Le devoir, 16 octobre 2017, Cahier A
[" V O L .C V I I I N o 2 3 4 L E D E V O I R , L E L U N D I 1 6 O C T O B R E 2 0 1 7 1 , 3 0 | S + T A X E S = 1 , 5 0 | S AUJOURD\u2019HUI Le Monde \u203a Trump, l\u2019Iran et la réalité.Une chronique de François Brousseau.Page B 1 Idées \u203a Métissage ou repli sur soi?Une chronique de Louise Beaudoin.Page A 7 Le Monde \u203a Double attentat meurtrier en Somalie.La mouvance djihadiste conserve son pouvoir.Page B 1 Avis légaux.B 2 Décès.B 6 Météo.A 3 Mots croisés.A 3 Petites annonces .B 6 Sudoku.B 4 ?w w w .l e d e v o i r .c o m Élections municipales Gatineau, siège de la bataille des deux tours Page A 4 Agnès Varda et JR déclinent la notion de portrait dans «Visages, villages» Page B 8 Le pari osé du commerce maritime sans pétrole Page B 5 La Mauritanie est le dernier pays du monde à avoir aboli l\u2019esclavage, en 1981.Trente-six ans plus tard, la question reste tout aussi brûlante dans ce vaste pays d\u2019Afrique de l\u2019Ouest, en plein cœur du désert du Sahara.Entre un gouvernement qui refuse d\u2019admettre l\u2019existence de l\u2019esclavage et une société civile épuisée de sonner l\u2019alarme, comment concevoir que des milliers de personnes vivent toujours dans l\u2019unique fin de servir leurs maîtres ?La Mauritanie, là où l\u2019esclavage persiste YASMINE MEHDI LE DEVOIR Après des années de servitude, Boubacar Messaoud a obtenu sa liberté et a fondé l\u2019association SOS-Esclaves.M A R C O F O R T I E R Diminution de la vitesse dans les rues résidentielles, contrôle policier près des passages pour piétons, aménagement systématique de trottoirs et de pistes cyclables : la protection des personnes les plus vulnérables est au cœur des priorités des citoyens en vue de la réforme promise du Code de la sécurité routière (CSR).Les Québécois veulent des villes à échelle humaine où l\u2019on peut se déplacer en toute sécurité, peut-on lire dans un rapport de la Société de l\u2019assurance automobile du Québec (SAAQ).Ce document de 63 pages fait la synthèse des consultations menées le printemps dernier par la SAAQ en vue de réviser le CSR.Le gouvernement Couillard s\u2019est engagé il y a trois ans à améliorer le Code de la sécurité routière, entre autres pour protéger le nombre croissant de cyclistes, de piétons et de personnes qui ont des difficultés à se déplacer \u2014 notamment à cause du vieillissement de la population.La SAAQ a transmis le mois dernier ses recommandations à l\u2019ex-ministre des Transports, Laurent Lessard, en vue d\u2019une réforme du CSR, indique-t-on.M.Lessard s\u2019était engagé à déposer un projet de loi cet automne dans le but d\u2019amender le CSR.Le dossier est désormais entre les mains de son successeur André Fortin, nommé aux Transports lors du remaniement ministériel de la semaine dernière.Environnement meurtrier Dans une série de rencontres publiques et de consultations menées sur le Web, la SAAQ a reçu pas moins de 13 000 commentaires et 331 La SAAQ appelle à un virage «sécurité » Priorité à la protection des usagers les plus vulnérables, indique un rapport Y A S M I N E M E H D I O n ignore le nombre exact d\u2019esclaves en Mauritanie, contrée peuplée d\u2019environ quatre millions d\u2019habitants.Les estimations les plus conservatrices avoisinent les 40 000, mais certains n\u2019hésitent pas à évoquer le chiffre de 160 000.«Ce que je sais, c\u2019est qu\u2019il y en a beaucoup», affirme Haby Mint Rabah, 43 ans.Dans son logement modeste en périphérie de Nouakchott, la capitale maurita- nienne, l\u2019ancienne esclave raconte une vie passée dans la terreur de ses maîtres à la peau claire, des Maures.« Ils nous frappaient, ils nous humiliaient, ils nous torturaient [\u2026] Notre seul devoir était de travailler pour eux.» Séparée de ses parents et de ses frères, Haby raconte avoir commencé à travailler très VOIR PAGE A 8 : ESCLAVAGE JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les participants de l\u2019activité ont fait un arrêt à la mosquée Al Islam, dans l\u2019arrondissement Saint-Laurent, la toute première mosquée au Québec, construite en 1965.L I S A - M A R I E G E R V A I S P our combattre les préjugés et l\u2019islamopho- bie, un organisme communautaire financé par les jésuites propose un tour guidé pour mieux faire connaître les différents visages de l\u2019islam dans la métropole.Bienvenue dans le Montréal musulman.«Un, deux, un deux», la guide teste son micro qui sonne comme une boîte de conserve et ça rigole.On redevient toujours un peu des enfants dans un autobus scolaire.À bord, des jeunes et davantage de moins jeunes, des étudiants et des universitaires curieux, des croyants et des athées, quelques quidams, un béret et un foulard.« On a d\u2019abord pensé le circuit pour qu\u2019il s\u2019adresse à notre public naturel.Des Québécois et des Québécoises, à majorité francophone, et qui n\u2019ont pas les cheveux qui se dressent en voyant un hidjab », convient Mouloud Idir, responsable du secteur Vivre ensemble au Centre justice et foi, organisme qui publie la revue Relations et qui s\u2019intéresse depuis 30 ans aux questions d\u2019immigration.Voilà un an qu\u2019il planche sur l\u2019idée d\u2019une activité explorant les contours de cette « islamité québécoise» en collaboration avec Montréal Explorations, une OBNL à mission éducative spécialisée dans les circuits d\u2019exploration urbaine.Après tout, on balade bien les touristes dans le quartier des juifs hassidiques ou le Plateau- Mont-Royal de Michel Tremblay.Alors en cette période où le Québec connaît une poussée d\u2019intolérance, en particulier envers l\u2019islam, pourquoi ne pas s\u2019intéresser à la diversité musulmane à Montréal?«Je suis venue parce ces questions d\u2019immigration et de racisme m\u2019intéressent», explique Sophie Benoît, étudiante à la maîtrise.« C\u2019est le fun de visiter un quar tier qu\u2019on ne connaît pas sous cet angle.» Mais Mouloud Idir insiste : il ne s\u2019agit pas de dire aux gens quoi penser.«On sent que les gens se questionnent énormément et c\u2019est pourquoi on Le Montréal musulman en autobus Un centre communautaire propose un tour guidé pour lutter contre les préjugés VOIR PAGE A 8 : SAAQ VOIR PAGE A 8 : AUTOBUS 331 Nombre de mémoires ou de documents de groupes et de citoyens reçus L E D E V O I R , L E L U N D I 1 6 O C T O B R E 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 2 PARTENAIRES : 16 OCTOBRE 2017 OFFICE DES NATIONS UNIES À GENÈVE, PALAIS DES NATIONS, SALLE XIX WWW.TAXCOOP-CONFERENCE.COM TAXCOOP a été créé, au Québec, dans le but de trouver un équilibre fiscal international dans l\u2019intérêt supérieur des nations et de leur population.Depuis plusieurs décennies, l\u2019évasion fiscale et le transfert artificiel de bénéfices vers des juridictions offrant des taux d\u2019imposition faibles ou inexistants érodent la base d\u2019imposition des juridictions où les activités économiques véritables sont accomplies privant ainsi les pays des revenus essentiels auxquels ils ont droit pour le bénéfice de leurs citoyens.L\u2019avènement de l\u2019économie numérique a également densifié les difficultés de cohérence des règles fiscales internationales.La solution réside dans la transparence et l\u2019échange de l\u2019information fiscale entre les juridictions, la création de nouvelles normes fiscales et la coordination des efforts des juridictions pour rétablir une fiscalité juste et équitable.Si l\u2019on peut espérer que les États puissent remplir leur devoir face aux besoins croissants des citoyens dans les secteurs de la santé, de l\u2019éducation et surtout de l\u2019environnement qui est devenu l\u2019enjeu vital de notre monde vivant, ce sera, pour grande part, parce que les entreprises multinationales, les sociétés commerciales et les contribuables les plus riches sauront faire leur juste part et rendre à la société ne serait-ce qu\u2019une infime partie des privilèges qu\u2019elle leur a consentis.Une nouvelle éthique se dessine, elle sera planétaire.Un nouvel ordre mondial est en train de voir le jour.TAXCOOP émane de quatre québécoises.Elle a été crée à l\u2019initiative de Brigitte Alepin avec la collaboration des professeurs Lyne Latulippe de l\u2019Université de Sherbrooke, Allison Christians de l\u2019Université McGill et de la juge internationale et médiatrice Louise Otis.WWW.TAXCOOP-CONFERENCE.COM CONFÉRENCE INTERNATIONALE PAR TAXCOOP SUR LA CONCURRENCE FISCALE À L\u2019OFFICE DES NATIONS UNIES À GENÈVE.AUJOURD'HUI LE 16 OCTOBRE 2017, TAXCOOP TIENT SA TROISIÈME CONFÉRENCE INTERNATIONALE ANNUELLE À L\u2019OFFICE DES NATIONS UNIES À GENÈVE.CETTE CONFÉRENCE PORTE SUR LES DÉFIS QUE POSE LA CONCURRENCE FISCALE INTERNATIONALE.ELLE EST DIFFUSÉE EN DIRECT, SUR LE SITE INTERNET DE TAXCOOP, DEPUIS LE SIÈGE DES NATIONS UNIES.LES CITOYENS PEUVENT Y PARTICIPER VIA FACEBOOK.A M É L I P I N E D A Des dizaines de militants ont marché dimanche 15 km pour réclamer une augmentation du salaire minimum à 15 $ l\u2019heure.« On ne devient pas riche avec un salaire de 15$ l\u2019heure.Ça donne seulement la possibilité à des gens qui sont en mode survie de se sor tir la tête de l\u2019eau », mentionne Manon Labelle, une manifestante rencontrée par Le Devoir.La préposée aux bénéficiaires à la retraite a toujours dû se serrer la ceinture avec ce qu\u2019elle qualifie de «salaire décent».«Lorsque j\u2019ai pris ma retraite en 2015, après 37 ans de carrière, je gagnais 19$ l\u2019heure et laissez-moi vous dire que je n\u2019ai jamais vécu dans le luxe.Les gens qui gagnent 11,25 $ sont nombreux à devoir faire un choix entre payer leur loyer ou manger», fait-elle valoir.Des exemples Au Québec, 219 600 personnes travaillent au salaire minimum.Les manifestants demandent à Québec d\u2019imiter l\u2019Alber ta, l\u2019Ontario et la Co- lombie-Britannique, qui hausseront leur salaire minimum à 15 $ l \u2019heure dans les prochaines années.« Nous marchons pour une deuxième année de suite pour faire entendre au gouvernement que le salaire minimum doit atteindre 15 $ l\u2019heure le plus rapidement possible.Il doit mettre les épouvantails et les discours alarmistes de côté et s\u2019engager à améliorer de façon beaucoup plus significative le pouvoir d\u2019achat de milliers de personnes au Québec qui gagnent un revenu de travail insuf fisant », a souligné Mélanie Gauvin, co-porte-parole de la campagne.Le rassemblement, qui a débuté à la station de métro Lio- nel-Groulx, s\u2019est terminé en début d\u2019après-midi au parc Jarry, après avoir fait deux arrêts aux parcs Émilie-Gamelin et Laurier.Lancée en 2016 par un regroupement d\u2019organismes, de syndicats et de groupes de défense des travailleurs, la campagne 5-10-15 demande au gouvernement de prendre les mesures pour s\u2019assurer que tous les employés puissent connaître leur horaire 5 jours à l\u2019avance et bénéficier de 10 jours de congé payé pour cause de maladie ou de responsabilité familiale, et de fixer le salaire minimum à 15 $ l\u2019heure.En janvier dernier, la ministre du Travail , Dominique Vien, a avancé la cible d\u2019un salaire minimum de 12,45 $ pour 2020.Après la hausse de 0,50 $ en 2017, Québec prévoit des augmentations de 0,50 $ en 2018, de 0,35 $ en 2019 et de 0,35 $ en 2020.Le Devoir Une marche de 15 km pour réclamer un salaire minimum à 15 $ l\u2019heure L E E B E R T H I A U M E à Ottawa L es fonctionnaires du ministère de la Défense ont dépoussiéré leurs documents d\u2019information pour tenter de déterminer enfin où seront déployés les soldats de maintien de la paix du Canada.Le temps du gouvernement est maintenant compté avec la tenue d\u2019un sommet impor tant des Nations unies à Vancouver le mois prochain.Cette accélération des activités met fin à des mois d\u2019inaction, alors que les planificateurs militaires attendaient un signal du gouvernement Trudeau, qui avait pris l\u2019engagement l\u2019an dernier d\u2019envoyer 600 soldats et 150 policiers pour le maintien de la paix dans le monde.La Défense nationale a complété des missions et présenté plusieurs options potentielles au gouvernement après qu\u2019il eut pris son engagement en août 2016, mais les libéraux ont refusé de trancher sur la question.Mise en veilleuse En fait, l\u2019idée a été mise en veilleuse pendant des mois étant donné que le gouvernement s\u2019inquiète des risques potentiels des missions de maintien de la paix et qu\u2019il a dû tourner son attention vers le nouveau gouvernement de Donald Trump, aux États-Unis.Pendant ce temps, les propositions des fonctionnaires ont pris la poussière au Bureau du premier ministre et au ministère des Affaires mondiales.Des sources ont toutefois révélé à La Presse canadienne que les fonctionnaires étaient maintenant revenus à la table à dessin.Le gouvernement espère prendre une décision avant la réunion de 2017 des ministres de la Défense sur le maintien de la paix des Nations unies, qui aura lieu les 14 et 15 novembre à Vancouver, mais ce n\u2019est pas certain qu\u2019ils y arriveront.Le gouvernement a déjà dit qu\u2019il voulait prendre son temps pour planifier la mission, mais lorsque l\u2019ONU a accepté de tenir cette rencontre en sol canadien, elle s\u2019attendait à ce que les troupes canadiennes soient déjà au travail.Le sommet, dont le ministre de la Défense Harjit Sajjan sera l\u2019hôte, est censé être ouvert seulement aux représentants des pays qui ont annoncé des engagements concrets pour les missions de maintien de la paix.Les représentants de la défense envisagent des missions potentielles en Afrique, mais ils auraient apparemment élargi leurs recherches vers Haïti, où le Canada a déjà été impliqué.Les Nations unies ont préparé une liste de critères en vue du sommet de Vancouver, qui mentionne les régions en manque « urgent » de troupes spécialisées et d\u2019équipement: le Mali, le Soudan du Sud et Haïti.La Presse canadienne MAINTIEN DE LA PAIX Le temps presse pour les planificateurs Un sommet important des Nations unies est prévu le mois prochain à Vancouver ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La manifestation s\u2019est déplacée de la station de métro Lionel-Groulx au parc Jarry, dimanche.Les gens qui gagnent 11,25 $ sont nombreux à devoir faire un choix entre payer leur loyer ou manger Manon Labelle, manifestante « » L E D E V O I R , L E L U N D I 1 6 O C T O B R E 2 0 1 7 ACTUALITES A 3 L ancé en 1968 comme un pavé, le slogan « Soyez réalistes, demandez l\u2019impossible » déjouait par son paradoxe moqueur les agents d\u2019un réalisme technocratique qui étend sans cesse son empire sur le monde social.Qu\u2019est-ce que ce réalisme ?Il consiste pour l\u2019essentiel à (se) faire croire que les ornières auxquelles on attache l\u2019avancée de son train-train quotidien constituent la seule façon d\u2019aller de l\u2019avant.Écoutez par exemple Denis Coderre.Le maire raille la création d\u2019une nouvelle ligne de métro à Montréal au nom de ce réalisme.Il dit : «Un moment donné, il faut être réaliste, le festival Juste pour rire est fini.[\u2026] On le sait que ça ne fonctionnera pas, alors pourquoi entretenir de faux espoirs?» La faculté de juger étant une des plus éminentes, on pourrait penser que le «réalisme » consiste à porter un jugement réfléchi sur la réalité.Mais manifestement, l\u2019épithète «réaliste » n\u2019est plus chez nous qu\u2019un cliché que l\u2019on sert pour se consoler d\u2019un défaut d\u2019imagination ou de pensée.Tant et si bien qu\u2019on pourrait croire que la société a accouché d\u2019un nouveau slogan tout à fait de notre temps : «Soyons réalistes, ne demandons rien !» Une telle attitude conduit pourtant tout un monde à vivre dans des réalités qui, au fond, ne sont plus de notre temps.On s\u2019enfonce ainsi dans l\u2019exubérance d\u2019un monde de plus en plus surréel : bouchons infinis de circulation du matin au soir, cyclistes fauchés, étalement urbain, recul constant de la nature, fatigue, stress.L\u2019évocation soutenue du « réalisme » s\u2019apparente de plus en plus à un petit bijou de technologie langagière mis au service de la poursuite de pratiques destructrices.Il justifie quelque chose qui constitue un énorme problème mais auquel on ne cesse de donner du carburant en niant son caractère inique et outrageant.Ce « réalisme», décrété sur un ton impérial, prend en vérité l\u2019allure d\u2019un affreux cauchemar, d\u2019un formidable déni de ce qui est.L\u2019écrivain et éditeur Jean-Yves Soucy, décédé il y a quelques jours, auteur d\u2019un beau roman intitulé Un dieu chasseur, avait un jour illustré malgré lui l\u2019absurdité de ceux qui se refusent à avancer dès lors que leur nez croise les contours de ce qu\u2019ils croient être le mur dur de la réalité chiffrée.Dans un projet d\u2019édition difficile mais nécessaire à assurer sa réputation, Soucy s\u2019était vu forcé de dépasser les prévisions budgétaires.Il s\u2019assurait ainsi de poser une pierre solide à l\u2019édification de la maison d\u2019édition dont il avait la charge.Mais son patron, tenant cette facture gonflée pour la seule et unique mesure possible de la réalité, s\u2019était écrié : « Mais, Jean-Yves, Jean-Yves, ça n\u2019a pas de sens ! Toutes les fois qu\u2019on va vendre un exemplaire de ce livre, on va perdre 3 $! » Et Soucy de répondre, la mine déconfite, l\u2019air faussement abattu : « Je le sais bien.J\u2019espère qu\u2019on n\u2019en vendra pas trop\u2026 » Ce pince-sans- rire savait que la valeur des choses ne tient certainement pas qu\u2019à leur prix.Au fond, il y a souvent chez M.Coderre, comme chez nombre de ses compères, plus de rhétorique que de réalisme.Et la rhétorique forme ici un mur étanche contre toute réaction pressante pourtant nécessaire à endiguer l\u2019hémorragie sociale à laquelle se rattache la question des transports, de l\u2019étalement urbain, de l\u2019abandon du cœur d\u2019une ville qui ne se peuple plus que de stationnements.Qui est réaliste ?Montréal, avec 1,7 million d\u2019habitants, avec une aire urbaine de 2,2 millions d\u2019habitants en plus, compte sur le service de 68 stations de métro, concentrées à majorité dans l\u2019ouest de la ville, c\u2019est-à-dire dans sa portion la plus favorisée.Regardons une ville comme Stockholm.Avec 1,4 million d\u2019habitants seulement : 100 stations de métro.Stuttgart, avec à peine la moitié de la population de Montréal, compte 200 stations de métro.La ville de Vienne, dont le réseau est pourtant beaucoup plus jeune que celui de la métropole québécoise, compte environ 40 stations de plus pour une population comparable.Plus près de nous, Boston ne jouit pas seulement des per for- mances d\u2019une bonne vieille équipe de hockey : 123 stations de métro pour une population de 700 000 personnes.En septembre, le maire Coderre, comme d\u2019ordinaire pressé de questions sur son rapport distant au transport collectif, a affirmé qu\u2019il venait justement de prendre le métro.Mais contrairement à son habitude, aucune photo ne témoignait de ce déplacement, même après un appel lancé au public par un journaliste de Ra- dio-Canada pour en trouver\u2026 Le maire bénéficie des services de trois chauffeurs.En 2016, le budget de la ville prévoyait 341 000 $ pour ses déplacements en automobile.L\u2019auto continue de régner chez nous comme si elle était coiffée d\u2019un diadème.Jusqu\u2019où cela peut-il aller ?Au Texas, en 2008, on a doté Houston d\u2019une autoroute de 26 voies, la Katy Freeway.Vous lisez bien : 26 voies.Plus de gens ont dès lors pris l\u2019option de la voiture.Et ce réseau délirant se trouve désormais plus engorgé qu\u2019avant sa construction ! C\u2019est pourquoi le « réalisme» qu\u2019invoque Denis Coderre, avec une assurance plutôt grossière, n\u2019est qu\u2019une manière bien terre à terre de perdre de plus en plus contact avec le monde réel.On chercherait en vain de vrais espoirs dans ce cauchemar urbain nappé de sauce réaliste si personne ne sonnait enfin l\u2019heure du réveil.Modérer ses transports JEAN-FRANÇOIS NADEAU M A R I E - L I S E R O U S S E A U A lors que la famille et les proches de Clément Ouimet rendaient hommage dimanche à ce cycliste de 18 ans frappé mortellement le 4 octobre dernier sur la voie Cami- lien-Houde, sur le mont Royal, la Ville de Montréal a mis en place des mesures de sécurité temporaires sur les lieux du drame.Les proches du cycliste ont reçu les condoléances, dimanche, avant de tenir un hommage à la mémoire de Clément Ouimet à l\u2019intérieur du chalet du mont Royal, tout près du lieu du drame.Bien que les citoyens « se sentant interpellés par cette tragédie » étaient les bienvenus, le tout était privé.Laurent-Paul Ménard, un ami des parents du défunt, a tenu à remercier chaleureusement en leurs noms tous ceux qui leur ont exprimé des mots d\u2019encouragement.« Merci pour les manifestations d\u2019empathie, de soutien, de solidarité », a-t-il déclaré au Devoir.Mesures spéciales Clément Ouimet, un cycliste de haut niveau, a été heurté par un automobiliste effectuant illégalement un demi-tour alors qu\u2019il s\u2019entraînait sur la voie Camilien-Houde.« Clément était un jeune homme passionné et déterminé.Grand sportif, son travail et sa persévérance faisaient l\u2019admiration de tous », peut-on lire dans son avis de décès.La Ville de Montréal a mis en place des mesures de sécurité temporaires plus tôt que prévu sur les lieux du drame, où de nombreux demi-tours illégaux ont été obser vés dans les jours suivant le décès du jeune cycliste.Des panneaux signalant clairement l\u2019interdiction d\u2019effectuer cette manœuvre ont été installés, ainsi que des caméras de surveillance et un afficheur de vitesse.Le muret séparant les voies au centre de la route a également été allongé d\u2019une dizaine de mètres.Ces mesures devaient être mises en place d\u2019ici le 20 octobre.La présidente-directrice générale de Vélo Québec, Suzanne Lareau, a salué la vitesse de réaction des autorités.Ces mesures lui apparaissent « suffisantes de prime abord».Aux yeux de la porte-parole de Vélo Fantôme Montréal, Gabrielle Anctil, elles arrivent malheureusement « trop tard ».« Clément n\u2019avait pas besoin de mourir.On savait depuis des années que ce problème existait et rien n\u2019a été fait en amont», a-t-elle dénoncé au Devoir.Ces mesures sont temporaires, étant donné qu\u2019un groupe de travail se penchera sur la sécurité de ce secteur afin d\u2019évaluer « sérieusement que les [chemins] Camillien-Houde et Remembrance ne soient plus une voie de transit », comme l\u2019avait exprimé le maire de Montréal, Denis Coderre.Contre la circulation de transit De nombreuses voix, dont celles de Mme La- reau et du maire du Plateau-Mont-Royal, Luc Ferrandez, se sont élevées dans les derniers jours pour réclamer la fin de la circulation de transit sur le mont Royal.Près de 12 000 véhicules empruntent quotidiennement les voies Camilien-Houde et Remembrance, selon un décompte commandé en 2014 par Vélo Québec.Cette idée ne date pas d\u2019hier.Le Devoir rapportait vendredi qu\u2019un rapport du Bureau de consultation de Montréal recommandait à la Ville d\u2019empêcher le passage des voitures au sommet de la montagne en 1990.Par ailleurs, un vélo fantôme (une monture entièrement peinte en blanc) sera installé vers la fin du mois d\u2019octobre sur le lieu de la tragédie, a confirmé Gabrielle Anctil au Devoir.Il s\u2019agira d\u2019un vélo de course de Clément Ouimet, peint en blanc par ses amis, qui le personnaliseront en ajoutant des pièces de leurs propres bicyclettes afin de lui laisser un souvenir.« Il y a un ef fort collectif de la part de ses proches, c\u2019est très touchant», a commenté Mme Anctil.Avec La Presse canadienne Le Devoir CYCLISTE HAPPÉ Les proches de Clément Ouimet rendent hommage au jeune athlète disparu Des mesures de sécurité temporaires ont été installées sur les lieux du drame ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR La Ville a fait installer des panneaux signalant l\u2019interdiction d\u2019ef fectuer des demi-tours sur la voie Camilien-Houde, à l\u2019endroit où un jeune homme de 18 ans a été frappé par un automobiliste le 4 octobre dernier.V I C K Y F R A G A S S O - M A R Q U I S M O R G A N L O W R I E L e ministre fédéral des Transports exhorte les propriétaires de drones à s\u2019informer des règles encadrant ces petits appareils sans pilote après que l\u2019un d\u2019eux est entré en collision avec un avion commercial à Québec, jeudi dernier, ce qui serait une première au Canada.Marc Garneau s\u2019est dit «extrêmement soulagé » qu\u2019un accident entre un drone et un avion commercial de la compagnie SkyJet n\u2019ait pas causé de dommage important à l\u2019appareil, qui a pu se poser sans problème à l\u2019aéroport Jean-Lesage, à Québec.En point de presse à West- mount, dimanche après-midi, le ministre Garneau a incité les propriétaires de drone à s\u2019informer des règlements en place parce que s\u2019ils se font pincer à violer la loi, ils pourraient se voir imposer une amende salée et même une peine de prison \u2014 qu\u2019ils soient au courant des règles, ou non.Selon les règles intérimaires adoptées par Transports Canada, l\u2019usage d\u2019un drone à des fins de loisirs est interdit dans un rayon de moins de 5,5 kilomètres autour de tout aéroport et à plus de 300 pieds au-dessus du niveau du sol (environ 90 mètres).«Il ne faut pas utiliser son drone dans les nuages et il ne faut pas le perdre de vue», a résumé M.Garneau.Des règles finales seront présentées au début de l\u2019année 2018, et elles seront beaucoup plus contraignantes : il y aura un âge minimum pour utiliser ces appareils et ses propriétaires devront passer un test afin de s\u2019assurer qu\u2019ils comprennent toutes les implications de cette activité.Il sera également obligatoire d\u2019identifier son drone.Propriétaire recherché Dans le cas de l\u2019accident de jeudi dernier, le drone n\u2019a pas encore été retrouvé et le propriétaire n\u2019a pas été localisé.Comme il n\u2019est pas encore obligatoire d\u2019identifier l\u2019appareil, il se peut qu\u2019il soit impossible de retrouver le propriétaire, a admis le ministre.«On espère toujours pouvoir trouver la personne.Mais de temps en temps, quand des crimes sont commis, même avec toutes les mesures nécessaires qu\u2019on met en place, ce n\u2019est pas possible retrouver la personne, a-t-il indiqué.On fait tout ce qu\u2019on peut pour maximiser les chances de retrouver la personne.» M.Garneau dit suivre la situation de près et être en contact avec tous les intervenants impliqués, dont le Service de police de Québec et le Bureau de la sécurité des transports (BST), qui n\u2019a pas encore annoncé s\u2019il allait ouvrir une enquête.Chris Krepski, porte-parole au BST, a affirmé que le Bureau évaluait en ce moment la situation et qu\u2019il déterminerait dans les prochains jours s\u2019il enquêtera sur l\u2019incident.Le Service de police de Québec n\u2019a pas répondu à un courriel de La Presse canadienne et Transports Canada n\u2019a pas donné suite à un message vocal.Percuté à l\u2019aile droite Mathieu Claise, de l\u2019aéropor t Jean-Lesage, a relaté que l\u2019accident était sur venu vers 17 h 55, jeudi.L\u2019avion impliqué était un appareil de type King Air, de la compagnie SkyJet, qui était en provenance de Rouyn-Noranda.Il transportait huit personnes, dont deux membres de l\u2019équipage.L\u2019avion était alors à trois kilomètres de l\u2019aéroport, à environ 1500 pieds (457 kilomètres) au-dessus de l\u2019autoroute Laurentienne, lorsqu\u2019il a été percuté par un drone à l\u2019aile droite.L\u2019avion a pris contact avec l\u2019aéroport et il a pu atterrir sans problème.Lorsqu\u2019il a été informé, l\u2019aéroport a immédiatement mis en place ses mesures d\u2019urgence et informé Transports Canada, ainsi que le 911, a précisé M.Claise, qui n\u2019a pas pu s\u2019avancer sur l\u2019ampleur des dommages ou l\u2019état de santé des personnes à bord de l\u2019avion.Selon le ministre Gar- neau, l\u2019appareil a subi des «dommages mineurs».Le BST annoncera pour sa part dans les prochains jours si l\u2019événement nécessitera une enquête approfondie de l\u2019agence fédérale.La politique de classification des évé- nements du BST indique qu\u2019il enquête sur des incidents ou des accidents lorsqu\u2019il « croit qu\u2019une enquête sur ces cas pourrait permettre de relever des manquements à la sécurité qui risquent de compromettre la sécurité dans les transports ».Selon le communiqué du ministre, 1596 incidents liés aux drones ont été recensés depuis le début de l\u2019année 2017.Parmi ces cas, 131 ont été jugés préoccupants pour la sécurité aérienne.La Presse canadienne DRONES Garneau exhorte les propriétaires à la prudence Une collision survenue avec un avion jeudi dernier n\u2019a pas causé de dommages importants Selon les règles intérimaires adoptées par Transports Canada, l\u2019usage d\u2019un drone à des fins de loisirs est interdit dans un rayon de moins de 5,5 kilomètres autour de tout aéroport H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa Elles sont deux.Renaissance et Alliance, des tours de 55 et 35 étages respectivement que le puissant promoteur immobilier Gilles Desjardins veut construire dans sa ville natale de Gatineau, dans une zone où dominent les édifices à trois niveaux.C\u2019est un euphémisme de dire qu\u2019elles marqueraient le paysage.Et elles marquent ces jours-ci le déroulement de la campagne électorale municipale autrement assez tranquille.Le projet du groupe Brigil, lancé dès 2013 et baptisé Place des peuples, consiste en deux tours multifonctionnelles qui abriteraient des condos, des chambres d\u2019hôtel de luxe, des espaces de bureaux, des commerces au rez-de-chaussée, un spa au sommet de la plus petite tour et un obser vatoire touristique au sommet de l\u2019autre.La vue serait imprenable : de l\u2019autre côté de la r ue se trouvent le Musée canadien de l\u2019histoire (auparavant des civilisations), la rivière des Ou- taouais et, au-delà, la colline du Parlement.L\u2019ambition de M.Desjardins pour sa ville est sans borne.La vidéo promotionnelle de son projet clame d\u2019entrée de jeu que chaque ville doit avoir une signature, rappelant que Kuala Lumpur a ses tours Petronas, New York, l\u2019Empire State Building, Sydney, son opéra, et Montréal, sa tour Ville-Marie.La différence, toutefois, réside dans l\u2019emplacement convoité : le quartier du musée est ponctué de constructions basses, résidentielles pour plusieurs.Cer taines d\u2019entre elles sont parmi les plus anciennes de Hull.L\u2019édifice le plus haut du centre-ville de Gatineau est situé à environ un demi-kilo- mètre de là et s\u2019élève à 118 mètres (28 étages), contre 200 mètres prévus pour la tour Renaissance.Question d\u2019emplacement Les entrepreneurs en construction et la Chambre de commerce de Gatineau, alléchés par les 400 millions de dollars que Brigil entend investir, approuvent le projet.Les citoyens du quartier touché, eux, plaident pour une densification du territoire à échelle plus humaine.Le projet est devenu un marqueur dans la campagne à la mairie et divise les cinq candidats en deux clans.D\u2019un côté, le maire sortant, Maxime Pedneaud-Jobin, s\u2019oppose au projet au motif qu\u2019il n\u2019est pas au bon endroit.« Si on dit oui à des tours de 55 étages dans un petit quar tier patrimonial, dans 20 ans, il n\u2019y en aura plus, de quartier», dit- il en entrevue.Rémi Bergeron, l\u2019ex-directeur général de la petite municipalité de Bowman qui brigue la mairie gatinoise, croit lui aussi que le site choisi est inadéquat.« Dans ma tête, ça ne fonctionne pas dans cet endroit », dit-il en entrevue.Dans l\u2019autre clan, on trouve les conseillers municipaux sortants Sylvie Goneau et Denis Tassé, qui soutiennent le projet au nom du développement économique de la ville.Après tout, une fois construit, le projet rapporterait 8 millions de dollars en revenus fonciers annuels à la municipalité.« Tôt ou tard, quand on habite dans un centre-ville, faut s\u2019y attendre», dit M.Tassé à propos des résidants mécontents.Clément Bélanger, un fonctionnaire fédéral qui tente sa chance sur la scène municipale, est lui aussi d\u2019accord pour les mêmes raisons.« Ça correspond à ma vision de faire de Gatineau une destination touristique», dit ce dernier.Le maire sortant plaide pour désigner le quartier du musée site patrimonial (un projet dans les cartons de la ville depuis quelques années).Ce faisant, il ne serait plus possible de démolir les édifices qui s\u2019y trouvent sans l\u2019aval du conseil municipal.Or, la Place du peuple nécessite la démolition de quelques édifices, notamment la maison Talbot-Carrière- Baillot datant de 1884.Mme Go- neau critique le maire.« Je n\u2019ai pas de problème à ce qu\u2019il dise qu\u2019il est contre le projet.Mon problème est qu\u2019il interfère avec le processus administratif.» Périmètre patrimonial Les trois adversaires du maire s\u2019appuient sur une étude d\u2019Aviseo Conseil, rendue publique pendant la campagne, concluant qu\u2019une telle désignation patrimoniale compromettrait la création de 4000 emplois et priverait la ville de 322 millions de dollars en retombées économiques.Kate Helwig, une résidante membre fondatrice du groupe Protégeons le quartier du musée, démolit cette étude.«Elle conclut que 50 % des terrains sont sans valeur patrimoniale, mais ils n\u2019ont pas pris le bon périmètre.Ils ont pris un périmètre plus grand qui inclut des stationnements.En utilisant le bon périmètre, celui que l\u2019on propose, on arrive à un taux de 95 % », explique-t- elle au Devoir.L\u2019étude Aviseo n\u2019est pas que critiquée par le groupe de Mme Helwig ou encore l\u2019Association des résidants de l\u2019île de Hull, aussi opposée au projet.Elle fait maintenant l\u2019objet d\u2019une plainte au Directeur général des élections (DGE), car l\u2019étude a été en partie financée par Gilles Desjardins lui- même.Surtout, elle a été commandée par Essor centre-ville, un groupe à la tête duquel se trouvait jusqu\u2019à deux jours avant la publication Pier re Samson, un aspirant au poste de conseiller municipal pour le quar tier favorable au projet des deux tours.C\u2019est son adversaire, conseiller sortant et membre de l\u2019équipe du maire Cédric Tessier, qui a déposé la plainte au DGE.Un os\u2026 religieux Le projet de Brigil a été officiellement déposé à la Ville de Gatineau en mars dernier pour approbation.Mais il y a un autre os au projet.Un des terrains convoités est un petit stationnement d\u2019une vingtaine de places appartenant au collège privé Saint-Joseph de Hull, une institution vieille de 148 ans qui est située tout à côté.Or, le collège, opposé au projet au nom de la quiétude de ses étudiantes et de la préservation de la lumière naturelle, est bien décidé à ne pas céder son lot au promoteur.« On n\u2019a pas l\u2019intention de le vendre.D\u2019ailleurs, on n\u2019a déjà pas assez de places [de stationnement] », explique au Devoir le directeur général du collège, Georges Najm.En entrevue, le vice-président au marketing et aux communications chez Brigil, Denis Bouchard, soutient que le terrain n\u2019est plus nécessaire.Le Devoir À Gatineau, la bataille des deux tours Un projet de construction massif s\u2019invite dans la campagne L E D E V O I R , L E L U N D I 1 6 O C T O B R E 2 0 1 7 A C T U A L I T É S A 4 Voyez François Gendron avocat LL.L., M.A., Ph.D.Congédié?Vieux Montréal 514-845-5545 H É L È N E B U Z Z E T T I Correspondante parlementaire à Ottawa L a campagne municipale ga- tinoise ne fait pas l\u2019économie des débats traditionnels.Les cinq candidats à la mairie s\u2019af frontent sur le niveau de taxation à imposer, sur le pavage et le nombre d\u2019emplois à la Ville.Denis Tassé a jeté un pavé dans la marre en proposant d\u2019emprunter 100 millions de dollars afin de repaver les rues dans les quartiers résidentiels.La Ville a calculé en 2015 que 15% de son réseau, ou 200 kilomètres de voies, est en fin de vie utile et qu\u2019une autre tranche de 27 % (356 kilomètres) ne respecte pas les normes de qualité.Or, Gatineau repave environ 28 kilomètres par année.« Si on ne fait rien, ça va prendre 50 ans pour refaire nos rues ! » tonne M.Tassé.Il est attaqué de toutes parts, car cela ferait augmenter la dette de la ville de 18 % environ.En outre, plusieurs font valoir que Gatineau n\u2019a réussi qu\u2019à compléter 49 % des travaux d\u2019une vingtaine de millions de dollars qui avaient été prévus pour la dernière année.On se demande donc comment M.Tassé pourrait dépenser ces 100 millions supplémentaires.« Je vais l\u2019être, capable.Ça fait 45 ans que je suis en affaires », répond-il.Sa rivale Sylvie Goneau propose plutôt de paver autrement, en privilégiant l \u2019asphalte recyclé \u2014 à durée de vie plus cour te \u2014 dans les quartiers résidentiels.« Avec un traitement dif férencié, on peut augmenter le nombre de kilomètres qu\u2019on fait avec le même montant investi.» Le maire sortant s\u2019oppose à l\u2019endettement pour paver des rues locales.Mieux vaut s\u2019endetter, dit-il, quand il s\u2019agit d\u2019une infrastructure cofinan- cée par Ottawa et Québec.L\u2019endettement ne représente alors qu\u2019une partie du coût total du projet.« Cela va aussi à l\u2019encontre du principe qu\u2019on défend, à savoir qu\u2019on ne devrait creuser qu\u2019une seule fois.Quand on creuse, c\u2019est pour faire aqueduc, égouts et asphalte » , dit Maxime Ped- neaud-Jobin.Rémi Bergeron et Clément Bélanger s\u2019opposent aussi à l\u2019empr unt proposé par M.Tassé.Réduction de la masse salariale M.Pedneaud-Jobin, M.Tassé et Mme Goneau siègent tous trois au conseil municipal et ils sont les présumés meneurs de la course à la mairie.Les analystes estiment que les deux conseillers municipaux sortants pourraient diviser le vote d\u2019opposition et favoriser la réélection du maire.Mme Goneau pour sa part est très critiquée parce qu\u2019elle propose un plan de réduction des ef fectifs municipaux.Elle fait valoir que 472 personnes quitteront leur emploi au cours des quatre prochaines années, représentant une masse salariale de 45 millions de dollars.Elle entend en récupérer 19 millions.« On a plus de cols bleus, de cols blancs, de policiers et de pompiers que Laval qui a trois fois plus de population», lance-t-elle.À cela, ses adversaires rétorquent que Laval n\u2019est peut-être pas le meilleur exemple à suivre.«Si elle coupe dans le personnel, elle devra donner plus de contrats au privé qui coûte souvent entre 50 % et 75 % plus cher », fait valoir Rémi Berge- ron, un ancien directeur général de la municipalité de Bowman.«Les mandats, c\u2019est le nerf de la guerre municipale pour le financement.Elle va mettre en danger l\u2019intégrité de la ville.» Sylvie Goneau et Clément Bélanger proposent de limiter les hausses de taux au taux d\u2019inflation, tandis que M.Tassé propose un taux de 1,5 % les deux premières années, puis 2,3 % les deux autres années.Le maire sortant vise 2,9 % la première année, puis 2,5 % pour chacune des trois autres années, alors que M.Bergeron parle d\u2019une hausse d\u2019environ 2,8 %.Le Devoir Le pavé et les emplois mènent les débats ISTOCK Vue sur le quartier des musées, où s\u2019installeraient les deux tours qui créent la discorde.ÉLECTIONS MUNICIPALES Jean Fortier se promet rationnel et non populiste Les Montréalais veulent un maire avec une approche rationnelle de la gestion de la ville, plutôt qu\u2019un maire « populiste », estime le candidat de Coalition Montréal à la mairie, Jean Fortier.Faisant allusion à son adversaire et maire sortant, Denis Coderre, M.For- tier, qui a été président du comité exécutif dans l\u2019administration de Pierre Bourque à la fin des années 1990, clame qu\u2019il ne faut surtout pas gérer une ville sur des « coups d\u2019émotion ».En entrevue à La Presse canadienne, Jean For- tier affirme par ailleurs que la chef de Projet Montréal, Valérie Plante, est trop « dogmatique» dans ses positions.M.Fortier soutient que pour gérer une ville cosmopolite comme Montréal, il faut être « au centre du centre », et non pas strictement « à gauche ou à droite ».La Presse canadienne La Ville a calculé en 2015 que 15 % de son réseau, ou 200 kilomètres de voies, est en fin de vie utile M I R I A N E D E M E R S - L E M A Y au Dakota du Sud T aylahni Jackson et Elizabeth Cabrera sont étudiantes à l\u2019école Red Cloud Indian School.L\u2019an prochain, elles iront au collège et à l\u2019université, tout comme 90 % des étudiants de leur école.Leur parcours est pourtant loin d\u2019être la norme dans la réserve des Sioux lakotas de Pine Ridge, située au sud- ouest du Dakota du Sud.Classée comme l\u2019une des communautés les plus pauvres et sous-développées des États-Unis, Pine Ridge compose avec une panoplie de problèmes sociaux : chômage, alcoolisme, criminalité, suicides.Des problèmes qui annoncent un sombre avenir pour les jeunes.«Ce qui se passe aujourd\u2019hui est le résultat des derniers siècles », opine Philomine Lakota, pro- fesseure de langue à Red Cloud.Comme tant d\u2019autochtones nord-américains, les Lakotas de Pine Ridge ont vécu les pensionnats.« J\u2019avais honte d\u2019être Lakota, alors je prétendais être Blanche et ne pas parler ma langue», témoigne Philomine.Elle confie à regret qu\u2019à l\u2019instar de sa génération, elle n\u2019a pas enseigné sa langue maternelle à ses enfants.Réconciliée avec sa culture «grâce aux cérémonies, après un chemin très long et laid », elle enseigne maintenant sa langue maternelle à ses petits-enfants et aux jeunes du secondaire à Red Cloud.C\u2019est d\u2019ailleurs sur l\u2019éducation et sur la réconciliation que l\u2019école Red Cloud Indian School mise pour réparer cette cassure intergénéra- tionnelle et les problèmes sociaux qu\u2019elle engendre.« Pour surmonter la pauvreté, l\u2019éducation est vitale », pense Maka Akan Najin, un ancien élève de Pine Ridge qui, après avoir fait sa maîtrise à New York et enseigné au Japon, est maintenant directeur des programmes de l\u2019école.« On avait une éducation qui ef façait l\u2019identité autochtone\u2026 Maintenant, on a une éducation qui vise l\u2019émancipation autochtone.» Fondée en 1888 par les Jésuites, la Red Cloud Indian School se compose d\u2019une école primaire et une école secondaire sur un campus et d\u2019une école primaire sur un autre campus.Un total de 600 élèves y étudie, sélectionnés selon leurs résultats scolaires.La liste d\u2019attente est longue pour entrer dans cette école aux places limitées.L\u2019école, quoique privée, ne demande chaque année que 100 $ par élève en frais de scolarité.C\u2019est une fondation qui récolte les 12 millions nécessaires annuellement pour gérer l\u2019établissement.Le programme de l\u2019école est ambitieux.Pour revaloriser la langue ancestrale, des cours de lakota sont imposés et des camps d\u2019été d\u2019immersion linguistique sont offerts.Dans les cours de biologie, on aborde les plantes médicinales.Dans les cours de littérature, on lit des auteurs sioux.Les élèves renouent avec des traditions ancestrales, comme la construction de tipis, la cérémonie de la hutte de sudation et la danse du soleil.Bref, l\u2019enseignement de la culture et la langue autochtone sont mis à l\u2019honneur\u2026 mais est-ce que ça fonctionne ?La langue, ciment de la culture Les cours de langue lakota ont été développés en collaboration avec l\u2019Université d\u2019État d\u2019Indiana.Les adolescents suivent trois ans et demi de cours, du niveau débutant jusqu\u2019à avancé.Lorsqu\u2019ils sont en mathématiques ou en sciences, on leur exige de parler en lakota lorsqu\u2019ils veulent sortir aller aux toilettes ou à leur casier.« S\u2019ils ont fait des ef for ts et qu\u2019ils ont pratiqué à la maison, les élèves sont pratiquement bilingues lorsqu\u2019ils terminent le secondaire » , af firme la directrice, qui obser ve même les élèves clavarder en lakota sur les réseaux sociaux.« La langue est un élément qui manque à la plupart des étudiants, même s\u2019ils ne le réalisent pas, explique la directrice de l\u2019école, Clave Huerter.Lorsqu\u2019ils réapprennent leur langue, ils reprennent possession d\u2019une partie importante d\u2019eux-mêmes.Ils ont alors une meilleure compréhension de qui ils sont, ce qui les aide à faire la transition à l\u2019âge adulte.» «Nos cérémonies perdent une partie de leur signification lorsqu\u2019elles sont traduites en anglais », note Taylahni.« On ne doit pas réapprendre le lakota pour faire un métier ou avoir un revenu, on doit le faire pour soi-même, pour savoir qui nous sommes, approuve Philomine, avec son joli accent qui chante.On ne peut pas avoir la culture sans le langage, et vice versa.» Pour l\u2019enseignante, les jeunes sont des ambassadeurs de la langue dans leur famille.«Lorsque je rencontre leurs parents, ils me disent que leurs enfants leur enseignent, dit-elle en souriant.Notre langue renaît\u2026 rien ne pourra plus l\u2019arrêter.» Des défis quotidiens Mercredi soir, 17 h.Une douzaine d\u2019enseignants et de parents s\u2019installent sur les chaises de la bibliothèque de Red Cloud comme à chaque semaine pour leur cours de langue pour adultes.Le professeur, un grand gaillard aux bras tatoués, pointe la chaise, le tapis, les livres.La classe identifie les objets en lakota.Ces cours sont une ressource offerte par l\u2019école pour que les enseignants et les parents puissent aider les élèves dans leur apprentissage.De fait, avoir des enseignants qui parlent lakota est un défi, dû au grand roulement du personnel.Deux enseignants sur trois à Red Cloud proviennent de l\u2019extérieur de Pine Ridge.Ils demeurent sur la réserve entre deux et trois ans en moyenne.La direction demande à tous ses enseignants d\u2019avoir une base en lakota.« Mais chacun apprend à son rythme», observe la directrice.Le plus grand obstacle des professeurs, selon elle, est la confiance en soi.Quel Dieu prier?L\u2019école offre des cours de catholicisme et\u2026 de spiritualité autochtone.Mais comment combiner ces deux visions, apparemment incompatibles ?«En classe, on discute des enseignements des paraboles de la Bible et des mythes lakotas », raconte Taylahni.« C\u2019est un défi quotidien, admet toutefois la directrice de l\u2019école.On essaie d\u2019avoir le meilleur équilibre possible.» Malgré les défis, l\u2019école semble remplir sa mission d\u2019éducation.Plus de 90 % des élèves réussissent leur diplôme secondaire, contre moins de 70 % sur la réserve.L\u2019école a bénéficié d\u2019un nombre record de bourses d\u2019études Gates Millennium Scholars, qui finançaient les études supérieures des boursiers entre 2000 et 2014.L\u2019établissement réussira-t-il, par contre, à réconcilier la nouvelle génération avec son héritage culturel ?« Nos grands-parents nous disent que nous sommes la septième génération, qui doit sauver notre langage et nos traditions », raconte Elizabeth, en se référant à une prophétie du chef Crazy Horse il y a plus d\u2019un siècle.Tay- lahni, quant à elle, prend son rôle dans la communauté au sérieux.Après ses études postse- condaires, elle veut retourner vivre à Pine Ridge : « Lorsque j\u2019aurai des enfants, je veux qu\u2019ils grandissent ici, avec notre culture, prévoit- elle.Notre génération est plus éduquée\u2026 c\u2019est important qu\u2019on revienne et qu\u2019on fasse partie du changement.» Le Devoir L E D E V O I R , L E L U N D I 1 6 O C T O B R E 2 0 1 7 SOCIETE A 5 Au sein de l\u2019une des réserves autochtones les plus pauvres des États-Unis, une école privée catholique fait le pari de revaloriser la culture et la langue lakota.Et ça fonctionne.Les Sioux du Dakota eux aussi en quête de réconciliation On avait une éducation qui effaçait l\u2019identité autochtone\u2026 Maintenant, on a une éducation qui vise l\u2019émancipation autochtone.Maka Akan Najin, directeur des programmes à la Red Cloud Indian School « » On ne doit pas réapprendre le lakota pour faire un métier ou avoir un revenu, on doit le faire pour soi-même, pour savoir qui nous sommes Philomine Lakota, professeure à la Red Cloud Indian School « » PHOTOS MIRIANE DEMERS-LEMAY LE DEVOIR Les élèves de l\u2019école primaire et secondaire d\u2019un des campus de Red Cloud retournent à la maison après une journée de classe.Un professeur enseigne des cours de lakota pour adultes les soirs de semaine dans la bibliothèque de l\u2019école.Des enseignants de l'école et des parents d\u2019élèves assistent à ces cours pour améliorer leur maîtrise de cette langue.Taylahni Jackson (à gauche) et Elizabeth Cabrera (à droite) amorcent leur 12e année à l\u2019école Red Cloud.Des tombes ornées d\u2019un cimetière lakota près de l \u2019école.Des vagues de suicides af fectent particulièrement les jeunes de la communauté. ans sa lettre de mandat au ministre de la Justice, le premier ministre Justin Trudeau était clair.Jody Wilson- Raybould devait «réviser les changements apportés depuis dix ans » au système de justice pénale par les conservateurs, eux qui voulaient punir les infractions plus sévèrement.Deux ans plus tard, on attend toujours cette réforme essentielle, y compris dans les peines minimales.La tâche de la ministre de la Justice est une des plus lourdes qui soient.Elle doit mener à bien ses propres politiques en plus de seconder ses collègues dans les leurs.Mme Wilson-Raybould n\u2019a pas chômé depuis l\u2019élection de 2015.Elle a consulté la communauté juridique sur la réforme du droit pénal.Elle a présenté dix projets de loi, dont ceux sur l\u2019aide médicale à mourir, la légalisation de la marijuana et la conduite avec facultés af faiblies.Trois gros morceaux.Une loi contre la discrimination et la propagande haineuse visant les transgenres a été adoptée, mais des six projets restants, cinq n\u2019ont même pas eu droit à une seule seconde de débat.L\u2019un d\u2019entre eux était pourtant considéré comme la première étape du ménage attendu dans les changements apportés par les conservateurs, dont plusieurs ont été battus en brèche par les tribunaux.Présenté il y a un an, le projet C-28 prévoit redonner aux juges une plus grande discrétion en matière de suramendes compensatoires.Les conservateurs les avaient augmentées et rendues obligatoires, qu\u2019un contrevenant en ait les moyens ou non.Malgré l\u2019appui donné par la communauté juridique qui en faisait une priorité, ce projet de loi piétine.On ne peut reprocher à la ministre de vouloir bien faire les choses, mais il est question ici de priorités.Renverser les orientations conservatrices doit ?gurer au sommet de la liste.Cela veut dire permettre, au moment de la détermination de la peine, une prise en compte plus souple du temps en détention avant le verdict.Cela exige aussi une révision des peines minimales qui se sont multipliées et durcies sous les conservateurs, ce qui a contribué en partie à la crise des délais judiciaires.Les provinces veulent qu\u2019on s\u2019y attaque, d\u2019où l\u2019annonce faite par Mme Wilson-Raybould en avril dernier à l\u2019issue d\u2019une rencontre des ministres de la Justice fédéral et provinciaux portant sur cette crise des délais judiciaires.Elle a alors annoncé qu\u2019un projet de loi sur les peines minimales serait présenté au printemps 2017.Six mois plus tard, on n\u2019a toujours rien vu.La ministre ne travaille pas seule, tout un ministère l\u2019appuie.Rien ne justi?e cette lenteur.Il y a urgence à s\u2019attaquer aux dispositions qui ont eu pour effet de modi?er l\u2019esprit de notre système de justice.Et il faut le faire avant les prochaines élections.La campagne électorale municipale marque l\u2019occasion de réfléchir aux défis qui attendent les principales villes de la province.Aujourd\u2019hui : Québec.n raison de l\u2019enthousiasme délirant des animateurs de radio, l\u2019élection à la mairie de Québec prend les allures d\u2019un référendum sur le «troisième lien».Il y a si peu d\u2019enjeux de fond dans cette course à trois que la construction d\u2019un pont ou d\u2019un pont-tunnel reliant Lévis à Québec prend une place démesurée dans les discussions.Le candidat de Québec 21, Jean-François Gosselin, courtise à fond le vote « char », ou encore la « droite-auto » pour reprendre l\u2019expression du chroniqueur François Bourque.Régis Labeaume a évoqué un éventuel projet « structurant » de transport en commun au tracé secret et mystérieux.C\u2019en est assez pour que M.Gosselin l\u2019accuse d\u2019avoir trahi l\u2019esprit de feue la mairesse Andrée Boucher, et par extension les citoyens de Québec.Le maire est devenu pour lui un incontrôlable dépensier.Les positions de Québec 21 sont simples : des autos, des autoroutes, du stationnement.Il en va du développement économique de l\u2019est de Québec, estime Jean-François Gosselin, pour qui l\u2019étalement urbain se résume à une légende urbaine.Le détenteur d\u2019une maîtrise en administration des af faires est incapable de chiffrer les retombées économiques du projet, une constante chez lui.Son projet favorisera les intérêts économiques des promoteurs immobiliers de Lévis, et il ne s\u2019en rend même pas compte.En matière de fiscalité municipale, les connaissances de M.Gosselin sont plutôt minces.Que dire d\u2019Anne Guérette, chef de Démocratie Québec ?Dans un entretien au Devoir, elle était incapable de se rappeler si elle a promis de geler ou de diminuer les taxes des citoyens de Québec.Un tel amateurisme de sa part, après dix ans de par ticipation active à la vie politique municipale, est une source de préoccupation.Quant à Régis Labeaume, le gardien de but des ?nances de Québec s\u2019est fait passer un colisée et un coffre-fort virtuel entre les jambes, mais il a pro?té d\u2019une conjoncture économique favorable.Bon premier dans les sondages, il peut se targuer d\u2019un taux de satisfaction de 78 % malgré ses sautes d\u2019humeur détestables.On lui doit d\u2019avoir fait de Québec une ville de grands projets et de grandes ambitions, alors que l\u2019ancienne locataire de l\u2019hôtel de ville se contentait d\u2019une ville peu chic peu chère pour banlieusards tranquilles.Ce conservatisme ?scal, incarné encore aujourd\u2019hui par des animateurs de radio et par leur «homme », Jean-François Gosselin, n\u2019est plus de mise pour une ville qui poursuit, depuis son 400e anniversaire, une trajectoire marquée par un bouillonnement culturel et économique.Québec est cependant l\u2019une des villes où la dépendance à l\u2019automobile est la plus grande.Les transports collectifs y sont anémiques.Avant de se lancer dans l\u2019aventure d\u2019un troisième lien, le futur maire de Québec serait bien avisé de bonifier l\u2019offre de transports collectifs, avec la participation de Québec et d\u2019Ottawa.Le maire Labeaume semble emprunter cette voie, mais il le fait de manière bien évasive.Au moins, il reste clair quant à l\u2019inutilité d\u2019un troisième lien.Celui-ci aura un effet très limité sur la congestion routière et le développement de l\u2019est de Québec, où il reste peu de terrains à vocation industrielle ou technologique.L\u2019augmentation de la capacité routière encouragera l\u2019étalement urbain qui contribuera à son tour à la congestion.C\u2019est un cycle sans fin que Québec doit briser afin de poursuivre sur sa lancée.L E D E V O I R , L E L U N D I 1 6 O C T O B R E 2 0 1 7 A 6 EDITORIAL L E T T R E S L I B R E O P I N I O N L U C A L L A I R E Secrétaire général du Comité syndical francophone de l\u2019éducation et de la formation (CSFEF) L a dernière décennie a été marquée par une croissance sans précédent des acteurs privés dans l\u2019éducation, notamment dans les pays à faibles revenus.Cette croissance est sur le point de transformer en profondeur des systèmes éducatifs déjà fragiles.De nombreux investisseurs, comprenant des entreprises multinationales, s\u2019impliquent à grande échelle dans le marché jugé très lucratif de l\u2019éducation.Certains proposent des services à bas coût, de mauvaise qualité, visant les populations pauvres, tout en s\u2019exonérant des régulations des États.La croissance de ces acteurs privés, et plus généralement de la marchandisation de l\u2019éducation, est par ticulièrement marquée au niveau du cycle fondamental (primaire et secondaire), là où les injustices sociales se creusent.Un réseau Depuis 2015, un consortium international d\u2019organisations travaille sur la privatisation de l\u2019éducation et des droits de la personne afin de mieux cerner les enjeux de ce phénomène et d\u2019agir de manière collective et constructive.Au sein de ce consor tium, un réseau francophone contre la marchandisation de l\u2019éducation s\u2019est constitué en 2016, dans lequel le Comité syndical francophone de l \u2019éducation et de la formation (CSFEF) joue un rôle actif.Le réseau francophone a organisé un colloque en mars 2016 au siège de l\u2019Organisation internationale de la Francophonie (OIF) à Paris, puis a lancé l\u2019appel francophone contre la marchandisation de l\u2019éducation, qui a reçu le soutien de 302 organisations dans 38 pays.Cet appel a été entendu par les chefs d\u2019État et de gouvernement lors du Sommet de la Francophonie, qui s\u2019est tenu à Madagascar en novembre 2016.En effet, l\u2019éducation s\u2019est taillé une place de choix dans la déclaration qui a été adoptée lors de ce Sommet.Plusieurs paragraphes font écho aux revendications exprimées dans l\u2019appel, dont l\u2019importance d\u2019avoir des enseignantes et enseignants qualifiés pour une éducation de qualité, l\u2019attachement à l\u2019éducation publique et le contrôle renforcé du secteur éducatif privé.Les chefs d\u2019État et de gouvernement ont aussi manifesté leur inquiétude quant à la prolifération des écoles privées.Réfléchir aux défis actuels Dans le prolongement de ces actions, le réseau francophone organise en octobre 2017 (du 23 au 26 octobre à Dakar, au Sénégal) une rencontre francophone sur la marchandisation de l\u2019éducation, qui sera l\u2019occasion pour les acteurs impliqués dans la réalisation et la défense du droit à l\u2019éducation (représentants des États, des organisations internationales, des ONG, des chercheurs\u2026) de se réunir pour discuter des défis actuels que pose l\u2019accroissement sans précédent des acteurs privés dans l\u2019éducation et de développer une réponse qui soit en phase avec l\u2019histoire, les valeurs, et la culture des sociétés de la Francophonie.Cette Rencontre de la société civile francophone sera aussi l\u2019occasion de rappeler aux chefs d\u2019État et de gouvernement les engagements qu\u2019ils ont pris sur la scène internationale en faveur de l\u2019éducation publique, gratuite et de qualité pour toutes et tous.Car ces engagements doivent se traduire en actions concrètes, dès maintenant.Agir pour contrer la privatisation et la marchandisation de l\u2019éducation FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 \u203a FAIS CE QUE DOIS ! Directeur BRIAN MYLES Rédactrice en chef LUCE JULIEN Vice-présidente du développement CHRISTIANNE BENJAMIN Vice-président des ventes publicitaires MARK DROUIN Directeur des ?nances STÉPHANE ROGER Directrice de l\u2019information MARIE-ANDRÉE CHOUINARD Directeur de l\u2019information numérique FLORENT DAUDENS Adjoints PAUL CAUCHON, LOUIS GAGNÉ, JEAN-FRANÇOIS NADEAU, DOMINIQUE RENY, LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur de la production CHRISTIAN GOULET Fais une femme de toi À l\u2019occasion des élections municipales qui auront lieu cet automne, Denis Co- derre promet la parité de son comité exécutif.Il a annoncé son engagement avec, à son bras, non pas une, mais quarante- six femmes.C\u2019est facile de se présenter ainsi accompagné devant les caméras pour «montrer l\u2019exemple », mais pourquoi ne pas avoir pris un tel engagement dès son premier mandat ?Cela aurait-il un lien avec le fait que sa rivale soit une femme ?Sûrement pas\u2026 En 2013, le maire sortant avait l\u2019occasion et les moyens de faire de son comité exécutif, un comité constitué d\u2019une parité d\u2019hommes et de femmes, il n\u2019en a pourtant rien fait.Monsieur Coderre est prêt à tout pour être réélu, mais serait-il prêt à nommer une femme à la tête du comité ?« Je ne suis pas rendu là.On va commencer par se faire élire, et puis on va regarder.» Évidemment.Ça aurait été trop beau pour être vrai.Cela est déplorable, car selon une étude du Conseil du statut de la femme, le nombre de femmes élues en politique progresse très lentement : une hausse moyenne de 0,6 % chaque année entre 2005 et 2013.Un jour, l\u2019égalité hommes-femmes sera au rendez-vous.En attendant, les femmes MAIRIE DE QUÉBEC Un lien de trop RÉFORME DU DROIT PÉNAL Une lenteur injustifiée E D MANON CORNELLIER BRIAN MYLES Mme Joly, vous tombez bas Madame, Depuis que vous vous êtes soumise à Netflix, j\u2019ai tout lu et tout entendu sur cet événement fâcheux.Depuis la première minute, je ménage les mauvais sentiments à votre endroit.Mais aujourd\u2019hui, en lisant à la une du Devoir que vous aviez fait la sourde oreille à la mise en garde de votre sous- ministre qui vous conseillait de ne pas céder devant Netflix et que vous avez pris une décision au détriment de l\u2019économie nationale et des budgets de tous les citoyens du pays nommé Canada et contre tous les artistes, les comédiens, les musiciens, les peintres, les écrivains, les poètes et tous les producteurs et dif fu- seurs de nos œuvres qui sont le corps même du patrimoine, je suis sor tie de mes gonds.Au Québec, vous avez mis notre langue dans le jeu du perdant.Vous n\u2019avez même pas pu vous défendre contre les critiques qui vous ont été faites dans votre langue maternelle.Votre langue de bois est même à zéro au tableau noir.Oui, Madame, je vous trouve les pires défauts.Des personnes vous avaient élue de bonne foi et avec confiance.Vous les avez trompées cyniquement.Votre entente de soumise nous écorche l\u2019espoir.Vous nous offrez l\u2019appauvrissement commencé avec Harper.Les chanteurs ne gagnent plus de quoi payer le pain et le beurre.Mes droits sont devenus si ridicules que même l\u2019Armée du salut est devenue trop chère pour nous.Vous faites monter la rage en toutes nos fiertés.Vous nous préparez à un avenir de guenillous.Il est de mon devoir d\u2019intervenir.Alors, Madame, recevez par la présente une demande of ficielle de votre démission et au plus tôt possible.Cette demande vaut aussi pour votre entente et toutes celles que vous avez signées que nous considérons comme non avenues et déchirables.Je vous prie de me prendre très au sérieux et sachez que votre soumission est une insulte pour chacun de nous.Que ce soit clairement écrit : nous ne voulons plus de vous.Vous ne pouvez pas nous représenter.Denise Boucher, poète Montréal, le 14 octobre 2017 devront continuer de se battre, comme elles le font depuis si longtemps.Laurie Vigneault, étudiante en littérature au cégep régional de Lanaudière Joliette, le 15 octobre 2017 L E D E V O I R , L E L U N D I 1 6 O C T O B R E 2 0 1 7 A 7 IDEES L\u2019ÉQUIPE DU DEVOIR RÉDACTION Véronique Chagnon (chef de division), Robert Dutrisac, (éditorialiste), Michel Garneau et Pascal Élie (caricaturistes), Jacques Nadeau (photographe), Olivier Zuida (recherchiste photos); information générale : Isabelle Paré (chef de division et reporter), Stéphane Baillargeon (généraliste), Gérald Dallaire (pupitre), Amélie Daoust-Boisvert (santé), Jean Dion (sports), Marco Fortier (éducation), Lisa-Marie Gervais (diversité), Pauline Gravel (sciences), Jessica Nadeau (éducation).Alexandre Shields (environnement); information politique : Michel David (chroniqueur), Hélène Buzzetti et Marie Vastel (correspondantes parlementaires à Ottawa), Marco Bélair-Cirino et Marie-Michèle Sioui (correspondants parlementaires à Québec) Dave Noël (recherche), Jeanne Corriveau (affaires municipales, Montréal), Isabelle Porter (affaires municipales, Québec); information culturelle : Guillaume Bourgault-Côté (politiques culturelles), Julie Carpentier (pupitre), Fabien Deglise (livres), Catherine Lalonde (arts vivants), François Lévesque (écrans),Caroline Montpetit (arts vivants), Philippe Papineau(médias); information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l\u2019information), François Desjardins et Éric Desrosiers (reporters), Benoît Munger (pupitre); information internationale : Guy Taillefer (chef de division et éditorialiste); section art de vivre : Diane Précourt (responsable des cahiers Week-end et Plaisirs); cahiers spéciaux : Aude Marie Marcoux (responsable); équipe numérique : Laurence Clavel, Guillaume St-Hilaire et Geneviève Tremblay (pupitres); correction : Andréanne Bédard, Christine Dumazet et Michèle Malenfant (correctrices) ; soutien à la rédaction : Amélie Gaudreau (coordonnatrice à la rédaction), Jean-Philippe Proulx (commis).DOCUMENTATION Manon Derome (Montréal), Denise Ledoux (Ottawa).PUBLICITÉ Charleyne Bachraty (adjointe au vice-président), Marlène Côté, Évelyne De Varennes, Amel Elimam, Claire Paquet, Chantal Rainville et Nadia Sebaï (directrices de comptes), Alain Tréhout (directeur créativité média), Amélie Maltais (commis aux avis légaux), Alessandra Tantalo et Laurence Hémond (coordonnatrices publicitaires).PRODUCTION Caroline Desrosiers, Yannick Morin, Anthony White et Nathalie Zemaitis.INFORMATIQUE Yanick Martel (administrateur Web), Jean-François Côté (analyste programmeur), Luc Girard (technicien informatique), Solène M.Hébert (développeuse Web).PROMOTION, DISTRIBUTION ET TIRAGE Catherine Gentilcore (coordonnatrice marketing, communications et relations publiques), Sébastien Beaupré (coordonnateur service à la clientèle), Manon Blanchette, Caroline Filion, Nathalie Filion, Isabelle Sanchez (préposées au service à la clientèle).ADMINISTRATION Olena Bilyakova (responsable des services comptables), Mélisande Simard (adjointe administrative et responsable des ressources humaines), Florentina Draghici (technicienne comptable), Véronique Pagé (responsable du crédit).E nchâssé dans la Constitution canadienne depuis 1982 par l\u2019article 27 de la Charte canadienne des droits, le multi- culturalisme comme modèle de gestion de la diversité au Canada démontre presque en continu ses excès et ses failles.Ce multicultura- lisme et ses dérives ont été dénoncés, dès 1995, par le grand écrivain québécois Neil Bissoon- dath dans son essai Selling Illusions, et depuis par Boucar Diouf et tant d\u2019autres.Dans sa version extrême, celle que défend et incarne Justin Trudeau lui-même, le multicultura- lisme conduit à la négation d\u2019un socle commun.Or, il se trouve que ce socle, la plupart des Québécois, souverainistes ou non, cherchent depuis toujours à le pérenniser.Ce «patrimoine» englobe au- jourd\u2019hui la langue française, quatre siècles d\u2019histoire, une culture spécifique, des institutions politiques, sociales et économiques distinctes telles que le Mouvement Desjardins, le Chantier de l\u2019économie sociale et la Caisse de dépôt : un ensemble qui constitue le «modèle québécois».Dans ce Canada devenu un état postnational \u2014 comme se plaît à le dire son premier ministre \u2014 où vivent côte à côte les communautés et où « il n\u2019y a pas d\u2019identité fondamentale, pas de courant dominant », il n\u2019y a donc pas de place pour la nation québécoise.Justin Trudeau lui-même, en 2007, un an après l\u2019adoption par la Chambre des communes d\u2019une motion, pourtant sans portée concrète, qui af fir- mait que les « Québécois forment une nation dans le Canada uni», la reniait tout simplement.Selon sa vision, le Canada n\u2019est que l\u2019addition d\u2019individus inclus de facto dans un des très nombreux groupes ethniques composant le pays, dont, parmi eux, les Canadiens français.Lui-même, dans son autobiographie, Terrain d\u2019entente, raconte comment, en bon multicultu- raliste, il est né Canadien français, et que, vivant à Vancouver, il est revenu à Montréal pour épouser une femme de son « ethnie », expliquant qu\u2019il lui était difficile de s\u2019imaginer passer le reste de sa vie avec quelqu\u2019un qui ne partageait ni sa langue ni sa culture.En son cœur même, le multiculturalisme est une arme politique déjà utilisée par Trudeau père pour mieux rejeter l\u2019existence de la nation québécoise dans un ensemble plus vaste, où elle ne peut qu\u2019être niée, banalisée, marginalisée.Le multiculturalisme «hardcore» s\u2019attaque insidieusement à l\u2019image qu\u2019ont les Québécois d\u2019eux- mêmes pour constamment les ramener au statut de minorité comme les autres au sein du Canada.Il n\u2019est donc pas étonnant de voir l\u2019insécurité identitaire gagner du terrain au Québec et prendre, dans certains cas, la forme de la peur irrationnelle et du rejet de l\u2019autre.Comment peut-on être confiant quant à l\u2019avenir et croire que la nation n\u2019est pas appelée à disparaître d\u2019ici quelques générations si, dès aujourd\u2019hui, d\u2019aucuns décrètent qu\u2019elle n\u2019existe déjà plus?Pourtant, il y a d\u2019autres façons de gérer la diversité dans nos sociétés.Commençons \u2014 ur- gemment \u2014 par déconstruire la « ségrégation scolaire» qui afflige certaines de nos écoles, particulièrement à Montréal, et qui perpétue les fractures entre la majorité et les minorités ! Dans trop d\u2019écoles, la «majorité francophone de vieille ascendance» \u2014 dixit Gérard Bouchard \u2014 est absente ou presque.La mixité scolaire doit devenir la norme, sinon comment se connaître et se reconnaître, comment sortir de l\u2019entre-soi, comment espérer construire une citoyenneté commune ?Pour y arriver, de vigoureuses politiques publiques en matière d\u2019urbanisme, de retour de familles franco-québécoises sur l\u2019île de Montréal et de répartition des nouveaux arrivants sur tout le territoire s\u2019imposent.Il y a aussi bien sûr la laïcité à instaurer, projet aujourd\u2019hui inachevé, parce que, quoiqu\u2019en disent les bien pensants de droite comme de gauche, elle stimule l\u2019inclusion, le rapprochement inter- culturel et la cohésion sociale.La laïcité libère et émancipe: comment oublier que le Québec s\u2019est modernisé en se laïcisant au moment de la Révolution tranquille?À ces deux éléments doit s\u2019ajouter l\u2019adoption d\u2019une nécessaire nouvelle loi 101 qui étendrait l\u2019obligation de franciser les entreprises de plus petite taille pour favoriser en milieu de travail l\u2019intégration et l\u2019échange.Le métissage issu d\u2019une telle approche ressemble à une belle utopie ?Sûrement, mais cette vision est autrement plus progressiste, plus humaniste, plus por teuse d\u2019espoir que celle d\u2019un multiculturalisme régressif.Enfin aurons-nous en commun plus que nos dif fé- rences ! Et peut-être même réussirons-nous tous ensemble à poursuivre notre aventure collective en Amérique.Métissage ou repli sur soi?LOUISE BEAUDOIN Le multiculturalisme est une arme politique déjà utilisée par Trudeau père pour mieux rejeter l\u2019existence de la nation québécoise dans un ensemble plus vaste A .H A D I Q A D E R I Enseignant en science politique au cégep de Saint- Jérôme et au cégep de Maisonneuve otre société de plus en plus divisée sur la question de l\u2019immigration favorise une polarisation sociale facile à instrumen- taliser.Cette tendance avantage les conservateurs de tous les courants, qu\u2019ils soient religieux ou xénophobes.Cette situation fait reculer le progressisme et revitalise le populisme.De ce fait, une confrontation des extrêmes droites sous diverses formes apparaît partout, créant un cercle vicieux.Ce qui se passe au nom de la gauche dans ce débat est beaucoup plus surprenant.J\u2019aimerais parler de ce phénomène à travers la quest ion de l \u2019 « is lamophob ie » .D\u2019abord, il faut savoir qu\u2019une grande partie de la population immigrante semble s\u2019intégrer sans problème à la société québécoise.Tout en gardant une certaine spécificité culturelle, linguistique et religieuse, elle entretient une bonne relation avec ses concitoyens de tous horizons.En parallèle, une grande partie de la population dite « de souche » semble en vraie harmonie avec des gens de diverses origines.Mais ce ne sont pas ces gens-là qui font les manchettes.Les courants xénophobes ignorent l\u2019intégration bien réussie de la majorité des immigrants et instrumentalisent cet enjeu en utilisant l\u2019argument de la non-intégration d\u2019une infime minorité plus visible.[\u2026] Pourtant, une bonne partie des gens venant de l\u2019extérieur, récemment ou non, semble plus laïque et progressiste que la majorité de ces xénophobes.Une très grande majorité de ces immigrants ont fui leurs pays en raison des conflits sociaux et des répressions religieuses.Ici, ils n\u2019aspirent qu\u2019à s\u2019intégrer et à réussir leur vie, en surmontant avec hardiesse d\u2019innombrables obstacles liés au phénomène de l\u2019immigration.Une intégration compliquée Toutefois, trois groupes distincts compliquent, chacun à sa manière, cette intégration.D\u2019une part, le rejet des xénophobes leur crée énormément d\u2019obstacles.D\u2019autre part, ils se sentent étouffés par les conservateurs de leurs propres communautés, dont les pressions rendent plus dif ficile l\u2019intégration.Et finalement, les nouveaux arrivants se sentent incompris, voire délaissés par des gens qui se disent plus progressistes, ouverts et défenseurs des droits des minorités.En voulant combattre la xénophobie, ce groupe dit progressiste tombe parfois dans le simplisme.Ignorant la complexité de l\u2019enjeu de l\u2019islamophobie, il part en guerre au nom de la défense des immigrants et surtout des musulmans.Cec i est très noble .Ma is dé fendre les droits des minorités d\u2019une manière simpliste peut parfois avoir un effet pervers : un relativisme culturel qui ne fait que favoriser le conser vatisme.Par exemple, je lutte for te- ment contre la discrimination dont sont victimes les femmes voilées, que certains veulent exclure de l\u2019espace public au nom de leur libération.Je déplore le fait que les personnes d\u2019origine musulmane qui s\u2019affichent soient au- tomat iquement cons idérées comme islamistes et suspectes.Je lutte également pour l\u2019acceptation du pluralisme.Je fais également des ef for ts pour mettre en évidence la ri - chesse de la diversité.Mais je ne fais jamais la promotion du hidjab ou du voile intégral, et encore moins la promotion des croyances religieuses.Je défends le droit de toute personne religieuse à pratiquer sa religion sans contrainte, comme j\u2019aimerais qu\u2019on protège mes droits de pouvoir vivre sans croyance religieuse.Mais ceci ne doit pas m\u2019empêcher de décortiquer toutes les religions, et surtout les institutions religieuses et leurs effets répressifs sur les individus.Un manque d\u2019appui Et je ne me sens pas appuyé, dans cette critique, par ceux qui prétendent lutter contre l\u2019islamophobie.Pour certains d\u2019entre eux, toute critique du conservatisme religieux ou du communauta- risme devient islamophobie, racisme ou xénophobie.Si on ose dénoncer les conditions déplorables des femmes et des enfants dans nos propres communautés et l\u2019exploitation des nouveaux arrivants par leurs propres diasporas et coreligionnaires, on nous accuse de faire le jeu des racistes et des xénophobes.Pourtant, les personnes immigrantes subissent également d\u2019énormes injustices de la part de leurs propres communautés, voire de la par t de leurs propres familles.Il existe aussi une attitude très paternaliste de la par t d\u2019une gauche bien pensante.On nous souhaite « bon ramadan » et de bons vœux pour des fêtes religieuses sans savoir qu\u2019une bonne par tie des gens venant des pays musulmans ou nés dans des familles musulmanes ne sont pas plus pratiquants que la majorité des Québécois nés dans des familles catholiques.Imaginez-vous si je souhaitais « bon carême », « joyeuses Pâques »\u2026 à ces mêmes amis de gauche défenseurs des immigrants.[\u2026] Ces gens dits de gauche ne veulent même pas qu\u2019on garde les traditions catholiques, mais ils veulent bien assigner aux immigrants leurs identités religieuses.Il y a donc de bons immigrants pour les défenseurs des immigrants : ceux qui veulent projeter une certaine image conservatrice de leur communauté.Ce faisant, d\u2019une part, on risque de pousser les gens de certaines communautés dans les bras des conservateurs de leurs communautés et, d\u2019autre part, les Québécois dits «de souche » dans les bras des xénophobes.Les gens ordinaires d\u2019origine immigrante et surtout les progressistes doivent donc combattre les xénophobes, mais ils doivent également faire face aux pressions de la par t de leurs propres camarades dits progressistes.Quand on ne veut pas se laisser assimiler, on subit les pressions des gens des droites nationalistes et surtout des xénophobes.Et quand on veut s\u2019intégrer à la société québécoise, certains membres de nos communautés d\u2019origine nous accusent d\u2019être devenus trop « québécois ».Malgré tout, nous décidons de combattre à la fois les xénophobes et les conservateurs communautaristes.[\u2026] Dans cette mission déjà très ardue, on ne se sent ni appuyés ni compris par une partie de nos camarades dits de gauche.[\u2026] Nous, progressistes ordinaires chez les immigrants, nous sommes pris en sandwich entre trois groupes prétendument adverses, mais qui ne font que faciliter la montée du conser va- tisme, de la droite et de l\u2019extrême droite.Pendant ce temps-là, les capitalistes font des profits en étendant leurs empires selon la politique de diviser pour mieux régner.Ne serait-il pas temps de s\u2019unir pour combattre simultanément les xénophobes, les conservateurs, les intégristes, les homophobes, les misogynes et les exploiteurs capitalistes au lieu de se laisser piéger dans le dangereux jeu de la polarisation ?Une dangereuse polarisation C L A U D E A R S E N A U L T Résidant de Pointe-Claire et président de la Société pour la sauvegarde du patrimoine de Pointe-Claire a pointe de Pointe-Claire est un lieu patrimonial et naturel exceptionnel de plus de 300 ans d\u2019histoire.Les sœurs de la Congrégation de Notre- Dame ayant quitté leur couvent situé sur la pointe en décembre 2014, la Fabrique de la paroisse Saint-Joachim, qui en est propriétaire, et le Diocèse de Montréal, dont elle dépend, doivent maintenant lui trouver une nouvelle vocation.Au sein de la population de Pointe-Claire, il y a un fort sentiment d\u2019appar tenance envers la pointe, qui constitue une source de fierté.Sa préservation, sa mise en valeur et son accessibilité à l\u2019ensemble de la communauté constituent une préoccupation importante pour les citoyens, comme en a témoigné la présence, en janvier 2016, de plus de 400 personnes à la consultation publique sur le Plan particulier d\u2019urbanisme (PPU) du village de Pointe-Claire.L\u2019importance de préserver et de mettre en valeur la pointe a été soulevée de façon unanime lors de cette rencontre.Il en a été de même le 6 juin dernier, où, à la suite de l\u2019appel de la Société pour la sauvegarde du patrimoine de Pointe- Claire (SSPPC), une centaine de citoyens et citoyennes ont rempli la salle du conseil de ville de Pointe-Claire pour témoigner de cette même préoccupation.S\u2019informant sur la progression du dossier, la SSPPC a discuté au cours des derniers mois avec le Diocèse de Montréal, qui l\u2019a informée qu\u2019il n\u2019avait pas l\u2019intention d \u2019appr ouver une ven te de l a pointe.Par ailleurs, la V ille de Po inte-C la ire a aussi s ign if ié qu\u2019elle n\u2019avait plus d\u2019intérêt pour l\u2019acquisition de la pointe, bien qu\u2019elle garde un intérêt pour le moulin à vent.Nous souhaitons vo ir la po inte préser vée af in qu\u2019elle puisse demeurer vivante et accessible à l\u2019ensemble de la population et rayonner, grâce à une mise en valeur respectueuse des aspects patrimonial, religieux et communautaire.C\u2019est une vision que semble partager le Diocèse.Dans cet esprit, nous avons mis sur pied un comité de travail pour élaborer une proposition de réutilisation de la pointe (incluant le couvent et le moulin à vent) et présenter celle-ci au Diocèse.Parmi les propositions contenues dans ce document, on retrouve entre autres la restauration complète du moulin de 1710, la création d\u2019un lieu muséal voué à l\u2019histoire avec espaces d\u2019exposition, le regroupement d\u2019organismes ayant une mission historique ou patrimoniale, l\u2019installation d\u2019un centre paroissial, de salles de rencontres, de conférences, de cours, etc.Les propositions incluent également l\u2019aménagement d\u2019un espace de réception, d\u2019une salle multidisciplinaire, d\u2019une cuisine pour des organismes communautaires locaux, d\u2019une section d\u2019hébergement de cour te durée (pour retraites fermées) et d\u2019un café.Enfin, la possibilité de transporter le centre communautaire Noël-Legault est aussi soulevée.Alors que s\u2019amorce la cam - pagne électorale municipale, et vu l\u2019importance du dossier pour notre communauté, nous demanderons aux candidats, tant à la mairie de Pointe-Claire qu\u2019aux conseillers et conseillères de dis- tr icts en poste, quels engagements ils sont prêts à prendre concernant l\u2019avenir de la pointe.La question se pose tout particulièrement en regard de la réutilisation du couvent.Afin de pouvoir faire un choix éclairé le 5 novembre prochain, il nous importe de savoir dans quelle mesure les élus comptent s\u2019impliquer pour assurer la préser vation, la mise en valeur et l\u2019accessibilité de la pointe.Pour atteindre ces object i fs, i l impor te que la V i l le de Pointe-Claire soit partie prenante comme partenaire d\u2019un tel projet.L\u2019avenir de la pointe de Pointe-Claire : un enjeu électoral important N JACQUES NADEAU LE DEVOIR Les courants xénophobes ignorent l\u2019intégration bien réussie de la majorité des immigrants.L Défendre les droits des minorités d\u2019une manière simpliste peut parfois avoir un effet pervers : un relativisme culturel qui ne fait que favoriser le conservatisme « » L E D E V O I R , L E L U N D I 1 6 O C T O B R E 2 0 1 7 A 8 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc.dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec), H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.La rédaction Au téléphone 514 985-3333 Par courriel redaction@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3360 Abonnements (lundi à vendredi, 7 h 30 à 16 h 30) Au téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 463-7559 Par courriel abonnements@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-5967 Publicité Au téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Par courriel publicite@ledevoir.com Par télécopieur 514 985-3340 Avis publics et appels d\u2019offres Au téléphone 514 985-3452 Par courriel 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nouvelle vie semblait une mission impossible pour Haby.«La société est esclavagiste» «L\u2019esclave chez nous n\u2019est pas enchaîné.Il est libre de ses mouvements, mais attaché par son éducation», explique Boubacar Messaoud, assis dans la tranquillité de son jardin.Le regard de l\u2019homme âgé de 72 ans se durcit lorsqu\u2019il évoque la question.C\u2019est que Boubacar parle d\u2019expérience.L\u2019esclavage lui a collé à la peau pendant ses années d\u2019enfance passées dans les champs de Rosso, au sud de la Mauritanie.« Votre mère vous éduque comme un esclave.Vous apprenez très vite qui vous êtes, on vous le dit », ajoute-t-il avec amertume.Malgré une jeunesse passée sous le spectre de la servitude, Boubacar a eu une chance que Haby n\u2019a pas eue : ses maîtres lui ont permis d\u2019aller à l\u2019école.Avec les années, il finira par obtenir sa liberté et par fonder l\u2019association SOS-Esclaves.Au- jourd\u2019hui une figure de proue du mouvement antiesclavagiste, Boubacar poursuit son combat pour aider les anciens esclaves qui, même une fois libérés, continuent de faire face à de nombreuses barrières.« On vient en aide à des gens qui se noient», résume celui qui a effectué quelques séjours en prison pour ses activités militantes.Esclave un jour, esclave toujours Depuis qu\u2019Haby Mint Rabah est libre, ses préoccupations quotidiennes ont changé du tout au tout.« Là-bas, je ne me souciais pas de manger.Maintenant, j\u2019ai des responsabilités, j\u2019ai des problèmes à résoudre pour vivre», explique-t-elle.Même constat du côté de Maa- tallah Ould Mbeirik.L\u2019homme âgé de 42 ans a fui en 2002 et a dû se battre dix longues années pour libérer sa mère et sa sœur.« Quand j\u2019étais esclave, j\u2019étais mal traité, mais j\u2019avais de quoi manger et boire.Au- jourd\u2019hui, je suis libre, mais je n\u2019ai rien.» Les deux anciens esclaves habitent dans la périphérie de Nouakchott, la capitale mauritanienne.Dans ces quartiers, une population démunie, née de l\u2019urbanisation effrénée des dernières décennies, s\u2019entasse pêle-mêle dans les bidonvilles où l\u2019eau et l\u2019électricité sont rares, contrairement aux montagnes de détritus qui jonchent le sol.Au-delà de la précarité économique dans laquelle vivent les anciens esclaves, des obstacles structurels continuent de faire d\u2019eux des citoyens de seconde classe \u2014 l\u2019accès restreint aux papiers en est l\u2019exemple le plus flagrant.«L\u2019esclave n\u2019a jamais eu de papiers puisqu\u2019il était un bien de la tribu », explique Fatimata M\u2019Baye, avocate et militante antiesclavagiste.Ainsi, le fils de Haby, âgé de dix ans et né d\u2019un viol, ne peut pas s\u2019inscrire officiellement à l\u2019école puisqu\u2019il n \u2019a pas de papiers.« C\u2019est comme si nous étions toujours esclaves », soupire Maatallah, dont les neveux sont dans la même situation.Ces dif ficultés, aussi accablantes puissent-elles être, sont le prix qu\u2019Haby et Maatal- lah ont accepté de payer pour leur liberté.S\u2019ils se battent au- jourd\u2019hui, ce n\u2019est pas tellement pour améliorer leurs conditions que pour laisser un monde plus équitable à leurs enfants.« Je ne regrette pas d\u2019être partie.Je regrette tout ce temps passé là-bas, tout ce que j\u2019ai pu endurer comme maltrai- tance [\u2026] Le sentiment d\u2019être esclave est tellement for t que même quand on est libéré, on ne peut pas oublier ce qui s\u2019est passé, confie Haby.Je savais que si mon fils restait là-bas, il allait vivre la même chose que moi.C\u2019est pour lui que j\u2019ai fui.» Collaboratrice Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 ESCLAVAGE Que dit la loi ?La Mauritanie a criminalisé l\u2019esclavage en 2007.Depuis, les gouvernements se succèdent et s\u2019obstinent à refuser de reconnaître son existence.«Aujourd\u2019hui, l\u2019esclavage n\u2019existe plus en Mauritanie.Les allégations faisant état de marchés d\u2019esclaves ou de l\u2019existence de personnes asservies sont fallacieuses et mensongères», a affirmé le commissaire adjoint aux droits de l\u2019homme de Mauritanie, Rassoul Ould El Khal, dans un cour- riel envoyé au Devoir.En 2015, le Parlement maurita- nien a adopté une nouvelle loi contre l\u2019esclavage, durcissant les peines d\u2019emprisonnement et faisant de l\u2019esclavage un crime contre l\u2019humanité.Trois tribunaux spéciaux ont été mis en place, mais n\u2019ont rendu que deux condamnations \u2014 alors que SOS-Esclaves dit avoir documenté près de 300 cas.«C\u2019est une opération pour prouver à l\u2019opinion publique internationale qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019esclaves», déplore le militant Boubacar Messaoud.«Soit on décide de lutter contre l\u2019esclavage, soit on ne le fait pas», renchérit l\u2019avocate Fa- timata M\u2019Baye.YASMINE MEHDI LE DEVOIR Scène de vie quotidienne à Nouakchott, capitale de la Mauritanie mémoires ou documents de groupes et de citoyens intéressés par une réforme du CSR.Un thème récurrent se dégage, à la lecture de ces avis : les citoyens réclament des infrastructures sécuritaires \u2014 et pas seulement pour se déplacer en voiture.Ils sont aussi favorables à un contrôle policier pour faire respecter les limites de vitesse, les traverses de piétons ou même l\u2019interdiction du cannabis au volant, avec la légalisation imminente de la marijuana.« On n\u2019accepte plus que nos villes soient des environnements meurtriers pour des piétons ou des cyclistes.Pourquoi on accepterait ça ?Il y a aussi une prise de conscience de l\u2019importance d\u2019aménager des infrastructures de qualité » , dit Christian Savard, directeur général de Vivre en ville.L\u2019organisme organise deux journées de réflexion sur le thème de la « vision zéro », à Québec et à Montréal, les 24 et 25 octobre .Des exper ts viendront discuter de cette « vision » qui vise à réduire à zéro le nombre de morts et de blessés dus à des collisions sur la route.La mor t du jeune cycliste d\u2019élite Clément Ouimet dans une collision avec un véhicule sur le mont Royal, il y a deux semaines, montre qu\u2019il y a des progrès à faire en matière de protection des cyclistes à Montréal, note Christian Savard.Les candidats à la mairie de Montréal, Denis Coderre et Valérie Plante, proposent une « vision zéro ».C\u2019est un signe de l \u2019 intérêt des électeurs pour les quest ions d \u2019aménagement urbain, remarque Christian Savard.La vision zéro vient cependant avec la responsabilité d\u2019aménager en tout temps des infrastructures responsables, souligne-t-il.Des organismes et citoyens ayant pris part aux consultations de la SAAQ réclament ainsi que chaque chantier de réfection des infrastructures (aqueduc et égout) soit l\u2019occasion de réaménager les rues afin d\u2019améliorer la sécurité des piétons, des personnes handicapées et des cyclistes.«Code de la rue» C\u2019est aussi ce que proposent les exper ts Catherine Mo- rency et Jean-François Bru- neau, de Polytechnique Montréal, dans un rapport présenté en novembre 2016 au ministère des Transports, dont Le Devoir a fait état la semaine dernière.Ils estiment réaliste l \u2019implantation au Québec d \u2019un « code de la rue » inspiré de pays européens comme la Belgique, la France et la Suisse.Une initiative comme celle-là accorde la priorité absolue aux piétons et oblige les conducteurs de véhicules à respecter les usagers les plus vulnérables \u2014 piétons et cyclistes.Les consultat ions de la SAAQ ont donné lieu à des suggestions similaires.Les Québécois demandent, par exemple, que le nouveau CSR encadre davantage la présence de camions lourds en ville.D \u2019autres suggest ions té - moignent de la grogne envers les cyclistes : des citoyens ont réclamé l\u2019interdiction pure et simple de la pratique du vélo d\u2019hiver.Cer tains prônent le por t du casque obligatoire, ou encore l\u2019obligation de rouler sur les pistes cyclables \u2014 et uniquement sur les pistes cyclables.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 SAAQ a voulu réfléchir avec eux.Qu\u2019est-ce que c\u2019est de penser que l\u2019islam fait partie du paysage matériel ?Nous sommes l\u2019une des rares organisations religieuses du milieu communautaire à prendre le sujet à bras-le-corps.» Les cimetières, la radicalisation, la place des femmes\u2026 Durant trois heures, on parlera de tout, sans tabou.L\u2019idée du circuit, qui comprend en après-midi des échanges et une activité de bibliothèque vivante, est de déboulonner les mythes et les préjugés.Il y a 9 % de musulmans à Montréal, selon les résultats du recensement incomplet de 2011 rapportés dans le dépliant remis aux participants.« Mais ce ne sont pas tous des croyants.Beaucoup ignorent que plus de la moitié des musulmans ne vont pas à la mosquée », prend le temps de préciser la guide, Catherine Browne, donnant du même coup le ton à la visite.Atténuer la religion Premier arrêt, le Petit Maghreb.Sur Jean-Ta- lon, l\u2019artère commerciale qui anime le quartier du Petit Maghreb, les cafés où on fume la chi- cha et les boucheries halal côtoient la lainerie Lépine et la poissonnerie Castel.« Ici, 80% des Maghrébins sont musulmans.Un très grand pourcentage parle français et ils sont très scolarisés, 41% possèdent un grade universitaire», souligne Mme Browne.Après être passé devant deux petites mosquées, l\u2019autobus tourne sur une avenue.« Là, les pâtisseries sont très bonnes», me souffle Mou- loud Idir, en pointant un petit commerce de coin de rue.La gourmandise est le premier passeport vers les autres cultures.« Mais au-delà des restos et cafés, il faut voir la capacité des gens à se réinventer », souligne cet Algérien d\u2019origine.Il ne se cache pas qu\u2019il est las des clichés, des regards qui ne s\u2019attardent qu\u2019à ce qui est différent.«On veut essayer d\u2019atténuer le poids de la variable religieuse et ethnique.On veut faire entrer des éléments d\u2019ordre sociologique et parler des gens, de leurs parcours migratoires.Ça donne plus de justice à ce que c\u2019est.» Bochra Manaï, qui a fait un doctorat en études urbaines sur ce quartier, abonde.« Il y a tout un vécu identitaire des gens qui est kidnappé par le discours sensationnaliste », constate-t-elle.Deuxième arrêt : Parc-Extension L\u2019autobus file maintenant vers l\u2019ouest, sur Jean-Talon, dans Little India, où l\u2019odeur de cari chatouille délicieusement les narines en ce samedi pluvieux.Une grosse cage faite de grillage de clôture grise trône au milieu d\u2019un parc.«C\u2019est pour s\u2019entraîner au cricket», lance la guide.Plus loin, le marché Macca, une épicerie « pakista- naise-indienne-canadienne», déclenche les rires.On est bel et bien à Parc-Ex.Car «tous les musulmans ne sont pas arabes et tous les Arabes ne sont pas musulmans», rappelle notre guide.L\u2019autobus passe devant la mosquée Assuna Annabawiyah, que le Pentagone aurait associée à al-Qaïda il y a quelques années, selon les révélations des journaux.Le prétexte est bon pour parler de la couverture des médias, qui sont accusés de ne montrer qu\u2019un côté de la réalité.Existe-t-il vraiment un «Montréalistan», concept étayé dans un livre par un journaliste d\u2019enquête ?La guide s\u2019en tient aux faits, parle des résultats des recherches sur la radicalisation et émet des doutes.Quelques minutes plus tard, une dame demandera à descendre de l\u2019autobus.Le mystère demeure entier sur les raisons de son départ.Était-elle choquée ou avait- elle simplement autre chose à faire ?«Les gens qui sont venus ici se posent des questions et c\u2019est déjà bien », a lancé Mouloud Idir, qui ne veut présumer de rien.Plus de mosquées L\u2019autobus jaune s\u2019est frayé un chemin jusque dans Côte-des-Neiges, où la vue d\u2019un cimetière juif a permis d\u2019aborder la question sensible des lieux de sépulture des musulmans.Des mosquées dans d\u2019anciens ateliers de carrosseries ou au deuxième étage d\u2019un bar de téquila ont fourni l\u2019occasion de réfléchir aux règlements de zonage.En fin de parcours, le clou de la visite fut certainement la mosquée Al Islam du Centre islamique du Québec, dans l\u2019arrondissement Saint- Laurent, la première mosquée au Québec (1965).Le bâtiment original a fait place à une construction plus récente, ornée d\u2019un petit dôme vert et d\u2019un minaret.« La seule qui ressemble à une vraie mosquée», a lancé un participant.« J\u2019aurais beaucoup aimé la visiter », s\u2019est désolée Gilda Elmaleh, une juive marocaine retraitée de l\u2019UQAM.Elle n\u2019en a pas moins aimé son petit voyage.« J\u2019aime ce genre d\u2019activités qui permettent de réfléchir.Je connaissais déjà le Petit Maghreb, mais ça m\u2019a passionnée de découvrir toutes les facettes de la communauté musulmane.» Même qu\u2019elle souhaiterait voir, au même titre que les synagogues et les églises, davantage de «belles mosquées» dans le paysage montréalais, « pas juste des bâtiments qu\u2019on cache ».Et ainsi découvrir une islamité bien québécoise, dont on se contente, pour l\u2019instant, de parcourir les contours en autobus.Le Devoir SUITE DE LA PAGE 1 AUTOBUS On veut essayer d\u2019atténuer le poids de la variable religieuse et ethnique.On veut faire entrer des éléments d\u2019ordre sociologique et parler des gens, de leurs parcours migratoires.Ça donne plus de justice à ce que c\u2019est.Mouloud Idir « » GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR Les Québécois veulent des villes à échelle humaine où l\u2019on peut se déplacer en toute sécurité, peut- on lire dans un rapport de la Société de l\u2019assurance automobile du Québec."]
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