Le devoir, 20 décembre 2018, Cahier A
[" VOL.CIX NO 290 / LE JEUDI 20 DÉCEMBRE 2018 / 1,30 $ + TAXES = 1,50 $ WWW.LEDEVOIR.COM Broyer du blanc Déconstruire le racisme en reconnaissant l\u2019étendue des privilèges STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR A u Québec comme dans bien des sociétés, la discrimination est interdite à l\u2019embauche comme au travail.Elle existe pourtant.Un chercheur de l\u2019Université Laval, Jean-Philippe Beauregard, a présenté cette année une étude montrant qu\u2019un candidat d\u2019origine maghrébine a deux fois moins de chances d\u2019être rappelé par un employeur de la région de Québec qu\u2019un compatriote dit de souche.C\u2019est ce qu\u2019on appelle de la discrimination systémique.C\u2019est aussi un cas flagrant de privilège des Blancs (la notion était dans le titre de la recherche savante).Prendre le problème par ce bout semble aussi éclairant que dérangeant.Enfin, pour les Blancs, du moins ceux qui se drapent dans la méritocratie pour justifier leurs avantages.« Manifestement, les racines du problème de sous-représentation sont les mêmes, qu\u2019il s\u2019agisse de race ou de genre », écrit l\u2019essayiste Reni Eddo-Lodge dans son essai tout frais en français au titre éloquent : Le racisme est un problème de Blancs (éditions Autrement).Ses exemples à elle viennent du Royaume-Uni, son pays natal, mais les conclusions semblent généralisables, ici comme ailleurs.Elle revient particulièrement sur la surrepré- sentation des vieux hommes blancs au sommet INDEX Décès .A4 Éditorial.A6 Idées.A7 Économie.B1 Avis légaux .B2 Météo .B4 Mots croisés.B4 Sports.B4 Sudoku .B4 Monde .B5 Culture .B6 Grille TV.B7 ÉCONOMIE La Fed fait fi des pressions de Donald Trump et hausse ses taux CULTURE La villa Livernois, du célèbre photographe du XIXe siècle, abandonnée aux quatre vents A 8 Le Yémen n\u2019est pas encore en situation de famine, mais fait face à des cas de malnutrition et à « un effondrement total de son système de santé », a assuré mercredi à Paris la chef de mission de Médecins sans frontières (MSF) dans ce pays.Au cours d\u2019une conférence de presse au siège parisien de l\u2019ONG, Caroline Seguin a estimé que « l\u2019effondrement total du système de santé et du système économique » était la cause majeure de la crise humanitaire en cours, « la plus grave de ce début du siècle ».Le 8 décembre, l\u2019ONU avait estimé que « jusqu\u2019à 20 millions de Yéménites [étaient] en situation d\u2019insécurité alimentaire ».« Les cas de malnutrition augmentent, a déclaré Caroline Seguin.Mais dans les vrais cas de famine, on voit des adultes mal nourris, des taux de mortalité qui explosent : ce n\u2019est pas le cas aujourd\u2019hui au Yémen.» AGENCE FRANCE-PRESSE « Effondrement total du système de santé » au Yémen, selon MSF CATHERINE LALONDE LE DEVOIR Les employés de soutien du Musée d\u2019art contemporain de Montréal (MAC) sont inquiets : ils ne savent pas combien d\u2019heures de travail par semaine le musée leur garantira pour les quatre prochaines années.Le MAC, on le sait depuis belle lurette, s\u2019engagera dès 2019 dans un grand projet de rénovation de son édifice de la rue Sainte-Catherine.Or, pendant la transformation, ses activités seront fort réduites.Le musée a décidé de diminuer conséquemment le nombre d\u2019heures de travail des employés qui s\u2019occupent de l\u2019accueil, de la billetterie, de l\u2019éducation, du montage et des services techniques.L\u2019ambitieuse rénovation du MAC exige, et c\u2019était prévu, la semi-fermeture de l\u2019édifice rue Sainte-Catherine et le déplacement d\u2019un « MAC temporaire modèle réduit », appelé en interne « mini-MAC », en un lieu qui n\u2019a pas encore été confirmé par la direction.Cette occupation temporaire, planifiée initialement pour deux ans, est passée à quatre ans avant même que les travaux ne soient commencés.Or, ces activités réduites signifient aussi des heures d\u2019ouverture réduites, qui influent directement sur les salaires des employés de soutien.Deux, trois, quatre ans « Le MAC est censé déménager temporairement, mais rien n\u2019est clair », indique au Devoir Jean-François Sylvestre, président de la région Mont- réal\u2013Laval\u2013Montérégie pour le Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ ), qui représente ces employés.« Ce déménagement [a été prévu d\u2019abord] pour le mois d\u2019avril, puis en mai, juin, août 2019.Sur le site Internet [du musée], des événements sont annoncés jusqu\u2019en juin à l\u2019emplacement actuel.Nous avons posé des questions aux administrateurs et n\u2019obtenons pas la même réponse de chacun d\u2019eux.» Le SFPQ représente 104 employés du MAC, dont 64 travaillent actuellement.« Au mois d\u2019août, on nous parlait d\u2019un déménagement [des bureaux] de deux ans : en septembre, de trois ans ; [lundi] matin, on nous a parlé de quatre ans, poursuit M.Sylvestre.On demande [aux employés de soutien] d\u2019être en chômage durant six mois, et de garder leur lien d\u2019emploi durant cette période, afin d\u2019ensuite revenir au \u201cMAC temporaire\u201d pour y travailler moins de 14 heures pendant trois ou quatre ans, au lieu de leurs 35 heures Musée en rénovation, heures amputées Les travailleurs de soutien du Musée d\u2019art contemporain s\u2019inquiètent pour leurs emplois L\u2019essayiste britannique Reni Eddo-Lodge AMAAL SAID VOIR PAGE A 4 : FONDS VOIR PAGE A 5 : MAC VOIR PAGE A 4 : RACISME GUILLAUME LEPAGE LE DEVOIR Québec promet de donner un sérieux coup de barre au Fonds vert dans les prochains mois, à la lumière d\u2019un rapport dévoilé mercredi qui brosse un portrait alarmant de sa gestion.Mais aucun détail ni échéancier précis n\u2019a été avancé.Le premier ministre François Legault n\u2019a pas tardé à réagir mercredi au rapport rédigé par le Conseil de gestion du Fonds vert (CGFV).« C\u2019est géré n\u2019importe comment, a-t-il déclaré.Il y a plusieurs ministères qui pigent et il n\u2019y a aucune optimisation en fonction de la réduction des GES [gaz à effet de serre]».Selon le rapport du Conseil de gestion du Fonds vert (CGFV), dont Le Devoir avait exposé les grandes lignes en septembre dernier, moins de la moitié des 185 mesures prévues dans le Plan d\u2019action sur les changements climatiques (PACC) 2013-2020 devraient être maintenues, la centaine d\u2019actions restantes devant être bonifiées, réexaminées, si ce n\u2019est carrément abandonnées.Et ce PACC, qui doit bénéficier d\u2019investissements de plus de quatre milliards de dollars, est financé directement par le Fonds vert.FONDS VERT « C\u2019est géré n\u2019importe comment » ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE JEUDI 20 DÉCEMBRE 2018 MONTRÉAL 1215, boul.Crémazie Ouest, face au Centre Rockland, Montréal QC H4N 2W1 514 382-1443 LAVAL 2323, aut.des Laurentides, sortie boul.Le Carrefour, Laval QC H7S 1Z7 450 682-3022 BROSSARD 8480, boul.Leduc, espace 10, Quartier DIX30MC, Brossard QC J4Y 0K7 450 443-4143 MAGASIN ENTREPÔT 2750, av.Francis-Hughes, Laval QC H7L 3Y7 450 978-4847 Certaines conditions s\u2019appliquent, détails en magasin.maisoncorbeil.com MONTRÉAL 1215, boul.Crémazie Ouest, face au Centre Rockland, Montréal QC H4N 2W1 514 382-1443 LAVAL 2323, aut.des Laurentides, sortie boul.Le Carrefour, Laval QC H7S 1Z7 450 682-3022 BROSSARD 8480, boul.Leduc, espace 10, Quartier DIX30MC, Brossard QC J4Y 0K7 450 443-4143 QUÉBEC 1215, boul.Charest Ouest, Québec QC G1N 2C9 418 681-2302 MUST SOCIÉTÉ GRIFFINTOWN 186, rue Peel, Griffintown, Montréal QC H3C 2G7 514 509-8871 MUST SOCIÉTÉ QUÉBEC 2785, boul.Laurier, Québec QC G1V 4M7 418 266-1404 Certaines conditions s\u2019appliquent, détails en magasin.mustmaison.com on paye l\u2019équivalent de la TPS sur tout + jusqu\u2019à 40% de rabais additionnel sur les démonstrateurs sélectionnés* on paye l\u2019équivalent de la TPS+ TVQ sur tout + jusqu\u2019à 40% de rabais additionnel sur les démonstrateurs sélectionnés* SOLDE DE FIN D\u2019ANNÉE Jusqu\u2019au 31 décembre 2018 ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR Le nombre d\u2019incidents et d\u2019accidents, majoritairement des chutes, ne cesse d\u2019augmenter dans les établissements de santé du Québec.Un plan d\u2019action pour réduire la récurrence et la gravité de ces chutes devait être présenté cet automne, mais son dévoilement a été reporté à l\u2019an prochain.Le ministère de la Santé et des Services sociaux a publié mardi son rapport annuel sur les incidents (usager non touché) et accidents (usager touché) survenus lors de prestations de soins de santé.Résultat : 513 357 « événements indésirables » ont été déclarés entre avril 2017 et mars 2018.Si l\u2019augmentation n\u2019est que de 2 % comparativement à l\u2019année précédente, le nombre croissant de chutes \u2014 parfois mortelles \u2014 inquiète sérieusement des experts et organismes de défense des patients.« C\u2019est très préoccupant comme situation, d\u2019autant plus que ça concerne majoritairement les personnes âgées de plus de 65 ans.Sachant que le vieillissement de la population va s\u2019accentuer dans les quinze prochaines années, il y a peu de chances que ces chiffres diminuent », craint Régis Blais, vice-doyen aux études à l\u2019École de santé publique de l\u2019Université de Montréal.À ses yeux, le Québec a besoin d\u2019un plan d\u2019action concret pour diminuer le risque que des personnes âgées perdent la vie en tombant simplement dans un établissement de santé.« Si on n\u2019analyse pas les raisons et les circonstances de ces chutes, ces chiffres ne disent pas grand-chose.Ils n\u2019indiquent pas la façon d\u2019éviter que ça se reproduise et d\u2019améliorer nos soins de santé», explique-t-il.Il y a deux ans, l\u2019ancien gouvernement libéral avait pourtant mis sur un pied un Groupe de travail sur la sécurité des soins et des services (GTSSS), dont la mission principale était de « proposer des mesures concrètes visant à réduire la survenue, la récurrence et la gravité des chutes à conséquences graves ».Un plan d\u2019action était prévu pour l\u2019automne 2018, mais il a été reporté.« Le GTSSS a fait des recommandations qui font actuellement l\u2019objet d\u2019une consultation auprès des différentes tables ministérielles concernées par la question des chutes.Une fois cette étape franchie, le suivi de ces recommandations sera effectué par l\u2019entremise du plan de travail de la Table ministérielle sur la qualité et la sécurité des soins et des services en 2018- 2019 », a indiqué au Devoir le ministère de la Santé et de Services sociaux, sans donner de date précise.Surveillance Dans son rapport, le ministère rappelle que « la surveillance des incidents et des accidents est d\u2019abord une responsabilité locale ».Les gestionnaires de risques et les instances des établissements de santé sont déjà au travail pour analyser les données et prendre des mesures localement pour éviter que ces événements indésirables se reproduisent.Les données du rapport annuel peinent toutefois à témoigner de leurs efforts, considère pour sa part le président du Conseil pour la protection des malades, Paul G.Brunet.« Que font les comités de vigilance des établisse- RAPPORT ANNUEL Les accidents toujours aussi nombreux dans les établissements de santé 184 473 C\u2019est le nombre de chutes survenues au cours de l\u2019année 2017- 2018 dans le réseau de la santé, soit 36 % de l\u2019ensemble des événements indésirables déclarés 421 C\u2019est le nombre de décès déclarés à la suite d\u2019un accident survenu dans le réseau de la santé entre avril 2017 et mars 2018 54 % C\u2019est le pourcentage d\u2019événements déclarés qui concernaient les personnes âgées de 75 ans et plus 85,1 % C\u2019est le pourcentage d\u2019incidents et d\u2019accidents qui n\u2019ont eu aucune conséquence sur le patient ments ?Comprennent-ils la problématique ?Moi, je vois des chutes de plus en plus fréquentes, des morts plus nombreux, je ne trouve pas que leurs actions apportent des résultats », s\u2019of- fusque-t-il.À ses yeux, une part du problème repose sur les compressions effectuées par l\u2019ancien ministre de la Santé Gaé- tan Barrette.« Avec davantage de personnel, on aurait une meilleure surveillance, un meilleur accompagnement des patients, dit-il.Quand on manque de monde, on fait des raccourcis et c\u2019est ça que ça donne, un triste portrait de la situation.» Régis Blais abonde dans le même sens.« Dans les coupes, on a sabré le personnel qui faisait de l\u2019analyse et du soutien à la qualité des soins.C\u2019est ce type de ressource qui pourrait interpréter les chiffres et en faire des suivis pour arriver avec des mesures concrètes sous les directives du ministère», fait-il remarquer.Avec davantage de personnel, on aurait une meilleure surveillance, un meilleur accompagnement des patients.Quand on manque de monde, on fait des raccourcis et c\u2019est ça que ça donne, un triste portrait de la situation.PAUL G.BRUNET » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE JEUDI 20 DÉCEMBRE 2018 La patrie ou le pays L e prochain chef du PLQ devra « faire passer la patrie avant le parti », estime la députée de Saint-Laurent, Marwah Rizqy, qui se voit manifestement très bien dans ce rôle.Qu\u2019une députée fasse la nouvelle avec une affirmation qui semble aller de soi en dit long sur le peu d\u2019intérêt pour le bien public qu\u2019on prête au- jourd\u2019hui au parti qui a été le grand artisan de la Révolution tranquille.Déjà, en 2010, l\u2019ancien président du PLQ, Robert Benoît, ne reconnaissait plus dans cette « machine à ramasser de l\u2019argent » le parti de Jean Lesage et de Robert Bourassa.La préséance donnée au parti n\u2019est pas le seul problème.Depuis un quart de siècle, le PLQ a également manifesté une indifférence navrante envers ce qui est au cœur de la « patrie » québécoise, c\u2019est-à-dire son caractère français.Philippe Couillard a repris à son compte la formule de Jean Lesage : « Le Canada est mon pays, le Québec est ma patrie.» Depuis que Daniel Johnson a déclaré, en anglais, qu\u2019il était « Canadien d\u2019abord et avant tout », le PLQ a donné clairement l\u2019impression que le pays était plus important que la patrie.Après avoir échoué à corriger les dégâts causés par Pierre Elliott Trudeau en 1982, le PLQ a choisi de se mettre au service de l\u2019unité canadienne, à laquelle il semblait prêt à tout sacrifier.Maintenant que la menace de l\u2019indépendance est écartée, à tout le moins pour l\u2019avenir prévisible, est-il possible que le PLQ redécouvre la patrie ?Il est clair que l\u2019appartenance à une fédération dont le gouvernement met tout son poids dans la promotion du bilinguisme et du multiculturalisme sera toujours un obstacle à l\u2019épanouissement d\u2019une société française.Même le peu que demande le gouvernement Legault dépasse sans doute de loin ce que le reste du Canada est prêt à concéder au Québec.Il reste que la CAQ a fixé à un niveau dont le PLQ est très éloigné le degré de nationalisme qu\u2019il est possible d\u2019afficher sans remettre en question l\u2019appartenance au Canada.S\u2019ils veulent se reconnecter à l\u2019électorat francophone, les libéraux devront s\u2019ajuster en conséquence.Marwah Rizqy, dont les électeurs de Saint-Laurent sont en grande partie non francophones, a fait preuve d\u2019un certain courage en dénonçant l\u2019anglicisation progressive de l\u2019enseignement postsecondaire dans les établissements de langue française.Il est cependant loin d\u2019être évident que le PLQ est prêt à prendre les moyens nécessaires pour assurer la protection du français, que ce soit à l\u2019université, dans les milieux de travail ou dans l\u2019affichage.Depuis quinze ans, il s\u2019est cantonné dans le laisser-faire, en assurant que le français se porte à merveille.Alexandre Taillefer s\u2019est vite fait rembarrer quand il a déclaré, à peine dix jours après l\u2019élection du 1er octobre, qu\u2019il fallait «repositionner le PLQ comme un parti davantage nationaliste, qui va se positionner dans la défense du français, de la culture québécoise» et s\u2019employer à «faire évoluer le Canada».Après sa performance catastrophique à titre de président de la campagne libérale, M.Taillefer aurait sans doute dû comprendre qu\u2019il était mal placé pour donner des leçons, mais il était clair que la teneur du message a été aussi mal reçue que le messager.On ne lui accorde plus la moindre chance de devenir chef, mais celui qui sera éventuellement choisi devra renouer avec le nationalisme qui caractérisait jadis le PLQ, sous peine de le condamner à un très long séjour dans l\u2019opposition.Ce nationalisme ne devra pas être simplement une façade.Pour être crédible, il lui faudra être sincère.Pierre Moreau ayant déclaré forfait, plusieurs voient maintenant dans l\u2019ancien ministre des Transports, André Fortin, un possible successeur de Philippe Couillard.Non seulement il est visiblement doué pour la joute politique, on lui trouve même une certaine ressemblance physique avec Robert Bourassa.Pour ceux qui ont connu l\u2019ancien premier ministre, la comparaison s\u2019arrête là.À leurs yeux, M.Fortin, qui a fait ses classes dans les officines libérales à Ottawa, n\u2019est pas assez nationaliste pour diriger le PLQ.Il est vrai que les deux hommes ont des origines et des itinéraires bien différents.Alors que M.Bourassa était un pur produit de l\u2019Est francophone de Montréal, M.Fortin a grandi dans la petite municipalité de Quyon, dans l\u2019Ou- taouais, où il a été immergé dans le bilinguisme dès le plus jeune âge.«L\u2019école primaire était assez intéressante dans le temps, puisque les francophones et les anglophones étaient ensemble.Ce qui m\u2019a permis de développer une capacité dans les deux langues», racontait-il dans une entrevue au quotidien Le Droit peu de temps après son élection dans Pontiac, en 1994.Une fois déménagé à Aylmer, il s\u2019est réjoui d\u2019avoir trouvé un environnement semblable pour sa fillette de deux ans, qui a pu faire le même apprentissage du bilinguisme.« On est un peu comme une communauté modèle de ce que le Canada aurait voulu être », disait M.Fortin.En réalité, le Canada anglais n\u2019a jamais voulu être bilingue et le Québec ne le souhaite pas non plus.L\u2019école anglophone Nesbitt est remplie à 42 % de sa capacité.Les écoles francophones des alentours débordent.Mais selon nos sources, il semble peu probable que l\u2019école accueille des élèves (francophones) supplémentaires à cause du mauvais état du bâtiment.JACQUES NADEAU LE DEVOIR MARCO FORTIER LE DEVOIR L\u2019accueil d\u2019élèves francophones dans des écoles anglophones dépeuplées n\u2019est pas une panacée à la surpopulation dans le réseau scolaire de langue française, prévient la plus grande commission scolaire du Québec.Le déclin de la communauté anglophone a beau avoir libéré 2250 places dans des écoles de l\u2019île de Montréal, ces locaux vides sont pour la plupart situés loin des écoles francophones qui débordent.« Les espaces disponibles dans les commissions scolaires anglophones ne sont pas comme un coup de baguette magique qui va tout régler », dit Catherine Harel Bourdon, présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM).Elle et d\u2019autres représentants du milieu scolaire ont été « surpris » par l\u2019intervention du ministre de l\u2019Éducation, Jean-François Roberge.Il a demandé mardi aux commissions scolaires anglophones de mettre tout en œuvre pour ouvrir leurs locaux de classe vides aux élèves francophones qui s\u2019entassent dans des écoles surpeuplées.« Il n\u2019est pas acceptable d\u2019avoir des écoles bondées où il n\u2019y a plus de locaux pour des services professionnels, où il n\u2019y a plus de cafétéria, plus de local d\u2019informatique, plus de bibliothèque, et, un kilomètre plus loin, une école avec 5, 6, 15 ou 20 classes de libres », a déclaré le ministre Roberge dans un point de presse à l\u2019Assemblée nationale.Catherine Harel Bourdon se réjouit que les commissions scolaires anglophones soient prêtes à ouvrir leurs portes aux élèves francophones, mais la solution à la surpopulation est complexe.La CSDM discute depuis des années avec la Commission scolaire English Montreal pour avoir accès à des locaux ayant logé des élèves anglophones.Mais ces locaux doivent être situés tout près des écoles qui débordent, explique-t-elle.La majorité des écoles surpeuplées sont loin des locaux laissés vacants par la communauté anglophone.Et souvent, les écoles anglophones dépeuplées sont en aussi mauvais état que celles de la CSDM : toits qui coulent, fenêtres et maçonnerie à refaire, moisissures\u2026 Par exemple, l\u2019école anglophone Nesbitt, dans le quartier Rosemont, est remplie à 42 % de sa capacité (ou à 59 %, si on tient compte du nombre de locaux utilisés).Les écoles francophones des alentours débordent.Mais selon nos sources, il semble peu probable que l\u2019école accueille des élèves (francophones) supplémentaires à cause du mauvais état du bâtiment.Cohabitation harmonieuse La CSDM loge néanmoins « quelques classes » de l\u2019école Marie-Rivier dans l\u2019école anglophone St.Dorothy, située juste à côté et qui avait des locaux libres.« La cohabitation se passe bien », dit Catherine Harel Bourdon, mais il s\u2019agit d\u2019une situation exceptionnelle : les deux bâtiments sont assez proches pour que le personnel et les élèves puissent se déplacer d\u2019un pavillon à l\u2019autre.La proximité est essentielle, notamment pour les activités parascolaires et pour le dîner.Autre exemple de collaboration, des élèves de l\u2019école Marc-Favreau, dans Notre-Dame-de-Grâce, logeront dans les prochains mois dans un bâtiment (place Borden) loué 1 $ par année à la Commission scolaire English Montreal.La CSDM doit rénover l\u2019édifice et aménager des salles de classe à ses frais.La Commission scolaire aurait aussi aimé loger des élèves dans l\u2019Académie John Caboto, dans le quartier Ahuntsic (où les écoles francophones débordent), mais les parents de l\u2019école anglophone ont refusé, explique Michael Cohen, porte-parole de la Commission scolaire English Montreal.« Nous sommes très ouverts à accommoder la Commission scolaire de Montréal, mais nous devons tenir compte des besoins de notre communauté », dit M.Cohen.Les anglophones sont profondément attachés à leurs écoles, rappelle Geoffrey Chambers, président du Quebec Community Groups Network.Mais loin de représenter une menace, la présence d\u2019élèves francophones peut parfois permettre de sauvegarder des écoles anglophones, selon lui : la location de classes aux francophones permet d\u2019occuper des locaux qui seraient autrement désertés, tout en procurant des revenus à la commission scolaire anglophone.SURPOPULATION Les écoles anglaises ne sont pas un remède miracle MARIE VASTEL CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR Une troisième citoyenne canadienne est maintenant détenue en Chine.Mais Justin Trudeau martèle que son cas n\u2019a rien à voir avec les deux premiers, que plusieurs soupçonnent d\u2019être liés à l\u2019épineux dossier Huawei.« Les indications très préliminaires que l\u2019on a sont que c\u2019est un cas plutôt par rapport à des choses de routine », a assuré le premier ministre, en conférence de presse mercredi pour faire le bilan de la dernière année fédérale.La semaine dernière, Michael Kovrig et Michael Spavor \u2014 un ancien diplomate et un entrepreneur \u2014 ont tous deux été arrêtés par les autorités chinoises, accusés de menacer la sécurité nationale du pays.Le troisième et plus récent cas serait plutôt lié à des « enjeux de visas», a laissé entendre M.Trudeau.Le premier ministre a refusé d\u2019approfondir cette distinction qu\u2019il fait entre les détentions de MM.Kovrig et Spavor et celle de cette femme, qu\u2019il a maintes fois qualifiée de « cas consulaire ».Est- ce dire que les deux premiers sont en réalité des dossiers politiques ?« Ce sont deux situations très différentes », s\u2019est-il contenté d\u2019indiquer, rappelant la nature des allégations portées contre les deux hommes arrêtés le 10 décembre.Dix jours plus tôt, la dirigeante financière du géant des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou, était arrêtée à Vancouver.Les États-Unis réclament son arrestation pour qu\u2019elle réponde à des accusations de fraude liées à des contrats qui auraient violé les sanctions américaines décrétées contre l\u2019Iran.D\u2019anciens ambassadeurs et des experts en sécurité nationale n\u2019ont aucun doute que la détention de MM.Kovrig et Spa- vor sont une riposte à l\u2019arrestation de Mme Meng, libérée sous caution depuis.Pas d\u2019appel à la Chine Justin Trudeau a cependant refusé une fois de plus d\u2019interpeller directement le président chinois, Xi Jinping, pour le sommer de libérer les deux hommes \u2014 comme le lui a demandé le chef conservateur Andrew Scheer.Le premier ministre a souligné qu\u2019il valait mieux éviter d\u2019envenimer la situation.Une leçon qu\u2019il assure avoir apprise depuis qu\u2019il est au pouvoir.« Quand j\u2019étais chef de l\u2019opposition, je me souviens d\u2019avoir demandé au premier ministre [Stephen Harper] de prendre son téléphone et d\u2019exiger de son homologue qu\u2019il libère des Canadiens.Mais ce que j\u2019ai compris, au fil des ans à faire ce travail, c\u2019est que ce n\u2019est jamais aussi simple que ça.» Une telle sortie politique peut sembler satisfaisante à court terme, mais s\u2019avérer nuisible au bout du compte, a fait valoir M.Trudeau.« Une telle escalade n\u2019est parfois pas la bonne voie politique à suivre ou la voie la plus efficace pour atteindre notre objectif, qui est de faire libérer les Canadiens en situation de difficulté.» CHINE Le cas de la Canadienne détenue diffère des deux autres, précise Trudeau MICHEL DAVID La préséance du parti n\u2019est pas le seul problème.Depuis un quart de siècle, le PLQ a également manifesté une indifférence navrante envers ce qui est au cœur de la « patrie » québécoise, c\u2019est-à-dire son caractère français. JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR L\u2019arrivée du projet Royalmount, avec ses deux salles de spectacles totalisant 4500 places, pourrait avoir un impact dévastateur pour les autres institutions culturelles de la métropole, croit le président du conseil d\u2019administration du Partenariat du Quartier des spectacles, Jacques Primeau.Devant la commission sur le développement économique mercredi, M.Pri- meau a rappelé que le Royalmount, un centre de divertissement qui doit voir le jour à l\u2019intersection des autoroutes 15 et 40 en 2022, comportera deux salles, l\u2019une de 3250 places et l\u2019autre de 1250 places.En excluant le Centre Bell, à Montréal, et la Place Bell, à Laval, la grande salle du Royalmount deviendra celle qui comportera le plus de sièges dans la région métropolitaine.L\u2019Observatoire de la culture a fait état d\u2019une stagnation dans la vente de billets au cours des dernières années pour la grande région de Montréal, soit environ 3,5 millions de billets par année depuis 2004, a rappelé M.Primeau.Or, l\u2019ouverture des deux nouvelles salles pourrait se traduire par la vente de 1,5 million de billets supplémentaires, avance M.Primeau.« On voit une menace de cannibalisation d\u2019un marché qui est limité, a-t-il indiqué.Si ce projet marche et attire effectivement 1,5 million de spectateurs, ça va s\u2019avérer une catastrophe, non seulement pour les salles du Quartier des spectacles, mais pour toutes les salles dans la région métropolitaine.» La présentation de spectacles plus rentables au Royalmount pourrait également nuire à la diversité culturelle existante, a-t-il soutenu.« Cet équilibre peut être rompu facilement.Si on enlève trois, quatre comédies musicales de la Place des Arts pour les amener dans l\u2019une des salles du Royalmount, c\u2019est sûr que cet argent sera moins disponible pour faire des spectacles de création plus coûteux et moins rentables.C\u2019est un phénomène qui est extrêmement préoccupant.» Les documents soumis par Carbon- leo ne mentionnent pas le chiffre de 1,5 million de billets vendus annuellement évoqué par M.Primeau.Celui-ci a d\u2019ailleurs expliqué avoir fait ces estimations en se basant sur le fait que pour être rentable, une salle doit être occupée pendant au moins 250 soirs.Le 27 novembre dernier, devant la même commission, Claude Marcotte, vice-président chez Carbonleo, avait précisé que la petite salle du Royal- mount était surtout destinée au marché de l\u2019événementiel.Il avait souligné la possibilité d\u2019un partenariat avec le Cirque du Soleil pour la plus grande salle.Carbonleo n\u2019a pas voulu commenter la présentation faite par les représentants du Quartier des spectacles.Une taxe sur le stationnement ?La construction du Royalmount n\u2019inquiète pas seulement le milieu du spectacle, mais aussi les commerçants montréalais.La directrice générale de l\u2019Association des Sociétés de développement commercial de Montréal (ASDCM) ne voit pas comment un complexe de cette ampleur \u2014 avec 3,5 millions de pieds carrés d\u2019espaces commerciaux, 200 boutiques, 100 restaurants et 8000 places de stationnement \u2014 pourrait n\u2019avoir que peu d\u2019impact pour les commerçants montréalais.« Un 5 ou 6 % d\u2019impact sur le centre- ville déjà fragile, c\u2019est énorme.Il faut en tenir compte », a-t-elle expliqué lors de la présentation du mémoire de son association.L\u2019ASDCM formule plusieurs recommandations, dont la mise en place d\u2019une taxe compensatoire sur le stationnement des grands centres commerciaux.Les revenus ainsi récoltés pourraient être investis dans des projets de développement économique et de développement durable pour les artères commerciales, suggère l\u2019association.L\u2019ASDCM propose aussi la création d\u2019un comité de travail et de réflexion sur l\u2019avenir du centre-ville.À la lumière d\u2019études déposées en novembre dernier, Carbonleo affirme que l\u2019impact du Royalmount sera faible pour les artères commerciales, soit une érosion des ventes de moins de 5 %.Le projet nuira davantage aux centres commerciaux, plus particulièrement le Centre Rockland, Place Vertu et le Marché Central, croit le promoteur.Par ailleurs, le rapport montre du doigt « le grand nombre d\u2019actions », qui disperse les efforts mis en œuvre par les 15 ministères et organismes impliqués dans le PACC.Le document soutient aussi que la gestion des sommes allouées à chacune des actions « manque de flexibilité ».Le budget étant établi dès le départ, cela « empêche une réallocation des sommes vers de nouveaux programmes plus pertinents, plus performants et qui répondent mieux aux besoins du marché ».Pour sa part, la ministre de l\u2019Environnement MarieChantal Chassé a noté l\u2019absence de reddition de comptes sur le plan environnemental du Fonds vert : « Il y a seulement 17 actions sur 185 qui ont un indicateur de réduction des gaz à effet de serre.C\u2019est alarmant quand on sait que c\u2019est exactement à ça que sert le Fonds vert.» Mme Chassé dit préparer un plan d\u2019action \u2014 sans plus de détails \u2014, insistant sur le fait que le Fonds vert disposait de sommes qui n\u2019ont pas encore servi.Indicateurs de performance La ministre a cependant précisé que l\u2019argent du Fonds vert devrait aussi être orienté vers l\u2019adaptation aux changements climatiques, dont la population en général peine à mesurer les impacts qu\u2019elle ne voit pas encore.Elle compte aussi doter les actions financées par le Fonds vert d\u2019indicateurs de performance.« C\u2019est essentiel, il faut faire des suivis », réagit au téléphone le professeur des hiérarchies.Le cabinet Trump, ça vous dit quelque chose ?« On insiste sur le mérite, comme si tous les dirigeants blancs actuels, quel que soit le secteur, n\u2019en étaient arrivés là qu\u2019à force de travail et sans aide extérieure.Comme si leur couleur de peau n\u2019était pas en soi un coup de pouce, comme si elle n\u2019éveillait pas la sympathie d\u2019un recruteur envers un candidat.Vu l\u2019état calamiteux de la diversité dans [les secteurs d\u2019activité], il faudrait être sacrément dupe pour croire que seul le talent explique ce monopole des hommes blancs d\u2019âge mûr aux échelons supérieurs de la plupart des corps de métiers.Nous ne vivons pas dans une méritocratie.» Des éclairages déstabilisants semblables, l\u2019essai de la jeune Britannique, diplômée en littérature, en propose à profusion pendant 300 pages aussi tristes qu\u2019éclairantes.La qualité de l\u2019analyse a transformé la journaliste dans la vingtaine en star intellectuelle.Elle a reçu le prix de l\u2019essai de l\u2019année au Royaume-Uni.Elle est traduite en polonais, en allemand.Des portraits d\u2019elle sont parus dans les plus prestigieuses publications du monde, toujours avec le même enthousiasme.« Je suis toujours surprise par les réactions souvent très sensibles des lecteurs, dit-elle en entrevue au Devoir, depuis Londres.J\u2019espérais changer fondamentalement la perspective sur la manière de penser le racisme.Le livre a été lancé il y a dix-huit mois, les traductions s\u2019enchaînent et j\u2019ai l\u2019impression que ma propre obsession, ma réelle passion pour le sujet devient contagieuse.Ce qui est rassurant, parce que je me sentais bien seule en écrivant.» Un blogue analogue L\u2019essai découle d\u2019un article diffusé sur son blogue le 22 février 2014 qui a fait surchauffer le Web.Le titre accrocheur (« Pourquoi je ne parle plus de race avec les Blancs ! ») a été repris pour l\u2019essai publié en anglais l\u2019an dernier, après des années de recherche et de rédaction.Dans le commentaire source, elle écrivait qu\u2019elle ne voulait plus s\u2019expliquer « avec l\u2019éclairante majorité des Blancs » qui refusent de reconnaître l\u2019existence du racisme systémique et de ses symptômes.« Ce livre veut montrer que le racisme est un problème structurel, dit-elle en entrevue.Le racisme est lié au pouvoir dans nos sociétés, un pouvoir qui sert ceux qui bénéficient du privilège blanc.Et le racisme est un problème LEDEVOIR // LE JEUDI 20 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 4 AVIS DE DÉCÈS MONTRÉAL Le Royalmount sème l\u2019inquiétude dans le milieu du spectacle Les racines du mal RACISME SUITE DE LA PAGE A 1 L\u2019efficacité mieux encadrée FONDS SUITE DE LA PAGE A 1 Le racisme est une problème de Blancs Reni Eddo-Lodge, éditions Autrement, Paris, 2018, 296 pages Le racisme structurel avance masqué.Il nous glisse entre les mains, comme un serpent d\u2019eau de celles d\u2019un enfant.Il se repère moins qu\u2019une croix de saint Georges ou qu\u2019un torse nu dans une manifestation de l\u2019English Defense League.Il prend un visage bien plus respectable.RENI EDDO-LODGE » de Blancs parce que ce système est lié à une idéologie de discrimination qui a d\u2019énormes conséquences pour les autres.Il est temps que les Blancs le réalisent et l\u2019admettent.» Le fardeau de l\u2019homme blanc (1889), poème de Rudyard Kipling, célébrait le supposé devoir de civiliser les sauvages du monde.La prétention a été retournée en Sanglot de l\u2019homme blanc par l\u2019essayiste Pascal Bruckner (1983), qui s\u2019attaquait au sentimentalisme tiers- mondiste et à la haine de soi d\u2019une certaine gauche européenne.Le racisme est un problème de Blancs renverse encore la perspective.« Nous devons voir qui tire parti de sa couleur de peau, qui est injustement affecté par les stéréotypes négatifs pesant sur sa race, et à qui reviennent le pouvoir et les privilèges \u2014 mérités ou non \u2014 en raison de sa race, de sa classe ou de son sexe, note-t-elle.Pour changer de système, il est essentiel de voir la race.» Je et les autres Le racisme des extrémistes est facile à détecter et à dénoncer.Il s\u2019assume comme tel et peut donc être dénoncé comme tel.Par contre, «le racisme structurel avance masqué, note Mme Eddo-Lodge.Il nous glisse entre les mains, comme un serpent d\u2019eau de celles d\u2019un enfant.Il se repère moins qu\u2019une croix de saint Georges ou qu\u2019un torse nu dans une manifestation de l\u2019English Defense League.Il prend un visage bien plus respectable.» Elle dit bien « structurel » plutôt qu\u2019« institutionnel ».Ce choix de vocabulaire veut aussi aider à désigner ce qu\u2019elle nomme l\u2019imperceptible, « les froncements de sourcils silencieux, les préjugés implicites, les jugements à l\u2019emporte-pièce, sans fondement réel sur la compétence d\u2019une personne ».Depuis Montaigne, l\u2019inventeur du genre, l\u2019essai propose un « je » qui parle au « nous ».Mme Eddo-Lodge va dans ce sens et elle l\u2019assume dès l\u2019introduction : « J\u2019écris \u2014 et je lis \u2014 pour m\u2019assurer que d\u2019autres personnes ont ressenti ce que je ressens, qu\u2019il ne s\u2019agit pas que de moi, que tout ceci est bien réel, authentique et vrai », confie-t-elle.Son propre essai entremêle les perspectives micro et macro, les confidences et les analyses.Elle raconte des rencontres avec des amis, puis elle cite des statistiques sur l\u2019accès au logement.Elle parle de la fois où, à quatre ans, elle a demandé à sa mère quand elle deviendrait blanche, puis elle enchaîne sur la possibilité d\u2019une Her- mione non blanche dans les romans de la série Harry Potter.Et pourquoi la seule idée d\u2019un James Bond noir a-t- elle fait autant scandale ?Elle traite de féminisme et de classes, les discriminations se subissant simultanément dans ce monde perclus d\u2019in- tersectionnalité.Elle plonge dans l\u2019histoire pour déterrer les racines du mal.Elle démonte la grande peur d\u2019une planète noire.de physique à l\u2019Université de Montréal Normand Mousseau.« Mais on ne peut pas viser 2020.Il faut se mettre en branle pour 2030 et 2050 pour s\u2019assurer qu\u2019on avance », ajoute-t-il.Les auteurs du rapport avancent d\u2019ailleurs que « l\u2019instauration de certaines actions a connu d\u2019importants retards ayant eu pour effet de réduire la performance de ces actions à l\u2019horizon 2020.» M.Mousseau rappelle, à l\u2019instar des constats dévoilés mardi, que beaucoup d\u2019information manquait pour mesurer l\u2019impact réel de plusieurs des quelque 180 mesures.« Un aspect intéressant du rapport, c\u2019est dire qu\u2019il faut sortir de l\u2019idée de simplement évaluer la réduction de GES.Il faut regarder de manière plus large les retombées, et pour ça, il va falloir avoir de l\u2019argent qui vient d\u2019ailleurs, parce qu\u2019il n\u2019y en a pas assez dans le Fonds vert.Il faut coupler ces investissements dans les organismes et les ministères.» Alain Bourque, le directeur général du consortium de recherche Ouranos \u2014 dont le rapport préconise la fin du financement en 2020 \u2014, croit aussi que la lutte contre les changements climatiques dépasse la simple réduction des GES.L\u2019adaptation de nos territoires aux conséquences de ce phénomène mondial est tout aussi cruciale, dit-il.«Si demain matin on arrêtait les émissions de GES partout sur la planète, notre climat continuerait de changer pour encore 20 ans.» Il s\u2019inquiète toutefois de la nature des indicateurs de performance évoqués par la ministre Chassé en point de presse.« Il faut nuancer, parce qu\u2019on peut devenir rapidement obsédés par le très court terme, qui ne transforme pas nécessairement la société.» Et dans des domaines comme l\u2019adaptation aux changements climatiques, le progrès est difficile à mesurer.« Un succès en adaptation, c\u2019est quand tu mets en place une mesure et qu\u2019il ne se passe rien parce que nous avons évité les désastres, comme l\u2019érosion côtière.» Avec La Presse canadienne LEDEVOIR // LE JEUDI 20 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 5 FABIEN DEGLISE LE DEVOIR 20 décembre : surmenage AMÉLI PINEDA LE DEVOIR Voyant les rangs de leur formation politique augmenter, les employés de l\u2019aile parlementaire et des bureaux de circonscription de Québec solidaire (QS) veulent se syndiquer pour s\u2019entendre sur leurs conditions de travail.« L\u2019idée n\u2019est absolument pas de se mettre à faire du 9 à 5 [\u2026].Notre initiative n\u2019est pas dans cette optique-là.Au contraire, nous sommes des personnes passionnées, nous aimons notre travail et Québec solidaire.Nous voulons juste nous assurer que QS grandit en évitant qu\u2019il puisse par exemple y avoir du favo- risitme ou d\u2019autres situations de ce type-là », fait valoir Samuel Pignedoli, attaché politique du député solidaire d\u2019Hochelaga, Alexandre Leduc.Une requête en accréditation a été déposée le 17 décembre dernier devant le Tribunal administratif du travail (TAT) par la Confédération des syndicats nationaux du Québec (CSN).Si elle est autorisée, ce sont environ une quarantaine d\u2019employés politiques qui se retrouveraient syndiqués, une première au Québec.«Ce n\u2019est pas une démarche qui est liée à des problématiques, ça se fait dans la continuité des valeurs du parti, ce n\u2019est pas pour avoir des changements draconiens, mais plutôt pour avoir des rapports d\u2019égal à égal et mieux se consulter entre employés», souligne M.Pignedoli.C\u2019est notamment l\u2019agrandissement de la formation politique de gauche qui a motivé les travailleurs à déposer une demande de syndicalisation, ex- plique-t-il.À la suite du scrutin d\u2019octobre dernier, QS, qui détenait jusqu\u2019à présent trois sièges à l\u2019Assemblée nationale, a fait grimper son nombre d\u2019élus à dix.Le parti a même été reconnu officiellement comme groupe parlementaire, bénéficiant pour les quatre prochaines années d\u2019un budget de 1,6 million annuellement.La direction et les députés de QS ont réagi favorablement à la démarche des employés.« La représentation collective est un outil bénéfique pour les relations de travail et peut contribuer à améliorer la gestion des ressources humaines.Nous entendons continuer à collaborer dans un esprit positif à l\u2019évolution des conditions de travail et au maintien de bonnes relations », mentionne Christian Dubois, directeur de cabinet de Québec solidaire.Le défi pour une formation politique dont les employés sont syndiqués réside dans la conciliation d\u2019une part de militantisme et de travail, note Xavier Lafrance, professeur de sciences politiques à l\u2019Université du Québec à Montréal.« Le phénomène est le même dans le milieu syndical et dans le milieu communautaire, où il y a beaucoup de travail lié à la mobilisation.On a l\u2019impression d\u2019être toujours en mission », mentionne M.Lafrance.TRAVAIL Les employés de Québec solidaire veulent se syndiquer Un climat d\u2019inquiétude et de tristesse par semaine comme à la normale », avance le président.Sur le terrain, on confirme ces faits.Et on nomme le climat d\u2019inquiétude, de tristesse, d\u2019amertume et de démoti- vation qu\u2019il fait naître.Le MAC verrouillera ses portes rue Sainte-Cathe- rine le 21 janvier ; tous les employés y restent, selon les heures habituelles prévues, jusqu\u2019au 31 mars.« Je pense qu\u2019on va faire des boîtes et laver les vitres, peut-être ?» a nommé l\u2019un d\u2019eux.Le musée demande ensuite aux employés de soutien de se mettre sur le chômage pour six mois minimum.Une assurance verbale de retrouver leur poste leur a été donnée, tout en précisant que les heures de travail seraient réduites.Les employés de soutien ne savent pas, aujourd\u2019hui, de quoi leurs semaines seront alors faites.Le chiffre qui circule dans les couloirs est de 14 heures par semaine maximum pour les employés à temps plein.Parmi ce personnel, on compte 13 préposés à l\u2019accueil dont le salaire moyen annuel est de 34 643 $, indique le syndicat.Et 19 techniciens en information qui font en moyenne 43 432 $, pour 35 heures par semaine.Une diminution de plus de la moitié de leurs heures fera drastiquement baisser leurs revenus, indique Jean-François Sylvestre.« C\u2019est triste, poursuit le président.Ces gens-là n\u2019arrivent même pas à savoir s\u2019ils auront un emploi dans les prochains mois ni combien ils gagneront.» Deux poids, deux mesures La convention syndicale permet au MAC d\u2019ajuster les heures de travail de son personnel de soutien à ses heures d\u2019ouverture, sans avoir à assurer un nombre plancher d\u2019heures travaillées.Ce qui choque les employés de soutien.D\u2019autant plus que les conditions de travail pendant les rénovations ne seront pas les mêmes pour tous.Les 26 employés spécialisés \u2014 conservateurs, responsables des expositions, etc.\u2014 conserveront leur temps plein.Émilie Lachance, conseillère du Syndicat des professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec, qui les représente, confirme « qu\u2019il n\u2019y a pas de poste professionnel touché par le projet de transformation du MAC.L\u2019incertitude demeure au niveau opérationnel puisqu\u2019on est toujours dans l\u2019attente de savoir officiellement dans quel contexte nous allons maintenir les opérations pendant les travaux ».Pour les employés de soutien, cela tient de l\u2019injure.Que feront, donne-t- on en exemple, les cinq personnes aux communications qui restent à temps plein, alors que le mot qui court est que trois expositions seulement auront lieu pendant les rénovations ?Pourquoi sont-elles protégées, et pas les employés de la billetterie ou de l\u2019éducation, dont certains travaillent au MAC depuis quelque 20 ans ?Le SFPQ s\u2019inquiète aussi de la poursuite, pendant les rénovations, de la mission éducative du musée.Où se tiendra le camp de jour pour enfants de la relâche scolaire de mars ?Le MAC n\u2019a pas voulu répondre aux questions du Devoir, préférant attendre « des rencontres importantes [qui] doivent avoir lieu d\u2019ici les Fêtes, dont un conseil d\u2019administration ».Tout juste au moment où ce texte était remis, le musée annonçait que le projet de relocalisation temporaire était retardé d\u2019au moins trois mois, le temps de réfléchir aux diverses options pendant les rénovations.Le MAC verrouillera ses portes rue Sainte-Catherine le 21 janvier.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR CALENDRIER DE L'AVENT D\u2019un autre côté, l\u2019augmentation du nombre de militants pourrait aussi contribuer à alléger la tâche des futurs employés syndiqués, estime M.La- france.« Un parti avec 20 000 membres peut compter sur beaucoup de gens prêts à s\u2019impliquer, surtout sachant si cela peut contribuer à offrir de bonnes conditions de travail aux employés », dit-il.S\u2019inspirer du NPD QS pourrait s\u2019inspirer du modèle du Nouveau Parti démocratique (NPD) au fédéral, dont les employés du Parlement et ceux des bureaux de circonscription sont syndiqués depuis une dizaine d\u2019années.Les travailleurs du NPD ont ainsi établi des échelons salariaux qui évitent de grands écarts de salaire entre des employés occupant une même fonction.Des semaines de vacances sont également prévues en fonction de leur ancienneté.« Nous sommes conscients que c\u2019est un milieu de travail très particulier, être en politique, c\u2019est souvent par passion.Les employés sont souvent appelés à faire des heures les soirs ou les fins de semaine, mais il reste qu\u2019il y a beaucoup d\u2019autres clauses normatives qui peuvent être encadrées.« On peut notamment établir l\u2019ancienneté, les semaines de vacances, et régulariser d\u2019autres situations », souligne Jean Lacharité, vice-président de la CSN.Jusqu\u2019à Noël, découvrez chaque jour un mot qui résume l\u2019actualité de l\u2019année et capte l\u2019esprit du temps.C\u2019est le mal du siècle et il n\u2019épargne personne, pas même les grands.Le surmenage, la dépression, a rattrapé de manière spectaculaire le milliardaire ca- nado-américain Elon Musk qui, dans le courant de l\u2019été, s\u2019est consumé sur la place publique avant de s\u2019écraser en plein vol.Le patron de SpaceX et de Tesla a beau être un génie de l\u2019innovation et de l\u2019entrepreneuriat, oui, il est comme tout le monde.Un joint consommé avec un verre de whisky en pleine entrevue pour un ba- lado vidéo en Californie, en septembre, a témoigné de sa fragilité.Quelques jours plus tôt, dans les pages du New York Times, il en détaillait les sources : la solitude du sommet qu\u2019attisent 120 heures de travail par semaine, qui l\u2019éloignent de plus en plus de ses amis et de ses enfants.Il est aussi devenu l\u2019esclave d\u2019un sédatif pour dormir.Ses confidences ont fait chuter l\u2019action de Tesla de 9 %.Entre vertige et affaissement, le génial créateur a mis à mal ses constructions en s\u2019avouant ainsi abîmé par la vie et le travail.Mais il a aussi contribué à une prise de conscience, dans les cercles de l\u2019hyperproductivité, en exposant de très haut le visage humain d\u2019un bâtisseur qui a su montrer ce que le présent peut apporter\u2026 mais aussi faire perdre.Elon Musk KIICHIRO SATO ASSOCIATED PRESS Ce n\u2019est pas une démarche qui est liée à des problématiques, ça se fait dans la continuité des valeurs du parti SAMUEL PIGNEDOLI » Employés différents, conditions différentes Il est habituel dans le milieu mu- séal que des conditions de travail différentes soient proposées aux employés selon leurs spécialités, explique le professeur de muséologie à l\u2019UQAM Yves Bergeron.« Il y a des fonctions plus fondamentales que d\u2019autres dans les musées [comme la conservation], même si personne ne veut le reconnaître publiquement.» Il est aussi dans les us de voir, en périodes de crise, les services à la clientèle être touchés en tout premier lieu.« Après le 11 septembre [2001], les Américains ne traversaient plus la frontière, et ç\u2019avait fait diminuer l\u2019affluence de visiteurs dans les musées de Toronto.Du personnel d\u2019accueil avait alors été licencié.Ça s\u2019était ressenti jusqu\u2019à Montréal », rappelle alors le spécialiste.MAC SUITE DE LA PAGE A 1 10 mois des prochaines élections fédérales, le premier ministre Justin Trudeau a choisi sa cible : le populisme conservateur.Il ne sera pas le premier à s\u2019en servir comme repoussoir pour dissuader les électeurs d\u2019appuyer ses adversaires.Ses attaques ne peuvent toutefois servir de substitut à de vraies réponses aux préoccupations légitimes que se posent des citoyens sur l\u2019environnement et l\u2019immigration, des questions que ses ministres et lui esquivent trop souvent.La montée du populisme de droite est une réalité qui se fait sentir en Europe, aux États-Unis et ici, au Canada.Le chef du nouveau Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, ne s\u2019en prive pas, tout comme plusieurs leaders conservateurs provinciaux.L\u2019Ontarien Doug Ford s\u2019est d\u2019ailleurs fait élire en usant de cette recette.En entrevue au Devoir mardi, Justin Trudeau s\u2019inquiétait de ce qu\u2019il appelle cette « tendance à utiliser des politiques [faites] d\u2019émotions, de solutions faciles, de division et de blâmes », des politiques qui misent « sur la peur ».Selon lui, il est possible de se faire élire sur de telles bases, mais une fois au pouvoir, il devient difficile de résoudre les vrais problèmes.« Les problèmes complexes n\u2019ont que des solutions complexes », dit-il, et il veut le démontrer d\u2019ici octobre 2019.Il pense d\u2019ailleurs que l\u2019expérience de Doug Ford fournira aux Ontariens matière à réflexion à cet égard.Pour illustrer son propos, M.Trudeau cite sans relâche l\u2019enjeu des changements climatiques.Les conservateurs critiquent sans arrêt les mesures prises par son gouvernement, mais ils ne proposent rien, aime-t-il souligner.Il rappelle que le chef conservateur fédéral, Andrew Scheer, a applaudi au retrait ontarien de la Bourse du carbone, la même à laquelle le Québec reste associé, et qu\u2019il fait front commun avec les provinces conservatrices contre la taxe fédérale sur le carbone.L\u2019exemple des changements climatiques sert bien le premier ministre, car un large pan de la population voit la nécessité d\u2019agir.Il dit qu\u2019il veut bien débattre des moyens, mais que les conservateurs ne lui en donnent pas l\u2019occasion.C\u2019est oublié que d\u2019autres Canadiens critiquent eux aussi ses politiques, mais pour d\u2019autres raisons.Ils trouvent qu\u2019il n\u2019en fait pas assez et désapprouvent l\u2019achat du pipeline TransMountain et l\u2019aide financière offerte à l\u2019industrie pétrolière.En fait, ils se sentent trahis, eux qui avaient cru à la promesse libérale d\u2019un virage vert.M.Trudeau dit peu de choses pour les amadouer, mais brandit volontiers la peur de l\u2019inaction conservatrice.En d\u2019autres mots, il joue sur les émotions, opposant au populisme de droite un populisme de gauche, ce dont il s\u2019est défendu dans une entrevue au Toronto Star.Cela est pourtant évident lorsqu\u2019il parle d\u2019immigration.M.Trudeau défend évidemment ses politiques, mais il n\u2019offre pas de réponses rassurantes aux citoyens que la hausse soudaine de migrants irréguliers depuis deux ans inquiète ou qui se préoccupent de l\u2019insuffisance des mesures d\u2019intégration.Le premier ministre se dit pourtant prêt à débattre de ces deux sujets, sauf qu\u2019il ne le fait pas et blâme encore les conservateurs.Ces derniers, il est vrai, utilisent volontiers leurs questions en Chambre pour entretenir la confusion sur le système d\u2019immigration et donner prise à une impression de crise.Trop souvent cependant, le gouvernement \u2014 et M.Trudeau en entrevue \u2014 répond en faisant la leçon sur le bon fonctionnement du système, les mérites et retombées positives de l\u2019immigration, le tout fréquemment assorti d\u2019attaques personnelles.M.Trudeau ne s\u2019en excuse pas et a montré au cours de ses multiples entrevues de fin d\u2019année cette semaine qu\u2019il ne se gênerait pas pour exploiter ce filon.Il est revenu sur la position d\u2019Andrew Scheer sur le nouveau pacte onusien des migrations, l\u2019accusant de propager des « faussetés » et de « jouer non seulement un jeu irresponsable, mais dangereux qui a la possibilité de briser ce consensus [\u2026] qui existait dans tous les partis, [à savoir] que l\u2019immigration est une source de force ».Le chef libéral veut répondre « fermement à ceux qui veulent utiliser les anxiétés des citoyens ».Mais à part mettre en garde ces citoyens, répond- il à leurs préoccupations légitimes, s\u2019attaque-t-il aux sources possibles d\u2019un ressentiment ?Pour préserver la confiance de la population en ses institutions, un gouvernement doit aussi être capable de cela.LEDEVOIR // LE JEUDI 20 DÉCEMBRE 2018 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin Yves Pétillon, Mario Renaud, Robert Letendre, Nicole Saint-Martin, Nigel Martin et Pierre Véronneau Membres du Groupe de réflexion en développement international et coopération (GREDIC) Les décisions prises à la COP24 en Pologne le 15 décembre dernier sont trop timides pour freiner la hausse des températures.De plus, les mesures spécifiques pour aider les pays pauvres, qui sont les plus gravement touchés par cette hausse, sont nettement insuffisantes.Le Canada se doit de donner beaucoup plus que ce qu\u2019il a annoncé jusqu\u2019à présent.La COP24 a permis de se mettre d\u2019accord sur des mesures minimales pour la mise en œuvre des accords de Paris de 2015.Cependant, les promesses actuelles de réduction de gaz à effet de serre (GES) sont nettement insuffisantes pour contenir la hausse des températures à 2°C.Le Groupe d\u2019experts intergouvernementaux sur l\u2019évolution du climat (GIEC) prévoit une hausse minimale de 3,2°C à la fin du siècle, ce qui aura des conséquences catastrophiques notamment sur les pays les plus pauvres.Ces pays subissent les plus forts impacts négatifs alors qu\u2019ils polluent le moins! La production de GES par personne et par année est actuellement de 16 tonnes aux États Unis, de 15 tonnes au Canada, de 7 tonnes en Chine et dans l\u2019Union européenne et de moins d\u2019une tonne dans la plupart des pays africains.C\u2019est pourquoi les pays pauvres exigent «une justice climatique» et que les pays riches contribuent beaucoup plus au financement de mesures leur permettant de s\u2019adapter aux conséquences des changements climatiques et de réduire leurs propres émissions de GES, qui sont déjà faibles.À Paris en 2015, le principe d\u2019un financement global public et privé de 100 milliards par année à partir de 2020 avait été accepté.Cependant, une récente étude d\u2019OX- FAM, « 2018 : les vrais chiffres des financements climat », montre qu\u2019en 2016 « l\u2019assistance nette spécifique » de type dons n\u2019était que de 20 milliards $US sur un total estimé à 48 milliards.Les investissements privés et les prêts remboursables sont donc les éléments les plus importants, et bénéficient principalement aux pays en émergence.Les pays les plus pauvres ne reçoivent qu\u2019environ 18 % du total de cette aide.Seulement 20 % des montants sont destinés à l\u2019adaptation aux changements climatiques, alors que les pays pauvres demandent qu\u2019au moins 50 % y soient consacrés.La COP24 a permis quelques timides avancées sur la mesure de ces financements.Les pays riches devront être plus transparents et rapporter d\u2019une façon harmonisée leurs contributions, en distinguant clairement les dons et les prêts, en précisant la répartition entre les appuis à l\u2019adaptation et à la réduction des émissions et en déterminant les initiatives financées par pays.Il sera aussi nécessaire de démontrer comment ces fonds s\u2019additionnent aux aides déjà existantes et qu\u2019ils ne sont pas un simple « recyclage » de l\u2019aide au développement.En bref, une plus grande traçabilité est recherchée.Il est aussi prévu qu\u2019un bilan soit fait tous les deux ans et que de nouvelles cibles de financement soient déterminées pour 2025.Soulignons aussi que de nouvelles contributions ont été annoncées, dont celle de 200 milliards $US sur cinq ans de la Banque mondiale.Il est à craindre que cette réticence à financer les pays les plus pauvres aura un « effet boomerang » sur les pays riches, dont le Canada.En effet, selon la Banque mondiale, ce sont les moyens de subsistance des populations les plus pauvres qui pâtiront le plus des changements climatiques.Ainsi, 100 millions de personnes de plus pourraient se retrouver en situation de pauvreté extrême d\u2019ici 2030 et 150 millions de migrants climatiques pourraient ainsi frapper à la porte des pays riches d\u2019ici 2050 ! Le Canada et le Québec n\u2019ont pas pris de nouveaux engagements à la COP24, ni en matière de réduction des GES ni pour l\u2019appui aux pays pauvres.Les promesses du Canada de réduction des GES faites à Paris en 2015 sont notoirement insuffisantes, de même que les 2,64 milliards sur cinq ans annoncés pour aider les pays pauvres.Le gouvernement fédéral n\u2019a d\u2019ailleurs jamais clairement expliqué si ce montant s\u2019ajoutait à l\u2019aide au développement, qui est actuellement de 0,28 % du PIB, soit un des plus bas taux des pays de l\u2019OCDE.Force est de constater que le Canada n\u2019est présentement ni un pays généreux pour les pays pauvres ni un leader en matière climatique.Pourtant, notre pays pourrait démontrer plus de leadership, comme il l\u2019avait fait avec succès à la fin des années 1980, lors de l\u2019adoption du Protocole de Montréal sur la protection de la couche d\u2019ozone.Le plus beau cadeau Noël est devenu le temps des cadeaux.Et le Nouvel An, celui des résolutions.Cette année, vous pouvez faire d\u2019une pierre plusieurs coups : cadeau, résolution, pour vos enfants et petits-enfants, de même que pour la planète tout entière.Il suffit d\u2019aller signer, si vous ne l\u2019avez pas déjà fait, comme plus d\u2019un quart de million de Québécois, le Pacte pour la transition.C\u2019est un cadeau et une résolution qui ne vous coûteront pas un sou (en fait, ils vont peut-être même vous en faire économiser!).Mais le Pacte, ce n\u2019est pas qu\u2019une pétition (qu\u2019il suffit de signer pour demander à d\u2019autres de faire quelque chose); c\u2019est plutôt un engagement personnel à faire soi-même (ou avec son conjoint, sa famille, sa classe ou son milieu de travail) un petit (ou un plus gros) quelque chose de plus que ce que vous faites déjà pour diminuer les gaz à effet de serre (GES).Et parce que vous vous engagez vous-mêmes, en signant le Pacte, vous faites en même temps pression sur nos gouvernements pour qu\u2019ils fassent, mieux et plus rapidement, ce qu\u2019ils sont les seuls à pouvoir faire à leur niveau: des lois et des règlements collectifs pour diminuer les GES et éviter le pire.Ce cadeau, vous pouvez être sûr qu\u2019il va être apprécié longtemps, par toute votre famille, et qu\u2019il ne sera pas retourné lors du Boxing COP 24 : quelle justice climatique pour les pays pauvres ?LIBRE OPINION LETTRES ÉLECTIONS 2019 Le choc populiste À ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu Neuve-et-Labrador qu\u2019il faudrait regarder pour la période 1991-2006 (perte de 63 000 habitants en 15 ans, soit \u201311,1%).Bref, en ce qui a trait aux Maritimes, on ne saurait y voir ni un «dépeuplement» contemporain ni un «dépeuplement» récent et généralisé.Michel Paillé, démographe, Québec, le 16 décembre 2018 Day, ni oublié dans un placard après quelques jours ou semaines de plaisir.Cette résolution, vous pourrez la poursuivre bien au-delà de 2019, et vous aurez l\u2019appui de centaines de milliers d\u2019autres personnes pour vous encourager à la tenir.Quel beau cadeau ce serait pour le Québec et pour notre avenir si, à l\u2019occasion des Fêtes, nous devenions un million de Québécois à signer le Pacte ! Dominique Boisvert Scotstown, le 18 décembre 2018 La population des Maritimes Dans sa chronique du samedi 15 décembre dernier, M.Konrad Yaka- buski affirme que les provinces maritimes du Canada «se dépeuplent à un rythme tel» qu\u2019elles pourraient être «mises sous tutelle par Ottawa».N\u2019en croyant pas un mot, je suis allé aux sources.Au cours des dix dernières années, la population des quatre provinces à l\u2019est du Québec a augmenté de 2,1%.Cette croissance va de 1,1% pour la Nou- velle-Écosse à 5,2% pour l\u2019Île-du- Prince-Édouard.À l\u2019évidence, on ne saurait généraliser à l\u2019ensemble des Maritimes la perte d\u2019un peu plus de 4000 habitants (perte de 0,005%) subie par le Nouveau-Brunswick entre 2011 et 2016.Si l\u2019on cherche absolument un quelconque «dépeuplement» dans les provinces maritimes, c\u2019est du côté de Terre- Un « dossier », vraiment ?Tant mieux si des évaluations sont faites pour faire en sorte qu\u2019arrivé à l\u2019école, un enfant puisse bénéficier de l\u2019aide de spécialistes pour un meilleur développement.Trop souvent le titulaire d\u2019une classe du primaire découvre tardivement que des élèves ont des difficultés d\u2019apprentissage ou socioaffectives nécessitant l\u2019intervention d\u2019un spécialiste, orthopédagogue ou autre.Par contre, l\u2019emploi du terme «dossier» m\u2019inquiète.Avoir un «dossier» à partir de l\u2019âge de quatre ou cinq ans peut conduire à certains abus.Si ce «dossier» est cumulatif, s\u2019il est conservé et peut être consulté par n\u2019importe qui et si son contenu comporte des éléments discriminants pour l\u2019avenir de l\u2019enfant, il faut mettre en question l\u2019initiative qui, à première vue, semble intéressante.Il faudrait notamment déterminer des balises qui respectent les droits de l\u2019enfant.Micheline Jourdain, enseignante à la retraite Le 18 décembre 2018 MANON CORNELLIER Justin Trudeau joue sur les émotions, opposant au populisme de droite un populisme de gauche A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE JEUDI 20 DÉCEMBRE 2018 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Comité directeur de l\u2019alliance ARIANE * L\u2019action gouvernementale en matière d\u2019aménagement du territoire et d\u2019urbanisme est actuellement dispersée dans de nombreux textes législatifs et autres politiques, éparpillés entre autant de domaines, et se déploie sans vision d\u2019ensemble.Cet éclatement décisionnel donne lieu à de nombreuses incohérences aux conséquences coûteuses, tant sur le plan environnemental qu\u2019économique et social.L\u2019aménagement du territoire a fait irruption dans le discours d\u2019ouverture de notre premier ministre lorsqu\u2019il a évoqué le Projet Saint-Laurent, une vision de développement économique ancrée dans le territoire.Les grandes lignes de ce projet sont détaillées dans le livre Cap sur un Québec gagnant, écrit par M.François Legault en 2013.Dans ce livre, M.Legault présente sa vision d\u2019une vallée de l\u2019innovation tournée vers le Saint-Laurent.Notre premier ministre y insiste sur l\u2019idée d\u2019une «vallée propre» qui mise sur la «consolidation du tissu urbain ».« L\u2019avenir est aux villes attrayantes et aux milieux de vie de qualité », écrit-il.Pour ce faire, un grand chantier de restauration des sols contaminés serait lancé, ce qui permettrait de concentrer le développement en milieu urbain, à proximité des infrastructures de transport en commun.Selon François Le- gault, l\u2019assainissement de ces terrains, disponibles notamment dans l\u2019est de Montréal, permettra d\u2019accueillir de nouvelles industries tout en évitant la destruction de terres agricoles ou de milieux naturels.Le Projet Saint-Laurent mise aussi sur un meilleur accès au fleuve.Il prévoit la mise en valeur de ce grand monument national autour duquel se sont bâtis nos milieux de vie, notre économie, notre société et notre histoire, et que bordent de multiples formes de patrimoine : clochers, villages, terres agricoles et installations industrielles.L\u2019ouvrage de François Legault témoigne d\u2019une certaine sensibilité environnementale et de son intérêt pour l\u2019aménagement durable du territoire, qu\u2019il sera important de voir s\u2019exprimer dans les futures politiques et décisions gouvernementales.L\u2019audace sera en effet nécessaire pour rétablir la cohérence en matière d\u2019aménagement du territoire.Rétablir la cohérence Par l\u2019exemplarité de ses actions et de ses choix, l\u2019État peut et doit davantage exprimer son leadership et sa vision en matière d\u2019aménagement.L\u2019atteinte de nos objectifs collectifs, mais aussi la prospérité future et la résilience de la société québécoise en dépendent.Ainsi, l\u2019aménagement raisonné des milieux de vie est incontournable pour la transition vers des modes de transport durables.Nous notons avec satisfaction la réappropriation par les nouveaux ministres de la Politique de mobilité durable, qui place les pratiques d\u2019urbanisme en son cœur.Le Plan directeur de transition énergétique met, lui aussi, l\u2019aménagement au premier plan.Ces orientations doivent maintenant se concrétiser.Or, comme le confirmait au mois d\u2019août dernier une étude du Conseil canadien d\u2019urbanisme, le Québec doit faire beaucoup mieux avec son territoire, alors que la croissance démographique continue à se faire essentiellement dans des secteurs particulièrement propices à la dépendance à l\u2019automobile.Entre l\u2019érosion des berges en Gaspésie et les inondations printanières récurrentes dans plusieurs régions, il est devenu évident que les collectivités québécoises doivent revoir leurs pratiques.Alors que la Loi sur l\u2019aménagement du territoire et la Loi sur la protection du territoire et des activités agricoles célèbrent leur quatrième décennie, il est temps que le Québec se dote d\u2019une politique nationale d\u2019aménagement du territoire.Une vision commune Une telle politique est réclamée par les professionnels du domaine depuis les états généraux de l\u2019aménagement et de l\u2019urbanisme en 2006.Elle rallie depuis 2015 une vaste coalition d\u2019acteurs au sein de l\u2019alliance ARIANE, pour qui l\u2019aménagement du territoire et l\u2019urbanisme doivent devenir une priorité au Québec.De plus en plus d\u2019élus municipaux, d\u2019écologistes, d\u2019agriculteurs, de gens d\u2019affaires, de professionnels des domaines de la culture, du patrimoine, de la santé et de très nombreux citoyens y adhèrent.La politique trouve aussi écho dans le Pacte pour la transition, qui l\u2019a incluse dans ses demandes au gouvernement.Comme l\u2019a récemment souligné le maire de Saint-Jean-sur-Richelieu, Alain Laplante, il faut des règles communes pour permettre aux collectivités de se développer tout en préservant le territoire agricole, les écosystèmes et le patrimoine bâti.La prise de conscience du premier ministre quant à l\u2019urgence climatique Plaidoyer pour une politique nationale d\u2019aménagement du territoire Maude Bonenfant Professeure, Département de communication sociale et publique, UQAM ; titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les données massives et les communautés de joueurs En 2015, la Société des alcools du Québec (SAQ) annonçait la mise en place d\u2019un nouveau système de fidélisation de sa clientèle sous la forme d\u2019une carte de points nommée Inspire.Choquée par cette annonce, j\u2019étais alors sûre que le public serait si révolté par cette initiative que la SAQ devrait revenir sur sa décision.Quelle ne fut pas ma surprise de constater que, non seulement la clientèle de la SAQ ne voyait aucun non-sens au programme Inspire, mais que le réel scandale était le faible nombre de points accordés à chaque achat\u2026 Le « débat public » autour de la question des points a ainsi occulté le vrai scandale.En effet, la visée d\u2019une carte de points est la fidélisation d\u2019une clientèle.Toutefois, dans le cas d\u2019un monopole d\u2019État, les clients n\u2019ont d\u2019autre choix que d\u2019acheter à la SAQ.Par ailleurs, les cartes de points, comme stratégie de marketing, visent à augmenter les ventes pour le commerçant.Dans le cas présent, les produits vendus sont nuisibles à la santé, puisqu\u2019il s\u2019agit d\u2019alcool : augmenter les ventes d\u2019alcool en fidélisant ses clients semble donc un énorme non-sens pour un monopole étatique qui devrait viser le mieux-être de la population.Le mandat de la SAQ n\u2019est certainement pas d\u2019augmenter la consommation éthylique des Québécoises et des Québécois, mais d\u2019intervenir, de réguler et de s\u2019assurer de la sécurité et de la santé publique en contrôlant la vente de certains produits.Plus grave encore, grâce à la carte Inspire, la SAQ collecte des informations personnelles sur notre consommation d\u2019alcool.Or, ces informations ont une grande valeur sur le marché des données.Par exemple, les assureurs pourraient souhaiter connaître notre rapport à l\u2019alcool, parce qu\u2019il a des incidences directes sur notre santé, même des années après la consommation : ces données ne « vieillissent » donc pas et, collectées de manière longitudinale, elles fourniront un portrait précis de nos habitudes d\u2019achat d\u2019alcool, éventuellement sur la durée d\u2019une vie.Des données « sensibles » En fait, ces données sont très « sensibles ».Néanmoins, en allant consulter La carte de points de la SAQ conditionne nos comportements d\u2019achat les conditions d\u2019utilisation de la carte Inspire, aucune information n\u2019est fournie sur les données elles-mêmes : comment sont-elles stockées, avec quel type de système de protection, qui y a accès, combien de temps vont- elles être conservées, comment vont- elles être détruites, etc.?Même si la SAQ nous assure \u2014 et je suis sûre de sa bonne volonté \u2014 que tout est « fait dans l\u2019ordre », que la collecte n\u2019est pas effectuée par un tiers, mais entièrement gérée à l\u2019interne, jamais des données collectées ne peuvent être protégées à 100 %.En matière de sécurité informatique, le risque de bris de sécurité est toujours présent, avec parfois des conséquences désastreuses pour la vie privée.Ici, le risque de divulgation de ces informations est trop grand comparativement aux bénéfices \u2014 qui sont nuls pour le citoyen, car il n\u2019est question que d\u2019augmenter sa consommation d\u2019alcool.Seule la SAQ profite vraiment de ce programme, se vantant même d\u2019avoir une base de données exceptionnelle et unique au monde sur la consommation d\u2019alcool de sa population (source : La mine d\u2019or de la SAQ).Sont alors mis en avant les bénéfices qu\u2019en récolte la société d\u2019État : meilleure gestion des stocks, augmentation des ventes par le profilage des consommateurs, personnalisation des communications par les lettres d\u2019envoi, etc.Sur la page d\u2019accueil du site de la carte Inspire est annoncé ceci : « Mon offre extra [qui] est une offre extra-personnalisée, qui vous donne une foule de points sur ce que vous aimez ».Bien évidemment, lorsque la clientèle est ciblée et que les offres publicitaires sont personnalisées parce qu\u2019on « comprend » les goûts des clients, les ventes (et la consommation) augmentent.Est proposé au client un rabais exactement sur le produit qu\u2019il aime et a l\u2019habitude d\u2019acheter.Difficile de résister.Par ailleurs, les systèmes de recommandation fonctionnent selon le principe de la prophétie autoréali- sante : on propose un produit (ciblé), l\u2019individu le consomme, confirmant ainsi la prédiction\u2026 qui ne se serait pas réalisée si le produit n\u2019avait pas été proposé.D\u2019un point de vue éthique, nous pouvons, comme citoyens, nous demander si le rôle de l\u2019État est de manipuler ainsi sa population pour lui faire consommer vin, spiritueux et autre alcool.Selon la même logique, à quand la carte de fidélité de la Société québécoise du cannabis ?Et celle pour Loto-Québec ?Si l\u2019intervention étatique est tout à fait justifiable, louable et défendable dans ces domaines relevant de la santé publique et de la sécurité des citoyens, l\u2019État outre- passe-t-il son mandat quand il propose des cartes de points pour augmenter la consommation, voire la dépendance ?Où en sommes-nous dans nos choix collectifs ?Si nous avons autant de cartes de fidélité dans notre portefeuille, c\u2019est parce que nous les accumulons comme nous accumulons les points, sans vraiment prendre conscience des réels enjeux et de ce que nous cédons pour quelques points : notre argent, notre libre arbitre, notre vie privée.La SAQ nous offre une carte de plus et nous la prenons, machinalement, en espérant avoir bientôt une bouteille gratuite.La carte de points atteint ainsi son objectif : celui de conditionner nos comportements d\u2019achat.Avec toutes ces cartes, nous sommes maintenant vraiment bien (trop ?) dressés ! a de quoi rassurer, mais exige une certaine dose de vigilance.Son gouvernement se doit maintenant de mettre en œuvre des actions concrètes en lien avec les valeurs et les sensibilités exprimées.Parmi les neuf grandes idées en environnement affichées durant la campagne par la Coalition avenir Québec figurait, en bonne place, une « Politique nationale d\u2019aménagement et d\u2019architecture ».Nous appelons le premier ministre à aller de l\u2019avant et à convoquer, dans les prochains mois, un sommet de l\u2019aménagement du territoire réunissant la société civile et le monde municipal.Ce sommet permettra, à l\u2019issue d\u2019un diagnostic collectif nécessaire, de définir nos priorités et de nous doter collectivement d\u2019une vision pour le territoire.La ministre de l\u2019Environnement, Ma- rieChantal Chassé, est revenue de la Conférence sur le climat de Katowice avec l\u2019ambition de proposer un plan misant sur la mobilisation de la population pour une «juste transition» énergétique.L\u2019aménagement du territoire ne peut qu\u2019être au cœur de ce plan, tout comme il doit être au cœur du projet du nouveau gouvernement pour le Québec.*Le comité directeur de l\u2019alliance ARIANE: Marcel Groleau, président général de l\u2019Union des producteurs agricoles ; Bernard Bigras, directeur général de l\u2019Association des architectes paysagistes du Québec; Jeanne Robin, secrétaire de l\u2019alliance ARIANE; Karel Mayrand, directeur pour le Québec de la Fondation David Suzuki ; François Lestage, président de l\u2019Association des aménagistes régionaux du Québec; Lucie Carreau, présidente de l\u2019Ordre des urbanistes du Québec; Dinu Bumbaru, directeur des politiques d\u2019Héritage Montréal ; Nathalie Dion, présidente de l\u2019Ordre des architectes du Québec; Renée Genest, directrice générale d\u2019Action patrimoine; Ron Rayside, architecte chez Rayside Labossière ; Christian Savard, directeur général de Vivre en ville ; Marie- Odile Trépanier, professeure honoraire à l\u2019Université de Montréal ; Vincent Moreau, directeur général du Regroupement national des conseils régionaux de l\u2019environnement du Québec.L\u2019aménagement raisonné des milieux de vie est incontournable pour la transition vers des modes de transport durables.YAN DOUBLET LE DEVOIR Seule la SAQ profite vraiment de ce programme, se vantant même d\u2019avoir une base de données unique au monde sur la consommation d\u2019alcool de sa population LEDEVOIR // LE JEUDI 20 DÉCEMBRE 2018 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 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H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.therine Ferland, de la Société d\u2019histoire Les Rivières, qui est aussi une des animatrices d\u2019une page Facebook intitulée Sauvons la villa Livernois.« La Ville a beau avoir classé la maison, il n\u2019y a pas de contrainte pour le propriétaire, qui la laisse dépérir.Je l\u2019ai visitée il y a un peu plus de deux ans.Depuis, je peux vous dire qu\u2019elle s\u2019est vraiment beaucoup dégradée », explique l\u2019historienne au Devoir, où elle publie par ailleurs des critiques de restaurant pour la région de Québec.La présidente du conseil de l\u2019arrondissement, Dominique Tanguay, explique que le service des incendies de la Ville a été forcé de barricader la maison.« La facture va être envoyée au propriétaire.Le bâtiment a été négligé.On a demandé à plusieurs reprises au propriétaire de s\u2019en occuper.» Quelle sera la prochaine étape ?« Là, on est rendus à des constats d\u2019infraction.Je peux dire qu\u2019on n\u2019a pas beaucoup de collaboration.» La villa est notamment dotée de plusieurs volumes juxtaposés, dont une tour de trois étages, de toits en pavillon dont les rives sont ornées de consoles et de frontons, de nombreuses ouvertures de JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR À la tête d\u2019une dynastie de l\u2019image en un temps où la photographie était reine, Jules-Ernest Livernois (1851-1933) fait construire en 1905, près des rivières Saint-Charles et Lorette, une immense villa qui témoigne de sa notoriété autant que de sa fortune.Depuis 2015, l\u2019immense maison a été laissée à l\u2019abandon, même si, pour la Ville de Québec, cette résidence située sur le boulevard Masson « possède une valeur patrimoniale supérieure » qui tient autant à son ancienneté qu\u2019à son caractère historique et à ses qualités architecturales.Sur l\u2019une des photographies que Jules- Ernest réalise près de sa villa, on voit devant la porte d\u2019entrée son fils, le petit Paul Livernois, cravache à la main, dos bien droit, coiffé d\u2019un bachi, chevauchant une jument au crin bien taillé.Toute la grandeur du lieu semble concentrée dans la puissante musculature de l\u2019animal pour lequel on a édifié des écuries.Comment un tel lieu s\u2019est-il retrouvé à l\u2019abandon?« Voilà un autre bel exemple du manque réel de contrôle des municipalités sur leur patrimoine », affirme Ca- E N B R E F Le nouveau pont Champlain portera le nom Samuel-De Champlain Le nouveau pont Champlain portera le nom Samuel-De Champlain, a annoncé mercredi le ministre fédéral de l\u2019Infrastructure, François-Philippe Champagne, qui visitait le chantier de construction de la nouvelle structure qui reliera Montréal à la Rive-Sud.Le ministre était visiblement satisfait de l\u2019avancement des travaux.Il a indiqué que « le pont était essentiellement terminé » et « qu\u2019il peut être traversé à pied ».Par voie de communiqué, le gouvernement fédéral a déclaré que la structure couvre maintenant la totalité des 3,4 km entre les deux rives.Des travaux pour asphalter la chaussée et pour rendre le pont imperméable devront être faits une fois que la température le permettra, a précisé M.Champagne.La Presse canadienne Un Canadien condamné à 40 ans de prison pour terrorisme aux États-Unis Un jeune Canadien reconnu coupable d\u2019avoir planifié des attentats terroristes à New York a été condamné à 40 ans de prison devant un tribunal aux États- Unis.Son avocat canadien a indiqué que la peine avait été infligée mercredi à Abdulrahman El Bahnasawy, âgé de 20 ans.Cette lourde sentence a été prononcée en dépit des arguments de la défense selon lesquels le Canadien a été pris au piège.Sa famille a aussi affirmé qu\u2019il souffrait d\u2019une grave maladie psychiatrique.Les procureurs avaient réclamé la prison à perpétuité.Ils ont affirmé qu\u2019Abdulrahman El Bahnasawy résidait en périphérie de Toronto lorsqu\u2019il aurait entamé une correspondance en ligne avec un recruteur de haut niveau de Daech (le groupe armé État islamique).La Presse canadienne Le CRTC fait appel aux fournisseurs pour réduire les appels non sollicités OTTAWA \u2014 L\u2019organisme fédéral de réglementation de l\u2019industrie de la téléphonie canadienne annonce qu\u2019il accorde un délai d\u2019un an aux fournisseurs de services pour mettre en œuvre une nouvelle mesure destinée à réduire le nombre d\u2019appels non sollicités par les consommateurs.Le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) affirme que d\u2019ici le 19 décembre 2019, les fournisseurs de services de communication devront être en mesure de bloquer les numéros qui sont manifestement illégitimes.Il s\u2019agit de la plus récente tentative du CRTC pour s\u2019attaquer au problème récurrent des appels indésirables.L\u2019industrie craint toutefois que certaines communications légitimes puissent être bloquées par inadvertance.La Presse canadienne JACQUES NADEAU LE DEVOIR L\u2019immeuble a une histoire, mais on ne peut pas dire que c\u2019est historique PIERRE PAPILLON » dimensions variées dont une fenêtre palladienne, sans parler des boiseries ornementales qui rehaussent des chambranles, des planches cornières, des épis, des aisseliers, et jusqu\u2019au portail d\u2019entrée.Développer pour sauver?Rien d\u2019autre ne peut être fait pour préserver ce bâtiment?«On y est allés avec le pouvoir qu\u2019on avait », dit Dominique Tanguay.Elle espère que la propriété sera vendue et que quelqu\u2019un verra à la développer.« Ça reste un bon espoir.[\u2026] Juste pour la restaurer, personne ne va être intéressé.Il n\u2019y a pas d\u2019intérêt non plus.Faudrait développer autour.Le terrain est suffisamment grand.» Pourquoi ne pas avoir fait appel au ministère de la Culture pour envisager un classement de cette maison à un niveau supérieur?«Je ne connais pas bien la législation là-dessus», dit la conseillère municipale, tout en ajoutant que le dossier a été judiciarisé par la Ville de Québec.«On veut forcer le propriétaire à faire certains travaux.J\u2019ai bon espoir.» En attendant, elle constate comme les citoyens que la villa Livernois continue de se dégrader à grande vitesse, ouverte à tous les vents.La propriété et ses terrains sont à vendre sur le site d\u2019Immeubles Tandem, la vitrine commerciale de Capital Transit, le promoteur immobilier à qui appartient désormais la villa.On y affirme que le terrain peut accueillir différents projets immobiliers, par exemple de 24 à 30 condominiums, de 10 à 12 maisons en rangée et près de 40 logements à prix modique, tout en faisant miroiter la possibilité d\u2019obtenir « une subvention pour restauration de l\u2019immeuble ».L\u2019ensemble est offert à la vente pour un peu plus d\u2019un million.En 2016, la villa avait fait l\u2019objet d\u2019un préavis de vente pour défaut de paiement de la taxe foncière de la part du propriétaire.Joint par Le Devoir, un responsable d\u2019Immeubles Tandem refuse de donner son nom.«C\u2019est un projet immobilier.L\u2019immeuble est condamné en attendant.C\u2019est normal.La Ville a de l\u2019intérêt pour cet immeuble.Au niveau du souhait, c\u2019est une chose; au niveau de la réalité, c\u2019en est une autre.Vouloir sauver le vieil immeuble, ça complique les choses.» Pierre Papillon, président de Capital Transit, explique pour sa part au Devoir que son entreprise s\u2019est retrouvée propriétaire à la suite d\u2019une mauvaise créance.Il dit être en discussion depuis plusieurs mois avec un acheteur potentiel, mais regrette que la Ville ne se branche pas sur les possibilités offertes par le zonage.« J\u2019ai vu la maison quand notre client l\u2019avait achetée.Je suis d\u2019accord pour dire que c\u2019était une belle maison.Mais il y a de l\u2019eau qui a coulé dedans.Là, ça s\u2019est détérioré.Une cheminée est tombée.» Il doute que la maison soit récupérable.Ne pas la chauffer aggrave-t-il sa condition?«C\u2019est certain que ça n\u2019aide pas!» Mais pourquoi alors ne pas la chauffer, d\u2019autant que cette villa de style néo-Re- naissance italienne dessinée par l\u2019architecte Joseph-Pierre Ouellet possède une importante valeur patrimoniale?« L\u2019immeuble a une histoire, mais on ne peut pas dire que c\u2019est historique », soutient M.Papillon.JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Dans des documents obtenus en vertu de la Loi sur l\u2019accès à l\u2019information, Le Devoir a appris que la maison du patriote Boileau à Chambly, récemment rasée par la municipalité, avait été jugée par le ministère de la Culture et des Communications «représentative de l\u2019architecture traditionnelle québécoise », du moins selon une lettre de la sous-minis- tre Marie-Claude Champoux.Toutefois, selon le ministère, cette demeure ne constituait pas « un exemple remarquable », sans compter que les « travaux majeurs nécessaires pour sa remise en état risquaient de compromettre son intégrité».En conséquence, le ministère n\u2019avait pas jugé bon d\u2019intervenir «pour sauvegarder cette maison».À l\u2019Assemblée nationale, le 20 avril 2016, la ministre avait dans la foulée indiqué qu\u2019on ne pouvait pas protéger toutes les maisons des patriotes de 1837-1838.« Que voulez-vous, dans ce coin-là, il y a 11 maisons de patriotes qui sont classées, il y a quatre églises, il y a une cloche, il y a un calvaire, il y a un manoir, il y a une prison.» En commission parlementaire, le 21 avril, la ministre laissait entendre que les maisons des patriotes étaient encore très nombreuses: «Vous savez combien il y a de patriotes au Québec, hein ?[\u2026] II y en a 5000, patriotes.Alors, quand tu as 5000 patriotes, tu ne peux pas classer 5000 maisons parce qu\u2019il y a eu un patriote dans la maison.» La maison du notaire René Boileau représentait néanmoins, de son avis, un intérêt patrimonial à l\u2019échelle locale.C\u2019est ce qu\u2019elle indiquait dans une lettre adressée le 29 avril 2016 au maire de Chambly, Denis Lavoie, dont Le Devoir a obtenu copie.Dans cette lettre, la ministre David affirme que le patriote René Boileau a joué un rôle «dans l\u2019histoire chamblyenne» mais qu\u2019il «ne s\u2019est toutefois pas démarqué de manière significative au sein du mouvement et du parti patriote pour conférer un intérêt national à la maison».La ministre y regrette par ailleurs que le maire n\u2019ait « pas retenu l\u2019option qui [lui] a été proposée par [son] Ministère de restaurer la maison Boileau afin d\u2019y installer la bibliothèque municipale ».L\u2019aide du ministère à cette reconversion était acquise pour Chambly, mais Québec insistait pour dire à la municipalité que la préservation du patrimoine dans ce dossier lui revenait.La maison Boileau : d\u2019un intérêt local, selon la ministre La villa Livernois laissée à l\u2019abandon PATRIMOINE La villa Livernois, de style néo-Renaissance italienne et dessinée par l\u2019architecte Joseph-Pierre Ouellet, est abandonnée aux quatre vents depuis 2015.PATRICK ALTMAN "]
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