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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Octobre 2015, Vol. 54, No. 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2015, Collections de BAnQ.

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[" PAR NORMAND BAILLARGEON PAR JEAN-FRANÇOIS CLICHE Éducation LA FIN DES CRAYONS?quEbEc SciEncE Octobre 2015 QUEBECSCIENCE.QC.CA 6 , 4 5 $ MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 P P 4 0 0 6 5 3 8 7 La frénésie numérique menace-t-elle la qualité de l\u2019enseignement?Quel impact sur le cerveau de nos enfants?AIDE À MOURIR MALAISE DANS LES SOINS PALLIATIFS CANNABIS DROGUE OU MÉDICAMENT UN PROJET FOU REMORQUER UN ASTÉROÏDE N O U V E L L E S C H R O N I Q U E S AUTODÉFENSE INTELLECTUELLE LES GRANDES QUESTIONS DU MONDE NORMAND BAILLARGEON JEAN-FRANÇOIS CLICHE parcsquebec.com | 1 800 665-6527 L\u2019UNIVERS LA VIE NOS ANCÊTRES DÉCOUVREZ NOS ORIGINES À A P RCS NATIONA TROIS VERS TRA UX isites de l\u2019ASTROLab et de l\u2019Observatoire V \u2022 TIONAL ARC NA DU MONT P -MÉGANTIC isite V \u2022 du Musée d\u2019histoire naturelle ASHA TIONAL DE MIGU ARC NA P Activités de fouilles archéologiques \u2022 T ARC NA IONAL DU LA P A T A C-TÉMISCOU Soirées d\u2019astronomie \u2022 Activités de découverte \u2022 Hébergement \u2022 : Adrian Burke, Mathieu Dupuis, Patrick Eid, Johanne Kerr Photos , NASA et Luc Rousseau D \u2022 évoilement du fossile complet d\u2019Elpistostege Activités de découverte \u2022 Randonnée à la falaise de foss \u2022 iles oyage malécite en rabaska V \u2022 \u2022 isites des sites V parc avec un archéologue Activités de découverte \u2022 Hébergement \u2022 archéologiques du I _ _ i . quEbEc SciEncE OCTOBRE 2015 ENTREVUE 6 LES LEÇONS DU PASSÉ Ce n\u2019est pas d\u2019hier que les sociétés humaines vivent des transitions énergétiques.Un historien nous en explique les répercussions.Propos recueillis par Elias Levy 11 LA BONNE VOIX Vous êtes candidat aux prochaines élections?Baissez le ton, conseillent des chercheurs! Par Manon Cornellier 12 VIVE LA VACHE LIBRE! Pratiques nouvelles et robots spécialisés sont en train de révolutionner le travail à l\u2019étable.Résultat, des producteurs et leurs vaches plus libres que jamais! Par Guillaume Roy 14 PLUTON VUE D\u2019ICI En atteignant Pluton, la sonde New Horizons a réussi l\u2019un des grands coups scientifiques de l\u2019été.Mais on a moins entendu parler du rôle qu\u2019y a joué l\u2019ingénieur québécois Frédéric Pelletier.Par Daniel Bastien ACTUALITÉS C O U V E R T U R E : L I M H Y E O N S U / C O R B I S 9 Normand Baillargeon C\u2019est un complot! Mais peut-être pas\u2026 18 Jean-Pierre Rogel Le Nord à l\u2019envers 47 Jean-François Cliche Gagner à la loterie 50 Serge Bouchard Le dentiste du lion SANTÉ 28 Cannabis: drogue ou médicament?Les médecins canadiens peuvent prescrire du cannabis pour soulager les douleurs de leurs patients, calmer leurs spasmes musculaires ou les aider à dormir.Pourtant, on sait encore très peu de choses sur les effets thérapeutiques de la marijuana.Par Dominique Forget ASTRONAUTIQUE 34 Remorquage très spatial Aller rejoindre un lointain astéroïde, en rapporter un morceau pour le mettre en orbite autour de la Lune.À quoi joue la NASA?Par Joël Leblanc ÉTHIQUE 39 Aide à mourir: Malaise aux soins palliatifs La loi québécoise sur les soins de fin de vie doit entrer en vigueur en décembre 2015.Mais les questions pratiques sont loin d\u2019être résolues.Dans les services de soins palliatifs, notamment, les médecins s\u2019apprêtent à refuser l\u2019acte.Qui alors administrera les injections létales?Par Marine Corniou RUBRIQUES CHRONIQUES A T A ÉDUCATION 20 Écrire ou taper?Cela semble l\u2019évidence.Comme nous écrivons et écrirons de plus en plus au clavier \u2013 au point que plusieurs d\u2019entre nous perdent peu à peu l\u2019habitude de tracer les lettres au crayon \u2013 à quoi sert-il à nos enfants d\u2019apprendre à écrire à la main?Et pourquoi en lettres attachées?21 Une révolution pédagogique 24 Des lettres bien attachantes ~ Que se passe-t-il dans le cerveau quand on apprend à écrire?26 Écrire à la main, étape par étape 27 L\u2019ordinateur: bon pour les garçons Un dossier de Hélène Matteau 4 BILLET Crimes de guerre par Raymond Lemieux 5 AU PIED DE LA LETTRE 44 AUJOURD\u2019HUI LE FUTUR Par Joël Leblanc 45 SUR LA TOILE Par Marine Corniou almyre, Kalkhu, Hatra, Mos- soul, en Syrie et en Irak.Ces hauts lieux de civilisation sont tombés entre les mains de vandales.Ce sont des sites que très peu d\u2019entre nous, avouons-le, connaissaient.Mais leur destruction aveugle et stupide nous désole, car elle efface à jamais des témoignages du développement des sociétés humaines.L\u2019archéologie s\u2019en remet- tra-t-elle?Cette campagne de destruction s\u2019apparente à ce qu\u2019ont fait les talibans d\u2019Afghanistan en dynamitant les fameux bouddhas géants de Bâmiyân; les salafistes au Mali, en rasant des mausolées classés au patrimoine mondial; les Saoudiens, en détruisant récemment de nombreux monuments à Médine ou à La Mecque; voire les soldats des États-Unis, en installant une base militaire en plein milieu des ruines de l\u2019ancienne Babylone.Des dommages irréversibles.Cette partie du monde est le berceau des civilisations, comme ont pu l\u2019apprendre ceux et celles qui ont reçu des cours d\u2019histoire de l\u2019Antiquité.C\u2019est là, dans l\u2019ancienne Mésopotamie, le long des rives du Tigre et de l\u2019Euphrate, que sont nées l\u2019agriculture et l\u2019écriture, rien de moins.Et ce n\u2019est pas tout.C\u2019est là aussi que les premières règles du droit et du commerce ont été conçues.Les fanatiques aux œillères religieuses n\u2019ont jamais cessé de vouloir manipuler l\u2019histoire du monde à leur étroite façon.Pour adapter la réalité à leurs croyances?Aux yeux des sbires de l\u2019État islamique (EI), tout ce qui existait avant la venue de l\u2019islam doit être éliminé.Dans cette même logique, rien ne les empêche de s\u2019attaquer demain aux pyramides d\u2019Égypte.Les actes de destruction ont été décrits comme des crimes de guerre par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki- Moon.Et la directrice générale de l\u2019auguste UNESCO, Irina Bokova, aurait saisi la procureure de la Cour pénale internationale à ce propos.Si les coupables devaient être jugés, on pourrait toujours les condamner aux travaux forcés.Combien de temps leur faudrait-il pour reconstruire un mausolée ou façonner un bouddha géant?Cinquante ans?Mais pas besoin d\u2019être prophète pour le savoir : ce n\u2019est pas demain la veille que les vandales comparaîtront devant le tribunal.ortement médiatisées, les images de destruction qu\u2019ont fait circuler les démolisseurs permettent d\u2019oc - culter une autre tragédie : le pillage des sites archéologiques.Un temple ne se déplace pas comme une maison mobile et il se vend assez mal sur le marché noir.Mais pas les sculptures ou les bas-reliefs.L\u2019EI en profite allègrement.L\u2019UNESCO es - ti me que ce trafic représente des revenus de 2 à 6 milliards de dollars par année pour les terroristes.Mais qui sont leurs clients, pensez-vous?Qui sont ces acheteurs sans scrupule?Certainement pas les habitués de Dollarama! Le comble, c\u2019est que les États-Unis permettent l\u2019exportation des antiquités irakiennes qui n\u2019auraient pas été reconnues comme propriété d\u2019un musée ou d\u2019une institution.Autant dire que c\u2019est le bar ouvert pour les Indiana Jones en herbe.Au moins, elles ne sont pas détruites, dites- vous.Mais elles ne sont plus que des curiosités décoratives dans les salons privés des riches du monde.Aussi émouvants soient-ils, ces vestiges et ces objets d\u2019art, arrachés de leur contexte, deviennent muets.Des reliquats insignifiants dans un monde sans histoire.Est-ce cela que nous souhaitons?QS 4 Québec Science | Octobre 2015 Crimes de guerre Rédacteur en chef Raymond Lemieux r.lemieux@quebecscience.qc.ca Reporters Marine Corniou, Dominique Forget Collaborateurs Normand Baillargeon, Daniel Bastien, Serge Bouchard, Jean-François Cliche, Manon Cornellier, Joël Leblanc, Elias Levy, Hélène Matteau, Jean-Pierre Rogel et Guillaume Roy Éditing Hélène Matteau Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Alain Décarie, Julie Durocher, Frefon, Katy Lemay, Sarah Mongeau-Birkett Éditeur Pierre Sormany Administration et distribution Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chef, communications marketing Stéphanie Ravier Attachée de Presse Stéphanie Couillard PUBLICITÉ Claudine Mailloux Tél.: 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Dominique Roberge Tél.: 514 623-0234 droberge@velo.qc.ca SITE INTERNET www.quebecscience.qc.ca Abonnements Canada : 1 an = 35 $ + taxes, États-Unis : 64 $, Outre-mer : 95 $ Parution : Septembre 2015 (524e numéro) Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau.www.quebecscience.qc.ca Pour notifier un changement d\u2019adresse.Pour nous aviser d\u2019un problème de livraison.changementqs@velo.qc.ca Service aux abonnés : 1251, rue Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Tél.: 514 521-8356 poste 504 ou 1 800 567-8356 poste 504 Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions Dépôt légal : Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2015 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Le magazine sert avant tout un public qui recherche une information libre et de qualité en matière de sciences et de technologies.La direction laisse aux au teurs l\u2019entière res pon sabilité de leurs textes.Les manuscrits soumis à Qué bec Science ne sont pas retournés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide finan cière du ministère de l\u2019Économie, de l\u2019Innovation et des Exportations.Nous reconnaissons l'appui financier du gouvernement du Canada par l'entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.La Revue Québec Science 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 514 521-8356 courrier@quebecscience.qc.ca quEBEc SciEncE OCTOBRE 2015 VOLUME 54, NUMÉRO 2 C M C A A U D I T E D Par Raymond Lemieux Billet Les terroristes s\u2019attaquent à une nouvelle cible: la mémoire du monde.Ils agissent comme les cellules gliales dans le cerveau d\u2019un malade de l\u2019alzheimer.P F Octobre 2015 | Québec Science 5 Plus de 500 ! Vous avez été nombreux à nous faire parvenir des photos \u2013 plus de 500! \u2013 de votre pitou, minou, lapin, oiseau, poisson, hamster, poule et même mouton préféré pour illustrer notre édition d\u2019août-septembre, «Un numéro totalement animal».Une preuve de votre intérêt certain et, pour nous, une bonne raison de vous en concocter un autre avant longtemps! L\u2019acupuncture en cause Un lecteur, Mathieu Préfontaine, en a profité pour faire le point sur la distinction, essentielle quand on parle science, entre le fait et l\u2019opinion.Il écrit : «Je trouve que votre article \u201cTraités comme des rois\u201d donne trop d\u2019importance à l\u2019opinion de la docteure Marie-Élaine Roy au sujet de l\u2019acupuncture, surtout lorsqu\u2019elle fait référence à la médecine humaine.Les preuves sont encore insuffisantes pour qu\u2019on puisse affirmer que l\u2019acupuncture a des effets bénéfiques, sans compter que nombre d\u2019études sur le sujet présentent des métho - dologies douteuses.Je crois que c\u2019est le rôle des publications de vulgari - sation scientifique, comme la vôtre, que de distinguer entre les faits et les opinions!» courrier@quebecscience.qc.ca Au pied de la lettre Promesse tenue Dans son numéro d\u2019avril-mai dernier, Québec Science publiait un grand dossier, «Autisme, un monde en soi», et promettait de remettre 10% des revenus publicitaires de cette édition, ainsi que 1$ pour chaque copie vendue en kiosque, à la Fédération québécoise de l\u2019autisme, en soutien aux familles et à la recherche.Le 31 août, Pierre Sormany, éditeur et directeur général de Vélo Québec Éditions, remettait un chèque de 6800 $ à Annick Lavogiez, coordonnatrice de projets à la Fédération québécoise de l\u2019autisme.Merci à vous, lecteurs ! 1.Saint-Isidore-de-Clifton, l\u2019orme majestueux 4.Lac-Mégantic, le chêne de la résilience 3.Sainte-Angèle-de-Monnoir, hêtre ou ne pas être Élections vertes Voici les finalistes du concours de l\u2019arbre de l\u2019année Québec 2015 Votez en allant sur le site www.arbredelanneequebec.com.Il suffit de cocher pour l\u2019un des quatre arbres finalistes.Le vote se déroule jusqu\u2019au 30 septembre 2015.2.Rivière aux Sables, le vieux pin J E A N - F R A N C O I S L E B L A N C 6 Québec Science | Octobre 2015 ACTUALITES LE TOUR DE LA SCIENCE EN DEUX TEMPS TROIS MOUVEMENTS L es transitions énergétiques ont-elles toujours fait partie de notre histoire?En fait, ce que nous savons de la préhistoire peut même déjà être interprété comme une succession de transitions énergétiques.Le progrès dans la taille et le polissage des pierres; l\u2019invention des manches d\u2019outils, des propulseurs et des arcs; l\u2019usage du feu pour conserver et cuire les aliments, ainsi que se chauffer; le développement de l\u2019élevage pour faciliter l\u2019accès à la nourriture; la production de vêtements (lesquels constituent sans doute les premiers dispositifs énergétiques); le transport des charges lourdes; la culture de la terre, etc.Ce sont autant de changements qui peuvent se lire comme des moyens de maximiser et de rendre plus ef?cace la puissance physique et corporelle des êtres humains.C\u2019est une dé?nition, parmi d\u2019autres, de la transition énergétique.Ces systèmes de récupération et d\u2019usage des énergies auraient donc joué depuis toujours un rôle capital dans le développement économique des sociétés.Pourtant, n\u2019ont-ils pas été négligés lors de l\u2019élaboration des grandes politiques énergétiques modernes?Le débat sur l\u2019énergie et le climat donne en effet à l\u2019expression «transition énergétique» un sens étroit.Ainsi, en ce qui a trait au passé, elle renvoie exclusivement à l\u2019usage dominant des combustibles fossiles, qui a accompagné le développement des sociétés industrielles.Si on parle du présent et de l\u2019avenir, l\u2019expression rend compte du passage à un système énergétique renouvelable et dépourvu d\u2019émissions de gaz à effet de serre.Un historien ne peut manquer de noter que la première assertion est contestable.En effet, en France comme en Amérique du Nord, jusque dans les dernières décennies du XIXe siècle, la révolution industrielle s\u2019est accomplie par le truchement d\u2019une intensi?cation des installations hydrauliques, c\u2019est-à-dire sur une base largement renouvelable.Par ailleurs, le démarrage industriel des années 1770-1820 a réussi, au Royaume-Uni et sur le continent européen, parce qu\u2019il a tablé sur les gains de productivité acquis dans des systèmes renouvelables: les transports, l\u2019agriculture, l\u2019hydraulique et l\u2019éolien.Sont-ce ces multiples transitions locales qui ont permis l\u2019avènement de l\u2019industrialisation?Oui.Par exemple, les Pays-Bas, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, ont mis au point un système extrêmement ef?cace d\u2019évacuation de l\u2019eau des polders, en utilisant des moulins à vent pour activer des dispositifs de pompage.L\u2019utilisation de combustibles fossiles Professeur à l\u2019université Paris Diderot-Paris 7 et directeur à l\u2019École des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris, Mathieu Arnoux a participé à la fondation du Laboratoire interdisciplinaire des énergies de demain (LIED).Il est l\u2019auteur de plusieurs ouvrages sur la question de la transition énergétique, dont Le temps des laboureurs.Travail, ordre social et croissance en Europe, XIe-XIVe siècle (Éditions Albin Michel, 2012).Propos recueillis par Elias Levy LES LEÇONS DU ÉNERGIE: Ce n\u2019est pas d\u2019hier que les sociétés humaines vivent des transitions énergétiques.Celle que nous connaissons actuellement \u2013 entre le pétrole épuisable et les énergies renouvelables \u2013 aura des répercussions majeures, autant sur la scène politique internationale que sur notre mode de vie, estime l\u2019historien Mathieu Arnoux. Octobre 2015 | Québec Science 7 Usine à charbon, au début du XXe siècle et d\u2019appareils électriques pour accomplir le même service a sans doute permis de créer une clientèle captive pour les sociétés pétrolières néerlandaises, mais sans offrir un service fondamentalement meilleur.Un inventaire des transitions passées permettrait sans doute d\u2019accroître notre choix de solutions aux problèmes actuels.Les changements de systèmes d\u2019énergie suivent- ils des cycles de développement industriel et économique?Pour les périodes anciennes, il est dif?cile de séparer le développement industriel du développement économique.Les transitions énergétiques peuvent survenir pour des raisons économiques (volonté d\u2019abaisser les coûts de production ou réponse à une demande croissante) ou pour des raisons écologiques (rareté d\u2019une ressource).Leurs effets sont constatables sur le secteur économique, l\u2019environnement et le système technique.Un exemple, le haut-fourneau qui produisait de la fonte, introduit en Europe avant 1300 de notre ère, permettait de produire des quantités énormes de métal, à un coût en combustible proportionnellement moindre que le bas-foyer qui l\u2019avait précédé.Cependant, alors qu\u2019un bas-foyer ne demandait annuellement que quelques hectares de bois en combustible, le haut-fourneau requérait entre 500 et 1 000 ha de bois, c\u2019est-à-dire le produit d\u2019une forêt de 10 000 ha à 20 000 ha en coupe réglée pendant 20 ans.Ce prélèvement considérable sur la biomasse a permis d\u2019abaisser le coût du métal, mais a causé un gigantesque effet rebond.Les transitions énergétiques peuvent donc aussi engendrer des effets néfastes sur l\u2019écologie.Cela dépend des contextes .Par exemple, ONS DU PASSÉ 8 Québec Science | Octobre 2015 dans les régions du continent européen, plus attentives que l\u2019Amérique à la préservation des forêts, diverses tentatives ont été faites aux XVIIe et XVIIIe siècle pour réduire la consommation de bois et les coûts liés aux ressources renouvelables de la sidérurgie.Au Royaume-Uni, où le charbon était déjà utilisé depuis longtemps pour le chauffage, et où les forêts avaient presque disparu, l\u2019introduction du coke pour la production du fer a permis à la sidérurgie de se passer de bois et a provoqué un essor encore plus important, qu\u2019on peut appeler révolution industrielle.Dans ce secteur, il y a eu au moins trois transitions énergétiques, dont l\u2019une \u2013 qui aurait dû mener à une production de fer à base renouvelable soutenable \u2013 a été infructueuse, en raison du passage au combustible fossile, écologiquement dommageable, quoique béné?que sur le plan économique.Morale de l\u2019histoire: quand une transition énergétique doit avoir lieu en raison de la raréfaction des ressources, rien ne permet de l\u2019éviter.Selon les choix faits par les sociétés, la transition énergétique peut permettre de résoudre favorablement un problème de ressource et d\u2019ouvrir des perspectives prometteuses ou prendre la forme d\u2019un «collapse», c\u2019est-à-dire d\u2019une transition énergétique négative.Quelle in?uence une transition énergétique peut-elle avoir sur la dynamique d\u2019une société?Une grande partie des transitions énergétiques historiquement connues visaient, à l\u2019origine, un progrès en sobriété, c\u2019est-à-dire une économie de ressources.Mais, presque toujours, ces transitions ont conduit à une augmentation de l\u2019ef?cacité, c\u2019est-à-dire à une baisse des coûts.Résultat, une démarche en économie de ressources entraînait une hausse, souvent considérable, de la production.Les seules transitions énergétiques menant à un régime de sobriété ont été conduites sous la contrainte de circonstances particulières; politiques, le plus souvent.La guerre, effective ou prévisible, contraint-elle les pays touchés à des transitions énergétiques?En période de guerre, le rationnement conduit en effet à imaginer des solutions innovantes permettant de réaliser des économies de ressources.Comme les véhicules à moteur gazogène construits en Europe pendant la Deuxième Guerre mondiale, entre 1940 et 1944, pour répondre à la pénurie de pétrole.N\u2019oublions pas non plus que la guerre \u2013 nous en avons pour preuve la situation actuelle en Libye, en Iraq ou en Syrie \u2013 est d\u2019abord une immense dissipation de ressources, couplée à une baisse draconienne des niveaux de vie.L\u2019une des caractéristiques originales de la situation que nous vivons aujourd\u2019hui est que la contrainte n\u2019est pas immédiate, bien au contraire, mais risque de s\u2019imposer dans un futur proche.C\u2019est pour cette raison que nous devons absolument convaincre nos contemporains d\u2019adopter volontairement des régimes de sobriété et d\u2019économie des ressources.Malheureusement, certains n\u2019en ont guère envie et sont tentés d\u2019imposer aux autres les régimes d\u2019économie qu\u2019ils refusent de mettre en œuvre chez eux.nQS > ACTUALITÉS VOTRE ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE Consultez les articles sur substance.etsmtl.ca École de technologie supérieure Université du Québec SUBSTANCE Octobre 2015 | Québec Science 9 P aul McCartney est mort en 1966 dans un accident de voiture.La nouvelle, qui risquait de traumatiser les fans et de détraquer la machine à sous des Beatles, a été cachée et on a remplacé le défunt par un sosie.Mais des indices laissés dans les chansons du groupe et sur les pochettes de leurs albums permettaient de deviner la vérité.Ce n\u2019est pas Al-Qaïda, mais la CIA qui est responsable des attentats du 11 septembre.De nombreuses anomalies dans l\u2019histoire of?cielle, concernant en particulier la chute des tours, permettent de le démontrer.Des compagnies automobiles et pétrolières ont conspiré pour éliminer les tramways des grandes villes américaines.Ce genre de «révélations», comme celles que vous venez de lire, peuvent être symptomatiques de ce qu\u2019on appelle des théories du complot ou de la conspiration.Ce sont des «théories», du moins dans le sens très large du terme, parce qu\u2019elles prétendent rendre compte et expliquer un ensemble de faits, certains mystérieux.Elles sont «conspirationnistes», parce qu\u2019elles font intervenir un groupe de gens qui, de manière occulte, ont coordonné leurs actions pour faire advenir quelque chose d\u2019inavouable ou d\u2019horrible, en cachant certaines informations, en particulier leur propre rôle dans l\u2019affaire.Elles posent, à qui veut penser de manière critique, plusieurs questions intéressantes.J\u2019en retiendrai deux.Peut-on, de manière féconde, en distinguer différents types?Et peut-on rester critique face à elles?En réponse à la première question, je propose deux distinctions qui me semblent éclairantes.D\u2019une part, il y a les théories de la conspiration invoquant un fait qui n\u2019est pas avéré ou généralement admis et qui rapportent, a?n de l\u2019établir, des données auxquelles on ne prête pas attention d\u2019habitude, mais qui prendraient tout leur sens si on admettait le fait en question.La théorie de la mort de Paul McCartney est de ce genre.D\u2019autre part, il y a les théories de la conspiration partant, elles, d\u2019un fait avéré et généralement admis, mais qui rejettent l\u2019explication couramment donnée, pointant plutôt du doigt des aspects du fait auxquels on n\u2019aurait pas prêté assez attention et qui seraient inexplicables à moins d\u2019admettre une théorie «complotiste».Celle du 11 septembre est de ce genre.Quant à la deuxième question \u2013 comment rester critique \u2013, elle suppose que l\u2019on puisse d\u2019abord distinguer le vrai du faux dans ces théories.Or, il y a des théories du complot fausses et des théories du complot vraies.La théorie complotiste invoquant la collusion entre des pétrolières et des fabricants d\u2019automobiles pour éliminer les tramways est vraie.Celle qui attribue les attentats du 11 septembre à un complot orchestré par Al-Qaïda l\u2019est aussi.(Tout comme celle de l\u2019espionnage massif de populations entières mise au jour par l\u2019informaticien Edward Snowden.Et d\u2019autres encore.) Quant aux théories fausses, comme celle de la mort de Mc- Cartney, même quand elles le sont manifestement, elles arrivent à susciter des adhésions, certaines passionnées.Alors, comment rester critique?Il n\u2019y a pas ici de règle simple ou d\u2019argument indiscutable qui soit valable dans tous les cas, mais plutôt un ensemble d\u2019indices et de pistes constituant, en convergeant, un faisceau de preuves plus ou moins décisif, selon les cas.Mais tout examen sérieux et impartial d\u2019une théorie Autodéfense intellectuelle Par Normand Baillargeon C\u2019est un complot! Mais peut-être pas\u2026 Vous avez certainement croisé \u2013 dans Internet ou ailleurs \u2013 des versions contradictoires pour expliquer divers événements et vous vous êtes demandé comment faire la part des choses.Voici quelques petits trucs pour vous orienter.I L L U S T R A T I O N : F R E F O N / P H O T O : J U L I E D U R O C H E R 10 Québec Science | Octobre 2015 > ACTUALITÉS complotiste devrait commencer par la détection des biais cognitifs.Par exemple, le biais de con?rmation, qui fait que nous avons tendance à ne voir que ce qui con?rme notre théorie et à plus ou moins occulter ce qui l\u2019in- ?rme.Dans le cas McCartney, les faits sont ainsi innombrables, à commencer par la persistance de son talent musical, que l\u2019on peut opposer à quelques détails glanés sur des pochettes et invoqués ad hoc: mais le complotiste ne semble voir que ces derniers.Ou encore, le biais de proportionnalité qui fait que nous sommes enclins à vouloir trouver une cause à la mesure des effets que nous voulons expliquer.Ainsi, ce serait trop banal que le meurtre d\u2019un géant comme John F.Kennedy ne soit le fait que d\u2019un seul homme ordinaire.D es recherches ont établi qu\u2019il existe une sorte de propension des individus à adhérer à des théories du complot, qui fait que si l\u2019on croit à l\u2019une, il est plus probable que l\u2019on croira aux autres.Internet, qui fait en quelques heures d\u2019un quidam un ingénieur expert en démolition de gratte-ciel, joue sans doute un rôle dans la prolifération de ces histoires.Certes, nous cherchons tous à donner du sens aux événements, surtout s\u2019ils sont exceptionnels, mais nous le faisons en voulant rendre compte de tous leurs aspects, en particulier leurs anomalies et les incongruités qu\u2019ils présentent.Or, ces dernières sont inévitables; c\u2019est justement pour les neutraliser qu\u2019on procède en sciences à des expérimentations contrôlées et répétées.Les pratiques suivantes devraient également faire partie de l\u2019arsenal du penseur critique évaluant des théories de la conspiration: \u2022 Consulter les experts.On peut trouver leurs avis sur des sites scienti?ques ou dans des revues sérieuses (avec comités de lecture).\u2022 Se rappeler que le fardeau de la preuve incombe à qui af?rme le fait.\u2022 Préférer à une théorie complexe une hypothèse plus simple, faisant intervenir moins d\u2019entités ou moins d\u2019éléments inconnus.\u2022 Considérer avec suspicion la multiplication des hypothèses ad hoc, tout comme le refus de considérer des hypothèses de remplacement.\u2022 Se méier également de l\u2019incapacité à expliquer autrement que par de nouveaux complots le silence (souvent très long) des personnes censées être impliquées.On peut reconnaître aux théories du complot un certain mérite: celui de nous inciter à ne pas nous satisfaire des versions of?cielles sans les examiner attentivement.En ce sens, à faible dose, elles peuvent même être utiles.Mais elles présentent aussi de graves dangers, dont celui de nous faire obstinément adhérer à des faussetés.Il s\u2019agit donc, pour qui veut penser de manière critique, de conserver ce délicat équilibre dont parlait l\u2019astronome Carl Sagan, grand humaniste et l\u2019un des fondateurs du scepticisme scienti?que, entre une tendance mortifère à tout accepter sans distance critique et une tendance à ce point fermée qu\u2019elle nous interdirait de percevoir des idées nouvelles.nQS Nos ancêtres, arrivés aux XVIIe et XVIIIe siècle, nous ont aussi laissé leurs gènes en héritage.Leur patrimoine génétique a façonné une partie de notre destin et reste inscrit au cœur de nos cellules.Québec Science a rencontré les démographes, les généticiens et les cliniciens qui démêlent cet écheveau d\u2019ADN et apportent un éclairage nouveau sur cet «effet fondateur» constaté au Québec.Leur travail permet de mieux comprendre l\u2019espèce humaine qui, née en Afrique, a peuplé la Terre.Plongez avec nous dans cette saga génétique, sur les traces de vos ancêtres.À écouter sur notre site www.quebecscience.qc.ca Octobre 2015 | Québec Science 11 > ACTUALITÉS La bonne voix Vous êtes candidat aux prochaines élections?Baissez le ton, conseillent des chercheurs! Par Manon Cornellier L e chef du Nouveau Parti démocratique, Thomas Mulcair, a peut-être un atout méconnu dans son jeu: sa voix.Moins aiguë que celle de ses adversaires conservateur, libéral, vert et bloquiste, elle devrait davantage charmer les électeurs\u2026 si on en croit les chercheurs en neuropsychologie.En effet, nous serions particulièrement séduits par les politiciens à la voix grave, a constaté l\u2019équipe de David R.Feinberg du Voice Research Laboratory au département de psychologie, neuroscience et comportement de l\u2019université McMaster, à Hamilton, en Ontario, qui a procédé à deux études.Pour la première, les chercheurs ont d\u2019abord utilisé des enregistrements de neuf présidents états-uniens, dont ils ont modi?é la hauteur de la voix, leur conférant un ton plus grave, puis un ton plus aigu.Ils ont ensuite soumis ces extraits sonores à 125 personnes divisées en deux groupes.Les participants du premier groupe devaient écouter les deux versions de la voix de chaque président et choisir, dans chaque cas, laquelle leur semblait la plus attirante, celle qui leur renvoyait l\u2019image d\u2019un meilleur leader, d\u2019un dirigeant plus honnête, d\u2019une personne digne de con?ance et, en?n, celle qu\u2019ils associaient au candidat pour lequel ils seraient le plus enclins à voter lors d\u2019une élection générale.Le second groupe devait se plier au même exercice, mais juger les voix à partir de critères différents: le leader le plus dominant, le plus intelligent, le mieux à même de gérer la situation économique actuelle, le plus susceptible d\u2019être impliqué dans un scandale et, ?nalement, celui pour lequel les participants préféreraient voter en temps de guerre.La seconde étude, elle, consistait à faire entendre à 40 personnes (20 femmes et 20 hommes) la voix de deux inconnus récitant la même phrase sans connotation politique.Les participants devaient choisir, d\u2019après leur voix, pour lequel des deux ils voteraient plus volontiers lors d\u2019une élection générale.Le procédé a été répété 15 fois avec des duos de voix différentes.Au bout du compte, les candidats à la voix la plus grave ont remporté la palme dans environ 70% des cas.Autant chez les hommes que chez les femmes.Autres conclusions de ces études: nous associons plus volontiers les voix graves à des traits de caractère favorables, comme l\u2019intégrité, le pouvoir d\u2019attraction et la force physique, au point d\u2019y être encore plus sensibles lors d\u2019une élection générale ou en temps de guerre.L\u2019inverse s\u2019avère aussi: quand il s\u2019agit d\u2019identi?er les personnes les plus susceptibles d\u2019être liées à un scandale, on choisit les voix les plus haut perchées! «Ces résultats suggèrent que les politiciens à la voix grave ont peut-être un avantage aux élections.Il est possible que le fait de réduire la hauteur de la voix dans des enregistrements sonores puisse aider les candidats à obtenir des votes», écrivaient les auteurs de la recherche dans le journal Evolution and Human Behaviour, en 2011.Les partis politiques n\u2019ont pas attendu ces résultats pour faire appel à des experts de la pose de voix a?n d\u2019entraîner au besoin candidats, députés et chefs.Cela est particulièrement vrai pour les débats télévisés où chaque détail est étudié et plani?é avec soin, y compris le ton à adopter.En d\u2019autres circonstances, quand le naturel risque de revenir au galop, comme il est fréquent en cette ère du direct et des médias sociaux, les relationnistes veillent tout simplement à tenir les microphones à distance! nQS L A P R E S S E C A N A D I E N N E / A D R I A N W Y L D 12 Québec Science | Octobre 2015 A près avoir passé la journée à brouter dans les champs, une trentaine de vaches rentrent calmement à l\u2019étable de la ferme biologique Michel Potvin, à Saguenay.Mais au lieu d\u2019être dirigées vers leurs stalles individuelles et attachées pour la traite comme cela se fait dans près de 90% des fermes du Québec, elles se promènent librement dans leur vaste parc d\u2019exercice, aménagé en 2013.Puis, quand elles en ressentent le besoin, elles vont de leur plein gré se présenter au robot trayeur, lequel est en mesure de les identi?er grâce à une puce insérée dans leur collier.La machine leur sert une friandise de céréales qu\u2019elles ruminent pendant que des brosses s\u2019activent à nettoyer le pis et que le robot s\u2019attache aux trayons pour tirer le lait.Sourire aux lèvres, Michel Potvin reconnaît qu\u2019il n\u2019a jamais été aussi heureux de toute sa vie: «Après 40 ans à m\u2019occuper de vaches laitières, je n\u2019ai jamais eu d\u2019aussi bonnes conditions de travail.Et plus besoin de me lever à cinq heures du matin!» La traite automatisée a aussi permis de réduire de 12 à 8 heures le temps de travail à l\u2019étable, désormais axé davantage sur l\u2019observation et la régie que sur les tâches physiques.De plus, toutes les données recueillies par le robot concernant la production et la santé des vaches sont accessibles à distance avec une tablette électronique ou un téléphone intelligent.Et comme l\u2019appareil est en tout temps disponible, les vaches vont se faire traire plus souvent \u2013 en moyenne 2,8 fois par jour plutôt que 2 fois \u2013, ce qui augmente d\u2019autant la production.Cette technologie arrive à point.Pour se conformer aux nouvelles normes nationales en agriculture biologique qui entreront > ACTUALITÉS Vive la vache libre! Pratiques nouvelles et robots spécialisés sont en train de révolutionner le travail à l\u2019étable.Résultat, des producteurs et leurs vaches plus libres que jamais! Par Guillaume Roy I L L U S T R A T I O N : F R E F O N Octobre 2015 | Québec Science 13 en vigueur cet automne, les producteurs doivent en effet offrir plus d\u2019exercice à leurs vaches \u2013 au moins deux périodes par semaine, même en hiver.En option, ils peuvent mettre les vaches taries en stabulation libre, c\u2019est-à-dire qu\u2019elles sont en mesure de déambuler à leur aise dans l\u2019étable.Plusieurs éleveurs ont donc choisi d\u2019aménager leurs bâtiments en ce sens, pour laisser toutes les vaches libres en tout temps.Cette stratégie d\u2019élevage, de plus en plus populaire, réduit considérablement les besoins de main-d\u2019œuvre.Sans compter que «l\u2019exercice calme les vaches en faisant baisser leur niveau de cortisol, l\u2019hormone du stress», explique François Labelle, agronome expert en production laitière biologique chez Valacta, un centre d\u2019expertise agricole québécois.C\u2019est aussi une question de gros bon sens, continue-t-il, pour maximiser le bien- être animal, favoriser son comportement naturel et multiplier les contacts sociaux entre les ruminants.Nul doute que la liberté de mouvement des animaux est une bonne chose, assure Elsa Vasseur, de l\u2019équipe du Centre de recherche en production laitière biologique au campus Alfred de l\u2019université Guelph, en Ontario, mais il faudra plus de recherches encore pour en quanti?er les avantages et les inconvénients.En attendant, près de 20% des 109 fermes biologiques québécoises ont déjà fait le saut vers la stabulation libre et la plupart d\u2019entre elles ont installé un robot de traite.D\u2019ici 2021, François Labelle estime que ce sera près de la moitié qui fonctionneront de cette façon.Même les fermes conventionnelles tiennent compte de cette évolution lorsque vient le temps de faire des rénovations.«Le parc de bâtiments est tellement vieux au Québec que, bon an mal an, entre 100 et 125 fermes doivent renouveler leurs installations.Or, 90% d\u2019entre elles optent pour la stabulation libre.Le changement s\u2019est vraiment accéléré au cours des dernières années», note Yves Choinière, agronome et consultant pour la ?rme d\u2019ingénieurs agricoles qui porte son nom.Pourtant, les stalles entravées ne sont pas interdites.Mais, selon Nicole Boudreault, coordonnatrice à la Fédération biologique du Canada, elles sont appelées à disparaître lors de la prochaine révision de la norme bio, dans cinq ans.Jean Vigneault, le directeur des communications des Producteurs de lait du Québec, con?rme cette tendance.Et s\u2019en réjouit.«Des vaches logées confortablement restent en santé, dit-il, et elles peuvent produire plus longtemps.» On dirait bien que, pour les vaches bio, le bonheur n\u2019est plus seulement dans le pré! nQS Au cours des dernières années, les robots d\u2019alimentation ont aussi fait leur apparition.Le robot, qui travaille 24 heures sur 24, se déplace sur des roues, dans l\u2019étable, grâce à un système GPS.Ses senseurs lui permettent d\u2019évaluer la quantité de nourriture restante, d\u2019en ajouter au besoin, et de mettre la nourriture des animaux à leur portée.Il peut mélanger jusqu\u2019à 10 ingrédients selon les besoins spéci?ques des différents groupes de vaches.Résultat, comme les vaches ne manquent jamais de nourriture, elles produisent plus, estime Louis Laroche, exploitant de la ferme Laroche à Saint-Prime, qui a installé un tel robot en 2014.Au Québec, 92% des fermes québécoises opéraient en stabulation entravée \u2013 chaque vache étant attachée dans une stalle individuelle \u2013, selon les statistiques d\u2019Agriculture Canada en 2011.Cette proportion était de 72% en Ontario et d\u2019un peu plus de 5% en Colombie-Britannique.Ce pourcentage élevé au Québec s\u2019explique en partie par notre climat rigoureux en hiver: garder plus d\u2019animaux sur une même surface permettait de conserver la chaleur dans l\u2019étable.Lait biologique: 109 producteurs au Québec.Production 2004: 16,4 millions de litres; 2015: 40 millions de litres, soit 1,33% de la production totale de lait au Québec (3 milliards de litres) Les robots d\u2019alimentation arrivent au Québec 14 Québec Science | Octobre 2015 C \u2019est sur Terre, à partir de son bureau de Québec, que Frédéric Pelletier, 40 ans, président de la ?liale canadienne de l\u2019entreprise états-unienne KinetX Aerospace, dirige la navigation de la sonde New Horizons, laquelle ?le à bonne allure vers les con?ns du Système solaire.«Nous suivons la sonde grâce aux données captées par les antennes terrestres, explique-t-il.Naturellement, pour communiquer avec l\u2019engin, il nous faut aussi prendre en compte la rotation de la Terre qui fait que nos antennes se déplacent constamment, effectuant un tour complet toutes les 24 heures.» La mission New Horizons, comme celles des sondes Cassini, Curiosity ou Juno avant elle, se sert du Deep Space Network (DSN), le réseau de communication avec l\u2019espace lointain mis sur pied par la NASA.Il s\u2019agit d\u2019une série d\u2019antennes terrestres situées à trois endroits stratégiques (États-Unis, Espagne et Australie) qui permettent de communiquer avec les vaisseaux interplanétaires.Le 14 juillet dernier, la sonde arrivait là où elle a pu prendre ses clichés et recueillir ses données, dans le voisinage de Pluton, qu\u2019elle survolait à une altitude de seulement 12 500 km.Autrement, placer la sonde en orbite plutonienne n\u2019aurait pas été envisageable, compte tenu de la vitesse à laquelle elle voyage.Une «quantité monstrueuse» de carburant aurait en effet été nécessaire pour réduire sa vitesse.Les manœuvres d\u2019approche ont représenté un véritable exploit de navigation interplanétaire.«C\u2019est toujours à partir de la position de la sonde que nous devons déterminer si sa trajectoire doit être corrigée ou non, précise l\u2019ingénieur qui a travaillé pour l\u2019Agence spatiale canadienne et la NASA.Nous établissons une séquence de manœuvres que nous transmettons aux ingénieurs du Centre Johns Hopkins au Maryland, qui la relaient à leur tour à New Horizons, sachant qu\u2019un message aller-retour entre la Terre et la sonde, séparées par des millions de kilomètres, nécessite neuf heures.Or, la sonde ?le à 14 km/ sec, et il fallait réajuster la trajectoire pour atteindre une \u201cboîte\u201d de 100 km sur 60 km.Imaginez que vous prenez l\u2019avion de Montréal à Vancouver et que vous devez atterrir sur une balle de tennis.Ça a été un tour de force!» Dix jours plus tôt, le 4 juillet, l\u2019ordinateur de bord avait d\u2019ailleurs rencontré un problème.«Il y a eu surcharge, une sorte de confusion dans la logique interne de l\u2019ordinateur qui tentait de faire deux choses en même temps, raconte Frédéric Pelletier.Et quand l\u2019ordinateur constate que quelque chose cloche, il arrête tout.Il communique avec la Terre, fait tournoyer la sonde sur elle-même (pour assurer une meilleure stabilité de trajectoire) et attend qu\u2019on lui dise quoi faire.Il y avait un peu de panique au sein de l\u2019équipe\u2026 Il a fallu deux ou trois jours pour reprendre le contrôle des opérations.» Si l\u2019erreur informatique était survenue quelques jours seulement avant la date historique du 14 juillet 2015, «nous aurions peut-être manqué notre rendez-vous; cela aurait été catastrophique», ajoute le scienti?que.New Horizons a parfaitement effectué son travail.Elle a obtenu et transmis les données espérées.«Un grand soulagement; un beau moment», se souvient Frédéric Pelletier.Mais sa mission n\u2019est pas terminée pour autant.Elle se dirige maintenant vers la gigantesque ceinture de Kuiper, composée de milliards de corps célestes issus de la formation du Système solaire.«En octobre, nous allons corriger sa trajectoire pour l\u2019aligner vers un astéroïde de cette ceinture», explique M.Pelletier.L\u2019objectif est d\u2019atteindre la nouvelle destination en janvier 2019.«Pour le moment, ce n\u2019est qu\u2019un point de lumière.On n\u2019en connaît pas grand- chose!» explique-t-il.L\u2019horizon du bout du monde\u2026 nQS L\u2019AVENTURE CONTINUE La sonde New Horizons pourrait-elle suivre les traces de Voyager 1 (et Voyager 2, éventuellement) et pénétrer dans l\u2019espace interstellaire?«Certainement, répond Frédéric Pelletier.Grâce à l\u2019énergie nucléaire, les appareils de bord pourront continuer longtemps à fonctionner.» Pluton vue d\u2019ici En atteignant son objectif \u2013 relayer des clichés de Pluton \u2013 le 14 juillet dernier, la sonde New Horizons a réussi l\u2019un des grands coups scienti?ques de l\u2019été.Mais on a moins entendu parler du rôle qu\u2019a joué l\u2019ingénieur québécois Frédéric Pelletier dans ce succès.Par Daniel Bastien 6906 C FE?RIQUE Pub_QCSciences_v1.indd 1 2015-08-25 15:54 * Certaines conditions s\u2019appliquent.Les règles relatives au CELI doivent être respectées.Pour plus d\u2019informations, veuillez communiquer avec l\u2019équipe du Service-conseil de Services d\u2019investissement FÉRIQUE.FÉRIQUE est une marque déposée de Gestion FÉRIQUE et est utilisée sous licence par sa ?liale, Services d\u2019investissement FÉRIQUE.Gestion FÉRIQUE est un gestionnaire de fonds d\u2019investissement et assume la gestion des Fonds FÉRIQUE.Services d\u2019investissement FÉRIQUE est un courtier en épargne collective et cabinet de plani?cation ?nancière et est le placeur principal des Fonds FÉRIQUE.Un placement dans un organisme de placement collectif peut donner lieu à des frais de courtage, des commissions de suivi, des frais de gestion et d\u2019autres frais.Les ratios de frais de gestion varient d\u2019une année à l\u2019autre.Veuillez lire le prospectus avant d\u2019effectuer un placement.Le taux de rendement sert uniquement à illustrer les effets du taux de croissance composé et ne vise pas à re?éter les valeurs futures d\u2019un Fonds ou le rendement d\u2019un placement dans un Fonds.Les organismes de placement collectif ne sont pas garantis, leur valeur ?uctue souvent et leur rendement passé n\u2019est pas indicatif de leur rendement futur.FÉRIQUE: il y a du génie là-dedans ! ferique.com LE CELI FÉRIQUE.ZÉRO IMPÔT.* ET TOUS LES CONSEILS QU\u2019IL VOUS FAUT.Communiquez avec notre Service-conseil pour mettre en place une stratégie optimale pour vous.514 788-6485 I 1 800 291-0337 6906 C FE?RIQUE Pub_QCSciences_v1.indd 1 2015-08-25 15:54 E S T E B A N / P O L Y T E C H N I Q U E M O N T R É A L 16 Québec Science | Octobre 2015 ACTUALITÉS > COUP DE SOLEIL Esteban VII, le véhicule solaire des étudiants de l\u2019École polytechnique de Montréal, a obtenu la deuxième position au classement de la compétition du Formula Sun Grand Prix.Le prototype, propulsé à l\u2019énergie solaire (390 cellules photovoltaïques), a réussi 192 tours de piste du circuit des Amériques à Austin, au Texas.Vitesse moyenne : 55 km/h.Modeste?Il faut savoir qu\u2019Esteban VII a roulé en ne consommant que 1 000 W, soit l\u2019équivalent de ce que nécessite un grille-pain pour les toasts du matin.350 MILLIONS DE PHOTOS POSTÉES EN MOYENNE CHAQUE JOUR SUR FACEBOOK À CORPS PERDU Le Russe Valery Spiridinov pourrait être le premier homme à subir une greffe de corps.Atteint d\u2019une maladie génétique qui paralyse progressivement ses muscles, la maladie de Werdnig-Hoffman, l\u2019homme de 30 ans souhaite que sa tête soit transplantée sur un corps sain.L\u2019opération \u2013 périlleuse, on s\u2019en doute \u2013, décrite dans le Québec Science de décembre 2013, serait effectuée par le chirurgien italien Sergio Canavero en dépit du scepticisme de la communauté scientifique.En entrevue avec The Independant, le cobaye, a avoué avoir peur, mais affirme qu\u2019il «n\u2019a pas vraiment le choix» s\u2019il veut survivre.La procédure a déjà été tentée sur un singe en 1970, mais sans raccordement de la moelle épinière.Le singe paralysé n\u2019a survécu que neuf jours.CHAUD DEVANT Au cours des sept premiers mois de 2015, la température, à la surface des terres et des océans de la planète, a été supérieure de 0,85 °C à la moyenne enregistrée pendant le XXe siècle.C\u2019est aussi la plus élevée jamais mesurée depuis 1880, début du relevé des températures, indiquent les récentes données publiées par la National Oceanic and Atmospheric Administration des États-Unis.De tels résultats ont de quoi alimenter les discussions qui auront lieu dans le cadre du Sommet sur les changements climatiques, prévu dans quelques semaines à Paris.Les climatologues notent, en plus, que l\u2019ampleur du phénomène El Niño constaté dans le Pacifique cet été a toutes les chances de se répéter dans l\u2019hémisphère nord durant l\u2019hiver 2015-2016.Pas sûr qu\u2019il y ait de la neige à Noël\u2026 LA MUSIQUE DE LA TERRE Toutes les 30 à 300 secondes, la Terre bourdonne.Vibrations imperceptibles pour nous, mais pas pour les sismologues.Une équipe de l\u2019Institut de physique du globe de Paris vient de résoudre le mystère : il s\u2019agit du ressac des vagues se déplaçant sur le plancher océanique et frappant le talus du plateau continental. L A P R E S S E C A N A D I E N N E / A L L E N G .B R E E D Darwin ravi Les espèces ne font pas que s\u2019éteindre sur cette Terre.La population de manchots des Galápagos, l\u2019un des plus rares de la planète, a doublé au cours des 30 dernières années.C\u2019est ce que révèle une étude parue en août dans Geophysical Research Letters.C\u2019est que les vents et les courants marins modifiés \u2013 probablement à cause des changements climatiques \u2013 à proximité de l\u2019archipel ont amené à la surface une plus grande quantité d\u2019eaux froides riches en nutriments.PAS POUR LES DALTONIENS Voir changer de couleur le condom qu\u2019on a utilisé lors de rapports sexuels sera de mauvais augure si le concept imaginé par trois adolescents britanniques se concrétise.Cette idée leur a permis de rafler, en juin dernier, les honneurs des TeenTech Awards.En fait, ils suggèrent que le préservatif puisse changer de couleur lorsqu\u2019il entre en contact avec les fluides d\u2019une personne atteinte d\u2019une infection sexuellement transmissible.Ainsi, une exposition à la chlamydia le ferait passer au vert; au jaune, pour l\u2019herpès; au mauve, pour le papillomavirus humain; au bleu, pour la syphilis.Un dépistage en temps réel, quoi! BÉBÉ-ÉPROUVETTE «On associait cela au clonage ou à toutes sortes de choses.Des gens me demandaient si je pouvais le voir dans le bocal alors que j\u2019étais enceinte.D\u2019autres me questionnaient pour savoir s\u2019il avait un nombril.Des gens d\u2019une certaine confession m\u2019ont appelée pour me dire que ce qu\u2019on avait fait était épouvan table et qu\u2019on avait offensé Dieu.» \u2014 Madeleine Richard, mère de Simon Bousquet-Richard, premier bébé- éprouvette québécois qui vient d\u2019avoir 30 ans.Propos tirés du Journal de Rosemont, Montréal Importante chute de tension artérielle, somnolence, nausées, syncopes, etc.Ce sont les effets secondaires possibles attribués à la pilule rose, autrement appelée «viagra féminin».On comprend pourquoi la société Sprout Pharmaceuticals \u2013 qui vient d\u2019être rachetée par la compagnie Valeant \u2013 basée à Laval au Québec, a du s\u2019y prendre à trois reprises pour que l\u2019agence états- unienne du médicament \u2013 la FDA \u2013 en autorise la commercialisation.Le médicament, appelé Addyi \u2013 considéré d\u2019abord comme un antidépresseur \u2013 sera ainsi mis en vente le 17 octobre prochain chez notre voisin du sud, et sera destiné aux femmes non ménopausées chez qui les médecins ont diagnostiqué un trouble sexuel hypoactif.Reste à voir sa véritable efficacité.Lors des essais cliniques, on a constaté une augmentation du désir chez seulement 10% des femmes\u2026 Ce qui a fait dire à la docteure Adriane Fugh-Ber- man, directrice de Pharmed Out, un organisme bénévole du Centre médical de l\u2019université Georgetown à Washington, qui veut sensibiliser les professionnels de la santé aux pratiques marketing en pharmacie, que cet Addyi est en fait «un aphrodisiaque médiocre avec des effets secondaires terrifiants».Aphrodite, Au secours ! Octobre 2015 | Québec Science 17 > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > 18 Québec Science | Octobre 2015 C omment faire du développement durable avec des mines éphémères?En lançant le Plan Nord en 2011, le premier ministre Jean Charest avait af?rmé que les entreprises minières d\u2019aujourd\u2019hui étaient respectueuses de l\u2019environnement et qu\u2019il les aurait à l\u2019œil.Pour plaire aux environnementalistes, il avait ajouté une promesse: mettre à l\u2019abri du développement industriel la moitié du territoire du Plan Nord.Tout là-haut dans les terres vierges \u2013 car c\u2019est ainsi que les Québécois du sud voient ce Nord qu\u2019ils méconnaissent \u2013, on créerait de très grandes aires protégées et on atteindrait du coup les objectifs internationaux de protection de la biodiversité.Vive le Québec vert! Récemment, son successeur Philippe Couillard a servi le même discours en présentant le Plan Nord, version 2015.Impossible de s\u2019y méprendre: à l\u2019aide de l\u2019injection de fonds publics dans des infrastructures, ce plan vise essentiellement à créer un contexte favorable aux investissements dans le secteur minier au nord du 49e parallèle.Il est plus modeste, compte tenu de la chute du prix mondial des métaux et des réserves limitées de l\u2019État.Mais le modèle est le même, et la pensée environnementale n\u2019a pas changé d\u2019un iota.Arrêtons-nous un instant sur la nature du développement minier.Il s\u2019agit d\u2019extraire une ressource non renouvelable, sur une période limitée tout au plus à quelques décennies.Le gouvernement paie l\u2019aménagement des infrastructures a?n que les entreprises minières s\u2019installent.Ces dernières assument des risques économiques, mais \u2013 en simpli?ant \u2013 elles creusent, extraient le minerai puis s\u2019en vont.Bien entendu, elles sont censées gérer proprement les parcs à résidus et restaurer les sites avant leur départ.Mais à long terme, c\u2019est l\u2019État qui est responsable des risques environnementaux et qui devra assumer les effets de toute dégradation.Rappelons que le Québec se retrouve aujourd\u2019hui avec une facture estimée à 1,2 milliard de dollars pour la restauration de centaines de sites contaminés dans le passé.Certes, les temps ont changé, les lois environnementales ont été resserrées et, normalement, les situations scandaleuses du passé ne devraient plus se reproduire.Tant mieux! Mais il reste de grandes incertitudes.Par exemple, alors que le réchauffement climatique accélère la fonte du pergélisol, on ne sait pas si le recouvrement actuel des parcs à résidus sera ef?cace, à long terme, pour éviter une accélération catastrophique du drainage minier acide, une source majeure de pollution environnementale.Dans 100 ans, à qui re?ler la note, s\u2019il y a un problème?Il y a fort à parier que le gouvernement et les populations de ces régions se retrouveront seuls.Quant à l\u2019argument de la «surveillance continue» de l\u2019industrie, pour le moment, il tient du vœu pieux dans ce Nord immense et peu peuplé, où les fonctionnaires des ministères concernés se rendent rarement, et surtout pas à l\u2019improviste ou pour enquêter à la suite d\u2019une plainte.Un autre aspect de la protection de l\u2019environnement présenté dans le Plan Nord concerne la conservation.Mais la conservation de quoi et pourquoi?La Les carnets du vivant Par Jean-Pierre Rogel M A T H I E U D U P U I S Le Nord à l\u2019envers Le modèle de développement du Nord québécois, basé sur l\u2019extraction des ressources minières, ne créera pas de développement durable.Comment alors protéger la moitié du territoire nordique comme cela avait été promis?Le lac Parent en Abitibi Octobre 2015 | Québec Science 19 seule réponse fournie dans le document de synthèse présentant ledit Plan en avril 2015 est qu\u2019il faut «conserver la biodiversité du Nord».Mais on ne nous explique pas ce qu\u2019est cette biodiversité, ni à quoi elle sert, ni les services économiques et autres qu\u2019elle rend, ni ce qui la menace.En fait, le gouvernement rate ici une belle occasion de montrer en quoi cette orientation, bien pensée, permettrait un réel développement durable.Il saute tout de suite à une liste d\u2019engagements accompagnés de pourcentages alambiqués.Les priorités du gouvernement, lit-on, sont de «consacrer, d\u2019ici 2035, 50% du territoire du Plan Nord à des ?ns autres qu\u2019industrielles, de même qu\u2019à la protection de l\u2019environnement et à la sauvegarde de la biodiversité».Pour ce faire, le Québec établira «une super?cie de 20% d\u2019aires protégées d\u2019ici 2020 sur le territoire du Plan Nord, dont au moins 12% en forêt boréale au nord du 49e parallèle».En même temps, il veillera à «la mise en place d\u2019un mécanisme d\u2019affectation prioritaire du 30% résiduel du territoire à des ?ns autres qu\u2019industrielles».Ouf! Il est possible de démêler ces chiffres, mais cela ne fait qu\u2019illustrer la vision super?cielle du Plan.La mise à l\u2019abri du développement industriel de la moitié du territoire est une idée qui a été souf?ée à l\u2019oreille de Jean Charest par les organismes internationaux de conservation, en particulier le Pew Charitable Trust.Appliquée à un vaste territoire presque vierge et peu peuplé, l\u2019idée semblait réalisable et séduisante; elle a été adoptée sans discussion.La cible de 20% du territoire en aires protégées contribue à l\u2019atteinte globale de cet objectif, mais elle découle en fait d\u2019une autre logique.Le Québec veut se conformer à la cible de protection de la Convention internationale sur la biodiversité, soit 17% du territoire terrestre en 2020 (cible dite de Nagoya).En mettant la barre à 20% pour le territoire du Plan Nord qui couvre les trois quarts du Québec, on devrait atteindre \u2013 c\u2019est mathématique \u2013 la cible de Nagoya ou arriver tout près.En?n, le 12% de protection en forêt boréale correspond à un compromis sur l\u2019extension des aires protégées dans ce milieu, à laquelle les compagnies forestières s\u2019opposent.Le Conseil de l\u2019industrie forestière souhaite d\u2019ailleurs que toutes les aires protégées soient situées au nord de la limite nordique des forêts attribuables.Qu\u2019on protège de vastes étendues de toundra, voilà la solution! Cette position caricaturale vide de son sens la notion d\u2019aires protégées, et rend ridicule l\u2019idée de préserver la moitié du territoire.On ne peut protéger qu\u2019en se fondant sur des critères écologiques, notamment la représentativité des zones naturelles du Québec et la qualité des écosystèmes sélectionnés.Bref, en ?xant à l\u2019avance des pourcentages de protection, le Plan Nord esquive le fond de la question: pourquoi et quoi protéger, et en fonction de quelle vision du développement?Les spécialistes en écologie sont pourtant quasi unanimes: un concept clé permet d\u2019aborder ces réalités, et c\u2019est celui de plani?cation écologique du territoire.nQS La plani?cation du développement fondée sur les impératifs écologiques ne fait que re?éter le changement de paradigme apporté par le développement durable comme mode de gestion.D\u2019ailleurs, la Loi sur le développement durable adoptée par le Québec indique explicitement (à l\u2019article 6) que «pour parvenir à un développement durable, la protection de l\u2019environnement doit faire partie intégrante du processus de développement».Ce n\u2019est pas ce qui s\u2019est passé jusqu\u2019ici au Québec.Dans le sud de la province, comme presque partout ailleurs dans le monde, on a plani?é la protection de l\u2019environnement après que se fut effectué le déploiement des activités industrielles et des infrastructures, ou en même temps.Si bien qu\u2019on s\u2019est retrouvé à sauvegarder «au mieux ce qui restait» par des aires protégées précises.Le résultat: un aménagement selon une matrice dominante de développement industriel, laissant quelques îlots de nature préservée çà et là dans un milieu dégradé.Le modèle de développement selon une matrice dite de conservation renverse la perspective.Au lieu de réagir en aval, on agit en amont et on cherche à intégrer les activités industrielles en perturbant le moins possible la capacité de support du milieu naturel.Parce qu\u2019il contient de vastes écosystèmes peu perturbés et une faible présence humaine, le territoire nordique est idéal pour changer de perspective et plani?er le développement à partir d\u2019une matrice de conservation à grande échelle.La question est alors de savoir quel niveau de développement peut être envisagé, compte tenu de la capacité de support du milieu \u2013 incluant les effets prévisibles du réchauffement climatique \u2013 et des valeurs des populations autochtones.Utilisée en Australie, en particulier dans le Territoire du nord et dans le Queensland, cette approche est aussi inscrite au cœur de certains programmes fédéraux états-uniens, comme la restauration des Everglades.Près de nous, sans tambour ni trompette, l\u2019Ontario a adopté ce concept pour développer «son» Nord, à la suite des recommandations d\u2019un Far North Science Advisory Panel en 2010.Selon la plani?cation en cours, la moitié de ce territoire sera conservée en état naturel (si la super?cie en cause, quelque 200 000 km2, est moindre que celle qu\u2019envisage le Québec, il reste que l\u2019Ontario a tout de même précédé le Québec sur ce point).Queen\u2019s Park a con?é aux communautés autochtones la réalisation de plans d\u2019aménagement du territoire dans lesquels des cibles de protection doivent être respectées.À cet effet, la province a mis au point des outils géomatiques et rendus disponibles les connaissances scienti?ques acquises.Pendant ce temps, le gouvernement du Québec semble ignorer cette approche.Nul effort de ré?exion et, surtout, nulle velléité de désigner des zones où l\u2019exploitation des ressources naturelles serait interdite pour des raisons écologiques impérieuses.Au contraire, tendant la main à l\u2019industrie pour accélérer l\u2019exploration minière, le gouvernement Couillard veut «améliorer les connaissances géophysiques et écologiques du territoire», et prévoit des crédits qui situent ces deux tâches au même niveau.La porte est grande ouverte pour l\u2019exploration minière, comme si cette dernière était une connaissance pure qui pourrait ne pas déboucher sur une exploitation.À propos de cette phase «d\u2019approfondissement des connaissances» qui pourrait durer quelques années, le nouveau P.D.G.de la Société du Plan Nord, Robert Sauvé, déclarait dans une entrevue accordée au quotidien Le Devoir, le 11 avril dernier: «On est très conscients que c\u2019est un dé?.À ma connaissance, ça ne s\u2019est pas fait ailleurs.» Désolé, mais cela s\u2019est fait ailleurs.Et, surtout, le développement du Nord peut se faire autrement et mieux que ce qui est envisagé actuellement.Pourquoi ne pas demander aux scienti?ques compétents ce qu\u2019ils en pensent?Après tout, ils étudient les réalités nordiques depuis des décennies et, tout comme les Autochtones, ils ont quelques idées sur le développement! Le Plan Nord est bien mal parti, mais le Nord québécois mérite mieux et il n\u2019est peut-être pas trop tard pour corriger le tir.En ?xant à l\u2019avance des pourcentages de protection, le Plan Nord esquive le fond de la question: pourquoi et quoi protéger, et en fonction de quelle vision du développement?Objectif : conservation 20 Québec Science | Octobre 2015 Cela semble l\u2019évidence.Comme nous écrivons et écrirons de plus en plus au clavier \u2013 au point que plusieurs d\u2019entre nous perdent peu à peu l\u2019habitude de tracer les lettres au crayon \u2013 à quoi sert-il à nos enfants d\u2019apprendre à écrire à la main?Et pourquoi en lettres attachées?Un dossier de Hélène Matteau ini l\u2019écriture cursive?C\u2019est le choix qu\u2019a fait la Finlande qui va privilégier l\u2019enseignement de la dactylographie, plutôt que celui de la calligraphie.Avec une concession tout de même: un cours optionnel d\u2019écriture en script.Justification de l\u2019Office national de l\u2019éducation de ce pays: «Avoir de bonnes compétences dactylographiques est devenu d\u2019importance nationale.[Et] savoir écrire avec un clavier est plus pertinent pour la vie quotidienne.» Jamais un pays n\u2019est encore allé aussi loin.Plus loin que les États-Unis, où, dans la presque totalité des écoles, le script est enseigné en priorité et le clavier, introduit dès la deuxième année du primaire.De quoi faire frémir la France qui s\u2019en tient depuis toujours à l\u2019écriture cursive, et cela dès la maternelle.Est-ce à dire que le crayon et le stylo, comme la plume avant eux, risquent d\u2019être bientôt mis aux oubliettes?Que nous devrons faire une croix sur six millénaires de savoir- faire?Peut-être.Mais il semble bien que ce ne soit pas le Québec qui jettera le crayon le premier! Car ni le ministère de l\u2019Éducation, ni les écoles, ni les enseignants, ni les parents ne semblent d\u2019accord avec cette idée.On attend plutôt que les résultats des recherches attestent formellement la supériorité du clavier sur le crayon pour l\u2019apprentissage et le développement de l\u2019écrit.Or, pour le moment, rien ne peut le confirmer.I L L U S T R A T I O N : K A T Y L E M A Y ocrate était contre l\u2019écriture.Cervantès, contre l\u2019imprimerie.Alors\u2026», Thierry Karsenti a sans doute entendu tous les arguments contre l\u2019idée d\u2019apprendre aux enfants à écrire directement au clavier, sans passer par l\u2019écriture manuscrite.Pourtant, le titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les technologies de l\u2019information et de la communication (TIC) en éducation, aussi professeur à la faculté des sciences de l\u2019éducation de l\u2019Université de Montréal, reste toujours convaincu de sa pertinence.D\u2019autant, insiste-t-il, «qu\u2019on n\u2019a plus le choix».Et de rappeler, sur son site (http ://karsenti.ca/): «Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux grandes révolutions : le passage de l\u2019oral à l\u2019écrit, puis celui de l\u2019écrit à l\u2019imprimé.La troisième est résolument le passage de l\u2019imprimé aux nouvelles technologies.» Natalie Lavoie, titulaire de la Chaire de recherche sur la persévérance scolaire et la littératie de l\u2019Université du Québec à Rimouski, concède : «Il faut un regard nouveau sur la compétence à écrire, considérer les deux outils et favoriser l\u2019utilisation maximale des deux.» Ce qui ne l\u2019empêche pas, comme la plupart de ses collègues chercheurs, de croire encore essentiel d\u2019apprendre aux jeunes à écrire d\u2019abord à la main.Ce en quoi elle est soutenue par les conclusions de Stanislas Dehaene, chercheur et professeur en psychologie co gni - tive au Collège de France, et grand spé cia liste de la lecture.«Notre cerveau comprend deux circuits de lecture bien distincts, explique-t-il dans un récent numéro du magazine français La Recherche.L\u2019un permet de reconnaître la forme des lettres et leurs combinaisons, l\u2019autre les gestes de l\u2019écriture.Or, des travaux menés en 2012 dans mon laboratoire ont révélé que le circuit de l\u2019écriture manuscrite nous aide à lire.» Bref, apprendre à tracer les lettres facilite l\u2019apprentissage de la lecture chez l\u2019enfant.Laisser tomber l\u2019écriture manuscrite pourrait nuire à l\u2019apprentissage de la lecture.Toujours de l\u2019autre côté de l\u2019Atlantique, Marieke Longcamp, spécialiste des neurosciences cognitives à l\u2019université d\u2019Aix- Marseille, croit elle aussi qu\u2019abandonner le crayon c\u2019est «risquer de perdre un savoir-faire» et qu\u2019il faut «faire encore plus de recherches, d\u2019évaluations scientifiques, d\u2019expériences contrôlées», particu lière - ment concernant l\u2019impact de l\u2019écriture au clavier sur le langage et la lecture.Mais, dans ses entrevues, elle ouvre tout de même la porte au clavier : «Contrairement aux Octobre 2015 | Québec Science 21 Nous n\u2019y échapperons pas.Le clavier à l\u2019école \u2013 comme dans la vie \u2013 est en train de révolutionner l\u2019écriture.Alors, autant savoir: qu\u2019avons-nous à perdre et à gagner, au juste, en rangeant nos crayons?Les experts ne s\u2019entendent pas.Nous avons confronté leurs arguments.Une révolution pédagogique idées reçues, nous n\u2019avons jamais autant lu, mais nous lisons principalement des textes dactylographiés [\u2026].Dans ce contexte, abandonner l\u2019écriture en attaché au profit du script, [\u2026] et même (abandonner) l\u2019écriture à la main, peut avoir un sens.» Elle va même plus loin : «Il est clair que l\u2019écriture à la main est amenée à prendre de moins en moins de place.Apprendre à écrire avec un clavier est beaucoup plus facile sur le plan sensorimoteur.C\u2019est peut-être mieux, finalement, d\u2019apprendre à écrire d\u2019abord au clavier, parce que c\u2019est moins exigeant, de sorte que l\u2019enfant peut libérer son attention pour se concentrer sur le texte.» Mais Natalie Lavoie n\u2019en démord pas.«Avec le crayon, explique-t-elle, on enseigne à l\u2019enfant comment tracer chacune des lettres.Plus son geste est automatisé, plus il écrira lisiblement, à bonne vitesse, et plus il arrivera à gérer parallèlement d\u2019autres aspects de l\u2019écriture \u2013 syntaxe, orthographe, etc.Mais avec le clavier?Ce n\u2019est pas inné, écrire sur un clavier ! Et on n\u2019enseigne pas à l\u2019utiliser ! De sorte que l\u2019enfant se retrouve face au même problème : si son mouvement moteur n\u2019est pas automa - tisé, il se concentre tellement dessus qu\u2019il est incapable de gérer autre chose.Ses idées se brouillent, il se perd, saute des mots, parce que toute son attention est occupée par le geste.» Marieke Long- camp ne nie pas cela et suggère que nous apprenions aux petits «à taper dans les règles de l\u2019art, avec les deux mains \u2013 chaque doigt étant dédié à une lettre \u2013, ce qui permet de mettre en place des associations visuomotrices sans doute efficaces» .ne bonne méthode?Thierry Karsenti est formel : rien ne sert d\u2019apprendre aux enfants à taper sur le clavier.À preuve, il présente sur son site des vidéos assez étonnantes d\u2019enfants écrivant sur leur tablette tactile \u2013 l\u2019exemple de la tablette s\u2019appliquant bien sûr à l\u2019ordinateur.Aucun d\u2019eux n\u2019a appris le doigté.Pourtant, écrit-il en introduction : «Les adultes (enseignants, formateurs) sont tous en faveur de cet apprentissage.Et la plupart sont aussi pour l\u2019usage d\u2019un clavier.Mais pourquoi?Pour écrire plus vite?[\u2026] Plusieurs élèves observés dépassaient les 80 mots/minute avec uniquement les deux pouces, voire parfois un pouce et un index.[\u2026] On parle de rédactions complètes, de plusieurs centaines de mots, réalisées en contexte scolaire, et écrites en quelques minutes.Alors, pourquoi apprendre le doigté?Pour mieux écrire?Plusieurs de ces élèves qui écrivent à \u201cdeux pouces\u201d arrivent à terminer une rédaction sans aucune faute de français.Pourquoi Éducation : Écrire ou taper?22 Québec Science | Octobre 2015 «Les études actuelles sur la qualité du français des jeunes démontrent qu\u2019elle va en déclinant.Apprenons-leur à utiliser correctement les outils informatiques, on verra leur français s\u2019améliorer.» \u2014 Thierry Karsenti alors?Il y a lieu de se questionner.» Une chose est sûre, aux yeux de Thierry Karsenti, même si elle n\u2019a pas besoin de leur apprendre la dactylographie, l\u2019école doit initier sérieusement les enfants à ce «merveilleux outil» qu\u2019est l\u2019ordinateur.«Les jeunes l\u2019utilisent chez eux pour jouer.Si vous les faites écrire, ils vont se dépêcher d\u2019enlever la fonction correctrice, parce que les lignes rouges les embêtent.Il faut donc les sensibiliser tout de suite aux possibilités extraordinaires du correcteur automatique pour apprendre à écrire.C\u2019est comme leur donner un coach personnel qui leur fait voir leurs fautes et les fait réfléchir! Les études actuelles sur la qualité du français des jeunes démontrent qu\u2019elle va en déclinant.Apprenons-leur à utiliser correctement les outils informatiques, on verra leur français s\u2019améliorer.» Comme le prouve en effet une étude conjointe qu\u2019il a menée en 2012 et dont il faisait part dans le numéro du printemps 2013 de la revue Éducation et francophonie: «Les technologies ne permettent pas unique ment aux élèves de faire moins de fautes : elles leur permettent d\u2019écrire plus, plus vite, de façon plus cohérente, d\u2019avoir plus de temps pour le faire, d\u2019être plus créatifs aussi.» Elles augmentent grandement leur motivation et leur plaisir à écrire et contribuent à la baisse du décrochage scolaire.Il déplore au passage qu\u2019on enseigne encore aux enfants à faire un brouillon avant de passer au propre, «alors que le copier-coller permet à un élève en pleine rédaction de réorganiser ses idées plus facilement que s\u2019il écrivait à la main».Sur ce point précis, Natalie Lavoie apporte un sérieux bémol : «Comme enseignante, quand je reçois un texte rédigé à l\u2019ordinateur, je n\u2019ai aucune idée du travail que l\u2019enfant a fait dessus, des difficultés qu\u2019il a rencontrées, par exemple sur des structures de phrase.Or, cela me paraît très important de le voir pour assurer la pertinence des décisions pédagogiques, de la rétroaction et de l\u2019évaluation.Je crois, en fait, qu\u2019on a besoin des deux outils : crayon et clavier.Quand la calculatrice est arrivée, on n\u2019a pas cessé d\u2019enseigner les opérations mathématiques.» Thierry Karsenti rappelle : «Quel est l\u2019objectif?Écrire au crayon?À l\u2019ordinateur?Ou améliorer la langue en nous souvenant que l\u2019écriture est aussi à la base des acquisitions en d\u2019autres matières, comme les mathématiques et les sciences?Le danger, en polarisant le débat autour de l\u2019écriture à la main, c\u2019est qu\u2019on perde la forêt de vue.» Pour l\u2019instant, tranche-t-il, « je range ceux qui sont tout à fait contre l\u2019ordinateur dans la même catégorie que ceux qui en avaient contre l\u2019écriture ou l\u2019imprimerie, autrefois».Avec Socrate et Cervantès! ?QS Pour en savoir + On peut déjà lire en ligne une recherche du professeur Karsenti effectuée en 2013 sur l\u2019utilité réelle des iPad à l\u2019école: http ://karsenti.ca/ipad/rapport_iPad_Karsenti- Fievez_FR.pdf.Quant aux recherches les plus récentes (2015) dont il parle, elles seront accessibles en ligne cet automne: L\u2019iPad à l\u2019école: quels impacts sur la lecture?Étude exploratoire auprès d\u2019élèves du primaire et du secondaire.Rapport de recherche.Ainsi qu\u2019Avantages et défis de l\u2019écriture sur les tablettes tactiles.Octobre 2015 | Québec Science 23 Les travaux de Natalie Lavoie, de l\u2019UQAR, ont démontré que les élèves initiés aux lettres attachées dès leur entrée à l\u2019école étaient avantagés \u2013 sur le plan de la vitesse et de la qualité de l\u2019écriture, comme sur celui des habiletés orthographiques et rédactionnelles \u2013 par rapport à ceux qui avaient commencé par le script ou ne connaissaient que ce style.I L L U S T R A T I O N : K A T Y L E M A Y Grâce à l\u2019imagerie cérébrale, nous commençons à connaître les zones du cerveau qui sont mobilisées lors d\u2019un apprentissage, entre autres celui de l\u2019écriture.Les recherches se multiplient mais, admet la chercheuse Marieke Longcamp, spécialiste des neurosciences cognitives à l\u2019université d\u2019Aix-Marseille, il faudra travailler encore «de manière intensive» avant d\u2019avoir tout compris! Ce qu\u2019on sait à ce jour, en tout cas, explique Steve Masson, directeur du Laboratoire de recherches en neuroéducation de l\u2019UQAM et président de l\u2019Association pour la recherche en neuroéducation, c\u2019est que «les neurones qui s\u2019activent ensemble se connectent ensemble; et que, avec la répétition de l\u2019activité, ils renforcent progressivement leurs connexions, créant des réseaux de transmission de l\u2019information».Autrement dit, plus on répète une tâche, plus on s\u2019y exerce, plus on l\u2019aborde de différentes manières, plus elle s\u2019imprègne dans le cerveau.Mieux, on a regardé ce qui se passait dans le cerveau après un apprentissage, par exemple celui d\u2019une tâche appariée aux mouvements des doigts.Résultat, on observe une diminution de l\u2019activité cérébrale dans les zones concernant l\u2019attention, la mémoire de travail, le contrôle cognitif et l\u2019inhibition.En somme, plus on s\u2019exerce à une tâche \u2013 comme écrire \u2013 plus elle s\u2019automatise, libérant d\u2019autres fonctions pour d\u2019autres usages.Marieke Longcamp ajoute: «Quand on fait un geste, par exemple le tracé d\u2019une lettre, le cerveau envoie un message au muscle, mais le muscle aussi envoie un message au cerveau \u2013 c\u2019est le codage sensoriel.Les deux messages sont mémorisés et associés.» Le mouvement pour tracer la lettre devient indissociable de la reconnaissance \u2013 de la lecture \u2013 de 24 Québec Science | Octobre 2015 Éducation : Écrire ou taper?Des lettres bien attachantes À ce jour, plusieurs études, ici comme en Europe, démontrent que l\u2019écriture manuelle reste indispensable au développement des compétences de lecture et d\u2019expression écrite.Mais quelle écriture?En lettres détachées ou attachées?e nombreuses études sur le choix entre enseigner la calligraphie (en script ou en cursives) et la dactylographie (au clavier) indiquent que l\u2019écriture manuelle of - fre des avantages spécifiques par rapport à l\u2019écriture au clavier.Ainsi, elle serait surtout propice aux apprentissages, particulièrement ceux de l\u2019orthographe et de la lecture.«Les habiletés de programmation et d\u2019exécution motrice sont liées de manière causale aux compétences orthographiques et textuelles», peut-on déjà lire dans un rapport de recherche signé en 2009 par Florence Bara de l\u2019Institut universitaire de formation des maîtres (IUFM) de Bretagne et Marie- France Morin de l\u2019Université de Sherbrooke.Écrire à la main développe la motricité fine, stimule la mémoire, facilite la reconnaissance des lettres en miroir (par exemple p et q, b et d), etc.Tous des avantages qui favorisent la réussite scolaire; conséquemment, la persévérance aussi.Soit.Mais quelle écriture manuelle?En lettres attachées ou détachées?Au Québec, il n\u2019y a pas de prescription officielle du ministère de l\u2019Éducation.Plutôt une tradition bien ancrée : on enseigne à écrire d\u2019abord en script, en première année du primaire, puis on ajoute la cursive en deuxième.Un choix qui semble à première vue raisonnable, le script étant plus simple à apprendre et à réaliser, donc davantage approprié pour initier les petits à l\u2019écriture.Fran çoise Bara et Marie-France Morin ont toutefois questionné ce double apprentissage, très exigeant sur le plan cognitif et, au fond, inutile, disaient-elles, puis qu\u2019«écrire en ayant recours à des styles d\u2019écriture différents ne constitue pas une nécessité pour être compris».Natalie Lavoie, titulaire de la Chaire de recherche sur la persévérance scolaire et la lit- tératie à l\u2019Université du Québec à Rimouski, explique pourquoi ce double apprentissage n\u2019est pas une bonne idée : «Quand nos recherches se sont penchées sur la composante graphomotrice \u2013 le mouvement de l\u2019écriture \u2013, nous avons vu que ce mouvement avait des impacts négatifs sur les performances en ortho - Que se passe-t-il dans le cerveau I L L U S T R A T I O N : K A T Y L E M A Y graphe et en rédaction de texte, tant qu\u2019il n\u2019était pas automatisé.Conclusion, l\u2019élève doit être mis dans des conditions où il peut automatiser le geste moteur le plus rapidement possible.Si on veut cela, il est préférable de ne pas se concentrer sur deux styles d\u2019écriture.L\u2019enfant, à la fin de sa première année, n\u2019a pas fini d\u2019automatiser le geste moteur, qu\u2019on lui impose déjà un nouvel apprentissage.Choisissons!» Mais\u2026 «C\u2019est difficile de trancher, admet-elle.En Europe, ils n\u2019ont pas ce débat-là; ils n\u2019enseignent que la cursive.Aux États-Unis, c\u2019est le script.Nous, on enseigne les deux.Il nous faut plus de données avant de prendre une décision.» Comparons les deux écritures.La cursive est plus rapide, plus fluide.Sur le plan perceptif, elle entraîne moins de confusion que le script entre les lettres en miroir.Aussi, le traitement linguistique est-il différent.Alors que la cursive s\u2019attarde sur l\u2019unité lexicale mot, avec seulement des espaces entre les mots, le script est centré sur l\u2019unité lexicale lettre.Il faut donc gérer l\u2019espace entre les lettres et l\u2019espace entre les mots.Le script reproduit les lettres de l\u2019imprimé, comme le clavier de l\u2019ordinateur.Le mouvement est moins complexe.Les levées de crayon, plus fréquentes, permettent de planifier le mouvement moteur pour la lettre suivante.Cette simplification graphomotrice rend cependant plus difficile la différenciation, donc l\u2019identification, des lettres.«À court terme, spécifie Natalie Lavoie, l\u2019écriture cursive est plus difficile, car l\u2019unité d\u2019analyse est plus large; mais, à long terme, c\u2019est gagnant.Elle prépare mieux à la lecture, justement parce qu\u2019elle est centrée sur le mot.À ce jour, donc, léger avantage pour la cursive.Mais une recherche que nous venons de terminer auprès de classes de première et deuxième année \u2013 les unes ne connaissant que le script et les autres que la cursive \u2013 devrait nous éclairer davantage.» Les résultats paraîtront cet automne.?QS cette lettre.C\u2019est la mémoire sensorimotrice.Or, quand on écrit au clavier, le mouvement ne s\u2019associe pas à une lettre en particulier.Steve Masson corrobore: «Chez les enfants qui ont appris à écrire à la main, l\u2019IRM montre que l\u2019écriture mobilise tout de suite les régions cérébrales de la lecture.Mais pas chez les enfants qui ont appris à écrire au clavier.» Ce qui fait dire à Natalie Lavoie, titulaire de la Chaire de recherche sur la persévérance scolaire et la littératie à l\u2019UQAR: «En faisant disparaître le crayon, on se priverait d\u2019un apport cognitif fort important.» ?QS u quand on apprend à écrire?L\u2019écriture cursive (le mot est issu du latin currere, courir) est dite aussi «en lettres attachées» ou «courante».Elle remonterait à l\u2019Égypte ancienne et, en Occident, se serait fixée au XIVe siècle.Sa caractéristique est d\u2019être rapide, l\u2019outil d\u2019écriture glissant sur le support en liant les lettres les unes aux autres, ne s\u2019arrêtant qu\u2019entre les mots et soutenant la continuité de la pensée.Aussi est-elle considérée comme l\u2019écriture pratique par excellence, celle de la vie\u2026 courante.L\u2019écriture script, ou «en lettres d\u2019imprimerie», «lettres moulées» ou «lettres détachées» reproduit, simplifiés, les caractères typographiques.Le geste moteur est moins exigeant que pour la cursive, la vitesse d\u2019exécution est ralentie par les nombreux levers de crayon, chaque lettre étant traitée indépendamment.On attribue la création du script \u2013 un caractère sans empattement \u2013 au calligraphe et typographe britannique Edward Johnston, en 1916.Son enseignement a été introduit au Québec dans les années 1970.À l\u2019époque, on croyait que le script, plus facile à apprendre, faciliterait la lecture.L\u2019écriture en script est aussi moins personnelle que la cursive.Vous avez dit cursive?Script?Octobre 2015 | Québec Science 25 26 Québec Science | Octobre 2015 Éducation : Écrire ou taper?e n\u2019est pas simple, écrire.Comment y arrive-t-on?Quand on veut écrire, on doit s\u2019occuper grosso modo de quatre aspects, de quatre dimensions.D\u2019abord, savoir quoi dire : la chose à exprimer, l\u2019idée à transmettre; pourquoi le dire : les inten - tions; à qui on veut s\u2019adresser : le destinataire.C\u2019est l\u2019étape de la conceptualisation.Ensuite, une fois qu\u2019on sait ce qu\u2019on veut dire, il faut décider du comment \u2013 de quelle manière on va s\u2019y prendre pour le dire; de quel type de phrases, de quels mots on va se servir.C\u2019est l\u2019énonciation.En troisième lieu, il faut s\u2019assurer de comprendre et de maîtriser le code, pour être sûr d\u2019être bien compris.C\u2019est l\u2019étape de l\u2019orthographe.Finalement, il faut produire l\u2019écriture en tant que telle.Laisser sur un support une trace qui fera en sorte que ce discours va rester de manière durable.C\u2019est la matérialisation, grâce au geste graphomoteur.Comment prépare-t-on l\u2019enfant à écrire?D\u2019abord, en lui en donnant le goût.Un enfant, aujourd\u2019hui, voit de l\u2019écriture partout : dans la rue, sur ses vêtements, sur toutes sortes de contenants et de papiers, etc.Il est exposé à une quantité astronomique d\u2019écrits.Il faut en profiter pour lui faire prendre conscience de la fonction de l\u2019écrit.Lui montrer que ça le concerne, lui aussi, pas seulement les grands; et que savoir écrire va lui apporter beaucoup, va changer des choses dans sa vie.C\u2019est très important pour les petits d\u2019avoir conscience de la fonction des usages, des savoir-faire, pour qu\u2019ils aient le goût de mettre de l\u2019attention, de l\u2019énergie et des ressources co gnitives dans leurs apprentissages.Pour aider l\u2019enfant à l\u2019étape de l\u2019énonciation, il faut sans doute lui enseigner du vocabulaire.Oui, lui apprendre des mots \u2013 très tôt, entre deux et trois ans, c\u2019est un bon moment, car il y a un «boom oral» chez l\u2019enfant \u2013, lui apprendre à les choisir et à en faire des phrases, mais aussi l\u2019exposer à des idées.Pour cela, l\u2019idéal est la lecture à voix haute par l\u2019adulte.Elle va développer son énonciation, en lui offrant un large répertoire de mots et en lui faisant comprendre pour quel genre d\u2019idées on utilise l\u2019écrit, de quoi on parle quand on écrit.C\u2019est par leurs expériences de réception des textes que les enfants en viennent à construire leurs propres représentations.Des textes comme des histoires?Des histoires, mais en fait, tout type de texte.Pas seulement le narratif, le fictionnel ou le fantaisiste.Dans le fond, c\u2019est l\u2019exposition au texte qui compte.Ce peut aussi bien être un texte documentaire que de la poésie.Même la liste d\u2019épicerie qu\u2019on est en train de compléter?Oui, puisque cela lui montre qu\u2019écrire aide à se souvenir \u2013 c\u2019est la fonction aide-mémoire de l\u2019écrit.Que l\u2019écriture est un outil très utile, parfois même nécessaire, dans toutes sortes de circonstances de la vie.En ce qui concerne l\u2019acquisition de l\u2019orthographe, que fait-on?C\u2019est autrement plus complexe que d\u2019apprendre des mots! Pour ce qui est du code orthographique, on commence par inciter l\u2019enfant à écrire comme il pense.C\u2019est quelque chose de fascinant à voir.On demande à des enfants très, très jeunes \u2013 deux ans \u2013 de nous écrire quelque chose et on obtient souvent des pseudo-écritures qui ressemblent étonnamment à de vraies lettres.À deux ans, déjà, l\u2019enfant sait distinguer le dessin de la graphie! Cela dit, comment amener les enfants à vouloir apprendre l\u2019orthographe?En les amenant à s\u2019interroger à ce propos, à s\u2019y intéresser, à saisir que le code est essentiel si on veut être compris.Du coup, ils vont lui porter plus d\u2019attention et se construire davantage de connaissances par rapport à elle.L\u2019acquisition de l\u2019orthographe est en grande partie une question d\u2019attention.Le premier cycle du primaire est une pé- Comment un enfant se prépare-t-il à l\u2019écriture?Quel processus cognitif suit-il?Isabelle Montésinos- Gelet, chercheuse et professeure au département de didactique à l\u2019Université de Montréal, explique.Écrire à la main, étape par Isabelle Montésinos-Gelet Au Québec, pas demain la veille! «Enlever les crayons?Les écoles ne sont pas prêtes du tout, du tout! Certaines n\u2019ont même pas de laboratoire informatique, s\u2019insurge Natalie Lavoie, titulaire de la Chaire de recherche sur la persévérance scolaire et la littératie à l\u2019Université du Québec, campus de Rimouski.J\u2019ai vu des écoles primaires où la moitié des ordis ne fonctionnent pas; d\u2019autres où les portables sur chariot ont leurs piles à plat, de sorte que l\u2019enseignant doit brancher chaque ordinateur; et des labos d\u2019informatique inaccessibles.En fait, au Québec, on n\u2019utilise pas ou très peu les ordinateurs.On a acheté beaucoup d\u2019appareils; on achète de plus en plus de tablettes.Il y a des tableaux blancs interactifs, mais les profs ne reçoivent pas la formation qui va avec! Et il n\u2019y a, au programme, qu\u2019une période par semaine réservée à l\u2019ordinateur.Une seule période! Le problème est là: on investit dans la techno, mais pas dans l\u2019entretien ni dans la formation!» M A R C G E L E T Les filles sont meilleures que les garçons en lecture et en écriture.Elles écrivent plus vite, plus lisiblement et maîtrisent mieux l\u2019orthographe ainsi que la production de textes.De nombreuses recherches \u2013 dont l\u2019une menée au Québec chez des enfants de deuxième année du primaire \u2013 en ont fait état.Aussi, plusieurs approches pédagogiques sont-elles mises de l\u2019avant pour aider les garçons, dont l\u2019une veut privilégier l\u2019utilisation du clavier plutôt que celle du crayon.En fait, les nouvelles technologies aideraient tous les élèves en difficulté, particulièrement ceux qui présentent des problèmes de coordination et d\u2019apprentissage.Le principe, grosso modo?Comme il est plus simple d\u2019écrire au clavier, les enfants ne sont plus crispés par l\u2019effort de l\u2019écriture manuscrite ni le jugement de l\u2019école sur leur calligraphie.«Je reçois beaucoup d\u2019enfants en souffrance à cause de leur mauvaise écriture, explique Yann Leroux, de l\u2019Observatoire des mondes numériques en sciences humaines dans une entrevue accordée au magazine L\u2019Express.Avec l\u2019ordinateur et son clavier, les enfants peuvent enfin écrire ce qu\u2019ils ont à dire.C\u2019est toujours propre et bien présenté.» Comme ils réussissent mieux, leur estime de soi et leur motivation grandissent en conséquence; ils apprennent mieux.CanChild, le centre de recherche pour l\u2019enfance en difficulté de l\u2019université McMaster à Hamilton, en Ontario, fait aussi des recommandations en ce sens.L\u2019ordinateur: bon pour les garçons Octobre 2015 | Québec Science 27 riode de «boom orthographique» où l\u2019enfant mémorise massivement l\u2019orthographe des mots d\u2019usage courant en même temps que leur trace motrice, c\u2019est-à-dire le schéma moteur qui permet de produire le mot écrit.Quand on parle d\u2019apprentissage de l\u2019écriture, on revient toujours à la graphomotricité.Dites-nous-en plus.C\u2019est la graphomotricité qui sert à matérialiser l\u2019écrit.C\u2019est très coûteux en énergie pour un jeune enfant.Dès le préscolaire, puis ensuite à la maternelle et à l\u2019école, on va donc l\u2019aider \u2013 par toutes sortes de mouvements, d\u2019activités \u2013 à développer sa motricité fine, celle qui permet l\u2019habileté manuelle, la précision du geste.Elle est essentielle pour manier le crayon, et pour que cela devienne facile, automatique.Mais comme tout apprentissage, la motricité manuscrite demande de la répétition, comme quand on apprend à marcher ou à faire du vélo.À force d\u2019expérience, parce que les gestes moteurs sont de plus en plus assurés, on devient habile.Naturellement, pour aider l\u2019enfant, on fait aussi en sorte qu\u2019il soit à l\u2019aise dans sa posture, dans sa façon de tenir son crayon, etc.Mais il faut aussi s\u2019occuper de sa motricité globale, qui influence la coordination des mouvements et la latéralisation.On le sait, les lettres, en script, ont une orientation qu\u2019il faut remarquer et pouvoir reproduire.Or, il y a beaucoup de différences de motricité globale entre les individus.Certains sont souples, adroits, bien coordonnés dans leurs gestes, d\u2019autres au contraire sont malhabiles dans leurs mouvements, leur façon de bouger.Ici encore, c\u2019est la répétition, l\u2019exercice, qui peut faire la différence.?QS r étape entre deux joints DROGUE OU M Cannabis: Adam Greenblatt, directeur général de la clinique Santé cannabis : «Le Québec est en voie de devenir un creuset de la recherche sur le cannabis médical.» ristan, 25 ans, fume un joint pour soulager ses douleurs dans les jambes, causées par la sclérose en plaques.Karène, 55 ans, dilue une huile de cannabis dans ses boissons.C\u2019est la seule façon qu\u2019elle a trouvée d\u2019apaiser les symptômes de la sclérodermie, une maladie auto-immune qui provoque l\u2019épaississement et le durcissement de la peau, des tendons, des ligaments et même des organes comme le cœur, les reins ou les poumons.Alexandra, elle, met de la marijuana dans la nourriture de son garçon de 22 mois, atteint d\u2019épilepsie sévère.Le cannabis est leur remède de choix.Et bien qu\u2019on puisse lire en toutes lettres sur le site Internet de Santé Canada qu\u2019il n\u2019est pas un médicament approuvé au pays, ces trois personnes s\u2019en procurent en toute légalité.Ils font figure de pionniers \u2013 ou de cobayes, c\u2019est selon \u2013 et si leur expérience s\u2019avère concluante, beau - coup d\u2019autres malades pourraient suivre leur exemple.«Le Québec est en voie de devenir un creuset de la recherche sur le cannabis médical», se réjouit Adam Greenblatt, directeur général de la clinique Santé cannabis, à Montréal, qui compte Tristan, Karène et Alexandra parmi ses clients.La marijuana n\u2019a jamais fait l\u2019objet de grandes études cliniques qui auraient prouvé qu\u2019elle était plus efficace qu\u2019un simple placebo, ou démontré qu\u2019elle ne mettait pas en danger la santé des patients.«C\u2019est pourquoi elle n\u2019a pas le statut de médicament, explique Adam Greenblatt.Malheureusement, à partir des années 1930, on a diabolisé le cannabis, surtout en Amérique du Nord.Dès lors, la recherche médicale a été stoppée.» Le film Reefer Madness, sorti en 1936 et commandité par des groupes religieux antidrogue aux États-Unis, présentait la marijuana comme un fléau qui pervertissait la jeunesse et poussait les adolescents à commettre les pires crimes, avant de les faire sombrer dans la folie.«Après ça, les seuls scientifiques qui pouvaient faire financer leurs projets de recherche sur le cannabis étaient ceux qui se penchaient sur les effets délétères de la drogue», résume Adam Greenblatt.Cette ère est révolue.En 2001, tout change.Pour se conformer à un jugement de la Cour d\u2019appel de l\u2019Ontario, et sous la pression de lobbies de patients, Santé Canada accordait aux citoyens qui avaient l\u2019accord de leur médecin la permission de se procurer de la marijuana.Sans se conformer à la législation encadrant les médicaments, l\u2019usage thérapeutique du cannabis possédait dès lors son propre règlement, le Règlement sur l\u2019accès à la marihuana à des fins médicales.En juillet 2015, pour se plier à une décision de la Cour suprême du Canada, cette fois, Santé Canada annonçait qu\u2019elle permettrait désormais aux malades de se procurer non plus seulement du cannabis séché, mais également de l\u2019huile de cannabis, ou encore des bourgeons et des feuilles de cannabis frais.Mais sur le plan de la recherche, c\u2019est le lancement du Registre cannabis Québec, en mai 2015, qui pourrait changer la donne.Mis en place par l\u2019équipe du docteur Mark Ware, du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), en collaboration avec le Consortium canadien pour l\u2019investigation des cannabi- noïdes, ce registre constituera la toute première banque de données de recherche au monde sur l\u2019utilisation de la marijuana à des fins médicales.«Les médecins québécois qui prescrivent du cannabis inscriront leurs patients au registre», explique le docteur Ware qui prescrit lui-même de la marijuana à des patients qu\u2019il reçoit à l\u2019Unité de gestion de la douleur Alan-Edwards, du CUSM.«Les données consignées nous permettront de savoir qui consomme du cannabis, pour quelle raison, par quel moyen, à quelle dose et avec quels résultats, poursuit le chercheur.À terme, les médecins seront mieux informés sur les dosages et leurs effets.Pour le moment, Octobre 2015 | Québec Science 29 U MÉDICAMENT T Les médecins canadiens peuvent prescrire du cannabis pour soulager les douleurs de leurs patients, calmer leurs spasmes musculaires ou les aider à dormir.Pourtant, on sait encore très peu de choses sur les effets thérapeutiques de la marijuana.Le Registre cannabis Québec pourrait combler ce vide.Par Dominique Forget S A R A H M O N G E A U - B I R K E T T ils le prescrivent sans savoir précisément dans quelle mesure la consommation est bénéfique, et dans quels cas elle serait à éviter.» arène Rietschin, qui a dû abandonner son travail en relations publiques lors - qu\u2019elle a appris qu\u2019elle souffrait de sclérodermie, il y a six ans, espère que le registre aidera à donner un peu plus de crédibilité au cannabis médical.La Montréalaise venait de prendre la réso lution de ralentir le rythme au boulot, pour mieux profiter de la vie à l\u2019aube de ses 50 ans, quand la maladie a frappé.Progressivement, ses reins ont cessé de fonctionner (elle survit aujourd\u2019hui grâce à une greffe), un accident cardio- vasculaire a touché l\u2019hémisphère gauche de son cerveau et elle ne respire maintenant que grâce à un seul poumon.«Je vis la fin de ma vie tous les jours», confie la femme, venue au rendez-vous dans un café de la rue Monkland, à Montréal, grâce au service de transport adapté et à sa marchette qu\u2019elle déplace lentement.«Je n\u2019ai pas peur de la mort, dit-elle avec un sourire désarmant qu\u2019elle garde malgré l\u2019implacabilité de la maladie.Mais la douleur, ça, je ne peux pas.Imaginez que quelqu\u2019un vous serre le bras au point où vous avez mal au muscle, jusqu\u2019au tendon et jusque dans l\u2019os.C\u2019est ce que je ressens, mais partout dans mon corps et sans arrêt.» Il n\u2019y a aucun traitement pour la sclérodermie.Ses médecins lui ont prescrit de l\u2019oxy- codone, un analgésique parmi les plus puissants, de la même famille que l\u2019opium ou la morphine, connu pour provoquer de fortes dépendances.Le médicament n\u2019a pas soulagé Karène.Lorsqu\u2019elle a demandé à un premier médecin une ordonnance pour de la marijuana, le spécialiste a longtemps hésité avant d\u2019obtempérer.«C\u2019était un vieux de la vieille, raconte Karène.Il semblait craindre que je sois une ex-hippie qui avait envie de planer.» Elle dit n\u2019avoir jamais consom mé de cannabis à des fins récréatives.Une jeune spécialiste a fini par remplacer le vieux médecin de Karène.Mais elle aussi a tergiversé avant de prescrire du cannabis.Lorsqu\u2019elle l\u2019a fait, elle a dû répondre à de longues et pointilleuses questions du comité d\u2019éthique de son hôpital.Pourtant, l\u2019apaisement de la douleur est de loin l\u2019effet thérapeutique le mieux documenté du cannabis.Les molécules de la plante (les cannabinoïdes) \u2013 dont le THC, le tétrahydrocannabinol, bien connu pour son effet euphorisant \u2013 se lient aux récepteurs cannabinoïde-1 (CB1), des protéines qui se situent dans notre cerveau ainsi que dans nos systèmes nerveux central et périphérique.«En bloquant l\u2019action de ces récepteurs, les cannabinoïdes entravent la transmission des signaux douloureux vers le cerveau», résume l\u2019anesthésiste Aline Boulanger, directrice du Centre d\u2019expertise de la douleur chronique au Centre hospitalier de l\u2019Université de Montréal (CHUM).Les cannabinoïdes peuvent également se lier aux récepteurs CB2 qu\u2019on trouve principalement dans les cellules immunitaires.«Ces récepteurs sont impliqués dans la transmission de la douleur inflammatoire et peuvent également être neutralisés par le cannabis», précise la docteure Boulanger.En prime, il semble que la marijuana cause moins de problèmes de tolérance et entre deux joints Marijuana, cannabis.quelle différence?Cannabis sativa indica est le nom de la plante.Marijuana est le nom du mélange de fleurs, de feuilles et de tiges séchées du cannabis.On appelle aussi ce mélange «herbe», tout simplement; ou plus familièrement, «pot».K Le cannabis vu au microscope.On voit les trichomes, de fines excroissances sur la plante.Elles sécrètent le fameux THC.A N T O N I O R O M E R O / S P L «Pour le moment, on prescrit le cannabis sans savoir précisément dans quelle de dépendance que les narcotiques.«Les dosages nécessaires pour procurer un même soulagement n\u2019ont pas tendance à augmenter avec le temps», explique l\u2019anesthésiste qui compte bientôt inscrire des patients au Registre cannabis Québec.En outre, lorsque le patient cesse de consommer, les symptômes de sevrage sont beaucoup moins importants que ceux des patients qui arrêtent subitement de prendre de l\u2019oxycodone.«Au pire, avec le cannabis, le patient éprouve une certaine nervosité, des problèmes de sommeil, de l\u2019irritabilité, décrit la docteure Boulanger.Mais pas de frissons, de diarrhées ou de nausées, comme dans le cas de sevrage des analgésiques stupéfiants très puissants.» Karène Rietschin décrit l\u2019effet de la marijuana comme une vague chaude qui envahit son corps et endort la douleur.«Ce n\u2019est pas un médicament miracle, dit-elle.Mais ça m\u2019aide à gérer la maladie.J\u2019arrive à lire, à parler au téléphone, à travailler à l\u2019ordinateur, etc.Ce sont les petits plaisirs de ma vie.Avant de prendre de la marijuana, je n\u2019avais même plus envie de sortir de mon lit.» En plus de la gestion de la douleur, de nombreux autres bénéfices sont associés au cannabis.Le THC diminuerait les nausées et stimulerait l\u2019appétit chez les patients atteints de cancer ou du sida, par exemple.Le cannabidiol (CBD), un cannabinoïde qui n\u2019a pas l\u2019effet euphorisant du THC, diminuerait les cri - ses épileptiques et la spas ticité, une tendance des muscles à se contracter, un mal dont souffrent les personnes qui ont la sclérose en plaques, no - tam ment.D\u2019autres molécules, comme le myrcène ou le tétrahydrocannabivarine (THCV), ont été très peu étudiées, mais on leur prête des vertus allant de la réduction de l\u2019inflammation au contrôle du taux de sucre dans le sang.Tout cela reste à prouver.nviron 500 patients fréquentent la clinique Santé cannabis, à intervalles plus ou moins réguliers.Ils souffrent du sida, d\u2019épilepsie, de la maladie de Crohn, de sclérose en plaques, de cancers, de la maladie de Parkinson, de sclérose latérale amyotrophique, de dépression, de trouble de stress post-traumatique, de problèmes de sommeil, entre autres.Sept médecins rencontrent les patients et leur font une prescription au besoin.Les patients consultent ensuite le directeur de la clinique, Adam Greenblatt, pour identifier quelle va - riété de cannabis serait la mieux adap tée à leurs besoins.On compte actuellement 25 pro duc teurs autorisés de cannabis médical, au Canada, et chacun propose une gamme de produits qui contiennent plus ou moins de THC et de CBD.«Un patient qui n\u2019a jamais fumé de marijuana de sa vie aura avantage à commencer avec un cultivar pauvre en THC», explique l\u2019herboriste qui, à l\u2019époque où il était étudiant à l\u2019école secondaire, en Ontario, devait se procurer de la marijuana sur le marché noir pour soulager son père, atteint de la sclérose en plaques.Adam offre aussi des conseils sur les façons de consommer l\u2019herbe et peut, au besoin, fabriquer de l\u2019huile, du beurre ou de la teinture (un alcool infusé de cannabis) pour ses clients, dans la cuisine moderne et rutilante qui se trouve au fond de la clinique, derrière les deux bureaux de consultation des médecins.Tristan Williams qui, à 25 ans, a déjà survécu à deux cancers et a reçu un diagnostic de sclérose en plaques à l\u2019âge de 19 ans, est un fidèle client de Santé cannabis.Il fume la marijuana, mais l\u2019inhale Octobre 2015 | Québec Science 31 Pas d\u2019euphorie chez les médecins Selon un sondage mené auprès de 200 médecins canadiens et dont les résultats ont été publiés dans L\u2019actualité médicale, en octobre 2014 : 12% prescrivent de la marijuana 52% n\u2019en prescrivent pas, mais souhaiteraient le faire 36% disent qu\u2019ils n\u2019en prescriront jamais E H Y D R O P O T H E C A R Y e mesure la consommation est bénéfique, et dans quels cas elle serait à éviter.» La serre d\u2019Hydropothecary à Gatineau, au Québec endant 30 ans, Louis Gagnon a géré un centre de jardinage Botanix, à Gatineau.En juillet 2013, il a balancé tous ses plants \u2013 géranium, cyclamen ou poinsettia \u2013 pour les remplacer par des plants de cannabis.«Il y a des producteurs qui se plaignent que le cannabis est une plante capricieuse, mais quand tu as connu le monde de la production de plantes ornementales, avec 200 variétés qui ont chacune des besoins différents, tu trouves que le cannabis, c\u2019est un jeu d\u2019enfant.Et la marge bénéficiaire est pas mal plus intéressante», dit l\u2019horticulteur et businessman.Ils sont actuellement 25 producteurs autorisés de cannabis médical au pays (plusieurs centaines sont en attente d\u2019un permis de Santé Canada).Hydropothecary, qui occupe le site de l\u2019ancien Botanix et dont Louis Gagnon est le maître horticulteur, est le seul qui se soit implanté au Québec à ce jour.Pour l\u2019heure, la jeune entreprise répond aux besoins de ses clients grâce aux installations horticoles qui étaient déjà en place, mais une immense serre, de la taille de trois piscines olympiques, est en construction sur le site.Louis Gagnon compte y faire pousser une douzaine de variétés de cannabis.«Le marché est encore naissant et c\u2019est difficile de prévoir de quelle façon la demande va évoluer, dit-il.En ce moment, il y a une demande croissante pour de la marijuana riche en CBD et pauvre en THC.Très peu de cultivars répondent à ces spécifications.Il faut les développer.» C\u2019est le boulot de Shane Morris, vice-président aux affaires scientifiques chez Hydropothecary.Ce généticien de formation a travaillé au sein de l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments et d\u2019Agriculture Canada avant de se lancer dans l\u2019aventure du cannabis médical.À Gatineau, il veille à sélectionner les plants qui comportent les meilleurs traits génétiques.«Il n\u2019y a pas que la concentration en THC et en CBD qui compte, explique cet Irlandais d\u2019origine en montrant quelques boutures qui attendent d\u2019être transférées dans la serre.On cherche aussi à sélectionner des plants résistants aux maladies et aux moisissures.» Une fois les plants sélectionnés, il faut voir à optimiser les récoltes.La nouvelle serre de Gati- neau sera subdivisée en deux zones.Dans la première seront regroupés des plants à l\u2019état végétatif (qui ne comportent que des feuilles).Dans la seconde, les plantes seront toutes en floraison.«Le cycle de la plante est régi par la pho- topériode, explique Louis Gagnon.En contrôlant la période d\u2019ensoleillement, nous pouvons accélérer le cycle de la nature.Par exemple, dans l\u2019espace réservé aux plants en floraison, il y aura de la lumière 12 heures par jour, 365 jours par année.On utilisera de l\u2019éclairage artificiel en hiver et un système de rideaux en été.» À terme, Hydropothecary, qui compte actuellement une vingtaine d\u2019employés, pourra produire environ une tonne de cannabis séché par année.Et peut-être plus encore.La serre a été conçue de façon à pouvoir être facilement agrandie, si jamais la société veut prendre de l\u2019expansion.Un espace est aussi prévu pour la production d\u2019huile de cannabis, mais les extracteurs n\u2019ont pas encore été achetés.Environ 400 km à l\u2019ouest, en banlieue de Toronto, l\u2019équipe de Bedrocan Canada est aussi sur un high.«Nous possédons la technologie de production de cannabis la plus avancée dans le monde», se vante au téléphone Cam Battley, vice-président au développement.Ici, pas de serre.Plutôt des phytotrons : de petites chambres closes où tous les paramètres \u2013 depuis l\u2019éclairage jusqu\u2019à la température, en passant par la pression atmosphérique ou l\u2019humidité \u2013 sont contrôlés artificiellement, à distance.«Nous fermons la porte du phytotron au début du cycle de production et nous ne la rouvrons qu\u2019à la fin, quand les plants sont prêts pour la récolte», dit M.Battley.La technologie a été empruntée à une compagnie cousine, Bedrocan BV, seul fournisseur de cannabis médical aux Pays-Bas.En banlieue de Toronto, Bedrocan Canada compte 24 de ces phytotrons, qui peuvent contenir de 10 à 120 plants chacun.L\u2019entreprise offre six variétés de cannabis à ses clients.Sa capacité de production se chiffre à deux tonnes par année et elle attend l\u2019autorisation de Santé Canada pour doubler la cadence! «Notre technologie nous permet de faire pousser du cannabis qui atteint les mêmes standards de qualité qu\u2019un médicament produit dans un laboratoire pharmaceutique, assure Cam Battley.Nous pouvons contrôler de façon très serrée la concentration de THC et de CBD dans nos produits.» Pour Louis Gagnon, tout cela n\u2019est que du marketing.«Chacun dit qu\u2019il a la meilleure technologie et le meilleur produit, affirme-t-il.Si certains producteurs sont plus à l\u2019aise à faire pousser du cannabis à l\u2019intérieur, dans des environnements artificiels comme des phytotrons, c\u2019est parce que l\u2019expertise en culture de cannabis s\u2019est développée dans des sous-sols, pour le marché noir.Mais une plante, c\u2019est fait pour pousser à l\u2019air libre.Quand notre serre sera au point, personne ne pourra battre notre rendement.» 32 Québec Science | Octobre 2015 Louis Gagnon, maître horticulteur : «L\u2019expertise en culture de cannabis s'est développée dans des sous-sols, pour le marché noir.Mais une plante, c\u2019est fait pour pousser à l'air libre.» Horticulteurs en herbe Une première ferme de cannabis voit le jour au Québec.P H Y D R O P O T H E C A R Y aussi grâce à un vaporisateur, ou la mange sous forme de beurre.«Elle m\u2019aide non seulement à gérer la douleur et les engourdissements, mais aussi à apaiser l\u2019anxiété et les frustrations qui viennent avec la maladie», explique le jeune homme rencontré au sous-sol de la clinique où il tient le bureau de sa fondation, la Tristan WilliaMS Foundation, laquelle offre du soutien aux anglophones atteints de sclérose en plaques dans la région de Montréal.La possibilité de consommer la marijuana dans des beurres ou dans une huile fabriqués à partir de souches riches en CBD, mais sans THC (et donc sans effets euphorisants) ouvre la voie du cannabis médical à un tout autre groupe de malades : les enfants.Santé cannabis compte parmi sa clientèle 12 patients de moins de 7 ans.Parmi eux, D.D., dont nous tairons le nom à la demande d\u2019Alexandra, sa mère.«D.D.a fait une encéphalite et une méningite trois jours après sa naissance», raconte la maman de trois enfants.Le virus a causé une paralysie cérébrale et déclenché de graves crises d\u2019épilepsie réfractaires aux traitements.On a administré à D.D.à peu près tous les médicaments disponibles dans l\u2019arsenal thérapeutique des pédiatres.Malgré les meilleurs efforts des médecins, le bébé était incapable de tenir sa tête ou de manger.Aux dires d\u2019Alexandra, c\u2019est seu le - ment après qu\u2019elle eut commencé à donner de l\u2019huile de cannabis à D.D.que les crises se sont apaisées et que les convulsions ont cessé.Le petit avait 10 mois et consomme toujours de l\u2019huile aujour - d\u2019hui, alors qu\u2019il aura bientôt 2 ans.Ses membres sont moins raides, assure sa mère.Il arrive même à marcher un peu.«Les pédiatres étaient scandalisés quand j\u2019ai évoqué l\u2019idée de donner du cannabis à D.D.après avoir fait des lectures sur Internet, se souvient Alexandra.J\u2019ai dû me tourner vers Santé cannabis.» Alexandra s\u2019étonne du fait que la majorité des médecins refusent de prescrire du cannabis alors qu\u2019ils ont donné à son bébé les médicaments les plus puissants qui soient.«Le cannabis que j\u2019achète pour D.D.ne contient pas de THC, précise-t- elle.Mon bébé n\u2019est pas stone!» Le docteur Mark Ware, du CUSM, croit aussi que la communauté médicale aurait avantage à être mieux informée.«Un cannabis qui ne contient pas de THC, ce n\u2019est pas du tout la même chose que ce qui se vend dans la rue», dit-il.En revanche, il est loin de cautionner l\u2019utilisation à tous crins de cannabis chez les enfants, comme chez les adultes d\u2019ailleurs.«On n\u2019a pas encore de données sur l\u2019innocuité du CBD et il y a beaucoup d\u2019inquiétude chez les médecins.Il faut faire un suivi à long terme.Grâce au registre, on espère avoir des réponses.On est en voie d\u2019assister à une énorme expérience, à l\u2019échelle de la province», pense-t-il.?QS Octobre 2015 | Québec Science 33 veloquebecvoyages.com 514 521-8356 ou 1 800 567-8356, poste 506 RÉSERVEZ MAINTENANT DESTINATIONS EN LIBERTÉ Les Îles de Guadeloupe ainsi que Sonoma et Napa Valley vous sont également proposées, au moment qui vous convient, en formule En liberté.L\u2019ÉTÉ SE POURSUIT.EN OCTOBRE EN NOVEMBRE EN DÉCEMBRE À VÉLO QUÉBEC VOYAGES 24-31 Tucson en boucles 7-14 14-21 22-29 14-7 Holguín en boucles Holguín en boucles Varadero en boucles Thaïlande 27-3 27-3 Holguín en boucles Varadero en boucles La possibilité de consommer la marijuana sans THC ouvre la voie du cannabis médical à une tout autre tranche de malades : les enfants. 34 Québec Science | Octobre 2015 La NASA n\u2019a pas encore désigné l\u2019astéroïde qui accueillera la sonde robot, vedette du projet ARM.On estime qu\u2019il faudra deux ans pour l\u2019atteindre.La sonde serait lancée vers 2020. REMORQUAGE TRÈS SPATIAL Aller rejoindre un lointain astéroïde, en rapporter un morceau pour le mettre en orbite autour de la Lune.À quoi joue la NASA?Par Joël Leblanc e 11 octobre 2010, Barack Obama approuve le NASA Authorization Act 2010 qui confirme l\u2019arrêt de mort de Constellation, le programme spatial qui devait envoyer d\u2019autres astronautes états-uniens sur la Lune.Puis, avec le retrait des navettes et l\u2019achèvement de la Station spatiale internationale, l\u2019année suivante, la NASA s\u2019est retrouvée sans mandat clair.Les mauvaises langues diront que, depuis ce temps, l\u2019agence spatiale des États-Unis dépense son budget dans des projets boiteux et sans but précis.Aussi, le projet ARM, pour Asteroid Redirect Mission (Mission de redirection d\u2019astéroïde), annoncé en 2012 au coût de 1,25 milliard de dollars, a-t-il particulièrement enflammé la blogosphère.Ce projet prévoit l\u2019envoi d\u2019une sonde robotisée afin de rapporter un morceau d\u2019astéroïde à proximité de la Terre.Parmi les nombreuses critiques, certaines déploraient qu\u2019un tel montant ne soit pas consacré à la conquête de Mars.«C\u2019est pourtant exactement notre but, réplique posément Michele Gates, la directrice du programme ARM à la NASA.Cette mission est un banc d\u2019essai pour mettre au point et tester les nouvelles technologies qui nous permettront d\u2019aller sur Mars dans les années 2030.» Selon Martin Elvis, astrophysicien sénior à l\u2019université Harvard, au Massachusetts, il suffit d\u2019assister aux ateliers semestriels de discussion et de réflexion du SBAG (Small Bodies Assessment Group ou Groupe d\u2019évaluation des petits corps célestes) pour constater que la NASA n\u2019a effectivement que Mars en tête.Ce groupe, que l\u2019Agence a fondé dans le but d\u2019iden - tifier les priorités et les opportunités scientifiques dans l\u2019exploration des astéroïdes, comètes, petits satellites et poussières interplanétaires, planche notamment sur le projet ARM et en évalue les aspects à chaque rencontre.«Le concept clé, c\u2019est de toujours penser \u201cvers Mars\u201d, témoigne Octobre 2015 | Québec Science 35 L aéronautique La sonde ira se mettre en orbite autour de l\u2019astéroïde, le temps de choisir un gros échantillon de roche qu\u2019elle ramassera avec ses grandes pinces.Une fois la roche récupérée, la sonde repartira en tentant de faire dévier l\u2019astéroïde.P H O T O S : N A S A Martin Elvis.Tout ce qui est entrepris doit apporter quelque chose aux futures missions habitées vers Mars.C\u2019est ce que la NASA exige de tous ses ingénieurs.Et ça marche.» Mais à première vue, le lien entre ARM et la planète rouge n\u2019est pas évident.La NASA repérera d\u2019abord un astéroïde adéquat, puis tentera d\u2019y poser une sonde, d\u2019y prélever un bloc de roche et de repartir vers la Terre avec lui, non sans avoir d\u2019abord dévié de quelques degrés l\u2019astéroïde de sa trajectoire.Ensuite, la sonde reviendra se mettre en orbite autour de la Lune et attendra qu\u2019une mission habitée vienne l\u2019y rejoindre pour analyser le caillou.L\u2019engin sera lancé vers 2020 grâce à une puissante fusée Atlas V ou Delta IV.Il lui faudra deux ans pour atteindre son astéroïde et cinq ans pour accomplir la totalité de sa mission.Quelle cible choisira-t-il?Il faudra un astéroïde dont on a la certitude que sa surface est parsemée de gros blocs de roche.Il y a quelques candidats en lice, par exemple 2008 EV5, un astéroïde actuellement utilisé pour mener les simulations et les calculs, mais le choix final sera arrêté d\u2019ici la fin de 2019, ce qui laisse le temps d\u2019en dénicher d\u2019autres.La sonde, elle, sera en fait un robot spatial.Elle contrôlera elle-même son appro - che et sa descente.Elle se mettra en orbite autour de l\u2019astéroïde pendant une douzaine de semaines, le temps de bien balayer sa surface et de bien choisir son caillou.Une fois la cible retenue \u2013 un bloc d\u2019une centaine de tonnes \u2013, elle amorcera sa descente en douceur.Comme l\u2019astéroïde sera petit, sa gravité sera minime et s\u2019y poser sera périlleux.Si la sonde arrive trop rapidement, elle pourrait tout bonnement ricocher.L\u2019approche finale se fera à la vitesse de seulement quelques centimètres par minute.Lorsque ses pattes toucheront le sol, plus délicatement que ne le ferait une plume de duvet, elles plieront doucement afin d\u2019amortir le choc et freiner la sonde.La sonde aura pris soin de poser ses pattes de part et d\u2019autre du bloc de roche repéré plus tôt.Elle déploiera deux bras qui viendront toucher la paroi rocheuse et plusieurs micro-vis s\u2019enfonceront alors pour assurer un arrimage solide.Une fois le bloc bien agrippé, la faible gravité, qui avait tant compliqué l\u2019atterrissage, facilitera énormément le décollage.La sonde pourra repartir en se poussant à l\u2019aide de ses pattes.En d\u2019autres mots, elle n\u2019aura qu\u2019à sauter pour se remettre en orbite, son trésor bien accroché sous elle.«Il s\u2019agit en fait de l\u2019option B, précise Michele Gates.Notre première idée était d\u2019attraper un petit astéroïde entier.En optant pour un bloc à la surface d\u2019un plus gros, on augmente la liste des astéroïdes potentiels pour cette mission.C\u2019est aussi l\u2019option imposant la mise au point du plus grand nombre de technologies qui nous serviront par la suite, comme l\u2019atterrissage en douceur et la saisie du bloc.» ne fois envolée avec son butin, la sonde se remettra en orbite \u2013 une orbite rapide et serrée, étant donnée la petitesse de l\u2019astéroïde.Et pour la première fois, on tentera alors de dévier la course d\u2019un géocroiseur (voir l\u2019encadré à la page 38).«La sonde jouera le rôle de remorque gravitationnelle, explique Michele Gates.Au lieu de graviter autour du centre de l\u2019astéroïde, elle maintiendra une orbite un peu décalée et l\u2019attirera doucement dans sa direction pendant une trentaine de jours.Ce travail sera facilité par la masse du bloc qu\u2019elle transportera.Finalement, la déviation ne sera que de quelques degrés.» Cela est poutant énorme quand on tient compte de la vitesse de déplacement d\u2019un astéroïde et des gigantesques distances qu\u2019il parcourt en un an.La démonstration se veut un test pour un système de défense terrestre contre un astéroïde qui menacerait d\u2019entrer en collision avec notre planète.Puis, après un long remorquage, la sonde reviendra se placer en orbite autour de la Lune.«L\u2019orbite est qualifiée de \u201crétrograde distante\u201d, ajoute Michele Gates.Il s\u2019agit d\u2019une orbite extrêmement stable, qui ne risque pas de laisser l\u2019engin retomber sur la Terre.Une telle orbite peut théoriquement se mainte nir pendant des siècles.» Et c\u2019est là, aux alentours de 2025, que des astronautes iront, à bord du module Orion, s\u2019arrimer à la sonde.Ils sortiront dans l\u2019espace et s\u2019appliqueront à analyser le bloc rocheux et à en prélever des morceaux \u2013 plusieurs dizaines de kilos \u2013 qu\u2019ils rapporteront sur Terre pour les étudier.Jamais on n\u2019aura disposé d\u2019autant de matériel d\u2019un même astéroïde.Beau plan de match.Mais qu\u2019en est-il de Mars dans toute cette aventure?«Il faut admettre que ARM n\u2019est pas une mission scientifique, avance Martin Elvis.Dans un sens, les roches que la mission rapporte n\u2019ont pas tant d\u2019importance.Ce qui compte, c\u2019est que nous avons là une occasion de développer et tester des tech- 36 Québec Science | Octobre 2015 aéronautique Un banc d\u2019essai pour développer les technologies U 1 2 P H O T O S : N A S A nologies qui pourront un jour servir à aller sur Mars.Le morceau d\u2019astéroïde est un bonus.Ce sont surtout les méthodes mises au point qui risquent d\u2019être rentables.» En fait, la mission confirmera l\u2019efficacité du système de propulsion par moteurs ioniques alimentés par l\u2019énergie solaire, explique Michele Gates.Les futures missions vers Mars impliqueront l\u2019envoi et la mise en orbite, autour de la planète, de cargaisons de matériel avant l\u2019arrivée des astronautes.La propulsion électrique solaire est tout indiquée pour réduire le poids et donc le coût des missions.Contrairement aux systèmes de propulsion conventionnels qui expulsent des gaz d\u2019échappement pour se pousser eux-mêmes dans la direction opposée, la propulsion ionique projette des atomes chargés électriquement \u2013 des ions \u2013, à très grande vitesse.C\u2019est un réservoir de xénon, un gaz stable, qui fournira les atomes qui seront ionisés puis expulsés par un champ électrique.La poussée sera très faible \u2013 l\u2019équivalent d\u2019un souffle humain sur une main à 20 cm \u2013 mais elle sera très longue.Chaque ion émis ajoutera sa petite poussée à celle de l\u2019ion précédent.Au final, le vaisseau pourra atteindre les mêmes vitesses qu\u2019avec les systèmes à combustion, mais avec 10 fois moins de «carburant».Et pas besoin de batteries, puisque l\u2019énergie électrique sera fournie par le Soleil grâce aux panneaux photovoltaïques de l\u2019appareil, ce qui allégera d\u2019autant le vaisseau.Autre bénéfice de la mission ARM pour la conquête de Mars : les tests sur l\u2019orbite lunaire dite rétrograde distante.Dans l\u2019ère d\u2019exploration de Mars, on prévoit «garer» les vaisseaux Orion sur cette orbite lunaire.Octobre 2015 | Québec Science 37 Au retour, la sonde entreprend à nouveau un long périple interplanétaire.Elle arrivera cinq ans plus tard pour se placer en orbite autour de la Lune.Un vaisseau Orion (qui n\u2019existe pas encore) ira ensuite s\u2019y arrimer.Les astronautes auront ensuite la tâche d\u2019analyser le bloc rocheux, puis d\u2019en prélever des morceaux qu\u2019ils rapporteront sur Terre.1 2 3 s permettant la conquête de Mars.La mission ARM devrait tester l\u2019efficacité du système de propulsion par un moteur ionique que l\u2019on a déjà mis au point.Il sera alimenté par l\u2019énergie solaire.3 Les astronautes quitteront la Terre dans des vaisseaux plus petits pour se rendre sur cette orbite puis passer dans le module Orion pour repartir vers Mars.Ainsi, Orion sera une navette qui pourra servir plusieurs fois et qui sera remisée sur son orbite entre chaque voyage.L\u2019exploration spatiale durable, quoi! Sans compter que les procédures d\u2019approche et d\u2019accostage en orbite auront aussi eu leur raison d\u2019être pour tester de nouveaux systèmes d\u2019arrimage.Mais encore?La sonde ARM, on l\u2019a dit, sera équipée de «bras agrippeurs» aptes à s\u2019arrimer solidement grâce à des micro- vis.Or ces bras pourraient aussi servir à explorer les tubes de lave sur Mars dans l\u2019éventualité où les astronautes planifieraient de s\u2019y installer pour se protéger des rayons cosmiques.«ARM est un catalyseur afin de développer les nouvelles technologies qui nous transporteront sur Mars, répète Martin Elvis.Et les discussions de couloirs aux ateliers de notre groupe de travail suggèrent que de nombreuses autres idées n\u2019ont pas encore été dévoilées publiquement.» Même le retour d\u2019un échantillon d\u2019astéroïde pourrait avoir des retombées.L\u2019utilisation des ressources spatiales est de plus en plus envisagée, alors que des compagnies comme Deep Space Industries ou Planetary Ressources ont annoncé leurs visées d\u2019exploration minière dans l\u2019espace.Quand on sait que des astéroïdes contiennent souvent des métaux rares et très coûteux sur Terre comme l\u2019or, l\u2019iridium, le platine ou le palladium, la possibilité d\u2019aller les chercher pour les exploiter devient alléchante.Mais malgré tous les avantages qu\u2019elle serait en mesure d\u2019apporter, cette mission «non scientifique» est accueillie avec une certaine tiédeur par les passionnés d\u2019astronomie.Il se trouve des gens, même au sein de la NASA, qui ne voient pas d\u2019un bon œil cette coûteuse opération.Selon eux, l\u2019argent devrait être alloué à une quête plus directement «martienne».Même le Conseil consultatif de la NASA a émis, en avril dernier, l\u2019avis qu\u2019il faudrait tout laisser tomber et consacrer plutôt les ressources à un vol aller-retour vers Mars utilisant la propulsion ionique.Mais comme il ne s\u2019agit que d\u2019un avis, on s\u2019en reparle en 2020\u2026 ?QS 38 Québec Science | Octobre 2015 aéronautique Le soir du 1er janvier 2014, vers 23 h, un détecteur d\u2019infrasons s\u2019allumait au Brésil.Quelques minutes plus tard, des alertes semblables se déclenchaient en Bolivie et aux Bermudes.La cause : une explosion était survenue dans l\u2019atmosphère au-dessus de l\u2019Atlantique, à environ 3 000 km à l\u2019est du Venezuela.Les trois détecteurs, qui font partie du grand réseau global de détection des explosions nucléaires, n\u2019ont pourtant alarmé personne.C\u2019est qu\u2019on savait depuis la veille que 2014 AA, un astéroïde gros comme une voiture, ferait son entrée dans l\u2019atmosphère.Le caillou a explosé en altitude et ses débris reposent maintenant au fond de l\u2019Atlantique.Ce n\u2019était que la deuxième fois (la première remontant à 2008) qu\u2019on parvenait à repérer un astéroïde avant qu\u2019il fasse son entrée dans notre atmosphère.Et dans les deux cas, on a eu moins de 20 heures de préavis.De si petits astéroïdes sont tellement difficiles à voir que, lorsqu\u2019on les aperçoit, ils sont déjà sur nous.Mais si les gros sont plus faciles à repérer, ils sont aussi plus dangereux.D\u2019autant que certains ont une orbite autour du Soleil qui leur fait croiser celle de la Terre à chaque révolution.On les appelle astéroïdes géocroiseurs.Environ 1 200 d\u2019entre eux auraient plus de 1 km de diamètre et leur chute aurait la puissance d\u2019impact suffisante pour entraîner l\u2019extinction de la vie humaine sur Terre.Étant donné ce risque, la NASA s\u2019est donné comme mission en 1992 de répertorier 90% de ces gros cailloux, ce qui semble chose faite depuis 2011.De nombreux autres programmes de recensement sont nés depuis dans différents pays pour repérer des astéroïdes plus petits.On les rassemble tous sous le surnom de Spaceguard (d\u2019après le système de surveillance similaire du roman Rendez-vous avec Rama, d\u2019Arthur C.Clark): le Lincoln Near- Earth Asteroid Research, le Catalina Sky Survey et le Panoramic Survey Telescope and Rapid Response System sont les trois programmes qui ont permis de détecter la majorité des astéroïdes connus.En plus de la détection, ces programmes surveillent tous les astres connus et calculent leurs trajectoires sur plusieurs dizaines d\u2019années pour repérer des cataclysmes potentiels.Mais que feront-ils lorsque l\u2019apocalypse sera annoncée?Les agences spatiales du monde ont eu plusieurs idées.Envoyer une ogive nucléaire exploser près de l\u2019astéroïde ne ferait que le fragmenter en plusieurs petits astéroïdes sans vraiment changer sa trajectoire.L\u2019idée du billard cosmique semble meilleure : lancer une sonde à grande vitesse sur l\u2019intrus en espérant que l\u2019impact suffise à le dévier.Plus lent, mais plus précis, le remorquage gravitationnel impliquerait qu\u2019une sonde se mette en orbite autour de l\u2019objet et modifie doucement sa trajectoire en utilisant son système de propulsion.Pourvu que le projet ARM aille de l\u2019avant, nous saurons d\u2019ici une dizaine d\u2019années si cette dernière solution peut s\u2019avérer efficace.Le trait mauve indique la zone d\u2019impact qui était associée à l\u2019astéroïde géocroiseur 2014 AA.LES ASTÉROÏDES GÉOCROISEURS Octobre 2015 | Québec Science 39 Éthique suis allé en médecine pour aider les patients à vivre, pas pour les tuer.» Chemise stricte, cheveux plaqués sur le côté et regard doux, Nicholas Newman égrène calmement, point par point, son argumentaire contre la loi 52.On le sait, cette loi, avec l\u2019objectif «d\u2019assurer aux personnes en fin de vie des soins respectueux de leur dignité et de leur autonomie», ouvre la porte à l\u2019aide médicale à mourir.Un terme pudique pour désigner l\u2019euthanasie, à laquelle Nicholas Newman s\u2019oppose farouchement.«Les malades âgés sont extrêmement vulnérables.Lorsqu\u2019ils entrent à l\u2019hôpital, ils ont l\u2019impression d\u2019être un fardeau.Ils risquent donc de choisir l\u2019euthanasie par dépit.Seront-ils vraiment en mesure d\u2019exercer leur libre arbitre?» s\u2019inquiète ce chirurgien orthopédique qui a opéré, en 30 ans, un millier de patients, pour la plupart âgés et victimes de fractures de la hanche.Parmi eux, un seul a exprimé l\u2019envie d\u2019en finir.«Tout le monde a peur de souffrir, mais quand on soulage les souffrances, le désir de vie revient», soutient le médecin mont- réalais, dont la clinique est en face de l\u2019Hôtel-Dieu.Il fait partie des quelque 650 signataires La loi québécoise sur les soins de fin de vie doit entrer en vigueur en décembre 2015.Mais les questions pratiques sont loin d\u2019être résolues.Dans les services de soins palliatifs, notamment, les médecins s\u2019apprêtent à refuser l\u2019acte.Qui alors administrera les injections létales?Par Marine Corniou malaise aux soins palliatifs Aide à mourir «Je K A T A R Z Y N A B I A L A S I E W I C Z / I S T O C K du collectif de médecins qui a déposé, en 2014, une requête pour faire invalider la loi devant la Cour supérieure de Montréal.Requête qui a toutefois été suspendue, la Cour suprême du Canada ayant statué le 6 février dernier que les dispositions du Code criminel prohibant l\u2019aide médicale à mourir portaient atteinte au «droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne».Autrement dit, l\u2019euthanasie médica - lement assistée est désormais considérée comme un droit constitutionnel, réservé aux personnes majeures, atteintes d\u2019une maladie incurable, dont la condition se dégrade inexorablement ou qui vivent des souffrances physiques ou psychiques cons tantes et insup portables.Le Québec sera la première province à appliquer ce droit qui, comme tout sujet éthique grave, soulève les passions et divise la société.Le débat est encore plus vif en première ligne, au sein de la profession médicale : l\u2019aide à mourir ne pourra en effet être validée et «administrée» que par des médecins.«En fait, la décision de la Cour suprême s\u2019assortit d\u2019une obligation pour la profession médicale de fournir l\u2019injection létale, ce qui menace le droit d\u2019objection de conscience, s\u2019insurge Nicholas Newman.Donner la mort ne relève pas de la médecine.C\u2019est contraire à notre déontologie.De plus, le risque de dérive est important.Peut-être que, les premières années, il n\u2019y aura que 3 ou 4 demandes; mais que se passera-t-il dans 15 ou 20 ans?L\u2019eutha nasie coûte beaucoup moins cher que les soins, il pourrait y avoir des pressions budgétaires pour l\u2019encourager.» Ce propos fait bondir Georges L\u2019Espérance, neurochirurgien qui soutient l\u2019Association québécoise pour le droit de mourir dans la dignité (AQDMD).«L\u2019argument de la pente glissante est fallacieux : seul un très faible pourcentage de mourants feront cette demande, et il faut l\u2019avis de deux médecins pour l\u2019entériner.En Bel - gique, où l\u2019euthanasie est légale depuis plus de 10 ans, elle ne concerne que 1% des 100 000 décès annuels», rappelle-t-il.Comme beaucoup de ses confrères, il soutient que la loi ne fera qu\u2019encadrer ce qui se fait déjà dans les hôpitaux.«La situation est très hypocrite, car la sédation terminale, qui est légale, est largement pratiquée.Elle consiste à augmenter les doses de morphine pour que le patient reste inconscient, et cela abrège sa vie.Cette sé- dation peut durer plusieurs jours, et elle n\u2019est pas plus compassionnelle que l\u2019euthanasie active», déplore-t-il, dénon çant le paternalisme des médecins prêts à s\u2019opposer à l\u2019ultime volonté de leurs patients.Le sujet a beau leur tenir à cœur, pas plus Nicholas Newman que Georges L\u2019Espérance ne seront toutefois impliqués directement dans l\u2019administration des injections létales.Intégrée dans les soins de fin de vie, l\u2019aide à mourir devrait concerner en premier lieu les patients admis en soins palliatifs.Or, justement, du côté des soins palliatifs, l\u2019immense majorité des intervenants se sont prononcés contre la loi.40 Québec Science | Octobre 2015 Éthique L\u2019article 24 du Code de déontologie des médecins «Le médecin doit informer son patient de ses convictions personnelles qui peuvent l\u2019empêcher de lui recommander ou de lui fournir des services professionnels qui pourraient être appropriés, et l\u2019aviser des conséquences possibles de l\u2019absence de tels services professionnels.Le médecin doit alors offrir au patient de l\u2019aider dans la recherche d\u2019un autre médecin.» «Donner la mort ne relève pas de la médecine.L\u2019eutha nasie coûte beaucoup moins cher que les soins, il pourrait y avoir des pressions budgétaires pour l\u2019encourager.» \u2014 Nicholas Newman P H O T O S : A L A I N D É C A R I E L\u2019AQDMD, qui soutient le projet de loi depuis le début, a d\u2019ailleurs été incapable de nous fournir le nom d\u2019un seul médecin de soins palliatifs acceptant de témoigner en faveur du droit à l\u2019aide à mourir.«Les rares enquêtes menées auprès des médecins sont difficiles à exploiter, car les questions n\u2019étaient pas claires, et il y avait confusion entre l\u2019euthanasie active, le refus de l\u2019acharnement thérapeutique ou encore l\u2019arrêt des respirateurs artificiels.Mais ce qui est sûr, c\u2019est que la majorité des médecins de soins palliatifs sont opposés à cette loi.L\u2019euthanasie est contraire à leur philosophie qui est d\u2019accompagner le malade jusqu\u2019au bout», commente Eugene Bereza, médecin formé en soins palliatifs, philosophe et chercheur en éthique biomédicale à l\u2019Université McGill, à Montréal.u Québec, plusieurs établissements privés de soins palliatifs, comme la Maison Michel-Sar- razin, à Québec, ou la Maison Au Diapason, à Montréal, ont d\u2019ailleurs annoncé dès le début du débat qu\u2019ils ne pratiqueraient pas l\u2019aide médicale à mourir.La docteure Nacia Faure, une endocri- nologue qui appuie officiellement la loi sur les soins de fin de vie, a pratiqué régulièrement dans cinq centres de soins palliatifs à Montréal \u2013 deux hôpitaux et trois maisons (dont la Maison Michel- Sarrazin).Elle est formelle : «Tout le monde est contre, c\u2019est un sujet tabou.On pense encore qu\u2019on sera capable de contrôler toutes les douleurs, même si ce n\u2019est pas le cas», explique-t-elle.«Pour l\u2019instant, au sein du réseau de soins palliatifs, personne n\u2019ose déroger au discours de la majorité, car ceux qui sont en faveur de la loi craignent de perdre leur poste», allait jusqu\u2019à dire Hélène Bolduc, présidente de l\u2019AQDMD, il y a un an.Georges L\u2019Espérance tient le même discours, lâchant sans hésiter le mot «omerta».Cette opposition unanime du milieu des Octobre 2015 | Québec Science 41 A «La situation est très hypocrite, car la sédation terminale, qui est légale, est largement pratiquée [.] Cette sédation peut durer plusieurs jours, et elle n\u2019est pas plus compassionnelle que l\u2019euthanasie active.» \u2014 Georges L\u2019Espérance soins palliatifs compliquera sans conteste l\u2019accès à l\u2019aide à mourir.Pourtant, un sondage de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, mené en 2009, concluait que 75% de ses membres étaient «certainement ou probablement» favorables à la légalisation de l\u2019euthanasie.Mais de là à se porter volontaire\u2026 «Être favorable à la légalisation, c\u2019est une chose.Donner son approbation à une demande et faire l\u2019injection, c\u2019en est une autre.Bien des médecins hors des soins palliatifs sont d\u2019accord sur le principe, mais ne souhaiteraient pas pratiquer l\u2019acte», souligne Nicholas Newman.Les hôpitaux publics n\u2019auront toutefois pas le choix : ils devront satisfaire aux demandes des patients.«Une institution financée par les contribuables, qu\u2019elle ait une identité religieuse ou non, ne pourra pas se comporter comme un établissement privé et devra se plier à la loi», précise Eugene Bereza.Mais qui appuiera sur le piston de la seringue?Comment s\u2019organisera ce service?Pour l\u2019instant, la confusion règne.Bien évidemment, le gouvernement ne pourra obliger personne à dispenser l\u2019aide médicale à mourir.Le droit à l\u2019objection de conscience (article 24 du Code de déontologie des médecins), qui permet aux médecins de refuser de pratiquer les actes qu\u2019ils jugent contraires à leurs convictions morales, prend tout son sens dans ce contexte.Le Collège des médecins du Québec (CMQ) est d\u2019ailleurs clair sur la question.«Les médecins peuvent refuser d\u2019administrer l\u2019aide à mourir en s\u2019opposant en conscience.Mais ils sont obligés de référer le patient qui ne doit pas être pénalisé à cause des convictions du personnel soignant», indiquait Michèle Marchand, conseillère en éthique clinique à la direction générale du CMQ lors d\u2019une conférence donnée à l\u2019Université du Québec à Montréal, en mai 2013.La loi 52 stipule d\u2019ailleurs que «tout médecin qui refuse une demande d\u2019aide médicale à mourir pour un motif non médical doit, le plus tôt possible, en aviser le directeur des services professionnels [\u2026] qui doit alors faire les démarches nécessaires pour trouver un médecin qui accepte de traiter la demande».Mais tout le monde ne l\u2019entend pas de cette oreille.«C\u2019est abominable, soutient Nicholas Newman.Même si on trouve que le patient ne répond pas aux critères pour obtenir l\u2019aide à mourir, on aura l\u2019obligation de l\u2019envoyer à un médecin qui pourrait accepter sa demande, que l\u2019on ait confiance ou pas en son jugement.» ême en Belgique, où l\u2019eutha - nasie est dépénalisée depuis 2002, la question du transfert des patients dans les cas d\u2019objection de conscience reste épineuse.«La loi québécoise est plus forte qu\u2019en Belgique ou aux Pays-Bas, où l\u2019euthanasie est autorisée.Ici, on a l\u2019obligation d\u2019accéder à la demande», souligne Nicholas Newman.La loi belge, elle, n\u2019oblige à rien.Le Comité consultatif de Bioéthique de Belgique, instance indépendante des autorités, a toutefois rendu un avis sur la question au début de 2014.«L\u2019obligation de transfert du patient, dans des délais raisonnables, doit être approuvée et devrait être inscrite dans la loi.Elle est parfaitement compatible avec la clause de conscience dont jouit individuellement le praticien, et se réclame du principe bien établi de continuité des soins», peut- on y lire.«D\u2019un point de vue strictement philosophique, c\u2019est pourtant incohérent pour un médecin qui assimile l\u2019euthanasie à un meurtre de référer son patient à un confrère qui pratique cet acte.L\u2019obligation de référer est donc discutable, conçoit Eugene Bereza, faisant le parallèle avec les opposants à l\u2019avortement.Mais qui est prioritaire?Le médecin ou le patient qui a le droit de connaître toutes ses options et d\u2019y avoir accès?La société place le droit du patient au-dessus des objections morales des médecins.» Toujours est-il que les choses bougent.En juillet, le gouvernement fédéral a annoncé la création d\u2019un comité consultatif externe pour «aider le gouvernement à formuler une réponse législative à la décision de la cour» et à organiser une consultation en ligne auprès des citoyens.Mais que ce soit au niveau provincial ou fédéral, trouver un terrain d\u2019entente respectant à la fois la liberté des médecins et le droit des malades ne sera pas chose facile.«Contrairement au discours officiel qui répète que le débat a été serein au Québec, je peux vous affirmer que c\u2019est une illusion.Il y a un fossé idéologique infranchissable entre les deux positions.À vrai dire, nous devrons peut-être créer des maisons ou des cliniques spécifiques qui permet tront l\u2019aide médicale à mourir», avance Hélène Bolduc.?QS 42 Québec Science | Octobre 2015 Éthique Définitions inscrites dans la loi Soins de fin de vie: soins palliatifs offerts aux personnes en fin de vie et aide médicale à mourir.Soins palliatifs: soins actifs et globaux dispensés aux personnes atteintes d\u2019une maladie avec pronostic réservé, dans le but de soulager leurs souffrances, sans hâter ni retarder la mort, de les aider à conserver la meilleure qualité de vie possible et d\u2019offrir à ces personnes et à leurs proches le soutien nécessaire.Sédation palliative continue: soins offerts dans le cadre des soins palliatifs consistant en l\u2019administration de médicaments ou de substances à une personne en fin de vie dans le but de soulager ses souffrances en la rendant inconsciente, de façon continue, jusqu\u2019à son décès.Aide médicale à mourir: soins consistant en l\u2019administration de médicaments ou de substances par un médecin à une personne en fin de vie, à la demande de celle-ci, dans le but de soulager ses souffrances en entraînant son décès.«Qui est prioritaire?Le médecin ou le patient?La société place le droit du patient au-dessus des objections morales des médecins.» M L\u2019actualité scientifique à la portée de tous ! ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous Aussi offert en édition numérique gratuitement pour les abonnés de Québec Science 2ans 63$ * 41% de réduction sur le prix en kiosque 3ans 86$ * 46 % de réduction sur le prix en kiosque 1an 35$ * 34% de réduction sur le prix en kiosque * Prix avant taxes SOURIEZ, VOUS ÊTES FILMÉ Il fallait s\u2019y attendre.Alors que les caméras de surveillance se multiplient et que les logiciels de reconnaissance faciale s\u2019améliorent, des gens cherchent à filer entre les doigts de Big Brother.Dans cet esprit, ont été conçues ces lunettes baptisées Privacy Visor lesquelles, tout en donnant un look sportif et futuriste à leur porteur, le rendent complètement méconnaissable à la caméra.Leur monture de titane arbore en effet une petite grille d\u2019un matériau secret qui absorbe et réfléchit la lumière, troublant l\u2019image au point que les traits du visage sont impossibles à distinguer pour les machines.Elles seront commercialisées l\u2019an prochain.Attention, cependant: à trop vouloir vous cacher, vous pouvez attirer l\u2019attention des services de sécurité.http ://motherboard.vice.com/read/glasses-that- confuse-facial-recognition-systems-are-coming-to- japan PORTÉ PAR SON PORTABLE Dans la lignée sans fin des moyens de transport électrique qu\u2019a permis l\u2019essor des piles rechargeables au lithium, le petit dernier s\u2019appelle le WalkCar.Mis au point par un ingénieur japonais de la firme Cocoa Motors, cette petite planche électrique à roulettes peut tenir dans un sac à portable.Filant à la vitesse d\u2019un bon joggeur (10 km/h) et avec une autonomie de 11,2 km, vous aurez l\u2019air d\u2019un informaticien debout sur son MacBook.Il sera possible d\u2019acheter son exemplaire dès cet automne sur Kickstarter pour environ 800 $.http ://www.cocoamotors.com P a r J o ë l L e b l a n c A u j o u r d \u2019 h u i l e f u t u r > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > NEMO CHEZ BOEING Explorer les fonds marins, par exemple à la recherche d\u2019un avion disparu, peut s\u2019avérer très ardu.Actuellement, l\u2019utilisation d\u2019un sous-marin nécessite une intervention humaine.Si on le pilote de l\u2019intérieur, on s\u2019expose à des risques élevés; si on le pilote depuis un bateau auquel il est relié par des câbles, on réduit de beaucoup son autonomie.Mais voici l\u2019Echo Seeker, un submersible autonome conçu par Boeing.Véritable robot sous-marin, il peut descendre jusqu\u2019à 6 500 m et mener pendant trois jours des recherches sans intervention humaine.Équipé de caméras et de sonars, il pourra rapporter à la surface les meilleures images jamais obtenues des fonds marins.www.boeing.com/features/2015/07/bds-echo-seeker-07- 15.page > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > LA RÉFÉRENCE DES TRAVAILLEURS Le site de l\u2019Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST) a fait peau neuve.Plus intuitive et plus performante, la nouvelle version offre notamment de l\u2019information sur la recherche et sur les substances chimiques en santé du travail, ainsi qu\u2019un répertoire des scientifiques, lequel facilite le repérage des spécialistes.Une référence.www.irsst.qc.ca Y A-T-IL UN DOCTEUR DANS LA SALLE?Obtenir un rendez-vous médical rapidement relève souvent du parcours du combattant.Résultat, beaucoup de malades se rendent à l\u2019urgence, même si leur état ne le justifie pas.Pour faciliter l\u2019accès aux médecins, quatre jeunes Montréalais ont lancé cet été une application gratuite, Doctr, qui répertorie toutes les salles d\u2019urgence et 3 500 cliniques du Québec selon leur taux d\u2019occupation.L\u2019appli - cation indique si les cliniques sont ouvertes et si elles acceptent les visites sans rendez-vous, en plus de les localiser et de donner divers renseignements sur leurs services.Application Doctr sur Android et iPhone Décidément, Google est sur tous les fronts.Le géant, dont les voitures sillonnent le monde pour photographier les rues, devrait bientôt en profiter pour cartographier la pollution urbaine.En partenariat avec l\u2019entreprise californienne Aclima, les véhicules de Google seront bientôt équipés pour enregistrer les taux de dioxyde et de monoxyde d\u2019azote et de carbone, d\u2019ozone, de méthane, de particules fines et de composés organiques volatils dans les villes.«Avec plus de la moitié de la population mondiale vivant aujourd\u2019hui en ville, la santé environnementale devient de plus en plus importante.Grâce à ce partenariat avec Google, il devient possible de générer des cartes de la qualité de l\u2019air en haute résolution», lit-on dans un communiqué de presse d\u2019Aclima, dont la plateforme de capteurs a été testée pendant un mois à Denver, au Colorado.La prochaine phase de test aura lieu dès l\u2019automne à San Francisco.Le but du projet: permettre d\u2019identifier les zones les plus polluées pour inciter les politiciens locaux à prendre des mesures concrètes, comme aménager des espaces verts ou réduire la circulation.http ://aclima.io Matières à lire SAVEZ-VOUS LIRE LES ARBRES?Quand faut-il tailler un arbre, comment et pourquoi?Comment savoir si un arbre dépérit ou s\u2019il est seulement vieux?Comment s\u2019assurer qu\u2019il grandisse en santé?Pour comprendre la croissance et le développement d\u2019un arbre et, acces soi rement, diagnostiquer ses besoins, il faut savoir lire son architecture.C\u2019est le propos, développé dans un langage simple et clair, de l\u2019auteure, Jeanne Millet.Profes- seure et chercheuse en biologie végétale à l\u2019Université de Montréal, elle s\u2019adresse à tous ceux, amateurs ou professionnels, qui aiment et soignent les arbres.Le développement de l\u2019arbre \u2013 Guide de diagnostic, Jeanne Millet, Éditions MultiMondes, 2015, 190 p.CORPS ET TERRE Un dictionnaire?Plutôt une méditation à la fois historique, humoristique et littéraire, voire érotique, autour du sens et de l\u2019essence de plus de 300 mots ordinaires qui parlent à la fois du corps et de la Terre, «le corps réfléchissant la Terre; la Terre réfléchissant le corps».Géo gra phe et professeur, essayiste remarqué, l\u2019auteur s\u2019intéresse aux mots en ce qu\u2019ils sont des images, et «participent de la métaphore éclatée du monde».Mots du corps et de la Terre \u2013 Dictionnaire irrévérencieux, Luc Bureau, Les Éditions GID, 394 p.SCIENCE VS VIRUS Au fil des routes défoncées de la jungle africaine, dans les hôpitaux de fortune dépourvus de tout et les villages dévastés par la mort, jusque dans les couloirs de l\u2019ONU et les salons politiques, Peter Piot, directeur de l\u2019Onusida et secrétaire général adjoint des Nations unies mène un combat contre l\u2019ignorance et la méfiance, les préjugés et les idéologies, et surtout contre l\u2019indifférence.Récit de passion et de compassion, son livre se veut aussi un plaidoyer pour la prévention et la mobilisation sociale ainsi que politique.«Un document exceptionnel qui se lit comme un roman», dit le communiqué.Et c\u2019est tout à fait vrai! Une course contre la montre \u2013 mes combats contre les virus mortels Sida et Ebola, Peter Piot, Odile Jacob sciences, 2015 pour la traduction, 406 p.Par Marine Corniou Par Hélène Matteau Sur la toile LA POLLUTION TRAQUÉE > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > > Octobre 2015 | Québec Science 45 DISPONIBLE EN KIOSQUE PRIX SPÉCIAL POUR NOS ABONNÉS SUR : www.quebecscience.qc.ca UN DOCUMENT EXCEPTIONNEL ! NOUVEAU Octobre 2015 | Québec Science 47 upposons que le gros lot du Lotto 6/49 soit de 50 millions de dollars et que j\u2019achète assez de billets pour couvrir les 13 983 816 combinaisons possibles.À 3 $ le billet, cela me coûterait un peu moins de 42 mil - lions de dollars.Alors, si j\u2019étais le seul gagnant, je ferais un profit de 8 millions de dollars, non?» demande Martin Matte, de Québec.En principe, oui.Si le gros lot d\u2019une loterie est supérieur à ce qu\u2019il en coûte pour acheter tous les numéros, le premier petit futé qui pensera à l\u2019astuce empochera un profit rondelet et mathématiquement assuré.Mais voilà, en pratique, ledit petit futé devra se lever bigrement de bonne heure \u2013 et se coucher très tard \u2013 pour mettre un tel plan à exécution avec le Lotto 6/49.Car la société d\u2019État assure que ses terminaux ne peuvent pas accorder toutes les combinaisons possibles en une seule fois, si bien qu\u2019il faudrait essentiellement les saisir «à la mitaine», ou presque.En imaginant que ses doigts soient d\u2019une dextérité telle qu\u2019ils arriveraient à taper 1 combinaison par seconde, 24 heures sur 24, il faudrait à notre homme de 5 à 6 mois pour épuiser les 14 millions de possibilités.Or, les tirages ont lieu deux fois par semaine\u2026 Mais «supposons», comme le dit si bien M.Matte.Supposons que les terminaux soient munis d\u2019une fonction permettant d\u2019acheter en un tournemain toutes les combinaisons existantes.Et supposons qu\u2019un seul parieur saisisse l\u2019occasion.Le jeu en vaudrait-il la chandelle?Eh bien non, pas vraiment, répond Jean-Marie De Koninck, mathématicien à l\u2019Université Laval.Du moins, il faudrait un joueur (et des investisseurs) extraordinairement tolérant au stress, car le risque de perdre gros serait énorme.En effet, il est toujours pos - sible que deux personnes (ou plus) tombent sur la combinaison gagnante, auquel cas la cagnotte doit être partagée.Dans un tel cas, notre petit futé ne recevrait que 25 millions de dol - lars au lieu de 50 millions, et perdrait donc 17 millions de dol lars (42 moins 25) au lieu de faire un profit.Et la probabilité que cela arrive n\u2019est pas mince.Lorsque la cagnotte est particulièrement élevée, me dit-on chez Loto- Québec, le nombre de billets vendus pour un seul tirage du 6/49 peut atteindre les 8 millions ! Ceux qui le veulent se référeront à l\u2019encadré ci-contre pour connaître le détail du calcul mais, pour les autres, il suffit de savoir que, avec autant de joueurs, «il y aurait 44% de probabilité que deux personnes tirent le numéro gagnant», assure M.De Koninck.Notre petit-futé-pas-si-malin-que-ça-finalement courrait donc 44% de risque de perdre 17 millions de dollars contre 56% de chance de gagner 8 millions.?QS Gagner à la loterie Comment un calcul des probabilités peut nous ramener sur Terre.Par Jean-François Cliche Les grandes questions du monde «S Vous vous posez toutes sortes de questions de nature scientifique sur le monde qui vous entoure, mais ne savez pas trop où chercher les réponses?Chaque mois, Jean-François Cliche, journaliste scientifique pour le quotidien Le Soleil de Québec, répondra à une question envoyée par les lecteurs et lectrices de Québec Science.Il suffit de lui écrire à l\u2019adresse questionspourQS@gmail.com.et à patienter un peu ! Pour calculer la probabilité que le 6/49 soit gagné par deux personnes différentes, il faut en quelque sorte procéder «à l\u2019envers», c\u2019est-à-dire calculer les chances pour que cela n\u2019arrive pas.Et soustraire ensuite cette probabilité de 100%.Ainsi, les chances qu\u2019une personne ne gagne pas le gros lot sont de 1-1/13 983 816 = 0,9999999285.Ou, si l\u2019on préfère, 99,99999285%.S\u2019il y a deux joueurs, cette probabilité p est de : p = (1-1/13 983 816) x (1-1/13 983 816) = (1-1/13 983 816)2 = 0,999999857 Et s\u2019il y a 8 millions de billets vendus, on a alors : p = (1-1/13 983 816)8 000 000 = 0,5643955064 Donc, s\u2019il y a 56% des chances pour que le 6/49 ne soit pas gagné par plus d\u2019une personne, la probabilité qu\u2019il y ait au moins deux gagnants est forcément de 100% - 56% = 44%.J U L I E D U R O C H E R L A P R E S S E C A N A D I E N N E 48 Québec Science | Octobre 2015 ALIMENTER LES I ÉES E T X E T N O E C T L E E T X E E T R L U O P À lire dans notre prochaine édition SANTÉ Votre ventre est une jungle Il contient pas moins de 200 millions de neurones.Longtemps négligé par la recherche médicale, le ventre aurait un rôle très important à jouer en ce qui concerne notre bien-être et la gestion de notre stress.En cause, la microflore digestive, qu\u2019on appelle maintenant «micro- biote», et dont on connaît encore bien peu de choses.Il serait en quelque sorte notre «deuxième cerveau».PRIMATOLOGIE L\u2019homme qui savait parler aux singes La société humaine est née des lointaines sociétés de primates.Que nous en reste-t-il?Comment accéder à ces archives, sinon en étudiant le comportement de nos cousins primates?Bernard Chapais a consacré toute sa vie à décoder chez les singes, et notamment les macaques japonais, ces traits caractéristiques.L\u2019homme qui sait parler aux singes sait, en fin de compte, parler des humains.Qu\u2019est-ce que les primates ont bien pu lui apprendre sur nous?PSYCHOLOGIE La radicalisation : pourquoi les ados sont-ils à risque Ils veulent changer le monde.Pourquoi pas?Mais les moyens qu\u2019ils choisissent pour le faire dépassent parfois l\u2019entendement.Et que dire quand ils se laissent subjuguer par les idéologies plus ou moins nettes d\u2019un gourou ou d\u2019un leader?Pourquoi donc certains ados sont-ils ainsi manipulés?I S T O C K P H O T O Votez du 1er au 30 septembre 2015 Ce concours est organisé par vos magazines scienti?ques québécois.www.arbredelanneequebec.com Votez pour.Concours 2015 Le chêne de la résilience de Lac Mégantic Le vieux pin de Rivière-aux- sables L\u2019orme majestueux de St-Isidore- de-Clifton Le hêtre invétéré de Sainte-Angèle- de-Monnoir NOS FINALISTES : 50 Québec Science | Octobre 2015 L\u2019idée de pureté est une idée curieuse.Elle suppose une discrimination entre le pur et l\u2019impur, entre le net et le moins net.Lorsque nous pensons protéger une nature vierge, nous la supposons intouchée, inaltérée, pure comme de l\u2019eau de roche.En principe, il ne faudrait pas y poser le pied puisque nous avons le pied aussi sale que la main.Dès lors, cette nature vierge demeurerait inaccessible à jamais, puisque le seul fait d\u2019y pénétrer pour mieux la contempler constitue un viol, une prise de virginité.Les Américains ont un mot pour désigner les espaces sauvages : wilderness.Ils ont aussi la manière.Au XIXe siècle, ils ont développé leurs parcs nationaux en considérant qu\u2019il fallait protéger ces territoires chastes de l\u2019industrialisation et de la patte de l\u2019homme.En réalité, il s\u2019agissait de mettre de côté des réserves de paradis luxuriants pour le bénéfice des élites et des privilégiés, bien sûr au détriment des classes populaires et des couches inférieures de l\u2019humanité.La nature pure exclut les humains cachés dans ses broussailles ; seuls les anges fréquentent le paradis.La wilderness américaine amême son icône : Theodore Roosevelt.Le président était un chasseur compulsif, tout comme ce dentiste qui a tué récemment au Zimbabwe un lion intouchable.Pouvoir se payer la tête d\u2019un lion, cela indique bien le statut de l\u2019ultra-prédateur.Teddy Roosevelt aimait les armes, la virilité, la race blanche.Ces qualités réunies, il ne lui restait plus qu\u2019à créer des terrains de jeux pour les puissants de ce monde, des lieux sacrés où le prédateur suprême pourrait chasser en paix l\u2019ours et le gros gibier, pêcher la truite à la mouche et le noble saumon, sans être importuné par le menu fretin de la société.Nous avons été au Québec à l\u2019avant-scène de cette comédie.La nature sauvage, dont le pays regorgeait, n\u2019appartenait nullement aux petits Canadiens français, et surtout pas, ironiquement, aux Sauvages.La nature appartenait à celui qui avait des loisirs et assez de goût, de raffinement, pour en jouir pleinement.Servir l\u2019Américain, guider ces messieurs, fut notre destin.Nous avions tous le statut de «boy», comme dans les colonies.Autrement, si nous affichions quelque indépendance, si nous tuions l\u2019orignal ou le saumon pour le manger, on faisait de nous des braconniers, des moins que rien, de petits pygmées qu\u2019il fallait chasser des bonnes terres.Bas les pattes ! Laissés à nous-mêmes, nous étions capables de détruire les ressources.Nous avions de la pureté à la pelle, mais nous étions trop impurs pour en profiter.Monsieur Menier, le riche chocolatier qui devint propriétaire d\u2019Anticosti en 1895, investit une fortune pour développer son île : il en fit une réserve de chasse pour l\u2019élite mondiale désirant se divertir à la manière des rois.Et pour faire les choses proprement, il n\u2019eut de cesse d\u2019en éloigner les Innus et les Cayens, ces parasites de la nature.Le comte de Gobineau, auteur de l\u2019Essai sur l\u2019inégalité des races humaines, était un grand ami de Menier et un grand amateur de safari.Où l\u2019on voit que tout se tient.Le cercle des bien-pensants s\u2019entendait sur les privilèges des humains supérieurs en face d\u2019une nature qui leur revenait de droit.Terre sauvage, carré de sable des puissants messieurs de ce monde, chasse gardée des seigneurs aryens, nature réservée à l\u2019usage des tenants de l\u2019infériorité des races impures.Expulsons le Massaï du Serengeti, l\u2019Indien de Yosemite, l\u2019Algonquin du parc de La Véren- drye, le Montagnais de sa rivière, expulsons ces peuples de Métis, ces braconniers qui chassent pour manger ; ne trouvez-vous pas que l\u2019humain original fait tache dans les décors vierges du paradis terrestre ?Au tournant du XXe siècle, des journalistes américains des magazines de type outdoor cherchaient encore des autochtones «n\u2019ayant jamais vu d\u2019hommes blancs», quelque part au nord du lac Ashuanipi, dans la région de Petisikapau.Car la présence de Sauvages, naturellement, était gage de sauvagerie.Il suffit pourtant d\u2019évoquer les explorations du géologue Henry Youle Hind au Labrador vers 1860, les réflexions du chroniqueur Arthur Buies sur le territoire québécois tout au long des années 1870 ou le fameux essai sur la Côte-Nord du naturaliste Na- poléon-Alexandre Comeau, publié en 1909, pour se rendre compte que la nature sauvage, déjà, n\u2019existait plus.Les sportsmen anglais et américains s\u2019étaient donné des privilèges exclusifs de pêche au saumon sur les rivières québécoises depuis au moins 1850.La chasse sportive, la pêche à la mouche, le droit de tirer sur tout ce qui bougeait, du martin-pêcheur jusqu\u2019au huard et à l\u2019ourson \u2013 sans oublier le droit de chasser le Sauvage \u2013, tout cela avait sonné le glas de la fameuse wilderness.Le lion doit être tué par un riche dentiste du Minnesota.Cela est dans l\u2019ordre de la nature.Seul le dentiste aux dents plus blanches que blanches a le droit d\u2019entrer nuitamment dans la réserve faunique africaine.Autrement, ce serait le chaos.L\u2019Américain sacrilège a tué le lion à crinière noire, un lion protégé et interdit, le symbole même de la savane pure.L\u2019argent s\u2019est toujours arrogé la part du lion.?QS Le dentiste du lion Par Serge Bouchard L\u2019esprit du lieu Cecil A N D R E W L O V E R I D G E / W I L D L I F E C O N S E R V A T I O N U N I T © C h i c k R i c e Boréal www.editionsboreal.qc.ca Des lettres émouvantes qui nous transmettent une sagesse acquise au ?l des décennies SUZUKI 272 pages 24,95 $ pdf et epub : 18,99 $ STI4% 1VTIIV9 NAILSV97S-NYIF\u2014 À A D> B > \u2014 \u2014 = \\ \\ \u2014\u2014\u2014 Lt \u20ac.= + PP \\ \\ ve AMEN | é- / in, 2016 + - Lo \\ Z z EAUNNAN IX N Ln _ \u2014\u2014 ~~ I Ne \\ \\ \\ \\ AA.\u2018NAM z ZANSIRS ZINN 4, 4 A.\u2014 ~ _ / / SA UK, TA (dal, Zz RN 3 R v2 A 0 7 5 7 / / / v/ > ~ ~, RS N, .ttn, SN, SN ARN SA 7 72 ZANNN AN / 4 KL 4 I, ~, ~, 7 A SN, » A1, /, A, 4 4 44 NS 7 \u2018 $7 ¢ » Sr 4 Xe .N SN 4 WW , ,- 7 ,- y yy CVTICF N, SN =, N, =, \\ iV % 9 x » NN / gL @ 4 ~N, on % Ww \u2019 = oS b 7 4 A y oo\u2019 %.%./ % 4 WN x 7 ~ ; 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