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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier E
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2016-05-14, Collections de BAnQ.

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[" John Zorn, un musicien parmi peu d\u2019autres Page E 3 Un Conte des contes cruel et merveilleux Page E 8 C A H I E R E \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 M A I 2 0 1 6 M A R I E L A B R E C Q U E S entiments plus grands que nature, lyrisme: cette magnifique histoire d\u2019amour interdite semblait presque naturellement destinée à renaître à l\u2019opéra.D\u2019autant que Les Feluettes contient déjà de l\u2019art lyrique: Le martyre de saint Sébastien de D\u2019Annunzio, la pièce à travers laquelle les deux jeunes amants (le bar yton Étienne Dupuis et le ténor Jean-Michel Richer) subliment leur passion impossible dans le Roberval de 1912, a été mis en musique par Debussy.Le compositeur australien Kevin March en était venu à cette conclusion après avoir vu Lilies, l\u2019adaptation cinématographique de 1996.Mais il aura fallu des années avant qu\u2019aboutisse le projet, né des désirs parallèles, ô hasard, de l\u2019Opéra de Montréal et du Pacific Opera Victoria.Presque 30 ans après la création des Feluettes ou la répétition d\u2019un drame romantique, Michel Marc Bouchard s\u2019est donné comme défi en réécrivant son texte de respecter « la candeur» de l\u2019auteur de 24 ans qu\u2019il était alors.Le dramaturge, dont l\u2019œuvre fait de plus en plus souvent le passage vers d\u2019autres médiums, a aussi découvert depuis quatre ans tout un autre monde, un langage différent.«J\u2019ai appris sur le tas.Comme au cinéma.Mais à l\u2019opéra, il y a moins de frustrations, beaucoup moins de deuils à faire qu\u2019au cinéma.» En passant, Bouchard a d\u2019ailleurs renoncé à scénariser lui-même, une expérience trop souvent humiliante pour un auteur.«Le plus étrange, c\u2019est que les films sont financés à partir du scénario.Ah, pendant le financement, on te trimballe comme un trésor.Mais dès qu\u2019une cenne tombe, tu vois ton règne s\u2019écrouler [rires]\u2026» Par contre, à l\u2019opéra, « le librettiste n\u2019a pas le choix d\u2019être en véritable osmose avec le compositeur, et vice versa, si bien qu\u2019on sait déjà où l\u2019œuvre s\u2019en va», explique celui qui planche sur un deuxième libretto: l\u2019adaptation de Christine, la reine garçon pour le Canadian Opera Company, à Toronto.La transposition des Feluettes s\u2019est donc faite par allers et retours entre Kevin March, qui ne comprend pas le français («on a engagé quelqu\u2019un pour la prosodie») et le dramaturge qui ne lit pas la musique, grâce notamment à des séances avec les chanteurs de l\u2019Atelier lyrique.Michel Marc Bouchard a découvert qu\u2019en art lyrique, « tout doit être décidé » puisque la musique marque toutes les dimensions de l\u2019œuvre.Contrairement au théâtre où «le silence est un enjeu et où le dramaturge écrit des trous, à l\u2019opéra c\u2019est vraiment la musique qui doit être signifiante.Il faut décider de l\u2019impact d\u2019une phrase, des émotions ou même des rapports de force dans l\u2019espace, afin d\u2019orienter le mieux possible le compositeur».Il lui a fallu réduire les dialogues, trop informatifs, à leur plus simple expression.«L\u2019opéra, surtout le contemporain, a beaucoup de dif ficul- tés avec les dialogues.Ça fait théâtre chanté.Et ce que j\u2019aime de l\u2019opéra, c\u2019est lorsqu\u2019il entre dans une zone presque métaphysique.» La phrase s\u2019y doit aussi d\u2019être harmonieuse.Il a ainsi dû sacrifier le joual des personnages québécois.«Nous avons tenté l\u2019aventure, c\u2019était ridicule: Toé, tais-toé!, chante-t-il en exemple\u2026 Si l\u2019opéra était entièrement en québécois, l\u2019ef fet d\u2019étrangeté passerait au bout d\u2019un certain temps.» Mais la juxtaposition avec la langue des personnages français créait un effet comique involontaire.Pourtant, le choc des cultures est encore présent.« Il existe aussi dans le rapport à l\u2019expression des sentiments.» Les Feluettes, rappelle-t-il, c\u2019est l\u2019histoire d\u2019un homme «qui va apprendre à dire \u201c je t\u2019aime\u201d à un autre».Les Feluettes face à la musique Le dramaturge Michel Marc Bouchard transpose sa pièce mythique à l\u2019opéra ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR À l\u2019opéra, le librettiste doit être en véritable osmose avec le compositeur, dit Michel Marc Bouchard.COLLECTION DU MUSÉE D\u2019ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL.DON DE PIERRE ROY Edmund Alleyn, Fête aux lanternes chez les Sioux, peuple pacifique, 1964.Huile sur toile.SUCCESSION EDMUND ALLEYN Edmund Alleyn, Sans titre, vers 1976.Crayon de couleur sur papier.VOIR PAGE E 2 : FELUETTES Introscaphe, œuvre de réalité virtuelle avant la lettre, fait partie de l\u2019expo du MAC l\u2019inclassable d\u2019hier aujourd\u2019hui actuel J É R Ô M E D E L G A D O D epuis une heure, Jennifer Alleyn est attablée dans un resto, près de l\u2019atelier que son paternel, le peintre Edmund Alleyn, lui a légué.La cinéaste de L\u2019atelier de mon père (2008) se trouve devant l\u2019enregistreuse à parler de la rétrospective que Musée d\u2019art contemporain de Montréal (MAC) consacre à « Edmund ».Ça fait une heure qu\u2019elle discute peinture, de manière sensée et juste.Puis la mort finit par surgir.«Edmund avait une angoisse très grande de la mort.C\u2019était sa grande obsession.La mort était finale, c\u2019est ce qui l\u2019angoissait.Il a essayé de laisser le plus de traces possibles.Dans le fond, dit- elle, en retenant son souffle, il ne meurt pas.Je trouve ça bien que ce soit un musée d\u2019art contemporain qui le remette à jour.» Edmund Alleyn (1931-2004) était un solitaire empreint de mystère.Son art, une peinture tout aussi unique et énigmatique.Inclassable, tellement elle a changé au fil des années.Les revoilà donc, Alleyn et ses toiles, au goût du jour.«Il m\u2019a dit un jour: \u201c J\u2019ai eu plusieurs vies.Il y a des gens qui ont une vie en continu, moi, ma vie a été\u2026\u201d Comment il disait ça?De ruptures et de recommencements », raconte Jennifer Alleyn, qui voit néanmoins dans « la mise en images de l\u2019inconscient» le fil qui traverse toute son œuvre.L\u2019exposition Dans mon atelier, je suis plusieurs, en place à compter du 19 mai, joue, oui, le rôle de la rétrospective posthume.Elle en fait plus, cependant : elle étiquette la signature Al- leyn.La voici actuelle dans son éclectisme, sa liberté, son humanisme aussi.Car du regard social des débuts et des portraits québécois des années 1970 (la série Plexiglass) au travail plus introspectif qui s\u2019ensuit, son art demeure imprégné d\u2019humanisme, de vie, de mort.Le parcours que propose Mark Lanctôt, le conservateur du MAC attitré à cette expo, tient en 60 œu- vres.L\u2019ensemble peut paraître restreint à l\u2019égard de 40 ans de travail éclectique.Or, tout est cité, entre les débuts sous l\u2019abstraction gestuelle (fin des années 1950 \u2014 début des années 1960) et l\u2019ultime série des Éphémérides (1995-2004), notoire pour ses objets en flottaison, sur fond noir.Mark Lanctôt se réjouit d\u2019avoir inclus la période dite indienne (1962-1965), exclue de la précédente rétrospective, montée du vivant de l\u2019ar tiste (Musée d\u2019ar t de Joliette, 1996).Edmund Alleyn reniait, ou presque, ces toiles réalisées à Paris.Exilé, il avait trouvé, dans les motifs amérindiens, sa propre identité de Nord-Américain.L\u2019huile Jacques Cartier arrivant à Québec voit des Indiens pour la première fois de sa vie (1963), avec ses tons terreux, en est l\u2019emblème.«Il avait l\u2019impression d\u2019avoir pillé les [Premières Nations].C\u2019est vrai, c\u2019est une imagerie archétypale, ça rejoint le mythe du noble sauvage.Je trouvais cependant important d\u2019inclure cette période pour parler de distance.Ne pas la divulguer aurait été malhonnête», croit le commissaire de l\u2019expo.« Pas plastiquement banales », à mi-chemin entre l\u2019abstraction qui les précède et l\u2019affirmation de la figure dans la période technologique qui suivra, ces œuvres méritent, selon Lanctôt, un regard frais, qui prenne en compte le contexte de création.C\u2019est ce regard frais, d\u2019ar t contemporain, qu\u2019espérait trouver Jennifer Alleyn, qui est à l\u2019origine de l\u2019expo.Il lui fallait poursuivre ce qu\u2019elle avait réalisé avec L\u2019atelier de mon père, qui rescapait de l\u2019oubli, déjà, un artiste obsédé par « la fixité des images [et qui essayait] de retenir le souvenir».Consciente que les gens voulaient voir davantage d\u2019œuvres, la cinéaste a cherché à les réunir en grand nombre.Pour « saisir l\u2019arche du parcours».Et pour les vivre pleinement.Voir un film, croit la documentariste, c\u2019est une chose, être devant un tableau et en percevoir la matière, la profondeur, la dimension, c\u2019en est une autre.Le cas Introscaphe On dit d\u2019elle qu\u2019elle est une sculpture.Ou alors un œuf, une coquille.Les plus contemporains la définiront comme une installation multimédia.Immersive et plurisensorielle (notamment avec d\u2019intenses effets de température et de mouvement), Introscaphe (1968-1970) est sans doute la chose la plus inclassable qu\u2019Al- leyn aura créée.Bricolée avec le savoir-faire et les matériaux de l\u2019époque, cette pièce de réalité virtuelle avant la lettre est aujourd\u2019hui fragilisée et non fonctionnelle.Objet fétiche, Introscaphe sera de l\u2019expo.À voir, de loin.Mais appuyée, dans une salle conjointe, par la projection en version longue Alleyn, MAC Edmund Alleyn, Blue Prints, 1978 VOIR PAGE E 6 : INCLASSABLE T H É Â T R E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 M A I 2 0 1 6 E 2 514 844 3822 1 866 984 3822 fta.ca Danse + Théâtre Le festival bouscule du 26 mai au 8 juin 2016 The Black Piece Ann Van den Broek Anvers + Rotterdam 27 + 28 mai Usine C Entre obscurité absolue et lumière crue, une aventure sensorielle extrême Nos serments Julie Duclos, Paris 31 mai + 1 + 2 juin Centre du Théâtre d\u2019Aujourd\u2019hui Un théâtre aux accents du cinéma, un portrait doux-amer sur l\u2019inconstance de l\u2019amour Jamais assez Fabrice Lambert, Paris 3 + 4 juin Usine C Une danse du feu magistrale, une œuvre éblouissante Fin de série Manon Oligny 4 + 5 + 6 juin Agora de la danse Création 2016 Une critique cinglante d\u2019un monde en quête de perfection L\u2019autre hiver N.Chaurette + S.Jasmin + D.Marleau + D.Pauwels Gand + Mons + Montréal 1 + 2 juin Centre Pierre-Péladeau Salle Pierre-Mercure Un opéra technologique où l\u2019inouï devient possible Gala Jérôme Bel, Paris 7 + 8 juin Monument-National Une ode à la différence, une danse décomplexée et jubilatoire 25 spectacles illuminent Montréal dans 2 semaines Réservez maintenant ! A L E X A N D R E C A D I E U X «A nimal, l\u2019Homme l\u2019est », confirme Henri Laborit dans Éloge de la fuite.Dans cet ouvrage de vulgarisation scientifique publié en 1976 par le spécialiste des neurosciences et pionnier dans l\u2019utilisation des antidépresseurs, ce dernier postule que le libre arbitre reste une chimère et que l\u2019essentiel de notre comportement est biologiquement prédéterminé.Seule la faculté d\u2019imaginer nous séparerait des bêtes, avance-t-il.Prenez Simon, par exemple.Il semble avoir tout abandonné et vit désormais en pleine nature, nu, sans parler, se ser vant maladroitement d \u2019une p ier r e comme seul outil.Ses proches tentent de le convaincre d\u2019abandonner cette lubie, convaincus qu\u2019ils sont qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une régression causée par le stress, d\u2019une fuite de ses responsabilités en forme de retour à la ter re.Évidemment, le fait que Simon soit noir ajoute une cer taine couche de malaise autour de cet homme qui régresse en apparence dans l\u2019échelle de Darwin.« C\u2019est évidemment très délicat comme proposition, mais on a fini par trouver une manière de l\u2019aborder avec laquelle j\u2019étais à l\u2019aise», confie Philippe Racine, qui interprétera Simon dans Éloges de la fuite, à l\u2019affiche dès lundi à la Petite Licorne.«Ça permet de dénoncer une façon de voir l\u2019humain qui est basée sur la race au lieu de le considérer dans son entièreté.C\u2019est pas pour rien qu\u2019on a notre compagnie de théâtre, c\u2019est pour avoir notre parole, une façon de dire les choses qui nous appartienne.» Cette compagnie, c\u2019est le Théâtre Qui va là, que Racine fondait en 2003 avec deux collègues, diplômés comme lui du Conservatoire d\u2019art dramatique de Montréal, Félix Beau- lieu-Duchesneau et Justin La- ramée.On leur devait déjà l\u2019adorable et tragique Toutou rien ainsi que l\u2019hybride musical La fugue ; ces deux œuvres, déjà jouées plus d\u2019une centaine de fois chacune, seront d\u2019ailleurs reprises trois samedis d\u2019af filée, en programme triple avec Éloges\u2026 «Toutou rien parle beaucoup de notre rapport à l\u2019enfance, de cette empathie de l\u2019enfant qu\u2019on finit par perdre ; La fugue, c\u2019est l \u2019adolescent en révolte, qui veut s\u2019en aller ; Éloges, c\u2019est l\u2019homme adulte aux prises avec le fait qu\u2019il ne sait rien.Ça nous permet de nous colletailler à des grandes questions, des questions for tes » , analyse Félix Beaulieu-Duchesneau.Transposer des écrits philosophiques et scientifiques à la scène, n\u2019y a-t-il pas là un danger de tomber dans le didactisme, dans la « défense et illustration de » ?Au dépar t, peut-être, avoue Justin Lara- mée, qui tenait la plume durant tout le processus de création du spectacle.«On a beaucoup coupé dans l\u2019explicatif à mesure que le récit s\u2019écrivait, se tenait par lui-même.J\u2019ai repris les 18 chapitres du livre de Labor i t qu i s on t d evenus 18 scènes, et chacune d\u2019elle se déploie en accord ou en désaccord avec le propos du livre.» Entre fable animal ière et comédie compor tementale, la pièce aborde néanmoins des thèmes graves, comme le racisme et l\u2019euthanasie.Gravitent autour de Simon sa femme Sylvie, biche gracieuse mais accro aux pilules ; Éric, son meilleur ami, un parvenu qui n\u2019hésite pas à se déguiser en écureuil pour épargner un peu d\u2019argent ; et Hubert, le scientifique à tête de hibou, secrètement amoureux de Sylvie.C\u2019est ce dernier qui assure le pont dramatique avec le texte-source\u2026 pour le meilleur et pour le pire : « Huber t vit le drame d\u2019un amour empêché et celui d\u2019être toujours dans la théorie et jamais dans la vie.Il envie tout le monde, c\u2019est assez noir.Il se sert de La- borit pour justifier son plan un peu shakespearien, il conspire à voix haute en disant : \u201c Rien à faire, ce n\u2019est pas de ma faute, je suis conditionné \u201d », raconte Félix Beaulieu-Duchesneau, qui lui donnera vie.On a beaucoup reproché à Henri Laborit le pessimisme de son regard déterministe ; après deux ans de fréquentation, nos trois Qui vont là s\u2019en disent bien saoulés.«La chose qui nous a tenus tout du long et que je continuerai à défendre jusqu\u2019au bout, c\u2019est le salut par l\u2019imaginaire », dit Laramée.Beaulieu-Duchesneau opine : « Tous les grands scientifiques en arrivent à cette conclusion, comme Einstein qui disait que l\u2019imagination était plus importante que l\u2019intelligence.» « En fa i t , l e per sonnage de Simon, sans s\u2019en rendre compte, va à l\u2019encontre de tout ce qu\u2019on lui demande.Les autres viennent accaparer son envie, qu\u2019ils ne comprennent pas dans le fond : s\u2019arrêter et prendre son temps, de nos jours, c\u2019est mystérieux\u2026 c\u2019est subversif », dit Philippe Racine.Il agit en fait tel un révélateur, exposant les biais et faiblesses des autres.« Chacun projette sa propre fuite sur Simon, pour le ramener dans une vie où eux-mêmes ne sont pas bien, comme on l\u2019a un peu fait à l\u2019égard de tous les peuples primitifs pendant la colonisation\u2026 » rappelle tristement Félix Beaulieu-Duchesneau.Collaborateur Le Devoir ÉLOGES DE LA FUITE Texte : Justin Laramée.Mise en scène : Félix Beaulieu- Duchesneau, Justin Laramée, Anne-Marie Levasseur et Philippe Racine.Une production du Théâtre Qui va là présentée à la Petite Licorne du 16 mai au 4 juin; la trilogie anniversaire (Toutou rien, La fugue, Éloges\u2026) est présentée les samedis 21 mai, 28 mai et 4 juin.Tous humains, tous animaux Fable animalière et comédie comportementale, Éloges de la fuite aborde des thèmes comme le racisme et l\u2019euthanasie ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Les trois comparses du Théâtre Qui va là, Justin Laramée, Philippe Racine et Félix Beaulieu- Duchesneau, entourent la comédienne Anne-Marie Levasseur.Fracasser le plafond de verre Pas évident, pour un dramaturge, de devoir laisser tant de place à la musique.Bouchard ne s\u2019illusionne pas: «Les gens ne viennent pas entendre un livret, mais des chanteurs.Pouvez-vous nommer un seul librettiste ?» Lui-même a réalisé tout l\u2019impact de la musique lors de la première lecture des Feluettes avec l\u2019Orchestre métropolitain.«C\u2019était exceptionnel ! Avec l\u2019orchestration, la musique prend toute une dimension.Il y a des moments hallucinants de beauté.Alors, le livret, je pense qu\u2019on s\u2019en fiche un peu!» (rires) La présence de neuf solistes et 20 membres du chœur ajoute à la puissance du récit.La musique de March, un compositeur influencé par l\u2019opéra français, permet d\u2019explorer les sentiments «plus loin que dans la pièce, d\u2019isoler des moments, de les cristalliser de manière plus im- por tante dans leur démesure, croit l\u2019auteur.La musique apporte au texte une dimension encore plus universelle.Si bien qu\u2019il ne m\u2019appartient plus, qu\u2019il appartient à tout le monde.» L\u2019auteur de La divine illusion nourrit pourtant des craintes quant à la création des Feluettes, avec sa distribution entièrement masculine \u2014 qui met aussi en vedette Gino Quilico \u2014 et ses scènes d\u2019hommes s\u2019embrassant.Il appréhende la réaction du public d\u2019opéra, réputé plus conservateur.«On me dit que des gens ont refusé de s\u2019abonner à cause des Feluettes\u2026» L\u2019homosexualité n\u2019existe pas à l\u2019opéra, affirme-t-il, sauf pour une adaptation de Broke- back Mountain (à Madrid, en 2014).« Je crois qu\u2019on touche au plafond de verre.Je suis fier de l\u2019Opéra de Montréal, et de la ville.C\u2019est le signe d\u2019une immense ouver ture que de prendre ce pari-là, et de penser que ça va fonctionner.» Collaboratrice Le Devoir LES FELUETTES Livret : Michel Marc Bouchard, d\u2019après sa pièce.Musique : Kevin March.Mise en scène : Serge Denoncourt.Chef d\u2019orchestre: Timothy Vernon.À la salle Wilfrid-Pelletier, les 21, 24, 26 et 28 mai.SUITE DE LA PAGE E 1 FELUETTES En avant la musique Toute œuvre peut-elle être mise en musique ?Une tendance semble en tout cas se dessiner : depuis quelques années, des œuvres vivent une seconde naissance sous la forme de théâtre musical, voire d\u2019opéra.On pense bien sûr aux adaptations des deux pièces de Michel Tremblay, Belles-sœurs et Le chant de sainte Carmen de la Main.Dix ans après sa création, Des fraises en janvier, la charmante comédie romantique d\u2019Éve- lyne De La Chenelière subira elle aussi cette métamorphose musicale en août, au Centre culturel de Joliette.Et n\u2019oublions pas Another Brick in the Wall \u2013 l\u2019opéra, d\u2019après le ?lm The Wall de Pink Floyd, un spectacle prévu pour mars 2017 à l\u2019Opéra de Montréal.Les noms pour le dire Dans le Lac-Saint-Jean d\u2019antan que dépeint Michel Marc Bouchard, il n\u2019y avait pas de nom pour désigner les gais, tant la répression sociale était forte.D\u2019où son emploi du québécisme feluette, alors attribué aux hommes faibles ou efféminés.Comment baptise-t-on la populaire pièce en d\u2019autres langues?La traductrice de Lilies a puisé dans l\u2019œuvre d\u2019Oscar Wilde, où le surnom Lily White «signi?e féminin, délicat».Les Mexicains ont opté pour Los En- debles (les fragiles), les Italiens, pour Le Mammole (les violettes), les Écossais pour The Selks (Les brindilles)\u2026 FRANÇOIS BARBEAU Esquisses des costumes par le regretté François Barbeau Pour cette nouvelle création, le noyau de Qui va là s\u2019est adjoint les services d\u2019Anne-Marie Levasseur à titre de cometteure en scène et interprète.Celle-ci a pénétré de plain-pied dans ce repaire de vieux garçons : «Sur la couverture de notre copie du livre de Laborit, il y a un rond, un carré et un triangle : c\u2019est exactement eux, dit-elle de ses collègues du moment.Ils sont complètement dif férents, avec des énergies et des opinions diamétralement opposées, mais ils arrivent, avec beaucoup de discussion et d\u2019humilité, à créer ensemble.» L\u2019épouse et mère médicamentée qu\u2019elle incarne n\u2019est pas la femme castrante ou hystérique qu\u2019on pourrait être tenté d\u2019imaginer dans ce registre comique et que laissent entrevoir les premières scènes : «Ce n\u2019est pas elle que son mari fuit, ce qui était l\u2019une des prémisses les plus importantes de ce person- nage-là.Toute l\u2019écriture de Justin est construite sur ce type de faux-fuyants, sur des clichés qu\u2019on se plaît à déconstruire.» Une biche chez les fauves ? M A R I E - P I E R F R A P P I E R L e cœur fait un peu d\u2019ar ythmie au moment de recevoir les courriels du virtuose avant-gardiste admiré par plusieurs, mais snobé par une poignée de détracteurs.Dans l\u2019un d\u2019eux, l\u2019insomniaque infatigable, allergique aux entrevues classiques, répond aux questions du Devoir comme s\u2019il composait quelques partitions: peu de mots, mais tous incisifs et parfaitement calibrés, en majuscules.Dans l\u2019autre, il décrit longuement les compositions regroupées dans The Bagatelles, dont le nom réfère à la fois à sa définition d\u2019une «courte composition sans prétention» et à la vision d\u2019un orfèvre de la musique atonale, le compositeur et chef d\u2019orchestre autrichien Anton Webern (1883-1945), qui composa Six bagatelles pour quatuor à cordes.Initié à la musique classique par sa mère, Zorn dit s\u2019inspirer des plus singuliers architectes pour composer.Ses Bagatelles puisent notamment dans la mystique d\u2019Alexandre Scriabine et son langage musical atypique.Les œuvres composées de mars à mai 2015, «plus atones que pour The Masada Book », prennent plutôt « racine dans Nova Express, Dreamachines (inspirés par les romans de William Burroughs), On Leaves of Grass (qui puise dans la poésie de Walt Whitman), Simulacrum, The T r ue Discover ies o f Witches and Demons et The Painted Bird».À l\u2019occasion de son 60e anniversaire de naissance, en juillet 2013, Zorn avouait à ceux qui l\u2019ignoraient encore maintenir une discipline très stricte loin de toute distraction (les médias comme les humains) afin de garder son régime fulgurant de création, à savoir près de 200 disques en carrière.«C\u2019est tout un art d\u2019arriver à écrire quelques por tées qui inspireront et inciteront un musicien à jouer à son meilleur », explique Zorn en parlant des 300 compositions écrites en trois mois pour The Bagatelle.« J\u2019arrive à condenser cer taines compositions en 10 ou 12 phrases, c\u2019est ce que j\u2019avais fait pour le Masada Book, et le résultat est très réussi et assez excitant.» Mais ne s\u2019improvise pas exécutant de l\u2019œuvre zornesque qui veut.« J\u2019ai écrit Bagatelles pour [ceux] qui sont familiarisés avec un des aspects de la longue tradition d\u2019improvisation jazz, le head arrangement, c\u2019est-à-dire jouer la mélodie, faire des solos imbriqués et rejouer la mélodie à la fin.» Comme ce sont des ar tistes « créatifs » qui ont un « langage personnalisé développé avec leur instrument », le compositeur les «rassemble» à sa guise en leur proposant de choisir huit à dix morceaux du « livre» de Bagatelles.Zorn insiste pendant la performance pour que l\u2019improvisation soit tirée autant que possible de son scénario de base, de ses compositions.« Elles sont comme des tremplins ou des rampes de lancement pour l\u2019improvisation, ra- conte-t-il.Mais elles sont destinées à inspirer et à libérer, et non à étouf fer et à arrêter.Je veux ouvrir des portes, pas les fermer ! » La planète Zorn C\u2019est ainsi que le surdoué récolte en quelque sorte ce qu\u2019il sème.Avant que cela devienne la norme, John Zorn a créé son propre label en 1995, Tzadik, ainsi qu\u2019un petit club de musique expérimentale de l\u2019East Village à New York, The Stone.Dans ce lieu sans but lucratif \u2014 les profits sont remis entièrement aux musiciens \u2014, il rassemble les meilleurs interprètes dès midi le dimanche et af fine leurs arrangements et leurs improvisations de sorte qu\u2019une performance soit possible dès 15 h le jour même.Son rôle de compositeur s\u2019exprime jusque dans la combinaison des personnes, qui donne parfois des ensembles étonnants.Zorn se félicite ainsi d\u2019avoir réuni avec succès Erik Friedlander avec Mike Nicolas et Mark Feldman avec Chris Otto.Son « cercle intérieur » s\u2019étant composé durant des décennies des mêmes musiciens surdoués \u2014 Marc Ribot, Joey Baron, John Medeski, Jamie Saft , Greg Cohen, T revor Dunn, Cyro Baptista et Iku Mori \u2014, John Zorn avoue avoir l\u2019avoir élargi pour ses Bagatelles.«C\u2019était une petite révolution que de travailler avec de nombreux nouveaux musiciens avec qui je n\u2019avais jamais eu la chance de travailler avant ! Nous avons tous beaucoup appris durant ce processus.» Le musicien autodidacte abolit depuis longtemps les frontières qui se dressent entre le jazz, le klezmer (Masada) et le hardcore (il fonde en 1988 Naked City et en 1991 Painkiller).Personnalité à la fois secrète et singulière par son langage musical éclectique, l\u2019homme aux tsitsith (petites franges à accrocher aux châles juifs) sur t-shirt et pantalons de camouflage chérit depuis des années le Festival inter nat ional de musique actue l le de V ic tor iav i l le .Tout comme la v is ion de son directeur général et artistique, Michel Levasseur.Alors qu\u2019il n\u2019y a aucun projet de disque en vue pour The Bagatelles (pour le moment), Michel Levasseur a demandé à Zorn de rameuter ses musiciens pour offrir ses morceaux de choix en première (en dehors de la Grosse Pomme, où elles sont nées).Aux oreilles ravies de réentendre Zorn et ses complices, Sylvie Courvoi- sier, Mark Fieldman, John Me- deski et Marc Ribot, s\u2019ajoutera le plaisir de découvrir des nouveaux venus comme Kirs Davis, Julian Lage et le trio Trigger.Le fulgurant pianiste Uri Caine fera aussi une première apparition au festival.Le Devoir JOHN ZORN « BAGATELLES» Marathon en première canadienne au Festival international de musique actuelle de Victoriaville, au Colisée Desjardins, samedi 21 mai, dès 20 h.Démultipliez les catégories musicales autant que vous le voudrez, jamais vous n\u2019arriverez à faire entrer John Zorn dans l\u2019une de ces cases.Le compositeur expérimental, aussi saxophoniste, clarinettiste, producteur et arrangeur, revient au cocon victoriavillois pour une soirée-marathon de neuf prestations.Le New-Yorkais appelle ça des Bagatelles.Parions qu\u2019il flirtera plutôt avec la haute voltige.Encore une fois.M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 M A I 2 0 1 6 E 3 D I R E C T I O N A R T I S T I Q U E S Y L V A I N B É L A N G E R J O I G N E Z - V O U S A U C E N T R E D U T H É Â T R E D \u2019 A U J O U R D \u2019 H U I A B O N N E M E N T S À P A R T I R D E 9 2 $ CRÉDITS PHOTOGRAPHIQUES: ULYSSE DEL DRAGO DESIGN:GAUTHIER PARTENAIRES DE SAISON K A R I N E G O N T H I E R - H Y N D M A N E S T D E L A D I S T R I B U T I O N D E T O C C A T E E T F U G U E T H E A T R E D A U J O U R D H U I .Q C .C A / T O C C A T E ODILE TREMBLAY Cette chronique fait relâche pendant la couverture du Festival de Cannes et sera de retour au début de juin.FESTIVAL INTERNATIONAL DE MUSIQUE ACTUELLE DE VICTORIAVILLE John Zorn, un musicien parmi peu d\u2019autres Le virtuose revient à Victoriaville présenter en exclusivité son marathon Bagatelles Quelques «bagatelles» de Zorn Extraits de nos échanges avec le compositeur américain, en majuscules, s\u2019il vous plaît.Dans quel état étiez-vous pour la composition de Bagatelles?INSPIRÉ Parlez-moi du concept d\u2019émancipation, suivant une certaine forme d\u2019interaction entre le judaïsme et la révolution?LE PLUS IMPORTANT POUR UN ARTISTE EST LA LIBERTÉ.Quelles sont vos convictions théoriques dans et en dehors de votre travail?VÉRITÉ, BEAUTÉ, CATHARSIS.Comment voyez-vous votre rôle en tant que compositeur, par rapport aux personnes qui les jouent?LA MUSIQUE APPARTIENT À CEUX QUI LA JOUENT.L\u2019oreille tendue Érick D\u2019Orion, commissaire aux installations sonores, offre cette année de « jouer avec l\u2019expérience de l\u2019écoute, qu\u2019elle soit trafiquée, amplifiée ou remise en contexte».Survol des installations sonores du FIMAV.Études vidéographiques pour instruments à cordes, Nathalie Bujold, Québec Détournement, Phil Allard, Québec Silo, Audiotopie, Québec, Italie, France Les écouteurs, Catherine Béchard/Sabin Hudon, Québec Listening through a small plastic box, Adam Basanta, Canada Pirouette et Message past future, Adam Basanta, Canada En attendant Bárarbunga, François Quévillon, Québec GEORGES GOBET AGENCE FRANCE-PRESSE Le musicien autodidacte abolit depuis longtemps les frontières qui se dressent entre le jazz, le klezmer et le hardcore.MARTIN MORRISSETTE C H R I S T O P H E H U S S C\u2019 est un très gros coup réussi par Les Violons du Roy, qui mettront un point final à leur saison 2015-2016, jeudi à Québec et samedi à Montréal, avec un concert dirigé par le grand chef argentin Leonardo Garcia Alarcón.« On en est très fiers », me confiait récemment Bernard Labadie.Et pour cause : c\u2019est comme si Riccardo Chailly, Mariss Jansons ou Iván Fischer venaient diriger l\u2019OSM ! Et c\u2019est encore mieux que cela, puisque Leonardo Garcia Alarcón nous fera l\u2019honneur de son tout premier concer t en Amérique du Nord.Carnegie Hall attendra février 2017 ! L\u2019Argentin Leonardo Garcia Alarcón, ainsi prénommé, nous dit le magazine Télé- rama, parce que son père admirait Leonard de Vinci, est, cô té che fs , avec Raphaë l Pichon et Theodor Currentzis, la plus stimulante apparition de la décennie.Les états de service du chef de la Capella Mediterranea et du Chœur de chambre de Namur vus par Le Devoir sont faciles à résumer : disque de l\u2019année 2014 avec les Vêpres de Monteverdi ; 3e du palmarès en 2013 avec le Requiem de Mozart ; Elena de Cavalli dans le « top 5 » des DVD 2014 et éblouissements ad libitum, en CD, ces deux dernières années, avec les révélations de l\u2019opéra Ulysse (1650) de Zam- poni, des grands airs de Ca- valli ou du Requiem de Mario Capuana chez Ricercar.C\u2019est bien simple : dans ma discothèque j \u2019a i créé une section Garcia Alarcón pour m\u2019abreuver régulièrement de ces nectars.Seuls, en musique ancienne et baroque, Paul van Nevel, Vincent Dumestre, Hop- kinson Smith et Jordi Savall ont droit au même honneur\u2026 Apprendre Leonardo Garcia Alarcón, 40 ans, n\u2019est pas un « jeune chef » au sens Raphaël Pichon du terme.Pichon a émergé en 2008, à l\u2019âge de 24 ans.Leonardo Garcia Alarcón s\u2019est fait remarquer, avec son ensemble Cappella Mediterranea, au début de la présente décennie.Il avait déjà alors largement entamé sa trentaine.Où était-il auparavant ?À Genève, où il est arrivé pour étudier à l\u2019âge de 19 ans.« J\u2019ai eu l\u2019opportunité d\u2019étudier, avec des ensembles vocaux d\u2019étudiants, les madrigaux de Monteverdi, d \u2019India ou Gesualdo, mais aussi de diriger les Cantates de Bach dans un temple calviniste de Genève, dont j\u2019étais l\u2019organiste de 2000 à 2008 », dit le chef au Devoir.Dans ce temple, Leonardo Garcia Alarcón composait, improvisait et menait divers ensembles pour le culte : « Le maître de chapelle doit produire de la musique pour tous les services : baptême, mariage, services funèbres.C\u2019est très formateur : il y a là le cycle de la vie.Dans mes programmes de concer ts et de disques, il y a désormais une relation avec le cycle de la vie.» Au fil d\u2019une discussion passionnée, nous nous sommes même trouvé un mentor commun, le chef suisse Michel Corboz, avec lequel Garcia Alarcón a joué les Passions de Bach en Argentine.Nous en retirons le même enseignement : « Michel Corboz m\u2019a appris ce qu\u2019on perd parfois dans la musique baroque, où on est dans le détail et le microcosme.Corboz est attentif au macrocosme, la grande ligne en relation avec la voix humaine », reconnaît Garcia Alarcón.À nulle autre pareille « J\u2019ai eu la chance de jouer avec beaucoup d\u2019ensembles de musique ancienne et de devenir l\u2019assistant de Gabriel Gar- rido avec l\u2019Ensemble Elyma, de préparer des ensembles vocaux, former des madrigalistes » , ajoute le chef.Du travail de Garrido sur le répertoire baroque latino-américain, Leonardo Garcia Alarcón met en avant la f igure de Juan de Araujo, qu\u2019il situe « au niveau d e n \u2019 i m p o r t e q u e l g r a n d compositeur européen ».Garrido lui a aussi communiqué une passion pour Claudio Monteverdi.« Garrido est un humaniste qui aborde Monteverdi non en musicien baroque, mais en homme de la Renaissance.Il a défini le mouvement chez Monteverdi comme un mouvement maniériste.C\u2019est une expérience extraordinaire que j\u2019ai pu vivre à 20 ans et à laquelle je ne m\u2019attendais pas.» Le souffle de l\u2019interprétation des Vêpres de Monteverdi par Leonar do Garc ia Alarcón (notre CD de l\u2019année 2014) a choqué bien d\u2019autres commentateurs.Le chef l\u2019explique: « Monteverdi traite la matière musicale de tous les styles qu\u2019il connaît et les mélange.Au- jourd\u2019hui, on ne reconnaît pas à quel point la musique de taverne voisine un cantus firmus du Xe siècle ; on n\u2019arrive pas à lire à quel point presque sept siècles de musiques vivent ensemble.Les Vêpres de Monteverdi sont un laboratoire unique et extraordinaire mêlant deux mondes improbables où tout peut vivre ensemble sans que l\u2019église puisse s\u2019y opposer.» Leonardo Garcia Alarcón fait un parallèle avec Bach, qui ne nommait pas « cantates » ses cantates pour préser ver « la dimension de la musique instrumentale, de la musique de danse ».« C\u2019est dans cette dialectique que se si tue la richesse », conclut le chef.La découverte Leonardo Garcia Alarcón est reconnu aujourd\u2019hui pour son travail sur l \u2019œuvre de Francesco Cavalli (1602-1676).Le sujet l\u2019enflamme : « Quand j\u2019ai lu les manuscrits, ce compositeur me parlait, mais je ne savais pas pourquoi.Plus tard je me suis rendu compte que son langage adopte une forme nouvelle, entre Monteverdi et Legrenzi ou le Haendel véné- tien, et que, chez lui, la mélodie est d\u2019une sensualité que même Monteverdi ne développait pas à ce point.Cavalli, compositeur sensoriel, a inventé le langage de l\u2019opéra moderne.Il a créé les formes tout en codifiant la relation entre texte et intervalles.Tous les compositeurs après lui ont pu profiter de cela : il y a bien plus de relations entre Cavalli et Puccini qu\u2019entre Cavalli et Rameau!» Aux yeux du chef, Cavalli, a influencé l\u2019opéra vénitien, la musique napolitaine et l\u2019opéra ang la i s (« on a découver t que le premier opéra joué en Angleterre, c\u2019est du Cavalli », précise-t-il).« Avoir découvert ce compositeur est l\u2019une des grandes passions musicales de ma vie.» Au Québec, on découvrira Leonardo Garcia Alarcón dans Haendel.Mais cette venue en appelle d\u2019autres\u2026 Le Devoir LEONARDO GARCIA ALARCÓN Dirige les Violons du Roy dans les 3 suites de Water Music de Haendel et la cantate Il Delirio amoroso avec la soprano Joelle Harvey.À Québec, jeudi 19 mai à 20 h au Palais Montcalm (418 641-6040).À Montréal :, samedi 21 mai à 19h30 à la Maison symphonique de Montréal (514 842-2112) À écouter en priorité en CD: Vêpres de Monteverdi (Ambronay 2cd AMY 041) ; Requiem de Mozart (Ambronay AMY038), Airs de Cavalli (Ricercar 2CD RIC 359).C A R O L I N E M O N T P E T I T P atricia Isasa avait 16 ans lorsqu\u2019elle a été kidnappée par les forces de l\u2019ordre, dans la petite ville de Santa Fé, en Argentine, torturée et violée, puis détenue pendant deux ans.Et elle en avait 50, en 2010, lorsqu\u2019elle a finalement obtenu gain de cause devant les tribunaux, et obtenu la condamnation de six de ses tor tionnaires, dont un juge fédéral, un maire et un haut placé du gouvernement.L\u2019histoire a touché la compositrice et chanteuse américano- norvégienne Kristin Nordeval, qui en a fait un opéra : The Trials of Patricia Isasa.Sensible aux causes touchant les droits de la personne, Kristin Norde- val avait déjà fait un spectacle multimédia sur la torture et les droits fondamentaux lorsqu\u2019elle est tombée sur une entrevue avec Patricia Isasa, qui venait de gagner une bataille juridique contre ceux qui l\u2019avaient torturée, plus de trente ans plus tôt, au moment du coup d\u2019État qui a secoué l\u2019Argentine en 1976.« Je l\u2019ai appelée tout de suite.Et je lui ai parlé au bout du fil », se souvient la compositrice et chanteuse.Six ans plus tard, Kristin Nordeval présente à Montréal, en première mondiale, au Monument-Na- tional, son opéra The Trials of Patricia Isasa, produit par la compagnie Chants libres.« C\u2019est une histoire qui s\u2019est conclue par une victoire, alors c\u2019était plus positif que ce que j \u2019avais traité auparavant comme sujet», dit-elle en entrevue, en marge de la répétition de l\u2019opéra.Nouvel opéra cherche scène pour s\u2019incarner Kristin Nordeval présente sa première ici parce que Montréal est l\u2019un des seuls endroits où une compagnie, Chants libres en l\u2019occurrence, présente de nouveaux opéras fraîchement écrits.«Il y a d\u2019autres compagnies qui présentent des opéras de musique contemporaine, mais pas de nouvelles œuvres », dit Kristin Nordeval.Le livret de l\u2019opéra a été écrit par Naomi Wallace.Il raconte le combat de Patricia Isasa, de son enlèvement, de son emprisonnement et de sa tor ture durant deux ans, en 1976, jusqu\u2019au procès qui lui a permis de faire incarcérer six de ses tortionnaires en 2010.Kristin Nordeval a utilisé huit pianos désaf fectés, dont elle a trafiqué les pièces pour créer une trame sonore, qui rappelle les sons électriques et métalliques de la torture.«Moi qui travaille beaucoup avec l\u2019électronique pour produire de la musique, ça me donne des frissons de penser que l\u2019on se sert de l\u2019électricité pour torturer », dit-elle.En guise d\u2019étude pour ce projet, Kristin Nordeval a d\u2019ailleurs présenté une exposition sur ces pianos.« C\u2019était une é tude en prévis ion de l\u2019opéra », dit-elle.Sur scène, Kristin Nordeval sera accompagnée de la chanteuse colorature québécoise Rebecca Woodmass, qui incarnera la jeune Patricia Isasa, tandis que Kristin interprète Patricia Isasa adulte.Trois autres solistes incarneront différentes personnes qui ont participé à la tor ture de Patricia Isasa, et l\u2019ensemble Ko assurera le chœur de 20 chanteurs.Le tout se déroulera sous la direction de Christian Gort, d\u2019origine argentine, dont les parents ont fui la dictature.Cinq musiciens sont argentins, dont le bandéoniste très connu Daniel Binelli.Kristin Nordeval s\u2019est librement inspirée du tango pour écrire la musique.Le tout se déroule sous la direction artistique de Pauline Vaillancourt.« C\u2019est Pauline Vaillancourt qui a fait en sorte que je suis retournée à la composition », raconte Kristin Nordeval, qui a visité Montréal à l\u2019occasion d\u2019un événement autour de l\u2019opéra organisé par Pauline Vaillancourt en 1999.Au nom de tous les disparus Patricia Isasa sera également à Montréal pour la présentation de l\u2019opéra.«C\u2019est intéressant de voir une histoire d\u2019horreur se transformer en art et en beauté», dit, au sujet de l\u2019opéra racontant son histoire, Patricia Isasa, jointe au téléphone à Buenos Aires, où elle vit toujours.Aujourd\u2019hui architecte, Isasa consacre son énergie à lutter contre l\u2019école du crime, comme on appelle l\u2019école militaire des Amériques, située en Géorgie, aux États-Unis.On y forme, dit- elle, des militaires à la torture.«Dans les années 1960 et 1970, cette école était au Panama », dit-elle.Plusieurs pays, dont l\u2019Argentine, refusent désormais d\u2019envoyer des militaires étudier à cette école.Patricia Isasa considère qu\u2019elle fait par tie des 2 % de dispar us qui ont sur vécu à leur kidnapping par la junte militaire des années 1970.« Je n\u2019ai jamais vraiment su pourquoi ils m\u2019avaient relâchée, peut-être parce que j\u2019étais très jeune.Peut-être parce qu\u2019il fallait que cer tains d\u2019entre nous retournent pour faire peur aux autres », dit-elle.Aujourd\u2019hui, elle dit militer non seulement au nom de tous les disparus de l\u2019Argentine, mais aussi des centaines de milliers de personnes qui ont disparu aux mains des gouvernements de dictature en Amérique latine.« Il y a eu 200 000 disparus au Guatemala, 200 000 au Pérou, 50 000 au Salvador, 30 000 en Argentine.C\u2019est très important de faire de l\u2019éducation, et de discuter de quelle sorte de milice nous voulons.» Le Devoir THE TRIALS OF PATRICIA ISASA Au Monument-National les 19, 20 et 21 mai.M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 M A I 2 0 1 6 E 4 Transformer l\u2019horreur en art Le combat de l\u2019Argentine Patricia Isasa est porté à l\u2019opéra en première à Montréal CHANTS LIBRES Kristin Nordeval dans The Trials of Patricia Isasa Je n\u2019ai jamais vraiment su pourquoi ils m\u2019avaient relâchée, peut-être parce que j\u2019étais très jeune Patricia Isasa « » CLASSIQUE Leonardo Garcia Alarcón, le chef flamboyant Le poids lourd argentin nous fait l\u2019honneur de son tout premier concert en Amérique du Nord JEAN-BAPTISTE MILLOT Leonardo Garcia Alarcón est, côté chef, avec Raphaël Pichon et Theodor Currentzis, la plus stimulante apparition de la décennie.Aujourd\u2019hui, on ne reconnaît pas à quel point la musique de taverne voisine un cantus firmus du Xe siècle ; on n\u2019arrive pas à lire à quel point presque sept siècles de musiques vivent ensemble.Les Vêpres de Monteverdi sont un laboratoire unique mêlant deux mondes improbables où tout peut vivre ensemble.Leonardo Garcia Alarcón « » S E R G E T R U F F A U T D ans les années 1960, l\u2019étiquette Impulse ! était synonyme d\u2019excellence.Il en était ainsi parce que Bob Thiele, son éminence grise, produisit les grands moments de John Coltrane, Duke Ellington, Sonny Rollins, Charles Mingus, Coleman Hawkins, Gil Evans, Oliver Nelson et Dizzy Gillespie, ainsi que les premiers moments de McCoy T yner, Carla Bley, Archie Shepp et du Liberation Music Orchestra de Charlie Haden.Par la suite, l\u2019évolution d\u2019Impulse ! logea à l\u2019enseigne du cahin-caha jusqu\u2019à ce que le groupe Universal/Verve fasse une OPA sur son catalogue avant de former un commando de producteurs chevronnés, notamment Brian Bacchus et Jean-Philippe Allard, afin de redonner à ce label historique son éclat d\u2019antan.On en voit aujourd\u2019hui les résultats.Au cours des derniers mois, Impulse ! a mis en marché les der niers enregistrements de Joe Lovano avec John Scofield, Jacky Ter rasson, Ibrahim Maalouf, Ran Blake, Kenny Barron ainsi qu\u2019Henry Butler avec Steve Bernstein.Pour l\u2019heure, on va s\u2019attarder sur le Viper\u2019s Drag du pianiste Butler avec le touche-à-tout de génie qu\u2019est le trompettiste Steve Bernstein, Cocktails at Dusk du pianiste et professeur Ran Blake et enfin Book of Intuitions du pianiste Kenny Bar ron.Hélas ! Trois fois hélas ! Dans tous les cas évoqués, il est plus économique d\u2019acheter chez Amazon qu\u2019au sein de la chaîne Archambault\u2013 Renaud-Bray.Des trois disques évoqués, le Viper\u2019s Drag se distingue par sa grande gaieté.C\u2019est aussi enjoué qu\u2019un album de Louis Armstrong première époque ou de Jelly Roll Morton.Car c\u2019est d\u2019eux et autres pères fondateurs du jazz dont il est question tout au long des neuf compositions détaillées par un ensemble, outre Butler-Bernstein, de neuf bonshommes qui savent ce que souffler veut dire.Le programme arrêté par le duo fait la par t belle aux chefs-d\u2019œuvre du style New Orleans et du vaudeville, tous arrangés par Bernstein.Il y a le Viper\u2019s Drag de Fats Waller, Buddy Bolden\u2019s Blues, Wolverine Blues et King Por ter Stomp de Morton, Gimmie A Pigfoot de Wesley Wilson et I Left my Baby d\u2019Andy Gibson.Entre ces canons du genre, Butler a glissé trois de ses pièces qui sont autant d\u2019échos convaincants aux autres morceaux.Cet album respire le bonheur de jouer de bout en bout.C\u2019est amusant, sans prétention et très joyeux.Ce Viper\u2019s Drag est aussi pertinent que les fanfares si chères au très regretté Lester Bowie.Le sommet Blake La musique mise à part, Ran Blake a une obsession : le film noir.Il est si amoureux du genre qu\u2019on ne compte plus les albums titrés ou qualifiés de noir.Il est si obsédé (bis) par les films de Claude Chabrol qu\u2019il vient de consacrer à ce dernier une production que l\u2019on a commandée et dont il sera question prochainement.En attendant, voici donc Cocktails at Dusk sous-titré A Noir Tribute to Chris Connor.Cette dernière fut une chanteuse très appréciée pour ses interprétations suaves des standards du jazz dans les années 1950 et 1960.Pour mener à bien cette aventure, Blake a fait appel au saxophoniste Ricky Ford, toujours aussi vif, pour deux morceaux, et à la chanteuse Laïka Fatien pour trois pièces.Sur les huit autres compositions, Blake fait à merveille ce qu\u2019il fait depuis quatre décennies maintenant, soit jouer en solitaire.Ce Cocktails at Dusk est un sommet, Blake étant LE maître de la netteté, de l\u2019attention portée à chaque note.K e n n y B a r r o n ?O n a trouvé son Book of Intuition comme on a trouvé bien de ses productions antérieures : fade.C\u2019est bête, mais on a toujours trouvé qu\u2019i l était un bien meilleur accompagnateur que patron à bord.E n d \u2019 a u t r e s t e r m e s , s o n Book of Intuition n\u2019appor te pas grand-chose de neuf à ce qu\u2019ont fait les poids lourds du « piano- jazz-classique » que furent Tommy Flanagan, Hank Jones, Jaki Byard ou Roland Hanna.C\u2019est dit.À voir et à entendre: Gimmie a Pigfoot par Butler-Bernstein.?C\u2019est confirmé : « ze-talk-of- ze-town-in-jazz » est cet enregistrement ef fectué en 1968 dans la forêt noire allemande par Bill Evans, en compagnie d\u2019Eddie Gomez à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie, mais qui n\u2019avait jamais été édité.Preuve de l\u2019importance accordée à cette production, le mensuel américain JazzTimes en a fait la couverture de son dernier numéro.Le dossier qui lui est consacré comprend des entretiens avec Gomez et DeJohnette.Après avoir réglé les problèmes légaux ayant empêché jusqu\u2019à présent la sor tie de la seule séance en studio, soit dit en passant, de ce trio, Zev Feld- man vient de la publier sur son étiquette Resonance sous la forme d\u2019un double compact.À noter que cette étiquette se distingue pour le soin qu\u2019elle accorde à la présentation ainsi qu\u2019à la somme des informations contenues dans ses livrets plus volumineux que ceux des autres labels.Collaborateur Le Devoir M U S I Q U E CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 M A I 2 0 1 6 E 5 JAZZ La renaissance d\u2019Impulse ! S Y L V A I N C O R M I E R «M a muse gueule / Elle veut que je trouvaille », chante-t-il dans Ma muse.C\u2019est ainsi qu\u2019Urbain Desbois nous signifie à sa manière d\u2019Urbain qu\u2019il est sor ti du bois.Le bois de construction des décors de cinéma, en l\u2019occurrence : quand il est le Luc Bonin de son extrait de baptême, c\u2019est là qu\u2019il œu- vre.Et c\u2019est de là qu\u2019il surgit, momentanément.À tout le moins le temps d\u2019un album tout neuf qui paraît neuf ans après La gravité me pèse.«Une belle collection de chansons enregistrées à la main, malpropres, mal équarries et un peu malodorantes », peut-on lire sur le site urbaindesbois1.wordpress.com.C\u2019est le cinquième disque d\u2019Urbain Des- bois (plus la cassette des débuts, en 1994), et comme ça fait longtemps et qu\u2019il en a forcément long à dire, le titre est à rallonge : I\u2019m just a poor and lonesome french canadian rockstar, baby.« J\u2019avais pas renoncé à faire de la musique, mais le métier de musicien qui mène nulle part, c\u2019était devenu un peu lourd.Et je me suis dit que ce serait bien de payer mon loyer, un jour.» La marge à perpette, l\u2019éternité du bas- côté, ça finit par faire son temps.«Elle est trop étroite ici, la marge, résume-t- il au bout du fil.Au début, j\u2019avais des attentes.Quand j\u2019étais petit, je voulais être dans les Beatles.À un moment donné, je me suis rendu compte qu\u2019ils étaient déjà séparés.Et puis bien plus tard, en tant qu\u2019Urbain Desbois, quand j\u2019ai signé avec des compagnies de disques, La Tribu puis Audiogram, j\u2019ai cru que ça y était, que ça décollerait, mais ça a manqué de gaz.Alors, si je reviens maintenant, c\u2019est un peu comme si je publiais un recueil de poèmes, sans trop d\u2019ambition.On peut se procurer le disque en ligne sur ur- baindesbois.bandcamp.com, ou à la table lors des concer ts.C\u2019est parfait comme ça.Je suis simplement content d\u2019avoir retrouvé mon fun, de me regarder les bras et faire : wow! Ça marche encore ! » Sûr et cer tain qu\u2019il a retrouvé la main, l\u2019Urbain.Ça ne se perd pas : c\u2019est un as de la guitare électrique jouée sans jouer au guitariste.Et le verbe d\u2019Urbain Desbois est presque tout le temps génial malgré lui.On a toujours envie de le citer.« Langage à rien / Discours à scrap», et ainsi de suite : une idée par ligne.« Je le fais pas exprès, c\u2019est plus fort que moi, j\u2019aimerais ça écrire sans double sens, parfois.Je suppose que c\u2019est mon mode de survie.Dernièrement, j\u2019ai repassé les cinq albums, essayé de retracer les thèmes.Faudrait pas donner ça à quelqu\u2019un qui a envie de se suicider\u2026» Le sens du dérisoire Pas de souci : il a le chic pour faire tourner le désespoir sur la pointe d\u2019humour du couteau à deux tranchants.«Oui, peut-être que mon propos vraiment pas trop joyeux a besoin de ces pirouettes : ça relativise, on rigole un peu jaune mais on rigole, au moins.» « Moi je viens de John Lennon, de Tom Waits et de Plume.Ces trois-là cultivent très bien le sens du dérisoire, de l\u2019ironie, du cynisme.\u201c I got a bad liver and a broken heart \u201d, chante Tom Waits.Ça dit tout ! » Chez Urbain, ça donne Dans tes bras : « Tu peux faire le vide autant que tu veux / On t\u2019envoie tout de suite un camion / Pour te remplir / À nouveau / Prends-moi dans tes bras.» Une chanson inspirée par La route, le fameux roman de Cormac McCarthy.« Quand j\u2019ai lu ça, j\u2019ai eu mal au ventre.Ça décrivait vraiment la fin du monde.Il fallait que je trouve une façon de dire : j\u2019ai peur.Et j\u2019ai pensé que quand on est dans les bras de quelqu\u2019un, on a moins peur.» On entend sa compagne et sa fille, dans le nouveau disque.Ça rassure aussi.Au premier degré.Il y a des textes d\u2019amis, Patrice Desbiens, Frank Mar tel.Dans ses chansons nouvelles, Urbain parle de Bernard Adamus et de Jean Leloup, dont il s\u2019avoue\u2026 jaloux.«Leloup, tout ce qu\u2019il fait, même quand c\u2019est pas bon, c\u2019est bon.Je suis jaloux de son talent et de son front.» Il précise: «Envieux dans le bon sens.Leloup te donne envie d\u2019être complètement toi-même.» Envieux comme dans : ça se peut.« Moi, le monde danse pas dans mes spectacles.Mais ça pourrait arriver.» Le Devoir I\u2019M JUST A POOR AND LONESOME FRENCH CANADIAN ROCKSTAR, BABY Urbain Desbois Indépendant ENTREVUE Le retour irrépressible et facultatif d\u2019Urbain Desbois Sortir du métier pour mieux revenir à la chanson ÉRIC MONGEAU Urbain Desbois, c\u2019est un as de la guitare électrique jouée sans jouer au guitariste.RICH DIAMOND AGENCE FRANCE-PRESSE Henry Butler au piano à La Nouvelle-Orléans, en 2012 LE GOÛT MORTEL DES VÊTEMENTS À RABAIS D\u2019Abir Abdullah, à la Maison de la culture et communautaire de Montréal-Nord jusqu\u2019au 22 mai.MA VIE EST UN BUNKER D\u2019Yves Choquette, à la Maison de la culture du Plateau-Mont- Royal jusqu\u2019au 5 juin.N I C O L A S M A V R I K A K I S O n dit que les images sont toutes-puissantes, qu\u2019elles ont un immense pouvoir sur nos compor tements, nous influençant au point de nous faire agir malgré nous\u2026 Pourtant, il semblerait bien que nous soyons plus imperméables et plus insensibles que ce que nous nous complaisons à répéter.Ces jours-ci, à la Maison de la culture Montréal- Nord, Abir Abdullah prouve bien l\u2019inanité de ce modèle.Vous pourrez y voir une vingtaine d\u2019images de ce photographe travaillant pour l\u2019European Pressphoto Agency.Elles documentent l\u2019écroulement du Rana Plaza, un atelier de confection de vêtements, le 24 avril 2013, dans un faubourg de Dacca, capitale du Bangladesh.Les médias nous ont bombardés de ses photos et de bien d\u2019autres montrant les décombres ainsi que des corps ensevelis dans cet immeuble construit sans permis, à la va-vite et sans respecter les normes élémentaires d\u2019architecture\u2026 Plus de 1100 personnes y sont mortes et plus de 600 en sont sorties handicapées à vie.A b i r A b d u l l a h a p a s s é 18 jours sur les lieux et a gardé contact pendant plusieurs mois avec des survivants afin de les photographier dans leur nouvelle vie.Imaginez un moment que la chose se soit produite ici en Occident, du bon côté du système capitaliste.Qui faut-il poursuivre ?Les propriétaires de cet immeuble ?Le gouvernement du Bangladesh ?Pour Abdullah, une par tie de la responsabilité va plutôt aux marques comme Disney, Walmart et Nike qui ne paient pas le juste prix pour la confection de leurs produits.Mais ne sommes-nous pas tous un peu complices ?Car c\u2019est bien à ce prix que nous payons moins cher les vêtements qui font craquer nos placards et finissent à la poubelle une fois démodés.Les compagnies impliquées dans la tragédie du Rana Plaza, compagnies qui profitent bien de la situation, ont traîné les pieds dans le paiement de dédommagements aux victimes.En avril 2015, Benetton a finalement versé un petit million d\u2019euros au fonds d\u2019indemnisation\u2026 Au Bangladesh, il y a quatre millions de travailleurs dans le secteur du textile qui vivent dans des conditions effroyables.Avec raison, certains parlent des «esclaves du textile».Cette expo montre aussi des images des incendies à la fabrique Tazreen Fashions le 24 novembre 2012, au SMART Fashion le 26 janvier 2013 et au Gazipur le 8 octobre 2013.Nos multinationales se cachent derrière le fait qu\u2019elles y faisaient uniquement de la sous-traitance\u2026 Au début du XXe siècle, ces mêmes conditions existaient dans l\u2019industrie du textile à Montréal, qui était alors la deuxième ville au monde dans ce secteur industriel.Des gens comme les syndicalistes Léa Roback et Madeleine Parent se sont battus pour que ces conditions changent.Nous sommes rendus à un moment de l\u2019histoire de l\u2019humanité où doivent se mettre en place des normes et des lois mondiales pour tous les travailleurs.Yves Choquette Autre exemple de notre impuissance politique?La guerre en Ukraine.Elle a été couverte par bien des médias.Et puis une nouvelle plus « importante », plus fraîche, l\u2019a chassée des manchettes.Yves Cho- quette fait partie de ceux qui l\u2019ont montrée et qui continuent à vouloir en parler.Choquette n \u2019hés i te pas à décr i r e l a guer re en Ukraine comme d\u2019un conflit oublié.Il s\u2019est rendu sur place et nous en a ramené des images, dont plusieurs décrivant le quotidien assez épouvantable de gens ayant fui les zones de combats et s\u2019étant réfugiés dans d\u2019anciens bunkers.Choquette explique comment en Ukraine il y a plus de 150 mercenaires et aventuriers canadiens, pour la plupart du côté russe, qui se sont rendus là-bas, cer tains juste pour le « plaisir » de participer à une guerre, d\u2019autres par idéologie.Il parle entre autres d\u2019un jeune homme qui est allé se battre en Ukraine car il voyait en la Russie le seul rempart aux valeurs et idéologies états-uniennes.Choquette ajoute que les médias discutent beaucoup de ces individus qui partent se joindre au groupe armé État islamique, mais que la situation est bien plus complexe.Mais bon, certains sujets ou certains angles sont plus à la mode\u2026 Collaborateur Le Devoir Des sourds et des aveugles devant les sans-voix Abir Abdullah et Yves Choquette nous mettent devant notre indifférence L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 M A I 2 0 1 6 DE VISU E 6 C U L T U R E Du 30 avril au 18 juin 2016 ART MÛR | GALERIE D\u2019ART STEWART HALL | GUILDE CANADIENNE DES MÉTIERS D\u2019ART | MUSÉE MCCORD A m y M a l b e u f ( M é t i s ) ARTMUR.COM Presgieuse exposion : 15 oeuvres de Marc?Aurèle Forn jamais vues du public depuis près de 50 ans Pour voir les oeuvres : http://lafitte.com/expositions.htm 7 au 28 mai, mardi à samedi de 11h à 17h Toutes les oeuvres sont disponibles pour achat 31 mai \u2013 18 juin : Maîtres Québécois Alleyn, Ferron, Gagnon, Hurtubise, Lemieux, McEwen, Mousseau, Pellan, Riopelle, Suzor Côté Achetons tableaux de maîtres canadiens et européens 2160, rue Crescent, Montréal, H3G 2B8, (514) 842-1270 lafitte@lafitte.com \u2013 www.lafitte.com www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec Club Voyages Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Aux États-Unis, les 12 et 13 août Musique et marionnettes L\u2019OISEAU DE FEU de Stravinsky le BREAD AND PUPPET MUSEUM au Vermont Au Québec, la Côte-du-Sud, du 1er au 4 septembre le MUSÉE DE LA MÉMOIRE VIVANTE les cors de chasse de la Messe de Saint-Hubert En France, du 24 septembre au 9 octobre HONFLEUR, PARIS ET LA CAMPAGNE FRANÇAISE Satie, Ravel, Debussy, des jardins, des musées Réservez vite! QUÉBEC (418) 525-8393 www.galerielindaverge.ca V E R N I S S A G E 15 mai \u2013 12 juin ABIR ABDULLAH Des parents en deuil alors qu\u2019ils retrouvent le corps de leur fils disparu, 17 jours après l\u2019ef fondrement du Rana Plaza.Photo tirée de l\u2019exposition Le goût mortel des vêtements à rabais d\u2019Abir Abdullah.YVES CHOQUETTE Pièce familiale typique à l\u2019intérieur d\u2019un bunker.Photo tirée de Ma vie est un bunker d\u2019Yves Choquette.du film qu\u2019Alleyn avait conçu p o u r l \u2019 i n t é r i e u r .L \u2019 œ u f demeure un audacieux projet, un point culminant dans la compréhension d\u2019un monde de plus en plus techno.L\u2019 œ u v r e a p p a r t i e n t au- jourd\u2019hui au Musée national des beaux-ar ts du Québec (MNBAQ), qui songe à la restaurer (voir encadré ci-dessous).Jennifer Alleyn en rêve.Autrement, estime-t-elle, on passe «à côté de l\u2019essence même de l\u2019expérience proposée».Le retour sur la scène d\u2019Edmund Alleyn ne se limitera pas aux murs du MAC.La galerie Simon Blais, qui ne l\u2019a jamais abandonné (la Suite indienne a eu droit à une expo en 2009), présente depuis quelques jours un regard complet sur les années 1980 et la période Indigo.Le Musée des beaux- arts de Montréal, lui, expose Iceberg Blues (1975), œuvre circulaire de la série Plexiglass en cours d\u2019acquisition.Enfin, il y a le catalogue, abondamment illustré et soutenu par des essais savants.La publication de 218 pages fera of fice du livre de référence, celui qui faisait défaut.Collaborateur Le Devoir DANS MON ATELIER, JE SUIS PLUSIEURS Edmund Alleyn au Musée d\u2019art contemporain de Montréal, du 19 mai au 25 septembre.EDMUND ALLEYN UN ÉTÉ INDIGO Galerie Simon Blais 5420, boulevard Saint-Laurent à Montréal, jusqu\u2019au 9 juillet.SUITE DE LA PAGE E 1 INCLASSABLE Introscaphe, cas à débats Créée en 1970, Introscaphe n\u2019aura été expérimentée que lors d\u2019une exposition au Musée d\u2019art moderne de la ville de Paris.«Pour des raisons techniques, elle n\u2019a pas fonctionné ici », a constaté Ève-Lyne Beaudry, conservatrice de l\u2019art contemporain au MNBAQ, propriétaire de la sculpture ovoïde et immersive.Depuis, elle s\u2019est détériorée.Introscaphe pose un beau problème de restauration.«Est-ce qu\u2019on passe outre l\u2019intégrité de l\u2019œuvre pour vivre l\u2019intégrité de l\u2019expérience?», demande la muséologue, qui voit dans la violence des images et dans la sécurité du mécanisme d\u2019autres points à débattre.Le MNBAQ planche sur un colloque sur ce cas emblématique de conservation.Alleyn a laissé une porte ouverte.Conçue comme un prototype, l\u2019œuvre appelle une suite, d\u2019autres versions, d\u2019autant plus que le titre officiel inclut un «1 ».JENNIFER ALLEYN / CC S T É P H A N E B A I L L A R G E O N P our le professeur Pierre Barrette, spécialiste de la télévision, Occupation double (OD), c\u2019est du sérieux.Et pourquoi pas ?Le dating show a tenu le haut de l\u2019antenne pendant une décennie (2003- 2013) et a été presque tout ce temps l\u2019émission la plus populaire au Québec.Les meilleures saisons, les quoti - diennes et l\u2019épisode dominical occupaient les trois premières places du palmarès avec des cotes d\u2019écoute frisant à tout coup les deux millions de téléspectateurs.« OD a été l \u2019émission la plus regardée pendant des années, mais aussi la plus dénigrée, a rappelé le professeur en introduction de sa présentation au colloque sur la télé et les rapports de genre plus tôt cette semaine.On est en face d\u2019un rejet du populaire et en même temps d \u2019une très grande popularité.[\u2026] Seulement, parler du populaire, évoquer des recherches sur le populaire, c \u2019est toujours se soumettre à une cer taine critique.Et moi je pense que la question du populaire n\u2019est plus tellement à situer dans la f ict ion aujourd\u2019hui, mais dans la téléréalité.» Des savants comme lui ont passé trois jours à discuter « identités et rapports de genre dans les télévisions de la francophonie» dans le cadre d\u2019un des colloques du 84e congrès de l\u2019Association francophone pour le savoir (Acfas), à Montréal.Le genre en question renvoie à la « construction des identités sexuées », à la distinction entre le masculin, le féminin et d\u2019autres combinaisons.Les « gender studies » sont beaucoup plus avancées dans les universités anglophones, y compris au sujet des émissions de télévision.La rencontre montréalaise pionnière voulait stimuler les échanges en s\u2019intéressant à plusieurs types d\u2019émissions.Pierre Barrette, coorganisateur du colloque avec la doctorante Sté- phany Boisvert, s\u2019est pris au mot en choisissant donc une émission de téléréalité.Lui-même préfère parler de téléludique en la rapprochant d\u2019Un souper presque parfait ou de La voix.Mais peu importe la dénomination plus ou moins contrôlée, au total, que fait le « dispositif médiatique » d\u2019OD aux rapports de genres?Séparation.L\u2019émission sépare les sexes.C\u2019est l\u2019évidence.Dans ce cas, les participants sont installés dans deux maisons (d\u2019où le titre).«L\u2019émission affirme une vision es- sentialiste des genres, dit le professeur.On isole les femmes ensemble et les hommes ensemble, un peu à la manière des sociétés traditionnelles.Ce qui fait aussi que les rapports entre ces deux mondes sont très ritualisées.» Monstration.« Le dispositif redouble l\u2019essentialisme par une monstration emphatique des genres.Toutes les normes et en par ticulier les normes physiques puisqu\u2019on va dire que les filles sont des bimbos et les gars des douchebags.Évidemment, il n\u2019y a jamais d\u2019homosexuels ou de référence à l\u2019homosexualité.On est dans des références, très, très, très normées.» Ludification.On est devant un jeu, avec des règles précises.Observation.« L\u2019émission soumet l\u2019intimité à un régime de visibilité totale qui positionne le spectateur en participant.» Dans chaque maison, il y a environ 30 caméras et les participants sont filmés quand ils en sortent.Pour comprendre la réception de cette production si populaire, le professeur Barrette a analysé les centaines de commentaires laissés sur la page Facebook de l\u2019émission après un épisode, un échantillon parmi des dizaines de milliers de commentaires.En général, i ls pointent tous vers une manifestation empathique.«La téléréalité extrait du social pour révéler du personnel, conclut le professeur Barrette.Quand on est dans la fiction, on est nécessairement dans le social construit et complexe.Quand on est dans un dispositif de téléréa- lité, on crée du social dans le but de révéler de l\u2019intime.OD, c\u2019est une machine à créer de la discussion.Cette téléréalité devient un lieu pour observer, discuter, critiquer les rapports de genre, prendre parti dans le jeu qui oppose et rapproche des hommes et des femmes.Si on veut, si on doit prendre au sérieux cette émission, c\u2019est dans cet espace de discussion.Oui, les rapports de genres exposés sont assez terribles.Mais OD est aussi un lieu de discussion éthique, un lieu pour se positionner rapport aux rapports entre les genres dans notre société.» Le Devoir C I N É M A T É L É V I S I O N CULTURE \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 M A I 2 0 1 6 E 7 Œuvres de John Rea, Jérôme Blais, Harry Somers Lundi 16 mai 2016 Infos smcq.qc.ca \u2013 514 521-4493 Le petit livre des Ravalet Plaisirs du clavecin | Walter Boudreau, chef Rose-Maïté Erkoreka et Etienne Pilon, comédiens | Yanick Villedieu, narrateur Denis Marleau et Stéphanie Jasmin, mise en scène MA MÈRE ET MOI (V.F.DE THE MEDDLER) ?Comédie dramatique de Lorene Scafaria.Avec Susan Sarandon, Rose Byrne, J.K.Simmons, Michael McKean.États-Unis, 2015, 100 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E M ar nie, la soixantaine rayonnante, a quitté son New York natal et s\u2019est installée à Los Angeles.Son dessein?Se rapprocher de sa fille unique, Lori, une scénariste pour la télévision.Mais voilà, la jeune femme stressée et dépressive ne l\u2019entend pas ainsi.Vrai que Marnie, qui a l\u2019habitude de débarquer sans prévenir et appelle au moins dix fois par jour, est très, très envahissante.Or, derrière ce surcroît d\u2019attention non sollicitée se cache un drame que le film Ma mère et moi explore avec humour.En ef fet, en se consacrant corps e t b iens à sa f i l l e , Marnie (Susan Sarandon) se trouve à reporter le deuil de son époux, empor té par un cancer deux ans plus tôt.En ne pensant qu\u2019à Lori (Rose Byrne ; Espionne), Marnie ne pense pas à elle ; elle ne pense pas à cette solitude dans laquelle elle a plongé au décès de son conjoint adoré.À l\u2019aise financièrement, Marnie compense en achetant des choses non seulement à sa fille, mais par fois même à de par faits étrangers.Évidemment, il en faut plus pour combler ce vide immense que Marnie ressent mais refuse de reconnaître.Faute de pouvoir investir l\u2019existence de Lori, Marnie jette son noble dévolu sur une amie de sa fille dont elle offre de payer le mariage, sur un commis de magasin qu\u2019elle encourage à reprendre les études, sur une dame âgée rencontrée en faisant du bénévolat dans un hôpital\u2026 Sans oublier ce policier à la retraite (J.K.Simmons ; Whiplash) en conflit avec sa propre fille qui, avec charme et douceur, signifie à la sémillante Marnie qu\u2019il aimerait bien lui faire la cour.Sarandon au sommet D\u2019emblée, on ne peut s\u2019empêcher de se demander pourquoi le titre du film (The Meddler en anglais, qui signifie «enquiquineuse » dans ce contexte précis) n\u2019a pas été plutôt traduit par Ma fille et moi.En ef fet, l\u2019héroïne est bel et bien Marnie, et non sa progéniture.En mère attachante malgré toutes ses maladresses, Susan Sarandon trouve enfin une partition à sa mesure après quelques années de rôles secondaires peu mémorables dans des productions tout aussi oubliables (Monsieur Woodcock, Un grand mariage, Tammy, etc.).On s\u2019en réjouit, d\u2019autant que la vedette d\u2019Atlantic City et Thelma et Louise l ivre une performance à la fois drôle et poignante, bien meilleure, en réalité, que le film lui-même.En surface Non que Ma mère et moi soit raté.De façon générale, le film fonctionne en sa qualité de « film-confor t » : les passages dramatiques ne sont jamais trop intenses et l\u2019humour pointe toujours à temps pour désamorcer ceux-ci.C\u2019est dire qu\u2019on reste relativement près de la sur face ; on ne plonge pas.Le sujet valait cer taine- ment qu\u2019on prenne ce risque.Si cette approche plaira aux spectateurs qui recherchent un divertissement émouvant mais bénin, et il en faut, elle laissera cependant sur leur faim ceux qui, à la lumière de la performance sentie de Susan Sarandon, auraient aimé davantage de profondeur.Le Devoir Maman très chère Susan Sarandon brille en maman envahissante dans Ma mère et moi La téléréalité, genre Occupation double, ou comment se construisent les identités sexuées au petit écran METROPOLE FILMS Susan Sarandon livre une performance à la fois drôle et poignante, bien meilleure, en réalité, que le film lui-même.TVA Occupation double a tenu le haut de l\u2019antenne pendant une décennie et a été presque tout ce temps l\u2019émission la plus populaire au Québec.Solange leur parle La youtoubeuse montréa- laise Ina Mihalache connaît un franc succès avec sa chaîne SolangeTeParle créée en 2001 et qui attire maintenant plus de 200 000 abonnés.Son personnage de Solange propose des clips un brin absurdes sur la vie quotidienne d\u2019une jeune femme inadaptée.Le 25 janvier 2016, dans l\u2019épisode Tranches de haine, Solange récite des extraits des commentaires qu\u2019elle reçoit où elle est traitée de pute, de salope, de crasseuse, de bitch, de merde et on en passe.Les insultes sont répétées à sa chienne Truite.Le professeur Jean Chateauvert de l\u2019UQAC a étudié les 234 messages laissés sur Facebook et 51 autres sur le site Solan- geTe Parle à propos de cet épisode, surtout pour consoler la créatrice.«Pourquoi les femmes reçoivent plus de commentaires hargneux quand elles prennent la parole?demande le chercheur.Peut-être parce qu\u2019on est dans le mode de l\u2019intime et donc dans l\u2019expression possible de sentiments beaucoup plus forts.» Peut-être aussi par misogynie tout simplement\u2026 De beaux malaises Il suf?t parfois d\u2019un coup d\u2019œil pour tout chambouler.Audrey Bélanger, doctorante de l\u2019UQAM, s\u2019intéresse au regard à la caméra comme outil pour décons- truire le mythe du parent parfait.La websérie Les chroniques d\u2019une mère indigne (2009-2010) utilisent l\u2019adresse à la caméra pour commenter les sketchs et faire des con?dences normalement inavouables.La websérie innove en donnant le contrôle de la narration au personnage développant un discours non traditionnel sur la maternité.Cette technique narrative est quasiment proscrite au cinéma comme à la télévision, sauf dans les émissions d\u2019information où le journaliste comme le chef d\u2019antenne s\u2019adressent directement au téléspectateur.Des séries comme House of Cards et Les beaux malaises ont par contre récemment utilisé cette technique.«Le regard à la caméra aide à formuler des points de vue différents, des sujets plus délicats », résume la chercheuse.Portrait de trans Si les lesbiennes sont les nouveaux vampires d\u2019Hollywood, les transgenres doivent être ses néozombies.Les écrans francophones n\u2019échappent pas à cette mode.Mais comment la transidentité y est-elle représentée?Camille Légeron de l\u2019Université de Montréal s\u2019intéresse au sujet en examinant des ?lms (Tomboy (notre photo), Laurence Anyways\u2026), des séries (Paris, Je suis trans) et des entrevues récentes à Tout le monde en parle.En utilisant un guide de traitement médiatique du sujet proposé par l\u2019organisme américain GLAAD, elle a mis en évidence un tas de problèmes, y compris dans les productions réputées les plus sympathiques à la cause.Il est par exemple recommandé de ne pas mettre l\u2019accent sur l\u2019aspect médical de la transformation alors que les interviews ne font que ça.«La télé se concentre sur la transition par sensationnalisme, ce qui laisse peu de place aux autres enjeux de la transidentité.Les ?ctions francophones ne re?ètent pas la réalité trans.Les productions anglophones comme Transparent semblent en avance de ce point de vue.» OD, c\u2019est une machine à créer de la discussion.Cette téléréalité devient un lieu pour observer, discuter, critiquer les rapports de genre.METROPOLE FILMS RADIO-CANADA BRUNETO CC LA LOI DU MARCHÉ ?1/2 Drame social de Stéphane Brizé.Avec Vincent Lindon, Yves Ory, Karine De Mirbeck, Matthieu Schaller.France 2015, 93 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E S i, pour conserver un travail dont votre famille dépend, vous étiez « invité » à dénoncer les faux pas de collègues qu\u2019on cherche à renvoyer, le feriez-vous?C\u2019est devant ce dilemme moral que le cinéaste Stéphane Brizé place le protagoniste de son film La loi du marché.Lequel est interprété avec toute la conviction tranquille que l\u2019on connaît au comédien Vincent Lindon, lauréat du prix d\u2019interprétation masculine à Cannes l\u2019an dernier pour ce rôle.Cela dure depuis quinze mois.Quinze mois de frustration, de démarches vaines et d\u2019humiliation.Cela fait quinze mois que Thierry est au chômage.Grutier depuis des lustres, Thierry a suivi toutes les formations et les perfectionnements qu\u2019on lui a demandés en marge de sa recherche d\u2019emploi.Tout cela pour rien.Alors que ses maigres économies rapetissent comme peau de chagrin, le quinquagénaire voit poindre le risque de devoir vendre son appartement et, surtout, d\u2019être dans l\u2019incapacité d\u2019offrir à son fils qui souffre de paralysie cérébrale ce surcroît de services dont il a tant besoin.Sa conjointe ne met pas de pression, mais elle est de plus en plus stressée, ce qui se comprend.Puis, enfin, Thier r y décroche un boulot : agent de sécurité dans un grand magasin.Lorsque son patron lui demande d\u2019espionner ses confrères et consœurs, dont trop peu se sont prévalus d\u2019un programme de dépar ts volontaires, Thierry fait face à un grave dilemme moral.Et le spectateur avec lui.Rigueur éclairante La loi du marché n\u2019est pas un film aimable.Il contraint en effet à un questionnement que l\u2019on n\u2019est pas nécessairement prêt à avoir.Peut-être parce qu\u2019au fond, on se doute de la réponse.Une œuvre dif ficile, donc, mais éclairante néanmoins, comme du reste la majorité de celles qui composent la filmographie exigeante de Stéphane Brizé : Je ne suis pas là pour être aimé et son huissier sympathique (une variation légère de Thierry); Mademoiselle Chambon et les hasards du cœur subordonnés aux responsabilités et à une forme d\u2019honneur ; Quelques heures de printemps et la possibilité de la compassion dénuée d\u2019amour, etc.Réalisé avec l\u2019absence de fard coutumière au cinéma de l\u2019auteur, La loi du marché est un long métrage rigoureux, austère et gris.Or, il n\u2019est pas froid pour autant.Au contraire, il force le spectateur à vivre des émotions puissantes, quoique pas toujours confor tables.D\u2019ailleurs, s\u2019il est une faute que l\u2019on peut attribuer au film, c\u2019est d\u2019être accablant à l\u2019excès.Ainsi, si l \u2019on sympathise avec Thierry lors des scènes familiales, on s\u2019agite d\u2019inconfort lors de celles le montrant assister gérante ou patron lors d\u2019interrogatoires embarrassants et, ultimement pour certains, tragiques.Réalité complexe C\u2019est justement là que le scénario est si habile \u2014 ou terrifiant \u2014 dans sa démonstration: malgré les vies brisées que les actes de « collaboration » de Thierry engendrent, il est impossible de le condamner.Pas complètement.Pas tout à fait.Car justement, on le connaît ailleurs que dans ce travail infâme : on le connaît comme conjoint attentionné, comme père aimant.On a vu le sourire que lui réserve son fils inconscient de tous ces drames.Un sourire, placé dans ces circonstances-là, que l\u2019on ferait sans doute aussi tout pour protéger.Même le pire.Le Devoir Au pied du mur Le protagoniste de La loi du marché vit un dilemme moral épineux L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 4 E T D I M A N C H E 1 5 M A I 2 0 1 6 CINEMA E 8 C U L T U R E « Toute la chaleur, l\u2019authenticité et le sens de la fête du peuple cubain\u2026Un film comme une lettre d\u2019amour à Cuba\u2026 » Natalia Wysocka \u2013 Journal Métro À L\u2019AFFICHE UNE SEMAINE SEULEMENT version originale espagnole avec sous-titres français V.O.espagnole avec STA et STF selon l\u2019heure de projection theatreoutremont.ca 514 495-9944 CE QU\u2019IL NE FAUT PAS DIRE 8,50 $ de Marquise Lepage AVEC ANNICK FONTAINE, CHRISTIAN MICHAUD ET ANSIE ST-MARTIN Le lundi 16 mai | 16 h et 19 h 30 RETOUR À CUBA ?Documentaire de David Fabrega.Canada, 2016, 79 minutes.A N D R É L A V O I E D ans Where to Invade Next, Michael Moore débute son périple international en Italie, cherchant les meilleures pratiques sociales à exporter vers les États-Unis pour lui donner un visage plus humain.Le cinéaste s\u2019extasie devant l\u2019abondance de congés payés et l\u2019harmonie des relations patronales-syndicales ; ses interlocuteurs italiens n\u2019ont nullement l\u2019intention de s\u2019expatrier pour vivre le rêve américain\u2026 Il aurait été amusant que Moore croise la route de la Cubaine Barbara Ramos, car cette femme pétillante por tant des talons hauts comme d\u2019autres des pantoufles en connaît long sur l\u2019Italie.Et ce qu\u2019elle en dit dans Retour à Cuba, du documentariste David Fabrega, tranche avec la jovialité des personnages recrutés par le réalisateur de Roger & Me.Son pays d\u2019accueil, là où elle a vécu pendant 18 ans, a comblé tous ses besoins matériels, ainsi qu\u2019une frénésie insatiable pour les fringues.Or, malgré un ex-conjoint italien (dont elle ne dit rien, elle pourtant si bavarde) et une fille déchirée entre sa culture européenne et ses racines cubaines, Barbara parle surtout d\u2019isolement, de solitude et d\u2019un manque flagrant de solidarité.C\u2019est tout le contraire qu\u2019elle veut retrouver en revenant s\u2019installer dans sa ville natale, Santa Clara, située à 260 km au sud-est de La Havane, là où il est possible de se recueillir devant le mausolée d\u2019Ernesto Che Guevara.Pour cette disciple de Fidel Castro, et farouche partisane de la libre entreprise (cherchez l\u2019erreur !), le salut se trouve dans la vieille maison familiale qu\u2019elle décide de remettre à neuf, rêvant d\u2019y recevoir des touristes tout en vendant des vêtements importés.Une fois passée l\u2019euphorie des retrouvailles familiales et amicales (dont avec Juana, une transsexuelle à l\u2019âge vénérable, débordante d\u2019énergie , et qui par sa seule présence témoigne de l\u2019ampleur des transformations sociales à Cuba), Barbara se bute aux réalités économiques d\u2019un pays à la croisée des chemins.Les embûches apparaissent si nombreuses qu\u2019elles viendront temporairement à bout de son enthousiasme, s\u2019installant un certain temps aux États-Unis.Toutes ses pérégrinations sont observées par un cinéaste qui a pris le temps nécessaire pour la suivre pas à pas, trois ans en tout, scrutant ses sentiments parfois partagés quant à une société dont l\u2019évolution n\u2019est pas assez rapide à son goût, craignant toutefois que le progrès lui fasse perdre sa singularité : joie de vivre, insouciance, esprit d\u2019entraide.Dans cette oasis du socialisme, là où le marché noir se pratique au grand jour, Barbara réussit tout de même à tirer son épingle du jeu.Il faut admirer avec quelle détermination elle restaure cette demeure qui assurera son ancrage sur sa terre natale, dictant ses ordres avec une poigne de fer, ou ne laissant pas le choix au cinéaste d\u2019ouvrir son porte-monnaie pour payer la tournée\u2026 Cuba, qu\u2019elle a quitté autrefois, ne l \u2019a jamais vra iment qui t tée : au -de là de sa personnalité flamboyante, et de son allure volontairement provocante, l \u2019héroïne de David Fabrega s\u2019af f iche comme la sœur de tous ces exilés qui par tent dans l \u2019espoir secret de revenir, et de rebondir.Collaborateur Le Devoir Partir, revenir, rebondir Dans Retour à Cuba de David Fabrega, la nostalgie ne résiste pas à la complexité du retour LE CONTE DES CONTES (TALE OF TALES, V.O.AVEC S.-T.F.) ?Conte de Matteo Garrone.Avec Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones, Bebe Cave, John C.Reilly.Italie\u2013Grande-Bretagne\u2013 France, 2015, 133 minutes.F R A N Ç O I S L É V E S Q U E Cette histoire-là ne s\u2019ouvre pas par le traditionnel « Il était une fois\u2026», et ce, en dépit des rois et des reines maudits, de la progéniture ensorcelée de ces derniers, et des monstres de légendes qui la peuplent.Peut-être est-ce parce qu\u2019en l\u2019occurrence, il n\u2019était pas une, mais plusieurs fois.Ainsi Le conte des contes tresse-t-il un écheveau féerique dont les différents fils proviennent du recueil de contes le Pentamerone, de Giambattista Basile.L\u2019intrigue se divise en trois sous-intrigues dont les protagonistes, issus d\u2019autant de royaumes, se croisent périodiquement.On rencontre d\u2019abord cette reine triste qui, après qu\u2019elle se fut repue du cœur d\u2019un monstre marin sur le conseil d\u2019un mage, réussit à concevoir cet enfant dont elle se languit tant.Viennent ensuite ce roi libidineux qui n\u2019en a que pour le plaisir charnel et cette paysanne âgée prête à tout pour rajeunir afin de le rendre fou amoureux.Enfin, un autre roi, distrait par des trivialités symbolisées par un puceron qui grandit à la mesure de l\u2019obsession croissante du souverain, sacrifie l\u2019amour de sa fille, résiliente néanmoins.Il est question, en filigrane, d\u2019orgueil, de vanité, de courage et d\u2019honneur.Le propos n\u2019est pas transcendant, c\u2019est entendu, mais tel n\u2019est pas le mandat que se donne le film.De fait, la morale simple des contes est respectée à la lettre.En cela, le scénario, qui relève de l\u2019exercice de style, maintient un dépouillement judicieux, les récits alternés suffisant à tisser, à eux trois, une trame solide.Physique et sensuel La sophistication, car sophistication il y a, émane de la mise en scène de Matteo Garrone.De véritables châteaux et splendeurs naturelles d\u2019Italie servent d\u2019écrin à la vision spectaculaire du réalisateur de Gomorrah, qui délaisse ici les magouilles des mafieux, mais s\u2019attarde encore aux grenouillages de puissants.Entre ces deux sélections cannoises, le pouvoir qui corrompt, enivre ou avilit.Il est cer tes des créatures fantastiques dans ce monde-là, mais el les sont peu nombreuses et leurs apparitions sont choisies.Réalisées au moyen d\u2019effets spéciaux mécaniques avec un apport restreint du numérique venant parfaire plutôt que faire.D\u2019ailleurs, les quelques décrochages techniques, rares heureusement, sont imputables à ce dernier secteur.Les trucages « vieille école » siéent mieux à cette production qui confère justement au surnaturel des accents on ne peut plus naturels.Couleur et magie Du côté de l\u2019interprétation, une pléiade de comédiens venus d\u2019un peu partout se prête au jeu sans que le cinéaste cherche à camoufler la pluralité des accents réunis.Loin de distraire, ce parti pris ajoute un surcroît de couleur à une production campée du reste en des temps immémoriaux.Si Le conte des contes ne possède pas la brillance absolue du Labyrinthe de Pan, de Guillermo Del Toro, Matteo Gar- rone n\u2019y déploie pas moins un univers enchanté distinct, très physique, très sensuel.Au final, Le conte des contes distille cruauté et merveilleux à égales mesures.Et magie aussi.Le Devoir Princes et princesses Le conte des contes conjugue le merveilleux et le cruel à égales mesures LES FILMS SÉVILLE On rencontre d\u2019abord cette reine triste qui, après qu\u2019elle se fut repue du cœur d\u2019un monstre marin sur le conseil d\u2019un mage, réussit à concevoir cet enfant dont elle se languit tant.CINÉMA DU PARC Barbara Ramos se bute aux réalités économiques d\u2019un pays à la croisée des chemins.CINÉMA DU PARC La loi du marché contraint en effet à un questionnement que l\u2019on n\u2019est pas nécessairement prêt à avoir."]
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