La petite revue de philosophie, 1 janvier 1983, Printemps
[" ITE REVUE ILOSOPHIE SOMMAIRE Printemps 1983 Liminaire .citi ee La poiétique de Glenn Gould (1932-1982) Ghislaine Guertin .04800000 050000 ane p.1 Pour sortir le sexisme de nos têtes Marc Chabot.cco p.17 Tristan cousu de fil blond Francois d\u2019Apollonia .o.oo.p.33 L\u2019ami du couple Claude Bertrand .004000000 002 s ace ne p.45 Plus-value, créativité et maternité (Si Luther était né à l\u2019Est) Claude Girouard .0.0000000 casa sauna 00e p.55 Journal d\u2019une visite au lieu de fouilles des Deux-Chutes Pierre Corbeil .00.200000 000 s sas ea san a 0006 Dépêche.L'enseignement de la philosophie en péril: le nouveau règlement des études collégiales Jean-Claude Brès .0200000 000 n 0 seen 000 La philosophie polonaise au XXe siècle Joanna Gornicka et Andrzej Kawczak .p.85 La révolution politique en Pologne et dans les pays de l\u2019Europe de l\u2019Est Normand Guèvremont et Louis Simard .p.109 Philosophie politique sur le mode pragmatico-desperado Robert Hébert .cia, p.147 Réalité québecquoise et formation policière Roland Houde .0002000000 00 sea ea aa ace p.165 Classification et interprétation des fragments d\u2019Héraclite Frédéric Blanchard.0.Collège Édouard-Montpetit, Longueuil, Québec. Ce huitième numéro de La petite revue de philosophie est subventionné par les Services de l'édition du Collège Édouard- Montpetit.Comité de rédaction: Co-direction: Pierre Aubry Claude Gagnon Louise B.Guérin Claude Giasson Brigitte Purkhardt Réal Rodrigue Collaboration spéciale: Nicole Godin Administrateur délégué (intérimaire) Paul Filion Dactylographie des manuscrits: Anny Vossen Maquette: Philippe Côté Composition et montage: Les Industries Graphiques London 4375, rue Iberville Montréal (Québec) H2H 2L7 Impression: Imprimerie Rive-Sud 1218, chemin Chambly Longueuil (Québec) J4J 3W6 Distribution: En abonnements: Sylvie Lemay Services de l\u2019édition Collège Édouard-Montpetit (adresse ci-dessous) En librairies: Diffusion Parallèle Inc.1667, rue Amherst Montréal (Québec) H2L 3L4 Correspondance: Madame Agathe Larose Secrétariat général 945, chemin Chambly Longueuil (Québec) J4H 3M6 Dépôt légal: Bibliothèque nationale, 1er trimestre de 1983 Bibliothèque nationale du Canada: ISSN 0709-4469 Périodique semestriel: prix du numéro 3,50$ (3,00$ étudiants) abonnement institutionnel annuel 12,00$ Vol.4, no 2, printemps 1983. Ts joey 2 CR: ee Epa ee pe el pe A =.ae = oo pans = = = Cea brn 2 Sy So Bios a Tx Rc RE es = Foy oo ere a 0 > 225 cos uh Sia se ran EX LT er ps es Shes Fa ère oi rer 5 ce Gen = Lo pret py.el ket i- aa oss 2 ss cs de philosophie La petite revue oe RT ao we ai cs Lane 33 x = ee 5 L A 22 ee - 2 pate es eee) od 2e = nes ev 2 x ex x Cox a ord = - me SRT Rss vo an a Ea ni x ès - ES Gi 2 ery 25 cas Cope de 5 a3 = TE = A rai Era pl te Ried a BL [HR JEN 2: ey ~.oH a 3 = Ë = RTT RT \u2014 \u2014 \u2014e me ma JE i OR RS FM he I) A fl PRIA : CE E LIMINAIRE Faut-il dire, comme plusieurs, que la connaissance que nous avons des autres reste foncièrement analogique?Chose certaine, que ce soit le pianiste canadien Glenn Gould ou les personnages légendaires Tristan et Yseult, on n'entre dans leur univers qu\u2019à la faveur du nôtre.È Mais cela pose inévitablement le problème de l'interprétation.Le lecteur ou l'auditeur sont-ils jamais sûrs de bien entendre ce que l\u2019oeuvre communique?Ne sont-ils pas au fond dans la même situation que l\u2019artiste qui joue une composition de Bach ou Beethoven?Glenn Gould, nous dit-on, n\u2019était plus embarrassé par l\u2019idée d'une musique originaire qu\u2019il lui faudrait reproduire telle quelle.Cela signifie-t-il qu'il s\u2019abandonnait à fh l'arbitraire, qu\u2019il croyait projeter à la lecture des notations musicales une émotion qui n\u2019appartiendrait en droit qu\u2019à lui?Ghislaine Guertin tente de nous montrer en quel sens il faut comprendre la poiétique du célèbre pianiste.La lecture de François d\u2019Apollonia propose une nouvelle interprétation du grand mythe d'amour.Alors qu'on est porté à croire, et c\u2019est ce que suggère le philtre = magique, que fatalement le désir entraine les célébres amants a transgresser tout interdit, il voit au contraire | une part de complicité qui passe généralement inaperçue Bh aux yeux des critiques.Ces exemples nous montrent que la fonction de l'interprète, comme du critique intelligent, est de nous i eduquer a voir le reel toujours sur fond d\u2019'imaginaire ou fe encore, ce qui revient peut-être au même, à voir l'ima- E Er TL rns ir ginaire sur fond de réel.Ce qui est vrai, c\u2019est que l\u2019un communique à l\u2019autre par l\u2019intermédiaire des signes, et que les événements qui font l\u2019histoire deviennent dès lors à leur tour des signes qui demandent à être interprétés.De telles préoccupations ne sont certes pas étrangères aux philosophes polonais.À travers le tableau que brossent pour nous Joanna Gornicka et Andrzej Kawczak, on aperçoit diverses tentatives pour éclaircir entre autres tout ce qui touche la connaissance.Entre les idéalistes qui soutiennent que c\u2019est l\u2019esprit qui constitue les choses et les matérialistes qui prétendent au contraire que nos représentations ne font que les refléter, on voit une pensée qui s'affirme et qui cherche à éviter ce double écueil.La complexité.de ces diverses tentatives, qui n\u2019évite pas les contradictions, nous montre bien la ferveur mais aussi les difficultés politiques de cette pensée.Les textes de Louis Simard et Normand Guévre- mont, de Robert Hébert, soulèvent également le problème de la compréhension que nous avons des événe- ments qui surviennent un peu partout dans le monde, particulièrement en Pologne.Jusqu'à quel point leur interprétation rencontre-t-elle celle des individus qui les vivent directement?Mais c'est peut-être aussi en assumant ce risque, en le courant, que l\u2019on se donne la chance de mieux rencontrer les autres et d\u2019ouvrir une brèche vers la vérité.L'équipe de «La petite revue de philosophie» est donc particulièrement heurese d\u2019offrir aujourd\u2019hui des textes qui font plaisir mais aussi qui tentent d'aller au-delà d'événements qui hantent forcément nos vies, qu'ils soient littéraires au sens le plus large du terme ces es EE ou plus spécifiquement politiques.De plus, en publiant le texte «La philosophie polonaise au XXe siècle», c'est pour nous une façon de souligner l'intérêt que nous portons au XVIle congrès mondial de philosophie.Nous voulons ici remercier tous ceux et toutes celles qui ont pu contribuer à la réalisation de cet important projet.Indiquons enfin, pour les lecteurs du dernier numéro de la revue, que l\u2019article de Michel Dufour provenait de «Revue et Corrigées, voi.1, no 3», une publication du CEGEP Maisonneuve animée par Marc-Fer- nand Archambault.Réal Rodrigue x 2e ne, ses, eu er ares TRS ~ es ar ea o L yes a.avn el SRC: nt ra rey pe Ta =e eer ANT SARS Sea Se cues ES Ris PS cords re pcs ss iy ex 2e x = \u2014 same onary Cre ES gcc = Zh prt er co DC AR = cet vs = To a Ra pr SETS ak re 7: rt EE SN 0 os a sc vr era Lee rs D o: a, 3 3 n A 3 3 3 Le Ts A = EX; : ; 3 BE \u2014 Ere mnt er me\u201d et = we ry \u2014_- -\u2014\u2014\u2014 meme - À Pre La poiétique de Glenn Gould (1932-1982) Ghislaine Guertin Professeur au département de philosophie f i ÿ tee fn rs RATS PT A TRAN Pa reo arin.\u2014 mate cd ae 3 ps fs Ë = x 3 + PET 2e Ss = Py - ni re po ar ee fa on je 4 aie J Tee Ped 5 = Gray i [En pate: lee poy re BN 3: qe Te = et iT os OL ey TIA du pn ae ne A SE = PERI a RTL fe ue AR A a tt 8 : Bs \u201c.Ra os 4 3 2 3 À N ä a 5 a Se 8 < Ww as 9 # Pe J. Plus-value, créativité et maternité (Si Luther était né à l\u2019Est) Claude Girouard Professeur au département de philosophie RT «Le don de la vie n'est pas une catastrophe pour un peuple, ni pour une famille: il est un signe de santé et d\u2019avenir et la manifestation d\u2019une grandeur d'âme certaine.Par contre, refuser la vie au point où un peuple ne se renouvelle même plus, c'est accepter de se vouer à la décrépitude et pour les croyants, c\u2019est nier dans la pratique que la vie est un don de Dieu.» Les Évêques.Monique Larue pose le problème de la spécificité de l\u2019écriture des femmes.! L'écriture des femmes est-elle une métaphore du corps sexué féminin ou du corps sexué féminin reproductif?Le corps sexué masculin n\u2019enfantant pas, associer l'écriture à la parturition, c\u2019est déterminer une corpo- réité symbolique exclusive au corps féminin.1.La présente réflexion est surgie à la suite de la soirée-débat sur la Mère aujourd\u2019hui, au Café-théâtre Quartier-Latin, le 9 décembre 1981.56 S'agit-il d'un nouveau mythe qui tendrait à donner une plus-value péremptoire au discours féminin par l\u2019association-fétiche de la reproduction corporelle à la reproduction idéologique?Si tel était le cas, le discours féminin jouirait d'une préséance biologique.S'agit-il d\u2019une nouvelle forme de mythe?Traditionnellement, le mythe est un surcroît de symboles pour circonscrire un interdit ou une absence d'informations.La problématique de l'écriture féminine est-elle fondée sur un excédent de la corporéité fonctionnelle de la femme discréditant ou restreignant la fonction symbolique de l'homme?S'agit-il d\u2019une nouvelle version d\u2019un ancien mythe?À savoir que la femme étant plus «nature» par l\u2019ensemble de ses fonctions est le lieu d\u2019une médiation exclusive avec la transcendance.Verrons-nous désormais une nouvelle église de la parole proclamer que la contraception et I'avortement du discours féminin sont contre-nature, et imposer l'écoute universelle de la gestation langagière féminine?II doit être évident maintenant que l\u2019association de la parole ou de l'écriture a la maternité est de la dynamite sociale dans un monde déjà gavé du cancer de la fertilité.Ceci dit, il reste que le questionnement de la spécificité du rapport du corps sexué féminin à la production symbolique tel que posé par Monique Larue est légitime.On ne saurait l\u2019éviter sans s'enlever les moyens de comprendre quelques-uns des changements fondamentaux que la crise actuelle nous amène.57 L'un des changements majeurs sur la scène québécoise est l'émergence d\u2019un discours féminin original, rationnel, politique, tel que manifesté par la réponse des femmes publiée dans Le Devoir du 11 décembre, au discours des évêques sur le droit à la vie.Jamais au Québec les femmes n'avaient attaqué avec autant de puissance et de justesse l'idéologie catholique qui rend la femme esclave de la fonction biologique de reproduction.Cette attaque irréductible à la catholicité a des implications politiques, voire sociales.L\u2019éditorial de Lise Bissonnette met à jour l'argumentation politique sous-jacente aux revendications des femmes à disposer de leur corps sans l'approbation du discours social reçu.Cette autonomie corporelle que les femmes exigent implique la notion de liberté de conscience et finalement de libre arbitre, pierre angulaire de la Réforme dans la culture anglo-protestante.C\u2019est la liaison idéologique la plus extraordinaire faite et signée dans les pages du Devoir.De là à conclure que le régime fédéral canadien est un outil politique pour combattre l'esclavage de la fonction de reproduction, il n'y avait qu\u2019un pas, absolument incroyable, à faire, mais qui a été fait avec un courage et une détermination uniques dans le monde journalistique.C\u2019est un événement qui prolonge le combat du fondateur du Devoir puisque la défense des droits de la femme canadienne-française ne saurait être un objectif qu\u2019aurait renié Henri Bourassa.Hors de tout doute, la barrière des deux solitudes vient d\u2019être abattue et la perméabilité de l\u2019ensemble idéologique canadien émerge d\u2019une crise constitu- 58 tionnelle que d'aucuns croyaient, il n'y a pas si longtemps, être la fin du fédéralisme canadien.C\u2019est dire que la lutte des femmes québécoises pour la réappropriation de leur corps initie une synergie idéologique catholico-protestante aux répercussions incalculables.Le Canada parvient à l'indépendance au moment où les femmes québécoises accèdent à l'autonomie idéologique.En opposant la liberté de conscience de la femme à la liberté de conscience du médecin, les femmes récusent et refont le pacte social à partir de la conscience individuelle.Derrière la liberté de conscience du médecin, c\u2019est tout le système de valeurs de la civilisation occidentale qui est questionné.On ne peut obliger les médecins à détruire la vie disent les évêques.Peut-on obliger les femmes à la reproduire malgré leur volonté?Il est impossible de soutenir que la femme n\u2019a pas droit de regard sur son acte reproductif, sans nier en même temps qu\u2019elle ait droit de regard sur son acte amoureux.Si la femme est libre de faire l'amour, elle est nécessairement libre de faire des enfants.On ne peut limiter, restreindre ou légiférer l\u2019un seul des deux aspects de la sexualité féminine, le corps féminin étant un, sinon on fabrique une synergie informationnelle contradictoirement codée par un principe d'autonomie libidinale juxtaposé à une régulation sociale.Cette réglementation idéologique qu\u2019on veut maintenir sur le corps des femmes en l\u2019opposant à la liberté de conscience du médecin est fondée sur une naturalisation du discours médical.Pour que le discours du médecin apparaisse comme fondé en nature et non comme un discours arbitraire ou socialement décidé et 59 répressif, la morale catholique associe la non-intervention du médecin à l\u2019objection de conscience.Or dans le cas de la reproduction, la non-intervention médicale équivaut à un laisser-faire biologique.Mais à considérer la reproduction comme un lieu de non-intervention, on réifie le processus naturel auquel on subordonne la vie des femmes, vie qui se trouve ainsi chosifiée pour Une vingtaine d'années.Cette vie de mère qu\u2019on impose à la femme est une négation de son autonomie au nom de l'autonomie de la non-intervention.La liberté de conscience du médecin, c\u2019est la reproduction subie comme un destin, comme une culpabilisation de la fonction érotique, une revanche de la trahison oedipienne où le libre choix de ce qui n'est pas lui apparaît comme insupportable à l\u2019économie fictionnelle du médecin soumise à la réglementation sociale.En définitive, c\u2019est le code de appropriation de la sexualité par le mariage qui illusionne le médecin sur la moralité de sa non-intervention.La grossesse non-désirée est ainsi un moyen-preuve de la non-identi- fication du médecin au géniteur non-responsable, en s'absentant de son corps sexué pour éviter la culpabilisation.l'illusion morale est générée par le refus de l'individu de participer à l\u2019ensemble socio-historique responsable de la situation de la femme enceinte parce qu'en tant que médecin, il a pour fonction de combattre les situations pathologiques.Le médecin raisonne comme si son combat quotidien contre la négativité organique ou psychologique impliquait que la négativité au niveau socio-historique à laquelle fait face la femme enceinte avait déjà été combattue quelque part - après tout, le monde n\u2019est pas si méchant au point d\u2019abandonner dans un tel état une femme (le sous-entendu oedipien est: ce n\u2019est pas possible d'abandonner une femme enceinte comme ce n'est pas possible d'abandonner sa mère) -, en conséquence, la poursuite de la grossesse assure la non- responsabilité du corps social.Il n'y a donc pas lieu d'intervenir, parce qu'il n'y a pas de responsable.ni de coupable à arrêter.Le sous-entendu juridique est que le médecin ne peut se faire policier actif que s\u2019il y a cas de légitime défense.Ce qui est la position traditionnelle de l\u2019Église qui admet bien la violence lorsqu'il s'agit de la protection civile mais qui refuse l\u2019usage de la violence pour la protection d\u2019un être en détresse.Le sous-entendu théologique est que s'il n'y a ni responsable ni coupable a arréter, il faut faire confiance au dieu-providence et faire accepter à la femme la néga- tivité particulière de sa situation comme gage d\u2019une future positivité en cette vie ou dans l'autre.C\u2019est comme si on disait à la femme enceinte: vous ne vivrez pas pendant vingt ans une situation pénible, vous ne serez qu'en gestation hédonique pour une période indéterminée.D'où vient ce recouvrement de la grossesse hédo- nique sur la gestation corporelle, cette double métaphore de la maternité qui sert à réprimer la vie des femmes?L'objection de conscience du médecin face à l'avortement est-elle un surplus de corporéité maternelle dans la symbolique morale?Autrement dit, le vide déterminé de l\u2019objection de conscience du médecin est-il la présence d\u2019une excroissance symbolique de la fonction de reproduction?61 Il se pourrait que se recoupent ici deux chaînes linéaires contradictoires.Si le corps sexué reproductif est associé à la production idéologique, ceci entraînerait une sorte de coefficient de naturalité biologique de la pensée dans son rapport au vivant.Lorsque le vivant est perçu dans son rapport à l\u2019origine, il jouirait ainsi d'un préjugé favorable, une maternelle moralité envers la vie.Toute atteinte à la vie est une atteinte à la mère.L'embryon est un fantasme.Cette plus-value maternelle est-elle constitutive du langage poétique que légitimerait la métaphore du corps sexué féminin reproductif?ou bien faut-il ne parler que de la métaphore du corps sexué comme légitimation du discours poétique, ce qui permettrait de dire que le redoublement métaphorique qui semble justifier l\u2019objection de conscience du médecin est en fait un empiétement de la poétique sur la morale.Le sens de quelques interventions à la soirée- débat était que la métaphore de la reproduction biologique justifiait la reproduction symbolique, bien qu\u2019on ait aussitôt remarqué que cette justification limitait la crédibilité du discours métaphorique à un cercle assez restreint, voire à un ghetto plus ou moins féministe.|| semble inévitable que si l\u2019on fonde la spécificité du discours féminin sur la métaphore de la fonction biologique, la validité de ce discours sera parallèle à la validité de la fonction de reproduction.C\u2019est dire que l\u2019efficience de ce discours sera proportionnelle au besoin de reproduction biologique et celle-ci limitée par le développement des forces productives.De la métaphore du corps sexué, utilisée dans le discours poétique, aux sciences humaines, aux sciences 62 exactes qui visent le contrôle de la nature, le degré de pouvoir sur la nature détermine le champ de la métaphore.Historiquement aux périodes d\u2019abondance la reproduction est bien accueillie, aux périodes de famine.le fécondité devient obscène.La moralité semble naître d\u2019un équilibre obtenu par l'adaptation de la reproduction aux capacités de la production.Ce qui veut dire que le discours des femmes fondé sur la métaphore du corps sexué reproductif sera nécessairement censuré par le discours social.Le pouvoir politique exerçant une sorte de contraception idéologique pour éviter l'exploitation des producteurs.Censure qui invite au sadisme contre la femme enceinte en situation d'isolement social.Tout compte fait, il faut peut-être admettre et distinguer, avec Monique Larue, une métaphore du corps sexué et une métaphore du corps sexué féminin mais il faut aussi, à moins de retomber dans la naturalité, admettre que cette spécificité du corps féminin est nécessairement déviante par rapport au producteur social.Le producteur social étant compris ici comme l\u2019ensemble régulateur de la production des marchandises nécessaires à la vie.L'extension et la contraction de la validité de la représentation symbolique du corps sexué féminin posent en définitive le problème de la régulation de la création idéologique.Ce problème est abordé indirectement par Marie- Josée Drouin dans son article: «Peut-on améliorer le processus budgétaire?» dans La Presse du 12 décembre 1981.63 || semble que la production d'un budget soit amené par une longue période de gestation, une courte période de travail ministériel, puis par une délivrance publique.Ce qui est remarquable dans le texte, c'est que Marie-Josée Drouin arrive à montrer comment la régulation du discours économique dans le processus démocratique est obtenue par la décantation de l\u2019opinion ministérielle par l'opinion publique.Le discours du budget étant nécessairement déviant par rapport à l\u2019ancienne rationalité économique, cette déviance ne devient acceptée donc réelle qu'après une suite d\u2019occillations entre la perception du pouvoir ministériel et la rétro-action du pouvoir de l\u2019opinion publique.C\u2019est montrer qu\u2019en démocratie, le discours du pouvoir n\u2019est pas le pouvoir du discours, ou si l\u2019on veut, que la démocratie existe là où les pouvoirs du discours engendrent le discours du pouvoir.Tout discours donné dans l'instant est totalitaire.Ce caractère instantané, ex-cathédra, de la catholicité contribue sans doute à propulser.le discours féminin dans les sociétés où l\u2019évolution des forces productives saccage et mine les rapports sociaux figés dans les cristallisations ancestrales péremptoires.L\u2019ironie du sort veut que les femmes, tenues en laisse dans l\u2019inversion mythique du discours patriarcal intériorisé dans le code négatif évangélique, soient aujour- d\u2019hui à l\u2019avant-scène du discours contestataire.Plus tard, il faudra analyser le psychodrame de la crise québécoise actuelle comme le souligne Lysiane Gagnon, pour y faire ressortir la qualification du discours évangélique dans la crise constitutionnelle.64 Le père humilié suscite l'apparition du fils vengeur.À l\u2019ovation de Jacques Rose à la plénière du congrès du parti québécois correspond la condamnation par la Société St-Jean-Baptiste des fils-traîtres bien qu\u2019élus démocratiquement.Le fils qui prend la parole, ne serait- ce que nominalement, pour rappeler le sacrifice des fils prisonniers provoque le regroupement des pères au pouvoir; de part et d'autre les généalogies s'affrontent, les signatures s'accumulent.Le verbe impuissant s\u2019inscrit, se signe dans l'irreprésentation de la surrepré- sentation de la catholicité au pouvoir.La dictature de la figure paternelle n\u2019est que l'inversion de l'échec social des signes formels d\u2019un pouvoir particularisé.Mais les signes n'ont de valeur qu\u2019en fonction de leurs référents.Ainsi meurent les idéologies quand une symbolique particulière évacue la conscience située.Son illégitimité dans l'impuissance représentative n\u2019est que le passage à une légitimité autre.Les parlants français deviennent des Canadiens dans le refus de la violence séparatiste par le père au pouvoir.La non-légitimité du terrorisme devient légitimité du fédéralisme.L\u2019abandon du fils révoité ne manque pas d\u2019être perçu par la mère observatrice comme une attitude dictatoriale de la part du père, l'impuissance du fils apparaissant nécessairement comme la puissance du père.Ce qui n\u2019est pas faux puisque la violence séparatrice du fils est acceptée-refusée dans l'adoption politique risquée refermant le cercle familial péquiste.Bien malgré lui, René Lévesque, de fils humilié devient père de la confédération.Dans cet avortement informationnel qui fut le congrès du parti québécois, il fallait un curateur, les circonstances favorisérent le premier ministre du Québec.La suite de l\u2019histoire montrera la viabilité de la greffe franco-britannique transplantée en Amérique du Nord, arrière-petite-fille de la conquête normande.Loin d\u2019être des enfants de petites cultures, les Québécois sont fils de conquérants en transit.Lord Durham ne pouvait pas nous voir, nous étions en filigrane dans son histoire.A I'heure ou le développement embryonnaire des libertés démocratiques est écrasé entre le catholicisme en tant qu\u2019idéologie abstraite du matriarcat et le communisme en tant qu\u2019idéologie concrète du même matriarcat, à l'heure où la dialectique de l\u2019histoire, vécue sous le mode d\u2019une double négation où sombrent des espoirs légitimes et des progrès réels dans la mystification absurde de l\u2019apocalypse révolutionnaire, faut-il regretter la lente incubation des Canadiens-français au sein du libéralisme anglo-protestant?Faut-il honnir le capitalisme et la démocratie nord-américaine, au moment où la langue française reçoit droit de citer et d\u2019expression libre dans la moitié du continent le plus évolué et le plus riche de la planète, que son territoire d\u2019origine jouit de la responsabilité gouvernementale au même titre que les autres provinces de la fédération canadienne, sans parler de ses privilèges socio-culturels?Si Luther était né un peu plus à l\u2019est, le laisser-faire, laisser-aller de la pensée libérale serait moins méprisé par les idéologues de l\u2019instantanéisme révolutionnaire qui ont dans les sociétés industrielles avancées tout leur temps pour ruminer l\u2019échec et la mort des autres, ailleurs.66 Références bibliographiques «La vie des femmes n'est pas un principe», Des groupes de femmes répliquent à l'épiscopat, Le Devoir, 11 décembre 1981.Lyse Bissonnette, «Les rêves des évêques», Le Devoir, 11 décembre 1981.Lysiane Gagnon, «Où mène ce psychodrame?», La Presse, 12 décembre 1981.Marie-Josée Drouin, «Peut-on améliorer le processus budgétaire?», La Presse, 12 décembre 1981.67 = I = 3 Be De LS SS J x PE Ie [EN Crees dk ti [rer où es Fr = où pt Eo FoR CTR Dee Gers a Mis ESS \u2018=, ERE eee Cates Por ES == ce = UT CR GS oe Ca.A ee preter SIN Ror PE pe gs \u201crh WERE + sacs = voor AE Hd 7 & oF xr.wr Lan 2 Phat tl es = Ee Lea ee ps 2 RER = = = = CE Hn 127 oe ne on Say Sot Te == in ESE i x 8 a ne a Journal d\u2019une visite au lieu de fouilles des Deux-Chutes (Conte philosophique) Pierre Corbeil Professeur au département de philosophie au CEGEP de Drummondville Salutations et paix à tous ceux qui liront mes paroles.Que l\u2019on sache tout d\u2019abord que la coutume de notre communauté veut que chacun fasse, à tous les ans, un voyage de réflexion et de découverte.M\u2019étant souvent penché sur les mystères et les paradoxes des anciennes sociétés, je résolus, l'année dernière, de voir de mes yeux les grandes fouilles poursuivies depuis déjà six ans au lieu des Deux-Chutes.Le nom vient précisément des deux chutes qui se succèdent près de l'endroit où la rivière longeant le site se confond dans le grand fleuve au nord-est du grand continent désert.Nous savons peu de choses des communautés qui habitèrent - il y a près de six mille ans - ces régions sauvages.Ce que nous savons indique qu'elles avaient des coutumes et des signes qui nous semblent bien étranges.Les Anciens étaient-ils des grands illuminés ou des abandonnés du Ciel?L\u2019une ou l\u2019autre hypothèse 70 mérite bien notre curiosité.Quant à moi, il me répugne de croire qu'un peuple ait pu suivre une Voie aussi désastreuse et naïve que l\u2019on s\u2019est complu à le prétendre.C\u2019est pour chercher l'inspiration que j'ai voulu voir de mes yeux.C'est pour livrer ce que j'y ai conçu que je compose ces paroles.Mon dessein a tardé à se réaliser.Il s\u2019est passé douze lunes avant que ne vienne le signe favorable au voyage.Je m'entendis, avec le capitaine d\u2019un dirigeable à qui il avait été ordonné de laisser des outils et des messages à ceux qui habitent le grand site.Un incident vint retarder le début du voyage.Le vaisseau - appelé Corbeau Blanc - avait amené les guerriers d\u2019un seigneur du Sud et ramené des sages-femmes à son dernier passage en Erin.Or, on avait fait le Geste de la Vie à la suite du voyage des guerriers et le Geste de la Mort après celui des sages-femmes.Il fallut donc entièrement purger le vaisseau pour qu\u2019il ne blesse pas l\u2019ordre des vents.Nous partîmes finalement le jour de la St Thomas.La coincidence me fit réfléchir sur le rôle du chercheur et je me recueillis dans ma cabine pour méditer sur la vanité de l'homme faisant confiance à ses propres lumières.J'ai profité du voyage pour vérifier mes notes et mes outils et purifier une dernière fois mon esprit en méditant mon passage préféré du livre de l\u2019Ecclésiaste.J'avoue cependant m'être laissé séduire par la majesté de l\u2019astroport de Mexico.La vision des grands vaisseaux glissant dans le vide silencieusement et délicatement.OU reposant près des quais comme des flocons de neige géants m'a toujours rappelé l\u2019éclosion de l\u2019âme vers l'éternité.J'en fus, comme toujours, ému.71 i pi 28 M Bg 6 Trois jours plus tard, le vaisseau était amaté au petit aéroport aménagé près du site.J\u2019eus alors ma première vue d'ensemble du groupe de ruines mis à jour par Maître Laurent.Ce qui attire tout d\u2019abord l'oeil, c\u2019est la rivière.Sa courbe rappelle curieusement deux sourcils élevés et froncés, soulignant le flot grondant et étincelant.Deux yeux vifs et pénétrants fouillent l\u2019âme du nouveau venu.Le site lui-même est à première vue peu remarquable.Les constructions et les voies de communication semblent être placées dans le désordre total et il est difficile de dégager le principe directeur qui a pu guider l\u2019organisation du lieu.Édifices grands et petits, espaces libres et chemins ne révèlent aucune harmonie, aucun sens des proportions; l'effet général est désagréable.De toutes façons, il n\u2019y a pas de dôme ou de cercle apparents comme je l'ai toujours observé dans la constitution de n'importe quel village où, ce qui tenait lieu de centre, c'était le lieu du culte.Je fus frappé par le paradoxe d'une-communauté humaine assez civilisée pour construire un ensemble de maisons et assez grossière pour le faire dans un tel désordre.Le paradoxe, cependant, n\u2019est qu\u2019apparent, selon Maître Laurent.Celui-ci d'ailleurs était venu à ma rencontre.Il m'offrit le pain et le sel rituels et me souhaita la bienvenue.J'acceptai son hospitalité et nous nous retirâmes à sa tente pour le repas du soir.Ses principaux collaborateurs étaient déjà réunis et l'attendaient avec impatience.Je vous les présente comme il me les présenta.72 [RRP Bia Le plus ancien est Léonard Aigle-qui-dort.Il est un lecteur comme moi et le plus initié du groupe.Sa sagesse et sa patience expliquent tout de suite son nom.Marie Obota est la deuxième en ancienneté et en lumières.Elle connaît les rites et peut déceler le plus petit signe de la forme qu'ils ont pu prendre dans les époques reculées.Elle a aussi un penchant pour les jeux de mots.Yussef et Eléazar Ben-David sont jumeaux, en sagesse et en discipline comme en âge.Les deux connaissent les nombres et trouvent un sens aux choses les plus obscures.Osias Bellefeuille est le plus jeune et le moins initié.Sa sagesse est dans ses mains, qui apprennent l'usage des choses anciennes.Elles savent aussi façonner les armes et les outils.Nous étions donc sept autour de la table.Un nombre aussi favorable à la discussion ne put que faire effet et, tout en faisant circuler une petite pipe, nous avons discuté des découvertes du groupe.Maître Laurent m\u2019écouta attentivement décrire la vision que j'avais eue du site.Puis il m\u2019expliqua la sienne.Selon lui, il faut voir dans l\u2019organisation de la communauté une série de croix.L'espace de ses anciens habitants était conçu différemment puisqu'il était divisé dans un nombre illimité de parcelles, marquées chacunes par une croix.Chaque bras de la croix s'allonge jusqu'à rejoindre une autre croix.Le désordre apparent vient du fait que les premières croix furent orientées par la rivière et que les croix subséquentes furent orientées selon les premières.73 H f Ih i H i RE RE A RS: Les Ben-David doutent de cette interprétation, car, disent-ils, les croix que nous pouvons voir ne correspondent aucunement à des points de la rivière.Maître Laurent répond que la rivière ne devait pas suivre son cours d'aujourd'hui et que si l\u2019on n\u2019admet pas ce princi- pe-la, il n'en apparaît aucun autre.On ne peut imaginer un peuple assez barbare pour placer ses maisons sans tenir compte d'un principe.J'avoue que cet argument semble difficile à contrer, mais les Ben-David se contentent de répondre qu\u2019il ne faut pas juger trop vite.Que nous n'ayons pas trouvé le principe ne nous permet pas de conclure qu\u2019il n'y en avait pas - idée inimaginable.Sur quoi tous sont d'accord.Ceci n\u2019est pas le fondement du désaccord entre Maitre Laurent et les Ben-David.Ces derniers prétendent qu\u2019il devait y avoir au moins quinze mille habitants dans l\u2019espace découvert.Il faut dire que cette interprétation est fondée sur l'hypothèse que certains des grands édifices tenaient lieu de grandes maisons regroupant plusieurs familles, chacune dans une «cellule».Vous aurez deviné que les Ben-David ont une bien piètre opinion des habitants disparus.Une communauté si grande pourrait difficilement être harmonieuse.Qu\u2019auraient fait tous ces gens?Comment se seraient-ils réunis?On pourrait penser que le travail manuel, le travail spirituel et le repos se succédaient dans une population divisée alors en trois parties distinctes, chacune ayant une fonction différente.Mais comment un tiers de la population aurait-il pu se reposer pendant un tiers de l'année?Nous sommes ébahis par la vision d\u2019un tiers de la population ne travaillant pas?Comme Maître Laurent, cette idée me fait sourire.Il suffit de penser à la nourriture.Des réserves pour un tiers de l\u2019année ne 74 seraient pas mangeables.Maître Laurent pense qu\u2019il y avait une population de deux à trois mille âmes.Les maisons étaient habitées selon la saison.Les grands édifices pouvaient être des lieux de travail, des lieux de culte et des monastères, qui servaient chacun tour à tour pendant une partie de l\u2019année.|! faut aussi tenir compte de la grande tour.Marie Obota soutient la position de Maître Laurent.Elle fait remarquer qu\u2019il y a un grand édifice rectangulaire contenant une deuxième forme ovale.Cet oeuf et ce carré ont évidemment leur sens.Les deux foyers de l\u2019ovale étaient des points de ralliements polaires où la population, en deux groupes, pratiquait des rituels de conciliation.Elle m'a montré des objets portant des glyphes ayant probablement des sens rituels.Ainsi nous retrouvons le glyphe DRUM, le glyphe EXPO et le glyphe RYAN.On remarque qu'il y a quatre signes dans ces glyphes.Il y en a qui ne révélent que deux signes notamment PQ et DO, à moins qu'il ne s'agisse de PO et DQ \u2026 Osias Bellefeuille croit aussi que ces glyphes représentent des objets de culte, exception faite de DRUM.Ce glyphe, dit-il, n\u2019est pas complet.Léonard Aigle-qui-dort intervint pour faire remarquer qu'il y a des glyphes à deux signes, à trois (du moins il y a un CEQ) et à quatre.Ces anciens connaissaient le principe 1 + 2 + 3 + 4+ = 10.«Oui, rétorquent les frères Ben-David, mais pourquoi n'y en a-t-il pas à un seul signe?Et que faire du glyphe à cing signes?» Ils pensent ici à CEGEP.Osias Bellefeuille nous dit qu\u2019il ne voit pas a quoi ce glyphe pouvait servir\u2026 75 0 RTE RPT RTT LANs.ir) tPA ER HUES ATL TES TERIA 1 THT PEREIRA: I Ee wig Ces discussions durèrent jusqu'à l'heure du sommeil.C\u2019est le lendemain que je pourrais voir, de mes yeux voir.En effet, très tôt l\u2019équipe fut sur pieds.Après avoir accompli les rites du matin dans un temps si court que c'en était presque scandaleux et avoir avalé le petit déjeuner de fromage et de pain frais (car les oeufs sont rares ici; heureusement que le poisson abonde!), chacun rejoignit son lieu de travail.Pour ma part, je choisis bien: sûr une visite générale du site et Maître Laurent fut naturellement mon guide.La visite commença au lieu de la première découverte.Des chasseurs avaient trouvé un coin de bâtiment déguisé en colline.lls se rendirent vite compte qu\u2019il s'agissait d\u2019une sorte de pyramide tronquée, très grande et très curieuse.Les travaux ont peu à peu dégagé un monument laid et terrifiant.il est tout gris, sans aucune décoration, et comprend deux étages de méme dimension.L'intérieur est curieusement divisé.Des pièces de toutes les grandeurs se succèdent en aucun ordre apparent, sauf pour ce qui est des deux grands halls, situés aux coins opposés de la structure.S'agissait-il d\u2019un monastère pour quelque secte terrible?Serait-ce une prison comme il en abondait dans ces temps troublés?On y a trouvé des vestiges de meubles et d'appareils bizarres, dont les fonctions semblent difficiles à définir.C\u2019est ici que l\u2019on a trouvé le plus grand nombre de glyphes: ceux dont je vous ai déjà parlé (comme CEGEP, RYAN, DRUM) st d\u2019autres comme MARX, COCA (aussi COKEet COCA- COLA), COOP, (si ce n\u2019est le même).76 Ce grand édifice, isolé du reste du site, n\u2019a près de lui que de vagues vestiges plus petits, très épars.En se dirigeant vers le centre de la ville découverte, on arrive d\u2019abord à une petite nécropole.Elle est curieusement conçue.|| semble assez clair que les morts étaient placés en rangs successifs, comme dans un jardin.Maître Laurent est convaincu qu'on les plaçait les uns pardessus les autres, car dans une tombe on a retrouvé des squelettes humains entassés.Peut-être regroupait-on les membres d'une même famille?Rien ne nous permet de déterminer quelles parties étaient réservées aux hommes, aux femmes et aux enfants respectivement, ou quelle pouvaient être les distinctions sociales.Tous semblent être entassés là sans distinction.Maître Laurent n\u2019est pas prêt à conclure.|| est très probable qu'il s'agisse d'un lieu temporaire.Le grand édifice gris était peut-être la vraie nécropole.d'autant plus que c'est là, comme je l'ai dit, que l'on retrouve le plus grand nombre de glyphes.Les anciens vénéraient évidemment les esprits de la terre et les glyphes prenaient donc leur origine dans des noms d'esprit ou des parties de textes rituels.La majeure partie du site est regroupée autour de deux grands bâtiments.L'ovale dans le rectangle est entourée des vestiges de constructions plus petites.Étant situé à l\u2019autre extrémité du site, il est logique d\u2019y voir en effet un lieu de culte, opposé à la nécropole (s\u2019il s'agit bien de cela).Autour de cet endroit, on voit très bien le manque des chemins entrecroisés qui, selon Maître Laurent, fixaient l\u2019espace des anciens habitants.Plus loin, ces frontières deviennent floues.On les devine entre les ruines qui se dressent - on dirait au hasard - un peu partout.Pas loin, comme un complice prêt à intervenir, se dresse ce qui fut sans doute une forteresse.Il s'agit d'une grande tour, surplombant la rivière et les autres ruines, y compris celles de l\u2019ovale dans le rectangle.Je dis bien une tour, car elle avait au moins cing étages; sa base était très étroite.De plus, il n'y a que deux entrées situées l\u2019une en face de l\u2019autre.Ces entrées s'ouvrent sur un grand hall où les attaquants, ayant pris les portes, seraient soumis aux missiles des défenseurs.Les jours suivants, alors que je poursuivais ma visite, je demandai aux collaborateurs de Maître Laurent, de m'expliquer l'orientation de leurs travaux.C\u2019est le troisième jour que j'eus la révélation tant attendue.En fouillant les détritus de la grande tour, je fis ma découverte.Humblement, je crois avoir compris quelque chose.Dans une espèce de coffre de métal fort bien préservé, j'ai déniché un petit couteau, sans manche, deux rondelles de métal portant le glyphe COCA, mais l\u2019une en rouge et l'autre en bleu; une rondelle de métal portant le glyphe MARX, mais cette fois pourvue d\u2019une réprésen- tation noire d\u2019un dieu anthropomorphe barbu; une autre \u2018 semblable, mais avec le glyphe NOËL, en rouge et blanc: | une rondelle plus grande, toute rouge mais portant le glyphe RYAN en noir.Ce fut la joie chez les explorateurs du site, et tous s\u2019inclinèrent en silence.Pour ma part, je crois que j'ai eu la mission de | retrouver le symbolisme derrière la pensée des anciens.RS RS a 78 Nous avons identifié trois édifices publics.La nécropole (ou lieu de la première découverte) le grand temple et la forteresse.Les coincidences de couleurs nous semblent assez claires.Le noir est la couleur de la mort et de la transcendance, le blanc la couleur de la vie, le bleu la couleur du renouveau et le rouge la couleur de l\u2019énergie.Le noir et le rouge associés sont de toute évidence signe de la destruction, tandis que le signe bleu et blanc indique le début, la naissance.Le bleu et le rouge sont évidemment le signe du changement, des cycles qui se succèdent.Je crois aussi fermement que les glyphes MARX et RYAN ne font qu\u2019un! Est-ce possible que Met N ne soient pas le même signe?Y est évidemment une abréviation ou déformation de X - ou, je l'admets, c'est l'inverse qui est vrai.Les signes les plus distinctifs, R et A, sont les mêmes.Donc MARX et RYAN ne sont que des versions différentes du même signe! Probablement que MARX est la forme originale, RYAN ne signifiant rien en soi.à moins qu'il ne soit que la représentation d'une forme plus puissante.?MARX est donc un dieu de destruction puisqu'il est associé au noir et au rouge.ll s'ensuit aussi que NOËL, associé au rouge et au blanc, représente un dieu de vie.Sont-ce deux avatars d'une même force, le dieu barbu?NOËL donne la vie.mais il donne trop.Trop donner améne MARX.la mort L'association de bleu, de rouge et de blanc avec COCA prend aussi tout son sens.COCA, c\u2019est soit la pause entre les cycles, qui redonne des forces, soit le renouveau, le début du cycle.Après la pause COCA.apparaît un nouveau COCA, etalors,en regardant autour de soi, on voit que tout a changé! C\u2019est dans le temple que nous avons trouvé COCA.C'est aussi là que nous avons trouvé EXPO et DRUM.EXPO est évidemment une grande divinité.Oserions- nous avancer que nous avons ici la terre-mère?Les morts ne sont-ils pas mis en terre avant d\u2019être portés à la nécropole?EXPO est la terre, le champ extérieur où l\u2019on doit passer avant de recommencer le cycle, la gestation qui précède chaque circuit dans le monde d'illusions.J'imagine les adorateurs dans le temple regardant les prêtres d'EXPO et criant leur joie: « £ ey eS PAT mn Tie Arc nd - on UE, PER mx NS NE Ay oo.pr 2 : Ce Ae oa es.Sn TH CR Cit rely press He fe eid ho Nhs on EN le ei x Ris as = £2 = Ens star ces a = CAES ei gre: HH TR A 7 BEES a $a Mere | | La révolution politique en Pologne et dans les pays de l\u2019Europe de l'Est Normand Guèvremont HB Professeur au département de sciences politiques hi Louis Simard Professeur au département de philosophie id i fo Une nouvelle étape dans le combat des travailleurs, de la jeunesse et des intellectuels contre la bureaucratie s'est ouverte en Pologne.Ce combat, que nous appelons la révolution politique, a franchi un pas qualitatif important ces deux dernières années, certes au premier titre pour les masses et les travailleurs polonais, mais aussi pour tous les travailleurs de l\u2019Europe de l'Est et de l'URSS.Les évènements survenus en Pologne depuis l\u2019été 1980 jusqu\u2019à aujourd\u2019hui ont posé dans toute leur ampleur le problème fondamental de toute révolution, c'est-à-dire le problème du pouvoir, et en l'occurrence ici, la question du pouvoir de la bureaucratie, ou bien celui de la classe ouvrière.Le 31 août 1980, Lech Walesa signait avec le gouvernement polonais un accord reconnaissant les syndicats indépendants qui ouvrait la voie à la création de Solidarité.Pour la première fois depuis que la bureau- 110 cratie, avec à sa tête Staline, a usurpé le pouvoir en URSS et étendu ses tentacules sur l'ensemble des pays où le capital a été exproprié, la bureaucratie était contrainte de reconnaître officiellement un syndicat échappant à sa domination et donc dirigé contre elle.Comme la presse internationale l\u2019a maintes fois rappelé, il s'agissait d\u2019une première dans les pays dits «socialistes» ou «communistes».Ce fait est d\u2019une importance capitale pour l\u2019ensemble des pays ou les masses sont sous l\u2019emprise d\u2019une bureaucratie qui, au nom même du socialisme, défend ses privilèges en étouffant les revendications et les aspirations des travailleurs, des jeunes et des intellectuels depuis près de 60 ans.Des accords de Gdansk et du premier congrès de Solidarité, à l\u2019état de siège, la délégalisation, puis la dissolution de Solidarité, nous voulons rappeler dans cet article les différentes étapes de la lutte des travailleurs polonais contre la bureaucratie.Les faits pour nous parlent d'eux-mêmes et montrent la puissance du mouvement qui part de la classe ouvrière, des usines, pour ébranler toutes les institutions de la société polonaise.En rappelant par ailleurs les différentes luttes des travailleurs des pays de l'Europe de l'Est contre la bureaucratie depuis 1953, nous voulons montrer que la révolution en Pologne se situe dans le prolongement même des luttes antérieures tout en constituant un pas de plus, et fondamental, dans la rupture de la classe ouvrière avec la bureaucratie.Les faits le montrent, et cela ne pourrait être autrement, la lutte des travailleurs de l\u2019Europe et de l'URSS contre la bureaucratie est faite d'hésitations, de tâtonnements, d'illusions, d'incertitudes, d'échecs.au travers desquels la classe ouvrière tire elle-même, de sa propre expérience, ses propres 111 leçons.L'exposé chronologique des faits tente d\u2019illustrer ce mouvement historique et actuel.Nous faut-il préciser finalement, que si pour nous la classe ouvrière joue le rôle fondamental dans la remise en cause de la bureaucratie, de son régime politique qui s'appuie sur la terreur pour réprimer les aspirations profondes de liberté de tout un peuple, nous ne négligeons aucunement le rôle que jouent et ont joué d\u2019autres forces sociales, comme l\u2019Église ou le mouvement nationaliste.L\u2019espace consacré à cet article nous empêche d\u2019en rendre compte adéquatement.Il en est de même du rôle joué par l'URSS dans les présents évènements en Pologne; bien qu\u2019en filigrane dans l\u2019article, ce rôle pourrait être davantage précisé.I- LA REVOLUTION POLITIQUE DANS LES PAYS DE L'EUROPE DE L'EST ET EN URSS Allemagne de l\u2019Est: juin 1953 Pour faire face aux difficultés économiques, le Conseil des ministres de la République démocratique allemande décrète le 28 mai 1953 un relèvement général des normes de travail des ouvriers du bâtiment de 10%, parfois de 20% ou 30%.Alors que l\u2019effervescence est grande chez les travailleurs du bâtiment de Berlin-est contre le relèvement des normes, le 14 juin, l\u2019organe officiel de la RDA, le Neues Deutschland, annonce la victoire quasi totale d\u2019une partie des travailleurs du bâtiment de Berlin-ouest en grève depuis la mi-mai.Le 16 juin, 200 travailleurs des chantiers de la Stalin-Allee, à Berlin-est, derrière une banderolle «À bas l'augmentation des normes!», se rendent en délégation au gouvernement.«En un tournemain, ra- 112 conte Robert Haveman, alors responsable du parti, la maigre file se transforme en un puissant rassemblement de manifestants qui arrivent de toutes parts en courant dans leurs bleus de travail, attirés comme la limaille par l\u2019'aimant».Par milliers, devant la Maison des ministres, les manifestants scandent un slogan qui sera repris vingt ans plus tard par les ouvriers polonais: «On est des travailleurs, on n\u2019est pas des esclaves»; «À bas la tyrannie des normes».Un représentant du gouvernement annonce alors l'annulation du relèvement des normes.Suscitant une tempête d'applaudissements, un ouvrier crie: «Il ne s'agit plus de normes et de prix.Le régime doit démissionner.Nous voulons des élections libres et secrètes».La grève générale est décidée pour le lendemain.Avec une rapidité déconcertante, en quelques heures, les travailleurs de Berlin-est passent des revendications économiques à la question du pouvoir politique.Le lendemain, les chars soviétiques stationnés en RDA sortent des casernes.L'état de siège est proclamé.On tire sur les grévistes et les manifestants.Le soir, les chars du Kremlin ont écrasé le mouvement dans le sang.Mais les répercussions de ces évènements devaient être énormes dans toute l\u2019Europe de l\u2019Est et en URSS.Pologne-Hongrie, 1956 Staline meurt en 1953.Kroutchchev va alors tenter de consolider le pouvoir de la bureaucratie, en esquissant une «nouvelle» politique, plus dégagée de l\u2019'étreinte sanglante du pouvoir totalitaire de Staline.C\u2019est dans ce cadre qu\u2019au 20e Congrès du Parti communiste de l\u2019URSS, en février 1956, Kroutchchev dénonce le «culte de la personnalité» et quelques «crimes» et «erreurs» de Staline.Le choc est brutal pour les responsables des différents partis communistes dans le monde.Cependant, voulant réduire les tensions, la nouvelle politique de la bureaucratie cristallise en même temps les éléments d\u2019explosion qui se sont accumulés durant les années précédentes: l\u2019espoir va se développer dans les masses que quelque chose peut changer, qu\u2019une issue peut se dessiner.En Pologne, dès la fin 1955, Po Prostu, un hebdomadaire étudiant, a résumé le programme qui réunit toute une avant-garde autour du journal: dire la vérité sur tout, dire la vérité sur la situation réelle des travailleurs et leurs rapports avec la bureaucratie dirigeante.Le journal connaît un immense succès.En juin 1956, le mouvement s'accélère: les concessions faites par les dirigeants apparaissent insuffisantes aux travailleurs, aux étudiants, aux intellectuels.Les travailleurs de l'usine Zispo à Poznan se mettent en grève.Le gouvernement réprime brutalement la grève et les manifestations et procède à des arrestations massives.La bureaucratie polonaise craint le mouvement des masses.Aussi décide-t-elle, dans le but de l\u2019apaiser, d'entreprendre des négociations pour le retour de Wladislaw Gomulka, ancien premier secrétaire du parti, arrêté, emprisonné, exclu du parti sous Staline.Le bureau politique du PCUS! débarque en plein comité central du parti polonais, à Varsovie, pendant que les forces armées de l'URSS stationnées en Pologne font marche sur la capitale.La menace d'intervention du Kremlin accroît la mobilisation des masses: meetings, manifestations, constitution de réseaux de groupes ouvriers dans 1.Parti communiste de l\u2019Union soviétique. les usines.Cette mobilisation fera reculer Moscou qui craint le pire: l'appareil du Kremlin accepte le retour de Gomulka proposé par la bureaucratie polonaise.Si les travailleurs voient dans la désignation de Gomulka au poste de premier secrétaire du parti une réelle victoire, s'ils se tournent vers lui pour demander la satisfaction de leurs revendications, en même temps, aucune confiance aveugle ne règne chez eux: ils constituent leurs propres organes de pouvoir, les conseils ouvriers, ils chassent eux-mêmes des syndicats et des postes de direction du parti les éléments les plus représentatifs de l\u2019appareil bureaucratique.Cela malgré les discours de Gomulka invitant à ne pas aller trop loin, au nom de la nécessaire «unité du parti».Tout en promettant des réformes «libéralisatrices», Gomulka pose clairement l\u2019enjeu de la révolution polonaise quand il déclare: «Les conseils ouvriers ne doivent être que des organes économiques, d\u2019autogestion ouvrière, sans pouvoir politique.Le parti doit garder son rôle de dirigeant unique, il doit être cohérent et uni, c\u2019est là le garant de la permanence de l'État»?Ce dont il s\u2019agit, c\u2019est de conserver tout le pouvoir au parti stalinien et pour ce, abattre les conseils ouvriers, empêcher leur centralisation au niveau national comme expression politique des travailleurs et des masses.La «gauche communiste» qui s'est constituée dans le feu de la révolution croit pouvoir redresser, «démocratiser» le parti dont Gomulka affirme en 1956, sous la pression du mouvement, que chacun y a «le droit de garder son point de vue».Un an plus tard, Gomulka 2.Les soulignés sont de nous.115 Pt interdit Po Prostu qui prétend conserver «le droit de publier son point de vue».En août 1957, il ordonne à la milice de matraquer les traminots de Lodz en grève.La mobilisation des travailleurs polonais jette une véritable étincelle dans le baril de poudre hongrois.Au moment même des grandes manifestations de Poznan, les 27 et 28 juin 1956, le cercle Petofi, cercle de discussion créé à partir de l\u2019organisation de jeunesse du Parti communiste hongrois, organise une réunion destinée à discuter de la liberté de presse: 8,000 jeunes travailleurs, étudiants et intellectuels acclament Tibor Dery, écrivain communiste, qui déclare: «Il esttemps d\u2019en finir avec cet état de gendarmes et de bureaucrates.» Le cercle Petofi se solidarise avec les travailleurs polonais.Les étudiants de l\u2019université technique envoient «leur sympathie fraternelle à leurs camarades polonais en lutte pour la souveraineté et la libération».* Ils organisent une manifestation de solidarité avec la Pologne: 100,000 manifestants y participent.Le Daily Express rapporte (24 octobre 1956): «Tout Budapest est dans la rue, en tête des jeunes portent d'immenses portraits de Lénine.» Gero, qui a remplacé Rakosi qui vient de démissionner, fait tirer sur les manifestants.La manifestation tourne à l\u2019émeute.Les troupes du Kremlin font une première incursion en Hongrie pour rétablir l\u2019ordre.La Hongrie se couvre de conseils ouvriers par entreprise, de comités révolutionnaires sur le plan local.Les troupes du Kremlin entrent une seconde fois en Hongrie, le 4 novembre 1956, et répriment le mouvement révolutionnaire hongrois avec sauvagerie: 80,000 morts.«Les 3.New York Times, 2 juillet 1956.4.Ibid., 22 octobre 1956.116 principaux centres de résistance furent les quartiers ouvriers.Les objectifs que les soviétiques attaquérent avec une rage et une fureur spéciales furent les usines où les communistes hongrois avaient leurs places fortes et leurs militants les plus actifs».Malgré la répression brutale, 10 jours plus tard, les délégués des conseils ouvriers d'arrondissement de Budapest, qui forment le conseil central ouvrier du Grand Budapest, se réunissent.Ils demandent: la libération de tous les détenus politiques, le retrait rapide des troupes soviétiques, l\u2019abolition du système du parti unique, la seule reconnaissance des partis se fondant sur le socialisme.La révolution hongroise sera écrasée par la présence en Hongrie de 200,000 soldats soviétiques déployés contre ceux dont le journal Le Monde affirmait que leur crime était d\u2019avoir voulu «construire un nouveau pouvoir à opposer aux organismes exécutifs de l\u2019État».C\u2019est sur cette base que Kadar, abrité derrière les troupes russes, forme le 4 novembre un nouveau gouvernement et réussit à reconstituer le pouvoir de la caste bureaucratique privilégiée.Les mouvements révolutionnaires de 1953 en Allemagne de l\u2019est et de 1956 en Pologne, la révolution hongroise des Conseils en novembre 1956, constituent une première période de la révolution politique, période marquée par l\u2019apparition des conseils ouvriers, des comités révolutionnaires, la nécessité de leur centralisation nationale.Les organisations traditionnelles de la classe ouvrière ont été détruites par la bureaucratie et ont été remplacées par des organismes «officiels» qui ne sont 5.France Soir du 12 novembre 1956.117 DOTE ERIN INR iti g que l'extension du pouvoir de la caste privilégiée.Chez les militants révolutionnaires, en Pologne comme en Hongrie et en Allemagne de l\u2019est, les illusions demeurent fortes sur la possibilité de redresser, de démocratiser les organismes mis en place par la bureaucratie, et la bureaucratie elle-même.Mais en même temps l\u2019ensemble des travailleurs de l\u2019Europe de l\u2019Est et de l'URSS commencent à tirer les leçons de leur propre expérience.En témoignent, en 1964, les conclusions de deux jeunes communistes polonais deux fois emprisonnés pour leurs opinions, Jacek Kuron et Karol Modzelewski qui terminent leur analyse de la société dite «socialiste» en affirmant la nécessité de détruire la bureaucratie.Pour ces deux jeunes communistes, le temps des illusions commence à prendre fin.Ils expriment déjà l\u2019enjeu politique qui sera au coeur des évènements qui vont se produire en Tchécoslovaquie 8 ans plus tard.1968: Le printemps de Prague Vieux pays où la classe ouvrière a de profondes traditions politiques, la Tchécoslovaquie est particulièrement «choyée» par la bureaucratie du Kremlin.De plus, son histoire, son développement économique, social et politique la lient aux autres pays de l\u2019Europe centrale, en particulier l\u2019Autriche et l\u2019Allemagne.Aussi, Novotny, nommé par le Kremlin en 1948, apparaît-il comme l\u2019un des plus durs et des plus stables des dirigeants staliniens de l\u2019Europe de l'Est.La Tchécoslovaquie n'échappe cependant pas à la crise du stalinisme.En 1966-67, la manipulation des statistiques ne réussit pas à masquer la dégradation de l\u2019économie.Le mouvement des travailleurs, dont le niveau de vie stagne, et celui des étudiants et intellectuels qui 118 réclament une authentique liberté de création, poussent une partie de l\u2019appareil du Parti communiste tchécoslovaque à réclamer le départ de Novotny, alors premier secrétaire du Parti communiste et président de la République tchécoslovaque.Nous ne pouvons, dans le cadre de cet article, rendre compte de toutes les manifestations de l\u2019explosion révolutionnaire tchécoslovaque.C\u2019est ce puissant mouvement des travailleurs, des jeunes, des intellectuels qui oblige Dubcek à aller toujours plus i loin dans la liquidation du «novotnysme».Sous la i pression de ce mouvement, qui disloque l'appareil du gE parti (aile Dubcek vs novotnystes), est convoqué offici- À ellement, pour le 9 septembre, le 14e Congrès du Parti communiste tchécoslovaque.François Fejto écrit, ge dans son Histoire des démocraties populaires: «L'opi- Bg nion se fit jour que Dubcek commettrait une erreur en ES voulant gouverner avec un Comité central et une Assem- F blée nationale dont la plupart des membres devaient leur Si poste a la bonne grace de Novotny et de son appareil.» if Dans ce cadre, méme si les rédacteurs des nouveaux statuts devant étre présentés au Congrés pensent pouvoir répondre aux aspirations qui montent de tous les secteurs de la classe ouvriére et de la jeunesse, en «ré- ui formant» et «démocratisant» le Parti, ce qui est à l\u2019ordre hy du jour, c\u2019est l'explosion du vieux parti stalinien et la ER constitution d\u2019un nouveau parti.L'URSS ne s\u2019y trompe A pas; le 21 août, les chars russes envahissent Prague.gE Dubcek et quatre membres du présidium sont arrétés.i C\u2019est avant tout pour prévenir la tenue du 14e Congrès i que la bureaucratie du Kremlin s'est décidée à envahir la Tchécoslovaquie.Si l'immense majorité des dirigeants de la révolution politique estimaient que les masses tchécoslovasques pourraient graduellement imposer 119 ETAT OU RAA TMI leur volonté et que les dirigeants de la bureaucratie, en Tchécoslovaquie, en Europe de l'Est et au Kremlin, ne pourraient que s'incliner devant les faits, l'invasion militaire a brutalement mis fin à cette illusion.Le matin même de l'invasion, le comité de Prague «appelle les délégués, par radio, à se rendre à Prague, ] par tous les moyens en leur possession, à s\u2019y réunir et à 8 décider eux-mémes s\u2019ils se constituent en congrés».6 Le 22 août, la majorité des délégués du 14e Congrès clandestin se réunit dans l'usine CKD de Prague et décide de se constituer en congrès.Un nouveau parti se constitue.Le 14e Congrès clandestin du PCT est un moment capital dans la lutte du prolétariat des pays de l\u2019Europe de l\u2019Est et de l'URSS, en ce qu\u2019il exprime la nécessité de la rupture totale avec la bureaucratie et de la construction, par les travailleurs, de leurs propres organisations: syndicats et parti.La bureaucratie n\u2019a jamais fait montre d\u2019excessifs sentiments humanitaires.Si elle essaie d'éviter un nouveau Budapest, c'est pour des raisons politiques.Le Kremlin veut faire capituler Dubcek.En signant les «accords de Moscou», en vérité un véritable «diktat» du Kremlin sur la «normalisation», la direction Dubcek expliquera qu\u2019il s'agissait de «préserver l\u2019essentiel».C\u2019était la fin du Printemps de Prague.À la réunion du Comité central du 31 août 1968, Jaroslav Sabata\u2019 déclare, après la lecture du diktat de Moscou: E- 6.Pierre Broué, Le printemps des peuples commence à Prague.3 7.Jaroslav Sabata, docteur en philosophie, professeur d'université, membre du parti communiste depuis l\u2019âge de 19 ans, secrétaire du comité régional du PCT à Brno, condamné en 1972 à la privation de liberté pour 6 ans et demi.120 «Si le camarade Tytis (défenseur des «accords») veut mener une politique partant de ces principes, il peut y parvenir, mais à une seule condition: par la force des baïonnettes, soviétiques et autres.Nous savons tous que ce n\u2019est pas là une voie communiste, que ce n'est pas là une politique communiste, mais anti-communiste.II faut condamner cette position, il faut l'appeler par son nom: elle est l'expression des conceptions qui sont, dans une large mesure, responsables de ce qui s'est passé.Elles font partie du complot contre le Parti et contre le pays.»8 Jiri Pelikan, ancien directeur de la télévision tchécoslovaque, délégué au 14e Congrès clandestin et élu au Comité central du PCT à ce congrès, qualifie dans son livre Ici Praque, la position adoptée par la direction Dubcek à cette époque «d'erreur irréparable»: «Le grand mérite de Jaroslav Sabata est d'avoir montré un des premiers, dans ce moment de grande confusion, qu\u2019il existait une autre voie: celle qui consistait à s'appuyer sur les neuf dixièmes de la population, à s'inspirer de ses sentiments, à faire la politique du peuple!» L'équipe Dubcek, prise entre la bureaucratie du Kremlin et les aspirations des masses, ne réussit pas à concilier l\u2019inconciliable.Six mois plus tard, la bureaucratie se débarrasse de Dubcek pour installer son protégé, le «normalisateur» Husak: 500,000 membres du PCT ont été exclus et le PCT est devenu le «parti des quinquagénaires».Si la montée révolutionnaire des travailleurs tchécoslovaques a été bloquée, il n'a pas été possible de «liquider les 50,000 contre-révolutionnaires» que dénonçait la Pravda au mois d'août 1968.Après l\u2019exclusion du PCT des principaux dirigeants, fin 1969, l\u2019opposition va se regrouper dans ce que Alfred Cerny 8.Jiri Pelikan, Ici Prague, p.89.121 (membre du Comité central élu lors du 14e Congrès clandestin) a appelé, dans sa «Lettre aux Partis communistes du monde entier», le 25 mars 1971, «le parti de l'avenir».La politique de Husak a développé au sein des masses tchécoslovaques une haine profonde pour le Kremlin et son agence locale, ie PCT.Cette politique a aussi contribué à la maturation de la révolution dans toute l\u2019Europe de l\u2019Est.Cette maturation va trouver son prolongement immédiat deux ans plus tard en Pologne.Pologne, 1970-1976 Au printemps 1968, après la révolte des écrivains provoquée par l'interdiction de la pièce de Mickiewicz «Dziady»,® après que durant trois semaines tous les centres universitaires furent le théâtre d\u2019une puissante mobilisation où les étudiants posaient tous les problèmes d\u2019une société gangrenée par la bureaucratie qu'ils qualifiaient de «corps étranger à la classe ouvrière», le Parti communiste polonais avait engagé une campagne de normalisation préventive que la bureaucratie polonaise avait, lui semblait-elle, menée à bien.Le 1er décembre 1970, Gomulka engage une offensilve brutale contre le mouvement ouvrier polonais en décrétant une très importante hausse des prix.La réaction de la classe ouvrière est immédiate.Dans les grandes villes de la Baltique, Gdansk, Gdynia, Szczecin, les ouvriers déclenchent la gréve, organisent des manifestations de protestation, constituent une milice armée.Dans toutes les villes du littoral, les conseils ouvriers connaissent un 9.Mot qui a un double sens: les «vieux» (aïeux), et aussi les «gueux-».La pièce portait en sous-titre «La fête des morts», qui était une pièce écrite au XIXe siècle et dans laquelle les ancêtres des polonais apparaissaient à leurs descendants et stimulaient leur lutte contre les Russes.122 [ox rem développement prodigieux et ce sont eux qui dirigent les combats.À Szczecin par exemple, le comité central de grève assume le pouvoir dans la ville à la place du parti et de la municipalité.La colère des ouvriers se tourne en premier lieu contre les dirigeants du parti: à Elblag, le premier secrétaire est pendu.Au cours d\u2019une assemblée de tous les membres du parti à Gdansk, ceux-ci exigent le renouvellement périodique des responsables, la modification de la procédure électorale et des statuts du parti; plus d'informations véridiques pour les ouvriers.Au centre des questions soulevées: la «démocratie dans le parti et dans le pays», et la question de l'indépendance des syndicats, force par laquelle les travailleurs pourraient s'exprimer librement.Dès le début de la grève dans les villes de la Baltique, la bureaucratie frappe: des délégations de grévistes sont arrêtées, des détachements militaires et blindés tirent sur les manifestants; en quelques heures, des centaines de morts jonchent les rues.Les grévistes ne plient pas.Au moment où s'organise dans tout le pays un vaste mouvement de solidarité, la grève menace de s'étendre.La bureaucratie et le Kremlin craignent d'avoir à affronter toute la classe ouvrière.Voulant à tout prix éviter l\u2019affrontement général, ils liquident Gomulka.Gierek, premier secrétaire de la voievodie'° de Silésie, le remplace.Il annonce immédiatement des augmentations de salaires.Quelques jours plus tard, les hausses de prix sont annulées.Le comité central de grève de Szczecin et celui des villes de Gdansk, Gdynia, Sopot exigent la venue sur place de Gierek et de Jaroszewicz (le premier ministre).Les ouvriers passent un compromis 10.Division administrative.Au nombre de 49, elles équivalent à ce que sont les départements en France.123 avec Gierek; leurs délégués s'expriment en ces termes: «A l'époque, nous avons fait aussi confiance à Gomulka, oui?Sauf que cela ne s\u2019est pas réalisé.Il faut donner à cet homme au moins un an ou deux ans, et nous verrons bien les résultats qu'il y aura.Si au bout d\u2019un an ou deux ans, rien n\u2019est fait, nous dirons: camarades, nous avons été dupés à nouveau.» (Gierek face aux grévistes de Szczecin, Selio, Paris).La discussion entre les grévistes et Gierek montre que les rapports se sont modifiés entre la classe ouvrière et la bureaucratie.La confiance dans la capacité de «réformer» la bureaucratie s\u2019est évanouie.Ce qui est maintenant nouveau, et cela ne vaut pas pour la Pologne seulement, c\u2019est que les masses, depuis l'invasion des troupes du Pacte de Varsovie en Tchécoslovaquie, saisissent que leurs aspirations ne peuvent se réaliser dans le cadre des institutions bureaucratiques.Elles comprennent aussi les liens indissolubles entre le Parti communiste polonais (POUP), l\u2019État bureaucratique polonais et la bureaucratie du Kremlin.Les travailleurs de la Baltique avaient signifié à Gierek qu\u2019ils l\u2019avaient à l\u2019oeil.Ils ont tenu parole.Le 24 juin 1976, le gouvernement Gierek décrète une série d'augmentation des prix des produits alimentaires (60% sur la viande, 100% sur le sucre, 50% sur le beurre et les fromages, 69% sur le poisson, 30% sur les volailles et les légumes.).La tradition de combat des travailleurs de Szczecin, de Gdansk, Gdynia et Sopot est demeurée intacte.Dès le lendemain, ce sont les travailleurs de l\u2019usine de mécanique Ursus, près de Varsovie, et ceux de Radom, qui déclenchent la grève contre les hausses.En quelques heures, la Pologne est au bord de la grève générale.Gierek annule la hausse des prix, mais la bureaucratie va organiser une chasse impitoyable contre 124 les grévistes: des dizaines de morts, des milliers d\u2019arrestations et de condamnations.C\u2019est pour venir en aide aux ouvriers de l\u2019usine d\u2019Ursus et de Radom, victimes de la répression, puis à tous les travailleurs polonais persécutés par le régime, que le 23 septembre, un groupe d\u2019intellectuels, parmi lesquels on compte Jacek Kuron et Adam Michnik, crée le Comité de défense des ouvriers (KOR) qui prendra le nom, en octobre 1977, de Comité d\u2019auto-défense sociale.Le KOR jouera un rôle majeur dans les années qui suivent, non seulement dans la défense des ouvriers, mais aussi dans l\u2019organisation syndicale indépendante de la bureaucratie que les travailleurs polonais officialiseront en 1980 en fondant Solidarité.I- POLOGNE, POINTE AVANCÉE DE LA LUTTE CONTRE LA BUREAUCRATIE Des accords de Gdansk au Congrès de solidarité Comme en 1970 et en 1976, le gouvernement polonais décrète, le 1er juillet 1980, une hausse des prix de la viande.Dès le lendemain, les travailleurs d\u2019une usine de montage de pièces d'automobiles, à Tczew, dans la région de Gdansk, déclenchent la grève pour protester contre cette hausse.Ils sont suivis par les travailleurs de l'usine de tracteurs d\u2019Ursus et d\u2019une fonderie de Varsovie.Malgré l'annonce par les autorités d'une annulation progressive de la hausse des prix.le mouvement fait tache d'huile.Le 10 juillet: grève de 20,000 ouvriers à l\u2019usine d\u2019automobiles de Zeran.Dans l'ensemble de la Pologne, plus d\u2019une trentaine d\u2019entreprises sont déjà paralysées.Le 16 juillet, en dépit de l'appel à la discipline lancé par le bureau politique du POUP, une grève générale de deux jours éclate à Lublin 125 (300 000h).Les cheminots y réclament des élections syndicales libres.Le mouvement continue à s'étendre.À Poznan, Gdynia, dans le port de Gdansk.Varsovie n\u2019est pas épargnée.Le 7 août, les éboueurs déclenchent une grève d'une semaine.Devant l\u2019ampleur du mouvement, la direction du POUP se voit obligée de reconnaître la nécessité d'apporter des changements à la structure et au fonctionnement des syndicats officiels.Survient alors l'élément catalyseur de tous les événements à venir: le 14 août, les 17,000 travailleurs des chantiers navals Lénine, à Gdansk, déclenchent la grève pour protester contre le licenciement d'Anna Walentynovicz militante en faveur des syndicats libres.Les travailleurs des chantiers Lénine deviennent dès lors l'avant-garde de tout le mouvement amorcé.En dépit de la satisfaction partielle de leurs revendications, ils refusent de reprendre le travail.Le 16 août sont créés a Gdansk les premiers comités inter-entreprises (MKS), syndicats indépendants de la bureaucratie.Ils déposent une liste de revendications dont les éléments les plus importants sont: droit de grève, liberté d'expression, suppression de la censure, liberté syndicale, liquidation des privilèges pour les membres de la police et du parti, hausse des salaires, indexation des salaires au coût de la vie.!! Les grèves continuent à se multiplier.Le 18 août, ce n\u2019est pas moins de 100,000 travailleurs qui font la grève dans les villes de la Baltique.Le mouvement s'étend à Lodz et aux mines de Silésie.À la fin août, 300,000 ouvriers sont en grève à travers toute la Pologne et des comités inter-entreprises sont mis sur pied partout.11.Voir la liste complète des revendications en appendice.126 METRE i CER a tdi aii add do BLD a tb a i Incapable de réprimer le mouvement, la bureaucratie est obligée de négocier.Le 26 août, placées devant le fait accompli, les autorités promettent la reconnaissance du droit de grève.Le surlendemain, des représentants du gouvernement disent accepter «e principe des syndicats libres», mais à la condition que ceux-ci «n\u2019aient pas d'activités dirigées contre le système et reconnaissent le rôle dirigeant du Parti».Le 31 août, Lech Walesa signe avec le gouvernement les accords de Gdansk reconnaissant les syndicats indépendants.La bureaucratie s'engage à libérer dès le lendemain les prisonniers politiques, dont les travailleurs ont dressé la liste.Quelques jours plus tard, les 350,000 mineurs de Silésie signent aussi un accord avec le gouvernement, applicable à toute les mines du pays et prévoyant en particulier de très fortes hausses de salaires.Dans la foulée des événements, le secrétaire général du POUP, Gierek, est écarté et remplacé par Stanislav Kania.La poursuite des grèves oblige, au milieu de septembre, le Conseil d\u2019État à accorder un statut juridique aux nouveaux syndicats indépendants et contraint la bureaucratie à étendre à tout le pays l'application des Accords de Gdansk.Le 23 septembre, les divers syndicats indépendants (comités inter-entreprises - MKS) se regroupent en un syndicat unique, Solidarité, dont Lech Walesa dépose les statuts au tribunal de Varsovie.La défense des syndicats libres À travers la grève massive, la classe ouvrière polonaise a constitué ses syndicats libres et forcé la bureaucratie à «reconnaître» leur existence.Les enjeux, dès lors, sont les suivants: pour les travailleurs, il s\u2019agit de développer leurs syndicats indépendants, de les centraliser, de défendre leur existence comme organes 127 de combat.Pour le pouvoir, en tenant compte du rapport de force qui lui est défavorable, il s\u2019agit de chercher a neutraliser les syndicats libres, à les «bureaucratiser»\u2026 pour en finir au plus vite avec eux.Dans la poursuite de cet objectif, Romuald Jankowski, président du Conseil central des Syndicats officiels, annonce «un mouvement de renouveau» des syndicats officiels et propose à ses «homologues» des syndicats libres de définir un programme qui leur soit commun, dans l'intérêt de «tous les ouvriers».Le sens de la manoeuvre est clair: la bureaucratie tente de dénaturer les syndicats libres en les unissant aux syndicats fantômes dont les travailleurs ne veulent plus.Mais la manoeuvre échoue.Sur la lancée du mois d\u2019août et des Accords de Gdansk, les travailleurs continuent à construire leurs syndicats indépendants partout en Pologne.À la fin de septembre, Solidarité regroupe déjà 3,500,000 adhérents.Utilisant les organes de combat dont ils viennent de se doter, les ouvriers, dans les villes, les usines, luttent pour l'application des Accords d'août: augmentation des salaires et droit d\u2019accès de Solidarité aux media d\u2019information.Le 29 septembre, la direction de Solidarité annonce une grève générale d'une heure si le gouvernement ne satisfait pas ses revendications.Le 3 octobre, la grève est déclenchée: c\u2019est une réussite totale.La légalisation de Solidarité La question de la légalisation de Solidarité demeure au coeur de la situation.Le 24 octobre, le Tribunal de Varsovie rend son jugement sur les statuts de Solidarité.Il déclare les accepter, mais, de son propre chef, y a ajouté la reconnaissance «du rôle dirigeant du POUP-»> et supprimé pratiquement le droit de grève.128 Devant cette provocation, le MKS de Gdansk lance un ultimatum au gouvernement: si celui-ci ne se déclare pas prêt à négocier, la grève sera déclenchée le 28, à 20h00.La Commission nationale de Solidarité reprend l\u2019ultimatum à son compte.Le premier ministre Pinkowski fait savoir qu'il accepte de négocier.Encore une fois, devant la puissance du mouvement, la bureaucratie retraite.Le 10 novembre, la Cour suprême casse le jugement du Tribunal de Varsovie.Elle accepte comme tels les statuts déposés par Solidarité, en échange cependant d'un compromis, négocié par Lech Walesa: la reconnaissance du rôle dirigeant du POUP est ajoutée en annexe des statuts.Avec la constitution de Solidarité, c\u2019est l'ensemble des travailleurs polonais qui sont organisés indépendamment d\u2019un régime qu'ils ressentent comme un «corps étranger».Les paysans, eux aussi, ont créé leur propre organisation, Solidarité rurale, et les étudiants ont entamé la construction de leur syndicat indépendant à l\u2019échelle nationale, le NZS.De son côté la bureaucratie, qui a dû céder aux revendications ouvrières suite aux grèves d'août, tente systématiquement de revenir sur les Accords qu'elle a signés.Le «double pouvoir» Cette situation ne peut que déboucher sur un nouvel affrontement.Et c\u2019est ce qui se produit en janvier 1981, à propos de la question des «samedis libres».Selon les Accords d\u2019août, les travailleurs ne devaient plus travailler que 40 heures par semaine, à partir de janvier 1981, les samedis devant dorénavant être chômés.Or, le 19 décembre, le président de la Commission du plan et le ministre des Finances déclarent à la Diète que cette mesure est irréalisable: il n\u2019est pas question d\u2019accorder aux ouvriers plus d'un samedi libre sur deux.Ces déclarations suscitent immédiatement et partout la colère des travailleurs.Le 9 janvier, Solidarité prend l'initiative de décréter la semaine de 5 jours, sans modification du temps de travail hebdomadaire ni réduction salariale.Kania, le secrétaire du POUP, avertit qu\u2019il ne tolérera pas un «double pouvoir».Le gouvernement décide que les samedis 10 et 24 janvier seront travaillés.En réponse, Solidarité annonce qu\u2019il soutiendra tous les travailleurs qui décideront de rester chez-eux le 24 janvier.Ce jour-là, la Pologne connaît la plus grande grève depuis l\u2019après- guerre.L'ampleur du mouvement pour les «samedis libres» est telle que le gouvernement est obligé, encore une fois, de négocier.Le samedi 31 janvier, un accord intervient entre Solidarité et le premier ministre Pin- kowski: les travailleurs arrachent 3 samedis libres sur 4.Solidarité acquiert par ailleurs le droit de publier un hebdomadaire national à 800,000 exemplaires et huit périodiques régionaux.Un ministère d\u2019ordre Le 9 février 1981, le premier ministre Pinkowski est forcé de démissionner.Le général Wojciech Jaru- zelski chef de l\u2019armée, forme son premier gouvernement.La présence d\u2019un militaire à la tête du gouvernement constitue à elle seule un sérieux avertissement aux travailleurs.Ce changement de gouvernement consacre la défaite, enregistrée dans les semaines précédentes, de la politique suivie jusque là par le pouvoir: celle des concessions mesurées, du temps gagné, par laquelle le POUP espérait se mettre peu à peu en position d'infliger une défaite décisive aux masses.À n\u2019en pas douter, le 130 nouveau gouvernement est un MINISTÈRE D'ORDRE, dont la seule et unique tâche est de donner, maintenant, un sérieux coup d'arrêt à la radicalisation des travailleurs et à leurs luttes.En même temps, et parce qu'il craint qu\u2019en riposte à une politique de fer, les travailleurs franchissent un pas de plus dans leur révolution, le gouvernement continue à exploiter toute possibilité, aussi mince soit-elle, de parvenir à un «accord pacifique».Jaruzelski déclare, le 12 février: «Je lance cet appel aux syndicats et à tous les travailleurs pour qu'ils cessent toute grève, je demande 3 mois de travail conscient, 90 jours de tranquillité.»!?Le gouvernement tente de gagner un répit pour, selon ses termes, négocier la «réactualisation» des Accords de Gdansk, pour, en fait, revenir sur les concessions que les travailleurs lui ont arrachées et qui sont incompatibles avec l'exercice de sa domination.«Renverser le cours des événements» Les travailleurs, cherchant à étendre leurs conquêtes, impulsent à leur mouvement une radicalisation de plus en plus élevée.Le pouvoir considère qu'un point limite a été atteint.La bureaucratie veut au plus vite stopper le processus, sortir de la crise qui affecte ses propres rangs et son parti, le POUP.C'est le pouvoir lui-même qui déclenchera l'affrontement.Le 19 mars, a Bydgoszcz, les forces de répressions assaillent et frappent sauvagement des représentants de Solidarité.Plusieurs militants sont gravement blessés.La réplique des travailleurs est rapide, unanime.Pendant que partout des mouvements de grève et d'occupation des usines surgissent pour protester contre cette 12.American Press, 12-2-81. provocation, la Commission nationale de Solidarité se prononce à une écrasante majorité pour la grève générale.Les travailleurs exigent la démission du ministre de l\u2019intérieur, le châtiment des coupables de Bydgoszez, la légalisation de Solidarité rurale, la libération des détenus politiques, la fin de la censure.Le 27 mars, toute l\u2019activité économique de la Pologne est paralysée pendant 4 heures, en signe d'avertissement.Manifestement, le gouvernement Jaruzelski, pressé de plus en plus ouvertement par Moscou, s'avère incapable de «renverser le cours des événements».Le 31 mars, veille du jour prévu pour le déclenchement de la grève générale, le gouvernement signe un accord avec Walesa.Celui-ci prend sur lui de lever le mot d\u2019ordre de grève générale.Le 6 mai, le Parlement donne son accord à l\u2019enregistrement de Solidarité rurale.C\u2019est un important recul de la bureaucratie qui, jusque là, avait tout tenté pour mettre hors la loi le syndicat paysan, cadre permettant d'organiser l'alliance ouvrière et paysanne née dans le mouvement.«Un peuple affamé peut dévorer ses dirigeants» En juillet, une fois de plus, le gouvernement provoque ce qui deviendra un nouvel affrontement majeur entre les travailleurs, le peuple polonais, et la caste bureaucratique au pouvoir: il décrète une réduction des rations de viande de l\u2019ordre de 20%.Le 22 juillet, il annonce une augmentation des prix a la consommation de l\u2019ordre de 110% à 400%, selon la presse internationale.Déjà, au début de juillet, des usines avaient débrayé, dans la petite ville de Kutno, à 100 km de Varsovie, pour protester contre la pénurie.La population avait défilé dans la ville, formant un cortège qui s'appelait «Marche 132 de la faim».Le 25 juillet, ils organisent une autre marche contre les nouvelles mesures d\u2019austérité.A partir de ce moment, le mouvement des «marches de la faim» se répand comme une traînée de poudre à travers toute la Pologne.Le 3 août, le centre de Varsovie est paralysé par les participants à la Marche.La principale artère de la capitale est occupée jour et nuit par des files d'autobus, de camions-citernes, d'ambulances, gardées par un service d\u2019ordre ouvrier.De ces marches de la faim, deux caractéristiques importantes méritent d\u2019être dégagées.Jamais encore, l\u2019alllance de toute la population forgée autour de la classe ouvrière n\u2019est apparue aussi solide.À Varsovie, c\u2019est pratiquement toute la population qui va apporter son soutien aux colonnes de travailleurs qui occupent les rues et constituent le fer de lance de la Marche.De plus, les participants à la Marche posent avec une insistance encore jamais vue la question du pouvoir, de «qui dirige la société».En font foi les principaux slogans scandés lors des marches de la faim: «Un peuple affamé peut dévorer ses dirigeants.» Un peuple qui meurt de faim peut se nourrir du pouvoir.» Le congrès de Solidarité: élections libres.Au moment ou s\u2019ouvre le ter Congrès du Syndicat national indépendant des travailleurs polonais, dans la banlieue de Gdansk, Solidarité compte 10 millions de membres.Le Congrès siègera en deux temps, du 5 au 10 septembre, et du 26 septembre au 7 octobre.Ces 18 jours d'assises constitueront le plus grand débat démocratique qu\u2019aient jamais connu les travailleurs polonais.Désignés après un long processus d'élections dans les entreprises puis dans les régions, 896 délégués y participent.Chacun 133 représente environ 10,000 travailleurs, dont 95% sont des ouvriers d'industries.Entre les deux sessions, chaque délégué prend part à des commissions par thèmes, qui se réunissent dans une douzaine de villes, afin d\u2019élaborer le programme national du syndicat.Ce programme en 37 thèses, adopté au terme de la deuxième session du congrès, aborde pratiquement l'ensemble des questions sociales auxquelles est confrontée la Pologne.À travers ces thèses programma- tiques sont notamment contenues les deux principales revendications qui figuraient dans la déclaration finale en 7 points adoptée au terme de la première session: l'organisation «d\u2019élections libres à la Diète et aux conseils du peuple» (assemblées régionales), et la «réforme de l'économie par la création de conseils d\u2019auto-gestion authentiques dans les entreprises et par la liquidation de la nomenklatura du parti».Ces deux revendications constituent une remise en cause du monopole du pouvoir détenu par le parti de la bureaucratie.Par «auto-gestion», les travailleurs signifient leur volonté de faire passer les entreprises sous leur contrôle et d\u2019en chasser la bureaucratie.C\u2019est pourquoi, en même temps qu\u2019il avance la création de «conseils d\u2019auto-gestion», le congrès de Solidarité lance le mot d\u2019ordre de «liquidation de lanomenklatura du Parti».On sait que «nomenkla- tura» désigne, dans les Pays de I'Est, la liste des postes de responsabilités pour lesquels c\u2019est le Parti, et lui seul, qui désigne les titulaires devant les occuper.D\u2019une façon très nette, les travailleurs polonais posent par là la question de savoir qui doit diriger l\u2019entreprise, qui doit contrôler l\u2019économie.Et contre la bureaucratie, ils postulent à cette direction.134 IT HN EEE ATEN ATH ACT Hr CRF RETARD ae Message aux travailleurs des pays de l\u2019est Il importe enfin de souligner une décision d'importance historique prise par les délégués en congrès, au terme de la première session.Celle de lancer un message aux travailleurs d\u2019'URSS et des autres «démocraties populaires».Ce message déclare notamment: «Nous soutenons ceux d\u2019entre vous qui ont décidé de suivre la voie difficile de la lutte pour un mouvement syndical libre.» Malgré l\u2019acharnement de toutes les bureaucraties d\u2019Europe de l\u2019Est pour discréditer Solidarité et le mouvement des travailleurs polonais auprès de la classe ouvrière de leurs pays respectifs, des signes attestent que l\u2019appel du Congrès de Solidarité a reçu un écho considérable.Dès le début de la deuxième session des assises de Solidarité, on fait lecture a la tribune d\u2019une lettre d'un travailleur de Cluj, en Roumanie, qui déclare: «Nous souhaitons plein succès au premier congrès du syndicat libre de Pologne.Nous vous remercions de votre message aux pays de l'Est.» Au début d'octobre, le journal français Le Monde fait part de la mise sur pied à Prague, d\u2019un Comité préparatoire à la fondation de syndicats libres en Tchécoslovaquie.Le Monde reproduit un extrait du message que les fondateurs de ce comité ont adressé au congrès de Solidarité: «Nous savons fort bien que votre mouvement constitue la voie la plus efficace pour lutter contre un système bureaucratique figé et pour faire aboutir les véritables revendications des travailleurs, de nous tous; et aussi pour instaurer une auto-gestion démocratique dans la production et progressivement dans toute la société.» L\u2019état de siège contre les «fous politiques» Les résultats du Congrès de Solidarité concen- Es trent toutes les avancées du mouvement enclenché en Pologne depuis août 1980 et, en même temps, marquent un pas de plus dans la mobilisation ouvrière.Ils entraineront, de la part des forces qui s'opposent à la progression de la révolution des forces qui s\u2019opposent à la progression de la révolution politique en marche, une mobilisation sans précédent, à la hauteur des enjeux identifiés par Solidarité.C\u2019est d\u2019abord l\u2019avertissement lancé par la bureaucratie de Moscou dans la fameuse Lettre du Parti communiste d\u2019Union Soviétique au POUP, à la mi-septembre: «Le comité central du Parti et le gouvernement soviétique sont contraints d'attirer l\u2019attention du comité central du Parti ouvrier unifié et du gouvernement polonais sur la montée de l\u2019anti-soviétisme en Pologne et sur son intensification au point qu'elle atteint des limites dangereuses.La première partie (du congrès de Solidarité) est devenue en fait une tribune permanente de laquelle se font entendre les mensonges et les insultes contre notre État, et le prétendu message aux travailleurs de l\u2019Est, adopté a Gdansk, est une provocation révoltante.» Pressé par le Kremlin, le POUP s\u2019en prend a son tour, en termes très durs, aux travailleurs polonais: «Les accords conclus a Gdansk, Szczecin, et Jastrzedre ont été rompus unilatéralement, déclare le Bureau politique du POUP.On les a remplacés par un programme d'opposition politique qui vise les intérêts vitaux de la nation et de l\u2019État et implique une orientation menaçant de faire couler le sang.Il est de l'intérêt de la nation et de la Pologne indépendante de maîtriser les fous politiques.» De plus en plus, le pouvoir est pris dans une situation contradictoire.D'un côté, il craint encore de s'attaquer frontalement à Solidarité et, à travers lui, à 136 l'ensemble de la classe ouvrière.C\u2019est ce qui explique que le POUP, à la fin de septembre, propose une «plate- forme d\u2019entente», un «front d\u2019accord et de coopération réunissant le POUP, l'Église catholique et les syndicats, dont Solidarité.Mais en même temps, la bureaucratie cherche à mettre en place les conditions qui lui permettront, l'heure venue, de heurter brutalement les E travailleurs.Le 19 octobre, après la démission de Kania, i Jaruzelski se retrouve à la tête de l\u2019armée, du gouver- 3 nement, et du Parti.Le 30 octobre, il propose à la Diète by un projet de loi visant à suspendre le droit de grève.Pendant ce temps, le mouvement des travailleurs, des paysans et des étudiants, renforcé par le résultat Eg du congres de Solidarité, poursuit sur la lancée des grandes manifestations de l\u2019été.Le 23 octobre, 70,000 ouvriers de la voievodie de Zielona Gora (sud-ouest du pays) entament la grève illimitée pour protester contre § le licenciement d\u2019un responsable de Solidarité par le Bl directeur d\u2019une ferme d\u2019État.Ils exigent la révocation ; du directeur.Dans toutes les villes du pays, à l\u2019appel de Solidarité, grève générale d\u2019une heure, le 28 octobre, i pour protester contre la pénurie alimentaire, la répres- Ei sion contre les militants syndicaux et pour exiger I'ins- k tauration d\u2019un «contrôle social» sur l\u2019économie.Le 17 5 novembre, 100,000 étudiants déclenchent la grève, i paralysant 60% des établissements d\u2019enseignement a supérieur en Pologne.Le Comité central du POUP décide de faire voter par la Diète les pleins pouvoirs au gouvernement et lui EK demande, en particulier, de suspendre le droit de gréve.5 Le méme jour, 28 novembre, le présidium de Solidarité décide d'organiser une grève de 24 heures si la loi d\u2019ex- 137 RATER Ei SH Fs EE ception est votée à la Diète, et de déclencher la grève générale illimitée si les mesures contenues dans la loi sont appliquées.Après que la milice eut donné l\u2019assaut à l\u2019école des pompiers de Varsovie occupée par les étudiants, la Commission nationale de coordination de Solidarité réunie à Gdansk le 12 décembre confirme la menace de grève générale pour le 17.Elle décide de tenir un référendum sur «la nature du pouvoir».Le lendemain 13 décembre, le général Jaruzelski décrète l\u2019état de siège.Les dirigeants de Solidarité sont arrêtés, Solidarité est interdit.Les libertés civiques sont suspendues.Le «Conseil militaire de salut national» décrète les mesures d'exception.Tous les syndicats sont suspendus.Couvre-feu de 22h00 à 6h00.Tout Polonais de plus de 17 ans peut être détenu «s\u2019il met en danger la sécurité de l\u2019État, sur décision de la Milice»; tout Polonais de plus de 13 ans peut être interpellé.Pas de déplacements de plus de 48 heures dans le pays.Censure légale; toute la presse est interdite.Pour quiconque organise une grève, 5 ans de prison.La peine de mort est encourue par ceux qui refuseront d'accepter la militarisation de l\u2019économie.Les «samedis libres» sont suspendus.Aujourd\u2019hui: rien n\u2019est réglé, rien n\u2019est joué Aujourd'hui, un an après la proclamation de la loi martiale, comment évaluer la situation en Pologne?Le gouvernement Jaruzelski a-t-il atteint l\u2019objectif visé avec le coup de force du 13 décembre?Les faits parlent d'eux-mêmes.Dès février 1982, les ouvriers, les étudiants st les paysans organisent la résistance au coup de force.Des bulletins d\u2019information paraissent régulièrement au niveau des entreprises, des villes et des régions.Des 138 réseaux clandestins sont organisés, des coordinations et des comités régionaux de Solidarité sont mis en place.Le 22 avril, la Commission provisoire de coordination de Solidarité est créée.Elle regroupe les représentants des quatre grandes régions du syndicat: Varsovie, Wroclaw, Cracovie et Gdansk.Le 1er et le 3 mai, c'est par dizaines de milliers que, dans la plupart des grandes villes de Pologne, les travailleurs descendent dans la rue, scandant: «Libération des emprisonnés!» «Solidarité vit et vivral» C\u2019est véritablement tout le peuple qui se dresse contre l\u2019état de guerre, le 31 août, lors des manifestations appelées par Solidarité pour commémorer le deuxième anniversaire des Accords de Gdansk.Le 13 septembre, défiant à nouveau la milice, des manifestations ont lieu à Cracovie, Varsovie, Wroclaw, Lodz, Szezecin.Les affrontements durent trois jours.La bureaucratie dirigeante est plus isolée, plus discréditée que jamais.Depuis deux ans, le POUP a perdu 1.5 million de membres.Jaruzelski fait voter par la Diète la «délégalisa- tion» de Solidarité le 8 octobre.La «délégalisation» du syndicat constitue, de la part du pouvoir, I'aveu de son incapacité à «normaliser» la situation, c\u2019est-à-dire son incapacité à briser le mouvement des masses pour des organisations indépendantes.Justifiant la «délégalisa- tion» de Solidarité, le premier ministre Rakowski avoue cet échec: «Nous avions l\u2019espoir que la masse des membres de Solidarité réussirait à isoler les extrémistes.La vie a montré que cet espoir n\u2019était pas fondé.» Ce que la bureaucratie appelle les «extrémistes», ce sont en fait les 10 millions de travailleurs organisés dans Solidarité, unis derrière les emprisonnés et les internés.139 Au lendemain de la «délégalisation» du syndicat, la Commission nationale provisoire de Solidarité émet une déclaration mettant en lumière la signification du dernier geste de la bureaucratie et apportant la réponse des travailleurs: «Par cet acte, le WRON (le Conseil militaire de salut national) a reconnu qu\u2019il avait subi une défaite.Le WRON n\u2019a pas réussi à faire éclater le mouvement syndical, et ses tentatives visant à corrompre les dirigeants syndicaux ayant une certaine notoriété ont été infructueuses.Pendant 10 mois d\u2019état de siège, les travailleurs ont démontré solidairement leur opposition au régime du général-matraque (.) Le syndicat indépendant et autogéré Solidarité ne peut être dissous que par la volonté de ses membres.Notre organisation existe et poursuivra ses activités pour créer une république auto-gouvernée.» Le 11 novembre dernier, le gouvernement libérait Lech Walesa, interné depuis la mise en vigueur de l\u2019état de guerre.Ce geste en lui-même dénote l\u2019état de la situation en Pologne aujourd\u2019hui.La libération de Lech Walesa constitue un recul du régime.Recul devant la lutte acharnée que les travailleurs n\u2019ont pas cessé de mener depuis un an.Et recul devant le soutien international des travailleurs, partout dans le monde, aux ouvriers polonais, à leur syndicat indépendant.La libération de Walesa constitue en même temps un point d'appui pour l\u2019intensification de la lutte pour la libération de tous les militants emprisonnés en Pologne.Tous les événements de la dernière année démontrent que le coup de force du 13 décembre n\u2019a pas réalisé son objectif, bien qu'il ne faille pas sous-estimer son effet sur les organisations indépendantes des travailleurs.Le pouvoir a échoué dans sa tentative de détruire le mouvement 140 indépendant des masses.La bureaucratie a échoué à liquider, dans les faits, l\u2019organisation indépendante E Solidarité édifiée par les travailleurs pendant un an \u2018 et demi.Dins son combat, la classe ouvrière polonaise a commence par reconquérir et reconstruire son orga- 1 nisation fondamentale, son organisation syndicale.Pour la défendre contre la bureaucratie, elle a dû mettre sur E pied ses comités de grève, ses conseils ouvriers.Mais 1 la bureaucratie ne peut tolérer l\u2019existence d'organisations ouvrières indépendantes.De telles organisations sont contradictoires avec la nature même de son pouvoir, avec la préservation de ses privilèges.Pour s'assurer le maintien de ses privilèges, la bureaucratie doit ; gouverner avec un monopole total du pouvoir.Elle doit i exclure la classe ouvrière de tout pouvoir politique, de j tout contrôle de la propriété sociale des moyens de production.Elle doit lui nier tout droit à une représen- ; tation politique propre.Frauduleusement, elle doit se prétendre la «représentation» de la classe ouvrière.C\u2019est cette prétention de la bureaucratie que le mouvement de la classe ouvrière polonaise a détruite.La «République auto-gouvernée» dont parle la déclaration de la 5 Commission provisoire de coordination de Solidarité E du 9octobre 1982, n\u2019est autre que l'affirmation du pouvoir E des travailleurs, expulsant la bureaucratie, assurant la E défense et le contrôle de la propriété sociale.Aussi, la id révolution polonaise ébranle et continuera d\u2019ébranler gi le pouvoir de la bureaucratie, non seulement en Pologne, mais dans toute l\u2019Europe de l'Est, et en URSS.La révolu- tlon que mènent aujourd\u2019hui les travailleurs polonais E s'inscrit dans la ligne du mouvement des travailleurs À de l'Allemagne de l'Est en 1953, de la révolution hongroi- È 141 I ECR RR I i ?pr se des conseils ouvriers de 1956, du mouvement révolutionnaire tchecoslovaque en 1968.Elle intègre toute l'expérience tirée de ces mouvements antérieurs et prolonge leur tradition avec une ampleur et à un niveau supérieurs.Soulignons à cet effet, la proclamation, le 14 septembre 1981, au moment même du congrès de Solidarité, du Parti socialiste polonais du travail (PSPP).Créé à l\u2019initiative d\u2019un groupe d\u2019ouvriers, dont Edmund Baluka, dirigeant en 1970-71 du comité de grève de la ville de Szczecin, le PSPP, surgi au coeur du mouvement des travailleurs polonais, se donne pour tâche de créer un authentique parti des travailleurs, indépendant de la bureaucratie, du POUP.Décembre 1982 Appendice Nous reproduisons la liste des reventications de : Solidari é telles que transmises par Informator (Toronto, ; Sept.19.\u2018).le bulletin de la Fédération des femmes polonaises.y 1.Touchant l'ordre syndical: ® retour au travail de Walentynowicz et Walesa e reconnaissance officielle du nom Solidarité ® reconnaissance officielle de Solidarité en tant ; que syndicat indépendant b ® reconnaissance du droit a la libre négociation : avec l\u2019État | reconnaissance du droit de s'unir au KOR droit de grève abolition de représailles contre les grévistes droit d'informer la population, sans censure, à travers les organes de télé-communication.2.Touchant les conditions de travail: e hausse des salaires et indexation au coût de la vie © répartition plus équitable de la masse salariale e les samedis libres 3.Touchant l\u2019ordre social: e érection d'un monument commémorant les victime de 1970 e libération des prisonniers de 1970 E © poursuite des persécuteurs des victimes de 1970 = ® abolition des privileges pour les membres du i: parti, de la police et de l'armée | ® ¢galité dans les primes d\u2019allocation familiale ® approvisionnement régulier des magasins et marchés publics 143 Sr fis AA RON NM e restitution de leur nom d'origine aux édifices culturels, aux entreprises, aux rues et lieux publics.4 Touchant l\u2019ordre religieux: e droit à la télédiffusion et à la radiodiffusion de la messe dominicale e réinstallation des crucifix sur les murs des maisons d\u2019éducation e droit à l\u2019Église de participer à la négociation avec : l\u2019État.nl 1} io i pay à pi se ns f | 144 Be) hid Références bibliographiques La Vérit* organe du comité central de l'Organisation communiste internationaliste (pour la reconstruction de la 4ième Internationale), Paris, numéros parus de 1970 à 1980.En particulier les articles suivants: «Les militants de l\u2019Europe de l'Est et la 4e internationale\u201d, (no 549, juillet 1970).Czeslaw Bokowski, «Premier pas de la révolution socialiste en Europe; la révolution politique a commencé en Pologne», (no 556, avril 1972).J.M., «Le samizdat tchécoslovaque, /ci Prague, L'opposition intérieure parle», (no 560, avril 1973).«Anna Sabata, militante communiste tchécoslovaque, s'adresse par lettre aux partis communistes et ouvriers du monde entier», (no 560, avril 1973).«La marche en avant de la révolution politique dans les Pays de l\u2019Est, en Chine et en Union soviétique», documents politiques adoptés par le 17e et 18e congrès de l\u2019'OCI, (no 561, juillet 1973).Jacques Meyrand, «S'ils me tuent, livre de Jiri Pelikan», (no 570, février 1976).Jean-Jacques Marie, «Pologne, la révolution en marche», (no 575, février 1977).Correspondance internationale, Paris, numéros parus d\u2019octobre 1980 à octobre 1981.Tribune internationale, Paris, numéros parus de janvier 1982 à décembre 1982.Documents du Comité de défense des ouvriers de Pologne, documents rassemblés par le Comité international contre la répression, Paris.145 Gierek face aux grévistes de Szczecin, Paris, SELIO, 1972.Pierre Broué, Le printemps des peuples commence à Prague, supplément à La Vérité, no 542, Paris, 1969.François Fejto, Histoire des démocraties populaires, t.Il, Après Staline, Paris, Édit.du Seuil, 1969.François Manuel, La révolution hongroise des conseils ouvriers, Documents de l\u2019OCI, no 5, Paris, octobre 1976.Jiri Pelikan, /ci Prague, L'opposition intérieure parle, Paris, Édit.du Seuil, 1973. ids Ha Philosophie politique sur le mode pragmatico-desperado Robert Hebert Professeur au département de philosophie du CEGEP Maisonneuve i fi Ih PRIS Les desperadoes languissent après l'orage, l'ivresse et les blessures.Reprenons l\u2019étude au bruit de l'oeuvre dévorante qui se rassemble et remonte dans les masses».Rimbaud, Les /lluminations, XL1.1.Vie: actualités 1981! Quand l'actuelle révolution iranienne bat son plein (d'essence) et actualise les sentiments anti- américains de tous, applique la loi coranique qui prescrit qu\u2019en cas d\u2019adultére, la femme est mise à mort et l'homme s'en sauve avec 100 coups de fouet alors que cette barbarie explicite notre propre barbarie latente, puisque nous pouvons encore mentalement prononcer cette sentence dans la gestion quotidienne de nos interdits.Et que cette notion pareillement/autrement chrétienne de «foi» fait comprendre qu\u2019une révolution archaïque existe en Islam depuis 12 siècles.1.Texte réécrit de la communication présentée au colloque «Comment être révolutionnaire aujourd'hui?» (printemps 1981).148 Quand les luttes d'identité polonaises contre l\u2019Ordre Teutonique au 15e siècle font comprendre les résonances géographiques et tardives du mot «patriote , quand ouvriers et paysans polonais persévèrent à mettre en place une autre révolution et qu'il faut les enregistrer avant qu\u2019ils ne soient jugulés-massacrés (comme au massacre des 4,500 officiers polonais à Katyn en 1943, commis au nom de la révolution bolchévique par une police qui n\u2019avait pas encore lu l\u2019Archipel du Goulag).Quand Bernadette Devlin est laissée pour morte à Belfast en février parce qu'elle représentait encore cette belle folie (incompréhensible) de la révolution irlandaise après 4 siècles de guerre; pendant que 400 prisonniers de l\u2019IRA poursuivent le Dirty Protest depuis 3 ans et que sur les pelouses d'Oxford et de Cambridge, on vit encore le fantasme professionnel et casuistique d\u2019une Revolution in Philosophy.Quand Ronald Reagan est assermenté sur la Constitution américaine, à Washington, père urbanisé et capitalisé de la Révolution américaine et que l\u2019on sent souffler le vent de la mystique pionnière dans la dénégation pleine du génocide indien qui n'a pas eu le temps de penser sa révolte; que l'on se demande par hasard ce qui est advenu du momentum Black Panther au fil des destins individuels et collectifs.Et puisque la science-fiction guerrière, c'est l'ultime actuel du projet Columbia (il n\u2019y aurait plus de distinction entre réel et fantasme?), «le monde entier nous a vus triompher .Quand le massacre des ouvriers, des paysans, des étudiants et des prêtres au Salvador, opéré au nom de l\u2019anti-communisme, signale tout un travail de conscience politique entrepris par Simon Bolivar (dont on trouvera TR ER ON EN NN TNT HII TURN à GE RE TE RE BEN HN Rn RENE une effigie à Montréal, rue Mc Gregor) et dont l\u2019apex fut la révolution cubaine (Che Guevarra traduisant Karl Marx), elle-même comprise par le travail de José Marti, fondateur du Parti Révolutionnaire, tué à la bataille de Dos Rios (1895) et qui n\u2019a jamais traduit, on le devine, Mao Tsé-Toung.Quand dans cette Italie secouée par les tremblements de terre près de Naples (3,000 morts dans l\u2019incurie nationale d\u2019un cauchemar), les secousses terroristes des Brigades rouges ont au moins le mérite fondamental de rappeler un siècle de réflexion politique (indéfiniment différée) dont émerge de ses 10 ans de prison la figure de Gramsci et qui nous rappellent aussi le meurtre de Pasolini.Et telle est la métaphore géologique de la question.Quand, dans ce pays où est arrivé l'événement le plus important de la civilisation occidentale, la Révolution française, surgit l\u2019anti-sémitisme latent des ragots de droite qui disent que la dernière révolution de Mai '68 était dirigée par l\u2019Internationale juive Cohn- Bendit pendant que des agrégés, beaux adolescents ténébreux, ex-tous les istes et les os se convertissent au monothéisme judéo-chrétien et que Louis Althusser assassine Hélène d\u2019une manière peu spinoziste.Et telle est la métaphore psycho-logique de la question, nous faisant réfléchir aux conséquences finales du Principe de Nirvana chez Freud.Quand Pierre Elliot Trudeau, le plus-que-haineux depuis l\u2019élection du Parti québécois en 1976 («la séparation est un péché contre l'esprit») semonce en janvier les théologiens de la révolution et que nous branlions encore groupusculairement parlant dans le manche de 150 la Révolution tranquille (entre /es nationalismes et les socialismes) en oubliant ce que signifie en fait la Loi sur les mesures de guerre.Ou risquant de ne pas comprendre un document dans notre officiel Devoir de fin de semaine qui serait intitulé Révo/ution des institutions philosophiques au Québec.Alors tout va bien dans le village global, dans cette «branloire pérenne» comme aimaient le dire les penseurs de la Renaissance.Et cette conjecture d'époque, paroxystique, consiste en ce que l'augmentation de l\u2019information à l\u2019échelle planétaire semble restreindre l'interprétation de l'acte révolutionnaire, alors qu'en fait, se délivre ici-maintenant sa banalité, se livre sa vérité (je ne parle pas de la vraie révolution mais de la vérité de l\u2019acte révolutionnaire).La révolution technologique a transformé l'idée même de la révolution.Média d\u2019information permettant autant sa force vive, sa propagation inter-nationale que l'évaluation critique des actes révolutionnaires: nous découvrons des messages que nous ne savions pas lire.Que savons-nous aujourd\u2019hui?de quoi pouvons- nous nous réjouir?Allons-y progressivement.1) La révolution a toujours été - passé simple; elle s'identifie aux archives de la civilisation parce qu\u2019elle s\u2019identifie a la vie, mode de violence réactionnelle a des violences ar- chaiques; et la représentation de la révolution depuis la fin du XVIIIe siècle qui établit une connexion entre une théorie (sociale) de l'homme et un projet politique est une modalité fondamentale des révolutions toujours passées.Comment réfléchir cette notion de «modalité quand le mode ne s'échappe pas de sa cause mais davantage l\u2019accuse?\u201d?2) Les révolutions ne manquent pas.DEC RUN MN TRE TR LL DOC IE EEE EE RENE AA Ii] 1 gE i HIRT: inn] ARIE, + IR var RTC STI RTE GROTTES TIRE au contraire elles abondent; /a révolution n\u2019est pas un manque ou l\u2019expression d\u2019un manque qui nous aliénerait à la pensée oiseau-oiseau d'un avenir meilleur ou à l\u2019alibi dévastateur d\u2019une transcendance quelconque; au pire (et c'est là le seul drame à penser), l\u2019acte révolutionnaire se manque et ceci ne nous empêchera jamais d\u2019évaluer-dénoncer les forces de répression, ni d'évaluer les forces de sa trahison quand elle s\u2019oublie dans l\u2019exercice du pouvoir, ni d\u2019évaluer-dénoncer les forces de sa propre annulation (nous savons que l'ennemi du révolutionnaire, c'est l\u2019autre révolutionnaire qu\u2019une étymologie italienne a officialisé: rinnegato - celui dont on dit qu\u2019il nous a renié ou qui dit que nous avons trahi l'idéal commun, ce double sens mériterait réflexion).3) Le seul sens viable de la révolution réside dans son actualité ici-maintenant parce qu\u2019il n\u2019y a pas de transcendance: préparatifs ascétiques ou somptueux sans fin, gestes et exemple nous-mêmes par où, quotidiennement, communautairement, nous écartons toute forme d\u2019exploitation et d\u2019oppression entre nous; par ailleurs, cette pensée que la révolution, la Grande révolution, est avant tout momentum et parce qu\u2019elle aura été momentum, parce que l'acte révolutionnaire investit l\u2019actuel par des interprétations de révolutions passées, elle sera encore et nous pourrons toujours la penser ici-maintenant.À la question donc «Comment être révolutionnaire, aujourd\u2019hui?», je répondrai sereinement, c\u2019est-à- dire sur le mode pragmatico-desperado: «il suffit semble-t-il de I'étre.» Mais comment?en s\u2019organisant puisque cette métaphore est à l\u2019origine même de l\u2019acte révolutionnaire et donc de la modalité la plus fondamentale de la vie.S'organisant, non seulement en organisant un savoir-faire militant (par exemple, parce que je les 152 crois plus efficaces, sur le modèle des Organisations communautaires qui réussissent patiemment les petites révolutions), davantage en complétant l'idée d'une révolution permanente par l\u2019idée d'un dire permanent qui puisse faire savoir le mobile de l'acte révolutionnaire.Grandes ou petites révolutions.Simplicité désarmante de ce mobile: liberté (sociale) sans exploitation ni oppression d\u2019aucun ordre que ce soit, accomplissement (sans exploit) du désir, achèvement (pour tous et pour toutes) de la violence.2.Révolution des signes révolutionnaires Alors tout commence mal dans le village global: la simplicité engendre, semble-t-il, les armatures les plus complexes.\u2014 Monsieur, vous êtes absolument hors de la question militante et votre position est propre à mêler toutes les cartes, indistinctement.Au nom d'une sorte de télescopage simultanéiste et pseudo-causaliste («pendant que.», «parce que.\u2026») que précisément nous critiquons.D'un côté, votre sophistique semble promouvoir l'acte révolutionnaire mais en rendant équivalentes toutes les révolutions - ce qui fait de vous un contre- révolutionnaire.De l'autre côté, votre sophistique semble promouvoir avec cynisme une sorte de nécessité métaphysique de la violence qui au fond masque bêtement un humanisme classique à partir de quoi vous pointez du doigt le réel, comme si vous ne vouliez pas y participer.Ce sont là de vieilles techniques de conversation petite-bourgeoise qui ne sauraient échapper à notre vigilance.\u2014 Mais non, Je ne mêle pas les cartes, indistinctement; au contraire, je veux bien distribuer les cartes 153 et en montrer le matériau réglé; le langage, l'événement historico-social que nous fabriquons tous et toutes, enfin ce résidu de la vie qui s\u2019appelle «désir» et que la pensée peut indéfiniment analyser et interpréter.Je veux simplement penser l\u2019origine de la question (c\u2019est- a-dire y répondre), afin d\u2019amorcer une réflexion politique car il me semble que la question «Comment être révolutionnaire, aujourd\u2019hui?» devrait être remplacée par celle-ci: «Comment devenir politique, aujourd\u2019hui, sans être dans la représentation d\u2019une politique réussie et instituée?» Je veux donc mettre à l\u2019épreuve un certain savoir-faire nommé philosophie et faire savoir une triple évidence par où une triple désaliénation de la question serait actuellement possible.Allons-y progressivement.Première évidence.!1 y a dans la question (et dans les textes-documents qui ont circulé autour du colloque) une sorte de dépression épistémique qui, oscillant entre l\u2019hébétude d\u2019avoir entretenu l'idéal révolutionnaire et l\u2019hébétude d\u2019avoir entrevu l\u2019échec des révolutions sur ce plan de I'ldéal, nous atterre par une innocence pour le moins suspecte.Air de post- deleuzisme déterritorialisant qui dans ses mauvais jours magistraux métaphorise (du rhizome au devenir- animal) la déconfiture de la nouvelle philosophie.A-t-on perdu la tête d\u2019avoir trop cru?Ne resterait-il donc que le coeur au ventre mais que faire?de ce ventre qui est toujours un peu aveugle à son élasticité historique?Bien que les actes révolutionnaires soient institutionnalisés et saturés dans leur discours, l'innocence ne saurait être une nouvelle raison d\u2019y déplacer l\u2019attention ou d'en raturer l\u2019acquis; nous ne pouvons pas faire l'économie du processus par lequel s\u2019instaure le vouloir- redevenir-innocent; auquel cas, il faut penser cette 154 dépression.Comment suscite-t-elle des courants de pensée?Comment prend-elle même le masque de la jubiiation et de tous les nouveaux lyrismes?Mais surtout, commen.ne plus être dans la dépression et néanmoins se réjouir uv ce qui semble impossible?sans régresser\u201d En termes hégéliens, je dirais que le dépassement du paroxysme actuel passe par une double reconnaissance: reconnaître que le mauvais infini de la révolution, c'est sa réussite parce qu\u2019aussitôt passé son momentum et sa mise en place politique, c\u2019est-à-dire sa représentation, elle s'offre à l'interprétation et à sa propre critique (suscitant dans son enjeu même d'autres actes révolutionnaires antagonistes); et simultanément, reconnaître que le bon infini de la révolution, c\u2019est son échec parce qu\u2019alors elle sécrète son mobile et son moteur, elle se réactualise comme ayant été actuelle et donne raison de maintenir cette simplicité entre temps armée du mobile révolutionnaire.Et puisqu'il n\u2019y a pas de transcendance, tel est le va-et-vient qui ne finit pas de recommencer - ce que certains appelleraient «dialectique».Contre cette dépression flairée dans la question «Comment être révolutionnaire, aujourd'hui?», question à laquelle tous les savoir-faire militants répondent pour eux-mêmes, en connaissance de cause, tout donc doit se poursuivre.Et se poursuivra de toutes les façons.La conséquence immédiate de cette position, outre qu'elle dissout des attitudes comme l\u2019'humanisme des fins ou le cynisme des moyens, est de promouvoir le polymorphisme des actes révolutionnaires en tant que pulsion de vie.Que ce polymorphisme soit aussi celui de toute violence primitive?bonne ou mauvaise?entre temps, aucun décret puisqu'il n'y a pas de transcendance.Seulement la possibilité de la penser - en décrétant 155 REN LALOR LE la nécessité d\u2019analyser et de critiquer ce que cette violence tout à coup fonde au nom d\u2019une certaine transcendance.Et ceci renvoie au geste inaugural de ce que la tradition appelle la philosophie politique.Deuxième évidence.Qu\u2019une telle question se pose à l\u2019intérieur de cette salle, cet espace architectural clos malgré ses entrées et donc ses sorties (ou vice-versa), ce Dedans institué et connoté par un département de philosophie, a quelque chose d'un peu obscene.A de quoi faire grimacer les anges gardiens les plus zélés.Que faire?oui; et que faisons-nous ici, maintenant?D\u2019une part, la révolution a peu besoin de philosophes- penseurs-intellectuels en tant que tels, organiques ou non (ce que dans leur routine bouche à bouche, porte à porte ont compris les ultra-gauches marxistes-léninistes et leur anti-intellectualisme en est symptomatique); peut-être découvrirons-nous en même temps que la révolution a peu besoin de militants en tant que tels, mécaniques ou non.Et je dis cela, non pas pour reprendre l'argument dépressif par excellence - la vraie révolution, c\u2019est le vrai sang, la vraie bataille ailleurs alors que sur le territoire québécois nord-américain, l\u2019on devrait se contenter d\u2019un vampirisme symbolique entre i nous: a tous les niveaux de petites révolutions opérées i par les organisations de type communautaires militantes, le travail du silence et de l'exemple ne sont pas des manières moins dignes de lutter contre l\u2019exploitation et l'oppression quotidiennes.D'autre part, la question qui se pose ici-maintenant se pose et se repose indéfiniment à l'intérieur des savoir-faire militants: ce qu\u2019on appelle le moment auto-critique (dans un petit appartement secret, architecture close) où l\u2019on évalue, on planifie, on distribue des tâches, etc.Autrement dit, le seul 156 intérêt à demeurer ici-maintenant, c\u2019est de faire dévoiler cette métaphore collégiale du va-et-vient entre la pensée et l\u2019action; les doubles passages entre la pensée révolutiuËnaire et l\u2019action révolutionnaire.Apories classiques, \u2018tre courant de livre de philosophie, plutôt scolaires.Espace architectural donc qui métaphorise le destin de la question, tellement et si bien que nous risquons de sombrer dans une dépression encore plus profonde; celle de devoir répondre (quoiqu'il en soit de l'acte révolutionnaire) dans cette salle alors qu'il faudrait déambuler indéfiniment et nonchalamment dans la rue.Dehors fantasmé de chaque Grande révolution, en chantant nos discours ou en clamant la bonne nouvelle, ne serait-ce que la question est posée ici, par ce vendredi-samedi du printemps 1981.Mais nous savons que toute révolution (en son désir), qu'elle soit violemment réprimée ou qu'elle réussisse par l\u2019occupation des espaces maintenant vacants, s'achève un jour par le décret de quelque couvre-feu.!| faudra retrouver les mêmes espaces asilaires.Usines, écoles, prisons aux architectures ternes, l'appartement familier ou un bar quelconque où l\u2019on scandera, aux petites heures, un chant fraternel et bouleversant.Action du chant et pensée de l\u2019inassignable sens, toujours.Tout compte fait, la difficulté d'analyser le rapport pensée-action, d'en suspendre le passage comme lieu et source du problème, peut être levée par des simulacres et je crois que ces simulacres représentent les tentations extrêmes (identiques?) qui bornent l'acte révolutionnaire mais que tous les révolutionnaires doivent dénier.Simulacres que je construirais à partir.d\u2019une métaphore bien connue: se jeter dans le feu de l'action sans jamais réfléchir ou sombrer dans le feu de la pensée sans 157 ans PI BR : ARENA PRICES EE OR LTE SH RH EN TNE HE IIERY HINT IN PIE FOOT RTE NE FRAPPE TCR TERR Hy FPE EST CI EE FRT C RP MARRON.CITE nulle part intervenir.Bornes équivalentes?Comment cette pulsion de vie que représente les actes révolutionnaires peut-elle composer avec cet espace architectural?Sommes-nous ici-maintenant soumis à l\u2019action où à la pensée, ou au passage secret ou à rien de tout cela s\u2019il s\u2019avérait que l'acte révolutionnaire est trop fondateur et par contre, trop fondamental en son absence, pour être dicible ici même?Troisième évidence.La transcendance du «nous y arrivons, nous y sommes» étant un leurre nécessaire, nous sommes soumis à la loi de la contradiction sur le terrain même de la question.Bataille nécessaire des interprétations entre interprétants.Loi de la contradiction, non seulement celle promue comme principe général ou descripteur précis lorsque tel projet révolutionnaire construit sa propre épistémologie (matérialisme dialectique) mais surtout celle qui oblige à se définir ou à articuler sa différence par rapport à d\u2019autres projets révolutionnaires, à repérer ou à contrer les moindres différences (voir le double thème de l\u2019ami extérieur l'ennemi parmi nous), à être soi-même l'objet- cible de la loi de la contradiction.Cycle que toutes les organisations militantes style faucon, ont parcouru, parcourront encore entre les luttes intestines réelles (et parfois blessantes, lorsque le cycle s'achève aux chaînes de bicycle) et l'exhortation stratégique, morale, donc fictive, à l\u2019unité transcendante d\u2019un front.Tout ceci est connu; je m'excuse d'être à ce point banal.Mais cette banalité, en ses conséquences lumineuses, laisse entrevoir le travail complexe du rapport entre la pensée révolutionnaire et l'action révolutionnaire: comment la loi de la contradiction (pour être plus juste, de l'antagonisme) exprime la transmutation de cette 158 pulsion de vie que représentent les actes révolutionnaires en une pulsion de mort, sa propre mort en tant que l'ennemi nous ressemble à tous les moments où il prétend aux mêmes objectifs ultimes; comment l'emploi du temps re\u2018olutionnaire doit se fractionner et donc s\u2019affaiblir entre un temps où l\u2019on travaille effectivement sur le terrain de la dés-aliénation et de la dés-exploitation des humains, et un temps où l\u2019on investit une grande part d'énergie à se contre-définir, à élaborer des plans d\u2019action et de discours contre\u2026.; comment la loi de l\u2019antagonisme peut transmuer cette pulsion de mort en un momentum paroxystique qui devient sa pulsion de vie la plus élevée en sa mort, la plus croyante et aveugle.Ce moment, c\u2019est celui de l\u2019auto-dissolution «comme un des beaux-arts socio-logiques» (René Lourau).L'exemple québécois auquel je renverrais - le numéro 17 de la revue Stratégie (automne 1977) dont la collection complète est soldée au Palais du Livre (le Palais du Livre comme destin de I'ldée révolutionnaire?).Relire les divergences de Stratégie avec Champs d'application qui s\u2019est dissout pour rallier En lutte!, décoder ce complexe auto-évaluatif judéo-chrétien entre Stratégie, En lutte! et la Ligne communiste (m-1) du Canada qui portait bien sûr sur la question disputée d\u2019une politique culturelle marxiste-léniniste.Se rappeler les divergences-dissen- sions accusées par Chronique (lire le premier numéro en sa déclaration désirante et le dernier numéro) et entre temps essayer de comprendre la circulation extraordinaire des signatures au sein des divers comités de rédaction.Cette troisième évidence souligne que la prolifération et les paroxysmes les plus prenants dérivent de la loi de la contradiction, dévoilent, ont un sens décodables.Possibilité, émulation des actes révolutionnaires et en même temps (pour cette même raison) leur clôture: comme ici-maintenant, l'échec évident de ce Colloque, c\u2019est qu\u2019il ne manque pas de réponses ou de discours moqueurs, blasés, sérieux, agressifs, que ce plein, doxographique de positions politiques diverses-antagonistes est parfait en ce qu'il détermine déjà notre ici-maintenant; par ailleurs, cet échec sera sa réussite en tant qu\u2019il aura été actuel, mieux encore en tant qu\u2019il donnera raison à tous les savoir-faire militants qui revendiquent la bonne réponse de poursuivre avec plus d\u2019ardeur et de conviction, la multiplicité des interprétations renforcant l\u2019interprétation déjà là des invités interprétants que nous sommes.3.Penser: l\u2019actuel Alors, tout irait pour le mieux dans le village global?\u2014 Monsieur, vous êtes absolument hors de la question militante, je le répète, et il n\u2019y a rien à faire avec ce savoir-faire que vous appelez «philosophie politique».Par exemple, la troisième évidence que vous avez soulignée n\u2019est pas importante; vous ne semblez pas distinguer ce qui est principal et ce qui est secondaire dans la loi de la contradiction que vous interpretez comme une pulsion de mort.Partout aujourd'hui, à l'échelle planétaire, il y a augmentation de la conscience révolutionnaire et luttes réelles; cela suffit.Votre philosophie politique sur le mode pragmatico-desperado tient du délire métaphysique et me donne envie de faire un nouveau colloque d'ici quelques semaines sur le thème «Comment ne pas devenir philosophe, aujour- d'hui?.160 Te \u2014 Mais non.Tout est plus simple et plus désarmant ; a la fois.Reposer la question en terme d\u2019une philo- i sophie politique (je n\u2019ai voulu que penser l\u2019origine de la question, c'est-à-dire y répondre) n'annule pas, n\u2019annulera jam.iis, ce qui se fait, ni les multiples savoir-faire i militants qui actualisent et revendiquent l\u2019acte révolutionnaire comme une propriété close.Soyons généreux, la philosophie comprend tout cela.Cette philosophie par conséquent ne préjuge pas, elle recueille: elle promeut la nécessité de la vie en comprenant que chaque acte révolutionnaire en tant que pulsion (commençante) de vie doit aboutir à son terme mais que ce terme se révèle être le processus actuel de son essence.Le mode pragmatico-desperado en philosophie politique, c\u2019est ce qui justement situe l\u2019autre actualité de toute entreprise philosophique.a) Tirer les conséquences de la prolifération des interprétations et de l\u2019'antagonisme moteur qui les porte sur le champ de bataille, en termes d'une dialectique qui sait - se discourant dans la conservation de son essence - qu\u2019elle s\u2019offre elle-même au processus indéfini de l'interprétation.b)Penser l'actualité et l'actuel de tout acte révolutionnaire en dehors de toute Intention, de tout ¢ régime de Transcendance, de tout leurre utopique - en tant qu'il est nécessaire et suffisant à ce moment-là qu'il se déploie.c) Mode de penser pragmatico-desperado, c\u2019est-à-dire onto-logiquement ironique, libéré de l\u2019es- 3 poir et du désespoir psycho-logiques; souriant de EF savoir que se jeter dans le feu de l\u2019action ou sombrer pi dans le feu de la pensée (la ou ici, ou a I'imparfait entre- [| deux sans trop comprendre les effets immédiats) est au A fond le secret de tous, et que tout savoir-faire n'a Bi d\u2019interét que d\u2019actualiser sa propre loi pour faire étre ce qui n\u2019était pas.161 A a LS Bet HOTTA THAR ECRIRE TR RIT TON MAI FER OTRAS EE iH i 1 A 1.i 19 d i # el Tr A iH ol HH 1 sn i Travaillant cette question «Comment être révolutionnaire, aujourd\u2019hui?», peut-être aura-t-il fallu transformer notre propre rapport à la philosophie, à l\u2019histoire et à leurs lieux communs avant d\u2019apporter des réponses «concrètes ou délicieuses».Mais transformer quoi au juste?lorsque sur le territoire québécois notre perception des philosophies ou des histoires contextuelles tient encore d\u2019un néo-colonialisme angélique, d'une sénilité non questionnée, délégation rinnegato d\u2019une question que nous nous posons depuis vingtans.Depuis les années '70 pourtant, un certain momentum paroxystique - tant au niveau guerrier et politique que poétique et culturel at large - nous habiliterait à opérer cette révolution dans notre rapport archi-institutionnel à la pensée.Et ceci commencerait par «penser ces paroxysmes»: première et dernière (toute différente, ratée) Nuit de la Poésie, 1970-1980; première et dernière élection (moins coulante de champagne) du Parti québécois, 1976-1981; Événements d'Octobre et Référendum sur la question nationale, 1970-1980 \u2014 dans l'étonnante torpeur silencieuse des semaines qui les ont suivis.Un jour, quand nous aurons le courage d'analyser l'avènement de la philosophie dans la civilisation (ses conditions socio-rituelles, politiques, langagières, etc.), nous développerons cette interprétation par laquelle la philosophie (c\u2019est-à-dire la pensée du devenir politique) est un moment paroxystique qui répond, en négatif et en creux dans l'espace du discours humain, à d'autres paroxysmes: polémos multiple sur un terrain et pour cette raison, controverse et agonistique sur le terrain même de la pensée et de l\u2019action.Les classiques se révéleraient toujours actuels, à condition d\u2019en forcer le contexte territorial, de présenter quelques règles 162 précises de décodage.Relire bien sûr La République de Platon en biais avec l\u2019inavouable avoué de la Septième lettre: lire l\u2019Éthique à Nicomaque et le Politique du métèque Aristote en biais avec son Grand Recueil des Constitutions - par où, analysant 159 constitutions, Aristote «répétait>» nos gestes d'inventaire quand nous nous penchons sur des documents officiels, juridico- politiques, et que nous cherchons à comprendre; nouveaux impérialismes de la Russie et des U.S.A., Chine de l\u2019anthologie Révo cul dans la Chine pop, \u2026 l'Albanie.Ou plus près de notre modernité, relire Le Prince d\u2019un Machiavel qui a photographié pour nous «ces sortes de pierres d\u2019attente qu'une révolution laisse toujours pour en appuyer une seconde» (section ||, tr.Périès) en biais avec ses Discours sur la première décade de Tite-Live; lire à Amsterdam les Autorités théologique et politique de I'excommunié-ostracisé mais néanmoins très doux Spinoza (premier penseur de la démocratie) en biais avec I'Ethique - et se demander par quelles filières, quels filons le corps de cet homme a pu alimenter autant la pensée libertine au XVille siècle que l'auteur des «Appareils idéologiques d'État» en passant par les éclairs nietzschéens et quelques travaux psychanalytiques du début du siècle.Lire Le Contrat social (plus ces étranges notes autographes du Projet de Constitution de la Corse) en biais avec cette randonnée botaniste apparemment différente, Les Rêveries du promeneur solitaire.Lire la thèse de doctorat de Marx (genre académico-bourgeois par excellence) sur Démocrite et Épicure en rapport avec ce poème spectral qui dans sa langue défie toute traduction, Le Manifeste du Parti communiste - tel que déposé dans la livraison d'Études françaises (XVI), d'octobre 1980 sur le thème (aux incidences très québécoises) du «Manifeste poétique/ politique».Et caetera.Quel serait donc le lien entre tous ces modes d\u2019exposition du désir politique, désir dont on ne peut faire l\u2019économie de ses origines révolutionnantes, ni méconnaître entretemps la portée théorétique de son geste inaugural.La pensée recueille la contradiction; en sa réflexivité et sur le territoire qui la marque de partout, elle recueille tous les paroxysmes issus de la contradiction.Et lorsqu\u2019elle ne prend pas le détour parodique d\u2019une philosophie d\u2019électeurs et de faux retraités, elle redonne vie aux paroxysmes qui s\u2019achévent, s\u2019effacent, s\u2019annulent; elle pense néanmoins leur mort comme une nécessité déjà actualisée, offerte en dehors de tout régime de transcendance.Voilà pourquoi je dirais (en terminant) qu'une philosophie politique sur le mode pragmatico- desperado développe un Dire permanent qui invite les savoir-faire (militants ou non) à faire savoir les formes les plus quotidiennes, locales ici-maintenant, de l\u2019exploitation et de l'oppression afin que les dénonçant, nous soyons rendus à l'indéfinie réflexion du désir et à la simplicité désarmante du mobile révolutionnaire.164 i$ I hs H iff Réalité québécoise et formation policière Roland Houde Professeur au département de philosophie de l'Université du Québec à Trois-Rivières i | Li I | si] PEP fa PE ENST (A TRI It Lt An iH C\u2019est à titre de citoyen impliqué dans la compréhension et l'amélioration de notre société locale ou régionale que j'ai accepté l\u2019invitation de votre association (AQESP) transmise conjointement par MM.Sheitoyan et De Koninck.\u2018 Cette invitation m\u2019a fourni l\u2019occasion ou mieux m\u2019a donné la chance de réfléchir plus particulièrement et plus précisément sur cette fonction ou profession si intimidante, imposante et importante qu'est la police professionnelle dans notre société.Par la même chance - et peut-être pour fin de discussion - j'oserai faire quelques remarques quant à la formation générale et spécialisée du policier québécois.Il ne sera donc pas 1.Exposé donné à l'Association Québécoise des Enseignants en Sciences Policières, congrès annuel, École de Foresterie de Duches- naie, octobre 1981.166 Lo TEE 20 em edlt st FS State en der RL dt DR A TA TOR (TEER TH er 4 PORC TN FL RE CERN ONE PEN CRE PE ET RE ECC CRE PRET CORRE TOI TEE PRET ETN CP THE ET IL PTE ALON FATT FN RETRO RE TT TERRI tle TO ER ARRET aille IHITOHAIIME MR CET cu (CR BOSTON question ici des para-policiers ni des agents privés et encore moins des militaires pour des raisons assez évidentes, peut-être trop simples, mais enfin les voici: les uns n'ont encore que pas ou peu de formation intégrée; les autres n\u2019ont qu\u2019une discipline de conditionnement.Bien entendu, dans cette réflexion j'ai mis à profit les instruments de travail et de recherche qui sont à notre disposition, notamment les répertoires, index, dictionnaires, bibliographies et l'informatique du réseau des bibliothèques de l'Université du Québec: Badadug.Et ce pour essayer de voir et d'apprécier l'image et la qualité de l'image consignées ou conservées dans ces instruments qui sont bien, à mon avis, les miroirs d\u2019une société donnée.Par exemple, et ce n'est qu'un exemple, Le Guide 81 (Gouvernement du Québec, Ministère des communications, pp.352 avec index)?ne comporte à son index qu'une entrée (p.344) pour «policier» et ce par rapport à l'«arbitrage» (p.70) dans sa convention collective.S'il est vrai donc qu\u2019on ne connaît pas complètement ou parfaitement une profession ou une science (impliquant toujour fusion ou intégration du pratique et du théorique) tant qu\u2019on n\u2019en sait pas l'histoire (et pour le savoir il faut le faire), il m'a semblé qu\u2019une réflexion historique (nécessairement sommaire ici) sur le mot «police», «policier» s\u2019imposait et s\u2019imposera de plus en plus.Comme professeur-chercheur, il me 2.On se souviendra que ce Guide du citoyen est revisé annuellement depuis 1975 par décret législatif.Ce Guide doit contenir tous les services de l'État québécois auxquels nous avons droit.Ce n'est que sous la rubrique «Commission de police» (p.329 et 161) qu'un citoyen peut - s\u2019il en connaît déjà l\u2019existence - connaître les rouages de cet organisme.167 3741 5H PTT PCR CTE [RIP TS Ho Lah al UH TERRE semble toujours que c\u2019est une entreprise passionnante que de remonter, à travers les mots, le cours de notre histoire et de l\u2019histoire.Ce faisant, nous prenons conscience de la «vision du monde» qu'avaient nos mères et pères, nos ancêtres.La présence du passé s\u2019exprime ou s'expose à travers les mots plus encore peut-être qu\u2019à travers les monuments.Mais il faut bien insister encore: les monuments aux policiers, l\u2019histoire de la police québécoise sont encore à faire; de même que les renvois normaux aux institutions policières sont rares, très rares ici.Un jour, nous l\u2019espérons, le travail récent et pionnier de M.Guy Tardif (Police et Politique au Québec, préf.de Guy Rocher, Montréal.L'Aurore, 1974, pp.494 avec bbg.et table des matières) trouvera place, dans les répertoires, bibliographies générales et sélectives, etc., du Québec, tout en notant cependant que, de fait, cette oeuvre porte essentiellement sur les «chefs» de police plutôt que sur la base elle-même dans ses rapports fondamentaux et quotidiens avec la collectivité ou le simple citoyen.Malgré cette note, quiconque voudrait concevoir un nouveau programme ou revoir l\u2019actuel programme de formation policière serait bien avisé de lire attentivement les pp.481-2 de la thèse Tardif qui a permis de constater que l\u2019institution policière, -de même que les hommes qui la composent participent de plusieurs systèmes, qu\u2019ils sont sollicités par les exigences parfois complémentaires, parfois contradictoires d'au moins trois ordres institutionnels qui sont tous simultanément captateurs des allégeances et des énergies des hommes de police, à savoir l\u2019ordre légal, l\u2019ordre politique et leur propre ordre professionnel» (p.482).168 Et ajoutons prioritairement l\u2019ordre démocratique qui est laissé pour compte - et on peut en apprécier la raison dans un effort particulier d\u2019historiogénese: «\u2026 tout l'acquis théorique sur ce qu'on appelle la sous-culture policière est basé sur un seul type d'interaction, soit celui qui existe entre le simple agent de police et le citoyen ordinaire.Or, de continuer M.Tardif, si intéressante que soit cette perspective, elle n\u2019est probablement pas aussi importante pour l'institution de police que les relations entre le chef de police et les hommes politiques» (p.481).Ce rapport prioritaire de base (d\u2019égal à égal) tout à fait conforme à la Charte des droits de l'humain est d'ailleurs très honnêtement rappelé dans la conclusion du pré- facier-sociologue Guy Rocher (p.13): «\u2026 à tous les paliers du gouvernement, les tentations du pouvoir, les intérêts personnels, les ambitions et les peurs sont toujours susceptibles d'entraîner aux pires excès.Ce sont les simples citoyens qui sont toujours menacés des conséquences de ces abus.S'ils veulent sauvegarder leur liberté, ils doivent avoir l\u2019oeil ouvert et ne jamais oublier que ceux qui détiennent le pouvoir, quels que soient leurs programmes politiques, leurs intentions et leurs déclarations, sont toujours tentés de comploter au-dessus de leur tête et sur leur dos.» Ainsi donc, tout rapport de formation et d'information devrait constamment rappeler que cette institution fort ancienne est composée de gens braves, aimant leur métier (un métier maintenant choisi ouvertement), prêts à se sacrifier, jusqu\u2019au risque de leur vie, pour que chacun de nous (y compris les policiers) puisse vivre en toute tranquillité à l'abri des lois et des règlements indispensables à l\u2019existence normale ainsi qu'à l\u2019évolution de toute communauté organisée.Les dictionnaires d\u2019étymologie nous apprennent en effet que le mot 169 PERTE RFFSTREIRRRES TSSTRRGEET LOI OT ET UT IE DEMI TI ETT BPE TET Pre LEE ST WEN SANT FT AS SRI) PRET RATE TETE RO RE IT CRITE TERR YOR TE LT TI ER RH AR TOUR A; a.A0 RY x SUR A + «police» derive du grec «politeia» qui désignait l\u2019art de gouverner la cité («polis») et du bas latin «politia», c\u2019est-à-dire l'administration de la cité («polis») devenus «policie» au XIVe siècle puis «police» au XVe prenant alors le sens de «maintien de l\u2019ordre».Dans Le Contrat social, J.-J.Rousseau emploiera l\u2019expression «politie» dans le sens de république, de gouvernement idéal.Communauté organisée, maintien de l\u2019ordre! De quel ordre s'agit-il?De quelle qualité de vie sociale est-il question ici?D'une société «policée», civilisée, polie, harmonieuse, équilibrée, prévenante et curative et préventive.Et il me semble que l'équilibre du corps social (pour tous, y compris les policiers) résulte de celui qui s\u2019établit et s'entretient entre la tendance de l'individu à la liberté et la tendance de l\u2019État à l'autorité, au pouvoir.L'ordre serait donc l\u2019équilibre stable entre ces deux tendances.Quant à l'instabilité, nous savons assez maintenant qu\u2019elle amène à des alternatives d\u2019anarchie et de dictature.Si ces deux tendances sont antagonistes, elles ne sont ou ne sauraient être ennemies.Nous touchons ici à l'éternel et fondamental problème de toute personne, de tout citoyen, de tout professionnel, de tout éduquant et éduqué: concilier sa liberté et son pouvoir ou autorité.En définitive, il faut bien le noter aujourd\u2019hui et encore plus pour demain, dans toute tormation intégrée, dans tout programme de formation sociale ou de philosophie sociale, le policier - le corps policier ou la force policière -, est assujetti aux mêmes tendances, aux mêmes droits et devoirs inhérents à tout individu civilisé ou démocratiquement égal, fonctionnant «poliment» avec autrui.Et ce, surtout, parce que, à mon avis, le policier de demain devra se doter d\u2019une formation qui le rendra plus grand et plus fort.Plus grand 170 et plus fort.Mais plus humain et plus sage.L'humain dans son rapport à l'humain n'est jamais passif.Dans I'obéissance, il engage sa liberté.Se soumettre à l'illégalité, ~\u2018est la reprendre à son compte; la plupart du temps, c tte reprise s'accomplit à travers des inventions ou au moyen de dispositifs et d'initiatives qui rendent la responsabilité encore plus manifeste.Quel que soit le secteur ou l'objectif: prévention ou correction; prévention ou répression.Soyons concret ou pratique.Pour aujourd\u2019hui et pour demain.Pour aujourd'hui.Je constate que, de l'intérieur, la police est une force en voie de démocratisation; qu\u2019elle a été amenée à détacher son pouvoir du pouvoir politique (de l\u2019état ou de la municipalité); qu'elle a été dépolitisée pour être - nous l'espérons - repolitisée; qu\u2019elle aspire à une compétence égale à tout autre corps de métier; qu\u2019elle aimerait partager la vie courante de ses concitoyens et s\u2019inscrire dans son milieu.Autrement dit, le policier veut aujourd'hui être un citoyen à part entière.Sauf que, de l'extérieur, il peut facilement voir et sentir que son service, que sa profession est dévalorisée, caricaturée, sous-évaluée, et mal jugée.À cet égard, il devrait y avoir interventions et interactions continues entre le Conseil de presse et la Commission de police pour faire en sorte que le public ou les citoyens (y compris les policiers), lecteurs de nouvelles policières, soient assurés d'informations exactes et suivies.Soit dit en passant le manque de suivi dans l'information québécoise est peut-être la plus grande marque de faiblesse des médias sinon la plus grande expression de mépris envers l'intelligence du Québécois moyen.Entreprise paradoxale de reproduction paradoxale.Parce que dans «information», il y a double formation: TRIE Lr, TRI I so ATL TR LEO NOR RENTREE celle déjà formée dontla qualité, le type, le mode passent, transpirent, transparaissent dans l'information même, et l'autre, celle qui forme dans et par ce qui est communiqué aux contemporains, aux concitoyens.Ainsi donc, dans cet esprit ou avec ce postulat en tête, j'ai interrogé «Badadug» utilisant les categories suivantes: Police, Québec: Éducation, Enseignement, Formation, Apprentissage, Pédagogie.En voici les résultats, à la date du 21 sept.81.1) Des 125 documents- réponses, nous avons dû éliminer sûrement pas moins de 9 titres ou références anglaises du genre suivant: Yves Rabeau (Doc.123) The Federal-Provincial Fiscal Policies (thèse de doct.de 1970 au MIT et publiée par l\u2019Office de planification et de développement du Québec); G.N.Grant (Doc.122) The Caisses Populaires Desjardins with special reference to their response to monetary policy (thèse de McGill en 1970); Hilda Marion Neatby (Doc.121) The Quebec Act.Protest and Policy (publié par Prentice-Hall dans la collection Canadian Historical Controversies).Qu\u2019il suffise de reconnaître que Badaduq n\u2019est pas bilingue tout en l\u2019étant! Ou qu\u2019il y a bilinguisme et bilinguisme! 2) Des 125 documents-réponses, à titre d'exemple seulement, l\u2019oeuvre de M.Guy Tardif (déjà cité plus haut) était répétée pas moins de 5 fois (Doc.110, 112, 117, 119, 120).Gaspillage ou superfétation académique.3) Les renvois à la fondation de l\u2019Institut de Police du Québec à Nicolet, à l'incendie de l\u2019Institut, aux possibilités de déplacement, etc, chiffrent dans ma liste un total de 33 items.Avec 47 titres éliminés, il me reste alors de cette récolte 78 autres titres à scruter et à classer selon mes catégories et pour toute fin pratique ou utile 172 à ma recherche basée sur une situation historique sachant que le passé éclaire le présent qui préfigure l'avenir pour celui qui veut bien retenir les leçons du premie- et les utiliser pour les deux autres.Pour moi et pour !'avenir du Québec, l\u2019enseignement de l\u2019histoire de la police ici aurait un but théorique et un rôle pratique.1 Et je refuse de croire que la fonction policiere serait I'ennemi de l'information.Alors, donc, pour demain, cette compétence i historique particulière viendrait s'ajouter à celles déjà ; reconnues et soulignées par le maire de Sherbrooke, i Jacques O'Bready, lors du 12e congrès annuel de la ; Fédération des policiers du Québec, vol.4, no 3, sept.1980, p.23: «Pourquoi ne pas utiliser vos compétences pour mieux informer les citoyens, les jeunes surtout, puisque c'est là qu'il faut concentrer nos efforts, sur toute la panoplie de règles qui constituent la trame du véritable sens civique, de ce civisme indispensable à une vie «vivable».?Pourquoi ne pas vous demander d'exercer vos fonctions dans le cadre revalorisé du véritable protecteur du citoyen de celui qui enseigne et * guide plutôt qu'agir de façon généralement punitive et répres- g sive?Evidemment, si la fonction est désincarnée, si le policier À n'oeuvre pas à une échelle humaine, c\u2019est-à-dire à l\u2019intérieur / d\u2019un quartier connu, ou dans une municipalité dont la taille f s'apparente à une unité de vie, si le policier ne connaît à peu i près pas sa clientèle, si son action porte sur une masse sans * visage, quel impact, quel résultat tangible peut-il donner?gE Ne serait-il pas préférable que l'on ramène ces structures à une échelle qui convienne vraiment tant au policier qu'à la population qu'il a à desservir.Ne serait-ce pas là une façon 5 de revaloriser une fonction par ailleurs négligée.Ne serait-ce pas là la voie à emprunter, à l'aube de cet avenir des années 5 80.» 173 .PEN PE EE SEE I Eat FU SUE TF ORI LT STL THI A A RR RSR IEEE Les 78 items utiles sur laliste informatisée seraient autant de jalons pouvant servir à la construction de cette histoire formative et informative.De plus, de ces 78 jalons appréciables, une constante émerge comme genre littéraire: le «Rapport d\u2019enquéte.».Sur tel ou tel corps policier ou agent de la paix avec, bien sûr, les études instiguées par les membres ou commissions responsables de l\u2019application ou du développement de la Charte des droits de la personne.D'ou une intervention publique de la part des philosophes québécois s'impose: la préparation d'un cours d'éthique professionnelle basée sur ces matériaux québécois disponibles.Ajoutons à cela un cours de logique formelle.Et s\u2019il s'avérait que le policier de demain doit être avocat, éducateur, psychologue, communicateur, interprète etun bon citoyen, alors il faudrait peut-être songer à le relocaliser près des services sociaux déjà existants comme les C.L.S.Cou s'assurer que la force policière est en constante interaction et communication avec les responsables, également professionnels, de ces services.Pour terminer, sans jeux de mots, la question se pose.De quelle «polis» veut-il (le policier) être le citoyen; de quelle cité veut-il être le policier?174 Classification et interprétation des fragments d\u2019Héraclite i Frédéric Blanchard Étudiant au CEGEP Édouard-Montpetit Présentation Jacques Tremblay Professeur au département de philosophie fu CE TE A PRESENTATION Le texte qui suit est un travail d\u2019étudiant réalisé dans le cadre d'un cours d'initiation à la philosophie.Comme on pourra le constater il y a là plus que des balbutiements.La raison en est que les étudiants ont été tout de suite conviés à la plus haute exigence: lire une oeuvre originelle.Héraclite en effet inaugure la philosophie dans ce qu\u2019elle a de plus fondamental en prêtant sa voix à une Parole absolue, celle qui dit la loi de la nature, de l'homme et de l'histoire, loi de l'énergie et du combat, intelligence du monde, sagesse unique qui «refuse et accepte d'être appelée du nom de Zeus» (fragment 32) et qui demeurerait à jamais muette si l'homme ne consentait à 176 ATP IR ARC I Lise ital, - thut MES i iH faire taire en lui les voix égocentriques de l'opinion.Pas de philosophie, pas de sciences, pas de productions artistiques sans ce nécessaire effacement relatif de soi-même et sans cet effort pour entendre et traduire en oeuvres la Parole vraie qui surgit au coeur même du silence.Pas de lecture authentique non plus sans l'intention de retrouver l'esprit qui a animé l\u2019auteur, sans le désir d'adhérer intimement à ce qui fut une expérience intérieure.C'est à cette tâche que les étudiants ont été invités.Armés de ciseaux, de colle et d'intelligence ils ont d'abord isolé les fragments d\u2019Héraclite, comme s'il s'agissait des pièces d\u2019un puzzle, pour les regrouper ensuite autour des thèmes suivants: le Logos, le feu, le divin, le combat, les contraires et l'homme.Puis ils ont dû tout recommencer en essayant cette fois d\u2019enchaîner les fragments et les thèmes de manière à produire un texte suivi.|! va de soi qu'avec des fragments il est impossible de construire un texte suivi à moins d'ajouter soi-même les passages qui manquent, à moins de penser à des liens possibles en tenant compte toujours de l\u2019obligation de construire une totalité cohérente et significative.C\u2019était là la difficulté principale du travail: composer une image globale de la pensée d'Héraclite sans pouvoir jamais se référer à une image modèle qui en aurait défini une fois pour toutes le sens.Ce jeu de collage forçait les étudiants à lire et relire plusieurs fois chacun des fragments pour en dégager un sens à travers de multiples significations possibles.Après avoir fait cette mise en ordre il fallait rédiger un commentaire dans le but d'expliquer ce qu'Héraclite entendait par le Logos, le feu, le divin, etc.Une synthèse réflexive de deux à trois pages couronnait le tout.METIER TERRE HY A VRERET RON HOT He SITE oy Ny RIT HE TEINTE H FW PERETTI THR eA Bi PTR arn Te i IRE A EES HS Dans l\u2019ensemble ce fut un travail plutôt réussi.Beaucoup d'étudiants ont écrit des textes tout à fait remarquables et il est dommage qu'on ne puisse tous les publier.Si celui de Frédéric Blanchard a été retenu c\u2019est parce qu'il était le plus complet parmi tous ceux qui avaient dépassé de beaucoup les exigences minimales du travail.Je le présente donc comme une illustration de ce que les étudiants, même débutants, sont capables de faire en philosophie si on leur donne à lire des oeuvres fondamentales, des oeuvres qui disent quelque chose et qui témoignent en profondeur de la dimension spirituelle de l'homme.Je laisse au lecteur le soin de juger dans quelle mesure le texte de Frédéric Blanchard est fidèle à l'esprit qui parcourt l\u2019oeuvre d\u2019Héraclite.\u2018 Jacques Tremblay professeur 1.Les étudiants ont dû effectuer leur travail en utilisant un texte polycopié composé à partir de deux traductions, ceci afin de se conformer aux exigences de la loi canadienne sur les droits d'auteur.Les fragments 1 à 88 sont donc tirés de la traduction de Jean Voilquin éditée en 1964 chez Garnier-Flammarion dans Les penseurs Grecs avant Socrate.Les fragments 89 à 126 proviennent de la traduction d\u2019Abel Jeannière parue dans La pensée d\u2019Héraclite d'Ephèse chez Aubier- Montaigne en 1959.178 l- L'HOMME ET LE LOGOS 1.De tous ceux que j'ai entendu discourir, personne n'arrive à ce point: se rendre compte qu'il existe une sagesse séparée de tout.(Fragment 108) 2.Ce logos, les hommes ne le comprennent jamais, aussi bien avant d'en avoir entendu parler qu'après.Bien que tout se passe selon ce mot, ils semblent n\u2019avoir aucune expérience de paroles et de faits tels que je lesexpose, en distinguanteten expliquant la nature de chaque chose.Mais les autres hommes ignorent ce qu'ils ont fait en état de veille.comme ils oublient ce qu\u2019ils font pendant leur sommeil.(1) Vraiment, il faut que les hommes soient aveugles ou endormis pour ne pas se rendre compte que l'univers est régi par l\u2019unique loi du Logos (l'un); rien n\u2019est laissé au hasard (qui n\u2019existe tout simplement pas).Cet ordre si strict, si parfait leur passe sous les yeux sans qu'ils en prennent conscience.3.Il ne faut ni agir ni parler comme des dormeurs.(73) Ce serait une injure à l\u2019Intelligence Universelle et à soi-même, en plus d\u2019une perte d'énergie.4.Sur le logos qui leur est le plus familier, sur le logos qui gouverne tout, ils sont en désaccord et ce qu'ils rencontrent chaque jour leur paraît étranger.(72) 5.L'Un, la Sagesse Unique, refuse et accepte d'être appelé du nom de Zeus.(32) S'ils ne voient pas la réalité, comment pourraient- ils la comprendre, la saisir?|| ne faut plus s'étonner si après, ils sonten désaccord sur la notion de Dieu, du Dieu qui accepte ce nom mais pas la signification que les hommes lui donnent.6.L'homme, dans la nuit, allume une lumière pour lui-même; mort, il s'éteint.Or, au cours de sa vie, quand il dort, les yeux éteints.il 179 RORTIIEE : ALORS PERRET PEER AU RE ARRETE FR ressemble à un mort; éveillé, il semble dormir.(26) 7.Héraclite appelait jeux d\u2019enfants les pensées des hommes.(70) Ainsi, quand un enfant vient au monde, il est déjà condamné par ses semblables à leur ignorance (105, fr.121).Au cours de sa vie, au lieu de fusionner avec le Logos, il essaiera de se construire une raison de vivre (sa lumière) pour remédier à sa cécité spirituelle (les yeux éteints) et compenser ainsi son isolement de la Raison.Travail inutile, illogique, puéril, voué à la disparition et à l\u2019oubli.8.Mort, c\u2019est tout ce que nous voyons éveillés: songes, ce que nous voyons en dormant.(21) lls ne prennent pas conscience de la vie, de l'énergie qui les entoure, qui les baigne et les compose: ils préfèrent les illusions de dormeurs pour s\u2019y cacher, s'y sentir en sécurité.9.Ils entendent sans comprendre et sont semblables à des sourds.Le proverbe s'applique à eux: présents, ils sont absents.(34) Essayez de leur montrer la réalité: ils ne comprennent rien et vous traitent de fous.10.Tout ce que l\u2019on peut voir, entendre et apprendre, c\u2019est ce que je préfère.(55) Héraclite préfère avoir la conscience éveillée (voir), écouter son Logos intérieur (entendre) (23, fr.112) et s'enrichir de la compréhension globale qui s\u2019en suit (apprendre).11.Pour ceux qui sont éveillés, il n\u2019est qu\u2019un seul monde commun, chacun de ceux qui s'endorment retourne à son monde propre.(89) 12.La pensée est commune à tous.(113) Pour tous ceux qui n\u2019ont pas de voile aveuglant leur conscience, il n\u2019y a que la compréhension toute 180 simple de tout; et comme tout est la manifestation de l\u2019Un, ils savent qu'ils font tous un, pensée incluse.Par contre, les dormeurs n'ont pas conscience de l'unité universelle.Ils se referment sur eux-mêmes, sur leur propre monde de rêves et d'illusions.13.Aussi faut-il suivre le Logos commun; mais, bien qu'il appartienne à tous, le vulgaire n\u2019en vit pas moins comme si chacun avait une intelligence particulière.(2) 14.Le caractère de l'homme est son propre génie (daimôn).(119) Une chose unique peut certainement se composer de plusieurs aspects, de plusieurs ramifications, mais seul le dormeur ne voit pas le tronc commun qui réunit toutes les racines (frag.62: Les différents aspects du Feu.aromates.).Le seul caractère qui différencie chaque homme est son propre génie (énergie vitale) lui permettant de vivre ou non dans la réalité authentique et d'y être heureux.15.Nous descendons et nous ne descendons pas dans le même fleuve: nous sommes et nous ne sommes pas.(49a) 16.Le chemin droit et le contourné, c\u2019est un seul et même chemin.(59) 17.Le chemin en haut et le chemin en bas sont un et le même.(60) 18.Il faut aussi se rappeler l'homme qui oublie le chemin.(71) Nous descendons tous vers le même océan, celui de l\u2019Énergie Universelle.Mais plusieurs ne voient pas le fleuve qui les y entraîne, qu\u2019ils le veuillent ou non, pour les noyer dans le Tout.C\u2019est le seul chemin, celui du combat, de la dépense d'énergie vitale; chemin qui les ramène vers le haut autant qu'il les mène vers le bas, ainsi de suite, infiniment: c\u2019est tourner perpétuellement en rond sur un cercle unique et parfait, sur un cercle où se confondent le début et la fin, le haut et le bas.Si l\u2019on dit d\u2019une personne qu\u2019elle est, on risque de se tromper! Elle n\u2019est déjà plus ce qu\u2019elle était une 181 ren % i Hi 48 228 Het EEE reyes EAL fraction de seconde plus tôt car son esprit, son ame et son corps physique ont évolué, ont vieilli depuis.Vu la transformation perpétuelle de toutes choses, le présent devient passé dès le moment ou il existe.Pardon! Dés le moment où il existait.19.Nous nous baignons et nous ne nous baignons pas dans le même fleuve.Et les âmes s\u2019exhalent de l\u2019humide.(12) On vit dans le même monde en voyant des mondes différents: ouvert et en mouvement pour ceux qui sont éveillés, fermé et fini pour les dormeurs.20.Pour parler avec intelligence, il faut prendre ses forces dans ce qui est commun à tout, comme une ville dans la loi, et bien plus fortement encore.Car toutes les lois humaines sont nourries de l'unique loi du divin, elle domine tout autant qu\u2019elle le veut, suffit en tout, et surpasse tout.(114) Pour parler avec intelligence, il faut puiser dans l\u2019Intelligence Universelle qui est commune à tous, qui nous dirige tous et qui nous dépasse tous! Nos paroles seront alors simples, parfaites, inébranlables et exprimeront directement et fidèlement la Loi fondamentale.Il est évident que si le Logos s\u2019exprime a travers nous, tout ce qui fait partie de ce Logos lui obéit, y compris les dormeurs même s'ils ne s\u2019en rendent pas compte: tant pis pour eux, ils souffriront de ne pas avoir suivi la Loi de la nature des choses.21.Le peuple doit combattre pour la Loi comme pour ses murailles.(44) 22.La loi, c\u2019est encore d'obéir à la volonté de l\u2019Un.(33) Car la survie et la prospérité de chacun dépend de son obéissance à la volonté de l\u2019'Un.En effet, lorsque les dormeurs prennent le pouvoir, ilsemmènent avec eux la cité dans le sommeil: la mort.182 23.Penser juste est la plus haute vertu, et la sagesse consiste à dire des choses vraies et à agir selon la nature en écoutant sa voix.(112) La sagesse signifie aussi d'agir selon les lois de la nature en écoutant sa voix intérieure qui est celle du Logos.24.L'esprit de l'homme n'a pas de pensées, mais celui de Dieuen a.(78) Cela découle du fait que la pensée est commune à tous, qu\u2019elle est le Logos (12, fr.113) et que tout est la manifestation de celui-ci, pensée incluse.25.La sagesse consiste en une seule chose, à connaître la pensée qui gouverne tout et partout.(41) Il faut agir en accord avec la Pensée Universelle.On est alors vraiment juste, sage et invincible parce que notre volonté va dans le même sens que celle du Logos.26.Il est sage d'écouter non pas moi-même, mais mes paroles et de confesser que toutes choses sont un.(50) Héraclite prétend ici qu\u2019il va puiser ses paroles dans la grande source de l'Intelligence Universelle et non dans les opinions personnelles.Celui qui s'accorde ainsi avec le Logos, comme Héraclite, parle le langage de la nature, de l\u2019Un lui-même.27.À tous les hommes il est accordé de se connaître soi-même et de penser juste.(116) Tous les hommes sont égaux devant Dieu: ils ont tous les mêmes moyens et la même chance de parvenir à la grande conscience (i.e.la vraie conscience de soi et non du «moi»).Certains cependant ont plus de génie que d\u2019autres pour réussir.183 Ri 28.Ces gens qui ne savent ni écouter ni parler.(19) 29.Thalès, le premier astronome.(38) 30.Homère était astrologue.(105) 31.Ce sont de mauvais témoins pour les hommes que les yeux et les oreilles, quand ils ont des âmes barbares.(107) 32.Les yeux sont témoins plus exacts que les oreilles.(101a) 33.Quel est donc leur esprit, leur raison?Ils font confiance aux chanteurs des rues et prennent pour maître la foule.Ils ne savent pas que la plupart des hommes sont mauvais et que peu sont bons.(104) || vaut mieux ne rien dire que de dire des faussetés sur le Logos et ainsi faire dévier le chemin de quelqu'un dans le mauvais sens.Évidemment il y a beaucoup d'âmes barbares comme Thalès et Homère, qui observent les astres (astres dans le sens de dieux: signes astrologiques grecs: Licorne, Lion, Vierge, etc.) sans vraiment ni les voir, ni les écouter (trop aveuglés dans leurs illusions) et qui transmettent leurs fausses perceptions à tout le monde, ce qui les aveugle encore plus car la population fait plus confiance aux chansons qu'au langage difficile de l\u2019Intelligence.34.Homère méritait d\u2019être chassé des jeux et de recevoir les verges, de même qu\u2019Archiloque.(42) Franchement, ils le méritaient bien! 35.La présomption?Une maladie sacrée.La vue?Une tromperie.(46) 36.Le soleil a la largeur d'un pied d'homme.(3) Avec l'exemple de Thalès, d\u2019'Homère et d\u2019Archi- loque, on remarque qu'il faut faire attention à ce que l\u2019on voit, car la vue est trompeuse\u2026 Ainsi en tenant en lair son pied face au soleil, on arrive facilement à la conclusion du fragment (36).Seule la pensée, notamment la capacité de mettre en doute ce que l\u2019on voit, de faire des hypothèses et de déduire correctement peut nous renseigner sur la réalité possible.Le Logos possède 184 ceux qui recherchent la pensée juste plutôt que le témoignage des sens.37.Ne nous empressons pas de porter un jugement sur les choses essentielles.(47) 38.La nature aime à se cacher.(123) 39.L\u2019'harmonie invisible vaut mieux que celle qui est visible.(54) Il est préférable que la nature se cache car elle oblige ainsi l'homme à se dépasser «soi-même» pour parvenir aux grands secrets.À ce moment là, il aura peut-être atteint la sagesse nécessaire pour ne pas dési- quilibrer la vraie harmonie qui était protégée par son invisibilité (une chance!).40.Le roi dont l\u2019oracle est à Delphes, ne parle pas, ne dissimule pas, il indique.(93) 41.Ambiguité: approche .(122) 42.D'une bouche inspirée, la sibylle fait entendre des paroles sans agrément, sans parure et sans fard, à travers des millénaires, par la vertu du dieu.(92) C\u2019est pourquoi, quand cette nature s'exprime d\u2019une manière ambiguë comme par les paroles de la Sibylle, elle cherche à aider les hommes en les protégeant en même temps de leur manque de maturité (bombes atomiques, auto-destruction).Par ces paroles obscures, la nature (Logos) indique, incognito, la voie d'approche, comme le roi dont l\u2019oracle est à Delphes.43.Il faut que les philosophes soient avertis de bien des choses.(35) C\u2019est vrai! 44.Le fait d'apprendre beaucoup (polymathie) n'instruit pas l'intelligence.Autrement il aurait instruit Hésiode et Pythagore, ainsi que Xénophane et Hécatée.(40) L'intelligence, c'est de connaître le Logos, le Savoir Infini et non pas les connaissances multiples 185 RE TR RT AH TE 4 A $ Bi Jit pr: [s Sets ed qui elles, resteront toujours finies et longues à assimiler.45.Les chiens aboient contre tous ceux qu'ils ne connaissent pas.(97) La peur animale de l'inconnu mène à la phobie de la connaissance.46.Les hommes se trompent, relativement à la connaissance, de la même manière qu\u2019Homère, qui fut pourtant le plus sage des Hellènes.Des enfants, occupés à se débarrasser de leur vermine, l\u2019abusèrent en lui disant: «Ce que nous voyons et prenons, nous le laissons; tout ce que nous ne voyons ni ne saisissons, nous l'emportons.» (56) Tout est énergie et nous nous baignons dans ce fleuve (19, fr.12) en perpétuel mouvement: même les dormeurs qui, pensant se sauver, sont tout de même emportés par le courant.Ils se débarrassent de leur «bibites» qu\u2019ils ont aperçues en oubliant le reste car ils ne tirent pas les conséquences de certains indices fournis par la nature mais dont leur conscience individuelle ne tient pas compte.47.Tout reptile se nourrit de terre.(11) 48.Si toutes choses devenaient fumée, on connaîtrait avec les narines.(7) Ainsi les intellectuels se nourrissent de connaissances: de par leur nature, ils ne peuvent pas vraiment concevoir autre chose.Chacun se complaît dans la facilité de ses habitudes.49.Ce n'est pas ce que pensent la plupart de ceux qu\u2019on rencontre; on a beau les instruire, ils ne savent pas encore qu\u2019ils se figurent savoir.(17) 50.Propre à l\u2019âÂme est le Logos qui s\u2019augmente lui-même.(115) Rien de ce qu\u2019ils apprennent dans les livres ne leur indique que tout le savoir de l'univers se trouve enfoui à l\u2019intérieur d'eux-mêmes et que celui-ci, pour la plus grande joie de l\u2019univers, s'augmente de lui-même, 186 comme un autodidacte, des hommes (malgré leurs sottises) et de la vie qu'il a créés.51.Je me suis cherché moi-même.(101) 52.On ne peut trouver les limites de l\u2019âme, quelque chemin qu'on emprunte, tellement elles sont profondément enfoncées.(45) 53.Ceux qui recherchent de l\u2019or remuent beaucoup de terre ettrouvent peu de métal.(22) L\u2019âme de l\u2019homme est infinie car elle est une manifestation de l'infini Logos, aussi appelé l'Un.Ainsi, si l\u2019on espère trouver les limites de son âme, on risque de chercher longtemps! Aussi longtemps qu'un chercheur d\u2019or fouillant le large lit d\u2019une rivière de plusieurs kilomètres, dans l\u2019espoir d'y trouver quelques pépites aussi grosses que des dents de lait! Mais.54.Sans l'espérance, on ne trouvera pas l\u2019inespéré, qui est introuvable et inaccessible.(18) Il- LE FEU, LE COMBAT ET LES CONTRAIRES 55.Le soleil est chaque jour nouveau.(6) De même que le Logos est infini, toutes ses manifestations le sont aussi.56.On ne peut pas descendre deux fois dans le même fleuve, nitoucher deux fois une substance périssable dans le même état, car par la promptitude et la rapidité de sa transformation, elle se disperse et se réunit à nouveau, ou plutôt, niànouveau, niaprès, c'esten même temps qu'elle se rassemble et qu'elle se retire, qu\u2019elle survient et s\u2019en va.(91) Par l\u2019énergie du feu, l'univers ressemble à une grosse marmite dont les ingrédients sont agités perpé- 187 È ¥ tuellement par l\u2019ébullition.À chaque instant, des éléments s'assemblent et se séparent, se rassemblent et se reséparent en d\u2019'infinies combinaisons toujours en mouvement, par un hasard qui n'en est pas un réellement.57.Ce monde-ci, le même pour tous les êtres, aucun des dieux ni des hommes ne l\u2019a créé; mais il a toujours été et il est, et il sera un feu toujours vivant, s\u2019allumant avec mesure et s\u2019éteignant avec mesure.(30) 58.Le soleil qui préside aux révolutions périodiques et les surveille, délimite, distribue, suscite et manifeste les métamorphoses et les saisons qui apportent tout.(100) 59.Le froid devient chaud, le chaud devient froid, le mouillé devient sec, l\u2019aride devient humide.(126) Quand le feu s'éteint, l'eau ne bout plus et tous les éléments se rassemblent au fond dans un tas, sans mouvement ni organisation même temporaire, dans un chaos qui ressemble à la mort.On peut faire le rapprochement avec la légende du dieu Shiva qui après s\u2019être oublié dans sa danse (le mouvement des nouilles), se rassemble sur lui-même (le tas de nouilles au fond); le feu est mort et la vie repartira seulement lorsqu\u2019il se rallumera avec le nouveau début de la danse, le début d\u2019une nouvelle saison qui apportera tout.Un recommencement perpétuel de l\u2019infini vers l\u2019infini.60.C\u2019est à bon droit qu\u2019Héraclite blâme Hésiode d\u2019avoir fait certains jours fastes, d'autres néfastes, et de n'avoir pas su que tous les jours ont une seule et même nature.C.iaque jour est comme tout autre jour.(106) 61.La foule a pour maître Hésiode.On pense que c\u2019était un grand savant que cet homme qui ne savait pas distinguer le jour de la nuit.Eten effet, c\u2019est une seule et même chose.(57) 62.Dieu est jour et nuit, hiver et été, surabondance et famine.Mais il prend des formes variées, tout de même que le feu quand il est mélangé d\u2019aromates et qu\u2019il est nommé suivant le parfum de chacun d'eux.(67) 188 Tous les jours et toutes les nuits sont de même nature car ils viennent tous de la manifestation de I'Un, du Logos.Mais cependant, l'Unique prend des formes variées quand il s'exprime, comme les multiples ramifications d'un même tronc commun, du même arbre.Seul le dormeur ne voit pas cette communion des choses mais il se donne cependant la prétention de juger et de séparer le bien du mal, l\u2019utile de l\u2019inutile et le vrai du faux.63.Pour Dieu tout est bon et beau et juste; les hommes tiennent certaines choses pour justes, les autres pour injustes.(102) 64.L'eau de la mer est à la fois trés pure et trés impure; pour les poissons, elle est potable; pour les hommes elle est imbuvable et nuisible.(61) 65.Car si ce n'était pas de Dionysos qu'on mène la pompe, en chantant le cantique aux parties honteuses, ce serait l'acte le plus éhonté; mais c'est le méme, Hades ou Dionysos, pour qui on est en folie et en délire.(15) 66.Bien et mal sont tout un.Les médecins taillent, brûlent.torturent de toute façon et, faisant aux malades un bien qui ressemble à une maladie, ils réclament une récompense qu'ils ne méritent guère.(58) Pourtant, il n\u2019y a pas de faussetés ou de vérités.de justes et d'injustes pour Dieu; il n'y a que la réalité, sans jugements ni préjugés.En fait, la fausseté et la vérité ne sont que les deux pôles, le principe masculin et féminin, d\u2019une même réalité.Dans l'exemple de Dionysos (65, fr.15), le bien et le mal, l\u2019insulte et la joie s'annulent comme deux charges électriques opposées.Dieu peut bien être indifférent à tout cela et même s'en amuser! Et pendant ce temps, le Logos Universel (Dieu) s'augmente de lui-même par les hommes qu'il a créés (50.fr.115).67.S'il n'y avait pas d'\u2019injustice, on ignorerait jusqu'au nom de la justice.(23) 68.Joignez ce qui est complet et ce qui ne l'est pas, ce qui concorde et 189 LE IT NTI TL FIC PN RENE ENNRTE: LS k \u201ci ji ce qui discorde, ce qui est en harmonie et ce qui est en désaccord: de toutes choses, une et, d\u2019une, toutes choses.(10) 69.Ils ne comprennent pas comment ce qui lutte avec soi-même peut s'accorder: mouvements en sens contraire, comme pour l'arc et la tyre.(51) 70.L\u2019arc a pour nom Bios (la vie) et pour oeuvre, sa mort.(48) Ainsi il ne faut pas éliminer radicalement la polarité dans chaque chose.Non, car c\u2019est par le combat de ces deux pôles que tout se fait (forces attractives et répulsives dans l\u2019atome, liaisons chimiques), que tout existe et que l\u2019homme évolue.71.Dans la circonférence d'un cercle, le commencement et la fin se confondent.(103) 72.Immortels, mortels; mortels, immortels; notre vie est la mort des premiers et leur vie notre mort.(62) 73.Ce qui est en nous est toujours un et le même: vie et mort, veille et sommeil, jeunesse et vieillesse; car le changement de l\u2019un donne l'autre, et réciproquement.(88) Le cercle a toujours été le symbole de l'éternité du Logos (de Dieu) chez les philosophes grecs; ce dessin où l\u2019on ne peut distinguer le début de la fin car ils sont fusionnés, ils font un comme les deux aspects d\u2019une même chose (du Logos autrement dit).Tout ce qui meurt se décompose, se recycle et sert à la vie dans une autre forme, ainsi de suite et la boucle se referme.Ainsi le changement de l\u2019un donne l\u2019autre, et réciproquement.74.Les transformations du feu sont, en tout premier lieu, la mer: et la moitié de la mer est terre, la moitié prestère (vent tourbillonnant).La terre devient mer liquide et est mesurée avec la même mesure qu'avant de devenir terre.(31) 75.Le feu vit la mort de la terre et l'air vit la mort du feu; l\u2019eau vit la mort de l'air et la terre celle de l\u2019eau.(76) 76.Car par le changement, ceci est cela, et par le changement, cela est à son tour ceci.190 ARTE A Rien ne se perd, rien ne se crée, mais tout se transforme comme dans les réactions chimiques où tous les éléments se combinent entre eux selon des proportions strictes et constantes.77.Pour les âmes, mourir c\u2019est se changer en eau; pour l\u2019eau, mourir c'est devenir terre; mais de la terre vient l\u2019eau, et de l\u2019eau vient l'âme.(36) * Même chose pour les âmes, ce matériel subtil qui meurt en se condensant en matière physique de moins en moins malléable et vivante; mais c\u2019est aussi de cette matière que se distillent les âmes, et ce de la même façon que toutes les réactions chimiques sont réversibles.78.De toutes choses il y a échange contre le feu et du feu contre toutes choses, comme des marchandises contre de l'or et de l\u2019or contre des marchandises.(90) 79.La foudre gouverne l'univers.(64) Tout existe et se crée grâce à ce feu et au mouvement continu qu'implique le combat; même l\u2019équilibre dans la nature est dynamique (exemple: l'équilibre de dissolution dans les solutions chimiques).80.(Feu): famine et abondance.(65) 81.Tout sera jugé et dévoré par le feu qui surviendra.(66) 82.La guerre est le père de toutes choses et le roi de toutes choses: de quelques-uns elle a fait des dieux, de quelques-uns des hommes: des uns des esclaves; des autres des hommes libres.(53) 83.| faut savoir que la guerre est commune, la justice discorde, que tout se fait et se détruit par discorde.(80) C\u2019est ce bouillonnement d\u2019énergie qui dirige l'univers commun à tous, qui provoque les combats où les plus forts et les mieux préparés, ceux qui sont éveillés, survivent et atteignent la liberté réelle qui est celle des dieux.84.Quand ils sont nés, ils veulent vivre et trouver la mort, ou plutôt 191 gi À ; = i Hi Ji ils veulent se reposer et ils laissent des enfants pour la mort.(20) 85.Qui se cachera du feu qui ne se couche pas?(16) 86.Même le Cycéon se décompose si on ne l\u2019agite pas.(125) De leur côté, les dormeurs deviennent esclaves de leurs illusions en refusant illusoirement le combat et en préférant un repos qui ressemble à la mort.Pourtant, tout se décompose comme le Cycéon (boisson fait d'un mélange de vin et de fromage) si on ne l\u2019agite pas.87.C'est la maladie qui rend agréable et bonne la santé, la faim, la satiété, la fatigue, le repos.(111) 88.Ce qui est contraire est utile et c\u2019est de ce qui est en lutte que naît la plus belle harmonie; tout se fait par discorde.(8) 89.Terre sèche: âme la plus sage et la meilleure.(118) 90.À Priène, vivatt Bias, fils de Teutamès, dont la renommée dépasse celle des autres.(39) 91.Ceux qui sont morts dans les combats, les dieux et les hommes les honorent.(24) 92.Les plus grandes morts obtiennent les destinées les plus grandes.(25) 93.Un homme vaut à mes yeux dix mille personnes, s\u2019il est le meilleur.(49) Pourquoi refuser les épreuves lorsque ce sont elles qui nous font apprécier les bons côtés de la vie en plus de nous sécher l'âme (allusion à la poterie: seul un vase qui a cuit peut résister à l'usage), nous donnant la sagesse tel Bias, admiré des hommes et des dieux, car il a acquis sa gloire en résistant aux épreuves du feu; il n\u2019y a pas de gloire sans périls et pas de plus belle lutte que celle du feu.94.De là, ils s'élèvent et deviennent les gardiens vigilants des vivants et des morts.(63) 95.Sans le soleil, malgré les autres astres, il ferait nuit.(99) 96.Le soleil ne franchira pas ses limites, sinon les Erinnyes, auxiliaires de la justice, sauront bien le découvrir.(94) 192 97.Les limites de l'aube et du soir sont l\u2019ourse, et, en face de l\u2019ourse.la frontière de Zeus serein.(120) De la terre des hommes, Bias s\u2019élèvera vers les régions divines pour diriger à son tour les humains et les aider à se réveiller.Sous la surveillance des Erinnyes, lui et les autres ne dépasseront pas les bornes, les limites fixées par Zeus; c\u2019est à dire l'aube et le crépuscule séparés par la voie lactée (la frontière), symbole de la polarité, des contraires (j'avoue que je suis difficile à comprendre).98.ll y a une chose que les meilleurs préfèrent à tout: la gloire éternelle à ce qui est périssable; mais la foule se rassasie comme un vil bétail.(28) 99.Les ânes préfèrent la paille à l\u2019or.(9) 100.Si le bonheur résidait dans les plaisirs du corps, nous proclamerions heureux les boeufs quand ils trouvent des pois à manger.(4) Le savoir et la sagesse du Logos sont les seuls héritages que l\u2019on conserve éternellement.Les connaissances, les biens matériels, l\u2019argent ne nous servent plus après notre mort et l\u2019on se retrouve alors esprit, sans expérience ni outils, tel un bébé qui devra renaître jusqu'à ce qu\u2019il comprenne enfin! Mais les dormeurs, comme les ânes, sont si aveugles qu\u2019ils ne voient pas la différence entre la paille et l'or, symboliquement tous deux de couleur jaune.Mais leur choix tombe sur la paille car c\u2019est un plaisir facile et à court terme, au contraire de l\u2019or qu'il faut chercher à la sueur de son front avant de jouir des résultats éternels.101.Pour les âmes, devenir humides c\u2019est plaisir ou mort.Tous nous vivons la mort, et tous nous vivons notre mort.(77) 102.L'homme ivre se laisse conduire par un jeune enfant: il titube et ne sait où il marche, car son âme est humide.(117) 103.Mieux vaut cacher son ignorance, mais c'est difficile dans le relâchement et l'ivresse.|| vaut mieux cacher son ignorance que l'étaler en public.(95) 193 104.Que la richesse ne vous manque jamais, Éphésiens, pour que votre inconduite apparaisse au grand jour.(125a) Pauvres dormeurs (et pauvres d\u2019esprit)! Déconnectés de la réalité (ils se croient pourtant réalistes), ils buteront sur toutes les embüches de la vie et se feront facilement berner par plus forts qu'eux, tels des ivrognes esclaves de leur humidité (alcool, liquide: nouvelle allusion à la poterie), qui ne peuvent plus cacher leur ignorance.105.Les Éphésiens feraient bien de se pendre tous ensemble et d'abandonner leur ville aux marmots, eux qui ont exilé Hermodore, l'homme le plus précieux d'entre eux, en disant: que nul d\u2019entre nous ne soit le plus précieux, ou sinon qu'il le soit ailleurs etavec d'autres.(121) 106.Il ne vaudrait pas mieux pour les hommes qu'arrivât ce qu'ils souhaitent.(110) 107.Les porcs se vautrent dans la boue, les oiseaux dans la poussière ou la cendre.(37) «Les gens n\u2019aiment pas que l\u2019on soit différent d'eux» (George Brassens), surtout quand c\u2019est par sa supériorité d\u2019esprit.Dommage car les Éphésiens auraient pu bénéficier largement de la sagesse d\u2019Hermodore.Tant pis poureux, ilsaurontce qu\u2019ils souhaitent: la déchéance.Comme chaque animal peut se salir à sa façon, les Éphé- siens auront des orgies à la hauteur de leur nature.108.Ils cherchent en vain à se purifier, tout en se souillant du sang des victimes.C'est comme si, après s\u2019être sali avec de la boue, on voulait se nettoyer avec de la boue.Et on tiendrait pour déraisonnable quiconque voudrait leur reprocher leur conduite.Ils adressent encore des prières à des statues et c\u2019est comme si l\u2019on parlait à des maisons, ne sachant pas ce que sont les dieux et les héros.(5) C\u2019est l\u2019attitude de beaucoup d'hommes: faire pardonner ses péchés par le représentant de Dieu d\u2019une religion, fondée sur une idéologie tout aussi vide de sens 194 que les raisons de vivre de ces mêmes hommes.109.Ce qui attend les hommes après la mort, ce n\u2019est ni ce qu'ils espèrent, ni ce qu'ils croient.(27) Au lieu d'essayer d'améliorer leur vie réellement, ils inventent des dieux à leur image et un paradis où ils n'auront plus cette fois d\u2019efforts à fournir pour y satisfaire leur instincts bestiaux.Ils auront tout une surprise en voyant qu\u2019on ne peut échapper au combat universel sans devenir chaos et disparaître.110.Les cadavres sont plus à rejeter que le fumier.(96) 111.Le plus bel ordre du monde est comme un tas d'ordures rassemblées au hasard.(124) 112.Le Temps est un enfant qui joue au trictrac: royauté d\u2019un enfant! (52) Pourquoi les hommes adorent-ils leurs morts comme des dieux?Ces cadavres ne peuvent même pas servir d'engrais utilisable pour les pots à fleurs.Ils devraient tous les jeter comme un tas d'ordures, pêle- mêle, dans un ordre qui serait enfin celui du Logos, un ordre tout aussi arbitraire que celui du temps qui joue au «backgammon», comme un enfant.L'univers est fait pour rigoler! Il- SYNTHESE - PROLOGUE Cette troisieme partie se compose d\u2019idées visant a prolonger et a préciser celles déja énoncées par les annotations des deux premiéres parties.Ces idées ne sont pas tirées directement des fragments d\u2019Héraclite mais elles peuvent en être déduites tout en respectant la pensée de celui-ci, enfin.je l\u2019espère! 195 1.L'aveuglement des dormeurs Si les dormeurs n\u2019installent pas au plus tôt la sagesse dans leur vie, pour pouvoir suivre la loi du Logos, ils restent exposés aux forces aveugles (dans le sens d'indifférentes) de la nature (les lois de la nature et du Logos sont les mêmes).Héraclite disait: «Le peuple doit combattre pour la loi comme pour ses murailles.» C\u2019est une question de survie et de prospérité (21 et 25).Ainsi, si l'on s\u2019oppose à l\u2019ordre des choses, en agissant dans un sens contraire à la volonté du Logos (comme un homme qui nage à contre-courant dans le fleuve: 15 et 19), on risque la désintégration car on ne peut lutter contre l\u2019immensité.Cependant, il ne faut pas croire que l'Intelligence Universelle agit bien cruellement envers les êtres qui s\u2019opposent à elle: elle ne s\u2019en préoccupe même pas! Mais si par ineptie on heurte l'Infini, les forces contre lesquelles on entre en opposition sont si colossales qu\u2019on est disloqué; rien de plus naturel! Imaginons une petite mouche se cognant sans arrêt contre une vitre: elle finira par se tuer si elle continue ainsi, mais pourquoi la vitre aurait-elle quelque chose à se reprocher?Les humains agissent surtout comme ce minuscule insecte, prenant plaisir à s'opposer à l'harmonie de l\u2019univers et aux lois du Logos: étant dormeurs, ils n\u2019ont qu\u2019une conscience aveugle et restreinte de la réalité, de leur appartenance à l\u2019univers.[Is finiront à travers cette lutte insensée par réaliser leur propre destruction; c\u2019est l\u2019un des aspects sages et merveilleux des lois du Logos.Bref, c\u2019est le seul combat de tout l'univers dont l\u2019issue ne mène rien, sinon au chaos.2.Savoir et connaissances II faut vraiment faire la distinction entre le savoir 196 et les connaissances.Ces dernières, qui auront toujours des limites déterminées, s\u2019'incluent facilement dans le premier qui, lui, est infini, comme l\u2019univers.On acquiert ces connaissances par la scolarité etles études avancées de façon à posséder les compétences nécessaires à une bonne situation: les avantages matériels.Mais ces connaissances officielles n\u2019opèrent pas de transformations en nous; on reste le même avec ses inquiétudes et ses faiblesses, tandis que le grand savoir, le savoir du Logos qui ne donne peut-être ni situation, ni prestige, nous transforme et nous élève dans la conscience de soi et des choses.Évidemment, les dormeurs ne recherchent que les connaissances (et le confort physique qui y est associé), mais celles-ci ne les suivent pas de l\u2019autre côté où finalement ils se retrouvent nus comme des bébés, rien dans les poches et dans la tête, destinés à recommencer jusqu'à ce qu\u2019ils comprennent enfin! Tandis que le savoir qui nous fait grandir, nous accompagne pour l\u2019éternité.3.L'arbre: symbole de l'Univers (l\u2019Uni.que) L'arbre est un magnifique exemple du fonctionnement de l'Univers.À différentes époques de l'année, les fleurs, les feuilles et les fruits tombent: ils se décomposent ensuite pour devenir un engrais qui est absorbé par les racines de l\u2019arbres.Il en est de même des êtres.Tous sont placés quelque part sur cet arbre, tantôt comme racines, tantôt comme écorce, feuilles, fleurs ou fruits.Tous y ont une place et un rôle à y jouer.C'est ce que l\u2019on pourrait appeler l\u2019Arbre de la Vie.Quand un homme meurt, il est de nouveau absorbé par I\u2019Arbre, mais bientôt il réapparaît sous une autre forme.Rien ne se perd, rien ne se crée, mais tout se transforme.197 4.Polarisation Le nombre deux est celui de la polarisation, son symbole.C\u2019est le un devenu positif et négatif.Dans le jeu du Tarot, il est représenté par la papesse (comme la sibylle) qui tient un livre ouvert sur ses genoux.Cette carte renferme le mystère du bien et du mal ainsi que tous les autres concepts polaires.La vie est fondée sur l'existence des contraires, des polarités; sur le fait que tout se crée et n'existe que par le combat.C\u2019est pourquoi celui qui a beaucoup d'amour doit s'attendre à attirer la haine; de même le noble se heurtera toujours à I'ignominie.Il en est ainsi parce que sans oppositions, aucun travail ne serait possible.Alors il faut accepter les obstacles de la vie avec entrain car ce sont eux qui nous feront grandir.5.Lexique Logos: la Raison, l\u2019Intelligence Absolue présente partout.Loi fondamentale et logique de l\u2019Univers.Feu: l'énergie motrice du combat qui assure les transformations continuelles.Combat: provoqué par le Feu, c\u2019est ce dont dépend l'existence de toutes choses.Dormeur: humain qui n\u2019a pas conscience de l\u2019existence du Logos.198 TABLE DES MATIÈRES Liminaire La poiétique de Glenn Gould (1932-1982) Ghislaine Guertin Pour sortir le sexisme de nos tétes Marc Chabot Tristan cousu de fil blond François d\u2019Apollonia L\u2019ami du couple Claude Bertrand Plus-value, créativité et maternité (Si Luther était né à l\u2019Est) Claude Girouard Journal d\u2019une visite au lieu de fouilles des Deux-Chutes Pierre Corbeil Dépêche.L'enseignement de la philosophie en péril: le nouveau règlement des études collégiales Jean-Claude Brès La philosophie polonaise au XXe siècle Joanna Gornicka et Andrzej Kawczak .La révolution politique en Pologne et dans les pays de l\u2019Europe de l\u2019Est Normand Guèvremont et Louis Simard p.Philosophie politique sur le mode pragmatico-desperado - Robert Hébert Réalité québecquoise et formation policière ~ Roland Houde Classification et interprétation des fragments d'Héraclite Frédéric Blanchard PHI-ZERO Revue étudiante de Philosophie Volume X, numéro 2-3 Décembre 1982 Mathieu MARION, Logique et cogito carté- ~ Case postale 6128, succursale A Montreal, Québec H3C 3J7 SIN La ee aa a aa ana 3 Jacques CARDINAL, Le décisionnisme pur chez Max Weber .19 Daniel LAFERRIERE, Le glas de la décons- truction .aan 45 Olivier CLAIN, Sujet et langage, notes sur la théorie lacanienne .71 Ileana CORNEA, Sur le jugement chez Kant .Lea a a aa san aan 125 Jean ROY, Système et liberté chez Kant et Schelling .143 Sylvain BOURNIVAL, Proust ou la vraie VIe LL.LL LL LL La LL LL La Aa ea en aa ana 169 ON - ZERO Etudiants $7.00 Département de philosophie Particuliers $10.00 Université de Montréal Institutions $15.00 / CONSIDÉRATIONS Revue de philosophie Vol.5, No.3 Courrier du lecteur femme Guy Bouchard Quelques questions a Nicole.Philip Knee Propos sur le scepticisme Renée Bolduc La structure du jeu du fort/da chez Derrida René Bouchard la «science» psychanalytique Marie-Noélle Ryan Chronique l\u2019université Laval Les organisations de philosophie Manifestations de philosophie Revues La structure conflictuelle de l'homme et de la À la recherche du rêve perdu, le surréalisme devant Dernières acquisitions de la bibliothèque de 7 Institution : $15.00 De soutien : $10.00 Régulier : $7.00 Secrétariat, bur.644 Étudiant : $6.00 Tour des Arts Unité : $2.50 Université Laval Ste-Foy, G1K 7P4 CONSIDÉRATIONS Faculté de philosophie J iif 1 fl Lo.-a wr Fe exe 3 fread ramos a ERA ry dcr 2 = wy a = cc Gr cs 3 py = es 2 - rs cet 3 = i 5 = = pes À i z= Pete se ae BA 8 RS xg \u20ac 3 2e Se PISE RS Tree a $33 = RIE Ba A GX pe k= tn Fo LX 3 H di, Li = ac als P Fn) A ses > 3 \u201cwy 2 A ë MAI 2 y le AR + ta i i ) 4 1 à 1583 x = + \u2018 \u201cha ey, = Reg = ai 2 LE er \u2026- \u2014 en Pot aa ne = ~~ oe _ x em ES eames) be tes oo x 52 re o- Ces a Er oe Rate mr 5 Re Are Gus = Bes a \u20ac : : 5 = : 3 p= 3 a ae ars pr mr PRE } or \u201cWr + eu Le MAI \u20ac 1983 Spr &a petite revue de p ilosop 1c "]
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