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Titre :
Relations
Revue mensuelle catholique d'intérêt général préoccupée par la justice sociale qui contribue fortement à l'analyse de la société, au Québec et ailleurs. [...]

Les jésuites canadiens rêvaient, depuis longtemps, de publier une revue catholique d'intérêt général analogue à celles de leurs confrères d'Europe ou des États-Unis : Études, Civilta cattolica, Month, America, etc. L'oeuvre sociale créée avec l'École sociale populaire du père Joseph-Papin Archambault en sera le tremplin.

L'idée prend corps peu avant le début de la Deuxième Guerre mondiale avec la parution de la revue L'Ordre nouveau (1936-1940) à laquelle participent les pères Jacques Cousineau, Joseph-Papin Archambault, Omer Genest, Joseph Ledit et Jean d'Auteuil Richard. Ce dernier est chargé de fonder et de diriger une nouvelle revue qui visera un lectorat élargi; il conservera son poste jusqu'en 1948.

Parmi tous les titres suggérés, c'est Relations qui est retenu. Il fait, bien sûr, référence aux Relations des jésuites, par l'entremise desquelles ceux-ci avaient fait connaître leurs actions en Nouvelle-France. Ce titre convient, en outre, au domaine que la revue se propose d'explorer, celui des relations humaines sur tous les plans : familial, religieux, social, économique, politique, national et international.

Dès le début, Relations prend une physionomie à peu près définitive avec ses rubriques fixes : éditoriaux, grands articles, commentaires, chroniques diverses, comptes rendus de livres. Le succès dépasse les espoirs : dès le second numéro, 4000 exemplaires s'envolent, plus de 7000 en décembre 1943, 15 000 en 1946.

Plusieurs raisons expliquent ce succès : le caractère engagé de la revue, l'appétit des lecteurs privés des revues européennes durant la guerre, la collaboration des laïcs. La revue mène des luttes décisives contre les cartels, en particulier contre le trust de l'électricité. Elle prépare ainsi l'opinion à la nationalisation qui viendra 20 ans plus tard.

En 1950, les évêques, dans leur Lettre sur le problème ouvrier, reconnaissent la vocation industrielle et urbaine du Québec. Dans ce vaste mouvement, Relations est plus qu'un simple témoin; elle y participe intensément, à certaines heures, jusqu'à risquer son existence. C'est pour ces raisons que la revue Relations peut être décrite comme une tribune du catholicisme de gauche québécois.

En octobre 1956, Relations publie le numéro du 15e anniversaire. Quelles causes sert la revue? Celles de l'Église et des âmes, celles de la personne humaine et de la justice sociale, celles de la communauté canadienne-française et de la patrie canadienne et, enfin, les causes d'ordre international.

À partir de 1966, Relations s'efforce de suivre davantage l'actualité, surtout dans le domaine social. L'effort de la revue s'ajuste aux événements mais demeure généralement dispersé. Relations se positionne comme un outil d'analyse et commente l'actualité dans des dossiers qui lui permettent de prendre un certain recul et d'attirer la collaboration d'intellectuels spécialisés et réputés. La revue demeure attentive aux défis que posent les mutations du temps présent à la foi religieuse et à la volonté d'engagement, au Québec et dans le monde.

Ce mensuel existe depuis 1941. Une telle longévité, dans le domaine du magazine engagé qui s'oppose à la logique marchande, est une rareté. Parmi ses collaborateurs, mentionnons les pères Émile Bouvier, L.-C. de Léry et P.-É. Racicot, Jean Vallerand, Ernest Robitaille, Paul Gérin-Lajoie, Victor Barbeau et Fernand Dumont, Gregory Baum, ainsi que plusieurs auteurs littéraires, dont Wajdi Mouawad, Élise Turcotte et Hélène Monette.

Sources

BEAULIEU, André et autres, La presse québécoise des origines à nos jours, vol. 7 : 1935-1944, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université Laval, 1985, p. 208-212.

CORNELLIER, Louis, « Revue - 70 ans de Relations », Le Devoir, 12 mars 2011, p. F5.

ST-AMANT, Jean-Claude, « La propagande de l'École sociale populaire en faveur du syndicalisme catholique 1911-1949 », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 32, n° 2, 1978, p. 203-228.

Éditeurs :
  • Montréal, Canada :École sociale populaire,1941-2024,
  • Montréal, Canada :un groupe de Pères de la Compagnie de Jésus,
  • Montréal :Éditions Bellarmin,
  • Montréal :Centre justice et foi
Contenu spécifique :
Janvier - Février
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
six fois par année
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Ordre nouveau (Montréal, Québec : 1936)
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Références

Relations, 2013-01, Collections de BAnQ.

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[" PP CONVENTION : 40012169 *4 fi ReLatiüNS Pour qui veut une société juste NuméRo 762 févRieR 2013 Féminismes des lieux Un combat pour l\u2019égalité et la justice sociale Féministes, gare à la dépolitisation! La force d\u2019une solidarité internationale Des chrétiennes engagées et insoumises \u2022 it*» Droite religieuse et mondialisation 6,00 $ ARTISTE INVITÉE: LAURENCE CARDINAL 72527485879802 ReLatioNs \"JO/** 4* NuméRo 762, jaNvieR-févRieR 2013 ACTUALITÉS\t4 HORIZONS Lutte pour l\u2019éducation en République dominicaine Mario Serrano Marte, s.j.\t9 LE CARNET DE JOSÉ ACQUELIN Libertés collatérales\t10 AILLEURS Le Vatican, le plus petit des États Normand Provencher\t28 CONFIDENCES À EMMA-ROSE CHRONIQUE LITTÉRAIRE L\u2019origine des raquettes Virginia Pésémapéo Bordeleau\t30 REGARD Droite religieuse et mondialisation Raymond Lemieux\t32 DÉBAT Quelle posture privilégier dans la vie: l\u2019optimisme ou le pessimisme?Rachad Antonius Jean-Claude Ravet\t36 37 EN BREF\t38 MULTIMÉDIAS\t39 LIVRES\t40 Couverture : Laurence Cardinal, Sans titre T4, 2009, acrylique sur bois, 38 x 45 cm.Photo : Guy L\u2019Heureux dOSSieR FÉMINISMES: ÉTAT DES LIEUX C\u2019est dans le contexte des États généraux de l\u2019action et de l\u2019analyse féministes, pilotés par la Fédération des femmes du Québec, que Relations scrute à sa manière certains des grands enjeux auxquels fait face le mouvement féministe au Québec.Diversifié et traversé par divers courants, quelles sont ses perspectives d\u2019action et d\u2019avenir dans un contexte de montée de la droite, notamment la droite religieuse, qui s\u2019attaque aux acquis et aux droits des femmes?Comment le mouvement compose-t-il avec les réalités spécifiques auxquelles sont confrontées les femmes autochtones ainsi que les femmes immigrées et racisées?Quelle évolution peut-on observer du côté de la Marche mondiale des femmes et des projets de solidarité internationale?Et où en sont les féministes chrétiennes?Féminismes: état des lieux\t11 Catherine Caron Un combat pour l\u2019égalité et la justice sociale\t13 Diane Lamoureux Libérer ma parole\t14 Délice Mugabo Féministes, gare à la dépolitisation!\t17 Francine Descarries Femmes autochtones : au-delà d\u2019une solidarité de papier 18 Marie-Iris Légaré La force d\u2019une solidarité internationale\t21 Entrevue avec Emilia Castro, réalisée par Catherine Caron Ce qui est profond - fiction\t23 Mylène Bouchard Des chrétiennes engagées et insoumises\t24 Élisabeth Garant ARTISTE INVITÉE Originaire de Montréal, Laurence Cardinal est titulaire d\u2019une maîtrise en arts de l\u2019UQAM.Elle explore le thème des mémoires du corps depuis plus de 20 ans sur de grands canevas de toile écrue.Ses matériaux de création (craies, graphite, acrylique, pâte, etc.) servent à exprimer les réminiscences du lent travail de la vie sur le corps.Ce dernier ploie sous l\u2019accumulation de regards, de touchers, de défaites et de désirs de l\u2019autre.Le corps exposé est certainement féminin - ne part-on pas toujours de soi-même?-, mais il est aussi universel.Car bien qu\u2019aimanté simultanément par les pôles du masculin et du féminin, il demeure immobile, fissuré, tournoyant sur lui-même à tenter de n\u2019être qu\u2019un, confiné dans son humanité.foNDée eN 1941 La revue Relations est publiée par le Centre justice et foi, un centre d\u2019analyse sociale progressiste fondé et soutenu par les Jésuites du Québec.Depuis plus de 70 ans, Relations œuvre à la promotion d\u2019une société juste et solidaire en prenant parti pour les exclus et les plus démunis.Libre et indépendante, elle pose un regard critique sur les enjeux sociaux, économiques, politiques et religieux de notre époque.DIRECTRICE Élisabeth Garant RÉDACTEUR EN CHEF Jean-Claude Ravet RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE Catherine Caron SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Emiliano Arpin-Simonetti TRADUCTION Emiliano Arpin-Simonetti DIRECTION ARTISTIQUE Mathilde Hébert ILLUSTRATIONS Jacques Goldstyn, Lino RÉVISION/CORRECTION Éric Massé COMITÉ DE RÉDACTION Gilles Bibeau, Eve-Lyne Couturier, Céline Dubé, Guy Dufresne, Mouloud Idir, Nicolas Milot, AgustI Nicolau, 'Guy Paiement, Rolande Pinard, Jacques Racine, Louis Rousseau, Cécile Sabourin COLLABORATEURS José Acquelin, Gregory Baum, André Beauchamp, Jean-Marc Biron, Dominique Boisvert, Marc Chabot, Vivian Labrie, Virginia Pésémapéo Bordeleau, Carolyn Sharp, Marco Veilleux IMPRESSION HLN sur du papier recyclé contenant 100 % de fibres post-consommation.DISTRIBUTION LMPI / HDS Canada Relations est membre de la SODEP Les articles de Relations sont répertoriés dans Érudit, Repère, EBSCO et dans Y Index de périodiques canadiens, publication de Info Globe.ABONNEMENTS Ginette Thibault 8 numéros (un an) : 40 $ (taxes incluses) Deux ans: 70 $ (t.i.) À l\u2019étranger: 55 $ Étudiant: 25 $ Abonnement de soutien : 100 $ (un an) TPS : R119003952 TVQ : 1006003784 Dépôt légal Bibliothèque et Archives nationales du Québec: ISSN 0034-3781 Version numérique : ISSN 1929-3097 Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada, par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques (FCP) pour nos activités d'édition.CanadS BUREAUX 25, rue Jarry Ouest Montréal (Québec) H2P 1S6 tél.: 514-387-2541 téléc.: 514-387-0206 relations@cjf.qc.ca www.revuerelations.qc.ca 2^ janvier-février 2013 RELATIONS Profiteurs de l\u2019injustice Deux think tanks européens de gauche, le Corporate Europe Observatory et le Transnational Institute, ont publié, en novembre dernier, le rapport Profiting from injustice (en français : Les profiteurs de l'injustice.Comment les cabinets juridiques, les arbitres et les financiers alimentent un boom de l'arbitrage d\u2019investissement).Une véritable bombe.Rédigé par Pia Eberhardt et Cecilia Olivet, il met en lumière un rouage de plus de la globalisation capitaliste, consolidant la mainmise d\u2019une élite corporative sur les décisions politiques et démocratiques, et auquel on avait jusque-là peu prêté attention.Profiting from injustice montre en effet comment le règlement des litiges entre entreprises et États, dans le cadre de traités d\u2019investissement internationaux, s\u2019est transformé en une véritable industrie lucrative - et quasi mafieuse - pour un club sélect de ca- Laurence Cardinal, binets juridiques et d\u2019arbitres.Censés Mixtio P6, 2009, être des intermédiaires neutres et techniques mixtes équitables, leurs « interconnections et sur papier Arche, les intérêts financiers multiples font 112 x 76 cm.sérieusement douter de leur engage-Photo: Guy ment à rendre des jugements équi-L\u2019Heureux\ttables et indépendants » (p.7).La prolifération des traités internationaux d\u2019investissement à laquelle 1.Scott Sinclair, NAFTA Chapter 11 Investor-State Disputes, CCPA, 2010.nous assistons ces dernières années -on en comptait plus de 3000 à la fin de 2011, pour la grande majorité bilatéraux - n\u2019y est pas étrangère.Grâce notamment à la manière intentionnellement floue dont ils sont rédigés, les États deviennent des cibles pour les entreprises étrangères qui peuvent les poursuivre si elles jugent que des lois ou des réglementations leur occasionnent des pertes de profit, réelles ou potentielles, même si ces règles ont été adoptées par souci du bien commun, de la santé, de la protection des droits humains ou de l\u2019environnement.Cette petite élite de juristes, d\u2019avocats et d\u2019arbitres ne se contente pas de trouver son compte dans les litiges avec les gouvernements; elle fait pression pour empêcher toute réforme de ce régime international d\u2019investissement, qui privilégie les entreprises aux dépens des États.Comment peut-il en être autrement, puisqu\u2019elle entretient des liens étroits - tant personnels qu\u2019idéologiques et commerciaux - avec celles-ci?De fait, actuellement, les critères de droits humains, de protection de l\u2019environnement, de justice sociale et d\u2019intérêt général ne pèsent pas lourd dans la balance de cette « j ustice » commerciale à côté de l\u2019argument de poids que constitue la perte de profit des entreprises.Les litiges penchent à ce point en faveur des entreprises que des fonds d\u2019investissement financent ces dernières pour qu\u2019elles poursuivent les gouvernements, se payant à même les indemnités obtenues lors de l\u2019arbitrage.Ces litiges sont ainsi devenus des « marchandises » sur lesquelles les spéculateurs ont jeté leur dévolu, « pariant sur les résultats d\u2019une action en dommages et intérêts » (p.58).De plus, d\u2019importants cabinets juridiques incitent les entreprises à se servir de la menace de poursuites comme d\u2019une «arme politique » contre les États afin qu\u2019ils s\u2019abstiennent de remplir leur rôle de régulateur de l\u2019économie.Il n\u2019est donc pas étonnant que le rapport se conclue par un plaidoyer en faveur d\u2019un moratoire sur les traités d\u2019investissement, qui permettrait d\u2019établir de nouvelles règles empêchant ces traités d\u2019être utilisés comme des outils de financiarisation et de dépossession au bénéfice d\u2019une élite.Entretemps, la résistance est de mise.Le rapport signale des exemples inspirants de pays ayant renoncé à ces traités, comme la Bolivie, l\u2019Équateur et le Venezuela, ou encore comme l\u2019Australie, qui a exclu de ses accords commerciaux toutes dispositions prévoyant des mécanismes d\u2019arbitrage entre l\u2019État et les entreprises, initiative qui séduit actuellement l\u2019Afrique du Sud.Malgré les pressions exercées pour que le Canada adopte lui aussi une telle attitude, le gouvernement Harper ne donne aucun signal en ce sens, lui qui négocie dans le plus grand secret des traités internationaux avec l\u2019Europe et la Chine, entre autres.Le rapport rajoute donc à notre inquiétude.Déjà habitués à ces litiges coûteux (une recherche du Centre canadien des politiques alternatives, publiée en novembre 2010, révélait que 157 millions de dollars avaient été payés aux entreprises dans le cadre de l\u2019ALÉNA1), ces traités risquent de nous entraîner de plus en plus dans une spirale de litiges qui aura pour effet non seulement d\u2019hypothéquer d\u2019autant les budgets publics, déjà soumis à un régime minceur par l\u2019air du temps néolibéral, mais aussi de miner encore davantage la souveraineté politique de l\u2019État et sa capacité à protéger l\u2019environnement et les droits sociaux de la population.JEAN-CLAUDE RAVET RELATIONS janvier-février 2013 actuaLités L'auteur est chargé de cours à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke et chercheur associé au Centre d'études internationales de Montréal (CÉIM-UQAM) Jacques Goldstyn et Hergé Le PQ au pays de l\u2019or noir La position du PQ en matière de développement pétrolier préfigure des déchirements entre son aile « verte » et la direction du parti.HUGO SÉGUIN Vulnérable sur le plan de la crédibilité économique et désireux de rassurer des milieux d\u2019affaires horrifiés par le déclassement de la centrale nucléaire Gentilly 2 et la charge anti-gaz de schiste de la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet, le nouveau gouvernement minoritaire du Parti québécois (PQ) ouvre les vannes de l\u2019exploitation pétrolière.La première ministre Pauline Marois et son équipe se montrent en effet favorables à l\u2019extraction du pétrole conventionnel de la Gas-pésie et exigent bruyamment une entente avec le gouvernement fédéral et Terre-Neuve-et-Labrador sur l\u2019exploitation des ressources du gisement Old Harry, dans le Golfe du Saint-Laurent.Toutefois, le gouvernement rejette pour l\u2019instant la fracturation hydraulique nécessaire à l\u2019extraction d\u2019éventuel pétrole de schiste sur l\u2019Île d\u2019Anticosti.Pauline Marois aura aussi causé toute une surprise au dernier Conseil de la fédération en créant un comité de travail Québec-Alberta sur la question de l\u2019acheminement de pétrole de l\u2019Ouest vers les raffineries québécoises, un dossier très controversé mais fortement appuyé par la communauté d\u2019affaires du Québec et du reste du Canada.Au cœur du programme du PQ en matière d\u2019énergie, le concept d\u2019indépendance énergétique sert de plateforme permettant à deux tendances politiques d\u2019y trouver chacune leur compte, en partageant notamment l\u2019objectif commun de réduire les importations de pétrole.Plusieurs péquistes favo- rables à l\u2019idée de faire du Québec un champion de l\u2019économie verte ont ainsi pu défendre l\u2019adoption d\u2019importantes mesures de réduction de la consommation de pétrole et d\u2019émissions de gaz à effet de serre, notamment à travers l\u2019électrification des transports et le développement des transports collectifs.D\u2019autres, attachés à une vision économique plus « conventionnelle», en ont profité pour appeler de tous leurs vœux l\u2019exploitation d\u2019éventuelles ressources pétrolières en sol québécois.Deux visions économiques et environnementales très différentes cohabitent ainsi tant bien que mal au sein d\u2019un même discours.L\u2019analyse des premiers mois du gouvernement pé-quiste montre bien qu\u2019une l\u2019emporte sur l\u2019autre, alors que les partisans de la réduction de la consommation de pétrole et de l\u2019économie verte doivent PAULINE AU PAYS DE Lofe Jloife «jJ janvier-février 2013 RELATIONS actuaLités ronger leur frein.« Quand nous produirons du pétrole, ce sera pour enrichir tous les Québécois», annonce la première ministre.Malgré ses engagements en faveur d\u2019une augmentation des investissements dans les transports collectifs (prolongement des lignes de métro, voies réservées aux autobus, etc.) et dans la lutte aux changements climatiques, le premier budget Marceau ne contient rien qui puisse permettre de grandes avancées.Dans ce domaine comme dans d\u2019autres, la politique fait bel et bien des gagnants et des perdants, et les péquistes «verts» semblent devoir cette fois-ci passer leur tour, rigueur budgétaire oblige.L\u2019éventuelle exploitation de ressources pétrolières made in Quebec pose par ailleurs la question de la compatibilité de certaines activités économiques hautement problématiques avec des considérations environnementales essentielles.À l\u2019ère des changements climatiques, peut-on effectivement exploiter du pétrole «de façon responsable», comme le veut la formule consacrée?Le nouveau gouvernement péquiste répond d\u2019emblée que oui, avant même d\u2019avoir défini les balises environnementales qui guideraient cette éventuelle exploitation.La question devrait également rappeler le caractère hautement spéculatif de la prospection pétrolière au Québec.Car jusqu\u2019à présent, aucune étude n\u2019a pu démontrer la présence de réserves qui vaillent la peine d\u2019être exploitées.Si nous savons qu\u2019une partie de notre sous-sol renferme bel et bien du pétrole, rien n\u2019a encore permis d\u2019en estimer sérieusement les quantités, ni ce qu\u2019il en coûterait pour l\u2019extraire1.Mais plus fondamentalement, la question pétrolière nous interpelle directement sur la façon dont nous concevons collectivement l\u2019avenir économique du Québec.Voulons-nous faire du Québec un producteur de 1.Voir à ce sujet H.Séguin, « L\u2019île au trésor », blogue Choix de société, sur le site , le 8 mai 2012.classe mondiale de ressources naturelles - incluant les hydrocarbures - ou développer une économie verte à forte valeur ajoutée, sobre en carbone et efficace au plan de l\u2019utilisation de l\u2019énergie et des ressources?Pour le moment, la première option semble domi- ner sans partage le paysage médiatique et politique, malgré un fort soutien social en faveur de la seconde, ce qui laisser présager la poursuite de conflits déchirants au PQ comme dans la société québécoise.\u2022 Développement et Paix en péri Ce qui était pourtant un fleuron de la coopération internationale et de l\u2019engagement pour la justice sociale des chrétiens n\u2019est plus que l\u2019ombre de lui-même.ÉLISABETH GARANT Depuis 2009, nous assistons à une succession d\u2019événements qui ont mis Développement et Paix (D&P) en péril.Tout a commencé par des accusations insidieuses de la droite chrétienne, particulièrement à travers l\u2019organe LifeSiteNews, contre des projets financés par l\u2019organisme.Malgré une enquête interne de la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) apportant un démenti à ces allégations, elles s\u2019invitent à nouveau dans la campagne Carême de partage de 2011, entraînant l\u2019annulation largement dénoncée des conférences que le jésuite mexicain Luis Arriaga devait donner (voir S.Loiselle, « Développement et Paix dans le collimateur », Relations, no 750, août 2011).Au printemps 2012, ce sont les coupes de 30 millions de dollars sur cinq ans faites par le gouvernement Harper qui viennent à leur tour compromettre les projets sur le terrain et le fonctionnement de D&P (voir R.Levac, Développement et paix en crise, Relations, no 758, août 2012).Enfin, à l\u2019automne 2012, les évêques suspendent puis exigent des modifications à la campagne d\u2019éducation à la solidarité internationale élaborée depuis toujours de façon démocratique au sein de l\u2019organisation.Une ingérence qui ne s\u2019explique que par la volonté de certains évêques canadiens d\u2019empêcher toutes les organisations sous leur juridiction d\u2019exprimer publiquement des critiques à l\u2019encontre du gouvernement conservateur.Derrière cette volonté d\u2019affaiblir D&P se cache aussi une lutte sournoise et, malheureusement, de plus en plus efficace menée contre tout engagement chrétien visant à transformer les structures politiques, économiques et sociales générant des injustices - une voie pourtant encouragée par l\u2019enseignement social de l\u2019Église.De nombreuses personnes, indignées par ce virage sans précédent, ont pourtant défendu les orientations et les pratiques de l\u2019organisme.Des voix se sont élevées pour dénoncer les silences, les manipulations et la collusion des acteurs de cette saga.Des employés ont remis leur démission et L'auteure est directrice du Centre justice et foi et de la revue Relations RELATIONS janvier-février 2013 actualités L'auteur est membre du Centre social autogéré de Pointe-Saint-Charles des donateurs ont retiré leur appui financier à l\u2019organisme.Mais rien ne semble parvenir à arrêter cette déferlante conservatrice qui veut en finir autant avec un modèle particulier de solidarité internationale qu\u2019avec une vision de « l\u2019Église-peuple de Dieu ».Ce qui arrive à D&P doit être replacé dans une conjoncture ecclésiale, économique et politique où les courants de droite font des gains importants dans leur lutte contre les acquis démocratiques.On assiste à un mépris des structures décisionnelles et consultatives, à un refus de transparence et à une centralisation des décisions.C\u2019est aussi la délibération publique, par laquelle les organisations de la société civile peuvent revendiquer et influencer le gouvernement, qui est compromise.Il faut à cet égard s\u2019inquiéter que l\u2019épiscopat canadien semble de moins en moins tenir compte, lui aussi, des espaces collectifs de débat et intervienne de plus en plus par le biais de rencontres privilégiées avec les élus.Alors que l\u2019attachement des évêques québécois pour D&P et son action est largement connu, il est inquiétant de constater leur incapacité à mener un débat nécessaire au sein de la CECC et la faiblesse de leurs trop rares interventions publiques.À trop vouloir sauver une apparence d\u2019unité, c\u2019est toute la sensibilité et la vision ecclésiale que le Québec peut encore apporter à l\u2019Église canadienne qui s\u2019en voit amoindrie.L\u2019Assemblée des évêques, qui se réunira en plénière au début du mois de mars prochain, est une ultime chance pour faire front commun en faveur de D&P et tenter de sauver ce qui peut encore l\u2019être.Par ailleurs, l\u2019épisode de la campagne d\u2019éducation, cet automne, a clairement révélé que les membres du Conseil national - l\u2019instance démocratique dont dispose D&P pour réaliser sa mission -, notamment l\u2019exécutif, ont été incapables de faire face aux attaques et aux tentatives d\u2019ingérence.Le prochain Conseil national aura donc le défi de renouveler ses mem- bres s\u2019il veut être en mesure d\u2019affronter l\u2019urgence actuelle.Le mois de mars - pendant lequel se tiendront le Conseil national, le Carême de partage 2013 ainsi que l\u2019assemblée plénière des évêques - sera donc déterminant pour ceux et celles qui tentent encore de sauver ce qui peut rester de l\u2019héritage, de l\u2019esprit et de l\u2019approche de l\u2019organisme.Mais quoi qu\u2019il arrive, les attentes devront être modestes, car on ne pourra reconstruire à court terme ce qui a été saccagé, ni retrouver toute l\u2019expertise dilapidée.Le drame dont D&P a été le théâtre laisse un organisme en lambeaux et une Église profondément déchirée.\u2022 Victoire citoyenne à Pointe-Saint-Charles Après cinq ans de lutte, les citoyens du quartier montréalais obtiennent d\u2019un promoteur immobilier et de la Ville la cession d\u2019un ancien bâtiment du CN.MARCO SILVESTRO En 2003, la compagnie ferroviaire Alstom cesse ses activités sur le site de Pointe-Saint-Charles qu\u2019elle loue au Canadien National (CN), où des ateliers ferroviaires existent depuis 125 ans.Deux ans plus tard, une lutte locale s\u2019engage pour contrer la volonté des élites immobilières et étatiques de déménager le Casino de Montréal dans ce secteur, d\u2019y établir un centre de foires et d\u2019ainsi lancer le redéveloppement du secteur du Havre de Montréal.C\u2019était sans compter sur la pugnacité des résidants qui réussissent, aidés de plusieurs alliés, à contrer le projet de casino -mais pas à empêcher la vente des terrains pour un dollar à l\u2019un des plus gros promoteurs immobiliers de Montréal.À Pointe-Saint-Charles, on a l\u2019expérience des luttes urbaines et le mouvement communautaire est alerte.Dès la fin de la campagne contre le casino, une Opération populaire d\u2019aménagement est mise en branle afin d\u2019élaborer un plan d\u2019ensemble pour le vaste terrain de 32,5 hectares.Le mouvement sait bien que le propriétaire demandera à la Ville un changement de zonage, ce qui nécessitera des consultations publiques.Lorsque le moment se présente, les résidants du quartier sont prêts: ils ne veulent pas simplement être consultés sur un projet concocté par le propriétaire.Ils ont un plan à proposer et exigent de faire partie du processus de planification urbaine.La Ville cède, organise une consultation publique sur les projets possibles et forme ensuite un « comité de suivi » pour négocier l\u2019aménagement du site.Dans ce contexte de planification, déjà inusité en raison de la participation des acteurs locaux, apparaît, en 2009, le Collectif 7 à Nous.Formé d\u2019organisations du quartier qui ont besoin de locaux, le collectif s\u2019immisce dans les négociations et réclame la cession 6| janvier-février 2013 RELATIONS actuaLités gratuite, au profit de la communauté, d\u2019un des bâtiments du site : l\u2019ancien entrepôt numéro 7.Il s\u2019agit d\u2019un long édifice de deux étages totalisant plus de 8300 mètres carrés, situé à la frontière des habitations et de la zone industrielle et qui devait normalement être détruit.Mais les membres du Collectif 7 à Nous veulent y installer un café-bar, une brasserie artisanale, des ateliers d\u2019artistes, une serre, un hall d\u2019exposition et une salle de spectacles.D\u2019autres espaces seraient disponibles pour des services locaux ou des projets culturels.S\u2019engage alors une lutte «d\u2019expropriation populaire» qui utilise une diversité de tactiques concertées : l\u2019action directe et la mobilisation sur le terrain, le lobbying auprès des autorités et la négociation directe avec le propriétaire.Cette stratégie - qui fait l\u2019objet de nombreuses discussions internes au Collectif - s\u2019avère finalement efficace : un an et demi après le début de ses actions, le Collectif réussit à faire insérer dans l\u2019accord de développement l\u2019obligation pour le propriétaire de céder le bâtiment à la communauté.Dès lors, le propriétaire doit s\u2019entendre avec le Collectif s\u2019il veut obtenir son changement de zonage.Or, sa position s\u2019est affaiblie depuis qu\u2019il a acheté le terrain en 2005 : des activités et des rénovations non réglementaires ont été effectuées sur le site, un incendie louche a détruit un bâtiment patrimonial, du camionnage s\u2019est fait atelier ATELIERS créativité a nous un batiment pour la communauté dans des rues résidentielles, le propriétaire a affiché sa volonté de détruire un parc.Bref, il n\u2019a pas bonne réputation dans le coin.Le Collectif tente donc de négocier la meilleure entente possible, toujours en poursuivant sa mobilisation.Finalement, fin 2012, presque quatre ans après sa demande, une entente est signée pour la cession du bâtiment : le propriétaire s\u2019engage à décontaminer les lieux, cède le bâtiment au Collectif pour un dollar et lui donne, en plus, un million de dollars pour en effectuer la rénovation.Fin octobre 2012, le conseil de ville de Montréal entérine l\u2019accord de développement pour l\u2019ensemble du site, incluant l\u2019entente pour la cession du bâtiment 7.Grâce à cette lutte qui, finalement, dure depuis la fermeture d\u2019Alstom en 2003, le quartier a évité un développement récréo-touris-tique clinquant, mais il a surtout été capable d\u2019influencer fortement un projet immobilier d\u2019envergure.Les gains se traduisent par une proportion accrue de logements sociaux (25 % des logements qui seront construits), l\u2019absence d\u2019habitations de luxe, des espaces verts importants, un zonage qui exclut l\u2019industrie lourde, la conservation du caractère ferroviaire et public d\u2019une partie du site et, bien sûr, la soustraction d\u2019un bâtiment à la logique capitaliste.Le quartier et ses organisations y gagnent aussi en liens tissés, en expérience de lutte et en confiance partagée.On peut donc dire que la boucle se boucle : les ateliers du CN, ancienne fourmilière humaine, font place aux Ateliers 7 à Nous; et de la construction ferroviaire, on passe à la construction communautaire.\u2022 Comment promouvoir la justice sociale, la démocratie et les droits humains sans adhérer au féminisme?\u2014 ALLIANCE DES PROFESSEURES ET PROFESSEURS DE MONTREAL \u2014 A RELATIONS janvier-février 2013 actualités Les auteures sont membres du Projet Accompagnement Québec-Guatemala Minières et répression La répression des opposants à l\u2019extractivisme reprend de l\u2019ampleur au Guatemala.MARIE-DOMINIK LANGLOIS ET VANESSA GIROUARD* Au Guatemala, les forces de l\u2019ordre ont récemment pris part, à de nombreuses reprises, à l\u2019expropriation de populations entières pour laisser place aux investissements étrangers - surtout ceux des minières canadiennes -, dans un mépris total des droits humains et en particulier ceux des Autochtones.Ce n\u2019est pas sans lien avec l\u2019arrivée à la présidence de l\u2019ex-général Otto Pérez Molina, le 14 janvier 2012, qui laissait présager le pire, d\u2019autant qu\u2019il a été élu sur la base de son parti pris en faveur d\u2019une politique de la main de fer et de l\u2019exploitation des ressources naturelles comme moteur de la croissance économique.Accusé d\u2019avoir ordonné des actes de torture et de génocide dans les années 1980, le président a, surtout, du sang sur les mains.Aussi, sous le couvert de la guerre au narcotrafic, on assiste à la remilitarisation du pays.Les militaires sont particulièrement présents là où les populations autochtones se sont unanimement opposées, par consultation populaire, à l\u2019exploitation des ressources naturelles sur leur territoire.La violence à l\u2019encontre des communautés autochtones n\u2019est certes pas un phénomène nouveau au Guatemala.Après 36 ans de guerre civile, des 250 000 personnes assassinées et disparues et du million de personnes réfugiées, 83 % étaient d\u2019origine maya, selon la Commission d\u2019éclaircissement historique parrainée par les Nations unies.La répression violente de l\u2019opposition à l\u2019extractivisme ne date pas d\u2019hier non plus, comme le rappellent tristement le massacre de Panzos en 1978 et les évictions d\u2019El Estor en 2006-2007.Elle semble toutefois avoir récemment repris une ampleur inquiétante.Un leader impliqué dans l\u2019organisation d\u2019une consultation populaire a été assassiné et deux autres personnes ont été blessées à Barillas (ouest du pays), le 1er mai 2012.Les 46 000 membres de la communauté s\u2019étaient prononcés contre toute exploitation des ressources naturelles par des entreprises transnationales sur leur territoire.Le gouvernement a réagi aux troubles qui ont suivi la mort du leader communautaire en imposant l\u2019état de siège pendant 18 jours, envoyant sur place plus de 400 soldats et policiers et suspendant tous les droits constitutionnels de la communauté.En tout, 17 personnes ont été détenues et 12 emprisonnées dans une prison à haute sécurité, sans avoir eu de procès.Autre cas préoccupant, le 4 octobre 2012, des gens opposés à la réforme de la loi sur les mines proposée par le ministère de l\u2019Énergie et des Mines ont bloqué l\u2019accès à l\u2019autoroute située dans la communauté de Totonicapan (ouest du pays).Ce blocus, violemment réprimé par l\u2019armée, s\u2019est soldé par la mort de huit personnes, alors qu\u2019une trentaine d\u2019autres ont été gravement blessées.Un rapport du Bureau du Haut-Commissariat aux droits de l\u2019homme des Nations unies a fait état de nombreuses préoccupations concernant ce type d\u2019exécutions extrajudiciaires arbitraires, de même que d\u2019autres violations des droits fondamentaux, notamment le non-respect du droit à la liberté de réunion et de manifestation, l\u2019utilisation de l\u2019armée dans des opérations de sécurité publique, l\u2019encadrement très strict des manifestations à caractère social ou encore la discrimination et l\u2019exclusion de la population autochtone.Celle-ci, à de nombreuses reprises, a tenté d\u2019ouvrir un dialogue avec le gouvernement -sans succès.Ces conflits se cristallisent autour de visions opposées du développement.D\u2019une part, la vision extractiviste, où l\u2019exploitation des ressources naturelles n\u2019est possible que par la destruction de l\u2019environnement.D\u2019autre part, la cosmovision maya, dans laquelle la terre revêt un caractère originel et sacré.Ceux et celles qui dénoncent la présence minière au Guatemala se font harceler, intimider, arrêter sous de fausses accusations, et même, assassiner.Malgré l\u2019adversité, les communautés s\u2019organisent et poursuivent avec conviction leur lutte.La solidarité internationale agit pour dénoncer les violations commises, briser l\u2019isolement des populations marginalisées et prévenir que la violence ne s\u2019abatte encore davantage sur elles.Afin d\u2019y travailler, le Projet Accompagnement Québec-Guatemala tiendra, en mars prochain, une série de colloques sur le thème de la criminalisation de la défense des droits socio-environnementaux dans les Amériques, avec la participation de défenseurs des droits humains du Guatemala.\u2022 * Avec la collaboration de Rosette Gagnon Bélanger.janvier-février 2013 RELATIONS HORIZONS Lutte pour l\u2019éducation en République dominicaine MARIO SERRANO MARTE, S.J.Multipliant les actions dans l\u2019espace public pendant près de deux ans, un mouvement social d\u2019une ampleur inédite en République dominicaine vient de réussir à imposer sa principale revendication au président nouvellement élu, en mai 2012, à savoir l\u2019allocation de 4 % du PIB à l\u2019éducation pré-universitaire.L\u2019État dominicain y était normalement contraint en vertu de sa loi sur l\u2019éducation adoptée en 1997, mais il n\u2019avait jusqu\u2019à présent jamais dépensé plus que 2,5 % du PIB à cet effet.Les professeurs avaient eu beau se mobiliser pour exiger que l\u2019État respecte la loi, leurs demandes étaient restées sans effet, le reste de la population les percevant comme des revendications salariales.Mais en 2010, la situation changea du tout au tout grâce à une proposition que fit le centre Bono, qui coordonne une table de concertation pour les politiques sociales au sein du Forum citoyen - un espace de coordination d\u2019organisations luttant pour la justice sociale.Ce centre jésuite d\u2019analyse et d\u2019action sociales de Santo Domingo proposa que la campagne annuelle du Forum citoyen se concentre sur la question de l\u2019éducation.L\u2019union des forces autour d\u2019un unique objectif à portée nationale augmenterait les chances d\u2019influencer le gouvernement.Suivant cet appel, la Coalition pour une éducation digne (CED) fut formée, regroupant quelque 200 organisations, avec comme objectif immédiat l\u2019allocation de 4% du PIB à l\u2019éducation préuniversitaire dans le budget de 2011.Cet objectif s\u2019est rapidement élargi à une demande générale en faveur d\u2019une éducation publique de qualité, inclusive et gratuite pour toute la population.Un vaste mouvement social l\u2019a fait sienne et s\u2019est fait le porteur d\u2019un projet de société à plus long terme, fondé sur la dignité.Un document d\u2019orientation a été élaboré qui a servi de balises à l\u2019ensemble du mouvement.Divers comités ont été mis sur pied, chargés, entre autres, de coordonner des réunions, de fournir des données utiles aux prises de position, d\u2019assurer la communication avec les médias et le public, d\u2019établir un dialogue avec le gouvernement, de mobiliser la population, ou encore de mener les actions juridiques nécessaires dans le cadre de la lutte.Un rassemblement plus large avait lieu tous les six mois pour évaluer et planifier le processus en marche.La plus grande victoire de cette mobilisation aura toutefois été l\u2019engagement des citoyens et des citoyennes dans un pays où les institutions démocratiques et la participation sont faibles.Cette mobilisation a permis de recueillir un appui populaire considérable, notamment grâce à la variété des stratégies et des modes d\u2019action déployés.En se concentrant sur un objectif précis et atteignable, symbole unificateur de cette lutte, le mouvement a ainsi pu rallier l\u2019ensemble de la société, par-delà les appartenances à divers groupes ou institutions.Le message était à la fois simple et éloquent: « le 4% du PIB pour l\u2019éducation» évoquait la négligence autant des gouvernements précédents que de l\u2019actuel et l\u2019aspiration de tout un peuple à une éducation publique de qualité.Les actions militantes étaient par ailleurs pensées dans une optique de résistance à long terme.Aussi, nous avons opté pour l\u2019action pacifique, qui stimulerait la participation et défierait la violence des autorités.Nous nous sommes abrités derrière la loi afin que notre demande, en plus d\u2019être légitime, soit protégée par la Constitution.Pour éviter une concentration du leadership entre les mains d\u2019un petit groupe, la CED a cherché à diversifier les porte-parole du mouvement afin de s\u2019assurer que celui-ci soit collectif et pluriel.Le mouvement a également usé de créativité pour animer les espaces publics et s\u2019assurer une visibilité en tout temps, que ce soit lors des congés civiques ou religieux, pendant les manifestations culturelles, etc.Cette occupation de l\u2019espace public s\u2019est notamment traduite par l\u2019organisation d\u2019une marche nationale d\u2019une ampleur sans précédent, de même que par la visibilité médiatique du mouvement.Toute cette mobilisation a permis à l\u2019éducation de s\u2019imposer comme enjeu principal dans la campagne électorale présidentielle de mai 2012, forçant les candidats à s\u2019engager par écrit à tenir la promesse d\u2019investir 4% du PIB dans l\u2019éducation préuniversitaire.Le nouveau président, Danilo Medina, a confirmé son engagement en ce sens dans le budget de 2013.Une des tâches du mouvement sera désormais de s\u2019assurer que les fonds soient bien investis et bien gérés.L\u2019indice de corruption administrative en République dominicaine est en effet parmi les plus élevés au monde.Cette lutte nous aura aussi révélé l\u2019importance stratégique de dépasser les revendications particulières et de s\u2019unir autour d\u2019objectifs communs qui nous rendent plus forts.La plus grande victoire de cette mobilisation aura toutefois été l\u2019engagement des citoyens et des citoyennes dans un pays où les institutions démocratiques et la participation sont faibles.Avec elle, un mouvement social s\u2019est renforcé et, sur les bases de ses récents apprentissages, a déjà commencé à mener des actions portant sur d\u2019autres enjeux, contribuant ainsi à construire un pays plus démocratique et plus juste.\u2022 L\u2019auteur, jésuite, est directeur du centre Bono à Santo Domingo en République dominicaine RELATIONS janvier-février 2013 Le caRNet De josé acçueLiN LIBERTÉS COLLATÉRALES Photo: Gabor Szilasi « Toute sa vie on cherche le lieu d'origine, le lieu d'avant le monde, c'est-à-dire le lieu où le moi peut être absent et où le corps s'oublie.» Pascal Quignard Chacun va vers ses petites libertés entre obligations et engagements.Simples solitudes entre soi et soi qui n'ont rien à voir avec un individualisme égocentrique mais avec des instants où l'on ressent le très légitime besoin de filtrer les impératifs extérieurs, les bousculements circonstanciels, les imprévus incontrôlables.Décanter, se déganguer, se peler, s'appeler hors de son nom.Ne rien faire de particulier, sortir d'entre ses deux oreilles, quitte à en ouvrir une troisième au vrai silence.On ne peut pas parler d'un refus définitif du monde mais d'une pénurie de notre univers intime, d'un nécessaire recours à un vide vital.Se décoller des images qui nous sont apposées, y compris celles dont on a usé pour fonctionner, mais qui nous ont arasés.Se dégager du flux commun, se réserver une marée basse pour béer ou bêler solitairement.Car il faut répéter que notre chemin à travers les abattoirs sociaux n'offre aucune garantie permanente de pouvoir les éviter.Se reconnaître comme un agneau égaré, sans tomber dans l'auto-complaisance, comporte l'avantage certain de s'accorder le droit d'échapper aux culpabilisations passées ou présentes.Peut-être pourrions- nous même reconnaître la nécessité d'un sentiment de naïveté et d'innocence, ou d'une nostalgie des moments insouciants de notre enfance avec, à la clé, une conciliation possible avec le temps qu'il nous reste en tant que figurants consentants, au visage clair et amène.On a beaucoup parlé d\u2019un illustre marcheur sur l\u2019eau mais fort peu des marcheuses sur l\u2019eau, les araignées d\u2019eau nommées gyrins et qui font des cercles sur les surfaces aqueuses.Ce qui fait office de miracle pour l\u2019un compose l\u2019ordinaire des autres.Aller sur le cristallin d\u2019un étang ou d\u2019un lac reflétant limpidement le ciel n\u2019est donc pas seulement l\u2019apanage du Christ.Méditer, c'est d'abord observer le miroir de l'univers, son reflet perceptible.Méditer facilite le tamisage des nombreuses croyances ressassées.Mais 99,99 % du temps nous croyons, afin de pouvoir supporter la temporalité à traverser - aucun temps n'est continûment aisé.Avoir une foi ou une autre, profane ou sacrée, superstitieuse ou rationalisante, nous sert de béquille en espérant un jour mieux marcher.Et nous ne cessons d'apprendre à marcher.Or méditer, c'est pouvoir s'arrêter de vouloir encore avancer et ne plus désirer comprendre, expliquer, plastronner.On ne s'assagit pas, on s'assoit, dans un rien où l'on ne peut même plus croire à soi.Le temps est le plus grand illusionniste qui soit : il n'y a qu'à être.Méditer, c'est purifier la lumière de notre cécité.Au royaume des écureuils il n\u2019y a que des chênes.Au milieu du rien délesté de l\u2019histoire, de notre histoire, il ne reste que des glandeurs dans la grandeur de l\u2019égalisation de tous les destins.Alors, face au seul œil visible du jour qui nous transperce de part en part, aucun rempart ne nous protège plus de notre ingénuité.L'artifice humain crame, les mots s'éclipsent d'eux-mêmes, on se tait, on se sait libre de tout savoir.La science d'être débute ici, en ce là insituable, dans la conscience du dépouillement premier et ultime : la science d'être initie à la conscience de n'être pas.C'est comme une tendresse pondérante que l'on se prescrit à soi-même, une oasis privée, l'apprentissage de notre effacement, une sorte de sérénité hors du ring et des anneaux, une fin déjà en soi et de soi sans d'autres moyens qu'un abandon à ce qu'il reste de beautés naturelles.C'est une paix minuscule pleine des vagues de notre respiration, une quiétude qui nous invite à une douce disparition des choses et des êtres.C'est une fin apprivoisée de ce qu'on appelle notre vie, tout regret ou remords dissipés.C'est l'exil de notre étroitesse où l'on se démaquillerait de notre obsession de faire bonne figure pour, enfin, être libre de soi-même.Et ce n'est que justesse rendue à la nudité qui nous transfigure.\u2022 janvier-février 2013 RELATIONS dOSSieR Féminismes : état des lieux CATHERINE CARON D ans son petit bijou de livre, ( Le féminisme québécois raconté à Camille (Éditions du remue-ménage, 2008), l\u2019historienne Micheline Dumont raconte comment l\u2019obtention du droit de vote des femmes au Québec a nécessité un habile chantage.Confronté à des autorités religieuses toujours vivement opposées au suffrage féminin qu\u2019il avait promis d\u2019instaurer, le premier ministre libéral de l\u2019époque, Adélard Godbout, aurait proposé sa démission au cardinal Villeneuve et.son remplacement par un virulent député anticlérical, Télesphore-Damien Bouchard.« Il semble qu\u2019à choisir entre un premier ministre anticlérical et le vote des femmes, le cardinal ait jugé moins risqué de laisser passer le suffrage féminin » (p.80).La ruse fut ainsi l\u2019alliée finale de la persévérance des Québécoises qui menèrent cette lutte pendant 27 ans et à qui l\u2019on doit cette conquête d\u2019un droit précieux.Soixante-douze ans plus tard, presque le temps d\u2019une vie, les Québécoises contribuaient à ce que, pour la première fois, une femme soit élue première ministre du Québec, en 2012.Longues sont les luttes des femmes.Fondamentalement ancrées au désir et à l\u2019impératif de faire advenir la justice sociale en ce monde, leur persistance ne fait aucun doute à l\u2019heure où de jeunes féministes ont participé en tant que telles au printemps québécois - pour l\u2019accès à l\u2019édu- Laurence Cardinal, Sans titre T4, 2009, acrylique sur bois, 38 x 45 cm.Photo : Guy L\u2019Heureux cation, mais aussi contre la Formule 1 et son festival du sexisme.Des manifestantes pro-choix reprennent la rue pour défendre le droit à l\u2019avortement et des militantes de tous âges n\u2019hésitent pas à perturber une conférence biaisée en faveur du privé en santé pour dire qu\u2019une privatisation des soins pénaliserait gravement la majorité de la population, et en particulier les femmes.C\u2019est sans oublier le courage de ces Innues qui ont participé au blocus de la route 138, subi des arrestations, puis marché 900 km RELATIONS janvier-février 2013 >ieR jusqu\u2019à Montréal pour dire non au Plan Nord, exiger la reconnaissance des droits des Premières Nations et la fin de la discrimination envers les femmes autochtones.Ce sont là autant de signes de la période de ressac que nous traversons, qui serait encore plus affligeante si elle ne provoquait pas, précisément, toutes ces mobilisations.À la croisée du néolibéralisme et du conservatisme qui dominent l\u2019horizon idéologique et politique de notre société, les acquis et les droits des femmes sont attaqués, leur situation économique fragilisée et la violence exercée contre elles toujours à éradiquer.Leurs revendications se heurtent de plus en plus au mur d\u2019une austérité imposée que rien ne légitime si ce n\u2019est la grande fumisterie - pour reprendre le titre d\u2019un essai de Murray Dobbin (Écosociété, 2003) - qui ne cesse de se déployer pour justifier l\u2019injustifiable et la mainmise des puissants sur le bien commun.Nous vivons certes au Québec dans l\u2019une des sociétés les plus égalitaires au monde, grâce précisément aux luttes et aux avancées du féminisme.Mais tous n\u2019apprécient pas ce rare privilège et un antiféminisme bien palpable foisonne dans la même plate-bande que l\u2019antisyndicalisme primaire.Aussi, l\u2019égalité homme/femme reste à réaliser à maints égards et toutes les femmes ne sont pas, non plus, égales entre elles; la boussole de notre société s\u2019en trouve parfois dangereusement déréglée.Pensons au rôle joué par une Julie Snyder dans la création du controversé programme de procréation assistée gratuit, pendant que des milliers de femmes réfugiées et immigrantes attendent toujours des mesures essentielles à leur pleine intégration à la société québécoise.Pour ces femmes, ne pas avoir accès à une garderie à faible coût, voire ouverte le soir, les condamne à l\u2019isolement, entrave leur francisation et leurs perspectives d\u2019emploi, bloquant tout le processus d\u2019intégration - comme le révélait une enquête réalisée par la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, en 2010.À cela s\u2019ajoutent les effets pernicieux du racisme ordinaire et les difficultés qu\u2019elles ont à faire reconnaître leurs diplômes et leurs compétences professionnelles, même lorsqu\u2019elles maîtrisent bien le français.L\u2019heure n\u2019est donc pas au postféminisme.L\u2019heure est à l\u2019union et à la synergie à réinventer constamment entre les multiples composantes et courants qui caractérisent le mouvement féministe au Québec aujourd\u2019hui.Avec ce dos- « En fait, les femmes ont inventé la révolution pacifique permanente.C\u2019est peut-être ça, la vraie révolution.» Hélène Pedneault, Manifeste des femmes du Québec de l\u2019an 2000 sier, Relations souhaite y contribuer en nourrissant les réflexions qui ont cours dans le cadre des États généraux de l\u2019action et de l\u2019analyse féministes.Depuis mai 2011 et jusqu\u2019au mois de novembre 2013, alors que se tiendra un grand forum à Montréal, ce processus mobilise des féministes de tous les horizons et de toutes les régions.Par leurs échanges et leurs analyses, elles façonnent le socle commun des expériences, des pratiques et des priorités qui servira de tremplin à la réalisation de leurs aspirations.Il n\u2019y a pas eu de démarche similaire depuis le succès du Forum pour un Québec féminin pluriel, en 1992, qui inaugura en quelque sorte une nouvelle séquence d\u2019actions marquée par la Marche du pain et des roses (1995), la Marche mondiale des femmes (2000) et son rassemblement national à Rimouski (2010), en passant par la Charte mondiale des femmes pour l\u2019humanité (2004) et l\u2019émergence du mouvement RebELLEs (2008), entre autres grandes étapes.Souhaitons que, malgré le contexte difficile actuel, le processus des États généraux de l\u2019action et de l\u2019analyse féministes consolide le mouvement féministe en tant que force politique capable de faire avancer, en alliance avec d\u2019autres mouvements, un projet de société plus juste dans lequel le féminisme est gage de dignité et d\u2019émancipation pour tous et toutes.\u2022 12| janvier-février 2013 RELATIONS Un combat pour l\u2019égalité et la justice sociale Enraciné dans la lutte contre les injustices faites aux femmes, le mouvement féministe vise à remettre en question la structuration même de la société.DIANE LAMOUREUX Le féminisme existe au Québec comme courant organisé depuis près de 50 ans.Que l\u2019on prenne comme point de départ la fondation de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), en 1966, ou celle du Front de libération des femmes, en 1969, il y a toujours eu au Québec des organisations se réclamant du féminisme depuis les années 1960.Ces organisations et les courants d\u2019idées sur lesquels elles se sont appuyées ont transformé de façon considérable les conditions d\u2019existence des Québécoises.Elles participent également du vaste tissu associatif de la société québécoise et permettent de donner vie et sens à notre démocratie.À travers le féminisme, des milliers de femmes vivent leur citoyenneté et se battent au quotidien pour l\u2019élargissement de la démocratie, pour des politiques publiques plus équitables, pour prendre en charge leur existence, pour contrer la violence institutionnelle ou personnelle à leur encontre et pour échapper à des situations de marginalité ou de pauvreté.Pas étonnant que le mouvement cherche actuellement à faire le bilan de ses actions passées et à dégager des perspectives pour les années à venir.Le présent texte se veut une contribution à ce débat nécessaire.UN RETOUR AUX FONDAMENTAUX Depuis son émergence comme mouvement social au XIXe siècle, le féminisme a été confronté à un paradoxe concernant son positionnement dans les luttes sociales : être un mouvement pour l\u2019égalité entre les femmes et les hommes, ou être un mouvement pour la justice sociale ayant pour point d\u2019ancrage la lutte contre les injustices commises à l\u2019encontre des femmes?L\u2019enjeu est loin d\u2019être strictement rhétorique; il conditionne les stratégies d\u2019action, les enjeux de lutte et les alliances du mouvement.Si l\u2019on pense que le féminisme est un mouvement pour l\u2019égalité entre les hommes et les femmes, plusieurs positionnements sont possibles.Il y a longtemps eu un débat égalité/différence dans le féminisme, à savoir s\u2019il fallait définir les femmes comme « des hommes de sexe féminin » et neutraliser le facteur sexe (ou genre) quant à ses implications sociales - la position égalitariste -, ou s\u2019il fallait plutôt insister sur la différence entre les hommes et les femmes, valoriser le féminin et décliner l\u2019humanité selon deux genres - la position différentialiste.La position différentialiste a déjà été largement discréditée par le fameux « on ne naît pas femme, on le devient » de Simone de Beauvoir.Elle nous renvoie à une compréhension naturaliste du social, en plus de revêtir un caractère hétérosexiste.Elle est naturaliste, d\u2019abord, parce qu\u2019elle fait du sexe biologique le fondement du genre social, comme si celui-ci était une garantie de quoi que ce soit, et, ensuite, parce qu\u2019elle en déduit un certain nombre de traits de caractère (exemple : les femmes sont plus attentives que les hommes au bien-être d\u2019autrui).Et elle est par ailleurs hétérosexiste, dans la mesure où elle postule que la complémentarité ne peut s\u2019effectuer qu\u2019entre personnes de sexes différents.La position égalitariste me semble beaucoup plus répandue et peut-être plus pernicieuse.Pour neutraliser le genre, il faut d\u2019abord montrer comment il est à l\u2019œuvre dans nos sociétés et comment il structure les rapports sociaux.C\u2019est ce qui explique que la position égalitariste peut nourrir autant une position libérale d\u2019insertion des femmes dans la société existante qu\u2019une position féministe radicale (qui va à la racine de l\u2019oppression des femmes et pense qu\u2019il faut abolir le système social patriarcal pour parvenir à leur libération).Dans la variante libérale, la position égalitariste n\u2019exclut pas les luttes pour faire changer les lois discriminatoires et mettre en place des mesures en faveur des femmes ou de l\u2019égalité, mais présuppose que c\u2019est l\u2019ignorance de la situation des femmes de la part des autorités politiques qui explique les injustices et les discriminations.Cela conduit à Laurence Cardinal, Contes T8, 1995, techniques mixtes sur toile, 123 x 71,5 cm.Photo : Guy L\u2019Heureux L\u2019auteure est profes-seure au Département de science politique de l\u2019Université Laval RELATIONS janvier-février 2013 B dOSSieR la documentation des inégalités de genre (les commissions d\u2019enquête gouvernementales des années 1970 ou la Convention pour l\u2019élimination de la discrimination à l\u2019encontre des femmes, adoptée par l\u2019ONU, par exemple) et à la préconisation de solutions pour y mettre fin, comme l\u2019équité salariale et les organismes gouvernementaux responsables de la « condition féminine ».Pour sa part, la variante radicale conduit à l\u2019organisation de luttes contre divers aspects de l\u2019oppression des femmes (travail domestique, oppression sexuelle, absence de droits, accès à certains domaines réservés aux hommes), bref, à un certain « syndicalisme féminin».Celui-ci peut être « de combat » puisque les résistances à l\u2019égalité entre les femmes et les hommes sont nombreuses, mais il n\u2019en reste pas moins sur le terrain d\u2019un mouvement « identitaire », lié à la catégorie « femmes ».Cela conduit graduellement à une transformation du mouvement féministe en mouvement des femmes.Que ce soit dans sa variante libérale ou dans sa variante radicale, le mouvement est rapidement conduit à se poser la question suivante : l\u2019égalité de quelles femmes, avec quels hommes?Ainsi, du fait d\u2019une compréhension étriquée des inégalités sociales, réduisant celles-ci aux seules inégalités de genre, le féminisme libéral devient l\u2019horizon du féminisme radical - contrairement aux espoirs des féministes radicales des années 1970 qui espéraient une radicalisation des libérales.L\u2019enjeu du féminisme tend ainsi à se réduire à l\u2019ajout de femmes à tous les échelons de la hiérarchie sociale (plus de députées, d\u2019entrepreneures, de militaires, d\u2019ingénieures, etc.).Par contre, si l\u2019on conçoit le mouvement féministe comme un mouvement pour la justice sociale ayant pour point d\u2019ancrage la lutte contre les injustices faites aux femmes, le chemin est peut-être plus sinueux, mais en même temps plus prometteur.Certes, il ne s\u2019agit pas de fondre le féminisme dans le vaste creuset des luttes anticapitalistes, mais plutôt de tenir pour acquis que nos sociétés sont structurées par divers systèmes consubstantiels d\u2019injustice - qui forment un nœud qui ne peut être séquencé qu\u2019à des fins d\u2019analyse.Dans cette optique, les enjeux auxquels sont confrontés les féministes ne sauraient se réduire à des enjeux d\u2019inégalités de genre.Ils doivent embrasser aussi les inégalités de race et de classe si nous voulons que nos luttes permettent la liberté et l\u2019égalité de toutes les femmes et non d\u2019une petite minorité qui ne devrait l\u2019amélioration de son sort qu\u2019à l\u2019assujettissement accru d\u2019autres femmes.Cela exige d\u2019abord de comprendre que l\u2019injustice, dans les sociétés contemporaines, a plusieurs facettes, dont les plus importantes, pour reprendre les catégories d\u2019Iris Young, sont l\u2019exploitation, la marginalisation, l\u2019absence de pouvoir, l\u2019impérialisme culturel et la violence.Cela nécessite ensuite d\u2019envisager la question des rapports sociaux et de leur interrelation.Il en découle que l\u2019enjeu n\u2019est plus seulement la situation des femmes, mais la structuration du vivre-ensemble - « le monde », selon Hannah Arendt.QUELS TERRAINS DE LUTTE?Si l\u2019enjeu du féminisme devient « le monde », cela élargit considérablement ses terrains de lutte potentiels.Une des grandes leçons que nous pouvons tirer du « printemps québécois », c\u2019est que pour susciter une mobilisation politique Libérer ma parole DÉLICE MUGABO L'auteure est coporte-parole des États généraux de l'action et de l'analyse féministes Dans le cadre du processus des États généraux de l\u2019action et de l\u2019analyse féministes, les enjeux qui m\u2019interpellent le plus sont ceux de la lutte pour l\u2019égalité entre les femmes et la reconnaissance des divers courants qui traversent notre mouvement.Plus que jamais, celui-ci est sommé de tenir compte, dans son action et ses réflexions, du fait que les femmes vivent aux intersections de diverses oppressions et que le patriarcat n\u2019est pas notre seul Goliath.Je suis une black feminist, plusieurs sont queer, d\u2019autres sont des féministes musulmanes, certaines vivent avec un handicap, et combien connaissent toutes ces réalités à la fois! Pour moi, les États généraux sont le moment de prendre le pouls du mouvement et de se rendre compte que son action ne peut être menée sans que toutes y aient une place.J\u2019ai plongé cœur premier dans cette démarche collective, certaine que de ce beau risque naîtraient de nouvelles alliances, un sentiment d\u2019appartenance revivifié, un long printemps féministe.J\u2019ai souvent entendu dire que le chemin est plus important que la destination, mais je me rends compte qu\u2019il est aussi plus exigeant.Il nécessite réunions, échanges, débats, soupers, activités artistiques, bref, plusieurs moments pour se voir, rire, s\u2019encourager, mais aussi discuter et se dire « les vraies choses ».Le plus fascinant est de découvrir la richesse de nos vécus, la profondeur du regard que nous portons sur nos vies.Le plus éprouvant est de parfois me demander si j\u2019ai vraiment été entendue ou, simplement, écoutée.Est-ce que ma voix pèsera dans la balance ou sera-t-elle une musique de fond?Les perspectives féministes queer, anti-racistes, ou anti-capacistes1 seront-elles reflétées dans les analyses produites par ces États généraux, ou seront-elles noyées dans les notes de bas de page?1.Le capacitisme désigne une forme d\u2019oppression contre les personnes vivant avec un handicap.J± janvier-février 2013 RELATIONS de grande ampleur, nécessaire à la transformation des rapports sociaux de classe, de sexe et de race qui prévalent au Québec, il ne faut pas se cantonner à des revendications sectorielles mais parvenir à transformer celles-ci en questions d\u2019intérêt public concernant l\u2019ensemble des citoyennes et des citoyens.C\u2019est ainsi qu\u2019un refus de la hausse des droits de scolarité a été formulé en termes d\u2019opposition au principe néolibéral de l\u2019utilisateur-payeur, ce qui a permis au mouvement étudiant de contrer (au moins à court terme) une telle hausse tout en ralliant à sa cause celles et ceux qui luttent contre la « taxe santé », contre la hausse des tarifs d\u2019électricité ou des loyers.C\u2019est un exemple qui peut être inspirant pour le mouvement féministe.Avec l\u2019avènement du féminisme, les enjeux des femmes, autrefois confinés à la sphère domestique, se sont élargis.Ils embrassent maintenant la violence, l\u2019avortement, la contraception, les inéquités salariales, l\u2019accès aux emplois non traditionnels, etc.Cependant, certaines réticences demeurent quand des féministes abordent des enjeux de politique étrangère, de fiscalité, d\u2019immigration, de militarisme, d\u2019inégalités sociales, de culture et de développement économique - questions d\u2019importance lorsque « le monde » devient notre enjeu.Dans les prochaines années, il nous reste donc à établir l\u2019idée que rien de ce qui est humain n\u2019est étranger aux préoccupations féministes.Ainsi, on ne peut pas réfléchir à l\u2019organisation de notre système de santé en faisant l\u2019im- passe, par exemple, sur la division sociale et sexuelle du travail qui prévaut dans ce secteur, ni sur les répercussions de la tarification des soins pour les femmes plus spécifiquement, les inégalités sociales de santé, la division sexuelle et générationnelle du travail au sein de la famille, le rôle des femmes immigrantes dans les soins aux personnes, etc.Autour de ces questions s\u2019articulent donc, de façon très concrète, des rapports sociaux de sexe, de classe et de race, qu\u2019il s\u2019agit de mettre au jour si nous voulons aboutir à des solutions socialement justes, mais dont il faut se garder d\u2019isoler les uns des autres.À cet égard, la présence à Ottawa d\u2019un gouvernement conservateur, néolibéral, raciste, homophobe et an tiféministe peut, paradoxalement, s\u2019avérer un atout pour désectorialiser les actions et les réflexions féministes.Sans renoncer aux revendications « classiques », il faut pouvoir expliquer à tous ceux et celles qui combattent ce gouvernement que son programme homophobe et antiféministe est partie prenante de sa politique néoconservatrice et néolibérale, qui ne pourra être combattue efficacement qu\u2019en prenant aussi en compte ses dimensions antiféministes.Tout en faisant émerger les rapports de genre, il faut constamment les relier aux autres rapports sociaux de domination.Le contexte dans lequel se déroulent les luttes féministes a changé.Depuis les années 1960, nous avons dû lutter de pied ferme pour obtenir des transformations législatives et l\u2019inflexion des politiques publiques, dans un Dans les prochaines années, il nous reste donc à établir l\u2019idée que rien de ce qui est humain n\u2019est étranger aux préoccupations féministes.Ainsi, on ne peut pas réfléchir à l\u2019organisation de notre système de santé en faisant l\u2019impasse, par exemple, sur la division sociale et sexuelle du travail qui prévaut dans ce secteur.Il ne s\u2019agit pas d\u2019intégrer des positions ou des revendications dites minoritaires.Ce qui est en jeu est plutôt notre capacité de repenser nos actions et de revoir nos relations de manière à bien cerner celles qui sortent toujours défavorisées dans les rapports de pouvoir.Sans ce changement de paradigme, lutter aux côtés des femmes autochtones ne sera jamais une priorité, ni démasquer l\u2019islamophobie déguisée en défense des droits des femmes, encore moins lutter contre le racisme qui marque l\u2019histoire de ce pays.Si des féministes de tous horizons continuent de s\u2019engager dans ce processus, c\u2019est bien parce que nous voulons participer à la construction d\u2019un nouveau futur pour le mouvement, mais surtout parce que nous voulons faire partie de ce futur.Je pose ces questions tout haut parce qu\u2019elles ne sont pas que les miennes; je les présente à toutes les féministes québécoises pour qu\u2019elles s\u2019y penchent.Mais en attendant les réponses, je me suis dit que je devrais m\u2019écrire une note que je pourrai relire lorsque je vivrai une réunion difficile et que, bloquée sur le chemin, j\u2019aurai perdu de vue notre destination.Igica, Souviens-toi des premiers mots qu\u2019a dits Loretta Ross lorsqu\u2019elle est venue nous voir à Montréal : «Je suis fatiguée d\u2019être opprimée mais pas fatiguée de me battre.» La fatigue n\u2019empêche donc pas la lutte.Le travail d\u2019alliance est difficile parce que, par définition, il se fait avec des gens avec qui nous ne sommes pas d\u2019accord sur tout.Il s\u2019agit plutôt d\u2019être d\u2019accord à travailler ensemble.La pensée unique appartient aux sectes et non pas à un mouvement.Ne l\u2019oublie pas et rappelle-le aux autres aussi.N\u2019aie donc pas peur de nommer ce que tu vois, ce que tu vis; le féminisme, c\u2019est aussi libérer sa parole.Ton silence signifie qu\u2019il n\u2019y a pas de dialogue, et sans dialogue, point d\u2019alliance.Le silence n\u2019est donc pas une option pour toi.Lorsque le mouvement parlera à l\u2019unisson, ce sera parce que toutes les voix se seront élevées, et non pas parce que les plus fortes se seront fait entendre.Delice Igicari Mugabo RELATIONS janvier-février 2013 EB dOSSieR Laurence Cardinal, Mixtio P8, 2009, techniques mixtes sur papier Arche, 112 x 76 cm.Photo: Guy L\u2019Heureux contexte où nos luttes trouvaient un certain écho au sein de l\u2019appareil institutionnel.C\u2019est de moins en moins le cas et nous nous battons à contre-courant, ce qui nous met dans la posture politique ambiguë de devoir défendre nos « acquis ».Ceci rend d\u2019autant plus urgent le besoin de développer une solidarité politique entre les femmes au Québec, mais aussi au-delà des frontières, tout en développant, comme cela s\u2019est produit dans la dernière décennie, des alliances avec d\u2019autres mouvements sociaux.Il ne s\u2019agit pas de postuler que les situations vécues par les femmes peuvent se réduire à un dénominateur commun qui induirait une sorte de sororité automatique.Nous n\u2019en sommes plus là.Il s\u2019agit plutôt de tenir compte des différences (entre les femmes et entre les féministes et leurs alliés) et de les formuler politiquement pour parvenir à une solidarité réfléchie, qui permette d\u2019agir ensemble sans que le prix de cette action commune soit la négation de certaines.Cela implique également que, comme féministes, nous nous engagions dans les luttes contre les guerres impérialistes, le néolibéralisme et le néoconservatisme.Elles sont aussi les nôtres, non pas parce qu\u2019il y aurait une sorte d\u2019anticapitalisme général qui fédérerait toutes les luttes sociales, mais parce que le type de régime que veut instaurer la nouvelle droite pose un problème d\u2019ensemble que nous ne pouvons ignorer en tant que féministes si nous prenons au sérieux les valeurs de liberté, d\u2019égalité et de solidarité.26 janvier-février 2013 RELATIONS En effet, le militarisme nourrit la violence contre les femmes (et pas seulement dans les zones de conflit).Les guerres des dernières décennies - y compris celles qui auraient été entreprises pour « libérer » les femmes, comme en Afghanistan - ont accru la violence sociale en général et la violence sexiste en particulier.Le retour à la « loi du plus fort » est lourd d\u2019une normalisation des rapports sociaux qui ne peut que nous être préjudiciable, tant comme femmes que comme féministes.Quant au néoconservatisme, il vise à enfermer les femmes dans l\u2019univers privé de la famille, définie en termes classiquement patriarcaux et hiérarchiques, structurée autour de la logique du « papa a raison » qui dispense d\u2019avoir à fournir des raisons.Enfin, le néolibéralisme dépolitise les rapports sociaux au nom de la gouvernance et réduit la citoyenneté à l\u2019autonomie matérielle.Or, pour formuler nos propres préoccupations politiques, nous avons besoin d\u2019une compréhension du social en termes de rapports sociaux entre groupes et non pas en termes de morale individuelle.Ceci signifie que le développement d\u2019une politique féministe ne peut pas être que pour les femmes; il doit interroger l\u2019ensemble des rapports sociaux d\u2019injustice, de domination et d\u2019exclusion.C\u2019est la condition pour maintenir vivant un féminisme de rébellion sociale poursuivant des finalités de justice sociale.\u2022 Féministes, gare à la dépolitisation! Traversé par différents courants, le mouvement féministe québécois est confronté au défi d\u2019accueillir toutes les femmes sans dépolitiser ses luttes.FRANCINE DESCARRIES Manière de penser le monde et les rapports sociaux de sexe, le féminisme contemporain se déploie en une multitude de propositions théoriques et pratiques pour interroger et comprendre l\u2019expérience des femmes.Il offre des réponses variées pour expliquer le maintien et la reconduction des inégalités entre les femmes et les hommes.Au Québec, le féminisme s\u2019incarne dans un mouvement social pluriel, multiforme et résilient qui reconnaît le caractère socialement et historiquement construit des rapports sociaux de sexe.Rejetant l\u2019enfermement des femmes dans une identité prédéterminée et complémentaire à celle des hommes, il implique un engagement intellectuel, social, politique et éthique en faveur de l\u2019abolition des rapports de sexe constitués en système de pouvoir, et vise la libération des femmes de toute aliénation patriarcale.Essentiellement porteurs d\u2019un projet de changement social, les discours et les pratiques féministes s\u2019actualisent, au quotidien, dans une pléiade de contributions individuelles et collectives qui visent la reconnaissance pleine et entière des droits des femmes tout comme la réappropriation par celles-ci des espaces public et privé.Si cette définition traduit l\u2019intention sociopolitique première du féminisme, il faut se garder de concevoir celui-ci comme un mouvement monolithique una-nimiste.Il ne l\u2019a jamais été, ne serait-ce qu\u2019en raison du caractère irrésolu de la question qui hante le féminisme depuis ses premières luttes : l\u2019égalité des femmes doit-elle être revendiquée au nom de leur commune humanité avec les hommes ou au nom de leur différence en tant que femmes?Dans la mouvance féministe actuelle, les réflexions sur le sujet même du féminisme ainsi que sur l\u2019égalité, l\u2019identité « femme » et les voies d\u2019affranchissement se multiplient.Elles se présentent sous des formes de plus en plus diversifiées, sinon parfois contradictoires, selon les conjonctures.Ainsi, le féminisme accueille aujourd\u2019hui un ensemble de courants de pensée 1.J.Butler, « Gender Trouble.Feminism and the subversion of identity », Cahiers du Genre, no 38, 2005.modulés en fonction des réalités, des intérêts et des stratégies portés par diverses catégories de femmes.L\u2019interprétation des causes de l\u2019inégalité constitue vraisemblablement la première ligne de démarcation entre eux.Au risque de simplifier, j\u2019évoquerai d\u2019abord, parmi les courants les plus en vue du continuum de la pensée féministe actuelle, les féminismes individualiste et postmoderne.Je m\u2019attarderai ensuite au courant du féminisme solidaire qui rejoint le mieux, selon moi, la dimension sociopolitique du féminisme, conceptualisée en tant que lieu de production d\u2019une analyse critique, pensée en termes de rapports sociaux, plutôt qu\u2019en termes d\u2019identité.LES FÉMINISMES INDIVIDUALISTE ET POSTMODERNE Le féminisme individualiste - celui « du choix de faire des choix » - se développe sur la base de l\u2019égalité jugée « déjà acquise », à l\u2019aune des importantes avancées culturelles, sociopolitiques et économiques qui, au fil des décennies, ont ouvert, dans plusieurs sociétés, d\u2019importantes brèches dans le «monopole du sens et du pouvoir dont disposaient les hommes» (Alain Touraine, Pourrons-nous vivre ensemble?Égaux et différents, Paris, Fayard, 1997).L\u2019adhésion à cette fiction de l\u2019égalité des sexes amène des féministes à donner dorénavant préséance à la liberté de choix et à l\u2019action individuelle comme voies d\u2019autonomisation des femmes.On en vient ainsi à souscrire à l\u2019idée que femmes et filles détiennent désormais les attributs et les moyens pour échapper aux déterminations sociales : les problèmes d\u2019inégalité n\u2019étant plus, selon elles, systémiques mais plutôt individuels.De ce fait, les stratégies privilégiées préconisent l\u2019abandon du procès du patriarcat, formulé en termes de rapports de pouvoir et de division sexuelle du travail, au profit de la promotion d\u2019un féminisme davantage orienté vers un projet de réalisation personnelle.Ces féministes souscrivent, de manière quelquefois déconcertante, à une logique néolibérale utilitariste.Et ceci, malgré la persistance de la discrimination systémique qui touche toutes les femmes -mais particulièrement celles des classes pauvres - et le conservatisme ambiant, qui présentent d\u2019énormes risques pour les droits des femmes.Le second courant est celui du féminisme postmoderne dont « l\u2019avant-garde » peut être associée à la théorie queer et à son ambition de remettre en question les identités fixes (homme/femme) du système hétérosexuel (voir l\u2019éditorial d\u2019Agone, « Ce que le tournant postmoderne a fait au féminisme », no 43, 2010).Proche des Cultural Studies et des travaux de Judith Butler1 visant à « faire un examen critique Dans la conjoncture actuelle, tant le féminisme individualiste que le féminisme postmoderne m\u2019apparaissent donc offrir une conception trop dépolitisée des rapports sociaux de sexe.L\u2019auteure est profes-seure au Département de sociologie de l\u2019UQAM et directrice du Réseau québécois en études féministes RELATIONS janvier-février 2013 dOSSieR du vocabulaire de base » du féminisme, il se caractérise par la prévalence accordée à la déconstruction de la catégorie femmes au nom des multiples différences sexuelles et culturelles et à l\u2019analyse du sexe/genre en tant que référence identitaire et symbolique.La transgression de l\u2019identité sexuelle est proposée comme stratégie subversive.Cette posture les amène à centrer leur analyse sur l\u2019hétéro-sexisme plutôt que sur le patriarcat et les rapports de pouvoir qui le reproduisent.Or, en négligeant les rapports sociaux concrets qui forgent les relations entre les femmes et les hommes, elles en viennent à perdre de vue, bien souvent, les enjeux sociopolitiques de la lutte féministe.L'auteure est animatrice et répondante à la formation au Carrefour de participation, ressource-ment et formation Femmes autochtones: au-delà d\u2019une solidarité de papier MARIE-IRIS LÉGARÉ Ces dernières années, le mouvement féministe a établi un rapprochement avec les femmes des nations autochtones du Québec et s\u2019efforce d\u2019identifier les principaux défis à relever pour tisser une alliance plus étroite.D\u2019entrée de jeu, un constat s\u2019impose : le mouvement féministe, s\u2019il souhaite une réelle réciprocité avec les femmes des 11 nations autochtones du Québec, doit combattre l\u2019idée que ces dernières constituent un bloc homogène et monolithique plutôt qu\u2019une pluralité de peuples.La réalité des femmes autochtones vivant à Wendake n\u2019est pas la même que celle des résidantes de Lac-Simon, et la situation des communautés cries ressemble peu à celle des Innus.Tout comme La femme et La féministe n\u2019existent pas, les femmes autochtones sont diverses tant par leur vécu personnel et leur culture que dans leur vision du féminisme et leurs aspirations.L\u2019un des défis actuels est de parvenir à tenir compte des pratiques totalement différentes qui ont cours dans les milieux autochtones et de les respecter.Même les pratiques de délibération et de circulation de la parole dans une assemblée ne sont pas du tout celles auxquelles le mouvement féministe québécois est habitué! À titre d\u2019exemple, la conception du temps qui a cours dans les cercles autochtones n\u2019a que peu à voir avec la gestion du temps très stricte que le milieu féministe pratique.Pour un grand nombre de femmes autochtones, tenter de définir le temps requis pour une discussion avant d\u2019avoir entendu les gens s\u2019exprimer apparaît comme un non-sens, voire une atteinte au droit de parole.Dans les cultures autochtones, on prend le temps nécessaire pour vider chaque question et personne n\u2019est interrompu avant d\u2019avoir pu livrer son idée jusqu\u2019au bout.Le temps imparti à la discussion n\u2019est pas défini au préalable.Une réelle réciprocité entre le mouvement féministe et les femmes autochtones exige donc nécessairement de repenser les pratiques de délibération, ce qui pose un défi de taille.Par ailleurs, chez les féministes non autochtones, il existe actuellement un grand désir de multiplier les occasions de rencontre et de dialogue avec les Autochtones afin de venir à bout de la méconnaissance et des préjugés qui existent encore à leur égard.Plusieurs d\u2019entre elles prennent (ou ont pris) conscience de la présence autochtone dans leur histoire familiale et collective qui avait été volontairement oblitérée ou détournée par les autorités politiques et religieuses.Elles veulent se réapproprier cette histoire, la retracer dans leur généalogie et rétablir les ponts avec leurs contemporains autochtones.Du côté des Autochtones cependant, il faut comprendre que le féminisme leur a paru pendant longtemps être un mouvement pouvant menacer la cohésion de leurs communautés; il suscitait une certaine méfiance, comme tout ce qui provenait des Blancs.Heureusement, les choses changent depuis le Protocole de solidarité cosigné par la Fédération des femmes du Québec et Femmes Autochtones du Québec, en 2009.En effet, si les femmes autochtones ont pu se montrer sceptiques à l\u2019égard de cette solidarité de papier, elles reconnaissent désormais que cette alliance a eu de nombreux avantages.Parmi ceux-ci : un soutien mutuel dans les luttes sociales et politiques, une plus grande visibilité des réalités des femmes autochtones et un réseau-tage sans précédent.Grâce à cette expérience positive, la méfiance laisse peu à peu place à la sororité.L\u2019enjeu devient celui de multiplier les occasions de rencontre et de maillage pour que féministes et femmes autochtones se redécouvrent et s\u2019allient.Les femmes autochtones qui s\u2019intéressent au féminisme sont plus nombreuses qu\u2019avant.Elles le font toutefois avec vigilance, ne souhaitant pas que cet apport de leurs sœurs non autochtones ait comme résultat l\u2019éclatement des familles et des communautés.Car elles adoptent pour la plupart une position d\u2019abord humaniste et communautaire, qui ne dissocie pas l\u2019individu de sa famille et de son groupe d\u2019appartenance, ce qui s\u2019explique bien entendu par leur histoire.Les revendications féministes pour le bien commun et la justice sociale trouvent donc plus d\u2019écho chez elles que les discours égalitaristes, davantage perçus dans leurs communautés comme plaçant les femmes et les hommes en compétition, voire en opposition.Le mouvement féministe devra tenir compte de ces réticences s\u2019il veut les voir s\u2019associer aux luttes collectives qu\u2019il cherche à mener conjointement avec elles.j8 janvier-février 2013 RELATIONS En contrepartie B17, 2002, techniques mixtes sur bois, 60,5 x 60,5 cm.Photo : Guy L\u2019Heureux Dans la conjoncture actuelle, tant le féminisme individualiste que le féminisme postmoderne m\u2019apparaissent donc offrir une conception trop dépolitisée des rapports sociaux de sexe.Sur la base d\u2019argumentaires par ailleurs fort différents, l\u2019un et l\u2019autre tendent à faire abstraction des conséquences concrètes des rapports de pouvoir qui entretiennent la division et la hiérarchie des sexes.Ils sous-estiment les enjeux culturels, socioéconomiques et politiques spécifiquement inscrits dans le corps et la sexualité des femmes, de même que les effets persistants et matériels de la division sexuelle du travail.Les femmes s\u2019y retrouvent dès lors définies dans leur individualité (la femme) et par leur genre (féminin), et non en tant que catégorie sociale ou politique.L\u2019un et l\u2019autre de ces courants déclinent alors sur un mode résolument mineur la dimension conflictuelle et socialement construite des rapports sociaux de sexe et des clivages qui en résultent.De nouvelles revendications identitaires et d\u2019empowerment ainsi que le refus de la bi-catégorisation sexuelle (hommes d\u2019un côté, femmes de l\u2019autre) occupent ainsi l\u2019avant-scène.S\u2019ensuit une contestation de l\u2019utilité théorique et stratégique de toute problématique formulée en termes de « nous-femmes » ou encore de « nous-féministes ».Or, en plus de mettre trop souvent en veilleuse la dimension collective et politique du féminisme, une telle contestation néglige de fait la défense du bien commun qui constitue le fondement même de son éthique.Cet affaiblissement de l\u2019analyse des rapports sociaux caractérise, tout particulièrement, la posture de celles qui, sur la base de leur appartenance générationnelle, s\u2019identifient à ce qu\u2019on appelle la troisième vague féministe pour se démarquer des conceptions et des revendications féministes dites de la deuxième vague, dont l\u2019émergence remonte aux années 1960.Cédant ainsi à l\u2019illusion de l\u2019égalité déjà acquise ou délaissant le terrain du politique, ces féministes misent sur les capacités personnelles des femmes pour « gagner » un égal accès aux ressources de même que pour faire les choix qui leur conviennent, peu importe leur niveau d\u2019acceptabilité sociale.Le débat sur les termes prostitution et travail du sexe qui divise le mouvement des femmes en offre un bel exemple.S\u2019opposant aux courants qui la considèrent comme une forme extrême d\u2019exploitation sexuelle, les féministes individualistes et postmodernes envisagent la prostitution comme un travail légitime dont elles préconisent la libéralisation et la professionnalisation au nom du primat de la liberté individuelle.Il ne s\u2019agit plus de dénoncer l\u2019appropriation du corps des femmes, mais bien, du côté des féministes individualistes, de garantir l\u2019accès à tous les espaces du social ou, du côté des féministes postmodernes, de respecter le droit et la liberté des femmes de se prémunir contre toute invasion prescriptive susceptible de restreindre l\u2019expression de leur individualité et de réduire leur autonomie.Une telle interprétation de la liberté de choix, il va sans dire, fait totalement l\u2019économie des divers rapports de pouvoir qui traversent la vie des femmes et préfigure, pour reprendre une expression de Nicole-Claude Mathieu, la « mort du sujet politique relationnel ».RELATIONS janvier-février 2013 D9 dOSSieR Les visées égalitaristes du projet féministe y sont donc de facto reléguées au second plan, tout comme est évacuée, sur la base de la primauté des droits et des choix individuels, l\u2019idée radicale d\u2019une subversion collective des rapports sociaux de sexe.Les changements provoqués par le féminisme et l\u2019évolution plurielle de la situation des femmes, ici et ailleurs, ne provoquent pas, toutefois, qu\u2019un repli individualiste ou une focalisation sur l\u2019identité sexuelle.Bien au contraire.Sous l\u2019influence des critiques et des propositions des féministes lesbiennes, de couleur (black feminism) et en provenance du Sud, qui se retrouvent difficilement dans les analyses féministes dominantes, une réflexion sur l\u2019objet et les finalités mêmes du féminisme occupe de plus en plus d\u2019espace.On remet ainsi en question l\u2019efficacité mobilisatrice d\u2019un féminisme dépeint comme « blanc » et occidental et d\u2019une lutte sociopolitique menée sous la bannière d\u2019un « nous-femmes » jugé monolithique.On reproche à cette perspective son caractère universalisant et sa représentation fictive.Selon ces critiques, le féminisme n\u2019est pas parvenu, surtout au niveau de la formulation de ses revendications et de ses actions, à accorder une importance suffisante aux disparités et clivages socioéconomiques, ethniques, religieux, culturels, générationnels et basés sur l\u2019orientation sexuelle qui divisent les femmes entre elles et les confinent dans des positions sociales très différentes.La nécessité de développer une lecture plus complète et actualisée s\u2019impose pour refléter la diversité des situations vécues par les femmes et, surtout, pour intégrer à l\u2019analyse et à la pratique la pluralité des configurations hiérarchiques qui les départagent entre elles.LE FÉMINISME SOLIDAIRE Le féminisme solidaire, depuis la Marche du pain et des roses de 19952, repose sur une coalition de femmes aux positions sociales et aux parcours de vie souvent très différents, qui se concentre sur la lutte contre le racisme, la pauvreté, la violence et l\u2019exclusion sociale dont les femmes sont, de manière disproportionnée, les premières victimes.Ses analyses et actions se situent dans le prolongement des luttes égalitaristes ou radicales du mouvement des femmes québécois et maintiennent le cap sur les concepts d\u2019égalité et de rapports sociaux de sexe.Le courant solidaire s\u2019inscrit de ce fait dans une logique de continuité - et non de rup- ture - avec la dimension sociopolitique du féminisme dit de la deuxième vague, tout en invitant les femmes à s\u2019affirmer comme sujets politiques pluriels concernés par l\u2019ensemble des problèmes qui contribuent au renforcement des inégalités entre elles et les hommes, tout comme entre les femmes elles-mêmes.Le féminisme solidaire se déploie par conséquent en un projet de transformation sociale associé aux luttes contre la pauvreté, le racisme, l\u2019homophobie et toutes les autres formes d\u2019exclusion associées à des rapports de pouvoir.Aussi, bien que la division sociale et la hiérarchie des sexes demeurent toujours le point nodal de sa théorisation, de sa concertation et de sa mobilisation, le caractère limité des analyses et des pratiques basées sur la seule variable sexe/genre y est reconnu.Le « nous-femmes » dont il est question se veut davantage inclusif.Et invite à tenir compte de la position sociale et des conjonctures d\u2019où il est pensé.Le projet solidaire appelle donc à développer non seulement une vision plus complexe et actualisée des expériences plurielles des femmes, mais aussi à appréhender, en fonction d\u2019un modèle dynamique, les tensions, les divisions et les contradictions générées par l\u2019interaction et l\u2019imbrication des rapports de sexe avec les autres rapports sociaux de division et de hiérarchie, notamment la classe, la race et la sexualité dans le contexte de la mondialisation néolibérale.Il va sans dire que cette volonté de partager un projet féministe inclusif dont le prolongement va bien au-delà de la « condition féminine » pose de nombreux défis, surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit de transposer la théorie en actions politiques ou d\u2019échapper à l\u2019emprise normative des rapports de sexe.En effet, la représentation d\u2019une « femme universelle » qui constituait l\u2019assise de ralliement du féminisme égalitariste des années 1960 ne tient plus, mais l\u2019idée d\u2019un rapport social universel de domination patriarcale, qui crée la classe politique « femmes », est toujours valable.Comment mobiliser autour d\u2019un « nous-femmes » comme sujet collectif de libération, tout en faisant place aux différences entre les femmes, aux tensions et positions qui les divisent, de même qu'aux dilemmes identitaires vécus par certaines d\u2019entre elles?Comment, enfin, développer un vocabulaire et une pratique capables d\u2019accueillir toutes les femmes en évitant de dépolitiser, de secondariser la lutte spécifique des femmes?Voilà certains des importants défis théoriques et stratégiques que pose le projet féministe solidaire.\u2022 2.F.Descarries, « Le projet féministe à l\u2019aube du XXIe siècle : un projet de libération et de solidarité qui fait toujours sens», Cahiers de recherche sociologique, no 30, 1998.Le féminisme solidaire se déploie par conséquent en un projet de transformation sociale associé aux luttes contre la pauvreté, le racisme, l\u2019homophobie et toutes les autres formes d\u2019exclusion associées à des rapports de pouvoir.20 janvier-février 2013 RELATIONS La force d\u2019une solidarité internationale Entrevue avec Emilia Castro Avec la Marche mondiale des femmes (MMF), en 2000, les féministes québécoises ont lancé un projet exceptionnel qui continue d\u2019ouvrir de nouveaux chemins de solidarité.Emilia Castro, militante et syndicaliste du Conseil central de Québec Chaudière-Appalaches de la CSN, était de l\u2019aventure et fait partie de la coordination du Québec et du comité international de la Marche.Relations s\u2019est entretenue avec elle.Relations : D\u2019abord un événement, la Marche mondiale des femmes est devenue un réseau.Comment se porte-t-il et comment a-t-il évolué?Emilia Castro : Bientôt treize ans après l\u2019appel lancé par la Fédération des femmes du Québec (FFQ), qui a conduit à une marche d\u2019une portée historique à laquelle 80 000 femmes ont participé dans 74 pays, entre le 8 mars et le 17 octobre 2000, la Marche mondiale des femmes est toujours très vivante.On a encore pu le constater récemment lors des 24 heures d\u2019actions féministes, organisées le 10 décembre dernier partout dans le monde.Au Québec, il nous a semblé incontournable d\u2019attirer l\u2019attention sur l\u2019enjeu des ressources naturelles, en lien avec les droits des femmes et des Autochtones.La MMF se définit aujourd\u2019hui comme un réseau féministe permanent international et ce qui la distingue est sa plateforme politique anticapitaliste, antipatriarcale et non partisane.Ses axes de travail sont la pauvreté des femmes et la violence exercée contre elles.La Charte mondiale des femmes pour l\u2019humanité, adoptée en 2004, définit ses valeurs d\u2019égalité, de paix, de justice, de solidarité et de liberté.Des coordinations nationales sont établies partout dans le monde.Celle du Québec existe depuis 2001.C\u2019est évidemment lors des grandes mobilisations mondiales, tous les cinq ans, que le rayonnement de la Marche est à son summum.En 2010, notre rassemblement national à Rimouski, auquel plus de 10 000 femmes ont participé, a dépassé toutes les attentes.Mais le travail du réseau est constant et ce n\u2019est jamais l\u2019action pour l\u2019action.Celle-ci s\u2019accompagne toujours de réflexions et d\u2019analyses, notamment sur les alternatives économiques à un modèle dominant injuste et sur le développement d\u2019une économie féministe.Le réseau est aussi là lorsqu\u2019une situation commande une solidarité immédiate, ce qui s\u2019est produit récemment pour la population de Gaza, alors que la MMF était déjà très impliquée Laurence Cardinal, Sans titre no 7, 2001, techniques mixtes sur toile, 84 cm X 165 cm.Photo: Guy L'Heureux dans l\u2019organisation du Forum social mondial Palestine libre tenu en novembre à Porto Alegre, au Brésil.Plus ça va, plus nos analyses s\u2019enrichissent des expériences vécues dans les différents pays.Nous constatons de plus en plus que les femmes sont affectées par des situations semblables, qui découlent du système économique néolibéral.Un réseau comme la MMF nous aide à comprendre que nous ne sommes pas isolées dans le monde, qu\u2019ailleurs des femmes mènent les mêmes luttes que nous.Un important travail d\u2019enracinement de cette prise de conscience et de la solidarité internationale a été fait ces dernières années, en particulier dans les centres de femmes un peu partout au Québec.Cela se passe bien sûr aussi hors du réseau de la MMF, par exemple dans les syndicats, les RELATIONS janvier-février 2013 dOSSieR organismes de coopération internationale ou encore à la FFQ, dans son comité « Femmes et mondialisation » ou celui qui s\u2019est mobilisé au sujet du féminicide à Ciudad Juarez, au Mexique, un crime qui se répand malheureusement ailleurs dans ce pays ainsi qu\u2019en Amérique centrale.Rel.: Quels défis vous apparaissent prioritaires?E.C.: Comme on le sait, le gouvernement fédéral a entrepris une attaque d\u2019envergure contre les groupes féministes et les droits des femmes, en particulier le droit à l\u2019avortement.Il faut comprendre que ce droit est actuellement remis en question partout dans le monde, sous l\u2019effet de la montée de la droite, notamment de la droite religieuse.La situation est extrêmement difficile et les acquis sont très fragiles.On observe une remise en question des droits des femmes dans plusieurs pays.Les Tunisiennes, par exemple, qui avaient conquis de haute lutte des droits que les femmes n\u2019ont pas ailleurs dans le monde arabe et qui s\u2019étaient fortement mobilisées pour faire tomber le régime de Ben Ali, sentent maintenant qu\u2019elles perdent du terrain, particulièrement dans le cadre des travaux sur la nouvelle constitution.Il y aura une forte mobilisation des femmes au prochain Forum social mondial à Tunis à la fin mars.Ce sera un moment très important de solidarité.Que nous soyons du Nord ou du Sud, la montée des intégrismes, qu\u2019ils soient de n\u2019importe quelle religion, s\u2019observe un peu partout, s\u2019ajoutant au capitalisme et au patriarcat que nous combattons.Ce sera l\u2019un des enjeux prioritaires de la prochaine rencontre internationale de la MMF, en août prochain, où sera définie la prochaine grande mobilisation mondiale prévue en 2015.Sur le plan organisationnel, les défis sont également nombreux.C\u2019est de plus en plus difficile pour les groupes de femmes et la MMF n\u2019y échappe pas.Son secrétariat international - dont le lieu change tous les six ans - fonctionne avec peu de moyens au Brésil, avec trois employées qui travaillent désormais à temps partiel.Dans les différents pays, tout repose sur le financement par projets, la générosité des militantes et de leurs alliés, les nouvelles technologies aussi, comme Skype, qui nous sont bien utiles.Rel.: Interpellez-vous toujours les grandes institutions internationales comme au début?E.C.: En 2000, la Marche s\u2019était terminée à New York, le 17 octobre, devant les bureaux de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international.Il y a aussi eu une rencontre aux Nations unies avec des délégations de différents pays.Mais on se demande ce que cela donne de les interpeller alors qu\u2019on n\u2019a jamais reçu de véritables réponses.Les missions des Casques bleus de l\u2019ONU suscitent aussi un S\u2019il y a quelque part dans le monde un gain pour les femmes, il peut se transformer en gain collectif un peu partout, l\u2019histoire l\u2019a démontré.grand questionnement.Les femmes sont très critiques à leur égard, particulièrement celles qui vivent dans les zones de conflit ou de guerre comme en Haïti, par exemple, où ces soldats ont commis des violences contre les femmes.Pour l\u2019instant, la MMF se tient donc un peu loin des grandes institutions internationales et l\u2019heure est aux remises en question.On cible davantage les gouvernements des différents pays et certains processus nouveaux, comme l\u2019Alliance bo-livarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA).Rel.: Certains critiquent les rencontres internationales en y voyant une forme de tourisme militant.Que leur répondez-vous?E.C.: On entend de moins en moins ce type de critiques et elles viennent presque toujours des mêmes qui tiennent un discours plus individualiste ou critique des syndicats, par exemple, lorsque ceux-ci estiment important de se mobiliser pour des causes sociales.Or, on ne peut pas travailler de façon isolée, en silo.Dans toutes les batailles que nous menons, s\u2019il y a quelque part dans le monde un gain pour les femmes, il peut se transformer en gain collectif un peu partout, l\u2019histoire l\u2019a démontré.Au sein du féminisme solidaire international, je reste vraiment frappée par l\u2019harmonie et le grand respect qui caractérisent nos relations les unes avec les autres, par-delà les différences religieuses, culturelles ou autres.Il y a des débats parfois difficiles, mais une recherche constante de dialogue afin de rester dans une dynamique constructive.On essaie toujours de fonctionner par consensus.Par exemple, certains pays n\u2019étaient pas d\u2019accord pour que la MMF intègre la défense des droits des lesbiennes dans sa plateforme, et c\u2019est avec le temps que nous avons réussi à mieux enraciner l\u2019ensemble de la question des droits des femmes, incluant ceux des lesbiennes.Ce n\u2019est pas en gardant le débat à l\u2019échelle locale qu\u2019on peut att eindre ce résultat.Actuellement, un sujet qui reste très délicat dans notre réseau est celui de la prostitution vs le travail du sexe.Il va falloir l\u2019aborder, mais on essaie d\u2019avoir beaucoup de sagesse : lorsqu\u2019on sent que le fruit n\u2019est pas mûr, on invite chaque pays à faire le débat et on poursuit la discussion sans précipiter une prise de position.Aussi la grande diversité à laquelle les militantes sont exposées est très riche d\u2019enseignements.Les femmes autochtones, par exemple, arrivent toujours avec un rituel très spirituel, symbolique et très politique aussi, rendant hommage à la Terre-Mère.Ailleurs, il peut arriver que des musulmanes se retirent d\u2019une rencontre pour prier.Ce type d\u2019expériences peut parfois déstabiliser les féministes québécoises que nous sommes, il faut l\u2019avouer, mais cela nous révèle de nouvelles perspectives et nous aide à nous ouvrir à l\u2019Autre.Les féministes catholiques sont aussi très présentes au sein de la MMF et y contribuent grandement.\u2022 PROPOS RECUEILLIS PAR CATHERINE CARON janvier-février 2013 RELATIONS Ce qui est profond - fiction MYLENE BOUCHARD « L'être et le devoir-être, ça fait deux; ce n'est pas parce qu'un comportement est inné qu'il doit être tenu pour sacré, admirable ou intouchable; encore faut-il commencer par ne pas nier ce qui est.» Nancy Huston es hommes et les femmes sont seuls et ensemble.Je regarde le lac.D'instinct, quand on me parle de féminisme, j'ai des pensées pour les hommes.Je pense en moi-même : « Tu es une femme et il y a forcément un homme devant tes yeux.Un homme à inclure.» Je pense aux mots de ma mère québécoise, lorsque j'attendais mon premier enfant : « La femme prend soin de l'enfant et l'homme prend soin de la femme.» Le gentleman n'est pas une patère dans une salle d'accouchement.Des liens soutenus unissent les hommes et les femmes.Un code de vie.Histoires de coude-à-coude.L'un et l'autre.Du plus profond du cœur.Les hommes et les femmes ont des natures qui se répondent et s'opposent.Je suis féministe quand le mouvement pousse la femme vers la femme.On se développe à partir de sa propre enveloppe.On s'élève ainsi, comme être dans le monde.Force tranquille.Dominer ses faiblesses.Prendre sur soi.Réside là le pouvoir.Être seuls et ensemble.Nos sociétés imparfaites mènent de grandes batailles.Dans la brousse burkinabè, en plein cœur du jour, quand j'étais seule (de femme), je me demandais : « Où sont les femmes?» Les hommes, aucunement pressés, fumaient tranquillement sous le toit de tôle.Ils me dévisageaient, tous.Où sont les femmes?Dans le fond des cours à attiser les braises.À bosser dur.L'Afrique, c'est les femmes.Analphabètes.Développement social.Microcrédit.Tonus du continent.Prendre soin de l\u2019enfant.Quand il est fiévreux, l'enfant réclame sa maman.J'observe les femmes.Où sont les femmes?J'inclus les femmes.Où sont les femmes?Je souhaite que la femme se développe à partir de ce qu'elle est, sans persécution.Que fabriquent les femmes québécoises?Où sont les jeunes femmes comme moi, à qui les mères rappellent l'ABC de la maternité?Les questions ne se posent pas.Elles sont partout.Dans toutes les sphères.Sur la scène, en coulisses, à la régie.En phase.Elle réfléchit.Regarde, court, bosse dur.Intéressée, empathique, instruite.Pour gagner d'autres batailles.Je suis entourée d'hommes.Nous regagnons nos tentes, postées directement sur la plage.Un vent fort et chaud nous saisit.Le lac s'ébat, des vagues longues font un rare tapage.C'est à peine si l'on s'entend parler et dire précisément le fantasme naissant : une baignade nocturne dans un élément déchaîné.Arrivés au campement, nous nous précipitons dans l'eau, tous, sans retenue.La température de l'eau est égale à la température de l'air, dans la nuit, à peine passé minuit, dans le lac, dans les vagues, avant le sommeil parfait.Nous sommes seuls et ensemble et nul ne ressent désormais le besoin de parler.L'auteure est écrivaine Laurence Cardinal, Contes T13, 1995, techniques mixtes sur toile, 123 x 71,5 cm.Photo : Guy L\u2019Heureux RELATIONS janvier-février 2013\t03 dOSSieR Des chrétiennes engagées et insoumises L\u2019histoire du mouvement des femmes au Québec est marquée par la collaboration entre féministes croyantes et laïques, une solidarité essentielle à la reconnaissance pleine et entière des femmes.trop souvent ces femmes entre des dimensions importantes de leur identité.Cela en a découragé plusieurs, qui ont renoncé à concilier aspirations féministes et engagement religieux.Mais la détermination de certaines a permis que naissent différentes initiatives de résistance qui ont pris des formes créatives et variées d\u2019hier à aujourd\u2019hui.L'auteure est directrice du Centre justice et foi et de la revue Relations Laurence Cardinal, Mixtio Tj, 2010, techniques mixtes sur toile, 168 x 102 cm.Photo: Guy L\u2019Heureux ÉLISABETH GARANT LJ histoire des femmes au Québec est traversée de multiples liens entre le mouvement des femmes, le ¦ féminisme et les croyantes.Les avancées sociales et politiques qui furent réalisées pour l\u2019égalité entre les femmes et les hommes comme pour l\u2019amélioration des conditions de vie des femmes ont bénéficié maintes fois de cette solidarité entre féministes croyantes et laïques.Les croyantes ont aussi puisé au sein du mouvement des femmes l\u2019inspiration nécessaire pour s\u2019opposer au patriarcat et aux pratiques discriminatoires au sein de leurs communautés de foi.Mais, à toutes les époques, cette double allégeance a été source de critiques, de tensions et de pressions de la part des autorités religieuses, écartelant LES DÉBUTS DU FÉMINISME CHRÉTIEN AU QUÉBEC En 2007, à l\u2019occasion des 100 ans de fondation de la première association féministe canadienne-française, la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (FNSJB), Micheline Dumont1 rappelait le rôle qu\u2019y ont joué les chrétiennes, particulièrement la catholique Marie Lacoste Gérin-Lajoie.C\u2019est sous sa présidence, de 1913 à 1933, que l\u2019institution a mené, en étroite collaboration avec d\u2019autres féministes, des luttes difficiles dont celles pour le droit de vote des femmes et la réforme du statut des épouses dans le Code civil.Forcée par les évêques de se retirer de la présidence du Comité provincial pour le suffrage féminin, qui rassemblait des féministes laïques et croyantes, Marie Lacoste reste malgré tout fidèle à ses convictions féministes et catholiques.i4.janvier-février 2013 RELATIONS Elle identifie de nouvelles stratégies pour que l\u2019action de la FNSJB continue de contribuer à l\u2019élargissement du rôle des femmes dans la société et à l\u2019avancement de leurs revendications tout en les préparant à l\u2019exercice du droit de vote -qui leur fut accordé en 1940.En 1966, sous la présidence de Marie-Ange Madore, la FNSJB choisira d\u2019intégrer la Fédération des femmes du Québec, nouvellement créée et non confessionnelle, ouvrant ainsi une nouvelle ère de collaboration entre les croyantes et le mouvement des femmes.LES CROYANTES AU SEIN DU MOUVEMENT DES FEMMES Les croyantes épousent différentes revendications des femmes, s\u2019impliquent au sein de plusieurs organisations et adoptent généralement une attitude de grande discrétion quant aux convictions religieuses qui motivent leur engagement.Leur apport au mouvement est indéniable, qu\u2019il s\u2019agisse du temps qu\u2019elles lui consacrent ou du soutien financier qu\u2019elles offrent, principalement à travers les dons de plusieurs communautés religieuses féminines.Les croyantes ont aussi souvent défriché de nouveaux terrains d\u2019engagement féministe, auprès des femmes des milieux défavorisés ou en milieu carcéral1 2, par exemple.Il y a dix ans, elles créaient également le Comité d\u2019action contre la traite humaine interne et internationale (CATHII) pour lutter contre une réalité dévastatrice qu\u2019elles ont contribué à révéler au grand jour.Motivées par leur engagement au sein du mouvement des femmes, les chrétiennes s\u2019organisent aussi pour lutter contre le patriarcat au sein de l\u2019institution ecclésiale.En 1977, la Collective L\u2019autre Parole voit le jour pour dénoncer les abus du pouvoir patriarcal de l\u2019Église catholique et son discours visant le contrôle de la sexualité des femmes.Mais elle crée surtout un espace de liberté permettant une relecture et une réappropriation des textes bibliques nourries de l\u2019expérience des femmes.En 1982, c\u2019est le réseau Femmes et Ministères qui voit le jour pour regrouper les femmes engagées sur le terrain de la pastorale, les aider à combattre le cléricalisme et la discrimination qui les empêchent d\u2019occuper en pleine égalité toutes les fonctions dans l\u2019Église.Puis, en 1987, des membres de communautés féminines se regroupent pour créer ce qui est aujourd\u2019hui l\u2019Association des religieuses pour le droit des femmes.Elles puisent au courage des La complémentarité de nos expériences peut nous permettre d\u2019affronter ensemble des réalités qui s\u2019enracinent dans des logiques identiques, qu\u2019elles soient économiques, politiques ou religieuses.1.\tM.Dumont, « Les débuts du féminisme québécois : cent ans d\u2019histoire pour la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste », Le Devoir, 28 mai 2007.2.\tVoir la recension du livre La justice pénale de la Société Elizabeth Fry, dans Relations, no 759, septembre 2012.3.\tJ.Philipps, « Et pourtant, pourtant.», dans le dossier « Vers un nouveau tissage de la laïcité et de l\u2019égalité des sexes », L\u2019autre Parole, no 133, septembre 2012.fondatrices de leurs diverses communautés pour actualiser ensemble un parti pris en faveur des femmes, surtout les plus pauvres et marginalisées.Ces initiatives de croyantes ne sont pas les seules, mais elles représentent au sein de la Fédération des femmes le dynamisme et la complémentarité de l\u2019action des chrétiennes féministes.Leur engagement favorisera l\u2019émergence d\u2019une théologie féministe au Québec, de même que la nomination de femmes à des postes de responsabilité au sein même de l\u2019Église catholique.Cet engagement mènera aussi à des prises de positions explicites de l\u2019épiscopat, dans les années 1970 et 1980, en faveur d\u2019une égalité dans l\u2019exercice de tous les ministères, même ordonnés.L\u2019intervention du pape, en 1994, vient toutefois clore le débat sur l\u2019ordination des femmes.Débute alors une décennie de silence sur ces questions.Suivront ensuite des reculs quant à la reconnaissance des femmes dans l\u2019Église, le cléricalisme et le conservatisme reprenant leurs aises.LES PERSPECTIVES POUR LES CROYANTES FÉMINISTES Face aux attaques inquiétantes portées actuellement contre les acquis des femmes par les droites politiques, économiques et religieuses, nous ne pouvons laisser le champ libre aux visions et pratiques inégalitaires qui bafouent autant les idéaux humanistes que ceux portés par les traditions religieuses.Les dernières décennies ont permis l\u2019émergence d\u2019une parole publique enracinée dans l\u2019expérience des femmes; notre premier pouvoir est celui de refuser de nous taire.Les manœuvres et les intimidations ne doivent pas laisser les forces autoritaires reprendre le contrôle.Notre solidarité est à cet égard notre seule protection.Nous devons aussi mener une recherche commune, féministes croyantes et laïques, pour débusquer les fondamentalismes et les conservatismes.La complémentarité de nos expériences peut nous permettre d\u2019affronter ensemble des réalités qui s\u2019enracinent dans des logiques identiques, qu\u2019elles soient économiques, politiques ou religieuses.Les chrétiennes, pour leur part, ont utilisé tous les recours possibles pour tenter de faire évoluer de l\u2019intérieur leurs traditions religieuses en prenant appui sur les avancées faites par les femmes dans les autres sphères de la vie collective.Alors que le cléricalisme et l\u2019exclusion des femmes des postes de pouvoir reprend force dans certaines institutions, il est nécessaire d\u2019explorer de nouvelles stratégies d\u2019action.Johanne Philipps, dans la dernière édition de la publication électronique L\u2019autre Parole3, rappelle que les institutions religieuses sont soumises aux lois et règlements RELATIONS janvier-février 2013 es dOSSieR qui prévalent dans la société civile (droit criminel, droit d\u2019association, normes du travail, etc.).Elle invite alors à une application effective aux institutions religieuses de la législation en matière d\u2019égalité et de lutte à la discrimination envers les femmes.Les traditions religieuses revendiquent le droit d\u2019être présentes et d\u2019intervenir dans l\u2019espace public.Elles ne peuvent donc pas se défiler devant les règles communes qui y prévalent.Les tentatives d\u2019imposer un contrôle centralisateur, de contourner les appels à la transparence et de faire prévaloir des positions dogmatiques sur la liberté de conscience se multiplient dans les institutions politiques et religieuses.Un autoritarisme qu\u2019illustre bien ce que vit l\u2019association des religieuses américaines, la Leadership Conference of Women Religious (LCWR).Celle-ci a été mise sous enquête par les autorités ecclésiales qui lui reprochent sa proximité avec les mouvements sociaux, surtout celui des femmes, et ses prises de position solidaires revendiquant des transformations radicales dans la société comme dans l\u2019Église, au nom de la justice sociale.Malgré les reculs, nous pouvons trouver une inspiration pour vivre les temps présents et garder foi en l\u2019avenir dans la réponse donnée au Vatican par ces religieuses.Refusant la soumission face à l\u2019intimidation, la présidente de la LCWR, Pat Farrell, dans son discours livré lors de l\u2019Assemblée 2012 de l\u2019association, invitait courageusement ses membres à voir dans la crise qu\u2019elles traversent les mêmes dynamiques que celles à l\u2019œuvre dans la crise beaucoup plus large que traverse un monde mis en danger par l\u2019individualisme, le patriarcat, l\u2019étroitesse d\u2019esprit et la compétition.Pour en sortir, elle indiquait la nécessité de virages majeurs en faveur de l\u2019égalité, de la collaboration, de l\u2019interdépendance, de la connaissance intuitive et de l\u2019amour.Elle rappelait, pour y arriver, l\u2019importance de la contemplation, de la parole prophétique, de la solidarité avec les personnes exclues, des structures participatives, de la non-violence et de « l\u2019espérance joyeuse ».Mais une espérance que les croyantes disent aussi tenace, « têtue », inspirée par une foi qui fait vivre et qui refuse de laisser triompher l\u2019injustice.\u2022 POUR PROLONGER LA RÉFLEXION LIVRES BAILLARGEON, Denyse, Brève histoire des femmes au Québec, Montréal, Boréal, 2012.BLAIS, Mélissa, «J'haïs les féministes! » Le 6 décembre 1989 et ses suites, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2009.CORBEIL, Christine et MARCHAND, Isabelle (dir.), L\u2019intervention féministe d\u2019hier à aujourd\u2019hui.Portrait d\u2019une pratique sociale diversifiée, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2010.DUMAIS, Monique (dir.), Franchir le miroir patriarcal - Pour une théologie des genres, Montréal, Fides, 2007.DUMONT, Micheline et TOUPIN, Louise, La pensée féministe au Québec, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2003.GIRAUD, Isabelle et DUFOUR, Pascale, Dix ans de solidarité planétaire : perspectives sociologiques sur la Marche mondiale des femmes, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2010.LAMOUREUX, Diane, « Féminisme et mouvement des femmes : entre émancipation et libération», dans G.Tremblay (dir.), L\u2019émancipation hier et aujourd\u2019hui, Québec, Presses de l'Université du Québec, 2009.MENSAH, Maria Nengeh (dir.), Dialogues sur la troisième vague féministe, Montréal, Éditions du remue-ménage, 2005.ROY, Marie-Andrée, « Les femmes, le féminisme et la religion », dans J.-M.Larouche et G.Ménard (dir.), L\u2019étude de la religion au Québec : Bilan et prospective, Québec, Presses de l'Université Laval, 2001.REVUES Bulletin Vivre ensemble, H.Tessier, « Égalité hommes-femmes, laïcité et montée appréhendée des fondamentalismes », vol.19, no 65, printemps 2012; O.Glacier, « Femmes et traditions religieuses », vol.16 no 55, printemps 2009.DESCARRIES, Francine, « Le mouvement des femmes québécois : état des lieux », Cités, vol.3, no 23, 2005.Développement social, dossier « Ce que femmes veulent », vol.13, no 1, mai 2012.La Gazette des femmes MAILLÉ, Chantal, « Migrations : femmes, mouvement et \u201crefondation\u201d du féminisme », Recherches féministes, vol.15, no 2, 2002.Nouveaux Cahiers du socialisme, dossier « Luttes, oppressions, rapports sociaux de sexe », no4, automne 2010.QUÉNIART, Anne et JACQUES, Julie, « Trajectoires et sens de l'engagement chez les jeunes militantes féministes », Cahiers de recherche sociologique, no 37, 2002.Recherches féministes Relations, C.Caron, « Un 8 mars entre rage et espoir », no 755, mars 2012; E.Garant, « Le féminisme dans tous ses états », no 751, septembre 2011; B.Legault, « Paroles féministes », no 751, septembre 2011; L.Boivin, « Précarité, femmes et rapports de pouvoir », no748, mai 2011; A.Conradi et E.-M.Lacasse, « Marche mondiale des femmes », no 739, mars 2010; P.Sévigny, «Toujours rebelles», no 729, décembre 2008; dossier « Les femmes sur tous les fronts », no 707, mars 2006.FILMS 24 poses féministes de Caroline Hayeur, Québec, 2012.Attention Féministes! de Rozenn Potin, Québec, 2011.Désirs de liberté de Paula McKeown, Québec, 1996.SITES : Centre de documentation sur l'éducation des adultes et la condition féminine : Mouvement RebELLEs Réseau d'action pour l'égalité des femmes immigrées et racisées du Québec : site féministe d'information * janvier-février 2013 RELATIONS PROCHaiN NUméRO Le numéro de mars de la revue Relations sera disponible en kiosques et en librairies le 1er mars.Pensez à le réserver.Il comprendra notamment un dossier sur le racisme et la xénophobie Si les idéologies fondées sur la notion de race ne sont plus tolérées dans nos sociétés libérales, le racisme et la xénophobie n\u2019en sont pas disparus pour autant.Quels visages revêtent aujourd\u2019hui ces formes de discrimination?L\u2019exclusion se fait-elle sur une base ethno-biologique ou plutôt sous prétexte de prétendues incompatibilités culturelles?L\u2019islamophobie prend-elle le relais de l\u2019antisémitisme?Et quelles initiatives politiques sont menées pour enrayer le racisme et la xénophobie?Ce dossier cherchera à en démasquer les nouveaux avatars, tout en identifiant les mécanismes d\u2019exclusion à l\u2019œuvre dans notre société.À lire aussi dans ce numéro : \u2022\tun débat sur les salons du livre; \u2022\tun regard sur le rôle du Centre justice et foi dans la société québécoise, à l\u2019occasion de son 30e anniversaire; Monsieur Singh, communauté sikh montréalaise.Photo: Olivier Hanigan \u2022\tune analyse du « coup d\u2019État constitutionnel » au Paraguay; \u2022\tle Carnet de José Acquelin; \u2022\tla chronique littéraire de Virginia Pésémapéo Bordeleau; \u2022 des photographies de notre artiste invité, Olivier Hanigan, qui font partie du projet d\u2019exposition Montre-moi ce que tu vois de l\u2019autre que je ne vois pas, en tournée 2008-2013 (réalisé par la commissaire Johane Bergeron).Recevez notre infolettre par courriel, peu avant chaque parution.Inscrivez-vous à notre liste d'envoi sur la page d'accueil de notre site Internet : .An«tonGnjn g«oort lacrou spiritualitésai www.cssante.ca 418 682-7939 Un espace de réflexion, d\u2019analyse, de dialogue et d'information\tt , VIEILLIR » I JH\tAv L\u2019AUTRE DANS ^ LES SOINS Joyce RocK \t\t\t\t\t\t\t ¦BfilSfi 1\tH\t\t\t\t\t\t RELATIONS janvier-février 2013 B aiLLeuRS Le Vatican, le plus petit des États La Cité du Vatican est un État dont la raison d\u2019être, étrangement, est d\u2019être au service d\u2019une Église.NORMAND PROVENCHER L'auteur est professeur émérite à la Faculté de théologie de l'Université Saint-Paul à Ottawa «L e Vatican soutient la stratégie choisie par les évêques i français » : tel est le titre d\u2019un article paru récemment dans le journal parisien La Croix.En le parcourant, le lecteur se rend compte qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un encouragement du pape Benoît XVI adressé à des évêques qui lui rendaient visite.Dans la même édition de ce journal, un autre article s\u2019intitulait « En visite à Rome, les évêques français notent un changement de climat ».Or il s\u2019agit ici des Congrégations de la Curie romaine.Très souvent, on confond le Vatican avec le pape, Rome, le Saint-Siège, le Siège apostolique, la Curie romaine.Si ces réalités entretiennent des rapports étroits entre elles, elles sont toutefois bien distinctes.En particulier l\u2019État du Vatican.DE LA TOMBE DE PIERRE À L\u2019ÉTAT DU VATICAN Rome .VATICAN SUISSE AUTRICHE HONGRIE SLOVÉNII \u2022Milan FRANCE BOSNIE- iRZÉGOVINE ST-Mi MONACO ITALIE Corse VATICAN ALBANIE Pour comprendre la situation unique de l\u2019Église catholique, il faut la situer dans l\u2019histoire.Sur le flanc du Vatican, nom donné à l\u2019une des sept collines de Rome, il y avait un ITALIE cimetière où l\u2019apôtre Pierre fut enterré après avoir subi le martyre vers l\u2019an 64.En 313, l\u2019empereur Constantin mit fin aux persécutions et accorda une existence juridique à l\u2019Église et à la papauté.Sur la tombe du pêcheur de Galilée, il fit construire une basilique qui devint l\u2019un des lieux importants de pèlerinage.Durant plus d\u2019un millénaire, les papes ne résidaient pas au Vatican mais près de la basilique Saint-Jean-de-Latran, la cathédrale du diocèse de Rome.C\u2019est seulement au XIVe siècle que Grégoire XI et ses successeurs vinrent habiter au Vatican, à l\u2019exception de leur séjour à Avignon de 1305 à 1377.Au XVIe siècle, Jules II fait entreprendre la construction de la grandiose basilique Saint-Pierre, chef-d\u2019œuvre de Bramante, de Michel-Ange et du Ber-nin.On ajoute ensuite le palais apostolique, résidence du pape et siège du gouvernement central de l\u2019Église, et aussi d\u2019autres édifices dont la célèbre bibliothèque vaticane et la chapelle Sixtine avec sa fameuse fresque du Jugement dernier de Michel-Ange.Avec les années, les papes devinrent les chefs temporels des États pontificaux, qui représentaient presque le tiers de l\u2019Italie actuelle.Dans le contexte de l\u2019unification italienne, la prise de Rome, le 20 septembre 1870, marqua la fin du pouvoir temporel des papes.Pie IX et ses successeurs ne reconnurent pas le fait accompli de la spoliation, se considérant dès lors comme prisonniers au Vatican.LES ACCORDS DU LATRAN Il faut attendre la signature des accords du Latran, le 11 février 1929, par le cardinal Gasparri, au nom de Pie XI, et le premier ministre Mussolini, au nom du roi Victor Emmanuel III, pour que le pape soit finalement chez lui et souverain du plus petit État du monde.Pie XI avait insisté pour obtenir une certaine souveraineté territoriale, jugée nécessaire pour assurer l\u2019indépendance de la papauté et le rayonnement du Saint-Siège.Les accords du Latran lui accordèrent donc un territoire de 0,44 km2, le Vatican, presque entièrement ent ouré de hauts murs, construits au IXe siècle pour protéger le tombeau de Pierre des envahisseurs.S\u2019y ajoutent les trois grandes basiliques romaines, quelques immeubles dans la ville de Rome et les villas de Castel Gandolfo, qui bénéficient du privilège de l\u2019exterritorialité.Une compensation financière complétait le traité, en dédommagement pour la perte des anciens États pontificaux et des biens ecclésiastiques.Ainsi naissait un nouvel État en 1929.LE GOUVERNEMENT Il ne faut pas confondre l\u2019administration de la Cité de l\u2019État du Vatican avec le Saint-Siège qui comprend la Curie romaine, composée de neuf congrégations, divers secrétariats et des tribunaux.Ces institutions sont chargées d\u2019assister le pape dans le gouvernement de l\u2019Église universelle, comptant 1,2 milliard de catholiques.Le Vatican, comme État, a son drapeau, sa monnaie, ses timbres postaux, son hymne pontifical, sa radio et son journal, son imprimerie, sa gendarmerie, ses tribunaux.Il accorde la citoyenneté vati-cane et émet ses propres passeports.Il lui revient d\u2019exercer d\u2019autres fonctions, reliées aux musées ou encore à l\u2019entretien des jardins et des édifices.La plénitude des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire du Vatican reviennent au pape, souverain de l\u2019État du Vatican et autorité suprême de l\u2019Église catholique.Le pouvoir législatif est confié à une commission de cardinaux, présidée par un cardinal-président, auquel est délégué aussi le pouvoir exécutif.janvier-février 2013 RELATIONS 'AVI \\\t\\ i \\ IU, II.rrKi.Nc-iri>Ai\u2018
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