La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 août 1962, Août
[" R-33/ sm ^ REVUE rjjÉi fjMjJë jgHSfâBSmKBw Jw&\t\t \t¦gl\t ^¦K ^\t*v>np k\t^py.'» < ywi^ */ ' /?'-/ Twk#\t\t(KflSH Un sensationnel nouveau colorant baigne votre chevelure de mille feux féeriques! S ! A Vf® - - Vous qui n\u2019avez pas de cheveux gris, écoutez cette nouvelle! Clairol vient de lancer un ' colorant absolument remar-iVîï», quable vous offrant des pos-sibilités merveilleuses.Pensez aux reflets séduisants dont le soleil pare votre chevelure \u2014 c'est l'effet produit par cette nouvelle création\u2014Sparkling Color! Il n'existe aucun colorant au monde comparable à Sparkling Color, la plus CLAIROLf SPARKLING révolutionnaire des lotions capillaires! 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( Patron 4548 \u2014 Tailles 18 à 20 ans \u2014 65^ ) \u2014 Photo : Dik Nye.EDITORIAL\t 3 ABRUTIS DE PERE EN FILS\tFrancine Montpetit CHRONIQUES\t 5 MADEMOISELLE POPULAIRE\t 6 A LIVRE OUVERT\tPierre Tisseyre 6 A VOTRE SANTE\tDr Guy Boisclair 8 EMBELLIR LA MAISON\tLuc Simon 10 RENDEZ-VOUS AVEC MICHELLE\tMichelle Tisseyre 13 HOROSCOPE\tJean-Marie Tremblay 17 LA BOUTIQUE FANTASQUE\tLuc Simon 33 VOTRE PAROLE VAUT LA NOTRE\t ARTICLES\t 14 LE N.C.S.\u2014 UNE NOUVELLE CHANCE\t DE S\u2019INSTRUIRE\tMonique Roy 20 IL EST TEMPS QUE LE QUEBEC\tMarie-José Raymond 24 ET QUE ÇA SAUTE !\tGermaine Gloutnez 25 LA MODE DES 18-20 ANS\tNicole Godin ROMAN\t 18 BERÇEUSE POUR MON BONHEUR\tAnne Lecourt DIVERTISSEMENT\t 38 mots CROISES\tHector Riopel Rédactrice en Chef Directeur Artistique Assistante à la Rédaction Adjointe à la Direction Artistique FRANCINE MONTPETIT GILLES MORIN RENEE P.-ROWAN HUGUETTE FLEURY Adjoints à la Rédaction : MICHELLE TISSEYRE, RENEE PELLETIER-RO WAN, GERMAINE CLOUTNEZ, M.-NOELLE STIEN, LUC SIMON, STEPHANIE PAQUET, EMILIA B.-ALLAIRE, JEAN-MARIE TREMBLAY, HELENE PILOTTF.LES PUBLICATIONS POIRIER, BESSETTE & CIE, LTEE Membres de l'A.B.C.et de l'Association des éditeurs de Mogazines |llft|\\ du Canada.LE SAMEDI, LA REVUE POPULAIRE, 97S \u2022 985, rue De Bullion, Mnv Montréal 18, P.Q.(Canada).Téléphone : UN 1-5757*.G.POIRIER SR, président du Conseil ; G.POIRIER, JR, B.Corn., président ; W.M.WILKINS-WLEKLINSKI, L.L.M., M.Ec.Sc., vice-président ; A POUPART.JR.B.C.L., secrétaire ; CHARLES SAURIOL.chef de la publicité ; ODILON RIENDEAU, chef du tirage.Abonnement à LA REVUE POPULAIRE (Canada): 1 an.$1.50; 2 ans, $2.50 ; (Etats-Unis) : 1 an ,$2.00 ; 2 ans, $3.50 ; (au numéro : 20cents).Published monthly at 975 De Bullion St., Montreal, P.Q.55th year, No.8.Second class postage paid at Saint Albans, Vermont.« Le Ministère des Postes, à Ottawa, a autorisé l'affranchissement en numéraire et l'envoi comme objet de la deuxième classe de la présente publication.» EDITORIAL FRANCINE MONTPETIT \u2014 V jfc ABRUTIS DE PERE EN FILS 1 1 1 Le livre de Solange et Michel Chalvin («Comment on Abrutit nos Enfants » \u2014 Editions du Jour) s\u2019est vendu comme des petits pains chauds et demeure un des « best-sellers » de l\u2019heure.Bien sûr, et on s\u2019y attendait, cette analyse de l\u2019insignifiance et de la bêtise dont sont remplis nos manuels scolaires, a suscité des réactions violentes dans un sens comme dans l\u2019autre.Plusieurs ont applaudi à tout rompre et ont reconnu dans les exemples soigneusement recueillis par le couple Chalvin une synthèse des récriminations qu\u2019ils auraient aimé exprimer depuis longtemps.Ils s\u2019étaient indignés'au hasard de leurs découvertes, sans songer à les réunir dans un seul et même volume.Ce qui frappe le lecteur à part l\u2019horreur des illustrations, la mièvrerie et la stupidité des textes, le mauvais goût des morceaux choisis, la bâtardise du français, la révoltante bêtise de-t exercices pratiques rattachés aux thèmes de chaque mois, c\u2019est l\u2019aspect négatif d\u2019un enseignement dépourvu de culture et même de sens moral.CE QUI FRAPPE et anéantit encore davantage, c\u2019est la réaction de certains lecteurs dont les lettres ouvertes expriment l\u2019indignation devant la publication d\u2019un ouvrage qui s\u2019emploie à « sous-estimer les instruments de culture dont eux-mêmes ils se sont servis et qui peuvent parfaitement convenir à leurs enfants ».Il me semble que si j\u2019avais mangé du pain noir durant ma jeunesse, je ne m\u2019acharnerais pas à en gaver aujourd\u2019hui mes propres enfants si j\u2019avais la chance de leur en offrir du blanc.11 e3t évident que si Michel et Solange Chalvin ont travaillé avec acharnement à la compilation fastidieuse de cet échantillonnage, c\u2019est qu\u2019ils avaient en tête d\u2019autres buts en plus de soulever l\u2019indignation et la révolte.Admirable complément du mémoire présenté à la Commission Parent par les Femmes Universitaires sur les manuels scolaires, ce livre devrait être l\u2019argument définitif capable de renverser toutes les objections même les plus pratiques pour les améliorer, les repenser ou les refaire selon le cas.IL FAUT ETRE OBTUS ET AVEUGLE pour les accepter dans leur forme actuelle.Ceux qui n\u2019y voient pas de mal ont sur les exigences de la vie actuelle des vues bien mesquines et bien étroites.Tant que nos manuels ne parviendront nas à former la pensée, le jugement et le goût de nos enfants, ils seront tout juste bons à jeter au feu.Encore une fois, l\u2019argument du \u201cje m\u2019en suis sorti et mes enfants s\u2019en sortiront\u201d ne vaut rien.D\u2019abord, en sommes-nous vraiment dégagés de cette formation négative, de cette absence de véritable enrichissement intellectuel et moral ?Qui peut se vanter d\u2019avoir vraiment rattrappé ces sept premières années vides de richesses culturelles, moulées dans la routine et le par coeur ?Que de temps perdu, que de minutes précieuses consacrées à des lectures creuses et médiocres où l\u2019art de penser et le plaisir d\u2019apprendre ont tenu si peu de place ! LES QUEBEQUOIS vivent un réveil extraordinaire où il est bon que toutes ces choses soient dites et entendues.Le livre des Chalvin marque un pas de plus vers l\u2019évolution parce qu\u2019il appelle une réponse et impose la recherche d\u2019une solution.FRANCINE MONTPETIT La Revue Populaire, ao't 1962 3 Une aine vraiment unique ! La toute nouvelle gaine golden Playtex*, doublée de tissu et merveilleusement fraîche, escamote plusieurs pouces et vous assure un confort parfait Enfilez la toute nouvelle gaine Golden Playtex doublée de tissu.Vous vous sentez immédiatement à l\u2019aise et mieux soutenue.Votre silhouette est plus mince et plus séduisante.Jamais vous n\u2019aviez porté une gaine aussi extraordinaire ! Même si vous êtes particulièrement active, sa doublure spéciale en tissu vous assure, toute la journée, un confort merveilleux.La toute nouvelle gaine Golden Playtex doublée de tissu s\u2019enfile et s\u2019enlève en un clin d\u2019oeil.A l\u2019épreuve des perforations et des déchirures ! Elle dure jusqu\u2019à 3 fois plus longtemps qu\u2019une gaine ordinaire.Pour vous assurer instantanément une silhouette plus séduisante, demandez aujourd\u2019hui même votre gaine Golden Playtex.Une nouveauté ! Grâce à sa glissière, cette toute nouvelle gaine-fourreau Golden Playtex s\u2019enfile et s\u2019enlève encore plus aisément ! Elle est fraîche parce qu\u2019elle est doublée d\u2019un tissu aéré.Quelle façon agréable et confortable d\u2019obtenir la ligne mince exigée par les toilettes si féminines d\u2019aujourd\u2019hui.Elle est à l\u2019épreuve des perforations et des déchirures et ne remonte jamais.En blanc, dans toutes les tailles, $13.95 Gaine-fourreau Golden, modèle ordinaire, doublée de tissu fin et frais.Très confortable! $11.95 Plus commode que jamais ! La toute nouvelle gaine-culotte Golden Playtex à longues jambes, munie d\u2019une glissière, s\u2019enfile et s\u2019enlève facilement, en quelques secondes ! Elle assure un confort total, grâce à sa fine doublure de tissu.Les longues jambes escamotent le bourrelet des cuisses.Elle est parfaite sous les robes minces, les tricots doubles et les pantalons fuseau.Elle ne remonte pas ! En blanc, dans .( J|\ttoutes les tailles, $14.95 Gaine-culotte Golden Playtex à longues jambes, \u2022 , » * *\tmodèle ordinaire, doublée de tissu.Assure un confort incomparable ! $12.95 *Marques déposées TOUS LES SOUTIENS-GORGE ET GAINES PlttÇJ t&ÔC SONT EN VENTE DANS VOTRE MAGASIN PRÉFÉRÉ j ses idées ses trouvailles mm MADEMOISELLE POPULAIRE BATONS CONGELES «FAITS A LA MAISON» Pour les enfants, rien comme un bâton congelé lorsqu\u2019il fait bien chaud ! 11 existe un nouveau moule pour ces bâtons congelés : en polyéthylène «Sclair», on les remplit du jus de fruit de son choix et on les place debout dans le congélateur.Une fois utilisés, on les stérilise à l\u2019eau bouillante.Ces moules sont vendus en série de quatre, dans les centres d\u2019achats et dans les magasins à chaînes et à rayons.10 FOIS PLUS EFFICACE Oui, de nombreux essais cliniques ont prouvé que la brosse à dent automatique General Electric est 10 fois plus efficace qu\u2019une brosse ordinaire ; en 30 secondes, elle nettoie les dents à fond et les polit tout en massant délicatement les gencives.A noter : la brosse automatique n\u2019offre aucun danger pour les enfants car elle n\u2019a pas de fil \u2014 elle fonctionne avec un accumulateur rechargeable de longue durée au nickel et au cadmium.On peut sans danger laver tout son manche sous l\u2019eau du robinet, même si l\u2019interrupteur est ouvert.Quatre brosses de couleurs différentes se fixent par pression dans un socle qui peut être fixé au mur ou placé sur une table.En vente chez les dépositaires d\u2019appareils General Electric au coût d\u2019environ $25.00.V a !.»\tI VOUS TRICOTEZ ?Voici pour vous du nouveau : de la paille artificielle en écheveau.C\u2019est joli, souple, facile à tricoter.Vous en ferez des robes, des blouses, des jupes, de ravissants ensembles.Vous avez le choix de 18 teintes, depuis les plus claires jusqu\u2019aux plus foncées : blanc-neige, azur, champagne, eau vive, nacre, rose-rouge, bourgogne, noir, etc.En vente chez Yarncraft Reg\u2019d, 1610 ouest, rue Sherbrooke, à Montréal, au coût de $2.00 l\u2019écheveau.Comment une ceinture de sûreté dans votre auto peut vous sauver la vie.Examinez attentivement l\u2019illustration ci-dessus.Vous y verrez la différence entre la vie et la mort\u2014la différence entre les blessures légères et les blessures graves, dans un grand nombre de collisions d'automobiles.La différence dépend de la présence d\u2019une ceinture de sûreté, dans l\u2019automobile\u2014l\u2019un des articles de sécurité les plus efficaces que vous puissiez actuellement vous procurer, pour votre auto.D\u2019après le Conseil Canadien de la Sécurité Routière, si tous les automobilistes se servaient de ceintures de sûreté, il s\u2019épargnerait un grand nombre de vies, chaque année\u2014peut-être même la vôtre\u2014et on diminuerait d\u2019un tiers, la fréquence des accidents mortels et des blessures graves.Un grand nombre des accidents mortels et des blessures se produisent, dans nos rues et sur nos routes, lorsque l\u2019automobiliste est bousculé avec force, contre le volant, le tableau de bord ou le pare-brise\u2014ou lorsqu\u2019il est projeté hors de l'auto, lors d\u2019une collision.La ceinture de sûreté vous retient en place.Elle amoindrit l\u2019impact produit par le choc ; elle vous fait demeurer dans l\u2019auto, où vous êtes le plus en sécurité.Il faudrait attacher confortablement vos ceintures de sûreté à chaque fois que vous partez en auto\u2014à l\u2019occasion de courtes randonnées en ville, où vous conduisez à vitesse réduite, tout comme lorsque vous faites un long voyage.Les ceintures de sûreté sont particulièrement utiles pour les enfants qui sont si facilement projetés en avant, aux arrêts brusques ou dans les embardées.Il faudrait qu\u2019il y ait une ceinture de sûreté pour chaque passager, dans l\u2019au-tomobile\u2014sur le siège-arrière tout comme à l\u2019avant.11 ne faut qu\u2019un court instant pour attacher cette ceinture\u2014 une habitude qui peut devenir aussi machinale que l\u2019action de fermer les portières de votre auto.Les ceintures de sûreté ne sont certes pas une garantie contre la mort ou les blessures, dans les accidents graves.C\u2019est pourquoi, si vous en installez dans votre auto, ne devrez-vous pas vous sentir plus en sécurité.Les ceintures de sûreté ne constituent tout simplement qu\u2019une protection additionnelle.Elles ne suppléent pas à la prudence au volant.Aucun automobiliste n\u2019est trop expérimenté pour tirer parti d\u2019un examen quant à sa façon de conduire.Depuis combien de temps vous êtes vous examiné, sous ce rapport?Vous trouverez, dans la brochure publiée par la Metropolitan, et intitulée \u201cConseils aux automobilistes\u201d, un grand nombre de recommandations qui vous aideront à mieux conduire et qui sauront vous intéresser.Envoyez-nous le coupon ci-dessous, et nous vous en ferons parvenir un exemplaire gratuit.COLLEZ LE COUPON SUR UNE CARTE POSTALE ¦ Metropolitan Life Insurance Company, I Direction Générale au Canada, | (Dept.H.W.) Ottawa 4, Canada.| Veuillez m\u2019envoyer un exemplaire I gratuit de votre brochure intitulée: J \u201cConseils aux automobilistes\u201d, 82Z \u201cI |\tNom__________________________________________ | j\tRue__________________________________________ | | Ville A Zone______________Prov._______________ | I-1 METROPOLITAN LIFE INSURANCE COMPANY (COMPAGNIE À FORME MUTUELLE) Direction Générale au Canada, Ottawa 4, Ontario La Revue Populaire, août 1962 5 a livre ouvert La Critique Littéraire de Pierre Tisseyre PORTRAITS D\u2019INCONNUS (Jules Romains) En lisant «Portraits d\u2019inconnus» de Jules Romains, on ne peut s\u2019empêcher de penser à cette chose admirable et si peu connue qu\u2019est le métier d\u2019écrivain.Sans aller aussi loin que Léon Daudet qui prétendait que passé l\u2019âge de 12 ans on n\u2019a plus d\u2019idées originales et que par conséquent tous les thèmes, toutes les pensées qu\u2019un écrivain exploite dans son oeuvre sont nés en lui pendant son enfance, il faut bien admettre qu\u2019en général tout se passe comme si, à mesure que les années passent le fond s\u2019appauvrit, alors que la forme s\u2019améliore.L\u2019écrivain passe des années à apprendre son métier et quand il a enfin forgé un parfait instrument de travail, il s\u2019aperçoit qu\u2019il n\u2019a plus rien à dire.Certains, comme Mauriac, tournent alors résolument le dos à la création littéraire pour se consacrer au journalisme, d\u2019autres, comme Colette, grapillent dans leur oeuvre passée des miettes négligées alors \u2014 tel le KEPI dont le sujet n'avait vingt ans plus tôt mérité qu\u2019un paragraphe de quelques lignes dans LA VAGABONDE \u2014 d'autres enfin, comme Jules Romains se fient à leur virtuosité pour fasciner le lecteur avec rien, ou presque rien.C\u2019est ainsi qu\u2019il a, il y a quelques années, tiré trois livres, d\u2019ailleurs admirablement bâtis, d\u2019un sujet dont trente ans plus tôt il aurait fait une nouvelle.Aujourd\u2019hui il nous donne dans ces « PORTRAITS D\u2019INCONNUS » un ouvrage fascinant qui semble avoir été fait de quelques notes qu\u2019il a dû prendre pour des personnages épisodiques auxquels il avait pensé sans doute pour « LES HOMMES DE BONNE VOLONTE».Un ministre qui, entre deux rendez-vous, s\u2019arrête dans un café et que des étudiants reconnaissent, un camionneur qui lutte contre le sommeil sur la route, la nuit ; un médecin qui rend visite à un guérisseur, un comédien qui craint le trou de mémoire, voilà ce que sont ces portraits d inconnus.Ce ne sont pas là certes a priori des sujets de nouvelles.Mais lisez-les, vous serez fasciné.A VOTRE SANTÉ LE CALCIUM EST BON POUR LA SANTE, MAIS .LES MAMANS ont souvent entendu dire par les médecins ou par une publicité exagérée que le calcium devait être pris en très grande quantité pour que les enfants possèdent de belles dents et de bons os.Il est vrai que le '\u2018alcium est absolument nécessaire, mais il y a des limites.On ne doit pas se fier à toutes ces annonces qui ne sont pas nécessairement destinées à vous personnellement.Non, ces annonces sont générales.Elles énoncent un principe ou une vérité fondamentale, mais il reste à chacun de prendre ce qui lui convient selon chaque organisme.Avant de dire que tel régime alimentaire est déficient ou carencé, il serait sage de consulter un médecin ou une nutritionniste ou une diététicienne.Il est fort possible que vos trois repas vous fournissent suffisamment sans que vous soyez obligées d\u2019en prendre en supplément.Prôner indistinctement que le calcium doit être pris sans égard pour les quantités est une erreur très grave.Les QUANTITES REQUISES sont légitimées par plusieurs facteurs.D\u2019abord, elles dépendent de votre alimentation générale, de vos activités quotidiennes et de votre travail.Les dépenses sont en fonction de ces trois facteurs principaux.Il no faut pas y aller à la légère.Non, il faut prendre tous les moyens mis à notre disposition pour ne pas avoir à se reprocher un abus.L\u2019abus est aussi grave qu\u2019une carence.OU PEUT-ON TROUVER le calcium nécessaire ?C\u2019est très simple.Le lait blanc pasteurisé et homogénéisé peut nous fournir la plus grande quantité nécessaire.Sous forme de lait, c\u2019est la façon la plus simple de s\u2019approvisionner.Pour avoir la même quantité de calcium contenu dans une chopine de lait, il faudrait que chaque individu mange à chaque jour sept livres de viande hachée, 14 tasses de choux, 7 tasses de pois verts, etc.Qui peut se vanter de pouvoir le faire ?Au point de vue budget familial c\u2019est un désastre.Les aliments les meilleurs pour la santé sont ceux qui sont à notre portée.Le lait blanc est bon pour la santé mais il faut connaître les quantités que nous nous devons de prendre.Plusieurs enfants et adolescents aiment se vanter en certaines circonstances de la quantité de lait .qu\u2019ils prennent pai jour.J\u2019ai pris disent-ils deux pintes ou trois pintes ! Quelle vantard\u2019se ! En plus, il faut dire que c\u2019est trop.Il y a des enfants qui en prennent trop et d\u2019autres qui n\u2019en prennent pas assez ! Alors, c\u2019est à chacun de savoir quelle quantité, ils doivent prendre pour demeurer en bonne santé.CHERES MAMANS, une alimentation saine et rationnelle est le meilleur gage d\u2019une bonne santé.Nous savons tous que vous aimez vos enfants et que vous voulez leur bien.Or, le plus grand bien que nous pouvons posséder est une bonne santé et une alimentation rationnelle peut vous le procurer.DR GUY BOISCLAIR, D.H.D.P., M.R.S.H.6 La Revue Populaire août 1962 On dort mieux dans des draps Wabasso Bonne nuit 0 THE WABASSO COTTON COMPANY LIMITED \u2022 TROIS-RIVIÈRES, PCX | La Revue Populaire, août 1962 7 JACK SNYDER NOTRE COURRIER DE DECORATION &be(lir ¦H 1111 wit*\".APMI .Avez-vous récemment songé à renouveler les meubles de votre salle de séjour, de votre boudoir ou du cabinet de travail de votre mari ?L\u2019ensemble parfait, mais c\u2019est celui-ci ! Commode basse, à tiroirs multiples et étroits surmontée de tablettes où vos livres et bibelots trouveront facilement leur place.Le bureau, le fauteuil deux places, la table de bout, donnent à la pièce cette note de douce chaleur indispensable à son confort.Avec du goût et un peu d\u2019ingéniosité, vous y ajouterez cette touche personnelle si précieuse en décoration.Quelques coussins jetés sur le fauteuil, des rideaux clairs et coquets, un tapis de paille ou de grosse laine compléteront joliment le tout.(Le mobilier est une création Vilas).Louise de saint-bruno est une célibataire qui s\u2019installe dans une pièce sise au sous-sol d\u2019un immeuble.Elle dispose comme mobilier d\u2019un bahut, d\u2019une table à café et d\u2019une machine à coudre style console qui lui sert à la fois de coiffeuse et d\u2019écritoire.De larges draperies blanches à motifs floraux roses et turquoise lui suggèrent l\u2019achat d\u2019un tapis beige rosé et d\u2019un divan-lit (hide-bed) turquoise.Elle me demande de faire la critique de ses idées et de lui en suggérer d\u2019autres, au besoin.Vous ne me dites pas si les murs de la chambre ont déjà reçu leur revêtement.Sinon, il faudrait vous en tenir à du blanc légèrement teinté de rose.Ceci, pour éclairer un endroit qui doit probablement manquer de lumière extérieure, j'appose mon véto au tapis beige rosé.Je suis moins d\u2019accord avec l\u2019idée du divan-lit (hide-bed) pour la bonne raison que ce meuble, pour pratique qu\u2019il soit, est rarement attrayant parce que trop massif.Et je craindrais que, dans votre petite chambre, ce mastodonte n\u2019envahisse démesurément la place.Il me semble qu\u2019un petit lit continental habillé de turquoise et jonché de coussins ferait plus joli et plus féminin.Ne pourriez-vous prélever sur le tissu de vos tentures de quoi confectionner un frison tout autour du lit ?De même, vos fauteuils doivent viser la légèreté.Pourquoi pas du rotin ?On en confectionne même de ravissantes étagères qui pourraient loger votre collection encyclopédique.Toutes ces constructions en rotin allient légèreté, élégance et prix modique.MADAME ROUSSEL de ROSEMONT vient de faire l\u2019acquisition d\u2019un mobilier de salon recouvert d\u2019un tissu jaune or.Seulement voilà, elle ne sait plus très bien ce qui conviendrait comme revêtement mural, couleur du tapis, des tentures, etc.Votre pièce n\u2019est pas grande.Aussi conviendrait-il, pour l\u2019aérer, de peindre les murs d\u2019une nuance or empruntée au mobilier.Pas du jaune or cru mais une tonalité claire et discrète.Au besoin, si vous ne trouviez pas la teinte désirée, vous pourriez très bien colorer du blanc avec un tube de jaune or.Je le dis en passant, ce procédé est souvent le plus efficace pour trouver une nuance particulière que la peinture préparée n\u2019offre pas toujours.Le tapis et les tentures donneront le ton contrastant qui pourrait être un bleu soutenu ou un beau vert émeraude.Je me demande toutefois, vu l\u2019exiguité de la pièce, si des tentures de la couleur des murs \u2014 surtout s\u2019il s\u2019agit de tentures mur-à-mur \u2014 ne seraient 8 La Revue Populairej août 1962 pas d\u2019un meilleur effet.Vous pourriez en juger vous même en essayant des échantillons de l'une et l\u2019autre couleurs.Les accessoires rechercheront, selon le cas, le bleu ou le vert.Abat-jour blancs galonnés d\u2019un ruban or.MADAME HELENE ANDER-SON de VAL MARIE doit faire l\u2019achat d\u2019un mobilier et de tentures pour un grand salon largement éclairé d\u2019une fenêtre panoramique.Les murs sont cannelle et le tapis reproduit une nuance plus soutenue de cette couleur.Vous avez brossé un fond de décor assez neutre pour autoriser de l\u2019audace dans le choix des couleurs' pour les autres composantes de la pièce.Surtout que l\u2019endroit possède des dimensions impressionnantes et que la lumière y est abondante.Aimez-vous de l\u2019imprimé sur des fauteuils ?C\u2019est très à la mode et votre salon se prêterait à merveille à ce traitement.Je songe, par exemple, à un large divan habillé d\u2019une robe imprimée \u2014 fleurs, rayOres ou dessins géométriques \u2014 aux dominantes orange brûlée.Un autre fauteuil pourrait arborer ce même revêtement alors que les autres se détacheraient dans une toilette unie dont la couleur emprunterait le ton contrastant de l\u2019imprimé.Bref, la gamme des coloris pour votre salon vous serait suggérée par cet échantillon initial.Je laisse à votre perspicacité le soin de doser les différentes masses colorées qui composeront l\u2019ensemble du tableau.Encore une fois, la sobriété des murs et du tapis donne champ libre à toute les recherches.MADAME R.COULOMBE rie LOUISEVILLE recherche, pour ue chambre ensoleillée et meublée de noyer clair, une palette de teintes pour colorer les murs, le tapis, les tentures et le couvre-lit.La cuisine, grande mais plutôt sombre, a déjà des armoires recouvertes d\u2019arborite couleur pêche.La table est vert lime alors que les chaises attendent un nouveau rembourrage.L\u2019orientation sud-est de la chambre permettrait une harmonie fort à la mode de bleu et de vert.Mais attention ! N\u2019importe quel bleu ne convient pas à n\u2019importe quel vert et inversement.Vous ne sauriez vous tromper en choisissant d\u2019abord le tissu des tentures qui servira aussi à juponner les frisons du lit.Ce pourrait être, selon vos goûts un imprimé fleuri ou à rayures.Cet échantillon bleu et vert décidera de la marche à suivre pour tout le reste.Le tapis en empruntera la nuance verte, alors que la nuance bleue ira au couvre-lit.Les murs rechercheront aussi le bleu mais dans une tonalité beaucoup plus pâle.Habillez quelques coussins et peut-être même un abat-jour avec les retailles de l\u2019imprimé.Ce traitement devrait donner une atmosphère toute de détente et de distinction.Ce qui se chiffonne, dans votre cuisine, c\u2019est la masse vert lime de la table, opposée aux armoires couleur pêche.J\u2019ai beau me creuser, je ne vois pas comment vous pourriez arriver à harmoniser ces deux éléments.Le plus simple ne serait-il pas de masquer ce malencontreux dessus de table avec une nappe ou un tapis permanent ?L\u2019idéal serait évidemment de lui offrir un nouveau recouvrement d\u2019arborite pêche.Mettez du café-au-lait sur les murs et optez pour un carrelage noir et blanc.Vos chaises pourraient être recouvertes d\u2019une couleur café dont la nuance se retrouverait à l\u2019intérieur des armoires.LUC SIMON glfitali le bout-filtre le plus efficace jamais conçu \u2022 tabacs de Virginie extra-doux du meilleur choix \u2022 saveur riche\u2014douceur exceptionnelle \u2022 fermeté qui assure un plaisir de fumer prolongé .N ¦H du MAURIER possède vraiment des qualités exceptionnelles Épsfi 'rmi.V-p.v.-\u2019/\u2019-v - Vi'f-VV mm ¦ ïfii mmm ' - > V, du MAURIER Une cigarette de Virginie réellement plus douce avec le SUPER-FILTRE\tEXCLUSIF La Revue Populaire, août 1962 9 I «I ' *S8 **Êt: Ép* Z Ui O RENDEZ-VOUS AVEC MICHELLE TISSEYRE - T * 11 *«-ij3S2 * v 1 3wH v Mélange d\u2019angoisse et de charme félin, d\u2019audace et de trac paralysant, et avec cela un petit air « crasse », comme l\u2019on dit chez nous qui fait qu\u2019une femme le range d\u2019instinct parmi les mauvais garçons, s\u2019en méfie, n\u2019aimerait pas qu\u2019il jetât son dévoulu sur sa fille, tout en le trouvant follement séduisant, ainsi se présente Jean-Pierre Ferland.Oui, c\u2019est ainsi que depuis que le succès lui a permis d\u2019être lui-même, il nous apparaît.Imagination ?Voyons un peu.\u2022 \u2014 Ce que j\u2019ain.e le mieux dans la vie ?se dit-il, comme à lui-même, en répétant ma question.Pourquoi m\u2019en cacher ?Les femmes ! Je les adore.\u2014 Et que détestez-vous le plus ?Le regard brun s\u2019étrécit, brasille.Quel profil peut-il bien se dessiner derrière ces prunelles pour les rendre si vindicatives ?\u2022 \u2014 Je hais comme j\u2019aime me répond-il enfin, vite et fort; donc, les femmes.\u2014Fidèle ?\u2022 \u2014Quand j\u2019aime, c\u2019est toujours pour la vie Je suis tout imbu de mon amour, il n\u2019y a que lui qui compte et comptera jamais pour moi, je crois sincèrement que je serai fidèle pour l\u2019éternité Puis un jour, sans que je sache pourquoi, c\u2019est fini, je n\u2019aime plus, je n\u2019y peux rien.Si on s\u2019accroche, je peux hair aussi vivement que j\u2019ai aimé.On imagine de jeunes fauves jouant ensemble pour se faire les griffes .\u2014 Comment rompez-vous ?\u2022 ¦\u2014 Ne me demandez pas de dire à une femme que je ne l\u2019aime plus ! J\u2019en ai toujours été incapable.\u2014 Alors quoi ?Vous ne téléphonez plus ?Vous manquez des rendez-vous ?Vous devenez inatteignable ?Vous disparaissez de la circulation ?\u2022 \u2014 Non, lout de même pas.Mais JEAN P 10 La Revue Populaire août 1962 'Cn'W * J» % .Çjnf je trouve des excuses Je dis à la jeune personne que c\u2019est dans son intérêt de rom ore, ou bien que je dois me consacrer à mon travail ., \u2014 Et si elle ne comprend pas ?\u2022 \u2014 Elle ne peut pas ne pas comprendre.Du moment que je n\u2019aime plus, je suis incapable du moindre geste d'affection, de la moindre tendresse.Cela devient inévitable.\u2014 Ce qu\u2019il vous faudrait, c\u2019est une femme qui ne vous aimât pas alors que vous l\u2019aimeriez.Ou du moins une femme qui aurait assez d\u2019emprise sur elle-même pour vous tenir la dragée haute.\u2022 \u2014 Peut-être .pourtant non; certains jours j\u2019ai besoin que l\u2019on m\u2019aime.D\u2019autres, je veux me sentir libre.Se connaît-on ?On change de jour en jour, on n\u2019est jamais le même.J\u2019avoue me lasser très vite.Du poini de vue travail, s\u2019est-il davantage trouvé ?\u2014 Feuille de Gui, Jean-Pierre, vous l\u2019avez écrit parce que vous étiez antimilitariste ?\u2022 \u2014Pensez-vous ! Soyons francs, qu\u2019est-ce que nous en savons, nous, Canadiens de ma génération de la guerre ?Rien, absolument rien.Feuille de Gui, c\u2019est une chanson que j\u2019ai écrite sur commande, parce que l\u2019on voulait quelque chose de sérieux à une émission de télé entre deux sketches comiques.-\u2014 Que veut le public ?\u2022 \u2014 Frissonner, d\u2019abord.Ensuite, rigoler.\u2014 Pas une chanson qui vous reflète .incroyable .elles paraissent tellement sincères .\t& \u2014 Si, tout de même .Les Enfants que faurai.J\u2019aimais une fille.J aurais aimé avoir un enfant avec elle.Je regarde ce nez impertinent, cette grande bouche sensuelle et railleuse, ces cheveux qu\u2019aucun peigne ne discipline plus.Et j ai Ju mal à me convaincre qu il s'agit du même jeune homme que celui, timide au point d\u2019en être malade, coiffé de frais, et vêtu de son complet des dimanches, que je présentais pour la première fois à la télé, il y a quatre ans.Que s\u2019est-il passé pour qu\u2019il prenne tant d\u2019assurance ?\u2022 \u2014La confiance, me répond-il très simplement.Du jour où j\u2019ai senti que mes chansons plaisaient vraiment, j\u2019ai pris de l\u2019assurance.\u2014Cela remonte loin ?« \u2014 Oh non ! Ça s\u2019est passé très exactement à mon retour de Bruxelles quand je me suis tendu compte, puisqu\u2019on me faisait une ovat on, que l\u2019on me voulait.A partir de ce moment-là, il m\u2019a semblé que plus rien ne pourrait m\u2019ariêter.Jean-Pierre, qui, cet été.fait partie de « L\u2019Eté des BOZOS » à la télé et anime « La feuille de Gui ».à Eastman, ira en France, à l\u2019automne.Il passera en vedette aux deux plus grands music-halls de Paris, Bobino et l\u2019Olympia, et sera en même temps lancé par une compagnie de disques.Quel est donc, à ce point crucial entre tous de sa carrière \u2014 puisque c\u2019est celui où les portes s\u2019ouvrent toutes grandes \u2014 son rêve le plus cher ?® - - Epoustoufler Paris, non, tenez, déflorer Paris, comme je le dis pour la vie dans Lucky Seven ! \u2014 \u2022 Peu de gens, peut-être, ont eu l\u2019occasion de bavarder en tête à tête avec lui, comme j\u2019ai pu le faire moi-même, à la terrasse d\u2019un café, par une après-midi de juin.C\u2019est pourquoi c\u2019est surtout de cette conversation que j'ai voulu vous entretenir.Elle éclaire un côté de Jean-Pierre qui autrement serait peut-être resté dans l\u2019ombre, et qui nous le rend follement humain.FERLAND CELUI QUE LES FEMMES RANGENT D'INSTINCT PARMI LES MAUVAIS GARÇONS La Revue Populair.e.août 1962 11 Tt ?*|v ¦ ¦ -\u2022 ¦ 'T jk'0*'' ¦ \"S'.*~vçAq Sfit i; -MühJI -5- ^ ; '* «g,* v%î QUELQUES JOURS après cette rencontre, je me suis trouvée plongée dans un (v^t^l'bain de fraîcheur et de paix.Fraîcheur des âmes naïves, sérénité de la grande ^v^vi^/^paix du Bon Dieu.Comme, en arrivant à ce vieux couvent de la Pointe Saint Charles ( 1 ), cette Maison Saint Gabriel, je me suis sentie loin de notre vie agitée, de la cruauté de nos ambitions et de nos désirs, de l\u2019inhumanité du siècle.J\u2019avais été invitée à visiter la Maison Saint Gabriel par sa Supérieure, la Révérende Mère Saint Dominique Marie, à l\u2019oocasicn du tricentenaire (célébré le 25 du mois d\u2019août) de l\u2019arrivée de Marguerite Bourgeoys en Nouvelle France, c\u2019est-à-dire à la Pointe Saint ChaHes.Cette maison, longtemps appelée Ferme Saint Gabriel, du fait que jusqu\u2019à ces dernières années elle était effectivement une métairie, fut construite en 1698, par Mère Bourgeoys, sur les londations de celle qu\u2019elle avait fait ériger, en 1668.et qui avait été détruite par un incendie, en 1693.Telle que nous la voyons aujourd\u2019hui, identique à ce qu\u2019elle fut il y a 264 ans, c\u2019est la plus 'ieille bâtisse de File de Montréal, c\u2019est-à-dire l\u2019une des pl as anciennes du Canada, et fort probablement la seule qui ait été habitée de façon ininterrompue depuis sa fondation.Construite en pierres ries champs selon le style d\u2019architecture qui caractérise tant de nos vieilles maisons canadiennes, elle a conservé tout le charme d un aufre âge : toit en pente, fenêtres basses à contrevents de bois diversements sculptés, poutres d\u2019une seule portée, chevrons arc-boutés, chevilles de bois, clous de fer forgés au marteau, éviers faits d\u2019une grande pierre remplissant la baie des fenêtres ave.; déversement au dehors, etc.CETTE MAISON avait été élevée dans un but bien précis.Elle devait loger l\u2019Ou-vroir de la Providence, institué par Mère Bourgeoys pour accueillir les Filles du Roy, ses pupilles, et leur prodiguer les enseignements qui feraient d\u2019elles de bonnes épouses pour nos colons e; d< bonnes mères de famille Le couvent, aujourd\u2019hui encore, est empli de souvenirs de l\u2019époque, les plus émouvants, à mon avis, étant rassemblée dans le grenier qui servait alors de salle de travail aux jeunes filles.C\u2019est ainsi que l\u2019on peut voir des métiers à tisser, des rouets, dévidoirs et cardes.Des objets d\u2019usage courant chez les premiers colons, prêtent leur témoignage, muet des temps révolus : pelles-mesures, balances à plateaux de bois.joug, porte-voix en tôle pour appeler le traversier ancré sur la rive d en face, moules servant à fabriquer la vaisselle d\u2019étaim employée à l\u2019époque.Un calumet de paix, des ço\"frets en écorce, une nappe brodée par des Juliennes sont rangés aux côtés des autres souvenirs, cai Mère Bourgeoys enseignait aussi aux enfants indiens.Et il y a, sous ces combles, de véritables reliques Cetie huche à pain d apparence si ordinaire, c\u2019est « la huche du miracle ».Pendant la Guerre de Sept Ans qui devait livrer le pays aux Anglais, alors que les populations étaient privées de vivres, et le couvent menacé de famine, Mère Bourgeoys aurait invoqué le ciel et la huche se Serait remplie de farine, son contenu ne se tarissant qu\u2019à la fin de la guerre, alors que les provisions étaient revenues.Voici le premier autel, aux fleurs peie.les d\u2019une main malhabile mais combien fervente Voici le verre de Mère Bourgeoys, son couvert.Et.dans un coeur en or, les cendres de Pierre Le Ber, un notable de l\u2019ép:que, et frère de la célèbre recluse de la Maison.Jeanne Le Ber.(I) partie sud-ouest de Montréal, entre le fleuve et le canal de Lachine.AU REZ-DE-CHAUSSEE, dans la salle commune.se trouve toujours le foyer avec sa marmite à crémadière et son four à pain.Et.si vous avez su communiquer la sincérité de vos sentiments à la religieuse qui vous aura si aimablement fait visiter sa Maison, peut-être celle-ci vous Invitera-t-elle à vous asseoir dans la chaise de Mere Bourgeoys.ou dans celle qui accueillait le Général Amherst lors de son arrivée à la Pointe en compagnie de ses habits rouges ! La Maison Saint Gabriel, dès l\u2019automne, sera transformée en Musée Historique où seront assemblés tous les souvenirs de l.a Congrégation depuis ses origines.Le» occasions son: hélas trop rares dans notre pays de venir en contact avec le passé.Là, dans le calme et le recueillement, vous le découvrirez, ainsi peut-être qu\u2019un petit coin de vous même demeuré jusqu à ce jour insoupçonné, un petit coin de candeur intacte, étonnamment perméable .CE DONT ON PARLE :\tl\u2019ampleur toujours ac- crue du Festival de Montréal Tenu du 2 au 31 août, il comprendia, cette année, pour sa 27e \u2018-aison.Monteverdi, Shakespeare (Richard 11 par le J NM), Mozart (Cosi fan tutte, avec une distribution entièrement canadienne).trois opéras en un acte de compositeurs canadiens, un concert Olivier Messian, des récitais du Quintette de Cuivres de Montiéal, dans les jardins du Musée, et complété encore une fois par un Festival c.u Film et un Festival de Jazz le dernier dirigé par Laurier Hébert.Prix populaires.ON PARLE ENCORE du port véritablement royal, et en même temps si jeune d\u2019allure, de Sa Majesté le Reine Mère d\u2019Angleterre.ON PARLE AUSSI de la nou velle danse, remplaçant le twist: le s Madison » qui se danse à plusieurs, en rond, bras enlacés.Pas très éloigné de la Conga d autrefois, comme rvthme.ON PARLE TOUJOURS du dixième anniversaire de node télévision, que Radio-Canada célébrera, à paitir de septembre, par des émissions spéciales de grande envergure.\tM.l.12 La Revue Populaire, août 1962 DU 23 JUILLET AU 22 AOUT PREPARE SPECIALEMENT POUR LA REVUE POPULAIRE PAR JEAN-MARIE TREMBLAY A cette période de l\u2019année, le Soleil traverse le cinquième signe zodiacal; c\u2019est la seconde phase de l\u2019été donc, au coeur de cette saison : dans la nature, toutes les lormes sont étalées, épanouies, dorées et mûres, c\u2019est la maturité.Le processus ayant débuté au premier signe, soit le Bélier, il s\u2019accomplit totalement dans le Lion; les fleurs sont à leur plein épanouissement, les feuilles toutes grandes ouvertes aux rayons du soleil et la nature entière donne le plein rendement de ses capacités.FELIX LECLERC EST NE SOUS LE SIGNE DU LION -v Le type Lion n'est sûrement pas fait pour \u2022 7Î-L démentir cette règle de la nature.La structure de cet être est robuste, généreuse et iff résistante.Etant « fils du Feu », son tempérament sera le plus souvent bilieux.On y perçoit une abondance vitale ; revendications instinctives, réactions rapides et fortes, aplomb, carrure, certitude, audace, soif de conquête, d'ambition et de domination.Il va au-devant de la vie, confiant, naturel, heureux ; il sait qu'« Aux âmes bien nées, la valeur n'attend point le nombre des années ».Il cherche toujours à être au premier rang (qu'il soit ministre, maire, animateur de club sportif ou chef de bande), il se signale aux autres \u2022 il s'impose : si quelqu'un lui ressemble, il l'étouffe (prenons ce terme au figuré) ; si un autre est tenté de le contredire, il le fait taire ; il vous avertit qu'il est là, par quelque moyen que Ce soit.Il donne son plein rendement, il n'y a pas de demi-mesures possibles.Très tôt, il exprime un « je veux », cela veut dire « il le faut » ; les forces intellectuelles dont il dispose sont très élevées et l'agressivité a chez lui une place importante.C'est surtout au contact de l'obstacle qu'il a conscience de ce qu'il est et de ce qu'il lui est possible de faire, de ce qu'il peut donner.Il ramasse toutes ses possibilités et bondit droit sur l'obstacle qui doit céder, c'est pourquoi, il attaque un adversaire de face, bravement, se riant du danger.Sa volonté est un effort constant, tendu, pour échapper aux intérêts et aux passions.Il lui faut aussi un idéal, un but, car il est ambitieux et il est très rare qu'il ne l'atteigne pas.Ce type LEONIEN aime le luxe, la splendeur, le somptueux, il a lé goût d'étaler sa puissance et sa richesse.Il a un caractère altier, fier, loyal ; il aime les choses franches, nettes, ouvertes et s'il flaire quelque manigance secrète, fausseté ou allure sournoise, il de mande et exige des explications, étant lui-même toujours prêt à en fournir.Son grand péché capital est l'orgueil mais on l'en excuse à cause de ses qualités royales.IL Y A DEUX TYPES DE LEONIENS : l'Herculéen de type bilio-sanguin paraît se rapprocher du félin ; il a assez nettement un masque animal ; forte carrure, tête puissante et massive, forte figure en avant, des cheveux plantés en crinière.L'Apollinien est d'une élégance aristocratique.Le visage est découpé en lames minces, en lignes précises ; un front pur et élevé, des sourcils au contour arqué que continue celui du nez, assez fort et légèrement aquilin ; saillie du menton et du nez, les TRAITS sont grands et élancés.L'ensemble du corps est svelte, olympique, formes fuselées et allongées : le tout donne une impression de distinction, d'ampleur, de clarté et d'harmonie.Mais, chez les deux types, il est des peints communs : port de tête droit, fier, noble, majestueux, hautain ou provo quant, regard intense ou lumineux, dominateur, direct et souvent fascinateur.Sa démarche est assurée, régulière, souvent rapide.A remarquer les gestes précis et sobres chez l'Apollinien, impérieux et démesurés chez l'Herculéen.LA SANTE est très bonne car le Soleil procure à ses fils la vitalité majeure, sa chaleur étant vitale par définition Toutefois, les troubles circulatoires provenant des organes moteurs, comme le coeur, les centres nerveux, la rate sont à surveiller, cela est dû à son activité souvent débordante Chose à remarquer, après un copieux repas, ils sont sujets à être congestionnés.Attention aux coups de soleil.La température peut monter très vite.A CONSEILLER, olives, ail, les essences de fleurs telles que menthe, thym et romarin.L'HOMME a deux visages (voir plus haut) : \\ *'Apollinien ne désire qu'assouvir ses besoins i :t considère la femme, souvent, comme un décor aussitôt la conquête terminée.L'Herculéen se jette, par contre, à corps perdu dans l'amour sans scrupules, sans regarder en arrière, la femme est pour ce type l'occasion d'ajouter un fleuron à sa couronne.LA FEMME, en amour, risque sa carte, qu'elle garde en réserve, en temps et lieu; elle attend le moxnent propice.Ses aspirations amoureuses sont élevées et impérieuses, pour lui plaire, il faut être au moins à sa hauteur et elle est parfois distante et dédaigneuse.Si ce type aime COMMANDER, ce n'est pas pour regarder les autres travailler, il met la main à la pâte.Le fait est que ceux qui entreprennent de le suivre, se sentent fatigués bien avant lui, il a la volonté de réussir.Quelques lions sortis du nombre : Camille Andréa, Louis Aubert, Janyne Brodeur, Margot Campbell, Manolita Del Vayo, Rolande Desormeaux, Conrad Gauthier, Emile Genest, Alain Gravel, Marguerite Gignac, Denis Harbour, Mireille Lachance, Félix Leclerc, Fernand Martel, Raymond Massard, Carole Mercure, André Pagé, Pauline Pontbriand, Denise Provost, etc.LION La Revue Populaire, août 1SC2 13 «QUAND IL SAURA \u2018SON ANGLAIS\u2019, JE LE RETIRE DE L\u2019ECOLE» .«L\u2019UNIVERSITE, QA COUTE TROP CHER!» vous répond NON! Récemment, les statistiques nous apprenaient que 70% des chômeurs de la province de Québec n\u2019avaient pas terminé leur 8e année.Nombre de ceux-là avaient si tôt abandonné l'école par incapacité, inaptitude ou manque de goût, et cela, très souvent par ignorance ou inconscience des parents: Ceux-ci prétendant que savoir un peu lire, un peu compter et surtout parler 1 ' anglais représentaient des connaissances suffisantes pour bien se tirer d'affaire dans la vie.Pour appuyer leur dire, ils ne manquaient pas d'apporter le cas du cousin un tel ou d'un voisin quelconque qui, après avoir abandonné ses classes au cours primaire, roulait aujourd'hui en Cadillac.Certains p a -rents étaient sincèrement convaincus en apportant cet argument, mais d'autres profitaient de la première justification venue pour refuser leur responsabilité.Car par instinct ou par observation, ils prévoyaient l'expansion économique, industrielle ou autres du pays, et par conséquent la nécessité éventuelle d ' avoir un matériel humain instruit, compétent et spécialisé.Mais de ces 70% de chômeurs, il y a ceux dont l'influence familiale et le quotient intellectuel prédisposaient à une édu-cation universitaire, mais qui ont dû y renoncer par manque d'argent.Ceux-là, hommes et femmes, se trouvent aujourd'hui à la recherche désespérée de travail, sans ressources et sans défen- se.Il est difficile de rester indifférent à cette inévitable injustice de la vie.Devant ce spectacle, les parents encore j eunes font un bond dans l'avenir et pensent au sort de leurs propres enfants devenus adultes : Ils \"s'armeront' d'énergie et de courage et verront à 1'éducation scolaire et universitaire de leurs enfants.C'est en pensant à ces jeunes parents et à leurs enfants qu'un groupe de professionnels et d'universitaires canadiens ont mis sur pied un plan de financement qui facilite au futur étudiant l'accès à l'université.Cet organisme dont le nom enregistré est la \"\"FONDATION N.C.S.\u2019 ' a reçu sa charte du gouvernement fédéral comme organisation sans but lucratif.Tous les gouverneurs de la fondation donnent leurs services sans aucune rémunération.Ce plan ouvre au Trust général du Canada, au nom du souscripteur, un compte d'épargne dans lequel ou lui demande de faire régulièrement des dépôts mensuels.Le montant de ces dépôts dépend de l'âge de l'enfant qui profitera de ce plan.Plus il sera jeune, moins il en coûtera: Par exemple, s'il a deux ans, on demande la somme minime de $10.00 par mois et s ' il a huit ans, âge limite pour accéder à ce plan, le dépôt mensuel sera de $25.00.Les économies en dépôt au Trust Général du Canada, restent toujours sous le contrôle du souscripteur et celui-ci peut les retirer en tout temps.La Revue Povulaire août 1962 Les intérêts produits par son compte d'épargne et par celui des autres participants sont réunis et mis de côté par le fiduciaire de la Fondation pour aider à financer l'éducation universitaire des enfants inscrits au plan.Lorsque l'enfant est prêt à entrer à l'université, le souscripteur retire toutes' ses économies pour financer la première année universitaire de l'étudiant.Si celui-ci passe avec succès cette première année, la Fondation pourvoit automatiquement aux frais des trois autres années à la seule condition que l'étudiant passe chacune avec succès.En plus des frais de cours, les bourses octroyées prévoient également les dépenses incidentes de l'année, telles que manuels, frais d'enregistrement, de laboratoire et pension complète.L'étudiant peut entrer dans toute université reconnue au Canada et peut même, pour des raisons valables, lesquelles sont soumises au bureau des gouverneurs, choisir une université située en dehors du pays.Ce plan offre comme suprême avantage de ne comporter aucun risque car si, pour quelques raisons que ce soient, l'enfant ne fréquente pas l'université, le souscripteur se verra remettre la somme complète de ces économies, moins le premier cent dollars, ($100.00) lesquels serviront à couvrir les différents frais d'administration.On a même pensé à la gratuité universitaire: Là encore, la Fondation remet à chacun ses économies.Plusieurs peuvent être intrigués par le fonctionnement de ce plan alors que son système, très simple, est basé sur la coopération: Les sommes déposées pendant des années, à intérêts composés produisent une somme d'intérêts importante.Bien que les sommes en capital épargnées par les participants restent leur propriété individuelle, et sous leur contrôle, l'intérêt de ces sommes formera des montants relativement considérables qui, par l'intermédiaire de la Fondation N.C.S.contribueront uniquement à défrayer les dépenses de l'éducation universitaire.Pour diverses raisons, beaucoup d'enfants inscrits au plan, ne feront pas d'études universitaires, mais les intérêts des dépôts faits pour eux resteront à la Fondation qui s'en servira au bénéfice de ceux qui iront à l'université.Voilà, ce me semble, un organisme qui répond à un besoin actuel des Canadiens-français.Si tous, nous ne déployons dès maintenant, le maximum d'efforts en vue de l'éducation future de nos enfants, et ne profitons pas des moindres chances qui s'offrent à nous pour alléger notre tâche, nous traînerons encore pendant plusieurs générations, tous nos défauts et faiblesses dont on rend, à l'heure actuelle, les \"\"autres'' responsables.Mais il viendra un jour, où un examen de conscience honnête s'imposera et nous forcera à rejeter tout espèce de justifications pour découvrir le vrai coupable .MONIQUE ROY Les lectrices intéressées à avoir des renseignements supplémentaires touchant le N.C.S.n\u2019ont qu\u2019à écrire à La Revue Populaire, 975 de Bullion, au soin de La Rédactrice.LE MOIS PROCHAIN O\t 4 ans \u2014 4 naissances La joie d\u2019avoir un enfant quand nous l\u2019avons voulu DEUX TEMOIGNAGES j TROUBLANTS I\t; pour appuyer l\u2019article de il\tl Renée Pelletier - Rowan sur LA REGULATION DES NAISSANCES et LA METHODE SYMPTO- THERMIQUE i AUSSI L\u2019histoire fascinante de LA DEMOISELLE DU VESTIAIRE par E.B.Allaire M\tÜ ||\t|\\ S\t1 PLUS\t^ B \u2014 1\tI Les mille et un secrets du maquillage des YEUX i par Marie Noëlle-Stien I\tI j .BIEN! BIEN! La petite robe de bain en frisé Cette sécurité que vous donne Tampax au bain i j&t*«**0 à en'P* Cold 0,1 °* Hygiém* Inventé par un médecin\u2014 des millions de femmes l'utilisent Vous ne savez pas ce que vous manquez en ignorant la protection hygiénique interne de Tampax .surtout durant les chaleurs, il est merveilleux, non seulement au bain mais dans la pratique de tous les sports ! Tampax est si propre et si confortable! Tellement sûr et imperceptible! Tampax vous permet de faire de la natation; vous vous sentez aussi propre et fraîche hors de l\u2019eau que dans l\u2019eau.Pas d\u2019odeur, pas de ceintures, pas d\u2019épingles, pas de bandes; et s\u2019en débarrasser n\u2019est pas un problème.Tampax est sans contredit la méthode moderne! Des millions de femmes ont utilisé des milliards de Tampax.Faites comme elles: vous n\u2019en serez que plus heureuse.Canadian Tampax Corporation Limited, Barrie, Ontario.NI CEINTURES NI ÉPINGLES NI BANOES NI ODEUR La Revue Populaire, août 1962 15 - . Les magazines nationaux du Canada développent l\u2019esprit canadien déclare l\u2019Honorable John Robarts, Premier Ministre de l\u2019Ontario: \"Nos publications et périodiques nationaux aident à unir notre nation et font partie des principes démocratiques de renseigner nos gens et de les aider à établir leurs opinions sur divers sujets.L\u2019on ne pourrait trop appuyer sur l\u2019importance des magazines canadiens comme contribution à la prospérité et au prestige du pays.En effet, par suite de leur envergure nationale, ils transmettent des idées qui concernent le Canada en entier et à tous les Canadiens, mieux que tout autre moyen de communication.En plus, comme leur principal intérêt est le Canada, ces publications se concentrent sur des sujets canadiens à un degré que l\u2019on ne peut prévoir dans des publications étrangères.LE MAGAZINE MACLEAN CHATELAINE\tLA REVUE POPULAIRE CHÂTELAINE-LA REVUE MODERNE LE SAMEDI HEALTH\tSATURDAY NIGHT LIBERTY\tWESTERN HOMES & LIVING MACLEAN'S MAGAZINE MAGAZINE PUBLISHERS ASSOCIATION OF CANADA 21 DUNDAS SQUARE, TORONTO La Revue Populaire, août 1962 uni- La rentrée des classes, pour un bon nombre d\u2019étudiants des degrés secondaires et versitaires, signifie, en plus de l\u2019achat des livres et de la revision de la garde-robe, une installation provisoire dans quelque logement de location.Tous ces jeunes gens, venus de l\u2019extérieur, n\u2019ont pas toujours la chance de trouver le gîte et le couvert dans une maison amie.La plupart d\u2019entre eux doit se satisfaire de solutions de fortune.CE QUI NE VEUT PAS DIRE NECESSAIREMENT LAIDEUR ET INCONFORT.jjj,\u2019 &A* fit '}*li Il est désormais reconnu que le cadre dans lequel nous évoluons influence considérablement notre comportement.De même, les couleurs ont une répercussion psychologique sur les êtres ; si le bleu, par exemple, invite au repos, le jaune et l\u2019orange stimulent les facultés mentales.D\u2019où, pour l\u2019étudiant, l\u2019importance d\u2019un décor approprié à l\u2019étude et à la réflexion.L\u2019étudiant passe la majeure partie de son temps assis devant sa table de travail.Celle-ci doit être assez vaste pour permettre, sans gêner le travailleur, un amoncellement de bouquins, de dossiers et de paperasses.La plus simple des tables de travail \u2014 en même temps que la plus économique \u2014 consiste en une vieille porte dressée sur quatre pattes préfabriquées en bois ou en métal que n\u2019importe quel quincailler vend pour quelques dollars.Ne négligeons pas l\u2019éclairage au-dessus de cet élément de travail.La lampe suspendue et mobile peut être facilement confectionnée avec un jeux de deux poulies de corde à linge et quelques pieds de fil maintenu par un poids.L\u2019abat-jour ?Un simple panier à fruits en rotin.En passant, il n\u2019est pas superflu de rappeler ici le confort et le bon marché des meubles en rotin.Les livres se rangeront sur un sèche-linge accordéon traversé de planches.D\u2019aucuns préféreront à cet arrangement fantaisiste la solidité un peu lourde des rayonnages soutenus par des briques.Si l\u2019espace manque, on se contentera d\u2019étagères fixées au mur ou simplement posées sur la table de travail.Le coin repos comprendra \u2014 on s\u2019en doute \u2014 un petit lit continental ou un divan.Si la dépense en était trop considérable, ou pourra réaliser l\u2019installation suivante : une tablette de bois épais (contreplaqué % pouce) posée sur des traverses en bois également recevra, en guise de matelas, un coussin de caoutchouc-mousse.Deux « boîtes à beurre » superposées et tapissées de cuirette formeront une petite table de nuit fort pratique.Enfin, et ce n\u2019est pas rien, chaque étudiant qui s\u2019installe dans ses meubles doit faire un pèlerinage obligatoire aux entrepôts de l\u2019Armée du Salut ou à ceux des Chiffonniers d\u2019Emmaus.La Revue Populaire, août 1962 Là, il dégotera \u2014 en marchandant \u2014 les quelques chaises indispensables, les vieux cadres qui abriteront les reproduction favorites et surtout cinq ou six vieux coussins de divan (0.25 pièce) qu\u2019il empilera dans un coin de la chambre et qu\u2019il étalera par terre pour asseoir les copains, les soirs de réunion.a)\t2 PORTES + 8 PATTES + 12 BRIQUES + 3 PLANCHES + 6 COUSSINS + 1 MATELAS = 1 CHAMBRE D\u2019ETUDIANT b)\tANTIQUITES + FERRAILLE + POUSSIERE = ARMEE DU SALUT c)\t4 PLANCHES DE BOIS ET DES CLOUS + 1 MATELAS PLIANT (ÇA SE VEND, OUI VRAIMENT) = 1 CHAMBRE POUR DEUX as : ifciv- \u2022îj'c'-L ¦\t; '\u2022V- 4Î*7; a V a' 'Tf; fLim FIJ (IB 17 berceuse pour mon bonheur ILLUSTRE PAR DANYLEWICK ELLE ETAIT LONGUE, la file d\u2019attente, à la porte du bureau de Guido Manzotti, le directeur du Château d\u2019If.C\u2019était le jour où l\u2019on recevait les candidats et candidates au tour de chant et aux « variétés » de toutes sortes.Dans la pièce meublée seulement de chaises de bois, ils étaient nombreux les jeunes gens et les jeunes filles portant un rouleau de papier à musique, et aussi les vieux cabotins croyaient encore à leur étoile, et les dames un peu mûres, outrageusement maquillées, qui tenaient la tête bien haute pour qu\u2019on ne vit pas les plis de leur cou.Certains bavardaient ensemble et_ se rappelaient des souvenirs de tournées.Chacun n\u2019avait d\u2019autre souci que do se mettre le plus possible en valeur aux yeux de la galerie.A les entendre, ils étaient tous les égaux de Maurice Chevalier.S ils avaient perdu les millions amoncelés en leur longue carrière et se retrouvaient dans l\u2019antichambre de ce modeste music-hall marseillais, c\u2019était la faute, bien entendu, de l\u2019unique fatalité.Les jeunes étaient moins bavards, démoralisés à l\u2019avance par ce spectacle de leurs aînés.Etait-ce là l\u2019avenir qui les attendait?En ce cas, l\u2019envie de lutter les abandonnait sur-le-champ.La porte s\u2019ouvrit, poussée par un garçon de bureau rien moins qu\u2019aimable : \u2014 Au premier .C\u2019est vous, la petite blonde ?Eh bien ! entrez ! Cependant un nouveau personnage pénétrait dans la salle d\u2019attente.Un grand garçon mince et blond, vêtu d\u2019un gros pardessus beige.Son nom circula aussitôt dans l\u2019assistance : Thierry Florat ! Tous les visages se parèrent du même sourire admiratif.Thierry Florat, le chanteur de charme ! Il se trouvait donc à Marseille ?Mais que venait-il faire ici, au Château d\u2019If, lui que se disputaient l\u2019Olympia, P Alhambra, les plus célébrés établissements de Paris et de l\u2019étranger ?La jeune fille blonde s\u2019était retourné**, à l\u2019instant de franchir le seuil du directeur.Le rouleau de musique trembla dans ses mains.Elle reconnut, comme les autres, ce Thierry Florat qu\u2019elle n\u2019avait jamais entendu qu\u2019à la radio, manquant toujours d\u2019argent pour aller au théâtre autrement que sur la scène.Le garçon de bureau, par-dessus \u2019a tête blonde, adressa à Thierry des signes de bienvenue : \u2014 Monsieur Florat, quel honneur !.Vous désirez voir M.Manzotti ?\u2014 Oui, je viens de débarquer du Bretagne qui me ramène d\u2019Amérique du Sud et je n\u2019ai pas voulu manquer cette occasion de serrer la main à mon vieil ami.Guido a été mon imprésario, il y a cinq ans, à l\u2019époque de mes débuts.Je n\u2019oublie pas que je lui dois beaucoup.\u2014 Comme c\u2019est gentil à vous ! Eh bien ! passez tout de suite.Il n\u2019est pas question de vous faire attendre, même une minute.Puis, retrouvant sa voix rugueuse teintée d\u2019un accent agressif : \u2014 Vous, la petite, déblayez le terrain ! Vous entrerez tout à l\u2019heure.Eh bien ! quoi ?Vous entendez ce que je dis ?Place à M.Florat, dare-dare ! Thierry avait eu le temps d\u2019embrasser du regard la jeune fille dont les yeux bleus ne le quittaient pas, éblouis et comme fascinés, d\u2019admirer la minceur invraisemblable de sa taille, la gracilité enfantine de son buste, la pureté de son profil, la fraîcheur de son teint et, surtout, la blondeur lumineuse de sa chevelure soyeuse, dénouée, longue jusqu\u2019aux épaules et naturellement ondée.\u2014 Je vous en prie, mademoiselle, dit-il en la saluant courtoisement., passez puisque c\u2019est votre tour.Je suis désolé, d\u2019ailleurs, de retarder qui que ce soit.Mais c\u2019est un fait, je dispose de très peu de temps.Il faut que je reprenne la route pour Paris.\u2014 Alors, quoi ?C\u2019est pour demain ?cria une voix dans le bureau.Mamvia mia ! quels escargots ! Qui est celle qui s\u2019appelle Géraldine Faubert ?La jeune fille hésita un instant pu'S, encouragée par le regard souriant de Thierry Florat, se jeta dans le bureau avec une mine affolée.Guido Manzotti ne s\u2019y trouvait pas seul.Un petit homme bossu, humble, aux yeux très tristes, était assis sur le tabouret du piano.La figure de bouledogue du gros Italien qui trônait derrière une longue table couverte de photographies d\u2019artistes et de magazines professionnels, s\u2019écarta d\u2019un large sourire en la voyant si jolie.\u2014 Voyons ce que vous savez faire, dit-il avec une soudaine bienveillance.\u2014 Je chante, monsieur.J\u2019étudiais la musique classique et j\u2019ai joué dans une opérette mais, depuis peu, je me suis mise à la chanson.\u2014 La chanson sentimentale ou comique ?Ici, c\u2019est plutôt le genre gai, mais, avec votre physique, vous faites mieux de travailler dans le sentiment.Allons, donnez à Emilio ce que vous avez apporté.\u2014 Je vais commencer par Ciel bleu.\u2014 Ce que vous voudrez, et vite.J\u2019ai l\u2019habitude, je vois tout de suite.Le pianiste préluda et elle commença à chanter.Le trac la paralysait, formait un noeud dans sa gorge.Dès les premières mesures, elle comprit que rien ne marcherait, qu\u2019elle se montrait détestable.Elle ne fut pas surprise lorsque le directeur, d\u2019un geste, lui signifia de s\u2019arrêter.Il n\u2019avait pas l\u2019air fâché mais ne souriait plus.\u2014 Non, mon petit, ça ne va pas du tout.Dommage parce que vous avez une gentille frimousse et que la silhouette n\u2019est pas mal non plus.Je dirai même que le timbre de voix est joli, mais vous ne savez pas chanter.Vous n\u2019avez ni l\u2019intonation, ni le coup d\u2019oeil, ni le geste.Vous êtes raide comme un piquet.Ce n\u2019est pas ce qu\u2019il faut chez nous.Allez apprendre tout ça Vous reviendrez quand vous saurez Elle reprit des mains d\u2019Emilio l\u2019exemplaire de Ciel bleu.Le petit pianiste avait les yeux encore plus sombres que lorsqu\u2019elle était entrée.Elle le remercia, salua Manzotti et s\u2019en alla sans essayer de défendre sa cause.Le directeur n\u2019avait pas le temps de l\u2019écouter.D\u2019ailleurs, à quoi cela servirait-il ?Ce qu\u2019il avait dit était vrai.Pourtant, s\u2019il avait su, peut-être.Sous son apparence brutale, il avait l\u2019air d\u2019un brave homme.Elle n\u2019eut de regard pour aucun de ceux qu\u2019elle croisa dans l\u2019antichambre, même pas pour Thierry Florat dont elle avait oublié la présence, même l\u2019existence.Dehors, elle promena sur les alentours des yeux éperdus.Où aller ?Retourner dans cette chambre dont elle serait expulsée le lendemain ?C\u2019était loin, à l\u2019autre bout de la ville, et elle n\u2019avait plus de forces.Ele ne pourrait faire un pas sans avoir mangé quelque chose.Elle eut rapidement repéré, juste à la droite de l\u2019immeuble qui abritait le music-hall de Manzotti, une boulangerie.Elle ouvrit son sac fatigué, compta sa monnaie, entra dans la boulangerie et y acheta un croissant.On venait d\u2019apporter dans le magasin, sortant du four pour un client, une énorme volaille rôtie.La jeune fille eut un vertige, se précipita au-dehors et s\u2019appuya à la devanture.Là elle commença à grignoter son croissant.Une bouchée trop copieuse lui resta dans le gosier.Elle avait faim et ne parvenait pas à manger.Sa tête était vide de pensées.Elle resta là une demi-heure sans se demander où elle était, d\u2019où elle venait, où elle pourrait bien aller.\u2014 Mademoiselle, je ne me trompe pas ?C\u2019est bien vous qui étiez tout à l\u2019heure.Thierry était devant elle, avec son sourire avenant, son confortable manteau beige, ses joues roses d\u2019homne bien nourri.Que lui voulait-il, le chanteur de charme ?Quelle raison pouvait-il avoir de l\u2019arrêter dans la rue ?Oh ! naturellement, il cherchait une aventure.On sait qu\u2019une jeune fil'e isolée que boude la chance est la plus facile des proies quand elle a « une gentille frimousse ».Elle tenta un mouvement de protestation et de fuite.ma*s la main de Thierry Florat retint doucement la sienne, celle qui tenait le croissant à peine entamé.Peut-être, en effet, cherchait-il une aventure, ce garçon de vingt-huit ans enfant gâté de la fortune et du succès.Il rentrait d\u2019Argentine, du Pérou et du Brésil où il n\u2019avait vu que des brunes.Or, il aimait surtout les blondes, les vraies blondes aux yeux bleus, au teint nacré.Géraldine correspondait exactement à son type de femme préféré.Mais il y avait aussi autre chose qu\u2019il expliqua immédiatement pour qu\u2019elle ne pût présumer de ses intentions : \u2014 Cela n\u2019a pas marché, n\u2019est-ce pas, avec Guido ?Je m\u2019en suis douté tout de suite en vous voyant sortir de chez lui avec cet air consterné.Non, pas consterné : résigné, vaincu.Il me 1 a confirmé lui-même.Il ne vous a pas engagée.Elle éclata d\u2019un rire cruel qui faisait mal à entendre : \u2014 Oh ! engagée ! Nous sommes loin de compte.Dites plutôt qu\u2019il m\u2019a fait comprendre que personne ne m engagerait, que je n\u2019avais aucun talent, aucune chance de réussir.Cela ne m\u2019a pas étonnée, je ne suis qu\u2019une débutante.Mais une débutante, elle aussi, a besoin parfois de se nourrir.Cette phrase prononcée, elle devint écarlate.Allait-il croire qu\u2019elle demandait la charité ?Elle secoua la main qu\u2019il tenait toujours.Le croissant tomba dans le ruisseau.Elle le regarda, hébétée, disparaître dans une bouche d\u2019égout.\u2014 Merci, dit-elle, de vous intéresser à moi.Maintenant, il faut que je rentre à la maison.On m\u2019attend pour déjeuner.Le chanteur de charme éclata de rire.\u2014 On vous attend pour déjeuner ?Et vous preniez un croissant comme apéritif, à deux heures de l\u2019après-midi V Ne me faites pas croire cela, petite fille.Venez plutôt avec moi qui, réellement, n\u2019a encore rien pris depuis ma descente du bateau.\u2014 Non, je n\u2019irai pas avec vous.Ce n\u2019est pas parce que vous êtes Thierry Florat que je vais m\u2019abaisser à.\u2014 A déjeuner avec moi ?Il paraissait décidément très amusé.\u2014 Les jolies femmes, habituellement, n\u2019ont pas l\u2019impression de s\u2019abaisser à quoi que ce soit quand je leur adresse une aussi simple et amicale invitation.Vous me vexez, petite fille.Je ne crois pourtant avoir rien fait qui justifie votre courroux.Au contraire, il m\u2019eût été agréable de bavarder avec vous et de savoir si je pourrais vous rendre service.Il n\u2019existe pas que Manzotti, ni que le Château d\u2019if, ni que Marseille.J\u2019ajoute qu\u2019il fait un froid de chien et que nous sommes en plein courant d\u2019air.Si vous attrapez une bonne grippe, cela n\u2019arrangera en rien vos affaires.Il avait déjà remarqué, dans l\u2019antichambre de Manzotti, son imperméable de popeline blanche, élégant mais bien trop léger pour la saison.Elle devait geler, là-dessous.Il n\u2019était pas surprenant qu\u2019elle frissonnât, claquât des dents.Il l\u2019entraîna et elle cessa de résister.Elle avait trop faim et trop froid.Et puis ce rire la désarmait.On ne rit pas aussi franchement quand on n\u2019a d\u2019autre projet que d\u2019abuser de la détresse d\u2019une pauvre fille.Les gens méchants ne savent pas rire.Une luxueuse voiture blanche stationnait de l\u2019autre côté de la rue.Thierry y fit monter Géraldine auprès de lui.Elle se sentit plus misérable encore sur les coussins cramoisis, face au tableau de bord éclatant, hérissé de boutons mystérieux et dorés.Le chanteur alla se ranger près d\u2019une des brasseries les plus célèbres du Vieux-Port.Il y pénétra avec désinvolture, poussant la jeune fille devant lui, insensible au murmure flatteur qui répétait le long de ses pas : « Thierry Florat.Thierry Florat.» Quand ils furent assis à une table, le garçon s\u2019approcha d\u2019eux : \u2014 C\u2019est pour le déjeuner ?Et ce sera pour monsieur Thierry Florat 7 Et pour mademoiselle ?Bouillabaisse, probablement ?Avec ou sans langouste ?Et quoi, en attendant ?Pour dire toute la vérité, Thierry avait débarqué au début de la matinée et s\u2019était offert, à onze heures, un si copieux breakfast qu\u2019il n\u2019avait plus eu.ensuite, aucune envie de déjeuner.Le=> artistes ont de ces fantaisies en ce qui concerne les heures de repas.Mais il devinait en sa jeune compagne une telle fierté qu\u2019il ne lui eût jamais proposé d\u2019apaiser seule son appétit en sa, présence.Elle eût évidemment déclaré qu\u2019elle n\u2019avait pas faim non plus, et il était sûr du contraire.On est capable, à l\u2019âge de Thierry, heureusement, d\u2019absorber deux repas de suite et le jeune homme n\u2019eut pas trop à se forcer.Quant à Géraldine, qu\u2019il évitait de regarder afin de, ne pas l\u2019intimider, elle fit honneur à la bonne chère.Un grand verre de vin généreux avait rendu à ses joues quelque couleur rose.Quand elle eut terminé, elle poussa un soupir et Thierry, se tournant vers elle, vit que des larmes coulaient le long de ses joues.\u2014 Pardonnez-moi, dit-elle, je n\u2019ai plus l\u2019habitude, ni de manger, ni de boire, ni d\u2019avoir chaud, ni surtout qu\u2019on soit gentil avec moi, comme cela, de façon désintéressée.J\u2019ai cru autre chose, tout à l\u2019heure, quand vous avez voulu m\u2019emmener.Maintenant je vois que vous êtes bon, tout simplement.Si Thierry avait éprouvé le moindre désir d\u2019aventure, il était définitivement renseigné.Géraldine était une jeune fille sérieuse et serait profondément déçue s\u2019il manquait un seul instant au rôle de terre-neuve qu\u2019il jouait en ce moment.Il n\u2019y avait plus aucune méfiance dans les yeux ingénus qu: se levaient sur lui.\u2014 N\u2019oublions pas, lui dit-il, que nous sommes là pour bavarder.Ce qu\u2019il semblait avoir oublié, c\u2019était l\u2019urgence de son retour à Paris.Il s\u2019en souvint brusquement et s\u2019excusa auprès de la jeune fille avant qu\u2019elle eût commencé de lui conter ses malheurs : \u2014 Si vous me le permettez, je vais donner un coup de téléphone à ma mère.Elle m\u2019attendait dans la soirée et serait inquiète en ne me voyant pas arriver.Je la connais, maman, elle s\u2019inquiète toujours.Aussi tard que je puisse rentrer à la maison, je vais l\u2019embrasser dans son lit.Je ia trouve endormie sur un livre et elle prétend évidemment qu\u2019elle n\u2019a pas encore fermé l\u2019oeil.Mais, si elle se réveillait demain matin et ne me voyait pas dans l\u2019appartement, elle alerterait toutes les polices de France.Il revint au bout d\u2019un quart d\u2019heure.Géraldine était stupéfaite.Le célèbre Thierry Florat était le plus tendre des fils et s\u2019attardait à Marseille, revenant d\u2019Amérique du Sud et appelé par de prestigieux engagements, parce qu\u2019une petite chanteuse ratée lui inspirait de la pitié.\u2014 Alors, Géraldine, racontez.Pas trop de chance, à ce qu\u2019il paraît ?Il ne faut pas vous décourager.Vous êtes jeune.\u2014 Bien sûr, je suis jeune.C\u2019est ce qu\u2019on me dit, tous les jours, comme si je ne le savais pas.Dans notre métier, il y a de bonnes et de mauvaises heures, pour les jeunes comme pour les autres.Pour moi, les mauvaises durent depuis des mois.Je devrais dire d,epuis deux ans, depuis la mort de mon père.Thierry Florat l\u2019interrompit : [ Lire la suite page 23 j 18 La Revue Populaire, août 1962 berceuse pour mon bonheur par ANNE LECOURT W-'A 7, \\ À '/Mi v; mmm 53Ti?£ 2E3ESZ2 I$^SS33S3J 2225 fUïRaaniPc^' SÜMliii Ïrm; >v>r m\\ j çj^an-m mlM / \\\\ Vs \\ w \\ « SÉ A\\ vV re\\'»\\\\ * TSses IA li m mm m x wn g^\\. HH HH y * y .WÊ Carnets intérieurs d\u2019une jeune D\u2019abord entendons-nous bien, ce n\u2019est pas le sépa-séparatiste\tratisme qui m\u2019a tout d\u2019abord attirée, c\u2019est un séparatiste.J\u2019ai tout de suite été d\u2019accord, pas avec ^le séparatisme, avec le séparatiste Or, chose for! par MARIE JOSE RAYMOND naturelle ce séparatiste avait des amis.Des amis séparatistes.Or, vous le devinez, quand un séparatiste rencontre des séparatistes, de quoi parlent-ils ?De séparatisme bien entendu ! (Décidément il y a bien peu d\u2019imprévus dans toute mon histoire! ) C\u2019est ainsi que commença mon cheminement inlé-rieur vers le séparatisme.C\u2019était à Percé, il faisait affreusement froid, et alors mes amis séparatistes commencèrent à s\u2019entretenir devan* moi de la question séparatiste.Remarquez qu\u2019on lie parle de séparatisme uniquement quand il fait froid, mais enfin passons .Toujours est-;l que je dois vous avouer très sincèrement qu\u2019au début l\u2019idée d\u2019un Québec libre m\u2019apparaissait d\u2019un saugrenu ! Car enfin il faut bien vous dire que je parle parfaitement anglais and 1 had as a matter of fact already « acknowledged » some Canadians which I thought were absolutely « suaves ».Et il faut bien vous dire que je vivais parfaitement heureuse dans un Canada sous domination « Canadian ».et j\u2019estimais normal que tous les Canadiens-français puissent être aussi heureux que moi.Car enfin les Anglais ne m\u2019avaient jamais fait de mal à moi personnellement, au contraire ils semblaient entretenir à mon égard des intentions don', le moins qu\u2019on puisse lire est qu\u2019elles paraissaient de prime abord favorables.Mais fatalement, à force d\u2019entendie parler de l\u2019indépendance du Québec, j\u2019ai commencé à me poser des questions, comme toute personne intelligente l\u2019aurait fait à ma place ! Mais les questions que je me posais n\u2019étaient pas à ce moment très logi- \"Il est temps que le Québec sache sur quel pied danser\" 20 La Revue Populaire, août 1962 ques, car je Favoue très humblement, à ce moment là, ii m\u2019était difficile de bien comprendre les très complexes théories de mes amis les indépendantistes.D\u2019abord j\u2019ai pensé que c\u2019était parce que leurs raisonnements n\u2019étaient pas très clairs ensuite j\u2019ai cru que c\u2019était parer qae j\u2019étais tout bonnement trop sotte, mais je suis rapidement revenue sur cette dernière opinion.Car j\u2019ai finalement compris que je ne possédais pas la formation intellectuelle suffisante pour bien saisir dans son ensemble le problème séparatiste.En revenant de Percé, nous nous arrêtâmes à la Malbaie.Là aussi il faisait encore affreusement froid, on parlait encore de séparatisme, et là aussi je n\u2019y comprenais fichtrement rien.De retour à Montréal, par sympathie plutôt qu\u2019autre chose j\u2019achète le premier numéro de « Québec Libre».J\u2019ai fait semblant de trouver ça très intelligent.Ensuite « Québec Libre » a fait une faillite.Là j\u2019ai commencé à avoir des doutes.Je me suis dit que mon père, un pan-canadianiste convaincu, avait peut-être raison et que pour réussir « pratiquement » il fallait peut-être pactiser avec ceux que mes amis appelaient « les godons » (« God-damned »).Après ces intrigants évènements je me suis inscrite à la faculté d\u2019architecture de l\u2019université McGill.C\u2019est mon père qui avait opté pour l\u2019université anglophone.D\u2019abord il était d\u2019avis que l\u2019architecture canadienne-française laissait à désirer, (remarquez qu\u2019à regarder autour de nous, il faut avouer qu\u2019il n\u2019a pas complètement tort) ; il était aussi d\u2019avis que le milieu de l\u2019Ecole des Beaux-Arts et de l\u2019Ecole d\u2019Architecture est un milieu essentiellement pervers : il faisait davantage confiance aux glacials anglo-saxons pour la santé de sa petite fille.(C\u2019était bien gentil de sa part.) Faisons ici une confession complète.McGill est définitivement sympathique, je m\u2019en suis aperçu tout de suite, et j\u2019ai été confirmée dans ma première impression, lorsqu\u2019après deux mois sur le campus anglais de Montréal je fus élue à l\u2019unanimité Queen of the Fall Carnival.Malheureusement, malgré tous ces beaux succès, côté académique, ça n\u2019allait pas très fort, ça n\u2019allait même pas du tout, et j\u2019ai dû quitter McGill après les vacances de Noël pour cause d\u2019incompatibilité ethnique.Après ces tribulations anglo-saxonnes, je fis un voyage en Europe.(Pour finir de former ma jeunesse.) Et, chose extrêmement bizarre, c\u2019est à Rome et à Florence que j\u2019ai commencé à devenir séparatiste.Car c\u2019est à Rome et à Florence qu\u2019on me disait : « Mà qué, vous êtes canadienne et vous parlez français ?Santa Madona mais où donc avez-vous appris ?» C\u2019est aussi à Rome et à Florence que je me suis rendu compte que pour le reste du monde la culture française en Amérique ça ne pèse pas lourd ! Ça ne pèse à vrai dire pas du tout.Mais pas du tout, poui le Florentin, le Crétois, de Mexico à Dawson City il n\u2019y a qu\u2019une seule race d\u2019hommes : des Américains, d\u2019immenses américains avec des chem'ses-à-palmiers et des caméras.Et alors je me suis senti frustrée.(Ça ne m\u2019arrive pas souvent).Frustrée brusquement comme ça de savoir qu\u2019on était cinq millions en train de mourir, inconnus de tout le monde.Et puis mourir dans l\u2019incognito c\u2019est d\u2019une indécence ! Je ne dis pas, mourir sur un champ de bataille comme dans les tableaux, ou bien mourir d\u2019amour avec de grandes tristesses de saule pleureur, ça oui; mais mourir à la petite semaine, mourir à tempérament, mourir par versements mensuels à la Household Finance, ça fait décidément trop prolétaire Et c\u2019est à ce moment là que je suis devenue séparatiste.Par frustration.Il me restait à »->¦ 0iïmir/ povemm * ««MMÉ ¦311 s v- \"i -\u2022 ' I .: > mMmi 1111 gigm .justifier rationnellement mon séparatisme sentimental.Vous savez les justifications rationnelles ça ne pousse pas comme les radis.(Vous savez sans doute que les radis poussent très facilement; vous êtes sans doute même en train de constater que je possède de solides notions de culture maraîchère.On se cultive comme on peut.) Enfin je suis revenue d\u2019Europe.J\u2019avais envie d\u2019étudier quelque chose sans trop savoir quoi.Un ami séparatiste (le même qu\u2019au début) me conseilla de m\u2019inscrire à l\u2019Institut d\u2019Histoîre de l\u2019Université dè Montréal.Ce que je fis, par désoeuvrement.Et c\u2019est à l\u2019Institut que je suivis dès le mois de septembre, le célèbre cours « Introduction à l\u2019Histoire du Canada » du professeur Mauricr Séguin.Au bout de quatre mois j\u2019étais devenue une séparatiste convaincue.Non pas que le cours du professeur Séguin soit une endoctrination souverainiste.Seulement que les conclusions qui découlent de ses études posent de façon irréductiblement scientifique que le Canada est historiquement condamné à la provincialisation c\u2019est-à-dire à la limitation définitive de son agir par soi collectif, et par là enchaîné à vivre indéfiniment une série de processus de remplacements s\u2019enchaînant indéfiniment dans le temps.De la constatation de la perspective de médiocrité éternelle offerte au Canada-français minoritaire dans une nation «-Canadian », au désir de briser ce processus par la révolution, c\u2019est à-dire par la révolution pour l\u2019indépendance il n\u2019y a qu\u2019un pas, qu\u2019aidée de mes amis les séparatistes j\u2019eus vite fait de franchir.Remarquez que les justifications intellectuelles du séparatisme sont beaucoup plus complexes que cela, mais enfin il serait beaucoup trop long de tout vous dire ici, e: puis il y a des gens beaucoup plus compétents que moi qui ont traité ce sujet, et puis si vous n\u2019êtes pas séparatistes, commencez donc par vous inscrire à l\u2019Institut d\u2019Histoire, car en fait le séparatiste n\u2019est que celui qui connaît bien son histoire du Canada.Le problème vient de ce que les Canadiens-français en général ne savent absolument rien de leur histoire.Remarquez qu\u2019étant donné que la majeure partie de notre population étudiant la science historique « de fleurons glorieux » dans le manuel épique des Frères Marjstes, il n\u2019est pas tellement surprenant que le séparatisme ait des adversaires.(Au fait il s\u2019agit peut-être des frères des Ecoles Chrétiennes, ou d\u2019une autre race encore; je ne suis pas très spécialisée en cléricologie.Ce par quoi je me distingue de Pierre-Elliott Trudeau.N\u2019ayez crainte, il y a d\u2019autres points sur lesquels je me distingue aussi de l\u2019élément juriste.Notamment sur le fait de savoir ou de ne pas savoir son histoire du Canada.) Toujours à propos d\u2019histoire du Canada, je signale à titre d\u2019information purement gratuite que le professeur Maurice Seguin est un séduisant célibataire aux tempes grisonnantes.Ce qui pourrai' le rapprocher de Pierre Elliott-Trudeau, si d\u2019autre part les deux hommes n\u2019étaient pas si différents.Notamment sur le fait de connaître ou de ne pas connaître le Canada-français.Quoi qu\u2019il en soit, je vous engage à bien retenir ceci : les séparatistes sont uniquement l\u2019aile gauche de la lucidité canadienne-française.(Je vous signale que cette entité ethnique n\u2019existe que depuis très peu de temps.) Peu de temps donc après mon arrivée à l\u2019Institut d\u2019Histoire.j\u2019assistais au Congrès de fondation du Rassemblement pour l\u2019Indépendance Nationale.Notez je vous prie qu\u2019au moins une bonne moitié des membres fondateurs du R.I.N.étaient mes amis que j\u2019avais rencontrés à Percé.Un de mes amis séparatiste (le même qu\u2019au début, la fidélité c\u2019est mon fort: «Friends to the Révolution») un de mes amis, dis-je, s\u2019empressa donc de payer ma cotisation au R.I.N.J\u2019étais devenue une séparatiste militante.(Vous plairait-il de savoir en passant que Monsieur Michel Brunet, B.Péd.(Montréal), licencié en sciences sociales économiques et politiques (Montréal), Ph.D.(Clark), directeur de l\u2019Institut d\u2019Histoire de l\u2019Université de Montréal, et secrétaire général de la Faculté des Lettres de la même université, se réfère à moi en employant le terme dî « Miss Indépendance ».) Depuis ce temps je suis une militante du mouvement souverainiste, j\u2019assiste à tous les congrès du R.I.N.et il m\u2019arrive assez fréquemment d\u2019aller danser le twist au « Grand National » avec Pierre Bourgault.Dans la vie de tous les jours, je m\u2019occupe activement du recrutement du R.I.N.A titre d\u2019ailleurs de pure information, je vous signale quelques noms de personnes qui se sont jointes au R.I.N.sois mon influence : Gontran, 30 ans, (Jaguar XKE,) Maximilien, 27 ans, ( Porsche-Carrera ) Ti-Guy, 17 ans, i CCM trois vitesses).Je vous signale aussi que mon président, Marcel Chaput m\u2019a dédicacé un exemplaire de « Pourquoi je suis Séparatiste ».Inutile de dire que l\u2019essentiel de mes croyances séparatistes y sont contenues.Il serait d\u2019aTleurs assez à propos je crois de met'.re ce livre au programme de toutes les écoles primaires de la province.M.José Raymond.bmm\u2014 NO PARKING 930AH.|PM CMS frf usas LAWTDfRfRS! 1ÂÏÏ5ÀIWT mm 7-93ÛAM S 4-6.30 pm 22 La Revve Populaire, août 1962 BERÇEUSE POUR MON BONHEUR \u2014Qui était donc votre père ?Vous vous appelez bien Faubert ?Ce nom ne m\u2019est pas inconnu.Le regard de la jeune fille se noya dans une tristesse intinie : \u2014 Beaucoup de gens se souviennent, en effet, d\u2019un comédien qui s\u2019appelait Daniel Faubert, de son véritable nom Daniel-Gérald de Faubert de la Neuville.Il était encore très jeune, orphelin et sans fortune, quand il s\u2019est épris de ma mère au cours d\u2019une tournée de celle-ci au théâtre de Montpellier.C\u2019était là que vivait mon père, chez le vieil oncle qui l\u2019avait élevé.Vous voyez cela : le drame classique du jeune homme de bonne famille à qui l\u2019on dit : « Epouse cette femme si tu veux, mais je te déshérite !» Et le jeune homme se marie, et l\u2019oncle lui coupe les vivres.Et puis, malgré le grand amour, il faut bien songer aux réalités quotidiennes.Que faire lorsqu\u2019on a entrepris des études médicales, que l\u2019on ne peut les poursuivre et que l\u2019on est l\u2019époux d\u2019une actrice toujours en route de ville en ville ?Mon père était un bel homme, sa voix était chaleureuse.Il a commencé, au théâtre, par remplir de petits emplois pour ne pas quitter sa femme.Des rôles plus importants sont venus.La rivalité est née.Oui, dans son propre ménage\u2014car on ne peut parler de foyer \u2014 il n\u2019avait plus en face de lui qu\u2019une camarade jalouse qui lui reprochait son succès alors qu\u2019elle ne dépassait pas les rôles épisodiques.Mais passons sur tout cela.Qu\u2019il me suffise de vous dire que j\u2019ai souffert, toute mon enfance, de voir mon père malheureux.Il paraît que je lui ressemble.En tout cas, j\u2019avais pour lui une grande, une immense tendresse.Elle baissa la voix pour conclure : \u2014 C\u2019est ici qu\u2019il est mort, à Marseille, subitement.Depuis quelques mois j\u2019étais seule auprès de lui.\u2014 Et ensuite, Géraldine ?questionna doucement Thierry.\u2014 Nous étions là par le hasard d\u2019un engagement.Je n\u2019y connaissais personne.J\u2019avais étudié le piano et le chant, mais sans régularité, n\u2019étant jamais au même endroit.Mon père, en mourant, me laissait à peine de quoi vivre pendant six mois.Je n\u2019ai pas attendu ce délai pour me mettre à travailler.Je me suis introduite de mauvais gré dans ces milieux de spectacles dont mon père, soigneusement, m\u2019avait tenue éloignée.Je pensais qu\u2019en souvenir de lui on viendrait à mon secours.Je me trompais, les morts vont vite.Oh ! ce n\u2019est pas que les gens de théâtre n\u2019aient pas le coeur sur la main.Les camarades de papa avaient réglé les obsèques et ;ui avaient apporté une magnifique couronne.Mais se charger d\u2019une orpheline, c\u2019est autre chose, quand elle n\u2019a aucune expérience de la scène.« D\u2019abord, j\u2019ai été bien contente qu\u2019on me donne un emploi d\u2019ouvreuse, et puis le théâtre où je travaillais a été exproprié pour faire place à une banque.J\u2019ai cru alors tenir ma chance : un directeur, trouvant que j\u2019avais une jolie voix, m\u2019a engagée dans les choeurs d\u2019une opérette qui a tenu longtemps l\u2019affiche.Ensuite, nouvelle déconvenue.Après des semaines de promesses, on me retire un rôle sur lequel je comptais, et me voilà réduite à la figuration.A quoi bon vous énumérer mes attentes et mes échecs ?Un camarade me dit, un jour : « Pourquoi donc ne te lances-tu pas dans la chanson ?.Quand on réussit, on y gagne un argent fou.» Je décide de tenter l\u2019expérience et je travaille en ce sens.Les jours passent, je commence à me priver de tout, mes vêtements s\u2019usent, je deviens à peine présentable.Les amis influents et complaisants sont loin.Les autres invoquent la dureté des temps.Parce qu\u2019on n\u2019est pas trop laide et qu\u2019on garde le respect de soi-même, on évite tous les jours de basses compromissions en se créant des ennemis.On subit des nuits d\u2019angoisse, avec un estomac qui crie, des lendemains désespérés.On abandonne toute ambition d\u2019ordre artistique.On dit : « Je veux du travail, je ferai n\u2019importe quoi ! » Mais ce n\u2019importe quoi se dérobe également.Enfin on reprend espoir, on a appris quelques chansons qu\u2019on s\u2019imagine bien chanter, aussi bien que certaines autres qu\u2019on entend à la radio, et on va se présenter chez M.Guido Manzotti.Vous connaissez le résultat.\u2014 N\u2019avez-vous plus aucune famille ?Votre mère.\u2014 Je ne veux rien lui demander ! protesta la jeune fille d\u2019une voix soudain vibrante.Je mourrais de faim plutôt que de solliciter d\u2019elle un centime, un repas ou one nuit sous son toit.,.Vous me regardez avec désapprobation, presque avec indignation.Vous pensez que je n\u2019aime pas ma mère, que je suis une fille monstrueuse ?Ah ! si seulement je ne l\u2019aimais pas ! Mes sentiments ne sont pas si simples ! \u2014 Je n\u2019aurais pas l\u2019idée de m\u2019indigner.Tout existe.Je vous plains de tout mon coeur, voilà tout.Ma mère, à moi, sera toujours ma meilleure amie.Le visage de Géraldine s\u2019était fermé.Thierry comprit qu\u2019il touchait une plaie vive et n\u2019insista pas.Il songea : « Cette petite n\u2019est ni une simulatrice, ni une rusée.Et moi, je ne suis qu\u2019un égoïste qui s\u2019est contenté jusqu\u2019à ce jour de veiser des sommes plus ou moins importantes dans les caisses d\u2019entraide des artistes sans jamais se demander réellement quelle était la misère de ses frères moins heureux.Pour une fois que je me trouve directement en contact avec l\u2019une de ces misères, vais-je passer sans me retourner ?Estimerai-je que je suis quitte avec un déjeuner, un conseil, quelques bonnes paroles ?Cette jeune fille si jolie, trop jolie pour n\u2019être pas terriblement exposée.et la preuve en est que, tout à l\u2019heure, si je veux être très sincère, mes intentions à son égard n\u2019étaient pas absolument pures.vais-je permettre qu\u2019elle finisse par tomber dans les bras d\u2019un garçon moins scrupuleux ?.Drôle d\u2019aventure ! Je me croyais don Juan et me voici saint Vincent de Paul ! Pauvre petite ! je serais le dernier des derniers si je n\u2019essayais pas de la tirer de ce pétrin.Ce ne sera peut-être pas si commode, car l\u2019effet des Côtes-de-Provence dissipé, elle va redevenir lointaine et orgueilleuse.Si je lui propose de venir avec moi en voiture jusqu\u2019à Paris, elle va redi'esser sa petite tête en me disant qu\u2019elle n\u2019est pas ce que je pense, alors que je ne pense d\u2019elle que le plus grand bien.» Thierry consulta sa montre.Il appela le garçon et régla l\u2019addition.Le visage de Géraldine s\u2019attristait.Elle était déjà terminée, cette heure de détente, de confiance, presque de bonheur.Thierry allait-il simplement lui dire adieu devant la porte en lui souhaitant meilleure chance, ou prononcer l\u2019une de ces phrases trop aimables dont elle connaissait la signification ?De toute façon, c\u2019était fini, elle ne le reverrait jamais.Elle se leva en soupirant et, d\u2019un mouvement enfantin, rejeta en arrière les mèches de sa chevelure.Si elle n\u2019avait pas eu ce geste, Thierry eût peut-être encore hésité, mais elle fut en le faisant si gracieuse, et en même temps si dénuée de coquetterie, qu\u2019il éprouva à son égard un sentiment fraternel.Il prit le bras de la jeune fille et déclara : \u2014 Ecoutez, je viens de réfléchir.Vous allez venir avec moi.Ma voiture roule très vite et nous arriverons à Paris dans la nuit.Je vais vous présenter à maman et vous vous expliquerez entre femmes.Elle vous dénichera un travail quelconque en attendant des jours meilleurs De mon côté, un peu plus tard, je chercherai à vous caser, au théâtre ou à la radio.Vous voulez bien ?Une tout autre Géraldine était devant lui, rayonnante.Non seulement il ne lui disait pas adieu, non seulement il ne l\u2019avait pas traitée comme n\u2019importe quelle starlette à la recherche d\u2019un protecteur, mais il l\u2019emmenait dans sa famille, il la considérait comme ce qu\u2019elle était réellement, une jeune fille bien élevée, digne d\u2019intérêt et d\u2019estime.\u2014 Vous êtes ravissante! s\u2019écria-t-il comme s\u2019il la regardait pour la pre- mière fois.Vous verrez que la vie redeviendra belle.Elle se mit à rire et montra ses petites dents blanches et pointues.Il ne l\u2019avait pas encore vue rire.Brusquement, il se rembrunit.\u2014\tHeureusement que maman a beaucoup de relations et qu\u2019elle se débrouille merveilleusement quand il s\u2019agit de rendre service.Moi, j\u2019aurai peu de temps à vous consacrer avant mon départ.\u2014\tVous allez repartir, déjà?Je croyais que vous arriviez ?\u2014 Vous savez ce qu\u2019est le métier Je n\u2019ai que quelques jours à passer à Paris avant de gagner l\u2019Europe Centrale et les Pays Scandinaves.Et attendant, je vous emmène.Passons chez vous prendre vos affaires et en route ! Pas de temps à perdre.non, pas même en remerciements, Géraldine.LE SALON de Mme Fîorat était une grande pièce claire, rendue plus hospitalière encore par de vieux meubles de famille, des portraits de Thierry à tous les âges et des vases emplis de fleurs.Ils étaient trois auditeurs qui allaient juger la jeune fille : Mme Florat, son fils et un homme d\u2019une trentaine d\u2019années, brun aux yeux sombres, à la bouche un peu amère, que Thierry avait présenté en ces termes à Géraldine : \u2014\tLe compositeur Raoul Voncourt, dont l\u2019une au moins des oeuvres, Ciel Bleu, vous est connue.Nous nous connaissons depuis l\u2019enfance.Il a été longtemps mon accompagnateur et demeure mon meilleur ami.Hélas ! il ne peut plus venir avec moi dans mes tournées.Son travail, ses succès le retiennent à Paris.Raoul Voncourt avait mélancoliquement hoché la tête : \u2014\tS\u2019il n\u2019y avait que cela, Thierrv, tu sais bien que je ne te quitterais pas.Les heures que nous avons passées à travailler ensemble sont les meilleurs souvenirs de ma vie.L\u2019accueil fait par Mme Florat à la jeune fille en détresse avait dépassé en bienveillance, en gentillesse compréhensive, les prévisions les plus optimistes.Cette grande femme anguleuse, sans beauté, au langage brusque, cachait sous un extérieur assez rude une bonté aussi spontanée qu\u2019agissante.Tout de suite conquise par la grâce fragile et émouvante de cette brebis perdue découverte par son fils, elle avait pris des décisions essentielles : la jeune fille, jusqu\u2019à nouvel ordre, s\u2019installerait dans l\u2019appartement et, le plus tôt possible, on lui trouverait un travail.En attendant, il était urgent qu\u2019elle récupérât des forces car, de son oeil aigu de mère vigilante, Mme Florat avait diagnostiqué un début d\u2019anémie et une faiblesse consécutive à une indiscutable sous-alimentation.Maintenant, entre ses deux bienfaiteurs et leur sympathique ami, tous trois animés des meilleures intentions du monde, Géraldine allait montrer de quoi elle était capable.Elle se préparait à chanter quelques morceaux de son répertoire, en commençant par ce Ciel Bleu qui, pourtant, ne lui avait pas porté bonheur au Château d\u2019If.Thierry n\u2019avait pas l\u2019habitude de faire les choses à moitié.Tout enfant, à l\u2019âge où les autres boudent leurs leçons de musique et rêvent de devenir détectives ou explorateurs, il s\u2019était donné de tout son coeur à la maîtrise de sa paroisse dont le curé disait qu\u2019il « chantait comme les anges».L\u2019ange moderne, c\u2019est le chanteur de charme.La voix de Thierry, après la mue, était devenue chaude et caressante, irrésistible comme l\u2019était sa vocation.Jamais il n\u2019avait connu les angoisses d\u2019une Géraldine.Riche dès le berceau, il avait grandi au milieu de l\u2019encens : après celui de l\u2019église, celui des admirateurs.Quel orgueil pour son vieux curé lorsque l\u2019ancien enfant de choeur, quand il se trouvait à Paris, montait à la tribune pour chanter encore ! Bien sûr, il avait aimé, et toujours avec passion, mais cette flamme s\u2019étei- gnait vite.' Les jeunes femmes à peine courtisées lui tombaient trop aisément dans les bras.Qui eût repoussé Thierry Florat ?Avec Géraldine, rien de semblable.La moindre parole équivoque eût suffi à la mettre en fuite.Jamais elle ne l\u2019eût suivi à Paris s\u2019il n'avait parlé de sa mère, si ce n\u2019avait été Mme Florat elle-même qui lui eût offert l\u2019hospitalité.Géraldine l\u2019enthousiasmait autant que sa propre bonne action.Il ne se lassait pas de contempler cette petite fille, qu\u2019il ignorait l\u2019avant-veille, et de dénombrer les éléments de sa beauté.Elle possédait sans aucun doute un immense talent méconnu et qui bouleverserait les foules.Il allait la révéler au monde, l\u2019imposer, faire d\u2019elle une vedette internationale.Comme elle serait belle, en longue robe de velours noir, ses cheveux de soie blonde répandus sur ses épaules nues ! Elle répondrait aux journalistes qui viendraient l\u2019interviewer : « C\u2019est Thierry Florat qui m\u2019a lancée.Je lui dois tout Je lui serai éternellement reconnaissante.» Déjà se mêlaient en lui la joie, l\u2019orgueil, les premiers enivrements d\u2019un amour voué aux lumières vives et aux fracas des cloches de la célébrité.Mais Raoul Voncourt s\u2019était assis devant le piano à queue.Il préluda.Géraldine se mit à chanter.Comme l\u2019avait dit Guido Manzotti, la voix était assez jolie.Une voix claire, des notes touchantes et plaintives.Mais, il fallait bien en convenir, un très long chemin s\u2019étendait entre le rêve et la réalité.Géraldine chantait comme une enfant sans expérience lors d\u2019une audition d\u2019élèves.Sa maladresse avait même quelque chose de pénible et, dans les passages difficiles, on voyait l\u2019effort crisper son visage.Ses gestes, qui se voulaient désinvoltes, étaient raides et artificiels.Point n\u2019était besoin d\u2019en entendre davantage pour se convaincre d\u2019une évidence : personne actuellement à Paris, et même pas en province, n\u2019engagerait cette débutante dans un établissement sérieux.Pour qu\u2019elle pût prétendre à vivre de sa voix, il lui faudrait encore de longs mois d\u2019études.Mme Florat glissa un regard vers son fils et le vit absolument consterné.Malheureusement, la jeune fille avait suivi ce regard.Elle s\u2019interrompit brusquement, cacha sa tête dans ses mains et éclata en sanglots.Raoul Voncourt eut un sourire d\u2019indulgence.Elle était trop jolie, trop gentille, trop à plaindre, pour qu\u2019il lui tînt la moindre rancune d\u2019avoir massacré son Ciel Bleu.Thierry bondit de son fauteuil et ft, 4^ ' v v Sf W> Ws* * A.\"tV'4, °r Ci.4 4\t^ 4, A4 4 4:4 4'^ V4 A?' 7 x .VM» 4k 4, -> Vp V* %>7aâ \\*%bK* X ^ >% Vp\\ ' %shy%, %w fTSS a* ei>y * h>.4 4 4.4-, 4 t \\
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