aussi.Nos voisins en proposent d\u2019autres et surtout qu\u2019elles soient plus fréquentes: rencontres sociales, débats, discussions.Ils font le premier pas.Pourquoi ne pas leur fournir la première occasion d\u2019avancer.Un duel entre leurs champions sportifs et les nôtres saurait être intéressant.Il pourrait se réaliser d'ici quelques semaines sur notre campus.Une réception a la suite du tournoi favoriserait l\u2019échange.Une restriction cependant à l'opinion émise par le \u2018\u201cMcGill Daily\u201d.L'éditorialiste soutient: Il n'existe aucune barrière à ces rencontres: si nos étudiants ne savent rien du français, les étudiants de l'U.de M.connaissent bien l'anglais.C\u2019est nous faire un compliment, c\u2019est aussi pécher contre son troisième argument.Nous voulons connaître \u2018\u2018l\u2019autre culture\u2019\u2019! Une culture ne se découvre-t- elle pas au moyen de la langue qui I\u2019exprime?Comment pourraient-ils s\u2019enrichir de la culture canadienne-française s\u2019ils ne profitent pas de l\u2019occasion pour apprendre du français plus que \u2018\u2018bonjour\u2019\u2019, \u201cmerci\u201d et \u2018Brigitte Bardot\u201d.N.Vaillancourt UN PARTI Le Conseil du Travail de Montréal en collaboration avec le Congrès du Travail du Canada (CTC)\u2014Service d'Education\u2014, et le Département des Relations industrielles de l'Université a tenu les 2, 3 et 4 octobre ses journées d\u2019études.Le programme comportait entre autres choses un symposium public intitulé \u201cQue faut-il attendre d\u2019un nouveau parti politique ?'\u2019 Les pane- listes étaient Jean Philip, chef syndical, Julien Aubert, étudiant, Louis Morisset, comédien, et Philippe Vaillancourt, directeur des journées d\u2019études.L'idée d'un nouveau parti politique a pris naissance lorsque le Congrès du Travail du Canada adoptait à son Congrès de Winnipeg, en avril 1958, une résolution d'action politique prévoyant la création \u2018d\u2019un mouvement politique populaire, ayant une base très large et qui grouperait le CCF (PSD), le monde syndical, les organisations d\u2019agriculteurs, les membres des professions libérales et toute autre personne d'esprit libéral\u201d.Le Congrès national du CCF (PSD), tenu à Montréal en juillet 1958, répondait favorablement à cette invitation.Sur le plan provincial, la Fédération des Travailleurs du Québec (FTQ) adoptait une résolution identique à son Congrès de novembre 1958, laquelle fut reçue avec intérêt par le PSD provincial.\u201cQue faut-il attendre du nouveau parti politique?\u2019 \u2014 Pour Jean Philip, un tiers parti représente, tel qu'il se dessine, une meilleure garantie pour la sauvegarde de la démocratie.Ce troisième parti a pour assises le CCF dont on envisage un élargissement des cadres par l'adhésion du mouvement syndical, ii serait ainsi beaucoup plus représentatif de la population du pays.Mais il importe avant tout de ne point brusquer les événements, et surtout de ne point se leurrer.M.Philip croit que le nouveau parti, qui sera certainement mis sur pied d'ici un an et demi, ne peut envisager de jouer un rôle efficace, soit la formation d'un gouvernement socialiste provincial ou fédéral, avant plusieurs années\u2014 15 à 25 ans.Les réformes apportées seront alors plus profondes $ OCTOBRE 1959 |; DU PEUPLE rations futures le début d'un monde humanitaire.Ce délai est en fait très court en politique, et il serait peu opportun d'utiliser l'expédient proposé par l'union des forces démocratiques, car ceci ne constitue qu'une solution à court terme, soit quelques réformes de la carte électorale,etc.Pour Julien Aubert, étudiant non-engagé politiquement, il est nécessaire de satisfaire les aspirations de la jeunesse qui peut se consacrer à une cause qui lui paraît juste à une époque donnée, l'expérience Drapeau le prouve.Pour la population canadienne-française, il faut la convaincre que son prestige ne sera pas diminué par son adhésion à ce parti, mais qu'au contraire elle en retirera un regain vital.Mais un parti socialiste n\u2019est pas susceptible d'atteindre le pouvoir dès maintenant: la solution pourrait résulter de l'union des forces démocrati:jues pronée par P.-E.Trudeau, qui assurerait peut-être une truns- formation plus rapide de notre contexte politique provincial.Louis Morisset croit qu: la politique est l'affaire de tous; chacun doit prendre position.Le nouveau parti serait en fait un deuxième parti puisque les deux partis traditionnels défendent les mêmes intérêts.Ce nouveau parti offre des garanties sûres et surtout promet une réelle transformation du contexte social.Cependant, il est nécessaire d'atteindre le pouvoir le plus rapidement possible.La position de Philippe Vaillancourt se rapproche de celle de Jean Philip; en particulier, il attend du nouveau part deux choses essentielles: un programme solide et une représentation démocratique des divers secteurs de la population canadienne.Le Québec trouvera-t-il dans ce nouveau parti la solution qu'il attend à ses problèmes politiques et surtout économiques.L'avenir le dira, mais le nouveau parti mérite notre intérêt et il importe d'analyser honnêtement son programme avant de le rejeter.\u2014LE QUARTIER LATIN journal hebdomadaire de l\u2019Association Générale des Étudiants de l\u2019Université de Montréal Membre de la Presse Universitaire Canadienne Monique Coupal Directeur: Pierre MARTIN.Comité éditorial: Bruno MELOCHE, De Montigny MARCHAND, Normand LACHARITÉ, Pierre LAMBERT.* Rédacteur en chef: Pierre BISSONNETTE.Chargée d'édition: Nicole VAILLANCOURT Chef des nouvelles: Jacques GUAY.Pages artistiques: Michel BRULÉ.Reportages spéciaux: Denyss ROBERGE.Rédacteurs: Pierre VENNAT, Francine DUFRESNE, Jean-Claude GERMAIN, Gérald MARTIN, Robert BURNS, Michel LATRAVERSE, Luc DANSEREAU, Georges LAURIN, Pierre MICHAUD, Sylvie GELINAS, Pierre MAHEU.Publicité: Georges Lefebvre \u2014 RE.7-6561 Abonnement pour l\u2019année universitaire: $3.00 C.P.6128 \u2014 Local 707 \u2014 RE.8.9616 2222, ave Maplewood, Montréal 26.Imprimé par LA PATRIE \u2014 180 est, rue Ste-Catherine \u2014 Montréal Autorisé comme envol postal de la deuxième classe, Ministère des Postes, Ottawa.et marqueront pour les géné.ê i 73 2 EL VS < me PTE EE Se se LL fd TR TOME «=~ WW i A Ter SEE ET move st Aa a AES AA an VE a FES =: s OCTOBRE 1959 | A court ou a long terme?A tous les vingt ans, la jeunesse pose un b la Société, à laquelle celle-ci ne peut répare ee de réponse, elle mobilise.(Bernanos, Les Enfants Humiliés) La jeunesse du Québec a posé le problème de l'éducation à sa société et celle-ci n'a pu répondre.Ou plutôt elle a répondu \u201cl'éducation gratuite est un mythe\u201d et elle à pointé du doigt nos aînés, nos clercs, nos étudiants.Mais pointer du doigt est accuser; et accuser n'est jamais une réponse.Alors les étudiants eux-mêmes ont répondu à leur question en la faisant éclater devant le public.Quel est le problème de l'éducation?C'est un problème de structure, de pensée, de financement.Le problème de structure est né de lui-même, de son caractère momentané.On n'a pas structuré notre éducation par le bas, mois par le haut, dans un geste à court terme.La sève d'un arbre ne vient pas du haut mais du bas; et la sève de l'éducation doit venir du talent et non de l'arbitraire, de l'argent ou d'une classification de classe.La structure d'une institution est toujours le fruit de la structure d'une société.Que dire d'une société qui enfante une institution de cette sorte?Evidemment ic structure externe parait bien .les bâtisseurs sont là .ou à peu près; les professeurs répètent et enseignent le mieux possible.pour la recherche.attendons un peu en.; les étudiants sont en nombre.reurésentant une classe sociale.mais les autres.ces fils d'ouvriers.qui auraient pu devenir \u2018des petits Mozarts\" ou \u201cdes grands Mozarts''2 La structure interne n'est pas là parce qu'elle n'est pas vivifiée par lc pensée.Er cette pensée où se situe-t-elle@ Dans la question de réforme so- cicle; il faut une pensée spécialisée, chez nous, la pensée commence à naître.et les réformes sont dans l'ombre.La pensée universitaire, fruit de la recherche, est quasi absente.à plus forte raison ce retour sur soi-même que requiert la prise de conscience.L'autorité gouvernementale, ce lieu commun du bien commun, a créé un ministère de la jeunesse; mois elle devrait déboucher sur un ministère de la culture où la pensée devient le point d'arrivée.Il est vrai que la pensée doit sourdre de l'intérieur de l'homme, et que l'homme n'est pas un esprit, mais un corps de chair dont le moyen d'expression sociale moderne est l'argent.ll ne faut pas se leurrer de mots.Comment financer I'éducation; les universités comme organismes et les étudiants comme membres de ce corps social?Il y a un problème constitutionnel, d'accord; ce n'est pas aux étudiants de le régler, d'accord; mais c'est le devoir des étudiants de dire aux gouvernements: c'est votre affaire.mais réglez-le ce problème.ou alors nous allons faire du tapage.ou alors nous allons porter un terrible jugement sur une société dont nous ne sommes pas les responsables après tout! A 9 .Structure, pensée et finance; nous verrons la semaine prochaine comment, d\u2019une façon concrète, les étudiants entendent s'occuper du problème de l'éducation.Yvon Tremblay secrétaire A.G.EU.M.LE QUARTIER LATIN LES CHANTIERS DE MONTRÉAL Contact personnel avec la misère Il y a six mois, lors d'un \u201cpanel\u2019\u2019 au Centre Social, un groupe de contrères de Laval nous communiquaient une nouvelle expérience tentée à Québec.les \u201cChantiers\u2019.Après cette réunion les \u201cChantiers\u201d naquirent à Montréal, car ce mouvement répondait à plusieurs besoins.En effet, Montréal possède ses taudis, trop nombreux hélas.Une prise de conscience de cet état de choses par des gens lucides ne pouvait amener qu'une réaction : changer cette situation.Par ailleurs, l'Université, ou plutôt plusieurs universitaires, -|n\u2019attendaient qu'une telle occasion pour se lancer dans l'action.Que sont ces Chantiers?Un contact personnel avec la misère: en équipes de quatre ou cinq, garçons ou filles, étudiants ou non, nous allons dans les familles moins favorisées; les garçons peinturent, les jeunes filles aident la maman et les enfants.Par ce travail au milieu d'eux, quelques samedis de suite, le contact s'établit rapidement, et bientôt nous connaissons plusieurs des problèmes de cette famille.Ne nous limitant point à leur simple connaissance, nous tentons de les régler d'abord individuellement, i.e.chaque problème de chaque famille, puis ensuite, si la difficulté est commune à plusieurs familles, nous nous tournons vers une organisation collective.Un exemple: beaucoup d'enfants doublent leur classe, non par manque d'intelligence, mais à cause du milieu, de l\u2019endroit où ils doivent étudier: dix dans une même cuisine, c'est trop.Alors nous sommes à monter l'étude du soir, où quatre jours par semaine les enfants pourront travailler en paix.Cette façon de procéder nous est possible parce que nous travaillons dans des secteurs assez bien déterminés.Saint-Henri, Notre-Dame (autour de la Place d'Armes) et la Nativité d'Hoche- laga (dans l'est).Ainsi toutes les familles sont sur place, des solutions d'ensemble peuvent être envisagées.Et actuellement, le pain ne manque pas sur la planche, car, en plus de l'étude du soir, seront bientôt sur pied: 1) Une équipe d'étudiants en droit qui étudiera les lois de I'\u2019habitation et de la Régie des loyers, et réclamera aux propriétaires les réparations nécessaires; qui de plus dépannera nos familles, souvent aux prises avec la loi.2) Une équipe de pédagogie familiale se formera: clinique de consultation pour les dames d\u2019un secteur, relativement aux problèmes quotidiens d'une maison : tricot, couture, nourriture .3) Possiblement, un groupe d'étudiants de psychologie, sociologie ct droit, pour étudier des problèmes d'une façon plus générale, comme la délinquence juvénile.4) Des jeunes filles, (physiothérapie ?) organiseront des loisirs d\u2019écoliers pour le samedi: jouer en apprenant.Nous avons d'autres projets, mais il ne faut aller trop vite, si nous voulons établir une œuvre solide.En effet, nous croyons qu'en cernant la misère, tant physique que morale, de plusieurs côtés à la fois, nous atteindrons plus efficacement et plus rapidement notre but: rendre à ces hommes la condition humaine que souvent ils ont perdue.Nos moyens sont vastes, l'Université déborde da talents divers, naturels ou acquis, et nous voulons justement aider avec ce que chacun peut donner de mieux, ce qui sera probablement sa future profession.Notre travail peut paraître éphémère: deux mois après un ménage complet, la maison est parfois aussi malpropre qu'avant notre venue.Mais on ne change pas en six mois une situation qui existe depuis quarante ans peut- être.Aussi, notre action est impondérable à certains points de vue, car exercée par l\u2019intérieur, sur des attitudes, des façons de penser.Je crois, car ici je ne puis engager tous mes compagnons et compagnes, que les Chantiers sont plus qu'un simple \u201chobby\u201d, qu'une façon de se laver la conscience en travaillant pour les autres: ils signifient pour moi une orientation pratique de ma future profession, un moyen à long terme de réparer au moins partiellement une injustice vieille de toujours.Serge Mongeau, Méd.II, ; président des Chantiers de Montréal.«LE QUARTIER LATIN» EN par Bruno Meloche et Si l\u2019on se fie à un récent communiqué de la Presse \u20ac ACTUALITÉS COMMENTÉES de Montigny Marchand PROLÉTARIAT UNIVERSITAIRE 1941 était dirigé par JACQUES GE- NEST et MARCEL THEORET.Le plus souvent aux \u2018sommaires: MARCEL BLAIS, GÉRARD ALLY, MAURICE BLais, JEAN VALLERAND, CHARLES DUMAS, PIERRE VAILLANCOURT, JEAN- BAPTISTE BOULANGER, GASTON POULIOT, ROBERT GENEST, ANDRE DAGENAIS, MAURICE CLOUTIER, CAMILLE Hurrk, JEAN FONTAINE, GABRIEL MARCHAND, CLAUDE LAMER, JACQUES DURIVAGE, MARCEL POULIN, ANDRE BACHAND, MARCEL Rous- SIN, JEAN-PAUL GUILBAULT, PAUL DAVID, MARCEL ROBITAIL- LE, ROGER DES GROSEILLIERS, FLorRaN Leroux, RoGer R.LEMIEUX, JEAN FLAHAULT et ROGER BEAULIEU.En 1959, comme en 1941 \u201cLe Quartier Latin\u201d est imprimé par LA PATRIE Universitaire Canadienne, l\u2019Université Western est en passe de devenir une des institutions les plus progressives au pays.On vient d\u2019y instituer la \u2018\u2018Semaine de conférence Professeurs\u2014Etudiants\u2019\u2019 (Faculty\u2014Student Conference Week).Cette semaine débutera le vendredi 26 février et aura pour but de fournir et aux étudiants et aux professeurs une période de répit avant la poussée intense de fin d\u2019année.Durant cette semaine aucun cours et aucun laboratoire ne seront tenus sur le campus.Les étudiants pourront faire le point de leur année académique, mettre une dernière main à thèses, recherches, etc.; les professeurs seront, pour leur part, à la constante disposition des élèves pour consultations, séminars, avis et autres fonctions magistrales du même genre.On le voit aisément, cette semaine devrait porter de nombreux fruits et être l'occasion d\u2019une effervescence académique peu commune.\u2018Le Quartier Latin\u2019 ne peut que citer a l\u2019ordre du jour l\u2019Université Western où, semble-t-il, les notions de travail d\u2019équipe et d\u2019hygiène mental sont très saines et se traduisent par des faits remarquables.* * \u2018Et pendant que monsieur \u2018\u2018K\u2019\u2019, le premier ministre de l\u2019Union soviétique, a renoncé à la vodka, nos jeunes en qui nous avons mis tout notre espoir, c\u2019est- à-dire en qui nous espérons, font des coquetels.Des coquetels, c\u2019est la dégénérescence de la race: que l'Occident se le tienne pour dit.\u2019 + Louis-Philippe Roy, L\u2019Action Catholique Cité dans le \u2018\u2018Carabin\u2019\u2019 du 30 septembre.A la dernière phrase de la citation, le \u2018Quartier Latin\u2019 ajoute: \u2018\u201c.et l\u2019exécutif aussi!\u2019 .Me Cardinal, ex-professeur de carriére a la Faculté de droit, nous révélait dernièrement dans une entrevue les raisons qui ont motivé son départ.Sa conception du professeur universitaire ne concordait pas avec ceile des autorités universitaires.En effet, à quoi un professeur de carrière qui n\u2019enseigne que dix heures par semaine peut-il perdre son temps?Et si, par surcroît, il ne corrige pas des copies, son oisiveté est suspecte.Voilà le nœud du problème.Tant que les autorités universitaires n\u2019aüront pas compris que l'Université est un centre de recherche, d\u2019expérimentation et que les principaux artisans en sont les professeurs et les étudiants, il paraît inconcevable de croire que les professeurs ne sauraient être autre chose que des répétiteurs et des correcteurs d\u2019épreuves., Et là comme ailleurs, il faut avoir foi, croire que des professeurs peuvent s\u2019adonner à la recherche, même intensivement.Est-ce là une illusion que de prétendre que tout n\u2019a pas été dit, qu\u2019il reste un tant soit peu de choses à méditer, à repenser et à re-définir.Un professeur qui scrute, recherche et dissèque, est un homme occupé.Il oriente et facilite la spiritualisation de l\u2019homme.Me Cardinal s\u2019est refusé à joindre le prolétariat universitaire, prolétariat distingué et lettré sans doute, mais prolétariat quand même.Me Cardinal mérite notre approbation et notre entendement. PAGE QUATRE } \u2018 Hélène Sauveneix dans le rôle de Sygne de Coûfontaine.LE QUARTIER LATIN «
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