Le devoir, 23 avril 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 88 / LE MARDI 23 AVRIL 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM INDEX Avis légaux .B2 Culture.B7 Décès .B4 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde.B1 Mots croisés.B6 Religion .B6 Société .A5 Sports.B4 Sudoku .B6 Sur la route.B5 URBANISME Échanger son logement pour échapper à la pénurie B 5 MONDE Attentats de Pâques: horreur et incompréhension au Sri Lanka | B 1 GUILLAUME LEPAGE À RIGAUD LE DEVOIR Les autorités préviennent les riverains de ne pas baisser la garde.Malgré le fait que plusieurs régions du Québec ne connaîtront pas une montée des eaux similaire à celles du printemps 2017, tout porte à croire que des citoyens de certains secteurs ne sont pas au bout de leur peine.« Les autorités municipales sont encore sur un pied d\u2019alerte.Leurs ressources sont toujours mobilisées et les nôtres aussi.Personne ne crie victoire même si on voit la lumière au bout du tunnel », indique Éric Houde, porte- parole de la sécurité civile.Les gens devront également redoubler de prudence, dit-il : le dégel du sol va causer des épisodes de glissement de terrain dans les prochains jours.Si le portrait global est plus positif cette année par rapport à 2017, le tableau s\u2019est noirci à quelques endroits.Sur les rives du lac Saint-Pierre \u2014 situé entre Sorel et Trois-Rivières \u2014, le niveau des inondations a dépassé celui d\u2019il y a deux ans.Un scénario similaire pour la rivière Chaudière sur presque toute sa longueur en Beauce.M.Houde se montre tout de même rassurant pour la suite.S\u2019il salue les réflexes de protection adoptés par bon nombre de riverains et de municipalités à risque d\u2019être inondés, il ajoute que la météo a finalement joué en leur faveur.« On n\u2019a pas eu les énormes quantités de pluie qu\u2019on pensait.On en a eu pas mal, mais pas autant que ce qui avait été prédit.» Près de 3000 résidences ont été inondées dans la province et plus de 1300 personnes ont été évacuées, selon un bilan d\u2019Urgence Québec publié en milieu de soirée, lundi.La Beauce demeure la région la plus touchée avec plus de 860 personnes évacuées jusqu\u2019à présent.Depuis la spectaculaire crue de la rivière Chaudière la semaine dernière, quelque 300 résidences ont été inondées à Beau- ceville.Et elles sont près d\u2019un millier à Sainte-Marie.Au lendemain de son passage à Laval, François Legault a poursuivi sa rencontre des sinistrés à Gatineau.Une quarantaine de résidences y ont été inondées et près d\u2019une centaine de personnes ont été évacuées.En point de presse, le premier ministre a réitéré que le programme d\u2019indemnisation allait être plus rapide cette année comparativement à 2017.Une somme cumulative maximale de 100 000 $ a toutefois été fixée afin de INONDATIONS Les riverains priés de rester aux aguets La situation s\u2019est stabilisée dans plusieurs secteurs, mais le niveau des eaux demeure dangereusement élevé CULTURE Quelques raisons d\u2019être heureux, selon Fernand Dansereau | B 8 Mélisa Léonard et Ian St-Cyr ont dû quitter samedi la maison qu\u2019ils louaient depuis un an sur le chemin de la Pointe au Sable, à Rigaud.Relogé dans une auberge à quelques minutes de route, le couple est passé lundi constater l\u2019ampleur des dégâts laissés par la crue printanière.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR MARIE VASTEL HÉLÈNE BUZZETTI CORRESPONDANTES PARLEMENTAIRES À OTTAWA LE DEVOIR A lors que la session parlementaire tire à sa fin, d\u2019importantes promesses électorales de Justin Trudeau demeurent en suspens.Et c\u2019est sur les épaules du Sénat que repose le sort de ces projets de loi.Les sénateurs auront-ils le temps d\u2019adopter ce menu législatif d\u2019ici l\u2019été, et avant la campagne électorale fédérale ?« C\u2019est sûr qu\u2019il reste beaucoup, beaucoup de pain sur la planche, reconnaît la représentante adjointe du gouvernement au Sénat, Diane Bel- lemare.Mais j\u2019ai assez bon espoir qu\u2019on finira à la fin juin.[\u2026] Dans le passé, on a réussi à terminer les choses en temps voulu.» En vertu du calendrier parlementaire, les sénateurs disposent d\u2019encore huit semaines de travaux d\u2019ici la relâche estivale.Or, 13 projets de loi importants sont toujours à l\u2019étude à la Chambre haute.Et dans le lot, près de la moitié mettent en œuvre des pans de la plateforme électorale des libéraux il y a quatre ans.C\u2019est le cas du projet de loi C-58, qui réforme le régime d\u2019accès à l\u2019information, mais qui a été critiqué parce que des juges craignent que leur sécurité soit compromise par la divulgation proactive de leurs allocations de dépenses \u2014 qui permettrait de retrouver leurs traces dans leurs hôtels par exemple.Le C-59 modifie la loi antiterroriste de Stephen Harper.Il met en place un mécanisme VOIR PAGE A 4 : SÉNAT SÉNAT Promesses électorales en suspens Près de 3000 résidences ont été inondées au Québec et quelque 1300 personnes ont été évacuées VOIR PAGE A 2 : INONDATIONS ACTUALITÉS A 2 LEDEVOIR // LE MARDI 23 AVRIL 2019 Avec l\u2019appui de : INSCRIPTION \u2022 CORIM.QC.CA \u2022 514 340-9622 L\u2019honorable Harjit Sajjan Ministre de la Défense nationale du Canada Le rôle du Canada dans le monde et son réengagement envers le maintien de la paix Déjeuner-causerie de la Série Politique présentée par : Les organisateurs ont estimé la foule à quelque 5000 personnes.FRANCIS VACHON LE DEVOIR Relocaliser des quartiers?ne pas «gaspiller l\u2019argent des contribuables », a assuré M.Legault.Une fois ce plafond atteint, les sinistrés se verraient offrir 200 000 $ par l\u2019État québécois pour les inciter à déménager.Le chef caquiste n\u2019a d\u2019ailleurs pas fermé la porte à la relocalisation de quartiers complets, tels que celui de Pointe-Gatineau, inondé pour la seconde fois en deux ans.« Est-ce qu\u2019on est capables de déplacer un groupe de citoyens ?Si on les envoie chacun de leur côté, c\u2019est certain qu\u2019on perd la vie de quartier.Il faut regarder si c\u2019est possible de faire des déménagements en groupe », a-t-il déclaré.« C\u2019est une des options, mais ce n\u2019est pas la seule, nuance en entrevue au Devoir le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin.Il y a des questions qu\u2019on doit se poser avant de déraciner les gens.» Dans le cas de Pointe-Gatineau, l\u2019élu évoque la possibilité de protéger le secteur puisque des familles y vivent « depuis plusieurs générations » et que le quartier a été « défiguré » par l\u2019amputation de quelque 200 maisons.« Peut- être que ça va nous coûter moins cher que de déménager tout le monde », avance-t-il.Pointe à venir Dans la région de Montréal, le niveau du lac des Deux-Montagnes, de la rivière des Prairies et de celle des Mille- Îles est demeuré relativement stable lundi, mais encore très élevés.La mai- resse de la métropole, Valérie Plante, s\u2019est rendue pendant la journée dans l\u2019ouest de l\u2019île, notamment sur l\u2019île Mercier où une dizaine de résidences ont été inondées.En Montérégie, la ville de Rigaud a été la plus touchée par la crue des eaux.Et les riverains de cette municipalité qui se relève à peine des inondations du printemps 2017 devront prendre leur mal en patience.La pointe du débit d\u2019eau est attendue pour demain, a fait savoir aux représentants de la presse lundi le directeur du Service incendie, Daniel Boyer.Mais cela ne veut pas dire que le niveau de l\u2019eau va baisser pour autant, a-t-il aussitôt averti.Dans la nuit de dimanche à lundi, le niveau de la rivière des Outaouais a rapidement atteint une hauteur de plus de 24 mètres, alors que le seuil d\u2019inondation mineure est établi à 23 mètres.«On est à 50 centimètres de 2017», a résumé Daniel Boyer.«C\u2019est un record qu\u2019on ne veut absolument pas battre cette année.» En matinée, près de 200 résidences étaient inondées et une cinquantaine étaient difficiles, voire impossibles d\u2019accès.Environ 40 familles ont été relogées ou ont bénéficié des services de la Croix-Rouge.À ce travail sur le terrain s\u2019est ajouté l\u2019apport des 160 militaires des Forces armées canadiennes déployés pendant la fin de semaine \u2014 ils sont environ 600 à être mobilisés sur le territoire québécois à la demande de la Sécurité civile.Mélisa Léonard était revenue une dernière fois constater l\u2019ampleur des dégâts causés par la crue sur sa maison lorsque Le Devoir l\u2019a rencontrée lundi après- midi.Son conjoint et elle sont locataires depuis un an sur le chemin de la Pointe au Sable, bordant la rivière Rigaud.Or, depuis samedi, ils ont été relogés à l\u2019auberge du Mont Rigaud.«Il y a de bonnes chances qu\u2019elle soit démolie », lance Mme Léonard, résignée, en jetant un coup d\u2019œil à sa résidence.Celle-ci a été une première fois inondée en 2017, ra- conte-t-elle, puis rénovée par le propriétaire.«Il ne l\u2019a pas fait surélever, il était trop pressé de la relouer.» La riveraine a vécu la grande crue il y a deux ans, alors qu\u2019elle habitait à deux jets de pierre de son logement actuel, sur le chemin du Bas de la Rivière.Sérieusement endommagée, la maison a été démolie, comme cinq autres dans le voisinage.De son côté, Luc Laberge connaît un sort plus heureux \u2014 pour l\u2019instant du moins.Sa maison est entourée d\u2019eau, mais il s\u2019en formalise peu.Muni d\u2019une pompe, il surveille le niveau de l\u2019eau qui s\u2019est infiltré dans son vide sanitaire pour éviter qu\u2019elle ne gagne le plancher.« On n\u2019a pas beaucoup d\u2019aide de la municipalité.C\u2019est surtout ça que je déplore », laisse-t-il toutefois tomber.« J\u2019aurais aimé que la Ville nous aide pour les sacs de sable, ajoute celui qui dit avoir troqué son véhicule pour une chaloupe afin de faciliter ses déplacements.Ma voisine a 82 ans, elle ne peut pas s\u2019arranger toute seule.Elle a de la misère à se déplacer.» Comme cette dame, d\u2019autres rescapés des inondations du printemps 2017 ont préféré jeter l\u2019éponge.« Il y en a une pas pire gang qui sont restés, mais il y en a beaucoup pour qui, cette année, ça les a tués, témoigne M.La- berge.J\u2019ai deux dames ici que je connais.Quand elles ont eu le coup d\u2019eau en 2017, c\u2019était correct.Mais cette année, c\u2019était trop, elles sont parties.Même qu\u2019elles ne veulent plus rien savoir de rester ici.» INONDATIONS SUITE DE LA PAGE A 1 PATRICE BERGERON À QUÉBEC LA PRESSE CANADIENNE Environ 5000 personnes ont entouré de façon symbolique l\u2019Assemblée nationale à Québec, lundi après-midi, pour demander au gouvernement Le- gault d\u2019en faire beaucoup plus pour combattre la crise climatique.L\u2019activité était organisée par un collectif qui regroupe plusieurs organismes écologistes et des syndicats.Les parlementaires étaient toutefois absents en ce Jour de la Terre, puisque la Chambre fait relâche jusqu\u2019à la semaine prochaine.« C\u2019était symbolique, a déclaré le co- porte-parole de La Planète s\u2019invite à l\u2019université Louis Couillard, dans une entrevue à La Presse canadienne lundi après-midi.C\u2019était pour demander à nos politiciens d\u2019arrêter de tourner en rond et plutôt de se doter d\u2019une réelle vision politique en vue de lutter contre la crise climatique.» Il a rapporté que les organisateurs avaient estimé la foule à quelque 5000 personnes.Le porte-parole du Parti québécois en matière d\u2019environnement, le député de Jonquière, Sylvain Gaudreault, participait aussi à la marche.En entrevue téléphonique en fin d\u2019après-midi, il a expliqué que, même si les parlementaires sont absents cette semaine, « l\u2019Assemblée nationale demeure le lieu symbolique de décision, de pouvoir » au Québec où convergent les manifestations.Les manifestants réclament notamment l\u2019adoption d\u2019une loi sur le climat pour réduire les émissions de CO2 de 50 % d\u2019ici 2030, et de 100 % d\u2019ici 2050, conformément aux recommandations du Groupe d\u2019experts intergouvernemental sur l\u2019évolution du climat (GIEC).Ils exigent aussi l\u2019arrêt du projet Énergie Saguenay, ce grand projet de pipeline qui acheminerait du gaz naturel de l\u2019Ouest vers une usine de liquéfaction à Saguenay, en vue de l\u2019exporter.« On veut du pragmatique, des mesures concrètes », a répété M.Couil- lard.Pour sa part, M.Gaudreault estimait qu\u2019il faut des gestes forts du gouvernement, alors que plusieurs régions sont durement frappées par des inondations.Le député arrivait lui-même avec ses revendications précises.Il a exprimé sa solidarité avec les sinistrés et a demandé au gouvernement de compléter rapidement la cartographie des zones inondables au Québec, en coordination avec les trois ministères concernés, soit Environnement, Sécurité publique, et Affaires municipales.«Ce sera un outil pour les municipalités, afin de leur permettre de planifier le développement et éviter qu\u2019on se retrouve toujours dans des situations qu\u2019on vit depuis quelques années de façon intense, des inondations à répétition avec des évacuations.» Enfin, M.Gaudreault a demandé à ce que soit étudié en commission parlementaire le projet de loi qu\u2019il a déposé pour le respect des obligations internationales en matière climatique, c\u2019est-à- dire les cibles de réduction du CO2 et autres GES.JOUR DE LA TERRE L\u2019Assemblée nationale encerclée pour le climat Lise d'Amour et Robert Dumoulin, deux résidents de Rigaud, se sont résignés à quitter leur maison isolée par les eaux lundi.Le frère de M.Dumoulin leur a prêté main-forte.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR L\u2019armée est déployée à Rigaud depuis dimanche pour venir en aide aux résidents.VALÉRIAN MAZATAUD LE DEVOIR ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE MARDI 23 AVRIL 2019 Cathédrale du pétrole C haque époque élève des monuments à sa propre gloire.Le Moyen Âge eut ses cathédrales de pierres calcaires, autour desquelles s\u2019édifia, dans une idée d\u2019ascension céleste, un édifice civilisationnel.Et nous ?Qu\u2019élevons-nous en ce siècle où nous avançons en somnambules ?Notre agitation continuelle nous permet-elle de dresser quelque chose de conséquent devant l\u2019érosion du temps ?Après s\u2019être remis d\u2019un incendie tel un phénix, Fort McMurray réapparaît plus que jamais, depuis l\u2019élection du conservateur Jason Kenney, comme la grande cathédrale canadienne de la religion du pétrole.À l\u2019heure du retour en force des conservateurs, la plupart des Canadiens sous-estiment ou ignorent encore les contraintes qu\u2019ils subissent au nom de l\u2019industrie pétrolière.Ils sont, en ce domaine plus que d\u2019autres peut-être, doucement conduits à fermer les yeux sur la réalité de ce qu\u2019induisent sur nos vies ces entreprises dominantes.Il faut lire, pour s\u2019en persuader, dans le numéro courant du Monde diplomatique, un texte éclairant d\u2019Alain De- neault consacré à l\u2019emprise quasi féodale qu\u2019exerce la famille Irving.Ceux qui se forgent sans cesse l\u2019idée qu\u2019il faut sauver l\u2019Occident grâce à un repli identitaire, où l\u2019islam leur sert d\u2019épouvantail et l\u2019incendie de Notre-Dame de hochet, oublient volontiers, éblouis par le scintillement de leur nostalgie, comment notre monde se fait lui-même l\u2019artisan de son propre malheur, dans les excès débridés de la consommation et d\u2019un libéralisme que l\u2019on se refuse pourtant à regarder en face, par peur de constater, tel un Quasimodo, nos propres difformités.Tandis que le gouvernement Trudeau répète qu\u2019il va parvenir à réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), en respect des engagements qui le lient à l\u2019Accord de Paris, la situation continue en vérité de se détériorer.Les documents produits par le Canada indiquent que ces émissions de gaz, entre 2016 et 2017, ont encore augmenté.Or ce rejet dans l\u2019atmosphère a une relation directe avec la température.Les scientifiques s\u2019accordent à dire que si, au cours de ce siècle qui s\u2019égrène petit à petit, la température globale augmente de plus de 2 °C, la vie sur Terre va s\u2019effondrer.Mais le GIEC, le groupe d\u2019experts intergouvernemental, doute que le monde occidental soit à même de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 50 % d\u2019ici 2030, comme il le juge pourtant nécessaire.Si bien que l\u2019hypothèse d\u2019en arriver au pire en matière d\u2019environnement se révèle de plus en plus probable.Les gargouilles des cathédrales du Moyen Âge ne réussiront pas seules à faire peur au triste destin que nous nous préparons.Pour en arriver à endiguer la catastrophe écologique que nous sommes en train de préparer, il faudrait exproprier largement l\u2019industrie pétrolière et développer, au plus vite, une nouvelle conscience du monde qui renouerait avec le sens de la durée.Mais au lieu de cela, on pousse de hauts cris, les yeux révulsés, dès lors qu\u2019il est question de mieux contrôler cette « propriété privée » qui ne fait pourtant qu\u2019une bouchée de notre avenir.Au Moyen Âge, les communautés qui se lançaient dans la construction de cathédrales leur consacraient sans hésiter une lourde part de leurs ressources économiques, en un temps où la croissance intérieure brute avoisinait le zéro.On prenait le temps et l\u2019argent qu\u2019il fallait pour matérialiser une idée de société.Personne n\u2019aurait songé à imposer à cet effort un échéancier serré au nom d\u2019une simple mesure de la productivité : cela aurait été jugé aussi bête que de soutenir qu\u2019on peut accoucher d\u2019un enfant en un mois grâce à l\u2019aide de neuf femmes.Ces grands travaux, on savait les penser dans un effort conjugué décliné sur plusieurs générations.Pour le bois nécessaire, les bâtisseurs comptaient sur des plantations de chênes patiemment entretenues.Les pousses de ces futurs géants, mises en terre au début des travaux d\u2019édification de la cathédrale, donnaient la matière pour construire des prie-Dieu à la fin de ceux-ci.Donner le temps au temps : cette idée s\u2019accordait avec l\u2019expression d\u2019une morale de la durée et d\u2019un effort conjugué.Cette morale fut diffusée par des contes, déclinés de multiples façons, comme celui, célèbre, du paysan au seuil de trépasser.Ce mourant raconte à ses enfants qu\u2019un trésor est caché au bout de son champ.Les voilà qui s\u2019empressent de remuer la vieille terre en vain.Mais à l\u2019automne, les champs sont plus dorés que jamais.De telles histoires, racontées aux enfants puis aux petits-enfants, contribuaient à transmettre le sens d\u2019une œuvre à accomplir qui dépasse les seules limites de sa vie.Les histoires qu\u2019on raconte désormais sont plutôt sur le thème de l\u2019empressement qu\u2019il faut mettre à piller les ressources, au nom d\u2019un continuum d\u2019accumulation que nous appelons « la croissance », seul capable d\u2019engendrer la richesse, laquelle est vue, d\u2019abord et avant tout, comme une affaire strictement individuelle.Les temps présents, soumis à cette terrible pression, mettent à rude épreuve jusqu\u2019aux choses fondamentales les plus simples : écouter, parler, voir, lire.Dans un vieux conte célèbre, issu du Moyen Âge allemand, un flûtiste offre aux dirigeants d\u2019une ville de la libérer de l\u2019emprise des rats.Mais fort de son pouvoir, et au nom de son seul droit à s\u2019enrichir, ce magicien-musicien en vient à s\u2019emparer de l\u2019avenir lui-même, supprimant à sa guise tous les enfants.Nous connaissons encore la mélodie du droit à s\u2019enrichir sur le dos de l\u2019avenir.Cette défense des seuls intérêts privés va-t- elle longtemps continuer de plomber l\u2019avenir commun ?JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR Morcelé par des voies routières qui l\u2019ont défiguré, le quartier Centre-Sud à Montréal fera l\u2019objet d\u2019une vaste opération de requalification au cours des prochaines années.Des citoyens craignent toutefois que leur quartier soit livré aux promoteurs immobiliers et ils ont profité des consultations tenues par l\u2019Office de consultation publique de Montréal (OCPM) sur le secteur des Faubourgs pour exprimer leurs inquiétudes.«Nous avons l\u2019impression que le rouleau compresseur du centre-ville avance sur nous avec l\u2019assentiment de la Ville et des promoteurs », a souligné dans son mémoire l\u2019organisation citoyenne Cen- tre-Sud debout!.Lors de séances tenues au cours des dernières semaines, l\u2019OCPM a entendu une centaine d\u2019intervenants préoccupés par le développement de ce secteur délimité par les rues Saint-Hubert, Sherbrooke et Fullum et les berges du fleuve Saint-Laurent.La Ville souhaite élaborer un Programme particulier d\u2019urbanisme (PPU) qui prévoit notamment la recomposition de la trame urbaine, la reconfiguration des accès au pont Jacques-Cartier et la définition de paramètres de développement pour les terrains vacants.Devant l\u2019OCPM, Yves Chartrand, de Centre-Sud debout !, a rappelé les traumatismes subis par le quartier, dont la destruction du « Faubourg à m\u2019lasse » pour faire place à Radio-Canada et à la construction de l\u2019autoroute Ville-Marie.« On a perdu 800 logements dans le quartier.On a perdu 5000 personnes, dont une majorité de familles », a-t-il MONTRÉAL Une autre destruction du « Faubourg à m\u2019lasse » ?De grands projets immobiliers inquiètent des citoyens du Centre-Sud souligné.« On ne voudrait pas répéter cet épisode bien triste de l\u2019histoire de notre quartier.» C\u2019est que le Centre-Sud est en pleine mutation.Les employés de Radio-Ca- nada s\u2019apprêtent à quitter la grande tour pour s\u2019installer, en juin 2020, dans leur nouvelle maison, dans la partie est du stationnement.Le vaste terrain a été vendu à des promoteurs, dont le Groupe Mach.Plus à l\u2019est, le promoteur Prével a acheté un terrain en friche au pied du pont Jacques-Cartier (connu sous le nom de Porte Sainte-Marie) et entend y réaliser un projet comportant des unités résidentielles, des commerces et des bureaux.Et c\u2019est sans compter le départ de Molson-Coors, qui déménagera sur la Rive-Sud.Les terrains de l\u2019entreprise brassicole sont à vendre, mais l\u2019administration de Valérie Plante pourrait se prévaloir d\u2019un droit de préemption sur certains lots en cas de transaction.L\u2019essor du développement immobilier inquiète le groupe citoyen Centre- Sud debout !.«Nous craignons une fracture sociale entre la partie de notre quartier au nord du boulevard René-Lévesque, qui sera plus pauvre, et le sud où la Ville a l\u2019intention d\u2019accueillir des milliers de nouveaux résidents dans la « zone déstructurée » qui sera plus riche », écrivent les citoyens dans leur mémoire.Cohabitation avec le port Les promoteurs Mach et Prével sont aussi venus présenter leurs réflexions à l\u2019OCPM.Avec son « Quartier des lumières », le Groupe Mach entend créer un « quartier total » sur les stationnements actuels de Radio-Canada avec des unités résidentielles.La tour de Ra- dio-Canada accueillera des bureaux et un hôtel.Le promoteur s\u2019engage à réserver des espaces pour la construction d\u2019une école de la Commission scolaire de Montréal « selon une organisation verticale ».Ainsi, la cour de récréation et les équipements sportifs seraient aménagés sur le toit-terrasse, a indiqué l\u2019entrepreneur.Pour sa part, l\u2019Administration portuaire de Montréal (APM) reconnaît que les nouvelles normes en matière de sécurité ont réduit l\u2019accès au fleuve pour les citoyens.« Le Port de Montréal ne s\u2019oppose pas d\u2019emblée au principe de redonner l\u2019accès à l\u2019eau aux Montréalais et [aux] Montréalaises.Cependant, le défi est de taille pour une organisation comme la nôtre », a souligné l\u2019APM.Si le Port veut être un bon voisin, il prévient qu\u2019il n\u2019est pas un voisin paisible.« Avec le départ de Molson et de Radio-Canada, des projets immobiliers verront le jour.[\u2026] Les futurs résidents devront être conscients qu\u2019ils habitent près d\u2019un voisin industriel avec des opérations possibles 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.» Alors que le groupe citoyens Centre- Sud debout ! plaide pour limiter la hauteur des nouveaux immeubles à deux ou trois étages, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain suggère plutôt de hausser les seuils de densité dans ce secteur afin de construire plus d\u2019unités à prix abordables et de dégager des espaces publics.L\u2019OCPM devra soumettre ses recommandations à l\u2019administration Plante au cours des prochains mois.JEAN- FRANÇOIS NADEAU ISABELLE PORTER À QUÉBEC LE DEVOIR Le gouvernement refuse d\u2019intervenir pour forcer les municipalités à imposer les normes de construction les plus récentes sur les nouvelles maisons.Alors que certaines appliquent le Code de construction de 2010, de nombreuses municipalités appliquent encore celui de 1995, voire celui de 1985.« C\u2019est prématuré », a expliqué la ministre des Affaires municipales et de l\u2019Habitation, et responsable de la Régie du bâtiment, Andrée Laforest, lors de l\u2019étude des crédits mardi dernier.« Plusieurs » municipalités « n\u2019étaient pas prêtes », a-t-elle ajouté.Une position vivement dénoncée par la députée libérale Lise Thériault, qui a posé beaucoup de questions à Mme Lafo- rest à ce sujet.« Vous êtes la gardienne de la qualité de la construction au Québec.Vous devez envoyer un signal clair aux municipalités, a-t-elle dit.Ce n\u2019est Construction : des versions désuètes du code encore appliquées au Québec pas normal qu\u2019en 2019 les municipalités appliquent la version de 1985.» Le secteur de la construction souhaite que le gouvernement impose un code unique basé sur les normes les plus récentes.À l\u2019heure actuelle, chaque municipalité peut choisir sa version du Code, n\u2019en appliquer aucune ou encore appliquer sa propre réglementation.Situations Selon l\u2019Association des professionnels de la construction et de l\u2019habitation du Québec, la situation actuelle donne lieu à toutes sortes d\u2019injustices et d\u2019absurdités.Le directeur technique Marco Lasalle donne l\u2019exemple d\u2019une maison de Saint-Lambert où on applique le code de 1995.Le propriétaire veut finir son sous-sol, mais les travaux sont bloqués.« À Saint-Lambert, la hauteur des sous-sols dans les vieilles maisons est très basse.Avec le code de 1995, on demande 2,3 mètres de hauteur, alors les travaux sont barrés.» Or si la même maison s\u2019était trouvée à Montréal ou à Laval, le propriétaire aurait pu poursuivre les travaux sans problème, parce que le code de 2010 a des normes différentes.« Avec les connaissances qu\u2019on a acquises, on a compris que ce n\u2019est pas la hauteur du plafond qui est dangereuse, c\u2019est l\u2019échappée d\u2019escalier qui est importante.» M.Lasalle plaide en outre que le code de 2010 est plus sécuritaire.« Dans le code de 1995 et ceux d\u2019avant ça, on ne parle même pas du radon, alors que le radon, c\u2019est la deuxième cause de cancer du poumon au Canada.» À son avis, « il n\u2019y a aucune raison de maintenir le statu quo ».Cette semaine, la ministre Laforest n\u2019a pas exclu d\u2019imposer un code unique.Elle a fait valoir qu\u2019elle était en poste depuis seulement six mois et qu\u2019elle avait dû faire face à d\u2019autres enjeux plus urgents.Elle a aussi mentionné que certaines municipalités étaient contre le code unique parce qu\u2019elles craignaient de ne pas avoir accès à certains matériaux.Le quartier Centre-Sud a été défiguré dans les années 1960 par la construction d\u2019artères routières et de la Maison de Radio-Canada.MARIE-FRANCE COALLIER LE DEVOIR LEDEVOIR // LE MARDI 23 AVRIL 2019 ACTUALITÉS A 4 CAMPS D\u2019ÉTÉ Pour annoncer dans ce regroupement, communiquez avec le département de publicité au 514 985-3399 publicite@ledevoir.com unifié de surveillance des agences de renseignement, mais ne retire pas aux espions canadiens leur nouveau pouvoir controversé de perturbation.Le C-71 resserre le contrôle des armes à feu.Il permet aux autorités de fouiller tout le passé judiciaire d\u2019un demandeur de permis d\u2019arme et oblige les vendeurs à vérifier auprès de la GRC que les acheteurs détiennent un permis.Un trio de projets de loi sur l\u2019exploitation de projets industriels a en outre particulièrement suscité la controverse \u2014 et offert un avant-goût des débats électoraux.Car avec le C-48, le gouvernement Trudeau promet un moratoire du transport de pétrole brut au large du nord de la Colombie-Britannique.Le C-68 annule une réforme de Stephen Harper en restaurant une protection de l\u2019habitat pour tous les poissons, et non plus juste pour les espèces pêchées à des fins récréatives, commerciales ou autochtones.Le C-69 confie l\u2019évaluation environnementale de grands projets à une seule nouvelle agence et élargit les consultations de même que le mandat d\u2019études pour examiner les impacts sociaux, économiques et ceux sur la lutte contre les changements climatiques.Le C-75, pour sa part, ne découle pas d\u2019une promesse électorale, mais du fameux arrêt Jordan de la Cour suprême.Il propose des moyens de désembourber le système judiciaire, mais les conservateurs l\u2019ont critiqué, car il permet de traiter par procédures sommaires (débouchant sur des peines moins sévères) un plus large éventail d\u2019infractions.Pour parvenir à l\u2019adoption de cet imposant menu, une entente a été conclue entre les leaders des quatre groupes de sénateurs.Les représentants du gouvernement avaient d\u2019abord tenté de forcer la cadence avec une motion d\u2019attribution de temps.Les sénateurs s\u2019y sont farouchement opposés, à coup de tactiques dilatoires.Les leaders ont alors négocié et convenu d\u2019un calendrier qui prévoit la fin de l\u2019étude sénatoriale d\u2019ici la fin mai (sauf pour les C-48, C-68 et C-69, qui n\u2019ont pas de date butoir).Un ping-pong législatif est toutefois presque assuré, car la sénatrice Belle- mare et ses homologues conservateur et indépendant préviennent que la plupart des projets de loi seront amendés.(Les sénateurs d\u2019allégeance libérale n\u2019ont pas rappelé Le Devoir.) Place au ping-pong Lorsque le Sénat modifie un projet de loi, la Chambre des communes doit approuver ces changements, puisque tout projet de loi doit être adopté dans sa forme identique par les deux Chambres.Si les Communes refusent, le Sénat doit se prononcer à nouveau.Et ainsi de suite, jusqu\u2019à un commun accord.« J\u2019ai bon espoir qu\u2019on adopte tous ces projets de loi, mais avec beaucoup d\u2019amendements, observe le sénateur conservateur Claude Carignan.Ce sera ensuite à la Chambre des communes de voir ce qu\u2019ils acceptent et refusent.» Le représentant du groupe des sénateurs indépendants, Yuen Pau Woo, confirme que ses collègues \u2014 qui forment la majorité au Sénat \u2014 voudront eux aussi modifier les projets du gouvernement.«C\u2019est le nouveau Sénat.On ne s\u2019y gêne pas pour faire des amendements.» Le Sénat compte maintenant 58 indépendants, 30 conservateurs, 9 libéraux indépendants et 7 sénateurs non affiliés.Les leaders estiment néanmoins que le Parlement aura le temps d\u2019adopter toute cette législation.Le Sénat devrait terminer ses études d\u2019ici le début juin, ce qui laissera encore trois semaines pour le ping-pong législatif.Difficile de prévoir, en outre, si les sénateurs indépendants majoritaires tiendront tête aux députés, si ces derniers rejettent leurs amendements.Certains projets de loi les préoccupent plus que d\u2019autres.Le C-71 est au cœur d\u2019une importante querelle.En comité sénatorial, les conservateurs ont réussi à en modifier d\u2019importants aspects en ramenant la vérification d\u2019antécédents aux cinq dernières années, en assouplissant les restrictions de transport et en redonnant aux politiciens un droit de regard sur la classification des armes.Mais ces amendements doivent être entérinés par une majorité des sénateurs à la Chambre haute.Et l\u2019un des membres de la majorité indépendante, André Pratte, a fait valoir que le C-71 avait été «affaibli considérablement», ajoutant qu\u2019il espérait que d\u2019autres sénateurs « reviendront sur ces changements».Le sort du C-69 pourrait en revanche profiter de l\u2019appui d\u2019indépendants qui partagent les préoccupations des conservateurs et de certaines provinces.Le sénateur Woo évoque l\u2019imprévisibilité du processus d\u2019évaluation environnementale proposé et une crainte que le droit de consultation plus large n\u2019entraîne un risque de contestations judiciaires de gens qui plaideraient qu\u2019ils auraient dû être entendus.Une opposition de façade?Les sénateurs indépendants ont modifié des projets de loi dans le passé.Mais ils ont par la suite cédé, lorsque les Communes ont rejeté leurs amendements.Le sénateur Woo refuse de prédire si ce sera de nouveau le cas cette fois-ci.«Nous traverserons le pont quand nous y serons rendus.» Le sénateur Carignan croit que les indépendants pourraient se sentir «moins liés au gouvernement» cette année, puisque, les dernières fois, un jugement de la Cour suprême ordonnait l\u2019adoption d\u2019une loi sur l\u2019aide à mourir et que la légalisation du cannabis était une promesse phare des libéraux.Tant le contrôle des armes à feu que l\u2019encadrement des projets énergétiques étaient cependant aussi dans la plateforme libérale.La sénatrice Bellemare ne s\u2019attend pas à des ping-pongs législatifs à n\u2019en plus finir.« Je pense que la plupart des sénateurs indépendants reconnaissent qu\u2019ils ne sont pas élus et que, dans un va-et-vient, on doit s\u2019incliner devant la Chambre des communes.» Une philosophie que semble partager le sénateur Woo.«On ne devrait pas avoir peur d\u2019être très critiques et de proposer des amendements, dit-il.C\u2019est une autre question de savoir si l\u2019on devrait régulièrement défaire des projets de loi du gouvernement ou rejeter les messages de la Chambre des communes lorsqu\u2019elle stipule qu\u2019elle n\u2019accepte pas tous nos amendements.» Bien qu\u2019elle s\u2019oppose fondamentalement aux réformes de l\u2019exploitation énergétique, la minorité conservatrice ne se battra pas dans le vide, selon le sénateur Carignan.«Au bout de la ligne, si le gouvernement décide d\u2019adopter un projet de loi qui ne tient pas la route, il y a une élection qui s\u2019en vient.Et les gens voteront en conséquence.» SÉNAT SUITE DE LA PAGE A 1 ALEXIS RIOPEL LE DEVOIR SANTÉ L\u2019accès aux soins reste ardu pour les Canadiens obèses au Canada, selon le bulletin.On compte 376 900 adultes considérés comme obèses dans la province.Du nombre, 4005 ont obtenu des chirurgies baria- triques en 2017-2018.C\u2019est donc un Québécois obèse sur 94 qui y a eu accès, contre 1 sur 178 en Ontario et 1 sur 185 à l\u2019échelle du Canada.Malgré tout, au Québec, les patients doivent attendre 24 mois avant de pouvoir consulter un chirurgien.La chirurgie bariatrique est généralement considérée comme un traitement efficace.En plus d\u2019une perte de poids substantielle, elle entraîne fréquemment d\u2019autres répercussions positives sur la santé, comme la disparition du diabète.Obésité Canada milite également pour un remboursement des médicaments anti-obésité par les régimes d\u2019assurance publics ou privés.« La médication n\u2019est pas la première option, mais elle peut être efficace lorsqu\u2019elle est combinée à un programme d\u2019amélioration des habitudes de vie », explique la Dre Langlois.La préparation du bulletin a été rendue possible grâce au soutien financier d\u2019entreprises pharmaceutiques, de technologies médicales, d\u2019appareils chirurgicaux et d\u2019alimentation.Le groupe de travail scientifique comporte des médecins affiliés aux universités de l\u2019Alberta, McMaster, Memorial de Terre-Neuve, de Sherbrooke et Dalhousie.Obésité Canada s\u2019intéresse au traitement et à la prévention de l\u2019obésité, ainsi qu\u2019aux politiques publiques y ayant trait.L\u2019association compte 20 000 professionnels de la santé parmi ses membres.L\u2019obésité est une maladie chronique nécessitant des réponses plus adaptées que de simples recommandations à bien manger et à bouger davantage, selon Obésité Canada.Or, le portrait de l\u2019accès à des soins spécialisés pour les personnes obèses que dresse l\u2019organisme est peu encourageant.L\u2019organisme caritatif publie au- jourd\u2019hui la seconde édition de son Bulletin sur l\u2019accès des adultes au traitement de l\u2019obésité au Canada.« Malheureusement, la situation ne s\u2019est pas tellement améliorée depuis 2017 », déplore Marie-France Langlois, endocrinologue au CIUSSS de l\u2019Estrie- CHUS, professeure à l\u2019Université de Sherbrooke et chercheuse au Centre de recherche du CHUS.La cause de ce surplace, selon la scientifique ayant contribué au rapport : « Aucun de nos gouvernements ne reconnaît encore l\u2019obésité comme une maladie chronique.Ils considèrent plutôt que c\u2019est un facteur de risque pour d\u2019autres maladies.» Parmi les éléments qui manquent le plus cruellement dans le système public, la Dre Langlois évoque l\u2019implantation de cliniques spécialisées en obésité où les patients pourraient rencontrer une multitude de professionnels : diététiciens, physiothérapeutes, psychologues, travailleurs sociaux, médecins, chirurgiens bariatriques, etc.Au Québec, une seule clinique du genre existe.Chirurgie et médication Au chapitre de la chirurgie bariatrique, le Québec fait figure de meilleur joueur Ping-pong législatif Quelque 376 900 adultes sont considérés comme étant obèses au Québec.OLIVIER ZUIDA LE DEVOIR SOCIÉTÉ A 5 LEDEVOIR // LE MARDI 23 AVRIL 2019 AGENCE SCIENCE-PRESSE ENVIRONNEMENT 4000 glissements de terrain en un an FLORENCE ROSIER LE MONDE « Quand les gens pensent au changement climatique, ils pensent d\u2019abord à ses effets sur l\u2019environnement et sur la santé physique.Mais les effets sur la santé mentale, bien que peu reconnus, affectent également un nombre considérable de personnes », explique Susan Clayton, professeure de psychologie (College of Wooster, Ohio, États- Unis).Elle est la coauteure du rapport Santé mentale et changement climatique, publié en mars 2017 par l\u2019Association américaine de psychologie et l\u2019ONG EcoAmerica.« On dispose maintenant de preuves convaincantes de l\u2019impact du changement climatique sur la santé mentale », assure Susan Clayton.Avec, toujours, ce constat récurrent : « Cet impact n\u2019est pas équitablement distribué : il affecte de façon disproportionnée les populations aux ressources limitées.» Mais aussi les femmes et les enfants, les personnes âgées, les travailleurs en plein air, les minorités ethniques, les migrants\u2026 « Après une catastrophe naturelle, de 20 % à 50 % des personnes exposées ont un risque d\u2019effet néfaste pour leur santé mentale », résume Cécilie Ales- sandri, responsable du pôle psychosocial à la Croix-Rouge française.Ainsi, une étude a montré qu\u2019après l\u2019ouragan Katrina, qui a dévasté La Nouvelle-Or- léans (Louisiane) en août 2005, les troubles mentaux se sont amplifiés avec le temps.Par exemple, le taux de syndrome de stress post-traumatique est passé de 14,9 % cinq à huit mois après la catastrophe, à 20,9 % un an après.Le stress post-traumatique est cette reviviscence du drame, couplée à une forte anxiété.Il risque, en l\u2019absence de prise en charge, de se transformer en anxiété chronique et en dépression sévère.Difficultés de la reconstruction « Après un premier sentiment de soulagement d\u2019avoir survécu, la plupart des troubles psychiatriques apparaissent dans un second temps, lorsqu\u2019il faut CHANGEMENTS CLIMATIQUES Des conséquences qui altèrent aussi la santé mentale Ouragans, vagues de chaleur, incendies de forêt, inondations : ces sinistres ont des répercussions sur les suicides, les maladies et la violence faire face aux difficultés de la reconstruction », explique Guillaume Fond, psychiatre à l\u2019Assistance publique-hôpi- taux de Marseille et en seignant- chercheur à l\u2019université Aix-Marseille, dans la revue L\u2019Encéphale, en février.Autres impacts : dans les deux ans qui ont suivi l\u2019ouragan Katrina, le taux de suicides dans la population de La Nou- velle-Orléans a triplé.Lors des déplacements des habitants dans le Mississippi, les violences à l\u2019encontre des femmes ont augmenté.Après l\u2019ouragan Andrew qui a frappé Miami en 1992, le nombre d\u2019homicides et de suicides a doublé\u2026 Plus pernicieux, « après une catastrophe naturelle, on note une destruction du tissu social et des liens de solidarité, relève Cécilie Alessandri.D\u2019où l\u2019importance, lors des interventions, d\u2019essayer de recréer du lien, de renforcer l\u2019entraide, de proposer des lieux où les personnes se sentent en sécurité et peuvent échanger ».La préparation est également essentielle.« Formations aux premiers secours psychologiques, renforcement des tissus associatifs\u2026: il s\u2019agit de mieux préparer les individus, les communautés, les personnels et les volontaires associatifs à faire face », note Mme Ales- sandri.Les enjeux: limiter les risques de développer des troubles plus graves.Et favoriser la résilience, cette capacité de la communauté à se relever.Perte d\u2019identité culturelle Il y a aussi des effets indirects ou chroniques.Vagues de chaleur, sécheresses, inondations et feux de forêt : autant de phénomènes qui mettent en tension les ressources en eau et en nourriture, entraînent des pertes économiques, provoquent des migrations forcées, exacerbent les risques de conflits.« Les Inuits ont été la première communauté à vivre une détresse mentale et une perte d\u2019identité culturelle, à cause de la transformation de leur écosystème », dit Ashlee Cunsolo, du College of the North Atlantic, au Canada.Leur consommation d\u2019alcool et de drogues, en particulier, a flambé.En 2018, deux études « de très grande qualité », selon Susan Clayton, ont mesuré l\u2019impact du réchauffement global.La première a été menée sur deux millions d\u2019Américains entre 2002 et 2012.Résultat : un réchauffement de 1 °C était associé à une hausse de 2 % des problèmes de santé mentale.Selon la seconde étude, un réchauffement de 1 °C était associé à une progression du taux de suicide de 0,7 % aux États-Unis et de 2,1 % au Mexique.Les fortes chaleurs mettent le corps à l\u2019épreuve.Elles peuvent augmenter la quantité libérée de cortisol, une hormone du stress.Et elles diminuent la qualité du sommeil, « or on sait que les troubles du sommeil entraînent des troubles psychiques », précise Guillaume Fond.Quid des migrants ?Selon une étude française pilotée par Baptiste Pignon et publiée en 2018 par le Journal of Psychiatric Research, leurs troubles psychiatriques augmentent sur trois générations.Et le psychiatre de compléter : « Aux effets psychologiques liés au déracinement, à l\u2019isolement, aux conditions de vie difficiles, s\u2019ajoutent des perturbations biologiques dues aux changements d\u2019alimentation et d\u2019exposition à la lumière.» Ce texte a été publié le 13 avril 2019 à lemonde.fr.AGENCE SCIENCE-PRESSE Les archéologues affrontent eux aussi les fausses nouvelles Il existe une île qui, dans le Grand Nord canadien, a peut-être battu un record mondial : une augmentation des glissements de terrain de 6000 % en 30 ans.Les photos satellite de l\u2019île Banks, située à l\u2019ouest de l\u2019Arctique canadien, révèlent en effet que le nombre de sols affaissés (et parfois transformés en lacs ou en marécages) est passé de 63 en 1984 à plus de 4000 en 2013.Selon deux chercheurs de l\u2019Université d\u2019Ottawa qui publiaient mardi dans Nature Communications, c\u2019est un phénomène qu\u2019on peut directement attribuer au réchauffement climatique : le sol qui, jusque-là, était gelé en permanence, s\u2019affaisse lorsque la couche de glace qui le maintenait en position se met à fondre.Rien d\u2019étonnant jusque-là, sauf qu\u2019on n\u2019avait pas vu venir ce phénomène à une telle vitesse.Le peuple Inuvialuit, ou Inuit de l\u2019ouest, rapporterait qu\u2019il est plus difficile de se déplacer à travers l\u2019île, et qu\u2019il est déconseillé de boire à partir de plusieurs ruisseaux, tant ceux-ci sont envahis par la boue.Il y a certes plusieurs années que des rapports en provenance de l\u2019Arctique font état de sols qui dégèlent et ébranlent les routes et les bâtiments.Mais ce sont des récits du sud de l\u2019Arctique, essentiellement sur le continent.L\u2019île Banks, elle, est située encore plus au nord.À l\u2019instar des experts d\u2019autres disciplines, un petit groupe d\u2019archéologues propose à son tour une mobilisation contre la désinformation, parce que, de l\u2019Atlantide jusqu\u2019aux extraterrestres constructeurs de pyramides, il y a bien longtemps que l\u2019archéologie est au cœur d\u2019un faisceau d\u2019affirmations douteuses.D\u2019aucuns pourraient dire qu\u2019il leur a fallu du temps pour se réveiller: l\u2019émission de télévision Ancient Aliens, diffusée sur la chaîne History (!), en est à sa 13esai- son.Selon un reportage paru cette semaine dans Science, ce qui aurait alarmé des gens comme David Anderson, professeur d\u2019archéologie à l\u2019Université Rad- ford (Virginie), c\u2019est la dernière édition du sondage annuel sur les «peurs des Américains» (Survey of American Fears) sondage mené par une université califor- nienne, et qui conclut qu\u2019en 2018, plus de 40% des Américains croyaient que les extraterrestres avaient visité la Terre dans le passé (contre 27% en 2016) et que 57% croyaient à l\u2019existence de civilisations avancées comme l\u2019Atlantide (contre 40% deux ans plus tôt).«Je ne sais pas trop ce qui entraîne la hausse de ces idées, mais des émissions de télé les propagent, ainsi qu\u2019Internet», estime Anderson.Ils notent par ailleurs que cette « pseudo-archéologie » s\u2019appuie très souvent sur des idées préconçues ou des prémisses erronées, comme cette image d\u2019un guerrier maya qui serait prétendument assis dans une fusée en train de décoller : là où plusieurs voient le « feu » propulsant la fusée, les historiens de l\u2019art maya reconnaissent la représentation du monde souterrain de l\u2019après-vie, et là où plusieurs voient une fusée, ils voient l\u2019arbre sacré qui fait le pont entre le monde des morts et le nôtre.La pseudo-archéologie sera à l\u2019ordre du jour du congrès de la Société américaine d\u2019archéologie cette semaine, et certains préviennent que cela pourrait être un combat plus difficile que ce que d\u2019aucuns imaginent : le reportage de Science signale ainsi que « toutes les femmes interrogées pour cet article ont été victimes de harcèlement en ligne après s\u2019être attaquées à des interprétations pseudo-archéologiques».Ryan Spainhower, sur les débris de sa maison brûlée par les incendies de forêt à Paradise, en Californie, en 2018.De 20 % à 50 % des personnes exposées à une catastrophe naturelle ont un risque de développer des troubles psychologiques.JOSH EDELSON AGENCE FRANCE-PRESSE Après un premier sentiment de soulagement d\u2019avoir survécu, la plupart des troubles psychiatriques apparaissent dans un second temps, lorsqu\u2019il faut faire face aux difficultés de la reconstruction GUILLAUME FOND » En 2018, 57 % des Américains croyaient, selon un sondage, à l\u2019existence de civilisations avancées comme l\u2019Atlantide \u2014 contre 40 % deux ans plus tôt Le dégel du sol s\u2019observe beaucoup plus au nord qu\u2019on ne croyait LEDEVOIR // LE MARDI 23 AVRIL 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin es trois grands partis fédéraux, c\u2019est certainement celui de Justin Trudeau qui parle le plus directement à cette classe moyenne, qui regroupe près des deux tiers de la population selon la définition qu\u2019en donne l\u2019Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).Le slogan est le même qu\u2019en 2015, répété ad nauseam : « Améliorer le sort de la classe moyenne et de ceux qui travaillent fort pour y accéder.» Chez les conservateurs d\u2019Andrew Scheer, on en est encore aux amuse-gueule, mais le message est clair : les familles canadiennes sont prises à la gorge par la taxe sur le carbone, qui tue l\u2019emploi et qu\u2019on promet d\u2019abolir à la première occasion.Le phénomène de la classe moyenne prise comme cible des politiciens n\u2019est pas nouveau, mais il a pris de l\u2019ampleur ces dernières années.Il est même à l\u2019origine de la montée de cette droite populiste qui prétend parler au nom du peuple et vouloir lui redonner la fierté perdue en même temps que la richesse qui lui aurait été confisquée par les méchants gouvernements.Une belle illusion, certes, qui découle pourtant de problèmes bien réels, que ce soit la perte d\u2019un emploi transféré dans un pays à bas salaires ou la difficulté pour les plus jeunes d\u2019accéder à une certaine stabilité et à un revenu décent.Dans une étude récente, l\u2019OCDE prévient les gouvernements qu\u2019ils doivent prendre au sérieux le déclin de la classe moyenne dans la plupart des 36 pays membres, dont le Canada.Lors d\u2019un discours prononcé à l\u2019ONU, le secrétaire général de l\u2019organisme, M.Angel Gurría, y est allé d\u2019une mise en garde : « Les gens sont en colère.Ils estiment de ne pas recevoir ce qui leur revient.» Il faut tout de même nuancer ces propos.Car s\u2019il est juste d\u2019affirmer qu\u2019une plus grande proportion des baby-boomers appartenaient à la classe moyenne canadienne dans leur vingtaine que de millénariaux aujourd\u2019hui (67 % contre 59 %), les chiffres montrent que l\u2019un et l\u2019autre groupes ne consacrent pas plus que leur part des revenus totaux du pays au financement des services publics qu\u2019ils reçoivent.Certains de ces services sont surtout offerts aux plus jeunes (transport en commun, garderie, éducation, etc.), alors que d\u2019autres vont aux aînés (santé, sécurité de la vieillesse, etc.), ce qui laisse la fausse impression de ne pas en avoir pour son argent.Précisons que la classe moyenne dont il est ici question est un concept purement statistique, défini comme étant l\u2019ensemble des ménages (individus vivant sous un même toit) dont les revenus additionnés se situent entre 75 % et 200 % du revenu médian, soit entre 53 000 $ et 140 000 $ pour le Canada en 2015 (45 000 $ et 120 000 $ pour le Québec).Pour l\u2019OCDE, qui plaide pour une « croissance inclusive », la classe moyenne « est au cœur d\u2019une société cohésive et prospère ».Tout relatif qu\u2019il soit, le confort auquel aspirent ses membres au prix de beaucoup d\u2019efforts les incite à soutenir la croissance, mais aussi la qualité des services publics.Une société dans laquelle la majorité des citoyens se sent respectée est moins sujette à la corruption, au travail au noir et à d\u2019autres comportements antidémocratiques.Or, on a assisté, au cours des dernières décennies, à une baisse de la qualité de vie d\u2019une partie de cette classe moyenne.Le prix des logements entre autres a crû trop rapidement, forçant les familles à s\u2019éloigner de leur lieu de travail et à passer de longues heures dans la circulation chaque semaine.À cause de la quasi-stagnation des revenus, il faut plus de temps aux jeunes ménages pour rejoindre les rangs de leurs aînés.Et pendant ce temps, les plus riches accaparent une part plus grande des revenus de marché et des richesses.Pour tenter de corriger la situation, les gouvernements ont introduit diverses mesures d\u2019aide, mais l\u2019OCDE insiste : il faut faire plus.Qu\u2019on pense à ces fameux paradis fiscaux, que l\u2019on dit vouloir combattre sans trop de conviction.L\u2019aide au logement locatif prend aussi beaucoup de retard dans la plupart des villes où le prix des terrains et des propriétés a explosé depuis dix ans.Et que dire du laisser-faire en matière de tarification des nouveaux services essentiels que sont devenus Internet et la téléphonie cellulaire?La campagne électorale fédérale est déjà commencée.Restons vigilants pour débusquer ce qui se cache derrière les slogans.Marie-France Boulay Étudiante à la maîtrise en psychopédagogie à l\u2019Université Laval Depuis plusieurs années déjà, les médias rapportent les défis de toutes sortes que doivent affronter les enseignantes et les enseignants de nos écoles primaires et secondaires.Une situation troublante, de par le seul fait qu\u2019elle semble avoir des impacts non négligeables sur notre capacité à retenir dans la profession les enseignants débutants et à offrir des conditions d\u2019exercice optimales aux plus expérimentés.À première vue, le manque de ressources spécialisées pour faciliter l\u2019intégration des élèves ayant des besoins particuliers dans les classes dites « ordinaires » semble à lui seul avoir intensifié et complexifié le travail des enseignants.Mais à bien considérer les choses, c\u2019est un ensemble de circonstances et de transformations qui peut être mis en cause.En effet, depuis l\u2019an 2000 seulement, les enseignants ont eu à s\u2019approprier un nouveau programme de formation, de nouvelles disciplines, de nouveaux outils, de nouvelles méthodes d\u2019évaluation.Les régimes pédagogiques aussi ont changé, tout comme les politiques éducatives ont évolué, reflétant ainsi certaines caractéristiques d\u2019un contexte social, politique et économique en transformation.La tâche des enseignants s\u2019est également complexifiée dans la mesure où les attentes sociétales en matière d\u2019enseignement et d\u2019éducation des enfants vont en croissant.En effet, il ne se passe pas un semestre sans que des groupes d\u2019intérêts demandent que soient inclus de nouveaux cours dans le programme scolaire québécois.Le dernier en date: les psychiatres qui militent pour que des cours d\u2019éducation à la santé mentale soient ajoutés au programme de formation.Bien que le sujet soit hautement préoccupant, il vient malgré tout s\u2019ajouter à une liste déjà bien longue de sujets tout aussi pertinents qui sont ou pourraient être inclus dans le cursus scolaire : cours d\u2019éducation à la sexualité, à l\u2019utilisation éthique des technologies, à l\u2019écoci- toyenneté, à l\u2019entrepreneuriat, à l\u2019engagement citoyen, cours de cuisine, cours de finances personnelles, etc.Sans compter le fait que les savoirs et les compétences dont les élèves auront besoin pour contribuer à la vie en société changent constamment, selon l\u2019OCDE.Longue vie à l\u2019eau malgré tout Le Québec est touché de plein fouet encore une fois par des inondations printanières.Ailleurs dans le monde, les inondations sévissent de plus en plus et, semble-t-il, sont causées entre autres par les changements climatiques.L\u2019Inde est souvent touchée d\u2019ailleurs.Devant l\u2019ampleur de nos catastrophes naturelles, c\u2019est donc souvent l\u2019eau qui est en cause; l\u2019eau de pluie, l\u2019eau de nos rivières, l\u2019eau encore si abondante malgré tout sur notre terre qui porte encore si bien son nom de planète bleue.Mais l\u2019eau est une ressource naturelle non substituable.Cette eau souvent si salvatrice.Cette eau qui un jour déclarera forfait sur notre terre.Comme nous, elle n\u2019est pas éternelle.Malgré le fait que l\u2019eau nous bouleverse par l\u2019élan de sa force en emportant parfois dans son sillon des êtres chers, elle demeure toujours aussi essentielle à la biodiver- sité de la vie sur terre.Voilà donc une belle ambiguïté pour celle que l\u2019on peut encore goûter librement.Cette eau si présente dans notre quotidien.Celle dont on ne peut se passer.Longue vie à l\u2019eau! Yvan Giguère Saguenay, le 22 avril 2019 ture allait être lancé pour la reconstruction de la flèche de la cathédrale Notre-Dame.C\u2019est aller vite en besogne.Ne faudrait-il pas d\u2019abord se demander s\u2019il faut la reconstruire cette flèche, considérant qu\u2019elle avait été ajoutée par Viollet-le-Duc au XIXe siècle?Personnellement, je verrais très bien une cathédrale plus fidèle aux idéaux des premiers bâtisseurs.Un débat doit se faire en France.Chers cousins français, cette tragédie venant tout juste de se produire, de grâce, ne précipitez pas les choses.Déjà que le président Emmanuel Macron a fait une erreur en affirmant que la restauration sera achevée en cinq ans, ce qui mettra beaucoup de pression sur ceux qui en seront responsables.Rappelons- nous que les premiers bâtisseurs ont mis presque 200ans à l\u2019achever.Sylvio Le Blanc Montréal, le 17 avril 2019 fant «pendu, ici à cette potence» comme une typologie de la crucifixion contemporaine est profondément troublant.Transposer une mémoire de l\u2019Holocauste en une christologie est un geste théologique erroné, aussi choquant pour la mémoire des victimes des camps de la mort que quand l\u2019Église en détresse tente de créer un couvent de carmélites en dehors du périmètre de Dachau.Peut-être que Ravet aurait pu se concentrer sur la déplorable mission du couvent en tant que «forteresse spirituelle et garantie de la conversion des frères égarés de nos pays ainsi que preuve de notre volonté de gommer les outrages si souvent fait au vicaire du Christ».La mention d\u2019infractions contre le vicaire du Christ fait allusion à des accusations selon lesquelles Pie XII n\u2019a pas aidé les Juifs autant qu\u2019il aurait pu le faire pendant la Seconde Guerre mondiale, ce que ces religieuses espèrent effacer par la prière.Malgré la complicité du Vatican avec les camps de la mort en tant que leçon théologique distincte que les chrétiens devraient pouvoir contempler aujourd\u2019hui, en particulier à Pâques, Ravet aurait dû être plus sage qu\u2019égaler l\u2019image de Wiesel de Dieu «pendu à la potence» comme une crucifixion.Un crucifix ne remplacera jamais «la potence» sur laquelle 6 millions de personnes ont été «pendues» lors de l\u2019extermination imminente du peuple juif d\u2019Europe.J\u2019espère que ces omissions seront corrigées et qu\u2019il y aura à l\u2019avenir un point de vue contrebalancé qui traite également du calendrier juif.Dr Aubrey L.Glazer, rabbin de la congrégation Shaare Zion Montréal, le 22 avril 2019 L\u2019ampleur de la mission de nos enseignants LIBRE OPINION LETTRES CLASSE MOYENNE Encore la bonne cible DÀ six mois des prochaines élections fédérales, les partis politiques commencent à ouvrir leur jeu.Et si les moyens proposés divergent de l\u2019un à l\u2019autre, la cible reste la même : séduire la classe moyenne.Car cette classe moyenne à laquelle même les plus riches disent appartenir se sent totalement délaissée par les élites.ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu Ainsi, les questions que posent la mondialisation, l\u2019environnement, le déploiement des nouvelles technologies, les migrations de population, tout autant que l\u2019évolution rapide des métiers et de l\u2019environnement de travail forcent les réflexions quant aux apprentissages qui devront être faits par les élèves d\u2019aujourd\u2019hui pour évoluer dans le monde de demain.Bien entendu, ces transformations sociales ont des impacts importants sur la profession enseignante.Or, le rôle de l\u2019enseignant dans la réussite éducative des élèves est majeur et prédominant.Dans ce contexte, il m\u2019apparaît essentiel que nous nous questionnions, collectivement, quant aux efforts que nous sommes prêts à déployer pour soutenir nos enseignantes et nos enseignants dans l\u2019exercice de leur fonction, notamment en raison de l\u2019ampleur de la mission sociale que nous leur confions.Que ce soit en rehaussant leur salaire, en augmentant les ressources d\u2019aide spécialisée dans les écoles, voire en leur offrant des voies de développement professionnel efficaces et adaptées tant à leurs besoins qu\u2019à ceux de leurs élèves et de leur organisation scolaire, le temps est venu de faire des gestes concrets qui reconnaîtront l\u2019ampleur de la mission que nous confions à nos enseignants.JEAN-ROBERT SANSFAÇON Il m\u2019apparaît essentiel que nous nous questionnions, collectivement, quant aux efforts que nous sommes prêts à déployer pour soutenir nos enseignants Quand la potence n\u2019est jamais un crucifix ! Étant donné que Le Devoir publie des articles d\u2019une qualité exceptionnelle, la décision de publier une édition de fin de semaine de Pessah- Pâques, qui présente exclusivement Pâques, est une façon profondément irresponsable d\u2019atteindre un lectorat élargi constituant le paysage diversifié de Québec.Bien que j\u2019applaudisse à l\u2019explication de «Pâques, passage de la mort à la vie» par Jean-Claude Ravet (20-21 avril 2019) sur Pâques comme un défi spirituel contemporain, son choix de faire référence à La nuit, d\u2019Elie Wiesel, et à cet en- L\u2019esprit des premiers bâtisseurs Le premier ministre français, Édouard Philippe, a annoncé qu\u2019un concours international d\u2019architec- A 7 IDÉES LEDEVOIR // LE MARDI 23 AVRIL 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Patrick D.Paquette Président de l\u2019Association des microbiologistes du Québec Les lanceurs d\u2019alerte ont un rôle important à jouer dans nos démocraties.En général, il faut saluer le courage de ces personnes qui risquent parfois gros pour éveiller la conscience collective et révéler des situations et des phénomènes déplorables.En revanche, il apparaît qu\u2019à l\u2019ère des médias sociaux et de l\u2019information spectacle, les lanceurs d\u2019alerte sont de plus en plus nombreux à se positionner sur des causes dont ils ne maîtrisent pas toujours tous les paramètres et dans lesquelles leurs motivations ne sont pas toujours claires.Si nous appuyons ces lanceurs d\u2019alerte qui mettent leurs intérêts personnels en réserve pour le bien collectif, en revanche nous nous interrogeons sur les dérapages de certains.D\u2019ailleurs, ces derniers inquiètent la communauté scientifique dans un contexte où les communications commencent à manquer de filtres.Impérative vérification La science étant constituée de la somme des connaissances vérifiées et vérifiables, il va de soi que la notion de vérification est primordiale pour accorder un caractère scientifique à un phénomène.Récemment, l\u2019administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam, sonnait l\u2019alarme au sujet des fausses informations sur la vaccination qui circulent abondamment sur les médias sociaux, alors que ceux-ci deviennent des foires de désinformation qui permettent à quiconque de conforter les opinions d\u2019un public déjà convaincu.Le Devoir rapportait d\u2019ailleurs qu\u2019une analyse d\u2019un groupe de chercheurs parue dans la revue scientifique Science du 9 mars dernier démontrait que les fausses informations se propagent plus rapidement et à plus grande échelle que les informations véridiques, notamment sur Twitter.Concrètement, une histoire vraie serait rarement partagée à plus de 1000 personnes, alors que le 1 % de fausses informations les plus virales se propagent rapidement à des groupes compris entre 1000 et 100 000 individus.Des scientifiques s\u2019emmêlent Il est regrettable, voire dangereux, que certains scientifiques participent à ces efforts de désinformation en colportant des théories conspirationnistes.Le tort causé à la crédibilité des scientifiques est grand, certes, mais les dommages peuvent aussi avoir des conséquences graves pour la protection du public.La sortie récente au Québec d\u2019un scientifique mettant en cause les vaccins et leurs risques pour la santé ainsi que la crédibilité des organismes publics qui en font la promotion comme de l\u2019Organisation mondiale de la santé porte atteinte à la santé publique.De tels propos sont d\u2019autant plus navrants dans un contexte où des maladies virales évitables par la vaccination ressurgissent avec force \u2014 comme c\u2019est le cas de la rougeole, dont les cas ont bondi de 300 % au premier trimestre 2019.Il est vrai que des preuves scientifiques peuvent se contredire et que de nouvelles connaissances peuvent surgir.Toutefois, le rôle de la communauté scientifique, dans un processus de révision par les pairs et de cocréation du savoir, est d\u2019établir les éléments consen- suels, les tendances qui se démarquent et les faits basés scientifiquement sur lesquels doivent s\u2019appuyer les décisions prises par les professionnels.Les professionnels ont une responsabilité tacite envers le public.Avant de pouvoir affirmer que les vaccins sont un danger pour la santé, il faudrait pouvoir compter sur un ensemble de preuves dont les résultats font consensus pour les chercheurs, ce qui, à l\u2019heure actuelle, n\u2019est pas le cas.Une rectification difficile à mener Les microbiologistes sont en bonne position pour témoigner qu\u2019il y a davantage de bienfaits à la vaccination que de risques associés.Donner une attention exagérée aux risques sans jamais parler des bienfaits est intellectuellement malhonnête.L\u2019Association des microbiologistes du Québec souhaite ajouter sa voix au concert des chercheurs et des professionnels de la santé qui, malgré des preuves scientifiques appuyant leurs actions et leurs communications, doivent se battre de plus en plus contre des individus à l\u2019argumentaire fallacieux.SCIENCE Responsabiliser Google, Facebook ou Twitter ?L e gouvernement du Royaume-Uni a publié début avril un livre blanc énonçant des intentions très claires de changer le paysage d\u2019Internet.L\u2019initiative s\u2019inscrit dans la tendance actuelle à reconnaître la nécessité d\u2019instituer une régulation plus conséquente des activités se déroulant en ligne.Plusieurs constatent que les entreprises ne sont pas forcément les mieux placées pour déterminer, dans des situations concrètes, ce qui doit être toléré en ligne.Même le grand patron de Facebook appelait récemment de ses vœux une réglementation étatique des réseaux sociaux.Ce livre blanc indique dans quel sens pourrait aller cette réglementation étatique.Après avoir rappelé les multiples dérives observées sur Internet, comme la circulation du matériel illégal, les activités mettant en péril la sécurité nationale et celle des individus, le livre blanc britannique annonce l\u2019intention du gouvernement d\u2019édicter un nouveau modèle de réglementation des activités se déroulant en ligne.La principale mesure mise en avant est l\u2019imposition d\u2019un devoir général de prudence aux entreprises exploitant des plateformes en ligne.Celles-ci seraient tenues de mettre en place des mesures de précaution proportionnées à l\u2019ampleur des maux à prévenir.Contenus préjudiciables Le livre blanc distingue entre les différents types de contenus et de comportements préjudiciables.Il recense des types de contenus qui sont plus susceptibles de faire l\u2019objet d\u2019obligations strictes : l\u2019exploitation des enfants, les contenus terroristes, les messages d\u2019organisations criminelles, notamment en matière d\u2019immigration illégale, l\u2019esclavage, la pornographie extrême, la pornographie à des fins de vengeance, les crimes haineux, le harcèlement, l\u2019incitation à la violence, la vente d\u2019objets illégaux, les contenus illégalement mis en ligne, la diffusion d\u2019images indécentes de personnes âgées de moins de 18 ans.Ces maux sont plus faciles à définir, à reconnaître et à contrôler.À l\u2019égard de ces contenus, les entreprises seraient tenues à une obligation de faire diligence.Par contre, le livre blanc reconnaît que certains contenus sont plus difficiles à définir, par exemple la désinformation, le contenu violent, l\u2019intimidation ou le harcèlement.Des mesures calibrées sont nécessaires pour réduire l\u2019incidence des contenus de ce type.De telles mesures doivent être appliquées en tenant compte du contexte pour juger du caractère délictueux des propos.Le livre blanc n\u2019envisage toutefois pas d\u2019imposer aux pla- teformes en ligne une obligation générale de surveiller ce qui s\u2019y passe.On préconise plutôt des mesures qui institueraient une culture de transparence et de responsabilisation.Les plateformes seraient tenues de déposer des rapports périodiques démontrant la pertinence de leurs activités destinées à assurer le respect de leurs obligations de diligence.Le livre blanc britannique veut renforcer les obligations actuelles imposant aux plateformes d\u2019agir lorsqu\u2019elles ont connaissance qu\u2019une activité illégale se déroule sur leurs installations.Il leur reviendrait de mettre activement en place les mesures proportionnées afin de répondre aux risques associés aux activités pouvant se dérouler sur leurs sites.Leurs devoirs devraient refléter la gravité des enjeux et des risques associés à leurs domaines d\u2019activités.Des codes énonçant les bonnes pratiques viendraient déterminer les ressources et les mesures que les entreprises auraient à déployer, notamment pour la modération des débats.Un régulateur étatique La mise en place d\u2019une instance de régulation est aussi envisagée.Il y a là une indication que l\u2019approche de retenue de la part des pouvoirs publics tire à sa fin.La régulation des pla- teformes en ligne pourrait relever d\u2019une instance qui existe déjà ou d\u2019une instance qui serait à créer.L\u2019intention est de faire en sorte que les coûts de la régulation publique soient assumés par les entreprises.Évidemment, compte tenu du caractère planétaire du réseau, le régulateur national devra forcément agir en concertation avec les interlocuteurs des autres pays.Le gouvernement anglais préconise que l\u2019instance de régulation des activités en ligne mette en place des mesures proportionnées aux risques associés aux différentes activités se déroulant sur Internet.Le régulateur devra porter attention à l\u2019impératif de promouvoir l\u2019innovation tout en assurant la protection des droits des usagers.On précise aussi que l\u2019autorité de régulation devra être indépendante à la fois des entreprises concernées et des autorités politiques.Avec ce livre blanc, un autre pas est franchi vers la mise en place de mécanismes régulateurs réalistes et conséquents avec les caractéristiques internationales des plateformes d\u2019Internet.Une consultation est en cours au Royaume-Uni sur cet énoncé d\u2019intention.La démarche se déroule dans un contexte présentant beaucoup de similarités avec le nôtre.Elle marque un changement d\u2019attitude des dirigeants politiques à l\u2019égard de la régulation de ce qui se passe sur Internet.PIERRE TRUDEL Alain Roy Écrivain et directeur de la revue L\u2019Inconvénient Jusqu\u2019à récemment, la question de la moralité de l\u2019art avait surtout été posée dans le contexte d\u2019accusations d\u2019outrage aux bonnes mœurs ou en raison de la diffusion d\u2019œuvres jugées racistes ou haineuses.[\u2026] Or voici que se manifeste une nouvelle forme d\u2019injonction morale visant les œuvres d\u2019art.Des groupes de victimes dénoncent des œuvres pour la raison qu\u2019elles leur causent un déplaisir.Au nom du droit à ne pas revivre un traumatisme passé, on réclame des œuvres expurgées de tout contenu désagréable ou dérangeant.Cet appel à la censure (ou à l\u2019autocensure) ne s\u2019exerce pas au nom de l\u2019ancienne morale bourgeoise ou victorienne; d\u2019un genre inédit, la censure victimaire cherche à étendre au domaine des arts et des lettres le militantisme des droits qui avait pour vocation première de s\u2019attaquer à des situations de discrimination ou d\u2019inégalité vécues dans la réalité.Elle aborde ainsi les arts et les lettres comme s\u2019ils constituaient un espace de discrimination ou d\u2019inégalité pouvant affecter les individus, un espace qu\u2019il conviendrait d\u2019aménager à la manière des campus américains transformés en « safe spaces », où toute victime peut se sentir à l\u2019aise et reconnue pour ce qu\u2019elle est, en tant qu\u2019être souffrant.Cette manière d\u2019aborder l\u2019art et la littérature pose problème à bien des égards.En fait, elle revient tout simplement à les nier.Imaginons la situation de l\u2019écrivain ou du scénariste à qui il serait défendu de traiter tout sujet susceptible de perturber tel ou tel groupe de victimes.Car la censure victimaire, en son principe, n\u2019est l\u2019apanage d\u2019aucun groupe.Elle ouvre une véritable boîte de Pandore: si on lui donnait libre cours, ce ne sont pas seulement, disons, les agressions sexuelles contre les femmes qui se verraient frappées d\u2019interdit; les victimes de toutes natures pourraient revendiquer la censure des contenus associés à leurs souffrances: pédophilie, violence conjugale, discrimination, racisme, intimidation, voies de fait, handicap, dépression, pauvreté, chômage, faillite, divorce, pensées suicidaires, trahison, harcèlement, exploitation, manipulation, infidélité, jalousie, avortement, solitude, maladie, impuissance, laideur, obésité, vieillesse, deuil, névrose, alcoolisme, dépendances, échecs, blessures narcissiques,etc.La vie humaine est faite de souffrances et nous nous retrouvons tous, à un moment ou à un autre, dans la position de la victime (voire du bourreau).Interdire la représentation de sujets pénibles, cela revient à interdire le réel.Les épreuves de la vie sont la matière même des films et des romans.Bannissez cela et vous venez de bannir la littérature et le cinéma.Pour la censure victimaire, le seul schéma narratif concevable se résume grosso modo à celui-ci : une personne échappe à tout conflit en rencontrant des personnes aimables qui renforcent son estime de soi.On bâille d\u2019ennui juste à y penser.Car un tel scénario n\u2019a rien à voir avec la vie.C\u2019est le produit d\u2019une vision idéalisée et donc mensongère de l\u2019existence.La censure victimaire s\u2019apparente ainsi au mécanisme du déni : pour éviter une représentation douloureuse, on l\u2019évacue du champ de la perception.Le problème, c\u2019est que cette forme de défense très onéreuse empêche aussi toute guérison.Un traumatisme persistera tant et aussi longtemps qu\u2019on cherchera à l\u2019ignorer.[\u2026] La censure victimaire se trouve en somme à confondre la représentation d\u2019un contenu dérangeant avec sa promotion.Or, un artiste, un écrivain peut parfaitement montrer certaines réalités sans pour autant les cautionner.La représentation ne suppose pas l\u2019adhésion.Montrer, ce n\u2019est pas approuver ni préconiser.Cette confusion illustre le défaut central de la censure victimaire: son incapacité à tenir compte du point de vue que porte l\u2019œuvre sur le contenu représenté.Tout se passe comme si la censure victimaire se contentait de repérer des contenus classés comme étant «acceptables» ou «inacceptables», sans se demander sous quel jour ils sont représentés.Cette forme simpliste de lecture évacue le sens des œuvres qui doit pourtant être médité, élaboré, à l\u2019image du travail de déchiffrement que nous menons dans nos propres vies.C\u2019est pourquoi les arts narratifs peuvent être vus comme des «laboratoires de réflexion» qui nous offrent la possibilité de creuser les mystères de l\u2019existence.Faut-il conclure de tout cela que la question de la moralité de l\u2019art ne se pose pas ?Je n\u2019affirmerais pas une telle chose.Il peut être tout à fait pertinent de se demander si une œuvre, en représentant tel contenu violent ou pervers, se complaît elle-même dans la violence ou la perversion, si la vision qu\u2019elle donne du réel s\u2019en trouve ainsi obstruée et si elle accouche au bout du compte d\u2019une représentation étriquée ou bornée du monde.C\u2019est ce que voulait dire, je crois, le controversé Ezra Pound lorsqu\u2019il affirmait que l\u2019art de qualité ne peut être immoral du fait qu\u2019il est tenu à l\u2019exactitude.Au lieu de céder aux tentations de la censure, demandons plutôt des œuvres fortes et belles, car des œuvres fortes et belles résisteront forcément aux puérilités de l\u2019immoralité « inexacte ».Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ?Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com.Les inconvénients de la censure victimaire Interdire la représentation de sujets pénibles revient à interdire le réel Des Idées en revues Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d\u2019un périodique.Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d\u2019un texte paru dans la revue L\u2019Inconvénient, printemps 2019, no 76.Le livre blanc reconnaît que certains contenus sont plus difficiles à définir, par exemple la désinformation, le contenu violent, l\u2019intimidation ou le harcèlement.Des mesures calibrées sont nécessaires pour réduire l\u2019incidence des contenus de ce type.Avant de pouvoir affirmer que les vaccins sont un danger pour la santé, il faudrait pouvoir compter sur un ensemble de preuves consensuelles, remarque l\u2019auteur.JACQUES NADEAU LE DEVOIR La désinformation : un danger réel pour la santé publique LEDEVOIR // LE MARDI 23 AVRIL 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT Téléphone 514 985-3322 Courriel petitesannonces@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 Le Devoir peut, à l\u2019occasion, mettre la liste d\u2019adresses de ses abonnés à la 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ce grand maître américain evant les photographies de Dave Heath, présentées au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, le visiteur se trouve d\u2019emblée conquis par la découverte d\u2019un artiste dont la substance et l\u2019élan, projetés sur plus d\u2019un demi-siècle, ont trouvé des voies originales pour se maintenir et se renouveler.Au milieu des pays d\u2019empathie et de mélancolie que Heath explore, force est de constater qu\u2019il règne, tel un prince discret, sur de vastes territoires de la photographie en noir et blanc, là où pourtant son nom demeure souvent méconnu.Certaines de ses images saisissent l\u2019œil, prennent à la gorge, puis vous renversent.Vengeful Sister (1956), cette petite fille qui semble se réjouir des douleurs de son frère gisant au sol, est un chef-d\u2019œuvre à tous égards.Il en va de même pour ce jeune homme noir, coiffé d\u2019une casquette molle, tentant en apparence de fuir un petit groupe, que le photographe saisit en 1959.Ou bien de ce garçon qui semble se mirer dans des eaux troubles, une sorte de marais impressionniste qui se révèle en fait être du gazon, ou plutôt, dès lors qu\u2019on regarde plus attentivement encore, les simples ondulations d\u2019un pelage de chien.Plusieurs des photographies de Heath, mort à Toronto en 2016, ont quelque chose de la douceur à la fois enveloppante et tragique qui émane des œu- vres des grands maîtres hollandais du siècle d\u2019or, mais avec une signature bien à lui.La liste des images de différents formats devant lesquelles on reste saisi pourrait ici s\u2019allonger.Dès 1947, ses travaux commencent à être remarqués aux États-Unis.Il n\u2019a alors que seize ans.L\u2019adolescent sent qu\u2019il ne peut reculer devant la tâche qui consiste à se trouver et à se comprendre en devenant un artiste.Soldat pendant la campagne de Corée, Heath en ramène des clichés étonnants, empreints de gravité.Sa vie, il l\u2019écrit déjà dans le miroir que lui offre le monde, en s\u2019emparant de la lumière pour la fixer, dans un art maîtrisé.Des grands maîtres de la photographie, dont Robert Frank, le couvrent très tôt de leurs attentions bienveillantes, impressionnés par l\u2019acuité de son regard.Andrea Kunard, conservatrice associée à l\u2019Institut canadien de la photographie, souligne : « Dave Heath a eu beaucoup de soutien de la part de la communauté des photographes.Très tôt, il a été apprécié.» Si bien que Heath reçoit, deux fois plutôt qu\u2019une, la plus haute distinction qu\u2019un artiste puisse alors espérer : la bourse Guggenheim pour les arts.En 1959, le travail de Heath trouvait déjà sa place au Museum of Modern Art de New York (MOMA).Marqué au sceau d\u2019une enfance difficile, Heath a connu, dans sa chair même, les effets de l\u2019abandon et de la solitude, ce qui transparaît d\u2019ailleurs sous forme de questions autour desquelles tourne en permanence toute son œuvre.Dans les années 1970, dans l\u2019un des nombreux spicilèges où il rassemble et organise avec soin ses photographies et ses collages, Heath note les noms et la provenance de quelques-uns de ses amis, réunis à l\u2019occasion d\u2019une soirée.Lui qui n\u2019a jamais connu ses parents note alors, non sans humour, n\u2019être pour sa part qu\u2019« un juif errant ».Projections Dans le second versant de son œuvre, c\u2019est-à-dire au moment où il en vient à se passionner pour les formats Polaroïd et les autoportraits réalisés à partir de photomatons, Heath se projette volontiers dans des mises en scène où sa tête, dans des poses étudiées, remplace tout aussi bien celle d\u2019un singe que d\u2019un Rembrandt.La conservatrice Andrea Kunard, qui a pu voir de près certains carnets personnels de Heath, estime qu\u2019il est tout à fait passionné par la poésie en particulier et par la littérature en général, sans pour autant être lui-même, ni de près ni de loin, un écrivain.Il va en tout cas créer, à compter de la fin des années 1960, des projections de ses photographies, accompagnées de musique et de textes, ce qui témoigne, bien entendu, de l\u2019engouement de toute une époque pour l\u2019audiovisuel.Quoi qu\u2019on en dise, un artiste n\u2019échappe pas plus que quiconque à son époque.Le Musée des beaux-arts a repris une de ses réalisations, présentée aux visiteurs deux fois par heure.Recadrer son regard De grands photographes, à l\u2019exemple dominant d\u2019Henri Cartier-Bresson, estiment qu\u2019une image saisie par un appareil photo ne doit pas être recadrée.À condition de respecter cette directive, véritable credo de cette école, l\u2019impression en chambre noire peut facilement être déléguée à des tiers.Dave Heath adoptera, pour un bref moment, cette approche, en se limitant de surcroît, comme Cartier-Bresson, à n\u2019employer qu\u2019un objectif de 50 mm, réputé pour être la focale la plus semblable au champ de vision humain.Mais Heath va vite déchanter devant cette orthodoxie et concevoir que sa vision du monde n\u2019a en aucune façon à être bridée par des considérations qui sont, tout bien considéré, extérieures à sa sensibilité.Pour Heath, un photographe n\u2019est pas seulement capable de combiner dans une image le sens, le style, le sujet et un moment particulier ; il doit aussi pouvoir condenser ses sentiments du monde jusque dans la réalisation de son impression.Pour communiquer au mieux la tension qu\u2019il fait porter par ses images, le photographe doit donc s\u2019investir dans leur réalisation jusqu\u2019au bout, quitte à s\u2019enfermer pendant des jours dans une chambre noire pour équilibrer les noirs, ajouter de l\u2019éclat aux blancs et voir à traduire dans des tonalités infinies de gris l\u2019architecture de la composition, sans hésiter à recadrer l\u2019image au besoin.Devant le rendu exceptionnel des images de Heath, on perçoit d\u2019emblée l\u2019influence décisive qu\u2019eut sur lui Eugene Smith.Dans l\u2019immédiat après- guerre, aux États-Unis, Smith apparaît comme un très grand maître.Il est l\u2019archétype du photographe qui consacre une large part de son temps à transmettre sa vision de la réalité en retravaillant jusqu\u2019à l\u2019obsession les nuances d\u2019une image.À l\u2019heure où la photographie numérique n\u2019était pas même encore germe d\u2019un rêve, Smith s\u2019astreignait à de complexes manipulations physiques, à grand renfort de produits chimiques.Maître de la chambre noire Comme chez Heath, la densité des noirs de ses photos apparaît comme le miroir fidèle d\u2019une perception de la condition humaine empreinte à la fois de mélancolie et d\u2019humanisme.Au temps où il crée de multiples maquettes de livres, Heath passe des jours entiers à travailler.Il se nourrit, dira-t-il, de repas surgelés afin de gagner du temps.Avant même d\u2019avoir trente ans, Heath était déjà considéré comme un grand maître de la chambre noire, c\u2019est-à-dire comme un magicien des savoirs associés à la manipulation des sels d\u2019argent.A Dialogue with Solitude, le livre le plus célèbre de Heath, est dédié à Eugene Smith.Il est accompagné d\u2019une présentation de Robert Frank.Ce sont les planches de ce livre qui constituent le cœur de l\u2019exposition du musée fédéral, où l\u2019on voit par ailleurs comment le sens graphique du photographe se déploie en divers projets de maquette.Dave Heath ne reviendra à la photographie qu\u2019après une longue pause, à la fin de sa vie, utilisant désormais un téléobjectif dans les rues de New York, dans cette période troublée qui suit le drame du 11 septembre 2001.La faible profondeur de champ de ces images, conjuguée avec l\u2019écrasement des perspectives propre à l\u2019usage du zoom, rappelle quelque peu ses photographies de rue des années 1960.Mais il y a là tout de même quelque chose de très différent, comme si la couleur saturée du numérique n\u2019était pas la sienne et lui glissait des mains, tel du sable.Vengeful Sister, 1956 HOWARD GREENBERG GALLERY ET STEPHEN GALLERY Kansas City, Missouri, 1967 HOWARD GREENBERG GALLERY ET STEPHEN GALLERY D "]
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