La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1 octobre 1919, Octobre
[" > a ee TIE ,PER P-=24 BNQ | + [ 5 a bn ARE.fi 9 |.jl 12e Année, No 10 * \u2014.OCTOBRE 1919f \"rn A -p iy ( LE Kp i LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 \\ SEULE MARQUE L\u2019ALLIGATOR M is donner pleine et entière ré @ :faction c\u2019est celle de ; A À même de no HARNAIS, SELLES, À POUR CHEV AUX, etc: La marque \u2018st la meilleure garantie de qualité et | Bloc Balmoral Lume O., Montréal, Can.(Près de la rue McGill) MOY AGE, 293 Ste-Oatherine, E.mix 10 cents.N Monolo- > Vol.12, No 19 LA REVUE POPULAIRE Montréal] Octobre 1ÿlv am) SE 2 Sor KR VAS 7 2 PLUS IMPORTANTE LIBRAIRIE et PAPETERIE FRANÇAISE du CANADA Fondée ea 1888 LIVRES roligieuæ, classiques, français, canadiens.Ul FOURNITURES de bureaux, I de classes, dessin.NS 4 = J ARTICLES DD religieux eo 7 NB et de fantaisie PAPIERS PEINTS T apssseriss CATALOGUE SUR DEMANDE A EN GRANGER FRÈRES Limitée Pince d'Armes et Notre-Dame O, MONTREAL 1 dl | 4 } S CN ad OS y EDMOND- J.MASSICOI TA ve [ime § vue wierd Va Late, DS RRR REE REN TRE NTH SECECRES ERAN TANS Q EY RANI MANS SHA NSW HII: SRCES RCE NEHER sR BEM TCH sue BER eRe BR 4007 Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 D 0:05 0: ss ME 0 M Be MES IE e Cu 84 0 RE SE 2 s | sé Si Vous Demenagez ?|; Envoyez-nous votre nouvelle et votre ancien- A ne adresse.Le Bureau de Poste ne fait pas suivre 4% les magazines comme les lettres.Surtout, en=- #+ voyez=nous ces renseignements pour le 15 au A plus tard du mois précédent , date à laquelle 4% nous révisons nos listes, car nous sommes dans SR Pimpossibilité d\u2019envoyer des numéros duplicata.XH a * ify: Nom CO0C00080000000030000000C000000000080000000080100000000000000003000088008480800050 Rue 0000000000000 30000008000000000000000000000000000000800000000003800000000000000¢ .PES LOCAÏITÉ .\u2026coscocveserssensensesscassssonsossress sen snnsesssscsceccecee sa Ancienne Adresse EINE errr eres etter erenasas LOCATE corcorosssossrssonsersossraseasensoccerrensrsssersessossassecsccccuemee _Bé4.bd-bé-bé-be- be FRESHEREEERSE \u2014 ECKSESRTES LA REVUE POPULAIRE views FESR E GEE 131 rue Cadieux, == Montréal REHCRY CHENEY ECR veo > GUECHCECE CRS EY EEE EENCE OHNE BSASNERS TE NENG ES BE: i + Crus -x0ss F3 = Bi + ME; = Le L) 4 mi Eee =.Pp Os PE EEE RE SEE SOS EE GT EE: MERE EE a RAR RE aR NERNEY BH Vol.12, No 10 Momtréal, Octobre 1919 À ABONNEMENT a POIRIER, BPSSETTE & CIE, .eurs-Pro ires Canada et Etats-Unis: P arait tous \u201c 181 rue Cadieux, NTRÉAL.3 Un An: $1.75 \u2014 Six Mois: - - = 90 cts Ia REVUE POPULAIRE et te JR a EVU est \u20ac RH à Montréal et Etranger: les mois par la poste eittre le ler et le 5 de ue i Un An: $2.40 \u2014 Six Mois: - - - $1.20 = mois.Tout renouvellement d\u2019abonnement doit nous parvenir dans le mois même où il se termine.Nous ne ga- u rantissons pas l\u2019envoi des numéros antérieurs a à va more de re PLAINTES D\u2019OUTRE-TOMBE \u2018Devant les tristes couchants Faits de topaze et de cuivre, Le souvenir aime à suivre Le déclin des jours penchants.gratitude dont on a fait preuve pour tous les héros canadiens, les survivants de l\u2019horrible guerre comme ceux qui sont tombés dans la mêlée.\u201cOù étions-nous, où étaient-ils les Cana- i diens, dans la grandiose apothéose de la g Paix, le 14 juillet dernier, à Paris?Aux f côtés des clorieux soldats de la France et de ses colonies, des Belges, des Italiens, i) des Arméniens, marchaient avec des Afri- Eo mere\u201d à \u2018Des langueurs d'aube pâlie |.Circulent dans lair du soir, Mélant un frisson d\u2019espoir A cette mélancolie\u201d Profitons bien des jours d\u2019octobre, puisque l'automne, ses rêveries et ses promenades sous les arbres effeuillés, est tôt remplacé par le morne hiver.Pourtant, combien moins angoissant que les automnes passés, celui de 1919, puisque ce n\u2019est plus l'affreuse guerre et ses deuils immanents: puisque nos héroiques défenseurs auront désormais de douillets oreillers au lieu de couche de pierre et de vase des tranchées de première ligne; puisqu\u2019ils auront des rêves humains et paisibles au lieu des épouvantables cauchemars, dans le gron- cains, des Japonais, des Roumains, des Grecs.des Serbes, des Indiens, avec des Anglais et des coloniaux britanniques tels que les Australiens, les Néo-Zélandais, les Boers.etc.Où donc étaient-ils les Canadiens dans cette marche à la gloire?A-t- on eu honte de nous?Nous étions-nous moins bien battu que les autres?Avait-on déjà oublié que nous parlions français et que c'était du sang français qui coulait dans nos veines.* \u201cEt.le 19 juillet, à Londres, ce ne fut qu'au dernier moment qu\u2019on s'aperçut de the \"a ee iid \u2014 dement de la mitraille dévastatrice et le 3} sifflement des balles assassines.O lecteur à l'âme mélancolique et vagabonde, n\u2019as-tu jamais entendu, au cours de tes promenades par des sentiers déserts, les grandes voix de l\u2019au-de-là te clazmer k dans le vent qui fait tourbillonner les | feuilles, des vérités vers lesquelles ton es- l'onbli et que, par crainte des reproches Eb mérités, on trouva quelques rares Cana- | diens pour les faire figurer dans le corte i ge.Au Canada, rien ne fut fait pour célébrer la fête de la paix.Nos gouvernants avaient-ils done déjà oublié les sublimes dévonements pour la défense de la patrie?Avaient-ils oublié de laisser des héros ca- ii prit ne s\u2019est pas assez longuement arrêté ?Et n\u2019as-tu pas compris ce que disaient à ton âme les mânes de nos héros morts pour la patrie?Ecoute alors ce qu\u2019elles m'ont confié à moi, au cours d\u2019une récente promenade au pied du Mont-Royal \u201cNous ne regrettons rien de-notre sacrifice, disaient-elles, puisqu'il nous a valu la bien heureuse immortalité, mais si notre voix n\u2019est pas exempte d'amertume, œ soir, c\u2019est que nous comprenons mal l\u2019in- nadiens sur les sols français et britanniques pour les faire défiler glorieusement sous les ares de triomphe?Avaient-ils jugé les nôtres indignes d\u2019un tel honneur?Nos noms et nos vies sacrifiées, qu\u2019a-t-on fait de tout cela?Voilà pourquoi nos voix d\u2019outre-tombe ont, ce soir, tant de mélancolie et d'amertume!\u201d Ne voila-t-il pas un sujet de méditation propice aux longues soirées d\u2019octobre?Gusrave Comm IRR HE RH EE IE RCE RR \u2014 EN cmap qeed Cea waa Zu i = \u2014\u2014 rr em ol ar ww LL le Se el ee > Lam = LL © pe _ i Cm ear a ARI ie a= apr MEA TE GoTo ra fr or.4 rr Epa cy rye >>> = om 222255 Prev a tee = mt fr ek ev AES Ter _ See para K \u2014 ra re a LD rien eue.Vv rs ol i = Le nr 45 ET f +, à 4 É $ a oR i 6 $ .12, No 10 nr > a pec = es f=] fall S > ay HAE # La B Sk Se mÉ rors, is se Klan #5 mes a SN ; NE À 2 = a Fre Lr + J a ow, © 5 \u201ci hon Fed 8 2 & w a 3 Fry > et # set A =H + Re wi, LA REVU £ [= & BE > FTE a Ph x ls Vj 4 \"CE et = x 3 yf = A pe ba ag Hy a 4 A Via, c Hu Son ag {+ # & 5 \u20ac .va Fa NE 423 * a i fr # a \u2014 Ici, Boche, commanda Geoffroy, tu i ; manques tout à fait de galanterie, mon i vieux.p Fo La fillette, très vite, et d\u2019un peu loin, | Pr essaya de flatter le jeune chien.i BR \u2014 Pourquoi I'appelez-vous Boche?de- - = manda-t-elle.i \u2014 Parce que je l\u2019ai trouvé dans une | tranchée que l'ennemi venait d\u2019évacuer.i Donc, tout me porte à croire qu\u2019il appar- E °c tenait à un officier allemand.i - \u2014 Ce qui m\u2019étonne, c\u2019est que vous l\u2019ayez if 7 encore.* | 4 \u2014 Quand j'ai été blessé, je l\u2019avais con p: mas fié à un camarade qui l\u2019a envoyé à la E \u201c, Moulzie, d'où ces jours derniers, Nadalow i et Peyronne l\u2019ont ramené.f : : Lina n'écoutait plus.Elle jouait avec leg H 5 jumelles.E.5 \u2014 Voit-on bien dedans?interrogea-t- É.| elle.i Sd \u2014 Oh! très bien! Vous n\u2019avez qu\u2019à es- ji - \u2019 sayer, Mademoiselle.i.4 Déjà la curieuse regardait : 108 \u2014 Que c'est amusant ! Il semble que Fri- E | nandour est tout près.On pourrait comp- i! ; ter les mouettes sur les rochers.Maman \" » a des jumelles aussi, mais elles n\u2019ont pas E.= une si grande portée que les vôtres.E.\u20ac He À ce moment on entendit la voix joyeu- b i éme a race se de Francette, et, au tournant de l\u2019esca- à | Lina était debout dans l'encadrement de la lier, elle parut avec le visiteur, un homme ' } porte.de soixante-cing ans environ, de moyenne i \u2018 Rite gi \u2014 47 \u2014 \u2018 i BE * is i: ni Vol.12, No 19 LA REVUE taille, un peu trapu, l'oeil vif sous des sourcils en brouissailles; avec sa vareuse de drap bleu, sa casquette & large visiere, sa barbe courte et drue, il eût peut-être ressemlbé à un premier maître de la marine en retraite \u2014 de ceux qu'on voit fumant la pipe, appuyés au parapet des ports \u2014 sans la rosette, remarquée par Lina, qui fleurissait sa boutonnière.\u201c Mme d\u2019Orgeac lui tendit les deux mains: \u201c \u2014 Amiral, c\u2018est vous! Quel bonheur! L\u2019amiral de Badefol s\u2019appuyait sur une canne.Depuis une chute qu\u2019il avait faite dans un entrepont, il boîtait terriblement, mais son infirmité n'altérait point sa belle humeur.\u2014 Puisque je ne suis bon à Tien, be.criait-il, au moins que j'aille distraire mes amis! Badefol était voisin de la Moulzie et, à bien des reprises, par des mariages, les deux familles avaient uni leurs blasons.Pour conserver la tradition, l\u2019oncle, célibataire, avait rêvé de marier son neveu à leur gentille voisine et i] await cru que, pour arriver à ses fins, il devrait user de diplomatie.Erreur complète! On s\u2019était passé de lui.Sans se l\u2019être jamais dit, Avit et Fran- cette savaient qu'ils s'aimaient, un de ces beaux amours purs, auxquels Dieu sourit.\u201c On les avait flancés quinze jours avant la guerre.Puis, le jeune officier était parti avec la promesse qu'après les manoeuvres, : on fixerait le jour de son bonheur.Francette ne l'avait pas reçu, et le coeur frémissant, mais courageuse, Sans vouloir montrer ses larmes, par la pensée elle l\u2019avait suivi en Belgique, d'abord, dans le repliement vers la Marne, ensuite et enfin dans l\u2019Argonne où il s'était terré, cette Argonne, dons les noms jolis, évocataurs de chasses, Saint-Hubert, Bagatelle, resteront dans des Ames de femme, avec un crépe autour.Depuis huit jours, elle n'await pas de POPULAIRE Montréel, Octobre 1919 lettre, et bien qu\u2019elle ne l\u2019avouât point, elle avait peur.\u2014 Parrain, demanda-t-elle dès qu'on fût assis et que Lina, après avoir un peu trai- nné, comme si elle s'en allait à regret, se fit enfin décidée à disparaître, tout à l\u2019hetre, quand je vous ai dit: \u201cAvez-vous des nouvelles d\u2019Avit ?\u201d vous m\u2018avez répondu oui, tout court, un oui grondeur, qui ne me satisfait point.A votre air, je me doute qu\u2019il y a quelque chose.De la malice émue s\u2019alluma derrière les groses brouissailles des sourcils.\u2014 Voyez-vous, cette petite sorcière ! Elle prétend lire dans la pensée des autres! Et, déjà, sans doute, elle se monte la tête._ Cependant, 1l n\u2019y a pas de quoi! Non seulement j'ai eu des nouvelles d\u2019Avit, mais encore je l\u2019ai vu! \u2014 Vous l\u2019avez vu, parrain?.\u2026 Et où?A Amiens, d\u2019où j'arive.\u2026 \u2014 Il est blessé ?Un simple égratignure à l'épaule droite.Alors, comme il ne pouvait t'écrire que de la main gauche, il a craint que tu t'imagines des choses épouvantables et il a désiré que je devance mon arrivée à St- \u2014 \u201c Guirec pour te couler la nouvelle en douceur.Voilà qui est fait et bien fait, je suppose! Ce n'est pas la peine d\u2019,être toute pâle.puisque je te dis qu'il n'a rien.ou presque rien.Francette joignit les mains.\u2014 Oh! dit-elle, je sais bien qu\u2019il doit avoir plus qu\u2019une égratignure.Autrement, je le connais, il ne serait pas laissé évacuer.\u2014 Ah! voilà qui est très bien, s\u2019écria l\u2019amiral, ne pas douter de son fiancé! Eh bien! oui, je te l\u2019accorile, ma petite, l\u2019égratignure est une belle entaille.Mais aucun organe essentiel n'est 1ésé 1.Ft le gaillard a le sang généreux, Il guérira vite.Et maintenant que le coup est porté, je vais mettre le baume.Dès que sa blessure le permettra.Avit a demandé à être envoyé à l'hôpital de Saint-Guirec; non point oo - Cy : Ce 15 1°.te Yol.1° No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 pour jouir de la société de son vieil oncle, dont le scélérat se soucie comme un poisson d'un parapluie, mais tout simplement pour être à proximité du Paradis.Francette n'était plus pâle.Elle avait du rose aux joues.\u2018 Et c'était au tour de Mme d\u2019Orgeac d'é- tre bouleversée ; en mettant la main en cornet près de l\u2019oreille, elle avait fini par comprendre que son futur petit-gendre était blessé, et, déjà, son imagination galopant, elle le voyait mort ou amputé.L'amiral la rassura : \u2014 Ah! chère madame, je voudrais bien que ma jambe pût guérir aussi vite que son bras, mais, hélas! quand en est vieux, on ne se raccommode pas si bien.Je ne danserais plus la contredanse comme autrefois.Vous souvenez-vous le jour ot la Moulzie épousa votre chère fille?J'étais témoin ; nous onvrimes le bal ensemble.Rajeunie par ces souvenirs, la vieille dame essuya ses larmes commencantes.\u2014 Oh! oui, je me rappelle.En face de nous, il y avait la femme du notaire qui avait une robe jaune avec des rubans verts.Francette regardait dans le vague.Doucement, Geoffroy lui prit la main.\u2014 Je devine ce que tu penses, dit-il très bas.Elle rougit, confuse d\u2019être devinée, même par son frère.- \u2014 Tu regrettes de ne pas avoir le droit d\u2019aller vers lui.En toute franchise, elle avoua: \u2014 Oui, c\u2019est bien cela.L\u2019amiral reprenait avec plus de malice encore dans le regard : : \u2014 J\u2019oubliais le plus important! Avit a attrapé son entaille dans une affaire assez chaude.Sa section était de garde an poste du colonel.Dans la nuit, Messieurs les Boches ont creusé un bovau sous nos tranchées, et au petit jour, dans le brouillard, ils se sont élancés coupant toutes commu, nication avec nos troupes.Une sale affaire! Les papiers secrets, les munitions, le \u2014 4 *% colonel, tout était pris.Avit leur a erié: \u201cOn ne passe pas.\u201d Avec ses hommes il a chargé à la baïonnette, puis il s'est installé dans un petit bois où il a tiraillé un jour et une nuit.L\u2019ennemi croyant avoir à faire à des forces supérieures, a fini par se replier en désordre.Tl était temps! La section ne comptait plus que dix-huit hommes, et le lieutenant ne tenait debout que par son énergie.Du coup, le chançard décroche une citation superbe à l\u2019ordre de l'armée ct une proposition pour la croix.Bientôt il n'aura plus rien à envier à son futur beau-frère, le grand Geoffre, comme dit maître Tony, qui ne recule jamais devant une plaisanterie.Geoffroy souriait, un sourire qui baignait ses yeux d\u2019idéal.Cet oubli complet de soi pour la patrie, il en avait connu l'ivresse, et cette ivresse, il ne révait que de la connaître encore.Bien qu'il n\u2019osût pas l'avouer aux chères âmes qui se dévouaient à lui, les heures lui paraissaient lourdes, Il craignait que la victoire ne l'attendit pas.; Francette avait maintenant le feu aux joues.De tout son coeur de française, elle était fière de l'héroïsme de son fiancé.Il lui semblait que son affection pour lui en était grandie, comme magnifiée, À l\u2019oreille de son frère, son grand confident, elle glissa : \u2014 Après la guerre, vois-tu, on s\u2019aimera mieux parce qu'on se connaîtra jusqu\u2019au fond.Mme d'Orgeac pleurait, riait, se mouchait avec bruit.I\u2019amiral sentit que ses yeux commiencalent à piquer.Il se leva.\u2014 Si nous faisions le tour du Paradis, proposa-t-il.Naturellement, ce fut sa filleule qui s\u2019offrit à la guider et Boche fut de la partie; il ne perdait.jamais l\u2019occasion de se dégourdir les pattes.Au haut de l'escalier, il aboya.Lina, toujours désocuvrée, avait l\u2019air de guetter oO \u2014 DL, EEE Line SE ee bt Vol.io.3 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 le départ du visiteur.Francette eut pitié de son isolement.\u2014 Vous allez tourner le robinet des jets d\u2019eau pour mon parrain, dit-elle avec un sourire.HEE L\u2019enfant ne se fit pas prier.Et les ger- _bes liquides, jaillissant de la vasque et de la bouche des dauphins, retombèrent en fine poussière d\u2019eau.\u2014 Peste! fit l\u2019amiral, appuyé sur sa canne.On se croirait à Versailles.Pour atteindre ce résultat dans un pays où il n\u2019y a que des puits, il a dû falloir des travaux considérables.\u2014 Oh! oui.Sous le jardin, il y a un château d'eau.\u2014 Je m'en doute bien.Par où y entre- t-on ?.\u2014 Par le garage d\u2019auto qui ouvre sur la gréve des Pierres-Noires.\u2014 Ah! oui, cette petite gréve triste qu\u2019on découvre de la chapelle de Saint- Guirec.Je n\u2019y suis jamais descendu.\u2014 Moi non plus, avoua Francette, si nous y allions.\u2014 Allons-y.Je le veux bin.Lina eut une hésitation qui se manifesta par le rongement de son index droit.\u2014 C\u2019est que l'escalier est bien raide! balbutia-t-elle.\u2014 Et que je ne suis guère ingambe! Voilà ce que vous pensez, Mademoiselle, mais vous me faites offense! Je puis encore! Je puis encore me débrouiller dans une échelle de bord.\u2014 Alors, je vais chercher la clef.La grille est fermée.Elle courut vers le pavillon et Francette qui regardait par là vit un rideau qui se baissait devant un joli visage.L\u2019amiral, appuyé d\u2019une main au parapet, examinait l\u2019anse des Pierres-Noires.\u2014 Je n\u2019ai jamais compris, pourquoi l\u2019on n\u2019utilisait pas cette partie de la côte, re- marqua-t-il.Elle est abritée du vent d\u2019Ouest par la pointe avancée du fort, elle n\u2019a pas de récifs, et, près du bord, l'eau, très profonde, permet d\u2019approcher facilement.On eût pu faire ici un abri pour torpilleurs comme il y en a un à Lézardrieux ou mieux encore, une base de défense sous- marine.Lina revenait.Elle tenait à la main un trousseau de clefs.Ils descendirent et quand ils eurent atteint le sable, l\u2019amiral s\u2019écria : \u2014 Que nous racontiez-vous, mademoiselle, mais il est très praticable votre escalier.Et il durera longtemps! Ce beau granit pailleté de fragments de quartz me rappellent les escaliers du Métro.Très solide sur sa canne, le vieillard s\u2018avança sur la cale en pente douce que la .mer à peine montante mouillait sans éclabousser.Boche avait disparu.Francette, déjà inquiète, l\u2019appela.I] émergea aussitôt d\u2019une anfractuosité de rocher, haute comme un porche d\u2019église.\u2014 Il y a une porte au fond, expliqua Lina,.qui avait les mains derrière le dos.C\u2019est le garage d\u2019automobole, mais le chemin qui y conduit est maintenant envahi .par des herbes folles.\u2014 C\u2019est donc par là qu\u2019on va au Château d\u2019eau ?demanda l\u2019amiral.\u2014 Oui, mais nous n\u2019y entrons jamais, nous.Sous le pavillon, 11 y a une petite cave pour le vin et le bois qui nous suffit amplement.Elle avait déjà un pied sur la première marche de l'escalier; ses compagnons suivirent son mouvement, et derrière eux, elle s'apprêtait à refermer la grille quand une voix l\u2019arrêta, voix dure, étrangère, aussi, qui disait : \u2014 Je sors, mademoiselle, je vais promener la chèvre.| Malgré la température douce, la femme \u2018qui parlait avec une cape sur les épaules, et, pour se garantir du soleil, elle en avait ræbattu le capuchon sur le front.À peine distinguait-on \u2018une figure massive et fers \u2014 50 \u2014 Cee nae NERA RNA \"A Vol.12 No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 É.L.@ mée, et des cheveux blonds qu\u2019on eût dit délavés.\u2014 (C\u2019est Juliana, notre servante, expli- aurait coulé, elle deviendrait en effet un peu forte comme sa mère.On regagna le belvédère.Lina n\u2019osa pas \u201c6.qua la fillette.Tous les joursæelle mène la descendre l\u2019escalier, mais il était clair .chèvre à la lande qui borde la grève sans qu\u2019elle en avait du regret.I x fin.C\u2019est là que poussent les herbes que la \u2014 Mes compliments! déclara l\u2019amiral fi 8 brave bête préfère\u2019 et qui donnent à son en laissant tomber dans un fauteuil d\u2019o- ft a, lait le meilleur goût.sier.Vous êtes vraiment très bien ici.Je Li | \u2014 Qui boit du lait de chèvre chez vous! ne vous ai vus mieux qu\u2019une seule fois, à i Te interrogea Francette.Morgat.quand les enfants étaient petits.MM | \u2014 Maman!.Il lui en faut un bol le De tout temps, le lieu a dû être recherché.Tt a matin et un autre le soir.Bien avant les Moines Blancs, je présume i x, D'une main distraite, l\u2019enfant effeuil- que les druides y célébraient leurs san- i { lait des branches, qui coupaient l\u2019allée.glants sacrifices.Et je ne m'étonne point | 4 \u2014 Il ne nous reste plus à voir que la que ce promontoire ait séduit M.Stevens.is 4 | maison, déclara l\u2019amiral.Cet homme-là ne devait pas être le pre- | J Lina ne se retira point: elle avait l\u2019in- mier venu: il a une téte superbe qui ex- | discrétion des tout petits enfants qui ne se prime l\u2019énergie et la volonté.Sa fille aî- n detitent pas qu\u2019ils sont indiscrets, et puis née est son vivant portrait | A elle regardait Francette d\u2019une façon si \u2014 Vous l'avez vue.amirai ?s'éeria Mme | 4 | câline que celle-ci n\u2019osa pas l\u2019écarter.d\u2019Orgeac, dang la main remontait en cor- i Le visiteur s\u2019exclama sur l\u2019épaisseur des net vers l\u2019oreilles.i EL murs, la résistance des volets, l'éclairage électrique, la confortable propreté qui régnait partout, mais profitant d\u2019un moment oll Lina était loin, il glissa dans l\u2019oreille de sa filleule avec un sourire malicieux qui plissait ses yeux et sa rude figure tannée.\u2014 On y a mis le prix! Mais, pour le goût, il n\u2019y est point.Les choses et les couleurs hurlent à qui mieux mieux !.| Seul, le portrait de M.Stevens trouva grâce devant lui, il s\u2019attarda devant la perfection du fini, découvrit le nom de Weerts dans un coin, recula, se rapprocha, et ne se laissa détourner ds son examen que lorsque Francette lui présenta la photographie de Gudule.\u2014 C\u2019est votre soeur, Mademoiselle ?Elle ressemble beaucoup à son père.Vous, vous avez tout pris du côté de votre maman.Lina riait, montrant de jolies petites dents blanches qui semblaient toujours disposées à grignoter.Elle avait des fossettes aux coins des lèvres et au menton, mais l\u2019on devinait que lorsque le temps -\u2014 Non, je n\u2019ai pag en ret honneur, mais E Francette m\u2019a mowré sa Pour jolie, elle est jolie! Geoffroy se taisait.II regardait Frinan- dour qui, sur le rocher sombre, se «l'éta- chait pareil à un cierge, près d\u2019une bière.La douairière qui, parce qu\u2019elle suivait mal les conversations, aimait à les diriger, s\u2019empara du livre placé sous le coude de son petit-fils.\u2014 Amiral, avez-vous lu Jean Gouin?demanda-t-elle.\u2014 Pas encore, madame! Mais je devine bien de quoi ça retourne.Jean (rouin, Yan Ar-Gwen, Jean-le-Blanc, n'est-ce pas le surnom qu\u2019on donne à nos marins\u2019.\u2014 Figurez-vous que, dans ce livre, on parle de Geoffroy.: Geoffroy considérait toujours la mer: son regard n\u2019était pas dans le vide, il semblait plonger dans l\u2019infini\u2026 Peut-être voyait-il les jours sanglants du passé.Peut-être aussi la belle aube qu\u2019ils avaient préparée et qui bientôt, se 18 verait sur la France.photographie.\u2014 51 \u2014 1 Ha Vol.12, No 10 \u2014 - LA REVUE \u2014 On prétend que je suis ridiculement fière de mon petit- fils.s'écria Mme d'Or- Evac en fermant le livre, mais, amiral, je vous le demande.N\u2019en ai-je pas de droit\u201d \u2014- Dix fois pour une, Madame! Et, comme, de nouveau, les larmes coulaient sur les joues flétries de la donairiè- re, l'amiral eut peur de la contagion.\u2014 Ce qu'on devient vieille bête quand on a l'oreille fendue! pensa-t-il.Et, toujours loup de mer, avec de la rudesse sur sa politesse de gentilhomme, il se leva pour prendre congé.\u2014 Je reviendrai demain, promit-il, chaque jour, ce sera ma promenade.Et il faudra bien, si je veux avoir des nouvelles d\u2019Avit, car je devine que le galopin n'écrira plus maintenant qu\u2019à sa fiancée.Francette accompagna son parrain jusqu'à la grille pour lui faire raconter encore ce que lui avait © = blessé.Geoffroy resta dans ses pensées.Il ne voyait plus la mer où, cependant, le soleil mettait une traînée de lumière, ni Frinan- dour où le gardien du phare pêchait par- ml ies mouettes.Il songeait à l'étendue plate des Flandres: du brouillard, des sables, de l\u2019eau qui montait toujours, et il y songeait comme on songe à une terre à laquelle on a laissé un peu de son coeur, qui veus appartient parce qu\u2019on l'a profondément Inbourée et ensemencée\u2026 Ne l'avait-il pas.en effet, arrosé de son sang pour « un jour, des tranchées meurtrières, les semailles de victoire portassent leur fruit.Le jour se fana.Francette reprit son ouvrage, l'esprit là-bas, dans l'hôpital d\u2019Amiens où était son fiancé.Nadalou vint dresser le couvert, puis les phares : sabi- mèrent et de leurs éclats réguliers bala yè- rent le ciel.Après le dîner, les paroles se firent rares.Mme d\u2019Orgeac sommeillait.Dans le soir calme, dix heures sonnèrent.Le jeune enseigne prit ses béquilles.Tai.eule se secoua.Dans le belvédère, il ne res- Montréal Octobre 1919 _ POPULAIRE ta plus que les sièges en désordre, et, sur la table, les jumelles et aussi le livre qui racontait les exploits de Jean Gouin.Le lendemain matin, Geoffroy le retrouva à la même place, près de sa chaise longue, mais il n\u2019était plus fermé: il était ouvert, et, dessus, était posée une rose merveilleuse, et si rouge, qu'on l\u2019eût crue trempée dans le sang.Le jeune officier prit la rose et la respira.Toujours il avait aimé les fleurs.Qui lui offrait celle-ci?Francette?Sa grand\u2019- mère?Il le leur demanda.Toutes deux sen défendirent.Et ce n'était pas Lina non plus, car lorsqu\u2019elle vint à son habitude rôder chez ses nouveau amis, elle remarqua, le doigt tendu vers le cornet de cristal où trempait la tige de la rose.\u2014 Nous avons les pareilles contre le mur du pavillon.On supposa que Nadalou était le coupable et qu\u2019il ne voulait pas en convenir pour ne pas être accusé de larcin.A tout hasard, Geoffroy conserva la fleur qui lui venait d\u2019une main inconnue.Avant de fermer le livre qu\u2019elle avait embaumée, il regarda la page où on l'avait posée.C'était celle où il question de lui.IV LES FUSEAUX DE LINA.Le surlendemain de son arrivée, un peu avant sept heures, son livre de prières à la main, Francette sortit pour aller à la Chapelle de Notre-Dame de Lumière, la Lumière, comme on disait plus simplement dans le pays.De loin.on eût cru que cette chapelle n'était qu'un toit posé sur le sol, mais dès qu'on avait franehi l'enceinte de pierre qui, pour toute ouverture n\u2019offrait qu\u2019un créneau qu\u2019il fallait enjamber, on recon- naiskait que le toit portait sur des murs, à demi enterrés pour mieux résister au vert.Si l'on voulait entrer, il fallait contour- ve JB wm Eure ae reo x ve : Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 ner le chevet, descendre des marches, et, naturellement, l'intérieur était sombre: un jour de prison, à peine éclairée de soupi- reaux, un jour de légende aussi qui ex- -pliquait les racontars superstitieux des bonnes gens du pays.Au premier moment, Francette distingua avec peine le vieux prêtre, qui priait devant l\u2019autel et, sur la droite, une statue de bois fort ancienne, qui ne pouvait être que Notre-Dame de Lumière.La Vierge tenait l\u2018Enfant Jésus entre les bras, et l\u2019Enfant présentait un soleil d'or qui, sans doute, symbolisait la Lumière du monde.Aux pieds de la Vierge, une forme encapuchonnée de moine, Saint- Guirec.Le guide de Bretagne ne relatait-il pas que, par l'intercession du saint religieux, des aveugle avaient été guéris.Derrière et autour de la statue, les murs de granit, nôireis depuis des siècles par la \u2018imée des eierges, mettaient plus d\u2019omi:t re.À -_nre matinale où les flammes trembicicutes de la venile s'étaient éteintes, on ne distinguait nettement que le soleil d\u2019or, mais dans l\u2019aië flottait une odeur exquise de roses fraîches, ci.pour prier, on était si enveloppé de «> Fran- cette sentit son âme moi.-o\"icement vers Dieu, vers la Vierge Lui.pour leur parler du père, toujours exposé, de la mère, trop tôt enlevé: l'affection des siens, du frrère, dont les .« revenaient si lentement, et aussi dir cher Avit qui, bientôt, respirerait à son tour l\u2019air vivifiant: de la côte.La jeune fille s'était crue seule d'abord avec l'officiant, mais lorsqu'un enfant de choeur, sorti de la sacristie, eût allumé les cierges de l\u2019antel, elle s'aperçut que dans le coin de ténèbre où s\u2018élevait Notre-Dame de Lumière, une femme en noir était agenouillée: elle n'avait pas de prie-Dien; elle était affaissée sur les dalles; un châle noir lui enveloppait étroitement les cheveux et une partie du visage.Au mouchoir qu\u2019elle tenait sur les yeux, il était facile de deviner qu'elle pleurait.La Guerre! Toujours!\u2026 Du plus profond de son coeur, Francette, émue par la douleur qui était si près d'elle, pria pour que cette douleur fût allégée.La messe s'acheva.Après les dernières actions de grâces, la jeune fille se retourna machinalement pour envoyer un peu de sa pitié vers celle qui souffrait et qui, auprès d'elle, avait reçu le Pain des Forts.Mais il n\u2018y avait plus personne.[a fera- me en deuil avait disparu et son pas devait être bien léger puisque aucun bruit ne FS l'avait trahi.SECIS Francette sortit à son tour.En émergeant de l\u2019ombre, elle fut comme ébloue par la lumière.La mer et le ciel étaient d'azur; à peine restait-il, au fond de l'horizon, un léger voile de brume, qu'on eût voulu écarter pour ne rien perdre de la féerie.Le rouge des tuiles qui couvraient la villa chantait au milieu de la verdure des chênes verts, et, aux conpoles des belvédères, le soleil accrochait des éclairs.Les Pierres-Noires conservaient leur aspect lugubre.On eût dit qu\u2019elles étaient placées là pour rappeler les deuils qui attristaient tant de foyers.Francette s'arrêta devant le calvaire, érigé dans un angle de l\u2019enclos.L'artiste ignoré qui l'avait sculpté avait voulu que la Croix fât en bois d\u2019épines.La Vierge debout s\u2019y appuyait pourtant.Dans l\u2019attitude, il v avait une admirable volonté de souffrir.Sur les marches du calvaire, une mendiante était assise.Mlle de la Moulzie la reconnut pour la muette dont sa grand- mère lui avait- parlé, et sans attendre que, vers elle, la pauvre main déformée se tendît, elle ouvrit son petit sac.Lentement, avec la piécetle qui Jui était donnée, la Guélette fit Te signe de la croix.\u2014- Eh! quoi ! je vous étrenne?demanda Ja jeune fille.Ce matin, personne n'a done passé par ici?\u2014 53 \u2014 RNR EER NE INR Nm TT SE ES boitresdiéodstsi sé rI cat Pda Vol.12, No 10 LA REVUE Montréal, Octobre 1913 La mendiante répondit non de la téte.\u2014 Pourtant, reprit Francette, nous étions deux à la messe.Où donc est passée l\u2019autre ?Les petits yeux de la Goélette s\u2019écarquillèrent pour marquer l'étonnement.À n\u2019en point douter, elle n\u2019avait pas vu la femme en noir.Mais fallait-il s\u2019en étonner: pour sortir, du côté de lal ande, il y avait aussi une entaille dans le mur d'enceinte.Francette ne se préoccupa pas davantage de l'incident; elle venait d\u2019apercevoir Lina qui, assise sur le créneau, jouait avec des coquelicots très fragiles dont les pé- taies s\u2019envolaient à la moindre brise.\u2014 Je vous attendais, Mademoiselle, a- voua-t-elle.\u2014 Pourquoi n\u2019êtes-vous pas venu me rejoindre ?-\u2014 Parce que je suis protestante.Pourtant le dimanche, à cause de Gudule, nous allons à la grand'messe du bourg.\u2014 Mademoiselle votre soeur est catholique?\u2014 Oui, comme papa, et aussi comme sa marraine auprès de qui elle a beaucoup vécu.L'enafnt se leva et éparpilla les fleurs inutiles qui, autour d\u2019elle, sur l\u2019herbe sèche, tombèrent comme des gouttes de sang.\u2014 Tout à l'heure, dit-elle, je vous ai vue parler à la Goélette.Avec elle, la conversation est difficile.Elle ne sait même pas le langage des muets.\u2014 Comment cette pauvre créature estelle devenue muette ?\u2014 On prétend qu\u2019en \u201870, son père étant douanier en Lorraine, les Allemands envahirent la maison, tuérent la mère et coupèrent la langue à l\u2019enfant.\u2026.mais, vous comprenez, c'est une légende pour se rendre plus intéressante.Elle est sans doute née comme ça\u2026 Et c\u2019est fort heureux! car si elle avait la parole, ce serait une véritable peste.Elle brouillerait tout le pays! On la trouve constamment là où elle n\u2019a que faire.L\u2019autre jour, ne s'était-elle pas glis- POPULAIRE sée jusque dans notre cuisine.Enfin je la déteste! Et maman aussi! Les sourcils de Lina s\u2019étaient froncés: _ tout à coup, il y avait de la dureté dans ses yeux bleus! \u2014 Pauvre Goélette, dit Mlle de la Moul- zie en descendant le sentier; elle est à plaindre cependant.\u2014 Oh! elle n\u2019est pas malheureuse ! Elle ramasse beaucoup de sous et de.pièces blanches.Et elle ne dépense guère pour son loyer puisqu\u2019elle gîte dans une grotte, là-bas, du côté de la Grève sans fin.Au passage, d\u2019un geste irrité, la fillette égrenait les herbes mûres, Francette con- \u2018tinua : \u2014 Ce nom de Goélette est étrange.D\u2019où vient-il ?\u2014 De celui du père qui s'appelait le Goéllo.C'est un peintre de Paris qui l\u2019a inventé.Et son sobriquet a fait fortune.La fillette semblait encore de méchante humeur.Sa compagne essaya de la dérider: \u2014 Comment occupez-vous votre temps?demanda-t-elle.\u2014 Je lis.je me promène.Je fais de la dentelle aux fuseaux\u2026 \u2014 ŸY seriez-vous habile?\u2014 Assez.je commence à reproduire des dessins compliqués., \u2014 En ce cas, je vous prierai de me donner des leçons.À la Moulzie, j'ai essayé; mais, toute seule, sans conseils, c\u2019est difficile ! Avec vous, j'irai plus vite.\u2014 Je suis à votre disposition.Quand vous voudrez ?: \u2014 Mais, tout à l'heure.si du moins, cela ne vous dérange point.Je serais si contente de pouvoir commencer une nappe d'autel pour l\u2019une de nos églises dévastées.Lana, encore plus enchantée que son élève, courut chercher son métier, et vint s'installer sur la table du belvédère en face de Geoffroy qui lisait.Son regard fureteur d'enfant chercha la rose de la veille.Elle \u2014 B4 \u2014 _ poursuivit Francette.Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1219 n\u2019était plus dans le cornet de cristal.dans doute, elle était effeuillée.N'est-ce pas le sort de toutes les roses?Francette avait aussi emporté son tambour.D'abord, elle s\u2019embrouilla dans les épingles, emmêla les fuseaux, mais comme elle était intelligente et adroite, femme de.tête avec cela, elle ne commettait pas deux fois la même bévue.| Ses progrès marchèrent à pas de géants.\u201c\u2014 Bientôt, promit Lina, vous pourrez commencer la nappe d\u2019autel.\u2014 Votre soeur Gudule est-elle aussi habile dentellière que vous?interrogea Fran- cette.: \u2014 Oh \"oul, et méme plus habile encore.En ce moment, elle travaille pour un magasin de Paris.Ca l'occupe beaucoup! \u2014 Ne l'aidez-vous past.\u2014 Maman ne veut pas que je m'applique trop longtemps.Je grandis beaucoup.I1 me faut prendre de l\u2019exercice\u2026 Pour Gudule, ce n'est pas la méme chose.\u2014 Elle est bien pâle, cependant._ \u2014 Vous l\u2019avez vue?\u2026 \u2014 Oh! une minute seulement, avant-hier, quand nous remontions des Pierres-Noires.Tout de suite elle a baissé le rideau.Savez- vous qu'elle est bien jolie?Lina exécutait un point difficile; elle répondit, penchée sur le tambour: \u2014 Qui, elle a un type a part.\u2014 Je serais très heureuse de faire sa connaissance.Vous le lui direz.\u2014 Je ne sais pas si elle voudra.Elle est si bizarre.Quelquefois, je me demande si le chagrin ne lui porte pas à la tête.Elle imagine des choses invraisemblables.Geoffroy avait l'air occupé à lire: en réalité, il écoutait.Et il se demandait pourquoi tout ce qui concernait cette jeune fille qu\u2019il ne connaissait pas le tenaillait si douloureusement.: \u2014 Je crois que votre soeur n'était pas auprès de vous quand la guerre a éclaté, Vo \u2014 Nous étions seules ici, avec Juliana, maman et moi.\u2014 Juliana est depuis longtemps à votre service?\u2014 Oui, elle est venue en Bretagne à notre suite, et, presque aussitôt, elle sy est mariée avec un douanier normand qui s\u2019appelait Tapefort.Ce pauvre Tapefort n'a pas fait de vieux os.Un matin, on le trouva mort au pied de la falaise, et l'on suppose que ,pendant la nuit, en\u2018endant peut-être du bruit, il était sorti de son abri et s'était trop avancé sur le bord.Ce qui est certain, c'est qu\u2019on l'enterra et que Juliana, étant veuve et n'ayant droit qu\u2019à un maigre secours, maman |a reprit à son service pour qu'elle ne restât pas dans le \u2018besoin.| \u2014 Elle peut être une brave femme, mais elle n'a pas l\u2019air aimable.Peyronne prétend qu'elle ne desserre pas les dents.\u2014 Elle est toujours ainsi quand elle ne connait pas les gens.Peu à peu, elle s'apprivoisera\u2026 Notre chèvre lui ressemble.Avec les étrangers, très sauvage, quelquefois méchante; avec ceux qui la nourrissent, un véritable agneau !.Juliana ja ferait passer dans le trou d\u2019une aiguille.Et Lina continua à babiller en agitant ses fuseaux, jusqu'à l\u2019heure où Mme d'Or- geac apporta le courrier.: Il v avait une lettre du colonel.Suivant son habitude, celui-ci était fort discret, mais sa belle-mère cherchait toujours à lire entre les lignes.Ses petits-enfants sourlaient souvent de ce qu\u2019ils appelaient sa stratégie en pantoufles.,Ç Ce jour-là, ils sourirent encore, et la douairière s\u2019en offusqua un peu: \u2014 Francette s'écria-t-elle, pourquoi n'us-tu pas l'air de prendre au sérieux ce que je dis?A Paris, quand je l'ai répété à Geoffre, il m\u2019a répondu : \u201cC\u2019est ce qui arrivera tot ou tard.\u201d Devant Lina, elle n'expliqua point que ce Geoffre n'était pas le généralissime, \u2014 55 \u2014 je i Vot.13, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 mais bien Geoffroy lui-même, et, du reste, la fillette ne s\u2019en inquiéta point.Elle semblait fort peu se soucier de la guerre; profitant de ce que les autres étaient occupés, elle s'était emparée des jumelles pour regarder le gardien du phare de Frinandour qui péchait une friture pour son déjeuner.Francette, la voyant si détaché, lui de- \u2018manda: \u2014 N\u2019avez-vous donc personne sur la ligne de feu?La petite déposa les jumelles sur la table.\u2014 Non, répondit-elle, après un silence.Pas en ce moment.Puis, de nouveau, elle s\u2019assit devant ses fuseaux.Les heures de la matinée passèrent ; le bleu de la mer s\u2019accusa 4 mesure que le soleil montait.| Francette se souvint qu'elle avait promis 4 Peyronne de confectionner une certaine crème à la minute dont elle avait le secret.Il fallut bien jetér un voile sur les deux tambours.Et Lina suivit sa grande amie.Mme d\u2019Orgeac avait pris son tricot ; elle remarqua : \u2014 Cette petite nous a tout à fait adoptés.Ce n\u2019est pas comme sa soeur, la belle ténébreuse.Je l\u2019ai aperçue ce matin travaillant près d\u2019une fenêtre.Elle ne me voyait pas: j'ai pu l\u2019examiner\u2026 Eh bien ! elle est encore mieux que sa photographie.\u2026 J'allais m\u2019approcher, essayer de la surprendre, quand elle a levé les yeux.Aussitôt, elle a quitté son ouvrage et a disparu.J\u2019en ai été pour l\u2019aimable sourire qui, déjà était sur mes lèvres.Accoudée à la table, Geoffroy semblait prodigieusement intéressé par ce récit; un peu de rouge fardait ses joues pâles: \u201cC\u2019est l'air de Saint-Guirec qui, déjà, produit son effet, pensa la vieille dame ravie.Le docteur avait raison.\u201d Pendant ce temps, Francette tournait sa crème.Lina ne l'avait pas suivit.Elle avait peur de Peyronne qui grognait volontiers.\u2014 Je n\u2019aime pas qu\u2019on encombre ma cuisine, disait -elle.Trouver du monde dans ses jamb: quand on est pressé, il n\u2019y a rien de si désagréable ! \u2014 Juliana est-elle venue t\u2019aider?demanda Mlle de la Moulzie, qui suivant les vieilles habitudes périgourdines, tutoyait la nourrice de son frère.oo \u2014 Oui! Mais tu comprends, je ne la laisse pas pénétrer dans les chambres.Une étrangère ! Ça ne doit pas fourrer son nez partout !.Elle a seulement fourbi la batterie de cuisine.Et si Madame ben croyait, on ne la reprendrait plus.\u2014 Est-elle donc maladroite?\u2014 Maladroite?Ce n\u2019est pas le mot ! Elle est plutôt déplaisante.Et puis elle a des idées qui ne nous vont pas à nous deux Nadalou.D'abord, c\u2019est une païenne! Quand je lui aï demandé à quelle heure était la première messe, dimanche, elle m\u2019a répondu qu\u2019elle n\u2019en savait rien, vu qu\u2019elle n\u2019y allait jamais!\u2026 Alors, je lui ai dit: \u201cEt vos maîtresses 1\u201d \u201c\u2014 Oh! elles, qu\u2019elle m\u2019a répondu, elle vont à la grand\u2019messe pour voir le monde!\u201d Une autre fois, elle nous a déclaré que le général qui avait èm- pêché les Prussiens d\u2019entrer à Paris avait rendu un bien mauvais service aux Français et aux Belges, parce que si l\u2019on avait signé la paix à ce moment-là, il n\u2019y aurait pas eu tant de gens tués ou blessés!'\u2026 La moutarde m'est montée au nez et je lui ai jeté en pleine figure: \u201cVous n'avez pas honte de parler comme vous le faites.Moi, je n'ai qu\u2019un fils, et, naturellement, il me remplit le coeur, mais, cependant, si le bon Dieu venait me dire: \u201cPour te le renvoyer sain et sauf, il faut que la France devienne allemande, je répondrais au bon Dieu : \u201cSeigneur, prenez-le pour votre beau Paradis.Il y sera heureux, c'est l\u2019essentiel : il n\u2019y aura que moi qui pleurerai\u2026 Avant de songer à soi, il faut songer au pays.\u201d Elle est partie en ronchonnant et \u2014 56 \u2014 : 5% / Ja Pi ie Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1319 « en faisant claquer la porte.Alors, Nada- lou, qui avait entendu, m\u2019a dit: \u201cTu as bien parlé, ma vieille! Tans pis si elle se pique.On la verra moins souvent.\u2019 Francette avait fini sa crème.Pendant qu'elle la versait dans une jatte de cristal, elle pensa en souriant que, I'animosité de Peyronne.contre J ulrana était le seul nuage du beau ciel de \u2018Saint-Guirec, auquel la prochaine arrivée d\u2019Avit mettrait un peu d\u2019azur.Vv LA VOIX DANS LA NUIT.Ce soir-là, Geoffroy était seul avec Boche dans le belvédére: l'amiral de Bade- fol avait désiré présenter sa filleule à un chef d'Avit qui, sur le chemin d'un congé de convalescence, s'arrétait pour quelques heurez à Saint-Guirec, et, naturellement, pour ce dîner à l'hôtel, Mme d'Orgene accompagnait .Ja fiancée.D'abord, Francette ne voniuit pas quitter son frère, mais celui-ci avait beaucoup insisté pour qu'elle acceptât.Il ne lui déplaisait point de rester en tête à tête avec lui-même.Dapuis son entrés à l\u2019hôpital, il avait le sentiment de ne plus s\u2019 \u2018appartenir: les souffrances qui l'absorbaient, les soins qui lui étaient prodi- œués, les affections accourues à son chevet, l'empêchaient de rechercher ses souvenirs, de ressaisir sa pensée.Dans sa joie de le posséder sons partage, sa grand'mère venait maintenant bavarder avec Jui, le soir, quand il était couché., Et donc, 11 trouvait bon de n'être pas obligé aux paroles.Nadalou avait servi en silence son jeune maître.puis le couvert enlevé, les miettes balayées, il avait disparu et Geoffroy restait en face de la mer sur laquelle pesait un brouillard humide qui, déjà, dans ce plein été, faisait songer à l\u2019automne.À peine apercevait-on les feux de Ker- maria et de Frinandour.Ts ressemblaient à une tache de lumière bue par des feuillets de buvard.Et cette opacité, cette fraîcheur de l'air rappelait au jeune officier les jours vécus à l'extrémité de la grande lagune qu'en tourainet de toutes parts uns mer sans vagues, d'où émergeaieut des toits, des bouquets d'arbres, et sur quoi flottuient des cadavres casqués au hideux rictus et des madgriers arrachès anx tranchées.: La pluie tombait froide.pénétrante.Chaque jour, on combattäir: des fusillades à bout portant, des égorgements à la baïTonnette ou at couteau, des coups de crosse, toute la sauvegerie de la gnerre \u2026.Puis, c'était l\u2019obus tombant sur la tranchée.le sable qui s'écroule.une sensation horrible d'étoulfement et d'écrasement.fa nu Presque la mort.treoffroy n'avait repris Un peu de con- Naissahice que pour entrevoir le grand et bel olficier qui avait fait arrêter sa civière et qui, le baisant au front, avait dit: \u201cEn seine de la Moulzie, en votre personne, J em! bra sse l'héroïque brigade des fusiliers marins.Sur le moment, il n'avait pas compris: il était si faible.Ce n'était que plus tard qu'on jui avait appris quel était cet inconnu, aperot à travers un brouillard, le grand brouillard qui sépare les vivants de ceux que la inort tient déjà.complete.Geolfrov pensa : \u201cPourrai-je jamais redevenir ce que j'ai été?\u201d Ji se revit dans l'avenir, aux Dardanelles ou encore sur cette cote de Svrie, où les croisés du-XXr siècle connaitraient un jour l'ivresse d\u2019arracher aux infidèles le tombeau du Christ.TE! son coeur battit plus vite.\u201cOh! peusa-t-il, s1 je pouvais être à la vietoire\u2026 donner même ma vie pour qu'\u2019ele \u2014 87 \u2014 Ei il : + \u2018 i § 1 i Vol.12, No 10 le soit plus complète et plus belle.Quel rêve!\u201d La nuit tombait.Boche s'était endormi.mais son maître ne songeait pas à tourner le commutateur qui, jusqu\u2019au belvédère, assurait, aux locataires de la villa, le bénéfice de la humière amenée de loin.Il préférait l'ombre favorable aux songeries.p vil à peu, 11 oublia la guerre pour se figurer ce que serait son existence après, si Dieu ne voulait pas qu\u2019il tombât au champ d\u2019honneur.Pour faire la France nouvelle, il faudrait fonder des foyers nouveaux.Fran- cette irait joyeusement vers son devoir.Elle n\u2018aurait plus le temps d\u2019écrire à son frère les chères lettres\u2018qui étaient des volumes.Et, à la maison, qui la remplacerait?Ce n\u2019était pas le père à qui quelques lignes précises suffisaient; ce n\u2019était pas non plus la grand\u2019mère dont la vue se brouillait.| Celle qui eût\u2019adouci pour son fils la perte de sa petite confidente n\u2019était plus là.A l'heure où dans le brouillard de Dix- mude, il luttait sans nouvelles, elle s\u2019était éteinte, le regard vers le ciel, en murmurant son nom.\u201cIl faudra que je me marie aussi! pensa Geoffroy.\u201d Jusqu'à présent, il n\u2019avait pas envisagé cette éventualité; il se trouvait si jeune encore; les bonnes affections de famille lui -suffisaient.Mais, désormais, il n\u2019en irait plus de même.I1 fit le tour des jeunes filles qu\u2019il connaissait; celles qui habitaient des vieilles gentilhommières en Périgord, et celles qu\u2019il avait rencontrées dans le monde à Toulon.Les premières lui parurent trop en dehors du frémissant courant de vie qui à l\u2019heure présente, soulevait les coeurs; les secondes, trop frivoles, trop assoiffées de plaisir.Il y avait bien encore les jeunes infirmières très sages sous leur voile blanc, qui.LA 1! VUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 à l'ambulance, lui servaient ses repas, mais aucune n'avait fixé son attention.Et cependant, il lui semblait qu\u2019il savait bien comment serait la femme de ses rêves: grande, mince, avec une jolie tête fière, des cheveux sombres, un teint clair et des yeux bruns et profonds décelant une âme de courage et de beauté, à qui la souffrance a enseigné la prix de la vie.Où l\u2019avait-il rencontré, cette inconnue dont le front eût pu porter le diadème?Sous quels cieux?Au cours de quelle croisière ?I] n\u2019eût pu le dire.I avait pourtant l'impression qu'elle émergeait du vague de sa pensée comme si elle venait du pays zébré de canaux, où l'horizon est court, parce que trop de brume monte de la mer, le pays que Geoffroy aimait parce que, pour lui, il avait versé son sang.Et la brume, montant toujours, noya d\u2019indécision la belle figure.Geoffroy ferma les veux.Depuis qu\u2019il ne souffrait plus des douleurs intolérables qui, pendant de longs mois, avaient fait de lui un martyr il retrouvait avec l\u2019appétit un sommeil plus profond, plus réparateur.Il ferma donc les yeux et, en lui, touté sensation s'abolit.| Soudain, il sursauta.Quelqu\u2019un lui avait parlé, une voix basse qui était presque un souffle.- Boche s\u2019était réveillé: il grondait.Le jeune enseigne étendit la main vers le bouton électrique.La lumière se fit.I! n\u2019y avait personne dans le belvédère.Le vent, pénétrant par un vitrage ouvert, faisait seulement frissonner la clématite qui grimpait au treillage intérieur.Le fox-terrier fit le tour du lieu, flaira l'air, gronda encore, puis revint, vers son maître en remuant la queue comme s\u2019il attendait de lui quelqde explication.\u2014 Nous avons révé, mon vieux, lui dit Geoffroy en le caressant._ Tant de fois, pendant ses nuits d\u2019hôpital, pareille hallucination l\u2019avait hanté.TI croyait que sa mère lui parlait, des mots = DB \u2014 ee \u2014 ex = i.ei Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 tendres comme elle en avait.Et il se redressait, les yeux hagards, les mains tendues vers le vide.\u2014 Maman tu mappelles?Me voiti?.À son chevet, il ne trouvait que l\u2019infirmière blanche, préposée à sa garde, qui le calmait doucement, et il retombait sur les oreitlers, étreint, une fois de plus, par la douloureuse réalité.Mais la\u2019 voix: qu\u2019il.avait entendue n\u2019était pas celle de sa mère.Elle ne lui était pas familière, et, toute basse qu'elle fût, elle frémissait dejeunesse et d\u2019ardeur.Et puis, c'était s?étrange, ce quelle avait dit: ,\u201cPrenez bien garde à vos paroles.\u201d \u2014 dJ'\u2019ai rêvé, se répéta Geoffroy.Tout de même, il voulut explorer la terrasse.Péniblement, il alla d\u2019un côté jusqu\u2019à la grille fermée qui délimitait, vers les Pierres-Noires, le domaine des locataires, et de l\u2019autre jusqu\u2019à l\u2019escalier qui descendait aux Moines-Blancs.Une grille le fermalt aussi, grille élevée, à barreaux pointus, agressifs, qui étonnait en cet endroit.\u201cNulle part, il n\u2019aperçut trace humaine.Rien que le brouillard, et, au large, on entendait des beuglements de sirènes.Il revint sur ses pas.Le belvédère bien éclairé le guidait comme un phare.Il se jeta sur la chaise-longue et regarda autour de lui.Les objets n\u2019avaient point changé de place, mais au treillage de la clémalite, une rose rouge était piquée, une rose toute pareille à celle qui avait embaumé pour longtemps l'épopée de Dixmude et dont personne n'avait pu expliquer Ig provenance.\u201cJe ne l\u2019avait pas remarquée tout à l'heure, pensa le jeune officier.C'est dro- lel.Il se releva pour la prendre, la respirer, comme si, par le parfum, il devinerait la main inconnue qui, de nouveau, lui faisait cette offrande, puis il se rassit.\u201cAi-je rêvé?se demanda-t-il encore.\u201d Il n\u2019affirmait plus.Et cependant, il était si improbable qu'il eût entendu réellement les paroles mystérieuses.Quant aux roses, il était de plus en plus évident que Nadalou était le mystérieux pourvoveur.TH les dérobait au mur du pavillon.\u201cJe lui recommanderai d'être plus discret!\u201d se promit Geotfrov.En attendant ,il chercha ce qu\u2019il pourrait faire de la fleur au\u2019i! tenait toujours entre les doigts.Sur la table, dans un cornet de cristal, il y avait des coquelicots, et de folles herbes que Francette avait cueillis, le matin, sur la falaise, en revenant de la messe, LI hésita.Mettrait-il là la rose rouge?A la réflexion, il ne le fit point, et, avec le geste furtif d\u2019un enfant qui a peur d\u20198- tre puni, il cacha la rose \u2018\u201dns la poche de poitrine de sà vareuse.Les pétales se froisseraient, mais il l\u2019embaumeraient et, pour le moment, cette satisfaction lui suffisait.Des pas crièrent sur le gravier.Boche se leva et, écartant de son museau la porte entr\u2019ouverte, \u2019 \u2018artit en aboyant joyeusement: France, aitivait fraîche et jolie dans le paletot de laine blanche, enfilé contre l\u2019humidité du soir.\u2014 Eh bien! mon Geoffre, ne es-tu pas trop ennuyé?Elle était un peu excitée : le chef d\u2019Avit avait parlé de celui-c: en termes qui l\u2019avaient remplie de fierté : \u2014 C'est un héros comme toi, affirma-t- elle en embrassant son frère.Puis, lorsqu'elle fut assise, avec un peu cle recul, elle remarqua : \u2014 Tu as l'air tout chose! Souffrirais-tu ?\u2014 Oh! non, répondit vivement Geoffroy, mais, comme un retraité, je m\u2019étais endormi après le dîner, Je viens juste de me réveiller.\u2014 C'est donc cela! Tu as l\u2019air de quel- aun ai a leg idées érosébles.Mme d\u2019Orgeac n'pmrif pas couru comme EE mp aero Vol.12, Ne 10 LA REVUE sa petite fille.À son taur, elle entrait dans le belrédère.\u2018 Geoffres pensait: .\u201cDois-je teur raconter mon hallucina- ton: Hocus br bouche pour connmencer son rées, xe moquer agreablement de lul-mé- me: ia peur d'effraver sa grand mere re- tini les inot- prets ax échapper.| Mme C'rçrac evossissait toutes choses.Aver ole.ce tit n'était qu'une fantaisie tt réve, une imagination de la nuit, deviendrait nne réalité effrovahle qui troublerait pent étre la douce auiétade du /P\u2019a- radis.Mieux valait itit cpargner ces tourments inutiles, mais, lor = BR a Xi ir i a \"= Vol.12.No 10 LA REVUE Montréal, Octobre 1919 POPULAIRE trop de bolées, pensa-t-il.T1 y a des moments où je vois trouble.\u201d Il se retourna vers la chambre qu\u2019à dessein, il n\u2019avait pas éclairée : une odeur subtile y flottait, odeur inhabituelle qu 'il ne pouvait analyser.D'où venait cette odeur?À tâtons, il chercha: près du placard réservé, il lui parut que l'air devénait plus lourd, plus irrespirable.Mme Stevens avait-elle laissé, dans ce placard, des substances chimiques, destinées à l\u2019entretien des collections d'insectes qui, en se décomposant, dégageait des gaz délétères ?L'hypothèse était acceptable, d\u2019autant mieux que, dans la journée, la fenêtre restant toujours ouverte, on pouvait ne pas s\u2019apercevoir de l\u2019inconvénient.\u201cDemain, pensa le jeune homme, je demanderai à notre propriétaire la permission de forcer le placard.Il faut absolument éclaircir cette question.\u201d En attendant, il colla un morceau de papier ; sur le trou de la serrure, et, après avoir refermé les volets, il laissa la fend- tre ouverte.F, Mais tout cela ne lui expliquait pas les trois coups profonds qui l\u2019avaient réveillé.Ils ne ressemblaient en rien à ceux que, déjà, il avait cru entendre, qui n\u2019étaient que le toc-toc discret d\u2019une personne frappant à votre porte.C'était plutôt un signal d\u2019alarme, et, sans doute, ce signal ve- naît du large.Un navire en perdition?Une attaque sous-marine?Il se perdait en conjectures.Par moments, son coeur battait avec violence.des palpitations comme il n\u2019en avait jamais eues\u2026 Il se redressait alors, angoissé, le front moite.De nouveau ses oreilles bourdonnaient : il lui semblait entendre des voix, des appels, des clapotis de rames.\u201cSoyez sur vos gardes!\u201d Lui avait-on vraiment dit cela ?Dans cette maison où il n\u2019y avait que des femmes, quel danger pouvait le menacer ?Il revit les figures qui l'entouraient: dans la nuit, elle prenaient un relief singulier: Mme Stevens, Gudule, Lina.Juliana.Il s\u2019arréta sur cette dernière.Elle avait le regard dur et mauvais.La rumeur publique l'avait accusée d'être Allemande.Etait-on bien sûr qu\u2019elle ne le fût pas?N'était-elle pgs entrée au service des Stevens pour les espionner, les vendre à l\u2019Allemagne?Et, plus tard, n\u2019avait-elle pas épousé un brave homme de douauier, pour mieux voiler ses coupables agissements ?Avait-on jamais tiré au clair pourquoi Tapefort s'était tué pendant une nuit de tempête?Accident prétendait-on! Mais qui donc avait provoqué l'accident ?Le jour seul calma l\u2019imagination en effervescence de Geoffroy.Il s\u2019endormit et ne se réveilla que lorsque Peyronne lui apporta son déjeuner.\u2014 Et il est bon, mon petit, tu sais! Juliana n\u2019y a pas tripoté.Je la tiens au large de mes poëlons et de mes casseroles.\u2014 As-tu entendu le canon, cette nuit?demanda l'enseigne.\u2014 Non.Et pourtant j'ai le sommeil léger.Une souris me réveille.Ne l\u2019as-tu pas révé, mon chéri?.Tu l\u2019as entendu si souvent, là-bas, au front ! \u2014 Peut-être.Je croyais bien pourtant.Nadalou entrait.Geoffroy se tut et il s\u2019habilla presque en silence.Une fois prêt, profitant de ce qu\u2019il était seul, il prit l\u2019enveloppe cachée sous son traversin et la glissa dans la poche de sa vareuse.\u2014 Je ne raconterai pas que je la porte sur moi! Grand\u2019mère voudrait savoir le pourquoi, et, peut-être, s\u2019inquièterait-elle plus que de raison.Et, de peur qu\u2019on ouvrant le tiroir, devant Tony ou Francette, on ne lui posit des questions, il gonfla de papiers blancs une autre enveloppe jaune, y écrivit sa RRR ROT IN REN IR NRE ERR Ri ie Blue Vel.12, No 14 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Ootobre 1919 mn ees A Br am a propre adresse, d'une écriture qui avait toujours resseniblé à celle de son père, et, ensuite, cacheta avec la bague armoriée qu'il portait au petit doigt.\u201cCe ne sera le pli figurant! décida-t-1l gaîment.L'empereur Guillaume a ainsi des sosies qui le remplacent.\u201d | I] descendit au belvédére, Lina y était déjà ; elle apprenait un point de dentelle à Francette.\u2014 Où est M.Tony, demanda-t-elle à l'arrivant.Je ne sais pas, Mademoiselle.Il pêche, je suppose.\u2014 J'irai le rejoindre tout à Pheure, bien que je lui en veuille un peu! Il n\u2019a pas\u201d acheté hier le filet qui nous aurait été si commode pour les grosses crevettes.Il ana dit qu\u2019il n'avait pas eu le temps entre les traîns! S'il s'était dépêché, il aurait bien pu! Mais voilà! Il avait eu peur de manquer le Monsieur qui devait lui laisser au passage les papiers importants que vous attendiez.Le silence accueillit cette réflexion.En son for intérieur, Franiette pensa : \u201cMon Dieu! Que cette petite est donc curieuse !\u201d Et Geoffroy : \u201cMaitre Tony est un bavard! Je lui laverai la tête!\u201d Et, sans tarder, après le déjeuner, le grand aîné invita son jeune frère à l\u2019accompagner sur la plage des Moines-Blancs dont la mer découvrait le sable fin.Tony fut à Ia fois étonné et ravi de cette demande.Avec des soins infinies, il guida le convalescent dans l\u2019étroit escalier de grenie que, lui, descendait en quatre bonds pour aller se baigner.Ensemble, à petits pas, 1ls s'avancèrent vers le flot.La mer était d'un argent très doux et des mouettes se jouaïent autour du Frinandour.Geoffroy était grave: il s'arrêta tout à coup : \u2014 Tony, commenga-t-il, je te croyais \u2018 L'enfant devint pourpre.Tout de suite, il avait pensé aux papiers de son père.\u2014 Je n\u2019ai rien dit! s\u2019écria-t-il.C'est grand\u2018mère qui, me croyant dans le com- _partiment, a eu la langue un peu trop longue.Et, alors, au retour, Lina m\u2019a interrogé sur ce qu'étaient ces papiers si précieux.Je lui ai répondu qu\u2019ils n'intéresseraient pas des étrangers, qu\u2019ils n\u2019étaient précieux que pour nous.\u2014 Tu as bien fait, non point & cause de cette enfant dont la légèreté n\u2019attachera pas grande Importance & à tes paroles, mais à cause d\u2019autres qui pourraient en faire leur profit, par exemple, Juliana, la servante.\u2014 Ah! tu tien méfies aussi.Moi, je ne peux pas la sentir.Ce matin, comme je donnais mon sou quotidien à la Goélette, elle à passé devant nous avec sa chèvre, et, dernière son dos, la Goélette m'e fait une mimique expressive qui signifiait évidemment: \u201cMéfiez-vous.\u201d | \u2014 La vérité sort da la bouche des innocents.Je me méfierai.Il y a aussi ce que m'a raconté le vieux Marville.L'autre jour, je ne t'ai parlé que des contes sur la chapelle de Saünt-Guirec, Juliana lui prépare une drogue qui empêche de dormir.Une drogue dont elle tient la recette de son père et qu\u2019elle fais sait prendre à son mari.\u2014 Pour celui-ci, le résultat n'a pas été heureux.\u2014 Pourtant, Marville s'en Loue beaucoup.Moi, ça me semble louche ! \u2014 Je suis assez de ton avis, mais, sur ce sujet, je t'engage à garder ta langue.\u2014 Oh! il n\u2019y a pas de risque que je parle.Geoffroy, je t\u2019assire que je comprends à quoi vous engage l\u2019honneur.L'enfant n\u2019était plus rouge.Il était pâle, Son frère mit la main sur son épaule.\u2014 J'ai confiance en toi, et la preuve, c'est que je vais te dire ce que personne ne sait: je porte sur moi-des papiers de notre père So ai vr Row gow Es ou 5 um 5 5.æ #2 = Vol.12, No 10 \u2014 Mais grand\u2019mère verra bien qu'ils ne sont plus dans le tiroir, si jamais tu as besoin de l'ouvrir devant elle.\u2014 Aussi, ai-je pris mes précautions, Il y a dans le tiroir un pli figuratif.\u2014 Avec de faux papiers dedans?\u2014 Non, avec du papier blanc tout simplement.\u2014 Moi, j%crirais quelque chose.Ce serait plus drôle.Parce que si jamais les Boches le volent, ça les trompera.Et c'est si amusant de tromper les Boches! Demande plutôt à Avit!\u2026.L'idée ne parut pas mauvaise À l\u2019aînée ; sous prétexte de dormir un peu.11 remonta dans sa chambre, et, sans tarder, il griffonna des notes imaginaires qui semblaient prises au front, puis les enferma sous un pli scellé qui remplaça le premier.\u2014 Comme cela, pensa-t-il, si Juliana est trop curieuse, elle sera mystifiée et ne se rendra pas commte tout de suite que je méfie d\u2019elle.Fm Et, à cette pensée, il sourit comme Avit souriait en racontant les bons tours joués à l\u2019ennemi\u2026 XVII L\u2019HAMEÇON TENDU La nuit suivante, Geoffroy ne fera pas sa fenêtre pour que l\u2019air du dehors, glissant par les joints des volets, chassit les gaz délétères, si, de nouveau, il s'en engageait.Vers minuit, il crut sentir l\u2019odeur perfide qui étouffait.L'hypothèse de matières chimiques se décomposant lentement dans le placard n\u2019était guère soutenable.Le phénomène ne se produisait qu\u2019à certaines heures.Mais, alors, que supposer.À tout prix, il failait éclaircir ce mystère?| Et, le jour même, à l\u2019heure du café, quand Lina parut sautant les marches de l'escalier comme la bergeronnette saute les LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 pierres d\u2019un ruisseau, sans se poser, Geoffroy lui dit: \u2014 Mademoiselle, voudriez-vous demander, à Madame votre mère, l'autorisation de forcer là serrure du placard.Sil y a lieu, je le ferai ensuite remplacer à mes frais, mais les rats m'empéchent de dormir et je voudrais leur présenter Boche.Lina inclina la tête de côté ce qui, de plus en plus, accentua sa ressemblance avec la bergeronnette de la Moulzie.\u2014 M n'y a pas de rats, affirma-t-eile.Vous comprenez, dans une maison neuve, ce n\u2019est pas crovable ! \u2014 Pourtant, j'ai entendu des bruits extraordinaires.\u2014 C\u2019est le frôlement des branches contre le mur.-\u2014 Je ne crois point.Ft je vous serai bien obligé, Mademoiselle, de transmettre ma commission.Mme Stevens accourut, visiblement émue : \u2014 Je vous assure que c'est une illusion, affirma-t-elle anssi.Il n'v a pas de rats, il n'y en a jaamais eu !.Pourtant, si vous v tenez ahsclument, je ferai ouvrir le placard, mais par\u2018un ouvrier compétent.La serrure a de la valenr et je ne vondrais pas qu\u2019elle fût détériorée\u2026.La prochaine fois que j'irai à Languerneau, je verrai mon serrurier, si, du moins, il n\u2019est.pas mobilisé.Patientez jusque-là, Monsieur, je vous prie.| Elle était si essoufflée, elle cherchait tellement ses mots que Geoffroy comprit qu\u2019elle était contrariée, et, soudain, cette idée lui vint: \u201cLe placard ne doit pas être un placard.C'est plutôt une cachette où sont entassées des choses précieuses.Par sa situation politique, M.Stevens avait peut-être eu vent d\u2019une agression possible de l'Allemagne, et, en temps opportun, 11 avait mis à l'abri les papiers et les objets auxquels al tenait.\u201d Ainsi s'expliquaient les caisses sang nombre dont le pays avait jasé \u2014 97 \u2014 Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Ocvobre 1919 Mais comment expliquer les gaz asphyxiants qui ne se dégageaient que la nuit, et dont, à dessein, Geoffroy ne voulait point parler.Il y avait là un facteur évidemment ignoré de Mme Stevens.Pendant deux jours, il roula plusieurs projets dans son esprit.Enfin, 1l s'arrêta à celui-ci: pour être sûr de la culpabilité de Juliana, il faHait lui tendre un piège.Mais seul, le jeune enseigne ne pouvait agir: un aide lui était nécessaire.Il résolut de s'adresser à Tony, et cette fois, pour que personne ne les entendit, il 'emmena par la falaise jusqu'au vieux fort dont les courtines ruinées disaient l'abandon Je cette cote.Ils s\u2019assirent sur des pierres éboulées; en face d\u2019eux, les oignons vitrés des deux belvédères étincelaient au soleil, et l\u2019abri des douaniers, vu par derrière, n\u2019était plus qu\u2019un mamelon couvert d\u2019henbes sèches.\u2014 Tony, commença alors l'aîné, 1ci, personne ne nous entendra! J'ai à te parler de choses sérieuses.Il avait l\u2019air si ému que le jeune garçon eut peur.) - Aurais-tu reçu de mauvaises nouvelles de papa?interrogea-t-il, la voix tremblante.Non, Dieu merci! Mais j'ai quelque chose à te dire, que je ne puis confier à grand\u2019mère, ni à Francette.\u2026.J\u2019ai même un service à te demander !.Te sens-tu le courage d'être discret et prudent pour bien servir ton pays?\u2026 \u2014 Servir mon pays! Il y a si longtemps que je le désire.Ah! oui, je serai discret! Et prudent! Et tout ce que tu voudras.On est si malheureux d\u2019être trop jeune en ce moment !.\u2026 \u2014 Je n'attendais pas moins de toi !.\u2026.Tu n\u2019es qu\u2019un enfant, maïs la guerre t'a mûri.Tu comprends que, petits et grands, nous devons unir nos efforts pour le salut de la patrie, ne rien négliger, ne rien considérer comme inutile! Ce que je vais te demander te répugnera peut-être, mais iy attache une importance capitale.\u2014 Jai tellement confiance en toi, mon grand! Tout ce que tu me diras de faire, je le ferail._ \u2014 Eh bien, voici ! Demain matin, en pê- chant ou en revenant de la pêche, tu t\u2019arrangeras pour raconter devant Juliana que nous avons reçu de papa des papiers secrets et que je les ai serrés dans le tiroir de ma chambre.Puis, négligemment, tu annonceras, ce qui est vrai, que nous allons prendre le thé et dîner à l\u2019hôtel, où l\u2019amiral veut fêter les premiers pas de son neveu, hors de l'hôpital, et tu ajouteras, ce qui est vrai aussi, que Nadalou et Peyron- ne en profiteront pour aller en emplettes à Languerneau\u2026.Je t\u2019expliquerai ce que tu auras à faire.Par ailleurs, pas un mot! Je te traite en homme! Agis en homme! \u2014 Tu peux être tranquille.On me tuerait plutôt que de m\u2019arracher ce secret.Je comprends que c\u2019est grave.De plus en plus, tu te méfies de Juliana ?\u2014 Oui, je suis presque certain que c\u2019est une espionne.Et si mes craintes se justifient, je voudrais débarrasser Mme Stevens de cette compagne dangereuse.Elle est tres enfant, comme sa fille Lina; ello ne croit pas au mal.Mais elle pourrait en souffrir, si elle devenait suspecte aux gen du pays.\u2014 On croirait que Mlle Gudule se doute de quelque chose.Elle a de la répulsion pour la domestique de sa mère.Hier, elle était assise devant son métier.En passant, Juliana lui a jeté une parole rude que je n\u2019ai pas comprise \u2014 ce devait être du flamand.\u2014 Elle n'a répondu que par un mot, mais un mot cing'ant, car la femme a rougl comme si elle avait été frappée au visage.\u2014 Raison de plus pour agir vite, si cette misérable fait souffrir Mlle Stevenes.Le jeune enseigne pensa : \u201cNe serait-ce pas elle qui, arrivant par \u2014 98 \u2014 oF 7 =F Ha bu Vol.12, No 10 LA REVUE les caves, jusqu\u2019à la cachette mystérieuse, cherche à vicier l\u2019air que je respire ?\u201d Mais il n\u2019en dit rien à son jeune frère, du reste occupé ailleurs : \u2014 Geoffre, regarde.la voici justement ! C\u2019était de Juliana qu\u2019il parlait.Elle marchait sur la falaise, de son pas habituel, raide, presque automatique.La chère était à sa droite.Ainsi le voulait, ce jour-là la fantaisie de sa gardienne.Le vent s'engouffrait dans la cape, la faisait claquer.Juliana n\u2019essayait pas de la retenir.Avait-elle aperçu de loin les deux frères?Peut-être.Mais elle ne les regarda point.Elle s\u2019en alla, comme indifférente à tout ce qui l'entourait, vers le vide immense de la Grève qui avait une lieue de long.\u2014 Quelque figure ! chuchota Tonv.Elle y porte inscrite la méchanceté de sa race.LT D oe .oe os CE 0 Le lendemain matin, Lina ramassait des coquillages sur les Pierres-Noires.Som jeune ami vint la rejoindre, et, aprés avoir parlé de la.pluie et du beau temps, profitant de ce que Juliana venait puiser de l'eau de mer, pour faire cuire le poisson du déjeuner, il lança, par-dessus les roches : \u2014 Lina, vous avez bien deviné!'\u2026 Ces papiers que j'ai rapportés l\u2019autre soir.sont des documents secrets, dont nous ne devons pas prendre connaissance.La.fillette s\u2019était relevée, et, les mains humides, des algues flottant au bout des doigts, elle écoutait.\u2014 Oh! dit-elle, quel dommage! Ce doit être si intéressant\u2026 \u2014 Mon frère a serré le pli dans le tiroir de la table de sa chambre.Il n\u2019y touchera pas plus que nous.Du reste, c\u2019est cacheté.\u2014 Vous n\u2019êtes pas curieux ! \u2014 Oh! si, je le suis!.Mais ce ne serait pas chic d\u2019ouvrir.Comme dit le parrain de ma soeur, l\u2019amiral de Badefol: chez LG PSE OS AGE PAIE CISCO AMC FER IC ELA POIL LANCE POPULAIRE Montréal, Ootobre 1919 tout bon Français, il doit y avoir une âme de gentilhomme |! \u2014 J\u2019aime bien l\u2019amiral ! T1 est amusant \u2014 Moi aussi, je l\u2019aime bien! Aussi, au- jourd\u2019hui, je suis content.En l\u2019honneur d\u2019Avit, qui va sérieusement mieux, il nous invite à passer la journée et à dîner avec lui.Nadalou et Peyronne en profiteront pour fisiter Languerneau, qu\u2019ils ne cons naissent poimtl\u2026 \u2014 La maison sera vide, alors?.\u2014 Complètement! Nous emmènerons même Boche\u2026 Mais puisque vous êtes au pavillon, nous ne craignons pas les voleurs.I1 haussait le ton pour que Juliana, qui s\u2019éloignait, l\u2019entendit mieux.Elle tourna la tête, intéressée.I] vit que sa voix avait porté ; ponr ne pas avoir l\u2019air de s\u2019en apercevoir, il changea brusquement de sujet de conversation : \u2014 Oh! Lina, regardez donc! T] y a des empreintes de pas sur le sable.Je suis persuadé que, la nuit, des contrebandiers débarquent ici.Que fait donc le vieux Marville?Il prétend qu\u2019il ne dort pointl Je n\u2019en suis pas gi persuadé.\u2014 Il a bon oeil et bonne oreille, assura la fillette qui, maintenant lavait ses coquillages.Ces pas que vous voyez sont ceux des pêcheurs qui trouvent notre embarcadère commode pour rejoindre leg barques, parties de Saint-Guirec.Tony suivait son idée.\u2014+ On croirait qu\u2019on a traîné des choses lourdes! remarqua-t-il.C\u2019est drôle ! \u2014 Mais non, ce n\u2019est pas drôle! Pour aller à la pêche, if faut des voiles, des filets, des paniers pour mettre le poisson.Derrière les deux enfants penchés, quel \\ _ qu'un éclata de rire.C\u2019était la Goélette; sa bouche fendne allait pusqu\u2019à sa coitra blanche.\u2014 Pourquoi ris-tu?interrogea brusquement la petite fille.La mendiante, et pour éause, ne répondit pas.Elle enfongait ses orteils nus dans vs GO a ES FUI SN Ry: Seo ee TTR PLT Vol.12, No 10 LA REVUE la sable fin, oll les empreintes se croisaient.\u2014 Pourquoi ris-tuw?répéta Lina, si rudement que Tonv la regarda, surpris.Cette fois, la muette fit un geste qui montrait l'horizon de mer et semblait suivre une fumée de navire, à peine distincte de la brume.Puis elle pivota sur elle-même et remonta le sentier qui rejoignait la route.Lina haussa les épaules.\u2014 Elle est folle, je vous dis! \u2014 Croyez-vous?dit Tony en se redressant.J'imagine, au contraire, qu'elle voit et observe des tas de choses qui échappent au commun des mortels.Si elle pouvait parler, elle en raconterait de drôles! \u2014 Mais elle ne peut pas! Puisqu'elle n\u2019a pas de langue et qu'elle ne sait pas lire ni écrire ! \u2014 En effet! Cette pauvre créature est murée ! Elle est la preuve vivante que les Boche de \"70 ne valaient guère mieux que ceux d\u2019à présent! Pouah! quelle race abominable! Lina ne répondit pas: elle jetait ses coquillages dans le panier qu\u2019elle portait en bandoulière.Du clocher de Saint-Guirec, l\u2019Angelus s\u2019égrena sur le calme de la mer et de la campagne.\u2014 Nous allons être grondés ! s'écria Tony.Sauvons-nous ! On se mettait à table quand il descendit au belvédère.T1 ne put que deux mots à l\u2019oreille de son frère : \u2014 C'est fait! \u2018 \u2014 Après le café, sur la plage.chuchota Geoffroy.Je t'expliquerai le reste!.-, XVIII LÉ GUET DE TONY La voiture attendait devant le perron.Geoffroy y monta avec sa grand'mère, sa soeur et Boche qui avait peur d'être ou- blaé, Montréal, Octobre 1919 POPULAIRE \u2014 Je vous rejoindrai plus tard, annon- - Ça Tony, à l'heure du dîner.Pour le moment m'incite à faire une promenade.Nadalou et Peyronne se disposaient au départ.Lina appuyé au vieux cloître, semblait triste de rester au logis.Mile Stevens était invisible.Tony n'alla pas loin, jusqu'à la maison de Marville.Le douanier était sorti, mais devant la porte, sa femme raccommodait un filet.\u2014 Madame, lui dit poliment le jeune garçon, ne pourriez-vous pas garder ma bicyclette ?Je désirerais monter jusqu\u2019à la Fontaine du Paradis, que je ne connais pas, et je sais que le chemin est rocailleux.Mme Marville s'empressa, comme le premier jour, mais sans grandes paroles.Son mari était si bavard qu'elle avait pris l\u2019habitude de se taire.Tony alors tourna dans le sentier qui grimpait vers la Fontaine.Les petits, aux habits trop longs, voulurent l'accompagner.Il les renvoya en leur promettant une distribution de sous au retour, et, dès qu\u2019ils furent hors de vue, il escalada le talus, en jamba une barrière, et, à travers champs, revint vers les Moines Blancs.Quand il eut atteint la route, pour que Nadalou et Peyronne, qui s'éloignaient & pas tranquilles, ne pussent l\u2019apercevoir, il la coupa d'un saut et descendit vers les rochers qui portaient la villa.T1 gravit l'escalier, se hissa par-dessus la balustrade, et alors, rampant comme un soldat qui va vers une tranchée ennemie, il traversa le bois de chênes-verts.Le coeur lui battait à grands coups.Arrivé devant la fenêtre de son frère, il se redressa et entrebâilla les volets.Personne ! D'un bond, il fut dans la chambre, et, écartant les rideaux fleuris de la table à toilette, il se glissa à la place du broc et du seau qu'avant de partir, 1l avait eu la précaption de caser ailleurs.La situation manquait de confortable: \u2014 100 \u2014 / 7 ur Vol.12, No 10 LA REVUE 8 pour Pendurer, il fallait toute s la souplesse d\u2019un garçon de quinze ans, Tonipu aux exercices de gymnastique.Il attendit environ un quart d'heure et commençait à trouver le temps long, quand, tout à coup, il dressa l'oreille.Une mains touchait la serrure du placard.Tony retint sa respiration.La clef tourna.La porte s'ouvrit.Le jeune garçon colla l\u2019oeil à da fente légère qu'il avait ménagée.\u201cQuoi que tu voies, quoi que tu entendes, lui avait recommandé Geoffroy, ne bouge pas.Ne crie pas.\u201d La recommandation n\u2019était pas inutile, car de voir Juliana entrer, comme chez elle, donnait à Tony le désir impérieux de bondir pour l'empêcher d'accomplir son forfait.Il se retint pourtant, mais ses ongles pé- nétrérent dans ses paumes, tant il serrait les poings.L\u2019espionne s\u2019avanga avec précaution Elle regardait à droite, à gauche.Eviden:- ment, elle craignait d\u2019être surprise.Pour commencer, elle ferma la fenêtre, barra la porte, ne laissant ouvert que le passage secret par où arrivait un souffle glacial qu\u2019expliquait l\u2019escalier qui s\u2019enfon- cait dans le noir.Alors, elle revint vers la table et, tout simplement, à vec une clef, ouvrit le tiroir.Le paquet s'offrit à elle; elle le saisit, referma le tiroir et, gagnant le passage dérobé, elle disparut.\u201cC\u2019est le premier acte! pensa Tony.Quand elle aura pris copie des paipiers, elle reviendra les mettre en place.Il y en a pour un moment.J'ai le temps de me dégourdir les jambes.\u201d Il sortitde sa cachette, et, sans bruit, grâce à ses semelles de caoutchouc, il se promena de long en large.I] était indigné.\u201cCette Juliana, tout de même, quelle coquine!.Ah! ce pauvre Tapefort et la bonne Mme Stevens avaient bien placé leur Montréal, Ootobre 1919 POPULAIRE confiance !\u2026.Si Lina s'en doutait, elle serait furieuse! Elle qui, l\u2019autre jour, pour me prouver que le piano était juste jouait si bien la Brabanconne!.Et Mlle Gudu- le qui aime tant sa chère Belgique !.Quelle horreur serait la sienne !.Ah! si Geoffroy ne m'avait pas recommandé la discrétion absolue, comme j'irais vite chercher les gendarmes !\u2026 Mais voilà! j'ai la bouche cousue\u2026 C'est dur!\u201d Il roula ces idées pendant plus d\u2019une demi-heure.Au \u2018bout de ce temps, un bruit léger dans l'escalier lui donna l'éveil.Il ne fit qu\u2019un bond jusqu\u2019à la table à toilette.Les rideaux de cretonne frémissaient encore lorsque la porte s'ouvrit.Juliana reparut.Sa figure, ordinairement fermée, exprimait la satisfaction.Sans doute, elle était contente de ce qu\u2019elle avait appris.Tony dut se bâillonner pour ne pas éclater de rire.Avec un soin qui prouvait la longue habitude des menées ténébreuses, elle remit en place le pli cacheté, referma le tiroir, rouvrit la fenêtre, débarra la porte, rangea même une chaise qu'elle avait accrochée au passage, puis, de nouveau, disparut par l'escalier secret.Tony, alors, put se redresser, s\u2019étirer en tous sens! \u201cOuf! pensa- -t-il.C° est fatigant de faire du contre- -esplonnage ! Mais, en vérité, je n\u2019ai pas perdu mon temps.À présent, Geotfroy ne saurait plus avoir de doute et j espère qu\u2019il va agir!\u201d : Il consulta sa montre : cinq heures et demie! Juste le temps de grimper jusqu\u2019 a la fontaine du Paradis! De nouveau; il sauta par la fenêtre, et, rampant a travers les bosquets, gagna l\u2019escalier des Moines-Blancs.Une fois sur la plage, il était sauvé! Personne ne pouvait se douter d'où 1l venait.Par les champs, il rejoignit le sentier qui montait derrière la maison de Marvil- le, et en quelques minutes fut à la source renommée.\u201c ere TO] esd I= A PIRI TUTE RE PIRES ER JE fi 9 « n RRNA HAR RHE RR Rar, Vol.12, No 10 LA REVUE Elle jaillissait du rocher dans une sorte de vasque naturelle, tapissée de mousse et de capillaires, et elle était si fraiche, si limpide, qu\u2019on comprensit le beau nom que, jadis, les moines lui avaient donné.Tony y trempa les lèvres, puis il s'assit pour réfléchir.Le soleil n\u2019atteignait plus ce coin, L'ombre était reposante.On pouvait mettre de l'ordre dans ses idées.Naturellement, Tony repensa à Juliana.Il se demanda si elle était espionne depuis longtemps, si elle l\u2019était avant la guerre, quand elle avait épousé le douanier Tape- fort, et si elle l'avait épousé pour mieux pervir ses plans.Mais, dans ce cas, n'était-elle pour rien dans sa fin tragique?\u201cQuelqu'un devait la payer?\u201d pensa ensuite le jeune garçon, qui était très logique dans ses déductions.Quel était ce quelqu'un?Et, tout naturellement, une figure s'offrit à son esprit, celle de Wilhelm Korschofen, que personne n\u2019avait vu à Saint-Guirec, mais qui possédait toute la côte et les mines de l\u2019intérieur ce Kirschofen dont l'enseigne de la Moulzie avait débarrassé la France.\u201cOui, ce doit être ça! pensa-t-il.J ulia- pa était une créature de Kirschofen.Ce poir, je le dirai à Geoffre.\u201d Un coup d'oeil sur sa montre, Tony bondit! Il allait être en retard.En courant, il redescendit au hameau des Moines-Blancs, distribua les sous promis aux enfants de Marville, puis, enfourchant sa bicyclette, il fonça sur le Grand- Hôtel.Il était très rouge et un peu haletant, lorsqu'il parut sur la terrasse où l'amiral avait fait dresser la table du dîner.\u2014 Comme tu as chaud! s'écria la grand'mère, déjà alarmée.D'où viens-tu \u2014 De la Fontaine du Paradis.Il y faisait si bon que je m'y suis oublié.\u2014 Je m'inquiétais, dit doucement Geof- frov.| Avit riait.at AE > es POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 \u2014 Non, mais regardez-le! D'où sort-il* Bien sûr d'une tranchée de première ligne! Il est couvert de terre, de brindille et de feuilles sèches.\u2014 Et il s\u2019est écorché le doigt! ajouta Francette en preriait la main de son frère.\u2014 Vite! ume injection antitétanique! poursuivit l\u2019incorrigible Avit.Il n'est que temps! \u2014 Non, non, grommela l'amiral.Qu'il aille se débarbouiller et se donner un sé- \u2018rieux coup de brosse, et qu\u2019il revienne: Nous avons faim.Cet air de saint-Guirec creuse d\u2019une façon étonnante.Tony, un peu confus des quolibets qui l\u2019avaient accueilli, ne se représenta que très correct, et, tout aussitôt, le diner fut ser- Vi.Sur cette terrasse, embaumée d\u2019odeurs d'héliotropes, devant cette mer tranquille où glissaient de jolies voiles, on eût oublié la guerre et toutes ses horreurs, si, à chaque instant, la conversation ne l\u2019eût rappelée.| L\u2019amiral racontait que, la veille, au large de Frinandour, deux voiliers avaient été encore coulés par un sous-marin allemand, et, sans avis préalable, brutalement.\u2014 Ces pirates doivent avoir une base en Angleterre ou en Irlande, affirma-t-il.De plus en plus, j'en suis certain.\u2014 Pourquoi pas en France! hasarda une voix un peu étranglée.C'était Tony qui avait parlé.Geoffroy le regarda.\u201cT] y a des espions partout! continua le jeune garçon, des espions dont on ne se doute point.\u201d Cette réflexion fit sourire l'amiral.\u2014 Voyez-vYous, ce Tony?A l\u2019entendre, on croirait que c'est un homme d\u2019expérience!.\u2014 Il voit très juste, assura Mme d\u2019Or- geac.Quelquefois, je suis étonné de la fa- con dont il m'explique les choses de la guerre.On parla du réseau tendu sur la Fran- \u2014 102 \u2014 Ê pas vai, Ni Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Ootobre 1519 ce pour l\u2019empêcher de se débattre, la mieux capter.\u2014 Fort heureusement, les mailles n\u2019ont pas tenu! décida drôlement Avit.Il allumait une cigarette.Geoffroy repoussa son fauteuil.\u2014 Où vas-tu?lui demanda sa soeur?\u2014 Jusqu'à la balustrade.Ne te dérange pas.Tony m\u2019accompagnera.Il avait là, sous des tamaris aux fins plumets roses, un banc dont le dossier était confortablement renversé.Les deux frères s\u2019y assirent.L'air très doux, le ciel pur donnaient l'illusion de la Provence.\u2014 Eh bien?demdnda Geoffroy.Tout d'une haleine, Tony raconta son histoire, et, aussitôt, 11 ajouta : \u2014 Je suis convaineu que cette femme était au service de ton Kirschofen.\u2014 J'ai eu asussi cette idée, dit très bas l\u2019enseigne.\u2014 Alors, demain, tu iras faire ta déposition.\u2014 Oh! pas si vite! Juliana a évidemment des complices.I] convient de les arrêter avec elle.Pour cela, il ne faut pas se presser : il importe même de laisser croire que nous ne nous méfions point.\u2014 Dis-done, Geoffre, si cétait elle qui ravitaillerait les sous-marins?Le jeune officier sourit: \u2014 Toute seule, cela me parait assez improbable.\u2014 Non, pas toute seule, mais avec ses complices.Le matin, à plusieurs reprises, j'ai remarqué de nombreuses empreintes de pas sur le sable des Pierres-Noires.Lina prétend que ce sont des pécheurs qui, la nuit,-usent de l\u2019embaïcadère, et, sur cette assurance, Mme Stevens dort sur ses deux oreilles'\u2026 Moi, je ne suis pas si convaincu! Et puis, tu sais, il y a aussi oe feu de la chapelle.Si c'était un signal?Geoffroy se taisait, mais Tony, qui lui avait pris la main pour mieux ponctuer ses paroles, sentit que cette main était froide, \u2014 Tu es fatigué, assura-t-il.I] vaudrait mieux rentrer.\u2014 Oui, tu as raison.Demain, nous reparlerons de notre affaire, Je te le répète, il faut que Juliana ne se doute de rien.\u2014 Alors, tu n\u2019avertiras pas Mme Stevens ?: \u2014 Non, bien sûr! Elle laisserait paraître sa surprise.L'autre aurait vent de nos soupçons, et elle filerait\u2026.Jusqu'à nouvel ordre, tu garderas la bouche close\u2026 Et je t'en fais une question d\u2019honneur.Mme d\u2019Orgeac appelait ses petits-fils : \u2014 Avit est fatigué.L\u2019infirmier vient le chercher.Pour nous aussi, il est temps de rentrer.Geoffroy se traîna jusqu\u2019à la voiture où sa grand\u2019mère et sa soeur le suivirent; mais Boche s\u2019élança en aboyant derrière Tony qui dévalait à bieyclette la pente dangereuse des Moines-Blancs.A la villa, tout était tranquille.Peyron- ne avait eu chaud à Languerneau.Une seule chose l'avait frappée : la superbe pâtisserie où elle était entrée pour acheter des gâteaux secs.Il y avait des glaces partout, un plafond peint\u2026 Et un monde à ne pouvoir se retourner!.Ah! ce Peruccil Il devait en gagner de l'argent ! La douairière ne demandait qu\u2019à continuer le petit somme ébauché sur la terrasse de l\u2019hôtel.Les bonsoirs furent écourtés et, vite, Geoffroy se trouva seul dans sa chambre.D\u2019abord, il rendit visite au pli scellé, qui avait servi d\u2019appât à l'hameçon.Il était impossible de reconnaître que le poisson y avait mordu.Les cachets, sans doute détachés avec une lame fine, avaient été soigneusement recollés On avait même respecté leurs bavures.Celle qui avait fait cela, n\u2019en était pas à coup d\u2019essai.Elle devait avoir une longue habitude de l'espionnage.| Avec un geste de dégoût, le jeune enseigne rejeta le pli dans le tiroir et, sans \u2014 108 \u2014 Mai \"M A a a: Bi.a: 4 SR Is { PIRE HR LA REVUE.avoir le désir de se coucher, il s'étendit dans un fauteuil, - Une seule idée était en Jun: \u201cJe n'ai pas eu d'hal!ucinations.Je n'ai pas révé!.Clest bien Mlle Stevens qui, a deux reprises, m\u2019a recommandé la méfiance.\u201d La première fois, elle avait dû venir par la terrasse, profiter d\u2019un vasistas ouvert, pour jeter son avertissement.La seconde fois, par l\u2019escalier secret, elle était montée jusqu\u2019à la porte condamnée.Mais la nuit où Geoitfroy, où il s'était traîné jusqu\u2019à la fenêtre et avait vu l'espace balayé \u201cd\u2019une étrange lueur et perçu des bruits insolites.ressemblant à des clapotis de rames et à des murmures de voix, était-ce elle qui avait frappé les trois coups profonds que, dans la maison, personne autre n\u2019avait entendu, et que, d'abord, Geoffroy avait pris pour un signal du large?Et, dans ce cas, où pouvait-elle être, si ce n\u2019est dans les souterrains que, maintenant, le jeune enseigne devinadt au-dessous de lui, mystérieux, compliqués, encomorés de toutes les choses dont l'arrivage avait étonné les gens du pays.Mais, si elle soupçonnait les agissements coupables de la servante, pourquoi ne s\u2019était-elle pas montrée plus explicite dans Bes avis, pourquoi n'avait-elle pas réussi à communiquer sa convtion à sa mère?N'était-ce pas que, se méfiant de l'inaltérable bienveillance de celle-ci, elle avait craint des indiscrétions qui eussent poussé Juliana à quelque acte perfide?Elle préférait confier à d\u2019autres le soin de démasquer l\u2019 étran gère.\u201cElle\u2018a raison! pensa Geoffroy.Cette femme est dangereuse .! Si elle apprenaît le rôle joué par sa jeune maitresse, elle essayerait sans doute de se débarrasser d\u2019elle comme elle s\u2019est débarrassée de son mari, comme elle a essayé de se débarrasser de moi, car, ce soir, je n\u2019ai pas voulu le dire à Tony, mais je suis convaineu qu\u2019 Montréal, Octobre 1918 POPULAIRE à raison, ce petit: Juliana devait être au service de Kirschofen ; il la payait grassement, et, aujourd'hini, elle m'en veut d'en avoir délivré la France.L'escalier de la terrasse avait été miné à dessein.le cacao que Peyronne a jeté devait jouer le rôle de mauvais café, et maintenant, c\u2019est le tour des gaz asphyxiants!\u201d Il étouffait.Sans bruit, mais largement, il ouvrit la fenêtre.Son esprit surexcité lui représentait la forme, tapie derrière la porte du placard, qui, par le trou de la serrure, envoyait la mort à celui qu'elle croyait endormi.Geoffroy eût donné beaucoup pour enfoncer cette porte d\u2019un vigoureux coup d\u2019épaule et tomber à l\u2019improviste sur la misérable.Il se figurait la lutte dans la nuit, les cris qu'elle pousserait.Sans la frapper, il la courberait vers le sol et la forcerait de confesser ses crimes.Mais, faible comme il l'était, un tel rêve était insensé.Il resta donc immobile près de la fenêtre, et, peu à peu l\u2019air du dehors apaisa sa fièvre.Il oublia ses désirs de vengeance pour revenir à de plus douces songerïes : \\a villa du Mourillon, qui sentait les roses: mails il n'y resta point.Comme s\u2019il voulait mettre à l'abri, il emmena la jeune figure qui souriait à l\u2019ombre des mimosas, jusque dans la vieille maison de famille, perchée très haut, au-dessus des bois.Il la conduisit sous le grand chêne où la tradition rapportait que Saint-Louis s'était assis pour rendre la justice, et là, il la présenta à sa mère, que la France glorieuse et noblement triomphante, la France de la paix retrouvait vivante, et il lui sembla que sa mère tendait les mains à celle qu\u2019il lui emmenait, qu\u2019elle l\u2019attirait sur son coeur en lui disant.\u201cMa fille.\u201d L'illusion était si forte que, lui aussi, murmura: \u201cMaman.\u201d Et, alors, il comprit que le sommeil l\u2019envahissait.Il se redressa dans un brusque sursaut .| = vx 5 + Vol.12, No 10 LA REVUE Sa mère, non! Elle ne serait plus là pous partager son bonheur; il n'aurait plus la joie de lui dire tout bas, son secret.Sur sa poitrine, ne portait-il pas sa dernière lettre, quelques lignes au crayon, tremblées, inégales, qu'elle avait tracées quand, déjà, ses forces l'abandonnaient.Sous ses baisers et ses larmes, il avait presque effacé les mots, mais il les savait par coeur: tant de fois 1l les avait relus: \u201cron cher enfant, ton père et toi n'étes pas ici et je m\u2019en vais.Mais, là où vous serez, ma prière vous accompagnera toujours.Je ne te recommande pas de faire ton devoir, je sais que tu le feras, même 8?ton coeur devait en saigner\u2026 Et je te bénis.\u201d C'était tout! Le crayon avait échappé aux mains de la mourante, Elle n'avait pas signé.Le front sur l'appui de la fenêtre, Geoffroy pleurait comme il n'avait pas pleuré, là-bas, dans la tranchée, humide et froide.où, un matin de combat, on était venu lui \u2018apporter cette lettre.Il lui semblait que la morte lui rappelait qu'avant de songer à son propre bonheur, il devait songer à la France.T1 ne s'appartenait pas, en effet.il ne devait tendre qu'à un but, guérir vite, pour retourner à l'effort, au danger, à la vie glorieuse.Tout autre rêve était vain, affaiblissant, coupable même! Il se redressa.\u201cPour l'instant, pensa-t-il, mon devoir est de dénoncer Juliana.Après, nous verrons.\u201d Sur cette résolution, laissant la fenêtre ouverte, il se jeta sur son lit.L'odeur subtile se diluait.Sans doute, l\u2019espionne était partie.Geoffroy s'endormit.A son réveil, il manda Nadalou.\u2014 Mon armoire à glace est mail éclairée, déclara-t-il, je te prierai de la transporter contre le placard qui ne sert point, et, par la même occasion, tu feras le même \u2014 4105 \u2014 th Montréal, Octobre 1919 POPULAIRE 33 ma.changement dans toutes les.pièces.Tony t'aidera.| Mme d'Orgeac trouva que son petit-fils avait infiniment d'esprit.De cette façon, au moins, elle pourrait mettre son chapeau droit ! XIX AUX PIEDS DE NOTRE-DAME DE LUMIËRI® Le déménagement s'achevait.Tony venait juste de descendre au belvédère quand Lina parut, en cogtume de promenade.\u2014 Aujourd'hui, Mademoiselle, annon- ça-t-elle à Francette, je ne travaillerai pas avec vous.Maman m'envoie à Languer- neau, sous l'escorte de Juliana.J'ai déchiré ma robe; il faut que j'en commande une autre.Et je profiterai de ce que je cours les magasins pour acheter le fameux filet que votre étourdi de frère a oublié, l\u2019autre jour.L'étourdi de frère approuve! déclara le jeune garçon.| Dans la voix, il avait moins d\u2019entrain que de coutume.Ja pensée que sa petite amie s'en allait seule avec l'espionne lui était profondément désagréable.Mais il ne voulut en rien laisser paraître.\u2014 Et naturellement, vous vous arrêterez chez Perrucci, reprit-il en s\u2019efforçant de plaisanter.On y mange de si délicieuses tartelettes\u2026 \u2014 Et on y est si bien! ajouta la fillette.Il a un magasin tout en glaces, avec des nuages au plafond et partout des moulures blanches qu'on croirait en crème fouettée.Chaque fois que nous allons à Lan- guerneau, nous y faisons de longues stations.Francette avait arrêté ses fuseaux et considérait son ouvrage.\u2014 Si je suis en peine pour le bouquet de lys, décida-t-elle, j'irai demander conseil à Mlle votre soeur.Lina prit sa pose de bergeronnette.; ¥ 1 re) sara! Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 \u2014 Mais ma soeur est partie! annonga-t- elle.© - \u2014 Quand cela?- \u2014 Il y a deux ou trois jours.\u2014 Et elle ne nous a pas dit adieu.\u2014 Vous savez comme elle est sauvage.Maman la trouvait pâle et de plus en plus triste.Alors, elle l'a envoyée chez des amis, pour la distraire.\u2014 Lina'.\u2026 Lina '.\u2026 appela Mme Stevens.Dépêche-toi! Tu vas manquer le tram.\u2014 J'arrive, maman, me voici ! Geoffroy et Tony se regardèrent.Ils avaient eu la même idée: à Languerneau, il y avait sans doute uit agent de l\u2019Allemagne, qui centralisait les renseignements de la région, et Juliana profitait de ce qu'elle accompagnait sa jeune maîtresse pour lui porter la copie des documents, attribués au colonel de la Moulzie.\u2014 Bon voyage, chez Dumollet ! fredonna l'enfant terrible.En même temps, il faisait le geste de quelqu'un qui pédale à grande allure.L'aîné comprit qu'il lui proposait de filer les deux voyageuses, mais l'aventure lui parut trop périlleuses pour y lancer son petite frère.De la tête, il répondit non, et Francette qui travaillait, le front baissé, ne se douta de rien.\u2014 Depuis quelques jours, dit-elle.je m\u2019étonnais en effet de ne plus apercevoir Mlle Gudule derrière son rideau.Peyron- ne À qui j'en avait fait l\u2019observation m'avait répondu : \u201cElle est peut-être en pén!- tence.Juliana prétend que ça lui arrive quelquefois, quand sa pauvre tête bat la campagne!\u2026\u201d J'en avais gardé une impression \u201cpénible.J'aime mieux savoir quelle est en vovage.Geoffroy pensait: \u201cSi, jusqu\u2019ici, j'ai différé la dénonciation nécessaire, c\u2019est que je redoutais la vengeance que Juliana pourrait exercer sur sa jeune maîtresse.Mais puisque celle- ci est absente, ne serait-ce pas le moment d\u2019agir {\u201d Quelque chose en lui, peut-être sa fal- blesse revenue, tirait sa volonté en arrière.\u201cPourquoi te presser?\u2026 N\u2019exagères-tu pas le danger?En somme, tu n\u2019as livré à cette femme que de faux papiers; ton carnet de route ne contenait pas des secrets d'Etats et ce ne sont pas les plans de guerre fantaisistes de ta grand\u2019mère ou de ton cadet qui compromettront la salut national\u2026 Reste ta propre sûreté! L'escalier qui croule\u2026.Le déjeuner immangeable\u2026 Les gaz qui étouffent\u2026 Mais ton imagination n'aurait-elle pas grossi des faits très simples.Pour ne parler que du dernier, Mme Stevens peut avoir emmagasiné dans ses caves de fortes provisions d'essence, dont les vapeurs montent jusqu'à toi! D'ailleurs, qu'écrirais-tu?Il y a des choses difficiles à exprimer par lÀ plume.Le mieux serait de te rendre à Brest et de voir le Directeur du service de contre es- plonnage.Vous causeriez\u2026 vous prendriez ensemble les dispositions nécessaires.La prudence est très recommandée, en pareils cas.On ne cagnê rien à précipiter les événements.\u201d Mais la conscience reprenait : \u201cTout cela, c'est l'histoire de gagner du temps.Ces tergiversations n'ont pour cause qu'une jeune fille que tu connais à peine, et à qui, cependant, tu voudrais éviter les propos malveïtlants de la foule, qui ne comprendra pas comment on a pu si longtemps garder une espionne à la Villa du Paradis.\u201d | Il siuffrait du débat qui était en lui.Il avait l'impression d'errer dans la nuit, de ne plus savoir où était sa route.Alors, il songea à N.-D.de Lumière.Jamais encore, il n'avait pu La prier dans le sanctuaire qui lui était dédié, l\u2019escalade du petit mur étant trop malaisé pour ges béquilles; mais souvent, vers Elle, avec confiance, il avait envoyé sa pensée.I] s'était abandonné à sa protection.Il avait espéré qu'Elle éclairerait sa vie en \u2014 106 \u2014 fe 9 Vo.12, No 10\\ LA REVUE POPULAIRE ' Montréal, Octobre 1919 lui rendant les forces dont il avait besoin pour servir de nouveau la France.Et maintenant, son désir le jetait encore vers Celle qui, toujours, sur 14 mer, avait été son Etoile.Elle seule lui montrerait le chemin à suivre.Il se retourna vers Francette.\u2014 Tu travailles trop, dit il je vais te charger d\u2019une commission.~ \u2014 Oh! volontiers, j\u2019ai le feu aux joues.\u2014 Tu ne vas pas au Casino ?\u2014 Non, aujourd\u2019hui, j'en suis exilée.Avit à modifié sa dernière invention.Et l'élément nouveau qu\u2019il a introduit change .touses calculs.Alors il s\u2018enferme pour les refaire et, naturellement ,il ne veut pas de moi.J'aurais moins de remords de t'em- plover à mon service.\u2014 Est-ce loin qu'il faut aller?\u2014 Non, tout simplement à la chapelle.Je voudrais t'accompagner.Je ne le peux pas encore.Alors, tu prieras a mes intentions®.J'ai besoin de voir clair dans mon esprit.Tu demanderas cette grice à N.-D.de Lumière.Francette était déjà debout.Elle regarda son frère.Sans le lui dire, depuis quel- que temps.elle s'apercevait de l'arrêt qui se produisait dans sa convalescence, et, sur sa prière, l'amiral en avait même référé au grand spécialiste parisien.Celui-ci avait répondu: \u201cLe mieux se manifesta tout d'un coup.Et la guérison alors marchera très vite.Ne vous découragerez pas.\u201d Pour Geoffroy au mains, il semblai bien que le découragement était venu.Il y avait dans ses veux un abatttement qui ne leur était pas habituel.\u2014 Je prierai pour toi! promit la jeune fille.Et je suis bien sûre que la Vierge nous entendra \u2018 Elle jeta un voile stir ses fuseaux.et, telle qu'elle était, avec son chapeau de jardin, elle partit.La Goélette était assise sur les marches du calvaire.En apercevant Mlle de la Moulzie, elle se leva pour lui sourire, lui exprimer à sa façon qu\u2019elle l\u2019aimaät.La jeune fille choisit un cierge qu\u2019elle paya d\u2019une pièce blanche, puis, pour ne pas laisser derrière elle le regret d\u2019un passage trop rapide, elle dit à la muette : \u2014 Vous ne m\u2019aviez pas raconté que Mlle Stevens était partie en voyage.La figure couturée et boursouflée de la me#diante exprima l'\u2019étonnement le plus vif.La figure couturée et bour souflée de la mendiante exprima l\u2019étonnement le plus vif.\u2014 Ne le saviez-vous pas?Francette étonnée.\u2014 Non! répondit la tête qui semblait trop lourde pour le corps.\u2014 Peut-être est-elle partie la nuit?\u2014 Non?fit encore la tête, mais plus énergiquement.\u2014 Non?répéta Mlle de 1a Moulzie dont l\u2019étonnement grandissait, mais, alors, la, Goélette, où pensez-vous qu\u2019est Mlle Stevens?Ia main, cette fois, répondit: elle donna un tour de clef à une invisible serrure.\u2014 Séquestrée?pensa Francette en se souvenant de cé que lui avait rapporté Peyronne.Voila qui serait grave et mériterait d\u2019étre éclairei!.Elle ne voulut pas insister davantage.Il Tui répugnait de s\u2019imiscer dans les affaires des autres et, après un geste d\u2019adien vers su compagne, dont les yeux exprimaient l'irritation sourde de n\u2019avoir pas été comprise, elle gagna l\u2019escalier qui descendait à la chapelle.Le petit sanctuaire était vide.TI sentait les fleurs fanées et les pierres salpêtrées, et aussi une odeur de varech qui venait de la mer par un vitrail ouvert, celui, sans doute, par lequel les veux qui voyaient trouble crovaient apercevoir la lumière des morts.Francette piqua son cierge allumé sur demanda \u2014 107 \u2014 0 , A À 0 i i fi i 1.Vol.12, No 10 CL LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 l\u2019if, couvert de taches de cire, qui était placé devant la statue, puis agenouillée, la tête entre les mains, elle s\u2019absorba dans sa prière.\u2014 Mon Dieu, pardonnez-moi.Dans la joie de posséder mon fiancé, j'ai trop oublié mon frère.Je l\u2019ai laissé seul.Et alors, sur lui, la tristesse est tombée.Le découragement l'a enveloppé\u2026 Mais, désormais, je veux essayer de ne plus être égoïste, de me partager entre les deux grandes affections de mon coeur.Et vous, ma Mére, vous m\u2019aiderez dans cette tiche, puisque notre Mère de la terre n'est plus 1a.Je vous en prie.Soyez secourable a celui qui vous prie par ma bouche.Fcla1- rez-e.Guérissez-le.Rendez-le à la France.Elle oubliait le temps.T.es bruits qui arrivaient jusqu'à elle, grondement de la mer, abois de chiens, cris joyeux d\u2019enfants, méme le crépitement plus proche des cierges, tout lui paraissait lointain comme faisant partie d'un autre monde.Sur ses lèvres, les mots se pressaient, jaillis tout droit au coeur.\u2014 Mère du Ciel, protégez mon fiancé.Ouvrez les yeux à ceux qui ne croient pas.Qu\u2019ils reconnaissent et qu'ils adorent la Lumière du monde.Soudain elle tressaillit.Quelqu'un lui avait effleuré l'épaule.Elle se redressa, d'un geste qui trahissait le réveil brusque, presque l\u2019effroi: Gudule était debout près d'elle et, dans le chäle de laine noir qui l\u2019enveloppait, comme un voile de religieuse, son beau visage ressortait effrovablement pâle.\u2014 J'ai besoin de vous parler, murmura- t-elle.\u2014 Voulez-vous que nous sortions?balbutia Francette.\u2014 Non.Restons ici.Dieu seul doit nous entendre.Elles ne changèrent pas leurs positions; Mlle de la Moulzie, à genoux; Gudule, debout et rigide.\u2014 Il faut que vous décidiez votre famille à quitter le Paradis, commença celle-ci très bas.\u2014 Pour quelle raison Ÿ \u2014 La vie de votre frère n\u2019y est plus en sécurité.Francette devint aussi pâle que son col de Linon.\u2014 Mon frère?Ce n'est pas possible ?Expliquez-vous, Mademoiselle?\u2014 Je ne le puis pas.Et, à vous parler comme je le fais, je risque ma vie, et même celle d'une autre personne.Mais mon devoir est de vous avertir.J\u2019ai déjà prévenu votre frère.trois fois.Il a tellement l'habitude du danger qu'il n'a pas tenu compte de mes avertissements.Vous, au moins, vous tremblerez pour lui.vous vous m'écouterez\u2026 Inventez des prétextes, s\u2019il le faut, mais partez, et le plus tôt pos- sibte !.\u2014 Mademoiselle, vous mépouvantez!.Ne pouvez-vous me donner d'autres éclaircissements ?\u2014 Non, je ne le peux pas!.Plus tard, peut-étre, vous comprendrez.Et alors, votre pitié remontera vers mol.\u2014 Mais si nous partons, ne devinera-t- on pas la cause de votre départ?N'en souffrirez-vous point ?-\u2014 On ne peut se douter que je vous al prévenue.(est pourquoi je vous supplie de ne pas répéter à âme qui vive notre entretien d\u2019auojrd'hul\u2026 \u2014 Quoi?Pas mème à mon frère?Sans lui, cependant.je ne puis guère agir.«\u2014 Soit! parlez Jul! Dites que dans mon ingérét, 11 faut que vous quittiez la villa, que votre présence est pour moi un danger perpétirel\u2026 \u2014 Un danger?Mais pourquoi?\u2014 Je vous répète qu'il n'est Impossible de vous répondre.Mais vous aimez votre frère, n\u2019est-ce pas\u2019 \u2014 Oh! combien *.\u2014 Alors, vous comprendrez mon angoisse quand je vous dirai que c'est aussi \u2014 108 \u2014 nee este an gr ant A I 1.re Ye Noy PT + a, Vol.12, No 10 LA REVUE pour mon frère que je tremble.Si l'on pouvait supposer que je vous ai avertie, il payerait pour moi et avant moi !\u2026 Si loin qu'il soit; une terrible vengeance l\u2019atteindrait\u2026 Oh! tenez! Rien que de penser à ces choses, il me semble que ma tête s'égare.Priez pour nous!.Priez beaucoup.\u2014 Tout de suite! murmura Francette, vouleversée par la pauvre voix de détresse.Et avec vous!.| Elle s'agenouillèrent côte à côte sur des dr\u2018'es; Mlle de la Moulzie commença l\u2019Ave Maria.Gudule répondait avec une feureur qui trahissait l'angoisse de son âme.\u2014 Notre-Dame de Lumière! protégez- nous.Protegez nos fréres.La Vierge souriait; Enfant Jésus présentait le Solerl d'or qui chasse les ténèbres.Tout était s1 calme que, du hameau des Moines blancs, montaient des voix joyeuses d'enfants, peut-être les petits Marville qui jouaient à la guerre.Francette se releva la première.\u2014 Rentrez-vous avec moi?demanda-t- elle.\u2014 Non.Il vaut mieux qu\u2019on ne nous voie pas ensemble.\u2014 Sans attendre, je vais tout confier a mon frère.\u2014 Ne lui confiez rien dans la maison ni dans le belvédère\u2026.Emmenez-le jusqu\u2019au banc qui est sous les lauriers roses.Et parlez bas.Il y a des oreilles partout.Mlle de la Moulzie sortit de la chapelle, si bouleversée que ses jambes fléchissaient sous elle.Une faiblesse soudaine l\u2019avait prise, et, pourtant, elle était forte ; ses parents l\u2019avaient habituée à moîtriser ses nerfs, à dominer ses impressions, mais la situation imprévue dans laquelle elle se trouvait jetée lui paraissait si difficle, si inquiétante, qu'elle se demandait comment elle en pourrait sortir.La Goélette était assise sur les marches du Calvaire.Les grappes de médailles qui pendaient de son éventaire scintillaient ASLELA LAL Sia 100 14 AALELIE ARE Se 4 Ae bi ha AAAS POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 aux derniers feux du couchant.Elle ne dit point qu'elle avait vu Mlle Stevens.A peine tourna-t-\u2019elle la téte pour saluer la passante.Entre ses doigts tordus, les grains de son chapelet glissaient.Avant de franchir le mur d\u2019enceinte.Francette s\u2019arréta pour humer lair, alléger le poids lourd qui chargerait sa poitrine.° ; Le calme de l'heure qui voit desceñdre le soleil sur l\u2019horizon, les voiles blanches regagnant le port, jusqu\u2019à la brise douce sur les herbes sèches, tout l\u2019apaisa.Elle se demanda si vraiment elle devait prendre au sérieux les paroles tragiques de Gudu- le.{ ,Ç Juliana n\u2019assurait-elle point que le chaa grin avait dérangé la raison de sa jeune maîtresse, et celle-ci n'avouait-elle pas, elle-même, que, par moments, sa tête s'égarait.Peut-être s\u2019amaginait-elle alors qu\u2019elle était persécutée, et cette obsession devenait si vive qu'on était obligé de l'\u2019enfermer.0 .Oui, ce devait étre cela, et rien que cela! Pourtant, Francette crut de son devoir de parler de sa recontre à son frère.À peine de retour au belvédère, où Mme d\u2019Or- geac tricotait près de ses petit-fils, elle dit: Co \u2014 Geoffroy, tu n\u2019as pas marché aujour- d\u2019hui.Ce soir, le temps est exquis.Viens avec moi\u2026 Jusqu\u2019au dîner nous nous promènerons sur la terrasse.Il ne prit pas ses béquilles, rien qu\u2019une canne, et, doucement, elle l'entraîna vers le banc des lauriers roses.\u2014 Asseyons-nous ici, conseilla-t-elle.\u2014 Oui, on y est bien, acquiesca le jeune enseigne, ST1 fallait partir d'ici avant le temps, ce serait grand dommage! \u2014\u2014\u2014 ct, cependant, qui sait?Tes événes msntt nous y forceront peut-être.Dans le Paradis le serpent s'est glissé.Il la regarda dans les yeux, \u2014 109 \u2014 INL ; Vol.12, No 10 \\ LA REVUE \u2014 Ah toi aussi, tu te doutes de quelque chose ?\u2014 Je ne me doutais de rien, mails on m'\u2019a avertie.\u2014 Qui donc?\u2014 Mlle Stevens.tout a l\u2019heure.\u2026 à la chapelle.En quelques mots rapides, haletants, elle raconta l\u2019étrange entrevue.\u2014 Mile Stevens.tout à l\u2019heure\u2026 à la chapelle.En quelques mots rapides, haletants, elle raconta l'étrange entrevue.\u2014 Que devons-nous croire?conclut-elle.Ne serions-nous pas en présence d\u2019une invention de cerveau enfiévré?Geoffroy secoua énergiquement la tête.\u2014 Quoi?tu penses que c'est vrai?\u2014 Absolument ! \u2014 Mais sur quelle base repose ta conviction ?\u2014 Sur un fait trés réel.Juliana est une espionne au service de l'Allemagne.Peut-être même faisait-elle partie de la bande Kirschofen?\u2014 Ce n\u2019est pas possible ! \u2014 J'en ai la certitude.dre les papiers de notre père, elle a pris, dans mon tiroir, le pli fictif que j'y avais laissé comme appât.Tony l\u2019a vue.Il faisait le guet.\u2014 Mais, alors, il faut la dénoncer.Et tout de suite !\u2026 \u2014 C\u2019est mon intehtion.Seulement, comme elle doit avair des complices, il convient d'agir avec prudence.: \u2014 Ce sont sans doute ces complices qui effrayent la pauvre Gudule : elle craint des représailles.x 18:48 \u2014 Je crois possible de les lui épargner.A Brest où je compte aller d'ici quelques jours, sous un prétexte quelconque, le service du contre-espionnage, me renseignera sur la meilleure façon de procéder.Cette Juliana va souvent à Languerneau.On pourrait la filer, savoir ce qui l'attire là- bas et répérer l\u2019agent auquel elle porte ses renseignements.Croyant pren-.POPULAIRE Jontréal, Octobre 1919 Tiens! Peut-être ce pâtissier, soi-disant Suisse, où Lina raconte que l\u2019on fait de longues stations.En les arrêtant simultanément, ils n\u2019auraient pas le temps d\u2019achever leur oeuvre mauvaise, et Ghislain Stevens serait épargné.\u2014 La pauvre Mme Stevens tombera de son haut, quand elle apprendre quelle vipère elle a réchauffé à son foyer.Elle a tant de confiance dans sa domestique.Hier, encore, elle nous disait que jamais elle n'avait été mieux servie, et, les larmes aux veux, elle ajoutait même que depuis le début de la guerre, Juliana, connaissant leur situation difficile, refusait de recevoir ses gages.\u2014 Elle 1 n'a pas besoin d' argent, en effet.Il lui en arrive d'autre part.\u2014 Il faut qu\u2019elle soit bien habile pour avoir trompé ainsi ses maîtresses ; mais, ce qui m'étonne, c'est que Mlle Stevens n'ait pas ouvert les yeux de sa mère.\u2014 Evidemment, elle redoute les maladresses de celle-ci, maladresses qui pourraient avoir une répercussion grave.\u2014 Oui, tu as raison, je vois la scène d\u2019ici: \u201cMais tu réves, ma petite Gudule.Juliana est la plus honnéte femme de la terre.Vraiment le chagrin te trouble l\u2019esprit\u2026\u201d Elle irait répéter ce qu\u2019il ne faut pas dire.Alors, Gudule se tait, et peut- être a-t-elle raison ! On ne l'écouterait pas plus que la pauvre Cassandre du siège de Troie.À nous de l'aider et de la défendre dans la mesure de nos moyens! Et, d\u2019abord, es-tu d'avis que nous quittions le Paradis?\u2014 Je suis d'avis queen mon absence, vous ne restiez pas seuls ici.Donc, quand je partirai pour Brest, arrange-toi pour Peyronne \u2014 Je me charge de Nadalou \u2014 chez cette amie de Kerhuon, dont grand\u2019 mère parlait, l'autre jour, qui l\u2019invitait à passer quelque temps chez elle.J'ai bien vu que tu ne donnais pas dans le projet, à cause de la présence d'Avit à Saint-Guiree, \u2014 110 \u2014 a mamie: trs one brie tal + BoA mm.han à men eo bbb ee = « He De Vol.12, No 10 LA REVUE mais à présent, j'exige que tu sois consentante.\u2014 Je ferai tout ce que tu voudras\u2026 Je tremble tellement pour ta vie.Sens plutôt comme mes mains son froides.\u2014 Ne te tourmente pas, petite\u2026 Tout ira bien! \u2014 Il est si terrible de se dire: \u201cDans l\u2019ombre, près d\u2019ici, il y a un être malfaisant qui veut male mort à mon frère, parce que celui-ci est officier français.\u201d Depuis une heure j'ai pensé à mille choses.à l\u2019escalier effondré, au cacao suspect, surtout à ta convalescence arrêtée.Et je n\u2019ai plus qu\u2019un désir: quitter ce pays! :\u2014 N°en laisse rien paraître! recommanda Geoffroy.Il ne faut pas que Juliana puisse se douter de nos soupçons.\u2014 Tu peux être tranquille.Désormais je me méfierai de tout, du vent qui passe de la mouette qui se pose, voire des coquelicots qui bordent le chemin !.Je me répe- terai sans cesse : \u201cQuelqu\u2019un que je ne vois pas épie mes gestes, mes paroles.\u201d Grand\u2019- mère surtout doit fournir de la copie.Elle répète à tous propos: \u201cC\u2019est avis de Geoffre.Geoffre m\u2019a expliqué que.\u201d Bref, pour pen que Juliana te confonde avec le généralissime, elle accumule les notes! °° L\u2019enseigne se mit à rire, et Francette l'imita.Leur jeunesse avait besoin d'échapper aux idées sombres.\u2014 Ce qui m'horripile, reprit la jeune fille, c'est de ne jamais voir qui m\u2019écoute.\u2014 Jal en partie éclaircie le mystére.La villa a été construite sur les substructions de l\u2019ancienne abbaye, des souterrains qui devaient se prolonger dans la campagne et permettre, en cas d\u2019agression, d'échapper à l\u2019ennemi ou de se ravitailler\u2026 Ces souterrains existent toujours.M.Stevens les a convertis en caves, en château d\u2019eau, et 11 a di y entasser beaucoup de réserves, Ou y accède par des escaliers dérobés.L'un d\u2019eux se trouve derrière la porte du pseu- POPULAIRE JAA Li tii ia hd Montréal, Octobre 1919 do-placard de ma chambre.Tony l\u2019a entrevu le jour où, caché sous la table à toilette, il guettait Juliana qui est entrée par 1a.\u2014 C\u2019est donc pour cela que, dans toutes les chambres, tu as fait mettre l\u2019armoire à glace devant les placards.\u2014 Justement.\u2014 Je t\u2019en remercie.car, maintenant, je n\u2019oserais plus dormir si les portes mystérieuses n\u2019étaient pas condomnées.Il me semblerait toujours que cette femme va paraître avec sa chèvre.Tiens! cette chèvre, je m\u2019er.méfie aussi ! Pourquoi est-elle dressée à marcher de façan si singulière?Ne servirait-elle pas de signal?\u2014 Voici que ton imagination trotte! \u2014 Dame! Ce n\u2019est pas étonnant !.\u2026 Tout est étrange autour de nous.Ainsi, je t\u2019avoue que la conduite de Mme Stevens me semble bizarre; pourquoi raconte-t-elle que sa fille est absente lorsque celle-ci ne l'est pas?Pourquoi baptise-t-elle placards ce qui n\u2019est peut-être partout qu'escaliers ?\u2014 Pour sa fille, je suppose qu\u2019elle la dit absente lorsque Juliana lui persuade que les idées de la pauvre enfant s\u2019égarent\u2026 Quant aux placards, elle se méfie de ses locataires.M.Stevens possédait une ima mense fortune.Il se peut que les souter« rains renferment des objets précieux qui pourraient exciter la convoitise de certains.Je le croirais d\u2019autant plus volon~ tiers que grand\u2019mère, nous racontant sa première entrevue avec notre propriétaire, a insisté sur le désir de celle-ci de ne louer qu\u2019à des gens ayant de sérieux répondants, \u2014 En effet.Et je commence 4 débrouil« ler le fil.Juliana, qui a la confiance absolue de sa maîtresse, profite deg circonstances pour pratiquer en toute sécurité l'espionnage\u2026 \u2014 Même au belvédère, elle nous épie, paraît-il, \u2014 Je me demande par où par exemple.\u2014 Il faudra étudier cette question.En attendant, voici l\u2019heure du dixer\u2026 Ne fai- \u2014 111 \u2014 Vol.12, No 10 \u2026 CT pms HT LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 sons pas attendre grand\u2019mère\u2026 Et surtout qu\u2019elle ne se doute de rien.Petite soeur, je compte sur ta discrétion.La jeune fille releva fièrement la tête.\u2014 Oh! tu peux être tranquille.Personne ne saura rien.Pas même Avit'\u2026.Et j\u2019y aurai du mérite! Car, certainement, il me reprochera de l\u2019abandonner et je ne pourrai pas me défendre! À petits pas, ils regagnèrent le belvédère.Geoffroy s\u2019appuyait sur sa soeur.Entre eux, il ne fut pas question davantage de Gudule.On eût dit que l\u2019enseigne évitait même d'en parler.Pas une seule fois il n\u2019en avfit prononcé le nom.Mais Francette comprit au léger tremblement des lèvres qu'il y pensait et qu\u2019il souffrait de ne pouvoir plus efficacement protéger la jeune fille.\u201cMon Dieu! pensa-t-elle, pourquoi nous avez-vous menés ici !\u201d Le dîner fut servi.Et le soir, l\u2019amiral vint faire un bridge.Quand il se retira, du brouillard traînait sur la côte.\u2014 Une bonne nuit pour les contrebandier! déclara-t-il dé sa grasse voix grondeuse.\u2014 Oui, répondit Tony qui l\u2019accompagnait jusqu à la grille.Le père Marville est de service.Il fera bien d\u2019ouvrir l'oeil.XX LA TRAHISON DE L\u2019OMBRE (iecfiroy ne put s\u2019endormir: les yeux ouverts dans l'obscurité, il tournait et re- toarndit le problème éne-vart que sa posait sa conscience.\u201cDois-je partir comme elle le conseille mais alors brusquer la dénonciation, on bien dois-je attendre, recueillir plus de de.cuments?\u2026.\u201d Etait-ce la fatigne de l'insomnie?Soudain.il lui sembla que quelque chose d'é- louissant passait devant ses yeux.Pourtant jamais Frinandour et encore moins > Kermaria n\u2019envoyait jusqu\u2019à son lit leurs larges ondes, et, du reste, en cette nuit de brume, les phares devaient être à peine visibles: quant aux clartés insolites de la chapelle, elles n'eussent pu arriver jusque- Le jeune officier pensa avec douleur que son cerveau restait faible.sujet à des accidents imprévus et bizarres.Ses oreilles bourdonaient.De nouveau, il lui semblait entendre un clapotis léger comme un bruit de rames qui battent l\u2019eau.Il se redressa, et, à ce moment précis, la sonnette de la grille qui aboutissait à la cuisine, tinta faiblement.Il était une heu- mY re.: fi Geoffroy se vêtit, chercha ses béquilles.Personne n\u2019avait bougé dans la maison.Les jeunes dormaient trop profondément et les vieux avaient l\u2019oreille dure.Geoffroy prit le revolver qui était toujours sur une table près de lui, et, en évitant de faire jouer trop violemment les _ Verroux et les clefs, il gagna le jardin par le salon.\u201cQui vais-je trouver derrière la grille?pensa-t-il?\u201d Des idées folles lui traversaient l'esprit.Il voyait son père venu en permission ex- trordinaire\u2026.Ou bien encore Gudule implorant sa protection! Sa main tremblait quand il ouvrit: une forme petite, contrefaite, était assise sur la borne.Il la reconnut dès qu'elle bougea: la Goélette! Sans en demander la permission, la mendiante entra, et saisissant la main du jeune officier, elle l\u2019entraîna vers le chêne vert, tordu comme un géant qui se débat.Puis son index noueux montra la grève des Pierres-Noires.Des hommes chargés de caisses, de tonnes, de bidons, sortaient de la partie des souterrains que Mme Stevens appelait le garage d'automobile et se dirigeaient vers l'embarcadère; d'autre remontaient, les mains vides.) \u2014 112 \u2014 $ \u201c od Jol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 D'une charrette arrêtée sur le bord, on déchargeait du pain, de la viande.Des formes de barques se distinguaient dans le shenal.T1 y avait peu de bruit, de paroles, rien que des ordres brefs dans une langue étrangère, langue du nord, parlée par des neutres, qui, sans doute, à l\u2019insu de leur gouvernement, se vendaient à l\u2019Allemagne.Dans l'air flottait une odeur violente qui ne ressemblait nullement à celle que, parfois, le jeune officier avait respiré la nuit et qu'il n\u2019eut pas de peine à identifier.Les tonnes, les bidons devaient être pleins de gazoline.Je fut pour lui une révélation.Tony avait vu juste : la villa du Paradis servait de base de ravitaillement aux sous-marins à l'affût sur la grande ligne de Cherbourg à Plymouth ou à Brest.\u201cQue fait done Marville?pensa l\u2019ensei- zne.Tout se passe sous son nez et il ne sS\u2019aperçoit de rien ?Serait-il traître lui aus- 312?Ou plutôt sous l\u2019influence du philtre de Juliana, dormirait-11?\u201d Et il se le figura, dans son abri, ramassé sur le sol, un fusil entre les jambes, la bouche entr\u2019ouverte, assommé par le sommeil, pendant que, tout près de lui, dans l\u2019ombre, l'ennemi accomplissait son oeuvre de ténèbres.La Goélette n'avait pas làché la main de son compagnon.T'out a coup, elle la serra fortement: nne femme, enveloppée d\u2019une cape, Juliana, sans doute, venait d'émerger du souterrain, et du geste, elle semblait presser les travailleurs.Evidemment, on craignait une surprise, peut-être le réveil de ceux qui dormaient là-haut.La porte du garage se referma.Sans bruit la charrette tourna pour reprendre la route; les rames frappèrent l\u2019eau.Dans la brume on ne distingua plus rien.La femme alors remonta l'escalier.Dans le pavillon, tout était noir; on y dormait, bercé par l\u2019assurance que les bruits entendus ne provenaient que d\u2019honnêtes départs pour la pêche.Cependant, une sorte s\u2019ouvrit et une frêle silhouette se montra qui se risqua dehors après avoir regardé à droite, puis à gauche.Geoffroy reconnut Lina, et, d\u2019abord il trembla pour elle.Qu'adviendrait-il gi Juliana se voyait découverte ?Doucement, il arma son revolver, prêt à défendre l\u2019enfant qui, à petits pas prudents, se rapprochait de l'escalier.Mais, à sa grande surprise, elle parla: \u2014 Maman, demanda-t-elle en allemand, est-ce le moment ?La femme qui montait avait le pied sur la dernière marche; elle Trejeta son capuchon: Geoffroy reconnut Mme Stevens.Il eut un geste si brusque que, sans la Goélette qui, fortement, lui saisit le bras, peut-être se füt-il trahi.Maletant, il se pencha pour mieux entendre la réponse, en allemand aussi.\u2014 Oui, disait-elle, c\u2019est le moment.N\u2019allume que le feu des Pierres-Noires, cela suffira.Et si on I'apergoit du large, comme il est en alignement avec la chapelle, les naïfs croiront encore que ce sont les cierges des morts.Pendant ce temps, Juliana remettra tout en place en bas.Les deux femmes s'éloignèrent\u2026 L'ensei gne voulut les suivre, La Goélette encore l\u2019arrêta et, du doigt, montra que, de cet endroit, on apercevait l'oignon vitré du Lelvédère ouest.Quelques minutes, puis, à deux reprises la mer fut éclairée par une lueur subite qui s'éteignait aussitôt.Oh! cette fois, il ne pouvait y avoir de doute! Cette lueur ne jaillissait pas de Kermaraia ni de Frinandour, encore moins de la chapelle de Saint-Guirec ; elle sortait de la Villa même, et, sans doute, elle était un signal pour les sous-marins attendant au large, pour le chalutier suspect qui, déjà, les barques devait avoir res \u2014 118 \u2014 | IR 8 E: HA L I: ; eve Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 joint.Elle signifiait: \u201c\u2019Tenez-vous prêt.L'opération s\u2019est faite dans d\u2019heureuses conditions.\u201d i Geoffroy serra les poingts si fort que ses ongles pénétrèrent dans les paumes; il ne sentait pas la fraîcheur pénétrante de la nuit : une seule idée était en lui : \u201cMme Stevens est la complice de sa servante.\u201d Comment pouvait-elle trahir de la sorte le mari & Ame si belle, si géneuse, dont, à l\u2019époque, tous les journaux avaient déploré la fin misérable et glorieuse.™ Etait-ce pour de l\u2019argent ou par esprit de race?Le jeune officier inclinait vers cette dernière hypothèse.M.Stevens avait cru que sa femme oublierait sa première nationalité et il s'était cruellement abusé.Non seulement, elle ne l\u2019avait pas oublié, mais encore elle continuait de la servir au détriment de la France dont elle était l'hôte, de la \u2018Belgique qui l'avait si longtemps choyée.Une pareille conduite était indigne et méritait un prompt châtiment, mais au moment de prononcer les mots qui déclan- cheraient ia punition méritée, Geoffroy sentait en lui une hésitation qui le torturait.C\u2019est qu'il pensait à Gudule.Gudule l'innocente, mais qui, pourtant, était la fille de Mme Stevens.Si sa mère était déshonorée, elle le serait aussi, et c'était ce calice qu\u2019elle avait essayé d\u2019écarter de ses lèvres lorsqu'elle suppliait Francette de partir et de se taire.Se taire, Geoffroy ne le pouvait plus! Dans la nuit, il lai semblait voir les dernières lignes de la lettre de sa mère: \u201cJe sais que tu feras ton devoir, même si ton coeur devait en saigner\u2026\u201d * D'abord, en lisant cela, il avait pensé: \u201cLe devoir m'a toujours été doux.Et c\u2019est avec ivresse que je sers la France.\u201d Mais, à présent, il comprenait.Et l'on EES elit dit que la morte bien aimée avait deviné le combat qui se livrerait dans l\u2019âme de son fils.D\u2019avance elle avait trouvé les mots qui, chez lui, atteindraient la source profonde.- Sous la pression toujours forte des \u2018doigts noueux de la Goélette, le jeune homme s\u2019affaissa sur le banc de pierre qu\u2019abritait l\u2019arbre tragique, et, le coude sur le parapet, le front dans la main, il fut heureux de la nuit qui empéchait de voir ses larmes.Des pas grincèrent sur le gravier de l'allée.Sa besogne faite, Mme Stevens regagnait le pavillon.Derrière elle, les verroux se tirèrent.Alors, seulement, la Goélette desserra son étreinte, et se penchant vers son compagnon, elle fit des gestes qui semblaient dire : \u2014 À présent, tu as vu.Tu agiras\u2026 Moi je voyais bien, mais que pouvais-je.On ne me comprenait pas.Et, comme pour continuer son oeuvre d'éclairement, elle montra qu\u2019elle voulait pénétrer dans la maison.Geoffroy mit un doigt sur ses lèvres: \u2014 Tu ne feras pas de bruit ?\u2014 Non, répondit la pauvre tête lourde.Ils gagnèrent le salon par où le jeune homme était sorti.Et quand ils furent entrés, derrière eux, Geoffroy laissa retomber les grands rideaux, pour que, dehors, aucun rayon ne filtrat.| Alors, seulement, 11 tourna le bouton électrique.Le portrait, en cadré de bois noir comme d\u2019une bordure funèbre, apparut si vivant que la mendiante fut attirée vers lui.Elle se planta devant pour le considérer.Geoffroy le regardait aussi.T1 devinait ce qui avait dû se passer dans la jeunesse de cet homme que, jamais, un soupçon n'avait terni.Un jour, au cours d\u2019un voyage au bord du Rhin ou ailleurs, il avait rencontré une jeune fille blonde, aux yeux bleus, dont \u2014 114 \u2014 EIT I IE [IE Sux ja b= fr Te les Vol.12, No 10 LA REVUE Montréal, Octobre 191 9 POPULAIRE son coeur s\u2019était épris.Malgré la religion et la race différentes, et peut-être avec l\u2019espoir de gagner son âme, il l\u2019avait assise à son foyer, et, si épais était le bandeau posé sur ses yeux, qu\u2019iil n\u2019avait pas deviné le démon que cachait l\u2019enveloppe angélique.Sur sa prière, il avait fait construire une villa à l\u2019endroit qu\u2019elle avait choisi.Et, comme il n\u2019y était jamais venu, elle avait pu agir selon son bon plaisir.C\u2019était à son insu que des souterrains s\u2019enchevêtraient sous la maison et bien au-delà, à son insu qu\u2019ils s\u2019étaient remplis de mystérieuses réserves, à son insu qu\u2019au sommet des belvédères, des signaux coupables avertissaient l\u2019ennemi.Son nom respecté de grand patriote, ne servait qu\u2019à couvrir l\u2019infâmes agissements.Et, maintenant, Geoffroy comprenait, dans son entier la souffrance de Gudule: elle était arrivée de chez sa marraine, ne sachant rien de ce qui se passait au Paradis.Peu à peu, elle avait dû surprendre les louches agissements de son entourage, et, sans doute, essayer de s'y opposez, Elle était d\u2019une autre race; elle pratiquait la religion de vérité et d'amour.Pour qu'elle ne dise rien, sa mère, alors, l\u2019avait presque sequestrée, la gardant à vue, ne la laissant pas communiquer avec les étrangers.Mais, pourquoi n'avait-elle pas fermé le chemin qui menait à la chapelle de N.-D.de Lumière?Ignorait-elle donc ce couloir mystérieux ?Et alors, pourquoi la jeune fille n'avait-, elle pas profité de cette ignorance pour s\u2018évader ?En quelques minutes, elle elit été en sii- reté, sous la protection du maire de Saint- Guirec, et, puisqu\u2019elle était majeure, elle eût pu, par son travail recouvrer l\u2019indépendance.Ce n\u2019était pas l'énergie qui lui manquait: elle avait dans les yeux la même flamme qu'on voyait aux de son père.Evidemment, le sentiment qui l\u2019avait arrêtée, c'était crainte d\u2019attirer l\u2019attention sur sa mère et sa soeur.Ne voulant pas les livrer à la justice militaire, elle s\u2019était contentée d'avertir celui dont la vie était menacée, et maintenant, de peur qu\u2019il ne parlât trop haut, elle lui criaït : ; \u201cEpargnez-moi.Epargnez mon frère.Nous serons les premières victimes de leur colère.\u201d \u201cComment cette femme pourraît-elle sa- erifier sa fille, son fils?pensa Geoffroy.Lui encore est peut-être l\u2019enfant d\u2019in premier mariage.Elle a pour lui un coeur de maratre.Mais elle.elle.\u201d Ta Goslette rontinuait le tour du salon.A présent, elle tenait la photographie de Gudute.et du geste, elle andiquait qu\u2019elle ressemblait au portrait de Weerts.Elle la baisa ensuite et la remit sur la cheminée.Alors, délibérément, comme quelqu'un qui sait où il va, elle tofrna le bouton de la porte menant an corridor.Boche dormait.I] commenca à gronder.Son mai\u2019 tre dut le calmer par des caresses.La méndiante avait gagné la cuisine et, déjà.sans tâtonner, elle avait trouvé le commutateur.L'horloge aux tulipes apparut, marquant le temps par les oscillations de son lourd pendule de cuivre.La Goéleite frappa sur ix caisse peinte.\u2014 C\u2019est là! semblait-elle dire.Geoffroy se conrbait difficilement.LI fit cependant un effort pour examiner la curieuse gaîne.On n'y voyait aucune moyen d\u2019ouverture.La Goélette frappa encore sur le bois fleuri.Jen suis sire.C'est là! signifiait le geste.Le jeune officier n'cssaya plus de comprendre: il se sentait terriblement las.\u2014 C\u2019est bien, répondit-il, je te remercie, \u2014 115 \u2014 8 i i f { AM: A B a a er ES pre su re Vol.12, No 10 , LA REVUE POPULAIRE Montréal, Ootobre 1919 la Groélette.A présent, laisse-moi te reconduire à la grille.En même temps, sa main remontait à son gousset.Elle l'arrêta.\u201c Non, non, je ne veux pas! disait le geste.\u201d Et le doigt tordu indiqua alors lu bouche veuve de la langue.Dans un éclair, Geoffroy comprit: la -Goélette en voulait à l\u2019ennemi qui lui avait pris sa mère et fait d\u2019elle une infirme.Elle cherchait une revanche! Satisfaite d'avoir été comprise, elle clau- diguait maintenant vers la porte.Geoffroy la suivit.Dans le nuit, à peine distinguait- on sa silhouette bizarre: on eût dit l\u2019un de ces gnomes des vieux contes, qui sortent de leurs creux de rochers pour se mêler aux affaires des humains.Sur le seuil, elle se retourna, mit un doigt en croix sur les lèvres, puis indiqua un point dans l\u2019espace.Un train passait, filant vers Brest.On entendait son roulement lointain.Le jeune officier comprit l\u2019ordre qui lui «@ donné: il ne devait pas plus long- « ps reculer devant la dénonciation né- © ssaire.Co \u2014~ Lies coupables seront punis, promit-il.Dors tranquille, la Goélette.À bout de forces, il regagna le salon.Le lustre de Bohême était resté allumé; il accrochait des luisants aux titres dorés des partitions de Wagner.Sur la cheminée, le photographie de Gu- dule souriait.Oui, elle ressemblait à son père.Comme lui, elle devait avoir le culte de la vérité et de la justice et elle avait été bonne et secourable pour le peuple d\u2019ouvriers dont il était le chef et la Providence.Du coté de sa mère, elle n'avait rien pris.La mentalité allemande lui faisait horreur, et cependant, elle en subissait le joug.Oh! comme elle devait souffrir, et comme, dans l'avenir elle souffrirait encore: on l'arrêterait; on l'interrogerait, on la laisserait en surveillance, malgré tout ce que ses amis pourraient dire en sa faveur.Elle avait trop longtemps vécu dans un milieu suspect.On le soupçonnerait.Peut-être serait-elle envoyée dans un camp de concentration.\u201cEt ce sera moi qui l\u2019y enverrai! pensa Geoffroy avec désespoir.\u201d Il reposa la photographie sur le marbre de la cheminée, puis se laissant couler sur Je canapé, le front contre les coussins, il pleura comme il n'avait pas osé le faire devant la Goélette.T1 pleura le bonheur entrevu qu'il abritait sous les mimosas du Mourillon ou du tieux chêne de la Moul- zie, et il eut honte de pleurer à une heure où toutes ses pensées eussent dû appartenir à la France.\u201cTu feras ton devoir toujours, même si lon coeur devait en saigner.\u201d Il lui semblait que sa mère était là, près de Jui, qu\u2019elle répétait la recommandation suprême.L\u2019illusion était si forte qu\u2019il ge surprit disant presque haut: \u201cMère, ne crains point.Ton fils fera son devoir.\u201d Mais, en attendant, ne pouvait-il laisser saigner son coeur?Il était si affreux de se répéter : \u201cCelle que j'aime est la fille d\u2019une espionne.Toute 1a vie, elle portera cette tache au front.\u201d Et son imagination surexcitée lui représentait dans toute son horreur ce qu'était cette femme qui, sous des dehors doux et honnêtes, cachait une âme cruelle et sans foi.Près du mari qui croyait en elle, elle avait préparé l\u2019envahissement de la Belgique: dans la villa dont il lui avait permis de coûteux caprice, elle avait tramé de coupables \u2018desseins contre la France.La terrasse bétonnée, si joliment fleurie de plantes exotiques, était faite pour recevoir de l'artillerie lourde; les souterrains \u2014 118 \u2014 Es Fol.12 No 19 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1819 L 1e devaient pas seulement servir de ma- védère, et, d'abord, il regarda la trappe: E gasin de réserve pour le ravitaillement des \u201cSi je pouvais grimper là-haut! pensa- | sous-marins: ils devaient contenir aussi t-il.\u201d E des armes, des munitions, en vue d'un dé- Trop faible pour tenter ! \u2018esvala le, il ne i barquement vnnemi, et pout-être s'éten- {rouvait pas prudent de la confier à Pony.daient-ils lvin dans ja campagne, jusqu'a Maintenant qu'il Connaissaît mieux les aî- la ligne de Brest, qu'ils eussent permis de tres de la maison, il se reprochait même # surprendre et de capier.d'avoir une première fois exposé son jeu- bi Ce n'était pas pour rien que des ou- ne rar, 5 vriers, blonds ou roux, étaient venus du \u201cPar où peut-on nons écouter, se deman- ; Nord, pour travailler à J'adduetion des da-t-il.\u201d | eaux et de l'électricité.En se souvenant qu'à piste NICS Tenses j Sous ce couvert honnête, ils faient or- Boche avait abové sans Pas devant ia - ganisé une véritable forteresse.clématie, et qu\u2019un soir, 1 avait trouvé, pi- | Grâce à eux cette nuit, un sous-marin qué dans le feuillage, une des roses de i ennemi avait reçu des forces nouvelles qui sang qui fleurissatent le mur du paviliien, y lui permettaient de poursuivre son oeuvre il s S \u201capproe ha du treillage pour de peux [ de destruction.: ex xaminer.\" Ah! la G®lette avait raison! 11 était Les branchos tonnes Zenrbéee, 11 na.= temps, grand temps d\u2019agir, de démasquer pore que le rocher contre Jequrel était ap- ne l'espionne qui se cachait derrière un beau prise ie helvédère oo in wll ronoaser à J nom d'honneur et de gloire: \u201cses recherches, quand Roche qui l'avait sui- [ Aucune considération particulière, si viet observait ses mouveinenis, aboya en poignante qu'elle fût ne devait plus arrè- remuant la qneue.) pe ter.Jn méme temps 1! regardait-son maître i Il ne fallait même plus songer a ce cri et ce regard semblait dire comme celui de | qui avait bouleversé la sensibilité de Fran- la \u2018Goélette, la nuit précédente, devant | .cette: ; | l'horloge aux tulipes: i \u201cPour moi.pour mon frere.par pi- \u201cC'est tà! Je t'assure que c'est al.E .taisez-vous!\u201d Geoffroy écarta d'autres branches et, | Ta pitié eût été une faiblesse.France alors, à force d'attention, i! \u2018init par dis- a d'abord ! A l'heure actuelle, il ne pouvait tingner un étroit gnichot, vont la couleur i exister d'autre devise.Se confondait avec le granit et sur lequel kil Geoffroy se redressa en trébuchant, il se croisaient les Jattis peints en vert.| essava de se mettre debout.Il n\u2019était pas Evidemment, ce guichet fermait une ou- encore en état de reprendre son épée, mais verture du souterrain.An .cmps des Moi- EL que la patrie fut plus grande et plus fière, nes-Blanes, lorsque la vrrasse n'était a il pouvait offrir son coeur comme une hos- qu\u2019un sentier en corniche sur la mer, c'é- | tie sanglante.tait peut-être par là que les pauvres ve- $ Il n\u2019hésita point.X_naient recevoir une aumône ou une écuellée E \u201cDemain, je partiral, décida-t-il.\u201d de soupe fumante, par ]à aussi que les pé- hi Puis, retombant sur le canapé, 11 pleura cheurs apportaterN aux religieux le pois- E encore.son dont se nourrissait leur austérité.po XXI Mme Stevens utilisait à présent le gni- ' L\u2019ORDRE SUPRÊME chet pour espionner ses locataires, Gudu- A le le savait et c'était par là qu'elle était E Le premier, Geoffroy descendit du bel- venue jeter son premier avertissement, A \u2019 \u2014 117 \u2014 | i i i Vol.12, No 10 LA REVUE Geoffroy laissa retomber les branches.Il était effrayé de l\u2019étroitesse des mailles du filet tendu sur eux.| L'aventure qui leur arrivait représentait en petit la grande aventure où le pays était jeté.Comme eux, la France avait eu confiance en ses voisins qui semblalent oublier les vieilles querelles pour vemir, le sourire aux lèvres, s\u2019asseoir à sa table.Ils étaient si discrets, si peu exigeants, si serviables\u2026 Comment se serait-on méfié?\u2026 | Mme St&ens n\u2019avait pas agi d'autre sorte: clle avait souri à es hôtes; elle les avait entourés de prévenonces.On avait dt: \u201cComme elle est }rnne! Comme elle ést douce!\u201d Et cette bonté n'était que de la perfidie, cette douceur que de la haine déguisée.Dans l'ombre, elle ne cherchait qu'à épier ceux qu'abritait son toit, à éteindre la mèche qui fumait encore\u201d, afin que jamais ne se rallumât la jeune force qui était destinée à la France.\u201cQuand aurons-nous écrasé cette puissance occulte qui nous opprime?\u201d pensa (r:offroy avec colère.T] lui tardait de voir paraître les siens pour leur annoncer son intention de prochain départ et les presser de p®rtir avec Jui.Il ne voulait plus écouter son coeur qui Tui disait: \u201cOù est-elle?Ne souffre-t-elle pas?Ne payera-t-elle pas le première pour les coupables \u2018 Il ne voulait pas, et cependant, malgré lui, il songeait toujours a Gudule.Et cette obsession était infiniment douloureuse.Soudain Boche aboya.Tout de suite, Geoffroy pensa au judas dont il avait surpris le secret.Si Mlle Stevens ou Juliana était derrière, il ne fallait pas, en écartant la clématite, leur montrer qu\u2019il connaissait la mystérieuse ouverture.Donc, il prit un livre.Mais son coeur POPULAIRE Montréal, Octobre 1918 battait: il ne comprenait pas le sens des caracteres.De nouveau, Boche aboya et, alors une voix haletante balbutia : \u2014 M.de la Moulzic, êtes-vous là ?En un seul élan de ses béquilles, il fut auprès du treillage, et, cette fois, sans hésitation, il écarta les branches flexibles.La figure pâle de Mlle Stevens lui apparut.Derrière les lattis croisés, elle ressemblait étonnamment à cette jeune Car mélite de Dixmude, restée en prières dans une cave & que le jeune enseigne avait appelée par un soupirail pour l\u2019arracher à la ville en flammes.Elle haletait toujours.\u2014 Je suis venue si vite, expliqua-t-elle.Juliana avait oublié de fermer une porte: j'en ai profité!.J'avais pæssé une nuit affreuse\u2026 Je songeais à ce que j'avais dit à votre soeur.Vous avez dû me trouver bien égoïste.Mais, à la pensée de perdre mon frère, le courage me manquait pour le sacrifice suprême.Et puis, on est faible quelquefois.J'avais peur aussi pour moi.\u2014 Pour vous, que pouvez-vous crain-: dre?: #4 \u2014 Tout! \u2014 Tout?Oh! votre mère ne serait pas si dénaturée.-\u2018 \u2014 Ma mère?Quoi?N\u2019avez-vous pas compris ?.Oui, c\u2019est vrai! vous ne pouvez pas comprendre! Tout à l\u2019heure, je vous expliqueral.Pour le moment, le temps presse !.Juliana va peut-étre revenir.Je ne vous dis que le nécessaire.\u2014 Ne serait-il pas plus pressé de vous délivrer?-\u2014 Vous avez mieux à faire.Je viens d'apprendre une nouvelle qui m'a montré où était le devoir.À présent, il n\u2019y a plus d'hésitation à garder.Mon frère et moi ne comptons plus.Notre intérêt doit céder devant l'intérêt de la France.Il faut que vous partiez.Et sans retard !.\u2014 Qu\u2019avez-vous appris?\u2014 \u2018Tout à l'heure, Juliana est venue \u2014 118 \u2014 \u2014 = Sl he = EET Ty Vol.12, No 10 LA REVUE Montréal, Octobre 1919 POPULAIRE m'apporter un morceau de pain pour le seul plaisir de m'annoncer que ce matin, entre quatre et cinq heures, à cinquante milles d'ici, un sous-marin allemand, l'U- 16, a torpillé l\u2019Zbéria qui serendait au Havre.Il y a onze cents passagers noyés: Le pendant du Lusitania.\u2014 Comment Juliana connaissait-elle dé- ja ce crime abominable?.\u2014 Par le poste radiotélégraphique qui est caché dans le belvédère ouest.L\u2019Ibéria implorait du secours.Et ici, on a ri de sa détresse, car cette détresse, on en était cau- ge.Cette nuit, l'U-16 s'est ravitaillé au Paradis !.Il y a puisé une vigueur nouvelle.Vous comprenez, c\u2019est horrible! Cela crie vengeance! Alors, je me suls échappée pour vous dire que je ne puis étre plus longtemps complice dumal!.Ne songez pas à mon frére, ni & moi.Agissez au plus tot!.Il faut écraser le nid de vipéres./ \u2014 Mais si nous vous écrasons du même coup.\u2014 Je vous le répète.Ne songez plus à moi.Devant la Patrie, tout doit s\u2019effacer.\u2014 Laissez-mol vous sauver.\u2014 Gardez-vous-en bien !.Toutes les ouvertures du souterrain sont reliées entre elles par un courant électrique d\u2019une intensité formidable.L'imprudent qui voudrait pénétrer sans prendre les précautions nécessaires, ou fermer l\u2019un des compteurs, serait immédiatement électrocuté.Ici, seulement, il y a un volet de bois qui permet d\u2019ouvrir sans risques.\u2014 Je prendrai toutes les précautions nécessaires, je vous le promets, mais \u2018il faut que j'entre dans le souterrainn.\u2014 Je vous le défends.Les coupables sont sur leurs gardes.Il y a des issues que j'ignore et par où elles s'échapperaient\u2026 Vous ne pourriez connaître leurs complices et tirer d'elles tout ce qu'il importe de savoir.Au contraire, il faut qu'elles ne se doutent de rien.Je ne vous conseillerai même pas de fermer le compteur qui est à votre portée et que je vous indiquerai\u2026 Tout de suite, elles se méfie- ralent.\u2014 Mais, lorsqu\u2019on les arrètera, elles se débarrasseront de vous pour que vous ne parliez pas.\u2014 Cette idée ne doit pas vous retenir.J'ai fait le sacrifice de ma vie.Je l'ai offerte à Dieu pour le salut de votre patrie et de la mienne.Geoffroy se tenait accroché au treillage.Ses doigts tremblaient.Ce que Gudule lui disait, sa mère le lui avait dit déjà à l'heure où la mort approchait d'elle: \u2018\u2019Tu feras ton devoir, même si ton coeur devait en saigner.\u201d \u2014 Je vous obéirai, murmura-t-il.Mais ce sera dur.Dans le lointain, une porte battit.\u2014 Quelqu'un! balbutia la jeune fille.Partez vite!.Et que Dieu vous garde! Le volet de bois se referma et, devant les clématites qui frémissaient, Geoffroy resta comme étourdi, ne sachant plus regagner sa chaise-longue.Boche aboya encore, puis satisfait d'avoir protesté contre des façons insolites, il vint se coucher à la place qu\u2019il aimait, un large tabouret que Mme d'Orgeac mettait sous les pieds quand elle tricotait.Nadalou parut, le plateau du courrier à la main.En même temps, il apportait une nouvelle qu'il tenait du facteur.\u2014 Monsieur Geoffroy, figurez-vous! On prétend qu'un sous-marin allemand a coulé un grand paquebot au large d'ici.C\u2019est le sémaphore qui en a reçu l\u2019avis par télégraphie sans fils!.Ah! les sales Boches! quand les punira-t-on comme ils le méritent ! \u2014 Bientôt! assura l'enseigne.La voix était ferme, mais le timbre en paraissait changé.\u2014 Monsieur se serait-il enrhumé?insinua Nadalou.\u2014 419 - NIE J 8 Vol.13, Ne 10 LA REVUE \u2014 Non.C'est le brouillard.Avec le soleil, cela passera.Nadalou, tu prépareras ma valise.Ce soir, nous partons ensemble pour Brest.Le vieux domestique enlevait, du coin de son tablier, quelques grains de sable que le vent avait jetés sur les livres épars.Il s'arrêta surpris: \u2014 Monsieur aura la force d'entreprendre ce voyage?interrogea-t-il surpris.\u2014 Il faut que je la trouv.On-me convoque Ja-bas pour une visite médicale.Francette arrivait, et Tony, et derriere eux, à pas plus pesants, Mme d\u2019Orgeac.Geoffroy leur communiqua la nouvelle.\u2014 À votre place, déclara-t-il ensuite, je profiterais de mon absence, pour aller à Kerhuon, chez Mme de Penfeld.Elle désire tellement votre visite !.\u2014 Je ne demanderais pas mieux ! balbutia la douairiére, mais c'est Francette.\u2014 Oh moi, je veux bien ! s'écria la jeune fille, fidèle à la parole donnée.Nous en profiterons pour faire un pèlerinage à N.-D.du Folgoët.\u2014 Et Avit?interrogea la grand\u2019mère étonnée, que deviendra-t-il, pendant ce temps?n \u2014 Il achèvera son travail.Hier, vous le voyez bien, bonne maman, il n\u2019a pas voulu de moi.| - Mme d\u2019Orgeac se laissa convaincre: elle aimait leg voyages, jouissant plus qu\u2019un autre de tout ce qu'elle rencontrait.La pensée de revoir cette rivière de Ker- huon, au bout de laquelle on aperçoit la rade de Brest et l'ouverture du Goulet, renversa ses dernières hésitations.Très joyeusement, elle boucla sa valise, et vers le soir, lorsque l'express dé Paris, passa à languerneau, tous y montèrent, même Peyronne que Francette avait, voulu emmener pour que, après N.-D.de Tu- mière, elle prièt N.-D, du Folgoët de lui ramener son cher Janiton.Tony aurait votlu suivre son frère; ce- Fui-ci n'y consentit pas.Montréal, Octobre 1913 POPULAIRE \u2014 Obéissance et discrétion absolue, voilà ce que j'exige de toi, recommanda-t-il.C'est pour la France.Et Tony n\u2019insista pas davantage.De bonne he: \u2018>, il avait été dressé à une exacte discipline.De loin, Mme Stevens assista au départ de ses Ibcataires.Elle se promenait le long du train, correspondance de Saint- Guirec.De menus paquets pendaient à ses doigts.L'un d'eux, noué, d\u2019une ficelle d\u2019or, devait venir de chez Pérucci, le pa- tissier suisse de la grand Rue.Comme Lina, elle aimait à y faire de longues stations.Quelques personnes la saluèrent; elle répondit avec empressement et son sourire était très doux.Le soir était déjà gris d'argent.seulement teinté d'un peu rose, lorsqu'elle re prit Ja route des Moines-Blances.Au bord du chemin, la Goélette assise égrenait son chapelet.Elle ne lui dit rien.Cette mendiante qui se faufilait partout fui semblait déjà assez indiscrète sans l'attirer davantage par de trop fréquentes charités.Et Mme Stevens mit la clef dans la serrure, et, souriant toujours, elle regarda la maison aux volets clos.Il ne lui déplaisait point.en ce moment, d'être seule maîtresse au Paradis.XXII L\u2019HORRIBLE SOUPÇON.En attendant d\u2019être reçu par le Directeur du service de contre-espionnage, Geoffroy écrivait dans le salon de l'hôtel.Sur une carte-postale, il envoyait à Avit, tous ses regrets de n'avoir pu lui serrer la main avant de partir et l'assurait de son prochain retour et de celui de Fran- cette.Autour de lui, un voyageur allait et.venait.Par mioments, il soulevait un rideau de fenêtre, puis le laissait retomber, et l'on -\u2014 120 \u2014 ww ca 2 Vol.12, No 10 LA REVUE Montréal, Octobre 1918 POPULAIRE devinait que son geste était machinal, qu'il n'avait rien vu et que, du reste, il ne se souciait pas de voir ce qui se passait rue de Siam.Sans le regarder, à son ngitution, on sentait qu\u2019il v avait de l'inquiétude en lui, peut-être de l'angoisse: de toute sa personne se dégagenit des effluves nerveux.Elles atteignirent Geoffroy: malgré sa réserve habituelle, il releva le front.L'inconnu était grand : il avait une longue.barbe grisonnante.Ses vêtements étaient quelconques, \u2014 un complet gris, \u2014 acheté tout fait dans un grand magasin de confections, mais il leur communiquait de la distinction, non point, sans doute, cette distinction de race qui peut s'accommoder d'une intelligence médiocre ou d'un coeur étroit, mais cette distinction de l'esprit qui, partout, fait reconnaître les natures supérieures.Les yeux surtout étaient prenants, des yeux de chef ou d\u2019ipotre.\u201cOù ai-je rencontré cette figure?se demanda l'enseigne.Certainement elle a déjà croisé mon chemin.\u201d * Un mince ruban rouge se nounit à la boutonnière du veston.\u201cCe n\u2019est pas un officier de marine ! pensa le jeune homme.Et cependant, je le connais très bien.\u201d Il eut beau se creuser la tête: le souvenir après lequel il courait ne se laissa pas rejoindre, il se faisait l\u2019effet de ces enfants qui, voulant saisir au passage uee bulle de savon, restent consternés devant le joh ballon irrisé qui leur échappe pour s'évaporer dans l'air en fine poussière d\u2019eau.\u201cC\u2019est trop bête! pensa-t-il.J'en ai le cerveau fatigué.\u201d Il consulta sa montre.Neuf heures qua- rante-cing.Il n'avait qu\u2019un quart d'heure pour se rendre à l'audience qui lui était assignée.11 mit sa casquette, chercha ses béquilles.et se dirigea vers la porte.Il se disposait à le franchir quand une voix le rappela : Monsieur, vous oubliez cette carte.\u2026 La voix était ferme et sonore, elle correspondait bien à l'énergie des veux.Geoffroy revint sur ses pas pour prendre la carte et remercier l'inconnu.Celui- ci paraissait troublé.\u2014 Monsieur, balbutia-t-il, je vous de- mande pardon.Par hasard, j'ai jeté les - veux sur l'adresse.Saint-Guirec!.Con- naitriez-vous cet endroit, Monsieur?\u2014 J\u2019y habite en ce moment.\u2014 Dans ce cas, me permettrez-vous de vous demander quelques renseignements?\u2014 Très volontiers, monsieur, mais plus tard, après déjeuner.Pour le moment, je suis attendu.| \u2014- Moi aussi, jai un rendez-vous pour dix heures et demie.Au revoir donc, Mon- , sieur.Je serai très heureux de reprendre cette conversation avec Vous.Geoffroy gagna les bureaux du contre- espionnage.En route, 11 pensa : \u201cJe me suis trompé.Je ne connais pas ce monsieur.Sa voix n'a éveillé en moi aucun souvenir.Quant à lui, 11 veut sans doute me demander des renseigne.ts sur les locataires de villas.Je ne sais pourquoi je m'occupe tellement d'un incident très simple.\u201d Dès qu'il eut fait passer sa carte on introduisit l'enseigne.Le Directeur, un commandant à la rude moustache, lui dit: Mr.de Ia Moulzie, vous nous arrivez tout auréolé de lu gloide de Dixmude.Qu'\u2019apportez-vous à notre Service.Geoffroy s'assit et, en quelques mots très nets, mais sous lesquels on sentait 1'émotion violente qui le secouait, 11 exposa la situation.| De temps en temps, celui qui l'écoutait jetait une note sur le papier ou posait une question brève.I] avait un regard incisif, embusqué sous d'épuis sourcils.Lorsqu'il vous regardait en vous interrogennt, on \u2014 121 \u2014 M AIT a À i A 8 a A 1 H i ; IN M Vol.1* No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 avait presque l'impression d\u2019être soi-même un accusé.\u2014 Alors, conclut-il, vous êtes absolument certains que vos propriétaires se nomment Stevens ?\u2014 Oh! absolument ! Le maire de Saint- Guirec a entre les mains leurs actes de Naissance.Un sourire, a la fois indulgent et ironique, glissa sous la grosse moustache en brosse.\u2014 Tous les mêmes, ces Francais! Ils ne veulent pas croire au mal! Ne savez-vous donc pas, jeune homme, qu\u2019il est relativement assez facile de se glisser dans la peau d'autrui.En temps de guerre surtout.\u2014 Mais Mlle Stevens m'a parlé, avec des larmes, de son père, le député de Liège.Je vous affirme qu'à cette heure-là elle était sincère.Le Directeur ne répondit pas: il sifflotait en feuilletant des paperasses.\u2014 Voici ce que je cherchais, annonça- -t-il tout à coup: une lettre chiffrée, que j'ai reçue hier soir, et dont on a fait la traduction.Elle émane de notre agent de Languerneau et contient des renseignements qui pourraient bien compléter les vôtres.Ecoutez plutôt.\u201cNous avons en- fm répéré le grand fover d\u2019espionnage de la ville: la Patisserie Moderne de la Grand\u2019Rue où les officiers du dépôt, les bailgneurs et les châtelaines du voisinage aiment à venir prendre une tasse de thé et manger des gâteaux.Le gérant de la maison se prétend Suisse, mais en réalité il ne serait qu'un Allemand naturalisé.Nous en avons maintenant la preuve absolue.Depuis une semaine, en effet, nous saisissons sa correspondance, et, ensuite, pour ne pas éveiller ses soupçons nous la réexpédions aux adresse indiquées.Il appert de notre enquête que Pérncei a pu dernièrement se procurer le carnet de campagne d\u2019un officier supérieur et qu'il est en liai- sen ébraîte avec les sous-marins de la Manche.Il les aurait même ravitaillés de pain et de viande fraîche, et cela avec le concours de complices que nous n\u2019avons pu découvrir encore, mais qui doivent être des femmes puisqu\u2019il n\u2019en parle qu\u2019en disant elles.\u201cUn détail pourra nous mettre sur la bonne piste : les elles mystérieuses possèdent une chèvre qui, le jour, sert de signal sur la côte.Suivant qu\u2019elle marche devant ou derrière sa gardienne, les observateurs du large concluent à la prudence ou la sécurité.| Geoffroy avait fait un brusque mouvement.Le Directeur enleva son lorgnon de presbyte pour le mieux regarder.\u2014 Vous connaissez cette chèvre?\u2014 Parfaitement! Elle appartient à Mme Stevens.At c'est Juliana qui la conduit.\u2014 Vous le voyez donc! Mon correspondant travaille dans le méme champ que vous.Et, c'est là que je voulais en venir, il va Vous prouver que votre bonne foi a été surprise.Il remit son lorgnon et continua de la voix inflexible du magistrat qui prononce un écrasant réquisitoire.\u201cMais ce que nous a révélé de plus intéressant la correspondance saisie, c\u2019est que les elles appartiendraient à la famille de William Kirschofen.L'une d'elles se- raît sa femme et aurait juré de le venger.Envoyez-moi vite des ordrs, avec tous les moyens d'agir.Je crois qu'il est temps, si nous ne voulons pas que les coquines nous glissent entre les loigts\u2026\u201d Le directeur replia la lettre : \u2014 Eh bien ! demanda-t-il, qu\u2019en pensez- vous?Geoffroy était livide.\u2014 Cette vision me paraît invraisemblable! balbutia-t-il.\u2014 Pourquoi \u2014 Parce que M.le maire de Saint-Gui- rec possède l\u2019acte de naïssance de Mme Stevens?Or, elle y est portée comme étant \u2014 122 \u2014 h \u2014 Vail 12, No 10 LA REVUE POPULAIRE - Montréal, Octobre 1919 une demoiselle Weiss.Allemande, elle l\u2019est jusqu'aux moelles, cela ne fait pas de doute, mais Kirschofen, c\u2019est autre chose !.\u2014 Eh bien, j'incline vers l\u2019avis de notre agent qui, du reste, est un fin limier, connaissant plus d'un tour.Mme Stevens est parfaitement la veuve de Kirschofen.Cette maison que vous me décrivez ressemble étonnamment aux organisations fortifiées de Bréhat qui nous ont été dénoncées dans les premiers temps de la guerre.Cet homme-là avait le génie du mal.Il avait mis la main sur tout, en Bretagne et en Normandie.Rien que pour en avoir débarrassé la France, je vous aurais octroyé l'une des belles croix-qui ornent votre poitrine\u2026 Donc, je poursuis mon raisonnement.Mme Stevens est sa veuve.\u2014 Mais, alors, les jeune filles?.\u2014 Sont ses filles.\u2014 Lina peut-être, mais l'aînée?\u2026 ! \u2014 L\u2019ainée aussi!.Autrement: elle se dat sauvée.Mme Stevens est donc la veuve de Kirchofen.Lorsque vous étes arrivé au Paradis, elle ne songeait, sans \u201cloute, qu\u2019à vous espionner doucement par les placards, par le guichet du belvédère et aussi par sa fille Lina qui fläMit sans cesse autour de vous.Mais le hadard a voulu que vous et d\u2019autres ayez rappelé l\u2019exécution de Kirschofen au front.A partir de ce moment, elle vous a voué une haine implacable.Si vous êtes encore de ce monde, ce n'est pas de votre faute! \u2014 Mais, mon commandant, comment ex- pliquez-vous que Mlle Kirschofen m'ait avert ?.\u2014 Ah! mon cher enfant, nous abordons ici un terrain particuhèrement délicat.Les Allemandes ont le coeur sensible.Vous êtes bien de votre personne.Vous avez une réputation de héros.Mlle Kirscho- fen n'aura pu supporter l'idée que tant de distinction et de valeur soit à la merci d\u2019un mauvais café ou d\u2019un gaz perfide.Elle aura voulu neutraliser le poison.A moins Que.or.Le directeur s\u2019arrêta: avec son sourire d'ironie indulgente, il classait les papiers dérangés sur la table.Oppressé, Geoffroy attendait qu'il ache- vat sa phrase: il n'avais encore jamais connu torture pareille à celle de cette heure.Gudule, fille d'une Allemande, il la plaignait, mais Gudule, Allemande elle-même, Gudule avant abusé de sa bonne foi, cette idée lui était insupportable! T1 la repoussait de toutes ses forces et il en voulait presque à celui qui, ayant côtoyé trop de vilenies et de traliisons.semblait la trouver naturelle.\u2014 A moins que?.murmura-t-il.\u2014 À moins que tout cela ne soit qu\u2019une comédie pour vous éloigner et prendre la poudre d'escampette en votre absence.Le jeune enseigne bondit sur son fauteuil.\u2014 C'est impossible! protesta-t-il indigné.Cette jeune fille est incapable de prêter x main à une pareille infamie.Elle n'eût pas pleuré devant moi un père qui n'aurait pas été le sien! Le vieil officier sourit encore : \u2014 Ah! monsieur, dit-il, que vous êtes jeune ! Malgré vetre expérience de Dixmu- de, vous semblez 1gnorer que le synonyme d' Allemand est fourbe ou menteur.Moi ci al tin peu plus vécu que vous, dès hier, au reçu de cette lettre chiffrée, et, avant de me raconter, jai donné l'ordre d\u2019observer tous les départs de Languerneau et de réquisitionner la troupe sil y a lieu.Tout à l'heure, par automobile, je vais envoyer là-bas d'autres agents habiles et sûrs.Il faut que nous prenions la pie au nid.(reoffroy ne se sentait plus le courage de discuter.Son secret ne lui appartenait plus: il l'avait donné à la France et, avec lui, tout le bonheur dont un instant sa jeunesse avait rêvé.Il se leva : \u2014 Quelle conduite dois-je tenir?de- manda-t-il.\u2018 \u2014 Oh! naturellement jouer dans notre \u2014 123 \u2014 Vol.12, No 10 LA REVUE POPULATRE Montréal, Octobre 1919 jeu!.Vous revenez de votre visite médicale à Brest; vous reprenez votre vie ordinaire.En apparence du moins, car, en réalité, vous restez sur l'oeil et plus que jamais.La Kirschofen doit avoir la haine tenace.Elle ne seraic pas Boche autrement !\u2026 \u2014 Et ma grand'mère, ma soeur, mon jeune frère, dois-je les rappeler?\u2014 Certainement ! Moins vons aurez l'air de soupconner vos propriétaires, plus vous faciliterez notre action.Elles s'endormiront dans la certitude que vous avez un bandeau sur les yeux.Elles négligeront certaines précautions, et nous profiterons de la premiere fissure.Pénétre-t-on facilement, chez vous, quand la grille est fermée ?\u2014 I n'y a que deux endroits accessibles : les escaliers qui donnent sur les deux plages.Pour quelqu'un qui est rompu aux exercices de gymnastique, il suffit d'un rétablissement pour escalader la terrasse.Mon jeune frère n\u2019est pas entré autrement le jour où 1l a épié Juliana.\u2014 Je noterai le renseignement sur mes tablettes.Et maintenant, retournez à St- Guirec et, pendant quelques jours, nour- rissez-vous d'oeufs à lu coque.Jusqu'à nouvel ordre, ce régime me paraît être le meilleur pour vous.Le commandant se dirigea vers la porte.Avant de l'ouvrir, il tendit la main à Geoffroy.\u2014 Sans rancune, n'est-ce pas, dit-il de ga bonne voix grondeuse.Dans le métier que je fais, vovez-vous, on devient sceptique! | En même temps, 11 regardait avec pitié ce beau garcon trop pâle, aux épaules infléchies sur les béquilles, à qui un grand docteur avait promis la guérison, mais qui encore, restait un infirme.\u2014 Vous semblez triste de ce que je vous al dit.Et je sais bien pourquoi?Vous gardez du collège l'horreur de la dénonciation.Il vous a coûté de faire celle-ci.Elle était pourtant urgente.En la faisant, vous avez mérité de la France.Plus bas, il ajouta : \u2014 Surtout, ne tentez pas de sauver la fille aînée: vous détruirez notre oeuvre.M y a des cas où, avoir pitié, c'est devenir complice.Geoffroy était très pâle.\u2014 J\u2019obéirai, mon commandant, mais ce sera dur! \u2014 Vous savez déjà que le patriotisme exige tous les sacrifices.Dons, bon courage.Avant longtemps, vous verrez du nouveau.La porte se referma.Tout étourdi, avec le sentiment atroce que son coeur était déchiré par une main brutale, le jeune offi- cler gagna la rue.Au tournant du porche, il se heurta à quelqu'un qui entrait.D'un geste machi- hal d'homme poli, l'inconnu toucha son chapeau.Geoffroy reconnut son commensal.Lui aussi se rendait au bureau du contre-es- plonnage.Quelle affaire l'y appelait?L'enseigne ne se fatigna pas l'esprit à le deviner.Il se sentait trop las de la lutte qu\u2019il venait de soutenir contr elui-même.A grandes enjambées de ses béquilles, il s\u2019en alla vers le cours d'Ajot pour respirer quelques bouffées d'air pur.Il avait la sensation qu'il étouffait, comme la nuit, lorsqu'il se réveillait dans l\u2019air vicié de sa chambre du Paradis.| Des enfants jouaient sous les vieux arbres, Sur les bancs, de jeunes mères travaillaient, et l'on sentait que leur front baissé pensait à l'absent.Beaucoup d'entre elles portaient des voiles de deuil et des bandeaux de veuve, mais quand elles relevaient les yeux pour suivre les petits qui s\u2019amusaient, chez toutes, 11 v avait de la fierté.Geoffroy appuya son grand corps fatigué à la courtine du glacis.Le Goulet \u2014 124 \u2014 À Vol.12, No 10 s'effacait dans le brouillard.La rade semblait d'argent.À être là, il retrouvait son ame d'enfant.Un soir, quand il était à peine plus haut que le parapet, la main dans la main de son père, pour la première fois, il avait été témoin du salut aux couleurs, et \u2018ces pavillons, qui descendaient au milieu du silence des marins rangés, pendant que la musique du vaisseau amiral jouait la M ar- seillaise, lui avaient laissé .un souvenir , ineffaçable qui avait eu quelque part dans sa vocation.Il est vrai que son père lui disait, en même temps: \u2014 Petit, regarda bien! Le pavillon.comme le drapeau représente la Patrie.il ne faut pas hésiter à se faire tuer pour lui.Et, plus tard, au vieux Borda, où la mer le bercait de son roulis, pendant les nuits d'hiver, que lui avait-on enseigné, si ce n\u2019est le sacrifice?Ses camarades et lui étaient arrivés à le trouver naturel, puisque n\u2019y pas consentir, c'était se déshonorer.Aussi.à l'heure où la Franee les avait réclamés, étaient-ils tous partis, sans même tourner la tête vers leur jeunesse.Combien en manquait-il à cette heure Lentement, presque avec le regret de ne pas être de ceux-là, Geoffroy revint vers 14 ville.I! n\u2019était pas encore midi; il voulait aller jusqu'à la place où s'élève l\u2019église St- Louis.Devant les degrés trop nombreux, il s'arrêta: pourrait-il tenter l'escalade ?Et, pendant qu\u2019il était là, hésitant, 11 se revit à cette même place, le beau matin de sa première, communion.Cette fois, sa mère aussi l\u2019accompagnait et elle gardait dans les yeux un peu du ciel qu\u2019il venait d\u2019entrevoir.Lui empor- \u2018tait dans son coeur d\u2019enfant des paroles qui l\u2019avaient l\u2019ému.Un vieil aumônier de la marine, dont la LA REVUE POPULAIRE ehtidbeidtibtidiiiii ciel teiticitétisitéthté Montréal, Octobre 15919 poitrine était rougie par la croix d'honneur, leur avait dit: \u201cMes enfants, Tésortuais, vous serez les soldats du Christ.Nul sacrifice me devra vous paraître trop dur pour faire triompher la grande cause que vous défendrez.\u201d Le sacrifice, c'était donc le signe du chrétien et du soldat.Tout devait disparaître quand Dieu et la France l'exigeaint.Il ne faut pas beaucoup d'idées pour faire des Ames convaincues: une seule suffit si elle creuse un sillon profond où la semence peut germer.Et l'idée avait grandi avec Geoffroy : le sacrifice est beau; le sacrifice est grand ; le sacrifice sauve.À présent, elle le possédait tout.Comme ses camarades, comme il l'avait fait lui-même, le jour où il avait reçu l'ordre de partir pour la Belgique, ik devait aller en avant, sans regarder derrière lui, sans même jeter un dernier adieu au bonheur qui, un moment, lui avait souri.Car, malgré tout ce qu\u2019avaitapu lui dire l\u2019ironique Directeur, il était sûr que Gu- dule était sincère.Comment?Pourquoi?Il ne savait point, mais il ne doutait pas d'elle.Dans l\u2019éloignement, à travers les barreaux de sa prison, il revoyvait son visage pâle, et 11 Ini semblait que, comme la jeune carmélite de Dixmude, dont elle avait la voix, elle répétait la prière de Sainte-Thérèse: \u201cOu souffrir ou mourir.\u201d [ Et, après avoir bu le calice jusqu'à la lie, peut être allart-elle mourir, maintenant.Et les mains liées par la France, Geoffroy ne pourrait rien pour elle.En lui 11 y avait un te! désespoir quol ne put pas tout de snite regagner l'hôtel, Péniblement, suivi par tous les veux qui traversaient la place, il gravit les degrés, et sans accorder un regard aux tombeaux de ceux qui, avant lui.avaient donné leur vie pour la Patrie \u2014 du Couédic, le héros de la Surveillante, de Langle le commar- ome 125 on gg Ea LW i Hi 1 Voi.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 dant de l'Astrolabe \u2014 il se réfugia devant l'autel de la Vierge, où le jour de sa première communion, il était venu offrir un bouquet blanc qui re présentait son ame d'enfant.Et, alors, dans le silence de l'église, que l'heure de midi rendait vide, il crut de nouveau entendre la voix de Gudule.\u201cN\u2019essayez pas de me sauver, disait-elle.J'ai fait le sacrifice de ma vie.Je l\u2019ai offerte à Dieu pour le salut de votre patrie et de la mienne.\u201d Le jeune officier mit la tête entre ses mains: \u201cNotre-Dame de Lumière, murmura-t-il, protégez-la\u2026 puisque je puis rien pour elle.A vos pieds, elle ne peut avoir menti.\u201d XXIII LE NOUVEAU LAZARE, > ?\u2019 » sx \u2019 Le déjeuner était déjà avancé lorsque Geoffroy rentra à l\u2019hôtel.Dans la salle du restaurant, on l\u2019examina beaucoup: il ne distingua personne, pas même son inconnu du matin, assis seul à une petite table.A peine toucha-t-il aux plats qu\u2019on lui présentait.Très vite, il chiffonna sa serviette et chercha ses béquille pour regagner le salon.\u201c L'inconnu se leva aussitôt et lé suivit : \u2014 Pardon, Monsieur, pourriez-vous à présent, m\u2019accorder les quelques instants d'entretien que je vous ai demandés.Si, de bonne heure, Geoffroy n\u2019eût pas été rompu à cette exacte politesse qui ne laisse jamais deviner que les gens vous importunent, il eût certainement répondu des mots glacés qui eussent découragé son interlocuteur: il avait tellement soif de la solitude et de silence! Mais, en présence de cet homme découvert qui, avec une telle insistance, sollicitait son attention, il se retrouva très gentilhomme.\u2014 Certainement, Monsieur; veuillez vous asseoir.Ici, nous serons tranquilles.Ils étaient dans une embrasure de fenêtre qui dominait la rue de Siam.Parmi: les cols bleus et les coiffes blanches roulant sur les trottoirs et la chaussée, circulailent les bras en écharpe, des têtes bandées, des béquilles encore inexpertes, qui racontaient la guerre, mais les visages n'étaient pas tristes; ils exprimaient la fierté de ceux qui défendent une cause juste.Dans le soleil gai de midi, ils metaient un frisson d'espérance.\u2014 Monsieur, commença l'étranger, vous m\u2019avez dit, ce matin, que vous habitiez Saint-Guirec.\u2014 Ma famille y a loué une villa pour le temps de ma convalescence.\u2014 Je désirerais quelques renseignements sur des personnes qui doivent aussi habiter là-bas.\u2014 Peut-être ne pourrai-je pas vous renseigner, Monsieur.Nous vivons très retirés.Instinctivement, et, malgré la sympathie qui l\u2019attirait vers ce visage, très noble, où de l\u2019héroïsme était inscrit, Geoffroy se tenait sur la réserve.L'inconnu continua: \u2014 Peut-être avez-vous remarqué celles dont je vous parle.Elles sont trois: une dame d\u2019un certain âge, blonde, un peu forte.L\u2019enseigne fit un féger mouvement: il avait pensé à Mme Stevens, l\u2019autre poursuivait : \u2014 Et deux jeunes filles.L\u2019une d'elles, brune et très jolie, s'appelle Gudule.\u2026.Je ne connais pas leur nom de famille.Cette fois, le doute n\u2019était plus permis! C\u2019était bien de Mme Stevens qu\u2019il s\u2019agissait, mais quel mobile dirigeait la curiosis té de l'étranger?Avant tout, il importait de le savoir.Les espions ne prennent-ils pas tous les visages?Et, en ce moment, au Paradis, on pouvait être anxieux de con- \u2014 126 \u2014 ec H Vol 12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 du sol.Ne vient-il pas de conquérir l'air, et il semblerait que le pouvoir de développement de son intelligence est illimité.Mais dans tout cet effort, il semble s'ê- tre oublié lui-même, et tandis qu'avançant à pas de géant dans toutes les sciences, 1l rétrogradait en ce qui concernait les movens de conserver et prolonger sa vie.1919 (alsié 15105 OI 413 713179 ot 5 2 2: Ven ant nd en 1913 afin Sd ple Clots F Gance Ein \u201c= » BR] 0 ISO» EIS 1943 7! Hh c \u201c SV WW » = MN Re À NS HY SHY x x 9 Feurait vivre ual {ors 0s Tem 5 que ca a msg how nore.| (EXQL =192 ) ow hte Par héritage primordial Thomme est destiné à vivre 200 ans, et la science n'aurait vraiment droit de se glorifier qu'alors l'elle aura trouvé le moyen de prolonger ia durée de sa vie au-delà de cette limite.Avouons qu'il y a encore un rude chemin à parcourir.La différence, en fait, entre la jeunesse, la maturité et la vieillesse n\u2019est pas autre chose qu'une différence purement chimique.Les vartillages et les artères, d'abord flexibles se raidissent ou se durcissent : les nerfs s'irritent au lieu de rester à l'état normal :la richesse et la couleur vermeille du sang, lés cheveux blonds, noirs ou blancs, qu'est-ce que tout cela ?Une simple différence chimique ,pas autre chose.Ou, si l\u2019on veut, c'est la résultante de dépôts de corps étrangers qui ont pénétré dans le corps alors qu'ils auraient dû rester là où ils étaient, et se sont assimilés au système général: Si le savant avait davantage étudié le composé humain, sa construction et sa résistance; s'il s'était autant acharné à l\u2019étude de cette science qu'il l'a fait pour tant d'autres sciences, il aurait trouvé toutes les différences chimiques dont nous parlons, aurait éloigné les causes contraires, et l'homme pourrait aujourd'hui compter sur une existence de 200 ans,-@e qui lui permettrait de \u201csurvivre\u201d à ses propres oeuvres.Messieurs les hygiénistes sont coupables de n'avoir pas assez approfondi la science de la chimie physiologique et de la chimie alimentaire.Les trois principes fondamentaux gouvernant toutes les fonctions de la vie sont : la nourriture, le mouvement et la respiration.Le plus important de tous, c\u2019est la nutrition.L'air pur est facile à se procurer et tandis que l'action de respirer est automatique, l'exercice devient facilement automatique, une fois sagement réparti et entraîné.; La nutrition est la seule fonction animale qu'on a encore laissé à peu près au hasard.{ De nos jours, c'est le goût qui guide la \u2014 156 \u2014 lic tr 14 a Voi.12, No 19 nourriture, et le \u201cgoût\u201d moderne est telle- pent perverti.HI force l'être humain à in- Eurgiter une foule de choses dont il nn pas besoin, qu'il digère mal et qu'il élimine trop laborieusement et toujours incomplètement.Le goût pervert] a changé la faim en appétit; il a empoisonné le sang, produit des dilatations, déplacé Is des de la raison pour y substituer la tyrannie des habitudes pernicieuses.L'homme mange les autres animaux, les quadrupèdes, les bipèdes, les insectes, et des masses de choses glacées.Il attend que les animaux qu\u2019il mange se soient nourris eux-mêmes à des sources souvent dizeuta- bles, et alors, afin de soutenir et prolonger sa propre existence, il mange ces animaux dont la chair est elle-même la résultante d'une nutrition primitive.C'est donc de la nourriture de seconde main qu\u2019il absorbe, puisqu'elle a déjà passé dans le corps d\u2019un autre animal.11 est admis que le corps humain est un composé de quinze éléments chimiques distincts.Alors, celui qui parvient à trouver l'alimentation la plus propre à nourrir chacun de ces éléments distincts, dans une égale proportion, est un sage qui ren- forcit sa puissance cérébrale, son organisme émotif et son endurance physique; et pourvu qu\u2019il ne fasse jamais d'erreur (ce qui est presque impossible) il n\u2019y a pas de raisons pour qu\u2018il ne prolonge pas sa vi d\u2019une manière beaucoup plus considérable que la chose se produit aujourd'hui.Il devrait ainsi reculer presque indéfinintent les limites de la vieillesse.Tous les éléments nécessaires à la nutrition la plus pure se trouvent dans l'univers végétal; et si l'homme voulait se donner vraiment la peine d\u2019étudier les propriétés distinctes de chaque espèce de végétaux, il n\u2019aurait pas besoin d\u2019avoir recours à la nourriture animale qui lui est pernicieuse.Il y a donc gros à parier que feu Ma- thusalem était un végétarien averti; seulement ses disciples étant excessivement LA REVUE POPU LAIRE vlontréal, Octobre 1919 eue mt a art \u2014\u2014 rares, il s'ensuit qu'on ne sait plus aujour- hui, conserver connie lui, une jeunesse quasi éternelle.Toutes nos ménagères ot mères de familles devraient avoir appris au moins les éléments de la chimie organique et culinaire.Il n\u2019y a pas une femme intelligente ni docnerait à son enfant ou à son mari, un médicament préparé par nn chimisr d'une ignorance reconnue: \u201cpendant un grand nombre de mares \u201ctrois fans par jour, sur la table de famille, toutes sorte d'aliments sans inc s :uquldter s'ils sont bienfaisants ou malfaisants pour la constitution hiunaine.Il est certainement plus commode de prendre les choses comme cles viennent que de se donner le trouble de js analyser pour connaître leurs effets.C'est pour- (ol ix tres grandemajorité des zeus ma- gent par goût et par gourmandise, sans même réfléchir aux résultats immcd its, encore moins aux résultats éloignés.Le docteur J.-H.Mason Knox, une autorité américaine en matière de malad' es de l'enfance, déclarait dernièrement a Washington, qu'aux Etats-Unis seulement il mourait chaque année 300,00) enfants au-dessous de deux ans, atteints de maladies très aisément curables.Il ajoutait que les enfants qui uccoimnbaient sous effet d'une aliment-\u2018\u2018on défectueuse étaient deux fois plus mbreux aue les victimes de la tuberculos- contagieuse, I1 est tout probable que chacune de ces vies perdues aurait pu être conservée avec une alimentation convenable.Cette affirmation n'u rien d'extraordinaire, et I: Jocteur Fred, Pelletier, secrétaire de as municipale à Montréal, pourrait ni-/ment nous fournir des statistiques n° - tristement concluantes, Il se fait actuellement un =érieux mouvement pour l'éducation des familles en matière d'hygiène, mais je crois que les hygiénistes eux-mêmes devraient pousser plus avant leurs études relatives aux dif- ee ET am fe yy yeaa Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 férences chimiques dans le composé humain et dont la croissance pourrait, dans bien longtemps d'ici, faire vivre nos ar- rières-petits-fils jusqu'à 150, 175 et même 200 ans.C\u2019est la grâce que je leur souhaite STANISLAS PRUD\u2019HOMME.\u2014\u2014\u2014 0) \u2014\u2014 LES GREVES DE FEMMES ET LEURS MOTIFS BIZARRES teens Dernièrement, une centaine de jeunes filles employées dans un bureau de téléphone de New-York, se mirent en grève parce que la compagnie avait fait enlever les boîtes automatiques contenant de la gomme que ces demoiselles avaient dans leurs bureaux.Ces jeunes filles déclarérent qu\u2019elles préféraient perdre leur situation que leur gomme.Les boîtes durent être remises en place.Dernièrement aussi, les jeunes filles employées dans une manufacture d'épingle du Connecticut, se mirent en grève pour protester contre le renvoi d\u2019un gérant qui leur plaisait.La compagnie dut reprendre le gérant et lui donner une augmentation de salaire.Il y a quelques années, dans une grande manufacture de coton, une jeune fille fiancée à un jeune homme faisait voir à ses compagnes sa jolie bague de fiançailles, lorsque le patron survenant, bouscula les jeunes filles en les renvoyant à leur travail.Toutes se mirent en grève et demandèrent des excuses au patron.Celui-ci fut forcé de s\u2019excuser après que les jeunes filles eussent causé des dégâts à son établissements.Une des grèves les plus étonnantes eut lieu à Sochaczow, en Russie, deux ans avant la guerre.La population composée en majeure partie de Juifs était traitée par le rabbin juif comme de véritables esclaves, Un jour le rabbin défendit tous les concerts et les danses dans le village sous sa juridiction.Aussitôt, toutes les jeunes filles de l'endroit firent la grève du mariage: \u201cpas de danse, pas de mariage\u201d, tel fut le mot d'ordre.Pendant deux mois, il n\u2019y eut aucun mariage, à tel point que le rabbin fut forcé de céder.Les portes des concerts et des salles de danses s\u2019ouvrirent de nouveau et les cloches des synagogues Se mirent à sonner pour annoncer les mariages.Dans notre pays, à Ottawa, nous avons eu la grève des écolières, qui dura plusieurs mois.A Québec, l'an dernier, il y a eu la grève des ménagères, pour abaisser le coût de la vie.\u2014\u2014 9 CONSERVATION DES CITRONS Lorsqu\u2019on est éloigné de la ville, il est bon d'avoir sous la main certgines choses indispensables.Airsi que pour un bon service de table ainsi que pour certaines sauces, il faut bien souvent du citron.Voici un moyen facile d'en faire une provision.Les citrons se gâtent s'ils sont dans un endroit humide, mais ils se conservent fort bien au sec.Faites donc sécher au feu du sable fin; laissez-le bien refroidir.Placez-en alors une couche de quelques pouces au fond d\u2019une caisse sèche et propre.Sur cette couche de sable, placez des citrons enveloppés de papier, en ayant bien soin de les tourner la queue en bas.Sur ces citrons, mettez une seconde couche de sable, puis une seconde rangée de citrons.Continuez en finissant par une couche de sable.Vous pouvez ainsi avoir continuellement des citrons frais et sains.Mettez la caisse en lieu sec.\u20140 \u2014 188 \u2014 AT ASE A Le 5g À Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal Octobre 1919 E 3 i: if 2 4 + \"a | j à i.LE CUBISME ET | LE | i 5 A EN MUSIQUE ET EN PEINTURE, i £ i Des artistes qu\u2019on croirait Plutôt atteints i d\u2019aliénation mentale.bE Bl: i: 2 \u2014 i 2 gaN : : \u2019 .ae if 2 Avez-vous déjà entendu parler d'art cu- possible de définir clairement ce qu\u2019ils ne E.+ _ : A 3 i: biste ou futuriste, de musique ultra-mo- comprennent pas eux-mêmes.A derne, de musique futuriste, des bruiteurs, Le public, toujours très simpliste, ap- etc?Quelques-uns en ont peut-être vague- pelle du nom de cubistes aussi bien que les | ment entendu disserter, mais un grand peintres-géomdtres que les apôtres de la fi nombre ne savent même pas ce que c'est.peinture cinématographique.Cubistes, fu- Bien que cubistes et futuristes, ces êtres turistes?Préférons ce dernier mot: il fut 3 > incompris et incompréhensibles, fassent un inventé par un littérateur.Or, ces artistes i : : : : I 5 : Bi: peu moins parler d'eux, depuis quelque sont farcis de littérature: c'est un bien * temps, il est tout de même intéressant d\u2019es- gros danger.Loin d'être fous, ils pèchent E 7 sayer de dire ici, avec quelques illustra- par excès d'intelligence: eux qu\u2019on accuse A \u2019 tions à l'appui, un peu ce que ces mala- d'incohérence et de facilisme, ils cherchent .des ou détraqués entendent par l\u2019art nou- laborieusement la cohésion ; ils excitent le g beau ou le grand art.rire, on les dit \u201cdes farceurs\u201d: ils sont Nous disons \u201cessayer de dire\u201d, car, on l'austérité même .comprendra qu\u2019ils nous est presque im- Leurs amis, leurs instigateurs, hommæ \u2014 159 \u2014 ô Vol.12, No 10 LA REV UE Cons AA M a ae 6 a Le n > se griseut \u20ac de mani Pa foicenés.sez la syutare, s\u2018écrie Marinett] cuirassé d'images, abolissez la pouctuation, orchestrez les images eu le es disposant suivant un maximum de iraduisez l\u2019obsession lyrique de os matiere.Nous inventerons ensenible ce que j'appelle l'imaginia- tion sans fils (s/c)\u201d Voivi quelques extraits de leur préface: ' \u201cLe geste que nous voulons reproduire sur la toile ne sera plus un instant fixé.Tout bouge.out court, tout se transforme rapidement.Un profil n'est jamais immobile devant nous, mais 1l apparaît et disparaît sans cesse.Etant donnée la persistan- Armorpha chromutique chaude, autre élucubration cubiste.ce de l'image dans la rétine, les objets en mouvements se multiplient, se déforment, se poursuivent comme des vibrations pré- ipitées dans l\u2019espace qu'ils parcourent.Nos corps entrent dans les canapés sur lesquels nous nous esseyons et les canapés entrent en nous.L'autobus s'élance dans les maisons qu\u2019il dépasse et tour à tour les maisons se précipitent sur l'autobus et se fondent avec lui.\u201d 1 SCenclant vs Joyeux frères doivent être séparés des cubistes.Les doux, les sim- Montréal, Octobre 1918 POPU I.ATRE x ples, les classiques cubistes ont souci de représenter ndn pas ce qui est accidentel, fuyant, mais l\u2019objet même dans sa résistance, eu éliminant ce que la lumière et la perspective lui apportent de relatif et de passager.Mais les antres, prétendent que l'art n\u2019est pas que l'imitation d'un objet par des lignés et des couleurs, l'expriment sous tous ses aspects et dans sa mobilité.Ils tà- chent de représenter une fusion d\u2019objets, à la manière futuriste.\u201cLe sujet importe peu, écrivent-ils.Les dénominations que l\u2019on trouve dans nos catalogues sont une concession.Nous ne peignons ni des portraits, ni des paysages, ni des natures mortes: ce que nous faisons, c\u2019est de la peinture\u201d.Ici, le mot peinture se traduirait mieux par l'expression barbouillage.La haine, la conspiration des bourgeois, ces derniers surtout les- ont provoquées.Enfermés en liberté au Salon d\u2019Automne, à Paris, dans une petite salle toute en angles, ils sont tristes et formidables.C\u2019est la ménagerie; et le public se grise et s\u2019exaspère en reniflant l\u2019odeur, des fauves.Parfois il rit de tout son coeur, comme devant des miroirs déformants du genre de ceux qu\u2019on a au pare Dominion, Tantôt c'est la stupeur de l\u2019amateur qui a superposé sept clichés sur une même plaque, tantôt la colère du joueur de puzzle qui, pris de vin, ne peut reconstituer son modèle, ou la fo- He du criminel qui vient d'éparpiller son père dans un terrain vague.Il faut l\u2019avouer, ces artistes sont agressifs et hurlent très tragiquement.Mais à \u2018la révolte succède bientôt, avec d\u2019infinies précautions, le désir de s'approcher et de comprendre.C\u2019est l\u2019attirance du danger, la peur agréable, le besoin de relever un défi qui donne le vertige.Des problèmes se posent et rien n\u2019est plus fécond, peut-être, que l\u2019ahurissement où nous jettent ces élucubrations chaotiques.Te x retiens \u2018Vol.12, No 19 LA REVUE Chaotiques! Car, méme admis, ce paradoxe que la mission du peintre est de rectifier les erreurs de nos sens, de donner à nos yeux la sensation du relief, de la résistance et enfin de la mobilité (?) \u2014 ces oeuvres sont des ébauches imparfaites, conçues moins par des peintres que par des littérateurs.Comment peuvent-elles donc à là fois nous blesser si violemment et échapper à une condamnation ?C'est que, volontairement conçues, elles semblent in admirable défi à l'intelligence.L'art, tout d'abord, eut pour but de représenter les objets tels qu'ils sont: avec l'impressionnisme, il représenta les objets tels qu'ils paraissent : aujourd'hui, brisant les murs entre lesquels l'individu même se sent emprisonné, il aboutit à ces constructions chimériques dont nos'veux humains demeurent épouvantés.Les philosophes veulent que nous ne pensions que par images et que toutes nos inventions ne soient faites que de sensations éprouvées et de lambeaux de souvenirs.Les futuristes le nient.Etonnant effort de l'intellirence pour violer ses propres lois, pour briser ses cadres, pour se libérer des ornières des sens, pour se jeter dans les contradictions et l\u2019incohérence afin de connaître l'inconnaissable, de penser l'incompréhensible.Ces toiles montrent des éléments qui s\u2018attirent et se désagrèment suivant des directions étrangères aux physiques et aux chimies étrangères.Hallucinations d'alchimistes, de dimiurges forcenés! Nous assistons avec révolte a ces spectacles imaginés semble-t-il, pour d'autres soleils que le nôtre.Notre erreur, encore une fois, c'est de vouloir leur chercher un sens au lieu de les considérer comme une recherche de l'absolu, comme une géométrie prodigien- se.Que l'art délibérément s'affranchisse des représentations humaines, terrestres, qu'il cherche de nouveaux thèmes décoratifs et picturaux, qu\u2019il imagine d'autres mondes, qu'il crée d'autres formes de vie, voilà qui IRENA St Aa ttt ati tit at 4d LAHAT IER Montréal, Octobre 1919 \u2014\u2014 POPULAIRE est très respectable.Ce qui choque véritablement, c'est l'enfantine illusion qui consiste à morceler simplement dans un puz- 7e incompréhensible un sujet quelconque.Ainsi Picahbia nomme Nource une sorte d'entrelacement géométrique de cercles rouges et noirs; c'est l'abstraction décorative d\u2019une chute d'eau Deux tétex cubistes de Picubiu.Si l'on regarde un instant l'une des vignettes que nous reproditisons, on se demandera avec stupéfaction comment ces deux têtes de femmes allongées et grotesques penvent représenter line idée artistique?L'autre vignette intitulée : Amorpha mosaique chaude, est du pur charabias, mais commie le titre lui-même est si vague qu'il frise l'incompréhensible, passons en levant les épaules.En musique, les futuristes ne sont pas moins malades, cérébralement.Les compositeurs futuristes, dans leur soif inaltérable de trouver des formules et des sonorités nouvelles, n'ont pu trouver autre chose que l'horripilant et le roccoco.Ceux de nos lecteurs qui ont entendu le pianiste Ornstein, dans ses interprétations \u2014 161 \u2014 Voi.12, No 10 fantastiques et discordantes, ont raison de se demander où cette école prétend arriver avec son système.Les musiciens futuristes veulent s\u2019affranchir de toutes les règles de l'harmonie et de la consonnance.Ils échaffaudent les notes par-dessus les notes, construisent des accords qu\u2019on ne saurait jouer à moins d\u2019avoir deux douzaines de doigts, et qui font la même impression à l'oreille exercée que le jeu d'un enfant, frappant avec le plat de la main, Le pianiste futuriste; voici nos tympans et hélas! pauvre piano! sur le clavier d\u2019un piano, à tort et à travers.Seulement, ayant les nerfs plus solides, ils blichent plus fort qu\u2019un enfant.Les oreilles demandent grâce devant tant de sons déchirants accumulés, et la bouche se tord en un rictus pénible pour ne pas frémir ou pleurer, ou pour ne pas éclater d\u2019un de ces rires effrayants que l\u2019on n\u2019entend que dans les cabanons de maisons de fous.Certains futuristes, plus avancés, ont lancé l\u2019école des bruiteurs et ils sont à la veille de nous servir un orchestre composé de crécelles de bois, de sifflets de manufactures, de trompes d\u2019automobile, de moteurs d\u2019aéroplanes, de scies rotatives mécaniques, de pistons à vapeur, etc.Et, si l\u2019on ose se moquer ouvertement LA REVUE POPULAIRE _ thoven, Montréal, Octobre 1919 de ces triste novateurs, ils nous répondent que nos oreilles et notre intelligence ne sont pas encore suffisamment préparées pour saisir toute la beauté de ces cris, ces hurlements et ces bruits infernaux superposés.Ils ajoutent même que l\u2019art futuriste, tel qu\u2019ils l\u2019entendent, est l\u2019art de l'avæ nir.Plaignons nos petits-enfants.L\u2019un des adeptes- de cette école, pourtant meilleur pionistes canadien que mus)- cographe plagiaire, n\u2019a-t-il pas osé écrire jadis, \u201cqu\u2019il ne pouvait empêcher que Bee- Bach.Wagner, Saint-Saens et autres eussent existé, mais qu\u2019il le déplorait.\u201d Ma foi, tant pis pour lui.Qu\u2019il le veuille ou ne le veuille pas, ses amis les cubistes, les futuristes et les bruiteurs, seront depuis longtemps plongés dans l\u2019oubli où ils s\u2019enfoncent déjà depuis quelques années, alors que les oeuvres immortelles de ceux qu\u2019il a nommés, et même les chefs- d\u2019oeuvre romantiques de Schumann et de Chopin, sauront encore émouvoir ceux qui ont l'âme moins tourmentée et savent se contenter de la vie ambiante toujours aussi riche en sensations artistiques et en états d\u2019âme intenses.- STANISLAS PRUD\u2019HOMME.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 L'humidité des murailles est si désagréable comme aspect et si malsaine, qu\u2019on est toujours heureux de trouver un bon procédé pour la combattre.Faire fondre, à une chaleur modérée une partie de paraffine dans trois parties d\u2019huile de goudron de houille.En se refroidissant, comme cette matière s\u2019épaissit, il suffit de la mettre dans un vase au bain-marie pour la rendre fluide.S'emploie avec un pinceau sur les parois des murs.S'il y a grande humidité à combattre, en redonner une seconde couche lorsque la première sera complètement sèche.tv 162 «= Van > Ini; Ifa i Un Rt ty Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 od - : Cc i AL SECOND Tan © | LE PERISCOPE COMMERCIAL Invention populaire et fort ingénieuse es 7 EP Se : = FE] fe) .FEE 4 \u2019 4 se cop pee 1 LE GÉRANT d\u2019une importefite maison de commerce des Etats-Unis eut, récemment un problème fort compliqué à résoudre.Son département de publicité lui demanda l'espace nécessaire, en vitrine, pour un étalage considérable.Or, il n\u2019y avait qu\u2019une seule vitrine dans tout l\u2019établissement, encore était-elle entièrement remplie par une exposition permanente impossible à déplacer.De plus, le nouvel étalage requis n'aurait pu être affectué que dans un espace beaucoup plus grand a celui qu\u2019aurait pu offrir l'unique vitrine de l\u2019établissement.Le chef de la publicité ne se laissa pas rebuter parce qui semblait être une impossibilité.Il demanda carte blanche à son gérant ainsi que quelques crédits nécessaires aux dépenses d\u2019un projet qu\u2019il avait conçu.Une semaine plus tard, il amenait le gérant devant la vitrine du magasin.Ce dernier ne vit absolument rien de changé tout d\u2019abord, et il crut à une mystfication de mauvais goût.Mais, il remarqua une affiche, dans le côté de la vitrine, portant ces mots : Regardez ici, Au-dessous se trouvait une petite ouverture ressemblant à une tête de Kaléidoscope.Le gérant ne vit rien tout d\u2019abord, mais au bout de quelques secondes il vit tout un merveilleux étalage de marchandises, couvrant au moins dix fois l\u2019espace qu\u2019aurait pu offrir la vitrine.La lumière était aussi excellente.Le gérant de publicité avait tout simplement pourvu à l\u2019installation d\u2019un périscope comme ceux qu\u2019il avait vüs à la guerre, mais agrandi.Et, à l\u2019aide de ce périscope les passants pouvaient voir du trottoir toute l\u2019installation qui avait été faite au-dessus.Mais, comme les objets se trouvaient forcément réduits en dimension, à cause de l\u2019angle de vision, on ajouta au périscope des lentilles de télescope, et il fut possible de voir les objets considérablement magnifiés.L'invention fut.trouvée si pratique que plusieurs périscopes furent installés sur-le-champ.Les clients n\u2019ont qu\u2019à jeter un coup, d\u2019oeil dans les lunettes mises à la portée, et de la rue ils voient toût ce qui se passe aux étages supérieurs.Les lentilles de télescope se placent facilement dans le périscope, et selon leur puissance, il est possible de voir les objets lointains beaucoup plus grands que nature.La construction d\u2019un tel périscope n\u2019est pas compliquée et n'exige pas de grands frais.Il suffit d\u2019un tube qu\u2019on accroche au plafond et aux murs, munie de miroirs intérieurs, placés vis-à-vis les uns des autres, aux intersections à angles du tuba, | | ra Ca or [ ss \u2014 163 \u2014 TT TRL Vol.12, No 10 =.LA REVUE P OPULAIRE Montréal, Octobre 1919 Le périscope commercial fera probablement son apparition & Montréal, avant peu, et souvera bien des pas inutiles aux acheteurs, qui pourrait voir, sans quitter le trottoir, si les articles dont ils ont besoin sont installés sur les comptoirs de tous les département, même aux étage supérieurs des grands magasins.Plusieurs nmris qui n\u2019aiment guère magasiner avec leur femme, pourront rester sur le trottoir et regarder passer la belle jeunesse, sans pour cela, grâce au périscope, jeter un coup d'oeil à l\u2019intérieur et voir ol en est rendue madame dans ses achats.\u2014\u2014 9 \u2014\u2014\u2014 EFFET DU TABAC SUR LA VUE \u2014 Il paraît que l\u2019habitude de fumer occasionne un trouble visuel, sans lésion organique apparente, auquel on a pu donner le nom de \u201ccécité des fumeurs.\u201d M.Sichel, père, a le premier appelé l'attention sur la fréquence des altérations de la vue chez les fumeurs.\u201cJ'ai acquis, disait-il, la certitude que peu de personnes peuvent consommer, pendant longtemps, plus de trois quarts d\u2019once de tabac à fumer par jour, sans que leur vision et souvent même que leur mémoire s'affaiblissent.\u201d Un médecin a publié une statistique confirmative de ce fait, et démontré que les troubles amaurotiques seraient onze fois plus fréquents chez les femmes.M.Sichel, fils, dans le magistral Traité d\u2019ophthalmologie, cite deux observations des plus concluantes à cet égard, Le savant oculiste partage complètement, sur ce point, l\u2019opinion de son père, et il affirme même que, \u201ctandis qu'il est des personnes qui peuvent consumer, pendant fort longtemps, un once, un once et demi de tabac par jour, sans en éprouver le moindre inconvénient, il en est qui, avec un tiers ou un demi once au plus de tabac par jour, arrivent non seulement à la saturation, mais même à l'intoxication.\u201d M.Sichel remarque que ce genre de cécité est surtout commun en France et aux Antilles, dont les tabacs usuels sont des plus riches en nicotine.Le plus riche est le caporal, puis le tabac des Antilles, où l'on fume, de préférence, les cigares humides.De toutes les manières de fumer, la pipe est la moins mauvaise, parce que, ne pouvant la fumer hors de chez soi, on fume, de ce fait, moins fréquemment.La pire est la cigarette, pour la raison opposée, et aussi parce qu\u2019on est trop tenté de la renouveler.La cigarette présente encore cet inconvénient que la fumée âcre du papier s'ajoute à celle du tabac.POUR ENLEVER LES TACHES D PEINTURE On a quelquefois le désir ou le besoin d'enlever les taches de peinture, ou même un enduit, sur des briques.Quand la peinture n'est pas trop vieille, il suffit de frotter la surface des briques, là où se sont produites les taches, à l\u2019aide d'un pinceau que l'on trempe très souvent dans de la térébenthine: on procède du pourtour de Ja tache vers le centre, de manière à ne pas étendre cette tache.Quand on doit opérer sur une grande surface ou quand la peinture est vieille, on prépare une pâte comme suit: on fait dissoudre de la soude caustique dans 5 fois son poids d'eau; on mélange ensuite ce liquide avec un quart de son volume d'huile et suffisamment de sciure de bois pour faire une espèce de pâte épaisse.On étend cette pâte sur la surface à nettoyer, on la laisse 5 ou 6 heures sur place, puis on gratte; en s'en allant, la pâte arrachera la peinture.Il suffira ensuite de laver les briques ainsi traitées, LE M \u2014 164 \u2014 | a % + pu \u2014 ap wat es + Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1913 pi Las SE mtn ee - - - Men / RI .Hi EST ae Freep A sm © MENTS TT nes enna] ie ; Sessa mer: POUR LIRE AUX ENFANTS A L'HEURE DU COUCHER sussée= ee NOES PIERRE ET SUZANNE \u2014 1 \u2014\u2014\u2014tl) A li Traduit de Fanglais par Paul Coutlée.qui contenait Suzanne fut apportée sur le pont du navire.C'était la première fois de sa vie que notre petite Suzanne voyait Angleterre.Le soleil miroitait sur les flots bleus, sur les pics abrupts et sur le i vieux château qui couronne la falaise.Une grande foule était venue de toutes parts pour souhaiter la bienvenue aux passagers et une fanfare militaire jouait la Marseil-.A laise : \u201cIls sont gentils\u201d pensait Suzanne, prenant tout ce cérémonial pour elle.| Suzanne, c\u2019est la petite souris, à droite sur notre gravure, vivait à Paris, dans un attique situé Boulevard de Sébastopol.Elle vivait très heureuse, lorsqu'à l'automne 1914, elle apprit que les Allemands s'avancaient sur Paris.Notre pauvre petite Suzanne était toute tremblante.Tous les Parisiens \u2014 ceux qui avaient des enfants et ceux qui avaient des vieux parents \u2014 fuyaient la capitale menacée.Pers sonne ne daigna s'occuper de Suzanne.La pauvre petite se cacha dans une boîte qui portait ces mots: \u201cLondres, Angleterre\u201d, elle se blottit dans un coin et attendit.Elle était triste à l\u2019idée de quitter son pauvre Pierre \u2014 c\u2019est le petite souris à gauche sur la gravure \u2014 Pierre était certain que les Allemands ne rentreraient jamais dans Paris, cependant il se sentiralt plus heureux s\u2019il asavait sa chère Suzanne Un cheminot prit la boîte et la trans- ht porta au train qui devait la porter jusqu'à Londres.Cet homme chantait une chan- i son que Suzanne n'avait jamais entendue | auparavant.Elle la trouva charmante, pi l'air était enlevant et il y avait un petit à fond Ye poésie qui alla droit au coeur da | notre petite souris.de l\u2019autre côté de la Manche.Aussi l\u2019em- brassa-t-il sur les deux joues et l\u2019aida-t-il à faire ses préparatifs de voyage en l\u2019assurant de son amour éternel.La petite Suzanne fit une bonne traversée, elle grignota \u2014 tel le général Joffre, \u2014 un petit trou afin de voir ce qui se passait autour d'elle, elle vit des jeunes filles habillées en infirmières et des petits garcons habillés en marins.Le voyage ne fut pas trop monotone.Lorsqu'elle arriva à Douvres, la caisse En débarquant à Londres, Suzanne entendit le même air.Partout les Tommuies anglais chantaient cet air, les petits gamins dans les rues le chantaient aussi, les fanfares militaires le jouaient et même les apaches le sifflotaient.Et chaque fois que Suzanne lentendait, un petit frisson lui parcourait l'épine dorsale jusqu'au bout de sa queue qu'elle avait très longue.Lorsque notre souris tenait sa queue droite et raide, elle était très belle et très longue et une souris, vous savez, est aussi fière da \u2014 165 \u2014 CRAN HENRI ER RENE RAT CT TRS } t Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 sa queue qu\u2019une petite fille peut l'être de ses longs cheveux.Lorsque Suzanne eut appris quelques mots d'anglais elle connut le nom de la chanson populaire.On l\u2019appelait w7ippe- rary.Elle apprit et comprit vite les paroles de la chanson, et ses yeux se remplissaient de larmes lorsque les soldats chantaient My hearts right there (Mon coeur est là), car la petite Suzanne pensait toujours à son pauvre Pierre et se demandait avec anxiété où il pouvait bien être et s\u2019il ne l'avait pas oubliée.Les accordailles Un jour que Suzanne était seule, pensant à l\u2019absent aimé, elle entendit une voix connue qui roucoulait une chanson tendre, une chanson de Paris.\u201cPierre, s'écria-t-elle, c\u2019est mon Pierrot chérie!\u201d En effet son Pierre était près d'elle et la pressait tendrement sur son coeur.Suzanne fit les honneurs de la maison; ils mangèrent un excellent plum-pudding que la belle Suzanne avait dérobé chez une voisine.| Suzanne fut un peu étonnée, car il y avait quelque chose de changé dans la mine de son Pierre \u2014 sa queue.Jadis la queue de Pierre était deux fois plus longue que celle de Suzanne et maintenant elle mesurait un demi pouce de moins.Un soldat allemand qui s'était fait mordre par Pierre s'était vengé en lui coupant la queue d'un coup de sabre.Pierre était un blessé de la grande guerre.Le \u201cJournal des Rats\u201d avait raconté la bravoure de Pierre à la bataille d\u2019Ypres.Pierre jeta un long regard à sa douce amoureuse puis un autre regard à sa queue: \u201cMa pauvre Suzanne, consentiras-tu jamais à m\u2019épouser \u201camoché\u201d comme je le suis?\u201cOh! mon Pierre chéri, je t'aime et n\u2019aimerai jamais que toi;-tu es un héros et je serai fière de me promener à tes côtés dans le chemin de la vie.\u201d Les accordailles se firent sur le champ.Quelque temps après ils se marièrent et eurent beaucoup d\u2019enfants.\u2014\u2014 \u2014\u2014\u2014 POUR SOUDER LES FILS DE CUIVRE Si vous faites des petits travaux d\u2019amateurs, voici une recette qui pourra vous être utile pour souder les fils de cuivre.Bien entendu, il ne faut pas que quelques petites préparations métallurgieues soient susceptibles de vous effrayer.Vous fuites fondre ensemble dans un creuset 10 parties de laiton et 10 parties de zinc.D'ailleurs, veus commencez par mettre le laiton avec un peu de borax; et c\u2019est seulement quand il entre en fusion que vous.ajoutez le zinc, qui ne tarde pas à fondre.Il est bon de re- \u201cmuer avec une baguette de fer qu\u2019on fait chauffer avant de s'en servir.On coule ensuite l'alliage en un petit lingot, et ce lingot on le lime, de manière à obtenir une poudre fine.On mêle ensuite cette poudre fine avec un mélange de borax en poudre et d\u2019eau.On unit ensuite les fils à souder avec du petit fil de fer très mince; et on étend légèrement avec un bout d\u2019allumette le mélange de poudre métallique de borax et d\u2019eau sur la surface à faire.On brassera le tout dans un peu d\u2019eau de charbon et de bois, \u2014 +88 \u2014 Cre Tr FE EN FHT FL IIE TI FLT fi our .a fp TBI.{ 5 T ATER elma ditsdut Lame qu Harcat [Vide LM pm pus ser 1 2 0x _ 25 vol 12, No 10 LA REVUE POPULAIRE An Montréal, Octobre 1919 - {CONTRE LES AFFECTIONS DE LA BOUCHE Le salicylate de soude constitue le désinfectant par excellence de la bouche, du - pharynx, des amygdales et même du la- \u2018frynx.Il agit, en outre, comme agent décongestionnant et, à ce double titre, il de- ° vient un médicament de tout premier or- \u201cdre dans la prophylaxie et le traitement \u2018des fièvres éruptives.La gorge est, en effet, la porte d'entrée toujours ouverte à Atoutes les infections; les agents microbiens \u2018 Py pénètrent facilement et s\u2019y développent 3 DE à leur aise.Sous la forme d\u2019un collutoire, ce remède agit d\u2019une façon efficace sur les altérations de la muqueuse pharyngée et les amygdales.De simples solutions de salicylate de soude cautérisent à merveille les ulcérations que la coqueluche fait apparaître sous la langue, et des petits tampons, imprégnés de la même solution, réussissent à calmer instantanément la douleur que provoque une extraction dentaire.ALTERATION DE LA TEINTURE D\u2019'IODE La teinture d\u2019iode est devenue depuis quelques années un remède véritablement populaire, que l\u2019on emploie sans aller chercher le médecin.Elle mérite d\u2019ailleurs bien cette confiance.Malheureusement les solu- { tions s\u2019altèrent assez rapidement ; il est bon de savoir que, contrairement aux autres médicaments, la teinture d\u2019iode s\u2019altère moins à la lumière qu\u2019à l'obscurité.D\u2019autre part, quand on trouve un flacon de teinture, comment savoir si elle est récente ou vieille, et par suite, si on doit ou non employer?Voici un moyen tres simple de le savoir: \u201cOn agite avant de s\u2019en servir\u201d, suivant le conseil habituel des pharmaciens: si le liquide mousse, c\u2019est qu'il est ancien.LE PAPIER DE GENET On sait l\u2018abondance exceptionnelle et de l'ajonc et du genêt dans une foule de régions et sur des terrains extrêmement peu fertiles où l\u2019on peut guère se livrer à la \u2018culture.Etant donnée cette abondance, on a cherché depuis très longtemps à utiliser ces plantes.Il y a quelques années, on à essayé de fabriquer du papier avec l\u2019ajone ; voici que maintenant on prétend résoudre le problème pour le genêt.Des essais ont été faits à cet égard en Italie.Le genêt est très riche en fibres textiles, et quand on a coupé ses branches, il peut produire dans l'année une quantité considérable de nouvelles branches qui serviront à alimenter l'industrie.On traite d'ailleurs ces branches à l\u2019aide d\u2019une méthode quelque peu analogue à celle qui est utilisée pour fabriquer le papier avec la pâte de bois.TACHES DE ROUILLE Pour faire disparaître les sortes de taches de rouille qui se produisent sur les objets nickelés, on conseille un procédé uu peu compliqué, mais qui semble donner d'assez bons résultats.On commence par frotter les taches de rouille avec un linge mouillé d\u2019huile d'olive et il faut renouveler à plusieurs reprises cette petite opération.Ensuite, et quand l'huile aura pu agir pendant plusieurs jours, on frottera ces mêmes taches avec un linga imbibé d\u2019ammoniaque.Parfois, les taches disparaissent à la suite de ces deux traitements ; si, au contraire, elles ont résisté, on les touchera d\u2019un peu d\u2019acide nitrique, en n\u2019oubliant pas que cet acide est particulièrement corrosif pour la peau; puis on essuiera et on frottera avec un linge, sur lequel on aura mis un peu de tripoli.\u2014\u2014\u2014\u2014 0 \u2014 \u2014 167 \u2014 a: I Lad 14044 agai! Vol.12, No 19 LA RE} Montréal, Octobre 191 fp - - \u2014\u2014 = ec Pre SES remets Dm a en, UE POPULAIRE \u2014\u2014 ep \u2014\u2014_ \u2014 | HEC Fre mm ea Fer Cr Tai eo oe ee.ee, === care à eRe eee TE iz Se à EN i = =x x: = lé EEE = ph = = Ee ASN i roe LJ =r access A za £52 Tey 73 \"3 Et 5 £% = ) = on Fa av = a ps 15.~% = -# Er \u2014_ ak AS \\ À = i.19 : 2 5.a x 2 ë 3 pe el 5 a * 19 Fw de i Cel x où I Fe Ve Ë 9 A 9 | EE a oy A.if D Pa I EUR = =r ad IG! | ra ek 1} ÿ qi EI ih Ty fp A i B 1% 7 ih Tn, a Hf iy w =r 8 it Ë 5 i # i+ pe ar ih 1 pi | il va # 2 ja ° ve 23 ! i 4 | \u201cHi, us + FL il i à + È ci nl | Ca cure 1° Se 46.ci C1 ES £ ie a * 1-3 ty À se Res > ; $F NS 4 ; = £ hy , ru hi & n, Po i a ; 4 1\u201d = IF | EN I F7 RN AS % i if TS Ex 5 Pad 1 =» rd À | ; of in: DARN > = Ti NE 79 a i \\ i oman TEL af, TE RE x Ya | Te oe Re ' av DS 3 i Ë wi ; NE 2 wd y XR ma De | | i 3 ei, = a Mat N L 4 ¥ 3 = RT i cmt be | Ne Xe 3 pull : BoA WBE Le de, 3 + 1% Je S NN Lab Ab uit LUN Bt i ay TEE \u20ac > ili : A FI NS NN N S S 3 N N WRN S N S d INNING N A 3 DN N N SNS N ES N NS N SIN N al La téte de lu statue de la *LiBrr TE 7 , élevé e dans le port de New-York, depuis 1886.is fl Oeuvre Q sculpieur français Bartholdi, Lu u iH ) \u2014 mene SIRS I.Lo.IRR ESS ICTR AN A Vol.12, No 19 L'UNE DES PLUS GRANDES MERVEILLES - LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 DU MONDE ¥ La statue de la Liberté éclairant Univers, dans la rade de New-York NoMBREUX sont ceux de nos concitoyens qui visitent chaque année la ville de New- York, et la plupart d'entre eux, de même que ceux qui ont fait la traversée en Europe, n\u2019ont pu faire autrement que voir et admirer Iénorme statue de la Liberté éclairant le Monde, placée dans la rade de la métropole américaine.Plusieurs mêmes se sont payés le luxe d'un voyage à l\u2019intérieur de la statue colossale, et ont gravi les escaliers de fer qui se trouvent dans la tête, selon qu'on peut le constater dans la vignette que nous publions cl- contre.Cette vignette, bien que remontant à 40 ans en arrière, soit en 1879, représente la tête de la statue avant son installation, et il est aujourd'hui d'actualité de parler de l'une de ces merveilles di monde, puisque c'est pour la défense de la Ii- berté que les Alliés viennent de combattre, et que les Etats-Unis ont voulu se souvenir si généreusement du geste historique de Lafayette.Cette statue gigantesque est l\u2019oeuvre du sculpteur français Bartholdi.C\u2019est un cadeau de la République française aux Etats-Unis comme gage de fraternité.Elle fut élevée en 1886, dans l5île Bedloe, dans la rade de New-York, et le dessin que nous en reproduisons a été exécuté vers 1880, avant que les travaux d\u2019érection fussent commencés.La statue a une hauteur totale de 150 pieds au-dessus de son socle, et telle autrefois, la fameux cheval d'airain des Troyens, son intérieur peut loger des foules » considérables.11 s'y trouve en effet des salles employés à divers usages, et la visite de ce monument unique en son genre est une attraction captivante pour les visiteurs.Les Parisiens ont ensuite construit la tour Eiffel, monument autrement considérable, mais autant ce dernier monument, quoique utile, est laid et disgracieux, autant la statue de la liberté, aux Etats-Unis, est un chef-d'oeuvre de l\u2019art sculptural.La statue est entierement faite de cuivre repoussé, et elle est placée sur un piédestal qui a lui-même environ 80 pieds de hauteur, Son bras droit soulève une torche enflannnée et les rayons de ce puissant flambenu électrique guident, la nuit les transatluntiques, à des milles et des milles de la côte d'Amérique.A Tex- position universelle de Paris, en 1878, on exhiba le modèle de la statue, au seizième d'exécution, «t cette réduction, offerte à la France, par le gouvernement des Etats- Unis, a été placée sur le pont de Grenelle, à Paris, au cours de la grande exposition de 1889.Nombreux, sans doute, sont ceux de nos lecteurs qui possédent soit une petite statue de la Liberté, en métal, soit au \u2018moins la photographie de ce monument dont l'actualité se revêt aujourd'hui d'une auréole de gloire.Nous n'avons pas jugé à propos de reproduire par l'image le monument en \u2018entier, parce qu\u2019il est univer- gellement connu, mais nous avons cru qu\u2019en voyant la vignette de la tête seulement, avec à côté, une coupe intérieure, on aurait une plus juste idée des colossales pro- \u2014 169 \u2014 gl Et ee a BR LA REVUE = \u2014\u2014\u20140 arm re 1 voi.12, No 10 portions de ce monument destiné à recueillir plus de sympathie et d'admiration que la massive et inélégante statue de Germa- nia, dont les Allemands se montraient si fiers avant leur honteuse défaite.- L'énorme statue de New-York dit aux étrangers qu\u2019ils vpnt mettre le pied sur un sol de liberté et de progrès et, sentinelle avancée sur l'Atlantique, elle souhaite la bienvenue à tous ceux qui nous viennent du vieux monde à la recherche d'institutions et de mentalités nouvelles.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014 LE CHANT DES POISSONS La sagesse des nations aura tort une fois de plus, s'il faut en croire le professeur Koellicker.Ce savant zoologiste s'est livré à des observations qui prouvent qu'on ne peut plus dire: \u201cMuet comme un poisson\u201d.Les poissons parlent, en effet, ou chantent.Un microphonographe spécial a permis à M.Koellicker de constater qu'ils émettent un certain bourdonnement.Ce bourdonnement est d\u2019ailleurs parfaitement distinct du bruit que peuvent faire les poissons en se mouvant dans l'eau.C\u2019est bien une sorte de chant ou de langage paraît-il, et il différerait selon les espèces.Le rouget serait.de tous les poissons observés, le plus loquace.| mass 19 PAPIERS Pour préserver les papiers précieux du feu, on fait dissoudre un onc&d\u2019alun dans 21, onces d\u2019eau, on y passe, à deux reprises, les papiers tendus à plat dans un grand plat.L\u2019encre ne palit plus.On redresse les papiers roulés ou pliés, tels que musique, gravures, en les éten- POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 Si le papier est blanc, on dépose dessus dant, le côté concave posé sur une table.tre feuille de papier sec, et l\u2019on passe des- tre feuille depapier sec, et l\u2019on passe dessus sus un fer à repasser chaud.Si le papier contient de l\u2019écriture des deux côtés, on procédera de la même manière, mais en le plaçant entre deux feuilles de papier blanc sec, on ne repassera pas au fer, on chargera toute la surface d\u2019un poids lourd et laissera ainsi sécher.On enlèvera les taches de graisss sur le papier en mouillant avec de l\u2019eau pure la partie tachée, puis on promènera le doigt, chargé de cette poudre ainsi préparée : 1j6 d'once d\u2019alun brûlé et 1|6 de fleur de soufre en poudre et bien mélangés.On empêchera le papier de boire si on l'humecte avec de l\u2019eau dans laquelle on aura fait dissoudre de l\u2019alun; une cuillerée à café d\u2019alun pour un verre d\u2018eau.Si le papier doit servir à peindre à l\u2019aquarelle, il faudra le tendre et le fixer tout autour par des punaises, avant de le mouiller, On parfume discrètement le papier à lettres en prenant des feuilles de bon buvard, en les imbibant d\u2019essence de bois de santal, puis en les laissant sécher à l\u2019ombre.Ces feuilles sèches sont alors placées entre les cahiers de papier a lettres et les enveloppes.Ainsi parfumé, il conservera la charmante odeur pendant plusieurs années.NY \u2014\u2014 Il est \"un moyen trés simple pour que votre faux-col reste uni: Après l\u2019avoir enlevé ne le jetez pas de côté, mais tournez-le abtour d'un des barreaux de votre couchette et laissez-le jusqu\u2019au matin.Lorsque vous vous éveillerez, vous serez surpris de constater que tous les- plis seront complètement disparus.\u2014 170 \u2014 La LL PTT TAN RIRE Sey Nv 4 Vol.12, No 16 LA REVUE POPULAIRE Mantréai, Octobre 1919 \\ DANS LE MONDE DES > £ L\u2019INVENTION DES MINE CE n\u2019est un mystère pgur personne que les Allemands avaient considérablement devancé les Alliés au point de vue de la construction des mines sous-marines.Et leur préméditation de la guerre a été irréfutablement établie par le fait au- jourd'hui démontré qu'ils avaient achevé, à la veille de la guerre, plus de vingt mâlle de ces engins, dont ils commencèrent à \u201cempoisonner\u201d la Baltique, la mer du Nord et la Manche dès la dernière quinzaine de juillet 1914, c\u2019est-à-dire dès avant l'ouverture des hostilités.Les Anglais reconnaissent aujourd'hui, avec un franc-parlef qui leur fait honneur, que leurs mines, telles qu\u2019ils les employèrent au début de la guerre, étaient des jouets auprès de celles des Allemands, et plus dangereuses, en somme, pour les hommes qui avaient à les poser que pour l\u2019ennemi.Les mines sous-marines furent, pendant les quatre années qui viennent de s'écouler, tellement à l\u2019ordre du jour, que beaucoup de personnes, n\u2019en ayant jamais entendu parler auparavant, sont tentées de croire qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019une invention récente, comme le tank, l'avion, les dirigeables ou les torpilles aériennes.Rien n\u2019est plus éloigné de la vérité.On connaissait déjà, au A VIe Siecle, les mines sous-marines.N\u2019oublions pas que, des 1624, le Hollandais Cornelius VanDrebbel avait inventé un appareil destiné à porter, au moyen d\u2019un espar, une boîte métallique chargée de poudre sous le flanc d\u2019un navire.C\u2019était, en somme, le principe de la torpille.Fulton, l'inventeur américain, s\u2019inspira de cette idée de VanDrebbel et il la modifia.Ce faisant, il créa la mine sous-marine, qu'il proposa d'ancrer au fond de la mer.Le plus piquant, c'est qu'il donna à cette mine le nom (qu'elle ne devait pas conserver) de torpille.Plus surprenant encore est la fin de non-recevoir qi fut faite au précurgeur génial, lorsqu'en 1797, il proposa sa \u201ctorpille\u201d au Muirecioire: l'amiral Decrès repoussa cette invention en disant \u201cqu\u2019elle était bonne pour les Algériens ou - pour des corsaires\u201d.En Amérique, ott Fulton retourna, on A 7?voulut au moins l'écouter.On assista à ses expériences : on lui abandonna de vieux navires de guerre, qu'il fit correctement sauter, démontrant ainsi le pouvoir de ses \u201ctorpedos\u201d.Quelques années plus tard, Fulton inventa un canon sous-marin destiné à lancer des projectiles chargés d\u2019explosifs, et qui étalent, eux, à proprement parler, des torpilles.On voit par ce qui précède que le progrès des mines suivit pas à pas celui des torpilles et réciproquement.Notons, à titre de curiosité, qu\u2019en 1846 le prince de Joinville employa des torpilles pour démolir une estacade à la Spez- zia.Il faut reconnaître dans cette initiative un précédent très lointain de la manoeuvre si hardie que réussirent les Brie \u2014 171 \u2014 Vol.12, No 10 LA REVUE Montréal, Octobre 1919 POPULAIRE tanniques contre le brise-lames du port de Zeebruge.: En l'espèce, ils avaient remplacé la torpille habituelle par une torpille géante: un sous-marin bourré de cheddite, qu\u2019ils firent exploser contre la maçonnerie du brise-lames.La substitution de la dvnamite a la poudre permit de centupler la puissance des mines sous-marines de Fulton.La guerre de Sécession leur trouva un emploi utile.Par les soins des Sudistes, les passes et les embouchures des fleuves furent semées de mines.On leur avait alors trouvé le nom pittoresque de surprises du diable, On voit donc qu'il n\u2019y a rien de nouveau, en somme, dans ces \u201cchamps de mines\u201d de la mer du Nord et du Nord de la côte d'Ecosse, dont il a été 81 souvent question pendant la guerre.Bien mieux ! en lançant contre Zeezruge un sous-marin rempli d'explosifs, les An- glaig n\u2019inventérent rien non plus.Pendant la guerre de Sécession, en effet, les Américains avaient aussi construit des bateaux en forme de cigares, surnommés les bateaux-cigares, dont ils chargèrent quelques-uns de substances explosives pour les lancer contre les navires des Nordistes.Ces \u201cbateaux-cigares\u201d (tous n\u2019étaient pas destinés à sauter) furent les ancêtres des torpilleurs et des tdestroyers.\u2014 \u2014\u2014 LUMIERE ELECTRIQUE POUR CADRAN Ux garçon de quatorze ans, sans aucune expérience en électricité, demeurant dans une ville de l\u2019IKowa, E.-U., a inventé la petite curiosité suivante.Son travail l\u2019oblige à se lever tôt le matin, et afin de savoir l'heure qu'il est sans avoir à sortir de son lit pour voir au cadran, après avoir frotté une allumette, 1 a imaginé de placer une petite lumière électrique devant son cadran.Un commutateur placé à la tête de son lit, sur le mur, met en contact deux batteries sèches installées sur son bureau.Les fils électriques courent sous le tapis de la chambre et sont absolument invisible à l'oeil, N'importe quel homme, même sans expérience dans l'électricité, peut faire ce devis lui-même.NOUVELLE !NVENTION POUR LES PARCS D'AMUSEMENTS Le Rol de la Mort est la dernière invention que l'on vient de pre«luire pour faire passer la chair de paule sur les épidermes des spectateurs avides d'émotions fortes.Ce Bol de lu Mort tourne de sa position horizontale à une position verticale pen- dant qu'un motocycliste marche à toute vitesse a l\u2019intérieur de l'appareil.Il est fait de secments d'acier perforé, à quinze pieds de diamètre et a la forme d'un demi-hé- misphère excepté pour le centre qui est plat.lorsque le motocycliste commence sa course le bol est horizontal avec sa partie ouverte en haut, dès que la vitesse est suffisante le bol se relève et le chauffeur boucle la boucle.La roue est montée sur deux petits pi- Jones.Un coup d'oeil sur notre vignette vous donnera une idée du périlleux exercice auquel se livre j'intrépide motocycliste, \u2014 172 \u2014 Le A 5 Lo ed = a > 15.diétéitiot c ide is ciétèt Val.12, No 10 7 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1913 ROMMENT ON FABRIQUE LES ARDOISES FACTICES Pour fabriquer des ardoises factices, on rend du machefer, que les forgerons tirent e leur forge, on pile très fin, puis on le roie avec de l'huile de lin.On donne avec n'importe quel genre de chaussure et peut s\u2019enlever en quelques secondes.Ce talon n\u2019est ni cloué ni vissé à la chaussure.L'intérieur du talon de caoutchouc est garni de petits boutnons qui entrent dans des espaces pratiqués dans le talon de cuir de la chaussure.En pressant sur une clef ette couleur plusieurs couches sur de très spécialement placée à cet effet, les deux ort papier.À cet effet, on prend une brosse on por- > la couleur également sur le papier et on v fait pénétrer autant que possible, en rottant avec du feutre, jusqu\u2019à ce que la puleur soit à peu près sèche.On répète cette opération plusieurs fois ir les deux côtés du papier, jusqu\u2019à ce wil y ait assez de couleur, puis on prend e la poudre de machefer qu\u2019on frotte à :c pour absorber entièrement l'huile.À- rès cette opération on laisse sécher.On peut écrire sur ce papier ou carton vec une touche aussi bien que sur une ar- oise naturelle.\u2014 0 OUVEAU TALON DE CAOUTCHOUC Maurtce Mayorowitz, de New-York, a: .- + * \u2019 \u2018 + « : : \u2019 4 Vom 08 [RC ! a © ent de faire patenter et breveter un nou- æ fau talon en caoutchouc qui s'adapte à talons se rejoignent et se tiennent ensemble hermétiquement, et même l'eau ne peut pénétrer à l\u2019intérieur.L'inventeur a porté une paire de ces - talons durant neuf mois et en a fait porter à ses amis, à titre d\u2019essai.Il dit que l\u2019usure est absolument nulle, et qu'un talon qui commence à s'user peut être changé de chaussure rendant ainsi sa durée don- ble, comparée avec celle d\u2019un talon en caoutchouc ordinaire.\u2014_\u2014 0) \u2014\u2014 = Il existe un moyen très simple d\u2019empêcher la fracture des verres de lampe; il consiste à faire pratiquer par un vitrier, avec sa pointe de diaruant, une légère fente daus toute la longueur du tube, du haut en has, Le verre ainsi fendn pont-être expose à des températures très flevées \\ sans crainte de le voir éelater.Ta procédé est infaillible.\u2014 173 \u2014 Vol.12, No 10 LA REVUE Montréal, Octobre 1919 | LE FER PEINT Est-il possible d\u2019empêcher la couleur de se détacher du fer en grandes écailles, comme cela arrive fort souvent?Les métallurgistes recommandent de laver la surface qui doit être peintre et de la brosser avec de l'huile de lin chaude.Si les objets sont petits et peuvent supporter la chaleur, on les chauffe jusqu\u2019à ce que l\u2019huile de lin avec laquelle ils sont en contact, commence à fumer; après refroidissement, ils peuvent recevoir la peinture.Lorsque les objets sont grands ét que le chaufage ne peut être recommandé, l'huile de lin doit être appliquée bien chaude.Les surfaces en fer ainsi recouvertes d'huile prennent et gardent bien la peinture.Ce procédé peut également être employé pour le bois exposé l'air.an 0 ry DECADENCE DE L\u2019IMMENSE | EMPIRE DES HAPSBOURG L\u2019Autriche a perdu à jamais son rang de puissance de première ordre.La Pologne, la Roumanie et le J ougoslavie la surpasseront en importance politique et Vienne ne comptera plus dar les grandes capitales du monde.Ce pays compte maintenant une population d\u2019à peine six millions d'habitants, sur un territoire dix fois moindre que celui de la province de Québec.L'armée ne compte plus que 30.000 hommes.Mais il ne faut pas oublier que ces châtiments ne sont que la conséquence des crimes qu\u2019elle a commises au dévut de la guerre et de ses ambitions démesurées.Les délégués de la conférence de la paix en délimitant ainsi les frontières de l\u2019Autriche n'ont pas obéi seulement à des problèmes historiques mais aussi à des nécessités stratégiques.On peut même dire POPULAIRE \\ 1 Les petites colonies s'administrent elles- mêmes, formant des sortes \u201cd'îles\u201d entourées de populations étrangères avec lesquelles elles vivaient avec plus ou moins de bonne ententé.C\u2019est ainsi qu'on retrouve des îles allemandes dans la Jougoslavie, des îles italiennes en Autriche et des îles tchèques dans la partie nord-ouest de Vienne.Il aurait été humainement impossible de régrouper parfaitément toutes les races sur des territoires absolument distincts.Voilà pourquoi dans plusieurs de ces nouveaux Etats résident encore près d\u2019un million d\u2019Autiichiens qui auraient été for- obs de s\u2019expatrier, une fois la paix signée, pour réjoindre leur mère-patrie.Les considérations historiques ont surtout prévalu dans certains cas, ainsi que dans celui de} la Noravie méridionale où la vieille fron- § tière provinciale avec la Basse-Autriche } n\u2019a pas été modifiée.| Si les termes du traité sont durs, ils ne sont pas pour cela exorbitants, et les Alliés ont exprimé à l\u2019Autriche le désir de leur venir en aide.L'Autriche pourra grà- k ce à eux reprendre avant trente ans une place honorable parmi les nations secondaires du monde.A 23, \u2014_\u2014 \u2014\u2014\u2014 | L\u2019AROME DU CAFE Dans béaucoup de ménages, on a l\u2019habitude de torréfier soi-même le café et, malgré les précautions prises ensuite, il perd une grande partie de son arôme.Il exist I un moyen bien simple et que je vais indi \u2018te quer aux ménagères pour conserver au ca4 li fé tout son parfum.En retirant le caf@ di du feu, répandez une forte pincée de sucr@ ki candi en poudre.(top, Le sucre refroidit aussitôt le café, l\u2019éva de poration est arrêtée et l'arôme se trouv x qu\u2019ils ont été inspirés par le désir de don- concentré.\u201cte ner à chaque nation son territoire propre.\u20140\u2014 tte \u2014 174 \u2014 Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 Le radeau mobile.INVENTION D'UN MONTREALAIS POUR SAUVER DES NAUFRAGES Spfcian À LA \u201cRevere PoruLAIRE\u201d Ex 1912, un an avant la guerre, et quelque temps après l\u2019inoubliable naufrage du Titanic, alors que les esprits se deman- daïent avec anxiété quels seraient les meilleurs moyens de prévenir de telles catastrophes à l\u2019avenir, et de sauver le plus possible de vies humaines, en cas de naufrages aussi subits, de nombreux inventeurs soumirent au public et aux autorités compétentes, tant en France qu\u2019en Grande-Bre- 2 tagne et ses colonies, les projets et les plans les plus divers.] La guerre survint et les autorités coms pétentes s\u2019occupèrent sans doute d\u2019inventions de tout autre genre, puisque pour sauver les passagers d\u2019un navire torpillé par un pirate boche, on ne trouva pas d'autres moyens que la continuation de \u2018l'emploi, connu depuis toujours mais si aléatoire, des chaloupes ou canots de sau« vetage.Pourtant parmi les inventions humani- \u2014 175 \u2014 B À : 18 i 1 i IR ith Hl PETER ER TEI Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Méôntréai, Octobre 1919 taires suggérées à cette époque, pour le sauvetage des passagers dans un naufra- fe en pleine mer, il s\u2019en trouvait certainement une qu\u2019il nous fait plaisir d'offrir en primeur aux lecteurs de la Rev& Populaire, et qui méritait toute la considération des experts en choses maritimes, Le bureau de bervets Marion & Marion l'examina officiellement le 6 mai 1912, et l'anteur du projet fut alors vivement félicité.cie L'inventeur du rideau insubmersible est M.Victor Robic, un Français devenu Montréalais, un artiste de très grand talent et un citoyen d\u2019une haute respectabl- lité, d\u2019un patriotisme intransigeant et à toute épreuve, domicilié à 1953 rue Sainte- Catherine Est, M.Robic a bien voulu-nous autoriser à donner toute la publicité possible à son invention, et ce sont des détails extraits de çes propres devis ainsi que quelques-unes de ses esquisses qui nous servent aujour- d\u2019hui à mettre nos lecteurs au courant d'une invention certainement appelée à rendre les plis grands services, Nons formons des voeux pour que l'im- vention de M.Robic soit reconnue d'uüili- té publique et officiellement adoptée, puis que son anteur a mérité de passer an rang des bieufaitenrs de l'humanité.| \u201cTa catastrophe da 7%tapie a démontyd que les transatlantiques muderues, st lu- 4 + / xueux et si confortables, avaient cependant une grande lacune: ils ne pouvaient assurer la vie de leurs passagers par leurs propres moyens de sauvetage, qui, blen que réolementaires étaient très insuffisants.\u201cC'est pour combler cette lacune impar- donrable que je propose l'adoption de mes radeaux de gauvetage insubmersibles, à bord de ces géants des mers, Ils viendront suppiéer à l'insuffisance des chaloupes, etc.en cas de naufrage.\u201cJ'ai pris comme type le transatlantique La Provence.A l'arrière de ce transatlantique, la place est toute indiquée pour y placer mon radeau insubmersible.~ DESCRIPTION DU RADEAU Le tadeau en question aurait 48 pieds de longueur sur 39 pieds de largeur, Il pourrait recevoir.au minimum 180 naufragés.Au besoin ce nombre pourrait être doublé.Ce dessin montre les dé- Planche No 1.\u2014 tails de l'installation du radeau sur le pont.Un fort chassis muni de trois rouleaux en bois de chaque côté.Ces rouleaux sont inclinés à bâbord et à tribord ; ils servent a faire glisser le radeau rapidement quand on veut le lancer à la mer.La figure le roprésente au moment du lancement.Les cordages qu'on aperçoit de chaque côté du radeau servent à l'attacher bien solidement aux hastingages pour éviter son déplacement en cas de roulis.Ce dessin montre l'intérieur du radean qui aura 8 pieds de hauteur du Planche No V.\u2014 176 \u2014 ?le \u201cIn Voi.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE A untréal, Octobre 1919 plancher au plafond.Les toles sont rassemblées sur une armature en fer à 7\u2019.I] est muni de quatre portes auxquelles on accède par des échelles volantes placées au moment de faire entrer les naufragés.1.\u2014 Portes se ferment hermétiquement de l\u2019intérieur.On ferme ces portes lorsque 1 les naufragés ont été embarqués, le radeau ÿ encore sur le navire, ceci dans le cas où on n\u2019aurait pas eu le temps de lancer le radeau à la mer et pour éviter l\u2019asphyxie si le radeau était entraîné à une certaine profondeur par la succion lorsque le na- 4.\u2014 Coffres renfermant de l'eau, des vivres.5.\u2014 Coffres renfermant des vêtements pour les deux sexes et des couvertures, matelas, etc.6.\u2014Coffres renfermant des agrès, voiles, fusées, etc.| , T.\u2014 Mat de fortune, 8.\u2014 Hublots épais.Les coffres servent de bancs et de lits.Il montre: 10.L'instaîla- Planche Na 8.\u2014 tian de huit séries da douze cônes, armature 47 AN Lintérieur du radeau.vire coule au fond, Au cas ou le temps permettrait de lancer le radeau à la mer avant - § que le navire coule, il serait inutile de fer- { mer ces portes car les naufragés, amenés \u2018 {par les chaloupes pourraient prendre place dans le radeau après son lancement.2.\u2014 Ouverture donnant accès sur le sommet du radeau.En effet, par mer calme on pourra se tenir à volonté, soit sur le sommet du radeau, soit à l\u2019intérieur.8.\u2014 Echelle donnant accès à l\u2019extérieur sur le sommet du radeau.* _\u2014e AE SOIR J bois, recouverts de toile à voile peinte.A! l'extrémité de chaque cône une petite réserve en liège afin de les maintenir sur l'eau dans une position convenable.Ces cônes, reliés entre eux par un cordage qui les traverse tous, ont pour but de retenir le radeau à la surface et l'empêcher de suivre profondément le navire qui coule lorsqu'il est entraîné par le succion.Ils servent aussi de bouées de sauvetage et peuvent être saisis par les malheureux qui surnas geraient autour du radeau, ATI TTT TITUS EN TT ET EE à 09 diet\u201d RIE + + dy M: Vol.12, No 19 LA REVUE POPULAIRE + Montréal, Octobre 1919 9.\u2014 Sous le radeau sont installés 9 cylindres creux en tôle, partagés chacun en trois compartiments pour le cas où l\u2019un d\u2019eux serait crevé par suite d\u2019un choc quelconque.3.\u2014 Au sommet du radeau court une galerie servant de bastingage.Ce dessin représente l\u2019ap- Planche No 4.\u2014 pareil servant à mainte- tenir le radeau dans la position horizontale pendant la traversée Sur le côté extérieur du coin ou porte- radeau sont placés trois crochets solides.Ces crochets servent à suspendre le porte radeau au bastingage en dehors du navire pour procurer une pente de glissement au radeau lorsqu\u2019il quitte les rouleaux et de cette façon, il est mis à la mer aussi doucement que possible.Ce dessin montre com- Planche No 5.\u2014 ment sont placés les cylindres creux en tôle sous Les cônes retiennent le radeau a la surface.11 est en bois et en forme de coin, 11 y en a un de chaque côté entre le radeau et le chassis.Au sommet une forte raînure dans laquelle vient reposer et s'emboîter la base du radeau pour être immobilisé durant le tangage et le roulis.Ces coins sont fixés au chassis par un système d'attaches que montre la figure; un fer à cheval muni d\u2019une cheville qui peut être ôtée rapidement relie les deux parties\u2026 le radeau.À.sont des solives en bois au nombre de six placées de distances en distances entre les cylindres et dont l\u2019extrémité ou plutôt le côté inférieur dépasse les cylindres afin que le radeau ne puisse accrocher les rouleaux en glissant.B.disposition des cylindres en tôles.C.boulons retenant les cylindres au plancher du radeau.D.boulons fixant les solives à la tôle extérieure.° \u2014 178 \u2014 | a il & 25m Vol.12, No 10 LA REVUE Elle s\u2019explique d'elle-me- Planche No 6.\u2014 me.Elle montre le navire coulant au fond et le radeau surnageant et empêché de le suivre grâce à l\u2019effet simultané de ses cônes qui ont été déployés dans toutes les directions avant que le navire ne coule.POPULAIRE Montréal, Octobre +919 sures, sièges en cuir, ete, les rafraichira agréablement.Pour empêche\u201d |.dre.réchauffer | mettre les pieds.Ia c'isleur rend de cuir verni souple et phan.Frottez les chaussures fines de chovrean, une fois par semaine, dyn mélange a parties égale de glycerine et d'huile de ricin (huile de castor).Elles ne fendront jamais.cuir verni de se fen- Ssoussures avant d'y er Ai Avec la télégraphie sans fil, ce radeau servira surtout de refus assuré et momen- va J tané en attendant les =conrs qui ne peuvent tarder à arriver de toutes parts.0 \u2014 ENTRETIEN DE LA CHAUSSURE \u2018Les chaussures de toutes sortes.si elles sont entretenues soigneusement, clureront deux ou trois fois plus longtemps et avec plus de confort que si on les néglige.La glycerine est excellente pour rendre le cuir souple et résistant.Si une chaussure crie.enfoncez une cheville au milien de la semelle.\u2018Le côté intérieur de la peau d'une banane frottée sur le cuir de couleur tan, le nettoiera et le polira aussi bien que le meilleur cirage.Du lait appliqué une fois par semaine, au moyen d\u2019un linge souple, sur les chaus- Pour rendre son lustre ay euir verni servez-vous de vaseline commune, Laissez l'application de vaseline sur la chaussure environ une demi-heure avant de l'enlever avec tu linge doux.\u2014_\u2014 __- 0 2 EAU POUR /\u2019ETTOYER LES CUIVRES Commencez par faire fondre 1 once de sel d\u2019oiselle dans une pinte d'ean, Procu- rez-vous d'autre part du poussier de bois blanc broyé très finement eof passé au tamis: mettez-en quatre culls fos a soupe environ dans trois cuillerios desnrit-de- vin et deux d'essence de térchenthine.Quand ces matières sont bien mélan- irées, versez le tout dans la «issolution de sel d'oiselle.Agitez, puis bouchez soigneusement la bouteille dans laquelle vous mettrez cette préparätion, qu'il faut avoir soin de tenir hors de la portée des enfants et des personnes inexpérimentées.- ll existe aujourd'hui certaines pâtes liquides, qui ont fait leurs preu* es, pour cet usage, et dont l\u2019emploi est jux à recommander sous tous les rapp: rv l'eau de cuivre.Oe Pour sceller les bouteilles, mélangez de la résine ou de la cire à boucher bon marché avec nne égale quantité de cire d'abeilles, dans un bain d'eau.Plongez les bouteilles dans la solution et laissez sécher.\u2014 179 - ARE Cape.pm Let +2, No 19 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 LES CHE.3 DE FER ET LA LES ENNEMIS DES POISSONS LIALARIA Monsour RC.Derivaux.du United Stai.Puisie Health Service, nous parle de \"1 Malaria qui infeste les régions du Sud des Etars-Unis, et prétend que cette Malailic est souvent amenée sous nos climats par les chemins de fer.Il montre que les chemins de fer du Sud Ont en maintes occasions contribué à la Projagation de la Malaria dans le Nord des Etats-Unis.Dans le Sud, les chemins de fer sont bordés, de chaque côté de la voie, de flaques d'eau stagnante qui renferment des quantités de microbes de la Malaria.Les trains'en passant ramassent ces microbes et les apportent dans les régions du Nord.Vue d'une voie de chemin de fer, dans le [) Sud, Les monrtalités causées par la Malaria ont été très nombreuses parmi les employés de chemins de fer, si nombreuses même que les compagnies se sont alarmées et ont déjà commencé à faire disparaître ces mares d'eau empoisonnées.Le poisson était jadis l'emblème de la fécondité.Le poisson est l\u2019animal qui a le plus d\u2019ennemis et il ne survit qu'en raison de son énorme \u201cpopulation\u201d au fond des eaux.RS Insecte déorant un poisson.Non seulement l\u2019homme mange du poisson, mais les poissons eux-mêmes se mangent entre eux.Il y a des quantités d'oiseaux qui volent à la surface des eaux et qui happent les poissons au passage.Il v a même des Insectes géants ayant cette capacité et cette férocité.On assure même que certaines groses araignées volantes sont très friandes de poisson.Darwin a même découvert certaines plantes marines qui emprisonnent le poison et le dévorent peu à peu.Mais malgré tous ces ennemis le poisson n'est pas près de disparaître et nous pou- \"ons compter encore en manger pour plusieurs siècles à venir, \u2014\u2014 O0 \u2014\u2014.Si votre hache-viande ne coupe pas bien, passez simplement dedans un morceau a brique à écurer, et vous verrez comme jl deviendra tranchant et bien poli. Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 UN NOUVEAU LANGAGE.Ox savait assez généralement que M.Doumic, de l\u2019Académie française n'écrivait pas tout à fait en français et qu'il avait une langue bien à lui.On le savait moins pour M.Frédéric Masson: mais un article de l'éminent historien de Napoléon s'est chargé de nous l'apprendre.Simple phrase extraite de Napoléon et la Saroie: \u201cCertains qui-tivent.pourraient dire ce qu'elle fut avec quelle haute dignité, comme sachant ce qu'ils donnaient, l'offrant résolument, mais tout de mème avec orgueil, sans rien renier de leur passé, mais par l'acte qu'ils accomplissaient, engageant leur avenir, voyant non sans tristesse s'abattre du château le pavillon que leurs ancêtres et eux- mêmes avaient servi, mais saluant avec un légitime orgueil, le (drapeau que dès 93, leurs frères, les Allabroges avaient défendu si vaillamment sous Toulon et par tonte l'Europe, les Savoisiens par les rues sablées et toutes plantées de petits sapins, se pressaient et se tas saient silencienzsement, sans ces violences où de plaisanteries des foules d'ici: puis quand apparnt dans la spleuteur qu'escortaient les cent gardes, comme : d'un seul geste, toutes les têtes se de- couvriraient et un cri comme un seul cri, mais si mâle, si franc, si loyal, jaillit de l'immense multitude.\u201d Ouf! si vous avez compris, moi pas.rm oO \u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014\u2014 n LES VIEUX GARCÇONS BULGARES x A rarement vu un impot aussi populaire que celui dont le A8 Parlement bulgare a frappé S@ les célibataires.Chose curieu- 28 se: les plus satisfaits sont ceux qui supportent la taxe.Ils trouvent que ce n'est pas trop cher que «le payer deux dollars par an pour garder sa liberté de garçon.Encore ne paveront-ils qu'à partir de l\u2019âge de trente ans.A Tirnovo, toutefois, l'ancienne ville où étaient couronnés autrefois les tsars bulgares, les célibataires ne sont pas contents.Un vieil usage veut, en effet, qu'au carnaval, les gens connus pour n'avoir pas pris femme, soient frappés dans les rues avec deg vessies gonflées, attachées à des bñ- tons.On ne se fait pas faute d\u2019ajonter aux coups des propos malséants sur leur incapacité.à contracter mariage, : Or, les célibataires en question, s'ils consentent à payer l'impôt, ne veulent pas ¢iro battus, et ils viennent d'adresser tie pétition dans ce sens au ministre des finances.mzremmçaue ((]) eran ¥ 0 , \u2014 181 \u2014 TR RH RI TRI Cota fe Val.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréai, Octobre 1919 L\u2019HUITRE PERLIERE dans le détroit de Manaar, entre l'Inde et l\u2019île de Ceylan, que la pintadine perlière ou huître à perles est la plus abondante.Dans cette dernière localité elle peuple un espace de plus de vingt milles de lon gueur.Dans la première, les bancs s\u2019étendent, sauf quelques interruptions, tout le long de la côte Persique et de la côte À rabique, mais les plus riches sont ceux des îles de Bahrein.\u2014_\u2014 Oo \u2014 LA GUERISON DU MAL DE MER \u2014 I Que de remèdes n\u2019a-t- AR, A On pas préconisés contre nS TN =}.le mal de mer, sans étre jamais parvenu à le guérir! C\u2019est, assure le major américain Le- Mon, qu\u2019on attribuait jusqu'alors aux troubles de l\u2019estomac cette indisposition fâcheuse.Or, au cours de sa dernière traversée de France en Amérique, ledit major a découvert quele mal de mer tenait essentiellement à la sensation du manque d'équilibre.Or, l\u2019organe présidant à cette sensation, assure-t-il, a son siège dans l'oreille, si bien qu\u2019en bourrant ses oreilles de gaze stérilisée, on doit échapper au mal de mer.Le major Lemon, dit le Daily Mail, a pratiqué l'expérience sur lui et quelques compagnons de voyage avec le plus complet succès.Il vient, au reste, de demander l'autorisation de faire encore quelques traversées pour mettre au point sa découverte.EsT dans le golfe Persique et - LES FEMMES POLICIERES C\u2019EsT en Finlande qu\u2019on donna pour la première fois une place particulière aux femmes dans la police.Leur rôle consisté à veiller sur les jeunes filles, et à pourvoir au placement des enfants moralement abandonnés et des vieilles femmes, Les résultats furent si entièrement satisfaisants que cet exemple fut suivi par divers états, notamment par la Grande-Bretagne depuis la guerre.oO \u2014\u2014 UNE COURSE ORIGINALE CHAQUE année, on pouvait voir, en France, avant la guerre, une course fantasque à Crone-sur-Marne.De par la volonté d'un défunt du pays, une somme de 400 dollars était remise au vainqueur d\u2019un steeple-chase à dos de cochon.Le spectacle n'était pas banal de ces Jockeys improvisés s'agrippant au dos luisant du compagnon de Saint-Antoine dans l'espoir d'arriver des premiers au poteau.Une autre clause du testament obligeait le vainqueur, s\u2019il voulait toucher les 400 dollars à porter deux années durant le deuil du généreux mais plutôt fantasque clonateur.\u2014\u2014\u2014\u2014 ) \u2014 Pour les brûlures vous baignez les parties brûlées immédiatement dans une solution composée d\u2019un once de sel d'Epsom et seize grains d'acide carbolique dissous dans une chopine d\u2019eau chaude.\u2014 182 \u2014 Vol 12, No 10 UNE FLEUR GEANTE \u2014 230 SER feuilles de la victoria regia, el une plante aquatique des ge ff pays chauds, n'a pas moins 2 rss %s de cinq à six pieds de diamè- Gé) tre; elles sont rondes et ornées d\u2019un ourlet de quatre à six pouces de haut.Un enfant qui s'assiérait sur une de ces feuilles flotterait sur l'eau comme Un oiseau qui se poserait sur une feuille de nénuphar pourrait y flotter.La victoria regia n'est pas moins remarquable par ses fleurs: elles ont jusqu'à un pied de diamètre et leur corolle est composée de plusieurs centaines de pétales.0 POUR PROTEGER LE FER CONTRE LA ROUILLE \u2018Pour protéger le fer forgé et les les objets en fer forgé contre la rouille et ses ravages, il faut passer à leur surface une peinture noire protégeant bien ce métal.On se trouvera bien de composer cette peinture avec, par exemple, une livre et demie de bon noir d'ivoire et un peu moins d\u2019une peinte de térébenthine.On mélangera bien la préparation en la broyant autant qu'il sera possible, de façon qu'elle soit tout à fait homogène.On ajoutera ensuite au mélange environ une chopine de vernis à l\u2019or-couleur, que l'on trouve chez un marchand de produits chimiques; et l'on complètera avec UN peu moins d'une pinte de térébenthine.Pour enduire les objets en fer forgé, le mieux serait de les \u2018Femper directement dans cette préparation: si on he peut les tremper, il faut tout au moins les enduire minutieusement - dans toutes leurs parties de cette peinture LA REVUE POPULAI RÉ Miikidi : .Rid ei chad Montréa\u2019.Octobre 1919 \u2014_\u2014_\u2014\u2014\u2014 UNE PLUME HISTORIQUE Pour manifester leur joie de voir que Monsieur Clémenceau, le premier ministre de France, avait échappé à la tentative d'assassihat dont il avait été victime, les fillet- tés des évoles de France décidèrent de se cotiser et d'offrir des fleurs au vieux tigre.Mais les fillettes des écoles furent tellement généreuses que la collecte fut assez forte pour offrir, à la place des fleurs, une magnifique plume avec laquelle le premier ministre vient de signer le traité de paix, qui tout en mettant fin à la guerre restituait à la France ses chères provinces de l\u2019Alsace et de la Lorraine, que les reitres Allemands lui avait enlevé en 1870.La présentation de cette plume a donné lieu à une fête touchante et le premier ministre a embrassé sur les.deux joues la fillette qui, au nom de'ses compagnes, la lui présenta.Cette plume historique est faite d'or et d'émail, le petit bout est surmonté d'un coq gaulois chantant victoire.Elle est considérée comme un chef-d'oeuvre d'orfèvearte.Du reste cetts plinve nest pas la seule dont se servira le premier ministre de France pour signer les différents troites où 1l est gner les différents traités où 1l est appelé à apposer sa signature, et plusieurs autres données par des amis ou des associations serviront également à signer les autres traités avec les autres puissances enienies \u2014\u2014 (tenn à l'aide d'un chiffon.| E Eee 0 \u2014\u2014 BL x 3 AR Rs a ds, 5 HEre rés = sx Jf 4 21, ce HE ÊTR Es A 5 d ne TS, 3 A = F THT Sb oy Cie 5 £ is | 7 rz AEE ED i \u201c ng 3 SERUE HR 2e LE EE Montréal, Octobre 1919 re ES ih 2) y ES i oy ty En as Shy té Fi ih in 3 a Gv RE Ag == i SE.He i pr = FN =, i 5 = > 5 x 2 ES) se + 5 28 5 a Sn cart ne a ES LY POPULAIRE x Rs vr Er en 4 se sir = TI > = if ET 3: FE 2 ha PE = er we res Fa mE vs GE ihe REVUE + 8 i +, : Re 7 ir 4 = is ES LA Ear 4 Ral, 1 | 0 = F i #4 i Bh = sit Sa HE 5 4! 11H 5 ih e 53 È Ÿ \u20ac a1! fot 55 Tol.12, No 1 Re ar = Ar\u2014\u2014 lm \u2014a\u2014 mi GE ce, St re \u2019 ear: ramon rl 20 RE nd ma REE OAs \u2014 EE on) => ry Es on = 2127 pe [tp EEE Erne 2 PET PER ree ty oo ol ETES RES Sas pe EE È EE Sr Pp pee LR oo PS J Le ~ Te = = 2 ve _ re es ra weno Ne ry => LES visa meta 3 ASS a ae Tran a a we = roestoctt: Vol.Ft ES , No 19 T,A REVUE POPULAIRE Montréai, Octobre 191$ Pour assurer la traversée océanique par la voie des airs | \u2014\" Une chaîne d\u2019aéro dromes flottants \u2014\u2014\u2014 Nous avons dernièrement parlé de l'exploit merveilleux de la traversée rapide de l'océan par la voie des airs, et en face d'un tel succès, il ne fait plus de doute pour personne que ce nouveau mode de voyager est sur le point d'être reconnu et recommandé officiellement par toutes les grandes nations progressistes.Mais comme cette traversée, de l\u2019immensité continuera d'offrir des dangers aux hardis navigateurs de l'air, il faudra songer a établir, & certains points connus de l'océan.des moyens de protection, des garages de refuge ou des ateliers flottants pour les énormes et fantastiques oiseaux mécaniques ou hydro-avions.Ces garages flottants ou ateliers de réparage en cours de route, s'ils ne sont pas nécessaires aux transatlantiques actuels, seront de toute nécessité pour les navires de l'air de l'avenir.Un navire ordinaire, une fois chargé, doit compter sur son \u2018efficacité à tenir la mer, en tout temps, pour effectuer sa traversée.S'il lui arrive un accident sérieux il pe lui reste plus qu\u2019à demander un ge- cours immédiat par la télégraphie sans fil, où à couler, si l'accident n'est pas réparable; mais il ne saurait compter rencontrer des cales sèches, des chantiers minritimes ou de réparations en plein océan, Mais, i] est non seulement utile et nécessaire d'installer de tels garages de réparations en plein océan pour les aéroplanes, que c'est nna des précautions auxquelles ont déjà songé les grands esprits inventeurs du siècle.Si l'aviateur apprend, à l'aide du télégraphe sans fil qu'il court au-devant d'une forte tempête atmosphérique, ris: de l'empêche de songer immédiatement a aller se mettre à l'abri dans un des garages flottants permanents, soit en allant de l'avant, soit en faisant machine en arrière, puisqu\u2019il sait où 1ls se trouvent situés, et puisque sa rapidité possible est supérieure À celle des plus forts OUFAGANS CONNUS.À son arrivée à ces garages de sécurité et de réparation, il sera recn et solidement amarré par toute une équipe d'on- vriers stvlée à la manoeuvre.La même ressource lui sera offerte sil s'aperçoit que seg moteurs ou son mécanisme sont défec- tneux.En admettant qu\u2019il soit obligé de descendre à la mer avant d'avoir pu atteindre la station de refuge, rien ne l'empêchera d'expédier un mesdage sans fil d\u2019alarme, alors qu\u2019on enverra à son gccours un autre hydroplan ou des remorqueurs.On pourra le réparer sur place où le trainer au garage, mais on\u2019 pourra toujours porter secours aux passagers, I] suffirait d'avoir une ligne de quel- ques-tns de ces garages flottants munis de tout l'outillage nécessaire de réparations, entre l'Amérique et l'I£urope, pour rendre la navigation aérienne presque aussi sûre que la navigation océanique, si lente com- purée à la navigation aérienne.Chacun de ces garages, selon que le fai voir notre vignette, devrait avoir la form \u2018d\u2019un immense fer à cheval, avec au centr \u2014 185 \u2014 I À à.gl.Re ! pT = © me cpm py B10 our vm or a ar ct bith 4d 4243 LOGIN Viol.12.No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Gctobre 1919 un abri suffisant pour au moins un hydro- plan.D'autre part, les côtés agiralent com me brise-lames et d'autres hydroplan pourraient aussi trouver un refuge ass ré.bien qu\u2019à découvert, dans l\u2019écartemen du fer à cheval, qui, naturellement sera\u2019 insubmersible et peuplé par toute un équipe d\u2019ouvriers experts.Ces énormes garages, au milieu de l'« céan, malgré leur immensité et leurs puis santes ancres, au milieu d\u2019une tempêt« pourraient être entraînés à la dérive, mai On à tourné la difficulté au moyen d\u2019en gins à vapeur qui les ramèneraient à leu endroit fixe, une fois la tempête terminée.Rien n\u2019empêcherait que ces garages, dans des cas absolument sérieux, ne se transportassent eux-mêmes sur les lieux de l\u2019accident à l'hydro avion.Avec la télégraphie sans fil il serait facile de les localiser, même pour les aviateurs ou les autres garages océaniques placés en avant ou en a; riére, \u2014 0 BRONZAGE DU PLATRE, DU BOIS ET DU CARTON Les objets d'ornement en bois, en carton et en plâtre, ces derniers surtout, perdent assez promptement leur aspect neuf et propre, à moins qu\u2019ils ne soient conservés sous des cloches de verre, ce qui n'est pas toujours possible.La poussière s\u2019abtache à leur surface, les rend ternes et sales, et leur ôte leur valeur pour la décoration des\u2018lieux habités.On obvie à cet inconvénient par le bronzage pratiqué de la manière suivante.Dans une solution faible de colle-forte, on incorpore, par parties égales, du bleu de Prusse, de l\u2019ocre jaune et du noir de fumée, en quantité suffisante pour en fur- mer un enduit d\u2019une bonne consistance ; on passe d'abord trois couches de cet enduit sur l\u2019objet qui doit être bronzé.Avant que la dernière couche soit complètement sèche, on applique avec un pin- \u2018au, sur toutes les parties saillantes de laque objet, une petite quantité de pou- re d'or nursif, composition d\u2019un prix peu levé, qui donne aux vives arêtes des ob- ets bronzés un aspect analogue à celui des neces de vrai bronze, polies par le frotte- ent.: Ce mode de bronzage n\u2019est applicable (l\u2019aux objets placés sur l'appui d\u2019une che- Aine, sur une étagère où une console à intérieur d\u2019un appartement habité, par onséquent à l\u2019abri de l\u2019humidité.S'il s\u2019agit de bronzer des objets du mê- le genre plus ou moins exposés au con- act de l'air humide, on se sert à cet effet de la composition suivante.On passe sur les objets à bronzer deux vuches de rouge d'Angleterre broyé avec de l'huile de lin; sur la seconde couche, lorsqu'elle est suffisamment sèche, on passe une couche de vernis à la gomme laque bréparée à l'esprit-de-vin.Avant que ce vernis soit tout à fait sec, On en repasse les vives arêtes avec un pinceau chargé d\u2019or nursif, L'humidité prolongée et même la pluie sont sans action sur cet enduit.0 PRATIQUE DANGEREUSE C\u2019est un préjugé assez généralement répandu qu\u2019il suffit, pour cicatriser une coupure, d\u2019y appliquer.une toile d\u2019araignée.Or, beaucoup d\u2019araignées sont venimeu- Ses, sans compter que leurs toiles retiennent toutes sortes de poussière plus ou meins nuisibles, aussi, arrive-t-il souvent à ceux qui font usage de ce prétendu remède, que la coupure qu'il voulait guérir senflamme et devient douloureuse.Le plus sûr, lorsqu\u2019on s'est coupé, est de faire saigner la plaie, pour que le sang en- (raîne avec lui les impuretés que le couteau a pu y déposer ; trempez ensuite votre doigt dans de l'eau légèrement salée, et appliquez sur la coupure un morceau d\u2019amadou fixé par un linge fin et bien propre.\u2014 188 \u2014 ia Vol.12, No 10 LA REVUE ides Ei LASERS 1.bate idingds oo EEA CIM MLS MEERA Rt Ti POPULAIRE ~~ Montréal, Octobre 1919 CHEMINS DE FER POUR BICYCLETTES On vient de construire, aux Etats-Unis.un chemin de fer pour les bicyclistes.La vole est formée par un rail qui court sur une série de poteaux de la hauteur de trois pieds environ.C\u2019est sur cette voie qu\u2019il s'agissait de placer un vélocipède, en écartant toute possibilité de chute.HA 4 V, poteau.\u2014 À.roue à gorge s\u2019emboitant sur le rail.\u2014 LB.pignons.\u2014 C.four ches.\u2014 D.chaînes.\u2014 P.pédales.Le problème a été résolu en adoptant une bicyclette tout à fait spéciale.Arlleurs que pour le chemin de fer en question.elle ne serait d\u2019aucune utilité.Munie de deux roues inégales, son cadre s\u2019emboite sur la charpente porte-rail.Les jantes des roues non caoutchoutées sont constituées par bonde de fer demi-ronde à gorge s\u2019en tant sur le rail et suffisamment creuse pour Éviter les déraillements.La plus curieuse caractéristique de.cette machine est qu'elle est munie de deux chai- nes, une pour chaque pédale.Les poteaux de bois soutenant, d'espace en espace, la voile aérienne interdisant le pédalier unique des bicyclettes ordinaires, on a adopté deux pédalters indépendants, un pour la jambe droite, l\u2019autre pour la gauche.Nous accompagnons notre dessin principal d\u2019un petit croquis, qui permettra de bien se rendre compte de la façon dont la bicyclette est a cheval sur le rail.Ces pédaliers s'enfourchant, donc, à droite et à gauche de la cheri C communiquent chacun par leur chaîne avec la roue d'avant qui est motrice.En vré- Lo basyele sui rai.glant les deux pignons d'avant, on a seulement disposé le mécanisme de manière à synchroniser les mouvements du cycliste de la façon normale, c'est-à-dire que, tandis qu'une pédale est en haut, l'autre se \u2014 187 \u2014 A li RH It Vol.12, No 10 trouve en bas.La direction est en quelque sorte inutile, la roue directrice n'a qu'un jeu limité.Parallèlement à la voie est construite une autre voie de mauière à constituer deux pistons, l'une pour aller l'autre pour le retour.Le trafic peu important ne suffisant pas à permettre d'établir un tram- Wav.on a donc recours, dans l'Etat du New-Jersev.entre Mount Molly et Smuith- field, à ce chemin de fer à pédales.Toute personnes peut l'emprunter moyennant une faible rétribution.Le parcours est divisé en sections.C'est dans ces sections que l\u2019on trouve les bicyclettes, pour les abandonner quand on est rendu à destination.Les agents de la compagnie suffisent à ramener à leur point de départ, les cycles abandonnés.am J memes PLUS VASTE QUE L\u2019ANTIQUE \"OLLISEE DES CESARS ROMAINS Ie plus grand local pour spectacles que nous avons À Montréal, c'est le théâtre Loew 2, encore qu'il ne contienne que 3.000 personne.et ne soit qu\u2019une salle ordinaire de cinétia.Nous pourrions ajouter qu'une rot trie de vaæte enceinte dans la mê- test plutot une chose honteuse.A tout évènement, comme nous sommes loin de l'antique -Collisée romain et de son immense amphithéatre d'une capacité de 80,000 spectateurs ! New-York a son fameux Hippodrame avec une capacité » de dix mille spectateurs; maig de- pu: la dernière guerre, nous avons appris à faire vaste, et les difficultés initiales ne nous découragent plus.C\u2019est ainsi qu\u2019à Chicago, l\u2019on projette de construire en plein air, un collisée moderne d'une capacité assise de 100,000 spectateurs, et dont le prix de construction reviendra à environ $10,000,000.La- vignette que nous reproduisons ci-dessous n\u2019en donne qu'une bien faible idée.LA REVUE POPULAIRE Montréai, Octobre 1819 Tout de même, c'est là un placement fo-® avantageux, puisque toutes les métropoles sont appelées à recevoir des spectacles capables d'attirer toute une population se souvenant encore du fameux Panem et cir- censes les anciens.L\u2019immense stadium de 1000,000 spectateurs dont on projette la construction à Chicago.De ce stadium on veut faire un énorme monument à la mémoire des soldats morts au champ d'honneur.Cette idée est excellente et devrait être adoptée par les promoteurs du monument qu'on songe à élever à la mémoire de nos héros canadiens tombés en terre française.Les arches re ce monument auront 90 pieds de hauteur et l\u2019amphithéâtre devra contenir 100,000 spectateurs à découvert, tandis qu'à l\u2019intérieurs de la façade, des milliers d'autres pourront profiter de spectacles d'intérieur.L\u2019arène est immense, et le coût de cette gigantesque souscription sera défrayé par une souscription populaire parmi tout le peuple américain.\u2014\u2014 0 \u2014\u2014\u2014 Pour rendre brillant l\u2019argent.On rendra aux couverts leur éclat primitif à l'aide de ce simple procédé.Faites uhe solution d'hyposulfite de soude à quatre dixièmes, trempez-y un linge quelconque ét frottez vigoureusement la pièce à nettoyer.En quelques instant elle redeviendra très brillante.\u2014 188 \u2014 page te Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 a Sa = Adan SRT Sblthat dc; tried st POUR AVOIR UN BEAU TEINT! | i PERSONNES PALES ET DICBILES; VOLCL LI TONIQU 7 PUSAN, BANE Gr F SUR CE QUE VOUS CIIERUILNZ DEUS S51 LONGTEMPS: i _ est souverain dans tous les cas d'Anémie, Neurasthénie, Insomnie, débilité générais et dans toutes les maladies déhilitantes etnerveuses.C'est le tonique idéal pour les person- res ayant souffert d'Influenza ou Grippe Espagnote.Arseno-Kbdia active la digestion, stimule l\u2019appélit, et possède cette pronriété partiecu- iiére de donner ce | Ro k - re - \u201c | TEINT CLAIR ET PUR | 8 .i que seules possèdent les personnes en santé.# à Chaque flacon est suffisant pour un mois de traiteraent et se vend £1.25 duns toutes les Ek , bonnes pharmacies.il Ë Exigez-le, et si votre pharnracien ne l\u2019a pas, écrivez aux fabricants qui vous l'expédie- i qd ront franco sur réception du prix.i | A7 ANNE Y, : f: ¥ LABORATOIRE INTERNATIONAL i E.| CASIER POSTAL, 19, - - - ST-HENR!, MONTREAL.i | N.B.\u2014Flacon échantillon envoyé franco sur récaption de 25 centins.8 X | x g | Dépositaire Pharmacie L.Senay, 350 rue Delisle, Montréal.y i eS pas x w Si 5 id.6 = EE EEE ji EE HR.- NR HH BB Bl ol WEEE EE \"27.EER M.a SEE BB Hi 5 2 a 8 GRATIS Vous Mesd -GRATS * À 2 © S - Four ous esdames ! Alls E À = IA 53 Ld F ë EMBELLISSEZ VOTRE POITRINE % .Bi: Ës 4 T ga w, î no Zz At = : : EN 25 JOURS GRACE AU : : = i à EUR WYRE UBREUIL + | B REF ORMA EUR vid KIA iJ , 8 B - Appreuvé par los aneiuaurs nm \u201cdecins.les visnirs re gra, .vof R = == pe tonifient.La.poitrine prend tie forme parfaite suus d'action A ana: o ut à Le ji.RÉFORMATEUR., I! mérite la pius entière confiance car il esc ie resulcat à i = de longues études consciencieuses, ei A , i - es v ; TAD Ei PR \u2018 Le Réformateur MYRRIAN DUBREUIL a 5 est un produit naturel, præsédant la propriété de raffermir et de dévelup- æ = per la poitrine, en même lernns que, sous son action, xe comblent les creux = À des épaules.Seul produit véritanlement s° >rieux, garantit absolvment inof- ti 1H = fensif, bientaisant pour la santé générale comme \u2019Tonique.Le RHFORMA- Es 3.ëä TKUR est très bon puur les poi ones maigres et Rherveuses.Convenant om BR: = aussi bien à une jeune fille qu\u2019 à la femme dont la pritrine a perdu sa for- : ' nie harmonieuse par suite de Valadies, où qui n\u2019était pas développée l.e mM = 2EFORMATEUR MYRRIAM DUSREUÉR jouit duns le monde médical LI B d\u2019une renommée universolle et déjà ancienne comme reconstituant et ali- i = ment de la beauté, tout en restaurant ou en augmentant la vitalité, sans = pg! oublier qu'il contribue, en méme temps, à chaseer la nervosité.PA pu Engraissera les Personnes Maigres en 25 jours Hl a K Envoyez 3c en timbres et nous vous enverrons GRATIS une brochure illustrée de 32 pages, avec th.= Echantillons du Réformateur My rriam Dubreuil.Notre Réformateur est également efficace aux a gl hommes maigres, déprimés et souffrant d\u2019épulseme it nerveux, etc, quelque soit leur Age.Toute correspondance strictement confidentielle.Les jours do consultation sont: Jeudi et Samedi de chaque semaine, de 2 heures à 5 heures p.m.Moe MYRRIAM DUBREUIL, 250, PARC LAFONTAINE \u20ac DEPARTEMENT 2.\u2014 BOITE POST.ALFE 2353, MONTREAL, QUE.ur ZE LR ns Ed SEE TRE DEE BE ER \u2014 189 \u2014 x: Vol.12, No 10 LA REVUE POPULAIRE Montréal, Octobre 1919 t LE MOIS PROCHAIN, NOUS PUBLIRONS LA REVUE POPULAIRE UN GRAND ROMAN D\u2019ACTUALITE, SENTIMENTAL, DRAMATIQUE ET TRES MOUVEMENTE : Par M.DESCHAMPS C\u2019est un émouvant conflit entre le devoir et l\u2019amour; l\u2019intrigue, pleine de complications dramatiques inattendues, met à jour,les souffrances de deux coeurs altérés de pure tendresse et séparés par de cruels évènements.La conclusion en est consolante et sereine.Ne manquez donc pas ce numéro qui, en plus du grand roman dont il s\u2019agit, vous donnera une énorme quantité d'articles les plus divers avec de nombreuses illustrations.L 15 CENTS RETENEZ LE NUMERO D'AVANCE CHEZ TOUS LES LE NUMERO DEPOSITAIRES \u2018 DE NOVEMBRE v q+ -+\u2014
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.