Le devoir, 8 octobre 2016, Cahier B
[" Manon Cornellier Harcèlement: la GRC doit prévenir les actes Page B 4 Julien Tourreille Clinton et Trump oublient la guerre en Afghanistan Page B 2 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 Philosophie Le vote par Internet, conforme à la théorie du «choix rationnel»?Page B 6 SEAN KILPATRICK LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre Trudeau a suscité une certaine controverse cette semaine en annonçant qu\u2019il imposerait, dès 2018, une taxe sur le carbone aux provinces qui tardent à agir.Une décision rendue publique lundi dans un discours aux Communes, au moment où les ministres de l\u2019Environnement des provinces étaient réunis à Montréal pour faire le point sur les négociations climatiques.CHANGEMENTS CLIMATIQUES Ottawa dans la tourmente de la « taxe carbone » A L E X A N D R E S H I E L D S L\u2019 an dernier, en pleine campagne électorale, Justin Trudeau avait dit et redit qu\u2019il entendait faire mieux que le gouvernement conser va- teur en matière de lutte contre les changements climatiques, accusant les troupes de Stephen Harper d\u2019avoir boudé cet enjeu pendant 10 ans, tandis que les émissions de gaz à ef fet de serre (GES) du Canada continuaient de croître.Le futur premier ministre avait aussi promis que l\u2019action fédérale pour faire face à la pire crise environnementale de l\u2019histoire serait basée sur une collaboration de tous les instants avec les provinces canadiennes.Les libéraux avaient d\u2019ailleurs laissé savoir, plusieurs mois avant l\u2019élection, que les provinces pourraient se doter de « leurs propres politiques de tarification du carbone».Quelques mois après leur élection, les libéraux ont donc organisé à Vancouver une rencontre des premiers ministres provinciaux afin de jeter les bases d\u2019une éventuelle stratégie pancanadienne de lutte contre les changements climatiques.Tous ont alors convenu de se donner jusqu\u2019à l\u2019automne 2016 pour instaurer un mécanisme sur la tarification du carbone adapté à la réalité de chaque province et territoire.« L\u2019engagement que nous avons pris au- jourd\u2019hui avec la déclaration de Vancouver montre que tous les premiers ministres de ce pays sont unis sur la question de la tarification du carbone», s\u2019est d\u2019ailleurs réjoui le premier ministre Trudeau à l\u2019issue de la rencontre.Pétrole et GES En fait, l\u2019unanimité n\u2019était pas acquise, contrairement à ce que disait le chef libéral.Le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, n\u2019a jamais cessé de répéter qu\u2019il s\u2019opposait à l\u2019idée d\u2019une taxe sur le carbone.Il faut dire que sa province, dont les émissions ont augmenté de 8% depuis 10 ans, mise beaucoup sur le développement pétrolier et gazier.Et la Saskatchewan, qui compte pour 10% du total des GES canadiens, détient aussi le record des plus fortes émissions par personne au pays.Sa voisine, l\u2019Alberta, émet toutefois trois fois plus de GES.Les émissions de cette province sont d\u2019ailleurs responsables de 73 % de la hausse obser vée au Canada depuis 1990.Preuve des grands écarts qui existent entre les provinces, mais aussi de l\u2019ampleur de la tâche qui attend le pays, les seules émissions alber- taines dépassent actuellement celles du Québec et de l\u2019Ontario combinées.L\u2019Alberta, dirigée par la première ministre Rachel Notley, a néanmoins promis d\u2019imposer une première taxe sur le carbone de 20 $ la tonne à partir de 2017, taxe qui passera à 30 $ Le gouvernement canadien a of ficiellement ratifié cette semaine l\u2019accord de Paris sur le climat.Un geste politique lourd de sens, mais qui a été en partie éclipsé par la bisbille provoquée par l\u2019annonce de l\u2019imposition d\u2019une taxe sur le carbone aux provinces qui tarderont à se doter d\u2019un outil financier pour lutter contre les changements climatiques.Ottawa aura aussi fort à faire pour respecter ses engagements en la matière, lui qui hésite à imposer des limites à l\u2019industrie pétrolière.RYAN REMIORZ LA PRESSE CANADIENNE Le geste du fédéral a été très mal reçu par certaines provinces, qui ont carrément claqué la porte de la rencontre.Ce fut le cas de la ministre de l\u2019Environnement de la Nouvelle-Écosse, Margaret Miller.VOIR PAGE B 2 : CARBONE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 2 L a présence militaire américaine en Afghanistan est entrée dans sa seizième année, ce qui en fait l\u2019intervention armée la plus longue de l\u2019histoire des États-Unis.Et pour tant, ni Hillar y Clinton ni Donald Trump ne semblent s\u2019intéresser à la question.Même si le dossier afghan est sur le bureau ovale d\u2019un troisième locataire consécutif de la Maison-Blanche, la campagne électorale fait plutôt la part belle à un mur avec le Mexique, à l\u2019expulsion des immigrants illégaux, à la dénonciation des alliances et des traités de libre- échange, ou encore à la lutte contre le groupe État islamique en Syrie.Les États-Unis ont cru à une victoire rapide.Un mois après le début de l\u2019opération Liberté immuable le 7 octobre 2001, les talibans étaient chassés de la capitale afghane par l\u2019intervention des Américains avec les forces de l\u2019Alliance du Nord, al-Qaïda n\u2019avait plus de base, et Oussama ben Laden devait se cacher dans les montagnes du sud-est.Les talibans, une force jamais anéantie Cette victoire ne fut cependant que de courte durée.Les talibans ont pu se remobili- ser dans le sud du pays, pendant que le géant américain se concentrait sur l\u2019Irak.Depuis 2014, leur résurgence est manifeste.Ils ont été en mesure de lancer de vastes offensives dans la province d\u2019Helmand, et de mener régulièrement des attaques dans Kaboul.Depuis octobre 2015, ils menacent la ville de Kunduz dans le nord.En ce moment même, des éléments des forces spéciales américaines appuient les forces afghanes pour y repousser un nouvel assaut.Et ce, malgré le redéploiement de 10 000 soldats au crépuscule de la présidence de George W.Bush, puis le « sursaut » décidé par Barack Obama fin 2009 et portant le nombre de soldats à un sommet de 100 000 en août 2010.La résilience des talibans, l\u2019inaptitude du gouvernement, les capacités limitées des forces de sécurités afghanes, le manque de vision de la communauté internationale, États- Unis en tête, ont eu raison de l\u2019ambition d\u2019un Afghanistan stable, prospère et démocratique.L\u2019objectif est aujourd\u2019hui d\u2019éviter un effondrement brutal des autorités de Kaboul et de forcer les talibans à accepter un accommodement avec celles-ci.Cet objectif est crédible dans la mesure où il reconnaît que les talibans, au-delà d\u2019un mouvement islamiste violent, constituent une force politique incontournable, particulièrement importante pour les populations pachtounes du sud du pays.Le boulet afghan Tenter de le réaliser a néanmoins un coût.Au cœur de l\u2019été, le président Obama s\u2019est résigné à maintenir 8400 soldats en Afghanistan au-delà de la fin de son mandat.Ils assument deux types de missions qui les exposent à des risques sérieux : la formation et l\u2019appui aux forces de sécurité afghanes d\u2019une part, la lutte contre les groupes terroristes d\u2019autre par t.Cette présence militaire coûte entre 10 et 20 milliards de dollars par an aux contribuables américains.De plus, avec 1,25 milliard de dollars prévus dans le budget 2017, l\u2019Afghanistan est le troisième bénéficiaire de l\u2019aide internationale américaine, derrière Israël et l\u2019Égypte.Une situation dont héritera le futur locataire à la Maison-Blanche.Déjà en 2012, Mitt Romney ne parvint pas à tirer avantage de l\u2019échec du président Obama en Afghanistan.Il n\u2019y eut en fait pas vraiment de débat entre les deux candidats qui partageaient la même idée, celle d\u2019un retrait.Quatre ans plus tard, 850 milliards de dollars ont été dépensés, près de 2400 soldats américains ont été tués et les États-Unis semblent assumer un rôle non déclaré et d\u2019une durée indéterminée de puissance occupante.Une telle situation devrait susciter un débat majeur.Un rare sondage exhaustif récent sur cet enjeu, réalisé en 2015 par l\u2019institut Pew, mettait en évidence qu\u2019une majorité d\u2019Américains (56 %) estimait que l\u2019intervention américaine en Afghanistan avait échoué.Une proportion similaire (58 %) était pourtant favorable à un maintien de troupes dans le pays.Dans ce contexte, tant Donald Tr ump qu\u2019Hillary Clinton n\u2019ont évidemment pas intérêt à attitrer l\u2019attention sur cet échec bipartisan.À un mois de l\u2019élection, aucun des deux n\u2019a présenté ne serait-ce que l\u2019ébauche d\u2019un plan pour gérer cette guerre dont l\u2019un ou l\u2019autre va hériter.C\u2019est regrettable.Le chaos afghan n\u2019est en effet pas une fatalité.Un investissement continu et une attention plus soutenue pourraient significativement contribuer à la stabilité politique, à la croissance économique, et à contrer la dynamique dont bénéficient les talibans.ÉTATS-UNIS Afghanistan, la guerre oubliée JULIEN TOURREILLE Un étrange plaidoyer destiné aux malades en phase terminale, des échanges de gros mots, des publicités assassines : encore une fois, la campagne présidentielle américaine est tout sauf ennuyante.Retour sur une semaine de campagne où Donald Trump a tenté de rattraper le terrain perdu au profit d\u2019Hillary Clinton.À un mois du scrutin, la candidate démocrate maintient son avance sur son rival républicain.M A R C O F O R T I E R Donald Trump a misé une fois de plus sur ses talents d\u2019improvisateur \u2014 ou son sens du scandale \u2014 pour attirer l\u2019attention.L\u2019imprévisible milliardaire a recouru à l\u2019humour noir pour courtiser les électeurs jeudi dans le Nevada.Trump a suscité des rires gênés dans la salle en lançant un curieux appel aux personnes mourantes.« Je me fous de votre maladie.Cela m\u2019importe peu si vous revenez d\u2019une visite chez le médecin et qu\u2019il vous a annoncé le pire, s\u2019il vous a annoncé que c\u2019est fini.Vous ne serez plus là dans deux semaines.Ce n\u2019est pas important.Accrochez-vous jusqu\u2019au 8 novembre et allez voter.Tout ce qu\u2019on trouvera à dire, c\u2019est qu\u2019on vous aime et qu\u2019on se souviendra toujours de vous.Allez voter», a lancé Donald Trump à ses partisans.Oui, il a bel et bien dit cela.Only in America, dit le proverbe.Only Donald Trump, pourrait- on ajouter.Du «papier sablé» Durant toute la semaine, les alliés du candidat républicain ont rivalisé d\u2019imagination pour appuyer leur candidat sans avoir l\u2019air d\u2019être d\u2019accord avec lui.Celui qui est aux premières loges de la caravane Trump, son colistier Mike Pence, a montré qu\u2019il est maître dans l\u2019art de l\u2019appui tout en nuances à son maître politique.Le gouverneur de l\u2019Indiana a profité du débat des deux colistiers, mardi, pour passer du «papier sablé » sur l\u2019image rugueuse de Trump.Pence a ainsi tempéré les positions de Trump au sujet de l\u2019immigration.L\u2019aspirant-président insiste depuis longtemps sur l\u2019expulsion immédiate de tous les immigrants illégaux du territoire américain.Une administration Trump combattrait l\u2019immigration illégale et expulserait les criminels pour ensuite se concentrer sur les autres illégaux, a précisé Mike Pence.Il a aussi critiqué sévèrement le président russe, Vladimir Poutine, que Trump considère pourtant comme un meilleur dirigeant que Barack Obama.La guerre des nerfs Le colistier d\u2019Hillary Clinton a insisté toute la semaine sur l\u2019apparent malaise du camp républicain envers Donald Trump.« Il demande aux gens de voter pour quelqu\u2019un qu\u2019il ne peut même pas défendre», a lancé Tim Kaine durant le débat des colistiers.Le sénateur démocrate de la Virginie a continué de taper sur Trump dans la foulée du débat de mardi.Comme un boxeur avant de monter dans l\u2019arène, Tim Kaine a tenté de jouer avec les nerfs du candidat républicain en prévision du prochain débat présidentiel, ce dimanche.« Plusieurs reportages laissent entendre que Trump a réagi avec colère parce que son propre colistier ne l\u2019a pas défendu, a dit Tim Kaine à CNN.Je pense qu\u2019il aura cela en tête en se préparant pour le débat de dimanche.Il n\u2019a pas été bon dans le débat de la semaine dernière, et il a vu son propre colistier le pousser sous un autobus durant le débat de cette semaine.» Un modèle?Oui.Et non, finalement.Kelly Ayotte est une autre figure républicaine qui s\u2019est mordue les doigts après avoir eu de bons mots pour Donald Trump.Parlons d\u2019abord de ses origines: comme son nom l\u2019indique, la sénatrice du New Hampshire est née d\u2019un père francophone dans la ville de Nashua, où des Québécois sont allés travailler dans les «manufactures» au siècle dernier.Kelly Ayotte est sénatrice républicaine.Dans un débat, elle s\u2019est fait demander si elle pourrait décrire Donald Trump comme un modèle pour la jeunesse.«Absolument, je pourrais le faire», a-t-elle répondu d\u2019un air crispé.La sénatrice s\u2019est fait ridiculiser sur les réseaux sociaux.« Je me suis mal exprimée », a-t- elle réagi dans un communiqué publié quelques heures plus tard.« Ni Donald Trump ni Hillary Clinton ne sont des exemples » pour les enfants, a-t-elle précisé.Son adversaire démocrate, la gouverneure Maggie Hassan, a répliqué avec une publicité dévastatrice où Ayotte répète « absolument, je pourrais le faire ».Le message d\u2019une minute montre Trump qui se moque d\u2019un journaliste handicapé et qui insulte trois femmes, dont Hillary Clinton.Le groupe UltraViolet, qui défend les droits des femmes, a nolisé jeudi un petit avion qui transportait une banderole proclamant «HEY AYOTTE, TRUMP LE SEXISTE N\u2019EST PAS UN MODÈLE ».Les démocrates se croisent les doigts pour que cet incident marque un tournant dans la course extrêmement serrée pour le siège du New Hampshire au Sénat.Le Devoir CARNET DE CAMPAGNE Comment appuyer Trump sans en avoir l\u2019air en 2018.Bref, la plus grosse émettrice au pays, avec 38 % du total, a choisi d\u2019agir sans attendre de se faire forcer la main par le fédéral.L\u2019Alberta entend également imposer un plafond d\u2019émissions de 100 mégatonnes à l\u2019industrie des sables bitumineux.Une décision qui permet cependant une expansion de ce secteur, qui émet présentement 70 mégatonnes annuellement.Les 30 millions de tonnes restantes équivalent à l\u2019ajout d\u2019une production quotidienne d\u2019environ un million de barils, soit la quantité qui serait transportée par le pipeline Énergie Est.Bisbille Bref, des provinces ont déjà commencé à mettre des mesures en place, malgré l\u2019inaction d\u2019Ottawa pendant plusieurs années.Le Québec s\u2019est doté d\u2019un système de plafonnement et d\u2019échange des droits d\u2019émission, l\u2019Ontario a choisi de faire de même, et la Colom- bie-Britannique a opté pour la taxe sur le carbone dès 2008.Le premier ministre Trudeau n\u2019en a pas moins suscité une certaine controverse cette semaine en annonçant qu\u2019il imposerait, dès 2018, une taxe sur le carbone aux provinces qui tardent à agir.Une décision rendue publique lundi dans un discours aux Communes, au moment où les ministres de l\u2019Environnement des provinces étaient réunis à Montréal pour faire le point sur les négociations climatiques.Le geste du fédéral a été très mal reçu par certaines provinces, qui ont carrément claqué la porte de la rencontre.Ce fut le cas de la ministre de l\u2019Environnement de la Nouvelle- Écosse, Margaret Miller, mais aussi de son collègue de la Saskatchewan, Scott Moe.« Ce qui avait toujours été convenu, c\u2019est que le processus en serait un de collaboration.Mais d\u2019après ce que nous avons vu, ce n\u2019est pas le cas au- jourd\u2019hui.Ce n\u2019est pas une bonne journée pour les relations fédérales-provinciales », a-t-il affirmé aux journalistes avant de quitter les lieux.Le ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Perry Trimper, a lui aussi quitté la rencontre avant sa conclusion.La délégation du Manitoba est partie promptement de la rencontre, sans répondre aux questions des journalistes.Même dépar t précipité pour le Nunavut.La conférence de presse qui devait clore les discussions a même été annulée.Leadership Professeure au Département de politique appliquée de l\u2019Université de Sherbrooke, Annie Chaloux a, elle aussi, été surprise par le geste du premier ministre.En entrevue au Devoir, elle a néanmoins souligné que M.Trudeau et la ministre de l\u2019Environnement Catherine McKenna insistent depuis déjà plusieurs mois sur « l\u2019importance de taxer le carbone».Qui plus est, le fédéral a reconnu l\u2019action des provinces qui agissent déjà, comme c\u2019est le cas au Québec.« On espère toujours qu\u2019il y ait une concertation avant de se doter de normes.Mais en même temps, ce n\u2019est pas comme si le fédéral imposait une façon de faire qui ne reconnaît pas le travail déjà accompli », a fait valoir Mme Chaloux.Et selon elle, «dans le cas des provinces qui ont quitté la table, on savait déjà que peu importe ce qui allait être décidé, elles ne seraient pas d\u2019accord.Leur discours n\u2019est pas nouveau».Spécialiste des politiques en matière de changements climatiques, Mme Chaloux estime par ailleurs que les libéraux ont fait preuve d\u2019un leadership certain dans le dossier.« La taxe sur le carbone est une annonce assez ambitieuse, puisque l\u2019on commence à 10 $ la tonne, mais on ajoute aussi 10 $ la tonne chaque année, donc la hausse sera plus rapide que celle observée au Québec.Il y a donc là quelque chose d\u2019assez intéressant.» Irréconciliable Reste que pour convaincre les émetteurs à agir pour réduire concrètement leurs émissions de GES, le prix du carbone devra franchir le cap des 50 $ la tonne, selon plusieurs analystes.Et selon les données de l\u2019Agence internationale de l\u2019énergie, il faudra graduellement augmenter le prix, de façon à atteindre 140 $ la tonne à l\u2019horizon 2040, pour parvenir à limiter le réchauffement planétaire à environ 2 °C.Cet objectif climatique est d\u2019ailleurs inscrit dans l\u2019accord de Paris ratifié cette semaine par le Canada.La tarification du carbone, contestée notamment par les conservateurs à Ottawa, ne suffira toutefois pas, ont insisté cette semaine les groupes environnementaux.Le fédéral devra aussi s\u2019attaquer à « l\u2019éléphant dans la pièce», soit l\u2019expansion de l\u2019industrie des sables bitumineux et les projets de pipelines qui y sont associés.Mais sur cette question, le gouvernement Trudeau demeure vague, tandis que l\u2019Alberta a de nouveau réclamé cette semaine la construction d\u2019au moins un pipeline.Est-ce possible de poursuivre le développement d\u2019infrastructures pétrolières et de réduire les émissions de GES au Canada?«Non.Sur le plan de la lutte contre les changements climatiques, c\u2019est irréconciliable, a répondu Annie Chaloux.Et chaque fois que le Québec réduit ses émissions, l\u2019augmentation des émissions en Alberta annule largement ces réductions.» Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 CARBONE 70 Nombre de fois où Tim Kaine a interrompu Mike Pence durant le débat, selon CNN.Pence, lui, a interrompu son rival 40 fois.EVAN VUCCI ASSOCIATED PRESS Durant toute la semaine, les alliés de Donald Trump ont rivalisé d\u2019imagination pour appuyer ce dernier sans avoir l\u2019air d\u2019être d\u2019accord avec lui.4,3 Points d\u2019avance d\u2019Hillary Clinton dans les intentions de vote, selon le site RealClearPoli- tics.com.48,1 % des électeurs appuient Clinton, et 43,8 % appuient Trump.À la mi-septembre, après la pause de Clinton pour cause de pneumonie, son avance était de 0,9 point contre Trump.Un autre débat dimanche Trump et Clinton s\u2019affrontent à nouveau dans un débat, dimanche, à Saint-Louis, au Missouri.Ce deuxième de trois débats présidentiels aura lieu à 21 h, heure de l\u2019Est.Il s\u2019agira d\u2019une rencontre avec des électeurs indécis qui pourront poser des questions aux candidats.Hillary Clinton a fait peu d\u2019apparitions publiques cette semaine pour se préparer au débat.Elle s\u2019est enfermée chez elle à Washington avec une demi-douzaine de conseillers pour répéter en vue de l\u2019assemblée publique de dimanche.Donald Trump, lui, a continué sa tournée électorale.Il a peaufiné sa stratégie au cours d\u2019une assemblée avec des électeurs à Sandown, dans le New Hampshire.Il avait été critiqué pour son manque de préparation pour le débat du 26 septembre.Cette fois, il sera prêt, ont indiqué ses conseillers.48 % Pourcentage des électeurs qui estime que Mike Pence, colistier de Donald Trump, a remporté le débat de mardi entre les deux candidats à la vice-présidence ; 42 % croient que Tim Kaine, colistier d\u2019Hillary Clinton, a remporté le débat.Tant Donald Trump qu\u2019Hillary Clinton n\u2019ont évidemment pas intérêt à attitrer l\u2019attention sur cet échec bipartisan « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 P E R S P E C T I V E S B 3 C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris «I l faudra prévoir d\u2019acheter le dernier numéro de Valeurs actuelles», «le rasage de près est un plus», «il faudrait éviter le pull rose noué sur les épaules».En revanche, «il faut un jean et une chemise repassés sous une veste bleu marine ».Telles sont les conseils pratiques que le quotidien Libération dispensait avec humour à ses lecteurs de gauche qui se proposaient d\u2019aller voter aux primaires de la droite le 20 novembre prochain.Alors que ces primaires sont ouvertes à tous, voilà en effet que la droite se demande tout à coup si les électeurs de gauche n\u2019en profiteront pas pour aller influencer en douce le choix de son candidat à l\u2019élection présidentielle.L\u2019affaire fait la manchette depuis qu\u2019un vaste sondage réalisé pour le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF) a démontré que 10 % des électeurs de François Hollande s\u2019apprêtaient à aller voter pour Alain Juppé à la primaire de la droite et du centre.Des sondages réalisés plus tôt faisaient même monter ce chiffre à 15 %.Il semble bien en effet qu\u2019un cer tain nombre d\u2019électeurs de gauche sont convaincus que cette primaire n\u2019a rien d\u2019une primaire ordinaire et qu\u2019elle pourrait en réalité choisir, non pas un simple candidat de la droite, mais le prochain président français.Ce scénario est de moins en moins impossible compte tenu de l\u2019impopularité historique de François Hollande et de la présence presque assurée au second tour de la présidente du Front national, Marine Le Pen.En bons stratèges, ces électeurs tiennent donc pour acquis que la gauche, dont les primaires sont pourtant prévues en janvier, sera éliminée au premier tour et que la droite l\u2019emportera facilement au second contre le FN.Bref que l\u2019élection présidentielle pourrait se jouer dès la fin du mois de novembre.C\u2019est d\u2019ailleurs ce que pensent 55% des Français, selon un sondage TNS Sofres réalisé pour Le Figaro.Tout sauf Sarkozy L\u2019hebdomadaire de gauche L\u2019Obs en est tellement convaincu qu\u2019il pousse le bouchon jusqu\u2019à énumérer les dix raisons pour lesquelles un sympathisant de gauche devrait « oser ce vote décomplexé».Pour voter à la primaire de la droite, il suffit en effet de verser une cotisation symbolique (deux euros à chaque tour) et de signer une déclaration dans laquelle on af firme partager « les valeurs républicaines de la droite et du centre».Les sondages laissent clairement entrevoir que ces électeurs de gauche sont surtout motivés par la crainte de voir Nicolas Sarkozy l\u2019emporter en novembre.En effet, plus le duel entre Sarkozy et Juppé apparaît serré et plus ils semblent tentés d\u2019y mettre leur grain de sel afin de ne pas se retrouver au second tour de la présidentielle à devoir choisir entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen.Alain Juppé n\u2019est évidemment pas fâché de cet apport de voix qui lui permettrait de conforter la courte avance dont il jouit dans les sondages.Depuis une semaine, il répète sur toutes les tribunes que « s\u2019il y a des déçus du hollan- disme qui veulent nous rejoindre, ils sont les bienvenus ».Les enquêtes montrent en ef fet que l\u2019ancien premier ministre est plus populaire au centre et au moins aussi populaire à gauche que parmi les membres en règle de son propre parti.Contrairement à lui, l\u2019ancien président Nicolas Sarkozy recueille l\u2019essentiel de ses soutiens chez Les Républicains, dont les membres lui sont acquis à 65 %.«Manipulation» et «parjure» Même s\u2019ils sont peu nombreux, ces électeurs de gauche pourraient faire pencher la balance dans le cas d\u2019un duel serré au premier tour, a reconnu le politologue Pascal Perrineau.«S\u2019il y a 500 000 votants, Nicolas Sarkozy aura toutes ses chances, s\u2019il y en a trois millions, j\u2019aurai toutes mes chances», affirmait de son côté Alain Juppé.Nicolas Sarkozy n\u2019a pas été long à réagir.« Quand on cherche à se faire élire par les voix de gauche, on se prépare à mener une politique qui donnera des gages à la gauche », a-t-il déclaré à Strasbourg.Dans son camp, on n\u2019hésite pas à parler de « manipulation » et de «parjure».Une pétition a été lancée qui ne dénonce rien de moins qu\u2019un «vol de la primaire par la gauche».La popularité d\u2019Alain Juppé à gauche n\u2019embarrasse pourtant pas que Nicolas Sarkozy.Elle vient contrecarrer complètement la campagne discrète que mène depuis quelques semaines le président français.François Hollande a tout fait pour mettre en évidence Nicolas Sarkozy, qu\u2019il perçoit comme l\u2019adversaire « idéal ».Le seul qu\u2019il pourrait peut-être avoir une petite chance de battre.C\u2019est pourquoi Hollande le cible dans tous ses discours, le met en évidence dans les cérémonies officielles et l\u2019invite même dans son avion présidentiel pour se rendre à l\u2019enterrement de Shimon Peres.Pourtant, dans le camp du président, ce vote inquiète de nombreux socialistes, car «ces électeurs ont intégré l\u2019élimination de la gauche dès le premier tour de la présidentielle », confiait le député radical de gauche Olivier Falorni à l\u2019hebdomadaire Marianne.Marine Le Pen discrète Cet étrange jeu à quatre bandes commence même à embarrasser son principal bénéficiaire.Questionné pendant deux heures sur France 2 jeudi dernier, Alain Juppé a dû réaffirmer à plusieurs reprises qu\u2019il était bien de droite.Il en a même rajouté afin de rassurer les électeurs de son parti.Combien d\u2019électeurs de gauche feront le pas d\u2019aller voter à la primaire de la droite ?Personne ne le sait.D\u2019ailleurs, personne ne sait non plus combien de sympathisants du FN feront de même.Plusieurs observateurs n\u2019ont pas manqué de déceler dans cet apparent marivaudage entre la gauche et la droite «une vision dévoyée de la démocratie», selon les mots du secrétaire d\u2019État chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen.Dans le magazine Causeur, le professeur de sciences sociales Maurice Merchier ne voit dans ce jeu de poker qu\u2019une façon d\u2019« encourager implicitement la poursuite de la décomposition de la citoyenneté : pratique du zapping électoral, ravalement du vote à un acte consumériste ; on passe d\u2019un camp à l\u2019autre comme on change de marque pour un produit quelconque».Toujours discrète, Marine Le Pen s\u2019est contentée d\u2019af firmer que « la primaire de la droite n\u2019est pas notre af faire ».Le temps venu, elle aura beau jeu d\u2019affirmer que socialiste (PS) ou Républicain (LR), c\u2019est du pareil au même.Le Devoir ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE La droite est-elle en train de se faire voler sa primaire ?10 % des électeurs de François Hollande veulent voter pour Alain Juppé D A V E N O Ë L I S A B E L L E P O R T E R à Québec A u milieu des années 1990, le maire de Beaumont, Réal Lapierre, en avait fait son cheval de bataille.Il rêvait d\u2019un tunnel de 7 kilomètres entre Lévis et Beauport et avait créé un « Comité sous-fluvial » pour en faire la promotion.En pleine récession, Québec se remettait alors de l\u2019échec du projet olympique de 2002.M.Lapierre y voyait l\u2019occasion de faire un «grand coup» et de « revitaliser l\u2019économie déficiente de la région de Québec».En 2000, une étude de Tec- sult commandée par le groupe juge le projet faisable et estime son coût à 750 millions.On suggère de l\u2019autofinancer avec le péage.Quinze ans plus tard, c\u2019est reparti.Depuis septembre, on ne parle que de ce troisième lien dans les régions de Québec et de Chaudière-Appalaches.Cette semaine, le ministre des Transports Laurent Lessard a rejeté l\u2019idée d\u2019un tunnel à 4 milliards, mais est disposé à évaluer d\u2019autres scénarios moins coûteux.« L\u2019histoire se répète dans le sens où le lien n\u2019a pas été réalisé encore », note le préfet de la MRC de Bellechasse, Her vé Blais, qui était conseiller municipal à Saint-Damien à l\u2019époque de la croisade de Réal Lapierre.« Mais à l\u2019époque, le gouvernement ne s\u2019était pas prononcé là- dessus alors que là, c\u2019est le cas.» Cette semaine, M.Blais et tous les élus de la région de Chaudière-Appalaches ont donné leur appui au projet.« Ça rallie beaucoup plus de monde qu\u2019à l\u2019époque.Ça me donne quand même bon espoir.[\u2026] Il est important d\u2019avoir un 3e lien et qu\u2019il soit assez loin des deux autres.Toutes les grandes villes ont un périphérique.» Le défunt maire de Lévis Jean Garon était aussi un défenseur passionné du projet.Partisan d\u2019un métro sous-fluvial, il voulait créer un «lien direct» entre les centres-villes de Québec et Lévis et briser l\u2019effet de « fer à cheval» créé par la présence des deux ponts concentrés à l\u2019ouest de l\u2019agglomération.Ironiquement, on considère de plus en plus le secteur des ponts et le boulevard Laurier comme le nouveau centre-ville de Québec.C\u2019est d\u2019ailleurs là que le promoteur Dallaire souhaite construire son Phare de 55 étages.D\u2019un centre-ville à l\u2019autre L\u2019idée d\u2019un lien direct entre les deux centres n\u2019est pas nouvelle.En 1963, le premier ministre Jean Lesage reçoit un rapport du Bureau de l\u2019industrie et du commerce du Québec métropolitain qui prévoit la construction d\u2019un tunnel de 32 millions de dollars en aval du pont de Québec.Ce lien sous-fluvial devait passer sous le promontoire du cap Diamant avant d\u2019atteindre le faubourg Saint-Roch par la rue de la Couronne.Un ascenseur et des «escaliers mécaniques » reliés au tunnel permettraient aux piétons de la rive sud d\u2019accéder à la colline parlementaire.En 1968, en pleine construction du futur pont Pierre-La- porte, le Plan de circulation de la région métropolitaine (le rapport Vandry-Jobin) évaluait l\u2019ajout d\u2019un pont ou de deux scénarios de tunnel reliant les deux rives plus à l\u2019est.Le Plan reprenait grosso modo les parcours du plan de 1963.À l\u2019époque, le raccordement des tunnels à l\u2019autoroute 20 sur la rive sud était jugé irréalisable.L\u2019idée d\u2019un pont reliant le secteur du port de Québec au secteur de Lauzon était considérée comme plus réaliste.«Un pont suspendu, moderne et bien conçu, ne peut pas nuire à l\u2019esthétique de la région s\u2019il est bien construit à cet endroit.Vu du Vieux-Québec, il peut même être un atout esthétique et touristique supplémentaire», ajoutait-on.Le rapport Vandry-Jobin parlait même d\u2019aéroglisseurs et d\u2019un téléphérique, mais les disqualifiait.L\u2019idée d\u2019un téléphérique est revenue d\u2019ailleurs 30 ans plus tard, en 2009, quand l\u2019entreprise européenne Skylink a proposé d\u2019installer un système de télécabines entre les deux rives.Dix ans après le premier rapport, la firme Vandry-Jobin a produit une autre étude, en 1979, avec plusieurs scénarios de tunnel passant tous par l\u2019île d\u2019Orléans.Les tunnels, Duplessis et la guerre froide En 1947, 30 ans après la construction du pont de Québec, les parlementaires québécois avaient discuté de la construction d\u2019un lien direct entre la capitale et sa ville jumelle.«Plus de 1 000 000 d\u2019autos traversent chaque année le fleuve, soit par le pont de Québec, soit par la traverse de Lé- vis », notait le député libéral Jo- seph-William Morin lors de la séance du 23 avril.« Cela veut dire que si un pont était construit entre Québec et Lévis, il pourrait compter sur les deux tiers au moins du trafic, lequel est appelé à augmenter au carré et peut-être au cube.[\u2026] Devons-nous construire un nouveau pont en acier ou un tunnel en béton sous le fleuve?» L\u2019Union nationale au pouvoir s\u2019inquiétait des coûts d\u2019une telle aventure.« Il peut arriver qu\u2019après sondages et forages, ou pour d\u2019autres raisons sérieuses, il soit nécessaire de modifier le projet, ce qui entraînerait une augmentation du coût », de répondre l\u2019unioniste Roméo Lorrain.«Avant de s\u2019engager dans une entreprise aussi coûteuse, il faut en étudier en profondeur tous les aspects.» Le premier ministre n\u2019était pas pressé.Un pont aboutissant sur les plaines d\u2019Abraham « serait un désastre », estimait Maurice Duplessis.« Qu\u2019on fasse un tunnel ou un pont, mais qu\u2019on fasse quelque chose ! » rétorquait le député libéral de Bellechasse, Valmore Bienvenue.Les coûts d\u2019un tunnel Québec-Lévis étaient alors estimés à 7 millions, le « tiers du coût de la construction d\u2019un pont», rapportait la Tribune de Lévis du 23 mai 1947.Au-delà des coûts, il y avait la sécurité.Sur fond de guerre froide, les spécialistes évoquaient les avantages d\u2019un tunnel pouvant rapidement être transformé en abri nucléaire.C\u2019est le cas de l\u2019ingénieur français Henri-François Gautrin, le père du député du même nom, pour qui un lien sous-marin offrait la «possibilité pour le gouvernement d\u2019y relier des chambres souterraines d\u2019archives».À la fin d\u2019un texte paru dans un magazine de génie en 1967, il concluait qu\u2019il était «convaincu que le tunnel entre Québec et Lé- vis sera un jour une réalité\u2026» Le Devoir Québec et Lévis n\u2019en sont pas à leur première mobilisation en faveur d\u2019un 3e lien et d\u2019un tunnel.Le sujet a fait l\u2019objet d\u2019au moins sept études depuis les années 1960, et l\u2019hypothèse d\u2019un tunnel sous le fleuve était déjà discutée à l\u2019époque de Duplessis.QUÉBEC-LÉVIS Troisième lien : quand l\u2019histoire se répète RAPPORT VANDRY & JOBIN Vue futuriste de 1968 illustrant un projet de pont à haubans entre Québec et Lévis.MINISTÈRE DES TRANSPORTS Couverture (1975) de l\u2019un des nombreux rapports analysant la faisabilité d\u2019un troisième lien entre Québec et Lévis.9846 Nombre de véhicules par jour ayant circulé entre les deux rives en 1956.À cette époque, il n\u2019y avait qu\u2019un seul pont faisant la liaison.152 000 Nombre de véhicules par jour ayant circulé entre les deux rives en 2014.Ce chiffre prend en compte la circulation sur les deux ponts, mais ne comptabilise pas le nombre de passagers en traversier.Source: Bureau de l'industrie et du commerce de Québec métropolitain et Ministère des Transports.BUREAU DE L\u2019INDUSTRIE ET DU COMMERCE DU QUÉBEC MÉTROPOLITAIN En 1963, le premier ministre Jean Lesage reçoit un rapport du Bureau de l\u2019industrie et du commerce du Québec métropolitain qui prévoit la construction d\u2019un tunnel de 32 millions de dollars en aval du pont de Québec.Alain Juppé «Nous vous avons trahies.» La larme à l\u2019œil, le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Bob Paulson, n\u2019a pas pris de détours, jeudi, pour présenter ses excuses aux femmes ayant été victimes d\u2019intimidation, de discrimination et de harcèlement au sein de la GRC.Mais comme il l\u2019a dit lui- même, ce « jalon important » ne résout pas tout.ès sa nomination à la ?n de 2011, Bob Paulson a dit qu\u2019il voulait s\u2019attaquer à la culture de la GRC et au problème de résolution des allégations de harcèlement.Tout un problème, en effet.La GRC a été visée par deux actions collectives et plusieurs poursuites en justice.Les journaux ont multiplié les révélations embarrassantes.La Commission civile d\u2019examen et de traitement des plaintes relatives à la GRC (CCETP) a mené une enquête sur le harcèlement en milieu de travail dans les rangs de la police fédérale, suivie d\u2019un rapport en 2013.Un ?l conducteur liait tous ces soubresauts : la réponse inadéquate de la GRC à ce que Bob Paulson a appelé jeudi une «conduite honteuse» et même « scandaleuse».Les excuses de la GRC sont venues avec une entente à l\u2019amiable mettant ?n aux actions collectives intentées par deux anciennes employées, auxquelles environ 500 femmes se sont ralliées.L\u2019accord, qui doit encore être entériné par la Cour fédérale, prévoit un mécanisme indépendant d\u2019évaluation des demandes de dédommagement, sous la direction de l\u2019ancien juge de la Cour suprême.Toutes les femmes qui ont subi de la discrimination ou du harcèlement depuis 1974 pourront s\u2019en prévaloir.On s\u2019attend à ce que jusqu\u2019à 1000 femmes le fassent.Réparer ne peut suf?re, il faut prévenir.En vertu de l\u2019entente, la GRC s\u2019engage à poursuivre ses efforts de formation et de prévention.Parce qu\u2019elle en a fait sous M.Paulson.Depuis son arrivée, son organisation a adopté, entre autres choses, un plan d\u2019action, un nouveau code de déontologie, ainsi qu\u2019un guide de résolution des con?its.La formation s\u2019est intensi?ée, et on a mis en place un nouveau processus centralisé et simpli?é de traitement des plaintes.M.Paulson s\u2019est aussi ?xé comme objectif de recruter plus de femmes, a?n qu\u2019elles représentent 30 % des agents de la GRC d\u2019ici 2025 et soient plus nombreuses aux échelons supérieurs.Selon ses dernières données, les femmes représentaient 19,4 % des agents en 2006 et 21,5 % en 2015.Les problèmes persistent cependant.En février dernier, la CBC révélait qu\u2019en 2014 et 2015, au moins un of?cier avait fait l\u2019objet de plaintes pour nudité et intimidation au travail, mais que ces incidents avaient été sanctionnés avec une certaine légèreté.Choqué, le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, a demandé à la CCETP de véri?er si ses recommandations avaient bien été mises en œuvre.En juillet, il a demandé à l\u2019ancienne véri?catrice générale Sheila Fraser d\u2019examiner à son tour le processus de traitement des plaintes, et en particulier celles présentées par quatre femmes qui ont ?ni par se tourner vers les tribunaux.Son rapport est attendu au printemps.Expurger une organisation de sa culture machiste et de soumission à la chaîne de commandement n\u2019est pas une sinécure.Les Forces armées en savent quelque chose.M.Paulson aussi.«La transformation du milieu de travail, notamment sur le plan de la culture, ne se fait pas du jour au lendemain ni en l\u2019espace d\u2019une année ou même de cinq.Cela prend une génération», écri- vait-il en avril dernier.Dans ce contexte, peut-on vraiment s\u2019en remettre à un processus de traitement des plaintes qui n\u2019est pas totalement indépendant ?Professeur de droit à l\u2019Université Laval et spécialiste des questions de harcèlement, Louise Langevin en doute.Comme le suggérait la juge Marie Deschamps, pour les Forces armées, Mme Langevin croit qu\u2019il faut un mécanisme séparé de la GRC, qui protège la con?dentialité des plaignantes et mène les enquêtes.Cela s\u2019impose, surtout après les ratés révélés par la CBC l\u2019hiver dernier.On dira qu\u2019il faut donner aux efforts de prévention et au nouveau mécanisme de traitement des plaintes le temps de faire leurs preuves.C\u2019est vrai, mais c\u2019est maintenant que les victimes doivent avoir l\u2019assurance que le machisme et la protection de l\u2019institution n\u2019auront pas préséance.Elles ne peuvent attendre que les mentalités changent, que les femmes forment une masse critique au sein de la GRC et que le nombre de plaintes diminue.Elles ne peuvent attendre une génération.mcornellier@ledevoir.com L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Transports à Québec Il est assez étonnant qu\u2019on ait fait disparaître l\u2019option tramway aussi vite qu\u2019elle était apparue, sous prétexte de son coût trop élevé ; le maire se cachant derrière l\u2019avis jamais explicité du premier ministre.Et voilà qu\u2019on s\u2019emballe pour un troisième lien, qui pourrait coûter deux ou trois fois plus cher que le tramway et embourber encore plus les autoroutes et le centre-ville.L\u2019électoralisme prend le pas sur la vision à tous les paliers de gouvernement.Rembourser 50 millions pendant 30 ans n\u2019est pas trop cher ; c\u2019est à peu près les dépenses de petites réfections et agrandissements d\u2019autoroutes qui seront faits.L\u2019automobile est là pour rester, et il faut certes parachever ce qui a été prévu (l\u2019autoroute 40 vers Saint-Augustin).Un manque de vision n\u2019a pas fait poursuivre en plein champ l\u2019autoroute Robert-Bourassa Nord avec une éventuelle bretelle vers la 73.De même, on pourrait aménager Hochelaga comme bretelle entre R.-Bourassa Sud et les ponts.Toutefois, un tramway s\u2019impose avec une emprise réservée pour lier les deux rives et desservir essentiellement le nord de la ville avant que les promoteurs mobilisent tout l\u2019espace.La côte de Beaupré pourrait être desservie par les rails déjà existants.Le tout avec une gare de tramway au pied du cap sous les bretelles de Dufferin-Montmo- rency avec funiculaire vers la haute ville.Il L I B R E O P I N I O N M A C K Y T A L L Président et chef de la direction de la Caisse de dépôt et placement Infra D ans Le Devoir mercredi, l\u2019ancien ministre Denis de Belleval a commis, au sujet du projet de Réseau électrique métropolitain (REM), plusieurs erreurs inexcusables qu\u2019il importe de corriger ici au bénéfice du public.D\u2019abord, les coûts du projet.Les scénarios apocalyptiques prédisant l\u2019engloutissement massif de fonds publics dans le REM relèvent de la science-fiction.Le modèle de CDPQ Infra permet de réaliser des projets d\u2019infrastructures sans alourdir le bilan financier du gouvernement et en générant des rendements qui profitent aux retraités québécois.CDPQ Infra sera actionnaire majoritaire du REM et y contribuera à hauteur de 3 milliards dollars.Il est prévu que le gouvernement fédéral et celui du Québec investissent également, à raison de 1,25 milliard chacun, via des participations offrant la possibilité de dividendes.Ce ne seront pas des subventions.Le coût de construction estimé du REM est de 5,5 milliards pour un réseau de 67 km.Ce coût se compare favorablement à ceux du Canada Line de Vancouver (110 millions/km) et de la l igne de la Confédération d\u2019Ottawa (170 millions/km).Le coût estimé par kilomètre parcouru par usager sera également concurrentiel, en raison de la technologie retenue.CDPQ Infra assume les risques de construction, d\u2019exploitation et de rentabilité du projet.Les risques de dépassements de coût seront largement attribués au consortium constructeur.Terres agricoles M.de Belleval écrit que le REM empiétera sur « des milliers d\u2019acres de terres agricoles de classe 1 [\u2026] sans compter les milliers d\u2019acres qui seront forcément \u201cdézonés \u201d par la suite».Ces informations sont complètement fausses.Le terminal Rive-Sud nécessitera 36 hectares (environ 90 acres) de terres agricoles de classe 2, inutilisées depuis plus d\u2019une décennie.La localisation du terrain, enclavé par deux autoroutes et des installations d\u2019Hydro-Québec, rend son exploitation agricole future très difficile.Par ailleurs, l\u2019empiétement fera l\u2019objet d\u2019un plan de compensation complet, conforme aux meilleures pratiques, dont la conversion de lots non agricoles en terres agricoles.La terre arable déplacée lors de la construction sera transportée sur d\u2019autres terres agricoles pour en améliorer la qualité.Intégration aux réseaux M.de Belleval se trompe également concernant l\u2019intégration du REM aux autres réseaux de transport et la compatibilité du projet avec un service de train à grande fréquence (TGF) de Via Rail.Le REM fera partie de l\u2019intégration tarifaire mise en place par la nouvelle Agence régionale des transports de Montréal.Cette réforme prévoit que les usagers achèteront des titres permettant d\u2019utiliser tous les réseaux : métro, autobus, REM, trains de banlieue.Toute affirmation contraire, alléguant notamment une «double tarification», est sans fondement.Dès le départ, nous avons annoncé que le REM serait connecté au métro à la gare Centrale et que deux autres connexions (McGill et Édouard-Montpetit) étaient prévues, mais que certains enjeux techniques devaient d\u2019abord être réglés.C\u2019est désormais chose faite.Ces stations figureront dans les appels d\u2019offres qui seront lancés prochainement.Nous finalisons actuellement le montage financier qui rendrait possible la réalisation de ces stations dès la première phase du projet.Finalement, le REM n\u2019aura aucun impact sur les opérations de Via Rail.Il est compatible avec le projet de TGF Montréal-Ottawa, de même qu\u2019avec les tracés du TGF Montréal- Québec.Dans l\u2019éventualité où le TGF Mont- réal-Québec emprunterait la Rive-Nord, nous proposons d\u2019utiliser la future gare intermodale A40 comme terminus montréalais.Les usagers du TGF emprunteraient ainsi le REM pour se rendre au centre-ville de Montréal (ou ailleurs).Des configurations semblables existent notamment à Paris et dans d\u2019autres villes d\u2019Europe.SLR ou tramway?M.de Belleval suggère enfin qu\u2019un tramway répondrait mieux aux besoins recensés qu\u2019un système léger sur rail (SLR).C\u2019est faux.Il est vrai qu\u2019un tramway coûte moins cher à construire.Il coûte toutefois plus cher à opérer.Contrairement à un SLR automatisé, il ne permet pas de s\u2019adapter rapidement à l\u2019achalandage, et il ne répondrait pas à la demande future sur le pont Champlain.Sa vitesse moyenne est de 20 km/h, comparativement à 65 km/h pour le REM.La lenteur du tramway le rend peu attrayant pour tout déplacement sur de longues distances \u2014 y compris le trajet vers l\u2019aéroport, qui prendrait aisément plus d\u2019une heure en tramway, par rapport à 25 minutes en REM.Finalement, puisque les tramways circulent dans les rues, ils sont fréquemment ralentis par la congestion, ce qui diminue leur attrait comme mode de transport ef ficace ; à moins qu\u2019on leur réserve des voies, ce qui réduirait l\u2019espace de circulation des voitures de manière permanente, aggravant la congestion.Or, l\u2019objectif d\u2019un réseau de transport collectif n\u2019est pas de nuire aux automobilistes, mais d\u2019offrir des options de mobilité durable fonctionnelles et attrayantes pour tous.M.de Belleval est libre de ses opinions, mais il ne peut pas déformer les faits pour servir ses fins, quelles qu\u2019elles soient.Le REM : un projet d\u2019avenir fondé sur des assises solides FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-présidente des ventes publicitaires LISE MILLETTE Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET faut suivre l\u2019exemple de l\u2019Europe.La question apparaît ballottée par trop de transports et pas assez de vision.François Sirois Québec, le 6 octobre 2016 Ponts ou barrières ?En matière d\u2019immigration, on semble se séparer de plus en plus en deux clans : le côté mondialiste qui encourage l\u2019ouverture sur le monde, et le côté protectionniste qui la désapprouve dans le but de conserver ses valeurs intactes.J\u2019ai du mal à accepter le fait que l\u2019on doive diviser la population d\u2019une telle façon.Oui, certains s\u2019opposent à accueillir les nouveaux venus par appréhension de perdre leur culture et leur identité collective.C\u2019est tout à fait normal, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019un gros problème de société, tout autant que la question d\u2019immigration.Mais sommes-nous, par le fait même, devenus si fermés d\u2019esprit que nous le dévoilons ?J\u2019ai, plus que jamais, une grande conscience de ce qui se passe actuellement avec la culture québécoise, mais je continue \u2014 et continuerai \u2014 de croire que les gens qui viennent d\u2019ailleurs peuvent avoir un grand apport pour notre peuple.Pensons tout simplement à la cuisine d\u2019ailleurs, qui ne cesse de nous surprendre, et à la musique, par exemple.Bien sûr, les deux clans ont leur part de vérité.Il s\u2019agirait de trouver un juste milieu à tout cela : rester bien ouverts en ce qui concerne les autres cultures, mais sans jamais oublier, rabaisser, ou sous-estimer la nôtre, qui a, plus que jamais, besoin de son peuple.Claudia Laporte, 18 ans, étudiante au cégep en littérature Joliette, le 6 octobre 2016 Le retour de la croix Le 24 septembre dernier, on annonçait que la réplique de l\u2019œuvre La croix du mont Royal de Pierre Ayot sera exposée au coin de l\u2019avenue du Parc et des Pins à Montréal près du lieu original de l\u2019œuvre.Un choix judicieux de la part du ministère de la Culture.En effet, la réplique sera exposée dans le parc Jeanne-Mance pour lui offrir une plus grande visibilité.Les promoteurs voulant respecter l\u2019entente sur le projet n\u2019ont pas changé d\u2019avis à la suite du retrait du financement de M.Coderre, qui voulait éloigner l\u2019œuvre de son lieu d\u2019origine.De plus, l\u2019œuvre in situ originale, ayant été exposée à l\u2019Université McGill en 1976, conserve son iconographie, puisqu\u2019elle reste dans le même arrondissement.Un grand avancement pour le respect des arts depuis le navrant déplacement de La joute de Riopelle ! Fannie Thibodeau Joliette, le 27 septembre 2016 HARCÈLEMENT À LA GRC Au-delà des excuses D MANON CORNELLIER L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon et Louis Gagné (adjoints à la direction de l\u2019information), Antoine Robitaille et Guy Taillefer (éditorialistes, responsables de la page Idées), Michel Garneau (caricaturiste), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division), Lisa-Marie Gervais (éducation), Alexandre Shields (environnement), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Pauline Gravel (sciences), Fabien Deglise (société), Jean Dion (sports), Jessica Nadeau, Philippe Orfali et Karl Rettino-Parazelli (reporters); information politique : Marco Fortier (chef de division), Michel David(chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec), Guillaume Bourgault-Côté (reporter), Julie Carpentier (pupitre); information culturelle : Catherine Lalonde (reporter culturel), Odile Tremblay (cinéma), Stéphane Baillargeon (médias), François Lévesque et Caroline Montpetit(reporters), Benoît Munger et Philippe Papineau(pupitre); information économique : Gérard Bérubé (chef de division), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Gérald Dallaire (pupitre); information internationale : Sophie Chartier et Jean-Frédéric Légaré-Tremblay (pupitre); section art de vivre: Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); Loïc Hamon (cahiers spéciaux); équipe internet: Laurence Clavel, Marie-Pier Frappier et Geneviève Tremblay (pupitre), Martin Blais, Annabelle Caillou, Justine Daneau, Florence Sara G.Ferraris et Coralie Mensa (assistants) ; correction : Andréanne Bédard, Isabelle Dowd, Christine Dumazet et Michèle Malenfant ; soutien à la rédaction: Amélie Gaudreau (secrétaire), Laura Pelletier et Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Cynthia Floccari (adjointe), Marlène Côté, Evelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (publicitaires), Sylvie Laporte (avis légaux), Amélie Maltais (coordonnatrice), Laurence Hémond (secrétaire).PRODUCTION Bruno Dubois, China Marsot-Wood, Yannick Morin et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Osvaldo Casas (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice du service à la clientèle), Sébastien Beaupré, Manon Blanchette, Nathalie Filion, Ginette Rouleau et Isabelle Sanchez.ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici et Véronique Pagé.B E N O Î T J U T R A S Écrivain et professeur de littérature au collège de Rosemont oins d\u2019une semaine après avoir balayé du revers de la m a i n e t sans honte les conclusions de la protect r ice du c i - toyen, Raymonde Saint- Germain, concernant la pauvreté consternante des services offerts par l\u2019État aux personnes les plus vulnérables due à la lourdeur bureaucratique et à l\u2019obsession budgétaire, Philippe Cou i l lard s\u2019est permis une petite pause fraîcheur dans le Salon bleu, lequel s\u2019est transformé, l\u2019instant de quelques rimes rassemblées sous le titre En attendant Gaudreault, en salon littéraire du Grand Siècle.Qui aurait cru que le chef libéral, rhéteur approximatif et peu porté sur les épanchements, s\u2019apprêtait à nous faire revivre les années de gloire de l\u2019hôtel de Rambouil- let et des samedis de Mlle de Scudér y ?Mais la magie a opéré, le poète a brillé.Bien qu\u2019il eût fallu retoucher quelques pieds de ces quatorze vers pour avoir droit à un sonnet véritable, il serait injuste d\u2019en tenir rigueur à notre nouveau Malherbe.S\u2019adressant au chef intérimaire du Parti québécois, Sylvain Gaudreault, pour souligner son départ, le Prince du verbe a profité de l\u2019occasion pour décocher quelques flèches au « troubadour» à venir qui devra «redresser les voiles / d\u2019un bien fragile esquif voguant vers les hauts fonds / d\u2019un récif acéré qui n\u2019offre rien de bon».Le littérateur Couillard, éclairé par les Muses, en se faisant le prophète d\u2019un naufrage annoncé, d\u2019un PQ moribond promis à la catastrophe, met ici en œu- vre toute sa bienveillance au profit de son adversaire en l\u2019invitant à la prudence, à la lucidité, et ce, via cette référence au Godot de Beckett, ce Sauveur attendu qu i ne viendra jamais.Je pourrais poursuivre de la sorte, mais l\u2019ironie a par fois ses limites.Suffit.Car il serait odieux de continuer à évoquer une telle démonstration d\u2019hypocrisie par le biais d\u2019une mascarade rhétorique alors qu\u2019il est justement question d\u2019un désolant jeu de masques, d\u2019un spectacle en un acte où le mépris, sous le couvert de la fanfaronnade, occupe toute la scène, du début à la fin.On me dira que ce n\u2019est pas nouveau.Soit.Mais rarement a-t-on assisté à un tel contentement amusé, autant de la part des députés en Chambre (même péquistes) que des médias, tous excités jusqu\u2019au trépignement comme des enfants en pleine classe verte alors qu\u2019il est question, il faut le rappeler, d\u2019arrogance et d\u2019avanie de façon frontale.Mais c\u2019était si sympathique, voyons, enfin, du pain et des jeux, de la manchette faite sur mesure, du léger en bouche, du prêt-à-rire, du spectacle.Et ce qui a été exploité, instrumental isé , pour permettre tout ce grotesque déplo ie- ment de suf fisance, c\u2019est la poésie, cette sempiternelle image de la poésie rimée, poudrée, à perruque, ou à foulard, ou à béret, pour diver tir les convives ou véhiculer des « messages » ; pour un peu on se serait cru dans les années 90, en plein enregistrement de Piment for t pendant le jeu Place aux poètes et son humour tarte à la crème prépu- bère.Quand un premier ministre se saisit de la poésie en disant, en guise d\u2019introduction, que « l\u2019art, c\u2019est important dans la vie » avec l\u2019ironie d\u2019usage préparant une salve partisane de coin de table, et ce, à ce moment précis de l\u2019actualité, après tous les spins hypnotiques de la « rigueur budgétaire » (exit « l\u2019austérité » et les coupes à blanc du bien commun, la dilapidation des ressources naturelles), toutes les décisions et positions qui devraient foutre le feu à n\u2019im- por te quelle cer velle b ien portante, désolé, je ne ris pas, c\u2019est tout simple, ni ne fournis l\u2019esquisse d\u2019un sourire, même jaune.Sans parler au nom de la poésie, ce qui serait absurde, je veux parler à par tir de ce qu\u2019elle me donne depuis des années .La poésie n\u2019appartient pas au pouvoir, quel qu\u2019il soit, elle n\u2019est pas un hochet qu\u2019on empoigne pour divertir la cour, elle n\u2019a rien à « communiquer », n\u2019a pas d\u2019intentions politiques, idéologiques, elle ne ser t à r ien car elle n\u2019est le ser f de personne, et c\u2019est pour cette raison qu\u2019elle est nécessaire et qu\u2019elle envoie promener notre versificateur national.S\u2019il savait à quel point Octave Crémazie l\u2019aurait honni, à quel point Samuel Beckett est présentement en train de lui foutre une costaude raclée à l\u2019irlandaise, à quel point les poètes d\u2019ici, les vivants et les morts, le dédaignent et l\u2019abhorrent, il ravalerait ses contrepèteries et fanfaronnades à grelots et s\u2019étoufferait entre deux bouchées dînatoires à Reykjavik.Dans L\u2019homme rapaillé, Mi- ron écrit : «La poésie n\u2019a pas à rougir de moi.» Il avait raison.La poésie, comme le Québec, a à rougir de quelqu\u2019un d\u2019autre.Son Assurancetourix.Dans Cap au pire, Beckett écrit : « Essaie encore.Échoue encore.Échoue mieux.» Qu\u2019à cela ne tienne.Nous sommes là, et toute ouïe.Les vers du premier ministre M I C H E L L E S S A R D Historien, Lévis Le présent texte a été préparé à l\u2019occasion du dévoilement de la statue de Bernier à Lévis, le 28 septembre.n matin, en arrivant au collège de Lévis \u2014 j\u2019étais en Syntaxe ou en Méthode \u2014, quelle ne fut pas ma surprise de trouver ma classe transformée en véritable dépôt de biens insolites ! Tout autour des rangées de pupitres s\u2019empilaient des boîtes débordant de calepins remplis de notes, de livres, d\u2019albums de photos et de clichés de toutes sortes \u2014 certains sur verre \u2014, avec des rouleaux de cartes, un anorak et des mitasses en fourrure de phoque, une très rare défense en ivoire de licorne des mers de trois mètres de hauteur, un globe terrestre géant, des lunettes d\u2019approche et des jumelles, divers instruments de marine en laiton rutilant ; mille choses pour éveiller le désir de fouiller cet arbre de vie du passé d\u2019un passionné de la mer.Car dès le début des cours, le titulaire de la classe, un bon prêtre, nous annonça que ce trésor avait appartenu à un grand explorateur polaire installé dans notre ville de Lévis depuis 1885, le capitaine Joseph-Elzéar Bernier (1852-1934) ; que ce loup des mers originaire de L\u2019Islet avait réalisé douze expéditions surhumaines dans l\u2019Arctique, dont huit avec hivernage dans les glaces et la tempête, que ce héros était fils de capitaine au long cours formé dans la marine anglaise, et qu\u2019il avait d\u2019abord ser vi comme «mousse » sur les navires de son père dès l\u2019âge de 14 ans.Bernier était un marin qui avait défié les sept mers du globe à bord de grands voiliers, commandé plus de cent navires, battu plusieurs records de vitesse pour la traversée de l\u2019Atlantique.Tout ce qui se retrouvait dans la classe avait été déménagé de sa maison sur la rue Fraser, près de l\u2019escalier Rouge, à la suite du décès récent de sa seconde épouse.L\u2019abbé Lucien Cloutier, bibliothécaire-archiviste au collège de Lévis, était le confident et le grand ami de madame Bernier.Le titulaire de notre classe d\u2019ajouter qu\u2019il était formellement interdit de fouiller et de toucher à quoi que ce soit, le fonds devant être inventorié, puis rangé ailleurs sous peu.Le lot ne bougea pas pendant plusieurs mois.Grand capitaine, marin sans peur et sans reproche, terres inconnues, pays esquimaux, explorateur, grands voiliers, voilà qui évoque bien des images fantaisistes dans l\u2019imaginaire d\u2019un adolescent des années cinquante.Nous avions tous le désir d\u2019en connaître plus sur l\u2019homme et ses exploits bien inscrits dans la tradition des Radisson et des Iberville du temps de la Nou- velle-France, de fouiller discrètement dans ses affaires sans se faire prendre.Une recherche rapide à la bibliothèque permit de prendre connaissance des trois volumineux rapports illustrés d\u2019expéditions gouvernementales dans l\u2019Arctique et de découvrir que ce géant doté d\u2019une forte personnalité avait écrit une autobiographie à faire rougir tous les aventuriers de l\u2019histoire dont j\u2019avais découvert les exploits à ce jour.Capitaine à 17 ans \u2014 fait unique dans les annales \u2014, Bernier a réalisé plus de 269 traversées de l\u2019Atlantique, principalement sur de grands voiliers, mais aussi sur des navires à voile et à vapeur, jusqu\u2019à commander un convoyeur pendant la Première Guerre mondiale.À l\u2019époque de la reine Victoria, il allait livrer en Angleterre du bois coupé dans nos forêts ou faisait traverser des bateaux neufs construits chez nous dans des chantiers maritimes de la capitale et des alentours.En fouillant dans les épais scrapbooks, j\u2019ai découvert que ce loup de mer était devenu un mordu de l\u2019Arctique canadien et qu\u2019il était animé du grand rêve de devenir le premier conquérant du pôle Nord.Constructeur de navire, maître de la cale sèche Lorne aux chantiers Davie de Lauzon, gouverneur de la prison de Québec sur les Plaines, il profitera de ce dernier emploi pour préparer minutieusement ses explorations du Grand Nord, aidé d\u2019un prisonnier pour dessiner ses cartes.Conférences de presse enflammées et courues, causeries et débats publics partout en Amérique du Nord, sollicitations de financement pour un projet qu\u2019il considérait vital pour l\u2019avenir du Canada, ce visionnaire va finir par acheter un navire allemand et le recycler pour affronter les glaces et les hivers rigoureux.Il mènera plusieurs expéditions scientifiques et administratives dans ces ter res inconnues, accompagné d\u2019une équipe de savants et de marins d\u2019expérience.Le premier ministre Wilfrid Laurier lui apportera son appui personnel et officiel au nom du Canada avec ordres spécifiques de mission.L\u2019audacieux capitaine amorcera ses pérégrinations en 1904 comme patrouilleur des eaux du Nord canadien en vue de contrôler les permis de pêche à la baleine dans ces régions peu connues, de cartographier et mieux connaître la géologie de ces terres étonnantes aux richesses naturelles époustouflantes.En 1909, on érigera un cairn de pierre, sorte de stèle en forme de pyramide, et on y apposera une plaque de bronze affirmant la souveraineté du Dominion du Canada sur tout l\u2019archipel Arctique.Aujourd\u2019hui, avec la convoitise de nombreux pays sur les richesses naturelles de ces terres de plus en plus accessibles (avec les changements climatiques), on peut évaluer quel service Bernier a rendu au Canada moderne avec ses prises de possession de ces terres vierges, patouillées par le gouvernement fédéral.Dans le fonds d\u2019archives et d\u2019artefacts cédé au Collège de Lévis, maintenant propriété de notre municipalité, les documents qui m\u2019ont le plus séduit sont les albums de photographies.On y retrace l\u2019épopée du grand capitaine en images étonnantes, de sa jeunesse à son décès, en passant par ses mariages, ses expéditions, un véritable arbre de vie illustré.Certains clichés sont des documents exceptionnels de l\u2019histoire de la marine nordique et de la conquête de l\u2019Arctique par un Québécois digne des grands découvreurs des siècles passés.Un des moments les plus touchants de cette collection dont j \u2019avais pris connaissance en 1955 demeure à coup sûr cet album de photographies en grand format d\u2019Esquimaux dans leurs costumes traditionnels, hommes, femmes et enfants, posant seuls, en couple ou en famille, avec leurs armes et leurs parures brodées, le visage artistiquement tatoué, des documents iconographiques uniques d\u2019une grande précision sur un monde préhistorique complètement disparu.Un trésor archivistique! Dans l\u2019emprisonnement hivernal, l\u2019épouse du surintendant de la GRC qui accompagnait l\u2019expédition de 1904 \u2014 la première de Bernier \u2014, une cer taine Géraldine Moodie, photographe amatrice aujourd\u2019hui saluée partout, avait transformé une cabine du brise-glace rudimentaire en studio de photographie, faisant parader une bonne partie de la communauté inuite devant ses objectifs.Étonnant ! Immense visionnaire, Bernier mérite les plus grands honneurs des Lévisiens, des Québécois et des Canadiens.Voilà ce qu\u2019est venu consacrer le dévoilement de sa statue géante au bord du Saint-Laurent, le 28 septembre, devant un parterre de dignitaires politiques et de descendants du héros.Son regard de bronze, telle une boussole, est désormais braqué pour toujours vers le Nord.JOSEPH-ELZÉAR BERNIER 1852-1934 Immense visionnaire, le capitaine Bernier mérite les plus grands honneurs JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Philippe Couillard s\u2019est permis une petite pause fraîcheur dans le Salon bleu, lequel s\u2019est transformé, l\u2019instant de quelques rimes rassemblées sous le titre En attendant Gaudreault, en salon littéraire du Grand Siècle.WIKICOMMONS Joseph-Elzéar Bernier était un grand capitaine et un marin sans peur.M U L E D E V O I R , L E S S A M E D I 8 E T D I M A N C H E 9 O C T O B R E 2 0 1 6 PHILOSOPHIE B 6 J É R Ô M E C O U T U R E Chercheur postdoctoral à l\u2019INRS-UCS Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie, d\u2019histoire et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.L e vote pour la chefferie au Parti québécois a eu lieu du 5 au 7 octobre.Le 15 octobre seront également organisées les élections municipales en Nouvelle-Écosse.Ces deux événe- ments ont pour point commun d\u2019utiliser le vote par Internet.Plusieurs municipalités onta- riennes utilisent aussi ce mode de scrutin.Le Canada est reconnu comme un précurseur dans le domaine.Le principal argument pour l\u2019introduction du vote par Internet est lié à son potentiel pour faire augmenter la participation électorale, et ce, spécialement auprès des jeunes électeurs.Un autre argument utilisé concerne l\u2019amélioration de l\u2019accessibilité du vote.En éliminant le bulletin papier, le vote par Internet pourrait également contribuer à réduire les dépenses associées à l\u2019organisation des élections.Une théorie économique de la démocratie publiée par Anthony Downs (1930-) en 1957 permet d\u2019appor ter un éclairage sur l\u2019ef fet du mode de scrutin choisi par le Parti québécois sur le fonctionnement de notre démocratie.Cet ouvrage, l\u2019un des plus cités et commentés de la science politique, pose les jalons de la théorie du « choix rationnel » appliquée au domaine politique.Selon Downs, l\u2019économie renvoie à la science d\u2019économiser, c\u2019est-à-dire à la manière de se servir des ressources rares pour réaliser un objectif.Cette définition permet d\u2019élaborer une théorie de la prise de décision qui s\u2019applique à tous les domaines où les individus ont à faire un choix, et non pas seulement aux décisions de nature strictement économique.Puisque tous les humains sont mortels, la vie est un bien rare.Pour l\u2019auteur, tout ce qui demande du temps est donc sujet à une analyse économique.La théorie de Downs postule que les individus se conduisent rationnellement, c\u2019est-à-dire qu\u2019ils parviennent à leurs buts avec le maximum d\u2019efficacité.Ils vont tenter de maximiser les bénéfices qu\u2019ils tirent d\u2019une situation.Ils vont aussi essayer de diminuer les coûts associés à l\u2019atteinte de leur objectif.Consommateur Ici, l\u2019électeur est ni plus ni moins réduit à un rôle de consommateur et les partis politiques à celui d\u2019entreprises en concurrence dans un marché d\u2019offre de programmes politiques.Les électeurs « achètent » par leur vote le programme du par ti qui rejoint le mieux leurs préférences idéologiques.Quant à eux, les par tis cherchent à proposer un programme qui se colle le plus possible aux préférences des électeurs.Le parti qui remportera une élection sera celui dont la position est la plus près de celle de l\u2019électeur médian.Cet électeur théorique qui compte autant de votants à sa gauche qu\u2019à sa droite.Ce qui a fait dire à Downs que « les partis politiques définissent des choix politiques en vue de gagner les élections, et ne gagnent pas des élections dans le but de fixer des choix politiques ».D\u2019ailleurs, cette phrase suggère un cadre d\u2019analyse pour répondre à une question centrale de la course à la chefferie, soit celle de déterminer si le Parti québécois doit tenir ou non un référendum lors du prochain mandat.La résultante de ce modèle théorique est que le gouvernement choisi par l\u2019entremise de l\u2019échange entre vote et programme politique est nécessairement le meilleur choix possible au regard des préférences du peuple incarné ici par l\u2019électeur médian.Bien sûr, cette affirmation n\u2019est vraie que si l\u2019on fait abstraction du problème de l\u2019agrégation des préférences individuelles en préférences collectives.En guise d\u2019exemple, mentionnons simplement la distorsion, qui est causée par notre mode de scrutin, entre les votes pour un parti et le nombre de sièges qu\u2019il obtient à l\u2019Assemblée législative.Décision rationnelle Il n\u2019est pas contre-intuitif de soutenir que le fonctionnement de notre démocratie suppose l\u2019exercice de choix politiques par des électeurs rationnels.En effet, les électeurs devraient être en mesure de faire un choix éclairé de ceux et celles qui auront à assurer l\u2019exercice de l\u2019autorité.Pour Downs, une décision est rationnelle lorsqu\u2019on agit de la façon suivante : 1) D\u2019abord, on peut toujours prendre une décision lorsqu\u2019on est placé devant dif férents choix ; 2) On peut aussi ordonner tous les choix devant lesquelles on se trouve placé de telle manière à ce que chacun soit considéré comme meilleur, équivalent ou inférieur aux autres options.3) L\u2019ordre des préférences est transitif.C\u2019est-à- dire que si l\u2019on préfère le choix A au choix B et le choix B au choix C, alors il est rationnel de préférer le choix A au choix C.4) On peut toujours choisir parmi les choix possibles celui qui occupera le rang le plus élevé dans l\u2019ordre des préférences.Ici, cela revient à dire qu\u2019un système électoral facilite la rationalité de l\u2019électeur lorsqu\u2019il limite la présence d\u2019un vote stratégique.Par cette définition du choix rationnel, Downs présente en quelque sorte les bases du vote préférentiel.C\u2019est justement ce système qui a été utilisé comme mode de scrutin dans la course à la chefferie par le Parti québécois.Qu\u2019un moyen de choisir ce qui lui est profitable Pour Downs, « les citoyens agissant rationnellement, chacun d\u2019eux ne voit strictement dans les élections qu\u2019un moyen de choisir le gouvernement qui lui est le plus profitable.Ses bénéfices ne comprennent pas seulement ses propres gains matériels, mais aussi des avantages psychologiques provenant de politiques qu\u2019il approuve et qui sont bonnes pour d\u2019autres, même si elles aboutissent à réduire ses propres revenus matériels ».Le citoyen évalue donc ce qu\u2019il attend de chaque parti au cas où ce dernier serait porté au pouvoir.Les membres du Parti québécois ont d\u2019ailleurs dû en faire tout autant ! Ce calcul rationnel se traduit par la célèbre équation du vote : R = P * B \u2013 C.L\u2019utilité (R) qu\u2019un électeur retire à participer au scrutin repose sur la probabilité d\u2019influer sur le résultat de l\u2019élection (P), multiplié par les bénéfices qu\u2019il retire de l\u2019élection de son parti préféré (B), c\u2019est-à-dire l\u2019écart existant entre les dif férents choix, moins les coûts reliés au fait d\u2019aller voter (C).Selon cette équation, l\u2019électeur ira voter si les bénéfices sont supérieurs aux coûts.Dans le cas contraire, il s\u2019abstiendra.Pour Downs, le vote est coûteux.D\u2019abord en raison de l\u2019effort nécessaire pour chercher et analyser l\u2019information permettant de choisir son parti préféré ou son candidat préféré.Mais aussi en raison de la nécessité de se rendre au bureau de vote.À propos du vote par Internet, le modèle de Downs permet d\u2019émettre l\u2019hypothèse que cette méthode de vote va favoriser la participation électorale.En effet, l\u2019électeur n\u2019a pas à faire l\u2019effort de se déplacer pour aller voter, ce qui diminue considérablement ses coûts.Le «paradoxe du vote» Toutefois, lorsque le nombre de votants potentiels est important, la probabilité d\u2019être celui ou celle qui décidera du résultat de l\u2019élection (P) tend inexorablement vers zéro.Conséquemment, les termes (P * B) tendent aussi à être nuls.Dans ce cas de figure, les coûts dépasseront nécessairement les bénéfices.L\u2019équation de Downs prédit donc que les électeurs ne se présenteront pas aux urnes, et ce, même si l\u2019on abaisse fortement les coûts du vote en recourant au vote par Internet.Downs semble d\u2019ailleurs perplexe par un tel résultat, qu\u2019il nomme le « paradoxe du vote ».Son équation prédit manifestement des taux de participation beaucoup plus faibles que ceux que l\u2019on observe réellement.Il suggère que les électeurs pourraient tout simplement aller voter pour soutenir la démocratie, sachant que la démocratie ne peut survivre longtemps sans une par ticipation significative.Cependant, Downs ne par vient pas à reconnaître que même cette solution ne parvient pas à résoudre le dilemme.En effet, la décision d\u2019un électeur de soutenir la démocratie n\u2019a aussi qu\u2019une très faible probabilité d\u2019assurer la survie de la démocratie, ou même la survie de son parti politique préféré ! Puisque la majorité des citoyens se présentent aux urnes malgré le « paradoxe du vote », il est envisageable que le vote par Internet favorise tout de même la participation électorale.Être peu informé L\u2019équation de Downs présente également un autre résultat intrigant, qui cette fois concorde plutôt bien avec les faits.L\u2019auteur soutient qu\u2019il est rationnel d\u2019être peu informé au sujet de la politique.Les coûts d\u2019acquisition de l\u2019information en matière de temps pour les acquérir et d\u2019efforts pour les analyser dépassent largement les gains électoraux anticipés, qui eux tendent vers zéro.Comment réconcilier un tel constat avec les exigences de la vie démocratique ?Dans de telles conditions, beaucoup d\u2019électeurs vont trouver utiles les idéologies.Elles permettent à l\u2019électeur de concentrer leur attention sur les dif férences entre les partis ou les candidats.Chaque parti invente une idéologie pour s\u2019attirer l\u2019appui des électeurs qui désirent réduire leurs coûts en votant sur une base idéologique.Toutefois, Downs souligne que ce raisonnement ne signifie pas que les par tis peuvent changer d\u2019idéologie comme si elle n\u2019était qu\u2019un simple maquillage.Une fois qu\u2019un parti a lancé son idéologie sur le marché, il ne peut l\u2019abandonner soudainement sans affecter sa crédibilité auprès des électeurs.Par ailleurs, le choix de recourir au vote par Internet dans un contexte d\u2019ignorance rationnelle peut avoir des conséquences sur le résultat d\u2019une élection.En abaissant les coûts du vote, il est envisageable que de nouveaux électeurs, nécessairement moins bien informés, votent par Internet alors qu\u2019ils ne l\u2019auraient pas fait autrement.Dans ce contexte, on pourrait craindre que le faible niveau d\u2019information de ces électeurs favorise un parti ou un candidat en particulier.La notoriété auprès du public ou la capacité de susciter de l\u2019intérêt par une habile stratégie de communication faciliteraient alors ce biais auprès des électeurs moins bien informés.Innovation positive Une telle interprétation de la théorie d\u2019Anthony Downs situe le problème du mauvais côté de l\u2019équation.La question pertinente du point de vue de démocratique n\u2019est pas celle de savoir si les citoyens sont suf fisamment compétents pour voter de façon rationnelle.Il s\u2019agit plutôt d\u2019évaluer si la façon dont fonctionne notre système électoral est favorable à l\u2019exercice d\u2019une participation rationnelle de la part des citoyens.À cet égard, le choix du Parti québécois d\u2019utiliser le vote par Internet ainsi que le vote préférentiel constitue manifestement une innovation positive allant dans ce sens.Reste à voir si ce parti en fera un élément de son programme politique.Dans ce cas de figure, reste aussi à voir si les électeurs adhéreront à cette idée ! Références: Downs, Anthony (1957), An Economic Theory of Democracy.New York : Harper and Row.Downs, Anthony (1961), « Théorie économique et théorie politique », Revue française de science politique, 11 (2), 380-412.LE DEVOIR DE PHILO Le vote par Internet, conforme à la théorie du «choix rationnel»?Le père de la théorie économique de la démocratie, Anthony Downs, y verrait une manière de favoriser la participation électorale ISTOCK À propos du vote par Internet, le modèle de Downs permet d\u2019émettre l\u2019hypothèse que cette méthode de vote va favoriser la participation électorale.SOURCE INRS L\u2019auteur, Jérôme Couture "]
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