Paris-Canada : organe international des intérêts canadiens et français, 1 août 1908, samedi 15 août 1908
[" 27* ANNÉE Paris, 15 Août 1908 Le Numéro 25 Centimes \u2014 N° 7 PARIS-CANADA Organe Bi-lVIensuel des Intérêts Canadiens et français FRANOJTC Abonnements : Un an.ÎO fr.Les Annonces et Réclames sont reçues au Bureau du Journal.Annonces, la ligne.Réclames, \u2014\t.Faits-Divers, \u2014\t.Directeur : HECTOR FABRE BUREAUX : 10, Rue de Rome, 10 \u2014 PARIS (8\u2018) Abonnements : Un an $ » CODES : Atlantic Cable Directory 1 B.C et WESTERN UNION TELEGRAPHIC Adresse Télégraphique : STADACONA\u201cPAR!S Téléphone : 218-03 SOMMAIRE Le Tricentenaire.Hector Faure.Les Fêtes de Québec.Au Monument Champlain.Les Canadiens à Paris.Informations.LE TRICENTENAIRE La célébration du Tricentenaire de la fondation de Québec a été, du premier jour, au dernier, triomphale.En assistant, de loin, à la préparation à la fois laborieuse et rapide de cette sorte de résurrection d\u2019un passé composé d'événements si divers, et dont plusieurs se heurtaient à des souvenirs difficiles à concilier, on ne pouvait se défendre de la crainte qu\u2019un incident imprévu n\u2019en vînt rompre l\u2019ensemble harmonieux.Et alors, le ciel s\u2019emplissait de nuages et Québec, un instant illuminé, voyait disparaître pour longtemps l\u2019éclat inaccoutumé dont on avait voulu l\u2019entourer.Aucun de ces présages ne s\u2019est réalisé, grâce d\u2019abord au rare esprit qui anime nos populations, que n\u2019agite aucun de ces désaccords, si fréquents ailleurs; grâce aussi à la haute direction, si discrète et si sage, du gouverneur-général du Canada, Lord Grey, et du maire de Québec, Sir Georges Garneau.Où donc ailleurs que dans ce pays du Canada et cette ville de Québec eùt-on offert au monde ce spectacle de races différentes et si longtemps ennemies, rapprochées dans un même élan, unies sur le terrain même de leurs derniers combats ! Il a fallu pour cela un accord parfait, et aussi l\u2019heure du monde à laquelle est parvenue notre commune histoire.Pour le rendre bien sensible à tous les yeux, ce spectacle, il fallait aussi cette circonstance accessoire, sans doute, mais essentielle, d\u2019une parfaite résurrection, d'une habile figuration de tous ces événements et de tous ces personnages dont l\u2019image était ensevelie dans les pages jaunies des vieilles annales.Ils ont été tirés des bibliothèques et ramenés au grand jour, Jacques Cartier, Champlain et tant d'autres.La figuration a été si habile qu\u2019on aura à l'avenir peine à se les imaginer sous un autre aspect que celui-là.-Revenant en ce monde, leurs sosies contemporains éprouveraient quelque embarras à leur rendre leur place.L\u2019homme d\u2019esprit qui a personnifié Champlain semblerait plus Champlain que Champlain lui-même, et pour n\u2019avoir pas fondé Québec, il n\u2019en paraîtrait pas moins plus Québecquois que lui.Et tous ces galants hommes, et toutes ces gentilles dames qui ont revêtu les costumes brillants ou gracieux des autres siècles, on les acclamerait encore en présence même des ancêtres.Jamais vraiment le passé n\u2019a été aussi visible à tous, ce passé, notre patrimoine.Le Canada et Québec seuls pouvaient réaliser ces miracles : héros disparus depuis des siècles, toujours vivants ; vainqueurs et vaincus se coudoyant dans la mêlée apaisée, parcourant ensemble le champ de bataille où leurs ancêtres sont tombés, saluant leur gloire égale d\u2019une même acclamation.Ces tableaux ont pendant plusieurs jours séduit et passionné des milliers de spectateurs venus de tous côtés : Américains, songeant que c\u2019est en grande partie leur propre destinée qui s\u2019est décidée sur ces champs de bataille ; Anglais, que sans la fidélité des Canadiens Français, en 1774 et en 1812, le Canada ne serait pas aujourd\u2019hui canadien ; Français, touchés de voir que parmi ces paysans français séparés d'eux depuis si longtemps les deux tiers ne parlent que leur langue; d\u2019entendre le premier'ministre de la plus grande province anglaise, (M.Whi-teney) dire en présence de l\u2019héritier du Trône, et aux applaudissements de tous : Un illustre homme d\u2019Etat canadien-fran-çais a dit un jour à Sa Majesté la Reine Victoria : Je suis un Français parlant l'anglais-, à mon tour, je dis ici : Je suis un Canadien-Français parlant l'anglais.Les Fêtes de Québec (Du correspondant de l\u2019Echo de Paris.) Québec, 19 juillet.Le premier épisode des fêtes du troisième centenaire de Québec a eu lieu aujourd\u2019hui.Les membres de l\u2019Association catholique de la jeunesse canadienne sont venus déposer des fleurs devant le piédestal de la statue de Champlain située sur le bord de la plage où Champlain mit pied pour la première fois sur le Nouveau-Monde.Le cortège des jeunes gens précédés de musiques et de bannières vinrent déposer leurs gerbes de fleurs et les couronnes à la base de la statue puis des discours furent prononcés en français.La ville est entièrement pavoisée de drapeaux et brillamment décorée.Elle présente un aspect des plus brillants.Le spectacle est magnifique.Il est fourni par les navires de guerre ancrés dans le Saint-Laurent : six beaux vaisseaux de l\u2019escadre anglaise de l\u2019Atlantique et deux croiseurs géants français.Au moment où j\u2019écris ce télégramme, arrive le cuirassé américain qui vient faire flotter les bandes et les étoiles des Etats-Unis auprès du tricolore français et de l\u2019Union Jack de Grande-Bretagne.Déjà les marins anglais et français fraternisent, bras dessus, bras dessous sur les remparts devant lesquels leurs ancêtres ont combattu.Rarement, à Québec, on a vu tant d\u2019uniformes.Le Dominion a mobilisé ses forces pour faire honneur aux circonstances, et de l\u2019infanterie et de l\u2019artillerie sont venues du nord-ouest et du district des Lacs et des Prairies.Douze mille hommes, au bas mot, sont réunis dans les trois camps spéciaux établis, l\u2019un le long de la Grande Allée près des Plaines d\u2019Abraham, l\u2019autre le long de la rivière Saint-Charles, et le troisième à Lévis.Un grand nombre d\u2019hommes distingués sont arrivés : lord Roberts et le duc de Norfolk sont descendus au palais du gouverneur, à la Citadelle ; les membres de la mission française et l\u2019ambassadeur des Etats-Unis sont les hôtes du lieutenant-gouverneur, à Spencer-Wood, et les représentants des familles de Montcalm, Lévis et Wolfe sont logés au château de Frontenac.Québec, 20 juillet.Ce matin, les habitants de Québec ont été éveillés par des fanfares guerrières ; dragons, artilleurs, fantassins, soldats du génie, 15,000 hommes tirés de tous les coins du Canada, se Hector FA R RE. 2 PARIS-CANADA concentrent dans les Plaines d\u2019Abraham.Les régiments qu\u2019ils forment sont exclusivement canadiens.Au cours des dernières années, tous les soldats anglais qui y servaient en ont été progressivement retirés.\t\u2018 Les troupes canadiennes sont magnifiques.Sur la poitrine des hommes, témoignant de leurs exploits, brillent des médailles commémoratives de l\u2019Afrique du sud, de l\u2019Egypte, de l\u2019Irlande.Lord Roberts, qui se promène dans les rues, depuis une heure matinale, acompagné du duc de Norfolk, les suit d\u2019un regard satisfait.Changement de tableau : hérauts d\u2019armes et gens du guet, vêtus à la française, caracolent de tous côtés, annonçant en un français très savoureux le programme du jour; de bizarres instruments de musique, qui jouent le couvre-feu des Huguenots, commandent pour eux le silence.Les informations officielles sont coupées de conseils : « Que les habitants ne s\u2019attardent pas dehors ce soir ! Qu\u2019ils se conduisent bien et ne troublent pas le bon ordre public ! Que les maris soient aimables, les femmes obéissantes ; que les enfants soient dociles ! Ceux qui ne se conduiront pas bien trouveront à qui parler ! » Aujourd\u2019hui, ce fut la journée des visites : amiraux, généraux, ambassadeurs ont tour à tour visité le gouverneur général, le lieutenant gouverneur de la province, le maire.Pour saluer les uns et les autres, Dieu sait si les cuirassés ancrés dans le fleuve ont fait parler la poudre ! J\u2019ai mis à profit mes longues heures d\u2019oisiveté pour visiter la campagne environnante ; la France de Louis XIV, de Champlain, de Cavelier de la Salle s\u2019est révélée à moi extrêmement vivante.Le* fils télégraphiques et téléphoniques, les tramways électriques qui se croisent en tous sens, rien n\u2019a pu parvenir à dissiper cette image des temps anciens.La route que je suivais était bornée sur la droite de collines ; partout les pentes verdoient ; au loin se dresse le cap Tourmente.Au loin, les fermes aux toits rouges ont une apparence de paix et de tranquillité.Partout, je rencontre des attelages de bœufs et de chiens.Le soir tombe, l\u2019angélus sonne,voici Sainte-Anne de Beaupré, le Lourdes canadien.200.000 pèlerins ont visité la basilique, me déclare un Irlandais de Lancashire ; pois ij me montre des béquilles et d\u2019-innombrables témoignages de guérisons obtenues dans ce saint lieu.Un calvaire, dont les pèlerins gravissent les innombrables degrés, se dresse en face de moi ; je m\u2019apprête à en escalader les escaliers, mais, souriant, un prêtre s'approche de moi et me montre l\u2019église ; je redescends.L\u2019église est remplie d\u2019une multitude de fidèles réunis pour la prière du soir.Celle-ci dite, le prêtre les congédie et leur donne rendez-vous pour la messe de quatre heures le lendemain.Québec, 21 juillet.Aujourd\u2019hui se sont déroulés les premiers des tableaux historiques dans lesquels M.Frank Lascelles a ressuscité le passé de Québec.Dans les Plaines d\u2019Abraham, 30.000 personnes se pressaient.Lorsque Jacques Cartier, quittant sa nacelle, prit le chemin d\u2019un cirque naturel, planté d\u2019arbres, appuyé sur son arc, un chef indien surveillait sa marche.L\u2019Indien appelle ses compagnons ; à la vue du navigateur européen, tous s\u2019enfuient.Puis revenant par degrés et prêtant soudain des vertus divines au voyageur mystérieux, ils lui présentent leurs malades, l\u2019accablent de présents.La croix une fois fichée en terre, Jacques Cartier reprend le chemin de la France, emmenant avec lui, comme témoins de cette terre nouvelle, quelques-uns de ses naïfs habitants.Second tableau : Cour de François Ier, château Renaissance très heureusementfîguré, va-et-vient de hautes et nobles dames et de lévriers.Le roi chevalier accueille les récits de son capitaine général et pilote, « les yeux et la bouche écarquillés » ; mais le vieux chef Narodna, suivi de ses hommes, fait son entrée ; il multiplie si bien les danses et les gestes qu\u2019il conquiert le bon sourire du roi.La suite à demain.Ce soir, Québec illumine ; il y a un banquet offert à lord Roberts, auquel assistent les chefs de l\u2019armée canadienne, le gouverneur général, les ambassadeurs, les amiraux et, parmi eux, l\u2019amiral Jauréguiberry.L1 Indomitable, le croiseur qui porte le prince de Galles, est attendu demain à neuf heures.Québec, 24 juillet.Répondant hier au discours du prince de Galles dans lequel le prince a fait allusion aux Etats-Unis et à la France, l\u2019amiral Jauréguiberry a affirmé une fois de plus la cordialité des relations anglo-françaises, et a ajouté que les sentiments exprimés par le prince auront leur écho en France, pays heureux de manifester une sympathie fraternelle pour le Canada.Au nom de la France, l\u2019amiral Jauréguiberry a rendu un hommage respectueux au glorieux citoyen qui a fondé Québec.Le maire de Brouage a également pris la parole.Québec, 24 juillet.Ce matin, par un temps splendide, à dix heures, le prince de Galles, le comte Grey, lord Roberts et leurs suites ont quitté la citadelle au milieu des salves d\u2019artillerie, pour aller déposer une couronne sur le monument du général anglais Wolfe.De là, ils se sont rendus à la grande revue des Plaines d\u2019Abraham où se trouvaient massés 13.000 soldats et 2.000 marins.Le cortège est arrivé lentement à la tribune royale sur laquelle flottaient les drapeaux anglais, français et américains.La musique a joué le God save the King.La foule s\u2019est découverte.Le prince ayant passé la revue, le défilé a commencé, les marins en tête.Le premier détachement était constitué par les marins français, les marins américains suivaient et enfin les marins anglais fermaient la marche.Lord Roberts a mis alors son cheval au grand galop, a quitté le prince de Galles et est allé se mettre à la tête des troupes pour le défilé.Québec, 24 juillet.Dès 4 heures du matin, les troupes s\u2019acheminent vers les plaines d\u2019Abraham, pour la grande revue militaire qu\u2019allait passer le prince de Galles.Vers 10 heures, près de 20.000 soldats et marins étaient alignés sur le champ de bataille fameux.Derrière eux se pressait une foule immense.Devant l\u2019estrade royale flottaient au vent les drapeaux français, américains et anglais.Un peu en arrière se trouvait une autre estrade où se tenaient 5.000 personnes privilégiées et parmi elles le comte de Montcalm, M.Georges Wolfe, le capitaine Murray, le marquis de Lévis, descendants des héros qui commandaient à la bataille de Sainte-Foye.A 11 heures, le prince de Galles, en uniforme de général, arrivait à cheval, accompagné du feld-maréchal lord Roberts et du gouverneur général, le comte Grey.Les musiques massées jouaient le God save the King; les troupes présentaient les armes.Lentement, le prince passa entre les lignes, puis ce fut le défilé, dans lequel une place d\u2019honneur avait été donnée à nos marins, qui défilèrent magnifiquement, drapeaux déployés.La foule les applaudit chaleureusement.Le défilé terminé, au milieu d\u2019un silence profond, les troupes présentant les armes, les spectateurs, la tête nue, le prince de Galles remit au gouverneur général les titres de propriété des Plaines d\u2019Abraham et de Sainte-Foye, sur lesquelles « les deux races gagnèrent une gloire égale et impérissalbe » (ce sont ses propres paroles), et qui resteront comme « un sanctuaire permanent d\u2019union et de paix ».Au Monument Champlain Le prince de Galles ayant pris place au pied du monument, le maire de Québec, sirGeorges Garneau, lut l\u2019adresse suivante : Qu\u2019il plaise à Votre Altesse Royale.La nation canadienne se lève aujourd\u2019hui dans l\u2019allégresse, pour célébrer une date mémorable dans son histoire : le troisième centenaire de sa naissance et celui de la fondation de la cité de Québec, par Samuel de Champlain.Par un heureux concours de circonstances, il se trouve que l\u2019éclat de cette fête est rehaussé par la présence de Votre Altesse Royale, que Sa Majesté, Notre Bien-Aimé Souverain a députée spécialement pour venir en Son nom ouvrir la série des fêtes destinées à commémorer ce glorieux souvenir.Hier, le Canada et la province de Québec accueillaient Votre Altesse Royale.Aujourd\u2019hui, ce sont les habitants de Québec qui réclament l\u2019honneur de lui offrir dans cette vieille capitale, la plus cordiale et la plus chaleureuse bienvenue.Réunis au pied du monument du glorieux fondateur de la patrie canadienne, le cœur rempli des souvenirs héroïques de trois siècles d\u2019une existence qui ressemble plus souvent à l\u2019épopée qu\u2019à l\u2019histoire, les Canadiens-Français éprouvent un sentiment inexprimable d\u2019orgueil patriotique et de reconnaissance envers les deux grandes nations qui ont tour à tour présidé à nos destinées : la France toujours aimée, à qui ils sont redevables de la vie et de leurs grandes traditions ; l\u2019Angleterre, qui les a laissés libres de grandir en gardant leur foi, leur langue et leurs institutions et qui les a dotés d\u2019un PARIS-CANADA 3 régime constitutionnel fondé sur la plus grande somme de libertés, et qui est sans contredit, le plus beau et le plus parfait au monde.Pour nous tous Canadiens, de toutes les origines, ce sentiment s\u2019accroît encore en présence de ce déploiement fastueux à l\u2019bonneur de l\u2019immortel Champlain, en présence de cet hommage rendu à la jeune et vigoureuse nation qui, née d\u2019hier, grandit à vue d\u2019œil dans des espaces immenses, assez vastes pour contenir un empire nouveau.En ce jour solennel qui marque une étape extraordinaire dans notre vie nationale, nous ressentons vivement la satisfaction que nous causent la paix profonde dont nous jouissons et les merveilleux développements dont nous sommes les témoins.Et nos voix reconnaissantes s\u2019élèvent dans un harmonieux concert, pour chanter l\u2019hymne de la gratitude au Tout-Puissant d\u2019abord, qui nous a comblés de ses dons ; aux deux grandes nations quj sont nos mères et qui nous ont donné l\u2019existence comme peuple ; au très haut et très puissant souverain, l\u2019apôtre et l\u2019arbitre de la paix du monde, qui préside avec tant de sagesse aux destinées de l\u2019Empire britannique; à vous, Altesse Royale, son digne représentant, qui avez franchi les mers pour venir prendre part à notre joie ; à tous ces hôtes venus de toutes parts pour célébrer avec nous l\u2019immortel fondateur de Québee et son œuvre qui nous apparaît aujourd\u2019hui dans toute la splendeur de ses prodigieux accroissements .Profondément émus et touchés de l\u2019empressement avec lequel Votre Altesse a bien voulu se rendre au désir du peuple canadien, remués jusqu\u2019au fond du cœur par le spectacle imposant de cette grandiose démonstration, nous garderons de l\u2019éclat de ce jour, si brillamment rehaussé par votre présence, un profond, un inoubliable souvenir.En retour, nous vous prions de bien vouloir rendre à Sa Majesté le Roi l\u2019assurance de notre loyauté à Sa Personne et à Sa Couronne ; à Sa Majesté Notre Très Gracieuse Souveraine, notre admiration pour les qualités éminentes qu\u2019Elle fait briller sur le trône d\u2019Angleterre.Au temps de Champlain, dans les modestes fêtes d\u2019alors, le petit peuple , assemblé autour de son chef, couronnait toujours ses réjouissances par le cri de loyauté : Vive le Roi ! Vive Monseigneur le Dauphin ! Aujourd\u2019hui, à trois siècles de distance, les habitants de Québec et tout le peuple du Canada, fidèles à l\u2019allégeance nouvelle comme nos ancêtres l\u2019avaient été à l\u2019ancienne, acclament Votre Altesse Royale en criant de tout cœur : Vive le Roi ! Vive le Prince de Galles ! Réponse du prince L\u2019adresse placée dans un luxueux coffret, fut présentée à Son Altesse Royale, qui répondit dans les termes suivants, en français d\u2019abord, puis en anglais : « C\u2019est avec un vif plaisir que je reçois l\u2019assurance de la sympathie et de la loyauté avec lesquelles, au nom de la Nation Canadienne, vous m\u2019accueillez aujourd\u2019hui à l\u2019occasion de ma sixième visite au Dominion du Canada.J\u2019apprécie hautement l\u2019honneur et la responsabilité qui m\u2019incombent comme repré- sentant du Souverain qui, ayant sans cesse présent à l\u2019esprit l\u2019attachement inébranlable de ses sujets canadiens, suit avec un intérêt affectueux tout ce qui touche à la prospérité et au développement de leur pays; et je me fais une véritable joie d\u2019avoir en cette occasion le double privilège de me joindre à vous, d\u2019abord comme représentant du Roi, puis en mon nom personnel, afin de célébrer le 300°'e anniversaire de la fondation de la fameuse cité par Samuel de Champlain.Avec quel intérêt profond je viens prendre part avec vous aux cérémonies imposantes des quelques jours qui vont suivre, fêtes au cours desquelles le passé et le présent vont nous apparaître sur un théâtre d\u2019une beauté naturelle incomparable.Comme au temps de mes précédentes visites au Canada, je retrouve ici à Québec les preuves non équivoques de l\u2019attachement profond des sujets Franco-Canadiens pour le Roi.Leur fidélité éprouvée dans les jours sombres et difficiles, jours heureusement bien loin de nous, est un des plus éclatants hommages qu\u2019il soit possible de rendre au génie politique du gouvernement de l\u2019Angleterre.Sa Majesté ainsi que tous ceux qui s\u2019intéressent à l\u2019heureux développement des institutions britanniques éprouve une satisfaction extrême à la pensée que les Canadiens d\u2019origine française travaillent de concert avec leurs compatriotes d\u2019origine britannique à assurer la prospérité et le brillant avenir du Dominion.Moi aussi, je suis d\u2019avis qu\u2019il convient de préserver, comme un souvenir impérissable pour les générations présentes et futures, les Plaines d\u2019Abraham consacrées par la mémoire des temps passés et je félicite cordialement du succès qui a couronné leurs patriotiques efforts tous ceux qui se sont employés à cette œuvre pieuse.Malheureusement, mes engagements ne me permettent pas de prolonger ma visite actuelle au-delà de Québec, et je regrette vivement que la Princesse de Galles n\u2019ait pu m\u2019accompagner en cette occasion, car nous avons gardé tous deux le plus charmant souvenir de notre séjour au Canada, il y a sept ans, ainsi que de l\u2019accueil aimable dont nous avons été l\u2019objet durant cette agréable et intéressante visite.Je ne manquerai pas de transmettre au Roi, mon cher père, qui prend un si vif intérêt à cette magnifique solennité, la touchante expression de votre loyauté et de votre attachement à son trône et à sa personne, sentiments dont Sa Majesté demeure intimement convaincue.Une fois encore je vous remercie de tout cœur de votre cordial et bienveillant accueil.L\u2019amiral Jaureguiberry Le représentant de la France, l\u2019amiral Jaureguiberry, prononce ensuite le discours suivant : En se faisant représenter aux fêtes grandioses, aux cérémonies si émouvantes qui se déroulent à Québec, le gouvernement de la République a saisi l\u2019occasion d\u2019affirmer une fois de plus la cordialité de ses relations avec la Grande-Bretagne et de répondre aux sentiments d\u2019affectueuse estime que tout Français éprouve pour le Canada.Il m\u2019a chargé du grand honneur de saluer en son nom S.A.R.le Prince de Galles, le gouvernement du Dominion et celui de la province de Québec.Les paroles que S.À.R.vient de prononcer auront leur retentissement en France et s\u2019ajouteront au souvenir inoubliable de l\u2019accueil fait en Angleterre au Président de la République.Jë remercie S.E.le gouverneur-général de ses souhaits de bienvenue.Ils s\u2019adressent aux représentants d\u2019un pays qui est heureux de témoigner sa fraternelle sympathie aux Canadiens et qui se réjouit avec eux de la venue à Québec de S.A.R.dont la présence augmente dans une si large mesure l\u2019éclat et la portée des fêtes franco-canadiennes.Au nom de la France, j\u2019adresse le plus respectueux hommage à la mémoire des morts glorieux qui ont fondé le Canada, contribué à sa grandeur et su faire épanouir les mâles vertus qui attirent aux Canadiens l\u2019estime universelle.De l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, nous applaudissons avec une ardente sympathie à l\u2019union qui, dans le Canada s\u2019est réalisée entre deux races faites pour s\u2019entendre, chacune apportant à l\u2019œuvre commune les qualités qui lui sont propres.En France, comme au Canada, on cite avec une légitime fierté le nom de Champlain qui fut vaillant soldat, administrateur émiment et habile diplomate.Son initiative hardie a eu pour résultats de conquérir un nouveau domaine à la civilisation, de créer une nouvelle patrie pour les enfants de la Grande-Bretagne et de la France.Nous tous qui sommes réunis autour de ce monument pour honorer le fondateur de Québec, nous saluerons avec le même respect des hommes illustres qu\u2019une imposante manifestation va faire revivre devant nous et qui tous ont augmenté l\u2019auréole de gloire de leur patrie.Discours de l\u2019Hon.M.Turgeon Qu\u2019il plaise à Votre Altesse Royale, Mesdames, Messieurs, Ce monument, ce rocher, ce grand fleuve, cet incomparable panorama de Beaupré qui se déroule en une suite de coteaux gracieux, cette île, corbeille de verdure posée sur les flots, cette côte de Lévis qui sonne la claironnante fanfare de son nom, ces plaines, ces champs et ces fossés, théâtres et témoins des luttes séculaires pour la conquête d\u2019un monde, tout ce sublime paysage, qui captive le regard et nous enveloppe de son charme troublant, demandent à notre imagination de lui rendre une âme et battent le rappel d\u2019une épopée faite de rêves généreux et de souvenirs de vaillance.Quelle heure et quels lieux, à la fois plus solennels et plus propices, p»our évoquer la mémoire de celui, que la voix de l\u2019histoire et la reconnaissance des peuples, ont honoré du double titre de fondateur de Québec et de la nation canadienne ! Et comme si ce n\u2019eût été assez pour cette apothéose du recul du temps et de la majesté du décor, par un concours de bienveillances, que nous devons à l\u2019initiative généreuse de notre bien aimé souverain, les trois pays qui tour à tour et quelquefois concurremment, ont été mêlés à notre vie nationale, lui apportent le tribut de leur hommage et de leur admiration.Spectacle 4 PARIS-CANADA peut-être unique dans les fastes de l\u2019humanité que la réunion de ces trois pays au pied de ce monument, dans une pensée commune de paix, de concorde et de civilisation, sur le sol même où ils demandaient naguère, à la mêlée sanglante des batailles, de trancher le fil de leur destin ! La présence de l\u2019héritier présomptif de la couronne donne à la participation de la Métropole une signification particulière qui ne saurait nous échapper.On ne pouvait mieux indiquer la haute considération qui s\u2019attache à notre pays et à la place considérable qu\u2019il tient parmi cette agrégation de peuples qui forment l\u2019Empire Britannique.Que Votre Altesse Royale me permette d\u2019exprimer, au nom du Canada le respectueux hommage de notre dévouement et de notre loyauté à la personne de Sa Majesté et aux institutions politiques qu\u2019Elle incarne et, si tous les Canadiens prêtent leurs voix au concert d\u2019acclamations qui l\u2019accueille, aucune n\u2019est plus enthousiaste ni plus sincère que celles qui sortent de la poitrine des descendants des compagnons et des collaborateurs de Samuel Champlain ! Nos remerciements vont aussi à la Grande République voisine qui réclame sa part de la gloire du fondateur de Québec puisque son action a dépassé nos frontières, et qu\u2019il a mis avec ses successeurs immédiats, sur le continent Nord-Américain, de Terreneuve aux Montagnes Rocheuses, de la Baie d\u2019IIudson au Golfe du Mexique, une empreinte que les révolutions politiques ont été impuissantes à effacer, de telle sorte qu\u2019à la tête de tous les grands lacs, au tournant de toutes les rivières, à tous les points stratégiques des vallées, on sente immédiatement, par la francophonie des noms, que nos grands ancêtres ont passé par là! Quant à la France, elle ne pouvait pas ne pas être ici.Sans elle, cette fête du souvenir aurait eu quelque chose d\u2019incomplet ou d\u2019inachevé, comme dans ces réunions de famille, où un fauteuil inoccupé dit la place de ceux qui s\u2019en sont allés.11 convenait qu\u2019elle se penchât, encore une fois, sur ce berceau qui, pendant un siècle et demi, a vécu de sa vie, tige de France, arrosée du plus pur de son sang et où refleurissent, en dépit des orages politiques, son verbe, ses traditions, sesformes de pensée, toutes les fleurs de son originalité nationale.La gloire de la France, c\u2019est de tenir par Cartier et par Champlain, la tête de ces capitaines, découvreurs et missionnaires qui, perdus sous toutes les latitudes, dans les lointaines solitudes du Nord et de l\u2019Ouest, dans les forêts pleines de mystère et de redoutables légendes, ont été les pionniers de la civilisation et de la foi chrétienne et ont, pour ainsi dire, marqué sur le décor des choses, les mœurs, les coutumes, les goûts et les idées de leur pays d\u2019origine.Sous quelque nom ethnique qu\u2019ils montent à la lumière, ces beaux jaillissements n\u2019ont pas été perdus pour la nation canadienne et les premiers rayons de notre histoire réchauffent et vivifient encore notre corps national.Comment donc pourrions - nous ne pas aimer la France quand le plus pur sang français coule dans nos veines ?Nous l\u2019aimon* avec ardeur, avec désintéressement, car il ne s\u2019y mêle aucune arrière-pensée politique.Nous l\u2019aimons, naturellement et sans effort, parce qu\u2019elle estle berceau de nos origines, la patrie de nos pères \u201cimagines majorum,\u201d que tout un monde de souvenirs, de traditions, de luttes, de gloires et de deuils nous enchaînent au passé ! Mais comment cette affection peut-elle se concilier avec notre loyauté et notre profond attachement pour les Iles Britanniques ?Grâce à Dieu, l\u2019heure des tâtonnements et des expé-rences est passée, et le problème est depuis longtemps résolu.11 l\u2019a été, par le sens politique de nos hommes d\u2019Etat, par la largeur de vues de nos compatriotes de langue anglaise, par la clairvoyance et la libéralité de la Métropole et de ses représentants.On a compris, que la conservation de l\u2019élément et de la langue française, n\u2019était pas une cause de danger, mais un gage de grandeur, de progrès et même de sécurité ; que la Confédération canadienne est semblable à la ruche dont parle Marc-Aurèle : ce qui est utile à l\u2019abeille profite à la ruche entière ; que le dualisme national, suivant l\u2019heureuse expression de Lord Dufferin, n\u2019est pas un obstacle au développement d\u2019une jeune nation qui a tout à gagner, en conservant l\u2019héritage littéraire et social qu\u2019elle tient de deux des plus grands peuples de l\u2019Europe.Cette conception est juste, car qu\u2019est-ce qu\u2019une nation ?La nation suppose-t-elle l\u2019unité de verbe?La nation moderne a été formée des éléments les plus divers.Voyez l\u2019Angleterre, la France, la Suisse et la Belgique.Chacun de ces pays a été un vaste creuset, où se sont fusionnés, sous l\u2019action du temps, et des influences ambiantes, ses éléments constitutifs.Il y a quelque chose de supérieur à la langue et à la race: c\u2019est la volonté, l\u2019unité morale, l\u2019unité d\u2019esprit, la concordance de vues, c\u2019est avoir les mêmes aspirations idéales, être dévoués aux mêmes œuvres de progrès.Chaque élément, chaque groupe ethnique, ne peut se développer qu\u2019en développant ses dons naturels et ses qualités propres.Ne cherchez pas à le séparer de son passé, à lui donner en quelque sorte une autre âme, car, suivant un mot devenu justement célèbre, vous n\u2019en feriez que des déracinés : Sous cette noble inspiration, le Canada poursuit sa marche vers les plus hautes destinées.Il sort, à peine, des brumes de l\u2019inconnu et, déjà, les vieilles civilisations comme jadis les Mages, se demandent quel est cet enfant qui vient de naître à l\u2019Occident et qui remplit le monde de son nom.L\u2019étoile de l\u2019empire gravite vers l\u2019Ouest.La Méditerranée a été pendant longtemps le centre de l\u2019activité commerciale et politique, puis les découvertes des xve et xvi' siècles ont assuré la prépondérance à l\u2019Atlantique.De nos jours, les grands courants humains se déplacent, et c\u2019est l\u2019océan Pacifique, qui jouera infailliblement, un jour, le premier rôle dans la vie générale de l\u2019humanité.Jetez un coup d\u2019œil sur la carte du monde, et dites-moi, si le Canada n\u2019y occupe pas un emplacement privilégié.Le rêve de Champlain et de Jacques Cartier est réalisé.Placé à mi-chemin et, par la voie la plus courte, entre l\u2019Europe et l\u2019Asie, notre pays est la vraie « route de Cathay », la vraie route de Chine que cherchaient les découvreurs, l\u2019idée fixe de leurs jours et le cauchemar de leurs nuits ! O Canada, terre de vaillance et de beauté, je voudrais que ma voix fût aussi éclatante que l\u2019olifant, pour porter dans tous les foyers les accents de mon amour et de ma fierté Terre que la vie pénètre partout, avec ses lacs et ses sources, avec ses rivières fertilisant la plaine ou reflétant la ramure des grands bois, bercée par la mélopée des torrents et par la chanson des ruisseaux, irisée par les poussières jaillissantes des cascades, arrosée par le Saint-Laurent, « de tous les fleuves illustres le seul qui soit immuablement pur » (ldeclus), vivifiée par nos hivers qui « sur le champ pailleté de cristaux étincelants » soufflent l\u2019énergie puissante et la gaieté, abritée par les cimes superbes et riche par la belle santé de ses plaines, terre où dorment les souvenirs et où reposent les espérances, terre imprégnée de la poésie des champs, des étoiles et des âmes, terre qui, dans la magnificence de ses énergies encore vierges, arrachait à son immortel fondateur, ce cri d\u2019admiration que nul, depuis, n\u2019a surpassé, et que nous répétons, en ce jour : « Il se peut dire que le pays de la Nouvelle-France est un nouveau monde, et non un royaume, beau en toute perfection.» (Champlain).De cette terre, nous aimons, non seulement la beauté naturelle, mais aussi sa physionomie morale, la complexité de son âme, la diversité de ses races qui mélangent dans une permanente entente cordiale, leurs mutuelles vertus, l\u2019amour de la liberté civile et politique, la force de la tradition, la poésie de l\u2019effort, la générosité chevaleresque, la soif de la justice et de l\u2019idéal.Nous l\u2019aimons, pour tout dire, parce qu\u2019elle est la patrie, ce mot qui dit si bien la douceur du pays paternel! LES HJ1EI5 à PflBIS Commissariat-Général du Gouvernement du Canada à Paris 18e), 10, rue de Rome (au premier à droite).Adresse Télégraphique : Stadacona-Paris.Téléphone : 218-03.Inscrits au Commissariat - Général du Gouvernement du Canada à Paris, io, rue « de Rome : M.Maurice Cullen, Montréal.Boulevard Raspail.M.Léo.Fredette, Montréal.M.P.O.Lefebvre, Montréal.Dr J.Wilf.Derome, Montréal.3, rue Casi-m ir-Dela vigne.M.et Mme H.Duverger, Montréal.Hôtel Madison.Mlle Duverger, Montréal.Hôtel Madison.Lt-col.A.E.Labelle, Montréal.Hôtel Madison.Dr E.L Bourque, Montréal.Hôtel de Bretagne.Mme E.J.Bourque, Montréal.Hôtel de Bretagne.Abbé Louis Bourque, Montréal.Hôtel de Bretagne.Dr J.A.Leduc, Montréal.121, rue de Rennes.Mme J.A.Leduc, Montréal.121, rue de Rennes.Mlle Camille Leduc, Montréal.121, rue de Rennes.Mlle Thérèse Leduc, Montréal.127, rue de Rennes. PARIS-CANADA 5 Mlle Marie-Antoinette Young,Montréal.121, rue de Rennes.M.et Mme A.Y.Roy, Montréal.Grand-Hôtel.M.l\u2019abbé F.Z.Decelles, St-IIyacinthe.M.Heslie H.Boyd, Montréal.Hôtel Dominic i.M.Arthur S.Birchall, Montréal.Hôtel Do-minici.Mme Félix Payette, Montréal.Hôtel Prince-Albert.M.Félix Payette, Montréal.Hôtel Prince-Albe/'t.M.E.P.Paradis, Montréal.Hôtel Lafayette.M.D.L.Cameron, Winnipeg.HôtelDysart.Mme E.L.Trudel.10, rue Cassette.Mme Louis Provost.10, rue Cassette.M.Harroll Aikins, Winnipeg.Hôtel Dysart.M.G.W.Culver.Winnipeg.Hôtel Dysart.Mlle A.Michon, Montréal, 44, rue Madame.Mme 0.M.Augé, Montréal.44, rue Madame.M.Edmond A.Burke, Montréal.M.S.H.Lessard, Ste-Croix-de-Lotbinière.Hôtel Bellevue.Dr Maurice Laroche, Ste-Croix-de-Lotbi-nière.Hôtel Bellevue.Dr Albert Augers, Québec.3, rue Casimir-Delavigne.Mme Albert Augers, Québec.3, rue Casimir-Delavigne.M.W.S.Ziller, Toronto.Hôtel Regina.M.le .Juge Ulric Lafontaine, Montréal.Hôtel Normandy.M.Alph.Nicole, Québec.2, rue Blondel.M.le Juge Newlands, Regina.191, rue de l\u2019Université.Mlles Newlands, Regina.191, rue de l\u2019Université.Mlle Christine Stewart, Montréal.191, rue de l\u2019Université.M.Alfred Morrier, Chicoutimi.Hôtel de Castille.Dr Wilson-Prévost, New-York.28, Avenue d\u2019Ièna.Louis Aerts, le baryton bien connu à Montréal, venu à Paris pour finir ses études de chant, vient de remporter un grand succès dans le rôle à\u2019Esca/nillo, de Carmen, aux Grands Concerts des Tuileries, et dans Mèphistophèlès, de Faust, au Grand Palais des Champs-Elysées.Il vient de signer un engagement comme baryton d\u2019opéra avec la « Moody Manners Operatic C° » du Lyrie Theatre de Londres, et débutera dans Valentin, de Faust ; il chantera ensuite Le Trouvère et Lohengrin.Nous lui adressons tous nos souhaits de succès.INFORMATIONS Au pavillon du Canada devant un tableau panoramique qui représente les travaux des castors, leur digues, leurs maisons, voici, dans un bassin, les castors, les bons castors eux-mêmes en pleine vie.Nous ne dirons pas : en plein travail.Sans doute, ces architectes ont besoin, pour donner leur mesure, d\u2019un peu plus de recueillement.Ils sont gênés, à leur insu, par les indicrets regards de la foule.Cependant en voilà un qui traîne avec ardeur une longue tige de bois dont il a savamment arraché l\u2019écorce.A quelle construction destine-t-il cette poutre ?Par adaptation au milieu, songerait-il à quelque flip-flap de castors.Ses camarades semblent moins zélés.Il y a peut-être des années où les castors ne sont pas en train.Les uns dorment, couchés en rond sur le sable ; leur pelage bien séché est presque roux.D\u2019autres nagent, tout noirs dans l\u2019eau limpide : leur large queue qui, au travail, leur sert de véhicule pour transporter les matériaux, à la nage, leur sert à la fois de rame et de gouvernail.Décidément les castors symbolisent à souhait la navigation et ia construction mêlées.Ils sont donc ici chez eux.Salut aux génies du lieu ! Un autre tableau panoramique représente la cueillette des pommes : à perte de vue, s\u2019étend un paradis de pommiers.A côté sont disposés en pyramides les belles pommes canadiennes, qui répandent dans tout l\u2019immense hall leur parfum de chère armoire rustique.Sur les murs, des dessins de toutes sortes sont exécutés en épis de blé.Les ingénieux agriculteurs du Canada ont montré autant d\u2019habileté que leurs cousins, les soldats de France, qui, sur les murs, de leurs salles d\u2019honneur, forment avec des baïonnettes des figures de toute espèce.C\u2019est la même adresse, mais le symbole est différent.Au Canada, on a trouvé « le moyen d'assurer, par la gelée, la conservation illimitée du beurre ».Que faire de ce beau beurre solide^ aux tons d\u2019or pâle, sinon une statue en l\u2019honneur des deux chefs d\u2019Etat les plus aimés : Edouard VII, roi d\u2019Angleterre et Fallières^ président de la République française.Voici donc, « grandeur nature » un Edouard VII et un Fallières, en beurre, qui se donnent l\u2019accolade.Il y a là une candeur et une sincérité qui désarment les plus obstinés railleurs.L\u2019un d\u2019eux a murmuré sans malice : « Nos amis du Canada auraient dû fabriquer en beurre une troisième statue : celle de Jeanne D\u2019Arc.La devise de l\u2019héroïne lorraine : « Vive labeur! » s\u2019harmoniserait si bien avec leur devise, à eux! » Voilà les minerais du Canada.Voilà sa flore et sa faune.Voilà ses productions innombrables.Il a appris à en tirer lui-même tout le parti possible.Le jour vient où ni le Canada, ni l\u2019Australie, ni la Nouvelle-Zélande, n\u2019auront plus besoin de l\u2019industrie européenne.\u2014 Au contraire, l\u2019Europe aura de plus en plus besoin de nous, déclare le Canada.Il ajoute avec un noble orgueil, dans une déclaration écrite en lettres d\u2019or sur une étoffe solide : « Tout adulte qui va s\u2019établir dans l\u2019Ouest du Canada peut obtenir du gouvernement, à titre gratuit, une terre de 64 hectares.Le Canada est dix-huit fois plus grand que la France.» Et tout cela s\u2019exprime en si bon français ! Emile Hinzelin.[Journal d'Alscice-Lorraine).Le prince de Galles s\u2019est rendu, ces derniers temps, à la résidence d\u2019été des prêtres du séminaire de Québec, où un déjeuner a été servi en son honneur.Le prince ayant désiré voir une de ces familles canadiennes françaises, si célèbres par le grand nombre de leurs enfants, on lui présenta un des fermiers du séminaire, père de quatorze enfants, ce qui était naguère, au Canada, une chose assez courante.Or, le Canadien français en question s\u2019appelle Brown et est Ecossais d\u2019origine.Il va sans dire qu\u2019il ne parle pas un mot d\u2019inglais, encore moins de gaélique, et qu\u2019il ne connaît que la langue française.C\u2019est un cas curieux de francisation dont il y a des exemples assez nombreux, paraît-il.Au début de l\u2019annexion, le gouvernement britannique chercha à faire de l'anglicisation en mariant , à des Canadiennes françaises d\u2019anciens soldats ou Ecossais qu\u2019il établissait dans certains districts.C\u2019est le contraire qui arriva.Les enfants parlèrent la langue de la mère et, au bout de deux générations, tout vestige de saxonisme était perdu.Et c\u2019est pourquoi l\u2019on rencontre aujourd\u2019hui des Canadiens résolument Français de langue et de sentiment qui s\u2019appellent Campbell, Robinson, Smith, ou Donald, ou Brown, comme celui qui fut présenté à l\u2019Altesse Royale.(L\u2019Opinion.) Les journaux anglais rapportent que lors du voyage de retour de Y Indomitable du Canada en Angleterre, un appel pour des chauffeurs volontaires ayant été affiché sur le bateau afin que les chaudières pussent être alimentées sans trêve, de manière à assurer au bâtiment une vitesse de vingt-cinq nœuds, le prince de Galles fut le premier à se présenter comme chauffeur volontaire ; son exemple fut naturellement suivi, d\u2019abord par les personnages de sa suite.Le Daily Chronicle reproduit une photographie du prince en vêtements de chauffeur et ayant une lourde pelle entre les mains, et jes Anglais apprécient cet incident comme il convient.\t(Journal de la Marne'].CHEMIN DE FER DE L\u2019OUEST ET DE BRIGHTON Exposition Franco-Britannique A LONDRES (Mai à Octobre 1908) Billets à prix très réduits Délivrés de Pans à Londres (par Rouen, Dieppe et Newhayen) PENDANT LA DURÉE DE L\u2019EXPOSITION Billets d\u2019aller et retour Délivrés les Samedis et Dimanches de chaque semaine.DE PARIS-SAINT-LAZARE A LONDRES classe 37 fr.5o; 2e classe 28 fr.10; 3e classe 21 fr.25.Aller : Départ le samedi ou le dimanche de la Gare Saint-Lazare par le service de nuit, à 9 h.20 soir.Arrivée à Londres : London Bridge, Victoria (Cie de Brighton, le dimanche ou le lundi à 7 h.3o matin.Retour : Départ le dimanche ou le lundi de Londres : London-Bridge, Victoria (Cie de Brighton), par le service de nuit a 8 h.45 soir, Arrivée à Paris-Saint-Lazare à 6 h.3o matin.Les voyageurs porteurs de billets de ire et de 2e classes, sont autorisés à effectuer leur retour, le lundi ou le mardi, par le train partant de Londres (Victoria), à
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