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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Le D Magazine
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2019-02-02, Collections de BAnQ.

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[" Écouter | Voir | Lire | Réfléchir | Voyager | Déguster | Vivre | Jouer M A G A Z I N E L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Lire La littérature afro-québécoise par-delà Dany Laferrière Vivre Les Dolomites au cœur des montagnes de corail Scène Célébrer la parole par le chant u\u2019est-ce qui peut devenir une bonne série télé ?Il y a bien sûr le scénario traditionnel, ou alors un livre palpitant.Des ar ticles de journaux ou même des documentaires peuvent également mener à des fictions au petit écran.Mais un regard sur les programmations télé de pays anglo- saxons montre qu\u2019une nouvelle source de contenu gagne depuis quelque temps ses lettres de noblesse : la baladodiffusion.Vendredi, à HBO, la deuxième saison de 2 Dope Queens prendra son envol.L\u2019émission menée par Jessica Williams et Phoebe Robinson prend racine dans le populaire balado du même nom, où les deux Américaines discutaient de sujets très variés avec des invités.Ce n\u2019est là qu\u2019un exemple d\u2019une série d\u2019émission télévisée née de l\u2019audio.Mentionnons aussi l\u2019émission Homecoming, qui a été adaptée d\u2019un balado produit par le joueur clé du genre, Gimlet, et diffusé sur Amazon Prime Video \u2014 avec Julia Roberts en vedette.NBC est à développer une émission basée sur le balado The Black Tapes, et d\u2019autres projets du genre sont en cours avec divers podcasts, comme Lore, The Bright Sessions et Tanis.Sans dire que la création de contenu télé à partir de balados est devenue une tendance lourde, le producteur Pablo Salzman, président de Connect 3, estime que «c\u2019est dans le zeitgeist.Maintenant, c\u2019est comme l\u2019équivalent d\u2019un livre ou d\u2019un article, c\u2019est du contenu auquel on accorde la même importance.» Joint lors du Realscreen Summit, L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Scène Fortin, Lynch-White et Quesnel font vibrer leur voix partout au Québec.Odile Tremblay Danse Les flâneurs Cinéma Arts visuels Musique Humour Écrans et grilles télé C U L T U R E V I V R E L I R E 4 67 16 19 36 39 8 5 24 33 26 32 42 44 46 48 51 52 53 53 Grand angle La littérature afro- québécoise par-delà Dany Laferrière.Fiction Entrevue avec Tardi Polar Louis Cornellier Mohamed Ali, deux poings et une fin Voyage Au cœur des montagnes de corail, la splendeur des Dolomites.Nature Alimentation Resto Famille Société Vin Jeux SOMMAIRE 28 34 Photo de la une du D : Marie-France Coallier Le Devoir Photo de la une Lire : Agence France-Presse C U L T U R E GRAND ANGLE PHILIPPE PAPINEAU LE DEVOIR Scénario balado L\u2019audio comme source de contenu gagne ses lettres de noblesses à l\u2019écran Q qui se déroulait en Nouvelle-Orléans lors des derniers jours, M.Salzman inscrit cette nouvelle réalité dans le contexte où les besoins de contenus n\u2019ont jamais été aussi grands.« En plus des séries de chez nous, on regarde de plus en plus d\u2019émissions étrangères, croit le producteur, citant les séries scandinaves ou même l\u2019espagnole Casa de Papel.Et il y a aussi plus de diffuseurs et de pla- teformes, alors ça fait qu\u2019il y a plus de contenus qui sont créés maintenant.» Vrai qu\u2019à notre télé, câblée ou non, s\u2019ajoute depuis quelques années des joueurs comme Netflix, Amazon et Disney.«Et le challenge, souvent, c\u2019est comment tu peux te démarquer, ajoute Pablo Salzman.Et c\u2019est sûr que quand tu as de la propriété intellectuelle, ça peut te donner un énorme avantage, et j\u2019inclurais le podcast dans ça.» Des avantages La directrice de la veille stratégique au Fonds des médias du Canada, Catherine Mathys, pense la même chose.«À un moment donné, le contenu qui se développe pour la télévision peut prendre beaucoup de temps.Le monde du balado peut devenir intéressant, car c\u2019est un monde d\u2019intrigue, d\u2019histoires déjà bien ficelées et bien développées.Ça me paraît déjà naturel que la télé se tourne vers ça.» Dans cer tains balados, il a donc déjà une trame narrative forte, des personnages clairs, un récit dynamique, ce qui peut être « moins chronophage » pour un producteur télé que l\u2019adaptation d\u2019un livre, croit Catherine Mathys.Un autre avantage de créer à partir d\u2019un balado existant, c\u2019est qu\u2019il existe déjà un public de fidèles, souligne Pablo Salzman, qui a longtemps travaillé chez Cinéflix.« Il y a déjà du monde qui adore [les balados], c\u2019est un immense avantage quand tu commences à monter un projet.Parce que les gens de l\u2019industrie peuvent déjà être amoureux de l\u2019idée, et parce que tu sais que quand ton projet sort sur le marché, tu as déjà tes premiers spectateurs, en théorie.Ça aide pour la promotion.» Au Québec Chez nous, selon l\u2019Association québécoise de la production médiatique (AQPM), il n\u2019y a pas encore eu de telles productions télé issues d\u2019un balado, mais le regroupement compte aborder le sujet lors de son prochain congrès, en avril.Chez le producteur Zone3, la productrice au développement de fiction Véronique Jacob n\u2019en est pas encore à l\u2019adaptation, mais plutôt au développement même de balados de fiction.«Ce qui m\u2019intéresse, c\u2019est de trouver une histoire qu\u2019on pourrait faire en fiction, avec du son 3D par exemple, une expérience sonore auditive marquante.Pour les joueurs québécois, le balado reste assez nouveau.» Rien n\u2019est encore ficelé en ce sens, mais les créateurs du balado québécois Distorsion, Émile Gauthier et Sébastien Lévesque, flirtent sérieusement avec une adaptation télé.Déjà, une version en livre de leurs «histoires étranges de l\u2019ère numérique» verra le jour (voir l\u2019encadré).« On a dif férentes discussions et on essaie de voir comment on peut amener ça à l\u2019écran sans que ça ait l\u2019air d\u2019être du déjà-vu, raconte au Devoir Émile Gauthier.Il faut que tous ces supports-là soient complémentaires.Il faut que quelqu\u2019un qui a tout écouté nos podcasts trouve une valeur dans le livre et dans la télé, s\u2019il y a lieu.On ne veut pas resservir le même plat à tout le monde dans des formats différents.» Cette idée de créer des franchises plane donc sur l\u2019industrie audiovisuelle, même si cette approche ne garantit pas un succès, dit Catherine Mathys, donnant l\u2019exemple du balado Alex inc., qui n\u2019a connu qu\u2019une saison télé à ABC avant d\u2019être annulé.La directrice de la veille stratégique du FMC souligne tout de même que le créateur américain de balados Gimlet vient de mettre sur pied une division télé et cinéma.«C\u2019est donc possible qu\u2019à l\u2019avenir, on crée des contenus encore plus faciles à transposer à l\u2019écran et qui puissent même devenir interactifs avec les haut-parleurs intelligents.Qu\u2019on soit en mesure de décliner l\u2019audio en plusieurs plateformes.» | 3 É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Distorsion, du balado au livre Si les créateurs du balado québécois Distorsion, Émile Gauthier et Sébastien Lévesque, pourraient voir leur travail adapté pour la télévision, une version sur papier verra en tout cas le jour le 20 février aux Éditions de l\u2019Homme.Doublé du sous-titre «13 histoires étranges de l\u2019ère numérique », Distorsion creuse des récits mystérieux, «parfois sensationnels mais sans tomber dans le sensationnalisme », résume Émile Gauthier.«On trouvait que le livre était sûrement un des meilleurs formats pour adapter le podcast, croit-il.C\u2019est une forme de littérature, ça se consomme presque comme un livre, les gens vont les écouter dans le transport, chez eux avant de se coucher, par exemple.Pour nous et pour ce qu\u2019on fait, c\u2019est une transition qui est assez logique.» Le bouquin conserve l\u2019aspect «suspense» du balado, estime Gauthier, et le format imprimé permet l\u2019ajout concret de preuves visuelles tirées du Web.«Et on ajoute des petites parties éducatives.On veut quand même qu\u2019il y ait une part de réflexion sur les technologies, sur le numérique.» L\u2019adaptation sur papier, croit Gauthier, est aussi plus facile grâce aux dessins du bédéiste français Run.« Il y a non seulement des mots, mais il y a aussi moyen de mettre des illustrations, qui vont encore plus immerger le lecteur.» La deuxième saison de 2 Dope Queens prendra son envol vendredi.L\u2019émission menée par Jessica Williams et Phoebe Robinson prend racine dans le populaire balado du même nom, où les deux Américaines discutaient de sujets très variés avec des invités.HBO Homecoming a été adaptée d\u2019un balado produit par le joueur clé du genre, Gimlet, avec Julia Roberts en vedette.AMAZON PRIME VIDEO ENTREVUE CHRISTIAN SAINT-PIERRE COLLABORATEUR LE DEVOIR ci et là, au fil des ans, que ce soit au théâtre, à la télévision ou au cinéma, ces trois comédiennes ont saisi toutes les occasions de chanter.Cet hiver, elles vont plus loin encore en prenant part à un tour de chant en bonne et due forme.Kathleen Fortin rend hommage au compositeur André Gagnon, Debbie L ynch- White à de grandes femmes de la chanson et Dominique Quesnel à l\u2019éternel Leonard Cohen.Si Debbie Lynch-White ne peut au- jourd\u2019hui s\u2019empêcher de chanter, c\u2019est en bonne partie grâce à son défunt père: «C\u2019est lui qui m\u2019a initiée à la musique.Il jouait de la guitare.Ensemble, dans le salon, nous passions des soirées entières à chanter.Il a grandement contribué à ma culture musicale.Il m\u2019a fait découvrir les Beatles, Led Zeppelin, Tracy Chapman\u2026» Quand elle revenait de l\u2019école, la jeune Debbie « cassait les oreilles » de sa mère en s\u2019époumonant devant son miroir, une brosse à cheveux à la main : « J\u2019étais insatiable.Je passais des heures à chanter du Céline ou du Mariah Carey.» C\u2019est en intégrant une chorale, à l\u2019église, que l\u2019adolescente réalise qu\u2019elle a une voix pas tout à fait comme les autres : «On a commencé à me donner de plus en plus de solos.Je sentais qu\u2019on me fa isai t confiance.Je recevais des commentaires élogieux.Mais je pense que c\u2019est dans les karaokés que ça s\u2019est confirmé, quand j\u2019ai vu de quelle manière les gens réagissaient à ma voix.» Cet appel pour le chant, aussi fort soit-il, ne parviendra pourtant pas à éloigner la jeune femme de son rêve premier : « J\u2019ai toujours voulu être comédienne.À huit ans, c\u2019était déjà clair.C\u2019est pour ça que je me définis comme une actrice qui chante, et non pas comme une chanteuse.Le chant, c\u2019est une corde de plus à mon arc, une manière additionnelle d\u2019interpréter, de transmettre.» Tout le monde peut chanter Depuis sa sortie de l\u2019École nationale de théâtre en 1988, Dominique Quesnel a pris beaucoup de plaisir à chanter sur scène, de Cabaret neiges noires à Belles-sœurs, en passant par les Secrétaires percutantes.Pour elle aussi, l\u2019amour du chant provient de l\u2019enfance : « Mes parents chantaient beaucoup.Ils affectionnaient Frank Sinatra, Harr y Belafonte, Emma- nuëlle\u2026 Ils n\u2019avaient pas de grandes voix, mais ils m\u2019ont transmis le bonheur de chanter.Pour ça, je les remercie énormément.» La comédienne est d\u2019avis que tout le monde est apte à chanter : « Les gens qui ne chantent pas, ce sont souvent ceux qui se sont fait dire, quand ils étaient jeunes, qu\u2019ils chantaient mal.Une chose pareille, ça peut blesser à vie.Si tu es capable de parler, tu es capable de chanter.C\u2019est Stéphane Venne, je crois, qui a écrit : \u201cChanter c\u2019est comme parler, mais c\u2019est plus beau.\u201d Cette phrase-là m\u2019est toujours restée dans la tête.Je trouve ça tellement vrai.» « En ce qui me concer ne, j \u2019a i chanté avant de parler, inter vient Kathleen Fortin.À un an et demi, il paraît que j\u2019entonnais Agadou dou dou de Patrick Zabé.Pendant toute mon enfance, j \u2019ai baigné dans la musique.Mon père a été pianiste dans les bars.Avec mon grand-père et l\u2019un de mes oncles, il chantait à l\u2019église tous les dimanches.» À l\u2019adolescence, la comédienne avoue qu\u2019elle poussait « tout le temps » la note : « Au secondaire, je chantais dans les manifestations.Au cégep, j\u2019étais choriste pour des groupes.J\u2019ai donc constamment chanté, mais sans jamais penser en faire une carrière.Je me suis laissé porter par la vie et celle-ci m\u2019a menée au théâtre, que j\u2019ai toujours aimé parce qu\u2019il impliquait une aventure collective.Je suis assurément une fille de bande.La chanson, qu\u2019on le veuille ou non, c\u2019est très individuel.» Répertoires exceptionnels Depuis novembre 2017, Kathleen Fortin présente avec le pianiste Stéphane Aubin un programme intitulé Les 4 saisons d\u2019André Gagnon.Dans ce spectacle produit par Station bleue, en bonne partie instrumental, la qua- rantenaire interprète notamment des extraits de l\u2019opéra Nelligan et du légendaire concert Leyrac chante Nelligan.«Certains soirs, c\u2019est carrément magique, explique-t-elle.Chanter, selon moi, c\u2019est la façon la plus directe d\u2019être cœur à cœur avec le public.C\u2019est une histoire de vibrations et L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e S c è n e 4 | Célébrer la parole par le chant Chacune à leur manière, les actrices Kathleen Fortin, Debbie Lynch-White et Dominique Quesnel feront vibrer leur voix sur les scènes du Québec I Chanter, selon moi, c\u2019est la façon la plus directe d\u2019être cœur à cœur avec le public.C\u2019est une histoire de vibrations et d\u2019âme, un exercice qui tient du dévoilement.KATHLEEN FORTIN » Kathleen Fortin dans Les 4 saisons d\u2019André Gagnon En tournée jusqu\u2019au 14 avril, notamment au théâtre Outre- mont le 5 avril et au Petit Champlain le 6 avril.Debbie Lynch- White dans Elle était une fois En tournée jusqu\u2019au 25 avril, notamment au théâtre Maisonneuve de la PdA le 22 février et à la salle Albert-Rousseau le 23 avril.Dominique Quesnel dans Hallelujah Leonard En tournée jusqu\u2019au 22 juin, notamment au Lion d\u2019Or le 14 mars. | 5 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Michel Legrand, si loin, si proche Le décès samedi dernier, à 86 ans, du compositeur, chanteur et pianiste français Michel Legrand a laissé ses admirateurs sur le carreau.Comme s\u2019il leur enlevait en partant des pans de leur jeunesse et peut-être de leur innocence.Vrai cliché que d\u2019évoquer la fin d\u2019une époque, mais son legs et son profil sont tellement à l\u2019opposé du cynisme actuel qu\u2019on mesure soudain le fossé qui nous en sépare.Il a été enterré vendredi dans un Paris aux centaines de commerces placardés à la suite des manifs des gilets jaunes, où la frustration générale est palpable, où la beauté de la Ville Lumière se voit déparée par des graffitis moches, des aires historiques envahies par les commerces touristiques à trois sous ; symptômes d\u2019un malaise plus général.Et alors que la France, le Québec, les États-Unis et le monde entier rendent hommage à ce compositeur populaire qui a laissé beaucoup de lui- même sur tant de territoires et pour tant d\u2019oreilles, Michel Legrand, avec sa pulsion de vie, sa créativité débridée, son optimisme fondamental, semblait déjà en son âge mûr étranger à nos temps présents.Ce n\u2019est pas que l\u2019homme aux trois Oscar n\u2019ait mis en musique, sur des registres baroques, jazzés, rocks, pop \u2014 ou tous genres télescopés \u2014 que des sentiments heureux.La mélancolie suintait de ses œuvres phares portées au cinéma, mais le romantisme aussi, filant entre les notes comme un clair motif de la chanson Les moulins de mon cœur pour L\u2019affaire Thomas Crown, des dialogues entonnés des Demoiselles de Rochefort, des Parapluies de Cher- bourg et de Peau d\u2019Âne de Jacques Demy, son âme sœur artistique.Ces airs-là nous revenaient en tête au lendemain de sa mort, remplis de légèreté, de lyrisme, de confiance en l\u2019humanité.Surtout ceux des Parapluies de Cherbourg, film totalement chanté, pari fou auquel nul ne croyait, coiffé de la Palme d\u2019or à Cannes en 1964 et qui lança comme une balle la toute jeune Catherine Deneuve.On a évoqué aussi son célèbre Le- grand jazz, album mythique en 1958 de classiques de jazz sous sa direction orchestrale avec des monstres sacrés, dont John Coltrane, Bill Evans et Miles Davis.Si diversifiée, l\u2019œuvre du musicien français, que la postérité ne saura guère dans quelle case le ranger.ODILE TREMBLAY Il n\u2019y a jamais eu d\u2019âge d\u2019or, pourtant.Et le Michel Legrand qui grandit durant la dernière guerre sous l\u2019Occupation, fils d\u2019un père compositeur infantile, démissionnaire et collabo, celui qui vit la tête d\u2019un soldat américain exploser devant ses yeux et qui eut longtemps pour seul compagnon d\u2019envol le vieux piano Pleyel familial, aurait pu soigner des chocs post-trauma- tiques son existence durant.Par tempérament et par goût du jeu, il fonçait à l\u2019assaut du moment présent.Avoir eu pour professeur de piano au Conservatoire de Paris l\u2019exigeante, tyrannique et exceptionnelle Nadia Boulanger lui aura appris à déchiffrer les partitions musicales les plus ardues.Enseignement classique qu\u2019il allait métisser à sa guise, mais dont la rigueur et l\u2019esprit de discipline lui servirent à jamais.C\u2019est ce que révèle sa passionnante autobiographie, écrite avec Stéphane Lerouge, publiée en 2018 chez Fayard, J\u2019ai le regret de vous dire oui.À lire, pour cette saisissante trajectoire artiste qui ne saurait se résumer post mortem aux Parapluies de Cherbourg.L\u2019éclectisme de Michel Legrand lui fit croiser au cinéma, en studio et sur scène tant de sommités de toutes les branches, à des époques diverses, que sa vie se lit comme un roman d\u2019aventures et un pan d\u2019histoire de l\u2019art.Igor Stravinski ne lui aura-t-il pas enseigné le caractère mystérieux du talent artistique?«Quand on est un vrai créateur, on ne sait jamais très bien ce que l\u2019on fait.» De Francis Poulenc à Darry Cowl, de Ray Charles à Boris Vian, de Miles Davis à Oscar Peterson, de Maurice Chevalier à Jacques Brel, en passant par Stéphane Grappelli, John Cage et tant d\u2019autres, ses compagnons de route ont enfanté l\u2019histoire musicale de modernité, livrée pour mémoire en fragments.«Bach, Mozart ou Ravel, c\u2019est ma langue maternelle.Le jazz, c\u2019est ma première langue vivante», écrivait-il avant de demander: «Existerait-il une façon de combiner, d\u2019amalgamer toutes ces cultures?» \u2014 Oui.Au cinéma.Qu\u2019il ait composé d\u2019un côté ou de l\u2019autre de l\u2019Atlantique la musique de films de Jean-Luc Godard, Barbra Streisand, Sidney Pollack, Richard Brooks, Joseph Losey, Jean-Pierre Melville, Chris Marker, Orson Welles, Jacques Demy, Marcel Carné, Agnès Varda et compagnie, toutes vagues du cinéma confondues, nourrit sa légende.Le parcours de Michel Legrand était un parcours de liberté.Il aura enfourché tant de défis sans crainte, alors que la peur est si forte au- jourd\u2019hui.On lève aussi notre chapeau à son swing évanoui.Kathleen Fortin rend hommage à André Gagnon, Debbie Lynch- White à de grandes femmes de la chanson, et Dominique Quesnel à l\u2019éternel Leonard Cohen.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR d\u2019âme, un exercice qui tient du dévoilement.Il y a des moments où la symbiose est telle que je me dis que c\u2019est impossible d\u2019atteindre ça autrement que par le chant et la musique.» Depuis octobre, Dominique Ques- nel célèbre avec Claude Fradette et Simon Dolan la musique de Leonard Cohen dans un spectacle intitulé Hallelujah Leonard.« Quand Claude m\u2019a présenté le projet, je me suis vraiment demandé si j\u2019étais capable de le faire, avoue la comédienne.Défendre une vingtaine de chansons, sans personnage, ce n\u2019est pas rien.Finalement, en commençant le travail, j\u2019ai cessé de douter.Je ne pense pas que j\u2019aurais été prête à accomplir une chose pareille en sor tant de l\u2019école de théâtre.À 54 ans, avec l\u2019expérience de scène que j\u2019ai, c\u2019est non seulement un grand plaisir, c\u2019est aussi très excitant.D\u2019autant que je chante un matériel extraordinaire, qui me permet de voyager dans des énergies très dif férentes, l\u2019œuvre d\u2019un poète immense que les gens aiment passionnément et que j\u2019approche avec beaucoup d\u2019humilité.» Toutes ces femmes en elle À 32 ans, Debbie Lynch-White s\u2019apprête à présenter son premier tour de chant : Elle était une fois .Au menu de ce spectacle mis en scène par Frédéric Dubois : des chansons écrites par des femmes, de Clémence Desrochers aux Spice Girls, en passant par Barbara, Édith Piaf, Lisa LeBlanc et Adele.Le 22 février, la jeune femme \u2014 accompagnée par Gabriel Gratton à la direction musicale et aux claviers, Simon Pedneault aux guitares et Lisandre Bourdages à la batterie \u2014 fera sa rentrée montréa- laise au théâtre Maisonneuve de la Place des Arts avant d\u2019entamer une tour née qui la mènera dans une quinzaine de villes au Québec.Rien de moins.« Il y a une par tie d\u2019innocence dans tout ça, concède volontiers la principale intéressée.Je ne sais pas trop où je prends ce courage.Lorsque Spectra m\u2019a proposé de mettre sur pied ce spectacle, j\u2019ai accepté sans hésiter.D\u2019abord parce que je suis extrêmement bien quand je chante.Ensuite, parce que j\u2019avais envie de relever le défi, de défendre ces chansons qui me tiennent à cœur et de le faire à ma manière, avec une bonne dose de théâtralité.À vrai dire, je me suis lancée là-de- dans sans trop me poser de questions ; et je pense que c\u2019est exactement ce qu\u2019il fallait faire.» Les gens qui ne chantent pas sont souvent ceux qui se sont fait dire, quand ils étaient jeunes, qu\u2019ils chantaient mal DOMINIQUE QUESNEL » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e D a n s e 6 | «ART» Une pièce de Yasmina Reza Mise en scène Marie-France Lambert Avec Benoît Brière, Martin Drainville, Luc Guérin BILLETTERIE RIDEAUVERT.QC.CA Le TRV remercie le Conseil des arts et des lettres du Québec de son appui ?nancier.rideauvert @rideauvert @rideauvertofficiel © Julien Faugère | Design Marc Ouellette | Graphisme folio&garetti Du 29 janvier au 2 mars 2019 Manger le corps, la terre et le pays Lara Kramer remonte Windigo, sa performance sur les impacts de la violence sur les corps et le territoire Si ce Windigo du titre, rappelons-le, est dans la mythologie amérindienne une créature maléfique mangeuse d\u2019hommes qui peut prendre possession des âmes et des désirs du vivant pour gagner en pouvoir, il se confond, pour Lara Kramer, au capitalisme colonialiste maintenant incontrôlable, carnassier autant pour les humains que pour l\u2019écologie.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Je ne crois pas à la réconciliation, avance l\u2019artiste oji-crie Lara Kramer.Je ne crois pas à ce mot.Il y a trop à faire pour qu\u2019on puisse parler de réconciliation » entre Autochtones et allochtones du Canada.« Mais je crois que nous sommes à un moment où nos voix [autochtones] ont un peu plus de place, où les gens nous écoutent davantage, où on a une occasion de raconter à notre manière nos histoires, de les partager.C\u2019est positif.Il faut l\u2019apprécier et harnacher ce courant.Mais non, ce n\u2019est pas suffisant.Ce n\u2019est pas suffisant, mais c\u2019est important.» Son histoire à elle, jusqu\u2019à maintenant, c\u2019est celle qui raconte la violence faite aux corps comme au territoire, et les impacts de cette violence.Lara Kramer remonte ces jours-ci Windigo à l\u2019Usine C, cette création lancée au dernier Festival TransAmé- riques.Si ce Windigo du titre, rappe- lons-le, est dans la mythologie amérindienne une créature maléfique mangeuse d\u2019hommes qui peut prendre possession des âmes et des désirs du vivant pour gagner en pouvoir, il se confond, pour Lara Kramer, au capitalisme colonialiste maintenant incontrôlable, carnassier autant pour les humains que pour l\u2019écologie.« Au tout début du processus de cette création, j\u2019observais la réception de la violence, les dommages qu\u2019elle fait au territoire, au nord du Canada.C\u2019est lié à l\u2019expérience que j\u2019ai vécue quand j\u2019ai visité le nord du pays ; au fait que j\u2019y ai vu et compris, vraiment, les impacts de ce génocide holistique autochtone \u2014 corps et territoire \u2014 qui est en train de se produire.Je savais que le sujet nourrirait mon travail.» L\u2019observation de cette violence et ses effets sur le corps étaient déjà les thèmes de son Native Girl Syndrome, ce duo pour femmes et mille objets mis en scène en 2013.Lara Kramer y abordait la dépendance, l\u2019aliénation, la perte \u2014 de ses repères comme de soi-même.« Windigo est indéniablement une espèce de contrepoint masculin qui ne s\u2019attarde plus seulement aux corps, mais qui regarde aussi comment le capitalisme et les compagnies géantes consomment des humains, des hommes, à n\u2019importe quel prix, sans se soucier des responsabilités envers les territoires, ni envers les communautés qui y vivent.» Une première pièce pour une distribution entièrement masculine \u2014 sauf elle-même, qui triture le son en direct et observe, présence et témoin silencieux.«La part qu\u2019a prise le son dans le processus m\u2019a surprise, la quantité de textures et de couches qui se sont ajoutées, qui apportent un caractère autre qu\u2019intime.Je ne savais pas que le son serait si lourd dans la part des matériaux scénographiques.» Le propos est physiquement por té par Jassem Hindi et Peter James, deux per formeurs blancs, « parce que ce sont eux qui produisent cette violence.Ils cultivent ces actes de violence, mais pas en deux dimensions.La façon dont je travaille lie le corps, les objets et l\u2019environnement \u2014 nous travaillons beaucoup, beaucoup avec des objets, des accessoires dans Windigo.Il y a beaucoup de choses, comme ces deux matelas en plein centre, que les deux hommes dissèquent dès le début de la pièce.Pour moi, ce geste a quelque chose de symbolique : j\u2019y vois des carcasses ; j\u2019y vois des corps ; je vois le pays intérieur, intime [the interior of the land] en train d\u2019être détruit, cette violence cultivée, si vous comprenez »\u2026 L\u2019écrit et l\u2019instant Windigo tient bien davantage de la performance que de la partition chorégraphique ou de l\u2019écriture gestuelle ; ses deux acteurs viennent aussi de ce champ et chérissent dans leurs créations individuelles le rapport à l\u2019instant, à la spontanéité en représentation, à la liberté.Comment Mme Kramer a-t-elle navigué entre contrôle et jeu laissé à ses interprètes, entre écriture et improvisation?«C\u2019est une question d\u2019équilibre.Tout cet univers a émergé de mon histoire à moi, de ma narration en quelque sor te.La création s\u2019est construite à partir de leur écoute à eux, leur écoute de mes histoires, à partir de nos dialogues ; je les ai emmenés dans la réserve de ma mère ; nous avons passé du temps ensemble afin qu\u2019on puisse s\u2019influencer, intimement, qu\u2019ils puissent comprendre la sorte profonde de travail que je veux faire, si je puis dire.Tout ça a fini par devenir un tremplin pour leurs actions et leurs gestes scéniques.» «C\u2019est moi qui ai choisi les images qui seraient du spectacle, poursuit-elle.C\u2019est assez écrit, en fait; les interprètes connaissent la trajectoire, la courbe que la pièce doit suivre.Mais je leur demande, et c\u2019est un fin équilibre, de ne jamais refaire la même chose, de ne pas reproduire.Ainsi, s\u2019ils doivent couper le matelas, il leur faut réinventer le geste, la manière, chaque fois.» Depuis ses débuts comme artiste, les conseils des arts ont tous accentué d\u2019une manière ou d\u2019une autre leur soutien aux créateurs autochtones.Est-ce que ce choix politique lui semble important ?Juste ?« Nous sommes à un moment où il est possible aux voix autochtones de se lever.Et c\u2019est crucial, essentiel de les entendre », mentionne Lara Kramer.Même si ce n\u2019est pas ce qui peut mener à une réconciliation, conclut-elle.ENTREVUE CATHERINE LALONDE LE DEVOIR Windigo Chorégraphie performative de Lara Kramer, avec Peter James, Jassem Hindi et Lara Kramer.À l\u2019Usine C, les 5 et 7 février.« Le propos est physiquement porté par Jassem Hindi et Peter James, deux performeurs blancs, « parce que ce sont eux qui produisent cette violence » | 7 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 L E S F L Â N E U RS À 11 ans, Cornelius Walker quitte Londres après le meurtre d\u2019un garçon, noir comme lui.Il se retrouve à Essex, dans un quartier entièrement blanc et peuplé de jeunes racistes.Pour survivre, il intègre leur bande, en dépit de leur violence.Commandé par le quotidien The Guardian, Black Sheep, joué par des acteurs sur les lieux exacts de la tragédie, est nommé aux Oscar dans la catégorie des documentaires courts.On touche ici à la colère d\u2019un garçon coincé entre le désir de se fondre dans le décor et la laideur de ce même décor.À voir sur le site de The Guardian.Mouton noir La fuite vertigineuse et affolée des esclaves américains fugitifs à travers les États-Unis est difficile à imaginer en 2019.Colson Whitehead a mûri le livre Underground Railroad durant une décennie, avant de publier le roman qui lui a valu le prix Pulitzer de fiction en 2017.On y suit la jeune Cora dans sa fuite, et sa poursuite par un chasseur d\u2019esclaves à travers différents États américains, de la Caroline du Sud à l\u2019Indiana.L\u2019être humain y apparaît sous ses pires et ses meilleurs aspects, surtout les pires, et l\u2019esclavage dans toute son horreur.À lire pour mieux comprendre des événements tristement fondateurs de l\u2019Amérique d\u2019aujourd\u2019hui.Cette nuit, la liberté J\u2019ai lu en réédition dans la «Bibliothèque québécoise» le roman d\u2019Andrée Maillet Les remparts de Québec, paru en 1964 aux Éditions du Jour.En nos temps de prise de parole féminine, ce cri de liberté d\u2019une jeune narratrice qui secoue tous les jougs mérite d\u2019être redécouvert et savouré: pour la beauté et la sensibilité de la prose de Maillet, pour le voyage dans le temps en pleine Révolution tranquille, pour la révolte et le désir d\u2019indépendance omniprésents et parce que cette romancière mont- réalaise formidable demeure hélas trop méconnue.Quatre années de recherche auront servi de socle à Post Humains.Dans cette brillante proposition alliant au- tofiction et théâtre documentaire, Dominique Leclerc prend son diabète pour prétexte afin d\u2019explorer les technologies défendues par les transhu- manistes dans le but avoué de faciliter son quotidien, voire le transformer.Publié chez L\u2019Instant même, son texte vibre d\u2019intelligence.Oscillant sans cesse entre adhésion et dénonciation, sa réflexion est livrée avec une bienveillante humanité et une exigence aiguë du détail dans une formule décrispée et inventive qu\u2019il est possible d\u2019attraper à nouveau à l\u2019Espace libre jusqu\u2019au 9 février.Demain, tous cyborgs ?Les remparts d\u2019hier LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY ODILE TREMBLAY CAROLINE MONTPETIT VALÉRIE DUHAIME L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e S u r l e p l at e au d \u2019Edmond 8 | ENTREVUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Paris, 1897.L\u2019humeur d\u2019Edmond Rostand est à l\u2019image de celle de la nation: morose.Tandis que le pays en est encore à se relever de sa défaite de 1870 face à l\u2019Allemagne, avec qui une autre guerre vient à peine d\u2019être évitée, le dramaturge en est à tout remettre en question.Il a besoin d\u2019un succès : sa carrière en dépend.Hélas, l\u2019inspiration n\u2019y est pas.Puis, voilà qu\u2019il redécouvre ce personnage historique un peu obscur : Savinien de Cyrano, dit de Bergerac\u2026 On connaît la suite : le triomphe, ces quatre heures de rappel, et la naissance d\u2019un personnage aussi marquant qu\u2019Hamlet.La comédie Edmond s\u2019intéresse à ce qui survint dans l\u2019intervalle, parenthèse largement inventée, ponctuée cela étant de passages authentiques, comme l\u2019évoque, entre autres aspects, Thomas Solivérès, qui s\u2019est complètement investi dans le rôle-titre.D\u2019emblée, on est en présence d\u2019un paradoxe.Car si le nom Cyrano de Bergerac est désormais connu d\u2019à peu près tout le monde, à l\u2019inverse, celui d\u2019Edmond Rostand en laissera plusieurs, et ce n\u2019est pas célébrer que de le constater, dubitatifs.«Je ne connaissais pas l\u2019homme qu\u2019il était», admet d\u2019office le jeune comédien lors d\u2019un entretien réalisé cet automne au festival Cinemania.Avec sa petite cicatrice au front et ses lunettes rondes, on se croirait en présence d\u2019Harry Potter.Il n\u2019en a pas moins 28 ans, presque l\u2019âge réel de Rostand, qui écrivit sa pièce phare à 29 ans.«J\u2019ai fait énormément de recherches, et plus j\u2019en apprenais, et plus ça me passionnait.Edmond Rostand parle beaucoup de lui dans Cyrano de Bergerac.Il le dit.» Thomas Solivérès fait en l\u2019occurrence allusion à cette réplique: «Je sens quelque chose dans cette pièce, comme si j\u2019y avais mis tout ce que je n\u2019ai pas: le courage, l\u2019humour, l\u2019héroïsme\u2026» De poursuivre l\u2019acteur : «Dans certaines tirades, on a l\u2019impression qu\u2019Edmond se livre par la bouche de son personnage : \u201cMais ce soir, il me semble\u2026 Que je vais vous parler pour la première fois [\u2026] Oui, tout autre, car dans la nuit qui me protège, J\u2019ose être enfin moi-même, et j\u2019ose\u2026 \u2014 Où en étais-je ?\u201d Ce \u201cOù en étais-je ?\u201d sorti de nulle part : c\u2019est lui, c\u2019est Edmond Rostand qui parle.Dans la vie, son esprit vagabondait, même en pleine discussion.Il pouvait être happé par une idée qu\u2019il devait alors impérativement écrire.» Quant à la nature romancée du film qu\u2019Alexis Michalik a tiré de sa propre pièce, Thomas Solivérès la caractérise ainsi : «Ce n\u2019est pas du tout un biopic sur Edmond Rostand, mais plutôt une fiction réaliste.Ce qui ne changeait rien à la responsabilité qui m\u2019incombait.J\u2019avais envie \u2014 c\u2019est mon côté obsessionnel, car j\u2019aime bien gratter et chercher \u2014 de comprendre d\u2019où venait ce manque de confiance en lui qui le tenaillait en permanence.Personne ne croyait dans sa pièce, pendant qu\u2019il y travaillait.Je voulais aussi comprendre d\u2019où venait sa neurasthénie.Il y avait en outre le contexte : la Commune, la reconstruction de Paris, le Boulevard du Crime\u2026 Surtout, j\u2019ai pris conscience de l\u2019im- por tance de la femme d\u2019Edmond, Rosemonde Gérard.» Leur correspondance l\u2019a bouleversé, poursuit-il «Il lui écrivait : \u201cJ\u2019aimerais tellement que vous soyez fière de moi\u201d, \u201cJe n\u2019y arrive pas, je n\u2019y arrive pas; j\u2019essaie, mais je n\u2019y arriverai jamais\u201d\u2026 Et elle lui répondait : \u201cCrois en ton talent comme je t\u2019aime\u201d, \u201cTu as du génie\u201d.Elle allait récupérer des passages entiers après qu\u2019il les eut jetés à la poubelle.Il n\u2019y a aucune version écrite de la main d\u2019Edmond Rostand, car c\u2019est elle qui recopiait tout.» Fréquenter cette intimité, au- delà de l\u2019émotion que celle-ci lui procura, donna à Thomas Solivérès un accès privilégié à la psyché du dramaturge durant ce moment charnière de création.« Ça m\u2019a également permis de réaliser combien nous, ar tistes, sommes pareils dans le travail, c\u2019est- à-dire que le doute nous assaille tous peu ou prou de la même manière.Mais de constater que l\u2019auteur de l\u2019une des pièces les plus jouées dans le monde est passé par là, c\u2019est étrangement rassurant.» Enjeux implicites Un autre élément qui vint nourrir l\u2019interprétation de Thomas Solivérès, sans que ce fût toutefois explicité dans le scénario, fut le rappor t au père par l\u2019entremise de Constant Coquelin (Olivier Gourmet dans le film), acteur alors célèbre qui créa le rôle de Cyrano sur la scène du Théâtre de la Por te-Saint-Mar tin, le 28 décembre 1897.« Il faut savoir que le père d\u2019Edmond Rostand aurait voulu qu\u2019il devienne banquier, profession à laquelle ce dernier a préféré celle de poète.Son père ne lui en a pas voulu, mais il a été déçu, et durant cette période, Edmond a vécu une profonde dépression.Et bref, dans sa relation avec Coquelin, cet acteur plus âgé qu\u2019il espère convaincre, dont il essaie en somme de gagner l\u2019estime, j\u2019ai vu une cer taine projection de l\u2019image du père.» Une dynamique à l\u2019œuvre, encore, avec monsieur Honoré, un tenancier épris de culture qu\u2019incarne Jean- Michel Martial.« J\u2019ai joué Edmond Mots et maux d\u2019auteur L\u2019acteur Thomas Solivérès incarne le dramaturge Edmond Rostand lors de la création ardue de sa pièce Cyrano de Bergerac L\u2019acteur Thomas Solivérès a 28 ans, presque l\u2019âge réel d\u2019Edmond Rostand quand il écrivit sa pièce phare, à 29 ans.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR comme ça, sans que ce soit expliquer dans le dialogue.C\u2019est là, pour qui y sera sensible.J\u2019ignore dans quelle mesure tout cela transparaît dans le film, mais ça m\u2019a nourri, et ça m\u2019a aidé à ne pas oublier où Edmond se trouvait à ce moment-là, tant dans l\u2019époque que dans sa vie.» Mise en abîme À maintes occasions durant l\u2019entrevue, Thomas Solivérès s\u2019anime, l\u2019œil brillant.Ce tournage-là, il insiste, fut pour lui mémorable.Notamment grâce au ludisme inhérent à la proposition campée dans le milieu théâtral.«L\u2019histoire dans l\u2019histoire, les acteurs qui jouent des acteurs\u2026 Les premières scènes qu\u2019on a tournées sont celles de la création de la pièce, au théâtre, avec actions sur scène, dans la salle, en coulisses\u2026 Justement, j\u2019y étais beaucoup, en coulisses, observant pendant qu\u2019on jouait la pièce devant public ; tous ces figurants en costumes\u2026 Le plaisir ! C\u2019était marrant parce qu\u2019on avait chacun une loge dans le théâtre même.On était donc tous ensemble, comme une véritable troupe.» Faut-il s\u2019en étonner, le maître d\u2019œuvre Alexis Michalik étant non seulement scénariste et réalisateur, mais aussi adaptateur, dramaturge et metteur en scène.Et acteur, tiens, lui qui interprète ici nul autre que Georges Feydeau, dont il fait pour les besoins de la cause un antagoniste fat de ses succès à la chaîne face à un Edmond Rostand rongé par l\u2019angoisse de la page blanche.Le film, dans sa structure, reprend d\u2019ailleurs cer tains mécanismes du vaudeville chers à l\u2019auteur du Dindon.Influence assumée, hommage à l\u2019appui lorsque l\u2019escalier d\u2019un hôtel particulier devient le décor principal de quiproquos professionnels et amoureux, avec intentions et identités embrouillées.« C\u2019est une gymnastique pas possible! Je n\u2019imaginais pas!» Se laisser emporter Ce que Thomas Solivérès ne s\u2019imaginait pas non plus, sur une note plus sérieuse, c\u2019est à quel point jouer Edmond Rostand se muerait en un voyage intérieur qui le ramènerait à lui-même, à son métier.« Au bout du compte, je me suis aperçu que ce qui me tenait le plus à cœur, ce que je voulais faire passer à travers le personnage, c\u2019était cette notion que, par fois, on a quelque chose en nous qui nous pousse dans une direction défiant toute logique.Ça nous prend de l\u2019intérieur.» Dès lors, on doit choisir : soit on ignore cet appel en se condamnant sans doute au regret, soit on accepte de se laisser emporter en ignorant où l\u2019on aboutira.« J\u2019ai déjà ressenti ça et j\u2019espère le ressentir encore.Je reviens à ce que je disais plus tôt sur les artistes, les créateurs, et le doute qui nous lie : on vit tous de tels épisodes.Dans le cas d\u2019Edmond Rostand, je pense qu\u2019écrire, c\u2019était sa façon de crier, d\u2019exister.» Pour Thomas Solivérès, c\u2019est jouer.Edmond prend l\u2019affiche le 8 février. | 9 C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 ACTUELLEMENT AU CINÉMA ! « TOURNÉ DANS L\u2019URGENCE DE L\u2019HISTOIRE QUI S\u2019ÉCRIT.UN FILM QUI SE DÉMARQUE.» LE JURY DES RIDM ENTREVUE ODILE TREMBLAY À PARIS LE DEVOIR Elle est écrite en lettres d\u2019or dans les annales de la dramaturgie française, la première du Cyrano de Bergerac d\u2019Edmond Rostand, librement inspirée de la vie d\u2019un écrivain gentilhomme du XVIIe siècle.C\u2019était le 28 décembre 1897 au Théâtre de la Porte-Saint-Martin à Paris.Or, avant le spectacle, le dramaturge se tordait les mains d\u2019appréhension.Cette pièce en alexandrins, dont 1600 pour le rôle-titre, en cinq actes plutôt que les trois habituels, à une époque où triomphait le vaudeville et des géants émergents du théâtre moderne \u2014 Tchekhov et Ibsen, entre autres \u2014, voguait vers son naufrage.Après des répétitions houleuses, Rostand prévoyait de garder à l\u2019affiche une semaine au plus ce spectacle maudit.Il avait même offert ses excuses à Constant Coquelin pour l\u2019avoir « entraîné dans cette désastreuse aventure ».Le grand comédien n\u2019allait-il pas se ridiculiser sur scène avec la tirade du nez?Le reste de l\u2019histoire est bien connu : neuf rappels, vingt minutes d\u2019ovation, le ministre des Finances Georges Cochery épinglant sa propre Légion d\u2019honneur sur le plastron de Rostand lors de la générale.Une équipe portée en triomphe\u2026 La pièce allait être jouée 200 fois d\u2019affilée, se voir reprise partout, avant d\u2019être traduite dans presque toutes les langues et de devenir l\u2019une des plus populaires du théâtre français, sans compter les nombreuses adaptations cinématographiques, dont celle de Jean-Paul Rappeneau en 1990 avec Gérard Depardieu en majesté.Son making of pour ainsi dire, dont le pénible accouchement de la pièce par un Rostand dépressif, fascinait l\u2019homme de théâtre Alexis Mi- chalik, qui rêvait de le raconter au cinéma.Il avait en tête Shakespeare in Love, de John Madden, oscarisé en 1999, jonglant avec des références plus anciennes, comme Les enfants du paradis, French cancan, des films de Billy Wilder, etc.« Je porte ce projet depuis 15 ans, précisait-il à Paris en janvier, mais ça coûtait cher.Personne ne voulait investir dans cette histoire.» L\u2019époque de l\u2019action aussi le fascinait : « Cyrano fut la dernière superproduction théâtrale du théâtre français, rappelle-t-il.C\u2019était le début du cinéma, appelé à prendre la relève des grands spectacles populaires.Cette pièce, qui n\u2019était pas avant-gardiste, est devenue un classique.» Des planches à l\u2019écran Mission accomplie : Edmond a pris l\u2019affiche sur les grands écrans français il y a trois semaines et atterrira sur ceux du Québec vendredi.Le film retrace cette création semée d\u2019embûches de Cyrano de Bergerac par le jeune Rostand (Thomas Solivé- rès) suant sur sa page blanche après avoir promis un rôle au comédien Constant Coquelin (Olivier Gourmet).Son épouse est jalouse, les actrices se crêpent le chignon, personne n\u2019est prêt et ça chauffe en coulisses\u2026 L\u2019histoire de la mise au monde de Cyrano (qui rend aussi hommage à son héros à nez et à panache) est romancée sur bien des plans.« Dans la vraie vie, Rostand a écrit cette pièce en huit mois et non en trois semaines comme ici.» Avant de porter son scénario catastrophe au cinéma, Alexis Michalik dut pourtant emprunter une voie de traverse.Il en fit à Paris une pièce de théâtre comique, écrite et montée par ses soins.Dès 2016, au Palais-Royal, son Edmond connut le triomphe et rem- por ta l \u2019année suivante cinq prix Molière.Le spectacle fut d\u2019ailleurs repris l\u2019été dernier au TNM, dans le cadre de Juste pour rire, sous la direction de Serge Denoncourt.Il fut aussi adapté en bédé.« Cette pièce, c\u2019est mon Cyrano», dit son auteur en riant.Après pareil succès théâtral, les bourses se sont déliées pour l\u2019adaptation cinématographique.Un petit budget tout de même : 10 millions d\u2019euros.Petit chif fre pour une production d\u2019époque à grosse distribution (dont Olivier Gourmet, Mathilde Seigner, Clémentine Célarié).«C\u2019était mon premier film et je voulais restituer le chic du temps, précise Alexis Michalik.Mon but était de demeurer classique, mais très rythmé, avec un langage cinématographique, des scènes tournées à 360 degrés, mêlant les références anciennes et modernes à travers une comédie populaire davantage qu\u2019un film d\u2019auteur.On a tourné Edmond à Prague et à Karlovy Vary (sauf la finale au couvent.Impossible de trouver des cloîtres français en République tchèque).Ç\u2019a été génial.On a eu trois nuits en extérieur pour la scène du balcon\u2026» Le maître d\u2019œuvre désirait une autre équipe d\u2019interprètes que ceux qui avaient incarné Edmond sur les planches, d\u2019autant plus que ceux-ci se produisaient encore en tournée avec sa pièce.« J\u2019avais 40 acteurs à trouver.» Pour le rôle de Rostand, il s\u2019est tourné vers Thomas Solivérès, dont il appréciait l\u2019aspect juvénile mêlé de maturité.« Rostand était ainsi.Il a écrit Cyrano à 29 ans.On n\u2019a eu qu\u2019à coller une moustache à Thomas.» Le nouveau cinéaste avait envie de par ticiper à la distribution du film et s\u2019est offert le rôle de Georges Feydeau, le dramaturge du Dindon, auteur à succès, mondain et fantasque.«Mais dans la vraie vie, il était quand même plus sympathique que la tête à claques que j\u2019ai imaginée\u2026» Cet entretien a été effectué à Paris dans le cadre des Rendez-vous d\u2019Unifrance.La gestation orageuse de Cyrano Alexis Michalik rêvait de raconter le making of de la pièce cultissime au cinéma « Je porte ce projet depuis 15 ans, précise Alexis Michalik, mais ça coûtait cher.Personne ne voulait investir dans cette histoire.» NICOLAS TUCAT AGENCE FRANCE-PRESSE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 1 0 | CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR L\u2019histoire de Capharnaüm se passe à Beyrouth, mais pourrait être campée dans n\u2019importe quelle grande métropole, ou presque.L\u2019essentiel de l\u2019action se déroule dans un quartier cosmopolite pauvre où vivotent réfugiés et sans-papiers avec, en périphérie, une racaille bien organisée prête à profiter de la vulnérabilité d\u2019autrui.Zain, gamin d\u2019une douzaine d\u2019années environ, voit clair dans tout cela, contraint qu\u2019il est de passer le plus clair de son temps dans les rues où il gagne des sous pour ses parents ; il a vu neiger, façon de parler.Lorsque ces derniers vendent sa sœur cadette, Sahar, à un commerçant du coin avec les conséquences tragiques attendues, c\u2019en est trop pour l\u2019enfant qui, de fugue en incarcération, décide de traîner père et mère en cour.Son grief : qu\u2019ils l\u2019aient mis au monde.Prémisse invraisemblable que celle de ce film en lice pour l\u2019Oscar du meilleur long métrage en langue étrangère ?Devant la quantité d\u2019outrages aux droits de l\u2019enfance \u2014 mais aussi aux droits de la personne en général, on y reviendra \u2014 dont on est témoins dans le film de Nadine Labaki (Caramel, Et maintenant, où on va ?), la démarche de Zain (Zain al-Rafeea) apparaît étonnamment sensée lorsqu\u2019elle survient.Contexte et psychologie Car le drame humain que relate Nadine Labaki, auteure aussi du scénario, est terrible.En cela que le destin funeste que connaît Sahar, comme l\u2019a saisi Zain, découle d\u2019une combine des parents, leur mère ayant eu l\u2019idée de vendre ses filles, avec grossesses en série.En fait, la poursuite de Zain le concernant est pour lui un prétexte pour qu\u2019on stoppe ses parents.Authenticité douloureuse À ce propos, et bien qu\u2019elle ne minimise en rien l\u2019horreur de leur stratagème, la cinéaste ne se borne pas à présenter ce père et cette mère indignes comme des monstres unidimensionnels.Devant le juge, chacun a l\u2019occasion de faire valoir qu\u2019à force de vivre dans le dénuement complet, sans éducation, sans rien, eh bien, on en vient à faire ce qu\u2019on peut avec ce qu\u2019on a.Et tout ce que ces gens possèdent, si on suit leur raisonnement, ce sont leurs enfants.Logique indéfendable, mais derrière laquelle les deux adultes se réfugient néanmoins face à la lucidité implacable de leur fils.D\u2019ailleurs, l\u2019âge indéterminé de Zain constitue au fond une métaphore d\u2019un vécu transcendant les années.Ici, il convient de signaler qu\u2019en dépit de l\u2019intelligence de la réalisation de Nadine Labaki, qui privilégie une caméra en phase avec Zain, c\u2019est-à-dire sur le qui-vive et à hauteur d\u2019enfant, Capharnaüm ne fonctionnerait probablement pas sans Zain al-Rafeea, un réfugié syrien dans la vraie vie.Il confère à son personnage une vérité de chaque instant tout en offrant une véritable interprétation (la scène où il « renonce » à sa mère est puissante).La plupart des interprètes sont, pour le compte, des non-professionnels comme lui.Justement, l\u2019authenticité douloureuse qui émane de la distribution pallie en partie le manque de fluidité d\u2019un récit sincère mais ponctué, hélas, de trop nombreux points d\u2019orgue émotionnels.Un plaidoyer On salue toutefois le parti pris de la nuance manifesté par la cinéaste, qui, entre autres exemples révélateurs, place sur la route de Zain une seconde figure maternelle qu\u2019attitudes et gestes distinguent en tout de la première.Elle se prénomme Rahil et est une sans-papiers éthiopienne (lot de son interprète Yordanos Shiferaw).Sans ressource et cachant son bébé des autorités migratoires, elle n\u2019en recueille pas moins Zain lorsque ce dernier fuit son foyer.Pendant que Rahil travaille, Zain s\u2019occupe du poupon comme le grand frère qu\u2019il sait si bien être.Mais un jour, Rahil ne rentre pas, piégée à l\u2019insu de Zain par un réseau de trafic humain.C\u2019est dire qu\u2019où qu\u2019il aille, Zain est confronté à la réalité d\u2019un monde où tout s\u2019achète et tout se vend, à commencer par les femmes et les enfants.Or, déjà rompu au travail illégal et même à la prison, Zain veut briser le cycle.Et c\u2019est à ce parcours-là que s\u2019attarde Nadine Labaki qui, pour l\u2019anecdote, incarne l\u2019avocate du gamin.Elle fait en l\u2019occurrence là acte de cohérence.À terme en effet, Capharnaüm a valeur de plaidoyer adressé à un monde en per te d\u2019humanité, d\u2019exhortation à chérir davantage ce qu\u2019il a de plus précieux : ses enfants.Car il est des richesses qui ne devraient jamais être monnayées.Capharnaüm (V.O.s.-t.f.) ?1/2 Drame social de Nadine Labaki.Avec Zain al-Rafeea, Yordanos Shifera, Fadi Kamel Youssef, Kawtar al Haddad, Cedra Izam.Liban\u2013États-Unis\u2013France, 2018, 123 minutes.L\u2019enfant qui a dit « assez ! » Un gamin intente un procès à ses parents pour l\u2019avoir mis au monde dans le film de Nadine Labaki Il convient de signaler qu\u2019en dépit de l\u2019intelligence de la réalisation de Nadine Labaki, qui privilégie une caméra en phase avec Zain, Capharnaüm ne fonctionnerait probablement pas sans Zain al-Rafeea, un réfugié syrien dans la vraie vie.Il confère à son personnage une vérité de chaque instant tout en offrant une véritable interprétation.MÉTROPOLE FILMS | 1 1 C u l t u r e C i n é m a L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 FANNY ET ALEXANDRE DENISE-PELLETIER.QC.CA BILLETTERIE 514 253-8974 THÉÂTRE DENISE-PELLETIER DE INGMAR BERGMAN TRADUCTION LUCIE ALBERTINI CARL GUSTAV BJURSTRÖM MISE EN SCÈNE ET ADAPTATION FÉLIX-ANTOINE BOUTIN SOPHIE CADIEUX 31 JANVIER AU 23 FÉVRIER 2019 AVEC LUC BOURGEOIS, ROSALIE DAOUST, ANNETTE GARANT, ARIEL IFERGAN, RENAUD LACELLE-BOURDON, STEVE LAPLANTE, PATRICIA LARIVIÈRE, ÈVE PRESSAULT, GABRIEL SZABO PRODUCTION THÉÂTRE DENISE-PELLETIER CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Kim Campbell, éphémère première ministre du Canada, avait déclaré en 1993 : « Une élection n\u2019est pas le moment pour parler de choses sérieuses.» On pourrait en dire autant de cer taines campagnes référendaires, où la démagogie l\u2019emporte trop souvent sur les idées.Dans le cadre de l\u2019importante consultation sur le statut de la Catalogne au sein de l\u2019Espagne tenue à l\u2019automne 2017, son issue était si importante qu\u2019elle ne pouvait que teinter de gravité les débats.Or, le monde entier en a été témoin, le véritable enjeu était ailleurs: les Catalans pourront-ils, oui ou non, exercer leur droit de vote ?Telle était la question, non écrite, mais qui était sur toutes les lèvres.Alexandre Char trand n\u2019est pas qu\u2019un simple observateur des remous politiques de la Catalogne, grand amoureux de ce territoire de résistance dont l\u2019annexion par Madrid en 1714 constitue encore une blessure.Après Le peuple interdit (2016), où il scrutait le bouillonnement politique de cette «société distincte», il revient sur place, au cœur de l\u2019action, là où ça discute ferme, là où ça s\u2019agite, là où on en vient parfois aux coups.L\u2019Espagne risquait for t de trembler au lendemain du 1er octobre 2017, et si fort d\u2019ailleurs que le gouvernement de Mariano Rajoy avait jugé inconstitutionnel cet exercice démocratique tenu à bout de bras par Carles Puigdemont, le président de la Catalogne, figure emblématique de ce mouvement pacifique.Si Avec un sourire, la révolution ! prenait la forme d\u2019un thriller, Rajoy serait assurément le vilain de l\u2019af faire, ici en- capsulé dans un téléviseur, le plus souvent en voix hors-champ sur des images illustrant à quel point la résistance politique s\u2019organise.Dire qu\u2019il se comporte en pyromane, considérant le nombre de ses déclarations incendiaires, relève de l\u2019euphémisme.Alexandre Chartrand ne s\u2019efface jamais complètement devant son sujet et ses protagonistes, comme pour témoigner du fait qu\u2019il est lui-même aspiré dans ce tumulte, tentant par tous les moyens de se frayer un chemin jusqu\u2019à eux, tâche visiblement difficile.Il réussit à jouer la carte de la familiarité avec le célèbre chanteur Lluis Llach, qu\u2019on pourrait assimiler à un frère de Joan Baez, ou l\u2019acteur Sergi Lopez, affable et désinvolte, lui dont la carrière européenne of fre une liber té sans doute enviée par bien d\u2019autres collègues catalans.Ces conversations à bâtons rompus sur des places bondées dans les quartiers centraux de Barcelone la magnifique sont souvent entrecoupées des clameurs de la foule («Nous voterons !»), de discours lyriques des figures de proue du mouvement indépendantiste, le tout culminant vers le grand jour que plusieurs croyaient impossible.Car si le documentaire est construit à la manière d\u2019un suspense (dont on connaît la conclusion mi-figue mi-raisin, mais pas l\u2019équipe de tournage!), le cinéaste nous guide discrètement, sans narrateur omniscient ni mise en contexte autre que des intertitres sur fond noir.Tout le reste déborde de couleurs et d\u2019euphorie, certes, mais en décidant de se ranger dans le camp des indépendantistes catalans, Alexandre Char- trand assume ses partis pris, et une part de danger visiblement non planifiée, gracieuseté des autorités espagnoles faisant du jour du vote un dimanche de la matraque.Ce qui donne au film ses moments les plus intenses: une richesse sur le plan cinématographique, un œil au beurre noir au visage de la démocratie.Plus de deux millions de Catalans ont dit «oui», mais ils n\u2019ont pas fini de sourire\u2026 Avec un sourire, la révolution ! ?1/2 Documentaire d\u2019Alexandre Chartrand.Canada, 2019, 87 minutes.Un peuple et son destin Une consultation référendaire se transforme en affrontement identitaire\u2026 et ça brasse ! Carles Puigdemont, alors président de la Catalogne, est une figure emblématique du mouvement d\u2019indépendance qui a secoué l\u2019Espagne en 2017.K-FILMS AMÉRIQUE L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e C i n é m a 1 2 | CRITIQUE ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR Même en début de carrière, ce n\u2019est pas la première fois que la cinéaste Geneviève Dulude-De Celles revisite sa propre enfance et son adolescence.Sa région d\u2019origine, Sorel- Tracy, sert également de théâtre à son cinéma, qu\u2019il soit documentaire (Bienvenue à F.L.) ou cette fois sur le terrain de la fiction avec Une colonie.Dans les deux cas, on y sent à la fois une vérité dans la manière de construire ses personnages, un désir sincère de les ancrer dans une réalité complexe malgré ses contours bucoliques, ainsi qu\u2019une absence de triomphalisme dans la façon d\u2019aborder, et peut-être de résoudre, leurs difficultés.Nous sommes loin des Contes pour tous, et très près d\u2019un cinéma où le thème de la jeunesse s\u2019avère chose sérieuse (Catimini, Ailleurs, La disparition des lucioles, etc.), une gravité se camouflant par fois bien mal derrière les rires et les bravades.La cinéaste n\u2019a pas quitté complètement ses réflexes documentaires, observant de près son héroïne, Mylia Le problème d\u2019intégration Divers âges ingrats s\u2019entremêlent dans Une colonie, un beau portrait d\u2019une jeunesse d\u2019aujourd\u2019hui Mylia (Émilie Bierre, dans un registre sans cesse retenu) ne semble rêver que d\u2019une seule chose : passer inaperçue.LENA MILL-REUILLARD ET ÉTIENNE ROUSSY CRITIQUE FRANÇOIS LÉVESQUE LE DEVOIR Il est des films que l\u2019on commence à regarder sans attente particulière, mais qui, au bout de quelques minutes, provoquent une étrange réaction physiologique.Sans que l\u2019on s\u2019en rende compte tout de suite, la bouche s\u2019entrouvre en une expression de plus en plus ébahie.D\u2019une bêtise à s\u2019en décrocher la mâchoire, Amoureux de ma femme est un tel film.L\u2019acteur Daniel Auteuil a réalisé, si l\u2019on peut dire, cette farce matrimoniale ringarde, et s\u2019il est un souhait que l\u2019on peut formuler à l\u2019issue du visionnement, c\u2019est qu\u2019il s\u2019en tienne à son premier métier dorénavant.Certes, la formule est éculée dès lors qu\u2019un comédien se plante en voulant mettre en scène.Seulement voilà, devant pareil ratage, on ne se sent guère inspiré (ou charitable).L\u2019action se déroule à Paris, côté nantis, en témoigne l\u2019appartement immense, tout pierre tout bois, que partagent Daniel (Daniel Auteuil) et Isabelle (Sandrine Kiberlain).Ce samedi soir là, le couple reçoit Patrick (Gérard Depardieu) et Emma (Adriana Ugarte).Un ami de longue date, Patrick a récemment plaqué Laurence, conjointe des vingt dernières années et meilleure amie d\u2019Isabelle, pour Emma.Belle et jeune Emma que Daniel n\u2019a pas sitôt vue qu\u2019il en est d\u2019ores et déjà follement épris.Campée entièrement ou presque au cours dudit souper, l\u2019intrigue est relatée du point de vue de ce dernier et consiste en une suite de projections mentales, Daniel se prenant à imaginer un futur auprès d\u2019Emma.Dénué de grâce Le concept n\u2019est en soit pas mauvais.On pense entre autres à Une Anglaise romantique (The Romantic Flasque, le navet La quatrième réalisation de Daniel Auteuil devrait l\u2019inciter à rester devant la caméra Englishwoman), de Joseph Losey, où Michael Caine interprète un écrivain qui planche sur un roman inspiré par la possible liaison entre son épouse (Glenda Jackson) et un gigolo (Hel- mut Berger), entre fiction, métafic- tion et structure gigogne.Amoureux de ma femme relève au contraire d\u2019une construction rudimentaire, quoique les envolées fantasmatiques sont insérées sans grâce aucune.Mais comme la réalisation n\u2019en affiche pas davantage, on pourra y voir une forme d\u2019unité, si involontaire soit-elle, dans la gaucherie.Le plus curieux est qu\u2019en théorie, le rythme devrait être échevelé.Or, en pratique, les séquences s\u2019étirent pour culminer, règle générale, par un gag foireux.Les origines théâtrales sont apparentes dans chaque déplacement : les personnages entrent et sortent précipitamment des différentes pièces, se balancent des répliques insipides, se crient dessus sans être entendus des autres convives (c\u2019est qu\u2019il est spacieux, cet appartement).On est en présence du genre de film où les comédiens, privés d\u2019une quelconque direction d\u2019acteurs, surjouent de façon éhontée, confondant volontiers surenchère et effet comique.Misogynie ordinaire Ah, elle est loin l\u2019époque où l\u2019on s\u2019émouvait au spectacle de Daniel Auteuil et Gérard Depardieu partageant l\u2019écran dans Jean de Florette.Ici, Auteuil est plein de tics et Depar- dieu, indifférent.Quant à l\u2019excellente Sandrine Kiberlain, elle paraît chercher ses repères en épouse tour à tour harpie castratrice et manipulatrice passive-agressive.Adriana Ugarte n\u2019est pas mieux servie, confinée à une partition-objet.Elle en est ainsi réduite à n\u2019être qu\u2019un corps dans une robe moulante rouge, une minijupe de cuir noir, un deux-pièces, ou évidemment à poil, selon la teneur des rêveries de Daniel.Que l\u2019on se rassure : Depardieu reste habillé.Les personnages, surtout féminins mais masculins également, se résument à des archétypes d\u2019un autre temps.Déployée sans vergogne, la misogynie ordinaire de cette production clinquante est à hurler.C\u2019est à la mode de le dénoncer, rouspéteront certains avant d\u2019avoir vu le film, mais lorsque c\u2019est si patent, impossible de ne pas le signaler.Après s\u2019être refermé la bouche, on sera avisé de se boucher le nez, car c\u2019est là un navet, et pas de la première fraîcheur.Amoureux de ma femme Aucune étoile Comédie (si l\u2019on veut) de Daniel Auteuil.Avec Daniel Auteuil, Sandrine Kiberlain, Gérard Depardieu, Adriana Ugarte.France, 2018, 85 minutes. C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 F Ê T E R | M A N G E R | C R É E R INSTAGRAM ET LA GASTRONOMIE : POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE PRÉSENTÉ PAR Avec : Antonin Mousseau-Rivard, Camille Becerra, Elise Tastet 25 février, 14 h - 16 h Le Blumenthal, Maison du Festival LE CRITIQUE CUISINÉ PRÉSENTÉ PAR Avec : Jean-Philippe Tastet, Marie-Fleur Saint-Pierre 28 février, 19 h 30 \u2022 L\u2019Astral LA GASTRONOMIE SOCIALE AU QUÉBEC DU CŒUR À LA TABLE ! PRÉSENTÉ PAR Avec : Dan Giusti, Jean-François Archambault, John Winter Russell, Les Filles Fattoush 21 février, 20 h \u2022 L\u2019Astral M O N T R E A L E N L U M I E R E .C O M WHITEHORSE 23 février, 20 h \u2022 L\u2019Astral DOMINIQUE FILS-AIMÉ 1er mars, 20 h \u2022 L\u2019Astral SORAN PREMIÈRE PARTIE : JORDANN 2 mars, 20 h \u2022 L\u2019Astral GRANDS PARTENAIRES 21 FÉVRIER AU 3 MARS 2019 | 20e ÉDITION Présenté par dans le cadre de la Présenté en collaboration avec t h e a t r e l a l i c o r n e .c o m p r o d u c t i o n TEXTE Jean Marc Dalpé MISE EN SCÈNE Fernand Rainville AVEC David Boutin Marie-Thérèse Fortin Alice Pascual Dominique Quesnel Hamidou Savadogo DU 15 JANVIER AU 23 FÉVRIER CONCEPTION Jean Gaudreau, Larsen Lupin, André Rioux, Patricia Ruel et Mireille Vachon « Deux grandes comédiennes mordent dans ce te xte vibrant et coloré aux dialogues emportés et incisifs et le ren dent encore meilleur.C\u2019est de l\u2019or (\u2026) » - Huf?ngton Post « On a droit à un immense duel de titans (\u2026).Ça vaut la peine d\u2019aller voir ça.» - Le 15-18, ICI Radio-Canada P remière « Une mise en scène gigantesque et somptueuse s\u2019accroche avec élégance dans l\u2019espace scénique.» - Revu e Séquences Les personnages, surtout féminins mais masculins également, se résument à des archétypes d\u2019un autre temps.Déployée sans vergogne, la misogynie ordinaire de cette production clinquante est à hurler.FILMS DE L\u2019OPALE (Émilie Bierre, dans un registre sans cesse retenu), belle adolescente taciturne qui ne semble rêver que d\u2019une seule chose : passer totalement inaperçue.Tout le contraire de sa petite sœur Camille (Irlande Côté, qui rivalise en dynamisme avec le Guillaume Lemay-Thivierge d\u2019autrefois), amusante bourrasque d\u2019énergie et de créativité, et qui cause une petite commotion en débarquant chez son voisin d\u2019origine autochtone avec une poule morte dans les bras.Rien pour impressionner Jimmy (Jacob White- duck-Lavoie, énigmatique), qui se retrouvera peu de temps après dans la classe de Mylia, deux marginaux sans revendications tonitruantes.L\u2019arrivée de Mylia dans cette école (qui ressemble à tant d\u2019autres bunkers éducatifs québécois) est précédée d\u2019une aura de mystère et bien des soucis livrés en sourdine, sans dialogues hautement explicatifs.Qu\u2019il s\u2019agisse des tensions vécues par ses parents (les adultes sont sans cesse relégués à la marge et ne font que de brèves apparitions), d\u2019un lourd historique d\u2019intimidation ou d\u2019un inconfort maladif devant l\u2019assurance ostentatoire de ses camarades en matière de sexualité, Mylia traverse ce petit monde avec la peur au ventre.Une colonie se présente comme la trajectoire parfois sinueuse, souvent abrupte, d\u2019une fille entre deux autres âges tout aussi ingrats.Parfois exaspérée par l\u2019enthousiasme naïf et délirant de sa cadette et tout aussi perplexe devant des copines qui, avec à peine une année de plus au compteur, semblent déjà revenues de tout, Mylia parcourt cet univers d\u2019un air souvent effrayé.En voiture ou en autobus scolaire, elle contemple ce paysage campagnard comme s\u2019il n\u2019avait pas de fin, comme si elle en était prisonnière.Un sentiment que partagent bien des garçons et les filles de son âge et décrypté par une jeune cinéaste y injectant ses propres interrogations, anciennes et récentes, sur les alliances au sein d\u2019une fratrie ou d\u2019un clan amical, mais aussi entre dif fé- rentes cultures, ici celles des Premières Nations.Dans Une colonie, ces sujets sont exposés sans abondance de détails, avec un charme délicat, celui d\u2019une période toujours un peu houleuse, à la fois interminable et essentielle\u2026 Une colonie ?1/2 Drame de Geneviève Dulude-De Celles.Avec Émilie Bierre, Irlande Côté, Jacob Whiteduck-Lavoie, Cassandra Gosselin-Pelletier.Québec, 2018, 103 minutes.Nous sommes loin des Contes pour tous, et très près d\u2019un cinéma où le thème de la jeunesse s\u2019avère chose sérieuse L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e No t r e s é l e c t i o n c i n é m a e n s a l l e 14 | Les nouveautés sont en rose Roma ?Chef-d\u2019œuvre d\u2019Alfonso Cuarón (cinéaste de Gravity) que ce retour à son enfance au début des années 1970, en banlieue cossue de Mexico.À travers l\u2019admirable portrait de Cleo (Yalitza Aparicio), servante et ange d\u2019une famille en éclatement, c\u2019est l\u2019âme du Mexique qui vibre et respire dans ce film contemplatif et immersif.Les images en noir et blanc sublimes, les cadrages artistiques, somptueusement filmés, sans musique, et une caméra 65mm qui embrasse à la fois les détails intimes et la violence du pays, la sensibilité et la force du film en font une œuvre d\u2019anthologie.Odile Tremblay Une affaire de famille (V.O., s.-t.f.) ?Lauréat de la Palme d\u2019or, Une affaire de famille marque un nouveau sommet pour l\u2019auteur des déjà exceptionnels Nobody Knows et Still Walking, Hiro- kazu Kore-eda.On y suit le quotidien ardu de la famille Shibata, qui joint les deux bouts en recourant à divers larcins et dont l\u2019équilibre précaire est compromis lorsque le père et la mère recueillent une fillette abandonnée dans le froid.Kore-eda, malgré une empathie évidente envers ses personnages, ne minimise jamais l\u2019ampleur des dilemmes moraux en présence, non plus qu\u2019il ne se montre complaisant par rapport aux failles du couple, qui n\u2019en est dès lors que plus poignant, que plus humain.Porté par une poésie visuelle sur laquelle l\u2019adversité n\u2019a aucune prise, c\u2019est là un film qui reste.On l\u2019emporte avec soi, en pensées, y revenant inopinément\u2026 On sent des larmes monter alors que défilent en boucle des scènes si justes qu\u2019elles semblent avoir été arrachées au réel.François Lévesque Une colonie ?1/2 L\u2019enfance semble un pays que Geneviève Dulude-De Celles (Bienvenue à F.L.) se plaît à ratisser, sans compter celui de son enfance, la région de Sorel- Tracy, avec cette campagne marquée aussi par l\u2019industrialisation.Ces paysages, la jeune Mylia (Émilie Bierre) semble les observer avec détachement, voire avec ennui, tout le contraire de sa cadette (Irlande Côté), vraie boule d\u2019énergie.À la faveur de l\u2019arrivée de Mylia, protégée de loin par les adultes, dans une nouvelle école, c\u2019est aussi de nouveaux horizons qui s\u2019ouvrent devant elle, des découvertes parfois douloureuses.Une œuvre délicate, sensible, sur ces passages entre deux âges, transitions aussi douloureuses qu\u2019interminables, mais essentielles pour atteindre une assurance nécessaire.C\u2019est l\u2019une des belles leçons d\u2019Une colonie.André Lavoie Avec un sourire, la révolution ! ?1/2 Après Le peuple interdit, Alexandre Chartrand n\u2019avait pas l\u2019intention d\u2019abandonner les Catalans à leur sort, surtout à un des moments les plus importants de leur histoire.Mais leur désir d\u2019indépendance s\u2019est vite heurté au mur de l\u2019autoritarisme du gouvernement espagnol.De Madrid, par la voix du président Mariano Rajoy, le référendum du 1er octobre 2017 fut jugé inconstitutionnel, autorisant ainsi tous les coups bas et quelques coups de matraque.Dans ce deuxième chapitre documentaire, le cinéaste s\u2019est placé à la fois au cœur de ce tumulte et aux côtés de quelques protagonistes, tous catalans, prônant une indépendance vibrante, joyeuse, pacifique.Au fil des jours, l\u2019euphorie laisse la place à la gravité, installant un suspense dont nous connaissons l\u2019issue, mais qui donne encore froid dans le dos: le bruit des bottes pour contrer le pouvoir des urnes.André Lavoie Si Beale Street pouvait parler (V.F.de If Beale Street Could Talk) ?Cette touchante et poétique histoire d\u2019amour de Barry Jenkins, adaptée du roman de James Baldwin, éclaire dans un milieu afro-américain des années 1970 le New York de la discrimination raciale brisant ici la vie d\u2019un tendre, beau et jeune couple de Harlem (Kiki Layne et Stephan James).Les images somptueuses, la musique inspirée, le montage complexe, l\u2019intimité érotique de plusieurs scènes et le naturel des acteurs éblouissent, mais le côté esthétisant empêche le film de cogner aussi fort que l\u2019oscarisé Moonlight du même cinéaste.Odile Tremblay Impetus ?1/2 Dans ses précédents documentaires, dont L\u2019atelier de mon père, Jennifer Al- leyn explorait les mécanismes de la création.Or, après s\u2019être penchée sur les démarches d\u2019autres artistes, voici que la cinéaste met la sienne à nu.Cela, alors qu\u2019elle vit une profonde remise en question.D\u2019où le titre Impetus, qui signifie «force d\u2019impulsion», «élan».Car c\u2019est dans l\u2019expectative de cet état que se trouvent les personnes réelles et imaginaires qui se côtoient dans un film unique où Jennifer Alleyn, en une forme de déconstructivisme cinématographique, désigne les artifices du cinéma pour mieux leur renouveler son amour.Ici, la cinéaste ouvre ni plus ni moins son intimité d\u2019artiste, avec toute la vulnérabilité que cela suppose.Pour le compte, ce à quoi on assiste dans cet enchevêtrement audacieux de documentaire et de fiction n\u2019est pas tant l\u2019émergence d\u2019un second souffle qu\u2019une renaissance.C\u2019est dire qu\u2019 outre qu\u2019il intrigue, stimule et fascine, Impetus émeut.François Lévesque Des histoires inventées ?Réalisé par Jean-Marc E.Roy, Des histoires inventées fait honneur à son iconoclaste sujet.En cela que la forme de ce documentaire consacré à André Forcier est tout sauf classique.For- cier qui, généreux de sa flamme, revi- site ses films sans ordre précis sinon celui que commande la teneur d\u2019un propos générant ses propres enchaînements.Tandis que le cinéaste commente sa filmographie, des pans de celle-ci revivent autour de lui.Le plus beau, et il fallait y penser tant c\u2019est brillant, réside dans ce que les interprètes desdits films viennent pour l\u2019occasion (ré)incarner leurs rôles d\u2019antan, l\u2019allure d\u2019à présent, mais tels La guerre froide (V.O., s.-t.f.) ?1/2 Wiktor aime Zula.Zula aime Wiktor.Hélas, lorsqu\u2019ils sont ensemble, les amants ne s\u2019endurent pas.Des deux côtés du Rideau de fer, le film de Pawel Pawlikowski, Prix de la mise en scène à Cannes, conte l\u2019amour impossible entre ce musicien ténébreux et cette chanteuse passionnée.Il passe à l\u2019Ouest, elle choisit de rester derrière.S\u2019ensuit la première de plusieurs séparations, la suivante toujours plus tragique que la précédente (une certaine surenchère dramatique, il y a).Des tourments filmés en noir et blanc, comme Ida, du même Pawlikowski.Exquise, la direction photo met en valeur le sens de la composition du cinéaste, qui aligne des plans tous plus magnifiques les uns que les autres.Malgré les risques bien réels, la facture n\u2019est jamais ampoulée, car empreinte d\u2019une nostalgie élégiaque qui prend à l\u2019âme autant qu\u2019aux tripes.François Lévesque Destroyer (V.O.) ?1/2 Afin de régler ses comptes avec un truand qui refait surface après des années de silence, la détective Erin Bell remonte le fil d\u2019un passé trouble.Filmée sans fard ni filtre, Nicole Kidman, hormis le fait qu\u2019elle fait acte de réalisme dramatique, paraît ici adresser un doigt d\u2019honneur à quiconque songerait à se formaliser de ses choix.Car elle ne renie pas pour autant sa part glamour, des retours en arrière la montrant comme on est habitués de la voir.Elle est tout cela, semble-t-elle dire par- delà la fiction, et ça ne regarde qu\u2019elle.Cette affirmation de soi est en l\u2019occurrence l\u2019un des thèmes principaux du film de Karyn Kusama, dont le sous- texte s\u2019avère aussi passionnant que l\u2019intrigue.Outre l\u2019apparence de la star, on a volontiers relevé qu\u2019elle joue une héroïne «antipathique».Là encore, ce qui est banal avec un acteur a toujours l\u2019heur d\u2019étonner avec une actrice.Or, à l\u2019issue de ces deux heures dans la vie d\u2019Erin, on objectera qu\u2019elle est, au contraire, profondément sympathique.Mais peut-être pas selon les standards établis.Lire: masculins.Et c\u2019est aussi ça, le sujet de ce film brillant.François Lévesque Capharnaüm (V.O., s.-t.f.) ?1/2 À la mort de sa petite sœur vendue à un voisin par ses parents, Zain, un enfant des rues, intente un procès à ceux- ci.Son grief: qu\u2019ils l\u2019aient mise au monde.En dépit de l\u2019intelligence de la réalisation de Nadine Labaki, qui privilégie une caméra en phase avec Zain, c\u2019est-à-dire sur le qui-vive et à hauteur d\u2019enfant, Capharnaüm ne fonctionnerait pas sans Zain al-Rafeea.Un réfugié syrien dans la vraie vie, il confère au jeune héros une vérité de chaque instant.La plupart des interprètes sont des non-professionnels comme lui.Justement, l\u2019authenticité douloureuse qui émane de la distribution pallie en partie le manque de fluidité d\u2019un récit sincère mais ponctué, hélas, de trop nombreux points d\u2019orgue émotionnels.À terme, le film a valeur de plaidoyer adressé à un monde en perte d\u2019humanité, une exhortation à chérir davantage ce qu\u2019il a de plus précieux: ses enfants.Car il est des richesses qui ne devraient jamais être monnayées.François Lévesque La grande noirceur ?Après avoir fui la conscription, un Québécois errant, imitateur de Chaplin de son métier, vit des pérégrinations calamiteuses dans l\u2019Ouest américain.Le passé indéterminé campe d\u2019office l\u2019action en contrées où le surréalisme couve sous l\u2019apparente familiarité.On est à la lisière du fantastique.Jumelé à un habillage sonore entêtant, le récit minimaliste favorise un état de transe.Transcendant un budget malingre, le cinéaste Maxime Giroux crée un éblouissant album en mouvement où chaque plan se révèle plus envoûtant que le précédent.Une facture exquise tenant lieu d\u2019écrin tellement séduisant qu\u2019on est saisi, effet de contraste, par la laideur humaine qui grouille en son sein: celle à laquelle est confronté le héros (un Martin Dubreuil touchant d\u2019intériorité).C\u2019est effrayant, drôle parfois, unique en somme, et à voir sur grand écran.François Lévesque Une colonie, drame de Geneviève Dulude-de Celles FUNFILM qu\u2019autrefois.Ces personnages, For- cier les appelle ses fantômes.Justement, au terme de cette procession des fantômes des films passés, on se dit que rarement hantise aura été si plaisante.Que voilà un hommage passionnant à un grand.François Lévesque C u l t u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 « UN FILM ABSOLUMENT FORMIDABLE » ICI René Homier-Roy « INSPIRANT ET TRANSCENDANT » Ciné-bulles UN FILM DE GENEVIÈVE DULUDE-DE CELLES FUNFILM DISTRIBUTION PRÉSENTE UNE PRODUCTION COLONELLE FILMS AVEC ÉMILIE BIERRE IRLANDE CÔTÉ JACOB WHITEDUCK-LAVOIE ROBIN AUBERT NOÉMIE GODIN-VIGNEAU VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-TITRE ANGLAIS DU MUSÉE VERSION ORIGINALE AVEC SOUS-TITRE ANGLAIS MODERNE Sérénité (V.F.de Serenity) ?1/2 Pêcheur opiniâtre vivant sur une île au large de la Floride, Baker Dill (Matthew McConaughey, convaincu mais pas convaincant) reçoit un jour la visite de son ex-femme (Anna Hathaway, pitoyable femme fatale) qui lui demande de balancer son mari aux requins.Thriller maniéré qui se la joue film noir, Sérénité repose sur une pirouette scénaristique audacieuse.Malheureusement, celle-ci est si maladroitement exploitée que l\u2019ensemble sombre dans le ridicule.Ajoutez à cela une conclusion d\u2019une morale et d\u2019une logique douteuses et vous obtenez un éclaboussant naufrage.Manon Dumais Merveilles des mers (V.F.de Wonders of the Sea) ?1/2 Toutes sortes de choses se retrouvent au fond des mers, même la voix d\u2019Arnold Schwarzenegger.Producteur de ce documentaire haut en couleur où plane l\u2019ombre du célèbre explorateur Jean- Jacques Cousteau, fièrement représenté par sa descendance, il en assure la narration, une première pour cet acteur transformé en politicien.Le résultat aligne une multitude de splendeurs sous-marines, des îles Fidji aux côtes de la Californie, en passant par le Mexique et les Bahamas, mais côté contenu, la pêche se révèle moins miraculeuse.Dans un souci de familiarité, à la voix du célèbre Terminator (oui, il lance la fameuse réplique qui a défini toute sa carrière !) s\u2019ajoutent celles du fils Cousteau et de ses deux enfants, recréant une dynamique familiale totalement artificielle, élément qui devrait sombrer dans l\u2019abîme pour laisser toute la place à ces merveilles.André Lavoie Mary Queen of Scots ?Porté par les impressionnants sites naturels d\u2019Écosse et par de magnifiques costumes, Mary Queen of Scots est un film d\u2019époque qui charme par ses images.Mais le retour au XVIe siècle proposé par la réalisatrice Josie Rourke n\u2019est pas qu\u2019épatant.Le récit débute en 1561, alors que Marie Stuart, reine d\u2019Écosse, rentre d\u2019exil.Elle affrontera non seulement sa rivale d\u2019Angleterre, la reine Élisabeth 1re, mais sa propre cour aussi.Saoirse Ronan (Lady Bird) et Margot Robbie (I, Tonya) incarnent les deux reines avec beaucoup d\u2019aplomb.Derrière le portrait d\u2019un personnage historique, le film pointe des enjeux toujours actuels, de la place au pouvoir des femmes à des questions géopolitiques telles que l\u2019indépendance de l\u2019Écosse ou les rapports avec l\u2019Europe.Jérôme Delgado La course des tuques ?C\u2019est une suite, mais c\u2019est surtout une variation sur le même thème.La course des tuques remplace une bataille de boules de neige par une course de luges, mais au final, c\u2019est encore une fois la camaraderie qui triomphe au son de chansons résolument accrocheuses.Car la transposition soigneusement animée de ce petit monde archiconnu de toute une génération, celle des premiers Contes pour tous des années 1980, affiche une efficacité renouvelée et exploite jusqu\u2019à l\u2019excès le potentiel énergique des acrobaties hivernales.Pour le reste, on retrouve la même galerie de personnages, avec de nouveaux venus qui tiennent le haut pavé et sèment, évidemment, la zizanie.Ils devront affronter l\u2019ingéniosité bricoleuse de François les Lunettes, pourvu de la voix d\u2019Hélène Bourgeois-Leclerc qui en fait des tonnes, et avec fierté.André Lavoie Hale County this Morning, this Evening ?1/2 Avant d\u2019être photographe, RaMell Ross était professeur de\u2026 basketball.Cette passion prend beaucoup de place dans son premier documentaire, une symphonie visuelle débridée sur une ville qu\u2019il connaît bien, Hale County en Alabama, là où il a enseigné pendant quelques années.La complicité est évidente avec ses personnages, des gens qui oublient sa caméra \u2014 au point même de s\u2019en foutre complètement.Portrait intimiste, poétique et sinueux de la réalité afro-amé- ricaine captant par bribes, en accéléré ou sous des angles incongrus un milieu accablé par la chaleur, mais aussi la misère.Jamais fataliste, le cinéaste se plaît à observer des jeunes en action, dont un particulièrement athlétique, croyant trouver son salut grâce à un ballon.L\u2019Amérique dans toute sa simplicité, ici jamais tonitruante.André Lavoie Lola et ses frères ?L\u2019acteur Jean-Paul Rouve se révèle parfois cabotin et tapageur, mais le cinéaste, qui ne dédaigne pas l\u2019humour, se plaît aussi à embrasser une certaine gravité.Les deux tons se chevauchent dans son nouveau film, de nouveau scénarisé avec la complicité de l\u2019écrivain David Foenkinos après Les souvenirs.Encore une fois, une histoire de famille, et de fraternité parfois douloureuse, entre une jeune avocate, un opticien et un expert en démolition.Leur complicité semble (à peu près) parfaite au cimetière devant la tombe de leurs parents, mais les rivalités, les secrets et les mauvaises manies refont vite surface.À la faveur d\u2019intrigues sentimentales et de déboires professionnels, ce clan pourrait bien se rapprocher, ou éclater.Rouve ne lésine pas sur les bonnes répliques, les quiproquos amusants, mais ne craint pas non plus la lourdeur des symboles.André Lavoie L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e A r t s v i s u e l s 1 6 | CRITIQUE JÉRÔME DELGADO COLLABORATEUR LE DEVOIR Depuis que la Bibliothèque centrale de Montréal n\u2019existe plus, il est plutôt rare que le public ait des raisons de se rendre dans l\u2019édifice désormais baptisé Gaston-Miron et occupé en majeure par tie par le Conseil des arts de Montréal (CAM).Un noble projet en soutien aux ar tistes des communautés autochtones donne l\u2019une de ces rares occasions.Il n\u2019y a pas de véritable salle d\u2019exposition dans l\u2019édifice de style beaux- arts, remarquable par sa façade toute en colonnes.C\u2019est dans la mezzanine qui surplombe le hall central que se tient la première expo issue du projet Résurgence, une résidence de création et dif fusion mise en place par la Maison Photo Montréal, en collaboration avec plusieurs partenaires, dont le CAM.L\u2019honneur d\u2019inaugurer ce programme destiné à des Autochtones pratiquant la photographie revient à Meky Ottawa.Pour l\u2019artiste attikamek, inconnue jusqu\u2019ici, c\u2019est en quelque sorte le meilleur des tremplins.Entre le portrait social et la mise en scène, Meky Ottawa lance à travers ses photographies un cri d\u2019af firma- tion haut en couleur.Ses huit images, teintées de rose et d\u2019éclairage dramatique, sont peuplées de singuliers personnages, tous féminins.Cette suite narrative toute en allégories explore les représentations de la féminité, entre la madone et le sujet nu.Condensé de références à l\u2019histoire de l\u2019art et à l\u2019histoire populaire, la série se dresse néanmoins comme un rempart aux clichés.Si le thème de la violence faite aux femmes est courant chez les artistes autochtones qui traitent le corps féminin, comme dans le cas de Rebecca Belmore, l \u2019approche chez Meky Ottawa n\u2019est dénuée ni de fantaisie ni d\u2019humour.De la reine à la pendue La série débute et se termine, telle qu\u2019exposée dans l\u2019édifice Gaston- Miron, par deux compositions inspirées du monde des loisirs.L\u2019œuvre intitulée 13 reproduit une reine et son image renversée, en miroir, comme on en trouve dans un jeu de 52 cartes.La dame n\u2019est ici associée à aucun genre, à aucune des enseignes habituelles \u2014 pas de pique, pas de cœur.Notez cependant le détournement féministe : la treizième carte est habituellement celle du roi\u2026 De l\u2019autre côté du hall, La pendue clôt le cycle.Meky Ottawa a féminisé la figure du jeu de tarot, pièce classique liée à l\u2019impuissance et à l\u2019enrichissement spirituel.Cette pendue clame cependant de manière plus nette le renversement de perspective que proposait déjà le tarot.L\u2019artiste a laissé hors du cadre les pieds ligotés, contrairement à la tradition, et permet ainsi de mettre en valeur la tête, son mouvement et la prise éventuelle d\u2019une action.Intitulé Résurgence comme le nom de la résidence, l\u2019ensemble de Meky Ottawa appelle au retour en force de celles qui ont été longtemps soumises et malmenées.Malgré le fait que des Autochtones disparues et violentées soient encore une réalité, les Lady in Pink, Plastic and Bitch et autres Spirit Ghost (tous des titres d\u2019œuvres exposées) évoquent une ère nouvelle.Des zones d\u2019ombre demeurent, mais la figure féminine est centrale, déterminante, de celles qui tranchent entre une ligne rouge et une bleue \u2014 l\u2019œuvre Cut Here.À la manière d\u2019une Cindy Sherman (pour le détournement identitaire), ou d\u2019une Guia Besana citée dans le texte de présentation \u2014 photographe italienne faisant dans la chronique sociale empreinte d\u2019onirisme \u2014, le sens de la beauté chez Meky Ottawa a une forte charge critique.Plus de cent ans après l\u2019époque où un homme blanc (William Notman, par exemple) pouvait se ser vir de son studio photo pour décrire et définir la réalité autochtone au Canada, le travail en studio de cette nouvelle Resurgir en rose et avec aplomb Le programme Résurgence fait résonner la voix d\u2019artistes autochtones SU R L E R A DA R Événement à l\u2019Atelier circulaire Depuis 1982, l\u2019Atelier circulaire a permis à de nombreux artistes de créer.Ce lieu s\u2019est constitué, selon ses mots, comme «une plateforme de transmission de la gravure traditionnelle, œuvrant pour la réhabilitation éclairée de cette forme d\u2019art à Montréal et au-delà».Alors que l\u2019Atelier circulaire vit une augmentation majeure de son loyer, un cocktail dînatoire ainsi qu\u2019une soirée-bénéfice permettront à 10 artistes de participer au financement de cette institution.Pour 75 $, vous participerez à cette soirée où vous pourrez acquérir une œuvre inédite de Louis-Pierre Bougie, Marie- Claude Bouthillier, Jérôme Fortin, Ann McCall, Luce Meunier, François Morelli, Ed Pien, Marc Séguin, Shanna Strauss ou François Vincent.Nicolas Mavrikakis Soirée-bénéfice Multiples À l\u2019Atelier circulaire, jeudi 7 février, de 17h à 20h Ann McCall, artiste participante à l\u2019événement Multiples ATELIER CIRCULAIRE Meky Ottawa, Spirit Ghost, 2018 MEKY OTTAWA venue riposte par une bonne claque.Les photos d\u2019Ottawa, exemptes de décors, aux murs nus, et imprimées sur du vinyle, sans encadrement, expriment la voix de la marge.Pas de point de vue d\u2019une élite ici, pas de manière autoritaire de raconter.Le contexte beaux-arts de l\u2019édifice Gaston-Miron pourrait apparaître comme un drôle de choix pour exposer une telle Résurgence.C\u2019est pourtant cette brutale dissonance qui lui donne crédit.Meky Ottawa aurait très bien pu exposer ses images dans la rue, comme un af fichage sauvage.Le prestige de la mezzanine qu\u2019on lui a of fer t, un lieu qui n\u2019est quand même pas une galerie marchande, souligne néanmoins le sérieux de la démarche.Résurgence De Meky Ottawa.À la Maison du Conseil des arts de Montréal, 1210 rue Sherbrooke Est, jusqu\u2019au 1er mars. | 17 C u l t u r e A r t s v i s u e l s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 CRITIQUE MARIE-ÈVE CHARRON COLLABORATRICE LE DEVOIR L\u2019exiguë galerie soon.tw fait intégralement place à une installation de Vincent Larouche, aux airs guillerets vite chassés.À partir d\u2019une banque d\u2019images dont pullule Internet, l\u2019artiste campe une galerie de personnages au désespoir, malgré le caractère léger et bédéesque qui les habille.Le drame en cause demeure allusif mais pointe l\u2019époque actuelle, qui, livrée au néolibéralisme, fait de tout l\u2019objet d\u2019un sauvage marché.La- rouche retravaille une imagerie prête à l\u2019emploi, et a priori vide de sens, qu\u2019il recharge de l\u2019héritage de la peinture ancienne et de ses mythologies.À la faveur d\u2019un temps de montage supplémentaire accordé en galerie, le jeune artiste a entrepris de couvrir tout l\u2019espace d\u2019exposition, y prolongeant l\u2019univers de ses quelques tableaux accrochés au mur.Aplats colorés et blancheur nette présentent des surfaces lisses sur le fond desquelles se détachent les personnages, une finition commerciale dont Larouche met en doute la superficialité.Un désarroi tragique teinte toutes les actions montrées, de celui qui se trouve les poches vides ou, pire, de ceux qui pensent à la mort, par pendaison ou avec un fusil sur la tempe.La violence sourde est celle du quotidien avec le manège de ses routines.Dans Bestiaires 2 (2018), l\u2019une des rares toiles, l\u2019hygiène corporelle de tous les jours enserre une funeste vision qui se nourrit des associations laissées ouvertes avec les autres éléments de l\u2019installation.Entrepreneur, un personnage mué par une marche (trop) enjouée fait partie de la ronde esquissée dans l\u2019espace, d\u2019un mur à l\u2019autre, que notre regard poursuit.En tête, un bandit de la finance se sauve avec la manne.Antihéros L\u2019environnement créé ici par l\u2019artiste est plus aseptisé, en un sens, que dans ses installations antérieures, à en juger par la documentation des expositions qu\u2019il a présentées dans des espaces alternatifs de la trempe de soon.tw, comme Calaboose et Bunker 2 (en cours à Toronto).Bris et débris faisaient littéralement par tie de la donne.Rien ne vient joncher le sol dans l\u2019actuelle installation, pour laquelle le désastre dans le champ de la représentation est maintenu.Prise dans son ensemble, cette peinture murale retient un peu des fresques anciennes qui dépeignaient des scènes mythologiques chargées, racontant les hauts faits de dirigeants ou des fables édifiantes.Un tableautin offre le visage cadré serré d\u2019une madone, tel un indice des références où puise entre autres l\u2019artiste.Sa production, loin d\u2019en rester à la nature graphique des illustrations à la source, témoigne d\u2019un attachement plus large pour la peinture, son histoire et son faire.Larouche crée des compositions qui agencent avec force les différents éléments, ce qui rend l\u2019installation si captivante en lui octroyant une profondeur insoupçonnée.Des mouvements giratoires s\u2019activent ici et là, dans les pastilles blanches répétées d\u2019un tableau et dans la répartition des figures dans l\u2019espace.Avec eux, un vortex prend forme, ver tigineux.Ces motifs et leur configuration pourraient rappeler les scènes agitées qui peuplaient certaines peintures maniéristes du XVIe siècle, nées dans un climat d\u2019incertitude.D\u2019autres motifs se répètent et se font écho, comme celui en double de la vitre cassée, une forme en miroir qui, sordide, suggère une fuite par défenestration.La trouée du verre se combine à d\u2019autres composantes plastiques, parfois très subtiles, créant des tensions entre l\u2019illusoire profondeur et la planéité de la surface ; la fenêtre n\u2019a eu de cesse, d\u2019ailleurs, de se décliner dans l\u2019histoire de la peinture.Un Geppetto résigné, une femme dans la mire du regard lubrique d\u2019un homme et un insecte menaçant sont également présents dans cette galerie de personnages qui n\u2019ont rien d\u2019héroïques, aux prises avec un mal aussi sournois qu\u2019indicible.C\u2019est une descente aux enfers, résume le diptyque intitulé Catabase, mais qui n\u2019a pas le caractère d\u2019un voyage initiatique, puisqu\u2019une signalétique routière «one way» peinte au mur, nous indique qu\u2019il est interdit de faire marche arrière.Bouches de cendres actives De Vincent Larouche.À soon.tw, 305, rue de Bellechasse, suite 101.Ouvert le samedi (12h à 17h).Descente aux enfers Vincent Larouche offre en peinture une fable caustique sur notre époque Vincent Larouche, Bouches de Cendres Actives, 2019.Vue d'installation.SIMON BELLEAU soon.tw, et après Si vous n\u2019avez pas encore mis les pieds à la galerie soon.tw, il est plus que temps, puisqu\u2019elle va quitter l\u2019espace qu\u2019on lui connaît, au 305 rue de Bellechasse.Après l\u2019exposition de Vincent Larouche, finissant au baccalauréat à Concordia, c\u2019est à Léopold L.Foulem et à Édouard Jasmin \u2014 céramistes chevronnés, actifs en dehors des circuits en vue de l\u2019art \u2014, que soon.tw confiera sa dernière plage, preuve encore de la programmation étonnante qui a fait sa signature.Le quatuor derrière soon.tw, les artistes Simon Belleau, Nicolas Lachance, Jean-François Lauda et Jérôme Nadeau, prend une pause le temps de revoir la façon de mener ses activités.Souplesse et réinvention sont les maîtres mots de cette entité vouée à la diffusion de ses pairs.Chose certaine, une publication sur Pierre Dorion, en coproduction avec Occurrence, verra le jour, et la bien nommée Bruno Sports Bar Biennale aura lieu en avril 2019. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 EXPOSITION JUSQU\u2019AU 17 MARS Partez à l\u2019aventure et retrouvez les jouets égarés ! Week-end des grands-parents ENTRÉE GRATUITE POUR LES GRANDS-PARENTS ACCOMPAGNÉS DE PETIT(S) ENFANT(S)* * VALIDE POUR LES ENFANTS DE 12 ANS ET MOINS.MAXIMUM DE 5 ENFANTS PAR ADULTE.9 et 10 février | 19 C u l t u r e M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 ENTREVUE SOPHIE CHARTIER COLLABORATRICE LE DEVOIR onathan Personne, alias Jonathan Robert, guitariste et parolier du groupe rock Corridor, émerge comme artiste solo, lui qui n\u2019a pas l\u2019habitude d\u2019occuper le devant de la scène.C\u2019est peut-être en partie pour cela qu\u2019Histoire naturelle, son premier album, se coif fe d\u2019une aura mystique élusive.«Au départ, je pensais sortir ça de façon un peu low profile, ces chan- sons-là, confie Jonathan Robert, à la table d\u2019un café du quartier Marconi- Alexandra, tout près de son local de répétition.Mais je me rends compte petit à petit que, quand tu es dans un band un peu connu, ça engendre plus d\u2019attention.» D\u2019un naturel réservé, donc, le musicien.Soit, il faut se prêter au jeu de l\u2019entrevue tout de même, accepter d\u2019être la tête d\u2019af fiche lorsqu\u2019on se lance en solo.« D\u2019habitude, je laisse ça à Dominic [Berthiaume, chanteur de Corridor], de prendre la parole, quand on a des entrevues.Là, il y a juste moi\u2026 Mais ça s\u2019en vient, ma langue se délie peu à peu.» Il y a peut-être aussi que le processus d\u2019Histoire naturelle a été amorcé il y a environ quatre ans, alors que l\u2019amoureuse de Robert lui avait offert une enregistreuse cassette Tas- cam 8-pistes.L\u2019expérimentation s\u2019en est suivie et, au fil du temps, l\u2019artiste a glané une belle petite collection de chansons, parfaite pour un album.« C\u2019est un peu un poids qui s\u2019enlève de mes épaules, de le sortir cet al- bum-là.C\u2019est quelque chose que je porte depuis quatre ans, pis c\u2019est pas toujours évident d\u2019être le seul leader.Mais je crois que ç\u2019a vraiment été bénéfique pour ma façon de travailler.Autant pour mon stock solo qu\u2019avec le groupe.» Les onze pièces, coréalisées par Guillaume Chiasson de Ponctuation et Jésuslesfilles (« il a fait tout un bricolage avec les cassettes que j\u2019avais enregistrées ! »), sont dominées par un doux bruit blanc de guitares entrelacées, une voix pleine de « fuzz » et des ambiances organiques.L\u2019ar tiste explore des chemins sinueux faits de post-rock instrumental (Clovas), de ritournelles de cœurs brisés de l\u2019âge Harmonium \u2014 jusque dans la fibre très épique, presque médiévale, qui animait l\u2019époque (Larry) \u2014 et de jangle pop attendrissante et naïve.Le chant, se parant d\u2019un trémolo flottant, s\u2019absente de quelques pièces, alors que les expérimentations brui- tistes prennent la place.« J\u2019aime pas utiliser des qualificatifs gros comme \u201cmélancolique\u201d ou \u201ctriste\u201d, avance Jonathan Personne.Tout comme j\u2019aime pas trop faire de la musique qui imite une époque, ou qu\u2019on pourrait associer directement avec la décennie 50, 60, 70 ou 80, par exemple.C\u2019est sûr qu\u2019il y a une espèce de nostalgie là-dedans.Mais c\u2019est un truc un peu dur à décrire.» Aura mystique Ce refus de se catégoriser confère à l\u2019œuvre une part de magie indicible.Jusque dans le visuel de la pochette \u2014 œuvre de l\u2019artiste lui-même \u2014, on sent le jeune homme désireux de rendre un mysticisme, un enchantement hors du temps.« Je suis content que tu dises que ça a une certaine aura.Je crois que c\u2019est ça le but, un peu.» Marqué par la lenteur, ce premier opus met aussi en avant une certaine vision du pathétique : réflexion sur les cycles, l\u2019apocalypse et la fin du monde, Histoire naturelle est un disque qui encourage au recueillement.L\u2019album aborde d\u2019ailleurs un propos dystopique.« Histoire naturelle, c\u2019est d\u2019imaginer notre époque dans le futur, comment on va se la remémorer, explique le musicien.Dans un musée, quels éléments du présent seront conser vés ?Est-ce qu\u2019on nous verrait avec notre téléphone dans la main, pas trop loin d\u2019un homme de Néandertal, disons ?C\u2019est une idée de se demander ce qui va rester de tout ça.» Et en filigrane, il concède que la réponse à cette question est peu glorieuse.« On passera peut-être pas mal pour des épais.» Mais si la fin des temps est à nos portes (tous les signaux le disent), comment vivrons-nous après la chute ?« C\u2019est aussi une critique du fait qu\u2019on n\u2019a plus aucun skill.Si les épiceries n\u2019existent plus, on peut pas se nourrir.Il y a une chanson qui s\u2019appelle Larry sur l\u2019album.C\u2019est le nom de mon grand-père.Quand j\u2019étais petit, il m\u2019emmenait chez lui en Abitibi, pis on passait la fin de semaine à pêcher pis à chasser.Il me montrait ses trucs pour vivre dans la forêt.J\u2019ose pas imaginer ce que feront ceux qui ont pas reçu cette petite base d\u2019éducation là quand il faudra se débrouiller.» Jonathan lancera Histoire naturelle le 16 février à l\u2019Escogriffe.La fin du monde selon Personne Quand un quart du groupe Corridor se lance dans des pronostics pessimistes Jonathan Personne, alias Jonathan Robert, guitariste et parolier du groupe rock Corridor, émerge comme artiste solo.CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e C l a s s i q u e 2 0 | ANALYSE CHRISTOPHE HUSS LE DEVOIR Brahms et le 7e art» est la thématique concoctée par l\u2019Orchestre symphonique de Montréal autour de l\u2019intégrale des symphonies de Johannes Brahms proposée en quatre concerts dans la semaine à venir.L\u2019association est étrange, mais, comme le cinéma, le regard sur l\u2019œuvre du compositeur allemand est aussi le reflet de nos époques.L\u2019angoisse de Brahms de devoir succéder à Beethoven comme symphoniste est largement connue.C\u2019est ainsi que l\u2019on a nommé la 1re symphonie de Brahms (20 années d\u2019accouchement musical, tout de même !) la « Dixième de Beethoven ».Dans le développement du 1er mouvement de cette Première, la récurrence de cellules de quatre notes rappelant le début de la Cinquième de Beethoven montre quel destin il tente de conjurer.Il est communément admis qu\u2019avec la Première, Brahms s\u2019est psychologiquement libéré du joug de son glorieux prédécesseur.À nos yeux, rien n\u2019est moins sûr et cette libération est ultime : dans le finale de la Quatrième symphonie, Brahms triomphe en maître de la forme avec une passacaille et vingt-quatre variations.Ici, il dépasse ce que Beethoven lui-même a fait.Le regard des chefs d\u2019orchestre et des mélomanes sur les quatre symphonies de Brahms est le captivant reflet de courants esthétiques musicaux qui traversent le siècle.Des sables mouvants à la grandeur L\u2019interprétation musicale dit beaucoup sur la personnalité des musiciens, mais aussi sur l\u2019époque qui la voit naître.Dans un certain sens, la manière de présenter la musique de Brahms suit d\u2019assez près les tendances observées dans l\u2019interprétation beethovénienne.Le début du XXe siècle, en directe ligne de la fin du XIXe, est marqué par l\u2019utilisation de portamentos (notes glissées), par une certaine emphase, une extraversion et des tempos souvent fluctuants au gré de l\u2019inspiration personnelle du chef.Le plus inventif et symptomatique de cette tendance s\u2019appelle Hermann Abendroth.Il est le professeur du fameux Wilhelm Furtwängler, qui sera le chef du Philharmonique de Berlin pendant la Deuxième Guerre mondiale.Le chef qui va tracer les balises de la rectitude musicale est, comme dans Beethoven, Felix Weingartner (1963- 1942), auteur de traités Sur la direction d\u2019orchestre et de Conseils pour la présentation de symphonies classique.Weingartner réintroduit une certaine «objectivité de la partition».Le foyer brahmsien au milieu du XXe siècle est très européen.Il y a une très notable exception par rapport à Beethoven, cependant.Alors que la France est un foyer beethové- nien majeur, que Wagner admire et encense, et où un chef tel que Carl Schuricht ira enregistrer son intégrale à la fin des années 1950, la France est totalement réfractaire à Brahms.Berlin, Vienne, Amsterdam, Londres sont donc les capitales brahmsiennes européennes.Wilhelm Furtwängler va convertir l\u2019emphase en ampleur et en drama- tisme, avec des orchestres (Vienne et Berlin) aux sonorités fortement assises sur un socle de graves puissants.C\u2019est cette esthétique que cultivera Herbert von Karajan en accentuant le raf finement dans la fusion des timbres de l\u2019orchestre.Tout comme dans Beethoven, l\u2019esthétique sonore des orchestres germaniques est très différente des couleurs entendues en Amérique du Nord.Si Arturo Toscanini témoigne d\u2019un remarquable « flair » pour le chant brahmsien, c\u2019est surtout à Londres en 1936, et non avec son orchestre de la NBC, que cet art sera idéalement documenté.Le grand interprète de Brahms aux États-Unis dans les années 1960 est un Hongrois : George Szell à Cleveland.Son orchestre est plus transparent et plus clair que les phalanges européennes.Cet héritage sera cultivé et développé par Christoph von Dohnanyi avec le même orchestre dans les années 1980 : une grande intégrale moderne méconnue.Le retour à d\u2019autres proportions Si les années 1920 à 1980 ont mené à un Brahms plus mesuré, d\u2019un vrai faste sonore, dont les orchestres de Berlin, de Vienne et d\u2019Amsterdam (avec le toujours sous-estimé Bernard Haitink) sont les plus luxueux défenseurs, les quatre dernières décennies ont été riches en chamboulements.La musique du milieu du XIXe siècle n\u2019a plus forcément été abordée comme un « univers en soi », mais comme la continuation d\u2019un mouvement musical passant du baroque à Haydn, puis à Mozart, à Beethoven, etc.À partir du moment où Beethoven a été reconsidéré, sur le plan historique, comme « venant de quelque part», avec des instruments et effectifs d\u2019époque, ce raisonnement interprétatif s\u2019est étendu à Mendelssohn, à Schubert et à Brahms.Évidemment, les grands orchestres symphoniques ont continué à jouer Brahms, mais le public a aussi pu accéder à de nouvelles propositions.L\u2019élément le plus déterminant est Johannes Brahms, baromètre de l\u2019interprétation musicale Regard sur son œuvre alors que Kent Nagano et l\u2019OSM donneront l\u2019intégrale de ses symphonies à Montréal Ce sont les solutions non primaires apportées aux énigmes semées par Brahms qui font sa grandeur et rendent les regards des chefs comme ici Gardiner (ci-dessus), Mackerras (centre) et von Dohnanyi (à droite), intemporels.FRANÇOIS GUILLOT AGENCE FRANCE-PRESSE / RADEK MICA AGENCE FRANCE-PRESSE / FOTOSTUDIO HEINRICH « celui des effectifs, puisque l\u2019orchestre de Meiningen, qui a créé par exemple la 4e symphonie, comptait une cinquantaine de musiciens, contre 90 pour un grand orchestre moderne.Cette réduction des effectifs, qui a connu avec la version Mackerras (Telarc) sa meilleure expression, s\u2019est accompagnée parfois par l\u2019utilisation d\u2019instruments dits «d\u2019époque» (Norrington, Gardiner).Le recours à de nouvelles proportions a touché même les centres les plus traditionnels.On comparera ainsi les intégrales Brahms de l\u2019Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, créé en 1781, entre Kurt Masur dans les années 1970 (traditionnellement symphonique) et Riccardo Chailly, transparent et allégé, 40 ans plus tard.L\u2019interprétation musicale est sous l\u2019emprise de modes à en juger par le nombre de nouvelles versions (Daus- gaard, Ticciati) tentant de nous convaincre que Brahms est un baroque attardé vaguement agité qui ne ressent rien.On revient ainsi, sous couvert de musicologie appliquée, à une errance esthétique guère plus constructive que celle d\u2019il y a cent ans.Car, au fond, il y a des écrits du compositeur, des clés et des énigmes qui vont au-delà de la partition imprimée.Ce sont les solutions non primaires apportées à ces énigmes qui font la grandeur de Brahms et rendent les regards de Toscanini, Fur twängler, Karajan, Szell, von Dohnanyi, Wand, Giulini, Haitink ou Abbado intemporels.Qu\u2019en fera Kent Nagano ?Outre la présence alternative de la violoniste Veronika Eberle et du pianiste Rudolf Buchbinder dans des concertos, les symphonies seront encadrées par quatre créations : trois œuvres pour orchestre commandées à Blair Thompson, Zosha Di Castri et Régis Campo sur des courts métrages de Norman McLaren, Peter Foldès et Philip Borsos, ainsi qu\u2019un film réalisé par le jeune cinéaste Mathias Arroyo-Bégin sur une musique de Jordan Pal.Brahms et le 7e art Du 7 au 10 février à la Maison symphonique de Montréal.Les 7 et 9 février à 20h,; le 8 à 19h; le 10 à 14h30.Veronika Eberle jouera le 5e concerto pour violon de Mozart le 7 et le Concerto pour violon de Dvorak le 9.Rudolf Buchbinder interprétera Burleske de Strauss le 8 et le 4e concerto de Beethoven le 10.| 2 1 C u l t u r e C l a s s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Concerts de la semaine Quatuor Miro.L\u2019excellent Quatuor Miro, formation texane active depuis 23 ans, a la bonne idée de venir à Montréal, dimanche au Ladies\u2019 Morning Musical Club, avec pour invités le violoniste Martin Beaver et le violoncelliste Clive Greens- mith, responsables des classes de musique de chambre à la Colburn University de Los Angeles, afin de proposer dans le même concert les deux sextuors de Brahms.Rare et impeccable programme.Dimanche 3 février à 15h30, salle Pollack.Fabien Gabel.Semaine de concerts à Québec avec le directeur musical de l\u2019Orchestre symphonique de Québec, Fabien Gabel, dans deux programmes.Le concert de dimanche 3 février à 14h30 au Grand Théâtre regroupe l\u2019ouverture Egmont de Beethoven, le Concerto pour piano de Schumann avec Ingrid Fliter et la 4e symphonie de Brahms.Il sera suivi, mercredi 6 à 19h30, d\u2019une soirée Haydn, Cima- rosa, Mozart, Ravel et Rota au Palais Montcalm.Dimanche 3 février et mercredi 6 février à Québec.L\u2019interprétation musicale dit beaucoup sur la personnalité des musiciens, mais aussi sur l\u2019époque qui la voit naître L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e D i s q u e 2 2 | HIP-HOP Caviar ?Jacobus, Indica Records En s\u2019associant aux compositeurs et producteurs franco-ontariens DJ Un- pier et Kenan Belzer, Jacobus (Radio Radio) cherche à rebrasser les cartes, pour rester dans le champ lexical des jeux de hasard qu\u2019il affectionne.Sur ce point, c\u2019est plutôt réussi : entre les références dance des années 1990 (Faire la fête, avec Pierre Kwenders qui chante le refrain), les rythmiques old school (le 808 clinquant de The Art of Manliness, amusante) et les gros beats rap-électro-trap taillés pour les clubs, les Franco-Ontariens ont le ton juste et énergique.Néanmoins, plus ça change, plus c\u2019est pareil avec Jacobus, qui ne peut s\u2019empêcher d\u2019offrir des airs festifs et inoffensifs avec sa prosodie invariablement carrée.Ainsi, c\u2019est sur le plan des thèmes et des textes que l\u2019Acadien déçoit ; encore, il nous parle de son goût pour les beaux vêtements, les soirées arrosées, avec quelques exercices de style pour tenter de varier (Mr.Bond, à propos de son amour des films de l\u2019agent 007\u2026).Du déjà entendu, heureusement servi avec sa bonne humeur contagieuse.Philippe Renaud CLASSIQUE Dmitri Chostakovitch ?Les 15 quatuors, Quintette avec piano, Quatuor Borodine, Decca 483 4159 Le nom du Quatuor Borodine, fondé en 1944, est indissociable de ce répertoire : une intégrale de référence (EMI, Melodiya, 1978), une collection quasi complète des années 1960-1970 (Chandos) et des disques épars, anciens (Mercury) ou plus récents (Virgin).La formation (Aharonian, Lo- movski, Naïdin, Balshin), stable depuis 2011, a tout repris entre 2015 et 2018 pour cette intégrale éventée en 2015 par la parution isolée des quatuors no 1, 8 et 14.Decca a ensuite décidé d\u2019attendre le coffret.Celui-ci confirme l\u2019impression première: démarche fascinante quasi opposée à l\u2019intégrale d\u2019il y a 40 ans, la charge dramatique, les tempos d\u2019acier et l\u2019impact physique étant remplacés par un travail parfois hallucinant sur le détail, la balance, la subtilité des nuances et la longueur des phrases.L\u2019auditeur, qui ira chercher la sève et la confrontation ailleurs, trouvera ici dans une architecture limpide des atmosphères qui glacent le sang.Le charnel n\u2019est pas là, mais la solitude de l\u2019artiste dans l\u2019oppression environnante est partout.Christophe Huss INDIE POP Across the Borders ?1/2 Júníus Meyvant, Record Records Il y a quelque chose dans le sang de Júníus Meyvant, une identité autre ; c\u2019est plus que jamais clair avec Across the Borders.Deux ans et demi après la magie de Floating Harmonies, l\u2019artiste et musicien islandais, spécialiste de l\u2019orchestration ample et luxuriante, déploie cette fois non plus un folk habillé de pop, mais une pop habillée de soul \u2014 un pas plus loin dans le flot dansant qui faisait l\u2019arrière-plan de ses morceaux.Il n\u2019y a donc plus trop de cette mélancolie acoustique en floraison à la Gold Laces, pourtant si juste, sauf peut-être dans le relâchement de Lay Your Head.Douce déception.Cela dit, son rythme est toujours foisonnant : cordes, cuivres, guitares électriques, piano, percussions (solides sur High Alert) font monter un fumet de pop-rock façon années 1980.Avec la voix agréablement râpeuse de Júníus Meyvant, même certaines pièces un brin suaves (dont Carry On With Me) gardent un relatif effet brouillon.Si la fragilité de ses débuts nous manque, Júníus Meyvant aborde encore ses compositions comme une redoutable navigation.Geneviève Tremblay CLASSIQUE A Simple Song ?1/2 Anne Sofie von Otter (mezzo), Bengt Forsberg (orgue), Bis, SACD 2327 Le programme est saisissant.A Simple Song de Bernstein ; Pie Jesu de Duruflé ; «Agnus Dei» du Requiem de Frank Martin ; Urlicht de Mahler ; Rêve au crépuscule de Strauss ; Priez pour paix de Poulenc ; deux mélodies étales d\u2019Arvo Pärt et autres choix à l\u2019avenant, le tout avec accompagnement d\u2019orgue\u2026 Anne Sofie von Otter s\u2019adresse-t-elle dans l\u2019au-delà à son époux Benny Fredriksson, qui s\u2019est donné la mort en mars dernier?Le CD sera-t-il émotionnellement supportable?Tel n\u2019est pas le contexte : le programme, si étrange avec le recul, a été enregistré en décembre 2016 dans le but d\u2019associer la voix de la plus grande chanteuse suédoise avec le plus bel orgue de Suède, celui de Saint Jacob.Bernstein est accaparé par une voix féminine, un orgue, une guitare électrique, une harpe et une flûte, et c\u2019est la magie ! Les réductions de l\u2019orchestre à l\u2019orgue, s\u2019agissant par exemple de Mahler, peuvent faire tiquer, mais sont très bien réalisées.L\u2019atmosphère dominante est celle d\u2019un état de grâce mystérieux baignant sur un objet inclassable.Christophe Huss POP ROCK La magie ?1/2 Maxime Gervais, Cuchabata Records Ce #10YearChallenge, qui consiste à s\u2019afficher sur les réseaux sociaux apposant son visage actuel à celui d\u2019il y a dix ans, en a ramené certains aux belles années de YouTube (comprendre : avant Vevo) ! Maxime Ger- vais, qui officie depuis 2008 (justement) comme barde du folk-rock humoristique (il est d\u2019ailleurs du duo les Pic-Bois), a senti l\u2019appel des Philippe Lalanne et Pierre Billon de ce monde.Après avoir exploré l\u2019angoisse liée à la mort d\u2019un proche sur La plage (2017), Gervais renoue avec la lumière, l\u2019absurde et le clavier Casio délicieusement cheap.Récit d\u2019un retour à la vie après le deuil, La magie mobilise un personnage d\u2019entité-coach de vie, qui encourage Maxime à se remettre à croire en l\u2019enchantement (La magie n\u2019existe pas, Le retour de la magie), une énergie pop-punk digne de Blink-182 (Buffy et Spike), une aura rock alternatif piquée à Weezer ou à Pulp (Underdogs, J\u2019ai choisi la fin).Défi : rester de marbre devant un tube aussi magiquement contagieux que Nacho ou Con queso?Impossible.Sophie Chartier SURF ROCK INSTRUMENTAL Guitare 2 ?1/2 Roger Beaudet, Autoproduit Si je dis « as guitariste de surf rock instrumental québécois », qui vous vient en tête ?Arthur, des Jaguars, bien sûr.Feu Denis Champoux, des Mégatones.Il devrait y avoir aussi Roger Beaudet, qui fut le formidable guitar-slinger des Versatiles (et aussi des Sultans, au temps de Va t\u2019en).Trouvez le vinyle de 1964, avec sa fabuleuse photo de pochette (le groupe derrière les instruments et les amplis), ou alors le CD paru en 1999.Ou mieux : allez voir Roger jouer de la guitare avec les Nouveaux Versatiles.Et sur place, achetez cet album sans âge et sans prétention, fait sans grands moyens, mais où le doigté sur le manche de sa Fender, le maniement du twang bar servent encore idéalement le vaste répertoire du genre, le meilleur d\u2019ailleurs (Apache, Guitar Boogie Shuffle) et le meilleur d\u2019ici (Marisa, Mer morte).Toutes sont données à la manière douce de Roger, plus près d\u2019un Hank Marvin que d\u2019un Link Wray.Tendre efficacité.Effet intemporel.Sylvain Cormier REPRISES Weezer (Teal Album) ?1/2 Weezer, Warner Les sagouins ! Y a-t-il geste plus punk?Y a-t-il plus délinquants garnements que les vieillissants ados de Weezer ?Comme ça, pour le plaisir de faire ce qu\u2019il ne faut pas faire, et pour tuer le temps jusqu\u2019au prochain disque de matériel original, messieurs Cuomo, Bell, Wilson et Shriner se sont offert une salve de reprises anti-insolentes.Exprès.Revisi- ter l\u2019Africa de Toto, symbole du commerce pop le plus lisse qui soit ?Oui.Et Take on Me de a-ha, à l\u2019identique ?Oui.C\u2019est tout juste s\u2019ils flanquent du riff bien dégorgé sur leur cras- tillon, pour rester dans l\u2019époque : les guitares grinçantes, c\u2019est tout ce qui distingue leur Happy Together de l\u2019originale des Turtles.Un quart de siècle après leur Buddy Holly (dont le clip parodiait la série Happy Days), nos gamins quasi cinquantenaires ne respectent vraiment rien : pensez, leurs vilaines versions sont méchamment jolies.Blasphématoires, quoi.En programme double avec les Pixies le 13 mars au Centre Bell, ça sent l\u2019émeute.Sylvain Cormier CHANSON Calliari Bang ! Bang ! ?1/2 Marco Calliari, Casa Nostra Un gros bang!, oui.Un album en forme de panégyrique, généreux de ses 14 chansons en 70 minutes et de ses nombreuses collaborations (Michel Faubert sur le long conte Il Dia- volo da Ovide Soucy, les collègues Peppe Voltarelli et Carmelo Cimi- nelli), retraçant les 30 ans de carrière de l\u2019auteur-compositeur-interprète Marco Calliari, de ses débuts avec Anonymus jusqu\u2019à ses célébrations de la chanson populaire italienne.À grands coups d\u2019orchestrations de cuivres et de cordes donnant du panache à ses interprétations, Calliari offre d\u2019abord ces airs d\u2019Italie qui ont redéfini sa démarche depuis son classique Che La Vita (2004), glissant au passage une ravissante version de La maudite machine d\u2019Octobre (La Ma- ledetta Macchina).Or, son folklore italien prend quelques kilos de muscles en fin d\u2019album alors qu\u2019Anony- mus vient rejoindre le musicien en studio pour équarrir de nouvelles versions de Che la Vita et Bella Ciao, la guitare crinquée à 11 et le double- bass-drum qui canarde! Une autre manière de revenir à ses racines\u2026 Philippe Renaud L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 LI RE Biographie Ali, deux poings, une fin Mois de l'histoire des Noirs La littérature afro-québécoise par-delà Dany Laferrière u racisme dans la société québécoise?Jan J.Dominique pense qu\u2019il y en a.Et qu\u2019il faudrait en parler davantage.Mais de là à conclure que c\u2019est à cause de ce racisme que peu d\u2019écrivains noirs parviennent à s\u2019imposer dans l\u2019espace médiatico-culturel\u2026 «Je ne crois pas que ce soit la vraie raison», lance la journaliste et romancière.«Prenez un écrivain comme Dany Laferrière, qui est sur toutes les plateformes» et avec qui nul autre que le premier ministre François Legault s\u2019attablait récemment aux Deux Magots.Comment alors expliquer que l\u2019Académicien demeure le seul écrivain noir québécois abonné aux micros des journalistes?«Le grand patron d\u2019une radio m\u2019a déjà dit : \u201cLes médias ne sont pas racistes, ils sont paresseux\u201d», se souvient l\u2019auteure de Mémoire d\u2019une amnésique et de L\u2019écho de leurs voix (Éditions du Remue-ménage), aux yeux de qui, indéniablement, la littérature afro-québécoise manque de tribunes et de visibilité.« Je pense qu\u2019il y a une espèce de paresse, de facilité: quand on a besoin d\u2019un intervenant noir, on appelle Dany, comme on appelait Émile Olivier à une certaine époque.Il y a un nom, un seul nom qui émerge, et on ne prend pas la peine d\u2019aller chercher plus loin.» «On ne rencontre que très peu de Noirs dans les institutions littéraires au Québec», regrette pour sa part le fondateur de Mémoire d\u2019encrier et membre de l\u2019Académie des lettres du Québec, Rodney Saint-Éloi.Une représentation lacunaire qui ne serait pas étrangère à ce qu\u2019en quinze ans, sa maison d\u2019édition n\u2019ait récolté aucun prix littéraire québécois majeur, dit-il.Aucun écrivain noir n\u2019a d\u2019ailleurs jamais remporté le Prix du Gouverneur général, du côté français, dans les catégories romans et nouvelles, ou poésie.Dany Laferrière est le seul auteur noir à s\u2019être vu remettre le Prix des libraires du Québec (en 2010, pour L\u2019énigme du retour), alors que Marie- Célie Agnant devenait la première au- teure noire à décrocher le prix Alain- Grandbois, en 2017, pour Femmes des terres brûlées (Pleine lune).«Mais il n\u2019y a pas qu\u2019un Noir ou une Noire exceptionnels, il y a toute une masse critique d\u2019auteurs africains, caribéens, antillais qui produisent une littérature de qualité », tempête Rodney Saint- Éloi, pour qui les bibliothèques publiques et scolaires, ainsi que les professeurs de littérature au collégial, ont le devoir d\u2019éclairer de leurs influentes lumières ces imaginaires méconnus.«La littérature québécoise ne sera grande que lorsqu\u2019elle verra que c\u2019est l\u2019altérité qui la fait avancer.Elle ne sera grande que lorsque dans les salons du livre je sentirai qu\u2019on m\u2019invite non pas pour remplir des quotas de subventions, mais parce qu\u2019il y a une véritable réflexion sur la condition noire.C\u2019est la littérature qui permet, et qui permettra, aux Québécois de constater que l\u2019autre n\u2019est pas un étranger.» La violence des identités Littératures noires ?Littératures afro-descendantes ?Littérature afro- québécoise ?Joël Des Rosiers, lui, préfère parler de littérature, point.Il faudrait, selon l\u2019écrivain et psychiatre, «surmonter la violence des iden- L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 L i r e L e M o i s d e l \u2019 h i s t o i r e d e s No i r s 2 4 | GRAND ANGLE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR La littérature noire par-delà Dany Laferrière Pourquoi si peu d\u2019écrivains afro-québécois arrivent-ils à s\u2019imposer dans l\u2019espace médiatico-culturel québécois ?D ILLUSTRATION TIFFET Aucun écrivain noir n\u2019a jamais remporté le Prix du Gouverneur général, du côté français, dans les catégories romans et nouvelles, ou poésie | 2 5 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Les jeux du dissemblable Stéphane Martelly, Éditions Nota bene, 2016 Un choix de Chloé Savoie-Bernard Plus récente publication : Fastes (Éditions de l\u2019Hexagone) Stéphane Martelly est une intellectuelle et une artiste entière ; elle pratique la recherche universitaire, la poésie, la peinture et a publié dernièrement un livre pour enfants.J\u2019ai beaucoup de respect pour son intelligence sensible.À lire : Les jeux du dissemblable, son essai sur la folie et le féminin dans la littérature haïtienne contemporaine, écrit avec une plume alerte, engagée, qui n\u2019a pas peur du « je ».Sans nivellement par le bas, mais sans non plus se cacher derrière une langue absconse, ce livre est un modèle pour quiconque a envie de penser la littérature avec acuité.Le bonheur est un parfum sans nom Didier Leclair, Éditions David, 2017 Un choix de Blaise Ndala Plus récente publication : Sans capote ni kalachnikov (Mémoire d\u2019encrier) Quand Didier Leclair s\u2019empare d\u2019une histoire à l\u2019apparence on ne peut plus banale \u2014 le syndrome de la page blanche \u2014, on se demande d\u2019emblée ce qu\u2019il espère tirer de ce lieu commun.Mais c\u2019est sans compter le talent de celui qui, convoquant son amour du jazz, imprime au récit un rythme haletant, rageusement poétique.Le Toron- tois aura également réussi à souffler derrière une histoire d\u2019amour vécue tambour battant sa flamme pour la ville qui a adopté le natif du Rwanda.Le tout sur fond d\u2019une question lancinante : que raconter à soi-même et à l\u2019autre dont le regard semble nous avoir assignés à résidence identitaire \u2014 parfois avec les meilleures intentions du monde ?Port-Mélo Edem Awumey (publié sous le nom d\u2019Edem), Gallimard, 2005 Un choix de Serge Agnessan Plus récente publication : Carrefour-Samaké (Poètes de brousse) Pendant que, sur mon établi, attend Mina parmi les ombres (en dessous de NoirEs sous surveillance, de Robyn Maynard.Pourquoi ?), je pense à Port-Mélo du même auteur : l\u2019Edem d\u2019avant la belle étrangeté du patronyme : Awumey.Il signa, avec Port- Mélo, un roman troublant où le réel blêmit devant la fiction.Il y a la mer, il y a une route qui se mord la queue, le train qui ne dessert plus, les corps (Cori, Jo- séphine, Christophe et tous les autres) qui jouent à attendre.Vous me dites : « Joyeuse Apocalypse ! » ; je réplique : « Port- Mélo ! » Edem tend une question actuelle : de quoi la fin estelle le commencement ?La plage des songes Stanley Péan, Éditions du CIDIHCA, 1988 Un choix d\u2019Ayavi Lake Plus récente publication : Le marabout (VLB) Stanley Péan écrit vers l\u2019âge de 20 ans les récits de La plage des songes.À 27 ans, alors que j\u2019habite le Saguenay dont je m\u2019imprègne, je découvre les personnages de ces nouvelles : ils me semblent alors aux prises avec un mal qui les lie à leur terre d\u2019origine, Haïti.Ils en sont imprégnés, comme si cette mère patrie avait décidé de s\u2019insinuer en eux, avec ténacité, pour troubler le beau reflet de leur vie nordique.Pour célébrer mes 11 ans de québécitude, je renoue avec mes anciennes amours littéraires, Mon verdict : ces textes sont essentiels et en eux l\u2019expression « mal du pays » prend tout son sens.Je veille, incorrigible féticheur Anthony Phelps, Éditions Bruno Doucey, 2016 Un choix de Joujou Turenne Plus récente publication : Joujou Turenne raconte Mandela (Planète rebelle) Chaque poème est une danse, de tango à rumba, de yanvalou à contredanse.Chaque poème nous tenaille, résonne dans notre tête jusqu\u2019à ce que, sur nos lèvres, se dessine un sourire.Chaque page d\u2019une infinie tendresse met sur un pied d\u2019alerte nos sens endormis.Chaque page nous fait vibrer, de mouvance à inertie.On y entend souffler le vent, soupirer la mer et « la voix des pierres fait écho aux nocturnes chuchotements ».Le poème d\u2019Anthony Phelps transforme les cicatrices en broderies.Une écriture au parfum de jasmin, parfois de rose.Un déferlement d\u2019images qui tisse un long tatouage dans nos mémoires d\u2019exil.tités par un effort de constituer nos patries intimes, sans nier les liens qui nous nouent au passé et à la magie des traditions».«Je me félicite de votre initiative, assure le charmant monsieur au sujet de ce texte, mais je crains que cette appellation de littérature afro-québécoise masque un manque de confiance en une littérature qui est là pour appréhender toute la complexité de la condition humaine, et qui serait atteignable par tous, peu importe l\u2019identité dans laquelle vous surnagez.» Pour celui dont le discours de réception à l\u2019Académie des lettres du Québec était récemment publié chez Triptyque sous le titre Médecine et littérature, l\u2019écrivain « habite toujours plusieurs demeures» et n\u2019a de réelles allégeances que celles qu\u2019il se choisit.Mais afin de pouvoir revendiquer cette appartenance à une vision idéalisée de la littérature, ceux et celles qui la créent doivent d\u2019abord être en mesure d\u2019échapper à la «violence des regards» qui stigmatisent, rappelle Rodney Saint-Éloi.Ce qui ne suppose pas de demeurer confiné pour l\u2019éternité à son pré carré identitaire, au contraire.«Ce qui serait intéressant, pour les lecteurs blancs comme noirs, c\u2019est d\u2019avoir en eux la totalité de la condition humaine, précise-t-il.C\u2019est trop facile d\u2019être simplement Québécois, Haïtien ou Vietnamien.Pour aller au- delà de cette racialisation des relations, il faut réellement connaître, et reconnaître, l\u2019autre, et il n\u2019y a que le livre qui nous permet d\u2019arriver là.» Excellence noire Port d\u2019attache de beaucoup d\u2019écrivains noirs, Mémoire d\u2019encrier aura sans doute contribué à ce que le milieu éditorial québécois se soustraie à une nécessaire réflexion quant à son rapport à celui qui incarne la dif fé- rence.On ne s\u2019engage pas de la même manière dans un travail éditorial avec un auteur biberonné aux romans d\u2019esthète qu\u2019avec un auteur nourri par l\u2019énergie de la tradition orale, souligne l\u2019écrivain et chercheur Daniel Grenier, qui a beaucoup réfléchi aux efforts que des littérateurs blancs peuvent déployer afin de devenir de bons alliés.« Il faut faire attention à ce qu\u2019une seule maison d\u2019édition ne vive pas le paradoxe d\u2019être le parfait véhicule [pour les auteurs de la diversité], tout en devenant par la force des choses l\u2019endroit où, automatiquement, tout le monde va.Il y a peut-être un examen de conscience à faire chez plusieurs maisons d\u2019édition québécoises très ar tsy par rappor t à la vision même de ce qu\u2019est un bon texte littéraire, une vision actuellement très occidentale, très blanche.» Ce désir qu\u2019une plus généreuse pluralité de voix puisse s\u2019exprimer ne devrait jamais être assimilé à une forme de nivellement par le bas, insiste Rodney Saint-Éloi.« Il faut toujours, sans cesse, conjuguer la littérature noire à la notion d\u2019excellence.Ce n\u2019est pas parce qu\u2019ils sont noirs qu\u2019on les publie, nos auteurs, c\u2019est parce qu\u2019ils ont quelque chose à raconter.On les publie parce qu\u2019ils ont le pouvoir de renouveler la littérature québécoise.» À l\u2019invitation du Devoir, cinq écrivains noirs proposent une œuvre signée par un écrivain québécois (ou franco- canadien) noir, autant de fenêtres ouvertes sur l\u2019imaginaire de ceux et celles qui façonnent la littérature d\u2019ici, même si leurs racines puisent dans un ailleurs plus ou moins lointain.Cinq fenêtres sur les littératures noires d\u2019ici L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 L i r e F i c t i o n 2 6 | CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Né en 1974 à Vancouver d\u2019une mère américaine et d\u2019un père québécois, Deni Ellis Béchard écrit en anglais et n\u2019a jamais vécu au Québec.Il s\u2019est fait connaître ici avec son premier roman, Vandal Love ou Perdus en Amérique (Québec Amérique, 2007), qui racontait la trajectoire d\u2019une famille de Canadiens français sur quelques générations à travers le continent américain.Comme journaliste ou photorepor- ter, il parcourt la planète depuis de nombreuses années et en nourrit son œuvre.Son troisième roman, Dans l\u2019œil du soleil (Alto, 2016), tournait autour d\u2019un groupe d\u2019expatriés occidentaux en Afghanistan, pays où il a lui-même séjourné pendant plusieurs mois.Ces dernières années, Deni Ellis Béchard semble avoir sur tout frayé sur le continent africain.En témoigne un essai, Des bonobos et des hommes : voyage au cœur du Congo (Écosociété, 2014), mélange de récit de voyage et de réflexion sur la biodiversité.C\u2019est dans cette veine que s\u2019inscrit directement Blanc, son quatrième roman, qui prend cette fois la forme d\u2019une autofiction.Un journaliste qui porte son nom et dont le parcours ressemble au sien débarque au Deni Ellis Béchard au cœur des ténèbres Avec Blanc, l\u2019auteur de Vandal Love livre une subtile et personnelle réflexion sur le racisme Comme journaliste ou photoreporter, Deni Ellis Béchard parcourt la planète depuis de nombreuses années et en nourrit son œuvre.JULIE ARTACHO Blanc ?Deni Ellis Béchard, traduit de l\u2019anglais par Dominique Fortier, Alto, Québec, 2019, 322 pages CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR Stéfani Meunier est une écrivaine de l\u2019ordinaire.Pas qu\u2019elle s\u2019attarde à la banalité, au contraire.Plutôt à l\u2019espoir, celui qui permet de regarder droit devant soi et de se dépêtrer des craintes et des inhibitions excitées par les souffrances passées.Comme plusieurs de ses œuvres, La plupart du temps je m\u2019appelle Gabrielle, son cinquième roman, est traversé d\u2019une errance existentielle et d\u2019une mélancolie contagieuse, et explore avec sensibilité et acuité la solitude, la renonciation, puis l\u2019ouverture à l\u2019autre et à soi.Ses personnages, tous chargés d\u2019un fardeau duquel personne n\u2019est réellement à l\u2019abri, que seule l\u2019espérance préserve de l\u2019abîme, exercent la compassion, l\u2019empathie et la curiosité à la manière des nouvelles rencontres et des amitiés naissantes.Avec une sobriété remarquable, l\u2019écrivaine québécoise sonde les travers de l\u2019âme et expose la détresse dans toute son humanité : altérée par les rires, l\u2019éclat bouleversant du bonheur, la fierté de mettre un pied devant l\u2019autre, le soulagement de la confiance naissante.Désarroi clandestin Gabrielle travaille dans une école auprès d\u2019élèves en difficulté.Les plus attachants, les jumeaux Jean et Lou- gan \u2014 le premier atteint d\u2019un trouble du spectre de l\u2019autisme, le second d\u2019un trouble d\u2019opposition avec provocation \u2014 lui donnent du fil à retordre.Pour tant, résolue à ne pas les quitter à la fin de l\u2019année scolaire, elle se rapproche progressivement de leur mère, cette femme courageuse dont les rêves se sont égarés dans la dysfonction de ses fils et de son existence.Peu à peu, devant ce désarroi clandestin, Gabrielle s\u2019ouvre à son tour.Elle raconte sa mère fragile, tantôt Maria, tantôt Susan, au gré de son trouble dissociatif de l\u2019identité.« Ma mère s\u2019appelle Maria, elle a cinquante ans, elle est mariée à mon père depuis toujours en ce qui me concerne, elle a une fille, moi, Gabrielle.Et d\u2019autres fois ma mère, Susan, anglophone francophile, mariée à mon père depuis toujours, a une fille de quatorze ans en pleine crise d\u2019adolescence, moi, Maude.» À pas feutrés, Meunier met sa plume dépouillée et mesurée au service d\u2019un univers tout en contradictions, où le bonheur et le malheur s\u2019entrecroisent et se confondent, au même rythme que le passé et le présent, instillant une impression d\u2019errance constante entre le rêve, les souvenirs et la réalité.Cette frugalité s\u2019avère toutefois inégale, brisée par la brusquerie un tantinet artificielle de l\u2019échange narratif qui crée un récit à deux voix à mi-parcours.La puissance salvatrice de l\u2019amitié La plupart du temps je m\u2019appelle Gabrielle demeure, à travers le prisme de la santé mentale, un éloge à la puissance salvatrice de l\u2019amitié, celle que rien au fond ne distingue de l\u2019amour.Ici, pas d\u2019intrigue passionnante ou de rebondissements stupéfiants.Juste la vie, dans sa beauté et ses triomphes, ses bassesses et ses épreuves.Entre détresse et espoir Stéfani Meunier aborde la santé mentale avec franchise et sensibilité dans ce roman traversé de l\u2019éclat bouleversant du bonheur Le roman de Stéfani Meunier est traversé d\u2019une errance existentielle et d\u2019une mélancolie contagieuse.SEAN MOLLITT FOTAU La plupart du temps je m\u2019appelle Gabrielle ?Stéfani Meunier, Leméac, Montréal, 2019, 128 pages | 2 7 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 CRITIQUE ANNE-FRÉDÉRIQUE HÉBERT-DOLBEC COLLABORATRICE LE DEVOIR En 1988, la docufiction La peau et les os, réalisée par Johanne Prégent, démystifiait pour la première fois les troubles alimentaires pour le public québécois, of frant une tribune à la détresse de jeunes femmes prisonnières d\u2019une spirale d\u2019autodestruction.Dans l\u2019une des séquences les plus marquantes du film, une adolescente d\u2019une maigreur qui dépasse l\u2019imagination parle de son combat contre l\u2019anorexie.Cette jeune femme, c\u2019est Eisha Marjara, réalisatrice montréalaise d\u2019origine indienne dont le premier roman, Fée, évoque, sous la forme d\u2019un personnage fictif, cette sombre période qui a bien failli lui coû- ter la vie.Lila, 17 ans, enfant d\u2019immigrés punjabis, est conduite à l\u2019hôpital psychiatrique, étreinte par une pulsion irrépressible de déjouer l\u2019âge adulte.Révoltée par son identité, son héritage familial et culturel, son corps et sa féminité \u2014 quatre aspects qui auraient gagné à être davantage exploités \u2014, elle refuse de s\u2019alimenter.«Fée » est le sobriquet dont Lila affuble son anorexie, cette créature ailée qui grandit à l\u2019intérieur d\u2019elle- même, dont la liberté repose sur le dépouillement de la chair et la résistance aux traitements imposés par les médecins.Déchirante, crue, par moments intolérable, la plume lyrique de Mar- jara bénéficie tout comme elle pâtit de son point de vue extrêmement personnel sur la maladie et l\u2019éprouvante marche vers la guérison.Le flot incessant de sombres et sordides pensées est d\u2019un réalisme éclairant et déchiffre sans ne jamais glorifier cette quête désespérée de la perfection.Le regard extérieur d\u2019une Lila devenue adulte et désormais guérie de ses af flictions crée une distance presque dichotomique dans la narration, exposant des émotions sans parvenir à les transmettre, ne suscitant souvent que la fascination au détriment de l\u2019empathie.Ce pragmatisme ne s\u2019étend toutefois pas aux autres personnages et institutions dépeints \u2014 les médecins de Lila, par exemple, prennent un temps fou à réaliser qu\u2019elle cache de la nourriture sous son matelas malgré sa perte de poids continue \u2014 réduisant le potentiel pluridimension- nel d\u2019un récit qui puise pour tant dans la complexité.À corps perdu La réalisatrice montréalaise Eisha Marjara explore les ravages de l\u2019anorexie Le premier roman d\u2019Eisha Marjara, d\u2019origine indienne, évoque, sous la forme d\u2019un personnage fictif, une sombre période qui a bien failli lui coûter la vie.ISABELLE LAFONTAINE Fée ?1/2 Eisha Marjara, traduit de l\u2019anglais par Patrick Isabelle, Marchand de feuilles, Montréal, 2018, 216 pages Le désert ?Olivier Sylvestre, Hamac, Montréal, 2019, 192 pages Dans le bouleversant recueil de récits noms fictifs, Olivier Sylvestre employait son expérience d\u2019intervenant dans un centre de répit pour toxicomanes afin de prêter sa voix à une procession de poqués graves.le déser t, son second livre, se situe quelque part en amont du centre de répit, au cœur des ruminations d\u2019un narrateur qui aurait bien pu finir dans la rue, s\u2019il n\u2019avait pas fait la rencontre d\u2019un confident, propriétaire des «plus belles mains que j\u2019ai jamais vues », dans un restaurant à déjeuner.Long soliloque C\u2019est notre lecture ; la vôtre pourrait être très différente, tant ce long soliloque versifié aménage volontairement un vaste espace perméable, à investir de ses expériences personnelles par le lecteur (a contrario de plusieurs romans récemment publiés chez Hamac, qui racontent la marginalité avec un luxe de détails impudiques).Un choix périlleux, débouchant sur un texte souvent trop éthéré, dont la capacité d\u2019évocation se déployait sans doute davantage lors de sa création sur scène, dans l\u2019incarnation réelle du corps d\u2019un comédien.Le verre d\u2019eau sur la table de chevet, l\u2019heure affichée en rouge au plafond, le silence de celui avec qui il partage son lit.Cette nuit-là, tout assaille ce narrateur aux abois qui, en songe, se précipitera dehors, tout nu, dans le banc de neige, puis parmi les araignées qui infestent le sous-sol, puis dans cet immeuble décati qui logeait jadis sa détresse, sorte d\u2019inventaire des violences qu\u2019il pourrait s\u2019infliger à nouveau advenant que la flamme de son amoureux refroidisse.Dépendance, troubles anxieux, bipolarité ?Il est peut-être ici question de tout ça, mais c\u2019est surtout du puissant pouvoir des mots que parle Olivier Sylvestre, de ceux qui tirent vers le fond et de ceux qui, magiquement, suturent les plaies ouver tes.« J\u2019ai écrit une première version de ce désert en 2011, pour essayer de trouver une issue à une vie que je ne voulais plus vivre, mais dont je me sentais prisonnier », annonce-t-il d\u2019emblée.Il n\u2019est jamais inutile de rappeler qu\u2019il existe une issue au désert.Dominic Tardif La plaie ouverte d\u2019Olivier Sylvestre Congo pour faire un reportage d\u2019enquête sur un mystérieux Américain qui vit depuis trente ans au cœur de la jungle.Dans l\u2019avion qui le mène à Kinshasa, une femme lui parle d\u2019une enfant de la rue, une fillette blanche de 12 ou 13 ans persuadée d\u2019être en réalité noire, congolaise et possédée par un démon\u2026 blanc.Quelques personnages vont vite se retrouver sur la route du journaliste.Une jolie femme.Un anthropologue hollandais possessif qui a rencontré la gamine.Un pasteur évangélique.Tandis que l\u2019entrepreneur écologiste, Richmond Voos, lui, reste invisible.Tout droit sorti d\u2019Au cœur des ténèbres de Conrad \u2014 dont Béchard emprunte ouvertement la structure \u2014, c\u2019est une sor te de Kurz écolo, dont on dit qu\u2019il serait amateur de petites filles.C\u2019est ainsi une réalité de plus en plus complexe qui va se dessiner.Voos, par exemple, se souciait-il vraiment de la nature ?« La réponse est oui.Il s\u2019en souciait comme seul un homme qui hait la société peut vraiment s\u2019en soucier.» Rendu fiévreux par le médicament antipaludique qu\u2019il prend, visité par des rêves, des souvenirs de jeunesse marqués par le racisme de son père, se méfiant de lui-même et de chacun de ses interlocuteurs, Béchard \u2014 le narrateur \u2014 entreprend un parcours à obstacles qui le mènera peut-être jusqu\u2019à Voos, au cœur des choses.Avec Blanc, l\u2019écrivain canado-amé- ricain poursuit sa critique de l\u2019impérialisme et du colonialisme, en y ajoutant une subtile et personnelle réflexion sur le racisme.Mais l\u2019intelligence et la curiosité, c\u2019est connu, peuvent parfois être les pires ennemis du romancier.Et le dernier roman de Deni Ellis Bé- chard, trop réflexif malgré certaines acrobaties narratives, souf fre par moments d\u2019un intellectualisme un peu lourd.Comme quoi, par fois, au cœur d\u2019une jungle de papier, il arrive que l\u2019essai cannibalise le roman.Extrait de Blanc « Des années plus tôt, j\u2019avais lu un article sur la façon d\u2019éviter les conflits.On y disait que les gens nous renvoient ce que nous percevons chez eux, et qu\u2019il faut imaginer l\u2019enfant que notre rival a été, se concentrer sur ce qu\u2019il a de bon et le renforcer.J\u2019avais fait cela dans des zones de guerre, en approchant des soldats étrangers non pas comme des étalages terrifiants de puissance mâle, mais comme des fils, des frères et des pères.J\u2019avais perçu comment on peut blesser les autres avec notre peur, dans la mesure où elle présume de leur inhumanité.» n pistolet Luger ramassé sur un gros tas d\u2019armes confisquées, et un pélican sculpté à la main, en bois.Des cinquante-six mois passés en captivité dans un nulle part de Poméranie, principalement au Stalag IIB (camp «ordinaire » pour soldats et sous-officiers), des quatre mois supplémentaires de marche forcée sur le tor tueux chemin du retour vers la France, René Tardi n\u2019a ramené que ça dans sa musette.Ça et un carnet, où il avait consigné avec précision les lieux traversés, les kilomètres parcourus chaque jour.Ça et tout ce qui n\u2019entrait pas dans la musette et ne sortait plus de sa tête : la faim, l\u2019horreur en son et lumière, la faim, les rescapés des camps de concentration, la faim, les coups de crosse de fusil, la faim.Et la colère.Et un foutu mal de dents.« C\u2019est impor tant, l\u2019histoire des dents », souligne son fils, Jacques Tardi, dit Tardi tout court, artisan vétéran de la bande dessinée, célébré notamment pour les neuf albums des aventures d\u2019Adèle Blanc-Sec.« On lui a arraché une dent de sagesse, sans anesthésie, au Stalag, une autre dent à Bocholt, et le reste à l\u2019infirmerie, après le retour.Il avait perdu toutes ses dents, et tous ses cheveux aussi.» Le père du dessinateur a gardé par-devers lui le Luger, le pélican et la constante colère.« Le Luger aussi, il a fini par le perdre.Des cambrioleurs l\u2019ont fauché, se sont fait arrêter, et les flics ont confisqué le pistolet, que mon père considérait comme une prise de guerre.C\u2019est d\u2019ailleurs là-dessus que je termine le troisième tome, assez brusquement je trouve.» (Voir encadré.) Le fil barbelé d\u2019une œuvre Il vient de paraître, ce troisième tome, qui porte sur les premières années d\u2019après-guerre de René Tardi, lesquelles correspondent aux premières années de la vie de Jacques Tardi.Trois tomes.Trois tomes de Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB.Presque 400 pages, avec les préfaces et postfaces.Tant de dessins.Trois grandes cases rectangulaires par planche.Faites le calcul.Huit ans de travail : recherches, scénario, découpage, crayonnés, encrages.À cet ouvrage plus que considérable, il faut ajouter une bonne partie du grand œuvre de Tardi.Ajouter Le dernier assaut, créé en collaboration avec sa compagne, la chansonnière Dominique Grange.Ajouter Putain de guerre, le tout aussi volumineux diptyque sur la Première Guerre mondiale.Ajouter Varlot soldat et Le der des ders, avec Didier Daeninckx, parus à la fin des années 1990.Ajouter C\u2019était la guerre des tranchées, prépu- blié dans À suivre dès 1982.Ajouter La véritable histoire du soldat inconnu (1974 !).Ajouter même Le cri du peuple, en quatre volumes, adaptation du roman de Jean Vautrin, qui se passe autour de l\u2019insurrection de la Commune en 1871.Ça fait beaucoup de guerres pour un seul homme.Combien de soldats mutilés, de chars éventrés, d\u2019explosions d\u2019obus, d\u2019enfers dessinés ?«Oui, c\u2019est un peu la base de mon travail, constate tout doucement Jacques Tardi, à son bout du fil.Comment dire ?J\u2019ai été abruti par ces récits.Surtout par ceux de mon père, parce que j\u2019étais plus âgé.Je n\u2019ai jamais parlé de la Première Guerre mondiale avec mon grand-père, qui l\u2019avait faite, qui avait été gazé.Quand il est mor t, j\u2019avais cinq, six ans.Ma grand-mère, elle, en parlait.J\u2019ai été très marqué par les horreurs qu\u2019elle racontait, j\u2019en faisais des cauchemars.J\u2019ai voulu comprendre.La colère de mon père, le silence de mon grand-père.» Le témoin nécessaire Jusqu\u2019à ces trois tomes du Stalag IIB, Jacques Tardi avait maintenu très volontairement une distance avec son histoire familiale.Le soldat inconnu n\u2019avait pas à être connu pour décrire \u2014 et pour décrier \u2014 son rôle de chair à canon dans la boucherie guerrière.« C\u2019est l\u2019idée de l\u2019autobiographie qui m\u2019embêtait, qui m\u2019embête encore.Je trouve ça indécent.J\u2019ai fini par admettre que mon père avait été le témoin de ce que beaucoup d\u2019autres comme lui ont vécu, et que ça méritait d\u2019être raconté.» Le sort des prisonniers de guerre français, vaincus pour ainsi dire avant d\u2019avoir vraiment combattu, est beaucoup passé à la trappe de l\u2019Histoire.Et pour cause : c\u2019est de la Shoah qu\u2019il faut impérieusement se souvenir.« Quand tous ces soldats sont rentrés à la fin de la guerre, ils n\u2019ont pas été bien accueillis, parce qu\u2019ils étaient tenus responsables de la défaite.Il y a eu plus d\u2019un million de ces prisonniers.Ceux qui sont revenus se sont tus.» C\u2019est l\u2019odieux de cette double prison qui indignait : se taire, faute de n\u2019avoir pas été tué.« En plus, leurs places avaient été prises partout, personne ne les engageait.C\u2019est pour ça que mon père a rempilé dans l\u2019armée et qu\u2019on a été vivre dans l\u2019Allemagne occupée, en pleine guerre froide, là où les soldats français n\u2019avaient aucune légitimité.C\u2019était des vaincus, je le répète, qui retournaient là-bas avec du matériel américain, nourris par les Américains.Ça aussi, je voulais le raconter.» Le retour de la manière Tardi À la dif férence des deux premiers tomes, où Jacques Tardi traduit en bande dessinée très grise et très noire les carnets de notes de son père, cet «après la guerre » est narré en bonne par tie du point de vue de Jacques Tardi, enfant.Qui perçoit les choses à sa façon, en même temps qu\u2019il apprend à lire \u2014 et à dessiner, il dessine déjà tout le temps \u2014 avec les Pieds nickelés, les Zig et Puce, Bibi Fricotin et les aventures de Charlot « que racontait et dessinait Forest ».Oui, Jean-Claude Forest, avec lequel, vingt-trois ans plus tard, Tardi cosignerait Ici Même, « une sorte de Charlot-concierge amoureux ».Les dessins du troisième tome retrouvent peu à peu des couleurs, et il y a des cases de grand délire symbolique à la Tardi, ici des monstrueux crustacés, là un carnaval grotesque.Il y a notamment une case où l\u2019on voit le jeune Jacques, contemplant le pélican de bois et toute une série de dents étalées sur la table de cuisine.« J\u2019ai cherché à représenter mes souvenirs d\u2019enfant, c\u2019est ma perception décalée.Dans les deux premiers tomes, il n\u2019y a pas de \u201cpoésie\u201d, disons.Il faut croire que cette histoire de dents m\u2019a marqué\u2026 » Et le pélican?Il est là où Jacques et Dominique habitent.« Je l\u2019ai, bien sûr.Bien qu\u2019actuellement, il est à Bâle, en Suisse, dans le cadre d\u2019une exposition qui se termine ces jours-ci.Donc je vais le récupérer.Il subsiste un mystère autour de ce pélican.Je le croyais unique, sorti de l\u2019imagination de mon père.Or, une dame m\u2019a envoyé la photo d\u2019un pélican tout pareil, sculpté par son père au Stalag.Y avait-il un modèle de pélican?Est-ce qu\u2019il y avait une fabrique de pélicans dans ce camp, je n\u2019en sais rien.» Il n\u2019échappera pas non plus aux lecteurs très observateurs de Tardi qu\u2019enfant, il utilisait des gouaches en godet de marque\u2026 Pelikan.De fabrication allemande.L i r e B a n d e d e s s i n é e 2 8 | L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T Après les années au Stalag IIB et le retour \u2014 à pied ! \u2014 en France, le père de Jacques Tardi ne décolère pas, sous le regard de son jeune fils, futur grand bédéiste.Le troisième tome d\u2019une histoire de guerre jamais vraiment finie.Entrevue.ENTREVUE SYLVAIN CORMIER LE DEVOIR Le Luger et le pélican Le grand Tardi replonge dans les souvenirs de guerre de son père Et Adèle ?Et la suite ?«Me conseilleriez-vous de continuer ?» me demande Tardi, après une bonne heure.Euh\u2026 oui et non.Il y a une sorte de boucle bouclée, me semble-t-il, avec l\u2019anecdote du Luger, la fin de quelque chose.«Oui, mais après, la guerre continue.Il y a l\u2019Indochine, où mon père refusera d\u2019aller.Et puis la guerre d\u2019Algérie.Je ne comprends pas trop ce qui se passe, à l\u2019époque.À l\u2019école, j\u2019entends parler de la \u201ccuvette de Dien-Bien-Phu\u201d, où l\u2019armée française va être pilonnée.Sur mon ardoise, je dessine donc une cuvette, avec des petits soldats dedans, cernés par des Vietnamiens affublés de petits chapeaux de paille.Il y a beaucoup à dire\u2026 » Petites secondes d\u2019hésitation au bout du fil.«Écoutez, je suis en train de travailler sur ça.Rompre avec l\u2019histoire officielle.J\u2019y réfléchis.C\u2019est encore le côté \u201cregar- dez-moi\u201d, ce \u201cje\u201d qui m\u2019embête\u2026» Et qu\u2019advient-il d\u2019Adèle Blanc- Sec dans ce programme certes justifié ?Nous attendons la suite du feuilleton.«Oui, ben Adèle, elle attend depuis une bonne dizaine d\u2019années.Elle est dans un tiroir.Les douze premières planches de l\u2019album final ont été dessinées.Et puis j\u2019ai arrêté, avec l\u2019intention d\u2019y revenir.Et puis voilà, le temps a passé.Je ne sais plus où j\u2019en suis, où va le scénario.Vous savez, je n\u2019étais pas vraiment fait pour tenir une série\u2026 Là, ce qui me manque, c\u2019est un titre pour la suite des Stalag.Où il n\u2019y a pas le mot \u201cStalag\u201d, parce qu\u2019on est ailleurs.Vous avez une idée ?» U Jacques Tardi, artisan vétéran de la bédé, célébré notamment pour les aventures d\u2019Adèle Blanc-Sec | 2 9 D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Trois tomes de Moi René Tardi, dont le dernier vient de paraître.Presque 400 pages, avec les préfaces et postfaces.Tant de dessins.Trois grandes cases rectangulaires par planche.Faites le calcul.Huit ans de travail : recherches, scénario, découpage, crayonnés, encrages.PHOTOS ET PLANCHES CASTERMAN Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB Tome 3 Après la guerre Tardi, Casterman, Paris, 2018, 160 pages LOUIS HAMELIN DE RETOUR LE 16 FÉVRIER L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 L i r e F i c t i o n 3 0 | CRITIQUE MANON DUMAIS LE DEVOIR Que son œuvre soit ou non notre tasse de thé, force est d\u2019admettre qu\u2019Éric- Emmanuel Schmitt a le don d\u2019écrire des histoires qui font du bien.Certes, la bienveillance et les bons sentiments peuvent en agacer plus d\u2019un, mais en ces temps où l\u2019intolérance s\u2019exprime à coups de mots assassins, où l\u2019on tue au nom de son dieu, on a envie de s\u2019évader quelques heures dans une fable à saveur spirituelle dont seul l\u2019auteur d\u2019Oscar et la dame en rose a le secret.C\u2019est d\u2019ailleurs dans ce même Cycle de l\u2019invisible dont fait partie ce récit sur le christianisme paru en 2002 que s\u2019inscrit Félix et la source invisible.Ainsi, après y avoir notamment exploré l\u2019islam (Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, 2001) et le judaïsme (L\u2019enfant de Noé, 2004), l\u2019infatigable écrivain s\u2019intéresse maintenant à l\u2019animisme en nous transportant du quartier Belleville, dans le 20e arrondissement de Paris, jusque dans un petit village du Sénégal.Tenancière d\u2019un café malicieusement nommé Au boulot, Fatou élève seule son fils de 12 ans, Félix, qu\u2019elle prétend avoir conçu avec le Saint-Es- prit : «Le Saint-Esprit m\u2019avait reconnu sur mon acte de naissance.Si ! Il s\u2019était déplacé en personne jusqu\u2019à la mairie.Ensuite, on ne l\u2019avait plus revu.» Bonne vivante, vaillante, adorée de la faune bigarrée qui fréquente son établissement, l\u2019immigrante sénégalaise sombre dans la dépression après avoir reçu un coup dur du destin.Malgré la gravité de l\u2019état de la mère de Félix, le ton qu\u2019emprunte le récit se révèle léger, l\u2019humour, bon enfant, et le dénouement, cousu de fil blanc.Éric-Emmanuel Schmitt s\u2019en donne à cœur joie à décrire avec force détails pittoresques l\u2019univers de Félix.Toutefois, on ne saurait dire qu\u2019il use de subtilité lorsque vient le temps de décrire les clients du café, sautant à pieds joints dans le cliché ou la caricature.À propos de madame Simone, décrite comme une femme «moche», il dira qu\u2019elle s\u2019était « résolue à faire ce que font les transsexuelles que la société rejette : la pute».Alors qu\u2019il se glisse aisément dans la peau d\u2019un garçon contraint de mûrir prématurément, Schmitt n\u2019hésite pas à montrer le jeune narrateur sous son pire jour ni à lui faire exprimer sa mauvaise foi lorsque les choses ne se déroulent pas selon ses désirs, particulièrement lorsqu\u2019un adulte se place entre lui et sa mère.Or, Schmitt a tant de plaisir à le faire qu\u2019il semble par endroits oublier le but premier du récit : nous faire découvrir l\u2019animisme.Après moult tergiversations, voilà enfin qu\u2019arrive ce voyage en Afrique où, grâce à un féticheur, Félix découvre ses racines : «Désormais, vos ancêtres logeront à Paris, avec vous.De temps en temps, vous répandrez du sable sur les carreaux de votre cuisine, afin de leur proposer une litière.Les rites servent à donner de la chair à l\u2019esprit.» À précipiter ainsi la fin du récit, Éric-Emmanuel Schmitt ne lui donne pas la même profondeur que l\u2019on retrouvait dans les précédents romans du Cycle de l\u2019invisible.Malgré cela s\u2019y retrouve une charmante et irrésistible invitation à accepter et à respecter les croyances d\u2019autrui.Le fils du Saint-Esprit Éric-Emmanuel Schmitt explore l\u2019animisme à hauteur d\u2019un gamin du 20e arrondissement L\u2019infatigable Éric-Emmanuel Schmitt nous transporte du quartier Belleville, à Paris, jusque dans un petit village du Sénégal.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Félix et la source invisible ?1/2 Éric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, Paris, 2019, 227 pages CRITIQUE MANON DUMAIS LE DEVOIR Le 11 mars 2001, le monde entier assiste, indigné, à la destruction par les talibans des deux bouddhas de Bâmyân, en Afghanistan.Pourtant, comme le fait remarquer Tom à sa femme, personne ne parle du fait «que les talibans massacraient en toute tranquillité la population chiite de cette région, que tant de femmes étaient victimes de leurs barbaries, que la misère était atroce dans le pays».Cette journée fatidique, marquant le début d\u2019une longue chaîne de destruction du patrimoine mondial religieux par l\u2019Émirat islamique d\u2019Afghanistan, ser t de trame de fond aux deux destins parallèles que trace Atiq Rahimi (Terre et cendres, 2000 ; Syn- gué Sabour, 2008) dans Les porteurs d\u2019eau.Au premier plan, c\u2019est la dualité de l\u2019être humain que l\u2019écrivain et cinéaste à la double nationalité afghane et française exploite sous forme de fascinant et cruel jeu de miroir.Ainsi fait-il d\u2019abord entrer en scène Tom, Afghan naturalisé français, de son vrai prénom Tamim, qui se réveille aux côtés de son épouse.Sans un bruit, sans prendre le temps de déjeuner, il quitte le domicile familial parisien afin de se rendre à Amsterdam dans l\u2019espoir de refaire sa vie avec sa jeune amante catalane en qui il croit reconnaître la « femme originelle».Au chapitre suivant, au tour de Yûsef d\u2019apparaître dans une situation similaire.Dans le sandali, ce n\u2019est pas sa femme qui est étendue à ses côtés, mais sa belle-sœur Shirine sur qui il doit veiller en l\u2019absence de son frère parti à la guerre.Sans un bruit, sans prendre le temps de déjeuner, il quitte le modeste logis de Kaboul afin d\u2019aller porter de l\u2019eau aux habitants dans l\u2019espoir de retrouver en fin de journée Shirine, dont la mèche de cheveux rebelle l\u2019obsède jour et nuit.« La mèche d\u2019une femme est une chaîne qui met les hommes aux fers ! » lui disait sa mère.Alors que chaque chapitre consacré à Tom est écrit à la deuxième personne, de manière à créer une troublante proximité entre le personnage et le narrateur, le récit de Yûsef est narré à la troisième personne.Si le procédé installe d\u2019emblée une froide distance entre le bourgeois parisien et le porteur d\u2019eau kabouli, entre la confortable réalité européenne et l\u2019horreur quotidienne afghane, Atiq Rahimi ef fectue un étonnant changement de pronom tandis que la nature afghane de Tom prend le pas sur sa culture d\u2019adoption.« Désormais, c\u2019est Tamim qui est son témoin, c\u2019est à lui de raconter pour que Tom puisse vivre.» S\u2019attardant au moindre détail prosaïque du vécu des deux hommes en ce jour où s\u2019écroulent les deux bouddhas, Atiq Rahimi les plonge graduellement dans un univers d\u2019un lyrisme ensorcelant où s\u2019entrelacent et se font écho rêves, souvenirs, légendes, considérations sur les langues et sur les religions afin d\u2019esquisser une fine réflexion sur l\u2019identité.Alors qu\u2019il entraîne ses deux personnages vers un destin inéluctable, le romancier rappelle implacablement qu\u2019aux grands jours de l\u2019Histoire, notre propre petite histoire vaut à peine un entrefilet.Même si celle-ci nous aveugle au point de ne plus voir la réalité en face.Une journée particulière Atiq Rahimi s\u2019attache au destin de deux Afghans le jour où les talibans détruisent les bouddhas de Bâmyân Atiq Rahimi rappelle implacablement qu\u2019aux grands jours de l\u2019Histoire, notre propre petite histoire vaut à peine un entrefilet.ANDREW H.WALKER AGENCE FRANCE-PRESSE Les porteurs d\u2019eau ?Atiq Rahimi, P.O.L., Paris, 2019, 285 pages | 3 1 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 CRITIQUE CHRISTIAN DESMEULES COLLABORATEUR LE DEVOIR Peintre et illustratrice finlandaise de langue suédoise, auteure à succès de livres pour enfants, Tove Jansson (1914-2001) a été l\u2019une des plus grandes figures artistiques scandinaves du XXe siècle.Et surtout, elle a été la créatrice des célèbres Mou- mines, une sympathique famille de trolls ressemblant à des hippopotames dont l\u2019incarnation en bande dessinée a connu un immense succès à travers le monde à partir du milieu des années cinquante.De ses nombreux étés passés sur l\u2019une ou l\u2019autre des minuscules îles de l\u2019archipel des Pellinki, près de la ville de Porvoo dans le golfe de Finlande, témoignent des livres comme Le livre d\u2019un été, La cartographe ou L\u2019art de voyager léger (tous déjà parus dans Le Livre de poche).Dans Fair-play, le dernier de ses six romans pour adultes, paru à l\u2019origine en 1989, Tove Jansson explore en une quinzaine de moments et de petites histoires \u2014 qui relèvent en réalité davantage du recueil de nouvelles \u2014 la discrète relation amoureuse de deux femmes artistes.La matière est ici largement autobiographique : comme Mari et Jonna, les protagonistes de Fair-play, pendant une trentaine d\u2019années Tove Jansson et sa compagne Tuulikki Pietilä ont partagé leur temps entre Helsinki, la capitale finlandaise, et la petite maison sans électricité qu\u2019elles avaient fait construire sur la minuscule île de Klovharu.Si on trouve des moments de leur vie à Helsinki ou de leur « grand voyage» à l\u2019étranger (souvenirs de la Corse et de l\u2019Arizona), c\u2019est surtout dans le décor de leur îlot, entourées tantôt de soleil et de silence, tantôt de brouillard ou par le bourdonnement d\u2019une tempête qui les isole du continent, que nous les montre Fair-play.Oiseaux marins, orages, pêche de poissons pour le chat ou séances méthodiques de cinéma, «qui donne une image vraie de la réalité».Parfois encore, des visiteurs viennent troubler le quotidien des deux femmes.Au fil de ces chapitres un peu décousus, le lecteur comprend vite que le couple que forment les deux femmes est le reflet de leur île, minuscule rocher à fleur d\u2019eau comme on en trouve par milliers dans la mer Baltique.Et pour elles, une «météo qui empêche les gens de débarquer sur l\u2019île et de la quitter est une bonne météo»\u2026 Sauvages, autarciques, elles prennent un soin farouche de leur solitude, même si des tensions af fleurent par fois : «Une idée audacieuse était en train de prendre forme dans son esprit : celle d\u2019une solitude, rien qu\u2019à elle, paisible et pleine de possibilités.Une fantaisie que l\u2019on peut se permettre quand on a le bonheur d\u2019être aimé.» Mais si ces courts chapitres sont illuminés par l\u2019humour léger et facétieux de l\u2019auteure, que le livre décousu n\u2019ait pas été traduit en français plus tôt nous laisse à penser qu\u2019il ne s\u2019agit peut-être pas du meilleur de Tove Jansson.Tove Jansson, la possibilité d\u2019une île Fair-play est le dernier roman pour adultes de la créatrice des célèbres Moumines Peintre et illustratrice finlandaise de langue suédoise, Tove Jansson a été l\u2019une des plus grandes figures artistiques scandinaves du XXe siècle.HANS PAUL LEHTIKUVA AGENCE FRANCE-PRESSE Fair-play ?Tove Jansson, traduit du suédois (Finlande) par Agneta Ségol, La Peuplade, Chicoutimi, 2019, 156 pages CRITIQUE MARIE FRADETTE COLLABORATRICE LE DEVOIR De la baleine à bosse jusqu\u2019aux crabes rouges de l\u2019île Christmas, en passant par les libellules, les colibris et les sardines, plusieurs animaux, en véritables nomades, prennent la route tous les ans afin d\u2019assurer la survie de leur espèce, et ce, depuis la nuit des temps.Sur une Terre non seulement menacée, mais de plus en plus fouettée par le désastre écologique et l\u2019activité des hommes, la résilience de ces bêtes devient un mode de vie.Loin d\u2019offrir un documentaire commun, de remâcher le parcours 1000 fois lu ou entendu, le Britannique Mike Unwin, spécialisé en histoire naturelle, présente avec Migration une véritable plongée au cœur de la vie grouillante, étonnante et souvent surréaliste de 20 espèces triées sur terre, dans l\u2019eau et dans les airs.Bien sûr, la traversée houleuse et épique des monarques, qui prennent quatre générations pour assurer l\u2019entièreté du voyage, est bien connue, tout comme celle des manchots empereurs, qui parcourent 100 kilomètres pour arriver au lieu de reproduction.Au-delà de ces informations, l\u2019art de raconter d\u2019Unwin nous invite à découvrir les espèces sous un angle poétique.S\u2019adressant directement au lecteur, l\u2019auteur raconte chaque migration à la manière d\u2019une historiette.Les animaux sont nichés dans un contexte précis, un espace-temps permettant de prendre le pouls du périple.Sur l\u2019île Christmas, le narrateur ordonne d\u2019arrêter la voiture.«Une rivière rouge passe en travers de la route.Il va falloir attendre.» Nous sommes en novembre et des milliers de crabes rouges prennent la route vers la mer pour pondre.Et que dire de la sterne arctique qui assure la migration la plus longue du règne animal.Au cours de sa vie, elle parcourt « une distance égale à trois allers- retours entre la Terre et la Lune».La vulgarisation des informations est enrobée de poésie, assurant ainsi une lecture non seulement instructive, mais lumineuse.À cela s\u2019ajoutent les peintures de Jenni Desmond, qui enveloppent et appuient avec délicatesse le propos d\u2019Unwin.L\u2019artiste anglaise met en scène avec finesse et détails des univers tout aussi différents que celui d\u2019une forêt peuplée de monarques, la course folle d\u2019un banc de sardines en plein cœur de l\u2019océan ou la traversée de caribous affrontant avec leurs petits le fort courant d\u2019une rivière.Les doubles pages illustrées permettent de plonger dans la réalité distincte et émouvante des espèces migratoires.En conclusion, Unwin et Desmond offrent une carte du monde où est reproduit le parcours des animaux présentés.En un clin d\u2019œil, le lecteur visualise la route énorme qu\u2019entreprennent certains.Un «Savais-tu?» titille ensuite la curiosité en étirant un peu l\u2019apprentissage.Enfin, un bref paragraphe évoque les dangers rencontrés par les animaux au cours de leur traversée, l\u2019homme étant un obstacle majeur à leur dessein.Évitant le ton moralisateur, tout en préservant le sérieux du problème, l\u2019auteur assure ici une présentation qui témoigne de la force, mais aussi de la vulnérabilité des bêtes, l\u2019homme étant partie prenante de cet écosystème.Contre vents et marées Un album poétique sur la migration de 20 espèces Les animaux migrateurs sont confrontés à une Terre menacée.JENNI DESMOND Migration ?Mike Unwin et Jenni Desmond, traduit de l\u2019anglais par Sébastien Cordin, Éditions des Éléphants, Paris, 2018, 48 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 L i r e 32 | Un sacré gueuleton ?Jim Harrison, traduit de l\u2019anglais par Brice Matthieussent, Flammarion, Paris, 2018, 384 pages Barbue chaude au fumet de fenouil, joues de porc à l\u2019italienne, monceaux d\u2019abats, tamales à la viande de wapiti, litres de Romanée-Conti, de Bandol, de grappa.Multipliez ça par mille, ajoutez-y un peu de poudre de perlimpinpin, et vous aurez une petite idée de l\u2019appétit surhumain de Jim Harrison, décédé en mars 2017 à l\u2019âge de 79 ans.Une longévité plus que respectable, quand on connaissait le sens de la démesure de l\u2019auteur de Légendes d\u2019automne et de Dalva.Ses Aventures d\u2019un gourmand vagabond et En marge (Bourgois, 2002 et 2003), ses mémoires, nous en avaient donné déjà un bon aperçu.L\u2019écrivain, qui n\u2019aurait fait qu\u2019une bouchée du nouveau Guide alimentaire canadien, vivait à l\u2019évidence comme il écrivait : avec les deux mains dans le plat et un appétit sans fin.Et surtout sans avoir peur de se salir.Chroniques gastronomiques toutes plus délirantes les unes que les autres, publiées à partir de 1981 dans des magazines américains, de Smoke Signals au New Yorker, Un sacré gueuleton rassemble 47 méditations sur la nourriture, le vin et l\u2019écriture dont la règle de base est d\u2019être «modéré à l\u2019excès».Un « déjeuner » de 37 plats Il nous promène de son ranch du Montana à un « déjeuner » de trente- sept plats dans un restaurant de trois étoiles en Bourgogne, en passant par la Patagonie et le souvenir d\u2019un souper gargantuesque en compagnie d\u2019Orson Welles.Pour cet ogre amateur de chasse et de pêche, de piments forts et de vin rouge, manger est de l\u2019ordre du spirituel.Mais qu\u2019on se rassure, « Big Jim » n\u2019est pas totalement omnivore.À preuve : « La viande d\u2019écureuil me laisse froid.Ça me fait penser à un bébé extraordinairement prématuré.» Et puisque nous y sommes : le contenu de ce livre pourrait choquer cer tains adeptes du véganisme.Nous préférons les en avertir.C\u2019est brouillon, parfois sans queue ni tête, mais c\u2019est surtout terriblement passionné, jouissif et gorgé d\u2019humour.Tout ça couronné d\u2019une philosophie à la logique implacable : «Tout ce qui vit finit en étron.» Christian Desmeules Jim Harrison, modéré à l\u2019excès CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR Il y a des destins qui semblent plus prévisibles que d\u2019autres : le fait, par exemple, de voir son père brutalement maîtrisé par des policiers au beau milieu de la nuit, dans son salon, peut laisser des traces chez un enfant.Cet événement est au cœur de l\u2019histoire intimiste \u2014 tout comme de la vie du petit Milo \u2014 que nous propose ici Claire Favan, qui « travaille dans la finance » tout en publiant coup sur coup, depuis quelques années déjà, des thrillers à succès chez Robert Laffont.Voilà donc l\u2019histoire du petit Milo violemment traumatisé à l\u2019âge de quatre ans par l\u2019arrestation de son truand de père.Sa mère, Alexandra, sera d\u2019abord aussi sonnée que son fils, refusant de croire que son mari Victor est un braqueur de banque.Mais la réalité tout comme le comportement désormais violent de son fils la forceront à accepter sa nouvelle situation.Alexandra fera tout ce qu\u2019il est possible de faire pour atténuer la colère et la rage qui rongent son enfant de l\u2019intérieur en en faisant peu à peu un paria.Après quelques années de ce régime, voilà que Victor recouvre la liberté et promet à sa petite famille de changer : son fils recommence alors à vivre une vie normale et Alexandra se met, elle aussi, à y croire.Malheureusement, ça ne dure pas : Victor recommence à braquer des banques et il est bientôt piégé.Tout s\u2019écroule pour Milo, qui se remet à éprouver des colères violentes et devient bientôt, avec les années qui passent, une petite frappe insupportable malgré les ef for ts de sa mère qui aura consacré sa vie à tenter de le sauver.La situation sera por tée au paroxysme lorsque la police retrouvera les cadavres de deux jeunes filles que Milo connaissait.Il sera vite soupçonné de meurtre, mais un troisième assassinat, identique aux deux premiers, survient alors qu\u2019il était en détention préventive et il est relâché.On ne vous dira rien de la conclusion de l\u2019histoire, mais vous pourriez presque la deviner\u2026 Impersonnelle et froide Il y a évidemment un côté roman- photo en noir et blanc à cette histoire qui donne souvent, disons-le, dans le cliché : les mauvaises influences, le dévouement incessant de la mère, les scènes de colère envahissante, la déchéance annoncée\u2026 C\u2019est pourtant l\u2019écriture de ce quasi-mélodrame qui rend l\u2019aventure fascinante.Dans les faits, le lecteur est convié à une sorte de description clinique méthodique d\u2019un cas type, et c\u2019est précisément la façon de raconter tout cela qui séduit.Cla ire Favan nous hypnot ise presque avec son ton d\u2019observateur extérieur qui aurait eu un accès privé au dossier d\u2019enquête de la police.En utilisant cette tonalité à la fois intimiste et clinique tout à fait impersonnelle et froide, elle réussit à nous faire sentir la détresse profonde de la mère, qui est le véritable personnage central du roman.Et oui, bien sûr, le destin d\u2019Alexandra et de Milo était écrit dans le ciel\u2026 C\u2019était écrit dans le ciel Une sorte de roman-photo en noir et blanc pourtant extrêmement efficace Le lecteur est convié à une sorte de description clinique méthodique d\u2019un cas type, et c\u2019est précisément la façon de raconter tout cela qui séduit.DANIEL JANIN AGENCE FRANCE-PRESSE Inexorable ?Claire Favan, coll.« La Bête noire », Robert Laffont, Paris, 2018, 384 pages | 3 3 L i r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Le Québec de M.Séguin L\u2019historien Maurice Séguin (1918- 1984) est méconnu.Il suscite pourtant l\u2019admiration de ceux qui l\u2019ont fréquenté.Denis Vaugeois, qui fut son éditeur, évoquait, en 2006, son «éloquence dévastatrice » et comparait l\u2019homme à Socrate.Le cinéaste Denys Arcand, qui fut son étudiant à l\u2019Université de Montréal dans les années 1960, affirmait, vingt ans plus tard, qu\u2019il n\u2019avait suivi qu\u2019un seul grand cours dans sa vie, celui du professeur Séguin.Comment expliquer, alors, le relatif oubli qu\u2019on lui réserve ?Son œu- vre publiée, d\u2019abord, est peu abondante.Elle tient principalement en deux volumes : sa thèse de doctorat de 1947, qui ne sera publiée qu\u2019en 1970, et son essai Les normes, des notes de cours des années 1960, publié en 1987.L\u2019historien Robert Comeau, un autre de ses admirateurs, explique cette parcimonie éditoriale par le «perfectionnisme paralysant » du grand professeur.L\u2019œuvre, de plus, n\u2019est pas facile.Chez Séguin, note le sociologue Jean Lamarre, « le théoricien domine l\u2019historien».On ne le lit donc pas comme on lit Groulx ou Vaugeois, par exemple, des historiens experts en narration.L\u2019interprétation que Séguin propose de l\u2019histoire du Québec, enfin, est sombre.Depuis la défaite de 1760, selon lui, les Québécois se retrouvent condamnés à la médiocrité nationale.Groulx, qui avait dirigé la thèse de Séguin, rejetait d\u2019ailleurs violemment cette conclusion.Vivre ou végéter Dans Maurice Séguin, historien du Québec d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui (Septentrion, 2018, 162 pages), un long extrait d\u2019un précédent ouvrage réédité à l\u2019occasion du 100e anniversaire de naissance de l\u2019historien, Jean Lamarre vient redire l\u2019originalité, la puissance et l\u2019actualité de l\u2019œuvre sé- guiniste.Au moment où le Québec, las du débat sur la question nationale, semble vouloir se réfugier dans un nationalisme pépère, la mise en valeur des idées de Maurice Séguin constitue un rappel du fait que, pour le Québec, espérer atteindre l\u2019autonomie dans le Canada revient à se contenter de survivre et de végéter.Dans Les normes, son maître ouvrage qui repose, explique Lamarre, sur une «conjugaison entre une perspective humaniste et une appréhension plus scientifique du réel», Séguin met en avant le concept d\u2019«agir par soi».Cette liberté est, écrit-il, CRITIQUE MICHEL BÉLAIR COLLABORATEUR LE DEVOIR Le cerveau est un territoire encore trop mal connu ; Joshua Auberson, lieutenant de police à la brigade cantonale vaudoise, s\u2019en rend vite compte au moment de reprendre connaissance.On vient de le tirer in extremis de l\u2019avalanche sous laquelle il était enseveli, et sa mémoire lui joue de drôles de tours.C\u2019est ainsi que, enfoui sous des tonnes de neige dans les Alpes suisses, il se retrouve au milieu d\u2019une sorte d\u2019étrange scénario de film où ses « souvenirs » s\u2019acharnent à jouer un rôle crucial\u2026 Entre le flou et l\u2019imprévisible Le récit s\u2019amorce en fait alors qu\u2019Au- berson se réveille dans une chambre de l\u2019Avalanche Hôtel.Tout autour lui semble familier : le décor luxueux, les gens qu\u2019il rencontre, l\u2019ambiance feutrée des lieux qu\u2019il traverse\u2026 Mais bientôt, tout le monde ne parle plus que de la disparition d\u2019une jeune fille qui venait tout juste de fêter ses 18 ans.Et puis brusquement, le voilà ailleurs : dans le monde bien concret, harnaché à son lit d\u2019hôpital dans les hauteurs de Vevey, branché à des machines qui clignotent, sa par te- naire de la police à ses côtés.Ces incursions bizarres dans des espaces imaginaires ne le quitteront plus : même remis sur pied, Joshua Auberson replongera dans son « rêve » à de multiples reprises.Il découvrira d\u2019abord que l\u2019Avalanche Hôtel correspond en fait au Bellevue Grand Palace, un ancien hôtel de luxe détruit par une avalanche, qui surplombe la ville de Montreux.Ses plongées oniriques prendront toutefois un sens nouveau lorsque la police fera le lien entre une photo trouvée dans la poche d\u2019une inconnue retrouvée inconsciente en montagne et celle d\u2019une certaine Catherine Alexander disparue du Bellevue le 5 janvier 1962 alors qu\u2019elle venait d\u2019avoir 18 ans\u2026 Une pièce après l\u2019autre, le lieutenant Auberson parviendra à reconstituer l\u2019improbable casse-tête au centre duquel il se trouve bien malgré lui.Le lecteur découvrira avec lui à quel point le policier est lié à cette histoire déclenchée par la disparition de Catherine Alexander 40 ans plus tôt.À la conclusion de l\u2019enquête, Auber- son se sera découvert une «nouvelle famille »\u2026 et le lecteur aura sur fé sur une écriture prenant souvent plaisir à imposer des images aussi floues que fortes explorant des territoires fragiles.Bien au-delà des résultats de l\u2019enquête \u2014 qui n\u2019en finit pas de surprendre par ses détours br umeux \u2014, c\u2019est précisément cette impression trouble de naviguer avec l\u2019auteur dans des territoires inconnus et imprévisibles qui séduit tout au long du récit.Ce flou persistant, cette fragilité de tous les instants sont une sorte de bénédiction dans un univers où les machos et les presque superhéros se comptent malheureusement par douzaines.À ce seul titre, l\u2019écriture de Niko Tackian vaut le détour.Vivement la suite ! En territoire trouble Une intrigue inscrite dans les sentiers de haute montagne tout autant que dans les méandres de la mémoire Une impression trouble de naviguer avec Niko Tackian dans des territoires inconnus et imprévisibles séduit tout au long du récit.TACKIAN CREATIVE COMMONS Avalanche Hôtel ?Niko Tackian Calmann-Lévy «Noir», Paris, 2019, 270 pages LOUIS CORNELLIER «un bien en soi» et constitue la finalité normale de tout individu et de toute collectivité.Elle s\u2019applique, dans le cas d\u2019une nation, aux domaines politique, économique et culturel.Ne pas y accéder, souligne-t-il, équivaut à une «oppression essentielle».Pour Séguin, «dès qu\u2019une collectivité remplace, par son agir collectif, l\u2019agir collectif d\u2019une autre société», comme ce fut le cas en 1760, il y a «diminution ou privation d\u2019être [\u2026] pour la collectivité remplacée».La colonisation française en Amérique aurait dû déboucher, selon le cours normal des choses que Séguin assimile à des lois universelles, sur la naissance d\u2019une nouvelle nation autonome.Avant 1760, les Canadiens (Québécois) marchent vers leur indépendance.La Conquête vient stopper le mouvement.Elle force les Canadiens, désormais privés de « l\u2019agir par soi collectif», à se replier sur l\u2019agriculture et, par la suite, à devenir un prolétariat au service de l\u2019occupant.Cette situation entraîne, résume La- marre, une «déformation mentale», qui leur fait croire qu\u2019ils sont voués à l\u2019agriculture et au petit pain.L\u2019obtention de la responsabilité ministérielle, dans les années 1840, et la Confédération de 1867 nourrissent chez eux l\u2019illusion qu\u2019ils sont les égaux des Britanniques, mais la vérité est que le Québec demeure une « nation annexée », privée de la pleine liberté d\u2019agir et condamnée à survivre comme minorité dans un ensemble contrôlé par une autre nation.Nécessaire et impossible Séguin, en 1956, concluait à la nécessité de l\u2019indépendance en même temps qu\u2019à son impossibilité pour un peuple qui a fini par «accepter comme normale l\u2019annexion».Il concluait aussi à l\u2019impossibilité de l\u2019assimilation et, par conséquent, à l\u2019« inévitable survivance dans la médiocrité ».C\u2019est cette lecture tragique de notre histoire qui horrifiait Lionel Groux et le faisait parler de Séguin comme d\u2019un «véritable cas de psychiatrie ».Dans un remarquable essai publié dans Recours aux sources (Boréal, 2011), l\u2019historien Éric Bédard présente les cinéastes Pierre Falardeau et Denys Arcand comme deux sé- guinistes contrastés.Le premier, militant, aurait retenu de l\u2019historien la thèse de l\u2019absolue nécessité de l\u2019indépendance, alors que le second, pessimiste, retiendrait plutôt celle de son impossibilité.« L\u2019universitaire se serait davantage reconnu dans la posture d\u2019Arcand que dans celle de Falardeau », écrit Bédard.Peut-être.« Impossible n\u2019est pas français», aurait déjà déclaré Napoléon.Il nous reste à espérer que ce ne soit pas québécois non plus.L\u2019Avalanche Hôtel correspond au Bellevue Grand Palace, un ancien hôtel de luxe détruit par une avalanche, qui surplombe la ville de Montreux L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 L i r e B i o g r ap h i e 3 4 | CRITIQUE JEAN-FRANÇOIS NADEAU LE DEVOIR Il danse, Ali.Il danse.Regarde-le.Il flotte.Les coups pleuvent.Quel radar lui permet, sous une pluie pareille, d\u2019éviter presque chaque goutte ?Le voyant ainsi danser, même si on ne connaît rien à la boxe, il est impossible de s\u2019y tromper : on sait tout de suite qu\u2019il y a là, chez cet homme, quelque chose d\u2019extraordinaire.D\u2019instinct, on sait qu\u2019avec Ali, la boxe n\u2019est pas que la boxe.Car plus qu\u2019un boxeur, Ali est une grâce.Cette grâce qui, peu importe le domaine où elle se manifeste, élève soudain un simple ar tisan, sans qu\u2019on y comprenne trop rien, au niveau brillant d\u2019un artiste capable de vous conduire jusqu\u2019à son étoile.« The Greatest », le nom dont se paraît Ali, n\u2019était pas qu\u2019un superlatif publicitaire destiné à assurer sa renommée.Dans cette première grande biographie qui ne tient pas de l\u2019hagiographie, le journaliste Jonathan Eig le montre, sans cacher les faiblesses de cet homme, aussi fort en gueule qu\u2019avec ses poings.Athlète à la voix politique unique Le style d\u2019Eig n\u2019a pas la superbe de cer taines des grandes plumes \u2014 Tom Wolfe, Norman Mailer, Thomas Hauser, etc.\u2014 qui ont donné des ailes à la légende Ali.Mais il dit, selon une trame chronologique, ce que fut cette vie placée au confluent du sport, de la tragédie, de la comédie, de la politique, de la sociologie, de la religion et des émotions procurées par une soif de liberté.Ali, c\u2019est d\u2019abord l\u2019apparition, à un niveau jamais vu auparavant, de l\u2019athlète d\u2019exception doublé d\u2019une voix politique unique.Quel boxeur a-t-on vu déclamer ses coups de gueule en vers ?Ses mots sonnent et résonnent.À l\u2019université, dans la rue, en entrevue, devant des opposants ou ses partisans.Sa verve est aussi vive que sa droite.Tout le temps.Il fait songer à Hemingway qui disait qu\u2019« un écrivain sans oreille, c\u2019est comme un boxeur sans poing gauche ».Voilà un sportif qui, pour une fois, dit autre chose que les phrases convenues des habituelles entrevues.Pourquoi ne veut-il pas aller se battre au Vietnam ?Aucun soldat viêt- cong ne m\u2019a jamais qualifié de nègre, dit-il.Ses saillies troublent le pays.Grande gueule par nature, Ali approfondit bien vite ses réflexions.Il met le pouvoir de ses mots, portés par les exploits de son corps, au service de convictions sociales, tout en poussant jusqu\u2019à la caricature sa légende.Je suis si rapide, dit-il plus d\u2019une fois, qu\u2019au moment de fermer la lumière de ma chambre, je me retrouve dans mon lit avant qu\u2019il ne fasse noir\u2026 En réaction à la condition des siens, Cassius Clay, à 22 ans, prend le nom de Mohamed Ali et se conver tit.Il s\u2019engage auprès de contestataires virulents de la Nation of Islam d\u2019Elijah Muhammad, où l\u2019on trouve aussi le bouillant Malcom X.Cette organisation apparaît, sous la plume de Jonathan Eig, très corrosive.Chose certaine, l\u2019État n\u2019aime pas être remis en question dans ses fondements par des sportifs censés se contenter d\u2019ânonner la gloire de la patrie.Le moyen de l\u2019empêcher de boxer sera trouvé.En 1968, le magazine Esquire le représente, à sa une, comme une sor te de Christ transpercé de flèches, ce qui contribuera à fixer sa renommée.Cette photo célèbre a servi au magazine québécois Urba- nia à proposer, l\u2019an passé, dans un élan créatif douteux, un calque mettant en vedette un chroniqueur dont les mots troués par des rafales de vent se dispersent de tous les côtés.Les coups reçus Devant Ali, la légende a volontiers oublié les coups reçus, les combats perdus.Même les meilleurs radars ne peuvent pas tout éviter.Dans la trentaine, démontre Jonathan Eig, le grand Ali se fait déjà plus petit.Des coups répétés au cer veau l\u2019ont ralenti.L\u2019élocution même en a pâti.Le parkinson fait son nid.Des opposants, pas forcément brillants, font boucherie de ce qui reste de lui.Impossible de ne pas songer au sor t d\u2019un Adonis Stevenson, à ces milliers de boxeurs voués à une fin de vie bringuebalante.Un boxeur constitue un sujet fascinant pour le roman et le cinéma parce qu\u2019il transgresse les catégories sociales.Personnage d\u2019ordinaire sorti de rien et dont les poings se révèlent être le seul gagne-pain, le boxeur passionne.Du Victor interprété par Jean Gabin au Rocky de Sylvester Stalone, en passant par le Jake LaMotta joué par Rober t De Niro, le grand écran s\u2019est régalé, non sans raison, de la vie de boxeurs.Le sociologue Loïc Wacquant a montré le jeu des catégories sociales qui s\u2019inscrit profondément dans les racines de la boxe.Ce sport s\u2019apparente à un combat pour l\u2019intégration socio- économique.Pour le sociologue, ce sport est finalement un métier manuel et répétitif qui demande des compétences corporelles pour affirmer une conception du corps comme principal outil de travail.Le boxeur, par le traitement dont il est l\u2019objet, apparaît n\u2019être jamais bien loin de l\u2019ouvrier, acclamé ou méprisé, selon ce qu\u2019il est censé rapporter.Il est de surcroît soumis à un cadre de valeurs dites viriles qui peuvent légitimer jusqu\u2019à sa perte et son oubli.En France, au milieu des récents soulèvements, on a vu un boxeur inattendu, Christophe Dettinger, ancien champion de France, faire reculer de ses seuls poings une colonne de policiers pourtant protégés de boucliers et armés.L\u2019image était forte.Dans une version des Misérables au temps présent, un Victor Hugo aurait sans doute réservé une place à ce gitan-boxeur.Même décriée comme elle l\u2019est, la boxe n\u2019a apparemment pas fini, même après Ali, de constituer à l\u2019occasion un symbole étonnant des luttes sociales.La fin n\u2019est pas pour demain.Deux poings, une fin Le légendaire boxeur était aussi fort en gueule qu\u2019avec sa droite Quel boxeur a-t-on vu déclamer ses coups de gueule en vers ?Les mots d\u2019Ali sonnent et résonnent.À l\u2019université, dans la rue, en entrevue, devant des opposants ou ses partisans.Sa verve est aussi vive que sa droite.Tout le temps.ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE Ali Une vie ?Jonathan Eig, traduit de l\u2019anglais par Laurent Bury, Marabout, Paris, 2018, 695 pages | 3 5 M u s i q u e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C U L T U R E BILLET SERGE TRUFFAUT COLLABORATEUR LE DEVOIR À l\u2019âge de 86 ans, Michel Legrand vient donc de rejoindre, comme il se dit dans l\u2019univers du jazz, le big band que Duke Ellington dirige dans l\u2019au- delà.L\u2019homme fut si productif \u2014 des centaines de compositions réparties notamment à travers 250 films ! \u2014 qu\u2019il partage avec Simenon un énorme point commun : il a tellement travaillé, fabriqué, que chez lui la forêt cache l\u2019arbre.On va donc élaguer.Quel chemin?Celui du jazz.Histoire d\u2019aller à l\u2019essentiel, on va faire court tout d\u2019abord.Legrand est tombé dans la marmite du jazz en 1948 après avoir vu Dizzy Gillespie à la salle Pleyel alors qu\u2019il étudiait la musique classique avec la légendaire Nadia Boulanger.Au milieu de la décennie suivante, il enregistre, ou accompagne, ou compose pour Sarah Vaughan, Bill Evans, John Coltrane, Ella Fitzgerald, Lena Horne et surtout Miles Davis, avec qui il va forger une longue amitié.C\u2019est d\u2019ailleurs avec Legrand que Miles Davis va signer son dernier enregistrement pour un film australien.Au milieu des années 1960, Le- grand s\u2019installe à Hollywood où il retrouve son vieux copain, Quincy Jones, qui étudia également avec Boulanger, et s\u2019en fait un nouveau : Henr y Mancini.Ces trois-là vont avoir un impact énorme, profond, sur la production de musiques de films, d\u2019émissions et de feuilletons de télé.Comment ?En engageant notamment des musiciens de jazz.Là, il faut préciser deux ou trois choses.Antérieurement à l\u2019installation de Legrand à Los Angeles, le cinéaste Otto Preminger et Duke Ellington avaient démontré avec éclat que le jazz pouvait se « fondre » aisément dans la pellicule à la faveur du film Autopsie d\u2019un meurtre.Les patrons de studio vont alors réaliser, eux, que les musiciens de jazz sont des lecteurs plus polyvalents que les musiciens formés au classique, qu\u2019ils peuvent travailler plus rapidement et coûteront donc\u2026 moins cher.En faisant appel aux jazzmen, Le- grand et ses collègues vont avoir un impact paradoxal.En composant des dizaines de thèmes, ils vont enrichir le catalogue du jazz, voire le renouveler.Mais d\u2019un autre côté, ils vont assécher, indirectement il est vrai, le jazz dit West Coast.On s\u2019explique.Les instrumentistes ayant constaté qu\u2019il est plus payant et plus confortable de travailler pour les studios de cinéma, ils vont abandonner, si l\u2019on peut dire, les étiquettes de jazz, et notamment la plus célèbre de la Legrand, romantique du jazz En accordant toutes les priorités à la mélodie, ce grand a ouvert la voie aux jazzmen Michel Legrand, en 1970.Installé à Hollywood, il retrouve son vieux copain, Quincy Jones, et s\u2019en fait un nouveau : Henry Mancini.Ces trois-là vont avoir un impact énorme sur la production de musiques de films et de télé.AGENCE FRANCE-PRESSE Californie : Contemporary.Un exemple ?Clint Eastwood ayant fait du saxophoniste Lennie Niehaus son compositeur attitré au tournant des années 1970, celui-ci n\u2019a pratiquement rien enregistré depuis lors.Cela étant, Legrand va se distinguer de tous en mettant la mélodie au cœur de son travail.Alors que les tourments politiques des années 1960 avaient convaincu des musiciens et des compositeurs d\u2019évoluer le poing levé, alors que le free jazz voyait le jour, Legrand chantait l\u2019amour, toujours l\u2019amour.Et c\u2019est là que Legrand va influencer durablement la manière de produire un album.En accordant toutes les priorités à la mélodie, il va convaincre des bonzes du jazz de suivre sa voie.On pense notamment, voire surtout, à Norman Granz, plus grand producteur de jazz avec John Hammond.Après avoir fondé le label Pablo, Granz s\u2019est appliqué à convaincre le pianiste Jimmy Rowles de sortir du confort des studios de cinéma \u2014 Rowles fut notamment le pianiste favori de Marilyn Monroe \u2014, de travailler pour lui, histoire d\u2019exploiter sa science, comme il le confia, de la mélodie.Le résultat ?Les disques If I\u2019m Lucky et Warm Tenor de l\u2019immense saxophoniste Zoot Sims, avec Rowles évidemment.Ces albums publiés dans les années 1970 sont littéralement des chefs-d\u2019œuvre.Chose certaine, ils sont des Legrand sans Legrand.Chapeau ! Alors que les tourments politiques des années 1960 avaient convaincu des musiciens et des compositeurs d\u2019évoluer le poing levé, alors que le free jazz voyait le jour, Legrand chantait l\u2019amour, toujours l\u2019amour algré les œillades désapprobatrices, malgré les réprimandes de son épouse, malgré les prêtres de la mode qui le proscrivent, le père de Patrick Groulx porte des bas blancs.Ben oui.Et même si son fils a généralement meilleur goût en matière de chaussettes, le je-m\u2019en-fichisme vestimentaire de son paternel devient dans son quatrième spectacle le totem absolu de cette capacité à faire abstraction du regard des autres, essentielle à quiconque souhaite connaître les douceurs d\u2019un minimum de sérénité.« Comme tout le monde, j\u2019en ai fait des tr ucs pour plaire à des filles, pour plaire à des amis, pour plaire dans mon métier, raconte l\u2019humoriste, une semaine avant sa première médiatique.On veut tous plaire, et encore plus dans ce milieu, parce que pour gagner ta vie, faut que tu vendes des billets, et pour vendre des billets, faut qu\u2019on te voie, et quand on te voit, faut que tu sois bon, mais faut pas qu\u2019on te voie trop, parce que la rareté, c\u2019est le fun\u2026 et ça finit\u2026 ça finit que tu ne sais plus pantoute c\u2019est quoi la bonne stratégie.» C\u2019est beaucoup à cette litanie d\u2019injonctions sous lesquelles notre réelle identité menace sans cesse de se dissoudre que se mesure Patrick Groulx dans son premier spectacle en cinq ans, vu récemment par Le L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e H u m o u r 3 6 | Patrick Groulx s\u2019en fout (pas complètement, mais il travaille là-dessus) L\u2019humoriste aborde l\u2019impact du regard des autres dans un quatrième spectacle Les réflexions de ce nouveau tour de piste auront abondamment été alimentées par les conversations du comique franco- ontarien avec son géniteur.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR M ENTREVUE DOMINIC TARDIF COLLABORATEUR LE DEVOIR | 37 C u l t u r e H u m o u r L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Présenté par VIENNE ET PARIS 1900 Mercredi 27 février 19 h 30 Dong-Suk Kang, violon Charles Richard-Hamelin, piano SCHOENBERG La Nuit trans?gurée, op.4 CHAUSSON Concert pour piano, violon et quatuor à cordes, op.21 Deux chefs-d\u2019œuvre de la musique de chambre ! LE VENT DU NORD Vendredi 8 février 19 h 30 L\u2019un des meilleurs groupes trad du Québec soulèvera le public de la salle Bourgie ! sallebourgie.ca Arte Musica présente 18 19 Salle Bourgie LES ONDES DE MARTENOT Jeudi 7 février 19 h 30 Estelle Lemire, ondes Martenot Jean Marchand, piano MESSIAEN, MURAIL , TAKEMITSU et BLOCH Un magni?que récital brossant un panorama du riche répertoire de cet instrument envoûtant.YEFIM BRONFMAN Dimanche 10 février 14 h DEBUSSY Suite bergamasque SCHUBERT Sonate no 21, D.958 SCHUMANN Grande Humoresque, op.20 Un des pianistes les plus admirés de sa génération.M U S I Q U E T R A D Devoir au Bordel Comédie Club lors d\u2019une représentation de rodage.Parce qu\u2019il serait triste de se passer des lumières d\u2019un maître zen lorsqu\u2019il s\u2019en trouve un dans les parages, les réflexions de ce nouveau tour de piste auront abondamment été alimentées par les conversations du comique franco-ontarien avec son géniteur, matière première du récit d\u2019une quête.Celle d\u2019un équilibre à atteindre entre son indécrottable attitude d\u2019ado attardé et la maturité nécessaire à son propre rôle de père, ainsi qu\u2019entre son désir d\u2019être aimé et celui d\u2019être heureux.« L\u2019avantage de vieillir, dit l\u2019artiste de 44 ans, c\u2019est que ça devient de plus en plus naturel de ne pas m\u2019en faire avec ce que les autres pensent, parce que tu te rends compte que c\u2019est beaucoup plus le fun que les gens t\u2019aiment pour ce que tu es que pour un personnage que tu pourrais jouer.» La fin des ruminations Se pardonner, faire la paix avec des décisions regrettables, délester ses archives mentales de tous ces moments que l\u2019on rêverait de pouvoir rejouer et que l\u2019on ressasse éternellement.Voilà aussi ce à quoi Patrick Groulx nous invite, en prêchant par l\u2019exemple en toute fin de spectacle, avec une anecdote \u2014 très personnelle \u2014 pour le moins étonnante.Mais une décision professionnelle qu\u2019il aurait prise simplement pour plaire, ça ressemblerait à quoi?«Je pensais récemment à une présentation que j\u2019ai faite aux Olivier [en 2006].J\u2019avais un casque sur la tête qui me permettait de lire dans l\u2019esprit des nommés.L\u2019idée était bonne, mais quand je suis arrivé pour la répétition, je trouvais qu\u2019il y avait des gags qui ne marchaient pas, je ne le sentais pas pantoute.Tout d\u2019un coup le réalisateur, les writers, toute l\u2019équipe, ils sont autour de moi et tout le monde me jure que c\u2019est bon, que je suis juste nerveux.C\u2019est sûr qu\u2019aujourd\u2019hui, à 44 ans, je les aurais envoyé promener.C\u2019est rare que je ne m\u2019écoute pas, mais cette fois-là, c\u2019est ce que j\u2019ai fait, et je me suis planté.Planté, mon gars.» Il ajoute, comme en mesurant soudainement à quel point il est absurde de ruminer pareil événement dont très exactement personne ne se souvient: «Quand je dis dans le spectacle qu\u2019il faut s\u2019en câlisser, c\u2019est aussi ça: il faut accepter qu\u2019on ne sera pas toujours parfait.Et apprendre à s\u2019écouter.Les entrevues que tu fais juste parce qu\u2019on te dit que ça va être bon pour ta carrière, par exemple, tu ne ressors jamais bien de ça.Tu ne ressors jamais bien de ce que t\u2019as pas envie de faire.» L\u2019influence de la relève Ne pas se soucier du jugement d\u2019autrui ne signifie évidemment pas de négliger de bien se préparer.Statistique révélatrice des transformations ayant secoué le monde du rire au cours des 15 dernières années: en 2003, Patrick Groulx n\u2019avait étrenné son premier spectacle que lors de huit (!) dates de rodage.Groulx, son quatrième spectacle, aura été testé plus de 65 fois, et jusqu\u2019au dernier moment, dans les circonstances les moins commodes.La semaine dernière, l\u2019animateur de Maître du chantier à V acceptait ainsi d\u2019accompagner le processus digestif des spectateurs réunis dans une salle de réception de Lanaudière, lors d\u2019un souper-spectacle.À une dizaine de jours d\u2019une première médiatique, d\u2019autres auraient préféré \u2014 et on les aurait compris \u2014 la quiétude d\u2019une salle plus clémente, voire de leur salon.Masochiste, le Patrick?« Il y avait une madame qui me faisait des commentaires toutes les trois jokes, elle m\u2019inventait des running gags, elle finissait mes phrases.Ça se lançait des remarques d\u2019une table à l\u2019autre.Je savais que ce serait comme ça, mais au lieu de refuser ce show-là de peur d\u2019être déstabilisé, j\u2019y suis allé.Il y a tellement de compétition maintenant, tellement de jeunes qui vont faire des numéros dans trois bars différents le même soir, que je ne peux pas me permettre de ne pas travailler même des microdétails.» S\u2019inspirer de la fougue et de l\u2019ardeur de la relève, donc, mais ne jamais oublier son âge, au risque de céder à la dictature des apparences.«Guillaume Pineault [qui assure sa première partie] était dans ma loge l\u2019autre fois et il me dit : \u201cIl est beau ton kit de scène, mais tu devrais faire un turn up.\u201d Un quoi ?\u201cUn turn up !\u201d Il voulait que je tourne le bas de mes jeans.J\u2019écris à ma styliste : \u201cJe suis avec Guillaume, il pense que pour mon kit de scène, je devrais faire un turn up.\u201d Elle me répond : \u201cPat, t\u2019as 44 ans.Pas de turn up.\u201d Et elle avait raison : c\u2019était l\u2019ado en moi qui avait envie d\u2019avoir l\u2019air cool.» L\u2019adulte, lui, sait que le bas blanc assumé est préférable au turn up emprunté.Groulx De Patrick Groulx.Au Club Soda les 4 et 5 février.En tournée partout au Québec.Quand je dis dans le spectacle qu\u2019il faut s\u2019en câlisser, c\u2019est aussi ça : il faut accepter qu\u2019on ne sera pas toujours parfait.Et apprendre à s\u2019écouter.Les entrevues que tu fais juste parce qu\u2019on te dit que ça va être bon pour ta carrière, par exemple, tu ne ressors jamais bien de ça.Tu ne ressors jamais bien de ce que t\u2019as pas envie de faire.PATRICK GROULX » L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e É c r a n s 3 8 | SAMEDI LA COULEUR DES SENTIMENTS (4) (Help, The), É.-U.2011.Drame social de Tate Taylor avec Emma Stone, Viola Davis, Bryce Dallas Howard.- En 1963 au Mississippi, une journaliste blanche, choquée par les injustices dont sont victimes les domestiques de race noire, recueille leurs confidences pour les fins d'un livre.ARTV 12h TROY (4) É.-U.2004.Drame épique de Wolfgang Petersen avec Brad Pitt, Eric Bana, Orlando Bloom.- L'enlèvement de la reine Hélène de Sparte par le jeune prince Pâris provoque la guerre de Troie.FOX (WFFF) 12h30 LE REPÊCHAGE (5) (Draft Day), É.-U.2014.Drame sportif de Ivan Reitman avec Kevin Costner, Chadwick Boseman, Jennifer Garner.- Le jour du repêchage, le directeur général d'une équipe de football professionnel brave les pressions extérieures et prend des risques pour réaliser son plan de reconstruction.TVA 13h30 GUARDIANS OF THE GALAXY (4) É.-U.2014.Science-fiction de James Gunn avec Chris Pratt, Zoe Saldana, Benicio Del Toro.- Pourchassé par un fanatique qui menace l'univers, un aventurier de l'espace obtient l'aide de quatre confrères extraterrestres.CTV 14h PELHAM 1 2 3: L'ULTIME STATION (4) (Taking of Pelham 1 2 3, The), É.-U.2009.Drame policier de Tony Scott avec Denzel Washington, John Travolta, John Tur- turro.- Un répartiteur du métro de New York négocie avec des criminels qui ont pris en otages 18 passagers et réclament 10 millions de dollars en échange de leur libération.V 16h15 HORS DE MOI (4) (Unknown), É.-U.2011.Thriller de Jaume Collet-Serra avec Liam Neeson, Diane Kruger, January Jones.- À Berlin, un scientifique américain découvre que son identité a été usurpée à la suite d'un accident qui l'a temporairement plongé dans le coma.MAX 17h30 EVEREST (4) É.-U.2015.Aventures de Baltasar Kormakur avec Jason Clarke, Josh Brolin, John Hawkes.- Au printemps 1996, l'ascension du mont Everest par des alpinistes amateurs prend des proportions dramatiques quand survient une tempête imprévue.TVA 18h30 STAR TREK AU-DELÀ (4) (Star Trek Beyond), É.-U.2016.Science-fiction de Justin Lin avec Chris Pine, Zachary Quinto, Zoe Saldana.- Alors qu'il répond à un appel l'expédiant aux confins de l'espace, l'équipage de l'Entreprise est confronté à un ennemi prêt à tout pour détruire la Fédération.V 18h30 CHOCOLAT (4) Fr.2016.Drame biographique de Roschdy Zem avec Omar Sy, James Thiérrée, Olivier Gourmet.- Au tournant du XXe siècle, un Noir qui joue l'Auguste aux côtés d'un clown blanc éprouve de plus en plus violemment le sentiment d'être exploité.ARTV 20h THE KING (3) É.-U.2017.Documentaire de Eugene Jarecki.- À bord d'une Rolls Royce 1963 ayant appartenu à Elvis Presley, le réalisateur retrace les endroits marquants de la vie de ce dernier.PBS (WETK) 20h LES SACRIFIÉS 3 (5) (Expendables 3, The), É.-U.2014.Aventures de Patrick Hughes avec Sylvester Stallone, Jason Statham, Mel Gibson.- En mission pour capturer un mystérieux trafiquant d'armes, des mercenaires découvrent que leur cible est en fait un ex-membre de leur groupe, prêt à tout pour les éliminer.TVA 20h51 BATMAN (3) É.-U.1989.Drame fantastique de Tim Burton avec Michael Keaton, Jack Nicholson, Kim Basinger.- Un justicier mystérieux qui se donne l'apparence d'une chauve-souris géante entre en lutte contre des criminels.MP 21h VOUS N'AVEZ ENCORE RIEN VU (4) Fr.2012.Drame de Alain Resnais avec Pierre Arditi, Sabine Azéma, Anne Consigny.- Appelés à juger de la qualité d'une nouvelle version de la pièce d'un dramaturge décédé captée sur vidéo, les interprètes originaux en viennent à rejouer leurs personnages.TFO 21h ORIGINE (2) (Inception), É.-U.2010.Science-fiction de Christopher Nolan avec Leonardo DiCaprio, Ellen Page, Marion Cotillard.- Un espion industriel, hanté par la mort de sa femme, est chargé d'implanter dans le rêve d'un homme d'affaires une idée qui l'incitera à démanteler l'empire financier bâti par son père.V 21h CARNAGE (4) Fr.2011.Comédie dramatique de Roman Polanski avec Jodie Foster, John C.Reilly, Kate Winslet.- Un préadolescent ayant blessé un camarade d'école, les parents des deux garçons se rencontrent à la maison de l'agressé pour régler la situation à l'amiable.TQ 22h L'ESPRIT D'UNE ÉQUIPE (5) (We Are Marshall), É.-U.2006.Drame sportif de McG avec Matthew McConaughey, Matthew Fox, Anthony Mackie.- En 1970, après la disparition d'une équipe de football universitaire de la Virginie dans un accident d'avion, un entraîneur de l'Ohio se charge de former une nouvelle équipe.TVA 23h22 TRANSCENDANCE (4) (Transcendence), É.-U.2014.Science-fiction de Wally Pfister avec Johnny Depp, Rebecca Hall, Paul Bettany.- Avant de mourir, un spécialiste de l'intelligence artificielle parvient à transférer sa conscience dans un super-ordinateur, avec l'aide de sa collègue et épouse.TVA 2h31 DIMANCHE BONJOUR, MON NOM EST DORIS (4) (Hello, My Name Is Doris), É.-U.2015.Comédie sentimentale de Michael Showalter avec Sally Field, Max Greenfield, Beth Behrs.- Après avoir assisté à une conférence d'automoti- vation, une sexagénaire excentrique entreprend de séduire un nouveau collègue de 30 ans son cadet.TVA 10h BATMAN À JAMAIS (4) (Batman Forever), É.-U.1995.Drame fantastique de Joel Schumacher avec Val Kilmer, Tommy Lee Jones, Jim Carrey.- Un justicier s'oppose à un redoutable duo de criminels possédant un appareil qui permet de lire dans la pensée.MP 12h LA SOIF DE VIVRE (5) Fr.2016.Drame psychologique de Lorenzo Gabriele avec Claire Keim, Hélie Thonnat, Grégory Montel.- Son père étant débordé par son travail, un garçon de onze ans néglige l'école pour prendre soin de sa mère alcoolique et de sa sœur âgée de onze mois.TV5 13h ALASKA (5) É.-U.1996.Aventures de Fraser C.Heston avec Thora Birch, Vincent Kartheiser, Dirk Benedict.- Deux enfants partent à la rescousse de leur père dont l'avion s'est écrasé en Alaska.TVA 14h RENT (4) É.-U.2005.Drame musical de Chris Columbus avec Adam Pascal, Rosario Dawson, Anthony Rapp.- En 1989, à New York, un groupe de jeunes s'efforcent de surmonter les nombreux obstacles qu'ils rencontrent dans leur recherche du bonheur et de la réussite.V 14h BATMAN ET ROBIN (5) (Batman & Robin), É.-U.1997.Drame fantastique de Joel Schumacher avec George Clooney, Arnold Schwarzenegger, Uma Thurman.- Deux justiciers masqués doivent combattre un criminel qui congèle ses victimes et une botaniste dont les baisers sont fatals.MP 14h30 LES 102 DALMATIENS (5) (102 Dalmatians), É.-U.2000.Comédie fantaisiste de Kevin Lima avec Glenn Close, Gérard Depardieu, Ioan Gruffudd.- Une fanatique de la fourrure et un couturier crapuleux rêvent de confectionner un manteau en peau de dalmatiens.RC 15h LES MINIONS (4) (Minions), É.-U.2015.Film d'animation de Kyle Balda.- Entrées au service d'une super-vilaine, trois petites créatures enfantines de couleur jaune reçoivent ordre de s'emparer des bijoux de la couronne d'Angleterre.TVA 16h15 L'ÈRE DU ROCK (5) (Rock of Ages), É.-U.2012.Comédie dramatique de Adam Shankman avec Julianne Hough, Diego Boneta, Tom Cruise.- En 1987 à Los Angeles, les amours d'une serveuse et d'un barman qui rêvent tous deux de faire carrière dans la musique sont compromises par un chanteur vedette.V 16h45 PELHAM 1 2 3: L'ULTIME STATION (4) (Taking of Pelham 1 2 3, The), É.-U.2009.Drame policier de Tony Scott avec Denzel Washington, John Travolta, John Turturro.- Un répartiteur du métro de New York négocie avec des criminels qui ont pris en otages 18 passagers et réclament 10 millions de dollars en échange de leur libération.MAX 18h SCRATCH (4) Can.2015.Drame musical de Sébastien Godron avec Raphaël Joseph Lafond, Dominique Laguë, Elzensky Gauthier.- Le destin d'un chanteur de rap arrogant et agressif bascule à la suite d'une violente altercation avec un rival.ARTV 20h LE RETOUR DE BATMAN (3) (Batman Returns), É.-U.1992.Drame fantastique de Tim Burton avec Michael Keaton, Danny DeVito, Michelle Pfeiffer.- Le justicier Batman s'efforce de contrer les entreprises criminelles du Pingouin et de Catwoman.MP 21h LES FLEURS BLEUES (4) (Powidoki), Pol.2016.Drame biographique de Andrzej Wajda avec Boguslaw Linda, Aleksandra Justa, Bronislawa Zamachowska.- À la fin des années 1940 en Pologne, le peintre constructiviste Wladyslaw Strzeminski refuse de modifier sa démarche artistique pour qu'elle soit conforme à l'idéologie communiste.TFO 21h LE DÉSOSSEUR (4) (Bone Collector, The), É.-U.1999.Drame policier de Phillip Noyce avec Denzel Washington, Angelina Jolie, Queen Latifah.- Un criminologiste paralytique fait équipe avec une jeune collègue afin de retrouver un tueur en série.V 21h30 L'AMOUR EST UN CRIME PARFAIT (4) Fr.2013.Thriller de Arnaud Larrieu avec Mathieu Amalric, Maïwenn, Karin Viard.- À Lausanne, un professeur de littérature ayant la réputation de séduire ses étudiantes entame une liaison avec la jeune belle-mère de l'une d'elles, portée disparue.TQ 22h30 MARINA (5) Bel.2013.Drame biographique de Stijn Coninx avec Matteo Simoni, Luigi Lo Cascio, Evelien Bosmans.- Bravant les préjugés de son père et de la société belge des années 1950, un jeune immigrant italien tente de faire carrière dans la musique.TVA 23h SELMA (4) É.-U.2014.Drame historique de Ava DuVernay avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo.- En 1965, le pasteur Martin Luther King Jr.prend part à une marche pacifique en faveur du droit de vote sans restriction aux citoyens de race noire.ARTV 23h RACE (4) Can.2016.Drame historique de Stephen Hopkins avec Stephan James, Jason Sudeikis, Shanice Banton.- L'histoire de Jesse Owens, coureur afro-américain qui a remporté quatre médailles d'or aux Jeux olympiques de Berlin en 1936.CBC 0h NAISSANCE D'UNE NATION (3) (Birth of a Nation, The), É.-U.2016.Drame biographique de Nate Parker avec Nate Parker, Armie Hammer, Aunjanue Ellis.- En 1831, dans le sud des États-Unis, Nat Turner, esclave et prédicateur noir, en vient graduellement à prendre la tête d'une grande révolte d'esclaves.RC 0h25 LUNDI THE BLACK PANTHERS: VANGUARD OF THE REVOLUTION (4) É.-U.2015.Documentaire de Stanley Nelson.- L'histoire du mouvement des Black Panthers, créé en 1966 en Californie par des activistes radicaux noirs, dans le but de mettre fin à la ségrégation et à la violence policière.PBS (WETK) 10h LES AVENTURES DE RABBI JACOB (4) Fr.1973.Comédie de Gérard Oury avec Louis de Funès, Claude Giraud, Suzy Delair.- Un homme d'affaires irritable doit se déguiser en rabbin juif pour échapper à des agents secrets arabes.TVA 13h IRON MAN (4) É.-U.2008.Drame fantastique de Jon Favreau avec Robert Downey Jr., Jeff Bridges, Gwyneth Paltrow.- Transformé par une éprouvante expérience, un riche marchand d'armes se consacre désormais au Bien en se glissant dans une armure superpuissante de son invention.MP 16h30 LOSERS (5) (Losers, The), É.-U.2010.Thriller de Sylvain White avec Jeffrey Dean Morgan, Zoe Saldana, Chris Evans.- Un commando de la CIA laissé pour mort en Bolivie retourne aux États-Unis incognito afin de se venger du dangereux mégalomane qui l'a piégé.MP 21h MÉDECIN DE CAMPAGNE (4) Fr.2016.Drame de Thomas Lilti avec François Cluzet, Marianne Denicourt, Isabelle Sadoyan.- Atteint d'un cancer inopérable au cerveau, un médecin accepte mal l'idée d'être remplacé à son décès par une ancienne infirmière qui vient de terminer son internat.TFO 21h LA COULEUR DES SENTIMENTS (4) (Help, The), É.-U.2011.Drame social de Tate Taylor avec Emma Stone, Viola Davis, Bryce Dallas Howard.- En 1963 au Mississippi, une journaliste blanche, choquée par les injustices dont sont victimes les domestiques de race noire, recueille leurs confidences pour les fins d'un livre.ARTV 2h30 MARDI LA VILLE FANTÔME (4) (Ghost Town), É.-U.2008.Comédie fantaisiste de David Koepp avec Ricky Gervais, Greg Kinnear, Tea Leoni.- À New York, un dentiste célibataire et misanthrope est pourchassé par le fantôme d'un homme qui l'oblige à faire échouer le remariage de sa veuve.TVA 13h COMMENT SURVIVRE À SA MÈRE (4) (Surviving My Mother), Can.2007.Comédie dramatique de Émile Gaudreault avec Caroline Dhavernas, Ellen David, Adam J.Harrington.- Troublée par une révélation-choc de sa mère mourante, une femme tente de se rapprocher de sa fille de 21 ans.VIE 13h DATE PRÉVUE (5) (Due Date), É.-U.2010.Comédie de Todd Phillips avec Robert Downey Jr., Zach Galifianakis, Michelle Monaghan.- Expulsé d'un avion avant le décollage, un architecte est contraint de louer une voiture avec un acteur en herbe afin d'arriver à temps pour la naissance de son premier enfant.MP 21h AIMER, BOIRE ET CHANTER (4) Fr.2013.Comédie de Alain Resnais avec Sabine Azéma, Hippolyte Girardot, Caroline Sihol.- Trois femmes de la campagne anglaise mettent leurs mariages en péril en se laissant séduire par un ami commun, condamné par la maladie.TFO 21h SOUS LES JUPES DES FILLES (5) Fr.2014.Comédie de Audrey Dana avec Vanessa Paradis, Alice Belaïdi, Audrey Dana.- À Paris, au cours d'un cycle hormonal de 28 jours, les tribulations et rencontres entrecroisées de onze femmes aux profils très différents.TVA 0h35 MERCREDI ANGE ET GABRIELLE (5) Fr.2015.Comédie sentimentale de Anne Giafferi avec Patrick Bruel, Isabelle Carré, Alice de Lencquesaing.- Le patron d'une agence d'architectes apprend que son fils, qu'il n'a jamais reconnu, a mis enceinte la fille d'une pharmacienne.TVA 13h SECOND SOUFFLE (4) (Ambulance Girl), É.-U.2005.Comédie dramatique de Kathy Bates avec Kathy Bates, Robin Thomas, Gordon Pinsent.- Afin de remettre un peu de piquant dans sa vie monotone, une auteure de livres de recettes s'inscrit à une formation d'ambulancière bénévole.VIE 13h CONFESSIONS D'UNE JEUNE DIVA (5) (Confessions of a Teenage Drama Queen), É.-U.2004.Comédie de Sara Sugarman avec Lindsay Lohan, Alison Pill, Adam Garcia.- Une adolescente branchée qui a grandi à Manhattan déménage avec sa mère divorcée dans une banlieue du New Jersey.MP 21h CAMILLE CLAUDEL (3) Fr.1988.Drame biographique de Bruno Nuytten avec Isabelle Adjani, Gérard Depardieu, Laurent Grévill.- La jeune sculpteure Camille Claudel finit par être détruite par la passion dévorante qu'elle éprouve pour son art et pour Auguste Rodin.TFO 21h SECOND SOUFFLE (4) (Ambulance Girl), É.-U.2005.Comédie dramatique de Kathy Bates avec Kathy Bates, Robin Thomas, Gordon Pinsent.- Afin de remettre un peu de piquant dans sa vie monotone, une auteure de livres de recettes s'inscrit à une formation d'ambulancière bénévole.VIE 00h MADAME BOVARY (4) Fr.1991.Drame de mœurs de Claude Chabrol avec Isabelle Huppert, Jean-François Balmer, Christophe Malavoy.- La jeune épouse d'un médecin de province tente de déjouer son ennui en s'engageant dans diverses aventures galantes.TFO 0h JEUDI LE MARI DE LA COIFFEUSE (3) Fr.1990.Comédie de mœurs de Patrice Leconte avec Jean Rochefort, Anna Galiena, Maurice Chevit.- Fasciné par les coiffeuses depuis sa tendre enfance, un homme épouse l'une d'entre elles et passe son temps à l'observer.TFO 21h JANE (4) É.-U.2017.Documentaire de Brett Morgen.- Jane Goodall commente des images tournées dans les années 1960 par son conjoint Hugo van Lawick, illustrant son travail de pionnière dans l'étude du comportement des chimpanzés.CD 22h FANTÔMES SUR MARS (5) (Ghosts of Mars), É.-U.2001.Science-fiction de John Carpenter avec Natasha Henstridge, Ice Cube, Jason Statham.- Sur Mars, une patrouille de la police chargée de ramener un criminel affronte des entités qui prennent possession des humains.Z 23h GARDE À VUE (3) Fr.1981.Drame policier de Claude Miller avec Lino Ventura, Michel Serrault, Guy Marchand.- La veille du Nouvel An, un inspecteur de police interroge un notaire soupçonné du viol et de l'assassinat de deux fillettes.TFO 23h30 L'ILLUSIONNISTE (4) (Illusionist, The), É.-U.2005.Drame sentimental de Neil Burger avec Edward Norton, Paul Giamatti, Jessica Biel.- À Vienne, au tournant du XXe siècle, un illusionniste tente de reconquérir son amour d'adolescence, une aristocrate fiancée au prince héritier d'Autriche.TVA 1h20 VENDREDI JULIE ET JULIA (5) (Julie & Julia), É.-U.2009.Drame biographique de Nora Ephron avec Amy Adams, Meryl Streep, Stanley Tucci.- Une New-Yorkaise démoralisée se met au défi de réaliser en 365 jours les 524 recettes contenues dans le best-seller de son idole Julia Child.MAX 20h00 M.HOLMES (4) (Mr.Holmes), G.-B.2015.Drame de Bill Condon avec Ian McKellen, Laura Linney, Milo Parker.- Au soir de sa vie, le détective Sherlock Holmes, en proie à des pertes de mémoire, forge une amitié inattendue avec le petit garçon de sa bonne.ARTV 23h SANS RÉPIT (4) (Restless), É.-U.2011.Drame psychologique de Gus Van Sant avec Mia Wasikowska, Henry Hopper, Ryo Kase.- Un adolescent orphelin aux idées morbides s'éprend d'une jeune fille dont les jours sont comptés.TQ 23h30 HÔTEL DU NORD (2) Fr.1938.Drame sentimental de Marcel Carné avec Louis Jouvet, Arletty, Jean-Pierre Aumont.- Deux amoureux ont décidé de se suicider dans un petit hôtel parisien.TFO 23h30 MOI, FRANKENSTEIN (5) (I, Frankenstein), É.-U.2014.Drame fantastique de Stuart Beattie avec Aaron Eckhart, Bill Nighy, Miranda Otto.- Créé à la fin du XVIIIe siècle par le docteur Frankenstein, un monstre d'apparence humaine devient de nos jours l'enjeu du combat entre le prince des démons et la reine des gargouilles.TVA 23h35 12 YEARS A SLAVE (2) É.-U.2013.Drame biographique de Steve McQueen avec Chiwetel Ejiofor, Michael Fassbender, Lupita Nyong'o.- Au milieu du XIXe siècle, un musicien new-yorkais de race noire est kidnappé par des trafiquants d'esclaves puis vendu dans une plantation de la Louisiane.CBC 0h30 ANTWONE FISHER (4) É.-U.2003.Drame biographique de Denzel Washington avec Derek Luke, Joy Bryant, Denzel Washington.- Suivant les conseils de son psychiatre, un jeune marin de race noire sujet à des accès de colère tente de retrouver sa mère biologique.RC 0h41 LES FILMS À VOIR À LA TÉLÉ Source : Mediafilm Légende (1) Chef-d\u2019œuvre; (2) Remarquable; (3) Très bon; (4) Bon; (5) Moyen; (6) Pauvre; (7) Minable | 3 9 C u l t u r e É c r an s L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 GALA \u2014 3 février 2019, 15 h Salle Bourgie du Musée des beaux-arts de Montréal prixOpus.qc.ca Découvrez les ?nalistes www.lesbeauxdetours.com 514-352-3621 En collaboration avec le Club Voyage Malavoy Titulaire d\u2019un permis du Québec Au bord de l\u2019eau Aussi, dans les musées EN CONCERT PRIVÉ (2 juin) Piano \u2013 violon : un duo d\u2019exception  Charles Richard-Hamelin et Andrew Wan à la Maison de la musique de Sorel à Ottawa, les Portraits de Gauguin (20 juin) à Québec, 350 ans de pratiques artistiques (6 juillet)  à PORTLAND, dans le Maine (23-26 juillet) AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Politique (pas si) fiction Par les temps qui courent, les fictions politiques ont souvent des « croûtes à manger » pour égaler en situations improbables et revirements abracadabrants la vie politique bien réelle.La formidable série française Baron noir, dont la première saison a été diffusée ici au printemps dernier, s\u2019en tire pas mal dans ce rayon.Cette incursion complexe mais captivante dans les coulisses du pouvoir, à travers le destin d\u2019un politicien sans scrupule interprété magistralement par Kad Merad, revient pour une deuxième saison, qui débute à la veille du deuxième tour d\u2019un scrutin présidentiel qui s\u2019annonce très serré.Le charismatique candidat du Front national donne du fil à retordre à une candidate socialiste qui fait penser à plusieurs égards à un certain Emmanuel Macron\u2026 Baron noir, saison 2 Canal + International, lundi, dès 20h (deux épisodes en rafale) SU R VOS ÉC R A N S \u2013 P O L I T I Q U E F R A N ÇA I S E , A RT N O I R E T BA L LO N OVA L E Le visionnement en continu L\u2019émission de rénovation ne se soustrait pas à la tendance « tout à la vedette » qui sévit actuellement.Après les rénovations plus ou moins désastreuses de l\u2019animateur Richard Turcotte à Canal Vie et de la chanteuse et blogueuse de popote Marilou sur Véro.tv, on peut maintenant suivre le chantier de la future résidence de l\u2019une des actrices de l\u2019heure, Sarah-Jeanne Labrosse, une adepte du retapage de maisons.Pour réveiller le castor bricoleur en soi, ou pas.Passion poussière Véro.tv, dès jeudi À coups de luttes En ce début de Mois de l\u2019histoire des Noirs, ce documentaire de Daniel Soutif et Jacques Goldstein, une coproduction Arte France, tombe à point nommé.C\u2019est qu\u2019il retrace une histoire que l\u2019on connaît très peu, celle des artistes afro-américains, du XIXe siècle à nos jours, une histoire marquée par les combats politiques et sociaux auxquels ils se sont livrés à travers leurs œuvres, et leurs efforts de reconnaissance au-delà de leurs communautés.Ce film plutôt conventionnel dans la forme mais au contenu inédit, qui profite d\u2019archives visuelles rares et de témoignages de spécialistes, d\u2019artistes et de collectionneurs, donne le goût de creuser le sujet un peu plus loin.C\u2019est déjà beaucoup.Noire est la couleur Artv, lundi, 20h30 Le grand festin Pour plusieurs, le Super Bowl est synonyme de boustifailles souvent bien arrosées, de publicités d\u2019exception et, quand même, un peu de ballon ovale\u2026 Le programme court, en soirée, suffira sans doute amplement.Les vrais amateurs de football américain auront de quoi se sustenter en matière de prédictions, d\u2019analyses d\u2019avant match, dès midi aux grands réseaux anglophones qui le diffusent et dès 10 h à RDS.Les habitués de la grand-messe que sont les Pats de la Nouvelle-Angleterre depuis quelques années affrontent les Rams de Los Angeles, après des finales de conférence qui ont fourni des émotions fortes aux spectateurs.Reste à voir si le spectacle de dimanche sera aussi captivant.Super Bowl LIII RDS, CTV et CBS, dimanche, 18h30 DAVID J.PHILLIP ASSOCIATED PRESS L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 C u l t u r e Té l év i s i o n 4 0 | 02/04 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Lâcher prise Une autre histoire Les pays d'en haut Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Un zoo pas En tout cas L'échappée / Franchir la ligne Les invisibles / Boycott TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Cochon dingue Génial! Ça vaut le coût Point doc / Objectif: Sobriété Cette année-là L'heure grave Mc$ween Dans médias V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Mets-y le Maître du chantier L'Open Mic Scorpion / Alerte Tsunami Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal de 13h In Situ Bonaparte, côté noir Apocalypse / Peur La vie / Roumanie Journal/ C à dire CANAL D Douanes Douanes Enchères Enchères Structures abandonnées Le cosmos dans tous ses états Erreurs de génie Alaska: La ruée CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Vendre ou rénover?Joue Docteur Dévisagés Dre Boutons Bienvenue dans notre zoo ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Gymnastique / LSU vs Alabama Panorama L'antichambre (D) Sports 30 Images/sec.HISTORIA Confessions Hells Chasseurs Chasseurs La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Nos ancêtres les extraterrestres Artéfacts ICI ARTV 17h30 Temps Le temps d'une paix Pour l'amour du country Noire est la couleur Du Teweikan Virtuose EXPLORA Le refuge de l'espoir Les îles Canaries S'aime chien Villes Photographes Photographes Rivalité de génies Était humanité Z Les stupéfiants Américars: Rapides et musclés Les hors-la-loi du volant Garage d'élite Milot Land Arrow / Jeu d'alliances ST: Discovery SAVOIR En mouvement 18h50 Science Uranium 19h50 L'ONU Nomade mers Découvertes Hollywood 21h55 Fabrique Dactylo Publications Semaine Verte TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens Conseils MÉDECIN DE CAMPAGNE (2016) 22h45 Top! Top!/ Flip Planète 17h30 Cicatr.Opérations spéciales Devoir d'enquête Or maison Histoire opéra Ghost Chasers (v.f.) / Londres Gypsies CBC CBCNews JFL: Gags Coronation St.Coronation St.Murdoch Mysteries Coroner / All's Well CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Resident Law & Order: S.V.U.The Good Doctor / Faces CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Neighborhood Man Plan Big Brother: Celebrity Edition Bull / Prior Bad Acts Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Bachelor The Good Doctor / Faces News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Neighborhood Man Plan Big Brother: Celebrity Edition Bull / Prior Bad Acts News PBS (33) PBS NewsHour This Old House Hour Antiques Roadshow Antiques Roadshow Independent Lens Amanpour & C UNIS Cochon dingue Pas plus bêtes Tournée générale Hooké Les encanteurs Un homme sage-femme Liberté Chez nous HBO1 17h50 TRENCH 11 (2017) Rossif Sutherland.19h25 EYE ON JULIET (2017) Joe Cole.Crashing High Main True Detective Thrones TVA Sports 17h00 JiC LNH Hockey / Canucks de Vancouver c.Flyers de Philadelphie (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports Red Bull 02/03 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal Découverte ICI Laflaque Tout le monde en parle 22h20 Journal 22h50 Sports 22h55 Infoman TVA TVA nouvelles VLOG LOL :-) La Magie des Stars Simon Leblanc: Tout court Tout le monde aime TVA nouvelles MARINA (V.F.) TQ Les francs-tireurs Deux hommes en or La gloire.mais à quel prix?M'entends-tu?L'heure est grave L'AMOUR EST UN CRIME P.V 16h45 L'ÈRE DU ROCK (2012) Julianne Hough.UNE BELLE JOURNÉE POUR CREVER (2013) Bruce Willis.LE DÉSOSSEUR (1999) avec Denzel Washington, Angelina Jolie.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Découverte Le Téléjournal Les coulisses du pouvoir Le National Semaine Verte TV5 Saison au zoo Journal de 13h On n'est pas couché Mixeur / Lee Cooper Journal/ L'invité CANAL D Les héros du feu Mayday Le convoi de l'extrême Docu-D Le cosmos CANAL VIE Vendre ou rénover au Québec Naufragés de l'amour / Aruba La vie avec des quintuplées Joue Docteur Dévisagés Goldwater à l'écoute Le Club Mel RDS 17h30 Blitz LNF Football / Patriots de Nouvelle Angleterre c.Rams de Los Angeles - Super Bowl LIII (D) Sports 30 HISTORIA Pirates et trésors Miracles décodés Nos ancêtres les extraterrestres La malédiction d'Oak Island La malédiction d'Oak Island Chasseurs ICI ARTV C'est juste de la TV Les dieux de la danse SCRATCH (2015) Leslie Raphaël Joseph Lafond.Les Borgia SELMA (V.F.) EXPLORA S'aime chien Curiosités Animo Les Poilus Gros labo Planète techno Merveilles de la nature Découverte Cancer Z Ultime défi ninja BattleBots: Combats de robots Talk show Roast Battle Seuls et tout nus XL Pinel Maripier! Expédition SAVOIR Semaine Verte 18h40 Oser Arrêt monde Publications De garde 24/7 20h50 Capsule 36.9° TDAH Cancer 22h55 Thèse Routes science TFO Top!/ S.O.S.! Amélie Conseils Subito texto Les sapiens Les sapiens LES FLEURS BLEUES (2016) Boguslaw Linda.Top!/ Top! 23h10 Flip Planète 17h00 L'accusé Les experts du passé Planète Chefs Plus près des étoiles Champs de bataille Baccarat CBC Murdoch Mysteries Murdoch Mysteries And Then There Were None CBC News: The National CBCNews CTV Kick-off Show LNF Football / Patriots de Nouvelle Angleterre c.Rams de Los Angeles - Super Bowl LIII (D) To Be Announced National News GBL Global News Global National Security Security SEAL Team / Collapse NCIS: Los Angeles Ransom Global News ABC News News at 6:30 Funniest Home Videos Funniest Home Videos Shark Tank / Bethenny Frankel Shark Tank News CBS Kick-off Show LNF Football / Patriots de Nouvelle Angleterre c.Rams de Los Angeles - Super Bowl LIII (D) The World's Best News PBS (33) The Dictator's Playbook Great British Baking / Tarts Masterpiece Classic Masterpiece Classic Tales Royal Bedchamb Midwife UNIS Les encanteurs Les Newbies Le p'tit cabaret / Jonathan Roy Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Le punch HBO1 18h10 MY DINNER WITH HERVÉ (2018) Peter Dinklage.Real Time With Bill Maher True Detective Crashing High Main Strike Back TVA Sports RAW WTA Tennis Finale Red Bull Signature Series - Crashed Ice Le TVA sports CollXtion 02/02 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal La Petite Vie En direct de l'univers Deuxième chance Galas Juste pour rire Le Téléjournal Les grands reportages TVA TVA nouvelles EVEREST (V.F.) (2015) avec Ang Phula Sherpa, Jason Clarke.20h45 LES SACRIFIÉS 3 (2014) avec Jason Statham, Sylvester Stallone.23h15 TVANou.TQ Kung Fu Panda Panda/ Panda 19h20 Dragons 19h40 Pikpoket Cette année-là Belle et Bum CARNAGE (V.F.) (2011) Jodie Foster.V Cinéma STAR TREK AU-DELÀ (2016) avec Zachary Quinto, Karl Urban, Chris Pine.ORIGINE (2010) avec Joseph Gordon-Levitt, Ellen Page, Leonardo DiCaprio.ICI RDI Le Téléjournal Le Téléjournal Le National Le National Enquête Le Téléjournal Second Regard Le Téléjournal Le National Grands rep.TV5 Saison au zoo Journal de 13h Vivement dimanche! 20h15 Jean Paul Gaultier fait son show / Mylène Farmer , LP.23h20 L'invité CANAL D Cuban Chrome Garage d'élite Mayday Comédie Club À communiquer ComediHa! Grand Rire Déroute CANAL VIE Bienvenue dans notre zoo Cauchemar Palm Springs Mini-maisons sur mesure Taxi au-delà Mariages Mosaic Quintuplées RDS 17h30 Canadien Sports 30 PGA Golf - Omnium Phoenix 3e ronde Sports 30 Sports 30 Super Bowl HISTORIA Le lot du diable Poirier enquête Poirier enquête Confessions Hells Hitler déclassifié Hitler déclassifié A$ de brocante ICI ARTV Pour emporter / Louis T.Pour l'amour du country CHOCOLAT (2016) avec James Thiérrée, Omar Sy.Pique-nique à Hanging Rock Cinéma EXPLORA Animo Pharmachien Le refuge de l'espoir Cancer: L'ennemi / Cibler le mal Cancer: L'ennemi intérieur Rêver le futur Stupidité Z Fallait pas essayer / Catapulte Rapide et mill Déroute Rat rods de Vegas Ultime défi ninja Le web obscur Maripier! Le trône de fer SAVOIR Nomade mers Au coeur du cinéma québécois Connaissance Ombre doute 20h50 Thèse Ombre doute 21h55 Cinéma Mémoires L'avenir de Radio-Canada TFO Top!/ S.O.S.! Amélie Flip l'algorithme Les sapiens Les sapiens VOUS N'AVEZ ENCORE RIEN VU (2012) 22h50 Top! Top!/23h15 Flip Planète Planète Chefs Chocolat Poulain Sur les toits des villes / Berlin Nos 5 Sens Un journaliste au front CBC CBCNews Hockey Sat.LNH Hockey / Penguins de Pittsburgh c.Maple Leafs de Toronto (D) Hockey / Vancouver vs Colorado (D) CTV CTV News Montreal W5 The Launch / Better Carter Cardinal / Roman and Irena National News GBL Global News Global National Security Security Big Brother: Celebrity Edition EAT, PLAY, LOVE (2017) Jen Lilley./ Jason Cermak Global News ABC News News at 6:30 Extra NBA Countdwn NBA Basketball / Lakers de Los Angeles c.Warriors de Golden State (D) News CBS Ch.3 News Weekend News Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition NFL Honors News PBS (33) Father Brown Time Goes By Appearances Rev.Upstart Crow Doc Martin / Faith Death in Paradise / The Healer Austin City UNIS Hôpital vétérinaire Liberté Écrivain public Mauvais karma Mauvais karma LA FEMME QUI BOIT (2000) avec Luc Picard, Elise Guilbault.L'espionne HBO1 18h10 PATH TO WAR (2002) avec Alec Baldwin, Donald Sutherland, Michael Gambon.FAHRENHEIT 451 (2018) Michael Shannon.22h45 LIKE.SHARE.FOLLOW TVA Sports Le TVA sports Avant-match LNH Hockey / Red Wings de Détroit c.Sénateurs d'Ottawa (D) Le TVA sports Red Bull Signature Series - Crashed Ice S A M E D I L U N D I D I M A N C H E CRITIQUE LOUISE-MAUDE RIOUX SOUCY LE DEVOIR Après Elena Ferrante et sa phénoménale Amie prodigieuse, c\u2019est au tour d\u2019un autre monument littéraire italien, Niccolò Ammaniti, de jouer dans la grande cour télévisuelle.Et avec la même superbe réjouissante.L\u2019auteur de Je n\u2019ai pas peur et de Comme Dieu le veut écrit et réalise Le miracle (Il miracolo), une mini- série ténébreuse jonglant entre polar métaphysique et étude de mœurs sur laquelle Super Écran a eu le flair de mettre la main.Prix du jur y au festival Séries Mania l\u2019an dernier, Il miracolo s\u2019ouvre sur la découverte d\u2019une Vierge de plastique pleurant des larmes de sang humain (neuf litres par heure !) aux côtés d\u2019un chef mafieux.La trouvaille, déroutante pour la police comme pour la science, devient vite af faire de sécurité nationale dans une Italie fragilisée par la menace imminente d\u2019un Brexit à l\u2019italienne.Le prodige concentre aussi une série de crises de foi au sein de la société italienne, que l\u2019on détaille à travers les figures bien dessinées du premier ministre, de la scientifique, du policier et du prêtre.Une tristesse infinie se dégage de l\u2019ensemble, la perte de repères chez ces êtres éteints, en quête de lumière ou pas, étant esquissée avec beaucoup de subtilité à travers des jeux de caméra habiles et des cadrages maniaques que ne renierait sans doute pas Paolo Sorrentino, le réalisateur de la mordante série The Young Pope.Ammaniti le fait toutefois dans un registre plus contrasté, et surtout moins léché, où croyants et athées, riches et pauvres, paumés et respectables se fondent sans manichéisme.Confondant et passionnant.Le miracle (Il miracolo) Super Écran, jeudi, 23h La madone prodigieuse La mystérieuse Il mira- colo concentre une série de crises de foi en Italie SU R VOS ÉC R A N S Là par et pour elles Quatre ans durant, la réalisatrice Martine Asselin a posé sa caméra dans le sillage d\u2019un homme déterminé à faire son chemin là où aucun autre n\u2019était encore allé : dans le cocon des soins prodigués par les sages-femmes.Dans cet univers où se fabrique la suite du monde, on suit Louis Maltais de son premier jour à l\u2019université jusqu\u2019à l\u2019obtention de son diplôme.Son mélange de candeur, de doute et de détermination ajoute un surplus d\u2019âme à un sujet déjà rempli d\u2019humanité.En résulte un bien beau portrait d\u2019un métier essentiel se conjuguant toujours au féminin, Louis Maltais revendiquant pour lui-même, parce qu\u2019il est là «par et pour elles», le titre de sage-femme.Un homme sage-femme Unis, lundi, 21h SKY ITALIA ANTONELLO&MONTESI | 4 1 C u l t u r e Té l év i s i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 02/08 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy Au suivant Prière de ne pas Guillemets Les Poilus Le Téléjournal Cinéma TVA TVA nouvelles Le Tricheur Ça finit bien la semaine Du talent à revendre La liste noire TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Encore plus De garde 24/7 / Décisions Un chef à la cabane Deux hommes en or M'entends-tu?Belle et Bum V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire Huissiers Les effaceurs Haute sécurité Code 111 Gotham / La force de frappe Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Le Téléjournal Le National TV5 17h50Champion Journal de 13h Nus et cullotés Les flots Les routes de l'impossible Des bateaux et des hommes Journal/ C à dire CANAL D Alaska: La ruée vers l'or Amour fatal Marqué l'Amérique Les pires prisons du monde Craindre son voisin Outback CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Mariages Design V.I.P.Vendre ou rénover au Québec Naufragés de l'amour / Curacao Joue Docteur Dévisagés ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LAH Hockey / Senators de Belleville c.Rocket de Laval (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Traqueurs De père en fils En 6ième vitesse Les montagnards Les montagnards / La fin Les montagnards / Besoin vital Le lot du diable ICI ARTV Moi et l'autre Mr Bean Dre Grey, leçons d'anatomie Pour emporter C'est juste de la TV L'effet Wow M.HOLMES EXPLORA Curiosités Recyclage Planète techno Pharmachien Gros labo Les Poilus La magie du cosmos Stupidité Stupidité Cerveau Z Expédition extrême Week-end Garage d'élite Américars: Rapides et musclés Les hors-la-loi du volant Infiltration Maripier! Cinéma SAVOIR Capsule Cancer 19h25 Électron 36.9° TDAH Routes science Nature/ Dis-moi Encore plus Électron FutureMag En mouvement TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Subito texto C'est WOW Doc/ Je dors Mosquée GARDE À VUE (1981) Lino Ventura.Top!/ Top! 22h55 Flip Planète Si l'évolution / Les mâchoires Festin ours polaires Ghost Chasers (v.f.) / Harwich C'est vrai docteur Planète Chefs Poulain CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.marketplace Stats of Life CBC Docs POV / Spaceman CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Blindspot Am.Housewife Kids-Alright Blue Bloods CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition The Blacklist Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Be My Valentine, Charlie Brown 20/20 News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight Big Brother: Celebrity Edition Blue Bloods News PBS (33) PBS NewsHour News Vermont Week Wash.Week Firing Line Live From Lincoln Center / Pipeline Ken Karlewicz Amanpour & C UNIS À fond de train / Brockville Degrassi Degrassi Radio enfer Radio enfer Le Loup-garou Le Loup-garou Les Newbies Le punch Les encanteurs HBO1 17h55 MY DINNER WITH HERVÉ (2018) 19h45 THE WIZARD OF LIES (2017) avec Michelle Pfeiffer, Robert De Niro.Real Time With Bill Maher Strike Back TVA Sports 17h00 JiC Kevin Raphael LHJMQ Hockey / Rimouski vs Shawinigan (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports 02/07 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 Infoman 1res fois / Jay Du Temple Enquête Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur LOL :-) La Dérape Le bon docteur / Pas à pas J.E.Tu ne m'as pas TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Passager Génial! Mc$ween De garde 24/7 / Décisions Dans les médias House of Cards (v.f.) Documentaires V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire L'amour est dans le pré L'Open Mic Chicago Police / Les amazones Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal de 13h Cobra Gypsies L'enquête de ma vie Démineurs Munch / Secret défense Journal/ C à dire CANAL D Le convoi de l'extrême Routiers de l'Outback Les héros du feu Riches et coupables Docu-D CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?La vie avec des quintuplées Bienvenue dans notre zoo Mosaic Cauchemar Palm Springs ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Winnipeg Jets c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre Sports 30 HISTORIA De l'acier et du feu Les moteurs Les moteurs Fous bolides Fous bolides Fous bolides Fous bolides Détroit / Prise deux Traqueurs ICI ARTV 17h30 L'appel L'appel du coeur Mr Bean Esprit critique Appelez mon agent Appelez mon agent SCRATCH EXPLORA Animal Fight Club (v.f.) Invasion des frelons Planète: Attention danger Mars / Baisse de pression Villes Géants de la construction Z Les stupéfiants Seuls et tout nus XL BattleBots: Combats de robots Talk show Roast Battle Star Trek: Discovery Cinéma SAVOIR 18h20 Nature L'ombre d'un doute Semaine Verte 20h10 Savoir Publications Dactylo Hollywood 22h25 Fabrique Arrêt monde Uranium TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Flip Amélie Les sapiens Motel Monstre LE MARI DE LA COIFFEUSE 22h25 Top! 22h35 Top! /22h50 Flip Planète Devoir d'enquête Or maison Histoire opéra Saoud, la dynastie de l'or noir Champs de bataille / Le chemin des dames Traqueur de serpents CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.Dragons' Den Workin' Moms Little Dog CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Big Bang Young Sheldon Cardinal / Jack Law & Order: S.V.U.CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Will & Grace The Titan Games Big Brother: Celebrity Edition S.W.A.T./ The B-Team Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Grey's Anatomy Million Little Thing / Someday How to Get Away With Murder News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight The Big Bang Young Sheldon Big Brother: Celebrity Edition S.W.A.T./ The B-Team News PBS (33) PBS NewsHour Beerology: Vermont IPA Wings Over Grand Canyon Ken Burns: The Civil War Amanpour & C UNIS Cochon dingue Échappe Fous animaux Hôpital vétérinaire Chez nous Liberté Écrivain public Web Thérapie Balade Tor.Peaky Blinders HBO1 17h15 MUHAMMAD ALI'S .Parkland THE IMMORTAL LIFE OF HENRIETTA LACKS 21h05 2 Dope Queens 22h05 2 Dope Queens / Hair 23h10 Dope TVA Sports 17h00 JiC RAW Dans le ring / Alvarez c.Kovalev Dave Morissette en direct Le TVA sports 02/06 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 L'Épicerie Les enfants de la télé Cheval-Serpent Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur Oeufs d'or Malaises Lâchés lousses Victor Lessard / Le vrai, le faux TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Cochon dingue Génial! Format familial Point doc Les francs-tireurs M'entends-tu?Kebec De garde 24/7 V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Rire et délire Phil s'invite L'Open Mic SEAL Team / Terres perdues Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal de 13h Les flots Envoyé spécial Enfants prodiges / Pays-Bas Journal/ C à dire CANAL D Structures abandonnées Les Recrues Les Recrues Alaska: La ruée vers l'or À la poursuite du trésor inca Vie de chantier ComédiHa! CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Amour aveugle Taxi au-delà Naufragés de l'amour / Curacao Vendre ou rénover?Design V.I.P.À vos marques ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° Hors-jeu 2.0 Championnat Nationaux de patinage Canadien Tire 2019: Gala L'antichambre (D) Sports 30 De sentiers HISTORIA Pawn Stars / La mise de Rick Prêt au combat Prêt au combat De l'acier et du feu De l'acier et du feu De l'acier et du feu Rois scrap ICI ARTV 17h30 Temps Le temps d'une paix Moi et l'autre Les filles de Caleb Les filles de Caleb Les filles de Caleb Filles de Caleb EXPLORA Animo Alex+Tyler, éco Perroquet de mer La Semaine verte Gros labo Pharmachien Cancers, thérapies Rivalité Z Les stupéfiants Ultime défi ninja Expédition extrême Week-end Déroute Fous Maripier! Prêt sur gage SAVOIR Encore plus Between Pages Rature et lit Connaissance Au coeur du cinéma québécois Arrêt monde Publications Semaine Verte 22h40 Savoir Montcalm.TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens Citoyen monde CAMILLE CLAUDEL (1988) avec Gérard Depardieu, Isabelle Adjani.Planète Sur les toits des villes / Berlin Nos 5 Sens Vanity Fair Confidential Faites entrer l'accusé / Le mystère de Hassel: L'affaire Kolber Rêver le futur CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.Burden of Truth Unspeakable CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang The Launch / Hope Grey's Anatomy Criminal Minds / Truth or Dare CTV National GBL Global National Global News E.T.Canada Ent.Tonight Chicago Med Chicago Fire Chicago P.D.Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition The Goldbergs Schooled Modern Family Single Parents Match Game News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight The World's Best Criminal Minds / Truth or Dare News PBS (33) PBS NewsHour Crossroads Outdoor Nature / Arctic Wolf Pack Nova / Decoding the Pyramids The Dictator's Playbook Amanpour & C UNIS Cochon dingue Jenny/ Jenny Les encanteurs Web Thérapie Les Newbies Le punch Mauvais karma Mauvais karma Tournée générale Vétérinaire HBO1 17h40 ALL THE WAY (2016) Bryan Cranston.19h55 Warning: This Drug True Detective Crashing High Main Thrones TVA Sports 17h00 JiC Avant-match LNH Hockey / Sénateurs d'Ottawa c.Maple Leafs de Toronto (D) D.Morissette 22h45 RAW 02/05 18h00 18h30 19h00 19h30 20h00 20h30 21h00 21h30 22h00 22h30 23h00 ICI RC Télé Le Téléjournal avec Patrice Roy District 31 La Facture Unité 9 5e rang Le Téléjournal Sports/ Entrée TVA TVA nouvelles Le Tricheur World of Dance la compétition O' / Soupçons L'heure bleue TVA nouvelles 22h35 Denis Lévesque TQ Pat'Patrouille Cochon dingue Génial! Kebec Point doc SOS sages-femmes L'heure grave Format familial Deux hommes V Souper parfait Souper parfait Rire et délire Taxi payant Je suis chef L'Open Mic NCIS: Los Angeles Rire et délire Souper parfait ICI RDI Le National RDI économie 24/60 Les grands reportages Le Téléjournal Mordus de politique Le National TV5 17h50Champion Journal de 13h Enfants prodiges / Pays-Bas La vie / Roumanie Des bateaux et des hommes Caïn / Sur les quais Journal/ C à dire CANAL D Le cosmos dans tous ses états Rat rods de Vegas Le convoi de l'extrême Mayday Routiers de l'Outback Mme Lebrun CANAL VIE ByeMaison Quoi ton plan?Palm Springs Cauchemar Mini-maisons sur mesure Vendre ou rénover au Québec Taxi au-delà Mariages ByeMaison RDS 17h00 Le 5 à 7 Hockey 360° (D) LNH Hockey / Ducks d'Anaheim c.Canadiens de Montréal (D) L'antichambre (D) Sports 30 HISTORIA Miracles décodés Hitler déclassifié Hitler déclassifié Pawn Stars / La mise de Rick Pawn Stars Pawn Stars Pawn Stars ICI ARTV 17h30 Temps Le temps d'une paix Quelle famille! La foire aux vanités Rétroviseur Rétroviseur Pique-nique à Hanging Rock Les Borgia EXPLORA Hawaï sauvage / Terre de feu Les îles Canaries Découverte Mégastructures nazies Rêver le futur Magie cosmos Z Les stupéfiants Face Off Les vampires originels Surnaturel Après l'Apocalypse Le trône de fer SAVOIR 18h25 Électron 36.9° TDAH Mémoires CORIM Routes science Nature/ Nature Découverte Nature/ Nature Électron uniVERT TFO Maxi/ S.O.S.! Top!/ Top! Métiers/ Métiers Amélie Les sapiens C'est WOW AIMER, BOIRE ET CHANTER (2014) 22h50 Top! Top!/23h20 Flip Planète Lancaster, le vol des 2 derniers géants Arts backstage Si l'évolution / Les mâchoires Festin ours polaires L'histoire gourmande de LU Les Robinsons CBC CBCNews JFL: Gags Schitt's Creek Coronation St.Kim's 22 Minutes Schitt's Creek Cavendish CBC News: The National CBCNews CTV CTV News Montreal eTalk The Big Bang Ellen's Game of Games This Is Us The Rookie / Caught Stealing CTV National GBL Global National Global News NCIS: New Orleans / X NCIS / She FBI New Amsterdam Global News ABC News News Local 22 News Inside Edition Am.Housewife Kids-Alright Black-ish Splitting Up The Rookie / Caught Stealing News CBS Channel 3 News at 6 p.m.Evening News Ent.Tonight NCIS / She FBI NCIS: New Orleans / X News PBS (33) PBS NewsHour Born to Expl Yankee Finding Your Roots American Experience / Sealab Frontline Amanpour & C UNIS Cochon dingue Ouache/ Ouache Écrivain public Vu intérieur LA SACRÉE (2011) avec Geneviève Bilodeau, Marc Marans.Ciné tout court Hooké HBO1 17h30 RUMBLE: THE INDI.19h15 INDIAN HORSE (2017) Sladen Peltier.The Ties That Bind Crashing High Main Thrones TVA Sports 17h00 JiC Avant-match LNH Hockey / Golden Knights de Vegas c.Lightning de Tampa Bay (D) Dave Morissette en direct Le TVA sports J E U D I V E N D R E D I M E R C R E D I CRITIQUE AMÉLIE GAUDREAU LE DEVOIR Dans la flopée de comédies de situation familiales qui émaillent le petit écran américain, très peu ressortent du lot et font leur marque durablement.Tellement qu\u2019il faut parfois dépoussiérer des classiques ayant une certaine portée sociale et politique pour rallier le public, comme ce fut le cas avec Roseanne, devenu une saison plus tard The Conners, pour les raisons que l\u2019on sait\u2026 La relecture moderne de la comédie One Day at a Time fait également partie de ce lot, et de façon nettement plus heureuse\u2026 Le producteur Norman Lear, un vétéran de ce genre (All in the Family, Maude), a repris sa série à succès et y a troqué la famille d\u2019une mère célibataire blanche des années 1970 de l\u2019originale pour celle d\u2019une mère célibataire d\u2019origine cubaine dans l\u2019époque actuelle.Les aventures du quotidien de Lupe (Justina Machado, très juste), une infirmière et vétérante de l\u2019armée américaine victime d\u2019un choc post-trauma- tique qui se reprend en main, mère de deux ados dégourdis, qui vit avec sa vieille mère qui a dans sa jeunesse fui le régime castriste (la souveraine Rita Moreno), respectent certes les codes bien définis de la sitcom classique.Mais elles abordent avec finesse, intelligence, émotion et une bienfaitrice dose de rigolade des sujets de société pas toujours comiques.Dans les deux premières saisons, déjà disponibles sur Netflix, il a été question d\u2019identité culturelle et sexuelle, de dépendances, de santé mentale, de sexisme et de racisme, sans tomber dans la démonstration pédagogique inoffensive ni dans le mélo.Une comédie « à l\u2019ancienne » résolument moderne, qui mérite le détour.Au fil des jours (One Day at a Time en V.O.), saison 3 Netflix, dès vendredi Discrète réussite La relecture de cette sitcom des années 1970 parle d\u2019enjeux sociaux modernes NETFLIX u haut du téléphérique menant au Faloria (2123m), je cherche en vain le parcours qu\u2019a emprunté en skis James Bond dans la folle poursuite dont il est la cible dans For Your Eyes Only.J\u2019aperçois au loin le tremplin de saut à ski des Jeux olympiques de 1956, par où l\u2019espion de Sa Majesté entame sa fuite, mais celui-ci est désaffecté et\u2026 son aire d\u2019atterrissage aboutit sur une route.« En fait, le tournage de cette scène intègre plusieurs bouts de pistes qui ne sont pas reliées entre elles», précise Francesco Corte Colò, de Cortina Marketing.Une chose est sûre : la présence de Bond à Cortina d\u2019Ampezzo en dit long sur la réputation de ce village de 6000 âmes, lui qui aime tant fricoter avec le gratin.Aujourd\u2019hui, la « reine des Dolomites » mérite toujours son surnom, avec ses hôtels cinq étoiles mythiques, ses boutiques chics surmontées de façades couver tes de fresques et son Corso Italia aux pavés foulés par des passants friqués qui se pavanent avec leur roquet af fublé d\u2019un gilet grif fé.«Cortina, c\u2019est un peu Saint-Moritz pour les Italiens, confirme Francesco Corte Colò.Mais pas que.» Car là- haut dans la montagne, on trouve de tout en matière de skieurs, de la plèbe aux patriciens, en passant par des adolescents éberlués qui n\u2019ont jamais rien vu d\u2019aussi beau que les monts Cristallo, Sorapis et autres Tofana.« Je suis étourdi, épanoui, émerveillé ! » lâche Fiston en cette douce matinée de janvier.Est-ce l\u2019ef fet de l\u2019altitude ou celui du décor dantesque qui se déploie devant nous à mesure que nous approchons en télésiège du Tofana (3244 m), point culminant de la région ?Sans doute un peu des deux.Certes, Fiston est de nature hypersensible, mais même le plus impassible des blasés ne peut rester de marbre devant la splendeur minérale et corallienne des Dolomites.Il y a 250 millions d\u2019années, ces montagnes n\u2019étaient qu\u2019une masse L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 V I V R E Dans le nord de l\u2019Italie, les Dolomites forment un massif montagneux fantasmagorique où s\u2019étendent des centaines de kilomètres de pistes de ski dans des décors naturels d\u2019une joliesse à se damner.Compte rendu d\u2019une semaine de glisse extatique, de Cortina d\u2019Ampezzo à Alta Badia.REPORTAGE GARY LAWRENCE DANS LES DOLOMITES COLLABORATEUR LE DEVOIR Au cœur des montagnes de corail Débutants ou pros, les skieurs se laissent emporter par la splendeur des Dolomites Il y a 250 millions d\u2019années, ces montagnes n\u2019étaient qu\u2019une masse compressée d\u2019algues, de coquillages et de coraux noyés sous des mers tropicales.PHOTOS GARY LAWRENCE D compressée d\u2019algues, de coquillages et de coraux noyés sous des mers tropicales.Après avoir émergé il y a 70 millions d\u2019années, les Dolomites se sont progressivement érodées pour devenir des pinacles de beauté brute, des pics dentelés d\u2019une infinie joliesse, des murailles de pierre rosacée qui se dressent tout d\u2019un bloc et qui s\u2019empourprent chaque soir sous les reflets de l\u2019enrosadira.«La splendeur du décor, c\u2019est pas mal ce qui fait la notoriété de Cor- tina !» dit Francesco Corte Colò.Car peu importe la piste que l\u2019on dévale, on demeure toujours au cœur de ce cadre enlevant.Nul besoin d\u2019être un pro des carres pour trouver ici «schuss sûr» à ses pieds : l\u2019essentiel du domaine est de niveau intermédiaire, et il est partout bien damé.«Les Italiens aiment bien quand les pistes sont lisses», assure Francesco Corte Colò.Seul le secteur du Tofana compte quelques murs abr upts qui donnent du fil à retordre, dont un où on organise chaque année la Coupe du monde de descente féminine.En 2021, Cortina accueillera également les Championnats du monde de ski alpin FIS et\u2026 elle a posé sa candidature pour les Jeux olympiques de 2026.Mais skier, ça creuse, et la boustifaille fait heureusement partie intégrante de l\u2019expérience sur les pentes de Cortina, y compris le midi, à l\u2019un des chalets de montagne disposés aux abords des pistes.Au menu: spätzles au gorgonzola, canederli (gnocchis de mie de pain et de speck) et autres ca- sunziei (raviolis fourrés aux betteraves ou aux herbes sauvages).«Ça nous change des cafétérias des stations de ski du Québec», de décréter Fiston.Toute la semaine, celui-ci alternera néanmoins entre pasta al ragù (sauce bolognaise), pizza au bresaola et fines tranches de prosciutto avec chocolat chaud en guise de petit- déjeuner.Tant pis pour le nouveau Guide alimentaire canadien, y compris dans la région voisine, où on a élevé la gastronomie alpine un chouïa plus haut \u2014 toujours avec les Dolomites en toile de fond.En selle pour Alta Badia Chaque hiver depuis 10 ans, la région d\u2019Alta Badia, dans le Trentin\u2013 Haut-Adige, organise l\u2019événement « A Taste for Skiing ».Pour l\u2019occasion, des toques renommées concoctent des menus spéciaux avec les chefs des innombrables chalets de montagne qui jalonnent les pistes sur l\u2019autre versant des Dolomites.Les menus sont ensuite proposés aux skieurs dans les restaurants participants \u2014 comme Moritzino, au sommet du Piz La Ila, à La Villa, où une joue de bœuf braisée sauce au chocolat m\u2019a fait vriller les papilles.À certaines dates précises, il est même possible de passer un après-midi à skier avec un sommelier pour déguster les (excellents) vins de la région, de chalet en chalet, avant de tâter de la maestria culinaire de l\u2019un des trois chefs étoilés Michelin d\u2019Alta Badia.Dans cette région qui faisait partie de l\u2019empire austro-hongrois jusqu\u2019en 1918, l\u2019allemand se fait entendre presque aussi souvent que l\u2019italien.Au même titre que le Val d\u2019Aoste ou la Sicile, le Trentin\u2013Haut-Adige est l\u2019une des cinq régions autonomes d\u2019Italie \u2014 une particularité qui lui donne plus de latitude pour préserver sa culture et cette vieille langue qu\u2019est le ladin, qu\u2019on parle encore dans quatre vallées (et dans celle d\u2019Ampezzo, en Vénétie).À peine une heure de route et deux ou trois cols séparent La Villa de Cor- tina, mais la dif férence se fait bien sentir.Sauf en ski, qui se vit toujours sur fond de falaises bouleversantes.Si le domaine skiable jouxtant La Villa offre peu de défis \u2014 il forme une succession de bols de faible dénivelé situés sur un haut plateau \u2014, il en va autrement de la Sella Ronda : quatre vallées reliées entre elles autour d\u2019un imposant massif, et dont on skie toutes les pentes en une inoubliable journée de sept à huit heures de descentes.Tout aussi mémorable est la glisse qui s\u2019entame depuis le Lagazuoi : ce sommet de 2778m est le point de départ de la plus longue descente des Dolomites.Près de huit kilomètres de bonheur skiable à l\u2019état brut, sur un blanc lacis qui serpente au pied de pics et pitons immenses\u2026 et qu\u2019on termine sur le plat, tiré par une corde attachée à un attelage de chevaux.Enfin, une autre virée hors du commun permet de pimenter son parcours de ski de vestiges de la Première Guerre mondiale : fortins, artefacts, murets, tunnels et tranchées ponctuent le First World War Ski Tour, qui s\u2019ef fectue aussi en une journée, près de la ligne de front de la Grande Guerre.Une ligne de front à laquelle on accédait grâce aux nombreuses vias ferratas («parcours ferrés» à flanc de montagne) aménagées dans les Dolomites, où elles ont proliféré au siècle dernier.« Quoi ?Il y a des vias ferratas en plus?» lance Fiston, amateur du genre.Oui, mais elles ne sont pas accessibles l\u2019hiver.Va falloir revenir l\u2019été\u2026 L\u2019auteur était l\u2019invité de Cortina Marketing, d\u2019Alta Badia Brand et d\u2019Air France.| 4 3 Voya g e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 En vrac Air France relie Montréal à Venise quotidiennement, avec escale à Paris, ce qui en fait le transporteur le plus pratique pour gagner les Dolomites depuis le Québec.De Venise, Cortina est à deux heures de bus et Alta Badia, à trois heures.airfrance.ca, cortinaexpress.it, atvo.it Les domaines skiables de Cortina et d\u2019Alta Badia font partie de l\u2019immense réseau Dolomiti Superski, qui compte 1200 km de pistes accessibles avec un seul billet.Coût d\u2019une semaine de ski avec hébergement demi-pension (3 étoiles) et billet : à partir de 800 euros.dolomitisuperski.com Un bon hôtel à Cortina : le Trieste (3 étoiles), un établissement familial à 10 minutes du téléphérique pour le Tofana, et doté d\u2019une très bonne table.À La Villa, l\u2019hôtel Antines est encore mieux : 4 étoiles, chambres toutes différentes, jolie piscine, bain turc, sauna et tout aussi bonne table.À 2 minutes de l\u2019arrêt de bus et des remontées.hoteltriestecortina.it, hotelantines.it Renseignements : cortina.dolomiti.org, bestofthealps.com, altabadia.org La boustifaille fait partie de l\u2019expérience sur les pentes de Cortina.Là-haut dans la montagne, on trouve de tout en matière de skieurs, de la plèbe aux patriciens, en passant par des adolescents éberlués qui n\u2019ont jamais rien vu d\u2019aussi beau que les monts Cristallo, Sorapis et autres Tofana. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Vi v r e 4 4 | L E S A P P L I CAT I O N S D E L A S E M A I N E Fait à rappeler : ni le cinéma ni la photographie n\u2019étaient reconnus comme des arts à leur naissance.Le jeu vidéo ne l\u2019est toujours pas.Or, ces deux petits bijoux, qui explorent chacun à leur façon l\u2019amour et la sexualité au féminin, nous y font réfléchir à deux fois.Oui, le jeu, c\u2019est de l\u2019art.Elle, et son premier amour À 25 ans, Florence cherche toujours l\u2019amour.Comme ses pairs millénariaux, on la suit alors qu\u2019elle essaie de le dénicher sur une application de rencontre.Mais si elle trouve l\u2019âme sœur, c\u2019est par hasard, au coin d\u2019une rue.Une première relation n\u2019est toutefois jamais facile.La routine s\u2019installe, la magie s\u2019effrite \u2014 et des cœurs sont brisés.Cadeau des designers de Monument Valley, Florence s\u2019apparente plus à une bande dessinée interactive qu\u2019à un jeu proprement dit.Ses petits casse-tête doivent être savourés doucement ; l\u2019expérience ne dure que quelques heures, mais on s\u2019en délecte chaque minute.Florence Annapurna Interactive, offert pour iOS et Android Elle, pilote de robots géants Après une longue guerre froide menée contre une «Menace existentielle», l\u2019humanité prend finalement conscience que ce danger interstellaire ne peut s\u2019en prendre à elle.Les robots géants construits pour la combattre et les jeunes femmes entraînées à les piloter n\u2019ont donc plus de raison d\u2019être ; elles deviennent elles-mêmes une menace pour le genre humain.Avec un style visuel décadent et une trame sonore planante, le roman interactif queer campé dans la science-fiction à gogo Heavens Will Be Mine suit les premières explorations de trois de ces jeunes pilotes démobilisées.Ces femmes sont sexy et elles le savent\u2026 et elles veulent en jouer \u2014 ou pas.Dans l\u2019espace, l\u2019homosexualité n\u2019est plus un tabou.Heavens Will Be Mine Pillow Fight Games, offert pour iOS, Steam et Itch.io Olivier Sylvestre OLIVIER SYLVESTRE REPORTAGE NATHALIE SCHNEIDER COLLABORATRICE LE DEVOIR Elles constituent souvent de vastes territoires à l\u2019abri du développement excessif et se prêtent à une pratique du plein air en hors-piste, voire en autonomie.Bienvenue dans les réserves du Québec, qu\u2019elles soient publiques, comme les réserves fauniques gérées par la Société des établissements de plein air du Québec (SEPAQ), ou privées.Les activités s\u2019y déclinent autour des grands classiques : ski de fond ou raquette en hiver ; canot, camping, pêche, randonnée en été.En dehors de la période de chasse, qui ne dure que quelques semaines, on a le territoire pour soi, aussi vaste que ses envies de décrochage.Outaouais Réserve faunique privée Kenauk Cette réserve privée de 260km2 peut se vanter d\u2019être l\u2019une des plus grandes du genre en Amérique du Nord.Et des mieux préservées.Durant l\u2019histoire moderne, ce territoire a d\u2019abord appartenu à Mgr Laval en 1674, pour être rétrocédé, plus tard, à Louis- Joseph Papineau.Autant dire qu\u2019il a été épargné de la coupe de bois et du développement immobilier.Résultat: un milieu naturel exceptionnel avec des peuplements forestiers rares (érables noirs), des lacs sauvages et une faune aussi nombreuse que diversifiée.«En 2013, le territoire a été acheté par quatre Canadiens qui placent la conservation au centre de leurs actions, explique Carl Simoncelli, directeur de l\u2019expérience client chez Kenauk.Ici, on a le sentiment de vivre une immersion dans un milieu réellement intact.» Cet espace naturel sert d\u2019ailleurs de « laboratoire» à plusieurs universités du Québec et de l\u2019Ontario, qui y mènent des recherches sur les bassins hydrographiques, la gestion forestière ou les habitats fauniques.Quelque 50 kilomètres de sentiers peuvent être parcourus en raquettes et 48 autres kilomètres balisés sont accessibles en ski de fond.L\u2019été, on a l\u2019embarras du choix pour la randonnée, et la pêche y est, dit-on, miraculeuse : truite mouchetée, achigan, brochet, etc., notamment dans le lac Papineau qui couvre une superficie de 15 km2 au centre de la réser ve.L\u2019hiver, on taquine la truite arc-en-ciel sur la glace des lacs Mills et Taunton.Enfin, on peut y passer la nuit dans une yourte ou dans l\u2019un des 18 chalets rustiques ou luxueux.Renseignements : Accès journalier pour le ski de fond: 25$.Gratuit à la location d\u2019un hébergement.Location de la yourte : 151$ la nuit.Chalet pour Du plein air en réserve Et si on pensait aux réserves naturelles, fauniques ou écologiques pour s\u2019évader ?L\u2019hiver est la saison idéale pour découvrir les 20 km de pistes en raquettes ou en crampons des Trois-Monts-de-Coleraine, selon Manon Couture, coordonnatrice des Sentiers pédestres.LES TROIS-MONTS | 4 5 Vi v r e Nat u r e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Meilleur rapport qualité prix sur le marché pour des circuits exclusifs à VSB Des hôtels située à l\u2019intérieur des villes, où vous prenez le temps de visiter .Toutes les entrées, visites sont incluses, c\u2019est la force de nos circuits Voyages Symone Brouty 1 800 650 0424 www.voyagesbrouuty.com Pour des voyages pas comme les autres, ayant du contenu ! Des voyages d\u2019exceptions : Culture, Histoire & Petits Groupes Mme Stéphanie Anne Ruatta, docteure en lettre classiques et spécialiste en histoire ancienne.Grand circuit de L\u2019Espagne et du Portugal \u2013 25jrs Départ 22 septembre Circuit 7jrs 3nts 3nts 2nts 2nts 2nts 3nts autres villes visitées 46 repas toutes les visites incluses NOS SUPERS PROMOTIONS DÉPARTS AUTOMNE JUSQU\u2019À 1000$ PAR COUPLE Meilleur rapport qualité prix sur le marché pour des circuits exclusifs à VSB Des hôtels situés à l\u2019intérieur des villes, où vous prenez le temps de visiter.Toutes les entrées, visites sont incluses, c\u2019est la force de nos circuits Les Perles des Balkans \u2013 20jrs Départ 9 septembre Slovénie \u2013 Croatie \u2013 Monténégro Découvertes Exclusives, hôtels 4* 47 repas Toutes les visites, dégustations et plus encore Grand tour du Portugal & ile de Madère -22jrs Départ 25 septembre 3nts 2nts 2nt 2nts Ile de Madère 4nts 4nts, 50 repas, visites incluses La Grande Argentine & Patagonie incluant Iguazu \u2013 21jrs Départ 1er novembre Accompagnée par Marie-Pierre Ruatta Buenos Aires 5nts, , Croisière 3 jrs Esprit des Glaciers ,6jrs circuit Désert Nord Ouest , tous les repas toutes les entrées visites incluses.BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT APPELEZ AU 514 985-3399 deux personnes : 249$ la nuit.Chalet Deluxe pour 4 personnes : 389$ la nuit.On peut y pratiquer le traîneau à chiens avec Aux solstices.?1 800 567-6845, kenauk.com.Cantons-de-l\u2019Est Réserve naturelle des Montagnes-Vertes Certaines réalisations en conservation du milieu méritent une reconnaissance appuyée.Souvent parce qu\u2019elles sont situées dans des régions convoitées par l\u2019exploitation industrielle.C\u2019est le cas de la réserve naturelle des Montagnes-Vertes, dans la superbe région de Potton.La gestion de l\u2019immense territoire de 70 km2 y est gérée conjointement par les deux organismes voués à la protection des milieux naturels : Corridor appalachien et Conservation de la nature.« Nous croyons que la mise en valeur de ces milieux exceptionnels doit être orientée au bénéfice du grand public, explique Mélanie Leliè- vre, présidente de Corridor appalachien.Les activités qu\u2019on peut y pratiquer sont une vitrine du travail de conservation que nous menons depuis l\u2019arrêt des coupes forestières.» Ce territoire privé, qui appartient à Conser vation de la nature, est connecté aux Sentiers de l\u2019Estrie (200 km) et à ceux du Parc d\u2019environnement naturel de Sutton (52km), ce qui en fait le paradis de la randonnée pédestre, mais aussi du ski nordique et de la raquette.Trois boucles totalisent environ 20 kilomètres autour du mont Singer.Voilà un exemple inspirant de mobilisation et d\u2019occupation du milieu naturel à des fins récréatives.Renseignements : La pratique du « Sans trace » est fortement recommandée dans la réserve.Accès journalier aux sentiers : 5$.corridorappalachien.ca.Région de Québec Réserve faunique de Portneuf Si elles sont aussi gérées par la SE- PAQ, les réserves fauniques du Québec se distinguent nettement des parcs nationaux par les activités qu\u2019on y pratique (chasse), mais surtout par leur côté plus sauvage.Quoi qu\u2019on y fasse, c\u2019est le mode backcountry qui règne.«La réserve de Portneuf est l\u2019une des seules réserves fauniques ouvertes toute l\u2019année, avec celle des Lauren- tides et celle de Papineau-Labelle, explique son directeur, Mathieu Caron.L\u2019hiver, nous recevons environ 5000 visiteurs pour la villégiature en chalet.» Cette année, la réserve a augmenté de 30% son offre d\u2019hébergement, notamment avec des chalets pour 2 à 14 personnes: «C\u2019est le lieu parfait pour rassembler les grandes familles», précise Mathieu Caron.Dans ce territoire de 775 km2, on pratique la raquette (50km) et le ski nordique (50km) sur deux réseaux de pistes entretenues mécaniquement et reliées par des relais chauffés.Sont également offertes la patinoire, la glissade sur tubes et la pêche blanche à la truite mouchetée.L\u2019été venu, c\u2019est le lieu idéal pour s\u2019initier, en famille, à la randonnée et au camping, notamment au Bellevue avec sa plage sablonneuse.Renseignements : Location de chalet : de 69$ à 84$ par personne et par nuit, selon le chalet.Gratuit pour les 17 ans et moins.?418 323-2021, sepaq.com.Chaudière-Appalaches Réserve écologique de la Serpentine-de-Coleraine Sur les 12 réserves du genre recensées au Québec, seulement 4 sont ouver tes au public.Et c\u2019est une chance, car ce statut confère au territoire une protection intégrale au regard de sa richesse écologique et géologique.« Ce territoire est porté par le bénévolat local et par la municipalité de Saint-Joseph-de-Coleraine, dit Manon Couture, coordonnatrice, Sentiers pédestres, des Trois-Monts- de-Coleraine.L\u2019hiver est la saison idéale pour découvrir ses 20 kilomètres de sentiers en raquettes ou en crampons.» On peut même y passer la nuit, en toute tranquillité, dans une yourte ou un chalet.Une ressource nature particulièrement appréciée dans l\u2019environnement minier qu\u2019on connaît.Renseignements : Accès journalier : 6$.Location du chalet : de 115$ à 165$ par nuit, selon le jour de la semaine.Location de la yourte : de 75$ à 105$ par nuit, selon le jour de la semaine.?418 423-3351, 3monts.ca.Cette année, la réserve faunique de Portneuf a augmenté de 30 % son offre d\u2019hébergement, notamment avec des chalets pour 2 à 14 personnes.STEVE DESCHÊNES n beignet sucré, pour accompagner le poulpe grillé, ou en bière rafraîchissante, la patate douce de variété « lira » se retrouve partout à Aljezur, petite commune d\u2019Algarve, nichée entre mer et montagne.Dans ce village portugais d\u2019à peine 6000 habitants, le tubercule y a même longtemps été considéré comme le pain des pauvres.Indication géographique protégée depuis 2009, la ba- tata doce d\u2019Aljezur a un goût incomparable et se décline (presque) à l\u2019infini.Pâtisseries de toutes sor tes, chocolats, liqueurs, confitures, eaux- de-vie, crèmes glacées, bière\u2026 Rien ne semble impossible pour cette racine cultivée dans ces terres depuis plusieurs siècles.Avec une chair jaune et une saveur proche de la châtaigne, la « lira » ne ressemble pas aux autres variétés de patates douces.« La dif férence entre nos patates et les autres, c\u2019est que les nôtres sont plus moches ! » explique en riant Manuel Marreiros, président de l\u2019association des producteurs de patates douces d\u2019Aljezur, chargée de la défense de l\u2019appellation « patate douce d\u2019Aljezur-IGP ».Car à Aljezur, toutes les patates douces cultivées ne peuvent pas porter le nom « patate douce d\u2019Aljezur ».Seules celles respectant un cahier des charges strict défini au niveau européen pourront avoir l\u2019appellation contrôlée.Production à petite échelle «C\u2019est un produit de campagne, tout le monde en fait, mais en petite quantité», mentionne le président de l\u2019association, ajoutant que, pour le moment, elle n\u2019est pas exportée.Selon lui, sur 100 producteurs membres de l\u2019association, seule une vingtaine parviennent à vendre avec l\u2019appellation contrôlée, soit quelque 300 tonnes par an.C\u2019est bien peu par rappor t à la production totale, qui se compte en milliers de tonnes.« Les autres s\u2019appellent seulement lira, même si L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Vi v r e A l i m e n t at i o n 4 6 | En Algarve, région la plus au sud du Portugal, la patate douce d\u2019Aljezur se retrouve dans presque tous les plats et même dans plusieurs boissons.Petite histoire d\u2019une incomparable racine.REPORTAGE ALICE MARIETTE À ALJEZUR COLLABORATRICE LE DEVOIR L\u2019épatant tubercule portugais Sur les traces de la patate douce d\u2019Aljezur et de ses multiples déclinaisons Avec une chair jaune et une saveur proche de la châtaigne, la « lira » ne ressemble pas aux autres variétés de patates douces.PHOTOS ASSOCIATION DE DÉFENSE DU PATRIMOINE HISTORIQUE ET ARCHÉOLOGIQUE D\u2019ALJEZUR E | 47 Vi v r e A l i m e n t at i o n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Même si la patate douce n\u2019a pas la certification « biologique », les procédés le sont presque toujours car les herbes sont ramassées à la main et l\u2019engrais est souvent d\u2019origine naturelle.LA RECETTE D\u2019ALAMBIKA Ma Cherry d\u2019amour La boutique cocktail Alambika propose une nouvelle recette à réaliser à la maison.Jean-Sébastien Michel, propriétaire et photographe, ainsi que Manuel Perrier, professeur cocktail et développeur de menus, se prêtent au jeu d\u2019une création exclusive aux lecteurs du Devoir.Ingrédients 1 1/2 oz (45ml) de whisky 1/2 oz (15ml) de surette à la cerise 1/4 oz (7,5ml) de sirop d\u2019érable ou de sirop simple 2 traits (2ml) de bitter à la lavande Dashfire Préparation Faire refroidir un verre avec de la glace.Mettre tous les ingrédients dans un verre à mélanger.Remplir de glace et mélanger à la cuillère de bar jusqu\u2019à obtenir un volume double à celui du départ.Garnir d\u2019une cerise à cocktail sur un pic.Ce cocktail intrigant unit la puissance d\u2019une recette «à la cuillère» classique à base de whisky et la fraîcheur acidulée de la surette à la cerise.Le bitter à la lavande crée une liaison permettant d\u2019harmoniser le petit fruit au caractère boisé du whisky.Cette création devrait faire plaisir tant aux amateurs d\u2019Old fashioned et de Manhattan qu\u2019à ceux préférant les cocktails allongés aux baies ou aux agrumes.À mettre dans votre carnet d\u2019options de Saint-Valentin ! Boutique Alambika 6484, boulevard Saint-Laurent, Montréal, alambika.ca JEAN-SÉBASTIEN MICHEL ALAMBIKA elles sont bien cultivées à Aljezur », précise-t-il.Le tubercule, produit à par tir d\u2019octobre jusqu\u2019au mois d\u2019avril, est en plus très sensible à la météo.Par exemple, s\u2019il pleut beaucoup, comme ce fut le cas en 2018, les feuilles doivent être soulevées à la main, afin d\u2019éviter la perte de toute la production.« C\u2019est beaucoup de travail et il faut le faire vite », assure Manuel Marreiros.Par ailleurs, même si le produit n\u2019a pas la certification «biologique », les procédés le sont presque toujours, puisque les herbes sont ramassées à la main et que l\u2019engrais est souvent d\u2019origine naturelle.Pour tous les goûts Fiers de leur produit phare, les Alje- zuriens le célèbrent chaque année en automne lors de l\u2019étonnant festival de la patate douce.Depuis les premières éditions dans les années 1990, le succès ne se dément pas et l\u2019événement attire de plus en plus de visiteurs, venus du Por tugal et d\u2019ailleurs.Pendant trois jours, le public va découvrir les 1001 façons de décliner la racine.« Ici, la patate douce n\u2019est pas un produit original, c\u2019est habituel », raconte Manuel Marreiros.Lui préfère la manger crue, tranchée finement, dans une salade ou encore cuite entière au four, avec un peu de beurre et de sel, comme il affirme l\u2019avoir préparée pour son petit- déjeuner le matin même.« Le meilleur, c\u2019est au naturel », croit-il.Il est donc possible de manger de la patate douce de l\u2019entrée au dessert, et même en boisson, avec un verre de « Tuberbock », une bière à la batata doce brassée ar tisanale- ment en Algarve.Ce sont deux brasseurs portugais qui ont inventé cette étonnante boisson spécialement pour le festival de 2017.«Nous voulions une bière, pas forcément pour tout le monde, mais quelque chose de dif férent et de bon », explique Sergio Rodrigues, l\u2019un des deux brasseurs.Il ajoute que l\u2019idée était de proposer une boisson assez réconfortante pour être dégustée l\u2019hiver, mais tout aussi rafraîchissante pour qu\u2019on puisse en profiter l\u2019été.Autre preuve de la polyvalence de la «lira», la farine de patate douce, mise au point par l\u2019Institut polytechnique de Leiria, dans la région centre du Por tugal.« Grâce à la recherche faite pour cette farine, la boulangerie d\u2019Aljezur fabrique maintenant du pain à la patate douce », explique M.Marreiros.Les sucreries à la batata doce ont aussi évolué et, aujourd\u2019hui, de petites entreprises familiales ne travaillent plus qu\u2019autour du produit.C\u2019est par exemple le cas de la pâtisserie du Rugil, dont les douceurs sont vendues dans tous les aéroports du pays.« Plus il y aura de recherche, plus il y aura de façons d\u2019utiliser notre patate douce », estime le producteur.Meilleure pour la santé En outre, la patate douce gagne en renommée au niveau mondial .Comme elle est moins sucrée que la pomme de terre, mais donnant tout autant la sensation de satiété, beaucoup la préfèrent.Riche en glucides, for te en vitamine A et avec un apport calorique modeste, elle est même recommandée par plusieurs nutritionnistes.Avec autant de qualités, le tubercule pourrait bientôt s\u2019imposer dans toutes les assiettes. JEAN-PHILIPPE TASTET COLLABORATEUR LE DEVOIR Pour sa 20e édition, Montréal en lumière continue à faire briller les tables de notre bonne ville.Au cœur de l\u2019hiver, son volet gastronomique vient réchauffer nos cœurs et nos estomacs.Pendant 11 jours, les casseroles devraient briller de mille feux et certains de nos chefs vont se démener encore plus que d\u2019habitude pour éblouir leur clientèle.Ils ont invité des chefs venus d\u2019ailleurs qui eux-mêmes brillent dans leur restaurant et leur pays d\u2019origine.Je vous en suggère 10.Le 11e jour, vous pourriez vouloir prendre une petite tisane d\u2019artichaut et boire beaucoup d\u2019eau \u2013 gazeuse, si vous avez encore l\u2019esprit à la fête.En temps normal, le chef John Winter Russell et sa collègue Emily Campeau aux tire-bouchons font les choses en grand dans leur presbytère.Pour la visite d\u2019Anne Roussel et d\u2019Arnaud Mayet de la ferme Cadet Roussel à Mont- Saint-Grégoire, carottes, petits navets et autres tubercules seront à l\u2019honneur.Et nous pourrons découvrir un menu de légumes d\u2019été en conserve et de légumes d\u2019hiver frais.Le 28 février.Candide 551, rue Saint-Martin ?514 447-2717 La chef Sonia Visman, du restaurant Albergaccio di Castellina, vit au paradis.Par amitié pour nous qui souffrons en février, elle quittera Castellina in Chianti pour Montréal et cuisinera avec Graziella.On est toujours heureux de manger à la table de Graziella; on le sera encore plus les 21 et 22 février.Pour bien faire les choses, comme toujours, notre chef a invité Michele Satta et Ales- sandro Cellai, deux producteurs de ces vins italiens si revigorants.La bella vita! Les 21 et 22 février.Graziella 116, rue McGill ?514 876-0116 De la très belle visite au H4C, alors que le chef Dany Bolduc accueille un duo d\u2019enfer venu du fin fond de la campagne française.En effet, la chef Amélie Darvas et sa complice sommelière Gaby Beniciode quittent leur Äponem pour venir nous gâter aux côtés du chef Bolduc l\u2019espace de deux soirées qui s\u2019annoncent prometteuses.Les 27 et 28 février.H4C 538, Place Saint-Henri ?514 316-7234 Dans son beau restaurant barcelonais, le chef Ever Cubilla prépare des assiettes du tonnerre.Sa venue au Ika- nos de Constant Mentzas devrait donner de beaux résultats pour quiconque aime les produits de la mer, les deux chefs excellant dans cette cuisine.Du 21 au 28 février et le 1er mars.Ikanos 112, rue McGill ?514 842-0867 Lors de son premier passage à La Chronique l\u2019an passé, le chef étoilé Alexandre Dioniso, de La Villa in the Sky à Bruxelles, avait impressionné la clientèle.Les liens établis avec les L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Vi v r e R e s t o 4 8 | Quelques tables lumineuses au cœur de notre hiver Du 21 février au 3 mars, Montréal en lumière fait bombance pour ses 20 ans L\u2019hiver nous ramène le festival Montréal en lumière, 20e anniversaire cette année.Le volet gastronomique vient réchauffer nos cœurs et nos estomacs, pendant 11 jours.Et de la belle visite est attendue, entre autres au restaurant H4C (notre photo).PEDRO RUIZ LE DEVOIR Le chef Constant Mentzas du restaurant Ikanos PEDRO RUIZ LE DEVOIR | 4 9 Vi v r e R e s t o L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Pour annoncer dans ce regroupement.Contacter la publicité au 514 985-3454 HÉBERGEMENT EN RÉGIONS VIEUX-QUÉBEC ESCAPADE au cœur du Vieux-Québec 44, Côte du Palais Vieux-Québec (Québec) G1R 4H8 TARIFS À PARTIR DE : PAR NUIT, EN OCCUPATION DOUBLE, PLUS TAXES.155$ chefs Marc De Canck et Olivier de Montigny, de La Chronique, ont été assez forts pour que ces derniers l\u2019invitent à nouveau à venir cuisiner à leurs côtés.Plaisir renouvelé pour les gourmets.28 février, 1er et 2 mars.La Chronique 104, av.Laurier Ouest ?514 288-6287 Le chef Jérôme Chatenet est un modèle de discrétion et son petit restaurant Le Margaux, avenue du Parc, est à l\u2019image de son patron.L\u2019ambiance devrait par contre se réchauffer fin février avec la venue de son invité, le chef Arnaud Bloquel, de l\u2019Orchidea à Saint- François en Guadeloupe.Deux personnes discrètes qui cachent deux excellents cuisiniers.Les 21 et 22 février.Le Margaux 5058, avenue du Parc ?514 448-1598 Iliana Regan, chef étoilée du restaurant Elizabeth à Chicago, et Antonin Mous- seau-Rivard, chef du Mousso à Montréal, ont des itinéraires assez similaires en cuisine.Les deux ont commencé dans le métier en faisant la vaisselle et ont aujourd\u2019hui des restaurants qui font partie de ce qui se fait de mieux dans leurs villes respectives.Savourer leur travail en duo devrait être une expérience intéressante et particulièrement délicieuse.28 février, 1er et 2 mars.Le Mousso 1023, rue Ontario Est ?438 384-7410 On dit du chef Paul Liebrandt, doublement étoilé Michelin à New York, qu\u2019il est audacieux, créatif et un brin excentrique.Il devrait donc s\u2019entendre à mer veille avec le chef Jason Morris, qui l\u2019invite à par tager ses fourneaux chez Pastel.La cuisine ouverte, trônant au milieu du restaurant, permettra de voir comment ces deux originaux travaillent ensemble.Un seul service par soir pour 50 personnes.Les 1er et 2 mars.Pastel 124, rue McGill ?514 395-9015 Basque ou pas, il faudra absolument passer au Renoir, où le chef Olivier Perret accueille Xabi Ibarboure sans son petit frère, tout récemment couronné Meilleur ouvrier de France pâ- tissier-confiseur.La perspective de savourer la cuisine de cette grande toque de La Table, des frères Ibarboure à Bi- dart, chez nous, en plein février, est un plaisir anticipé.Les 20 et 21 février.Renoir 1155, Sherbrooke Ouest ?514 788-3038 Visite intrigante au restaurant Vertige alors que le chef Thierry Baron invite le chef Teheiura Teahui, qui écume les routes de France dans son camion de rue.Un camion très spécial puisque le chef y propose des plats venus de sa Polynésie natale.Combattre les bancs de neige grise de chez nous avec des plats colorés et chaleureux de chez lui devrait constituer un beau moment.Les 22 et 23 février.Vertige 540, av.Duluth Est ?514 842-4443 En haute à gauche : le chef Olivier Perret du restaurant Renoir.À droite : le chef Thierry Baron du restaurant Vertige.PHOTOS ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR Le chef Olivier de Montigny, du restaurant La Chronique ANNIK MH DE CARUFEL LE DEVOIR SOLUTIONS DU SAMEDI 19 JANVIER 2019 Voici les solutions qui auraient du paraitre la semaine dernière.Toutes nos excuses.GRILLE BLANCHE MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS JEUX 1762 L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 BON VOYAGE POUR ANNONCER DANS CE REGROUPEMENT, COMMUNIQUEZ AVEC LE DÉPARTEMENT DE PUBLICITÉ AU 514 985-3399 / publicite@ledevoir.com Voyages Symone Brouty 1 800 650 0424 www.voyagesbrouuty.com Pour des voyages pas comme les autres, ayant du contenu ! 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journaux et à la télé, on parle toujours de violence, de ce qui ne va pas, mais ce quartier, c\u2019est ma maison, lance sans ambages Nico, 19 ans.C\u2019est mon histoire, mes racines, là où je retrouve mes amis et ma famille.C\u2019est l\u2019endroit où j\u2019ai vécu et où je choisis encore de vivre.» Né à Haïti, le jeune homme ne se souvient toutefois pas bien de son arrivée dans ce secteur enclavé de la métropole.Il faut dire qu\u2019il avait à peine plus de cinq ans la première fois qu\u2019il y a mis les pieds.Tout ce qu\u2019il sait, c\u2019est qu\u2019il s\u2019y sent bien et que c\u2019est là, dans le dédale des ruelles de ce quartier en mal d\u2019amour, qu\u2019il a fait ses premières armes : «Sans Saint-Michel, je ne serais pas la personne que je suis aujourd\u2019hui.» Ainsi, pour beaucoup de jeunes issus de ces quartiers populaires \u2014 ou « multiculturels », comme les décrit plutôt Nico, un sourire dans la voix \u2014, ces espaces sont, sans surprise, bien plus que ce que nous renvoient les manchettes.« Ces milieux de vie sont souvent dépeints comme moribonds et d\u2019une dif ficulté sans nom pour la jeunesse, souligne la professeure Julie-Anne Boudreau, de l\u2019Institut national de recherche scientifique (INRS).Or, sur le terrain, ce n\u2019est pas vraiment quelque chose qu\u2019on sent.Et ce l\u2019est encore moins lorsqu\u2019on parle à ceux qui habitent et vivent ces lieux au quotidien.» Redonner une voix Lieux d\u2019exploration et d\u2019ancrage, ces quartiers jouent ainsi, selon la chercheuse, un rôle essentiel dans la vie des jeunes qui y résident.« Malgré leur occasionnelle dureté, ce sont des lieux repères, d\u2019apprentissage, de construction de soi, décrit-elle.Il s\u2019agit parfois du seul endroit où ils peuvent réellement être eux-mêmes.» C\u2019est d\u2019ailleurs un peu pour mettre en lumière cette réalité méconnue, et surtout pour redonner une voix à ces jeunes, trop souvent invisibles, que la chercheuse a mis sur pied en 2013 MapCollab, en collaboration avec la professeure en études urbaines Marie-Hélène Bacqué de l\u2019Université Paris Ouest Nanterre La Défense.Réalisé au Québec et en France, ce projet de recherche colla- boratif vise à « proposer une autre image de ces quartiers », sans pour autant nier les dif ficultés du quotidien qui y existent.À ce titre, il ne faudrait en effet pas oublier que ces quartiers font tout de même par tie des plus pauvres de leur région respective, avec tous les impacts que cela comporte.« L\u2019idée n\u2019était toutefois pas d\u2019aplanir ou d\u2019embellir la réalité », nuance Julie- Anne Boudreau, qui s\u2019intéresse depuis des années aux quest ions d\u2019exclusion et de stigmatisation urbaines.« Mais plutôt d\u2019offrir un regard dif férent, de tendre le micro aux réels experts de ces quartiers.» «On a quand même voulu poser \u2014 et je crois qu\u2019on a réussi \u2014 un regard plus doux et plus humain sur ces quartiers », souligne l\u2019inter venant communautaire Mohamed Noredine Mimoun, qui, de par son expérience sur le terrain, a permis de faire le pont entre le milieu universitaire et les jeunes de Saint-Michel.« L\u2019idée était avant tout de comprendre comment ces territoires participent à la construction identitaire des jeunes qui y grandissent, mais aussi de parler enfin de ces milieux au-delà des crises ! En parler parce qu\u2019ils existent, tout simplement.» Un projet tourné vers les jeunes Complètement collaboratif, le projet a donc non seulement été tourné vers les jeunes, mais mené par ceux-ci.Ces derniers ont en ef fet été impliqués dès le dépar t de la démarche : de son élaboration à la collecte de données, jusqu\u2019à la conception et à la réalisation de l\u2019ultime rendu.Aujourd\u2019hui disponible sous la forme d\u2019une série de capsules vidéo et du livre Mon quartier, notre vie, publié chez Del Busso éditeur, celui-ci met en avant l\u2019importance des lieux du quotidien dans la vie de ces jeunes.Atypique pour le milieu universitaire, cette manière de faire a permis, selon Mohamed Noredine Mi- moun, de mieux saisir l \u2019essence même de ces lieux et de ceux qui y vivent.« C\u2019est bien beau de venir \u201cvoir\u201d les jeunes dans leur \u201cenvironnement\u201d, mais la meilleure façon de les comprendre, c\u2019est de prendre le temps de les écouter, af firme sans détour le sociologue de formation.Ils ont des choses importantes à dire sur leur vécu ! » « C\u2019est quelque chose qui n\u2019est pas vraiment naturel dans le milieu de la recherche, renchérit la profes- seure de l\u2019INRS.Mais ç\u2019a un réel impact sur les résultats, ça nous force à revoir nos manières de penser.Personnellement, je n\u2019aborderai sans doute plus jamais un projet de la même façon.» Plus encore, insiste Mohamed Noredine Mimoun, «ce projet a littéralement changé des vies ».À ce sujet, l\u2019intervenant cite comme exemple le cas de certains jeunes qui, à la suite du projet, ont décidé de pousser encore plus loin leur parcours scolaire, notamment en science sociale.« Tout le monde est gagnant dans cette histoire », conclut-il, un sourire évident dans la voix.Redorer l\u2019image des quartiers populaires ensemble Le projet MapCollab pose un regard nouveau sur les zones multiculturelles montréalaises Pour beaucoup de jeunes issus des quartiers populaires, ces secteurs sont bien plus que ce que nous renvoient les manchettes.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Mon quartier, ma vie Regards transatlantiques Atelier MapCollab (collectif), Del Busso éditeur, Montréal, 2018, 196 pages L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Vi v r e S o c i é t é 52 | LAURIE NOREAU COLLABORATEUR LE DEVOIR Nous vivons une époque formidable : des soins de santé à la fine pointe de la technologie, des conditions de vie favorables, une abondance de biens et de ser vices.Pour tant, nous ne sommes pas plus heureux que nos ancêtres.Pourquoi avons-nous tant de difficulté à atteindre le bonheur ?C\u2019est ce que l\u2019auteur Greg Easter- brook appelle le « paradoxe du progrès » (The Progress Paradox : How Life Gets Better While People Feel Worse, Penguin Random House, 2003).Les conditions de vie s\u2019améliorent, mais les gens ne sont pas plus heureux.Pourquoi ?Notre quotidien est cer tes devenu étourdissant et nos horaires semblent constamment surchargés.Bon an, mal an, le Canada réussit toutefois à se hisser parmi les dix pays les plus heureux de la planète selon le Rapport mondial du bonheur produit chaque année par les Nations unies.Basé sur plusieurs critères sociaux et économiques, le produit intérieur brut (PIB) reste toutefois celui qui a le plus de poids dans le palmarès.La production de richesse d\u2019un pays est-elle vraiment représentative du bien-être de ses habitants?Si tel était le cas, cela ferait mentir l\u2019adage selon lequel l\u2019argent ne fait pas le bonheur.Bien qu\u2019il s\u2019avère évident qu\u2019un certain revenu soit nécessaire pour vivre décemment, l\u2019augmentation de la richesse est loin d\u2019être un sceau de garantie pour le bonheur.Aux États-Unis, le summum du bonheur aurait été atteint dans les années 1950.Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, la société occidentale a vécu une prospérité inégalée : une hausse fulgurante du revenu des ménages, l\u2019invention de plusieurs produits qui ont révolutionné le quotidien \u2014 voiture, télévision, électroménagers.Depuis, le niveau de bien- être des Américains fait du surplace malgré une augmentation continue de la richesse.Le psychologue hongrois Mihály Csíkszentmihályi en a fait son thème de recherche.Dans un texte publié en octobre 1999, « If We Are So Rich, Why Aren\u2019t We Happy ?», dans la revue American Psychologist, déjà il se questionnait : si nous sommes si riches, pourquoi ne sommes-nous pas heureux?Il cite d\u2019abord nos attentes, qui augmentent au même r ythme que nos conditions de vie s\u2019améliorent.Quand on s\u2019habitue à une situation financière avantageuse, dif ficile de s\u2019en contenter et de ne pas voir plus grand que sa panse.L\u2019autre explication est bien connue.Il est où, le bonheur ?L\u2019atteinte du bien-être résiderait dans l\u2019action plus que dans l\u2019argent La production de richesse d\u2019un pays estelle vraiment représentative du bien-être de ses habitants ?Si tel était le cas, cela ferait mentir l\u2019adage selon lequel l\u2019argent ne fait pas le bonheur.ISTOCK Nous nous comparons souvent à ceux qui ont le plus de possessions plutôt que de nous satisfaire de ce qui est nécessaire à notre confort.Résultat : difficile de se déclarer heureux quand le voisin comble tous ses désirs avant nous ! Selon lui, la preuve par excellence que l\u2019argent ne mène pas au bonheur est la difficile conciliation entre l\u2019accumulation de richesse et les sphères socio-personnelles, comme la famille, l\u2019amitié et les loisirs.Comme notre énergie est de plus en plus consacrée à accumuler le plus d\u2019argent possible, chaque seconde vouée à une autre activité est perçue comme une perte potentielle de revenu.L\u2019économiste suédois Stephen Linder a été le premier à décrire cette situation.Selon lui, à mesure que le revenu d\u2019une personne augmente, il devient de moins en moins « rationnel » d\u2019accorder du temps à autre chose qu\u2019à l\u2019accumulation d\u2019argent.Pour mieux représenter le degré de satisfaction d\u2019une nation, devrait- on alors remplacer le PIB par le BNB, le bonheur national brut?Voilà une idée originale développée par le Bhoutan.Au lieu de se baser sur la performance économique comme indicateur du niveau de bien-être, ce petit pays de l\u2019Himalaya s\u2019appuie sur la qualité des relations humaines et la nature.Chaque nouveau projet doit passer par le crible du BNB pour évaluer son impact sur cet indice.Sans totalement éliminer l\u2019argument économique, il faudrait peut- être réviser son importance dans le calcul du bonheur.L\u2019ancien procureur général des États-Unis Robert Kennedy avait même dit en 1968 : «Le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d\u2019être vécue.» Les gènes du bonheur Nous n\u2019avons pas tous la même propension au bonheur.En ef fet, certaines personnes semblent douées pour être heureuses alors que d\u2019autres peinent à atteindre cet état de pleine satisfaction.L\u2019explication pourrait résider en partie dans nos gènes.Des variantes génétiques associées au sentiment de bonheur ont été trouvées en 2016 par une équipe de chercheurs néerlandais.Cela expliquerait pourquoi le bonheur est perçu dif féremment d\u2019une personne à l\u2019autre.Un gène a même été caractérisé comme un capteur de sérotonine, une hormone qu\u2019on surnomme «la molécule du bonheur».Si notre profil génétique ne permet pas de sécréter les molécules chimiques essentielles à notre bonheur, pourquoi ne pas l\u2019induire à l\u2019aide de médicaments ?Parce qu\u2019il manquerait une caractéristique importante à la poursuite du bonheur, selon le psychologue Mihály Csíks- zentmihályi : le sentiment d\u2019être maître de l\u2019atteinte de son bonheur.Suivre le flow Le psychologue est à l\u2019origine d\u2019un concept devenu culte : celui du flow, ou de l\u2019expérience optimale.Pour lui, le secret du bonheur réside dans cette conception.Il s\u2019agit d\u2019un état de plénitude atteint en accomplissant une activité.« J\u2019ai commencé à regarder les gens créatifs et des artistes pour essayer de comprendre ce qui leur donnait envie de continuer à faire des choses qui ne leur apportaient pas nécessairement la gloire ou la fortune, mais qui donnaient un sens à leur vie.Ils atteignaient souvent un état d\u2019extase dans lequel la réalité n\u2019existe plus», explique-t-il.Chacun a déjà vécu ce moment où, totalement absorbé par une tâche ou un objectif, le temps, la douleur, la fatigue ou les problèmes personnels semblent neutralisés.C\u2019est le flow.En recréant les conditions nécessaires à l\u2019atteinte de cette expérience optimale, cela représenterait un pas de plus vers la poursuite du bonheur.Une option qui serait probablement plus efficace que la richesse pour y parvenir ! | 5 3 Vi v r e Vi n L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Moins de 16 $ Syrah 2017, Cusumano, Terre Siciliane, Italie (13,80$ \u2014 10960777) Sérieusement fruitée, que cette syrah ! Normal.Comment faire autrement sous ce soleil sicilien doué pour en faire jaillir si justement l\u2019essence ?Le truc, c\u2019est que l\u2019équilibre sur le plan de la fraîcheur est manifeste, ce qui sauve la mise de ce rouge bien en chair, particulièrement puissant.Servir frais sur une pasta all\u2019amatriciana.(5) ?La surprise 1792 Small Batch Kentucky Straight Bourbon Whiskey, États-Unis (53,25$ \u2014 11857026) Pas besoin de s\u2019appeler Keith Richards pour aimer le bourbon ! Celui-ci est excellent mais l\u2019image marketing du flacon l\u2019est moins.Pourquoi imiter la bouteille de cognac?Une distillation de seigle de cette qualité, verticale sur le plan de l\u2019intensité épicée, colle mieux par son tonus à un riff de guitare qu\u2019à une musique de chambre ! On en redemande.?1/2 Le blanc Domaine de Fussiacus 2017, Mâcon-Fuissé, Jean-Paul Paquet, Bourgogne, France (25,35$ \u2014 12793124) Dans la série «Il existe encore de beaux bourgognes abordables», ce chardonnay enlève le morceau sans fléchir sur le plan de la sève, de la densité et de l\u2019expérience fruitée.Ajoutez ce caractère crayeux du terroir qui resserre et apporte tonus et structure et une origine liée aux terroirs de Fuissé, et voilà un blanc idéal pour une belle volaille.(5+) ?1/2 Le rouge Corbières 2016, Château St.Jean de la Gineste, Languedoc, France (18,80$ \u2014 875252) Vous passez devant cette cuvée à la SAQ sans la voir tant elle fait partie des meubles.Mon conseil : prenez deux flacons et offrez- en un à un ami.L\u2019amitié n\u2019a pas de prix ! Car à moins de 20 $, carignan, mourvèdre et syrah respirent bon le terroir, se fondant sous le moelleux d\u2019un fruité riche, texturé et bien cadré.Rôti de palette ?(5) ?Le bio Château Coupe-Roses Schiste 2016, Minervois, Languedoc-Roussillon, France (23,20$ \u2014 894519) Une force tranquille se dégage de ce blanc sec qui déroule avec conviction le tapis rouge au cépage roussanne, qui rayonne ici d\u2019un or vivace.Cette force tranquille relève au départ de la famille Frissant qui sait générer, du terroir à la bouteille, une dynamique unique, fruit de l\u2019observation et d\u2019un doigté aussi malin qu\u2019habile.(5+) ?1/2 (5) à boire d\u2019ici cinq ans (5+) se conserve plus de cinq ans (10+) se conserve dix ans ou plus © devrait séjourner en carafe L E S V I N S D E L A S E M A I N E BILLET JEAN AUBRY COLLABORATEUR LE DEVOIR J\u2019ai la chance, depuis quelques années, d\u2019être invité dans les bibliothèques de différentes municipalités du Québec à titre de conférencier.Pour causer vin, bien sûr.À chacune des occasions, même impression de calme, de décélération, d\u2019écoute et de silences intelligents.On n\u2019entre pas dans ces cathédrales de bouquins pour y faire la fête ! J\u2019imagine chaque fois tous ces livres rangés comme autant de bouteilles prêtes à raconter leur propre histoire.C\u2019est l\u2019analogie que je propose d\u2019office à ses assidus de littérature pour les inviter à lire le vin autrement, comme si les livres eux- mêmes, dans leurs différences, formaient un tout cohérent.Les auteurs y deviennent vignerons le temps d\u2019une impression, couchant sur papier un cru, voire un grand cru décliné en autant de chapitres de dégustation.Pendant 90 minutes, la bibliothèque n\u2019est plus qu\u2019une bibliothèque.Elle devient cellier.Ces moments d\u2019intimité sociale me permettent de saisir le niveau de connaissance, voire la perception que se fait tout un chacun du jus fermenté de la treille.Premier constat : tout le monde aime le vin.Cela paraîtra une évidence tant le mot lui- même suggère plaisirs et libations.Même les abstèmes lui reconnaissent des vertus qu\u2019une certaine nostalgie de n\u2019en avoir jamais bu comme de ne plus jamais en boire alimente curieusement.D\u2019où vient cet indéniable pouvoir d\u2019attraction ?Mystère.Sans doute s\u2019ancre-t-il dans les racines de l\u2019humanité.Deuxième constat : personne ne sait en parler.Ou est trop timide pour plonger.Ou encore, les mots pour le dire ne viennent pas aisément.J\u2019en suis toujours le premier désolé, car il m\u2019apparaît que l\u2019effort de vulgarisation en la matière n\u2019est pas au point, que le jargon opacifie encore et toujours le discours, qui devrait pourtant être aussi limpide qu\u2019une eau de source.Ce constat me lance en retour un défi : celui d\u2019adapter mon laïus pour faciliter l\u2019approche.Pour ce faire \u2014 et ça fonctionne à tout coup \u2014 je parle du cycle du vin et de la personnalité des cépages comme je le ferais des êtres humains assis devant moi.Ainsi, le jeune vin vigoureux qui n\u2019a encore rien vu de la vie, le vin assagi qui rumine un passé glorieux et celui parvenu au faîte de sa crédibilité se compare- ront-ils à un individu qui naît, qui s\u2019élève à sa vie d\u2019adulte, puis s\u2019endort doucement sur ses lauriers.Défauts et qualités compris ! À la question «Pourquoi existe-t-il des vins qui vieillissent plus que d\u2019autres?», j\u2019avance que le pedigree de l\u2019individu (génétique, milieu naturel, etc.) lui donne à la naissance un ou plusieurs avantages sur ses pairs qui lui assure, ou lui assurent, ultérieurement une vie longue et harmonieuse.À une autre question, « La même bouteille bue à deux jours d\u2019intervalle ne goûtait pas pareil, pourquoi ?», je réponds qu\u2019en fonction de votre état, de vos humeurs et de vos dispositions, vous percevrez inévitablement le vin de façon dif férente.Votre biorythme fluctue, à l\u2019image du vin.D\u2019où cet autre constat : il n\u2019y a pas de grands vins, seulement de grandes bouteilles.Il n\u2019y a finalement pas de mystère à tout cela.Que le gros bon sens de l\u2019observation.Et, pourquoi pas, de l\u2019analogie.Méfiez-vous de ces gens qui sacralisent le vin en le plaçant sur un piédestal pour mieux le crypter au passage, hors de portée des sens et de la poésie qu\u2019il inspire.Vivez avec lui, à l\u2019image de l\u2019auteur québécois Pierre Chatillon, dont un extrait de poème (Amoureuses, Écrits des Forges) a été lu (à ma grande surprise d\u2019ailleurs !) en fin de conférence par une dame amoureuse des lettres.Sans oublier l\u2019alphabet du vin : Amoureuse le vin rouge de ton rire est un oiseau qui vole et chante dans mon cœur j\u2019ai bu ton rire sur toutes les lèvres de ton corps et je suis ivre Je n\u2019aurais pas dit mieux.guideaubry@gmail.com Le vin comme un livre ouvert Quand la bibliothèque devient cellier J\u2019imagine chaque fois tous ces livres rangés comme autant de bouteilles prêtes à raconter leur propre histoire.JEAN AUBRY L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 Vi v r e M o t s d e t ê t e 5 4 | SUDOKU GRILLE DES FÉRUS MOTS FLÉCHÉS GRILLE BLANCHE S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com | 5 5 Vi v r e M o t s d e t ê t e L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 GRILLE INTERMÉDIAIRE LES ANAGRAMMES Découvrez les mots cachés dans ces anagrammes.1.2.CROUTÉE AI 1.2.TR AQUILES 1.2.PREMOTIRES 1.2.ERUDITAS 1.2.INAMORES 1764 Mots-croisés du samedi Horizontalement Verticalement I II III IV V VI VII VIII IX X Solution du n° 436 Horizontalement I.Adjudication.II.Bretelle.Csa.III.Rit.Flirtait.IV.Eberluée.Rda.V.Ab.Eosn.Ciel.VI.Clé.Rtt.Ie.VII.Tentèrent.As.VIII.Iule.Elargit.IX.Osier.Egoïne.X.Née.Absentes.Verticalement 1.Abréaction.2.Dribbleuse.3.Jeté.Enlie.4.Ut.Ré.Tee.5.Déflore.Râ.6.Illustré.7.Clientèles.8.Aéré.Nage.9.Citron.10.Icarie.Gît.11.Oside.Aîne.12.Natalistes.Philippe Dupuis 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 1 1 12 MOTS CROISÉS PROBLÈME N° 437 1.S\u2019est retrouvée en bande pendant la guerre.2.Arme chevalier.Donne du poids à nos fils.3.Met les fils bout à bout.Beaucoup avant.4.Toujours pas apaisée.5.Rend la partie nulle.S\u2019arrange pour aller droit au but.6.Ouvre la gamme.Entraîne vers l\u2019avant.Un peu rigolo.7.Badin et désinvolte.Eaux lombardes.8.Têtue elle aussi.9.Cours ibérique.A renouveler s\u2019il est bon.10.Personnel.Voix de velours.Met en opposition.11.La vallée de Lucy.Marquée en surface.12.Rapporte en détail.I.Courante au labo bien que souvent discutable.II.Demoiselle carnassière avec gros yeux.Au Canada et en Ukraine.III.Encensât.Bien meilleur quand il est court.Pour une belle alliance.IV.Prises en considération.Du genre nunuche.V.Dans le débat.Met à l\u2019ombre.Se rendra.VI.C\u2019est un devoir pour lui de rapporter.Vient de passer à gauche.VII.Facilite le travail à la chaîne.VIII.Fait monter la température.Possessif.Conjonction.IX.Encore plus belle quand elle a du chagrin.Assure la relation.X.Bien diffusée à la sortie.Philippe Dupuis est également l\u2019auteur des mots-croisés du Monde MOTS CROISÉS DU SAMEDI CITATION MYSTÉRIEUSE MOTS ENCHAÎNÉS L\u2019INTERVALLE SOLUTIONS DE LA SEMAINE DERNIÈRE SUDOKU : SOLUTION DU PROBLÈME D\u2019HIER GRILLE BLANCHE CITATION MYSTÉRIEUSE La connaissance de l\u2019homme ne peut pas s\u2019étendre au-delà de son expérience propre.Locke, Essai sur l\u2019entendement humain MOTS ENCHAÎNÉS MOTS FLÉCHÉS GRILLE DES FÉRUS L\u2019INTERVALLE TROUE TROQUE TOQUE TIQUE ÉTIQUE LES ANAGRAMMES \u2022 ROULANTES / ALENTOURS / SALUERONT \u2022 ÉBAUDIT / DÉBUTAI \u2022 INFLIGEA / AIGLEFIN \u2022 RAVIRENT / ARRIVENT \u2022 JACOBITE / OBJECTAI JEUX 1763 1764 1764 Entre le premier et le dernier mot, et en ne changeant qu\u2019une seule lettre à chaque étape (changement, ajout ou retrait d\u2019une lettre), trouvez les mots intermédiaires.Les accents sont permis, mais aucun nom propre.Formez une chaîne de mots à partir des trois dernières lettres de chaque mot et à l\u2019aide des définitions.Les noms propres sont permis et les accents peuvent changer.Vous aimez ces pages ?Écrivez-nous pour nous faire part de vos commentaires : redaction@ledevoir.com Placez les lettres contenues dans les colonnes au-dessus de la grille dans les cases du bas, de manière à former une citation qui se lira de gauche à droite.1764 1.Ce que l\u2019on peut gagner ou perdre 2.Estomac vide 3.Castré 4.Souci des autres 5.Soda 6.Dans les cigarettes 7.Et inattendus ( à Réjean Ducharme) 8.Réapparaître 9.Clou culinaire 10.Le nôtre est grandiose?! \u2022 SUMAC \u2022 MACHO \u2022 CHOCOLAT \u2022 LATEX \u2022 TEX-MEX \u2022 MEXICAIN \u2022 AINE \u2022 INEFFICACE \u2022 ACÉRER \u2022 R.E.R.MENUS GÉNIES S O L U T I O N P U B L I É E D A N S L A P R O C H A I N E É D I T I O N D U D E V O I R 3. L E D E V O I R / L E S S A M E D I 2 E T D I M A N C H E 3 F É V R I E R / 2 0 1 9 GRANMA.TROMBONES DE LA HAVANE Rimini Protokoll Berlin Le retour des maîtres du théâtre documentaire avec une palpitante traversée de Cuba KALAKUTA REPUBLIK Serge Aimé Coulibaly Bobo-Dioulasso + Bruxelles Sept danseurs ahurissants en hommage à Fela Kuti CONSTITUONS ! Christian Lapointe Québec Un ambitieux exercice démocratique qui redonne au théâtre sa fonction d\u2019agora civique UNFOLD I 7 PERSPECTIVES Danièle Desnoyers Montréal Une création toute en ?nesse et d\u2019une furieuse énergie 514 844 3822 1 866 984 3822 fta.ca Réservez maintenant ! SOIFS MATÉRIAUX Marie-Claire Blais + Stéphanie Jasmin + Denis Marleau Key West + Montréal Une œuvre d\u2019une envergure exceptionnelle avec 28 comédiens et musiciens "]
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