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Titre :
Possibles
Éditeur :
  • Montréal, Québec :Revue Possibles,1976-
Contenu spécifique :
Hiver
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
quatre fois par année
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Possibles, 1988, Collections de BAnQ.

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[" (tach AI H 21e ES thEbd ice atte hii EE possibles VOLUME 12 @ NUMÉRO 1 © HIVER 1988 EE 3 4 TIS FEIN He > 4 è \u20ac > 2 ¢ #353 La : Ÿ RE EE OC DORE ROSS Lo x Tee cour gaia pry fiery 2 Aimer LL es a ces as Rape ter ne us x = Frazee Kero = des = ts ed K : = FRET EE LH Js i HHH = LE QUOTIDIEN MODES D'EMPLOI AS pare Er D pe PR PA RR} = ossibles VOLUME 12 @ NUMERO 1 @ HIVER 1988 [To RS i PRIN HSER AL LEMIRE: URL NII EE do emesis) 0 § possibles B.P.114, Succursale Cote-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 Comité de rédaction : Rose Marie Arbour, Francine Couture, Marcel Fournier, Gabriel Gagnon, Lise Gauvin, Raymonde Savard, André Thibault.Secrétariat et administration : Suzanne Martin Collaborateurs(trices) : Eric Alséne, Marie Bouchard, Francine Déry, Roland Giguére, Jacques T.Godbout, Suzanne Jacob, Gaston Miron, Marcel Rioux.La revue est membre de I\u2019Association des éditeurs de périodiques culturels québécois (AEPCQ).Les articles parus dans la revue POSSIBLES sont répertoriés dans Point de repére.Les textes présentés a la revue ne sont pas retournés.Possibles est subventionné par le ministère des Affaires culturelles du Québec et le Conseil des Arts du Canada.Sur la page couverture : Raymonde April, Les temps satellites, 1986, photographie noir et blanc, 8°\u2019 x 10°\u2019, Portefolio de dix photographies publiées par la Canadian Photographic Portfolio Society, Vancouver, 1986.Conception graphique et maquette de la couverture : Nicole Morisset Montage et supervision typographique : Claude Poirier et Serge Wilson Composition : Composition Solidaire inc.Impression : Imprimerie L'Éclaireur, Beauceville Distribution : Diffusion Dimedia Dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec D775 027 Dépôt légal Bibliothèque nationale du Canada ISSN : 0703-7139 © 1987 Revue Possibles, Montréal CERTE hed i ap oid ah, SOMMAIRE ; Éditorial 7 Field Work | MARC LESAGE 13 § De fil en aiguille.| RAYMONDE SAVARD 19 § La fascination FRANCE THEORET 27 I i Déambulations-stations à ROSE MARIE ARBOUR 37 § Les mots i) et les chiffres ANDRE THIBAULT 47 Café Instantané LISE GAUVIN 53 Le téléphone rouge FRANCINE DERY 63 L'agenda : mode d'emploi ou mode de vie MARCEL FOURNIER 69 A travers.le trousseau de clefs MARIE BOUCHARD 75 À Pomme Douly i et la répartition des tâches i SUZANNE JACOB 83 Vie quotidienne, classe populaire et vie associative YVAN COMEAU 89 Les mémoires jumelles LUC RACINE 99 Tranches de vie à consommer sur canapé SUZANNE MARTIN 113 L'espace vital individuel BIANCA COTE 119 Ange à la prothèse DANIEL GAGNON 121 ME DOCUMENT Le NPD et la politique de défense PHILIP RESNICK 131 SUR LES CHEMINS I DE L'AUTOGESTION Informatique : de l'illusion de l\u2019appropriatior à l\u2019utopie de la convivialité COLLECTIF TRANSMARGE 141 LE JOURNAL 159 DE MARCEL RIOUX COURTEPOINTES ET POINTES SECHES 169 RRS SR (RY RIS , Og aad: |] RHR 1 Erratum Veuillez noter que dans le Volume 11 \u2014 no 4 \u2014 Automne 1987 intitulé Quelle université ?la quatrième intervention de la table-ronde (page 111) est de Robert Saucier et non de Suzanne Roux.ee i LL AMC ME EST EE ATEN ME IEEE À nouveau la quotidienneté : Le temps de la quotidienneté, le temps de s\u2019occuper de ce qui ne regarde que soi, ses proches, son environnement immédiat et courant, en deçà de tout système de productivité/rentabilité, sans autre formalité que celle d\u2019attitudes et de gestes immédiats entre les gens et les choses.Le lieu de la quotidienneté en est un où ce qui lie et distancie les gens et les choses se maintient sans le repère de succès/échec partout ailleurs dominant et omniprésent.Cet espace-temps de la quotidienneté correspondrait-il aujourd\u2019hui à ce qu\u2019avant on appelait gravement « les espaces de liberté » \u20ac ] « Utopie concréte », acte poétique, subversion des i codes et des valeurs seraient-ils aujourd\u2019hui synonymes de quotidienneté © En autant que la quotidienneté restera ce qu'elle est encore \u2014 un lieu de sens et de non-sens à la i fois \u2014, nous croyons qu'elle est un lieu de liberté à possible.Nous tentons ici de la nommer mais non de la cerner comme une totalité : la quotidienneté, ici, n\u2019est l'enjeu d'aucun savoir, d'aucun intérêt vraiment objectif ou comptabilisable.Nous ne l\u2019abordons pas en termes de chiffres ou de statistiques mais comme site d'imaginaire, de subjectivité, de langages.Parler de la quotidienneté c'est parler 5 de ce qui n\u2019a pas de voix au chapitre, de ce qui 3 n'a pas de crédibilité ni encore d\u2019utilité quantifia- ; ble ou monnayable socialement.Contrairement au travail et aux relations qu'il entraîne, aux loisirs (organisés) qu'il génère, aux conflits et aux luttes sur lesquels il s\u2019édifie, rien ici ne se conquiert, ne se mesure, ne s\u2019affronte, ne s\u2019acquiert, ne se compte, ne se défait pour disparaître ensuite.La vie de travail, la vie dite « active » ne tolère pas ce qui sépare de l'objectif visé, ni ce qui garde à distance d\u2019un but tracé.Elle rejette ce qui ne se résout pas dans la stricte productivité, elle fait que l\u2019un dévore l\u2019autre, que toute distance, toute difference est à craindre, à extirper.Au nom de la productivité et de la consommation qui s'ensuit.Dans la vie quotidienne, nous croyons que les personnes et les choses peuvent encore échapper à cette dynamique mortifère car il y est possible de maintenir une distance entre soi et les autres, de se garder soi-même différent-e malgré la longue fréquentation qui nous unit aux autres, gens et choses, pour les avoir côtoyés de si près depuis si longtemps.Dans la vie quotidienne la différence est toujours possible et, par là, la rencontre avec les autres.Malgré notre sentiment que la quotidienneté ne se com-prend pas comme un tout bien cerné et n'est pas une panacée universelle, nous présentons ce numéro pour manifester notre désaccord et notre désaveu du système de la productivité-à-tout-prix.Une faille se dessinera peut-être au sein de ce système qui nous coupe le souffle et de plus en plus.Nous désirons aborder autrement, en dehors des balises existantes, un no future que les crises continues de la société capitaliste et post- industrielle ne cessent d\u2019engendrer avec toutes les marques de la vraisemblance, un no future de plus en plus remis en question par des catégories et classes d\u2019individu-e-s, de groupes de toutes sortes, et cela, depuis quelques décennies déjà, allant des hippies et de l'architecture alternative et des communes, aux organisations coopératives de tout POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi rrétititte etacinna tite ctétitét tee dicton ruse c It Éditorial acabit, à l'alimentation dite naturelle, au végéta- domly risme, à la pratique du yoga et des arts martiaux, à l\u2019utilisation de l'informatique à des fins d\u2019alternative sociale etc.Ces expériences alternatives ont proliféré depuis les années 60 jusqu'à aujourd\u2019hui : celles qui se sont maintenues \u2014 l'éco- logisme par exemple (sur le plan collectif), les nouveaux régimes physiques et les diverses formes de « libération » mentale et de l'imaginaire (sur le plan individuel), sont même devenues objet d\u2019intérêt scientifique et socio-politique.Il fallait s\u2019y attendre.Il n\u2019y a rien là de bon ou de mauvais en soi.Cela coïncide néanmoins au fait que le domaine de la quotidienneté, de la vie personnelle, de la subjectivité, redevient en même temps, comme en contrepartie, un lieu privilégié de désordre, de chaos prometteur vers lequel on se tourne maintenant pour retrouver justement ce que la productivité, le savoir objectif ont éliminé le droit à l\u2019in- | cohérence, à lire comme un droit à la différence.; La vie quotidienne est là où se situent le non- important, le non-visible, le non-évident, là où pul- | lule ce qui n'est pas encore formulé, dit ou pensé | logiquement, là où surgit en germes épars l\u2019espace E pour d'autres comportements et attitudes, pour des dévoiements encore innommables, a-normaux, pour des dérapages de toutes sortes d\u2019où l'étin- : celle peut surgir.Rejeter l\u2019'homogénéité des savoirs et le trop grand consensus, s'ouvrir à l\u2019hétérogé- E néité et à l'imprévu \u2014 tout en ne cooptant pas avec le spontanéisme ou avec l\u2019aveuglement du désordre systématique \u2014 apparaît comme une des seules avenues fructueuses.Cela, moins au nom d\u2019une pi hétérogénéité acceptée comme une nouvelle con- i vention qu\u2019en regard d'une sensibilité attentive à | ce qui n\u2019est pas encore formulé, friande du grain 1 de sable dans le rouage huilé, de ce qui dépasse, 1 de ce qui déborde et défie le bon sens, la bonne £ forme, la bonne pensée.Cela où les tensions, les contradictions, les incompatibilités, plutôt que d\u2019entraîner mécaniquement la mort de l\u2019autre \u2014 selon le traditionnel scénario qui permet au Même de s'éterniser \u2014, met au contraire en rapport des réalités autrement incommensurables.\\ La difficulté à parler de soi, à rendre compte dans le langage parlé de l'expérience de sa vie quotidienne, explique que le mode allusif ait été privilégié ici par la majorité pour traiter de questions par ailleurs centrales non seulement de la vie privée mais, par ricochet, essentielles à l\u2019organisation de la vie collective.Nous avons tenté de saisir par des voies inspirées de certains faits et gestes quotidiens, banals en apparence, ce qui nous saisit et nous accapare intimement, ce que nous n\u2018aurions pas autrement nommé, mais qui nous détermine dans notre travail professionnel sans trop que nous en prenions conscience.Certaines zones de ce territoire du quotidien ont aussi été laissées en « blancs ».Les collaborateurs- trices à ce numéro viennent d'horizons différents : or le langage pour parler de la quotidienneté a été et est davantage élaboré par les littéraires qui savent faire surgir l'intensité de l'indifférence apparente des personnes et des choses, savent débusquer ce qui est refoulé et dont l'exploration entre soi et les mots est l\u2019activité propre.Rose Marie Arbour pour le comité de rédaction 10 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi reciédérerés MORIN Ni H i ia 4 DH N HES EDEN me LES idien demphi i LS .) \u201c45 13 PE 2 BH +* 7e > ne o ja ! { + 8 Lei ; LE: Raymonde April LE Les temps satellites 1986 Photographie noir et blanc 5 8\u2018 x 10\u2018 Les Portefolio de dix photographies publiées par Canadian photographic Portfolio Society Vancouver 1986 RENTE ae MARC LESAGE Field Work I.Le petit calepin noir Fin août 198.Vingt et une heures.Un homme, près de la quarantaine, air soucieux et inquisiteur, arpente la rue principale d\u2019une ville de province.Enfin.ce qui reste de principal à cette artère dorénavant secondarisée.Il s'arrête devant chaque édifice.Epie les vitrines comme s\u2019il cherchait un article particulier ou une aubaine de fin de saison : écrit sur un petit calepin noir : « Tracer au jour le jour les fondements tant théoriques que méthodologiques de ma recherche.Dire les institutions, les groupes, les mouvements, les gens, les idées et les actes qui la faconnent.Croquis plus qu'oeuvre.Procès plus que produit.» L'homme remet le calepin dans la poche intérieure de sa veste.Il s'engage dans les rues avoisinantes.Marche ainsi pendant des heures.Réfléchit, se remémore les lieux de sa tendre enfance, de son adolescence.« Tiens, une ruelle ! » Il s\u2019y risque.Retrouve, à l\u2019arrière de ce qui fut jadis une librairie, une petite cour intérieure, espace privilégié de ses premiers égards amoureux.Près de minuit.Retour sur la rue principale.À peine âme qui bouge.Tout au plus un ou deux couples plus ou moins enlassés et quelques adolescents contrits de rentrer au bercail.Rien ne doit échapper aux yeux du chercheur.Il marche toujours; 13 AY LY Pais) rs 14 À repense à cette dernière courte phrase griffonnée il y a quelques heures à peine : « Procès plus que produit.» Il se dit « cette promenade est aussi partie intégrante de ce procès de recherche.Ce serait une erreur de l\u2019omettre dans le produit final.» Il réfléchit toujours « procès plus que produit\u2026 Il faut que je revienne sur cette idée.Plutôt : procès tout autant que produit ».Il veut oublier ce dilemme « somme toute sans grande importance ».Il se trouve ridicule.Choisit de s\u2019enfoncer dans ce ridicule : « Ce n\u2019est pas le temps de fuir une première difficulté.Il s'agit du cheminement de cette recherche et de la mise en forme de son rapport final.Procès tout autant que produit! Cela devra être évident dès les premières lignes du premier chapitre.» Il poursuit sa longue marche.Accélère.Décide de faire une courte visite dans le vieux quartier de la ville.Les maisons décrétées « monuments historiques » ont été « retapées ».Quelques nouvelles galeries d\u2019art\u2026 quelques nouveaux restaurants.« Voilà le collège des jeunes filles de bonnes familles ou L., M.et M.ont fait \u2018\u2019leur classique\u2019\u2019 ».Le chercheur scrute ce qui l'entoure.Depuis vingt ans, tout ce qu'il a fait l\u2019éloigne de cette ville.De prime abord, rien de devait l\u2019inciter à y revenir.Rien, si ce n\u2019est une idée, un acte presque gratuit devenu.un grand projet.Son projet.Démesuré.Il n\u2019est pas sans ignorer qu'il risque de s\u2019y perdre.|| reprend son calepin\u2026 cherche son crayon.un bon moment.Le trouve enfin.Écrit : « Il me faut profiter de ces nuits où, étranger dans mon patelin d\u2019origine, je peux faire le point en dégageant moments et faits particuliers de la journée.Il y a tant d\u2019'impressions à la fois touchantes et dérangeantes.Me voilà fasciné par tous ces souvenirs comme si le moindre.ai-je tendance à accorder trop d'importance à ce qui n'en a guère @ I! faut cerner davantage l\u2019objet de cette démarche.Ai-je été trop empressé de venir ici @ Peut-être.De toute manière, je ne le regrette pas.» L'homme remet précieusement son calepin noir et son crayon rouge dans la poche intérieure de sa veste grise.POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi BIE .Es id Field Une heure.La nuit.De retour à cette chambre E Work que le sociologue a convenu de louer le temps i nécessaire à son « investigation sur le terrain ».Il a pense.« Isolé dans cette pièce confortable, laide É et macabre, je sens, malgré la gentillesse de la pro- ; priétaire, que je n\u2019y tiendrai pas deux nuits.Je devrais avoir la simplicité d'accepter l'invitation de loger chez C.et M., un couple ami.» Las, il A s'étend, prend un livre et souligne un premier pas- bi sage : « Toute une forét marche dans ma téte, je Ë suis perdu, je risque de me perdre.|| me faudrait F écrire chaque arbre pour ne pas être lu avec sar- E casme et ironie, pour ne pas être pointé du doigt par les pingres de la littérature, accusé de prétention et d'altitude » (Yves Navarre).Puis, du même Ei paragraphe, il souligne un autre passage : « .k comment, habitués que nous sommes tous, à notre ' esprit défendant, à tout savoir de tout, continuellement, consommateurs d'événements, prévus, traqués dans nos désirs, rompus à toutes les thèses, i avons-nous perdu prise au point de ne plus savoir | quelle époque nous vivons, et quel temps, le temps, À quelle saisie nous pourrions avoir de lui et à quel ÿ prix \u20ac » L'homme referme le livre.Se dit : « Quelle | époque nous vivons, et quel temps\u2026 n'est-ce pas ce qui motive ma présence dans cette ville 2 Ce pro- [ jet, aussi disproportionné et irrationnel qu'il puisse h paraître, il me faut l'audace, le détachement et la sérénité nécessaires à sa réalisation.» domly Deux heures.Convoité par le sommeil, l\u2019homme A ose un regard inquiet du côté de ce grand cahier 5 jaune toujours en attente sur la table de chevet.Il se dit « demain matin j'écris les premières pages de ce cahier ; les premières pages de mon journal À de recherche ».Il est sur le point de dormir.Une fi: derniére pensée effleure son esprit : « Procés plus È que produit\u2026 Procès tout autant que produit.Préférable.Risqué.Nécessaire.» Il.Le grand cahier jaune lundi le 1°\" septembre 198.« La plus méchante phrase vaut mieux que le papier blanc » (Jean Guitton).Cela illustre et justifie à la fois le propos de ce cahier.Son intention : chercher à combler un silence : découvrir un lieu toujours obscur et peu avoué entre l\u2019aura du chercheur et le produit de son travail.Non pas tant pour démystifier ce personnage le plus souvent têtu et obstiné que pour faire partager ses doutes et étonnements.Il y a mille et une manières de réfléchir, mille et une raisons de le faire.La vie intellectuelle, aussi complexe que le sujet qui la porte, lui est aussi intimement liée.Lorsque ce dernier étouffe, la première piétine, s'arrête.|| faut le dire simplement : la vie intellectuelle n\u2019est pas au-delà des sentiments.N'est-ce pas précisément leur trouble qui permet de produire sa singularité @ mardi le 2 septembre 198.Il a des questionnements le plus souvent cachés par le sociologue.Ce sont généralement, dans les différentes étapes de son travail, ceux qui devraient le mieux traduire ses incertitudes et tourments.Bref ceux qui pourraient, à l\u2019insu du chercheur hanté par les aléas d\u2019une démonstration savante, illustrer avec le plus d'éclat ce qu'il perçoit comme les manifestations de ses propres faiblesses.Du choix d\u2019un paradigme au développement d\u2019une problématique, de Vinterpellation d\u2019un champ théorique à la formulation et la vérification d\u2019hypothèses, de l\u2019utilisation d\u2019une technique d\u2019enquête à l\u2019hermétisme de l'écriture, n'est-ce pas une propriété substantielle de la recherche d'inviter par tous les moyens possibles et appropriés le chercheur à camoufler ses manques ?16 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi Ji J oy Field jeudi le 2 octobre 198.ç dingy Work « It is not a sin against science to admit that there are a wide variety of perspectives on any issue and that complete objectivity is virtually impossible.Everyone tends to interpret events through previous concepts and experiences » (John D.Jackson).« La stratégie d\u2019un bon travail sociologique est de partir avec un scénario d'action modifiable en cours de route en fonction des aléas \u2014 qu'on essaie d\u2019utiliser à son profit \u2014 et des informations qui arrivent » (Edgar Morin).III.Le temps des silences Fin octobre.L'homme n\u2019a pas écrit un traître mot depuis plus de vingt jours.Ni dans son petit calepin noir ni dans son grand cahier jaune.Il se dit « tout va trop vite ; faut écrire dans sa tête ».Il aménage soigneusement des moments de solitude, moments nécessaires pour faire le point, imaginer les étapes à venir et se convaincre malgré le caractère outrancier de son projet de sa faisabilité.Il essaie de mémoriser ce qu'il pense pour être ainsi en mesure de le reproduire sur du « papier blanc » le moment venu. pme \u2014 PARDON PRY RAYMONDE SAVARD : De fil en aiguille.J l\u2019idée d\u2019une recherche empirique sur le travail domestique que les femmes accomplissent tous les jours et des rapports que, ce faisant, elles entretiennent avec la technologie, a peu à peu germé dans notre esprit.C'est sur la base de données concrètes, nous disions-nous, que l'on a pu révé- Ë ler les unes après les autres les nombreuses facet- i tes des conditions de vie des femmes.C'est de là È que naquit le processus de conscientisation du der- i nier quart de siècle qui entraîna à son tour des revendications, des luttes, des organisations.Et, comme autant de petits pas sur un long chemin à parcourir, quelques mesures concrètes par-ci par- i là vers une égalité des chances dans la vie.Une facette est demeurée dans l'ombre cepen- } dant.Celle des tâches dites ménagères, reliées aux A soins et à la socialisation des enfants, à l'entretien d\u2019un environnement et des êtres, à la gestion domestique.Même si plusieurs hommes mettent présentement les mains à la pâte, les recherches sur le fameux partage des tâches nous montrent *1 titre du projet de recherche : Impact des technologies sur la travail domestique des femmes.Equipe de recherche : Giséle Bour- ret, Raymonde Savard, professeures et Louise Corriveau, animatrice sociale.Personne ressource : Pierrette Massé.Cette recherche est subventionnée par les fonds FCAR, programme ACSAIR pour l\u2019année 86-87 et l'année 87-88. qu'ils effectuent des tâches plutôt manuelles, linéaires et bien découpées dans le temps.La simultanéité des tâches domestiques, dimension principale de la nature de ce travail, est toujours une affaire de femmes.Partir un lavage pendant que le café se fait, ramasser des traîneries, passer l'aspirateur en pensant à la liste d'épicerie, consoler le petit, répondre au téléphone, etc., etc, tout cela se réalise dans un même court laps de temps.Et surtout, la responsabilité de ce travail est encore peu partagée.Le travail domestique fabriquerait le genre féminin, dit-on, qui le fabrique à son tour.Zone grise de la recherche sur les femmes, du moins au Québec, ce lieu d'activités est sans doute l\u2019un des derniers à prendre encore appui sur des traditions parfois ancestrales.Contrairement à ce qui s\u2019est passé dans le monde du travail, les changements apportés par la technologie se sont sans doute faits avec plus de continuité que de rupture, la tradition orale jouant toujours.De mère en fille en petite-fille.De soeur en amie en voisine quand il s'agit de se transmettre recettes et astuces.Faisant le constat que ce travail comptait pour plus de la moitié de notre richesse collective, des consoeurs italiennes, françaises, américaines ont pris comme objet d'étude la vie quotidienne des femmes qui comprend dans une large mesure, le travail domestique.Un ouvrage québécois (Van- delac, L.et al.Du travail et de l\u2019amour, 1986.) rend bien compte de l\u2019ensemble de ces travaux et nous a donné le goût d'aller voir plus loin, c'est- à-dire chez-nous, sur le terrain.En 1987, de quoi est faite la vie quotidienne des femmes québécoises 2 Comment le temps de travail domestique se découpe-t-il du matin au soir 2 Comment les femmes percoivent-elles ce travail ainsi que les services, commodités, outils pour le réaliser 2 Comment voient-elles son évolution pour les années a venir 2 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi if 3 in Mpli De i en aiguille.bia ISHII AA SC ERIC ICAI MM MEI DEALS A EM SLICIE AE M SEE MANU ACC LICR ER IA LL.| Un fait de civilisation Ce que nous appelons les signes de civilisation sont la plupart du temps extérieurs et visibles.Les gratte-ciel, les tours à bureaux, les usines, un stade olympique, les autoroutes signalent un état d'évolution technologique où s\u2019inscrivent les rapports que les humains ont entre eux.Ce sont aussi les merveilles des musées, le cinéma.Selon les époques, ce fut la pierre, le fer, le bois ou le béton.La parole, l'écriture ou l'ordinateur.Pourtant la civilisation, c'est autant dans les mains qui tricotent, cousent, fricotent, décorent, net- toyent, caressent.Là où se tisse, maille après maille, la trame de la vie de tous les jours de tout un chacun.On ne peut saisir une société de l'intérieur sans regarder de l\u2019autre côté des portes closes par les fenêtres des maisons.Non, ce n'est pas du voyeurisme sociologique mais le désir bien légitime de jeter un peu de lumière sur les faits et gestes du quotidien, révélateurs de l'esprit d\u2019une époque.Dans le temps et dans l\u2019espace, ces faits et gestes ne sont jamais les mêmes.Tout comme l\u2019idée que l\u2019on s\u2019est faite au cours des âges, du bien-être et du confort.La viande bouillie, fumée, grillée, rôtie, séchée, les lentilles, le tofu, le poisson, les sauterelles, autant de sources de protéines, déifiées ou rejetées selon les ressources, les modes ou les religions.Fumer fut jadis signe de bien-être, c'est aujourd\u2019hui signe de maladie.À l\u2019ère victorienne, les fenêtres étaient petites et recouvertes d'épaisseurs de rideaux comme d'autant de jupons, protégeant du soleil et des regards.De nos jours, la norme est luminosité.On a voulu des planchers de bois, de tuiles, de lino, puis des moquettes mur à mur.À l'époque de la lutte à la poussière et des allergies, on assiste au retour vers le bois ou à l\u2019apparition sur le marché d'aspirateurs ultra puissants.Les vêtements furent drapés ou cousus.Ils furent de lin, de laine, de soie, de rayonne ou de polyester.De l\u2019harmonica au vidéo, de la cuisine de 21 enr ee TE IH: l Ha RY: N 1: i} er) grand\u2019mère à la « cuisine raisonnée ».Et ainsi de POSSIBLES Le quotidien suite.Modes d'emploi i La vie domestique, c'est le lieu des désirs, des émotions, de la subjectivité permise.Là où les enfants grandissent, apprennent, sont aimés ou rejetés.Le lieu des joies et des chagrins.L'espace privilégié de construction, déconstruction, recons- ; truction des êtres.Là aussi où la violence et l\u2019ex- = ploitation sont si cachées qu'il faut des lois pour i protéger ceux et celles qui sont sans défense.Invisibilité et dévalorisation vont toujours de pair.Est-il plus noble de construire un édifice, voire d'en faire les plans, que de tricoter une nappe ou d'endormir chaque soir un enfant ?Un architecte, un ouvrier de la construction peuvent anticiper gagner leur vie et même s'assurer d\u2019un certain standing.Une femme dont l'occupation principale est d'éle- A ver des enfants est vouée de façon quasi certaine à la pauvreté pour aujourd\u2019hui et pour demain.Enfin la vie quotidienne, tout comme le monde extérieur, a été pénétrée et transformée par la technologie.Là aussi, il y eut évolution du simple outil à la machine, à l\u2019automation-programmation.Mais les intérieurs ne sont-ils que le lieu essentiel au déversement de ce que fabrique un système éco- | nomique de production-consommation @ Les fem- g mes, des consommatrices manipulées par les agen- i ces de publicité 2 Commeni concilient-elles, en 1987, les attentes culturelles nouvelles qui prennent la forme de projets d\u2019études, de travail, de sports, de loisirs, de disponibilité aux enfants avec les attentes traditionnelles toujours présentes concernant l\u2019entretien de soi, des autres et de son environnement2 La panoplie d'appareils électroménagers, les services offerts viennent-ils simplifier ou complexifier ces tâches ?Quel est le temps v'elles consacrent à ces diverses activités au cours d'une journée 2 Si outils et services permettent une épargne de temps, à quoi est employé le temps \u201822 ES 5 «ers .i De épargné?A des activités pour soi?Pour les mil ville fil autres ?À faire toujours mieux ce qu'il y a a faire 2 E 9%\" Voila comment de lectures en discussions, en engagements, en certitudes, en questionnements, s'est dégagée une problématique opérationnalisée dans un projet de recherche.Un cheminement de recherche i L'étape du terrain a consisté pour nous, dans un ÿ premier temps, à rencontrer une quarantaine de É femmes venant de tous les milieux et de toutes les E tranches d'âge.Autour de tables rondes, nous i étions six à sept à parler des inconvénients et des avantages de l'aspirateur, du lave-vaisselle, du pi robot culinaire, du four à micro-ondes.Des atten- ; tes des enfants, de celles d\u2019un conjoint, du partage des tâches.D'abord surprises qu'on leur demande ; leur opinion sur des réalités jugées aussi triviales, È parfois méfiantes (voulait-on leur vendre de nouveaux gadgets 2), très vite les femmes discutaient d\u2018abondance.Ne touchions-nous pas un point g névralgique de leur rapport au monde, inscrit E depuis si longtemps dans leur imaginaire féminin @ i Jamais durant les deux heures, deux heures et demie que durait une table ronde, la conversation | | ne languissait, chacune faisant part de ses propres expériences de débrouillardise pour en arriver, au fil des jours, à concilier tant d\u2019exigences contradictoires.Nous nous quittions avec le sentiment d\u2019avoir participé à quelque chose d\u2019important, comme si de sortir ces préoccupations quotidien- ÿ nes de la cuisine ou de la conversation téléphonique leur accordait soudain quelque valeur.« Je E ne savais pas que j'en faisais autant ! » « L'évolu- E tion devrait aller dans le sens du partage des bi tâches et non vers de nouveaux gadgets ! » « Les ; mentalités changent trop lentement ! » Les tables rondes ont été suivies de sept entrevues en profondeur auprès de femmes ayant un ou des enfants parmi le bassin des quarante premières participantes.Que leur permet précisément le temps épargné 2 Que pensent-elles des appareils électro-ménagers et que pensent-elles des diverses composantes du travail domestique ?Si elles comparent leur sort avec celui fait aux générations précédentes, elles concluent à une véritable épargne d'énergies tout autant que de temps permise par les technologies domestiques.C'est là un acquis indiscutable de civilisation.À court terme, elles se permettent des petits loisirs comme lire, décorer, s'informer, écouter de la musique, regarder la télé.À plus long terme, elles peuvent grâce à ces technologies, suivre des cours, faire du sport, pratiquer du bénévolat, participer aux activités d\u2019une coop., d\u2019un comité d'école, voire même travailler à l'extérieur.Quant au travail domestique, il est perçu comme une fatalité liée au sexe féminin.Même si quelques tâches sont dotées d\u2019un certain caractère libératoire, d'autres agréables à exécuter, il n'existe aucune technologie qui permette l\u2019allègement du fardeau psychologique de la responsabilité non partagée de ce travail.Quand il y a des enfants et surtout des enfants en bas âge, cette responsabilité peut en venir à hanter l'esprit 24 heures sur 24.Mais ce n'était là que la phase exploratoire à l'enquête échantillonnale qui demeurait l'objectif de notre recherche.Il s'agissait de rejoindre un nombre représentatif de femmes francophones de la région du Montréal métropolitain.1075 femmes choisies au hasard, à partir des 5 bottins téléphoniques couvrant cette zone, acceptèrent de répondre au questionnaire et de remplir un journal de bord.Dans ce dernier, elles devaient relever chacune de leurs activités domestiques du lever au coucher, en indiquant le temps des activités ainsi que les appareils électro-ménagers utilisés pour les POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi y Be faire.Un des sept jours de la semaine leur était wi] en aiguille.assigné d\u2019avance, la phase exploratoire nous ayant indiqué que le travail domestique est peut- i être encore rythmé, comme autrefois, par les jours F de la semaine : le lundi-lavage, vendredi-ménage- E courses, samedi-cuisine, dimanche-détente- parenté-ami-e-s.730 femmes ont retourné ques- E tionnaire et journal de bord.; À l'automne 87, nous en sommes à codifier ces données, impressionnées par la richesse d'informations que comprend le journal de bord, si méticuleusement et consciencieusement rempli.Une telle réponse, au delà de nos espoirs, est bien révélatrice de l'intérêt que les femmes ont porté à cette enquête.Ce qui pour nous est à la fois stimulant et exigeant.Ainsi, nous nous proposions d'orga- À niser pour la fin de février 88, une rencontre avec E les participantes autour des premiers résultats de i la recherche.Elles recurent une invitation a cette | fin, et alors que nous prévoyions environ 150 réponses positives, habituées que nous sommes à f travailler au sein d\u2019organisations scolaires ou syndicales, elles furent prés de 400 & accepter notre invitation.Et si elles venaient toutes! Ou même, si 250 venaient ! Nous voilà pas très loin de la panique, risquant d'être dépassées par ce que nous avons enclenché.Cette journée, étape essentielle au cheminement d\u2019une recherche-action, y constitue en elle-même un défi à relever.C'est ainsi que de questions en données, en essais d\u2019analyses et d'interprétation, nous en saurons un peu plus i sur le temps des activités domestiques dans la vie i des femmes habitant une grande ville au Québec.NL ve wf fy pr 72 Pg pes 2 py CEE ET 2 PRE - ory = poo ra pes a Pt roa J es es Tae = FRANCE THÉORET St ss LL .La fascination Évelyne regarde intensément la photo de i l\u2019homme qu\u2019elle a quitté.Evelyne rassemble ses i énergies, fixe les traits de l'homme.Evelyne ] s'oblige à l\u2019immobilité pour garder la conscience gi nue de sa vivante interrogation.Leur séparation n\u2019est pas le fruit du hasard.Pourtant cet avant-midi, elle revoit l'instant décisif, ramène dans ce qu'il faut bien appeler la pensée, l\u2019émotion précise et les brèves paroles de ce début de soirée.Le tremblement revient, parti du ventre jusqu'aux lèvres soudain engourdies, condense les phrases et le vide qui viendra immédiatement après.\u2014 Je vais partir.Je partirai.\u2014 Pars.Peut-être E était-ce : \u2014 Si tu veux partir, pars.Oui, il a ajouté, ; si tu veux partir.Il a dit autant de mots qu\u2019elle, ni plus, ni moins.Le rythme était le même.Entre ses paroles à elle et la réponse, quelques secondes, à peine le temps d\u2019un souffle.Il y a eu une douleur froide.Cette douleur excessive, toute sèche, elle en est la cause.Elle est au commencement d\u2019une douleur vive.Le reste est affaire d\u2019anecdote.Bien sûr, elle a ses raisons.En général, Evelyne est reconnue pour 3 être une femme raisonnable, on la dit parfois trop E raisonnable.Il doit y avoir des raisons, elle les cherche dans les traits de l\u2019homme. Elle désire des raisons objectives.Il la rappe- POSSIBLES Lu .0 Le quotidien hed lait à l\u2019ordre là-dessus.Trop subjective.Modes d'emploi \u2014 Tu interprètes.Combien de fois dans la bibliothèque le mot est-il revenu 2 Le mot est débilitant, violent à crier.Il touche la fibre la plus vibrante en elle.Evelyne n\u2019a fait qu\u2019un pari : elle entend penser sa vie, autant dire qu'elle essaie d'être cohérente.Très tôt la déliquescence d\u2019une raison trop raisonnable lui est apparue comme un piège.Elle serait rivée à des habitudes étroites, s'accommodant de servir les autres et réduisant ses désirs à l'essentiel, toujours plus proche du dépouillement.En même temps, elle ne pouvait pas ne pas savoir qu'elle exploserait de partout à la fois.Un goût viscéral pour le détachement la maintient au plus rès de la photo.Le regard plutôt joyeux de l'homme devrait révéler l'énigme de leur séparation.Elle manipule la photo tantôt la rapprochant, tantôt l\u2019éloignant, elle la dépose sur son bureau scrutant l'oeil derrière le verre.La photo ne livre rien d'objectif.L'homme a une tête de circonstance, une tête pour la caméra, conclut-elle.La tête de papier glacé finit par offrir ses imperfections.La peau est légèrement marquée par l'acné juvénile vi a longtemps persisté.La moustache peu abondante est le signe le plus éloquent d\u2019une virilité apparente lente à venir.Des détails, tout juste des détails, elle fait la somme des particularités, se perd à nouveau dans l'oeil en retrait sous le verre et le pli de la lèvre détendue.Brusquement, elle dit à haute voix : Il a de l\u2019assurance cet homme- là.Évelyne va réviser les dossiers qui attendent près de l\u2019agenda.Elle s\u2019éveille mal de la nuit plus mauvaise qu\u2019à l\u2019accoutumée.Depuis quelques mois, elle ne repensait plus à leur séparation.Penser, est- ce d'ailleurs le mot juste ?Plus correctement, elle n\u2019est plus traversée ni par l'image mentale de celui qui a été son compagnon depuis plus de douze ans, ni par le geste apparemment gratuit posé un 28 ; La soir d'août.La photo qu'elle n\u2019a pas encore ran- ten fom fascination gée a glissé sous les dossiers.C\u2019est banal.Un peu à l\u2019image de son désordre personnel.À son avis, elle ne travaille jamais assez.En réalité, la crainte il de consentir à son jugement propre la livre à un désarroi.Elle travaille comme si elle ne le faisait i pas.Elle met une ardeur à défendre les dossiers E qu'elle a analysés avec les critères les plus objec- bi tifs c'est-à-dire les mieux reconnus.Depuis un an, ih elle s\u2019est durcie là-dessus.L'agenda est prêt.Il indique les moindres échéances comme si le quotidien solitaire était troublé par d\u2019inquiétants délires pos- il sibles, elle qui n'a pourtant jamais vraiment déliré, ni crié devant quelqu\u2019uni Mal assurée dans son équilibre psychique, elle bi se rappelle en avoir épisodiquement parlé a son ii compagnon.La réponse n\u2018attendait pas, invaria- | blement la même : c'est normal, tout le monde est comme ça.Travaille.Le mot normal la projetait } hors d'elle-même.Elle avalait, gardait silence.Celle qui était trop subjective était comme tout le monde.La fadeur visqueuse de ses incertitudes i remontait à la surface.Elle piétinait, c'était violent.i Elle souhaitait s'arracher à l'univers mou et larvé Es qui assombrissait les moments ou elle ne travaillait pas.Une détresse insoutenable liée au fait qu\u2019on n\u2019attendait rien d'elle, une détresse venue de la gratuité de l'existence la plongeait dans une torpeur qui pouvait durer jusqu'à ce que le corps demande de la nourriture ou du sommeil.Elle se liquéfiait jusqu\u2019à la négation de sa propre énergie.C'est trop fort en elle l'absence d\u2019une certitude.Elle est cette femme qui ne vas pas jusqu\u2019au bout de sa pensée car les mots ne font pas le poids.La continuité, elle ne connaît pas.L'approximation des mots tiraille son désir timide à l'excès.Elle vient de nulle part.Elle n\u2019a pas d'adresse fixe à force d'en changer.Elle est sans amour.Seu- 29 les comptent certaines amitiés avec des femmes.On ne lui connaît pas de passion.Elle est très certainement normale, comme tout le monde, si l\u2019on considère la vie machinée en vue de la production.À ce niveau, on pourrait dire qu\u2019elle s\u2019est fourvoyée, trompée de sexe.Pas tout à fait, à cause de l'époque, en réalité, elle s\u2019est mise au neutre, elle s\u2019est neutralisée.Evelyne pense qu\u2019on pourra dire ce qu'on voudra, je sais que je n'arrive pas à lever des censures.Ces censures me font mal à l\u2019âme, me donnent faim, envie de dormir, me ramènent à l'état végétatif.La force du neutre réside dans l\u2019appétit de pouvoir ou l'insatiable possession d'objets ou la frénésie séductrice.J'en arrive à croire être la cause de ma propre naissance, obligatoirement, l\u2019origine de mon propre développement.Penser ainsi, c'est penser l'enter.L'enfer de la subjectivité féminine est certainement indécent.La bataille entre un homme et une femme est devenue celle du confort à se donner.Je ne pouvais plus continuer à donner le confort de mes seules énergies productives tout à fait neutres.Je devenais de plus en plus déchirée.L'heure passe.Les dossiers attendent.La photo repose près du cendrier et de la tasse vide.Cet homme au regard posé l\u2019impressionne encore.Une certaine nonchalance se dégage de cette tête à la chevelure négligée avec art et du col ouvert.Il semble affirmer : je suis ainsi, c'est à prendre ou à laisser.Tout juste un peu d\u2019apprét, il foit plus jeune que son âge, il le sait.Pour un intellectuel, ça fait bien, il a droit à l\u2019erreur.Un rien de féminin lié aux joues lisses rend une certaine douceur au visage conscient devant l'objectif d\u2019être ce qu\u2019il est, un homme affirmé.Si tu veux partir, pars.Sans la moindre hésitation, il n'avait pas l'habitude comme elle d\u2019hési- 130 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi fastin Shi volidien di dom La fascination ter en parlant.Elle ne se doutait pas qu'il ne l\u2019aimait plus depuis longtemps, elle ne sait pas, elle ne le saura sûrement jamais.Il n\u2019était pas devenu différent avec elle.Peut-être était-il un peu plus assuré, il prenait plus d'aise dans ses affirmations.La rapidité et la neutralité de la voix avaient été cinglantes.La voix venait de la tête.On touchait le nerf de la guerre.Il s\u2018absentait, il devenait l\u2019indifférence même.Elle avait dis je, il répliquait tu.Il n\u2019était nulle part, ne touchait à rien, demeurait intègre.|| devenait l\u2019anonyme intouchable.Elle n\u2019avait parlé pour ainsi dire à personne.Ce serait bien ainsi, elle aurait pris l'initiative, devenait responsable de la rupture.Le ton de la voix demeure aussi vif à l'oreille d'Evelyne.Il se défendait, c'est sûr.Ces mots à elle l\u2019avaient attaqué.Tout en s\u2019absentant, il se défend.Cette spontanéité est savante, pense-t-elle.Elle était probablement seule depuis plus longtemps qu\u2019elle ne l'avait imaginé.Un an plus tard, après trois déménagements successifs, dans les grandes pièces impeccables encore vides, à sa table de travail, une certitude, il ne l'aimait plus.Depuis longtemps peut-être.Elle est troublée par la justesse de l'intuition de ce soir d'août.Depuis un bon moment, elle avait l'impression de n'être avec personne.D'impression en impression, le quotidien perd sa consistance, devient fatalement vague, voué au superflu, à l'accumulation qui rend possessif.L'engrenage était invisible, objectivement, il ne s'en manifestait rien.Il était impossible de demander : m\u2019aimes-tu.La tournure n'avait aucun sens.La liberté vient de la nécessité.Elle s\u2019y tiendrait.Elle porterait seule le coup de la révélation, avec ses impressions, ses intuitions, ses interrogations frénétiques, ses hésitations cumulées, ses attentes invraisemblables, de longues années de labeur continu en partie inutiles.La fuite commencait. assoc HMM La fuite est physique.Depuis un an, elle fuyait tenant dur comme fer l'obligation qu\u2019il n\u2019y paraisse rien au travail.L'agenda la regarde, elle a entre les mains la photo de l\u2019homme, les dossiers attendent.Elle tremble devant ce qui a été, l'heure passe.Elle pense à sa passion maintenant désertée, leur entente, à elle, à lui, le langage recouvert de silence dans la bibliothèque.La réclusion choisie par lui, le dialogue mort-né venu du livre dont on ne parle pas.Sa voix à elle, hésitante lorsqu'elle en parle.L'hésitation répond à sa place.Elle n'est jamais jamais guérie dans la solitude à deux.La voix manque, elle se croit embarrassante, finit par se comporter comme si elle était une source d'embarras.Elle se défait à force d\u2019inexactitudes.La mémoire s'encombre d'un fatras décousu en forme d'idées.Elle est fascinée par l\u2019inexactitude du langage, le fabuleux morcellement d'objets lié au strict usage quotidien.Elle s'oppose irrémédiablement à lui lorsqu'elle lit pour connaître d\u2019autres modes de pensée qui lui font explorer la sienne.Il devient intraitable, parfois même, surgit une pointe de fureur.Le monde est ludique et formel, là-dessus il est intransigeant.Le désarroi des heures libres est si réel qu\u2019il la renvoie à sa subjectivité dévastée.En face, il n\u2019y a plus d'autre, il n\u2019y a personne.Le vide persiste jusqu\u2019à l\u2019annulation des priorités.Plus rien ne fonde la nécessité d\u2019avoir un corps, d\u2019être dans un lieu, d'entretenir des relations.Le moment présent devient évanescent.Seule la loque visqueuse jeune, encore en bonne santé, par conséquent, peu destructible, résiste.La désespérance féminine n\u2019est jamais abstraite.Il lui arrive certains jours de comprendre qu'elle échappe à son compagnon, à ce qu'il désire d'elle, qu'il n'a pas dit, ni souhaité dire.Elle l'entretiendrait de la réalité.C'était le plus sûr compromis.Il n'aurait pas toléré l'entendre dire.Il nierait à l'infini.Tout en contradiction par ail- 32 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emplo jose SSIBLes Quotidin des d'en .Le leurs, il ne supportait que les vacances.Des faits, fascination .[7 des faits, venons-en aux faits ! Curieusement, il n\u2019y en a pas.Des attitudes, oui, des paroles, certes, pas de faits.C'est tellement bien tenir le coup au- dessus de la mêlée, garder la forme du discours, s\u2019en sortir avec une pirouette qui épate.Le moi n'a fi pas l'air d\u2019exister, il est en vol plané peu repérable à l\u2019oeil nu tellement I'ascension est réussie.Seules les retombées sont pleines de ressentiment.Alors ce qu\u2019on affirme ne rien vouloir savoir du statut social vient à la rescousse.La manoeuvre devient perfectible.Il suffit d'avoir essayé.Après | on se plagie.Tout est là dans l\u2019art du plagiat.En | bas, la perspective paraît étroite, trop utilitaire.À \" tous les autres, à ceux qui ne savent pas voler | revient l\u2019entretien quotidien, c'est-à-dire l'entretien indéfini.Pour que l\u2019un puisse prendre son envol, il faut que l\u2019autre veille.Le plat réalisme féminin i avait sa raison d'être.E ETES i ee ee ee Evelyne garde en mémoire les longues envolées i verbales qui vont de citation en citation, parfois simplement, de référence en référence.Elle avait tendance à réduire ses heures dans la bibliothèque à une phrase, celle qui la propulsait dans l\u2019action, qui réorientait ses réflexions.Le reste lui apparaissait un encombrement supplémentaire.Elle n\u2018arrétait pas de fouiller la mémoire du monde.Elle devenait une spectatrice silencieuse rompue au décodage des apparences.Elle intervenait le moins possible.Elle désirait ne plus intervenir.dE SEE +S pr er re TS RE ES ee Il sera bientôt midi.Elle n'a pas bougé, encore en robe de nuit.La photo l\u2019inquiète.La photo voile la raison amène l\u2019indifférence.Elle se rappelle qu'elle était vide de désir au moment du départ.Evelyne ne se reconnaît guère dans l'indifférence.Elle l\u2019était devenue pour cesser de tout prendre, la cause et la conséquence.Un an plus tard, elle sait qu'elle n\u2019était personne sinon tout le monde auprès de celui qui avait incarné son espoir le plus osé.Elle avait osé penser qu\u2019ensemble, ils décu- 33 pleraient leurs énergies.Elle n'avait compté avec la perversion bruyante, généralisée.Elle a laissé derrière elle les fruits de sa force de travail.C'est ce qu'il voulait bruyamment, c\u2019est ce qu\u2019il a eu.Par un détour inattendu, l\u2019homme était apparu plus passif qu\u2019il ne l'avait montré jusqu'à présent.Devant lui, c'était elle qui, une fois de plus, bougeait, ce soir d'août.Midi, il faut se remuer, faire sa toilette.Dans l\u2019auto, elle vérifie encore une fois sa serviette : tous les dossiers y sont, les notes précises pour chacun d'eux également.Une pesanteur la recouvre, l'air est froid.L'oeil sous le verre la poursuit.Elle rangera la photo ce soir.L'oeil en retrait sous le verre est glacé.Elle bouge, anxieuse et transie, au volant.La chaussée devient glissante sous la pluie.Depuis longtemps, depuis qu'elle est née d'elle- même, à la fois cause et conséquence, elle s\u2019était promis une certaine quiétude.Elle n'a guère pensé à l\u2019homme depuis qu\u2019elle l'a quitté.Le désir si raisonnable de sa jeune vingtaine, multiplier par deux les forces de chacun avait échoué avec fracas, sans cri, tout simplement comme si la journée s\u2019achevait ou qu'il était l\u2019heure d'aller au lit.Bonsoir, bonne nuit.Dégage puisque tu as parlé la première.Une fois de plus, l'oeil garde ses distances derrière le verre.Une fois de plus, aux prises avec les velléités déliquescentes, figée aux tâches productives, il a fallu trancher.À cette heure, elle porte une tête d'homme, sous l'oeil cerné et maquillé, elle s\u2019est neutralisée, elle aura quelques arguments objectifs d'ordre formel.Il est treize heures trente.Évelyne pénètre dans la salle de réunion.Elle a mis son meilleur tailleur.POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi ge = = \u2014 ol x a iy -\u2014 \u2014 CIEE Tor ee mere cr De HE em pr mre 2 ree ber meio as SE A et A .ood AS IS ro ve eme = = _ = pas Cars = rar Ral Zn a EE PS : AOE - 5 1986 1986 x 10\" 8\u2019 Portefolio Vancouver publiées par Raymonde April «+ de dix photographies Les temps satellites Photographie noir et blanc 55, Canadian photographic Portfolio Society 0 i tu ! êmi \u2019 i O85 ] Que ] odes § prets map \u201d DEN De Ps SAN en ie NS A es PES Cree > yr = fms 2 PR EA Pe Ds Fe 13 p= = > ee Ba a re ROSE MARIE ARBOUR Déambulations-stations « Fréquenter », dans son sens premier, veut dire rencontres répétées pour en arriver à une certaine connaissance et appréciation d\u2019un objet ou d\u2019une personne, d\u2019une situation.Fréquenter l\u2019art actuel à Montréal signifie une déambulation contradictoirement minutieuse, précise, réglée, tenace sinon têtue, constante surtout, d\u2019un lieu à un autre, d\u2019une galerie d'art à une autre, dans certains quartiers bien circonscrits de la ville où elles sont concentrées.À l\u2019Est et à l'Ouest.Il s'agira ici de l'Est.Pour reprendre une expression utilisée depuis toujours par bon nombre d\u2019anglophones, il y a une ligne qu'on franchit ou qu'on ne franchit pas, selon.Celle du boulevard Saint-Laurent, ligne réelle et imaginaire, ligne de démarcation physique et psychologique traditionnelle entre deux solitudes : l'Est et l'Ouest montréalais.Depuis le temps, cette ligne s'est légèrement déplacée en pointillé vers l'Est, pour s\u2018enfiler sur la rue Saint-Denis qu'il devenait difficile de laisser trop à l\u2019intérieur dudit territoire Est\u2026 Mais c'est quand même le boulevard Saint- Laurent qui est le noeud physique des deux territoires : la numérotation des maisons et immeubles origine de part et d'autre de cet axe, et cela, on ne pourra jamais l'oublier.C'est écrit.Au cours des déambulations d\u2019une galerie d'art à une autre, où commencent les oeuvres d'art 2 où finissent-elles 2 Selon la façon dont on y accède, 37 Pate dat LL .sobs elles sont percues différemment.Cela va-t-il de soi 2 POSSIBLES or If } ee, \u2018 il d I h I f it Le quotidien faut voir : si le sens de la marche les fait appa- Modes d'emploi raitre de façons singulières c\u2019est qu\u2019elle constitue une sorte de mise en scène éphémère et aléatoire, et cette mise en scène est en quelque sorte l\u2019histoire quotidienne des oeuvres.La grande Histoire s\u2019y prend-elle différemment pour les situer, les juger \u20ac Déambuler dans ce territoire délimité par la rue Sainte-Catherine au sud, la rue Rachel au nord, celle du Parc Lafontaine à l\u2019est, l\u2019avenue du Parc à l\u2019ouest, c'est élaborer un dosage complexe d'\u2019allers, de détours, de retours, de crochets, de double et triple coups, selon les jours d'ouverture des galeries d'art, la teneur des oeuvres et artistes présentés, le type des oeuvres, etc.Dans ces visites des galeries d'art, il y a une situation que je ne suis pas la seule à vivre, à essayer de vivre, situation problématique qui est quelques fois douloureuse, quelques fois heureuse.Je me sens seule dans cette situation et pourtant je sais qu'il en a bien d\u2019autres dans ce cas.Pourtant j'en ai bien parlé à des proches, j'ai laissé percer une certaine anxiété, une presqu'angoisse même, mais si rapidement qu'il n\u2019y a pas eu de réaction de leur part.Peut-être sur le coup était-ce difficile pour elles et pour eux de répondre exactement là-dessus : la timidité, une gêne quelconque à dévoiler de but en blanc ce qui semble tellement banal et ordinaire, en dehors de la question que la perche tendue n\u2019a pas été saisie.Je la tiens toujours, elle a un mouvement régulier un peu comme celui d\u2019un métronome.C'est une activité essentielle pour moi de voir des oeuvres : comme un écrivain lit des livres, consulte des revues littéraires, s'intéresse aux nouvelles parutions.M'informer sur les récentes réalisations d'artistes de diverses provenances, regarder les oeuvres, entraîne une saisie de part et d'autre qui ne se réalise pas simplement.Je consacre le plus dits dn \u2026 Déambulations- de temps possible a ces déambulations que je con- To sidère toujours comme trop rapides, trop fragmentaires et dont je reviens souvent déçue, quelques fois enthousiasmée.Néanmoins, il y a le temps qui file à un train invraisemblable et pour pouvoir survivre, certaines saisons, j'essaie de combiner ces virées à des préoccupations plus utilitaires et qui apparemment n\u2019ont rien à voir entre elles : les courses pour la nourriture et quelques fois même les vêtements.À la longue, cette mixtion d'activités si différentes finit par avoir un drôle de goût.Si l\u2019art n\u2019est jamais perçu dans l\u2019absolu, il faut convenir qu\u2019il accroche des parfums et des odeurs qui ont partagé son espace, certaines d'entre elles s'avèrent tenaces au point que.Selon les saisons et la lourdeur des vêtements entre autres, je détermine le nombre de galeries que je visiterai et celles que je devrai laisser tomber et risquer d'en remettre la visite à samedi prochain : des escaliers et corridors surchauffés sont 3 à évaluer avec sérieux selon la saison, sinon le ris- ; que de se retrouver en nage puis frigorifiée à la sortie est fatal.Samedi après-midi, une heure pile.Je pars, effleurée par un doute sur la faisabilité de visiter un certain nombre de galeries \u2014 en incluant celles que je n'ai pu visiter la semaine dernière \u2014 et de caser quelque part les courses alimentaires sans trop que cela paraisse\u2026 Une certaine angoisse s'instaure, à la longue, à force de répétition de ce scénario, et qui, loin de s\u2019effacer avec le temps, s'amplifie irrémédiablement.Je projette mentalement le parcours et les détours optionnels, quitte à faire le dernier choix en cours de route.Je remonte la rue Mentana jusqu'à Rachel, tourne à droite pour aller à la galerie GRAFF.Je prends mon temps, j'ai tout l'après-midi après tout.39 J'ai raté la dernière exposition, il ne s\u2019agit pas de POSSIBLES os , St là d Le quotidien me répetrer là-dessus.Modes d'emploi Puis sur Rachel, je reviens vers l'ouest, le soleil dans les yeux : un coup d'oeil en biais sur le Parc Lafontaine en sortant de chez GRAFF m'a convaincu que demain, il le faut, je me baladerai dans le Parc : les jeux d\u2019ombres et de lumières sont attirants et il y a si peu de gens qui s\u2019y promènent.Demain, ou un autre jour de semaine.Juste avant d'aborder la rue Saint-Denis, j'hésite à entrer dans la nouvelle librairie /\u2019Essentielle : est-elle ouverte le dimanche ?si oui, j'y reviendrai demain.Ou un autre jour.Je balaye la vitrine du regard et me détourne à la hâte sinon, tout l\u2019horaire va s\u2019écrouler.Un peu plus tôt j'avais hésité devant un magasin d'aliments naturels, pour y acheter un pain tout ce qu'il y a de plus « complet » et que je ne trouve pas ailleurs : la perspective de traîner un sac tout l'après-midi m\u2018a remise au bon rythme de marche.Demain.Je reviendrai demain.Je traverse le carrefour Rachel/Saint-Denis et remonte un peu vers le nord sur Saint-Denis côté ouest, où se trouve la galerie Michel Tétrault : surélevée par rapport au niveau de la rue, elle me suggère l'idée de « décollement », d\u2019un hors-champ par rapport à la rue qui joue sur une différence de l\u2019ordre de « ici c\u2019est de l\u2019art » et « là ça ne l'est pas ».Il est près de deux heures moins le quart.Je sors de la galerie.C'est le moment où je suis ou bien stimulée par ce que je viens de voir ou bien les genoux coupés, plus encline à traverser Saint- [ Denis précisément là où il n\u2019y a pas de passage pour piétons, par paresse, dans la circulation pas- | sablement dense et rapide pour aller voir, au cas ou, dans la boutique d'en face, s\u2019il n\u2019y aurait pas de solde valable dans les soldes perpétuels qui y IBLES otidien 5 domly Déambulations- stations sont offerts.Revenue au carrefour Rachel/Saint- Denis, j'hésite : descendre Saint-Denis et passer par la galerie Aubes, la galerie 13, puis remonter légèrement sur la rue Roy pour visiter la galerie Cultart @ De là, autant redescendre vers l\u2019avenue des Pins, tourner à l\u2019ouest pour aller à la galerie Schweitzer avec ses volées d'escaliers qui me rappellent à chaque coup des escaliers de temple maya.L\u2019autre combinaison serait d'aller vers l\u2019ouest, depuis le carrefour Rachel/Saint-Denis, vers Saint- Laurent : c\u2019est plus « chargé ».Cela dépend du temps, de l'heure.Juste avant d'arriver à Saint- Laurent, il y a à droite le Centre d'art contemporain dans une ancienne caserne de pompier mais je ne suis jamais sûre si c'est ouvert.Sur Saint- Laurent, les tranches sont de taille avec les galeries du 4060 (côté ouest) puis celles du 3981 (côté est).Il est près de 2 heures et demi lorsque je m\u2019engage au 4060 qualifié de « haut lieu » de l\u2019art actuel, où ateliers d'artistes, « lofts », revues culturelles et bien d\u2019autres gens et fonctions encore, se partagent les espaces.Cet immeuble comprend en permanence cinq galeries : Dazibao, Articule, Gheerbrandt et deux qui viennent d'y aménager : Powerhouse et Dare-Dare.Ponctuellement il arrive qu\u2019un local soit provisoirement loué par un groupe de jeunes artistes pour une exposition que je tiens à voir mordicus.On ne voit que rarement les artistes qui y exposent.Le couloir qui mène à Dazibao et Articule est tapissé de toutes les affiches, dépliants, papillons de toutes sortes, d'ateliers à louer et à sous-louer.Je redescends l'escalier aux marches de marbre usé : c'est habituellement là que je croise des gens que je connais, qui sont également pressés de monter puis de redescendre, s'adonnant évidemment à la même activité que moi.À nouveau dans la rue à 3 heures et demi.Retraverser Saint-Laurent en diagonale, et, au sud AO ER TE RIRE Cortes re ne a erring Aa AER LS de Duluth et, avant de m\u2019engouffrer dans le hall POSSIBLES pon de l'immeuble 3981, m\u2019asseoir dans le petit bar oe emo « granola » en bas du 3981 pour une tisane : je relaxe, je dé-malaxe tout cela, photos, peintures, installations, textes.Il y a souvent des textes à lire et qui éclairent le contexte sinon le contenu des oeuvres.Appuyée contre un mur, changeant de positions fréquemment je m\u2019y applique jusqu'au moment où je n\u2019y entends plus très bien, la station debout n'étant pas nécessairement propice à la lecture le moindrement prolongée.Au 3981, il fait habituellement chaud.Été comme hiver.Le tableau indicateur des lieux, à côté de l'ascenseur, me rappelle les divers étages où je me rends ; je ne me souviens presque jamais de la disposition exacte d\u2019une galerie ou de l\u2019autre selon les différents étages, et chaque fois je me demande si l\u2019une d'elle n'a pas fermé, faute de fonds, par lassitude de bénévolat.Optica, Oboro, Skol, aussi d'autres lieux irrégulièrement accessibles au public.Pour ne pas en rater un je monte au 5° étage, et je visite en descendant les étages, un a un, en empruntant l'escalier de service.Je rencontre de plus en plus de gens que je connais.Nous parlons de ce que nous avons vu, ce qui permet de remettre à « plus tard » une exposition moins intéressante d\u2019après eux pour ne pas manquer une autre, oubliée dans ma trajectoire\u2026 Selon les personnes croisées, un moment d\u2019hésitation à dire bonjour, comme si on s'était pris mutuellement en flagrant délit d'assister à quelque rituel intime ou plutôt semi-public, où rencontrer quelqu'un signifie qu'on fait partie d\u2019un même monde, sinon d\u2019une même société de fidèles, un peu à part, un peu secrète même si un peu tout le monde peut entrer là et en sortir, même si les chroniques artistiques en parlent dans les journaux du samedi.Des fenêtres de certaines galeries, Oboro, Optica par exemple, il y a de très beaux points de vue sur la montagne.Je me prends aux jeux de lumière sur les arbres, sur les nuages accrochés plus haut dans \u201842 4 pe ; [( [ ti, Déambulations- le ciel.!| paraît tellement facile d\u2019enjamber l\u2019es- ed, \u2018 t ti « oo a \u201c - dong SIAHORS pace d'ici a la pour me retrouver là-haut, quelque part, nulle part.Le boulevard Saint-Laurent est de plus en plus achalandé cété est, le trottoir y est encombré de gens à cause du soleil.Les automobilistes roulent i lentement à cette heure : les camions stationnent fi! en double, c'est l\u2019embouteillage.Mon courage s'effiloche et je traîne le pas, alourdie de toutes ces oeuvres qui m'ont frappée, parlé, stimulée, aga- i cée, rebutée.Il est au-delà de 4 heures.Ma capa- i cité d'ouverture et d'absorption est à son point limite : reviendrai-je sur mes pas pour remonter vers le nord à la galerie Christiane Chassay, coin Marie-Anne et Saint-Laurent ?Je repars de là rarement décue d\u2019avoir fait le détour.L'obsession de faire les courses me tenaille.De là, j'irais jusqu\u2019au bi Parc Jeanne-Mance puis à l'avenue du Parc plus | à l\u2019ouest et redescendrais l\u2019avenue du Parc vers le i carrefour des Pins/Parc.Plus au sud, les édifices i rigides et compacts de I'ensemble d\u2019hétel et d\u2019ap- kl partements de la Cité m\u2019inciteraient à d'autres H arrêts : par une de ces nombreuses entrées, coin Milton, d'où on peut se perdre sans rémission, i j'irais à la recherche de la galerie Yahouda Meir.P || m'est arrivé quelques fois de renoncer à la trouver après m'être perdue dans ce dédale de bouti- ! ves souterraines, après être repassée trois fois devant le Steinberg, puis les Croissants chauds et puis quoi encore.RIE 4 EERE ERR i Dans le méme dédale, le CIAC (Centre interna- E tional d'art contemporain) s\u2019est installé là jusqu'au milieu de l'automne avec une large exposition intitulée Stations.Station à elle seule, elle ne souffre aucun mélange et requiert du temps, de la disponibilité tout autant sinon plus que les autres galeries mises ensemble, mais ici les arrêts, les intermèdes sont organisés et prévus, le lieu est centré et concentré : bref, cela « baigne dans l'huile » comparativement au trajet mouvementé et morcelé 43 qui a été le mien.Je reviendrais alors au grand POSSIBLES anh 4 air, descendrais vers le sud et a \u2018angle de Prince pf 9° d'emploi Arthur ; je le sais, ce serait à nouveau le dilemme à savoir : continuer vers Sainte-Catherine, faire un dernier « sprint » pour aller à la galerie Noctuel- bi les et, un peu plus vers l\u2019ouest côté sud, chez René I Blouin et chez Chantal Boulanger 2 Je me dis, avec un goût de cendres, qu'il vaut mieux faire mes courses sinon je n'aurai rien à manger de la fin de À semaine.Demain il y a les dépanneurs et quelques épiceries ouvertes.Oui.Et quelles galeries sont ouvertes le dimanche ?Je renonce.Eee Passer chez les Polonais pour la viande \u2014 chez Waldman pour le poisson c\u2019est trop encombré ou trop minable à cette heure avancée \u2014 chez l\u2019Italien pour les fromages et les pâtes et, un peu plus haut, pour les fruits et légumes.Redescendre Saint- Laurent vers Prince-Arthur pour une bouteille de vin et, chargée plus qu\u2019il ne faut, le périple de retour s'amorce.Les arrêts seront fréquents \u2014 les i doigts sont coupés par les anses des sacs en plas- hi tique que je dépose de temps en temps par il terre \u2014, traverse le Carré Saint-Louis, arrive à la Ji rue Cherrier.Un dernier crochet au dépanneur de i la rue Saint-André pour acheter la grosse Presse qui se case mal entre les laitues.Le sac va déchirer\u2026 mais non.Je gravis les escaliers et j'arrive A chez moi passé 5 heures.Tout se déploie par terre, f dans ma tête, dans une confusion cocasse.Des It « flashes » de tableaux, d\u2019installations, de montages surgissent comme des bois émergés à la surface d\u2019un torrent et qui peu à peu se regrouperont i et se feront un chemin vers des eaux plus calmes.Echos mêlés, images entrelacées au risque de se nouer.on ER a REET EE Se Un coup de fil, je me lève et décroche : « Es-tu hi libre en ce moment 2 Je passe te chercher pour un vernissage chez René Blouin, un5 a7.Allo 2.» rétrtiéascoctdétente atitii tetes arts ci rie ra Eb i te dM AMAL MILLE My Lia LL tA BLES ; .fi, Déambulations- Façons de marcher, façons de dire.Galeries- stations stations à oeuvres uniques centrées sur elles-mêmes faute d\u2019avoir été faites et conçues pour ces lieux.Oeuvres en vrac.d'empl La visite de galeries a quelque chose de révé- ä lateur sur ce que l\u2019art peut dire ou ne pas dire, entendre ou sous-entendre sur lui-même, sur les gens qui le fréquentent, sur l\u2019espace urbain qui le contient, sur les artistes qui le produisent. oo pr J ee es - tm en a ee A _- Jods = mero ik «ere di SS ou mme oe + Se \u2014r fea ER IIT Poot aut ra re RSS mes rs Fe Cray opty Ee gen pee ey see er rants - cro res \u2014\u2014 Re REISS SEA PRE IL MSR hth 4 04 be GE AE MENU AMEL L040 142.ANDRE THIBAULT L Les mots et les chiffres | Certains aiment parler affaires, parler chiffres, parler argent ; aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours préféré parler mots.Je ressentais que le 4 langage est à lui-même un objet inépuisable, et inépuisablement fascinant.Que des gens utilisent quelque chose d'aussi excitant que les mots pour traduire quelque chose d'aussi terne que les chiffres, et même qu'ils s\u2019y complaisent, cela m'a fait | douter depuis longtemps de la présumée unité de à l'espèce humaine.Deux variétés de simiens diffé- | rentes ont dû accéder à l'intelligence par deux voies opposées ! L'aptitude à compter et l\u2019aptitude à conter.Le sens des chiffres est inexorable, vérifiable.d Celui des mots prête toujours à interprétations.On y trouve le plaisir fou de différer de son voisin.Les compteurs de chiffres, les compteurs de sous, s\u2019ingénient au contraire à se mettre d'accord.C'est l\u2019harmonie des cimetières, l'unanimité des pierres tombales.Je les imagine outrés par le manque de sérieux de ces propos, anxieux de châtier l\u2019irresponsable qui les signe ; mais une telle imagination est farfelue : ces gens-là lisent le moins possible, | et surtout pas Possibles, justement.E Mais un grave problème existentiel ne tarde pas à se poser.Même si les meilleures choses de la vie E sont gratuites, il reste toutes les autres, de loin les E. plus nombreuses.presque toutes à bien y pen- POSSIBLES ser.Alors comment j'arrive 2 Vous avez remarqué, Ke quotidien on dit « comment » et non « combien » j'arrive.Cette remarque anodine recèle la clé de l'énigme.Je réussis à m\u2019intéresser à mes sous, parfois et avec une modération exemplaire, en partant du principe que l\u2018argent ce sont des mots et non des chif- res.Je ne prétends pas m\u2019attribuer la découverte du - siècle.J'ai tout juste fait I'effort de lire attentive- | ment quelques textes d'économistes ; je préfère | d'ailleurs nettement leurs textes à leurs graphiques a et à leurs tableaux, vous l'aviez peut-être deviné.Voilà le hic : si l\u2019argent, c'était des chiffres, sa 3 valeur serait précise et fiable.Or Samuelson nous i: rappelle qu'en 1949, le gouvernement anglais a i décidé du jour au lendemain qu\u2019une livre sterling, i cela voulait dire désormais 2,80 $ et non plus | 4,02 S.Les suites sont savoureuses : John Hicks, professor of economic at Oxford, has demand for american goods affected by the deva- i luation of the pound.He finds American jazz In records have gone up (.}.So he buys less Ame- i rican jazz records : he substitutes Purcell disks.! 18 Je comprends donc que si le mot « livre sterling » i change de sens, un récepteur du message peut fort bien en modifier son rapport à la musique.On est clairement dans le monde de la qualité et non de la quantité.Mais le dénommé John Hicks est néanmoins plus tolérant que votre humble serviteur face aux chif- | fres : il l'a démontré par son orientation professionnelle.À côté de la finesse musicologique avec laquelle il a découvert qu\u2019on peut aimer à la fois le jazz et Purcell, il conserve aussi le réflexe bien 1/ Economics, New York : McGraw Hill, 1958, p.632. IBLES ofidion domly Les mots et les chiffres mathématicien d'en obtenir le plus possible pour son argent.C'est là que nos chemins bifurquent, au grand bénéfice de ma joie de vivre.Le contexte présente quelques analogies.Ce pauvre dollar canadien pour lequel nous avons renoncé à la souveraineté politique, a vu lui aussi ces dernières années sa signification se rétrécir.Si j'étais John Hicks ou tout autre personnage littéraire de Samuelson, je diminuerais ma consommation de biens et services produits à l'étranger, et j'essaierais de vendre ailleurs le plus possible de ma propre salade pendant qu'elle leur revient moins cher.La poésie des mots s'enliserait alors dans le marécage du calcul.Pour moi, il n\u2019est de calcul qui ne soit biliaire, et j'ai le foie délicat.Ce qui m'a le plus dissuadé d\u2019une telle déchéance, ce fut un manque total de synchronisation entre l\u2019histoire de mon pays et mon humble destin personnel.C'est justement en pleine période de dévaluation du dollar et de gel des salaires que je fus soudain possédé par une dévastatrice passion des voyages.Au lieu de chercher alors à « maximiser mon utilité », je me pris à prendre en grippe tous les ennuyeux objets pratiques dont il faudrait bien que je puisse me passer si je voulais assouvir mon nouveau vice.J'ai sacrifié une partie de mon niveau de vie à un délectable caprice, avec la conviction que ça vaut ce que ça coûte.Je déteste ou j'adore faire mon budget selon qu'il y est question de chiffres ou de mots.Certaines questions budgétaires me procurent l\u2019extase : par exemple, sur quoi je dois rogner pour me procurer un piano usagé, ou encore ai-je payé ma cotisation de l\u2019Union des Ecrivains québécois # D\u2019autres me font remonter la bile, dans le genre : ai-je payé ma facture d'électricité ou posté mon chèque de pension alimentaire, ou encore quelle sorte de compte rapporte le plus d'intérêt @ Je cours les spéciaux à l'épicerie.C\u2019est à un point tel que je crains parfois que la caissière me dénonce à la direction.Me trouvé-je donc pris en flagrant délit de calcul rationnel?Simple apparence : l'épargne qui en découle est une récompense additionnelle et non l'objectif poursuivi.En réalité, c'est le caractère imprévu et rotatif des rabais qui met un suspense et un élément de sur- rise dans cette monotone corvée des courses à l'épicerie.Je me souviens du jour où une copine me vit me balader avec mes coupons-primes dans les allées du supermarché.« Toi aussi » ; commenta-t-elle avec le sourire de complicité pec- camineuse qu\u2019on aurait pu s'échanger en se reconnaissant à la sortie d\u2019une salle de cinéma porno 2 Cette coquine connivence ne portait certainement pas sur le 1,37 $ que j'allais économiser, mais plutôt sur le petit rituel ludique et vaguement obsessionnel qui donnait à notre routine de consommateurs un contrepoint fantaisiste et narratif.Un autre jeu tout aussi bébé.Je n\u2018ouvre mes factures que les midis des jours ou j'ai eu le temps de terminer mes journaux le matin avant de travailler.Je ne sais jamais d\u2019avance, car il m\u2019est impossible de prévoir quels jours les journaux vont aborder des thèmes qui m\u2019intéressent et demander une lecture plus longue.Le paiement de mes factures se trouve alors à revêtir un sens, comme le plus pantouflard des bourgeois peut se déguiser en Robin des Bois à l\u2019occasion du carnaval C'est évidemment la première fois que je révèle ainsi les secrets les plus intimes de ma relation avec l'argent, le mystère de ma coexistence pacifique avec cet austère univers de chiffres.Le résultat de ma transmutation continuelle de chiffres en mots semble avoir au moins l'apparence de l'efficacité.Même ma blonde est persuadée que j'ai un côté pratique dans le fond.Mais nous avons convenu que nous ne nous disons pas tout.*50 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploif SIBLE Wien Les mots et les chiffres 6 dem Ce qui m'amène enfin à jeter bas les masques, c'est la découverte que ce mécanisme d'\u2019embellissement de la vie est loin de m'être exclusif.Lors d\u2019une grève récente, quelqu'un me faisait la remarque : « La différence entre les deux positions n\u2019est plus que de 1 % sur les salaires ; qu'ont-ils à se quereller pour si peu 2 » La question est aussi judicieuse que la réponse impossible, si 1 % veut vraiment dire 1 %.Supposez qu'il s'agisse plutôt d\u2019une façon simple et facile de nommer, soit une forte agressivité entre les deux parties, soit un plaisir qu'elles trouvent périodiquement à s'amuser au jeu de la confrontation ; supposez en d'autres termes que 1% ce soit un mot et non un chiffre.Tout devient alors beaucoup plus compréhensible.Quand mon budget me pèse et m'ennuie, c'est que je n'arrive pas à relier la dépense ou le revenu en question à une relation humaine importante, à une émotion, à une expérience agréable : les chiffres sont alors intraduisibles en mots.Aucune rentrée d'argent ne m'a jamais fait plus plaisir que de toucher mes premiers droits d'auteur ; pourtant jamais non plus je n'ai eu un aussi faible rendement par rapport aux heures travaillées.Cette somme dont la charge symbolique n'avait aucune mesure avec sa valeur numérique, je suis allé la brûler à Paris, en passant tous mes avant-midis à écrire dans ma chambre d'hôtel.Je m\u2019y redisais sans cesse avec une irrépressible envie de rire : je suis dans cette ville de culture parce que j'ai écrit et publié.je me suis payé un séjour dans cette ville de mots en travaillant moi-même sur les mots.Peut-être ma blonde a-t-elle raison : peut-être est- ce là une façon bien pratique de voir les choses ! peut-être les gens les moins pratiques sont-ils ceux qui ne voient dans les chiffres que les chiffres ! peut- être que ce sont les mots qui sont concrets et les chiffres qui sont abstraits ! Autre souvenir inoubliable.Je m'étais rendu au souk de Marrakech à reculons et parce que la ville By n'offrait guère d\u2019autres activités, convaincu que je POSSIBLES n'aime pas magasiner et qu'il est contraire à ma Ke quotidien oi nature de marchander.J'ai découvert stupéfait que l'enjeu du marchandage n'était pas le prix de la marchandise, mais l'intérêt qu\u2019on avait ou non à prolonger un contact.La meilleure aubaine nous est venue d\u2019un grand Berbère nationaliste s\u2019intéressant au Québec et à la poésie.Le prix consenti était essentiellement un mot d'amitié.Aller chercher d\u2019autres mots Vu sous cet angle, s'enrichir revient à enrichir son vocabulaire.Ca commence presque à avoir du sens.Arlette Cousture veut dans un passage de Les filles de Caleb exprimer le plus creux de la détérioration entre deux conjoints et elle écrit : ; « Elle se murait dans son silence ».À beaucoup de périodes de ma vie, je me suis muré dans mon silence pour tout ce qui regarde les mots relatifs à l\u2019argent : je refusais le commerce de mes semblables aux deux sens du terme.Mon austérité était une forme d'isolement volontaire, agressif.Ce n\u2019est pas our rien que de nos jours, on dévoile moins facilement les secrets de son budget que ceux de son anatomie.Ils disent sur nous des choses moins montrables.Si j'en parle maintenant, c'est que je commence à en sortir.Je commence à trouver que je manque de mots pour dire certaines choses qui s'expriment en dollars.Et j'ai le goût d\u2019aller chercher d'autres mots, pour en avoir plus à dire.D'écouter l'argent me dire des choses inédites.L'argent que je gagne d\u2018abord\u2026 pour dépenser ensuite avec un vocabulaire plus riche ! Pour la première fois dans ma vie, je tiens mordicus à ce que mon investissement dans le travail rapporte de l'intérêt.: qu\u2019autrui s\u2019y intéresse.Pour éviter que mes ressources se dilapident ! J'en 152 IBLE elidigy sd en Les mots et les chiffres LEE EE OR ES PTE ai vu plusieurs faire faillite.Albert Brie décrit la dynamique plus générale en vertu de laquelle le « burn out » leur est advenu : « Nos petits bobos deviennent insupportables quand personne n\u2019y porte intérêt ».Travailler pour les murs n'en vaut pas la peine\u2026 car peine il y a, et elle exige compensation.Certains mots signifient que cette compensation en vaut la peine.Ces mots ressemblent à des chiffres, mais ces chiffres ont l'éloquence du langage de l'appréciation.« Le prix que je te donne est la mesure de mon intérêt pour le bien que tu fabriques, le service que tu rends ».Quelqu'un qui reçoit un tel message est-il exposé au « burn-out » 2 Quand l'argent lui-même finit par se déprécier, combien de labeurs humains a-t-il d'abord dépréciés avant que ça ne lui retombe sur le nez \u20ac J'aurai plus de choses à exprimer dans l'argent que je dépense si je comprend mieux ce que raconte l'argent que je gagne.Or lorsque je suis payé pour la place que j'occupe dans un organigramme, pour les rouages et les règlements que je fais fonctionner, pour ma docilité face au pouvoir organisationnel, mon chèque de paye me parle dans des mots que je ne comprends pas.Je ne comprends pas qu\u2019on m'apprécie pour ça! Dépenser cet argent ensuite m'oblige à parler avec des mots que je n\u2018endosse pas.Alors je ne me reconnais pas dans ce que je dis.Comment alors trouver au moins de l'intérêt dans mon for intérieur ?Brie l\u2019a dit tout-à-l\u2019heure : en laissant mes petits bobos devenir insupportables.Au moins me raconter à moi-même quelque passionnant mélodrame sur mon propre compte.Malheureusement ça appauvrit le vocabulaire.La maladie des chiffres contamine les autres mots, ils se névrosent, il se rétrécissent, ils cessent de se reproduire.C'est là un drame réel, plus tragique que le mélodrame imaginé. Je me mets donc à essayer une recette pour tenter de réconcilier les mots et les chiffres dans ma vie.Offrir sur le marché ce que moi-même j'apprécie le plus en moi.Recette bouleversante : ce que j'apprécie le plus en moi appartient au monde du risque et je me cramponne à la sécurité d'emploi ; j'adore la création et le changement, et je gagne ma vie dans des postes bien définis à appliquer des systèmes déjà tout constitués.Mon chèque de paye commence à me dire des mots que je comprends.Il me dit : « Tu ne trouves pas qu'il serait temps de faire le point sur notre relation 2 Il me semble que nous n'avons plus grand-chose en commun.Peut-être vaut-il mieux nous rendre notre liberté, et tenter chacun de refaire nos vies.C'est mon dernier mot.Je te laisse aller chercher d\u2019autres mots, où bon te semble ».POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi BE E fier 1 $ omy Café Instantané \u2018 | \u2014 Vraiment, j'étais décidée à ne plus chercher, ne plus cruiser, ne plus attendre, ne plus.À cause Ë des MTS qui circulent et s\u2019infiltrent partout.Mais E surtout à cause des gars, qui sont tous des crétins.R Depuis que je les fréquente, je n'en ai pas trouvé § un encore qui ne finisse pas par me tomber roya- ; lement sur les nerfs.Ces derniers temps, ils sont plus 4 insupportables que jamais.Ils nous parlent d\u2019une i seule chose : leurs enfants.Sous couvert de nous i faire partager leur paternité amoureuse, ils se vengent des femmes en général et de leur ex-femme en particulier, et nous entretiennent inlassablement 1 des sourires et des couches de leurs bambins sans E jamais, entends-tu, jamais s'inquiéter de ce que nous vivons, nous, de ce que nous sentons, éprou- ; vons, mangeons ou lisons.Ils se fichent de nous E comme de l'an quarante.C'est comme si on n'exis- Ë tait pas.Ce sont des pères, eux ! Hola, attention ! Que savons-nous, nous, célibataires plus ou moins E ramollies, des charmes et vicissitudes de ce noble métier @ Ils ont appris à faire des soupes, ouvrir ; des boites de spaghetti, couper le fromage en fi petits morceaux.C'est grave.Quand ils ne nous E invitent pas à déguster le pâté de canard confec- .tionné avec le plus grand soin pour l'agrément du bébé de deux ans.Touchant, non @ \u2014 C'est pour me dire tout cela que tu me téléphones 2 MR NE ET TT \u2014 Mais non, c'est pour te dire qu\u2019il m'arrive quelque chose d\u2019absolument extraordinaire, quelque chose que j'avais à peu près éliminé du domaine des possibles, bref que je n\u2019espérais plus.\u2014 Tu as rencontré l\u2019homme de ta vie ! \u2014 Tu sais bien qu\u2019à trente-cinq ans, on ne dit plus ces mots-là.Mais, crois-le ou non, effectivement, je suis tombée en amour.\u2014 Quand?\u2014 Avant-hier, à dix-sept heures cinquante-cinq exactement.C\u2019est Maryse qui m'a suggéré de t'appeler.Elle dit que tu as déjà écrit une histoire qui ressemble à la mienne.Elle dit aussi qu\u2019il vaut mieux que je ne la lise pas tout de suite.Mais mon histoire à moi est tellement formidable qu'il faut absolument que j'en parle.Je me demande à chaque instant si je ne rêve pas.\u2014 Est-ce que ça s\u2019est passé dans un bar, toi aussi \u20ac \u2014 Pas exactement.Je l'ai rencontré au Café Instantané, un endroit où je vais souvent, vers cinq ou six heures du soir, prendre une bière avant de rentrer chez moi.Comme j'habite seule, j'aime bien aller lire mon journal au comptoir en fin de journée.J'y retrouve toujours quelques copains que je ne vois jamais en dehors du Café, mais avec qui je cause et fais des blagues.Avant-hier, je suis arrivée un peu plus tôt que d'habitude.Il y a une grève dans la boîte où je travaille.Une alerte à la bombe nous a obligés à quitter les lieux rapidement.J'ai à peine ouvert le porte du Café que je l\u2019aperçois, lui, installé à un bout du comptoir.J'ose pas vraiment le regarder.Mais je le vois quand même et ça me fait un coup au coeur.Deux places sont vides à côté de lui.J'hésite.Je ne peux pas m'installer comme ça, de but en blanc, sur ses genoux.Je prends la deuxième place, laissant un siège vide 56 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi 5 iden demgy Café Instantané entre lui et moi.Je me commande une bière.Des amis me saluent.L'un d'eux vient mettre son manteau sur le siège vide et me demande de lui garder la place quelque temps.Il ajoute que je peux l'utiliser si quelqu'un d\u2019intéressant se présente.Ca peut me servir dans les deux sens.Il a à peine tourné les talons qu\u2019un gars à l'air platte me demande si la place est prise.Je dis : « Vous voyez bien que oui, il y a un manteau.» ll insiste.Il a l\u2019air collant pas-pour-rire.|| m'énerve.Je lui dis : « Alors, prenez ma place si vous y tenez.» Il croit que c'est une farce, mais je suis sérieuse.Je prends ma bière, je me lève et lui laisse mon siège.Je vais m'adosser au mur un peu plus loin.Qu'est-ce que je ne vois pas alors \u20ac L'autre, le vrai, le séduisant, l\u2019authentique, qui me regarde et qui rit.Il a suivi toute la scène depuis le début, m'a vu agir et me trouve drôle.Ses yeux sont pétillants d'humour.Je ris avec lui.Et puis il est si beau.\u2014 Beau comment 2 C'est quoi un beau gars pour toi \u20ac \u2014 Quand je dis qu\u2019il est beau, je veux dire qu'il a lair bien dans sa peau, qu'il a l\u2019air cool comme c'est pas possible.Quelqu'un d'autre le trouverait peut-être ordinaire, mais moi, j'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi décontracté.En plus, il a une fossette sur la joue droite.\u2014 Ensuite, qu'est-ce que vous avez fait \u2014 On a pris une bière, puis une autre.Il ma demandé si j'étais d'accord pour que nous allions manger ensemble.Evidemment que j'étais d\u2019accord.On est allé acheter une bouteille de vin puis on s\u2019est assis dans un restaurant du quartier pour une bonne partie de la soirée.On a parlé, parlé, parlé.Il connaît Pierre et Francine que je connais aussi.On a fait exprès pour ne pas avouer tout de suite nos métiers.J'ai su seulement qu\u2019il est un père avec garde partagée, qu'il doit passer la fin de semaine avec son fils chez ses parents à la campagne.Lui au moins il n\u2019est pas marié.Tu sais ce qui est arrivé à Claire ?\u2014 Elle est en amour elle aussi?\u2014 Comment l\u2019as-tu deviné 2 Oui, elle avait rencontré un type formidable alors qu'elle était en vacances dans le sud.Il était marié, mais prenait ses vacances tout seul.C\u2019est la preuve qu'il n'était pas marié tant que ca.Ils se sont revus plusieurs fois et voulaient vivre ensemble.Un jour qu'il était en voyage avec Claire, sous prétexte d'assister à un colloque, il reçoit un téléphone de sa femme : elle a une sclérose en plaques.Claire est découragée.J'ai beau lui dire que ce n'est pas de sa faute.Elle se sent coupable.Et puis.ca peut étre long.\u2014 Ça peut durer dix ans.Enfin, moi, cette fois- ci, j'ai de la chance.A un moment donné, juste avant le dessert, je lui ai dit que je le trouvais beau.Il m'a répondu que la première chose qu'il avait remarquée, en entrant dans le restaurant, étaient mes yeux, que j'avais de très beaux yeux.Il a dit qu'il avait envie de m'embrasser.On s'est embrassés en plein restaurant.C'est vraiment pas dans mes habitudes.Tu sais comment je suis réservée, assée une certaine limite.On s\u2019est ensuite posé la question à savoir si on allait chez moi ou chez lui.Je ne sais plus qui a posé la question, mais cela n'a pas d'importance.On a choisi d'aller chez moi.C\u2018était plus simple.Je suis pourtant pas une fille comme ça.Tu me connais.Il est parti tôt le matin pour travailler.I! m'a laissé sa carte.Dans l\u2019après- midi, je lui ai téléphoné pour vérifier s\u2019il existait.On a bavardé pendant une heure au téléphone.Puis j'ai appelé Maryse.Elle dit que s\u2019il est si beau que cela, je dois pas être la seule.Ca m'a un peu énervée.Hier, je suis retournée au Café Instantané.J'avais l'air si rayonnante, je cherchais si peu que je me suis fait offrir plusieurs dîners.C'est toujours \u201c58 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi 8 12 3 den Café comme ça.Quand je pense que j'avais mis mon om Instantané tricot le plus moche, que je n\u2019étais méme pas coiffée et qu\u2019en plus, je portais mes plus vieux dessous, des petites culottes grises avec des rayures roses comme il ne s\u2019en fait plus.\u2014 As-tu un autre rendez-vous \u20ac \u2014 ll a dit qu\u2019il me rappellerait lundi, qu'il souhaitait me revoir.J'attends. eee _ po coon oe em _ a on ee ee Lo.psa Lames A oe a os Pr.oe Lo ero pr Bra =r os en Cr pia a CE ITEC rr mis PS a AOR = S WN nN SER nN 2 Nh .$ $ S = ss HB D a À SE # $ NN RE 5 HK ca , § x 1 a i \\ 3 | 3 x 4 NN IR Canadian photographi oC\u201d de di XB .AEE Photographi Bh %e ea 3 e noi .a po 9 8°\u2019 ne OUTRE 3 SR Portefolio x 10\u201d Raymonde April 1986 Vancouver c Portfolio Society publiées par x photographies r et blanc 1986 Les temps satellites 8 oa 2) on um -.A Fa rea on A ps po Cy a Cel CPE TE HE ey PO wd ey = Te Pvt => _ SAE oo Po 2 Erie = PO TEE \u2018 ene Ee Et ay TE = ETES © POS I EEE PEN ARS 2 = ja IN tl Lo = Ba vo J ccd I gat - Cora a ee nae ares = ses cac Sra] X 5 ca 7 3 se Eee FRANCINE DERY Le téléphone rouge Mercredi \u2014 Allo, c\u2019est toi 2 \u2014(.) \u2014 J'en ai assez de chercher du travail intéressant sans en trouver.Au moins, si c'était l'été.Mais non, l'automne est arrivé avec ses menaces de grisaille.\u2014 (.\u2026.) _ \u2014 Etton ordinateur, as-tu réussi à le contrôler 2 À propos, j'ai eu une discussion assez serrée avec B, hier soir.Il ne jure que par les vertus et les pitons de l'électronique.Le progrès pour le progrès, sans prévoir l'effet boomerang.On s\u2019est un peu engueulé.Tu me connais, n'est-ce pas?Le très rationnel, pour moi, très peu.Nous avons échangé quelques propos sur l\u2019art, la création, les prouesses et l'évolution du cerveau humain.J'ai exprimé mes craintes face à la menace d'atrophie du cerveau des enfants, et devant la paresse intellectuelle des lecteurs de petits journaux à grosses sensations et puis, vlan! on s'est affronté.\u2014 (.) li ; pi i ii: ii Ri 1: IN +H Bl: Bi 4 i \u2018 RE it Bin Bot SERRA NET) Re \u2014 Certes, tu as raison, nous ne sommes pas sur la même longueur d'onde.Par exemple, B essaie de me convaincre que la vidéo est un art.Je dis que le cinéma est un art, le septième.La vidéo est son dérivé.La vidéo, c'est pratique.Le Cinéma, c'est Fellini.Comme l\u2019exprime si bien S, le cinéma, c'est la tomate et la vidéo, c'est le ketchup.Le problème, c'est qu'on essaie maintenant de faire une tomate à partir du ketchup.Je t'épargne la suite des discussions qui ont porté sur la couche d'ozone, les pluies acides, Silicon Valley et ses mortelles retombées.Moi, je suis avec Godbout à la fin d\u2019une histoire américaine, qu'ils brûlent, ces labos concocteurs de fins du monde.Allo, tu es là @ Tu me suis 2 \u2014 (.\u2026.) \u2014 Je suis en faveur de toute découverte qui contribuera à l\u2019évolution et à la marche en avant des sociétés humaines.\u2014 (.) \u2014 Tu dis que ce n'est pas aussi simple que ça 2 En ce qui me concerne, l'artiste créateur, visionnaire et un peu fou l'emporte sur l'être rationnel et mathématique.Ces amateurs de progrès pour le progrès rêvent (ceux-là rêvent aussi !) de reproduire un cerveau humain parfait, illimité, une sorte d'être synthétique ayant enfin accédé à l'immortalité.Merci pour moi.Pour en arriver là, je songe qu'il faudra d'abord prévoir l\u2019abêtissement des masses humaines.\u2014 (-) \u2014 Mais non, je ne m'énerve pas, je grogne tout simplement.Zut ! déjà trois heures et je n'ai pas fait les courses.Et puis, je dois passer à la poste.Encore un \u201c64 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi : Le CV à expédier.En trois semaines, j'ai posté vingt- E ; téléphone plot rouge TTOIS curriculum vitae.Ça me coûte cher en timbres, y en enveloppes et en photocopie.En tout ça pour E rien, je le sais bien.Jamais de réponse.bi Le frigo est vide, je n'ai même pas faim et c'est ; plate.Salut, je t'appelle demain.Jeudi SE RO STL LES \u2014 Allo, comment ca va?\u2014(.) \u2014 Ah bon, un problème d'imprimante \u20ac C'est sérieux @ De toute façon, ton ordinateur ne te sert qu\u2019à imprimer des copies de ton CV.Crois-tu obtenir le contrat de MNM 2 Tu en aurais pour quatre mois de travail sur ce texte, peut-être plus.Mais i non, la chance, ce n'est pas pour nous.ih } A \u2014_ hl cee eu Ze Ki \u2014 Défaitiste, moi ¢ Non, réaliste.b ~(-) i \u2014 As-tu regardé « Le Point », hier soir2 A les 5 entendre, l'enfer est ailleurs.Simon Durivage affir- i mant que les visages sont tristes à Moscou.Gros plan sur un autobus.Dans l\u2019autobus, des travailleurs qui entrent chez eux après le boulot.Personne ne rit, c'est évident.J'ai déjà observé les visages dans l\u2019autobus 80 qui remonte l'avenue du Parc vers le nord, à cinq heures.On n\u2019y rigole pas non plus.\u2014 (.) \u2014 Aller vivre là-bas ?Pourquoi @ Jamais ! C\u2019est étonnant, chaque fois que je passe une remarque sur Moscou et ses satellites, on me propose tout nr ty pwr 65 de suite d'aller m'y installer.Pourtant je me suis POSSIBLES ; souvent exprimée sur Paris, New York ou Singa- Le auetidien ig P , \u2019 , g Modes d'emploi pour, et personne n'a jamais songé à m\u2019y expédier.Mais pour Moscou, allez savoir pourquoi.\u2014 \u2014 Bien sûr que je ne tiens pas à faire la queue chez le boucher après le travail, comme à Moscou.Mais, si tu crois que c'est drôle de se retrouver seule chez Steinberg, à deux heures de l\u2019après- midi, un mardi d'automne, pendant que les autres travaillent.Moi, je chôme et je déteste tout ce temps disponible pour acheter des provisions dans un trop vaste supermarché.\u2014 (.\u2026.) \u2014 Contradictoire, moi # Sache qu'un travailleur triste est un travailleur triste et qu\u2019une chômeuse malheureuse est une chômeuse malheureuse.Rien ni personne de parfaitement lumineux.Rien ni personne d\u2019absolument noir.\u2014 (.) \u2014 Oui, oui, je sais, c'est moi qui l\u2019ai voulu, ce temps libre.Pour écrire.Maintenant, je ne sais plus.L'écriture ne se commande pas comme des oranges et ne rapporte pas comme le pétrole.Oh, à ropos d'écriture, je suis passée à la librairie X, hier et je n'ai pas trouvé le livre que je tente d'obtenir depuis des semaines.Le vendeur m'a raconté qu'il ne garde en rayon aucun titre de cet auteur, étant donné la trop faible demande.Je devrai donc traverser la ville pour aller quérir ce titre dans une librairie encore digne de ce nom, paraît-il.Aujourd\u2019hui, à Montréal, un vrai libraire est un héros.Dis donc, pour dimanche, ça marche toujours 2 On part à la campagne 2 Le téléphone rouge \u2014 (.) \u2014 Bonne idée, très bonne idée.On pourra escalader et faire un pique-nique au sommet de la montagne.Que j'aime ces moments d'équi-libre absolu entre ciel et terre.Je serai un arbre sous le bleu cru du ciel, jaloux de mes couleurs automnales, le rouge pour naître et me répandre en amont du Richelieu, le jaune, pour accentuer le blé de ma folie, unique assassin de toutes les impostures.Bon, je te laisse, c\u2019est l'heure de la promenade du chien.Pour dimanche, j'achèterai du foie gras.Si seulement, il pouvait faire beau.Vendredi \u2014 Salut toi, je t\u2018annonce une grande nouvelle.J'ai décidé de demander une bourse au gouvernement.\u2014 (.) \u2014 Pourquoi faire 2 Sapristi, pour écrire.Tu vois, méme toi que je connais depuis vingt ans, tu oublies que j'écris.Triste condition des poètes, des écrivains.Trop souvent, dans la tête des gens, rémunérer le travail d'écriture équivaut à voler l\u2019argent de l\u2019État.Ou encore, les poètes, ces fous, vivent à même les impôts payés par le pauvre monde.\u2014 (.) \u2014 Comment j'exagère ® Je n'exagère jamais.Enfin, si peu \u2026 L'écriture poétique est un travail difficile, envahissant, révélateur et envoûtant.Poésie de toute QE RA A ENS urgence et dérangeante.Les complices du langage POSSIBLES alchimique se font rares.Les machines veillent au Le quotidien nivellement des masses et à l'élimination graduelle des dangers d\u2019explosion.Modes d'emploi DANGER, poètes au travail.Je serai un arbre.Je prolongerai mes racines détonatrices jusque sous vos soumissions.Je déploierai mes branches au-dessus des métropoles et banlieues, et sur mes feuilles, je vous écrirai qui je suis et pourquoi je vis.\u2014 (.\u2026.) \u2014 Et aussi pourquoi je grogne.En attendant, je vais au cinéma ce soir, tu m'accompagnes 2 \u2014 (.) \u2014 C'est ça, regarde la télé, comme d'habitude.J'irai seule au cinéma.\u2014 (.\u2026.) \u2014 Le titre du film?« Moscou ne croit plus aux larmes ».Et c'est tant mieux pour eux.Qu'ils grognent, les Russes. 8 den aml LEP VC LICE AN NN ANA AO MARCEL FOURNIER L'agenda : mode d'emploi ou mode de vie Lorsque, hier, Suzanne M.m'a rappelé que je devais remettre dans une semaine mon texte pour le prochain numéro de la revue consacrée à la vie quotidienne, j'ai difficilement pu cacher mon étonnement : « Déjà ! Il est vrai que je n'avais pas indiqué dans mon agenda la date de \u2018\u2019tombée des textes\u2019\u2019\u2026 » Mais à quoi cela aurait-il servi d\u2019inscrire dans mon agenda une telle « obligation » ?L'inspiration suit un mouvement difficilement déterminé par une quelconque organisation rationnelle du temps.Pendant longtemps, je n'ai pas utilisé d\u2019agenda : j'inscrivais les dates, heures et lieux des rendezvous sur de petits bouts de papier que je laissais sur une table de travail déjà fort encombrée ou que je glissais négligemment dans ma poche.Dans l\u2019ensemble, grâce à la mémoire, le système fonctionnait bien.Sauf évidemment quelques oublis, de fréquents retards.et certaines « surprises ».Par exemple, d\u2019avoir au même moment dans des lieux différents deux rendez-vous que je ne pouvais respecter à moins de jouir du don d'ambiguïté.69 RER ERA SARIS = a aad .gir = a rot oot iy Il y a trois ans, je me suis enfin procuré un agenda.Au département, les secrétaires étaient ravies, et mes collègues, perplexes.Tout ne s\u2019est pas amélioré du jour au lendemain.À ceux qui s\u2018étonnaient de me voir utiliser un agenda alors même qu'ils connaissaient toutes mes difficultés à « gérer le temps », je répondais mi-sérieux mi- blagueur : « Hier, j'oubliais de me présenter à des rendez-vous parce que je n'avais pas d\u2019agenda.Aujourd'hui, je les oublie parce que je néglige de le consulter ».Mais force est de reconnaître tous les avantages qu'offre l'emploi d\u2019un tel mode de planification du temps.D'abord l'agenda fournit tous les gages du sérieux.|| y a dans nos sociétés contemporaines deux catégories de personnes : celles qui possèdent un agenda et les autres qui n'en possèdent pas.Cette distinction correspond, dans une large mesure, à la décision sociale du travail qui oppose, pour reprendre l\u2019analyse du sociologue français Maurice Halkwachs, ceux qui travaillent avec des humains (travail intellectuel) et ceux qui travaillent sur la matière (travail manuel).Au sein de la première catégorie, s'établit une hiérarchie qui se traduit souvent par la taille de l\u2019agenda.En devenant Président de la Fédération des associations de professeurs des universités du Québec (FAPUQ) ; j'ai moi-même abandonné le petit Quo Vadis Randonnée pour adopter le plus grand format Le Principal.Et bientôt ce sera le petit ordinateur-agenda de poche ! Si l\u2019on voulait mesurer le capital des relations sociales d\u2019une personne et établir son pouvoir, il serait possible d'utiliser comme indice le nombre de rendez-vous qu'elle prend au cours d\u2019une semaine ou d\u2019une journée.Qui n'est pas impressionné de se faire répondre, lorsqu'il sollicite un rendez-vous auprès d\u2019une personnalité politique ou autre, qu'il ne peut être reçu avant deux ou trois mois ?D'ailleurs qui veut présenter une image de sérieux regarde son agenda avant de donner un rendez-vous et réfléchissant à haute voix, il déclare : « Hum ! Cette semaine, ce n\u2019est pas possible.Peut-être la semaine prochaine.POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi hiattitests bedidididtiSitditid idthtierpialablititie J'ai un trou mercredi après-midi entre 4 heures et 5 heures.» Qui veut être bien vu doit apparaître « occupé ».Lorsque dans le cadre du récent débat sur la « tâche du professeur d'université » | des collègues universitaires se sont sentis attaqués, ils ont vivement réagi : « Nous travaillons en moyenne plus de cinquante heures.Nos soirées, nos fins de semaine y passent ».Et comme preuve de leur emploi du temps, certains ont présenté leur agenda « lourdement chargé » : cours, rencontres d'étudiants, réunions de département, jury de thèse, multiples conversations téléphoniques, etc.Qu'en est-il aujourd\u2019hui de ce privilège dont semblaient bénéficier les professeurs et qui était d'avoir du temps libre ou tout au moins de pouvoir gérer eux- mêmes leur emploi du temps \u20ac De « petit entrepreneur » qu'il était, l\u2019universitaire est devenu un employé comme les autres et il ploie sous tout un ensemble de contraintes institutionnelles.À l\u2019intellectuel-professeur s\u2019est substitué le professeur- fonctionnaire : le premier rêvait du « grand soir » et brandissait le petit Livre rouge de MAO pour défendre ses idées ; le second se rend chaque matin à son bureau et il consulte son agenda pour s\u2019assurer qu'il respectera les divers engagements pris.L'agenda est un excellent outil de mesure et de gestion du temps, mais comme tout instrument de même genre (calendrier, horloge), il implique et détermine un rapport au temps, aux autres et à la vie.Le temps n\u2019est plus libre, il est organisé avec un découpage des semaines et des journées en des périodes d\u2019une durée clairement délimitée.De linéaire qu\u2019il pouvait être, le temps devient cyclique : la vie n\u2019est plus une suite irréversible d'évé- 1/ FAPUQ, Les professeurs d'université.Profil socio-académique et charge de travail, Montréal, juin 1987 ; L'Intersyndicale des professeur(e)s des universités québécoises, Les tâches des professeur(e)s d'université, mars 1987.71 nements inattendus », mais la répétition d\u2019activités déjà connues \u201c.Rien de plus monotone qu\u2019une existence vue et corrigée par un agenda.Pour chacun d\u2019entre nous, la préoccupation est moins d'insuffler à sa vie une direction, un sens que de lui donner une organisation.L'agenda Quo Vadis suggère que les rendez-vous se donnent du lundi au samedi compris, qu\u2019une journée de travail commence à huit heures le matin et se termine à vingt heures le soir et que la durée d\u2019un rendez-vous ou d'une activité se découpe en courtes périodes de demi-heures ou d'heures.De plus, une journée bien remplie comprend diverses activités : téléphoner, écrire, voir et faire.A l'emploi de l'agenda correspond donc un mode de vie qui est celui-là que souhaite toute bonne organisation bureaucratique pour chacun de ses membres.l'agenda est si étroitement associé à l\u2019esprit d\u2019{auto) discipline que l'on s\u2019en sert aujourd\u2019hui dans les institutions scolaires comme instrument de formation ; en début d'année, plusieurs écoles, dès le niveau du secondaire, offrent à leurs élèves un « agenda scolaire » et les invitent à prendre la bonne habitude d'y inscrire les diverses obligations (cours, examens, activités para-scolaires) qu'ils doivent assumer de semaine en semaine.L'élève l'utilise pendant quelques semaines pour ensuite l\u2019abandonner, soit qu'il se fie aux habitudes déjà prises soit qu'il préfère la formule de l'échange informel d'information entre copains.De toute façon, l'autorité familiale et scolaire est toujours là pour lui rappeler les échéances qu\u2019il doit rencontrer et si nécessaire, le ramener à l\u2019ordre.Des auteurs de bandes dessinées (Astérix, Gaston, etc.) ont eu l\u2019heureuse initiative de mettre sur le marché des agendas décontractés avec dessins, cari- 21 Au sujet de cette distinction, voir S.J.Gould, Time\u2019s Arrow Time's Cycle, Mythe and Metaphor in the Discovery of Geological Time, Cambridge, Harvard University Press, 1987.\"72 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi 5 L'agenda : catures et blagues.L'élève apprendra qu'il peut E d A LG Zz * a mode être sérieux sans se prendre au sérieux.emp d'emploi ou A.mode E de vie À 6 LUNDI AVRIL (04) Tx:96 NOTES POMINANTES 4 y - Bl 1e a 8 EL (Re T oS Hn, H wads Loven SAS SIA i ; 29> za.8 > Ll aren Hi.rose pty | A = fi DOMINANTE* 7 MARDI AVRIL (04) Tx:97 NOTES 8 MERCREDI AVRIL (04) Tx:98 le dry «mp es 7s mer 7, v bat breghani [mye I>.S 344 \u2019 «> So Kb; vase ad 8) H Ie Voir ee Gh \\ i PR Bi - Bil fi.i IR: bu (01) JANVIER 1987 (02) FEVRIER 1887 (03) MARS 1987 (04) AVRIL 1987 rs S|L MM J D S| L MM J V S D S|L MM +; V S D Ss|L M M s o A: 1 1 2 3 4 5 1 9 1 14 1 2 3 4 5 2 5 6 7 8 9 1011 6 2 3 4 5 6 7 8 10 2 3 4 5 6 7 8 15 © 7 8 5 10 11 12 3/12 13 14 15 16 17 18 7 9 10 11 12 13 14 15 1\" 8 10 11 12 13 14 15 16| 13 14 15 16 17 18 19 4|19 20 21 22 23 24 25 8|16 17 18 19 20 21 22 12) 16 17 18 19 20 21 22 17| 20 21 22 23 24 25 26 526 27 28 29 30 31 923 24 25 26 27 28 13| 23 24 25 26 27 28 29 18| 27 28 29 30 14| 30 3% quo vadis Certains ont tout à fait raison de se méfier de l'agenda.De technique de contrôle de soi, ce petit livre peut en effet, lorsqu'il tombe entre les mains TT des autres \u2014 du policier, un amant jaloux, etc.\u2014 se transformer en terrible instrument de domination (de soi par les autres).Le carnet d'adresses et l'agenda sont, parmi les premiers objets personnels dont est dépossédé celui qui, pour un acte ou une activité criminelle, est mis en état d\u2019arrestation.Dis-moi qui tu fréquentes (où et quand) et je te dirai vi tu es (et si tu es coupable de quelques méfaits).I nous faut donc parfois ruser : ne pas inscrire des rendez-vous importants et en imaginer d'autres, inventer des personnes et des lieux, griffonner des noms et des numéros de téléphone incompréhensibles.De cet instrument par excellence de la norme qu'est l'agenda, il est aussi possible de s\u2019en servir pour affirmer sa propre identité, ses convictions profondes ou ses goûts personnels en se procurant, pour ne donner que quelques exemples, l'agenda des femmes, celui de la CEQ ou celui du magazine OVO.Il importe donc moins d'abandonner l'agenda que d'en subvertir l'usage.Et, pourquoi pas, si, de sa vie, on veut en faire une oeuvre d'art, commencer par donner à son agenda l'allure d\u2019un « livre d'artiste » 2 L'historien de demain ou tout collectionneur d\u2019agendas pourra y trouver non pas seulement le souvenir d\u2019une vie quotidienne routinière (plus ou moins) bien remplie mais aussi des traces d\u2019une certaine créativité.POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi LES dien lenpl M à A travers.le trousseau de clefs Deux clefs de moins dans mon trousseau ce matin.J'ai l'impression que la vie s'arrête, que tout s'écroule.J'ai su hier « qu\u2019on ne retenait plus mes services à la faculté ».Aujourd'hui je n'existe plus pour personne ici.Je transmets deux clefs : celle de mon bureau là-bas, tout au fond du couloir, et celle du secrétariat à l'entrée.Je regarde les collègues, ceux et celles que je connais bien et ceux que je connais moins bien et la vie, malgré tout, semble continuer.On est abasourdi ; personne ne comprend ce qui se passe.Qu'est-ce que ça veut dire un licenciement pour des raisons financières alors qu\u2019à notre connaissance, notre faculté est la seule de toute l'institution à servir ce genre de médecine ¢ Que régleront quelques licenciements eu égard aux dizaines de millions de dette de l\u2019université \u20ac Quelle entreprise universitaire ne rencontre pas actuellement les mêmes problèmes financiers 2 Les licenciements (sans critères objectifs minimaux) remplacent-ils désormais les autres moyens d'éliminer des employés qui ont une permanence.¢ Car dans les autres cas des preuves doivent être présentées.Ici, pas de preuves ! Comme par magie on peut faire disparaître qui on veut, comme on veut, quand on veut.(« On » n'étant nul autre que l'arbitraire patronal).Mais, pourquoi.pourquoi moi? Pourtant, quand j'ouvre les yeux, la vie semble POSSIBLES hr continuer.Il m'arrive de voir ici des gens rire et sou- A oi he rire et je trouve cela extraordinaire.Etre encore capable de rire ; pouvoir encore sourire.Savoir, comme la semaine derniére, (et avec quelle certitude !) que j'appartiens à une équipe professionnelle, que socialement j'existe, que j'ai un rôle social à jouer, une fonction à assumer.Recevoir des étudiants ou des appels d'étudiants, préparer des avis, signer des dossiers, appeler des professeurs, constituer un dossier, participer ou conduire une recherche, intervenir.Sont-ce des fonctions si privilégiées 2 Oui, sans doute, puisque le deuil m'apparaît aussi important.Il faut dire que je suis de la génération des étudiants des années \u201960, celle qui a généralement eu des ouvertures assez faciles dans le champ de l'emploi.Et comme j'ai toujours beaucoup investi au niveau professionnel, j'ai aussi toujours été appréciée et re-connue même si j'ai parfois été dérangeante pour les technocrates des organisations dans lesquelles j'oeuvrais.Je crois que ce deuil de l'appréciation et de la re-connaissance, c'est le deuil le plus important dans la disparition de ces deux clefs.Il y a aussi la fin possible de ces complicités que nous avons développées : Crise et/ou éducation permanente., Animation en milieu éducatif, la participation des partenaires au Conseil de programme, l\u2019interdisciplinaire, les programmes à transformer, le Réseau international de Recherche- action-formation en éducation permanente, le regroupement des responsables Multi-F (groupe de femmes visant à promouvoir la place des femmes et des études féministes à l\u2019université), Genève, l\u2019histoire de vie et un nouveau rapport au savoir, l'imaginaire et les possibles.Des rencontres, du travail acharné, beaucoup de temps, mais aussi des liens, des découvertes et un soutien de personnes 7776 A travers.le trousseau de clefs significatives dans mes champs de recherche et d'intervention.Ces portes sont désormais verrouillées.Ce qui m'est encore le plus difficile, c'est de ne pas comprendre.Si je savais que cette opération était rationnelle et indispensable pour la survie de l'institution, je comprendrais et j'accepterais.C'est l'arbitraire qui est le plus insupportable ici.« Allons! tous les moutons dans le prél.préparez-vous.Toi, tu vieillis : à l\u2019abattoir ! Toi, tu maigris depuis un moment, tu ne broutes pas assez ! À l\u2019abattoir !.Et toi là-bas, tu bêles parfois de façon à nous agacer.À l\u2019abattoir ! Eh! le grand derrière, tu n'es pas du bon côté de la clôture! À l\u2019abattoir! Et toi, là-bas, qui broutes ardemment et confortablement aux frontières du pré, tu n'étais pas autorisée ! À l\u2019abattoir! » Comment aurais-je pu, ne serait-ce qu'un moment, m'imaginer, que cela pouvait arriver Ÿ que la liberté de pensée et d'action n'était que factice, même et peut-être surtout à l\u2019Université ?Que ce lieu de formation au pouvoir doit lui-même être un lieu d'exercice du pouvoir, du plus arbitraire au plus légaliste.Et, de facon éhontée, sans un minimum d'élégance ?Comment concevoir qu'après avoir véritablement tenté de bien remplir ma tâche, après avoir investi une partie importante de mes énergies dans ma fonction, je sois évacuée de façon aussi terrifiante ¢ Et ce, en sus, au retour d'un congé d'études qui devait théoriquement me rendre plus pertinente pour ma fonction.Je soupçonne d'ailleurs que, sans ce congé d'études, je serais encore à ma tâche car la condamnation qui a prévalu au processus d'évacuation n'aurait pu se prononcer aussi aisément.Premier verrouillage de portes sans que je l\u2019aie décidé au plan professionnel et personnel.Affirmation d\u2019un arbitraire pur, dépassant toutes les explications et justifications rationnelles.Jamais je n\u2019aurais cru qu\u2019une porte pouvait se fermer ainsi POSSIBLES \" à notre époque.Et celle qui s'ouvre aujourd\u2019hui ne quotidien loi \" est celle de l'assurance-chômage que je ne connais os empl pas encore.Mais la seule pensée de m'y retrouver me fait trembler.Comment pourrai-je Ÿ Qu'est- ce qu'on y fait?Comment s\u2019y prend-on 2 Voilà ce vide dans un trousseau de clefs, vide qui entraîne une multiplicité d\u2019autres vides tant au plan professionnel que cognitif et affectif.Et je regarde toutes ces autres clefs qui sont encore là\u2026 Et elles me disent qu'il faudra re-penser mon système de valeurs et d'actions, qu'il faudra les redécouvrir.À moins de disparaître définitivement.* * * Une autre clef.Je démarre la voiture.Voilà une partie du trousseau qui est encore là.Je serai bientôt à quelques dizaines de kilomètres d'ici.Pour une fois, la circulation ne m'inquiète guère.À vrai dire, il n\u2019y a plus d'étonnement, ni de peur possible.Je me sens comme dans un autre univers.Je me laisse conduire plus que je ne conduis.Une rue, un feu de circulation.Arrêt.Et la valse continue : le défilé des maisons de ville, le couloir de l\u2019autoroute Décarie, l'autoroute du nord.M'éloigner, mettre une distance entre ce réel et moi ; fuir : voilà ce que cette clef m'ouvre.Ne plus voir personne d'ici, ne plus entendre personne.Fuir ! Une liberté fragile somme toute, mais une liberté qui m'est encore offerte et sur laquelle l'arbitraire comptable n\u2019a pas « aujourd\u2019hui » de pouvoir.Par ailleurs, l'élimination du champ de l'emploi c\u2019est aussi la chance d'éviter la cohue fébrile des soirs et des matins.Combien de fois ai-je dénoncé cette prison qu'est la circulation aux heures de pointe ?Voilà que, sans même un effort, j'en serai préservée.Il y a peut-être des malveillances qui produisent des résultats heureux.Compte tenu % Bossom 4 : .\u201878 8 den empl A travers.le trousseau de clefs des choix familiaux, devrait-on nommer hasard ou « providence » cette exemption du trafic routier quotidien, au moins pour quelques semaines \u20ac J'ouvre la porte.Je suis chez moi.Une autre clef.Celle qui, finalement, devrait déterminer toutes les autres mais qui ne le fait pas automatiquement.Il est si facile de se laisser emporter dans le tourbillon de la vie professionnelle en oubliant la vie familiale, la plus importante pourtant.Au sein de celle-ci, comment vais-je me re-trouver Brisée, humiliée, comment pourrais-je accueillir cet univers de facon nouvelle ?Comment le re-découvrir de façon à y passer le meilleur de mon temps en harmonie et confortablement 2 Le choisir, oui ! Ÿ être contrainte, non ! Comment pourrai-je soutenir encore ceux que j'aime alors que tant de forces vives viennent d\u2019être détruites en moi ?Et ces autres clefs de mon trousseau serviront- elles encore 2 Celle du casier postal de l\u2019'AFAQ ?Pourrai-je continuer à travailler à l'Association des formateurs et des formatrices d'adultes du Québec ?Suis-je encore une formatrice d'adultes # Au fait, qui suis-je maintenant ¢ Dans un monde où nous sommes nommés par notre fonction socio-professionnelle, je ressens plus profondément encore le sort terrible que notre société réserve aux jeunes.J'étais déjà intervenue de multiples façons pour tenter de dénoncer cette situation et proposer des solutions politiques.Aurai-je encore le goût et les possibilités de le faire 2 Si oui, où et comment @ 79 Que deviendront les équipes de recherche auxquelles j'appartiens ¢ Pourrai-je continuer à y participer @ Si oui, à quel prix, et pour combien de temps @ Car, l\u2019assurance-chômage n\u2019est pas éternelle\u2026 et la reconnaissance des équipes de recherche, non plus! Comme il m'est difficile d'envisager aussi rapidement un changement majeur d'itinéraire ; et surtout forcé.Quelqu'un aurait dit un jour que lorsqu'une porte se ferme, il y en a deux qui s\u2019ouvrent.Je ne les vois pas bien aujourd\u2019hui.Peut-être est-ce possible.Mais je me sens plutôt dans un espèce de donjon sans issue.Tant mieux peut-être puisque je n'aurai pas besoin aujourd\u2019hui du cynique banc des sans-abri.Cependant, dois-je comprendre qu'il est à vrai dire, indispensable.Par Dieu, que deviennent ceux et celles qui n\u2019ont plus aucune clef 2 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi LES fen dempy agin IR tt.mi AOA Ni : i\" | ISL, = - PA Key _ on PRA eo oy Sa Raymonde April B Les temps satellites er ere A Spey 1986 Photographie noir et blanc 8 x 10°\u2019 Pt A, Portefolio I de dix photographies publiées par Canadian photographic Portfolio Society Vancouver 1986 § i Lai _ \u201c Le ue i ZL lo aie en Le Le eus cu 0 cou \u2014\u2014\u2014 ps ex oo es J =r mei es od ee on rah apt Lo Ta Ey rl ga rt cy ve css x ps == tre ES re Ti 8 3 5 Be SUZANNE JACOB see Pomme Douly et la répartition des tâches \u2014 J'ai rêvé que je survolais un continent accrochée au ventre d\u2019une tornade.On arrachait des sycomores, des épicéas et des pins maritimes à grandes poignées.On en faisait de grands bouquets qu\u2019on lançait à la tête des mariés, dit Pomme, attentive aux formes que prenaient les mots en franchissant les étapes qui les conduisaient de son cerveau jusqu\u2019à l'air libre.\u2014 Encore un exploit, dit Anna.Dans quelle tasse aimerais-tu que je te serve le café?Pomme réfléchit, captivée par la formation, dans son cerveau, d\u2019une tasse bleu marin au centre d'une tornade qui l\u2019abritait comme un requin abrite ses parasites.\u2014 La petite bleu marin, dit Pomme.\u2014 Elle n'émet plus, dit Anna.\u2014 Elle émettait encore hier, dit Pomme.\u2014 Qui étaient ces mariés 2 demanda Anna.\u2014 Quels mariés ?demanda Pomme qui se plissait les paupières pour ne pas perdre de vue le point fuyant formé par la tasse au milieu des épicéas, des sycomores et des pins maritimes arra- chés à la planète comme s\u2019il s'était agi de pieds de céleri glissant hors de la terre noire.\u2014 On en faisait de grands bouquets qu'on lançait à la tête des mariés, dans ton rêve, je demande « quels mariés », dit Anna.\u2014 Tu as encore enregistré scrupuleusement, dit Pomme.\u2014 Pourquoi encore ?demanda Anna.C'est toujours, Pomme, j'enregistre toujours scrupuleusement toutes tes paroles.\u2014 Oui, justement, dit Pomme.Anna se tut.Prudence, prudence et prudence, pensa-t-elle, et encore prudence.Elle tassa le moka moulu espresso dans le panier-filtre, vissa serré le haut au bas de la cafetière, posa l'engin sur le rond déjà rouge, se croisa les bras et attendit.Elle attendait tous les matins face à l'engin qu'elle détestait parce qu'il s'était un jour transformé en bombe qui avait craché à toute force sur les murs.Il avait fallu refaire tout le blanc de la cuisine, ce blanc si blanc pour l\u2019amour de Pomme.Anna avait en vain tenté par la suite de persuader Pomme de faire marche arrière en direction d\u2019une cafetière à risques moins élevés.Pomme ne supportait que les plus hauts risques.Anna s'était résignée.Elle restait donc tous les matins concentrée devant l'engin, épiant les souffles et les soupirs.Cet exercice matinal lui avait redressé quelques-uns des cils du tympan abattus par les décibels de discothèque et affûté suffisamment l\u2019ouïe pour qu'elle perçoive l\u2019appel continu émis par la petite tasse bleu marin.Le désespoir d'Anna, c'était qu'elle ne pouvait renoncer à l\u2019engin à café lorsque Pomme était absente.Si elle l'avait fait, elle aurait eu l'impression de trahir l'amitié qui la liait à Pomme.Or Pomme était absente onze mois sur douze.POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi Pomme ; des B ion empl Pomme Douly et la répartition des tâches Je suis bien folle, pensa Anna.Je devrais rompre pour toujours avec Pomme à la première occasion.Je devrais saisir le premier prétexte, le trans- fi former en altercation pour amorcer une rupture y définitive.Je dois casser tout ca.Pomme m'exploite.i Si elle croit que je lui dois de m\u2019informer tous les Bi matins de la nature de la tasse dans laquelle elle désire prendre son café, je vais la détromper.Je ne lui dois rien.Ce n\u2019est que pour lui rendre la vie E plus douce que j'ai créé des rites entre nous, des rites qu'elle traite avec la plus infecte ironie dès qu'elle en trouve l\u2019occasion.i Plus elle resserrait l\u2019étau de ses bras croisés sur A sa poitrine en pensant à tout ce qu'elle faisait pour = Pomme alors qu'elle ne devait rien à Pomme, plus i la fureur d\u2019Anna grandissait.Lorsque le café passa de bas en haut, Anna fulminait.Elle ne put s\u2019empêcher, pourtant, de servir à Pomme son café dans la petite tasse bleu marin, remettant au lendemain | matin le sevrage auquel elle venait de décider de soumettre son amie.Ppp, PORN R = \u2014 Pomme n'est pas idiote, dit Pomme en souriant à Anna.Pomme sent bien que le milieu ; gazeux s'est énormément modifié en quelques minutes, que l\u2019ambiance s\u2019est déconfite et que la confiture de coing a été soumise à l'instant à des conditions météorologiques qui l\u2019ont probablement conduite à sûrir, Anna, à sûrir.Ri: ji i Bi 1 Re 1 + BH HR RE 5 a Di i pi je i ZA Anna ne répondit pas.Elle chassa une poussière sur le siège de la chaise avant de s\u2019y asseoir en réprimant les toxines de frustration qui s'agitaient dans tous ses muscles.\u2014 Etait-ce un agrotis ?demanda Pomme en faisant glisser le bord de sa tasse sur sa lèvre inférieure.Un agrotis, là, sur le siège de ta chaise, Anna ?\u2026 Tu ne réponds pas, Anna.Je te jure qu'il est possible que l\u2019agrotis que j'ai trouvé hier soir dans mon dictionnaire se soit réfugié pour la nuit sur le siège de ta chaise. Prudence, prudence et prudence, pensa Anna.Avant de me laisser aller à la violence, je doit absolument y voir clair, je dois établir clairement mes positions.Oui ou non, est-ce que je tiens à Pomme un mois par année par dessus tout, oui ou non est-ce que je peux me passer d'elle, présente ou absente Ÿ Qu'est-ce qu'une vie sans Pomme 2 Hélas, c'est une vie sans agrotis sur le siège de ma chaise pour toujours.\u2014 Je mettrais ma main au feu que tu as terriblement mal aux avant-bras, en ce moment, Anna.H y a combien de temps que tu n'as pas vu ta masseuse @ Je sens ta douleur ET la petite tasse bleu marin émet, tiens, écoute, c'est là.\u2014 J'écoute et j'entends que tu devrais t'occuper sérieusement de notre amitié ce matin, Pomme, parce que notre amitié s'en va à vau-l'eau vu que tu l\u2019épuises de tes perpétuelles menaces.La stupéfaction ouvrit grande la bouche de Pomme et lui décrocha les mâchoires.Elle se leva, pivota sur elle-même, fit le tour de la table, fit le tour de la cuisine, revint à sa place, s\u2019y laissa choir lourdement.Sa bouche était restée béante.\u2014 Oh, referme-la, je t'en prie, referme-la ! Je sais, je sais par coeur que tu peux les garder décrochées toute la journée, je t'en supplie, raccroche-les ! gémit Anna.Pomme raccrocha ses mâchoires.Anna était au bord de l\u2019hystérie qui éclôt aux frontières des éviers, des cuisinières et des lavabos.Pomme sentit son rhéostat émotif se déclencher : la lumiére dorée d\u2019un attendrissement sans limite se leva dans la cuisine.Anna avait besoin de calme ce matin.Ce matin, Anna n\u2019avait rien a faire d'un agrotis réfugié sur sa chaise.\u2014 Il est temps d\u2019inverser les réles, bredouilla Anna.Désormais, je vais me charger des exploits, 86 fer ve POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi .fp d fomm (: Pomme Douly tu vas prendre la routine en charge et accomplir eng répartition notre quotidien.Je m\u2019occuperai dorénavant de lais- des tâches ser traîner les agrotis sur le siège de ta chaise, et toi, tu surveilleras la cafetière.; \u2014 Encore faut-il être doué, prévint Pomme.On i ne devient pas Ronald et Nancy en un jour.Il faut i commencer par la comédie et pouvoir faire glisser, pousser, tirer le décor jusqu\u2019à la Maison Blanche.Je doute que tu aies ces dons-là.Comme ces mots s'étaient échappés de son cerveau sans qu'elle ait eu le temps de les filtrer, et comme ils s\u2019enfoncaient dans les tympans d'Anna en les égratignant, Pomme cria : \u2014 Je tiens à toi! Anna, tu sais bien que tu n'as pas les nerfs assez solides pour amener pacifiquement les pirates de l'air à déposer les armes sous ton siège, pour amener l\u2019ayatollah à s'étouffer dans ton tchador.Tu sais bien que les grands escaliers te donnent le vertige, Anna, tu ne saurais même pas recevoir un Félix sans faire de l'eau dans les genoux.PRR RO des 2 Anna cria a son tour, en se bouchant les oreil- # les : \u2014 Je ne te dois rien, Pomme Douly, rien ! BL Dès qu'elle eût crié, Anna se mit à bouder.Le regard de Pomme s\u2019enfonça dans la frondaison de l\u2019érable centenaire qui déversait son ombre sans jamais envoyer sa facture.Elle pensa qu'il lui faudrait accepter une bonne fois de faire le point avec Anna.C'était au-dessus de ses forces.Après tout, iE Nancy et Ronald étaient à la barre de l'entretien ' ménager.Anna devait leur faire confiance pour le i quotidien.Depuis longtemps, c'était les chefs d'Etat E qui géraient l'intimité.C'était pour cela qu'on les élisait.Il fallait donc que les individus anonymes se chargent des exploits qui donnent son éclat à l\u2019Histoire, d'où les motoneigistes fonçant sur les trai- 87 nes sauvages en hiver, d'où les hors-bords écrabouillant les unijambistes à la nage en été.Se disant cela, Pomme Douly savait que ces pensées lui étaient données à elle pour la sauver de l\u2019engloutissement amer qui tenait Anna rivée à la cafetière.Les yeux de Pomme se remplirent de larmes.Le pape lui-même donnait le sein aux nouveaux- nés.Tout était devenu intime et quotidien, tous les gros titres.Notre-Père-qui-êtes-aux-cieux avait exaucé toutes les demandes.Je vieillis, pensa Pomme.Je suis triste, je suis empesée, guindée et compassée de tristesse.Toute discussion sur l'amour ou l'amitié vise à atteindre l\u2019uniformité statistique qui est l'idéal avoué de Nancy et Ronald.Pomme désira pourtant de toutes ses forces réussir cet exploit de la routine de gestion des transactions qui consiste à faire le point sur la répartition des tâches dans l'amitié car rien n'est plus laid que l'exploitation historique.Sa bonne volonté était totale.Elle parvint même à prononcer ces premiers mots : « D'accord, Anna.», mais un trou s'\u2019ouvrit grand dans la frondaison de l\u2019érable millénaire, un trou qui aspira l\u2019âme de Pomme Douly pendant que son corps restait évanoui sur le siège de la chaise.Anna courut.Elle se pencha sur le visage de Pomme, baigna les tempes exsangues de compresses froides, murmurant avec tendresse : « Qui étaient ces mariés sur lesquels la tornade jetait des sycomores et des épicéas, et quel arbre encore 2 Pomme, j'ai oublié le nom du troisième arbre, Pomme, réveille-toi ! Reviens, Pomme, reviens ! POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi LS idien damp Vie quotidienne, classe populaire et vie associative Notre vie quotidienne comme espace-temps n\u2019est pas celui des grands ensembles économiques et politiques \u2018, comme le travail, même si dans la première on forme nos opinions sur celui-ci et qu'en relations amicales avec nos camarades de travail i nous sommes dans notre quotidien.Plutôt, notre fi vie quotidienne consiste en un découpage privilé- ; gié de notre vie en société, celui où nous nous E approprions le mieux et le plus possible notre milieu immédiat et plus vaste.Aussi, c'est dans le E quotidien que nous retrouvons les dimensions fon- i damentales de notre existence (l\u2019espace, le temps, Hi la socialité, les significations, les événements et l'in- ; terface nature et culture (habitation, alimentation, E vêtement).En somme, le quotidien est le lieu où se fi manifeste pleinement notre subjectivité, nos facul- bi tés conscientes et créatrices.Loin de constituer notre pi quotidien en un objet figé, cette définition veut cir- : conscrire le thème et n\u2018oblige en rien à aborder le quotidien par tel ou tel aspect.Porter une attention à la vie quotidienne, ce n\u2019est Ei pas s'arrêter au banal et à l\u2019insignifiant.Au contraire, c'est s'intéresser au lieu de création et de production des principales significations de notre 1/ Ces ensembles peuvent tenter de s'imposer dans la vie quotidienne et montrent finalement que l\u2019un et l\u2019autre sont en contact. vie et c'est comprendre notre réalité de prédilection.Pour illustrer l'importance du quotidien et en quoi nous pouvons en tirer un savoir nouveau, j'envisage le problème de la mobilisation de la classe populaire qui est celui d\u2019une recherche en cours.Ce problème des raisons pour lesquelles des personnes de la classe populaire forment toujours des collectifs et les raisons qui facilitent leur regroupement me semble important pour plusieurs raisons.Premièrement, les groupes qui visent le changement social sont finalement marginaux (seulement 5 % des associations québécoises de 1942 à 1981).Deuxièmement, la présence populaire dans ces mêmes groupes pourrait être plus importante : les intellectuels, ceux et celles dont la matière de travail est le langage, sont fondateurs d'associations de toutes sortes dans une proportion trois fois plus élevée que leur poids relatif dans la population.\u201c Troisièmement, il s\u2019agit d\u2019une interrogation qui s'est construite dans mon itinéraire de pratiques avec des groupes et des collec- tits.Quels thèmes sont générateurs ?Dans mes expériences de travail liées à la vie associative, un savoir nous échappait trop souvent pour l'ouverture constante des associations à des personnes isolées : la façon dont elles vivent les contradictions sociales quotidiennement, leur critique sociale spontanée, les possibles qu\u2019elles envisagent et pratiquent, et la façon de les rejoindre.Lorsque la réflexion dépassait le jugement aboutissant au « défaitisme », souvent utilisé au lieu de « résistance » à une approche trop analogue au 21 Ces chiffres proviennent d\u2019une recherche de Roger Levasseur, « Le développement associatif et les couches intellectuelles », Paul R.Bélanger, Benoît Lévesque, Réjean Mathieu et Franklin Midy (dir.), Animation et culture en mouvement.Fin ou début d\u2019une époque ?, PUQ, Québec, 1987, p.267 a 279.90 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi quoi ass 1 Vie den quotidienne imp \u2018classe populaire et vie associative bureaucratisme, une question est restée : quels sont les thèmes générateurs de cette collectivité, c'est- à-dire les thèmes qui sont englobants et qui représentent concrètement les idées, les valeurs, les doutes et les espérances qui tendent à se révéler \u20ac L'idée d\u2019une recherche germe, et ce sont les premiers pas qui sont exécutés ici, notamment par l\u2019intérêt que représente le quotidien, malheureusement trop souvent associé au banal et au routinier.C'est au terme d\u2019une réflexion sur la « culture populaire » et des ambiguïtés qu'elle crée que l'expression « vie quotidienne » s'impose.Parler d\u2019une culture populaire, c'est parler de son opposé, c'est- à-dire d\u2019une culture dite « savante » qui fait de la première son objet de curiosité et la raison de sa prétention, souvent littéraire.Le mythe entretenu d\u2019une « culture populaire » folklorique, un peu spontanée et rassurante de candeur correspond de moins à moins à la conscience de nos concitoyens et concitoyennes.Premier préalable : un sujet conscient Aborder la vie quotidienne de la classe populaire nécessite de poser que les personnes sont conscientes.On avait tort d'associer « aliénation » et « inconscience » à l'époque florissante des groupes M.-l.dans les années 70.Soutenir à la fois que les ouvriers n\u2019ont pas conscience de leur condition et à la fois qu'ils peuvent lutter pour l'améliorer est contradictoire et ne peut que justifier le rôle d'avant-garde auto-proclamée et auto- couronnée.Que les personnes rencontrées au cours de nos actions aient une conscience qui leur est fournie par 31 Paulo Freire, Pédagogie des opprimés, Maspero, Paris, 1974, p.87-88. le lot des expériences passées, ce que Schutz a POSSIBLES ; appelé le « stock de connaissances disponible », Modes d'ennploi w ne fait pas de doute.A chaque situation nouvelle, po nous y faisons appel.Ce qui peut parfois surprendre notre conscience, c'est que pour chaque action individuelle ou collective entreprise, les conditions de départ ne sont pas toutes connues et que les conséquences de nos actes sont en partie imprévisibles.0550 Les significations et la connaissance de tous les jours sont puisées dans nos propres expériences ou parmi celles des semblables avec qui on est en contact.Le sujet lui-méme est aussi la source de ce que Ernst Bloch a appelé les « utopies concrétes ».Il ne s'agit pas ici des grandes utopies abstraites à la Fourier ou à la Proudhon qui ont conduit à faire du mot « utopie » le synonyme de « rêvasserie ».Les utopies concrètes viennent des désirs, traductions positives des insatisfactions sociales, qui prennent des figures de pratiques nouvelles : elles définissent ce germe de théorie/pratique porteur d'avenir, comme il est précisé plus loin.Aujourd'hui, de facon générale, des utopies concrètes se manifestent pour l'égalité économique, la démocratie, l'écologie, l\u2019égalité entre hommes et femmes, et la paix.Par définition, les sujets sont conscients, inachevés et créateurs en permettant la réalisation des possibilités que recèle ce qui les entoure.Deuxième préalable : le lien sujet-société Les membres de la classe populaire ne vivent pas isolés du contexte québécois et ont sur lui un certain impact, d'autant plus lorsqu'ils se regroupent.Des victoires existent : localisation d\u2019un service gouvernemental dans tel village de Lanau- dière, le maintien de l'indexation des pensions \"92 méitiéiéit se satire putiéh éco tete tHiété side BE, LM ét MASSE ESP RSI SAS RAS ET A NES (MSIE LL MEME I NAN AA NA AN MM 1 LE .\u2019 \u2019 A # .i Vie fédérales des personnes âgées, la reconnaissance quotidienne : : J dame de plus en plus grande du terrorisme conjugal, etc.populaire el.Le.\\ 8 et vie La société nord-américaine pése lourd dans nos E associative vies quotidiennes par deux aspects : la program- | mation bureaucratique et la position sociale, inti- E mement liée à celle de pouvoir.La programmation i bureaucratique s\u2019insinue dans nos vies : logique | à court terme, standardisation, efficacité, colcula- 5 bilité et contrôle affectent à un moment ou l\u2019autre | nos rapports sociaux et nous mettent sur fiche pour ! raison judiciaire, médical, scolaire, financiére et M politique.Au bureau de commande des pyrami- | des institutionnelles, on déplace des populations, H élimine des emplois, décide des lois et dicte la | quantité de travail à faire pour se nourrir.Les espa- i ces libres que les sujets dégagent à force d'ingé- ; niosité sont traqués par la rationalité technocratique, celle que « les boubous-macoutes » par exemple ont bien assimilée.bi La position sociale fait que des personnes a ; l'épiderme aseptisé roulent en BMW, Jaguar, Mer- ÿ cedès et consort, et que d\u2019autres someillent sur les fi gazons de l'UQAM, au centre-ville de Montréal.E Tout dépend du degré de possession des ressour- i ces matérielles (biens produits et instruments de production) et des ressources décisionnelles (rôle Ü dans l\u2019organisation de l\u2019espace-temps commun, relations des sujets dans les institutions et chances de développement et d'expression).Le temps n\u2019est pas le même pour tous, ni l'espace.41 Voir à ce propos Anthony Giddens, The Constitution of Society, University of California Press, Berkeley and Los Angeles, 1984, p.258 à 260.A ces = Ts 51 C'est parce qu\u2019il faut beaucoup de temps pour le transformer en : argent que la classe populaire a moins de temps libre (William i Grossin, Les temps de la vie quotidienne, Mouton, Paris/La Haye, fit 1974, p.242.L'espace des sujets au bas des positions sociales È est limité et relatif à l\u2019élémentaire et au proche (Henri Lefèbvre, 3 Critique de la vie quotidienne Il : Fondements d\u2019une sociologie E de la quotidienneté, L'Arche, Paris, 1961, p.58 à 60).É Les principales dimensions de la vie quotidienne Le temps La vie associative demande l'ouverture du temps libre ° et un réaménagement des divers types de temps.Par exemple, les femmes qui s'occupent seules des enfants et qui ont un travail salarié ont le moins de temps libre, ce qui permet en principe moins de disponibilité.La vie associative exige aussi une certaine perspective d'avenir\u201d : il faut le passage d\u2019une perspective fataliste à une perspective possibiliste.L'espace C\u2019est nous qui donnons sens au vide géométrique.Au-delà de l'espace personnel et de la région °, il y a l\u2019environnement (horizon où nous nous situons et vivons (Lefèbvre, 1961) qui doit 6/ Les différents types de temps comprennent : le temps obligé (le travail, les travaux domestiques, le non-travail sur le lieu de travail), le temps contraint (les trajets, les achats et les services), le temps libre (les différentes activités de loisir) et le temps nécessité (le sommeil, les repas, les soins aux enfants) (Javeau, 1970).71 Parmi les perspectives d'avenir, il existe : Le fataliste (maintenir ses actuelles conditions d'existence), le prévoyant (soucieux, inquiet et se dit très préoccupé de son avenir personnel), le con- tinuiste (ne s'interroge guère sur son avenir et ne voit pas comment sa situation qu'il juge particulière pourrait être remise en question), l\u2019étapiste (a l'impression d\u2019avoir pris toutes les mesures nécessaires et voit son avenir comme un trajet qu'il a envisagé et où il se sent confiant) et le possibiliste (son avenir est ouvert et il sera possible d'y créer et de relever des défis).(Mercure, 1983).8/ L'espace personnel est le contour qui entoure le sujet, dont l\u2019espace est plus grand en avant qu\u2019en arrière, où toute pénétration est sentie comme empiètement (Goffman, 1973).La région est un espace borné par des obstacles à la perception.Il y a donc un ordre distribuant les éléments à des places précises et indiquant une certaine stabilité.Ce peut être une pièce d'un logement, une salle, etc.(DeCerteau, 1980).94 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi qui po 0ss0 Ii Vie di quotidienne domly classe populaire et vie associative receler les possibilités d'association : un certain nombre de personnes et des lieux de rassemblement permettant des activités variées.Aussi, le proche serait le lieu privilégié d'activité associative et de son efficacité.La socialité La socialité désigne les interactions entre les sujets et sa composante essentielle est l\u2019affectivité.Dans les interactions quotidiennes, les personnes de la classe populaire se présentent elles-mêmes d\u2019une certaine façon avec certaines manières (de spontanéité, de gêne parfois et de fierté).Les personnes significatives confirment l'identité, c'est-à- dire les moyens de reconnaissance et la capacité pour la personne à donner un sens durable à son expérience (Sainsaulieu, 1977).L'ensemble de ces interactions constitue un réseau qui fournit beaucoup d'éléments pour favoriser la vie associative et confirmer son sens pour les personnes.On ne peut faire abstraction de la famille, du conjoint et des proches pour favoriser l'association.L'intellectuel-le de l'association n\u2019est qu'une personne aux rôles spécifiques dans des réseaux aussi nombreux qu'il y a de personnes.Les significations Le sens visé est un sens construit par les sujets pour eux-mêmes et pluriel dans les sociétés contemporaines.Nous avons mentionné l'existence du stock de connaissances disponible.Celui-ci se modifie nécessairement lorsqu'une insatisfaction sociale ou encore un désir se manifeste pour intégrer la situation nouvelle et répertorier dans les expériences passées celle qui correspond le mieux par tel ou tel aspect au problème qui se pose.Dans la vie associative, il ne s'agit plus d'employer des tactiques de survie (privation ou sur-travail) exigeantes physiquement et hypotéquant la santé, mais des stratégies ?que les personnes doivent élaborer elles-mêmes afin qu\u2019elles leur appartiennent et qu'elles les réalisent.C'est parce que le fonctionnement bureaucratique tente de s'imposer et que les inégalités du positionnement social créent des insatisfactions qu'il existe des raisons de se regrouper.Mais, c'est parce que le sens et la facon de faire face à l\u2019inégalité et aux insatisfactions sociales sont changés par les membres de la classe populaire que la vie associative devient possible : la vie associative serait une utopie concrète, c'est-à-dire un désir collectif qui se réalise ou est en voie de l'être par une action collective consciente.L'événement L'événement est en somme ce qui arrive de plus ou moins exceptionnel dans la vie quotidienne.Avec la vie associative, il ne s'agit plus de réduire l'événement, mais de le produire \u2018°.L'interface nature/culture L'interface nature/culture comprend ces constructions matérielles et comportementales des humains pour leur permettre leur survie biologique (habi- 91 Une tactique est un moyen utilisé pour récupérer une partie de sa dépossession, mais à un niveau individuel, fragmentaire et dépendant des circonstances.Une stratégie suppose un calcul collectif des rapports de force à partir duquel les sujets se posent en vouloir et pouvoir, ce qui est propre à la vie associative (DeCer- teau, 1980).10/ La réduction de l'événement est associée aux pratiques de rou- tinisation qui sont l'appropriation nécessaire du temps et de l'espace pour assurer sécurité et confiance.L'événement est associé à la menace et à la crainte.La poursuite de l'événement est conçue comme quelque chose d'extérieur vers quoi l\u2019on tend.Elle prend la forme du spectacle de l'événement, de l'espérance (l\u2019attente) de l'événement ou de la quête de l'événement.Enfin, la production de l'événement est le résultat d'un travail, c\u2019est- à-dire d\u2019un ensemble de pratiques consciemment planifiées (création, préparation d\u2019une fête \u2014 cette fusion du routinier et de l'exceptionnel \u2014 ou d\u2019une action).(Lalive d\u2019Epinay, 1983).\u201896 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi qui bg 0ss0 LE Hier dom < ® quotidienne classe populaire et vie associative rétacittéé bte LEE LES LAS RHEE iti ttt i HH HEHEHE EL A Sa Li.tation, alimentation et vétement).Les différences les plus apparentes entre les possédants et la classe populaire se situent & ce niveau et montrent bien \u2018opposition entre l'intérêt libre et la préoccupation !!.L'interface nature/culture peut fournir une partie du contenu de l\u2019insatisfaction sociale, mais elle ne peut remplacer les significations et les désirs d\u2019un nouveau fonctionnement social.Des moyens pour le savoir Il y à toujours la possibilité de recherches sophistiquées pour identifier les germes de possibilité associative dans un quartier ou une localité.Mais souvent, ceux qui s'intéressent à la chose n\u2019ont pas beaucoup de moyens.L'étude des statistiques officielles ne révèle que bien peu de choses en rapport à nos intentions.Généralement, ces renseignements (revenu, état des logements, nombre d'habitants, etc.) sont de nature socio-économique.L'étude de besoins avec questionnaire est à proscrire pour connaître la vie quotidienne.Outre le temps et l'argent nécessité, elle ne fera souvent que vérifier nos propres pré-concçus par la centration sur des hypothèses.Les questions fermées permettent peu l'émergence de la subjectivité des personnes et de ce qui pourrait être nouveau pour nous.Plutôt, il est possible d'identifier des personnes isolées de la classe populaire et de les écouter sur les insatisfactions quotidiennes, les désirs et les moyens utilisés pour y répondre.On peut aussi demander aux personnes de notre association ou 11/ Dans le comportement de préoccupation, les objets désirés s\u2019imposent au sujet sans qu\u2019il puisse les choisir librement, tandis que, dans le comportement d'intérêt libre, le sujet dispose des moyens lui permettant d'opérer une sélection parmi les objets qui l'attirent.(Chombart de Lauwe, 1956). d\u2019une autre de raconter comment elles sont arrivées à l'association et ce qui maintient leur adhésion.La découverte de nouveaux moyens pour élargir la base sera sans doute réalisée.Si les échanges proposés sont basés invariablement sur la confiance, on peut modifier l'outillage : échanges enregistrés ou non, analyse de contenu ou non, groupe de recherche chercheur-e/classe populaire ou non, diffusion du contenu par moyen visuel ou non, etc.Cet échange avec la classe populaire pour un savoir nouveau ne peut que permettre de concrétiser ce désir commun : une connaissance et une maîtrise plus grande de notre vie de tous les jours.Cp 0 Co itn 9 8 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi LES iden ding diten ei hides Mantes cictétét tt cage bs LAER RAI A1 450.[Abe (LOSRER ICIS Md PEREDLM SSD IE M Ne PLE MEELIS MARIA: NICE LEMME EENRI EME 4 LUI CASI BER RICE 14.LEIS LENE HAM REMI HU SAI MS IORI MS LUC RACINE EET Les mémoires iumelles Je suis celui qui criait qu'il t'aimait, toi ge Marguerite Duras Dans \"immense vestibule ou la lumière se fait faux et cendres, à la deuxième heure du jour en été, les scribes s\u2019attardent a leur dernier travail mais ils ne le savent pas.Aucun d'eux n'a compris à temps le sens de ces ji rumeurs qui viennent par l'au-delà des jardins.Soudain, le tout jeune fils de la prêtresse a la vision de la haine, de la rage et de l'ignorance dévorante qui se dévide dans la rue comme la fange va aux égoûts.Il suit le conseil de la voix, discrètement dérobe quelques manuscrits puis court à travers les jardins et les pièces d'eau jusqu \u2018au dernier quartier d'Alexandrie.Parvenu au désert à la nuit venante on le voit s\u2019avancer et tout est fini.Nul ne le rencontrera jamais plus. L'autre, son jumeau, y demeure encore et per- POSSIBLES ,( .À L tidi né sonne n\u2019apprendra jamais ce qu'il sait.Modes d'emploi ju Même déchirés l\u2019un de l\u2019autre et arrachés à la mémoire du temps d\u2019avant, ils continuent d\u2019appartenir à un monde où d'un seul geste il est possible d'éveiller tous les songes de la matière.Depuis longtemps, les jeux sont faits dans la mémoire des ombres.1100 réfis te ett: 442! die has iN fo mémoires = nh jumelles 4 : a ' Ci 1.\u2014 mémoire de l'enfant sans nom g 4 A Habiter.1 Ainsi, habiter la vie comme une pauvresse et le fi monde en enfants veufs.8 Tu viens de naître, tu as sept ans, tu as mille ans.y | [| : bi Je me souviens, vois-tu, de cet amour.À Etait-ce vraiment le nôtre, nous qui depuis tant pl et tant ne nous appartenons plus qu\u2019à peine, et en Al souvenir \u20ac Etait-ce vraiment le nôtre, pour tout ce qu'il portait de présages et de retours © Je me souviens de cet amour.| Je me souviens de la plage.Je me souviens de la plage perdue, immense dans le plein d'automne.Châteaux dressés dans le sable froid, humide, menacés par la marée montant avec le soir.101 Je me souviens du feu, du feu sur la plage en plein automne : odeurs de feuilles un peu sucrées qui se mélangent avec cette buée saline de la mer.De la mer venant à nous, sans cesse plus proche.Il a fallu abandonner les châteaux où le vent emportait ses cendres fumantes et dont l'eau peu à peu rongeait les abords mal défendus.Je me souviens de cet amour.Je me souviens de la mer.Je me souviens du feu et de la fête sur la plage d'automne où nous envoyions ses braises se marier aux étoiles.Des larmes de rire qui brouillent tout.On ne sait plus, en se roulant, pour quels dieux scintillent ces lueurs.Je me souviens : le monde était veuf et nous habitions cette île antique, où nous environnaient les parures.C'était sur le passage de Marseille vers Alexandrie.C'était la Crête.C'était la Crête ou bien Mycènes : l\u2019ordre du Temps gravé aux murs des palais impérissables.Tu étais roi d\u2019une île qu\u2019en ces temps-là n'ignorait nul voyageur.Tu venais de naître et pourtant ton règne n'avait jamais commencé en la mémoire de qui habitait ton royaume.+ A 102 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi LES dion om Les On attendait avec ferveur ton retour mais tous MÉMONSS savaient que tu ne les avais jamais quittés.jumelles Nous avons joué à ne plus être que souvenir 5 dans la mémoire d\u2019un peuple bienheureux.D'un peuple sans âge faisant parfois de nous des frères incestueux, d'autres fois nous portant en Ë triomphe dans les rues nacrées de la ville, jusqu'à 8 la place de l'immense port.Mais ils nous sacrifièrent un jour.Ils nous brûlèrent sur la plage lors des marées d'équinoxe.En se consumant, nos corps jumeaux se fondirent l\u2019un à l\u2019autre et le ciel se vida d'étoiles.E, La lune s'embrasa et sa lueur incandescente j emplit la moitié du ciel.à Je te regardais, tu avais mille ans.Je te regardais et tout a recommencé, nos corps E se consumant sous la lune aveuglante.Aujourd'hui encore, maintenant qu\u2019à nouveau fi le monde s\u2019en va aux jours d'enfer, aujourd\u2019hui \u201cA encore il est possible de voir nos visages gravés : aux murs des palais impérissables.C'était sur le passage de Marseille vers Bougie.Ou bien à Malte, ou bien Mycènes.Peut-être la Crête. Vel Je te regardais en ce ciel vidé d'étoiles, pendant POSSIBLES que la lune immense éteignait le brasier qui a refait Modes d'emploi [ \" nos corps jumeaux.Je te regardais, il y avait peu de rire dans le monde.Mais, à notre départ, il n'en est rien resté.Avec insouciance, nous avons emporté les derniers vestiges du temps et de la vie.À tant de poursuivre de siècles en siècles, la joie ne se peut plus contenir et le récit des songes n'est nul remède à l\u2019ironie de nos malices.Je te garde dans mon coeur et te rend le mien.Ainsi sommes-nous scellés l\u2019un à l\u2019autre.Si nous sommes devenus deux ce n\u2019est que pour la joie de nous retrouver un.i 1 04 rites tiiiiting LAMAN ES D APE AI MT LIS oa APE MA Ld a MEI 04 bo pbbiit be MEI LEAS MEM DEE bed MS de bE AA 0d 044404 LE i Les : iden .j dom mémoires : mh .4 \u201c jumelles 3 } 2.\u2014 mémoire de l\u2019autre enfant Je me souviens, vois-tu, d\u2019un amour qui n'était pas vraiment nôtre.f Ce n'était que cris, bruissements d\u2019une foule i étrangère obsédée par le sang : il n'y avait que i présage et supplice a la nuit sans lune.; Je me souviens du port, interminable présence ji des navires, des départs qui se font trop longs et Ë de ces arrivées toujours prévisibles.Cette vision tout à la fois monotone et exaltante, bi nous l\u2019entretenions aux nuits sans lune.Sur cette ile étrangére et trés ancienne.pi Cette attente et cette vision comme une mémoire gE qui nous tisse l\u2019un à l\u2019autre à travers tous les enche- E vêtrements du temps.E Et les cris de la foule sans âge, jusqu'à l\u2019orée E | des supplices.i | Ainsi, l'amour qui nous porte ne saurait étre vrai- E ment nôtre.E Tout cela est trop lointain et trop immense.i Gouffre de mémoire et d'avenir, traces qu'il ER serait vain de déchiffrer.i 105 Je me souviens, vois-tu, d'implacables défilés en des villes superbes, de chants fatidiques claquant au soleil de midi.Je me souviens de trop de jours et d\u2019insupportables cérémonies.Désirs, offrandes, murmures.La ruse des dieux sait parfois prendre l'allure d\u2019une caresse et c'est bien ainsi que l\u2019on se sent jouer, rire, n\u2018attendant que le meilleur.Du destin, on a dit tant de choses sans en rien savoir, alors que seul cet amour en accorde la juste vision.Qui n\u2019est que silence et ombre portée sur le temps d\u2019une implacable caresse.Je me souviens, vois-tu, de l'amour qui encore nous tient, nous tisse et nous défait, d\u2019un amour à la fois nôtre et étranger tant il engendre de présages et de retours.H se peut qu'aucun âge et qu'aucun lien vraiment ne sachent nous retenir.Il se peut que d\u2019errance en souvenirs, de coeur à coeur et d'âme à corps, nous n'ayions fait qu'attiser les ombres et les supplices.Je ne saurais dire qui porte l\u2019autre au détour des siècles.Je ne sais, vois-tu à quelle enfance il nous faudra tenir.Tous ces lieux et ces temps nous martyrisent, que le pas soit lent ou la caresse frénétique.7 106 Tu as: ar POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi mé LS dien img Les mémoires jumelles thtieidbineidddhiib iba itine bd sddidtd lithic Litits tad iAH SMILIES HLA MMI MIEN HM DAH EAH hr ne Tous ces lieux sont d\u2019interminables prisons : il semble que d\u2019un siècle à l\u2019autre le passage nous en enchante.Dis-moi qui rythme nos corps et accorde nos gestes.Dis-moi ce qu'\u2019invoquent nos vies, la fuite du sang, l'arbitrage des saisons.Il y a de grandes images sur la mer, elles dérivent et elles enchantent.Il y a tant d'images et si peu de regards pour les saisir.Naviguer n\u2019est rien : c'est le voyage qu'il faut vouloir.Le voyage et la mer, le soleil implacable.C'est le voyage qu'il faut aimer, cette ronde des lieux et des plaisances.Pour qui ne rêve, pour qui n'attend, toute espérance est un supplice.Pourtant les traces de nos mains sont là encore et toujours, gravées aux détours des cavernes les mieux cachées.Nos pas résonnent sans fin au dédale des labyrinthes depuis longtemps oubliés.Tout est signe de nos errances, signes indéchiffrables pour les passeurs d'occasion et d'artifice.Signes impraticables pour les grands ou les oubliés de ce monde.Signes intarissables pour ceux qui ainsi s'aiment et se pourchassent.107 & Signes jumeaux que seul l\u2019espace distingue et magnifie.On nous a pourtant aimés.Je sais qu\u2019on nous aimait là-bas, qu'il suffisait d\u2019un geste pour y atteindre les coeurs.Rien n'en a toutefois survécu que ces signes jumeaux que seul le temps distingue et magnifie.Cette folle poursuite.On nous attendait ailleurs et souvent nous fûmes sauveurs d'un siècle d\u2019or.Existe-t-il seulement un rêve où nous ne sommes pas apparus, un royaume où l'on ne nous a pas cherchés @ Tu racontais, tu racontais et j'ai tracé les gestes d\u2019impossibles rencontres.Nous ne sommes plus du monde : désespoir d'être ici ou là et de-ne pas être vraiment.Désespoir de savoir qu'en vérité le temps nous arrache l\u2019un à l\u2019autre.Ainsi sommes-nous voués au récit inaugural, à sa leçon d'aurore.Le soleil même à sa naissance nous demeure comme souffrance nécessaire.Si ce n\u2019est entre nous la première fois, c'est la dernière.Au prochain rêve je reviens vers toi : éclaté, enjoué, je coulerai comme la larme de ta paupière.108 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi | mé LES iden LE | , | ! Les mémoires jumelles MSR tt cac té A D ICE AE DEMI MPA Lb bd 1p bible 1a tk tii MEME MACIOER SSP SEE LICE MH A TIA Mat Ai Je songerai au temps, encore une fois qui sera toujours la première je reprendrai tous les périples de notre amour.On nous a aimés là-bas comme si un improbable ailleurs pouvait suffire à nous retenir, nous qui à jamais ne faisons plus partie de rien.Ce qui d\u2019un certain point du temps avance apparaît de l\u2019autre comme lassante et interminable répétition.Seules en valent la fondation et la geste daube.Car ce qui revient alors nous enseigne l'impossible chemin, l\u2019inouï fait roi et cette vocation des siècles d'argile.Ne cherches à rien saisir de ce qui d'après certains se passe.BE: AN: C5 \"A i ! an ol wen ve AEH 4 [RMA .wo.ai > nd.iia Spi pg A re, ©.v pi a Raymonde April Les temps satellites 1986 Photographie noir et blanc 8\u201d x 10° Portefolio de dix photographies publiées par Canadian photographic Portfolio Society Vancouver 1986 + os es x _ .- ox a = x eo Lu core ces ses a oe co a, \u2014 _ od die ra = ee 2x Tranches de vie à ; consommer sur canapé Transportons-nous en un instant de ce lieu, if devenu presque mythique, de la chaumiére qué- ÿ bécoise (qui revêt d'ailleurs très souvent la forme i d\u2019un bungalow américain).Que voyons-nous dans il la demi-obscurité de ces salons, salles de séjour É; ou cuisines plus ou moins cossus ¢ Des yeux, des milliers d\u2019yeux, fascinés par le grand Oeil qui leur permet de voir d'autres salons, d\u2019autres cuisines, souvent très cossus ceux-là (enfin, ça dépend ; la E télévision, ici, oscille habituellement entre Les Bel- Eh les Histoires des Pays d'en haut et Dallas) où il se passe quelque chose.Sur l'écran des gens vivent de passionnantes histoires de pouvoir, de sexe ou | d'argent à moins qu'il ne s'agisse d\u2019un excitant combat de boxe déguisé en partie de hockey.La fr télévision fait indéniablement partie de notre vie quotidienne ; pour certains on pourrait méme dire qu'elle la remplace et que leur existence n'est qu\u2019un intermède entre deux émissions.Ces tranches de vie que nous sert le petit écran sont entrecoupées de messages publicitaires ou plutôt les messages publicitaires sont entrecoupés d'émissions qui viennent malencontreusement en interrompre le flux.Interruptions qui passent parfois inapercues car ces 113 messages sont eux aussi de véritables mini- téléromans qui pourraient s\u2019intituler La Vie rêvée (London Life), De grandes espérances (Loto- Québec) ou Le Dernier des Mohicans (Molson).Dans certains cas nous tombons carrément dans l\u2019univers de la science-fiction avec les machines à laver qui n\u2019ont jamais besoin de réparation ou dans l'utopie la plus débridée : ne voit-on pas parfois un homme en train de faire le lavage ou des enfants réclamant du fromage 2 Sans parler de la véritable quête du Graal que constitue l\u2019interminable recherche du Secret de la Labatt bleue qui fait courir tout le Québec.Secret qui consiste d'ailleurs sans doute, à faire croire qu'il y en aurait un\u2026 (La nouvelle agence de renseignements fédérale qui a hérité de la GRC une si subtile compréhension de la réalité québécoise serait, paraît-il, en train d\u2019infilirer Labatt.) Essayons de lever le voile des Mystéres de la vie quotidienne en interrogeant le contenu que quelques-uns de ces messages nous présentent tout innocemment (2).Nos savantes observations nous ont conduit à la conclusion que notre société se divise en deux grandes catégories : ceux qui bûchent et ceux qui en ont ras-le- bol du labeur quotidien.Ceux qui bûchent « Tu fais ta part pour le payyys.C'est comme ça qu'est ta viiie\u2026 T'aimes pas une bièèèère faite à moitiééé\u2026 C'est ce que t'as toujours vouluuuu\u2026 Molson salue les vrais ! » Cette annonce mériterait un véritable prix vinaigre (le citron est encore trop doux) pour l\u2019exaspération qu'elle suscite chez certaines personnes, dont je suis.Molson, désespérant sans doute d'élargir sa clientèle au-delà des cols bleus, nous présente un message publicitaire qui nous ramène à la belle époque du « La vie qu'ils mènent, c'est en plein le genre de vie qu'ils aiment.C'est ca qui fait que les gars sont satisfaits.» La Chambre de commerce et le Conseil du patronat ne disent pas autre chose mais ils le disent 7114 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi Tn Hons re BLES fide d'en I | | 1 I Tranches de vie à consommer sur canapé plus subtilement.Mais ce n'est pas tout.Le message s'adresse à « ceux qui bûchent », des gars robustes qui exercent des métiers qui demandent de la force physique et qui gagnent leur vie à la sueur de leur front (on en voit d\u2019ailleurs un en train de s'\u2019éponger).Evidemment, un comptable, une infirmière ou un éducateur ne font pas partie de « ceux qui bûchent » (même si on voit brièvement deux messieurs en complet, il est clair que le message s'adresse aux travailleurs manuels).Une boisson aussi « virile » que la Molson est réservée aux « vrais ».Quand voyez-vous un intellectuel boire de la bière 2 Pas dans les messages publicitaires en tout cas! Jacques Godbout, dans un article récent, dénonçait d'ailleurs l\u2019anti-intellectualisme qui suinte de ces annonces des brasseries qui veulent continuer à brasser de grosses affaires au milieu d\u2019un peuple de bûücherons.« Ceux qui bûchent », les « vrais » hommes près de la nature.On voit que nous ne sommes pas sortis du bois ! Anachronique aussi ce « tu fais ta part pour le pays » (mais lequel ?) à l\u2019heure du « on est six millions.chacun dans sa petite entreprise individuelle.» Anachronique et hypocrite ; comme si les ouvriers de la construction n\u2019allaient pas travailler, souvent dans des conditions périlleuses, tout simplement pour gagner leur vie.En fait, il s'agit surtout de flatter une clientèle que l\u2019on veut conserver.Malheureusement, peut-être, pour Molson, les vrais « bûcheux » semblent se faire de plus en plus rares ; si l'on en juge par le message implicite que nous livrent d'autres annonces Tes Québécois aspireraient plutét au repos.Vivement la retraite! On les voit à Venise, dans le désert de l\u2019Arizona, dans les Antilles.Ils sont jeunes, beaux, en santé.Ils ne rêvent que d\u2019une chose : prendre leur retraite à 55 ans.Alors la vraie vie, dont ils n\u2019ont eu qu\u2019un avant-goût jusque-là, commencera pour eux.Ici, il serait de mise de parler de l\u2019Âge d'or, non pas dans la signification que cette expression a prise chez nous, celle d\u2019un inoffensif carré de sable où les retraités sont parqués et livrés à des passe- temps débiles, mais bien au sens mythique.On se souvient que durant cet Âge bienheureux (situé évidemment dans la nuit des temps) l'humanité ne connaissait ni le labeur ni la souffrance ; la terre nourricière offrait généreusement ses fruits.Ce rôle est maintenant dévolu à la London Life qui fournira régulièrement de quoi subsister à toutes ces petites fourmis prévoyantes qui se transformeront alors en insouciantes cigales.« Liberté 55 », tel est le nom de ce merveilleux programme.La liberté n'est plus une valeur, un idéal pour lequel on combat, elle est devenue synonyme de retraite dorée.Un éternel voyage, sous des cieux ensoleillés de préférence, loin de la monotonie quotidienne : telle est la vision édénique qui se dégage de cette annonce.Avant cette bienheureuse retraite la vie n\u2019est qu\u2019un long purgatoire, que dis-je, il n'y a même pas de vie ! On ne saurait mieux indiquer la dévalorisation du travail, de la vie active, et des ossibilités de réalisations qu'elle offre à l'être humain.L'annonce de la London Life laisse filtrer une grande vérité que nos sociétés avancées préfèrent généralement se dissimuler : pour le plus grand nombre le travail, dans les termitières modernes, n\u2019a rien d\u2019exaltant.La vraie vie est ailleurs.Plus tard.Message en même temps profondément aliénant, si on y réfléchit, qui conseille de ne pas essayer de changer les choses mais d'amasser tranquillement de quoi vivre confortablement sa retraite.L'annonce invite à tout miser sur la « vraie vie » qu\u2019on aura à 55 ans, vie si aléatoire par ailleurs car les accidents, la maladie ou la mort peuvent survenir bien avant.« Payez maintenant, jouissez plus tard ».Le retraite se pare de l'aura magique que peut avoir, par exemple, le mot « jeunesse » alors que passer sa vie à préparer sa retraite est une bonne façon de vieillir avant son temps.« Liberté 55 » n\u2019est pas un slogan révolutionnaire ; c\u2019est le bonheur en différé, To nouvelle \u201c7116 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi Tro ( j 0 conso re li Tranches den de vie {i § & consommer sur canapé version du « paradis à la fin de vos jours ».Autrefois on préparait son avenir, maintenant on prépare sa retraite.C'est peut-être cela le véritable vieillissement d\u2019une société.On peut d'ailleurs se demander si ce n\u2019est pas tout le Québec qui pense à la retraite, en cette période post-référendaire.Retraiter, quitter le terrain du combat, non pour effectuer quelque repli stratégique mais pour détaler tout bonnement.Je m'apprêtais à mettre le point final à cet article lorsque mon attention fut attirée par l'annonce de Loto-Québec.Vous savez, ce jeune couple qui dort encore à 17 (onze) heures le lundi matin pendant que deux tourtereaux roucoulent dans une cage.Ils ont gagné le gros lot! Ils sont devenus millionnaires ! Alors ils dorment.Quelle aventure exaltante ! Même si vous avez autant de chance de gagner le million que de recevoir sur la tête un fragment de la planète Mars le rêve de la richesse instantanée se vend bien chez nous.Toujours le paradis\u2026 un paradis qui pourrait bien ressembler à la mort.Ne parle-t-on pas du « repos éternel » ?Il y a des tranches de vie qui vous restent sur l\u2019estomac.Et si le petit écran cessait de faire écran justement; si on allait voir derrière.Peut-être aurions-nous une indigestion collective.Mais je dois rêver.Rassurez-vous bonnes gens, tout un peuple dort bien tranquillement, les yeux ouverts, sur son canapé. me eee ave.on aoe PRN J ASN D a sad [oe 8 PERIOD EEE EE Len ra Re ho Cele vy pr Prins PE ee AAR Se 2 oe.xr aig rl MERE ETES = er a PAR RE EE maT = > => ee SM LCD MS Lé de Li estiét st été testés si ALES BIANCA CÔTÉ L'espace vital individuel Le territoire, je ne le sais que trop, pose la question du quotidien.Déjà seule, ça prend tellement d'énergie pour ne pas se détruire.Tellement exigeant de ne pas raturer son ombre.Alors en couple, je ne me compromets jamais.Je préfère mentir.Ça fait partie, au même titre que la mauvaise haleine, de l\u2019hystérie conjugale.Envahissement du territoire.Retrait à assumer, prévention à effectuer.Mon corps se souvient.Les détails n'avaient pris que quelques minutes mais y repenser grugeait tout l\u2019intérieur des nuits.Territoire enflé, de l\u2019eau dans sa cave.De la douleur qui fait du bien, les éloges du risque.Se constituer une pensée à coups de bras et de sexes.Du territoire usurpé, de petites pensées au jour le jour.Mon ombre se déplace dans le territoire, il faut ratisser le terrain, le créer de toutes pièces.De but en blanc, cerner l\u2019espace-sujet, trouver la vie en oi, des mots à ma mesure.Pour le moment, je m'applique à dresser une liste des objets indiquant l'occupation du territoire : maison de papier, jambes emmaillotées dans des aiguilles de soie, décor d'asphalte, exotisme de bon aloi, démarcations de fauve, femme qui éclate dans le temps, fonds de cour, de bouteilles, regard aiguisé, endos de fenêtres, étoile-carrefour\u2026 À chaque éternité, la mémoire défend sa zone.119 Labyrinthe de détails, je m\u2019enfonce, obnubilée.Si la maison représente ma pensée, le territoire définit quel espace en moi ?Qu'est-ce que je n'assume pas @ Le fait d'être non-neutre @ La somnolence du plaisir 2 Que je ne bouge pas de ma vie 2 Territoire envahi par le sentiment.Sclérosé.On ne touche pas à votre territoire.On vous y laisse ou on vous en extirpe, comme les mauvaises herbes.Vous n'avez plus droit de cité.Tu dis que tu ne te sens pas chez toi ici, rien ne t'y appartenant.Tu trouves mon territoire fragile, enclin à la dérobade.C'est un reproche mais ton corps le chuchote tellement bien.Mes plaies en sont, en étaient toutes retournées.La transparence s'est rompue depuis, il faisait trop froid entre nous.Et je me promène dans mes limites comme une paraplégique sans orientation.Territoire arrière, territoire avant.Non pas deux forces qui se dynamisent mais une qui annule l\u2019autre.Mon territoire avait englouti l'invité.Trop étroit pour lui.Ca lui collait ala peau et la peau se détachait, plus rose que d\u2019habitude.Sous le territoire déserté, la douleur circule, s'étend, s\u2019immobilise.Pas assez de souffle pour pleurer.~ 120 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi LE iden dem 4 fi DANIEL GAGNON Ange à la prothèse Raphaël lui sourit.Il entrouvre ses lèvres sur des gencives retenant des dents imparfaites d\u2019une délicate blancheur.Au fur et à mesure qu'il avance avec sa canne, par mouvements arythmiques, sa mère prend plus clairement conscience de l'amour particulier qu\u2019elle lui porte.Elle embrasse du regard cet enfant auquel elle a tant rêvé ; elle réalise combien elle est attachée à cette beauté, à cette richesse, à cette élégance, à ces grandes mains fines noblement élancées, à ces bras et à leur douceur inépuisable, à ces jambes inégales et à leurs multiples pas.Elle le contemple de tout près ; l\u2019Enfant n\u2019a-t-il pas déjà été peint mille fois à l'usage de tous les croyants comme celui de tous les païens @ Il a couché sa tête sur ses genoux ; elle étudie le profil chantourné de ses joues, le contour harmonieux de son visage, le bombement des lèvres, la courbure des sourcils, la pureté du front.Il lui montre un univers oU tout est confiance ; abandonné à un Dieu qui ne punit ni ne réglemente, mais comble le coeur de joie, il est un livre sacré.Elle voudrait étre 121 Hilts Mbbdidicieadiii ASIA I DAEMEREH J Spe savante et d'une espèce rare pour le déchiffrer et pour en donner de vastes traductions et d\u2018amples tableaux, pour expliciter les ellipses et les références à des réalités remontant au Paradis terrestre.Il est fait de séduction, de prestige et de mystère.Ah! si elle pouvait thésauriser sa beauté dans un coffre-fort ou dans un temple ! À titre de mère, elle désire être la première.Son enfant possède le don émouvant de la faire trembler de peur et d'amour.Elle désire l\u2019attraper tout doucement dans ses mains ; pourtant malgré la maîtrise dont elle fait preuve dans certains de ses dessins, malgré la verve que révèlent ses compositions, malgré sa grande excitation, elle n'est pas capable, faute de moyens, de culture et de force, de comprendre ou d'interpréter correctement les grâces de son fils.Où est passée sa grande inspiration d\u2019antan, sa facilité et sa fougue incomparables ?Avec un corps comme celui-là, d\u2019une foudroyante adolescence, il lui apparaît comme le plus bel être du monde.|| pourrait se permettre d\u2019être un ange, tant son charme, sa simplicité et sa souveraine intelligence le situent au-delà, au-dessus des autres.Elle se regarde.Elle a un visage de sorcière et des mains tachées de peinture.Elle n\u2019a plus les yeux bleus de son enfance ; elle ne croit pas rayonner de séduction.Elle se sent une vieille femme devant son enfant.Elle achèterait une ferme abandonnée, y installerait un immense atelier ; elle obtiendrait de son ex-mari de quoi financer les travaux.Elle se mettrait à l'oeuvre avec enthousiasme et gaieté tout en suivant les traditions millénaires.Le désir amoureux habiterait sa pensée.Elle ne parlerait pas, le chant des oiseaux traverserait l'air tendrement, des érables et des trembles frémiraient nonchalamment devant ses fenétres.Elle aimerait son fils avec une voluptueuse langueur ; elle le verrait volontiers +199 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi [SRA ALIS MET [IRS RM PED EIEN CURRENT ER OR 13 idien dong Ange nu, le sexe ferme et surgissant.Elle contemplerait ala l\u2019oeuvre de sa chair et y croirait, elle l\u2019aimerait pas- prothèse sionnément, elle n'aurait pas perdu le plaisir de jouer, d\u2019enlacer la Beauté et de s\u2019enivrer a son rythme ; elle s\u2019efforcerait de ne pas trop regarder son enfant dans les yeux, elle connaîtrait ses limi- ; tes.Elle le voit.Il lui offre son corps souriant.À À court de ressource, elle ne pourra pas payer le ; loyer, elle est au bord de la faillite.Crevée de dettes, brouillée de longue date avec son mari, il lui faut de l'argent dans les plus brefs délais.Si son avenir reste sans espoir, elle se précipitera par la fenêtre, la seule issue sera la mort ; ou bien elle renoncera à l'existence, elle se retirera dans une usine et se consacrera aux occupations les plus aus- teres.Elle accueillerait le cancer comme une délivrance, elle s\u2019enfuirait de son atelier et irait mourir dans la solitude.IV Elle tourne autour de son fils pour l\u2019examiner sous différents angles, obtenant ainsi une variété de perspectives.Sa main a déjà été plus sûre, elle a naguère exécuté maintes représentations au E.moyen d'une ligne plus nette et plus incisive, l\u2019acuité | de ses profils d\u2019hommes était frappante, la sil- | houette des corps était rebondissante.Elle le 8 regarde.Avec sa jambe infirme, il est là, en dehors : d'elle ; il est création, il est existence.Elle est cons- E ciente qu\u2019il lui faudrait mettre un peu d'argent de gi côté, mais elle perd courage.Elle refuse de s\u2019as- oh sujettir aux banques, elle n'accepte pas l'argent E comme un moyen, elle veut en finir avec les dépré- A dations du pére de son enfant.Elle s'enfonce dans ses rêveries.Elle a cessé d'exposer dans les galeries.À qui confier son espoir de liberté ?Comment atteindre une certaine sécurité financière 2 || faut vivre.Elle cherche à éviter la chute, elle lutte contre ses fantômes.Elle le couve des yeux avec plaisir.Il n\u2019est pas un être purement spirituel, dépourvu 123 ia 0 ji Le to SEE eee de sexe.Elle l\u2019observe manger sensuellement les deux dernières pêches dans le plateau.C\u2019est toute la nourriture qu'elle possède.Il faut qu'il vive pour que son corps vibre, il faut qu'il mange.Elle cherche avec lui toutes les possibilités qu'offrent les éclairages.La lumière sur lui.Ses doigts se mettent à l'oeuvre, elles pressent de nouveau une joyeuse faculté d'agir qu'elle na pas éprouvée depuis longtemps.Revivre dans son atelier, réparer les toiles, aller et venir dans le dédale des chaises, des pots renversés, des décors, des costumes et des panneaux empilés, retrouver quelque chose de l'excitation des premiers moments.Vv Elle s\u2019est coupée du monde, derrière les portes closes de son atelier ; en s\u2019éclipsant, elle a voulu ouvrir la voie à la recherche d\u2019une solution à sa crise morale.Elle était si divisée en elle-même et son impasse était si totale qu'en scrutant son âme mourante, elle n'espérait plus déceler un jour la possibilité d\u2019un déblocage ; dans cet état de démission, rien n'émergeait d'elle ou autour d'elle qui aurait eu sa préférence\u2026 Elle regarde son fs.Fixer sur la toile, d\u2019un trait rapide et fluide, les impressions fugitives.Elle contemple sa démarche irrégulière et n\u2019a jamais étudié avec autant de plaisir le déhanchement lent d\u2019un corps en marche, le battement léger des jambes ; il monte et descend, comme si à chaque pas il allait s\u2019élancer, sur sa bottine orthopédique.Elle veut dessiner sa prothèse aussi, tout peindre de lui, saisir sa nature intime, son équilibre délicat, sa frêle solidité, son fragile aplomb.Sculpture vivante et inégale, énigmatique, il avance vers elle, aimable et gai, attirant sur sa chair le regard et le désir de sa mère ; il est le tremplin vers d\u2019autres horizons, ceux où l\u2019on déguste, au creux de la main de Dieu, la chair spirituelle, ceux de la nonchalance des heures passées dans la paix.Le peindre pendant sept jours 1° 77124 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi ad Ange à la prothèse CSSS LA ACCES NM IAA A I EEE LAS et sept nuits, sans discontinuer ! Grand, maigre, dévêtu de son peignoir, cheveux déliés, il marche doucement.Sa rencontre est d'une grande portée, elle relance l\u2019âme en voie d\u2019essoufflement.Le seul fait de regarder, entre les murs de son atelier, cette beauté nue, nette de tout ornementation, sans affectation dans son maintien, éloignée de tout mensonge, sème le trouble en elle, introduit dans son coeur une émotion violente, réveille le souvenir d\u2019une blessure inextinguible, au-dessus de tout remède, à laquelle tout son art n'a pas cessé de vouloir donner une dimension rituelle et sacrée.VI [| se laisse déchausser et rechausser, décoiffer et recoiffer ; elle touche à sa prothèse.Elle sent brû- ler en lui le feu sacré de la danse.Et sa voix est extraordinaire, voix d'émotions, de rires et de larmes contenant tous les registres, voix qui jaillit et se brise en mille éclats contre les objets de l\u2019atelier.Elle veut peindre cette voix.Cependant, le marasme de sa condition n'a jamais été aussi profond; les tableaux s'accumulent, elle ne peut pas rembourser ses dettes et elle a besoin de tubes de peinture, de toiles et de pinceaux ; elle aimerait avoir un atelier plus grand, plus éclairé, à la campagne si possible, mais pas trop loin de la ville pour aller au cinéma, au théâtre, au concert et à l'opéra qu'elle ne fréquente plus depuis des années, trop pauvre et trop déprimée pour seulement rêver que ce serait possible.Son atelier est à peine habitable, le plancher s\u2019est affaissé et le toit fuit ; il n\u2019y a aucune installation électrique ou sanitaire ; les habitants du quartier trouvent ses peintures fâcheuses et ils approuveraient avec plaisir son déménagement ; s\u2019estimant insultés, les voisins adoptent à son égard une attitude froide et hostile, plusieurs se disent choqués par ses tableaux.Elle se tient debout, intacte parmi les ruines.Elle ne veut s'amputer ni du monde de la vie quotidienne ni du rêve ; elle ne veut pas renoncer à la poésie.VI Il est si beau qu'elle ne voudrait et qu'elle n\u2018oserait en faire que de petites esquisses exécutées en marge de ses tableaux ; elle n\u2019en ferait que des essais au crayon, parfois destinés à être effacés ; elle le recommencerait sans cesse, son fils, toujours son fils, dans tous les tableaux, dans les champs, les forêts, les musées, les squares, les églises et les magasins ; elle l\u2019interpréterait tout en lui conservant sa personnalité infinie.Elle rêve d'un coloris délicat et nuancé pour lui ; elle imagine déjà quelques titres à donner à ses toiles, comme : Garçon en équilibre, Nu sur le bord du fleuve, Bois sacré, Ange à la prothèse.|| danse.Il décompose la réalité et la recompose par sa danse infirme ; elle écoute le son obsédant de la bottine orthopédique sur le plancher de bois de son atelier ; elle voit luire la prothèse de métal chromé sur la chair blanche, mais cela lui paraît plutôt être l'épée d\u2019un ange venu pour l'accompagner et envoyé par le dieu Amour.77126 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi écris LAPIN tibbticiinen | IE} iden ding = Nar Le EC £m Vn For nen ero ein rm teen ee ey H IH { | H i \u2018I «fn 3 ik Raymonde April Les temps satellites 1986 Photographie noir et blanc 8\" x 10\u201d Portefolio de dix photographies publiées par Canadian photographic Portfolio Society Vancouver 1986 === rer = Le a Fo.-\u2014\u2014 er em meer en _ 3\" PER Pe Op 0 .= ea eels sas ahs cer == en en Ses or Beat Ee = Ee a PIERS Sa IPA me = Pa = ae = ST = pa .- Ey = - 3 \u2014 _ Cpe.ae J a CI roo \" cartes Se 70e Las Ri > El ran ps = Lad tas = ey Cla Err gr coy pce oz LE oh Eu Co cee 5 Ce a \" a de SRK eet Er pi a CE.Re =-\u2014\u2014 -_ \"_\u2014_\u2014_\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014æ\u2014 a Re La N [ER BE .ps Er an Eee Ves rer [yates Swe pe PY TEE = PRN \u2014 77772 JS oe prey > = es Ire PE = LL a Ar - es == _ ve \u2014 Ea HAAR POL LE PERRI ESS LICE EE Lh he 1 PHILIP RESNICK SENTE Le NPD et la politique de défense Une fois depuis la deuxième guerre mondiale \u2014 en 1962-63 \u2014 la question de la défense nationale joua un rôle clé dans la politique canadienne.Ce fut l'époque de notre adoption du missile Bomarc et d\u2019une très forte pression américaine véhiculée à travers NORAD et l\u2019OTAN, pour son armement nucléaire.La chute du gouvernement Diefenbaker et l'élection de Lester Pearson furent, en bonne partie, les résultats d\u2019un manque d'unité marqué des conservateurs sur cette question et de très forts appuis américains derrière la scène pour les libéraux.En Grande-Bretagne, durant les deux dernières élections, la politique de défense contribua de façon importante à la défaite du parti travailliste et au triomphe de Margaret Thatcher.En se définissant comme parti prônant le désarmement nucléaire unilatéral, les travaillistes se montrèrent vulnérables à la critique de ne pas avoir une vraie politique de défense envers l\u2019Union soviétique.La défection des Sociaux démocrates au début des années 1980 fut en bonne partie causée par leur dissidence avec la politique travailliste en matière de défense, une politique qui d\u2019ailleurs ne sembla trouver qu\u2019un appui minoritaire parmi l'électorat britannique.131 C\u2019est vrai qu'il y a un contre-exemple intéres- POSSIBLES sant à citer, le cas de la Nouvelle-Zélande, qui re quotigien loi prone une ligne indépendante en matière de oT défense, en fermant ses eaux territoriales aux navires américains porteurs d'armes nucléaires, et en affaiblissant son rôle à l\u2019intérieur de l'alliance ANZUS, qui la lie aux Etats-Unis et à l'Australie.Cela ne semble pas avoir coûté beaucoup au parti travailliste de la Nouvelle-Zélande en terme de popularité \u2014 tout au contraire.Mais il ne faut pas croire que ce qui réussit en Nouvelle-Zélande réussira pour autant au Canada.S'il faut engager maintenant la discussion sur cette question c\u2019est parce que les sondages d'opinion depuis des mois, comme les toutes dernières élections partielles semblent indiquer, très heureusement de mon point de vue, que le NPD fédéral se trouve devant une percée historique.Même si ce parti ne réussit pas à maintenir les 40 % de l\u2019appui populaire que les sondages lui donnent, il n\u2019y a pas de doute que le NPD pourrait se trouver après la prochaine élection fédérale comme un des deux partis majeurs, et pourrait soit être appelé à former un gouvernement minoritaire soit peser fort sur un gouvernement libéral minoritaire.La montée impressionnante du NPD commence à attirer donc l\u2018\u2019attention des médias, et des attaques contre sa politique officielle de retrait de l\u2019OTAN et de NORAD.Ce n'est pas par hasard que le Globe and Mail, le journal des milieux d'affaires par excellence, mène l'attaque, que les conservateurs non moins que les libéraux suivent, et que derrière la scène, on sent les américains s'agiter à l\u2019idée d\u2019une poussée « neutraliste » dans la politique de défense canadienne.Ce que je veux proposer c'est que le NPD repense sa position officielle sur l'OTAN et NORAD d'ici à la prochaine élection fédérale.Plus concrètement, je pense que le NPD fera bien de \u201c7132 Le NPD et la politique de défense dissocier sa position sur l'OTAN de sa position sur NORAD.Car, une retraite canadienne de NORAD serait à mon avis souhaitable et, du point de vue politique, « vendable », ce qui me semble moins vrai en ce qui touche l'alliance atlantique.Nous pourrions discuter des bienfaits et des méfaits de la formation de l'OTAN au début de la guerre froide, sans que cela change la réalité actuelle.Cette réalité indique que l'OTAN a été un facteur essentiel des rapports Est-Ouest et Amérique du Nord-Europe de l\u2019ouest depuis quatre décennies, et continuera de l'être en toute probabilité pour encore une cinquième.L'OTAN a pesé sur notre politique à certains moments \u2014 on pense à l'ambiance de guerre froide dans notre politique étrangère durant les années cinquante ou soixante, ou encore, à notre présence militaire en Allemagne de l'Ouest.Par contre, ce n\u2019est pas l'OTAN qui a dicté le niveau de nos défenses militaires ou de notre politique internationale sur les questions Nord-Sud, ou, durant les dernières années, notre attitude face du monde communiste.Et le Canada est loin de faire exception à cet égard.Le Danemark, beaucoup plus près de l\u2019Union soviétique que nous, a résisté avec succès aux pressions de l'OTAN d'augmenter ses défenses militaires durant des années.La Grèce sous PASOK, tout en restant un membre de l'OTAN, ne se sentit point obligée de suivre la ligne de l'OTAN ou des Etats-Unis, au Moyen-Orient, sur les négociations stratégiques, etc.{| ne me semble donc pas que notre adhésion a I\u2019OTAN sous un gouvernement NPD serait incompatible avec la poursuite d'une politique étrangère plus indépendante.Pour aller plus loin, dans I\u2019ére Gorbachev, ou enfin les dirigeants soviétiques se montrent moins arriérés, plus ouverts aux réformes, le Canada pourrait profiter de son adhésion a I\u2019OTAN pour appuyer de plus fortes réductions de l\u2019armement conventionnel non moins que nucléaire en Europe centrale, et le renforcement de mesures de confiance Est- 4 M.i Ri Ouest dans plusieurs domaines.Notre adhésion actuelle à l'OTAN ne semble pas avoir trop influencé même le gouvernement actuel dans sa décision récente de mettre fin à notre engagement de longue date de venir à l\u2019aide de la Norvège en temps de crise.|| me semble donc qu\u2019un gouvernement NPD (ou appuyé par le NPD) pourrait de façon semblable adopter une position critique face aux essais du missile Cruise au nord de l\u2019AI- berta, tout en restant bon membre de l'OTAN.NORAD, par contre, est une autre question.Cette alliance qui date de 1958 fait partie d\u2019une stratégie de premier tir américain, même si elle est formellement justifiée en terme de défense de l'Amérique du Nord contre une attaque de bombardiers.Elle fut déjà désuète pour les années soixante, avec les missiles remplaçant les bombardiers dans la stratégie américaine non moins que soviétique,et avec de nouveaux systèmes de repérage par satellites développés par les Américains rendant caduc les stations de radar.NORAD est aussi le symbole d\u2019un enlisement canadien dans une alliance avec les Etats-Unis plus disproportionnée que l\u2019alliance atlantique.En intégrant des officiers canadiens à la structure de commande de Colorado Springs, elle donne à notre politique de défense une optique ouvertement continentaliste ; pour citer un exemple, l'accord sur le partage des dépenses en matière de défense de 1959.Elle nous a liés à la politique américaine qu'on le veuille ou non, une politique qui depuis cinq ans prône des programmes de déstabilisation comme la Strategic Defence Initiative (la guerre des étoiles), que l'opinion publique canadienne n\u2018appuie pas.Mettre fin à NORAD serait une bonne facon d\u2019indi- ver notre refus de jouer |\u2019éternel partenaire cadet de la politique de defense américaine, et de prendre notre distance face à des initiatives provocatrices comme la guerre des étoiles.Nous pourrions ainsi faire la distinction entre un appui à la capacité de riposte américaine face à une attaque non \u201c134 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi ee LES iden dem Le NPD et la politique de défense provoquée soviétique, ce qui peut se faire en dehors du cadre de NORAD, et le genre d'appui d'une stratégie américaine de premier tir que NORAD représente pour beaucoup de Canadiens.Nous pourrions consacrer ainsi un plus grand effort à la défense de la souveraineté canadienne dans nos eaux territoriales ou dans l'Arctique que ne semble le faire le gouvernement Mulroney, de loin trop inféodé aux intérêts américains dans ce domaine.Il faut donc que le NPD démontre un plus grand degré de réalisme s\u2019il veut faire passer sa politique de défense.Le parti travailliste britannique a payé cher son refus de séparer la question du stationnement des Polaris américains en Grande- Bretagne de celle de la force de dissuasion nucléaire britannique ; en s'opposant à tous les deux, il n\u2019a pas pu avoir le moindre impact sur la politique de défense britannique.Le NPD, en insistant sur notre retrait simultané de l'OTAN et de NORAD, risque de rendre aléatoire son but principal, c'est-à-dire une politique canadienne en matière de défense et affaires étrangères, plus indépendante des Etats-Unis.Une telle politique de défense, qui consacrerait 2-2,5 % du P.N.B.a la défense, qui maintiendrait notre adhésion à l'OTAN tout en mettant fin à celle de NORAD, aura, à mon avis, beaucoup plus de crédibilité que sa politique actuelle.Elle serait une politique de défense ancrée sur notre position en Amérique du Nord, qui pourrait être une contribution aérienne et navale à nos alliés de l'OTAN tout en évitant l'engouffrement américain.Le Globe and Mail comme les conservateurs trouveront une telle politique plus difficile à attaquer aux élections de 1988-89, qu'une politique qui prône la retraite canadienne de toutes nos alliances militaires.Pour le NPD, le prix de réussite dans sa marche vers le statut de parti majeur pourra passer par la modification de sa position actuelle en politique de défense.SN oo A pa x, FE [PN Po Pee RR eo FPS TRE des ps Saar Saale Ce ra PRE LRA aw Vo > 2 a BY A RAPS = I PR TERS oe ne aR == va a \u2014 = OR ee er = Hot | } i Loon i \u20ac Raymonde April Les temps satellites 1986 Photographie noir et blanc 8\u2018 x 10°\u2019 \u201c Portefolio | de dix photographies publiées par Canadian photographic Portfolio Society Vancouver 1986 RR - J oe fee = - Pp bray pry vu Les Lime ce 2.rue __ _ [EE ooo 7 po = rer Eee Pages cases aaa cae =F 3 eX Cara rats Ba ara a ice ces Rate ds rie costs Po Rca 3 a TUTE SESE \u2014\u2014\u2014\u2014 mt EE = pce 2.Sa pe pPR Co en oo el lie om Press Ee or ae RIES Er 7 = ou Tr pra ee 5 pra cree és = us.= PO ere or.DEEE d Le en cz: oo Ta Sean EE =z accés D LT EERE at mc sie BY: Ee SUR LES CHEMINS DE L'AUTOGESTION pas _ \u2014 Here Cm pas kad a 6 Ry .- PEER Py Ym PETE a ECS J PEA rs [Po Sr .Ll ea re a Pr = es ie Pots res es ez wh Fr ae op meme Cros TE mers pe SPP NE eon COLLECTIF TRANSMARGE \u201d Informatique : De l'illusion de \u2018appropriation à l\u2019utopie de la convivialité L'informatique, on le sait, est une technique de traitement des informations.On y retrouve, entre autres, cet appareil qui a bouleversé bien des habitudes et des structures : le micro-ordinateur.Celui-ci traite l'information par des moyens électroniques avec des programmes, des logiciels.|! est produit à partir de connaissances spécialisées, d\u2019expertises, en dehors des savoirs quotidiens.Il s\u2019insère dans un contexte, celui du marché, où diverses stratégies sont planifiées et rejoignent divers publics, spécialisés ou non.Mais si on peut simplement et strictement n'être que consommateur ou consom- *1 Texte rédigé par Gilles Cazabon, avec la participation amicale de Patrice Leblanc, membres du collectif Transmarge, à partir d\u2019un cycle de soirées Transmarge consacrées à la dimension « nature des outils et produits \u2014 le cas de la micro- informatique », auxquelles ont participé : Éric Alsène (Trans- marge) ; Pierre Bordeleau (APO-Québec) ; Michel Cantin (Université de Montréal) ; Gilles Cazabon (Transmarge) ; Henri Claret (Université du Québec) ; Natalie Conte (Transmarge) ; Carolle Hamel (Transmarge) ; Josée Kaltenbach (Université du Québec à Montréal) ; Patrice Leblanc (Transmarge) ; Judith Légaré (Trans- marge) ; Joanne Lessard (Transmarge) ; Maryse Lévesque (Trans- marge) ; Serge Proulx (Université du Québec à Montréal) ; Georges Szell (Université d'Osnabrück, Allemagne). matrice du produit, on peut également créer grâce à lui.Les utilisateurs et utilisatrices éventuel-les vont acquérir peu à peu certaines capacités, une mai- trise plus ou moins importante de l\u2019objet et du sujet jusqu\u2019à possiblement l\u2019adapter, l\u2019ajuster à leurs besoins ; cette maîtrise, comme on le verra, peut- être graduée.L'introduction de la notion de maîtrise est permise lorsqu'on commence à se questionner sur Fac.cessibilité de la technologie informatique.On peut par exemple parler de maitrise-consommation et de maîtrise-création.La plupart du temps c'est la facette consommation qui prend le dessus.On parlera de maîtrise-consommation lorsqu'on aura affaire à une utilisation passive de la technologie informatique.On parlera au contraire de maîtrise- création quand la maîtrise sera intégrée dans un projet créatif.Ces deux types de maîtrise sont liés à un autre type, la maîtrise-projet.Celui-ci a trait aux pratiques de dépassement de la logique informatique actuelle, aux plans de la production et du marché.| n\u2019est pas simple de saisir comment il est possible d'ajuster l'informatique à des besoins individuels ou communautaires car ce domaine se développe de plus en plus rapidement.Grâce à l'informatique, ou à cause d'elle, s'organisent, s'imaginent, se mettent en place des façons de faire, des méthodes, des formes organisationnelles, des luttes également.Qui y a accès \u20ac Peut-on espérer qu\u2019un jour chacun-e puisse en comprendre les ultimes secrets ?Est-il possible de ne pas en être esclave 2?Peut-on croire que le microordinateur demeurera un outil à notre service ¢ Est- il possible de se l\u2019approprier ?L\u2019appropriation a trait à ce qui permet d'affirmer et de renforcer sa position sociale dans l\u2019optique d\u2019une lutte pour la construction de la société.Pour certains, l'informatique est une fin dans l\u2019op- 73142 POSSIBLES [is Le quotidien qu Modes d'emploi | pe li | Informatique : dy de l'illusion ing k I'appropriation à l'utopie le la convivialité TA sr aur, SOTO tique de cette construction, alors que pour d\u2019autres c'est un moyen.L'appropriation de cette technologie peut être à la fois sociale et individuelle et peut permettre de développer des moyens de lutter en réseau tout en donnant à chacun-e l'occasion d'acquérir de nouvelles connaissances et compétences.Mais cela soulève des questions importantes, complexes.Le micro-ordinateur nous contrôle-t-il2 Dans quelle mesure?Est-ce une machine ou un outil # Des questions, toujours des questions.Mais quelles réponses ?Il est temps d'y voir.Une définition de l'appropriation L'utilisation du micro-ordinateur implique des moments qui semblent se succéder et qui mènent plus ou moins rapidement, comme dans une sorte d'apprivoisement progressif, de la prise de contact, permise par l\u2019accessibilité (comme condition première), à l\u2019utilisation fréquente, puis de celle- ci à la maîtrise plus ou moins complète de l\u2019appareil et de ses programmes (sorte de continuum pouvant aller disons de la compétence dans l\u2019utilisation des logiciels jusqu'à la connaissance de la programmation), enfin de cette maîtrise à la production.Cette dernière étape pourrait s'appeler le moment de la création : performance et production par soi-même, pour soi-même ou pour un groupe (quel que soit ce groupe, que l\u2019on en fasse partie ou non) de programmes, de logiciels divers, adaptés à des besoins également divers, au plan du marché industriel ou dans tout autre optique.Au fil de cette progression, ce qui se développe, ce qui se profile sur la scène de cette pratique, ombre lugubre (dépendance, pouvoir) ou espoir (autonomie, émancipation), c'est l'expertise.Dans une perspective d'autonomisation et d'émancipation, tout projet d\u2019appropriation de la technologie de l'informatique, de ses savoirs et 143 savoir-faire, nécessite de tenir compte d\u2019un certain POSSIBLES i\" nombre de composantes formant éventuellement un ° quotidien loi , ensemble.Les composantes présentées ci-hautne °°°% SMPOIRT, sont pas issues d\u2019un modèle théorique préalable \u20ac\" mais, au contraire, le fruit d'observations de pratiques quotidiennes, individuelles ou de groupes.| Dans la pratique, où il est réaliste de penser que | les groupes confrontés aux nouvelles technologies n\u2019envisagent que rarement l'appropriation dans le cadre d\u2019un projet social d'envergure, plusieurs étapes ou niveaux, non linéaires, pourraient être envisagées et organisées, à l\u2019intérieur d\u2019un projet, afin d'arriver à une réelle appropriation sociale et politique de l'informatique.Dans le cadre des activités et des projets menés par des groupes alternatifs ou communautaires et en regard de l\u2019utilisation du micro-ordinateur et des logiciels, des niveaux surgissent.Un projet d\u2019appropriation de l'informatique pourrait s'articuler ainsi : à un premier niveau, on retrouverait une utilisation alternative ou une utilisation, dans un univers alternatif, de matériel déjà existant ; il y a alors tentative d\u2019apprivoiser les technologies [ déjà pensées et on se forme à l'utilisation de l\u2019or- | dinateur à des fins alternatives.À un second | niveau, la production d\u2019autres logiciels que ceux disponibles à ce moment serait possible en vue ; d'une utilisation alternative ; d'usage plus simple, our amenuiser la dépendance aux experts, ces logiciels auraient pour fonction d'assurer une plus grande efficience des groupes utilisateurs.Un troisième niveau nécessiterait la formation de réseaux de convivialité où la création de contre-savoirs et la circulation d'informations nouvelles permettraient de soutenir la créativité.Un dernier niveau serait celui de l'appropriation politique des nouvelles technologies et supposerait le renversement et la création d\u2019une logique autre que celle, structurée, rigide et hiérarchique de l'informatique actuelle.Il s'agit de recréer la technologie pour la démocratiser dans un projet d'émancipation où Bs | Informatique : fn : de l'illusion demplid l'appropriation à l'utopie be la convivialité l'informatique est rendue, à fous égards, accessible.Ces niveaux ne doivent pas être considérés sur un plan linéaire.Toutefois, chacun d'eux doit être accompagné de certains éléments bien précis.Ainsi, chaque niveau suppose l\u2019utilisation d\u2019un appareil ; c'est le premier élément.Ces niveaux supposent également l\u2019utilisation de logiciels ; second élément.Le type d'usage qui en est fait est un troisième élément.Un projet supporte ces trois premiers éléments et en constitue donc un quatrième.Enfin, cinquièmement, tout élément et tout niveau baigne dans un contexte donné qui doit être cerné, diagnostiqué, précisé.En résumé, tout projet d\u2019appropriation est intimement lié au type d'appareils et de logiciels utilisés, à la nature de leur usage et au contexte dans lequel il s\u2019insére.Un exemple d\u2019appropriation La pratique quotidienne, on le sait, a toujours le dernier mot.On a beau avoir concocté les plus belles théories, si elles ne sont pas confrontées à la réalité ou si elles ne proviennent pas de l\u2019observation, on risque d'errer sans fin.Au plan de l\u2019utilisation individuelle de l\u2019ordinateur, on constate par exemple que c'est le traitement de texte qui est l'usage le plus répandu.Même s\u2019il n\u2019est pas nécessaire de décortiquer toute la pratique d'un utilisateur ou d\u2019une utilisatrice d\u2019un logiciel de ce type, on se rend compte toutefois qu\u2019ordinateurs et logiciels utilisent un protocole auquel toute personne est liée.Ce protocole peut être plus ou moins contraignant.La manipulation est sensiblement la même d\u2019un appareil à un autre lorsqu'on considère une opération de traitement de texte.D'abord il y a l'entrée des données, puis il y a le traitement (organisation, disposition).Certains appareils sont toutefois plus agréables à utiliser que d'autres.Même s\u2019il faut se plier à leur i 1 Hi ie.\"a protocole, il n'empêche que dès l\u2019abord, ils sont particulièrement « amicaux ».Qui n\u2019a pas déjà entendu parler de la lutte que se mènent le géant IBM avec son PC (Personal Computer) et Apple avec son Macintosh.La logique du PC d'IBM est plutôt rébarbative selon plusieurs utilisateurs et uti- isatrices, alors que celle du Macintosh est agréable et simple ; le plaisir y joue un rôle important.Par exemple, le Macintosh propose une interface (rapport entre l'utilisateur et l'appareil) simple : l\u2019icône, et un mode d'accès amusant : la souris (pointer et presser dans l'icône ou, comme on dit, « cliquer »).Mais encore est-il nécessaire de se demander s'il est plus simple de maîtriser l\u2019un ou l\u2019autre.En posant la question, on s'aperçoit très vite que les réponses, même si elles fusent et qu'elles sont parfois \u2014 voire souvent \u2014 « pro » PC ou « pro » Macintosh (donc peu critiques), ramènent sans cesse aux notions de simplicité et de complexité : avec lequel puis-je arriver à produire le plus simplement et le plus efficacement ?Lequel me permet de comprendre le fonctionnement plus rapidement \u20ac Le discours publicitaire donne l'illusion qu'il est possible de s\u2018approprier la technique en s\u2018appropriant l\u2019objet.Et pourtant, d'innombrables et invisibles pièges sont tendus sur cette route.Comment croire que l'expertise est rattachée indissolublement à la facilité ?C'est le discours moderne du « savoir sans effort », des méthodes, des techniques ; agir sans réfléchir.Par exemple, chez Apple, on a mis en place une stratégie efficace pour vendre les appareils tout en gardant bien en mire le titanesque compétiteur, IBM.La marque de commerce du Macintosh 2 En rapport direct avec son contexte de développement : la convivialité.Ajoutons-y l\u2019illusion d'arriver aisément à posséder un savoir informatique très spécialisé.{ 7146 POSSIBLES | Le quotidien Ir & Modes d'emploi [iw | Ric à Informatique : Le contexte de développement qui mène au dingy anno iorion Macintosh en est un d'effervescence, de contre- : à l'utopie CUlture (début des années 70), de décentralisation.; + la convivialité Le mot d'ordre : « Small is beautiful ».Les penseurs d\u2019Apple (Steve Jobs et autres), véritables pionniers, n\u2019ont pas eu affaire à une bureaucratie | pour créer.Pas de contrainte, pas de surveillance.: Ce n\u2019était pas comme chez IBM, dont le contexte de développement est celui de l\u2019engineering.Au moment de la conception d\u2019un microordinateur (qu'il vienne de chez IBM ou de chez Apple), il y a un choix.Quand on place côte à côte les conceptions des deux compétiteurs en présence ici, on remarque certaines choses fort intéressantes.Ainsi, le marché visé apparaît de plus en plus le même.Ensuite, l'accessibilité et la facilité d'utilisation sont, du côté du IBM-PC, faibles, rébarbatives et complexes (longue période d\u2019ap- i prentissage) et, du côté du Macintosh, grandes et simples.|| semble qu'on se fait du IBM-PC une ; image plutôt « sérieuse » (au sens péjoratif du terme), c'est-à-dire que c'est un appareil qui est fait pour travailler au contraire du Macintosh dont on it dit qu'il est agréable et fait pour « jouer ».La ver- | satilité du IBM-PC est grande dans la mesure où il s\u2019agit d\u2019un micro-ordinateur « ouvert » et celle ki du Macintosh est faible, puisqu\u2019il est « fermé » (cf.É les exemples, plus loin).Enfin, le type de maîtrise possible va de la création avec le PC d'IBM (parce A qu'il est ouvert) à la consommation avec le Macin- A tosh (puisqu'il est fermé).Il apparaît de plus qu\u2019il faut distinguer ce qu'on FE appelle la quincaillerie ou hardware et les pro- i grammes ou software.Dans le software il faut aussi E différencier ce qui a trait à l'exploitation du système ht informatique et ce qui a trait plus spécifiquement E à l\u2019utilisation.Le véritable problème, lorsqu'on E parle d\u2019appropriation, survient alors quand le | système d'exploitation échappe complètement à l'utilisateur ou à l\u2019utilisatrice de l\u2019appareil.On 147 pourrait vouloir créer tous les logiciels possibles, il n\u2019en reste pas moins qu'il faudrait encore se plier au protocole, c'est-à-dire fonctionner selon la [og que imaginée au départ avec le software d\u2019exploitation.Chez Apple, le système d'exploitation du Macintosh semble intégré et « gelé » en mémoire morte (le ROM), alors que chez IBM, ce système (appelé DOS) est modifiable.Il peut être enrichi par quiconque possède un peu d'expertise à ce niveau (en programmation entre autres), ce qui ne semble pas le cas pour le Macintosh.C'est en ce sens en tout cas que l\u2019on peut prêter à l'informatique la métaphore du cheval de Troie.La technologie de l'informatique, en effet, est riche d'images diverses.Celle du cheval de Troie renvoie directement à la neutralité ou non des technologies et au fait que \u2018ordinateur est pensé en fonction de la reproduction du système dominant.Elle soulève la question : quand on achète un ordinateur, sait-on qu'il peut s'agir d\u2019un cheval de Troie ?Elle introduit dans cette optique l\u2019idée d'une marge de manoeuvre.C'est pourquoi on aborde si souvent la question de la lutte entre Macintosh et IBM.Le Macintosh est-il une anomalie du système ?Ou ne s'agit-il pas d'un piège 2 Cet ordinateur n'est-il pas tout à fait dans la logique d\u2019'accessibilité du système 2 N'oublions pas, en effet, que si une technologie est produite par le système c'est assurément pour lui permettre de se reproduire.Mais revenons un peu à l\u2019idée des niveaux et éléments et voyons voir comment cela peut s\u2019articuler autour de ce qui vient d\u2019être écrit à propos du IBM PC et du Macintosh.Au premier niveau, celui de l\u2019utilisation alternative, correspond un type de maîtrise que l\u2019on appellera maîtrise-utilisation.Confronté aux élé- POSSIBLES Le quotidien Modes d'empl i i I } Big | Informatique : fin | de \"illusion \u2018lily l'appropriation à l'utopie ie la convivialité ments déjà identifiés, ce type d'utilisation ne revêt pas la même signification selon que l'appareil est un PC ou un Macintosh.Dans la mesure où on se trouve à une étape où c'est surtout la consommation qui est mise de l\u2019avant, le Macintosh semble beaucoup plus approprié que le PC, puisque comme on l'a vu, l\u2019utilisation est plus simple et plus « amicale ».Tout logiciel qui y sera affecté sera adapté à cette simplicité et l'usage en sera d\u2019autant facilité.N'oublions pas, au passage, que le projet a toujours trait à l'émancipation, à des alternatives au fonctionnement social actuel.\u2018Au second niveau, celui de la création de logiciels, le type de maîtrise est la maîtrise-création, c'est-à-dire la maîtrise intégrée dans un projet créatif, émancipatoire.Mais quel support pourra bien rendre ce projet réalisable ?Au plan de l\u2019ordinateur, c'est déjà moins évident.Si on se rappelle ce qui a été dit plus haut, on peut dire que le PC d'IBM est peut-être plus adapté que le Macintosh.Si on est au niveau le plus élevé de l'expertise, c'est- à-dire à celui où on est capable de créer des programmes, alors le IBM PC est probablement ce qu'il faut (il n'est pas dit que d\u2019autres marques ne feraient pas l'affaire ; il faudrait voir par contre dans quelle mesure il s\u2019agit de clones, encore dépendants du PC).Mais si l\u2019on n'est pas programmeur, qu'on ne veut pas faire affaire avec un expert (par exemple parce que le coût est trop élevé) et qu'on veut tout de même créer soi-même une configuration de logiciel pouvant répondre à la situation particulière dans laquelle on se trouve (comme groupe ou comme individu), alors il faut s'enquérir des logiciels disponibles.Disons qu\u2019il faudrait un type de logiciel qui laisse beaucoup de latitude, d'autonomie, à l'utilisateur ou à l\u2019utilisatrice.Sur le marché actuel, il faut bien le dire, il y a encore eu de ces logiciels.Un exemple tout de même : e logiciel de base de données D-Base Il! pour IBM est très compliqué quand on le compare au OMNIS 3 + pour le Macintosh.Ce dernier logi- 149 : ciel, en effet, est beaucoup plus simple à appren- POSSIBLES Jit dre et à utiliser.Dans la mesure où il est apte à we quotidien 8° 2 .odes d'emploi Biw# 3 répondre plus rapidement aux besoins et qu'il offre | i la latitude voulue à l'utilisateur ou à l\u2019utilisatrice, pue il apparaît qu'ici c\u2019est le Macintosh qui est indiqué.Les deux derniers niveaux, ceux de la forma- | tion de réseaux et de l'appropriation politique réfèrent à la maitrise-projet.Il semble très difficile d'y accéder encore actuellement dans la mesure où, A entre autres, la formation de réseaux informatisés 1 est dépendante du peu de compatibilité des appa- 3 reils entre eux et de la complexité des interfaces.A Ce qu'on remarque en tout cas, c\u2019est qu'au plan i individuel, la démarche d\u2019appropriation du micro- | ordinateur se fait de plus en plus complexe à | mesure qu'on progresse vers l'expertise.En cours | de route, quelque part entre l\u2019utilisation fréquente f et la maîtrise, il y a abandon d'un grand nombre i de personnes.L'appropriation est une route semée 4 d\u2019embiches et I'espace de l'expertise est restreint, ] même si le discours actuel laisse entendre le con- Ë traire.Alors donc, l\u2019appropriation telle qu'on la i concoit sur le marché de la consommation actuel serait impossible 2 Sans doute, mais est-ce bien 4 important \u20ac Un projet : la convivialisation du micro-ordinateur Nombre de questions restent encore sans réponses.Par exemple, il semble que du côté du Macin- | tosh il faille disposer de « meilleurs » experts que i chez IBM pour créer des logiciels, en raison du protocole.Cela veut-il dire en fait que l'accessibilité | est compromise ou qu\u2019elle devient impossible à 4 partir d\u2019un certain niveau ?Et puis, doit-on parler : d'utilisation alternative de l'appareil ou bien du logiciel 2 Un autre exemple est intéressant a rapporter dans cette optique.Qui n\u2019a pas vécu (pour \u201c17150 5 Informatique : ceux et celles qui y ont accès) l'expérience de la eu la de lillusion « bombe » sur le Macintosh, cette erreur du | Vopr l'utopie Systeme qui parfois, horreur, fait perdre le docu- e la convivialité ment sur lequel on a investi tant de temps, d'énergie (I\u2019écran du Macintosh reproduit en effet, à ce moment, l\u2019image d\u2019une petite bombe qui signale un problème dont on ne connaît ni l\u2019origine ni la i signification) 2 Le PC d\u2019IBM n\u2019implique pas ce fi genre d'expérience et lorsqu'une erreur de système i se produit, il y a toujours assez d'informations E récupérables pour comprendre ce qui s\u2019est passé, E pour connaître les raisons du défaut, ce qui n\u2019est pas le cas avec l\u2019autre appareil.Est-ce donc l\u2019alternative qui doit sauter avec la | « bombe » ?Est-ce parce qu'il s'agit d'informatique qu'il faut se l'approprier ?Ce dont on peut être i sûr en tout cas, c'est que l'informatique peut assurément rendre tout groupe plus performant dans ses actions et que l\u2019utilisation des technologies de ; l'informatique est possible dans un univers alter- | natif.Mais on est encore loin de pouvoir saisir la hi suite, car la complexité est redoutable.Elle suppose un investissement de temps considérable et qui n\u2019est peut-être pas si utile.Par exemple, vaut- il la peine d'investir du temps d'apprentissage sur | un programme plutôt que d'en utiliser un, plus sim- k ple, préparé d'avance, surtout s\u2019il est adapté à nos besoins @ De plus en plus les appareils et les logiciels se complexifient et n\u2018attendent donc pas que nous les ayons compris pour poursuivre leur évolution.Le 3 savoir est fuyant pourrait-on dire.Les formes E d\u2019abandon en cours de route, en fonction de l\u2019utilisation et de la compréhension sont fréquentes, de È plus en plus.Dans un même ordre d'idée, ceux et É celles qui persévèrent et qui atteignent un certain 3 niveau d\u2019expertise se voient placés devant quelques problémes imprévus au moment ou ils entamaient leur longue route : protocoles de plus en plus contraignants, logiciels de plus en plus difficiles à produire, etc.Du processus d'\u2019appropriation identifié précédemment on peut peut-être déduire que les deux premiers niveaux peuvent éventuellement se fondre l\u2019un dans l'autre.Mais à terme et compte tenu des difficultés identifiées ci-haut, on ne peut probablement pas s'approprier les nouvelles technologies issues de l'informatique.Toutefois, l'évolution et la dissémination de celles-ci ! nous amènent peut-être vers un outil convivial, un peu à l'exemple du téléphone.Souvent, sans y prendre garde, nous sommes porteurs de projets déterministes dont les moyens sont aussi subtils que des rouleaux compresseurs.Tout projet d'appropriation s\u2019il est louable, nécessite d'être questionné en fonction du contexte et de l'objet concerné.Ainsi, dans le cas de l'ordinateur, il semble qu'il soit trop tard.Mais c'est aussi pourquoi la notion de convivialité semble tout à fait appropriée dans le cas présent.À partir du mot forgé par Ivan Illich en 1973, à partir d\u2019une réflexion sur le gigantisme des outils de la société industrielle, nous voici nous-mêmes placé-e-s devant la même interrogation : les outils ou machines actuelles peuvent-elles laisser libre cours à l'usage et à l'autonomie d'action 2 De là également une constatation : la machine n\u2019est pas polyvalente, au contraire de l'outil.Si le sens même des mots outil et convivialité a été perverti, c'est bien par le biais des appareils technocratisés et par les spécialistes et leurs abus des usages séman- 1/ Pensons par exemple à l'expérience du Minitel en France.Le Minitel, fourni par le ministère des Télécommunications, est un prolongement du téléphone.C'est un écran-vidéo muni d\u2019un clavier ou, si on veut l\u2019exprimer autrement, un terminal vidéotex dont près de 3 millions de Français-es se servent quotidiennement pour obtenir divers services : babillard, horaires de trains, de spectacles, services bancaires, achats, etc.«4152 POSSIBLES Le quotidien Iso Modes d'emploi (on) lac 5 Informatique : in de l'illusion Mi, l'appropriation à l'utopie le la convivialité tique et symbolique.Ce qui compte en fait, finalement, c'est bien ce que les gens vont faire de leur outil, surtout s\u2019il leur permet une grande autonomie d'utilisation.Cette autonomie \u2014 et non indépendancé \u2014 suppose une diversité et, dans cette mesure même, une convivialité.Celle-ci est potentiellement révolutionnaire dans la mesure où tout outil convivial recèle des effets imprévus, pervers.L'outil est convivial dans la mesure où chacun peut l\u2019utiliser, sans difficulté, aussi souvent ou aussi rarement qu'il le désire, à des fins qu\u2019il détermine lui-même.L'usage que chacun en fait n'empiète pas sur la liberté d'autrui d\u2019en faire autant.Personne n'a besoin d\u2019un diplôme pour avoir le droit de s'en servir ; on peut le prendre ou non.Entre l\u2019homme et le monde, il est conducteur de sens, traducteur d'intentionnalité.La solution [.] ne réside pas dans un certain mode d\u2019appropriation de l'outil, mais dans la découverte du caractère de certains outils, à savoir que personne ne pourra jamais les posséder.Le concept d'appropriation ne saurait s\u2019appliquer à un outillage incontrôlable.2 La téléconvivialité, un possible ?L'appropriation, comme notion, serait donc promise à la désuétude * ?En fait elle n\u2019est telle probablement parce que l\u2019on tente de l'appliquer à la micro-informatique, ni plus ni moins et peut-être aussi parce que le concept lui-même est dépassé.Cela appelle probablement un questionnement sur 21 Illich, Ivan, La convivialité, Paris, Seuil/Points, 1973, pp.45 et 51.3/ Il n\u2019est pas inutile de rappeler que le terme de désuétude suggère celui d\u2019obsolescence qui renvoie à « vieillissement technologique d\u2019un équipement [.\u2026] dû à l\u2019apparition de matériel nouveau de meilleure qualité ou d\u2019un plus grand rendement.» dans Le Petit Robert |.1977, p.1295.153 la nature même de quelques approches et outils méthodologiques, qui seraient peut-être à repenser.En tout cas, on peut se demander ce qu'il advient de l'appropriation sociale de la technologie informatique.Si celle-ci n\u2019est pas réalisable, tout au moins aux niveaux de l\u2019utilisation et de la création, n'est-il pas temps par ailleurs de construire ou d'activer des réseaux ?Ceux-ci, par des actions soutenant la créativité *, pourraient favoriser le développement de cette convivialité en même temps qu'une circulation d\u2019information dont on connaît l'importance dans la production culturelle.Il n'est que de rappeler les expériences menées dans la région de Montpellier en France, par exemple, même si elles sont encore peu adaptées, alors que l\u2019on y expérimentait des téléconférences reliant des milieux différents, tant urbains que ruraux, et qu'on y utilisait des systèmes interactifs à base de nouvelles technologies.De nouvelles formes de rapports sociaux grâce aux nouvelles technologies issues de l\u2019informatique ?Pourquoi pas.En tout cas, on sort par là de la vision particulièrement binaire de l\u2019Eden pour les uns de l'enfer pour les autres.4] C'est dans la créativité même que l\u2019on peut probablement le mieux discerner, mesurer l\u2019écart entre l\u2019idée d'innovation, portée par une réalité « matérielle » : le marché, et celle d'invention, portée par une réalité symbolique : l\u2019art, l\u2019imaginaire.\u201c154 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi # .Hi Hit : IS It: idan omy à | se 2 ERE | } J ti ; | | Er ay mor ere ES A en É, 7 ; Raymonde April Les temps satellites 1986 Photographie noir et blanc 8°\u2019 x 10°\u2019 Portefolio de dix photographies publiées par 4 Canadian photographic Portfolio Society Vancouver 8 1986 ITIL I RTE 6 OI .Lo ees a iy mie Lo re Per us pers Le Le race res a CE cps ès cs eee Pt EE 5 me Pe care = Seas - _ LN \u2014_ ir a ~ ee Pa can 2er pr a an.or \u2014 +.ER orca ye ap ie Ta pa R= ra a en.me Leos a a ces fey SZ ex er co \u2014 sh fr Lu oo ra EE cc gi, a Petit Gi oy 2 bin ZX R os Craig ro LE JOURNAL DE MARCEL RIOUX = te es . po EAR -\u2014 oC = coe = = a px = a oe es cac) Ke Kane Pyare ro pro rares dcr tn x pere se a Procter Co er pese BEAT cecen on een CC = 5 hy A - zx Août 1987 Le 24 août.Les médias, les journaux en particulier, ont souligné l'anniversaire du « Vive le Québec libre » du Général de Gaulle.Je croyais qu'après la magnifique récit que Jean Lacouture fait de ce mémorable voyage, tout avait été dit et qu'on acceptait en gros ce qu'il raconte dans le troisième volume de la biographie du Général.Or, le 24 juillet 1987, « the Gazette » de Montréal publia sous la signature d\u2019un Cy Fox « special to the Gazette » un article filandreux et vénéneux ; l\u2019auteur poursuit de sa hargne non seulement De Gaulle, mais Malraux et Lacouture.Je n'ai pas gardé l\u2019article et l\u2019ai toute de suite jeté, comme quelque chose de sale.Quelques jours plus tard, un peu pour réfuter les dires de cette journaliste française qui soutint à « Apostrophes » que le Général était aviné en descendant du « Colbert » ce qui expliquerait, selon elle, sa déclaration, je décidai que j'écrirais comment je crois avoir été mêlé de loin à cet incident.J'ai déjà raconté à quelques personnes ce qui suit mais ne l'ai jamais écrit.Un jour, un Québécois, je crois que c'est Jean- Marc Léger, me demanda de recevoir Xavier Deniau, dont on me dit qu\u2019il était rapporteur de la Commission des Affaires étrangères, à la Chambre des députés.Je le reçus pendant deux ou trois heures à mon bureau de l'Université.Avec une POSSIBLES extrême politesse, il me posa maintes questions sur ni quotidien to \" le Québec, passant d\u2019un sujet à l\u2019autre et faisant montre d\u2019une grande connaissance du pays.Après son départ, je me dis qu\u2019à travers toutes les questions qu\u2019il m'avait posées, l'une devait être plus importante que les autres.Et j'arrivai à peu près à celle-ci : des personnes dans l'entourage du Général se demandent si, au cas où il devait poser un geste d'éclat en faveur de l'indépendance du Québec, le Premier ministre lui emboîterait le pas.Nous étions à ce moment-là dans les derniers mois du Gouvernement Lesage, mettons en 1965.Je lui répondis que non, en lui donnant les raisons qui me poussaient à répondre ainsi.L'année suivante, le même personnage revint.L'entrevue dura moins longtemps.Et je m\u2019apercus que j'avais eu raison de penser avoir détecté sa question principale, lors de la première entrevue, visqu'\u2018elle revint, à la deuxième, à peu près dans les mêmes termes.Johnson étant alors au pouvoir, nous étions donc en 1966, je répondis que le premier ministre ne désavouerait probablement pas le Général.Ce qui tendrait à confirmer la thèse ue ce n\u2019est ni le Bourgogne qu'il aurait bu à bord du Colbert, ni la chaleur des foules sur le Chemin du Roy qui l\u2019aurait fait s'écrier « Vive le Québec libre » mais que c'était un projet bien ourdi et bien exécuté.Le 26 août.Ce n'est pas notre ami Jacques God- bout que l\u2019on prendra en retard d\u2019une révolution ni même d\u2019une explosion.Il écrit dans /\u2019Actualité du mois d'août 87 : « La culture québécoise explose dans toutes les directions.N'en déplaise aux nostalgiques de la révolution tranquille.» Le prétexte, c'est que le grand cinéaste Michel Brault ; a osé dire : « Pour nous, dans les années 60, tout {| était neuf.Aujourd\u2019hui, pour trouver une idée, il faut gratter le fond ! » Ce qui suffit, selon Jacques di -=160 ES Le journal en de | mi ¥ .h Marcel Rioux Godbout, a classer Michel Brault dans « les rangs tristes des anciens combattants de la Révolution tranquille.» Si je reléve cet article, c\u2019est que je partage |\u2018opinion de Brault et me sens aussi visé par l'ironie de Godbout.D'autre part, je ne veux pas discuter du fond de l\u2019article en question car il y a trop de subjectivité en jeu ; le souvenir que chacun garde de certaines périodes de l\u2019histoire dépend de sa génération, de ses antécédents et des espoirs qu'il y a mis.Que la Révolution tranquille ait abouti, au niveau politique et social, comme par exemple la décennie romantique de 1830, sur une cuisante défaite, libre à chacun de l'oublier.Toutefois dans la vie des peuples et des cultures, l\u2019amnésie culturelle n\u2019a jamais été signe de renaissance ni même de continuité.On peut explorer et, comme on dit, s'éclater le temps d\u2019une soirée ou d\u2019une saison, d\u2019autres peuples l\u2019on fait, mais l\u2019histoire montre qu'ils n'ont trompé qu\u2019eux-mêmes.À vouloir tout oublier, on s'oublie soi-même et son pays et les dominants de l\u2019intérieur et de l'extérieur n'aiment rien tant que cette amnésie niveleuse.Après nous le déluge ! |! faudrait discuter plus avant l\u2019article de God- bout et je me promets de le faire quand je le rencontrerai, même si je sais qu'il est retors et plein de ressources ! Une dernière remarque quand même ! Il écrit : « Par contre les femmes semblent s'être converties à la vie privée plus facilement que leurs compagnons.» Ces compagnons sont des « nostalgiques de la Révolution tranquille ».Et si cette période a voulu dire quelque chose, c'était bien le désir de changer la société, de changer la vie.Et si la nostalgie qu'on nous reproche était justement le regret de ces objectifs ! Je crois qu'ici le cher Jacques a montré le bout de l'oreille \u2014 une fois n'est pas coutume ! Je ne sais pas s\u2019il est vrai que les femmes « se sont converties plus facilement à la vie privée » mais cette « conversion » semble, à tous les nostalgiques que nous sommes, la grande différence entre hier et aujourd\u2019hui.Je rapporte ailleurs (Chroniques d'un été à la Renardière, à paraître) les réflexions de Tocqueville sur l\u2019après- révolution.Chacun s\u2019absorbe en lui-même, dans ses intérêts et ses petits plaisirs.Cela semble valoir pour toute révolution, même tranquille.le 28 août.Le hasard fait que je relise aujourd\u2019hui la critique qu\u2019Angelo Rinaldi a faite du livre de Jean Baudrillard, Cool Memories (L\u2019Express, 10 juillet 87).Il arrive que j'estime et le critique et le critiqué et que l\u2019article en question se termine ainsi : « Et voilà comment on devient un ancien combattant.» Ce qui m'\u2018amène à poursuivre la discussion entamée sur ce sujet avec Jacques Godbout.Pour dire d\u2019abord qu'il n\u2019y a pas seulement au Québec où cette engeance se retrouverait.Il a dû et il doit encore se passer des choses dans le monde qui en laissent plus d\u2019un désarmé et désespéré.J'écoutais l\u2019autre jour une entrevue que le prix Nobel de la Paix, Elie Wiesel, donnait à Radio-Canada.Il se dit très inquiet pour son tout jeune fils qui arrivera à l'âge d'homme vers l\u2019an deux mille.Rien dans le monde actuel ne semble lui faire espérer, pour ce fils, une vie paisible, sinon heureuse.Je ne crois pas que cette attitude de Wiesel en fasse un ancien combattant, au sens de Godbout et de Rinaldi.Ce qui est un peu moins sûr dans le cas de Baudrillard.Depuis quelque temps déjà, il a délaissé l'analyse de la société pour se réfugier dans le précieux et l\u2019abscons.« Certains verront même, écrit Rinaldi, tout ce que M.Baudrillard perd à quitter les béquilles de sa science pour trotter sans motif ni projet dans les parages de la littérature.» On pourrait dire qu'avec Cool Memories, il s'absorbe dans son moi précieux et qu'il s\u2019est converti à la vie privée.« Je m\u2018accuse, écrit-il, de m'être retiré peu à peu des choses jusqu'à ne plus porter sur tout cela qu\u2019un jugement fantomatique.» (p.55) POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi ) in em Le journal de Marcel Rioux La ov Rinaldi me semble un peu injuste, c'est lorsqu\u2019il écrit : « Quelques-uns s\u2018apercevront qu'il cède à l'erreur commune, consistant à se persuader que la jeunesse du monde s\u2019est achevée avec la nôtre.» Bien sûr, les héros sont fatigués ! Toutefois je ne crois pas que cette erreur soit aussi commune que Rinaldi veut le croire.Il y aura toujours des femmes et des hommes mûrs qui revivront leur jeunesse en essayant de marcher avec ceux qui les suivent dans le temps.Bien des Québécois et des Québécoises qui se sont lancés dans la Révolution tranquille avaient achevé depuis longtemps leur jeunesse.D'autre part, l\u2019une des plus belles photos de mai 68, en France, ma toujours semblé être celle de la revue américaine Time : on y voit une très vieille femme qui, par une espèce d\u2019atavisme révolutionnaire, descelle les pavés d\u2019une rue pour aider à construire une barricade.Il me semble qu\u2019il existe au moins un type social intermédiaire entre celui du D\" Pangloss \u2014 « tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes », la culture explose partout \u2014 et l\u2019ancien combattant, celui qui s\u2019est converti à la vie privée.Ne serait-ce pas celui d\u2019Elie Wiesel qui, malgré toutes les horreurs d'aujourd'hui continue à espérer, malgré tout, et à préparer pour son fils une vie meilleure.C\u2019est ainsi que je vois mon ami Michel Brault, qui n'a pas, que je sache, jeté le manche après la cognée, tout en se rendant compte que, comme disent les Canadiens, « Tory Times are tough times ».Pour terminer là-dessus et pour dire le plus simplement du monde qu'être pessimiste quant à l\u2019avenir de son pays ou de celui du monde ne veut pas dire qu'on se soit retiré des affaires, je ne veux donner qu\u2019un exemple, rapporté par Daniel Wilhem dans son livre sur Klossowski (p.30).« Il arriva que le feu prit dans les coulisses d\u2019un théâtre.Le bouffon vint en avertir le public.On pensa qu\u2019il faisait de l'esprit et on applaudit ; il insista ; on rit 163 de plus belle.C'est ainsi, je pense, que périra le monde : dans la joie générale des gens spirituels qui croiront à une farce.» Ces phrases sont de Kierkegaard ! Serait-ce un ancêtre des anciens combattants de Jacques Godbout 2 Le sûr, c'est qu'il n\u2019est aucunement parent avec le D\" Pangloss.164 POSSIBLES Û Le quotidien Modes d'emploi Sa ataras ast 8 dien emg i + | | sad PS ; A hi É * 2 nl a Hi #g | ! § : = - o ITT Pen ee POs Raymonde April Les temps satellites pes SuperS SAP, 1986 i ELSES Photographie noir et blanc 8\u2018 x 107! Portefolio F de dix photographies ; publiées par Canadian photographic Portfolio Society Vancouver 1986 ! A i} i RRR Lill A _ ae os \u2014 i \u2014 uen s re Zo ve.rm smn eae re CoC p= SAG os = Sterol ATT Err ee races as ce re rare cesse ste re eT] = = sais a esse ees un = un 2 J oe Lo ce eo us oo Eo a, oo, Lies me PES re os Io al DTN 30e perse ces a EE fa Eker op Capi ane br ark > = Ce ac SE ere EN 2 fa Dera = fares CIR i a Es) sr En x SE FEE B ol SEER N N : gs _ COURTEPOINTES ET POINTES SÈCHES mr es _ = eS ee ___ EE D = \u2014\u2014\u2014 \u2014 \u2014 A - oo PP ES any Dr _ PRE = ve PR PES PEN RSR ES 2 PRT I Troe ST | amt am, ISMAILI MIS 44 SMM LMI MAA APU LI MMH A tsar nha LEE I I00 Lith 04 a | hi | Taper a la machine | « Les robots penseront bientôt à notre ; place.Ca leur sera facile : nous pen- ; sons si peu ».I Albert Brie E b b De la Remington déglinguée de mon grand-pére | à la plus moderne machine à traitement de texte, nous nous sommes drôlement bien accommodés de E l\u2019irruption de la technique dans l'acte le plus intel- FE lectuel de nos vies : écrire.Pour peu que nos doigts obéissent correctement a notre pensée, ces machines ont jusqu'ici voué à nos nobles intellects une soumission rigoureuse et sans failles.C'était compter sans le péril jaune.Les Japonais nous annoncent l\u2019arrivée prochaine d\u2019une nouvelle génération d'ordinateurs douée pour le raisonnement qualitatif.Allons-nous conserver longtemps le privilège de taper nous-mêmes à la machine ou si les robots qui s'en viennent auront amplement matière à se fournir leurs propres textes 2 i pee % Ma réponse s'inspire d\u2019un pessimisme mitigé, que plusieurs qualifieraient d'optimisme modéré.Je ne crois pas que les robots disposeront d'une pensée aventureuse, questionnante, imaginative, engagée, expressive.Mais justement, notre propre pensée n\u2019use de toutes ces qualités qu'avec une parcimonie extrême.Tout le reste est facilement mécanisable parce que déjà mécanique.Quel robot ne nagerait pas comme un poisson dans l'eau au milieu des recettes, des normes, des règlements, des stéréotypes, des modes, des bonnes manières, des conduites rangées, des cheminements de carrière, des placements sûrs, et autres manifestations d\u2019une pensée qui s'évertue à s'étouffer elle-même \u20ac La manufacture s\u2019est avérée inégalable pour le produit de série.On ne peut plus fabriquer à la main que des choses originales.La pensée en série, déjà domestiquée, ne fera pas le poids non plus.Ce sont les bureaucrates, les conformistes et autres têtes suiveuses, qui vont devoir laisser les robots taper à la machine à leur place.Mais peut-être (c\u2019est là qu\u2019intervient le point de vue optimiste modéré) ne s\u2019en plaindront-ils pas.Lorsqu'on pense aussi platement, il est bien possible que penser soit un fardeau dont on se départirait bien volontiers.Perspective inattendue : ce sont les gens les mieux intégrés au système qui risqueraient le plus d'être délogés par le système.Ils ne voient sûrement pas venir le coup ; cela exigerait de pouvoir penser le paradoxe.Or justement\u2026 André Thibault \"170 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi {on J poi 1 den 'emph Courtepointes et pointes sèches Libre-échange Montréal, 13h05, un arrêt d'autobus \u2014 Que penses-tu du gouvernement Mulroney ?\u2014 Que voilà un gouvernement altruiste.Il s\u2019occupe beaucoup de ses amis.\u2014 Et de celui de Bourassa @ \u2014 Il vise à se faire oublier.Surtout ne pas faire de vagues.Nous avons un gouvernement sous- marin.|| refera sans doute surface à la prochaine élection.\u2014 Ne crois-tu pas que le NPD pourrait représenter quelque chose d\u2019intéressant dans le paysage politique ¢ \u2014 Le NPD\u2014Québec favorise I'affichage bilingue.C'est normal ; ils tiennent des discours différents aux francophones et aux anglophones.\u2014 Ily a déjà eu le mouvement dada ; si on fondait le parti NADA 2 \u2014 Bof.ca a encore trop de contenu.Silence profond et reposant.13 h 25 \u2014 Voilà enfin l'autobus ! Qui a dit qu'il n\u2018arrivait jamais rien ?Suzanne Martin 171 ERA RME > K, a Ni + A 3 Le non de Larose * Depuis l'échec du référendum, Jean Larose désespère du Québec et des Québécois.Cet indépendantiste peu orthodoxe qui se dit antinationa- liste rêvait d\u2019un « Québec bicontinental, bisexuel, à la fois affirmation et négation de \u2018\u2018soi\u2019\u2019 » ; il souhaitait aussi que l\u2019on se batte « pour le droit à la différence ».Aujourd\u2019hui, le regard qu\u2019il porte sur sa propre collectivité est à la fois triste et sévère.Nous qui pensions être sortis de la « grande noirceur », nous voilà de nouveau plongés dans de sombres ténèbres.Nous avons seulement gagné à cette noirceur qu'elle soit petite : c'est celle de la « médiocrité tempérée par la prudence et modérée par la crainte de se tromper ».Dans le « peloton de tête des sociétés s\u2018américanisant », le Québec serait le premier « à recevoir le coup moderne, mais non pas à y entrer ».Membre du comité de rédaction de la revue Liberté qu'il dit « petite » mais qu'il présente comme la « revue littéraire la plus ancienne et la plus lue au Québec », Jean Larose adopte dans ses essais un ton qui rappelle étrangement celui des collaborateurs de la revue Parti Pris : le ton de l\u2019indignation face aux diverses formes que prend notre aliénation collective.Nous sommes toujours les « Nègres blancs d'Amérique », avec en plus « les yeux dans la graisse de binne », comme en témoignent la « confusion des esprits, l\u2019indécision des catégories et des classes, le mélange des états, \u2018ambivalence des sentiments et la lacheté systématique ».Dire que nous nous croyions modernes.Tout au plus, avec « notre * Jean Larose, La petite noirceur, Montréal, Boréal, 1987, 205 p.~3172 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi (ou pein i en Courtepointes et Lena Mi 4 pointes sèches 14h baat i sate hid 44 ibid ietiaitasd iit MIM MRE EL modernisation précipitée, notre obsession de |'ouverture aux autres, notre idéalisation fiévreuse de I\u2019entrepreneurship », sommes-nous une « société soumise à la dérive moderne ».D'où notre grande détresse.Faut-il en rire ou en pleurer ?Jean Larose se veut polémiste et, comme un cow-boy pris au piège, tire dans tous les sens ; il vise tout à la fois Léandre Bergeron (on l'avait oublié), la télévision nationale (déjà si peu aimée), les poètes (mal connus) de La barre du jour, le féminisme (dépassé 2), le Parti Québécois (en baisse de popularité), etc.Il attaque plus souvent ses alliés que ses ennemis.Par exemple il reproche aux nationalistes, qu'ils soient de la Société Saint-Jean-Baptiste ou du Parti Québécois d\u2019avoir perdu la bataille du référendum : il suffisait de tenir le bon discours et, plutôt que de chanter notre fierté d\u2019être Québécois, de dévoiler notre laideur et notre pauvreté collective.L'intelligentsia québécois est aussi l\u2019une des cibles favorites (et faciles) de Larose ; il la connaît bien au titre de professeur de littérature à l\u2019Université de Montréal et, mieux que tout autre, il peut déceler ses faiblesses et ses travers (l\u2019anti- intellectualisme, la recherche de la facilité, le goût de la nouveauté, le mimétisme).Il y a dans tous ces jugements un peu d\u2019exagération.Jean Larose aime bien exagérer, il veut provoquer.Il a aussi le sens de la formule, par exemple : « Tout Québécois naît bon et indépendantiste, le Canada le déforme ».Son grand malheur est de vivre dans « un vrai pays de cocagne » et d'être entouré de concitoyens et de collègues qui « haïssent la souveraineté sous toutes ses formes ».Et qui acceptent de jouer « la poule française » devant les Canadiens anglais.Larose exprime une haine profonde, qui étonne aujourd\u2019hui, face au Canada : cette « stupidité placide » représente « un sommet d'insignifiance historique, culturelle et politique ».Son dégoût est tel qu'il souhaite Pre AS Ri 9 Ki 48 + A « exciter le plus d'écrivains possibles à l'émigration » et qu'il songe lui-même à émigrer pour « se débarrasser de cette nationalité qui (lui) répugne historiquement et qui (le) ridiculise à l'étranger ».Pour cet universitaire dans la trentaine, le seul choix post-référendaire possible est celui de la fuite, c'est- à-dire l\u2019exil.Dix ans plus tôt, Hubert Aquin avait opté pour le suicide.Face au cul-de-sac dans lequel se trouve le Québec après vingt ans de lutte, Larose préfère donc plier bagages plutôt que de « travailler pour le Canada » : « Non, crie-t-il, il ne faut pas supporter ça, il ne faut pas collaborer.Si l'intégration du Québec au Canada se confirme, il faudra partir ».Contre le Cité-Libre de Trudeau et Pelletier, Jean Larose veut ainsi affirmer sa liberté.Espérons qu'il ne s'agit que d\u2019une saute d'humeur.L'exil volontaire constitue rarement un geste politique : c'est le « dernier recours de l'écrivain » non pas contre sa société mais pour lui- même, c\u2019est-à-dire pour la réalisation de son oeuvre.Marcel Fournier 73174 POSSIBLES Le quotidien Modes d'emploi ES dien ; em ; SSSR ss RS i.ol Cen lg & & = Ex 3: Ii » a hi +4 Pi Raymonde April Les temps satellites 1986 Photographie noir et blanc 8\u2018 x 10°\u2019 (3 Portefolio de dix photographies publiées par Canadian photographic Portfolio Society Vancouver 1986 3 FT TH \u2014\u2014m\u2014\"\"\"= \u2014 20e rpm po = TTT eww we A al Jo - a a re es as - Leo van I.A [OTN = ys Ea A Rr Ie es ee pepe Ares py Ta Er noe 2 PETS re oy RAR TOY ras a _ hres PRL > PRT Ree = = Pat ere as Collaboration spéciale à ce numéro : Yvan Comeau, étudiant au doctorat, Département de sociologie, Université de Montréal ; Bianca Côté, poète, vit à Montréal ; Daniel Gagnon, écrivain, vit à Montréal ; Suzanne Jacob, écrivaine, vit à Montréal ; Marc Lesage, sociologue, présentement attaché à l\u2019École des Affaires publiques et communautaires de l\u2019Université Concordia ; Luc Racine, écrivain et sociologue, professeur au Département de sociologie de l\u2019Université de Montréal ; Philip Resnick, professeur au Département de sciences politiques, University of British Colombia ; France Théoret, écrivaine, vit à Montréal.Pour l\u2019illustration : Raymonde April.Raymonde April vit et travaille à Montréal où elle enseigne à l\u2019Université Concordia.Les temps satellites, est une oeuvre intimiste qui utilise une narrativité fragmentée.Elle déclare à ce sujet : « Il n\u2019y a pas de théâtre, il n\u2019y a pas d'acteurs.C'est arrivé.Il n\u2019y a pas de scène, juste une distance minimale et essentielle, comme un fil, comme un objectif.Il y a du cadrage, du tirage, puis le mur et les punaises.» (propos tirés de « Voyage dans le monde des choses », catalogue du Musée d\u2018art contemporain de Montréal) La présente série intitulée Les temps satellites compose un portefolio de dix photographies publiées par la Canadian photographic Portfolio Society, Vancouver, 1986.On peut se procurer des exem- ploires imprimés de l'ouvrage en s'adressant à \u2018éditeur : Canadian Photographic Portfolio Society, 2218 Blenheim street, Vancouver, B.C.V6K 4J3 __ ec C= eo Le ._e ar es em \u2018 PA Ye poem cee = LL 2 Ceol 2 ps c= aa ries = ee pai pare ee xs Bras pe Tyree red eu gaie So ere paar a png rey og a re JE en cog cee pu a Les \u2018revues culturelles LES ANNALES DE L'HISTOIRE DE L'ART CANADIEN ° ARCADE * ARIA°- CAHIERS DES ARTS VISUELS ° CONTRETEMPS + COPIE ZERO * DERIVES ¢* ECRITURE FRANÇAISE DANS LE MONDE ° ÉTUDES FRANÇAISES * ETUDES LITTERAIRES * FORMAT CINÉMA © LES HERBES ROUGES ° IDÉES ET PRATIQUES ALTERNATIVES IMAGINE.\u201d + INTER ¢ JEU, CAHIERS DE THEATRE ° LETTRES QUEBECOISES * LURELU * LE MAGAZINE OVO ° MOEBIUS * LA NOUVELLE BARRE DU JOUR (NBJ) * NUIT BLANCHE * PARACHUTE * POSSIBLES ° PROTEE ° RECHERCHES AMÉRINDIENNES * RÉ-FLEX * SÉQUENCES * SOLARIS * SONANCES * SPIRALE * TRAFIC * VICE VERSA ¢ VIE DES ARTS ° LA VIE EN ROSE VOIX ET IMAGES » Vous vous sentez concernés par les arts visuels, le cinéma, la danse, la littératurefjle théatre, les débats sociaux sgulevés par différentes a REA A rire vous invitent\u2019à partager leurs perceptions plurielleg de ITY ho beat gratuite ent notre | Montréal (Québec) H2Y 3J2 48 ASSOCIATION DES EDITEURS DE PERIODIQUES CULTURELS QUEBECOIS L\u2019ANTHOLOGIE COMPLETE DE LA PERFORMANCE AU CANADA 1968-86 Un livre d'essais critiques, un chronologie exhaustive, un materiel iconographique important.Nous voulons la liste chronologique de vos performances.Date limite : 1er dec 87.(S.V.P.pas de photos maintenant) Le Lieu, centre en art actuel, 629 St-Jean, Quebec, G1R 1B1 (418) 529-9680 Contact: Richard Martel PERFORMANCE ART IN CANADA (1968-86) In preparation for a bi-lingual book on Performance in Canada we are preparing an exhaustive chronology.We ask artists who have produced performance works to send us a C.V./list giving the date, place(s), and a brief description.(We will place your work in a data base and recontact you for visual documentation at a later date.) The book will be co-edited by a number of Performance artists, the collaboration is being co-ordinated by Clive Robertson and Richard Martel.Deadline: 1st December 1987.Send to: Clive Robertson, FUSE, 183 Bathurst St., Toronto, M5T 2R7. LE EE EE a a EEE Er ae bep Std Sat Ee baad HALA I be 400 4 ; N° 20 ET 21 ti ul È NUMERO SPECIAL és © i 260 P.- 80F ro È ALTERNATIVES QUEBECOISES |.: = | | ar ye dl EE e Mouvements sociaux et vie quotidienne | > i Economie alternative et : © E développement local = : e Nouveaux medias et \u201c+ j interventions artistiques a ji rm 18 \u20ac A Un ensemble inédit Ee i de reportages et de réflexions \u20ac.= E Commandes et abonnements à adresser à: oo = Ë Editions PRIVAT 14, rue des Arts F-31068 Toulouse Cedex a 4 e Vente en librairie 45 Fnuméro (Diffusion :DIFF-EDIT) - A a e Numéro spécial 1985: 20/21.Alternatives québécoises, 80F ch 5 i e Abonnement (4 numéros/an): La = hi Individuel:France 145F.Etranger 180F.\u2026%æ À Institution France 200F Etranger 265F.\u201c u = a Privat a DISPONIBLES Volume 1 (1976-77) numéro 1 Tricofil Sciences sociales et pouvoir Poèmes de Roland Giguère et Gérald Godin numéro 2 : Santé Question nationale Poèmes de Gilles Hénault, Luc Racine, Robert Laplante numéros 3/4 : Les Amérindiens : politique et dépossession De l'artisanat comme instrument de conquête Volume 2 (1977-78) numéro | : Fer et titane : un mythe et des poussières Nouvelles perspectives du roman québécois Nouvelle de Jacques Brossard numéros 2/3 : ; Bas du fleuve \u2014 Gaspésie Poème de Françoise Bujold numéro 4 : Mouvements sociaux Coopératisme et autogestion Texte d\u2019Alexis Lefrancois Volume 3 (1978-79) numéro 1 La ville en question A qui appartient Montréal Poémes de Pierre Nepveu numéro 2 : Uéclatement idéologique La poésie, les poètes et les possibles Paul Chamberland : La dégradation de la vie numéros 3/4 : Éducation Sur les chemins de l\u2019autogestion : Le J.A.L.Poèmes de François Charron et Robert Laplante Volume 4 (1979-80) numéro 1 Des femmes et des luttes numéro : Projets du pays qui vient numéros 3/4 : Faire l\u2019autogestion : Réalités et défis Poèmes de aston Miron 110 p.p- 249 p.142 p.240 p.151 p.179 p.159 p.292 p.207 p.158 p.284 p.3,00 $ 3,008 5,00 $ 3,00 $ 6,00 5 4,00 S 4,95 S 3,95 $ 5,95 S 4,00 S 4,95 S 5,95 S Volume 5 (1980-81) numéro 1: Qui a peur du peuple acadien 2 numéro 2 : Election 81 : questions au PQ.Gilles Hénault : d\u2019Odanak à l'Avenir Victor-Lévy Beaulieu : l'Irlande trop tôt numéros 3/4 : Les nouvelles stratégies culturelles Manifeste pour les femmes Volume 6 (1981-82) numéro : Cinq ans déjà\u2026 L\u2019autogestion quotidienne Poèmes inédits de Marie Uguay numéro 2 : Abitibi : La voie du Nord Café Campus | Pierre Perrault : Eloge de |\u2019échec numéros 3/4 : La crise.dit-on Un écomusée en Haute-Beauce Jacques Brault : leçons de solitude Volume 7 (1982-83) numéro 1: Territoires de l\u2019art Régionalisme/internationalisme Roussil en question(s) numéro 2 : Québec, Québec : à l\u2019ombre du G Jean-Pierre Guay, Marc Chabot : un beau mal numéro 3 : Et pourquoi pas l'amour Volume 8 (1983-84) numéro 1: Repenser |'indépendance Vadeboncoeur et le féminisme Numéro 2 : Des acteurs sans scène Les jeunes L'éducation Numéro 3 : 1984 \u2014 Créer au Québec En quête de la modernité Numéro : L'Amérique inavouable 182 p.157 p.328 p.177 p.195 p.274 p.206 p.161 p.170 p.197 p.200 p.184 p.189 p.4,95 S 4,95 S 6,95 $ 4,95 S 4,95 $S 5,95 $ 4,95 $ 4,95 $S 5,00 $S 5,00 $ 5,00 $ 5,00 S 5,00 $ Volume 9 (1984-85) Numéro 1 Le syndicalisme à l'épreuve du quotidien Numéro 2 \u2026 et les femmes Numéro 3 Québec vert.ou bleu?Numéro 4 Mousser la culture Volume 10 (1985-1986) Numéro 1 Le mal du siécle Numéro 2 Du côté des intellectuels Numéros 3/4 Autogestion Autonomie Démocratie Volume 11 (1986-1987) Numéro 1 La paix a faire Numéro 2 Un emploi pour tous 2 Numéro 3 Langue et culture Numéro 4 Quelle université 2 Ci-joint un chéque .au montant de S .208 p.5,00 $ 187 p.5,00 $ 204 p.5,00 $ 174 p.5,00 $ 187 p.5,00 $ 199p.5,00$ 344 p.8,00 $ 185 p.6,00 $ 242 p.6,00 $ 247 p.6,00 $ 201 p.6,00 $ Ville .ae J Malgré l\u2019augmentation de nos tarifs un abonnement est toujours avantageux.Vous épargnez 6,00 $ sur le coût de quatre numéros en kiosque, vous contribuez à l'essor de la revue et vous recevez un numéro en prime.Je souscris un abonnement à POSSIBLES Envoyez-moi le numéro suivant, en prime : D Vol.8, n° 4 \u2014 L'Amérique inavouable D Vol.10,n° 1 \u2014 Le mal du siècle D Vol.10, n° 2 \u2014 Du côté des intellectuels à lo Adresse 1022202012 La aa La a LL ae Ville.Code postal .Province .Téléphone .Occupation .LL LL La Lea ci-joint : chèque .mandat-poste .au montant de D Abonnement d\u2019un an (quatre numéros) : 18,00 $ D) Abonnement de deux ans (huit numéros) : 36,00 $ [J Abonnement institutionnel : 30,00 S [J Abonnement de soutien : 30,00 $ D Abonnement étranger : 36,00 $ Revue Possibles, B.P.114, Succursale Côte-des-Neiges, Montréal, Québec, H3S 254 Vol.12 n° 1 Prochain numéro : Le Saguenay-Lac-Saint-Jean IMPRIMERIE L'ÉCLAIREUR BEAUCEVILLE 13332 EU + = _ ro oe se Lo rr oo La » pe = X pre ar ga os or opr on = ame pr = ss eue rence i a a Irae Rest Sah LEC raat ane pére Cn Sie ur me ere T 2 rE) au fry 58% OIE leak 3 = 5 ue ie 208 as = Bi RCA a Eo Era 2 ha mS et ERG REA RE ; 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