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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Septembre 2017, Vol. 56, No. 2
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2017, Collections de BAnQ.

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[" >QUEBEC SCIENCE SEPTEMBRE 2017 SEPTEMBRE 2017 6 , 4 5 $ P P 0 6 5 3 8 7 MESSAGERIE DYNAMIQUE 10682 LES MINIÈRES À L\u2019ASSAUT DES FONDS MARINS La conscience humaine est l\u2019antidote le plus ef?cace à l\u2019autodestruction de notre planète.\u201d \u201c Reeves Hubert + L\u2019HERBICIDE ROUNDUP: CANCÉRIGÈNE OU NON?.LES RIVIÈRES CACHÉES DE MONTRÉAL .LA SCIENCE PEUT-ELLE DÉFINIR L\u2019ÉCOLE IDÉALE? PRÉSENTÉ PAR TOURISME NUNAVIK NUNAVIK Aurora Borealis L E spectacle ultime A lors que les nuits s\u2019allongent de plus en plus dans le Grand Nord, à l\u2019approche du solstice d\u2019hiver, le ciel du Nunavik se transforme en impressionnant théâtre en plein air, mettant en vedette le prodigieux ballet des aurores boréales.Ce spectacle haut en couleur promet d\u2019émerveiller petits et grands, jeunes et moins jeunes.Et le plus incroyable, c\u2019est qu\u2019il a lieu juste ici, au Québec, dans notre arrière-cour ! À seulement deux heures de vol de Montréal, c\u2019est aux abords de la communauté inuite de Kuujjuaq que se fait le lever du rideau, dès la nuit venue.De septembre à mars, des représentations y ont lieu presque tous les soirs, lorsque le ciel est dégagé de nuages.Il ne suit alors que de lever les yeux au ciel pour assister au spectacle fascinant de ces arcs lumineux qui dansent dans le irmament passant d\u2019un vert éclatant à un pourpre rainé.Ce phénomène naturel se produit lorsque des particules chargées \u2013 des protons et des neutrons \u2013 entrent en collision avec les gaz de la haute atmosphère.Mais, pour les Inuit, les aurores boréales \u2013 arsaniit en inuktitut \u2013 sont des manifestations des esprits des défunts venus valser dans la voûte céleste.Même si vous n\u2019êtes pas amateur de légendes, vous aurez peut-être envie de croire à celle-ci, ne serait-ce que quelques instants, envoûtés par ce spectacle surréel venu illuminer le ciel polaire du Nunavik.Une expérience à vivre au moins une fois dans sa vie ! Pour vous assurer des places aux premières loges, contactez : AVENTURES INUIT www.aventuresinuit.com 514 457-3319 ou 1 855 657-3319 (sans frais du Canada) 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Technopop Par Catherine Mathys 11 Polémique Par Jean-François Cliche | 14 Je doute donc je suis Par Normand Baillargeon 46 Culture Par Émilie Folie-Boivin 48 Notes de terrain Par Serge Bouchard | 50 Rétroviseur Par Saturnome SUR LE VIF 6 LE CABINET DES CURIOSITÉS Coup d\u2019œil aux salles multisensorielles de l'UQAM.8 COMBATTRE L\u2019INFECTION AVEC UN «LANCE-PIERRE» Découverte d\u2019une nouvelle arme moléculaire.9 DE LA MAISON À LA VILLE CONNECTÉE Des résidences étudiantes deviennent intelligentes.10 EN ATTENDANT JAMES WEBB\u2026 C\u2019est l\u2019heure des derniers préparatifs pour le télescope spatial James Webb.CHERCHEUR EN VEDETTE 44 LE LANGAGE, CETTE FACULTÉ INNÉE?Anne-Marie Di Sciullo a consacré sa carrière au langage.EN COUVERTURE 16 Hubert Reeves, optimiste lucide À 84 ans, le célèbre astrophysicien québécois refuse de baisser les bras devant l\u2019état de notre planète, tout en étant conscient que la partie n\u2019est pas gagnée.REPORTAGES 20 Les abysses, nouvel eldorado L\u2019industrie minière part à l\u2019assaut des fonds océaniques qui recèlent cobalt, cuivre et nickel en abondance.Quelles seront les conséquences ?26 La science peut-elle dé?nir l\u2019école idéale?Une école où les enfants réussissent et où les taux de décrochage sont négligeables, ça existe ! Et ce, grâce aux « données probantes ».32 Chercheur.et réfugié Menacés, censurés ou sans travail pour cause de guerre, de nombreux chercheurs quittent leur pays d\u2019origine.35 Glyphosate, la ?n d\u2019un règne?Les herbicides à base de glyphosate sont les plus vendus au monde.Mais les doutes quant à leur innocuité se multiplient.40 Retrouver nos rivières cachées Le projet Bleue Montréal vise à ramener l\u2019eau au cœur du paysage urbain, en exhumant des ruisseaux enfouis depuis plus d\u2019un siècle.SOMMAIRE MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE SEPTEMBRE 2017 16 20 26 40 32 Saviez-vous que ce télescope sera 100 fois plus puissant que Hubble ?P H O T O D E L A P A G E C O U V E R T U R E : T H I E R R Y L E D O U X VIK Aurora Borealis QUÉBEC SCIENCE 4 SEPTEMBRE 2017 O n les a distribuées pendant les journées chaudes, vendues dans les festivals, offertes au cours des événements sportifs.Pendant la belle saison, les bouteilles d\u2019eau jetables en plastique sont partout.Assoiffé et accablé par la chaleur, comment y résister ?Surtout lorsqu\u2019on les sait 100 % recyclables \u2013 un argument qu\u2019affectionne l\u2019industrie de l\u2019eau embouteillée.Voici de quoi calmer sa soif et s\u2019obliger à traîner une gourde réutilisable : selon un rapport de la ?rme Euromonitor International, un million de bouteilles de plastique sont vendues dans le monde chaque minute.Si rien ne change, ce nombre augmentera de 20 % d\u2019ici 2021.Et que l\u2019on ne s\u2019y trompe pas : la majorité de ces bouteilles ne contiendront pas des boissons sucrées, mais bien de l\u2019eau.Les consommateurs préfèrent leur H 2 O embouteillée, car ils craignent l\u2019insalubrité de l\u2019eau du robinet.Un souci bien réel dans plusieurs pays, mais qui est absurde au Québec où les normes régissant l\u2019eau potable sont parmi les plus sévères de la planète.Pendant qu\u2019on chipote sur la qualité de notre eau, on oublie que moins de la moitié des bouteilles de plastique achetées en 2016 ont été collectées pour le recyclage et que seulement 7 % d\u2019entre elles ont été transformées en nouvelles bouteilles.Les autres se sont retrouvées dans des sites d\u2019enfouissement ou dans les cours d\u2019eau, puis dans les océans où elles sont ingérées en partie par la faune.Ces déchets contaminent toute la chaîne alimentaire.En 2014, des chercheurs belges ont calculé que, en Europe, chaque amateur d\u2019huîtres et de moules avalait annuellement 11 000 particules de plastique ! La pollution par le plastique s\u2019aggrave de jour en jour, à tel point que certains n\u2019hésitent plus à dire que cette crise est aussi préoccupante que celle du réchauffement climatique.Devant l\u2019ampleur de la menace, plusieurs se retroussent les manches.Des collèges et des universités interdisent la vente de bouteilles d\u2019eau sur leur campus.Une poignée de villes, San Francisco en tête, les ont bannies de leurs lieux publics.Le maire de Montréal, Denis Coderre, a aussi lancé cette idée sans jamais y donner suite.Il faut dire que s\u2019opposer aux PepsiCo, Nestlé et Coca-Cola de ce monde, qui engrangent des milliards de dollars en pompant les eaux souterraines, exige du courage politique.Le ministre de l\u2019Environnement, David Heur- tel, fera-t-il preuve d\u2019un tel courage, lui qui a mandaté un groupe de travail pour trouver des solutions à la récupération des bouteilles d\u2019eau et des autres contenants de boisson ?Le comité doit faire rapport cet automne.Sera-t-il question d\u2019imposer une consigne ?De mesures pour améliorer le taux de recyclage du plastique ?De faire pression sur les embouteilleurs pour qu\u2019ils utilisent du plastique recyclé ?Au-delà du contenant, les élus devraient aussi s\u2019attarder au contenu.L\u2019eau potable est un bien public auquel tous devraient avoir accès.En 2015, au Québec, un regroupement d\u2019associations avait lancé un appel aux municipalités pour augmenter le nombre de fontaines d\u2019eau dans les espaces publics \u2013 une commodité qui se fait de plus en plus rare, contrairement aux machines distributrices.Et une fois lancé, pourquoi ne pas inviter les bars, les cafés et les restaurants à remplir gratuitement les gourdes réutilisables ?C\u2019est ce qu\u2019a fait la ville de Bristol, au Royaume-Uni, il y a deux ans.Elle a rallié plus de 200 commerces qui af?chent désormais en vitrine un autocollant « Eau du robinet gratuite disponible ici ».Depuis, d\u2019autres municipalités ont emboîté le pas à Bristol.Combien d\u2019eau coulera sous les ponts avant qu\u2019une première ville québécoise se joigne au mouvement ?lQS Bouteille à l\u2019amère La consommation d\u2019eau embouteillée menace la planète, à tel point que certains parlent d\u2019une crise aussi préoccupante que celle des changements climatiques.Un million de bouteilles de plastique sont vendues dans le monde chaque minute.Éditorial MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan N I C O L E A L I N E L E G A U L T LE SOLEIL POINDRA- T-IL AU QUÉBEC ?Dans le numéro de juil- let-août 2017, nous nous demandions si le boom de l\u2019énergie solaire observé à l\u2019échelle mondiale atteindra le Québec.Des lecteurs n\u2019y croient pas vraiment.« Ça ne remplacera pas les autres sources d\u2019énergie.Faut pas rêver.Même si les panneaux solaires deviennent plus abordables, il n\u2019en reste pas moins que la production d\u2019électricité grâce au solaire demeure aléatoire, et son stockage est coûteux.» \u2014 Stéphane Thibodeau « L\u2019énergie solaire, mais avec quel soleil ?Je demande à Hydro-Québec de bien remplir sa mission première d\u2019assurer aux Québécois une alimentation permanente en électricité, peu importe la température et au moindre coût possible.Tout le reste est politique et super- ?u, et devrait être laissé au privé.L\u2019éparpillement d\u2019Hy- dro-Québec dans l\u2019éolien nous a coûté déjà trop cher.» \u2014 Ghislain Carré DOSSIER BOUFFE Au sujet de la quête pour trouver un substitut au sel de table : « Excellent article sur le sel.J\u2019ai appris précédemment que, dans les pays scandinaves, les compagnies alimentaires de mets préparés avaient réduit de beaucoup les quantités de sel.[\u2026] Non seulement les ventes n\u2019ont pas diminué, mais le goût n\u2019a pas été altéré et les admissions dans les hôpitaux pour les problèmes liés à la consommation de sel ont diminué de 60 %.» \u2014 Normand Ratelle Au sujet des technologies qui promettent d\u2019augmenter les rendements agricoles sans nuire à l\u2019environnement : « C\u2019est triste.Sérieusement, il faut revenir à la base : favoriser la diversité biologique et éviter les modifications génétiques.Ici, la science se trompe quant à moi.» \u2014 Francis Parent L\u2019HISTOIRE DE QUI, L\u2019HISTOIRE DE QUOI ?Quelques réactions à la dernière chronique de Serge Bouchard : « Grand merci de remettre les pendules à l\u2019heure dans la mer d\u2019information qui nous inonde et nous fait perdre de vue l\u2019essentiel.Malheureusement, pour une majorité de la population québécoise, le passé fut mal enseigné et, surtout, comme vous le mentionnez, tronqué.Que reste-t-il de ce passé non enseigné, alors que le présent est vécu par les plus jeunes adultes dans le fouillis des médias sociaux ?Comment un peuple peut-il s\u2019autodéterminer s\u2019il ne connaît pas son passé, et qu\u2019il est rendu craintif par la propagande mensongère ?» \u2014 Yves Bessette « Le Canada anglais essaie de se donner une histoire, une culture afin de se justifier et de se donner une fierté.[\u2026] C\u2019est une entreprise de propagande pour éliminer les choses gênantes [\u2026] comme les réserves amérindiennes, l\u2019asservissement des Métis de l\u2019Ouest, les incendies des maisons des Patriotes, la déportation des Acadiens, le rejet de la culture québécoise, etc.C\u2019est un \u201ccent cinquantenaire\u201d idéologique.» \u2014 Michel Roberge Mots croisés SEPTEMBRE 2017 VOLUME 56, NUMÉRO 2 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Reporters Marine Corniou, Annie Labrecque Collaborateurs Normand Baillargeon, Kenza Bennis, Maxime Bilodeau, Serge Bouchard, Jean-François Cliche, Émilie Folie- Boivin, Solène Jonveaux, Elias Levy, Catherine Mathys, Nicolas Mesly, Jean-Benoît Nadeau, Saturnome Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Andrew Emond, Virginie Gosselin, Jean-François Hamelin, Thierry Ledoux, Nicole-Aline Legault, Ohara Hale, Eric Petersen, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projet, marketing et partenariats Stéphanie Ravier Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Catherine Brochu 418 694-2363 cbrochu@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: Août 2017 (540e numéro) Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2017 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie, de la Science et de l'Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca 1251, Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514-521-8356 poste 504 1-800-567-8356 poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca QUÉBEC SCIENCE 5 SEPTEMBRE 2017 SUR TWITTER O H A R A H A L E Le cabinet des curiosités Des caméras, dont une à grand angle, et des microphones enregistrent une multitude de données en temps réel.Le casque d\u2019électroencépha- lographie est utilisé pour identi?er les régions du cerveau stimulées pendant la séance.Les grandes entreprises comme Apple et Google rivalisent d\u2019ingéniosité pour offrir des lieux de travail stimulants à leurs employés : espaces lounge, murs vidéo, jardins intérieurs, etc.Ce type d\u2019aménagement alimente-t-il réellement la créativité et la productivité des travailleurs ?C\u2019est ce que souhaitent mesurer des chercheurs de l\u2019Université du Québec à Montréal grâce à deux nouvelles salles dites « multisensorielles ».La première reproduit une cour arrière où l\u2019on peut se réfugier dans une cabane en bois, respirer l\u2019odeur de l\u2019herbe fraîchement coupée et se laisser bercer par des chants d\u2019oiseaux.Dans la seconde, on pénètre dans une bibliothèque où ?otte le parfum du cuir ou des livres \u2013 des odeurs sélectionnées selon les objectifs des scienti?ques.Les expérimentations dans ces salles viennent à peine de commencer.Les chercheurs étudieront le comportement des participants grâce à plusieurs instruments, dont des caméras, des microphones et des casques d\u2019électroencéphalogra- phie, qui suivent en temps réel les émotions ressenties au ?l de la séance.« On récolte des données sur ce qui se passe au niveau affectif et cognitif.Par exemple, s\u2019il survient un événement stressant, je peux mesurer ce changement chez les participants.L\u2019équipement permet d\u2019obtenir 500 données par seconde ! » indique Julien Mercier, directeur du NeuroLab, le laboratoire de neurosciences éducationnelles de l\u2019UQAM.« On veut induire un état créatif et productif chez la personne, mais on aimerait aussi savoir si les béné?ces perdurent après qu\u2019elle a quitté la salle », ajoute-t-il.Ces observations seront particulièrement utiles alors qu\u2019on note « un réel désir de la part des propriétaires d\u2019immeubles et des institutions de repenser leur aménagement en gardant à l\u2019esprit des objectifs d\u2019apprentissage, de productivité, de collaboration ou de diminution du stress », remarque Andrée De Serres, professeure au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale à l\u2019UQAM.Des chercheurs en marketing expérientiel et en activité physique y voient également un potentiel, de même que les experts en neuroéducation, qui pourraient amener ce concept jusque dans les salles de classe.« Un élève en dif?culté sera-t-il plus disposé à apprendre dans un tel environnement ?C\u2019est un autre aspect que l\u2019on compte étudier », précise Julien Mercier.lQS Par Annie Labrecque Espaces créatifs pour A N N I E L A B R E C Q U E Diffuseur de parfums: on peut choisir parmi une sélection de 5 000 parfums différents, dont la diffusion et l\u2019intensité sont contrôlées à distance.A?n de déterminer l\u2019état émotionnel de la personne, on combine notamment les données provenant de la variation du diamètre de la pupille et de la reconnaissance faciale.N E U R O L A B N E U R O L A B Espaces créatifs pour gens productifs D es chercheurs italiens et montréalais ont fabriqué un lance-pierre, 20000 fois plus petit qu\u2019un cheveu, capable de propulser un médicament directement sur les cellules infectées ! Cette arme est en fait une nanoma- chine composée d\u2019un trio de molécules: un brin d\u2019ADN replié, un médicament et des «antigènes», sorte d\u2019échantillon du virus ou de la bactérie ciblée.Lorsque cet attelage rencontre sur son chemin un anticorps, produit par l\u2019organisme en réponse à l\u2019infection, celui-ci se ?xe à l\u2019antigène.Le brin d\u2019ADN change alors de structure et, ce faisant, éjecte le médicament directement sur sa cible.Un tir de précision qui se révèle fort avantageux.« Lorsqu\u2019on prend un médicament, il tue les cellules infectées, mais si la dose est trop concentrée, cela atteint aussi les cellules saines.Avec cette nanomachine, le médicament reste inactif tant qu\u2019il n\u2019a pas atteint sa cible.On va donc porter le médicament là où l\u2019on veut qu\u2019il agisse », raconte Alexis Vallée-Bélisle, directeur du Laboratoire de Biosenseurs & Nanomachines à l\u2019Université de Montréal.Le chercheur imagine même utiliser cette arme moléculaire pour lutter contre les cellules cancéreuses.Ce lance-pierre est toutefois programmé pour transporter les antigènes d\u2019une seule maladie à la fois.« Une nanomachine qui reconnaît le virus du sida ne pourra pas détecter le virus de la grippe», illustre le biochimiste.Son équipe travaille sur cette technologie avec des collègues de l\u2019université de Rome depuis plusieurs années.Comment sont-ils parvenus à concevoir cette catapulte nouveau genre?En s\u2019inspirant de la nature.En effet, dans le monde de l\u2019infiniment petit, des molécules modi?ent leur structure lorsqu\u2019il y a changement de pH, de température, de lumière ou en présence d\u2019autres molécules.« L\u2019hémoglobine, par exemple, transporte l\u2019oxygène dans le sang et change de forme en présence d\u2019acide lactique, relâchant ainsi l\u2019oxygène où le corps en a le plus besoin», dit M.Val- lée-Bélisle.Ce même principe s\u2019applique pour le brin d\u2019ADN du lance-pierre, qui réagira pour sa part en présence d\u2019un anticorps précis.SECRET DE FABRICATION Au moins trois semaines sont nécessaires pour concevoir cette petite fronde moléculaire.«Il y a beaucoup d\u2019ingénierie à faire pour construire le bon brin d\u2019ADN, car il faut un lance-pierre différent pour chaque médicament, remarque Alexis Vallée-Bélisle.De plus, nous voulons qu\u2019il se lie au médicament, mais pas trop, sinon il sera incapable de l\u2019éjecter.Bien qu\u2019il soit conçu pour réagir sous l\u2019effet d\u2019un anticorps, on doit aussi s\u2019assurer qu\u2019il ne réagira pas à des changements comme une hausse de température en cas de ?èvre.La mise au point est donc compliquée.Cela nécessite beaucoup d\u2019essais et d\u2019erreurs avant d\u2019obtenir la combinaison parfaite.» Autrement, la nanomachine libérerait le médicament trop tôt, avant même d\u2019atteindre sa cible.Pour l\u2019instant, les chercheurs sont à l\u2019étape des tests de laboratoire chez la souris.Peut-être que, un jour, on pourra recevoir une dose de lance-pierres thérapeutiques dans le cabinet du médecin! lQS QUÉBEC SCIENCE 8 SEPTEMBRE 2017 Combattre l\u2019infection avec un «lance-pierre» Et si on pouvait attaquer les cellules infectées grâce à une minuscule arme moléculaire ?Par Annie Labrecque SUR LE VIF M A R C O T R I P O D I QUÉBEC SCIENCE 9 SEPTEMBRE 2017 À l\u2019école du bien et du mal D es armes autonomes qui ciblent un ennemi et le combattent sans intervention humaine ?C\u2019est possible.Et très inquiétant.Depuis plusieurs années, une telle perspective interpelle les chercheurs et les experts de l\u2019intelligence arti?cielle.D\u2019autant plus que le danger est double.Il est concevable qu\u2019un groupe d\u2019individus mal intentionné utilise l\u2019intelligence arti?cielle à mauvais escient ou encore que l\u2019ordinateur lui-même ne collabore pas comme on l\u2019eût souhaité.Voilà pourquoi le développement de robots respectueux des intérêts et des valeurs de l\u2019humanité sera l\u2019un des prochains grands dé?s de l\u2019intelligence arti?cielle.Et Montréal sera au cœur de ces ré?exions.L\u2019Institut des algorithmes d\u2019apprentissage de Montréal, mené par le professeur Yoshua Bengio, s\u2019y intéressera grâce à une subvention de 2,4 millions de dollars US sur quatre ans, octroyée par le Open Philanthropy Project.On y étudiera entre autres la moralité.Les systèmes intelligents auront à interagir dans la société et devront prévoir les conséquences de leurs interventions.Que ce soit pour la gestion de la Bourse, le diagnostic de maladies ou la conduite automobile, les ordinateurs devront prendre des décisions en fonction de certaines valeurs qui font consensus.Comme ne pas tuer son voisin, par exemple.Je pense qu\u2019on peut s\u2019entendre là-dessus\u2026 L\u2019ambitieux projet de Bengio consiste à enseigner à l\u2019ordinateur le spectre des réponses humaines pour qu\u2019il reconnaisse les limites de l\u2019acceptable.Hélas, comme notre espèce est souvent en désaccord sur ce qui l\u2019est ou ce qui ne l\u2019est pas, l\u2019ordinateur est loin d\u2019avoir relevé ce dé?.Prenons simplement la lutte aux changements climatiques.Salutations à notre voisin du sud ! Dernier pépin, mais non le moindre : les valeurs « arti?cielles » devront être conçues pour évoluer en fonction des valeurs humaines.Mais comment prévoir qu\u2019une pratique considérée comme normale aujourd\u2019hui ne le sera plus dans quelques années?Bref, méchant casse-tête en vue! lQS Technopop CATHERINE MATHYS @Mathysc U ne maison intelligente qui anticipe vos besoins, c\u2019est possible ! En tout cas, ça l\u2019est déjà pour 200 étudiants de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS), à Montréal, qui vivent désormais dans des résidences connectées.Cent chambres ont ainsi été équipées de systèmes qui mesurent et contrôlent le chauffage, en plus de la consommation d\u2019eau et d\u2019électricité des étudiants.Le concept de maison connectée fait parler de lui depuis plusieurs années.C\u2019est un milieu de vie intelligent qui s\u2019adapte aux habitudes de ses occupants.Par exemple, la maison éteint les lumières si personne ne se trouve dans une pièce, coupe l\u2019eau en cas de fuite ou module le chauffage selon les allées et venues des occupants.Bref, on automatise toutes les tâches quotidiennes répétitives et on réduit du même coup le gaspillage.L\u2019ensemble des dispositifs « communiquent » entre eux (détecteur de présence, chauffage, lumière, etc.) sans intervention humaine.« C\u2019est ce qu\u2019on appelle l\u2019Internet des objets », explique Antoine Langevin, étudiant à la maîtrise au laboratoire Synchro- média de l\u2019ÉTS d\u2019où est issu ce projet dont les objectifs dépassent la maison connectée.En effet, les appartements des résidences sont reliés entre eux grâce à leur connexion au même réseau d\u2019Internet des objets, un peu comme le seraient les maisons et les commerces d\u2019une ville intelligente.Ainsi, sous la direction du professeur Mohamed Cheriet, le laboratoire teste les retombées environnementales et économiques générées par cette « ville » étudiante connectée.Le laboratoire Synchromédia travaille également sur des appareils électroménagers qui évaluent le meilleur moment pour se déclencher a?n d\u2019émettre le moins de gaz à effet de serre possible.Les chercheurs de l\u2019ÉTS emboîtent ainsi le pas à quantité de compagnies qui planchent sur des objets connectés à usage domestique : un réveil qui consulte l\u2019état de la circulation pour sonner à l\u2019heure idéale, une machine à laver qui commande du savon lorsque les réserves sont basses ou un réfrigérateur qui propose des recettes en fonction de son contenu ! Loufoque ?Peut-être, mais tout cela pourrait bien, un jour, faire partie de notre quotidien.lQS Solène Jonveaux De la maison à la ville connectée F R A N C E G A I G N A R D Antoine Langevin explique le concept de maison connectée devant la maquette du projet lors d\u2019un point de presse à l'ÉTS. QUÉBEC SCIENCE 10 SEPTEMBRE 2017 A près 20 ans de travail, on y est presque : James Webb, le télescope spatial le plus puissant jamais construit, devrait être lancé en orbite le 31 octobre 2018.Il sera posté à 1,5 million de kilomètres de la Terre, où il déploiera son gigantesque miroir à 18 facettes qui lui conférera une puissance 100 fois plus grande que son prédécesseur Hubble.Fruit d\u2019une collaboration entre la NASA, l\u2019Agence spatiale européenne et l\u2019Agence spatiale canadienne, le géant doré permettra à des milliers d\u2019astronomes du monde entier d\u2019en apprendre plus sur les débuts de l\u2019Univers ainsi que sur la formation des premières étoiles et galaxies.Il «remontera» dans le passé, en captant la lumière émise 300 000 millions d\u2019années après le big bang, au moment où se formaient les galaxies originelles.Une prouesse que l\u2019on doit à ses miroirs recouverts d\u2019or qui captent la lumière infrarouge.L\u2019Univers étant en expansion, ces galaxies s\u2019éloignent encore à toute vitesse de nous, ce qui ne les rend détectables que dans l\u2019infrarouge.Le télescope Hubble en était incapable, car il captait seulement la lumière visible et les rayons UV.Outre les galaxies primitives, la liste des cibles de James Webb s\u2019allonge sur plusieurs pages.Le télescope recueillera des données sur divers objets peu étudiés tels que les protoétoiles, la lune glacée de Jupiter nommée Europe, ou encore les quasars, ces objets extrêmement lumineux associés à un trou noir super massif.Évidemment, James Webb recherchera des exoplanètes abritant la vie.C\u2019est d\u2019ailleurs l\u2019une des missions de NIRISS, l\u2019un des quatre instruments du télescope mis au point à l\u2019Université de Montréal.Sa fonction principale est de détecter la présence d\u2019une atmosphère autour des planètes lointaines et d\u2019analyser sa composition par spectroscopie, a?n de repérer des gaz associés à la présence de la vie comme la vapeur d\u2019eau, le dioxyde de carbone ou le méthane.«Personne n\u2019a encore découvert d\u2019atmosphère autour d\u2019une planète rocheuse.Nous voudrions donc être les premiers à le faire», précise Loïc Albert, chercheur à l\u2019Université de Montréal pour NIRISS.L\u2019instrument étudiera entre autres le système solaire TRAPPIST-1, découvert il y a quelques mois et composé de planètes rocheuses de type terrestre.En attendant James Webb\u2026 C\u2019est l\u2019heure des derniers préparatifs pour le télescope spatial James Webb qui sera lancé dans un an.Le point sur cette machine incroyablement puissante.Par Solène Jonveaux Une partie du miroir principal de James Webb, lors d\u2018un test cryogénique SUR LE VIF N A S A QUÉBEC SCIENCE 11 SEPTEMBRE 2017 w C ombien reste-t-il d\u2019abeilles domestiques au Québec ?Je vous donne un indice : en 2005, on dénombrait 37 000 colonies ou ruches, selon l\u2019Institut de la statistique du Québec (ISQ).Compte tenu de tous les malheurs qui s\u2019abattent sur ces vaillantes butineuses \u2013 réchauffement du climat, parasites, mais aussi les néonicotinoïdes utilisés comme insecticides \u2013, il doit en rester beaucoup moins, n\u2019est-ce pas ?Combien, dites-vous ?Pas plus de 25 000, peut-être moins de 20 000 ?Autrement, médias, politiciens et groupes de pression ne se relaieraient pas pour nous rappeler leur déclin, voire leur disparition à vitesse grand V et à l\u2019échelle planétaire, n\u2019est-ce pas ?Peu de sujets sont aussi tendance que le « déclin » des abeilles domestiques, mais on m\u2019excusera de ne pas suivre cette tendence.Après tout, côté mode, je ne porte jamais que jeans et teeshirts; surtout, les statistiques me donnent raison: en 2016, dernière année où des chiffres sont disponibles, il y avait 64 000 colonies d\u2019abeilles au Québec.Pas moins qu\u2019en 2005, mais bien plus ! Au Canada, le nombre de ruches a doublé depuis 1961, passant de 337 000 à près de 700 000 en 2014 \u2013 bien qu\u2019il y ait eu un important recul, de 700 000 à 498 000, à la ?n des années 1980.Cette tendance se re?ète partout dans le monde, où l\u2019on compte 83 millions de colonies, soit 34 millions de plus qu\u2019au début des années 1960, d\u2019après les données de la Food and Agriculture Organization, le bras agricole de l\u2019Organisation des Nations unies.Dans ce cas, comment peut-on dénoncer des taux de mortalité effarants chez les abeilles, dépassant parfois les 40 % à 50% par année, alors qu\u2019en réalité le nombre de butineuses augmente ?Je vois deux explications.La première, c\u2019est que la cause des abeilles s\u2019est politisée, laissant entrevoir un scénario familier : une bonne partie de ceux qui prennent la parole, y compris les médias, retiennent seulement les faits qui leur plaisent.Au diable les données contredisant une trame narrative mielleuse ! La seconde, c\u2019est que le nombre de colonies est un indicateur parmi d\u2019autres de la santé des populations d\u2019abeilles.Or, le nombre important de colonies ne montre qu\u2019une partie de la réalité.S\u2019il y a plus d\u2019abeilles aujourd\u2019hui, c\u2019est parce qu\u2019elles sont en demande pour polliniser de grands champs de bleuets, de canneberges et de canola.Mais ce nombre de colonies ne dévoile rien sur leur santé, laquelle est bel et bien menacée.Parmi les nouveaux dangers qui pèsent sur les butineuses, il y a la tristement célèbre mite varroa qui fait des ravages depuis son introduction en Amérique du Nord, en 1987.Sans compter qu\u2019il y a plus de maladies qu\u2019avant : bactéries, virus, champignons, protozoaires, etc.La vie d\u2019abeille est par ailleurs ardue : la pollini- sation de grands champs implique de longs voyages et une alimentation moins variée.Et, oui, les insecticides compliquent aussi les choses.Résultat, la mortalité hivernale oscille entre 20 % et 30 %, selon l\u2019ISQ, alors qu\u2019elle devrait se situer autour de 15 %.Ce n\u2019est pas l\u2019apocalypse annoncée, mais cela reste au-dessus de la normale.Pour compenser, les apiculteurs du Québec doivent redoubler d\u2019ardeur.En 2000, ils ont produit 14 500 reines et 5 400 « nucléis », des « morceaux » de colonie que l\u2019on fait croître pour augmenter le nombre de ruches.En 2015, ils ont généré près de 27 000 reines et 24 000 nucléis.Il n\u2019est pas reposant, le métier d\u2019apiculteur\u2026 Malgré tout, ce n\u2019est pas demain qu\u2019on manquera d\u2019abeilles.Cette idée de disparition est un mythe dont il faudra bien se débarrasser si l\u2019on veut un jour débattre des réels problèmes qui affectent ces insectes.lQS Des abeilles pas si rares Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf Inutile de souligner que les résultats sont particulièrement attendus.«Est ce qu\u2019on va trouver une signature de la vie?Peut-être, on verra bientôt !» se réjouit René Doyon, astrophysicien à l\u2019Université de Montréal et chercheur principal de NIRISS.DERNIERS AJUSTEMENTS Mais les scientifiques devront faire preuve d\u2019encore un peu de patience.Les premiers cycles d\u2019observation ne fourniront des données exploitables qu\u2019au printemps 2019.Certaines d\u2019entre elles seront accessibles au public, mais d\u2019autres sont réservées aux scienti- ?ques ayant contribué au télescope.Les chercheurs canadiens béné?cieront ainsi de 450 heures garanties qui seront majoritairement consacrées à l\u2019étude des galaxies et des exoplanètes.Après un an, elles seront accessibles à tout le monde.Une vraie course contre la montre s\u2019amorcera alors entre les astronomes qui se préparent au mieux pour dépouiller et exploiter ces données rapidement.Entre-temps, «il reste encore beaucoup de préparation scienti?que et technique; c\u2019est l\u2019une des machines les plus complexes que l\u2019humanité ait construites», af?rme René Doyon.Il est d\u2019ailleurs possible de suivre les derniers préparatifs en direct grâce à deux caméras transmettant depuis le Johnson Space Center, au Texas.Tout l\u2019été, le télescope aura été maintenu à une température de -233°C pour s\u2019assurer de son fonctionnement dans les conditions spatiales.Ces étapes sont très importantes, car James Webb sera 2500 fois plus éloigné de la Terre que ne l\u2019est Hubble, situé à 600 km d\u2019altitude.« Il sera donc impossible de le réparer à partir de navettes spatiales comme lorsqu\u2019on s\u2019était rendu compte d\u2019un défaut optique majeur de Hubble », souligne Loïc Albert.«Le déploiement du télescope s\u2019effectuera en deux semaines, dans l\u2019obscurité totale, sans retour visuel sur ce qui se passe.Chaque mouvement, une fois complété, activera un senseur qui con?rmera que le dispositif en question s\u2019est bien positionné tel que prévu.Si ce n\u2019est pas le cas, on pourra agir en fonction de ce qui se passe, mais de façon limitée, explique René Doyon.Cette séquence de déploiement sera très stressante, mais il y a lieu de croire que tout va bien se passer.» lQS QUÉBEC SCIENCE 12 SEPTEMBRE 2017 À VÉLO QUÉBEC VOYAGES L\u2019ÉTÉ SE POURSUIT.RÉSERVEZ MAINTENANT 514 521-8356 \u2022 1 800 567-8356, poste 506 veloquebecvoyages.com p h o t o s : P a t r i c e F r a n c o e u r / V é l o M a g , M a x i m e / B R U T EN SEPTEMBRE EN NOVEMBRE EN DÉCEMBRE 13-28 HAUT-LANGUEDOC ET BASSES PYRÉNÉES 14-29 COSTA BRAVA 15-30 PROVENCE 18-3 ANDALOUSIE 29-14 MAJORQUE 4-11 HOLGUÍN EN BOUCLES 11-18 HOLGUÍN EN BOUCLES 18-25 VARADERO EN BOUCLES 30-6 HOLGUÍN EN BOUCLES 31-7 VARADERO EN BOUCLES Dès le mois d\u2019avril prochain, les astronautes pourront déguster du pain fraîchement sorti du four dans la Station spatiale internationale.De quoi les changer des tortillas, seul substitut de pain autorisé depuis la mésaventure de deux astronautes à bord d\u2019un vol Gemini, en 1965.Ces derniers avaient mangé un sandwich au bœuf dont les miettes avaient « volé » dans l\u2019habitacle, menaçant de causer un début d\u2019incendie en s\u2019introduisant dans les panneaux électriques.Une compagnie et des scienti?ques allemands ont donc conçu une recette de pâte à pain sans miettes, qui sera mise sous vide pour ensuite être cuite à bord de la Station.Le four, quant à lui, fonctionne avec un dixième de la puissance habituelle (250 W) et sera contrôlé à distance pour que les astronautes n\u2019aient pas à se soucier de la cuisson.Ils devront toutefois attendre qu\u2019un mécanisme refroidisse le four avant de l\u2019ouvrir, faute de quoi ils pourraient être brûlés par des « bulles de chaleur » ?ottantes.A.L.Du pain frais dans l\u2019espace Deux équipes américaines viennent d\u2019accomplir, simultanément, un petit miracle.Elles ont produit en laboratoire des cellules souches sanguines capables de fabriquer n\u2019importe quel type de cellules du sang: globules rouges ou blancs et plaquettes.Rapportées dans la revue Nature, ces prouesses offrent l\u2019espoir de traiter plus facilement les personnes atteintes de leucémie ou d\u2019autres cancers du sang.Aujourd\u2019hui, ces patients peuvent recevoir une greffe de moelle osseuse pour béné?cier de ces cellules souches qui « renouvellent » leur sang après la chimiothérapie.Mais en l\u2019absence de donneur compatible (c\u2019est le cas pour 30 % à 40 % des malades), la guérison est compromise.Les chercheurs tentent d\u2019accomplir cet exploit depuis 20 ans.Pour y parvenir en?n, les deux équipes ont suivi des recettes légèrement différentes, mais elles sont parties de cellules différenciées (de peau, notamment) et les ont « reprogrammées » en cellules souches sanguines, en y insérant des gènes clés.Une technique qui permettra peut- être aussi un jour de fabriquer arti?ciellement du sang pour les transfusions.M.C.Bientôt du sang fait au labo ?N A S A La science grandeur nature L\u2019essor du bleuet sauvage biologique La révolution aquaponique Des jardins à partager V O L U M E 4 1 , N O 2 P U B L I C A T I O N C A N A D I E N N E N O 4 0 0 4 3 5 0 2 / É t é 2 0 1 7 - 6 , 9 5 $ Carnivores, la crise d\u2019identité www.magazinesdescience.com La science se lit aussi ici - acfas.ca/decouvrir | sciencepresse.qc.ca | multim.com QUÉBEC SCIENCE 14 SEPTEMBRE 2017 C haque jour, en vous rendant au travail, vous passez devant une école.Que se dé- roule-t-il entre ses murs ?Comment percevez-vous cet établissement ?Je parie que vous vous dites que cette école est une institution d\u2019une importance majeure.Une institution en ce sens que son activité est régie par des normes et des idéaux parfois convenus, mais aussi souvent débattus, et ce, d\u2019autant que les ressources qui lui sont allouées sont limitées.Si l\u2019on s\u2019entend généralement sur la mission fondamentale de l\u2019école \u2013 amener les enfants à devenir des adultes autonomes ainsi que des citoyens actifs et responsables \u2013, ses autres rôles, eux, sont matière à débats.Transmission des savoirs, socialisation, préparation au marché du travail; chacune de ces composantes est jugée différemment selon qu\u2019on est enseignant, parent, politicien, fonctionnaire ou théoricien.Voilà pourquoi l\u2019éducation se situe nécessairement à un carrefour où se croisent faits et normes, données empiriques et valeurs.C\u2019est à ce carrefour qu\u2019il faut placer la discussion sur les «données probantes», une méthode qui suscite de vives réactions dans le milieu de l\u2019éducation depuis quelque temps.Les données probantes sont des informations, des théories, des stratégies présumées ?ables, établies et crédibles.En éducation, elles peuvent servir soit à décrire correctement un état quelconque du système d\u2019éducation, soit à fournir des arguments justi?ant l\u2019opportunité d\u2019introduire ou de modi?er telle pratique ou telle politique.Ces fameuses données probantes ont-elles une place légitime dans la détermination des politiques en éducation?Ma réponse brève est oui, sans conteste.Parce que des décennies de recherche ont souvent produit des données ?ables et crédibles qui devraient être prises en compte dans un grand nombre de questions relatives à l\u2019état du système d\u2019éducation et à ce qu\u2019on cherche à accomplir à l\u2019école, qu\u2019il s\u2019agisse d\u2019apprendre à lire à tous les enfants, d\u2019aider ceux et celles qui ont des dif?cultés, etc.Partout où cela est possible, il nous incombe donc d\u2019examiner les raisons qui favorisent certaines pratiques et de le faire à partir d\u2019une échelle de validation où ce qui est prôné devient progressivement plus crédible, plus probant.Au bas de cette échelle, on trouve l\u2019expérience personnelle des enseignants (souvent utile dans une pratique complexe comme l\u2019éducation), puis les avis d\u2019experts là où les données empiriques sont rares ou inexistantes.Viennent ensuite les études empiriques qui ont L\u2019éducation sous la loupe de la science Des décennies de recherche en éducation ont produit des données probantes qui devraient être utilisées dans l\u2019élaboration des politiques gouvernementales.I L L U S T R A T I O N : V I G G Je doute donc je suis normand baillarGeon @nb58 QUÉBEC SCIENCE 15 SEPTEMBRE 2017 elles aussi leur ordre d\u2019importance : l\u2019étude simple, sans variable de contrôle; l\u2019étude avec variable de contrôle; et l\u2019étude avec groupe expérimental ainsi que groupe témoin.Par la suite, il y a les méta-analyses, quand elles existent et qu\u2019elles ont été correctement menées.En?n, tout en haut de l\u2019échelle, il devrait y avoir un recoupement entre toutes ces données et les résultats d\u2019autres disciplines scienti?ques.Bref, pour apporter davantage de ?abilité, plusieurs données devraient converger.Un exemple?On sait aujourd\u2019hui que des données empiriques crédibles sur l\u2019apprentissage de la lecture concordent avec les données des sciences cognitives.Ce serait dramatique de ne pas les considérer.Cela étant dit, un constat troublant s\u2019impose : en éducation, trop souvent, on persiste à ne pas recourir systématiquement aux données probantes.Pourquoi donc?Je ne peux que risquer des hypothèses: la jeunesse des sciences de l\u2019éducation; la complexité des problèmes qu\u2019on y rencontre; l\u2019attrait envers des méthodes conformes à certaines valeurs, qui conduit parfois à en ignorer d\u2019autres, plus ef?caces, mais divergeant de ces mêmes valeurs; ?nalement, les nombreux colporteurs de recettes miracles.Dans ce milieu, on trouve un grand nombre de « légendes pédagogiques » nuisibles et contraires aux données probantes : la méthode Brain Gym; le mythe du « cerveau gauche/cerveau droit»; le supposé effet Mozart; l\u2019idée qu\u2019on n\u2019utilise que 10 % de sa matière grise; et d\u2019autres encore.Bien sûr, les données probantes ne peuvent à elles seules résoudre tous les maux de l\u2019école québécoise.Mais il serait terriblement mal avisé de ne pas les considérer quand elles existent.Il me semble que c\u2019est devenu une exigence minimale dans la dé?nition de nos politiques et de nos pratiques en éducation.En tenir soigneusement compte témoignerait de l\u2019importance que nous accordons à la mission de l\u2019école; et de notre volonté de savoir exactement comment elle est accomplie, ce qui est indispensable pour nous améliorer.Cela montrerait surtout que nous nous sentons véritablement responsables de l\u2019avenir de nos enfants.lQS Drôle d\u2019air ! Il ressemble à un casse-tête animal : long cou de lama, pattes de rhinocéros, nez allongé de tamanoir et corps de chameau, les bosses en moins.Macrauchenia patachonica \u2013 ce qui signi?e « grand lama » \u2013 est un drôle de mammifère qui s\u2019est éteint il y a plus de 12 000 ans.Quand Charles Darwin découvre son fossile en 1834, en Amérique du Sud, il reste perplexe.Où placer cet animal dans l\u2019arbre phylogénétique ?Qui sont ses plus proches cousins ?À l\u2019époque, le père de l\u2019évolution et ses collègues biologistes ne peuvent trancher.Presque 200 ans plus tard, les outils d\u2019analyse génétique sont venus à bout de l\u2019énigme.Les chercheurs de l\u2019université de Potsdam, en Allemagne, et du Musée américain d\u2019histoire naturelle, aux États- Unis, ont scruté l\u2019ADN mitochondrial d\u2019un fossile trouvé dans une caverne du Chili.L\u2019ADN mitochondrial, transmis seulement par la mère, permet de retracer les ancêtres sur plusieurs générations.Ils ont ainsi classi?é Macrauchenia patachonica parmi les litopternes.Cet ordre animal disparu aurait divergé, il y a plus de 56 millions d\u2019années, des périssodactyles, auxquels appartiennent le cheval, le tapir et le rhinocéros.D\u2019où le petit air vaguement familier ! A.L.SUIVEZ TOUTES NOS ACTUALITÉS SUR WWW.QUEBECSCIENCE.QC.CA \u203a P O L Y T E C H N I Q U E D E M O N T R É A L / I N S T I T U T E T H Ô P I T A L N E U R O L O G I Q U E S D E M O N T R É A L J O R G E B L A N C O / U N I V E R S I T É D E P O T S D A M Une sonde pour débusquer les cellules cancéreuses Un outil développé par des chercheurs montréalais pourrait bien devenir incontournable pour combattre le cancer.Ils ont mis au point une sonde optique qui distingue presque en temps réel les cellules cancéreuses des cellules saines.L\u2019outil, qui ressemble à un stylo, combine plusieurs techniques de spectrographie pour détecter les tissus malades.Ceux-ci ayant une composition moléculaire différente des tissus sains, la sonde peut les identi?er avec une précision très ?ne, permettant au chirurgien de détruire la totalité des cellules cancéreuses.Développé en 2015, l\u2019instrument a récemment été perfectionné pour détecter les cellules cancéreuses du cerveau avec une ef?cacité de 97 %.Il peut dorénavant repérer d\u2019autres types de cellules cancéreuses, dont celles du côlon, de la peau et du poumon.En éliminant complètement les cellules cancéreuses, le risque de récidive est considérablement diminué.A.LÀ lire : « La science peut-elle dé?nir l'école idéale?», à la page 26. yl] pu pr ~~ a.4 N - \u2014 é sl Pa x) TY | ¢ Ye tee à ab, \u2018ye 1 Va | \\ 4 / {4 qu 4160 D \u2019ordinaire, vous observez les étoiles.Mais, pendant quelques années, vous avez détourné les yeux du ciel pour contempler et analyser les ?eurs qui peuplent les champs à proximité de votre demeure de Malicorne, en France.Dans votre livre J\u2019ai vu une ?eur sauvage, vous nous faites connaître ces plantes souvent jugées nuisibles.Hubert Reeves Le grand amour que je voue à la nature m\u2019a été transmis par ma grand- mère qui appréciait beaucoup les jardins.Elle m\u2019a appris à m\u2019intéresser aux plantes, aux ?eurs, aux arbres et à observer attentivement les oiseaux ou les papillons.Ce sont des splendeurs à la portée de chacun, mais que l\u2019on peut côtoyer toute sa vie sans jamais se pencher pour les admirer.On dit souvent que les populations sont atteintes de morosité et de déprime.Je vous assure que la découverte des joies de la nature change radicalement la vie d\u2019une personne.En écrivant ce livre, j\u2019ai eu envie de partager ma passion pour cette nature.QS En 2016, vous avez été nommé président d\u2019honneur de l\u2019Agence française pour la biodiversité.Vos principaux interlocuteurs sont les élus politiques et les dirigeants de grandes entreprises.Quelle approche favori- sez-vous pour sensibiliser ces derniers à la question de la protection de la nature et de la biodiversité ?HR Ce n\u2019est pas toujours facile de convaincre nos interlocuteurs.Mais, à force d\u2019arguments, nous avons obtenu des résultats signi?catifs.Par exemple, notre vigoureux combat contre les pesticides a porté ses fruits : l\u2019Union européenne a promulgué une législation qui entrave considérablement leur utilisation.Nous avons réussi à transformer les îles Kerguelen, situées dans le Paci?que Sud, en un parc national a?n d\u2019y protéger la végétation et la faune, grandement menacées par des industries pétrolières, entre autres.Nous sommes aussi intervenus pour préserver les animaux en voie de disparition et pour faire cesser la pêche en eaux profondes, qui provoque des dégâts écologiques majeurs avec la disparition de plusieurs espèces marines.QS Qu\u2019est-ce qui vous motive à continuer votre combat pour la protection de la nature?HR Lorsque j\u2019ai appris l\u2019élection de Donald Trump à la présidence des États-Unis, je me suis demandé comment on allait s\u2019en sortir.La pire façon d\u2019aborder ces problèmes, c\u2019est en se disant que c\u2019est foutu ! Au contraire, il est impératif de demeurer actif et positif.On n\u2019a pas le choix parce que, si on baisse les bras et qu\u2019on capitule, là, ce serait vraiment foutu! QS La survie de l\u2019humanité vous inquiète.HR L\u2019humain pourrait disparaître de la Terre par sa propre faute.C\u2019est un scénario terri?ant, mais plausible, qui a déjà failli QUÉBEC SCIENCE 17 SEPTEMBRE 2017 La feuille de route d\u2019Hubert Reeves donne toujours le tournis : spécialiste renommé de l\u2019Univers et de cosmologie, directeur de recherche au Centre national de la recherche scienti?que de France, ex- conseiller scienti?que à la NASA, professeur associé de physique à l\u2019Université de Montréal, récipiendaire du prestigieux Prix Albert-Einstein, etc.Récemment, il a été promu grand of?cier de l\u2019Ordre national du Québec.Ce savant demeure surtout un conteur inégalé du cosmos, qui tient encore à partager avec le public son amour profond de la nature et sa foi inébranlable en l\u2019humain.En 2017, il livre ses ré?exions dans trois nouveaux ouvrages : La Terre et les hommes (Éditions Robert Laffont), J\u2019ai vu une ?eur sauvage et Le banc du temps qui passe \u2013 Méditations cosmiques (Éditions du Seuil).Discussion à bâtons rompus avec l\u2019une des grandes lumières de notre époque.Propos recueillis par elias levy À 84 ans, le célèbre astrophysicien québécois refuse de baisser les bras devant l\u2019état de notre planète, tout en étant conscient que la partie n\u2019est pas gagnée.Reeves Hubert optimiste lucide P H O T O S : T H I E R R Y L E D O U X ENTREVUE QUÉBEC SCIENCE 18 SEPTEMBRE 2017 se concrétiser dans le passé avec la menace nucléaire.On émet de plus en plus de gaz carbonique, on détruit de plus en plus de forêts, on pollue de plus en plus la nature.Sur tous les plans, les signaux environnementaux sont au rouge.Prenez seulement le réchauffement climatique qui nous conduit vers des situations ingérables.Si l\u2019humanité demeure impassible, nous courons droit vers une grande catastrophe écologique.Déjà, nous en voyons les ravages : la multiplication des tempêtes de vent d\u2019une férocité effarante, l\u2019acidi?cation des océans, la fonte des glaces aux deux pôles, etc.Ces cataclysmes mettent en péril notre avenir.La conscience humaine est l\u2019antidote le plus ef?cace à l\u2019autodestruction de notre planète.Nous, humains, sommes aussi une espèce périssable comme les millions d\u2019autres espèces menacées et qui ont disparu de la surface de la Terre.QS Malgré le piteux état de notre planète, vous continuez à faire preuve d\u2019un optimisme lucide.HR Cela pourrait être bien pire ou peut- être bien mieux.Ce qui me rend optimiste, c\u2019est la puissance de la prise de conscience mondiale en faveur de la préservation de l\u2019environnement et la tenue de grandes conférences sur la protection de la nature, dont les résolutions adoptées sont porteuses d\u2019espoir.La Conférence de Paris sur le climat incarne bien cette tendance : pour la première fois, 194 pays se sont mis d\u2019accord pour combattre ce terrible ?éau qu\u2019est le réchauffement climatique.QS Certes, mais ce sont des acquis fragiles.En juin dernier, Donald Trump a con?rmé le retrait des États-Unis de l\u2019Accord de Paris.Cette décision vous alarme-t-elle ?HR C\u2019est une décision catastrophique, mais Donald Trump est loin d\u2019avoir gagné la partie.Les économistes sont quasi unanimes : cette décision, totalement sotte, ne sera pas du tout rentable.À une époque où les ressources pétrolières se tarissent, ce sont les énergies renouvelables qui créeront des emplois.Trump va à contre-courant de cette réalité socioéconomique.Les opposants à sa politique environnementale sont très nombreux, y compris aux États-Unis.La Silicon Valley, où l\u2019économie américaine est la plus vibrante, est opposée au retour du pétrole et du charbon.Comme quoi la vision de Trump en matière environnementale est un problème majeur, mais pas fatal.QS Les jeunes que vous rencontrez lors de vos conférences dans les collèges et les universités sont-ils plus sensibles aujourd\u2019hui à l\u2019état de notre planète ?HR Je suis toujours étonné de constater l\u2019évolution rapide de la prise de conscience environnementale chez les jeunes et la mobilisation ardente de ces derniers pour sauver la Terre.Il y a 20 ans, quand je donnais des conférences, seulement une poignée d\u2019étudiants polis venaient m\u2019écouter, probablement pour esquiver le cours de mathématiques ou de physique.Aujourd\u2019hui, je sens chez eux un enthousiasme débordant.Ils consomment de la nourriture bio, militent pour que leur collège prenne le virage vert ou ramassent les déchets dans les parcs.Dans de nombreux pays, y compris la Chine qui a atteint ces dernières années des records de pollution, les jeunes se mobilisent pour assurer un avenir prometteur à notre planète.Il est vrai qu\u2019ils sont, plus que jamais, menacés par la détérioration de l\u2019environnement.Dans 50 ans, je ne serai plus sur cette Terre, mais mes enfants et petits-enfants y seront vraisemblablement.Je me fais beaucoup de souci pour l\u2019avenir qu\u2019ils rencontreront.QS Cependant, chaque année, les jeunes choisissent de moins en moins les sciences à l\u2019université.Cela vous inquiète-t-il ?HR Oui, mais ce manque d\u2019intérêt s\u2019explique par la dif?culté de trouver un emploi dans les créneaux scienti?ques.Des détenteurs de doctorat doivent travailler à temps partiel pendant plusieurs années avant de dénicher un emploi permanent.Cette situation n\u2019est pas uniquement la conséquence d\u2019un manque de débouchés, mais provient aussi du fait que le statut de la profession scienti?que a sensiblement changé.Jusqu\u2019à la ?n du XIXe siècle, on encensait la vocation de savant, lequel était considéré comme une personne contribuant à l\u2019avancement de la société.La noble idée, défendue par Victor Hugo, que la science allait apporter le bonheur aux êtres humains, a été battue en brèche par la bombe atomique et, plus tard, par la pollution de notre planète.Le comportement arrogant des multinationales nous nuit également, car elles ont souvent recours à la «science poubelle».Des chercheurs, grassement rémunérés, rédigent des articles scien- ti?ques apologétiques pour de grandes compagnies productrices de tabac, de sucre, de pétrole ou d\u2019amiante.La prolifération de ces travaux a terni la réputation des scienti?ques.Désormais, ces derniers ne sont plus perçus comme des «bienfaiteurs de l\u2019humanité», mais comme des chercheurs suspects qu\u2019on toise avec beaucoup de mé?ance.On constate ce phénomène particulièrement dans le domaine de la chimie, systématiquement associée aux pesticides polluants.Pour sauver la planète, il va falloir plus de science, mais de la bonne science.QS Dans le domaine de la protection environnementale, les grands changements seront-ils l\u2019aboutissement de la recherche scienti?que ou du militantisme de la société civile ?HR Le rôle des scienti?ques est de dresser ENTREVUE Pour sauver la planète, il va falloir plus de science, mais de la bonne science.P H O T O S : T H I E R R Y L E D O U X un portrait environnemental et climatique rigoureux, et d\u2019alerter l\u2019opinion publique à ce sujet.Je ne crois pas qu\u2019ils puissent jouer un autre rôle.Seule la mobilisation citoyenne et associative incitera, pour ne pas dire contraindra, les élus à passer concrètement à l\u2019action pour endiguer le saccage planétaire.QS Dans votre nouveau livre La Terre et les hommes, vous abordez une question fondamentale : en quoi les nouvelles données scienti?ques modi?ent-elles le regard que nous portons sur l\u2019activité humaine ?HR Nous avons découvert que nos vies sont des chapitres de l\u2019histoire du cosmos.La vision passéiste sur cette question, défendue par Aristote, reposait sur cet énoncé : rien ne change jamais dans l\u2019Univers.Cette thèse a été mise en charpie par des scienti?ques, tel Edwin Hubble, avec des données empiriques irrécusables démontrant l\u2019expansion de l\u2019Univers.Ces avancées scienti?ques ont changé le statut de l\u2019être humain, et de tous les êtres vivants.Notre vie, notre intelligence et notre existence font partie d\u2019un chapitre majeur de l\u2019Univers.QS Quel est le plus grand dé?auquel sont confrontés aujourd\u2019hui les scienti?ques qui, comme vous, explorent l\u2019Univers ?HR Sur le plan théorique, nous avons deux domaines qui continuent à donner des résultats très probants: la relativité d\u2019Einstein pour les grandes dimensions, stellaires et galactiques, et la théorie quantique pour les petites dimensions, les atomes et les molécules.Le problème c\u2019est que ces deux sciences sont incompatibles dans certains domaines.Or, la réconciliation de la physique quantique et de la théorie de la relativité est une condition fondamentale pour comprendre le début de l\u2019Univers et son développement au ?l du temps.Sur le plan pratique, l\u2019autre grande question qui se pose avec acuité est : sommes-nous seuls dans l\u2019Univers?Y a-t-il d\u2019autres planètes habitées?QS C\u2019est la plus grande énigme de l\u2019Univers que vous aimeriez voir résolue de votre vivant ?HR Absolument.Cela ne cesse de me tarauder.Y a-t-il d\u2019autres êtres dans l\u2019Univers?Les exoplanètes récemment découvertes offrent-elles des conditions propices à la vie?On n\u2019en sait rien pour l\u2019instant, mais nous nous évertuons à étudier ces systèmes planétaires qui gravitent autour des quelques milliers de nouvelles étoiles découvertes.Cela pourrait nous conduire vers la résolution de cette grande énigme.QS Un autre mystère est celui du temps, une notion dont vous nous révélez des aspects bien étranges et paradoxaux dans votre ouvrage Le banc du temps qui passe \u2013 Méditations cosmiques qui paraît cet automne.HR Quand on explore le « territoire» du temps, on se demande : depuis combien de temps existe le temps?Depuis toujours ou depuis que l\u2019espace et la matière sont apparus, c\u2019est-à-dire il y a 14 milliards d\u2019années?C\u2019est cette dernière interprétation, qui est celle d\u2019Albert Einstein et de sa théorie sur la relativité, que je trouve la plus intéressante.L\u2019astrophysicien et le physicien s\u2019escriment à élucider cette énorme énigme en essayant de comprendre l\u2019histoire de l\u2019Univers.La matière des premiers temps du big bang était complètement chaotique et non structurée.En décryptant l\u2019histoire de celle-ci, qui s\u2019est progressivement organisée pour donner naissance aux atomes, aux molécules et aux êtres vivants, on comprend mieux l\u2019Univers.QS Comment dé?niriez-vous l\u2019héritage que vous souhaitez nous léguer ?HR Deux forces très puissantes et contradictoires sont à l\u2019œuvre, aujourd\u2019hui.La première est délétère : la détérioration de notre environnement.La seconde est prometteuse : une prise de conscience planétaire qui alimente une force de restauration de la nature.Ce qui me rassure, c\u2019est que ce mouvement est de plus en plus important.Je souhaite léguer un héritage qui s\u2019inscrira dans le sillage de cette force de restauration de notre environnement.J\u2019espère avoir contribué humblement à cet important éveil des consciences.lQS QUÉBEC SCIENCE 19 SEPTEMBRE 2017 nouvel el dor abysses EXPLOITATION DES FONDS MARINS Les QUÉBEC SCIENCE 20 SEPTEMBRE 2017 Les engins miniers de Nautilus Minerals sont prêts: ils fragmenteront et aspireront les roches à 1600 m sous l\u2019eau. el dorado ses j ules Verne était un visionnaire.Depuis l\u2019hélicoptère jusqu\u2019au sous-marin, en passant par la téléconférence et les satellites, ses romans regorgent de machines et d\u2019inventions qui ont ?ni par voir le jour.Ce voyageur insatiable avait aussi imaginé la conquête de l\u2019espace et des océans, dont il avait pressenti la richesse.«Je vous dirai, d\u2019abord, qu\u2019il existe au fond des mers des mines de zinc, de fer, d\u2019argent, d\u2019or, dont l\u2019exploitation serait très certainement praticable», disait le capitaine Nemo dans Vingt mille lieues sous les mers.Cent cinquante ans plus tard, la prophétie du commandant du Nautilus est sur le point de se réaliser.Les océans, qui couvrent 71% de la planète, regorgent de métaux.Et l\u2019industrie minière est désormais prête à braver les profondeurs pour aller les cueillir.«L\u2019exploration minière des fonds marins se fait à un rythme effréné.C\u2019est une nouvelle ruée vers l\u2019or», indiquait Mark Hannington, professeur de géologie à l\u2019Université d\u2019Ottawa, lors du congrès annuel de l\u2019Association américaine pour l\u2019avancement des sciences (AAAS) à Boston, en février dernier.Ce n\u2019est peut-être pas un hasard si la première compagnie qui exploitera les métaux des abysses s\u2019appelle, elle aussi, Nautilus.Sa cible: Solwara1, un site riche en cuivre et en or, situé à 1600m de profondeur au large des côtes de la Papouasie\u2013 Nouvelle-Guinée.Les opérations, qui devraient commencer en 2019, marqueront une nouvelle ère pour l\u2019industrie minière.«Les fonds marins abritent de très grands gisements, avec une bien meilleure teneur en minerais que sur la terre ferme », explique Noreen Dillane, responsable des communications chez Nautilus Minerals, entreprise canadienne qui opère depuis l\u2019Australie.Cet engouement pour les minerais océaniques inquiète les biologistes et les associations environnementales.«C\u2019est de la folie! L\u2019exploitation des fonds marins doit être interdite.Ce serait le coup de grâce pour les océans», tempête Catherine Coumans, coordinatrice de la recherche pour l\u2019organisme MiningWatch Canada.«L\u2019industrie minière avance très vite, a de gros budgets, alors que notre acquisition de connaissances L\u2019industrie minière part à L\u2019assaut d\u2019un territoire immense et encore inexpLoré : Les grands fonds océaniques qui recèLent cobaLt, cuivre et nickeL en abondance.queLLes seront Les conséquences de cette nouveLLe « ruée vers L\u2019or » ?PAR MARINE CORNIOU N A U T I L U S M I N E R A L S QUÉBEC SCIENCE 22 SEPTEMBRE 2017 est lente.Nous savons encore très peu de choses sur les écosystèmes des grands fonds, qui sont très variés.Mais on peut dire d\u2019emblée que les impacts iront bien au-delà des zones exploitées.L\u2019erreur serait de croire que ces environnements sont déconnectés du reste de l\u2019océan», af?rme Jozée Sarrazin, de l\u2019Institut français de recherche pour l\u2019exploitation de la mer (IFREMER).Comme tous les biologistes spécialistes des écosystèmes profonds, la chercheuse est prise au cœur d\u2019un véritable tourbillon.«En cinq ans, la recherche s\u2019est intensi?ée, pour tenter d\u2019évaluer les impacts et la résilience des écosystèmes», con?rme cette Québécoise d\u2019origine.Une course contre la montre, impliquant les gouvernements, les scienti?ques et l\u2019industrie minière, a bel et bien débuté.UN MONDE À PORTÉE DE MAIN ?Les minières connaissent l\u2019importance des gisements sous-marins depuis les années 1970, mais les dé?s techniques et l\u2019effondrement du marché des métaux freinent alors leurs ardeurs.L\u2019essor des pays émergents, des énergies vertes et des nouvelles technologies relance aujourd\u2019hui l\u2019appétit pour les matières premières.À titre d\u2019exemple, chaque téléphone cellulaire contient au moins 60 éléments du tableau périodique\u2026 «La vie moderne repose très largement sur l\u2019exploitation minière.La demande en métaux pourrait quadrupler d\u2019ici 2050, et plusieurs experts af?rment que les ressources terrestres seront insuf- ?santes», expliquait Thomas Graedel, professeur émérite d\u2019écologie industrielle à l\u2019université Yale, aux États-Unis, lors du congrès de l\u2019AAAS.À tel point que plusieurs organismes, dont les Nations unies, craignent une pénurie imminente de métaux stratégiques.« De nombreux pays souhaitent être indépendants sur le plan des ressources, et ne plus compter sur des États miniers instables politiquement», ajoute Mark Hannington qui est aussi af?lié au Centre Helmholtz GEOMAR de recherche océanographique en Allemagne.Chez Nautilus, les machines rutilantes sont ?n prêtes.Deux d\u2019entre elles, dotées de têtes rotatives, pulvériseront la roche au fond de l\u2019eau, alors que la troisième évacuera les gravats mélangés à de l\u2019eau de mer à l\u2019aide d\u2019un tuyau ?exible relié à la surface.« On s\u2019est inspirés de l\u2019industrie pétrolière offshore et de l\u2019industrie minière terrestre pour concevoir un système à trois composantes : les outils de production installés sur le fond jusqu\u2019à 2 500 m, un dispositif de remontée du minerai, et un navire de production », détaille Noreen Dillane (voir le schéma à la page 25).L\u2019affaire sera-t-elle rentable?Si Nautilus af?rme que oui, Mark Hannington a des doutes.«Pour l\u2019instant, personne ne sait si les coûts pourront concurrencer ceux de l\u2019exploitation minière terrestre, dit-il.Par ailleurs, une des grosses dif?cultés est d\u2019évaluer les réserves minérales océaniques et de savoir dans quelle mesure elles peuvent avoir un effet sur le marché des métaux.» UNE DIVERSITÉ DE RESSOURCES Paradoxalement, on connaît moins les océans que les surfaces de la Lune et de Mars.Obscurité complète dès 1000m de profondeur, froid intense et, surtout, pression énorme: les fonds océaniques sont dif?ciles à explorer et seuls 5% ont été cartographiés avec précision.Il n\u2019empêche, scienti?ques et industriels ont localisé trois types de ressources intéressantes : les nodules de EXPLOITATION DES FONDS MARINS 1 1.Les champs de nodules abritent l\u2019un des écosystèmes le plus vastes au monde.males sont situées au niveau des bassins arrière-arc [NDLR: là où une plaque océanique plonge sous un continent] et le long des 60 000 km de dorsales, ces chaînes de montagnes sous-ma CARTE DES RICHESSES MINÉRALES OCÉANIQUES Les aires correspondent aux zones sous licence d\u2019exploration des différents pays.SULFURES HYDROTHERMAUX NODULES POLYMÉTALLIQUES ENCROÛTEMENTS COBALTIFÈRES Japon Inde km2 km2 km2 km2 km2 km2 km2 km2 km2 km2 km2 km2 km2 km2 km2 km2 Corée-du-Sud Chine Tonga Îles Cook Kiribati Brésil Allemagne Singapour Nauru Belgique France R.-U.Russie Bulgarie, Cuba, Pologne République tchèque, Slovaquie et Russie Zone de Clarion-Clipperton W W W .D O W N T O E A R T H .O R G .I N / R A K U - C S E QUÉBEC SCIENCE 23 SEPTEMBRE 2017 manganèse, ou nodules polymétalliques, les sulfures hydrothermaux et les encroûtements cobaltifères.Laissons de côté ces derniers \u2013 qui sont encore complexes à exploiter \u2013 et revenons aux nodules.À première vue, ces petites boules sombres de 5 cm à 20cm de diamètre, que l\u2019on trouve à plus de 3km de fond, n\u2019ont rien de pépites précieuses.Pourtant, chacune d\u2019elles a accumulé pendant des millions d\u2019années des métaux de base, comme le manganèse, et des métaux prisés par les high-tech, comme les terres rares, le molybdène et le lithium.«Les nodules sont incroyablement abondants dans tous les océans, et faciles à ramasser, car ils sont simplement posés sur les immenses plaines abyssales», indiquait Mark Hannington au congrès de l\u2019AAAS, en présentant l\u2019un de ces cailloux rugueux.D\u2019ailleurs, «les premières machines pour les récolter ont été conçues dans les années 1970, et plusieurs pays ont déjà construit et testé de nouveaux prototypes».Le caillou qu\u2019il tient en main, pas plus gros que son poing, provient de la zone dite de Clarion-Clipperton, la plus dense en nodules au monde et située dans le Paci?que entre le Mexique et Hawaii.«Seulement dans cette zone, il y aurait 20 à 30 milliards de tonnes de nodules qui contiennent assez de cuivre, de cobalt et de nickel pour satisfaire la demande mondiale pendant des décennies », précise le géologue.À 30km des côtes de la Papouasie\u2013 Nouvelle-Guinée, ce sont les sulfures hydrothermaux qui retiennent l\u2019attention de Nautilus Minerals.Riches en cuivre, zinc, or et argent, on les trouve entre 500m et 5000m de profondeur, là où il y a une activité volcanique, généralement à la limite des plaques tectoniques.Ils sont créés par les fameux « fumeurs noirs», ces geysers qui crachent de l\u2019eau sombre et acide.Celle-ci, chauffée à plus de 350°C par l\u2019activité volcanique, est chargée de minéraux qui se déposent dans un rayon de 50km.«On a répertorié environ 600 sites actifs dans le monde, mais il y en a probablement beaucoup plus», précise Jozée Sarrazin.Ce qui intéresse l\u2019industrie, toutefois, ce sont les sites anciens, où le volcanisme est éteint.Nautilus en a déjà identi?é 18 autour de la Papouasie\u2013 Nouvelle-Guinée et 19 autour des îles Tonga.Il s\u2019agit de sites de petite taille, sur lesquels les géologues ont encore peu d\u2019information (notamment quant à l\u2019épaisseur exploitable).« Selon les dernières estimations, les gisements de sulfures massifs contiendraient entre 10 et 30 millions de tonnes de cuivre et de zinc.De quoi satisfaire la demande mondiale pendant un ou deux ans seulement.A priori, il n\u2019y a pas de quoi lancer une industrie», notait Mark Hannington lors de sa conférence, ajoutant du même souf?e que les chercheurs pourraient avoir largement sous-estimé la ressource.«Depuis 30 ans, on a exploré les dorsales et les limites des plaques sans s\u2019en éloigner de plus de 1km.Si on s\u2019aventure au-delà de cette zone, la ressource pourrait être multipliée par 20.Et, là, ça pourrait changer les choses.» C\u2019est ce que souhaitent les nouveaux conquérants.Depuis 2002, 27 permis d\u2019exploration d\u2019une durée de 15 ans ont été délivrés par l\u2019Autorité internationale des fonds marins (AIFM ou ISA, pour International Seabed Authority), l\u2019agence des Nations unies qui contrôle la prospection et la future exploitation minière dans les eaux internationales (voir l\u2019encadré à la page 25).Plusieurs permis concernent les sulfures, mais la majorité d\u2019entre eux ciblent les nodules dans la zone de Clarion-Clipperton, et sont attribués soit à des pays (dont la Chine, le Japon, la Russie, l\u2019Inde, la France et l\u2019Allemagne) soit à des contractants commerciaux comme Nautilus.Notons que le gouvernement du Canada n\u2019a pour l\u2019instant déposé aucune demande.« Dans cette zone du Paci?que, les permis d\u2019exploration concernent des étendues immenses, chacune couvrant environ 75000km2 [NDLR: soit 10 fois l\u2019île d\u2019Anticosti], précise Mark Hannington.Il faut récolter des nodules sur des surfaces de 100km de rayon pour obtenir l\u2019équivalent en cuivre d\u2019une mine qui fait 4km de super?cie en Utah, par exemple.» Autrement dit, il faut ratisser large.C\u2019est entre autres ce qui inquiète Verena Tunnicliffe, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les grandes profondeurs océaniques à l\u2019université de Colombie-Britannique : « À l\u2019heure actuelle, toutes les zones du globe où l\u2019on trouve des nodules à forte concentration métallique sont sous permis d\u2019exploration!» La zone de Clarion-Clipperton, notamment, qui fait presque la taille de l\u2019Europe, a été entièrement morcelée et « distribuée » par l\u2019AIFM.C\u2019est sans 2 3 Les champs de nodules abritent l\u2019un des écosystèmes le plus vastes au monde.Ici, une espèce de concombre de mer.2.Un nodule de cette taille s\u2019est formé sur plusieurs millions d\u2019années.3.Les sources hydrother- : là où une plaque océanique plonge sous un continent] et le long des 60 000 km de dorsales, ces chaînes de montagnes sous-marines.N A U T I L U S M I N E R A L S QUÉBEC SCIENCE 24 SEPTEMBRE 2017 compter les permis attribués dans les eaux territoriales (comme celui qu\u2019a obtenu Nautilus), dont on ignore le nombre, par des pays dont les garde- fous environnementaux sont souvent moins stricts.Cette exploration tous azimuts se fait avant même que des règles environnementales claires n\u2019aient été édictées par l\u2019AIFM.Devant l\u2019urgence, l\u2019organisme prévoyait une réunion à la ?n de l\u2019été pour les rédiger.Car une exploitation anarchique des ressources pourrait dévaster le plancher océanique qui, contrairement à ce qu\u2019on pourrait penser, est loin d\u2019être un désert.BIODIVERSITÉ EN DANGER La découverte des fumeurs noirs en 1977 par des scienti?ques américains fut en ce sens une immense surprise: autour de ces jets brûlants et toxiques grouillait une faune extraordinaire.« Il y a des moules, des crabes, des crevettes, des escargots, etc.Leur particularité, c\u2019est qu\u2019ils ne dépendent pas de la photosynthèse, mais de la chimiosynthèse», souligne Jozée Sarrazin qui étudie ces espèces depuis 25 ans.Sans lumière, tout repose sur l\u2019activité de micro-organismes qui produisent de la matière organique à partir des éléments chimiques dissous dans les ?uides hydrothermaux.Étonnamment, ces conditions extrêmes abritent une biodiversité phénoménale et unique.« Même sur les sites qu\u2019on connaît depuis 20 ans, on découvre encore de nouvelles espèces», ajoute-t-elle.Si, près des sources hydrother- males, on trouve 10000 à 100000 fois plus de matière vivante au mètre carré que dans le reste des abysses, ces derniers ne sont pas vides pour autant.«Les plaines abyssales, où sont les nodules, comptent parmi les plus gros écosystèmes du monde, observe Verena Tunnicliffe qui est aussi chercheuse à l\u2019université Victoria, en Colombie-Britannique.Mais on n\u2019en connaît presque rien.» On sait toutefois que leur résilience est faible : des traces laissées par des machines il y a 37 ans dans la zone de Clarion-Clipperton sont encore très visibles.La faune (de type anémones, crustacés, etc.) y est 70% moins abondante que sur les sites intacts, a révélé une étude de l\u2019université d\u2019Hawaii en 2016 dans Scienti?c Reports.Quant aux dépôts de sulfures inactifs, visés par l\u2019industrie, sur lesquels s\u2019accrochent coraux et gorgones, « il y a potentiellement des micro-organismes et de la faune de petite taille dans les sédiments, mais on ne le sait pas », reprend Jozée Sarrazin.C\u2019est là que le bât blesse.«On essaie d\u2019écrire des régulations sur des écosystèmes dont on ignore tout», déplore Ve- rena Tunnicliffe.La biologiste fait partie de la Deep Ocean Stewardship Initiative (DOSI), un consortium d\u2019experts qui prônent un usage durable des ressources marines profondes.«Notre priorité, c\u2019est que l\u2019AIFM interdise au moins les activités minières sur les sources hydrothermales actives.Exploiter ces sites menacerait une biodiversité précieuse qui peut, par exemple, aider à la découverte de composés pharmaceutiques», explique-t-elle.Signe positif, le Canada est la première nation à protéger officiellement ses sources hydrothermales, au large de l\u2019île de Vancouver.Le ministère des Pêches et des Océans a ainsi annoncé, en mai dernier, qu\u2019une partie de cette région constituait un «site d\u2019intérêt en vue d\u2019une désignation en tant que zone de protection marine».Dans les eaux internationales, les scienti?ques espèrent que l\u2019AIFM créera aussi des aires protégées.«Mais dans la zone de Clarion-Clipperton, par exemple il est trop tard», précise Jozée Sarrazin.Quant à savoir quels devraient être la super?cie, le nombre et la localisation de ces aires protégées, impossible pour l\u2019instant de trancher, tant les connaissances sur les écosystèmes sont lacunaires.«Le problème, c\u2019est qu\u2019on ignore quelle sera l\u2019ampleur des dégâts : on soulèvera des tonnes de sédiments qui contamineront possiblement toute la colonne d\u2019eau, voyageront sur de longues distances, et l\u2019on ne sait pas pour l\u2019instant modéliser leur diffusion.Les navires feront du bruit, rejetteront des déchets miniers toxiques.Les écosystèmes pélagiques seront affectés», estime Mme Tunnicliffe, martelant que le fond de l\u2019océan n\u2019est pas un milieu isolé et hermétique.C\u2019est aussi le leitmotiv de Jozée Sarrazin.«Par exemple, on se rend compte que l\u2019écosystème hydrother- mal a un impact sur la chimie et l\u2019équilibre global des océans», ajoute- t-elle.Son étudiant, Yann Lelièvre, qui mène une thèse en cotutelle avec l\u2019Université de Montréal, vient même de découvrir que les tempêtes et les marées in?uençaient la répartition de la faune de petite taille, comme les crevettes, 2km sous la surface! PIRE QUE SUR TERRE ?« C\u2019est sûr, il y aura des impacts, admet Mark Hannington.Mais seront-ils pires que ceux des mines terrestres?On peut penser que les mines des grands fonds ne causeront pas de pluies acides, qu\u2019elles seront moins coûteuses en énergie, qu\u2019elles ne poseront pas de problèmes territoriaux.» Nautilus dit vouloir mettre en place des zones refuges, relocaliser la faune et s\u2019assurer d\u2019avoir un impact minimal.Ce nouveau rush minier est peut-être l\u2019occasion de faire les choses «proprement», pour une fois, se plaît à répéter l\u2019industrie.Un argument qui fait bondir Verena Tunnicliffe.« Je n\u2019y crois pas une seconde! Le risque, c\u2019est que ces mines seront loin des regards, et donc loin de toute surveillance», dit-elle.Catherine Coumans, de l\u2019organisme MiningWatch, quant à elle, ne décolère EXPLOITATION DES FONDS MARINS Ces vers vivent sur les sédiments des grands fonds.Ils captent le sulfure du sol et le fournissent à des bactéries symbiotiques.Un poulpe dumbo que l\u2019on peut croiser entre 300 m et 1500 m de profondeur.N O A A QUÉBEC SCIENCE 25 SEPTEMBRE 2017 pas non plus: «Tout le monde porte des lunettes roses.Comment peut-on penser que les choses iront bien au fond de la mer, où tout est 100 fois plus compliqué et plus cher que sur terre?Si quelque chose se passe mal \u2013 et c\u2019est toujours le cas \u2013 nous n\u2019aurons aucun moyen de réparer!» Au-delà des considérations techniques, l\u2019exploitation des derniers sanctuaires du globe pose des questions éthiques.Que se passera-t-il dans 30, 50, 100 ans, quand les fonds océaniques seront exsangues?Et avant de se tourner vers la mer, ne devrait-on pas miser sur le recyclage des métaux?«Pourquoi le recyclage des déchets électroniques n\u2019est-il pas encore systématique?On aurait dû le faire dès le début», ?nit par lâcher Jozée Sarrazin.Le géant américain Apple s\u2019est d\u2019ailleurs engagé, dans son rapport 2017 sur la responsabilité environnementale, à n\u2019utiliser « un jour » que des métaux recyclés.Un engagement symbolique fort, que salue MiningWatch.Il reste à voir si Apple tiendra sa promesse, si d\u2019autres compagnies lui emboîteront le pas et, surtout, si cela suf?ra à freiner les désirs de conquête des capitaines Nemo de ce monde.lQS Une « Autorité » questionnée La biologiste Verena Tunnicliffe connaît bien le contexte légal de l\u2019exploration minière sous-marine.Elle se porte volontaire pour relire les documents « incroyablement ennuyeux » de l\u2019Autorité internationale des fonds marins (AIFM), et tenter de faire sa part a?n que les données scienti?ques y soient prises en compte.« Mais c\u2019est parfois dif?cile de savoir ce que fait l\u2019AIFM », concède-t-elle.Il faut dire que cette organisation des Nations unies a peu de moyens : basée en Jamaïque, elle ne compte que quelques dizaines de fonctionnaires dépassés par les événements.Et beaucoup de décisions se prennent derrière des portes closes.Son mandat initial, dé?ni en 1982, repose sur le principe du « patrimoine commun de l\u2019humanité » qui veut que les activités menées sur les fonds marins béné?cient à toute l\u2019humanité.Le concept de « béné- ?ce » étant sujet à interprétation\u2026 De fait, l\u2019organisation, dont sont membres les 168 États et entités signataires de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, semble prise entre l\u2019arbre et l\u2019écorce.Elle doit à la fois réguler l\u2019exploitation minière et « s\u2019assurer que ces activités n\u2019entraînent pas de conséquences écologiques préjudiciables aux grands fonds marins ».« Cette organisation fondée il y a 35 ans a-t-elle toujours la caution sociale du monde moderne ?Beaucoup de pays membres n\u2019ont aucune idée de ce qui se trame.Pourtant, les États ne sont pas obligés d\u2019accepter les règles de l\u2019AIFM », ajoute Verena Tunnicliffe.Pour Catherine Coumans, de l\u2019organisme MiningWatch : « L\u2019AIFM se comporte de manière totalement irresponsable.Il s\u2019agit d\u2019un petit groupe de personnes qui cèdent des portions de la planète sur lesquelles ils ne devraient pas avoir de droits.» Mais le danger le plus immédiat vient des permis attribués à des contractants commerciaux par de petits pays isolés dans leurs eaux territoriales, hors du contrôle de l\u2019AIFM.« Il faut que l\u2019AIFM soit claire, car ces pays demandent de l\u2019aide et cherchent à être guidés », af?rme Mme Tunnicliffe.M.C.Système de production de Nautilus Minerals Engins de production Pompage de la boue 1 6 0 0 m è t r e s Navire opérateur Conduit et système de pompage N A U T I L U S M I N E R A L S l\u2019école idéale ?La science peut-elle définir QUÉBEC SCIENCE 27 SEPTEMBRE 2017 E n 2005, la Commission scolaire de la Rivière- du-Nord (CSRDN) à Saint-Jérôme est frappée de plein fouet par des statistiques af?igeantes: le taux de décrochage grimpe à 43%.Chez les garçons, 52%! «Ça nous a fait très mal», se rappelle Katia Lavallée, directrice à l\u2019école primaire Sainte-Anne, à Mirabel.Douze ans plus tard, la commission scolaire a mis ?n à l\u2019hémorragie.Mieux, ses élèves réussissent maintenant de façon éclatante.«En 2016, le taux de réussite en lecture en sixième année est passé de 79% à 93%, dit Sébastien Tardif, directeur général adjoint à la réussite scolaire à la CSRDN.On s\u2019attend même à une forte hausse du taux de diplomation.» Sébastien Tardif ne le dit pas tout haut, mais il se pourrait que la CSRDN réussisse le coup de l\u2019Ontario qui a augmenté le taux de diplomation de 68% à 85% depuis 2003 \u2013 et jusqu\u2019à 91% dans les conseils scolaires francophones \u2013 alors que la moyenne québécoise, elle, est passée de 69% à 74%.«Une différence inacceptable, juge Égide Royer, professeur associé au département d\u2019études sur l\u2019enseignement et l\u2019apprentissage de l\u2019Université Laval, à Québec.Un jeune né à l\u2019ouest de la rivière des Outaouais a entre 10% et 20% plus de chances d\u2019obtenir son diplôme secondaire juste parce que le Québec a opté pour des approches trop souvent fondées sur des croyances plutôt que sur des données empiriques.» Le secret de la CSRDN, comme celui de l\u2019Ontario (et aussi de l\u2019Iowa et du Massachusetts, qui obtiennent des résultats comparables), se résume à deux expressions qui créent une polémique dans le milieu de la recherche et dans les couloirs du ministère de l\u2019Éducation du Québec : les « données probantes» et « l\u2019enseignement ef?cace».Les données probantes, c\u2019est l\u2019idée qu\u2019on peut soumettre la pédagogie à une analyse empirique et statistique pour établir ce qui marche et ce qui ne marche pas, à quel degré, et dans quelles conditions.L\u2019enseignement ef?cace, lui, est une approche pédagogique qui implique une rétroaction constante entre l\u2019enseignant et les élèves, ainsi que la collaboration entre les enseignants entre eux, et avec l\u2019institution.Bref, le but est de fonder les pratiques éducatives sur des «preuves», ou du moins sur des données scienti?ques.Et de rester l\u2019école idéale ?Une école où les enfants réussissent et où les taux de décrochage sont négligeables, ça existe ! Et ce, grâce aux « données probantes », une approche qui fonctionne, mais qui est chaudement débattue.PAR JEAN-BENOÎT NADEAU PHOTOS : VIRGINIE GOSSELIN QUÉBEC SCIENCE 28 SEPTEMBRE 2017 attentif aux signaux qu\u2019envoient les élèves.« Le message principal, c\u2019est qu\u2019il faut arrêter d\u2019improviser», résume Égide Royer.Le concept paraît simple.Mais, au Québec, on commence tout juste à le mettre en application.Selon Monique Brodeur, doyenne de la faculté d\u2019éducation de l\u2019UQAM, le retard québécois s\u2019expliquerait par une posture en éducation qui est plus romantique que scienti?que.«Par exemple, le Ministère a implanté une approche de l\u2019enseignement de la lecture \u2013 appelée méthode globale \u2013 qui ne correspond pas à l\u2019état des connaissances scienti- ?ques.» Et qui, de toute évidence, n\u2019a rien fait pour améliorer la compétence en lecture des enfants québécois.Pourtant, depuis le milieu des années 1990, de plus en plus de chercheurs introduisent les données probantes en éducation, comme ils l\u2019ont fait en médecine, il y a 50 ans, puis en service social et en psychologie.En fait, les données probantes ont tellement pénétré le champ médical que tout le travail clinique en dépend désormais; on ne conçoit plus la médecine clinique autrement.«Pourquoi est-ce que l\u2019éducation serait le seul domaine où on ne se fonderait pas sur des données empiriques?» demande Éric Dion qui dirige le Laboratoire sur les pratiques d\u2019enseignement appuyées par la recherche à l\u2019UQAM.Le mouvement pour le recours aux données probantes en éducation s\u2019est toutefois accéléré avec la publication en 2008 de l\u2019ouvrage Visible Learning (L\u2019apprentissage visible, non traduit), aujourd\u2019hui considéré comme la référence.Son auteur est John Hattie, professeur et directeur de l\u2019Institut de recherche en éducation à l\u2019université de Melbourne en Australie.Pendant 15 ans, son équipe a recoupé les résultats de 800 méta-analyses, lesquelles faisaient elles-mêmes des recoupements de 52000 articles portant sur 146000 analyses auprès de 240 millions d\u2019élèves.Cette méga-analyse a recensé 138 «facteurs d\u2019in?uence», tant sur le plan des méthodes pédagogiques que des conditions socioculturelles (ethnicité, famille, sexe, etc.), de la technologie et de l\u2019organisation (taille des classes, de l\u2019école, etc.).Le premier constat qui en ressort ?Presque tout ce qu\u2019on essaie en enseignement produit un effet positif, même modeste.Moins de 5 % des actions, comme le redoublement, produisent un effet négatif.Mais pour John Hattie, dont l\u2019étude hiérarchise les facteurs d\u2019in- ?uence selon leur ef?cacité, se contenter d\u2019«avoir de l\u2019effet» est insuf?sant.Les enseignants, mais également les fonctionnaires qui pensent les politiques éducatives, devraient faire mieux que la moitié inférieure des études répertoriées.Joint par Skype à Melbourne, John Hattie explique que son classement peut se résumer à une démonstration statistique de ce que les pédagogues savent depuis Aristote : l\u2019« enseignement ef?cace », c\u2019est tout simplement l\u2019art de remettre en question son propre enseignement, et donc de chercher à approfondir la rétroaction avec les élèves.«On fait fausse route en pensant qu\u2019un enseignement ÉDUCATION « Pourquoi est-ce que l\u2019éducation serait le seul domaine où on ne se fonderait pas sur des données empiriques ?» \u2013 Éric Dion, chercheur à l'UQAM Mélanie Charron enseigne à l\u2019école Sainte-Anne, à Mirabel.Cet établissement a vu son taux de réussite en lecture grimper de façon spectaculaire après l\u2019implantation de programmes validés scienti?quement. QUÉBEC SCIENCE 29 SEPTEMBRE 2017 ef?cace, cela consiste essentiellement à évaluer l\u2019élève, dit-il.Au contraire, ça consiste pour le professeur à évaluer son propre enseignement.» Et l\u2019enseignement ef?cace a des effets très largement supérieurs aux facteurs technologiques, organisationnels ou socioéconomiques.En d\u2019autres termes, les bons enseignants sont capables de faire mentir tous les autres facteurs d\u2019in?uence négatifs comme la pauvreté ou la classe sociale.Surtout, les enseignants ef?caces sont capables d\u2019obtenir d\u2019excellents résultats, même quand les autorités leur imposent des programmes médiocres.HATTIE 101 C\u2019est l\u2019étude de John Hattie, et quelques autres encore, qui a inspiré les réformes à la CSRDN.«On savait où commencer, dit Marc Saint-Pierre qui était le prédécesseur de Sébastien Tardif et qui a implanté les premières mesures avant de prendre sa retraite en 2012.On savait que les principaux marqueurs du décrochage sont des problèmes de lecture à sept ans, des troubles de comportement à neuf ans et des retards d\u2019apprentissage au début du secondaire.Un enfant qui a des retards de lecture à sept ans court quatre fois plus de risques de devenir décrocheur.» Voilà pourquoi Marc Saint-Pierre a choisi d\u2019introduire dans les classes de maternelle un petit programme conçu par l\u2019équipe de la professeure Monique Brodeur, de l\u2019UQAM.La forêt de l\u2019alphabet, un programme dispensé à raison de 25 minutes par jour pendant 26 semaines, met l\u2019accent sur l\u2019apprentissage du nom et du son des lettres, et vise le développement du vocabulaire et de la conscience phonémique.La méthode globale, celle choisie par le Ministère, met plutôt l\u2019accent sur la recherche de sens et la capacité d\u2019analyse \u2013 ce qui équivaudrait à mettre la charrue devant les bœufs, selon les données probantes.«Cette dernière méthode s\u2019avère particulièrement dommageable pour les élèves en situation de vulnérabilité, qui viennent par exemple d\u2019un milieu défavorisé ou qui présentent des troubles d\u2019apprentissage», indique Monique Brodeur.Dans sa classe de première année de l\u2019école du Joli-Bois, à Sainte-Sophie, Isabelle Jean voit clairement l\u2019effet des changements introduits en maternelle.«Les enfants qui m\u2019arrivent en première année sont nettement plus avancés, ra- conte-t-elle en montrant divers tableaux.Auparavant, ils pouvaient effectuer la fusion des sons, comme \u201cp\u201d et \u201ca\u201d égale \u201cpa\u201d, vers le mois de février ou mars.Maintenant, c\u2019est acquis en novembre! Et à la ?n de l\u2019année, j\u2019empiète sur le programme de deuxième année.» En plus de former tous les enseignants de maternelle à La forêt de l\u2019alphabet, la CSRDN ajoute en cascade d\u2019autres programmes de lecture jusqu\u2019à la deuxième année, dont notamment Apprendre à lire à deux, de l\u2019équipe du laboratoire dirigé par le chercheur Éric Dion.À partir de la troisième année, la CSRDN oriente plutôt son action sur les troubles de comportement et le suivi intensif des cas problématiques.«On a mis en place un programme de soutien aux comportements positifs, parce que les études démontrent que la punition, ça ne marche pas», dit Marc Saint-Pierre.« La CSRDN a planifié son affaire soigneusement: un bon déploiement, un soutien adéquat des enseignants et des écoles, un leadership partagé, commente Monique Brodeur qui a préfacé le dernier livre de John Hattie (L\u2019apprentissage visible pour les enseignants, PUQ, 2017).Mais, pour commencer, ils ont Pour améliorer son taux de réussite, la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord (CSRDN) à Saint-Jérôme ne s\u2019est pas bornée à appliquer à l\u2019aveugle ses méthodes, toutes probantes qu\u2019elles fussent.Elle a créé de toutes pièces un «tableau de bord», c'est-dire un système de monitorage qui recueille les données sur ses élèves, depuis la maternelle jusqu\u2019à la cinquième secondaire, et qui est accessible aux enseignants, aux professionnels, aux directions d\u2019école et aux cadres de la Commission scolaire.« Un directeur d\u2019école peut voir les statistiques de son institution pour toutes les matières et une série d\u2019indicateurs, comme l\u2019absentéisme, l\u2019indiscipline, les suspensions et l\u2019intimidation.Il peut voir ce qui se passe dans chaque classe et auprès de chaque élève.On sait même dans quel local l\u2019élève se trouve à quelle heure, dit François Léveillé, directeur adjoint des Services des technologies de l\u2019information.Ça permet d\u2019améliorer l'allocation de ressources et le dépistage précoce, entre autres.» Nommée directrice de l\u2019école Sainte-Anne à Mi- rabel en septembre 2016, Katia Lavallée a constaté que son école af?chait un fort taux de troubles de comportement \u2013 l\u2019un des principaux indicateurs du décrochage scolaire.« C\u2019était comme ça depuis longtemps.On ne sait pas trop pourquoi », déplore- t-elle.Grâce au portrait offert par le tableau de bord, elle a réussi à mobiliser toute l\u2019école pour régler ce problème.« Jusqu\u2019au 2 mars dernier, on avait une moyenne de 142 cas de comportements inadéquats par mois.On l\u2019a baissée à neuf », con?rme-t-elle.Depuis l\u2019introduction du tableau de bord, le niveau de gestion a atteint des sommets inégalés.« Quand un directeur d\u2019école m\u2019appelle parce qu\u2019il s\u2019arrache les cheveux sur le cas d\u2019un élève, on ne passe plus quatre jours à rassembler le matériel : tout est là, jusqu\u2019aux rapports sur le comportement.Tout le monde parle le même langage.On n\u2019échappe plus personne », af?rme François Léveillé.J.-B.N.SUIVRE LES ÉLÈVES À LA TRACE Katia Lavallée, directrice à l\u2018école primaire Sainte-Anne, à Mirabel QUÉBEC SCIENCE 30 SEPTEMBRE 2017 fait les bons choix en recourant à des approches dont l\u2019ef?cacité avait été démontrée avec rigueur.» «Depuis 2010, on parle du programme entre nous comme du \u201ctsunami de la réussite\u201d, souligne Katia Lavallée, de l\u2019école primaire Sainte-Anne, à Mirabel.Les enseignants sont plus ouverts à ré- ?échir à leur pratique.Ils n\u2019ont plus le ré?exe de voir ça comme une menace, mais comme un levier.» Chose certaine, le tsunami de Saint-Jé- rôme fait des vagues.Les Commissions scolaires des Laurentides et de Margue- rite-Bourgeoys, à Montréal, ont commencé à implanter les méthodes développées à Saint-Jérôme, incluant son système de monitorage (voir l\u2019encadré à la page 29).Elles ont aussi in?uencé la nouvelle politique de réussite scolaire annoncée en juin par le ministère de l\u2019Éducation.Au sein même de la CSRDN, les données probantes et l\u2019enseignement ef- ?cace créent un effet d\u2019entraînement au-delà du niveau primaire, constate Sébastien Tardif.Un exemple éloquent est celui de Martin Patry, enseignant de sciences à l\u2019école secondaire Cap-Jeunesse à Saint-Jérôme.En novembre 2016, il a confectionné un ?chier Excel qui compile les résultats de ses 200 élèves et lui fournit un portrait précis du niveau de compréhension de chacun d\u2019entre eux et de chaque classe.« Si seulement 42 % des élèves ont réussi la question 3, je suis capable d\u2019examiner ce que j\u2019ai fait de travers.Je peux aussi montrer ces résultats aux élèves qui sont tout surpris d\u2019apprendre que ça va très bien sur certaines notions et moins sur d\u2019autres.Je peux ainsi organiser des reprises mieux ciblées.Cela me fait gagner beaucoup de temps.Je ne m\u2019en passerais plus.» Martin Patry a poussé le bouchon plus loin en instituant un système de contrôle par votation.À la ?n du cours, il pose des questions sur la matière et les élèves procèdent à un vote avec un carton qu\u2019il scanne avec son iPhone.Grâce à une appli (Plickers), le résultat du groupe apparaît sur le tableau blanc.«Je sais tout de suite (et eux aussi) ce qu\u2019ils ont compris, et je peux m\u2019ajuster au cours suivant.Les jeunes \u201cembarquent\u201d.Ce ne sont pas juste les trois mêmes \u201cbolés\u201d qui votent.» L\u2019enseignant fait aujourd\u2019hui des émules.Ses collègues en science lui ont demandé récemment comment employer sa méthode.«Ça change la culture de l\u2019école», af?rme M.Patry.Cette approche correspond en tous points aux recommandations de John Hattie qui, lorsqu\u2019on lui rapporte l\u2019expérience, s\u2019exclame sur Skype:«Oui! ils ont compris!, en levant le poing.On peut déterminer statistiquement quelle méthode serait la meilleure, mais l'essentiel, c'est de se donner les outils pour l'évaluation et le suivi.C'est la clé en éducation.Ce que les gens enseignent, à la limite, on s'en balance.» UN PARADIGME DIFFICILE À CHANGER John Hattie n\u2019a pas que des adeptes.Dans les of?cines des ministères, dans les milieux de recherche et dans les syndicats, certains critiquent âprement ses travaux.Car les méta-analyses ont des limites évidentes, puisqu\u2019elles sont strictement statistiques, explique Égide Royer.«Elles sont valides pour de grands groupes, dit-il, mais pas nécessairement pour des cas individuels.» Les élèves ne sont pas des souris de laboratoire uniformes.Cas type, il est prouvé que le redoublement ÉDUCATION « Il existe un risque de dérapage si l\u2019on présente les données probantes comme la vérité.» \u2013 Frédéric Saussez, chercheur à l\u2019Université de Sherbrooke Sébastien Tardif, directeur général adjoint à la réussite à la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord. QUÉBEC SCIENCE 31 SEPTEMBRE 2017 scolaire, appliqué en masse, a un effet globalement négatif.Mais il peut être approprié dans certains cas particuliers.Une autre réserve, les données probantes sont souvent la généralisation de petites études locales qui peuvent avoir un biais culturel.Une objection qui irrite profondément John Hattie: «Les données démontrent que les uniformes, l\u2019écriture cursive, par exemple, ça n\u2019est pas très ef?cace.Mais si vous y tenez, faites-le et après quoi, occupons-nous plutôt de ce qui produit vraiment une différence.» Mais il faut aussi admettre que les détracteurs de John Hattie lui font souvent dire des choses qu\u2019il ne dit pas.Ainsi, bien des gens af?rment que les données probantes ouvriront la porte à l\u2019uniformisation des programmes et à la mainmise de l\u2019État sur le travail des enseignants.Au contraire, rétorque John Hattie.La notion d\u2019enseignement ef?cace suppose justement que l\u2019enseignant conserve toute sa latitude et qu\u2019il exerce son jugement professionnel, en rétroaction avec ses élèves.«Voilà l\u2019erreur à ne pas commettre: croire qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019une seule méthode qui fonctionne», insiste-t-il.Même son de cloche du côté de Frédéric Saussez, professeur agrégé de la faculté d\u2019éducation à l\u2019Université de Sherbrooke : « Il existe un risque de dérapage si l\u2019on présente les données probantes comme la vérité, au mépris des variantes locales.La science ne doit pas dire quoi faire au politique, mais quoi ne pas faire.La science, ce n\u2019est pas la vérité; c\u2019est un projet de connaissance.Sinon, on réintroduit la foi.» Il insiste toutefois : «On ne peut pas être contre les données probantes.Si c\u2019est le cas, on est contre la science.» Malheureusement, à l\u2019heure actuelle, «chacun protège sa chapelle épistémologique », déplore Marc Saint-Pierre, retraité de la CSRDN.Il est le plus féroce critique de ceux qui sont réticents face aux données probantes.«Ça va faire, les études d\u2019atmosphère du type \u201con se sent bien\u201d! Pour régler nos problèmes, on a besoin d\u2019approches dont l\u2019ef?cacité a été démontrée empiriquement.Quand on a voulu introduire La forêt de l\u2019alphabet, des fonctionnaires du Ministère ont protesté en disant que notre approche était trop \u201cscolarisante\u201d, qu\u2019on \u201cvolait l\u2019enfance des enfants\u201d.» La CSRDN proposait une approche ludique et joyeuse, avec des jeunes assis en rond autour d\u2019une marionnette.Les fonctionnaires voyaient plutôt des «petits assis en rangées», se rappelle Marc Saint-Pierre.«Il y a encore des fonctionnaires qui disent: \u201cC\u2019est pas vrai\u201d quand on leur montre nos données de recherche.Les gens ne reconnaissent même pas les faits.» Résultat, les politiques font parfois fausse route.«On ne peut pas déployer des mesures sur la base de non-études», dit Égide Royer en citant le bilan controversé des tableaux blancs interactifs introduits dans les écoles en 2011, un programme qui a coûté 240 millions de dollars pour peu de résultats (ce que les données existantes prévoyaient, d\u2019ailleurs).Cela étant dit, les données probantes peuvent être utilisées de façon abusive par des fonctionnaires obnubilés par la quête des résultats.C\u2019est justement ce qui s\u2019est passé avec le programme américain No Child Left Behind («Pas d\u2019enfant oublié »), voté en 2002 aux États-Unis.Le gouvernement fédéral souhaitait augmenter la performance de l\u2019enseignement par un système de récom- pense-punition.La carotte : les écoles qui voyaient leurs résultats s\u2019améliorer recevaient de généreuses subventions.Le bâton: les écoles qui plafonnaient ou qui reculaient voyaient diminuer leurs subventions.La caricature de ce qu\u2019il ne faut surtout pas faire ! En raison de mauvais résultats, des écoles ont fermé et des enseignants ont été congédiés.Si bien que les directions d\u2019école, pour se prémunir, ont eu tendance à imposer un enseignement axé sur la réussite de tests dès la première année, ce qui est l\u2019une des pires méthodes pédagogiques.«Mais la mauvaise utilisation des données probantes, ça n\u2019a pas de rapport avec les données probantes, soupire Marc Saint-Pierre.C\u2019est de la politique.» À Saint-Jérôme, l\u2019esprit est tout autre.Les résultats des élèves, des classes et de l\u2019école servent plutôt au dépistage précoce des futurs décrocheurs et à une meilleure allocation des ressources.«Les écoles qui ont des dif?cultés reçoivent plus de ressources selon les matières, dit Sébastien Tardif.Et les directions d\u2019école sont formées à ne pas prendre ombrage de \u201cperdre des ressources\u201d au béné?ce des écoles qui ont davantage de problèmes à régler.On pense pour le bien de tous.» lQS UN NOUVEL INSTITUT L\u2019un des piliers de la nouvelle politique de la réussite scolaire du ministère de l\u2019Éducation sera l\u2018Institut national d\u2019excellence en éducation.Il n\u2019aura pas pignon sur rue; il s\u2019agira vraisemblablement d\u2019un réseau de chercheurs ayant pour tâche de valider des pratiques éducatives en fonction des données empiriques disponibles.Cet Institut, qui s\u2019inspirera d\u2019organismes similaires dans le domaine de la santé, aura pour mandat d\u2019aviser directement le ministre.Une telle approche empêchera la mise en place de mesures à la mode sans preuves scienti?ques de leur ef?cacité.Les nouvelles pratiques ne seront pas forcément proscrites, mais devront être validées progressivement par expérimentation avant d\u2019être implantées dans l\u2019ensemble du système.J.-B.N. QUÉBEC SCIENCE 32 SEPTEMBRE 2017 Chercheur.CERVEAUX EN EXIL « S \u2019il vous plaît, ne mentionnez pas mon nom dans votre article, ça pourrait être dangereux.Dites que je m\u2019appelle Aly.» D\u2019une voix douce, Aly explique qu\u2019il a dû fuir le Pakistan en 2014 à cause des menaces proférées à l\u2019endroit de sa femme, une militante des droits de la personne.«Nous avons toujours tous les deux milité et exprimé nos opinions, mais là, il était clair que nous devions partir», explique le spécialiste en développement humain.Il a trouvé refuge dans une université aux Pays-Bas, puis dans une autre en Suède.Il y a quelques mois, il a abouti à l\u2019Université McGill à Montréal.Ses pérégrinations sont chaperonnées par le réseau international Scholars at Risk (SAR), une organisation qui permet aux universitaires menacés de poursuivre leur carrière.Car le cas d\u2019Aly est loin d\u2019être isolé.De nombreux chercheurs, professeurs et doctorants dans le monde sont censurés, détenus, intimidés ou attaqués à cause de leurs travaux ou de leurs prises de position.D\u2019autres sont en danger ou ne peuvent plus travailler en raison des con?its dans leur pays.Depuis sa création en 2000 aux États- Unis, SAR a reçu 2000 demandes d\u2019assistance et réussi à décrocher des postes temporaires pour 700 universitaires.Irak, Iran, Syrie, les appels proviennent majoritairement du Moyen-Orient et d\u2019Afrique du Nord ainsi que de l\u2019Afrique subsaharienne, et de l\u2019Asie du Sud.En 2015 et 2016, cependant, le nombre de requêtes a explosé, passant de 200 à 560.La cause?La chasse aux universitaires orchestrée par le gouvernement turc en proie à une dérive autoritaire.Pour offrir l\u2019asile à ces scienti?ques, SAR compte sur un réseau de 475 universités dans 36 pays.Parmi elles, on dénombre 16 universités canadiennes, dont deux sont québécoises: l\u2019Université Menacés, censurés ou sans travail pour cause de guerre, de nombreux chercheurs quittent leur pays d\u2019origine.Certains d\u2019entre eux peuvent poursuivre leur carrière grâce à l\u2019aide du réseau Scholars at Risk.PAR KENZA BENNIS I L L U S T R A T I O N : E R I C P E T E R S E N QUÉBEC SCIENCE 33 SEPTEMBRE 2017 heur.et réfugié QUÉBEC SCIENCE 34 SEPTEMBRE 2017 du Québec à Montréal, qui s\u2019est récemment jointe au réseau et qui compte recevoir son premier chercheur durant l\u2019année scolaire 2017-2018, et l\u2019Université McGill.« Depuis notre adhésion à SAR, en 2012, nous avons reçu trois chercheurs, mentionne Nandini Ramanujam, professeure à la faculté de droit de l\u2019Université McGill et responsable du programme SAR.Le premier était un juriste éthiopien.Il est resté presque un an à McGill et il est maintenant aux États- Unis.Le second venait aussi d\u2019Éthiopie, mais il n\u2019a passé que deux mois à Montréal, car il a trouvé un poste permanent au Vietnam.Nous accueillons actuellement un troisième chercheur du Pakistan [NDLR: Aly], en résidence pour 10 mois.» «C\u2019est un devoir moral d\u2019aider ces chercheurs et nous tentons de rallier le plus d\u2019universités canadiennes à cette cause, poursuit Mme Ramanujam qui dirige aussi le Centre sur les droits de la personne et du pluralisme juridique.Le problème, c\u2019est l\u2019argent.» La faculté de droit de McGill peut accueillir des scienti?ques réfugiés grâce aux bourses O\u2019Brien pour les droits de la personne.«Mais très peu d\u2019universités canadiennes ont les moyens de prendre en charge un professeur pendant une année, signale-t-elle.Certaines collaborent d\u2019ailleurs pour le faire, comme l\u2019Université Carleton et l\u2019Université d\u2019Ottawa, qui ont partagé les coûts pour recevoir un chercheur.» La prise en charge de ces individus qui ont tout perdu nécessite aussi du temps et des personnes dédiées.« Ils n\u2019ont pas d\u2019argent et il faut les accompagner à tous les niveaux, depuis le logement jusqu\u2019aux déplacements, en passant par les démarches administratives, explique la professeure de McGill.On doit aussi les aider à tisser des liens avec la communauté locale, les soutenir psychologiquement et s\u2019occuper de leur visa qui est très compliqué et de plus en plus dif?cile à obtenir.Il a fallu six mois à notre chercheur actuel pour obtenir son permis de travail !» En quêtE dE stabilité Les universités du réseau SAR offrent des contrats d\u2019une durée de 3 mois à 2 ans, avec une moyenne de 9 à 12 mois.Que font les chercheurs menacés après?«C\u2019est une question vraiment délicate, surtout sur le plan humain, car on peut dif?cilement accueillir quelqu\u2019un qui est en danger et se laver les mains de son avenir après la ?n de son contrat, admet Nandini Ramanujam.Quand on reçoit ces chercheurs, on fait le maximum pour les aider à étoffer leur curriculum vitæ.Le travail qu\u2019ils font à la faculté, les lettres de recommandation et les articles publiés sont autant d\u2019atouts pour trouver une autre résidence.» « Six mois avant la ?n de leur contrat, on essaie de prolonger leur mandat ou de trouver une autre institution pour les accueillir, explique Daniel Munier, responsable des communications et de la défense à SAR.Certains sont avec nous depuis cinq, six ou huit ans.D\u2019autres dénichent un poste par eux-mêmes, retournent dans leur pays d\u2019origine ou trouvent un boulot au sein d\u2019un gouvernement ou d\u2019une organisation non gouvernementale, par exemple.» Malheureusement, peu de scienti?ques décrochent des postes permanents dans le monde universitaire, car les emplois y sont trop peu nombreux.La chimiste exilée Hanadi Ibrahim fait partie de ces sans-emploi.Après avoir fui la Syrie en 2011 et s\u2019être réfugiée en France, elle a contacté SAR et obtenu une bourse de recherche de un an à Western University, en Ontario, en 2016.« Ce contrat m\u2019a énormément aidée.Il m\u2019a redonné con?ance en moi, car j\u2019avais passé trois ans sans travailler dans mon domaine.J\u2019ai pu montrer mes capacités, proposer de nouvelles idées et commencer la rédaction d\u2019un article», disait-elle lors de la conférence organisée par l\u2019UQAM au printemps dernier pour annoncer son adhésion au réseau SAR.Depuis la ?n de son contrat, la scienti?que cherche un emploi au Canada, car elle y a obtenu sa résidence permanente.«Idéalement, j\u2019aimerais poursuivre ma carrière dans l\u2019enseignement et la recherche, con?e-t-elle.Mais je serai aussi heureuse de travailler dans l\u2019industrie pharmaceutique, car j\u2019ai fait un bac en pharmacie en Syrie et un doctorat en chimie analytique en France.» Aly et sa femme n\u2019en espèrent pas autant, car ils ont des visas de travail temporaires.C\u2019est d\u2019ailleurs cette incertitude permanente qui mine le couple.«Je n\u2019en peux plus de cette vie, s\u2019exclame avec beaucoup d\u2019émotion la militante.On est toujours dans nos valises ! Moi, j\u2019ai laissé mon âme au Pakistan.J\u2019espère qu\u2019on pourra y retourner.Et s\u2019ils veulent me tuer, qu\u2019ils me tuent !» «Après la Suède, nous sommes restés neuf mois à attendre la con?rmation de McGill, c\u2019était vraiment pénible, ajoute Aly.On ne sait pas plus ce qui arrivera en décembre prochain.Que ferons-nous ?Où irons-nous ?Je ne le sais pas\u2026 » lQS « C\u2019est un devoir moral d\u2019aider ces chercheurs et nous tentons de rallier le plus d\u2019universités canadiennes à cette cause.» \u2013 Nandini Ramanujam, professeure à l\u2019Université McGill attaques signalées dans le monde contre des universitaires, 2010-2017 Meurtres, actes violents, disparitions 208 Emprisonnement 185 Poursuites judiciaires 130 Pertes de position 89 Restrictions de voyage 39 Autres 100 Total 751 Source : Academic Freedom Monitor, août 2017 LES HERBICIDES À BASE DE GLYPHOSATE SONT LES PLUS VENDUS AU MONDE.MAIS LES DOUTES QUANT À LEUR INNOCUITÉ SE MULTIPLIENT.AU-DELÀ DU DÉBAT D\u2019EXPERTS, UNE CHOSE EST SÛRE : LE RÈGNE DU GLYPHOSATE EST ÉBRANLÉ.PAR NICOLAS MESLY ET MARINE CORNIOU GLYPHOSATE SANTÉ Le 21 mai 2016, des manifestants se réunissent sur la place de la République à Paris pour protester contre le géant de l\u2019agrochimie Monsanto et son populaire herbicide, le Roundup.LA FIN D\u2019UN RÈGNE ?F R A N C O I S M O R I / L A P R E S S E C A N A D I E N N E QUÉBEC SCIENCE 36 SEPTEMBRE 2017 C \u2019est l\u2019histoire d\u2019une polémique qui n\u2019en ?nit pas d\u2019en?er, et qui pourrait se résumer en une question: faut-il ou non interdire le glyphosate, l\u2019herbicide le plus utilisé au monde?Son nom ne vous dit peut-être rien mais, en agriculture, impossible d\u2019échapper à cette molécule qui entre dans la composition du fameux Roundup du géant de l\u2019agrochimie Monsanto et de près de 750 autres produits commercialisés par une centaine de fabricants dans plus de 130 pays.Depuis son lancement sur le marché en 1974, l\u2019utilisation du glyphosate est passée de 3200 tonnes par an dans le monde à plus de 800000 tonnes.Jamais, jusqu\u2019à ce jour, l\u2019humanité n\u2019a compté à ce point sur une seule molécule pour sa production alimentaire.Seulement voilà, des scienti?ques et des activistes environnementaux le soupçonnent d\u2019être cancérigène et perturbateur endocrinien; d\u2019autres, des industriels surtout, le défendent bec et ongles, clamant son innocuité.Prises au milieu, les autorités de santé des différents pays peinent à choisir leur camp.Faut-il le réglementer plus strictement?Ou carrément l\u2019interdire?En avril dernier, Santé Canada a tranché.Elle a été la première agence réglementaire des pays industrialisés à renouveler l\u2019utilisation du glyphosate, jugeant «qu\u2019il est peu probable que le glyphosate présente un risque de cancer chez les humains».Cette bénédiction a fait réagir plusieurs groupes environnementaux, dont la fondation David Suzuki et Équiterre, qui ont souligné les « inquiétudes internationales au niveau de risques pour la santé et l\u2019environnement» et af?rmé que Santé Canada avait « omis des preuves scienti?ques crédibles dans sa réévaluation du pesticide».UNE VÉRITABLE SAGA Pour mieux comprendre la polémique, un petit retour en arrière s\u2019impose.En mars 2015, alors que les principales agences de réglementation de l\u2019Union européenne s\u2019apprêtent à autoriser à nouveau l\u2019utilisation du glyphosate dans les champs des 28 pays membres, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), lié à l\u2019Organisation mondiale de la santé (OMS), conclut que «le glyphosate est une cause probable de cancer chez l\u2019humain».Le débat est lancé.Presque un an plus tard, une autre étude de l\u2019OMS et de l\u2019Organisation des Nations unies pour l\u2019alimentation (FAO) conclut le contraire : « Il est peu probable que le glyphosate provoque un risque cancérogène chez les humains qui y seraient exposés par l\u2019alimentation.» Même son de cloche à l\u2019Agence européenne des produits chimiques (ECHA) qui a refusé, en mars dernier, de classer le produit comme cancérigène.Si bien que la Commission européenne a décidé, le 16 mai, de lancer la procédure visant à autoriser de nouveau l\u2019herbicide pour 10 ans, provoquant une levée de boucliers dans la société civile et parmi les ONG.Aux États-Unis, l\u2019État de Californie a annoncé en juin dernier qu\u2019il ajoutera le glyphosate à sa liste des éléments potentiellement cancérigènes.Cependant, sur la scène fédérale, l\u2019Agence de protection de l\u2019environnement (EPA), responsable de la réévaluation de l\u2019homologation du glyphosate, demeure en ré?exion, bien qu\u2019elle ait conclu que la molécule n\u2019est pas « une cause probable de cancer ».Les membres du comité scienti?que SANTÉ J A M E S B R E Y / I S T O C K QUÉBEC SCIENCE 37 SEPTEMBRE 2017 de l\u2019EPA sont divisés depuis la parution de la conclusion contraire du CIRC.Ils ont demandé un délai en octobre 2016 et remis leur rapport en mars 2017, sans arriver à décider si oui ou non le glypho- sate est une cause probable de cancer.Ce verdict est d\u2019autant plus attendu que l\u2019agence est plongée dans un scandale de collusion avec Monsanto qui aurait facilité l\u2019approbation de la molécule et minimisé ses risques (selon des preuves présentées en cour dans le cadre d\u2019un recours collectif intenté aux États-Unis contre Monsanto).BATAILLE D\u2019EXPERTS On l\u2019aura compris, le degré de toxicité des pesticides, Roundup en tête, ne fait pas consensus dans la communauté scien- ti?que.D\u2019abord, parce qu\u2019il n\u2019est jamais simple d\u2019évaluer l\u2019effet d\u2019une molécule, quelle qu\u2019elle soit, lorsqu\u2019on y est exposé à petite dose sur le long terme.«La raison pour laquelle il y a des divergences entre les institutions, c\u2019est que les études ne suivent pas toutes le même protocole.Le CIRC a utilisé de hautes doses de glypho- sate chez les souris dans des conditions particulières.Mais les humains ne sont jamais soumis à de telles doses !» dit Ariel Fenster, professeur de chimie à l\u2019Université McGill, à Montréal.Ensuite, dans le cas du glyphosate, les grandes agences réglementaires ont tendance à n\u2019étudier que l\u2019ingrédient actif, le glyphosate, pour rendre leur décision.Le hic ?Les formules commerciales contiennent un mélange de différents produits dont on ne connaît pas clairement les effets sur la santé et sur l\u2019environnement.«Ces \u201ccoformulations\u201d peuvent être jusqu\u2019à 1000 fois plus toxiques que le glyphosate seul», indique Louise Vande- lac, professeure au département de sociologie et à l\u2019Institut des sciences de l\u2019environnement de l\u2019Université du Québec à Montréal.Dans son avis, le CIRC a d\u2019ailleurs pris en considération des études épidémiolo- giques menées auprès d\u2019agriculteurs qui ne sont jamais exposés au glyphosate seul, et des études chez les animaux, comparant le glyphosate seul aux formulations commerciales.Cela étant dit, «le glyphosate est toxique mais a besoin des adjuvants pour pénétrer les cellules des plantes ef?cacement.On ne sait pas si la toxicité accrue des formulations est uniquement due à cette meilleure pénétration du glyphosate ou si, en plus, les adjuvants sont eux-mêmes toxiques », détaille Élyse Caron-Beaudoin qui fait une thèse sur le lien entre les pesticides et certains cancers à l\u2019Institut national de la recherche scienti?que à Laval.Quoi qu\u2019il en soit, «ces contradictions entre les institutions responsables devraient quand même tirer une sonnette d\u2019alarme», af?rme Onil Samuel, chargé de l\u2019équipe scienti?que sur les pesticides à l\u2019Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).Il fait partie d\u2019un consortium formé des chercheurs de l\u2019INSPQ, de l\u2019Université Laval, et de la Chaire de recherche du Canada en génomique appliquée à la reproduction, qui a récemment déposé une demande de subvention pour étudier la toxicité potentielle des formulations commerciales à base de glyphosate, en utilisant une nouvelle approche tenant compte du lien entre l\u2019expression de certains gènes et leur rôle dans le développement de diverses pathologies.Mais ces efforts de recherche risquent de se buter au lobbying intense des grandes entreprises agrochimiques qui mènent la guerre aux données scienti- ?ques.Monsanto critique vertement la méthodologie du CIRC, l\u2019accusant d\u2019être biaisée en s\u2019appuyant uniquement sur des études publiées dans la littérature scien- ti?que.Mi-juin, l\u2019entreprise a d\u2019ailleurs af?rmé, dans le cadre du recours collectif aux États-Unis, que le comité scienti?que du CIRC avait écarté volontairement une étude d\u2019envergure (dont les détails ne sont pas connus parce qu\u2019elle n\u2019est toujours pas publiée).Menée auprès d\u2019agriculteurs américains, elle ne montrerait aucune hausse des cancers chez les usagers du produit.De l\u2019autre côté, on reproche aux institutions réglementaires d\u2019accorder une importance majeure aux études con?dentielles menées par l\u2019industrie, inaccessibles à la communauté scienti- ?que.«Il est incongru que les évaluations d\u2019innocuité de l\u2019herbicide le plus utilisé sur la planète reposent principalement sur moins de 300 études non publiées et non revues par les pairs, excluant toute la littérature récente sur les effets du glyphosate», dénoncent des scienti?ques américains dans une analyse publiée en mars 2017 par le Journal of Epidemiology and Community Health.Que dissimulent ces données?Probablement de bien vilains secrets si l\u2019on se ?e au travail de Christopher J.Portier, un toxicologue de renommée mondiale qui a eu accès à une partie des informations transmises par l\u2019industrie aux autorités européennes.«Une nouvelle analyse des données brutes tirées d\u2019études portant sur le risque de cancer, chez les animaux, lié à l\u2019exposition au glyphosate démontre que les agences réglementaires européennes n\u2019ont pas tenu compte que, en huit occasions, il y avait une augmentation signi?cative de tumeurs.En conséquence, je demande une réévaluation», écrit le toxicologue dans une lettre adressée le 28 mai dernier au président de la Commission européenne, Jean-Claude Duncker.Il indique avoir envoyé une lettre similaire au directeur responsable des pesticides à l\u2019EPA mais, dans un cas comme dans l\u2019autre, il n\u2019a reçu aucune réponse.Contacté par courriel, Christopher J.Les grandes entreprises agrochimiques mènent la guerre aux données scienti?ques. QUÉBEC SCIENCE 38 SEPTEMBRE 2017 Portier, qui travaille désormais à titre de consultant pour l\u2019organisation non gouvernementale américaine Environmental Defense Fund, est d\u2019avis que «tout le processus de révision et d\u2019évaluation, pas juste du glyphosate, mais de tous les pesticides, a besoin d\u2019être soumis à un examen scienti?que sérieux».UN EMPIRE ÉBRANLÉ L\u2019enjeu est de taille : 30 % du chiffre d\u2019affaires de 15 milliards de dollars US (2015) de Monsanto, qui a été racheté depuis par le groupe allemand Bayer, provient en majorité de la vente de Roundup.Produit chouchou des agriculteurs, l\u2019herbicide détruit les mauvaises herbes.Mais il tue également toutes les plantes.Voilà pourquoi Monsanto commercialise des semences rendues insensibles au glyphosate (grâce à l\u2019introduction d\u2019un gène de bactérie du sol).Résultat, on peut pulvériser le Roundup les yeux fermés sur les champs, pour éliminer les plantes indésirables sans abîmer ces récoltes modi?ées génétiquement, baptisées «Roundup Ready» (RR).Si l\u2019usage du glyphosate bondit partout dans le monde, c\u2019est d\u2019ailleurs à cause de l\u2019adoption fulgurante des OGM RR depuis 20 ans.C\u2019est simple, 90% des cultures transgéniques dans le monde sont résistantes au glyphosate.Une augmentation soutenue par le bas prix de l\u2019herbicide depuis que le brevet de Monsanto a pris ?n au début des années 2000 et que d\u2019autres producteurs se sont lancés dans la course.Le Québec n\u2019y échappe pas; le maïs qui pousse dans la Belle Province est à 84% OGM RR.La culture de soya, elle, est constituée à 57% d\u2019OGM RR.Et, cette année, les semenciers mettent en marché de la luzerne OGM RR, une plante dont les vaches raffolent.En 2015, 18 millions de producteurs dans 28 pays cultivaient ainsi des plantes transgéniques et pulvérisaient cet herbicide sur près de 180 millions d\u2019hectares, rapporte le Service international pour l\u2019acquisition d\u2019applications agricoles biotechnologiques (ou ISAAA, une organisation internationale non gouvernementale).Autant dire que, si la toxicité de l\u2019herbicide est con?rmée, le scandale sanitaire sera sans précédent.Les analyses démontrent que le glyphosate est partout : dans nos cheveux, nos urines et, bien sûr, nos aliments.Le dernier rapport d\u2019enquête 2015-2016 de l\u2019Agence canadienne d\u2019inspection des aliments sur le dépistage du glypho- sate indique que près de 30% de nos aliments contiennent du glyphosate.Sur 3188 échantillons analysés, 1,3% dépassaient les limites maximales de résidus (LMR), surtout des produits céréaliers.Il faut dire que le glyphosate est souvent employé juste avant la récolte pour accélérer le séchage des graines.Santé Canada a fait savoir qu\u2019il n\u2019y avait aucune préoccupation pour la santé humaine dans les échantillons dépassant les LMR.Nos cours d\u2019eau n\u2019y échappent pas non plus.Entre 2011 et 2014, le ministère du Développement durable, Environnement et Lutte contre les changements climatiques (MDDELC) a prélevé des échantillons dans les rivières situées à proximité de cultures de maïs et de soya.Le glyphosate a été détecté en moyenne dans 91% des prélèvements (contre 86% pour la période 2008-2010).« L\u2019analyse des données de 1992 à 2014 démontre que les concentrations de glyphosate sont à la hausse dans les rivières des secteurs en culture intensive de maïs et de soya», con?rme le relationniste du MDDELC, précisant que les concentrations respectent les critères de qualité de l\u2019eau pour la protection des espèces aquatiques.La situation n\u2019est pas près de s\u2019arranger.Dans un rapport dévastateur publié au printemps 2016, le commissaire au développement durable du Québec note que les ventes de pesticides pour la production végétale battent tous les records depuis 1992.Sur les quelque 4000 tonnes d\u2019ingrédients actifs vendus au Québec en 2014, le glyphosate est de loin l\u2019herbicide le plus vendu (plus de 1000 tonnes).Le commissaire n\u2019est pas tendre envers le ministère de l\u2019Agriculture, des Pêcheries et de l\u2019Alimentation du Québec (MAPAQ): «Les mesures mises en place par le MAPAQ sont insuf?santes pour amener les agriculteurs à adopter des pratiques agricoles favorables au développement durable et pour faire contrepoids à l\u2019industrie agrochimique qui in?uence fortement le marché», écrit-il.Son ministre déchu, Pierre Paradis, reconnaissait en octobre 2015 que les géants des pesticides «sont encore plus puissants que le gouvernement du Québec».Pourtant, il est écrit en toutes lettres que l\u2019État souhaite combattre les effets délétères des pesticides.D\u2019une part, la Stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture, publiée en 2011, vise à réduire les risques liés aux pesticides pour SANTÉ Un événement du Cégep de Trois-Rivières Kevin Beaudry, Alexandre Leblanc et Charles Chapdelaine felicitations aux gagnants ! finale nationale Courez la chance que votre idée de défi soit retenue pour les prochains concours ! Écrivez votre défi sur notre page Facebook et obtenez le plus de likes ! scienceontourne.com 30 % du chifre d\u2019afaires de 15 milliards de dollars uS (2015) de Monsanto provient en majorité de la vente de roundup. QUÉBEC SCIENCE 39 SEPTEMBRE 2017 la santé et l\u2019environnement de 25 % d\u2019ici 2021.D\u2019autre part, la Stratégie québécoise des pesticides 2015-2018 dit vouloir réglementer l\u2019utilisation des cinq molécules les plus à risque en modi?ant la Loi sur les pesticides.Un détail, toutefois : le glyphosate ne ?gure pas dans cette courte liste.CHRONIQUE D\u2019UN DÉCLIN ANNONCÉ Mais bien plus que les lois et les stratégies, le plus grand ennemi du glyphosate est peut-être le glyphosate lui-même.Ou plutôt, son utilisation effrénée qui devient un casse-tête pour les agriculteurs.Car depuis quelques années, les mauvaises herbes résistantes à cet herbicide se multiplient.«Malheureusement quand une molécule fonctionne, on l\u2019utilise à outrance», remarque le chimiste Ariel Fenster.Dans le monde, au moins 34 espèces de mauvaises herbes résistantes ont été recensées.L\u2019invasion barbare passera-t-elle les portes du Québec?«Nous n\u2019en avons pas encore trouvé», rassure Marie-Édith Cuerrier, chercheuse au Centre de recherche sur les grains, basé à Québec.Depuis 2012, le MAPAQ a mis sur pied un système d\u2019analyse de résistance qui examine entre 30 et 40 échantillons de mauvaises herbes par année.Neuf d\u2019entre elles étaient soupçonnées de résister au glyphosate en 2015 et trois en 2016; Mme Cuerrier attend encore les résultats complets.Devant la gravité du problème, l\u2019industrie a mis au point des variétés génétiquement modifiées résistantes à plusieurs herbicides en même temps.Dès ce printemps, les agriculteurs québécois ont pu semer une variété de soya Roundup Ready 2 XTENDTM fabriquée par Monsanto, qui résiste au glyphosate, mais aussi à un autre herbicide, le dicamba.Une solution à courte vue, estime Danielle Bernier, agronome et malherbologiste reconnue, nouvellement retraitée du MAPAQ.«Cette technologie ne réglera rien si elle est surutilisée.Dans deux ou trois générations de producteurs agricoles, il pourrait y avoir des mauvaises herbes résistantes à ces nouvelles combinaisons d\u2019herbicides comme c'est le cas aujourd\u2019hui», prédit-elle.Le début de la ?n pour le glyphosate?lQS MOBILE, MAINTENANT DANS VOS PANTALONS.Téléchargez l\u2019application Le Devoir Mobile dès maintenant ! QUÉBEC SCIENCE 40 SEPTEMBRE 2017 rivières caché RETROUVER NOS M ai 1642.Paul Chome- dey de Maisonneuve, Jeanne Mance et une quarantaine de colons débarquent sur l\u2019île de Montréal pour y fonder Ville-Marie.Ils érigent leur palissade sur l\u2019actuelle pointe à Callière, là où la petite rivière Saint-Pierre se jette dans le Saint-Laurent.Dif?cile, près de quatre siècles plus tard, d\u2019imaginer que de l\u2019eau coulait à la place du bitume de la place d\u2019Youville\u2026 La rivière Saint-Pierre n\u2019est pas la seule à avoir été rayée des cartes montréa- laises.Qui se souvient des ruisseaux Prudhomme, Notre-Dame-des-Neiges ou Migeon, qui serpentaient autrefois dans la ville ?Ou même de la rivière Saint-Martin qui coulait le long de l\u2019actuelle rue Saint-Antoine, dans le Vieux-Montréal ?Depuis 150 ans, l\u2019urbanisation a fait disparaître 82% des cours d\u2019eau de Montréal, selon une étude réalisée en 2016 par Valérie Mahaut, professeure à l\u2019École d\u2019architecture de la faculté de l\u2019aménagement de l\u2019Université de Montréal.Pour retracer ces rivières perdues, la chercheuse, avec l\u2019aide de son équipe, a consulté plus d\u2019une centaine de cartes historiques originales.Au total, elle a repéré 330 km de ruisseaux « natifs » qui ont été enterrés ou intégrés au ?l des ans au réseau d\u2019égout (voir la carte à la page 43).Le but de cette enquête?Mieux gérer à terme les eaux de ruissellement en ville, mais aussi, peut-être, ramener à la surface certains de ces trésors enfouis.C\u2019est du moins ce qu\u2019espère Sophie Paradis, directrice pour le Québec du P H O T O S : A N D R E W E M O N D Fonds mondial pour la nature (WWF), qui s\u2019est inspirée des cartes de Valérie Mahaut pour mettre sur pied le projet Bleue Montréal.«L\u2019idée est de redonner aux citoyens un accès à l\u2019eau, en exhumant des rivières enfouies et en créant de nouvelles rivières urbaines, explique-t-elle.C\u2019est ce qu\u2019on appelle le daylighting.» Littéralement, «révéler à la lumière du jour».Lancé il y a quelques mois, Bleue Montréal n\u2019est encore qu\u2019un rêve: «Pour l\u2019instant nous avons sélectionné cinq arrondissements où des projets pourraient être réalisés, si les élus le veulent.On les a choisis en fonction des parcs, des ruelles vertes, des rivières déjà existantes et en privilégiant des secteurs en réaménagement, où des travaux de la ville sont déjà plani?és, indique Mme Paradis.On pourrait par exemple commencer par exhumer la rivière qui coule sous le parc Jarry.» Le WWF, qui béné?cie du soutien technique de la ?rme Vinci consultants, espère qu\u2019un premier ruisseau retournera à l\u2019air libre d\u2019ici 2020.De quoi «sublimer» le quartier choisi, estime Sophie Paradis.Il faut dire que Montréal a beau être une île, l\u2019eau y est absente du quotidien.«Les citoyens sont même privés de l\u2019accès au ?euve, sauf dans de rares quartiers comme Verdun», regrette Mme Paradis.C\u2019est pourtant au nom du bien public que les cours d\u2019eau ont été éliminés, comme dans la quasi-totalité des métropoles d\u2019Europe et d\u2019Amérique du Nord.En effet, au XIXe siècle, avec l\u2019accroissement de la population urbaine, les ruisseaux deviennent des égouts à ciel ouvert.Ils recueillent tous les déchets ménagers, les rejets toxiques des tan- QUÉBEC SCIENCE 41 SEPTEMBRE 2017 Le projet Bleue Montréal vise à ramener l\u2019eau au cœur du paysage urbain, en exhumant des ruisseaux enfouis depuis plus d\u2019un siècle.PAR MARINE CORNIOU chéesÀ gauche, la seule portion visible de la rivière Saint-Pierre court à l\u2019air libre sur 150 m, dans un golf, près de Côte-Saint-Luc.À droite, l\u2019égout collecteur qui canalise la rivière Saint-Pierre et les eaux usées de l\u2019ouest de Montréal. QUÉBEC SCIENCE 42 SEPTEMBRE 2017 neurs et des teinturiers, les cadavres d\u2019animaux et, bien sûr, les excréments.L\u2019air est irrespirable; les épidémies de choléra et de typhus se succèdent.Il faut assainir d\u2019urgence.Le plus simple, à l\u2019époque: recouvrir ou canaliser ces nuisances aquatiques.C\u2019est le sort qu\u2019a subi la rivière Saint-Pierre, juste après une épidémie de choléra en 1832.On peut d\u2019ailleurs apercevoir les vestiges de l\u2019égout collecteur dans lequel elle a été con?née au nouveau pavillon du musée Pointe-à-Callière.GESTION DE L\u2019EAU Mais à l\u2019heure des changements climatiques, les villes entièrement bétonnées n\u2019ont plus bonne presse.Les initiatives de «déminéralisation» se multiplient, à la fois pour lutter contre les îlots de chaleur et pour introduire quelques touches de verdure.«On parle également de plus en plus de daylighting.On constate que les cours d\u2019eau ouverts apportent de nombreux avantages environnementaux, sociaux et économiques», observe Adam Broadhead.Ce chercheur, spécialiste des rivières urbaines et de la gestion de l\u2019eau au département de génie civil de l\u2019université Shef?eld, au Royaume-Uni, suit le domaine de près.Il gère le site daylighting.org.uk qui recense toutes les initiatives du genre dans le monde.« Ce type de projet s\u2019inscrit dans la mouvance des toits verts, des ruches et de l\u2019agriculture urbaine.L\u2019idée est de transformer les rues a?n qu\u2019elles deviennent des espaces de vie», commente Juliette Patterson, biologiste et urbaniste pour la ?rme d\u2019architecture Catalyse urbaine, à Montréal.La résurrection de cours d\u2019eau urbains n\u2019est toutefois pas qu\u2019une mode de hipsters en mal de promenades bucoliques.Elle permet avant tout de mieux gérer les eaux pluviales car, contrairement à ce qu\u2019on pourrait penser, les rivières à ciel ouvert ont tendance à limiter les risques d\u2019inondation.«En ville, le fait d\u2019avoir pavé ou asphalté les bassins versants [NDLR : l\u2019espace drainé par un cours d\u2019eau et ses af?uents] empêche les eaux pluviales de s\u2019in?ltrer dans le sol.Les canalisations déversent donc une grande quantité d\u2019eau dans les rivières à proximité des villes, ce qui augmente leur niveau beaucoup trop rapidement.De plus, le risque d\u2019inondation locale est accru, car les bouches d\u2019égout sont facilement obstruées, et les vieilles canalisations se brisent souvent », explique Adam Broadhead.«On le voit quand il y a de gros orages à Montréal: le réseau d\u2019égout sature et il y a des refoulements», rappelle Juliette Patterson.C\u2019est pourquoi les urbanistes intègrent de plus en plus de «jardins de pluie» dans leurs aménagements.«Ces jardins captent l\u2019eau de ruissellement de la rue et des toits, notamment lors des grosses pluies, pour limiter les inondations.Ce sont des sortes de fossés \u201cvégétalisés\u201d, remplis de terre, qui permettent à l\u2019eau de percoler.Ils jouent un rôle d\u2019éponges, mais aussi de ?ltres, car l\u2019eau qui ruissèle dans les villes est souvent pleine d\u2019hydrocarbures», explique l\u2019urbaniste qui vient d\u2019installer ce type de substrat dans le quartier du Triangle, à Côte-des-Neiges.Déterrer un ruisseau s\u2019avère toutefois plus complexe et plus coûteux.«Mais c\u2019est faisable, sans avoir à détruire des immeubles !» commente Juliette Patterson.Souvent, on a peu construit au-dessus des rivières, car ce sont des zones instables.Il y a, par exemple, un ruisseau qui passe au pied du cimetière Côte-des-Neiges, et un autre dans le terrain du golf municipal situé rue Viau.Ce ne serait pas si compliqué de les exhumer.» La seule portion non souterraine de la rivière Saint-Pierre est elle-même située, sur environ 200m, au golf Meadowbrook dans l\u2019ouest de la ville.«L\u2019exhumation est assez simple quand le ruisseau n\u2019est pas intégré au réseau d\u2019égout, précise Adam Broadhead.S\u2019il comprend des eaux usées, il faut retourner en amont pour séparer l\u2019eau propre de l\u2019eau souillée.Cela a déjà été fait à Zurich, par exemple, ou encore à Pittsburgh.» LE RETOUR DE LA BIODIVERSITÉ Les premiers cas de daylighting datent des années 1980, à Zurich justement, et en Californie.D\u2019autres projets d\u2019envergure sont souvent cités comme modèles, notamment celui de la rivière Cheong- gyecheon, à Séoul, qui a revu le jour en 2005 sur 6km après la destruction de l\u2019autoroute qui la recouvrait.Dans l\u2019État de New York, la rivière Saw Mill, à Yonkers, a retrouvé le grand air URBANISME La résurrection de cours d\u2019eau urbains n\u2019est pas qu\u2019une mode de hipsters.Elle permet avant tout de mieux gérer les eaux pluviales et de limiter les risques d\u2019inondation.N A T H A N K E N S I N G E R en 2011 après 90 ans de ruissellement souterrain.Le bilan est largement positif, malgré le coût des travaux (près de 50 millions de dollars US en plusieurs phases).Bien qu\u2019elle ne soit pas achevée, la revitalisation a déjà permis de relancer l\u2019économie de cette ville située au nord du Bronx et d\u2019attirer des visiteurs.On a aussi vu réapparaître des espèces menacées, comme les anguilles migratrices, les tortues et les salamandres.Une telle perspective enchante Beatrix Beisner.Membre du projet Bleue Montréal, cette biologiste de l\u2019Université du Québec à Montréal a étudié la biodiversité des rares ruisseaux qui coulent encore à Laval.« Ils ne sont pas en très bon état; ils sont fragmentés par les routes et les déchets, les citoyens ignorent souvent leur présence.Ils sont très pauvres en insectes, mais on y a tout de même trouvé de deux à quatre espèces de poissons», note celle qui est aussi directrice du Groupe interuniversitaire en limnologie et environnement aquatique.Avec Bleue Montréal, elle espère observer la vitesse à laquelle la faune re- colonisera les nouveaux habitats.«On parle beaucoup des trames vertes, ces corridors écologiques.C\u2019est logique de les jumeler avec des \u201ctrames bleues\u201d, d\u2019avoir la végétation près d\u2019un cours d\u2019eau pour rétablir les écosystèmes: on donne la chance à la vie de revenir», dit-elle.Soit, mais n\u2019y a-t-il pas un risque, comme à Laval, que l\u2019eau des ruisseaux urbains tourne au vinaigre?« En effet ! C\u2019est arrivé en 2012 à Londres, avec la rivière Moselle qui avait été exhumée dans un joli parc.Or, de nombreux habitants avaient, par le passé, connecté illégalement leurs eaux usées au système de drainage des eaux de pluie, ce qui a contaminé la rivière.Mais, dans plusieurs cas, une telle pollution aurait continué à passer inaperçue pendant des décennies, si les cours d\u2019eau n\u2019avaient pas été mis au jour», explique Adam Broadhead.À Montréal, Sophie Paradis est consciente de ce risque.«C\u2019est pourquoi il faut trouver des gardiens du projet parmi les citoyens.Il faut que les écoles y aillent, que les résidants s\u2019impliquent.La vivacité communautaire est importante pour que ce soit un succès.» Il reste à convaincre les élus de mettre la main à la poche, pour que les Montréalais puissent, 375 ans après la fondation de leur ville, retrouver le doux chant des ruisseaux.lQS À gauche, la rivière Saw Mill, à Yonkers, située au nord du Bronx dans l\u2019État de New York.Ci-dessus, la rivière Cheonggyecheon, à Séoul.En bleu: creux (pouvant contenir un ruisseau) Cartographie des anciens cours d\u2019eau réalisée à la faculté de l\u2019aménagement de l\u2019Université de Montréal Pointillé rouge: la limite du bassin versant Les rivières cachées de Montréal Rivière Saint-Pierre Ruisseau Notre-Dame-des-Neiges Ruisseau Migeon Ruisseau Prudhomme A N I E L A B R E C Q U E QUÉBEC SCIENCE 44 SEPTEMBRE 2017 Interviewer Anne-Marie Di Sciullo, c\u2019est soigner son vocabulaire et surveiller sa syntaxe.Du moins, c\u2019est ce que pensait le journaliste en préparant son entretien avec la réputée spécialiste de linguistique théorique et de biolinguistique, qui s\u2019intéresse aux propriétés de la syntaxe des expressions linguistiques et de leurs interprétations.Heureusement, c\u2019était bien mal connaître \u2013 mea culpa \u2013 le champ d\u2019activité de celle qui est professeure au département de linguistique de l\u2019Université du Québec à Montréal (UQAM) depuis plus de 30 ans.«Mon objet d\u2019étude, la syntaxe, est intangible.Ce sont les propriétés formelles qu\u2019on ne voit pas, qu\u2019on n\u2019entend pas, mais qui sont présentes dans toutes les langues humaines», précise celle qui a reçu de l\u2019Association francophone pour le savoir (ACFAS) le prestigieux prix An- dré-Laurendeau en 2016.Ce dernier récompense l\u2019excellence et le rayonnement des chercheurs en sciences humaines.Asymétrie de langage L\u2019imposante carrière de l\u2019Italienne d\u2019origine \u2013 elle est née à Rome \u2013 a débuté dans les années 1970.Elle arrivait alors dans un domaine en pleine ébullition, bouleversé par les théories de Noam Chomsky.Vingt ans plus tôt, le célèbre linguiste américain avait mis sur pied la grammaire générative, cet ensemble de règles qui permet à l\u2019humain de comprendre les phrases et dont il est totalement inconscient.C\u2019est elle qui fait qu\u2019on dit « tout le monde mange» plutôt que « le monde tout mange».On l\u2019utilise encore aujourd\u2019hui pour différencier le langage humain de la communication animale ou des systèmes qui simulent les propriétés des grammaires, comme les moteurs de recherche.Dès la ?n de ses études, elle décroche un poste à l\u2019UQAM, où elle forme plusieurs générations de chercheurs \u2013 dont certains enseignent désormais dans des universités du Québec, du Canada et des États-Unis.Ses ouvrages On the De?nition of Word (1987) et Asymmetry in Morphology (2005), tous deux publiés aux prestigieuses Presses du MIT, détaillent entre autres la théorie de l\u2019asymétrie du langage humain qu\u2019elle a développée au ?l de ses recherches.Selon cette théorie, il existe des relations unidirectionnelles entre les paires d\u2019éléments qui composent les expressions linguistiques, ou af?xes.C\u2019est pourquoi on dit par exemple L\u2019humain est programmé pour acquérir la faculté du langage.Anne-Marie Di Sciullo a consacré sa carrière au développement de cette thèse.Le langage, cette faculté innée ?CHERCHEUR EN VEDETTE EN PARTENARIAT AVEC LES FONDS DE RECHERCHE DU QUÉBEC J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N QUÉBEC SCIENCE 45 SEPTEMBRE 2017 « la linguiste » plutôt que « linguiste la » dans une phrase comme « la linguiste est douée».La propriété d\u2019asymétrie est essentielle pour que les individus qui partagent une même langue se comprennent.Surtout, elle est observable dans toutes les langues du monde.«Pour chacune, il est possible de trouver des ordres différents de mots dans les phrases.Par contre, il très dif?cile, voire impossible, de noter ce même phénomène dans les expressions linguistiques», explique-t-elle.Autrement dit, les phrases humaines sont dotées d\u2019une ?exibilité dont sont dépourvues les expressions linguistiques.De Twitter à l\u2019alzheimer Aujourd\u2019hui, Anne-Marie Di Sciullo continue de multiplier les collaborations avec des chercheurs de tous les horizons.Ses travaux, à l\u2019intersection de la linguistique, de la biologie, de la physique et des mathématiques, s\u2019inscrivent dans une volonté de con?rmer de manière indépendante ses théories.Son but: rechercher et trouver des arguments qui expliquent la faculté du langage.Pour ce faire, elle a créé en 1999 un moteur de recherche qui ne fonctionne pas selon des mots clés, comme le fait Google, mais d\u2019après des relations linguistiques asymétriques.Développé en partenariat avec Delphes Technologies et maintes fois primé, cet outil a été entre autres utilisé par le ministère des Finances du Québec, le Barreau du Québec et l\u2019Autorité des marchés ?nanciers.Une poursuite éventuelle de ce partenariat n\u2019est pas exclue.Plus récemment, elle a même poussé la démonstration jusqu\u2019à concevoir un programme informatique fondé sur sa théorie de l\u2019asymétrie du langage humain, qui analyse automatiquement les sentiments associés aux messages diffusés sur le réseau social Twitter.«Plusieurs systèmes d\u2019analyse des sentiments sont basés sur les statistiques et les probabilités.Sans surprise, leur niveau de performance est plutôt faible.Celui que j\u2019ai développé atteint au contraire les 88% de performance», fait-elle valoir.Une preuve éclatante de l\u2019universalité de ses travaux.Un autre champ majeur d\u2019application de sa théorie concerne l\u2019aide aux individus qui souffrent de dé?cits linguistiques dus à la trisomie, au parkinson, à l\u2019alzheimer ou au vieillissement naturel.Chez eux, l\u2019exposition à des protocoles combinant mathématiques, musique et langage peut les aider à recouvrer certaines fonctions de la parole qu\u2019ils ont perdues, estime la chercheuse.D\u2019autres recherches en partenariat sont néanmoins nécessaires avant le développement d\u2019applications palliatives concrètes.Cette capacité qu\u2019a Anne-Marie Di Sciullo de créer des ponts entre les diverses disciplines est sa principale force, estime Manuel Español-Echevarría, professeur titulaire au département de langues, linguistique et traduction de l\u2019Université Laval.«Elle possède beaucoup de connaissances en biologie et en neuroscience, ce qui est rare chez les linguistes.Elle a compris très tôt que la linguistique doit sortir de ses chasses gardées pour continuer à évoluer.» lQS Par Maxime Bilodeau Les questions de Rémi Quirion R.Q.: Quel est le plus grand dé?quand on travaille avec des chercheurs provenant de domaines aussi variés que les neurosciences, la physique ou les mathématiques?A.-M.D.: Il faut trouver le ?l d\u2019Ariane qui va au-delà des connaissances disciplinaires et explique davantage l\u2019objet ciblé.Quels sont les concepts communs ?Quelles sont les hypothèses de départ ?Quelles sont les prédictions et les nouvelles connaissances anticipées ?Par exemple, dans mes travaux sur la faculté du langage, le ?l d\u2019Ariane se tisse à partir du concept d\u2019asymétrie que l\u2019on trouve également en biologie (asymétrie de la morphogénèse), en physique (brisure de symétrie spontanée), en mathématiques (relation asymétrique dans la théorie des ensembles) et en neuroscience (asymétrie de la latéralisation du cerveau).R.Q.: On parle beaucoup d\u2019intelligence arti?cielle en ce moment, y voyez-vous des applications en lien avec vos travaux ?A.-M.D.: Oui.Prenez mon moteur de recherche qui retrace les asymétries de forme et d\u2019interprétation des expressions linguistiques ou mes travaux sur l\u2019analyse du sentiment dans les courts textes des réseaux sociaux.Ces systèmes peuvent optimiser la recherche et l\u2019extraction de contenus, qu\u2019ils soient manifestes ou non, à partir de textes complexes ou lacunaires sur la base de la reconnaissance des relations asymétriques.Ils contribuent ainsi à l\u2019émergence de nouvelles technologies en intelligence arti?cielle du langage humain, qui se différencient des réseaux neuronaux et de l\u2019apprentissage machine.R.Q.: Vos travaux pourraient-ils aider les enfants autistes ou dysphasiques ?A.-M.D.: Des études d\u2019imagerie cérébrale ont démontré que ces dé?cits sont d\u2019origine génétique et relèvent d\u2019une asymétrie structurale particulière, conduisant à une atrophie dans les aires dédiées au langage.En s\u2019appuyant sur mes travaux, on pourrait développer des jeux intelligents, liant langage, mathématiques et musique, pour solliciter des réponses de différentes zones du cerveau et favoriser ainsi les connexions entre les hémisphères.SCIENTIFIQUE EN CHEF DU QUÉBEC* scienti?que-en-chef.gouv.qc.ca facebook.com/RQuirion * Le scienti?que en chef du Québec conseille le gouvernement en matière de science et de recherche, et dirige les Fonds de recherche.C H R I S T I N N E M U S C H I QUÉBEC SCIENCE 46 SEPTEMBRE 2017 Pas fou ! Si le temps où l\u2019on enfermait les épileptiques dans des hôpitaux psychiatriques est loin derrière nous, la compréhension du cerveau et de ses « couacs » est encore très partielle.Alors, expliquer cet organe complexe, capable des prouesses les plus spectaculaires tout en demeurant plus fragile qu\u2019un écran de iPhone, est un véritable dé?de vulgarisation que relève ici le Musée de la civilisation de Québec, avec son exposition Cerveau à la folie.« À la folie », parce que le Musée a choisi d\u2019expliquer rigoureusement les tabous de la santé mentale, tout en approfondissant l\u2019aspect social et artistique du cerveau.Dès l\u2019entrée, on est accueilli par une fresque étoilée, clin d\u2019œil aux mystères de l\u2019Univers qui suscitent la même fascination que ceux de la matière grise.C\u2019est ici que commence le voyage dans ce superordinateur.Au ?l des zones aménagées, on explore l\u2019intelligence, la douance, la dé?cience, les troubles de l\u2019humeur, les problèmes liés à l\u2019apprentissage et ceux du langage, sans oublier le cerveau vieillissant.Bien qu\u2019une foule de maladies et d\u2019états mentaux (tels que dépression, trouble du spectre autistique, psychose, anorexie et schizophrénie) soient abordés, la coordonnatrice de Cerveau à la folie, Coline Niess, a tenu à en faire une exposition lumineuse.« On essaie de parler de la maladie dans des contextes positifs.Par exemple, la chanteuse Florence K partage son épisode dépressif et son internement, ce qui nous permet de démontrer que, aujourd\u2019hui, on ne fait plus de lobotomie et que les gens ayant des troubles de l\u2019humeur vivent très bien en société », précise-t-elle.Les 8-12 ans ont aussi droit à un parcours interactif parallèle, où ils verront comment leur cerveau réagit à divers moments de leur journée, comme au réveil ou à l\u2019heure du lunch.Une collection d\u2019objets montrant le côté obscur des recherches scienti?ques souligne tout le chemin parcouru depuis l\u2019avènement des neurosciences.Que ceux et celles qui ont échoué à leurs cours de sciences soient rassurés : comprendre cette expo super accessible ne requiert pas un doctorat.L\u2019exposition Cerveau à la folie est présentée jusqu\u2019au 11 mars 2018 au Musée de la civilisation de Québec, mcq.org/fr.ÉCOUTER Pêche fructueuse L\u2019océan a encore une foule de secrets à nous révéler et les scienti?ques doivent se dépêcher pour l\u2019étudier, car les menaces \u2013 comme la surpêche, le réchauffement climatique et le transport maritime \u2013 ont d\u2019importants impacts sur son écosystème.Pour l\u2019épisode La richesse de nos océans, le balado quotidien La tête au carré de France Inter plonge dans les récentes recherches, en compagnie de scienti?ques travaillant sur les virus des mers et la pollution sonore.En bonus : un topo sur les macaques cleptomanes de Bali.Bon à savoir si vous prévoyez faire un pèlerinage à la Eat, Pray, Love.www.franceinter.fr/ emissions/la-tete-au-carre.V I S I T E R C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb M U S É E S D E L A C I V I L I S A T I O N / S T É P H A N E A U D E T / A G E N C E I C Ô N E QUÉBEC SCIENCE 47 SEPTEMBRE 2017 L\u2019ABC d\u2019une planète qui a chaud Le dernier livre de David Suzuki rassemble tout ce qu\u2019il faut savoir sur le réchauffement planétaire, depuis son explication scienti?que jusqu\u2019à son impact, en passant par les conséquences engendrées par notre dépendance aux combustibles fossiles et cet entêtement à ne rien vouloir changer à la société de consommation.On y retrouve également de nombreuses pistes de solutions.Clair et éloquent, le généticien écologiste remet ici l\u2019humanité à sa place en lui rappelant l\u2019importance de prendre soin de la planète qui la nourrit.Halte à la surchauffe, par David Suzuki, éditions du Boréal, 322 p.Sortie ?n septembre Millefeuille montréalais Cette lettre d\u2019amour à la forêt urbaine montréalaise, est sûrement l\u2019un des plus jolis récits à paraître sur la ville pour son 375e anniversaire.Les textes de la regrettée Bronwyn Chester, chroniqueuse à The Gazette, lèvent le voile sur 50 arbres de Montréal ainsi que les endroits où les observer.Chaque essence est humanisée grâce à l'attention portée aux détails, et les notions de botanique s\u2019entremêlent aux anecdotes tirées de ses errances.Cet ouvrage est un superbe allié pour découvrir les doyens de la ville et savourer l\u2019un des rares plaisirs gratuits de la vie : prendre le temps.Une île d\u2019arbres : cinquante arbres, cinquante façons de raconter Montréal, par Bronwyn Chester, Éditions Marchand de feuilles, 288 p.Maman avait raison Les vitamines sont essentielles à la vie, tellement que des entreprises en ajoutent dans notre eau et nos céréales du matin.À une époque où même les brocolis du supermarché contiennent moins de nutriments qu\u2019avant, devrait-on pour autant prendre des suppléments ?A?n de répondre à cette question, le documentaire La vérité sur les vitamines nous emmène dans une quête haletante, en promenant l\u2019énergique animateur Bryce Sage de San Francisco jusqu\u2019au quartier général de la NASA.Drôle et curieux, Sage rencontre des chercheurs calés autant en rayons UV qu\u2019en maladies infectieuses.Que révèle tout ce beau monde ?Que le sujet est pas mal plus compliqué qu\u2019il en a l\u2019air.Néanmoins, le docu est limpide.Et le sujet est si bien amené qu\u2019on a l\u2019impression de regarder un ?lm à suspense.La vérité sur les vitamines, ICI EXPLORA, le mercredi 13 septembre à 22 h.Caméras cachées Les caméras des satellites, rivées sur la Terre, captent des manifestations parfois si intrigantes que les experts sont appelés à la rescousse pour les analyser et apaiser nos esprits.Lacs rouges, meurtres vus du ciel, trous massifs : la série Phénomènes vus de l\u2019espace renoue avec le mystère pour une deuxième saison.Si on lève les yeux au ciel à son ton, dramatique au possible, cette série se dévore comme un sac de chips au vinaigre.Phénomènes vus de l\u2019espace (saison 2) sur Canal D, le lundi, 21 h.LIRE R E G A R D E R ÉCOUTER Petite vite Saviez-vous que votre amour pour les toasts à l\u2019avocat menace la vie des papillons monarques ?Et que la science est capable de vous indiquer quel est le genre de ?lm parfait pour une première rencontre ?Le balado A Moment of Science répond en un éclair (de génie) aux questions du quotidien les plus farfelues.Idéal pour briller lors des 5 à 7.indianapublicmedia.org/ amomentofscience (en anglais).REGARDER QUÉBEC SCIENCE 48 SEPTEMBRE 2017 C ombien de fois m\u2019a-t-on posé la question: que devrions-nous faire pour réparer les torts causés aux Premières Nations, depuis 150 ans, par la société canadienne?Je réponds toujours platement que je ne sais pas; que je ne sais trop.Quand nous célébrons le 150e anniversaire de la Confédération, ne fêtons-nous pas en vérité le triste anniversaire d\u2019une des plus grandes tragédies que l\u2019on puisse imaginer dans l\u2019histoire de l\u2019Amérique du Nord : l\u2019ethnocide plani?é des premiers occupants du pays?Il est dif?cile d\u2019éradiquer un peuple et sa culture de la surface de la Terre.Multipliez par 50 : imaginez qu\u2019on tente d\u2019anéantir 50 peuples ! Voilà bien ce que le Canada a tenté de faire, de 1867 jusqu\u2019à ce jour.Duncan Campbell Scott commença sa carrière aux Affaires indiennes en 1879, sous le règne de John A.Macdonald.C\u2019était trois ans après la promulgation de l\u2019Indian Act \u2013 la Loi sur les Indiens.Devenu sous-ministre, il ?t en 1920 cette déclaration aussi claire qu\u2019incriminante à propos de la politique d\u2019assimilation de son gouvernement: «Notre objectif est de continuer jusqu\u2019à ce qu\u2019il n\u2019y ait plus un seul Indien au Canada, qui n\u2019ait pas été absorbé par la société, jusqu\u2019à ce qu\u2019il n\u2019y ait plus de question indienne ni de département des Affaires indiennes.» Malgré les informations qui lui parvenaient du terrain quant à la situation tragique dans les pensionnats autochtones \u2013 tuberculose des enfants, malnutrition, sous-?nancement chronique, mauvais traitements, abus de tous ordres \u2013, Scott n\u2019est jamais intervenu.Son laisser-faire a coûté la vie à des milliers de jeunes Indiens.Tant et aussi longtemps que nous ignorerons ces crimes, nous ne verrons pas les Premières Nations revenir avec honneur dans le giron de nos desseins politiques.Mais en attendant, ne pourrions-nous pas pro?ter des anniversaires du Canada et de Montréal pour manifester un peu de bon vouloir?Depuis des lunes, je milite pour une mise à jour de notre toponymie; il ne s\u2019agit pas de réviser pour réviser, il s\u2019agit de rétablir des équilibres, de faire acte de mémoire autant que de justice.En ce 375e de Montréal, que n\u2019avons-nous pensé à faire un peu de ménage dans les noms de nos rues?L\u2019occasion serait belle de rendre hommage aux Premières Nations en les intégrant pour de vrai et pour de bon au paysage et à la culture de cette chère Ville-Marie.Il y a bien une petite rue Pontiac au cœur du Plateau Mont-Royal.Or, c\u2019est bien peu pour un homme aussi remarquable, un brave Odawa qui s\u2019est battu contre le rouleau compresseur anglais lors des guerres de la Conquête.Nommément contre le général Amherst, personnage historique de triste mémoire, celui-là, un être abject qui a tant souhaité l\u2019éradication des Indiens \u2013 cette «race exécrable», disait-il.Lui a une rue sympathique en son honneur, en plein centre-ville; une rue qu\u2019il serait urgent de renommer.Oui, l\u2019occasion serait belle : on remplace sur les panneaux le nom d\u2019Amherst par celui de Pontiac et, mine de rien, on renverse l\u2019histoire.Les petits gestes ont parfois une grande portée.Savez-vous ce qu\u2019a bien pu faire Sherbrooke pour être tant en vue dans la toponymie québécoise?Eh bien, sir John Coape Sherbrooke était un militaire anglais qui fut gouverneur de l\u2019Amérique du Nord britannique pendant deux ans.Voilà.Avouons qu\u2019il n\u2019a pas changé la face du monde ni même marqué notre histoire.Je ne sais pas s\u2019il mérite qu\u2019on ait donné son nom à cette artère aussi importante qui traverse la ville d\u2019est en ouest, une des plus longues de Montréal.En tout cas, le toponyme n\u2019est ni émouvant ni très enlevant.Nous serions tous plus avisés, peut-être même très ?ers de marquer le coup du 375e en donnant à cette rue un nom de prestige.Imaginez les plaques à chaque coin de rue, des dizaines de coins de rue sur une trentaine de kilomètres : boulevard des Premières Nations.Dans la même veine et à titre d\u2019exemple, je mets en cause l\u2019avenue Christophe-Colomb et le boulevard Pie-IX.Que viennent faire ce tueur d\u2019Indiens et ce pape rétrograde dans une ville ayant la réputation, mondialement, d\u2019être si ouverte?Que diriez-vous plutôt d\u2019un boulevard des Algonquins et d\u2019une avenue des Iroquois ?Ces ethnonymes nous manquent cruellement, ils sont absents d\u2019un décor qui concerne pourtant ces deux peuples \u2013 premiers des premiers occupants de Montréal \u2013 au premier chef.Je propose aussi, dans un geste symbolique de réparation, une impasse des Pensionnats.Et pour extirper le mal à la racine, revoyons notre réseau souterrain.N\u2019y aurait-il pas quelques stations de métro à renommer ?Imaginez, monter à Kondiaronk, descendre à La Grande Paix.lQS Boulevard des Premières Nations Notes de terrain serge bouchard @mammouthlaineux O H A R A H A L E * Prix avant taxes ABONNEZ-VOUS À QUÉBEC SCIENCE ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE À LA PORTÉE DE TOUS Économisez jusqu\u2019à 48 % sur le prix en kiosque 3 ANS 81 $* 1 AN 36 $* 2 ANS 58 $* Abonnement papier et numérique QUÉBEC SCIENCE 50 SEPTEMBRE 2017 RÉTROVISEUR l\u2018hisToire des sciences vue Par saTurnome ? La Journée nationale Je lis la science ! dans le cadre de la Semaine de la culture scienti?que.Le Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada présente Le 20 septembre, les enseignant(e)s et/ou les bibliothécaires des écoles primaires et secondaires canadiennes sont invités à consacrer une période de la journée à des lectures scienti?ques : ?livre documentaire ?magazine de vulgarisation scienti?que ?roman de science-?ction ?biographie d\u2019un chercheur ?bande dessinée sur un thème scienti?que ?etc.Comment participer : 1) Consacrer une période de la journée à la lecture scienti?que 2) Visiter le site du concours curiummag.com/jelislascience Besoin d\u2019inspiration ?Découvrez nos suggestions de lecture sur curiummag.com/jelislascience Participez aussi à la maison ! Cinq prix d\u2019une valeur de 200 $ chacun seront tirés parmi ceux qui participeront à titre individuel.Cette journée est organisée par : À GAGNER 3 000 $ de livres et magazines Quatre prix d\u2019une valeur de 500 $ chacun seront remis aux enseignants et/ou bibliothécaires de cinq classes gagnantes tirées au hasard.La composition du prix sera déterminée en fonction du niveau scolaire des classes gagnantes : livres et magazines de science de Publications BLD, Bayard Canada, Michel Quintin, Gallimard, MultiMondes, Québec Science\u2026 Plus un bon d\u2019achat de 100 $ chez leslibraires.ca ! Comment participer : 1) Consacrer une heure de votre journée à la lecture scienti?que 2) Visiter le site du concours curiummag.com/jelislascience 3) Inscrire vos coordonnées 4) Partager votre coup de cœur et/ou une photo 3) Inscrire les informations de la classe 4) Partager vos coups de cœur et/ou une photo de la journée Un traitement anticancer reçoit le feu vert pour la phase ultime des essais cliniques.Place à l\u2019inspiration C\u2019est beau la vie "]
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