Le devoir, 13 avril 2019, Cahier B
[" n a retrouvé le corps de Dhanraj Nav- hate deux semaines avant l\u2019élection dans un trou qu\u2019il avait creusé sur sa terre pour y installer un puits.Avant d\u2019ingurgiter de l\u2019insecticide, le fermier criblé de dettes avait pris soin d\u2019écrire une lettre expliquant les raisons de son geste.Il y accusait explicitement l\u2019administration du premier ministre Na- rendra Modi de l\u2019avoir poussé au bord du gouffre.« Honte au gouvernement.Le Parti du Congrès, lui, s\u2019occupait de chacun de nous.» Durant ses 52 années de vie, Dhanraj Navhate en avait connu des misères, comme tous les fermiers du Vidarbha, cette région agricole du Maharashtra sujette aux aléas de la nature, devenue l\u2019épicentre d\u2019une vague de suicides.Mais au cours des derniers mois, tout avait convergé pour rendre la vie de Dhanraj impossible.La dernière récolte de coton sur sa terre de quatre acres et demie avait été dévastée par la vermine.La précédente n\u2019avait pas été bonne non plus.Sans revenu, il ne pouvait espérer repayer l\u2019emprunt qu\u2019il avait contracté pour acheter les semences.Seul le programme gouvernemental d\u2019effacement de la dette des fermiers aurait pu lui permettre de repartir à zéro.Or, il n\u2019avait pu en voir la couleur, le long et ardu système bureaucratique indien n\u2019ayant toujours pas réalisé le transfert à son nom des titres de propriété de terres détenues par sa mère aujourd\u2019hui décédée.Puis, il y a deux mois, un événement qui aurait dû être heureux est venu ajouter à son fardeau.Sa fille cadette a dû subir d\u2019urgence une césarienne pour donner naissance dans un hôpital privé.Afin de trouver l\u2019argent nécessaire pour l\u2019opération, M.Navhate a dû con - tracter un autre emprunt, cette fois auprès d\u2019un usurier pratiquant des taux d\u2019intérêt très élevés.Avec le temps des semences qui approchait, Dhanraj Navhate allait devoir solliciter de nouveau les banques pour obtenir un crédit.Mais vu son historique de mauvais payeur, ses chances de succès étaient pratiquement inexistantes.L\u2019insecticide lui a semblé la meilleure solution.Quitte à laisser sa femme et leur fils de 19 ans se dépêtrer avec sa succession.Plus chanceux que son frère Assis sur le lit de son défunt frère, Suresh Navhate raconte les déboires de son cadet, dont le portrait trône sur un mur de la modeste maisonnette depuis sa mort.Suresh aussi est ressorti endetté de la dernière récolte.Mais il garde l\u2019espoir que le gouvernement vienne éponger son dû auprès des banques.Comme l\u2019année dernière.«Sinon, je ne vois pas comment je pourrai repayer.» C\u2019est d\u2019ailleurs pourquoi, en dépit des accusations de son frère à l\u2019encontre du parti au pouvoir, il comptait tout de même voter pour le BJP lorsque Le Devoir l\u2019a rencontré mardi, deux jours avant le scrutin.« [Narendra Modi] est un bon leader.Il a dit qu\u2019il allait aider les fermiers et annuler nos dettes.» Peu avant la mort de son frère, Suresh a vu apparaître dans son compte bancaire 2000 roupies (40 $) sans qu\u2019il ait eu à remplir de formulaire pour les obtenir.C\u2019était le premier de trois versements d\u2019une aide annuelle que le gouvernement a décrétée pour les fermiers peu avant le déclenchement des élections.En raison de l\u2019impasse bureaucratique dans laquelle Dhanraj était embourbé, il n\u2019avait quant à lui pas eu droit à ce montant.Chacun pour soi À quelques dizaines de kilomètres de la maison de Dhanraj Navhate, dans le village de Dabhadi, les avis sont partagés quant à savoir si Narendra Modi a tenu les promesses faites lors l\u2019élection précédente.En mars 2014, en pleine campagne, c\u2019est dans cette localité de 3000 âmes que l\u2019aspirant premier ministre s\u2019était rendu pour un événement baptisé « Discussion autour d\u2019un thé avec des paysans ».Durant cette rencontre, il avait notamment promis de faire passer la marge de profit des fermiers à 50 % de leur coût de production, d\u2019augmenter les prix minimums d\u2019achat par l\u2019État des différentes récoltes et d\u2019améliorer les infrastructures de micro-irrigation afin que les cultivateurs ne soient plus à la merci des humeurs de la mousson.Aucune de ces promesses n\u2019a été remplie dans son entièreté et les suicides ont continué au Vidarbha comme ailleurs à travers le pays.À Dabhadi, toutefois \u2014 où on n\u2019a recensé qu\u2019un seul suicide depuis la dernière élection, contre 28 les années précédentes \u2014, le taux de satisfaction à l\u2019égard du gouvernement semble directement lié à la hauteur des bénéfices personnellement obtenus et au niveau d\u2019endettement de chacun.Jiwan Ade, par exemple, n\u2019a que de bons mots pour le premier ministre.« Avant, il n\u2019y avait aucun développement ici.Modiji a dit que tout serait fait, et regardez maintenant nos routes neuves et notre nouvelle tour d\u2019eau ! Il a aussi fait passer le prix d\u2019achat du coton de 5000 à 7000 roupies par 100 kg, et celui du soja de 2700 à 3700 roupies », lance avec enthousiasme le fermier de 46 ans, qui a déjà vu ses dettes effacées grâce au programme gouvernemental.« Il n\u2019a peut-être pas doublé nos revenus, mais il y a eu une amélioration », ajoute-t-il.Datta Wasnik, de son côté, est dans une moins bonne posture.Ses dettes ont été effacées de l\u2019ardoise l\u2019an dernier, mais pas cette année.«[Le gouvernement précédent] aussi effaçait les dettes, ce n\u2019est rien de nouveau», souligne-t-il.Son amertume perceptible à l\u2019égard du gouvernement sortant vient aussi du fait qu\u2019il a perdu à la loterie du développement : sur les 50 fermiers du village qui ont demandé cette année une aide pour irriguer leur terre, seuls 8 ont été pigés.Et il n\u2019en faisait pas partie.LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 DEVOIR DE PHILO Le politiquement correct comme pathologie du conformisme B 7 CANADA Victoire probable de Jason Kenney en Alberta B 4 POLITIQUE La déclaration qui tue: la chronique de Michel David B 5 ÉLECTION AUX CONTOURS RÉFÉRENDAIRES \u2022 L\u2019« HINDOUÏTÉ » DANS LES CERCLES DU POUVOIR \u2022 B 2, B 3 Durant son premier mandat, le gouvernement de Narendra Modi a échoué à freiner l\u2019épidémie de suicides chez les fermiers, dont 40 mettent fin à leur vie chaque jour.Au Vidarbha, plusieurs paysans se raccrochent encore aux promesses d\u2019avenir meilleur du premier ministre sortant.FRÉDÉRICK LAVOIE À PAHAPAL, INDE COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019INDE AUX URNES La détresse et l\u2019enchantement Une vague de suicides chez des fermiers endettés, déçus des promesses du gouvernement O FRÉDÉRICK LAVOIE PERSPECTIVES arendra Modi a fait rêver en 2014.De gouvernance transparente et ordonnée.De développement manufacturier et d\u2019emplois par millions, de toilettes pour tous\u2026 Une large part de l\u2019électorat ne demandait qu\u2019à croire aux miracles au terme de huit ans de gouvernement du vieux Parti du Congrès, grevé à répétition par les scandales de corruption.Résultat : aux élections de 2014, son BJP (Parti du peuple indien, droite nationale religieuse) a remporté 282 des 545 sièges au Lok Sabha, la Chambre basse du Parlement, décrochant à lui tout seul une majorité d\u2019une ampleur inédite en 30 ans.Un tsunami qui a réduit à 45 petits sièges un Parti du Congrès mal porté par Rahul Gandhi, jeune leader dynastique dépassé par les événements.Populisme à l\u2019indienne En premier ministre à l\u2019orée de nouvelles élections générales, M.Modi fait sans doute moins rêver, mais reste très populaire.L\u2019homme est charismatique et en impose.Envieux de l\u2019efficacité avec laquelle la Chine applique son modèle de développement, il participe de la vague de populisme autoritaire qui déferle sur la planète.Une popularité quand même «un brin mystérieuse», juge le politologue Gilles Verniers, joint à Delhi cette semaine, considérant qu\u2019elle persiste « malgré l\u2019absence de progrès économiques et un bilan somme toute très mitigé ».S\u2019il est réaliste de penser que le BJP arrivera à décrocher un deuxième mandat en s\u2019appuyant au besoin sur des partenaires de coalition, très peu le croient capable de répéter l\u2019exploit d\u2019une supermajorité comme en 2014.Face à un Rahul Gandhi aujourd\u2019hui plus aguerri, remarque pour sa part Bal- veer Arora, ex-recteur de la grande université publique Jawaharlal Nehru (JNU), il se trouve que «Modi n\u2019a pas réussi à projeter autre chose que son personnage».Pour avoir « tout fait tourner autour de lui », ces élections se résument en grande partie, selon lui, à un référendum sur sa personne.On se gratte encore la tête devant la décision-surprise du gouvernement Modi, prise en novembre 2016, de procéder à la démonétisation de 80 % des billets en circulation au nom de la lutte contre l\u2019évasion fiscale.Une mesure qui a frappé de plein fouet les petites gens, dans un pays qui compte 600 millions de pauvres et où les petits épargnants, sans compte de banque, cachent leurs économies sous leur matelas.Paradoxalement, M.Modi en a peu payé le prix sur le plan politique, parvenant jusqu\u2019à preuve du contraire à faire avaler la couleuvre qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019une mesure anticorruption de justice sociale qui allait essentiellement affecter l\u2019argent sale des sales riches.Alors qu\u2019en fait, dit M.Arora, elle a touché bien moins les nantis que «tout le petit monde qui épargnait pour ses vieux jours».L\u2019introduction chaotique, en juillet 2017, d\u2019une TVA panindienne n\u2019a pas été plus réussie.Aussi nécessaire que soit cette réforme fiscale, son adoption a été le résultat de compromis complexes qui ont particulièrement empoisonné la vie des PME, qui sont un des principaux vecteurs de création d\u2019emplois.Or, le chiffre le plus couramment entendu veut qu\u2019il faille créer 10 millions d\u2019emplois par année pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail.Les « Modinomics » sont loin du compte.Chômage des jeunes : 28 %.Si l\u2019ouverture économique des 30 dernières années a élargi la classe moyenne (une classe moyenne bien fragile, insiste M.Arora), il reste que la conjugaison du système de castes et du développement capitaliste a creusé les inégalités.Nulle part la pauvreté n\u2019est-elle plus aiguë que dans le monde agricole, où la crise, ancienne, est aggravée par le réchauffement climatique.La pollution à Delhi fait les grands titres internationaux, le sort des agriculteurs, si peu, alors que l\u2019Inde demeure pourtant un pays majoritairement rural.Sur les enjeux environnementaux, les politiciens, toutes tendances confondues, font l\u2019impasse.Radicalisme hindou Alors quoi ?Il se produit en partie ce que beaucoup avaient prédit il y a cinq ans.À savoir que, faute d\u2019accomplir le miracle économique qu\u2019il faisait miroiter, il cultiverait naturellement les ressorts de son idéologie hindouiste \u2014 et antimusulmane (lire : l\u2019hindutva, cette idée que n\u2019est Indien que celui qui est hindou).Ce qui fait de M.Modi un Donald Trump avant la lettre par la façon dont il mobilise sa base.Lui qui, comme l\u2019autre, tweete abondamment, aura mis des mois en 2017 à condamner une série d\u2019au moins dix meurtres et lynchages islamophobes, commis un peu partout dans le pays par des extrémistes ou des groupes de personnes au nom de la défense de la vache, animal sacré dans l\u2019hindouisme.Comme il a eu tendance à garder le silence sur la violence faite aux femmes dans la foulée de viols perpétrés, là encore, par des radicaux hindous par haine antimusulmane.C\u2019est suivant la même logique qu\u2019après la victoire du BJP dans l\u2019État clé d\u2019Uttar Pradesh aux élections régionales de mars 2017, Modi a installé au pouvoir à Lucknow Yogi Adityanath, prêtre et leader radical d\u2019une organisation ultrahindouiste.Alors quoi ?Le Pakistan.L\u2019attentat à la voiture piégée qui a tué 41 paramilitaires indiens au Cachemire, en février, a fourni au BJP une occasion en or de détourner la conversation et de brandir le drapeau du patriotisme et de la sécurité nationale.« On connaît la chanson depuis longtemps, dit M.Arora, joint par WhattsApp.Modi se sent obligé de la chanter plus fort.» Polarisation Avec le résultat, dit le prof Verniers, que « l\u2019Inde d\u2019aujourd\u2019hui est à bien des égards différente de celle de 2014.Une société plus polarisée et plus intolérante, avec davantage de violence contre la minorité musulmane et les basses castes.Les attaques contre les journalistes et les intellectuels se sont multipliées.Des tensions qui existent en Inde depuis longtemps se sont exacerbées».Ainsi va la vie dans la démocratie la plus grande \u2014 quantitativement \u2014 du monde.L\u2019Inde est une mosaïque sociale et culturelle compliquée \u2014 marquée depuis une dizaine d\u2019années, il faut le souligner, par l\u2019émergence d\u2019un large mouvement collectif de défense des droits des femmes.Cette complexité, dit Verniers, fait en sorte que les résultats des élections indiennes sont « fondamentalement imprévisibles ».Électoralement, il s\u2019agit d\u2019une démocratie, certes, fondée sur les deux grands partis que sont le BJP et le Congrès.Mais pas seulement, com - me une panoplie de partis régionaux jouent sur la scène fédérale un rôle important.Les partis régionaux alliés au Congrès \u2014 en Uttar Pradesh, au Maharashtra, au Tamil Nadu, etc.\u2014 ont été déboussolés par le raz-de-ma- rée de 2014.Ils ont refait leurs forces depuis, explique M.Arora, par ailleurs spécialiste du fédéralisme indien.« Beaucoup va se jouer autour de ces partis.» GUY TAILLEFER COLLABORATEUR LE DEVOIR LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 PERSPECTIVES DOSSIER L\u2019INDE AUX URNES B 2 L\u2019Inde se lance dans l\u2019exercice démocratique plus grand que nature de ses élections quinquennales : 900 millions d\u2019électeurs seront appelés aux urnes en sept étapes, l\u2019entreprise culminant avec le dépouillement des votes le 23 mai.Une élection aux contours référendaires Narendra Modi avait été élu en 2014 sur la promesse de création d\u2019emplois Le premier ministre sortant Narendra Modi a présenté le manifeste politique de son parti à New Delhi.AGENCE FRANCE-PRESSE Aux élections de 2014, un tsunami avait réduit à 45 petits sièges le parti du Congrès, mal porté par Rahul Gandhi, jeune leader dynastique.SANJAY KANOJIA AGENCE FRANCE-PRESSE 1,3 milliard C\u2019est le nombre d\u2019habitants.900 millions C\u2019est le nombre d\u2019électeurs.600 millions C\u2019est le nombre de pauvres.500 millions C\u2019est la population privée de toilettes.N l n\u2019existe que deux types d\u2019Indiens : les hindous, et les hindous qui s\u2019ignorent.L\u2019hindouisme n\u2019est pas une religion, mais un mode de vie et un état d\u2019esprit compatibles avec toutes les pratiques religieuses, y compris l\u2019islam et le christianisme.C\u2019est en somme l\u2019idée derrière l\u2019hindutva, ou « hindouïté », l\u2019idéologie promue par Narendra Modi et son Parti du peuple indien (BJP).Le premier ministre sortant assure ainsi ne faire aucune discrimination entre les 80 % de citoyens indiens de confession hindoue et ceux issus de minorités religieuses.« Mon gouvernement n\u2019a rien fait pour les musulmans et il ne fera rien pour eux dans le futur.Mon administration n\u2019a rien fait pour les hindous non plus.Nous travaillons seulement pour le bien-être des gens », a-t-il réitéré récemment en entrevue à une chaîne télévisée indienne.Dans la tête des tenants de l\u2019hin- douïté, tout ce qui est bon pour l\u2019hindouisme est bon pour le pays.Il y a encore six ans, Riyas Khan, un musulman pratiquant de Nagpur, voulait croire à cette harmonie possible entre les hindous nationalistes et les citoyens issus de groupes minoritaires.Il a joint la Plateforme nationale musulmane (MRM), une aile du puissant Rashtriya Swayamsevak Sangh (Organisation volontaire nationale, RSS), le groupe nationaliste hindou d\u2019extrême droite auquel Narendra Modi et plusieurs membres de son entourage ont appartenu durant leur jeunesse.«On nous avait juré que ce n\u2019était pas un groupe politique et qu\u2019on voulait aider les musulmans à obtenir une meilleure éducation, raconte le technicien en câblodistribution de 38 ans.Mais quand le BJP est arrivé au pouvoir en 2014, on nous a dit que nous devions travailler pour eux.On nous avait promis des places dans des comités gouvernementaux pour les minorités et d\u2019autres avantages, mais nous n\u2019avons rien reçu.» Riyas a fini par réaliser que le RS et le BJP cherchaient seulement à l\u2019utiliser pour prouver qu\u2019ils n\u2019étaient pas antimu- sulmans et que les musulmans appuyaient les revendications hindouistes.« Nous avons beaucoup fait pour eux, mais quand nous avons demandé au RSS si nous pouvions tenir une célébration de rupture du jeûne sur leur terrain, ils ont catégoriquement refusé.» En novembre l\u2019an dernier, les membres de la Plateforme nationale musulmane se sont fait demander de poser pour les photographes en tenant des affiches où on pouvait lire : « Nous jurons sur Dieu que nous allons construire le temple ici même.» Plusieurs membres ont quitté l\u2019organisation après cet incident, dont Riyas, qui a joint le Parti du Congrès.Car le temple auquel faisait référence l\u2019affiche est au cœur de l\u2019une des disputes les plus explosives entre hindous et musulmans en Inde.Le temple de la discorde En décembre 1992, des militants du BJP, du RSS et d\u2019autres groupes de la famille safran \u2014 la couleur des nationalistes hindous \u2014 ont détruit une mosquée dans le nord de l\u2019Inde.Selon eux, elle avait été édifiée sur le lieu prétendu de naissance de Ram, un roi important dans la mythologie hindoue.La démolition de la mosquée Babri a déclenché une vague de violence à travers le pays qui a fait plus de 2000 victimes, principalement des musulmans.Depuis un quart de siècle, la Cour suprême repousse sa décision sur le litige de propriété du terrain où se trouvait la mosquée.Dans son programme électoral, le BJP promet de tout faire pour que soit construit le temple à Ram.Questionné récemment par la télévision indienne à savoir s\u2019il désirait personnellement voir un temple sur ce site, Narendra Modi a répondu: «Qui ne le voudrait pas?» Selon un sondage réalisé au début de l\u2019année, 22 % des Indiens ne veulent pas du temple, contre 69 % qui approuvent son édification.La firme de sondage n\u2019a toutefois pas ventilé les résultats en fonction de l\u2019appartenance religieuse des répondants.Pour les nationalistes hindous, s\u2019opposer à la construction du temple à Ram, c\u2019est s\u2019opposer aux intérêts de l\u2019Inde entière.Au nom d\u2019une vache Idem en ce qui a trait à la question de l\u2019abattage des vaches \u2014 animal sacré pour plusieurs hindous \u2014, une pratique que le gouvernement de Narendra Modi cherche à faire interdire à la grandeur du pays, mais à laquelle certains États résistent.L\u2019arrivée au pouvoir du BJP en 2014 a donné une légitimité \u2014 non légale, mais politique \u2014 aux milices autoprocla- mées de défense de la vache qui s\u2019en prennent aux gens soupçonnés de détenir de la viande bovine ou de transporter des vaches dans le but de les abattre.Violences en hausse Les violences entre hindous et musulmans \u2014 liées à la vache ou non \u2014 ne sont pas chose nouvelle en Inde, mais elles ont fortement augmenté depuis l\u2019arrivée au pouvoir du BJP, selon les données de Hate Crime Watch, une organisation qui recense les crimes haineux.En 2014, 18 cas avaient été recensés.L\u2019an dernier, 93 attaques motivées par la religion ont coûté la vie à 30 personnes.Les deux tiers des victimes étaient musulmanes, un groupe qui ne compte que pour 14% de la population du pays.Nitin Gadkari, ministre des Transports routiers et des Autoroutes dans le gouvernement Modi, rejette les accusations selon lesquelles le BJP est un parti diviseur.« Certaines personnes voudraient dépeindre le BJP comme le parti d\u2019une seule communauté, un parti contre les minorités.Mais ce n\u2019est que pour aller chercher des voix et semer la confusion.Nous protégeons tous les citoyens de l\u2019Inde », disait jeudi au Devoir ce poids lourd du BJP.Comme le premier ministre, Nitin Gad- kari a aussi passé ses premières années de militantisme au sein du RSS, une organisation considérée comme le cœur idéologique de l\u2019hindouïté et maintes fois bannie, notamment après l\u2019assassinat du Mahatma Gandhi par l\u2019un de ses membres.Lorsqu\u2019on lui demande s\u2019il est vrai que le RSS possède une grande influence sur le gouvernement actuel, il sourit: «IIs n\u2019ont pas besoin de nous influencer.Nous sommes déjà dévoués à la cause.» LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 PERSPECTIVES B 3 Sous Narendra Modi, l\u2019idéologie de l\u2019« hindouïté » a plus que jamais fait son chemin dans les cercles de pouvoir en Inde.Dans la rue, l\u2019affirmation identitaire de la majorité s\u2019est traduite par une hausse des crimes contre les minorités.FRÉDÉRICK LAVOIE À NAGPUR, INDE COLLABORATEUR LE DEVOIR L\u2019« hindouïté » a fait son nid dans les cercles du pouvoir Les crimes contre les minorités religieuses sont en hausse Un bureau de vote dans l\u2019État de l\u2019Odisha.On s\u2019attend à ce que, pour la première fois, les femmes votent en plus grand nombre que les hommes.ASIT KUMAR AGENCE FRANCE-PRESSE INFORAPHIE LE DEVOIR En vrac Les élections générales en sept étapes du 11 avril au 19 mai.Le comptage des voix et l\u2019annonce des résultats se feront le 23 mai.Un million de bureaux de vote, 464 partis enregistrés.Deux partis principaux : le BJP (Parti du peuple indien, droite) du premier ministre sortant Naren- dra Modi et le parti du Congrès (social-démocrate), emmené par Rahul Gandhi, héritier de la dynastie qui remonte au père de l\u2019indépendance Jawaharlal Nehru.Les élections de 2014 : le BJP a remporté 282 des 545 sièges du Lok Sabha, la chambre basse du Parlement.Jamais un parti n\u2019avait décroché pareille majorité en 30 ans.Le Congrès a été décimé (45 sièges).Système électoral : scrutin uninominal à un tour comme au Canada.Population : la moitié des habitants a moins de 25 ans.Classe moyenne : 300 millions de personnes.Langues officielles : hindi et anglais; 22 langues sont en outre reconnues dans la Constitution.Composition religieuse : 80 % d\u2019hindouistes, 14 % de musulmans.PIB : 2,6 mille milliards $US, le cinquième de celui de la Chine.L\u2019Uttar Pradesh : État électoral clé avec ses 200 millions d\u2019habitants.Le Cachemire : point focal de l\u2019historique conflit indo- pakistanais.Le Tamil Nadu : l\u2019un des États qui a su le mieux conjuguer développement économique et progrès social.L\u2019État le plus alphabétisé du pays.Le Gujarat : terre natale du mahatma Gandhi et fief du premier ministre Narendra Modi.Cœur battant de l\u2019idéal néolibéral indien.Mon gouver - nement n\u2019a rien fait pour les musulmans et il ne fera rien pour eux dans le futur.Mon adminis - tration n\u2019a rien fait pour les hindous non plus.Nous travaillons seulement pour le bien-être des gens.NARENDRA MODI » I Des musulmans partisans du Social Democratic Party indien soulignaient, en décembre dernier, le 26e anniversaire de la destruction de la mosquée de Babri par des intégristes hindous.Le temple plusieurs fois centenaire est aujourd\u2019hui considéré comme un symbole de la confrontation religieuse dans le pays.SAJJAD HUSSAIN AGENCE FRANCE-PRESSE bonifier l\u2019assurance médicaments des personnes âgées ; et de garder le cap pour réduire les émissions de GES de la province tout en développant l\u2019énergie renouvelable.Les Albertains lui reprochent toutefois de s\u2019être alliée à Justin Trudeau, en imposant une taxe carbone en échange d\u2019u n e p ro m e s s e d\u2019o l é o d u c ve rs l\u2019Ouest.Et le projet Trans Mountain est encore à l\u2019étude, déplore-t-on dans la province.« Les gens sont très en colère.Ils ont l\u2019impression que le gouvernement fédéral n\u2019a pas respecté sa parole.Et Rachel Notley en paie le prix », observe le professeur Taras.La prochaine cible : Justin Trudeau Jason Kenney a justement fait campagne en misant sur cette frustration et le sentiment que ressentent de plus en plus d\u2019Al- bertains d\u2019être ignorés par Ottawa.À tel point que les experts doutent que le ton change, une fois M.Kenney élu.« Il serait difficile [pour lui] d\u2019adoucir le ton puisqu\u2019il a fomenté cette colère ou qu\u2019il en a à tout le moins profité, observe le professeur de sciences politiques à l\u2019Université Mount Royal Duane Bratt.Je ne vois pas comment il pourrait faire marche arrière et remettre le génie dans la bouteille.» L\u2019ex-stratège conservatrice Rachel Curran, qui a conseillé de façon informelle la campagne Kenney, martèle toutefois que le chef sera pragmatique une fois au pouvoir.La gestion de la province l\u2019emportera sur les chicanes avec Ottawa.«Ce ne sera pas simplement du dénigrement à tous les vents contre Justin Trudeau », insiste-t-elle, en notant que l\u2019ex-ministre fédéral comprend le fonctionnement de la fédération.«Il va faire le nécessaire pour obtenir des résultats pour l\u2019Alberta.Et si cela implique de collaborer avec le gouvernement fédéral, il va le faire.Il ne va pas se laisser distraire avec des chicanes inutiles ou des insultes croisées dans les médias.» Mais le professeur Taras n\u2019exclut pas, au contraire, une « guerre ouverte » avec Ottawa.Son collègue Duane Bratt prédit quant à lui rien de moins qu\u2019une crise d\u2019unité nationale et une crise constitutionnelle.Car M.Kenney promet un référendum pour retirer la péréquation de la Constitution, de contester la taxe carbone fédérale devant les tribunaux (comme l\u2019Ontario, la Saskatchewan, le Manitoba et le Nouveau-Brunswick), et de s\u2019opposer aux projets de loi fédéraux qui resserrent les règles d\u2019exploitation et d\u2019exportation pétrolière.LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 PERSPECTIVES B 4 MAGDALINE BOUTROS LE DEVOIR Dans ce petit pays du Moyen-Orient, dont l\u2019histoire est si intimement liée à celle de la Palestine, une alliance conclue avec des partis d\u2019extrême droite considérés comme racistes permettra au premier ministre Benjamin Nétanyahou de se maintenir à la tête de l\u2019État hébreu pour un 5e mandat.Jouissant d\u2019un certain laisser-faire de la communauté internationale, «Bibi» pourrait bien procéder, comme promis en campagne électorale, à l\u2019annexion des colonies juives de peuplement en Cisjordanie, portant un nouveau coup à toute tentative de résolution du conflit israélo-palestinien.Mais ce processus de paix était déjà sinon mort, à tout le moins sous le respirateur artificiel, rappellent des experts.« Ce n\u2019est pas un coup de grâce au processus de paix, puisque ce processus n\u2019existe tout simplement pas », laisse tomber en entrevue Yakov Rabkin, professeur d\u2019histoire à l\u2019Université de Montréal et auteur du livre Comprendre l\u2019État d\u2019Israël.Selon lui, c\u2019est toute la rhétorique autour de la question israélo-palestinienne qu\u2019il faut réviser.« Plutôt que de parler de conflit, il vaut mieux parler d\u2019occupation israélienne des territoires palestiniens parce qu\u2019un conflit présuppose un certain équilibre entre deux parties, alors que là, il n\u2019y a aucun équilibre », poursuit-il, évoquant d\u2019un côté la présence d\u2019une puissance mondiale nucléaire et de l\u2019autre, une population civile politiquement désorganisée.L\u2019utilisation du terme « conflit » mène à « une erreur de compréhension » dans laquelle s\u2019enfonce l\u2019Occident, croit M.Rabkin.Depuis 1967, Israël occupe Jérusalem- Est ainsi qu\u2019une partie du plateau syrien du Golan et de la Cisjordanie.Quelque 450 000 colons israéliens vivent dans des implantations civiles en Cisjordanie.Celles-ci sont illégales en vertu du droit international, mais, à quelques jours du vote de mardi, Benjamin Néta- nyahou a promis de les annexer officiellement à l\u2019État hébreu.Une proposition qui visait à rallier des partis d\u2019extrême droite à la coalition menée par le Li- koud, que Nétanyahou dirige depuis 2005.Malgré toute une série de poursuites pour corruption, fraude et abus de confiance qui lui pendent au bout du nez, le politicien de 69 ans, victorieux, sera ainsi appelé à former le prochain gouvernement.Fin de la solution à deux États ?Pour certains observateurs, la réélection de Nétanyahou sonne le glas à la solution à deux États, déjà morte et enterrée aux yeux d\u2019autres intervenants.Contenue dans les accords d\u2019Oslo de 1993, cette « solution » préconise la création d\u2019un État palestinien vivant pacifiquement aux côtés d\u2019Israël.Bien qu\u2019il ne se dise pas aussi pessimiste, Thomas Juneau, professeur à l\u2019École supérieure d\u2019affaires publiques et internationales de l\u2019Université d\u2019Ottawa, reconnaît que la « solution à deux États devient extrêmement difficile à atteindre ».Rien ne permet toutefois d\u2019affirmer qu\u2019elle aurait été ravivée par l\u2019élection de Benny Gantz, l\u2019ancien chef d\u2019État-major de l\u2019armée israélienne qui, à la barre de la coalition Bleu-Blanc, a franchi le fil d\u2019arrivée deuxième aux élections législatives de mardi.« Le conflit est tellement profond, Israël a réalisé énormé- ISRAËL « Le processus de paix n\u2019existe tout simplement pas » L\u2019élection albertaine de mardi prochain annonce un séisme politique qui risque de secouer le pays en entier.Tout indique que le conservateur Jason Kenney prendra le pouvoir des mains de la néodémocrate Rachel Notley.Une victoire qui viendrait causer bien des maux de tête à Justin Trudeau à la veille de l\u2019élection fédérale.MARIE VASTEL CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À OTTAWA LE DEVOIR À trois jours du scrutin en Alberta, les sondages sont unanimes : le Parti conservateur uni de Jason Kenney est presque assuré d\u2019être élu.Les coups de sonde des dernières semaines lui donnent tous des appuis avoisinant les 50 %.L\u2019agrégateur de sondages de CBC donne une moyenne de 49,7 % d\u2019appuis aux conservateurs de Jason Ken- ney, contre 38,2 % aux néodémocrates de la première ministre sortante, Rachel Notley.M.Kenney aurait 99 % de chances d\u2019être élu avec une majorité.La sondeuse indépendante de Calgary Janet Brown reconnaît que les sondages ont fait erreur lors de récentes élections.« Mais je ne crois pas que ce soit probable cette fois-ci, parce que l\u2019écart est si grand entre le PCU et le NPD.» Et l\u2019avance des conservateurs n\u2019a pas fléchi depuis des mois.Les Albertains ont entamé la campagne électorale très en colère.L\u2019industrie pétrolière ne va pas bien, des dizaines de milliers d\u2019emplois ont été perdus et l\u2019oléoduc tant espéré pour les sortir de la crise est toujours en suspens.L\u2019économie est la priorité absolue des électeurs.La santé, qui domine généralement les préoccupations des électeurs lors de scrutins provinciaux, n\u2019arrive qu\u2019au quatrième rang dans les coups de sonde de Janet Brown.«Les gens votent pour le parti qui, selon eux, est le plus à même de gérer l\u2019économie.» La lutte n\u2019en est pas une de personnalité des chefs, qui sont tous deux polarisés dans l\u2019opinion publique et attirent autant de sympathie que d\u2019antipathie.Rachel Notley est en fait un peu plus populaire que Jason Kenney, mais son parti ne l\u2019est pas.Quant aux plateformes des deux formations, celles-ci importent peu dans le débat actuel.«Le vote des Albertains porte sur l\u2019économie.Ils estiment qu\u2019un changement de garde est nécessaire.Et même s\u2019ils n\u2019adorent pas Jason Kenney et qu\u2019ils sont nerveux par rapport à certaines de ses politiques, plusieurs vont se pincer le nez et voter pour lui», explique David Taras, qui est professeur de communications à l\u2019Université Mount Royal de Calgary.Jason Kenney a fait campagne en promettant de relancer l\u2019économie de sa province.Il prévoit d\u2019annuler la taxe carbone de Rachel Notley ; d\u2019éliminer le plafond d\u2019émissions de gaz à effet de serre imposé aux sables bitumineux ; d\u2019annuler la fermeture graduelle des centrales au charbon ; de réduire les impôts des entreprises ; de geler le budget de la santé ; et de créer une « war room » pour défendre sans relâche l\u2019industrie énergétique.Le chef conservateur, qui a été ministre fédéral de 2008 à 2015, a en outre promis un référendum sur la péréquation.Et il veut modifier la loi pour que les parents d\u2019enfants qui se joignent à des associations qui réunissent des jeunes LGBT et hétérosexuels en soient avertis.Rachel Notley a fait campagne en dénonçant ces positions.Quelques candidats conservateurs ont en outre dû s\u2019excuser ou se retirer de la course en raison de propos jugés racistes ou ho- mophobes.Mais le PCU est demeuré bien en tête et le NPD risque de devenir le premier gouvernement de l\u2019Alberta à ne faire qu\u2019un seul mandat.Le NPD a promis des garderies à 25 $ par jour ; davantage d\u2019enseignants ; de ALBERTA Victoire probable de Kenney, au grand dam de Trudeau ment [d\u2019avancées] sur le terrain avec la colonisation, l\u2019Autorité palestinienne est tellement affaiblie que même si Benny Gantz avait accédé au pouvoir, il aurait eu d\u2019autres priorités», soutient-il.Rachad Antonius, professeur de sociologie à l\u2019Université du Québec à Montréal, est tout aussi dubitatif quant à l\u2019élan qu\u2019aurait pu donner Benny Gantz aux négociations de paix.Bien que la coalition Bleu-Blanc soit moins campée à droite et qu\u2019elle tienne un discours moins agressif, celle-ci revendique tout de même « des politiques qui nient ouvertement les droits des Palestiniens », rappelle-t-il.« C\u2019est une droite qui se veut plus respectable.Par exemple, elle ne va pas revendiquer officiellement l\u2019apartheid, mais elle va le pratiquer.Elle ne va pas parler d\u2019annexion des colonies, mais elle dit qu\u2019elle va les maintenir.» Car, faut-il le rappeler, la population israélienne approfondit, élection après élection, son penchant vers la droite.« Il faut voir Israël comme le leader de la droite internationale.La société israélienne est d\u2019ailleurs très fière de l\u2019être, elle ne s\u2019en cache pas », avance Yakov Rabkin.Benjamin Nétanyahou 99 % Ce sont les chances qu\u2019a Jason Kenney d\u2019être élu premier ministre de l\u2019Alberta avec une majorité.Andrew Scheer accompagnait Jason Kenney dans un rallye à Calgary jeudi.JEFF MCINTOSH LA PRESSE CANADIENNE LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 PERSPECTIVES B 5 La déclaration qui tue I l y a parfois des déclarations qui marquent un tournant dans un débat.Un des plus beaux exemples est celui de l\u2019ancien président de la Standard Life, Claude Garcia, qui avait lancé lors d\u2019un rassemblement du Non, le 24 septembre 1995 : « Il ne faut pas gagner le 30 octobre, il faut écraser.» Cette façon de parler des souverainistes comme si c\u2019était de la vermine avait réveillé le camp du Oui, dont la campagne n\u2019arrivait pas à décoller.Soudainement, la campagne référendaire avait pris une allure de lutte de classes.D\u2019un côté, les « forces vives » de la nation, de l\u2019autre, cette nouvelle classe d\u2019affaires qui devait largement son élévation à l\u2019État québécois et que Jacques Parizeau accusait de « cracher dans la soupe ».Même chez les fédéralistes, le malaise était palpable.Loin de souhaiter cet écrasement, plusieurs d\u2019entre eux comptaient au contraire sur un résultat serré pour convaincre le Canada anglais de manifester plus d\u2019ouverture aux revendications du Québec.Les propos incendiaires du maire de Hampstead, William Steinberg, dont il refuse toujours de s\u2019excuser, peuvent être rangés dans la même catégorie des déclarations qui tuent.Assimiler le projet de loi 21 à du « nettoyage ethnique » était une exagération si grossière que même ceux qui s\u2019y opposent ont été choqués.Avec un empressement variable, les uns et les autres ont senti l\u2019obligation de dénoncer les propos de M.Steinberg, envoyant du coup le message que, tout compte fait, le gouvernement Legault a fait preuve de modération.Tout en clamant lui aussi une indignation qui était sans doute sincère, le premier ministre devait se frotter les mains.Qui peut encore lui reprocher de vouloir en finir au plus vite avec un débat qui fait perdre la tête à certains ?Si le PLQ est demeuré sourd aux appels de ceux qui le pressaient de se rallier à la recommandation du rapport Bouchard-Taylor concernant le port de signes religieux, son chef intérimaire, Pierre Arcand, n\u2019en a pas moins réalisé que la rhétorique moralisatrice de Philippe Couillard n\u2019est plus de mise.Quoi qu\u2019en dise M.Legault, M.Arcand n\u2019a pas traité les Québécois de racistes en accusant son gouvernement de provoquer des dérapages comme celui du maire de Hampstead.S\u2019il a néanmoins jugé nécessaire de lui présenter des excuses, c\u2019est qu\u2019il a bien compris qu\u2019il a l\u2019appui de la population.Les libéraux n\u2019ont pas d\u2019autre choix que de faire un baroud d\u2019honneur d\u2019ici l\u2019ajournement de la session parlementaire.En réalité, le gouvernement lui rendra un grand service en ayant recours au bâillon.Face à sa clientèle non francophone, qui a assuré l\u2019élection de la grande majorité de ses députés le 1er octobre dernier, le PLQ pourra se présenter en victime de l\u2019arbitraire caquiste, et surtout mettre enfin derrière lui un débat qui lui a coûté très cher.Il faut reconnaître à Justin Trudeau d\u2019avoir condamné sans ambiguïté les propos du maire de Hampstead, mais le problème demeure entier.Ceux qui voient dans le projet de loi 21 une violation intolérable de la Charte des droits s\u2019attendent à plus que des protestations indignées.Le message en anglais que le Bloc québécois a placé sur un panneau publicitaire d\u2019Ottawa s\u2019adresse peut-être moins à la classe politique fédérale, qui est bien au fait du danger de s\u2019aventurer sur ce champ de mines, qu\u2019aux électeurs du Canada anglais qui ont du mal à s\u2019expliquer comment ce nouvel acte de délinquance de la « société distincte » peut être toléré.Jusqu\u2019à présent, il n\u2019y a pas vraiment eu de levée de boucliers à l\u2019extérieur du Québec.Se faire dire chez soi de se mêler de ses affaires pourrait toutefois être perçu comme une provocation par certains.On peut imaginer l\u2019indignation du chef du Bloc, Yves-François Blanchet, si jamais le panneau du Bloc était vandalisé.C\u2019est sans doute là un exemple de ce qu\u2019il voulait dire quand il soutenait que défendre les intérêts du Québec et faire la promotion de l\u2019indépendance revenait au même.La semaine dernière, la présidente des Organisations unies pour l\u2019indépendance (OUI), Claudette Carbonneau, déplorait que les Québécois ne voient pas plus le lien entre le statut politique du Québec et sa capacité à s\u2019épanouir pleinement.Il est certain qu\u2019une quelconque participation d\u2019Ottawa à une contestation de la Loi sur la laïcité serait très mal perçue, peu importe que le programme de contestation judiciaire dont les opposants pourraient profiter soit indépendant du gouvernement fédéral.Certes, il ne faut pas tout mélanger.Même si les anglophones sont nettement moins divisés sur la question des signes religieux, on ne peut ramener le débat à une simple illustration du fossé entre les « deux solitudes ».Il est cependant difficile d\u2019ignorer que le maire de Hamps- tead est un homme qui a passé toute sa vie au Québec et qui demeure aussi étranger au fait français que s\u2019il avait vécu à Toronto ou à Calgary.MICHEL DAVID Une tendance vers la droite qui s\u2019est concrétisée dans le jeu des alliances, devenu impératif pour départager un gagnant à l\u2019issue des législatives de mardi, disputées à la proportionnelle.Le Likoud et la coalition Bleu-Blanc ont respectivement mis la main sur 36 et 35 sièges à la Knesset, qui rassemble 120 députés.Dans l\u2019ultime manche pour départager un gagnant, Néta- nyahou, en politicien redoutable, est sorti triomphant grâce à l\u2019appui de formations d\u2019extrême droite.Des partis qui « ont un langage ouvertement raciste et génocidaire et qui font l\u2019apologie de l\u2019apartheid officiel », rappelle M.Antonius.« Il s\u2019agit d\u2019une situation et d\u2019un discours politique très différents de ce qui est normal chez nous, c\u2019est ce qui est important d\u2019expliquer au public occidental », souligne M.Rabkin.Une sécurité assurée Dans ce contexte, « l\u2019humeur publique n\u2019est pas sympathique aux concessions» envers les Palestiniens, analyse Thomas Juneau.Depuis l\u2019érection du mur entre Israël et la Cisjordanie, dont la construction a débuté en 2002 pendant la deuxième Intifada, la sécurité des Israéliens est assurée.« La réalité du conflit ne touche plus les gens dans leur quotidien.Il n\u2019y a plus d\u2019attaques perpétrées par des Palestiniens et le mur limite tous les types de contacts», explique-t-il.« La majorité de la population israélienne est assez contente de la situation actuelle, renchérit M.Rabkin.Maintenant que les Palestiniens sont derrière le mur et qu\u2019ils ne font plus d\u2019explosions dans les cafés, ce qui se passe à 10 minutes de voiture de chez eux ne les intéresse pas.» Devant le manque d\u2019appétit pour des négociations de paix, sombrant aussi dans l\u2019indifférence de la communauté internationale, plus préoccupée, rappelle Rachad Antonius, par la Syrie, le Yémen ou encore l\u2019Iran, la Maison- Blanche dit persister à présenter un plan de paix, ficelé par Jared Kushner, le gendre de Donald Trump.Une initiative, attendue depuis des mois, qui provient d\u2019un gouvernement ayant multiplié les décisions pro-israéliennes en reconnaissant Jérusalem comme capitale d\u2019Israël et l\u2019annexion du Golan syrien par l\u2019État hébreu, mais qui pourrait à tout le moins avoir le mérite de ramener l\u2019effort de paix dans l\u2019actualité internationale.Un adolescent palestinien a été tué par un tir de l\u2019armée vendredi lors de manifestations à la frontière entre Israël et la bande de Gaza vendredi.SAID KHATIB AGENCE FRANCE-PRESSE Un programme qui menace toute la stratégie environnementale de Justin Trudeau, qui en avait fait l\u2019un des éléments centraux de son plan de match national.« Le Canada ne peut pas avoir de politique climatique sans l\u2019Alberta », résume M.Taras.Le défi des résultats Or, Jason Kenney espère justement nuire aux chances de réélection des libéraux fédéraux.Il a carrément promis de faire campagne contre Justin Trudeau, cet automne.M.Bratt prédit qu\u2019il le fera non seulement dans sa province, mais à l\u2019échelle du pays.« Jason Kenney a encore une notoriété nationale.Et il méprise Justin Trudeau.» S\u2019il gagne son pari mardi, le chef conservateur aura du pain sur la planche.Ses promesses sont ambitieuses.Et leur réalisation, pour la plupart, n\u2019est pas de son ressort.La constru ction de l\u2019oléodu c Trans Mountain relève d\u2019Ottawa , tout comme un changement à la formule de péréquation, tandis que le sort des finances de l\u2019Alberta dépend aussi de l\u2019économie mondiale.« Pourra-t-il mettre en œuvre tout ce qu\u2019il a promis ?» M.Bratt estime que son vaste programme pourrait se retourner contre lui.L\u2019élection de Jason Kenney à la tête de son parti fait en outre l\u2019objet d\u2019une enquête.Sa campagne aurait collaboré avec un candidat « kamikaze », qui se serait lancé dans la course pour critiquer le principal rival de M.Kenney et se retirer le moment venu pour lui laisser le champ libre.« Si Jason Kenney a triché, il y a un risque que le parti se divise à nouveau comme l\u2019ont fait les conservateurs dans le passé », croit David Bratt.L\u2019humeur publique n\u2019est pas sympathique aux concessions THOMAS JUNEAU » Assimiler le projet de loi 21 à du « nettoyage ethnique » était une exagération si grossière que même ceux qui s\u2019y opposent ont été choqués LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 PERSPECTIVES B 6 L\u2019école et la conversation démocratique A vec le projet de loi sur la laïcité de la CAQ , on peut craindre d\u2019être bientôt plongés dans une tempête socio-poli- tique ponctuée de terribles accusations \u2014 de racisme, de xénophobie, de fascisme, et j\u2019en passe \u2014 qui signent une désolante incapacité à dialoguer avec des gens qui défendent des idées éloignées des nôtres.Il m\u2019a donc semblé pertinent de rappeler comment l\u2019école peut, ou du moins pourrait et devrait, contribuer à préparer les futurs citoyens à prendre part à la conversation démocratique\u2026 même quand celle-ci porte sur des sujets difficiles, polémiques et qui sèment la division.Des savoirs\u2026 Si l\u2019école prépare à l\u2019exercice de la citoyenneté, c\u2019est bien entendu d\u2019abord en accomplissant sa mission propre, qui est de transmettre des savoirs.Par eux, le futur citoyen connaît des tas de choses, par exemple l\u2019histoire de son propre pays (et celle d\u2019autres pays), ce qui est indispensable pour parler d\u2019un grand nombre de sujets.D\u2019autres importants concepts lui sont aussi familiers, comme celui de laïcité, justement, mais aussi ceux de guerre civile ou d\u2019épuration ethnique : et il n\u2019en use pas à la légère.Il possède encore des notions juridiques et politiques que lui ont transmis, on peut l\u2019espérer, les cours portant sur la citoyenneté qu\u2019il a suivis.Il sait donc qu\u2019existe une telle chose que la désobéissance civile, et il en connaît des exemples fameux ; il sait comment, à quelles conditions, de quelle manière et avec quels effets on choisira de l\u2019exercer : il n\u2019invoque pas cela à la légère non plus.Il a aussi compris que cette autonomie que son éducation a voulu lui donner, elle veut aussi nécessairement la donner à tous ses concitoyens : il faut donc la conjuguer, tâche parfois complexe dans une société pluraliste, à un idéal de tolérance et à un respect du principe fondamental de la liberté d\u2019expression.Mais par-delà ces savoirs (et bien d\u2019autres) et à travers eux, le citoyen éduqué a surtout acquis, on peut l\u2019espérer, ce que j\u2019aime nommer du vieux nom de vertu.\u2026 aux vertus On désigne par là des habitudes, intellectuelles et morales, que par la pratique l\u2019éducation a durablement installées en nous et qui se manifestent sans qu\u2019on ait pour cela à faire d\u2019effort.Elles sont de la plus haute importance.Formé aux mathématiques, d\u2019une part, mais aussi à la littérature et aux arts, de l\u2019autre, notre citoyen éduqué n\u2019a pas eu besoin que Kant lui rappelle que ce n\u2019est pas la même chose disputer (on le fait quand, par un savoir reconnu comme vrai, on peut trancher avec certitude une question), et discuter \u2014 parce que cette fois le savoir convoqué est contesté et que s\u2019y mêlent des préférences et des valeurs.Il écoute donc divers points de vue et s\u2019efforce de présenter ses arguments de telle manière que peuvent les entendre (et idéalement les apprécier) des gens qui partent de perspectives différentes de la sienne.Il discute, justement, avec eux.Il discute comme dans ce cours dans lequel, ne tenant pas pour acquis que tout dans les religions doit être respecté, on lui a parlé des athées, des agnostiques, des anticléricaux, des humanistes, des libres penseurs.Il y en avait dans la classe ; on les lisait dans le manuel.On a donc discuté de leurs idées.Toute son éducation a en outre contribué à instiller en lui cette posture qui permet d\u2019aborder des sujets en se décentrant, en n\u2019en restant pas à la seule perspective personnelle et subjective.C\u2019est que les normes de chacune des formes de savoir qu\u2019il a étudiées l\u2019exigent et que le travail intellectuel ne peut pas même commencer sans cela.Quand il discute comme citoyen, il est disposé à faire encore une fois ce travail de décentrement et à invoquer notamment, en le soumettant à la discussion, l\u2019idée qu\u2019il se fait du bien commun.Il a encore appris, dans le volet de pensée critique de ces cours de citoyenneté, combien il faut se méfier de ces néanmoins fort utiles médias sociaux.Il redoute ce type de conformisme qu\u2019ils engendrent parfois, en nous installant peu à peu dans ces sortes de chambres à écho où ne résonnent que des idées avec lesquelles nous sommes déjà en accord et en renforçant nos adhésions.Dans le même cours, il a appris que ce n\u2019est pas une bonne idée que d\u2019attaquer les gens en les insultant, en leur attribuant des positions que chacun sait méprisables, en les jugeant coupables par association.Il sait aussi que ce n\u2019est pas toujours sage de faire trop grand cas de l\u2019autorité réelle ou prétendue des intervenants.Malgré tout cela, il finira probablement par prendre position, sans doute fermement.Mais il connaît aussi la différence entre une adhésion inconditionnelle à une doctrine alimentée au défaut de prendre en compte tous les faits et tous les arguments pertinents (ce qui s\u2019appelle l\u2019endoctrinement), et une conviction, solide sans doute, mais en droit révisable.Il sait vivre avec cette zone de doute et saura aussi vivre avec la décision publique finalement adoptée.À défaut, il pèsera soigneusement et en toute connaissance de cause l\u2019option de la désobéissance civile.Surtout, surtout, il espère que la relative sérénité qui régnait dans ce lieu de préparation à la vie citoyenne qu\u2019il a fréquenté se retrouvera dans les débats en cours, qui seront exempts de haine et de violence.Il a bon espoir que ce sera le cas : après tout, les participants proviennent tous de cet espace juridique bien particulier qui, sans être le domicile, n\u2019est pas non plus encore l\u2019espace civique : l\u2019école.NORMAND BAILLARGEON FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Au bord du précipice, le Royaume-Uni, qui devait quitter l\u2019Union européenne (UE) vendredi sans contrat de divorce, a évité le pire cette semaine en obtenant des leaders européens un nouveau report de la date de sortie, fixée désormais 31 octobre prochain, pour permettre aux élus britanniques de s\u2019entendre ultimement sur la mise en marche d\u2019un Brexit un peu plus ordonné.Six mois de plus qui devraient surtout être consacrés à convaincre les Britanniques qu\u2019ils ont été trompés par les ténors du Brexit et que le temps est venu d\u2019annuler cet impossible et dommageable processus de séparation, estime l\u2019ex-conseiller stratégique en communication de Tony Blair Alastair Campbell.« Il y a encore des millions de personnes qui aspirent au Brexit et qui souhaitent qu\u2019il se concrétise », dit à l\u2019autre bout du fil M.Campbell, qui s\u2019affiche ouvertement depuis plusieurs mois dans les campagnes en faveur du maintien du Royaume-Uni au sein de l\u2019Union européenne.Le Devoir l\u2019a joint dans le sud de la France, où il réside en partie durant l\u2019année.« Mais dans les derniers mois, les choses ont également changé.Le centre de gravité de l\u2019opinion publique pousse désormais de plus en plus vers l\u2019annulation du Brexit et le maintien du statu quo.» Un changement de perception qu\u2019un nouveau référendum devrait venir quantif ier, s elon lui , p our conduire un « interminable échec » vers une fin honorable.«Je serais très content si on annulait le Brexit, dit-il.Ce projet place le pays dans l\u2019incertitude, et les Britanniques dans l\u2019angoisse.Mais politiquement, cela reste une chose très difficile à faire.» Selon lui, le Brexit étant le résultat d\u2019un référendum, tenu en juin 2016 et remporté par deux points de pourcentage par les tenants de la séparation, il se doit d\u2019être défait de la même façon aujourd\u2019hui.« Il n\u2019y a pas d\u2019autre solution, dit-il, mais il faut prendre le temps de rappeler aux électeurs ce qui vient de se passer depuis trois ans, de mettre en lumière les éléments de division et la nature de l\u2019impasse, avant de leur demander si, dans ce contexte, ils souhaitent toujours quitter l\u2019UE.» Vendredi, lors de son passage à Washington, Philipp Hammond, ministre des Finances et du Trésor du Royaume- Uni, a toutefois repoussé cette option du revers de la main, estimant que le temps n\u2019était pas suffisant d\u2019ici le 31 octobre prochain pour la tenue d\u2019une nouvelle consultation publique.L\u2019homme se dit toutefois persuadé que l\u2019accord de retrait négocié par Theresa May avec l\u2019Union européenne soit adopté d\u2019ici là, donnant ainsi le coup d\u2019envoi d\u2019un Brexit ordonné.Or, cet accord, que l\u2019UE refuse de renégocier après avoir consacré 18 mois à l\u2019établir avec les représentants du Royaume-Uni, a été rejeté à trois reprises par les députés britanniques, et ce, avec des majorités fortes.Sans surprise d\u2019ailleurs pour M.Campbell.« Le problème, ce n\u2019est pas Theresa May, ce ne sont pas les députés, c\u2019est le Brexit », dit-il en estimant que les racines de cet appel lancé pour faire sortir le Royaume-Uni du marché commun européen annonçaient dès le départ ses signes de faiblesse.« À la base, nous avons eu une campagne de peur, orchestrée par David Cameron, et une campagne de mensonges [pilotée par les tenants du Brexit], et ce sont les menteurs qui ont gagné.Le problème, c\u2019est que rétrospectivement, on constate que dans les deux équipes, personne ne croyait que le Oui au Brexit allait l\u2019emporter et personne n\u2019avait donc de plan pour en faire une réalité.» Dans les circonstances, le processus que Theresa May a été chargée de mettre en place dans les deux dernières années s\u2019est avéré bien plus complexe que ne le laissaient entendre les formules simplistes des courants populistes ayant contribué en partie à la victoire du Oui.Dans les pages du Devoir le 23 mars dernier, l\u2019ancien patron de l\u2019Organisation mondiale du commerce (OMC), Pascal Lamy, résumait d\u2019ailleurs l\u2019exercice en ces termes : « J\u2019ai toujours pensé que ce serait extraordinairement compliqué sur le plan technique de faire sortir un œuf de l\u2019omelette.» « Depuis trois ans, nous voyons que les promesses sont impossibles à tenir et que le Brexit ne peut pas se faire sans p or ter atteinte à l\u2019économie du Royaume-Uni, dit M.Campbell.J\u2019ai beaucoup de sympathie pour les députés qui n\u2019arrivent pas à s\u2019entendre sur le Brexit.» Dans les dernières semaines, Westminster a rejeté l\u2019accord de Theresa May, mais également toutes les autres portes de sortie possibles, dont la tenue d\u2019un nouveau référendum, l\u2019établissement d\u2019un nouveau marché commun avec l\u2019UE et même l\u2019annulation du Brexit.« Les électeurs leur ont donné le mandat de quitter l\u2019UE et dès qu\u2019ils se plongent dans les détails, ils constatent que la chose est irréalisable sans porter atteinte à l\u2019économie et sans faire mal aux citoyens.» Plus tôt cette année, le Financial Times de Londres estimait à entre 1,5 et 2,5 % la baisse du PIB du Royaume-Uni induit par le déclenchement du Brexit.Il y a quelques jours, une enquête menée par la Banque d\u2019Angleterre, de concert avec les universités de Nottingham et Stanford, sur 7500 entreprises britanniques a révélé que le Brexit a entraîné une baisse des investissements sur les marchés intérieurs de 6 % et une baisse de l\u2019emploi estimée à 1,5 %.Jeudi, le gouvernement a démobilisé 6000 fonctionnaires qui étaient chargés de préparer une sortie de l\u2019UE sans a c c o r d , u n s c é n a r i o é c a r t é p a r Bruxelles cette semaine avec la prolongation accordée.Le seul coût de cette sortie sans accord était évalué à 2,6 milliards de dollars par Londres.Paradoxe.En retardant la date de sortie de l\u2019UE, le Royaume-Uni va devoir participer le 23 mai prochain aux élections européennes et entrer en campagne pour être représenté au sein d\u2019une institution dont il souhaite se séparer.« C\u2019est un p eu compliqu é comme situation, admet M.Campbell, mais c\u2019est la conséquence du bordel qu\u2019on a créé.» Un bordel qui pourrait également faire de ce scrutin une sorte de référendum sur la suite des choses.« Si le Parti travailliste décidait de se placer dans une position plus favorable à l\u2019UE, cela pourrait fonctionner pour lui, dit-il.Mais à l\u2019inverse, Nigel Farage [populiste pro-Brexit], qui vient de lancer son parti pour ces élections, pourrait venir capter la colère des citoyens » et leur désillusion par rapport à des élites accusées depuis janvier de s\u2019embourber dans le Brexit.« Partout en Europe, ces élections vont voir s\u2019affronter des forces progressistes et des populistes», fait remarquer l\u2019ex-conseiller de Tony Blair et inventeur du concept de « néo-travailliste » dans les belles années du « blairisme ».« Et ça, tout comme le Brexit, c\u2019est une autre grande source d\u2019incertitude.» ROYAUME-UNI Mettre fin au supplice de la goutte L\u2019ex-conseiller de Tony Blair croit qu\u2019il est temps d\u2019annuler le Brexit Alastair Campbell, ex-conseiller stratégique de Tony Blair, croit que l\u2019extention du délai de sortie du Royaume-Uni de l\u2019Union européenne doit servir à convaincre les Britanniques qu\u2019ils ont été trompés par les ténors du Brexit.MATT DUNHAM ASSOCIATED PRESS Ce projet place le pays dans l\u2019incertitude, et les Britanniques dans l\u2019angoisse ALASTAIR CAMPBELL » B 7 LE DEVOIR DE PHILO LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 Deux fois par mois, Le Devoir lance à des passionnés de philosophie et d\u2019histoire des idées le défi de décrypter une question d\u2019actualité à partir des thèses d\u2019un penseur marquant.Mathieu Pelletier Sociologue C \u2019est dès le début de l\u2019année 2019 que les Québécois auront pu constater \u2014 si cela n\u2019était pas déjà fait auparavant \u2014 la place croissante qu\u2019occupe le politiquement correct dans la sphère publique.De l\u2019annulation du spectacle du jeune humoriste Zach Poitras pour cause d\u2019appropriation culturelle, à l\u2019exclusion de la professeure Nadia El-Ma- brouk d\u2019un colloque syndical en raison de sa défense d\u2019une laïcité ferme, force est de reconnaître que le politiquement correct n\u2019est pas près de disparaître.Son programme : purger la langue ou l\u2019expression de tout ce qui peut être offensant envers l\u2019orientation sexuelle d\u2019une personne, l\u2019identité de genre, l\u2019origine ethnique, ou de toute autre caractéristique propre à un groupe se posant comme victime de la société.Or, comment se fait-il que la censure exercée par le politiquement correct puisse se déployer dans une société québécoise pourtant débarrassée de la censure du clergé catholique d\u2019antan ?En d\u2019autres termes, comment la société québécoise a-t-elle pu changer de la sorte pour accueillir le retour d\u2019un tel moralisme dans l\u2019espace public ?Sans nul doute, David Riesman (1909- 2002), avocat et sociologue américain, aurait-il eu son mot à dire par rapport à cette question.De la détermination traditionnelle à l\u2019extro-détermination Issu d\u2019une famille juive faisant partie de l\u2019élite de Philadelphie, David Ries- man fut d\u2019abord avocat avant d\u2019être sociologue.Il accomplira la première partie de son cheminement universitaire à l\u2019École de droit de l\u2019Université Harvard.Sous l\u2019influence de sa mère, le jeune Riesman mènera à bien une psychanalyse avec le célèbre psychanalyste et sociologue Erich Fromm, un des premiers représentants de l\u2019École de Francfort.Fromm deviendra une sorte de mentor pour Riesman, bien que ce dernier n\u2019adhérera pas au radicalisme freudo-marxiste du premier.Les deux intellectuels en question garderont les mêmes champs d\u2019intérêt : la sociologie des caractères sociaux et l\u2019analyse des types de personnalité engendrés par le travail de la culture.David Riesman publie en 1950 l\u2019ouvrage à succès La foule solitaire, dans lequel il développe une théorie selon laquelle les sociétés occidentales suivent une évolution semblable au caractère social des individus selon l\u2019emboîtement des différentes phases démographiques et économiques.Au cœur de la thèse de cet ouvrage vendu à plus d\u2019un million d\u2019exemplaires : trois cycles démographiques qui conditionneront à leur tour une typologie des caractères sociaux suivant l\u2019évolution d\u2019une économie centrée sur les différents secteurs (primaire, secondaire et tertiaire).Les individus à détermination traditionnelle fréquentent une économie axée sur le secteur primaire (extraction des matières premières) et connaissent un équilibre démographique entre des hauts taux de natalité et de mortalité.Vient ensuite l\u2019individu intro-déter- miné, lequel fréquente une économie axée sur le secteur secondaire (transformation des matières premières).Ici, la croissance économique et les progrès de la médecine amènent une croissance transitoire de la démographie (baby-boom).Le troisième type de caractère est l\u2019individu extro-déterminé, travaillant dans une économie de type tertiaire (services) et vivant un contexte de lent déclin démographique.Les individus extro-déterminés ont en commun une certaine dépendance à l\u2019autre et une sensibilité à la façon dont ils sont perçus socialement.L\u2019extro-dé- terminé vit une période plus longue de socialisation à l\u2019âge adulte, combinée à l\u2019influence accrue du groupe de pairs auquel il appartient.Le groupe de pairs forme ici un ensemble hiérarchique où on gagne en popularité en étant à la mode, en maîtrisant davantage les domaines d\u2019intérêt du groupe et le jargon qui lui est propre.Selon Riesman, les buts que se fixe l\u2019extro-déterminé varient donc largement en fonction de l\u2019effort « en tant qu\u2019attitude et [de] l\u2019attention constamment accordée aux réactions d\u2019autrui ».Le marché des identités L\u2019individu extro-déterminé vit dans une société d\u2019abondance qui repousse son entrée dans la vie adulte et parentale.L\u2019adolescence prolongée devient donc un moment de découverte de soi axé sur les loisirs et l\u2019interaction avec un groupe de personnes hors du giron parental.La famille est placée en concurrence avec le groupe de pairs, où s\u2019introduit lentement la perte de son monopole sur l\u2019individu.Dans un tel Le politiquement correct comme pathologie du conformisme Pour Riesman, aux yeux du jury des pairs, on peut être un chic type aujourd\u2019hui et un type infect demain L\u2019avocat et sociologue américain David Riesman a publié en 1950 l\u2019ouvrage à succès La foule solitaire.ILLUSTRATION TIFFET contexte, le groupe de pairs est un lieu de socialisation entre individus dont l\u2019identité est en construction, ce qui rend le groupe en question globalement influençable et impressionnable.Si la famille traditionnelle est un lieu essentiellement immuable où on transmet des éléments identitaires et culturels, le groupe de pairs est plutôt une sorte de lieu où on se marchandise une identité, étant plus malléable et ouvert aux influences extérieures.Le verdict du jury des pairs s\u2019avère donc être fluctuant, jamais totalement arrêté, en quelque sorte.Comme le spécifie Riesman, « aux yeux du jury des pairs, on peut être un chic type aujourd\u2019hui et un type infect demain ».À plus forte raison, pour être considéré comme un chef au sein du groupe, « il faut être extrêmement sensible aux variations de la mode », attentifs à ses « devoirs de consommation » et talentueux dans l\u2019art des loisirs et du divertissement.Ainsi, le chef du groupe de pairs d\u2019antan est en quelque sorte le prototype de l\u2019in- fluenceur agissant sur les réseaux sociaux de nos jours.Il amène avec lui une socialité nouvelle, horizontale, qui masque davantage les rapports de pouvoir et les rapports hiérarchiques entre individus.De la démocratie émotionnelle à la tyrannie de la bienveillance C\u2019est ici que Riesman revient à son mentor, Erich Fromm.Ce dernier, visiblement en accord avec Riesman, voit chez l\u2019individu extro-déterminé une forme de personnalité de « mise en marché » (marketing character), gouvernée par l\u2019opinion des autres, orientée par la dernière mode et les créations marchandes.Son cri du cœur, selon Fromm: «Je suis ce que vous désirez de moi.» Ce qui signifie que, dans une société capitaliste promouvant un libéralisme culturel et économique, les moindres changements sociaux associés au « progrès » pourront orienter l\u2019identité de l\u2019individu extro-déterminé.Ici, le rôle de l\u2019extro- détermination et du groupe de pairs est celui d\u2019un moment initiatique d\u2019assouplissement, de formatage identitaire.Si l\u2019individu intro-déterminé cherchait davantage à se distinguer par des traits de personnalité relativement fixes, l\u2019extro-déterminé tend à se distinguer par différentes formules de séduction pour augmenter son capital de sympathie au sein du groupe.Par exemple, quand Justin Trudeau enchaîne les déguisements et déclare que le Canada n\u2019a pas d\u2019identité propre, il revêt simplement le costume identitaire le plus significatif, celui le plus payant en matière d\u2019approbation du système.Avec Riesman, on voit comment la sphère publique se recompose selon les paramètres de l\u2019extro-détermination.Si le politique prétend encore officiellement représenter la société comme ensemble venant transcender les intérêts individuels, il participe en vérité au clientélisme de la politique des identités où les leaders d\u2019opinion et les influen- ceurs sont une forme de médiation entre la sphère politique et les citoyens.Les différents partis de gouvernement sont placés en concurrence quant à leur ouverture aux intérêts de tel ou tel groupe à caractère identitaire.L\u2019effet le plus pernicieux d\u2019un tel racolage identi- taire est qu\u2019il s\u2019effectue au détriment d\u2019une cohérence politique globale cherchant à bâtir des repères communs nécessaires pour faire société.Dans un tel climat, la stratégie par excellence d\u2019un groupe d\u2019intérêt à caractère identitaire est la victimisation, sur fond d\u2019idéologie victimaire.L\u2019idéologie victimaire comme instrument d\u2019interprétation du réel perçoit ce dernier dans des termes disproportionnés, où une frontière étanche est établie entre le bien et le mal, dans une vision proprement manichéenne du monde.S\u2019installe donc une tyrannie du bien où les idéologies victimaires sont en symbiose avec les idéologies compatissantes.Victimisation et compassion forment le continuum dominant de la sphère politique actuelle, dans laquelle s\u2019enracine toujours plus profondément le politiquement correct comme pathologie du conformisme.On instaure donc de véritables tabous de la pensée au nom de la bienveillance et de la sensibilité émotionnelle, sans se rendre compte que cela remet en question la notion même de démocratie.En fin de compte, c\u2019est un véritable conditionnement au « progrès » obligatoire qui se dessine devant nous, avec des techniques de contrôle social fondées sur une pédagogie de la culpabilité.L\u2019opium de notre temps, celui dont s\u2019enivrent tous les zélotes du politiquement correct, c\u2019est le sentiment de supériorité morale ressenti par celui qui porte le costume de la bienveillance ostentatoire jusqu\u2019à l\u2019absurdité.Or, quand on s\u2019y attarde un peu, ce nouveau capitalisme de la séduction masque bien mal son humanité de façade.Derrière le rouleau compresseur du « progrès », les nouveaux exclus du système seront ceux qui garniront les rangs d\u2019une humanité en trop, d\u2019une humanité surnuméraire.Puisque derrière ces humains en trop, encore désireux de mener une vie authentique, se cache la mécanique d\u2019un système qui les fera rejoindre, tôt ou tard, les produits de l\u2019obsolescence programmée.Victimisation et compassion forment le continuum dominant de la sphère politique actuelle, dans laquelle s\u2019enracine toujours plus profondément le politiquement correct comme pathologie du conformisme Des suggestions ?Écrivez à Robert Dutrisac : rdutrisac@ ledevoir.com.Mathieu Pelletier LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin \u2019est reparti.Le psychodrame des accommodements raisonnables de 2006-2007, prélude à la formation de la commission Bouchard-Taylor, s\u2019est mué en une guerre de tranchées entre les tenants du nationalisme, du mul- ticulturalisme, de l\u2019interculturalisme et du communau- tarisme le plus sectaire.Non, il n\u2019y aura pas de consensus possible au Québec sur le projet de loi 21 du gouvernement Legault.Il sera imposé par la force de la majorité parlementaire ca- quiste, sous la menace du bâillon, et la police d\u2019assurance de la disposition de dérogation.L\u2019utilité sociale de cette mesure sera sans cesse à démontrer.Quoi qu\u2019il advienne, une kyrielle d\u2019opposants aux valeurs et objectifs disparates feront de la laïcité une tache indélébile sur le bilan caquiste.Quoi qu\u2019il advienne, une majorité de Québécois, hors de Montréal, appuiera la CAQ dans son intention de limiter le port de signes religieux pour les agents de l\u2019État en situation d\u2019autorité.C\u2019est le fondement du compromis Bouchard-Taylor (maintenant sans Taylor) que Le Devoir soutient.Contrairement à ce que propagent une galerie de personnages alarmés par ce « liberticide », les Québécois ne sont pas plus racistes ou xénophobes que la moyenne.Leur conception de la laïcité, de vague inspiration française, réside dans leur attachement à l\u2019intercultura- lisme, à l\u2019égalité entre les hommes et les femmes, à un anticléricalisme acquis après s\u2019être libéré du poids de l\u2019Église catholique.Ce sont les fondements mêmes de ce modèle interculturaliste et de cette réalité sociohistorique que les opposants à la laïcité contestent dans leur quête pour faire primer les libertés individuelles, quitte à recourir à la désobéissance civile s\u2019il le faut.Le Québec, comme tant de fois dans son histoire, est forcé de revendiquer, contre vents est marées, son droit à une trajectoire singulière et distinctive.En soi, ce n\u2019est pas un phénomène nouveau.Ce qui frappe plutôt, c\u2019est la virulence singulière de la riposte.Le maire d\u2019Hampstead, William Steinberg, dérape au point de l\u2019abomination en réduisant le projet de loi 21 à une forme de « nettoyage ethnique », des propos qui lui ont valu la condamnation quasi unanime de la classe politique, à l\u2019exception du Parti libéral du Québec.Loin de s\u2019excuser, M.Steinberg a indiqué que ses paroles « pénibles à entendre pour certains » découlent du caractère raciste du projet de loi 21.La défense des libertés individuelles, de la liberté de conscience et de religion n\u2019excuse pas ses propos outranciers et méprisants pour les Québécois, mais surtout pour la mémoire des millions de réelles victimes du nettoyage ethnique à travers les âges.Qu\u2019attendent les électeurs de Hampstead pour l\u2019envoyer à la retraite ?Et que dire d\u2019Adil Charkaoui, prédicateur de l\u2019intolérance ?Sous le couvert de la lutte contre l\u2019islamophobie, celui-ci attise les braises du conflit dans une constante recherche de division entre la société d\u2019accueil et les Québécois de confession musulmane.L\u2019intégration de ceux- ci au tissu social est une humiliation pour les fondamentalistes de son espèce, qui refoulent l\u2019idéal du vivre-ensemble au profit du communau- tarisme religieux.On pourrait multiplier les cas de figure, mais ce serait au risque de travestir la réalité.Steinberg n\u2019est pas un leader d\u2019influence de la communauté anglophone, pas plus que Charkaoui ne parle au nom de la communauté musulmane.Il faudra en revenir, un de ces jours, de cette manie d\u2019interpréter les défis contemporains du Québec dans l\u2019intégration des minorités à partir d\u2019une grille de lecture inspirée par la peur des régimes islamistes.Le Québec n\u2019est pas l\u2019Arabie saoudite.Le voile, puisque c\u2019est bien la principale raison qui justifie le projet de loi 21, peut symboliser à la fois l\u2019oppression de la femme, le fondamentalisme, l\u2019appartenance religieuse et l\u2019affirmation culturelle.Tout dépend de qui le porte.La construction de l\u2019identité est une affaire complexe dans les sociétés postmodernes.Mouvante, éclatée, en reconfiguration perpétuelle, l\u2019identité ne peut se résumer à cet immuable ensemble de caractéristiques et d\u2019expériences communes sur lequel fantasment les tenants du conservatisme identitaire.Le projet de loi 21 dérange tant parce que l\u2019affirmation des droits collectifs de la majorité, intimement liée à la démocratie parlementaire, représente un concept beaucoup moins attrayant que l\u2019affirmation des libertés individuelles à l\u2019échelle du continent nord-américain.Pour cette raison, il faut une certaine audace au sein du gouvernement Legault pour donner suite à ses engagements de légiférer sur la laïcité, au terme d\u2019un débat qui dure depuis plus de dix ans parce que les libéraux n\u2019ont pas su fournir une réponse cohérente au rapport Bouchard-Taylor lorsqu\u2019ils en avaient l\u2019occasion.La page ne sera pas tournée aussi facilement que l\u2019espère M.Legault.Le débat québécois, loin de s\u2019atténuer, a des répercussions au Canada et à l\u2019international, en ces temps où le mélange toxique du populisme et du nationalisme suscite de véritables inquiétudes pour la paix et la stabilité des sociétés démocratiques.François Legault n\u2019est pas de cette chapelle de politiciens infréquenta- bles.Mais le contexte planétaire donne à cette phrase lapidaire qu\u2019il a prononcée \u2014 « Au Québec, c\u2019est comme ça qu\u2019on vit » \u2014 un caractère suranné, comme s\u2019il n\u2019avait pas mesuré l\u2019impact de ses politiques publiques au-delà des frontières de la circonscription de L\u2019Assomption.Le gouvernement Legault est en droit de limiter le port des signes religieux aux agents de l\u2019État qui exercent des fonctions coercitives (juges, procureurs, policiers et gardiens de prison).Il va trop loin en étendant cette mesure aux enseignants.Il n\u2019y a aucun lien de causalité entre le port du voile ou autres symboles religieux et le prosélytisme dans les salles de classe.Le bienfait de cette interdiction reste à démontrer, comme le fait remarquer un Gérard Bouchard catastrophé par cette loi « radicale » et ce débat « cadenassé » par le recours à la disposition de dérogation en amont du débat.L\u2019interdiction du port de signes religieux chez les enseignants est de trop, et il est encore temps de reculer sur cette question qui ne fera qu\u2019empoisonner les relations entre parents, élèves, enseignants et membres du personnel dans le milieu scolaire.Le projet de loi 21 peut encore tenir la route, sans les enseignants, mais certainement pas en menaçant de recourir au bâillon avant même le début de l\u2019étude en commission parlementaire.Il est de la responsabilité du gouvernement de s\u2019élever au-dessus de la mêlée, et de permettre un débat franc et ouvert sur les questions de laïcité, quitte à se faire bousculer dans ses certitudes.Au Québec, on vit aussi dans le dialogue.Il faudrait enfin revenir à l\u2019essence du rapport Bouchard-Taylor, qui en appelait à un resserrement des liens entre la majorité et la minorité.Intégration, francisation, lutte contre les inégalités et la discrimination : l\u2019essentiel devient invisible à force de zoomer collectivement sur les signes religieux.Patrick Trottier Enseignant à l\u2019école Saint-Étienne Pour la première fois depuis trop longtemps, je suis heureux de voir arriver un nouveau ministre de l\u2019Éducation.Comme beaucoup d\u2019autres enseignants, j\u2019ai espoir de voir quelqu\u2019un réellement comprendre les défis touchant le milieu.Je me permets donc de vous écrire cette lettre (que vous lirez peut-être), car j\u2019enseigne dans l\u2019une des 27 écoles étant devenues miraculeusement nanties.Nous qui étions jusqu\u2019à tout récemment l\u2019une des trente écoles les plus défavorisées de Montréal avec une cote de défavorisation de 10 (l\u2019extrême), nous nous retrouvons, comme par un mauvais sort, avec une nouvelle cote de 6 ! J\u2019ai bien remarqué, au cours des cinq dernières années, un certain changement dans le quartier, mais de là à croire qu\u2019un miracle s\u2019est produit, il y a des limites.Prendre en considération la scolarité des mères est un indice extrêmement pervers lorsqu\u2019une bonne partie de nos élèves sont issus de l\u2019immigration.Est-ce que ces mamans instruites qui ont souvent fait beaucoup de sacrifices dans l\u2019optique d\u2019une vie meilleure pour leurs enfants travaillent vraiment dans leur domaine d\u2019expertise ?Nous savons que malheureusement, trop souvent, elles occupent des emplois qui ne reflètent en rien leur scolarité ! Aller à la catastrophe Comme nouveau ministre de l\u2019Éducation, s\u2019il vous plaît, redon- nez-nous confiance dans le système.Nous devons cesser chaque année de faire des choix déchirants concernant les professionnels qui nous aident dans l\u2019école.Avec les coupes annoncées, nous allons directement à la catastrophe.Il n\u2019est pas normal de choisir entre retenir les services d\u2019une orthopédagogue ou avoir une éducatrice spécialisée à temps plein pour aider les élèves ayant des besoins.Lorsque l\u2019on modifie l\u2019indice de défavorisation dans une école, c\u2019est tout le monde qui en subit les contrecoups, mais plus particulièrement les élèves.Comme vous le savez, nous vivons depuis quelques années une grave pénurie d\u2019enseignantes à la CSDM.Que ce soit les personnes dans les universités qui ne sont plus intéressées par le métier (car l\u2019enseignement reste une profession et ne devrait pas être une vocation) ou encore mes jeunes collègues qui délaissent leur gagne- pain faute de soutien, la perspective enseignante n\u2019a jamais semblé aussi sombre.Car en plus du risque de voir les orthopéda- gogues, éducatrices spécialisées, orthophonistes, psychoéducatrices (et j\u2019en passe) devoir quitter l\u2019école faute de moyen pour les retenir, ces nouvelles mesures auront pour effet de faire augmenter le ratio d\u2019élèves dans les classes.Au diable donc mon coin lecture, la table pour les projets de science, des guitares ramassées un peu partout au fil des années pour une initiation à la musique, un terrarium avec des bernard- l\u2019hermite, etc.Est-ce que la solution passe par le remplissage de classes ?J\u2019ose espérer que non.Monsieur le Ministre, je comprends que vous risquez de ne pas respecter toutes vos promesses.Cependant, s\u2019il vous plaît, ne nous oubliez pas.Nous devons cesser d\u2019hypothéquer l\u2019avenir de nos élèves.Nous avons besoin de reprendre confiance dans notre système.Et un tel changement d\u2019indices de défavorisation avec un gouvernement qui promettait de mettre l\u2019accent sur l\u2019éducation me laisse pantois.Pierre Arcand dans le champ Le chef intérimaire du Parti libéral du Québec, Pierre Arcand, a commenté la sortie inqualifiable du maire de Hampstead, William Steinberg : « C\u2019est sûr que ce que la CAQ fait au Québec, de façon générale, incite à ce genre d\u2019excès.Il y a des projets de loi qui sont diviseurs.Et évidemment, ça mène souvent à des excès.» Même le premier ministre Justin Trudeau et les autres chefs de partis fédéralistes à Ottawa ont fait preuve de plus de retenue dans leurs propos.Cela montre que le chef de l\u2019opposition officielle à l\u2019Assemblée nationale n\u2019a rien compris de la défaite libérale du 1er octobre dernier.Sylvio Le Blanc Montréal, le 11 avril 2019 Abus de pouvoir en santé La Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec-FIQ, qui représente 76 000 professionnelles en soins infirmiers et cardiorespiratoires, estime que les heures supplémentaires obligatoires sont devenues «un réel mode de gestion qui porte atteinte aux droits des professionnelles en soins et [ont] un impact direct sur la qualité et la sécurité des soins».À cet effet, le 8 avril, journée nationale sans heures supplémentaires obligatoires, «les professionnelles en soins ont voulu pouvoir choisir leur santé physique et mentale, leur vie personnelle et familiale.Elles ont voulu, comme la grande majorité, vivre une journée normale de travail.Une journée où elles ne risquent pas d\u2019être prises en otage», a expliqué la présidente de la FIQ, Nancy Bédard, dans un communiqué.Les revers de l\u2019école nouvellement nantie Les changements d\u2019indices de défavorisation sont dangereux pour plusieurs écoles LIBRE OPINION LETTRES LAÏCITÉ Un sain dialogue est souhaitable C ÉDITORIAL B 8 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu BRIAN MYLES De son côté, la ministre de la Santé, Danielle McCann, a rappelé en point de presse que le gouvernement a pris l\u2019engagement d\u2019abolir les heures supplémentaires obligatoires en campagne électorale, tout en prenant soin d\u2019ajouter qu\u2019« en même temps, il faut se rappeler qu\u2019il y a une obligation éthique, déontologique des infirmières de voir à la sécurité des patients ».À mon avis, il y a urgence d\u2019agir sur ce qui m\u2019apparaît clairement un abus de pouvoir inacceptable de la part des gestionnaires des hôpitaux qui tiennent leur personnel de façon outrancière littéralement en otage\u2026 Dans ces circonstances, Madame la Ministre, il est plus que temps de vous atteler à régler, dans les meilleurs délais, ce type de gestion inhumaine auquel sont confrontées quotidiennement les infirmières et les autres professionnelles en soins ! Henri Marineau Québec, le 10 avril 2019 B 9 IDÉES LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Me Richard Guay Député de Taschereau de 1976 à 1985 et président de l\u2019Assemblée nationale de 1983 à 1985 La Charte québécoise des droits et libertés de la personne est un héritage collectif des gouvernements Bourassa et Lévesque.Si le Québec avait une constitution, la Charte en ferait partie, ce qui implique que tout changement à son texte devrait faire l\u2019objet d\u2019un amendement constitutionnel, une procédure plus compliquée qu\u2019une modification à une simple loi.À défaut d\u2019avoir une constitution qui l\u2019inclut, la Charte des droits et libertés de la personne mérite qu\u2019on la traite avec respect.Après tout, il s\u2019agit des droits fondamentaux de chaque citoyenne et de chaque citoyen du Québec.On ne peut la tasser du revers de la main parce qu\u2019on la trouve gênante.Un gouvernement et une Assemblée nationale qui suspendent sans sourciller des droits fondamentaux au nom de la laïcité pourraient demain faire à nouveau peu de cas de la Charte pour d\u2019autres raisons, moins « nobles ».C\u2019est ainsi que s\u2019effritent les droits de la personne.On opposera à cela que la Charte prévoit qu\u2019il est possible d\u2019y faire exception.Cette disposition est très rarement invoquée, et pour cause.En règle générale, elle l\u2019a été afin de contrer une décision d\u2019un tribunal et de maintenir la suprématie du Parlement.Dans le cas du projet de loi sur la laïcité, le gouvernement agit tout autrement : il anticipe que son projet de loi contreviendra à la Charte, et il exclut le recours à celle-ci par des personnes qui pourraient croire que des dispositions briment leurs droits fondamentaux.À quoi sert donc la Charte ?Je passe sous silence la Charte canadienne des droits, dont le projet de loi 21 veut également se soustraire.De portée moindre que la Charte québécoise, même si elle est constitutionnelle, la Charte canadienne fait partie de la Constitution de 1982 qui a été imposée au Québec par la majorité canadienne et sans son consentement.Bien qu\u2019elle soit légale, l\u2019écoulement du temps ne lui a pas conféré de légitimité, et il n\u2019y a rien d\u2019anormal ou de honteux à vouloir s\u2019en soustraire.Ayant représenté le Québec à Londres (1995-2000) puis à Bruxelles (2000-2002), j\u2019ai toujours vanté la société moderne, ouverte et tolérante que nous cherchons à construire sur les rives du Saint-Laurent.Le projet de loi sur la laïcité me paraît relever davantage d\u2019une société frileuse et refermée sur elle-même.Ce pourrait jouer de vilains tours au premier ministre et au ministre du Commerce international lorsqu\u2019ils solliciteront des investissements étrangers.Nos nombreux concurrents auront la partie facile de pointer du doigt un gouvernement qui n\u2019aura pas hésité à suspendre des libertés fondamentales.Du reste, un professeur de français ou de mathématiques ou encore de géographie n\u2019incarne nullement l\u2019autorité de l\u2019État.Il importe peu qu\u2019il arbore des signes religieux s\u2019il en a envie.Ce sont des religieuses qui m\u2019ont enseigné au primaire.Ni sœur Regina, ni sœur Andrée, ni sœur Armand-Marie, ni sœur Irène-Germaine, toutes en habit de leur congrégation et arborant une croix pectorale, n\u2019ont représenté l\u2019autorité de l\u2019État.Cela ne les empêchait pas d\u2019avoir de l\u2019autorité, ce qui est autre chose.Les signes religieux qu\u2019elles portaient n\u2019ont pas eu d\u2019influence déterminante sur moi.Il en a été de même des Jésuites et des prêtres séculiers au collège.Ceux-ci auraient tous été fort étonnés d\u2019apprendre qu\u2019ils représentaient l\u2019autorité de l\u2019État.Les enseignants comme les professeurs, au public comme au privé, ne sont pas dans la situation des policiers ou des magistrats.Qu\u2019on les laisse tranquilles et le projet de loi sur la laïcité deviendrait plus acceptable.Il est vrai, comme certains le soulignent, que le débat sur la laïcité dure depuis un bon moment.Ces personnes concluent qu\u2019il est temps de trancher.Peut-être, mais pas de la manière dont le gouvernent s\u2019y prend.Au demeurant, le Québec est une société laïque.Une fois enlevé le crucifix archaïque de l\u2019Assemblée nationale, il n\u2019y aura rien de religieux dans l\u2019espace public.Il n\u2019a pas été nécessaire de promulguer une loi pour y parvenir ni de suspendre les droits et libertés des personnes.LAÏCITÉ Le gouvernement doit refaire ses devoirs Aurélie Campana Professeure titulaire de science politique à l\u2019Université Laval Véronique Labonté Candidate au doctorat en études internationales Les cyberattaques quotidiennes contre les gouvernements et les entreprises nationales, ainsi que les manipulations malveillantes de l\u2019information sont autant d\u2019exemples des dérives d\u2019Internet.Personne ne paraît à l\u2019abri de ces attaques.À six mois des prochaines élections fédérales, le Canada est-il armé pour affronter ces menaces ?Tout le monde en doute.Manipulation de l\u2019information Plusieurs États, au nombre desquels figurent l\u2019Australie, la France, la Suisse, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l\u2019Allemagne, la Suède et les pays baltes, ont récemment fait état de tentatives d\u2019ingérence ou d\u2019attaques étrangères, particulièrement lors de campagnes électorales.Le même scénario pourrait certainement se répéter au Canada.En entrevue au quotidien The Star en mars dernier, le commissaire aux élections fédérales Yves Côté affirmait qu\u2019il ne se demandait pas «si», mais bien «quand» auront lieu les attaques.En marge d\u2019une réunion ministérielle du G7 à Dinard au début du mois d\u2019avril, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a signifié sa grande inquiétude à ce propos.Bien que le gouvernement ait décidé de former un comité qui avertira les électeurs si une tentative d\u2019ingérence est détectée durant la campagne, ces efforts risquent d\u2019être insuffisants.Entre les limites de nos systèmes de cy- bersécurité et les dangers grandissants de la manipulation de l\u2019information, il y a lieu de s\u2019inquiéter.Crise de confiance des électeurs Les manipulations de l\u2019information n\u2019ont jamais été aussi faciles à l\u2019heure des réseaux sociaux.Parmi les cybermenaces qui pourraient perturber la prochaine élection fédérale, on note la multiplication des usines à trolls parrainées par des États, comme la Russie, la Chine ou encore la Corée du Nord, qui diffusent des informations falsifiées pour répondre à leurs propres intérêts.Certains groupes, entre autres d\u2019extrême droite, ne sont pas en reste et contribuent à la circulation et à la fabrication de fausses nouvelles.Tous suivent un modus operandi assez similaire: créer de faux comptes Twitter ou Facebook et diffuser des arguments, le plus souvent appuyés sur des stéréotypes et des idées simplistes, qui vont pouvoir être réutilisés tels quels.Ce «prêt-à-penser» alimente les attaques contre des personnalités politiques ou la polémique sur des sujets qui divisent les opinions publiques.L\u2019immigration et l\u2019intégration des immigrés sont de ceux-là, mais les trolls s\u2019invitent aussi dans les débats sur la vaccination aux États-Unis ou la construction de pipelines au Canada.Ils sont particulièrement brandis en contexte électoral, mais peuvent également servir à polariser les sociétés entre deux élections.Ils pourraient ainsi jouer un rôle dans les débats sur la loi 21 au Québec.Dans un rapport adressé à l\u2019État français en 2018, Jean-Baptiste Jeangène Vil- mer et ses collègues énumèrent les raisons qui sous-tendent ces manipulations.Ils suggèrent notamment une crise globale de la communication politique alimentée par «le développement, d\u2019une part, d\u2019une blogosphère conspiration- niste et transnationale qui fait le jeu de la propagande et celui, d\u2019autre part, de la désinformation de certains régimes et mouvements antilibéraux».Comment cela va-t-il se traduire lors de la prochaine campagne?On peut d\u2019ores et déjà prévoir la diffusion d\u2019informations fallacieuses anxiogènes.Parions que cette fausse nouvelle voulant que le gouvernement fédéral de Justin Trudeau dépense plus pour les réfugiés que pour les aînés refera surface à un moment ou un autre.Ou encore cette autre voulant que le gouvernement fédéral permette à des non-ci- toyens de voter en vertu du Pacte mondial sur la migration.Lorsqu\u2019une information conforte les préjugés, le partage se fait parfois à très haute vitesse.Contrer les cyberattaques Contrer ce phénomène, qui implique des acteurs divers, s\u2019avère complexe.Le cy- berenvironnement est en effet devenu un nouveau théâtre de l\u2019affrontement entre États.Si la capacité de manipulation politique dépend du degré d\u2019intégration économique et d\u2019interdépendance entre les États, force est de constater qu\u2019il s\u2019agit aujourd\u2019hui d\u2019une stratégie de choix entre acteurs à l\u2019international.De la même façon, il ne se passe pas une journée sans qu\u2019une entreprise nationale soit victime d\u2019une cyberattaque.Les compagnies canadiennes ont d\u2019ailleurs dépensé près de 15 milliards de dollars pour assurer leur sécurité en 2017 selon Statistique Canada.Ainsi, l\u2019ensemble des sphères de nos sociétés paraît totalement vulnérable et désarmé quant à ce phénomène d\u2019une ampleur sans précé- dent.Les gouvernements des grandes démocraties tentent de parer ces attaques, mais les plans mis en place ont une efficacité plus que limitée.Même si des moyens politiques, économiques, technologiques et législatifs sont déployés pour protéger la souveraineté des institutions démocratiques canadiennes, le fait est que les failles relèvent souvent d\u2019erreurs de jugement d\u2019individus.Les citoyens doivent donc se sentir concernés et s\u2019activer pour protéger la sphère publique.La protection des renseignements privés et la lutte contre la prolifération des fausses nouvelles dépendent aussi de nos choix individuels.La 5e édition du Forum Saint-Laurent sur la sécurité internationale se déroulera les 2 et 3 mai à Québec.SÉCURITÉ De vraies menaces pèsent sur les élections canadiennes Marie-Laurence Desgagné Étudiante en droit à l\u2019Université McGill Audi alteram partem.Écouter les autres parties.Cette phrase, régulièrement citée dans le milieu juridique, est gravée au- dessus d\u2019une des entrées de la Faculté de droit de l\u2019Université McGill.Or, la façon dont y est mené le débat sur le projet de loi sur la laïcité du gouvernement québécois va manifestement à l\u2019encontre de ce principe.Une grande majorité de professeurs et d\u2019étudiants tente d\u2019y établir un monopole de l\u2019argumentation, notamment juridique, qui lui soit profondément défavorable.Pourtant, ce refus d\u2019écouter l\u2019autre, même lorsque son argumentaire est légitime, nuit non seulement au développement critique des étudiants et à leur rigueur intellectuelle, mais aussi à l\u2019établissement de dialogues au sein de la faculté comme de la société en général.En offrant à ses étudiants une vision manichéenne du monde, où les bons sont contre la loi et les autres dans l\u2019erreur et dans la peur, la faculté contribue en effet, à sa façon, à son isolement de la société québécoise et à la polarisation bien entamée qui menace cette société.Le point, ici, n\u2019est pas de plaider contre la prise de position des établissements d\u2019enseignement dans un débat dont les conséquences humaines, philosophiques et juridiques sont importantes.L\u2019Université de Montréal avait elle-même pris position contre les dispositions les plus contestées de la charte des valeurs québécoise, et ce, de manière tout à fait argumentée.L\u2019essentiel du reproche qui doit être fait à la Faculté de droit de McGill, cependant, c\u2019est de ne pas confronter ses étudiants à des points de vue juridiques variés au moment où un débat devient épineux.Depuis mon entrée, on m\u2019y vante les mérites de la dissidence et de l\u2019expression d\u2019une vision différente du droit.Les professeurs y font fréquemment l\u2019éloge de la dissidence à la Cour suprême, notamment féminine, puisqu\u2019elle contribue bien souvent à former le droit de l\u2019avenir.Or, on passe volontiers sous silence l\u2019appui de l\u2019ancienne juge L\u2019Heureux-Dubé de cette cour au projet de charte des valeurs en 2014, dont le projet actuel est une version très fortement diluée et plus sainement posée.Sur toutes les tribunes, on préfère au contraire dénoncer une loi «raciste» ou «islamophobe» et se féliciter de la «honte» exprimée par Charles Taylor lors d\u2019un événement organisé par des élèves avec le soutien de leur université.Il m\u2019apparaît pourtant important de rappeler à ces étudiants que, bien souvent, même en droit, la vérité s\u2019exprime de manière plurielle.À ce titre, il est important de rappeler que, lors du débat sur la charte des valeurs québécoises, deux anciennes juges québécoises de la Cour suprême avaient pris des positions fondamentalement opposées.Toutes deux, pourtant, se fondaient sur des argumentaires juridiques cohérents.À l\u2019instar de la population en général, mon opinion sur la laïcité et les actions du gouvernement, dont je vous ai épargné ici l\u2019étalage, est appelée à évoluer au fil des débats.C\u2019est pour cette raison que, tout comme mon doyen, je ne peux me permettre de croire en la légitimité d\u2019une loi en me basant strictement sur son accueil populaire actuel.Cependant, c\u2019est également pour cette raison que je souhaite que nous puissions favoriser l\u2019expression des argumentaires de chacune des parties.Pour ce faire, le milieu universitaire doit reconnaître la possibilité de dissidence de certains de ses étudiants quant à ses positions.Or, dans une ambiance universitaire où le débat est de plus en plus dirigé, il est devenu très difficile pour un étudiant d\u2019affirmer son désaccord avec la position prise par son établissement d\u2019enseignement.Pourtant, un débat respectueux bénéficierait à toutes les parties: il leur permettrait de consolider leurs arguments, de favoriser leur écoute respective et d\u2019éviter les pièges tendus par la teneur émotive du débat.La juge Côté de la Cour suprême avait d\u2019ailleurs rappelé, lors de son passage à McGill, que la dissidence aidait à la cohérence et au développement de l\u2019argumentaire de la majorité.Ma faculté gagnerait donc à assurer une ouverture et une couverture minimale des voix qui s\u2019élèvent en son sein pour le projet de loi.Ses étudiants découvriront alors peut- être que les arguments qui sous-tendent ce projet ne sont pas tous fondés sur la peur de l\u2019autre, mais bien souvent sur une vision différente des libertés civiles et de la neutralité de l\u2019État.Caractériser tout un pan de la société québécoise comme enclin à brimer des droits fondamentaux pour écraser des minorités et pour rassasier des élans suscités par la peur de l\u2019autre est malhonnête.L\u2019écoute et l\u2019ouverture à l\u2019autre seront donc essentielles à la recherche du compromis, à la lutte contre la polarisation et à la conclusion de ce débat, qui, malheureusement si souvent (et encore une fois) amalgamé maladroitement à celui de l\u2019immigration, a occulté pendant trop d\u2019années certains des enjeux importants auxquels font face les communautés issues de cette immigration.LAÏCITÉ La dissidence est une condition essentielle au débat Parmi les cybermenaces qui pourraient perturber la prochaine élection fédérale, on note la multiplication des usines à trolls parrainées par des États.EMILIO MORENATTI AGENCE FRANCE-PRESSE De nos jours, il est devenu très difficile pour un étudiant d\u2019affirmer son désaccord avec la position de son établissement.MICHAËL MONNIER LE DEVOIR B 10 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 E N B R E F La CPI rejette une demande d\u2019enquête en Afghanistan LA HAYE \u2014 Les juges de la Cour pénale internationale (CPI) ont refusé vendredi d\u2019autoriser l\u2019ouverture d\u2019une enquête pour des crimes contre l\u2019humanité et des crimes de guerre présumés en Afghanistan, indiquant «qu\u2019une enquête [\u2026] à ce stade ne servirait pas les intérêts de la justice».Cette décision intervient une semaine seulement après que Washington eut révoqué le visa de la procureure générale de la CPI, Fatou Bensouda, en raison d\u2019une possible enquête sur des exactions de soldats américains en Afghanistan.Ja- mil Dakwar, le directeur du programme des droits de la personne de l\u2019Union américaine pour les libertés civiles, a réagi avec virulence à cette annonce, blâmant «les tactiques d\u2019intimidation» du gouvernement américain.Agence France-Presse Les combats s\u2019intensifient en Libye, l\u2019ONU réclame une nouvelle trêve TRIPOLI\u2014 L\u2019ONU réclame une « pause humanitaire » dans les combats aux abords de Tripoli, afin de faciliter le départ des civils et d\u2019apporter une aide à ceux qui restent, a déclaré vendredi son porte-parole, Stéphane Du- jarric.Des combats violents opposent vendredi les forces du Gouvernement d\u2019union nationale (GNA) aux hommes du maréchal Haftar dans la banlieue sud de Tripoli.Des journalistes de l\u2019AFP présents derrière la ligne de front ont été témoins d\u2019un raid aérien à Wadi Rabi.D\u2019autres témoins ont fait état d\u2019une autre frappe aérienne dans la banlieue est de la capitale.Des tirs de canons antiaériens ont été entendus dans cette région où est situé l\u2019aéroport de Mitiga, le seul fonctionnel de la capitale libyenne.Agence France-Presse Pédophilie dans l\u2019Église : Benoît XVI manipulé?L\u2019analyse de Benoît XVI pointant la révolution sexuelle comme une cause des scandales de pédophilie de l\u2019Église était vendredi torpillée par des experts rappelant que le phénomène remonte aux premiers siècles du christianisme.«[Benoît XVI] sait que la pédophilie a accompagné toute l\u2019histoire de l\u2019institution ecclésiastique [\u2026]», relève le vati- caniste italien Marco Politi.Benoît XVI, qui fêtera prochainement ses 92 ans, serait-il manipulé?s\u2019interrogent certains spécialistes.Pour Marco Politi, «quelque chose ne colle pas [\u2026]».Il le soupçonne d\u2019être influencé par les cardinaux ultraconservateurs Walter Brandmüller et Gerhard Müller, «engagés dans une vaste opération de diversion pour attribuer les péchés de pédophilie au sein de l\u2019Église à la culture gaie et à la perte de la foi».Agence France-Presse MUSADEQ SADEQ ASSOCIATED PRESS AGENCE FRANCE-PRESSE À KHARTOUM Au lendemain de la destitution d\u2019Omar el-Béchir au Soudan, le chef du conseil militaire de transition désormais aux commandes du pays a renoncé au pouvoir vendredi soir et nommé un autre militaire pour lui succéder, une décision accueillie par des scènes de joie des manifestants à Khartoum.Plus tôt dans la journée, les militaires au pouvoir avaient démenti avoir mené un coup d\u2019État et se sont efforcés de rassurer la communauté internationale ainsi que les manifestants.Awad Ibn Ouf, le chef du Conseil militaire de transition, a annoncé dans un discours à la nation avoir renoncé à son poste, et nommé à sa place Abdel Fattah al-Burhan Abdelrahmane, inspecteur général des forces armées.Cette déclaration a été accueillie par de scènes de liesse dans la capitale soudanaise « Ce n\u2019est pas un coup d\u2019État » «Le rôle du conseil militaire est de protéger la sécurité et la stabilité du pays», a déclaré plus tôt le général Omar Zine- labidine, membre du Conseil militaire.« Ce n\u2019est pas un coup d\u2019État militaire, mais une prise de parti en faveur du peuple », a-t-il ajouté.« Nous ouvrirons un dialogue avec les partis politiques pour examiner comment gérer le Soudan.Il y aura un gouvernement civil et nous n\u2019interviendrons pas dans sa composition», a-t-il dit, répétant des assurances formulées plus tôt par les chefs militaires.Ceux-ci avaient par ailleurs affirmé que le président déchu, qui dirigeait le pays d\u2019une main de fer depuis trente ans, était en détention, mais qu\u2019il ne serait pas «livré à l\u2019étranger », alors qu\u2019il est sous le coup de deux mandats d\u2019arrêt de la Cour pénale internationale (CPI).Après des semaines de manifestations réclamant son départ, Omar el- Béchir a été renversé jeudi par l\u2019armée, qui a mis en place un Conseil de transition militaire pour deux ans.Affichant leur rejet de cette transition, les manifestants avaient passé la nuit de jeudi à vendredi \u2014 la sixième d\u2019affilée \u2014 devant le quartier général de l\u2019armée.Malgré le couvre-feu imposé de 20 h à 2 h, la nuit a été calme.Devant le Conseil de sécurité de l\u2019ONU, l\u2019ambassadeur du Soudan, Yasir Abdelsalam, a aussi essayé de dissiper les craintes de la communauté internationale.Le Conseil de transition militaire « se contentera d\u2019être le garant d\u2019un gouvernement civil », a-t-il dit.Il a en outre ajouté que la période de transition « pourra être réduite en fonction des développements sur le terrain et de l\u2019accord des parties prenantes ».À l\u2019occasion d\u2019un grand rassemblement pour la prière du vendredi, des milliers de femmes et d\u2019hommes vêtus de blanc ont afflué vendredi sous un soleil brûlant devant le QG de l\u2019armée à Khartoum, selon des témoins.« Je suis impressionné par ce que font ici ces jeunes femmes et hommes», explique Hussein Mohamed, un homme âgé venu d\u2019Omdourman, ville voisine de Khartoum.Le général Zinelabidine a affirmé vendredi que le Conseil était prêt à travailler « main dans la main » avec les manifestants « pour trouver des solutions » aux problèmes des Soudanais.Il a également réclamé à la communauté internationale des fonds pour régler la crise économique.La décision du gouvernement le 19 décembre de tripler le prix du pain dans ce pays en plein marasme économique avait déclenché les manifestations.À l\u2019étranger, le renversement d\u2019Omar el-Béchir a été accueilli avec prudence.Les États-Unis, qui maintiennent des sanctions contre le Soudan, pays sur leur liste des États soutenant «le terrorisme», ont exhorté l\u2019armée à intégrer les civils au gouvernement, tout en saluant un «moment historique».L\u2019Union européenne a aussi appelé l\u2019armée à un transfert «rapide» du pouvoir aux civils, tandis que l\u2019Union africaine a critiqué la «prise de pouvoir par l\u2019armée».Près de 50 morts M.Béchir a tenté de réprimer le mouvement de contestation par la force et instauré le 22 février l\u2019état d\u2019urgence à l\u2019échelle nationale.La police a indiqué en soirée que 16 personnes avaient été tuées par balles réelles ces 48 dernières heures.Un bilan officiel faisait état jusqu\u2019alors de 49 morts depuis le 19 décembre.Cette «révolution de palais» vise surtout «à protéger le régime et empêcher l\u2019opposition, des civils, des non- islamistes [\u2026] de prendre le pouvoir», indique à l\u2019AFP Jérôme Tubiana, chercheur indépendant sur le Soudan.«En fait, la perspective d\u2019une transition démocratique pourrait être encore plus éloignée que lorsque Béchir était en place, dans la mesure où il n\u2019y a pas de centre du pouvoir avec qui négocier», estime pour sa part l\u2019analyste Alex de Waal.«Le fait que Béchir ait accepté sa destitution prouve qu\u2019il s\u2019agit, plutôt que de le livrer à la CPI, de le protéger.Rien d\u2019étonnant de la part d\u2019hommes qui ont été [\u2026] ses complices», juge M.Tubiana.Amnistie internationale a appelé à remettre M.Béchir à la Cou pénale internationale.En 2009, cette cour basée à La Haye avait lancé un mandat d\u2019arrêt contre lui pour «crimes de guerre» et «crimes contre l\u2019humanité» au Darfour, ajoutant en 2010 l\u2019accusation de «génocide».SOUDAN Le chef militaire de la transition démissionne AMAL BELALLOUFI À ALGER AGENCE FRANCE-PRESSE ALGÉRIE Un vendredi plus tendu Les heurts ont fait plus de 80 blessés et une centaine d\u2019arrestations Des heurts avec la police ont fait plusieurs blessés et des dégâts matériels.AGENCE FRANCE-PRESSE Abdelkader Bensalah a désormais remplacé dans les slogans hostiles des contestataires Abdelaziz Bouteflika, président malade dont il était ces dernières années la « doublure » officielle Un cortège monstre a défilé dans une ambiance plus tendue qu\u2019à l\u2019accoutumée, à Alger, pour un huitième vendredi consécutif de contestation, le premier depuis l\u2019annonce d\u2019une présidentielle le 4 juillet pour désigner un successeur à Abdelaziz Bouteflika, rejetée par les manifestants.Comme chaque semaine, le défilé al- gérois s\u2019est déroulé globalement dans le calme, mais dans une certaine tension, débouchant sur des heurts avec la police qui ont fait plusieurs blessés et des dégâts matériels.Le nombre exact de manifestants est difficile à établir, ni les autorités ni les protestataires ne communiquant de chiffres.Mais en début d\u2019après-midi, une foule dense, au moins aussi importante que celle des vendredis précédents, a empli joyeusement les rues du centre-ville de la capitale.Aucun incident n\u2019a été recensé ailleurs en Algérie, où l\u2019agence de presse officielle APS a fait état de manifestations d\u2019ampleurs diverses dans 42 des 48 régions du pays.L\u2019essentiel du cortège algérois a quitté le centre-ville à la tombée de la nuit après avoir défilé dans le calme comme chaque semaine, mais la police a tiré de nombreuses grenades lacrymogènes pour disperser une centaine d\u2019irréductibles, après de précédentes échauffourées en milieu d\u2019après-midi.Une voiture de police a été incendiée, mais les flammes ont été rapidement éteintes par des commerçants.Plusieurs véhicules ont également été vandalisés, selon des images diffusées sur les réseaux sociaux.Des manifestants se sont interposés aux cris de « silmiya ! » (« pacifique ! »), mot d\u2019ordre de la contestation, avant de nettoyer les rues, une fois les affrontements terminés.Selon la police, qui a attribué les violences à des « délinquants » infiltrés, 83 policiers ont été blessés, dont 4 grièvement, et 108 personnes arrêtées.Plusieurs manifestants ont également été légèrement blessés par des pierres ou dans les bousculades, et certains ont eu des malaises en raison du gaz lacrymogène, selon des journalistes de l\u2019AFP.« Des gens qui fichent la pagaille » «Ce ne sont pas des manifestants» qui ont affronté la police, «juste des gens qui fichent la pagaille», a expliqué Musta- pha, avocat et manifestant quinquagénaire.«Mais [\u2026] on sent un durcissement de la part de la police, la manifestation a été plus nerveuse aujourd\u2019hui», a- t-il poursuivi.L\u2019attitude de la police, moins tolérante ces derniers jours qu\u2019à l\u2019accoutumée à l\u2019égard des rassemblements dans la capitale, a alimenté les tensions dès la matinée, mais n\u2019avait pas découragé les manifestants, venus pour certains en famille avec leurs enfants.Pour la première fois en huit semaines de défilés hebdomadaires dans la capitale, des policiers ont limité plusieurs heures l\u2019accès au parvis de la Grande Poste, épicentre de la contestation, et ont tenté vainement d\u2019en déloger quelques centaines de manifestants installés dès l\u2019aube.Après avoir obtenu, le 2 avril, la démission du chef de l\u2019État, le mouvement populaire algérien réclame désormais le départ d\u2019Abdelkader Bensa- lah, apparatchik de 77 ans devenu président par intérim.Il vise aussi l\u2019ensemble des personnalités de l\u2019appareil mis en place par le président déchu en 20 ans de pouvoir.M.Bensalah a désormais remplacé dans les slogans hostiles des contestataires M.Boute- flika, président malade dont il était ces dernières années la « doublure » officielle, en Algérie et à l\u2019étranger.Pour eux, les structures et personnalités héritées du régime Bouteflika ne peuvent garantir un scrutin libre et équitable pour désigner son successeur, et ils craignent une élection frauduleuse ne servant qu\u2019à conforter le « système » au pouvoir.Les contestataires prônent donc la mise sur pied d\u2019institutions ad hoc, en vue d\u2019une véritable transition post-Bouteflika. B 11 MONDE LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 R E G R O U P E M E N T I M M O B I L I E R | | realta.ca | 514 789 2889 courtier immobilier agréé ÉQUIPE FRANÇOIS BISSONNETTE J\u2019ai fondé REALTA en janvier 2008 sur une promesse : faire du courtage immobilier de façon différente, résolument moderne.Pour nos clients.En faisant de la satisfaction de leurs exigences notre raison d\u2019être.C\u2019est notre image de marque et le fondement de notre succès.C\u2019est une question de valeurs.V I S I T E S L I B R E S d i m a n c h e 1 4 h à 1 6 h S U R R E N D E Z - V O U S c o n t a c t e z - n o u s ! À L O U E R à v o i r ! 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LEDEVOIR // LES SAMEDI 13 ET DIMANCHE 14 AVRIL 2019 B 12 PETITES ANNONCES R E G R O U P E M E N T I M M O B I L I E R GEORGES BARDAGI courtier immobilier agréé DIMANCHE 14 AVRIL 13H30 \u2013 14H30 DIMANCHE 14 AVRIL 15H00 \u2013 16H00 AU CŒUR DE LA PETITE-ITALIE 1160 UNIFAMILIALE | WALK SCORE DE 96 1410 SECTEUR PAISIBLE | PRÈS DES SERVICES 2680 PRÈS DU MÉTRO HENRI-BOURASSA 2090 MAGNIFIQUE JARDIN PRIVÉ 2110 VUE SUR LE CENTRE-VILLE 2260 FACE AU GOLF 2290 PRÈS DE L\u2019ÉCOLE ST-CLÉMENT O.2620 LES VISITES LIBRES Consultez les ?ches détaillées au Bardagi.com/[code de 4 chiffres] PROPRIÉTÉS UNIQUES VOUS ATTENDENT CE DIMANCHE DES Contactez-nous : 514 700-2237 | Bardagi.com | VISITE LIBRE DIMANCHE 14 AVRIL 14H-16H NOUVEAUTÉS DE LA SEMAINE CHAUDIÈRES APPALACHES (St-Julien) LA MALBAIE ÎLE D\u2019ORLÉANS LAC BROME ST-ETIENNE-DE-BOLTON LOIS HARDACKER Ctr.imm.Agréé.Royal LePage Au Sommet, Agence Immobilière 450 242-2000 www.loishardacker.com D E P R E S T I G E ourtier: Carmen Arbour 599 000$ \u2014 c somption #6 As 5000 boul.de l\u2019 ARDIN J CITÉes Lamarr v Y e- ourtier: Pierr 29 000$ \u2014 c 7 1150 rue St-Denis #1115 VILLE-MARIE 14 igen Endinian ourtier: V 629 000$ \u2014 c ain .Casgr v 5556 a U TEA PLA e ourtier: Mar 9 000$ \u2014 c 64 ques-Porlier 1 rue Jac 404 MERCIER agman c Fr ourtier: Daniel Beauchemin 1 295 000$ \u2014 c euil ut A .d\u2019 v 64 a 7 10 62- 7 10 SIC AHUNT yle Shapc ourtier: K 5 000$ \u2014 c 9 6 5 rue Dant ALIE PETITE-IT ott 7 e #40 ott yle Shapc ourtier: K 2 895 000$ \u2014 c ood w .Maple v 155 a -OUTREMONT UT HA alérie Lacasee ourtier: V 2 395 000$ \u2014 c .Carlyle v 439 a AL Y -RO MONT u C X d A M / E R d , M 0 0 u 1 a e r u , b t s e u d O r a n r e e B u n , ave 0 9 2 r 1 e i t r a é d n é i s i h c n a r , f e r è i l i b o m m e i c n e g .A B r G e i t r a u C 9 V V 1 2 c H e b é u , Q l a é r t n o e e d m o n to u t a t e n a d n e p salle de jeux au-dessus du garage triple.bouteille de votre cave à vin, pendant que d\u2019autres s\u2019amusent dans la dence; une véranda grillagée avec foyer au bois pour la détente avec une eve ec R - HÉ CAC SOR TRÉ 3 000 000 $ 79 acres, érablière.- ési be r per e su ett ns c , da mis s a e, le ill fam z la aleur solid V s Head.secteur Orford/Owl\u2019 double attenant, atelier séparé.Réalisez votre rêve ici, dans le , une bonne maison spacieuse, garage seau et terrain paysager de 6 1/2 acres avec lac privé, un ruis ARADIS CHAMPÊTRE P 599 000 $ e! - WESTMOUNT ADJ.CDN/NDG URENT -LA VILLE SAINT MILLE CARRÉ DORÉ ell Cmhoule@viacapitale Mauric SIS DE P A O un cadre naturel exquis ! 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