Le devoir, 23 mars 2019, Cahier B
[" achary a commencé à ressentir un malaise à l\u2019âge de 10 ans, au moment de sa puberté.C\u2019est en faisant une recherche sur la diversité sexuelle LGBT, en 6ean- née, qu\u2019il a découvert la cause de son trouble, décrit dans la fameuse lettre «T».Après quelques mois de questionnement et de réflexion, il a annoncé à ses parents qu\u2019il était un garçon et non la fille à qui ses parents croyaient avoir donné naissance.Et il réclamait d\u2019être appelé désormais Zachary.Ébranlés, ses parents ont accepté de s\u2019adresser à lui au masculin, mais uniquement dans l\u2019intimité de leur famille.« Il y avait surtout de notre part une méconnaissance.Zachary avait fait un long cheminement que nous n\u2019avions pas fait de notre côté.On s\u2019est demandé au départ si ce n\u2019était pas une phase de la puberté, de l\u2019adolescence », se rappelle la mère de Zachary.Dès la puberté, Zachary a commencé à se sentir différent des autres filles de son âge et à se sentir plus proche des garçons.Il a coupé ses cheveux.Pour aller à la plage, il refusait de porter un maillot de bain de fille, préférant plutôt un short et un t-shirt.« J\u2019ai ressenti un malaise dans mon corps, parce que les garçons se transformaient autour de moi.Mon corps, lui, ne se transformait pas comme le leur », confie Zachary.Au fur et à mesure que la voix de ses amis garçons muait, que des poils apparaissaient sur leurs visages, son malaise s\u2019intensifiait.« Nous avons d\u2019abord attribué son impression d\u2019être différent de ses camarades à une certaine précocité intellectuelle.Puis, on a cherché de l\u2019aide pour comprendre, pour savoir comment faire.Et on a abouti au Centre de santé Meraki, spécialisé pour les jeunes trans, qui nous a dirigés vers des sexologue et psychologue qui ont diagnostiqué une dysphorie de genre », raconte la maman.La psychologue a encouragé Zachary à faire son coming out à toute la famille, puis à ses amis.Ses parents ont fait les démarches auprès de l\u2019école pour qu\u2019on change son prénom et la mention de sexe.En septembre 2018, Zachary est retourné à l\u2019école comme garçon, sous le nom de Zachary.De plus en plus précoce Au Centre d\u2019orientation sexuelle de l\u2019Université McGill (COSUM), la majorité de la clientèle trans a de 14 à 25 ans.« Les personnes qui s\u2019affirment trans sont plus jeunes qu\u2019avant.Elles commencent à consulter des spécialistes au début de la puberté, au moment où elles se questionnent sur leur genre.C\u2019est à l\u2019adolescence que la dysphorie de genre devient claire », précise le Dr Richard Montoro, directeur du CO- SUM.Selon des études menées à Utrecht et à Toronto, l\u2019explosion actuelle des consultations serait surtout le fait d\u2019adolescents.Au Centre métropolitain de chirurgie de Montréal (CMC), la seule clinique au Canada où on pratique des chirurgies d\u2019affirmation de genre, on a remarqué une hausse notable du nombre de jeunes qui consultent des spécialistes pour faire une transition de genre et subir les chirurgies pour y parvenir.Les chirurgiens procèdent donc de plus en plus souvent à des mastectomies chez des adolescentes de 16 ans éprouvant un irrépressible désir d\u2019être des hommes et des chirurgies génitales chez des jeunes de 18 ans.« Les jeunes enfants qui expérimentent en jouant à être un autre genre que le leur, c\u2019est tout à fait normal et aucunement le signe d\u2019une dysphorie », souligne le Dr Montoro, professeur de psychiatrie à l\u2019Université McGill.« La dysphorie de genre se manifeste quand l\u2019enfant croit ou veut être de l\u2019autre sexe que le sien, et que ce comportement persiste pendant au moins six mois », explique-t-il.La dysphorie de genre peut se manifester très tôt, dès que l\u2019enfant commence à parler.Le fils d\u2019Alexandre Mailly, âgé de six ans, a toujours eu des centres d\u2019intérêt dits « féminins », différents de ceux de ses deux frères.« Il préfère les arts, aime peindre et peut rester des heures à regarder sa mère se maquiller, s\u2019appliquer du vernis.Il adore porter des robes.À trois ans, il nous a dit qu\u2019il était une fille.En septembre 2018, il nous a annoncé qu\u2019il voulait être une fille et vivre comme une fille », relate M.Mailly, qui soutient son enfant dans sa transition vers le genre féminin dans la famille élargie et à l\u2019école.Un autre parent raconte que sa fillette de trois ans lui avait dit spontanément : « Maman, je n\u2019aime pas la fille qui est sur moi ! » Une phrase qui trahissait la profonde impression d\u2019habiter un corps qui ne lui appartenait pas.Intervenir tôt, mais doucement La plupart des personnes trans ne sont pas suicidaires, mais le taux de suicide, de dépression, d\u2019anxiété, de toxicomanie et d\u2019alcoolisme y est plus élevé, d\u2019où l\u2019importance d\u2019intervenir tôt.« Le plus tôt [se fait la] transition, plus le taux de psychopathologies est semblable à celui de la population générale.Si la dysphorie a débuté durant l\u2019enfance et qu\u2019à l\u2019adolescence on procède à des interventions hormonales, puis chirurgicales, des études démontrent que les taux de [troubles psychologiques] ne diffèrent pas de ceux de la population générale », affirme le Dr Montoro.« Quand je parle d\u2019intervenir tôt, il s\u2019agit d\u2019une transition sociale et d\u2019une transition hormonale », ajoute ce médecin, car les chirurgies génitales ne peuvent être réalisées avant l\u2019âge de 18 ans, et les mastectomies, elles, pas avant l\u2019âge de 16 ans.Des bloqueurs de puberté peuvent par contre être administrés aux jeunes atteints d\u2019une dysphorie sévère, afin de retarder la puberté.« Cela donne le temps à l\u2019enfant et à ses proches de voir comment le malaise évolue.S\u2019il persiste, on passera à l\u2019hormonothérapie », explique le Dr Pierre Brassard, président du CMC.Idéalement, la chirurgie génitale \u2014 surtout celle d\u2019homme à femme \u2014 est repoussée le plus longtemps possible pour permettre le plein développement des organes sexuels.Car une croissance insuffisante du pénis et des testicules peut entraver la réussite de la chirurgie et nuire à long terme à la vie sexuelle.« Il faut donc décider du traitement au cas par cas.Pour cette raison, on est en discussion avec les experts du Centre de santé Meraki pour établir des normes quant à l\u2019âge pour commencer à traiter.» Comme Zachary avait déjà des règles et traversé l\u2019essentiel de sa puberté quand sa dysphorie a été diagnostiquée, des bloqueurs d\u2019hormones féminines lui ont été prescrits pour supprimer ses menstruations.« C\u2019est rassurant pour moi de savoir qu\u2019il n\u2019y aura pas d\u2019autres modifications sur mon corps que je ne veux pas.Ces hormones m\u2019ont soulagé de cette peur constante de me réveiller dans un corps différent de celui que je suis censé être.J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019on me laisse enfin enlever un déguisement », dit Zachary.L\u2019adolescent a maintenant hâte de prendre la testostérone qui transformera un peu plus son corps en celui qu\u2019il veut être.« Ce n\u2019est pas que je veux être un garçon, corrige-t-il, c\u2019est que je suis un garçon\u2026 qui n\u2019est pas né dans le bon corps.» Avec la collaboration d\u2019Annabelle Caillou * Le nom a été changé pour préserver l\u2019anonymat.Un nombre croissant de jeunes vivant une discordance entre leur sexe à la naissance et leur identité de genre consultent un spécialiste pour entreprendre une transition vers le genre qu\u2019ils souhaitent.PAULINE GRAVEL LE DEVOIR PERSPECTIVES LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 BREXIT Une saga sans fin et sans surprise, selon Pascal Lamy B 4 ÉDUCATION Notes de terrain, la chronique de Normand Baillargeon B 4 POLITIQUE La vraie nature de la CAQ, la chronique de Michel David B 5 DOSSIER IDENTITÉ DE GENRE Je est un(e) autre De plus en plus de jeunes, comme Zachary*, souhaitent changer d\u2019identité de genre LA CHIRURGIE \u2022 CHANGER DE GENRE SANS CHANGER DE SEXE \u2022 TROUVER SON IDENTITÉ \u2022 B 2 ET B 3 Dès le début de sa puberté, Zachary a commencé à se sentir différent des autres filles de son âge et plus proche des intérêts des garçons.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR Z Ce n\u2019est pas que je veux être un garçon, c\u2019est que je suis un garçon qui n\u2019est pas né dans le bon corps ZACHARY » LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 PERSPECTIVES DOSSIER IDENTITÉ DE GENRE B 2 PAULINE GRAVEL LE DEVOIR Depuis sa tendre enfance, Isabelle Gi- guère se sentait femme, dans un corps d\u2019homme.Au terme d\u2019un long cheminement psychologique, elle a réalisé qu\u2019elle ne serait vraiment heureuse que si on supprimait ses organes génitaux masculins pour les remplacer par ceux d\u2019une femme.Nicolas Niquette, lui, a refoulé tout au fond de lui jusqu\u2019en 2015 cet étrange malaise apparu à l\u2019âge de 24 ans.C\u2019est lors d\u2019une conférence sur l\u2019identité de genre qu\u2019il a compris l\u2019origine des idées suicidaires qui venaient parfois le hanter, lui qui avait pourtant tout pour filer le parfait bonheur avec sa conjointe, son fils de 22 ans et une carrière enviable.Une explosion Au Centre métropolitain de chirurgie (CMC) de Montréal, la seule clinique spécialisée en chirurgie de réassignation de sexe au Canada, près de 500 personnes ont eu recours au bistouri l\u2019an dernier seulement, et plus de 8300 depuis la création de la clinique en 1990.Au cours des cinq dernières années, pas moins de 1888 femmes trans s\u2019y sont présentées pour transformer leur sexe en un organe pleinement féminin, et 264 hommes trans pour obtenir un sexe masculin.Les trois chirurgiens y ont procédé autant à des mastectomies chez des adolescentes de 16 ans en transition qu\u2019à une intervention chez un homme de 78 ans ayant attendu le décès de sa conjointe pour vivre pleinement sa réelle identité de genre.« L\u2019acceptation sociale, ces dix dernières années, a fait évoluer les mentalités.Les gens en parlent, les enfants se manifestent.En facultés de médecine, on n\u2019entendait pas parler de ça, maintenant, on doit informer [les] étudiants.Et de plus en plus de psychologues et de travailleurs sociaux s\u2019y spécialisent », souligne le Dr Pierre Brassard, chirurgien au CMC.Autre effet de cette plus grande acceptation sociale, les délais d\u2019attente pour obtenir un rendez-vous au Centre d\u2019orientation sexuelle de l\u2019Université McGill (COSUM) sont passés en cinq ans de 6 à 8 semaines, jusqu\u2019à 6 à 8 mois aujourd\u2019hui.Une souffrance profonde Mais avant d\u2019entreprendre une transition vers l\u2019autre sexe, chacune de ces personnes doit se voir diagnostiquer une dysphorie de genre, une pathologie médicale reconnue par le DSM-5, la dernière version du Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders.La dysphorie de genre est la souffrance ressentie par les personnes dont le sexe biologique ne correspond pas au genre auquel elles s\u2019identifient.Ces personnes éprouvent un malaise, plus ou moins grave, ainsi qu\u2019un fort désir d\u2019être traitées comme l\u2019autre genre, voire d\u2019être de l\u2019autre sexe, au point de vouloir changer leur corps médicalement et chirurgica- lement pour qu\u2019il corresponde plus fidèlement à leur identité de genre.À ce jour, «aucune cause psychosociale n\u2019a été trouvée.Par contre, quelques études semblent démontrer que le cerveau des personnes trans ressemble plus à celui du sexe ressenti qu\u2019à celui du sexe biologique à la naissance», relate le Dr Richard Montoro, professeur de psychiatrie à l\u2019Université McGill.«Ce sont des recherches naissantes, mais elles semblent indiquer que le cerveau des personnes trans est différent de celui des personnes cisgenres [dont le genre ressenti correspond au sexe biologique à la naissance].Il est très possible que des facteurs environnementaux, biologiques et génétiques influent pendant la grossesse.Mais on en sait peu encore.» Transition, le début Une fois décelée, cette condition peut être traitée par une transition vers le genre ressenti.Un traitement qui débute toujours par une hormonothérapie.Dans certains cas, cela peut suffire à apaiser la dysphorie.Si l\u2019inconfort associé à l\u2019incongruence entre le genre ressenti et le sexe biologique de la per- RÉASSIGNATION SEXUELLE La chirurgie pour faire la paix avec son corps L\u2019intervention peut soulager certaines personnes trans souffrant d\u2019une dysphorie de genre ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR Son plus grand rêve d\u2019enfant était de pouvoir porter des jupes.Au secondaire, les formes féminines de ses amies lui faisaient tourner la tête.Mais ce n\u2019est qu\u2019après avoir soufflé ses 53 bougies que la réalité lui a sauté aux yeux : Isabelle Giguère était née avec un corps qui ne lui convenait pas, celui d\u2019un homme.« Quand j\u2019ai vu l\u2019entrevue de Caitlyn Jenner [une animatrice nord-américaine transgenre qui était autrefois un athlète olympique médaillé d\u2019or], j\u2019ai commencé à me poser des questions, à regarder des vidéos YouTube de personnes trans, de leur parcours.Tout de suite, je me suis identifiée à ces per- sonnes-là », confie au Devoir cette bibliothécaire, originaire de Montréal.Pendant longtemps, elle ignorait l\u2019existence même des personnes trans et imaginait encore moins en être une.Il y avait eu pourtant « des signes avant-coureurs », dit-elle.À 5 ans, elle était déjà particulièrement attirée par les vêtements féminins et rêvait de porter des jupes ou des robes.À l\u2019âge adulte, elle a d\u2019ailleurs pris plaisir à s\u2019habiller dans les rayons des femmes, choisissant des vêtements unisexes et s\u2019aventurant même parfois à porter des tuniques et des leggings.« À mes 40 ans, j\u2019avais décidé de porter des jupes pour hommes pendant un an \u2014 mon ex-conjointe avait accepté \u2014, mais j\u2019ai arrêté avant que mon plus grand fils entre à l\u2019école pour ne pas qu\u2019il se fasse intimider », se souvient-elle.À bien y réfléchir, Isabelle reconnaît s\u2019être toujours sentie différente, trouvant un certain « inconfort » à vivre dans le corps et le genre qu\u2019on lui avait assigné à la naissance.Parcours de transition « Aujourd\u2019hui, j\u2019ai bientôt 57 ans, et ça m\u2019a pris quatre ans pour arriver à la fin de mon parcours personnel : l\u2019opération de changement de sexe.» Le 11 mars dernier, après plus d\u2019un an d\u2019attente, Isabelle a enfin eu son rendezvous pour une vaginoplastie au Centre métropolitain de chirurgie (CMC), dans le nord de Montréal, la seule clinique au Canada à offrir des chirurgies de confirmation de genre.C\u2019est d\u2019ailleurs lors de son dernier jour dans la maison de convalescence reliée au CMC que Le Devoir l\u2019a rencontrée, quelques heures avant qu\u2019elle ne retrouve son quotidien.Un premier pas Avant d\u2019en arriver là, Isabelle avait tout d\u2019abord changé la mention de sexe et son prénom sur ses papiers d\u2019état civil.Elle se souvient encore d\u2019avoir pris une journée de congé pour changer son nom partout où c\u2019était nécessaire, comme à sa banque ou à la SAAQ.« J\u2019étais tellement heureuse [\u2026] Ç\u2019a été vraiment une grosse étape de pouvoir m\u2019identifier avec mon nouveau prénom.» Elle a aussi commencé à prendre des hormones féminines dès octobre 2016.Au bout de quelques mois, la texture de sa peau était moins huileuse, son odeur corporelle était différente et elle se sentait plus calme.Sa silhouette est devenue plus féminine : elle avait des hanches, une taille et de la poitrine.«[Mais] quand je me regardais dans le miroir, il y avait vraiment un clash [car] j\u2019avais toujours des organes génitaux masculins et ça ne marchait pas du tout dans ma tête.» Et même si elle était terrorisée à l\u2019idée de «se faire découper au scalpel », elle avait besoin de cette opération de réassignation sexuelle pour « se sentir complète ».Le rejet d\u2019un fils Une semaine après sa vaginoplastie, Isabelle ne peut contenir sa joie.« C\u2019est comme naturel maintenant.[\u2026] Mais vu que c\u2019est un nouveau corps, on repart à zéro, je vais devoir l\u2019apprivoiser.» Elle se dit toutefois bien dans sa peau, ayant plus confiance de pouvoir désormais rencontrer quelqu\u2019un, « une amoureuse ».Regrette-t-elle d\u2019avoir passé plus de la moitié de sa vie enfermée dans un corps masculin ?« Non, sinon je n\u2019aurais pas eu mes garçons, confie-t-elle.J\u2019ai eu une belle vie.Même s\u2019il y a tou- Toute une vie pour trouver son identité Après avoir aimé une femme et eu deux enfants, Isabelle Giguère a fait le grand saut Le Dr Pierre Brassard, chirurgien au Centre métropolitain de chirurgie à Montréal MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR J\u2019ai vu l\u2019effet extraordinaire qu\u2019a eu la chirurgie sur cette personne [sa première patiente] et la souffrance qui l\u2019assaillait jusque-là.Sa réaction m\u2019a convaincu de continuer à faire ce genre de chirurgies.Il n\u2019y a pas meilleur patient qu\u2019un patient trans.DR PIERRE BRASSARD » J\u2019ai bientôt 57 ans, et ça m\u2019a pris quatre ans pour arriver à la fin de mon parcours personnel : l\u2019opération de change - ment de sexe ISABELLE GIGUÈRE » De plus en plus de personnes trans ont recours à la chirurgie de réassignation de genre au Québec depuis que cette opération est remboursée par l\u2019État.Se retrouver sur la table d\u2019opération n\u2019est toutefois pas un passage obligé pour plusieurs de ces personnes qui souhaitent opérer une transition vers l\u2019autre sexe.France Fortin, 59 ans, a subi une mastectomie en 2016 pour se débarrasser de sa poitrine.Cette opération lui a permis de se sentir mieux dans son corps.« À la base, je suis une femme, mais j\u2019ai vécu toute ma vie dans ce corps en ayant l\u2019impression qu\u2019il ne m\u2019appartenait pas.J\u2019ai pleuré quand mes seins sont apparus et quand j\u2019ai eu mes premières règles, car je ne voulais pas de ça, je n\u2019étais pas une fille », se souvient-elle.Pour cette travailleuse sociale, il n\u2019est toutefois pas question de subir une opération génitale ni même de changer de prénom.« Je suis très bien comme ça, ce n\u2019est pas nécessaire pour moi d\u2019aller plus loin.À mon âge, je n\u2019ai pas envie de refaire toute ma vie.» De son côté, Isabelle Giguère s\u2019est sentie mal dans son corps masculin depuis l\u2019enfance.Cette bibliothécaire, qui a préféré changer son prénom et son identité de genre dans ses documents officiels, a fait de l\u2019hormonothérapie et a récemment subi une vaginoplastie.« C\u2019est qu\u2019il n\u2019existe pas de trajectoire type pour faire sa transition », explique le Dr Richard Montoro, directeur du Centre d\u2019orientation sexuelle de l\u2019Université McGill (COSUM).Le recours à tel traitement ou à telle chirurgie demeure avant tout un choix personnel.Certains changeront simplement leur identité de genre à l\u2019état civil et feront de l\u2019hormonothérapie, d\u2019autres ressentiront le besoin d\u2019avoir diverses chirurgies esthétiques, d\u2019autres iront jusqu\u2019à la chirurgie génitale.« Ça reflète plutôt la diversité des personnes trans, fait-il remarquer.[\u2026] Certaines personnes éprouveront beaucoup de dysphorie de corps, leurs organes sexuels les dérangent énormément, elles évitent de les regarder dans la douche.Pour d\u2019autres, l\u2019inconfort se manifeste dans les interactions sociales.Elles n\u2019aiment pas être perçues comme une femme ou un homme quand elles se sentent autres, mais leur corps ne les dérange pas outre mesure.» Pourtant, il y a encore quelques années, le parcours des personnes trans était largement contrôlé par le milieu médical et psychiatrique, rappelle Alexandre Baril, professeur à l\u2019École de service social de l\u2019Université d\u2019Ottawa, spécialisé dans la diversité sexuelle et de genre: «On leur imposait un parcours uniforme.Une transition complète, c\u2019était changer de nom, de pronom, d\u2019état civil, prendre des hormones, faire certaines chirurgies allant jusqu\u2019à la chirurgie génitale.» Il se dit néanmoins satisfait de voir la pratique et les mentalités changer peu à peu à ce sujet.Depuis fin 2015, il n\u2019est plus nécessaire de subir une chirurgie génitale pour pouvoir demander un changement officiel de la mention de sexe et du prénom au registre de l\u2019état civil.Et depuis 2016, les mineurs peuvent aussi faire cette demande, avec l\u2019avis d\u2019un professionnel de la santé et l\u2019accord des parents pour les moins de 14 ans.Une transition coûteuse Au-delà des choix personnels, le facteur économique modèle fortement le parcours de transition, d\u2019après Alexandre Baril.Car si la chirurgie de réassignation de genre est remboursée au Québec par le ministère de la Santé et des Services sociaux depuis 2009, nombre d\u2019opérations perçues comme esthétiques demeurent aux frais des patients.C\u2019est le cas par exemple des implants mammaires, de l\u2019augmentation de la mâchoire ou de la réduction des pommettes et du nez.C\u2019est sans compter les frais liés au laser ou à l\u2019électrolyse pour éliminer la pilosité, ou encore le coût de changement d\u2019une garde-robe.« Ce sont parfois des milliers de dollars investis pour qu\u2019une personne se sente bien.Alors quand on met tous ces coûts dans la balance, on réalise que la couverture d\u2019une chirurgie [d\u2019affirmation de genre] par le gouvernement n\u2019est qu\u2019une dépense parmi d\u2019autres », laisse tomber le professeur.Le revenu annuel moyen des personnes trans au Canada étant de 15 000 $, soit sous le seuil de pauvreté, seule une petite partie de la population trans, plus privilégiée, peut vraiment se permettre d\u2019avoir une transition à la hauteur de ses besoins et désirs, selon lui.Avec Pauline Gravel sanguins et à des nerfs qui courent sur le dos du pénis, et on dépose cette bandelette neurovasculaire sur la vulve », explique le Dr Brassard.Les femmes trans peuvent ensuite recourir à d\u2019autres chirurgies esthétiques féminisantes, notamment pour adoucir la bosse frontale, relever les sourcils, avancer la ligne des cheveux, modifier le nez pour le rendre plus fin, ajouter des pommettes, réduire l\u2019angle de la mâchoire si la mandibule est trop forte, raser la pomme d\u2019Adam et faire une addition mammaire.Chaque semaine de leur vie, à la suite d\u2019une vaginoplastie avec cavité vaginale, les femmes trans devront procéder à des dilatations de cette cavité afin d\u2019éviter qu\u2019elle ne se referme.Passer de femme à homme Pour devenir un homme, Nicolas Ni- quette a d\u2019abord été traité avec de la testostérone pour modifier sa voix, induire l\u2019apparition d\u2019une barbe et changer la morphologie de son corps en raison d\u2019une nouvelle répartition des graisses.Il a ensuite subi une ablation des seins, de l\u2019utérus et des ovaires, ce qui « a accéléré la transition et a été libérateur », dit-il, avant d\u2019ajouter qu\u2019il voulait néanmoins « être un homme complet ».Pour y arriver, M.Niquette a subi les deux premières étapes d\u2019une phalloplas- tie.Dans un premier temps, on a fermé la cavité vaginale et fabriqué un scrotum (l\u2019enveloppe cutanée des testicules) avec la vulve, et un pénis avec la peau de l\u2019avant-bras.Le clitoris a été conservé et caché sous la peau.Par des techniques de microchirurgie, on a procédé à des connexions nerveuses.« La sensibilité revient tranquillement dans le phallus au fil des mois grâce à une croissance progressive des axones jusqu\u2019aux organes sensoriels de la peau», explique le Dr Brassard.Lors d\u2019une deuxième intervention six mois plus tard, on a connecté l\u2019urètre sortant de la vessie avec le conduit créé dans le pénis.Nicolas Niquette subira dans quelques mois une troisième intervention pour recevoir des implants érectiles et des implants testiculaires.Pour que le pénis ait une capacité érectile, on introduit dans l\u2019organe un petit cylindre rattaché à une petite pompe, activée par les doigts.Celle-ci permet de remplir le réservoir d\u2019eau saline physiologique stérile pour donner au pénis un volume et une rigidité similaires à ceux obtenus lors d\u2019une érection naturelle.« La testostérone a un effet tellement masculinisant que les hommes trans ont rarement recours à des chirurgies masculinisantes », fait remarquer le Dr Brassard.On peut néanmoins procéder à une augmentation de la mâchoire en insérant un implant, et à une augmentation de la pomme d\u2019Adam par des greffes de cartilage des côtes.Des progrès marqués Les techniques se sont beaucoup raffinées depuis que le Dr Brassard a commencé à faire des vaginoplasties et des phalloplasties en 1990.Les progrès effectués ont diminué les risques de complication et ont permis d\u2019améliorer la fonction et la sensibilité des organes reconstruits, ainsi que leur qualité esthétique.Toutefois, comme dans toute chirurgie, les complications sont toujours possibles.Elles peuvent provoquer des saignements, des infections, une déformation ou une nécrose (le tissu ne reprend pas vie et meurt).Mais ces complications se résolvent généralement en quelques jours, voire quelques semaines.Les complications graves, comme une embolie pulmonaire, sont rarissimes.Le Dr Brassard se souviendra toujours de sa première patiente, une femme chez qui il a réalisé une phalloplastie.« J\u2019ai vu l\u2019effet extraordinaire qu\u2019a eu la chirurgie sur cette personne et la souffrance qui l\u2019assaillait jusque-là.Sa réaction m\u2019a convaincu de continuer à faire ce genre de chirurgies, confie-t-il.Il n\u2019y a pas meilleur patient qu\u2019un patient trans.Toutes les semaines, je me fais dire : vous m\u2019avez sauvé la vie, docteur! C\u2019est fantastique ! Ça me redonne des forces parce que ce n\u2019est pas toujours facile comme travail : il y a des complications, des insatisfactions, des regrets.Certains patients, bien que très rares, regrettent ou sont déçus du résultat, qui ne correspond pas exactement à ce qu\u2019ils avaient imaginé.Ces regrets peuvent être dus à un trouble d\u2019adaptation à leur nouveau corps.Mais, heureusement, pour la majorité, tout se passe bien.» LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 PERSPECTIVES B 3 ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR Changer de genre sans changer de sexe Pour plusieurs personnes trans, la chirurgie n\u2019est pas un passage obligé sonne persiste, celle-ci peut envisager des chirurgies : une mastectomie, une vaginoplastie ou une phalloplastie, selon le cas.Il y a toutefois des préalables avant de pouvoir subir de telles interventions, déterminés par l\u2019Association professionnelle mondiale pour la santé des personnes transgenres (WPATH).Pour les chirurgies irréversibles comme les vaginoplasties et phalloplasties, le patient ou la patiente doit fournir deux lettres de professionnels de la santé attestant la dysphorie de genre, avoir suivi une hormonothérapie pendant au moins un an et avoir vécu dans le genre désiré au moins 12 mois.Vers un corps de femme Lors de sa transition, Isabelle Giguère a commencé par prendre des bloqueurs de testostérone et apposer des timbres d\u2019œstrogènes sur sa peau.Ces hormones ont induit des changements corporels, dont la poussée des seins.Elle a toutefois réalisé que sa dysphorie persistait et ne disparaîtrait que quand ses organes génitaux masculins seraient retirés pour faire place à des organes féminins, grâce à une vaginoplastie.«La plupart des trans- femmes finissent par subir une vagino- plastie, car leur dysphorie découle plus de leurs organes génitaux externes que de leurs traits plus masculins», souligne le Dr Pierre Brassard, chirurgien au Centre métropolitain de chirurgie (CMC).La vaginoplastie consiste à utiliser les organes génitaux masculins pour cons - truire une vulve comprenant une cavité vaginale.Pour ce faire, on utilise la peau du pénis qu\u2019on inverse comme un gant retourné à l\u2019envers, ainsi que la muqueuse de l\u2019urètre (conduit reliant la vessie à l\u2019extérieur) et la peau du gland.«Sur la vulve, on fait des détails, comme des petites lèvres, un clitoris et un capuchon sur le clitoris, qui est l\u2019équivalent du prépuce chez l\u2019homme.Il est rare qu\u2019on manque de tissu, mais si c\u2019est le cas, on prend de la peau sur la cuisse.Pour fabriquer un clitoris, on récupère une partie du gland du pénis qui est normalement attaché à des vaisseaux jours eu une sorte de tristesse en moi, j\u2019ai été heureuse.» Seule ombre au tableau : le rejet de son fils et sa séparation d\u2019avec son ex- conjointe.Quelques embûches « La première personne à qui j\u2019ai dit [que je pensais être trans], c\u2019est mon ex-conjointe, et ça n\u2019a pas été facile », explique Isabelle.Pendant six mois, le sujet est resté tabou au sein du foyer.Elles ont ensuite commencé une thérapie de couple qui s\u2019est achevée au bout d\u2019un an par une séparation.« Je pense qu\u2019elle espérait que je change d\u2019avis.Ce qui n\u2019était pas possible ; une fois que tu sais, tu ne peux arrêter.Il n\u2019y a pas de retour en arrière », confie-t-elle, la gorge nouée, précisant lui avoir déjà dit au cours d\u2019une séance qu\u2019elle préférait « mourir comme une femme que de vivre comme un homme ».Sa relation avec son plus grand fils, désormais âgé de 20 ans, s\u2019est également dégradée.Ce dernier refuse de lui parler depuis son départ de la maison, à l\u2019été 2017.« Ç\u2019a été très, très, très difficile.J\u2019ai mis un certain temps pour me reconstruire.» Heureusement, la nouvelle a été « merveilleusement bien accueillie » par ses parents, ses deux frères et ses collègues de travail.Certains n\u2019étaient d\u2019ailleurs absolument pas surpris.«Mon plus jeune fils [qui a actuellement 15 ans] m\u2019a même dit : \u201cAh, là je comprends maintenant.\u201d Car toute ma vie, j\u2019ai été un homme féminin », précise Isabelle en riant.Prenant un peu de recul par rapport à tout ce qu\u2019elle a vécu dans les dernières années, la quinquagénaire s\u2019estime tout de même chanceuse d\u2019avoir vécu sa transition sans trop de difficultés.« Aujourd\u2019hui, je sors de la clinique, une amie vient me chercher et je vais pouvoir marcher dans mon quartier, faire mes courses.Je vais appeler mon fils et lui proposer de souper avec moi.J\u2019ai hâte de retrouver ma vie », laisse-t- elle tomber, tout sourire.Isabelle Giguère à son dernier jour dans la maison de convalescence reliée au Centre métropolitain de chirurgie de Montréal PHOTOS CATHERINE LEGAULT LE DEVOIR NDLR: L\u2019expression «réassignation de sexe», retenue par la World Professional Association for Transgender Health qui définit les standards de soins à privilégier pour les personnes trans, a été utilisée dans nos textes pour en faciliter la compréhension.Il n\u2019existe toutefois pas de consensus sur le terme à utiliser pour désigner ce processus de transition.Les associations de personnes trans et certains chercheurs choisissent plutôt de parler de confirmation ou d\u2019affirmation du genre.8300 C\u2019est le nombre de personnes qui ont eu recours au bistouri depuis la création du Centre métropolitain de chirurgie à Montréal, en 1990, la seule clinique spécialisée en chirurgie de réassignation de sexe au Canada.Les trois chirurgiens du CMC ont procédé autant à des inter - ventions chez des ado - lescentes de 16 ans que chez un homme de 78 ans LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 PERSPECTIVES B 4 Notes de terrain (1) J e vous proposerai périodiquement de telles notes.Elles veulent faire connaître des choses qui se vivent et se disent sur le terrain de l\u2019éducation.Pour les rédiger, j\u2019interroge chaque fois des acteurs qui s\u2019expriment de manière anonyme.Ces textes n\u2019ont bien entendu aucune prétention à épuiser les sujets qu\u2019ils abordent et sont surtout une invitation à les faire connaître et à poursuivre la conversation.N\u2019hésitez donc pas à ajouter votre voix à celles que je fais entendre ici, ni à me proposer des sujets à aborder.Pour ce premier texte, je vous invite à une incursion dans le vaste et complexe univers de l\u2019intégration des élèves en difficulté au primaire.Un bel objectif L\u2019ambition de notre système scolaire est grande et noble : que ses écoles et sa pédagogie ne soient plus ségrégationnistes, mais bien inclusives, et qu\u2019elles accueillent donc la diversité des élèves et s\u2019y adaptent.Cette diversité se décline notamment selon les types de familles, les cultures dont proviennent les élèves, leurs profils socio-économiques, mais aussi leurs habiletés scolaires, et cela concerne les élèves qui ont des handicaps et ceux qui présentent des difficultés d\u2019adaptation ou d\u2019apprentissage.Certaines de ces catégories d\u2019élèves donnent, théoriquement du moins, droit à des mesures d\u2019appui : par exemple, la dyslexie, la dyspraxie, la dyscalculie, la dysphasie, la dysorthographie, les troubles du spectre de l\u2019autisme ou des handicaps physiques.Pour d\u2019autres, comme le TDAH (trouble déficitaire de l\u2019attention, avec ou sans hyperactivité) ou les problèmes de comportement, ce n\u2019est pas nécessairement le cas.La recherche ne laisse guère de doute sur le fait que ces troubles sont en hausse, un phénomène qui a certainement de nombreuses causes, parmi lesquelles le fait qu\u2019on soit plus attentif à lui et que les diagnostics sont plus et mieux posés.L\u2019effet des médias sociaux, d\u2019Internet et des jeux vidéo est parfois invoqué.Quoi qu\u2019il en soit, dans le secteur public, cette clientèle représentait 13,6 % des élèves en 2002-2003 ; c\u2019était 21,6 % en 2015-2016.Comment nos belles ambitions se traduisent-elles concrètement ?Je vous propose un coup de sonde dans les écoles primaires, retenues parce que c\u2019est là, au début du parcours solaire, que les difficultés sont identifiées, et aussi parce que, contrairement au secondaire, où un élève en difficulté est vu par plusieurs enseignants, c\u2019est ici le titulaire de classe qui l\u2019a à (presque) plein temps.Sur le terrain Voici deux enseignantes dont les propos sont représentatifs de ce que pensent les enseignantes à qui j\u2019ai parlé.Nadja enseigne depuis 15 ans.Elle est dans une école de quartier sans vocation particulière, mais qui perd de ses meilleurs élèves après la première année à la faveur d\u2019une école plus sélective.Elle a 17 élèves dans sa classe plutôt que 20.C\u2019est qu\u2019elle a deux élèves en très grande difficulté (avec l\u2019aide d\u2019une orthopédagogue pour ceux-là), une élève avec des difficultés d\u2019attention et de concentration et cinq autres en difficulté qu\u2019elle doit surveiller de près, parce que le français n\u2019est pas leur langue maternelle, tandis qu\u2019un trouble de l\u2019autisme est soupçonné chez un élève et qu\u2019un autre n\u2019a pas de maîtrise de soi.Elle avoue manquer un peu de temps pour les autres.Certes, les collègues se parlent et s\u2019entraident, et la direction est coopérative, mais la tâche reste lourde.Nadja pense aussi que l\u2019école, sur les plans physique et organisationnel, n\u2019est pas très adaptée à cette réalité.Et elle reconnaît que sa formation ne l\u2019a pas correctement préparée à tous ces défis.En attendant, bien des parents fortunés envoient leurs enfants au privé.Le son de cloche est semblable chez Karine, qui enseigne depuis 20 ans, presque toujours en première année.Elle a 6 élèves en difficulté sur 18.Elle se réjouit du programme Partir du bon pied, mais déplore le manque de ressources et le peu de soutien de certains parents qui n\u2019accordent pas à l\u2019école l\u2019importance qu\u2019ils devraient lui donner.Elle est d\u2019accord avec ce que d\u2019autres disent et que des recherches crédibles semblent confirmer : il y a une augmentation des cas d\u2019hyperactivité et de déficits d\u2019attention.Que font les directions d\u2019école devant tout cela ?On perçoit chez elles aussi beaucoup de bonne volonté, mais on entend aussi bien des frustrations.Les directions Voici les propos de deux directrices, représentatives de celles à qui j\u2019ai parlé.Émilie, qui vient de faire les portraits des classes de son école, me parle du manque de temps passé en classe et du peu de contacts avec les parents, de la négligence des autres élèves que le temps passé auprès de ceux en difficulté entraîne, du peu de marge de manœuvre des directions qui reçoivent et doivent suivre des directives du ministère très ci- blées et avec reddition de comptes.Elle aussi souligne l\u2019importance du programme Partir du bon pied.Emmanuelle me parle quant à elle de cette gestion axée sur les résultats en disant que, si elle ne montre pas un grand malaise chez les enseignants, celui-ci est peut-être passé sous le radar.Elle évoque alors les portables, car il en faut pour aider certains enfants, et souligne que l\u2019enseignant doit apprendre à se servir des logiciels qui viennent avec lui, ce qui est très demandant et ne se reflète pas nécessairement dans le bilan de gestion qui est dressé.Son sentiment, elle me le confie, est que des classes spécialisées, qui n\u2019ont pas la cote, seraient parfois souhaitables, voire nécessaires.uelque 5,2 milliards qui seront « remis dans les poches des Québécois » d\u2019ici cinq ans ; de nouveaux investissements totalisant 16,2 milliards durant la même période : peu importe à partir de quel bout de la lorgnette on le regarde, le budget Girard présenté jeudi n\u2019était pas particulièrement frugal.Et il n\u2019était absolument pas de droite, constatent plusieurs.« Ce n\u2019est clairement pas la droite québécoise qui est dans ce budget », affirme Mia Homsy, qui dirige l\u2019Institut du Québec (et qui fut conseillère politique du ministre des Finances libéral Raymond Bachand).« Il n\u2019y a même pas 15 % du coût total des annonces budgétaires qui visent la réduction du fardeau fiscal des particuliers [pourtant un thème fondateur du discours caquiste].Il n\u2019y a pratiquement rien sur la révision des programmes ou la diminution de la taille de l\u2019État : on est vraiment dans les investissements en santé et en éducation, dans le nationalisme économique.» Dans un livre publié en 2008 (La CAQ : une idéologie à la recherche du pouvoir), le politologue Frédéric Boily présentait la formation comme étant de centre droit.Il constate aujourd\u2019hui que « c\u2019est le centre qui a pris toute la place dans le budget.C\u2019est vraiment ça : un budget centriste, avec des investissements où on ne les attendait pas non plus \u2014 en culture et en environnement, notamment.» « Ceux qui pensaient que l\u2019aile adé- quiste [parti qui a fusionné avec la CAQ en 2012] imprimerait une marque forte sur le parti, ou qui disaient que la CAQ est vraiment un parti de droite, constatent que le budget n\u2019est pas là du tout, ajoute M.Boily.Il y en a même au Canada anglais qui vont y trouver une composante de gauche ! » « Il y a peut-être des factions dans ce parti qui sont encore dans le rêve adé- quiste, mais il n\u2019y a pas de trace de ça dans le premier budget », acquiesce Pier-André Bouchard St-Amant, professeur à l\u2019École nationale d\u2019administration publique et spécialiste des finances et des politiques publiques.Droite dure ?Ils ont été plusieurs à associer la CAQ à la droite au fil des ans \u2014 le député péquiste Sylvain Gaudreault évoquait par exemple en 2016 un « parti de droite populiste ».L\u2019ancien premier ministre Couillard n\u2019hésitait pas à aller plus loin.En 2016, il avait qualifié François Le- gault de « Donald Trump du Québec », cela pour dénoncer le discours caquiste sur la question de l\u2019immigration.Mais Philippe Couillard craignait le positionnement idéologique de la CAQ au-delà du dossier identitaire.C\u2019est ainsi dans un débat sur les crédits budgétaires qu\u2019il avait situé la formation « à l\u2019extrême droite » du spectre politique québécois.M.Couillard avait posé en preuve le recrutement par la CAQ de l\u2019économiste Youri Chassin (maintenant député), figure de la droite économique.François Legault avait qualifié le tout de « campagne de peur ».Mais où situer sa coalition sur l\u2019échiquier politique ?Là-dessus, le premier ministre offre depuis longtemps la même réponse.« C\u2019est un parti qui est peut-être à gauche sur certains dossiers, à droite sur d\u2019autres, mais c\u2019est un parti qui est d\u2019abord pragmatique », disait-il l\u2019été dernier.Ce sont là essentiellement les mots repris vendredi par le ministre des Finances, Eric Girard.Invité à situer lui- même son budget sur l\u2019axe gauche- droite, M.Girard a fait remarquer en point de presse que « les gens aiment bien cataloguer le fait que j\u2019étais trésorier d\u2019une banque, que je me suis FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Toujours dans l\u2019impasse, mais avec un peu plus de temps pour s\u2019en sortir.Jeudi, le Conseil européen a accepté, après de longues discussions, que le Royaume-Uni reporte au 22 mai prochain sa sortie de l\u2019Union européenne (UE), initialement prévue le 29 mars, sous condition toutefois que les députés entérinent la semaine prochaine l\u2019accord de retrait négocié par Theresa May.Un accord qu\u2019ils viennent pourtant de rejeter massivement à deux reprises.54 jours de plus pour finaliser une procédure de divorce interminable.54 jours aussi qui ne changeront sans doute rien, estime l\u2019ancien directeur général de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC) Pascal Lamy, qui, en entrevue au Devoir, ne s\u2019étonne pas de la tournure des événements.Selon lui, près de trois ans après un vote référendaire remporté avec 2 points de pourcentage à peine par les tenants de la séparation, le Brexit ne cesse de s\u2019afficher comme un processus précipité, improvisé, mais surtout piloté par une première ministre britannique trop têtue pour réussir à mettre fin à la crise.« Mme May n\u2019a pas tout bien fait, laisse tomber cette sommité mondiale en matière de politiques commerciales et de négociation de traités.La part de son psychisme disponible pour le compromis n\u2019est pas considérable.En Grande- Bretagne, quand vous atteignez le poste de premier ministre, ce n\u2019est pas grâce à des compromis, mais bien parce que vous avez écrasé vos adversaires.» Conséquence?Sur le seuil de la porte de sortie, « les Britanniques ne sont toujours pas prêts.Ils ne sont pas prêts à une solution et pas prêts non plus à pas de solution » et c\u2019est désormais dans un jeu en prolongation qu\u2019ils espèrent atteindre le but qui, pourtant, depuis des mois, leur échappe.Tout ça était prévisible, croit M.Lamy, qui a participé en 1985 aux côtés de Jacques Delors, un des pères de l\u2019intégration européenne, à la fondation du marché unique européen, puis à l\u2019abolition de ses frontières sept ans plus tard.« J\u2019ai toujours pensé que ce serait extraordinairement compliqué sur le plan technique de faire sortir un œuf de l\u2019omelette, dit-il.J\u2019ai vu la grande complexité de cette intégration.Beaucoup de gens du côté des tenants du Brexit ont voulu faire croire que ce serait simple.» Or, le feuilleton des dernières semaines, voire des derniers mois, tend chaque jour à les contredire.Trop vite « Theresa May a fait une erreur stratégique quand elle a déclenché l\u2019article 50 de la Constitution européenne qui donne deux ans pour fixer les modalités de sortie, poursuit-il.Elle a déclenché ce processus très tôt, trop tôt, sans avoir une idée bien claire des difficultés techniques et politiques qu\u2019elle ROYAUME-UNI Le Brexit, sans surprise une saga sans fin Le divorce européen ne cesse de s\u2019afficher comme un processus précipité et improvisé, juge l\u2019ancien patron de l\u2019Organisation mondiale du commerce Pascal Lamy, en janvier 2018 ISHARA S.KODIKARA AGENCE FRANCE-PRESSE J\u2019ai toujours pensé que ce serait extraordinairement compliqué sur le plan technique de faire sortir un œuf de l\u2019omelette PASCAL LAMY » Eric Girard jette un coup d\u2019œil au premier ministre Legault lors de la présentation de son premier budget, jeudi, à l\u2019Assemblée nationale.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE NORMAND BAILLARGEON Pour ce premier texte, je vous invite à une incursion dans le vaste et complexe univers de l\u2019intégration des élèves en difficulté au primaire.C\u2019est Philippe Couillard qui disait en avril 2018 que la Coalition avenir Québec (CAQ ) était « à l\u2019extrême droite, à la droite dure du spectre politique du Québec ».Vraiment ?Le premier budget déposé par le gouvernement Legault montre au contraire un parti résolument au centre, estiment aujourd\u2019hui des observateurs.GUILLAUME BOURGAULT-CÔTÉ LE DEVOIR QUÉBEC Le budget centriste d\u2019un parti « pragmatique » Le gouvernement caquiste accroît les dépenses en santé et en éducation Q LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 PERSPECTIVES B 5 La vraie nature de la CAQ Q uand il était ministre de la Santé dans le cabinet de Bernard Landry, François Legault avait vainement tenté de convaincre l\u2019ancien premier ministre et sa collègue des Finances, Pauline Marois, d\u2019augmenter les impôts plutôt que de limiter l\u2019augmentation des dépenses en santé.On lui avait fait comprendre qu\u2019à quelques mois des élections, cela risquait d\u2019indisposer les contribuables-électeurs.M.Legault avait dû s\u2019incliner, mais il n\u2019en déplorait pas moins ce qu\u2019il percevait comme un navrant conservatisme fiscal.Il est vrai qu\u2019à l\u2019époque, il trouvait également excessive la prudence référendaire de son gouvernement.Son impatience s\u2019est même transformée en une sorte de guérilla qui exaspérait M.Landry au plus haut point.En quinze ans, M.Legault a évidemment bien changé, mais pas au point de devenir un ennemi de l\u2019État-provi- dence, pas plus qu\u2019un ardent fédéraliste.En matière de gouvernance comme de nationalisme, il a plutôt développé un goût pour la modération.Le budget présenté jeudi par son ministre des Finances, Eric Girard, ne correspond pas à l\u2019image que plusieurs s\u2019étaient faite de la CAQ.Quand elle a commencé à monter dans les sondages, on s\u2019est mis à craindre le pire.La présidente de la CSQ, Louise Chabot, lui prêtait des « intentions à peine voilées de démantèlement de l\u2019État ».Du PLQ à la CAQ, son collègue de la CSN, Jacques Létourneau, craignait une spirale menant à la sous-traitance et éventuellement à la privatisation de certains services publics.« Si on n\u2019est pas capable de casser ce modèle-là, on va tous se faire prendre un par un : les CPE, les psychologues, les professeurs de cégep, les travailleurs des secteurs privés, le monde des régions\u2026 On va se faire prendre un par un et on va se faire planter », disait-il.Il serait nettement exagéré de dire que la CAQ s\u2019est convertie à la social-démocratie, mais ce premier budget n\u2019annonce certainement pas la catastrophe appréhendée.Pour le moment du moins.On peut être d\u2019avis qu\u2019il aurait mieux valu réinvestir davantage dans le réseau de l\u2019éducation plutôt que d\u2019uniformiser la taxe scolaire, mais on est quand même très loin d\u2019une baisse d\u2019impôt massive qui aurait nui de façon durable à la capacité d\u2019intervention de l\u2019État.Les maternelles 4 ans, dont M.Legault s\u2019est entiché, feront peut-être double emploi avec les centres de la petite enfance, mais cet ajout au réseau de l\u2019éducation ne se traduira pas par un recul de l\u2019État, bien au contraire.Il est évidemment impossible de contenter tout le monde.La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ ) a dénoncé l\u2019absence d\u2019engagements clairs pour améliorer les conditions de travail des infirmières et implanter des ratios.De son côté, l\u2019Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ ) s\u2019est plutôt réjoui des 215 millions qui seront consacrés à l\u2019amélioration des conditions d\u2019exercice du personnel soignant.Québec solidaire a choisi de concentrer sa réplique au budget sur les mesures annoncées en environnement qui, en attendant « l\u2019approche bonifiée » évoquée par M.Girard, ne répondent pas, il est vrai, à l\u2019urgence de la situation.Il est cependant probable que Manon Massé aurait applaudi la bonification des pensions alimentaires versées aux familles monoparentales et recomposées.Au total, il est indéniable que le budget traduit un souci de justice sociale qui a pu en surprendre plus d\u2019un.Cela dit, le gouvernement Legault en est seulement à la première année de son mandat, ce qui lui laisse amplement le temps de révéler ce que plusieurs croiront toujours être la vraie nature de la CAQ.C\u2019est seulement à la toute fin de son discours que M.Girard a déclaré qu\u2019il y a encore beaucoup à faire pour « améliorer la gestion » de l\u2019État et pour donner des « services plus efficaces ».Il a ajouté : « On ne doit pas accepter comme une fatalité que notre population soit la plus lourdement taxée en Amérique du Nord.» Même s\u2019il est demeuré muet sur les « mesures d\u2019optimisation », notamment d\u2019attrition, prévues dans le cadre financier présenté durant la campagne électorale, son collègue du Conseil du trésor, Christian Dubé, n\u2019en consacre pas moins beaucoup d\u2019énergie au « Plan d\u2019action sur la performance » qui sera déployé au cours des prochaines années.« La révision des programmes demeure une priorité pour le gouvernement », rappelle-t-on dans les documents annexés au budget.Personne ne peut s\u2019opposer à l\u2019« efficience » et à l\u2019« utilisation optimale des ressources », mais l\u2019expérience enseigne que le vertueux jargon du Conseil du trésor se traduit généralement par des compressions budgétaires qui peuvent être douloureuses.M.Legault a promis de tenir ses engagements, mais rien ne l\u2019empêche d\u2019en donner plus que le contribuable en demande.Il n\u2019a jamais promis d\u2019abaisser l\u2019impôt sur le revenu des particuliers, mais le ministre des Finances s\u2019est bien gardé de fermer la porte.L\u2019approche d\u2019une élection a souvent pour effet de susciter une compassion accrue envers les contribuables.Cela nécessite évidemment de trouver un moyen de financer cette compassion.Seul le temps révélera la vraie nature de la CAQ.allait devoir affronter, ni des solutions possibles, comme si elle avait une baguette magique.L\u2019horloge a commencé à tourner.Et comme les Britanniques n\u2019arrivent pas à se mettre d\u2019accord entre eux, le compteur continue de tourner, on approche de la fin et aucune solution n\u2019a été trouvée.» Pour Pascal Lamy, le Brexit, comme tragédie politique, économique et sociale, écrit un énième chapitre « dans les relations compliquées entre le Royaume-Uni et le reste du continent», dit-il.« Les Britanniques aiment bien l\u2019ouverture des échanges et le libéralisme économique, ce que la construction européenne représente comme rationalité économique pour le pays d\u2019Adam Smith.Ce sont des libéraux économiques, mais en même temps, leur insularité et la nostalgie de l\u2019Empire les rendent réticents à une union politique.Depuis 1950, ils n\u2019ont jamais réussi à se mettre vraiment d\u2019accord, par rapport à l\u2019Europe, sur combien d\u2019intégration économique pour combien d\u2019intégration politique.Cela fait 70 ans que ça dure.Et là, forcément, ils n\u2019arrivent pas à se mettre d\u2019accord au- jourd\u2019hui sur combien de désintégration économique pour combien de désintégration politique.» L\u2019ambivalence devant cette appartenance distante à un tout est perceptible depuis janvier au sein d\u2019un parlement qui, amené à se prononcer sur l\u2019accord de retrait négocié par Theresa May et l\u2019UE pendant 18 mois, n\u2019affiche désormais, vote après vote, qu\u2019une unanime division et une incapacité à s\u2019entendre sur une solution commune, y compris au sein des conservateurs au pouvoir.« Avec le recul, le choix de ne négocier que la première phase [soit le contrat de séparation et le retour d\u2019une frontière], sans entrer dans la négociation sur le régime futur [entre le Royaume-Uni et l\u2019Union européenne], n\u2019a pas été forcément le plus judicieux, dit-il.Pourquoi ?Parce que dans le cadre actuel, on remet une frontière sans savoir si elle va être fine ou épaisse.» Les tenants du Brexit la veulent imposante.Les pro- européens l\u2019espèrent la moins visible et la moins contraignante possible, et ce, avec dans le coin le cas irlandais qui, depuis des mois, vient brouiller les cartes.Chercher la quadrature du cercle Cette frontière entre la République d\u2019Irlande, qui fait partie de l\u2019Union européenne, et l\u2019Irlande du Nord, qui fait partie du Royaume-Uni, a été techniquement abolie dans le cadre des accords de paix signés entre les deux pays en 1998.Pour maintenir cet état de fait, l\u2019accord de retrait prévoit donc un filet de sécurité.Cette assurance de dernier recours, ou «backstop», les tenants du Brexit n\u2019en veulent pas puisqu\u2019il maintiendrait le Royaume-Uni dans l\u2019union douanière européenne.Les tenants du maintien dans l\u2019Union la rejettent également puisqu\u2019elle assujettirait le Royaume- Uni aux règles de Bruxelles sans donner à Londres un droit de vote sur ces réglementations.« Le cas de l\u2019Irlande est extrêmement délicat sur le plan politique pour des raisons historiques, dit Pascal Lamy.Et étrangement, il n\u2019a joué aucun rôle dans la campagne référendaire.Personne n\u2019a parlé de cet accord du Vendredi saint, parce qu\u2019ils n\u2019étaient pas prêts à envisager cette réalité.» Réalité qui au- jourd\u2019hui entretient pourtant le processus du Brexit dans son impasse et plonge les Britanniques dans une fatigue de plus en plus perceptible envers cette histoire sans fin.Vendredi, un sondage réalisé par You- Gov pour le compte de la Mental Health Foundation entre le 12 et 13 mars dernier a pris d\u2019ailleurs la mesure de l\u2019impact social de la joute politique actuelle qui carbure aux hésitations et aux atermoiements : entre 43 % et 38 % des Britanniques disent vivre depuis des mois avec un sentiment d\u2019impuissance, de colère et d\u2019anxiété dans un pays où le Brexit a cannibalisé l\u2019ensemble du discours et des débats politiques.« Il est clair que l\u2019environnement politique, animé par le Brexit, affecte le bien-être de millions de personnes », a résumé Mark Rowland, à la tête de la Fondation, dans les pages du Guardian.Dans ce contexte, une pétition lancée cette semaine sur le site du Parlement britannique pour réclamer la révocation des procédures du Brexit et le maintien du Royaume-Uni dans l\u2019UE a récolté près de 3,6 millions de signatures, qui, dans les circonstances, donnent l\u2019impression d\u2019être la voix de la raison.Pascal Lamy en doute toutefois.« Un nouveau référendum ne serait pas forcément une nette victoire des tenants du maintien dans l\u2019UE », dit-il, même si cet appel est porté par une jeunesse, souvent pro-euro- péenne, qui avait déserté le vote du Brexit en 2016, laissant le verdict des urnes sur cette question cruciale entre les mains de l\u2019électorat plus âgé, plus rural et plus craintif.« Le référendum, ce n\u2019est pas un boulevard et la campagne référendaire qui en résulterait va être très dure » dans un pays plus que jamais fracturé autour de cette question.Alors ?Dans une impasse, l\u2019issue est toujours située à la même place.Mais pour être atteinte, Londres a besoin de bien plus de temps que celui que vient de lui accorder Bruxelles, à en croire M.Lamy.À ce stade, dit-il, « il faudrait reporter la sortie de l\u2019Union européenne le temps de négocier un accord qui ne serait pas juste le contrat de divorce.Il faut être plus clair sur ce que l\u2019on va faire par la suite, et ce, pour permettre aux tenants du Brexit et aux tenants du maintien dans l\u2019Union de s\u2019entendre ».Un processus complexe qui ne se joue pas en 54 jours, selon ce diplomate qui a des centaines d\u2019heures de négociations complexes à son actif, mais bien plus en « deux ans, peut-être même trois », conclut-il.MICHEL DAVID Il serait nettement exagéré de dire que la CAQ s\u2019est convertie à la social-démocratie, mais ce premier budget n\u2019annonce certainement pas la catastrophe appréhendée.Pour le moment du moins.22 mai Le divorce entre le Royaume-Uni et l\u2019Union européenne pourrait avoir lieu à cette date, un échéancier récemment accepté par Bruxelles.La date initiale du Brexit était le 29 mars prochain.présenté [pour les conservateurs fédéraux en 2015].Et les gens aiment bien dire que lorsqu\u2019on vient de l\u2019entreprise privée, on est à droite ».« Là, on fait un budget, il y a des besoins en santé, en éducation, on a les marges de manoeuvre, on fait les investissements.Et là, les gens disent : \u201cAh, c\u2019est un budget de gauche.\u201d Tout ce que je vous dis, c\u2019est que je suis pragmatique.» « Cohérent » « Sur le plan de la vision du rôle de l\u2019État, M.Legault est assurément un pragmatique», soutenait vendredi Pier- André Bouchard St-Amant.Et ce pragmatisme s\u2019est exprimé dans le budget Girard, note-t-il.« À mon avis, il n\u2019y a pas de mesures budgétaires qui, à proprement parler, révèlent de profondes lancées idéologiques : pas de baisses d\u2019impôts ou de compressions.D\u2019un autre côté, il n\u2019y a pas d\u2019engagement de dépenses structurelles qui augmenteront la taille de l\u2019État, et il y a peu de projets titanesques.» M.Bouchard St-Amant juge ainsi que c\u2019est sur le plan identitaire (immigration et laïcité) que « l\u2019axe idéologique est plus affirmé » à la CAQ \u2014 et plus à droite.Globalement, Pier-André Bouchard St-Amant juge que le budget Girard est somme toute « prudent ».Mia Homsy parle pour sa part d\u2019un budget « de continuité », avec une « vision ambitieuse » sur le plan économique, mais incarnée par « de petites mesures qui ne proposent pas les changements fondamentaux nécessaires ».Le tout étant par ailleurs « très conforme à la plate- forme caquiste et aux engagements électoraux », dit-elle.Frédéric Boily pense que le document témoigne du fait que François Legault « a saisi une des leçons de la dernière élection, à savoir que même ceux qui ont voté pour le CAQ ne s\u2019attendaient pas à une cure d\u2019amaigrissement » majeure de l\u2019État.« Dans l\u2019environnement politique québécois, une droite [qui aspire au pouvoir] ne peut pas arriver avec un message de retrait de l\u2019État comme le voulait l\u2019Action démocratique du Québec», soutient M.Boily, qui enseigne au campus Saint-Jean de l\u2019Université de l\u2019Alberta et se spécialise dans l\u2019étude des courants de droite au pays.« L\u2019État doit être présent dans le développement économique, et il y a une dimension nationaliste qu\u2019on ne retrouve pas ailleurs » au Canada.M.Boily n\u2019a pas été étonné du budget.« Il y a une grande cohérence dans tout ça.La CAQ a atténué plusieurs positions à partir du moment où elle est apparue comme ayant des chances de victoire », dit-il.Des exemples?En 2014, François Le- gault promettait d\u2019abolir la taxe scolaire.Quatre ans plus tard, son gouvernement entend plutôt uniformiser le taux de celle-ci à travers le Québec.De même, la CAQ voulait en 2014 couper quelque 22 000 postes dans la fonction publique (d\u2019ici 2022).La cible évoquée durant la dernière campagne était plutôt de 5000 employés «administratifs» de l\u2019État.Réponse de M.Legault quand les journalistes lui avaient demandé d\u2019expliquer ce changement de ton : « On a mis de l\u2019eau dans le vin » du programme de la CAQ , avait-il dit.Avec François Desjardins B 6 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 EN COLLABORATION AVEC Cinéma et entretien Cinquante ans après la promulgation de la Loi sur les langues officielles, quel bilan en tirer ?Projection du ?lm La part du diable en présence de son réalisateur, Luc Bourdon, suivie d\u2019une discussion-débat.ANIMÉ PAR Jean-Benoît Nadeau, écrivain, journaliste et chroniqueur au journal Le Devoir AVEC Johanne Poirier, titulaire de la chaire Peter MacKell sur le fédéralisme à l\u2019Université McGill Luc Bourdon, réalisateur à 18 h 27 MARS À l\u2019Auditorium de la Grande Bibiothèque Grande Bibliothèque 475, boul.De Maisonneuve Est Montréal Berri-UQAM 514 873-1100 ou 1 800 363-9028 banq.qc.ca Dans le cadre du 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles et à l\u2019occasion du Mois de la Francophonie LE MERCREDI ÉTATS-UNIS Pour quelques votes de plus L \u2019homme se penche vers moi et désigne du menton les deux septuagénaires en train de manipuler leurs armes : « Je suis membre de la NRA [National Rifle Association] comme eux\u2026 Je n\u2019ai pas le choix, j\u2019ai un stand de tir\u2026 ici.Au Texas.» Mais pendant que Jeff \u2014 c\u2019est son nom \u2014 met des balles dans son chargeur, il ajoute : « Je ne suis pas comme eux.» « Comme eux », ça veut dire être armé de pistolets semi-automatiques qui laissent derrière une cible déchiquetée dont les franges volent au vent.« Comme eux », c\u2019est aussi le discours qu\u2019ils tiennent sur « la menace » en rangeant leurs Glock dans leurs étuis\u2026 Dans ce petit stand de tir construit au bout d\u2019une route cahoteuse du Texas frontalier, les hommes qui sont venus s\u2019entraîner ce jour-là ne sont pas forcément des résidents de l\u2019État.Ils viennent du Minnesota, du Nebraska, d\u2019Iowa.Ils fuient le froid, mais ne connaissent de la frontière que leur gated communities, des ensembles résidentiels protégés, et le centre d\u2019achat.Et cette menace qu\u2019ils évoquent leur paraît omniprésente.Qui les blâmerait ?Dans un État où l\u2019on peut porter une arme à la ceinture, où la violence des cartels n\u2019est qu\u2019à quelques encablures, le stand où ils s\u2019entraînent leur propose des cibles qui vont dans le même sens \u2014 zombie, preneur d\u2019otages ou terroriste\u2026 armé d\u2019un AK47 et d\u2019une ceinture d\u2019explosifs.Jeff laisse échapper un soupir.Il est inquiet.Inquiet de l\u2019omniprésence des armes \u2014 300 000 armes en circulation, ce n\u2019est pas rien.Inquiet de l\u2019effarant nombre de morts par armes à feu \u2014 40 000 par an.Furieux aussi du nombre d\u2019enfants qui, chaque année, tombent sur une arme et se tuent ou tuent quelqu\u2019un \u2014 plus souvent qu\u2019il y a ici de victimes du terrorisme international.Parce que, dit-il, l\u2019appât du gain conduit parfois les instructeurs à autoriser l\u2019obtention d\u2019un permis\u2026 sans vraiment s\u2019assurer que les gens connaissent pleinement le maniement des armes et leur sécurité.Il a raison.À plus d\u2019un titre.La prévalence des armes, leur liberté de circulation et d\u2019acquisition, les inconstances des législations décuplent l\u2019impact d\u2019un autre phénomène pour lequel les États-Unis sont mal préparés.Un phénomène qu\u2019ils n\u2019ont pas seulement négligé, mais que la rhétorique présidentielle et la polarisation politique ont alimenté.La menace la plus tangible au- jourd\u2019hui vient de l\u2019intérieur.Mais à dissocier le terrorisme international (islamiste) du terrorisme intérieur (suprémaciste), on a fini par se concentrer sur le premier pour négliger le second.Dans les discours, mais aussi dans les faits.L\u2019Anti-Defama- tion League\u2019s Center on Extremism présente pourtant des chiffres sans ambiguïté : les mouvements supré- macistes blancs et d\u2019extrême droite sont à l\u2019origine de la majorité (71 %) des morts violentes en lien avec l\u2019extrémisme entre 2008 et 2017.Le risque que présente la cécité partielle des Américains est considérable parce que les outils pour y remédier ne sont pas adaptés : voir le terrorisme d\u2019extrême droite comme exclusivement national a mené les gouvernements occidentaux à négliger son ancrage international, sa portée et sa résonance \u2014 ce que les attentats de Christchurch ont mis en lumière.Bien entendu, le phénomène n\u2019est pas nouveau : en avril 2009, le Bureau du renseignement du département de la Sécurité intérieure énonçait de manière presciente que la crise financière labourait un terreau fertile pour le terrorisme d\u2019extrême droite.Pourtant, explique Jonathan Stevenson dans la revue Survival ce mois-ci, le bureau du département de la Justice chargé de la question est resté en dormance.Les gouvernements aujourd\u2019hui touchés par le phénomène n\u2019ont pas vu l\u2019intérêt de partager ressources et renseignements, alors qu\u2019ils l\u2019ont largement fait pour d\u2019autres types d\u2019extrémisme, et cet enjeu est demeuré dans l\u2019angle mort des administrations successives.En prenant de l\u2019ampleur.Le rapport de la Carnegie-Knight News21 Initiative sur la « haine en Amérique » montre la prévalence des groupes d\u2019extrême droite dans l\u2019augmentation de la violence aux États- Unis.Un rapport récent du Service canadien de renseignement de sécurité confirme leur croissance rapide.Ils ont investi des espaces qui étaient initialement des forums de libre expression, contribuant à ce que Peter Singer appelle « l\u2019armement des médias sociaux ».D\u2019ailleurs, les utilisateurs de 4Chan et 8Chan, explique Billy Perrigo, ont vu très tôt dans le candidat Trump ce qu\u2019il est devenu : un puissant vecteur de promotion de leurs discours dans la culture politique dominante.Ils ont dès lors bénéficié de la mondialisation au même titre que les sociétés qui hésitent à les censurer.Ils jouissent maintenant de la normalisation de leur discours et d\u2019une très grande réceptivité dans les sociétés occidentales, ce qui en décuple la singularité et la dangerosité, selon H.A.Hellyer.Ils tirent profit enfin de l\u2019appât du gain (électoral) et des pactes faustiens que les politiciens paraissent prêts à conclure pour\u2026 quelques votes de plus.Après tout, Jeff a peut-être raison d\u2019être inquiet.ÉLISABETH VALLET ADRIEN BARBIER JOAQUIM NHAMIRRE À BEIRA AGENCE FRANCE-PRESSE La distribution de nourriture auprès de milliers de rescapés du cyclone Idai en Afrique australe a débuté de façon chaotique, provoquant scènes de colère et de frustration, alors que l\u2019ONU lançait vendredi un appel aux dons, évoquant un « moment critique » pour l\u2019aide aux sinistrés.Le cyclone Idai, qui a balayé la semaine dernière le Mozambique puis le Zimbabwe, a fait près de 400 morts et affecté des centaines de milliers de personnes.Nombre d\u2019entre elles ont perdu maisons, récoltes ou encore vêtements.« Le temps presse, on est à un moment critique », a déclaré vendredi à l\u2019AFP la directrice de l\u2019UNICEF, Henrietta Fore, arrivée au Mozambique pour constater les dégâts.Après le déblayage des grands axes et le sauvetage des personnes encore bloquées dans les zones inondées, « la prochaine étape est d\u2019avoir accès à de l\u2019eau potable, parce que ce qui nous attend, ce sont des maladies », a-t-elle mis en garde depuis la ville de Beira, en partie dévastée par le cyclone.Évoquant « des corps décomposés et un manque d\u2019hygiène et d\u2019installations sanitaires », elle a également fait part de son inquiétude quant aux risques de choléra et de paludisme compte tenu de « l\u2019eau stagnante et des moustiques qui arrivent ».Mais l\u2019acheminement de l\u2019aide auprès de rescapés affamés se fait de façon chaotique.À Dondo, dans le centre du Mozambique, des centaines de personnes se sont précipitées jeudi pour recevoir une ration dans une école transformée en camp de déplacés, ont constaté des journalistes de l\u2019AFP.« J\u2019ai des enfants, j\u2019ai quatre enfants et ils vont manger du pain ?Donnez- moi un sac de nourriture », a lancé un homme, la faim au ventre.AFRIQUE AUSTRALE Le temps presse pour aider les victimes Les risques de choléra et de paludisme inquiètent au Mozambique et au Zimbabwe, touchés par le cyclone Idai Les travailleurs humanitaires disent être débordés.« L\u2019étendue du problème est au-delà des moyens de n\u2019importe quel pays ou de n\u2019importe quel gouvernement », a expliqué à l\u2019AFP Gerry Bourke, porte-parole du PAM.«L\u2019étendue et l\u2019échelle des dommages et des souffrances sont sidérantes.Des dizaines de milliers de familles ont tout perdu.Des enfants ont perdu leurs parents.Des communautés ont perdu des écoles et des cliniques », a commenté pour sa part le secrétaire général de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Crois- sant-Rouge, Elhadj As Sy, qui a survolé les zones inondées.Aide internationale nécessaire Devant l\u2019ampleur des dégâts, le secrétaire général de l\u2019ONU, Antonio Gu- terres, a appelé vendredi dans un communiqué la communauté internationale à multiplier les dons, soulignant la nécessité d\u2019une « solidarité » pour les mois à venir.L\u2019ONU a déjà dégagé 20 millions de dollars en première aide d\u2019urgence.Le Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) a mobilisé ses réserves d\u2019urgence pour distribuer des milliers de tentes, sacs de couchage, ustensiles de cuisine, moustiquaires, lampes solaires\u2026 « Cependant, une bien plus grande aide internationale est nécessaire », a insisté M.Guterres.Une conférence de donateurs est prévue le 11 avril à Beira.Vendredi, les autorités mozambi- caines étaient toujours dans la phase d\u2019évaluation des dégâts, une semaine après le passage d\u2019Idai.Le premier ministre mozambicain, Carlos Agostinho do Rosario, a fait état d\u2019un nouveau bilan de 293 morts et plus de 300 000 personnes affectées.« Mais nous pensons qu\u2019il va encore augmenter », a-t-il précisé.Dans le ciel, les hélicoptères continuaient leur ballet pour retrouver des sinistrés toujours bloqués au milieu de vastes étendues d\u2019eau.Les mouvements d\u2019extrême droite et suprémacistes blancs sont à l\u2019origine de la majorité des morts violentes en lien avec l\u2019extrémisme entre 2008 et 2017 Des habitants du district isolé du Buzi, au Mozambique, ont trouvé refuge dans une école secondaire de la région.YASUYOSHI CHIBA AGENCE FRANCE-PRESSE L\u2019étendue du problème est au-delà des moyens de n\u2019importe quel pays ou de n\u2019importe quel gouvernement GERRY BOURKE » 400 C\u2019est le nombre de victimes du cyclone Idai au Mozambique et au Zimbabwe, selon le dernier bilan.Des centaines de milliers de personnes ont été affectées par la catastrophe naturelle, mais ce chiffre risque de grimper dans les prochains jours. B 7 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 Achetez vos billets : ccmm.ca/GrandsProjets Découvrez les projets novateurs qui redé?nissent le paysage du Grand Montréal 29 mars 2019 | de 7 h 30 à 13 h Forum stratégique Grands projets métropolitains Commanditaire Argent : AGENCE FRANCE-PRESSE À LONDRES Une pétition en ligne demandant au gouvernement britannique de renoncer au Brexit a dépassé les trois millions de signatures vendredi, engrangeant un succès fulgurant deux jours après son lancement.Selon la page de la pétition lancée sur le site du Parlement, son objectif est de « prouver la force du soutien public actuel pour rester dans l\u2019UE ».Un autre référendum « pourrait ne jamais être organisé, donc votez maintenant », peut-on aussi lire, alors que les députés ont rejeté la semaine dernière l\u2019option d\u2019une seconde consultation des Britanniques.Parmi les signataires figurent des célébrités britanniques, comme l\u2019acteur Hugh Grant ou encore la chanteuse Annie Lennox.La pétition a très rapidement dépassé le seuil des 100 000 signatures nécessaire pour être potentiellement débattue à Westminster.Ce débat ne peut toutefois « pas directement changer la loi ou donner lieu à un vote pour mettre en œuvre la requête de la pétition », précise le site du Parlement.Ce type de pétitions permet aux Britanniques d\u2019« inscrire leurs préoccupations à l\u2019ordre du jour politique », a dit à l\u2019AFP Sara Hobolt, spécialiste de l\u2019opinion publique à la London School of Economics (LSE), mais elle n\u2019est pas « un moyen de prendre des décisions démocratiques au même titre que les élections et les référendums ».Le Brexit a été décidé par 52 % des voix en juin 2016.Prévu initialement le 29 mars, il a été reporté à la demande du gouvernement, à avril, voire fin mai, en fonction du résultat du prochain vote du Parlement sur l\u2019accord de retrait.« Tout est possible » La première ministre britannique, Theresa May, consultait vendredi son gouvernement après avoir obtenu de l\u2019Union européenne un report du Brexit, avant d\u2019affronter de nouveau la semaine prochaine le défi de convaincre son Parlement d\u2019adopter son accord de divorce.Les 27 ont décidé jeudi soir d\u2019accorder au Royaume-Uni deux options pour un report du Brexit au-delà de la date initialement prévue du 29 mars, fixant désormais au 12 avril au plus tôt l\u2019échéance fatidique, près de trois ans après le référendum qui a décidé d\u2019une sortie de l\u2019UE.Cette décision « souligne l\u2019importance pour la Chambre des communes de voter l\u2019accord de Brexit la semaine prochaine », a déclaré dans la foulée Theresa May à l\u2019issue de longues heures de négociations avec les 27.Jusqu\u2019au 12 avril, « tout est possible », a résumé vendredi le président du Conseil européen, Donald Tusk : « un accord, une longue extension, si le Royaume-Uni décidait de revoir sa stratégie, ou révoquer l\u2019article 50 », c\u2019est-à-dire renoncer au Brexit.Des millions de signatures pour stopper le Brexit Le Brexit a été décidé par 52 % des voix en juin 2016.NIKLAS HALLE\u2019N AGENCE FRANCE-PRESSE E N B R E F L\u2019armée dans les rues de Paris samedi L\u2019acte XIX des gilets jaunes est attendu samedi à travers la France, surtout à Paris.Pour éviter une réédition du scénario violent des manifestations de samedi dernier, les autorités françaises ont renforcé leur dispositif sécuritaire.Notamment, le recours aux soldats de l\u2019opération antiterroriste Sentinelle pour épauler les forces de l\u2019ordre.Faite mercredi, l\u2019annonce a suscité un tollé politique.La polémique a encore gonflé après que le gouverneur militaire de Paris, le général Bruno Leray, eut évoqué une éventuelle « ouverture du feu ».Ces soldats, chargés depuis les attentats de janvier 2015 de surveiller gares, aéroports et sites stratégiques, ne seront en aucun cas au contact des manifestants, a depuis précisé le gouvernement.Agence France-Presse CHARLOTTE PLANTIVE À WASHINGTON AGENCE FRANCE-PRESSE Le procureur spécial Robert Mueller a remis vendredi son rapport d\u2019enquête très attendu sur les soupçons de collusion entre la Russie et l\u2019équipe de campagne de Donald Trump en 2016, un document dont le secrétaire américain de la Justice pourrait dès samedi ou dimanche révéler la substance.Dans une missive adressée aux élus américains, Bill Barr a indiqué espérer livrer « dès cette fin de semaine » aux membres des commissions judiciaires du Congrès les « principales conclusions » de ce dossier d\u2019investigation.Au terme de près de deux ans d\u2019une vaste enquête qui a fait tomber plusieurs proches du président américain et qui a fortement éprouvé les nerfs du locataire de la Maison-Blanche, le procureur Mueller ne recommande pas de nouvelles inculpations, ont assuré vendredi soir les médias américains.La Maison-Blanche a, de son côté, indiqué ne pas « avoir reçu le rapport du procureur spécial », un ancien chef du FBI qui a conservé une discrétion absolue ces vingt derniers mois.Elle n\u2019a pas non plus « été informée de son contenu », a indiqué sa porte-parole.« Les prochaines étapes sont du ressort du secrétaire de la Justice [Bill] Barr et nous avons hâte que le processus suive son cours », a ajouté la porte- parole de l\u2019exécutif américain, Sarah Sanders.Les ténors démocrates réagissent Les chefs démocrates du Congrès ont exigé la publication du rapport Mueller, sans que M.Trump en ait la primeur.« Il est impératif que M.Barr rende public le rapport complet et fournisse les documents qui le soutiennent ainsi que ses conclusions au Congrès », ont déclaré dans un communiqué la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le chef de file de la minorité au Sénat, Chuck Schumer.M.Barr « ne doit pas donner au président Trump, ses avocats ou son équipe tout « aperçu insidieux » des conclusions ou des preuves du procureur spécial Mueller », ont-ils réclamé, et la Maison-Blanche « ne doit pas être autorisée à interférer » dans les décisions portant sur ce qui sera rendu public, ont-ils ajouté.Même si Robert Mueller n\u2019apporte pas de preuves d\u2019entente entre Moscou et l\u2019équipe de campagne de Donald Trump, les observateurs pensent qu\u2019il pourrait accuser le milliardaire républicain d\u2019avoir tenté d\u2019entraver l\u2019enquête, en raison des pressions verbales qu\u2019il a exercées sur l\u2019ancien ministre de la Justice Jeff Sessions et son adjoint Rod Rosenstein ou encore en limogeant le chef du FBI James Comey en mai 2017.M.Trump lui-même a semblé vendredi, dans un entretien sur la chaîne Fox News, s\u2019attendre à être accusé d\u2019entrave à la justice.Le président américain ne cesse de répéter qu\u2019il n\u2019y a pas eu « collusion » et dénonce depuis deux ans une chasse aux sorcières.Ancien patron du FBI sous les présidents George W.Bush (républicain) et Barack Obama (démocrate), Robert Mueller a été nommé en mai 2017 comme « procureur spécial » par le ministère de la Justice afin de garantir l\u2019indépendance des investigations dans ce dossier ultradélicat.ÉTATS-UNIS Mueller a remis son rapport d\u2019enquête Le procureur examinait depuis deux ans s\u2019il y a eu collusion entre l\u2019équipe de campagne de Trump et la Russie Le président Trump ne cesse de qualifier cette enquête de « chasse aux sorcières ».NICHOLAS KAMM AGENCE FRANCE-PRESSE e gouvernement Legault n\u2019a pas de plan d\u2019ensemble en matière de transport de personnes et le budget Girard, présenté jeudi, ainsi que la révision du Plan québécois des infrastructures (PQI) qui l\u2019accompagne, en est l\u2019éloquente illustration.Mélangeant allègrement développement autoroutier et projets de transport collectif à la pièce, il lui manque une vision intégrée du transport durable.Ce n\u2019est pas que le gouvernement caquiste est réfractaire aux projets de transport collectif.Il a reconduit tous les projets qui en étaient à l\u2019étape de la planification dans le PQI.Il appuie sans réserve le prolongement de la ligne bleue du métro de Montréal et la ligne de tramway à Québec et il fait pression sur le gouvernement Trudeau pour qu\u2019il précise son engagement financier relatif à ces deux projets.Dans le dernier PQI, il a inscrit trois nouveaux projets à « l\u2019étude » : le prolongement de la ligne jaune du métro à Longueuil ainsi que deux voies de transport collectif structurant, l\u2019une dans l\u2019est de Montréal et l\u2019autre dans l\u2019axe du boulevard Taschereau sur la rive sud de Montréal.Tandis qu\u2019il se penche sur le transport collectif, le gouvernement Legault s\u2019enthousiasme pour des projets routiers, dont le troisième lien à Québec, maintenant inscrit sous la rubrique « en planification » dans le PQI et auquel on accorde plus de 300 millions pour des études préparatoires.En outre, il a soumis « à l\u2019étude » un nouveau projet autoroutier, soit le prolongement de l\u2019autoroute 13, entre les autoroutes 50 et 640.On chercherait vainement un semblant de cohérence.Le gouvernement Legault tire dans deux directions opposées, misant sur le développement du réseau routier alors que les investissements majeurs en ce domaine, consentis principalement par le gouvernement libéral entre 2006 et 2013, ont conduit à une plus grande congestion routière, surtout dans la grande région de Montréal.Dans le dernier PQI 2019-2029, le réseau routier accapare 24,6 milliards tandis que le transport collectif reçoit 9 milliards du gouvernement québécois.Compte tenu de l\u2019ajout de nouveaux projets routiers, la proportion des investissements en transport qui revient au transport collectif est passée de 31 % à 27 %.En y regardant de plus près, on peut toutefois noter qu\u2019une bonne part des investissements dans les routes est consacrée au maintien en état des infrastructures, soit 82 % des 24,6 milliards ; 4,4 milliards sont réservés aux nouvelles routes.La situation est différente pour le transport collectif : 5,6 des 9 milliards en investissements vont au développement des services.En chiffres absolus, il se fait donc plus de développement en transport collectif que dans de nouvelles infrastructures routières.Mais c\u2019est nettement insuffisant.Ainsi, le Québec dépense cinq fois moins par habitant que l\u2019Ontario en transport collectif.En outre, dans la grande région de Montréal, aux prises avec une lourde congestion routière qu\u2019aggravent les travaux de réfection de l\u2019échangeur Turcot, en attendant les effets de la construction du Réseau express métropolitain (REM), puis de la réfection du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine, trains de banlieue, autobus et métro fonctionnent déjà au maximum de leurs capacités à l\u2019heure de pointe.La situation ne s\u2019améliorera pas.Comme l\u2019a évoqué le ministre Eric Girard, dans son budget, le premier ministre François Legault s\u2019est attelé à définir une « approche bonifiée » en matière d\u2019environnement.Réunis dans un Conseil général en mai, les militants caquistes, bien encadrés par la direction du parti, comme d\u2019habitude, échangeront sur « l\u2019économie verte ».Ce n\u2019est que plus tard, à l\u2019automne possiblement, que François Legault fera connaître où son gouvernement loge en matière d\u2019environnement et de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).Chose certaine, le premier ministre ne pourra éviter d\u2019inclure dans sa réflexion le transport routier, dont les émissions de GES représentent 43 % des émissions de GES au Québec et ont augmenté de quelque 20 % depuis 1990.S\u2019il veut se montrer crédible, il n\u2019aura d\u2019autre choix que de conclure à la nécessité d\u2019investir massivement dans le transport collectif, tant pour réduire la congestion routière que les émissions de GES.Avec le dernier budget Girard, François Legault a démontré qu\u2019il s\u2019inscrit, avec pragmatisme, dans la tradition sociale-démocrate, et qu\u2019il n\u2019est pas le suppôt de la droite anti-État que dépeignent certains de ses détracteurs.Il lui reste à prouver qu\u2019il peut défendre une vision d\u2019avenir, environnementaliste, pour la nation québécoise.LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin Marc St-Pierre Directeur général adjoint de commission scolaire à la retraite, consultant en éducation et chargé de cours en administration scolaire La ségrégation scolaire au Québec est bien réelle et ses effets délétères sont bien documentés.Les classes véritablement ordinaires, principalement au secondaire, sont une espèce menacée.Le généreux financement accordé à l\u2019école privée, la multiplication des programmes particuliers pas toujours gratuits à l\u2019école publique, tout cela accentue le phénomène de détermination sociale des résultats scolaires.L\u2019école peine à jouer son rôle d\u2019ascenseur social.Plutôt que de réduire les iniquités, elle les accentue.Mais voilà, il y a enfin de la lumière au bout du tunnel : on nous annonce que les jeunes vont quitter l\u2019école privée et revenir vers l\u2019école publique, que les classes ordinaires vont se regarnir d\u2019élèves moyens et forts et que les programmes particuliers vont perdre de leur attrait.Tout cela parce que bientôt tous les élèves du secondaire public resteront une heure de plus chaque jour à l\u2019école pour profiter en fin de journée d\u2019une heure d\u2019activité parascolaire.Mais comment organiser tout ça ?Comment réaliser cet objectif de stimuler et motiver tous nos élèves du secondaire public, ce public abandonné par tellement d\u2019élèves qui fréquentent le privé ?En étant créatif, bien sûr.En cherchant des solutions plutôt qu\u2019en étant critique.Quel défi stimulant auquel on nous convie ! Imaginez : il est 16 h à la polyvalente du coin et 1850 élèves attendent que sonne la cloche.Tous ces élèves sont en classe, dans un laboratoire ou un gymnase, dans une école bondée qui accueillera encore plus d\u2019élèves au cours des prochaines années.Et où mettra-t-on tous ces élèves pour leur faire vivre leur heure d\u2019activité parascolaire ?On utilisera les gymnases qui étaient déjà utilisés avant 16 h ?Certains laboratoires, déjà utilisés aussi?L\u2019auditorium s\u2019il y en a un ?La cafétéria ?La bibliothèque?Et le reste, la grande majorité des 1850 élèves, se retrouvera à nouveau dans des locaux de classe ?Actuellement, dans la très grande majorité des écoles secondaires publiques, les plateaux sportifs, auditoriums et autres locaux sont déjà utilisés à plein régime après les heures de classe.Et utilisés également en soirée en vertu d\u2019ententes avec les municipalités ou des organismes de loisirs.Pour la vaste majorité des élèves, le parascolaire se traduira donc par une heure de plus par jour en salle de classe.C\u2019est bête, mais c\u2019est la réalité.Alors, on se comprend : ce n\u2019est pas cela qui va stimuler l\u2019exode des élèves du privé et des programmes particuliers vers la classe ordinaire.Par conséquent, ce n\u2019est pas cela, n\u2019en déplaise au ministre, qui va faire disparaître la ségrégation scolaire, la détermination sociale de la réussite et d\u2019autres clivages.Et si ce n\u2019est pas cela, ce devra être autre chose.Peut-être en effet faudra-t-il reconnaître l\u2019évidence et trouver des solutions appropriées, au nom de l\u2019équité et de la justice sociale, pour peu que cela veuille encore dire quelque chose.Peut-être devra-t- on commencer par reconnaître le problème de déficit éducatif structurel auquel nous faisons face, envisager de véritables solutions systémiques qui tireront l\u2019école publique, et avec elle tout le Québec, vers le haut.Peut-être faudra-t-il condamner très fort cette idée que l\u2019éducation, pour son bien, doit être soumise au marché, à l\u2019offre et à la demande.Peut-être devra-t-on aussi accepter que nous sommes collectivement responsables de la dégradation des conditions d\u2019enseignement et d\u2019apprentissage des élèves ségrégués dans ces classes qui ne sont plus ordinaires et de ces classes fermées ou spécialisées qui sont des voies sans issue.Et peut- être qu\u2019au fond, promettre de parachuter des dizaines de milliers de professionnels dans ces classes où la réussite est si difficile n\u2019est qu\u2019une façon de se libérer la conscience et le prix à payer pour maintenir le privilège de ceux et celles qui peuvent magasiner, au détriment du bien commun.Le crucifix : un symbole puissant Autrefois, lorsque je regardais un crucifix, j\u2019y voyais surtout la souffrance.Mais depuis que j\u2019ai lu cet extrait d\u2019un des sermons de saint Antoine de Padoue, qui montrait un crucifix : « Si tu regardes bien, tu pourras te rendre compte à quel point sont grandes ta dignité humaine et ta valeur\u2026 Nulle part l\u2019homme ne peut se rendre compte de ce qu\u2019il vaut, qu\u2019en regardant dans le miroir de la croix », tout a changé.J\u2019y vois maintenant un amour gratuit et immense et je me suis empressée de poser un crucifix, dans ma chambre, devant mon lit.Le crucifix est un rappel constant du plus grand amour que l\u2019on puisse donner et recevoir, comme l\u2019a dit Jésus : « Il n\u2019y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu\u2019on aime.» Quel bel exemple pour nos élus qui devraient toujours s\u2019en inspirer avant de parler, de poser certaines actions ou de voter des lois.Gardons le crucifix à l\u2019hôtel de ville de Montréal et à l\u2019Assemblée nationale.Ne nous privons pas d\u2019un symbole aussi puissant, héritage des valeurs qui ont fondé ce pays.Solange Viau LaSalle, le 20 mars 2019 Ségrégation scolaire : de la lumière au bout du tunnel ?LIBRE OPINION LETTRES BUDGET QUÉBEC 2019 Penser le transport des personnes L ÉDITORIAL B 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu L\u2019âgisme est réel Après avoir envoyé beaucoup de CV et n\u2019avoir reçu aucun appel, je dois dire que mon moral a pris tout un coup.On se questionne sur le pourquoi.On perd confiance en soi.Puis après quelques jours moroses, on s\u2019y remet.On se dit que ses compétences ne sont peut-être pas à la hauteur.Mais comment se fait-il que personne ne s\u2019intéresse à ma candidature ?Pourtant, quand je travaille, je me trouve vraiment compétent[.] Il faut bien dire que des emplois à 12 $ l\u2019heure nous sont offerts, mais se vendre pour si peu malgré toutes les années d\u2019expérience ainsi qu\u2019un baccalauréat obtenu à l\u2019âge de 53 ans me laisse, je dois le dire, pantois.Les amis nous disent de créer notre propre emploi, mais quand on n\u2019a besoin de travailler que vingt heures par semaine, tout cet entrepreneuriat ne nous appelle pas.Toute la culture accumulée, tout notre sens de la communication plus que peaufiné, et l\u2019effort de se garder en forme pour pouvoir performer à la hauteur des travailleurs dans la vingtaine et la trentaine, se perdent.C\u2019est souvent à ça que ça rime : se raffiner pour devenir un meilleur travailleur ne se voit pas sur un CV.Par contre, les 40 années sur le CV jouent plus contre nous que pour nous.Guy Emond Sherbrooke, le 21 mars 2019 Réforme scolaire M.Camil Bouchard, j\u2019ai lu vos deux articles avec un grand d\u2019intérêt.Mais, plutôt que de tout révolutionner, il me semble que l\u2019on pourrait commencer par trois choses beaucoup plus simples et faciles à mettre en œuvre.Pour augmenter le nombre d\u2019élèves en difficulté dans les écoles privées, ne pourrions-nous pas simplement leur donner la subvention que les écoles publiques reçoivent pour cette catégorie d\u2019élèves en plus de la subvention de base pour chaque élève?Il resterait les frais d\u2019admission, mais la moitié de la solution serait trouvée.Quant à l\u2019accessibilité des projets particuliers dans les écoles publiques, il y a deux obstacles : les frais d\u2019admission et la sélection selon le résultat scolaire (avoir 80 % de moyenne).Il est vrai que ces élèves, ayant moins d\u2019heures de cours dans les matières obligatoires, doivent travailler fort et vite pour y réussir.Mais au lieu d\u2019exiger un préalable de 80 %, ne pourrait-on pas simplement faire signer aux plus faibles une sorte d\u2019engagement à augmenter leurs propres résultats scolaires ?[.] Enfin, pour remédier au peu de participation des citoyens aux élections scolaires, ne pourrait-on pas les faire coïncider avec les élections municipales ?Guy Durand Dunham, le 20 mars 2019 Peut-être devra-t-on commencer par reconnaître le problème de déficit éducatif structurel auquel nous faisons face, envisager de véritables solutions systémiques qui tireront l\u2019école publique, et avec elle tout le Québec, vers le haut ROBERT DUTRISAC B 9 IDÉES LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dans cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs.Nous vous demandons de limiter votre contribution à 5000 caractères, espaces compris, soit environ 550 mots.Envoyez-nous vos textes à redaction@ledevoir.com.Nous communiquerons avec les auteurs dont les textes seront retenus.Les libéraux creusent-ils leur propre tombe ?S \u2019il l\u2019avait voulu, le ministre des Finances Bill Morneau aurait pu facilement équilibrer le budget fédéral cette année, comme son parti avait promis de le faire lors de la campagne électorale de 2015.Les revenus gouvernementaux ayant augmenté de 6 % l\u2019an dernier et de 6,7 % cette année, M.Morneau voyait le déficit fondre comme neige au soleil.Il avait besoin d\u2019un effort supplémentaire pour que le gouvernement n\u2019élimine pas le déficit dès cette année.Le fait qu\u2019il ait choisi non pas d\u2019équilibrer le budget, mais plutôt de recourir à des déficits encore plus grands et même infinis en dit long sur la stratégie électorale des libéraux en 2019.Rappelons qu\u2019en 2015, les libéraux de Justin Trudeau s\u2019étaient engagés à recourir à de légers déficits d\u2019environ dix milliards par année durant les trois premières années de leur mandat afin de stimuler l\u2019économie et d\u2019investir davantage dans les infrastructures.Mais tout devait rentrer dans l\u2019ordre avec le retour d\u2019un budget équilibré en 2019-2020.La décision de 2015 des libéraux de rompre avec la religion des budgets équilibrés, à laquelle même les néodémocrates de Thomas Mulcair avaient adhéré, fut un moment clé de la dernière campagne qui a permis à M.Trudeau de se présenter comme le vrai leader progressiste parmi les trois principaux chefs de parti.Son astuce a fonctionné à merveille, et bien des néodémocrates reprochent toujours à M.Mulcair d\u2019avoir commis une erreur stratégique en cherchant à occuper le centre de l\u2019échiquier politique alors que les libéraux viraient à gauche.On pouvait difficilement critiquer les libéraux d\u2019avoir voulu augmenter les investissements en infrastructures ou promis d\u2019instaurer une allocation pour enfants qui allait grandement contribuer à une baisse de la pauvreté chez les familles canadiennes.Mais en cours de route, le déficit, qui devait être le moyen utilisé pour réaliser des politiques publiques chères aux libéraux, s\u2019est transformé en symbole politique.Les libéraux se sont aperçus que pour l\u2019électorat progressiste qu\u2019ils courtisaient, les budgets équilibrés étaient considérés comme étant l\u2019apanage de la droite s\u2019inscrivant dans une idéologie de marché.Cela explique pourquoi le budget déposé par M.Morneau cette semaine a multiplié les nouvelles dépenses.En l\u2019occurrence, les déficits que prévoit M.Morneau au cours des cinq prochaines années ne sont pas la conséquence des efforts du gouvernement pour aider la classe moyenne canadienne, comme il le prétend, mais bien une fin en soi.À la différence des investissements en infrastructures ou de l\u2019allocation canadienne pour enfants, la plupart des 23 milliards en nouvelles dépenses prévues dans le budget n\u2019ont rien de structurant.Peu des nouvelles mesures annoncées dans le budget répondent à un besoin social criant, mais servent plutôt à prouver que les libéraux ont renoué avec leurs vieilles habitudes interventionnistes et n\u2019ont pas peur de se servir de l\u2019État pour redistribuer la richesse.Le budget libéral place les néodémocrates de Jagmeet Singh dans une position difficile.Afin de ravir le titre progressiste aux libéraux, le NPD devra promettre des déficits encore plus grands et encore plus d\u2019interventions de l\u2019État.Mais en se positionnant davantage à gauche que les libéraux, le NPD verrait son électorat potentiel se rétrécir comme peau de chagrin.Les conservateurs, pour qui le déficit zéro et les baisses d\u2019impôt sont les priorités, se retrouvent avec une autre sorte de problème.En pointant le PC comme le parti de l\u2019austérité, les libéraux veulent convaincre des millions de Canadiens de la classe moyenne qui s\u2019inquiètent pour leur avenir financier que les conservateurs n\u2019ont à cœur que les intérêts des plus riches de la société.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui explique que le dernier budget Morneau ne contenait aucune baisse d\u2019impôt pour les entreprises, malgré les revendications de la communauté d\u2019affaires canadienne, laquelle prétend que la compétitivité canadienne ne cesse de baisser par rapport à celle des États-Unis en raison des baisses d\u2019impôt octroyées par le gouvernement de Donald Trump.Le pari que font les libéraux est que l\u2019économie canadienne, qui a sérieusement ralenti au dernier trimestre de 2018, aura repris du poil de la bête lorsque les Canadiens iront aux urnes.Cela pourrait être en octobre, comme prévu, ou plus tôt, si M.Trudeau décide qu\u2019en attendant jusqu\u2019à l\u2019automne, le climat politique risque de pourrir davantage à son égard.Mais si l\u2019économie tombe en récession dès le printemps, les décisions budgétaires de M.Morneau risquent de revenir le hanter.Une récession ferait monter en flèche les stabilisateurs automatiques, telles les prestations d\u2019assurance-emploi, plongeant Ottawa encore davantage dans le rouge.M.Morneau serait alors perçu comme un mauvais gestionnaire des finances publiques, ayant préféré multiplier les dépenses discutables à des fins électoralistes au lieu de s\u2019être gardé une marge de ma- nœuvre en cas de récession.C\u2019est ainsi que les déficits pourraient vite devenir un boulet électoral.KONRAD YAKABUSKI Michel Roberge Traducteur de l\u2019ouvrage catalan Opération Urnes Au Québec, depuis les années 1960, le nationalisme québécois a connu une grande période d\u2019effervescence.Malgré le désir de libération nationale, le référendum de 1980 a échoué et celui de 1995 a failli porter ses fruits.Depuis cette défaite amère, c\u2019est le politique qui s\u2019est obstiné à tirer sans succès sur la tige florale pour amener les Québécois à faire éclore le projet de pays.Pour leur part, dans le nord-est de l\u2019Espagne, les nationalistes catalans, qui ne se définissaient pas tous encore comme indépendantistes, avaient les yeux tournés vers le Québec, un modèle inspirant.La blessure provoquée par la défaite lors du deuxième référendum a contribué à démobiliser les Québécois qui avaient rêvé d\u2019un pays.Les nouvelles générations ouvertes sur le monde, rassurées d\u2019évoluer dans un État moderne, leurs aînés avaient trouvé un certain réconfort dans les réalisations du PQ, ont développé des intérêts planétaires plus individualistes que collectifs.Dans ce nouveau contexte, le politique a repris le bâton du pèlerin en répétant le modèle initial du jardinier pressé qui s\u2019entête à forcer indûment la croissance de ses plantations afin qu\u2019elles se mettent à fleurir.Un modèle qui, jusqu\u2019à maintenant, n\u2019a donné aucun résultat.En Catalogne, les initiateurs du mouvement indépendantiste ont choisi une tout autre avenue : la mobilisation non partisane de la société civile.Après avoir provoqué des échanges anonymes entre des intervenants aux idéologies politiques divergentes, mais qui avaient en commun de créer la République de Catalogne et les réunir pour leur faire découvrir de nombreux points de convergences, l\u2019Assemblea Nacional Catalana (ANC) a vu le jour en 2011.Une organisation liée à aucune organisation politique, résolue à ne jamais se transformer en parti politique, regroupant des milliers de membres avec pour but l\u2019indépendance politique de la Catalogne sous la forme d\u2019un État de droit, démocratique et social.En étroite collaboration avec une association indépendantiste vouée à la promotion de la langue et de la culture catalanes, Òmnium Cultural, l\u2019ANC a progressivement mobilisé la société civile village par village, ville par ville, profitant de toutes les occasions pour nourrir et faire croître le projet de pays appuyé par une pédagogie des avantages de s\u2019affranchir.Jusqu\u2019à regrouper des millions de personnes dans des manifestations non partisanes, pacifiques, festives forçant les partis politiques à mettre de côté momentanément leurs idéologies sans se saborder ou se fusionner, mais en se coalisant pour appuyer l\u2019organisation d\u2019un référendum sur l\u2019autodétermination : le Partit De- mòcrata Europeu Català (PDeCat) \u2014 libéral et indépendantiste \u2014, l\u2019Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) \u2014 indépendantiste de gauche défenseur d\u2019une république indépendante en Catalogne \u2014 et la Candidatura d\u2019Unitat Popular (CUP) \u2014 indépendantiste entre la gauche et l\u2019extrême gauche.Un contexte politique presque comparable à celui du Québec avec la CAQ (nationaliste et, jusqu\u2019aux dernières nouvelles, non indépendantiste, regroupant des partisans de toutes allégeances), le PQ (indépendantiste) et QS (difficile à dire puisque pour des raisons d\u2019abord idéologiques, le PQ et, sur la scène fédérale, le Bloc québécois, sont pour eux des ennemis à abattre).Auquel s\u2019ajoute une vacuité désolante de la mobilisation de la société civile qui assiste béatement, dans le confort et l\u2019indifférence, à l\u2019autodestruction de la mouvance politique souverainiste.Bien sûr, il existe au Québec une multitude de groupuscules, de groupes, de regroupements, de mouvements\u2026 qu\u2019on peut décliner à partir d\u2019un dictionnaire de synonymes, plus ou moins liés à un parti ou à une idéologie politique.Chacun croit avoir en main la solution au problème.Tous ont échoué à ce jour dans leurs actions égocentriques.Il me semble que l\u2019heure est venue \u2014 « Ara és l\u2019hora », un des slogans 2014 de l\u2019ANC \u2014, comme le chantait Félix, pour le regroupement des forces vives du Québec, la fondation d\u2019une entité véritablement non partisane et n\u2019ayant aucune velléité de se transformer en parti politique, inspirée du modèle catalan.Avec comme objectif de redéfinir et de promouvoir le projet de pays en fonction des attentes de toutes les générations de Québécois.Une sorte d\u2019« ANC » québécoise qui fusionnerait toutes les initiatives éparses avec un but commun : faire du Québec un pays, une république citoyenne, qui, au moment opportun, serait en mesure de faire pression sur les politiciens de toute allégeance afin de passer à l\u2019action.Le cul-de-sac politique actuel me semble une occasion idéale pour un rapprochement avec les dirigeants catalans de l\u2019ANC et d\u2019Òmnium Cultural pour adapter ce modèle de mobilisation fructueux qui poursuit son action malgré l\u2019obstruction du gouvernement espagnol.Au Québec, en 2019, il est temps de sortir du cadre politique inopérant et de trouver de nouvelles façons pour aborder la question nationale en prenant comme assise la société civile.Le modèle catalan pour sortir de l\u2019impasse nationale Caroline Toupin Réseau québécois de l\u2019action communautaire autonome La semaine dernière, le grand public apprenait que le docteur Julien et sa conjointe faisaient face à des dénonciations de harcèlement au sein de leurs équipes et à des démissions massives.Ces informations ont permis à la population en général de découvrir une facette sombre des centres de pédiatrie sociale, en contraste avec l\u2019image idéalisée qui circule.Il ne faudrait cependant pas croire qu\u2019il s\u2019agit uniquement d\u2019un problème de style de gestion.Depuis des années, nous dénonçons les sommes récurrentes que les centres de pédiatrie sociale du docteur Julien raflent par millions versés à même nos deniers publics.Alors que nos organismes communautaires, créés par et pour la communauté, sont affamés, la Fondation du docteur Julien a reçu pas moins de 45 millions depuis 2016 pour financer une trentaine de centres.Même si les centres de pédiatrie se prévalent d\u2019une mission sociale, rappe- lons-nous qu\u2019ils sont gérés comme une entreprise familiale qui appartient à ses fondateurs et non à la communauté.C\u2019est là toute la différence avec les organismes communautaires.De plus, on a souvent mis en avant le caractère «novateur» des centres de pédiatrie sociale du docteur Julien.Or, il s\u2019agit d\u2019un modèle qui est largement inspiré de l\u2019approche des organismes communautaires et des CLSC.Que les CLSC, à l\u2019instar d\u2019autres services publics, ne soient plus capables d\u2019assurer cette mission adéquatement aujourd\u2019hui par manque de ressources devrait nous pousser à mieux les financer plutôt que de créer des avatars privés de ces mêmes services.Alors que le système philanthropique érige des vedettes de la charité, nous, organismes de l\u2019action communautaire autonome (ACA), créons tous les jours des leviers collectifs où les communautés reprennent le pouvoir sur leurs vies.Nous construisons des espaces et des infrastructures résilientes où la solidarité est la valeur qui prime et où les gains ne sont pas seulement quantifiables en nombre de services ou d\u2019individus bénéficiaires, mais en avancement des droits et d\u2019autonomi- sation des collectivités.À peu près dans la même période, nous apprenions que la Fondation McGill recevait un don de 200 millions de dollars de la part des philanthropes John et Marcy McCall MacBain pour financer le séjour universitaire de 15 étudiants par année à l\u2019Université McGill.Soulignons qu\u2019environ la moitié de cette somme est financée par la société québécoise, grâce aux crédits d\u2019impôt.Cette somme représente la moitié de l\u2019augmentation que 4000 organismes d\u2019ACA à travers la province réclament, depuis plusieurs années, pour pouvoir continuer à offrir leurs activités à l\u2019ensemble de la population tous secteurs confondus.Notre système est ainsi fait que de riches donateurs peuvent choisir de soutenir une quinzaine d\u2019étudiants, avec exemption d\u2019impôt, alors que plus de 60 000 travailleurs et travailleuses communautaires sont en survivance.Le 15 mars dernier, l\u2019émission Les francs-tireurs accueillait une table ronde pour mettre en lumière la face cachée de la philanthropie.Les révélations sur les grandes fondations et leur gestion des capitaux, ainsi que sur les sommes astronomiques qui échappent annuellement aux caisses de l\u2019État, sont ahurissantes.Certes, nous ne découvrons pas l\u2019ampleur de ces évasions fiscales drapées de charité, mais voir que cela continue à se produire avec la complicité de nos gouvernements et de nos lois est insoutenable.Bien que plusieurs initiatives partent d\u2019une bonne volonté, le «philantrocapi- talisme» ne remet en question ni le système ni les inégalités.Il faut garder en tête que son impulsion première est l\u2019évitement fiscal et non la justice sociale.Nous avons hâte de voir le jour où nos gouvernements auront le courage de mettre fin aux injustices fiscales et sociales qui permettent à 1% de la population de détenir 80 % de la richesse tout en se privant, en plus, de revenus importants grâce aux crédits d\u2019impôt pour des dons faits à des organismes déjà riches.Nous avons aussi hâte que la solidarité ne soit plus le joujou de cette poignée de dirigeants d\u2019entreprise qui l\u2019utilisent comme un branding pour augmenter leurs profits tout en détournant des millions de nos caisses publiques.La philanthropie est-elle vraiment au service des communautés ?MANU FERNANDEZ ASSOCIATED PRESS Il me semble que l\u2019heure est venue \u2014 « Ara és l\u2019hora », un des slogans 2014 de l\u2019ANC \u2014, comme le chantait Félix, pour le regroupement des forces vives du Québec, la fondation d\u2019une entité véritablement non partisane et n\u2019ayant aucune velléité de se transformer en parti politique, inspirée du modèle catalan B 10 LE DEVOIR D\u2019HISTOIRE LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 L e mouvement social et politique des gilets jaunes est probablement la plus grande crise qu\u2019a vécue la France depuis mai 1968.Cette crise, contrairement à la croyance populaire, n\u2019a rien de surprenant.Elle est en fait le résultat d\u2019un amalgame complexe de problématiques pour lesquelles il n\u2019existe pas de solutions simples.Sur le plan politique, les espoirs suscités par Emmanuel Macron étaient à la hauteur des transformations gigantesques qu\u2019il a provoquées avec le mouvement En marche !.En l\u2019espace de quelques semaines, la Ve République allait mettre fin à la dialectique partisane qui l\u2019animait depuis sa fondation en 1958 en sanctionnant lourdement les partis traditionnels.Au passage, le Parti socialiste a été presque anéanti et les partis de droite, d\u2019allégeance gaulliste, ont subi une très lourde défaite.De plus, la percée de Marine Le Pen au deuxième tour laissait déjà entrevoir que la révolte populaire n\u2019était pas très loin.Il faut se rappeler que les deux prédécesseurs du président Macron n\u2019ont pas réussi à remplir leurs principaux engagements électoraux et que la population avait déjà une faible estime du pouvoir politique.À ce chapitre, il y a donc dans la déception actuelle du « mouvement Macron » un ressentiment envers les échecs successifs de Nicolas Sarkozy et de François Hollande.Si la France devait connaître une troisième présidence « manquée » en 15 ans de vie politique, cela pourrait ouvrir la porte à une révolution politique plus brutale\u2026 Pensons entre autres à la prise du pouvoir par le Front national ou encore à une percée de La France insoumise, qui ne serait pas sans rappeler le Front populaire de la grande crise des années 1930.À cette déception politique s\u2019ajoute une situation économique moribonde.La France connaît depuis longtemps une croissance anémique.Depuis 2012, la croissance moyenne du PIB est de 1 %, ce qui pèse sur l\u2019endettement très élevé du pays et sur la marge de manœuvre des politiciens afin de lancer des réformes en douceur ou encore de proposer de nouvelles mesures sociales.Ce bilan déjà morose est renforcé par une pression fiscale importante, la France étant parmi les pays les plus imposés au monde.Finalement, le taux de chômage demeure très élevé, particulièrement chez les jeunes.Bref, la situation économique laisse peu d\u2019espoir aux citoyens qui se sentent abandonnés par les réformes de Macron et par le dérèglement du système économique.Sur le plan culturel, les Français, au contraire des Québécois, ne sont pas des apôtres du consensus et aiment bien descendre dans la rue.Il y a là un amour véritable de la revendication, souvent violente, ce que prouvent par ailleurs les nombreux épisodes révolutionnaires depuis 1789 et la multitude de régimes.En ce sens, la présidence de Macron et la révolte des gilets jaunes, peu importe le résultat des discussions en cours, signifient peut-être la fin de la Ve République et le début d\u2019une nouvelle phase révolutionnaire.Robespierre et la crise Dans ce moment trouble et agité de la République, qui rappelle le climat social et politique à la veille de la Révolution, certains politiciens n\u2019hésitent pas à se réclamer de, voire à s\u2019identifier à, Robespierre (1758-1794), l\u2019une des figures révolutionnaires les plus controversées de l\u2019Histoire française.D\u2019ailleurs, Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, voit en lui un véritable défenseur du peuple.Maximilien Robespierre, un gilet jaune ?Comme avocat d\u2019Arras épris des Lumières, puis député jacobin à l\u2019Assemblée nationale constituante à Paris, le révolutionnaire n\u2019a cessé de prendre des positions avancées et radicales en faveur des droits du peuple, au point de devenir rapidement aux yeux de tous l\u2019Incorruptible, l\u2019homme public vertueux qui consacre et sacrifie sa vie personnelle à l\u2019intérêt collectif : « Je suis du peuple, je n\u2019ai jamais été que cela, je ne veux être que cela ; je méprise quiconque a la prétention d\u2019être quelque chose de plus.» L\u2019affaire semble donc entendue : Robespierre aurait été un porte-parole du mouvement qui secoue actuellement la France.En réalité, la réponse n\u2019est pas aussi simple qu\u2019elle le paraît à la lumière des polémiques biséculaires qui entourent ce personnage sulfureux.Pour les uns, l\u2019homme de droit et de loi est un grand républicain, pourfendeur des élites et militant de la liberté et de l\u2019égalité pour tous, des plus pauvres de la société jusqu\u2019aux exclus, comme les Juifs et les Noirs.Pour les autres, c\u2019est l\u2019incarnation du mal en politique, le tyran sanguinaire qui fait exécuter ses adversaires politiques en masse, un génoci- daire qui massacre et détruit la Vendée, un idéologue à l\u2019origine de toutes les dérives totalitaires du XXe siècle.Si plusieurs lectures et interprétations sont ainsi possibles et coexistent depuis l\u2019événement révolutionnaire lui-même, c\u2019est que l\u2019homme politique a fini par incarner l\u2019esprit de la Révolution dans toutes ses contradictions et ses ambivalences, à la fois comme expérience fondatrice de la France moderne, mais aussi comme un moment tragique marqué par un régime de terreur et de violence incapable d\u2019instaurer une démocratie stable.Revisiter l\u2019héritage politique et philosophique de cette figure centrale et marquante de la Révolution à travers les événements présents permet de jeter un éclairage original sur le révolutionnaire, tout en inscrivant le mouvement des gilets jaunes dans la longue histoire de la France.Justice populaire Comme l\u2019a bien souligné Marcel Gau- chet dans son dernier et plus récent essai (2018), Robespierre n\u2019est pas un penseur au sens classique, comme Locke, Montesquieu ou Rousseau, son père intellectuel.S\u2019il n\u2019a pas produit de doctrine ni de pensée bien spécifique, c\u2019est lui qui donne à la Révolution sa dimension philosophique, en devenant le porte-parole le plus intransigeant de la Déclaration des droits de l\u2019homme adoptée en août 1789.Des droits pour tous les hommes, peu importe leurs conditions sociales, religieuses ou raciales, tel est le credo du député.C\u2019est ainsi qu\u2019il s\u2019oppose avec véhémence au suffrage censitaire réservé aux plus nantis et à la distinction entre citoyens actifs et passifs qui en découle.Pour Robespierre, c\u2019est remplacer la caste privilégiée des nobles par une nouvelle forme d\u2019aristocratie, la plus insupportable de toutes, celle des riches.Les grands principes fondamentaux et imprescriptibles doivent se traduire dans la pratique de la vie politique et sociale.C\u2019est ici que Robespierre rejoint tout particulièrement les gilets jaunes en traduisant la volonté des sans-voix, des déclassés, bref de la France d\u2019en bas, ceux qu\u2019on appelait à l\u2019époque les sans-culottes.Face aux tenants d\u2019un libéralisme effréné et sans balise, il rappelle la première loi sociale, qui garantit à tous les membres de la société les moyens d\u2019exister.[\u2026] Les aliments nécessaires à l\u2019homme sont aussi sacrés que la vie elle-même.Il appelle à la moralisation du commerce et défend ainsi l\u2019instauration d\u2019un prix juste sur le blé.Comment ne pas faire un parallèle avec les revendications actuelles sur le pouvoir d\u2019achat et plus spécifiquement sur le prix de l\u2019essence ?Robespierre ira jusqu\u2019à proposer un impôt progressif qui épargne les plus pauvres : « Les citoyens dont les revenus n\u2019excèdent point ce qui est nécessaire à leur subsistance doivent être dispensés de contribuer aux dépenses publiques, les autres doivent les supporter progressivement selon l\u2019étendue de leur fortune.» La révolte fiscale fait ainsi écho à des combats menés depuis la Révolution pour une juste contribution de chacun au bien commun.Comment Robespierre aurait-il réagi face aux manifestations et à leurs débordements les plus extrêmes ?Il n\u2019aurait pas été rebuté, bien au contraire.Il aurait justifié les violences au nom d\u2019une certaine justice populaire, en insistant sur le prix à payer pour défendre les droits les plus fondamentaux : « Voulez-vous une révolution sans révolution ?» Il aurait même imputé la responsabilité au pouvoir exécutif : « Quand le peuple meurt de faim, il s\u2019attroupe, il faut donc remonter à la cause des émeutes pour les apaiser.» Et cette cause, ce sont les mesures prises par le gouvernement d\u2019Édouard Philippe sous l\u2019impulsion de la politique générale du président Macron.Dans cette perspective, Robespierre aurait bien scandé au sein de l\u2019hémicycle de l\u2019Assemblée nationale : Macron démission ! Homme d\u2019État Arrêter ici l\u2019exercice de comparaison passerait sous silence le Robespierre homme d\u2019État sous la Terreur (1793- 1794), au moment où la République est menacée de toutes parts.Comme membre le plus influent du Comité de salut public, chargé de mettre en place les politiques d\u2019exception pour sauver la patrie, il porte une lourde responsabilité dans les dérives violentes du régime, comme l\u2019arrestation des leaders populaires enragés (Roux, Varlet, Leclerc) et hébertistes (Hébert, Ronsin, Vincent), et la mise au pas du mouvement des sans-culottes.Le glaive révolutionnaire doit s\u2019abattre sur les ennemis intérieurs qui tentent de désorganiser le gouvernement républicain, ceux que Robespierre désigne comme de faux et ultrarévolu- tionnaires par leur zèle hypocrite et l\u2019excès de patriotisme.En ce sens, l\u2019homme d\u2019État aurait applaudi à l\u2019arrestation d\u2019Éric Drouet, l\u2019un des porte- parole les plus emblématiques des gilets jaunes, et aurait appuyé du même coup la répression policière de toute agitation sociale.Aussi, comme jacobin centralisateur, il aurait vu d\u2019un mauvais œil une contestation disséminée à travers la France qui remet en question le rôle central de Paris.Difficile de prédire avec précision comment Robespierre aurait réagi face au mouvement populaire des gilets jaunes, et les contradictions du personnage nous incitent à la prudence.Chose certaine, il faut bien l\u2019avouer, le grand débat national, malgré un succès relatif, a des odeurs d\u2019opération de marketing politique, ce qui n\u2019est pas sans rappeler l\u2019organisation précipitée des États généraux de 1789\u2026 Le président saura-t-il traduire en gestes concrets les doléances du peuple et tirer ainsi des leçons de l\u2019Histoire ?Les élections européennes en mai offriront une première réponse à cette question.Une fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés d\u2019histoire le défi de décrypter un thème d\u2019actualité à partir d\u2019une comparaison avec un événement ou un personnage historique.Antonin-Xavier Fournier Professeur de science politique, Cégep de Sherbrooke Philippe Munch Professeur d\u2019histoire, Cégep de Sherbrooke Des droits pour tous les hommes, peu importe leurs conditions sociales, religieuses ou raciales, tel est le credo de l\u2019Incorruptible.ILLUSTRATION: TIFFET Pour proposer un texte ou pour faire des commentaires et des suggestions, écrivez à Dave Noël, dnoel@ ledevoir.com.Philippe Munch et Antonin-Xavier Fournier SYLVAIN MARTEL CÉGEP DE SHERBROOKE MOUVEMENT SOCIAL Robespierre, un gilet jaune?Le révolutionnaire n\u2019a cessé de prendre des positions radicales en faveur du peuple LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 B 11 PETITES ANNONCES Fou de cinéma?R E G R O U P E M E N T I M M O B I L I E R BLOOMFIELD AHUNTSIC JEANNE MANCE BERNARD VENDU VENDU D E P R E S T I G E A V R GE LE L Ê JO o d t n ge a e tr o v 1 7 .2 4 1 5 côté sud, luminosité constante dans l\u2019aire de vie.exceptionnel rénové avec goût.Fenestration abondante de la montagne, du Parc Jeanne-Mance, un espace DC, 2C R ON AD N L O R CA IS S R IE L BI O M M S I R IE RT U O C m o c .e bl u 1 3 1 .2 895,000 $ centris 28004764 C, garage, grande terrasse.À deux pas A MONTRÉAL 4564 RUE JEANNE-MANCE 895,000 $ centris 24899868 et secondaire.venue Bernard, des écoles prim A À deux pas de l\u2019 iateur ! face au Parc St-V Spacieux et lumineux C, terrasse, garage.A Magnifique haut de duplex, 3C MONTRÉAL FIELD M .BLOO V A 480 Centris 21691253 a vie de quartier à son meilleur L et parcs.À proximité de tous les services: métro, théâtre, restos immeuble à l\u2019architecture classique des années 20.Unité C, stationnement extérieur A , 2 C e 3 MONTRÉAL APP 9 D R NA R E 1470 B aires .Centris 10411553 ord du Boulevard Gouin.N u A du Parc.ivière, à la piste cyclable et au boisé R ccès à la A C, 2 1/2 SDB, stationnement.A jardin et piscine.4 C Charmante maison victorienne détachée, avec grand MONTRÉAL 12360 RUE DE ST ! de coin dans un -RÉAL AVIS LÉGAUX ET APPELS D\u2019OFFRES AVIS À TOUS NOS ANNONCEURS Veuillez, s\u2019il vous plaît, prendre connaissance de votre annonce et nous signaler immé dia tement toute anomalie qui s\u2019y serait glissée.En cas d\u2019erreur de l\u2019éditeur, sa res pon sa bilité se limite au coût de la parution.AVIS DE CLÔTURE D'INVENTAIRE (795 C.c.Q.) Avis est par les présentes donné qu'à la suite du décès de Andréa Roussin, en son vivant domiciliée au 51, rue Deschamps, Lanoraie (Québec), J0K 1E0, survenu le 21 octobre 2018, un inventaire des biens de la défunte a été dressé conformément à la loi et peut être consulté par les intéressés en l'Étude de Me Karine Lussier, notaire au 691, rue De Montcalm, Berthierville (Québec), J0K 1A0.Donné ce 20 mars 2019.Christiane Doucet, liquidatrice AVIS PUBLIC DEMANDES D\u2019AUTORISATION D\u2019EXERCER UN USAGE CONDITIONNEL Les personnes intéressées sont priées de noter qu\u2019elles pourront être entendues par les membres du conseil d\u2019arrondissement qui statueront, en vertu de la procédure des usages conditionnels du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282), sur les demandes approuvant : - pour une partie du bâtiment projeté portant les numéros 3455-3457, avenue du Musée, l\u2019usage « musée », et ce, conformément au paragraphe 2° de l\u2019article 153 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) [dossier 11948869003], - aux 2ème et 3ème étages du bâtiment portant le numéro 1318, rue Sainte-Catherine Est, l\u2019usage « habitation », et ce, conformément au paragraphe 1° de l\u2019article 247 du Règlement d\u2019urbanisme de l\u2019arrondissement de Ville-Marie (01-282) [dossier 1190607003].La séance du conseil d\u2019arrondissement au cours de laquelle seront étudiées ces demandes aura lieu le mardi 9 avril 2019, à 18 h 30, à la salle du conseil, 800, boulevard De Maisonneuve Est, rez-de-chaussée.Toute personne qui désire obtenir des renseignements relativement à ces demandes d\u2019autorisation peut communiquer avec la Division de l\u2019urbanisme de la Direction de l\u2019aménagement urbain et des services aux entreprises au 514 872-9545 et en mentionnant les numéros de dossiers indiqués précédemment.Fait à Montréal, le 23 février 2019 Le secrétaire d\u2019arrondissement, Domenico Zambito, avocat Cet avis peut également être consulté sur le site Internet de l\u2019arrondissement à l\u2019adresse suivante : www.ville.montreal.qc.ca/villemarie AVIS DE LA PREMIÈRE ASSEMBLÉE Dans l\u2019affaire de la faillite de : 8868212 Canada inc.Personne morale légalement constituée ayant son principal établissement au 104-3140, rue Joseph- Monier, Terrebonne (QC) J6X 4R1 Débitrice AVIS est par les présentes donné que 8868212 Canada inc.a fait cession le 14 mars 2019 et que la première assemblée des créanciers sera tenue le 4 avril 2019 à 10h00 au bureau du Syndic, 400, boul.St-Martin Ouest, bureau 305, Laval.Fait à Laval, le 20 mars 2019 NATHALIE BRAULT SYNDIC INC., Syndic autorisé en insolvabilité Nathalie Brault, CPA, CMA, CIRP, SAI Syndic administrateur 400, boul.St-Martin Ouest, Suite 305 Laval (Québec) H7M 3Y8 Tél.: 450-238-1445 / 514-228-1822 Télec.: 450-933-3405 Appel d\u2019offres REPORT DE LA DATE D\u2019OUVERTURE DES SOUMISSIONS Appel d\u2019offres : PRO-IMM19-0868-01 Descriptif : Services professionnels pour la réfection du toit et des corniches du Centre Communautaire Roussin situé au 12125, rue Notre- Dame Est à Pointe-aux-Trembles : Immeuble de valeur patrimoniale exceptionnelle (juridiction municipale) DATE D\u2019OUVERTURE DES SOUMISSIONS L\u2019ouverture des soumissions prévue pour le 3 avril, est reportée au mercredi 17 avril à 11 h, à la Maison du citoyen située au 12090, rue Notre-Dame Est, Montréal (Québec) H1B 2Z1.Important : Une visite obligatoire des lieux devra se faire entre le 8 et le 12 avril 2019.La date limite pour prendre rendez-vous est le mercredi 10 avril 2019.Montréal, le 23 mars 2019.Le secrétaire d\u2019arrondissement Charles-Hervé Aka HEURES DE TOMBÉE Les réservations doivent être faites avant 16 h pour publication deux (2) jours plus tard.Publications du lundi : Réservations avant 11 h le vendredi Publications du mardi : Réservations avant 16 h le vendredi Avis légaux et appels d\u2019offres AVIS PUBLIC DE NOTIFICATION (articles 136 et 137 C.p.c.) Avis est donné à : Numéro de dossier ROCK VLADIMIR : 16-3355 MONT ROYAL, LONGUEUIL QC, J4T3L2 DJEDJE MARIE-LAURENCE : 63 RUE ROUVILLE, LONGUEUIL QC, J4K2W1 CHARBONNEAU MARC-ANDRE : 2401 RUE APRES APP.9, MARIEVILLE QC, J3M1K3 DENEIGEMENT POLAIRE : 1-4320 LEGAULT, LONGUEUIL QC, J3Y3W8 TURGEON FRANCESCA : 752 TERRASSE DECELLES, LONGUEUIL QC , J4L3T8 505-32-702478-182 505-32-702628-182 505-32-037179-182 505-32-702554-180 505-32-037354-181 de vous présenter au greffe de la Cour du Québec, Division des petites créances, du district de Longueuil situé au 1111 boulevard Jacques-Cartier Est, Longueuil, Qc, J4M 2J6 dans les 30 jours a?n de recevoir la demande introductive d\u2019instance en recouvrement d\u2019une petite créance qui y a été laissée à votre attention.Vous devez répondre à cette demande dans le délai indiqué dans l\u2019avis d\u2019assignation qui l\u2019accompagne, sans quoi un jugement par défaut pourrait être rendu contre vous et vous pourriez devoir payer les frais de justice.Le présent avis est publié aux termes d\u2019une ordonnance rendue le 13 mars 2019 par le gref?er dans les dossiers portant les numéros ci-haut mentionnés.Il ne sera pas publié à nouveau, à moins que les circonstances ne l\u2019exigent.Longueuil, le 21 mars 2019.Maharani Luxmi Gooljar, Gref?ère-adjointe de la Cour du Québec MÉTÉO LEDEVOIR // LES SAMEDI 23 ET DIMANCHE 24 MARS 2019 B 12 PETITES ANNONCES R E G R O U P E M E N T I M M O B I L I E R Boisé DU GOLF 514.913.7882 MICHEL BERGERON 514-824-4541 Courtier immobilier agréé, Re/max Alliance inc.AHUNTSIC (VIEUX-BORDEAUX) LAVAL VISITE LIBRE - Dimanche 24 mars 14h à 16h Charlotte MICHAUD cmichaud@sutton.com 514.894.0866 10h à 22h groupe sutton-immobilia inc.Agence immobilière 514.272.1010 Depuis bientôt 31 ans | | | realta.ca | 514 789 2889 courtier immobilier agréé ÉQUIPE FRANÇOIS BISSONNETTE J\u2019ai fondé REALTA en janvier 2008 sur une promesse : faire du courtage immobilier de façon différente, résolument moderne.Pour nos clients.En faisant de la satisfaction de leurs exigences notre raison d\u2019être.C\u2019est notre image de marque et le fondement de notre succès.C\u2019est une question de valeurs.V I S I T E S L I B R E S d i m a n c h e 1 4 h à 1 6 h S U R R E N D E Z - V O U S c o n t a c t e z - n o u s ! 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