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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier B
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  • Journaux
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quotidien
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Références

Le devoir, 2018-10-20, Collections de BAnQ.

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[" a production mondiale du café ne cesse de croître et la boisson tonique continue de gagner en popularité, notamment au Québec.Plus d\u2019un commerce y trouve son gagne-pain, et l\u2019effet énergisant \u2014 et réconfortant \u2014 du café poursuit son travail de séduction auprès des consommateurs.Dégusté dans le confort de son salon ou en route vers le boulot, avec un nuage de lait ou noir et bien corsé, le café est la boisson la plus consommée par les adultes après l\u2019eau du robinet au Canada.Seuls les habitants des Pays-Bas, qui sirotent en moyenne deux tasses par jour et consomment 260,4 litres de café par an, et ceux de la Finlande (184,9 litres), damaient le pion aux Canadiens en 2017, arrivés au troisième rang avec 152,1 litres de café bus par année par habitant.Au Canada, le café fait fleurir une industrie dont les ventes ont atteint l\u2019an passé 6,2 milliards de dollars, selon l\u2019Association canadienne du café.Les Canadiens boivent d\u2019énormes quantités de café sur le pouce, de sorte que la majorité des ventes liées à cet autre or noir se réalisent dans les cafés, tous types confondus (4,8 milliards), plutôt qu\u2019en épicerie (1,4 milliard).Concurrence torride Si le café filtre convenait à bon nombre de Québécois jusqu\u2019à récemment, au- jourd\u2019hui le goût et la qualité doivent aussi être au rendez-vous.Sans compter sa provenance, que l\u2019on recherche équitable et biologique.Profitant de cette popularité sans faille, de plus en plus de joueurs se lancent sur le marché.Ils surfent sur la « troisième vague » poussée par des artisans et amateurs qui carburent aux petits cafés indépendants.Mais perdus dans cet océan de nouveaux commerces, aux valeurs et produits similaires, difficile de tirer son épingle du jeu.Se démarquer Des propriétaires choisissent alors d\u2019offrir aux clients une expérience originale pour accompagner un bon café.Café-yoga, café-vélo, café-chien, café- friperie : tous les moyens sont bons pour se distinguer et éviter de mettre la clef sous la porte.« Je ressens davantage la concurrence ces derniers temps avec l\u2019arrivée d\u2019autres petits cafés sur Mont-Royal.C\u2019est devenu une mode de se lancer dans le milieu.Au moins, on se démarque ici en étant aussi une friperie », explique François Audet, qui a ouvert Le Placard il y a presque 20 ans au cœur du Plateau Mont-Royal.Bénéficiant d\u2019un grand espace, il y a intégré quelques portants de vêtements.« Rien qu\u2019avec trois ou quatre personnes par jour qui achètent un vêtement en plus de prendre un café, ça aide les fins de mois.» Même stratégie au café littéraire Chez l\u2019éditeur, dans Villeray, qui partage ses locaux avec les maisons d\u2019édition Québec Amérique et Cardinal.Leurs livres y sont mis en vente juste à côté du comptoir à café.« Les gens aiment lire un livre en buvant un latte, alors on leur fait découvrir de nouveaux ouvrages.On se démarque, et la vente de livres aide à faire fonctionner le café », raconte le gérant, François Beauchemin.Pour sa part, le Café dépanneur, situé rue Bernard dans le Mile-End, a préféré miser sur une ambiance différente pour attirer les clients.Chaque jour, il permet à des musiciens amateurs de jouer en échange d\u2019un café ou d\u2019un repas gratuit.« C\u2019est cool parce que ça nous fait une ambiance originale.Et les consommateurs choisissent notre café plutôt qu\u2019un autre parce qu\u2019ils peuvent y découvrir de nouveaux bands locaux », explique le propriétaire, Benoît Bigham.Il reconnaît toutefois qu\u2019il reste difficile de survivre avec ou sans plus-value.« Je vais vers des choses que j\u2019aime, et la musique, j\u2019aime ça.Mais je dirais qu\u2019on en arrache financièrement.» Offrir des places assises dans un décor agréable, un café de qualité et quelques viennoiseries n\u2019est plus une garantie de réussite pour les cafés indépendants.Nombre d\u2019entre eux peinent à survivre et finissent par fermer.Pour JoAnne Labrecque, professeure de marketing à HEC, les établissements doivent redoubler de stratégies pour sortir du lot et devenir le meilleur choix dans le quartier.« Il faut amener les consommateurs à se déplacer parce que ça vaut le coup et qu\u2019on n\u2019est pas qu\u2019un simple café du coin.Ça devient une expérience, autant qu\u2019aller au musée, au cours de sport ou dans un parc d\u2019attraction.» Le café, c\u2019est vendeur Selon elle, il ne faut pas penser pour autant que vendre du café n\u2019est plus une activité rentable.Elle donne l\u2019exemple des commerces qui ont ajouté cette offre de service à leur activité principale pour justement attirer davantage d\u2019acheteurs.« C\u2019est tendance, d\u2019introduire un coin café dans un commerce pour bonifier l\u2019expérience client.On voit ça dans les salons de coiffure, les boutiques de vêtements ou de vélos », dit-elle.Des propos qui trouvent écho chez le gérant de la boutique Véloespres so, Olivier Quirion Deslauriers.Lors - qu\u2019il a déménagé son magasin de vente et réparation de vélos dans un plus grand local du quartier Hoche- laga-Maisonneuve, il a décidé d\u2019investir dans un comptoir, des chaises et s\u2019est aussi lancé dans la vente de café.« C\u2019est un service de plus qui fidélise la clientèle.Et si on garde une personne plus longtemps dans la boutique, elle va magasiner davantage, c\u2019est sûr », reconnaît-il.ANNABELLE CAILLOU, GUILLAUME LEPAGE LE DEVOIR PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 LE DEVOIR D\u2019HISTOIRE La page féminine du Devoir est lancée en 1911 B 9 ÉTATS-UNIS Silence, on juge: la chronique d\u2019Élisabeth Vallet B 4 POLITIQUE Comme un parfum d\u2019improvisation, la chronique de Michel David | B 5 L\u2019engouement pour le café, la boisson la plus bue après l\u2019eau au Canada, met en ébullition un marché où la concurrence est de plus en plus corsée.Pour survivre, des cafés nouvelle mouture voient le jour, histoire d\u2019étancher une soif qui ne semble pas près d\u2019être assouvie.La concurrence se corse sur le marché du café L\u2019attrait croissant pour l\u2019autre or noir oblige les cafés à se diversifier Les chaînes jouent les indépendants Les grandes chaînes Tim Hor- tons, Second Cup et Starbucks ont beau se partager la plus grande part du marché au Québec, les cafés indépendants leur font de plus en plus concurrence.« Ça fonctionne bien, les cafés indépendants, en ce moment, dit Simon-Louis Brosseau, copropriétaire des cafés Paquebot à Montréal.De nouveaux cafés ouvrent constamment, même si certains ferment.On prend de la place petit à petit face aux chaînes, qui doivent fermer des succursales.» En offrant une expérience « plus complète, qui dépasse la boisson chaude », les cafés indépendants se démarquent des grands joueurs, fait remarquer Francine Rodier, professeure de marketing à l\u2019École des sciences de la gestion de l\u2019UQAM.« Ces commerces sont plus proches des gens, souvent bien enracinés dans leur quartier.Ils ont une clientèle qui leur est particulière, qui leur ressemble.» Un détail qui n\u2019a pas échappé aux chaînes, qui cherchent à se renouveler pour ne pas perdre leurs clients.« Certains iront jusqu\u2019à changer leur décor pour avoir une allure un peu plus lounge, illustre Mme Rodier.Mais les gens ne sont pas dupes : un café de McDonald\u2019s reste un café de McDonald\u2019s.» Malgré tout, les cafés des chaînes continuent de se vendre en plus grande quantité, en dépit de leur « goût standardisé », note-t-elle.Au pays, le café fait fleurir une industrie dont les ventes ont atteint l\u2019an passé 6,2 milliards de dollars, selon l\u2019Association canadienne du café.GUILLAUME LEVASSEUR LE DEVOIR L 152 C\u2019est le nombre de litres de café bus par année par habitant au Canada, en 2017. assés de voir leurs clients absorbés par leur écran pendant des heures, de plus en plus de propriétaires de cafés préfèrent interdire les ordinateurs ou même supprimer Internet pour briser le silence de mort qui s\u2019était installé.« Je ne pensais jamais devoir aller jusque-là, mais l\u2019ambiance au café était loin de ce que je voulais : un lieu chaleureux, convivial, vivant », confie Marie-Ève Laroche, propriétaire du Pi- kolo Espresso Bar sur l\u2019avenue du Parc à Montréal.En s\u2019installant en 2011 au cœur du ghetto McGill, offrir Internet aux clients était une évidence, la plupart d\u2019entre eux étant étudiants.Mais la situation est devenue vite intenable.Mme Laroche ne supportait plus de voir ses tables monopolisées par ces travailleurs silencieux \u2014 qui consommaient à peine \u2014, l\u2019obligeant à refuser d\u2019autres clients voulant savourer un café en discutant.« Il n\u2019y avait plus aucun son, il y avait une énergie morte complètement toxique.J\u2019avais envie de briser une assiette juste pour faire du bruit », ra- conte-t-elle.Au printemps 2015, elle a décidé de supprimer l\u2019accès au Wi-Fi, au risque de voir les lieux se vider.« C\u2019était un gros move, une décision longtemps repoussée, mais finalement, ç\u2019a bien été reçu.Il y a plus de roulement, et l\u2019ambiance est meilleure.Les gens discutent, se rencontrent, rient.Les étudiants viennent toujours, mais moins longtemps, pour faire leurs lectures.» Supprimer Internet, interdire les or- dis : tous les moyens sont bons pour chasser les étudiants et travailleurs autonomes.Comme le Pikolo, d\u2019autres établissements \u2014 tels que le Arts Café dans le Mile End, Le moineau masqué ou encore le Café Névé dans le Pla- teau\u2013Mont-Royal \u2014 veulent miser sur les rencontres et échanges.Débats politiques Les premiers cafés apparus au XVIIesiè- cle en Europe offraient un espace de débats politiques, rappelle le professeur d\u2019histoire à l\u2019Université du Québec à Trois-Rivières, Laurent Turcot.«L\u2019avantage, c\u2019est que contrairement aux tavernes, c\u2019est plus facile de parler politique avec trois ou quatre cafés que trois ou quatre bières», plaisante-t-il.Pour l\u2019auteur d\u2019Extraits de cafés, André Carpentier, les cafés doivent garder « un rôle social ».« C\u2019est important de trouver des lieux publics pour se rencontrer, discuter, en dépensant seulement quelques dollars pour un café.» Il estime les cafés nécessaires à la vie de quartier pour remplacer les paroisses qui avaient autrefois le rôle de rassemblement communautaire.« Les gens du quartier finissent par se reconnaître en fréquentant le café du coin.C\u2019est d\u2019autant plus nécessaire dans un monde individualiste où l\u2019on ne connaît plus vraiment nos voisins.» Éviter la faillite Mais face à la concurrence entraînée par la prolifération de petits cafés indépendants, difficile de fermer complètement la porte à une part non négligeable de consommateurs.« Tu perds des clients et de l\u2019argent si certains restent cinq heures devant leur ordi et prennent juste un café.Mais il y en a qui vont travailler pendant deux heures, commander un latté et une viennoiserie, et revenir chaque jour.C\u2019est une clientèle fidèle dont on a aussi besoin », explique Simon-Louis Brosseau, propriétaire du café Paquebot sur la rue Mont-Royal.En rachetant le Café Plume l\u2019année dernière, M.Brosseau a gardé la politique appliquée par son prédécesseur : aucun ordinateur la fin de semaine, excepté à une table de six places face à la fenêtre.Un entre-deux qui lui permet de ne pas fermer boutique tout en retrouvant une ambiance conviviale et un roulement le week-end.« Les travailleurs et les étudiants sont nos clients réguliers de la semaine.Si j\u2019interdis totalement les ordinateurs ou que je coupe Internet, je fais faillite.» Les propriétaires doivent comprendre que la clientèle a changé avec l\u2019arrivée du numérique, d\u2019après lui.Livres, carnets et journaux ont fait place aux ordinateurs, tablettes et cellulaires.Le nombre de travailleurs indépendants a aussi explosé dans les dernières années.En 2017, le Québec comptait près de 560 000 travailleurs autonomes, selon l\u2019Institut de la statistique du Québec.Soit plus de 13 % des personnes actives dans la société.Un détail qui n\u2019a pas échappé à Gabriel Dancause, qui a ouvert en 2015 le GAB café sur le boulevard Saint-Lau- rent, qu\u2019il présente comme « le premier café pour travailler ».Le concept est simple : les clients paient à la journée ou au mois pour réserver une place.Ils peuvent utiliser Internet, une prise de recharge, une imprimante, et soit consommer sur place ou apporter leur propre café.« À la base, c\u2019était pour remplir un besoin que j\u2019avais comme programmeur.Quand tu vas dans un café traditionnel, tu ne te sens pas particulièrement bienvenu avec ton ordi et tes livres », confie le propriétaire.Constatant que de plus en plus de Québécois cherchaient un endroit agréable pour travailler et sortir de chez eux, M.Dancause a sauté sur l\u2019occasion.Crew Collectif & Café, l\u2019Anticafé ou encore Le 5e : les lieux se définissant entre le café et l\u2019espace de travail partagé se multiplient à Montréal et ailleurs au Québec.Aux yeux de M.Dancause, ce type de café ne vient pas faire concurrence à ceux déjà bien établis.« On est complémentaires.Je leur envoie les clients qui veulent juste prendre un café, et eux sont débarrassés des étudiants et travailleurs qui monopolisent leurs tables », estime-t-il.LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 PERSPECTIVES B 2 ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR Des cafés « débranchés » pour mieux se reconnecter Plusieurs commerces interdisent les écrans pour retrouver une ambiance conviviale GUILLAUME LEPAGE, ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR Si les cafés indépendants rivalisent de stratégies pour attirer les clients et obtenir leur part du marché, ils finissent tous par se rencontrer sur les réseaux sociaux, le bouche-à-oreille 2.0.« Les réseaux sociaux sont devenus essentiels pour consolider la clientèle, en plus d\u2019attirer de nouvelles personnes », assure Maxime Richard, copropriétaire du café Pista.Avant de s\u2019installer dans la rue Beaubien, à Montréal, le jeune entrepreneur roulait d\u2019un événement à l\u2019autre sur son vélo-café.« Quand tu es mobile, tu dois montrer que tu es actif et indiquer où tu seras présent.J\u2019ai vite compris que c\u2019est par les réseaux sociaux que ça passait.» Tout en gardant un œil sur la concurrence, il a aussi misé sur les réseaux sociaux \u2014 surtout Instagram \u2014 une fois installé dans son local de Rosemont\u2013 La Petite-Patrie.Il a engagé un gestionnaire des réseaux sociaux pour notamment publier « la bonne photo au bon moment » et répondre aux clients.Depuis un an (ils sont désormais trois à la barre du Pista), cette gestion se fait à l\u2019interne.On annonce les promotions, les nouveautés, les heures d\u2019ouverture pendant les jours fériés.« Ça rejoint plus de clients qu\u2019une affiche sur la porte du café », constate M.Richard.« On ne peut plus simplement compter sur le bouche-à-oreille, on veut se faire connaître sur les réseaux sociaux pour avoir un impact plus large », renchérit Simon-Louis Brosseau.Le copropriétaire des trois cafés Paquebot dans la métropole reconnaît qu\u2019il est encore à apprendre à maîtriser ces outils pour attirer plus de consommateurs.« C\u2019est beaucoup de temps investi pour prendre des photos, faire un suivi, faire en sorte que les gens nous suivent, leur répondre.Ça prendrait quasiment quelqu\u2019un à temps plein.» « Instagrammable » Pour rejoindre encore plus de personnes, le Doggy Café, installé dans la rue Saint-Denis, s\u2019est carrément tourné vers une influenceuse déjà cliente \u2014 l\u2019humoriste Rosalie Vail- lancourt \u2014 pour bénéficier de sa popularité sur Instagram.Les copropriétaires concentraient surtout leurs efforts sur Facebook, mais sur l\u2019avis de conseillers marketing, elles ont compris qu\u2019Instagram leur apporterait plus de visibilité.Un choix judicieux, selon le consultant en marketing numérique Frederic Gonzalo.« C\u2019est surtout sur Instagram que ça se passe depuis plusieurs années.Facebook est devenu énervant avec son algorithme.C\u2019est une plate- forme de masse plus généraliste.» M.Gonzalo, qui donne des conférences sur le sujet, constate que les cafés ont tendance à même penser leur décoration en fonction d\u2019Instagram.Et M.Brosseau, du café Paquebot, l\u2019avoue : « On veut que l\u2019endroit soit \u201cinstagrammable\u201d, parce que les gens publient des photos des cafés qu\u2019ils ont aimés.» Il a donc orné l\u2019un des murs de briques de sa succursale, avenue du Mont-Royal, d\u2019un néon coloré en forme de bateau dans le but d\u2019attirer les regards\u2026 et les flashs des téléphones intelligents.L\u2019accessoire a déjà fait le tour d\u2019Insta- gram, accompagné du mot-clic #mtlca- fecrawl.C\u2019est Ali Inay qui a créé ce mot-clic, devenu incontournable pour les artisans et amateurs de cafés indépendants à Montréal.Celui qui est analyste de données dans la vie de tous les jours compte aussi un compte coiffé du même nom à son actif, suivi par quelque 21 000 personnes.Il y publie ou y repartage des photos des cafés qu\u2019il découvre aux quatre coins de la ville.La beauté, critère numéro un Il trouve néanmoins regrettable que la beauté d\u2019un café soit devenue le critère numéro un, au détriment parfois de la qualité du produit, reconnaissant du même souffle qu\u2019il contribue à cette situation.Cela dit, l\u2019endroit a beau être bien décoré et populaire sur Instagram, « si ton café est franchement ordinaire, ça ne fera pas de miracle, ça ne fidélisera pas les clients », laisse tomber Frederic Gonzalo.Tous les cafés mènent à Instagram Le bouche-à-oreille passe aujourd\u2019hui par les réseaux sociaux Véritable temple pour caféinomanes branchés, le Crew Collectif & Café abrite sous ses voûtes majestueuses un espace de cotravail.À droite en haut : le minuscule Pikolo Café a supprimé en 2015 l\u2019accès à Internet pour retrouver l\u2019atmosphère conviviale que l\u2019omniprésence des ordinateurs avait fait disparaître.PHOTOS MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR L Les travailleurs et les étudiants sont nos clients réguliers de la semaine.Si j\u2019interdis totalement les ordinateurs ou que je coupe Internet, je fais faillite.SIMON-LOUIS BROSSEAU » Comme le Pikolo Espresso Bar, d\u2019autres établisse - ments veulent retrouver leur rôle initial : être un lieu de rencontres et d\u2019é - changes GUILLAUME LEPAGE LE DEVOIR Face à la critique de groupes écologistes et de consommateurs avertis, des fabricants de machines à do- settes de café ont planché sur des solutions, ces dernières années, pour réduire leurs impacts environnementaux.Mais du chemin reste à faire, jugent des experts.« On ne peut nier que ces appareils ont connu un succès incroyable, explique Sylvain Charlebois, professeur en distribution et politique agroali- mentaire à l\u2019Université Dalhousie.Mais leur vie utile va prendre fin rapidement si les multinationales derrière ne trouvent pas une solution environnementale acceptable pour la population.» Depuis leur arrivée en grande pompe sur le marché canadien, les machines à dosettes ont remplacé à la vitesse grand V les cafetières à filtre qui trônaient sur les comptoirs de cuisine des Québécois.Or, les capsules \u2014 en plastique recyclable ou en aluminium, selon la marque \u2014 produisent d\u2019importantes quantités de déchets.L\u2019invasion des capsules Entre 2012 et 2015, le pourcentage de propriétaires d\u2019une cafetière à portions individuelles a explosé, passant de 15 % à 38 % selon l\u2019Association canadienne du café.Depuis, les chiffres stagnent.Leur part de marché a même reculé de deux points de pourcentage l\u2019an dernier.Signe possible d\u2019un réveil chez les fabricants : les deux leaders de l\u2019industrie, Keurig et Nespresso, multiplient les solutions vertes pour éviter que la confiance des consommateurs s\u2019étiole.Keurig vise d\u2019ici 2020 des capsules 100 % recyclables.Et Nespresso a démarré un projet pilote avec des centres de tri \u2014 deux au Québec et un en Colombie-Britannique \u2014 pour que les clients déposent leurs capsules utilisées dans des sacs allant au bac vert.Les matériaux de la dosette sont récupérés et le marc de café, composté.« Nos capsules, contrairement à celles de la plupart de nos concurrents, sont en aluminium.Cette matière est recyclable à l\u2019infini », assure la porte- parole de Nespresso Canada, Caroline Duguay.Elle note par ailleurs que l\u2019objectif de la multinationale est d\u2019offrir des produits entièrement « carbone neutre » d\u2019ici 2020, à l\u2019échelle de la planète.« Nous sommes à 10 % d\u2019atteindre notre objectif.» La compagnie refuse toutefois de dévoiler le nombre de capsules récupérées chaque année, au Canada comme au Québec, sur le total de récipients écoulés.De son côté, Louise Hénault-Éthier, de la Fondation David Suzuki, doute de l\u2019efficacité de telles méthodes.L\u2019aluminium a une grande valeur, et tant mieux s\u2019il est recyclé, dit-elle, mais le recyclage a aussi un coût environnemental non négligeable.Et encore faut-il que les consommateurs fassent l\u2019effort de déposer les do- settes dans leur bac vert.Le professeur Charlebois abonde dans ce sens : les programmes mis sur pied par les gros joueurs de l\u2019industrie ne suffisent pas, et surtout, ils arrivent une dizaine d\u2019années trop tard.« On a créé une nouvelle habitude chez le consommateur en offrant ces appareils simples et pratiques avant que les campagnes contre les capsules \u2014 avec l\u2019efficacité et la virulence qu\u2019on leur a connues \u2014 en amènent plusieurs à les bouder.» Dans le contexte, il faudrait composter les capsules plutôt que les recycler, croit-il, le compostage étant une solution « simple et pratique » à l\u2019image de l\u2019expérience que vendent les fabricants de machines à dosettes.Il explique que des compagnies offrent déjà des capsules qu\u2019il suffit de jeter au bac brun après usage.Le goût est toutefois différent des capsules traditionnelles, prévient M.Charlebois, pour en avoir fait le test dans le cadre de son travail.Limiter le gaspillage Pour sa part, Colleen Thorpe, directrice des services éducatifs chez Équi- terre, en a surtout contre le principe de l\u2019usage unique.« On portionne en amont pour éviter le gaspillage, mais le transport et l\u2019emballage supplémentaire déplacent les impacts sur l\u2019environnement.» « Il y a une part de nouveauté, avec ces appareils, qui a attiré les clients.L\u2019humain consomme rapidement et réfléchit ensuite aux conséquen ces », poursuit Mme Thorpe, pour expliquer le succès que remportent ces machi - nes à dosettes en Amérique du Nord, en dépit des désavantages économiques (le prix de chaque café est dans certains cas multiplié par quatre) et des impacts environnementaux connus.« Mais si on veut vraiment aller vers un mode de consommation responsable, il faut réduire à la source, dit-elle.Et qu\u2019on apprenne, de grâce, à faire du café en utilisant la bonne quantité pour éviter le gaspillage et en portion- nant nous-mêmes la quantité qu\u2019on va consommer.» LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 PERSPECTIVES B 3 La dosette, tache noire de l\u2019engouement pour le café Le marché a explosé, mais leur élimination pose un problème environnemental Ah, les cafés! Vouloir en faire un papier relève des travaux herculéens tant les ouvertures se succèdent à une vitesse vertigineuse.J\u2019avais préparé une liste d\u2019une cinquantaine d\u2019adresses; Le Devoir a restreint mon enthousiasme avec une dizaine.Ne m\u2019en voulez pas de ne pas mentionner vos propres coups de cœur, Olimpico, Saint-Henri, Ciociaro, Campanelli, Pinocchio caffè ou autres haltes de qualité.JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Notre sélection des meilleurs endroits à Montréal Pour moi, le mot «café» l\u2019emporte sur le concept de «cafés»; on parle ici d\u2019endroits où la magnifique boisson est à l\u2019avant- scène.On y trouve généralement des baristas passionnés et passionnants.Le reste \u2014 décor, ambiance et tutti quanti \u2014 vient en attraits supplémentaires.À l\u2019origine du café chez nous, les Italiens sont au premier rang.Donc, à tout seigneur, tout honneur.Caffè Italia Depuis 1956 (!), cette institution accueille dans son décor intemporel, rappel des «cafés» de toute l\u2019Italie, une clientèle de connaisseurs.Il faut voir au petit matin les messieurs en costume élégant se garer en double file, entrer en courant, prendre à la hâte au comptoir leur espresso que le barista a préparé en les voyant arriver, et repartir, souriants, à la course.Pour caféinomanes avertis.6840, boulevard Saint-Laurent, San Gennaro La famille Covone, mère et fils, fait les choses à la perfection, héritage du regretté papa, Aniello, modèle d\u2019élégance.Le lieu est un de ces endroits qui semblent sortis tout droit d\u2019un quartier chic de Milan, Bologne ou Parme, élégant et délicieux.Après une pizza al taglio, café irréprochable et toutes sortes de tentations pour l\u2019accompagner en beauté, bombolone, cannoli et biscotti.69, rue Saint-Zotique Est Caffè San Simeon Le spectacle commence très tôt ici.Les travailleurs aux yeux encore embrumés de sommeil débarquent bien avant l\u2019heure d\u2019ouverture.L\u2019odeur du café et des dolci fait son œuvre bienfaisante.Aux beaux jours, ça traîne longtemps sur la terrasse en parlant futbol, politique et autres sujets brûlants.En sirotant bien entendu d\u2019excellents cafés.39, rue Dante Viennent ensuite des endroits sans lien direct avec l\u2019Italie, mais où l\u2019on prend tout de même la chose très au sérieux.Pikolo Expresso Bar Petit, comme son nom l\u2019indique, mais tellement joli.On y sert l\u2019un des meilleurs cafés au centre-ville et des viennoiseries succulentes, muffins, croissants, etc.La passion de la patronne, Ma- rie-Ève Laroche, imprègne les lieux d\u2019une belle énergie.3418b, avenue du Parc Dispatch Ici, on est dans la version XXIe siècle du café.Clientèle jeune, branchée sur son ordinateur portable ou en communication avec le reste du monde via téléphone et tablette.Derrière le comptoir, beaucoup de sérieux dans la préparation des divers cafés proposés par la maison.Un lieu lumineux et invitant.4021, boulevard Saint-Laurent Toi, moi et café Je vous parle de celui-ci, car depuis plus de 25 ans, la famille Istan- boulian fait office de pusher de grains de qualité pour moi et me fait découvrir de nouveaux arômes.Comme ils torréfient eux- mêmes, ils sont en mesure de vous conseiller une récolte en fonction de vos goûts et des arrivages les plus intéressants.Une rareté.244, avenue Laurier Ouest Suivent des maisons où le café est certes délicieux, mais qui servent aussi une cuisine très soignée.Le Butterblume Installée dans un très agréable local dans la partie Mile-End du boulevard Saint-Laurent, cette petite maison sert en toute modestie des plats dignes de grandes tables.Salé, sucré, café et thé, tout est plaisirs.Lors de son plus récent passage chez nous, la jeune star mondiale venue de Laponie, Magnus Nilsson, avait déclaré que ce Butterblume était l\u2019une des meilleures tables où il avait mangé pendant son séjour.Si Magnus le dit\u2026 5836, boulevard Saint-Laurent Club social PS Caché derrière le restaurant Elena, rue Notre-Dame, on y sert de superbes cafés et d\u2019irrésistibles pâtisseries d\u2019inspiration italienne et de croustillantes pizzas.Un lieu intéressant et, les soirs de rencontre des Canadiens de Montréal, la perspective de passer une soirée animée autour du joli bar en forme de fer à cheval.Pas de réservations.1, rue d\u2019Yamaska Crew Collective & Café Ouvert sept jours sur sept de 8h à 20h, le «Crew», comme disent les 2.0 ou même les 3.0, est un magnifique endroit où amener vos amis en visite à Montréal pour les impressionner.La splendeur de cette ancienne banque a de quoi laisser baba.Cafés soignés et cuisine délicieuse préparée par Gita Seaton et Jessiah MacDonald qui ont su donner un nouvel élan à la maison côté assiettes.360, rue Saint-Jacques Le plus rigolo pour la fin: appliqué dans la préparation du café, mais original dans sa façon de le présenter.Pista Il y a la boutique rue Beaubien avec ses viennoiseries et ses brunchs savoureux, mais ma première rencontre avec ces jeunes allumés de la cafetière a eu lieu dans le Vieux-Port, alors que je suis tombé nez à nez avec leur triporteur, café ambulant qui prépare espresso, cortado et latté.Le café était si bon que je l\u2019ai encore au bout de mes bons souvenirs.500, rue Beaubien Est Hors Montréal: Les vraies richesses Cette maison s\u2019annonce comme boulangerie, mais c\u2019est un excès de modestie trop réducteur.Le café servi \u2014 dès l\u2019aube, sept jours sur sept \u2014 pour accompagner les viennoiseries retient souvent les clients passés chercher un de ces pains hors du commun boulangés ici.Une halte incontournable.242, rue King Ouest, Sherbrooke Le véloespresso, dans Hochelaga-Maisonneuve.À droite : végane et zen, le café Belém courtise les amateurs de yoga.PHOTOS VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR ISTOCK Depuis leur arrivée sur le marché canadien, les machines à dosettes ont remplacé les cafetières à filtre qui trônaient sur les comptoirs de cuisine des Québécois.Or, les capsules, en plastique recyclable ou en aluminium selon la marque, produisent d\u2019importantes quantités de déchets. LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 PERSPECTIVES B 4 Silence, on juge L es fondations de la République sont fragiles.Il faut qu\u2019elles le soient pour que le New York Times choisisse de publier la dernière chronique de Jamal Khashoggi, correspondant chez son concurrent, le Washington Post.Elles sont plus fragiles encore après que, la même semaine, le président américain eut encensé au Montana le représentant Gianforte, qui a sauté à la gorge d\u2019un journaliste du Guardian.L\u2019engouement du président Trump pour un homme condamné pour ces faits est manifestement dangereux.La tuerie du 28 juin dernier dans les bureaux de la Capital Gazette à Annapolis est là pour le rappeler.Les fondations de la République sont fragiles aussi, car ceux qui sont exclus du dialogue démocratique sont de plus en plus nombreux.Les élections du 6 novembre prochain, les plus onéreuses de l\u2019histoire (près de 5 milliards de dollars), les plus conséquentes aussi, pourraient pourtant exclure des pans entiers de l\u2019électorat.Plusieurs acteurs jouent un rôle clé dans ce processus, dont les législatures fédérées \u2014 majoritairement républicaines.Mais celui qui pèsera lourd, le 6 novembre, est la Cour suprême \u2014 avant même que la dernière nomination prenne effet.Premièrement, dans sa décision de 2013 (Shelby County c.Holder) sur le Voting Rights Act de 1965, elle dispense les États du Sud de l\u2019approbation préalable du gouvernement fédéral pour modifier leurs lois électorales.Dans la foulée, comme le constate le Leadership Conference Education Fund, un grand nombre de bureaux de vote ont fermé en Alabama, en Arizona, en Louisiane, au Texas et dans les Carolines.Au Kansas, selon le Pew Research Center, certains électeurs devront, dans deux semaines, faire 29 kilomètres pour se rendre au bureau de vote.En Géorgie, devenue emblématique des manipulations électorales de 2018, les trois quarts des comtés touchés par ces coupes fondées sur des arguments financiers représentent une infime minorité de Blancs ; selon le rapport de la U.S.Commission on Civil Rights, elles atteignent principalement les minorités.Deuxièmement, cette décision a induit un durcissement du contrôle de l\u2019identité des électeurs.Selon le Brennan Center, depuis, 13 États ont mis en place des dispositifs contraignants d\u2019identification, 7 ont restreint le vote par anticipation, et 11 l\u2019inscription sur les listes.Or, trois millions d\u2019Américains aujourd\u2019hui n\u2019ont pas de pièce d\u2019identité gouvernementale \u2014 à commencer par la plus courante, le permis de conduire, dont le coût est hors de portée des plus pauvres.Ce n\u2019est pas anodin dans un État comme le Texas, où le permis de port d\u2019armes est accepté pour voter, mais pas une carte étudiante délivrée par une université.Il faut y ajouter la décision de cette semaine (Brakebill c.Jaeger) validant une loi du Dakota du Nord qui subordonne le vote à une preuve d\u2019adresse résidentielle \u2014 ce que ne peuvent pas apporter les résidents des réserves amérindiennes (parmi lesquels les Sioux de Standing Rock), dont le courrier est livré en poste restante.Trente mille électeurs sont affectés par cette mesure.Troisièmement, en juin dernier, dans Husted c.Randolph Institute, la Cour suprême a autorisé une disposition qui a permis à l\u2019Ohio d\u2019élaguer ses listes : faute de voter au cours de deux élections consécutives, et à moins qu\u2019il ne se manifeste, l\u2019électeur est radié \u2014 selon The Daily Beast, ils pourraient être deux millions à ne pas pouvoir voter en novembre dans cet État.En Géorgie, selon l\u2019American Public Media, 107 000 électeurs ont été évincés pour les mêmes raisons \u2014 majoritairement des électeurs afro-américains \u2014, tandis que 53 000 personnes voient leur inscription suspendue parce que les données du formulaire d\u2019enregistrement sur la liste électorale ne correspondent pas exactement (à la lettre près) aux bases de données gouvernementales.Or, le vérificateur général a établi en 2009 que le registre de la Sécurité sociale (le plus courant, notamment pour les plus pauvres) n\u2019est pas fiable.Ces chiffres sont d\u2019autant plus perturbants que la Géorgie utilise des machines de vote électronique sans reçu papier \u2014 donc sans recomptage possible, sans possibilité de déceler des fraudes.Et malgré ce constat, la juge de district Amy Totenberg a, le mois dernier, conclu que le système ne pouvait pas être changé.Quatrièmement, en juin dernier, la Cour suprême a validé, dans un certain sens par défaut, la pratique du char- cutage électoral (le gerrymandering) tant au Wisconsin (Gill c.Whitford) qu\u2019au Texas (Abbott c.Perez).Les longs districts en forme de saucisse dentelée peuvent désormais perdurer, même s\u2019ils ont pour effet de minorer le poids d\u2019un groupe politique ou d\u2019une minorité.C\u2019est pourtant ce qui explique qu\u2019il faudra au Parti démocrate plus qu\u2019une simple ascendance pour s\u2019assurer d\u2019une courte majorité au Congrès.Or, l\u2019expérience de 2016 (où 77 744 voix réparties sur trois États \u2014 Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin \u2014 ont suffi à faire basculer le pays dans l\u2019ère trumpienne) enseigne que chaque vote compte.Littéralement.ÉLISABETH VALLET STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR \u2019est la mort du joint, et rien de moins.Le Canada a légalisé et même étatisé la vente du cannabis récréatif cette semaine, et la profes- seure de criminologie Line Beauchesne, grande spécialiste des politiques en matière de drogue, prédit déjà que cette révolution assez unique au monde annonce l\u2019agonie prochaine des pétards roulés.« Je dirais que le joint va devenir une forme minoritaire de consommation d\u2019ici quelques années, disons d\u2019ici quatre ou cinq ans », dit la professeure interviewée jeudi, au lendemain de l\u2019entrée en vigueur de la vente et de la consommation légales de la marijuana au pays.« La fumée est nocive pour la santé.À moyen terme, la consommation va s\u2019orienter vers des produits comme l\u2019huile, les gélules, les pilules, les vaporisateurs.Le marché noir fait disparaître les produits plus sécuritaires et moins rentables.La légalisation donne la chance d\u2019exploiter tout le potentiel d\u2019un produit.» La projection rationnelle s\u2019appuie sur des exemples passés.Pendant la prohibition de l\u2019alcool, les contrebandiers produisaient de la gnole bas de gamme, du tord-boyaux vite fait, mal fait.La légalisation a permis de rendre accessibles à tous, partout, une infinité de bouteilles et de canettes remplies d\u2019une boisson de qualité, de la bière à 0,5 % d\u2019alcool jusqu\u2019aux champagnes les plus raffinés.La légalisation de la fumette réjouit la professeure titulaire de l\u2019Université d\u2019Ottawa.« Sommes-nous bien partis ?Moi, je trouve que oui », indique Mme Beauchesne.Elle-même milite dans les mouvements antiprohibitionnistes nationaux et internationaux depuis des décennies, une option rationnellement fondée.Elle a beaucoup publié sur le sujet.Elle a fait paraître Les coûts cachés de la prohibition en 2006.Elle vient tout juste de publier Les drogues.Enjeux actuels et réflexions nouvelles sur leur régulation (Bayard Canada).L\u2019ouvrage présente les transformations des politiques nationales et internationales en matière de contrôle des drogues, mais aussi les nouvelles manières envisageables de réguler notre rapport à la consommation de certains produits toujours illicites.«Pour moi, la légalisation du cannabis, ce doit être le début de quelque chose et certainement pas la fin, dit-elle.On va se retrouver en face de deux groupes dans la population, et politiquement ce sera très difficile à vivre.Il y a ceux qui trouvent que ça va trop vite et on les a bien entendus.Il y en a d\u2019autres qui, comme moi, considèrent que ce doit être le début d\u2019une transformation parce que l\u2019erreur de la prohibition ne concerne pas seulement le cannabis.Il y a des gens qui souhaitent une prochaine étape tout en sachant que le gouvernement ne pourra certainement pas bouger avant les prochaines élections.» Tout décriminaliser Dans quel sens ?Dans le sens d\u2019une dé- criminalisation étendue de la possession simple de drogue, c\u2019est-à-dire la possession pour usage personnel, sans le but d\u2019en faire le trafic.Une vingtaine de pays sont engagés dans cette voie.«Le but est différent de la légalisation, explique la professeure.L\u2019idée est de mieux rejoindre les usagers.Moins harcelés par la police, ils peuvent chercher de l\u2019aide auprès des services de santé.C\u2019est une mesure de santé publique que la crise récente du Fentanyl est venue stimuler.Le gouvernement Trudeau, par son approbation des centres d\u2019échange Le cannabis, et puis après ?Le Canada doit-il s\u2019engager sur la voie de la légalisation de toutes les drogues ?ISABELLE PARÉ LE DEVOIR Depuis la légalisation du cannabis récréatif mercredi, les médias du monde entier ont dépeint le Canada, premier pays du G20 à mettre fin à la criminalisa- tion, comme une terre de tolérance, un pays « cool », une sorte de « paradis » des adeptes du pot.Mais le consensus social autour de la plante aux vertus psy- choactives est-il si grand?Les sondages publiés cette semaine n\u2019ont fait que mettre en évidence le fossé qui persiste entre le virage adopté par le gouvernement Trudeau et l\u2019état d\u2019esprit de la population sur le sujet.Un sondage Ipsos, commandé par Global News, rappelait cette semaine que 6 Canadiens sur 10 ne seront pas à l\u2019aise de consommer du cannabis en public, en dépit de la légalisation.La moitié n\u2019ont pas non plus l\u2019intention de dévoiler à leur entourage qu\u2019ils grillent un joint de temps à autre.Même drapé du voile de la légalisation, le pot traîne dans ses effluves des préjugés tenaces, bien ancrés dans l\u2019imaginaire populaire.Au Québec, les sondages ont révélé que les Québécois, souvent considérés parmi les Canadiens à l\u2019esprit le plus ouvert sur les questions sociales, sont les plus réticents au pays face au cannabis.Dès septembre 2017, un coup de sonde, mené cette fois par l\u2019Association de la santé publique du Québec auprès de 1008 personnes, démontrait qu\u2019une majorité (52%) de répondants s\u2019opposait à la levée des interdits sur le cannabis.« Ça fait longtemps que l\u2019appui à la légalisation au Québec est le plus faible au Canada.Je crois que cela découle en partie du traitement médiatique et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019une décision fédérale avec laquelle il faut maintenant composer », affirme Jean- Sébastien Fallu, professeur et chercheur à l\u2019Institut universitaire sur les dépendances du CIUSSS du Centre- Sud-de-l\u2019Île-de Montréal, affilié à l\u2019Université de Montréal.Dans ce contexte, on ne doit pas se surprendre de l\u2019interdit du cannabis dans les lieux publics, décrété dans plusieurs villes, et de la velléité du gouvernement caquiste à hausser l\u2019âge légal minimal de la consommation à 21 ans.Perceptions L\u2019acceptabilité sociale de l\u2019arrivée du cannabis dans la sphère civile reste à faire, convient le professeur Fallu.Dans les États du Colorado et de Washington, l\u2019appui à la légalisation, au contraire du Canada, s\u2019est concrétisé à la suite de référendums qui ont permis à la population de se prononcer, ajoute-t-il.Dans ces États, des campagnes de sensibilisation publiques ont été menées pendant des années par les militants des droits civiques et des lobbys financiers favorables à cette mesure, explique aussi François Gagnon, conseiller scientifique à l\u2019Institut national de santé publique (INSPQ).Selon cet expert, dans plusieurs États ou pays, l\u2019acceptabilité sociale n\u2019a pas fait partie des facteurs qui ont milité pour la légalisation.En Uruguay, en dépit d\u2019une opinion publique majoritairement opposée à la chose, c\u2019est d\u2019abord la menace L\u2019acceptabilité sociale, le maillon faible de la légalisation C Le joint deviendra peut-être une forme minoritaire de consommation du cannabis, la légalisation favorisant les formes plus raffinées.JACQUES NADEAU ARCHIVES LE DEVOIR LÉGALISATION DE LA MARIJUANA Les longs districts en forme de saucisses dentelées peuvent désormais perdurer, même s\u2019ils ont pour effet de minorer le poids d\u2019un groupe politique ou d\u2019une minorité.C\u2019est pourtant ce qui explique qu\u2019il faudra au Parti démocrate plus qu\u2019une simple ascendance pour s\u2019assurer d\u2019une courte majorité au Congrès LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 PERSPECTIVES B 5 Comme un parfum d\u2019improvisation D epuis l\u2019élection du 1er octobre, le premier ministre Legault donnait l\u2019impression d\u2019un homme qui savait où il allait, mais on respire soudainement un parfum d\u2019improvisation.Il était pour le moins étonnant de l\u2019entendre déclarer en conférence de presse qu\u2019il « suppose » que le futur projet de loi sur le cannabis sera piloté par la ministre de la Justice, Sonia LeBel.Philippe Couillard avait confié la responsabilité du dossier à la ministre déléguée et à la Santé publique et à la Protection de jeunesse, Lucie Charlebois.On peut déplorer que son successeur privilégie son aspect légal plutôt que celui de la prévention, mais c\u2019est son droit le plus strict.Un premier ministre n\u2019est cependant pas censé faire de suppositions sur un projet de loi aussi urgent et important que celui qui fixera les nouvelles règles concernant la consommation de cannabis.Dans combien d\u2019autres dossiers ses intentions sont-elles aussi approximatives ?Il est vrai que hausser de 18 à 21 ans l\u2019âge légal pour acheter du cannabis est un pensez-y-bien.Dans les files d\u2019attente qui se forment actuellement aux portes des magasins de la SQDC, il y a une forte proportion de jeunes de 18 à 21 ans, qui se tourneront inévitablement vers le marché noir.M.Legault ne semble pas trop savoir quand Mme LeBel sera en mesure de déposer son projet de loi à l\u2019Assemblée nationale, où la nouvelle session commencera seulement le 27 novembre.« Il faut être réaliste », a-t-il déclaré, ce qui laisse croire que cela ne pourra pas être fait avant Noël.Sans compter le temps qu\u2019il faudra pour l\u2019adopter.Plus cela tardera, plus il sera difficile de faire rentrer le dentifrice dans le tube.Dans le cas des signes religieux, le responsable était clairement identifié.Le ministre de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion, Simon Jolin-Barrette, allait piloter le projet de loi.Il semble toutefois qu\u2019on ait mal évalué le risque que certains en concluent que l\u2019immigration et la laïcité étaient liées dans l\u2019esprit du gouvernement.Vendredi matin, le premier ministre a donc rectifié le tir en expliquant que le maître d\u2019œuvre du projet sera en réalité le ministère du Conseil exécutif, c\u2019est-à-dire celui de M.Legault lui-même, et que M.Jolin-Barrette en assurera simplement la « supervision » en sa qualité de leader parlementaire du gouvernement.Cette nuance est un peu oiseuse.Il va de soi qu\u2019un projet de cette importance doit avoir l\u2019aval du bureau du premier ministre, comme c\u2019était jadis le cas de la charte de la laïcité.C\u2019est cependant M.Jolin-Barrette qui devra le défendre en commission parlementaire et devant la population, au moment même où il s\u2019emploiera à abaisser les seuils d\u2019immigration.Le gouvernement souhaite certainement clore le dossier le plus rapidement possible, mais M.Legault lui-même ne semble pas savoir quand le projet de loi pourra être présenté.Le sera-t-il dans les 100 premiers jours du mandat ?« On n\u2019est pas rendus là », a-t-il répondu.Sur le fond des choses, il semble chaque jour moins évident qu\u2019il tienne absolument à ce que l\u2019interdiction du port de signes religieux soit étendue aux enseignants.C\u2019est bien ce que prévoit le programme de la CAQ , mais cette position est-elle définitive ?« Il est trop tôt pour répondre à cette question-là », a déclaré le premier ministre.Sa référence continuelle au rapport Bouchard-Taylor, qui excluait spécifiquement les enseignants, donne l\u2019impression que les choses pourraient évoluer.Il faudra apprendre à décoder M.Legault.S\u2019il a banni l\u2019expression « on verra » de son vocabulaire, il prend néanmoins soin de ne fermer aucune porte.« Notre position sur le crucifix est claire : on le garde.Maintenant, de façon générale, je vais être ouvert à tous les consensus », a-t-il déclaré.Que faut-il supposer ?M.Legault trouvait que certains ministres en étaient venus à porter des titres beaucoup trop longs.Il a sans doute raison, mais cela permettait au moins de voir immédiatement qui était responsable de quoi.Aucun des membres de son conseil des ministres n\u2019étant identifié comme responsable de la Réforme des institutions démocratiques, il a fallu un moment pour comprendre que la ministre de la Justice a aussi le mandat de réformer le mode de scrutin.Mme LeBel est également ministre responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne, en plus de la Condition féminine.Doit-on supposer qu\u2019elle s\u2019occupera aussi de l\u2019accès à l\u2019information, qui était associé à la Réforme des institutions démocratiques dans le gouvernement Couillard ?Cela commence à faire beaucoup.MICHEL DAVID de seringues ou d\u2019approvisionnement, par exemple, étire cette logique sous le radar médiatique.Il en fait déjà pas mal sur le terrain.Alors moi, c\u2019est ma position personnelle, je dis aux groupes qui réclament ici cette décriminalisation de la possession simple de donner une chance au gouvernement.» À plus long terme, on le comprend, la professeure Beauchesne prône la légalisation de toutes les drogues et en fait encore une question de santé publique.Seulement, dans les faits, cette révolution ne conduirait pas à la légalisation de l\u2019héroïne, de l\u2019opium ou de la cocaïne, souligne-t-elle.Elle reprend son exemple de l\u2019effet de la prohibition sur l\u2019alcool en expliquant qu\u2019une gamme étendue d\u2019opiacés beaucoup plus sécuritaires pourrait être développée et vendue.« C\u2019est beaucoup plus difficile de faire de la recherche sur des produits prohibés, dit- elle.On a des choses à apprendre sur les propriétés du cannabis aussi, et on va y arriver avec la légalisation de cette drogue.Ce sera vrai ensuite pour les autres drogues.» Le monde sera stone Le premier grand déblocage canadien pourrait aussi entraîner d\u2019autres pays dans la danse en transe.On a vu l\u2019intérêt de la planète média pour le jour J, comme dans joint, mercredi.Seulement, pour arriver à faire basculer une partie du monde, il faudra changer les trois grandes conventions internationales qui maintiennent les pays dans la prohibition, un travail long, pénible et complexe.Pas moins de 190 pays ont signé la plus récente, la convention de Vienne, datant de 1988.posée à la démocratie par la corruption et l\u2019argent des cartels de la drogue qui a prévalu, en 2013, à l\u2019arrivée du cannabis légal dans les pharmacies.En Jamaïque, ce sont des motifs religieux, défendus par les personnes de confession rastafa- rienne, qui ont précipité en 2015 la levée des interdits sur la marijuana.Selon Jean-Sébastien Fallu, le malaise persistant d\u2019un fort segment de l\u2019opinion publique québécoise par rapport à la légalisation découle de la teinte qu\u2019a prise le débat dans les médias et de la prééminence du discours médical dans la sphère médiatique.«Dans les médias, le débat sur la légalisation s\u2019est souvent transformé en un débat sur les \u201ceffets\u201d du pot.Car on a beaucoup donné la parole aux médecins, aux psychiatres, qui n\u2019ont pas une vision globale des politiques de santé liées aux drogues.On ne légalise pas le cannabis parce que c\u2019est bon pour la santé, mais parce qu\u2019en matière de santé publique, c\u2019est \u201cmoins pire\u201d que les effets pervers de la prohibition, notamment le fait de s\u2019approvisionner sur le marché noir», affirme Jean-Sébastien Fallu.« Quand les médecins ne parlent que des risques de psychoses, ça envoie un message à la population.Or ces risques pour la santé mentale existent déjà ! Ils sont peut-être pires dans un système où il n\u2019y a aucun contrôle sur le contenu du cannabis », note-t-il.En faisant une chose et son contraire (légaliser d\u2019une part, mais poser des limites à l\u2019âge et aux lieux de consom- Les premières législations interdisant la fabrication et la vente de certaines drogues remontent à plus d\u2019un siècle en Occident.Elles ont ensuite été appliquées à la pièce en visant certaines populations précises, jusqu\u2019à la massification de la répression à partir des délirantes années 1960.« Les interdits n\u2019avaient rien à voir avec la santé publique et tout à voir avec le racisme et la discrimination, dit au Devoir Line Beauchesne, pro- fesseure de criminologie de l\u2019Université d\u2019Ottawa.Ces mesures ne dérangeaient presque personne.Il y avait de petites vagues d\u2019arrestation, quelques dizaines ou centaines d\u2019individus par année, toujours les mêmes, des Chinois ou des Noirs notamment.Dans les années 1960, les gouvernements voulaient contrôler les foules contestataires et ils ont utilisé les lois sur les drogues.On est vite passé à des milliers d\u2019arrestations par année.Quand on a commencé à arrêter des Blancs de la classe moyenne, là les sociétés ont réagi.» Des commissions d\u2019enquête ont été créées un peu partout pour définir des stratégies à mettre en place en réponse au nouveau phénomène.Le dernier livre de la professeure Beauchesne (Les drogues) en fait la liste.Rien qu\u2019entre 1971 et 1973, il y a eu plusieurs rapports de différentes commissions : Shafer en Angleterre, Brecher aux États-Unis, Hulsman et Baan aux Pays-Bas, Marriott en Australie et bien sûr Le Dain au Canada.La professeure de l\u2019UdeM Marie-Andrée Bertrand, grande et solitaire partisane de la dépénalisation et de l\u2019usage non médical des drogues à l\u2019époque, en faisait partie et a ensuite été une des figures médiatisées de ce combat.Les rapports des commissions partageaient de grandes conclusions.Ils affirmaient que «la question des drogues doit relever de la santé publique plutôt que du droit pénal» et que «les toxicomanes doivent recevoir des soins appropriés plutôt que subir la répression», comme le résume le livre de la professeure.Les rapports disaient aussi que le cannabis est relativement inoffensif et recommandaient donc la décriminali- sation de sa simple possession.Ils établissaient finalement qu\u2019«il existe une propagande biaisée visant à justifier la prohibition et la répression».Ces commissions ont marqué l\u2019entrée en scène des scientifiques dans le dossier.Les mouvements pour la légalisation et la décriminalisation sont nés quand le politique a refusé de mettre en œuvre les recommandations des experts, sauf aux Pays- Bas.La Drug Policy Foundation est née à Washington en 1986, la ligue internationale antiprohibitionniste est née à Rome en 1991, avec la Québécoise Marie-Andrée Bertrand comme première présidente.La professeure Beauchesne est membre de ces deux groupes depuis toujours.Son dernier livre est dédicacé au sénateur Pierre Claude No- lin, « un ami », précise-t-elle, qui a publié un autre rapport en 2002 pour recommander la décriminalisation du cannabis au pays.« Nous avons discuté de tellement de sujets ensemble.Il avait une forte croyance dans les droits de la personne et il croyait fermement que l\u2019État n\u2019a pas à se mêler des choix de chacun qui ne nuisent pas à autrui.Sur la question du cannabis, il a bien vu que l\u2019interdiction et la criminali- sation n\u2019avaient pas d\u2019allure et qu\u2019il fallait remettre la question de l\u2019anti- prohibition à l\u2019ordre du jour.» La commission d\u2019enquête sur l\u2019usage des drogues à des fins non médicales du Canada, la commission Le Dain, avait été instituée en 1969.Il aura donc fallu un demi-siè- cle pour mettre en place ses recommandations autour du cannabis.La longue marche de la légalisation Les efforts en ce sens antiprohibition- niste s\u2019intensifient, rappelle la profes- seure Beauchesne dans son dernier livre.Les États-Unis ont cessé de vouloir imposer leur vision moralisatrice au monde entier dans ce dossier, surtout que des États de l\u2019union, dont la grande Californie, sont devenus permissifs.La professeure prévoit que la Russie, la Chine, l\u2019Iran et le Pakistan vont freiner le mouvement pour leur propre territoire.Une nouvelle session extraordinaire de l\u2019Assemblée générale de l\u2019ONU, prévue au printemps 2019, pourrait amorcer une vague de changements.«Toutes les organisations internationales sont mobilisées, explique la spécialiste québécoise.L\u2019ONU a compris qu\u2019en 2016, on a fait erreur en voulant changer les conventions pour toute la planète.Je pense qu\u2019on va arriver à l\u2019acceptabilité d\u2019un monde à géométrie variable et qu\u2019à partir de ce moment ça va débouler.» Chose certaine, le monde nous surveille.Le Canada est le premier grand pays à légaliser le cannabis.S\u2019il ne se passe rien de grave ici et qu\u2019au contraire le nouveau système fonctionne assez bien, d\u2019autres pays vont rejoindre le mouvement.Surtout s\u2019ils craignent de manquer économiquement et politiquement le bateau, ajoute Mme Beau- chesne.« Un lobby économique puissant va peser lourd.» Le monde virtuel aussi demande des adaptations profondes.Les conventions internationales sont complètement désuètes par rapport aux cryptomarchés.« Le Dark Web rend encore plus urgente la légalisation, explique en terminant la criminologue.Les gens s\u2019auto- médicamentent de plus en plus et les petits revendeurs achètent des stéroïdes ou des opiacés de laboratoires situés en Asie.Aucune région n\u2019est isolée au- jourd\u2019hui.On vient de le vivre avec la crise du Fentanyl.D\u2019ailleurs, notre pire ennemi pour le cannabis, si on y revient, ce sont les marchés Internet illégaux, pas les petits vendeurs.Ces derniers vont perdre leur marché rapidement.Pas les sites Internet qui vont faire concurrence au gouvernement avec des prix avantageux, sans taxes.» mation de l\u2019autre), on risque de saper une partie des effets positifs visés par la légalisation, renchérit Serge Brochu, directeur de l\u2019Institut universitaire sur les dépendances.« En général, l\u2019acceptabilité sociale s\u2019accroît au fil des ans, quand les gens voient, comme au Colorado, que les débordements annoncés et les craintes annoncées ne se produisent pas », précise-t-il.Grand écart En devenant à la fois gardien de la santé et de la sécurité publique et pusher légal, l\u2019État joue un rôle paradoxal.Parler du pot, oui, mais pas trop.« L\u2019acceptabilité sociale dépend des messages et des campagnes de sensibilisation qui sont menées.Or l\u2019État se retrouve actuellement dans une posture incohérente.Il faut normaliser certains mots pour s\u2019éloigner des stigmates associés aux consommateurs de cannabis et en parler sans le glorifier ou le banaliser », juge Jean-Sébastien Fallu.Ce dernier ne manque d\u2019ailleurs pas de décrier le double discours tenu par l\u2019État, qui ne rechigne pas à favoriser la consommation d\u2019alcool, vendu à coups de campagnes de pub, de cartes de privilège et de ventes au rabais, un produit lui aussi psychoactif pourtant, associé à beaucoup plus de dommages, en matière de santé publique.Après des décennies de prohibition, il faut s\u2019attendre à ce que les préjugés restent tenaces dans l\u2019imaginaire collectif, estime Serge Brochu.Dans les cercles sociaux, en famille, entre collègues de travail, la levée de l\u2019interdit et la désin- hibition autour du cannabis pourrait créer dans les mois à venir des situations nouvelles et des malaises avec lesquels il faudra apprendre à composer.À quoi ressembleront les partys de Noël à l\u2019ère de la légalisation ?« Ça va être intéressant de voir comment les gens vont réagir.Comme tous les enjeux polarisants, ça risque de donner lieu à des débats fort houleux en famille ! » «Pour moi, prédit Serge Brochu, ça se passera comme avec la cigarette.Les gens demanderont la permission avant de fumer ou s\u2019en abstiendront tout simplement.Mais je crois que ce qui s\u2019en vient, ce sera un transfert vers des formes du cannabis qui dérangent moins.» L\u2019accès d\u2019ici un an aux produits dérivés du cannabis, dit-il, vendus sous forme ingérable, pourrait contribuer, lentement, à changer l\u2019image «du fumeur de joint» associée à cette substance.Ça fait longtemps que l\u2019appui à la légalisation au Québec est le plus faible au Canada JEAN-SÉBASTIEN FALLU » Un premier ministre n\u2019est cependant pas censé faire de suppositions sur un projet de loi aussi urgent et important que celui qui fixera les nouvelles règles concernant la consommation de cannabis.Dans combien d\u2019autres dossiers ses intentions sont-elles aussi approximatives ? B 6 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 INSCRIVEZ-VOUS MAINTENANT! conférences soirées cinéma panels expositions événements spéciaux Une programmation pertinente et diversi?ée aux couleurs du développement durable! E N B R E F Migrants : « une crise se profile » à la frontière américano-mexicaine MEXICO \u2014 Une « crise se profile » à la frontière américano-mexicaine, a déclaré vendredi le secrétaire d\u2019État américain, Mike Pompeo, en déplacement à Mexico, alors qu\u2019une caravane de plusieurs milliers de migrants hon- duriens s\u2019apprête à tenter d\u2019entrer au Mexique pour atteindre ensuite les États-Unis.« Une crise se profile rapidement, avec un nombre record de migrants », a expliqué en conférence de presse le chef de la diplomatie américaine, au côté de son homologue mexicain Luis Videgaray, avant de s\u2019entretenir avec le président mexicain.Jeudi, Donald Trump avait menacé de fermer la frontière avec le Mexique si les autorités mexicaines ne bloquaient pas l\u2019avancée de cette caravane de migrants honduriens.Agence France-Presse RDC : cinq journalistes « enlevés » à Kinshasa par des policiers KINSHASA \u2014 Cinq journalistes d\u2019un trihebdomadaire paraissant à Kinshasa, en République démocratique du Congo, ont été « enlevés » vendredi par des policiers une semaine après la publication d\u2019une série d\u2019articles sur des détournements des rations d\u2019élèves-policiers, a indiqué à l\u2019AFP un responsable de leur média.« Des policiers ont procédé tôt ce matin à l\u2019enlèvement de cinq journalistes d\u2019AfricaNews », a affirmé dans un communiqué Achille Kadima, directeur de la publication.Dans une lettre adressée au chef de la police nationale congolaise, M.Kadima a également déploré une « rafle des journaux » AfricaNews auprès des revendeurs à la criée opérée par des policiers.Agence France-Presse Varsovie sommée de suspendre sa réforme de la Cour suprême LUXEMBOURG \u2014 La Cour de justice de l\u2019Union européenne a annoncé vendredi qu\u2019elle a demandé à la Pologne de suspendre provisoirement mais « immédiatement » sa réforme controversée de la Cour suprême.Il s\u2019agit d\u2019un nouveau tournant dans la saga des réformes du système judiciaire menées par le gouvernement conservateur nationaliste polonais du parti Droit et Justice (PiS).La Commission européenne estime que les changements introduits par le PiS \u2014 poussant à la retraite une vingtaine de juges, dont la présidente de la Cour suprême \u2014 portent atteinte à l\u2019indépendance de la justice en Pologne.Varsovie défend sa réforme de la justice en affirmant qu\u2019elle est nécessaire pour lutter contre la corruption.Agence France-Presse AGENCE FRANCE-PRESSE À WASHINGTON Les États-Unis ont annoncé vendredi l\u2019inculpation d\u2019une Russe soupçonnée d\u2019avoir financé une campagne de propagande sur les réseaux sociaux en vue de peser sur le cours des élections législatives et locales du 6 novembre.Elena Alekseevna Khoussianova, 44 ans, devient ainsi la première personne inculpée aux États-Unis pour avoir tenté d\u2019influer sur ce scrutin, qui a une valeur de test pour le président Donald Trump à la moitié de son mandat.Cette ressortissante russe est accusée d\u2019avoir été la directrice financière d\u2019une opération menée depuis Saint- Pétersbourg, baptisée « projet Lakhta » et financée par l\u2019oligarque Evguéni Pri- gojine, selon un communiqué du ministère de la Justice.«Le but stratégique de ce complot, qui perdure à ce jour, est de semer la discorde dans le système politique américain pour diminuer la confiance envers nos institutions démocratiques », a expliqué le procureur de Virginie, Zachary ÉTATS-UNIS Une Russe inculpée pour avoir tenté d\u2019influer sur les élections de mi-mandat Syrie : 32 civils tués dans des frappes de la coalition américaine BEYROUTH \u2014 Au moins 32 civils, dont sept enfants, ont été tués en 24 heures dans des frappes aériennes menées par la coalition antidjihadiste dirigée par Washington contre la dernière poche du groupe armé État islamique (EI) dans l\u2019est de la Syrie, a indiqué vendredi une ONG.« Les raids de la coalition contre la localité de Soussa ont tué jeudi avant minuit 18 civils, dont 7 enfants, tandis que 14 civils ont péri vendredi », a indiqué à l\u2019AFP le directeur de l\u2019Observatoire syrien des droits de l\u2019homme.Les forces démocratiques syriennes ont lancé le 10 septembre la « phase III de l\u2019opération Roundup », présentée comme l\u2019ultime étape de l\u2019offensive visant à mettre un terme à la présence du groupe EI dans l\u2019est de la Syrie.Agence France-Presse Terwilliger, cité dans le communiqué.Concrètement, ses membres, se faisant passer pour des Américains, ont multiplié les messages sur les réseaux sociaux pour attaquer certains candidats, soutenir des groupes radicaux ou aggraver le ressentiment des minorités dans le but d\u2019attiser les tensions, selon l\u2019acte d\u2019accusation.Ils auraient aussi organisé des rassemblements politiques ou des manifestations dans le pays.Mme Khoussianova aurait, selon l\u2019acte d\u2019inculpation, autorisé toutes les dépenses de cette campagne : publicité, salaires, frais de voyage, location de bureaux\u2026 Quant à Evguéni Prigojine, un homme d\u2019affaires de Saint-Pétersbourg proche du Kremlin, il est déjà inculpé par la justice américaine qui le soupçonne d\u2019être derrière une «usine à trolls» à l\u2019origine de messages viraux sur Internet pour favoriser la candidature de Donald Trump en 2016.Les élections de mi-mandat se tiendront le 6 novembre, mais le vote par anticipation a déjà débuté depuis quelques semaines.MICHAEL HOLAHAN ASSOCIATED PRESS B 7 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 AVIS DE DÉCÈS HEURES DE TOMBÉE Les réservations doivent être faites avant 15 h pour publication deux (2) jours plus tard.Publications du lundi : Réservations avant 11 h le vendredi Publications du mardi : Réservations avant 15 h le vendredi Avis légaux et appels d\u2019offres AVIS LÉGAUX AVIS À TOUS NOS ANNONCEURS Veuillez, s\u2019il vous plaît, prendre connaissance de votre annonce et nous signaler immé dia tement toute anomalie qui s\u2019y serait glissée.En cas d\u2019erreur de l\u2019éditeur, sa res pon sa bilité se limite au coût de la parution.AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE Prenez avis que Jean- Pierre GUAY, en son vivant domicilié au 4025, rue Frontenac à Sorel-Tracy, (Québec), J3R 4G8 est décédé à Sorel-Tracy, le 28 novembre 2017.Un inventaire de ses biens a été dressé conformément à la loi et peut être consulté par les intéressés, sur rendez-vous, auprès de Me Luce Jacob, notaire, au 288, boulevard Fiset à Sorel-Tracy (Québec), J3P 3R1.Donné à Sorel-Tracy, ce 18 octobre 2018.Monique Gauthier, liquidateur AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE Avis est par les présentes donné que, à la suite du décès de Lise Foucault, domiciliée au 908, rue de la Vallée, appartement 3, Pin- court (Québec), J7W 0H7, survenu le 26 mars 2018 à Pincourt (Québec), un inventaire des biens de la défunte a été effectué par Sonia et Steve Géraldeau, liquidateurs, le 17 octobre 2018, conformément à la loi.Cet inventaire peut être consulté au 606, Cathcart, bureau 300, Montréal (Québec), H3B 1K9.Donné à Montréal, ce 17 octobre 2018.ISABELLE FECTEAU, notaire AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE Succession MARIE-PAULE MALTAIS Prenez avis que Madame MARIE-PAULE MALTAIS, en son vivant domiciliée au 3300, rue des Chênes, appartement numéro 511, Sherbrooke (Québec) J1L 2G2 est décédée à Sherbrooke le 30 juin 2018.Jacqueline Maltais a procédé à un inventaire des biens conformément à la loi devant Me David Trudeau-Le- beau, notaire, le 18 octobre 2018.Cet inventaire peut être consulté par tout intéressé sur rendez-vous, à l'étude Lafontaine, L'Heureux, Lecours notaires, située au 905, avenue du Palais, Saint-Hyacinthe, province de Québec, J2S 5C6.Fait à Saint-Hyacinthe, ce 18 octobre 2018 Avis est donné selon l'Article 795 du Code Civil du Québec que Robert Lazure, résidant au 3550 rue Saint-Urbain, Montreal, Québec H2X 4C5, est décédé le 26 mars 2018.L'inventaire des biens est détenu aux bureaux de La Société de fiducie Banque de Nouvelle-Écosse situés au 1002 Sherbrooke ouest, bureau 540, Montréal (Québec), H3A 3L6 pour fins de consultation.Avis est donné selon l'Article 795 du Code Civil du Québec que Marie-Aline Héon Campiche, résidante au 265 Boul.Seigneurial Ouest, Saint-Bruno (Québec),J3Y 2H4 est décédée le 18 Juin 2018.L'inventaire des biens est détenu aux bureaux de La Société de fiducie Banque de Nouvelle-Écosse situés au 1002 Sherbrooke ouest, bureau 540, Montréal (Québec), H3A 3L6 pour fins de consultation.Avis est par les présentes donné que la faillite de: Rolland Janson et Associés inc.Situé au : 550, Terrasse Jacques-Léonard,Montréal, Québec.H1A 3K3 est survenue le 11-10-2018 et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 01-11-2018 à 14 :00 Au bureau du syndic au: 101-7744, rue Sherbrooke Est, Montréal, Québec.H1L 1A1.Jean Fortin, Syndics autorisés en Insolvabilité Tél.450-442-3260 JeanFortin.com AGENCE FRANCE-PRESSE À LONDRES L\u2019Australien Julian Assange, réfugié depuis six ans dans l\u2019ambassade de l\u2019Équateur à Londres, a lancé une action judiciaire contre le gouvernement de Quito pour protester contre ses conditions de vie, a annoncé WikiLeaks vendredi dans un communiqué.Assange « accuse le gouvernement de l\u2019Équateur de violer ses droits fondamentaux et sa liberté », affirme le communiqué, précisant que l\u2019action va être lancée par l\u2019ex-juge Baltasar Gar- zon, qui dirige sa défense, et se trouve actuellement à Quito.Le fondateur de WikiLeaks, âgé de 47 ans, a trouvé asile en juin 2012 dans l\u2019ambassade pour échapper à une extradition vers la Suède, où il était recherché pour des accusations de viol et d\u2019agression sexuelle qu\u2019il nie.La procédure a depuis été classée.WikiLeaks souligne que cette action survient « sept mois après que l\u2019Équateur a menacé de retirer sa protection et a coupé ses accès avec le monde extérieur, y compris en refusant d\u2019autoriser les journalistes et les organisations de défense des droits de la personne et en brouillant ses communications pour empêcher l\u2019accès Internet et les coups de fil ».Quito a depuis partiellement rétabli ces communications.Lors d\u2019une conférence de presse jeudi à Ambato, en Équateur, Baltasar Garzon a affirmé qu\u2019Assange vivait une « situation inhumaine ».« Ce n\u2019est pas une situation commode, c\u2019est une situation inhumaine parce que la solution tarde, alors qu\u2019elle aurait déjà dû être gérée par les États impliqués qui sont l\u2019Équateur, les États-Unis et la Grande-Bretagne », a déclaré l\u2019ancien magistrat espagnol.Quito avait annoncé en mars avoir coupé les systèmes de communication avec l\u2019extérieur de l\u2019Australien, estimant qu\u2019il avait manqué à son «engagement écrit de ne pas publier des messages constituant une ingérence dans la relation [de l\u2019Équateur] avec d\u2019autres États».Cette décision était survenue après une série de commentaires publiés par M.Assange sur Twitter dans lesquels il dénonçait notamment l\u2019arrestation de l\u2019ex-président catalan et leader indépendantiste Carles Puigdemont ou les sanctions prises par Londres à l\u2019encontre de la Russie dans l\u2019affaire Skripal.Si les poursuites en Suède contre As- sange ont été abandonnées en mai 2017, la justice britannique a réitéré mi- février son refus de lever son mandat d\u2019arrêt au motif qu\u2019il n\u2019avait pas respecté en 2012 les conditions de sa liberté sous caution.L\u2019Australien redoute, s\u2019il sort de l\u2019ambassade, d\u2019être arrêté puis extradé et jugé aux États-Unis pour la publication par WikiLeaks en 2010 de nombreux secrets militaires et documents diplomatiques américains.WIKILEAKS Assange poursuit l\u2019Équateur Un gigantesque pont reliant Hong Kong, Macao et la Chine continentale sera ouvert à la circulation le mercredi 24 octobre, a annoncé vendredi le ministre des Transports de Hong Kong, Frank Chan.L\u2019inauguration de cet ouvrage présenté par Pékin comme « le pont maritime le plus long du monde » aura lieu la veille, le 23 octobre, dans la ville portuaire de Zhuhai, en Chine continentale, en présence, selon des médias, du président chinois Xi Jinping.L\u2019ouvrage de 55 km de long, qui comprend aussi un tunnel sous-marin et qui a nécessité la création d\u2019îles artificielles, permet de franchir l\u2019estuaire de la rivière des Perles et de relier les anciennes colonies britannique et portugaise par la ville de Zhuhai.ANTHONY WALLACE AGENCE FRANCE-PRESSE Ouverture mercredi du pont-tunnel géant reliant Hong Kong au continent Lors d\u2019une conférence de presse jeudi à Ambato, en Équateur, Baltasar Garzon a affirmé qu\u2019Assange vivait une « situation inhumaine » Julian Assange B 8 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 PETITES ANNONCES À vendre à Québec Condo 3 1/2 adjacent terminal de croisière stationnement disponible 418-694-1389 TERRAIN À VENDRE Près de Ste-Adèle 52 500 Pi2, Semi-boisé Pris raisonnable:16 000$ 514.648.9957 DISCRIMINATION INTERDITE La Commission des droits de la personne du Québec rappelle que lorsqu'un logement est offert en lo-cation (ou sous-location), toute personne disposée à payer le loyer et à respecter le bail doit être traitée en pleine égalité, sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la grossesse, l'orientation sexuelle, l'état civil, l'âge du locataire ou de ses enfants, la religion, les convict ions pol i t iques, la langue, l'origine ethni-que ou nationale, la condit ion sociale, le handicap ou l'utilisation d'un moyen pour pallier ce handi-cap.NICE, Côte d'Azur.FRANCE Bel appartement au soleil www.abritel.fr/1540241 (514) 893-9944 101 PROPRIÉTÉS À VENDRE 135 TERRAINS 160 APPARTEMENTS ET LOGEMENTS À LOUER STE-AGATHE Pour l'hiver.Bord de l'eau.3 c-à-c et 2 sdb.Luminosité.Fenestration abondante.(450) 602-4950 À PARIS Petit bijou d'appart sur la Butte Montmartre, au coeur de Paris.Paisible, ensoleillé, 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la plume pour critiquer les autorités saoudiennes.Le journaliste aurait ensuite été décapité, avant que son corps soit démembré par des mains expertes.Salah Mohammed al-Tubaigy, identifié comme le responsable de la médecine légale au département saoudien de la Sécurité générale, aurait procédé au découpage sur la table du bureau du consul.L\u2019opération aurait duré sept minutes.La voix du consul saoudien Mohammed al-Otaibi serait audible sur l\u2019un des enregistrements.« Faites ça dehors, vous allez m\u2019attirer des problèmes », aurait-il dit.Ce à quoi un individu non identifié lui aurait répondu : « Si tu veux rester en vie quand tu reviens au royaume, tais-toi.» Une menace dont le consul, rapatrié précipitamment à Riyad mardi, a pu saisir le sérieux ces dernières heures.Car, selon une révélation du même Yeni Sa- fak, un membre du commando saoudien chargé de liquider Khashoggi est mort jeudi à Riyad dans un accident de voiture.Mashal Saad al-Bostani, 31 ans, membre de la Force aérienne royale saoudienne, faisait partie de l\u2019équipe de professionnels arrivés à Istanbul le 2 octobre au matin pour faire disparaître Jamal Khashoggi.Sur une vidéo diffusée par les services turcs à certains médias choisis, dont Al-Jazira, on peut suivre l\u2019évolution des membres du commando à leur arrivée à l\u2019aéroport Atatürk d\u2019Istanbul, puis à leur entrée au consulat, jusqu\u2019à leur départ de l\u2019hôtel Mövempick vers l\u2019aéroport.À la tête de ce commando, Maher Abdulaziz Mutreb, un officier des services de sécurité proche du prince héritier Mohammed ben Salmane (MBS) et présenté comme le chef de « l\u2019équipe d\u2019exécution ».Mutreb peut être vu sur les images quittant l\u2019hôtel muni d\u2019une « grande valise » et accompagné d\u2019un groupe d\u2019homme.Il arrive quarante-cinq minutes plus tard à l\u2019aéroport pour prendre un vol.Parmi les quinze hommes repérés par les services turcs comme appartenant au commando saoudien AFFAIRE KHASHOGGI Du roman d\u2019espionnage au film d\u2019épouvante AGENCE FRANCE-PRESSE À KABOUL Les autorités afghanes ont décidé de retarder d\u2019une semaine les élections législatives prévues samedi dans la province de Kandahar, dans le sud de l\u2019Afghanistan, après une attaque des tali- bans jeudi qui a décimé l\u2019état-major sécuritaire provincial.« À la suite de la réunion du conseil de sécurité national, il a été décidé de retarder d\u2019une semaine les élections à Kandahar », a indiqué dans un communiqué un porte-parole de la présidence afghane.La Commission électorale indépendante (CEI), qui organise le scrutin, annoncera une nouvelle date, est-il précisé.Le reste du pays votera comme prévu samedi pour renouveler le Parlement afghan.Les préparatifs du vote à Kandahar, berceau des talibans, ont été mis à mal par une attaque revendiquée par les ta- libans.Un garde du corps « infiltré » a tué notamment le chef des services secrets de la province, mais surtout le puissant et redouté chef de la police de Kandahar, le général Abdul Raziq, « cible » des talibans.Un journaliste de la télévision afghane a également été tué.Treize autres personnes ont été blessées, dont le responsable de la police pour le sud du pays ainsi que le gouverneur de la province, soit la quasi-tota- lité de l\u2019état-major sécuritaire de la province.Le général Scott Miller, commandant en chef de l\u2019armée américaine et de l\u2019OTAN en Afghanistan, présent au moment de cet « événement tragique », s\u2019en est sorti indemne.« Je n\u2019étais pas la cible.C\u2019était un espace confiné très étroit, mais j\u2019estime que je n\u2019étais pas visé », a-t-il déclaré vendredi devant les caméras de Tolo News alors qu\u2019il saluait les services de sécurité dans la capitale.Trois personnes en lien avec les faits ont été arrêtées, selon le ministère afghan de l\u2019Intérieur qui n\u2019a pas livré plus de détails.Sécurité imposante La participation aux élections législatives afghanes, qui surviennent avec plus de trois ans de retard, apparaissait déjà sous pression à la suite de menaces d\u2019attentats des talibans et du AFGHANISTAN Élections retardées à Kandahar après l\u2019attaque talibane groupe armé État islamique (EI) contre les centres électoraux.La mort du controversé mais respecté général Raziq pourrait dissuader encore plus d\u2019électeurs de se présenter dans les plus de 5000 bureaux de vote du pays, malgré la présence de 54 000 membres des forces de sécurité pour assurer leur protection.Plus de 2500 candidats sont en lice pour les 249 sièges à la Chambre basse du Parlement chargée d\u2019élaborer les lois et de superviser le gouvernement.Des centaines de personnes ont été tuées ou blessées dans les violences liées aux élections.Et au moins 10 candidats ont été tués, la plupart dans des attaques ciblées.Malgré la menace d\u2019attentats, la Mission d\u2019assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA) a exhorté vendredi les électeurs à « exercer leur droit de vote ».Ce scrutin législatif est considéré comme un test crucial en vue de l\u2019élection présidentielle de l\u2019année prochaine et une étape importante avant une réunion de l\u2019ONU en novembre à Genève où l\u2019Afghanistan devra démontrer les progrès effectués en matière de « processus démocratique ».Du personnel militaire rendant hommage au général Abdul Raziq, tué jeudi par des talibans ASSOCIATED PRESS La mort du controversé mais respecté général Raziq pourrait dissuader encore plus d\u2019électeurs d\u2019aller voter Mercredi, la police turque a fouillé le consulat saoudien à Istanbul.YASIN AKGUL AGENCE FRANCE-PRESSE soupçonné de l\u2019assassinat du journaliste, plusieurs ont été identifiés comme faisant partie de la garde rapprochée du puissant prince saoudien, dont certains qui l\u2019accompagnaient lors de ses visites au printemps dernier à Londres et à Paris.Obstination Même si l\u2019étau se resserre autour de MBS, soupçonné d\u2019être le commanditaire de l\u2019assassinat du journaliste qui s\u2019opposait à sa politique, le prince persiste à vouloir nier toute implication de son pays dans la disparition.Il se refuse à accepter le scénario de sortie suggéré par Donald Trump, qui cherche à lui sauver la mise en accusant des « éléments incontrôlés » d\u2019avoir commis le crime.Le secrétaire d\u2019État américain, Mike Pompeo, dépêché à Riyad pour rencontrer le roi Salmane et le prince héritier, est reparti bredouille.« Nous devons leur donner quelques jours de plus pour mener à bien les investigations afin que nous ayons une bonne compréhension des faits », a affirmé le chef de la diplomatie américaine de retour à Washington.L\u2019obstination du Saoudien a également contrarié le président turc, Recep Tayyip Erdogan, qui avait montré sa bonne volonté après un appel du roi Sal- mane insistant sur les relations de «fraternité» turco-saoudiennes.La colère des autorités turques de voir Riyad refuser la porte de sortie proposée par Washington est probablement à l\u2019origine du déversement, ces deux derniers jours dans les médias, de nouvelles pièces à conviction sur le commando saoudien et les liens de plusieurs de ses membres avec MBS.Ces révélations pointant de plus en plus la responsabilité saoudienne ont provoqué des réactions plus fermes des gouvernements européens, restés jusque- là très mesurés.Les ministres de l\u2019Économie français, britannique et allemand ont annoncé jeudi l\u2019annulation de leur participation au grand forum des investisseurs à Riyad la semaine prochaine.« L\u2019Arabie saoudite fait face à sa plus grande crise avec l\u2019Occident depuis le 11 Septembre », a considéré un éditorialiste du Guardian à propos de l\u2019affaire Khashoggi.Riyad confirme que Khashoggi est bien mort au consulat d\u2019Istanbul L\u2019Arabie saoudite a reconnu dans la nuit de vendredi à samedi que le journaliste saoudien Jamal Khashoggi avait été tué à l\u2019intérieur de son consulat à Istanbul, a annoncé l\u2019agence de presse officielle saoudienne SPA.« Les discussions entre Jamal Khashoggi et ceux qu\u2019il a rencontrés au consulat du royaume à Istanbul [\u2026] ont débouché sur une rixe, ce qui a conduit à sa mort », a déclaré l\u2019agence, citant le parquet.L\u2019Arabie saoudite a annoncé simultanément le limogeage d\u2019un haut responsable du renseignement.Un conseiller de haut rang à la cour royale a lui aussi été limogé, selon la même source.Les médias officiels ont également annoncé que le roi Salmane d\u2019Arabie saoudite avait ordonné au prince héritier Mohammed ben Salmane, dit MBS, de restructurer les services de renseignement.Agence France-Presse Il aurait d\u2019abord eu les doigts coupés, un châtiment symbolique touchant les mains qui tiennent la plume pour critiquer les autorités saoudiennes B 9 LE DEVOIR D\u2019HISTOIRE LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 L La page féminine du Devoir, le porte- étendard de la libération des femmes es revendications pour une présence accrue des femmes dans les médias ne datent pas d\u2019hier.Avant même que le mouvement féministe des années 1970 intègre les médias à ses terrains de lutte, une génération de femmes utilise la page féminine du Devoir pour lancer ce type de réflexion.Ces femmes n\u2019hésitent pas à revendiquer une mise en valeur des articles signés par les femmes ou portant sur leurs préoccupations qui, dans les deux cas, sortent rarement des frontières de la section féminine de ce quotidien.En cela, la page féminine du Devoir et ses journalistes sont des actrices de premier ordre, pourtant oubliées, dans l\u2019histoire de cette lutte, à qui il convient de redonner la parole.Les débuts Lors du passage de la presse d\u2019opinion au journalisme d\u2019information au début du XXe siècle, les propriétaires des journaux sont amenés à diversifier leur contenu afin de rejoindre un plus large lectorat.C\u2019est dans ce contexte \u2014 pour rejoindre, croit-on, le lectorat féminin \u2014 que la page féminine est lancée à l\u2019automne 1911.Publiée une fois par semaine à ses débuts, « Notre page féminine » aborde plusieurs thèmes, dont la décoration, la mode, la cuisine, l\u2019éducation des femmes et les questions relatives à la maternité.Y sont également publiées toutes les semaines, au grand plaisir des lectrices, des lettres de la journaliste Henriette Dessaulles dans une chronique de graphologie intitulée « Lettre de Fadette ».Dirigée par Jeanne de Métivier, la page devient quotidienne en 1928.Le 4 avril 1955, la section féminine change de nom pour devenir «La femme au foyer et dans le monde ».À cette époque, la direction de la page féminine est assurée par Germaine Bernier, journaliste qui écrira au Devoir jusque dans les années 1970.Un tournant L\u2019arrivée de Solange Chalvin à la direction de la page féminine du Devoir, le 2 mars 1963, marque un tournant pour cette rubrique, qui est renommée « L\u2019univers féminin ».Dans sa première chronique, Chalvin souligne que la page féminine constitue un certain confinement des préoccupations des femmes : « Nous discuterons ces problèmes, nous nous poserons ces questions à l\u2019intérieur de la page féminine, puisque les hommes en ont décrété ainsi ; tout journal qui se respecte comprend une page féminine autonome.» Constatant un intérêt pour l\u2019alimentation et la consommation, la journaliste Renée Rowan intègre la page dès le 7 mars avec une chronique intitulée « Le panier à provisions ».Fait intéressant, Rowan est la première femme journaliste à Montréal à la fin des années 1940 à être exclusivement attitrée à la section générale d\u2019un grand quotidien.Après un congé de maternité, elle revient au quotidien et sera principalement attitrée à la section féminine, jusqu\u2019à son abolition.Cette journaliste aura une importance majeure dans la promotion des dossiers féminins et féministes au Devoir.Elle en fera son cheval de bataille jusque dans les années 1990, moment où elle cesse sa carrière au journal.Il faut dire que, durant cette période, les femmes qui écrivaient surtout dans les pages féminines commencent à revendiquer la transformation du contenu de ces pages pour qu\u2019il soit davantage adapté aux réalités de leurs lectrices.Solange Chalvin et Renée Rowan intègrent la page féminine du Devoir à cette tendance.Pour les journalistes, si la page féminine doit continuer de traiter des thèmes traditionnellement associés aux femmes, comme la mode et la cuisine, il est manifeste qu\u2019elle doit également devenir une plateforme de premier choix pour la diffusion des enjeux liés à la condition des femmes dans la société.Les propos de Chalvin, toujours dans son premier texte, ne sauraient être plus éloquents : « Bien sûr nous parlerons mode, beauté, cuisine, soins médicaux, même si ces messieurs ne sont intéressés que par les résultats de notre conversation, c\u2019est-à-dire dévorer un repas en compagnie d\u2019une femme soignée et bien mise, agréable à regarder.Mais nous nous réunirons aussi autour d\u2019une table pour discuter de notre statut [\u2026].Tant que le statut de la femme ne sera pas mieux défini, nous assumons collectivement la responsabilité de veiller à améliorer les conditions de vie des autres femmes.» Dans les années suivantes, à l\u2019aide de plusieurs collaboratrices, les journalistes respecteront leur promesse puisque la page féminine se fera effectivement le porte-étendard de la libération des femmes.Elle prendra le nom de « Condition féminine » en juillet 1967, puis de « Famille et Société » en mars 1970, afin de refléter l\u2019évolution des sujets traités dans la page féminine.Le travail et la politique L\u2019intégration des femmes en politique ainsi que dans les domaines du travail et de l\u2019éducation est l\u2019un des thèmes récurrents de la page féminine.L\u2019attention conférée à ces questions n\u2019étonne pas, compte tenu des propos de Solange Chalvin qui affirmait, dans son premier texte, qu\u2019il fallait travailler à « la libération économique des femmes ».Pour les journalistes, le travail est un domaine où les inégalités s\u2019expriment avec force, comme en témoigne l\u2019espace important accordé aux revendications des femmes qui veulent intégrer le marché de l\u2019emploi.Solange Chalvin n\u2019hésite d\u2019ailleurs pas à exhiber le sexisme présent dans celui-ci dans plusieurs de ses articles.Dans un texte où elle souligne le succès de Réjane Colas, première femme juge nommée à la Cour supérieure du Québec, Solange Chalvin estime que le fait qu\u2019il faut dire « Madame le Juge », témoigne d\u2019un problème qui ajoute au sentiment d\u2019exclusion des femmes dans la profession.Cette réflexion n\u2019est certainement pas sans rappeler les débats sur la question que l\u2019on connaît toujours aujourd\u2019hui.La page féminine n\u2019hésite pas à mettre en avant les luttes pour l\u2019intégration des femmes en politique, dimension oblitérée dans la section générale du quotidien.Dans une entrevue de Claire Kirkland-Casgrain accordée à la Fédération des femmes du Québec que publie la page féminine en mai 1970, la seule femme députée de l\u2019Assemblée nationale incite ses cocitoyennes à s\u2019impliquer en politique, tout en mentionnant au passage l\u2019attitude sexiste des hommes envers elles.Par ailleurs, elle déplore le double standard qui induit qu\u2019« une femme pour réussir dans ce métier doit donner dix fois plus de travail qu\u2019un homme », ajoutant un peu plus loin que « les mêmes choses dites en politique par un homme ou une femme ne sont pas interprétées de la même manière ».L\u2019avortement La question du contrôle du corps féminin, surtout à travers l\u2019avortement, est également un sujet qui est traité abondamment par Le Devoir dès les années 1960.Si la section générale du quotidien comporte surtout des articles qui visent à polariser l\u2019opinion publique sur le sujet, il est manifeste que les journalistes de la page féminine se donnent plutôt pour mission d\u2019informer les lectrices sur le sujet plutôt que de reconduire la dialectique du « pour » ou « contre ».Les situations de vulnérabilité que connaissent les femmes face aux grossesses non désirées sont mises en lumière dans la page féminine.Par exemple, dans ses articles, Renée Rowan met fréquemment en exergue le besoin de créer des organismes qui pourraient fournir le soutien d\u2019une équipe de spécialistes aux femmes vivant des grossesses non planifiées.La fin La page féminine est sabordée le 27 février 1971.Pour Solange Chalvin et Renée Rowan, il s\u2019agit d\u2019un geste en toute cohérence avec la mission de la page féminine, soit celle de porter davantage les préoccupations politiques et les luttes collectives des femmes dans l\u2019espace public.En effet, pour citer les propos de Renée Rowan : « Pourquoi une page féminine alors que les femmes s\u2019intéressent aux mêmes problèmes que les hommes ?» Les journalistes estimaient alors que les nouvelles touchant les femmes allaient désormais être jugées sur le même pied d\u2019égalité que celles de leurs collègues masculins.Cette réforme alors jugée progressiste entraîne toutefois l\u2019effet inverse puisque ce qui en résulte est plutôt une diminution significative des articles écrits par des femmes et portant sur leurs préoccupations dans le journal.Le même phénomène est observé dans les autres quotidiens au Québec, alors que les pages féminines sont graduellement abolies durant la même période.Au début des années 1980, Le Devoir, sous l\u2019impulsion de Renée Rowan, devient l\u2019un des seuls canaux de diffusion pour les préoccupations des femmes dans les quotidiens généralistes.Comme en témoignent les nombreuses prises de parole publiques dénonçant le fait que les femmes ne sont pas encore assez présentes dans les médias, il est évident que les batailles à mener sont encore nombreuses.Ces revendications, bien que d\u2019une actualité poignante, ont une historicité souvent ignorée.Renouer avec cette génération de femmes qui ont grandement alimenté ces réflexions en mobilisant les limites des pages féminines qui leur étaient imposées permet de réellement « engager le dialogue », pour reprendre l\u2019expression formulée par Solange Chalvin dans sa première chronique en 1963.Encore une fois, recourir à l\u2019histoire aide à corriger le tir.Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Dave Noël : dnoel@ledevoir.com.Pour lire ou relire les anciens textes du Devoir d\u2019histoire www.ledevoir.com/societe/le-devoir- de-philo-histoire Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés d\u2019histoire le défi de décrypter un thème d\u2019actualité à partir d\u2019une comparaison avec un événement ou un personnage historique.Marilou Tanguay Candidate au doctorat en histoire à l\u2019Université du Québec à Montréal Photo du haut : Renée Rowan est la première femme journaliste à Montréal à la fin des années 1940 à être exclusivement attitrée à la section générale d\u2019un grand quotidien.Photo du bas : Solange Chalvin n\u2019hésite pas à exhiber le sexisme présent dans le marché du travail dans plusieurs de ses articles.JACQUES GRENIER LE DEVOIR / JERRY DONATI LE DEVOIR Marilou Tanguay L\u2019intégration des femmes en politique ainsi que dans les domaines du travail et de l\u2019éducation est l\u2019un des thèmes récurrents de la page féminine la toute fin de son discours d\u2019assermentation, juste avant sa référence à une célèbre citation de René Lé- vesque, François Legault a affirmé qu\u2019il aimait les Québécois.Vendredi encore, lors de sa première conférence de presse à titre de premier ministre, il a eu ces mots : « Il est important que le premier ministre aime les Québécois, qu\u2019on soit fier des Québécois.» Il estime qu\u2019« il y a du travail à faire » en ce sens, que ce soit en culture ou en économie.« C\u2019est important qu\u2019on retrouve toute cette fierté qu\u2019on avait et que nous a donnée M.Lé- vesque », a-t-il poursuivi.Un premier ministre qui aime les Québécois.L\u2019allusion à Philippe Couillard était évidente, lui qui avait accusé François Legault « de souffler sur les braises de l\u2019intolérance », lui dont l\u2019attachement au Canada n\u2019était pas feint et devenait même émotif, lui qui, enfin, s\u2019irritait des inquiétudes identitaires des Québécois.Les rares fois qu\u2019il se disait nationaliste, le premier ministre libéral sonnait faux.C\u2019est tout un contraste avec François Legault.Son nationalisme n\u2019a rien de cérébral, il est profond, viscéral.Élevé à Sainte-Anne-de-Bellevue dans l\u2019ouest de l\u2019île de Montréal, issu d\u2019un milieu modeste, le nouveau premier ministre est particulièrement sensible à la précarité de la langue française au Québec.Son nationalisme n\u2019est pas raisonné, il ne l\u2019a pas amené à se passionner pour les enjeux constitutionnels, pour les différents modèles du vivre-ensemble : multiculturel, interculturel, républicain.On pourrait même affirmer qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un nationalisme populaire.C\u2019est pourquoi, lorsqu\u2019il parle de son amour des Québécois, il est sincère, il n\u2019a pas besoin d\u2019un texte.Lucien Bouchard trouvait que les Québécois ne travaillaient pas assez, François Legault, lui, semble vouloir les prendre tels qu\u2019ils sont.Gilles Duceppe a dû se reconvertir au nationalisme après avoir porté l\u2019étendard de l\u2019internationalisme au sein de la Ligue communiste marxiste- léniniste dans les années 1970.Pauline Marois s\u2019est toujours davantage intéressée à la gestion de l\u2019État et aux mesures sociales qu\u2019aux discours sur la nation et la souveraineté.Il n\u2019y a peut-être que le patriotisme d\u2019un Bernard Landry qui dépassait en intensité le nationalisme d\u2019un François Legault du temps qu\u2019il était un souverainiste pressé.S\u2019il est vrai que le nationalisme de François Legault est viscéral, c\u2019est sur le plan économique qu\u2019il s\u2019exprime le plus ; les questions d\u2019immigration et de laïcité ne sont pas ses matières fortes.Il est bon de rappeler que ce fondateur d\u2019Air Transat a participé à l\u2019émergence du Québec inc.dans les années 1980 et que son entreprise a bénéficié du Régime d\u2019épargne-actions qui a contribué à propulser de nombreux fleurons québécois.C\u2019est dans cet esprit qu\u2019il entend revoir le mandat d\u2019Investissement Québec.Anciens adéquistes, péquistes, libéraux et conservateurs fédéraux se trouvent aujourd\u2019hui au sein de la CAQ, que ce soit parmi la députation ou parmi le personnel politique.Plus que jamais, le parti de François Legault est une coalition.Parmi les souverainistes désillusionnés qui se retrouvent à la CAQ, il y a ceux qui sont devenus de vrais fédéralistes et ceux qui jugent que l\u2019indépendance est désormais impossible.Il y a ceux qui croient cependant que François Legault est le plus court chemin pour y arriver.Pour l\u2019heure, tout ce beau monde cohabite harmonieusement, guidé par un seul mot d\u2019ordre.« Le Québec d\u2019abord à l\u2019intérieur du Canada, mais le Québec d\u2019abord », a répété vendredi François Legault.Le Québec d\u2019abord, cela signifie, dans sa perspective nationaliste, la nation québécoise francophone d\u2019abord, dans le respect des droits de la minorité historique anglophone, certes, et « en prenant en compte l\u2019avenir des membres des Premières Nations », comme il l\u2019a souligné dans son discours d\u2019assermentation.Le premier ministre a promis de diriger un gouvernement « proche du monde » qui cherchera « l\u2019adhésion [\u2026] de la plus grande partie de la population ».Il faut comprendre qu\u2019en matière de laïcité, par exemple, François Legault, qui a affirmé avoir un mandat clair, se conformera à la volonté de la majorité de la population.Or il s\u2019est également engagé à gouverner dans un esprit « d\u2019humanité et d\u2019ouverture ».Son gouvernement sera celui de tous les Québécois, a-t-il aussi déclaré.On le voit : gouverner, ce n\u2019est pas seulement épouser l\u2019opinion publique.François Legault semble le reconnaître.Le premier ministre devra parfois concilier ce qui peut sembler inconciliable, agir comme « fiduciaire de cette longue histoire d\u2019une nation de langue française en Amérique », mais aussi contribuer à l\u2019essor d\u2019une société pluraliste, tournée vers l\u2019avenir.LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin Michel Boudrias Député de Terrebonne (fédéral) Le temps est venu pour les organisations souverainistes de se redéfinir et de se réinventer.Un changement majeur de la part des partis politiques indépendantistes du Québec est plus que nécessaire.Depuis 2011, les résultats électoraux des forces souverainistes sont peu glorieux.À Ottawa comme à Québec, les partis indépendantistes sont énormément moins performants par rapport à l\u2019appui à la souveraineté.Pourtant, encore aujourd\u2019hui, près de deux millions d\u2019électeurs québécois se disent pour l\u2019indépendance.Prenons acte de ce constat et entreprenons les actions immédiates pour corriger cette aberration électorale.À l\u2019aube du prochain rendez-vous électoral fédéral de 2019 et devant l\u2019état actuel des choses, on constate que les forces souverainistes n\u2019ont jamais été autant divisées et aussi désorganisées : elles sont actuellement dans une position de faiblesse historique jamais vue.Trois partis non reconnus (BQ, PQ, QS) se partagent 30 des 203 sièges disponibles à l\u2019Assemblée nationale et à la Chambre des communes.Bien que 14 % des élus québécois soient souverainistes \u2014 divisés en trois partis et dans deux Parlements \u2014, l\u2019appui à la souveraineté se maintient bien au-delà de 30 %.Les résultats sont implacables et commandent des transformations immédiates.L\u2019heure est grave et nos performances appellent à la réorganisation générale de notre mouvement.Il est désormais impératif de mettre de côté les 1001 sujets qui nous divisent pour se concentrer sur le projet fondamental qui nous unit : réaliser l\u2019indépendance du Québec par des mandats électoraux clairs et sans appel.Autocritique Les indépendantistes doivent dès maintenant retrouver l\u2019efficacité et l\u2019unité de leurs organisations militantes.Il est incontestable que le plan de match politique passe par un discours souverainiste assumé, conséquent et cohérent.Les militants et les électeurs indépendantistes doivent savoir pourquoi, comment et pour combien de temps ils s\u2019engageront.Les partis politiques souverainistes sont tenus d\u2019assumer leur raison d\u2019être \u2014 la cause nationale \u2014 sans ambiguïté et de manière décomplexée.Cela doit se traduire et s\u2019interpréter concrètement dans nos actions.Dans l\u2019ordre actuel des choses, notre mouvement est mal placé pour incarner les aspirations de liberté et d\u2019émancipation de la nation québécoise.Nous sommes indépendantistes, notamment pour en finir avec les chevauchements administratifs et les paralysies bureaucratiques entre Québec et Ottawa.Depuis plus d\u2019une décennie, notre mouvement politique est devenu inconséquent en cette matière.À titre d\u2019exemple, tout comme moi, plusieurs souverainistes disposent de plus d\u2019une carte de membre et financent une multitude de partis ou d\u2019organisations civiles indépendantistes.Cela produit, au fil du temps, l\u2019effet pervers de diluer fatalement nos forces.Depuis une décennie, nous affaiblissons nos forces dans un manque de coordination notoire auprès de trois partis, trois chefs, 453 associations de circonscriptions, trois permanences, trois logos et trois programmes qui ne s\u2019harmonisent pas.Nous épuisons inutilement nos militants.Nous décourageons les électeurs.Ces joutes entre les partis tuent tout espoir en l\u2019avenir.Nous sommes, à mon humble avis, les seuls responsables des contre-performances électorales et de la morosité ambiante des indépendantistes.Ce mode de fonctionnement erratique et contre-productif doit cesser une fois pour toutes.Le modèle écossais Je soutiens que, dans l\u2019état actuel de notre maison, la nécessaire ré- ingénierie de la force politique des indépendantistes passe par une organisation unifiée.À l\u2019instar du SNP (Scottish National Party), les différents partis politiques souve- rainistes québécois qui œuvrent actuellement à l\u2019Assemblée nationale et à la Chambre des communes ont tout intérêt à se regrouper en une seule et unique force.La mission est simple : un seul parti souverainiste, un seul programme, une seule organisation, une seule mission coordonnée qui s\u2019articule à l\u2019intérieur des Parlements de Québec et d\u2019Ottawa.En tant qu\u2019élu indépendantiste et à l\u2019heure d\u2019une refonte du Bloc québécois, je lance dès maintenant cette idée afin qu\u2019elle puisse cheminer auprès de tous les Québécois.L\u2019ensemble des forces souverai- nistes doit immédiatement prendre acte des échéanciers qui nous incombent et du message à envoyer aux deux millions d\u2019électeurs indépendantistes.Nous leur devons un renversement de cette impasse en 2019 afin de leur redonner espoir pour la prochaine décennie.Incarnons et assumons notre cause nationale avant, pendant et à l\u2019occasion de toutes les élections, sans détour et sans ambiguïté.La priorité politique immédiate des souverainistes passe par le rendez-vous de l\u2019élection fédérale de 2019 : il sera impératif d\u2019élire une majorité de députés du Bloc.Nous assurerons ainsi la progression des forces souverainistes tout en assumant la seule police d\u2019assurance des Québécois qui vaille face au gouvernement d\u2019Ottawa.Nous avons besoin d\u2019une majorité au Québec pour forcer une minorité de tout gouvernement fédéraliste à Ottawa.C\u2019est la première étape pour assurer la pérennité du mouvement politique et pour se donner une chance d\u2019unifier nos forces entre 2019-2021 et d\u2019élire un gouvernement indépendantiste majoritaire en 2022.Pour mémoire Au moment où reprend, avec le nouveau gouvernement, le débat sur l\u2019abolition des commissions scolaires, je voudrais rappeler qu\u2019en 1982, le Parti québécois de René Lévesque voulait lui aussi abolir ces commissions scolaires.Après un débat en conseil des ministres, le principe en avait été acquis et on décida d\u2019aller d\u2019abord en consultation avec un Livre blanc.On avait pris note du désintérêt massif de la population pour les élections scolaires (moins de 5 %), du fait que les CS ne contrôlaient plus le contenu pédagogique, le salaire de leur personnel, leurs budgets, dont le taux de taxes foncières (alors fixé par le gouvernement), etc.Des structures sans contenu qu\u2019on devait abolir pour donner ce pouvoir non pas au ministère de l\u2019Éducation, mais aux écoles elles-mêmes.Dans un Livre blanc déposé par le ministre Camille Laurin le 21 juin 1982, intitulé L\u2019école québécoise : une école communautaire, responsable, on lit : « Les écoles deviendront des corporations publiques dotées d\u2019un conseil d\u2019administration où les parents [\u2026] seront majoritaires [\u2026] Le suffrage universel sera aboli.Les indépendantistes et l\u2019obligation d\u2019agir LIBRE OPINION LETTRES LA CAQ AU GOUVERNEMENT Le nationalisme de François Legault À ÉDITORIAL B 10 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu ROBERT DUTRISAC cuisinier et qui savait aussi la pâtisserie, travaillait souvent les week-ends pour Mme Schwartz qui offrait des services de traiteur dans la communauté juive, pour des bar-mitsva ou des noces.Un jour, mon père avait croisé deux cordons de crème au beurre sur le dessus d\u2019un gâteau, et on lui a demandé de reprendre cette décoration, étant donné que la croix était un signe offensant pour les juifs.Papa, tout bon catholique qu\u2019il ait été, ne s\u2019était pas formalisé de cette requête, car il pouvait très bien comprendre que des juifs, dont plusieurs survivants des camps qui avaient un numéro tatoué sur l\u2019avant- bras, puissent se sentir blessés par un tel signe et il avait refait une autre décoration.On oublie donc, il me semble, qu\u2019un chrétien palestinien puisse ainsi se sentir blessé par la kippa de Lionel Perez, qu\u2019un Indien parent de victimes des attentats terroristes au Pendjab puisse s\u2019offusquer du turban sikh de Jagmeet Singh ou qu\u2019une réfugiée iranienne ne supporte pas le voile d\u2019Eve Torres, cette lobbyiste musulmane qui a investi Québec solidaire.Et que tous ces Québécois qui ne sont pas catholiques puissent souhaiter qu\u2019on enlève le crucifix à l\u2019Assemblée nationale ! Robert Laliberté, Le 17 octobre 2018.Les commissions scolaires dorénavant conçues comme des coopératives de service seront administrées par les représentants de chacune des écoles auxquelles s\u2019ajouteront des représentants élus des municipalités [\u2026] La carte des commissions scolaires sera considérablement modifiée [\u2026].Puis, le ministère de l\u2019Éducation verra son rôle redéfini en fonction de la nouvelle configuration du système.» Donc, pour René Lévesque et son gouvernement progressiste, il était clair que les Commissions scolaires devaient être abolies, excepté leur nom pour des raisons constitutionnelles.Michel Lemieux, ancien conseiller au cabinet de René Lévesque Québec, le 18 octobre 2018 Les signes religieux peuvent être offensants Dans le débat sur le port des signes religieux ostentatoires, une chose qu\u2019on oublie habituellement de signaler, c\u2019est que ces signes religieux peuvent souvent être offensants pour ceux qui ne partagent pas les mêmes croyances.Qu\u2019on me permette de rapporter une anecdote significative à ce propos.Dans les années 1950, mon père, qui était B 11 IDÉES LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.En fumer du bon P endant quelques jours, au moins, le symbole national du Canada aux yeux du reste du monde n\u2019est pas la feuille d\u2019érable, mais bien la feuille de cannabis.Comme l\u2019a si délicieusement souligné Stéphane Baillargeon cette semaine dans Le Devoir, le Canada « est devenu une sorte d\u2019agent psy- choactif pour les médias du monde » avec la légalisation de la marijuana récréative.On a dû rappeler aux journalistes étrangers, y compris ceux des grands réseaux de télévision américains qui ont atterri dans les villes du pays mercredi, que le Canada est loin d\u2019être la première juridiction à légaliser cette drogue à des fins récréatives.Plusieurs États américains, sans parler de l\u2019Uruguay, nous ont montré la voie en légalisant la consommation de cannabis à ces fins sans pour autant devenir des sociétés sans foi ni loi.La Californie, avec une population qui dépasse celle du Canada tout entier, a dix mois d\u2019avance sur nous.N\u2019empêche, on n\u2019avait qu\u2019à entendre les commentaires des enthousiastes qui avaient fait la file à l\u2019extérieur de l\u2019une des rares succursales de la Société québécoise du cannabis pour constater qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019un événement historique à leurs yeux.Pour la première fois, ils pouvaient acheter en toute légalité un produit qu\u2019ils s\u2019étaient procuré jusque-là dans l\u2019obscurité des ruelles ou des mains des revendeurs liés à des gangs de rue ou au crime organisé.« Et ce que j\u2019aime, c\u2019est qu\u2019à partir d\u2019aujourd\u2019hui, ce n\u2019est pas la pègre qui va profiter de ce commerce », a dit au Devoir l\u2019un des clients de la SQDC, satisfait de son achat, au centre-ville de Montréal.Décidément, en ce qui concerne le cannabis, les Québécois vivaient comme si rien n\u2019avait changé depuis la Grande Noirceur.Alors qu\u2019ailleurs au Canada, et surtout à Vancouver et à Toronto, des douzaines de magasins de cannabis ont pignon sur rue depuis quelques années déjà, la police québécoise a systématiquement empêché l\u2019ouverture ici de tout magasin de la sorte.Si c\u2019est vrai que ces magasins opéraient dans l\u2019illégalité ailleurs au Canada, cela fait longtemps que la police avait cessé d\u2019essayer de les fermer.C\u2019est pourquoi le 17 octobre n\u2019a pas été accueilli avec le même enthousiasme à Vancouver et à Toronto, où aucun magasin privé ou public légal n\u2019a encore ouvert ses portes.Les magasins dans ces villes et ailleurs en Ontario et en Colombie-Britannique \u2014 à part un seul magasin à Kamloops \u2014 continueront d\u2019opérer de manière illégale jusqu\u2019à ce qu\u2019ils obtiennent un permis de leur gouvernement provincial respectif.Le contraste avec le Québec, où l\u2019État sera le seul distributeur du cannabis légal, est particulièrement frappant.Ailleurs au Canada, le prétendu « ganjapreneurisme » fait en sorte que des milliers de Canadiens voient une occasion d\u2019affaires dans la légalisation de la marijuana.Ailleurs au Canada, c\u2019est le Klondike où tout un chacun peut devenir riche grâce au « canna-capitalisme », alors qu\u2019au Québec, on se contente des sacs bruns de la SQDC.Si les retombées économiques peuvent varier d\u2019une région à l\u2019autre au Canada, la légalisation du cannabis aura des retombées politiques à peu près égales à travers le Canada.Et c\u2019est le gouvernement Trudeau qui en profitera.L\u2019ancien premier ministre progressiste conservateur Brian Mulroney, qui a toujours su flairer une bonne affaire politique, a mis ses collègues conservateurs dans l\u2019embarras en louangeant le gouvernement Trudeau pour cette « importante avancée sociale ».Selon l\u2019ancien premier ministre de 79 ans, qui s\u2019est aussi joint cette semaine au conseil d\u2019administration d\u2019une entreprise américaine qui investit dans le secteur du cannabis, « le Canada joue un rôle de leadership majeur » que d\u2019autres pays suivront.Pendant ce temps à Ottawa, le député conservateur Gérard Deltell martelait que « ce n\u2019est pas une bonne journée pour le Canada ».Les conservateurs se sont trompés en s\u2019opposant à la légalisation du cannabis.Une fois que le train ayant quitté la gare, il fallait vite se ranger au consensus canadien pour ainsi passer à autre chose.Dans les yeux des jeunes Canadiens, les conservateurs ont encore l\u2019air de vouloir bloquer le progrès.Et si le nouveau gouvernement caquiste au Québec va de l\u2019avant avec sa promesse de rehausser l\u2019âge légal pour la consommation du cannabis à 21 ans, il risque de susciter une ruée de jeunes électeurs vers les libéraux de Justin Trudeau lors des élections fédérales de l\u2019automne prochain.Comme l\u2019a souligné cette semaine la ministre fédérale de Justice, Jody Wilson-Raybould, toute loi caquiste voulant relever l\u2019âge légal à 21 ans ferait véritablement l\u2019objet d\u2019une contestation judiciaire.Enlever un droit, même si celui-ci n\u2019aurait existé que pendant quelques mois, est toujours une proposition douteuse.Bien sûr, la légalisation du cannabis ne se fera pas sans heurts, et les craintes de la profession médicale doivent être prises au sérieux pour empêcher qu\u2019elles se réalisent.Mais il faut en avoir fumé du bon pour prétendre que le gouvernement Trudeau fait fausse route.KONRAD YAKABUSKI Alexandre Paré Jean-François Vachon Urbanistes C\u2019était prévisible, les questions de mobilité et de transport ont fait l\u2019objet de débats et de propositions lors de la dernière campagne électorale au Québec.Ce l\u2019était d\u2019abord parce que ces questions ont occupé une place centrale dans les dernières campagnes électorales municipales.Valérie Plante a fait élire son parti notamment sur la base d\u2019une proposition audacieuse de ligne rose pour désengorger la branche est de la ligne orange du métro et améliorer la mobilité des Montréalais dans des secteurs laissés pour compte depuis très longtemps.À Québec, le maire Labeaume s\u2019est positionné fermement contre la création d\u2019un fameux « troisième lien » autoroutier reliant Lévis à la Vieille Capitale.Ailleurs, l\u2019électorat de nombreuses autres municipalités a été séduit par des candidats proposant une amélioration substantielle de leurs services de transport en commun.C\u2019était prévisible également parce que les questions de mobilité occupent depuis plusieurs années une place importante partout dans le monde, souvent dans un contexte d\u2019urbanisation accélérée.Les exemples d\u2019initiatives en matière de transport à l\u2019étranger font d\u2019ailleurs de plus en plus les manchettes ou l\u2019objet de longs reportages.La Ville de Londres a adopté des mesures de péage par zones pour lutter contre la congestion.La Ville de Paris a récupéré de nombreuses voies de circulation pour les rendre plus conviviales, notamment autour de la Bastille ou le long des quais de la Seine.Copenhague et Amsterdam, évidemment, multiplient les infrastructures cyclables.New York a sorti les voitures de Central Park, à l\u2019exception de quatre voies qui le traversent toujours d\u2019est en ouest.Les réseaux de vélos en libre- service et d\u2019autopartage se multiplient avec succès.Enfin, les entreprises comme Uber et Lyft ont brouillé les cartes du covoiturage et du modèle d\u2019affaires des services de taxi.Transports collectifs Ainsi, suivant l\u2019air du temps, les quatre partis principaux ont insisté à leur manière sur l\u2019importance du transport collectif, une situation relativement nouvelle dans une province où on nous avait habitués à distribuer les promesses de prolongement de routes et d\u2019autoroutes pour lutter contre la congestion.Les libéraux ont fait valoir que le REM verra le jour dans quelques années à leur initiative.Les péquistes ont riposté en promettant de reconsidérer le REM au profit de leur Grand Déblocage.Les solidaires ont promis de réduire de moitié le prix du transport collectif, promesse que les libéraux ont reprise en la bonifiant de la gratuité du transport en commun pour les étudiants et les aînés.La CAQ a tué la ligne rose dans l\u2019œuf en la soutenant à la condition qu\u2019elle soit construite en surface, sans manquer de soutenir la construction d\u2019un « troisième lien » à Québec et d\u2019offrir de prolonger le REM à Laval et sur la Rive-Sud.Enfin, la vertueuse électrification des transports semble faire l\u2019unanimité.Mais qu\u2019en est-il de l\u2019aménagement du territoire ?Comment les propositions en matière de transport collectif s\u2019inscrivent-elles dans la stratégie d\u2019aménagement du Québec ?Comment justifier les priorités en matière de transport en commun si l\u2019on ne coordonne pas leur planification avec celle du territoire ?Et comment déterminer où les différents types de services (lourd ou léger, sur rails ou par bus) doivent être implantés si on ne tient pas compte des formes d\u2019aménagement et des densités des régions qui doivent être desservies ?À cet effet, les distributions de nouvelles lignes de REM ou les prolongements de lignes de métro en banlieue semblent instru- mentaliser le transport collectif au même titre que l\u2019asphaltage des routes à une autre époque.Portrait inquiétant Récemment, à Tout le monde en parle, un panel d\u2019experts en environnement dressait le portrait inquiétant de notre avenir si on ne fait rien pour freiner l\u2019évolution des changements climatiques rapidement.Évitez de conduire, qu\u2019on nous a dit.Très bien, mais quand la majorité des gens habitent dans des milieux monofonctionnels résidentiels peu denses qui rendent les déplacements quotidiens à pied difficiles, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait ?Quand la faible densité et l\u2019imperméabilité de la forme de ces aménagements rendent difficile, sinon impossible la pénétration d\u2019un service de transport en commun performant au sein de ces quartiers, qu\u2019est-ce qu\u2019on fait ?Les solutions existent, évidemment.On peut réaménager certains secteurs périurbains pour leur insuffler des densités minimales et des caractéristiques urbaines qui rendront l\u2019implantation de réseaux de transport collectif performants possibles.Dans tous les cas, la planification des réseaux de transport doit être subordonnée à celle de l\u2019aménagement du territoire, et non le contraire, comme nous avons eu l\u2019habitude de le faire depuis longtemps.En ce sens, l\u2019initiative du gouvernement de Pauline Marois avait été clairvoyante en réunissant au sein du même ministère les transports, les affaires municipales et l\u2019occupation du territoire.L\u2019expérience n\u2019aura toutefois pas duré assez longtemps pour qu\u2019on en voie les résultats.Le premier ministre François Legault a dévoilé son cabinet le 18 octobre et n\u2019a malheureusement pas tenté de répéter cette expérience.Bien que Chan- tal Rouleau soit nommée responsable de la métropole et ministre déléguée aux Transports, c\u2019est François Bonnar- del qui dirigera le ministère des Transports, tandis qu\u2019Andrée Laforest prendra la tête du ministère des Affaires municipales et de l\u2019Habitation.L\u2019occupation du territoire, quant à elle, ne fait plus l\u2019objet d\u2019un ministère.Espérons toutefois que des mécanismes de collaboration seront mis en place entre les ministères pour qu\u2019enfin, la planification des transports découle de celle du territoire dans un exercice cohérent et suivant une vision durable de l\u2019aménagement du Québec de demain.Cessons de parler de transport sans parler d\u2019aménagement Marie Malavoy, Hélène Daneault, Louise Harel, Christiane Pelchat Carole Théberge Pour le Comité des femmes de l\u2019Amicale des anciens parlementaires Un résultat de 42,4 % de femmes élues à l\u2019Assemblée nationale du Québec, le 1er octobre dernier, c\u2019est sans conteste une victoire.Un Conseil des ministres paritaire, comme vient de l\u2019annoncer le premier ministre, c\u2019est un motif de réjouissance.Il faut le reconnaître et le célébrer.Mais ne nous y trompons pas.Cela ne s\u2019est pas fait tout seul.La société québécoise était mûre pour ce changement, et les nombreux partenaires de la parité l\u2019ont rendue possible.À force de mobilisations, de prise de parole, de pressions, de revendications, de détermination.L\u2019année qui a précédé l\u2019élection a été particulièrement riche en actions de toute nature qui ont préparé le terrain pour une avancée aussi concluante.Il fallait s\u2019y attendre.Des voix s\u2019élèvent déjà pour saluer le progrès et, du même souffle, clamer que des mesures contraignantes ne sont pas nécessaires.Pourquoi contraindre quand on a obtenu un si bon résultat naturellement ?Pourquoi une loi si le progrès est arrivé de lui-même ?Parce que nous ne sommes pas en terrain solide.Les avancées en matière d\u2019égalité des femmes dans une société comme la nôtre ne sont pas à l\u2019abri des reculs.La partie n\u2019est pas gagnée à tout jamais.Sans l\u2019adoption d\u2019une loi sur la parité, on risque de laisser le champ libre au bon vieux principe de la discrimination systémique.Sans bruit, avec des allures de normalité, ce type de discrimination s\u2019installe dans les mœurs, les processus, les esprits.Elle conduit au renouvellement des tendances habituelles, aux règles du jeu qui favorisent la reproduction des modèles classiques.Comme le pouvoir fut exercé par les hommes depuis des millénaires, c\u2019est de ce côté-là que sont les acquis.Pas du côté des femmes.La récente percée n\u2019est pas un changement de modèle en profondeur.Cela nous dit que c\u2019est possible \u2014 et c\u2019est déjà magnifique \u2014, mais non que c\u2019est acquis.Regardons les choses en face.Nous avons atteint le palier inférieur de la zone paritaire.Le prochain 10 % sera tout un défi ! Il y a fort à parier que chaque pourcentage additionnel sera gagné de haute lutte.C\u2019est pourquoi nous continuerons de demander l\u2019adoption d\u2019une mesure législative pour pérenniser la parité à l\u2019Assemblée nationale.Car qu\u2019est-ce qu\u2019une loi, sinon la mise en forme d\u2019une conception du bien commun ?Les règles qui nous gouvernent dans leur ensemble définissent le bien et le mal, consignent le permis et l\u2019interdit, tracent les contours de notre idéal de société.Elles sont un puissant signal de ce que nous désirons être collectivement, elles sont l\u2019expression de la volonté d\u2019un peuple.En ce sens, une loi sur la parité ajouterait au progrès du moment la détermination d\u2019ancrer une fois pour toutes la présence des femmes au Parlement dans notre histoire politique.Pour celles qui sont déjà là, ce serait une reconnaissance majeure.Pour celles qui hésitent encore, cela indiquerait qu\u2019on les souhaite et les attend.Pour l\u2019ensemble de la société, on inscrirait la parité à l\u2019encre indélébile, signifiant le désir d\u2019être gouverné à égalité par les hommes et les femmes qui la composent.La parité une fois pour toutes Comment justifier les priorités en matière de transport en commun si l\u2019on ne coordonne pas leur planification avec celle du territoire ?MICHAËL MONNIER LE DEVOIR Si les retombées économiques peuvent varier d\u2019une région à l\u2019autre au Canada, la légalisation du cannabis aura des retombées politiques à peu près égales à travers le Canada.Et c\u2019est le gouvernement Trudeau qui en profitera. LEDEVOIR // LES SAMEDI 20 ET DIMANCHE 21 OCTOBRE 2018 B 12 PETITES ANNONCES DEMEURES , OCCAS IONS D \u2019AFFAIRES ET L IEUX PR IV ILÉG IÉS 514.985.3322 1 800 363.0305 petitesannonces@ledevoir.com PRESTIGE 720 av.OUTREMONT 2e étage en voie de conversion en condo.Au centre d\u2019Outremont près Lajoie.Escalier privé, 3 balcons, près métro, magasins alimentation, écoles, garderies, etc.3 chambres, 1 s/bain, petit hangar, plafonds 9\u20194\u2019\u2019, bois franc.STATIONNEMENT 569 000 $ CENTRIS 227 679 52 OUTREMONTAIS À 100% LOCALISATION \u2014 BEAUTÉ \u2014 STYLE L E P L U S B E L E M P L A C E M E N T D E M O N T R É A L O F F R A N T U N B E A U C H O I X D E C O N D O S ! ! ! LUCIE R ICARD V O I R M E S P R O P R I É T É S L U C I E R I C A R D R E / M A X Q U É B E C C O U RT I E R A G R É É R E / M A X A L L I A N C E , A G E N C E I M M O B I L I È R E 514 386-9804 FACE AU PARC LAFONTAINE, PRÈS MÉTROS ET SERVICES Les Dauphins sur-le-Parc figurent parmi le nec plus ultra du patrimoine montréalais.Qualité de vie en plein cœur du Plateau, prestige, vue spectaculaire, piscine, gym, saunas.Choix de condos « vues exeptionnelles » LUCIE RICARD Savoir-faire, expérience et qualité de service exceptionnel récipiendaire de 2 prix au Gala MAX/IMM TROPHÉE POUR L'ANNÉE 2017 CLUB PLATINE CARRIÈRE EXCEPTIONNELLE AU SEIN DE RE/MAX AU NIVEAU INTERNATIONAL Opportunité 5½, 372 000 $, 3 cac, vue parc, garage en sus #23473693 Opportunité 4½, 259 000 $, 2 cac, vue stade Olympique, libre #17884949 LOIS HARDACKER Ctr.imm.Agréé.Royal LePage Action, Agence Immobilière 450 242-2000 www.loishardacker.com LAC BROME LA PRÉSENTATION VOTRE RETRAITE à la campagne, hiver comme été, dans le pittoresque et paisible village de West Brome.Maison de 2 chambres, 2 sdb, poêle à bois, garage, terrain de 1,6 acres en pente douce et vue sur la rivière jusqu\u2019aux terres agricoles.285 000$ PARADIS ÉQUESTRE qui sait accommoder chevaux et maîtres en confort.Maison pièce-sur-pièce circa 1850 rénovée, verrière 4-saisons, piscine creusée et son cabanon, étang, jardin clôturé.Écurie et manège intérieur (2015), grange/garage.495 000$ GRANDE MAISON DE PIERRES 1889, entièrement restaurée et rénovée, près rivière, touche de modernité dans un cadre architectural d?époque.749 000 $ #CENTRIS  23101312 MICHEL BERGERON 514-824-4541 Courtier immobilier agréé, Re/max Alliance inc.AHUNTSIC (VIEUX-BORDEAUX) VISITE LIBRE - Dimanche 21 octobre 14h à 16h TROIS-PISTOLES (Bas St-Laurent) MLS : 16949822 LE BOCAGE avec son cachet unique saura vous séduire.Avec ses grandes pièces ouvertes et ses 6 chambres avec SDB, vous pourrez offrir à vos clients, repos gîte et repas.Terrain de 20 acres avec vue sur le Fleuve.Tout meublé et équipé.Permis de restauration et d\u2019hébergement en règle.PRIX RÉVISÉ : 350 000 $ NÉGO.(succession) MARTIAL TREMBLAY 418-730-4252 / www.gothaimmobilier.com 429 000 $ Outremont | 4 Querbes 795 000 $ Outremont adj.| 5586 Woodbury Outremont | 1555 Bernard 1 950 000 $ Outremont | 487 Stuart 1 065 000 $ T 514 789 2889 realta.ca Outremont | 87 McCulloch 5 800 000 $ Outremont | 59 Springgrove 2 895 000 $ CDN | 5795 Northmount 489 000 $ Ville-Marie | 1449 St-Alexandre app.902 2995 $ / MOIS Ahuntsic | 12268 Letellier 2100 $ / MOIS Rosemont | 5699 St-André 1800 $ / MOIS Lorraine | 5 place de Toul 525 000 $ St-Sulpice | 731-731A Bord-de-l\u2019Eau 545 000 $ SUR RENDEZ-VOUS NOUVEAUTÉS | ADRESSES DE Morin-Heights | 14 Susan 335 000 $ Lac-Brome | 123 Baie-Rock Island 979 000 $ ANNE-MARIE MARTINO courtière immobilière Chomedey | 3846-3848 ch.du Souvenir 399 000 $ Rosemont | 5619 5ième Avenue 699 000 $ POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT CONTACTER CHANNEL BOISSÉ AU 514 985-3454 OU cboisse@ledevoir.com "]
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