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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier F
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2016-11-05, Collections de BAnQ.

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[" Galeries Normandie \u2022 2752, rue de Salaberry, Montréal (QC) H3M 1L3 \u2022 Tél.: 514-337-4083 \u2022 librairiemonet.com \u2022 Sortie 4 Est, autoroute 15 Vernissage > 22 octobre \u2022 14 h Auteurs Véronique Cyr \u2022 Philippe Drouin \u2022 Perrine Leblanc \u2022 Elsa Pépin Artistes Estela López Solís \u2022 Anne-Marie Proulx Livre imaginé : Six héroïnes littéraires Hommage à Anne Hébert Du 19 octobre au 20 novembre 2016 Principal partenaire public Partenaires publics et privés Dernière escale des États- écrits d\u2019Amérique (8) sur la côte Ouest Page F 4 Le Goncourt 2016 sous le regard critique de Guylaine Massoutre Page F 4 PEDRO RUIZ LE DEVOIR Une grande humanité se dégage de l\u2019écriture de Gabriel Anctil.F A B I E N D E G L I S E «V otre histoire est basée sur des faits réels, n\u2019est- ce pas ?En tant que psychiatre, je suis fasciné par les possibilités psycho-dyna- miques que suggère ce rituel anachronique.» Au lendemain de la publication de sa nouvelle, La Loterie, dans les pages du New Yorker Magazine, au début de l\u2019été 1948, le quotidien de la romancière américaine Shirley Jackson bascule et se met à crouler sous une épaisse correspondance de lecteurs qui, partout au pays et plus loin encore, se montrent étonnés, troublés, admiratifs, perplexes et parfois outrés par ce qu\u2019ils viennent de lire.« Dites à Miss Jackson qu\u2019elle n\u2019a pas intérêt à mettre les pieds au Canada\u2026 », menace un de ses voisins du Nord.« Je vous en prie, rassurez-moi : ce sentiment d\u2019avoir vécu tout cela dans mes pires cauchemars est bien l\u2019ef fet hypnotique que vous avez cherché à produire sur vos lecteurs ?» exprime un citoyen du New Jersey.« Mais qui est cette Shirley Jackson ?Je n\u2019arrive pas à me décider s\u2019il s\u2019agit d\u2019un génie ou d\u2019une version féministe et plus subtile d\u2019Orson Welles », se demande un autre depuis le Connecticut.Avec ces 3000 mots, posés d\u2019une traite sur le papier un matin de juin 1948, le récit est court, mais sa portée, elle, n\u2019en finit plus de s\u2019allonger, comme en témoigne son rappel, cet automne, au bon souvenir d\u2019un présent troublé, dans une adaptation dessinée.L\u2019illustrateur du Vermont Miles Hyman, petit-fils de l\u2019auteur, en est le principal artisan.Il pose, dans un paradoxe évident, l\u2019élégance de son graphisme, la lumière de son trait, sur l\u2019horreur ordinaire, institutionnalisée, imaginée par cette romancière hors norme, femme au foyer qui, dans une Amérique troublée par la Deuxième Guerre mondiale, s\u2019est imposée sans préméditation comme une redoutable penseuse de nos dérives collectives.« J\u2019aimerais bien savoir dans quelle par tie des États-Unis ce lynchage \u2014 visiblement légal et bien établi \u2014 se pratique encore, lui a demandé sérieusement un lecteur du Texas dans les semaines suivant la publication de son œuvre.Est-il possible qu\u2019en Nouvelle-Angleterre, ou dans des régions tout aussi civilisées, ce genre de sadisme de masse ait toujours cours?» Tradition sordide Lynchage ?L\u2019image est puissante.Mais il s\u2019agit bien de celle suggérée, sans ambiguïté, par les mots de Shirley Jackson dans La Loterie.La nouvelle plonge avec une froideur dérangeante au cœur d\u2019un rituel qui a cours depuis des années dans un village, que l\u2019on pourrait facilement situer en Nouvelle-Angleterre, à l\u2019aube des récoltes.Tous les 27 juin, les villageois s\u2019y rassemblent pour la participation à un jeu de hasard au cours duquel l\u2019un d\u2019eux va périr sous les pierres lancées par tous les autres.«Loterie en juin, abondance de grains», résume un ancien comme seul justificatif d\u2019une tradition sordide rejouée chaque année sans résistance, sans remise en question, avec une indolence, même, qui convoque l\u2019inconfor t.« On dit qu\u2019ils parlent d\u2019arrêter la Loterie dans le village du nord », dit un participant.«Une bande de fous.À écouter les jeunes, rien n\u2019est assez bien pour eux», répond l\u2019autre.La Loterie, c\u2019est l\u2019intimité gênante avec le mal porté par des familles ordinaires d\u2019agriculteurs, c\u2019est la victime expiatoire conspuée dans le discours des populistes du temps de Shirley Jackson, et conduite dans l\u2019abjecte, l\u2019ignoble par un moustachu du IIIe Reich, c\u2019est l\u2019injustice nourrie par les silences complices, c\u2019est la noirceur dans ce qu\u2019elle a de plus sombre et qui, depuis bien plus loin que 1948, n\u2019en finit plus de rôder autour de l\u2019humanité.La nouvelle VOIR PAGE F 3 : LOTERIE MILES HYMAN VOIR PAGE F 2 : ANCTIL L es aventures érotiques d\u2019un écorché vif : le titre du troisième roman de Gabriel Anc- til dit tout.Ou presque.Comment un père de deux enfants dévasté par son récent divorce sortira-t-il de son marasme ?En multipliant les rencontres sexuelles.Ça peut sembler cliché, résumé ainsi, mais ça donne lieu à une écriture charnelle, d\u2019une rare intensité.En prêtant sa voix à Mathéo, 35 ans, l\u2019auteur de Sur la 132, qui avait déjà montré dans son premier roman un certain don pour la chose, multiplie les scènes érotiques, explicites, exacerbées.C\u2019est cru, oui, osé, olé olé, mais sans tomber dans la vulgarité.C\u2019est sans nul doute le point for t du nouveau roman de cet écrivain né à Montréal en 1979, auteur d\u2019une série de livres pour les tout-petits et par ailleurs scénariste.Mais Les aventures érotiques d\u2019un écorché vif, c\u2019est aussi par certains aspects une fantaisie romanesque.Après une intense séance avec une prêtresse vaudoue, Mathéo, qui a été fidèle à sa Marilou pendant leurs 14 années de vie commune et n\u2019a pas fait l\u2019amour depuis des lunes, se voit af fublé d\u2019une puissance et d\u2019un charisme sexuels exceptionnels.Est-ce vraiment grâce à ce traitement hors norme qu\u2019il se surpasse sexuellement et parvient à éloigner de lui l\u2019image de celle qu\u2019il aimait tant ?Il ne sait pas vraiment quoi penser, mais aussi bien en profiter.Il y a l\u2019érotisme, il y a la fantaisie.Il y a surtout, au début, le choc émotif ressenti par ce trentenaire fraîchement divorcé.La crise du couple durait depuis quelques mois, ce matin, ça y est : Marilou déménage.Mathéo conserve la maison de Saint-Laurent.Et quand viendra le moment, quand son ex, dans son petit logement de Rosemont, pourra accueillir les enfants, ils s\u2019entendront sur une LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Fantaisie romanesque Dans un troisième roman, Gabriel Anctil reconstruit avec style un homme trentenaire après son éclatement DANIELLE LAURIN MILES HYMAN Intimité avec le mal C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 Dans La Loterie, Miles Hyman pose un trait lumineux sur une nouvelle sordide BANDE DESSINÉE garde partagée.L\u2019écorché vif passera par toute la gamme des émotions auxquelles on s\u2019attend dans ces cas-là : vide intérieur, colère contre sa femme qui a brisé le cocon familial\u2026 car c\u2019est bien à cause de son désir à elle de se refaire une nouvelle vie qu\u2019ils en sont arrivés là.Il ne peut s\u2019empêcher non plus de s\u2019en vouloir : il n\u2019a pas su garder leur amour intact, n\u2019a pas su garder sa Marilou.Et préserver sa famille.Bien des questions, prévisibles, se posent alors.Comment peut-on tant détester quelqu\u2019un après l\u2019avoir tant aimé ?par exemple.Il en viendra aussi à se demanderce qu\u2019il cherche à prouver en accumulant les partenaires.Qu\u2019il est «attirant » ?«Que des femmes veulent encore de [lui]?[Va-t-il] pouvoir dépasser un jour le stade des basses pulsions sexuelles et atteindre des sentiments plus profonds, plus durables?» Comme un marécage Ajoutez à cela des problèmes d\u2019argent.Pourra-t-il au moins garder la maison ?La banque lui cour t après.Ses provisions s\u2019amenuisent.Mathéo est scénariste et écrivain.Clin d\u2019œil : il a publié une série de livres jeunesse et deux romans pour adultes, dont le premier est intitulé Sur la 132\u2026 Depuis que la crise a éclaté dans son couple, il n\u2019arrive plus à écrire.Pas de projets de scénario en marche, pas de contrats.Pas de roman en chantier non plus.«Ma tête est un marécage où se noient les idées noires.» Angoisse totale : «Vais-je devoir retourner travailler en télé, écrire des pages et des pages d\u2019inepties pour préserver ce qui m\u2019a pris tant d\u2019années et d\u2019efforts à acquérir?C\u2019est aussi tout mon rêve d\u2019être écrivain à temps plein qui semble vouloir partir en fumée.» Aussi un roman sur l\u2019écriture, Les aventures érotiques d\u2019un écorché vif.Viendra un temps où l\u2019écrivain retrouvera ses moyens.Du moins en pensée.Son projet d\u2019écriture : « Le roman de ma séparation.Le roman de ma résurrection.» C\u2019est en fait le roman que l\u2019on tient entre les mains, se dit-on.Autre facette, très touchante, de cette histoire : la façon qu\u2019a le narrateur d\u2019aborder la pater nité.L\u2019attachement profond qu\u2019il ressent pour ses garçons de 7 et 10 ans.Les moments de tendresse partagés avec eux, les rires aussi.Plusieurs romans en un Puis, i l n \u2019y a pas que la sexualité débridée qui permet à Mathéo de se détacher de son passé.Il s\u2019ouvre aux autres de façon générale, se montre sensible à leur vie, à leur histoire, à leur passé, à leurs cicatrices.Et à leurs dif férences.Des liens d\u2019amitié se nouent.Ce qui se dégage alors de l\u2019écriture de Gabriel Anctil : une grande humanité.Ce qui amènera véritablement le héros à panser ses plaies, ce sera un voyage de deux semaines, en solitaire (et à crédit), à Barcelone.Nous sommes à la page 243, soit environ aux deux tiers du roman.Pas question de dévoiler la suite.Mais une remarque quand même : si l\u2019on continue à suivre la quête de renouveau entreprise par Mathéo, une autre dimension prend de plus en plus de place dans l\u2019histoire.La dimension politique.En outre, des comparaisons constantes entre la Catalogne, ses aspirations d\u2019indépendance, et le Québec, ses deux référendums ratés.Regard blasé sur notre réalité, sur l\u2019immobilisme de notre société où le printemps érable s\u2019est avéré une parenthèse avortée.Très senti.Bref, Les aventures érotiques d\u2019un écorché vif , c\u2019est bien plus qu\u2019un livre cochon ou qu\u2019un guide de sur vie du divorcé.Ce sont plusieurs romans en un.Et c\u2019est rondement ficelé.Il y a bien ici et là des situations qui semblent un peu plaquées, qui font dans le déjà-vu.Quelques épisodes où l\u2019on a l\u2019impression que l\u2019auteur étire la sauce, aussi.Mais ce livre multicouche s\u2019avère riche d\u2019expériences, de réflexions.Le tout ser vi par une écriture fluide qui ne semble pas se soucier de faire du style.Mais qui, de fait, impose son propre style.LES AVENTURES ÉROTIQUES D\u2019UN ÉCORCHÉ VIF Gabriel Anctil XYZ, Quai no 5 Montréal, 2016, 384 pages SUITE DE LA PAGE F 1 ANCTIL L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 L I V R E S F 2 AMUN Librairie indépendante de quartier 2653 Masson, Montréal, Qc 514 849-3585 Jeudi 10 novembre 19h30 Contribution suggérée: 5 $ Avec : Joséphine Bacon et Melissa Mollen Dupuis Animation : Michel Jean H U G U E S C O R R I V E A U L e poète est « ce front baissé entre deux murmures», et il écoute les battements du cœur, les sauts de vie qui bruissent tout près de lui.Les espaces sont habités de matière noire, de vides sidéraux qui amplifient la solitude des êtres, et le rôle de l\u2019écrivain est de prendre note de ce fourmillement venu des confins.Entre l\u2019âge-garçon, la prime enfance ou l\u2019état de conscience, Jean-Simon DesRo- chers s\u2019admoneste, se parle au « tu », aiguise sa vigilance afin de percevoir ce qui l\u2019entoure.Là, «c\u2019est la terre avant son nom / une planète qui ne tournait pas / sur laquelle tu dessinais l\u2019arbre maison là-bas // toi du corps debout / jeté comme une idée sur la pierre / où la mort savante moquerie / encombrait la mémoire».Jean-Simon DesRochers revient à la poésie, treize ans après son prix Nelligan pour Parle seul.Heureux mûrissement qui l\u2019a conduit à un recueil d\u2019une grande densité.Sa « tête courte» est à l\u2019affût pour accéder à un texte d\u2019une complexité sans complexe, offert avec ses dérives, ses obscurités et ses fulgurances.Rien n\u2019est facile ici, et l\u2019exigence de lecture nous contraint à suivre un propos en soubresauts se conformant à une quête happée par le désir de saisir un sens.On est saisi par un sentiment de nostalgie qui refait son chemin de ronde autour de l\u2019âge- garçon, de l\u2019âge-enfant d\u2019où a surgi l\u2019homme fait de morceaux de vie, de traces intégrées au corps comme des peaux de surcroît, homme malhabile à vivre, encombré : «divisé par zéro ce garçon chargé / trop de corps pourtant pensée / peau pensée muscle pensée / sperme pensée sur les ventres invités / par ces mots».Apprendre, maître mot à suivre dans les méandres de l\u2019apprentissage et du savoir.L\u2019art d\u2019avoir du sens S\u2019il faut accompagner un homme prêt à vivre, prêt à tout, il faut nous-mêmes accepter le jeu de la confusion propre à toute errance quand la vie trace ses chemins multiples, pose ses appâts.Enfant laïque d\u2019un monde qui fait école, monde qui enseigne l\u2019ar t d\u2019avoir du sens, et un corps, et une pensée, le poète accède à la réflexion qui tient du geste même de s\u2019incarner.Quelquefois, on croirait entendre des évocations de Nicole Brossard dans son inoubliable Centre blanc : «méditations relique au centre bougé blanc zéro la ville écorce pour nos morts».Des jeux formels relancent une modernité renouvelée, quand, dans la partie intitulée «Cités», chaque poème est constitué d\u2019un court bloc de prose poétique de quelques lignes contenant des appels de notes, «a, b, c, etc.» (jusqu\u2019à épuiser l\u2019alphabet), qui renvoient à de courts paragraphes qui en complètent le sens.Chez Jean-Simon Des- Rochers, l\u2019histoire littéraire n\u2019est pas référentielle, mais avalée par le texte même qui en témoigne.Alors que l\u2019érotisme assumé de la par tie « Écrans » rythme la prose dont le halètement traduit le souf fle des sexes et des aimants, Les espaces ne se limite plus tout à coup à l\u2019illimitée distance entre les atomes, mais convie les cinq sens à s\u2019identifier tels des lieux d\u2019apprentissage pour accéder à une meilleure connaissance du tout qui nous gobe.L\u2019expérimentation devient alors formelle dans la partie intitulée «Piste », où certains éléments d\u2019un texte en prose sont retenus pour former par après un poème en vers libres.Ce recueil devient une exploration de l\u2019univers courbe, mais aussi de l\u2019appareil littéraire propre à un développement du langage poétique.Contenu et forme réussissent ici à se rencontrer, dans une dynamique référentielle pointue et réellement performante.«Le mot contentant tous les mots / n\u2019habite pas la saison d\u2019une tête» seule, mais bien l\u2019ensemble d\u2019un désir qui aurait pour but un savoir unificateur.Collaborateur Le Devoir LES ESPACES Jean-Simon DesRochers Les Herbes rouges Montréal, 2016, 112 pages POÉSIE À l\u2019école de Jean-Simon DesRochers Dans Les espaces, le poète fait se rencontrer contenu et forme dans une dynamique pointue et performante C H R I S T I A N D E S M E U L E S D ans un complexe hôtelier quatre étoiles en région, un couple qui vient de s\u2019installer dans la chambre 238 a la curieuse impression d\u2019être les seuls occupants des lieux \u2014 étrangement déserts en haute saison.Et sans qu\u2019on sache trop pourquoi, l\u2019homme, le narrateur, semble s\u2019inquiéter de l\u2019état de sa femme, enceinte jusqu\u2019aux yeux.«Elle m\u2019assure qu\u2019elle sent des choses que je suis incapable de percevoir.» Source d\u2019une tension légère, flirtant un peu avec le fantastique, cette histoire récurrente est au centre de Villégiature \u2014 alors que les autres sont plus terre à terre \u2014 et donne aux lieux une atmosphère qui, par moments, fait penser à celle de l\u2019hôtel Overlook (Shining, l\u2019enfant lumière, de Stephen King).Dans la salle de musculation, Mikey, serveur au restaurant de l\u2019hôtel, se livre à une sorte de bilan de sa vie d\u2019étalon de banlieue tout en soignant le tonus de ses muscles.« Moi, conquérir, c\u2019est la première chose à laquelle je pense en me réveillant, et la dernière qui m\u2019obsède avant que je m\u2019endorme, monologue-t-il.Ces filles devaient comprendre que leur cœur peut pomper, pomper, pomper, sans jamais flancher.Que tout ça, c\u2019est juste du sport, finalement.Du cardio.» Au centre de santé, une adolescente dont les parents ont décidé de sor tir de la ville « pour faire le point » après un incident ne se cache pas qu\u2019elle a une pomme pourrie à la place du cœur.Sans savoir comment revenir en arrière, elle donnerait tout « pour que ressuscitent les Barbies brûlées, les crayons-feutres séchés et les châteaux de sable démolis de [s]on enfance».Tandis que le couple de la chambre 238 continue de s\u2019enfoncer dans l\u2019inconnu, d\u2019autres occupants de l\u2019hôtel prennent aussi la parole.Jeune comédien un peu névrosé dont la virilité ne va pas de soi aux yeux de ses proches, Jacob a une importante nouvelle à annoncer à sa famille, réunie à l\u2019occasion d\u2019un anniversaire de mariage.Et dans le bar, une jeune femme qui se sentait brimée depuis toujours avait décidé plus tôt de vivre avec intensité le premier jour du reste de sa vie.Titre de transport (Héliotrope, 2014), le premier livre d\u2019Alice Michaud-Lapointe, procédait un peu de la même façon et rassemblait 21 histoires s\u2019incarnant dans le périmètre de certaines stations du métro de Montréal.L\u2019étiquette de « roman », cette fois, apparaît un peu abusive, tant les liens sont minces entre chacune des situations qu\u2019Alice Michaud-Lapointe déploie ici.Aux yeux de bien des lecteurs, Villégiature risque d\u2019apparaître comme un recueil de nouvelles, chutes en prime.Des nouvelles liées par un fil narratif décousu qui n\u2019ajoute pas vraiment à l\u2019ensemble.Ce décor abstrait est néanmoins l\u2019occasion de faire défiler une galerie de personnages solitaires, prisonniers du regard des autres et de leur propre orgueil.Englués dans leurs problèmes psychologiques, ils sont tous un peu meurtris, sociopathes sur les bords, prêts à retourner leur amertume contre les autres.Le portrait est sombre.Villégiature ?Le titre apparaît légèrement ironique, tant le cadre supposément enchanteur des lieux paraît n\u2019avoir aucune prise sur les personnages.Collaborateur Le Devoir VILLÉGIATURE Alice Michaud-Lapointe Héliotrope Montréal, 2016, 208 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Névroses en territoire champêtre Dans Villégiature, Alice Michaud-Lapointe conduit des sociopathes en vacances au bord de la crise de nerfs PEDRO RUIZ LE DEVOIR Jean-Simon DesRochers revient à la poésie, treize ans après son prix Nelligan pour Parle seul.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Aux yeux de bien des lecteurs, Villégiature d\u2019Alice Michaud- Lapointe risque d\u2019apparaître comme un recueil de nouvelles, chutes en prime. a fait l\u2019objet d\u2019adaptations au théâtre, à la télévision, mais a aussi trouvé sa place dans le 19e épisode de la troisième saison des Simpson, en 1992, comme pour rappeler la triste intemporalité, l\u2019odieuse universalité de cette fable vireuse, dont Miles Hyman, qui a récemment signé l\u2019adaptation en bédé du Dahlia noir de James Ellroy, extrait avec ses plumes, ses pastels secs, ses crayons et ses couleurs tout le caractère percutant.En postface, l\u2019illustrateur rappelle que, jusqu\u2019à sa mort, sa grand-mère n\u2019a jamais voulu interpréter sa nouvelle, préférant laisser ça à l\u2019intelligence de ses lecteurs.À une seule occasion, elle s\u2019est toutefois commise, le jour où elle a appris que l\u2019Afrique du Sud, alors en train d\u2019instaurer son régime d\u2019apar theid, venait de censurer sa nouvelle.« Voilà enfin des gens qui ont compris le sens de mon histoire », aurait-elle dit.Le Devoir LA LOTERIE D\u2019APRÈS SHIRLEY JACKSON Miles Hyman Casterman Bruxelles, 2016, 168 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 LITTERATURE F 3 « Une fable écologiste et politique aussi brillante que jouissive qui n\u2019épargne personne.» Josée Lapointe La Presse+ Louis Hamelin autour d\u2019éva roman \u2022 424 pages P h o t o : E l o i B r u n e l l e « Hamelin place les rois nègres et les marionnettistes des régions rurales sous son spectrographe.» Ralph Elawani Le Devoir Boréal P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 3 1945.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 1/2 Le bonheur des autres \u2022 Tome 1 Le destin de.Richard Gougeon/Les Éditeurs réunis 3/2 Danger! Femmes en SPM Catherine Bourgault/Les Éditeurs réunis 2/3 La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 4/5 Chère Arlette Arlette Cousture/Libre Expression 6/4 La marche des nuages \u2022 Tome 2 L\u2019infidèle Josée Ouimet/Hurtubise \u2013/1 Les empocheurs Yves Beauchemin/Québec Amérique 5/5 Les fautifs Denis Monette/Logiques 9/10 L\u2019espoir des Bergeron \u2022 Tome 1 Un bel avenir Michèle B.Tremblay/Les Éditeurs réunis 8/2 La maîtresse d\u2019école \u2022 Tome 2 La tentation du.Ismène Toussaint/Les Éditeurs réunis 7/3 Romans étrangers Délires mortels Kathy Reichs/Robert Laffont 1/3 Si tu me voyais comme je te vois Nicholas Sparks/Michel Lafon 2/7 Message sans réponse Patricia J.MacDonald/Albin Michel 3/3 L\u2019homme qui voyait à travers les visages Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 6/9 Demain les chats Bernard Werber/Albin Michel 4/5 La fille de Brooklyn Guillaume Musso/XO 7/32 Un cœur sombre Roger Jon Ellory/Sonatine 8/7 Une avalanche de conséquences Elizabeth George/Presses de la Cité 5/3 Jack Reacher.Retour interdit Lee Child/Calmann-Lévy \u2013/1 Les bottes suédoises Henning Mankell/Seuil 10/10 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/2 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 2/5 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 8/2 Je ne sais pas pondre l\u2019œuf, mais je sais quand.Josée Blanchette/Flammarion Québec 3/5 Les superbes Collectif/VLB 4/4 Sous la ceinture.Unis pour vaincre la culture du.Collectif/Québec Amérique 5/2 Rendez à ces arbres ce qui appartient à ces.Boucar Diouf/La Presse 7/55 Dans l\u2019œil du pigeon Luc-Alain Giraldeau/Boréal 6/4 L\u2019âge des démagogues Chris Hedges | Pierre-Luc Brisson/Lux \u2013/1 Comprendre les élections américaines.La .Élisabeth Vallet/Septentrion \u2013/1 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 5/37 Clinton/Trump.L\u2019Amérique en colère Christine Ockrent/Robert Laffont 2/4 Qui gouverne le monde?L\u2019état du monde 2017 Collectif/Découverte 1/5 Petit cours d\u2019autodéfense en économie.L\u2019abc.Jim Stanford/Lux \u2013/1 La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard 4/41 Le terrorisme expliqué à nos enfants Tahar Ben Jelloun/Seuil 3/5 Contre l\u2019allocation universelle Collectif/Lux 10/3 La grande évasion.Santé, richesse et origine.Angus Deaton/PUF 9/2 Idéaux politiques Bertrand Russell/Écosociété \u2013/1 Sorcières, sages-femmes et infirmières Barbara Ehrenreich | Deirdre English/Remue-ménage 8/2 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 24 au 30 octobre 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.D O M I N I C T A R D I F À l\u2019échelle de l\u2019univers, notre place est \u2014 aler te à l\u2019euphémisme ! \u2014 infiniment relative.Voilà une vérité de La Palice apaisante ou angoissante, tout dépendant du point de vue.Confronté à l\u2019immensité du grand vide qui nous entoure, le personnage principal de Royal, lui, s\u2019enfoncera dans les sables mouvants d\u2019une grave crise de sens.«Dans un million d\u2019années, le fait que t\u2019aies eu 3,12 de GPA à ta première session en droit à l\u2019Université de Montréal, ça représentera rien.Faque let it go.C\u2019est la seule façon de pas virer fou», plaide la blonde du narrateur de ce deuxième roman de Jean-Philippe Baril Guérard.«Je pardonne pas l\u2019échec aux autres, je vois pas pourquoi faudrait que je me le pardonne à moi-même », lui répondra-t-il, envahi par un indicible dégoût pour sa propre personne.Afin de décrocher un stage dans un prestigieux cabinet d\u2019avocats, la prudence commande de présenter un GPA (Grade Point Average) d\u2019au moins 3,6.En entrevue en avril dernier, le dramaturge et écrivain suggérait que, si Sports et divertissements, son premier roman, était en quelque sorte sa relecture montréalaise de Less Than Zero de Bret Easton Ellis, Royal serait son American Psycho.La filiation saute effectivement aux yeux, même si Jean-Philippe Baril Guérard exclut la violence sanglante de son équation pour se satisfaire de quelques très explicites scènes de beuverie et de sexe.Comme Patrick Bateman, notre universitaire anonyme \u2014 pas de nom, pas de prénom \u2014 vénère les marques et s\u2019enorgueillit de sa maîtrise maniaque des codes sociaux.La violence du conformisme, elle, tapisse les réflexions de cet enfant du privilège, ne sachant désigner ses collègues de classe autrement que par leurs sobriquets (la provinciale sportive, le fif péquiste, l\u2019Italien du West Island, la fille de syndicaliste et le Carabin).Ils pourront peut-être l\u2019aider à traverser vivant cette course aux stages, quoique pas autant que les smart drugs (Concerta, Cipralex) dont il se gave pour demeurer éveillé.Double mouvement Comme toutes les fictions habitées par un antihéros détestablement séduisant, Royal participe d\u2019un double mouvement.En vomissant sur tout ce qui n\u2019appartient pas à l\u2019élite de la société, cette narration à la deuxième personne dédouane nos pensées les plus dégueulasses, jusqu\u2019à ce que la vacuité de ce monde nous avale et nous recrache dans une anxiogène chambre aux miroirs.Que les personnages eux- mêmes ne soient pas dupes de la décadence du système dont ils s\u2019apprêtent à devenir les nouveaux apôtres amplifie la férocité du regard de Jean- Philippe Baril Guérard sur une caste brandissant comme une marque de son intelli - gence son cynisme décomplexé.« La faculté de droit de l\u2019Université de Montréal est le dépotoir de l\u2019humanité », lance Cousin Fred, le meilleur ami du narrateur.Tout en relayant parfois certains poncifs, le jeune auteur transcende la simple satire lorsqu\u2019il parvient à se trouver de la compassion pour le drame en apparence risible de son antihéros, asphyxié par la camisole de force des normes.Il faudra néanmoins remercier l\u2019écrivain de ne pas lui avoir offert une complète rédemption.Les costumes « Tiger of Sweden », tout aussi bien coupés soient-ils, ne parviendront jamais à cacher entièrement la déliquescence morale de ceux qui se savent du mauvais côté de l\u2019oppression mais qui, à l\u2019instar de l\u2019Occident, refusent de mettre fin à un cauchemar dont ils ne peuvent se passer.Collaborateur Le Devoir ROYAL Jean-Philippe Baril Guérard Éditions de Ta Mère Montréal, 2016, 287 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Dans la violence du conformisme Royal est un roman qui ensorcelle et dégoûte en même temps M A R I E F R A D E T T E Habituées de bande dessinée, de romans graphiques, d\u2019albums riches et signifiants, les éditions de la Pastèque empruntent une avenue de traverse, conviant les lecteurs à découvr ir des hor izons nouveaux.En voiture ! C\u2019est « l\u2019expression utilisée par les conducteurs de train afin de signifier aux passagers» : tout le monde à bord, nous partons.Tous les trains sont composés de wagons, mais on utilise le terme « voiture » pour désigner ceux qui transportent des voyageurs.Pascal Blanchet nous invite ainsi à monter à bord, et commence un périple ponctué de faits historiques et d\u2019anecdotes qui en mettent plein la tête.On apprend par exemple que l\u2019année 1830 marque les débuts de l\u2019histoire du transport des passagers.Que Charles Dickens a voyagé à bord de la locomotive Dorchester, « celle qui tire le train du premier chemin de fer canadien ».Que la soirée du 18 septembre 1877 s\u2019inscrit dans l\u2019histoire grâce \u2014 ou à cause \u2014 aux Black Hills, qui braquent un train de l\u2019Union Pacific Railroad à la gare de Big Spring, dans le Nebraska, et y récoltent 60 000$.Tout premier titre à paraître dans cette série, cet ouvrage est un tour guidé dans le temps et dans l\u2019espace, une aventure qui conduit les lecteurs de Montréal à Los Angeles en s\u2019arrêtant ici et là pour découvrir des monuments, des villes, des faits qui ont marqué l\u2019histoire du chemin de fer en Amérique depuis ses débuts.Une carte se déploie sur une double page pour situer le lecteur dès le départ et l\u2019aider à suivre l\u2019itinéraire du périple.Finesse du trait Toutes ces informations vulgarisées avec rigueur sont cerclées des illustrations raf fi- nées de Blanchet.Par ses lignes pures, son style qui convie l\u2019œil à un voyage dans le temps, l \u2019auteur du Rapide blanc (La Pastèque) assure un graphisme sobre qui facilite la compréhension de l\u2019ensemble.Il faut voir notamment la maîtrise avec laquelle il reproduit l\u2019intérieur de cer taines voitures, des villes ou encore des événements, le Golden Spike en tête.L\u2019accomplissement du premier chemin de fer reliant l\u2019est et l\u2019ouest des États-Unis donne lieu à cette cérémonie qui célèbre le dernier clou enfoncé pour relier ces deux tronçons.Blanchet reprend ici la photo d\u2019archives prise en 1869 sur laquelle on peut voir la poignée de main entre les deux ingénieurs en chef, Samuel S.Montague et Gren- ville M.Dodge.L\u2019illustrateur fait preuve d\u2019un réalisme impressionnant, allant jusqu\u2019à dessiner l\u2019ombre des deux hommes.Mais, fait intrigant, la poignée de main reste dépourvue d\u2019ombre.Y aurait-il eu bisbille entre les hommes ?Difficile de se partager l\u2019honneur, peut-être.La richesse des détails, les angles et les nombreuses perspectives omniprésentes tout au long du documentaire dynamisent l\u2019image et ajoutent à l\u2019ef fet de grandeur accordé à cette histoire.D\u2019ailleurs, le format à l\u2019italienne s\u2019inscrit dans cette logique en étendant la portée du sujet.Afin d\u2019ajouter au plaisir de la découverte, un «cherche et trouve » est offert en fin d\u2019ouvrage permettant au lecteur de vérifier son talent d\u2019observateur.Un documentaire noble, sans fioritures ni tape-à-l\u2019œil.Collaboratrice Le Devoir EN VOITURE ! L\u2019AMÉRIQUE EN CHEMINS DE FER Pascal Blanchet La Pastèque Montréal, 2016, 80 pages JEUNESSE Une traversée de l\u2019Amérique en train Pascal Blanchet signe un premier documentaire illustré PASCAL BLANCHET Par ses lignes pures, son style qui convie l\u2019œil à un voyage dans le temps, Pascal Blanchet assure un graphisme sobre qui facilite la compréhension des informations qu\u2019il livre sur les chemins de fer.PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le jeune auteur Jean-Philippe Baril Guérard of fre avec Royal un deuxième roman.SUITE DE LA PAGE F 1 LOTERIE Pascal Blanchet L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 L I T T É R A T U R E F 4 Les États-Unis par eux-mêmes.À l\u2019approche du scrutin américain, le 8 novembre, Le Devoir vous propose de traverser l\u2019Amérique, d\u2019est en ouest, à la rencontre, chaque semaine, d\u2019auteurs qui, par le roman, la nouvelle, l\u2019essai ou la bande dessinée, dressent le por trait social, politique et économique de leur pays dans toute sa diversité.Huitième et dernière escale : survivre à la misère ordinaire dans l\u2019État de Washington de Jonathan Evison et dans l\u2019Oregon de Willy Vlautin.F A B I E N D E G L I S E I l y a quelque chose de terriblement poignant dans ce chapitre qui s\u2019ouvre sur le voyage de Freddie McCall, gardien de sécurité dans un hôpital de l\u2019Oregon, partant récupérer ses filles à Las Vegas, Kathleen et Virginia, abandonnées par son ex-femme chez une tante.L\u2019appel était inattendu.Tout comme lui, son vieux bazou est à bout de souffle.Il transporte sur la banquette arrière des biens de consommation qu\u2019il va devoir laisser chez un prêteur sur gages pour se payer l\u2019essence dont il va avoir besoin pour son retour.Il a vendu sa maison faute d\u2019avoir les moyens de continuer à l\u2019entretenir pour y vivre.Il ramène sa progéniture dans un deux-pièces où tout le monde va se serrer, acceptant cette fatalité sans sourire, mais avec résignation.Dans Ballade pour Leroy, Freddie est un de ces personnages plus vrais que nature qui gravitent autour de Leroy Kervin, militaire américain parti combattre en Irak, mais revenu gravement blessé par une bombe artisanale.Hospitalisé, il ne peut plus marcher, parler.Un élan de lucidité va le replonger dans le drame.Une mère affligée.Une ex- conjointe dépassée par les évé- nements.Pauline, une infirmière abîmée par la solitude et la maladie mentale de son père.Joe, la fille de bonne famille en mal d\u2019affection, détournée par la délinquance ordinaire.Willy Vlau- tin, chanteur du groupe folk Richmond Fontaine et romancier devenu un incroyable portraitiste social, livre, dans une langue simple, une troublante galerie de visages autour de ce corps couché, malade et affaibli, métaphore sans doute de l\u2019Amérique qu\u2019il dépeint.Comme dans son Motel Life, il y a une troublante vérité qui se dégage de la mise en observation de cette classe moyenne inférieure se débattant pour s\u2019en sortir dans un pays où la barre à franchir pour vivre au- dessus de ses moyens s\u2019est abaissée considérablement pour tous.La misère ordinaire y est racontée avec finesse au fil de ces vies qui doivent continuer à avancer et qui le font en surmontant l\u2019absurde de leur condition dans une acceptation dont on perçoit à chaque instant tous les points de fragilité.C\u2019est émouvant, juste et habilement mené, comme la chronique d\u2019une crise économique et sociale que Vlautin, comme l\u2019a fait Steinbeck dans ses Raisins de la colère à une autre époque, incarne avec force, humanise avec poésie, pour mieux en souligner le caractère profondément insupportable.Ce n\u2019était qu\u2019un rêve La plume de Jonathan Evi- son est, elle, plus cynique, plus frénétique par moments, mais elle cherche à tremper sa pointe dans le même territoire obscur : celui des âmes perdues, des oubliés du rêve américain qui doivent malgré tout accepter leur sort pour éviter de sombrer.Benjamin Benjamin, c\u2019est le nom de l\u2019antihéros, porte cette incursion dans le monde de l\u2019entraide sur ses épaules.Il est l\u2019aide-soignant, à domicile, de Trev, atteint de la myopathie de Duchenne.Il essaye aussi de reconquérir le cœur de son ex-femme, qui a, malheureusement pour lui, tourné définitivement la page sur une relation sans espoir et sans saveur.Dans Les fondamentaux de l\u2019aide à la personne revus et corrigés, le jeune auteur \u2014 aide- soignant lui-même, dans une vie passée \u2014 raconte surtout une Amérique contrainte de se complaire dans le divertissement facile de la télévision pour ne plus ressentir les affres du quotidien et qui trouve son équilibre dans l\u2019altération des frontières entre la fiction et la réalité, l\u2019écran et le réel.Les instants de bonheur et ceux de désespoir s\u2019y trouvent placés sur le même pied d\u2019égalité pour ne plus avoir à souf frir de la distance qui les sépare.C\u2019est l\u2019acceptation du pire par la désensibilisation à l\u2019obsession du bonheur.Avec toujours, au fil des pages, ce sourire en coin que l\u2019on sent séditieux.Avant d\u2019être écrivain, Evison a été punk, musicien lui aussi, et membre d\u2019un groupe punk dans les années 1980 qui a fait naître par la suite, sans lui, les groupes Pearl Jam et Sound- garden.Ceci expliquant sans doute cela.Le Devoir LES FONDAMENTAUX DE L\u2019AIDE À LA PERSONNE REVUS ET CORRIGÉS Jonathan Evison Traduit de l\u2019anglais par Marie-Odile Fortier-Masek Monsieur Toussaint Louverture Arles, 2016, 352 pages BALLADE POUR LEROY Willy Vlautin Traduit de l\u2019anglais par Hélène Fournier Albin Michel Paris, 2016, 300 pages ÉTATS-ÉCRITS D\u2019AMÉRIQUE (8) Les raisons de la colère Jonathan Evison et Willy Vlautin sondent le cœur d\u2019une Amérique qui se débat dans sa misère ordinaire C H R I S T I A N D E S M E U L E S E n 1997, dans une pièce du sous-sol condamnée depuis longtemps, juste sous les salles d\u2019autopsie de l\u2019hôpital psychiatrique Steinhof, à Vienne, les restes d\u2019environ 800 enfants ont été exhumés.Des centaines d\u2019« échantillons anatomiques » flottant dans le formol dans de grands bocaux de verre bien numérotés.Une collection constituée par le psychiatre et neurologue autrichien Heinrich Gross, une sor te de docteur Folamour qui y avait dirigé pendant deux ans la clinique psychiatrique pour enfants Am Spiegelgrund.On sait aujourd\u2019hui qu\u2019au moins 789 enfants présumés handicapés mentaux y ont été assassinés dans le cadre du terrible programme « Aktion T4 » créé par Hitler en 1939.Tués lentement à coups de bonbons empoisonnés, de doses létales d\u2019antidouleurs, d\u2019injections, de gaz ou de mauvais traitements.Le plus souvent à l\u2019insu de leurs parents \u2014 pour peu que ces derniers aient été encore en vie.Avec Les élus, couronné par le prix Médicis 2016 du roman étranger, le Suédois Steve Sem-Sandberg continue d\u2019exhumer l\u2019horreur de certaines des zones les plus claires-obscures de l\u2019entreprise nazie.Comme il l\u2019avait fait dans Les dépossédés (Robert Laffont, 2011), qui faisait revivre le ghetto de Lodz administré par l\u2019homme d\u2019affaires juif polonais Chaim Rumkowski, une des figures les plus controversées de l\u2019histoire de la Shoah.Il remue la cendre refroidie du passé pour essayer de comprendre la foi, l\u2019aveuglement, la lâcheté ou la folie des acteurs de ces actes abominables, petits soldats engagés dans le combat du Reich contre les individus «malsains et non viables ».Complices de l\u2019horreur Une fois encore, sa fiction inspirée des faits nous fait pénétrer au cœur gluant de consciences tourmentées et vient éclairer sous un jour dif- férent la fureur nazie.Avec Les élus , le romancier suédois nous entraîne du côté des petites victimes, mais aussi au plus près de ceux qui se sont faits complices de ces crimes contre l\u2019humanité : infirmières, secrétaires, subalternes, bourreaux à la petite semaine.Autant d\u2019exemples de ce qu\u2019Hannah Arendt a appelé la «banalité du mal».Rien de banal, par contre, du côté des médecins convaincus (comme Hitler) que toute maladie, même la plus grave, pouvait être soignée par la seule volonté du malade.Steve Sem-Sandberg fait le por trait de ces laissés-pour- compte en mettant au centre de son roman un jeune garçon issu d\u2019une famille dysfonction- nelle de Vienne, Adrian, un enfant normal à moitié Tzigane et un peu agité \u2014 qui ne le serait pas dans un tel contexte.Au Spiegelgrund, il va ainsi côtoyer hydrocéphales, épileptiques, simples d\u2019esprit, autistes ou petits délinquants jugés irrécupérables.Des enfants qui n\u2019étaient plus des êtres humains, mais de simples spécimens, de petits cobayes qu\u2019il fallait mettre en pots.Quand on leur donnait des analgésiques, ce n\u2019était jamais pour soulager leur douleur, mais pour les faire taire, avant que des médecins décident en petits comités lequel d\u2019entre eux devait être sacrifié.« Vous ne pouvez pas être seul quand vous regardez dans les yeux le veau qui vient de naître : un animal ignorant tout de l\u2019infirmité infernale qui le rend non viable.Vous ne pouvez que tuer en groupe : quand on est nombreux, ce n\u2019est plus un être humain qu\u2019on élimine mais une menace qu\u2019on combat.» Dans un tel contexte, « soulager et éliminer la souf france » prend sans surprise une tout autre signification \u2014 terrible, insoutenable, inhumaine.Plus tard, dans le chaos de la libération, tandis que les nazis fuyaient la capitale autrichienne en compagnie de leurs prisonniers, la folie et la brutalité ne sont pas disparues par magie.L\u2019Histoire nous a appris qu\u2019ils ont été nombreux à s\u2019être fait discrets, complices ou amnésiques.Comme le Dr Gross, l\u2019homme aux bocaux de verre, mort à l\u2019âge de 91 ans sans jamais avoir retrouvé sa mémoire sélective.Une plongée magistrale et inconfortable dans les zones les plus noires de l\u2019humanité.Collaborateur Le Devoir LES ÉLUS Steve Sem-Sandberg Traduit du suédois par Johanna Chatellard Schapira et Emmanuel Curtil Robert Laffont Paris, 2016, 558 pages PRIX MÉDICIS 2016 DU ROMAN ÉTRANGER Les voleurs d\u2019enfance Avec Les élus, le romancier suédois Steve Sem-Sandberg continue d\u2019exhumer l\u2019horreur nazie Les lecteurs du Devoir se sont prononcés Quel livre raconte le mieux l\u2019Amérique d\u2019aujourd\u2019hui ?Voilà la question posée par Le Devoir à ses lecteurs.Et ils ont été nombreux à répondre.Du roman Les corrections de Jonathan Frenzen à la bande dessinée Jours de destruction, jours de révolte de Joe Sacco et Chris Hedges, en passant par Indépendance de Richard Ford, Le complot contre l\u2019Amérique de Philip Roth, 1984 de George Orwell, American Psycho de Brett Easton Ellis et même la bible, les suggestions ont été variées\u2026 mais également commentées cette semaine, en plein cœur de la salle de rédaction du Devoir, par deux Canadiens aux racines américaines, l\u2019écrivain David Homel et l\u2019anthropologue John Leavitt.La littérature des États-Unis donne-t-elle le ton juste sur la mort du rêve américain?A-t-elle un pessimisme qui dépasse celui des électeurs américains?Exagère-t-elle l\u2019angoisse intérieure, la paranoïa, la peur de l\u2019autre, ou bien puise-t-elle dans une époque en mutation où les dérives imposent ces cadres aux romanciers d\u2019aujourd\u2019hui ?Le Devoir leur a posé la question.En plus de leur demander quel roman ils écrivaient pour décrire leur pays de naissance dans l\u2019état où il est aujourd\u2019hui ?Une discussion à découvrir à ledevoir.com/etats, ainsi que sur l\u2019application tablette.HECTOR MATA AGENCE FRANCE-PRESSE Portland, Oregon, un jour d\u2019août 2004.John Kerry et des hommes de pouvoir marchent sous le regard d\u2019un exclus de la croissance économique.G U Y L A I N E M A S S O U T R E D\u2019 ordinaire, une chanson douce évoque une berceuse pour enfants, susurrée tendrement.La Chanson douce de Leïla Slimani est aux antipodes de la mièvrerie.Commençant par la fin, elle déploie ce qui ne saurait expliquer le dénouement : le meurtre de deux enfants par leur gardienne, aimante et dévouée.Cru et haletant, ce récit d\u2019un fait divers terrifiant abat sa noirceur dans un milieu confortable de la classe moyenne.D\u2019où cette idée lui est-elle venue ?D\u2019un fait divers cauchemardesque, réellement arrivé à New York, en octobre 2012, alors que Yoselyn Ortega, nourrice dans l\u2019Upper West Side, poignardait les deux bambins sous sa garde.Elle vivait depuis deux ans dans la famille.Slimani imagine une histoire similaire.Le cauchemar d\u2019un dérapage imprévisible foudroie l\u2019intimité d\u2019une famille normale.Rares sont les mères dénaturées ou les femmes assassinant des tout-petits.Pourtant, ces choses-là existent, sans qu\u2019il soit nécessaire d\u2019en passer par la grande figure tragique de la punitive Médée.Infanticide À quoi tient la réussite de Chanson douce?Sli- mani n\u2019explique rien.Pas de justification psychologique, pas de signes annonciateurs.Louise, la nounou dingue, est une femme hors pair, celle que chacun se félicite d\u2019avoir pour gardienne de ses enfants.Elle fait tout dans la maison, sacrifiant sa vie pour le confort de chacun.C\u2019est une fée, plus adroite que sa patronne, plus attentive que son patron.Ceux-ci l\u2019ont même emmenée en vacances en Grèce, sans un soupçon.Les enfants ne l\u2019aiment-ils pas comme une mamie?D\u2019où sort donc la part d\u2019ombre, qui va se manifester une seule fois avant le crime?L\u2019auteure laisse deviner, sans rien en dire frontalement, ce qui a monté, monté, monté, la colère sourde de Louise, ses dif ficultés envahissantes, sa pauvreté insistante, la misère de son propre univers, bref tout ce que ses patrons ignorent.Sous les apparences, passé les menues fantaisies qu\u2019elle s\u2019est permises, un volcan de boue.Lorsque l\u2019acte fou se déclenche, c\u2019est un sang de révolution qui jaillit, un acte sauvage de libération, un acte insensé qui répand la douleur et la terreur.Slimani n\u2019est pas la première romancière à s\u2019intéresser aux affaires criminelles impitoyables.D\u2019ordinaire, ce sont plutôt les Anglo-Saxonnes qui excellent dans le roman noir.Née en 1981, Slimani est Marocaine, formée en sciences politiques, en journalisme et en écriture.Dans ce roman, elle réfléchit aux situations d\u2019humiliation sociale qui opposent les milieux performants et ceux qui s\u2019en sortent tout juste, en peinant.Sa manière est froide, mais douce ; l\u2019écriture est attentive aux menus événements quotidiens.Mais l\u2019auteure confirme, le prestigieux prix Goncourt aidant, que la violence de notre monde atteint toutes les strates de la société.La petite fille subira une violence atroce.Du côté de la nounou, l\u2019inégalité ressemble à une bombe à retardement.Les petits déclencheurs de terrorisme agitent cet esprit délirant, que l\u2019insécurité, masquée sous sa méticulosité, exhibera en accéléré.Le passage à l\u2019acte, lui, fera frissonner d\u2019angoisse, y compris le lecteur.Collaboratrice Le Devoir CHANSON DOUCE Leïla Slimani Gallimard Paris, 2016, 227 pages.PRIX GONCOURT 2016 Une Chanson douce qui ne l\u2019est pas Leïla Slimani est récompensée pour le récit d\u2019un crime qui succède au châtiment MARTIN BUREAU AGENCE FRANCE-PRESSE Leïla Slimani est formée en sciences politiques, en journalisme et en écriture. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 L I V R E S F 5 La Pastèque félicite Jacques Goldstyn lauréat du prix TD de la littérature canadienne pour l\u2019enfance et la jeunesse 2016 ! Gagnant du prix du livre jeunesse des Bibliothèques de Montréal 2016 et Lauréat prix Sorcières 2016 \u2013 premières lectures LITTÉRATURE CANADIENNE POUR L\u2019ENFANCE ET LA JEUNESSE LA VITRINE ESSAI ABÉCÉDAIRE DU FÉMINISME Noémie Désilets-Courteau et Sarah Marcotte-Boislard Éditions Somme toute Montréal, 2016, 230 pages Le féminisme semble enfin trouver une place légitime dans les médias.Au cours de la saison 2013-2014, l\u2019émission Plus on est de fous, plus on lit inscrit à son programme un segment « Abécédaire du féminisme ».Se succèdent au micro Manon Barbeau, Nathalie Collard, Martine Delvaux, Julie Miville-Dechêne, Melissa Mollen Du- puis, Cathy Wong, parmi d\u2019autres.L\u2019essentiel est repris ici, tout en ayant fait l\u2019objet d\u2019une réécriture.De Nelly Ar- can à Zizi, l\u2019alphabet ainsi reconstitué couvre aussi bien des personnes (Thérèse Casgrain, Malala Yousafzai) que des parties du corps (point G, vulve) ou des phénomènes sociaux (avortement, rémunération).Les sujets abordés finissent par déborder l\u2019alphabet (assassinats de femmes autochtones, équité salariale, pornographie\u2026) pour former un véritable portrait du temps actuel.La présentation graphique est séduisante, les illustrations achèvent d\u2019en faire un bel objet\u2026 qui n\u2019est pas exempt d\u2019erreurs : À ciel ouvert de Nelly Arcan est paru en 2007, du vivant de l\u2019au- teure, et non pas en 2011, après sa mort, comme exposé dans ce livre.Isabelle Boisclair HISTOIRE MILLE AMITIÉS CORRESPONDANCE (1837-1914) HONORINE PAPINEAU ET AURÉLIE PAPINEAU Texte établi avec introduction et notes par Georges Aubin et Renée Blanchet Point du jour L\u2019Assomption, 2016, 306 pages Grâce à des chercheurs chevronnés, nous plongeons, à travers des lettres inédites, dans l\u2019intimité de la famille du tribun Louis-Joseph Papineau et de son petit-fils Henri Bourassa, fondateur du Devoir.Nièces de Papineau, parentes de Bourassa, les correspondantes font ressortir ingénument ce qui, chez des membres peu connus de la célèbre famille d\u2019hommes politiques, ressemble à des résultats de la répression coloniale du progressisme qui la caractérise.En 1912, Aurélie Papineau déplore : « Bientôt le Canada ne sera plus aux Canayens, mais américain, ce qui ne sera pas un bien, à mon avis.» La crainte de l\u2019assimilation au continent anglophone perce ici.En 1869, l\u2019autre épistolière s\u2019apitoie sur le sort d\u2019Azélie, qui a partagé un peu à Paris l\u2019exil politique forcé de son père Papineau.Azélie, mère de Bourassa, meurt démente à 34 ans.La tragédie causée par l\u2019échec de l\u2019insurrection de 1837-1838 au Bas-Canada hante la vie quotidienne.Michel Lapierre L a catastrophe (du grec katastrophê, «renversement ») est l\u2019amie du romancier.Dans les pages d\u2019un thriller comme aux infos télévisées, quoi de mieux qu\u2019une bonne catastrophe?Bienvenue dans l\u2019Anthropocène, cette nouvelle ère où l\u2019humain et le cataclysme naturel marchent main dans la main.La force du tsunami se voit décuplée par l\u2019éradication des marais côtiers, mangroves et autres zones tampons naturelles et par le bétonnage des rives.Celle de l\u2019ouragan s\u2019en donne à cœur joie sur l\u2019ancienne île paradisiaque livrée au pillage séculaire et transformée en caillou nu qu\u2019on appelle Haïti.Bienvenue dans le Bruit de fond de Don Delillo, ce chef-d\u2019œuvre du roman de la catastrophe écologique, bienvenue dans le Sailor Song de Ken Ke- sey, où un village de l\u2019Alaska se retrouve complètement isolé par une mystérieuse force bouffeuse d\u2019ondes électromagnétiques et par l\u2019effondrement général des réseaux de télécommunication.Bienvenue chez Les maraudeurs de Tom Cooper, ses crevettiers aux abois et ses cormorans emmazou- tés décrassés à l\u2019eau de Javel par les bons soins de la multinationale BP.Et maintenant, bienvenue dans le nouveau roman de Thomas King.« Un livre d\u2019exception que l\u2019on dévore d\u2019une traite », a écrit une certaine Daphne Bramham, critique au Sun de Vancouver.Ça n\u2019a pas été mon cas.Si j\u2019étais payé pour lire, mettons trois sous du mot, soit 375 $ pour une bonne séance de cinquante pages dans mon fauteuil, alors peut-être.Mais ce gros bouquin au très lent tempo n\u2019incite guère à la lecture rapide.Plutôt le contraire.Assez rapidement, la richesse thématique qu\u2019on voyait se déployer et se profiler dans les premières dizaines de pages donne l\u2019impression de se déliter en une succession de courts chapitres (au nombre de 99, étirés sur 620 pages) dans lesquels il ne se passe, la plupart du temps, vraiment pas grand-chose.Un air de Monsanto L\u2019action se partage entre Samaritan Bay, sur les côtes de la Colombie-Britannique, et le cen- tre-ville de Toronto, où un complexe souterrain, Tekumseh Plaza, abrite le siège social de la Do- midion.Les tentacules de cette société multinationale embrassent l\u2019agroalimentaire, l\u2019industrie pétrochimique (sables bitumineux compris), le génie génétique et la gestion des déchets toxiques, entre autres sympathiques apostolats.On pense à la bonne vieille Monsanto.«Aux quatre coins de la planète, les sols étaient complètement lessivés.Les terres étaient épuisées, la vallée californienne centrale, les plaines du nord, les prairies.L\u2019épandage de pesticides au fil des ans et l\u2019agriculture intensive avaient dépouillé les sols des nutriments et bactéries saprophytes, champignons, protozoaires et autres né- matodes.On n\u2019avait plus le choix : pour continuer de cultiver la terre, il fallait des doses massives d\u2019engrais chimiques.On devait bien l\u2019admettre : sans la vision et les initiatives des Domidion de ce monde, la planète mourrait de faim.» Dorian Asher, p.-d.g.de Domidion International, dont le passage ci-dessus exprime le point de vue, est paradoxalement, en même temps qu\u2019un salaud de haut vol, le personnage le plus intéressant du livre.Paradoxe d\u2019ailleurs inhérent, je pense, à l\u2019ar t du roman : sa conscience est plus encombrée, donc problématique.Il fascine littéralement.À l\u2019opposé, le caractère de Gabriel, autochtone canadien et prodige de l\u2019ingénierie génétique, est plutôt schématique, dépourvu de profondeur et de complexité, là où sa biographie prométhéenne \u2014 il a indirectement assassiné sa mère, sa sœur et l\u2019enfant de cette dernière en créant une bactérie dotée d\u2019une capacité de destruction inédite \u2014 commandait au contraire une stature tragique, voire une touche de grandeur shakespearienne.D\u2019accord, Gabriel ne parle pas beaucoup.Mais on peut être taciturne et porter un dilemme moral.Or, le personnage se révèle un peu mince à la longue.Comme si le « contre-emploi » (j\u2019utilise le mot avec toutes les précautions qui s\u2019imposent) de ce personnage d\u2019Amérindien en scientifique de génie avait quelque peu gêné son créateur, pourtant grand pourfendeur des stéréotypes liés aux Premières Nations.Quant au dénommé Sonny, un simple d\u2019esprit qui parcourt les grèves de cette portion de la côte Ouest en ramassant les épaves de tous formats vomies par tempêtes et marées, je ne suis pas loin de le considérer comme un personnage tout simplement raté.Son handicap mental n\u2019est évidemment pas en cause.Heureux les simples, dit la Bible, et, de fait, le roman de King, dans ses meilleurs moments, est porté par un souffle de recommencement du monde : de la génétique à une Nouvelle Genèse\u2026 Traitement non discriminatoire Mais Thomas King est victime, on dirait, d\u2019une forme de rectitude politique l\u2019ayant poussé à accorder à son Sonny un traitement équitable, non discriminatoire : il fait partie du quintette de rôles principaux qui sont les piliers narratifs de cette histoire, mais Sonny n\u2019a pas le gabarit romanesque nécessaire pour soutenir notre intérêt.Un roman qui se ramifie en plusieurs trames a un problème quand l\u2019une d\u2019elles s\u2019avère nettement plus faible que les autres.Bientôt, chaque fois qu\u2019on voit revenir Sonny (tous les cinq brefs chapitres environ), on se surprend à échapper un petit soupir : encore lui\u2026 On est devant ce même paradoxe, dû tant aux mécanismes de la séduction narrative qu\u2019à la composition formelle de l\u2019ensemble, qui veut que les meilleurs chapitres de cette dys- topie écologique se déroulent près de Bay Street, à Toronto.On voit assez souvent des romans de 600 pages étirer la sauce sur 100 pages de trop.On en voit plus rarement diluer leur substance, comme celui de King, sur 200 pages super flues.Cette Femme tombée du ciel (traduction française de The Back of the Tur tle, nom que por te en anglais l\u2019éponyme mythe amérindien de la création du monde) aurait donc mérité un sévère élagage, fût- ce au GreenSweep, la variété SDF-20 de la bactérie Klebsiella planticola, commercialisée comme défoliant et responsable de la catastrophe semée par Gabriel, l\u2019ange maudit.« Je suis la Mort ! » peut-il désormais lancer, en citant un certain Oppenheimer qui lui-même citait la Baghavad-Gita.LA FEMME TOMBÉE DU CIEL Thomas King Traduit de l\u2019anglais par Caroline Lavoie Mémoire d\u2019encrier Montréal, 2016, 627 pages LITTÉRATURE CANADIENNE Le roman de la tortue Thomas King élabore une dystopie écologique dans laquelle il ne se passe pas grand-chose LOUIS HAMELIN JEFF MCINTOSH ASSOCIATED PRESS Dans La femme tombée du ciel, les tentacules de la multinationale Domidion embrassent l\u2019agroalimentaire, l\u2019industrie pétrochimique (sables bitumineux compris), le génie génétique et la gestion des déchets toxiques, entre autres sympathiques apostolats. F A B I E N D E G L I S E M ise en perspective, la légalisation des drogues et autres neurostimulants peut finir par devenir beaucoup moins évidente.C\u2019est ce qui frappe à la lecture de L\u2019extase totale, essai étonnant du journaliste allemand et essayiste Norman Ohler qui, au terme d\u2019une enquête serrée dans les archives du IIIe Reich, lève le voile sur un drôle d\u2019état d\u2019esprit qui a participé, au début des années 1930, à la montée du nazisme et à l\u2019horreur imputable à ce régime.Un état second, pourrait-on dire, induit par une molécule psy- chostimulante qui a euphorisé les masses laborieuses de l\u2019Allemagne nazie et un cocktail de drogues qui a altéré le jugement et sans doute l\u2019empathie de son Führer.«Les drogues sous le IIIe Reich ont été l\u2019instrument d\u2019une mobilisation ar tificielle », expose Norman Ohler dans son essai écrit non pas pour excuser un comportement par la perte de lien avec le réel, mais plutôt pour mettre en garde le présent contre les ef fets secondaires insoupçonnés qui accompagnent par fois l\u2019ouverture des por tes de cer tains paradis artificiels.« Elles ont pallié une ferveur qui s\u2019amenuisait avec le temps et gardé la clique au pouvoir en état de fonctionner.» La mécanique du mal était sous psychotrope.Et le psy- chotrope portait d\u2019ailleurs un nom : pervitine, molécule extrêmement psychostimulante, méthamphétamine de synthèse, brevetée à Berlin en 1937 par les usines Temmler.La per vitine devient rapidement un produit de consom- m a t i o n c o u r a n t e v e n d u comme un fortifiant, un stimulant, un remède universel.La maison Hildebrand pousse le raf finement jusqu\u2019à en faire ces célèbres «pralines aux amphétamines », recommandées pour les femmes au foyer.La pervitine « permet à l\u2019individu de prendre par t à l\u2019enthousiasme collectif et à la vague d\u2019autoguérison nationale qui submergent prétendument le peuple al lemand », écrit Norman Ohler.« \u201cAllemagne, réveille- toi !\u201d, criaient les nazis.La per- vitine se charge désormais de la garder éveillée», poursuit-il.Améliorer la performance Dans une dictature qui a mis la lutte contre les drogues et l\u2019antisémitisme dans un même panier, celui des menaces à l\u2019idéal nazi et à la droiture nécessaire d\u2019un peuple affirmant sa suprématie sur tous les autres, la substance s\u2019installe comme un paradoxe dans l\u2019Allemagne nazie.Le régime n\u2019aime pas ce qui salit, altère, gangrène, selon sa rhétorique odieuse et populiste, sauf quand cette altération permet d\u2019être plus performant, alerte, travaillant, ef ficace\u2026 La per- vitine se montre idéale pour le soldat, qui devient plus concentré devant des tâches abrutissantes et sur tout qui peut surmonter le besoin de sommeil, parfois durant sept jours de suite, écrit le journaliste.Une aubaine pour soutenir les premières avancées de l\u2019armée allemande sur les terres à conquérir.Celle de la Russie, de la France, des pays baltes\u2026 En 1940, « on peut fabri - quer 833 000 comprimés par jour.La Wehrmacht a passé une commande gigantesque pour l \u2019armée de terre et la Luftwaf fe : trente-cinq millions de doses », peut-on lire.Le chef des armées, Adolf Hitler, cautionne la chose, étant lui-même sous l\u2019ef fet d\u2019un puissant cocktai l de drogues et de stimulants que lui administre chaque jour son médecin personnel, Théo- dor Morell.Page 132, Ohler reproduit d\u2019ailleurs la liste alphabétique des traitements administrés au Führer \u2014 identifié dans les archives du IIIe Reich sous une énigmatique mention : « patient A» \u2014 et ce, pour en surligner le « caractère délirant ».On y retrouve près de 300 substances chimiques dif férentes, dont une vingtaine de psychotropes allant de la pervitine à la cocaïne en passant par quelques sédatifs, pour régler ses problèmes de sommeil.«Pays des drogues et des désillusions face au monde et de la fuite hors de la réalité, l\u2019Allemagne était à la recherche d\u2019une nouvelle star, écrit Norman Ohler.Elle trouve en Hitler le nouveau junkie de ses heures les plus sombres.» En postface, l\u2019historien allemand Hans Mommsen, spécialiste du nazisme, souligne qu\u2019il est «dérangeant de voir comment des bagatelles médicales ont pu infléchir le cours de l\u2019histoire mondiale », la drogue devient une béquille chimique à une idéologie qui, sous l\u2019effet de la drogue, a fini par s\u2019autodétruire.Dans le corps des Allemands, comme dans la société, le psycho- trope fait monter le régime aussi vite qu\u2019il fait sombrer.Et, paradoxalement, il a nourri une horreur qui aurait pu aller encore plus loin si l\u2019abus de drogue ne l\u2019en avait pas empêché.Le Devoir L\u2019EXTASE TOTALE LE IIIE REICH, LES ALLEMANDS ET LA DROGUE Norman Ohler Traduit de l\u2019allemand par Vincent Platini La Découverte Paris, 2016, 256 pages L E D E V O I R , L E S S A M E D I 5 E T D I M A N C H E 6 N O V E M B R E 2 0 1 6 ESSAIS F 6 V ous trouvez la situation politique québécoise déprimante ?Ce n\u2019est pas la lecture de L\u2019État succursale, le plus récent essai de Simon-Pierre Savard- Tremblay (SPST), qui vous fera changer d\u2019idée.Le sociologue y affirme, en effet, que le Québec est « en déclin », qu\u2019il se comporte, depuis l \u2019échec référendaire de 1995, « en comptoir de service à la clientèle » et qu\u2019il est devenu exsangue en acceptant d\u2019abandonner sa distinction pour mieux « favoriser sa normalisation nord-américaine » dans la logique de la mondialisation néolibérale.Le citoyen lambda risque de trouver plutôt ardue la lecture de L\u2019État succursale.Cet essai ambitieux, qui entend démontrer que le Québec d\u2019aujourd\u2019hui a renié ses « idéaux d\u2019af firmation » en rompant « avec la culture politique de la Révolution tranquille », se veut du même souf fle une critique de « la dynamique de la mondialisation », qui nie le débat démocratique en « [dépolitisant] les États pour en confier des pans entiers à des commissions d\u2019exper ts, à des instances supranationales ou à l\u2019entreprise privée ».Le Québec, évidemment, n\u2019échappe pas à cette logique, comme le montre son renoncement « à l\u2019exercice de sa souveraineté, déjà passablement limitée par le cadre provincial ».Exigeante, la réflexion de SPST n\u2019en demeure pas moins très éclairante.La compétitivité au prix de la souveraineté Le Québec de la Révolution tranquille, explique le sociologue, était animé par un sens de son « destin national » qui stimulait sa volonté de modernisation à partir de ses « propres références ».La défaite référendaire de 1980 vient briser son élan, permet au gouvernement fédéral d\u2019imposer une Constitution qui « provincialise » plus que jamais le Québec et coïncide avec la montée en puissance des idées néolibérales.Ces dernières chantent les ver tus de la compétitivité, qui exige l\u2019ouverture des frontières et la réduction des coûts de production, parlent de « gouvernance » pour faire comprendre que le politique doit désormais se résumer à des considérations techniques et af firment sans gêne que le rôle de l\u2019État est de se mettre au service des entreprises.Les élus, dans ce contexte, n\u2019incarnent plus des conceptions diverses de la société, mais ne deviennent que « des gérants de vraies affaires », c\u2019est-à-dire des facilitateurs techniques inféodés à une « overclass » capitaliste dénationalisée.Au Canada, ajoute SPST, la source de la compétitivité, c\u2019est-à-dire l\u2019avantage concurrentiel, se trouve dans l\u2019exploitation des ressources naturelles, notamment le pétrole.Or, en 2016, « la stratégie pétrolière du Canada passe désormais par le Québec » (oléoduc Énergie Est, transpor t par bateau sur le fleuve Saint-Laurent ou par train, à Lac-Mé- gantic, par exemple).Ce dernier, qui « n\u2019a aucune juridiction sur les voies fluviales, maritimes, ferroviaires ou aériennes qui traversent son territoire si elles ne s\u2019y trouvent pas exclusivement », voit ses dirigeants actuels consentir à cette inféodation.Le Québec désarmé par ses élites Il faut dire, note SPST, que l\u2019idéologie néoli- bérale de la compétitivité règne depuis longtemps dans les officines gouvernementales à Québec, si bien qu\u2019on peut affirmer que, « depuis des décennies, les électeurs québécois sont essentiellement appelés à faire leur choix entre différentes équipes de gérants qualifiés pour s\u2019occuper de l\u2019État comme d\u2019une entreprise».SPST montre que, du gouvernement Bourassa de 1985 au gouvernement Couillard d\u2019aujourd\u2019hui, en passant par les gouvernements Bouchard et Charest, l\u2019entreprise de normalisation néolibérale du Québec bat son plein : déréglementations, privatisations, imposition des PPP, sociétés d\u2019État livrées à des conseils d\u2019administration dominés par des acteurs provenant du privé et transformation d\u2019Hydro-Québec et de la Caisse de dépôt et placement du Québec, naguère considérées comme des outils pour le « développement structurant du Québec », en machines à rendement optimal.L\u2019État ne gouverne plus des hommes, conclut le sociologue ; il forme de la main-d\u2019œu- vre dans ses écoles et universités et administre des choses, d\u2019autant plus que les compagnies transnationales lui imposent leurs lois et que les traités de libre-échange, d\u2019abord promus, au Québec, par le duo Parizeau-Landry et négociés en secret par des experts qui se permettent de faire la leçon aux peuples réfractaires (qu\u2019on pense aux Wallons), les enferment dans des cadres réglementaires.Instance démocratique par excellence, «l\u2019État- nation est exsangue».Sa déroute, explique SPST, entraîne la naissance d\u2019«utopies compensatoires» \u2014 l\u2019illusion du libre marché garant de la liberté individuelle, la chimère des cités-États moteurs du progrès, le gauchisme diversitaire dénationalisé, qui a troqué la cause du peuple contre la promotion des toilettes transgenres et des cafétérias végétaliennes au grand bonheur des capitalistes, ou le juridisme militant \u2014 qui aggravent le problème démocratique, en dépouillant encore plus l\u2019État-nation de ses prérogatives et en fragmentant la société.«Le problème de notre époque, conclut SPST, n\u2019est pas l\u2019État, mais son détournement », au nom de l\u2019idéologie globalitaire.Aussi, la résistance démocratique québécoise, aujourd\u2019hui, passe par « la démondialisation, la revalorisation de l\u2019État-nation et la souveraineté ».Ce remarquable essai, qu\u2019on se le dise, n\u2019est pas pour les petites natures.louisco@sympatico.ca L\u2019ÉTAT SUCCURSALE LA DÉMISSION POLITIQUE DU QUÉBEC Simon-Pierre Savard-Tremblay VLB Montréal, 2016, 240 pages ESSAI QUÉBÉCOIS Le Québec est-il devenu un État fantoche ?Un sociologue appelle à résister contre la dénationalisation du Québec ESSAI ALLEMAND La mécanique du mal sous psychotrope Dans L\u2019extase totale, Norman Ohler lève le voile sur un état second méconnu qui a participé à la montée du IIIe Reich LOUIS CORNELLIER HEINRICH HOFFMANN AGENCE FRANCE PRESSE Complètement défoncé, en compagnie d\u2019Eva Braun ?Plus de 300 substances chimiques, dont une vingtaine de psychotropes, ont colonisé le corps d\u2019Adolf Hitler dans les sombres années du IIIe Reich.Les électeurs québécois sont appelés à faire leur choix entre différentes équipes de gérants qualifiés pour s\u2019occuper de l\u2019État comme d\u2019une entreprise Simon-Pierre Savard-Tremblay « » La mécanique du mal était sous psychotrope.Et le psychotrope portait d\u2019ailleurs un nom: pervitine."]
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