Le devoir, 16 mai 2019, Cahier A
[" VOL.CX NO 108 / LE JEUDI 16 MAI 2019 / 1,52 $ + TAXES = 1,75 $ WWW.LEDEVOIR.COM INDEX Avis légaux.B5 Culture .B6 Décès .B4 Économie.B3 Éditorial.A6 Grille TV.B7 Idées.A7 Météo .B6 Monde.B1 Mots croisés.B6 Sports .B5 Sudoku .B6 ÉCONOMIE Boeing sur la sellette au Congrès B 3 MONDE L\u2019Alabama adopte la loi antiavortement la plus stricte aux États-Unis B 1 LE DEVOIR À CANNES ODILE TREMBLAY À CANNES LE DEVOIR lle était nerveuse et touchante, Monia Chokri, au lancement de son film La femme de mon frère, qui assurait l\u2019ouverture de la section Un certain regard à la salle Claude-Debussy.À la fin de la projection, la cinéaste nous avoua même qu\u2019elle n\u2019avait pas vraiment entendu son film.L\u2019émotion, l\u2019état second.« J\u2019étais seulement dans le doute.Pourquoi suis-je ici ?» « J\u2019ai quitté mon corps aussi », ajoutait son actrice Anne-Élisabeth Bossé.Cannes, c\u2019est gros.Tout le Québec présent au festival s\u2019y était donné rendez-vous, dont son ami le cinéaste Xavier Dolan, celui-là même qui l\u2019avait fait connaître sur cette Croisette en folie.« C\u2019est un double honneur d\u2019être invitée ici et d\u2019être en ouverture», avait- elle lancé d\u2019entrée de jeu.Et de rappeler que, dans cette même section du festival, elle avait accompagné Les amours imaginaires de Xavier Dolan comme actrice avec l\u2019acteur Niels Schneider à leurs côtés.« Je suis née il y a neuf ans comme actrice sous vos yeux et peut-être vais-je y naître comme cinéaste.» Monia Chokri a précisé qu\u2019elle avait perdu dernièrement un ami cher, qui a décidé d\u2019en finir avec la vie.Toutes les émotions étaient à son rendez-vous.« Venir comme actrice avait été dif- férent, confessait-elle.Cette fois, j\u2019ai Hommage aux fratries Le premier long métrage de Monia Chokri, La femme de mon frère, est chaudement applaudi en ouverture de la section Un certain regard E À LIRE EN PAGE B 8 : UNE CLASSE DE MAÎTRE VOIR PAGE A 5 : CHOKRI MARCO BÉLAIR-CIRINO CORRESPONDANT PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR « Préjugés », « violence verbale », « agressions physiques » : le projet de loi sur la laïcité de l\u2019État nourrit une hostilité à l\u2019égard des personnes portant des signes religieux, s\u2019inquiète la Confédération des syndicats nationaux (CSN).L\u2019adoption du projet de loi 21 dans sa forme actuelle \u2014 incluant une interdiction du port de signes religieux chez les agents de la paix, les procureurs, les juges ainsi que les enseignants et directeurs des écoles primaires et secon- LAÏCITÉ Une caution aux préjugés, estime la CSN Le projet de loi 21 favorisera une ghettoïsation des communautés musulmanes, juge la centrale syndicale daires publiques \u2014 favorisera à coup sûr une ghettoïsation des communautés musulmanes, en confinant à la maison des femmes portant le voile islamique qui se seraient autrement émancipées, selon le regroupement de plus de 300 000 travailleurs.« Ce projet de loi là semble ouvrir la porte à beaucoup plus d\u2019hostilité à l\u2019égard des femmes qui portent le voile et qui ont déjà beaucoup de difficulté à trouver un emploi à la hauteur de leurs compétences», a fait valoir la conseillère à la présidence de la CSN, Mireille Bénard, en commission parlementaire mercredi.« En s\u2019inquiétant des signes religieux comme le fait ce projet de loi là, d\u2019une certaine façon, on cautionne les préjugés à l\u2019égard des gens qui portent des signes religieux et on sème même le doute sur leur capacité à agir de façon professionnelle, neutre, intègre, éthique, non prosélytique.Donc, il y a des effets pervers qui sont dangereux, pas seulement pour les corps visés par la loi », a- t-elle ajouté.À quelques mètres, le ministre Simon Jolin-Barrette manifestait silencieusement sa désapprobation.Mme Bénard a prié les membres de la Commission des institutions, qui sont chargés d\u2019examiner le projet de loi 21, de ne pas perdre de vue « des gens dans ces communautés-là qui sont heurtés » par la volonté du gouvernement caquiste de légiférer afin de circonscrire le port de signes religieux au sein du personnel de l\u2019État.« Ils vont le demeurer longtemps [heurtés et] vont transmettre leur sentiment à leurs enfants », a-t-elle poursuivi.Fort de ce témoignage provenant de quelqu\u2019un du « terrain », l\u2019élu solidaire Sol Zanetti s\u2019est dit persuadé que l\u2019Assemblée nationale « va nuire à l\u2019unité nationale » en adoptant le projet de loi 21.« Je ne peux pas croire que c\u2019est ce que le ministre recherche », a-t-il lâché.Nouvelle génération À l\u2019instar de celle de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), la position ISABELLE PORTER À QUÉBEC LE DEVOIR SÉCURITÉ PUBLIQUE Chiens dangereux : des règles difficiles à suivre Quelles blessures faut-il signaler sans délai ?disent les vétérinaires.Qui fera respecter la loi ?demandent les municipalités.La nouvelle réglementation sur les chiens dangereux présentée mercredi par le gouvernement risque d\u2019être difficile à appliquer, affirment des représentants des municipalités et des vétérinaires.« Pas réaliste » et « pas applicable ».C\u2019est en ces termes que l\u2019Ordre des médecins vétérinaires a réagi à certaines des dispositions du projet de réglementation présenté mercredi par la ministre de la Sécurité publique du Québec, Geneviève Guilbault.L\u2019Ordre en a contre l\u2019obligation qui serait faite aux vétérinaires de signaler « sans délai » aux municipalités « toute blessure » infligée par un chien à une personne ou à un animal domestique.« Il n\u2019y a aucune nuance sur la sévérité de l\u2019agression ou si c\u2019est sur un humain ou un animal », déplore Caroline Kilsdonk, présidente de l\u2019Ordre.La relation entre les vétérinaires et les propriétaires d\u2019animaux n\u2019est pas la même que celle qui lie un médecin à son patient, souligne-t-elle.Les propriétaires d\u2019animaux sont des clients, ce qui peut créer des « conflits de loyauté » chez les vétérinaires.« On peut venir nuire à la relation de confiance entre le vétérinaire et son client.» VOIR PAGE A 4 : RÈGLES VOIR PAGE A 4 : LAÏCITÉ ENVIRONNEMENT Un ouvrage monumental au nom de l\u2019amour des oiseaux du Québec A 8 Il n\u2019y a aucune nuance sur la sévérité de l\u2019agression ou à savoir si c\u2019est sur un humain ou un animal CAROLINE KILSDONK » La cinéaste Monia Chokri et l\u2019actrice Anne-Élisabeth Bossé se sont prêtées au jeu des photographes sur le tapis rouge avant la projection du film La femme de mon frère à la salle Claude-Debussy.ARTHUR MOLA INVISION ASSOCIATED PRESS Un écosystème d\u2019a?aires montréalais intelligent Fiers commanditaires piliers : ACTUALITÉS A 3 LEDEVOIR // LE JEUDI 16 MAI 2019 La boîte de Pandore L e premier ministre François Legault a semblé prendre à la légère les prétentions de l\u2019Association des commissions scolaires anglophones, selon laquelle la jurisprudence permettrait aux écoles anglaises d\u2019échapper aux dispositions du projet de loi 21 sur la laïcité.Comme d\u2019habitude, les juristes ne s\u2019entendront sans doute pas sur la portée de l\u2019arrêt de la Cour suprême dans la célèbre cause Mahé c.Alberta (1990).Le droit d\u2019administrer leurs écoles qui a été reconnu aux communautés linguistiques minoritaires signifie-t-il que les écoles anglaises pourraient engager de nouveaux enseignants portant des signes religieux même s\u2019ils ne bénéficient pas des droits protégés par la clause de droits acquis (dite «clause grand-père»)?C\u2019est en vertu de l\u2019article 23 de la Charte canadienne des droits et libertés que ce droit a été reconnu par la Cour suprême, et la disposition dérogatoire ne peut pas être appliquée à cet article, contrairement à l\u2019article 2 qui garantit la liberté de conscience et de religion.Il y a là une piste qui ne manquera certainement pas d\u2019être explorée par les opposants au projet de loi 21.Quand la cause Mahé a été plaidée, le gouvernement Bourassa est intervenu en faveur du gouvernement albertain, provoquant l\u2019indignation des Franco-Albertains, qui ont eu le sentiment d\u2019être trahis par leurs « frères » québécois.Malgré toute la sympathie que leur lutte pouvait inspirer, le Québec craignait que leur victoire ne crée un précédent qui pourrait éventuellement être invoqué par la communauté anglo-québécoise.C\u2019était précisément la raison pour laquelle l\u2019Association des commissions scolaires anglophones avait appuyé les Franco-Albertains.Trente ans plus tard, elles pourront peut-être s\u2019en féliciter.MICHEL DAVID ANNABELLE CAILLOU LE DEVOIR La vague de chaleur extrême qui a frappé le Québec l\u2019été dernier a entraîné la mort de 66 personnes sur l\u2019île de Montréal, révèle une enquête de la Direction régionale de santé publique (DRSP), publiée mercredi.Entre le 30 juin et le 5 juillet 2018, les Montréalais ont dû supporter des températures extrêmes, atteignant pendant plusieurs jours entre 32 et 35,5 °C, et ne descendant pas en dessous de 20 °C même la nuit.Si les températures ont diminué à partir du 5 juillet, les effets de cette forte chaleur sur la santé de la population se sont fait ressentir plusieurs jours après, jusqu\u2019au 8 juillet.La DRSP a analysé l\u2019ensemble des 328 décès survenus dans cette période sur le territoire montréalais, pour conclure que 66 d\u2019entre eux étaient liés à la chaleur.Dans un bilan préliminaire, en juillet, 53 décès avaient été signalés comme étant liés à la canicule.Selon le rapport, les victimes sont mortes en majorité à leur domicile (80 %), et les deux tiers d\u2019entre elles étaient âgées de 65 ans et plus (66 %).Le faible revenu, l\u2019isolement et les problèmes de santé mentale ou de maladies chroniques sont aussi des facteurs SANTÉ Soixante-six décès liés à la canicule à Montréal l\u2019été dernier La Direction régionale de santé publique a revu ses chiffres à la hausse dans son dernier bilan MYLÈNE CRÊTE CORRESPONDANTE PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR La Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) est de nouveau mise en cause dans la mort d\u2019une fillette, alors que le gouvernement Legault s\u2019apprête à rencontrer les partis d\u2019opposition pour poser les premiers jalons de sa grande révision des services à l\u2019enfance.La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a dévoilé mercredi les conclusions d\u2019une enquête sur la mort de la petite Rosalie Gagnon, une fillette de deux ans qui avait été retrouvée sans vie dans un bac à ordures dans le secteur de Charlesbourg à Québec en avril 2018.Sa mère, Audrey Gagnon, est accusée de meurtre non prémédité et d\u2019outrage à un cadavre.Elle doit subir son procès le 3 septembre.Six jours avant la découverte du corps, la jeune mère avait été expulsée avec son enfant de la Maison Marie- Rollet, une maison d\u2019hébergement pour femmes en détresse.Un manque de communication avec la DPJ aurait Le ministre Carmant demande à la DPJ de mieux communiquer Un cafouillage aurait contribué au drame qui a mené à la mort de la petite Rosalie, 2 ans, à Charlesbourg en 2018 contribué au drame.« L\u2019enquête a effectivement démontré qu\u2019une incompréhension du rôle, du mandat et des attentes, entre la DPJ et la maison d\u2019hébergement, a occasionné des problèmes de collaboration et de transmission d\u2019informations essentielles à la protection de cette enfant », a écrit l\u2019organisme dans un communiqué mercredi, sans dévoiler l\u2019entièreté du rapport d\u2019enquête pour des raisons de confidentialité.« C\u2019est le genre de pratiques que nous, on ne veut plus voir se reproduire, puis c\u2019est pour ça qu\u2019on compte mettre en avant cette commission, qui va regarder différents intervenants dans la protection de nos jeunes », a réagi le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant.Il a demandé au Directeur de la protection de la jeunesse de la Capitale- Nationale de corriger le tir.« Ce qu\u2019on a dit à la DPJ de la Capitale-Nationale, c\u2019est qu\u2019elle avait trois mois pour instaurer ce genre de communications là et également pour demander aux organismes communautaires qu\u2019ils soient mieux informés sur les procédures de la DPJ si on ne veut pas que ces choses- là se reproduisent.» Il rencontrera également les gestionnaires des autres DPJ dans toutes les régions du Québec jeudi pour leur envoyer un message similaire.Rencontre avec l\u2019opposition Entre-temps, l\u2019élaboration de la commission spéciale sur les services à l\u2019enfance est en cours.Une rencontre entre le gouvernement et les partis d\u2019opposition aura lieu jeudi, a confirmé une source gouvernementale.Il sera question des modalités de cette révision complète et non partisane promise par le premier ministre François Legault, au début du mois, 48 heures après la mort tragique d\u2019une fillette à Granby.Plusieurs médias ont rapporté que le gouvernement avait approché l\u2019ex-pré- sidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), Régine Laurent, pour diriger cette commission.Celle qui est désormais analyste à l\u2019émission La joute de TVA n\u2019était pas à l\u2019antenne mercredi parce qu\u2019elle a reçu une offre d\u2019emploi, a confirmé Le Devoir.« On a soumis une liste d\u2019une dizaine de noms, et c\u2019est en train de se travailler », a indiqué le ministre Carmant.« On n\u2019a pas parlé à Mme Laurent encore», a-t-il ensuite répondu, lorsqu\u2019un journaliste lui a demandé si elle avait pris sa décision.Pour le député de Québec solidaire, Sol Zanetti, la solution est simple : le gouvernement doit injecter de l\u2019argent.« Il faut aussi qu\u2019on remette des moyens dans le système pour que les gens aient le temps de communiquer, qu\u2019ils aient le temps de faire les choses, puis de suivre leur monde jusqu\u2019au bout, parce que ce qui s\u2019est passé dans Charlesbourg, ce qui s\u2019est passé à Granby, ça peut se passer en ce moment partout au Québec dans toutes les municipalités », a-t-il déploré.Avec La Presse canadienne de risque importants lors des canicules, a précisé la directrice de la DRSP de Montréal, la Dre Mylène Drouin, en conférence de presse mercredi.Parmi les personnes décédées à Montréal, 72 % souffraient notamment d\u2019une maladie chronique, 25 % étaient atteintes d\u2019un trouble schizophrénique, et 18 % avaient une dépendance à l\u2019alcool ou aux drogues.Mylène Drouin a également précisé que « les personnes vulnérables qui habitent dans des îlots de chaleur sont deux fois plus à risque de décès lors d\u2019un épisode de chaleur ».Il s\u2019avère que sur les 66 personnes décédées, les deux tiers (66 %) résidaient dans un îlot de chaleur, majoritairement dans les arrondissements de Rosemont\u2013La Petite-Patrie, Ville- Marie, Mercier\u2013Hochelaga-Maison- neuve et LaSalle.La DRSP a aussi comparé la situation de 2018 avec celle de la précédente canicule en 2010.Constat ?Les taux de décès liés à la chaleur ont diminué «considérablement », passant de 9,3 à 6,4 décès quotidiens par millions d\u2019habitants.Des recommandations « Ça reste des décès évitables, laisse tomber la Dre Drouin.On a l\u2019obligation de poursuivre nos efforts, pour qu\u2019année après année, on puisse voir une baisse de ce taux de mortalité.» La DRSP y est donc allée de quelques recommandations : créer un registre des lieux les plus à risque, mieux cibler les personnes vulnérables pour adapter l\u2019intervention sur le terrain.Un suivi plus rapproché est notamment prévu dans certaines résidences privées pour aînés considérés plus à risque.En 2018, neuf personnes sont décédées dans ce type d\u2019établissement pendant la canicule, contre une personne dans le secteur public, en CHSLD.Pour contrer les îlots de chaleur, la DRSP propose de verdir rapidement certains quartiers avec des aménagements temporaires, comme des murs verts ou des saillies de trottoir.Certaines initiatives de verdissement sont d\u2019ailleurs déjà en cours dans plusieurs arrondissements.De «bonnes idées» selon Claudel Pé- trin-Desrosiers, porte-parole de l\u2019Association canadienne des médecins pour l\u2019environnement (ACME), mais «qui ne sont que des mesures pour tamponner le problème».«Le problème, ce sont les changements climatiques, et on n\u2019a toujours pas développé de politique assez ambitieuse pour les combattre», regrette-t- elle, rappelant que les canicules vont se faire de plus en plus fréquentes, plus intenses et plus longues avec les années.La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a dévoilé mercredi les conclusions d\u2019une enquête sur la mort de la petite Rosalie Gagnon, une fillette de deux ans qui avait été retrouvée sans vie dans un bac à ordures dans le secteur de Charlesbourg à Québec en avril 2018.JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE La semaine dernière, l\u2019adjoint parlementaire du premier ministre Legault pour les relations avec les anglophones, Christopher Skeete (Sainte-Rose), disait craindre que le transfert forcé de trois écoles anglaises de l\u2019English Montreal School Board à la Commission scolaire de la Pointe-de- l\u2019Île, dont les écoles sont surchargées, ne soit perçu comme une nouvelle chicane entre francophones et anglophones, mais les facteurs de discorde risquent de se conjuguer.De nombreux anglophones ont jugé excessive la déclaration du maire de Hampstead, William Steinberg, qui a associé le projet de loi 21 à un « nettoyage ethnique ».Il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019ensemble des municipalités anglophones de l\u2019île de Montréal voudraient se soustraire à l\u2019interdiction du port de signes religieux.Il est vrai que bon nombre de francophones, en commençant par la mairesse Valérie Plante, la contestent aussi.Force est toutefois de constater que, d\u2019une façon générale, les « deux solitudes » se retrouvent dans des camps opposés sur la question de la laïcité.Le ministre de l\u2019Immigration, de la Diversité et de l\u2019Inclusion, Simon Jolin-Barrette, a visiblement tiré les leçons du dérapage auquel le projet de loi 9 sur l\u2019immigration a donné lieu.Le projet de loi 21 est mieux ficelé et M.Jolin-Barrette a adopté une attitude nettement moins agressive durant les audiences publiques.Alors que la consultation sur le projet de loi 9 avait été le théâtre d\u2019un affrontement disgracieux avec le président de l\u2019Association québécoise des avocates et avocats en droit de l\u2019immigration (AQAADI), le ministre est demeuré d\u2019une sérénité de bon aloi dans ses échanges avec les opposants au projet de loi 21.Malgré la lassitude que provoque immanquablement tout débat qui s\u2019éternise, il est inévitable qu\u2019un sujet aussi émotif provoque quelques éclats.Les partis d\u2019opposition seront néanmoins aussi soulagés que le gouvernement de clore la discussion à l\u2019Assemblée nationale, que ce soit avec ou sans bâillon.Le prochain chapitre s\u2019ouvrira éventuellement devant les tribunaux.En interdisant le port de signes religieux, non seulement le gouvernement Legault heurte-t-il les valeurs de la communauté anglophone, qui vénère la Charte des droits, mais il bouscule aussi les derniers lieux de pouvoir qu\u2019elle a encore le sentiment de contrôler, les municipalités et les commissions scolaires.Pendant quinze ans, les Anglo-Québécois ont pu compter sur la présence à Québec d\u2019un gouvernement qui leur devait en grande partie son maintien au pouvoir et qui partageait largement leurs valeurs.Ce n\u2019est plus le cas.L\u2019éloignement de la menace souverainiste les a sans doute soulagés, mais ils devront maintenant composer avec un gouvernement qui peut afficher son nationalisme avec d\u2019autant moins de gêne qu\u2019on ne peut pas l\u2019accuser de vouloir souffler sur les braises de l\u2019indépendance, même si personne n\u2019est dupe des raisons qui poussent le PQ à lui donner son appui dans tous les dossiers qui pourraient aviver les tensions avec Ottawa et le Canada anglais.Les souverainistes, qui ne savent plus à quel saint se vouer, ne demanderaient certainement pas mieux que de voir les tribunaux rouvrir la boîte de Pandore en invalidant la loi 21.Les Québécois semblent prêts à faire encore une fois le pari qu\u2019ils peuvent vivre plus ou moins comme ils l\u2019entendent au sein du Canada.Les empêcher de définir eux-mêmes les règles qui leur conviennent en matière de laïcité leur enverrait un très mauvais message.On peut toujours déplorer que la question des signes religieux ait revêtu une telle importance dans la psyché collective, mais c\u2019est la réalité.Pendant quinze ans, les Anglo-Québécois ont pu compter sur la présence à Québec d\u2019un gouvernement qui leur devait en grande partie son maintien au pouvoir et qui partageait largement leurs valeurs.Ce n\u2019est plus le cas. LEDEVOIR // LE JEUDI 16 MAI 2019 ACTUALITÉS A 4 MARCO BÉLAIR-CIRINO CORRESPONDANT PARLEMENTAIRE À QUÉBEC LE DEVOIR Le premier ministre François Legault ne partage pas l\u2019enthousiasme de sa ministre Sonia LeBel à l\u2019égard de l\u2019entente administrative Québec-Canada établissant le processus de désignation des juges de la Cour suprême provenant du Québec.Aux yeux de M.Legault, « c\u2019est pas idéal comme entente ».Selon Mme LeBel, il s\u2019agit d\u2019« un précédent extrêmement important ».L\u2019entente administrative conclue entre les chefs de gouvernement canadien Justin Trudeau et québécois François Legault fixe notamment la composition du Comité consultatif indépendant sur la nomination des juges de la Cour suprême du Canada provenant du Québec.Au moins cinq des huit membres, qui seront chargés de trouver de trois à cinq candidats à la succession du juge Clément Gascon, proviendront du Québec.Cela assurera au Québec « d\u2019avoir une participation extrêmement significative » dans le choix des trois magistrats québécois du plus haut tribunal du pays, a souligné à gros traits Mme LeBel mercredi.« Les juges qui seront issus de cette sélection-là auront été, à toute fin pratique, sélectionnés par le Québec », a- t-elle déclaré dans une mêlée de presse dans les couloirs de l\u2019Assemblée nationale mercredi.« C\u2019est historique », « c\u2019est un grand pas », « c\u2019est un précé- JUSTICE « Ce n\u2019est pas idéal comme entente » Nomination à la Cour suprême : Legault ne partage pas l\u2019enthousiasme de LeBel dent extrêmement important », a-t- elle ajouté.Aux yeux du professeur de droit public à la Faculté de droit de l\u2019Université Laval Patrick Taillon, il s\u2019agit de la « plus importante entente pour le Québec depuis celle sur l\u2019immigration du premier gouvernement Lévesque ».Il invite Québec et Ottawa à calquer la procédure de désignation prévue dans l\u2019entente administrative intervenue entre les gouvernements Legault et Trudeau pour désigner les magistrats de la Cour supérieure du Québec et de la Cour d\u2019appel du Québec \u2014 et les sénateurs provenant du Québec.Une liste de candidats Au terme de ses travaux, le Comité consultatif proposera à Mme LeBel de trois à cinq candidats à la succession du juge Gascon.Après avoir sollicité l\u2019avis de différents groupes, y compris les partis d\u2019opposition à l\u2019Assemblée nationale, elle remettra une liste de candidats \u2014 en ordre de préférence ou non \u2014 au premier ministre François Legault.« Le premier ministre du Québec transmettra ensuite la recommandation du Québec au premier ministre du Canada », prévoit l\u2019entente administrative Canada-Québec intervenue mardi.« L\u2019Assemblée nationale sera consultée » de façon confidentielle, a fait remarquer Mme LeBel, avant d\u2019exprimer ses « réticences » à l\u2019idée de « ballotter des futurs juges de la Cour suprême de façon publique ».Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, pourra retenir le ou l\u2019un des candidats retenus par M.Legault ou encore jeter son dévolu sur une personne choisie par le Comité consultatif mais écartée par M.Legault.« Le premier ministre s\u2019est engagé à sélectionner le futur juge de la Cour suprême parmi les candidats qui seront sélectionnés par le Comité », a rappelé Mme LeBel.« C\u2019est pas idéal comme entente.C\u2019est un premier pas », a fait valoir le chef du gouvernement québécois mercredi avant-midi.« Nous, on voudrait être capables, comme on l\u2019avait écrit dans notre document pour renouveler l\u2019entente avec le Canada, être capables de soumettre des noms, puis que ce soit parmi ces noms-là que le fédéral choisisse.Maintenant, on a une bonne étape de franchie.Une étape importante où le Québec va participer, où on va nommer deux personnes », a-t-il ajouté.Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, a salué l\u2019« avancée intéressante » accomplie par le gouvernement caquiste dans le « cadre fédéraliste » canadien.Donner suite à la demande traditionnelle du Québec de nommer les trois juges de la Cour suprême provenant du Québec nécessiterait une modification à la Loi fondamentale du Canada.La ministre responsable des Relations canadiennes s\u2019est engagée à « travailler là-dessus » malgré « la lourdeur que ça peut avoir ».« Soyons optimistes », a affirmé pour sa part M.Legault.La CSN change de position LAÏCITÉ SUITE DE LA PAGE A 1 de la CSN a considérablement « évolué » depuis le dévoilement de la charte des valeurs québécoises par le gouvernement Marois, en 2013.À l\u2019époque, la CSN suggérait d\u2019interdire le port de signes religieux non seulement aux agents de l\u2019État en position de coercition, mais également aux enseignants et aux éducateurs en service de garde.Aujourd\u2019hui, la CSN dénonce toute interdiction de port de signes religieux « à moins qu\u2019ils [les signes religieux] nuisent à [la] prestation de travail pour des raisons d\u2019identification, de communication et de santé-sécurité au travail ».« C\u2019était aussi un positionnement stratégique », a expliqué le président de la CSN, Jacques Létourneau.« En 2013, le Parti québécois proposait une application mur à mur de l\u2019interdiction des signes religieux.Et le consensus qu\u2019on avait fait dans la CSN, c\u2019était de restreindre à Bouchard-Tay- lor et au réseau de l\u2019enseignement », a- t-il rappelé.M.Létourneau attribue le changement de position de la CSN en grande partie à l\u2019arrivée d\u2019une nouvelle génération au sein de ses structures décisionnelles.« La société évolue.Je pense que les militants et les militantes ne sont plus à la même place.Je pense qu\u2019il y a aussi une question de génération », a-t-il fait valoir.La CSN exhorte le gouvernement ca- quiste à étendre la clause de droits acquis aux étudiants aspirant à un emploi visé par l\u2019interdiction du port de signes religieux : des étudiants en technique policière, au baccalauréat en enseignement ou au baccalauréat en droit par exemple.Elle l\u2019invite aussi à permettre aux personnes bénéficiant d\u2019une clause de droits acquis de changer d\u2019emploi sans problème : un enseignant postulant à un emploi de directeur d\u2019école par exemple.Le chef parlementaire du Parti québécois, Pascal Bérubé, s\u2019est dit « plutôt en accord » avec les propositions d\u2019amendements au projet de loi 21 de la CSN.Insistant sur l\u2019importance de rendre « réelle et apparente » la neutralité religieuse, le Mouvement laïque québécois a pour sa part invité le ministre Simon Jolin-Barrette à proscrire le port de signes religieux auprès de tous les employés de l\u2019État, ainsi que du personnel des services de garde éducatifs à l\u2019enfance et des cégeps.Revoir le libellé Le professeur de droit public à la Faculté de droit de l\u2019Université Laval Patrick Taillon a quant à lui suggéré à M.Jolin-Barrette de revoir le libellé du projet de loi 21 pour « insister sur ce que la laïcité permet plutôt que sur ce qu\u2019elle interdit ».Dans cet esprit, il lui propose d\u2019inscrire dans la Charte des droits et libertés de la personne « le droit de tous les fonctionnaires et représentants de l\u2019État de porter des signes religieux à l\u2019exception de ceux en situation d\u2019autorité et des personnes visées par l\u2019obligation de service à visage découvert prévue aux annexes [du projet de] loi sur la laïcité de l\u2019État ».« Ce libellé plus affirmatif et plus positif est, à bien des égards, plus conforme au ton et à l\u2019esprit d\u2019une législation qui vise d\u2019abord et avant tout à garantir et à affirmer un équilibre des droits plutôt qu\u2019à les restreindre », a soutenu M.Taillon.Aucune race de chien ciblée par Québec RÈGLES SUITE DE LA PAGE A 1 « Si toute morsure doit faire l\u2019objet d\u2019un signalement, c\u2019est possible que plus de gens hésitent avant d\u2019aller chercher de l\u2019aide » quand, par exemple, leur chien a des problèmes d\u2019agressivité.Bref, l\u2019obligation devrait seulement viser les attaques sévères, croit Mme Kilsdonk.Par contre, l\u2019Ordre est à l\u2019aise avec l\u2019obligation d\u2019évaluer des animaux à la demande des villes puisque dans ce cas le client serait justement la Ville, et non le propriétaire de l\u2019animal.Cet avis est partagé par l\u2019Association des médecins vétérinaires du Québec (AMVQ).Le terme « blessure » est inadéquat, a-t-elle fait valoir dans un communiqué qui préconise de plutôt signaler les « morsures avec lésions ».« Un signalement sans nuance [\u2026] met réellement en péril la relation de confiance entre les propriétaires de chiens et les médecins vétérinaires », dit l\u2019Association.Le projet de règlement présenté mercredi était nécessaire pour permettre l\u2019application de la loi sur les chiens dangereux adoptée en juin 2018 par le gouvernement libéral.Il vise à « réduire le nombre de blessures et d\u2019attaques, et [à] éviter davantage d\u2019incidents tragiques causés par les chiens », a rappelé la ministre Guilbault.Il impose à tous les propriétaires de chiens d\u2019enregistrer leur animal et de lui faire porter une médaille.Dans les lieux publics, les animaux de 20 kg et plus devraient en outre porter, en tout temps, un licou ou un harnais.Par contre, le nouveau règlement ne cible pas certaines races de chien en particulier.Le gouvernement précise aussi les pouvoirs des inspecteurs, qui pourront saisir et détenir des chiens pour s\u2019assurer du respect des règles.Les contraventions au nouveau règlement seront passibles d\u2019amendes pouvant s\u2019élever jusqu\u2019à 20 000 $.Lise Vadnais, la sœur de Christiane Vadnais, décédée à la suite d\u2019une attaque de chien en 2016, était présente dans le Salon bleu pour la présentation du règlement.Selon un sondage réalisé en 2010 par Léger Marketing, dans 62 % des cas d\u2019agressions, l\u2019animal qui a attaqué n\u2019était pas de la famille.Quels inspecteurs ?À l\u2019heure actuelle, environ la moitié des municipalités du Québec ont des règlements encadrant les chiens dangereux.Ce projet de règlement vient donc « pallier une lacune », a expliqué Mme Guilbeault, en soulignant qu\u2019il imposait des règles minimales et que les villes pouvaient, à la rigueur, être encore plus sévères.Or le monde municipal aussi a ses réserves.Le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers, pense que plusieurs de ses membres n\u2019ont tout simplement pas les ressources ni le personnel pour appliquer le nouveau règlement.La grande majorité des municipalités au Québec (plus de 1050), signale-t-il, « sont des petites municipalités avec peu d\u2019employés ».Avoir des inspecteurs dans toutes les municipalités est « carrément impossible », fait-il valoir.Même à l\u2019échelle des MRC, il doute qu\u2019il soit « réaliste » d\u2019avoir quelqu\u2019un à temps plein pour gérer ces dossiers.D\u2019emblée, Jacques Demers note que les dossiers concernant des chiens dangereux « sont souvent émotifs ».Les municipalités « risquent de se retrouver de façon récurrente dans des recours judiciaires », ce qui générerait des coûts additionnels.Priée de dire comment les municipalités allaient pouvoir financer ces nouvelles activités, la ministre Guil- bault avait indiqué mercredi qu\u2019elles allaient pouvoir puiser des fonds à même les montants des amendes et des inscriptions.Or, selon le maire Demers, ce ne sera pas suffisant.«Si vous êtes prêts à payer la personne qui va le faire, gardez les amendes et les coûts des médailles », suggère-t-il au gouvernement.« Je ne dis pas que c\u2019est une mauvaise chose de resserrer la réglementation, mais il y a des coûts supplémentaires pour les municipalités.» Les nouvelles règles doivent s\u2019appliquer partout au Québec à partir du 31 mai, mais d\u2019ici là, le gouvernement peut théoriquement apporter des changements à ce qu\u2019il a présenté mercredi.Dans les lieux publics, les animaux de 20 kg et plus devront porter, en tout temps, un licou ou un harnais.RYAN REMIORZ LA PRESSE CANADIENNE Le premier ministre [du Canada] s\u2019est engagé à sélectionner le futur juge de la Cour suprême parmi les candidats qui seront sélectionnés par le Comité SONIA LEBEL » Le professeur de droit public à la Faculté de droit de l\u2019Université Laval Patrick Taillon a suggéré à M. Jolin- Barrette de revoir le libellé du projet de loi 21 pour « insister sur ce que la laïcité permet plutôt que sur ce qu\u2019elle interdit » Je ne dis pas que c\u2019est une mauvaise chose de resserrer la réglementation, mais il y a des coûts supplémentaires pour les municipalités JACQUES DEMERS » LEDEVOIR // LE JEUDI 16 MAI 2019 ACTUALITÉS A 5 D E S R A C I N E S E T D E S A I L E S N O U V E A U X É P I S O D E S JEUDI 20H Pari relevé CHOKRI SUITE DE LA PAGE A 1 le poids de la responsabilité.» Le comique qui baigne son film, elle ne s\u2019est pas demandé s\u2019il pouvait traverser les frontières.« L\u2019humour est dans une zone cultu- rellement fragile, mais il ne faut pas que je pense à la réception du film.» Elle se croise les doigts.Le film est lancé et appartient aux spectateurs.Il prendra l\u2019affiche au Québec le 7 juin ; en France, le 26 du même mois.C\u2019est parti ! Tendresse Le film ayant chaudement été applaudi, avec des rires aux bons endroits, on parle d\u2019un pari relevé.La femme de mon frère est une œuvre remplie de couleurs, de punch, d\u2019émotions et de réparties amusantes, avec un style piquant que la cinéaste avait déjà imposé en 2013 dans son court métrage Quelqu\u2019un d\u2019extraordinaire.Elle aborde ici le thème de la famille et de la jalousie.Ce sujet d\u2019une sœur (Bossé) proche de son frère (Patrick Hivon) qui prend ombrage de sa nouvelle blonde (Éve- lyne Brochu) dont il est fou a été peu exploré au cinéma.Comédie hommage à des liens de fratrie, mais aussi à ceux qui unissent de jeunes adultes à des parents attachants et excentriques (formidables Micheline Bernard et Sas- son Gabai), le film est tout ça.Il a un côté pop, presque bande dessinée, avec une esthétique collée à la pub, aux clips, des plans fixes en ouverture pour capter les personnages fron- talement, sous la caméra de Josée Des- haies, des pièces musicales éclectiques.Et bien choisies.L\u2019héroïne Sophia, un peu bas bleu et pas très sûre d\u2019elle physiquement, vient d\u2019obtenir un doctorat en sciences sociales sans se trouver un emploi pour autant.Le frère Karim l\u2019héberge et la fait rire.Tous deux cultivent les amours éphémères et s\u2019amusent comme des enfants à se faire des paris impossibles ; presque un couple dans la gestion du quotidien.D\u2019ailleurs, c\u2019est Karim qui l\u2019accompagne pour un avortement, avant d\u2019avoir le coup de foudre pour la belle femme médecin.Tout se déglingue alors.Sophie fait des scènes, se cabre, s\u2019enfonce, se débat, se reprend, finit en tâtonnant par s\u2019ouvrir aux autres.Une scène tendre avec son père communiste se révèle particulièrement touchante, mais l\u2019émotion se déploie rarement, gardée sous frein, réelle pourtant.Le couple de parents ensemble et séparé de cette drôle de fratrie, plein de verve et d\u2019amour pour la vie, est particulièrement gratiné.On en prendrait plus.Les amours des jeunes tourtereaux paraissent un peu pâles à côté des exubérances de leurs aînés.Anne-Élisabeth Bossé enfourche le rôle avec grand aplomb, sans jamais craindre le ridicule, en rajoutant dans la disgrâce parfois, généreuse, avec un sens de l\u2019absurde et un regard sur le monde lucide camouflé sous la dérision.Patrick Hivon et Évelyne Brochu s\u2019en tirent bien, mais dans un registre plus sage, forcément.C\u2019est cet art ciselé du dialogue à la fois grinçant et drôle qui porte le film, comme les situations loufoques, où cette Bridget Jones intello se prend les pieds dans ses lacets, jusqu\u2019à ce qu\u2019elle découvre l\u2019amour elle aussi, là où elle n\u2019avait guère songé à le chercher.On fait des rapprochements avec Les amours imaginaires, pour la couleur et l\u2019imagination des protagonistes, qui rêvent d\u2019abord leur vie.D\u2019ailleurs, Niels Schneider, qui formait avec Dolan et Monia Chokri la pointe fantasmée du triangle des « amours », fait une apparition dans La femme de mon frère, en beau fêtard hédoniste.La boucle est bouclée, les clins d\u2019œil assumés.Ajoutez en arrière-plan ce Montréal résolument moderne, multiethnique, avec son défilé de la Saint-Patrick, ses fanfares, ses classes d\u2019immigrants éduqués espérant retrouver le même type d\u2019emploi dans cet ailleurs étrange, qui vibre et éclate sous leurs yeux.Si le film s\u2019étiole ici et là, si le dénouement en hommage aux fratries canotant sur le lac des Castors paraît d\u2019un romantisme plus appuyé, l\u2019énergie de cette comédie qui aborde sans toujours avoir l\u2019air d\u2019y toucher d\u2019importants problèmes de société séduit et amuse le spectateur, qui l\u2019applaudit.JEANNE CORRIVEAU LE DEVOIR À peine remis du choc du départ de Luc Ferrandez, les élus du Plateau-Mont- Royal ont promis de continuer de porter la vision écologiste du maire démissionnaire.Valérie Plante affirme de son côté que son administration a posé beaucoup de gestes en matière d\u2019environnement, malgré les critiques formulées par Luc Ferrandez.Tout en disant respecter la décision de M.Ferrandez de quitter l\u2019arène politique, la mairesse Plante se défend d\u2019avoir fait trop de compromis.Le pouvoir impose des contraintes, a-t-elle rappelé mercredi, au lendemain du départ fracassant du maire du Plateau- Mont-Royal.« Le cri du cœur de M.Ferrandez, j\u2019y adhère.Il y a une crise climatique.Il faut agir.Mais ce qu\u2019il faut comprendre, c\u2019est que la Ville de Montréal ne peut pas agir seule.Il y a aussi des limites et [\u2026] il faut travailler avec Québec et avec Ottawa », a-t-elle fait valoir.Mardi, Luc Ferrandez a pris ses collègues de court en annonçant qu\u2019il quittait la vie politique en plein milieu de mandat.Selon lui, l\u2019administration MONTRÉAL Plante défend son bilan environnemental La mairesse ne considère pas la démission fracassante de Luc Ferrandez comme un désaveu à son égard de Projet Montréal n\u2019agit pas assez vite pour répondre à l\u2019urgence climatique.Se sentant incapable d\u2019influencer la mairesse concernant la gravité de la situation, il a préféré tirer sa révérence.Valérie Plante ne voit pas dans les propos de Luc Ferrandez un désaveu à l\u2019égard du bilan environnemental de son administration.« Luc a fait ce qu\u2019il pouvait dans la structure actuelle », a- t-elle dit.La mairesse estime que son administration a posé plusieurs gestes en haussant les investissements à 60 millions pour les espaces verts et l\u2019achat de terrains, en décrétant la fin du chauffage au mazout d\u2019ici 2030 et en annonçant une réduction de l\u2019utilisation des contenants de plastique.La mairesse nie toutefois que Luc Ferrandez ait été muselé par son cabinet : « M.Ferrandez est l\u2019élu de mon comité exécutif qui avait la plus grande tribune et à qui j\u2019ai laissé beaucoup de latitude parce que j\u2019adhère à sa vision et à beaucoup de ses projets.» Dans son message de démission publié sur Facebook, Luc Ferrandez avait dressé une liste des actions qu\u2019il faudrait prendre pour affronter l\u2019urgence climatique.Il a notamment suggéré de taxer 100 % du stationnement sur rue et hors rue, de taxer l\u2019entrée au centre- ville, d\u2019acquérir ou zoner tous les terrains verts encore disponibles, de bloquer la spéculation au centre-ville en réduisant les hauteurs.Ce plan est-il réaliste ?« Il y a plusieurs des mesures proposées par M.Ferrandez qui sont fort intéressantes, d\u2019autres qui demandent de faire des sacrifices dans d\u2019autres enveloppes budgétaires ou de complètement évacuer d\u2019autres éléments », a commenté Valérie Plante.Dans le Plateau C\u2019est le conseiller de Jeanne-Mance, Alex Norris, qui occupera le poste de maire par intérim dans le Plateau- Mont-Royal jusqu\u2019à la tenue de l\u2019élection partielle.Mais d\u2019emblée, il affirme qu\u2019il n\u2019a pas l\u2019intention de se porter candidat pour ce poste.Les élus ont l\u2019intention de poursuivre le travail entrepris par Luc Ferrandez.« On ne ralentira pas la cadence des changements dans le quartier.On porte la même vision », a dit M.Norris.La conseillère Marianne Giguère admet que les élus n\u2019avaient pas vu venir le départ de Luc Ferrandez.« Il y a eu des larmes hier.Il y a des hauts fonctionnaires et des directeurs de service qui ont pleuré.Ç\u2019a été très triste », a-t- elle relaté.« On est déçus.On aurait préféré qu\u2019il ne prenne pas cette décision-là.Mais connaissant l\u2019homme et ses convictions, on le comprend.Il a fait le sacrifice d\u2019un travail qu\u2019il aimait, où il était utile et brillant.[\u2026] Il fait ce sacrifice pour créer l\u2019onde de choc dont on devra profiter rapidement pour nous aider à prendre des décisions difficiles.» L\u2019élue reconnaît que le parti se retrouvera affaibli par ce départ compte tenu de sa connaissance approfondie des dossiers qu\u2019il gérait.« Mais ça sera à nous de faire en sorte que ce sacrifice n\u2019aura pas été fait en vain.» S\u2019il avait décidé de demeurer en poste comme indépendant, le parti aurait risqué une division qui aurait pu être bien plus dommageable, signale-t-elle.En coulisses, certains jugent que Luc Ferrandez a été un peu sévère à l\u2019égard de l\u2019administration Plante même s\u2019il a quand même « un peu raison ».« C\u2019est un gros morceau qui part.Il était inspirant.Il avait toujours des idées », dit un collaborateur.« Mais il y a d\u2019autres gros canons dans l\u2019administration.» Le cri du cœur de M. Ferran- dez, j\u2019y adhère.Il y a une crise climatique.Il faut agir.Mais ce qu\u2019il faut comprendre, c\u2019est que la Ville de Montréal ne peut pas agir seule.VALÉRIE PLANTE » Monia Chokri et Anne-Élisabeth Bossé ARTHUR MOLA INVISION ASSOCIATED PRESS LEDEVOIR// LE JEUDI 16 MAI 2019 DIRECTEUR BRIAN MYLES Rédactrice en chef Marie-Andrée Chouinard Vice-présidente du développement Christianne Benjamin a démission de Luc Ferrandez, maire de l\u2019arrondissement du Plateau Mont-Royal, est l\u2019aboutissement d\u2019un schisme aussi vieux que la politique.C\u2019est l\u2019histoire d\u2019un militant qui se sent à l\u2019étroit dans sa formation et ne supporte plus la ligne de parti.M.Ferrandez se déverse dans les médias depuis mardi, en drapant son geste de rupture d\u2019une conscience environnementale.Deux choses semblent le chicoter chez la mairesse Valérie Plante: une présomption d\u2019ouverture de sa part au projet immobilier Royalmount et au retour du baseball professionnel dans un nouveau stade à Montréal.La mairesse a cédé «à la pression de droite», dira-t-il.L\u2019envers du décor, c\u2019est que M.Ferrandez agaçait de plus en plus l\u2019administration Plante, au point où elle cherchait à limiter ses interventions publiques.Le maire du Plateau est demeuré un militant, la tête dans les idéaux, alors que ses comparses de Projet Montréal fixent l\u2019horizon des élections de 2021.Cet idéal de pureté lui a valu bien des critiques, notamment des petits commerçants et du merveilleux monde motorisé, qui n\u2019en revient pas encore qu\u2019un maire puisse redonner les rues de son quartier aux piétons, cyclistes et résidents qui l\u2019habitent.C\u2019est là un legs honorable.Luc Ferrandez s\u2019est présenté en politique en 2009 pour redonner aux citoyens du Plateau un quartier plus vert et mieux aménagé.Il n\u2019a pas caché ses intentions et il a tenu ses promesses.Et ses concitoyens l\u2019ont élu trois fois pour ces raisons, en dépit de certains défauts, dont l\u2019arrogance n\u2019était pas le moindre.Il était absolutiste même dans sa conviction de montrer la voie, ce dernier trait de caractère ressortant au grand jour maintenant qu\u2019il tourne le dos à la politique.Il y reviendra peut-être dans dix ans, dit-il, lorsque la crise climatique commandera de toute urgence l\u2019élection de ce qu\u2019il appelle un « leader autoritaire progressiste ».C\u2019est précisément ce genre de posture qui discrédite la cause environnementale.L\u2019urgence climatique ne peut être niée, mais elle n\u2019autorise pas l\u2019érosion des réflexes démocratiques et les déclarations visant à culpabiliser les citoyens pour leurs comportements individuels : on les prévient maintenant contre l\u2019empreinte écologique de la procréation ! La lutte contre les changements climatiques ne ralliera pas les masses en se réfugiant dans ce totalitarisme vertueux.Le rassemblement de la société civile, de la classe politique et des grandes entreprises autour d\u2019objectifs communs est plus porteur de succès.Mais cette posture exige parfois cette chose honnie par M.Ferrandez qu\u2019est le compromis.Jean-François Albert Prévost Nous venons d\u2019apprendre que le ministère de l\u2019Environnement du Québec a autorisé la destruction de 444 hectares de milieux humides en 2018, et quatre fois plus en 2017.Cela ne tient pas compte de ceux qui ont pu être détruits ou drainés sans que le ministère fasse quoi que ce soit ou en soit seulement informé.De 2005 à 2012, j\u2019ai travaillé à titre d\u2019aménagiste régional au sein d\u2019une municipalité régionale de comté (MRC).On évoquait déjà à l\u2019époque la nécessité de protéger les milieux humides alors que le ministère de l\u2019Environnement, comme au- jourd\u2019hui, délivrait de nombreux permis pour détruire ces milieux (non sans causer de nombreuses frustrations et désillusions aux fonctionnaires dont le mandat était de protéger l\u2019environnement).Le ministère n\u2019est pas le seul fautif, certaines municipalités ont aussi contribué au problème en délivrant des permis en zone inondable.Devant l\u2019ampleur et la récurrence des inondations, la population prend conscience d\u2019un problème qui existe depuis déjà très longtemps et qui n\u2019a, à ce jour, jamais été vraiment jugulé.Pour lutter contre la destruction des milieux humides, il faudra d\u2019abord s\u2019attaquer aux causes de notre inaction collective.En premier lieu, notre persistance à croire que rien ne doit freiner la croissance économique.C\u2019est un adage bien connu sur la scène politique : la protection de l\u2019environnement, bien sûr, mais pas si cela gêne la croissance ! Or, il n\u2019y a pas de protection de l\u2019environnement si le compromis est d\u2019accepter sa destruction.Quelle que soit la compensation qui peut être versée.Le travail des fonctionnaires du ministère consiste malheureusement trop souvent à encadrer la destruction de l\u2019environnement qu\u2019on justifie à l\u2019aide de rapports « environnementaux » produits par des firmes spécialisées mandatées par leurs clients qui, par le fait même, n\u2019ont pas l\u2019indépendance nécessaire pour poser un regard objectif sur la queston.Déconstruire un mythe Pour protéger les milieux naturels et offrir des milieux de vie plus sains à la population, il faudrait aussi déconstruire un mythe tenace hérité de cette pensée de la croissance à tout prix : l\u2019obligation apparente pour les municipalités d\u2019augmenter leurs recettes fiscales.Le discours dominant, entendu de nombreuses fois de la bouche de maires et de mairesses de municipalités de toutes tailles, est le suivant : pour faire face aux nouveaux défis d\u2019aujourd\u2019hui, il faut augmenter les recettes fiscales des municipalités, ce qui ne peut raisonnablement se faire que par l\u2019augmentation de la richesse foncière et donc, de l\u2019agrandissement du parc immobilier.Il n\u2019y a rien de plus faux.Comme si l\u2019augmentation du parc immobilier n\u2019entraînait pas de nouvelles dépenses en infrastructures ou en services.Comme si les grandes villes s\u2019en sortaient mieux sur le plan financier que leurs homologues de taille plus modeste.L\u2019inverse, une croissance qui mine les finances publiques, est d\u2019ailleurs tout à fait possible.C\u2019est ce qui peut se passer dans les municipalités qui ne planifient pas leur développement et laissent la liberté aux « promoteurs privés » d\u2019utiliser le territoire comme bon leur semble sans analyser les impacts de leurs actions.Nous devons repenser nos outils légaux pour protéger l\u2019environnement et déconstruire cette idée que la croissance sans limites est possible sans occasionner de lourdes pertes à l\u2019environnement.Au contraire, cette croissance entraîne de nombreuses conséquences dramatiques, dont les inondations sont un exemple éloquent.Il est grand temps de donner de meilleurs moyens à l\u2019État pour protéger l\u2019environnement en adoptant des lois beaucoup plus sévères qui feraient de la destruction des milieux humides une grande exception plutôt que la règle.Notre régime d\u2019aménagement du territoire est lui aussi extrêmement perfectible.Il faudra moderniser la Loi sur l\u2019aménagement et l\u2019urbanisme, qui a maintenant 40 ans et dont un avant-projet de loi a été déposé en 2011 sans suite à ce jour, ce qui témoigne malheureusement du faible intérêt politique à faire ces réformes.Cannabis : un autre amendement souhaitable Nous venons d\u2019apprendre que le gouvernement Legault a reculé sur la prohibition de fumer le cannabis dans certains endroits publics.Il a ainsi démontré qu\u2019il est disposé à entendre la raison et à modifier ses projets de loi.Le gouvernement devrait maintenant abandonner le projet de rehausser l\u2019âge minimal de possession et de consommation du cannabis à 21 ans et suivre les conseils de la Santé publique, qui prône comme limite l\u2019âge de 18 ans.Que le gouvernement veuille protéger la santé des jeunes est louable et il Les milieux humides et le dogme de la croissance LIBRE OPINION LETTRES DÉMISSION DE LUC FERRANDEZ Sans compromis ans la conception bancale que se fait Donald Trump de l\u2019ordre du monde, les relations de ce dernier avec Vladimir Poutine sont aussi ambiguës que centrales \u2014 des relations dont le rapport Mueller sur l\u2019ingérence russe et la panoplie d\u2019enquêtes dérivées n\u2019ont pas fini d\u2019éclairer les manigances et les zones d\u2019ombre.Les deux hommes continuent d\u2019avoir beaucoup en commun, à commencer par leur mépris pour l\u2019État de droit.En faisant un saut à Sotchi mardi pour souper avec M.Poutine, le secrétaire d\u2019État Mike Pompeo est allé tenter d\u2019arrondir les angles d\u2019une relation qui, avant tout pour M.Trump, s\u2019est néanmoins compliquée autour d\u2019un certain nombre d\u2019enjeux géostratégiques depuis leur sommet d\u2019Helsinki en juillet 2018.Comme la Russie est en position de force, le ministre des Affaires extérieures, Sergueï Lavrov, aura eu beau jeu, en conférence de presse, de promouvoir un « dialogue constructif » entre Washington et Moscou, tout en laissant planer un flou sur l\u2019éventualité d\u2019une rencontre Trump-Poutine en marge du G20 de juin au Japon.On voit bien ici les limites de ce qu\u2019un ancien diplomate cité par le New York Times appelle « l\u2019unilatéra- lisme transactionnel musclé » que prétend appliquer M.Trump depuis son arrivée au pouvoir, au nom du slogan qui fait tant vibrer sa base \u2014 « Make America Great Again ».Une approche dont la viabilité reste à démontrer, en particulier par rapport à la Corée du Nord de Kim Jong-un qui, loin de se laisser intimider, procède justement à un rapprochement tactique avec le régime de Poutine ; une idée du monde, fondée sur l\u2019épreuve de force, qui fait que, dans la guerre commerciale des États-Unis avec la Chine, ce sont d\u2019abord les consommateurs américains qui vont payer la note.En réalité, M.Trump a diligemment servi nombre des intérêts principaux de la Russie, s\u2019agissant d\u2019affaiblir l\u2019OTAN, de semer la zizanie au sein de l\u2019Union européenne, de se mettre à dos peu près tous les alliés des États- Unis ou d\u2019abandonner la Syrie à Moscou et à Bachar al-Assad.Au Venezuela, il se voit en fait donner une dose de sa propre médecine « musclée » par la Russie qui, poussant maintenant le bouchon de ses influences jusque dans « l\u2019arrière-cour » américaine, s\u2019emploie à garder le président Nicolas Maduro au pouvoir devant les efforts des faucons de la Maison-Blanche pour évincer le régime chaviste.En un mot comme en mille, M.Trump ne réussit qu\u2019à s\u2019attirer des ennuis.C\u2019est dans la même logique, si tant est qu\u2019on puisse parler de logique, que le climat s\u2019envenime autour de la question iranienne, avec risque dangereux d\u2019escalade à la clé et en tout mépris pour la valeur de l\u2019argument multilatéraliste.Non content de s\u2019être retiré de l\u2019accord international sur le nucléaire iranien en mai 2018, le gouvernement Trump a réimposé des sanctions à la République islamique.Les bruits de bottes se font entendre, portés par les annonces et les hypothèses de déploiement militaire, applaudies par Israël et l\u2019Arabie saoudite.Avec M.Pompeo, l\u2019indélogeable John Bolton, hier idéateur sous Bush fils de l\u2019invasion de l\u2019Irak en 2003, aujourd\u2019hui conseiller de Trump à la sécurité nationale, milite depuis longtemps pour le renversement du régime iranien par une intervention militaire.Réelle perspective ou simple provocation, le seul fait de l\u2019évoquer dépasse l\u2019entendement, vu tout le mal que la guerre d\u2019Irak a fait.Là encore, ces tensions se trouvent à pousser Téhéran vers Moscou, les deux capitales s\u2019étant trouvé une communauté d\u2019intérêts sur le terrain syrien.D L ÉDITORIAL A 6 L E D E VO I R // F O N D É PA R H E N R I B O U R A S SA L E 1 0 JA N V I E R 1 91 0 > FA I S C E Q U E D O I S ! Directeur des finances Stéphane Roger Chef des technologies Sylvain Coutu plus dangereuses.Pourquoi veut-on refuser à ces jeunes l\u2019accès à un produit contrôlé et standardisé?Pourquoi pense-t-on qu\u2019ils sont incapables de prendre la décision éclairée comme on suppose qu\u2019ils le soient pour l\u2019alcool, la conduite automobile, le mariage, la cigarette, toutes ces choses permises dès 18 ans?N\u2019est-il pas préférable de renseigner les jeunes sur les dangers de la consommation du cannabis plutôt que de leur créer un casier judiciaire ?Certains rétorqueront que la police ne va pas commencer à vérifier si un jeune possède du cannabis.Mais une loi que l\u2019on n\u2019entend pas mettre en vigueur ridiculise le législateur.Le gouvernement peut-il se montrer raisonnable et favoriser l\u2019éducation plutôt que la répression?Jana Havrankova, médecin à la retraite Saint-Lambert, le 14 mai 2019 est, en effet, vraisemblable que la consommation du cannabis soit particulièrement nocive avant l\u2019âge de 25 ans environ.Toutefois, ce n\u2019est pas la prohibition qui est le meilleur moyen de protéger les jeunes adultes.Elle s\u2019est avérée inefficace en général et pour ce groupe d\u2019âge en particulier.L\u2019Enquête québécoise sur le cannabis de 2018 a révélé que 36,5% des adultes de 18 à 24 ans ont consommé du cannabis durant l\u2019année précédente, pour la plupart de manière occasionnelle.Comment peut-on croire que maintenant, alors que la substance se trouve sur le marché légal, ils cesseront d\u2019en consommer?Non seulement ils vont continuer à en consommer, mais, n\u2019ayant pas accès à la vente légale, continueront à fréquenter les milieux criminels avec le risque d\u2019être exposés à d\u2019autres drogues, GUY TAILLEFER IRAN Trump cherche les ennuis BRIAN MYLES Le maire du Plateau est demeuré un militant, la tête dans les idéaux, alors que ses comparses de Projet Montréal fixent l\u2019horizon des élections de 2021 A 7 IDÉES LEDEVOIR// LE JEUDI 16 MAI 2019 Directeur de l\u2019information Florent Daudens Adjoints Paul Cauchon, Véronique Chagnon, Valérie Duhaime, Louis Gagné Adjoints Jean-François Nadeau, Dominique Reny, Louise-Maude Rioux Soucy Directeur de la production Christian Goulet Un forum nécessaire À l\u2019automne 2016, un groupe d\u2019experts des Nations unies s\u2019est arrêté à Montréal afin de faire la lumière sur les violations des droits fondamentaux des Noirs au Canada.Son rapport, publié quelques mois plus tard dans l\u2019indifférence générale, s\u2019est ajouté aux portraits accablants dressés par l\u2019ONU lors de visites aux États-Unis, en Amérique latine et dans l\u2019Union européenne depuis de début de la Décennie internationale des personnes d\u2019ascendance africaine (2015-2024).Et maintenant, la cadence des actions onusiennes s\u2019accélère.Vendredi dernier, j\u2019ai assisté à Genève à une consultation du Haut-Commissariat aux droits de l\u2019homme sur la création d\u2019un forum permanent des Nations unies pour les peuples d\u2019ascendance africaine.Le forum travaillerait notamment à l\u2019adoption d\u2019une déclaration internationale pour les droits de ces personnes et rassemblerait annuellement des organismes de la société civile de partout dans le monde.Un processus similaire a déjà permis aux peuples autochtones de faire entendre leur voix dans les instances internationales.Grâce à une mobilisation internationale soutenue, un forum permanent a été mis sur pied en 2002 afin de rassembler annuellement des représentants autochtones à New York pendant 10 jours.C\u2019est à travers ce forum que la Déclaration des Nations unies pour les droits des peuples autochtones a été élaborée, puis adoptée.L\u2019an dernier, à Ottawa, le député néodémocrate et leader cri Romeo Saga- nash a déposé le projet de loi C-262 afin que toutes les législations canadiennes concordent avec le texte de cette Déclaration.Aujourd\u2019hui même, on saura si le caucus conservateur du Sénat mettra finalement fin à son obstruction et permettra que la loi puisse être adoptée avant la fin de la session parlementaire.Comme pour les peuples autochtones, l\u2019avancement des droits des populations noires de la diaspora implique des réformes politiques importantes dans plusieurs pays.Au Brésil, les violences policières dans les favelas atteignent les dimensions de massacres organisés.En Colombie, des compagnies minières \u2014 souvent canadiennes \u2014 polluent l\u2019environnement de plusieurs communautés et les forcent à l\u2019exil.Aux États-Unis comme au Canada, il y a plus de Noirs incarcérés qu\u2019il n\u2019y avait d\u2019esclaves au XIXe siècle.En Europe de l\u2019Est, des migrants d\u2019origine africaine sont régulièrement assassinés dans l\u2019impunité.Au Maghreb, la discrimination envers les populations noires est endémique, et le commerce d\u2019esclaves a même cours en Libye.Et au Moyen- Orient, le travail domestique des femmes africaines prend aussi souvent l\u2019allure d\u2019un esclavage moderne.Un forum des Nations unies attirerait l\u2019attention sur toutes ces réalités, et bien d\u2019autres.En Europe et aux États-Unis, on craint particulièrement qu\u2019une mobilisation noire internationale donne un élan aux demandes de réparation pour les descendants des personnes mises en esclavage dans les Amériques.Par exemple, au lendemain de l\u2019indépendance d\u2019Haïti, la France a exigé de la nouvelle république le paiement de l\u2019équivalent de 28 milliards de dollars en compensation pour ses « propriétés » perdues.Le gouvernement haïtien a mis plus d\u2019un siècle à rembourser l\u2019ancienne métropole, ce qui a grandement contribué à la pauvreté actuelle du pays.Et si une évolution du droit international permettait qu\u2019on se penche sur cette injustice ?Les gentils discours sur l\u2019Occident-berceau-des-droits-de-la-personne sont plus difficiles à tenir lorsqu\u2019ils s\u2019accompagnent de conséquences tangibles.Lors du dernier vote tenu à l\u2019Assemblée générale sur la question du forum, presque tous les pays présents ont décidé d\u2019appuyer la démarche \u2014 sauf en Occident.S\u2019y sont opposés : l\u2019Allemagne, l\u2019Australie, le Canada, les États-Unis, la France, les Îles Marshall, Israël, le Japon, le Royaume-Uni et la Tchéquie.Les autres pays membres de l\u2019Union européenne se sont abstenus en bloc.Durant la consultation de la semaine dernière, la délégation de l\u2019UE a déclaré appuyer la création d\u2019un forum, mais dans une forme qui le rendrait de facto le plus insignifiant et inopérant possible.Le Canada était aussi présent, s\u2019en tenant à observer en silence.Si tout se déroule comme prévu, les États membres doivent s\u2019entendre sur les modalités d\u2019un tel forum en juin, afin que sa première session puisse se tenir dès l\u2019automne.Il faudra que le plus grand nombre de pays possible s\u2019engagent dans la discussion afin de faire contrepoids à ceux qui ne souhaitent pas qu\u2019une telle institution voie le jour, ou qui la préfèrent faible et sans ressources.Une campagne mondiale s\u2019engage actuellement afin de faire pression sur différents États en ce sens.Et le Canada dans tout ça ?Le gouvernement de Stephen Harper s\u2019était formellement opposé à la Déclaration pour les droits des peuples autochtones.C\u2019est le gouvernement Trudeau qui a finalement accepté de la ratifier près de 10 ans plus tard, en 2016.Trudeau a aussi décidé de reconnaître officiellement la Décennie pour les personnes d\u2019ascendance africaine l\u2019an dernier, et a attribué des fonds consacrés à la question dans son dernier budget.Pourquoi, alors, s\u2019opposer à la création d\u2019un forum et à la préparation d\u2019une déclaration, puis s\u2019en tenir à un statut d\u2019observateur passif ?On patauge ici dans l\u2019inconséquence.Le gouvernement Trudeau a quelques semaines pour faire son choix.S\u2019il persiste à agir à l\u2019international en flagrante contradiction avec ses politiques intérieures, il ne peut s\u2019imaginer que personne ne le verra, et ne le décriera.ÉMILIE NICOLAS Philippe Barbaud Linguiste et professeur honoraire à l\u2019Université du Québec à Montréal Selon ce qu\u2019en rapporte Le Devoir, l\u2019historien et sociologue Gérard Bouchard aurait défié le ministre Simon Jolin- Barrette lors de son témoignage devant la commission parlementaire sur le projet de loi, en exigeant de ce dernier « au moins une preuve que le port de signes religieux par un enseignant a des effets négatifs sur les élèves de sa classe, auquel cas il pourrait appuyer le projet de loi 21 ».Gérard Bouchard exige donc un « motif supérieur » pour en justifier leur interdiction.Place au biais cognitif Plutôt que de s\u2019en tenir aux effets, le sociologue devrait chercher sa preuve dans la cause.La psychologie cognitive et la linguistique y pourvoient avec succès.Cette preuve, elle s\u2019appelle le biais cognitif.L\u2019existence de nombreux biais cognitifs qui affectent l\u2019esprit de tout être humain est un fait scientifiquement prouvé.N\u2019importe quel spécialiste en sondage vous dira toute la difficulté qu\u2019il y a à formuler des questions dépourvues de tout biais cognitif.Les enseignants, entre autres, n\u2019échappent pas à cette servitude.Or le langage, si prégnant en éducation, est un puissant vecteur de biais cognitifs.Nous le savons depuis que le philosophe Paul Grice a mis en exergue ce qu\u2019il a appelé les « implicatures conversationnelles », une variété linguistique de biais cognitifs, distincte des présuppositions sémantiques.Une illustration patente d\u2019un biais cognitif involontaire nous a été fournie par Gérard Bouchard lui-même lorsqu\u2019il invoque l\u2019Histoire pour mettre en garde le ministre Jolin-Barrette et la CAQ contre le « radicalisme » qui sous-tend le recours à la disposition dérogatoire.L\u2019historien rappelle que les majorités ont depuis toujours « abusé de leurs pouvoirs aux dépens de leurs minorités ».L\u2019abus de pouvoir d\u2019une majorité consiste souvent à persécuter certaines de ses minorités.Le lien avec la situation actuelle devient donc clair : le projet de loi 21 du gouvernement majoritaire de la CAQ serait une initiative ayant pour effet de persécuter certaines minorités de la population québécoise.Le biais cognitif consiste ici à considérer les porteurs de signes religieux comme une minorité sociologique.Le recours à la clause dite nonobstant est donc un geste radical de persécution.En bon scientifique, l\u2019historien aurait pu souligner que les persécutions ont toujours été le fait de dictatures ou autres pouvoirs arbitraires.En outre, si l\u2019historien avait été impartial, il aurait dû mentionner que depuis les Lumières, ce sont justement les majorités de nos démocraties occidentales qui ont accordé à de vraies minorités le droit de pouvoir se faire légalement reconnaître et de ne plus se faire ouvertement persécuter au sein de leur population majoritaire.En porter ou ne pas en porter ?C\u2019est pourquoi porter ou ne pas porter de signes religieux ostentatoires n\u2019a rien d\u2019anodin en matière de liberté afférente à la tenue vestimentaire.Suivant la logique de Grice, ne pas en porter, comme le fait la grande majorité des gens, élimine en théorie toute présomption de biais cognitif.Au contraire, la personne qui porte un signe religieux révèle ouvertement un potentiel explicite de biais cognitifs de nature à influencer son acte éducatif, juridique, législatif, journalistique, etc.Il y a apparence de biais cognitif.Qu\u2019il s\u2019agisse du col romain, de la bonnette, de la kippa, du voile ou du kirpan, ces attributs vestimentaires anéantissent la présomption de neutralité religieuse à l\u2019égard de la personne qui en porte un.Le voile, par exemple, qui n\u2019est pas un précepte du Coran, véhicule le biais cognitif voulant que la chevelure d\u2019une femme provoque la concupiscence des hommes, de la même manière que l\u2019uniforme véhicule le biais cognitif de l\u2019autorité.La présomption de neutralité Le biais cognitif étant la cause identifiée et confortée par la science en tant que « motif supérieur », il n\u2019est nul besoin de recourir aux statistiques de la sociologie pour en mesurer les effets, puisque tout un chacun les subit dans son inconscient.Aussi, le droit pour tout citoyen de ne pas être confronté à la manifestation explicite d\u2019une absence de neutralité religieuse dans l\u2019appareil d\u2019État justifie-t-il amplement le droit de soustraire l\u2019enfant, entre autres et surtout, à l\u2019influence d\u2019un possible biais cognitif de nature religieuse de la part d\u2019une ou d\u2019un enseignant ?Ce droit du citoyen découle par incidence de ce qu\u2019il n\u2019est pas libre de se soustraire à cette confrontation publique.Il devient alors légitime pour une majorité parlementaire d\u2019éliminer au sein des institutions d\u2019un État laïque toute expression délibérée des biais cognitifs issus d\u2019une religion quelconque.En conclusion, et par analogie à la présomption d\u2019innocence, le projet de loi 21 consacre la présomption de laïcité de la part d\u2019un représentant de l\u2019État en position d\u2019autorité.D\u2019une certaine manière, cette posture philosophique dérive du notoire principe de précaution, que le droit international a avalisé depuis quelques décennies.La présomption contraire voulant qu\u2019un être humain puisse agir et se comporter indépendamment de tout biais cognitif est une absurdité.Elle n\u2019est qu\u2019un mythe communautariste tapageusement brandi par les tenants du libre choix vestimentaire.Qu\u2019ils trouvent outré le vocabulaire de l\u2019interdiction retenu dans le projet de loi peut se comprendre, dans l\u2019esprit soixante- huitard du « Il est interdit d\u2019interdire ».Qu\u2019à cela ne tienne.Peut-être y aurait- il avantage à remplacer l\u2019intitulé du chapitre II du projet de loi en adoptant le libellé suivant : « Obligation de porter une tenue vestimentaire dépourvue de tout signe religieux » ?LAÏCITÉ « Motif supérieur » ?Bien sûr Robert Mager Professeur associé à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l\u2019Université Laval Théologien de profession, j\u2019ai évolué toute ma vie dans un monde de croyance.C\u2019est-à-dire dans la société qui est la nôtre, où se côtoient toutes sortes de postures croyantes : religieuses, spirituelles, philosophiques ou autres.La sécularisation et la mondialisation ont mis à mal les traditions religieuses particulières et favorisé le brassage des croyances, ce qui fait que la plupart des gens, plutôt que de s\u2019inscrire dans une tradition ou une école de pensée bien définie, se constituent un bagage personnel de croyances diverses, plus ou moins réfléchies et plus ou moins bien articulées.Si j\u2019insiste ainsi sur le terme «croyance», c\u2019est pour contester l\u2019idée selon laquelle il y aurait d\u2019un côté des «croyants» et de l\u2019autre des «incroyants».Chaque personne croit en certaines choses et ne croit pas en d\u2019autres, qu\u2019elle se considère comme religieuse ou non.La personne qui se dit non religieuse préférera parler de convictions, de valeurs ou de principes, mais son attachement à ceux-ci, si raisonné soit-il, demeure de l\u2019ordre de la croyance.Le doute en fait également partie.Il n\u2019y a pas d\u2019un côté la croyance aveugle et de l\u2019autre le doute éclairé: il n\u2019y a, à mon avis, que diverses dynamiques de croyances traversées par un doute plus ou moins bien assumé, et un sens critique de niveau variable.Il y a enfin plusieurs intensités dans la croyance: j\u2019aime à distinguer, pour faire court, la simple adhésion, la ferveur et le fanatisme.La croyance est partout Tout ceci pour dire que je suis très sensible à l\u2019argument de Michèle Marchand, publié le mercredi 15 mai, selon lequel une société débarrassée de ses fondements religieux peut encore s\u2019empêtrer dans le martèlement des convictions et des certitudes, et qu\u2019elle a intérêt à « miser sur les débats publics et les compromis ».Là où je ne peux pas la suivre, c\u2019est lorsqu\u2019elle nous pense « « immunisés » contre la croyance sous toutes ses formes ».La croyance est partout et très active, même chez les personnes non religieuses, et surtout chez celles qui se disent (croient !) parfaitement rationnelles.Ce qui me dérange profondément dans ce qui se passe présentement, c\u2019est qu\u2019un certain type de croyance (les croyances religieuses, en particulier celles de l\u2019islam) soit pris à partie au nom d\u2019autres croyances qui ne s\u2019assument pas comme telles.Le problème du débat actuel n\u2019est pas la réalité de la laïcité, c\u2019est-à-dire l\u2019indépendance et la non-ingérence de l\u2019État par rapport aux religions, mais l\u2019idéologie de la laïcité, c\u2019est-à-dire la croyance selon laquelle notre société serait plus humaine, plus égalitaire, plus juste, plus évoluée, etc.dans la mesure où elle parviendrait à faire disparaître les religions, sinon entièrement, du moins de l\u2019espace public.Il y a des fanatiques de la laïcité.On peut adhérer à la laïcité comme principe politique, on peut également y croire avec ferveur, mais la promotion de la laïcité devient fanatique quand l\u2019hostilité envers les religions l\u2019aveugle et qu\u2019elle fait de leur disparition (symbolique ou réelle) une sorte de guerre sainte.Si, avec beaucoup d\u2019autres, je crois si dommageable le projet de loi 21, c\u2019est qu\u2019il entérine la croyance de ceux et celles qui, fervents ou fanatiques, veulent imposer à l\u2019ensemble de la société leur vision d\u2019une humanité sans croyance.Si la tolérance est une vertu si importante en démocratie, une vertu apprise à la dure, c\u2019est que l\u2019histoire a démontré avec quelle violence les croyances et convictions peuvent se dresser les unes contre les autres.La coexistence et le côtoiement des diverses postures croyantes représentent une voie certainement plus difficile, mais plus prometteuse, et moins illusoire.Immunisés contre la croyance ?Gérard Bouchard JACQUES BOISSINOT LA PRESSE CANADIENNE Si Gérard Bouchard avait été impartial, il aurait dû mentionner que depuis les Lumières, ce sont justement les majorités de nos démocraties occidentales qui ont accordé à de vraies minorités le droit de pouvoir se faire légalement reconnaître et de ne plus se faire ouvertement persécuter au sein de leur population majoritaire Le problème du débat actuel n\u2019est pas la réalité de la laïcité, c\u2019est-à-dire l\u2019indépendance et la non-ingérence de l\u2019État par rapport aux religions, mais l\u2019idéologie de la laïcité, c\u2019est- à-dire la croyance selon laquelle notre société serait plus humaine, plus égalitaire, plus juste [\u2026] dans la mesure où elle parviendrait à faire disparaître les religions, sinon entièrement, du moins de l\u2019espace public Aux États-Unis comme au Canada, il y a plus de Noirs incarcérés qu\u2019il n\u2019y avait d\u2019esclaves au XIXe siècle LEDEVOIR // LE JEUDI 16 MAI 2019 ACTUALITÉS A 8 1265, rue Berri, 8e étage, Montréal (Québec) H2L 4X4 Métro Berri-UQAM Ouvert du lundi au vendredi de 8 h 30 à 16 h 30 Suivez-nous sur LeDevoir.com et sur nos réseaux sociaux RÉDACTION Téléphone 514 985-3333 Courriel redaction@ledevoir.com RENSEIGNEMENTS ET ADMINISTRATION Téléphone 514 985-3333 ABONNEMENTS (du lundi au vendredi de 7 h 30 à 16 h 30) Téléphone 514 985-3355 Extérieur de Montréal 1 800 463-7559 (sans frais) Courriel abonnements@ledevoir.com Télécopieur 514 985-5967 PUBLICITÉ Téléphone 514 985-3399 Extérieur de Montréal (sans frais) 1 800 363-0305 Courriel publicite@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 AVIS PUBLICS ET APPELS D\u2019OFFRES Téléphone 514 985-3452 Courriel avisdev@ledevoir.com Télécopieur 514 985-3340 PETITES ANNONCES ET PUBLICITÉ PAR REGROUPEMENT 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Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2007.ALEXANDRE SHIELDS LE DEVOIR NATURE Pour l\u2019amour des oiseaux De nombreuses espèces de la faune aviaire québécoise ont subi des reculs importants au cours des dernières années, selon le codirecteur d\u2019un nouvel atlas sur le sujet \u2019ouvrage pourrait être qualifié de monumental, à l\u2019image du travail qui a été nécessaire pour sa réalisation.Plus de 100 000 heures de travail ont été menées sur le terrain par plus de 1800 collaborateurs, qui ont, sur une période de cinq ans, observé, noté, tendu l\u2019oreille et confirmé la présence de 253 espèces d\u2019oiseaux qui se reproduisent sur le territoire québécois.« Sans prétention, c\u2019est le travail le plus complet jamais réalisé en ornithologie au Québec », laisse tomber Michel Robert, codirecteur du Deuxième atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, qui paraît ces jours-ci.En incluant les travaux de recensement détaillés menés sur le terrain, mais aussi la compilation des données et la rédaction, la préparation de cet atlas a nécessité près d\u2019une décennie de travail.Ce beau livre, publié 25 ans après le premier ouvrage du genre, est donc « l\u2019ouvrage scientifique de référence » pour les espèces qui nichent sur l\u2019immense territoire qui se situe au sud du 50e parallèle, souligne le directeur de l\u2019Observation des oiseaux de Ta- doussac, Pascal Côté.On y traite bien sûr de la répartition, des effectifs et de la situation globale d\u2019espèces relativement connues : la mésange à tête noire (dont la population est en « forte hausse »), la bernache du Canada (qui s\u2019est adaptée aux « milieux habités »), le merle d\u2019Amérique (victime malheureuse de « prédateurs » comme le chat domestique), le pygargue à tête blanche (dont les effectifs se sont relevés « de façon spectaculaire ») ou encore le moineau domestique, dont la population aurait chuté de plus de 70 % depuis 1990.Les ornithologues professionnels et amateurs qui ont pris part aux recherches pour découvrir des indices de nidification ont aussi mené des travaux pour retrouver la trace d\u2019espèces nocturnes, et donc plus difficiles à observer, ou encore d\u2019espèces en forte diminution.C\u2019est le cas du rarissime pluvier siffleur, dont il ne subsisterait pas plus d\u2019une vingtaine de couples aux Îles-de-la-Made- leine, en raison de «l\u2019activité humaine» sur les plages où il niche.La situation est tout aussi dramatique pour des variétés d\u2019hirondelles, constate Michel Robert.C\u2019est le cas de l\u2019hirondelle de rivage, une espèce dont la population au Québec a connu «une baisse spectaculaire qui serait de l\u2019ordre de 99%» depuis 1970.Dégradation À la lumière de l\u2019état de situation de la faune aviaire dressé dans l\u2019atlas, M.Robert évalue d\u2019ailleurs que la situation s\u2019est dégradée pour une majorité des espèces recensées au cours des dernières années.Les espèces les plus touchées sont les oiseaux dits «insectivores aériens», donc qui se nourrissent d\u2019insectes volants.C\u2019est le cas des hirondelles et des engoulevents, mais aussi du martinet ramoneur, désigné comme «menacé» au Canada et qui «subit probablement les contrecoups de l\u2019utilisation des pesticides» et de la réduction marquée des insectes.D\u2019autres espèces, qualifiées de «champêtres», ont subi des déclins importants en raison de l\u2019urbanisation et de l\u2019industrialisation de l\u2019agriculture au Québec, qui s\u2019est tournée davantage vers la monoculture.L\u2019exemple de l\u2019alouette hausse- col est particulièrement éloquent, selon Michel Robert.Autrefois «très commun dans nos campagnes», cet oiseau a accusé un recul sévère depuis une trentaine d\u2019années.L\u2019atlas évoque une chute de plus de 75% des effectifs depuis 1990.Le déclin des milieux naturels, dont l\u2019éradication de très nombreux milieux humides du sud de la province, a également eu des effets néfastes.Pour Pascal Côté, il importe donc de mieux protéger ces milieux, mais aussi les « vieux peuplements » de la forêt boréale, un milieu naturel qui constitue « la plus importante pouponnière d\u2019oiseaux en Amérique du Nord ».Or, l\u2019industrie forestière ne cesse de gruger ces territoires, notent les auteurs de l\u2019ouvrage.Le directeur de l\u2019Observatoire des oiseaux de Tadoussac estime qu\u2019il serait en outre pertinent de s\u2019intéresser à la situation loin du territoire québécois, puisque plusieurs espèces (dont celles de la famille des parulines) migrent sur plusieurs milliers de kilomètres chaque année, pour se rendre parfois jusqu\u2019en Amérique centrale en période hivernale.Elles subissent donc les impacts de la dégradation ou de la destruction des milieux naturels tropicaux, qui enregistrent aussi des reculs marqués.Retour des rapaces Pascal Côté et Michel Robert soulignent par ailleurs que certaines espèces se portent globalement mieux depuis quelques années.C\u2019est le cas de certains rapaces, dont le faucon pèlerin et l\u2019épervier de Cooper, deux oiseaux qu\u2019on peut voir en milieux habités et dont l\u2019existence a longtemps été menacée par l\u2019usage de DDT, un produit toxique qui fragilisait la coquille des œufs.Le suivi de plusieurs espèces est aussi plus important que jamais.Par exemple, l\u2019Observatoire des oiseaux de Ta- doussac mène des programmes annuels de recensement des oiseaux, dont les rapaces, qui utilisent systématiquement le secteur des dunes de Tadoussac dans leur route migratoire.Dans le cas des nyctales, Pascal Côté coordonne aussi un programme intensif de captures et de baguage des oiseaux, qui peuvent ainsi être suivis dans leur migration, laquelle peut les amener dans le sud des États-Unis.D\u2019ailleurs, ces travaux, tout comme ceux qui ont permis la réalisation de ce Deuxième atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, sont le fait de véritables «passionnés», insiste Michel Robert.« L\u2019ornithologie est aussi un loisir qui est en augmentation foudroyante depuis au moins une vingtaine d\u2019années, ajoute-t-il.D\u2019un point de vue global, il semblerait que c\u2019est même en train de dépasser la popularité de l\u2019horticulture.Cet intérêt, on le voit chez ceux qui aiment photographier des oiseaux, ou encore installer une mangeoire, mais on le voit aussi chez les ornithologues un peu cinglés qui vont faire des centaines de kilomètres pour voir une espèce rare.» Les données recueillies pendant les travaux pour la rédaction de l\u2019atlas indiquent que le canard branchu (mâle, sur la photo) se porte bien, malgré un recul des milieux humides au Québec.ÉRIC DESCHAMPS E N B R E F Les nouveaux paddocks de F1 inaugurés À trois semaines du Grand Prix de Formule 1 de Montréal, les nouveaux paddocks du circuit Gilles-Villeneuve ont été inaugurés mercredi matin.La cérémonie s\u2019est déroulée au son des trompettes des cols bleus, qui font des moyens de pression, et de la machinerie lourde.C\u2019est que le chantier de 59 millions a pris du retard et n\u2019est pas tout à fait terminé.Les paddocks seront prêts pour l\u2019arrivée des coureurs automobiles, a assuré François Du- montier, grand patron du Grand Prix du Canada.Le bâtiment de trois étages accueillera des spectateurs, le personnel des écuries et les représentants des médias.La construction de nouveaux paddocks était une exigence des promoteurs de la FI, dont la Fédération internationale de l\u2019automobile (FIA).Le Devoir Montréal songe à un anneau de glace permanent Après avoir annulé l\u2019appel d\u2019offres pour l\u2019aménagement d\u2019un anneau de glace temporaire, la Ville de Montréal s\u2019est ravisée.Elle envisage maintenant de se doter d\u2019un anneau de glace permanent et mènera des études au cours des prochains mois afin d\u2019analyser la faisabilité du projet.La Ville a dû annuler l\u2019appel d\u2019offres pour un anneau de glace temporaire au parc An- grignon, car la seule soumission reçue était non conforme et son coût était 65 % plus élevé que les estimations.Ce nouvel équipement est destiné à l\u2019ensemble des citoyens, mais aussi aux athlètes et aux amateurs de patinage de vitesse, a précisé le conseiller associé à la jeunesse, aux sports et aux loisirs au Comité exécutif, Hadrien Parizeau.À l\u2019heure actuelle, Montréal ne dispose pas d\u2019anneau de glace.Le Devoir Trudeau offre du bois et de l\u2019acier pour Notre-Dame Le Canada mettra à la disposition de la France du bois d\u2019œuvre et de l\u2019acier canadiens pour la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris, partiellement détruite dans un violent incendie le 15 avril dernier.Dans une lettre envoyée au président français Emmanuel Macron plus tôt cette semaine, le premier ministre Justin Trudeau exprime sa fierté « d\u2019appuyer concrètement nos amis français en contribuant à la reconstruction de ce monument iconique ».L\u2019Association canadienne des producteurs d\u2019acier et l\u2019Association des produits forestiers du Canada se sont déjà rangées derrière cette initiative du gouvernement canadien.Le monde entier avait constaté avec horreur le ravage de cette cathédrale iconique construite au XIIe siècle, en direct, sur les réseaux de télévision.La Presse canadienne Justin Trudeau (au centre) à Notre-Dame de Paris PHILIPPE LOPEZ POOL VIA AP L "]
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