Le devoir, 4 mars 2017, Cahier B
[" Robert Dutrisac sur l\u2019idée d\u2019étendre la gratuité au préscolaire Page B 4 Michel David sur la carte électorale et la lutte des classes Page B 3 PERSPECTIVES C A H I E R B \u203a L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 Philosophie : les fausses nouvelles dans l\u2019œil de l\u2019écrivain italien Umberto Eco Page B 6 ENVIRONNEMENT L\u2019indomptable menace de la carpe asiatique MICHAEL HEINZ JOURNAL & COURIER / ASSOCIATED PRESS La carpe argentée a annihilé d\u2019autres espèces de poisson dans certains cours d\u2019eau aux États-Unis.C H R I S T I A N R I O U X Correspondant à Paris L es jours de François Fillon sont-ils comptés?Celui qui était il n\u2019y a pas si longtemps le favori de l\u2019élection présidentielle, le candidat largement plébiscité par la primaire de la droite et du centre il y a trois mois à peine, apparaît au- jourd\u2019hui de plus en plus seul.Depuis l\u2019annonce, mardi, de sa convocation par les juges, les événe- ments se sont précipités.Et cela, alors même que les proches de son ancien rival à la primaire, l\u2019ancien premier ministre Alain Juppé, ne cachent plus son intention de le remplacer au pied levé.À 11 jours de sa convocation par les juges pour être mis en examen, François Fillon est lâché de partout par les élus de la droite, et même par quelques-uns de ses plus proches soutiens.Près de soixante-dix élus et personnalités politiques ont déjà quitté son organisation.Parmi ces départs, celui du député Thierry Solère est probablement le plus douloureux.Proche de Bruno Lemaire, qui avait quitté le bateau dès mardi, Thierry Solère était devenu depuis peu le seul porte-parole de François Fillon.Mais surtout, cet organisateur de la primaire traînait avec lui l\u2019aura d\u2019un exercice qui avait réussi à mobiliser plus de quatre millions d\u2019électeurs.Juppé ne se cache plus On a l\u2019impression que c\u2019était il y a des décennies.Toute la journée de vendredi, les appels à la démission se sont succédé.Comme celui de son propre directeur de campagne, Patrick Stefanini, qui a laissé son poste le même jour.Presque tous les soutiens d\u2019Alain Juppé ont déjà quitté François Fillon.Même s\u2019ils affirment que le choix n\u2019appartient qu\u2019à lui, les proches d\u2019Alain Juppé ne cachent plus l\u2019intention de leur chef d\u2019y aller dès qu\u2019il aura obtenu le soutien de son camp.«Pas question de préparer un putch», relativise-t-on chez ses proches.Même si Juppé n\u2019est pas officiellement candidat, des députés ont déjà fait parvenir leur parrainage.Il en faut 500 pour se présenter et la date limite des dépôts est le 17 mars.Selon plusieurs, Nicolas Sarkozy n\u2019a toujours pas retiré son soutien à Fillon, même si plusieurs sarkozystes, comme le maire de Tour- coing, Gérald Darmanin, ont pris le large.Les autres résistent toujours, mais pour combien de temps?C\u2019est en effet l\u2019ancien président qui détiendrait les clés de la sortie de crise.Deux des plus proches soutiens de François Fillon, Gérard Larcher et Bernard Accoyer, l\u2019ont d\u2019ailleurs rencontré vendredi, selon l\u2019AFP, afin de réfléchir à la manière dont il faudrait « s\u2019organiser très vite» en cas de retrait de François Fillon.On raconte que les sarkozystes n\u2019attendraient qu\u2019une proposition d\u2019Alain Juppé pour lâcher Fillon.Les proches de Nicolas Sarkozy ont déjà planifié un déjeuner mardi.Un sondage opportun Il faut dire que, vendredi, un sondage réalisé jeudi pour France 2 est opportunément venu laisser entendre que, s\u2019il était le candidat de la droite et du centre, Alain Juppé arriverait en tête du premier tour, devant Marine Le Pen.Une première qu\u2019il faut cependant relativiser, disent les experts, tant cette présidentielle est atypique et l\u2019électorat, volatil.Le même sondage ne met François Fillon, au cas où il se maintiendrait, qu\u2019en troisième position, ce qui ne lui permettrait pas d\u2019accéder au second tour.Surprise : son socle de 20% ne semble pas bouger.En effet, selon un autre sondage, réalisé cette fois pour le site Atlantico, la moitié des sympathisants de la droite et du centre souhaitent toujours que François Fillon maintienne sa candidature.Ce soutien est particulièrement solide chez Les Républicains.Mais le plus important est peut-être que 63 % des mêmes répondants sont convaincus que François Fillon a raison de dire qu\u2019il est l\u2019objet d\u2019un «assassinat politique».Contestée par la plupart des représentants de la gauche, et plusieurs à droite, cette thèse est largement soutenue dans la population.Depuis le début de l\u2019affaire, les enquêtes se sont d\u2019ailleurs multipliées.Elles tendent à montrer que les pratiques reprochées à François Fillon sont monnaie courante parmi les élus français.Dans un dossier foudroyant, L\u2019Obs montre notamment que l\u2019emploi par des députés ou des sénateurs de membres de leur famille est largement répandu en France.C\u2019est le cas d\u2019un élu sur cinq au Sénat et à l\u2019Assemblée nationale.L\u2019hebdomadaire cite l\u2019exemple du député républicain Jean-François Mancel qui, en 2014, a employé sa femme, son fils et sa fille.Cette dernière était en même temps à l\u2019af fiche d\u2019une pièce de théâtre.Il n\u2019est pas rare d\u2019ailleurs que certains de ces assistants parlementaires membres de la famille d\u2019un l\u2019élu cumulent plusieurs emplois.Depuis le déclenchement de l\u2019affaire Fillon, plusieurs élus, comme Bruno Lemaire et Jean-Christophe Lagarde, ont aussitôt arrêté de rémunérer leur épouse.L\u2019appel au peuple Du côté du principal intéressé, on appelle à la résistance.« Ne vous laissez pas faire.[\u2026] PRÉSIDENTIELLE FRANÇAISE L\u2019étau se resserre sur Fillon Alain Juppé se pose déjà en recours PASCAL GUYOT AGENCE FRANCE-PRESSE Toute la journée de vendredi, les appels à la démission de François Fillon se sont succédé.Il est délaissé de toutes parts par les élus de la droite.A L E X A N D R E S H I E L D S L a première sonnette d\u2019alarme publique est survenue un peu par hasard, en mai 2016.Il y a donc moins d\u2019un an.Un pêcheur a alors capturé accidentellement une imposante carpe de roseau mesurant plus d\u2019un mètre et pesant plus de 60 livres.Un poisson de grande taille, donc, mais qui constitue la norme pour l\u2019espèce.Si tout portait alors à croire qu\u2019il pouvait s\u2019agir d\u2019un spécimen solitaire et explorateur, selon le MFFP, une équipe de biologistes travaillait déjà à l\u2019élaboration des premières phases d\u2019un plan de lutte contre la carpe asiatique.C\u2019est d\u2019ailleurs cette équipe qui a mené la campagne d\u2019échantillonnage visant à détecter la présence de carpes asiatiques par analyse d\u2019ADN environnemental, une technique particulièrement sensible et efficace pour détecter la présence des espèces envahissantes, même en faible abondance.Parmi les 110 secteurs échantillonnés, situés essentiellement le long du fleuve Saint-Laurent, entre le lac Saint-François et le lac Saint- Pierre, 16 sites ont permis de confirmer la présence de la carpe de roseau.Des résultats qui témoignent de l\u2019arrivée de l\u2019espèce au Québec.Le doute \u2014 ou l\u2019espoir \u2014 qui subsistait après la capture d\u2019une carpe au printemps 2016 n\u2019est plus possible.La présence de l\u2019espèce a même été confirmée dans la partie aval de la rivière Richelieu et de la Saint-François.Ces constats font craindre le pire pour les années à venir, puisque toute la partie fluviale du Saint-Lau- rent offre un milieu de vie qui permettrait la reproduction de la carpe de roseau, de la frontière de l\u2019Ontario jusqu\u2019à la région de Québec.Cela signifie aussi que plusieurs rivières sont directement menacées, et ce, tout le long du fleuve.La carpe de roseau, qui dévore les herbiers, risque en effet d\u2019anéantir d\u2019innombrables habitats essentiels pour les espèces indigènes du Québec.Et comme son r ythme de croissance est très rapide, elle devient vite trop grosse pour constituer une proie pour ces mêmes espèces déjà présentes dans le fleuve, les rivières et les lacs.Envahisseur opportuniste Pire, la carpe de roseau ne pourrait être que la première de trois espèces de carpes asiatiques à envahir les milieux aquatiques du sud de la province.«Le front de colonisation des carpes argentées et à grosse tête n\u2019est qu\u2019à quelques kilomètres des Grands Lacs, et ce, à plusieurs endroits, y compris près de l\u2019entrée du canal de Chicago», a souligné cette semaine le MFFP.La carpe argentée, qui a annihilé les autres espèces de poisson dans certains cours d\u2019eau aux États-Unis, est surtout connue pour sa propension à sauter hors de l\u2019eau lorsqu\u2019elle est ef farouchée.C\u2019est elle qu\u2019on peut voir dans des vidéos où on aperçoit des centaines de poissons bondissant hors de l\u2019eau.Prévenir l\u2019arrivée, puis l\u2019implantation au Canada et au Québec de ces trois espèces de carpes risque toutefois d\u2019être très difficile, voire impossible.Celles-ci sont déjà bien présentes dans les cours d\u2019eau du nord des États-Unis, où elles se sont propagées après avoir été introduites accidentellement dans le sud du pays dans les années 1970.« Les vecteurs potentiels d\u2019introduction des carpes asiatiques sont multiples et découlent de processus naturels et d\u2019activités humaines », reconnaî t lu i -même le MFFP.En confirmant cette semaine la présence de la carpe asiatique dans les eaux du Saint-Laurent, le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) a admis que le Québec est désormais directement exposé à une nouvelle espèce envahissante qui pourrait causer des dégâts d\u2019une ampleur sans précédent dans les écosystèmes de nos cours d\u2019eau.Or, pour le moment, aucune mesure mise en place en Amérique du Nord n\u2019est venue à bout de cette menace.VOIR PAGE B 2 : FRANCE VOIR PAGE B 3 : CARPE L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 2 D eux semaines à peine après la démission du conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, un nouveau membre du gouvernement Trump est sur la sellette en raison de ses relations avec la Russie.Le Washington Post révélait mercredi que le procureur général, Jef f Sessions, avait rencontré l\u2019ambassadeur russe à Washington à deux reprises en 2016.Dans le cadre des auditions devant le Sénat en vue de la confirmation de sa nomination, Sessions avait pourtant af firmé ne pas avoir rencontré de représentant de la Russie pendant la dernière campagne électorale.S\u2019il nie avoir délibérément menti sous serment, Sessions apparaît incontestablement fragilisé.Alors que les démocrates réclament sa démission, les républicains \u2014 majoritaires au Congrès \u2014 semblent pour le moment se satisfaire de sa décision de se récuser dans toute enquête portant sur les élections de 2016.Quel que soit le sort de Jeff Sessions, le FBI comme les commissions sur le renseignement du Sénat et de la Chambre des représentants apparaissent déterminés à faire la lumière sur les compromissions de Donald Trump avec la Russie.En l\u2019espèce, les éléments déjà connus laissent à penser que cette « affaire russe » est plus grave et sérieuse que ne l\u2019était à ses débuts celle du Watergate, qui poussa le président Nixon à la démission en août 1974.Une affaire à trois volets Il y a en fait trois volets au scandale impliquant Trump et la Russie.Le premier relève de la capacité des autorités russes à exercer une forme de chantage sur le 45e président des États-Unis.Selon le rapport d\u2019un ancien agent de renseignement britannique, Christopher Steele, celles-ci disposeraient de preuves compromettantes pour l\u2019ancien magnat de l\u2019immobilier.Ces informations n\u2019ont à l\u2019heure actuelle pas été corroborées.Il en va tout autrement du deuxième volet de l\u2019af faire.Celui-ci concerne les interférences russes dans la dernière campagne électorale américaine.Dès juin 2016, la Russie est apparue comme le suspect principal dans le piratage informatique des instances du parti démocrate et des courriels de Mme Clinton.Le rapport des services de renseignement remis au président Obama avant qu\u2019il ne quitte la Maison-Blanche a confirmé l\u2019implication russe dans ces opérations de même que dans un effort de propagande destiné à discréditer la candidate Hillary Clinton.La question essentielle est maintenant de savoir si ces actions d\u2019une puissance étrangère destinées à influencer les élections ont été entreprises en concer tation avec le candidat Trump ou son équipe.Plusieurs éléments alimentent cette thèse.En juillet 2016, Trump avait publiquement encouragé la Russie à pirater les courriels de Mme Clinton et à les diffuser.Le 2 octobre, un proche du candidat républicain, Roger Stone, annonçait la fin de la campagne de Clinton en utilisant le mot-clic #Wiki- leaks.Cinq jours plus tard, Wikileaks publiait une première série de courriels entre Mme Clinton et son directeur de campagne, John Po- desta.En décembre 2016, le numéro deux du ministère russe des Affaires étrangères reconnut que des membres de l\u2019entourage de Trump avaient été en contact avec des représentants de la Russie.Ces affinités russes de la part de proches de Trump constituent le troisième volet de l\u2019affaire.Jusqu\u2019à cette semaine, Michael Flynn en était l\u2019illustration la plus éclatante.Choisi comme conseiller à la sécurité nationale du président Trump, Flynn a contacté fin décembre 2016 l\u2019ambassadeur russe à Washington pour discuter des sanctions que le gouvernement Obama venait de prendre contre Moscou en représailles aux interférences dans l\u2019élection présidentielle.Flynn aurait alors assuré son interlocuteur que le futur gouvernement Trump abandonnerait ces sanctions.Une vulnérabilité auto-infligée En vertu d\u2019une obscure loi datant de 1799, le Logan Act, il est interdit à toute personne hors de l\u2019exécutif d\u2019engager la responsabilité des États-Unis dans des dossiers de politique étrangère.Ce n\u2019est pourtant pas le geste manifestement illégal qui a poussé Flynn à la démission, mais l\u2019impossibilité pour le gouvernement Trump de continuer à dissimuler la vérité.Trump perçoit cette « affaire russe » comme une attaque destinée à miner sa crédibilité de la part de démocrates frustrés.Le fait que le gouvernement Obama, dans les dernières semaines de son règne, ait tout fait pour rendre accessibles les preuves de l\u2019implication de la Russie dans la campagne de 2016 ne peut que le conforter dans cette perception.Cela étant, il est le principal artisan de son malheur et de la mise en cause de ses collaborateurs.S\u2019il n\u2019avait pas abondamment professé son admiration pour Vladimir Poutine et ses méthodes autocratiques, s\u2019il n\u2019avait pas toléré une trop grande proximité de ses principaux conseillers avec la Russie, s\u2019il n\u2019avait pas remis en question l\u2019engagement américain au sein de l\u2019OTAN, sa présidence ne serait pas menacée.ÉTATS-UNIS Une admiration embarrassante L A U R E N C E D E F R A N O U X Z H I F A N L I U A ffaissé dans le dispensaire de l\u2019aéroport de Kuala Lumpur, son t-shirt relevé laissant voir son large ventre, les yeux clos\u2026 Sur sa dernière photo, prise quelques minutes avant sa mort, Kim Jong- nam, le demi-frère du leader nord- coréen Kim Jong-un, n\u2019avait plus rien du flambeur globe-trotter qui posait dans un palace parisien en janvier, une coupe de champagne à la main.Fils aîné de Kim Jong-il, petit-fils du fondateur de la République populaire de Corée du Nord, Kim Il-sung, il aura mené une vie marquée par le luxe et le rejet, l\u2019adoration et l\u2019exil.Né de l\u2019idylle de Kim Jong-il avec l\u2019actrice Song Hye-rim (l\u2019«Ad- jani nord-coréenne », comme la sur nomme l \u2019h istor ien Pascal Dayez-Burgeon, spécialiste des deux Corées), il est le chouchou de son père et programmé pour lui succéder à la tête du pays : «L\u2019aîné perpétue le culte des ancêtres.» Sa mère est issue d\u2019une famille de propriétaires terriens du Sud, ennemis désignés du régime.Sa naissance n\u2019est donc pas reconnue par le patriarche Kim Il-sung.Tenu à l\u2019écar t de la famille of ficielle, élevé dans des palaces, il étudie en Suisse et au lycée français de Moscou.Mais Kim Jong-il désespère de ce fils plus fasciné par la bonne viande, l\u2019alcool et les femmes que par les arcanes du pouvoir.En 2001, c\u2019est sous le nom de Pang Xiong, « Gros Ours » en chinois, que le fils indigne est arrêté à Tokyo avec un faux passeport dominicain, en route pour le Disneyland local.Kim Jong-il se saisit de ce prétexte et l\u2019écarte au profit de son troisième fils, Kim Jong-un.Depuis, Kim Jong-nam vivait en exil entre Singapour, Macao et Pékin, père de trois enfants issus d\u2019une double vie.Il aurait déjà échappé au moins à deux tentatives d\u2019assassinat, en 2009 et 2012.Le jour de sa mor t, il voyageait pourtant sans garde du corps, avec un passeport nord-coréen au nom de «Kim Chol ».Macao, capitale du vice Un riche homme d\u2019affaires, une vodka-martini à la table de poker d\u2019un casino.La scène n\u2019est pas tirée d\u2019un James Bond à Macao : c\u2019était le quotidien de Kim Jong- nam.Il avait fait de l\u2019île chinoise, capitale mondiale du jeu, son lieu de villégiature favori.Le playboy bedonnant était un habitué du Grand Lisboa Hotel, propriété du magnat du jeu Stanley Ho, proche du pouvoir nord-coréen et le seul à avoir été autorisé à ouvrir un casino dans le pays.Kim Jong-nam était-il un agent à la solde de son demi-frère?Juliette Morillot, coauteure de La Corée du Nord en 100 questions, l\u2019assure : «Il avait pas mal fricoté à Macao.» Et aurait pu aider à renflouer les caisses de Pyongyang, toujours en quête de devises étrangères.« Jong-nam était un mafieux vivant avec l\u2019argent du régime.Il était rentré plusieurs fois en Corée du Nord et avait continué à faire affaire avec son père » jusqu\u2019à sa mor t, en 2011, confirme Pascal Dayez-Burgeon.En 2005, les États- Unis avaient gelé 24 millions de dollars d\u2019avoirs nord-coréens de la Banco Delta Asia, banque maca- néenne accusée de blanchiment d\u2019argent et de crimes financiers au profit de Pyongyang.Le lieu du crime Il est 9 h du matin.Kim Jong- nam, veste claire et sac à l\u2019épaule, cherche sur le tableau d\u2019affichage de l\u2019aéropor t international de Kuala Lumpur le vol de 10 h 50 pour Macao.Il marche tranquillement dans le hall, quand deux femmes arrivent de directions opposées et lui appliquent un produit sur le visage.Pourquoi en Malaisie ?Peut-être parce que le pays était, jusqu\u2019au 2 mars, l\u2019un des rares où les Nord-Coréens pouvaient encore se rendre sans visa.Quatre d\u2019entre eux auraient assisté à l\u2019attaque avant de s\u2019envoler pour Pyongyang via Jakarta, Dubaï et Vladivostok.La notice rouge d\u2019Interpol lancée par la police malai- sienne est arrivée trop tard pour les cueillir en vol.Les enquêteurs demandent à entendre trois autres Nord-Coréens, dont une huile de l\u2019ambassade à Kuala Lumpur.Entre les deux anciens pays amis, les relations se détériorent à grande vitesse.Kuala Lumpur a donc annulé l\u2019exemption de visas bilatérale.Malgré ses demandes, Pyongyang n\u2019est pas autorisé à participer à l\u2019enquête, et qualifie d\u2019« illégale » l\u2019autopsie, et d\u2019« absurde » la thèse de l\u2019empoisonnement.La Corée du Nord n\u2019a toujours pas donné de nom au « citoyen » dont elle réclame la dépouille, et le fils aîné de Kim Jong-nam, qui devait venir reconnaître le corps de son père, n\u2019est jamais arrivé.L\u2019arme du crime Il n\u2019a fallu que 20 minutes à l\u2019agent VX pour abattre ce gaillard de 45 ans.Le mode opératoire rappelle celui du parapluie à capsule de ricine dont a été victime en 1978 le dissident bulgare Georgi Markov, ou des sushis au polonium fatals en 2006 à Alexander Litvinenko, ex-agent des services secrets russes réfugié à Londres.Le VX, cet agent neurotoxique dix fois plus puissant que le gaz sarin, est d\u2019ailleurs une invention britannique de 1952, développée dans la foulée par les Américains.Indolore, incolore et à la texture huileuse, le VX s\u2019attaque au système nerveux et entraîne deux arrêts : cardiaque d\u2019abord, puis respiratoire.Sur la peau, 5 milligrammes de cet agent, classifié arme de destruction massive par l\u2019ONU, suffisent pour tuer un adulte de 70 kg.La Convention internationale sur l\u2019interdiction des armes chimiques (CIAC) avait prévu la destruction des stocks.Mais la Corée du Nord n\u2019en est pas signataire.Les empoisonneuses Sur les images des caméras de surveillance, une des deux femmes qui agressent Kim Jong-nam porte un tricot blanc portant trois lettres noires : « LOL ».Doan Thi Huong savait-elle qu\u2019elle commettait un meur tre ?Selon son frère, cette Vietnamienne de 28 ans avait quitté les rizières où trimait sa famille pour étudier la pharmacologie à Hanoï.Pour la fête du Têt, en janvier, elle avait emprunté de l\u2019argent à sa belle-mère mais n\u2019avait pas mentionné ses poses photoshopées en bikini à un spectacle de moto de Hanoï.Employée selon la police dans «un lieu de divertissement» en Malaisie, Doan Thi Huong prenait en photo ses chambres d\u2019hôtel et de jolis plats au restaurant, qu\u2019elle publiait sur sa page Facebook sous le nom de « Ruby Ruby ».Quatre jours avant le meurtre, elle a mis en ligne un selfie où elle minaude, poupée en salopette de jean avec le fameux tricot «LOL».Sur sa page, on trouve aussi une photo de coupe de glace multicolore et celle d\u2019un nou- nours posé sur l\u2019oreiller d\u2019une chambre anonyme.Un de ses statuts, écrit dans un coréen approximatif, dit « je t\u2019aime, tu me manques».Maladroitement décolorée en blonde, elle a été arrêtée le surlendemain, af firmant qu\u2019elle avait cru participer à un vidéo gag contre «100dollars en monnaie locale proposés par quatre hommes».L\u2019autre suspecte, l\u2019Indonésienne Siti Aisyah, arrêtée un jour plus tard, affirme qu\u2019elle ne connaissait pas Doan Thi Huong.Sur une vidéo mise en ligne par CNN, on la voit fêter son anniversaire la veille de l\u2019attaque, son grand sourire révélant un appareil dentaire.Cette jeune maman dit avoir été payée 90 dollars pour lancer de « l\u2019huile pour bébé » pour une caméra cachée.Inculpées de meurtre, elles risquent la pendaison.Les mobiles La vengeance du frère : Kim Jong- nam aurait été éliminé par son demi-frère, qui le voyait toujours comme un rival.Grande connaisseuse du pays, Juliette Morillot n\u2019est pas convaincue : « Il était en dehors de tout, la plupart des Nord- Coréens ne le connaissent même pas.Il n\u2019était ni activiste ni engagé politiquement.» Et même si Jong- nam était très proche de son oncle Jang Song-taek, exécuté en 2013, et critiquait dans les médias le régime de son demi-frère, il bénéficiait toujours d\u2019un passeport diplomatique.La stratégie politique: Kim Jong-un aurait éliminé son aîné car Pékin prévoyait de le mettre au pouvoir à sa place.Mais, pour Pascal Dayez- Burgeon, la Chine ne cherche pas à renverser le pouvoir actuel : «Au contraire, Kim Jong-un est une bonne chose pour Pékin.C\u2019est lui l\u2019épouvantail, le méchant d\u2019Asie.» L\u2019avertissement : Les services secrets sud-coréens laissent entendre que Kim Jong-nam cherchait à faire défection et à rejoindre Séoul, six mois après la fuite du numéro 2 de l\u2019ambassade nord-coréenne à Londres.L\u2019élimination spectaculaire de Kim Jong-nam tiendrait alors de l\u2019avertissement clair aux traîtres en puissance et d\u2019une démonstration de force qui prouverait ainsi au monde que la Corée du Nord a des armes chimiques et qu\u2019elle sait les manipuler.Les triades chinoises: Homme d\u2019affaires sans charisme, Kim Jong- nam menait une vie bling-bling.« Il était perclus de dettes et trempait dans des af faires pas très claires avec des Nord-Coréens dans toute l\u2019Asie », af firme Juliette Morillot.L\u2019infor tuné aurait-il froissé les triades chinoises?La fausse piste : « Une seule chose est sûre, af firme Juliette Morillot.Le mode opératoire porte la signature de la Corée du Nord.Mais le timing, l\u2019endroit et le modus ope- randi sont tellement maladroits, le crime est tellement signé, que ça en devient louche.» À qui profiterait alors cette mise en scène ?La journaliste remarque que les images de l\u2019aéroport ont été diffusées par Fuji TV, une chaîne nationaliste japonaise : « Pour l\u2019instant, cela permet surtout à la Corée du Sud et au Japon de diaboliser la Corée du Nord, au moment où Kim Jong-un pouvait prétendre à un autre dialogue avec Trump.» Par ailleurs, s\u2019il était prouvé que le poison a été introduit en Malaisie via une valise diplomatique, la Corée du Nord pourrait se voir interdite de représentations à l\u2019étranger, au moment où elle cherche justement la reconnaissance diplomatique.L\u2019agence de presse officielle nord-coréenne a de son côté accusé la Malaisie d\u2019être responsable du décès de «Kim Chol », et de comploter avec la Corée du Sud.Le faux pas : Le commanditaire pourrait venir de Corée du Nord, mais ne pas être Kim Jong-un\u2026 « L\u2019appareil politique est tellement cloisonné qu\u2019il a pu y avoir un hiatus de commandement, ce qui dénoterait une certaine faiblesse à la tête du pouvoir.Mais le pays est tant miné par les querelles de clans, il y a eu tant de purges, de personnes écartées, qu\u2019une vengeance personnelle est aussi possible.On est dans le flou total», soupire Juliette Morillot.Les enquêteurs malaisiens donnant des informations au compte- gouttes, les rumeurs les plus folles circulant sans cesse, le mystère ne sera peut-être jamais résolu.Mais il vient envenimer encore un peu plus les relations de la Corée du Nord avec ses voisins, à un moment où la stabilité de la région est particulièrement menacée.Libération CORÉE DU NORD Quels motifs possibles à l\u2019origine du mystérieux assassinat de Kim Jong-nam ?Je vous demande de résister », a déclaré François Fillon.Son équipe a lancé un hashtag sur Tweeter intitulé «Touche pas à mon vote».Une façon pour les trois millions de personnes qui ont voté pour lui à la primaire de manifester leur soutien.Chose certaine, dans les prochains jours, le candidat ne pourra compter que sur son dernier carré de fidèles.Il mise notamment sur le rassemblement qui se tiendra dimanche au Trocadéro, qu\u2019il imagine comme le grand rassemblement des gaullistes sur les Champs-Élysées le 30 mai 1968.On sait que les responsables de Sens commun, héritiers des opposants au mariage pour tous, ont largement mobilisé leurs troupes.Des autocars viendront aussi de province.L\u2019homme qui a serpenté la France pendant deux ans avant la primaire jouit d\u2019un réseau exceptionnel.Il est aussi le seul à avoir accès au trésor de guerre de plusieurs millions d\u2019euros récolté pendant la primaire.Personne ne peut en effet lui couper les vivres.On peut même penser que l\u2019idée de se retrouver seul devant le choix du peuple ne déplaît pas tout à fait à ce gaulliste dans l\u2019âme.En réalité, même mis en examen, même lâché par ses proches, rien ne peut empêcher François de se maintenir s\u2019il le désire.L\u2019affrontement actuel à droite pourrait de plus ne pas bénéficier qu\u2019à Alain Juppé.Pierre Bacqué, maire républicain à Vaudoué en Seine et Marne, a annoncé qu\u2019il quittait le par ti «écœuré» et qu\u2019il allait donner son parrainage à Marine Le Pen.Selon une autre source citée par l\u2019AFP, «Larcher et Accoyer se font des nœuds au cerveau pour savoir comment se positionner pour que la crise ne soit pas irréparable.Ils estiment qu\u2019il y a un vrai risque Le Pen».Malgré les sondages favorables, cer tains, comme l\u2019éditorialiste Jean-François Khan, s\u2019inquiètent d\u2019un éventuel retour d\u2019Alain Juppé, qui serait « le plus mauvais choix pour remplacer François Fillon», écrit-il sur le Huffington Post.Selon lui, les électeurs de gauche et les partisans de François Bayrou, qui le soutenaient lors de la primaire, sont aujourd\u2019hui chez Emmanuel Macron.Et ils y sont pour de bon.Quant aux fidèles de François Fillon, ils n\u2019accepteront pas de se faire voler cette élection.Un grand nombre pourrait s\u2019abstenir ou se retrouver chez Marine Le Pen.Si Fillon semble se maintenir miraculeusement, c\u2019est qu\u2019il n\u2019y a toujours pas de plan B.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 FRANCE MOHD RASFAN AGENCE FRANCE-PRESSE Les deux femmes suspectées d\u2019avoir lancé un agent toxique sur Kim Jong- nam, dont Siti Aisyah (au centre, sur la photo), risquent la pendaison.JULIEN TOURREILLE Trump perçoit cette « affaire russe » comme une attaque destinée à miner sa crédibilité L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 P E R S P E C T I V E S B 3 I l est bon d\u2019avoir le sentiment qu\u2019il peut y avoir une justice en ce monde et que la raison du plus fort n\u2019est pas toujours la meilleure.C\u2019est ce que plusieurs ont dû penser en apprenant que Sainte-Marie\u2013Saint-Jacques échappera finalement au couperet de la Commission de la représentation électorale (CRE).Il y a des débats qui prennent parfois des allures de lutte des classes.Cela avait été le cas il y a une douzaine d\u2019années, quand il avait fallu trancher sur l \u2019emplacement du nouveau CHUM.Le site de la gare de triage du Canadien Pacifique, à Outremont, qui avait la faveur du premier ministre Charest, était présenté comme le choix des possédants, représentés par la famille Desmarais, à laquelle on prêtait de sombres arrière-pensées mercantiles.Le site de l\u2019hôpital Saint-Luc, dans le centre- ville, qui a finalement été choisi, était défendu bec et ongles par Philippe Couillard, alors ministre de la Santé, la Direction de la santé publique, les syndicats, les organismes communautaires et le PQ, qui ne pouvaient évidemment avoir que de nobles motivations.Au cours du dernier mois, le débat sur le re- découpage de la carte électorale est devenu tout aussi manichéen.Allait-on préserver l\u2019intégrité de ces châteaux forts de la bonne bourgeoisie et du PLQ que sont Outremont et Mont-Royal ou cette «communauté naturelle » des déshérités et des marginaux qu\u2019on retrouve dans le Centre-Sud?Cette victoire du « monde ordinaire » est aussi celle de Manon Massé, et elle est de taille.Dans un style bien dif- férent, elle assurait déjà brillamment la relève de Françoise David à l\u2019Assemblée nationale.Elle devient maintenant une véritable héroïne.On peut parier que la prochaine élection sera beaucoup moins serrée dans Sainte-Marie\u2013Saint-Jacques.On peut aussi imaginer le redoutable tandem que Mme Massé pourrait former avec Gabriel Nadeau-Dubois.?Après le rejet de la demande d\u2019injonction de deux militants de QS et le refus du gouvernement Couillard d\u2019appuyer le projet de loi qui aurait permis de nouvelles consultations, les carottes semblaient cuites.Si la CRE voulait faire la démonstration qu\u2019elle n\u2019est pas à la solde de ce dernier, c\u2019est parfaitement réussi.Le leader parlementaire du gouvernement, Jean-Marc Fournier, et la ministre responsable de la Réforme des institutions démocratiques, Rita de Santis, font figure d\u2019arroseurs arrosés dans cette histoire.Quand la CRE avait d\u2019abord annoncé la disparition de Sainte-Marie\u2013Saint- Jacques, ils avaient invoqué la nécessité de respecter son indépendance.Ils seraient au- jourd\u2019hui bien malvenus d\u2019intervenir, maintenant que les choses ont tourné au désavantage du PLQ, qui avait pourtant mis le paquet pour éviter la fusion d\u2019Outremont et de Mont-Royal.Ni le ministre de l\u2019Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand (Mont-Royal), ni sa collègue de l\u2019Enseignement supérieur, Hélène David (Outremont), n\u2019ont voulu faire des conjectures sur leur avenir personnel, mais une rumeur voulait déjà que le premier ne sollicite pas le renouvellement de son mandat en octobre 2018.Cela laisserait à Mme David tout le loisir de se représenter dans la nouvelle circonscription issue de la fusion.Dans le cas de Saint-Maurice, qui disparaîtra également, la perte libérale est toute relative.Le 7 avril 2014, Pierre Giguère l\u2019avait emporté avec seulement 653 voix de majorité sur le candidat péquiste.Lors des quatre élections précédentes, la victoire était allée soit au PQ, soit à la défunte ADQ.Le maire Coderre, qui devait bien prêcher pour sa paroisse, a jugé «inacceptable» que Montréal perde une circonscription et subisse ainsi une diminution de son poids politique.On ne peut cependant pas dire qu\u2019il y a péril en la demeure.12 des 26 membres actuels du Conseil des ministres ont été élus sur l\u2019île de Montréal.Si on inclut Laval et la Rive-Sud, ce nombre grimpe à 15.?Le bonheur des uns faisant le malheur des autres, le conseiller municipal du district de Snowdon, Marvin Rotrand, a dénoncé la «dilution » de la représentation de la communauté anglophone à l\u2019Assemblée nationale.Selon lui, il aurait été plus équitable d\u2019éliminer une circonscription « sous-peuplée», que ce soit en Abi- tibi-Témiscamingue ou dans le Bas-Saint- Laurent.De leur côté, les communautés juives hassidiques d\u2019Outremont craignent d\u2019être «divisées » par les nouvelles délimitations.On ne peut contenter tout le monde et son père.En 2010, le Directeur général des élections, de qui relève la CRE, avait précisément proposé d\u2019éliminer des circonscriptions en région, où la population était en baisse.Mal lui en prit.Libéraux et péquistes lui étaient tombés dessus à bras raccourcis, l\u2019accusant de « trahison» envers les sacro-saintes régions.Depuis des années, tout le monde répète que la solution réside dans la réforme du mode de scrutin.Si le passé est garant de l\u2019avenir, il est malheureusement à prévoir que la prochaine révision de la carte électorale donnera lieu à un nouveau psychodrame.mdavid@ledevoir.com La lutte des classes MICHEL DAVID C A T H E R I N E L A L O N D E «O n n\u2019a pas parlé d\u2019Anne Le Beau, on a peu parlé de Suie, on a parlé essentiellement du scandale», déplore Pierre Des Marais, directeur artistique et général de Danse Danse, invité à revenir sur les controverses qui ont embrasé tout autant que miné les représentations de la plus récente chorégraphie de Dave Saint- Pierre, commandée, coproduite et portée par la danseuse d\u2019expérience Anne Le Beau.Au-delà du formidable effet de ressac médiatique qui en a résulté, c\u2019est en effet la relation entre le créateur, le diffuseur et le public qu\u2019il faut au- jourd\u2019hui penser.Il est toujours bon qu\u2019on parle davantage de danse, en bien comme en mal, convient Pierre Des Marais.«Mais quelques jours plus tard, il est triste de constater qu\u2019on n\u2019en discute déjà plus : aucune réflexion en profondeur ne s\u2019est entamée, alors qu\u2019on pourrait se demander comment mieux travailler ensemble ; les manières dont les dif fu- seurs peuvent mieux soutenir les artistes ; et comment les artistes peuvent les aider à le faire.» Rappelons que la naissance de Suie, début février, s\u2019est faite dans le bruit et quelques fureurs.Les communications ont été rompues entre le chorégraphe Dave St-Pierre et le diffuseur Danse Danse dès décembre, après des mésententes, qui ont fini par devenir rageuses, sur la manière de faire les communications autour du spectacle.Le chorégraphe a d\u2019abord déploré que le nom d\u2019Anne Le Beau, idéatrice du projet, soit absent de l\u2019affiche, au profit du sien.«C\u2019est inacceptable!» Il n\u2019a ensuite pas apprécié la façon dont sa pièce était présentée dans les communiqués et matériaux de presse et de marketing, jusqu\u2019à parler, presque, de censure.«Je pense qu\u2019il faut dire que mes shows sont trashs.Ça fait 20 ans que je tourne mes spectacles, que je rencontre mon public, et je suis tanné qu\u2019on adoucisse et qu\u2019on aplatisse ce que je fais quand on en parle.» Ne faut-il pas reconnaître aussi les 20 ans d\u2019expérience de Danse Danse à développer son public, un spectateur à la fois ?Avec ses 2722 abonnés, en croissance depuis les dernières années, Danse Danse est une exception dans le paysage de la danse, où la désaf fection des spectateurs, et surtout de ceux qui ne sont pas liés au milieu, est proche du catastrophique.Des abonnés que le diffuseur chérit, donc, et avec qui il tient à communiquer clairement.«Je pense honnêtement qu\u2019une bonne partie du public de Danse Danse est prête à recevoir le type de proposition qu\u2019apporte Dave St-Pierre, précise Caroline Ohrt, directrice du développement et de la programmation de Danse Danse.On avait un plan: on avait commencé avec notre soirée-bé- néfice, où Dave est venu, et ça s\u2019est très bien passé.Ensuite, on avait un mois à l\u2019Arsenal où on aurait accueilli du public scolaire et des événe- ments ; on a annulé [à la suite de la rupture dans les communications].Ensuite, on annonçait un pop-up show à L\u2019Arsenal avec Néant.Annulé.Pour mener finalement vers la grande forme qu\u2019il est en train de travailler en résidence au Centre de création O Vertigo (CCOV) [l\u2019annonce de la rupture de cet autre partenariat est tombée vendredi, voir autre texte en page C7].Il y avait un build-up.Ce n\u2019est pas une prise de risque aveugle ; on allait tout construire ensemble.» Car si Danse Danse ne suit pas la ligne esthétique d\u2019un La Chapelle, axé sur l\u2019audace et l\u2019avant- garde, ou du Festival TransAmériques (FTA), le voyage à travers les esthétiques y est valorisé.Maguy Marin, Olivier Dubois, Tentacle Tribe y trouvent une tribune, tout autant que José Navas, Nederlands Dans Theater ou Marie Chouinard.Réception polarisée Puis, il y a eu la première.Une inspiration de dernière minute a fait que le chorégraphe a retourné, littéralement, sa proposition.«Dave est arrivé avec cette idée, à quelques heures du spectacle, de faire le show à l\u2019envers, a indiqué Anne Le Beau.Je n\u2019avais jamais vécu une situation comme ça.C\u2019est excitant, comme interprète, ça te met vraiment sur le qui-vive.Dave a commencé par la présentation des interprètes, qu\u2019il fait habituellement à la fin.Il y croyait, et tellement, qu\u2019on y a cru nous aussi ; on était willing, et c\u2019est ça, une job d\u2019interprète en danse.» La réception des spectateurs a été très polarisée, certains se mettant rapidement à quitter la salle, d\u2019autres remerciant à la fin les interprètes chaleureusement de bousculer ainsi l\u2019art.La critique aussi s\u2019est retrouvée très clivée, certains descendant, et de manière même inélégante, en flammes la proposition, d\u2019autres analysant la prise d\u2019otages du spectateur à laquelle St-Pierre se livrait là.« Ça reste une expérience intéressante, que je ne regrette pas, analyse Le Beau.Mais après le show, on était tous malheureux.Pour moi, le show ainsi perdait du sens.Il manquait de la cohérence, même au niveau de l\u2019interprétation.On avait des interrogations ; je n\u2019étais pas à l\u2019aise, pas d\u2019accord.» Et parce que l\u2019interprète est au cœur de la démarche de St-Pierre, celui-ci est revenu à la « version à l\u2019endroit », même s\u2019il continue de préférer la mouture de la première.Le lendemain matin, Danse Danse a été débordé par les courriels de spectateurs enragés.Une situation jamais vécue.S\u2019il y avait quelques mécontents après Tragédie, d\u2019Olivier Dubois, ils se comptaient sur les doigts d\u2019une main.«Les courriels rentraient par douzaines.On s\u2019est retrouvé en situation de crise.» Danse Danse a donc envoyé un message à ses abonnés pour leur proposer d\u2019échanger leurs billets pour un autre spectacle.Les artistes ont vécu cette initiative, et le choix des mots de la missive, comme un désaveu artistique du diffuseur, une défection.Nouvelle flambée de colère, contagieuse, sur les réseaux sociaux.«Il faut savoir qu\u2019on avait seulement une heure pour réagir», justifie M.Des Marais.«Mais c\u2019est vrai qu\u2019à refaire, il faudrait choisir nos mots autrement», admet sa collègue Caroline Ohrt.En fin de compte, quelque 250 spectateurs, sur huit soirs, ont échangé leur billet.Mais la déception, nomme Anne Le Beau, vient du fait que ces billets ne pouvaient, administrativement, être relâchés.Le spectacle affichait donc complet, des gens souhaitant venir voir l\u2019objet des discussions se heurtaient à des guichets fermés, mais la salle n\u2019était au mieux qu\u2019aux trois quarts pleine.Fallait-il que Danse Danse n\u2019aille pas au-devant ?N\u2019y avait-il pas danger de perdre les spectateurs de danse ?Rappelons, d\u2019un autre monde, les propos de la libraire Françoise Ca- reil, au moment où elle a quitté sa mythique Librairie du Square.Elle voyait son rôle comme devant hisser les lecteurs, lentement, vers le haut.Une responsabilité.« Mais si je vends un P.O.L.à 30$ à un lecteur et qu\u2019il n\u2019aime pas le livre, je ne fais pas juste perdre un client.C\u2019est la littérature au complet qui a perdu celui-là.» Un objet vivant Suie a continué à évoluer, au fil de ses huit représentations.Anne Le Beau, qui a dansé au fil de sa carrière pour plus de 25 chorégraphes, n\u2019a jamais vécu un processus aussi vivant, autant en continuelle transformation.Une fluidité que St- Pierre revendique.Mais qui rend toute documentation ardue, puisque chaque soir est si diffé- rent qu\u2019il en est presque unique.Faut-il dans ce genre de cas aller recritiquer, par exemple?Et y aller une deuxième fois ne serait-il pas aussi vain que de s\u2019appuyer seulement sur la première?Est-ce plus difficile de défendre une telle proposition, comme dif fuseur ?« Pas du tout.On peut dire \u201c ça va être une œuvre en évolution pendant huit soirs, venez le voir deux fois ! \u201d Il y a toutes sortes de manières d\u2019être créatif pour diffuser une œuvre.Comme diffuseur, on a la responsabilité de trouver le meilleur support pour l\u2019artiste, dans sa présentation, et on a la même responsabilité envers le public, en lui annonçant le mieux possible la teneur d\u2019un spectacle, afin qu\u2019il puisse faire des choix éclairés.», disent, à tour de rôle, Des Marais et Ohrt.«On a appris, indique Caroline Ohrt.Le partenariat avec l\u2019artiste est au cœur de la relation avec le diffuseur.Il ne peut pas être brisé.» «Dave va probablement continuer à se chicaner avec tous les diffuseurs», poursuit Des Marais, ce que le principal intéressé admet lui-même, presque de bon cœur, et que la rupture d\u2019entente avec le CCOV tendrait à confirmer.«Le diffuseur est là pour que l\u2019artiste travaille dans les meilleures conditions possible, et qu\u2019il se retrouve devant le public le plus averti possible.Tu ne peux pas exiger de tout le monde qu\u2019il soit exposé à toutes les propositions artistiques.Ce doit être un choix.» Une vision que Dave St-Pierre entérine tout à fait.Mais c\u2019est sur les manières que les avis ont violemment, sur ce spectacle, divergé.Le Devoir La poussière après Suie retombée Retour sur les controverses qui ont embrasé la dernière création de Dave St-Pierre Les voies d\u2019invasion naturelles en eaux canadiennes incluent la connexion artificielle entre le Mississippi et les Grands Lacs, mais aussi le lien unissant le fleuve Hudson au lac Champlain, puis à la rivière Richelieu.Le pire est à venir Certaines activités humaines posent aussi des risques, selon le ministère, dont l\u2019utilisation de poissons-appâts vivants, l\u2019importation et le commerce illégaux de carpes asiatiques vivantes et la pratique de rituels impliquant le relâchement de poissons vivants dans un milieu naturel.Pour le moment, il est toutefois impossible de déterminer précisément comment sont arrivées les carpes de roseau dont la présence a été détectée dans le fleuve Saint-Laurent.Ce qu\u2019on sait, cependant, c\u2019est que les moyens mis en place pour tenter de freiner leur arrivée, depuis les États-Unis, se sont probablement avérés inefficaces.Au début des années 2000, par exemple, Washington a financé la construction d\u2019une barrière électrique dans le canal de Chicago, qui est connecté au lac Michigan.En 2013, le gouvernement a aussi ajouté 50 millions de dollars supplémentaires dans diverses mesures de lutte.Malgré cela, la présence de la carpe asiatique a non seulement été détectée dans les Grands Lacs, mais son arrivée a été confirmée en janvier dernier par Pêches et Océans Canada.Le ministère prévient aussi que « les conséquences écologiques de la présence de la carpe de roseau dans la plupart des zones du bassin des Grands Lacs pourraient être extrêmement graves dans les 50 prochaines années».Le MFFP a fait écho à ces inquiétudes cette semaine en expliquant que « l\u2019établissement des carpes asiatiques dans la seule région des Grands Lacs pourrait causer des pertes de plusieurs milliards de dollars en retombées économiques en raison des impacts négatifs qu\u2019elles généreraient sur les industries de la pêche sportive et de subsistance, les pêcheries commerciales, la navigation de plaisance et le tourisme, en plus de risquer de causer des problèmes sanitaires d\u2019envergure ».Qui plus est, a prévenu le ministère, « des impacts semblables à ceux évalués pour la région des Grands Lacs sont attendus au Québec».Redoubler d\u2019efforts Pour le moment, le gouvernement du Québec ne sait toutefois pas quels moyens seront envisagés ou mis en place pour tenter d\u2019empêcher l\u2019invasion de la carpe asiatique.En réponse à une demande d\u2019entrevue du Devoir, le MFFP a indiqué vendredi que les spécialistes du ministère en sont à développer « l\u2019expertise » nécessaire pour mieux détecter la présence de la carpe, mais aussi surveiller son éventuelle propagation.Tout indique d\u2019ailleurs que la présence de la carpe de roseau est plus importante que ce qui avait été anticipé.Selon ce qu\u2019a expliqué Véro- nik de la Chenelière, de la direction de l\u2019expertise sur la faune du ministère, les constats des derniers mois forcent d\u2019ailleurs le ministère à «déployer plus d\u2019efforts».«On travaille à réorienter notre programmation pour l\u2019été prochain, afin de travailler plus concrètement à documenter la situation, à préciser certains risques et à faire des recommandations pour des actions concrètes.» Biologiste et coordonnateur de l\u2019équipe du MFFP sur les carpes asiatiques en 2016, Michel Legault a toutefois déjà prévenu des faibles possibilités d\u2019éliminer la carpe si elle s\u2019implante ici.«Si on parle d\u2019éradiquer ces espèces, dans un milieu comme le Saint-Laurent, c\u2019est très peu probable.Ce serait mentir que de dire que nous avons une méthode extraordinaire pour intervenir.Ce n\u2019est pas le cas», expliquait-il l\u2019an dernier au Devoir.Tout au plus, il faudra essayer de «limiter la propagation » pour tenter de protéger le plus possible la faune aquatique indigène du Québec.Le Devoir SUITE DE LA PAGE B 1 CARPE La carpe, poisson comestible Est-ce qu\u2019il est possible de manger de la carpe asiatique?La question a été posée à plusieurs reprises cette semaine au Québec.Après tout, si l\u2019espèce en venait à abonder dans les cours d\u2019eau de la province, pourquoi ne pas tenter de lui trouver une utilité?Aux États-Unis, où la carpe est devenue un problème d\u2019ampleur nationale, des chefs ont trouvé des façons d\u2019apprêter ce poisson.Même que des tests à l\u2019aveugle menés par une équipe de recherche de l\u2019Université du Missouri ont démontré que les consommateurs appréciaient la chair de la carpe.Mais encore faut-il qu\u2019ils ignorent qu\u2019ils mangent de la carpe.Ironie du sort, en Chine, d\u2019où la carpe asiatique est originaire et où elle est consommée depuis des siècles, on ne boude pas la carpe en provenance des États- Unis.Des entreprises américaines en exportent donc plusieurs milliers de tonnes chaque année, non seulement vers la Chine, mais vers d\u2019autres marchés ailleurs dans le monde.ROMAIN GUILBAULT Hubert Proulx, Bernard Martin et Anne Le Beau lors d\u2019une répétition devant public à L\u2019Arsenal Cette victoire du «monde ordinaire» est aussi celle de Manon Massé, et elle est de taille e directeur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), Philippe Pichet, n\u2019a plus l\u2019autorité morale pour accomplir ses fonctions.Le ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, marche sur les œufs en refusant de lui réitérer sa con?ance, mais en se gardant de le répudier.Il envoie un signal strident à l\u2019administration Coderre, à qui revient l\u2019ultime responsabilité de nommer ou dégommer le chef de police.Le maire Denis Coderre n\u2019entend visiblement pas le message.M.Pichet est son homme, et vice-versa.L\u2019heure est grave au sein du SPVM.M.Pichet a suspendu vendredi son directeur adjoint, Bernard Lamothe, à la suite d\u2019allégations inconnues.Autant dire que le chef vient d\u2019amputer son bras droit.Cette suspension découlerait-elle de la sortie fracassante du président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francœur?La veille, M.Francœur a évoqué un cas d\u2019ingérence inappropriée d\u2019un cadre supérieur, non identi?é, dans une enquête criminelle.Les affaires internes du SPVM sont sous l\u2019équivalent d\u2019une tutelle.L\u2019ancien sous-ministre à la Justice Michel Bouchard dirigera une enquête administrative sur les pratiques au sein de cette division en déroute, avec les pouvoirs dévolus à un commissaire dans une véritable commission d\u2019enquête.En parallèle, la Sûreté du Québec (SQ) et le Bureau des enquêtes indépendantes (BEI) codi- rigeront une enquête sur des allégations de fabrication de preuves.Les allégations en demi-teintes au sujet du SPVM pourraient fort bien s\u2019inscrire dans une stratégie pour déstabiliser l\u2019organisation et son directeur.Il n\u2019empêche que M.Pichet n\u2019a guère d\u2019appuis en dehors de la mairie et de son comité de direction.Les problèmes pourrissent depuis trop longtemps aux affaires internes pour qu\u2019il puisse plaider l\u2019ignorance.Ses ré?exes naturels l\u2019ont porté à cautionner la surveillance des journalistes au lieu de faire le nettoyage des écuries.C\u2019est un homme qui a réagi aux crises sous la pression populaire au lieu de prendre les devants pour accroître l\u2019éthique et la transparence au sein du SPVM.La noblesse de ses intentions et son dévouement pour le SPVM ne sauraient cacher plus longtemps son manque de leadership.Cette affaire déborde maintenant de la personnalité et des compétences de Philippe Pichet.Les guerres de clans, la multiplication d\u2019allégations visant des hauts gradés du service et la perte de con?ance accélérée du public à l\u2019égard d\u2019une institution qui mérite mieux nécessitent un électrochoc.Il est temps de con?er à un civil la direction et la réorganisation du SPVM.Une commission itinérante, mise sur pied par l\u2019Association québécoise des centres de la petite enfance (AQCPE), vient de recommander la gratuité des services éducatifs pour les enfants de 0 à 5 ans.Or, depuis deux ans, le gouvernement Couillard s\u2019évertue à faire des économies à ce chapitre.Quitte à réduire la qualité globale des ser vices en multipliant les places dans les garderies commerciales.était la grande idée de la Commission de révision permanente des programmes que présidait en 2014 l\u2019ancienne ministre libérale Lucienne Robillard, appuyée par Robert Gagné et Claude Montmarquette, deux économistes dont l\u2019implacable logique comptable et néolibérale fait leur ?erté : moduler les frais de garde en fonction des revenus des parents et favoriser l\u2019essor des garderies privées non subventionnées de façon à tirer parti de la ?scalité fédérale.Le mouvement avait commencé en 2009 sous le gouvernement Charest avec une boni?cation du crédit d\u2019impôt pour les frais de garde payés aux garderies non subventionnées.De 2009 à 2014, le nombre de places dans ces garderies est passé de 5000 à 45 000.À compter de 2014, les freins appliqués au développement des places dans les centres de la petite enfance (CPE) et la modulation des tarifs ont permis à ces garderies privées d\u2019accroître à 58 000 le nombre de places qu\u2019elles of frent.Pour les parents dont le revenu familial est de 75 000 $ et plus, la modulation fait en sor te qu\u2019envoyer ses enfants dans un CPE coûte désormais plus cher que de le faire dans une garderie commerciale.Pour les autres, la dif fé- rence est insigni?ante, de 6 à 8 cents par jour en faveur des CPE.Le plan Gagné-Montmarquette a parfaitement fonctionné : le gouvernement Couillard a réussi à réduire ce qu\u2019il lui en coûte et le gouvernement fédéral assume une plus grande part de la note en raison des déductions ?scales plus élevées.Mais là où le bât blesse, c\u2019est que la qualité du service n\u2019est pas la même.Les études québécoises ou canadiennes con?r- ment que les services de garde à but non lucratif fournissent en général un bien meilleur service ; l\u2019écart est d\u2019ailleurs important.La Commission de l\u2019éducation à la petite enfance a recommandé que les services éducatifs pour les tout-petits soient gratuits, au même titre que l\u2019école.Les investissements publics en éducation préscolaire sont plus béné?ques que ceux qui sont consentis plus tard, relève la commission.Pour les enfants qui éprouvent des dif?cultés d\u2019apprentissage, il est prouvé que plus on intervient tôt, plus on augmente leurs chances de réussite.Certes, la gratuité des services éducatifs à la petite enfance apparaît utopique.Mais dans les années 1950, la mise sur pied d\u2019un réseau public et universel d\u2019éducation semblait tout aussi irréaliste.Le gouvernement Couillard pourrait procéder par étapes : cesser, dans un premier temps, de compromettre la qualité des services de garde en coupant court à la prolifération des garderies commerciales et offrir l\u2019accès gratuit aux CPE aux enfants des milieux défavorisés.Amorcé sous le gouvernement Marois en 2013-2014, le développement de la maternelle 4 ans dans les milieux défavorisés est une autre façon d\u2019arriver aux mêmes ?ns.Mais l\u2019initiative avance à pas de tortue.Au rythme actuel de 100 classes par an, il faudrait une dizaine d\u2019années pour que tous les enfants de ces milieux puissent la fréquenter.Et une quarantaine d\u2019années pour que la maternelle 4 ans soit offerte à tous les enfants, tous milieux confondus.Philippe Couillard af?rme la main sur le cœur que l\u2019éducation est sa priorité.Maintenant que les ?nances publiques sont assainies, le premier ministre peut montrer qu\u2019il est sérieux.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 B 4 EDITORIAL L E T T R E S Subventionnons Prends ça court ! Il est invraisemblable que le gala du court métrage Prends ça court ! ne soit pas aidé de quelque manière que ce soit par les organismes publics liés au cinéma (quand je pense qu\u2019un festival commercial comme Fantasia, lui, l\u2019est).Le court ne coûte pas cher et est généralement la por te d\u2019entrée du long.Voyez la production qui a remporté l\u2019Oscar du meilleur film le 26 février, Moonlight.L\u2019histoire d\u2019une vie.Elle a été encensée par la critique ; Médiafilm l\u2019a cotée 2, c\u2019est-à-dire remarquable (peu de films obtiennent cette cote dans une année).Bar r y Jenkins, le cinéaste, a d\u2019abord réalisé deux cour ts métrages avant d\u2019aborder le long.Il a appris à tourner avec peu de moyens (Moonlight ne lui a d\u2019ailleurs coûté que 1,5 million, ce qui est incroyable).Nos jeunes cinéastes pourraient aussi se retrouver à Hollywood avec des films peu dispendieux à produire.Donnons- leur seulement un petit coup de main.Sylvio Le Blanc Montréal, le 28 février 2017 L I B R E O P I N I O N R A B A H M O U L L A Enseignant au cégep R A D H I A B E N A M O R Coordonnatrice \u2013 Centre de recherche (CHU Sainte-Justine) K A H I N A B O U C H E F A Professionnelle \u2013 Enseignement supérieur F A R I D A C H E M M A K H Fonctionnaire du gouvernement du Québec Une centaine d\u2019autres personnes ont aussi signé cette lettre.La liste en est publiée sur notre site Web.N ous, citoyennes et citoyens du Québec de toutes les origines et de toutes les consciences, préoccupés par l\u2019avenir de notre nation, appelons tous les élus de l\u2019Assemblée nationale du Québec à se comporter, dans le dossier de la laïcité et du vivre-ensemble, en gardiens du bien commun.Au lendemain de la fusillade tragique du 29 janvier dernier, un puissant vent de solidarité envers les familles des victimes et des citoyens musulmans a soufflé sur le Québec, tout entier.Des milliers de Québécois ont participé aux vigiles, en hommage aux victimes, dans plusieurs villes pour montrer leur attachement à la construction d\u2019une société accueillante, pacifique et ouverte.De leur côté, trois partis de l\u2019opposition parlementaire (PQ, CAQ et QS) ont fait l\u2019effort d\u2019avancer vers un consensus au sujet de la mise en œuvre des recommandations de la commission Bouchard- Taylor, exprimant par cela même leur disposition à clore une douzaine d\u2019années de débats et de déchirures qui ont secoué le Québec sur les questions de la laïcité et du vivre-ensemble.Nous encourageons la poursuite de cet effort dans le même esprit qui avait régné lors des travaux de la commission Mourir dans la dignité, dont les discussions s\u2019étaient déroulées dans un esprit de collaboration non partisane et dans le respect des convictions de chacun.Cette fois-ci, l\u2019effort de convergence pourrait se faire sous le signe du «vi- vre-ensemble dans la dignité».Nous tenons à rappeler au premier ministre que nos voix ont la même valeur que celle d\u2019un philosophe, sur les tribunes publiques comme au bureau de vote le jour du scrutin.Nous lançons un appel aux partis politiques de toutes les tendances à cesser l\u2019instrumentalisation à des fins électorales des événements tragiques qui touchent les citoyens de confession musulmane.Trop d\u2019amalgames Les citoyens québécois de confession musulmane sont devenus l\u2019objet d\u2019un vil marchandage de toutes parts et il faut que ça change rapidement.À tous les politiciens, mais surtout à tous les médias, nous disons également qu\u2019il est temps de cesser les amalgames en ce qui concerne les citoyens québécois issus de pays musulmans et d\u2019arrêter de propager les clichés dont sont victimes ces néo-Québécois.Nous rappelons que la diversité des citoyens québécois de confession musulmane est telle qu\u2019on ne peut pas les réduire à une appartenance à une même et seule entité communautaire.Par ailleurs, ce ne sont pas seulement ces citoyens qui ont été ciblés à travers la tuerie de Sainte-Foy.C\u2019est toute la société québécoise qui a été frappée en plein cœur.Le rôle du politique est de renforcer le sentiment d\u2019appartenance des citoyens issus de l\u2019immigration à leur société d\u2019accueil, et non de les renvoyer continuellement à leur appartenance ethnique ou religieuse.Aux représentants de la société québécoise, nous demandons d\u2019agir vite afin d\u2019éviter des dérapages et de nouveaux drames.La paix sociale est nécessaire pour que notre société, dans toutes ses composantes, puisse relever les défis de la justice sociale, de la solidarité, et mettre fin aux discriminations.Cependant, ces défis ne peuvent être relevés sans l\u2019exercice d\u2019une citoyenneté plus intéressée et plus engagée de la part de toutes les tranches de la société québécoise.Pour atteindre ces objectifs, nous appelons nos concitoyens à s\u2019impliquer plus activement dans tous les débats de la société.Québécoises et Québécois, nous nous constituons en comité pour une large répercussion de cet appel et pour suivre les actions effectives du gouvernement et de l\u2019Assemblée nationale du Québec.Un appel pour « vivre ensemble dans la dignité » FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Et si on honorait les femmes ?Je ne voterai pas dans Crémazie lors des élections provinciales à venir l\u2019an prochain, mais plutôt dans Maurice-Ri- chard.La Commission de la représentation électorale du Québec a en effet publié la liste des circonscriptions électorales provinciales telles qu\u2019elles existeront lors du prochain scrutin.Cer tes, cet athlète fut un citoyen du quartier et un acteur important de l\u2019histoire québécoise et montréalaise.Cependant, je constate, encore une fois, que les femmes sont laissées de côté.Seulement trois circonscriptions provinciales (sur 125 !) portent le nom d\u2019une femme.Il s\u2019agit de Jeanne-Mance, de Marguerite-Bourgeoys et de La Pel- trie (pour Marie-Madeleine de la Pel- trie).Ce sont bien sûr des figures majeures de l \u2019histoire du Québec.Par contre, aucune des trois n\u2019est née à Montréal, car elles sont toutes arrivées de France au début de la colonisation.Elles faisaient de surcroît toutes partie d\u2019une communauté religieuse.Où sont les femmes laïques nées au Québec ?Depuis 375 ans, il y a eu bien davantage de femmes importantes que ce que leur représentation dans le nom des circonscriptions ne laisse croire ! L\u2019initiative Toponym\u2019Elles, à Montréal, est inspirante à cet égard.La métropole ayant noté que les femmes représentaient seulement 6 % de sa toponymie, l\u2019objectif de ce projet est de créer une banque de 375 noms de personnalités féminines pour nommer des rues ou lieux publics de notre ville.Peut-être serait-il temps que d\u2019autres initiatives du genre voient le jour.Quand j\u2019apprends qu\u2019on honore Maurice Richard tout en laissant de côté des femmes de grand mérite, il m\u2019apparaît clair que nous sommes plus que mûrs pour un rattrapage.Pourquoi ne pas nommer une circonscription en hommage à Idola St-Jean, Thérèse Casgrain, Marie Lacoste-Gérin-Lajoie, Éva Circé- Côté, Madeleine Parent, Simonne Mo- net-Chartrand, ou encore Marie-Claire Kirkland-Casgrain, pour ne nommer que celles-là ?L\u2019égalité, ça passe aussi par la reconnaissance du mérite et de l\u2019apport à notre société.Flavie Payette-Renouf, réalisatrice Le 2 mars 2017 C\u2019 Étendre la gratuité au préscolaire SPVM Pichet doit partir L BRIAN MYLES ROBERT DUTRISAC L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 B 5 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Guy Taillefer (éditorialiste, responsable de la page Idées), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Marie-Pier Frappier (pupitre), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Robert Dutrisac (correspondants parlementaires à Québec), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans), Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Loïc Hamon (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Arnaud Stopa (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa), Dave Noël (Québec).PUBLICITÉ Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Caroline Filion, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).Écrivez-nous! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Étant donné l\u2019abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 5500 caractères (y compris les espaces), ou environ 850 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi: si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaction@ledevoir.com), mais dans tous les cas, n\u2019oubliez pas d\u2019indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.S É B A S T I E N L É V E S Q U E Professeur de philosophie, auteur de Penser la laïcité québécoise, aux Presses de l\u2019Université Laval e n\u2019est pas nouveau.Tout ce qui touche au domaine du religieux est de nature à générer des débats passionnés, pour ne pas dire houleux.Il suffit simplement de repenser à l\u2019épisode de la charte des valeurs québécoises pour s\u2019en convaincre.Mais dernièrement, le débat sur la laïcité québécoise est revenu à l\u2019avant- scène d\u2019une façon pour le moins inattendue.C\u2019est qu\u2019en effet, la décision de la direction de l\u2019hôpital du Saint-Sacrement de retirer le crucifix placé à l\u2019entrée de l\u2019établissement a soulevé tout un tollé.Voilà qui a de quoi surprendre, considérant le peu d\u2019intérêt que les Québécois portent habituellement à « leur» religion et au patrimoine religieux en général.Ces réactions ne sont cependant pas sans rappeler la saga judiciaire qui avait opposé la Ville de Saguenay au Mouvement laïque québécois.On se souviendra que ce dernier avait obtenu gain de cause alors que la Cour suprême du Canada affirmait que la prière contrevenait à l\u2019obligation de neutralité qui incombe aux institutions publiques et à l\u2019État.Mais la confusion règne toujours à ce sujet, notamment parce qu\u2019il n\u2019est pas forcément aisé pour tout le monde de saisir le sens et la portée de notre régime de laïcité.En effet, plusieurs se demandent pourquoi nous devrions retirer «nos» symboles alors que les croyants de diverses religions se voient accorder une multitude d\u2019accommodements tout en conservant le droit d\u2019arborer des signes religieux au sein même de nos institutions.Mauvaise compréhension Cette confusion résulte selon moi d\u2019une mauvaise compréhension de la laïcité québécoise, qui est une laïcité dite «ouverte».Dans un régime de laïcité ouverte, l\u2019obligation de neutralité qui incombe aux institutions publiques n\u2019a pas pour effet d\u2019empêcher les individus de porter des signes religieux.Dans ces conditions, qu\u2019une femme musulmane puisse porter le voile ou encore qu\u2019un juif porte la kippa n\u2019a rien d\u2019un privilège ou d\u2019un passe- droit, mais simplement d\u2019un droit.Pareillement, un Québécois «de souche» et de confession catholique pourrait tout aussi bien décider de porter une croix à son cou sans que cela entame la neutralité religieuse de l\u2019État pour autant.Bref, la laïcité est un arrangement institutionnel, non une valeur qu\u2019il conviendrait d\u2019imposer aux individus.Mais qu\u2019en est-il des symboles religieux présents au sein même de nos institutions et auxquels nous accordons le plus souvent une valeur patrimoniale?Pour répondre à cette question, il peut être utile de relire le jugement de la Cour suprême dans l\u2019affaire de la prière à Saguenay, et plus spécialement le paragraphe 64, lequel stipule que «[le] parrainage par l\u2019État d\u2019une tradition religieuse, en violation de son devoir de neutralité, constitue de la discrimination à l\u2019endroit de toutes les autres».Autrement dit, même sous le couvert de la tradition et du patrimoine, il peut s\u2019avérer problématique que l\u2019État favorise une religion au détriment des autres, notamment parce que cela pourrait avoir pour effet d\u2019entraîner une forme d\u2019exclusion (ou à tout le moins un sentiment d\u2019exclusion) de la part des citoyens d\u2019autres confessions ou qui n\u2019en ont pas.Est-ce à dire que nous devrions décrocher tous les crucifix du Québec?Pas forcément.La Cour suprême a d\u2019ailleurs été suf fisamment sage pour ne pas s\u2019avancer explicitement sur cette question.Le débat reste donc ouvert.Personnellement, je suis d\u2019avis que leur retrait irait dans le sens d\u2019une laïcité bien ordonnée.Je peux cependant comprendre que nous tenions à les conserver à des fins de valorisation de notre patrimoine culturel et religieux.Après tout, le Québec n\u2019est pas une page blanche.Laïcité bien ordonnée commence par soi-même ?R A Y M O N D V I L L E N E U V E Directeur du Regroupement pour la valorisation de la paternité et président du Réseau pour un Québec famille M A R I E R H É A U M E Directrice générale du Réseau pour un Québec famille et ancienne présidente du Conseil de la famille et de l\u2019enfance a y est, c\u2019est la semaine de relâche ! Les enfants, le cœur réjoui, quittent l\u2019école en anticipant avec bonheur ces journées où ils pourront profiter des derniers beaux jours de l\u2019hiver, ralentir le rythme et recharger leurs batteries, en passant du temps de qualité à la maison avec leur famille.Pour les parents, c\u2019est aussi le moment de s\u2019accorder une pause pour faire des activités en famille.Ça, c\u2019est le concept.Mais dans la réalité, la semaine de relâche suit rarement ce scénario rêvé, conçu dans les années 1980 à l\u2019époque où la grande majorité des mères étaient à la maison.Aujourd\u2019hui, la semaine de relâche est plutôt synonyme de souci et de stress pour un grand nombre de familles.Car si les plus chanceux d\u2019entre nous bénéficient de conditions de travail qui permettent de prendre congé pendant la semaine de relâche, pour tous les autres, cette semaine est un véritable casse-tête d\u2019organisation.Les services de garde scolaire, qui doivent s\u2019autofinancer, ouvrent leurs portes seulement si un nombre suffisant de parents en fait la demande.Résultat : plusieurs d\u2019entre eux demeurent fermés, forçant les parents qui n\u2019ont d\u2019autre option à se tourner vers des solutions coûteuses, comme la garde privée ou les camps de jour spécialisés, ou alors à s\u2019absenter du travail et subir une perte de revenu.Dans cer tains cas, ces absences peuvent même entraîner des sanctions puisqu\u2019aucune disposition de la Loi sur les normes du travail ne donne le droit aux employés de négocier l\u2019aménagement de leur temps ou de leur lieu de travail pour des raisons familiales.Et tout cela s\u2019ajoute à la forte pression sociale que subissent les parents pour multiplier les activités familiales pendant la semaine.Sachant que le burn-out parental est un phénomène en forte augmentation, comme le rapportait le quotidien Le Devoir il y a quelques semaines, il est assez ironique de constater que la semaine de relâche produit aujourd\u2019hui des ef fets par fois inverses à ceux recherchés à l\u2019origine, c\u2019est-à-dire un horaire ultrachargé pour les enfants et des parents qui s\u2019arrachent les cheveux de la tête.L\u2019étude Mieux connaître la parentalité, réalisée en 2015 par l\u2019Institut de la statistique du Québec en partenariat avec Avenir d\u2019enfants, dresse un portrait alarmant des enjeux de conciliation tra- vail-famille chez les jeunes parents: 58% des parents d\u2019enfants de 0 à 5 ans ont l\u2019impression de courir toute la journée ; 35 % disent être physiquement épuisés à l\u2019heure du souper ; 76% des parents travaillent et, dans 59 % des cas, les enfants vivent dans un foyer où les deux parents travaillent ; 48 % des enfants v ivent dans un foyer où au moins un des deux parents a un horaire atypique ; 22% des parents salariés travaillent pour une entreprise qui n\u2019offre aucune mesure de conciliation travail-famille.Évolution de la famille L\u2019idée n\u2019est pas d\u2019abolir la semaine de relâche, au contraire.Mais il faut réfléchir de façon globale à l\u2019horaire de l\u2019école et du travail pour permettre aux pères, aux mères et aux enfants de souffler un peu.La famille a grandement évolué au cours des 30 dernières années.Aujourd\u2019hui, les parents se considèrent comme partenaires en parts égales dans les soins et dans l\u2019éducation qu\u2019il faut donner aux enfants.Les pères veulent contribuer au même titre que les mères, mais ils subissent encore beaucoup de pression sociale, particulièrement au travail, lorsqu\u2019ils souhaitent des aménagements liés à leurs obligations familiales.La réflexion sur l\u2019amélioration de la conciliation tra- vail-famille doit absolument chercher à intégrer autant les pères que les mères.Ce changement de culture relève d\u2019une responsabilité collective.On doit certes mieux financer et adapter les services aux familles, mais les entreprises doivent collaborer elles aussi et reconnaître qu\u2019elles ont intérêt à se montrer innovatrices sur ces questions, ne serait-ce que pour mieux attirer et retenir la main-d\u2019œuvre.La ministre du Travail, Dominique Vien, a annoncé récemment son intention de réformer la Loi sur les normes du travail, dont la dernière révision date de quinze ans.Il faut saisir cette occasion pour inscrire dans la loi des mesures de conciliation travail-famille adaptées aux réalités d\u2019aujourd\u2019hui.Une semaine de relâche, c\u2019est bien\u2026 mais permettre aux familles de mieux concilier leurs obligations liées au travail et aux soins à la famille pendant toute l\u2019année, c\u2019est essentiel.Pour ou contre la semaine de relâche?Une semaine de pause, c\u2019est bien.52 semaines de conciliation travail-famille, c\u2019est mieux.F R A N Ç O I S L E G A U L T Député de L\u2019Assomption et chef de la CAQ ean-François Lisée a pris la peine d\u2019écrire un long texte (Le Devoir, 2 mars 2017) pour caricaturer les propositions de la CAQ en matière d\u2019identité et d\u2019immigration.Que le chef du PQ s\u2019en prenne avec véhémence à un autre parti d\u2019opposition plutôt qu\u2019au gouvernement libéral a de quoi surprendre.Mais puisqu\u2019il m\u2019en donne l\u2019occasion, j\u2019en profiterai pour énoncer très clairement ce que fera un gouvernement de la CAQ en 2018.M.Lisée nous reproche de ne pas avoir rompu avec le concept d\u2019interculturalisme, l\u2019assimilant au multiculturalisme, comme si quelqu\u2019un doutait encore de notre volonté farouche d\u2019intégrer la diversité à la majorité historique francophone ! Voici ce que nous ferons, tel qu\u2019énoncé dans notre Projet nationaliste : « La CAQ entend remettre la majorité historique francophone au cœur du processus d\u2019intégration.Si nous reconnaissons volontiers la diversité croissante de notre société, nous n\u2019en croyons pas moins que la seule politique viable consiste à prôner une intégration des nouveaux arrivants à la société québécoise.» Voilà qui est clair et net.Peut-on en dire autant de la «concordance culturelle », la nouvelle trouvaille de M.Lisée?Salué de toutes parts pour son sérieux et sa rigueur, le rapport de la députée d\u2019Iberville, Claire Samson, sur la francisation des immigrants fait partie intégrante de notre programme.Il y est entre autres proposé de rendre la francisation obligatoire pour tout nouvel arrivant qui ne maîtrise pas le français.Contrairement à M.Lisée, je ne crois pas que les Québécois \u2014 y compris sans doute la grande majorité des sympathisants du PQ \u2014 trouvent cela excessif.Pour intégrer les nouveaux arrivants, il faut absolument ajuster les seuils d\u2019immigration à nos capacités réelles d\u2019intégration.Le gouvernement libéral a complètement abdiqué sa responsabilité envers les immigrants.Il a pelleté la responsabilité dans la cour des organismes communautaires, ouvert les valves de l\u2019immigration au-delà de nos capacités et coupé dans les budgets consacrés à l\u2019intégration et à la francisation.Le résultat, c\u2019est que des milliers d\u2019immigrants n\u2019apprendront jamais le français et ne trouveront pas un travail à leur mesure.La CAQ entend remettre les choses dans l\u2019ordre et offrir un soutien sans faille à tous les nouveaux immigrants, de l\u2019accueil à l\u2019intégration en emploi, en passant par la francisation.Pour y arriver tout en tenant compte des capacités financières du Québec, nous avons calculé qu\u2019il fallait réduire de 10 000 par année le nombre de nouveaux immigrants.Pas question de baisser les bras M.Lisée laisse entendre aussi qu\u2019il faut réduire leur nombre, mais du même souffle, il refuse d\u2019en assumer la responsabilité et la remet entre les mains d\u2019un fonctionnaire, soit le Vérificateur général du Québec ! Combien d\u2019immigrants par année avec un gouvernement du PQ?Impossible de le dire.Avec Philippe Couillard, on sait que ce sera toujours plus.Avec la CAQ, le nombre de nouveaux immigrants passera de 50000 à 40000 par année.C\u2019est parfaitement clair et pleinement assumé.Tous les candidats à l\u2019immigration doivent déjà signer une Déclaration sur les valeurs communes de la société québécoise.En imposant un test de français et un test de valeurs, la CAQ vise à donner un sens à celle-ci.Mais M.Lisée s\u2019y oppose.Je pose la question: que ferait un gouvernement du PQ avec un immigrant qui est contre l\u2019idée que les femmes sont égales aux hommes?Il l\u2019accueillera au Québec malgré tout comme les libéraux de M.Couillard?Avec un gouvernement de la CAQ, les candidats à l\u2019immigration qui rejettent l\u2019égalité entre les hommes et les femmes ne seront pas les bienvenus au Québec.C\u2019est parfaitement clair et pleinement assumé.En 2014, la CAQ a tendu la main au gouvernement du Parti québécois en lui proposant un compromis sur la base des recommandations de Bouchard-Taylor.Le gouvernement dont faisait partie Jean-François Lisée a rejeté ce compromis et plutôt décidé de transformer la charte des valeurs en enjeu électoraliste.Le même scénario s\u2019est répété le mois dernier, cette fois avec le gouvernement de Philippe Couillard, qui a bêtement rejeté un compromis qui aurait permis de régler la question des signes religieux.M.Couillard promet donc de ne rien régler, tandis que M.Lisée propose une version 6.0 de la charte du PQ.Un gouvernement de la CAQ interdira le port de signes religieux pour tous les employés de l\u2019État en position d\u2019autorité, incluant les enseignants.C\u2019est parfaitement clair depuis 2013 et ça le restera.Il est surprenant que le chef du PQ ne partage pas notre objectif que le Québec contrôle l\u2019ensemble des pouvoirs en immigration, y compris la réunification familiale.Que ferait un gouvernement du PQ puisqu\u2019il a renoncé à gagner de nouveaux pouvoirs dans le Canada ?Bouder ?Le « chemin des victoires » a des allures de cul-de-sac\u2026 Pour nous, il n\u2019est pas question de baisser les bras et de renoncer à faire gagner le Québec dans le Canada.Un gouvernement de la CAQ va lancer des négociations avec Ottawa pour renforcer l\u2019autonomie du Québec en matière de langue, de culture et d\u2019immigration.C\u2019est parfaitement clair et c\u2019est ce qu\u2019un gouvernement de la CAQ fera.En matière d\u2019identité et d\u2019immigration, nous avons le devoir de proposer un programme clair à la population et de l\u2019assumer une fois pour toutes.Il est temps de mettre derrière nous les vieilles chicanes et de recommencer à aller de l\u2019avant, dans le meilleur intérêt de la nation québécoise, de nos familles et de notre économie.Telle est mon ambition, telle est l\u2019ambition de la CAQ.La CAQ, des propositions claires et assumées J Ç ALEKSANDAR NAKIC GETTY IMAGES 58 % des parents d\u2019enfants de 0 à 5 ans ont l\u2019impression de courir toute la journée.«Pour intégrer les nouveaux arrivants, il faut absolument ajuster les seuils d\u2019immigration à nos capacités réelles d\u2019intégration» «Même sous le couvert de la tradition et du patrimoine, il peut s\u2019avérer problématique que l\u2019État favorise une religion au détriment des autres» C M A T H I E U - R O B E R T S A U V É Journaliste et auteur P lusieurs années avant la création de l\u2019expression « faits alter na t i f s » par l a conseillère présidentielle américaine Kellyanne Conway, le 22 janvier 2017, l\u2019écrivain italien Umberto Eco (1932-2016) semble avoir anticipé l\u2019ampleur que prendrait cette notion.Son dernier roman, Numéro zéro, préfigure l\u2019ère des fausses nouvelles.Une équipe de journalistes chevronnés est engagée pour rédiger un journal qui fera sensation.Voilà le projet de Do- mani («demain» en italien), le quotidien imaginé dans ce roman paru en 2015.On y suit le reporter-vedette de l\u2019équipe, un pigiste sans contrat, ravi de trouver un défi professionnel à sa mesure\u2026 et une paie toutes les deux semaines.Éditoriaux, reportages d\u2019enquête, chroniques, critiques littéraires et section culturelle feront le bonheur des lecteurs, qui en redemanderont.Sauf que le jour nal ne paraîtra jamais .L\u2019éd i teur le sa i t , le rédacteur en chef le sait, toute l \u2019équipe s \u2019en doute.Rien n\u2019oblige donc personne à publier de vraies nouvelles, à vérifier les faits et à respecter quelque code de déontologie de façon à offrir au public une information de qualité \u2014 et à prévenir les poursuites en diffamation.Numéro zéro, c\u2019est une caricature du système médiatique tel qu\u2019il apparaît dans l\u2019Italie post-Berlusconi.Une caricature à la sauce Eco, c\u2019est-à-dire au confluent de l\u2019histoire, de la philosophie et de la critique sociale.Umber t o Eco es t mor t quelques mois avant l\u2019élection présidentielle américaine de novembre 2016.Mais son œu- vre \u2014 dont Numéro zéro est la dernière pièce \u2014 peut aider à comprendre le glissement rhétorique actuel.« Le thème du faux, de son emprise sociale, du pouvoir de séduction qu\u2019il exerce même sur ceux qui ont été avertis de son caractère nuisible constitue l\u2019un des thèmes majeurs de son œuvre narrative», écrit Alessandro Leiduan dans un texte sur Eco paru en 2011 et intitulé « Pour une sémiotique du mensonge ».Selon lui, le rapport ambigu de l\u2019homme à l\u2019égard du faux est « fait de répulsion et d\u2019attirance, d\u2019incrédulité et de crédulité, de méfiance et de confiance».Plus encore, Eco prétend qu\u2019historiquement, le faux a toujours remporté plus de victoires que le vrai, rappelle Leiduan en citant son ouvrage La force du faux.Alors qu\u2019on s\u2019attendrait à ce que les menteurs soient dénoncés et jetés hors des temples du pouvoir, l\u2019histoire nous rappelle que ceux-ci ont régné plus souvent qu\u2019à leur tour.«À côté de ceux qui ont critiqué, condamné et persécuté le faux, il y a toujours eu ceux qui ont succombé à son pouvoir de séduction ou qui ont adhéré volontairement aux idées, aux croyances et aux pratiques qui avaient été qualifiées de \u201cfausses\u201d.» De «menteur de l\u2019année» à chef d\u2019État Alors qu\u2019il était candidat à la présidence des États-Unis, Donald Trump a remporté le titre peu enviable de « menteur de l\u2019année 2015 » conféré par le média électronique Politifact.La raison : ses déclarations étaient truffées d\u2019inexactitudes, de faussetés, voire des deux à la fois.Par exemple : « Le concept de réchauffement climatique a été créé par les Chinois afin de rendre l\u2019industrie américaine non compétitive » (6 novembre 2012) ou «Blancs tués par des Blancs : 16 %.Blancs tués par des Noirs : 81 % » (22 novembre 2015).La première af firmation est fallacieuse, car le réchauf fement climatique est un consensus scientifique rendu public en 1988 par le Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat.Quant à la seconde, c\u2019est une imposture: les statistiques américaines font état de 82,4 % de Blancs tués par des Blancs et de 14,8% tués par des Noirs.L\u2019inverse! Mentir ne l\u2019a pas empêché de remporter la course présidentielle.S\u2019est-il ajusté depuis?Pas le moins du monde.Les reporters de Politifacts (honorés par un prix Pulitzer en 2009 pour leurs enquêtes consistant à vérif ier les af f irmations d e s politiciens) ont étudié 370 déclarations publiques de M.Trump et recensé dans le lot à peine 4 % de déclarations vraies, alors que 12 % étaient « en partie » vraies et 14 %, « à moitié» vraies.Une déclaration sur deux était principalement fausse (52 %) et une sur cinq était totalement fausse (19%).En rétrospective, sept déclarations de Trump sur dix sont donc erronées.Pourtant, ses 20 millions d\u2019abonnés reçoivent ses messages quotidiens sans le filtre de la vérification des faits.Ce qui pose problème, car les faussetés ont autant de pénétration, voire plus encore, que les vérités à l\u2019ère des réseaux sociaux.Le mensonge est un virus puissant.Pour s\u2019en convaincre davantage, rappelons une étude de BuzzFeed, relayée par ICI Ra- dio-Canada, voulant que « les fausses nouvelles entourant les élections américaines ont généré sur Facebook un taux d\u2019engagement plus élevé que les vraies nouvelles des médias of ficiels, comme le New York Times, le Washington Post, NBC News et d\u2019autres».Au total, les 20 pires canulars de 2016 (dont « Le pape François appuie Donald Trump à la présidence», un pur délire) ont engrangé 8,7 millions d\u2019interactions contre seulement 7,3 millions pour les nouvelles dignes de ce nom.Eco et les « faits alternatifs» Les médias sont les « ennemis des Américains», lançait le président Trump le 17 février 2017.«Je suis ici pour faire passer mon message directement au peuple [\u2026] car nombre de journalistes de notre pays ne vous diront pas la vérité», a-t-il repris, évoquant «un niveau de malhonnêteté hors de contrôle».L\u2019antagonisme qu\u2019on constate actuellement entre la vision présidentielle du travail des journalistes et le droit public à une information crédible nous amène à nous interroger sur la distinction entre le vrai et le faux.Bien que nous puissions avoir une connaissance instinctive de la différence entre les deux, il est dif ficile de la mesurer de façon empirique.La vérité comme le mensonge sont des fictions anthropiques.Que penserait Umberto Eco des fausses nouvelles et des « faits alternatifs » qui sont les plus récentes exaltations du chef d\u2019État ?Interrogé là-dessus à l\u2019Université de Toulon, M.Leiduan répond : « Je pense qu\u2019il aurait dit que les nouvelles en question sont les plus dif ficiles à démentir, surtout si les personnes qui les colportent prennent soin de ne pas s\u2019appuyer sur des données empiriques comme un document écrit.S\u2019il existe un document qui sert d\u2019appui à la dif fusion d\u2019une nouvelle, vous avez toujours la possibilité de délégiti- mer cette nouvelle en dénonçant le caractère non authentique du document en question», explique le professeur.Celui-ci donne l\u2019exemple de Lorenzo Valla, humaniste italien du XVe siècle, qui a pu démontrer que la Donatio Constantini, par laquelle les papes prétendaient que l\u2019empereur Constantin leur avait délégué le pouvoir, était un faux document, fabriqué de toutes pièces quelques siècles après la mort de l\u2019empereur.«Or, selon Eco, les fausses nouvelles les plus redoutables sont celles qui s\u2019appuient sur des racontars, des témoignages indéterminés, voire sur des œuvres de fiction.Les nouvelles ne doivent pas être \u201cvraies\u201d, il suffit qu\u2019elles soient \u201cvraisemblables\u201d.Les gens ne veulent apprendre des journalistes que ce qui peut flatter leurs croyances, surtout s\u2019il s\u2019agit de croyances qui n\u2019ont aucune légitimation empirique», indique-t-il.Qui fabrique la vérité?La vérité est affaire de pouvoir et de consensus.Dans une secte apocalyptique, la fin du monde est prévue pour une date déterminée par le gourou, et les membres adhèrent à cette vérité.Hors de la secte, celle-ci semblera délirante.Mais plus on est nombreux à adhérer à une idée \u2014 délirante ou pas \u2014, plus celle-ci se rapproche de la vérité.Nul ne remet en question la valeur d\u2019un billet de 20 $.Celui-ci a une valeur deux fois supérieure au billet de 10 $ et cinq fois inférieure au billet de 100 $.Pourtant, le même papier ser t à imprimer ces devises ; seuls les symboles imprimés dif fèrent.C\u2019est parce que nous nous entendons sur cette symbolique que le système monétaire fonctionne.Au XXIe siècle, on atteint un niveau supplémentaire d\u2019abstraction en ef fectuant nos échanges commerciaux par des transactions virtuelles.La nature ne connaît ni vérité ni mensonge.L\u2019esprit humain tente de dépar tager l\u2019une de l\u2019autre lorsqu\u2019il interprète la réalité.La vérité historique est recherchée par l\u2019historien à partir des traces du passé ; la vérité scientifique est celle qu\u2019on peut démontrer par l\u2019expérimentation et qu\u2019on peut répéter ; en droit, la vérité est ce qui peut être prouvé.Par l \u2019 in ter média ire des médias, les journalistes sont actuel lement les der niers garde-fous de la vérité sociale.Ils cherchent à présenter les faits sans orientation idéologique afin de laisser le citoyen se constr uire une idée lucide du monde qui l\u2019entoure.Dans la guerre que l i v r e D o n a l d T r u m p à l a presse libre, il y a la négation de ce rempart de la démocratie.Manifestement, cette stratégie ne lui nuit pas.Il n\u2019a pas eu besoin de rallier les éditorialistes à sa cause puisque seulement six journaux aux États-Unis ont pris position en sa faveur, contre 200 pour Hillary Clinton.Mais quand le président des États-Unis af firme en conférence de presse que les médias ne sont pas crédibles, on peut s\u2019attendre à ce que cette fiction prenne corps dans l\u2019opinion publique.Qu\u2019on le veuille ou non, le président Trump crée la vérité.Le moyen de communication de prédilection de Donald Tr ump est le réseau Twitter.Jadis, les présidents devaient mobil iser les réseaux de té lév i s ion pour s\u2019adresser à la nation ; ils ne le faisaient en général que lors de cr ises majeures.Avec Twitter, les courts messages présidentiels sont envoyés directement à ses abonnés sans transiter par le Conseil privé ou le service des communications.Voilà un chef d\u2019État qui parle directement à ses électeurs plusieurs fois par jour, non pour les renseigner sur sa gouvernance, mais pour les orienter idéologiquement.Domani ne verra pas le jour ! En principe, un numéro zéro précède l\u2019édition inaugurale.C\u2019est une formule utilisée dans la presse pour identifier la maquette d\u2019une nouvelle publication.Sauf que, dans le livre du maître de la sémiotique, c\u2019est une métaphore.« Donc nous ferons un quotidien, lance l\u2019éditeur à la réunion de production.Pourquoi Domani ?Parce que les journaux traditionnels racontaient, et malheureusement racontent encore, les nouvelles de la veille au soir [\u2026] par conséquent les journaux racontent toujours ce que l\u2019on sait déjà, et voilà pourquoi ils [se] vendent de moins en moins.» De quoi un journal doit-il parler alors ?demande une journaliste de la salle.« Nous parlerons de ce qui peut advenir demain, avec des ar ticles de fond, des suppléments d\u2019enquête, des anticipations inattendues.» Les faits ?On ne s\u2019en souciera guère puisque Domani ne verra jamais le jour.?Des commentaires?Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir de philo ou du Devoir d\u2019histoire : www.ledevoir.com/ societe/le-devoir-de-philo.L E D E V O I R , L E S S A M E D I 4 E T D I M A N C H E 5 M A R S 2 0 1 7 B 6 PHILOSOPHIE LE DEVOIR DE PHILO Les fausses nouvelles dans l\u2019œil d\u2019Umberto Eco Comment percevrait-il les tweets de Donald Trump, passé de « menteur de l\u2019année » à président des États-Unis ?TIFFET Umberto Eco est mort quelques mois avant l\u2019élection présidentielle américaine de novembre 2016.Mais son œuvre \u2014 dont Numéro zéro est la dernière pièce \u2014 peut aider à comprendre le glissement rhétorique actuel.Lire aussi \u203a Le Devoir de philo du 4 février dernier de Jean Grondin, intitulé «Peut-on défendre Heidegger?», a suscité plusieurs réactions.Nous avons publié le 16 février dans nos pages une réplique à ce texte, signée Hélène Tessier.Nous publions aujourd\u2019hui sur Le- Devoir.com deux autres répliques consacrées à ce même texte de Jean Grondin, signées de deux spécialistes de Heidegger, Paul Ca- tanu, enseignant de sciences humaines au Collège Champlain à Saint-Lambert («L\u2019œuvre de Heidegger sera toujours teintée par ce que nous savons de l\u2019homme»), et François Rastier, directeur de recherche au CNRS à Paris («Des affirmations surprenantes sur Heidegger»).MATHIEU-ROBERT SAUVÉ Math ieu -Rober t Sauvé es t journaliste et auteur."]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.