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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
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Cahier A
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  • Journaux
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quotidien
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Le devoir, 2019-03-04, Collections de BAnQ.

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[" VOL.CX NO 46 / LE LUNDI 4 MARS 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM La vie des siens Après Hollywood, le cinéaste allemand Florian Henckel von Donnersmarck revient à ses racines, celles d\u2019un pays divisé ANDRÉ LAVOIE COLLABORATEUR LE DEVOIR A u moment de notre entretien téléphonique, le cinéaste allemand Florian Henckel von Donners- marck faisait la même chose que tous ses confrères en nomination pour l\u2019Oscar du meilleur film étranger : maintenir le rythme effréné d\u2019un long marathon de promotion afin de tirer son épingle du jeu.Mais la chose avait des allures de déjà vu pour l\u2019auteur de Never Look Away, lui qui avait décroché cet honneur en 2007 pour La vie des autres, son tout premier long métrage, inspiré des indiscrétions systématiques des autorités de l\u2019ancienne République démocratique allemande à l\u2019égard de tous ses citoyens, dont les artistes.Une décennie plus tard, le voilà de retour dans cette Californie qu\u2019il connaît très bien, alors qu\u2019Hollywood lui avait offert un pont d\u2019or pour signer The Tourist (2010), avec Angelina Jolie et Johnny Depp : personne n\u2019a reconnu sa signature, et beaucoup ont considéré qu\u2019il s\u2019était égaré.Mais Florian Henckel von Donnersmarck est aussi un citoyen du monde, ne craignant pas les égarements, capable de s\u2019exprimer en cinq INDEX Société.A5 Éditorial.A6 Idées.A7 Monde.B1 Avis légaux .B2 Sports.B4 Décès .B4 Sur la route.B5 Religion .B6 Météo .B6 Mots croisés.B6 Sudoku .B6 Culture.B7 Grille TV.B7 ACTUALITÉS Les jeunes libéraux veulent un nouveau chef dès que possible A 3 SOCIÉTÉ La guerre des mots s\u2019empare du secteur de l\u2019alimentation A 5 À Montréal comme à Paris (en photo), des centaines de manifestants se sont rassemblés dimanche pour exprimer leur farouche opposition à un 5e mandat du président Abdelaziz Bouteflika, qui serait le symbole pour eux d\u2019un « système illégitime et corrompu ».CLAUDE PARIS ASSOCIATED PRESS MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR ALGÉRIE Bouteflika défie la rue À la recherche d\u2019un 5e mandat, le chef d\u2019État contesté fait face à une déferlante de manifestations dans son pays et à l\u2019étranger De Paris à Montréal, des milliers de membres de la diaspora algérienne ont bruyamment manifesté dimanche contre le dépôt officiel du dossier de candidature du président Abdelaziz Boute- flika, qui souhaite être reconduit à la tête de l\u2019Algérie pour un cinquième mandat.Des deux côtés de l\u2019Atlantique, la foule était nombreuse, voire impressionnante.Pendant que plusieurs centaines d\u2019Algériens chantaient « Y en a marre de ce pouvoir » devant le consulat algérien à Montréal, situé à l\u2019intersection des rues Sherbrooke et Saint-Urbain, des milliers de leurs concitoyens étaient rassemblés sur la place de la République dans la capitale française sous une mer de drapeaux vert et blanc.« On est ici pour dire non à la corruption, non à la mauvaise gestion, non à la confiscation de la volonté populaire et de notre indépendance », a lancé Ji- hed Halimi, l\u2019un des organisateurs du rassemblement montréalais.Celui-ci promet de manifester tous les dimanches, aussi longtemps que le mouvement conservera son élan en Algérie.Une détermination qui résonnait aussi parmi les manifestants en France, l\u2019ancienne puissance coloniale.« On s\u2019est dit qu\u2019ils n\u2019oseraient pas, on en rigolait.Mais ils ont osé, s\u2019est insurgée Leila, 38 ans, dont les propos ont été rapportés dans le quotidien Libération.Ils ont confisqué notre indépendance.Il n\u2019y a pas de système de santé, les diplômés doivent quitter le pays.Ils pensaient nous avoir matés, mais nous n\u2019avons plus peur.» Plus peur, puisque, depuis une dizaine de jours, les Algériens se mobilisent massivement dans la capitale, Alger, mais également dans plusieurs localités de ce pays qui avait été épargné par les révoltes du Printemps arabe.CULTURE Tria Fata ou l\u2019art de se tricoter une vie au Festival de Casteliers B 8 VOIR PAGE A 4 : VIE Never Look Away met en vedette Tom Schilling et Paula Beer.METROPOLE FILMS VOIR PAGE A 2 : ALGÉRIE TRAGI-COMÉDIE ALGÉRIENNE.UNE CHRONIQUE DE FRANÇOIS BROUSSEAU PAGE B 1 Ils pensaient nous avoir matés, mais nous n\u2019avons plus peur LEILA » ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE LUNDI 4 MARS 2019 Précision Une version non finale de l\u2019article «Le combat pour libérer notre attention» d\u2019Alexis Rio- pel a été publiée par erreur dans notre édition papier du samedi 2 mars.La version finale est publiée sur nos plateformes numériques.Nos excuses.AMÉLI PINEDA LE DEVOIR Québec donne le feu vert à la réfection du pont Pie-IX, qui relie Montréal à Laval, ce qui annonce un important casse-tête pour les automobilistes, qui pourraient devoir se rabattre sur le pont à péage de l\u2019autoroute 25.La ministre déléguée aux Transports et ministre responsable de la Métropole, Chantal Rouleau, doit confirmer en matinée le calendrier des travaux du projet du pont Pie-IX ainsi que le coût du chantier qui dépassera les 100 millions de dollars.Les quelque 61 000 véhicules qui empruntent quotidiennement le pont Pie-IX devront trouver un nouvel itinéraire s\u2019ils souhaitent éviter les bouchons de circulation.Ces travaux seront arrimés à ceux du projet de service rapide par bus (SRB) du boulevard Pie-IX annoncés la semaine dernière.Le projet de SRB prévoit 11 kilomètres de voie réservée pour autobus et comptera dix-sept stations, dont deux sur le territoire lavallois.Le SRB devrait accueillir ses premiers passagers à l\u2019automne 2022 et permettre 70 000 déplacements par jour alors que l\u2019achalandage actuel est de 40 000 déplacements quotidiens.D\u2019ailleurs, lors de cette annonce, la Société de transport de Montréal avait adressé une mise en garde aux conducteurs habitués à emprunter le boulevard Pie-IX, leur proposant d\u2019opter pour le pont Papineau-Le- blanc de l\u2019autoroute 19 (A-19) ou le pont à péage Olivier-Charbonneau de l\u2019autoroute 25 (A-25).Le pont Pie-IX figure depuis plusieurs années dans la liste des structures classées « nécessitant des travaux majeurs ».« Totalisant 6 voies de circulation, le pont requiert une intervention majeure en vue de remplacer les dalles en béton qui ont atteint la fin de leur vie utile ainsi que les poutres d\u2019acier, dont les propriétés ne respectent pas les normes actuelles », peut-on lire sur le site de Transports Québec.Le projet de reconstruction prévoit le remplacement complet du tablier du pont Pie-IX construit en 1966.La nouvelle configuration du pont prévoit quatre voies de circulation en direction de Montréal, y compris la voie réservée du SRB Pie-IX, puis deux voies en direction de Laval.Un trottoir sera aménagé à l\u2019ouest, puis une piste polyvalente à l\u2019est sera raccordée au réseau cyclable de Montréal et Laval.TRANSPORT Feu vert aux travaux sur le pont Pie-IX Québec annonce le début de ces travaux arrimés à ceux du SRB Une contestation inédite dont l\u2019élément déclencheur s\u2019est produit deux semaines plus tôt, le 10 février, lorsqu\u2019Abdelaziz Bouteflika, âgé de 82 ans, largement diminué par un AVC subi en 2013, a annoncé qu\u2019il allait briguer l\u2019élection présidentielle du 18 avril, dont l\u2019issue est connue d\u2019avance.Une décision qui a été officialisée dimanche, avec le dépôt formel de son dossier de candidature par son directeur de campagne, Abdel- ghani Zaalane.Peu de temps après, l\u2019ex-premier ministre Ali Benflis \u2014 principal adversaire aux scrutins de 2004 et de 2104 \u2014 annonçait qu\u2019il renonçait à se présenter à la présidentielle, qui, selon lui, n\u2019a plus « lieu d\u2019être » en raison de la contestation.Un recul Face à l\u2019imposante mobilisation des derniers jours, le pouvoir a timidement reculé, dimanche.Dans une lettre lue par M.Zaalane, Abdelaziz Bouteflika, qui est actuellement hospitalisé en Suisse, s\u2019engage à ne pas aller au bout de son cinquième mandat et à organiser une nouvelle élection présidentielle à laquelle il ne serait pas candidat.La date de cet autre rendez-vous électoral serait fixée par une « conférence nationale indépendante », pré- cise-t-il.« J\u2019ai écouté et entendu le cri du cœur des manifestants et en particulier des milliers de jeunes qui m\u2019ont interpellé sur l\u2019avenir de notre patrie », a assuré le président par la voix de son directeur de campagne.Mais pour Najib Lairini, chargé de cours au Département de science politique de l\u2019Université de Montréal, le régime ne fait rien d\u2019autre que rire au nez du peuple algérien.« Ils essaient de gagner du temps, de calmer le mouvement, mais je ne pense pas que ça va réussir.» Le président fantôme, dont le dernier discours devant un public remonte à 2012, n\u2019est qu\u2019une marionnette dont les fils sont tirés par une coalition \u2014 formée de militaires, d\u2019hommes d\u2019affaires influents, de la famille Bouteflika et de membres du parti Front de libération nationale \u2014 qui s\u2019accroche désespérément au pouvoir, pointe le politologue.« Ils sont complètement surpris par la mobilisation.Ils n\u2019ont pas de plan B.Cette proposition de faire des élections anticipées, ça démontre qu\u2019ils ne sont pas parvenus à un consensus sur le prochain homme qui va pouvoir garantir le maintien de leurs intérêts respectifs », soutient-il.Depuis vingt ans, cette coalition maintient Abdelaziz Bouteflika au pouvoir en se fondant sur la légitimité historique de l\u2019homme, figure de la lutte pour l\u2019indépendance des années 1960, et sur la manne pétrolière.« Le régime a su maintenir la paix sociale grâce à la redistribution de la rente pétrolière, qui a permis jusque-là de calmer les soubresauts », explique Najib Lairini.« Or, depuis plus de deux ans, en raison de la baisse du prix du pétrole, les recettes ne sont plus au rendez-vous, l\u2019Algérie a donc été obligée de passer à la planche à billets, ce qui a fait croître l\u2019inflation et causé la dévaluation du dinar », analyse le politologue.Une situation qui a conduit le pays dans un cul-de-sac économique et politique.«L\u2019Algérie se retrouve dans une situation catastrophique, dans la mesure où les finances publiques ne peuvent plus continuer à financer la paix sociale.» Et la crainte de voir basculer le pays aux mains des islamistes ne tiendrait plus la route, selon M.Lairini.« Cette rhétorique, de dire c\u2019est soit nous, l\u2019autoritarisme, soit la menace islamiste, a été utilisée partout dans le monde arabe.Mais cette carte ne peut plus être jouée.Le mouvement islamiste s\u2019est dispersé, a perdu plusieurs batailles politiques ou militaires.» Un point de vue que partage Hamza Bendaoudi, présent à la manifestation montréalaise de dimanche.« Ce qu\u2019on voit dans les rues en Algérie, ce ne sont pas des islamistes ou des extrémistes.Ce sont des Algériens.Il y a des familles dans les rues.C\u2019est ce qui est magnifique et c\u2019est ce qui dérange le pouvoir.C\u2019est un mouvement qui est entièrement pacifiste.» Plus la rue va prendre de la force, plus le régime va être contraint de reculer, croit Najib Lairini.D\u2019ailleurs, une fois la nuit tombée, dimanche, les rues d\u2019Alger, comme celles de bien d\u2019autres au pays, ont une nouvelle fois résonné sous les slogans de centaines de jeunes hérissés par ce nouvel affront porté par un régime autoritaire, mais fatigué\u2026 Avec La Presse canadienne et Agence France-Presse Des centaines de manifestants étaient présents à Montréal ALGÉRIE SUITE DE LA PAGE A 1 Quelque 61 000 véhicules empruntent quotidiennement ce pont reliant Montréal et Laval construit en 1966.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Des manifestants ont posé une affiche dénonçant le régime Bouteflika sur la clôture du consulat algérien, dimanche, à Montréal.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Saisies de cannabis en hausse à la frontière OTTAWA \u2014 De nouvelles statistiques montrent que le nombre de confiscations de cannabis à la frontière canadienne a augmenté de plus de 60% au cours des six premières semaines ayant suivi la légalisation de la substance par le gouvernement fédéral.L\u2019Agence des services frontaliers du Canada associe cette hausse au fait qu\u2019elle a commencé à questionner les gens l\u2019automne dernier pour déterminer s\u2019ils amenaient du cannabis au pays.Selon l\u2019agence, du 17 octobre au 30 novembre 2018, il y a eu 329 cas de confiscation de cannabis par des agents.Durant la même période de l\u2019année précédente, 204 confiscations de ce type étaient survenues.Depuis le 17 octobre dernier, les adultes canadiens peuvent posséder et partager jusqu\u2019à 30 grammes de cannabis légal.Toutefois, traverser les frontières du Canada avec de la marijuana reste illégal.La Presse canadienne Wilson-Raybould veut être candidate libérale OTTAWA \u2014 L\u2019ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, a toujours l\u2019intention se présenter sous la bannière libérale aux prochaines élections en octobre dans la circonscription de Vancouver Gran- ville.Mme Wilson-Raybould a témoigné mercredi dernier devant un comité de la Chambre des communes pour dénoncer les «pressions inappropriées» qu\u2019elle dit avoir subies de la part du bureau du premier ministre dans l\u2019affaire SNC-Lavalin.Une adjointe de Mme Wilson-Raybould a indiqué dimanche par courriel que l\u2019ancienne ministre demeurait députée libérale pour la circonscription de la Colombie-Britannique.Elle a rappelé que la députée avait été confirmée comme candidate libérale lors de son investiture il y a un an.Deux jours après son témoignage, l\u2019association libérale de Vancouver Granville avait affirmé sur Facebook qu\u2019elle donnait son «soutien total» à la députée.La Presse canadienne EN BREF Cette rhétorique, de dire c\u2019est soit nous, l\u2019autoritarisme, soit la menace islamiste, a été utilisée partout dans le monde arabe.Mais cette carte ne peut plus être jouée.Le mouvement islamiste s\u2019est dispersé, a perdu plusieurs batailles politiques ou militaires.NAJIB LAIRINI » ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE LUNDI 4 MARS 2019 Dopage D ès ce printemps, à l\u2019annonce officielle de la retraite du fondeur Alex Harvey, il y a fort à parier que son sport, pourtant parmi les plus exigeants, retombera dans un oubli relatif, du moins au Québec.Les sports, chez nous, ne sont toujours agités que dans la mesure où on peut leur faire tenir un drapeau.Le drapeau ramené à terre, les nez continuent de pointer en l\u2019air, à cette hauteur où, d\u2019ordinaire, on ne nous montre toujours que du hockey.Toujours est-il qu\u2019Alex Harvey, en attendant l\u2019heure prochaine de sa retraite, continue de briller.Chemin faisant, il se dit dégoûté par les cas de dopage révélés lors des mondiaux de sa discipline.Il l\u2019est sans doute.Mais pourrait-il se permettre de ne pas l\u2019être ?Les polices autrichienne et allemande ont mis un holà à un réseau d\u2019adeptes de la transfusion sanguine.Au nombre des sept personnes arrêtées, cinq skieurs.Deux d\u2019Estonie.Deux d\u2019Autriche.Un du Kazakhstan.Ce dernier est le plus connu.Mais son nom, à raison, ne vous dira rien.Il s\u2019appelle Alexey Poltoranin.Il a gagné quelques médailles.Ce n\u2019est pas pour autant un géant.Juste un athlète de haut niveau.Sa compagne est une sportive elle aussi.Le sport, voilà à l\u2019évidence toute leur vie.En gros, ce ne sont pas les meilleurs qui ont été pincés dans cette affaire.Les meilleurs se dopent-ils ?Cela est bien possible.Mais restons-en, si vous le voulez bien, à ceux qui ne sont pas médaillés et qui, à vrai dire, ne le seront jamais.Ces anonymes voués à faire au mieux de la figuration, pourquoi se dopent-ils ?En matière de dopage sportif, tout n\u2019est pas défini par des contours nets et précis, en noir ou en blanc.L\u2019idée, maintes fois martelée, que le dopage sportif consiste à tricher en vue de gagner est fausse.Elle ne recouvre pas toute la réalité du dopage, tant s\u2019en faut, comme le montrent cette histoire et d\u2019autres.Bien sûr, il existe des cas célèbres de tricheurs voués à se parer de gloire grâce à l\u2019acquisition de capacités qui ne seraient certainement pas les leurs s\u2019ils carburaient seulement à l\u2019eau claire.Le cas de Lance Armstrong, déchu de ses sept titres de champion du Tour de France, est peut-être le plus célèbre du genre.Mais on sait désormais qu\u2019il ne suffit pas de se doper pour gagner.Icarus, le remarquable documentaire que Bryan Fogel a consacré à l\u2019industrie du dopage, le démontre bien.Un athlète, même s\u2019il se soumet à un protocole de dopage sophistiqué, ne parvient pas pour autant à triompher.Ce faisant, il souligne surtout le fait que la seule drogue dont il ne saurait se passer reste la pratique de son sport à haute intensité.Le sport à ce niveau n\u2019est jamais une affaire raisonnable, celle qui prédispose à la conception pondérée que nous nous faisons de la bonne santé.Dopés ou pas, tous les Alex Harvey du monde sont des êtres portés par la joie de l\u2019excès.Les hypersportifs tournent en rond, pas mal autour de leur nombril, dans une conception atomistique du monde social qui affirme qu\u2019ils peuvent toujours se dépasser, faire mieux, quitte à s\u2019user, à se ruiner.Celui qui est habité par l\u2019idée de repousser ses limites mobilise ses esprits jusqu\u2019à oublier son corps au nom de ce qu\u2019il entend réaliser.En vertu de quoi sinon des sportifs amateurs, tel Bryan Fogel, sentiraient-ils le besoin de se doper ?Tout en sachant bien que, même bourrés de dynamite, ils ne connaîtront jamais la gloire d\u2019une victoire, les athlètes apparaissent souvent allumés par l\u2019idée d\u2019en consommer dans le souci premier de trouver à se dépasser.Peut-être est-il temps, sans pour autant faire la promotion du dopage dans le sport, de considérer l\u2019idée qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un rapport à soi d\u2019un genre certes particulier mais qui n\u2019est peut-être pas plus condamnable que d\u2019autres usages, par exemple celui qui permet aux individus de s\u2019extirper quelque peu des liens qui les unissent au réel en s\u2019allumant un joint ou en s\u2019abrutissant dans l\u2019alcool.Dans les années 1960, alors que la lutte contre la drogue s\u2019attachait à une volonté affirmée de maintenir des contrôles sur une société en train de changer à grande vitesse, les autorités ont fait des sportifs des marionnettes censées illustrer les vertus morales prêtées à la nation.Le champion cycliste Jacques Anquetil, à ce moment précis où les perceptions à l\u2019égard du dopage étaient en voie de changer, faisait grincer des dents les autorités parce que son discours restait attaché à une conception du sport qui remontait à l\u2019Antiquité.Aussi Anquetil déclarait-il très volontiers à la presse qu\u2019il avait les fesses aussi trouées qu\u2019une passoire à force de faire usage de seringues\u2026 Depuis les jeux de l\u2019Antiquité grecque jusqu\u2019à ce passé somme toute récent, le dopage avait été largement admis et pratiqué au grand jour.Albert Londres relate en 1924 les confidences que lui font deux des cyclistes les plus en vue à l\u2019époque, les frères Pélissier.Ils lui montrent des fioles de cocaïne, de chloroforme, des boîtes de pilules diverses, bref tout l\u2019arsenal pharmaceutique auquel des athlètes comme eux ont recours.On ne compte plus les textes de journaux qui, jusque dans les années 1950, relatent à peu près ouvertement l\u2019usage de stimulants de toutes sortes, dans une panoplie de disciplines.Nous faisons semblant de continuer à croire en de faux modèles de vertu pour nous pardonner d\u2019aimer voir ces gens se dépenser comme des bêtes.Tout le monde le sait.À l\u2019heure où notre rapport social à la drogue change, pourquoi ce poids moral de la vertu, un poids que nous refusons d\u2019assumer nous-mêmes, est-il tout entier déchargé sur le dos des seuls athlètes ?JEAN- FRANÇOIS NADEAU Le sport de haut niveau n\u2019est jamais une affaire raisonnable, celle qui prédispose à la conception pondérée que nous nous faisons de la bonne santé AMÉLI PINEDA LE?DEVOIR Pour éviter les divisions internes, les jeunes libéraux estiment qu\u2019il est urgent que le Parti libéral du Québec (PLQ) se dote d\u2019un chef et souhaitent que celui-ci soit choisi avant mai 2020.L\u2019aile jeunesse croit également que le parti devra réorienter son image pour mettre davantage en avant l\u2019environnement plutôt que le fédéralisme.« On ne va pas se le cacher, la course à la chefferie a commencé le 1er octobre quand on a perdu l\u2019élection », souligne Stéphane Stril, président de la Com- mission-Jeunesse du PLQ.Des personnes ont commencé à tâter le terrain et à faire des rencontres.Dans les faits, les équipes ont commencé à se former, et la course est lancée.» Plusieurs députés libéraux lorgnent en effet la chefferie depuis le départ de Philippe Couillard.L\u2019ancienne ministre de l\u2019Économie, Dominique An- glade, l\u2019ex-ministre des Transports, André Fortin, et la nouvelle élue Marwah Rizqy se sont tous dits intéressés par le poste dans les derniers mois.À l\u2019externe, plusieurs noms de personnalités continuent à circuler, notamment celui de l\u2019ancien maire de Montréal, Denis Coderre, ainsi que celui de l\u2019homme d\u2019affaires Mitch Garber.Si le premier n\u2019a pas fait de commentaires, le deuxième a assuré sur Twitter ne pas être désireux de se lancer dans la course à la direction.L\u2019aile jeunesse libérale croit que plus rapidement la course à la chefferie sera mise en branle, plus rapidement les membres du parti pourront « relancer la machine pour regagner la confiance des Québécois » d\u2019ici la prochaine élection provinciale de 2022.« Ce qu\u2019on dit, c\u2019est qu\u2019il ne faut pas que ça dure trop longtemps parce que ça peut créer des clans et il ne faut pas que ça nous divise parce que plus longtemps ça dure, plus ça peut causer des cicatrices », explique M.Stril.Le principal obstacle au recrutement et à la mobilisation des membres est d\u2019ailleurs l\u2019absence d\u2019une figure de proue, soutient M.Stril.« C\u2019est plus difficile de convaincre des gens de s\u2019impliquer lorsqu\u2019on n\u2019a pas de projet à leur proposer, pas de nouvelles idées à leur soumettre et qu\u2019on n\u2019a pas de figure de proue à la tête du parti prête à devenir le prochain premier ministre du Québec », mentionne-t-il.Le chef intérimaire, Pierre Arcand, n\u2019a pas souhaité commenter la sortie des jeunes libéraux rappelant qu\u2019il a un devoir de réserve.Il a par ailleurs rappelé que les règles de la campagne à la chefferie seraient annoncées lors du conseil général qui se tiendra les 4 et 5 mai à Drummondville.Environnementalistes L\u2019élection de leur nouveau chef devra s\u2019accompagner du renouvellement de l\u2019image du parti, dit l\u2019aile jeunesse.« Pendant un bon moment, le simple fait d\u2019être [le parti] fédéraliste suffisait à gagner des élections, la question nationale était tellement présente que la majorité se ralliait à nous quasiment par automatisme [\u2026] Aujourd\u2019hui, on ne peut plus simplement être vu comme le parti fédéraliste, ce n\u2019est plus suffisant », indique M.Stril.Les jeunes libéraux souhaitent que le parti soit vu en 2022 comme celui de l\u2019environnement.« De la même façon qu\u2019on pense au fédéralisme et aux libertés individuelles, on veut que lorsqu\u2019on pense au Parti libéral du?Québec on pense à l\u2019environnement », dit-il.« Il faut qu\u2019on change la perception que les gens ont de nous, qu\u2019on rajeunisse notre image, qu\u2019on se modernise comme parti », ajoute-t-il.M.Stril rappelle qu\u2019en début de campagne, le vote des jeunes était favorable aux libéraux selon les sondages avant le début de la campagne électorale.« On était premiers chez les jeunes et, dès que la campagne a commencé, les jeunes ont regardé les différents programmes et ont réalisé qu\u2019on ne parlait pas beaucoup d\u2019environnement [\u2026] Forcément, ils se sont dirigés vers Québec solidaire, mais je ne pense pas que la majorité des jeunes qui ont voté pour QS soient des marxistes ou des gens d\u2019extrême gauche », dit M.Stril.D\u2019ailleurs, le président de l\u2019aile jeunesse croit que son parti devra faire preuve d\u2019audace en matière d\u2019environnement.« Il faudra être courageux et proposer des mesures contraignantes.On ne peut plus rester simplement dans l\u2019incitatif pour la réduction des gaz à effet de serre et la protection de la planète », insiste-t-il.Il donne l\u2019exemple de l\u2019interdiction des pailles en plastique proposé par Philippe Couillard en campagne, qui selon lui ne va pas assez loin.« Il va falloir arrêter de proposer des mesurettes qui au final n\u2019auront pas un grand impact.Interdire les pailles, c\u2019est nécessaire, mais je pense que plutôt que de proposer de petites mesures comme ça, il faut avoir une réflexion plus large sur l\u2019utilisation du plastique dans notre société et notre dépendance au plastique », soutient-il.PARTI LIBÉRAL Les jeunes libéraux veulent un chef le plus tôt possible LA PRESSE CANADIENNE À VANCOUVER Les avocats de la dirigeante du géant chinois Huawei, Meng Wanzhou, ont déposé un avis de poursuite civile, alléguant des « violations graves » de ses droits constitutionnels.La poursuite, qui a été déposée devant la Cour suprême de la Colombie- Britannique, vendredi, vise des membres de l\u2019Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), et du gouvernement canadien.Mme Meng réclame des dommages-intérêts pour avoir été emprisonnée illégalement.Selon ses avocats, les responsables du gouvernement n\u2019auraient pas respecté la règle de droit lorsque la dame a été détenue, fouillée et interrogée à l\u2019aéroport de Vancouver, le 1er décembre 2018.Les allégations n\u2019ont pas été prouvées devant les tribunaux.L\u2019ASFC, la GRC et le bureau du procureur général n\u2019avaient pas répondu à La Presse canadienne au moment d\u2019écrire ces lignes.Vendredi, le ministère de la Justice a donné vendredi le feu vert à la procédure d\u2019extradition contre Meng Wanz- hou, marquant le début des procédures dans ce dossier qui a placé le Canada dans une position délicate, entre les États-Unis et la Chine.Le département américain de la Justice a déposé 13 chefs d\u2019accusation de complot, de fraude et d\u2019entrave contre Huawei et Mme Meng, fille du fondateur de l\u2019entreprise, Ren Zhengfei.AFFAIRE HUAWEI Meng Wanzhou poursuit la GRC, l\u2019ASFC et le gouvernement canadien L\u2019ancienne ministre de l\u2019Économie, Dominique Anglade, l\u2019ex-ministre des Transports, André Fortin, et la nouvelle élue Marwah Rizqy se sont tous dits intéressés dans les derniers mois par le poste de chef du Parti libéral du Québec.JACQUES BOISSINOT GRAHAM HUGHES LA PRESSE CANADIENNE Meng Wanzhou DARRYL DYCK LA PRESSE CANADIENNE LEDEVOIR // LE LUNDI 4 MARS 2019 ACTUALITÉS A 4 Perdre son identité VIE SUITE DE LA PAGE A 1 langues, dont le russe, en partie grâce à un père qui travaillait pour la compagnie aérienne Lufthansa : après une enfance à New York et quelques années à Bruxelles, l\u2019anglais et le français n\u2019ont plus tellement de secrets pour lui.On pourrait dire la même chose de sa connaissance de l\u2019Allemagne du XXe siècle tant ses deux films allemands regorgent de détails sur la vie de ses compatriotes, personnages souvent inspirés de personnalités connues, emportées par les tumultes de l\u2019histoire.Et si plusieurs ont vu dans Never Look Away une biographie déguisée du célèbre créateur Gerhard Richter et son existence douloureuse marquée à la fois par le nazisme et le communisme avant son passage à l\u2019Ouest dans les années 1960, ils n\u2019avaient pas tort.Donnersmarck le reconnaît également, lui qui affirme pourtant détester les films biographiques, refusant « de réduire une vie ou un aspect important d\u2019une vie à la durée d\u2019un film », dit-il dans un français rarement hésitant.« En restant trop fidèle aux faits et aux données historiques, on se prive de bonnes idées.Prenez Citizen Kane, d\u2019Or- son Welles: si le cinéaste avait voulu raconter uniquement la vie de William Randolph Hearst, il n\u2019y aurait pas eu cette histoire de traîneau qui s\u2019appelle Rosebud.Sans ce traîneau, le film est pas mal moins intéressant.» Son Richter déguisé se nomme Kurt Barnert (Tom Schilling), marqué par un drame familial, et ceux de tout un peuple, offrant ses talents artistiques à la cause du socialisme pour ensuite verser, une fois de l\u2019autre côté du mur de Berlin, dans une approche conceptuelle qui fera dire à plusieurs qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une « Werke ohne Autor », une « œuvre sans auteur », et titre original du film de Donnersmarck.Mais en parallèle se profile une ombre menaçante, celle d\u2019un beau-père gynécologue (Sebastien Koch, lui du côté des victimes dans La vie des autres) au service de la pureté de la race aryenne, condamnant la relation de sa fille avec ce peintre de condition modeste, ignorant qu\u2019ils sont liés par d\u2019autres tragédies.Certaines d\u2019entre elles ressemblent à s\u2019y méprendre à celles vécues par Richter, tandis que d\u2019autres relèvent de la fiction.Mêmes libertés prises en ce qui concerne la représentation de son œu- vre artistique, Donnersmarck ayant imaginé ce qu\u2019il nomme « le tableau central », celui qui va cristalliser tous les traumatismes de son héros.« Il contient tout, il rejoue tout, mais il n\u2019existe pas.» Et n\u2019a pas hésité non plus à recréer une curieuse alliance amour- haine entre Barnert et un professeur d\u2019art tyrannique, portant toujours un chapeau, et qui n\u2019est pas sans ressembler à Joseph Beuys, une autre star de l\u2019art allemand, personnage flamboyant et éclectique, lui aussi portant les blessures de l\u2019Allemagne du XXe siècle.Le cinéaste reconnaît aussi la parenté, mais encore là, pas question de se laisser enfermer dans le réalisme.« Beuys est un personnage fascinant, mais il n\u2019a jamais eu Richter comme étudiant.Et contrairement au professeur de mon film, Beuys s\u2019occupait beaucoup de ses étudiants, regardait tout ce qu\u2019ils faisaient, leur donnait son avis : des traits de caractère qui ne servaient pas du tout l\u2019histoire que je voulais raconter ! » Ses radiographies historiques sont rarement manichéennes, et les salauds de ses films ne forment jamais des blocs monolithiques, sans compter que leur châtiment semble rarement à la hauteur de leurs crimes.Une posture morale que le cinéaste assume complètement.« Je suis né en 1973 et, même avant ma naissance, ma mère faisait partie de l\u2019Union socialiste allemande des étudiants, et leur obsession était que l\u2019Allemagne n\u2019avait pas suffisamment puni les nazis.Quand je suis arrivé à Berlin en 1981 à l\u2019âge de 8 ans après avoir passé mon enfance à New York, chaque fois que je voyais une vieille personne, je me demandais ce qu\u2019elle avait fait pendant la guerre.Mesgrands-parents m\u2019ont fait comprendre que les personnes méchantes entre 1933 et 1945 n\u2019ont pas vécu des vies parfaites après\u2026 Alors, que serait pour eux la plus grande punition ?Celle de perdre leur propre identité.Si on ne sait plus quelle histoire se raconter à propos de sa propre vie, on est vraiment perdu\u2026» Quant à Donnersmarck, il a visiblement retrouvé son identité de cinéaste en racontant des histoires qui ne plaisent pas toujours à ses compatriotes, mais au milieu desquelles il ne ressemble jamais à un touriste.Never Look Away prendra l\u2019affiche à Montréal au Cinéma du Parc le vendredi 8 mars en version originale allemande avec sous-titres anglais.CAMILLE BAINS À VANCOUVER LA PRESSE CANADIENNE Les Canadiens dépendants aux opioïdes pourraient être admissibles à un implant qui fournit une faible dose continue de médicaments pendant six mois, avec la possibilité d\u2019un traitement pouvant aller jusqu\u2019à un an lorsqu\u2019un nouvel implant est placé dans le bras opposé.La procédure implique que des médecins formés insèrent des bâtonnets de la taille d\u2019une allumette sous la peau, contenant chacun le médicament buprénorphine.Santé Canada a approuvé l\u2019implant en avril 2018, deux ans après l\u2019approbation aux États-Unis.Il est commercialisé sous la marque Probuphine et est le premier implant de ce type destiné au traitement de la dépendance aux opioïdes.La docteure Seonaid Nolan, chercheuse au Centre sur l\u2019usage de substances de la Colombie-Britannique et médecin en toxicomanie à l\u2019Hôpital St.Paul\u2019s de Vancouver, a déclaré que l\u2019implant constituait une autre option de traitement aux côtés de médicaments comprenant la buprénorphine (Suboxone) et la méthadone.Mme Nolan a fait valoir qu\u2019il n\u2019y avait pas de « solution unique pour inverser la crise des opioïdes », et qu\u2019il était important d\u2019avoir plusieurs solutions de traitement.Dosage régulier Le principal avantage de l\u2019implant est qu\u2019il élimine certains obstacles, comme le fait pour des patients d\u2019avoir à se souvenir de prendre leur dose quotidienne de Suboxone, ce qui peut constituer un défi pour des toxicomanes également aux prises des problèmes tels que la pauvreté, le manque de logement et le chômage, a-t-elle fait valoir.L\u2019implant éliminerait également la nécessité pour les patients de prendre un médicament sous surveillance, du moins au début, afin de garantir la conformité et de gérer les risques de détournement ou d\u2019utilisation abusive.L\u2019Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé (ACMTS), qui examine tous les médicaments et les dispositifs approuvés par Santé Canada, a déclaré dans un communiqué qu\u2019elle recommandait aux régimes provinciaux d\u2019assurance médicaments de rembourser le coût de l\u2019implant aux patients dont l\u2019état a été stabilisé avec un maximum de 8 mg de buprénorphine.Le comité d\u2019experts en médicaments de l\u2019agence a affirmé que le coût de l\u2019implant ne devrait pas surpasser le coût total du régime d\u2019assurance médicaments associé à la buprénorphine à une dose ne dépassant pas huit milligrammes par jour.Examen Le ministère de la Santé de la Colom- bie-Britannique, la province la plus touchée par la crise de surdose, avec plus de 3000 morts au cours des deux dernières années, a déclaré qu\u2019un conseil indépendant procédait à un examen de l\u2019implant avant de déterminer si les coûts seraient assumés par la province.La société montréalaise Thérapeutique Knight a obtenu une licence d\u2019une société américaine pour commercialiser et distribuer le produit au Canada.La présidente de Thérapeutique Knight, Samira Sakhia, a affirmé que le coût serait de 1495 $ par implant, soit l\u2019équivalent de six mois de traitement avec la Suboxone.La société a formé des médecins pour l\u2019insertion de l\u2019implant dans les grandes villes canadiennes, a-t-elle soutenu.SANTÉ Opioïdes : une nouvelle option pour traiter les dépendances JOAN BRYDEN À OTTAWA LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre Justin Trudeau tentera de faire oublier l\u2019affaire SNC- Lavalin en enfourchant cette semaine son cheval de bataille favori, les changements climatiques, alors que le Parti libéral présentera ses premières annonces préélectorales.Des publicités radiophoniques seront diffusées dans les quatre provinces où le gouvernement fédéral impose une taxe sur les émissions de carbone.Les publicités souligneront que les recettes de la taxe perçue en Ontario, en Saskatchewan, au Manitoba et au Nouveau-Brunswick seront remises directement aux contribuables de ces provinces.M.Trudeau préparera le terrain pour cette campagne publicitaire en participant lundi soir à un rassemblement partisan intitulé « Action pour le climat » à Toronto.Les publicités commenceront à être diffusées mardi matin.Le message transmis par le chef libéral sera identique pour les quatre provinces.Seule variante: la somme qui sera remboursée aux contribuables.Elle variera en fonction des émissions de carbone taxées dans chaque province.Selon ces publicités, une famille moyenne de quatre personnes recevra plus de 600 $ en Saskatchewan, plus de 300 $ en Ontario et au Manitoba et plus de 250 $ au Nouveau-Brunswick.« Les changements climatiques sont un problème réel et sérieux, souligne M.Trudeau dans les publicités.Nous avons un plan solide pour les combattre, un programme soutenu par des scientifiques et des économistes chevronnés.Il oblige les pollueurs à payer et rend l\u2019argent aux gens.» M.Trudeau conclut en ressortant le fantôme du gouvernement Harper.« Certains politiciens veulent maintenant revenir aux années Harper lorsque la pollution était gratuite.Nous devons faire mieux que cela.Nos enfants comptent sur nous.» Le gouvernement Trudeau demande aux provinces d\u2019imposer un prix sur les émissions de dioxyde de carbone, à partir de 20 $ la tonne cette année, en y ajoutant 10$ la tonne par année pour atteindre 50 $ la tonne en 2022.Il impose sa propre taxe aux provinces qui ont refusé de respecter les seuils fédéraux.Jusqu\u2019à l\u2019éclatement de l\u2019affaire SNC- Lavalin, plus tôt ce mois-ci, les changements climatiques pouvaient constituer l\u2019enjeu principal de la prochaine campagne électorale fédérale à l\u2019automne prochain.ENVIRONNEMENT Les libéraux lancent une offensive sur la question climatique Le premier ministre Trudeau préparera le terrain pour cette campagne publicitaire en participant lundi soir à un rassemblement partisan intitulé « Action pour le climat » à Toronto.RYAN REMIORZ LA PRESSE CANADIENNE Si le chef conservateur, Andrew Scheer, a dénoncé cette taxe en affirmant qu\u2019elle augmentera le fardeau des contribuables canadiens, il n\u2019a toujours pas dévoilé son propre plan de lutte contre les changements climatiques.Les libéraux misent sur cette timidité des conservateurs sur ce sujet.Ils ont déjà créé un site Internet prétendant parler du plan conservateur.Les visiteurs qui tentent d\u2019y accéder reçoivent un message d\u2019erreur : « aucun plan trouvé ».Un décompte indique aussi le nombre de jours qui se sont écoulés depuis la promesse de M.Scheer de présenter un plan.Quand je suis arrivé à Berlin en 1981 [.] après avoir passé mon enfance à New York, chaque fois que je voyais une vieille personne, je me demandais ce qu\u2019elle avait fait pendant la guerre.Mes grands- parents m\u2019ont fait comprendre que les personnes méchantes entre 1933 et 1945 n\u2019ont pas vécu des vies parfaites après\u2026 FLORIAN HENCKEL VON DONNERSMARCK » SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE LUNDI 4 MARS 2019 SYLVIE ST-JACQUES COLLABORATRICE LE DEVOIR « Quand je te dis passe-moi le beurre\u2026 passe-moi pas d\u2019autre chose ! », clamait jadis une annonce publicitaire, remettant d\u2019un trait à leur place toutes les margarines et autres pâles copies non laitières de ce classique de la table.Les temps ont changé et, avec eux, le Guide alimentaire canadien.Quantités décuplées de végétaux, plus de grains et de noix, moins de viande rouge et de produits laitiers, recommande la récente version du guide.Et pendant que jubile le camp des végétariens, celui des carnés contre-attaque, à grands coups de dénonciations lexicales\u2026 Restaurants végés sous pression Le restaurant LOV, dont le menu est composé à 100 % de produits à base de plantes, a l\u2019habitude de choisir scrupuleusement les mots qui servent à décrire ses plats et produits.« On s\u2019est fait taper sur les doigts, pour avoir utilisé des mots comme \u201ccrème\u201d ou \u201cfromage\u201d.On a eu aussi à se battre pour pouvoir utiliser le terme \u201ccarpaccio\u201d.Pourtant, tout comme le tartare, le carpaccio fait simplement référence à la coupe.» Qui a dit que ce mot appartenait au bœuf ou au thon ?», lance Dominic Bujold, propriétaire de LOV qui, ces jours-ci, espère obtenir le droit d\u2019employer le terme « crème glacée » pour les cornets qu\u2019il vendra l\u2019été prochain à sa crémerie de la rue Saint-Viateur dans le Mile End et les petits pots LOV qu\u2019il vendra en épicerie.Les restaurants LOV ne sont pas les seuls à être accusés d\u2019appropriation lexicale alimentaire.En février dernier, le cas de la fromagerie Blue Heron a défrayé la chronique et révélé les tensions autour du choix des mots pour désigner des versions végétaliennes de produits bien connus du grand public.Ce petit commerce de Vancouver qui se spécialise dans des fromages fabriqués à base de plantes a reçu un courriel de la part de l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments (ACIA) l\u2019avertissant de l\u2019interdiction d\u2019employer le terme «fromage» pour désigner ses produits.« En ce moment, on assiste vraiment à un affrontement entre deux mondes : celui de la protéine animale et celui de toutes les autres sources de protéines.TENDANCES La guerre des mots s\u2019empare du secteur de l\u2019alimentation Certaines appellations sont-elles réservées aux produits faits de protéines animales ?AGENCE FRANCE-PRESSE À PARIS L\u2019ascenseur social a mieux fonctionné depuis 40 ans pour les femmes que pour les hommes, souligne une étude de l\u2019INSEE publiée le 27 février, mais cette tendance est surtout vraie si l\u2019on compare la trajectoire des femmes avec celle de leurs mères, moins avec leur père.Entre 1977 et 2015, la proportion de femmes d\u2019une génération occupant une position sociale plus favorisée que leurs mères avant elles est passée de 17 à 40%, soit une hausse de 23 points, alors que pour les hommes par rapport à leurs pères, ce taux est passé de 24 à 28%, soit «seulement»4 points d\u2019augmentation, relève l\u2019institut statistique.« En 40 ans, la mobilité sociale des femmes a progressé, celle des hommes est restée quasi stable », note l\u2019INSEE.Les résultats sont toutefois très différents si l\u2019on compare le statut social des femmes non pas avec celui de leurs mères, mais avec celui de leurs pères : avec une telle grille de lecture, seulement 22 % des femmes de 2015 ont eu un parcours ascendant, contre 13 % en 1977, soit une hausse de 9 points seulement en 40 ans.L\u2019ascenseur social fonctionne d\u2019ailleurs aussi vers le bas, et même davantage aujourd\u2019hui que dans les années 1970 : ainsi, 15 % des hommes de 2015 ont connu une trajectoire sociale descendante par rapport à leurs pères (alors qu\u2019ils n\u2019étaient que 7 % en 1977).C\u2019est également le cas de 12% des femmes de 2015 par rapport à leurs mères (contre moins de 6 % en 1977) et de 25 % des femmes de 2015 par rapport à leurs pères (contre 18 % en 1977).L\u2019ascenseur social fonctionne mieux pour les femmes PASCAL LAPOINTE AGENCE SCIENCE-PRESSE Si des associations douteuses aux noms tels que Naturopathes sans frontières ou Homéopathes sans frontières existent depuis longtemps, c\u2019est peut-être la première fois qu\u2019un de ces groupes est financé par des fonds destinés à l\u2019aide internationale.Selon un reportage de la CBC diffusé le 23 février, l\u2019organisme québécois Terre sans frontières a reçu 350 000 $ sur cinq ans (de 2015 à 2020) d\u2019Affaires mondiales Canada, des fonds qui ont permis d\u2019envoyer jusqu\u2019ici au moins 12 homéopathes au Honduras.Ceux-ci font partie d\u2019une centaine de coopérants que l\u2019organisme québécois envoie en Bolivie, au Honduras et en Tanzanie « dans les secteurs de la dentisterie, de l\u2019optométrie et de l\u2019homéopathie ».À titre d\u2019exemple, la « mission de l\u2019automne 2017 » est décrite comme ayant servi à la « poursuite du partage des savoirs de base en santé familiale et communautaire » par « l\u2019homéopathie et l\u2019homéoprophylaxie ».Sur divers sites de santé « alternative », on définit l\u2019homéoprophylaxie comme une solution de remplacement aux vaccins, qui « donne à l\u2019organisme ce que l\u2019on peut appeler un message énergétique ».Dans son dernier rapport annuel, Terre sans frontières, elle, définit l\u2019homéoprophylaxie comme « l\u2019utilisation de l\u2019homéopathie pour la prévention d\u2019épidémies ».Il faut savoir que la malaria, la maladie de Chagas et la dengue sont trois maladies épidémiques en Amérique centrale, potentiellement mortelles.Le site affirme que l\u2019homéopathie permet de faire régresser la maladie de Chagas, une assertion qui n\u2019est validée par aucune donnée probante en épidémiologie.Des homéopathes canadiens financés par l\u2019aide internationale Aucune donnée probante en épidémiologie ne valide ce qu\u2019affirme l\u2019organisme concerné Dans le secteur animal, on veut protéger son territoire le plus possible, en ne permettant pas à différentes entreprises d\u2019appeler des produits de diverses façons », exprime Sylvain Char- lebois, spécialiste de la distribution et de la sécurité alimentaires à l\u2019Université de Dalhousie.Défendre son territoire De la croisade contre le colorant jaune dans la margarine à l\u2019alimentation pa- léo en passant par les t-shirts « J\u2019aime mon bœuf », les défenseurs de l\u2019alimentation à base de protéines animales ont l\u2019habitude de jouer aux combats de toréros, afin de défendre leur territoire.Les végétaliens, de leur côté, ont inventé des mots comme le « faux- mage » pour définir leurs simulacres à base de plantes.Or, selon Sylvain Charlebois, la récente version du Guide alimentaire canadien, jumelée à l\u2019importance accrue accordée à la santé et à la sensibilisation aux changements climatiques, ne plaide pas en leur faveur.«Je ne me souviens pas d\u2019avoir vu une étude qui encourageait la consommation de plus de viande animale », ajoute le chercheur, qui soutient que les recherches sur la viande artificielle, notamment, gagnent de plus en plus de terrain par rapport à la filière bovine, qui réagit férocement à cette intrusion.Appropriation alimentaire ?En plus des débats opposant viande et végétaux, la question de l\u2019appropriation alimentaire soulève aussi de nouvelles passions.Tout récemment, le chef Yotam Ottolenghi s\u2019est prononcé sur l\u2019appropriation culturelle et la propriété des recettes palestiniennes en lien avec le sentiment d\u2019appartenance lié à la nourriture.« Avant de parler la même langue qu\u2019une autre personne, avant de comprendre son histoire et avant de franchir un mile dans ses chaussures, vous mangez la même nourriture que d\u2019autres personnes et apprenez certaines notions de leur façon de vivre, de leur vie et de leur culture.Je ne crois pas à l\u2019appropriation culturelle dans le domaine de la nourriture, parce qu\u2019il s\u2019agit d\u2019une fenêtre magnifique sur tous les autres aspects des sociétés multicultu- relles dans lesquelles nous vivons », a dit le chef lors d\u2019une conférence donnée à la Sydney Opera House.Politisation de l\u2019alimentation Selon Sylvain Charlebois, qui reconnaît que l\u2019alimentation est de plus en plus politisée, la tension actuelle entre les producteurs laitiers et bovins et le monde de l\u2019alimentation végétarienne découle justement de la défense d\u2019appellations, un peu comme pour le champagne ou la moutarde de Dijon.« On ne veut pas que les gens mêlent les choses.Mais là, ça commence à tourner au ridicule: va- t-on bannir l\u2019expression \u201cbeurre d\u2019arachide\u201d?», lance Sylvain Charlebois.Pour les groupes de pression de l\u2019industrie des protéines animales, c\u2019est surtout l\u2019intégrité alimentaire qui est en jeu.Mais dans un contexte où toute une industrie est menacée par des recommandations de santé, les choses risquent de prendre un drôle de tournant.Selon Dominic Bujold, ouvrir la porte à un contrôle des mots génériques pourrait mener à toutes sortes d\u2019errances.«On fait quoi avec les termes \u201clait de coco\u201d, \u201clait d\u2019amande\u201d, \u201cbeurre d\u2019érable\u201d?» Sylvain Charlebois, quant à lui, prône une plus grande diversité et une plus grande innovation dans un secteur qui doit se réinventer.« À mon avis, le consommateur est assez intelligent pour faire la part des choses.Or, on a affaire à quelques industries composées d\u2019entreprises de trois, quatre ou cinq générations, où les choses ont toujours été faites de la même façon.En démocratisant la protéine et en cessant de l\u2019associer à un produit animal, c\u2019est un establishment que l\u2019on remet en question.» L\u2019« Impossible Burger 2.0 » a été présenté au Consumer Electronics Show de Las Vegas en janvier dernier.La galette, faite à partir d\u2019ingrédients végétaux, imite le bœuf.D\u2019après Sylvain Charlebois, spécialiste de la distribution et de la sécurité alimentaires à l\u2019Université de Dalhousie, « on assiste vraiment [en ce moment] à un affrontement entre deux mondes : celui de la protéine animale et celui de toutes les autres sources de protéines.» ROBYN BECK AGENCE FRANCE-PRESSE Dans son dernier rapport annuel, Terre sans frontières, définit l\u2019homéo- prophylaxie comme « l\u2019utilisation de l\u2019homéopathie pour la prévention d\u2019épidémies » On ne veut pas que les gens mêlent les choses.Mais là, ça commence à tourner au ridicule : va-t-on bannir l\u2019expression « beurre d\u2019arachide » ?SYLVAIN CHARLEBOIS » Les résultats de l\u2019étude sont très différents si l\u2019on compare le statut social des femmes non pas avec celui de leurs mères, mais avec celui de leurs pères LEDEVOIR // LE LUNDI 4 MARS 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin ette intention des parlementaires découle du congédiement par le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ) de l\u2019agronome et lanceur d\u2019alerte Louis Robert, qui a dénoncé l\u2019emprise des fabricants de pesticides sur le Centre de recherche sur les grains (CEROM) et les pressions qu\u2019exerce l\u2019industrie sur les chercheurs.Les libéraux insistaient pour que comparaisse le fonctionnaire déchu, ce que les députés caquistes ont refusé.Louis Robert aurait certes eu des choses à dire sur le sujet, mais il est vrai que le cas de l\u2019agronome dépasse l\u2019objet du mandat d\u2019initiative, puisqu\u2019il englobe aussi toute la question du sort réservé aux lanceurs d\u2019alerte et l\u2019opposition qui existe entre la loyauté dont doivent faire preuve les fonctionnaires envers leur ministère et leur devoir d\u2019agir dans l\u2019intérêt public.Au surplus, l\u2019agronome et son syndicat entendent entamer des procédures pour contester ce congédiement, ce qui semble incompatible avec une participation à une consultation publique.Il y a quinze jours à peine, le ministère de l\u2019Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) a publié un rapport sur la présence de pesticides dans quatre rivières situées dans des zones de cultures de maïs et de soya.Ces cultures sont associées à l\u2019usage intensif de pesticides et d\u2019herbicides, notamment les néonicotinoïdes, ces insecticides dits tueurs d\u2019abeilles, et l\u2019herbicide glyphosate nécessaire à la production d\u2019organismes génétiquement modifiés (OGM).Ce dernier rapport n\u2019a rien de rassurant.Ainsi, pour les néonicotinoïdes, on a relevé, dans 79 % à 100 % des échantillons, des dépassements du critère de qualité de l\u2019eau pour la protection des espèces aquatiques, ce que les scientifiques appellent le critère de toxicité chronique, c\u2019est-à-dire un état de nocivité permanent imputable à une pollution répétée sur une longue période.Dans le cas du glyphosate, le fameux Roundup conçu par Monsanto, multinationale américaine rachetée l\u2019an dernier par le géant Bayer, le rapport note une « tendance significative à la hausse » et quelques dépassements du critère de toxicité chronique.En clair, là où il y a culture intensive de maïs et de soya, les cours d\u2019eau sont contaminés.En matière de pesticides au Québec, il y a d\u2019évidence quelque chose de pourri dans le royaume, comme en fait foi la récente prise de bec entre le président de l\u2019Union des producteurs agricoles (UPA), Marcel Groleau, et le président de l\u2019Ordre des agronomes du Québec (OAQ), Michel Duval.Ce dernier s\u2019en est pris au président de l\u2019UPA, qui plaide pour une réduction de l\u2019usage des pesticides et le déploiement de pratiques plus écologiques.L\u2019UPA réclame que le gouvernement augmente les budgets des centres de recherche et améliore « l\u2019offre de services-conseils neutres ».Nombre d\u2019agronomes, qui prodiguent des conseils aux agriculteurs, sont à la solde de fabricants de pesticides, ce que l\u2019UPA déplore.C\u2019est comme si les pharmaciens étaient des employés des compagnies pharmaceutiques.Mais le président de l\u2019OAQ s\u2019est évertué à défendre cette apparence de conflits d\u2019intérêts des agronomes-vendeurs de pesticides, comme s\u2019ils étaient portés à recommander des solutions de remplacement, alors que c\u2019est pourtant leur devoir déontologique de le faire.Michel Duval reconnaît implicitement le tort que causent les pesticides à l\u2019environnement et les risques qu\u2019ils présentent pour la santé humaine.Mais il rejette la faute sur les agriculteurs qui répandent des pesticides en bordure des cours d\u2019eau et des fossés.Il déplore « l\u2019ignorance et le manque de formation » des producteurs agricoles, inondés, pourtant, « d\u2019une quantité incalculable de dépliants, de fiches techniques » par les vendeurs de pesticides.Il ne fait aucun doute que la CAPERN ferait œuvre utile si elle se penchait sur ces enjeux \u2014 notamment sur la situation des agronomes-vendeurs de pesticides \u2014 et plus largement sur le virage vert que doit prendre l\u2019agriculture au Québec.Répondant à ce qu\u2019elle perçoit comme une préoccupation croissante de la population, mais aussi des agriculteurs qui craignent de plus en plus les risques d\u2019exposition aux pesticides pour leur propre santé, l\u2019UPA réclame la mise en œuvre d\u2019un plan vert agricole.Le gouvernement Legault doit s\u2019y atteler.C\u2019est un autre test environnemental pour lui, dont le sérieux en la matière semble cruellement manquer.Maitou Pal Québec Étudiante américaine en médecine au Québec, j\u2019ai eu la chance, par le truchement de mes études, de découvrir et de mieux connaître le fonctionnement d\u2019un système de soins universel où les résidents et citoyens bénéficient d\u2019un large accès aux soins de santé, un besoin de base, un droit qui n\u2019est malheureusement pas toujours reconnu, y compris dans des pays dits développés (l\u2019exemple le plus flagrant étant nos voisins du sud).Ayant grandi à New York, j\u2019ai pu connaître personnellement ce système où le « You pay for what you get » s\u2019applique à la lettre, où des gens non assurés doivent refuser des soins, où d\u2019autres remboursent pendant des années des frais exorbitants de traitement, où les praticiens doivent se battre avec certains assureurs pour obtenir des remboursements, pour eux-mêmes et pour leurs patients.J\u2019ai aussi pu observer des gens qui n\u2019ont jamais consulté de médecin, malgré des symptômes alarmants, faute de moyens et se présenter aux urgences avec des maladies qui auraient pu être guéries, mais qui étaient trop avancées ; tout ceci dans un pays qui vante ses traitements de pointe et ses protocoles de recherche, mais qui se montre incapable d\u2019assurer des soins de base pour toute la population.Je ne souhaite pas ici exposer la dysfonctionnalité du système de santé américain, mais plutôt expliquer la surprise ressentie lors de mon contact avec le système de santé canadien.Une expérience récente a fait resurgir en moi un goût amer évoquant mes expériences passées.J\u2019ai pu rencontrer un enfant né au Québec, de parents munis d\u2019un visa temporaire (que ce soit dans le cadre des études ou du travail), venu consulter un médecin pour des traitements en externe, non admissibles à la RAMQ.Un enfant dont les parents étaient obligés de prendre des assurances privées (qui remboursaient seulement après réclamation, ce qui nécessite d\u2019avoir l\u2019argent disponible pour consulter), des parents désormais endettés envers les hôpitaux québécois pour des soins reçus pour leur enfant en bas âge (avant de savoir que celui- ci n\u2019était pas admissible à la RAMQ).Un enfant né au Québec, donc citoyen à part entière en vertu du droit du sol canadien, n\u2019aurait pas Bulletin chiffré : lettre au ministre de l\u2019Éducation En tant qu\u2019ex-enseignant, vous ne pouvez ignorer que l\u2019école accueille de plus en plus d\u2019élèves aux prises avec une palette de troubles du développement, d\u2019apprentissage ou de comportement.Des plans d\u2019intervention individualisés sont élaborés afin de répondre aux besoins multiples et spécifiques de ces élèves.Prenons un exemple : Julie éprouve de grandes difficultés de décodage en lecture.Comme on évalue sa capacité à comprendre un texte, son plan d\u2019intervention lui permet d\u2019utiliser un logiciel de lecture.Elle réussira son évaluation avec un résultat de 90 %.Mathieu, un élève de sa classe, ne lit pas avec fluidité, mais se débrouille tout de même, il n\u2019a pas de plan d\u2019intervention et doit lire le texte de manière autonome.Son résultat sera de 65 %.Si ce dernier avait aussi eu droit à un « lecteur », il aurait également eu un résultat de 90 %.Dans ce contexte que nous révèlent ces pourcentages ?Donnent- ils vraiment un portrait clair de l\u2019élève ?Et que dire de la comparaison à la moyenne du groupe dans lequel plus du quart des élèves bénéficient d\u2019adaptations de toutes sortes ?L\u2019école québécoise compose depuis trop longtemps avec un programme et un système de pondération inconciliables.Cette incohérence suscite de nombreuses discussions et beaucoup de frustrations au sein du corps enseignant\u2026 À l\u2019instar du Conseil supérieur de l\u2019éducation, nous soutenons qu\u2019il est impératif de mettre le bulletin chiffré au rancart au profit d\u2019un barème qui signifierait « dépasse les attentes », « répond aux attentes de manière autonome », « répond aux attentes avec soutien » et « ne répond pas aux attentes ».Ne perdons pas de vue que l\u2019évaluation a essentiellement pour but de guider l\u2019apprentissage et l\u2019enseignement.Elle permet de déterminer, à différents moments du processus d\u2019apprentissage, ce que l\u2019élève sait et ce qu\u2019il est capable de faire, pour informer l\u2019élève lui- même et ses parents, mais aussi pour mieux le soutenir et orienter les pratiques pédagogiques.Alors que le bulletin chiffré cherche à classifier l\u2019élève, un barème qualitatif a l\u2019avantage de donner des indications sur sa progression et permet le développement d\u2019une culture de l\u2019évaluation intégrée qui correspond davantage à l\u2019esprit du programme de formation de l\u2019école québécoise.Monsieur le Ministre, nous vous enjoignons d\u2019y réfléchir sérieusement, de consulter les enseignants et les parents et de prendre une décision éclairée.Monica Neyra et Éloïse Simoncelli- Bourque, enseignantes Le 1er mars 2019 lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.C\u2019est important car, selon l\u2019Organisation mondiale de la santé, il y a eu 10 millions de nouveaux cas de tuberculose en 2017, dont 600 000 cas de tuberculose mul- tirésistante (TB-MR) ; il y en aura le double en 2040, à moins d\u2019un effort concerté.Alertés, les chefs d\u2019État ont consenti cet effort lors de l\u2019assemblée générale des Nations unies, fin septembre 2018 en promettant d\u2019investir 13 milliards de dollars par an pour mettre un terme à la pandémie de tuberculose d\u2019ici à 2030.Mais les médicaments qui permettraient de réussir coûtent trop cher.Le traitement courant contre la TB-MR dure deux ans, implique des milliers de pilules et d\u2019injections toxiques causant nausée, surdité, cécité, psychose, troubles neurologiques, etc., pour ne donner au bout du compte, qu\u2019une chance sur deux de survivre.Par contre, 5 % des malades sont traités avec un nouveau « cocktail » moins nocif, comprenant la bédaquiline fabriquée par Johnson & Johnson, lequel donne un taux de guérison de 90 % en six mois seulement.Mais il est cher.Médecins sans frontières suggère que J & J en abaisse le coût à environ 1 $ par jour pour les patients des pays les plus pauvres.La victoire mondiale contre la tuberculose est possible et J & J doit y collaborer, car nos seuls impôts ne suffiront pas.Nous avons tant d\u2019autres problèmes à régler.Pamela Walden-Landry Montréal, le 27 février 2019 Des enfants laissés sans couverture par la RAMQ LIBRE OPINION LETTRES PESTICIDES EN AGRICULTURE Autre test pour les caquistes C Jeudi, les membres de la Commission de l\u2019agriculture, des pêcheries, de l\u2019énergie et des ressources naturelles (CAPERN) n\u2019ont pas réussi à s\u2019entendre sur un mandat d\u2019initiative concernant l\u2019usage des pesticides et autres produits chimiques en agriculture et dans l\u2019alimentation.Les députés doivent toutefois reprendre leurs discussions après la relâche.ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu L\u2019accès aux services de santé des personnes en situation irrégulière au Canada a souvent été soulevé, et ce, à juste titre.Cependant, dans un pays qui se démarque de son imposant voisin par l\u2019accessibilité de son système de santé, l\u2019injustice que vivent les citoyens canadiens dans la situation décrite plus haut (un nombre en croissance, compte tenu des taux d\u2019immigration et du rayonnement international des universités québécoises) n\u2019a malheureusement pas eu l\u2019attention méritée au regard du scandale qu\u2019elle représente.droit à des soins de santé couverts parce que ses parents ne sont pas considérés comme des résidents temporaires et qu\u2019ils ont plutôt un « statut migratoire ».Et tout cela dans quel but ?Pour encourager les parents à régulariser leur situation ?Mettant ainsi en jeu la santé de leur enfant, un citoyen du territoire ?Cela est d\u2019autant plus révoltant quand on connaît les complexités et les délais inhérents aux demandes de résidence permanente ou de permis de travail au Canada.Ces restrictions imposées par la RAMQ ne représentent qu\u2019un obstacle de plus, accentuant l\u2019impression que ces enfants ne sont pas des Québécois à part entière, et ne font que renforcer les barrières culturelles susceptibles de se dresser dans un contexte d\u2019immigration.ROBERT DUTRISAC Une expérience récente a fait resurgir en moi un goût amer évoquant mes expériences passées J & J doit collaborer Une partie de nos impôts fédéraux sert à protéger notre santé à tous, entre autres par un investissement substantiel du gouvernement dans le Fonds mondial de A 7 Une manifestation contre la candidature de Bouteflika le 1er mars, à Oran AGENCE FRANCE-PRESSE IDÉES LEDEVOIR // LE LUNDI 4 MARS 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.JOHN R.MACARTHUR Mourir vivant M e préparant pour une table ronde au sujet de Sérotonine, le dernier roman de Houellebecq, j\u2019ai temporairement laissé tomber mon livre de chevet, Au bonheur des dames, de Zola.Une pure coïncidence, car en principe, il n\u2019y aurait rien d\u2019évident qui lierait mon intérêt pour ces deux écrivains séparés par un siècle et par une sensibilité très différente.Mais attendez : en feuilletant les deux romans avant la conférence Houellebecq, j\u2019ai été frappé par une similarité inouïe.Houellebecq, homme (soi-disant) de droite, comme Zola, homme de gauche, décrit avec une force énorme la détresse des petites gens écrasés par un système économique dont personne ne peut freiner la puissance destructrice.De plus, Houellebecq accomplit la tâche avec un talent journalistique que j\u2019avais jusqu\u2019ici ignoré, un œil pour le détail de la vie quotidienne qui aurait beaucoup plu à l\u2019auteur des Rou- gon-Macquart et de J\u2019accuse.Je ne dis pas que Houellebecq partage le même esprit que Zola, ou la même politique.Toutefois, Sérotonine a suscité de vifs commentaires à l\u2019égard des « gilets jaunes », et l\u2019on peut se demander si ce romancier archi-satirique est en train de se transformer sinon en défenseur du peuple, du moins en critique de la société bourgeoise et rentière.Voilà que l\u2019auteur reconnu pour ses scénarios pornographiques absurdes, et ses caricatures cyniques des cadres moyens et du milieu des affaires, se range du côté des paysans opprimés par la mondialisation, le libre-échange et l\u2019Union européenne.Pas tout à fait gauchiste à la José Bové, mais peut- être quelqu\u2019un en cours d\u2019évolution.Parlant d\u2019une de ses anciennes copines, le narrateur de Sérotonine, Florent-Claude Labrouste, ironise sur le fait que Claire, en tant qu\u2019alcoolique et comédienne ratée, « mourrait solitaire, elle mourrait malheureuse, mais au moins elle ne mourrait pas pauvre ».Heureusement pour Claire, son père avait fait une bonne affaire avec un loft qui, après sa vente, laisserait son héritière « avec trois plus d\u2019argent que moi ».Voilà qu\u2019« une seule opération immobilière avait suffi à son père à gagner largement davantage que ce que le mien avait mis quarante ans à péniblement amasser ».Au fait, déclare Labrouste/Houellebecq, « l\u2019argent n\u2019avait jamais récompensé le travail, ça n\u2019avait strictement rien à voir, aucune société humaine n\u2019avait jamais été construite sur la rémunération du travail, et même la société communiste future n\u2019était pas censée reposer sur ces bases\u2026 l\u2019argent allait à l\u2019argent et accompagnait le pouvoir, tel était le dernier mot de l\u2019organisation sociale ».Défaitisme ou prise de conscience?Plus tard dans Sérotonine, on rencontre Aymeric d\u2019Harcourt-Olonde, éleveur humaniste de vaches laitières et aristocrate déchu qui s\u2019engage dans un groupe d\u2019agriculteurs poussés à bout par les règles dictées par un Bruxelles libre-échangiste et la conséquente baisse des prix du lait.Lorsque Labrouste lui demande s\u2019«il n\u2019y aura jamais de mesures protectionnistes», Aymeric répond avec défaitisme: «Absolument impossible\u2026 Le verrou idéologique est trop fort.» Labrouste ne peut pas être en désaccord, car il connaît bien ce genre de libéral: «ils se battaient pour des idées; pendant des années j\u2019avais été confronté à des gens qui étaient prêts à mourir pour la liberté du commerce».Voilà donc la fissure, le conflit, qui anime les gilets jaunes ainsi que le néolibéral Emmanuel Macron.Est-ce que Macron est prêt à mourir pour la liberté du commerce ?Jusqu\u2019à présent, ce sont les paysans qui meurent en France, de plus en plus en se suicidant.Quel que soit l\u2019élan politique actuel, ce qui est étonnant, c\u2019est de retrouver ce sujet essentiel abordé par le « réactionnaire » Houellebecq, et non par un écrivain de la gauche.Voilà Zola sur le même plan, en 1883, quand il fait parler Baudu, petit commerçant sur le point de s\u2019effondrer face à la domination d\u2019un grand magasin insatiable.Baudu est assiégé par les mêmes forces que celles qu\u2019affronte Aymeric et il ne sait pas s\u2019il devrait se battre ou céder: «Le commerce est le commerce.Il n\u2019y a pas à sortir de là\u2026 Oh! je leur accorde qu\u2019ils réussissent, mais c\u2019est tout.Longtemps, j\u2019ai cru qu\u2019ils se casseraient les reins; oui, j\u2019attendais ça [\u2026] Eh bien! non, il paraît qu\u2019aujourd\u2019hui ce sont les voleurs qui font fortune, tandis que les honnêtes gens meurent sur la paille\u2026 Voilà où nous en sommes, je suis forcé de m\u2019incliner devant les faits.Et je m\u2019incline, mon Dieu! je m\u2019incline\u2026» Aymeric, lui aussi, est partagé dans sa réponse à l\u2019inondation du marché global.Sorti de la noblesse, il a beaucoup plus de poids qu\u2019un Baudu au dix-neuvième siècle ou qu\u2019un paysan du vingt-et-unième.Il mène une révolte, mais finit par céder à ce qu\u2019il considère comme sa propre impuissance.Il s\u2019incline.Il se suicide.Houellebecq est-il tout simplement défaitiste?Ou essaie-t-il de sonner l\u2019alarme, semblable à Zola, afin de réveiller un peuple distrait et, finalement, abruti par la sérotonine?La sérotonine qui permet la mort vivant.John R.MacArthur est éditeur de Harper\u2019s Magazine.Sa chronique revient le premier lundi de chaque mois.Houellebecq est-il tout simplement défaitiste ?Ou essaie-t-il de sonner l\u2019alarme, semblable à Zola, afin de réveiller un peuple distrait et, finalement, abruti par la sérotonine ?Sébastien Boussois Docteur en sciences politiques, chercheur spécialisé dans le Moyen-Orient, les relations euro-arabes, le terrorisme et la radicalisation, collaborateur scientifique du CECID (Université libre de Bruxelles), de l\u2019OMAN (UQAM) et du Centre de prévention de la radicalisation menant à la violence (Montréal) Travailler sur le monde arabo-musul- man relève souvent de la gageure.Il faut une sacrée dose d\u2019espoir et d\u2019optimisme.Depuis un siècle, l\u2019ingérence occidentale, la création du problème israélo-palestinien, les guerres de décolonisation, les différentes guerres is- raélo-arabes, l\u2019échec du panarabisme et du nassérisme, les dictatures de Saddam Hussein, d\u2019Hafez el-Assad et de Muammar Khadafi, les invasions et les destructions de pays de l\u2019Afghanistan à l\u2019Irak en passant par la Libye et la Syrie, les Printemps arabes évanouis aussitôt, les révolutions aboutissant au retour de l\u2019autoritarisme ou de l\u2019islamisme, les tragiques vagues migratoires inhumainement réglées par l\u2019Europe, le terrorisme et la radicalisation qui gagnent désormais l\u2019Europe.Parfois, on se demande d\u2019où peut surgir l\u2019espoir dans une région engluée depuis des décennies dans la tourmente et l\u2019instabilité.Chacun a sa part de responsabilités, les dictateurs comme les soutiens aux dictatures.L\u2019heure de la victimisation ne peut éternellement pour autant durer.Mais à chaque sursaut ou chaque mouvement d\u2019un corps à l\u2019agonie, on espère et on attend.On passe en réalité sa vie à attendre ce changement dans la durée.Malheureusement, même si cela est dur, il ne faudrait pas, pour reprendre une expression de Jean-Paul Sartre, désespérer des « mondes arabo- musulmans ».Espoirs de printemps Nous avons tous, après les « Printemps arabes » dès 2010 en Tunisie et en Égypte, espéré ce fameux vent de démocratisation et de libéralisation avant tout pour la région, mais également de manière intéressée pour nous.Sécurité du monde arabe égale sécurité pour le Vieux Continent.À part la Tunisie, « laboratoire de la transition démocratique », qui se démène corps et âme dans les affres d\u2019une démocratie « comme les autres », malgré une crise économique qui à terme sera le nouvel enjeu de la stabilité du pays, l\u2019ensemble de la région, du Maghreb au Machrek en passant par le Golfe, patauge dans la boue, et pas que dans le pétrole.La Libye est dans le chaos, la Syrie se remet doucement, le Yémen voit ses jeunes mourir par dizaines de milliers.L\u2019Arabie saoudite et les Émirats arabes unis « blacklistent » le Qatar, amorcent l\u2019effondrement du Conseil de coopération du Golfe et mènent une guerre fratricide au Yémen au nom du maintien de leur zone d\u2019influence.Et par-ci par- là, les jeunesses qui sont l\u2019avenir de la région ruminent et bruissent.Les jeunes au Maroc s\u2019impatientent devant la lenteur du changement so- ciétal et éducatif et pas que politique.La Tunisie regarde l\u2019approche des présidentielles avec crainte alors que la succession de Beji Caïd Essebsi est ouverte.L\u2019Égypte autoritaire de Sissi est pire que celle de Moubarak.La Turquie d\u2019Erdogan se transforme en califat pa- nottomanique et hystérique.La panique gagne le plus grand pays d\u2019Afrique désormais, celui qui, longtemps après 1962, a été ce modèle révolutionnaire, ce phare de la libération coloniale, ce pays que Le Point avait qualifié l\u2019année dernière de « pays le plus mystérieux du monde ».Un si beau pays comme l\u2019Algérie, c\u2019est bien triste.Peut-on espérer à nouveau, ou devenir blasé quant au moindre espoir de changement ?Un autre avenir pour l\u2019Algérie Les dernières manifestations pacifiques sous tension à l\u2019approche de l\u2019élection algérienne en avril prochain sont la preuve que les seuls capables de changement dans la région sont ceux qui la construiront : les jeunes.Jusque-là, aucun mouvement n\u2019avait suscité autant d\u2019engouement en Algérie depuis les quatre mandats d\u2019Abdelaziz Bouteflika.Trop longtemps, au nom d\u2019une peur du retour du chaos largement instru- mentalisé et exploité par le pouvoir, le régime algérien a refusé d\u2019imaginer un autre futur que le sien.Exit l\u2019intérêt général, exit la renaissance d\u2019un pays phare pour le monde arabe.Désormais, le 5e mandat est clairement rejeté et les jeunes Algériens sont prêts à prendre leur destin en main, après des années d\u2019inertie.Que peut-on espérer ?Une transition en douceur, un homme de compromis, une débouteflikisation du régime.Ces prochains jours seront cruciaux pour le pays, mais également pour nous.L\u2019Algérie est le nouveau baromètre de l\u2019état de santé du monde arabe, au plus bas depuis des années.Nous, chercheurs ou simples passionnés, pouvons-nous à nouveau espérer quelque chose ?Je me plais à y croire ces dernières heures.L\u2019Algérie, le nouvel espoir ?Le pays redevient le baromètre de l\u2019état de santé du monde arabe, du Maghreb au Moyen-Orient Samir Saul Professeur d\u2019histoire, Université de Montréal \u2013 CERIUM De tous les conflits en cours, celui au Yémen est à la fois cruel et peu suivi.Il a fallu le meurtre sordide de Jamal Khashoggi en octobre 2018 pour qu\u2019un tant soit peu d\u2019attention soit porté sur d\u2019autres activités saoudiennes, entre autres au Yémen.Comme justification de son entrée en guerre, Riyad invoque l\u2019affrontement contre l\u2019Iran et assimile les forces yéménites qu\u2019il combat à des prolongements de Téhéran.Revient aussi l\u2019affirmation d\u2019un antagonisme voulu séculaire entre sunnites et chiites, alibi prisé par les néoconservateurs occidentaux responsables des guerres sans fin au Proche-Orient.Il n\u2019en est rien : l\u2019Iran n\u2019est pas un belligérant au Yémen et la religion est étrangère au conflit.Ce différend interne sur la décentralisation de l\u2019État est envenimé par une ingérence externe.Typique des guerres « hybrides » déclenchées au Proche-Orient, il consiste en une transformation d\u2019une situation locale en un conflit international par l\u2019entrée en scène de forces étrangères poursuivant leurs propres objectifs.Désastreux en Libye et en Syrie, le bilan est catastrophique pour la population civile yéménite, cible première des forces saoudiennes.Elle est déjà l\u2019une des plus pauvres du monde : 160e sur 186 à l\u2019indice de développement humain de l\u2019ONU.Pilonnage, bombardements de civils, destruction d\u2019infrastructures, blocus, malnutrition et épidémies (choléra) s\u2019ensuivent.Le nombre de morts atteindrait 150 000, dont 8000 enfants tués et 85 000 morts de famine et de maladie.Un enfant meurt toutes les dix minutes de malnutrition et la moitié de la population de 28 millions risque le même sort.À l\u2019origine, une affaire interne Ses terres fertiles, sa bonne pluviosité et son système d\u2019irrigation ont jadis permis une agriculture qui a soutenu une population importante.Qu\u2019on pense au royaume de Saba et à l\u2019Arabia Felix des Romains.Parallèlement, l\u2019intérieur montagneux entretient et abrite une structure sociale faite de tribus jalouses de leur autonomie.Délicate, la gouvernance du pays passe par la gestion des rapports entre les clans.Les luttes pour le pouvoir sont chose courante et les Yéménites ne se font pas faute de porter une arme personnelle.Durant les années 1980, une régénération du zaïdisme, branche du chiisme propre au Yémen, s\u2019opère sous l\u2019impulsion de la famille al-Houthi.La milice populaire Ansarullah (les «Houthistes») est en état de rébellion contre le pouvoir central à Sanaa.Lors du « Printemps » arabe de 2011, Ali Abdallah Saleh abandonne la présidence, mais le soulèvement finit par être englobé dans les anciennes luttes pour le pouvoir entre diverses factions du régime.Les vieilles élites restent en place et conservent les mêmes pratiques.Successeur de Saleh, Abd Rabbo Mansour Hadi parraine un projet de constitution qui découpe le Yémen en six régions.En juillet 2014, les Houthis, partisans de l\u2019unité du pays, entrent en conflit avec le gouvernement, alliés à Saleh et à l\u2019armée qui lui est restée fidèle.Les Ansar prennent la capitale Sanaa le 21 septembre 2014 et Hadi s\u2019exile YÉMEN Guerre locale, enjeux internationaux à Riyad.Le 25 mars 2015, conjointement avec les Émirats arabes unis, l\u2019Arabie saoudite intervient militairement, avec appui logistique, fourniture de renseignements et ravitaillement en vol par les États-Unis.Internationalisation du conflit Une étape est franchie.Riyad entre en scène sous couvert de son opposition à l\u2019Iran « chiite ».Or, le chiisme de l\u2019Iran n\u2019indisposait pas l\u2019Arabie saoudite à l\u2019époque du chah, pas plus que son zaï- disme ne l\u2019a empêchée de soutenir les royalistes yéménites dans la guerre civile de 1962 à 1970.Le mouvement houthi est politique, pas confessionnel, et l\u2019Iran n\u2019est qu\u2019un spectateur, certes intéressé, mais non impliqué.Les ressorts de la rébellion sont nationaux et ses causes, endogènes.Son objectif est un pays unifié et indépendant, alors que l\u2019Arabie saoudite et les États-Unis visent son découpage.On est en présence d\u2019une des guerres civiles internationalisées de notre époque, soit un conflit local exacerbé par des acteurs extérieurs mettant en œuvre des desseins à l\u2019échelle mondiale.Lesquels ?La position géographique du Yémen procure la réponse.Le détroit stratégique de Bab el-Man- deb est convoité comme clé pour le contrôle de la mer Rouge et goulot d\u2019étranglement du commerce Asie-Eu- rope.C\u2019est le 3e ou 4e passage maritime au monde pour les approvisionnements énergétiques, et celui par lequel transite la majeure partie des exportations chinoises vers l\u2019Europe.Pour les États-Unis et l\u2019Arabie saoudite, un Yémen unifié et échappant à leur influence leur retirerait l\u2019usage du détroit de Bab el-Mandeb comme point de pression contre leurs adversaires et rivaux.Mieux vaut le démembrement du pays insoumis.N\u2019a-t-on pas vu cette « logique » néoconserva- trice en Irak, en Libye, en Syrie et ailleurs ?N\u2019est-ce pas un exemple de la division actuelle du monde entre le camp des déstabilisateurs des États et celui de la défense des indépendances et des souverainetés nationales ? LEDEVOIR // LE LUNDI 4 MARS 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la disposition d\u2019organisations reconnues dont la cause, les produits ou les services peuvent intéresser ses lecteurs.Si vous ne souhaitez pas recevoir de correspondance de ces organisations, veuillez en avertir notre service à la clientèle.Le Devoir est publié du lundi au samedi par Le Devoir inc., dont le siège social est situé au 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4.Il est imprimé par Imprimerie Mirabel inc., 12800, rue Brault, Saint-Janvier de Mirabel, division de Québecor Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal, qui a retenu pour la région de Québec les services de l\u2019imprimerie du Journal de Québec, 450, avenue Béchard, Québec, qui est la propriété de Corporation Sun Media, 612, rue Saint-Jacques Ouest, Montréal.Envoi de publication \u2014 Enregistrement no 0858.Dépôt légal?: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.CHRISTIAN RIOUX CORRESPONDANT À PARIS LE DEVOIR Comment en êtes-vous venu à vous intéresser au véganisme ?J\u2019ai publié il y a 20 ans un ouvrage sur la libération animale.J\u2019ai très vite découvert que derrière ces réseaux se trouvait une idéologie solide, telle que la développent des philosophes, principalement anglo-saxons.Je pense à Peter Singer, considéré par le quotidien The Independent comme le philosophe le plus influent de notre siècle, auteur du livre manifeste Libération animale dont les thèses sont terrifiantes.L\u2019idée de l\u2019égalité entre les animaux, humains compris, peut sembler sympathique.Sauf si elle conduit à remettre en cause l\u2019égalité entre tous les humains.Singer nous dit en effet qu\u2019à cause de sa capacité à ressentir la souffrance, un chiot valide serait plus digne de vivre qu\u2019un nourrisson, un grand handicapé ou un vieillard sénile.« Je ne pense pas que tuer un nourrisson soit jamais l\u2019équivalent de tuer une personne », déclarait-il à la revue La Recherche.Si je suis anti-végane ce n\u2019est donc pas pour défendre mon bifteck, mais l\u2019unité du genre humain.C\u2019est aussi pour défendre le droit à la vie des animaux d\u2019élevage, mais aussi domestiques et même sauvages, contrairement aux thèses que prônent les vé- ganes les plus conséquents.On confond souvent le véganisme et le végétarisme.En quoi sont-ils différents ?Les végétariens refusent de consommer de la viande.Les végétaliens refusent également de consommer les sous-produits animaux (miel, beurre, lait, œufs).Les véganes vont jusqu\u2019à refuser la laine, le cuir, les chiens d\u2019aveugles et la dératisation.Bref, tout ce qui cause de la souffrance animale.Ils oublient pourtant que l\u2019agriculture tue 25 fois plus d\u2019animaux que l\u2019élevage.Le véganisme n\u2019est pas une façon plus moderne de se dire végétarien ou végétalien.Le véganisme est une idéologie politique totalitaire bien avant d\u2019être un régime alimentaire.Il est le cheval de Troie du courant antis- péciste et l\u2019idiot utile des biotechnologies alimentaires.Le véganisme serait donc contre l\u2019écologie ?Les véganes conséquents le disent ouvertement : ils ne sont pas écolos.Ils haïssent l\u2019écologie et les écologistes.Déjà parce que le symbole de la nature est la prédation et que la prédation humaine n\u2019est qu\u2019une goutte d\u2019eau face à la prédation animale (le lion mange la gazelle, le chat la souris).C\u2019est pourquoi certains véganes proposent même de modifier génétiquement les espèces animales, voire d\u2019éradiquer les espèces prédatrices.Les véganes ne sont donc pas du côté de la défense de la biodiversité, mais de sa réduction.Tous les véganes veulent supprimer les animaux d\u2019élevage.Certains envisagent de supprimer les animaux domestiques, d\u2019autres souhaitent même éradiquer les animaux sauvages, car la vie dans la nature serait d\u2019abord une souffrance.En quoi le véganisme est-il inséparable de l\u2019agriculture industrielle ?Les véganes ne pensent pas en termes d\u2019écosystème et d\u2019espèces, mais d\u2019individus.Ils ne sont pas du côté de l\u2019agriculture paysanne et de l\u2019élevage fermier, mais du productivisme industriel.Ils ont tout faux au regard de la situation planétaire.L\u2019élevage n\u2019est pas en soi responsable de la faim dans le monde.La première cause de la famine, c\u2019est la destruction des agricultures vivrières, c\u2019est le fait de breveter le vivant, c\u2019est l\u2019achat des terres en Afrique, c\u2019est le gaspillage alimentaire.L\u2019élevage fermier n\u2019est pas responsable du réchauffement climatique.Une prairie avec ses vaches n\u2019est pas une source, mais un puits de carbone.Une prairie d\u2019un hectare absorbe chaque année une tonne de CO2.L\u2019élevage n\u2019est pas non plus responsable de la crise de l\u2019eau potable.Les vé- ganes disent qu\u2019il faut 15 000 litres d\u2019eau pour produire un kilo de bœuf, mais ils confondent l\u2019eau potable réellement consommée (3 %) ; l\u2019eau sale qui sert à l\u2019assainissement des installations (3 %) et l\u2019eau de pluie qui se trouve dans la prairie (94 %).L\u2019agriculture végane serait d\u2019ailleurs incapable de nourrir huit milliards d\u2019humains.La seule solution pour remplacer le fumier animal serait d\u2019utiliser toujours plus d\u2019engrais chimiques et de produits phytosanitaires, bref tout ce qui détruit la terre et l\u2019humus.D\u2019où vient cet engouement pour le véganisme ?Les grandes utopies politiques du XXe siècle sont en faillite, or la nature a horreur du vide.L\u2019antispécisme est une idéologie prête à l\u2019emploi pour des générations qui ne croient plus au paradis sur terre.Elle est surtout caractéristique des milieux bobos, c\u2019est- à-dire urbains.Un phénomène lié à la perte de nos liens avec les animaux.Le véganisme a incontestablement une dimension religieuse.Il raisonne en termes de Bien et de Mal et appelle à une forme de conversion.Pourquoi les véganes ne sont pas écolos Le point de vue de Paul Ariès ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR Pourquoi êtes-vous devenue végane ?Je suis devenue végétarienne il y a 25 ans avant d\u2019adopter, 10 ans plus tard, un mode de vie complètement végane.En fait, je suis devenue antispéciste vers 18 ans quand j\u2019ai réalisé qu\u2019on n\u2019avait aucune bonne raison d\u2019accorder plus de valeur morale aux êtres humains qu\u2019aux autres animaux sensibles.Les êtres humains ne sont pas les seuls à être conscients et à pouvoir souffrir.On a aujourd\u2019hui toutes les raisons scientifiques de supposer que le poisson est aussi capable d\u2019expérience consciente.Un être conscient a un avis subjectif sur le monde et peut être affecté par la manière dont on le traite.Le véganisme est donc lié à l\u2019anti- spécisme.Puisque vous préparez un livre sur le sujet, comment défi- niriez-vous cette idéologie ?C\u2019est considérer que l\u2019appartenance à une espèce ou une autre ne peut justifier qu\u2019on accorde aux uns des droits fondamentaux qu\u2019on refuse aux autres.Comme la couleur de la peau ou le sexe, l\u2019espèce est une caractéristique biologique qui n\u2019a pas de pertinence morale.C\u2019est aussi le cas des autres caractéristiques associées à l\u2019humanité.Pouvoir composer une symphonie ou faire des calculs savants ne fonde pas la valeur morale des êtres humains.La preuve en est qu\u2019on les considère tous comme égaux.Et l\u2019idée que les individus pourraient être classés en fonction de leur capacité cognitive est extrêmement inquiétante, elle menace certains acquis précieux de l\u2019humanisme.Est-ce qu\u2019être végane implique forcément d\u2019être antispéciste ?Il n\u2019est pas essentiel d\u2019être antispéciste pour adhérer au véganisme.On peut très bien penser que les êtres humains ont plus de valeur morale que les animaux, sans pour autant tolérer l\u2019exploitation de ces derniers pour nos fins.Il est inacceptable d\u2019ôter la vie d\u2019un animal, de lui infliger des traitements douloureux ou de restreindre sa liberté pour le simple plaisir gustatif que procure un steak ou une crème glacée.On reconnaît tous \u2014 et c\u2019est inscrit dans le Code criminel canadien \u2014 qu\u2019il est interdit d\u2019infliger de la douleur aux animaux sans nécessité.On a donc le devoir moral de s\u2019opposer à l\u2019élevage, mais aussi à l\u2019industrie du cuir ou aux tests faits sur les animaux pour commercialiser des cosmétiques ou produits domestiques.Parmi les personnes véganes, certaines le sont pour des raisons écologiques ou de santé.Par contre, le vé- ganisme bien compris reste l\u2019opposition à l\u2019exploitation des animaux.Les motivations de l\u2019ordre de la santé ou de l\u2019écologie ne nous amènent pas à renoncer à tous les produits de l\u2019exploitation animale.Rien d\u2019un point de vue de santé ne nous empêcherait de visiter un zoo ou faire de l\u2019équitation.Dans un contexte de changements climatiques, beaucoup de personnes deviennent véganes pour préserver l\u2019environnement.Est-ce qu\u2019être végane est plus écologique ?Les idées des véganes et des écologistes convergent : l\u2019industrie agroali- mentaire doit faire un examen de conscience sérieux et renoncer à la pêche et à l\u2019élevage.Les êtres sensibles de demain, autant que ceux d\u2019au- jourd\u2019hui, ont droit à un environnement sain.Pour cela, on doit renoncer à nos pratiques les plus dommageables, comme l\u2019utilisation des énergies fossiles, du plastique, mais surtout la production de viandes et de fromages.C\u2019est vrai que, d\u2019un point de vue ani- maliste, la biodiversité n\u2019a pas de valeur en soi.Mais le bien-être des êtres sensibles dépend de la santé de nos écosystèmes.Il est donc impératif de protéger la biodiversité.L\u2019agriculture végane pourrait-elle nourrir 8 milliards d\u2019êtres humains ?On peut produire 5 à 10 fois plus de calories végétales que de calories animales sur un même espace.L\u2019élevage est donc une manière inefficace de nourrir un grand nombre de personnes.Actuellement, 80 % des terres sont réservées à l\u2019élevage et à la production d\u2019aliments destinés au bétail.Si nous cultivions ces terres pour nourrir les êtres humains directement (sans passer par la transformation des céréales et des grains en produits d\u2019origine animale), nous serions sans doute en mesure d\u2019en nourrir beaucoup plus.On peut s\u2019inquiéter de la possibilité de cultiver efficacement des végétaux, sans recourir à des fertilisants d\u2019origine animale ou à des pesticides causant du tort aux petits animaux dans nos champs.Sauf qu\u2019encore une fois, la récupération d\u2019une proportion aussi importante des terres agricoles compenserait sans doute cette perte en efficacité.Selon vous, le véganisme est-il une mode passagère ?Ce qui se limitait aux demandes de quelques individus éparses et associations locales est devenu un véritable mouvement social ayant des revendications politiques désormais largement diffusées.On est loin de la simple diète alimentaire passagère.Pourquoi les humains et les animaux sont égaux Le point de vue de Valéry Giroux Pour la plupart d\u2019entre nous, le véganisme est apparu il y a quelques années à peine.Pourtant, c\u2019est un courant beaucoup plus ancien, dont les théoriciens, notamment le philosophe australien Peter Singer, ont formulé les thèses antispécistes il y a plusieurs décennies.Le Devoir est allé à la rencontre de personnes aux voix opposées pour faire le point sur ce sujet qui polarise.D\u2019un côté, le politologue français et historien de l\u2019alimentation Paul Ariès, qui publiait en janvier l\u2019ouvrage Lettre ouverte aux mangeurs de viande qui souhaitent le rester sans culpabiliser.De l\u2019autre, la Québécoise Valéry Giroux, coordonnatrice au Centre de recherche en éthique, qui prépare actuellement un livre sur l\u2019antispécisme.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR La première cause de la famine, c\u2019est la destruction des agricultures vivrières, c\u2019est le fait de breveter le vivant, c\u2019est l\u2019achat des terres en Afrique, c\u2019est le gaspillage alimentaire PAUL ARIÈS » Il est inacceptable d\u2019ôter la vie d\u2019un animal, de lui infliger des traitements douloureux ou de restreindre sa liberté pour le simple plaisir gustatif que procure un steak ou une crème glacée VALÉRY GIROUX » "]
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