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Titre :
Québec science
Principal magazine d'information scientifique généraliste québécois. [...]

Le mensuel d'information scientifique Québec Science est publié à partir de 1970. Il est le résultat de l'acquisition par l'Université du Québec de la revue Jeune scientifique, qui était publiée par l'Acfas. C'est Jocelyne Dugas, auparavant responsable de la revue Techniques, publiée par le ministère de l'Éducation, qui préside à cette mutation.

Québec Science opte pour une formule plus journalistique que pédagogique. La revue sera un terreau de développement de la profession de journaliste scientifique. Michel Boudoux, Yannick Villedieu, Christian Coutlée, Daniel Choquette, Solange Lapierre-Czerniecki, Pierre Sormany, Michel Gauquelin, Madeleine Harbour, Fabien Gruhier, Lise Laberge, Gilles Provost, Gilles Paquette, François Picard y participent.

La revue vise à intéresser les jeunes à la science et aux carrières scientifiques en leur offrant une information scientifique à jour présentée par des articles rigoureux et approfondis. Un accent est mis sur l'attractivité visuelle; une première couverture signée par le graphiste Jean-Pierre Langlois apparaît ainsi en septembre 1973. Pierre Parent et Richard Hodgson poursuivront le travail de ce dernier. Diane Dontigny, Benoit Drolet et André Delisle se joignent à l'équipe au milieu des années 1970, alors que Jean-Pierre Rogel en dirige la rédaction à partir de l'automne 1978.

Les premières années sont celles de l'apprentissage du journalisme scientifique, de la recherche de l'équilibre entre la vulgarisation, ou plutôt la communication, et la rigueur scientifique. Les journalistes adoptent styles et perspectives propres à leur métier, ce qui leur permet de proposer une critique, souvent liée à l'écologie ou à la santé. Plus avant dans les années 1970, le magazine connaît un grand succès, dont témoignent l'augmentation de ses ventes et la résonance de ses dossiers.

Québec Science passe sous la responsabilité des Presses de l'Université du Québec en 1979. La revue est alors prospère; en 1980, le magazine est vendu à plus de 25 000 exemplaires, dont 20 000 par abonnement. Les années 1980 sont plus difficiles à cause de la crise économique. Luc Chartrand pratique le journalisme d'enquête pour la revue, dont l'équipe de rédacteurs se renouvelle. On assiste ainsi à l'arrivée de Gilles Drouin, Bernard Giansetto, Claude Forand, Louise Desautels, François Goulet et Vonik Tanneau. Québec Science produit des articles sur les sujets de l'heure : pluies acides, sida, biotechnologies.

Au tournant des années 1990, le magazine fait davantage appel à des collaborateurs externes - journalistes, professeurs et scientifiques. Le cégep de Jonquière devient l'éditeur de la revue. Il en gardera la charge jusqu'au transfert de Québec Science à Vélo Québec en 2008.

Au moment de l'arrivée, en 1994, du rédacteur en chef actuel, Raymond Lemieux, le magazine est encore en difficulté financière. Il connaîtra cependant une relance, fort de la visibilité engendrée par la publication, depuis février 1993, d'un numéro spécial sur les découvertes scientifiques de l'année au Québec. Québec Science devient le premier média québécois à se trouver sur Internet, ce qui lui offre un rayonnement international. Le magazine surfe sur cette vague, avec davantage de contenus et de grands reportages qui franchissent les frontières du Québec; il obtient un soutien accru du gouvernement québécois, ce qui lui permet de recomposer une équipe de journalistes : Catherine Dubé, Vincent Sicotte, Marie-Pierre Élie, Joël Leblanc viennent travailler pour la revue.

Québec science profite ensuite de l'engouement pour les avancées technologiques et s'attire de nombreux collaborateurs qui maintiennent le dynamisme de la revue.

Source :

LEMIEUX, Raymond, Il était une fois¿ Québec Science - Cinquante ans d'information scientifique au Québec, Québec / Montréal, MultiMondes / Québec Science, 2012, 165 p.

Éditeurs :
  • Québec :Les Presses de l'Université du Québec,1970-,
  • Montréal :Vélo Québec éditions inc.
Contenu spécifique :
Juillet-Août 2018, Vol. 57, No. 1
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseur :
  • Jeune scientifique
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Références

Québec science, 2018, Collections de BAnQ.

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[" QUEBEC SCIENCE JUILLET-AOÛT 2018 JUILLET-AOÛT 2018 6 , 9 5 $ MESSAGERIES DYNAMIQUES 10682 P P 0 6 5 3 8 7 + POUR OU CONTRE LES ZOOS .LA SAGA FAMILIALE DES INSECTES FEUILLES .LA BAIE-JAMES BRÛLERA-T-ELLE?mystères CES Avant le big bang Migrations animales Allergie à l\u2019eau Ovnis Géoglyphes Intrication quantique \u2026 et plus encore FAUX TABLEAUX?DES LABOS ENQUÊTENT > QUI NARGUENT LA SCIENCE CouvQS juillet-aou?t 2018OK.indd 1 2018-06-12 11:31 AM PRODUCTRICE PARTENAIRES VISITEZ L\u2019EXPOSITION GRATUITE au Planétarium Rio Tinto Alcan du 19 juin 2018 au 27 janvier 2019 espacepourlavie.ca ET VOTEZ pour le prix du public Découverte jusqu\u2019au 16 septembre 2018 ici.radio-canada.ca/decouverte acfas.ca 4 Éditorial Par Marie Lambert-Chan | 5 Mots croisés | 9 Polémique Par Jean-François Cliche 11 Technopop Par Catherine Mathys | 12 Je doute donc je suis Par Normand Baillargeon 56 Culture Par Émilie Folie-Boivin | 58 Rétroviseur Par Saturnome SUR LE VIF 6 UN POISSON QUI VOUS VEUT DU BIEN Manipulable à l\u2019envi, le poisson-zèbre offre son corps sans retenue à la science.8 LES SINGES TRAUMATISÉS DE PORTO RICO L\u2019ouragan Maria aurait laissé des traces dans les cellules des macaques rhésus.10 DESTINATION SOLEIL La sonde Parker s\u2019approchera du Soleil comme aucun autre objet auparavant.11 DES LUNETTES INTELLIGENTES POUR DALTONIENS La réalité augmentée pourrait permettre aux daltoniens d\u2019en?n percevoir ce qui leur échappe.14 CES MÉTAUX QUI RÉVOLUTIONNENT LA GÉOPOLITIQUE Les métaux rares sont si convoités que des nations sont prêtes à se battre pour eux.55 L\u2019INNOVATION AU SERVICE DU BIEN COMMUN On associe l\u2019innovation aux avancées technologiques.Si elle était plutôt sociale ?CES MYSTÈRES QUI NARGUENT LA SCIENCE Les ovnis, le suaire de Turin, la planète 9, l\u2019«avant» big bang, la migration des animaux: autant de phénomènes qui confondent toujours les scienti?ques.Découvrez-en plusieurs autres dans notre grand dossier estival.Par Marine Corniou, Mélissa Guillemette et Etienne Masse SOMMAIRE MAGAZINE QUÉBEC SCIENCE JUILLET-AOÛT 2018 17 42 48 38 14 P A G E C O U V E R T U R E : A M É L I E B A R N A T H A N Un amateur de cryptographie sommeille en vous ?Rendez-vous page 27 pour décoder une combinaison réputée indéchiffrable.Y parviendrez-vous?REPORTAGES 30 La Baie-James brûlera-t-elle ?Chaque année, dans le monde, les feux réduisent en cendres plus de 400 millions d\u2019hectares de forêt.La Baie-James serait la région la plus à risque au Québec.36 Le feu, source de vie Depuis 35 ans, Parcs Canada brûle à dessein des milliers d\u2019hectares de forêt.Le but : maintenir la biodiversité et l\u2019intégrité des écosystèmes.38 Bon zoo, bad zoo Laboratoires vivants ou sites purement touristiques ?Outils de conservation ou lieux de misère animale ?Les zoos alimentent encore les débats.42 La saga familiale des insectes feuilles Une poignée de passionnés, voire d\u2019obstinés, s\u2019est donné pour mission d\u2019étudier ces bestioles toujours méconnues de la science.48 Art: quand la science mène l\u2019enquête Dans le petit monde de l\u2019authenti?cation des œuvres d\u2019art, la science peine à faire sa place. QUÉBEC SCIENCE 4 JUILLET - AOÛT 2018 C onnaissez-vous la « scienceploitation » ?Inventé par le chercheur albertain Timo thy Cau?eld, ce mot-valise désigne une pratique qui consiste à utiliser une idée scienti?que populaire comme un miroir aux alouettes.Cela permet de commercialiser des produits et des thérapies discutables auprès d\u2019un public vulnérable.Les cellules souches en sont un bon exemple; elles constituent le cheval de bataille actuel de M.Cau?eld.Sur le Web, des centaines de compagnies vendent toutes sortes de traitements à base de cellules souches pour soigner à peu près tout, depuis la maladie d\u2019Alzheimer jusqu\u2019à l\u2019autisme, en passant par la dysfonction érectile et les rides.En réalité, bien qu\u2019on leur attribue mille vertus, les cellules souches n\u2019ont livré que peu de résultats probants pour le moment.Des patients désespérés se raccrochent pourtant aux promesses de cliniques louches où leur sont administrées des injections qui, dans certains cas, se sont révélées mortelles.L\u2019exploitation de la science à des fins pécuniaires est abjecte et cruelle.Naturellement, les critiques accuseront les charlatans qui abusent de la naïveté des consommateurs.Ce serait toutefois oublier la part de responsabilité de plusieurs acteurs dans ce phénomène qui n\u2019est que l\u2019aboutissement des effets de mode dont le monde de la recherche est souvent victime.Qu\u2019il s\u2019agisse des journaux savants, des universités, des gouvernements, des organismes subventionnaires, des médias ou des chercheurs eux-mêmes, tous s\u2019accrochent aux sujets de l\u2019heure pour obtenir de la visibilité, de la reconnaissance ou de l\u2019argent.Cette manière de faire n\u2019est guère nouvelle.Déjà, en 1925, un certain docteur Robert Hutchison écrivait sur les « modes et les lubies en médecine », dans le Journal de l\u2019Association médicale canadienne : « Une fois que [les lubies] ont commencé, cependant, on peut voir comment [elles] continuent.Le facteur principal est l\u2019instinct de troupeau, le désir d\u2019être dans le coup, d\u2019être \u201cà jour\u201d.De plus, la demande du public pour un traitement qui est devenu à la mode, aide à [les] maintenir en vie.» Ainsi, par le passé, des opportunistes ont pro- ?té des découvertes faites dans les domaines du magnétisme, de l\u2019électricité et de la radioactivité pour en tirer les thérapies les plus loufoques.Aujourd\u2019hui, ce sont les cellules souches, l\u2019édition génétique et le microbiome intestinal qui en?amment l\u2019imagination du public au point de provoquer des exagérations et des dérapages.Bien sûr, il se trouve toujours des individus qui ne se laissent pas in?uencer par les tendances.Des chercheurs qui refusent de surfer sur la vague et poursuivent leur petit bonhomme de chemin, conscients que la science progresse à un rythme très lent et que les « coups de circuit » sont exceptionnels.Des responsables gouvernementaux qui comprennent l\u2019importance d\u2019investir dans des domaines fondamentaux plus obscurs.Des responsables de relations de presse universitaires qui résistent aux superlatifs dans leurs communiqués et qui tâchent de promouvoir des sujets de recherche moins « populaires », mais qui restent fort intéressants.Des journalistes qui jouent de prudence lorsqu\u2019ils écrivent sur des percées « révolutionnaires ».Mais l\u2019histoire montre que cette circonspection est loin d\u2019être la norme.Chaque fois que, collectivement, nous cédons aux effets de mode \u2013 et à l\u2019en?ure verbale \u2013 nous risquons d\u2019entacher la crédibilité de la science, si les résultats ne sont pas au rendez-vous.Pourrions-nous apprendre des erreurs du passé et lutter contre « l\u2019instinct de troupeau » ?Défaire de tels ré?exes sera dif?cile, mais pas impossible.Cela ne signi?e pas pour autant qu\u2019il faille succomber au cynisme.La science, après tout, a besoin de rêveurs et d\u2019optimistes pour s\u2019épanouir.Continuons donc à souligner les avancées et les découvertes prometteuses, mais évitons l\u2019esbroufe et la surenchère.L\u2019évolution de la connaissance scienti?que est fascinante en soi, même sans promesses à la clé.lQS Victimes de la mode En science comme ailleurs, succombons-nous trop facilement aux tendances ?Chaque fois que, collectivement, nous cédons aux effets de mode, nous risquons d\u2019entacher la crédibilité de la science.Éditorial MARIE LAMBERT-CHAN @MLambertChan HOMMAGE À SERGE BOUCHARD Dans notre numéro de juin 2018, nous publiions la dernière chronique de Serge Bouchard qui, après 14 ans de service auprès de notre magazine, dépose sa plume.Plusieurs lecteurs ont tenu à le remercier.= = = « Que de bons moments d\u2019éducation, d\u2019instruction, de respect, de curiosité, de voyages et de reconnaissance vous avez partagés avec nous pendant toutes ces années ! Merci.« Désormais, je devrai choisir de lire en premier une page autre que la vôtre dans cette excellente revue qui active nos neurones [\u2026].« Avec tout le respect que je vous dois, lorsque vous relirez la dernière phrase de votre dernière chronique, lorsque vous contemplerez votre plume, vous n\u2019aurez d\u2019autre choix que de partager avec nous bien d\u2019autres souvenirs et aventures que vous seul savez rendre vivants.» \u2014 Yves Bessette « Je vous ai connu grâce à un collègue.Il m\u2019a suggéré de lire C\u2019était au temps des mammouths laineux.Depuis ce premier livre, je me suis appliquée à prendre connaissance de tous vos écrits.Je me suis reproché longtemps de ne pas avoir été attentive à vos publications.En famille, nous prenons plaisir à discuter de vos livres ou de vos articles.Je ne souhaite pas que vous disparaissiez de nos vies.Vous êtes le lien qui nous unit avec notre histoire si souvent oubliée.Vous savez nous faire vivre le passé d\u2019une façon peu orthodoxe et vivante.M.Bouchard, en mon nom et en celui de mes enfants et petits-enfants, restez avec nous ! » \u2014 Francine Lorange « Je suis triste d\u2019apprendre que vous ne \u201cm\u2019écrirez plus\u201d dans Québec Science.J\u2019ai l\u2019impression de vous lire depuis toujours dans ce magazine et dans les bouquins, que vous avez écrits seul ou avec votre complice Bernard Arcand.Vous m\u2019avez fait voyager sur les routes de \u201cnotre Nord\u201d.[\u2026] Merci pour votre intégrité, votre franchise, votre originalité et votre sagesse.Bon repos, prenez soin de vous et des vôtres ! » \u2014 Denis Veilleux « Merci d\u2019avoir permis à M.Bou- chard de nous faire rêver et ré?échir.Veuillez lui faire savoir que le plus beau voyage qu\u2019il peut partager est celui qui couvre le territoire in?ni situé entre ses deux oreilles.» \u2014 Sylvain Marcotte.« Ce que j\u2019aime de Québec Science, c\u2019est ce souci de nous faire connaître tous ceux et celles qui œuvrent en science, sans faire les manchettes, humblement; ceux qui se lèvent tous les jours pour faire ce travail essentiel.[\u2026] Ces illustres inconnus, Serge Bouchard nous en a fait découvrir plusieurs.Merci à ce voyageur des chemins de traverse, qui aimait marcher en dehors des sentiers battus, et nous menait vers de belles découvertes.» \u2014 Monique Dumont Mots croisés JUILLET-AOÛT 2018 VOLUME 57, NUMÉRO 1 Rédactrice en chef Marie Lambert-Chan Reporters Marine Corniou, Mélissa Guillemette, Reporter web et médias sociaux Annie Labrecque Collaborateurs Normand Baillargeon, Maxime Bilodeau, Sarah R.Champagne, Jean-François Cliche, Jocelyn Coulon, Émilie Folie-Boivin, Samuel Lamoureux, Martine Letarte, Etienne Masse, Catherine Mathys, Alexis Riopel, Guillaume Roy, Saturnome Correcteur-réviseur Luc Asselin Directeur artistique François Émond Photographes/illustrateurs Amélie Barnathan, DHP Matane, Jean- François Hamelin, Nicole-Aline Legault, Jacques Nadeau, Vigg Éditrice Suzanne Lareau Coordonnatrice des opérations Michèle Daoust Comptabilité Mimi Bensaid Chargée de projets, communications marketing Lynda Moras Attachée de presse Stéphanie Couillard Vice-présidente marketing et service à la clientèle Josée Monette Publicité Claudine Mailloux 450 929-1921 514 909-4601 cmailloux@velo.qc.ca Chantal Verdon 418 559-2162 514 521-8356 poste 402 cverdon@velo.qc.ca Impression Transcontinental Interweb Distribution Messageries Dynamiques Parution: 28 juin 2018 (547e numéro) Québec Science est publié par Vélo Québec Éditions.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec, Bibliothèque nationale du Canada: ISSN-0021-6127 Envoi Poste-Publications Convention no 40065387.© Copyright 2018 \u2013 La Revue Québec Science.Tous droits de reproduction, de traduction et d\u2019adaptation réservés.Indexé dans Québec Science reçoit l\u2019aide ?nancière du ministère de l\u2019Économie, de la Science et de l'Innovation du Québec.Nous reconnaissons l\u2019appui ?nancier du gouvernement du Canada.Le magazine Québec Science est imprimé sur du papier certi?é FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et d\u2019autres sources responsables.C M C A A U D I T E D Écrivez-nous courrier@quebecscience.qc.ca 1251, Rachel Est, Montréal (Qc) H2J 2J9 Suivez-nous www.quebecscience.qc.ca Abonnez-vous www.quebecscience.qc.ca/ abonnez-vous 514-521-8356 poste 504 1-800-567-8356 poste 504 Un changement d\u2019adresse : changementqs@velo.qc.ca QUÉBEC SCIENCE 5 JUILLET - AOÛT 2018 NOS JOURNALISTES SE DÉMARQUENT Le journaliste Guillaume Roy a décroché une médaille d\u2019argent à la 41e édition des Prix du magazine canadien, dans la catégorie « Journalisme personnel », pour son article « À vous glacer le sang », publié dans le numéro de janvier-février 2017 de Québec Science.Dans ce récit percutant sur l\u2019hypothermie, notre collaborateur décrit les heures ayant suivi l\u2019avalanche qui a enseveli un ami avec qui il skiait dans le massif des Chic-Chocs.Notre reporter Marine Corniou et notre collaborateur Joël Leblanc étaient également en lice; la première dans la catégorie « Meilleur article de fond » pour son reportage « Les abysses, nouvel eldorado », et le second dans la catégorie « Meilleur article court » pour son papier « Au septième ciel avec mon robot ».Bravo à tous ! QUÉBEC SCIENCE 6 JUILLET - AOÛT 2018 I l ne fait que 4 cm de long, mais il porte sur ses « épaules » de poisson une grande responsabilité : celle d\u2019aider à guérir, peut-être un jour, le cancer, le diabète et même la dépendance aux drogues.Danio rerio, ou poisson-zèbre, est devenu au cours des 20 dernières années une star des laboratoires.Plus de 1 200 équipes de recherche du monde entier sont aujourd\u2019hui inscrites à la base de données Zebra?sh Information Network, contre 190 en 1998.Pourquoi un tel engouement ?C\u2019est simple : facile à élever et même réputé « increvable », le poisson-zèbre ne prend pas de place, se reproduit abondamment (la femelle pond 200 à 300 œufs par semaine !) et coûte au ?nal moins de 1 % du prix d\u2019une souris.S\u2019il a été introduit dans le monde de la recherche dès 1970, ce poisson d\u2019eau douce originaire d\u2019Inde, habitué des animaleries, a conquis les labos dans les années 2000, grâce à l\u2019essor de la génétique.« On peut réaliser un grand nombre de tests sur les œufs et avoir les résultats 48 heures après, quand ils éclosent », explique Pierre Drapeau, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en neurosciences à l\u2019Université de Montréal.Il a été l\u2019un des premiers à utiliser des poissons-zèbres pour l\u2019étude du système nerveux et a, dans sa « collection », pas moins de 70 lignées génétiques différentes.Ainsi, avant même de devenir adulte, le poisson-zèbre est sous les projecteurs.Les embryons, qui grandissent hors de la mère et sont entièrement transparents, offrent une possibilité unique d\u2019observer, en direct, toutes les étapes du développement.Moyennant quelques manipulations génétiques, on peut rendre lumineux leurs vaisseaux sanguins ou leurs neurones, UN POISSON QUI VOUS VEUT Manipulable à l\u2019envi, le poisson-zèbre offre son corps sans retenue à la science e Par Marine Corniou 1 2 3 Le cabinet des curiosités colorer certaines de leurs cellules différemment, et suivre l\u2019évolution du cerveau, du cœur ou de l\u2019œil.Et ce n\u2019est pas tout.« Le poisson-zèbre a la capacité spectaculaire de régénérer ses tissus cardiaques ou même sa moelle épinière », explique Ken Poss, spécialiste de la régénération des tissus à la Duke University, en Caroline du Nord.Magique, ce Dario rerio ?Probablement pas, mais il est assurément très utile.En 2013, son génome a été publié, révélant une surprise : 80 % des gènes qui causent des maladies chez l\u2019humain ont un équivalent chez le poisson-zèbre.À tel point que l\u2019on dispose aujourd\u2019hui de poissons modèles pour des pathologies variées, depuis la fente palatine jusqu\u2019au cancer de la peau, en passant par les maladies intestinales, génétiques, immunitaires ou même neuropsychiatriques.De son côté, Pierre Drapeau met à profit ses aquariums pour étudier la sclérose latérale amyotrophique, une maladie neurodégénérative.« En 2017, on a trouvé un médicament qui prévient la paralysie chez le poisson, et un essai clinique national chez l\u2019humain est déjà en cours », dit-il.C\u2019est aussi ce que fait Fabrice Berrue, à Halifax, sur les 2 400 occupants de l\u2019installation de recherche sur le poisson-zèbre du Conseil national de recherches du Canada.« On fait du criblage à haut débit sur les œufs pour évaluer l\u2019ef?cacité et la toxicité de produits de santé naturels, notamment pour Santé Canada », explique-t-il.La ?opée d\u2019œufs pondue par le poisson-zèbre permet en effet de tester rapidement des centaines de molécules et d\u2019identi?er plus vite les traitements prometteurs.On vous le dit, il n\u2019a pas ?ni de séduire les chercheurs.lQS T DU BIEN QUÉBEC SCIENCE 7 JUILLET - AOÛT 2018 science et promet des avancées dans tous les domaines de la médecine.1 Chez ce poisson transgénique, les vaisseaux sanguins apparaissent en rouge et les vaisseaux lymphatiques en vert.Ce modèle a permis de découvrir, en 2017, un nouveau type de cellules jouant un rôle dans la formation de la barrière hémato-encéphalique qui protège le cerveau.2 Facile à élever, le poisson- zèbre prend peu de place et les femelles pondent 200 à 300 œufs par semaine.3 Les embryons étant transparents, ils sont des vitrines idéales pour observer la formation d\u2019organes complexes comme l\u2019œil.Ici, des protéines ?uorescentes font ressortir les différents types de cellules qui composent la rétine.4 À peine 22 heures après la fécondation, l\u2019embryon commence déjà à prendre forme.Les points colorés correspondent aux noyaux des cellules, et leur teinte varie selon la profondeur de la cellule au sein de l\u2019embryon.5 Ken Poss, de la Duke University, a créé un poisson dans lequel chaque cellule exprime aléatoirement une combinaison de protéines rouges, vertes et bleues.Sur les 5000 teintes possibles, environ 70 se distinguent au microscope, chaque cellule ayant ainsi son propre «code-barre» coloré.De quoi les pister individuellement lors de la cicatrisation de plaies.Ici, une écaille couverte de ces cellules arc-en-ciel.1 .D A N I E L C A S T R A N O V A 2 .U N I V E R S I T Y C O L L E G E L O N D O N 3 .U C L , 4 - K E L L E R - H U G H E S , M E D I C A L I N S T I T U T E / 5 C H E N - H U I C H E N - K E N N E T H P O S S , D U K E U N I V E R S I T Y 4 5 QUÉBEC SCIENCE 8 JUILLET - AOÛT 2018 À la mi-septembre 2017, l \u2019ouragan Maria a frappé durement Porto Rico.Aucun bout de terre n\u2019a été épargné.Surtout pas la toute petite île de Cayo Santiago qui abrite une importante communauté de macaques rhésus.« Je ne croyais pas qu\u2019ils y survivraient », se remémore Noah Sny- der-Mackler qui les étudie depuis cinq ans.Par chance, ce chercheur n\u2019était pas là-bas au moment du cataclysme, mais le laboratoire où il travaille sur place, lui, n\u2019a pas survécu, emporté par des vents de plus de 250 km/h \u2013 tout comme une vaste portion de la végétation où les singes se réfugient et se nourrissent.« J\u2019aurais voulu avoir des caméras pour savoir comment la plupart ont survécu sans abri », dit le professeur au département de psychologie de l\u2019université de Washington.Bien qu\u2019il n\u2019ait pu documenter le phénomène au lendemain de l\u2019ouragan, Noah Snyder-Mackler compte bien en mesurer les effets directement dans les gènes des quelque 1 500 primates qui peuplent l\u2019île.En effet, du point de vue moléculaire, il y aura un « avant » Maria et un « après ».« Nous pourrons étudier la réponse physiologique des singes à cet épisode de stress intense », indique le scienti?que.Ce qui, à terme, pourrait avoir du bon, tant pour les singes que pour les humains.« Nous partageons 95 % de nos gènes avec ces animaux », rappelle-t-il.En comparant des échantillons prélevés sur les singes en 2014, en 2016 et, après l\u2019ouragan, en 2018, le « SMack Lab », basé à Seattle et dirigé par le jeune homme, espère mieux comprendre les interactions entre le stress et l\u2019expression des gènes.Car si l\u2019ADN est immuable, le niveau d\u2019activité des gènes, lui, est in?uencé par l\u2019environnement, sous l\u2019effet des mécanismes dits « épigénétiques ».Les chercheurs vont d\u2019abord déterminer si certains gènes ont été davantage « activés » après la catastrophe, particulièrement les gènes in?ammatoires.« L\u2019in?ammation sert bien sûr à se débarrasser des pathogènes.Mais si ces gènes sont trop actifs, il peut y avoir des dommages collatéraux, puisque les cellules se mettent à attaquer indistinctement des cibles.Les maladies auto-immunes sont, par exemple, des maladies d\u2019in?ammation », décrit-il.L\u2019équipe du SMack Lab voudra également évaluer si le stress a accéléré le vieillissement des macaques; Noah Sny- der-Mackler prévoit que ce sera le cas.Pour y parvenir, les chercheurs auront recours à la méthylation de l\u2019ADN, un processus épigénétique qui affecte l\u2019expression des gènes et qui peut déterminer assez préci- Les singes traumatisés de Porto Rico Des chercheurs traquent l\u2019onde de choc de l\u2019ouragan Maria jusque dans les cellules de macaques rhésus qui en ont subi les effets.Par Sarah R.Champagne SUR LE VIF B O N N A U R E / C E N T R E C A R I B É E N D E R E C H E R C H E S U R L E S P R I M A T E S En 1938, le primatologue Clarence R.Carpenter a débarqué sur l\u2019île de Cayo Santiago, située à moins de 1 km à l\u2019est de Porto Rico, pour y introduire une population de 406 spécimens de macaques rhésus, en provenance de l\u2019Inde.Quatre-vingts ans plus tard, ce sont environ 1 500 macaques qui y vivent en liberté.La colonie, dont prend soin le Centre caribéen de recherche sur les primates, est parmi les plus étudiées du monde. QUÉBEC SCIENCE 9 JUILLET - AOÛT 2018 w I l y a toutes sortes de bonnes raisons pour vouloir réduire les quantités de pesticides dont on arrose nos champs.Par exemple, dans plusieurs rivières du sud du Québec, les concentrations de néonicotinoïdes dépassent constamment les normes acceptables pour la vie aquatique.On soupçonne certains d\u2019entre eux d\u2019être en partie responsables du déclin catastrophique de certaines espèces d\u2019oiseaux comme l\u2019hirondelle rustique.De manière générale, ce sont des produits chimiques qui ont tous une toxicité plus ou moins grande, selon le cas, pour l\u2019humain et pour l\u2019environnement, et la règle générale devrait être d\u2019en utiliser le moins possible.Bref, des raisons, on en trouve à la pelle.Alors pourquoi l\u2019Environmental Working Group (EWG), une organisation écologiste américaine, s\u2019obstine-t-elle à sortir chaque année sa liste des « 12 salopards » (dirty dozen, en anglais) qui prétend identi?er les fruits et légumes les plus contaminés par les pesticides et les plus « dangereux » à consommer ?La façon dont l\u2019EWG s\u2019y prend relève du pur marketing, au point de faire lever les yeux au ciel de bien des scien- ti?ques.Et cette année ne fait pas exception.Dans sa dernière version, la liste des 12 salopards identi?e les fraises comme étant les « pires » parce qu\u2019on y trouve des traces d\u2019un grand nombre de pesticides différents.« Plus du tiers des échantillons de fraises [\u2026] contenaient des résidus d\u2019au moins 10 pesticides ou produits de dégradation », lit-on dans le communiqué de presse de l\u2019EWG.Or il y a quelque chose d\u2019un peu absurde à procéder de cette manière, puisque le nombre de pesticides qu\u2019on trouve sur un fruit ne renseigne en rien sur les dangers (allégués) liés à sa consommation.Cela peut simplement indiquer que la fraise ou les épinards sont, pour une raison ou pour une autre, exposés à une plus grande variété d\u2019insectes, de maladies et de mauvaises herbes que d\u2019autres cultures.Du point de vue des risques pour la santé, c\u2019est plutôt la concentration sur les fruits qu\u2019il faut prendre en compte.Mais l\u2019EWG l\u2019a presque complètement exclue.Et ce n\u2019est pas parce que l\u2019information n\u2019existe pas.L\u2019EWG ne procède pas lui-même à l\u2019échantillonnage, mais reprend les chiffres du Programme de données sur les pesticides du gouvernement américain.Comme ces renseignements sont disponibles sur le Web, je suis allé voir quelles concentrations ont été mesurées sur les fraises.Au total, sur 530 échantillons de fraises, seulement 3 dépassaient les normes de l\u2019EPA, le ministère américain de l\u2019Environnement, pour un pesticide (et un seul).Et encore, aucun par de fortes marges, selon les critères en vigueur.Dans l\u2019ensemble, presque tous les échantillons de fraises (98 %) contenaient effectivement des résidus de pesticides, mais les traces détectées étaient 25 fois inférieures aux normes.Pis, en 2011, dans le Journal of Toxicology, deux chercheurs de l\u2019université de Californie à Davis ont analysé les listes de l\u2019EWG de 2004 à 2008.Ils ont retenu les 10 pesticides les plus présents sur chacun des 12 salopards, puis ont estimé les doses de pesticides ingérées; soit, grosso modo, les concentrations moyennes retrouvées multipliées par les quantités consommées.Au ?nal, sur 120 estimations, 113 étaient en dessous de 0,1 % (!) des doses maximales recommandées, et aucune ne dépassait 2 %.Bref, cette liste de « salopards » a toutes les allures d\u2019une campagne de peur qui ne repose pas sur grand- chose.Il y a toutes sortes de bonnes raisons de vouloir réduire les quantités de pesticides dont on arrose nos champs, disais-je.Il me semble qu\u2019on n\u2019a pas besoin d\u2019en inventer.lQS Pour en ?nir avec les « 12 salopards » Polémique JEAN-FRANÇOIS CLICHE @clicjf sément l\u2019âge biologique des humains, ou d\u2019un macaque dans ce cas-ci.Les résultats seront comparés à l\u2019âge chronologique des singes, une information consignée dans la base de données des chercheurs.La mesure du vieillissement se fera aussi à l\u2019aide des données génomiques, disponibles pour environ 500 individus, qui seront comparées entre elles et à celles d\u2019autres congénères.S\u2019il y a des variations entre les individus, comment les expliquer ?« Est-ce que les singes qui avaient des relations plus fortes, ou des relations plus nombreuses seront mieux protégés des effets du stress ?Seront-ils plus résilients ?» se demande Noah Snyder-Mackler qui n\u2019a, pour l\u2019instant, pas de réponse.En parallèle, ce sera l\u2019occasion de poursuivre ses travaux sur le statut social qui semble in?uencer la réponse immunitaire des macaques.Cette dernière se révèle plus forte chez les individus dominés, ce qui peut affecter leur santé.Il travaille sur le sujet avec Luis Barreiro, professeur au département de pédiatrie de l\u2019Université de Montréal, et un article scienti?que de 2017 leur a valu une nomination dans le dernier palmarès des découvertes de l\u2019année de Québec Science.Les recherches du SMack Lab à la suite de l\u2019ouragan Maria rappellent celles de chercheurs québécois, qui concernaient toutefois les humains.Le Projet Verglas a mesuré l\u2019effet du stress, vécu par les femmes enceintes durant la crise de 1998, sur les enfants nés dans les mois qui ont suivi.Leur conclusion : les enfants des mères qui ont subi le plus de stress, une plus longue panne de courant par exemple, « ont développé davantage de problèmes, notamment des taux plus élevés d\u2019autisme, des enjeux de métabolisme et de l\u2019obésité », dit Moshe Szyf, spécialiste de l\u2019épigénétique et professeur de pharmacologie à l\u2019Université McGill, qui a participé au projet.« L\u2019exposition au stress et le statut social sont parmi les meilleurs indicateurs pour évaluer l\u2019espérance de vie, autant chez les humains que les animaux », poursuit M.Szyf.Il estime donc lui aussi probable que les singes de Porto Rico portent les stigmates de l\u2019ouragan.Pour Noah Snyder-Mackler, cette génération de macaques « devra certainement démontrer beaucoup de résilience », à l\u2019image des habitants de Porto Rico qui, des mois après Maria, luttent encore pour retrouver un semblant de normalité.lQS À dos de fusée, la sonde solaire Parker amorcera cet été la mission qui la mènera plus près du Soleil qu\u2019aucun autre objet auparavant.Le lancement, depuis le centre spatial Kennedy, en Floride, est prévu entre le 31 juillet et le 19 août.Cette mission devrait permettre de comprendre comment l\u2019énergie circule dans la couronne, et pourquoi cette partie de l\u2019atmosphère solaire est 300 fois plus chaude que la surface de l\u2019étoile.Afin de s\u2019approcher à 6 millions de kilomètres du Soleil (qui se trouve, rap- pelons-le, à 150 millions de kilomètres de la Terre), Parker pro?tera de l\u2019attraction gravitationnelle de Vénus pour modi?er sa trajectoire.« À sept reprises, la sonde passera tout près de Vénus.Lors de chaque passage, elle se rapprochera un peu plus du Soleil », explique Nour Raoua?, responsable scienti?que adjoint du projet au Applied Physics Laboratory de l\u2019université Johns Hopkins, le laboratoire mandaté par la NASA pour réaliser la mission.En tout, le satellite plongera à 24 reprises à l\u2019intérieur de la couronne et, quand il frôlera le Soleil à 700 000 km/h, il sera l\u2019objet le plus rapide jamais construit par l\u2019humain.Sans surprise, le principal dé?technique de la mission sera d\u2019affronter la chaleur extrême du Soleil.« Le bouclier thermique de la sonde est une véritable œuvre d\u2019art ! » se félicite Nour Raoua?.D\u2019une épaisseur de 11 cm, le bouclier de carbone et de céramique est conçu pour résister à des températures de 1 400 °C.Derrière lui, l\u2019appareillage sera maintenu à 30 °C.La sonde spatiale Parker dispose d\u2019instruments qui mesureront le champ magnétique, le champ électrique, ainsi que la densité du gaz de particules chargées, appelé plasma, qui constitue la couronne.Le petit satellite (685 kg; 3 m de long) sera également muni d\u2019un imageur qui prendra des clichés.COURONNE DE FEU La couronne, atmosphère externe de l\u2019étoile, est le siège d\u2019un ?ux de plasma appelé vent solaire qui peut atteindre une vitesse de plus de 2 millions de kilo- mètres-heure.Éjecté vers la Terre, c\u2019est ce ?ux qui nous offre à l\u2019occasion de belles aurores boréales.La théorie du vent solaire a été développée dans les années 1950 par Eugene Parker qui donne aujourd\u2019hui son nom au satellite.« Grâce à cette théorie, et en considérant la température très élevée de la couronne, on comprend aujourd\u2019hui assez bien l\u2019accélération du vent solaire, commente Paul Charbonneau, professeur à l\u2019Université de Montréal spécialisé dans la physique solaire.Mais ce qu\u2019on ne comprend pas, c\u2019est pourquoi la température atteint 1,5 million de degrés Celsius à certains endroits dans la couronne, alors que la surface du Soleil n\u2019est qu\u2019à 5 500 °C.» Le constat est en effet contre-intuitif : on s\u2019attend à ce que la température décroisse quand on s\u2019éloigne de la source de chaleur.« Une façon d\u2019expliquer ce processus pourrait être le champ magnétique du Soleil, explique Paul Charbonneau.Ce champ s\u2019étend assez loin, à quelques rayons solaires de distance.Il pourrait canaliser l\u2019énergie mécanique libérée par la convection à l\u2019intérieur de l\u2019astre, sous la forme d\u2019ondes dans le plasma, vers la couronne.» Ces ondes transféreraient ensuite leur énergie au vent solaire a?n de lui donner son souf?e immense.« Toutefois, il n\u2019y a pas de consensus là-dessus », tempère M.Charbonneau.Un point sur lequel Parker pourrait bien faire la lumière\u2026 La sonde devrait effectuer son premier passage au-dessus du Soleil en novembre de cette année, avant de repartir vers Vénus pour raccourcir son orbite un peu plus.La mission durera sept ans, après quoi on ne sait pas ce qui adviendra du satellite.Il pourrait continuer à tourner autour du Soleil, comme les sondes Helios lancées dans les années 1970, qui ne transmettent plus de données depuis au moins 30 ans.lQS Destination Soleil La sonde solaire Parker, le dernier jouet de la NASA, s\u2019envolera cet été pour le summum des destinations soleil : l\u2019astre lui-même.Par Alexis Riopel SUR LE VIF QUÉBEC SCIENCE 10 JUILLET - AOÛT 2018 N A S A / J O H N S H O P K I N S A P L / S T E V E G R I B B E N Voici à quoi ressemblera la sonde solaire Parker lorsqu'elle s'approchera du Soleil. QUÉBEC SCIENCE 11 JUILLET - AOÛT 2018 Ce que les mots disent de nous Les algorithmes utilisés dans les systèmes d\u2019intelligence arti?cielle dépendent des données avec lesquelles ils sont programmés.Or, celles-ci contiennent parfois des biais sociaux que ces systèmes contribuent à renforcer.Bien qu\u2019il soit possible de les retirer de manière systématique, des scienti?ques ont plutôt cherché à s\u2019en servir pour mieux comprendre l\u2019impact des mouvements sociaux sur certains stéréotypes.Ces chercheurs de Stanford ont utilisé un algorithme capable de détecter l\u2019évolution des biais ethniques et genrés aux États- Unis au cours du XXe siècle.Ils ont appliqué la technique de plongement lexical pour cartographier les liens entre les mots issus de livres et de journaux.Ils ont pu ainsi corréler certains changements linguistiques avec de grands schismes sociaux, comme le mouvement féministe des années 1960 et les vagues d\u2019immigration issue de pays asiatiques des années 1960 et 1980.Certains résultats sont encourageants, d\u2019autres le sont moins.Par exemple, dans la première partie du XXe siècle, les adjectifs « intelligent », « logique » ou « ré?échi » étaient davantage attribués aux hommes; mais, depuis les années 1960, ils sont de plus en plus souvent associés aux femmes.Cela dit, quand on observe les adjectifs les plus fréquents pour décrire les femmes entre 1910 et 1990, l\u2019évolution est plus étrange.On est passé de « charmante », « placide » et « délicate » à « maternelle », « morbide » (?) et « arti?cielle ».Vive le progrès ! La recherche s\u2019est aussi attardée aux stéréotypes des populations asiatiques qui sont passées des adjectifs « barbares », « monstrueux » et « cruels » à « inhibés », « passifs » et « sensibles » au cours du XXe siècle.Comme quoi, les stéréotypes évoluent, mais ne disparaissent pas.Et le langage courant les absorbe, tel un témoin des mœurs et attitudes d\u2019une époque.Voilà un terreau fertile qui permet d\u2019envisager des analyses sociologiques à une tout autre échelle, grâce à l\u2019apprentissage-machine.Peut-être que, dans 20 ans, on se rendra compte de l\u2019effet positif du mouvement #MoiAussi sur notre discours collectif à propos des femmes.Si on pouvait remplacer « morbide » par « résiliente », ce serait déjà ça de gagné.lQS Technopop CATHERINE MATHYS @Mathysc Jonathan Sutton aimerait bien porter, au quotidien, les lunettes qu\u2019il met au point avec son équipe.« Pour déterminer si mon poulet est assez cuit, entre autres », dit le doctorant à l\u2019université d\u2019Otago, en Nou- velle-Zélande, rencontré en avril dernier à la Conference on Human Factors in Computing Systems, à Montréal, où ont été dévoilées les ChromaGlasses.Vous aurez compris que ce jeune chercheur est atteint de daltonisme, une anomalie de la vision qui affecte la perception des couleurs et touche environ 8 % des hommes et 0,5 % des femmes.Certains ne voient aucune couleur alors que d\u2019autres confondent le rouge et le vert ou, encore, le bleu et le jaune.Au-delà des enjeux de cuisson, le directeur du projet de recherche, Tobias Langlotz, rappelle que les daltoniens font face à diverses contraintes, dont l\u2019accès à certaines professions.Pour remédier à la situation, son équipe s\u2019est tournée vers la réalité augmentée.Vous vous souvenez du jeu Pokémon Go ?Cette application utilisait la caméra des téléphones intelligents pour capter le paysage et y ajouter des personnages colorés, à l\u2019écran.Même principe pour les ChromaGlasses qui sont en fait une version modi?ée des lunettes commerciales Epson Moverio BT-300.L\u2019équipe y a notamment ajouté un diviseur de faisceau qui compense le fait que les caméras ne sont pas positionnées exactement au niveau des pupilles.Un logiciel identi?e ensuite les parties du décor dont les couleurs ne sont pas visibles par l\u2019utilisateur et lui propose une version corrigée.Le rouge au creux de la chair du poulet peut ainsi apparaître en bleu ! Quoique\u2026 « Au début, on changeait ainsi les couleurs par n\u2019importe quelle autre, raconte Tobias Langlotz.Mais on a réalisé que les couleurs ont leur sémantique.On essaie donc de trouver une couleur similaire, mais perceptible par l\u2019individu.» Le groupe a mené une étude auprès de 19 participants et les résultats sont positifs.L\u2019équipe n\u2019a pas l\u2019intention de commercialiser son invention, mais une entreprise pourrait un jour reprendre le concept « en rendant les lunettes plus sexy », laisse tomber en riant M.Langlotz.lQS Par Mélissa Guillemette Des lunettes intelligentes pour daltoniens Ces dernières années, les lunettes pour daltoniens EnChroma, conçues aux États-Unis, avaient fait parler d\u2019elles sur les réseaux sociaux.Elles ne sont pas « intelligentes », mais misent plutôt sur des lentilles qui agissent un peu comme des verres fumés.Des chercheurs de l\u2019Université du Québec à Montréal et de l\u2019Université de Montréal ont récemment évalué ces lunettes pour conclure qu\u2019elles pourraient « présenter un risque sur la route, considérant qu\u2019elles modi?ent la couleur des lumières de la signalisation et qu\u2019elles bloquent grandement certaines longueurs d\u2019onde ». QUÉBEC SCIENCE 12 JUILLET - AOÛT 2018 A u début de l\u2019année, on a annoncé en Chine la naissance par clonage de deux macaques.Une première, puisque aucun primate n\u2019avait pu être cloné jusqu\u2019ici par la technique du « transfert de noyau de cellules somatiques ».C\u2019est cette méthode qui avait permis, en 1996, de créer la fameuse brebis Dolly.En bref, cela consiste à vider un ovule de son matériel génétique, et à y insérer à la place un noyau contenant l\u2019ADN d\u2019un individu adulte, créant ainsi une copie conforme dudit individu.Après la naissance de Dolly, premier mammifère cloné, un vent de panique avait souf?é et on avait rapidement, ici et là, mis des moratoires sur la pratique du clonage humain.Cela n\u2019a pas empêché les chercheurs de cloner, depuis, de nombreuses espèces de mammifères; ni la chanteuse Barbra Streisand, il y a peu, de payer 50 000 $ pour faire cloner son chien.Mais la naissance de ces deux macaques remettra sans doute les débats éthiques à l\u2019ordre du jour, car elle constitue un pas de plus vers le clonage humain.Tant mieux, mais, disons-le, les questions posées dans ce dossier sont d\u2019une complexité largement inédite.Il arrive en effet \u2013 et le cas du clonage en est un exemple édi?ant \u2013 que des technologies présentent des dimensions à ce point nouvelles qu\u2019elles nous confrontent aux limites de nos intuitions morales.Pourtant, quand de tels enjeux sont discutés, bien des participants au débat tendent à s\u2019en remettre à un certain grand principe, qu\u2019on applique mécaniquement au problème discuté.On ne saisit pas toujours toute la complexité et les rami fications, parfois étonnantes, du sujet avant de conclure au caractère moral ou immoral de la procédure.Cette manière de faire se retrouve dans le grand public, bien entendu, et aussi dans les médias; mais elle n\u2019est pas non plus totalement absente des discussions plus savantes.Des exemples ?Un croyant enjoint les scienti?ques de ne pas se prendre pour Dieu et, invoquant un principe religieux, demande que l\u2019on interdise non seulement le clonage reproductif, mais aussi le clo- nage thérapeutique qui permet d\u2019obtenir des cellules souches.Inspiré par le philosophe Emmanuel Kant, un humaniste insiste pour rappeler la dignité de la personne qui interdit qu\u2019on traite un individu comme un simple objet et s\u2019insurge donc contre les deux types de clonage humain.Un autre rappelle que chacun a un droit Doit-on (encore) s\u2019inquiéter du clonage humain ?La naissance, début 2018, de deux singes clonés pourrait relancer le débat, complexe, sur l\u2019éthique du clonage humain.Je doute donc je suis NORMAND BAILLARGEON @nb58 I L L U S T R A T I O N : V I G G QUÉBEC SCIENCE 13 JUILLET - AOÛT 2018 fondamental relativement à son identité personnelle et que le clonage reproductif doit donc être rigoureusement interdit.Un autre encore, utilitariste, en mesure plutôt les bienfaits et les conséquences négatives, estimant le bilan positif et approuvant la pratique.Dans tous ces exemples, on pense et on juge ce que signi?e le clonage (notamment humain) à l\u2019aide de normes qui ont été formulées dans un contexte où la technique était inimaginable.Pour cette raison, on passe à côté de dimensions qu\u2019il nous faut pourtant prendre en compte et méditer.OÙ TRACER LA LIMITE ?Notre sens de l\u2019identité, de sa nature et de sa dignité est profondément secoué par la perspective de créer un clone humain.Mais en quel sens précis faut-il entendre le terme « identité » ?Comme nous l\u2019enseigne la science, elle résulte du jeu complexe de la génétique et de l\u2019environnement.Ne pas traiter autrui comme un moyen est un beau principe.Mais la transplantation d\u2019organes, le recours aux mères porteuses et d\u2019autres pratiques le mettent déjà à mal.Où tracer la frontière et pourquoi ?Quant au principe religieux, doit-il vraiment être érigé en norme collective pour interdire de tirer d\u2019un embryon humain du matériel pour transplanter, soigner, étudier ou expérimenter ?Et si cet interdit vaut pour le clonage, pourquoi ne vaut-il pas aussi pour des embryons surnuméraires issus des fécondations in vitro déjà utilisés pour la recherche ?Doit-on s\u2019en remettre à un calcul coûts/béné?ces, alors ?Avec le clonage thérapeutique, on a bien des pistes prometteuses pour guérir des affections aujourd\u2019hui incurables comme le diabète, les maladies cardiaques, le parkinson, l\u2019alzheimer; sans oublier qu\u2019elles feront énormément pour limiter les rejets en cas de transplantation.En?n, si les enjeux et le contexte sont nouveaux, il ne faudrait pas oublier que les dangers liés à ces techniques sont eux aussi inédits, voire imprévisibles, et pas seulement parce que ces procédures ne sont pas au point.Déjà, on sait qu\u2019il faut un grand nombre d\u2019essais avant de réussir le clonage.Ainsi, on a mené pas moins de 277 essais pour obtenir Dolly qui a, de surcroît, eu une vie très brève pour une brebis (6 ans au lieu de 11 ou 12).Il ne faudrait pas oublier non plus ce que peut signi?er, en pratique, une logique qui conduirait à faire en sorte que ces technologies soient offertes seulement à qui peut se les payer.Je dois le dire, sur nombre des questions que pose le clonage humain, je n\u2019ai pas de réponse claire et assurée, voire même pas un début de réponse.Ce dont je suis cependant persuadé, c\u2019est que le débat doit se poursuivre.Il faut que toute ré?exion sur ces questions rassemble non seulement le plus grand nombre possible de participants, mais aussi elle doit être scienti?quement informée et être ouverte à l\u2019idée que les réponses éthiques traditionnelles rencontreront peut-être là leurs limites.lQS Faculté des lettres et des sciences humaines Apprenez l\u2019essentiel de la communication et du journalisme scientiiques en trois cours, à distance et à temps partiel, avec notre microprogramme de 2e cycle.AUTOMNE 2018 Communication scientiique (COM-6060) Sciences et grands déis de l\u2019humanité (GSC-6000) MICROPROGRAMME DE 2e CYCLE EN COMMUNICATION ET JOURNALISME SCIENTIFIQUES Chaire de journalisme scientiique Bell Globemedia - Université Laval EN SAVOIR PLUS | François Demers, directeur du programme 418 656-2131, poste 4843 | françois.demers@com.ulaval.ca HIVER 2019 Journalisme scientiique (COM-6061) ADMISSION | Automne 2018 QUÉBEC SCIENCE 14 JUILLET - AOÛT 2018 Ces métaux Le samarium fait partie des terres rares.On l\u2019utilise entre autres en médecine, lorsqu\u2019on administre des doses de radiothérapie systémique.On y a aussi recours pour capter des neutrons dans les réacteurs nucléaires. QUÉBEC SCIENCE 15 JUILLET - AOÛT 2018 A u XIXe siècle, les États étaient en compétition pour contrôler la pêche à la baleine afin d\u2019en tirer une huile pour alimenter les lampes.Au XXe siècle, le pétrole a propulsé l\u2019industrialisation et déclenché des guerres.Au XXIe siècle, les métaux rares, qui entrent dans la production des téléphones portables et des énergies vertes, seront la cause de batailles géopolitiques que l\u2019on évoque déjà, tant la demande pour ces ressources est fabuleuse.Guillaume Pitron, journaliste français spécialiste de la géopolitique des matières premières, signe un premier ouvrage-choc, La guerre des métaux rares.La face cachée de la transition énergétique et numérique, aux Éditions Les liens qui libèrent, sur les enjeux diplomatiques et environnementaux des métaux rares.Québec Science en a discuté avec lui.= = Québec Science : Les métaux rares ont des noms rébarbatifs et dif?ciles à mémoriser.De quoi parle-t-on ?Guillaume Pitron : Longtemps, les humains ont exploité les principaux métaux connus : le fer, l\u2019or, l\u2019argent, le cuivre, le plomb, etc.Mais, dès les années 1970, ils ont commencé à tirer parti des fabuleuses propriétés magnétiques et chimiques d\u2019une multitude de métaux rares contenus en faible proportion dans les roches terrestres.Ces métaux comprennent des éléments affublés de noms aux consonances énigmatiques : terres rares, graphite, vanadium, germanium, platinoïdes, tungstène, antimoine, béryllium, ?uorine, rhénium, etc.QS Le rôle de ces métaux a évolué au cours des ans.De négligeables, ils sont devenus essentiels à la vie quotidienne.Pourquoi ?GP Les métaux rares entrent dans la production des biens et des services de l\u2019ère moderne : la robotique, l\u2019intelligence arti?cielle, l\u2019hôpital numérique, la cybersécurité, les biotechnologies médicales, les objets connectés, la nanoélectronique et les voitures sans conducteur.Tous les pans les plus stratégiques des économies du futur, toutes les technologies qui décupleront nos capacités de calcul et moderniseront notre façon de consommer de l\u2019énergie, le moindre de nos gestes quotidiens et même nos grands choix collectifs vont se révéler de plus en plus tributaires des métaux rares.QS En quoi ces métaux rares sont-ils au cœur de la révolution énergétique et numérique ?GP Les métaux rares entrent plus précisément dans le développement des énergies vertes et du numérique.Or la transition énergétique repose sur ces deux familles de technologies qui se fertilisent l\u2019une et l\u2019autre.Le numérique permet en effet de démultiplier les effets des technologies vertes.C\u2019est tout l\u2019enjeu des villes et réseaux dits « intelligents ».La part du numérique dans ces innovations permet, selon leurs partisans, de réaliser des économies d\u2019énergie et de mieux rationaliser notre consommation \u2013 donc d\u2019être plus écolos.QS Cela dit, l\u2019extraction de métaux rares est longue, coûteuse et polluante.N\u2019est-ce pas un danger sous-estimé pour l\u2019environnement ?GP Il faut puri?er 8,5 tonnes de roche pour produire un kilo de vanadium; 16 tonnes pour un kilo de cérium; 50 tonnes pour l\u2019équivalent en gallium; et le chiffre ahurissant de 1 200 tonnes pour un malheureux kilo d\u2019un métal encore plus rare, le lutécium.Cela nécessite une quantité incroyable d\u2019eau.Notre quête d\u2019un modèle de croissance plus écologique a plutôt conduit à l\u2019exploitation intensifiée de l\u2019écorce terrestre.Les impacts environnementaux pourraient s\u2019avérer encore plus importants que ceux générés par l\u2019extraction pétrolière.Et le grand paradoxe, c\u2019est que cette exploitation sert à produire des énergies improprement quali?ées de « vertes ».Sans les métaux rares, il n\u2019y aurait ni écrans ACL, ni ?bre optique, ni objets connectés.Essentielles à la vie moderne, ces ressources sont hautement convoitées, au point que des nations sont prêtes à se battre pour elles.Par Jocelyn Coulon* ENTREVUE AVEC GUILLAUME PITRON aux qui révolutionnent la géopolitique * L\u2019auteur est chercheur au Centre d\u2019études et de recherches internationales de l\u2019Université de Montréal.Il a été conseiller politique du ministre des Affaires étrangères du Canada en 2016-2017.S C I E N C E P H O T O L I B R A R Y QUÉBEC SCIENCE 16 JUILLET - AOÛT 2018 QS Vous soulignez d\u2019ailleurs les contradictions du discours des écologistes qui s\u2019opposent à la réouverture des mines en Occident pour alimenter la demande en métaux rares.GP Les ONG écologistes font preuve d\u2019une certaine incohérence, puisqu\u2019elles dénoncent les effets du nouveau monde plus durable qu\u2019elles ont elles-mêmes appelé de leurs vœux.Elles n\u2019admettent pas que la transition énergétique et numérique est aussi une transition des champs de pétrole vers les gisements de métaux rares, et que la lutte contre le réchauffement climatique appelle une réponse minière qu\u2019il faut bien assumer.QS Dans le marché des métaux rares, la Chine joue un rôle prépondérant.Si bien que la série américaine House of Cards en a fait une intrigue centrale de sa deuxième saison.Pourquoi est-ce si préoccupant ?GP En nous engageant dans la transition énergétique, nous nous sommes tous jetés dans la gueule du dragon chinois.La Chine détient en effet aujourd\u2019hui la mainmise sur la production d\u2019une kyrielle de métaux rares indispensables au numérique et aux énergies qui ont une faible empreinte carbone, ces deux piliers de la transition énergétique.Elle produit 44 % de l\u2019indium (écrans ACL) consommé dans le monde; 55 % du vanadium (aciers spéciaux); près de 65 % de spath ?uor (métallurgie de l\u2019acier et de l\u2019aluminium) et du graphite naturel (aérospatiale et industrie nucléaire); et 71 % du germanium (?bres optiques).L\u2019Occident a remis le destin de ses technologies vertes et numériques \u2013 en un mot, de la crème de ses industries d\u2019avenir \u2013 entre les mains d\u2019une seule nation.C\u2019est un formidable moyen de pression pour les Chinois qui se servent des métaux rares pour avancer leurs pions sur l\u2019échiquier géopolitique mondial.C\u2019est d\u2019ailleurs cette stratégie qui a alimenté les auteurs de House of Cards.Dans la série, la Chine, qui détient 95 % de la production mondiale d\u2019un métal rare, le samarium-149, indispensable au fonctionnement de certains réacteurs nucléaires, joue de ce monopole pour monnayer très cher cette ressource auprès des Américains.Cela laisse augurer une explosion des coûts de l\u2019électricité pour le contribuable \u2013 et une crise politique à Washington.La ?ction rejoint la réalité : la Chine contrôle bel et bien 95 % de la production du samarium et utilise cet avantage pour mettre de l\u2019avant une politique de quotas aux exportations, voire d\u2019embargo, comme ce fut le cas en 2010 aux dépens du Japon et des États-Unis*.QS Donc, les métaux rares sont en train de révolutionner la géopolitique mondiale.GP Une nouvelle géopolitique de l\u2019énergie émerge progressivement.Ce n\u2019est plus seulement la géopolitique de l\u2019or noir, mais celle des métaux rares.Et, comme nous l\u2019avons souligné plus tôt, c\u2019est la Chine qui s\u2019impose comme le maître de ce nouveau jeu.De la sorte, elle place même les armées occidentales, consommatrices de métaux rares, en position d\u2019obligés.QS Le Canada a une importante industrie minière.Est-il une puissance en devenir dans ce secteur ?GP Le Canada produit plusieurs métaux rares indispensables à la vie moderne.Il est un important producteur et exportateur de cobalt qui entre dans la fabrication d\u2019aimants, d\u2019ordinateurs et de véhicules hybrides.Le germanium et le niobium canadiens se retrouvent dans les ?bres optiques, les satellites, l\u2019industrie nucléaire et même la joaillerie.Et la demande pour ces métaux est là.Par exemple, d\u2019ici 2030, la demande de germanium va doubler.Le Canada a le potentiel d\u2019être un géant minier, un pays producteur incontournable pour les besoins en ressources engendrés par la transition énergétique.Mais, pour cela, les dirigeants canadiens doivent pleinement prendre conscience de l\u2019importance des métaux rares et des effets néfastes de la politique chinoise.QS Comment contrer ces effets néfastes ?GP Les pays occidentaux \u2013 et le Canada en particulier \u2013 peuvent contourner le monopole chinois en poursuivant une politique de sécurisation de leurs approvisionnements, soit en passant des accords commerciaux avec des pays producteurs autres que la Chine, soit en produisant des métaux rares sur leur propre sol.De nouveaux fronts miniers s\u2019ouvrent ainsi sur quatre continents, et on pense déjà exploiter les métaux rares au fond des océans et dans l\u2019espace.Cette extension du domaine de la mine va générer des répercussions géopolitiques évidentes dans les décennies qui viennent.lQS * NDLR : En 2010, la Chine a subitement cessé, pendant plusieurs mois, ses livraisons vers le Japon et imposé de nouveaux quotas d\u2019exportation de ses métaux rares vers le reste du monde.L\u2019action contre le Japon faisait suite à un incident au sujet des îles Senkaku, sur lesquelles les deux pays prétendent exercer leur souveraineté.ENTREVUE «L\u2019Occident a remis le destin de ses technologies vertes et numériques \u2013 en un mot, de la crème de ses industries d\u2019avenir \u2013 entre les mains d\u2019une seule nation: la Chine.» D R MYSTÈRES qui narguent la science Au ?l du temps, la science a évolué en résolvant les énigmes les unes après les autres.Cependant, bien des phénomènes demeurent inexpliqués.En voici quelques-uns qui confondent toujours les chercheurs.18 LA «DOMINATION» DES FLEURS 20 LE SUAIRE DE TURIN 21 LES GÉOGLYPHES 22 LES ÉNIGMES DU COSMOS 24 LA NEUVIÈVE PLANÈTE 25 DES MALADIES INEXPLIQUÉES 26 LES MIGRATIONS ANIMALES 27 UN CODE SECRET 28 L\u2019INTRICATION QUANTIQUE 29 LES OVNIS DOSSIER SPÉCIAL CES I L L U S T R A T I O N S : A M É L I E B A R N A T H A N QUÉBEC SCIENCE 18 JUILLET - AOÛT 2018 éleri, gui et tamaris; bouleau, coquelicot ou sureau; noyer, thé, puis orchidée : plus de 90 % des végétaux sur Terre sont des plantes à ?eurs.Pourtant, ces dernières ne sont apparues qu\u2019il y a environ 130 millions d\u2019années, contre 400 millions pour les plus anciennes plantes.Aujourd\u2019hui, elles dominent largement la planète, avec 375 000 espèces contre moins de 1 000 pour leurs proches parents, comme les conifères, pourtant là avant elles.Quelle mise en échec ! Tout cela mysti?ait Charles Darwin, père de la théorie de l\u2019évolution, car la chose ne cadrait pas avec sa vision de l\u2019évolution en tant que processus très graduel.Pour expliquer le phénomène qu\u2019il qualifiait « d\u2019abominable mystère », le scienti?que avait d\u2019ailleurs émis une hypothèse radicale : les plantes à ?eurs auraient évolué sur un continent isolé et disparu, d\u2019où l\u2019impossibilité de trouver des fossiles témoignant de leur évolution progressive.Quelque 150 ans plus tard, l\u2019énigme taraude toujours les scienti?ques.« La preuve : plein d\u2019articles sont publiés à ce sujet chaque année, avec de nouvelles idées; et le débat s\u2019en?amme parfois », raconte le phytoécologiste O?r Katz qui a publié une revue du sujet en janvier dernier dans Annals of Botany.Ce qui différencie les plantes à ?eurs (les angiospermes) de leurs parentes, les gymnospermes (comme les conifères), c\u2019est leur mode de reproduction révolutionnaire.La ?eur contient le plus souvent à la fois les organes mâles et les organes femelles, et ses graines sont protégées au sein du pistil.Quant aux gymnospermes, elles produisent des cônes mâles et des cônes femelles, et les graines sont nues.Les fleurs, cet «abo minab A M É L I E B A R N A T H A N C les plantes à fleurs dominent le monde végétal, malgré leur apparition récente (et soudaine !) sur terre.un hoquet de l\u2019évolution ?Par Mélissa Guillemette QUÉBEC SCIENCE 19 JUILLET - AOÛT 2018 Comment les angiospermes, si différentes, ont-elles pu émerger à partir des gymnospermes ?À cet effet, la chronologie est un mystère en soi.La lignée qui a donné les angiospermes s\u2019est séparée de celle des gymnospermes de 50 à 200 millions d\u2019années plus tôt que l\u2019âge du plus vieux fossile connu de plante à ?eurs.Il y a donc une longue période où les premières angiospermes sont introuvables.« Les fossiles de plantes sont plus ardus à trouver et à analyser que les fossiles d\u2019animaux.Ils sont par ailleurs sujets à interprétation et ne sont donc pas 100 % objectifs.Quant aux outils de datation moléculaire, ils ont aussi leurs défaillances », indique M.Katz qui travaille au Dead Sea and Arava Science Center, en Israël.Dif?cile, donc, d\u2019obtenir des données irréfutables.Autre énigme, la diversi?cation rapide.Pourquoi les fleurs ont-elles foisonné si vite ?Quelques « moteurs » peuvent expliquer ce coup d\u2019accélérateur.La coévolution avec plusieurs espèces animales qui mangeaient ou pollinisaient ces nouveaux végétaux a pu contribuer à la dispersion des graines et à la domination géographique.La dérive des continents a également pu jouer un rôle, en permettant à des espèces de se diversi?er en parallèle.Surtout: « Ce que Darwin ne savait pas, c\u2019est que le climat était beaucoup plus chaud il y a 50 millions d\u2019années; de 5 °C à 6 °C.Cela a probablement donné un coup de pouce aux angiospermes qui étaient bien adaptées à ce climat, un avantage pour multiplier les espèces », explique Jean Bousquet, professeur au département des sciences du bois et de la forêt de l\u2019Université Laval.Des équipes de recherche partout dans le monde ajoutent régulièrement un morceau au puzzle.Ainsi, en janvier dernier, des scienti?ques américains avançaient que la petite taille des cellules des plantes à ?eurs, due à la dimension réduite de leur génome, participe à l\u2019ef?cacité de la photosynthèse.Cet avantage remonte à 140 millions d\u2019années et aurait favorisé l\u2019essor des plantes à ?eurs, disent-ils dans PLOS Biology.Une équipe française a quant à elle étudié la gymnosperme Welwitschia mirabilis en 2017.Chez cette plante, on retrouve des ovules stériles sur les cônes mâles, signe d\u2019une tentative ratée de produire quelque chose s\u2019apparentant à une ?eur.Cette plante possède d\u2019ailleurs des gènes qui ressemblent à ceux responsables de la formation des ?eurs et sont organisés selon la même hiérarchie.Bref, les plantes à ?eurs ont pu reprendre certains mécanismes déjà présents chez leurs ancêtres, écrivent les chercheurs dans The New Phytologist.O?r Katz estime qu\u2019il faudra une décennie ou deux pour parvenir à des percées importantes concernant cette énigme.«Et pour la résoudre, il faudra encore beaucoup plus de temps.» Un «abominable mystère» plutôt coriace ! lQS abo minable mystère» En 2015, 2 millions de pèlerins ont visité Turin, en Italie, pour se recueillir devant un linceul exposé de façon exceptionnelle pendant deux mois.Qu\u2019a de particulier ce mystérieux drap de lin ?Il serait ni plus ni moins celui qui a enveloppé Jésus de Nazareth après sa cruci?xion.On y voit d\u2019ailleurs deux empreintes roussies, une de face et une de dos, du corps \u2013 et du visage \u2013 d\u2019un homme coiffé d\u2019une couronne d\u2019épines.Des dizaines d\u2019études chimiques, biologiques et physiques ont été menées sur ce qu\u2019on appelle le « suaire de Turin », une étoffe de 4 m de long, dont l\u2019authenticité soulève des débats passionnés.En juin 2017, par exemple, une étude publiée dans la revue PLOS One par des scienti?ques de l\u2019université de Padoue révélait la présence sur le suaire de nanoparticules de créatinine et d\u2019oxyde de fer.Selon les auteurs, celles-ci indiquent que la personne qui a été recouverte de ce linceul a été torturée, « fortement polytraumatisée ».Mais s\u2019agit-il de Jésus ?Bien que de nombreux croyants en soient convaincus, plusieurs études refusent de leur donner raison.En 1988, des analyses au carbone 14 menées par plusieurs équipes indépendantes ont démontré que le tissu datait en fait du Moyen Âge.Une estimation qui concorde avec les données historiques, le linceul ayant été mentionné pour la première fois dans un village en France en 1357, après avoir surgi d\u2019on ne sait où.Il a ensuite été transféré à Turin en 1578.Le « mystère » aurait donc pu s\u2019arrêter là, mais quelques scienti?ques ont critiqué la datation.En 2014, une équipe de l\u2019École polytechnique de Turin a même avancé qu\u2019un séisme, survenu alors que le Christ était encore en vie, aurait à l\u2019époque libéré un ?ux de neutrons qui a faussé les mesures menées presque 2 000 ans plus tard.Selon l\u2019historien Didier Méhu, professeur à l\u2019Université Laval, nul doute que le suaire provient du XIVe siècle : « Pour faire une interprétation scienti?que valable, il faut combiner plusieurs arguments.On ne trouve aucune trace du suaire dans l\u2019histoire avant le XIVe siècle.S\u2019il avait été connu avant, on en aurait entendu parler, l\u2019Église aurait conservé trace de son existence.» Quant aux indices relatifs à de la torture, ils ne prouvent rien.« De la torture au XIVe siècle, il y en avait beaucoup ! » ajoute ce spécialiste du Moyen Âge.Certes, les traces peuvent être le signe d\u2019une cruci?xion, mais elles peuvent aussi être interprétées autrement, si la torture a eu lieu pendant l\u2019Inquisition, par exemple.« La question qui reste, c\u2019est : \u201cQu\u2019est-ce que c\u2019est que ce truc ?\u201d Ces traces de sang, elles ne sont pas apparues toutes seules ! Pas plus que l\u2019image qui s\u2019y trouve » s\u2019exclame Didier Méhu.Le « voile » n\u2019est donc pas tout à fait levé.« La fascination suscitée par le suaire est un mystère en soi ! » estime l\u2019historien qui croit que toutes les lectures et relectures ont élevé au rang de véritable relique ce qui n\u2019est peut-être qu\u2019un simple bout de tissu, qu\u2019il ait recouvert le Christ ou non.lQS L'authenticité du linceul qui aurait enveloppé Jésus soulève des débats passionnés.Par Etienne Masse SUAIRE L'ÉNIGMATIQUE DE TURIN QUÉBEC SCIENCE 20 JUILLET - AOÛT 2018 Des peuples ont creusé le sol sur des centaines de mètres, voire des kilomètres, pour réaliser leurs créations.D\u2019autres ont empilé des pierres ou de la terre pour façonner un nouveau relief.Si le résultat est impressionnant, la signi?cation de ces géoglyphes est ouverte aux spéculations.Les lignes de Nazca, au Pérou, sont probablement les plus connues et, pourtant, on ne sait pas pourquoi elles ont été tracées.Des anthropologues qui ont pris la peine de circuler dans ces ?gures sur des centaines de kilomètres ont évoqué la possibilité d\u2019un labyrinthe utilisé à des ?ns rituelles.Encore aujourd\u2019hui, des géoglyphes sont régulièrement découverts.Les drones d\u2019une équipe d\u2019archéologues ont détecté des motifs supplémentaires autour des lignes de Nazca, en décembre 2017.Quant à la jungle amazonienne, plus de 450 dessins y ont été mis au jour ces dernières années par la déforestation.On doit également des découvertes récentes à nul autre que Google Earth, cette application qui utilise les images satellitaires pour nous permettre de regarder la Terre comme jamais auparavant.C\u2019est ainsi que quelque 250 géoglyphes ont été repérés depuis 2008 dans les steppes du Kazakhstan.D\u2019ailleurs, Google Earth est une bonne façon de contempler les géoglyphes à la maison : cherchez le Whitehorse Hill, au Royaume-Uni, une ?gure de cheval faite de craie qui date d\u2019il y a plus de 3 000 ans.Le programme vous permettra aussi de voir l\u2019un des géoglyphes les plus étendus : l\u2019homme de Marree, en Australie, qui mesure plus de 4 km de long.Découvert par un pilote d\u2019avion en 1998, le dessin semble représenter un aborigène.Ce cas est toutefois un peu moins mystérieux, puisqu\u2019il s\u2019agit probablement d\u2019un coup réalisé à l\u2019aide d\u2019un bulldozer, dans les années 1990, par un artiste demeuré anonyme.On n\u2019a plus les géoglyphes qu\u2019on avait ! lQS QUÉBEC SCIENCE 21 JUILLET - AOÛT 2018 Photos des lignes de Nazca, au Pérou.L\u2019humain (1), l\u2019araignée (2), le colibri (3), le singe (4) et une tour d\u2019observation à proximité (5).1 3 2 4 5 DE LA TERRE En plusieurs endroits sur la planète, des motifs impressionnants sont tracés à même le sol.Par qui et dans quel but ?Par Mélissa Guillemette LES DESSINS P H O T O S : D I E G O D E L S O / W I K I P E D I A l QU\u2019Y AVAIT-IL AVANT LE BIG BANG ?Le commun des mortels ne sait pas grand- chose de la genèse de l\u2019Univers, mais admet généralement que tout a commencé par un gros « bang ».Un moment où un point minuscule a explosé pour devenir subitement un cosmos immense.Cela, les scienti?ques l\u2019ont déduit, il y a environ un siècle, en observant que l\u2019Univers était en expansion.En toute logique, il était donc plus compact par le passé.« En remontant le temps jusqu\u2019au \u201cbout\u201d, il y a 13,8 milliards d\u2019années, les modèles indiquent qu\u2019on arrive à une limite, une singularité, où le cosmos était comprimé en un point in?niment petit, in?niment dense et in?niment chaud », explique Robert Lamontagne, astrophy- sicien à l\u2019Université de Montréal (UdeM).Mais le big bang est-il vraiment le commencement ?Nul ne le sait.De plus en plus de théoriciens pensent qu\u2019il ne s\u2019agissait en fait que d\u2019une transition entre deux univers.Certains, comme le Brésilien Juliano César Silva Neves, qui a publié un article à ce sujet en 2017, défendent l\u2019idée d\u2019un cycle éternel d\u2019expansions et de contractions, permettant de passer d\u2019un « vieil » univers à un nouveau.Selon LES SECRETS BIEN GAR S\u2019il y a un domaine où le mystère règne en maître, c\u2019est bien celui de la cosmologie.Notre Univers est-il le seul ?Le premier ?De quoi est-il constitué ?Pourquoi est-il ainsi en expansion ?Une quête de connaissances aussi vertigineuse que fascinante, résumée en cinq questions.Par Marine Corniou QUÉBEC SCIENCE 22 JUILLET - AOÛT 2018 A M É L I E B A R N A T H A N son modèle mathématique, le big bang n\u2019aurait d\u2019ailleurs pas eu lieu, ce qui pourrait faciliter la tâche de ceux qui essaient désespérément de « remonter » jusqu\u2019à l\u2019instant zéro.En effet, si les cosmologistes comprennent assez bien ce qui s\u2019est passé jusqu\u2019à un certain point, ils se heurtent à un mur infranchissable 10-43 seconde après le big bang.Au-delà de ce « mur de Planck », c\u2019est le noir complet.Les lois physiques ne fonctionnent plus, et tout ce que l\u2019on peut avancer n\u2019est que pure spéculation.La question de l\u2019origine de l\u2019Univers reste donc ouverte.l l OÙ EST PASSÉE L\u2019ANTIMATIÈRE ?Mais où est donc passée la moitié de l\u2019Univers ?La question est de taille, c\u2019est le moins qu\u2019on puisse dire ! Théoriquement, le modèle du big bang prévoit que, dès les premiers instants de l\u2019Univers, matière et antimatière se sont créées en quantités identiques.Ainsi, pour chaque particule de matière que l\u2019on connaît aujourd\u2019hui, il s\u2019est créé simultanément une particule « miroir », de même masse, mais de charge opposée, l\u2019antimatière.L\u2019électron, par exemple, a un alter ego chargé positivement, appelé positron.Le proton, lui, fait face à un antiproton.Le hic, c\u2019est que particules et antiparticules s\u2019anéantissent avec fracas dès qu\u2019elles se rencontrent ! Dans le chaos qui a suivi le big bang, des couples de particules de matière et d\u2019antimatière jaillissaient et s\u2019annihilaient donc constamment.Sauf que, pour une raison inconnue, la matière a ?ni par gagner.« Aujourd\u2019hui, l\u2019Univers est uniquement fait de matière », résume laconiquement Jean-François Arguin, professeur de physique à l\u2019UdeM.Il y a bien quelques traces d\u2019antimatière, mais elles sont très fugaces.C\u2019est notamment le cas des positrons, découverts dès 1932 dans les rayons cosmiques, ou de l\u2019antihydrogène créé arti?ciellement dans les accélérateurs de particules.« Dans ces collisionneurs, on recrée un peu de big bang pour essayer d\u2019observer les propriétés de l\u2019antimatière », ajoute le physicien.L\u2019objectif : trouver une « anomalie » dans le comportement de l\u2019antimatière qui pourrait en?n expliquer pourquoi elle a disparu de notre Univers.l l l QU\u2019EST-CE QUE L\u2019ÉNERGIE SOMBRE ?Sous l\u2019impulsion du big bang, l\u2019Univers est, depuis sa naissance, en constante expansion.Mais, jusqu\u2019aux années 1990, les cosmologistes pensaient que cette expansion ralentissait peu à peu, « freinée » par la force d\u2019attraction entre toutes les masses du cosmos.C\u2019est en voulant chiffrer ce ralentissement que deux équipes américaines ébranlent le dogme, en 1998.Alors qu\u2019ils étudient la vitesse d\u2019éloignement de su- pernovæ, des explosions d\u2019étoiles, les chercheurs calculent que, loin de ralentir, l\u2019expansion de l\u2019Univers s\u2019accélère depuis quelques milliards d\u2019années.Un véritable coup de théâtre ! « Or pour accélérer, que ce soit à vélo ou en voiture, il faut fournir de l\u2019énergie », rappelle la physicienne québécoise Pauline Gagnon dans son livre Qu\u2019est-ce que le boson de Higgs mange en hiver.Cette énergie, une étonnante force répulsive dont on ne sait rien, est appelée, faute de mieux, « énergie noire » ou sombre.Elle constituerait pas moins de 68 % de l\u2019Univers ! « C\u2019est considéré comme le problème le plus dif?cile de la physique.Il n\u2019y a actuellement aucune bonne solution théorique pour expliquer l\u2019énergie sombre », soulève Jean-François Arguin, de l\u2019UdeM.Le problème est d\u2019autant plus épineux que les récentes mesures de la vitesse d\u2019expansion \u2013 que l\u2019on appelle « constante de Hubble » \u2013 suggèrent que celle-ci pourrait être jusqu\u2019à 10 % plus élevée que ce qu\u2019on pensait.« On ne peut pas encore interpréter ce que cela signi?e, mais c\u2019est peut-être le signe qu\u2019il existe une nouvelle physique que l\u2019on n\u2019a pas prise en compte », commente Vivien Bonvin, de l\u2019École polytechnique fédérale de Lausanne, dont l\u2019équipe a fait cet étonnant constat en 2017.Le mystère s\u2019obscurcit\u2026 l l l l QU\u2019EST-CE QUE LA MATIÈRE SOMBRE ?Dif?cile de croire que 85 % de la matière dans l\u2019Univers nous échappe encore totalement.La fameuse matière sombre, ou noire, est constituée de particules inconnues, jamais observées.Pourtant, on sait que cette « masse manquante » est là.« Plein de données indirectes trahissent sa présence.Ces particules seraient partout, mais elles n\u2019interagissent presque pas avec la matière ordinaire », explique Alain Bellerive, physicien à l\u2019université Carleton.TS BIEN GAR DÉS DU COSMOS QUÉBEC SCIENCE 23 JUILLET - AOÛT 2018 d epuis trois ans, la « Planète 9 » attise les convoitises de tous les astronomes : elle se cacherait aux con?ns du Système solaire et ne demanderait qu\u2019à sortir de l\u2019ombre pour rejoindre le club fermé des planètes voisines.Elle serait environ 10 fois plus grosse que la Terre, 20 fois plus éloignée du Soleil que l\u2019est Neptune, et mettrait de 10 000 à 20 000 ans à boucler sa longue orbite elliptique autour de notre étoile.Comment ce monstre a-t-il pu nous échapper ?« En fait, à cette distance, c\u2019est assez facile de \u201ccacher\u201d une planète.Il faudrait être chanceux pour la voir avec les télescopes actuels », assure Nicolas Cowan, astrophysicien à l\u2019Université McGill, à Montréal.Alors, qu\u2019est-ce qui a mis les physiciens sur la piste ?Tout a commencé en 2014, alors que des astronomes étudiaient au télescope les objets « transneptuniens », ce groupe de boules glacées, dont fait partie Pluton, situées bien au-delà de Neptune.Ils remarquent, dans un article publié par la revue Nature, qu\u2019une dizaine de ces astres ont des orbites bizarres, toutes situées dans le même plan.Comme s\u2019ils étaient in?uencés par la force gravitationnelle d\u2019un « aimant » géant.Une neuvième planète ?Pour démentir cette hypothèse, Mike Brown et son collègue Konstantin Batygin, du California Institute of Technology (Caltech), modélisent les orbites de six de ces objets en 2016.Ils réalisent qu\u2019une telle con?guration n\u2019a que 0,007 % de chance d\u2019être due au hasard, et deviennent de fervents défenseurs de l\u2019existence de la Planète 9 ! « Tout le monde était très excité, mais pour l\u2019instant personne n\u2019a rien trouvé.La découverte commence à être de moins en moins probable », avertit Nicolas Cowan.Du moins, il ne pense pas qu\u2019on trouvera l\u2019astre tel qu\u2019il a été prédit par les chercheurs de Caltech.Des analyses publiées en 2017 ont démontré que certains objets transneptuniens n\u2019obéissaient pas à ce « motif » d\u2019orbites, suggérant qu\u2019il pourrait exister un biais dans les observations initiales.« Avec les nouveaux télescopes qui arrivent, on sera en mesure de trancher quant à l\u2019existence ou l\u2019absence d\u2019une telle planète d\u2019ici cinq ans », assure Nicolas Cowan.Entre-temps, la traque continue ! lQS L\u2019existence de cette matière insaisissable a été postulée pour expliquer certaines observations, notamment la cohésion des galaxies dans les amas.Sans elle, les galaxies seraient en quelque sorte trop légères et se disloqueraient sous l\u2019effet de la rotation.Au total, une quarantaine d\u2019expériences dans le monde essaient en ce moment de détecter la matière noire.« C\u2019est peut-être là qu\u2019il y a le plus d\u2019efforts de recherche, commente Jean-François Arguin, qui travaille pour l\u2019expérience ATLAS au Grand collisionneur de hadrons (LHC), à Genève.Nous essayons de créer des particules de matière sombre au LHC.Pour l\u2019instant, nous n\u2019avons rien trouvé, mais on n\u2019a analysé qu\u2019environ 1 % des données.On essaie maintenant de détecter des signaux faibles dans les 99 % restants.» Les chasseurs de matière noire nous le promettent : ils auront la réponse d\u2019ici 5 à 10 ans.l l l l l PEUT-ON « UNIFIER » L\u2019UNIVERS ?Pour décrire l\u2019Univers, les physiciens disposent de deux puissantes théories : la relativité d\u2019Einstein, qui concerne la gravité et fonctionne très bien pour l\u2019in?niment grand, et la mécanique quantique qui, elle, est parfaite pour l\u2019in?niment petit.Mais il y a un os\u2026 Ces deux modèles, qui ont, l\u2019un comme l\u2019autre, révolutionné la physique au XXe siècle, sont incompatibles ! Or, on a besoin d\u2019une théorie unique qui fonctionnerait à toutes les échelles et uni- ?erait toutes les forces physiques.« Cette théorie du Tout, c\u2019est le graal, explique le physicien Jean-François Arguin.On en a besoin pour deux raisons principales.D\u2019abord, pour décrire les trous noirs, qui ont des effets macroscopiques dans l\u2019Univers, mais aussi des effets quantiques.Ensuite, pour expliquer pourquoi les particules comme les protons et les électrons interagissent par le biais de la gravité.» À ce jour, la meilleure piste qui permettrait aux physiciens d\u2019uni?er les deux échelles est la théorie des cordes.« C\u2019est une théorie incroyablement compliquée, au point qu\u2019on n\u2019arrive pas à l\u2019utiliser pour faire des prédictions expérimentales », précise-t-il.Par exemple, une version de cette théorie suppose l\u2019existence de dimensions supplémentaires à l\u2019Univers et d\u2019une « supersymétrie », qui associerait aux particules élémentaires connues des partenaires encore mystérieux.Vous nous suivez toujours ?lQS la neuvième planète existe-t-elle ?Par Marine Corniou QUÉBEC SCIENCE 24 JUILLET - AOÛT 2018 L\u2019ÉPIDÉMIE DANSANTE DE 1518 Ce qui s\u2019annonçait comme une belle journée d\u2019été a tourné au drame à Strasbourg, il y a de cela 500 ans, alors qu\u2019une dame s\u2019est mise à danser sur la place publique sans pouvoir s\u2019arrêter.Elle dansa pendant six jours, ne s\u2019arrêtant que pour de très courtes siestes, avant de ?nalement s\u2019écrouler à la suite d\u2019une crise cardiaque.Le plus étonnant, c\u2019est que d\u2019autres Strasbourgeois se sont joints à elle, jusqu\u2019à 400.Cette hystérie collective pourrait avoir été causée par les conditions de vie précaires, et non par une contamination à l\u2019ergot (un champignon), une des hypothèses de l\u2019époque, selon un article publié dans la revue scienti?que Endeavour, en 2008.LE SYNDROME DE LA TÊTE QUI EXPLOSE Malgré son nom impressionnant, cette affection est bénigne.Les victimes sont en train de s\u2019endormir ou de se réveiller quand elles entendent un « bang » à l\u2019intérieur de leur tête.Le bruit est si fort qu\u2019elles ont l\u2019impression que leur cerveau explose.Ces épisodes peuvent être accompagnés de ?ash ou d\u2019autres manifestations visuelles.Le syndrome ne provoque pas de douleur, mais peut engendrer énormément de peur.Plusieurs théories ont été émises pour l\u2019expliquer, mais aucune n\u2019a été prouvée.L\u2019URTICAIRE AQUAGÉNIQUE Il est possible d\u2019être allergique à l\u2019une des substances essentielles à toute forme de vie : l\u2019eau.Pour une poignée d\u2019individus (environ une centaine de cas ont été signalés dans la littérature scienti?que depuis 1964), tout contact avec cet élément provoque une poussée d\u2019urticaire.La cause est encore inconnue.Il existe des traitements, comme des antihistaminiques et des crèmes barrières, mais leur effet est limité.LE SYNDROME DE VON ECONOMO Ce syndrome, qui porte aussi le nom d\u2019encéphalite léthargique, fut découvert en 1916 par le psychiatre autrichien Constantin von Economo.Les symptômes sont singuliers : endormissement spontané, tics inhabituels et paralysie soudaine.Les victimes s\u2019endorment en marchant, en mangeant ou en parlant.Certains malades gardent les yeux ouverts, bouche béante et déformée, se transformant ainsi en statues effrayantes.Une épidémie a eu cours en Autriche de 1916 à 1927 et, depuis, des cas isolés ont été observés.Certains scientifiques croient que la maladie serait causée par une réaction anormale du système immunitaire au virus de la grippe.lQS Malgré l\u2019immense progrès de la science, il existe des énigmes médicales fascinantes auxquelles les chercheurs ne trouvent toujours pas de réponse.Par Etienne Masse QUE LA SCIENCE NE PEUT EXPLIQUER QUÉBEC SCIENCE 25 JUILLET - AOÛT 2018 CES MALADIES A M É L I E B A R N A T H A N QUÉBEC SCIENCE 26 JUILLET - AOÛT 2018 éronique Lesage connaît le rorqual bleu comme personne.Depuis plusieurs années, cette chercheuse de l\u2019Institut Maurice-Lamontagne « tague » des individus pour suivre leurs migrations.Pourtant, elle ignore comment ces baleines font pour s\u2019orienter ! « Les bélugas migrent en famille, donc on pense que la connaissance est transmise.Pour les autres cétacés, on spécule beaucoup, mais, en réalité, on ne sait pas.Ils suivent peut-être la nourriture, ou font des choix en fonction de leur expérience.» Le rorqual bleu n\u2019est pas le seul à captiver les chercheurs.En fait, les mécanismes qui permettent à de nombreuses espèces migratrices de trouver leur chemin sont méconnus.Certaines semblent se repérer grâce C\u2019EST QUAND QU\u2019ON VA OÙ ?Les migrations animales sont un phénomène impressionnant.Comment les animaux s\u2019orientent-ils ?Et pour aller où, au fait ?Par Mélissa Guillemette V A M É L I E B A R N A T H A N aux astres, aux courants marins ou à la géographie.D\u2019autres y parviendraient à l\u2019aide de leur odorat ou de la composition chimique de l\u2019eau.Une étude menée sur les saumons rouges de la rivière Fraser, en Colombie-Britannique, laisse croire que cette espèce se réfère à une « empreinte magnétique » de l\u2019endroit où elle a accédé à la mer pour la première fois a?n de retourner à sa rivière natale a?n de s\u2019y reproduire.Comment se forme cette empreinte ?Cela reste à éclaircir.Mais chez certains oiseaux, des études récentes suggèrent que le champ magnétique terrestre est détecté par les cryptochromes, des protéines présentes dans leurs yeux.Il est probable que différents mécanismes soient en jeu selon les espèces, d\u2019après Jean-François Giroux, professeur au département des sciences biologiques de l\u2019Université du Québec à Montréal.« Et pour chaque espèce, il y a peut-être un mécanisme A et, si ça ne fonctionne pas, le plan B sera utilisé.Mais ce n\u2019est pas facile à démontrer.» Ensuite, comment les animaux savent-ils que c\u2019est l\u2019heure de ?ler ?Encore là, c\u2019est ?ou; ou étonnant.Pour ce qui est de la tortue luth, une petite tache rosée sur sa tête pourrait jouer un rôle, selon un article de 2014 du Journal of Experimental Marine Biology and Ecology.Elle permettrait à la lumière du jour de pénétrer dans le cerveau, plus particulièrement dans la glande pinéale qui régule le sommeil et l\u2019éveil.La tortue serait ainsi informée du changement de saison.En?n, le trajet parcouru par plusieurs espèces laisse encore les scienti?ques perplexes.Des réponses émergent grâce à la miniaturisation et la sophistication croissante des appareils de localisation qu\u2019on peut accrocher aux animaux.« Ça ouvre la possibilité de suivre même les plus petits oiseaux.On découvre des trajets de migration auxquels on n\u2019aurait pas pensé, ou alors on réalise qu\u2019ils transitent par des endroits insoupçonnés », indique M.Giroux qui s\u2019intéresse aux goélands, bernaches et autres eiders.Il utilise d\u2019ailleurs un nouveau système dans le cadre d\u2019un projet sur la bernache du Canada dans la région de la baie James.« Les données de localisation s\u2019accumulent sur les consignateurs et, lorsque les oiseaux sont proches d\u2019une tour cellulaire, ces données se téléchargent.C\u2019est comme s\u2019ils nous appelaient ! » Tout cela permettra de déterminer si les bernaches volent au-dessus des terres ou le long de la côte de la baie James pour commencer leur périple vers le sud et si le trajet pour l\u2019aller est le même qu\u2019au retour.Pour les baleines, surtout celles qui n\u2019ont pas de nageoire dorsale où ?xer fermement un émetteur satellite, c\u2019est plus compliqué.« La moitié des appareils tombent avant trois semaines et l\u2019autre moitié peut nous donner des informations pour seulement quelques semaines ou mois, dit Véronique Lesage au sujet des rorquals bleus.C\u2019est peu pour les migrations saisonnières.» Connaître les parcours migratoires est pourtant essentiel à la conservation des espèces, dont le rorqual bleu, en voie de disparition.lQS UN CODE CHIFFRÉ JAMAIS DÉCHIFFRÉ Dans son livre Codes and Ciphers, publié en 1939 par les Presses de l\u2019université d\u2019Oxford, Alexander d\u2019Agapeyeff raconte l\u2019histoire de la cryptographie et invite le lecteur à « tester ses habiletés » avec une bonne colle de son cru.Si bonne que personne n\u2019est parvenu à la résoudre à ce jour ! Même l\u2019auteur a oublié comment décoder son message secret, si bien que l\u2019exercice a été retiré des éditions suivantes du livre.Cela n\u2019empêche pas des mordus de s\u2019entêter à percer le mystère.À moins que le problème ne comporte une simple erreur de frappe\u2026 À vous de jouer.M.G.75628 28591 62916 48164 91748 58464 74748 28483 81638 18174 74826 26475 83828 49175 74658 37575 75936 36565 81638 17585 75756 46282 92857 46382 75748 38165 81848 56485 64858 56382 72628 36281 81728 16463 75828 16483 63828 58163 63630 47481 91918 46385 84656 48565 62946 26285 91859 17491 72756 46575 71658 36264 74818 28462 82649 18193 65626 48484 91838 57491 81657 27483 83858 28364 62726 26562 83759 27263 82827 27283 82858 47582 81837 28462 82837 58164 75748 58162 92000 QUÉBEC SCIENCE 27 JUILLET - AOÛT 2018 Dire que les lois quantiques sont étranges est un euphémisme.Albert Einstein lui-même refusait de croire à l\u2019existence de l\u2019intrication quantique, qu\u2019il quali?ait « d\u2019action fantôme à distance ».Il faut dire que ce phénomène dé?e l\u2019entendement.L\u2019intrication quantique réfère à l\u2019existence d\u2019un lien inextricable entre deux particules, quelle que soit la distance qui les sépare.De la sorte, si l\u2019état de l\u2019une d\u2019elles se modi?e, celui de sa « jumelle » change de façon instantanée, comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un seul et même système.« Quand on \u201ctouche\u201d un objet d\u2019une paire d\u2019objets intriqués, le deuxième tressaille, malgré la distance », résume Nicolas Gisin, spécialiste de l\u2019intrication quantique à l\u2019Université de Genève.Ce phénomène a été véri?é maintes fois en laboratoire depuis les années 1970.Car \u2013 oui \u2013 les scienti?ques arrivent à « intriquer » des particules volontairement, même si le reste du processus est un mystère.En 2017, une équipe chinoise a battu le record de distance entre deux particules intriquées, des photons émis par le satellite Micius.Les chercheurs les ont séparés puis captés dans deux stations au sol, distantes de 1 200 km.Bilan ?Même après ce périple, ils étaient toujours « enchevêtrés ».Des chercheurs de l\u2019Université de Genève menés par Nicolas Gisin et une équipe de l\u2019université de Calgary ont quant à eux réussi en 2017 \u2013 presque simultanément, bien qu\u2019il n\u2019y ait là aucun effet quantique \u2013 à intriquer plusieurs millions d\u2019atomes dans un cristal.Pour tenter de comprendre ce qu\u2019est l\u2019intrication quantique, il faut se défaire de l\u2019idée qu\u2019il existe un support pour véhiculer l\u2019information entre les deux objets intriqués.C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui irritait Einstein : si une telle connexion tangible existait, cela impliquerait qu\u2019elle puisse se déplacer à des vitesses des milliers de fois supérieures à celle de la lumière.Impossible, selon la relativité ! « En physique quantique, les tressaillements donnent lieu à des corrélations qui ne peuvent pas être décrites par une cause directe ni par une cause commune qui se propagerait continûment de proche en proche », admet Nicolas Gisin qui est l\u2019auteur d\u2019un livre de vulgarisation sur le sujet, L\u2019impensable hasard : non-localité, téléportation et autres merveilles quantiques.Autrement dit, il n\u2019y a pas de communication entre les objets intriqués, et ils ne s\u2019in?uencent pas mutuellement.Leur lien vient d\u2019autre chose, d\u2019un « hasard » dif?cile à saisir.« J\u2019aime dire que l\u2019intrication permet à un événement aléatoire de se manifester en plusieurs endroits », ajoute le physicien.Imaginons l\u2019inconcevable, oublions notre espace-temps réconfortant dans lequel tout est continu et où tous les points se touchent.« Si on fait cela, alors l\u2019intrication perd son mystère pour permettre de réaliser des protocoles qui seraient sans cela impossibles, par exemple la distribution quantique de clés cryptographiques et les ordinateurs quantiques », ajoute le chercheur qui a d\u2019ailleurs été l\u2019un des premiers à exploiter cette propriété pour « téléporter » de l\u2019information.Soit.On peut aussi choisir de faire comme Einstein, et continuer à trouver cela vraiment trop étrange.lQS INTRICATION FASCINANTE L'intrication quantique dé?e l'entendement.Même Einstein en perdait son latin! Par Marine Corniou V I C T O R D E S C H W A N B E R G / S P L QUÉBEC SCIENCE 28 JUILLET - AOÛT 2018 Depuis des décennies, les canulars pullulent pour faire croire que des extraterrestres ont visité la Terre.A?n d\u2019injecter un peu de sérieux dans tout ça, le New York Times a récemment révélé que le Pentagone avait alloué 22 millions de dollars américains annuellement à un programme d\u2019étude des ovnis entre 2007 et 2012, et que les recherches se poursuivaient depuis de façon moins of?cielle.« Est-ce que les ovnis existent ?Oui ! Bien sûr qu\u2019il y a des objets volants non identi?és ! s\u2019exclame Robert Lamontagne, astrophycisien à l\u2019Université de Montréal.On imagine tout de suite des visiteurs extraterrestres venant d\u2019une planète lointaine, mais c\u2019est plutôt la dernière chose à laquelle il faut penser.Il y a des tas de phénomènes rares, et moins magiques, qui peuvent expliquer ce qu\u2019on ne comprend pas.» Ainsi, l\u2019étrange appareil qui s\u2019est écrasé à Roswell, au Nouveau-Mexique, en 1947, n\u2019était rien de plus qu\u2019un ballon hautement technologique destiné à espionner l\u2019armée russe.Mystère résolu.Cela étant dit, d\u2019autres anecdotes demeurent inexpliquées, comme les vidéos diffusées par le New York Times dans lesquelles des pilotes de l\u2019armée américaine rencontrent des aéronefs qu\u2019ils ne peuvent identi?er.« Ce qu\u2019on voit, c\u2019est un point noir sur un fond blanc ! résume Robert Lamon- tagne.Impossible de savoir ce que c\u2019est pour l\u2019instant ! » Plus près de chez nous, le fameux ovni de la Place Bonaventure, aperçu en 1990 et qui a fasciné tant de curieux, reste lui aussi non élucidé.Il ne faudrait pas accorder trop d\u2019importance aux efforts du Pentagone, renchérit Alexis Rapin, chercheur à l\u2019Observatoire des États-Unis de la chaire Raoul-Dan- durand.« Si on part du principe que les crédits alloués sont généralement un bon indicateur des priorités stratégiques du Pentagone, le budget de 22 millions ne suggère pas que cela devait constituer un programme de haute importance.Il semble qu\u2019il soit né de la volonté de seulement trois sénateurs, dont l\u2019un entretient des liens avec un magnat de l\u2019aérospatiale.» Cela n\u2019écarte en rien la possibilité qu\u2019il y ait de la vie ailleurs dans l\u2019Univers.« Je suis un ardent partisan de la recherche sur la vie extraterrestre, lance Robert La- montagne.Est-ce qu\u2019il y a de la vie extraterrestre dans le cosmos ?Possible ! Mais je ne crois pas que nous ayons été visités pour l\u2019instant.» Quantité de chercheurs dans le monde étudient justement l\u2019exobiologie.C\u2019est que, seulement dans notre galaxie, il y aurait des milliards de planètes situées dans la « zone habitable » de leur soleil, soit la distance idéale pour qu\u2019il n\u2019y fasse ni trop chaud ni trop froid, selon des estimations publiées en 2015 dans la revue Monthly Notices of the Royal Astronomical Society.C\u2019est sans compter les lunes de ces planètes, où de la vie pourrait également exister.Pas nécessairement des bonshommes verts; peut-être de simples micro-organismes.Mais comment la science pourra-t-elle se rendre jusqu\u2019à ces planètes inexplorées ?« C\u2019est peu probable qu\u2019on y arrive un jour ! Faire décoller une fusée à la vitesse de la lumière nécessiterait ni plus ni moins toute l\u2019énergie consommée par la civilisation humaine ! Ça dépasse l\u2019entendement ! » rappelle Robert Lamontagne.Il a beau y croire, l\u2019expert garde les deux pieds fermement sur terre.lQS «ovnis»?que sont réeLLement Les Lumière étrange, disque curieux, masse improbable : la nature des objets volants non identi?és nous échappe.Mais pas de panique ! Par Etienne Masse QUÉBEC SCIENCE 29 JUILLET - AOÛT 2018 A M É L I E B A R N A T H A N FORESTERIE QUÉBEC SCIENCE 30 JUILLET - AOÛT 2018 S O P F E U QUÉBEC SCIENCE 31 JUILLET - AOÛT 2018 Changements Climatiques la Baie-James Brûlera- t-elle ?Chaque année, dans le monde, les feux réduisent en Cendres plus de 400 millions d\u2019heCtares de forêt.le quéBeC n\u2019y éChappe pas.la Baie-James serait la région la plus à risque.Par Samuel Lamoureux Sur la route du village cri de Waskaganish, petite communauté autochtone située sur les rives de la baie James, Gordon* fait de l\u2019auto-stop pour rentrer chez lui.Plus tôt, le Cri est allé se renseigner à propos d\u2019un feu de forêt mineur qui a éclaté à 20 km du village, en ce jour de juillet 2017.Il est inquiet.Les incendies sont plus nombreux dans la région.Si certains sont attribuables à l\u2019humain \u2013 comme ce fut le cas pour ce petit feu causé par une cigarette \u2013 il est persuadé que d\u2019autres forces sont à l\u2019œuvre.« C\u2019est la faute aux changements climatiques », af?rme-t-il sans détour.Gordon n\u2019est pas un scienti?que; il travaille le bois.Mais ici, près de la rivière Rupert, tout le monde a bien remarqué que les choses ont changé depuis 40 ans.Le paysage de la route de la Baie-James porte encore les meurtrissures du feu de forêt de 2013, le plus important de l\u2019histoire du Québec, qui avait embrasé 350 000 hectares, soit environ 3 fois la super?cie du lac Saint-Jean.En fait, les experts donnent raison à Gordon.« Le nombre de feux a doublé au Canada depuis les années 1970.Deux millions d\u2019hectares ont brûlé dans les cinq dernières années, c\u2019est du jamais vu », précise Mike Flannigan, sommité canadienne en pyrologie forestière, qui étudie le sujet depuis 35 ans à l\u2019université d\u2019Alberta.La Baie-James n\u2019est pas la seule région à risque.On se souviendra de l\u2019incendie de Fort McMur- ray qui, en mai 2016, après des mois de sécheresse, avait forcé l\u2019évacuation de 100 000 personnes.Plus récemment, en 2017, la Colombie-Britannique a vécu une année record, avec plus de 900 000 hectares réduits en cendres par plus de 200 brasiers simultanés.Ce type de scénario risque, hélas, de devenir de plus en plus fréquent.Selon les modèles, on estime que l\u2019activité des feux dans la forêt boréale pourrait augmenter de 30 % à 500 % dans les prochaines décennies ! Dans cette équation, le nord-ouest du Québec, et plus précisément la Baie- James, est le territoire le plus vulnérable de la province.On y observe déjà l\u2019un des régimes de feux les plus actifs de l\u2019Amérique du Nord, que ce soit en termes de super?cies brûlées ou de taux de feux annuels (2,4 % du territoire s\u2019en?amme chaque année), comme l\u2019atteste une étude publiée en 2014 dans le journal scienti?que Proceedings of the National Academy of Sciences par des chercheurs du Centre d\u2019études nordiques de Rimouski.De leur côté, Mike Flannigan et son équipe évaluent que, d\u2019ici la fin du siècle, les jours de propagation de feux de forêt pourraient se multiplier par deux et même par trois dans l\u2019est du Canada, des résultats diffusés en 2017 dans la revue Environmental Research Letters.SAISONS PLUS LONGUES À 487 km au nord de Waskaganish se pro?le la localité de Radisson, la communauté francophone la plus nordique du Québec, qui compte environ 270 âmes.Normand Lacour, agent à la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU), nous reçoit dans son bureau enfoui sous les papiers.Fort de ses 30 ans d\u2019expérience, QUÉBEC SCIENCE 32 JUILLET - AOÛT 2018 REPORTAGE S O P F E U lRadisson lEastmain lWaskaganish lVal-d\u2019Or Québecl Montréal l *Gordon préfère taire son nom de famille. QUÉBEC SCIENCE 33 JUILLET - AOÛT 2018 l\u2019homme, qui est également le président du Conseil de la localité de Radisson depuis 2010, témoigne des changements impressionnants affectant d\u2019ores et déjà le territoire.« Quand j\u2019ai commencé, la saison des feux était beaucoup plus courte.Dans les dernières années, on a vu apparaître de grands feux au mois de mai, puis des feux qui s\u2019éternisent à l\u2019automne.Ce n\u2019était pas le cas avant », raconte-t-il.Serait-ce l\u2019effet déjà tangible du réchauffement ?Une chose est sûre, les régions arctiques sont celles qui se réchauffent le plus vite et, partout, les indicateurs témoignent de l\u2019allongement de la saison « chaude ».En février 2017, des chercheurs de l\u2019université de Californie ont ainsi découvert que certaines plantes du Groenland reprenaient leur croissance prin tanière 26 jours plus tôt qu\u2019il y a 10 ans.Du côté de l\u2019Alberta, le ministre de l\u2019Agriculture et des Forêts, Oneil Carlier, a annoncé en 2017 que la saison des feux allait maintenant commencer le 1er mars et non le 1er avril.Au cours des 70 dernières années, il faut dire que la température moyenne annuelle du Canada a grimpé de 1,7 °C.Et les précipitations ne suivent pas le rythme.Une combinaison délétère.« La sécheresse est l\u2019élément le plus important concernant les feux, explique Yves Berge- ron, professeur à l\u2019Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue et à l\u2019Institut de recherche sur les forêts.Sur la plupart des territoires, les précipitations ne vont pas augmenter suf?samment pour compenser le réchauffement climatique.Et plus on s\u2019éloigne de l\u2019océan Atlantique, moins il y a de précipitations.La Baie-James est donc dans une zone très sèche, ce qui la met plus à risque.» Manque de précipitations, vents forts, réserves de combustible bien sec, etc.Les ingrédients sont vite réunis pour un embrasement.C\u2019est sans compter les éclairs, véritables fauteurs de trouble.Dans une étude publiée par Science en 2014, Mike Flannigan souligne que chaque degré de réchauffement planétaire augmente de 12 % le nombre d\u2019éclairs.Là encore, ce problème pourrait affecter particulièrement la Baie-James, puisque 80 % des incendies sur ce territoire sont causés par la foudre.La moyenne au pays, selon Ressources naturelles Canada, est plutôt de 45 %.La raison de ce décalage ?Les incendies naturels sont beaucoup plus nombreux que ceux d\u2019origine humaine sur le territoire de la Baie-James, qui compte à peine 30 000 habitants et accueille peu de touristes.« Les feux causés par les éclairs sont les plus dif?ciles à éteindre puisqu\u2019on ne les remarque pas tout de suite.Ils sont souvent situés loin des installations humaines, ce qui complique l\u2019envoi d\u2019une intervention », ajoute Mike Flannigan.De son côté, Normand Lacour explique que la région est d\u2019autant plus à risque que les feux n\u2019y sont pas éteints systématiquement.« La forêt n\u2019est pas commerciale.C\u2019est une forêt naturelle.Alors on laisse la nature suivre son cycle », dit-il.DONNER L\u2019ALERTE Pourtant, un système d\u2019alerte précoce pourrait limiter la propagation des feux de forêt, estime Mike Flannigan.En ce moment, le Canada utilise la stratégie de la « suppression des feux » qui consiste à attaquer les brasiers avec le plus de force possible (notamment à l\u2019aide d\u2019avions-ci- ternes qui contiennent jusqu\u2019à 6 000 L d\u2019eau) P H O T O S : S A M U E L L A M O U R E U X À gauche, prise de vue aérienne du feu de forêt qui, en 2013, a embrasé 350000 hectares du territoire de la Baie-James.À droite, la route qui porte encore les meurtrissures de cet incendie considéré comme le plus important de l\u2019histoire du Québec.Au bureau d\u2019information touristique de la Municipalité de la Baie-James, on accueille les visiteurs avec un panneau indiquant les risques d\u2019incendie au quotidien. QUÉBEC SCIENCE 34 JUILLET - AOÛT 2018 dès qu\u2019ils sont repérés.Les pompiers sont tellement occupés à éteindre de grands feux qu\u2019ils en manquent forcément quelques-uns, ce qui explique pourquoi certains incendies sont encore détectés tardivement.La stratégie plus moderne, dite de la « réponse appropriée », est plus adéquate selon Mike Flannigan, car elle oblige à effectuer un « triage ».Dans ce modèle, l\u2019apparition d\u2019un feu dans une région équivaut à l\u2019arrivée d\u2019un patient dans un hôpital.On s\u2019occupe d\u2019abord des urgences, lorsque des vies sont menacées, et on remet les autres cas à plus tard.Par exemple, si un feu naît près d\u2019une ville, on s\u2019appuiera sur la stratégie de la « suppression des feux », mais si un feu est isolé, on pourrait le laisser brûler en estimant son éventuelle trajectoire.« Nous sommes actuellement très réactifs, dit Mike Flannigan, mais pas très bons pour plani?er.» Yves Bergeron, aussi chercheur à la Chaire en écologie forestière et en aménagement forestier durable de l\u2019UQAT, abonde dans le même sens : « Si on essaie d\u2019éteindre tous les feux, on se retrouve dans une situation de débordement.Il faut donc choisir les feux qu\u2019on attaque et les feux qu\u2019on laisse brûler.» Bien souvent, laisser un feu se consumer n\u2019a rien de dramatique.Au contraire, les incendies sont souvent essentiels pour le renouvellement des forêts boréales de conifères.Certaines espèces, ont besoin de feu pour libérer leurs graines.Plusieurs études ont d\u2019ailleurs démontré que les forêts boréales avaient une résilience élevée à l\u2019augmentation des régimes de feux.Le hic, c\u2019est qu\u2019une hausse trop marquée des incendies laisse peu de temps aux forêts pour se reconstituer.Selon une étude parue dans Science en 2015, dont les deux premiers auteurs, Sylvie Gauthier et Pierre Bernier, sont de Ressources naturelles Canada, les changements climatiques pourraient être dévastateurs pour les forêts boréales.Les conséquences varient cependant selon l\u2019emplacement des arbres.Le nord-ouest du Québec est coupé en deux par ce qu\u2019on appelle la limite territoriale des forêts attribuables, une ligne imaginaire qui circonscrit les forêts pouvant être aménagées de façon durable.L\u2019exploitation forestière est ainsi permise au sud de cette ligne, mais interdite au nord (d\u2019autres activités industrielles comme les mines ou les barrages hydroélectriques y sont par contre autorisées).Bien entendu, « l\u2019augmentation des feux dans la zone où il y a de l\u2019exploitation forestière est très néfaste pour l\u2019économie », rappelle Yves Bergeron.L\u2019industrie forestière représente d\u2019ailleurs 60 000 emplois au Québec.Du côté de la zone protégée, on s\u2019inquiète plutôt de la préservation de la forêt.Un enjeu qui préoccupe Jeanne Portier, ancienne étudiante au doctorat d\u2019Yves Bergeron, qui, en 2017, a soutenu sa thèse sur le régime des feux à la limite nord de la forêt commerciale du Québec.La question de la chercheuse était simple : qu\u2019arrivera-t-il lorsqu\u2019il n\u2019y aura plus rien à brûler ?« Évidemment c\u2019est un scénario très éloigné dans le temps \u2013 on parle de centaines d\u2019années \u2013, mais il se pourrait qu\u2019on assiste à la disparition des forêts fermées [NDLR : les vieilles forêts très denses] et l\u2019émergence d\u2019un aménagement forestier fait exclusivement de forêts ouvertes très jeunes et non exploitables commercialement », précise-t-elle.Une sorte de « savane », bien loin du paysage actuel de la Baie-James.lQS FORESTERIE En juillet 2006, un incendie s\u2019est déclaré à environ 15 km au nord-est de la communauté crie de Chisasibi.Il a été causé par la foudre, comme 80% des feux répertoriés sur le territoire de la Baie-James.LES RAPIDES FEUX DE CIME Le territoire de la Baie-James est surtout victime des feux de cime qui se propagent beaucoup plus vite que les autres types de feux, dits « de profondeur » et « de surface », dont la vitesse moyenne est de 1 km/h.Certains feux de cime quant à eux peuvent atteindre les 7 km/h.Ce phénomène est attribuable à la grande quantité de petits combustibles, c\u2019est-à-dire des feuillages, du lichen, des épines de pins et d\u2019épinettes, tous présents au niveau supérieur des arbres.Le feu historique de 2013 en était un de cime.Au départ, il était tout petit et situé à 50 km des infrastructures.Mais après un mois, les choses ont rapidement pris des proportions catastrophiques.« C\u2019était assez désolant quand on remarquait que le feu avait parcouru 27 km en une journée, se remémore Normand Lacour, agent à la Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU).J\u2019étais le premier à passer sur le chemin et il y avait une épaisseur de 1 cm de cendres sur la route.Les pancartes avaient changé de couleur, les garde-fous avaient brûlé.J\u2019ai trouvé des animaux morts sur la route.» S O P F E U 1 AN \u203a 8 numéros \u203a 36 $ 2 ANS \u203a 16 numéros \u203a 58 $ 3 ANS \u203a 24 numéros \u203a 81 $ L\u2019ACTUALITÉ SCIENTIFIQUE À LA PORTÉE DE TOUS Économisez jusqu\u2019à 51% sur le prix en kiosque ABONNEZ-VOUS ! quebecscience.qc.ca/abonnez-vous 514 521-8356 - 1 800 567-8356 poste 504 Aussi offert en édition numérique (plus taxes) 1 AN \u203a25 $* *Gratuit pour les abonnés à l'édition imprimée Écoutez notre nouveau balado La voûte éternelle pour percer le secret généalogique des mormons.Toutes nos émissions sur : www.quebecscience.qc.ca/podcast QUÉBEC SCIENCE 36 JUILLET - AOÛT 2018 E n 2018, 30 brasiers en?amme- ront 15 parcs nationaux dans tout le pays, et le plus gros de ces incendies pourrait brûler une super?cie grande comme 1,5 fois l\u2019île de Montréal.Deux de ces feux seront déclenchés au Québec, dans le parc de la Mauricie.Tous sont soigneusement plani?és.Pas par des pyromanes, mais par des biologistes de Parcs Canada.L\u2019idée de mettre le feu à nos parcs nationaux peut paraître extrême, voire dangereuse, mais ce mécanisme permet de restaurer l\u2019intégrité des écosystèmes, lance d\u2019emblée Gregg Walker, responsable de la gestion des incendies pour Parcs Canada.« Le feu fait naturellement partie de la dynamique des forêts canadiennes, qui brûlent de manière cyclique », souligne-t-il.En effet, il pro?te à quantité de plantes, d\u2019arbres, d\u2019insectes et d\u2019animaux.« Certaines espèces en dépendent même pour survivre, illustre Dominique Gravel, professeur de biologie, spécialisé en écologie des communautés à l\u2019Université de Sherbrooke.Par exemple, le pin gris enferme ses graines dans des cônes enduits de cire, et celles-ci ne peuvent être libérées que sous la chaleur des ?ammes.» D\u2019autres espèces tirent avantage du feu de manière plus subtile.C\u2019est le cas du pin à écorce blanche, une espèce en voie de disparition que l\u2019on retrouve dans les parcs de Banff, Yoho et Kootenay, dans les Rocheuses.« Pour se reproduire, cet arbre a absolument besoin de l\u2019aide d\u2019un oiseau, le casse-noix d\u2019Amérique, qui cache ses graines dans les milieux ouverts seulement », explique Gregg Walker.Or en éteignant systématiquement les feux \u2013 ou du moins, en tentant de le faire \u2013 pour protéger les villages et la ressource forestière, les populations humaines ont entraîné le reboisement des milieux ouverts, et la disparition des pins à écorce blanche.C\u2019est justement pour favoriser le rétablissement des espèces dites « pyrophiles » que Parcs Canada a lancé un programme de brûlage dirigé à Banff en 1983.Au cours des 30 dernières années, 375 feux dirigés ont en?ammé près de 100 000 hectares de forêts dans 22 parcs nationaux de tout le pays, auxquels s\u2019ajoutent les milliers d\u2019hectares qui brûlent naturellement chaque année.Au Québec, c\u2019est en 1995 que le feu est devenu un outil de gestion, notamment pour restaurer les populations de pins blancs [NDLR : une essence distincte du pin à écorce blanche] dans le parc de la Mauricie.Prisés par l\u2019industrie forestière au XIXe FORESTERIE LE FEU, SOURCE DE VIE DEPUIS 35 ANS, PARCS CANADA BRÛLE À DESSEIN DES MILLIERS D\u2019HECTARES DE FORÊT.LE BUT : MAINTENIR LA BIODIVERSITÉ ET L\u2019INTÉGRITÉ DES ÉCOSYSTÈMES CANADIENS.Par Guillaume Roy Un feu dirigé exécuté en 2013 dans le parc national de Jasper, en Alberta.P A R C S C A N A D A QUÉBEC SCIENCE 37 JUILLET - AOÛT 2018 siècle, ces géants, qui peuvent atteindre 40 m, représentaient 12 % des arbres des forêts mauriciennes, il y a moins de deux siècles.Ils ne sont plus que 1 % aujourd\u2019hui, explique Michel Thériault, agent de gestion des incendies pour Parcs Canada.« Aujourd\u2019hui, les semis de pins blancs vivent environ une dizaine d\u2019années avant de mourir de dépérissement ou attaqués par la rouille.C\u2019est le feu qui permet d\u2019éliminer la compétition et d\u2019ouvrir le couvert forestier pour que l\u2019arbre ait la luminosité nécessaire à sa croissance », soutient l\u2019expert, ravi de voir des pins blancs toujours vigoureux, plus de 20 ans après le premier feu dirigé.Mais comme il faut attendre 60 ans avant que les pins blancs soient en mesure de se reproduire, la réussite du projet est encore dif?cile à évaluer.Pour Michel Thériault, il n\u2019y a pas de doute.Loin du cauchemar tant redouté, l\u2019embrasement d\u2019une forêt est en fait source de vie.« Le feu permet de remettre l\u2019horloge à zéro et de rajeunir la forêt », dit-il.« Les feux de forêt sont toujours une catastrophe lorsqu\u2019ils brûlent des maisons ou des infrastructures, mais, d\u2019un point de vue écologique, les forêts brûlées sont un trésor, car on y retrouve une biodiversité indigène et une abondance de faune comparable à celle des vieilles forêts », note Chad Hanson, directeur du John Muir Project, un organisme américain qui lutte pour la conservation des forêts.Ainsi, quelques minutes à peine après l\u2019extinction d\u2019un brasier, des insectes viennent pondre sur l\u2019écorce des arbres brûlés.« Par la suite, des oiseaux comme le pic à dos noir viennent se nourrir des larves et creusent des cavités dans les arbres, qui serviront d\u2019habitat à de petits mammifères », poursuit Chad Hanson.Puis les petits fruits, les arbustes et les tendres bourgeons des feuillus font leur apparition, attirant à leur tour les ours, les cervidés, puis les loups.En fait, « le feu crée une mosaïque d\u2019habitats qui sont favorables à différentes espèces », explique Dominique Gravel, de l\u2019Université de Sherbrooke.Et ce n\u2019est pas tout.Cela peut paraître paradoxal, mais le feu est aussi un outil pour réduire les risques\u2026 de feu.« En l\u2019absence d\u2019incendies réguliers, la matière organique s\u2019accumule au sol, ce qui peut créer une surabondance de combustible », explique Gregg Walker.Lorsque de telles forêts s\u2019enflamment, la situation peut rapidement dégénérer.MAÎTRISE DU FEU Pour éviter des dérapages, les scienti?ques de Parcs Canada ont, dans les années 1990 et 2000, développé des équations permettant de prévoir le comportement du feu, après avoir mesuré la vitesse de propagation et l\u2019intensité des ?ammes sur une large gamme d\u2019essences forestières.« On est capable de prédire quelles conditions sont nécessaires pour avoir des ?ammes d\u2019une longueur donnée, indique Michel Thériault.C\u2019est probablement un des meilleurs systèmes de gestion des feux au monde.» Mais attention, avant d\u2019enflammer une zone dans un parc national, deux à cinq ans de préparation sont nécessaires.« Tout y passe : étude environnementale, évaluation des espèces en péril, consultations avec les populations, plani?cation opérationnelle, gestion de la qualité de l\u2019air », explique Gregg Walker.Température, humidité, force et direction du vent, précipitations à venir, tout est calculé pour prédire comment le feu se comportera.« Nous faisons seulement des brûlages dans des conditions météorologiques très précises, dit-il.On peut parfois attendre 10 ans avant d\u2019avoir la bonne fenêtre d\u2019opportunité.» Le jour venu, 10 à 75 professionnels arrivent sur le terrain, dont des spécialistes de l\u2019allumage et du comportement des feux, un météorologue, ainsi que plusieurs pompiers.Des équipes survolent le site en hélicoptère, prêtes à éteindre les ?ammes ou, au contraire, à laisser tomber des boules in?ammables, de la taille d\u2019une balle de ping-pong, pour embraser la végétation.S\u2019INSPIRER DES ANCIENS Si Parcs Canada a professionnalisé la gestion forestière par le feu, l\u2019organisation n\u2019a rien inventé.« Les peuples autochtones ont utilisé cette technique pendant des millénaires pour créer des pâturages, attirer les espèces sur leur territoire et favoriser la croissance des petits fruits », explique Katherine Capot-Blanc, coordonnatrice des ressources et du territoire pour la communauté Déné de Fort Nelson, en Colombie-Britannique.Avec l\u2019aide de la biologiste Sonja Le- verkus, de la ?rme de conseil en environnement Shifting Mosaic Consulting, Fort Nelson a d\u2019ailleurs développé un vaste plan de brûlage contrôlé pour favoriser la présence du bison des bois, réintroduit en 1995, qui a besoin de milieux ouverts pour paître.Dans le cadre d\u2019un projet-pilote, 8 000 hectares de forêts ont été brûlés en 2013 et 2015.Sonja Leverkus se désole toutefois de voir qu\u2019aucun feu n\u2019était prévu hors des parcs au printemps 2018.Selon elle, les gouvernements demeurent réticents à l\u2019idée de brûler les forêts, marqués par des catastrophes comme celle de Fort McMurray, un incendie qui n\u2019avait toutefois rien de naturel.« Les mentalités évoluent, mais trop lentement, soutient la femme qui a réalisé son doctorat sur l\u2019écologie du feu à l\u2019université Oklahoma State.Nous devons changer les paradigmes et informer les gens, comme le fait Parcs Canada.» Et les convaincre que, parfois, il peut être bon de jouer avec le feu.lQS « Le feu permet de remettre l\u2019horloge à zéro et de rajeunir la forêt.» \u2013 Michel Thériault, agent de gestion des incendies pour Parcs Canada G U I L L A U M E R O Y QUÉBEC SCIENCE 38 JUILLET - AOÛT 2018 ZOO ÉTHIQUE ANIMALE Le Zoo de Falardeau adore les jeunes animaux.La page Facebook de l\u2019institution du Saguenay\u2013Lac-Saint- Jean, laquelle compte près de 45 000 « J\u2019aime », est parsemée de photos de mignons lionceaux ou de bébés tigres, qui ressemblent à s\u2019y méprendre à des chatons.Le public est d\u2019ailleurs invité à visiter ces attendrissantes boules de poils dans de petits enclos que le propriétaire, Daniel Gagnon, appelle la pouponnière.Chose rare, les visiteurs peuvent même, s\u2019ils le désirent, les câliner.La clé de ce tour de force ?Séparer les petites bêtes de leur mère dès leurs premiers jours de vie.Le propriétaire explique son approche.« Notre but est de désensibiliser l\u2019animal à la présence humaine a?n qu\u2019il soit heureux en captivité.Nous ne le dressons pas, nous le conditionnons tout simplement à l\u2019humain », explique cet ingénieur de formation dont l\u2019établissement accueille plus de 100 000 visiteurs par année.Qui ne rêve pas de prendre un sel?e avec un kangourou ?Susan Shafer, elle, n\u2019y rêve pas.Au contraire, la directrice générale de l\u2019Association des zoos et aquariums du Canada (AZAC, qui représente 31 institutions sur plus de 200 au Canada) déplore vivement cette pratique.« Comprenez-moi bien.Je ne suis pas contre le fait d\u2019exposer des animaux en public.Ce qui m\u2019interpelle, c\u2019est cette manière de faire qui les amène à subir beaucoup de stress et à entrer en contact avec de potentiels agents infectieux.» Ce n\u2019est pas la première fois que l\u2019AZAC dénonce une telle situation au Québec, une province où seuls 7 zoos et aquariums sur près de 40 sont dûment accrédités.L\u2019organisation s\u2019indigne notamment de cette pratique qui consiste à séparer les Z O O BON B A D Z O O D E G R A N B Y LABORATOIRES VIVANTS OU SITES PUREMENT TOURISTIQUES ?OUTILS DE CONSERVATION OU LIEUX DE MISÈRE ANIMALE ?CAPABLES DU MEILLEUR COMME DU PIRE, LES ZOOS NE LAISSENT PERSONNE INDIFFÉRENT.PAR MAXIME BILODEAU QUÉBEC SCIENCE 39 JUILLET - AOÛT 2018 QUÉBEC SCIENCE 40 JUILLET - AOÛT 2018 petits de leur mère.« Cela transgresse les normes internationales fondées sur la science et l\u2019éthique en matière de soins des animaux, dit Mme Shafer.Un animal doit pouvoir entretenir une relation normale avec sa mère pour agir adéquatement, seul comme avec les siens.» Sans cette connaissance, les animaux ne savent pas qui ils sont, ce qui se traduit par une vie de moindre qualité en captivité; c\u2019est le phénomène « d\u2019imprégnation », décrit par le détenteur du prix Nobel de physiologie Konrad Lorenz.Si de tels cas sont possibles au Québec, c\u2019est que seule l\u2019obtention d\u2019un permis de centre d\u2019observation de la faune ou de jardin zoologique est nécessaire pour opérer en toute légalité \u2013 à la différence du premier, le second permet la captivité d\u2019animaux exotiques.Pour mettre la main sur un tel permis il suf?t de se plier à la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune, ainsi qu\u2019au Règlement sur les animaux en captivité du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, un cadre légal somme toute peu restrictif.Un resserrement du Règlement est à venir; la version prépubliée, en décembre 2017, spéci?e que « tout mammifère né en captivité doit pouvoir béné?cier des soins fournis par ses parents, selon la biologie de son espèce ».Le Québec aura ainsi une longueur d\u2019avance sur l\u2019Ontario, où ce sont les municipalités qui légifèrent selon leur bon vouloir, ce qui favorise les zoos ambulants, véritables bidonvilles animaliers.Notre province restera toutefois à des lieues du Nouveau-Brunswick où le gouvernement a déposé en novembre 2017 un projet de loi qui obligera les zoos et aquariums actifs à être accrédités par l\u2019AZAC.LABORATOIRES VIVANTS Il n\u2019y a pas que du mauvais dans le monde des jardins zoologiques dont la mission a considérablement évolué depuis l\u2019ouverture de celui de Londres, en 1828, ce qui en fait la plus vieille institution du genre.Au diable les ménageries où des bêtes (et, parfois, des humains.) vivaient derrière des barreaux.Désormais, les zoos \u2013 du moins les plus grands \u2013 sont des laboratoires vivants qui investissent dans des programmes de recherche a?n de développer de meilleures connaissances du monde animal.Des chercheurs américains ont d\u2019ailleurs quanti?é l\u2019apport des zoos et aquariums membres de l\u2019Association américaine des zoos (AZA) à la recherche scienti?que animalière.Entre 1993 et 2013, les 228 établissements membres de l\u2019AZA ont contribué à « au moins » 5 175 études parues dans des journaux scienti?ques crédibles, rapportent-ils dans les pages de la revue Facets.Des dizaines d\u2019initiatives de conservation et de recherche ont cours dans les zoos accrédités au Québec \u2013 l\u2019AZAC fait même de ces projets une condition sine qua non d\u2019accréditation.Le Zoo sauvage de Saint-Félicien a par exemple participé à une recherche sur l\u2019adaptation des ours blancs aux différentes variations de température, menée par Janel Kuska, une chercheuse de l\u2019université de Guelph, en Ontario.« Elle voulait en connaître plus sur leur adaptabilité à la chaleur en récoltant diverses données sur leur température interne, leur taux de cortisol dans le sang et les selles, etc.Cela va nous renseigner sur les impacts des changements climatiques chez cette espèce, qui en est tout particulièrement victime », estime Christine Gagnon, directrice de l\u2019éducation et de la conservation de l\u2019institution jeannoise.Le Zoo de Granby consacre chaque année 1,5 % de son budget d\u2019opération aux projets de conservation, souligne Patrick Paré, biologiste et directeur de l\u2019éducation et de la conservation.Son équipe travaille par exemple au rétablissement de la tortue molle à épines, une espèce menacée au Québec.D\u2019ici 2020, plus de 2 000 jeunes tortues devraient être relâchées dans la nature, après avoir été incubées en laboratoire.« Nous collaborons en plus avec l\u2019Université Concordia depuis 2009, entre autres sur des questions relatives aux habitats de certains de nos animaux, comme le wallaby et le macaque japonais », indique-t-il.À l\u2019aquarium de Québec, les premiers mois de vie de Balzak et Lakina, deux morses nés en 2016 qui résident maintenant à l\u2019aquarium de Vancouver, ont été scrutés à la loupe.« C\u2019est exceptionnel qu\u2019ils se soient rendus sans peine jusqu\u2019à l\u2019âge adulte : des huit bébés morses nés en captivité en Amérique du Nord depuis 1930, un seul y était parvenu », fait valoir Stéphane Plamondon, gestionnaire adjoint ÉTHIQUE ANIMALE Des dizaines d\u2019initiatives de conservation et de recherche ont cours dans les zoos accrédités du Québec.Au Zoo de Granby, on travaille notamment au rétablissement de la tortue molle à épines, une espèce menacée dans notre province.A L A I N D I O N / Z O O D E G R A N B Y A N N I E S I M A R D / Z O O S A U V A G E D E S A I N T - F É L I C I E N QUÉBEC SCIENCE 41 JUILLET - AOÛT 2018 à la conservation, la collection animale et l\u2019éducation.À terme, ces données pourraient révéler de précieux secrets.ÉCRAN DE FUMÉE ?Aux yeux de plusieurs, le discours scien- ti?que n\u2019est qu\u2019un écran de fumée pour berner le public.Parmi ces opposants, il y a certes des défenseurs des droits animaux issus de mouvances comme People for the Ethical Treatment of Animals (PETA).Mais des chercheurs rattachés à des institutions crédibles leur donnent aussi des munitions.En 2003, dans les pages de Nature, des scienti?ques tiraient déjà une sonnette d\u2019alarme : 35 espèces de grands carnivores, dont les ours blancs, les lions, les tigres et les guépards, souffrent grandement de la captivité à cause de la petitesse et de la monotonie de leur milieu de vie.Dans le cas de l\u2019ours blanc, par exemple, son enclos en jardin zoologique équivaut à un millionième de la taille normale de son habitat naturel.Une autre étude, publiée cette fois-ci dans Science, en 2008, rapporte que l\u2019espérance de vie d\u2019éléphants de jardins zoologiques est la moitié de celle de populations sauvages asiatiques ou africaines.La faute, semble-t-il, au stress chronique auquel ils sont soumis ainsi qu\u2019à leur propension à la prise de poids excessive.Plus récemment, en 2011, une recherche publiée dans PLOS One soutient que les comportements répétitifs (automutilation, balancements continuels, « jouer » avec ses fèces, etc.), signes de détresse, sont « endémiques » chez les chimpanzés en captivité, et ce, en dépit des multiples formes de stimulation mises en place par les institutions zoologiques.Même l\u2019impact des zoos en matière d\u2019éducation et de sensibilisation des visiteurs aux enjeux de conservation est remis en question; sans être nul, il reste encore à être scien- ti?quement prouvé, conclut une étude de 2010 parue dans Society and Animals.Idem en ce qui concerne la réintroduction en nature de certaines espèces considérées en péril.S\u2019il existe quelques cas de succès en la matière, comme celui du condor de Californie, du cheval de Przewalski ou de la marmotte de l\u2019île de Vancouver, plusieurs autres espèces ne se sont tout simplement jamais réintégrées dans leur habitat naturel.Pis, certaines se sont éteintes en captivité; pensons au rhinocéros blanc du Nord, dont il ne reste plus que deux femelles après la mort du dernier mâle, plus tôt cette année.DES SITES TOURISTIQUES Chose certaine, les besoins en conservation se font de plus en plus criants, décuplés par la destruction des habitats des animaux, le braconnage et, désormais, le dérèglement climatique qui, à lui seul, menacerait de 25 % à 50 % des espèces d\u2019ici 2080 dans 33 régions du monde parmi les plus riches en biodiversité, rapporte une étude parue dans Climatic Change, en mars dernier.« Doit-on pour autant limiter les droits de certaines espèces animales, a?n de les protéger ?questionne Valéry Giroux, coordonnatrice du Centre de recherche en éthique de l\u2019Université de Montréal.Peu importe les arguments avancés, une chose me paraît claire : les efforts de protection et de conservation devraient être menés dans des réserves naturelles, des sanctuaires et des parcs nationaux, avec comme objectif de limiter le plus possible les torts causés.Pas dans le contexte récréatif d\u2019un zoo », tranche la chercheuse qui voit dans la notion d\u2019espèce une « caractéristique biologique sans pertinence morale, au même titre que la couleur de la peau, l\u2019âge ou le sexe ».Parce que, avant d\u2019être un lieu de science, les aquariums et zoos sont avant tout des sites touristiques où le public af?ue pour se divertir et dépenser de l\u2019argent.À ce chapitre, il est indéniable qu\u2019ils sont synonymes de retombées économiques, ce qui leur vaut une oreille attentive de la part des gouvernements.Le Zoo sauvage de Saint-Félicien a par exemple reçu une aide ?nancière de 650 000 $ par Québec, en mars 2018.Quelques jours plus tard, c\u2019était au tour du Zoo de Granby de recevoir une subvention de 18 millions de dollars de la part du gouvernement provincial.La ministre du Tourisme Julie Boulet, en a alors pro?té pour dissiper toutes les illusions : « Le Zoo de Granby est parmi les trois à cinq attraits [touristiques] les plus importants au Québec.C\u2019est primordial de souligner ces initiatives-là parce qu\u2019elles créent de la richesse dans les régions et des emplois.» Pour Valéry Giroux, une prise de conscience par le grand public est plus que jamais nécessaire.« Si acheter, c\u2019est voter, fréquenter des zoos, c\u2019est encourager l\u2019instrumentalisation des animaux à des ?ns de divertissement et d\u2019éducation.Depuis déjà plusieurs années, on ne retrouve plus de spectacles d\u2019animaux dans les cirques au Québec, puisqu\u2019ils sont maintenant considérés grotesques, dégradants et af?igeants, autant pour le public que les animaux.Dans quelques décennies, je pense qu\u2019on va connaître une telle rupture avec les zoos », prédit-elle.D\u2019ici là, tout le monde a droit à une deuxième chance.La preuve, le Zoo de Falardeau songe même à devenir membre en règle de l\u2019AZAC.Cette dernière lui a fait parvenir les standards auxquels se conformer pour être dûment accrédité.Peut-être faudra-t-il oublier le sel?e avec le kangourou, ?nalement.lQS « Si acheter, c\u2019est voter, fréquenter des zoos, c\u2019est encourager l\u2019instrumentalisation des animaux à des ?ns de divertissement et d\u2019éducation.» \u2013 Valéry Giroux, coordonnatrice du Centre de recherche en éthique de l\u2019Université de Montréal Le Zoo sauvage de Saint- Félicien a participé à une étude sur l\u2019adaptation des ours blancs aux différentes variations de température. ENTOMOLOGIE INSECTES FEUIL LA SAGA FAMILIALE J E A N - F R A N Ç O I S H A M E L I N INSECTES FEUILLES Q Quand Stéphane Le Tirant a une passion, il ne fait pas dans la demi-mesure.Après avoir classé des milliers de scarabées à cornes dans des compartiments anti-feu situés dans le sous-sol de sa maison à Terre- bonne, cet amoureux des insectes porte son regard vers une autre famille : les phylliidae, ou « phyllies » pour les intimes, des bestioles spectaculaires qui ressemblent à s\u2019y méprendre à des feuilles d\u2019arbre.Sa collection compte déjà 400 spécimens épinglés dans des tiroirs.Et ce n\u2019est qu\u2019un début.Car Stéphane Le Tirant fait partie d\u2019une petite escouade internationale qui met tout en œuvre pour faire le grand ménage dans la famille des insectes feuilles, où c\u2019est carrément le bazar ! Pendant des années, les scienti?ques croyaient qu\u2019il n\u2019existait qu\u2019une poignée d\u2019espèces de phyllies.Mais c\u2019était faute de les avoir suf?samment étudiées.Résultat : les collections des musées contiennent des spécimens d\u2019espèces jamais décrites ni nommées par la science; des régions où vivent des phyllies n\u2019ont pas été explorées; et, à l\u2019inverse, une même espèce qui arbore des variations de couleur porte parfois deux noms différents.M.Le Tirant, qui nous fait visiter son sous-sol en pantou?es, est bien placé pour s\u2019atteler à la tâche.En tant que conservateur de la collection scienti?que à l\u2019Insectarium de Montréal, cofon- On jurerait des feuilles, mais ce sont bien des insectes.Une poignée de passionnés, voire d\u2019obstinés, s\u2019est donné pour mission d\u2019étudier ces bestioles toujours méconnues de la science.PAR MÉLISSA GUILLEMETTE E DES Dans des meubles à tiroirs alignés dans son sous-sol, Stéphane Le Tirant conserve une vaste collection de scarabées, tandis que sa collection d\u2019insectes feuilles est en construction. QUÉBEC SCIENCE 44 JUILLET - AOÛT 2018 dateur de Papillons en liberté, et auteur de livres et d\u2019articles scienti?ques sur les scarabées et les papillons, il a des contacts partout dans le monde \u2013 plus de 4 000 correspondants, pour être précis ! « On s\u2019écrit trois ou quatre fois par jour », dit-il en parlant d\u2019un collaborateur américain membre de sa « Team Phyllies », le nom qu\u2019il a donné à l\u2019équipe, composée de quatre autres passionnés et de lui-même, qui refait l\u2019arbre de famille de ces insectes.Une tâche dont ils s\u2019acquittent bénévolement, motivés par une fascination partagée et sans limites pour ces insectes captivants.Il faut le leur accorder : les phylliidae sont magni?ques.Leur talent de camou- ?age ferait rougir d\u2019envie un caméléon.« Regardez les \u201cnervures\u201d ! dit Stéphane Le Tirant, en pointant les traits minces sur le dos d\u2019un spécimen sorti d\u2019un de ses tiroirs.Et dans la nature, c\u2019est encore plus surprenant; la femelle se balance pour imiter le mouvement du feuillage dans le vent.» Leur allure singulière leur vaut les meilleures places dans les musées partout dans le monde, dont l\u2019Insectarium de Montréal, qui présente des Phyllium philippinicum grouillantes dans des vivariums.Cette popularité tranche avec le fait que les connaissances au sujet de ces insectes sont minimes; jusqu\u2019à il y a quelques années, la philippinicum n\u2019avait même pas encore de nom scienti?que, comme en témoigne le panneau descriptif de l\u2019Insectarium, où on lit simplement « Phyllium sp.».DU PAIN SUR LA PLANCHE La mission de Stéphane Le Tirant a commencé alors qu\u2019il étudiait de près les spécimens de sa modeste collection, constituée au ?l de ses voyages, d\u2019échanges avec des correspondants et d\u2019achats.Il semblait y avoir de nouvelles espèces, jamais décrites par la science ! Pour con?rmer ses trouvailles, il lui fallait un partenaire connaissant bien ces insectes vivant en Asie et en Australie.Il l\u2019a trouvé, l\u2019an dernier, en la personne de Royce Cumming (c\u2019est lui, le collaborateur américain ).Sa voix radiophonique, tout comme son CV, ne laisse pas deviner son âge.À 24 ans, il a déjà décrit 11 espèces de phylliidae, ce qui en fait l\u2019un des taxonomistes les plus proli?ques pour cette famille.Ce n\u2019est pourtant qu\u2019un hobby, pour lui ! La maîtrise en entomologie qu\u2019il complète actuellement n'a pas de lien avec les phyllies et concerne les mouches, tout comme ses contrats ponctuels d\u2019analyse d\u2019asticots tirés de cadavres de scènes de crime.Il est également chef entomologiste pour le projet de volière à papillons de Buena Park, en Californie.De toute évidence, le jeune scienti?que a lui aussi eu un coup de cœur pour les phyllies, comme en témoigne sa collection personnelle de 950 spécimens.« En ce moment, il y a environ 80 espèces connues dans le monde, un nombre qui varie selon la personne à qui on pose la question, car il ENTOMOLOGIE « Trouver des phyllies vivantes tient presque du miracle.Ces petites bêtes se tiennent à des dizaines de mètres du sol, dans la canopée.Même si vous grimpiez là-haut, trouver la \u201cfeuille\u201d qui est une phyllie parmi toutes les feuilles est un dé?.» Phyllium philippinicum De gauche à droite : Lorraine Bluteau, Paul Harrison et René Limoges, de l\u2019Insectarium de Montréal; puis, Sierra Teemsa et Royce Cumming, de Los Angeles.R E N É L I M O G E S P H O T O S : P A U L H A R R I S O N / L O R R A I N E B L U T E A U / S T É P H A N E L E T I R A N T / B R I G H A M Y O U N G U N I V E R S I T Y QUÉBEC SCIENCE 45 JUILLET - AOÛT 2018 UNE PHYLLIE HOMMAGE Phyllium letiranti, voilà le nom choisi par Royce Cumming et Sierra Teemsa pour la nouvelle phyllie indonésienne qu\u2019ils ont découverte et décrite en avril dernier.Ils voulaient ainsi rendre hommage à Stéphane Le Tirant, conservateur de la collection scienti?que de l\u2019Insectarium de Montréal.« J\u2019ai déjà une douzaine d\u2019espèces à mon nom [lépidoptères et coléoptères], mais celle-là est la plus prestigieuse, raconte M.Le Tirant.Ce qui est incroyable, c\u2019est que j\u2019en ai deux douzaines dans ma collection personnelle.» La letiranti vit sur la petite île Peleng et ressemble à s\u2019y méprendre à Phyllium mamasænse, qu\u2019on trouve sur l\u2019île Sulawesi, juste à côté.« C\u2019est la forme des œufs qui m\u2019a indiqué qu\u2019il s\u2019agissait d\u2019espèces différentes, explique Royce Cumming.Les œufs de mamasænse ont de longues aspérités sortant dans tous les sens, tandis que cette nouvelle espèce a de courtes aspérités sur le dessus et le dessous seulement.» L\u2019entomologiste a demandé au Senckenberg German Entomological Institute Müncheberg des photos détaillées du spécimen qui a permis de décrire mamasænse en 2008.Il a alors pu constater d\u2019autres différences dans la morphologie des adultes.Royce Cumming et Sierra Teemsa ont alors procédé à la description de la nouvelle espèce, un travail qui a été révisé par des spécialistes avant d\u2019être publié dans la revue scienti?que Insecta Mundi.R E N É L I M O G E S QUÉBEC SCIENCE 46 JUILLET - AOÛT 2018 demeure des incertitudes au sujet de \u201csynonymes\u201d [NDLR : deux noms donnés pour une même espèce], explique M.Cumming.Je pense qu\u2019il y a probablement encore 40 à 50 nouvelles espèces à découvrir.Avec Stéphane, les choses avancent vite.Il a des permis pour importer des insectes vivants.Il connaît aussi des gens et des collections dont j\u2019ignorais l\u2019existence.Il travaille en entomologie depuis bien avant ma naissance! » Pour trouver de nouvelles espèces, et repérer les synonymes, Royce Cumming soumet des spécimens à des tests d\u2019ADN opérés par un laboratoire de New York.« Un des gros problèmes, c\u2019est le dimorphisme sexuel.Le mâle est très différent de la femelle, explique le jeune homme.Le but de ces tests est de \u201cmatcher\u201d les mâles et les femelles »; et de rassembler les éventuels couples séparés par erreur.Comme quoi la Team Phyllies a du pain sur la planche.En visite à l\u2019Insectarium, nous avons appris que même des éléments aussi basiques que l\u2019alimentation des insectes feuilles sont méconnus.« Les espèces ont sûrement des nourritures différentes, mais cela n\u2019a pas été documenté.Ce serait un bon sujet de recherche ! » signale l\u2019horticultrice spécialisée Lorraine Bluteau, qui vient de terminer l\u2019arrosage des goyaviers dont les feuilles bien douces sont destinées aux phyllies de l\u2019Insectarium.ŒUFS SURPRISE Dans le petit local à l\u2019entrée de la serre de Lorraine Bluteau, des œufs surprise reposent dans un banal contenant de plastique posé sur une étagère métallique.Ils n\u2019ont rien à voir avec les Kinder Surprise.Il s\u2019agit plutôt de vrais œufs, pas plus gros qu\u2019un pois, et les « cadeaux » qu\u2019ils renferment sont des embryons d\u2019une phyllie inconnue de la science.C\u2019est un biologiste allemand visitant la Papouasie\u2013Nouvelle-Guinée pour étudier les coléoptères qui a offert ces œufs semblables à aucun autre à Stéphane Le Tirant.Ils sont maintenant entre les mains de Paul Harrison, technicien à l\u2019élevage des divers insectes présentés vivants à l\u2019Insectarium.Vêtu d\u2019un t-shirt orné d\u2019une girafe, cet amoureux de la nature, dont la sonnerie de téléphone cellulaire imite le chant des cigales, nous fait visiter son antre.Dans les boîtes à droite, des larves de scarabées; sur la gauche, les cages « Occupation double » (pour l\u2019accouplement des mantes religieuses).Puis, au fond, deux espèces de phyllies : Phyllium philippinicum qui fait partie de l\u2019exposition de l\u2019Insectarium, et Phyllium giganteum, ?gurera peut-être dans les nouveaux espaces de l\u2019institution devant ouvrir en 2021.« C\u2019est plus fort que moi : tout ce qui bouge, j\u2019ai envie de l\u2019élever ! » Pas surprenant, donc, que Paul Harrison ait accepté de participer au projet de recherche sur les phyllies, ce qui s\u2019ajoute à ses tâches habituelles à l\u2019Insectarium (et avec l\u2019accord de l\u2019institution, bien sûr).À côté des œufs surprise, le technicien nous montre trois autres contenants qui incubent des œufs de phylliidae à étudier.Il y a des œufs de Phyllium (Pulchri- phyllium) asekiense et de Phyllium caudatum, des espèces pour lesquelles on ne possède des informations qu\u2019à partir de spécimens adultes.En?n, il y ENTOMOLOGIE Phyllium rubrum (2018) Originaire de la Malaisie péninsulaire, elle pourrait également être présente à Sumatra (Indonésie).Son nom réfère aux tons de rouge qui ornent certaines parties de son corps.Phyllium shurei (2018) Le troisième insecte feuille découvert à Java, en Indonésie, doit son nom à Max Shure, un mentor et ami de Royce Cumming.La femelle n\u2019a encore jamais été observée.Phyllium bourquei (2017) Elle vit dans la province de Nueva Vizcaya, aux Philippines.Son nom est un clin d\u2019œil au travail accompli par Pierre Bourque, ancien directeur du Jardin botanique de Montréal (et ex-maire de la ville).Phyllium brossardi (2017) Cette phyllie vient du nord de Bornéo.Il s\u2019agit de la treizième espèce de phyllie repérée sur l\u2019île.Son nom est un hommage à Georges Brossard, fondateur de l\u2019Insectarium de Montréal.LES ESPÈCES IDENTIFIÉES PAR STÉPHANE LE TIRANT P H O T O S : R E N É L I M O G E S QUÉBEC SCIENCE 47 JUILLET - AOÛT 2018 a Phyllium monteithi, une espèce très rare, endémique d\u2019Australie.Pour tous ces « incubateurs », « je véri?e que les œufs ne sèchent pas; je crée de l\u2019humidité; je véri?e s\u2019ils éclosent », dit Paul Harrison.Il notera ensuite tous les stades larvaires et fera des tests pour l\u2019alimentation, des informations qui aideront à produire des articles pour des revues scienti?ques.A?n de bien soigner ses nouvelles protégées, Facebook lui sera fort utile, car on y trouve toute une communauté qui élève des phyllies pour le plaisir.La Team Phyllies comprend aussi René Limoges, un autre technicien de l\u2019Insectarium, qui refait les portraits de famille, littéralement.« On a commencé à faire des photos de tous les spécimens de ma collection et de ceux de Royce.On s\u2019attarde aux parties génitales, à la tête, au thorax, aux variations de couleur pour une même espèce.On peut ainsi mettre à jour le site Phasmida Species File, où les chercheurs versent toutes leurs publications », explique Stéphane Le Tirant.L\u2019idée est de faire de même ensuite pour des spécimens précieux issus de collections à l\u2019étranger, comme cette phyllie anonyme qui n\u2019existe qu\u2019en un seul exemplaire dans la collection nationale d\u2019Australie et qui sera bientôt envoyée au Québec.Là encore, ils devront la décrire et la nommer dans une publication scien- ti?que.Elle sera sans doute rédigée en partie par Sierra Teemsa, une Américaine, qui appuie les efforts de la Team Phyllies quand vient le temps de publier.LE TOUR DES TIROIRS De par leur nature, trouver des phyllies vivantes tient presque du miracle.Ces petites bêtes se tiennent à des dizaines de mètres du sol, dans la canopée.« Même si vous grimpiez là-haut, trouver la \u201cfeuille\u201d qui est une phyllie parmi toutes les feuilles est un dé?», rappelle Royce Cumming.Alors que le mâle, attiré par la lumière, vole et s\u2019égare parfois jusqu\u2019au sol, la femelle est incapable de planer, et se cramponne farouchement à sa plante hôte.C\u2019est ce qui fait que les collections actuelles contiennent surtout des mâles.Voilà qui complique le casse-tête des phyllies.Par chance, la Team Phyllies possède de nombreux alliés.Des institutions de par le monde lui envoient des clichés de leurs tiroirs.« J\u2019ai reçu des photographies d\u2019un musée en Italie, d\u2019un autre à Singapour et d\u2019un autre encore en Australie, raconte Stéphane Le Tirant.On a déjà commencé à identi?er de nouvelles espèces.On compte demander des prêts de spécimens pour mieux les étudier.» Ses collègues et lui publient leurs résultats au fur et à mesure, ce qui a le mérite de faire connaître leur quête jusque dans les coins les plus reculés.Un entomologiste des îles Fidji doit d\u2019ailleurs leur envoyer une phyllie qu\u2019il a capturée et qui semble inconnue.Les phyllies peuvent compter sur quelques autres enthousiastes, dont Paul Brock, considéré comme une sommité mondiale en ce qui concerne les phasmatoptères, l\u2019ordre qui comprend les insectes-bâtons et les phyllies.« La vaste majorité des études depuis 1970 ont été faites par des amateurs, dont des autodidactes, comme moi », dit ce retraité du secteur bancaire, qui est associé à l\u2019équipe scienti?que du Musée d\u2019histoire naturelle de Londres.Pourquoi ?« Le nombre de taxonomistes décline et les phasmatoptères n\u2019attirent pas autant d\u2019investissements en recherche que d\u2019autres insectes, parce qu\u2019ils sont considérés comme un ordre \u201cmineur\u201d.De plus, étudier ces animaux peut coûter cher, avec tous les voyages nécessaires pour les récolter et pour visiter les collections des musées a?n de voir les spécimens, et particulièrement les types [NDLR : le spécimen qui a permis de décrire l\u2019espèce pour la première fois].» Francis Seow-Choen est de ceux qui y mettent toute la gomme : il multiplie les voyages pour nourrir sa passion et noircir les pages des livres sur les phas- matoptères qu\u2019il écrit; son quatrième est en cours de production.Nous l\u2019avons attrapé alors qu\u2019il était sur le point de partir en Chine, non pas pour y débusquer des insectes, mais pour faire une présentation dans un congrès sur le syndrome du côlon irritable ! C\u2019est en parallèle de son travail de chirurgien colorectal que ce Singapourien a identi?é huit nouvelles espèces de phyl- liidae.Il a aussi identi?é 143 nouveaux insectes-bâtons.« Au début des années 1990, je suis entré en contact avec des entomologistes de la National University of Singapore et avec des membres du Phasmid Study Group, au Royaume-Uni.Ils m\u2019ont aidé à débuter mon propre travail de terrain dans les jungles et forêts de Singapour, et à documenter mes trouvailles dans des articles scienti?ques et des livres.» Depuis, son apport a été considérable.De quoi inspirer la Team Phyllies qui a plusieurs belles années devant elle.En nous reconduisant à la porte de sa demeure, Stéphane Le Tirant raconte qu\u2019il prendra sa retraite de l\u2019Insectarium dans trois ou quatre ans, ce qui lui permettra d\u2019accélérer ses recherches.« Chez moi, j\u2019ai mon microscope, mon laboratoire et ma collection.J\u2019espère ainsi pouvoir travailler un bon 10 ou 15 ans.» Auteur de plusieurs livres sur les papillons et les scarabées, il a aussi un projet d\u2019ouvrage, sur les phyllies, bien sûr ! « C\u2019est ma passion du moment, je ne sais pas combien de temps ça va durer.» Royce Cumming, lui, évoque l\u2019idée de consacrer son doctorat aux phylliidae : « Je veux faire un si beau ménage que tout le monde pourra bien les apprécier.Et après, je passerai à autre chose.Peut- être aux cigales, qui ne sont pas bien connues non plus.» Parlera-t-on alors d\u2019une « Team Cigale » ?lQS 5,5 millions d\u2019espèces d\u2019insectes sur Terre (estimation) 1 million d\u2019espèces décrites 30 ordres différents, dont celui des phasmatoptères 3 000 espèces de phasmatoptères 80 espèces de phylliidae (approximatif) Élevage commercial de phyllies en Indonésie M A M A N C A Y A N A ( É L E V E U R ) LES INSECTES SUR TERRE QUÉBEC SCIENCE 48 JUILLET - AOÛT 2018 L\u2019 art laisse parfois perplexe, surtout lorsqu\u2019on n\u2019y connaît pas grand-chose.Comment, d\u2019un simple regard, différencier une œuvre prodigieuse d\u2019une toile ordinaire, ou un trait de pinceau génial de celui d\u2019un artiste raté ?Ce jour-là, justement, personne ne sait quoi penser devant la toile posée sur la table, dans une petite salle de l\u2019École de technologie supérieure (ÉTS), à Montréal.Les taches de peinture bleu nuit, éparpillées dans un quadrillage de coulures et d\u2019éclaboussures de la même teinte, prennent toutefois une tout autre dimension lorsqu\u2019on déchiffre la grande signature, apposée en bas à droite : Jackson Pollock.« Vous pouvez le toucher ! » nous lance avec ?erté Gilles Bertrand, propriétaire du tableau, qui a organisé la réunion.Mais personne n\u2019ose vraiment y poser ses doigts : si les taches bleues ont bel et bien été lâchées là par l\u2019un des plus grands peintres américains de l\u2019histoire, ce bout de toile est d\u2019une grande valeur.Quinze millions de dollars, estime M.Bertrand.C\u2019est d\u2019ailleurs pour le prouver que ce collectionneur d\u2019art et ancien policier, dont toute la vie tourne depuis quelque temps autour de cette toile, a contacté Matthew Toews, professeur au Laboratoire d\u2019imagerie, de vision et d\u2019intelligence arti?cielle de l\u2019ÉTS.Celui-ci va concevoir un algorithme capable de comparer ce présumé tableau de Pollock à plusieurs œuvres avérées du peintre, histoire de mettre en évidence d\u2019éventuelles similitudes dif?ciles à déceler à l\u2019œil nu.En effet, si Pollock, inventeur du dripping \u2013 technique consistant à faire couler de la peinture sur une toile posée au sol \u2013, semble avoir formé ses traînées de couleur au hasard, ce n\u2019est pas tout à fait le cas.Son geste précis, maîtrisé, a tracé des motifs qui se ressemblent d\u2019un tableau à l\u2019autre.En 2015, Lior Shamir, professeur d\u2019informatique à la Lawrence Technological University dans le Michigan, l\u2019a d\u2019ailleurs prouvé en numérisant 26 tableaux de Pollock et d\u2019autres drip paintings réalisés par des artistes qui se sont inspirés du maître américain.Son algorithme a réussi à distinguer les vrais Pollock des imitations dans 93 % des cas.À l\u2019ÉTS, Matthew Toews s\u2019apprête à reproduire l\u2019expérience en « entraînant » son logiciel à discriminer les peintures de J A C Q U E S N A D E A U Un collectionneur d\u2019art a contacté Québec Science dans le but de faire authenti?er « scienti?quement » un tableau attribué à Jackson Pollock.Nous l\u2019avons pris au mot et avons découvert un monde où la science peine à faire sa place.PAR MARINE CORNIOU Quand la science mène l\u2019enquête CHIMIE DE L'ART QUÉBEC SCIENCE 49 JUILLET - AOÛT 2018 En septembre 2017, Gilles Bertrand nous dévoilait un tableau qu\u2019il croit avoir été peint par Jackson Pollock.De gauche à droite: Robert Gagnon, président de Lezar3D, qui a produit une maquette en 3D de l\u2019œuvre pour aider à son authenti?cation; Matthew Toews, professeur à l\u2019École de technologie supérieure de Montréal, qui a conçu un algorithme pour comparer ce tableau à des œuvres avérées du peintre américain; Peter Boulos, étudiant en génie logiciel et directeur de projet chez LionX Studio, qui donne un coup de main à Gilles Bertrand; Marine Corniou et Marie Lambert-Chan, respectivement reporter et rédactrice en chef chez Québec Science; et Gilles Bertrand, propriétaire du tableau. QUÉBEC SCIENCE 50 JUILLET - AOÛT 2018 Pollock de celles du peintre québécois Jean Paul Riopelle, pour voir si le tableau en possession de Gilles Bertrand tombe dans la première catégorie.« Seule la technologie va permettre d\u2019authenti?er ce tableau », af?rme Gilles Bertrand, qui ne semble pas douter une seconde du verdict.I l n\u2019a pas tort de croire que la science a un rôle à jouer quand il s\u2019agit d\u2019authenti?er une œuvre d\u2019art.Si l\u2019utilisation de l\u2019intelligence arti?cielle est plutôt nouvelle, les grands musées du monde font tous, depuis longtemps, des enquêtes scienti?ques avant d\u2019acheter un tableau.Au Canada, des organismes comme le Centre de conservation du Québec ou l\u2019Institut canadien de conservation (ICC) se chargent de certaines véri?cations.Situé dans un bâtiment sans charme d\u2019une zone industrielle d\u2019Ottawa, l\u2019ICC voit passer entre ses murs une ?opée de chefs-d\u2019œuvre, produits par des artistes européens ou canadiens.« Le mandat de mon laboratoire est double : répondre à des questions liées à la conservation et approfondir les connaissances sur les techniques picturales.À l\u2019occasion, un musée nous demande de vérifier l\u2019authenticité d\u2019une œuvre et nous pouvons lui donner des munitions lorsqu\u2019il y a un doute », explique Marie-Claude Corbeil qui est à la tête d\u2019une équipe de chimistes à l\u2019ICC.Ces munitions, ce sont avant tout des arguments sur les matériaux : toile, cadre et peinture.« On sait par exemple qu\u2019un pigment très utilisé, le blanc de titane, est apparu en 1923.Mais si on trouve du blanc de titane sur un tableau attribué au peintre Tom Thomson, mort en 1917, c\u2019est qu\u2019il y a un problème », illustre Mme Corbeil, dont l\u2019équipe a constitué au ?l des ans une base de données des pigments utilisés par les peintres canadiens.Ce type d\u2019anachronisme n\u2019est pas rare.Prenez Pollock.Mort en 1956, il n\u2019a, a priori, jamais utilisé de peinture acrylique.Or nombre de faux Pollock ont été repérés sur le marché de l\u2019art \u2013 dont quatre rien qu\u2019en 2017 \u2013 parce qu\u2019ils contenaient de l\u2019acrylique ! C\u2019est aussi l\u2019analyse des pigments qui a permis de confondre l\u2019un des plus grands faussaires de l\u2019histoire récente, l\u2019allemand Wolfgang Beltracchi.Il a été arrêté et condamné en 2010 après avoir produit pendant plus de 30 ans de faux tableaux signés Max Ernst, André Derain ou Raoul Dufy, qui se sont vendus des millions d\u2019euros (et dont certains trônent encore, incognito, dans les plus grands musées d\u2019Europe).Ce « génie » a ?ni par commettre une erreur : il a utilisé du blanc de titane dans une toile datée de 1914\u2026 Gilles Bertrand, lui, n\u2019a pas encore fait analyser les pigments de son tableau, car il ne sait pas à qui s\u2019adresser.En effet, on ne débarque pas la bouche en cœur à l\u2019ICC avec une toile-peut-être-peinte-par- Pollock sous le bras.De toute façon, il a trop peur de sortir de Montréal avec son trésor, qu\u2019il a baptisé Blue Skull Dripping et qu\u2019il garde « dans une voûte ».À l\u2019ICC, les œuvres sont soumises à diverses analyses, qui peuvent être autant de détecteurs de mensonges : spectrométrie , chromatographie, spectroscopie, etc.« La spectroscopie infrarouge nous permet de savoir si le liant est de l\u2019huile ou de l\u2019acrylique, en nous renvoyant une sorte d\u2019empreinte digitale des molécules », explique Marie-Claude Corbeil devant un appareil de la taille d\u2019une imprimante.Dans une salle adjacente, la chimiste sort une minuscule ?ole, dans laquelle CHIMIE DE L'ART Mort en 1956, Jackson Pollock n\u2019a, a priori, jamais utilisé de peinture acrylique.Or de faux Pollock ont été repérés sur le de l\u2019art parce qu\u2019ils contenaient de QUÉBEC SCIENCE 51 JUILLET - AOÛT 2018 se trouve une tige en verre quasiment invisible.À son extrémité, on distingue à peine un grain sombre : un échantillon de peinture rouge-orangé qui a été prélevé sur un tableau.Placé dans un faisceau de rayons X, l\u2019échantillon révélera la présence de six composés différents.« Les tableaux ne sont jamais simples, dit-elle.En plus des pigments, il y a aussi les liants, les matières de charge qui améliorent la texture, les produits de dégradation qui apparaissent avec le temps, la couche de préparation, etc.Ce n\u2019est pas évident pour un faussaire de reproduire ça ! » Les « détectives » disposent aussi d\u2019outils d\u2019imagerie pour mettre les tableaux à nu.En les photographiant sous différentes longueurs d\u2019onde, Philippe Walter aime dire qu\u2019il « fait une archéologie des œuvres », les décortiquant couche par couche.Ce physico-chimiste de formation, directeur du laboratoire d\u2019archéologie moléculaire et structurale de l\u2019université Pierre et Marie Curie, en France, passe sa vie à faire parler les plus grands chefs-d\u2019œuvre.« La radiographie, par exemple, donne des éléments sur les changements de composition, les \u201crepentirs\u201d de l\u2019artiste.Un copiste, lui, ne va pas s\u2019amuser à faire des changements dans le tableau en cours de route.La ré?ectographie infrarouge, quant à elle, permet de voir le dessin sous-jacent fait au noir de carbone », indique le chercheur qui a travaillé pendant des années dans un laboratoire situé au sous-sol du musée du Louvre.Sans surprise, ces analyses coûteuses ont longtemps été réservées aux grands musées de ce monde.Et leurs limites étaient importantes : pas facile, par exemple, de déplacer une fresque de Michel-Ange dans le synchrotron du Louvre, le seul accélérateur de particules au monde réservé à l\u2019étude d\u2019objets d\u2019art.Mais ce monstre de 10 tonnes et de 26 m de long n\u2019est plus le seul outil capable d\u2019analyser la composition chimique d\u2019un objet sans l\u2019endommager.« Depuis cinq ans, les choses changent : les coûts ont diminué, les appareils ont été miniaturisés, et il y a de nouvelles technologies non invasives qui permettent de faire une analyse des œuvres sans les déplacer », explique Philippe Walter.Il a lui-même mis au point, avec son équipe de 30 personnes, plusieurs instruments portatifs qu\u2019il trimballe aux quatre coins du monde.« On fait aujourd\u2019hui des analyses chimiques sans aucun prélèvement, en posant nos instruments face à l\u2019œuvre », explique-t-il.Si son objectif premier est de générer des connaissances en histoire de l\u2019art, il milite aussi pour que ces outils deviennent accessibles aux collectionneurs.En 2017, il a justement fondé le Lab4art, en s\u2019associant à une entreprise privée de conservation et restauration.« Nous souhaitons fournir des données utiles à l\u2019authenti?cation des œuvres sur le marché de l\u2019art.» Il est temps : environ 10 % des œuvres offertes à la vente dans le monde seraient des contrefaçons, selon des estimations ! Signe que les temps changent, la maison de vente aux enchères Sotheby\u2019s s\u2019est dotée d\u2019un département scienti?que, ?n 2016.Une première dans le marché de l\u2019art ! Et Échantillon de peinture nacrée de couleur bronze provenant d\u2019un tableau de Jean Paul Riopelle, analysé à l\u2019ICC.One : Number 31, 1950 est l\u2019une des plus grandes compositions de Jackson Pollock.Elle est exposée au Musée d\u2019art moderne à New York.© G O U V E R N E M E N T D U C A N A D A , I N S T I T U T C A N A D I E N D E C O N S E R V A T I O N LES TABLEAUX NE SONT JAMAIS SIMPLES.EN PLUS DES PIGMENTS, IL Y A AUSSI LES LIANTS, LES MATIÈRES DE CHARGE QUI AMÉLIORENT LA TEXTURE, LES PRODUITS DE DÉGRADATION QUI APPARAISSENT AVEC LE TEMPS, LA COUCHE DE PRÉPARATION, ETC.CE N\u2019EST PAS ÉVIDENT POUR UN FAUSSAIRE DE REPRODUIRE ÇA ! \u2013 Marie-Claude Corbeil, chimiste à l\u2019Institut canadien de conservation « » a, a priori, jamais r de nombreux és sur le marché enaient de l\u2019acrylique. QUÉBEC SCIENCE 52 JUILLET - AOÛT 2018 une véritable révolution, car, jusqu\u2019ici, la science n\u2019a jamais été un sésame pour donner accès aux salles d\u2019encan.Le laissez-passer s\u2019obtient en général grâce aux « connaisseurs », qui règnent en maîtres sur ce monde hermétique.Qu\u2019ils soient historiens de l\u2019art, conservateurs de musée ou héritiers d\u2019artistes célèbres, ces experts de référence \u2013 il en existe un ou plusieurs pour chaque artiste majeur \u2013 mènent le bal quand il s\u2019agit d\u2019authenti?er une œuvre.Pour trancher, ils examinent bien sûr la provenance des tableaux (les certi?cats de vente, l\u2019histoire des propriétaires, etc.), se réfèrent à d\u2019éventuelles mentions du tableau dans la correspondance de l\u2019artiste ou dans ses catalogues, mais ils font surtout con?ance à leur œil.« Un vrai connaisseur sait si un tableau a été peint par Pollock, par exemple, ou Rembrandt.Il a une intuition au premier coup d\u2019œil, explique Philippe Walter.Ensuite, il travaille pour le prouver, avec les éléments historiques.» Mais attirer l\u2019attention de ces autorités morales n\u2019est pas chose facile.Gilles Bertrand peut en témoigner, lui qui a tenté d\u2019approcher les « pros » de Jackson Pollock, sans succès.Inondés par les demandes et échaudés par les poursuites engagées contre eux en cas d\u2019avis négatifs, les experts sont nombreux à refuser aujourd\u2019hui toute authenti?cation.C\u2019est le cas, entre autres, de ceux des fondations Andy Warhol, Pollock-Krasner, Calder ou encore du Basquiat Authentication Committee.« C\u2019est aussi vrai pour de plus en plus de conservateurs de musée », déplore Marie-Claude Corbeil.Les choses se compliquent lorsque la provenance du tableau est incertaine.C\u2019est le cas de la toile de Gilles Bertrand, qui lui a été donnée en 2014 par son ami collectionneur Georges Boka, pour « services rendus ».Boka, lui, aurait acheté le tableau dans une vente organisée à Montréal par le père d\u2019un certain Kenneth Michaud, un ami du peintre Keith Haring, lequel aurait eu en sa possession environ 300 œuvres scrap de Pollock récupérées par d\u2019autres protagonistes proches du peintre dans les rebuts de l\u2019atelier.Invéri?able\u2026 En Europe, où les procès sont plus rares, les experts se montrent moins frileux.Le Musée Van Gogh, à Amsterdam, examine environ 200 demandes en ligne par an, et ce, gratuitement.« Dans le lot, on décide d\u2019en voir environ cinq.On procède toujours à un examen technique : analyse des pigments, du châssis, radiographie, etc.», explique Louis van Tilborgh, conservateur en chef du musée.Parfois, le jeu en vaut la chandelle.En 2013, une toile de Van Gogh qui prenait la poussière dans un grenier a ?nalement été authenti?ée par l\u2019équipe de M.van Tilborgh, notamment grâce à une lettre écrite en 1888 par le peintre à son frère, et dans laquelle il décrit le tableau.Il n\u2019empêche, la science n\u2019a jamais le dernier mot face à des connaisseurs sceptiques.« Si Claude Picasso, le seul habilité à délivrer des certi?cats d\u2019authenticité pour les œuvres de son père, me dit qu\u2019une œuvre n\u2019est pas celle de Picasso, cela ne sert à rien d\u2019aller plus loin.Idem pour Iseult Riopelle, la ?lle du peintre », explique Alain Lacoursière.Cet ancien policier montréalais, spécialisé dans les enquêtes relatives aux œuvres d\u2019art, connaît bien les rouages du milieu.Il dirige une entreprise d\u2019experts-conseils en art et évalue environ 2 000 œuvres par an.Même quand les indices scienti?ques sont favorables, rien n\u2019est possible sans la caution des connaisseurs.Ruth Kligman, la maîtresse de Jackson Pollock, en a fait les frais.Jusqu\u2019à sa mort, en 2010, elle a tenté désespérément de faire reconnaître qu\u2019elle était en possession d\u2019un tableau du peintre.L\u2019armée d\u2019experts de la fondation Pollock-Krasner a toujours clamé que l\u2019œuvre « ne ressemblait pas » à un Pollock.Même lorsqu\u2019une analyse d\u2019ADN a montré en 2013 qu\u2019un poil, collé dans la peinture, était celui d\u2019un ours blanc\u2026 et qu\u2019un tapis en peau d\u2019ours trônait dans l\u2019atelier du peintre.« Bien sûr que les experts peuvent se tromper ! » s\u2019exclame Alain Lacoursière.Plusieurs d\u2019entre eux se sont d\u2019ailleurs laissé berner par les faux tableaux de Beltracchi, trop contents de découvrir de « nouvelles » œuvres de leur artiste fétiche.Ils ne sont pas non plus à l\u2019abri de la corruption ni du doute.Depuis des mois, une poignée d\u2019entre eux s\u2019écharpent autour d\u2019un carnet de dessins de style Van Gogh.D\u2019autres débattent à propos d\u2019un tableau possiblement peint par le Cara- vage, trouvé dans un grenier de Toulouse.La science peut certainement éclai- CHIMIE DE L'ART La caméra hyperspectrale, technique de pointe qui utilise tout le spectre, des rayons X à l\u2019infrarouge, permet d\u2019identi?er un grand nombre de pigments et de colorants organiques.Ici, l\u2019équipe du Laboratoire d\u2019archéologie moléculaire et structurale utilise un modèle portatif au Musée national d\u2019art de Catalogne.C N R S - D E V I G U E R I E QUÉBEC SCIENCE 53 JUILLET - AOÛT 2018 rer ces débats, estime Philippe Walter.« Il ne s\u2019agit pas de remplacer l\u2019expert, mais de donner un socle à sa ré?exion, précise-t-il.Lorsqu\u2019un expert sent que quelque chose ne va pas sur un tableau, c\u2019est dû aux mélanges de matière, aux superpositions de couches, aux pigments.Les images scienti?ques peuvent venir documenter cela.Mon but, c\u2019est que le recours à la science devienne naturel, et même indispensable.» Certes, la science a ses limites.« C\u2019est plus facile de trouver une anomalie, un anachronisme, que de prouver que quelque chose est vrai », souligne Mme Corbeil.On n\u2019a jamais de certitude quant à la main qui tenait le pinceau.Bien pis, « la science permet de faire plus de faux tableaux qu\u2019elle ne permet de contrecarrer les faussaires », prétend même Alain Lacoursière.À l\u2019ICC, Marie-Claude Corbeil s\u2019est d\u2019ailleurs bien gardée, pour ne pas donner de tuyaux aux copistes, de publier la recette du blanc de Freeman, un pigment assez rare qu\u2019on retrouve dans des toiles de Tom Thomson et du Groupe des sept, un groupe de peintres canadiens in?uents, formé dans les années 1920.En 2016, des historiens de l\u2019art et des informaticiens se sont prêtés au jeu en créant un faux tableau de Rembrandt à l\u2019aide de l\u2019intelligence arti?cielle.Après avoir analysé sous toutes leurs coutures 300 tableaux du maître néerlandais, l\u2019algorithme s\u2019est « empreint » de sa technique et a pondu un portrait inédit.Imprimé en 3D, il reproduit même le coup de pinceau de l\u2019artiste (mais pas les matériaux).Quant à l\u2019algorithme de Matthew Toews, à l\u2019ÉTS, il a scanné le tableau de Gilles Bertrand, en le comparant à une trentaine de toiles de Pollock et à autant de Riopelle.Résultat ?« Le classi?cateur reconnaît le tableau comme étant à 53 % du Pollock, et à 47 % du Riopelle.Légèrement plus Pollock que Riopelle, mais avec peu de con?ance.Pas très concluant », convient M.Toews.Il en faudra plus pour déstabiliser M.Bertrand qui est hanté par son tableau depuis quatre ans.« J\u2019y vois énormément de signes qui montrent que c\u2019est un Pollock : des références à la Vallée de Feu, où il a travaillé, un signe alpha en lien avec les risques atomiques et la guerre de Corée\u2026 » Pour certains, l\u2019art est une religion, et la foi n\u2019a pas besoin de preuves.lQS La radiOgraPhie dOnne des éLéMents sur Les changeMents de cOMPOsitiOn, Les \u201crePentirs\u201d de L\u2019artiste.un cOPiste, Lui, ne va Pas s\u2019aMuser à faire des changeMents dans Le tabLeau en cOurs de rOute.La réfLectOgraPhie infrarOuge, quant à eLLe, PerMet de vOir Le dessin sOus- Jacent fait au nOir de carbOne .\u2013 Philippe Walter, directeur du laboratoire d\u2019archéologie moléculaire et structurale de l\u2019université Pierre et Marie Curie, en France.L\u2019équipe de Philippe Walter a étudié La Joconde, au Louvre, par spectrométrie de ?uorescence des rayons X.« On a montré que Leonard de Vinci a superposé les couches de glacis en grand nombre, certaines ne faisant que 1 à 2 micromètres d\u2019épaisseur.Cela explique pourquoi on dit qu\u2019il a mis quatre ans à réaliser ce tableau », dit-il.C O U R T O I S I E V .A .S O L É - E S R « » Fou d\u2019escapades?Chaque samedi, dans l\u2019édition papier du Devoir Recevez gratuitement l\u2019édition du samedi pendant 4 semaines.LeDevoir.com/samedigratuit veloquebecvoyages.com 514 521-8356 | 1 800 567-8356, poste 506 RÉSERVEZ MAINTENANT ! Vélo, maillot VIVE LES VACANCES au bord de l\u2019eau ! Photos : Didier Bertrand et François Poirier CANADA Baie Georgienne 1er au 8 juillet 12 au 19 août 9 au 16 septembre Niagara 7 au 13 juillet Mille-Îles 15 au 21 juillet Île-du-Prince-Édouard 15 au 21 juillet ÉTATS-UNIS Maine 8 au 14 juillet Finger Lakes 19 au 26 août EN LIBERTÉ Formule destinée aux cyclistes autonomes.Choisissez votre date de départ et votre destination. L es aînés en milieu rural souffrent parfois d\u2019isolement.Les enfants ont migré en ville, les maisons sont dispersées sur un vaste territoire et les services d\u2019aide à domicile sont méconnus.Lorsque les personnes âgées ne peuvent plus se débrouiller seules, plusieurs quittent à regret leur maison pour aller en résidence dans une autre municipalité.Le Centre d\u2019initiation à la recherche et d\u2019aide au développement durable (CIRADD) s\u2019est attaqué à cet enjeu.« Nous nous sommes inspirés entre autres des travailleurs de rue en milieu urbain pour développer une pratique d\u2019intervention de proximité auprès des aînés », explique David Bourdages, directeur général du CIRADD.C\u2019est Bruce Wafer, maire d\u2019Escu- minac, en Gaspésie, qui a d\u2019abord sonné l\u2019alarme.Trois municipalités voisines ont aussi joint le projet du CIRADD démarré en 2015.Des chercheurs et intervenants ont évalué les besoins des aînés et trouvé des ressources en mettant à pro?t le milieu communautaire.Il peut s\u2019agir d\u2019orienter un aîné vers des soins de santé, d\u2019organiser du covoiturage pour qu\u2019il puisse aller à la messe, ou de trouver un bon samaritain pour rentrer son bois de chauffage.« Ça peut sembler banal, mais, à un certain âge, tout devient une montagne, rappelle Bruce Wafer.Notre approche est douce, créative, ouverte, sans jugement, basée sur la con?ance et on ne demande pas à la personne d\u2019entrer dans la case d\u2019un programme.On module les services selon ses besoins.» Le projet a été si concluant qu\u2019il est maintenant en phase de transition pour être pérennisé à la grandeur de la MRC.Voilà la preuve, s\u2019il en faut une, que l\u2019innovation n\u2019est pas le propre de la technologie; elle s\u2019incarne aussi dans des idées soutenant le bien commun.Le CIRADD s\u2019en fait une spécialité, lui qui œuvre dans la recherche appliquée au développement durable du territoire rural.Il a été créé en 2006 par deux enseignants du Cégep de la Gaspésie et des Îles, pour permettre aux étudiants d\u2019offrir des services de recherche aux collectivités dans un contexte où les usines de la région fermaient leurs portes.En 2010, le CIRADD est entré dans le réseau des 49 centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT).Il est l\u2019un des six centres en pratiques sociales innovantes (PSN) \u2013 la majorité des CCTT offrent plutôt un soutien technique et technologique.Le CIRADD compte à son actif plusieurs réalisations, notamment dans le développement du transport collectif en milieu rural.« La culture du pick-up [NDLR : l\u2019attachement des gens à leur camionnette] est profondément ancrée, indique David Bourdages.Nous avons travaillé sur les meilleures pratiques pour susciter un changement de culture avec la création du réseau régional de transport collectif.» Maintenant, l\u2019équipe du CIRADD s\u2019attaque entre autres à l\u2019emploi.« Le préjugé qu\u2019il n\u2019y a pas d\u2019emplois en région est tenace, affirme M.Bourdages.Le haut taux de chômage est dû aux emplois saisonniers en Gaspésie, mais l\u2019économie s\u2019est diversi?ée et il y a pénurie de main-d\u2019œuvre, présentement.» Avec ses partenaires, le CIRADD cherche ainsi à développer les meilleures pratiques pour attirer des travailleurs en région et faciliter leur intégration, entre autres des immigrants.Une innovation sociale qui rayonnerait jusqu\u2019à Montréal où les nouveaux arrivants vivent aussi des dif?cultés à trouver un emploi.lQS Par Martine Letarte La production de ce reportage a été rendue possible grâce au soutien du Centre d\u2019initiation à la recherche et d\u2019aide au développement durable (CIRADD) et du Réseau Trans-tech.LES V ISAGES DE LA RECHERCHE APPL IQUÉE AU QUÉBEC L\u2019innovation au service du bien commun On associe l\u2019innovation aux avancées technologiques.Mais si elle était plutôt sociale ?QUÉBEC SCIENCE 55 JUILLET - AOÛT 2018 P H O T O : I D H P M A T A N E Bruce Wafer, maire d\u2019Escuminac et David Bourdages, directeur général du CIRADD QUÉBEC SCIENCE 56 JUILLET - AOÛT 2018 ÉCOUTER Des docus planants Chaque semaine, le balado LSD (pour La série documentaire) de France Culture décortique un thème qu\u2019il décline en quatre épisodes, en adoptant chaque fois un angle surprenant.Que ce soit l\u2019agnotologie (qu\u2019espèrent les philanthropes en ?nançant la science ?), le sida (l\u2019in?uence de la trithérapie sur la manière de raconter le sida), la psychanalyse (pourquoi s\u2019allonge- t-on sur le divan ?) ou les menstruations (comment les sans- abri et les prostituées vivent avec leurs règles ?), chaque heure est dûment fouillée et les récits créent une immersion intime dans ces univers.Un pur bonheur de planer en si bonne compagnie.LSD, La série documentaire, franceculture.fr/emissions/ lsd-la-serie-documentaire S O R T I R Ces jours-ci, Espace pour la vie célèbre le travail exceptionnel de Francis Hallé, spécialiste français de la forêt tropicale, par le biais d\u2019une foule d\u2019activités, dont l\u2019exposition Francis Hallé : carnets d\u2019un botaniste.Fasciné par l\u2019architecture des végétaux, il dessine, depuis 50 ans, ses observations dans des carnets.Sur les 24 000 (oui !) croquis qu\u2019il a réalisés, le Jardin botanique de Montréal en présente près d\u2019une cinquantaine, qui seront af?chés dans les serres et dans les jardins extérieurs.Avec une précision inouïe et une grande sensibilité, ce chercheur à l\u2019approche révolutionnaire révèle l\u2019intimité des ?eurs, des plantes et des arbres, et prend soin de noter leurs odeurs et ses impressions.« Il se fait souvent demander pourquoi il ne prend pas plutôt des photos pour aller plus vite, raconte Andrée Hallé (aucun lien de parenté avec le biologiste !), chef de section, programmation et muséologie au Jardin botanique.Ce à quoi il répond : \u201cÀ celui qui souhaite comprendre, il convient de ne pas être avare de son temps.Le temps long du dessin est celui du dialogue avec la plante, le temps de ré?exion nécessaire lorsqu\u2019on est en face d\u2019un être en tout point différent de nous.\u201d C\u2019est ça, la porte d\u2019entrée de son travail.» Pour cette partie de la programmation, Andrée Hallé a étudié les carnets de ce ?n observateur, et choisi les œuvres qui étonneraient le grand public.« Je veux que les gens disent : \u201cWow, on peut explorer une plante à ce point-là !\u201d On sent vraiment le temps qu\u2019il prend à nous raconter la plante.» Le Jardin propose également l\u2019activité Voyage en canopée, inspirée des recherches menées par Francis Hallé sur le Radeau des cimes, espèce de laboratoire déposé au sommet des forêts par un dirigeable.C\u2019est là une rare occasion de découvrir le travail des botanistes et d\u2019apprendre ce qui se trame à la cime, tout en gardant les pieds sur terre.Voilà une jolie introduction qui nous permet de comprendre pourquoi, à 80 ans, Francis Hallé est loin d\u2019être prêt à remiser ses carnets ! Francis Hallé : carnets d\u2019un botaniste (jusqu\u2019au 31 octobre) et Voyage en canopée (jusqu\u2019au 3 septembre), au Jardin botanique de Montréal.espacepourlavie.ca/ jardin-botanique Promenons-nous dans les bois C uL e TR u ÉMILIE FOLIE-BOIVIN @efolieb QUÉBEC SCIENCE 57 JUILLET - AOÛT 2018 LIRE Combinaison gagnante On connaît la force magnétique du terbium et du néodyme, mais le krypton, le nickel et le néon sont eux aussi dotés d\u2019un immense pouvoir d\u2019attraction, tout particulièrement lorsqu\u2019ils sont présentés de manière aussi captivante par La vie merveilleuse des éléments.Grâce à l\u2019imagination trépidante de l\u2019illustrateur japonais Bunpei Yorifuji, les éléments du tableau périodique deviennent facilement compréhensibles pour le commun des mortels.Chacun prend la forme d\u2019un personnage dont le choix des habits autant que la coupe de cheveux sont déterminés par ses propriétés.En plus des descriptions concises et vivantes des 118 éléments, l\u2019auteur illustre comment ils régissent notre quotidien (attention : manger trop de potassium, c\u2019est pas jojo).Visuellement attrayant et doté d\u2019un tableau des éléments à af?cher, ce livre est aussi surprenant qu\u2019irrésistible.La vie merveilleuse des éléments, par Bunpei Yorifuji, traduit du japonais par Anne-Sophie Lenoir, Éditions B42, 216 p.Qui se ressemble.Des cervelles d\u2019oiseaux, vraiment ?Eh bien, à la lumière du livre Ce que les oiseaux disent de nous, qui s\u2019intéresse aux surprenants parallèles entre les humains et ces petites bêtes ailées, on aurait tout intérêt à revoir notre sac à expressions.Depuis son tout jeune âge, l\u2019auteur, Noah Strycker, est fasciné par les oiseaux.Au ?l de ses voyages, l\u2019ornithologue et naturaliste a été surpris de voir à quel point nos deux espèces pouvaient avoir des comportements similaires.Les albatros font vœu de monogamie; les cacatoès sont envahis par le feu de la danse dès que retentit Everybody des Backstreet Boys; et les étourneaux se déplacent par millions dans le ciel, comme nous lorsque nous nous dirigeons vers un concert rock.Cette enquête ornithologique est remplie d\u2019anecdotes et de récits accrocheurs, liés aux recherches scienti?ques.Une lecture qui donne des ailes.Ce que les oiseaux disent de nous, une enquête ornithologique, de Noah Strycker, Flammarion, 290 p.L\u2019ingrédient secret Oubliez les recettes : la mission de ce livre de cuisine primé est de vous montrer à cuisiner des plats délicieux sans elles.Tout ça en apprenant à maîtriser la chimie du goût grâce à quatre éléments tout simples : le sel, le gras, l\u2019acidité et la chaleur.L\u2019auteure et chef Samin Nosrat, qui a fait ses classes à l\u2019éminent restaurant californien Chez Panisse, a enseigné à ses pairs autant qu\u2019à des enfants cette formule révolutionnaire (connue des chefs, mais que personne n\u2019avait jusque-là verbalisée ainsi).Véritable grammaire de la cuisine, cet ouvrage, bavard, mais joliment illustré, est le livre de référence qui vous aidera à comprendre, à l\u2019aide des papilles, comment rendre une soupe aux légumes du lundi ordinaire en potage extra digne du samedi.Salt, Fat, Acid, Heat : Mastering the Elements of Good Cooking, par Samin Nosrat et illustré par Wendy MacNaughton, Simon & Schuster, 480 p.Il est rare d\u2019avoir la chance de manipuler les ossements exposés dans les vitrines des musées, mais voilà que le Musée d\u2019histoire naturelle de Londres nous offre de le faire (virtuellement, bien sûr !) grâce à son ambitieux projet Darwin\u2019s Fossil Mammals.L\u2019institution a entrepris de numériser les fossiles recueillis par le naturaliste Charles Darwin, il y a près de 200 ans.Le squelette du Toxodon platensis \u2013 un parent du rhinocéros \u2013, que le chercheur s\u2019est procuré en Uruguay pour la modique somme de 11,50 $, est le premier à être révélé en 3D.Ces fragiles fragments sont désormais accessibles à tous, gratuitement, et prêts à être examinés dans tous les sens.Darwin\u2019s Fossil Mammals, du Musée d\u2019histoire naturelle de Londres.À consulter en ligne sur bit.ly/2K6eudb V O I R Si les sérums de beauté abondent pour dissimuler notre âge, ils ne nous aident pas pour autant à « rester jeune » physiquement.Là- dessus, le documentaire en deux parties Comment rester jeune a beaucoup de choses à nous apprendre.Au moyen d\u2019expériences scienti?ques et sur un ton humoristique, il nous fourgue une foule de petits trucs accessibles à tous pour aider à vieillir en beauté.Il nous fait aussi réaliser que le programme pour y parvenir est beaucoup plus facile et amusant qu\u2019on se l\u2019imagine.Pourquoi se badigeonner l\u2019épiderme de crème anti-âge et se faire injecter du Botox quand on peut danser, jouer au ping- pong et manger des mûres \u2013 des activités qui font concrètement effet, preuves scienti?ques à l\u2019appui ?Comment rester jeune, deux épisodes de 60 minutes, les mercredis 4 et 11 juillet, 21 h, ICI EXPLORA Le secret de la jeunesse ici révélé R E G A R D E R En mettre plein la vue QUÉBEC SCIENCE 58 JUILLET - AOÛT 2018 RÉTROVISEUR L\u2018HISTOIRE DES SCIENCES VUE PAR SATURNOME LES PLANTES, CES INFATIGABLES OUVRIÈRES SCIENCE, ART ET ÉMOTIONS Le coup d\u2019envoi est donné ! Le 30 août 2018 marquera l\u2019inauguration de la première des sept stations du Parcours des phytotechnologies au Jardin botanique, à la suite de nombreux travaux de restauration au Jardin aquatique.En effet, les deux nouveaux marais filtrants sous-surfaciques, l\u2019un à flux horizontal et l\u2019autre à flux vertical, s\u2019intégreront parfaitement à l\u2019aménagement original construit en 1938.Ce concept, unique à l\u2019époque, consiste en deux allées creusées entre les bassins pour faciliter l\u2019observation des plantes peu accessibles en milieu naturel.On a donc conservé cet arrangement, tout en misant sur le pouvoir filtrant des plantes pour assurer la qualité de l\u2019eau et réduire la consommation d\u2019eau potable.Les travaux de restauration de cette première station du Parcours des phytotechnologies ont d\u2019ailleurs été réalisés grâce à la Fondation Espace pour la vie et ses donateurs, RBC Banque Royale et l\u2019Association minière du Québec.Un travail d\u2019éqUipe L\u2019épuration des eaux usées en marais filtrants se réalise par l\u2019effet combiné de processus physiques, chimiques et biologiques.Les plantes y jouent un espacepourlavie.ca pie-iX L\u2019auberge Le Baluchon, à Saint-Paulin, traite par des marais filtrants toutes ses eaux usées depuis 2007.Ce sont 135 m3 d\u2019eau par jour qui s\u2019écoulent dans trois grands bassins couverts de plantes.Photo : Jacques Brisson Jardin bOtaniqUe dèS le 30 aOût rôle essentiel, notamment en favorisant le développement des microorganismes et en oxygénant le milieu, mais c\u2019est avant tout un travail d\u2019équipe qui implique des interactions entre les plantes, les microorganismes et le substrat.Les marais filtrants sont constitués de lits de gravier dans lesquels croissent des plantes reconnues pour leur pouvoir filtrant.Le modèle à flux horizontal comprend des zones bien oxygénées et d\u2019autres qui le sont très peu.Cette combinaison permet une élimination efficace de l\u2019azote.L\u2019eau circule horizontalement au niveau des racines.Dans le marais vertical, l\u2019eau percole à travers les différentes couches de gravier.Ce passage permet l\u2019oxygénation de l\u2019eau et favorise la dégradation de certains polluants.La circulation de l\u2019eau dans les deux types de marais permet de tirer profit des avantages de chacun.Les plantes contribuent ef?cacement, joliment et à faible coût à générer de nombreux béné?ces environnementaux.L\u2019eau ainsi traitée est accumulée dans un réservoir et acheminée vers son lieu d\u2019origine où elle sert à irriguer les plantes du Jardin aquatique, tout en diminuant considérablement la consommation d\u2019eau potable.Les aménagements réalisés dans ce projet d\u2019envergure mettent en valeur le pouvoir des plantes et la beauté des lieux ! Université du Québec à Montréal Université du Québec à Trois-Rivières Université du Québec à Chicoutimi Université du Québec à Rimouski Université du Québec en Outaouais Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Institut national de la recherche scienti?que École nationale d\u2019administration publique École de technologie supérieure Télé-université En 50 ans, les dix établissements du réseau de l\u2019Université du Québec ont contribué à o?rir aux Québécoises et aux Québécois : \u2022 une plus grande accessibilité à l\u2019enseignement supérieur; \u2022 un développement scienti?que basé sur les besoins des milieux; \u2022 un essor culturel, social et économique des régions.Le réseau de l\u2019Université du Québec Ancré au Québec, ouvert sur le monde Rouyn-Noranda Gatineau Rimouski Saguenay Trois-Rivières Montréal Québec www.uquebec.ca "]
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