Le devoir, 17 décembre 2016, Cahier F
[" monet.leslibraires.ca librairiemonet.com La plus grande librairie de livres jeunesse et de bandes dessinées à Montréal ! La Terre-Neuvienne Lisa Moore sonde les 16 ans de Flannery Page F 2 Un petit garçon de cinq ans face au totalitarisme Page F 6 C A H I E R F \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 GROUPE MODUS Alex A., auteur de L\u2019Univers est un ninja, accumule les succès.Les huit tomes de ses séries L\u2019agent Jean et Mini-Jean ont été vendus à plus de 600 000 exemplaires, un succès impossible sans une œuvre de qualité, estime le spécialiste en bande dessinée Sylvain Lemay.LES ÉDITIONS DE LA PASTÈQUE Dessin d\u2019Élise Gravel tiré de l\u2019album Ada la grincheuse en tutu (La Pastèque) M A R I E F R A D E T T E P our trouver le prince idéal, la princesse du Prince aux petits pois (Talents hauts) doit étrangler un boa, griller des scorpions, apprivoiser un éléphant volant.Marion, elle, héroïne d\u2019Un bon jour pour la chasse aux dragons, part à la recherche de la mythique bête qui crache du feu, mais elle n\u2019en rencontre que des décevants, trop petits, trop gros ou trop rapides, jusqu\u2019au bon, un parfait petit garçon qui prend la fuite devant elle.Dans les 752 lapins de François Blais, la princesse est tellement égoïste qu\u2019elle préfère, et de loin, se détendre dans un bain moussant plutôt que d\u2019af fronter les mille dangers nécessaires pour sauver son lapin égaré.Les temps changent.L\u2019image de la princesse dans la littérature jeunesse aussi.Depuis la classique amoureuse jusqu\u2019à la chevalière fonceuse, l\u2019archétype de la princesse se joue désormais du modèle unique.Au Québec, « j\u2019ai l\u2019impression que, depuis une dizaine d\u2019années, les princesses ont une plus large marge de manœuvre.Elles sont toujours très populaires, mais, enfin, on a vu poindre, ici et là, des auteurs qui avaient envie de lui donner un nouveau visage.Avec Comment devenir une parfaite princesse en cinq jours de Pierrette Dubé (Imagine, 2006) et Pétunia princesse des pets de Dominique Demers (Dominique et compagnie, 2005), la royale jeune fille a entrevu la possibilité d\u2019être autre chose qu\u2019un objet qu\u2019on exhibe pour en admirer la perfection.Dif ficile de dire qui a influencé qui, de l\u2019auteur ou du public, mais le ras-le-bol des stéréotypes féminins qui veulent que tout soit rose, joli et fragile a rendu l\u2019apparition des princesses \u201chors normes\u201d possible », note l\u2019auteure Rhéa Dufresne.Tout le monde semblait prêt à accueillir ce contre-modèle imparfait, plus humain.Il faut savoir que les auteurs et éditeurs jeunesse ont le souci de mettre en scène des personnages qui sauront trouver résonance chez les lecteurs.À chaque époque, on veut leur inculquer des valeurs, des façons de faire, tout en tentant de les rejoindre dans ce qu\u2019ils sont.Les discours à la mode Les princesses peuvent aussi se mettre les doigts dans le nez L\u2019archétype féminin se décoince dans la littérature jeunesse pour embrasser les mutations du présent M A N O N D U M A I S A vec son bonnet vissé sur la tête, ses grands yeux bleus et son pyjama, Alex A.ressemble à un personnage de bédé.Pas surprenant qu\u2019il obtienne autant de succès auprès de ses nombreux jeunes lecteurs lors de ses apparitions dans les salons du livre ou dans les écoles.«Les jeunes me voient comme un superhéros.Mon pouvoir, c\u2019est celui de dessiner ! » confie l\u2019auteur autodidacte de 29 ans.«Chaque semaine, je reçois des témoignages de parents d\u2019enfants qui n\u2019aiment pas lire, d\u2019enfants autistes ou souf frant de TDAH.Je viens tout juste de recevoir le message d\u2019une mère me disant qu\u2019elle avait trouvé son fils hyperactif bien tranquille dans sa chambre : il écrivait la suite de Mini-Jean.» « Beaucoup de mes personnages sont de grands enfants », poursuit Alex A.à propos du succès phénoménal de sa première série, L\u2019agent Jean.« J\u2019aime beaucoup la naïveté des enfants, leur franc-parler.Je ne fais pas de la bédé jeunesse, je fais de la bédé cartoon, avec sérieux ! Mais ça adonne que ce sont les jeunes qui trip- pent là-dessus.Je pense qu\u2019il y avait un gros trou à combler de ce côté-là, mais depuis cinq ans, presque personne n\u2019a embarqué dans le train jeunesse, à part Freg et Makina avec La bande à Smikee et Sampar avec Guiby.» «L\u2019un des éléments expliquant son succès, c\u2019est qu\u2019il a réussi à placer ses livres chez Costco dès le début de la série», avance Sylvain Lemay, professeur titulaire à l\u2019École multidisciplinaire de l\u2019image.« L\u2019agent Jean est arrivé au moment où Croc n\u2019existait plus et que Safarir vivait ses derniers jours.Il s\u2019inscrit dans la prolongation de certaines de ces séries humoristiques.» Bien qu\u2019il prétende être paresseux, Alex A.parvient tout de même à publier deux albums par année.Éternel insatisfait, il se remet en question après chaque livre publié.« Je ne me trouve pas si bon auteur que ça et je pense que j\u2019ai découver t 10 % de mon potentiel.» « Marketing ou pas, la qualité doit être présente pour qu\u2019un succès s\u2019inscrive dans la durée.Ça fait cinq ans que le premier tome de L\u2019agent Jean a été publié.Pour que les jeunes en rachètent, il faut quand même que, minimalement, ce soit bien fait.Sinon, le public se lasse.Dans les années 1970, l\u2019éditeur Mondia a essayé de créer un succès avec la série Bo- joual.Ça a disparu après trois tomes», rappelle Lemay.Des couleurs pétaradantes Après quelque 600 000 exemplaires vendus des huit tomes de L\u2019agent Jean et des Expériences de Mini-Jean, Alex A.est de retour avec le premier des six tomes de l\u2019ambitieuse saga L\u2019Univers est un ninja.Le livre bleu.Campé 600 ans après la guerre des dieux, le récit met en scène le jeune Iyo, l\u2019un des rares survivants de la race des ninjas, qui doit sauver l\u2019Univers.Dès les premières pages, où les couleurs pétaradantes donnent peu de répit pour l\u2019œil, le jeune lecteur y retrouve ce qu\u2019il aime tant chez Alex A.: humour absurde et références à la culture populaire.«J\u2019aime les couleurs fortes; c\u2019est instinctif, explique celui qui jure ne pas être daltonien.C\u2019est peut- être ça qui accroche les jeunes; on vit dans un monde assez terne.VOIR PAGE F 4 : PRINCESSES Alex A., bédéiste VOIR PAGE F 2 : ATYPIQUE Alex A.Entre loufoquerie, couleurs fortes et spiritualité, le jeune créateur prend la bédé jeunesse très au sérieux L\u2019atypique L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 L I V R E S \u2014 R A D I C A L E M E N T J E U N E S S E F 2 parchemin.ca Place-des-Arts B e r r i - U QA M Offrez l \u2019 originalité *Uniquement disponible à la succursale Berri-UQAM * D ernière année du secondaire.L\u2019année de tous les changements pour Flanner y.Une série d\u2019épreuves et de désillusions l\u2019attend au tournant.Dans son premier livre jeunesse, Lisa Moore pose un regard à la fois lucide et sensible sur les tourments de l\u2019adolescence.Bien au-delà des clichés, son roman d\u2019apprentissage se lit aussi comme une ode à la détermination, à l\u2019inventivité.Et à l\u2019authenticité.Flanner y invite de plus à prendre une distance par rap- por t à ce qui est souvent donné comme allant de soi dans la société : la course effrénée à l\u2019argent et à la consommation, les préjugés tenaces concernant les mères célibataires, les assistés sociaux, les artistes\u2026 Sont aussi montrées du doigt les relations de couple biaisées, entre ados ou entre adultes.On reconnaît bien là la touche de cette nouvelliste et romancière terre-neuvienne de 52 ans, trois fois sélectionnée pour le prix Giller.L\u2019au- teure d\u2019Open et de Février excelle quand vient le temps de faire se confronter le quotidien dans ce qu\u2019il a de plus concret à la profondeur des sentiments de ses personnages.Elle manie à merveille l\u2019ironie, l\u2019humour grinçant, la dérision.Mais elle sait tout aussi bien faire vibrer les émotions.Avec Flannery, Lisa Moore par vient à nous faire entrer dans la peau d\u2019une ado à un point tel qu\u2019on en oublie le nombre des années accumulées derrière nous.On a 16 ans, comme Flannery.On voit le monde qui l\u2019entoure par elle, comme elle.Avec une sorte de lunette grossissante.Et puis, autant le dire tout de suite, certaines pages de ce livre brillant, pas du tout gnangnan, tirent les larmes.Le cœur qui fait boum boum Flanner y doit mettre au point un produit original dans le cadre d\u2019un cours d\u2019entrepre- neuriat.Le prof lui assigne comme coéquipier un gars qui s\u2019avérera absent la plupart du temps.Elle devra faire preuve d\u2019ingéniosité et de ténacité en solitaire.Elle va créer une série de potions supposément magiques.Des potions d\u2019amour auxquelles elle ne croit pas, mais auxquelles les autres autour semblent vouloir croire.Ce qui s\u2019avérait à ses yeux une farce va faire fureur.Généreuse, Flannery épargnera son coéquipier attitré en lui attribuant une par t égale du mérite.Il faut dire que le gars en question lui fait de l\u2019effet.Et pas juste un peu.Comment ne pas flancher devant ce grand efflanqué séduisant, graffiteur hors la loi, fumeur de pot , amateur de moto et délinquant en puissance ?Il est tellement dif fé- rent des autres gars autour, du type « dégingandé, suant, vulgaire, content-d\u2019avoir-l\u2019air- idiot, arrogant, exubérant, nul- en-maths, ennemi-de-la-poésie, fan-de-blagues-de-pet »\u2026 Mais jusqu\u2019à quel point les sentiments qu\u2019éprouve Flan- ner y pour Tyrone, qu\u2019elle connaît depuis le berceau, sont-ils par tagés ?Comment interpréter ses silences prolongés ?Juste le fait de l\u2019apercevoir avec une autre fille fait bondir le cœur de Flanner y.Boum.Boum, boum.Mais, potion magique ou pas, l\u2019amour à sens unique ne fait qu\u2019un temps, n\u2019est-ce pas ?Surtout si un autre gars inté- ressé-intéressant se pointe dans le décor.Reste à savoir à qui reviendra l\u2019initiative du premier baiser.Une mère féministe Amber a toujours été là pour Flannery.Ce n\u2019est plus le cas.Cette nageuse de compétition, qui jusque-là s\u2019avérait la meilleure amie du monde, a perdu son libre arbitre.Elle est amoureuse.D\u2019un cer tain Gar y, leader d\u2019un groupe de musique.Possessif, le gars, dominateur.Frivole.Et violent.Comment préserver sa meilleure amie du pire à venir ?Comment l\u2019amitié elle-même peut- elle rester intacte quand l\u2019autre a cessé de s\u2019appartenir et vous tourne le dos?Flannery a une mère féministe, anticapitaliste, environnementaliste, ar tiste et blo- gueuse, appelée Miranda.La petite a grandi dans la marginalité, sans père.Elle connaît son prénom, sait qu\u2019il est Français.Et qu\u2019après une nuit d\u2019amour torride avec sa mère, alors âgée de 18 ans, il est reparti avec un groupe d\u2019écologistes « à bord d\u2019un bateau composé de déchets ».Elle a un petit frère, « un chenapan gâté pourri de six ans » né d\u2019une autre relation.Tous les trois vivent de l\u2019aide sociale.Le loyer est en retard, le compte d\u2019électricité aussi.Sans compter le manuel de biologie obligatoire de Flan- nery qui devra attendre.Flannery à sa mère : « Et il va falloir retourner à la banque alimentaire, encore une fois.Est-ce que tu sais ce que ça me fait, ça?Je veux dire, on demande aux élèves de l\u2019école de faire des dons de nourriture.Et moi, je ne peux rien donner.Je suis la personne à qui on donne, tu comprends ça ?C\u2019est humiliant.» Elle a beau s\u2019en prendre à sa mère, Flannery n\u2019est pas dupe pour autant.«Vous savez que ce n\u2019est pas tout le monde qui a les moyens de se payer le voyage au Québec à la fin du secondaire 1, et que parfois des gens parfaitement respectables reçoivent de l\u2019aide sociale et des paniers de nourriture et que la police du bien-être social se poste parfois devant chez vous et espionne votre mère pour voir si elle a un copain qui dort à la maison régulièrement, afin de pouvoir lui retirer son chèque de bien-être social.» Un peu plus loin, elle enfonce le clou : « Parce que les mères assistées sociales n\u2019ont pas le droit d\u2019avoir des amoureux, parce que ça, ça voudrait dire qu\u2019elles sont soutenues (une idée qui fait s\u2019ébrouer Miranda comme un cheval).» C\u2019est ce regard-là, ce regard allumé que pose Flannery sur elle-même, sur sa famille, sur son entourage et la société dans laquelle elle vit, qui donne au roman jeunesse de Lisa Moore toute sa singularité.Et la traduction française signée Fanny Britt ne fait qu\u2019ajouter à sa force de frappe.FLANNERY ?Lisa Moore Traduit de l\u2019anglais par Fanny Britt Boréal Inter Montréal, 2016, 352 pages À partir de 12 ans Dans les 16 ans de Flannery Lisa Moore signe un roman pour ados qui pourfend les tabous et prend aux tripes DANIELLE LAURIN Mon intention pour L\u2019Univers est un ninja, c\u2019était de rendre hommage aux jeux vidéo de mon enfance.Mes influences viennent davantage du jeu vidéo et du dessin animé, où c\u2019est plus coloré que nature, que du livre.» « Je vois les prénoms et les lettres en couleurs.Mes personnages ont une couleur correspondant à leur personnalité.Dans L\u2019agent Jean, chaque tome avait une couleur dominante.Dans L\u2019Univers est un ninja, c\u2019est poussé au maximum », confie le bédéiste, qui croit être un peu atteint de synesthésie.Contrairement à L\u2019agent Jean, il n\u2019y aura pas de « saison 2 » pour L\u2019Univers est un ninja.Ne laissant aucune place à l\u2019improvisation, Alex A.sait déjà comment se termineront les aventures d\u2019Iyo.«Avec cette saga, je mets toutes les bases de ma mythologie, qui va régir tout mon univers bédé, y compris L\u2019agent Jean.Vers 19 ou 20 ans, j\u2019ai créé ma propre planète et mon avatar bédé, qui fera l\u2019objet d\u2019une série.Cet avatar habite la terre A et L\u2019Univers est un ninja est l\u2019entrée dans cet univers-là.» S\u2019il est le créateur de l\u2019univers du grand A, Alex A., né Alexandre Couture, ne se voit pas comme son dieu tout-puissant, mais plutôt comme son serviteur.«Vers 19, 20 ans, une certaine spiritualité est entrée dans mon ar t.Je me suis mis à travailler à l\u2019envers.Avant, je créais des personnages ; maintenant, je suis à la recherche de mondes qui existent ailleurs et j\u2019essaie de les mettre sur papier.C\u2019est comme si l\u2019univers que je raconte existait quelque part dans le cosmos, comme si je travaillais pour quelque chose d\u2019autre.C\u2019est weird, hein?» Collaboratrice Le Devoir L\u2019UNIVERS EST UN NINJA LE LIVRE BLEU Alex A.Groupe Modus Montréal, 2016, 126 pages SUITE DE LA PAGE F 1 ATYPIQUE L\u2019univers d\u2019Alex A.en six absurdités Il place des ampoules électriques, des cônes orange et des dés partout dans ses décors.Dans L\u2019Univers est un ninja, l\u2019usine d\u2019ampoules est au bord de la faillite parce que l\u2019usine de cônes gagne en popularité.La première conscience de l\u2019Univers est un bonhomme avec une énorme tête en forme de cerveau.Ses personnages ont besoin d\u2019une bonne mémoire pour retenir un mot de passe de 78 caractères afin d\u2019entrer dans une base secrète.L\u2019aéronef Cheval d\u2019or de l\u2019agent Jean est équipé à la fine pointe de la technologie : « lance-flamme, radar ultra-sonique, machine à crème glacée».Rien ne manque ! Une chance que l\u2019agent Moignons est là pour rappeler à l\u2019agent Jean de ne pas mettre des explosifs dans ses narines.« Je sais que tu es capable», dit-il.Un jour, l\u2019agent Henri se fait enlever le cerveau, mais il survit.Plus tard, il se fait mettre un cerveau bionique et devient l\u2019être le plus intelligent de la planète.NATALIE MARSH BORÉAL INTER Certaines pages du livre brillant de Lisa Moore, pas du tout gnangnan, tirent même quelques larmes.SOURCE GROUPE MODUS Dans l\u2019univers d\u2019Alex A., ses personnages ont besoin d\u2019une bonne mémoire pour retenir un mot de passe de 78 caractères afin d\u2019entrer dans une base secrète.Bande dessinée jeunesse : des incontournables de 2016 Les autres, Iris, Bayard (Canada), 48 pages Mortelle Adèle, Choubidoulove, Mr Tan et Diane Le Feyer, Globule, 80 pages Guiby.L\u2019âme noire, Sampar, éditions Michel Quintin, 116 pages Victor et Igor.Game On!, Maxim Cyr, éditions Michel Quintin, 48 pages Dad.Les nerfs à vif, Nob, Dupuis, 48 pages.Mission Katy Cosmik, Marsi et Venise, Québec Amérique, 64 pages Fabien Deglise L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 L I V R E S \u2014 R A D I C A L E M E N T J E U N E S S E F 3 NOUVEAUTÉ LIVRE-DISQUE Avec les interprètes Richard Séguin, Diane Tell, Louis?Jean Cormier, Ingrid St-Pierre, Juliane Belleau, Daniel Lavoie, Edgar Bori, Kathleen Fortin, Damien Robitaille, Vincent Davy et Marcel Sabourin www.lamontagnesecrete.com C H R I S T I A N D E S M E U L E S A bandonné du jour au lend e m a i n p a r s a m è r e lorsqu\u2019il a eu dix-huit ans, Christopher, qui souffre d\u2019une l é g è r e d é f i c i e n c e i n t e l - l e c tuelle, attend maintenant qu\u2019elle revienne.Il se nourrit de Mae West, regarde la télé, va jouer au bowling, « emprunte » des voitures volées à un petit bum local pour aller rouler sur le boulevard ou se rend au Marcado, le marché aux puces de cette banlieue au sud de Montréal où il a ses habitudes.Le boulevard, quatrième roman jeunesse de Jean-François Sénéchal (Le cri de Léa, Feu), est comme une longue lettre qu\u2019il adresse à sa mère, par tageant patiemment par écrit avec elle durant une année complète des souvenirs, des rencontres faites au quotidien et son incompréhension à la suite de sa disparition.Mais rapidement, dans le récit, un certain nombre d\u2019adjuvants viendront à leur manière soutenir cet « imbécile heureux », comme l\u2019appelait souvent sa propre mère, dans sa quête.Madame Sylvester, la bienveillante propriétaire de l\u2019immeuble, qui lui offre de devenir concierge.Jessica, « la plus belle fille du monde », qui rêve de devenir actrice à Hollywood, qu\u2019il aide à se libérer des grif fes de son amoureux qui abuse d\u2019elle.Joe, un commerçant du Marcado aux prises avec d\u2019impor tantes dettes de jeu, qu\u2019il va essayer d\u2019aider tant bien que mal.Il va aussi peu à peu se rapprocher de Chloé, une voisine qui souf fre elle aussi d\u2019un handicap intellectuel et qui tient avec sa mère un stand au Marcado, où elle vend des tuques tricotées.« J\u2019ai souvent essayé de me faire une blonde, mais c\u2019est vraiment compliqué.Je sais pas pourquoi c\u2019est tellement compliqué, parce que moi je tombe amoureux souvent, avec plein de filles.Pourquoi pas elles aussi ?Je suis pas dif ficile, faut juste qu\u2019elles soient assez belles pis fines avec moi.» Christopher retrouvera-t-il sa mère ?Peu importe, en réalité, c\u2019est l\u2019arbre qui cache la forêt.Comme dans la plupart des quêtes romanesques, le héros va trouver en cours de route bien davantage : il va se découvrir lui-même.Il va prendre confiance en lui, « sociali- s e r » t o u t e n d é c o u v r a n t l\u2019amour et la sexualité.« De toute façon, un adulte, c\u2019est plus un orphelin, c\u2019est supposé se débrouiller sans ses parents », explique-t-il.Mais à travers ce parcours initiatique, ce personnage attachant va aussi trouver encore plus.Des leçons de vie disséminées dans le roman, sans beaucoup de subtilité, pour consolider la quête la plus impor tante du jeune adulte.On ne choisit pas ses parents.Tout le monde a be- s o i n d \u2019 a i d e d e t e m p s e n temps.Il ne faut pas toucher les seins d\u2019une fille sans sa permission.Ou encore : les becs sur la bouche, c\u2019est seulement pour les amoureux.Sur fond d\u2019éveil de la sexualité, d\u2019apprentissage de l\u2019autonomie, de respect des femmes et de toutes les différences, Le boulevard nous raconte une charmante histoire pleine d\u2019aventures urbaines et d\u2019empathie qui \u2014 le genre le commande un peu \u2014 ne s\u2019embarrasse pas trop de vraisemblance narrative.Collaborateur Le Devoir LE BOULEVARD ?Jean-François Sénéchal Leméac Montréal, 2016, 304 pages FICTION QUÉBÉCOISE/JEUNESSE Les chemins de la liberté Dans Le boulevard, un jeune handicapé intellectuel est lancé malgré lui dans un parcours initiatique JEUNESSE AU-DELÀ DE LA FORÊT ?1/2 Nadine Robert et Gérard DuBois Comme des géants Montréal, 2016, 64 pages Personne n\u2019a encore osé s\u2019aventurer au-delà de la forêt.«On raconte [qu\u2019elle] est habitée par des loups, des ogres et des blaireaux géants.Mais mon père n\u2019est pas du genre à croire ces histoires.» Ainsi, sans prendre la route sombre, le père d\u2019Arthur décide de construire une tour en pierre afin de voir ce qui se cache par-delà les arbres.À l\u2019aide de tous les villageois, il entreprend ce travail titanesque et, à bout d\u2019efforts et de patience, il découvre l\u2019horizon.La peur de l\u2019inconnu se mêle ici à cette volonté, cette curiosité qui pousse à découvrir l\u2019autre et à prendre les choses en main.La surprise est souvent bienheureuse et assurément enrichissante, ne serait-ce ici que le travail collectif entrepris pour mener à bien cette mission.Sur ce texte tendre, porté par des personnages solidaires et courageux, empreints d\u2019une force de caractère peu commune, Gérard Dubois évoque avec précision l\u2019atmosphère vieillotte qui règne au cœur des petits villages.Son style expressif nous propulse dans un lointain d\u2019abord isolé par la peur, mais petit à petit \u2014 une roche à la fois \u2014 affranchi de cette méconnaissance de l\u2019autre.Marie Fradette Romans jeunesse : des incontournables de 2016 Les aventures de Pépé.T1, La première mission, Alain M.Ber- geron, FouLire, 48 pages Juliette à Québec, Rose-Line Brasset, Hurtubise, 248 pages Les Soucy d\u2019un Sansoucy.T8, Super bolide, Yvan DeMuy, Éditions Michel Quintin, 256 pages Les mésaventures du Roi Léon, T16, Ouache !, Jean-Pierre Da- vidts et Anne Villeneuve, Boréal Maboul, 56 pages Voyages avec mes parents.T4, Le cirque ambulant, Marie- Louise Gay et David Homel, Boréal junior, 210 pages Marie Fradette J\u2019ai souvent essayé de me faire une blonde, mais c\u2019est vraiment compliqué Christopher, héros de Le boulevard « » M A R I E F R A D E T T E Q ue ce soit la guerre racontée par Ilona Flutsztejn- Gruda dans Quand les grands jouaient à la guerre, la violence dans Nouvelle-Orléans de Camille Bouchard ou encore la délinquance dans le Nous de Patrick Isabel, les thèmes durs s\u2019insinuent abondamment dans les œuvres jeunesse.Assurément, le ton paternaliste et le discours didactique semblent avoir déser té une bonne partie des œuvres jeunesse.Mais derrière des valeurs empreintes de tolérance, d\u2019ouverture à l\u2019autre, les auteurs et éditeurs \u2014 souvent soumis aux diktats des comités de parents scrupuleux \u2014 sortent-ils vraiment des sentiers battus?La morale s\u2019insinue toujours dans le corpus et on ne peut y faire abstraction puisque c\u2019est là l\u2019essence même du texte jeunesse.Former, éduquer, informer.Toutefois, la façon de faire est nécessairement différente d\u2019il y a 50 ans.Pour Nadine Robert, auteure et éditrice chez Comme des géants, «la morale se présente de diverses façons.Elle est par fois directe et appuyée, d\u2019autres fois sous forme d\u2019allégorie, de transposition ou à travers une métaphore.Personnellement, je ne crois pas qu\u2019elle est plus subtile qu\u2019avant».L\u2019ère des tabous semble être révolue.On parle de violence, de mort, de maladie, mais est- ce que tout peut vraiment s\u2019écrire en littérature jeunesse?Les auteurs et éditeurs témoignent en général de l\u2019ouverture de la littérature jeunesse, notamment en ce qui a trait à des sujets sociaux graves, à des thèmes mettant en scène les plus faibles.Mais dans toute cette liber té apparente, un thème reste particulièrement sensible.«Nous sommes dans une période où l\u2019on tente surtout d\u2019être inclusifs, de faire une représentation plus juste de la société, de traiter des laissés-pour-compte.On parle beaucoup de la guerre et de ses conséquences.On met souvent en scène l\u2019enfant face à la guerre, à la mort, aux conflits.On crée plus de personnages féminins forts.On parle d\u2019homopa- rentalité, d\u2019intimidation, de mul- ticulturalisme.Par contre, on a plus de difficulté à représenter la nudité: le corps humain est redevenu tabou après les diverses révolutions culturelles et sexuelles des périodes 1960-1970 », explique Mathieu Lavoie.Apparente ouverture L\u2019angle accepté en jeunesse tiendrait plus du politiquement correct que de la liberté.Mis à par t quelques cas plus rebelles, nous sommes même plus frileux que dans les années 1970-1980.Nadine Rober t confie qu\u2019« aujourd\u2019hui, on fait plus attention à la sensibilité des enfants, à la représentation des genres et des stéréotypes.Les auteurs et les éditeurs ne veulent bousculer personne, et veulent surtout faire consensus.Malheur à vous si le personnage de la mère n\u2019est pas la représentation de la femme moderne et émancipée d\u2019au- jourd\u2019hui.Dans ce sens, on peut dire qu\u2019il y a une forme de rigidité.Heureusement, cer tains éditeurs n\u2019en font pas toute une af faire et font confiance à l\u2019intelligence des jeunes lecteurs».Camille Bouchard a d\u2019ailleurs vécu un épisode témoignant de la fermeture de certaines maisons.« Une maison d\u2019édition qui m\u2019avait commandé une histoire forte pour ébranler les jeunes adultes s\u2019est finalement retirée du projet quand j\u2019ai intégré des éléments religieux dans l\u2019histoire.Et attention ! Je ne favorisais pas l\u2019une ou l\u2019autre religion, au contraire ! Je démontrais à quel p o i n t , p e u i m p o r t e l e s croyances, nous par tageons tous les mêmes valeurs.Mais nenni ! Il a fallu que je trouve un autre éditeur pour ce texte, et le roman sera publié l\u2019an prochain\u2026 pour les adultes.» Collaboratrice Le Devoir La morale dans la littérature jeunesse Moins de paternalisme pour plus de frilosité P A L M A R È S AUTEUR/ÉDITEUR CLASSEMENT PRÉCÉDENT/ NB DE SEMAINE(S) RANG 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Romans québécois La femme qui fuit Anaïs Barbeau-Lavalette/Marchand de feuilles 7/11 L\u2019Autre Reflet Patrick Senécal/Alire 1/6 Conversations avec un enfant curieux Michel Tremblay/Leméac 2/5 Les chevaliers d\u2019Antarès \u2022 Tome 4 Chimères Anne Robillard/Wellan 3/4 La fois où.j\u2019ai suivi les flèches jaunes Amélie Dubois/Les Éditeurs réunis 5/6 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 2 La faute.Jean-Pierre Charland/Hurtubise 4/6 L\u2019amour au temps d\u2019une guerre \u2022 Tome 3 1945.Louise Tremblay-D\u2019Essiambre/Guy Saint-Jean 6/8 Sur les berges du Richelieu \u2022 Tome 1 La tentation.Jean-Pierre Charland/Hurtubise 10/2 Les empocheurs Yves Beauchemin/Québec Amérique \u2013/1 Danger! Femmes en SPM Catherine Bourgault/Les Éditeurs réunis \u2013/1 Romans étrangers Le piège de la belle au bois dormant Alafair Burke | Mary Higgins Clark/Albin Michel 1/3 La chimiste Stephenie Meyer/Lattès 3/2 Délires mortels Kathy Reichs/Robert Laffont 2/9 L\u2019homme qui voyait à travers les visages Éric-Emmanuel Schmitt/Albin Michel 6/15 Si tu me voyais comme je te vois Nicholas Sparks/Michel Lafon 5/13 Intimidation Harlan Coben/Belfond 4/6 Les nouveaux amants Alexandre Jardin/Grasset 7/5 Demain les chats Bernard Werber/Albin Michel 8/11 La main de Dieu Philip Kerr/Masque 9/2 Chanson douce Leïla Slimani/Gallimard 10/4 Essais québécois En as-tu vraiment besoin?Pierre-Yves McSween/Guy Saint-Jean 1/8 Le code Québec J.-M.Léger | J.Nantel | P.Duhamel/Homme 3/11 Le témoin Lino Zambito/Homme 2/5 Les yeux tristes de mon camion Serge Bouchard/Boréal 4/6 Et si la beauté rendait heureux François Cardinal | Pierre Thibault/La Presse 5/8 Je ne sais pas pondre l\u2019œuf, mais je sais.Josée Blanchette/Flammarion Québec 8/11 Un présent infini Rafaële Germain/Atelier 10 6/3 Les superbes Collectif/VLB \u2013/1 Politiques de l\u2019extrême centre Alain Deneault/Lux \u2013/1 Le centre du monde Emmanuelle Walter/Lux 9/2 Essais étrangers Sapiens.Une brève histoire de l\u2019humanité Yuval Noah Harari/Albin Michel 1/43 De l\u2019âme François Cheng/Albin Michel 4/2 Toutes ces grandes questions sans réponse Douglas Kennedy/Belfond 3/6 Qui gouverne le monde?L\u2019état du monde 2017 Collectif/Découverte 10/11 Laëtitia ou la fin des hommes Ivan Jablonka/Seuil 6/6 Guide des égarés Jean d\u2019Ormesson/Gallimard 2/5 La puissance de la joie Frédéric Lenoir/Fayard \u2013/1 Dernières nouvelles des trous noirs Stephen Hawking/Flammarion 5/2 Sous le drapeau noir.Enquête sur Daesh Joby Warrick/Cherche Midi \u2013/1 Rouge.Histoire d\u2019une couleur Michel Pastoureau/Seuil \u2013/1 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Du 5 au 11 décembre 2016 La BTLF (Société de gestion de la Banque de titres de langue française) est propriétaire du système d\u2019information et d\u2019analyse Gaspard sur les ventes de livres français au Canada.Ce palmarès est extrait de Gaspard et est constitué des relevés de caisse de 260 points de vente.La BTLF reçoit un soutien financier de Patrimoine canadien pour le projet Gaspard.© BTLF, toute reproduction totale ou partielle est interdite.ÉDITIONS MICHEL QUINTIN Extrait de la série Savais-tu ?Spécial des pères.Le ton paternaliste et le discours didactique semblent avoir déserté une bonne partie des œuvres jeunesse. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 L I V R E S \u2014 R A D I C A L E M E N T J E U N E S S E F 4 romans jeunesse + CD avec narrateur, acteurs, musique et habillage sonore un cadeau parfait pour vos jeunes lec teurs! Des auteurs alexandre et Mathieu Van asse Le masque amérindien Les bateaux volants planeterebelle.qc.ca Lauréat du prix du Livre audio 2015 traduisent d\u2019ailleurs une grande ouverture envers tout ce qui touche à la liberté d\u2019être.Le personnage de la princesse décoincée s\u2019inscrit ainsi parfaitement dans cet esprit.Mais parallèlement à cette émancipation de la figure, et malgré tout le travail accompli par les femmes, les modèles féminins présentés aux jeunes filles dans les publicités tiennent encore à cette idée de per fection esthétique.L\u2019histoire de Safia Nolin en est une preuve.La princesse parfaite est encore et toujours bien vivante dans le discours social ambiant.Alors, mettre en scène des héroïnes qui rotent, qui ne savent pas valser et qui s\u2019habillent de façon singulière permet de déconstruire les idées reçues et d\u2019offrir aux petites des modèles qui valorisent l\u2019acceptation de soi et tendent ainsi à les décomplexer.Cela permet aussi d\u2019appréhender la diversité sociale du monde autour des enfants, loin des préjugés et des conformismes habituels.Ainsi en est-il aussi de quantité d\u2019albums et de petits romans, notamment Recette de fille à la sauce princesse de Carole Tremblay et Céline Malé- part, Justine Chevalière d\u2019Émilie Rivard, ou encore La vérité sur les vraies princesses de Philippe Béha et Dominique De- mers paru en 2012.Dans cet album, le duo combine le modèle classique et la nouvelle princesse.Présentant d\u2019abord les clichés entourant cette figure, les illustrations sur fond rose appuient le texte de De- mers qui met en lumière ce qu\u2019est une princesse depuis la nuit des temps.Puis la question tombe : « Mais tout cela est-il vraiment vrai ?» Sur les fonds blancs apparaissent ensuite des princesses éclatées, dif férentes, singulières, que Béha présente grâce à l\u2019utilisation de plusieurs techniques.Défaire les mythes Les jeunes filles « n\u2019apprendront jamais assez tôt qu\u2019elles n\u2019ont pas à s\u2019imposer des limites que les garçons n\u2019ont pas.Cela dit, j\u2019aime que les histoires s\u2019adressent autant aux filles qu\u2019aux garçons, que les deux sexes reçoivent le même message.Qu\u2019ils soient vus comme des enfants avant d\u2019être classés dans la catégorie fille ou garçon », raconte Émilie Rivard, qui vient tout juste de faire paraître Justine Chevalière (Québec Amérique).Élise Gravel reprend ce même concept dans Ada la grincheuse en tutu (La Pastèque).Sans mettre en scène le personnage de la princesse, elle présente une fillette qui refuse de faire du ballet et se découvre plutôt une passion pour le karaté.Pour équilibrer le tout, elle met parallèlement en scène un garçon vêtu du keikogi qui déclare détester le karaté.Les auteurs et illustrateurs travaillent fort pour défaire le mythe.Et bien qu\u2019elle puisse se présenter sous dif férentes formes \u2014 Alain M.Bergeron soutient qu\u2019il y a autant de princesses qu\u2019il y a de dames \u2014, la jeune fille bien dans sa peau sous-tend avant tout le discours tenu par les auteurs : « Le problème n\u2019est pas d\u2019être une princesse.C\u2019est plutôt de s\u2019empêcher de faire quoi que ce soit (de dire ce qu\u2019on pense, de courir par tout, d\u2019être un peu dingue, de péter, de faire des grimaces, de jouer dans la bouette\u2026) parce qu\u2019on doit satisfaire cer tains standards, parce que ça ne convient pas à l\u2019image des princesses » , raconte Émilie Rivard.Si la princesse moderne, émancipée, cohabite harmonieusement aujourd\u2019hui avec Cendrillon et autres poupées de rêve dans la littérature jeunesse, il reste encore beaucoup de chemin à faire dans la société réel le .Les bel les robes attirent encore et toujours une majorité de filles attendant impatiemment l\u2019arrivée du prince qui les accompagnera à leur bal des finissants.Et, lors du dernier gala de l\u2019ADISQ, Denise Bombardier n\u2019a-t-elle pas condamné l\u2019image de Nolin en la comparant à l \u2019élégance de Céline Dion ?Princesses modernes, princesses classiques : le crêpage de chignons ne semble pas prêt de s\u2019arrêter.Collaboratrice Le Devoir SUITE DE LA PAGE F 1 PRINCESSES M A R I E F R A D E T T E P etit moment en apesanteur avec un grand homme.On le connaissait astronaute, chanteur et musicien, fan de David Bowie.Revenu les pieds sur Terre depuis plus de trois ans et la fin de sa mission dans la Station spatiale internationale, Chris Hadfield, jeune retraité de l\u2019Agence spatiale canadienne, a décidé de se faire auteur jeunesse avec Plus noir que la nuit (Scholastic).Dans cet album illustré par les frères Fan et traduit par Christiane Duchesne, Hadfield raconte l\u2019origine de sa passion pour l\u2019espace et évoque l\u2019importance d\u2019entretenir ses rêves pour les faire passer du côté de la réalité.Le goût de l\u2019espace et de ses mystères a toujours fait partie de l\u2019astronaute.Né en 1959, il dévore les bandes dessinées de science-fiction, écoute Star Trek, 2001 : l\u2019odyssée de l\u2019espace, dans lesquels il voit une permission d\u2019imaginer.« Au même moment, il y a eu les explorations spatiales, Neil Ams- trong qui a marché sur la Lune, que j\u2019ai vu en direct à la télévision, dit l\u2019astronaute, rencontré par Le Devoir à Montréal lors de son passage au Salon du livre.De voir ça, de témoigner de cette réalité que certains auteurs avaient imaginée, c\u2019était comme une invitation pour moi.À ce moment-là, il y a eu un chemin qui s\u2019est ou- ver t entre la réalité et mon rêve.La science-fiction, les images au cinéma, c\u2019était im- por tant, mais la réalité qui existait dorénavant entre eux, c\u2019est ce qui m\u2019a lancé.» Plus noir que la nuit est un album autobiographique dans lequel on découvre l\u2019enfance de Chris Hadfield, sa peur incontrôlable de la nuit, de la noirceur qui « attire les pires extraterrestres qui soient » et qui l\u2019empêche de fermer l\u2019œil.Puis, il raconte comment il s \u2019 e s t d é b a r r a s s é d e s e s craintes grâce à ce moment unique vécu devant la télévision du voisin, la seule de toute Stag Island, dans le sud de l\u2019Ontario.«Pour moi, c\u2019était nécessaire d\u2019unir l\u2019imagination et la réalité.Moi qui avais la frousse, j\u2019ai trouvé une façon d\u2019aller au-delà de ça pour vivre mon rêve.» Et c\u2019est justement ce qu\u2019il veut transmettre aux lecteurs par ce t a lbum.« Pendant 20 ans j\u2019ai rencontré beaucoup d\u2019enfants dans les écoles.En écrivant le livre, je me suis dit que je devais leur montrer que la peur est quelque chose de tout naturel, mais surtout qu\u2019il est important de la gérer.Parce qu\u2019avoir peur, ce n\u2019est pas la fin de tout, au contraire, c\u2019est le commencement de quelque chose de fort.» Pour l\u2019astronaute, l\u2019année 1 9 6 9 r e s t e a i n s i g r a v é e comme les prémisses de ce qui allait lui permettre d\u2019accéder aux é to i les .Pendant 20 ans il a travaillé sept jours sur sept pour mener à bien cette mission.D\u2019ailleurs, il souligne avec force que poursuivre l\u2019exploration dans son sens large, foncer, reste essentiel à la vie humaine, voire inné.« J\u2019ai une petite fille qui vient de commencer à marcher.La nécessité d\u2019explorer soi- même, de goûter, de tester, de découvrir, c\u2019est fondamental pour notre santé, notre compréhension du monde.Nous avons exploré la terre, sa surface, ses profondeurs, mais depuis un peu plus de 50 ans, il est possible de voyager verticalement.» Si Gagarine, Armstrong et Garneau ont assuré les premiers pas de l\u2019exploration, si la possibilité de vivre dans l\u2019espace existe maintenant grâce à la Station spatiale, le prochain stade sera celui d\u2019installer un petit village sur la Lune.« Dans 15-20 ans peut-être.J\u2019ai 57 ans, j \u2019aurai 77 ans.Pourquoi pas ?Il faut compter seulement trois jours pour se rendre sur la Lune.J\u2019espère pouvoir y aller, qu\u2019on pourra y aller.Pas pour visiter comme des touristes, mais bien pour l\u2019explorer.C\u2019est essentiel pour la santé de notre civilisation.» Collaboratrice Le Devoir PLUS NOIR QUE LA NUIT Chris Hadfield Scholastic Montréal, 2016, 48 pages RENCONTRE Voyage au bout de ses rêves Chris Hadfield signe un album jeunesse sur les origines de sa passion Albums illustrés : des incontournables de 2016 Pour les petits Tempête sur la savane, Mi- chaël Escoffier, D\u2019eux, 24 pages Au-delà de la forêt, Nadine Robert, Comme des géants, 64 pages 752 lapins, François Blais, 400 coups, 32 pages Aaah!Bécédaire, Élaine Tur- geon, Druide, 56 pages Le hareng rouge, Gonzalo Moure, 400 coups, 26 pages Pour les grands Louis parmi les spectres, Fanny Britt et Isabelle Ar- senault, La Pastèque, 160 pages Si j\u2019étais ministre de la Culture, Carole Fréchette, D\u2019eux, 24 pages La belle histoire d\u2019une vieille chose, Louis Émond, La Bagnole, 38 pages Le tragique destin de Pépito, Pierre Lapointe, Comme des géants, 92 pages Une berçeuse en chiffon.La vie tissée de Louise Bourgeois, Amy Novesky, La Pastèque, 42 pages Marie Fradette SCHOLASTIC L\u2019année 1969, celle du premier pas de l\u2019homme sur la Lune, a marqué l \u2019enfance de Chris Hadfield, puis son destin.M A R I E F R A D E T T E L e meur tre sordide d\u2019un adolescent dans Le cou de la girafe de Camille Bouchard ou d\u2019un jeune transphobe dans L\u2019enfant mascara de Simon Boulerice (Leméac).Une critique de ces yeux qui se ferment parfois pour ne pas voir les exac t ions perpét rées contre d\u2019autres.Des cochons qui se questionnent sur la nécessité ou pas de se conformer aux normes sociales\u2026 Il y a la littérature jeunesse normative et moralisatrice.Et il y a aussi les chemins « de travers » que cer tains auteurs et éditeurs sont de plus en plus nombreux à emprunter, en faisant fi des règles de bienséance et en prenant sur tout le risque de ne plus se retrouver sur les étagères des bibliothèques des écoles, pourtant les plus gros clients des éditeurs jeunesse.L\u2019irrévérence cherche à dé- concer ter les lecteurs, mais aussi à les faire réfléchir.Elle of fre des avenues nouvelles, un angle inattendu qui bouscule les a priori, comme dans Le tragique destin de Pépito (Comme des géants) de Catherine Lepage et Pierre Lapointe, qui s\u2019inscrit dans cette vague en mettant en scène un petit garçon intimidé qui termine son existence au fond d\u2019une rivière.Pour l\u2019auteure Nadine Robert, la méchanceté des personnages principaux ou encore les dénouements malheureux et les comportements délinquants alimentent cette littérature qui ose, en s\u2019attaquant parfois aux contradictions d\u2019une société où tout le monde doit, en apparence, donner au suivant, par la mise en scène de personnages égoïstes venant heurter les bons sentiments.Le genre est en croissance, même si, malgré le bon vouloir de certaines maisons, dit l\u2019éditeur et auteur Robert Soulières, rien n\u2019est totalement gagné.« Je crois qu\u2019on a du chemin à faire ici.Nous vivons dans une société assez polie, tolérante et respectueuse.Personnellement, j\u2019aime bien provoquer.Soulières éditeur n\u2019a pas hésité une seconde en exposant un père transgenre dans La forme floue des fantômes de Camille Bouchard ou en dénonçant le racisme dans Quand hurle la nuit de Mario Brassard.Une simple histoire d\u2019amour, d\u2019Angèle Delaunois, aborde même la question très délicate du viol collectif.» Une histoire de caca L\u2019irrévérence remonte à loin.Avant d\u2019être intégrés au corpus jeunesse, les contes de Per- rault ont soulevé des discussions chez les pédagogues des XVIIIe et XIXe siècles.Les uns condamnaient le propos qui contredisait la mission éducative de la littérature jeunesse, les autres voyaient tout le potentiel d\u2019imagination que ces œuvres pouvaient déployer.Étaient-ils irrévérencieux pour autant ?Il a quand même fallu attendre le XXe siècle avant que les éditeurs en proposent des versions non édulcorées.Selon les époques, et les régions géographiques, même, l\u2019irrévérence n\u2019est pas perçue de la même façon.Mieux, certains thèmes passés sous le couperet de la censure il y a 30 ans sont maintenant banalisés.Pour Mathieu Lavoie, le caca en est le plus bel exemple : « Quand le caca devient mainstream, il est banalisé, il n\u2019est plus irrévérencieux, pauvre caca.Alors, on parle de pipi, de crottes de nez, de pets.Irrévérencieux?Tout dépend de la façon, originale ou pas, dont on traite le sujet.Et l\u2019on parle aussi de zizis, de zézettes, de sexualité.» En France, les Vincent Malone, André Bouchard, Clément Chaber t frappent for t avec des personnages sans scrupule, notamment ce lion qui mange une petite fille dans Les lions ne mangent pas de croquettes (Seuil jeunesse), des moutons qui laissent tomber la lutte avec le loup et ferment les yeux sur le massacre, dans Le jour où les moutons décidèrent d\u2019agir (La Martinière jeunesse) ou encore Malone avec sa série Kiki.Si vous avez aimé le Kâma- sûtra, vous aller adorer Kiki a un kiki (Seuil jeunesse).Le livre a défrisé récemment la direction d\u2019une école primaire dans le comté de Portneuf, qui a préféré le sortir des murs de son établissement.Comme quoi, de tout temps, la tolérance, le respect, la bienséance, l\u2019espoir, voilà ce qui est finalement ébranlé quand on parle d\u2019irrévérence en littérature jeunesse.Collaboratrice Le Devoir Quand la vérité choque L\u2019irrévérence bouscule la littérature jeunesse et ébranle toujours les conservatismes I L L U S T R A T I O N : C A R O L I N E M E R O L A Des petites vaches pour Noël CHACUN SA FENÊTRE POUR RÊVER DES POÈMES DE PIERRE LABRIE, ILLUSTRÉS PAR MIKA 88 PAGES / 9,95 $ SATURNE, LE CHEVAL DE CIRQUE DE JENNIFER TREMBLAY ILLUSTRÉ PAR JEAN-LUC TRUDEL 64 PAGES / 9,95 $ LA MASCOTTE DE LA BIBLIOTHÈQUE D\u2019ANDRÉE-ANNE GRATTON ILLUSTRÉ PAR PAUL ROUX 80 PAGES / 9,95 $ Collection MA PETITE VACHE A MAL AUX PATTES POUR LES 7 ANS ET PLUS SOULIÈRES ÉDITEUR 20 ANS des livres pour tous les âges depuis 20 ans! www.soulieresediteur.com J\u2019aime que les histoires s\u2019adressent autant aux filles qu\u2019aux garçons, que les deux sexes reçoivent le même message.Qu\u2019ils soient vus comme des enfants avant d\u2019être classés dans la catégorie fille ou garçon.Émilie Rivard, auteure jeunesse « » L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 L I V R E S \u2014 R A D I C A L E M E N T J E U N E S S E F 5 4e ÉDITION BRICOLAGE, JEU DE PISTE, COURTS-MÉTRAGES ET PLUS ! JUSQU'AU 8 JANVIER 2017 MUSEE-STEWART.ORG JEAN-DRAPEAU EXPOSITION GRATUITE conte de suzanne De Serres Musique par I Musici de montréal jusqu\u2019au 12 mars 2017 les aventures d\u2019 Conte à voir et à entendre Une histoire qui prend vie au musée al red f O ù est passée cette adaptation pour enfants de Moby Dick qui traînait dans la chambre des petits ?N\u2019ai-je pas vu, pas plus tard que la semaine passée, ma fille de trois ans bardasser cet album aux pages lacérées, à la couver ture à moitié arrachée, presque aussi mal emmanché, bref, que le Pe- quod après la charge mortelle du monstrueux cachalot ?Jamais été un des « meilleurs vendeurs » de la maison, de toute manière.C\u2019était un vieux machin, avec des illustrations en noir et blanc, bien loin des somptuosités graphiques d\u2019aujourd\u2019hui.On peut soupçonner le paternel d\u2019avoir pris, à cette épopée baleinière, davantage de plaisir que sa progéniture.Mais où retrouver alors, dans la littérature jeunesse, l\u2019esprit de la grande aventure américaine ?Dans Les ver tes collines d\u2019Afrique, Hemingway affirma fameusement que « toute la littérature américaine moderne sort d\u2019un livre de Mark Twain appelé Huckleber r y Finn ».Il voyait dans ce roman picaresque et sa langue résolument vernaculaire une ligne de partage des eaux : après Huckleberry Finn (1884), les écrivains américains cessèrent d\u2019écrire en anglais pour commencer à écrire l\u2019américain.Mais au-delà même du sens à donner à cette lapidaire remarque échappée entre deux poursuites des cornes spiralées du grand koudou, il convient de signaler que le roman de Twain est, en quelque sorte, un ouvrage pour la jeunesse qui a mal tourné.L\u2019auteur avait-il prévu dès sa conception d\u2019y aborder des thèmes aussi graves et délicats que le racisme et le meurtre ?Le livre se voulait d\u2019abord une suite à The Adventures of Tom Sawyer, considéré, lui, comme un véritable classique de la littérature pour la jeunesse \u2014 même si Twain, jamais à court de boutades, le décrirait un jour comme un « roman pour enfants pour adultes ».Prenons le temps d\u2019apprécier l\u2019ambivalence de la formule.Une même ambiguïté semble entourer les aventures du petit copain de Sawyer, Huckleberry Finn.Je revois l\u2019édition à couverture rigide dénichée dans une bouquinerie de la côte Est américaine : le look naïf, très « roman pour jeunes ados» du dessin de la jaquette\u2026 Guidé par Huckleberry Finn Revenons à notre époque de découpage de la saucisse éditoriale en tranches d\u2019âge.J\u2019ai décidé de faire des Aventures de Huckleberry Finn le fil conducteur de mon incursion critique dans l\u2019univers des livres pour enfants.Si la littérature étasunienne venait tout droit d\u2019un faux roman pour la jeunesse, j\u2019allais, pour ma part, m\u2019employer à trouver une trace de la littérature américaine (ses clichés, ses paysages, son essence même\u2026) dans la production actuelle d\u2019ouvrages destinés à un jeune public.Fil conducteur qui me serait bien utile au moment de m\u2019aventurer, tout seul comme un grand, dans le capharnaüm bariolé qu\u2019est la section des livres pour enfants de n\u2019importe quelle grande librairie.Que de forêts (sombres et menaçantes ou enchantées), que de loups (foncièrement méchants et sanguinaires, la plupart du temps), que de bestioles parlantes, de mondes imaginaires, de châteaux sublimes ou hantés, de géants, princesses, dragons, pirates (très populaires bien qu\u2019ils furent, dans la réalité, des massacreurs sans pitié : un peu comme si on exaltait, pour l\u2019édification des jeunes esprits, la brutalité du Chicago d\u2019Al Capone).Au fait, que raconte Huckleberry Finn ?Un gamin de quatorze ans que son père alcoolique a tenté d\u2019occire se construit un radeau et se lance à la dérive sur les eaux du Mississippi en compagnie d\u2019un esclave noir fugitif.Trois grands thèmes : l\u2019aventure, l\u2019amitié, la liberté.Après m\u2019être enfoncé entre les rayonnages et perdu \u2014 le temps n\u2019existait plus, dehors le blizzard noyait tranquillement la ville sous une housse féerique de silence blanc \u2014 comme au sein de la forêt primordiale, j\u2019ai fini par tomber sur les incarnations contemporaines de Huck et du nègre Jim.Oui, j\u2019ai retrouvé «the old american spirit» dans un livre édité à Paris, mis en pages à Bruxelles, illustré en Suisse et imprimé en Italie.Les fugitifs s\u2019appelaient Duke, un clown, et Oregon, un ours de foire.L\u2019éternel duo du petit futé et du gros balourd.L\u2019alliance du malin et de l\u2019innocence: c\u2019est George et Lenny dans Des souris et des hommes, Jon Voight et Dustin Hoffman dans Macadam Cowboy, et c\u2019est immortel comme l\u2019Amérique.Vers l\u2019Ouest toute ! Fatigué de faire le pitre sur une bicyclette, le plantigrade demande à son ami de l\u2019emmener là-bas, dans « la grande forêt ».Et les voici partis sur la route, en autobus, puis sur le pouce, cheminant aux côtés d\u2019un camionneur noir, d\u2019un voyageur de commerce, d\u2019une « starlette de supermarché » et d\u2019un « chef indien déplumé ».Et dans quelle direction aller, sinon vers cet Ouest toujours rêvé, toujours à réimaginer ?Vers la fin, ils « sautent » même d\u2019un train, comme à la belle époque des hobos et de Jack Kerouac.Rimbaud n\u2019est pas cité en exergue pour rien ! Duke, le clown triste, narre leur aventure : « Les oiseaux pour réveille-matin, les rivières pour salle de bain, le monde entier nous appartenait.Il me restait deux dollars oubliés au fond de ma musette.J\u2019en ai fait des ricochets sur la Platte River.» Si on a droit, ici, à une imagerie d\u2019Épinal, c\u2019est, bien loin des fantasmes disneyiens, celle d\u2019une Amérique moitié industrialisée, moitié en friche ou sauvage, vaste horizon où les décors fabriqués se dressent en témoins stoïques d\u2019une grandeur décrépite.Dans une chambre du Sioux Motel au milieu de nowhere, Oregon se gave de hamburgers pendant qu\u2019un western passe à la télé.Une autre fois, ils dorment dans la carcasse abandonnée d\u2019une Chevrolet 1935.C\u2019est très beau\u2026 Mais rien ne garantit que mes enfants vont aimer ça.Et s\u2019ils allaient me réclamer encore Tintin en Amérique à la place ?Au rayon du pur divertissement, l\u2019Amérique de Hergé, pétrie d\u2019affairisme, de banditisme, de racisme et de suprémacisme blanc, passe le test haut la main.Mes deux rêveurs innocents ignorent qu\u2019ils vivent dans un monde obsédé de rectitude politique et de puritanisme idéologique faisant de Tintin un suspect.Berçons cette précieuse illusion et repartons à la conquête d\u2019un continent.À nous quatre, Al Capone ! LE VOYAGE D\u2019OREGON ?Louis Joos et Rascal Pastel Paris, 2011, 40 pages TINTIN EN AMÉRIQUE ?Hergé Casterman Bruxelles, 1945, 62 pages Le cri de la liberté De la nécessité du récit d\u2019aventure dans un monde obsédé de rectitude et de puritanisme LOUIS HAMELIN PASTEL Le voyage d\u2019Oregon raconte la quête de liberté d\u2019un clown et d\u2019un ours. L E D E V O I R , L E S S A M E D I 1 7 E T D I M A N C H E 1 8 D É C E M B R E 2 0 1 6 L I V R E S \u2014 R A D I C A L E M E N T J E U N E S S E F 6 Abonnez votre enfant, neveu ou nièce, petit-?ls ou petite-?lle à : Bayardjeunesse.ca/DV ou 1 866 600 0061 en mentionnant le code promo : 1712NODV Onze cadeaux en un ! 6 à 10 ans 9 à 14 ans 14 à 17 ans Nouveau mag pour les ados ! En prime ! À Noël, donnez un cadeau enrichissant et amusant ! Un magazine livré chaque mois* à la maison de l\u2019heureux abonné .Un magazine qui donne le goût de lire et de découvrir.Un magazine fait au Québec pour les jeunes d\u2019ici ! * sauf au mois d\u2019août.« Comment donner le goût de la lecture et de la science à nos jeunes ?En les abonnant à un magazine éducatif et ludique ! Les Explorateurs, Les Débrouillards et Curium sont des magazines branchés sur les intérêts et besoins des jeunes Québécois et Québécoises qui veulent tout savoir ! Merci de nous faire con?ance depuis 35 ans.» L\u2019éditeur et fondateur, Félix Maltais J e suis un gros lecteur.L\u2019an dernier, par exemple, j\u2019ai lu très exactement \u2014 je suis un peu statisticien aussi \u2014 198 ouvrages.En détail, ça signifie 139 essais, 23 romans ou recueils de nouvelles, 8 biographies, 8 pièces de théâtre, 7 recueils de poésie et 13 romans jeunesse.Que cette dernière catégorie littéraire figure à mon menu habituel de lecture semble surprenant pour certains.Quoi ?Un lecteur spécialisé comme moi lit ce genre de trucs ?Oui, non sans une saine nostalgie de mon adolescence et avec grand plaisir et intérêt, en plus.Voici pourquoi.On imagine facilement que, pour lire autant d\u2019ouvrages en une année, en plus des journaux et des magazines, il faut lire tout le temps.C\u2019est ce que je fais, au moins six heures par jour.Mon pain littéraire, au quotidien, est composé d\u2019essais.J\u2019aime les idées, la pensée et les débats.En lire presque sans cesse m\u2019est presque aussi indispensable pour vivre que de respirer et de manger.Les essais, toutefois, sont des lectures exigeantes, qui nécessitent une intense mobilisation mentale.Il m\u2019arrive donc d\u2019avoir besoin d\u2019une pause, dans cette aventure, pour éviter la fatigue.Or, un repos, pour un accro de la lecture comme moi, ça ne signifie pas faire autre chose, mais plutôt lire autre chose.Aussi, entre deux essais lus pour en rendre compte dans Le Devoir, je lis des nouvelles et des poèmes \u2014 la forme brève est idéale pour un intermède \u2014 ainsi que des romans pour ados.Je n\u2019aime pas que les idées ; j\u2019ai aussi besoin d\u2019histoires, mais le temps me manque pour lire les derniers Louis Ha- melin et Yves Beauchemin.Les romans pour ados, principalement québécois, viennent à ma rescousse quand je suis en manque de substance narrative.Marcher sur un fil Peut-on dire, alors, que je me contente d\u2019une littérature de pacotille, tout juste bonne à divertir les jeunes?Certains le croient.Dans Le gardien de la norme (Boréal, 2016), le regretté réviseur linguistique Jean-Pierre Leroux qualifie la littérature jeunesse d\u2019« écriture formatée » et déplore son réalisme «navrant», son style rudimentaire et ses contenus aseptisés (pas de sexe ni de violence, souligne-t-il).Il n\u2019a pas tout à fait tor t.Bien des romans contemporains pour la jeunesse pataugent dans un accablant conformisme psy et sont rédigés dans une langue tristement primaire.Le genre, pourtant, n\u2019est pas condamné à cette médiocrité, un écueil qui ne lui est d\u2019ailleurs pas exclusif.La littérature jeunesse marche sur un fil.Elle doit, pour être réussie, être accessible à de jeunes lecteurs, c\u2019est-à-dire cultiver un permanent souci de lisibilité \u2014 à cet égard, bien des romans pour adultes devraient s\u2019en inspirer \u2014, sans tomber dans la banalité.Elle doit, de plus, captiver un public neuf, dont le bagage culturel est forcément léger, sans succomber à la complaisance identificatoire.Les jeunes, en effet, comme nous, lisent pour se reconnaître, mais aussi pour élargir leur mentalité, pour aller voir ailleurs.Les bons romanciers jeunesse leur offrent cette aventure et peuvent captiver, ce faisant, les anciens jeunes que nous sommes.Le chef-d\u2019œuvre québécois, dans le genre, est certes L\u2019intégrale des raisins (Boréal, 2010), du défunt Raymond Plante.Subtil roman d\u2019apprentissage narré par un adolescent à l\u2019esprit vif et porté sur la culture, cette œuvre est porteuse d\u2019une vraie profondeur humaine.Autre classique québécois du genre, la série Sauvage (Québec Amérique, 2010), de François Gravel, mélange avec brio l\u2019énigme et le suspense, tout en usant d\u2019ingénieuses mises en abyme qui sont des éloges en acte de la puissance de l\u2019imagination.Allergique au moralisme qui plombe souvent la littérature jeunesse, Gravel, aussi auteur de poèmes et d\u2019essais pour les enfants, est un maître raconteur et probablement le plus brillant écrivain jeunesse québécois vivant.Le prolifique Camille Bouchard fait mentir, quant à lui, ceux qui affirment que cette littérature manque d\u2019esprit d\u2019aventure.Bouchard transporte ses jeunes lecteurs dans la Louisiane des pionniers ou esclavagiste (Nouvelle- Orléans, Québec Amérique, 2016) et dans le Mexique des narcotrafiquants (Les chiens entre eux, Québec Amérique, 2014) avec un ar t consommé du récit rocambolesque.Animé d\u2019une semblable énergie narrative, Alain M.Bergeron parvient même à captiver en proposant un roman à thèse (L\u2019initiation, Soulières, 2005) contre certains rites qui minent le sport scolaire.Les romans sociaux de Laurent Chabin (La maison du silence, Hurtu- bise, 2016) sont aussi de formidables récits d\u2019apprentissage.Tous ces auteurs, et d\u2019autres, comme Michèle Marineau, Élisabeth Turgeon et Reynald Cantin (Ève Paradis, Québec Amérique, 2005), maîtrisent l\u2019art de créer des œuvres lisibles, captivantes et riches en humanité, qui se dévorent en quelques heures et qu\u2019on peut partager avec nos enfants ou nos élèves.Ce sont de bons romanciers.Pour tous.louisco@sympatico.ca Pourquoi je lis des romans pour ados ?La littérature jeunesse de qualité a beaucoup à offrir aux lecteurs de tous âges LOUIS CORNELLIER Roman pour adolescents : des incontournables de 2016 Hare Krishna, François Gilbert, Leméac, 200 pages Nous sommes tous faits de molécules, Susin Nielsen, Courte échelle, 321 pages Nous, Patrick Isabel, Leméac, 120 pages Nouvelle-Orléans, Camille Bouchard, Québec Amérique, 200 pages Captive, Élizabeth Turgeon, Hurtubise, 306 pages Marie Fradette ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La littérature jeunesse n\u2019est pas l\u2019apanage des jeunes générations, dit notre chroniqueur, l\u2019auteur jeunesse étant souvent un bon romancier, pour tous.F A B I E N D E G L I S E « S oit raisonnable, Lise- lotte ! Lui seul peut sauver l\u2019Allemagne\u2026 C\u2019est notre dernière chance.Il va redonner du travail à tout le monde, on pourra enfin être fiers de notre pays.» Rudi a cinq ans ce 5 mars 1933 quand, dans l\u2019après-midi, pour la première fois sous ses yeux, ses parents, un couple de commerçants, se disputent.Il est question de politique.On est dans la petite ville de Zorn- fled, à quelques kilomètres de Munich.Le soir, à la radio, les résultats de l\u2019élection font plaisir à son père.Le par ti nazi d\u2019Adolf Hitler vient de faire élire 288 députés aux élections législatives.Dans les semaines suivantes, une entente avec le parti Zentrum permet au futur dictateur de s\u2019approprier le pouvoir.Ce soir-là, se souvient- il, en l\u2019embrassant avant qu\u2019il ne s\u2019endorme, sa mère a laissé perler une larme sur sa joue.Du bureau de vote à la libération des camps de la mort et au bombardement de Berlin par les Alliés, en passant par la destruction du terrain de jeu de Rudi pour en faire une autoroute, la destruction des livres de la librairie Blumenfeld et l\u2019apparition des étoiles jaunes, Didier Dae- ninckx au scénario et Pef à l\u2019illustration dressent dans ce récit pour enfants l\u2019architecture de ce mal qui s\u2019est installé dans une société en bridant sournoisement les résistances.Une leçon d\u2019histoire, par les yeux d\u2019un petit gars, comme pour éclairer autrement les dérives du présent.Le regard est naïf quand il raconte cette interdiction faite à son copain à la peau plus foncée d\u2019entrer dans la piscine pour ne pas la salir, quand il évoque ces trois femmes du Ser vice de protection de la race allemande débarquant chez lui pour retirer la garde de sa petite sœur, « mentalement hors norme», ou encore ces miliciens tabassant des « mauvais Allemands » en pleine rue.Chaque anecdote, chaque fragment de cette vie à la dérive est accompagné d\u2019une petite capsule historique relatant la «Nuit de cristal », la glorifi- c a t i o n d e l a r a c e ar yenne aux Jeux olympiques de 1936, l\u2019invasion de la Pologne, jusqu\u2019à cette question que l\u2019enfant va poser à son pèr e , un homme qu i croyait bien faire en allant voter quelques années plus tôt : papa, pourquoi t\u2019as voté Hitler?Le Devoir PAPA, POURQUOI T\u2019AS VOTÉ HITLER ?1/2 Didier Daeninckx et Pef Rue du monde Paris, 2016, 44 pages HISTOIRE Rudi et le totalitarisme Pef met en image l\u2019horreur d\u2019un passé pour éclairer les dérives d\u2019un présent RUE DU MONDE Dans Papa, pourquoi t\u2019as voté Hitler?, Rudi, cinq ans, observe naïvement la morale et la violence qui doucement détruisent son monde.Chaque anecdote, chaque fragment de cette vie à la dérive est accompagné d\u2019une petite capsule historique "]
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