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Titre :
La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel
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Décembre
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  • Revues
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chaque mois
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La revue populaire : magazine littéraire illustré mensuel, 1929-12, Collections de BAnQ.

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[" + .nh idl ; oo J 1 nt os , he op tds : By ie ve oh to ce ; i ni cl k i Ta if It: si a 1 hii nn ih ; ; : Br i vu, ol is Hit ii es fi bi tied dis Li estat i gf fit 1e ith Cu po dut ü ar ji fi th i ht Hon be ce cuis te it an oi th Ets jie fe i CARTER GO He i i Hanks at it LUN te d di EE du dE Siti i i fils, i i it: © 1 1 DECEMBRE 1929 E Au chateau fo | Oars pur B Neullivs ; | Notre roman i hi Bit fit Bes fit uf hit li ii PER i } | 1hi in D fd i in ga K-334 ri eli 5, fe a\" fc BAnQ | ir, fie Er, 5 AGE nn 7 t A) ; pit | .Hy : eV Bi RE i te he bet ie i ht Le 1 i ite na of it D i or a git i TE i | fie! Rire Bit it \u2014 tye tl a 06 a THe fick ol {| pi ith! iH k dude ; 7 a plus geunde tviu bh ; i | i ve x su i iii: a & ou LÉ it ihe i (te \u201ci ol pe Si a \" : ay Ty 5 I A 2 ve Ai a.+ Sm so, Fron 2 = 34 7 \u2014 TN tis fit SNS = ( ie Ph \u2014 pie wi on Pr de jit Aa er A (i + ; Te, Ss, Reid oy et ic Seton Se Ee NN NEAL 2 Lc pa 3 ih Se wt ; i 4 life ~ XE hug 3 i Ji 1 ht ie Vi 7 vs th 1e n 9 EA $ vi i : N Zi Nn PD Pi * es 3 ; fe 4 ™~ > % ie it na .No i lc = ji on Si à 4 i i a ns 3 %, 3 # _ m0 2 ¥ \u2019 i my Ce sa Ly 3 e i a: pa ; À, 2 7 me | oa 5 nC a 0 > 4 Rh ; «À ae * 5.; a, > £8 nt | Ee Fa the | à § = og a 8 >< wi G on 3 a.> ERS Ne f i (i AN = hy gat yt TL P \u201cx mme a sa.3 i it \u201c Kw A ome \u201ci a Gu ; ÿ RY > \u201c 2 i fo se Re se, 5 Sasi Arman 2 pe 15 Hii FRE 5, A 2 an\u201d / ad | hl vi a, eu Ne {Ha i on, A 5 oe +l Seow i 2 \u201c1 $ Tee re i} ba A Lo i ih hs a fr a Er = cha qe % i % Py 5% Ss its VE ps A mi on He i po oo 7 4 a > pe qu =.hy \u201cNe\u201d ah # Es ur RE Se ht fi Led i Rr oR af 2 > ve di Pg [re 5 + | a 1 ws oN id >> & a A SA qe | \u2018 4 LS a, LA Wy ae ih Ne 3s li i.ar = je { EN oN 2 z Le TR CE FA a ~~ DY eH CH Hate ce À ied F SN aad te ite ART £ a È Ji pn À wR h it FH i ++ = Pi Mh ii i RK = .2 b san ec: BE i hi v eu\" 5, = UN di.ding LETTRES Jee si > us, PE 5 7) sé i i $ DEN os i = sit\u201d 52 us mde Ga rie es OH | aw oi 3 7 en SCIENCES ye i | \u2018 Hy ee go 5 | NW on i) \u201crn Nea, EA we % ; ER + 775 i i = ee oa | HISTOIRE | dE tua.: ! \u2018bo RE ELLAND.Un com du vieus Quebs : \u2018 Gaier:e Nattonale du Canada (i x fu i Nh xh A = ; Bh x - N- La me.nn à TN nn iw 0 je FACE a Tu \"a 0 3 A ve RN] i id ar SEE .Ë .Es HT vi Dos bites ts : Masse de Paris EXPERT EN BEAUTE DE RENOM engage ses clientes à suivre Le Salon Massé, 16, rue Daunou, à Paris, se distingue par son magnifique parquet en marqueterie, la richesse et la beauté de sa décoration.Cet ensemble essentiellement artistique est bien fait pour plaire à la clientèle choisie de M.Massé.ce simple traitement pour garder leur teint frais \u201cLe nettoyage de la peau, efficace mais modéré, à la maison, est une nécessité absolue pour le succès de notre travail.C'est-à-dire l'usage continu du savon Palmolive qui joint les avantages d\u2019un nettoyage à fond aux effets cosmétiques reconnus des huiles de palme et d'olive.\u201d 16 RUE DAUNOU, PARIS U No.16 de la Rue Daunou, à Paris, plusieurs des femmes les plus distinguées du monde ont l'habitude de consulter E.Massé sur les problèmes du soin de la peau.Massé consacre une grande partie de son temps à l\u2019étude des méthodes domestiques de beauté et des traitements qui sont donnés dans son établissement.\u201cLe nettoyage de la peau.efficace mais modéré, à la maison est une nécessité absclue pour le succès de notre L'HEURE DU EN \\DIO PALMOLIVE.\u2014 Tous les m 8h.30 à 9h.30, heure centrale; 7h.30 à 8h.30 travail\u201d, dit Massé.\u201cLes clientes qui suivent nos conseils ne font jamais usage d\u2019un autre savon que Palmolive.Ce sont précisément celles dont la peau profite le plus des traitements que nous leur donnons au salon.\u201d Les autres spécialistes sont d\u2019accord Les spécialistes en beauté les plus éminents de Paris sont d'accord avec M.Massé.Lina Cavalieri, Vincent.telles sont quelques-unes seulement des nombreuses autorités françaises qui recommandent ce même traitement.A Berlin, Madrid et New-York, dans tous les grands centres.se donne le même conseil.ercredis soirs \u2014 de 9 h.30 à 10 h.30, heure de l\u2019est: , heure des montagnes; 6h.30 4 7h, 30, heure du Pacifique \u2014 sur le poste WEAF et 39 postes associés avec The National Broadcasting Company.Faites d\u2019abord une riche mousse de savon Palmolive et d\u2019eau chaude que vous frictionnerez bien dans la peau.avec les deux mains.Deux minutes de ce massage, puis un rinçage, à l\u2019eau chaude d\u2019abord, ensuite à l\u2019eau froide.Un dernier rinçage à l'eau glacée, comme astringent.Pour peau sèche, un cold-cream de bonne marque, au moins une fois par jour.Pour peau huileuse, une lotion astringente et une créme de jour asséchante.Des millions de femmes trouvent dans ce traitement de 2 minutes la solution de leurs problèmes de beauté.Le Palmolive est maintenant le savon de toilette le plus en vogue au Canada et dans 48 autres pays.Prix de détail [Oc == Décembre 1929 LA REVUE POPULAIRE qpresena=z.ee mem Î \\ ¥ t | Nous recommandons a tous nos lecteurs et lectrices de ne pas manquer d\u2019acheter le magnifique numéro de Luxe que le Samedi publie à l\u2019occasion de Noël.Ce numéro spécial de 72 pages, sur papier glacé, comprend deux nouveaux romans d'amour et d\u2019intrigue : - Le Triomphe de I\u2019 Amour par Ely Montclerc L Amour Commande par Georges Ohnet UN MORCEAU DE MUSIQUE ?L'ETOILE Une magnifique gravure en trois couleurs Une Chasse à l\u2019Ours Une centaine d\u2019illustrations, de contes et nouvelles, et de nombreuses chroniques diverses.En vente le 10 décembre dans tous les dépôts, au prix ordinaire de 10 SOUS [ paccmenres LE > a ar tu i =un 5 0 150 1 da tt ov ou os ur ALLL ES te da LA REVUE POPULAIRE Décembre 1929 Er De l'achat des fourrures | OUS ne connaissons rien ou la qualité soit aussi importante et aussi difficile à juger, à l\u2019exception peut-être des | métaux rares et des pierres précieuses, que dans la fourrure.| | | i | | L\u2019art de transformer les fourrures est aujourd\u2019hui si habilement exercé que des experts seuls peuvent dêterminer la valeur exacte des pièces soumises.Une fourrure de qualité inférieure n\u2019est jamais une acquisition avantageuse, et la seule façon sûre de n'être pas trompé, c\u2019est d\u2019acheter d\u2019une maison dont la réputation d\u2019honnêteté et de qualité est établie au delà de toute évidence.Dans les FOURRURES exposées chez | DESJARDINS l'on trouve des manteaux | remarquables par leur grande richesse, leur | luxe confortable et enveloppant, leur ad- | mirable beauté; l\u2019on en trouve d\u2019autres | remarquables aussi par leur utilité, leur | durabilité, leurs bas prix.Mais quels que | soient les modèles choisis, ils auront tous | ce cachet d\u2019individualité, de distinction et d'élégance que seuls des maîtres ouvriers | savent donner.| Gas DESJARDINS \u20ac (E LIMITÉE La plus grande maison de fourrures de détail au monde 1170, RUE SAINT-DENIS MONTREAL cat el sense iin mimes Er Décembre 1929 ABONNEMENT CANADA Un an .Six mois ETATS-UNIS Un an oo.$1.78 Six mois .96 yo = À ENS ACXI0) 7 XIX XOXO) 0e das OCXACX 7 dass AO a aN CO XX va OH IAN Lo HN AC) OX N LA REVUE POPULAIRE Vol.22, No 12, Montréal, décembre 1929 * Directeur: JEAN CHAUVIN (OXY eX CX RX CCRC OX IC) SOMA AIIRIE La Crèche de Noël, par Charles Foley .Chronique féminine: la Mode d\u2019Hiver \u2026 Livres et Revues Le L\u2019'Hiver canadien, vu par des peintres canadiens .Notre roman complet: AU CHATEAU DE L'OURS par B.Neulliés .Notre roman sensationnel : L'HOMME QUI S\u2019'EVADA par Albert Londres .Aurèle Joliat, l\u2019homme et le joueur L\u2019Arbre et le Réveillon de Noël .La Bonne Cuisine .\u2026 Les légendes du Saint-Laurent .Les croisières du Pacifique Canadien .Nos vieilles familles canadiennes, par Emile Falardeau .Notre prochain roman: LE SORTILEGE par Eve Paul Marguerite TARIF D'ANNONCES FOURNI SUR DEMANDE Les abonnés changeant de localité sont priés de nous donner un avis de dix jours, au moins, et tout changement d\u2019adresse doit nous parvenir avec mention complète de l\u2019ancienne adresse.Entered March 23, 1908, at the Post Office of St.Albans, Vt., U.S.A., as second class matter under the Act of March 3rd, 1879.FAIRER ty 1 ioe Hn LA RIVUE POPULAIRE est expédiée par la poste entre le ler et le 5 du mois.Editeurs-Propriétaires: POIRIER, BESSETTE & CIE 975, rue de Bullion MONTREAL \u2014 CANADA Tél.: LAncaster 5819 NON 6969696 OX AY JRO ONO Za XOX 7 PA AE 7 XO) (90) da ot ie Lagos ue.cu es une ot ey oo Lens, Ere = i 1299 nn rage 7 EAA = = ES at S sa poy == SN Ni 3 RSS === = re WS = H ee = en =: NN i ne Ne = Th x= 5% = 3d | i n == = RY = | i es = = = ES Si.Shy = ze VA = Si se pes NE a RE Ge © Le ha EE = = AES TE ue es Ë m= TEN, v ui = == Qi Ne \u201c Gr = a 2 fh A SR = a = NN XQ | Wm.Dyce, pinx.= ES STI 23 ys Cot SX qu: pa ; Pe 2 Xs iw SN W j= = 2 ps es se iS 5 = XX RA RE 2 = = a Sn Ail NS J Soi SAT Ÿ 5 5 ps.0 4 pe 5 La GE 5 ess =, 0 SR > = Ca = = / I AY | is > a # « | ES & A Si Les a | Si = ps = Cas 3 N eS LN Le SE = , WN WW AN nN = = 2 777 Fr 27 Zo es ET .Le = RN SE % = Sos N NR \\ & 0 N GE 2 as CE Lo 3 NS « A 7 AE 25 .Le PES es = i Wi % GE 21 er A AA oh x LL KA} on 0x =.+ pe 7 7 de # > % 2 (ri OO % % Lt ÿ D 7 nz 4 \\ N 0 Wh | i ZE 7 i; EX LAR ) 7 (x) (Xi Ou \\ it Fis qe ve.(AL) ÿ (1) ÿ (on (x i / fl 3 7 AR | | 7 .va = N % De, 23 7 FL 7 Hs EVE eu 9 i der A i, A i à % a 7 7, 7 La 65 7, \u201ci i 1 7 4d LI vais ÿ / A 7 A hs ih) i i, hs wil .- \\ 19 se ds 5 Las \u201c A ; i Li Ak 2; 7 fr V AX \\ \\ où 3s 2 7 5 CE en 3 ; J A 7 0 Jhon So Ki 17 4 7 PL % © i i i (a / Ÿ) Ÿ A fr À 4 7 7 7 7, 7, ) J | .= i 7; 7 4 Gt ee i i 4 j (i if 4 q Ü ; 4 f} / 7 7 ÿ ji /A JO WN Hh | Z Le.7 IAE 7%) vou A +H | | 4 ) i fo i % 4 = 4 7 i + ui 7 i LC À 0 i 1 A 4 i ÿ gt =\" 7 i 7 7 i i iF Qu ER D KA Ht 7 Hh + Rs He à OW a i th 7% .oss bos Fo oa A = 7 (SH ; 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Et nos rois mages, soeur [.ouise, y pensez- vous?Nos petites du catéchisme auront beau regimber, ne craignez pas de leur mettre de la colle au menton: il faut que leurs barbes tiennent! Affairée, perdant un peu la tête, la bonne mère allait, venait, se démenait, et donnait tant d'ordres et de contre-ordres à la fois que les trois hiérarchies d\u2019anges n\u2019y auraient pu suffire.Toutes les soeurs dispersées, elle se rappela tout à coup qu\u2019elle avait laissé la crèche et le petit Jésus de cire dans le placard, au fond de la sacristie.N\u2019ayant plus personne sous la main, elle avisa la jeune femme qui, à genoux, près de la grille, et les yeux noyés de larmes, cherchait vainement à secouer le sommeil effrayant de son pâle petit enfant.\u2014Ah! ma bonne Gilberte,\u2014s\u2019écria étourdiment la mére,\u2014ma surveillance est trop nécessaire ici pour que je m\u2019éloigne.Tirez-moi donc d\u2019embarras, ma chère fille, courez à la sacristie: vous trouverez le Jésus de cire, la crèche, et tout le nécessaire dans l\u2019armoire.Disposez tout cela de votre mieux et appor- tez-le vite ! Gilberte, par complaisance, se leva et, tenant toujours son fils dans ses bras, elle gagna la sacristie.Le placard était ouvert et elle y prit la crèche, la garnit soigneusement d\u2019un tapis imitant la mousse de laine verte à fleurs de soie bleue, blanche et rose; puis elle déplia soigneusement la robe du petit Jésus, une satinette couleur d'azur avec un fin semis de petites étoiles d'argent.Elle admirait tout cela ; mais devant l'enfant de cire immobile, les yeux creux, tout pâle.et tout pareil à son petit Joset, de nouvelles larmes lui mouillèrent les yeux.Et, de cette ressemblance même, lui vint une pensée de superstition naïve, une pensée de pauvre mère éperdue qui, désespérant LA REVUE POPULAIRE de la science, apnelle le miracle et, ne croyant plus aux hommes, s\u2019adresse à Dieu.Puisque, dans le tableau de la Nativité, la Sainte Vierge, saint Joseph, les mages, les bergers, l'âne et le boeuf étaient des êtres vivants.Jésus ne s\u2019offenserait pas non plus d\u2019être représenté par un enant vivant.oh! surtout vivant de si peu de vie! Ah! si 'adoration de la foule en prie- re amenait la guérison! Si, touché de voir ce petit mourant couché dans cette crèche toute semblable à celle qui l'avait reçu, le Seigneur prononçait la parole de résurrection! Et si la Vierge, enfin, devant ce berceau rustique lui rappelant ses propres angoisses de mère, s\u2019attendrissait de l'angoisse d\u2019une autre mère, obtenait un miracle de son fils! Oh! alors, quelle joie! Et si Joset mourait, hélas! quel cercueil serait plus doux que cette crèche d'enfant Jésus?Toute frémissante de foi à ces rêveries, hâtivement, Gilberte déshabilla son petiot, le revêtit de la robe couleur d\u2019azur semée d'étoiles d'argent et le coucha sur la mousse de laine verte, parmi les fleurs de soie bleue, blanche et rose.Elle rapprocha ses pauvres petits pieds froids l\u2019un près de l\u2019autte, bien sagement; elle croisa dévotement ses petites mains glacées sur sa petite poitrine que ne soulevait aucun souffle, et ainsi.le trouvant beau comme un vrai petit Sauveur, elle scella\u2014peut-être bien pour l\u2019éternel sommeil\u2014ces petites lèvres et ces petits yeux clos, de trois derniers baisers.Il était temps.Le bourdon de la cathédrale sonnait la fin de la messe et la foule approchait.Dans la chapelle des Ursulines, au milieu de cent cierges allumés, sur la paille et le foin couvrant les dalles, la Sainte Vierge, assise, lissait ses bandeaux plats; saint Joseph, debout, drapait les plis de sa chape; les bergers s\u2019agenouillaient, le boeuf et l'âne, tirant sur leur licol, flairaient les diadèmes en carton doré des trois rois mages abondamment barbus.La bonne mère Décembre 1929 Sainte-T'hérèse s'affolait, gourmandait ses bonnes soeurs toutes ensemble, lorsque enfin Gilberte parut, portant la crèche.Il n\u2019y eut qu\u2019un cri : \u2014Ah! le joli Jésus! qu'il est bien imité! \u2014On dirait de vrais cheveux ! Quelles fines lèvres! Quel amour de petit nez! disaient les bonnes sœurs.On aurait peur de l\u2019abîmer en y touchant ! Seulement, il est trop pâle, le chérubin! Ma mère, l\u2019an prochain, vous direz au marchand de lui mettre du rose aux joues: on le croirait mort! Gilberte tressaillit: mais, déjà, la crèche posée entre la Vierge et saint Joseph, la bonne mère, le claquoir ouvert, prête à donner le signal.commandait le silence et l\u2019immobilité.Les soeurs s\u2019esquivèrent prestement.Gilberte s'agenouilla près de la grille, et mère Sainte-Thére- se, juchée sur l'escabeau derrière le maître-autel, ayant jeté un coup d'oeil satisfait sur l\u2019ensemble du tableau, donna le signal d\u2019un coup de claquoir et disparut.Le portail s\u2019ouvrit comme par magie et la foule envahit la chapelle., Tant que dura le défilé des dévots et des curieux qui pâmaient d\u2019admiration, Gilberte s\u2019abima en si ardentes prières qu'elle n\u2019eut plus aucune conscience du temps.Lorsqu\u2019elle releva la tête, la chapelle était vide; seules.la mère Sainte- Thérèse et toutes les bonnes sœurs se tenaient devant la grille.Avant de donner le signal du départ à toute la petite figuration, les pieuses femmes voulæent jouir encore quelques instants de ce tableau divin.Elles le contemplaient dans un dernier regard admiratif et attendri, quand 1l advint une chose vraiment extraordinaire.L'âne et le boeuf qui, derrière les mages et les bergers, s'impatientaient sans doute de ne pas avoir vu cette merveille d'enfant Jésus, s'étaient avancés en même temps et, la tête au-dessus de la crèche, pétrifiés d\u2019admiration, depuis un bon quart d'heure les bonnes bêtes (Suite à la page 82) Décembre 1929 - La Len ti tr EE et bh il 1st Tio a0 LA MODE D'HIVER Le vert connaît cet hiver la grande vogue.Nous le voyons dans les tons foncés pour les manteaux, dans les tons moyens pour les robes d'après-midi, dans les tons clairs pour les ensembles de sport et les robes du soir.Pour celles-ci, il tourne souvent sur le bleu et se transforme ainsi en un joli turquoise très doux et infiniment seyant.Le tweed conserve toutes les préférences pour les manteaux du matin et les ensembles de sport.En noir et blanc, !! est particulièrement chic, surtout s\u2019il est rehaussé d'astrakan ou de loutre.Ces manteaux sont généralement très amples et de forme cloche avec des poches dissimulées dans des effets de découpes.Les garnitures de fourrure sont toujours d\u2019une conception fantaisiste.Souvent asymétriques, les cols sont ornés de noeuds, d\u2019écharpes.de choux, etc.Les parements sont souvent placés à mi-hauteur entre le bas de la manche et le coude.On voit de nombreux effets de dentelés ou de pointes de tissu ajoutés ou boutonnés sur la fourrure.Pour le soir, il semble que le gant veuille accompagner la robe très décolletée.Il est soit court et bordé d\u2019une simple manchette, soit plus souvent très long et froncé sur le bras jusqu\u2019au coude et parfois même plus haut Le plus souvent, il est noir et il est enrichi de strass DOEUILLET- DOUCET MAGGY ROUFF Robe velours de soie noir; le dos de la jupe se termine, sur le côté droit, par une partie froncée et plus longue; ce même mouvement est rejeté, à gauche, par le devant de la jupe.Cette robe de velours de soie noir, de forme princesse, est élargie dans le bas par des volants en forme groupés sur les côtés. Mousseli garnie pans en f ne gris tourterelle guliers plus longs derrière.orme irr é- Mousseline ci gue derriè réguliers.MODELES DE JEAN piles re et godet Effet de collets ir- LA REVUE POPULAIRE tron plus lon- PATOU Manteau vel de renard noir.Déc \u201cve ee ; > i ; cy i, ours noir garni anit crustées donnant l\u2019ampleur.oupes in- Décembre 1929 Décembre 1929 PHILIPPE ET GASTON Manteau en diallikasha rouge, garni de bandes appliquées astrakan noir.si cette pierre orne également la robe.LES ROUMAINFS VONT VOTER Les femmes jouissaient déjà de nombreux privilèges à parité des hommes, en Roumanie.Il leur manquait le droit de vote.Elles l\u2019ont désormais.Flles voteront en LA REVUE POPULAIRE 1929, du moins à certaines conditions qu\u2019énumère le texte de la nouvelle loi, texte qui dit: Toutes les femmes âgées de 21 ans, appartenant aux catégories suivantes, ont le droit de vote et d'éligibilité dans la commune et le département : 1°Celles ayant suivi les cours de l\u2019enseignement secondaire inférieur, des écoles normales et professionnelles; 2° Celles qui sont fonctionnaires de l'Etat, du département ou de la commune; 3° Les veuves de guerre; 4° Les femmes décorées pour services exceptionnels; 5° Les femmes qui, à la date de la promulgation de la loi, administrent des sociétés d'assistance ou d'éducation, reconnues personnes morales.Il ne reste plus qu'aux Françaises et aux Québecoises à acquérir le droit de mettre un bulletin dans l'urne.Le leur donnera-t-on enfin?Et quand?LA MAIGREUR N\u2019EST PLUS DE MODE Une grande nouvelle.Ja mode, dès cet hiver, ne sera plus à la maigreur.Ce sera une tare que d\u2019être semblable à une allumette.Dites-le vous, mesdames.Vite engraissez! Suivez un traitement pour l\u2019embonpoint, beau- \u2018tés trop squelettiques.Mais surtout n'hésitez pas à avaler gâteaux et alcools, viandes succulentes et dodues.Adieu ce régime de jeûne et d\u2019abstinence au nom de la beauté et de la ligne esthétique.Déjà triomphent celles qui ont un naturel.opulent.Chacun son tour! L\u2019ÉTAT MÉIANCOLIQUE Au dix-neuvième siècle, la mélancolie se portait beaucoup chez les femmes.Cela leur donnait un petit air intéressant que les poètes 11 PHILIPPE ET GASTON Manteau djersakasha rouge garni d\u2019astrakan gris.Col-écharpe formant revers.romantiques ne manquaient pas d\u2019exulter en vers de douze pieds.Aujourd'hui.à notre époque pratique, on ne bat plus monnaie avec , le \u2018\u2018vague à l\u2019âme\u2019\u2019 et la mélancolie s\u2019est réfugiée dans la médecine dont elle n'aurait jamais dû sortir.C\u2019est qu\u2019en effet le mélancolique ne vit pas, pardonnez-moi le mot \u2014\u2014une rigolade.Sa vie est un long i oo Ni nés adit ilar DOEUILLET-DOUCET Robe en satin marine imprimé de bouquets blancs.Corsage drape autour des hanches.Godets longueur irrégulière.martyre qu'il raconte d\u2019ailleurs à qui veut l'entendre avec un grand luxe de détails.La caractéristique LA REVUE POPULAIRE PHILIPPE ET GASTON Après-midi en taffetas noir.Jupe en forme plus longue devant que derrière, entre- deux fait de ganses noires.même de ces malades est de s\u2019observer.Ils notent les symptômes qu'ils éprouvent, les classent, les Décembre 1929 écrivent et courent les cabinets de médecine avec leurs bouts de papier.Tour à tour, ils ressentent tous les malaises poss\u2018bles; ils sont las, d\u2019une lassitude invincible; bien entendu, la tristesse est leur hôte et il il semble que rien ne peut les distraire.Au contraire, ils sont d\u2019autant plus malheureux qu\u2019ils sont entourés de la jeunesse et de la joie des autres: aussi recherchent-ils volontiers la solitude.On les appelle parfois, dans leur entourage.des réveurs.Rassurez-vous, ils ne rêvent pas, ils souffrent et ce qui est une circonstance aggravante, c est qu'ils aiment leur souffrance et qu'ils cultivent cette torture de leur moi.Leur existence se passe dans une perpétuelle incertitude, incertitude qui se montre jusque dans les plus petits gestes.Par exemple, ferment- ils une porte?Ils reviennent voir s\u2019ils l\u2019ont bien fermée.On ne vit pas dans un pareil état moral sans que le physique s\u2019en ressente.Ils maigrissent, se plaignent de maux d\u2019estomac d\u2019ailleurs réels et dus le plus souvent à l\u2019aérophagie.Leur sensibilité est presque toujours exagérée et, à l'examen médical, on leur trouve généralement de l\u2019hyperasthénie.Naturellement.tous les degrés existent, depuis 'e grand mélancolique insupportable aux autres jusqu'au petit mélancolique dont Ia mélancolie ne se révèle que par quelques signes fugitifs.D'où vient cet état maladif?Il est probable que des troubles de l\u2019innervation sympathique sont en cause et surtout des perturbations dans le fonctionnement des glandes endocrines, le plus souvent insuffisantes.Il résulte de cette théorie que l\u2019opothérapie, méthode qui s'efforce de restituer à l'organisme les sécrétions internes\u2018 déficientes, est ici nettement indiquée.Toutes les autres médications sont purement symptomatiques et par conséquent ne jouent qu'un rôle de second plan.DR Bovary. Décembre 1929 LA REVUE POPULAIRE ry tiring AS ®1] & Veux ~ \"ire se Xt state 13 a= 7 = JO, LAN \u2014 - Livres et ESSAIS CRITIQUES, par Harry Bernard.(L\u2019 Action Canadienne- Française, Montréal, 1929).Ce que nous admirons en Harry Bernard, c\u2019est qu\u2019il pratique les vertus qu\u2019il prêehe.Ses EssAIS CRITIQUES contiennent d\u2019excellentes pages sur notre manque de culture générale et notre paresse intellectuelle.Ces défauts, le second surtout, ne peuvent en tout cas lui être reprochés.Harry Bernard nous apporte chaque année une oeuvre nouvelle: trois romans, un recueil de nouvelles, un volume de critique littéraire.Dans ses EssAIS CRITIQUES, il montre du courage, de la franchise et du goût.Il est de taille à s'attaquer à des idées générales, à traiter de larges compositions.Il n\u2019a pas peur, non plus, de soulever de grands problèmes littéraires l\u2019Idée baudelairienne au Canada, le Régionalisme littéraire.Les solutions qu\u2019il propose peuvent fort bien nous déplaire, nous paraître fausses, mais elles nous intéressent.Tout son livre appelle la méditation.De plus, Harry Bernard n'a jamais aussi bien écrit.Un beau livre donc, et qu\u2019il faut se procurer.HEN DE LIVRES EN LIVRES.par Maurice Hébert.(Louis Carrier & Cie, Les Editions du Mercure, 1929).L'ouvrage de critique littéraire de M.Maurice Hébert, dont nous avons déjà parlé, a été accueilli comme il le mérite, et par la critique et par le public.M.Hébert.qui tient au Canada Français, l\u2019important organe de l\u2019Université Laval, la chronique de critique littéraire, en remplacement de Mgr Camille Roy, se révèle, dès son premier livre, comme l\u2019un de nos plus intéressants écrivains.Des LIVRES EN LIVRES, Harry Bernard écrit, dans le Courrier de Saint-Hyacinthe \u201cC\u2019est un plaisir de voyager avec M.Maurice Hébert De livres en li- *vres.C\u2019est un plaisir, car M.Hé- bert est un bibliophile de la plus pure espèce, sinon encore un biblio- mane.Il connaît les livres, les aime, les discute et les classe avec une joie communicative.Comme le dit Mgr PE SPORE RIRE CET TEE _imprégnées d'un Camille Roy, qui a donné une préface à son premier ouvrage, il est apte \u2018à comprendre la beauté de l\u2019art aussi bien que la valeur de la pensée.\u2019 Il n\u2019a donc rien de l\u2019acariâtre mécontent, qui rejette tout ce qui n'est pas la pure quintessen - ce, ni du bellâtre qui, sous prétexte de ne déplaire à personne, applaudit des deux mains les plus innombrables insanités.Il est un excellent juge, chez qui une culture variée, mais sans prétention, s\u2019allie généreusement avec la raison et le jugement.Si l\u2019on voulait faire une réserve, on dirait seulement que certaines de ses appréciations sont trop aimables, et nous semblent sentiment plus qu\u2019optimiste.\u201d\u2019 D'un article de La Presse sur le même ouvrage, nous extrayons ce.passage: \u2018Voici un ouvrage de critique très intéressant et très bien charpenté.M.Maurice Hébert a du talent, un goût sûr et ce n\u2019est pas un abatteur d'écrivains.Il sait sans partialité faire la part des choses.Il comprend que notre génération d\u2019auteurs est encore 3 se former et qu\u2019on ne doit pas être trop sévère pour elle.M.Maurice Hébert a une manière très originale de nous présenter les ouvrages et les auteurs dont il nous parlera.Il ne s\u2019oublie pas dans des considérations trop longues et n\u2019est pas pour un sou didactique.On se plaît en sa compagnie, parce que son style est aussi sincère que les jugements qu\u2019il porte sur les oeuvres qu\u2019il a devant lui., 14 LA REVUE POPULAIRE Miss Blodwen Davies, auteur de Storied Streets of Quebec.Dessin de Jean Palardy.THE STORIED STREETS OF QUEBEC, par Blodwen Davies.Hlustrations de Robert Pilot.Carte de Québec par John M.Meekison.(Louis Carrier & Cie, Les Editions du Mercure, 1929) Il nous plaît de signaler à nos lecteurs ce petit bouquin et d'en conseiller l'acquisition à ceux d'entre eux qui lisent l'anglais et veulent connaître à fond, en quelques pages, la charmante vieille ville de Québec.Une jolie couverture en couleurs, décorée de la Basilique de Québec, 94 pages de lecture ornées de dessins de Robert Pilot, une carte décorative de John M.Meekison qui, à elle seule, vaut le prix du livre, et enfin, et surtout, le texte de Miss Blodwen Davies, tout cela fait de ce guide de Québec une chose excessivement agréable.Le premier chapitre de ce guide est un résumé de l\u2019histoire de Québec.Lisez-le, c'est un poème de toute beauté.Puis suivent les diverses promenades à faire dans Québec et tout autour de Québec.Ce guide ne s'adresse pas qu\u2019au touriste ; tout Canadien en fera son profit.Mais qui est Miss Blodwen Davies?Née à Montréal, Miss Davies fit ses premières études au couvent des Soeurs des Saints Noms de Jésus et de Marie, à Longueuil.Dans ce couvent, elle se passionna pour l\u2019histoire de France; dans ce joli village, elle acquit le goût des choses du Vieux Québec.Collaboratrice de tous les grands magazines et journaux canadiens de langue anglaise, Miss Davies est certainement l\u2019un des écrivains canadiens les plus avantageusement connus dans tout le Canada.On lui doit de fort belles études sur l\u2019histoire du Canada, et particulièrement sur le régime français, sur le vieux mobilier canadien, sur les vieux couvents de la province de Québec, et sur toutes les grandes femmes de notre histoire, Madame de Champlain, Marie Hébert, Décembre 1929 Jeanne Mance et Marguerite Beur- geoys.Miss Davies est aussi très versée dans l'histoire de l\u2019art au Canada.NOS INTERIEURS DE DEMAIN Jean - Marie Gauvreau.(L\u2019Action Canadienne - Francaise, Montréal, 1929).LE livre d\u2019un ébéniste cultivé, d'un \u201chonnéte homme\u201d qui parle de ce qu'il sait.Avant d\u2019aller étudier en Europe l'art du meuble, sous les meilleurs ensembliers me- dernes, M.Jean-Marie Gauvreau fit des meubles au Canada.Dès son retour à Montréal, il prendra la direction de l\u2019Ecole du meuble, à l'Ecole Technique.L'ouvrage de M.Gauvreau, le premier du genre chez nous, est illustré de nombreuses planches, et présenté sous une toilette soignée qui plaira aux amateurs de beaux livres.M.Albert Lévesque, ren- dons-lui ici ce témoignage, réussit de très belles éditions.Le dernier chapitre du livre de M.Gauvreau renferme des idées tellement intéressantes, tellement neuves, que nous tenons à en reproduire quelques extraits.On verra mieux ainsi de quelle pâte est fait tout le livre et on l\u2019achetera: \u201cLe présent ouvrage n\u2019a pas d'autre but que de faire connaître à nos Canadiens les progrès indiscutables de l\u2019art moderne à travers le monde.L'auteur voudrait les convaincre qu\u2019ils doivent entrer dans ce mouvement, mais qu\u2019il convient d\u2019y faire prévaloir nos aspirations nationales.Pourquoi nous mettre à la remorque de {la République voisine qui copie servilement les styles étrangers?Après les styles anglais et français du XVIIe et du XVIIIe siècle, les Américains ont entrepris de reproduire maintenant le style moderne français, sans chercher à trouver des combinaisons nouvelles répondant à leur genre de vie.\u201cAu moment où l\u2019on donne aux Beaux-Arts une forte impulsion dans notre pays, et plus particulièrement dans la Province de Québec, il est urgent pour nous de prendre une orientation originale et surtout de puiser aux sources les plus pures ; 5 ; Décembre 1929 de l'idéal et du beau.À la veille de la fondation d\u2019une Ecole de meuble à Montréai, d\u2019une Ecole des Arts et Métiers à Rimouski, il était opportun de donner quelques notions historiques, artistiques et techniques, de la décoration telle qu\u2019elle est comprise en France.\u201d Ici, M.Jean-Marie Gauvreau insiste sur l'importance du dessin et la place qu'il lui faut donner dans nos écoles d'arts appliqués ou d\u2019arts et métiers, dans nos écoles techniques et professionnelles et Jusque dans nos collèges d'\u2019enseignement secondaire.La culture classique même doit comporter le dessin à vue et l'histoire de l\u2019art.Excellente suggestion, et que Louis Fréchette, il y aura bientôt cinquante ans, faisait à M.l\u2019abbé Baillargé! Qu\u2019en fera-t-on?\u201cEn parcourant de rapport de la participation des Ecoles de la Ville de Paris à l\u2019Exposition de 1925, nous nous demandions si, un jour, nous ne pourrions pas réaliser chez nous, avec nos écoles, un ensemble aussi harmonieux que celui-là! Sans être trop téméraire, nous croyons que d\u2019ici peu d\u2019années, la chose sera possible et nous le souhaitons vivement.Avec nos élèves architectes, peintres, sculpteurs, décorateurs.ébénistes, ferronniers, relieurs, imprimeurs, avec tous ces métiers de nos Ecoles techniques, avec le concours de nos écoles ménagères et même des classes industrielles de notre enseignement primaire, quel étonnant ensemble nous pourrions constituer! Dans le domaine de la décoration qui nous intéresse particulièrement, les carrières seraient nombreuses chez nous.Un grand nombre de dessinateurs de nos maisons de commerce nous viennent de l'étranger.Le meuble de luxe nous est importé de Grand Rapids.Il nous faut des décorateurs et des ébénistes.C\u2019est un besoin urgent.Le décorateur d\u2019une grande maison de Montréal nous disait récemment qu\u2019il désirait un assistant depuis plusieurs mois, qu\u2019il offrait un salaire fabuleux, et qu\u2019il se voyait dans obligation de faire appel à l\u2019étranger.Voilà un fait entre mille.Le niveau de la fabrication du meuble moyen est encore à zéro.Il est triste de penser à tous les articles dont nous sommes importateurs: ici.on fabrique peut-être des caisses informes, mais on n\u2019a jamais connu la vraie fabrication du meuble.L\u2019emploi exclusif des vis et de la colle n\u2019est pas un critérium de solidité.Laissons à l\u2019Ecole du meuble le soin de combler ces lacunes.\u201d Et l\u2019auteur demande en terminant la fondation d\u2019un musée de vieux meubles canadiens.Il suffirait de l\u2019installer dans notre futur LA REVUE POPULAIRE INHER i} il hi i LEON BOUCHET, Paris.Chambre a coucher et salle de bains.Le lit logé dans une alcôve est accessible des deux côtés.Baignoire encastrée dans le sol.Meubles en frêne du Caucase.L.A CF, musée provincial; sa place est toute trouvée.CROQUIS MONTREALAIS.Guide de Montréal par Victor Morin.Illustrations de Charles W.Simpson.(Publication du Pacifique Canadien, 1929).En deux mois, la maison Louis Carrier nous donne un guide de Québec et la compagnie du chemin de fer du Pacifique Canadien, un guide de Montréal.Cela fait deux livres utiles et deux bien beaux (Nos Intérieurs de Demain, Montréal) livres.Les illustrations du peintre Charles W.Simpson, pastels et crayons, sont tout à fait remarquables.Le texte de M.Victor Morin est d\u2019un historien qui connaît son affaire.Sa documentation est de tout repos, mais son écriture eût pu être plus travaillée.Les publications du Pacifique Canadien sont vraiment toutes d'un goût irréprochable.Ces Croquis Montréalais sont en vente dans toutes les librairies.Ils ne sont pas destinés à la distribution.(Suite à la page 81) on iii po = - es ws es Li masa i _ Cy ix = ie ie 2 LL és So == mr ey ondes ses Zea SIE 3% Lo ce cire ds RASE TETE Ad rR Ls FREE, ds és gc ERS je 16 poppe = 4 55; 2% 2 > Se 5 Ze > cin 5 3 i ix A 2 5 6 = Ga a \u201ca = i © i i x4 = 2 i i A 3 # : 2 A 7 ty En haut > 2 4.# .Lu re 2e i Vi Hie bs 1 » = / is cs 2 5 2 i aX Pn os = 2 i \u2018 i da 4 oh # fis A 2 i 2 we \u20ac Le, bi % i 7 i FE 3 4 à 7 3 th 2 3 Di - Le A Pegg, 2 7 5 7 CN a ne a 4 x Ty 2 i it oo sé A = = 7 3 4 7 #4 7 55 Le an 5 pes 8 i 2 Th i oi 2 = # oe 4 Es #2 5 .a à A 2 2 by 3 A 2 TE 7 4 E & Québec, de Lé 5 # - 5 i 5 % 3 He 5.- 5 2 + | % A VIS, 3 Gi ; 3 5 5 2 Sn y se æ P 1 5 5 ; 7 i 7 a 7 55 wi $ fa = i = 1e ÿ od 3 = oe =r br A Le iy Sn Ss 7 i 2 * ba Fl + 2 Sig 4 oh i wl 2 LE 3 > sx # i Wy vi La ; TE A # a + Gi on =] = a 13 72 4 2 2 2 oe 7 2 Le ee 7 = J iS 5 = 0 > 2 = i i 2 Dés i 7 2 a os ; A i i ro ys 2 @ a : ; Po = ee) .5 SE Z cv > AS = # i i ; Sa 4 2 ia , = 3 sat ae = 5 A ä i = 5 4 ee SE S i x % 7 E Gi à as a ed 2 Sigal 4 2 7 = a A Sid i À & | 3 2 CASE 2 5 in of L 4e à; i 4 i 5 7 dn a # sp 7 .fat de x 4 oh is 7 us ia û js i 2 Gk en bi ike 5 ii i) 3 4 It = 7 3 de ue # ge 2 i a = a ; ih 4 > de > ; 2 7 i par Robert W.Pilot.En bas pe 3 7 Hal be pe Le f - .be, & 5 ; 2 2 i i i 7 LA iy a 2 à ê 2 Sy 3 a 3 a Hex = 7 7; 7 ze Er Ns es 23 2 = kd A 2 4% va A i sk = K.J % iki 7, i ss wy 4 2 .LE 5 i 2% 5 at 4 2 = je Kx 3 5 i 5.i Le 5: Sa 2 a = 4 : \u20ac Matin d 7 Ë i 2 7 A z $ 1168 un Us y 2 4 5 i 2 i J | A i i» wn a 2 = vis * La + fi br 2 ; LA REVUE POPULAIRE > C4 LÉ # ; .4 a i 0 2 ec ki 7 2 i os 5 i 2 e neige.7s = 5 be FE 7 Haas ar = i LA ÿ % 2 5 # w 4 2 gb bp = 7 2 J VE + 7 Ÿ Fir 0 Be = = SNA = > 22 J É 73 ji be 5 5 , F2 , 7 % CO) 57 7 3 i UE ve 7 LA 7 # : 5 ke, A a oy wx rn .i 2 is 5 3 7 A 4 ja i i] 2 PE, oe 2 Æ #4 2 ve # 4 ; tig % 7\u201c # CE SE 2 A cat x a qe 7 5 7 % 1 ; 4 7 2 # A 7 ; a 0 7 4 i ir a 0 \u201c 7 2 £¥ Fy 4 i lL % ya à a 7 A ee \u201c9 Bo ¢ } ÿ 5 # 2 AZ 7 2 sé 4 Ï of | toh Le ; i, a f 5 9, ti 4 > = +, de 4 GE a wud 3 Li SA di 5 A 7 # / $.de Aa 7 ain 4 47 A i $ LA Lit Fa Ë 5 if À + a Z 2 i ni 4% 7 2e som i N A $ S 7 4 Ar RE + F pb > ow et À has & PB on 7 A 2 7 2 i Pat 4 7 7 % g @ L\u2019Hiver Canadien, vu par des Peintres Canadiens 5 CA 5 Pre 377 7 L 7 , x, 7% 2 4, + 4 bi a » A sa a EE 5 sell ei TEV Alarm a Montréal, par Mary Bell Eastlake.Décembre 1929 a Le re LE NN HA vas, Fi, ni ve 1 \u2018 > RRR nt ess sa tei 4 i rial pre ie y ind 1e let, (RR?va Go tit Ji 1 ld i ib TY 1) fil ite He i it it Shits {ir ht i if in if i gh i ro eS fi pt iH tt ti 4 th i Hf {lt i pa th ptigidsiy'sl thi ii hile me det gl it ws i! 3 i jit fe tt pistes 4 fi gh pit Hu th 4 i tin fata j j i CEE ui d fu fr D à isi A it i ff hi aie dtd} g ; fe, ; k À i fit i | : tit i gi \u2014 pr ii / it Hi gh 199 fot i Décembre 1929 LA REVUE POPULAIRE 17 ir i \\ i 1 > fl it i! A 2 EE TN , N = \u2014 fis HA 7 CE 2 2 2 2 .\u2026 WN RR i i 5 aN nn ss Çü nn _ ih fe = , > RN S NR \\ N 0 Ne SN ee i Re * $ Ui i S, 7 ited} \u201c4 Le = CA = 4 Ht te A EEN > cn tl NN 3 ii it i SL SS NN Sows Pt THe 2, a Jt 0 ; gt & Ps Eh th 4 3 J Ds ; A = \u2026 7 its ii Bhan, da = 5 th I] Fy A 5 W 3 ae = 27 jie so ors le = = = h gi fh Se N Se Se net i td = 6 S \\ A SN SX & ol 5 A 5 # TE ve = a nN \\ N A \u2014 2 i 7 7 je 3, ER te = dE SR ro 5 Na DN = ss N .sok it it ite x © 2 Ty cd d i Na a \\ NR Hn \u2018 hk > 5 GAT A S = AG > fit i of Se 5, S S NN = id i blr i, Py 5 8: Qu A Ga % 38 Hs > x ET A wf fat &; % vs put fie Hike i se 2 sp & : S .ti be % cases.25 a fur i; > NY 8 of jui ie & i th 2.3 TN x ae - 18 ti À od 4 i i [ ve bi Es i SN > 8s 9 I Ea és RS th hilt Hen i i x oR | a = cn = SE ca 5 ces ss NN ah ol it Xe : i A i i Gh À Le ii 7 i a tit hel ey 0 x = = 2e Re En Se pt pit AWN Su + 4 $ | 2 Le E BY 3 nN = AS ™ 5 = = i SN ho te A X ses 2, 5 Sn = 0 3 = a = ON A 4% i A \\ 39 i: 7 | ae so cl .% iN a 7 = .fn i NW i * Rh: i - I 1 SN Si 0 À i ; | yt.4 : le 2 oF 1% 3 X ir\u2019 Sa > Tes SS i » A \\ + ie, i 7 5 2 us 5 i N 3 x R % an de mes Ee NN = $ vi AY rN ni Al Ga Bg dus 3 NS = he S vs bt fs - me A LE her Le, a IS i BT Ra A a 7 a i 5 il we Ve sa ve + ili N is > % 3 x 5 Ex ie tite fe fio an fa a 1 oy i Eu ith, Des 8 \u2026.se a 1 fi pe + Te es oS ® SE es + À es 3e = ol He 2 ; A Sen cs vs w i le HE He 4 NS 0 dE ty ji.i 53 ser i ve id 3 2 3 ANG, a.= J of a ih pe % à Eu 74 w & à A: pi ER 3 2, fils = 5.= & y 5] ESS Asus io 5 Sa À = 3, 4e Sa i qe bats, ee = ; EA 5 ad ky N i i È a a À, ve 7 wh x Ste Hi I - Hl 7 Cr Sa = h 8 5, i ie i Hé AN 2 NL ih 24 an A 2 i te sy 5 % A Na 5 sur HG | 1 = i $ .+ i = Lane > Ba a = Se RN Lo i N .AN i RIS Sh i Sas LL Na , SN 2 7 7 4 fi N : a = 2 a 0 GS A ih Ne NS x = Sa S SE ily i ie S WN 0 a .2e { i S LS ow S $, , il i it i 3 \\ & i Hi 5 = 3 & \\ ; \\ i i Hi i x 4 5 # ; | ss sist ! o nN NR \\ i ts iv aN sali = 5d = i Ke i 3 2 5 \u2018 : = Se sp i % S v = > *.JN A $ ; , i S 3 i SA > Hh Ey \u20ac A S Se = = 3 i i éd \\ S a S NN il FE: 5 oF Ê ss a S S N = $ 4 i Hi a = = du de ite Ro a.AF RD ; tt ile oh i: i ite iy: 3» Ne hc x SO 2 5 3 i ! # 7 Ze, 0 dr, > : ne es 42 > M \u2018gl = ee Sa % be ie; i > EF 7 = dt à 2 iri ii A i 3 i 7 À 72 # i he 4 2.oo lar a se # +.= Ei et sx = 3 by: i > = N in zim ss i .i av \u2026 i N 4 0d w, & ES a Tr os 3 GS Ce 7 7 = 7) ji | WW XY i ss ie S =.i] Ë .a x i N sé S > ; HE i £ Te : | ; à 7 ÿ | NE) 7 i x Se Eh À X NS .>» i i = | = 2 3 i Sedan ih ; 24 ; : i i .Dak \u201c SES Es Le + i se ih ts hy = 5 ; De 3 # he he.of = LS SE .M jte 5 i 7 in hi 5 = 3 7 Es ; \u2018 se.4 g Ne a \" + De hi a i dy ot 8 ; 3 Wi ; ik! 5 Be i lois 5 = i + A ih {Hi > ve.E; À 7 7 \u201c ; se HR = iy A pr FER 9 it i 5 7 > ES he et a £3 ii RE Ss at Je \"it i ht ii i fh = 5 Le .es ie i 5 vi tue Es 3) AE NN ili ii Viel i ii ie 2 i N vi p3 3 2 5 4 ih a 5 XN \\ fhe, Nn 3X s .4 ji i AN 3 Le 0, os Pi 7 5 x 3 i hie NE a aay 3 i) si HE ss a on Li A .AN - i S A | : ; 2._ [ ', ath ha 0 fe a fod ye fo Wis 0 es i aint 3 RA hg # ap Lo = .he: fn re > : i .i i i i \\ ht | ; $ i S A : i hn i i x.Sh a i AN ae it ita, PR aN i io ; i 0 / / Se 5 7; 7 § a i 2 ; ili Sa) AN se se al .= i Se Al vo .i 7 7 ne Nn Ÿ es tee 3 os ihe de ie.Et i Où 00 En haut: Fin d\u2019hiver québecois, par A.Y.Jackson.En bas: L\u2019attente, par Kathleen Morris.(Reproduction autorisée es tr par la Galerie Nationale du Canada.Même remarque pour la page précédente).Cr i! hie son hy; a 33 fi ue ue ite tite Gi Be jis oh ca Be te Livin a, ! Of vi HNN Re A het sets SEE dé SEE a CRE LEON EN ha aA, DAN So 00 i hl wi vi i vs ue De +\u201c a __ \u2014 = er \u2014\u2014 a 73 VA SU om EPR = = 7 7, U Resa ys ger?Torts es a 5, Eg wr, - A ou #, % 4 nse ; 5 % ?a A 6 Pa ce 4 Décembre 1929 se : ; par Clarence 7 7 % Sr 4 & p » # Ag, 2 vi % wR és + des, 3 a % : it 1 3 nd EG J § = ÿ Sir.7 i 2 ¥ A 4 7 ro 7 cu En a 7 4 i oz ei s / Z 7 7: fF 3 S SN ut > oh % , 5 .9 7 A J | 7 7 .La .is ji À, aa ZA La we ; % 4 ii + & & Z 43 FA « on > 0 £A ti bg os 7 aw ph 7 dre, iis # \u201ci A EE 7 3 Vs.3 § A 2 ar 4 village des Laurent 2 7 % % à Ai ÿ %, 3 5706, 2 Li i = 7 Er & 7 le du Cana 8 A ppv +3 Un % \u20ac = A # 20 2 _ S Æ vues ie .ia # % 251 « ona ct 4 #* ey Zo 7] un 7 > â bas ho Nat ë a 7 ad 2 7 \u201c4 3 3 5 ey oF A x .7 En A \\ erie 8 a *, 2 % nd art ha £4 = i 4 d i 22 es % i 7 Si se 3 > RE té: i 7 FE ; SN i x ns 2 is Coburn.+ ss # ee tn; 2 7 A Ed ; Gis GE GE 7 7 wy i oh a Eo # Zz GE 4 GE | 4 oF 7 a 2 7 ie 4 4 7 Gi \u201ci #2 isée par la Gal Z 0 5 4 7 bs f .impson 2 # 12 7% i 4 7 By S 2 =) cha - tor LA REVUE POPULAIRE ER PA 7 = =.A 7 5 k pa a, .iC i Zs ! of Vi E # : a Ly 4 9 A Se x Gin = + di 2e = k= 2 7; 7 7 & .on au 7 ig ; 7 % EF i i J 7 2 7 7 AEN 7 2 7 7 oo.2 2 Un es FA 2 Fi 7 wm 23 i & 2 i Si 0 a 74 z je sed 2 7 par Freder 2 are 3 7; id \u201cof a 21 2 fey is 205 2 pce % x ; + 78, 7 7 7% 5 cs 5, (Reproduct 7 7 5 a .25 a 2 # E : 4 5 Fu, 5 2 4 a a 7 & oe 2 SE = É Yi 2 Franco i By \u201c & a ae t - GE 2 $ i 2 #4 \u201cE a % es i 7 7 3 2 .7 2 Ad .Gagnon x 7 A ; mn 7 js 2 4 a Fi i i : 7: Sa 2 nr FY En 5 SON ne 7 J y CE z dE 5 Ga od * ES a ee = 7 a 2 2 5 % te ?7 Gi 7 7 i 5% a = x A6 a 7 [14 (3 SA PL.# 5 {3 A A M i 2 7 7 a x ins ; % kv 5 7 i 2 ii 2 # vs AE La Vall =: 77 > # UE / GE 7 y Je ke 5 .7 a 7 i 7 7 7 7 7 oy 5 GE + $ GE 7 4 4, i 22 i ans % Es 7 i il É es q Uh LU % LE 4 18 En haut as \u2014 PS Ex Ren i po I Ae fps Tet Ed Es hs Sa J pa Tree 2 = i 2 Lio Er dais TIRED) 7x us po x me me a | 20e Décembre 1929 in 4 i is LA REVUE POPULAIRE Au Château de l'Ours CHAPITRE PREMIER \u2014Tu es là, Yolande?\u2014Oui, ma soeur.\u2014Tu n\u2019as pas vu Godeline?\u2014Non, elle est sortie aussitôt après le dé\u2026 dé\u2026 jeuner.\u2014Bon, pour quoi faire?\u2014Je crois qu\u2019elle est allée visiter un malade à Saint .Saïnt\u2026 \u2014Firmin, termina Hermine Deques- ne, qui avait l'habitude de venir ainsi au secours de sa soeur.Celle-ci, avec Tage avait pris la \u201cparesseuse manie\u201d, disait sa cadette, de laisser les mots à moitié achevés.\u2014Si ca a du bon sens, continua Her- mine\u2014noire comme une taupe, et qui ne devait jamais avoir eu de blanc que le nom\u2014de se trotter par un froid pareil! Et ce soir, elle va encore tousser à fendre l'âme! \u2014 Tu exagères toujours, ma soeur, protesta Yolande.\u2014 Ft toi, tu ne t'inquiètes jamais de rien! Une fois que tu es dans ton coin, avec ton tricot en main, la terre peut cesser de tourner! En parlant ainsi, Hermine foudroyait sa soeur d\u2019un regard irrité, tandis qu\u2019elle arpentait impatiemment la pièce de long en large, s'arrétant en passant devant la fenêtre, pour jeter un coup d'oeil au dehors.Elles étaient là deux vieilles filles, formant un contraste frappant.Yolamde, l\u2019aînée.qui touchait à la soixantaine.était toute petite, avec des gestes menus, un visage enfantin et des veux craintifs, qui semblaient toujours implorer grâce.D'une modestie excessive et d\u2019une timidité presque maladive.elle ne cherchait qu\u2019à passer ina- percue.Ses soeurs l\u2019avaient toujours connue ainsi.et son petit-neveu Hu- sues Gardonne l\u2019avait baptisée: Tante Souris.Elle était au demeurant la meilleure des créatures.Hermine.de cing ans plus jeune que sa soeur était toute différente d'elle.Très grande, de port assuré, elle avait dû être assez belle dans sa jeunesse.Elle en gardait encore de beaux restes, comme elle disait.avec son franc parler.Mais elle gardait aussi tous ses défauts, ajoutait-elle en riant, et elle n\u2019en manquait pas! Très orgueilleuse et très autoritaire, d\u2019esprit vif et caustique.elle prétendait imposer ses volontés à tous ceux qui l\u2019entouraient et PAR B.Neulliès la vie avec elle eût été plutôt pénible, sans les qualités qui tempéraient heureusement ses travers: sa franchise et son besoin de venir en aide aux autres.Tout en morigénant et en bousculant les êtres qui lui étaient chers, elle se serait jetée au feu pour eux; et les deux soeurs se rencontraient toujours sur le terrain du dévouement.Godeline, l'aînée de toute la famille \u2014elle avait près de 70 ans, au moment où commence notre histoire \u2014 s\u2019était mariée très jeune à un magistrat d\u2019Amiens, homme de grande valeur, mais imbu de ces préjugés de castes sociales, si communs en province.Il faisait partie de cette bourgeoisie qui, tout en jalousant la noblesse et en se moquant de ses prétentions, l\u2019égalait, la surpassait même dans sa morgue et ses arrêts intangibles à propos des barrières de classes réputées infranchissables.Ils eurent deux filles: Irène, l\u2019aînée, se maria avec Me Gardanne, un avocat de talent qui possédait, lui aussi, toutes les qualités et tous les travers de son beau-père.Le président Bornave sympathisait franchement avec ce gendre qui faisait sa joie et son orgueil; et lorsque sa fille mit au monde un garcon, il fut au comble de ses voeux, lui qui avait tant désiré un fils et qui n\u2019avait eu que deux filles! Parrain de l'enfant, il lui donna le nom de Hugues: et il se montra pour ce bébé dune tendresse vraiment touchante, passant de longues heures auprès de son berceau.Lorsque le petit grandit.il ne le quitta plus, et c'était un spectacle curieux de voir ce sévère magistrat à l\u2019aspect froid et compassé, guidant avec une gravité comique les premiers pas de son petit-fils.Le bonheur fut complet, dans cete famille, pendant quelques années, lorsqu\u2019un orage éclata brusquement, à propos du mariage de Christiane, la fille cadette.Celle-ci, de sept ans plus jeune que sa soeur, était très originale et d\u2019esprit indépendant, n'ayant rien hérité des préjugés de son père.Elle se prit un beau jour d\u2019une véritable passion pour le professeur de violon de l'institution où elle avait fait ses études et où elle se rendait encore chaque semraine pour des leçons d'accompagnement.C'était un jeune Italien, artiste de grand talent, beau \u201ccomme un archange\u201d, disaient les élèves, qui pour la plupart raifolaient de lui.Gennaro Oldini qui avait été, lui aussi, séduit nar le charme de Christiane, par son caractère tendre et sa nature enthousiaste.n\u2019hésita pas.Avec la fougue ardente de son tempérament d'artiste et d'Italien, il courut trouver le président pour lui demander la main de sa file.Ce fut une belle scène! Le pauvre prétendant.bafoué et éconduit comme un vulgaire solliciteur, fut inconsolable.Christiane eut beau prier.supplier, avouer son amour pour l'artiste, le président fut inflexible.La vie devint alors des plus pénibles dans cet intérieur, si uni jusqu\u2019alors.La jeune fille, traitée sévèrement par son père.qui alla même un jour jusqu'à la brutaliser, dédaignée par son beau-frère qui affectait pour elle un véritable mépris, harcelée par les supplications du violoniste qui venait justement de recevoir l\u2019offre d\u2019un engagement magnifique en Russie, finit par céder aux instances de ce dernier.Elle avait alors vingt-deux ans et, bravant ia volonté de son père, elle épousa, sans son consentement Gennaro Oldini.Ce fut un scandale dont on parla longtemps dans la cité picarde! Le président étant mort subitement d'une embolie.un an après ce mariage, on alla même jusqu\u2019à accuser Christiane de cette mort prématurée, due sans doute.disait-on, au chagrin causé par l\u2019impardonnable folie de sa fille.Un mois avant le décès de son mari, Mme Bornave avait reçu une lettre très tendre et très affectueuse de la jeune femme, lui annonçant la naissance d\u2019une petite fille et sollicitant son pardon.Lorsqu'il eut connaissance de cette lettre, le président entra dans une colère terrible, et, déchirant la missive en mille morceaux, il interdit formellement à sa femme d\u2019y répondre.Le magistrat avait une \u2018assez grosse fortune: mais, par son testament, Il .ne laissait à sa fille cadette que ce que la loi lui garantissait.Le notaire, 20 malgré de sérieuses recherches, ne put parvenir à retrouver Mme Oldini.Un malheur n\u2019arrive jamais seul, dit- on; peu de temps après le décès de M.Bornave, sa veuve recut un mot de Gennaro Oldini, lui annonçant la mort de Christiane, survenue à la suite de ses couches, disait l\u2019artiste, qui ne parlait pas de l'enfant et omettait même de donner son adresse, brisant ainsi toute tentative de rapprochement.Bien des chagrins devaient encore accabler Mme Bornave.Irène, sa fille aînée, et M.Gardanne, son mari étaient morts tous les deux, une dizaine d'années après leur mariage, dans un accident de chemin de fer, et leur fils, le petit Hugues.âgé de neuf ans avait été recueilli par sa grand\u2019mère maternelle.l\u2019avocat étant orphelin et n\u2019ayant que des parents éloignés.L\u2019enfant était le véritable portrait de son père, au moral comme au phy- sigue: orgueilleux et volontaire, il avait peine à supporter la moindre contradiction et il eût voulu tout faire plier sous ses ordres.Doué d\u2019unie intelligence remarquable.il brilla toujours au premier rang, aussi bien au lycée qu\u2019à l\u2019Ecole de Droit où il entra pour faire plaisir à Mme Bornave.Mais.lorsqu\u2019il eut obtenu son grade de docteur, il se consacra surtout à l\u2019étude de l'histoire.passant ses journées dans les bibliothèques, et ses soirées dans son cabinet.La guerre vint l\u2019arracher à ses travaux et il fit bravement son devoir.Blessé.grièvement devant Verdun, il fut évacué dans un hôpital de Poitiers, où il resta pendant près d'un an.ÿ fut soigné par une infirmière de la Croix-Rouge.qui était la fille d'un professeur de la Faculté de Droit de cette ville, et des rapports très intimes s\u2019établirent bientôt entre le blessé et les parents de son infirmière.Mme Bornave était venue passer quelque temps auprès de son petit-fils, recut l'hospitalité chez le professeur Pavy.et elle fut, comme Hugues séduite d'emblée par l\u2019amabilité de toute cette famille.Comme lui aussi.elle admirait la remarquable beauté de la jeune infirmière, tout en se défiant un peu de ses manières câlines, de son regard séduisant.de ses paroles mielleuses et surtout de sa coquetterie effrénée: Simone Pavy lui semblait des plus dangereuses, et elle craignait\u2014ce qui devait fatalement arriver\u2014son emprise sur Hugues.Lorsqu'il sortit de l'hôpital et vint passer.ses trois mois de convalescence à Amiens.auprès de sa grand'mère.il lui avoua son amour pour l'infirmière et sa décision bien arrêtée de l\u2019épouser.Mme Bornave essaya quelques timides objections, mais il ne voulut rien entendre: la guerre finie.Simone serait sa femme.\u2014Je m'\u2019arrangerai alors, ajouta-t-il, pour trouver une situation à Paris, car c'est le rêve de Simone de vivre dans la capitale.Une correspondance suivie s\u2019établit bientôt entre l'infirmière et Hugues.Mme Bornave, ayant demandé officiellement la main de Mlle Pavy pour son petit-fils, celui-ci avait été dès lors agréé comme fiancé.Ceci se passait en 1917.Hugues Gardanne, dont amour allait augmentant de jour en jour, véeut cette année-là dans un vrai rêve de LA REVUE POPULAIRE bonheur.Mais, comme la guerre touchait à sa fin, il crut sentir un peu de froideux dans les lettres habituellement si tendres de sa jeune fiancée; il sen alarma vivement, et lui en fit des reproches.Alors, pendant un mois, il ne reçut plus rien d\u2019elle\u2026 Et un beau matin, ce fut la catastrophe! Le professeur écrivait à Hugues pour lui annoncer, qu\u2019à son grand regret, sa fille se croyait obligée de lui rendre sa parole, et lui retournait sa bague, expédiée par le même courrier.Elle craignait que leurs caractères ne puissent se convenir\u2026 qu'il en résultât des heurts pénibles pour tous les deux.bref! mieux valait rompre que de donner suite à leur projet.Le jeune officier, furieux, déchira la lettre et ne répondit pas.Mais, à son permier jour de permission, il partit pour Poitiers, voulant à tout prix une explication.M.Pavy avait quitté la Faculté avec un congé de trois mois, pour accompagner sa fille en Angleterre, lui an- nonca la concierge de la maison occupée par le professeur.\u2014Ils sont partis, je crois, avec ce riche blessé Anglais qui a été soigné par Mademoiselle.qu'on dit même qu\u2019elle va l'épouser! raconta la femme bavarde comme toutes les commères de sa profession.C\u2019est un milord qu\u2019à des millions et un village tout entier à lui, que m\u2019a dit son chauffeur.Le jeune homme n'en entendit pas davantage.Il s\u2019élcigna à grands pas sans se retourner.ne voulant pas laisser voir à cette femme son visage convulsé par la douleur et la colère.\u2014Pauvre type! murmura-t-elle en rentrant dans sa loge; il ne se doute pas à quel point il l\u2019a échappé belle! il en fallait une de santé pour épouser un \u2018numéro pareil\u2019! Mais les hommes sont si bêtes! conclut Mme Pipelet, en rentrant pour tarabuster le sien.qui essayait en vain d\u2019allumer le poêle! Au lendemain de l'armistice, Mme Bornave qui.pendant le bombardement d'Amiens, s'était réfugiée avec ses deux soeurs dans son château des Oyats, vit arriver Hugues.\u2014Grand'\u2019'mère, dit le jeune homme.d'une voix grave, j'aurais dû écouter vos conseils.Simone Pavy n'était qu\u2019une indigne coquette! Elle m\u2019a 14- chement abandonné pour épouser un millionnaire anglais J'ai pris les femmes en horreur.fausses et menteuses, elles ne sont pour la plupart que des comédiennes! Je ne me marierai jamais!.J'ai l\u2019intention de consacrer désormais tout mon temps aux études historiques qui m\u2019attiraient déjà avant la guerre, et de réunir tous les matériaux nécessaires pour composer un grand ouvrage sur le XVIIIe siècle, auquel je pense depuis plusieurs années.Pour ce travail j'aurai besoin de calme et de solitude.Et je viens vous demander si vous voulez bien me recevoir aux Oyats?\u2014Si je le veux! murmura Mme Bor- nave avec ravissement.L'idée de posséder ainsi avec elle ce petit-fils qui était son idole et sa seule pensée l\u2019enchantait tellement qu\u2019elle en oubliait la cause de sa détermination.Et avee l\u2019égoïsme propre aux personnes âgées, elle ne voyait qu\u2019une il partagerait sa vie.Elle ne pouvait croire a pareil bonheur.Décembre 1929 \u201cLes Oyats\u201d que Mme Bornave avait hérités de ses parents étaït une propriété immense située en pleine dune entre le Crotoy et Fort-Mahon, dans la baie de Somme,si fréquentée par les chasseurs.La maison d'habitation, que Yon décorait dans le pays du nom de château, se trouvait au milieu d\u2019un grand bois de sapins qui l\u2019abritait du vent de mer et la préservait de l\u2019envahissement des sables.Muni de tout le confort moderne et luxueusement meublé, le château perdu dans cette solitude de dunes n\u2019en semblait pas moins d\u2019une tristesse mortelle.Pendant l\u2019été, quelques baigneurs des stations voisines se risquaient bien parfois dans ces routes désertes, soit en auto, soit en bicyclette, et même à pied, venant du Crotoy ou du Fort- Mahon; mais du jour où Hugues vint s'installer aux \u201cOyats\u201d, ce fut l\u2019isolement complet; aucun étranger ne put désormais approcher de la propriété, entourée de grillages jusqu\u2019aux distances les plus éloignées et la plus grande partie des dunes, si pittoresques à cet endroit.et qui avaient été pendant de longues années un but, d'excursions.furent fermées à tous.Seul le maître du château, escorté de ses deux grands setters irlandais, des épagneuls rouges de toute beauté.les parcourait parfois, faisant des hecatombes de lapins, qu\u2019il distribuait aux gens du pays.Très distant, très fier même avec ces derniers, il leur était profondément antipathique; ils l\u2019avaient baptisé: l\u2019Ours, et dans la région.on ne connaissait plus les \u201cOyats\u201d que sous le nom de Château de 1'Ours.Impitoyable avec les braconniers \u2014 et presque tous les habitants le sont plus ou moins dans ces parages\u2014il avait eu souvent maille à partir avec eux, plus d\u2019un le mena- cant méme parfois de son fusil, au grand tourment de sa grand\u2019mère.Lorsqu'elle était venue, forcée par les circonstances, s'installer dans cette propriété d\u2019été, Mme Bornave n\u2019avait pas du tout l'intention d\u2019y passer les mois d\u2019hiver, mais, cédant aux instances d'Hugues.elle consentit à y demeurer toute l\u2019année et à louer son hôte! d\u2019Amiens.Ce fut pour la vieille dame un gros sacrifice, car elle avait beaucoup d'amies dans la capitale picarde.et son isolement lui pesait lourdement.à certains jours.Deux ans avant l\u2019époque où commence notre récit elle avait eu une grosse émotian.Une lettre venant d\u2019Amérique lui était parvenue un jour : c'était d\u2019un notaire de Mexico, lui annonçant la mort de son gendre Gen- naro Oldini et lui demandant si elle consentirait à recevoir chez elle sa petite-fille, Pla Oldini.qui se trouvait sans famille.Mme Bornave n\u2019hésita pas; elle allait répondre qu'elle était toute prête à accueillir l'enfant de Christiane.Mais elle avait compté sans son petit-fils.\u2014 Grand\u2019'mére, déclara-t-il froidement.je comprends très bien que vous receviez cette orpheline.sa place est auprès de vous.Mais, je vous préviens, que du jour où elle sera ici, moi je quitterai les Oyats pour n'y plus revenir.\u2014Oh! Hugues, s\u2019écria Mme Borna- ve; comment peux-tu éprouver un tel sentiment pour cette cousine, que tu ne connais même pas?> Décembre 1929 Le jeune hb mme eut un geste d\u2019impatience.\u2014Vous vous méprenez, grand\u2019mère, riposta-t-il vivement; je n\u2019ai en effet aucume raison d\u2019antipathie contre votre petite-fille.Si ie m\u2019en vais, c\u2019est tout simplement parce que je ne puis supporter de vivre en contact journalier avec une de ces.femmes que jab- horre.qu'elle soit pour moi une cousine ou une étrangére!.Voila le seul motif auguel jobéis en décidant de m\u2019éloigner si celle-ci vient aux Oyats.\u2014Mais\u2026 cette pauvre enfant est peut-être sans fortune, balbutia Mme Bornave, partagée entre la crainte de voir Hugues\u2014ce petit-fils adoré \u2014 la quitter.et le chagrin de repousser cette Pia Oldini, la fille de Christiane.\u2014A cela, vous avez un remède tout trouvé.répondit gravement le jeune homme.Ecrivez à ce notaire que vous ne pouvez pour des raisons spéciales, recevoir cette petite, mais que vous êtes toute disposée à lui faire parvenir la part qui lui revient de l'héritage de grand\u2019père, part à laquelle elle a droit tout comme moi, n\u2019est-il pas vrai?Avec cette fortune.il lui sera facile de mener une vie plus large.Mme Bornave resta longtemps songeuse\u2026.Elle savait qu\u2019Hugues serait inflexible.Elle connaissait son horreur pour le sexe féminin et tout ce qui s\u2019y rattachait.Il ne consentirait jamais à vivre dans la société de cette jeune parente.cela, elle en était sûre.Le coeur broyé de remords, la vieille dame écrivit au notaire américain.La réponse ne se fit pas attendre : Pia Oldini refusait fièrement la fortune offerte.désirant seulement un peu d'affection.On la lui refusait, tout était dit!\u2026 Et l'on n\u2019entendit plus parler d\u2019elle.Mme Bornave n'abordait jamais ce sujet avec son petit-fils, mais lorsqu\u2019elle était seule avec ses soeurs, leur conversation roulait souvent sur cette petite-fille inconnue Et la grand\u2019mère ne pouvait se consoler de l\u2019avoir ainsi renoussée\u2026 Les remords la harcelaient sans cesse.I'empéchant de dormir.Hermine avec son franc-parler.ne faisait qu'attirer les regrets de sa soeur.\u2014Tu as très mal agi! disait-elle, hardiment.Tout cela pour obéir à ce grand benêt d'Hugues! parce qu\u2019un cotillon l\u2019a trompé.ce n\u2019est pas une raison pour en faire pâtir les autres! La place de cette petite était auprès de toi! Et c\u2019est honteux de songer qu'elle rôde peut- être comme un chien perdu dans un pays étranger, tandis que celui-là est ici à se couler la vie douce!\u2026 Moi, ça m'enrage! Elle avait essayé d\u2019aborder ce sujet avec Hugues, mais aux premiers mots il l'avait arrêtée, d'un ton net et tranchant.\u2014Ma tante, il est inutile de discuter cette question.Grand'mère est libre.elle n\u2019a qu'à parler, et je cèderai la place à cette petite Mlle Hermine s\u2019était éloignée, furieuse.\u2014Quel ours! marmonnait-elle rageusement.Que Dieu soit béni de m\u2019avoir préservée du mariage! j'aurais été capable de mettre au monde un animal de cette espèce! Et.depuis ce jour.dans ces conversations avec son neveu, elle n\u2019avait plus LA REVUE POPULAIRE jamais fait la moindre allusion à cette petite miéce, à laquelle elle pensait pourtant bien souvent dans son for intérieur.Les deux soeurs étaient encore dans l'appartement où nous les avons laissées, guettant le retour de Mme Bor- nave, lorsque Hugues Gardanne fit ir- ruptioin dans la pièce.De haute taille, les épaules larges, le visage hâlé par le vent et le soleil, vêtu d\u2019un costume de chasse en tissu anglais, les jambes emprisonnées dans des guêtres de cuir fauve, il présentait le type complet du \u201cgentleman farmer\u201d.\u2014C\u2019est tout de même un rude homme! songeait Hermine, qui ne pouvait s\u2019empêcher de l\u2019admirer comme il se penchait pour ramasser le peloton de laine de sa tante Yclande.Ses yeux noirs avaient un éclat impérieux et ses traits plutôt durs et altiers respiraient l\u2019orgueil, tandis que le menton fortement accentué dénotait une grande force de volonté.Tel qu\u2019il était, Hugues Gardanne ne pouvait passer inapercu! Et les gens du pays disaient de lui: \u2014C\u2019est un beau gars, not\u2019maitre ! dommage que ce soit un si mauvais bougre! \u2014Grand'mère n\u2019est pas là?interro- gea-t-il, en se tournant vers Hermine.\u2014Non.et ¢a m\u2019ennuie même beaucoup.Elle est partie depuis le commencement de l\u2019après-midi pour Saint-Fir- min, où elle devait porter quelques secours à une famille pauvre de là-bas.Mais il se fait tard, et par ce vent glacé, elle va encore tousser comme une cruche! Mlle Hermine avait toujours de ces comparaisons qui faisaient le bonheur de son neveu.\u2014Je vais au devant d\u2019elle, dit tran- guillement le jeune homme.Mais.comme il sortait du salon, il entendit sa tante s'écrier: \u2014Lia voilà! elle est au bout de l\u2019avenue.Quelques minutes après, Mme Bor- nave pénétrait, en effet, dans le grand hall, où son petit-fils l\u2019attendait.Le visage dur s\u2019adoucit singulièrement.l\u2019éclat impérieux des yeux sombres fit place à une lueur qui était presque de la tendresse, tandis qu\u2019Hugues, se penchait sur sa grand\u2019meére pour l\u2019embrasser, lui reprochait son imprudence.\u2014Grand'\u2019mère, il faut que je vous gronde! Est-ce raisonnable, à votre âge, et par ce vent glacial d\u2019être dehors si tard?Mme Bornave eut un bon sourire, et considérant, d\u2019un air attendri, ce grand garçon qui était sa joie et son orgueil, elle répondit, de cette voix harmonieuse qui était un de ses charmes.\u2014Oui, Hugues, j'aurais dû rentrer plus tôt.Je me suis oubliée chez cette pauvre Guite, qui vient d\u2019avoir son huitième enfant ce matin.I] y a une telle misère dans cet intérieur! J\u2019ai dû aider un peu Fainee des fillettes à arranger ce nouveau-né, car la mère est dans un état si lamentable qu\u2019elle n\u2019en a ni la force, ni le courage.J\u2019y retournerai demain de grand matin.\u2014Jamais de la vie! protesta Hermine, qui était venue les rejoindre.Tu resteras couchée jusquà neuf heures, et c\u2019est moi qui irai là-bas.\u2014Tu ne sauras pas.\u2014Ah! bien, elle est forte, celle-là ! St Rn a ERR i i 21 sexclama la vieille fille d\u2019un air furibond.Je ne saurai pas emmaillotter un gosse?Eh bien! et ce grand pen- dard-là?continua-t-elle, en désignant son neveu: qui est-ce qui l\u2019a habillé et déshabillé mantes fois?Ce n\u2019est pas Hermine, peut-être?\u2014Tante a raison, déclara Hugues gravement, en installant Mme Bornave dans son fauteuil; vous vous reposerez demain matin, grand\u2019mère, et vous ne sortirez pas de la journée si la température ne s'améliore pas.La vieille dame eut un geste de dénégation, mais ne répondit pas.Elle tira de son sac à main un paquet qu\u2019e!- le tendit à son petit-fils.\u2014Tiens, lui dit-elle, voilà le courrier.J\u2019ai justement rencontré le facteur.Hugues Gardanne prit les lettres, et s\u2019asseyant auprès de la table se mit en devoir de les parcourir.\u2014Ah! s\u2019écria-t-il, après avoir pris connaissance d\u2019une d'entre elles; voici un mot de ma tante Mallet.Elle m'a enfin trouvé un secrétaire qui veut bien consentir à venir \u201cs\u2019enterrer\u201d aux Oyats, dit-elle.C\u2019est un garçon très instruit, mais un peu original, de bonne famille, ayant beaucoup voyagé, sachant conduire une auto, et qui.par suite de revers de fortune, se voit contraint de travailler pour gagner sa vie.Elle ne le connaît pas, mais il lui a été fortement recommandé par son médecin qui est.paraît-il, le parrain de ce Jacques Rives.\u2014Oui.déclara Hermine, qui donnait souvent son avis sans y être même invitée, essaie toujours mon neveu, car il me semble qu\u2019un secrétaire est plutôt un article rare! Depuis six mois bientôt que tu en cherches un.il ne s\u2019en est guère présenté jusqu'ici! Des jeunes filles, des dactylos!\u2014et la vieille demoiselle mettait une emphase comique à prononcer ce mot\u2014comme elles disent si bien.il en pleut! Mais, du côté masculin, c\u2019est quasi introuvable.Celui-ci ne restera pas longtemps d\u2019ailleurs, c\u2019est moi qui te le dis! Il faut de vieilles antiquités comme nous autres pour habiter un pareil trou.Je crois que tu n\u2019as pas le droit d\u2019être difficile; tu n\u2019auras pas beaucoup de choix.Ah! sapristi! s\u2019écria soudain la loguace personne qui tout en parlant, regardait par la fenêtre ce qui se passiat dans la cour, \u2014 voilà Patrice qui prend les chicorées mouillies que j'ai cveillies tout à l\u2019Heure pour {les porter aux lapins angoras! T1 va les faire crever, c\u2019est sûr!\u2026 Attends un peu! Et avec la vivacité d\u2019une jeune fille, Mille Hermine se précipita dehors pour aller gourmanmder le domestique.Mme Bornave, qui voyait Hugues tout perplexe, plongé dans une profonde ré- verie\u2014au sujet sans doute de ce secrétaire qu\u2019on lui proposait \u2014 déclara de cette voix douce qui lui était partieu- lière.\u2014Si j'étais à ta place, mon cher en- famt, je n\u2019hésiterais pas.Bertrade\u2014c'était sa soeur\u2014n\u2019est pas sotte, et si elle te recommande ce garcon, c\u2019est qu\u2019elle se doute bien qu\u2019il pourra te satisfaire.Comme tu le dis toi-même, d\u2019ailleurs, tu ne seras lié par aucun engagement et, si tu t\u2019apercois avec le temps, que ce secrétaire ne.remplit pas les conditions requises, tu le remercieras, voilà tout.En tous cas, tu ne peux pas con- 22 tinuer à te surmener comme tu le fais depuis quelques mois; il te faut un aide.Voilà l'hiver qui touche à sa fin: tu as besoin de reprendre tes chasses et tes promenades en mer.Le jeune homme ne répondit pas tout de suite.il réfléchissait encore.Certes, sa grand tante, Mme Mallet était une vieille originale, assez peu pratique, mais très intelligente et très fûâtée avec cela Elle ne lui recommanderait assurément pas un garcon nul, et qui n\u2019ait aucune chance de remplir son office.\u2014Oui, vous avez raison, grand'mère, déclara enfin Hugues Gardanne en se levant.Je vais écrire à ma tante Ber- trade qu\u2019elle peut m\u2019envoyer son protégé.CHAPITRE II Le petit train qui fait le service entre Novelles et le Crotoy arriva en gare au milieu d'une bourrasque épouvantable.Le seul voyageur, qui se trouvait dans un compartiment de seconde sauta lestement sur le quai, et, interpellant l\u2019employé qui traversait la voie : \u2014Dites-moi, mon brave, demanda-t- il, est-ce qu\u2019il fait toujours un vent pareil dans ce pays?L'autre eut un haussement d\u2019épaules.\u2014Dame! répondit-il, dun ton goguenard, ça ne souffle pas comme ça en tempête du ler janvier au 31 décembre, mais pour du vent, il y a du vent.\u2014Charmant climat! déclara le voyageur en riant, et, prenant sa valise, il s\u2019achemina vers la sortie.Après avoir donné son billet, il jeta autour de lui un regard étonné.Tout était désert.Pas d'omnibus.\u2026.pas le moindre véhicule!.Et le vent qui semblait faire rage de plus en plus.renversa presque notre inconnu contre une pallissade.Il rentra alors dans la gare, et, s\u2019adressant au seul occupant, le chef de gare, qui avait déjà repris sa place dans son bureau.\u2014Pardon, Monsieur, interrogea-t-il gaiement; pourriez-vous me dire où sont les omnibus?\u2014Les omnibus?répéta le chef, d\u2019un air surpris; il n\u2019y en a pas à cette époque de l\u2019année, il faut attendre la saison.Un rire frais éclata à cette réponse.\u2014Ce serait un peu long! dit l\u2019étranger.riant toujours.Mais, voyons, con- tinua-t-il, ne peut-on trouver une voiture?\u2014Où désitez-vous ajler.Monsieur ?demanda le chef de gare, désarmé par la bonne humeur de son interlocuteur.\u2014Au chateau des Oyats.\u2014Ah! diable! vous auriez mieux fait de ne pas descendre à Novelles.Si vous aviez continué jusqu\u2019à Rue, vous auriez certainement trouvé, à cette gare, une voiture qui vous aurait conduit aux Oyats.\u2014Oui.mais, mais.maintenant que je suis au Crotay\u2014c\u2019est la station qu\u2019on m\u2019a d\u2019ailleurs, inidiquée dans la lettre que jai recue\u2014comment me rendre à destination?\u2014Vous avez des bagages?\u2014Oui, outre cette valise, assez lourde, ma foi.j'ai une malle et une bicyclette qui doivent être dans le fourgon.A quelle distance se trouve le château?\u2014A une bonne heure d\u2019ici.Mais par ce vent vous n\u2019y arriverez jamais.LA REVUE POPULAIRE \u2014Je ne peux pourtant pas demeurer \u201cen carafe\u201d ici jusqu\u2019au mois de juillet! protesta toujours gaiement le voyageur.N'y a-t-il pas moyen de me procurer un véhicule quelconque?Le chef de gare réfléchissait.\u2014Il y aurait bien le père Tiennot\u2026 le boulanger.Il doit aller tous les jours & Saint-Firmin, porter le pain.S'il n\u2019est pas encore parti, il pourrait vous prendre avec vos bagages, et vous déposer aux Oyats\u2026.\u2014Sauvé, mon Dieu! s'écria l\u2019inconnu avec un geste joyeux.Et où gite-t-il ce bienheureux père Tiennot?\u2014Vous ne connaissez pas le pays?\u2014Pas du tout, cher Monsieur! c\u2019est la première fois que j'ai l'honneur de fouler votre sol!\u2026 Le chef de gare consulta l\u2019horloge qui se trouvait dans son bureau.\u2014Si vous voulez entrer ici un quart d'heure, dit-il d'un ton cordial, le père Tiennot ne tardera probablement pas à venir apporter notre pain.c\u2019est à peu près son henre\u2026 Vous pourrez alors vous entendre avec lui.\u2014C\u2019est parfait! répondit gaiement le voyageur.en pénétrant dans la pièce modeste, mais chauffée, où se trouvait son interlocuteur, et en s\u2019installant sans cérémonie auprès du poêle.Le chef de gare put alors examiner à son aise cet étranger.qui lui semblait vraiment fort sympathique.C'était un jeune homme mince.d\u2019allure distinguée et de physionomie avenante.De grands yeux noirs hardis et rieurs éclairaient son visage.aux traits réguliers; la bouche avait une expression plutôt tendre, tandis que le menton, assez accusé, dénotait la volonté.Ce devait être aussi un sportif, car ses moindres mouvements avaient une souplesse extraordinaire.De taille moyenne, il paraissait jeune: vingt-deux ou vingt-trois ans peut-être, Il y avait à peine dix minutes que le voyageur était là, lorsqu\u2019un bruit de ferrailles se fit entendre.\u2014 Voilà le père Tiennot, dit le chef de gare en se levant pour aller au devant du boulanger, suivi par son hôte qui ne cacha pas son amusement à la vue de la \u201cguimbarde\u201d qui allait le transporter au château des Oyats.Après bien des pourparlers, l'homme consentit enfin moyennant un bon pourboire, à ze qu\u2019on sollicitait de lui et l\u2019étranger, après avoir serré la main du chef de gare, s'installa tant bien que mal au milieu des pains de toute tailles qui emplissaient la voiture, tandis que l'employé attachait, de son mieux la malle et \u2019a bicyclette derrière la vieille carriole qui déambula péniblement au milieu de la bourrasque.\u2014Hue! dia! criait d\u2019une voix de stentor l\u2019automédon, qui ne ménageait à son cheval ni les encouragements.ni les coups da fouet.\u2014\u2014Comme ça.interrogea-t-il en s\u2019adressant au voyageur.lorsque l\u2019équipage fut bien en route, vous allez au Chateau de 1'Ours?\u2014Hein?s'écria celui-ci.le Château de Ours?\u2014Non, mon vieux.c\u2019est au château des Oyats qu\u2019il faut me conduire.\u2014Ben sûr! c\u2019est la même chose.Du temps que la vieille dame y habitait toute seule, il s\u2019appelait comme ca ! Mais depuis que sen vilain escogriffe de garçon y est.c\u2019est le Château de Décembre 1929 YOurs qui s'nomme!\u2026 Comprenez- vous?S'il comprenait ! Ça lui promettait du plaisir, songeait-il en lui-même.\u2014Ah ! bah ! déclara-t-il gaiement.Il me semble que M.Hugues Gardan- ne, mon futur patron, ne jouit pas de la faveur populaire, hein?\u2014Votre futur patron ?questionna l\u2019homme, avec étonnement, en toisant son compagnon des pieds à la \u2018tête : c'est-y que vous seriez un domestique?Vous n'en avez quasiment pas l'air! \u2014Non, ce n\u2019est pas tout à fait ça ! répondit l\u2019autre en riant, quoique ça y ressemble tout de même.Cet \u2018ours\u2019.puisque vous l\u2019appelez ainsi, m'a engagé comme secrétaire.Mais il ne vit pas seul dans son château! \u2014Non.ben sûr!' Il y a les trois dames.\u2014Trois dames?interrompit le voyageur avec un effroi comique.\u2014Ayez pas peur! c\u2019est trois bêtes du bon Dieu ceiles-là\u2026.la patronne surtout.Mme Bornave Y aura pas besoin de brûler des cierges pour elle.après sa mort, allez! elle ira dans le paradis tout droit.Les deux autres vieilles filles aussi, après tout, car c'est du bon monde.La grande noiraude\u2014 Me Hermine qu'on l\u2019appelle\u2014est un peu tambour-major et n'a pas sa langue dans sa poche, mais au fond.c'est encore une bonne personne.Elle rouspète tout le temps à propos des pains que je lui apporte: ils sont trop cuits! Ils ne le sont pas assez!.Mais ça ne l'empêche pas de me donner une bistouille pour me rechauffer l\u2019hiver.ou un verre de cidre l'été, pour me rafrai- chir.Tout en écoutant son conducteur.l'étranger examinait curieusement Ie pays autour de lui.Après avoir traversé de grands marais, ils étaient arrivés au milieu des dunes dont l\u2019aspect avait quelque chose de sauvage et de grandiose tout à la fois.\u2014Quelle solitude! Quel silence! on se croirait dans le désert ! songeait l'inconnu.Quantité de lapins.si petits dans la distance.qu'on les eût pris pour des rats.couraient dans les sables.escaladant ou dégringolant les grandes dunes, Le pére Tiennot.désignant, avec son fouet, l'horizon à perte de vue autour d'eux, déclara: \u2014Tout ça appartient aux Oyats, et fait partie du domaine.Avant la venue de l\u2019Ours.on circulait là-dedans a plaisir.et on *uait des lapins \u2018en veux- tu.en voila.\u201d mais maintenant il a fait mettre des fils de fer barbelés et du grillage tout autour! Et gare à qu: essaierait d\u2019y nénétrer! Les gendarmes lui auraient vite fait son affaire! Auss: ce que les braconniers lui en veulent # ce particulier-là! \u2014AÀ Monsieur Gardanne?\u2014Ben sûr! YŸ a surtout ach\u2019caho ia\u201d qui lui à furé une haine mortelle! \u2026.Et il recevrait.un de ces jours, du plomt dans le ventre que j'en serais pas étonné.allez! Il s\u2019en a fait des ennemis dans le nays! En ce moment 1a carriole s\u2019arrétait devant une grille par laquelle on apercevait une longue avenue de sapins.\u2014Nous soinmes rendus! déclara le boulanger en descendant de voiture et en ouvrant la porte qui n\u2019était fermée Décembre 1929 qu'au loquet.Je vas vous conduire jusqu\u2019au château, et là, le vieux Martin m\u2019aidera à décharger votre malle.Comme ils arrivaient devant le perron, Mile Hermine parut sur le seuil, bien emmitouflée et avec de grosses lunettes aux yeux pour se préserver du sable.Elle s'avanca pour prendre ses pains, mais elle resta étonnée, en voyant un inconnu s\u2019élancer avec souplesse hors de la voiture.\u2014Je vous demande pardon, Madame.s'écria-t-1 d\u2019une voix harmonieuse et en se découvrant.de me présenter dans cet équipage, mais je n\u2019en a\u2019 pas trouvé dautre à la gare.Et, voyant l\u2019étonnement de la demoiselle auginenter, il continua gaiement : \u2014Jacques Rives.Madame, pour vous servir! - \u2014Le secrétaire de mon neveu, alors?interrogea Hermine.\u2014Mais d\u2019où sortez-vous ?pourquoi n'avoir pas écrit pour annoncer le jour et l'heure de votre arrivée?Hugues serait allé vous chercher à la gare avec l\u2019auto.\u2014Je ne vous cacherai pas, Madame, que jy comptais bien, et que j'ai été très surpris en ne trouvant là-bas aucun véhicule à ma disposition.J'avais pourtant écrit, il y a trois jours.\u2014On n\u2019a rien recu, Monsieur, vous pouvez m\u2019en croire.Mon neveu s'étonnait justement ce matin de n\u2019avoir pas de nouvelles à votre sujet.Que voulez- vous?Tous les services sont si mal faits! Celui des postes comme les autres! conclut Mme Hermine, en haussant les épaules.En ce moment, le secrétaire mit la main dans ia poche de son pardessus avec l'intention de donner un bon nourboire à son conducteur, et il poussa soudain une exclamation.\u2014Ah! sapristi! s\u2019écria-t-il, en ramenant un papier; ca c\u2019est bien moi! je retrouve ma lettre, que jai oublié de mettre à la poste! La vieille demoiselle eut un sourire narquois \u2014Attention, jeune homme! déclara- t-elle, en s\u2019adressant au voyageur; si vous avez l'habitude de pareïlles distractions, vous aurez du fil à retordre avec mon neveu, je vous en préviens ! Pas la peine de lui raconter cette aventure ! A \u2014N\u2019ayez crainte, Madame, on veillera au grain! répondit philosophiquement Jacques Rivès qui, ayant réglé son conducteur.prenait en main sa valise et suivait Mile Hermine.En pénétrant dans le grand hall luxueux et bien chauffé, qui tenait toute une partie de la façade nord du château.ils se trouvèrent devant le mai- tre du logis.\u2014Je t\u2019amène ton secrétaire, Hugues, annonça Mlle Hermine.Celui-ci s\u2019avança aussitôt et tendit cordialement la main à l\u2019arrivant.\u2014Soyez le bienvenu, mon cher ami, en dévisageant Jacques Rives de son regard d\u2019aigle.Pourquoi n\u2019avoir pas écrit l'heure de votre arrivée, comme je vous le demandais?continua-t-il.Je serais allé vous attendre à la gare.L'entrée du domestique, chargé de la malle du voyageur, dispensa celui-ci de répondre, tandis que le châtelain ordonnait: LA REVUE POPULAIRE \u2014Martin, vous porterez les bagages de Monsieur Rives dans la chambre bleue.Puis, se tournant vers le secrétaire: \u2014Si vous voulez bien suivre le domestique, dit-il, de ce ton de commandement qui lui semblait habituel, vous pourrez ainsi prendre possession de votre appartement et vous installer tout à l\u2019aise.Jacques Rives se mit en devoir do- béir à cet ordre, et, tout en montant l\u2019escalier, il songeait en lui-même: \u2014Mâtin! cet \u201cours\u201d me semble de taille! C\u2019est un homme superbe er tous cas, mais qui ne doit pas être commode! Jacques, mon ami, veillons au grain ! En bas, dans le hall, MHe Hermine, demeurée avec son neveu, interrogeait d\u2019un air narquois: \u2014Eh bien! qu'en dis-tt de ton secrétaire?Hugues eut un haussement d'épaujes.\u2014Comme homme, il paraît sympa- thiquie\u2026 il a une physionomie bien ouverte, et son regard très franc quoique un peu hardi, me plait beaucoup, ré- pondit-il froidement.Mais tout cela n\u2019importe guère! c\u2019est surtout au travail que je verrai ce qu\u2019il vaut pour moi\u2026 et s\u2019il peut me convenir.Et il entra dans le petit salon oll Mme Bornave se terat souvent dans la journée, ainsi que Mlle Yolande, celle- ci toujours occupée a son éternel tricot.Hugues ft part à sa grand\u2019mère de l'arrivée du secrétaire, et ils s\u2019entretinrent à son sujet lorsau\u2019ils furent interrompus par ls aboiements bruyants des deux setters irlandais, auxquels se mélaient des exclamations et des rires joyeux.\u2019 Le maître du château courut à la fenêtre pour savoir ce qui se passait et ses sourcils se froncèrent à la vue du spectacle qu\u2019il avait sous les yeux.Jacques Rives, nu-téte et en costume de sport, était là, devant le perron, jouant avec les chiens qui bondissaient autour de lui comme s'ils l'avaient toujours connu.Il les faisait sauter et sautait à son tour avec une souplesse extraordinaire; puis, les prenant dans ses bras, il les caressait et les flattait de la main en leur donnant des noms d'amitié.Levant soudain la téte, il apercut M.Gardanne à la fenêtre et s\u2019écria gaiement: \u2014Oh! Monsieur Gardanne, les superbes bêtes! J'adore les chiens! et jen ai rarement vu d'aussi beaux que ceux-ci! Et voyez comme ils sont affec- tweux! Nous sommes déjà de grands amis!.Que je suis content, et combien.\u2014Monsieur Rives, je vous prierai de venir au salon, afin que je vous présente à ma grand\u2019mère, interrompit le maître de maison, d\u2019un ton sec qui n\u2019admettait pas de réplique.\u2014Tout de suite, Monsieur! le temps de dire adieu à mes nouveaux camarades, et je monte vous rejoindre, répondit le secrétaire sans paraître troublé le moins du monde.Et.l'instant d\u2019après, le visage souriant, il pénétrait dans la pièce, aussi à l\u2019aise que chez lui.\u2014Grandmère, Monsieur Jacques Rives.prononça M.Gardanne avec une froideur marquée.Le jeune étranger prit la main que 23 Mme Bornave lui tendaït et, s\u2019nelinant, il la porta respectueusement à ses lèvres, mettant dans ce simple geste une telle grâce que la vieille dame en fut touchée.\u2014Enchantée de vous connaître, mon cher enfant, dit-elle gravement, tandis qu'elle attachait sur le nouveau venu un regard plein de douceur.Jes- père que vous vous plairez aux Oyats.Jacques Rives eut les mêmes égards vour les deux vieilles filles lorsqu'il leur fut présenté, déclarant gaïement à Mlle Fermine : \u2014Ah! Mademoiselle, nous nous connaissons déjà: c\u2019est vous qui m'avez accuell la première, lorsque je suis sorti du milieu de mes pains chauds et embaumés.Questionné au sujet de Mme Mallet par Mme Borrave, qui l\u2019avait fait asseoir à ses côtés.il sexcusa.\u2014Je ne connais pas beaucoup Mme Malet; je lai vue lorsque je suis allé la remercier pour son entremise auprès de Monseur Gardanne.Mais elle s\u2019est montrée si bonne, si maternelle pour moi, lors de cette visite, que je lui ai voué une véritable affection.I! est si difficile de trouver une situation lorsqu\u2019en n\u2019a aucune référence sérieuse à offrir, c\u2019est-à-dire quand c\u2019est la première fois qu\u2019on travaille chez les autres.J'espère que vous serez content de moi, Monsieur Gardanne ?continua Jacques Rives, en s\u2019adressant à son hôte avec cette franchise spontanée qui était un de ses grands charmes.Hugues hésita un instant avant de répondre: \u2014Je l\u2019espère aussi, déclara-t-il enfin, sans conviction, mais je dois vous avouer que vous me paraissez terriblement jeune de caractère.\u2014Non, protesta vivement l\u2019étranger, je suis d\u2019une nature très gaie, ce qui ne m'empêche pas d\u2019être sérieux lorsqu\u2019il le faut, vous pouvez m'en croire.Et, en parlant ainsi, le visage expressif du jeune homme était devenu soudain si grave que M.Gardanne en fut frappé.Il semblait tout à coup vieilli de dix ans.Il répondit sans hésitation à toutes les questions posées par son \u201cpatron\u201d, comme il nommait en lui-même le maître du château, et celui-ci, à mesure qu\u2019il lui faisait passer cette sorte d\u2019examen, ne pouvait s'empêcher d\u2019admirer l'esprit alerte de son nouveau secrétaire, sa vive intelligence, ses idées claires et ses notions bien nettes sur toutes choses.Très instruit, parlant couramment l\u2019anglais, l'allemand et Vespagnol, il paraissait.malgré toutes ces connaissances, doué d\u2019une rare modestie, ce qui n\u2019était pas pour déplaire à M.Gardanne.Ce fut surtout le soir, au dîner, que le nouveau venu fit la conquête de ses hôtes et en particulier de Mille Hermine, qui ne pouvait se lasser de l\u2019écouter.Il avait une facon originale de raconter les péripéties de son voyage et de son arrivée à la gare du Crotoy, qui plongeait la vieille demoiselle dans de vraies crises de fou-rire.Ses manières empressées auprès de ses voisines, le soin discret qu\u2019il prenait de les servir, les égards qu\u2019il leur témoignait dénotaient aussi une éducation parfaite, ne pouvait s'empêcher de remarquer M.Gardanne, qui sentait disparaître peu à peu ses préventions 24 contre son employé, dont le sans-gêne l\u2019avait d\u2019abord froissé et ürrité.Sa grand'tante ne l\u2019avait-elle pas prévenu ?\u2026.Ce devait être.en effet, un fier original, Mais, malgré tout, il n\u2019avait rien de vulgaire.Au contraire, il était distingué et franchement sympathique\u2026 L'avenir montrerait d\u2019ailleurs ce dont serait capable cet étranger qui allait être sous ses ordres et vivre sous son toit.Remonté dans la grande chambre confortable et même luxueuse \u2014comme le reste du château \u2014 qu\u2019on lui avait octroyée, Jacques Rives se mit à déballer une partie des affaires qui remplissaient sa malle: vêtements, linge, ainsi que quelques livres et menus objets.Rien ne manquait à son installation, comme avait déclaré le vieux domestique qui lui avait monté ses bagages, en lui désignant d\u2019un côté la pièce pour ranger ses habits et de l'autre une salle de bains des mieux aménagées.Un sourire satisfait se jouait sur les lèvres du secrétaire à mesure qu\u2019il découvrait tout le confort moderne de sa nouvelle résidence.\u2014Mon vieux Jacques, marmofttaët-il entre ses dents, tu as encore eu la main heureuse dans tes débuts d\u2019\u201cemployé à gages\u201d! Reste 1\u201cours\u201d à apprivoiser.Avec de la patience et de la persévérance, comme disait mon oncle, on arrive à tout!\u2026 Même à changer le caractère des gens!.Et, foi de Rives, nous y arriverons! Ayant terminé son \u2018installation, le jeune homme vint s\u2019accouder au large balcon sur lequel ouvraït sa chambre.La pluie avait cessé et la lune éclairait tout le pays autour de lui, donnant un aspect fantastique aux grandes dunes qui s\u2019estompaient au loin.Le bruit de la mer, distante seulement de quelques centaines de mètres de ce côté du château, arrivait aux oreïlles de Jacques, le berçant du rythme monotone des vagues qui venaient se briser le long du rivage.Les traits du jeune secrétaire avaient perdu cette expression de galeté qui leur semblait habituelle.et son visage était sérieux, presque grave, tandis qu\u2019il restait plongé dans une profonde réverie.Il en avait même oublié l\u2019heure: aussi tressaillit-il vivement en entendant dans le Iointaïn l'horloge d\u2019une église sonner douze coups.\u2014Minuit! s\u2019écria-t-i!l, est-ce que je deviens noctambule ?Oublieriez-vous, mon ami Jacques, que vous devez être au travail demain, à 8 heures, selon les ordres du patron?.\u2026 Finies les grasses matinées! Il faut maintenant gagner le pain de l\u2019adversité\u2026.Au lit, et dépêchons-nous de, \u201cpioncer\u201d\u201d! Une demi-heure après, le nouveau secrétaire dormait en effet d'un bon sommet.entrecoupé sans doute de beaux rêves.car son visacte avait re- bris sa sérérité accoutumés.et un har- ge sourire se jouait au com de sa lèvre entrouverte.CHAPITRE III -\u2014Vous êtes là.Rives ?A cette question le jevme homme ma- rut au balcon de sa chambre et l\u2019enjambant lestement.il empoigna la rampe d\u2019une main.laissa glisser son corps de toute sa hauteur, puis s\u2019élança dans LA REVUE POPULAIRE le vide avec une souplesse d\u2019acrobate et retomba mollement sur le sol, aupès de M.Gardanne, tandis qu\u2019il s\u2019écriait gaie- menf : \u2014Présent, patron: Ce dernier protesta avec une certaine vivacité: \u2014 Vous êtes fou, mon garçon, de vous livrer à de \u201cels exercices ! Un de ces jours, vous vous casserez le cou, tout simplement! \u2014N\u2019ayez pas peur, M.Gardanne, répondit le jeune homme; je suis comme les chats, je retombe toujours sur les pattes.Vous avez besoin de moi?continua~-t-il, en levant sur son \u201cpatron\u201d -\u2014pour employer son expression \u2014 ses grands yeux clairs.\u2014Je vais chasser le lapin cet après- midi, et je vous invite à m\u2019accompagner, si ca vous dit.\u2014Si ca me dit?\u2026 Sûrement! Je ne vois rien de plus amusant! Le temps de courir chercher un fusil.de mettre mes guêtres, et je suis à vous.\u2014Allez, dit Hugues; mais pas par le même chemin, s\u2019il vous plaît.I rwavait nas fini de parler que le secrétaire était déjà rentré au château, franchissant d\u2019un seul bond les quatre marches du nerron.M.Gardanne, qui le suivait des yeux.haussa les épaules.\u2014C\u2019est un vrai clown, ce garçon-là! Je n'ai jamais rencontré un pareil type.+++ Il y avait trois mois que Jacques Rives était sorti \u201cdu milieu de ses pains pour tomber sous la férule de \u201cours\u201d, comme il disait en riant à Mlle Hermine, et il avait su si bien se rendre indispensable, que les trois dames, ses hôtesses, raffolaient de lui.Hugues, seul, ne paraissait pas partager l\u2019engouement général.Et pourtant, que pouvait-il renrocher au jeune homme?Il lui eût été bien difficile de le dire, car c\u2019était certainement le secrétaire le plus parfait qu\u2019on eût pu trouver ! Toujours prêt au travail, il ne boudait jamais à la besogne et savait se débrouiller: d'autre part, il recevait les - critiques et les observations souvent désagréables de Jl\u2019écrivain avec une inaltérable bonne humeur.Que demander de plus?.TI] ne pouvait non plus s\u2019empêcher de reconnaître les quaîités morales de Jacques Rives.Mais on eût dit qu\u2019il lui en voulait secrètement de se montrer si séduisant.Il semblait presque jaloux de l\u2019espèce d\u2019emballement dont il était l\u2019objet de la part de sa grand\u2019mère et de ses tantes: toutes trois chantaient ses louanges du matin au soir! Tout en rendant justice au caractère droit et honnête de ce garcon.le maître des Oyats était souvent aussi froissé par sa franchise presque brutale et ce qu'il apnelait son sans-gêne.I! est vrai de dire pour être sincère ave Jacques Rives paraissait se trouver comme chez lui partout.émettant son avis, même lorsqu'on ne le lui demandait pas, ce qui amusait follement Mlle Hermine.surtout lorsqu\u2019elle voyait l\u2019air vexé de son vetit-neveu.Le premier dimanche de son arrivée aux Ovats le secrétaire s\u2019était étonné en voyant son \u201cpatron\u201d rester au logis, sans se soucier d'accompagner sa grand\u2019mère et ses parentes à l\u2019église du Crotoy.pour la grand\u2019messe.Décembre 1929 Comme Mme Bornave invitait Jacques à prendre place dans l\u2019auto qu\u2019il devait conduire, il s\u2019était retourné vers Hugues, interrogeant : \u2014Vous ne venez pas, Monsieur Gar- danne?\u2014Non, je ne vais jamais à l\u2019église.\u2014Ah! c\u2019est dommage, avait déclaré l'autre tranquillement.Un châtelain doit donner l'exemple: noblesse oblige! \u2014Je ne vous demande pas votre avis, Rives, avait riposté Hugues d'un ton irrité.\u2014Non, bien sûr!\u2026 Mais je vous le donne quand même.Et je regrette que vous ne le suiviez pas, monsieur Gar- danne, car il est très bon.Les yeux étincelants, le maître des Oyats avait dévisagé son secrétaire, se demandant s'il se moquait de lui.mais le jeune homme avait un air si tranquille et si innocent, tandis qu\u2019il s\u2019empressait autour des trois dames, les aidant à s'installer et se mettant ensuite au volant, que Hugues Gardanne n'avait pas osé se fâcher.Et Jacques Rives était parti en lui adressant un sourire et en déclarant gaïement: \u2014À tout à l'heure.monsieur Gardan- ne, nous prierons le bon Dieu pour vous.Ils avaient ainsi de petites escarmouches à propos de tout! Un jour, c'était au sujet de Martin, le vieux domestique.Hugues s\u2019emportait après lui à cause des chevaux, dont les boxes n\u2019étaient pas nettoyées à T'heure, ete.Et Rives, témoin de la colère de l\u201cours\u201d, déclarait gravement: \u2014Vraiment, Monsieur Gardanne, le pauvre Martin finira par perdre la tê- te! Vous lui avez commandé tant de choses à la fois, depuis ce matin, qu\u2019il ne doit pas savoir sûrement par où commencer! Je voudrais bien vous voir à sa place! Vous ne seriez pas capable d'en faire la moitié!\u2026 Pauvre vieux ! c\u2019est qu'il a l\u2019air tout malheureux.Je vais l'aider, il y à de l\u2019ouvrage pour deux, avait-il ajouté, en courant après le domestique.Et il avait laissé Hugues Gardanne ahuri de sa sortie et de sa d\u2018\u201csinvol- ture.Lorsqu'il était rentré au château.une heure plus tard, il avait déclaré tranquillement: : \u2014Monsieur Gardanne, vous devriez avoir un petit domestique pour aider Martin; le pauvre bonhomme na peut suffire à la tâche!.\u2026 Il n\u2019est plus jeune.ce dont vous n'avez pas l'air de vous douter du tout! La semaine suivante, c'était à propos de François, le valet de chambre.Il avait oublié, malgré les recommandations du maitre, de préparer.la veille au soir, les vêtements que celui- ci devait mettre le lendemain pour monter à cheval.Hugues, \u2018rrité.arcablait le C-onesti- are de reproches.tandis que ralui-c' confus.se précipitait de toute la vitesse de ces vieilles jambes pcur réparer son oubli.Jacques Rives.qui devait accompagner son \u2018\u201cpatrom\u2019\u2019 et qui se trouvait déià dans la salle à manger.oll le déjeuner était servi, inter- rcgea Mlle Hermine: \u2014Que se passe-t-il.Mademoiselle ?Monsieur Gardanne semble furieux.à propos de quoi tout ce bruit?La vieille Alle haussa les épaules, Décembre 1929 tout en racontant au jeune homme la cause de ce branile-bas.Avec ce franc-parler qui amusait tant son interlocutrice, Rives déclara: \u2014Monsieur Gardanme a tort de s\u2019emporter ainsi après François! il est assez vieux pour commencer à perdre un peu la mémoire.Si le \u201cpatron\u201d avait un valet de chambre plus jeune, ca n'arriverait sans doute pas.Mais, à propos, Mademoiselle, pourquoi tout le personnel du château\u2014les deux bonnes comme les deux dom'estiques\u2014semble- t-il contemporain de Mathusalem ?continua le secrétaire, en s\u2019interrompant de beurrer sa tartine, eten regardant Mlle Hermine de cet aïr raïlleur qu\u2019elle connaissait si bien.Ce fut le maître du château, entré sur ces entrefaites et qui, entendant la question, y révondit d\u2019un ton sec: \u2014Parce que, si les vieux domestiques sont parfois négligents, les jeunes le sont bien aussi et ont d\u2019autres défauts plus graves encore.\u2014Je ne suis pas de cet avis, répartit philosophiquement [le secrétaire en se remettant à son déjeuner.Moi, si j'étais riche et que j'aie les moyens de me faire servir, continua-t-il, imperturbable, je n\u2019aurais autour de moi que de jeunes et frais visages! C\u2019est si beau, la jeunesse! Et, en parlant ainsi, Jacques Rives avait un air radieux, qui confirmait vraiment son opinion.Le château des Oyats semblait d\u2019ailleurs transformé depuis la venue du secrétaire.Il avait perdu l\u2019aspect morne et triste qui avait frappé le jeune homme à son arrivée.\u2014La maison est tellement silencieuse, avait-il confié à Mille Hermine, qu\u2019elle me fait songer au château de la Belle au Bois Dormant.Et il s\u2019était chargé de la réveiller ! Du matin au soir, aux heures où il n\u2019était pas occupé \u2018auprès de Monsieur Gardanne, on entendait sa voix sonore et son rire joyeux.Lorsqu'il avait fini son travail, il se livrait à des courses folles avec les chiens, pour se \u201cdécourdir les jambes\u201d, disait-il galement.Il les dressait.leur apprenant mille tours de sa façon, les faisant sauter à des hauteurs prodigieuses et y sautant souvent lui-même.\u2014T1 est en caoutchouc, ce garçon-là ! déclarait Mile Hermine qui ne cessait de l\u2019admirer.Mlle Yolande et Mme Bornave raffolaient également de leur nouvel hôte.I avait, d\u2019ailleurs, pour les trois soeurs des attentions touchantes, passant, pour ainsi dire toutes ses soirées auprès d'elles, faisant des \u201cpatiences\u201d avec Mlle Yolande, à qui il en avait appris des tas, ou lisant le journal à la maîtresse du logis, pendant qu'elle tricotait pour ses pauvres, s'amusant souvent à taquiner Mille Hermine, dont il appréciait la franche sympathie et qui était sa confidente habituelle.\u2014C'est un vrai trésor que nous a envoyé là Bertrade, songeait parfois la vieille demoiselle, en attachant un regard affectueux sur le jeune homme qui l\u2019accompagnait souvent, lorsqu\u2019il était libre, dans ses visites chez les pauvres du village où ils allaient porter de la soupe, des oeufs et des secours de toutes sortes, et où il était devenu bien vite le grand favori de tous, maïs des mioches surtout.I1 avait toujours pour eux des billes, des bonbons ou des sous ae te 2 LA REVUE POPULAIRE plein ses poches, et il savait les amuser comme personne n\u2019aurait pu le faire.Aussi, le \u201cParisien\u201d \u2014les étrangers, étant toujours pour eux des Parisiens\u2014 était-il très populaire dans le pays.Vi- sitaient-ils des malades, il avait également quantité de remèdes à leur proposer, remontant leur moral par ses encouragements, et l'intérêt qu'il prenait à chacun d'eux en particulier.Très expansif, bavard\u2014commie une concierge, disait dédaigneusement Monsieur Gardanne\u2014le jeune homme dans ses courses avec Mlle Hermine, ne tarissait pas; mais elle avait remarqué qu\u2019il ne parlait guère de lui-même.Il ne se lassait pas, au contraire, de l\u2019interroger sur son \u201cpatron\u201d et sur tout ce qui avait rapport à sa personne.\u2014Pourquoi Monsieur Gardanne ne se marie-t-il pas?avait-il demandé un jour à sa compagne.Avec sa fortune et taillé comme il l\u2019est, il n'aurait que Yembarras du choix.Elle Tui avait raconté alors l\u2019aventure qui avait bouleversé sa vie, la trahison qui avait fait de lui cet \u201cours\u201d, comme l\u2019appelaient les paysans; ce misanthrope, ce sauvage, ainsi qu\u2019elle disait.\u2014 Si vous l\u2019aviez connu alors, mon cher ami, vous auriez peine à le reconnaître aujourd\u2019hui, car il n\u2019était pas du tout le même homme.Je ne vous dirai pas qu\u2019il était bien gai, ayant toujours été de nature sérieuse et grave, mais il n\u2019avait pas ce caractère sombre et aigri qui le rend insupportable à tous ceux qui l\u2019entourent.Jacques Rives haussa les épaules.\u2014I1 est encore bien \u201cjeune\u201d pour se faire tant de bile à propos d\u2019une coquette qui n'en valait certes pas la peine ! Il ne manque pas, de par le monde, de jeunes filles charmantes qui seraïent ravies de l'épouser et qui lui feraient une existence heureuse.C'est regrettable aussi pour Mme Bornave qui n\u2019a que re petit-fils.\u2014Elle a aussi une petite-fille, interrompit Mademoiselle Hermine, à voix basse.Puis, comme le secrétaire la regardait d\u2019un air étonné et interrogateur.elle continua, prise d\u2019un besoin irrésistible de confidence: ' \u2014Oui\u2026 Godelaine est même bien matheuneuse à ce sujet.Vous n\u2019avez pas été sans remarquer la tristesse qui T'accable à certains moments?\u2026 Je vais vous en dire la cause.Elle lui conta alors toute l\u2019histoire de sa nièce Christiane.son mariage, sa mort, celle de son mari et la demande faite par le notaire l\u2019année précédente au sujet de l\u2019orpheline qu\u2019ils laissaient après eux.Jacques Rives, le visage sérieux, les lèvres serrées écoutait attentivement son interlocutrice.Lorsqu'il apprit le refus de la grand\u2019mère de recevoir sa petite-fille, il poussa une exclamation indignée: \u2014Madame Bornave a fait cela?s\u2019é- cria-t-il, mais c\u2019est très cruel de sa part! Comment a-t-elle pu agir ainsi, elle qui semble toujours si bonne?\u2014I1 ne faut pas lui en vouloir, protesta Mademoiselle Hermine: c\u2019est Hugues qui n\u2019a pas voulu.\u2014 Mais pourquoi?De quel droit?\u2014Ah! voilà! toujours Ia même histoire.Bien sûr qu\u2019il ne se serait pas opposé à la venue de cette si elle avait 25 eu cinquante ans!\u2026 Il a horreur des femmes, et il ne peut supporter la vue d'un jeune visage, qui lui rappelle celle qui l\u2019a trompé.\u2014C\u2019est stupide et c\u2019est odieuxi déclara nettement Jacques Rives.Comment peut-il vivre ainsi, choyé par sa grand\u2019mère sans songer avec remords qu\u2019il y a de par le monde une orphe- linie, ayant droit, elle aussi, à ce bonheur et n\u2019en jouissant pas à cause de lui?\u2026 Et cette jeune fille a-t-elle au moins quelques ressources?continua- t-il avec intérêt.\u2014On n'en sait rien ! répondit la vieille demoiselle.Sur le conseil d\u2019Hugues, Godelaine lui a fait offrir la part de la fortune qui lui revenait de son grand\u2019père, mais elle a refusé fièrement.\u201cC\u2019est sa part d\u2019affection qu\u2019elle réclamait!\u201d \u2014Bien, cela! approuva vivement le secrétaire.En tout cas, awvait-il ajouté, après un \u2018instant de silence, je ne voudrais pas être à la place de M.Gardanne et avoir pareil reproche sur la conscience?.Je ne dormirais guère en repos.Je comprends maintenant qu'il n\u2019ait jamais l\u2019air heureux.Il ne doit certainement pas être content de lui! Jamais depuis, Jacques Rives n'avait abordé ce sujet avec Mlle Hermine ; mais il n\u2019avait pu se garder parfois, auprès de son \u201cpatron\u201d de quelques allusions que celui-ci n\u2019avait pas comprises, ou du moins avait fait mine de ne pas comprendre.Il faisait un temps délicieux comme ils s\u2019en allaient tous les deux, cette après-midi, chasser le lapin dans les garennes de Saint-Quen- tin; et l\u2019on eût dit que le propriétaire des Oyats subissait.lui aussi, le charme de cette nature ensoleillée, car il écoutait avec intérêt la conversation enjouée de son secrétaire, souriant même parfois aux boutades du jeune homme.\u2014Vous ne jouez pas au tennis, M.Gardanme?interrogea-t-il tout-à-coup.\u2014 Non, répondit Hugues, étonné Pourquoi cette question?\u2014C\u2019est quhier, en allant à bicy clette porter le courrier à la gare du Crotoy, j'ai vu plusieurs joueurs installés rue Carnot, et je me suis demandé si vous vous livriez à ce sport que j'aime beaucoup.\u2014Rien ne vous empéche de faire partie de ce Club de tennis, mon garçon, si le coeur vous en dit, déclara tranquillement M.Gardanne.Nous voici bientôt en juillet, et pendant trois mois vous pourrez, les après-midi, vous adonner à votre sport favori, car, à partir de 3 heures, vous serez libre.\u2014Vous êtes trop bon, Monsieur Gar- danne, répliqua vivement Jacques Rives.Je n\u2019ai pas besoin d\u2019aller jouer au tennis tous les jours, une partie de temps en temps suffira à mon bonheur.Je m\u2019en voudrais de vous abandonner aussi souvent! continua-t-il gaiement.\u2014Pourquoi?dit Hugues; du moment que je n\u2019ai pas besoin de vos services, il est trés naturel que vous preniez un peu des distractions nécessaires à votre âge.\u2014On croirait à vous entendre, que vous êtes un vieillard! riposta le secrétaire, en riant.J'ai vu hier des joueurs qui étaient certainement plus âgés que vous, Monsieur Gardanne. 26 \u2014 C\u2019est possible !.Mais je vous avoue que je ne me vois pas du tout lançant une balie ou courant pour en rattraper une autre\u2026 Je n'en aurais d'ailleurs ni le talent ni le goût.Il y avait dans la voix du châtelain quelque chose de si découragé que Jacques Rives le regarda étonné.Le beau visage énergique d'Hugues Gardanne semblait plus triste que jamais, tout en gardant une expression de douceur qui frappa son compagnon.\u2014Etait-il possible que cet homme éprouvât encore tant de chagrin pour une femme qui n\u2019était assurément pas digne de lui! L'aimerait-il donc encore?songea Rives, en lui-même, tandis qu\u2019il cherchait, dans son esprit fertile, quelque sujet de conversation qui fit diversion.Une famille de lapins, Zébouchant d\u2019un terrier, lui en fournit l'occasion, \u2014A vous, Monsieur Gardanne! s\u2019é- cria-t-il vivement, pendant que tirant \u2018ui-même de son côté, il abattait ses ceux premières victimes.Durant une grande heure, ce fut une éritable hécatombe.Ils étaient arrivés dans la partie la plus giboyeuse de :a garenne, et presque à chaque pas, cn apercevait des lapins se faufilant dans les ajoncs, se glissant dans les couffes de genêts et les buissons d\u2019oyats.Emporté par l\u2019ardeur de la chasse, et à cause aussi des accidents de terrain.Rives se trouva, sans s\u2019en apercevoir, séparé de son \u2018patron\u201d, il continua de chasser avec entrain, ramassant joyeusement ses victimes et, à un moment donné, n'ayant plus de place dans son carnier, il les accrocha autour de lui, tand:s qu\u2019il songeait en riant : \u2014Je vais avoir lair d'un Indien sauvage, rentrant au camp avec son butin.Mlle Hermine aura bien du plaisir en me voyant revenir ainsi au logis.Mais il sarrêta soudain en entendant des cris, des vociférations.Ecoutant attentivement, H perçut des éclats de voix irrités\u2026 \u2014Pas de doute! c\u2019est \u201cours\u201d qui grogne! murmura-t-il.Il semble fu- \u201cleux\u2026 Que se passe-t-il?Et, pris d\u2019une vive anxiété, il s\u2019élança à toute vitesse du côté d\u2019où venait le bruit.A quelques centaines de mètres de là et au tournant d\u2019une dune il aperçut Hugues Gardanne aux prises avec un individu de force peu commune, à la face bestiale, qu\u2019il connaissait bien de vue et dont le vieux Martin lui avait parlé souvent comme d\u2019un braconnier des plus dangereux.Avant la venue du Maitre des Oyats le \u201cCahouan\u201d \u2014 c\u2019était le surnom donné à ce chenapan\u2014 :1 passait son temps à tuer les lapins de la garenne, les revendant bon prix vendant la \u201csaison\u201d, aux baigneurs de Berck et du Crotoy; maïs, M.Gardan- ne faisant une guerre acharnée aux braconniers, le \u201cCahouan\u201d n'avait pu continuer qu'en cachette son triste métier.Aussi avait-il voué au châtelain \u201cne haine mortelle, surtout depuis cer- *ains procès des gardes qui lui avaient \u2018alu quelques semaines de prison.Quand Jacques arriva auprès de son patron, celui-ci, maître de la situation, avait terrassé son adversaire et il le rossait d'importance, sans pitié pour ses cris.Lorsqu'il s'arrêta, ayant jugé la cor- LA REVUE POPULAIRE rection suffisante, il était livide et ses yeux étincelaient; tandis qu\u2019il déclarait, d'une voix frémissante de colère: \u2014Je crois que tu en as assez pour aujourd'hui, coquin, mais, si ça ne te suffit pas, nous recommencerons.Avec quelques mois de prison par-dessus le marché, ça te guérira de l\u2019envie de braconner dans mon domaine.Ft il s\u2019éloigna sans se retourner, suivi de Jacques Rives qui tremblait d\u2019émotion.\u2014Oh! Monsieur Gardanne, murmu- ta-t-il, au bout d\u2019un moment, il faut vous méfier de cet individu, il se vengera, j'en ai peur! Si vous aviez vu le regard haineux au\u2019il attachait sur vous! Le maître des Oyats haussa les épaulez \u2014Que m'impertent les sentiments de cette brute?déclara-t-il, avec dédain.Lorsqu'on rencontre sur sa route, un animal de cette espèce, on Ll'\u2019écrase.voilà tout! Je n'ai pas peur de lui.ni de personne, d\u2019ailleurs.Jacques Rives ne dit rien, mais pendant tout le reste de l'après-midi, il fut hanté par ce regard du braconnier, ces yeux brûlants de haine, dans lesquels il avait lu une menace de mort.A cette pensée, le jeune homme ne pouvait s\u2019empêcher de frissonner.Il savait combien le châtelain était peu aïmé dans le pays: on le craignait, on le redoutait, mais on le détestait franchement.Et pourtant, songeait Jacques, il était généreux et donnait sans compter: une grande partie de son gibier était pour les pauvres du village.Souvent il envoyait même son secrétaire en porter à l\u2019hospice de Rue, et aux sanatoriums de Berck ou de Valoires.Mais, s\u2019il se montrait charitable dans ses actes, il avait une façon si hautaine et si dédaigneuse de traiter ceux qui l\u2019approchaient, il apportait dans ses rapports avec tous une telle wai- deur, qu'on comprenait ce surnom de \u201cours\u201d sous lequel on le désignait dans tout le pays.Lorsqu'ils furent en vue du château, Hugues qui avait gardé jusque-là un silence préoccupé, recommanda vivement à son compagnon: \u2014Dites donc, Rives, je vous serai obligé de ne raconter à personne le petit incident de cette après-midi.Il est inutile d\u2019inguiéter ma grand\u2019mère et mes tantes avec de telles sottises.Jacques s\u2019inclina et promit le silence demandé.Mais il était bien décidé à voir les gardes et à insister auprès d'eux pour qu\u2019ils aient Yoeil sur le dangereux braconnier et qu\u2019ils veillent à ne jamais Je laisser pénétrer dans la propriété des Oyats.L\u2018air préoccupé du jeune secrétaire pendant tout le diner ce soir-là frappa Mlle Hermine qui interrogea plai- somment: \u2014Seriez-vous revenu bredouille, jeune chasseur, pour avoir cet aspect lugubre qui ne vous est guère habituel?\u2014Bredouille ?protesta Jacques, qui sembla s\u2019éveiller brusquement pour retrouver sa verve accoutumée.Vous ne m\u2019avez pas vu rentrer, chère Mademoiselle.pour me faire une pareille question?Demandez à M.Gardanne! J\u2019étais tellement chargé de gibier que j'avais l\u2019air d\u2019un chasseur indien portant ses trophées de combat tout autour de lui! Jai fait l'admiration de Décembre 1929 Sophie en déposant mes dix-huit la- pint.Oui, Mademoiselle, dix-huit, ne vous déplaise! insista le jeune homme, en voyant le geste incrédule de son hôtesse\u2026 Vous pouvez aller les compter! Votre cordon bleu en était si émerveillée qu'elle ne trouvait pas le terme pour exprimer son admiration.\u2014Monsieur Rives, déclarait-elle, les mains jointes; vous êtes.vous étes.\u2014 Un \u201cas\u201d, Sophie! ai-je terminé en venant à son secours Mais la pauvre fille qui n'est pas \u201cà la page\u201d\u2019 n\u2019a pas compris, et s'est éloignée en marcottant: \u201cUn as! comme si je parlais de cartes à jouer! Ce n\u2019est pas bien, Monsieur Rives, de se moquer ainsi du pauvre monde qua pas d\u2019instruction\u201d.J\u2019ai dû rassurer la bonne vieille et lui faire toutes 1mes excuses.\u2014A propos de lapins, dit tout-à-coup Mme Bornave en se tournant vers son petit-fils et en le regardant avec une certaine inquiétude; tu feras bien, mon cher Hugues, de prendre des précautions.Le Cahouan est sorti de prison depuis quinze jours, paraît-il, et il rôde la nuit autour des garennes.m'a dit la femme du garde Leroux.à qui jai porté un peu de bouillon cette après-midi \u2014TI] ne se gêne même pas, continua Mlle Hermine.d\u2019un ton ironique, pour déclarer à qui veut l'entendre qu\u2019il se moque de toi, mon neveu, et qu'il saura bien avoir des lapins tant qu\u2019il en voudra.\u2014Qu\u2019il essaie! dit rudement M.Gar- danme; et il verra de quel bois ours\u201d se chauffe.\u2014Hugues, je t'en conjure, insista Mme Bornave.méfie-toi de ce Ca- houan.il est très dangereux! \u2014Ne vous inquiétez donc pas, grand\u2019 mère, répondit le châtelain, d\u2019une voix plus douce; je suis homme à me défendre si l\u2019on m'\u2019attaque, et.\u2014Oui, mais.Mme Bornave a raison.interrompit vivement Jacques Rives : ces sortes de gens n\u2019attaquent pas! ils se cachent dans l\u2019ombre\u2026 ef ils assassinent ! M.Gardanne éclata d\u2019un rire moqueur, tandis qu\u2019il s\u2019écriait: \u2014Peste, mon \u201cher Rives, vous en avez une imagination.On voit que vous avez dû \u2014 comme tous ceux de votre âge, d'ailleurs \u2014fréquenter les salles de cinéma.Mais, ses yeux rencontrant ceux de son secrétaire, il iut.dans le regard que celui-ci attachait sur lui, un tel reproche et en même temps une telle angoisse qu'il se tut soudain, étonné et touché tout à la fois.\u2014Allons, mon garcon, déclara-t-il gaiement, après un instant de silence.ne vous \u201cfranpez\u201d pas! I'\u201c\u2018ours\u2019 des Oyats n\u2019a rien à craindre du Cahouan, c\u2019est moi qui vous le dis! Et comme, en se retirant, il embrassait sa grand\u2019mère.ainsi qu\u2019il le faisait chaque soir.il la rassura tendrement: ] \u2014Dormez en paix, grand'meére.et ne vous tourmentez pas toujours ainsi a mon sujet.Rentré chez lui, Hugues Gardanne s\u2019accouda à sa fenêtre et y resta longtemps, absorbé dans une profonde méditation.A quoi révait-il ainsi le maître des Oyats?.I1 lui elit été bien difficile de le dire.Son visage, habituellement er! Tel Dour 1 Décembre 1929 sombre, avait une expression souriante.IL semblait heureux.pourquoi?.Il était surtout hanté par la pensée de son secrétaire, qui occupait son esprit avec une persistance singulière.Il avait toujours devant les yeux la figure du jeune homme.Ces traits si joyeux d'habitude et soudain si angoissés que Jacques Rives en paraissait vieilli de dix ans!\u2026 Et dans le regard, fixé obstinément sur lui, il avait vu une telle lueur d'affection qu\u2019il en était bouleverse.Etait-il done possible qu\u2019il ait pu inspirer un sentiment de sympathie aussi profonde à ce subaïterne qu\u2019il traitait pourtant de haut la plupart du temps?.Et en se posant cette question, il ne pouvait sempécher de constater que, lui aussi quoi qui! en fit, se sentait parfois étrangement attiré vers ce garcon rieur, au franc-parler, toujours prêt à rendre service, à se dévouer, exubérant de gaieté et de jeunesse.Ft il ne pouvait non plus s'empêcher de sourire, en se rappelant la réponse de Rives.comme il s'étonnait de son insouciante bonne humeur: \u2014Oh! M.Gardanne! Je suis si heureux de vivre! C\u2019est si bon, la vie! \u2014-Pourtant, elle ne paraît pas vous avoir gâté à ce point, cette vie dont vous parlez avec un tel enthousiasme, avait-il objecté ! Vous étiez riche, et vous voilà maintenant obligé de travailler.\u2014Oui, c\u2019est vrai! avait avoué le garcon.Mais je ne suis pas à plaindre quand même! J'ai l\u2019illusion d\u2019avoir retrouvé ici une vraie famille\u2026 On est bon pour moi.Je ne mangue de rien.Est-il besoin d\u2019une grosse fortune pour être content?Et la philosophie souriante de cet original finissait par avoir une certaine influence sur le châtelain.Il avait honte parfois de son humeur chagrine, de son caractère difficile devant la patience inaltérable de Jacques Rives.Il était en même temps touché, plus qu'il ne voulait se l'avouer.par les preuves de véritable sympathie de ce garcon qui lui était tout dévoué, il en avait la ferme conviction.Il lui savait gré aussi des attentions délicates dont il entourait ses vieilles parentes\u2014sa grand\u2019mème, en partieu- lier \u2014 et de la déférence respectueuse quil leur témoignait en toutes circonstances.Et Hugues Gardanne.tout en refermant sa fenêtre.se répéta en lui-même ce que Mlle Hermine déclarait du matin au soir à qui voulait l\u2019entendre: \u2014Bertrade a eu la main heureuse en nous envoyant ce garçon?CHAPITRE IV \u2014Bravo, Monsieur Rives! nous avons gagné la partie.Vous avez joué divinement! Je ne vous ai jamais vu aussi \u201cen forme\u201d.Et, parlant ainsi, une jeune fille très élégante, aux cheveux coupés courts, aux lèvres peintes, donnait au secrétaire un vigoureux shake-hand\u201d.\u2014C\u2019est à moi de vous congratuler, Mademoiselle, répondit Jacques, gaiement, car je vous avoue que j'ai rarement rencontré um partenaire aussi habile.Votre jeu était merveilleux.j'en LA REVUE POPULAIRE ai même oublié d'heure, continua-t-il, en consultant sa montre.\u2014 Ah! sapristi! s\u2019écria-t-il vivement; je ne suis pas en avance, sept heures moins le quart! Il va falloir en \u201cmettre\u201d et pédaler ferme.A demain, Mademoiselle.Les jeunes gens se serrèrent de nouveau la main.Et, tandis que Jacques Rives, enfourchant sa bicyclette, filait comme un bolide, Arlette Puybrac, Mademoiselle, répondit Jacques, gaiie- \u201cas\u201d du tennis, ainsi qu\u2019on l\u2019appelait au Crotoy, Ie sitivit du regard, jusqu\u2019à ce qu\u2019il disparut au tournant de la route.\u20141T11 est charmant ce Rives, murmu- ra-t-glle, en se parlant à elle-même; je n'ai jamais vu un garçon si séduisant! Un garçon si séduisant qu'il a quelque chose d\u2019une jeune fille.Pendant ce temps, le \u201c secrétaire pédalait ferme.il en mettait! \u2014Gare! songait-il, je vais recevoir un fameux attrapage! 1\"\u2018ours\u201d est dure telle humeur depuis quelques jours! On diraït que l\u2019arrivée de ce major Néry, son ami d'enfance, l\u2019a rendu plus irritable que jamais!.il grogne du matin au soir! C\u2019est bien dommage ! il commencait à s\u2019apprivoiser!\u2026 Son copain pourrait bien lui donner un peu \u2018de son amabilité!\u2026 il est aussi sucré que l'autre est vinaigré\u2026 Je me demande si j'arriverai à l'heure pour.\u201d crac! patatras!.Un choe épouvantable précipita le coureur par-dessus sa monture.Il avait neurté un autre bicycliste qu\u2019il n\u2019avait pas aperçu.perdu qu\u2019il était dans son solilogue.temps une voix de femme protestait avec irritation: \u2014Maladroit !.Vous pourriez faire attention, tout de même!\u2026 Vous me voyiez bien!\u2026 On ne se jette pas ainsi sur les gens sans crier gare! Heureusement pour moi que j'ai pu parer le coup!.Mais, comme il se relevait et se découvrait devant la bicycliste, qui le dévisageait d\u2019un air courroucé, un éclat de rire retentit soudain: \u2014Comment, c\u2019est to0i?.Ah ! par exemple! elle est bien bonne!.Si je m'attendais a te rencontrer dans ce trou perdu du Croty!.Mais que fais- tu ici?Et l\u2019inconnue.sautant au cou de Jacques Rives l\u2019'embrassait sans fa- cons.Ils causèrent quelque temps, à Voix basse, et les confidences du secrétaire ne devaient pas être tristes, à en juger par les exclamations et les tires de la jeune femme.Lorsqu\u2019ils se séparèrent, cette dernière attacha un regard ému et affectueux sur son compagnon qui l\u2019avait attirée dans ses bras et ils s'embrassèrent de nouveau.\u2014Allons, courage, mon vieux, dit-elle tendrement, nous nous reverrons.N\u2019ou- ble pas mon adresse: Chajlet des Goélands, sur la plage.Viens le soir, lorsque les petits zeromt couchés.Etait-ce sa rencontre avec l'inconnue ou la rapidité de sa course qui donnait à Jacques un air si radieux?.Mais il n'avait jamais paru plus charmant à Mlle Hermine, qui était sur le perron lorsqu'il arriva et l\u2019accueällit avec un bon sourire.\u2014Je ne suis pas trop en retard ?questionna-t-il, vivement.\u2014Hum, répondt-elle, je crois qu\u2019il était temps de rentrer, car les cinq mi- \u201d En méme- agar i fod els! + ui tuner 27 nutes de grâce, commençaient à s\u2019écouler.} \u2014Oui.je sails.Je m\u2019étais déjà oublié dans une partie \u201cexciting\u201d, comme disent les Anglais.Et en revenant, j'ai rencontré une.amie de Paris.\u2014Ah !.\u2026 je comprends! répondit Ila vieille fille.en souriant malicieusement.Oui, elle comprenait maintenant pourquoi les yeux de Jacques Rives brillaïent d\u2019un tel éclat!.N\u2019était-ce pas naturel, après tout?Il avait vingt- trois ans, ce garçon.Et, à en juger par son caractère expansif et affectueux, son coeur ne devait pas être insensible.Le dîner fut très gai.ce soir-là, au château des Oyats.Hugues Gardanne semblait d'humeur charmante et don- neît Ia réplique au malor Néry, qui ne tarissait pas on anecdotes amusantes sur des années de leur jeurresse Compatalotes et amis d\u2019enfance, ils avaient été ensemble au lycée.Ils s\u2019étaient trouvés ensuite séparés: alors que Néry entrait à l'hôpital militaire de Lyon pour y faire sa médecine, son ami arrivait à Paris pour préparer son dectorat en droit.Puis la guerre les avait rapprochés par un heureux hagard: Hugues Gardanne ayant été nommé lieutenant dans le régiment où se trouvait justement le major Néry.Et dans ces circonstances même, leurs liens d\u2019amitié s\u2019étaient sineuliè- rement resserrés.Ensemble ils avaient partagé les mêmes dangers, enduré les mêmes souffrances, et, braves tous deux, s'étaient également signalés par leur courage, leur héroïsme dans la longue lutte contre l'ennemi.Jean Néry, confident de son ami, n'avait rien ignoré non plus de l'amour de Hugues pour la fille du professeur et il savait.mieux que personne au monde, ce que le jeune homme avait souffert de la trahison de celle qui l\u2019avait aussi lâchement abandonnà.Envoyé en Syrie après la guerre, le major y était resté près de deux ans et était passé de là au Maroc.Un peu déprimé et malade du foie, il venait d\u2019obtenir un congé de quatre mois, et après une saison à Vichy.il aavit répondu à l\u2019invitation pressante de Hugues, lui proposant de terminer son congé aux Oyats.Il y avait donc près de six années qu\u2019il n\u2019avait vu son ami: aussi s\u2019était-il demandé en quel état il Ie trouverait, ear rien dans les lettres qu'ils s'étaient écrites ne pouvait l\u2019éclairer à ce sujet Et il avait été franchement étonné \u2014content surtout-\u2014de le revoir si calme tout absorbé par ces études d'histoire, auxquelles il consacrait maintenant la plus grande partie de son temps.Il ne lui avait pas caché sa joie de le retrouver dans «d'aussi bonnes dispositions, et Hugues avait répondu tranquillemient : \u2014Oui, je me crois guéri, j'ai pris un intérêt passionné à mon tmavail\u2026 depuis ces derniers mois surtout.Rives, mon secrétaire, m'a communiqué un peu de son enthousiasme.Ce singulier garcon met une telle ardeur à ses recherches, il se plonge avec tant de délices dans ces questions d'histoire qu\u2019il finit par m\u2019entraîner!\u2026 Nous travaillons parfois avec une véritable fièvre.Aussi, je tavoue que je n\u2019ai même plus le loïsir de penser à autre chose tant ma besogne m'\u2019absorbe.\u2014Ce secrétaire paraît vraiment d\u2019u- 28 ne intelligence remarquable, observa le miajor; et il est surtout franchement sympathique.D'où sort-il ce garcon- là ?\u2014Je ne sais nas grand chose à son sujet, répondit Hugues.C\u2019est ma tante Bertrade qui m\u2019a déniché ce \u201crara avis\u201d, comme elle dit.Il serait, paraît- il, le filleul de son médecin.Orphelin, il a été élevé par un oncle fort riche, qui a perdu sa fortune à la suiite de spéculations malheureuses et est mort sans rien laisser à son neveu.D'ailleurs, Rives ne parle guère de lui-même et de tout ce qui le concerne.Il a dû certainement mener autrefois une vie large et rcevoir une éducation parfaite.TI est incontestablement très intelligent et très instruit; mais il est aussi d\u2019une indépendance de caractère qui frise parfois le sans-gêne.\u2026 On voit qu'il a été élevé en enfant gâté, accoutumé à se payer toutes ses fantaisies\u2026 Tel qu'il est.conclut le maître des Oyats, je le trouve fort précieux et je serais désolé de le perdre, je ne le cache pas.C\u2019est plus qu\u2019un employé pour moi, c\u2019est un véritable collaborateur.Ce soir-là, le \u201ccollaborateur\u201d plus en train que jamais, mimait avec une telle perfection le garde-champêtre de Favières, un des villages voisins, qui, la veille, lui avait dressé procès-verbal pour avoir écrasé un vieux chien de berger dans une de ses randonnées en auto que tous les convives riaient à en perdre haleine.\u2014Je j'avais pourtant averti, ce sot animal, déclarait-il, avec une gravité comique, j'ai corné, crié.hurlé\u2026.il n\u2019a pas bougé! Et le propriétaire, en arrivant sur les lieux de la catastrophe a avoué:\u2014\u201cIl entendait un peu dur!\u2026 Pour dire qu\u2019il était sourd, il n\u2019était pas sourd, mais pour dire qu\u2019il entendait bien, il n'entendait pas bien.\u201d Je devrais donc bénéficier des circonstances atténuantes! Oi: n\u2019a pas l\u2019idée de laisser circuler sur les routes une bête vieille et sourde!.Mais le garde- champêtre n\u2019a pas voulu en démordre.J'en serai quitte pour payer cet animal dix fois plus cu\u2019il ne valait, bien sûr, car c\u2019était unn espèce de vieux barbet qui aurait pu rendre des points à Mathusalem lui-même! Tout mon mois va y passer : conclut le jeune homme, d\u2019un ton lugubre qui redoubla lhilarité générale.\u2014Ne vous césolez pas, Rives, déclara Hugues Gardanne.Comme l'accident est arrivé en servir> commandé, puisque c\u2019est pour me procurer un renseignement à la bibliothéque d Abbeville que vous filiez ainsi, je paierai les frais, \u2014Jamais de la vie! protesta fiére- ment le secrétaire.Comme disait mon oncle: qui casse les verres les paie ! C\u2019est la même chose avec les vieux chiens de berger: qui les écrase les pain ! \u2014Vous ne nous aviez pas raconté cette aventure hier soir, dit le major en riant.\u2014Non, j'étais fatigué.abruti même.Et pour dire la vérité, je n\u2019y ai plus songé! Je pensais à autre chose.Cela, m'arrive souvent, continua fle jeune homme; je suis si distrait.\u2014Ca, c\u2019est vrai, approuva l'officier.Gageons que Vous ne nous avez pas Vus cette après-midi?LA REVUE POPULAIRE \u2014Cette après-midi ?interrogea curieusement Rives.Mais oui?au tennis?- \u2014Nous sommes passés à cheval devant les terrains de tennis, et nous nous sommes arrêtés un bon moment pour vous regarder jouer.Et même, à ce propos, permettez-moi de vous féliciter, mon cher ami! Vous devez être un \u201cas\u201d! Je suis un peu connaisseur, et je vous ai franchement admiré.Vous avez eu des coups étonnants! \u2014Vous jouez au tennis, Monsieur le major?\u2014Oh! non! j'y ai joué beaucoup autrefois; mais depuis que j'ai été blessé au bras droit, en Champagne, je ne puis plus, à mon grand regret, me livrer à ce sport.\u2014C'\u2019est dommage, dit Rives, j'aurais été enchanté de vous proposer un \u201csimple\u201d.Ça m'aurait reposé des parties mixtes avec des jeunes filles, comme on en fait journellement au terrain.\u2014Comment! s\u2019écria gaiement le major, c\u2019est vous qui parlez ainsi?Vous vous pilaignez que la mariée est trop belle?Peste, mon jeune ami, vous êtes difficile, il me semble pourtant que toutes ces demoiselles ne vous ménageaient pas leur admiration! Il y en avait une haie autour de vous qui applaudissaient à tous les coups! \u2014Oui, répondit Jacques, dun ton condescendant, il y en a même parmi elles qui ne jouent pas mal.Mais ça ne vaut pas une partie entre hommes.\u2014Qui ne vous oblige à ne jouer qu'avec ces jeunes filles?interrogea le châtelain des Oyats.\u2014Je voudrais vous y voir, Monsieur Gardanne! déclara Rives, en riant.Je n\u2019ai pas le temps d'arriver qu\u2019elles sont toutes autour de votre serviteur.\u201cM.Rives, une.partie avec moi?M.Rives, je vous retiens pour la seconde?M.Rives par ci! M.Rives par là\u201d! Et comme je suis trop poli et trop\u2026 timide, je n\u2019ose refuser à aucune d\u2019entre elles.Alors, je suis \u201cpincé\u201d nour toute l\u2019après-midi\u2026 Voilà! La conversation += continua sur ce ton joyeux pendant tout le repas.M.Gardanne et sur ho.e sortirent pour aller fumer une cigrrette en se promenant dans le bois de sapins derrière le châteauf Jacques Rives, invité par le major à les accompagner, se récusa et venamy,ginstaller dans le salon auprès de M ornave, i! se mit en devoir de lui lire le journal.comme il le faisait presque chaque jour.Tentées par la beauté et la douceur de la soirée, Mlle Hermine et sa soeur sortirent, elles aussi, pour faire un tour dans le parc, st le jeune homme resta seul avec la vieille châtelaine.Comme il s\u2019arrêtait de lire, à un moment donné, il surprit le regard que Mme Bornave attachait sur lui, et il sentit dans ce 1egard une sympathie si profonde qu\u2019il en fut tout ému.Il continua sa lecture, mais sa voix tremblait un peu \u2014Arrêtez-vous un moment, mon cher enfant, dit Mme Bornave, avec sollicitude, vous semblez fatigué.J'ai vraiment peur d\u2019abuser de votre complaisance.Il fait si chaud! Pourquoi ne pas aller dehors respirer un peu, avec les autres?Rives protesta vivement.\u2014Fatigué?Oh non, Madame.C\u2019est Décembre 1929 un vrai plaisir pour moi de rester auprès de vous.Et je suis si heureux de pouvoir vous rendre ce léger serviced'être aussi votre lecteur.\u2014I fait vraiment trop accablant pour s'occuper ce soir de politique, déclara Mme Bornave.Venez vous asseoir auprès de la fenêtre, et causons si vous le voulez bien.La vieille dame essaya d\u2019amener le jeune homme à parler de lui-même.de son enfance.Mais, très habilement, Jacques Rives trouva le moyen de détourner la conversation sur Hugues Gardanne, sachant qu\u2019une fois sur ce sujet, la grand\u2019mère ne s\u2019arrêterait plus.Il avait raison.Mme Bornawe, secrètement flattée par l\u2019intérêt que le secrétaire semblait prendre à son \u201cpatron\u201d, comme il disait en riant, s\u2019étendit longuement sur la jeunesse de son petit-fils, sur la mort prématurée de ses parents.\u2014Vous aviez une autre fille, je crois?interrogea Rives, discrètement.\u2014Hélas !\u2026 ma pauvre Christiane ! murmura la châtelaime à voix basse.C\u2019est une triste histoire, mon cher petit, continua-t-elle, en voyant le regard attendri que le jeune homme attachait sur elle.J'en parle rarement, car ca me crève le coeur\u2026 Pourtant, c\u2019est parfois un vrai soulagement de confier ses peines.Ft, gagnée soudain.en dépit d\u2019elle- même, par la lueur d\u2019affection qui éclairait les grands yeux noirs si ardemment fixés sur les siens.heureuse de trouver un confident sympathique, la pauvre grand'mère parla longuement de Christiane.de Gennaro Oldi- ni, de la petite fille qu'elle ne connaîtrait sans doute jamais.l\u2019enfant de sa Christiane, qu\u2019elle eût tant désiré serrer dans ses bras.\u2014Je ne mourrai pas en paix.avouait- elle doucement comme se parlant à elle-même.Et vourtant pouvais-je agir autrement ?Renoncer 3 Hugues.à ce garcon que j'ai élevé.qui a pris toute ma vie et tout mon coeur.surtout depuis que je lai vu souffrir Non.c\u2019était impossible.Mme Bornave semblait avoir oublié la présence du jeune secrétaire, perdue qu'elle était dans une longue et douloureuse rêverie que Jacques Rives n\u2019osait interrompre, se demandant d'\u2019ailleurs ce qu\u2019il aurait bien pu dire.L'amour éperdu de cette grand\u2019meére pour son petit-fils le touchait profondément, quoi qu'il en eût.Mais.d\u2019un autre côté, il ne pouvait approuver sa conduite.La rentrée de Mlle Hermine vint juste à point pour le tirer d\u2019embarras.\u2014Monsieur Rives?s\u2019écria-t-elle.\u2014Présent, Mademoiselle ! répondit celui-ci gaiement en se levant.Qu\u2019y a- t-il pour votre service?\u2014Le major désire aller au Kursaal du Crotoy où il y a, ce soir, un grand concert classique.avec le vialoncelliste Touche\u2014dont il raffole, paraît-il.Hugues serait très heureux si vous vouliez l\u2019y conduire avec l'auto.Vous y assisteriez aussi par la même occasion.\u2014Ah! ca.par exemple, c\u2019est une fameuse idée qu\u2019a le major! Moi qui n\u2019ai pas entendu de musique depuis si longtemps!.Quelle veine! Je cours préparer l\u2019auto. Décembre 1929 Et, ayant souhaité le bonsoir à ses hôtesses, le jeune homme se précipita dehors.- Quelques instants après, l\u2019auto venait se ranger devant le perron du château, au moment où M.Gardanne et son hôte arrivaient.Ce dernier, voulant passer la soirée avec son ami, essayait tous les movens de persuasion pour le décider à l'accompagner au Kursaal.L°\u201c\u201cours\u2019,\u2014comme disait Rives, qui suivait curieusement la discussion, murmurant en lui-même: \u201cIra!\u2026 ima pas!.\u2014l\u2019ours résista d\u2019abord énergiquement.\u2014Voyons, Gardanne, fais-moi Ce plaisir! insistaut le major.Allons écouter cette merveilleuse Sonate de Grieg que nous avons entendue ensemble au boulevard de Strasbourg quelques jours avant mon départ pour la Syrie, et qui nous avait tellement enthousiasmés ! Ne me refuse pas, vieux, ça me causerait un véritable chagrin.\u2014Soit ! finit par consentir Hugues Gardanne; le temps de dire bonsoir à grand\u2019mère et je reviens.Cette décision subite étonna tellement le secrétaire qu'il ne put s'empêcher de déclarer au major, debout près de l'auto: \u2014Ah! bien, elle est forte, celle-là ! Monsieur Gardanne au concert?.\u2026 Vous pouvez vous vanter d\u2019avoir accompli un vrai miracle! \u2014Chut! mon garcon, prononca gaiement l\u2019officier, en mettant un doigt sur ses lèvres et en désignant du regard le châtelain qui revenait déjà.Jacques Rives proposa alors à son \u201cpatron\u201d de se mettre au volant, mais celui-ci répondit, avec un entrain qui redoubla la surprise du jeune homme: \u2014Pas du tout, mon ami! Vous y êtes, restez-y.Mais menez-nous tranquillement\u2026 Et n\u2019écrasez plus de vieux chiens de berger! \u2019 La salle du café-concert était déjà pleine de monde lorsqu\u2019ils y pénétrèrent, et ïls eurent bien de la peine à trouver une place tout au fond de ia vaste pièce.Bien des regards curieux s'attachèrent sur ces nouveaux venus, que les habitués ne connaissaient guère et plus d\u2019un baigneur interrogeait son voisin à leur sujet.Hugues Gardanne, avec sa haute stature, sa fière prestance.son visage énergique et son regard impérieux retenait surtout l'attention des femmes et des jeunes filles.\u2014Ce doit être le châtelain des Oyats, confiait une jolie brune au groupe nombreux qui l\u2019entourait; je reconnais dans un de ceux «ui l\u2019accompagnent M.Rives, son secrétaire, l\u2019\u201cas\u201d du tennis.dont parle toujours Arlette Puy- bras.\u2014Tiens, c\u2019est vrai, chuchotèrent les autres.\u2014 N'est-ce pas ce solitaire, cet \u201cours\u201d, comme disent les zens du pays, à qui appartiennent toutes les dunes et les garennes jusqu\u2019au Fort Mahon?interrogea un des jeunes gens.Il doit être riche comme Crésus.ce particulier-la! Je ne l\u2019avais jamais vu encore au Kur- saal.\u2014On le rencontre quelquefois.à cheval ou en auto.mais c\u2019est bien, je crois, la première fois qu'il met les pieds ici, dit une des ferventes habituées de l\u2019endroit.+ LA REVUE POPULAIRE Oui, elle ne se trompait pas.C'était en effet, la premiere fois qu\u2019Hugues Gardanne franchissait les portes de ce lieu bruyant.Et tout en jetant autour de lui un regard un peu dédaigneux, il se demandait, avec étonnement, comment il avait pu se décider à y accompagner son ami.Il n\u2019en savait rien!\u2026 Un vague désir d'entendre de nouveau Yl'archet qui l\u2019avait charmé un jour.de se retrouver dans ce milieu mondain qu\u2019il avait fréquenté jadis.Et maintenant il s'étonnait du sentiment de satisfaction, on peut même dire de plaiisir, qu'il éprouvait.Il se sentait soudain comme tout rajeuni!.La curiosité bienveillante qu il lisait dans les yeux qui le dévisageaient, les regards admiratifs que lui décochaient les jeunes filles, amemaient un sourire sur ses lèvres.On eût dit que le poids qui semblait peser sur son coeur, depuis ces dernières années, et menacait de Yétouffer avait soudain drsparu.Il y avait longtemps qu\u2019il ne s'était senti aussi léger, aussi heureux.Firmin Touche frappa légèrement de son archet sur le bois de son pupitre, et un silence religieux se fit comme par enchantement\u2026 Le concert commençait.Jacques Rives, qui n\u2019avait cessé d\u2019observer attentivement l*\u201cours\u201d, sans que celui-ci s\u2019en doutât.fut frappé de l\u2019expression recueillie, presque extatique, répandue sur les traits habituellement durs et froïds du châtelain des Oyats.A mesure que les notes graves du violoncelle s\u2019élevaient dans le chant large du célèbre andante de Grieg, Hugues Gardanne, ravi, écoutait comme en rêve les sons merveilleux de l'instrument qui, sous les doigts de l\u2019artiste incom- paraible, semblaient une voix humaine frémissante, aux accents passionnés, exprimant tour à tour la plainte, la souffrance.puis l'amour, la joie, le triomphe.Bercé par le charme prenant de la mélodie qui le remuait jusqu\u2019au fond de l'âme, perdu dans une pofonde rêverie.le châtelain avait oublié le lieu où il se trouvait.Les applaudissements frénétiques, les bravos enthousiastes le réveillèrent brusquement et le rappelèrent à la réalité.Jacques Rives, debout à ses côtés, manifestait bruyamment son admiration, lorsqu'il s'arrêta tout-à-coup, comme pétrifié.Hugues, à qui ce brusque changement d\u2019allure n\u2019avait pas échappé! suivit le regard du secrétaire et aperçut bientôt, à l\u2019autre bout de la salle, une inconnue qui lui adressait un geste mystérieux, lui désignant d\u2019un coup d'oeil son voisin, un homme jeune encore, à la mise élégante et d'aspect distingué.Le trouble de Jacques Rives semblait redoubler, et \u20181 se.rassit brusquement, reculant imperceptiblement sa chaise, de façon à se trouver presque derrière le major.Vivement intrigué, le châtelain continua d'observer le jeune homme à la dérobée, ne perdant pas de vue non plus le couple inconnu.À un moment doné, il interrogea avec indifférence: \u2014Dites-moi, Rives, vous devez con- naitre des tas de gens ici?\u2014Non.¢\u2019est-a-dire.oul, répondit le secrétaire d\u2019un ton hésitant; je connais surtout quelques joueurs et quelques joueuses de tennis.\u2014Ne vous gênez pas pour aller les 29 rerouver, si ça vous dit, mon garçon, déclara Hugues, tranquillement.\u2014Ah! Dieu.non! répundit Jacques Rives; je les ai assez vus! A l\u2019entr acte, Te major, désireux d\u2019essayer sa chance aux \u201cpetits chevaux\u201d décida son ami à l'accompagner, ainsi que le secrétaire, mais ce dernier profita dune poussée de la foule pour g'esquiver; et Hugues, se retournant pour lui parler, fut.tout étonné de ne plus- l\u2019apercevoir.Il raconta à son camarade la petite scène dont il avait été témoin, et le major rit de bon coeur.\u2014Tiens! tiens, voyez-vous cela! s\u2019é- cria-t-il, Il aura ébauché quelque \u201cflirt\u201d ce garçon ! À son âge, c\u2019est compréhensible.\u2014Bien sûr! Seulement, ce qui m'intrigue, c'est que la personne avec laquelle il a échangé un signe d\u2019intelligence, m\u2019a tout l\u2019air d'être mariée.Je l'ai aperçue se dirigeant vers la salle des petits chevaux, appuyée au bras de son compagnon.Causant ainsi.Wb deux jeunes gens avaient fini par se frayer un passage jusqu'à la salle de jeu; Hugues, s'intéressant à la chance de son ami, oublia bientôt l'incident.Revenus à leurs places après l\u2019en- tr'acte, ils n\u2019y retrouvèrent pas le secrétaire et l\u2019orchestre avait déjà commencé le premier morceau lorsque Jacques Rives se faufi:a derrière eux, sans qu\u2019ils l\u2019eussent vu traverser la pièce.\u2014Par où êtes-vous donc entré?interrogea le major, en regardant curieusement le jeune homme.Celui-ci désigna d\u2019un geste une porte dissimulée dans la boiserie.\u2014Entrée des artistes! déclara-t-il, en riant.Je n\u2019ai pas osé me risquer par l'autre côté, continua-t-il confidentiellement; car Il paraît que le maëstro Touche n'est pas tendre pour ceux qui pénètrent dars la salle pendant l\u2019audition dei morceaux.Hugues Gardanne.indifférent en apparence, n\u2019avait pas perdu un mot de l'explication et un sourire incrédule se joua sur ses lèvres.Tout en écoutant la musique il songeait à son secrétal- re, dont les aliures un veu mystérieuses ne manquaient pas de l\u2019intriguer.Après le concert tandis que les assistants se révandaient dans les jardins, éclairés à l\u2019électricité, les uns s'asseyant sur les bancs pour respirer un peu, par cette belle nuit d\u2019été, les autres s'éloignant en groupes ou rejoignant leurs autos, Jacques Rives.sous prétexte de s\u2019oceuper de sa machine sortit parmi les premiers.Lorsque le maître des Oyats et Jean Néry arrivèrent à l\u2019auto.ils trouvèrent le secrétaire entouré d'une bande d\u2019élégantes jeunes filies qui le quittèrent en anercevant les nouveaux arrivés, non sans lui avoir toutes octroyé de vigoureux \u201cshake-hand\u201d mêlés de rires joyeux.Hugues Gardanne ne reconnut pas parmi alles l\u2019inconnue qui l\u2019intriguait\u2026 Mais.comune Rives, assis au volant, activait le moteur et se disposait à se mettre en route, il l'apercut, appuyée tendrement au bras de son cavalier, et montant le large escalier qui conduisait à la porte de sortie.Parvenue à la dernière marche.elle se retourna.La lumière l\u2019éclairait en plein et le châtelain fut frappée de sa beauté. 30 Elle souriait, \u20act se croyant sans doute à l\u2019abri de tout regard indiscret, elle mit ses doigts sur ses lèvres et adressa vivement au secrétaire-chauffeur un joyeux baisez\u2026 Hugues, de plus en plus étonné, observa alors ce dernier à la dérobée\u2026 Indifférent, en apparence il semblait concentrer toute son attention sur la machine.Mais ses yeux noirs étaient plus rieurs que jamais et tout son visage respirait la joie de vivre Le maître des Ovats se promit dé- claircir cette mystérieuss aventure qui lintr\u2018guait et l\u2019irritait même sans qu'il sût pourquoi .Que! droit avait-il, après tout, de se mêler de la vie intime de son secrétaire et de ses affaires de coeur?.- Il avait heau se poser cette question, il n\u2019en restait pas moins très curieux à l'endroit de Jacques Rives et de ses agissements.CHAPITRE V Il faisait une chaleur accablante ces derniers jours de juillet.et quoiqu'il fût à peine huit heures du matin, Jacques Rives, qui rentrait au château des Cyats les bras chargés de statices semblait en nage.Il avait couru d\u2019ailleurs pour être là au déjeuner.car il savais que l\u201cours\u201d ne pouvait supporter aucun retard.Le jeune secrétaire s'était levé très tôt pour aller dans une partie marécageuse de la propriété cueillir ces jolies fleurs d\u2019un bleu-violet\u2014les lilas de mer comme on les appelait dans le pays\u2014dont Mme Bornave avait parlé la veille au soir.exprimant le désir d'en avoir de grosses touffes fraîches pour orner le petit salon, où elle se tenait habituellement.Et Jacques Rives, voulant faire une surprise à la vieille dame.se hatait d\u2019arranger sa cueillette dans les vases et les jardinières de la pièee.Et il le faisait avec un tel goût que Mlle Hermine gui était entrée sans qu\u2019il l\u2019entendit, tant il était occupé à son travail, s'arrêta sur le seuil pour l\u2019admirer.\u2014Bravo, jeune homme! s\u2019écria-t- elle gaiement.comme l\u2019autre, ayant fini.se retournait vivement pour s\u2019éloigner.Toutes mes félicitations ! Si vous ne réussissez pas dans le métier de secrétaire, vous pourrez vous mettre fleuriste.Où avez-vous appris à arranger ainsi des bouquets?continua-t- elle, ironiquement.Vous les faites comme une jeune fille \u2014Chez mon oncle, mademoiselle.où il y avait les plus belles serres du monde, répondit le secrétaire, en se sauvant.Il sortit en courant.mais rouvrant soudain la porte.iI recommanda vivement: \u2014Mademoiselle Hermine, ne dites pas à Mme Bornave que c\u2019est moi qui suis allé chercher ces fleurs.\u2014Elle se doutera pourtant bien qu\u2019elles ne sont pas venues ici toutes seules ! Ce n\u2019est pas nous, bien sûr.avec nos vieilles jambes, qui aurions pu courir si loin! \u2014Elle croira que c\u2019est M.Gardanne.Et elle sera contente! Je me sauvel.Mille Hermine eut un haussement d'épaules.LA REVUE POPULAIRE \u2014Drôle de garçon! murmura-t-elle; mon neveu, qui a l\u2019air de l\u2019avoir pris en grippe depuis quelques jours, Te bourre consciencieusement du matin au soir, et il ne sait qu\u2019imaginer pour lui faire plaisir! Oui, c'est vrai que le secrétaire devait avoir une fameuse dose de patience pour supporter les \u201calgarades de l'Ours\u201d, comme il disait, avec sa bonne humeur habituelle.Il en parlait parfois au major.mais sens amertume aveune.\u2014Pauvre ours, je ne sais ce qui le tourmente en ce moment! T1 grogne du matin au soir!\u2026 C\u2019est peut-être la chaleur qui ne lui réussit pas! avait-il conclu philosophiquement.Et il s\u2019était appliqué à sa besogne rvec un redoublement d'activité et attention, mais sans arriver \u2018amais à satisfaire ce patron de plus en plus grincheux.Ce matin-là, on narticulier.rien ne marchait! Néry aqui, étendu sur une chaise- longue dans un coin de la bibliothèque.semblait plongé dans sa lecture, mais dui en réalité, ne perdait pas un mot des cbservatinns de son ami à son secrétaire, s\u2019étonnait de la patience du levure homme.A va moment donné.Rives, relisant #4 haute voix un long passage dicté la veille par l'écrivain.celui-ci l\u2019arrêta.déclarant impatiemment: \u2014dJe n'ai pas dicté cela.c\u2019est impossible! \u2014Jde vous demande pardon, M.Gar- danne, protesta l\u2019autre, poliment, mais avec fermete; ce sont vos propres mots\u2026 \u2014Ce n\u2019est même nas français! riposta Hugues.en haussant les épaules.\u2014Non.\u2026 je le sais bien.je m'en étais aperçu.Mais je n'ai rien voulu y changer, m\u2019étant fait \u201cattraper\u201d par vous, et de belle facon, un jour que je m\u2019étais permis vareille licence! répondit tranquillement Jacques Rives.\u2014Eh bien! mon garçon, moi, je vous déclare que je n\u2019ai pas pu.vous entendez bien bâcler une pareille phrase ! Vous avez eu une distraction.comme cela vous arrive de plus en plus fré- duemment d'ailleurs \u2014 ces derniers jours surtout.Les yeux du secrétaire, ces yeux si rieurs d'habitude, étincelérent soudain.et le major.oui l\u2019observait.fut frappé de l\u2019expression énergique de ce jeune visage.Il attendit, intrigué, redoutant un éc'at qui allait sans doute se nroduire Mais le regard s\u2019adoucit comme par enchantement\u2026 un sourire légèrement dédaigneux se joua sur les lèvres serrées.tandis que Rives déclarait, flegmatiquement.en déchirant le passage ineriminé: \u2014Alors.M.Gardanne.dictez à nou- veail\u2026.je suis à vos ordres.Quelle maîtrise ce garçon avait donc sur lui-même et de quelle force de ca- ractére il devait être doué ! songeait Jean Néry.qui ne pouvait s'empêcher d'admirer ce calme.cette modération si veu en ramport pourtant.avec sa nature fougueuse, exubérante.Et rien.si ce n\u2019est peut-être sa pâleur, ne laissait soupconner la lutte qu'il avait dû soutenir en son for intérieur\u2026 \u2019 Ce n\u2019était pas la premiére fois, d\u2019ail- Décembre 1929 leurs, que le niajor était témoin de ces mouvements d'humeur de son ami envers son secrétsire.Et il sen étonnait d'autant plus qu\u2019il savait en quelle estime Hugues le tenait es combisn il appréciait ses services.On eût dit pourtant qu\u2019il prenait un malin plaisir à froisser le jeune homme, à l\u2019humilier.I] surveillait étroitement ses allées et venues depuis Te concert du FÆursaal; et la veille, il était rentré furieux.\u2014Sais-tu où Rives se rend chaque jour, au lieu d'aller au tennis, comme 1 le prétend?avait-il conté à son ami.A un rendez-vous.mon cher simplement.Je suls allé au Crotoy, ayant besoin de voir le maire; au retour, jai pris par la plage.Ft.non loin de I'E- cole d\u2019Aviation, assis tendrement l'un à côté de l\u2019autre.dans le creux d'une dune, sais-tu qui ai apercu?.Mon secrétaire avec la dame de l'autre soir! Ts ne mont pas vu, perdus qu'ils étaient dans une conversation joyeu- re.à en juger par les éclats de rire.Mais je les ai par\u2019aitement reconnus! \u2014Eh bien! quel mal y a-t-il & cela?avait déclaré Néry, étonné de l\u2019irritation de son ami.Rives n'est pas un séminariste.\u2026 et tu h'as pas la prétention de veiller sur sa vie privée, je suppose?Après tout, il a bien le droit de \u201cflirter\u201d, ce garcon! C\u2019est de son âge.\u2014Oui\u2026 Mais il y a là-dessous quelque chose de mvstérieux que je veux éclairer Je comprendrais un \u201cflirt\u201d \u2014 et Hugues appuya d'un ton dédaigneux sur le mot anglais\u2014avec ces jeunes filles qu'il rencontre journellement au tennis.\u2014Mais qui te dit que cette nconnue n\u2019est pas une jeune fille?interompit le major.\u2014Non!.Ses manières l'autre soir.avec son compagnon, son attitude indiquaient clairement que c\u2019était son mari.\u2014Bah ! que t'importe, après tout ?avait protesté Néry, philosophiquement: tu n\u2019as pas charge d'âme?Laisse Rives tranquille et contente-toi de ce qu\u2019il te doit, ses services de secrétaire! Il est parfait sous ce rapport, tu le reconnais toi-méme?.Alors.3 quoi bon t\u2019occuper de ce qui ne te regarde pas, en somme?Hugues Gardanne n\u2019avait pas répondu.Mais son ami s\u2019étonnait intérieurement de voir combien la chose lui tenait à coeur.et avec quel soin jaloux il surveillait son secrétaire.Comme ils sortaient tous de table.ce jour-là.après 1e second déjeuner Jacques Rives, s\u2019approchant de Mme Bornave.lui demanda: \u2014 Voulez-vous m'\u2019excuser.Madame.si je ne dinais nas au château ce soir?Je suis invité par des amis de Paris que j'ai rencontrés, par hasard, ces jours derniers.\u2014Mais certainement.mon cher enfant.répondit la vieille châtelaine.avec un bon sourire; vous êtes tout excusé.Je suis très contente que vous ayez retrouvé ici des gens de connaissance.Ft elle tendit la main au jeune homme qui, la prenant.la porta respectueusement à ses lèvres, tout en s\u2019inelinant profondément devant son hôtesse.Il mit dans ce simple geste 4 wn ot m ws Décembre 1929 une telle grâce que le major en fut frappé.Que pouvait bien être ce Jac- que; Rives?.Il regarda Hugues: celui-ci considérait son secrélaire d\u2019un air étrange.Comme les deux amis, revenant du bois de sapins où ils étaient allés passer une partie de l'après-midi, rentraient dans la bibliothèque, ils furent tout étonnés de retrouver le secrétaire au travail.Celui-ci était devant sa machine à écrire, frappant avec entrain des feuillets de copie tout en chantonnant.\u2014Je vous croyais sorti.Que faites- vous là?interrogea Hugues Gardanne en s'approchant du jeune homme.\u2014Je termine ce manuscrit que vous m\u2019avez demandé de porter à la poste cet après-midi, répondit-il simplement en levant ses yeux clairs sur son \u201cpatron\u201d.\u2014Je le croyais fini et prêt à envoyer, dit le châtelain.\u2014Oh! non, il y en avait encore au moins pour deux heures de travail.\u2014Alors, laissez cela jusqu'à demain, ordonna Hugues d'une voix brève.Je ne voudrais pas priver les joueuses de tennis de leur partenaire favori.- Se moquait-il ou parlait-il sérieusement?.C'était la question que se posait le secrétaire tandis qu\u2019il regardait à Ia dérobée le maître des Oyats, tout en continuant à taper consciencieusement sa machine.\u2014Je vous remercie, Monsieur Gar- danne, pour votre aimable sollicitude à l\u2019égard de ces demoiselles.dit-il gaiement après un instant de silence.Il fait trop chaud pour jouer au tennis cet anrès-midi\u2026 Je préfère terminer mon travail.si vous n\u2019y voyez pas d\u2019inconvénient.ajouta-t-il.avec une sorte d\u2019hésitation.\u2014A votre aîse, mon garçon! répondit Hugues.en haussant les épaules.Et il alla rejoindre le major qui, confortablement installé dans un rocking-chair.devant a grande baie vitrée formant une sorte de bow window, se balancait en feuilletant une revue.Les deux amis se lancèrent bientôt dans de vrandes discussions philoso- phiques\u2014le dada de l\u2019Ours.comme disait Rives \u2014 qui n\u2019écoutait que d\u2019une oreille et songzait a toute autre chose Mais une question posée par Jean Néry éveilla soudain son attention.\u2014Et cette cousine dont tu me parlais dans une de tes lettres.et qui demandait à venir ici.je crois.as-tu encore entendu parler d\u2019elle?\u2014Non ! répondit Hugues laconiquement.\u2014Ft.ta erand\u2019mère\u2026 quels sont ses sentiments à ce sujet?\u2014Ah! voilà! c\u2019est un de mes gros soucis.je te l\u2019avoue.Elle ne parle jamais de cette petite.Mais je suis sir, absolument sûr qu\u2019elle y pense toujours.Jiai surnris plus d'une fois des larmes dans ses veux.lorsqu\u2019elle ne se savait pas observée.Et quand elle rencontre.dans le pays, une jeune fille ou une fillette.elle la suit d'un long regard attendri.qui me navre plus que des paroles.J'v lis un tel regret.un tel chagrin!.Elle a dG faire ses confidences au curé de Saint-Firmin, que tu as vu hier, et qui vient souvent la visiter, continua le chéatelain; ils en LA REVUE POPULAIRE causent sûrement ensemble, car j'aire- marqué plusieurs fois qu\u2019ils semblaient plutôt génés lorsque jarrivais.Et la semaine derniére, comme ils se quittaient sur le perron, j'ai parfaitement entendu le prêtre lui dire : \u201cPrenez courage.Dieu vous exaucera.Vous la verrez avant de mourir.\u201d \u2014Mais la venue ici de cette petite t\u2019aurait-elle été à ce point odieuse ?interrogea le major à mi-voix et avec une certaine hésitation.\u2019 \u2014Certes, oui! À l\u2019époque où le notaire a écrit, je n\u2019aurais pu supporter la présence d'une jeune fille Il y a deux ans de cela.et tu sais mieux que personne ce que je souffrais.dams quel état je me trouvais.\u2014Oui\u2026 Mais aujourd'hui?\u2014Aujourd\u2019hui?.Ma foi, je t'avoue que ca me serait presque indifférent !.Je ne pense plus guère à la misérable coquette que tu sais.Et je m'étonne même parfois d\u2019avoir pu l\u2019aïmer comme je l\u2019ai fait!\u2026 Je n\u2019éprouve plus qu\u2019un sentiment de mépris\u2026 de dégoût.c\u2019est tout! \u2014Alors, pourquoi ne pas t'informer auprès de ce notaire de ce qu\u2019est devenue cette petite?\u2014J'y ai déjà songé, avoua le maître des Oyats, d\u2019un ton pensif.Je sais que grand\u2019mère serait sf heureuse!.Dun autre côté, il m'en coûtera beaucoup.Il me semble que toute notre existence intime et tranquille sera entièrement bouleversée par cette inconnue.aux lèvres peintes.hardies, comme sont la plupart des jeunes filles d'aujourd'hui.qui me font horreur! .Je pourrais m\u2019éloigner, c'est vrai!\u2026 voyager un peu.Mais mon absence serait un gros chagrin pour ma pauvre grand'mère \u2026 Et elle est trop vieille pour lui infliger une telle peine.Je t'assure que je me débats souvent dans c¢ dilemme\u2026 sans en sortir jamais! conclut Hugues, en soupirant.\u2014Benedicamus tias ! La voix joyeuse fit tressaillir le châtelain qui se retourna vivement du côté de son secrétaire.\u2014E finita !.clamait celui-ci, en braudissant gaiement le manuscrit.Oh! M.Gardanne, continua-t-il, en voyant le regard sombre de son \u201cpatron\u201d: ce dernier chapitre est un vrai chef-d'oeuvre : Votre éditeur en sera émerveillé! Je vais ficeler le manus- ecrit et le lui adresser tout de suite! .\u2026 Jai une telle hate de voir sa lettre de compliments! Quel talent vous avez, tout de méme!.Et.tout en s\u2019extasiant ainsi, l'exmé- ditif secrétaire empaquetait, cachetait.tout cela avec ur enfrain qui divertissait fort bien le maior Néry.\u2014Je vais prendre ma bicyclette et filer au bureau de poste, déclara Rives.Et.ayant salué les jeunes gens, il s\u2019éloigna en courant.\u2014Quel type! bon Dieu! quel type ! remarqua Néry.\u2014Oui, tu peux le dire! approuva Hugues, qui, appuyé au rebord de la fenêtre, examinait ce qui se passait dans la cour.où les chiens janpaient joyeusement Tiens.regarde-moi ca! conti- nua-t-il, au bout d\u2019un instant, en désignant à son ami le secrétaire qui filait comme un bolide, une main ap- puvée sur le guidon de sa bicyclette, Domino.Deo gra- peut-être aux allures, 31 et de l\u2019autre adressant des gestes d\u2019amitié aux deux grands épagneuls, ses camarades de jeux, qui aboyèrent jusqu\u2019à ce qu\u2019ils l\u2019eurent vu disparaître.\u2014I! est vraiment étonnant, ce Rives! répéta le major, en allumant sa douzième cigarette.H l\u2019eût trouvé bien plus étonnant encore s'il avait pu le suivre.En sortant du bureau de poste, le jeune homme, se gardant de passer devant le terrain de tennis, prit un chemin de détour derrière le cimetière, pour éviter sans doute d\u2019être arrêté par ses partenaires habituels.Arrivé au bord du marais, laissant la route qui conduit directement au château, il bifurqua du côté de Saint-Firmin, le village voisin.S'arrêtant devant la petite église, il y pénétra et s\u2019agenouilla dans un coin obscur.Il resta là lonetemps, les yeux fermés, la tête penchée, perdu en une adoration recueillie.Qui eût reconnu dans ce fervent chrétien le secrétaire insouciant et joyeux des Oyats?Le curé de l'endroit devait, en tous cas, être au fait des habitudes de Rives.Et ce n\u2019était pas sans doute la première fois qu\u2019il le surprenait ainsi en prières dans son église, car.sortant de la sacristie et traversant la nef.il lui adressa un signe amica! et l\u2019attendit sous le porche.Le jeune homme le rejoignit bientôt et l\u2019accomnagna jusqu'au oresby- tère en bavardant selon son habitude.Après avoir causé de Mme Bornave et des habitants du château, le secrétaire vint à parler tout-à-coup du lilas de mer et de son émerveillement à la vue de ce champ entier tout fleuri dont il n\u2019eût jamais soupçonné la beauté.\u2014-C'est un enchantement, M.le curé! s\u2019écria-t-il.on ne peut se lasser de con- terapler ce superbe tapis d\u2019un bleu violet idéal! Quel dommage que cette partie de la propriété soit enclose et que les baigneurs des environs ne puissent venir admirer cet immense parterre, presgue unique en son genre puismyon prétend que ces fleurs ne se rencontrent oue dans cette partie de la baie et du côté de Saint-Valérv.\u2014 Oui, c\u2019est en effet grand dommage pour les baigneurs.approuva le curé.Mais c\u2019est bien plus regrettable pour les nauvres du pays! Et comme Rives le regardait.étonné, sans comprendre, le prêtre exmli- qua: \u2014Avant la venue de M.Hugues, sa grand\u2019mère avait toujours laïssé libre cette partie de la propriété; et les familles pauvres envoyaient leurs enfants faire d\u2019amples moissons de ces fleurs qu\u2019ils vendaient bon prix aux baigneurs dans les marchés des plages voisines: an Crotoy.à Berck et voire même à Paris-Plage.\u2014Mais il fallait parler de cela à M.Gardanne et lui faire remarquer Ile préindice au\u2019il cansait aux malheureux! s\u2019écria Rives avec chaleur.\u2014J'\u2019ai essayé un jour de tui en toucher quelques mots.répliqua le curé.Hi n\u2019a même pas voulu m\u2019entendre jusqu\u2019au bout et m\u2019a déclaré sur ce ton que vous connaissiez.\u201cCharbonnier est maître chez soi, M le curé!\u201d Je ne supporterai jamais de voir pénétrer n'importe gui dans mes propriétés.Mais je suis tout prêt à vous donner la somme, que vous jugerez suffisante 32 pour réparer le dommage que j'aurai causé.\u201d Et le lendemain, j'ai reçu sous enveloppe quelques billets qui compensaient, et bien au delà, la vente des statices.Alors, de quel droit me plaindrais-je?Seulement.voila .continua le prêtre, avec hésitation: beaucoup de ces nauvres gens voulaient bien envoyer leurs enfants cueillir ces fleurs et les vendre.qui ne consentiraient pas à recevoir une aumône\u2026 Ce n\u2019est pas tout à fait la même chose?.Mais M.Gardanne.ne comprend sans doute pas ces nuances.Et le prétre soupira.\u2014Oui, vous avez raison, M.le curé, déclara gravement le secrétaire.TI faudra que je lui en parle et que je lui fasse entrevoir la différence! mur- mura-t-il ensuite.à mi-voix.\u2014Je doute fort que vous réussissiez.Et je ne sais pas si ce serait très sage de votre part, répondit le curé en hochant la tête.I n'est pas toujours commode, votre châtelain! Rives eut un geste gamin, tandis qu\u2019il approuvait en riant: \u2014Ah! dame! l\u2019ours grogne souvent.M.le curé!.Mais, il ne faut pas en avoir peur, conclut-il gaiement.Et, enfourchant sa bicyclette, il reprit la route du château, après avoir serré cordialement la main que le prêtre lui tendait.Tout en pédalant, il songeait.\u2014Je ne verrai pas le patron ce soir, puisque je vais diner avec Meg.Mais je lui.présenterai ma requéte demain matin.au déjeuner.devant sa grand\u2019 mère et son ami\u2026 De cette façon, il r\u2019osera peut-être pas refuser.CHAPITRE VI TH semblait plus \u201cours\u201d que jamais, le châtelain ñes Oyats, se disait Jacques Rives in-petto, en se demandant.le Jendemain.comment il pourrait bien abnrder Je sujet qui hui tenait au coeur.Mais, habitué à foncer droit sur Tobstacle.il ne s'arrêta pas pour si peu, et commenca bravement, en s\u2019adressant à Mme Bornave: \u2014Oh! Madame.avez-vous vu votre champ de statices, cette année ?.Jamais ie n\u2019avais contemolé rien de pareil! Quel dommage que tout ce trésor soit perdu! Ces fleurs seraient cueillies et portées aux marchés des plages voisines.je suis sûr qu\u2019on en tirerait beasicoum d'argent! Mlle Hermine éciata de rire.\u2014A la bonne heure! voilà un jeune homme dui a la bosse du commerce ! s\u2019écria-t-elle vraiement.\u2014Je ne parle pas pour moi.protesta Rives.Mais je trouve regrettable de laiser ainsi ces jolies fleurs se faner.dans leur solitude abandonnée.sans \u20acssaver d'en faire profiter quelqu\u2019un\u2026 les nauvres, par exemple?\u2014Pevh! s\u2019écria Hugues Gardanne, d'in ton dédaigneux, on voit que vous êtes jeune.Rives.vous en avez encore des illusions!.Croyez-vous que les pauvres.comme vous dites si bien, se sorcient de fleurs.de bouquets?\u2014Vons ne m'avez pas compris.Mon- sient Gardanue! Je me songeais pas à leur offrir de bouquets.répliqua Jacques gafement.Mais vous permettriez aux femmes et aux enfants pauvres des villages voisins de venir cueillir ces fleurs et de les vendre aux baigneurs.LA REVUE POPULAIRE \u2014Comme ça se faisait dans le temps! interrompit Mlle Hermine, amusée, en regardant son neveu du coin de l'oeil.\u2014Oui.répondit celui-ci brièvement; mais jy ai mis bon ordre.\u2014Ça faisait tort aux fleurs?interrogea Rives, d\u2019un air innocent.\u2014Je n\u2019en sais rien! riposta le mai- tre des Oyats; mais ça me déplaisait souverainement de voir tous ces gosses et ces femmes galvauder dans ce marais à toute heure de la journée.Mme Bornave, qui ne s\u2019était pas, jusqu'ici, mêlée à la conversation, déclara à cet instant, de sa voix douce: \u2014J\u2019ai toujours regretté cette mesure de ta part, mon cher Hugues, je ne te le cache pas.Cela ne portait aucun préjudice à cette partie de la propriété, et je crois, en effet, comme dit M.Rives, que ça procurait un peu d'argent à ces pauvres familles.\u2014M.le curé m\u2019a fait Ia même observation que vous.grand\u2019mère, interrompit M.Gardanne, d\u2019un air un peu contraint, et je lai ai donné, pour la leur distribuer, une somme bien supérieure à ce que pouvait rapporter la vente de ces fleurs.\u2014Ah! mais, s\u2019écria Jacques Rives, avec son sans-gêne habituel; ce n\u2019est pas du tout la même chose, Monsieur Gardanne! Mettez-vous à leur place.L\u201cours\u201d le foudroyait dun regard irrité.mais il continua, imperturbable: \u2014Mboi, je sais bien que je ne consentirais jamais à recevoir cet argent que vous leur offriez, et qui n'était qu'une aumône, après tout.Tandis qu\u2019avec la permission de cueillir ces fleurs et d\u2019aller les vendre ensuite.je gagnerais quelques sous.Et, toute peine méritant salaire, il n\u2019y aurait rien là d\u2019humiliant .Comprenez-vous, Monsieur Gardanne?Et, en parlant ainsi.le secrétaire attachait sur le châtelain ses grands veux clairs ct lumineux, ces yeux qui faisaient dire au major: \u2014Je n\u2019ai jamais rencontré un regard comme celui de Rives.Il a des yeux qu'on n\u2019oublie jamais lorsqu'on les a vus une fois.Une telle prière s\u2019y lisait en ce moment que Néry s\u2019adressant à son ami.interrogea : \u2014Rives a un peu raison.Pourquoi ne pas laisser les mioches du pays cueillir ces lilas de mer?\u2014Si c\u2019est la perspective de voir cette marmaille à toute heure de la journée, dans la propriété, qui vous ennuie, ajouta vivement Rives \u2014 voyant l\u2019ours hésiter\u2014je puis y mettre ordre, Monsieur Gardanne.Je leur ferai savoir qu'ils peuvent venir seulement l\u2019après- midi du jeudi et celle du dimanche.et je les surveillerai! L\u2019idée amusa follement Mlle Hermine.qui s\u2019écria en riant: \u2014Bon! voilà M.Rives qui va se faire pion! Allons, mon neveu, laisse- toi faire, continua-t-elle.Accorde la permission demandée.\u2014Tu me feras plaisir, Hugues.A ces mots, prononcés «doucement par Mme Bornave, ie châtelain se tourna vers la vieille dame qu\u2019il contempla affectueusement.\u2014Alors .je cède.grand\u2019mère! décla- ra-t-il de sa voix grave.après un instant de silence.Puis, s'adressant à son secrétaire, qui applaudissait chaleureusement des deux Décembre 1929 mains, en s\u2019écriant: \u2014Oh! merci, Monsieur Gardanne, merci! \u2014 Vous n'avez pas à me remercier.mon garçon, protesta-t-il, d\u2019un ton bref; ce n'est pas à vous que j'accorde l\u2019autorisation demandée, c\u2019est à grand\u2019 mera, \u2014Je le sais bien! répondit l\u2019autre philosophiquement, mais Ca ne m\u2019empêche pas de vous en remercier au nom des pauvres du pays.Vous voulez bien que j'organise la cueillette?\u2026 continua l'impétueux secrétaire, en se levant de table.C\u2019est après-demain jeudi.Alors.on leur donnera la permission de 2 heures à 6 heures, et je les surveillerai.Deuxième séance.dimanche après- midi, et l\u2019autre jeudi, si les fleurs ne sont pas fanées\u2026 Est-ce bien ainsi ?ajouta-t-il, en s\u2019adressant à M.Gar- danne.Celui-ci haussa les épaules.\u2014Arrangez-vous comme vous l\u2019entendrez, répondit-il, et laissez-moi tranquille avec tous ces boniments-1a! Nous avons autre chose à faire, instal- lez-vous sans retard à votre machine.car j'ai beaucoup à vous dicter.ce matin.\u2014Entendu, vatron, entendu! Et.ayant salué tous ses hôtes.le secrétaire.radieux, et les yeux brillants de plaisir, quitta la pièce en courant.\u2014Impayable! il est impayable! déclara Mlle Hermine.\u2014C\u2019est un bon et brave coeur.ajouta Mme Bornave, qui avait suivi le jeune homme d\u2019un regard affectueux.Ce fut un spectacle curieux qui s\u2019offrit àla vue du major Néry.comme il arrivait le jeudi suivant.dans la partie marécageuse qu\u2019on appelait le champ des lilas de mer.Une trentaine de gosses.accompagnées de fillettes et de quelques vieilles femmes.se livraient.sous la direction de Jacques Rives.à une cueillette organisée des jalies fleurs violettes Tout ce monde travaillait à l\u2019envi.le secrétaire donnant l\u2019exemple.Il avait pensé à tout: aussitôt qu'un bouquet\u2018 était terminé, il le ficelait et le déposait sur les brouettes amenées par les gosses.Il aidait surtout les pauvres vieilles.dont les doigts malhabiles ne nouvaient lutter avec la vivacité de toute cette jenmesse.En se retournant.il apercut le major et lui fit signe de le rejoindre.\u2014Vite.Monsieur le major, s\u2019écria-t- il lorsqu\u2019il fut à portée de sa voix: venez à la rescousse.Je voudrais que chacun de ces marmots et de ces pauvres femmes puisse emporter une di- raine de bouquets.En les vendant 2 francs pièce\u2014et ce n\u2019est pas cher.déclarait Rives, d\u2019un air iimportant\u2014ils auront ainsi gagné ime belle journée ! Tai fait l\u2019article pour eux auprès des jotreurs et surtout des joueuses de tennis.Tous se sont enverés à dévaliser le marché demain.Vous voyez que l'affaire s\u2019annonce bien.Mais il faut \u201cen mettre\u201d! Vite à l\u2019ouvrage!\u2026 Aidez- nous.Monsieur Nérv!.J\u2019ai donné rendez-vous aussi à Mlle Hermine.elle ne tardera pas à venir.Tenez! justement.la voilà.Je cours au devant d\u2019elle! Et le jeune homme s\u2019élança.de son pas agile.vers la vieille demoiselle.qui contemplait la scène d\u2019un air tout amusé. tte ier fon Sonde \u201cand' autre l'en hom bien nue Décembre 1929 Elle eut bientôt rejoint le major Né- ry, et tous deux se mirent à l\u2019ouvrage, en causant de Rives, qui était allé retrouver son \u201cescadron\u201d, comme il disait en riant.L\u2019après-midi touchait à sa fin, et les brouettes débordaient de bouquets, lorsque Mlle Hermine, qui s\u2019était assise sur un coin de talus pour se reposer un peu, entendit des cris, des appels déchirants , à Jl\u2019extrémité du champ de statices.Elle apercut alors Jacques Rives qui traversait le marais en courant à toute vitesse, se dirigeant du côté d\u2019où venaient les cris.\u2014Que se passe-t-il?se demanda-t- elle, en se levant.Une vieille femme, qui accourait tout éplorée, la mit au courant.\u2014Qué malheur, Mam\u2019zelle Hermine! le petiot à la Blandine qui se noie ! Le monsieur avait pourtant bien défendu aux gamins d\u2019aller du côté du pont de la Maye!.Ca a l\u2019diable au corps, ces éfants.Et il y a un tel courant là-bas! Sans compter que c\u2019est si profond! Surtout ces jours-ci, avec des méchantes mers comme nous avons! Y a de l'eau!\u2026 Je vous en réponds! \u2014Mais la Blandine n\u2019est-elle pas cette veuve de guerre, toujours maja- de, et qui n\u2019a que ce garcon-là?\u2014Oui, Mam\u2019zelle, c\u2019est elle.Qué tableau quand on lui ramènera le corps de son pauvre petit.Le major Néry arrivait en ce moment auprès de Mille Hermine, qui le mit au courant en deux mots.\u2014J\u2019y cours?s\u2019écria-t-il.Lorsqu'il arriva aux bords de la Maye.Jacques Rives essayait de remonter Ja berge.très escarpée en cet endroit.Il nageait d\u2019une main, soutenant l\u2019enfant qu\u2019il maintenait au-dessus de l\u2019eau.I] le tendit au Major.\u2014Vite, prenez-le, dit-il haletant; tachez de le rappeler à la vie: il a bu beaucoup d\u2019eau.Moi, je vais nager jusqu\u2019au banc de sable là-bas.car ici je ne vourrai jamais reorendre pied.Le fevne homme était livide et semblait à bout de forces.\u2014Vous êtes sûr de pouvoir arriver jusaue-la.Rives?interrogea Néry avec anxiété.tout en prenant enfant dans ses bras.\u2014Oui.oui!\u2026 ne vous inquiétez pas de moi!\u2026 Sauvez cet enfant .Songez que la maman n'a que lui.Mlle Hermine qui avait couru autant ane ses jambes le lui permettaient.arrivait en cet instant aunrès du Major.Pendant nne demi-heure.elle l\u2019aida à ranneler l\u2019enfant à la vie.I! ovvrait enfin les veux lorsque Jacques Rives les rejoignit.La vieïlle demoiselle noussa un crià la vue du jeune homme.Livide.grelottant.couvert de vase il étalt ef- fravant à voir.\u2014M.Rives.vous êtes malade?s\u2019é- cria-t-elle.T1 faut retourner tout de suite an châtean ! En aurez-vous la force.seulement?interrogea-t-elle avec angoisse.\u2014Oui.oui.j\u2019essaierai \u2026 \u2014ADpvvez-vmIs Sr mon bras.commanda Mile Hermine.Je puis vous laisser.major?\u2014Assurément! Cet enfant revient à lui.et dans quelques minutes je Te re- LA REVUE POPULAIRE conduirai à sa mère.Couchez-vous, Rives, et prenez un grog bien chaud, ordonna-t-il.J'irai vous voir aussitôt rentré.Hugues Gardanne était absent lorsque son secrétaire et la vieille demoiselle arrivèrent au château.Mile Hermine voulait à tout prix aider Jacques Rives & se mettre au lit, tant il semblait défaillant, mais il s\u2019en défendit si vivement qu\u2019elle n\u2019osa insister; et elle courut à la cuisine lui faire préparer un bon cordial.Lorsqu'elle revint dans la chambre du jeune homme, elle le trouva couché.I! était aussi pâle que son greil- ler, mais ses yeux avaient retrouvé leur expression de gaieté habituelle, et il essaya de plaisanter.\u2014Mademoiselle, je suis confus, quel embazras je vous donne pour un bain.prolongé, que j'ai mal pris sans doute.\u2014 Heureusement que vous nagez comme un poisson, mon cher ami, répondit la vieille demoiselle avec émotion, sans cela vous y restiez.et le gosse aussi! \u2014C\u2019eût été un affreux malheur pour ce pauvre petit! Songez donc que sa mèêre est une veuve de guerre, elle n\u2019a que jlui!\u2026 Bt on eût dit qu\u2019elle avait une sorte de pressentiment.elle m\u2019avait tant recommandé d\u2019avoir l\u2019oeil sur lui.Enfin! tout est bien qui finit bien! Heureusement que la cueillette était terminée, conclut Rives gaiement.\u2014Bon! Ne vous fatiguez pas à bavarder, jeune homme.Maintenant que vous avez pris votre grog bouillant, il faut dormir, ça vous fera du bien.\u2014Ou je me trompe beaucoup, comme dans la chanson, termina Rives en riant.Merci mille fois, mademoiselle.\u2014Allons, je vous laisse.faites un \u201csomme\u201d avant le diner, ça vous remettra complètement! Vous avez encore une figure de papier mâché! Et Mlle Hermine, ayant serré la main du jeune homme, s\u2019éloigna, en lui adressant un bon regard, plein d\u2019affection.Lorsque le major pénétra dans (a chambre de Rives, une heure plus tard, il le trouva profondément endormi.Debout, à côté du lit, il resta un long moment à le contempler\u2026 Ayant pris une de ses inains qui pendait sur la couverture, il la garda un instant dans la sienne, après lui avoir tâté le pouls et constaté qu\u2019il n\u2019avait pas de fièvre comme il le craignait.A quoi pensait Jean Néry, tandis qu\u2019il dévisageait ainsi Jacques Rives?.Il était surtout frappé par Tair de grande jeunesse du secrétaire.Ainsi endormi, avec son visage pâle, aux traits fins, il semblait un enfant! Et pourtant, de quelle énergie il venait encore de faire preuve !\u2026 Jamais il n\u2019oublierait le courage \u2018avec lequel il avait dû plonger jusqu\u2019à trois fois pour ramener le pauvre gosse qui, sans lui, se serait infailliblement noyé!\u2026 Puis, il se rappelait son émotion lorsque l\u2019enfant était revenu à la vie!\u2026 Le major avait toujours devant les yeux le visage livide de Rives, tout couvert de larmes.Il l\u2019entendait encore murmurer d\u2019une voix.tremblante: \u2014Merci, mon Dieu, d\u2019avoir sauvé ce petit\u2026 pour sa pauvre mère!\u2026 Quel étrange garçon!.\u2026.Le major pensait ensuite à une autre scène dont ils avaient été témoins 33 la veille, Hugues et lui\u2026 scène qui avait mis son ami hors de luil.Les deux jeunes gens avaient passé la soirée au Casino, et, tentés par la beauté de la nuit, ils s\u2019étaient décidés à revenir par la plage.En passant devant un des plus beaux chalets, \u201cLe Goëland\u201d, leurs regards avaient été attirés par un couple qui se tenait au bas du perron.L'homme leur tournait le dos, mais la femme était éclairée en plein par la lune, et ils reconnurent en elle l\u2019étrangère qui avait adressé à Rives un geste mystérieux, le jour ou il les avait accompagnés au concert.Hugues, vivement intrigué, avait attiré son ami dans l\u2019ombre d\u2019une des nombreuses cabines qui se trouvent sur la plage jusqu\u2019à l\u2019extrémité des chalets, et ils avaient observé les deux causeurs.La jeune femme, ru-tête, portait un déshabillé de crêpe de Chine blanc très élégant.Elle était chez elle, vraisemblablement, et reconduisait son visiteur.! Celui-ci, s\u2019étant retourné, à un moment donné, le mai- tre des Oyats noussa une sourde exclamation: \u2014Rives!\u2026 c\u2019est bien lui! jen étais presque sûr! C\u2019est chez cette femme qu'il est allé dîner ce soir!\u2026 Et il continiua, avec indignation: \u2014Tu vois que javais raison de me méfier de ce garçon et de ses allures mystérieuses.Je suis sûr que son existence cache un secret !\u2026 C\u2019est sans doute pour se retrouver ici.au Crotoy, avec cette créature, qu\u2019il a pris ce poste de secrétaire chez moi.En cet instant, les deux jeunes gens se séparèrent, anrès s\u2019être tendrement embrassés\u2026 Rives s\u2019éloigna de son pas souple et vif.et la femme resta en haut du perron, lui adressant des gestes affectueux jusqu\u2019à ce qu\u2019il disparut au tournant d\u2019une dune.Néry et son ami avaient repris alors, eux aussi.le chemin du château\u2026 Hugues ne tarissait pas en paroles véhémentes et indignées à Ta- dresse de son employé! Ie major songeait à tout cela pendant qu\u2019il observait le dormeur\u2026 Et plus il le regardait, plus il lui semblait impossible que ce garcon pût jamais commettre une action basse et vile.M.Gardanne.qui venait de rentrer et que MHe Hermine avait mis au courant de l'événement.pénétra en cet instant dans la chambre pour s\u2019informer de l\u2019état du malade.Sur un signe de son ami, il s\u2019avanca doucement auvrès du lit, interrogeant avec une anxiété qu\u2019il essayait vainement de dissimuler.\u2014Eh bien! il paraît que notre homme, a pris un fameux bain?\u2014Oui!\u2026 j'ai même eu peur pour lui, je ne te le cache pas! Tl était à bout de forces.Mais le pouls est bon et quelques heures de sommeil le remettront sur pied, je l\u2019espère!\u2026 C\u2019est un brave tvpe \u2014et il appuya sur le mot brave\u2014tu peux m\u2019en croire! Hugues.sans répondre, jeta un regard autour de la chambre\u2026 Ses yeux s\u2019arrêtèrent soudain sur la cheminée où se voyait.dans un cadre de prix.le portrait d\u2019une jeune femme en tenue de soirée.I1 s'approcha vivement.La photographie portait une date et un nom: 20 juin 1924\u2014Meg!.Il appela son ami d\u2019un signe, et la lui désignant: i ae Lo RE NRITTR Eni dni prt li itt ate ci A 1 3 18 34 \u2014C\u2019est elle! murmura-t-il.Et le portrait est tout récent, comme tu le vois.Quelle ravissante créature! déclara Néry, ne pouvant détacher les yeux de l\u2019image de l\u2019inconnue qui était vraiment d\u2019une beauté idéale avec son radieux sourire, son visage d\u2019un ovale parfait et ses traits d\u2019une finesse remarquable.On comprend qu\u2019elle ait tourné la tête à l\u2019ami Jacques, ajou- ta-t-il à voix basse.\u2014Oui!.\u2026 Mais ce que je ne comprends pas, par exemple, et ce que je ne puis admettre, c\u2019est qu\u2019il fasse la cour à cette femme qui n\u2019est pas libre ! Je me suis informé aujourd\u2019hui dans le pays.C\u2019est une Madame Marbell, dont le mari est un agent de change très estimé et très connu dans le monde parisien.Ils ont deux bébés qui sont ici avec leur mère: le père vient souvent le vendredi ou le samedi jusqu\u2019au lundi soir.Ils ont une auto des plus luxueuses et un nombreux personnel, paraît-il.Sortons, continua Hugues Gardanne; et je te donnerai tous les détails que j'ai obtenus.Le maître des Oyats resta longtemps dans son cabinet, avec son ami, lui racontant tout ce qu\u2019il avait appris au sujet des habitants du château des Goëlands.I s\u2019était renseigné auprès de l\u2019agent de location qui ne demandait qu\u2019à bavarder, flatté d\u2019avoir rencontré un auditeur si curieux et si attentif.\u2014Ce sont des gens très chic et très \u201ccomme il faut\u201d, M.Gardanne, avait- il conclu; de la \u201chaute\u201d tout à fait ! Ils ont deux petits enfants, un garçon et une fille, et c\u2019est une vieille négresse qui les soigne.Madame a son prie-Dieu à l\u2019église et elle va commumnier tous les matins à la messe de 7 heures.C\u2019est le bedeau qui me l\u2019a dit.\u2014Tu entends, hein?s\u2019exclama Hugues avec mépris.Quelle peste que ces dévotes!.Au confessionnal le matin.Et ça reçoit son amoureux le soir! \u2014Voyons! voyons! protesta le major, dun fon sérieux, pourquoi t'emballer ainsi?Cette jeune femme ne fait peut être rien de mal, après tout! Qui te dit que Rives n\u2019est pas un de ses parents ou un ami de sa famille.un ca- miarade d\u2019enfance, par exemple?M.Gardanne haussa les épaules d\u2019un air ironique: \u2014Ca ne tient pas debout ce que tu racontes là! déclara-t-il tout net.Si Rives était un parent ou même un ami de la famille, il serait allé, naturellement, saluer le mari l\u2019autre soir au Casing, L\u2019argument était si juste que le major resta un moment silencieux.\u2014Après tout.murmura-t-il enfin, la conduite de ton secrétaire ne te regarde en rien.Je ne vois pas pourquoi tu attaches une telle importance aux faits et gestes de ce garçon! \u2014Je veux éclaircir cette affaire! répliqua Hugues avec entêtement.Et si ce Rives agit en malhonnête homme, je le mettrai à la porte, tout simplement.Je ne l\u2019ai accueilli aux Oyats que sur la garantie de son honorabilité et de ses moeurs irréprochables! \u2014C\u2019est entendu, approuva l\u2019autre d'un air lassé.Eh bien! moi, j'ai la conviction que ton secrétaire est un parfait honnète homme\u2026 incapable d\u2019une vilaine action.Et un brave type, LA REVUE POPULAIRE par-dessus le marché! L'avenir décidera qui de nous deux a raison.Lorsque Mme Bornave qui était allée faire quelques visites au Crotoy, appris, en rentrant, ce qui s\u2019était passé, elle voulut monter immédiatement auprès de Jacques Rives.\u2014Allons-y toutes les deux! dit Mile Hermine, nous verrons bien comment il se trouve.Et s\u2019il dort, nous ne l\u2019éveillerons pas, vous pouvez être tranquille, déclara-t-ells en s'adressant au major qui eût préféré qu\u2019on laissât le brave garçon en repos.La vieille châtelaine des Oyats contempla longuement.d\u2019un air attendra, le secrétaire de son petit-fils qui ne s\u2019était pas réveillé à leur entrée dans la chambre.\u2014Pauvre petit, murmura-t-elle à l'oreille de sa soeur, comme il est encore pale!.Et il semble si jeune dans son lit.on dirait un enfant!.Pourvu qu\u2019il se remette bien vite.Quand je pense qu\u2019il pouvait se noyer là, sous nos yeux, interrompit sa soeur, en frissonnant, j'en suis encore toute bouleversée!l.Et si tu lavais vu, se dépensant toute l\u2019après-midi autour de ces miséreux, cueillant, sans relâche, des bouquets pour grossir la récolte des vieilles femmes et des tout petits!.Il devait être déjà éreinté lorsqu'il s\u2019est jeté à l\u2019eau, au secours de ce sale marmot, qui était ailé s'amuser du côté du pont de la Maye.malgré la défense J\u2019avais toujours peur qu\u2019il ne puisse regagner ie château, tant il était prêt à se trouver mal à chaque pas.Et comme je lui disais mon épouvante en songeant qu\u2019il pouvait se noyer, il m\u2019a répondu avec cet air blagueur qui lui est habituel: \u201cBah! il n\u2019y aurait pas eu grande perte.allez, Mademoiselle! Personne n\u2019aurait pleuré ma mort puisque je suis seul au monde, tandis que ce pauvre petit a une mère, qui aurait été au désespoir si son enfant avait disparu.\u201d Mme Bornave, qui considérait toujours Rives avec une grande émotion, murmura une seconde fois: \u2014Pauvre petit!\u2026 Puis, se penchant, elle le baisa doucement au front, ajoutant, comme se parlant à elle-même: \u2014Qu\u2019ils sont à piaindre, les orphelins! De retour dans la salle à manger, où son petit-fils et le major l\u2019attendaient, la vieille dame, s\u2019adressant à son hôte.recommanda instamment: \u2014Mon cher ami, soignez bien Rives.Vous ne sauriez croire comme ce garçon m'intéresse et combien je m\u2019y suis attachée ! CHAPITRE VII \u2014Un.deux.trois.hop-13! Et Rives, enlevant son cheval d\u2019une pression des genoux, lui fit franchir le fossé, assez large, qui séparait la route du grand marais, où il s\u2019engagea à toute allure, flattant sa monture de la main, en murmurant à mi-voix: \u2014Bravo, Nich!\u2026 bien travaillé, mon ami! ton patron, l\u2019Ours, n\u2019en revient pas, j'en suis sûr! Voilà trois jours qu\u2019i! essaie de te faire franchir cet obstacle et il n\u2019y est jamais parvenu!\u2026 Ce qu\u2019il va fulminer contre son serviteur Jacques Rives!.Attention à l\u2019attrapage! Décembre 1929 Et, en monologuant ainsi, le jeune homme était arrivé à j\u2019extrémité du marais, auprès du maître des Oyats qui se trouvait là, à cheval, lui aussi, avec son ami Néry.Ce dernier applaudit franchement à l'exploit du Nich, tout en complimentant le cavalier.\u2014Je ne vous connaissais pas un pareil talent, déclara-t-il d\u2019un ton plein d\u2019admiration.Hugues Gardanne, qui regardait son secrétaire d\u2019un air curieux, remarqua ironiquement: \u2014Je me demande pourquoi Rives ne s\u2019est pas engagé dans un cirque, au lieu de tapoter une machine à écrire, il aurait fait un écuyer remarquable! \u2014J\u2019y ai songé! répondit gaiement le jeune homme; il me semble que j'aurais pu faire mon chemin dans cette carrière.J'aime tant les chevaux! \u2014En tous cas, vous avez dû avoir de bons professeurs d\u2019équitation, car vous montez admirabiement, déclara le major, frappé de sa façon élégante et aisée de se tenir à cheval.\u2014C\u2019est mon oncle qui m\u2019a servi de maître, répondit le secrétaire.Il montait comme un centaure; je n\u2019avais pas sept ans qu\u2019il m\u2019avait déjà fuché sur un cheval! Vous voyez que ca me connaît ! \u2014Vous aimez bien les chiens aussi, il me semble, continua le major, en voyant les deux setters sauter autour du jeune homme, pour avoir de lui une caresse, un mot d\u2019amitié.\u2014Oui, oui! ce sont des tyrans, dit Rives.Ils savent que je les adore et que je les gâte trop! \u2014Allons, en route! interrompit sèchement Hugues, en rappelant les chiens avec impatience.Si nous voulons aller jusqu\u2019à la forét de Crécy, et être de retour pour le diner, il ne faut pas perdre notre temps, comme nous sommes en train de le faire.Et il partit au grand trot, escorté de son ami, sans s\u2019occuper de Rives qui suivit, un sourire amusé aux lèvres, une expression narquoise dans ses veux moqueurs.Comme il l\u2019avait prévu, l\u201cOurs\u201d semblait de fort méchante humeur ! il était sûrement vexé de voir son secrétaire réussir si facilement là où il avait échoué.Mais cet accès de dépit ne troublait aucunement le jeune homme, car il commençait à connaître à fond son \u201cpatron\u201d! Et il le savait beaucoup \u201cmoins méchant qu\u2019il n\u2019en avait Tair\u201d, comme il disait en riant.Pendant les quelques jours où il était resté souffrant.à la suite de son bain dans la Maye.Rives avait été profondément toucné de l'intérêt que lui avait témoigné Hugues Gardanne.des soins dont il l\u2019entourait, l'obligeant à rester au repos.et surtout à suivre un régime approprié pour reprendre des forces.Maintes fois, il avait surpris le regard inquiet ou\u2019attachait sur lui le châtelain, lorsqu'il ne se croyait pas observé.Il en avait été étonné et ravi en même temps.Le Major lui aussi, s\u2019était montré très bon pour lui.Mais c\u2019étaient surtout ses trois hôtesses qui lui avaient prodigué les marques de la plus touchante sollicitude.Mme Bornave.en particuler, l'avait traité avec la tendresse qu\u2019elle Gli Décembre 1929 eût éprouvée pour son propre petit- fils.Et Rives, avec son ame ardente, sa nature enthousiaste, avait voué depuis à la vieille dame une profonde reconnaissance qu\u2019il ne savait comment manifester, l\u2019entourant de mille attentions délicates, cherchant toutes les occasions de lui faire plaisir.La veille même, au soir, il avait renoncé à une visite projetée à son amie Meg pour tenir compagnie à Mme Bornave.M.Gardanne et le Major ne devaient rentrer que fort tard, dans la nuit, d\u2019une réunion savante suivie d'un banquet à Alleville, où ils s\u2019étaient rendus tous les deux, et la vieille dame avait décidé de les attendre.Il était près de minuit lorsque les jeunes gens pénétrèrent dans le salon, étonnés d\u2019y trouver encore la châtelaine.Et comme Hugues protestait: \u2014Comment, grand\u2019mère.vous n\u2019êtes pas encore couchée?\u2014Non, mon enfant, répondit-elle doucement, je t'atlendais.Je ne voulais pas me retirer avant de t'avoir embrassé.Je n\u2019étais pas seule, comme tu le vois?.Ce cher petit à voulu absolument me tenir compagnie, ajouta- t-elle en se tournant vers le secrétaire; et je t'assure que le temps ne m\u2019a pas semblé long dans sa société.\u2014Je vous remercie, Rives, dit Hugues simplement, en tendant la main au jeune homme.1 C'était peu de chose, mais le regard dont il accompagna ces paroles était si affectueux que le secrétaire en fut tout ému.Et Jacques songeait encore à ce petit incident tandis qu\u2019il suivait les deux cavaliers.\u2014Comme il pourrait se faire aimer, cet \u201cOurs\u201d.s\u2019il voulait s\u2019en donner la peine! se disait-il en lui-même; il sait se montrer si séduisant!.Et il admirait la haute stature du châtelain, son fin profil, sa grâce hautaine, ses manières distinguées.Pourquoi sembjait-il prendre à tâche de se rendre antipathiique à tous ceux qui labordaient, par son accueil distant, son attitude dédaigneuse?se demandait Rives, curieusement Plus il observait son \u201cpatron\u201d, plus il se rendait compte que cette froideur n\u2019était qu\u2019un masque.A mesure qu\u2019il pénétrait dans l'intimité de cet homme, il découvrait un être inconnu, rempli de délicatesse.Tout en \u201ctapant\u201d chaque jour sur sa machine, il ne perdait pas un mot des longues conversations des deux amis, et il admirait franchement la noblesse des sentiments d\u2019Hugues Gardanne, la loyauté de son caractère, la droiture de son jugement.Et, sans cesse, la même question se posait: \u2014Pourquoi cet \u201cOurs\u201d se fait-il] une telle façade?\u2026.Bah! concluait-il philosophiquement.c\u2019est un original, voilà tout! Les cavaliers, après une assez longue chevauchée, s\u2019arrêtèrent devant le château de Regnières-Ecluse, pour laisser souffler leurs chevaux.Et le Major, ayant manifesté le désir de visiter la vieille demeure, un chef-d\u2019oœuvre de la Renaissance, ils mirent pied à terre tous les trois.\u2014Je vais trouver le régisseur, déclara M.Gardanne.Attendez-moi ici.LA REVUE POPULAIRE Puis, se ravisant soudain.\u2014Savez-vous, Rives, ce que vous devriez faire?demanda-t-il en s\u2019adressant à son secrétare.Vous pourriez vous mettre à l'ombre avec les chevaux et les chiens.dans cette allée du parc, pendant que nous visiterons le château.\u2014Avec plaisir, patron, avec plaisir\u2019 répondit gaiement le jeune homme, en faisant le salut militaire.Le Major protesta : \u2014Mais c\u2019est peut-être une privation pour vous de ne pas visiter.Un éclat de rire l\u2019interrompit.\u2014Oh! Monsieiur le Major! si vous saviez ce que ca m\u2019indiffère!\u2026 Je préfère cent fois une bonne partie avec ces deux amis-là\u2014 et Rives désignait les chiens qui gambadaient autour de lui\u2014à toutes les visites de châteaux ! Ne vous mettez pas en peine de moi ! Je vais attacher les chevaux aux gros arbres du bosquet là-bas, à gauche.C\u2019est là que vous me retrouverez, M.Gardanne, dit-il en s\u2019adressant à son maître.7 5ç En Janvier Le Sortilbge Roman d\u2019amour par Eve Paul Marguerite N (7 Lorsque, une demi-heure plus tard, les deux amis eurent terminé leur visite, ils se dirigèrent vers l\u2019endroit où le secrétaire devait les attendre.\u2014C'\u2019est curieux, remarqua le Major, je vois bien les chevaux et les chiens qui bondissent, mais je n\u2019aperçois pas Rives, ni de loin ni de près.\u2014Si on ne le voit pas, on l\u2019entend, en tous cas! répondit Hugues.De joyeux éclats de rire dominaient, en effet, les cris et les aboiements des chiens., \u2014Mais où est-il donc ?continua le Major, de plus en plus intrigué.Is arrivaient alors auprès des chevaux et,en jetant un regard circulaire autour de lui, M.Gardanne apercut tout-à-coup Jacques Rives, étendu tout de son long au milieu d\u2019un fouillis de hautes herbes, dans lesquelles il disparaissait presque.Les chiens, qu\u2019il faisait sauter, retombaient sur lui, lé- chant ses mains et son visage, à Ia grande joie du secrétaire, qui semblait s\u2019amuser follement, tout en protestant en anglais: 35 \u2014Oh ! dear! Oh! dear !.Naughty beast! down!.Quick!.Le Major se mit à rire de bon coeur à la vue de ce groupe, mais Hugues, qui, les sourcils froncés, les lèvres serrées, regardait la scène d\u2019un air mé- chant, s\u2019écria, d\u2019une voix brève: \u2014Allons! relevez-vous, Rives! Cessez ce jeu ridicule.Ne vous laissez pas Le jeune homme, qui riait toujours.essaya de se dégager, mais les setters, bondissant, le renversèrent et.il retomba dans l'herbe, perdant haleine, et riant de plus en plus fort.Le châtelain, furieux, appela les chiens avec colére Lun deux obéit et le rejoignit, mais l\u2019autre, continuant à jouer.son maître s\u2019approcha et, le prenant par la peau du cou, il le roua de coups de fouet et le battit sans pitié.Le maître des Oyats, qui semblait en proie à un accès de colère folle.continuait de frapper l'animal avec une sorte de rage.Ce dernier, qui avait d\u2019abord hurlé de douleur, n\u2019avait plus la force de se débattre, et il gémissait à fendre l\u2019âme.Rives, qui s\u2019était relevé, paraissait frappé de stupeur.T] était livide, mais ses veux étincelaient.A un moment donré.ne pouvant supporter plus longtemps les plaintes de la pauvre bête, il se précipita sur M Gardanne et, avec une force dont on ne l\u2019eût jamais cru capable, lui arracha des mains le chien tout pantelant.Le coup de fouet, destiné à l'animal.vint alors cingler la joue du jeune homme, déchirant la peau, faisant jaillir le sang.Rives poussa un cri de douleur et, se dressant, menacant, devant son patron: \u2014Brute!.lui lanca-t-il, d\u2019une voix siifflante, levant la main comme s\u2019il voulait le souffleter.\u2014Allons!.voyons! s\u2019intenposa le Major en se précipitant entre les deux hommes.êtes-vous fous?Mais Ile secrétaire, pâle à faire peur, avait reculé.baissant les yeux sous le regard froid et dédaigneux du maître des Oyats.Chancelant, s\u2019appuyant contre un arbre pour ne pas tomber, il resta un instant silencieux.II murmura alors, d\u2019une voix basse et tremblante: \u2014Je vous demande pardon.Monsieur Gardanne, je me suis oublié! Il y a deux choses dont je ne puis snp- porter la vue.voir battre un enfant ou un chien.la faiblesse qui ne peut se défendre.le dévouement qui se laisse franper sans même essayer de mordre.excusez-moi.Puis.sans se retourner.il se dirigea.d\u2019un pas mal assuré.vers les chevaux qu\u2019il détacha et amena aux deux ca- vailiers.Lorsqu'ils furent en selle, il les laissa avancer puis, sautant d\u2019un bond sur sa monture.il reprit alors.dans un galop effréné, le chemin du château des Oyats.En rentrant aux écuries, il y trouva le palefrenier\u2014un vieillard du village\u2014 qui venait chaque jour aider Martin, et lui remit son cheval.\u2014Soignez bien Nick, père Patrice.dit-il, car il a eu très chaud.\u2014Pour sûr qu\u2019il a dû avoir chaud! il fume par tout le corps, le maltheu- 36 reux! C\u2019est-y raisonnable, Monsieur Rives, de mettre un cheval dans un état pareil?demanda le vieux paysan, en se tournant vers le cavalier.Ah! ben ! vous voilà propre, vous aussi ! s\u2019exclama-t-il, à la vue de la joue ensanglantée du jeune homme.Vous êtes bien arrangé!\u2026 il ne m\u2019étonne plus que vous soyez revenu si vite.faut soigner ça!\u2026 Voulez-vous que j'appelle Mam\u201d- zelle Hermine ?elle est quelque part dans le potager.\u2014Grardez-vous-en bien! protesta Rives vivement.Occupez-vous de Nick, Patrice, moi je vais soigner ma joue.Et il s\u2019éloigna en courant.Arrivé dans sa chambre, il s\u2019arrêta devant une grande glace qui lui renvoya son image.Il était d\u2019une pôâleur livide.ce qui faisait encore ressortir la large cicatrice qui zébrait sa joue depuis le dessous de l\u2019oeil jusqu\u2019à la naissance du menton.Lg sang qui s\u2019était coagulé tout autour de la déchirure donnait à celle-ci un aspect presque hideux\u2026.A mesure qu\u2019il examinait la trace du fouet, Jacques Rives sentait une colère folle s'emparer de Jui.Tout son corps tremblait\u2026 ses yeux étincelaient.\u2014I1 m\u2019a battu.moi!.moi! rugit- il, dans une rage concentrée.Oh! c\u2019en est trop!.je vais quitter ce chateau.cet Ours abhorré!.je ne peux plus!.c\u2019est au-dessus de mes forces!.Puis, tout a coup, la réaction se fit.ses nerfs se détendirent.Et, s\u2019abattant brusquement sur son lit, le jeune homme, cachant sa joue meurtrie dans l\u2019oreiller, pleura à longs sanglots, comme un enfant.Lorsque cette crise de larmes fut passée, et qu\u2019il se releva, il avait repris cet air énergique qu\u2019il avait à certaines heures, toute trace de faiblesse avait disparu\u2026 Ayant fait bouillir de l'eau dans sa salle de bains, il lava et nettoya soigneusement la plaie, qui prit de suite meilleure apparence Il changea ensuite de vêtements, et, appuyant son mouchoir sur sa joue pour dissimuler la blessure, il descendit à la cuisine où il savait trouver une des servantes.\u2014Colette, dit-il, en s'adressant à la femme, voulez-vous prévenir madame Bornave que je ne rentrerai pas ce soir?.Je dine en ville.\u2014Bien, monsieur, répondit la bonne.Vous n\u2019êtes pas souffrant, au moins ?Vous me semblez tout palot?interro- gea-t-elle, en considérant avec intérêt le jeune secrétaire, qui était le favori de toute la domesticité.\u2014Non, non, ma bonne Colette, ne vous inquiétez pas! Et Rives, craignant de rencontrer \u2018une des dames du château, se hâta de gagner le bois de sapins où il était sûr de ne trouver personne.I! chercha un coin labrité, et s\u2019étendant alors sur l'herbe, qui formait en cet endroit un véritable tapis, il ferma les yeux et attendit.Dormait-il ou révait-il?.Il elt été bien difficile de le dire, car il ne faisait pas un mouvement.I y avait longtemps qu\u2019il était 1a lorsqu\u2019il se souleva et consulta sa montre.\u2014Huit heures, murmura-t-il.Les enfants sont couchés.Meg doit être seule.Allons la voir!.elle me conseil- leral.sabe taidac) LA REVUE POPULAIRE Et, gagnant la plage par une petite porte qui se trouvait au bout du bois de sapins et dont il avait la clef, le jeune homme se dirigea à grands pas vers le chalet des Goëlands.Tous les hôtes du château des Oyats étaient à tabl à cette heure, mais un silence contraint régnait parmi eux.Hugues Gardanne semblait plus sombre que jamais et répondit à peine aux questions de Mlle Hermine au sujet de Jacques Rives.\u2014I1 s\u2019est fait excuser pour le diner, avait dit madame Bornave.\u2014Que lui est-il donc arrivé?demanda curieusement Mlle Hermine.Patrice m\u2019a dit qu\u2019il était rentré dans un état lamentable, avec une blessure à la joue, paraît-il.Et son cheval Nick était en nage.\u2014Peut-être se sera-t-il heurté à une branche d\u2019arbre?hasarda le major.\u2014En tous cas, déclara impatiemment le maître des Oyats, son état n\u2019est sans doute pas bien grave, puisqu'il est parti diner chez\u2026 des amis.Quand il rentrera, si vous êtes curieuse de savoir ce qui a occasionné sa blessure à la joue, vous n'aurez qu\u2019à le lui demander, tante Hermine.La vieille demoiselle n\u2019avait pas insisté, mais, blessée nar le ton sec de son neveu, elle l'avait boudé pendant tout le repas.Sans le major, qui s'était entretenu longuement avec Mme Bornave, au sujet d\u2019une de ses protégées, une jeune phtisique du village, qu\u2019elle voulait envoyer dans un sanatorium.le dîner eût paru d\u2019une tristesse mortelle.Les deux amis se séparèrent de bonne heure ce soir-là.Hugues prétextant un article pressé à terminer, et Néry se disant fatigué.Mais, demeuré seul dans son cabinet de travail.'Ours ne prit même pas sa plume Il s\u2019étendit sur le divan auprès de la fenêtre et.après avoir allumé un cigare, il resta plongé dans une longue réverie.I1 songeait à tout ce que lui avait dit son ami après le départ de Rives.Comme il déclarait: \u201cAs-tu vu l\u2019insolence de cet effronté?\u201d, le major l\u2019avait interrompu sèchement: \u2014'\"Tais-toi, Gardanne! C\u2019est ta conduite à son égard qui est odieuse ! avait-il dit, d\u2019une voix tremblante d\u2019émotion.Que faisait-il de mal, ce garcon?I s\u2019amusait bien innocemment, après tout! C\u2019est un vrai gosse, tu le sais bien!\u2026 Il n\u2019y avait pas Ià de raison pour te mettre das une telle colère.et lui déchirer la figure comme tu l\u2019as fait.Il a dû terriblement souffrir\u2026 Je comprends qu\u2019il ait été hors de lui-même! Et encore!\u2026 Avec quelle smplicité il s\u2019est excusé tout de suite de son mouvement de colère.causé par la douleur.Je l\u2019aurais embrassé, ce garçon, pour son attitude à la fois si humble et si noble! C\u2019est toi qui lui devais -des excuses, en somme! \u2014Pourquoi s\u2019est-il interposé comme il l'a fait?De quel droit?protesta Hugues, avec emportement.Ne suis-je pas libre d\u2019infliger une correction à mon chien?\u2014Naturellement, répartit Néry; mais tu y mettais une telle cruauté, que Rives, dont tu connais l\u2019adoration pour ces animaux, n\u2019a pas pu en supporter la vue.Instinctivement, il s\u2019est précipité au secours de son favori.Décembre 1928 \u2014Alors, tant pis pour lui! Il à reçu le coup qui était destiné au chien!.\u2026 C\u2019est justice! Le major avait haussé les épaules.\u2014Il n\u2019y a pas moyen de raisonner avec toi quand tu es sous l'empire de la colère! Tu ne vois plus ce qui est - bien ou ce qui est mal.Nous reparlerons de cela un autre jour.quand tu seras calmé.Et tu seras le premier a reconnaître tes torts envers ce pauvre Rives, Il n\u2019avait plus alors été question entre eux de cet incident, mais leur promenade s\u2019était achevée, dans une sorte de contrainte très pénible pour tous les deux.En ne retrouvant pas le jeune homme au château.Hugues s\u2019était bien douté qu\u2019il était allé rejoindre cette femme du chalet des Goélands.lui confier sa peine sans doute.Qui sait?\u2026 Peut- être lui conseillerait-elle de quitter les Oyats?\u2026 Et cette pensée bouleversait le châtelain, quoi qu\u2019il en fit.II comprit alors combien le départ de son secrétaire lui serait pénible.Comme disait Néry, ui se sentait singulièrement attiré vers Jacques Rives et ne s\u2019en cachait pas, il s'était emporté brutalement et sans raison, aprés tout.Il ne comprenait pas encore pourquoi une telle colère \u2019était emparée de tout son être en voyant les chiens lécher ainsi le visage et les mains du jeune homme?Il était en proie à une sorte de confusion d\u2019idées qui l\u2019empéchait de voir clair en ses sentiments.Il ne pouvait constater qu\u2019une chose: la perspective de perdre Rives l\u2019affolait!\u2026 Et il ferait n\u2019importe quoi pour le garder auprès de lui.La nuit était venue depuis longtemps, qu\u2019il etait ercore plongé dans sa réverie.Comme il s'apprétait a fermer la fenétre de son cabinet, avant de gagner sa chambre, Hugues aperçut au loin, dans une allée débouchant du bois de sapins, celui qui avait occupé sa pensée toutes ces heures.Il se recula au fond de la pièce.pour observer sans être vu.Rives marchait à grands pas.Mais, arrivé au rond-point devant le perron du château, il s\u2019arréta brusquement.La lune l\u2019éclairait en plein, et quelque chose comme un sentiment de pitié et de honte étreignit le coeur de l\u201d\u201cOurs\u201d à la vue de la balafre qui défigurait le jeune homme\u2026 Celui-ci, souriant, tête nue.les bras croisés, contempla longtemps la vaste demeure.Puis, tout à coup, avec un de ces gestes gamins qui lui étaient propres, il envoya, du bout des dogts, des baisers dans l\u2019espace.Etait-ce à son amie.ou à ses chiens?ou simplement à la lune?se demandait Hugues, curieusement, tandis qu\u2019il murmurait.à voix basse: \u2014FEtrange garcon!.Alors, enjambant les quatre marches du perron, son secrétaire rentra, en courant, pour regagner sa chambre.Et, tandis que le châtelain, intrigué, fermait sa fenêtre, Rives, tout en se déshabillant, monologuait selon son habitude: \u2014Cette bonne Meg!\u2026 elle sait panser les blessures de l\u2019âme comme celles du corps!\u2026 Oui!\u2026 elle à raison, ma foi, pourquoi me mettre dans un tel état à propos d\u2019un coup de fouet qui ne m'était pas destiné?\u2026 Mon pauvre eer em ete ow Décembre 1929 Jacques, ça te servira de leçon pour une autre fois.Tu sauras qu\u2019il ne faut jamais mettre le doigt entre l\u2019arbre et l\u2019écorce\u2026.Et il se coucha vivement.Mais, lorsqu'il fut sur son oreiller: \u2014Sapristi! s\u2019écria-t-il, ce que cette joue me cuit! Si jamais je rattrape \u201cOurs\u201d un jour, .ii me revaudra tout cela! Et le jeune homme, riant gaïement, s\u2019endormit sur cette menace.Le lendemain matin, tous les hôtes du château étaient déjà à table depuis un moment pour le déjeuner, que Rives n\u2019avait pas encore paru.Hugues Gardanne commencait secrètement à s\u2019inguiéter, et il allait demander à san ami d'\u2019aller s'informer, lorsque le jeune secrétaire entra, un sourire aux lèvres.Il alla saluer ses hôtesses, comme il le faisait chaque jour, et serra la main à son patron, ains: qu\u2019au major, qui l\u2019observait attentivement.Mais une même exclamation reten- tif : \u2014Oh! mon pauvre enfant, que vous est-il arrivé?s\u2019écria Mme Bornave.\u2014Vous êtes bles.bles.\u2014Blessé! termina Mlle Hermine, venant au secours de sa soeur Yolande.Ah bien! vous êtes propre! continua-t- elle; qui vous a arrangé ainsi, mon garçon?\u2014Jai fait comme Don Quichotte, Mademoiselle, répondit gaiement le secrétaire, en s\u2019asseyant à table et en se servant.Je me suis battu contre des moulins à vent.et les moulins à vent se sont vengés!.Voilà! Nous avions déjà dans l\u2019histoire Henri Le Balafré.le château des Oyats abritera désormais Jacques le Balafré.Ne vous tourmentez pas à mon sujet, Madame, je vous en prie! continua-t-il doucement, en s'adressant à Mme Bornave, qui le contemplait d'un regard affectueux et plein de pitié.Dans quelques jours, il n\u2019y paraîtra plus.Je retrouverai tous mes charmes physiques.Et il riait de bon coeur, tout en beurrant ses tartines.\u2014Ta, ta, ta, ca ne nous dit toujours pas où vous avez attrapé cette balafre?ronchonna Mlie Hermine.\u2014La curiosité est un très vilain défaut, Mademoiselle! mon oncle me l\u2019a répété cent fois! répondit Rives, avec une gravité comique.Et maintenant, au travail! ajouta-t-il, en se levant de table.On ne peut nas toujours rire! il faut songer aux affaires sérieuses.C\u2019est encore mon oncle qui l\u2019a dit! Des axiomes et des bons conseils, il en avait habituellement plein ses poches.Quand le maître des Oyats entra dans son cabinet de travail quelques instants après, le secrétaire \u201ctapait\u201d sa machine avec ardeur, paraissant avoir oublié complètement la scène de la veille.Hugues Gardanne eût bien voulu en faire autant.Mais la vue du pauvre visage pâle et défiguré le troublait étrangement\u2026 Et il ne pouvait en détacher les yeux, quoi qu\u2019il fit.CHAPITRE VIII \u2014Oh! Monsieur Gardanne, lisez cet article! s\u2019écria Jacques Rives, en pénétrant si brusquement et si bruyamment dans la bibliothèque où le châtelain se LA REVUE POPULAIRE trouvait avec le major, que les deux amis sursautèrent malgré eux.Lie secrétaire semblait hors de Iui- même.\u2014Vous avez une façon d'entrer qui n\u2019est pas très correcte, mon garçon ! déclara Hugues.Quoi?Qu\u2019y a-t-il de si extraordinaire?continua-t-il, en prenant le journal que le jeune homme lui tendait.\u2014Vous allez voir ! vous allez voir ! répondit ce dernier qui exultait.Ca, c\u2019est tapé!\u2026 Et si je savais où perche ce critique, j'irais le remercier!\u2026 Je l\u2019ai toujours dit.que ce volume sur Napoléon était un chef-d\u2019oeuvre!\u2026 Il déclare.\u2014Qui?Napoléon?interrompit Hugues, d\u2019un air narquois.© \u2014Non, voyons!.Ce critique déclare que vous êtes un génie.Il n\u2019est pas le premier à le trouver !\u2026 Il y à longtemps que je vous l\u2019ai dit, n\u2019est-ce pas, Monsieur Gardanne?\u2014Mais oui! mais oui! Calmez-vous, mon garçon! D\u2019abord, asseyez-vous!.Je ne puis supporter de vous voir papillonner ainsi autour de moi, déclara Hugues, en riant.C\u2019est vrai qu\u2019il paraissait terriblement énervé, le jeune secrétaire.Son fin visage, sur lequel se voyait encore la balafre du fouet.était radieux; ses yeux noirs brillaient de plaisir, tandis qu\u2019il s\u2019agitait sur sa chaise, ne pouvant tenir an place.au grand amusement du major.qui ne le quittait pas du regard.\u2014Oui, cet article est vraiment \u2018élogieux! dit le châtelain, après avoir lu le journal; i! l\u2019est même trop.car mes confrères littéraires vont se demander combien j'ai pavé un tel coup d\u2019encensoir! Et beaucoup de gens verront plutôt dans le succès de ce volume le résultat d\u2019une réclame bien rétribuée que d\u2019une valeur véritable.\u2014Oh! protesta Rives énergiquement; comment pouvez-vous parler ainsi, Monsieur.quand vous recevez presque chaque jour de Paris chèques et compliments.vous confirmant que les éditions de votre livre s'enlèvent avec un succès que les ouvrages d\u2019histoire n\u2019avaient pas connu depuis bien longtemps.\u2014Ah! à ce propos, je voulais justement vous offrir une rétribution que vous avez bien gagnée, Rives, déclara Hugues, en se dirigeant vers son bureau.dans lequel il prit une enveloppe.Tenez, mon garçon, continua-t- il.en la présentant à son secrétaire : voilà deux mille francs que je vous prie d'accepter à titre de collaboration.Vous avez travaillé avec une telle ardeur à la mise au point du manuscrit que cz que je vous donne est réellement peu de chose en comparaison de ce que je vous dois.Le visage de Jacques Rives avait une expression enirmatique curieuse à observer\u2026 Il avait rougi d\u2019abord violemment.et quelque chose comme une lueur de dédain avait passé dans ses yeux clairs.Mais, par un brusque effort de volonté, il s\u2019était repris tout de suite, et avait déclaré, en riant: \u2014Oh! Monsieur Gardanne, vous me comblez! Que vais-je faire de toute cetta fortune?\u2014Eh bien! vous n\u2019étes pas un garcon ordinaire! s\u2019écria le major, qui n\u2019avait pas perdu un détail de toute 37 GRATIS Fortifiez votre Sante et Embellissez votre Poitrine Toutes les Femmes deivent étre belles et vigoureuses, et toutes peuvent l'être grâce au Réformateur Myrriam Dubreuil Vous pouvez avoir une santé solide, une belle poitrine, être grasse, rétablir vos nerfs, enrichir votre sang avec le Réformateur Myrrial Dubreuil, approuvé par des sommités médicales.Les chairs se raffermissent et se tonifient, la poitrine prend une forme parfaite sous l'action bienfaisante du Réformateur.Il mérite la plus entière confiance, car il est le résultat de longues études consciencieuses.Le REFORMATEUR MYRRIAM DUBREUIL est un tonique reconstituant et possédant la propriété de raffermir et de développer la poitrine en même temps que sous son action, se comblent les creux des épaules.Seul produit véritablement sérieux, bienfaisant pour ls santé générale.Le Réformateur est très bon pour les personnes maigres et nerveuses.Convenant aussi bien à la jeune fille qu\u2019à la femme.ENGRAISSERA RAPIDEMENT LES PERSONNES MAIGRES GRATIS.Envoyez 5c en timbres et nous vous enverrons Gratis notre brochure illustrée de 32 pages, avec échantillon Myrriam Dubrueil.Notre Réformateur est également efficace aux hommes maigres, déprimés et souffrant d\u2019épuisement nerveux, quel que soit leur âge.Correspondance strictement confidentielle.Les jours de bureau sont: Jeudi et samedi, de 2 heures à 5 heures p.m.MME MYRRIAM DUBREUIL Boite postale 2353 \u2014 Dépt.2 3902, Parc Lafontaine, - .Montréal 38 cette petite scène.Il n\u2019y a pas beaucoup de jeunes gens de votre âge qui soient ainsi embarrassés pour dépenser ce qu\u2019ils gagnent! Rives haussa les épaules.\u2014Bast! répondit-il, avec une sorte d\u2019indifférence; n\u2019ai-je pas ici tout ce dont j'ai besoin?\u2014Allons! je vois que Gardanne a pour secrétaire un véritable philosophe, déclara plaisamment Néry.Encore une qualité à ajouter à toutes celles que je vous connaissais déjà!.\u2026.Mes félicitations, mon cher ami! Et, en parlant ainsi, il tendait la main au jeune homme qui la serra fortement, disant de ce ton gamin qui amusait tant le major: \u2014Merci bien, M\u2019sieur! Hugues, après avoir donné quelques indications à son secrétaire pour son travail, sortit avec son ami.En passant devant Rives, qui s\u2019était précipité gaiement pour lui ouvrir la porte et se tenait là, debout.au \u201cgarde à vous\u201d, comme il le faisait souvent, le maître des Oyats lui adressa un bon sourire indulgent et lui tendit la main à son tour\u2026 Le jeune homme la tint longuement serrée, tandis que son visage aux traits mobiles prenait une expression sérieuse, grave même.qui ne laissa pas que d'intriguer Hugues Gar- danmne.Depuis le jour où il avait blessé Rives si cruellement, leur intimité n\u2019avait fait que se resserrer.Il avait été secrètement touché du tact avec lequel ce dernier avait évité auprès de Mme Bornave et de ses soeurs toute allusion à l'incident, et il lui en avait su gré.Il avait remarqué aussi que le secrétaire redoublant de zèle dans son travail, passait ses journées presque entièrement au château.Le soir même.il restait au salon, auprès des dames, causant avec elles, lisant les journaux à Mme Bornave et ne se retirant que lorsque celle-ci montait à sa chambre.A une question du major.lui disant: \u2014 II me semble que vous abandonnez vos amies du tennis?.Rives avait répondu en riant: \u2014 J'attends d'avoir retrouvé les charmes de ma beauté et la pureté de mes traits, car j\u2019ai peur de leur faire horreur avec ma balafre! La balafre s\u2019était cicatrisée\u2026 Il n\u2019en restait plus qu\u2019une légère trace, qui ne disparaîtrait sans doute jamais complètement.Et pourtant, le joueur ne retournait pas encore à sa distraction favorite.La veille méme, le temps étant pluvieux.il était resté toute l\u2019après-midi à dévider des écheveaux de laine pour Mlle Yolande\u2014ce qui avait bien amusé Néry.Voyait-il encore la dame des \u201cGoélands\u201d?se demandait parfois Hugues Gardanne.C\u2019était à supposer.Et lorsqu\u2019il sortait si tard dans la soirée, c\u2019était là sans doute qu\u2019il se rendait.Comme il revenait une nuit du Kur- saal, par la plage.avec le major, le châtelain avait été charmé par les sons mélodieux d'un violon joué de main de maître et accompagné par un pianiste également à la hauteur, à en juger par ce qu\u2019on entendait.Les deux amis s\u2019étaient arrêtés, se demandant d\u2019où venait ce duo d\u2019artistes?C\u2019était assurément d\u2019un des chalets qui bordaient la plage.Plusieurs LA REVUE POPULAIRE avaient leur fenêtre ouverte, à cause de la chaleur.Mais, la plupart gardaient leurs stores baissés pour Iles moustiques, et il était- impossible de savoir à coup sûr, dans lequel se trouvaient les musiciens ou musiciennes.\u2014Mais.je suis presque certain que ça vient des \u201cGoëlands\u201d\u2019 dit Hugues.\u2014En tout cas, Rives ne joue d\u2019au- eun irstrument, il me semble?répondit Néry.\u2014Sait-on jamais ce que ce garçon- là sait faire?répliqua l\u2019autre, en haussant les épaules.C\u2019est un vivant mystère ! En ce moment, la voix du violon s\u2019éleva dans un chant si large et si beau, que les jeunes gens, émerveillés, se turent pour écouter.| L'artiste interprétait le célèbre \u201cAdagio\u201d, de Tsclsaichoski, avec une telle pureté de sons, une expression de douleur si intense qu\u2019on se sentait bouleversé jusqu\u2019au fond de l\u2019âme\u2026 Ce n\u2019était plus un instrument.on eut dit la plainte d\u2019une voix humaine contant avec une infinie douceur son chagrin, son amour, son désesvoir\u2026 pour finir dans une sorte de sanelot déchirant\u2026 C\u2019était si beau et si poignant que les deux amis en étaient restés comme frappés de stupeur.\u2014Je rai jamais entendu jouer avec un tel sentiment! murmura le major.Quant à Hugues.il était trop ému pour parler.Ils attendirent encore un bon moment, mais le concert était fini sans doute, car tout s\u2019était tu.Et un silence compiet enveloppa bientôt la plupart des châlets, où les lumières s\u2019éteignirent peu à peu.\u2014 La muit est superbe déclara Te châtelain des Oyats.Asseyons-nous un instant au pied des cabines.Néry accepta avec empressement.se doutant bien, intérieurement.que c\u2019était un préteste de son ami pour surveiller les \u201cGoëlands\u201d, et voir si Rives allait en sortir.Mais ils eurent beau rester près d\u2019une heure étendrs sur le sable, aucune porte ne souvrit dans le grand châ- let endormi.Et lorsqu\u2019ils rentrérent aux Oyats, Jacques Rives était accoudé à son balcon, fumant avec délices une de ces cigarettes égyptiennes, ses mréférées, et dont le parfum demeurait dams toutes les pièces où il avait séjourné.\u2014Pas encore couché.jeune homme?interrogea le major.\u2014Non! Ténondit l\u2019autre gaiement : ma chambre ect envahie par les moustiques! j'ai dû leur laisser la place! je crois que je serai obligé de passer la nuit au balcon.si ces vilaines bestioles continuent de s\u2019attaquer à ma personne.comme elles en avaient manifesté Vintention.\u2014Aspergez-vous d'alcali.c\u2019est souverain, conseilla Néry.\u2014Merci bien.docteur! j'aime mieux les cigarettes éeyptiennes.Le lendemain au déjeuner.Hugues Gardanne parla devant son secrétaire du violoniste inconnu, qui les await charmés; mais Rives n\u2019v prêta aucune attention.T1! Ætait absolument furieux après les moustiques.auxquels il avait dû faire la chasse une partie de Ia nuit.disait-il.\u2014Il faut acheter un moustiquaire, mon garçon, lui dit Mlle Hermine.\u2014Ouf, jy ai pensé, répondit-il.Mais Décembre 1929 trouvera-je cet article dans un trou comme je Crotoy?\u2014J\u2019ai peur que non.Vous serez obligé d\u2019aller jusqu\u2019à Abbeville.\u2014Nous y allons justement cette après-midi, déclara le châtelain ; si vous voulez nous accompagner, Rives.vous n\u2019aurez qu\u2019à vous tenir prêt pour 2 heures.Vous pourrez même conduire l\u2019auto, si le coeur vous en dit.Le secrétaire accepta avec enthousiasme, et les trois jeunes gens partirent après le déjeûner.Arrivés en ville, Hugues et Néry se dirigèrent vers la Bibliothèque, où ils avaient rendez-vous avec le bibliothécaire, qui leur avait promis.de leur montrer, par une faveur spéciale le célèbre Evangéliaire de Charlemagne.cette relique d\u2019une valeur inestimable aux yeux des bibliophiles de tous pays.Plusieurs membres de sociétés savantes anglaises «t francaises devaient se trouver là également pour profiter de cette exhibition exceptionnelle \u2014 le vieux livre, usé par les siècles, ne sortant plus de son écrin que pour figurer, une fois par hasard, dans de grandes expositions.Le bibliothécaire devait en même temps leur faire admirer la magnifique collection d\u2019incunables que possède la petite cité picarde dont elle s\u2019enorgueillit, avec juste raison.Invité par M.Gardanne à se joindre à eux, Jacques Rives avait refusé, sous prétexte de courses et d\u2019achats qu'il comptait faire: et il avait été décidé qu\u2019il viendrait, avec l\u2019auto, les reprendre à la Bibliothèque, vers la fin de l'après-midi.Lorsque le secrétaire se présenta, J\u2019exhibition était loin d\u2019être terminée.et il se dirigea, sur les indications de l\u2019aide-bibliothécaire, vers la salle du premier étage, où il devait trouver les visiteurs.Ils étaient assez nombreux \u2014 une vingtaine environ\u2014et le jeune homme, ne voulant pas les troubler, s\u2019avanca sans bruit.Seul.le major, qui était en face de lui, lui fit signe d\u2019approcher: Hugues Gardanne, qui lui tournait le dos, ne s\u2019était même pas douté de sa présence.Jacques Rives écoutait, d\u2019un air distrait, les explications données par 1'érudit bibliothécaire.et s\u2019amusait surtout à examiner les types de ces savants anglais.assez curieux pour la plupart.Mais, ses regards tombèrent.tout-à-coup, sur un des visiteurs\u2014 un Français, celui-là.il n\u2019y avait pas à sy méprendre\u2026.Une rougeur ardente couvrit alors les joues du jeune homme, tandis qu'il paraissait en proie à un trouble extraordinaire.Néry qui n'avait pas cessé de l'observer.se retourna vour voir celui qui était la cause de cet émoi.Il tressaillit, lui aussi: 11 venait de reconnaître, dans l\u2019étranger.le mari\u2014ou du moins il le croyait\u2014 de la Dame des \u201cGoëlands\u201d, celui qui était assis au- prés delle, le soir du concert au Kur- saal, et dont la vue avait fait futr Rives.Vivement intrigué il attendit curieusement c2 qui allait se passer!.Jacques Rives.s\u2019écartant doucement du groupe, s\u2019éloigna avec les mêmes précautions qu\u2019à son arrivée, et disparut bientôt au fond de la salle, sans que l'inconnu se fût même aperçu de 2 ea taste he ee MOD Drei LARA ao Ah ruche RS er Décembre 1929 sa venue, non plus que les autres étrangers.A la fin de la visite, le bibliothécaire leur ayant présenté le registre où chacun inscrivait son nom, le major eut la curiosité de parcourir la page sur laquelle il était le dernier à signer : tous les visiteurs étaient Anglais, sauf Gardanne, lui et l\u2019inconnu: Marbell, agent de change à Paris.C\u2019était bien le nom donné par le garde-champêtre, comme étant celui du propriétaire des \u201cGoélands\u201d.Néry se garda bien de parler de cet incident à son ami, qui ne s\u2019était aper- cu de rien; mais la coïncidence lui parut assez curieuse.C'était la seconde fois que Rives fuyait devant cet homme.Que s\u2019était-il donc passé entre eux?.Il y avait là certainement un mystère qu\u2019il se promit d\u2019éclaircir.Lorsqu'ils sortirent de la bibliothèque, le secrétaire était au volant de la voiture, les attendant, mais \u2014 détail qui frappa encore le major\u2014il s\u2019était affublé, contre son habitude, d\u2019une de ces paires de zrosses lunettes noires, à monture d\u2019écaille.dont il se moquait journellement.Hugues Gardanne en fit même la remarque \u2014Alons, Rives, s\u2019écria-t-il, en riant, c'était bien la peine de tant blaguer les gens à lunettes d\u2019écaille, qui se font des têtes d\u2019Allemands comme vous dites, pour les imiter à votre tour! Que vous prend-il done ° \u2014 C\u2019est un essai, patron, répondit gaiement le secrétaire.Soyez sans crainte, je ne garderai pas longtemps ces élégantes machines! Une fois en route, je les reléguerai en :poche.Le maître des Oyats haussa les épu- les.\u2014Comme vous voulez, mon garçon! Mais il faut avouer que vous avez des fantaisies bien baroques! Puis, ne se souciant plus de son employé, qui avait mis l\u2019auto en marche, Hugues s'enfrefint avec son ami de tout ce qu\u2019ils venaient d\u2019admirer.La soirée se passe très gaiement au château des Ovats.Jacques Rives conta avec sa verve habituelle, ce qu\u2019il appelait la course à la moustiquaire.Il mimait avec une telle originalité l'accueil des marchands et marchandes, dans tous les magasins de la ville, où il avait cherché en vain l\u2019objet en question, que tous les hôtes s\u2019amusaïent franchement.\u2014Et voilà ! conciut-il.Après avoir visité toutes les boutiques, où je croyais pouvoir.me procurer cet article de ménage indispensable, en cette saison, j'ai fini par constater que les moustiquaires étaient aussi inconnues dans la capitale du Ponthieu que dans la ville du Crotoy! \u2014Alors vous êtes revenu bredouille?interrogea Mlle Hermine.\u2014Jamais de la vie! Ah! vous ne me connaissez pas encore, Mademoiselle, si vous pouvez croire que je ne finis pas toujours rar trouver ce que je désire! Faute de grives.on se contente de merles! disait mon oncle.Faute de moustiquaire.je me suis contenté d\u2019un rideau de berceau, que j'avais vu à l\u2019étalage d\u2019un marchand de layettes! \u2014-Ah ! ca.par exemple, c\u2019est délicieux! s\u2019écria le major.Vous avez acheté un rideau de berceau, au lieu d\u2019un moustiquaire?\u2014\u2014Parfaitement ! déclara le jeune LA REVUE POPULAIRE homme, avec un sérieux impayable, tulle grec de première qualité.article solide, inusable, indéchirable! con- tinua-t-il, avec la volubilité d\u2019un commerçant, vantant sa marchandise, et parfait pour vous mettre à l\u2019abri des moustiques.Avec ca je suis sauvé! je dormirai tranquille.Je vais vous le chercher, Mademo£selle Hermine, car je vois que vous brûlez d\u2019envie d\u2019admirer mon achat.Et, en parlant ainsi, Jacques Rives courut à sa charkbre enjambant trois marches à la fois, et redescendant par la rampe, selon son habitude.Il exhiba alors son rideau que la vieille demoiselle almira en connaisseur.\u2014Mais il est superbe, ce rideau ! vous devez le payer très cher?interro- gea-t-elle, en palpant le tissu, et en admirant les délicates \u2018broderies, qui ornaient l\u2019élégant article.\u2014Oui, je crois bien que je me suis fait voler! On m\u2019a pris pour un jeune papa, heureux d'avoir un héritier, et ne s\u2019inquiétant guère du coût du wi- deau qui devait abriter la tête si précieuse du nouveau-né.- \u2014Vous pourrez ie mettre de côté, pour vous en servir lorsque vous serez marié, et ques vous aurez des mioches, déclara Mlle Hermine, en riant.\u2014Cest bien mon intention! répondit le secrétaire Avec.ma prévoyance ha- bituelle\u2014et il riait de tout son coeur\u2014 j'ai songé à l'avenir.Et je me suis dit: la moustiquaire du père sera le rideau de berceau de l\u2019enfant!\u2026 Voyez comme on se rencontre.Mademoiselle! Nous avons eu tous les deux la même pensée ! \u2014 Mais, comment allez-vous installer cette soi-disant moustiquaire?demanda avec curiosité Mme Bornave, qui s\u2019amusait franchement.\u2019 \u2014Ah! voilà! C\u2019est ici, Madame, que j'aurai recours à votre obligeance.Je vous prierai de me le fermer en cousant ensemble les deux côtés du rideau.puis de froncer le haut en rond.Jd\u2019ai découvert au-dessus de mon lit un crochet, qui a dû servir dans le temps à un baldaquin quelconque.Ça sera tout-à-fait mon affaire! \u2014Epatant! s\u2019écria le major, enriant de bon coeur.Comme dans la chanson: \u201cJe demande à voir!\u201d \u2014Très facile, Monsieur le major ! riposta Rives gaiement.Ma chambre est toujours ouverte: ce soir j'installe le moustiquaire et, si ça vous fait plaisir.entrez saos frapper! la vue n\u2019en coûte rien!\u2026 Ne me réveillez pas, c\u2019est tout ce que je demande! Le major, tout en s'amusant des boutades du jeune homme, ne pouvait se lasser de le contempler\u2026 Ainsi que le disait Hugues, Rives était vraiment un étrange garçon !\u2026 Son visage mobile respirait la franchise.ses yeux clairs et lumineux ne devaient pas savoir mentir\u2026 Et pourtant.il y avait certainement un mystère dans som existence.Sinon, pourquoi cette rougeur eui avait empourpré ses traits à la vue du propriétaire des \u201cGoëlands\u201d?Pourquoi cet empressement à le fuir?.pourquoi cette mascarade de lunettes noires sinon pour évter d\u2019être reconnu par lui dans l\u2019auto?\u2026 Huit jours environ après cet incident, le maître des Oyats.qui était 39 Le Traitement Médical F.GUY C\u2019est le meilleur remède connu contre toutes les malades féminines, des milliers de femmes ont, grâce à lui, victorieusement combattu les déplacements, inflammation, périodes douloureuses, douleurs dans la tête, les reins ou les aines, etc.Envoyez 5 cents en timbres et nous vous enverrons GRATIS une brochure illustrée de trente-deux pages avec échantillon du Traitement Médical F.Guy.Consultation : Jeudi et Samedi, de 2 heures à 5 heures p.m.Mme MYRRIAM DUBREUIL 3902, PARC LAFONTAINE (près Roy) Dépt.25 Montréal, Can.B.P.2353 Une Revue dont on parle et dont on parlera encore plus\u2014 Vi Ree aie Notre roman d\u2019amour du mois prochain : Le Dortilège ROMAN D\u2019AMOUP, par Eve Paul Marguerite COUPON D\u2019ABONNEMENT La Revue Populaire Ci-inclus $1.50 pour 1 an ou 75 cents pour 6 mois (Etats-Unis: $1.75 pour 1 an ou 90c pour 6 mois) d\u2019abonnement Adresse Vilie _ - RS POIRIER, BESSETTE & CIE 975, rue de Bullion, Montréal, Car ce 40 allé chasser dans la baie avec son ami, toute l'après-midi, s\u2019apprétait à se retirer d\u2019assez bonne heure, lorsque le major, en prenant son mouchoir, laissa tomber un papier sur le parques.L\u2019ayant ramassé, il le parcourut des yeux et s\u2019écria: \u2014Ah! diable! c\u2019est aujourd\u2019hui la fameuse soirée de gala au Kursaal, avec danses, concert, etc.Je l'avais oublié! Et moi qui désirais tant entendre cette Neuvième Symphonie de Beethoven!.Relisant attentivement le programme, il constata.\u2014C\u2019est pour la seconde partie.Quelle heure est-il?Et il consulta sa montre, \u2014Dix heures?.La premiére partie durera au moins une heure.puis viendra l\u2019intermède des danses.On n\u2019exécutera pas la Symphonie avant onze heures!.J\u2019y arriverail\u2026 Viens-tu, Gar- danne?Hugues aurait certainement préféré rester au logis.Mais, d\u2019un autre côté, il était bien tenté aussi par l'oeuvre si célèbre du grand musicien, son auteur favori.Sans se l\u2019avouer, une autre raison le décida encore: Rives était parti de bonne heure ce soir-là et\u2014 détail qui avait intrigué le châtelain\u2014 il avait fait toilette! Un smoking.de coupe irréprochable, avait remplacé le vêtement de sport qu\u2019il portait habituellement.Hugues ne serait pas fé- ché de savoir si son secrétaire était allé à la soirée de gala, et surtout s\u2019il y était seul.- Les deux jeunes gens, s\u2019étant habillés à la hâte, prirent l'auto.qui franchit en quelques minutes la distance entre les Oyats et le Crotoy.La fête battait son plein lorsqu\u2019ils arrivèrent au Kursaal.et une foule énorme se pressait dans la salle de danse où fox-trotts, shimmys et tangos se succédaient aux sons endiablés d\u2019un jazz-band des plus bruyants.Néry et Hugues s\u2019amusèrent pendant quelques instants à voir les nombreux danseurs et danseuses qui passaient devant eux, les uns, tournant comme des toupies à ressort.d\u2019autres, se tenant simplement enlacés et marchant, au rythme de la musique, dans des poses mlus ou moins excentriques.Mais, tout-à-coup, le maître des Oyats, attrapant le bras de son ami, lui désigna un couple qui arrivait de leur côté.\u2014 Voilà Rives avec sa dame des Goë- lands.Le jeune homme passa auprès d\u2019eux sans les voir.et le major, qui ne le quittait pas des yeux, entendit Gar- danne murmurer à mi-voix, comme se parlant à lui-même.\u2014Danse-t-il bien, cet animal! Je n\u2019ai jamais vu pareille souplesse! \u2014Pour un beau couple, c\u2019est un beau couple, il n\u2019y a pas d\u2019erreur! déclara Néry, avec admiration Il a bon goût ce gaillard de Rives! \u201cMeg\u201d est certainement une des plus jolies femmes qu\u2019on puisse rencontrer.Et quelle grâce! quelle élégancé!\u2026 Les autres ont l\u2019air de pantins à côté de ces deux-là! Les jeunes gens restèrent un moment silencieux, suivant les évolutions du couple qui occupait leurs pensées.\u2014Il y a une chose qui me frappe surtout en eux, continua le major, c\u2019est la façon dont ils dansent.Il y a dans leur attitude un \u201cje ne sais quoi\u201d de LA REVUE POPULAIRE distinction, je dirai presque de réserve, que tous les autres ici n\u2019ont certainement pas!\u2026 Rives guide sa cavalière avec une sorte de tendresse respectueuse, tandis qu\u2019elle le contemple d\u2019un regard innocemment affectueux.A les voir ainsi, on croirait plutôt le frère et la soeur que deux amoureux.Ne trouves-tu pas?demanda-t-il à son ami.Celui-ci ne répondit pas\u2026 Les yeux attachés sur son secrétaire, il suivait tous ses mouvements.Rives, les paupières baissées, la tête légèrement penchée sur sa danseuse, semblait lui parler amicalement, indifférent à tous ceux qui l\u2019entouraient\u2026 Et il y avait un tel charme de séduction dans toute la personne du jeune homme, aussi bien dans ses mouvements souples et gracieux que dans l'expression souriante de son visage aux traits purs et réguliers, que le châtelain ne pouvait en détacher les yeux.Il se disait: \u201cJamais je n\u2019ai encore vu un homme ayant autant de charme féminin.\u201d La danse finit, eù Jacques Rives, offrant le bras à sa cavalière, l\u2019'entraîna dans une autre salle, pour prendre sans doute quelque rafraîchissement.Le major, désireux de bien entendre la fameuse Symphonie, dans le concert qui devait suivre les danses, quitta un instant son ami pour se mettre à la recherche d\u2019une bonne place et d\u2019un programme.Comme il revenait par le vestiaire, il aperçut de loin le secrétaire et sa compagne : ils s\u2019approchaient de son côté, et il se jeta dans l\u2019ombre pour ne pas être reconnu.Ils s\u2019arrêtèrent juste en face de l\u2019en- - droit où il s\u2019était dissimulé.Rives aidait la jeune femme à s\u2019envelopper dans une riche et élégante mante de soirée, qu\u2019il ajustait soigneusement sur ses épaules, tout en serrant la fourrure autour de son cou.Ils riaient tous deux comme des enfants en causant joyeusement.Néry constata avec étonnement qu\u2019ils parlaient une langue étrangère.Eclairée en plein par une des lampes électriques, l'inconnue.quoique d\u2019une beauté éblouissante, lui parut toute- ois moins jeune qu'il ne l\u2019avait cruelle semblait.aussi, assez délicate et était très mince.Lorsqu\u2019il l\u2019eut bien emmitouflée, Jacques Rives passa un bras autour de sa taille, et ils s\u2019éloignèrent gaiement, en courant presque.Pendant le concert Hugues et le major ne les revirent plus: ils s\u2019étaient retirés, sans doute après le bal.CHAPITRE IX Le major Néry, qui venait de prendre son bain au Crotoy, consulta sa montre\u2026 Onze heures! Il avait une bonne demi-heure à lui avant de regagner le château des Oyats par la plage; et il s\u2019étendit sur le sable, très amusé par le snectacle qu\u2019il avait sous les yeux.C'était l\u2019heure de la pleine mer.baigneurs et baigneuses se pressaient autour des tentes et des cabines pour se déshabiller ou se rhabiller, tandis qu\u2019une foule de gens se tenaient au bord de l\u2019eau pour assister aux Décembre 1929 bains, une des principales distractions de la petite piage.Tout un monde bariolé circulait, affairé et bruyant, les uns portant des peignoirs, d\u2019autres chargés de pliants, de pelles pour les gosses.C\u2019était le tohu-bohu habituel à ces heures-là ! tohu-bohu dont la vue amusait toujours le major.Il y avait là quantité de jeunes filles et de jeunes femmes aux cheveux coupés à la \u201cgarçonne\u201d, vêtues de maillots collants comme ceux des jeunes gens, dont elles affectaient d\u2019ailleurs les allures masculines.Plus loin, c\u2019étaient des groupes de mioches, conduits par les mamans, qui les confiaient aux maîtres baigneurs avec toutes sortes de recommandations puériles: \u201cAyez bien soin de Tata, ne lui laissez pas boire trop d\u2019eau de mer.Prenez garde à Nono.elle est si imprudente.\u201d Et mille autres discours du même genre, qui amenaient un sourire sur les lèvres des spectateurs amusés.Les nageurs sérieux s\u2019élançaient dans les vagues avec entrain, éclaboussant les \u201ctrembleurs\u201d ou ceux qui faisaient la \u201cgrenouille\u201d à l'entrée de l\u2019eau.comme disait gaiement Jacques Rives.Et, en se rappelant ce mot, la pensée de Néry se reportait soudain sur le jeune secrétaire, pour lequel il éprouvait une sympathie de plus en plus grande.tout en s\u2019étonnant de sa conduite, assez mystérieuse parfois, il était obligé de le reconnaître, quoiqu\u2019il le défendit toujours auprès de son ami Gardanne.Il avait encore présente à l\u2019esprit une petite scène qui s\u2019était passée la semaine précédente, et qui l\u2019avait profondément intrigué.C\u2019état le jour de l\u2019Assomption: Rives était allé communier avec Milles Yolande et Hermine à la messe du matin à la petite église de Saint-Firmin.Après le déjeuner, comme Mme Bornave le priait de la conduire en auto et de l'accompagner à la grand'messe au Crotoy, it avait paru fort troublé.Et.aussitôt sorti de table, il était venu trouver le maître des Oyats dans son cabinet.\u2014\u2014Monsieur Gardanne, avait-il demandé.d\u2019un ton hésitant, ne voudriez- vous pas.pour aujourd\u2019hui.me remplacer auprés de Mme Bornave?.Et comme Hugues interrogeait impatiemment: \u2014Que voulez-vous dire?Il avait continué à voix basse, sans lever les yeux.\u2014Ne pourriez-vous pas conduire.votre grand'meére.au Crotoy! \u2014Qu\u2019est-ce que cette nouvelle lubie?avait protesté le châtelain; pourquoi ne pas accompagner grand-mère comme vous le faites habituellement?\u2014Je ne me sens pas trés bien.je suis un peu.souffrant.Hugues avait alors regardé attentivement le jeune homme.Il était.en effet très pâle.et semblait tout drôle.\u2014I1 fallait le dire tout de suite, mon ami, déclara le châtelain, d\u2019un ton plus doux.C'est entendu.Reposez-vous tranquille.Je conduirai grand-mère aujourd\u2019hui.\u2014 Oh! merci Monsieur Gardanne merci! s\u2019était écrié l\u2019autre, en prenant la main de son patron, qu\u2019il serra bien fort.\u2014Tu m\u2019avoueras que ce garçon-là le ns sini. Décembre 1929 est un peu fou?avait dit Hugues, en racontant la scène à son ami, l\u2019instant d\u2019après.En rentrant de la grand\u2019messe, le maître des Oyats interrogea le major: \u2014Eh bien! et Rives?Comment se trouve-t-il?: \u2014Je crois qu\u2019il ne se ressent plus de son malaise, répondit Néry, car je l\u2019entends qui joue avec les chiens.\u2014Ça ne m\u2019étonne pas! déclara Gar- danne; je crois bien que c'était un malaise.diplomatique! Je te conterai cela cette après-midi.Et il lui fit le récit de ce qu\u2019il avait observé.Voyant quesa grand\u2019mère désirait beaucoup qu\u2019il assiste à la messe, Hugues avait pris place à côté d\u2019elle dans l\u2019église.Mme Bornave avait ses deux prie-Dieu au premier rang de la nef, à droite, et au rang d\u2019en face, sur la gauche, les chaises étaient occupées par la dame des \u201cGoëlands\u201d et son mari.La jeune femme avait quêté, accompagnée par un des habitués de la colonie balnéaire, un riche propriétaire de Paris, ayant une résidence d\u2019été au Crotoy, tandis que son mari à elle servait de cavalier à la dame du propriétaire.C\u2019était une messe en musique et la quête \u2018était pour les pauvres du pays.Le châtelain des Oyats, toujours très généreux, avait déposé un billet dans chaque plateau\u2026 La dame des \u201cGoélands\u201d avait levé les yeux sur lui en murmurant à demi-voix un merci reconnaissant, et il avait été frappé de l'exquise douceur de ces larges prunelles d\u2019un bleu sombre, presque violet.\u2014Je suis sûr, concluait-il, que Rives était au courant.il savait que cette femme devait quêter\u2026.C\u2019est la raison pour \u2018laquelle il a prétexté une indisposition afin de ne pas assister & cette cérémonie.Le major avait paru douter de l\u2019assertion, mas, intérieurement, il était convaineu de l\u2019exactitude du fait ; le secrétaire, sachant que le mari serait là, avait craint d\u2019être reconnu, ne pouvant plus user de lunettes noires, comme à la visite de la bibliothèque.Toujours cet irritant mystère, que le major aurait tant voulu éclaircir!\u2026 Il s\u2019arracha à sa méditation pour reprendre le chemin des Oyats, sachant que son ami tenait énormément à l'exactitude pour les heures des repas.Comme il arrivait devant les \u201cGoélands\u201d, un peu isolés, à l\u2019extrémité de la plage, il vit un groupe au bord de l'eau.Il reconnut la dame du chalet qui conduisait son pett garçon au bain.L'enfant s\u2019élanca en courant et se jeta à genoux dans les premières vagues, mais en même temps il poussa un tel cri de douleur aue le major s'arrêta.Le petit, qui s\u2019était relevé avec peine, essayait en vain de marcher pour aller rejoindie sa mère, pendant que celle- ci interrogeait avec angoisse: \u2014Qu\u2019as-tu, mon mignon?Tu tes blessé\u2026 Reviens vite! L\u2019enfant, dont les cris s\u2019étaient faits encore plus percants, montrait à sa mère son genou ensanglanté, tandis qu\u2019il restait à la même place, incapable de bouger.} \u2014Mon Dieu! mon Dieu! que faire ?murmurait la jeune femme, en regardant autour d\u2019elle; les domestiques ne nous entendent pas\u2026 Ne bouge pas, LA REVUE POPULAIRE mon petit.je vais courlr au chalet demander de l\u2019aide.\u2014Non, non, reste là, maman ?implorait le petit au milieu de ses larmes.Le Major s\u2019avanta vers l\u2019inconnue.\u2014 Voulez-vous me permettre, Madame, d\u2019aller chercher cet enfant?dit-il ¢n s'inclinant profondément devant elle.\u2014Oh! Monsieur, vous êtes bien bon! Je ne sais comment vous remercier.Et les yeux de l\u2019étrangère, ces yeux d\u2019une douceur remarquable, se levaient sur lui avec nine telle reconnaissance que Néry en fut ému.Il alla jusqu\u2019au petit blessé, qu\u2019il prit dans ses bras avec précaution: le genou portait une large entaille béante, qui saignait abondamment; et le Ma- - jor constata que l\u2019enfant était tombé sur un tesson de bouteille.Lorsqu\u2019il fut revenu auprès de la mère, il interrogea doucement: \u2014Voulez-vous me montrer le chemin de votre chalet, Madame?J\u2019y porterai votre petit, car j'ai peur qu\u2019il ne soit un fardeau bien lourd pour vous.\u2014Oh! merci, Monsieur!.je suis confuse! répondit-elle simplement.Mais son regard, empreint de gratitude, parlait pour elle.Elle avait une voix chantante, pleine de charme, avec un léger accent étranger.Sans un mot, elle le conduisit à l\u2019habitation, où il pénétra à sa suite.En entrant dans le grand hall de l\u2019élégante demeure, ils y trouvèrent une négresse, déjà âgée, qui accourait tout affolée, ayant entendu les cris de l\u2019enfant.\u2014Nane, Nane! s'écria celui-ci au milieu de ses pleurs; je veux aller avec toi!\u2026 \u2014Ma douce Madone! Qu'\u2019est-il arrivé au petit ma tre?interrogeait la vieille, toute tremblante.\u2014Rien de pien grave, répondit le major.Asseyez-vous, continua-t-il, avec autorité, en s'adressant à la négresse.Je déposerai l\u2019enfant sur vos genoux et nous nous occuperons de sa blessure.Je suis médecin, Madame, déclara-t-il, en s\u2019inclinant respectueusement devant la maîtresse du chalet, dont la pâleur et l'émotion faisaient peine à voir.Nous allons, si vous voulez bien m'aider, donner les soins nécessaires à ce petit.Un valet de chambre et une jeune servante répondant à l'appel de la sonnette électrique, se présentèrent en ce moment et procurèrent au major tout ce dont il avait besoin pour laver et panser la plaie.La mère, qui semblait à Néry encore plus mince et plus frêle qu\u2019il l\u2019avait imaginé, consolait et encourageait l\u2019enfant dont les cris de souffrances avaient redoublé pendant que le médecin.avec une grande douceur, mais en même temps avec fermeté, faisait le nécessaire.Lorsque le genou fut bien nettoyé et bien bandé, le Major, se relevant, embrassa le petit, disant gaiement.\u2014Là! maintenant, il n\u2019y a plus qu\u2019à rester étendu sur une chaise-longue pendant quelques jours et il n'y parai- tra plus.On redeviendra un beau et solide garçon comme auparavant.Quel âge a votre fils Madame?interrogea- t-il avec intérêt.\u2014I! a siz ans, Docteur.\u2014Oh! mais il est superbe !\u2026 je lui aurais donné au moins huit à neuf ans.state 41 \u2014Oui, répondit la mère avec orgueil, j'espère qu\u2019il tiendra de son papa et qu\u2019il sera aussi robuste que lui.Mon mari est très fort, continua-t-elle doucement; j'aurais été désolée que notre fils me ressemblât, car je suis plutôt délicate.Grace à Dieu, nos deux en- fants\u2014car j'ai une fillette de trois ans plus jeune \u2014 seront, je crois, comme leur père: très beaux et très forts! Et en parlant ainsi, les grands yeux bleus s\u2019étaient animés d\u2019une telle lueur de tendresse que le major en était comme ébloui.Craignant d\u2019être indiscret, il se leva pour se retirer.L\u2019étrangère lui tendit la main, interrcgeant avec intimidité: \u2014Qui dois-je remercier?\u2014Le docteur Néry, médecin militaire en congé.\u2014Madame Marbell\u2026 Mon mari est l\u2019agent de change parisien que vous connaissez peut-être de nom?dit-elle simplement.Et elle se confondit en remerciements pleins d\u2019effusion, tandis qu'elle reconduisait le major jusqu\u2019au perron du chalet.Tout en se mettant à table, celui-ci s\u2019excusa de son retard, en racontant-ce qui en avait été la cause.Il ne cessait d'observer Jacques Rives pendant qu\u2019il donnait tous les détails de l'accident de l\u2019enfant, mais le secrétaire parais- salt écouter avec une indifférence absolue.Pas un muscle de son visage ne tressaillit, aucune rougeur ne trahit sa gêne ou son émotion.Et Néry admira, une fois de plus, la force de volonté du jeune homme, sa maîtrise sur lui-même.Quelques jours phis tard, Hugues et son ami, qui étaient allés voir le départ des bateaux de pêche, revenaient par la plage à la fin de l\u2019après-midi, lorsqu\u2019ils apercurent à une certaine distance devant eux un couple qui s\u2019avançait de leur côté.\u2014 Voilà la dame des \u201cGoëlands\u201d, dit le major.Et c\u2019est sans doute son mari qui l\u2019accompagne.La jeune femme s\u2019appuyait tendrement au bras d\u2019un homme de haute taille, d'aspect distingué, paraissant beaucoup plus âgé qu\u2019elle.\u2014Mais c\u2019est le Français qui se trouvait avec nous à la visite de la bibliothèque, il me semble?remarqua M.Gardanne.\u2014En tous cas si ce n\u2019est pas lui, il lui ressemble singulièrement, répondit Néry.En ce moment, l'étranger s\u2019avanca, la main tendue vers ce dernier que sa femme lui avait désigné du geste.\u2014 Docteur, s\u2019écria-t-il, dun ton cordial, permettez-moi de vous remercier bien sincèrement pour votre si aimable intervention auprès de mon petit Wille, et pour les bons soins que vous lui avez prodigués.Ma femme vous en est très reconnaissante et moi aussi.je vous assure, continua-t-il simplement.Puis, se tournant vers Hugues, qui se tenait un peu à l\u2019écart, il lui tendit également la main en se présentant.\u2014Pierra Marbell \u2014Hugues Gardanne.Le châtelain des Oyats s\u2019inclina alors devant la jeune femme avec ce grand air qui lui était particulier, et ils causèrent tous les quatre pendant quelques instants, parlant surtout de l\u2019en- 42 fant, le major s\u2019étant informé de lui avec sollicitude.Mme Marbeil proposa aux deux amis d\u2019entrer au chalet pour voir le petit, - qui n\u2019avait pas enccre quitté sa chaise- longue.Comme Néry s\u2019en défendait, le mari insista avec vonne humeur: \u2014Acceptez, docteur, s'écria-t-il gaiement, ma femme meurt d\u2019envie de vous montrer son fils et de savoir surtout votre avis sur l\u2019état de la petite blessure.Ainsi mis en demeure, le major n\u2019osa pas refuser et, accompagné de Gar- danne, il se rendit à l'invitaton de M.Maribell.Tout en remontant de la plage au chalet, il marcha aux côtés de la jeune femme qui linierrogeait, de sa voix douce et avec cette sorte de timidité, qui avait chez elle un tel charme, au sujet de l'entant.Derrière eux, Hugues et le mari, qui s\u2019étaient reconnus comme ayant visité ensemble la bibliothèque d\u2019Abbeville, causaient livres et antiquités.Mais le châtelain des Oyats ne cessait d\u2019observer celle qu\u2019il anpelait tout bas \u201cMeg\u201d, et il était de plus en plus frappé par la grande distinction de sa personne et de ses manières Il ne pouvait s'empêcher non plus de remarquer le regard plein de tendresse qu\u2019elle attachait sur son mari.lorsqu\u2019elle lui adressait la parole.Néry avait raison: ele v\u2019avait, certes, rien d\u2019une aventurière\u2026 Mais alors, de quelle nature étaient donc ses rapports aves Rives?.Lorsque les deux amis sortirent du thalet.une demi-heure plus tard.ils avaient tous deux la même impression sur leurs hôtes : c\u2019était un ménage charmant! Us étaient de l'avis du garde-champêtre, ce devait être du monde \u201ccomm2 il faut\u201d.Il n\u2019en restait pas moins une question qui intriguait et irritait surtout l\u2018ours\u201d des Ovats: pourquoi Rives se cachait-il ainsi de M Marbell?.Dans la soirée, Hugues raconta l\u2019incident à sa grand\u2019mère, pendant qu\u2019elle faisait un bésigue avec son secrétaire.Ce jeu était la passion de la vieille dame et elle avait trouvé dans le jeune homme un partenaire aussi habile que complaisant, de sorte qu\u2019elle le mettait souvent à contribution les jours où il ne sortait pas.Il était souvent, d\u2019ailleurs.le premier.à proposer la partie, à laquelle il avait l\u2019air de s\u2019intéresser autant que Mme Bornave.Le châtelain, tout en parlant, ne le perdait pas de vue: Jacques Rives.tout à son jeu, ne semblait pas se soucier de la conversation qu\u2019il écoutait avec un air indifférent.Le lendemain de cette petite aventure.le major fut pris d\u2019une de ces crises de suffocation auxquelles il était sujet depuis aù\u2019il avait été \u201cgazé\u201d pendant la guerre.Il dut garder la chambre et Rives, étant allé lui rendre visite, s\u2019offrit à lui donner les soins nécessaires: ventouses.injections, pigû- res, que sais-je?.Néry ne put s'empêcher de rire à cette proposiition.\u2014Seriez-vous infirmier, Rives ?lui demanda-t-il gaiement.\u2014Parfaitement! répondit l\u2019autre avec un grand sérieux.Pendant la guerre.LA REVUE POPULAIRE j'ai été mobilisé dans un hôpital, et vous pouvez vous confier à moi! \u2014Ma parole ! vous êtes universel, s\u2019exclama le major.Et il admira la dextérité avec laquelle, sur ses indications, le jeune homme lui posa des ventouses.\u2014 Toutes mes félicitations! lui dit-il.Voilà encore un talent dont tu ne te doutais pas?ajouta-t-il en se tournant vers son ami, qui regardait Rives, et était.lui aussi, frappé de son adresse.\u2014Monsieur Gardanne ne se doutera jamais du trésor qu\u2019il a à son foyer, répondit le secretaire, en riant de bon coeur, et en considérant son \u201cpatron\u201d de ce petit air narquois qui lui était propre.Pendant les quelques jours que dura l\u2019indisposition du major, le zèle de son garde-malade improvisé ne se ralentit jamais.Il s'acquittait de son rôle d\u2019infirmier dans la perfection, et il lui con sacrait tout le temps que lui laissait son travail de secrétare.Aussi, Néry, profondément touché de son dévouement, se sentait-il de plus en plus attiré par le jeune homme.Lorsque la crise fut un peu calmée, et qu\u2019il put s'étendre dans le parc sur une chaise-longue, Jacques Rives, aussitôt libre, vint encore lui tenir compagnie, lui faisant la lecture des journaux.des revues, qui arrivaient chaque jour au château.D\u2019une discrétion parfaite, il se levait, pour se retirer, dès que M.Gardanne apparaissait, es il fallait toutes les instances des deux amis pour qu\u2019il consentit à rester.Il s\u2019écartait alors un peu et les laissait causer ensembles.Depuis le bal du Kursaal, il n'était plus sorti le soir.\u2014Ce garçon-là ne bouge plus! disait Mlle Hermine, en riant.Il ne quitte pas le château.et on l\u2019a dans les jambes du matin au soir.Ce qu\u2019il est remuant et encombrant.on ne peut s\u2019en faire une idée! ajoutait-elle gaiement.Mais elle se plaignait pour la forme, car on l'entendait toute la journée appeler le jeune homme, de cette voix de stentor qui faisait la joie de Rives, dont elle mettait sans cesse.à contribution la complaisance inlassable: et il était toujours prêt à l\u2019accompagner.lorsqu\u2019elle en manifestait le désir, ou à lui porter ses paquets à l\u2019occasion.Il ne se faisait jamais prier non plus pour aller chasser le lapin dans les garennes, avec son patron et le major: là, comme ailleurs, il déployait une adresse 1emarquable et surtout une endurance qui faisait l\u2019admiration de Jean Néry.\u2014Il faut que ce Rives ait des jarrets d\u2019acier.remarquait-il à Hugues, quand il voyait le jeune homme escaladant les dunes à la poursuite du gibier plus infatigable que ses chiens, à qui il faisait tirer la langue.Le regard étincelant.les joues empourprées, il était superbe à voir.Puis lorsqu'il avait fait un coup heu- reuz et que \u201cOurs\u201d le félicitaif.ses veux brillaient d\u2019un tel plaisir, son rire éclatait si joyeux que le major se sentait pris pour lui d\u2019une sympathie irrésistible.Il n\u2019y avait qu'une sorte d\u2019excursion - à laquelle il ne voulait jamais se joindre: c\u2019était la chasse en mer.la distraction favorite du châtelain des Oyats.Ce dernier avait insisté bien des Décembre 1929 fois pour l'emmener au large, dans la baie de Somme, tirer canards, goélands, mouettes ou tous autres oiseaux de mer, au moment des passages, mais il avat toujours refusé.\u2014Voyons, Rives, pourquoi ne pas venir avec nous, en barque?avait interrogé un jour le major.Vous qui aimez tant la cnasse! Je suis sûr que avez-vous d\u2019hésiter?Ce n\u2019est certes pas sante, ie dirai même passionnante?\u2014Non\u2026 ça ne me dit rien, répondit tranquillement le jeune homme.\u2014Fn avez-vous jamais goûté pour parler ainsi?\u2014Non\u2026 \u2014 Alors, essajez ! Quelles raisons avez-vous d\u2019hésiter?Ce n\u2019est certes pas la crainte de l\u2019eau, puisque vous nagez comme un poisson! Auriez-vous peur d\u2019avoir le mal de mer?continua Néry, en riant.\u2014Oui\u2026 C\u2019est cela! Pourquoi craignait-il tant le costume de bain?Depuis quelque temps, il paraissait se passionner pour l\u2019aviation.Lorsqu'il sortait l'après-midi, c\u2019était presque toujours pour aller à l\u2019école d'aviation, toute proche du château, et il avait lié connaissance, disait-il, avec le chef pilote, qui l'emmenait parfois dans sa carlingue, & la grande joie du jeune homme.\u2014En voila une idée, par exemple ! s'était écriée Mlle Hermine, quand elle avait appris ces promenades.N\u2019allez pas vous faire casser la figure, dans ces instruments diaboliques! Et elle ne tarissait pas sur les avions qu'elle avait sr horreur.ces \u201cinventions\u201d de Satan! comme elle les appelait Un jour qu\u2019il était allé au champ d\u2019aviation après le déjeuner, Hugues.qui s\u2019apprêtais à sortir avec son ami, le vit revenir an courant.\u2014 Monsieur Gardanne.s\u2019écria-t-il, puis-je vous demander une faveur?\u2014Qu'\u2019est-ce, mon garçon?\u2014 Voulez-vous m'\u2019accorder un congé de vingt-quatre heures?Et comme le châtelain le regardait en souriant, sans répondre, il continua, avec volubilité: \u2014Un avion des grands express \u201cPa- ris-Londres\u201d vient d\u2019atterrir, parce que le pilote se sent subitement incommodé.et il ne peut continuer sa route.Mon ami, le chef pilote de l\u2019école, va le remplacer jusqu'à Paris, et il m\u2019offre une place.Je reviendrai avec lui demain.si vous voulez bien m\u2019en donner l'autorisation.\u2014Mais certainement, mon ami, répondit Hugues.\u2014Oh ! merci, Monsieur Gardanne.merci! Que vous êtes aimable! Et.en parlant ainsi, il attrapait la main de son maître.qu\u2019il serrait de toutes ses forces.tandis qu\u2019il attachait sur lui un regard brillant de plaisir.En deux bonds, il courut alors à sa chambre.prendre son pardessus et son sac de voyage, et il s\u2019éloigna comme il était venu.en courant, sans oublier de recommander aux deux amis: \u2014Présentez mes hommages à Madame Bornave et à ces demoiselles \u2026 Qu'\u2019elles m\u2019excusent pour le diner! La soirée parut très longue et très monotone au château des Oyats.\u2014Cela semble tout drôle de ne pas dons CL baa Décembre 1929 entendre Rives! remarqua Mlle Hermine.\u2014Oui, répondit Hugues.Ce garçon est bavard comme une femme.\u2014Il n\u2019est pas seulement bavard, protesta doucement Madame Bornave; il est surtout charmant, et on ne peut faire autrement que de s\u2019intéresser à lui.je dirai mème de s\u2019y attacher.\u2014Il est certain qu\u2019il nous manquerait fameusement, s'il venait à s\u2019en aller, dit Mlle Hermine avec chaleur.Il ne te manquerait pas.à toi?con- tinua-t-elle, en s'adressant à son neveu.\u2014Je n\u2019ai pas dit cela, répondit ce dernier.J\u2019avouerai même qu\u2019il m\u2019est très précieux.C\u2019est un garcon qui a beaucoup de qualités: il est fort sympathique malgré tous ses travers.Lorsque Rives revint le lendemain, les bras chargés de paquets, il semblait rayonnant.\u2014Vous avez dévalisé un magasin ?interrogea gaiement Mlle Hermine.\u2014Ouil!l\u2026 j'ai trouvé à Paris toutes sortes de bonnes choses, si empétissan - tes que je n\u2019ai pu résister à la tentation de vous les rapporter.Et il offrait aux trois dames des fruits superbes et des boîtes dde bonbons des meilleures marques.Il déposa la plus belle sur les genoux de Madame Bornave, en même temps qu\u2019une gerbe de fleure rares, au parfum pénétrant.\u2014Vous avez fait des folies, mon cher petit! protesta-t-elle, émue et attendrie nar cette attention.Rives sourit sans répondre.Puis, se dirigeant vers le maître des Oyats, qui, assis à l\u2019autre bout de la pièce, la regardait faire sa distribution d'un air un peu étonné, il lui tendit un petit paquet soigneusement enveloppé.\u2014 Monsieur Gardanne, dit-il d\u2019une voix basse et avec une sorte de timidité, je suis très content.J\u2019ai découvert chez un bouquiniste une petite édition d\u2019Horace, dont vous parliez l\u2019autre jour\u2026 et que vous auriez bien désiré trouver.disiez-vous.Je suis heureux de pouvoir vous l\u2019offrir.Hugues, tout en remerciant le jeune homme, avait défait le paquet.Et il ne put retenir une exclamation de plaisir à la vue du volume.\u2014 Mais c\u2019est une merveille! s\u2019écria-t- iI.Où avez-vous pu dénicher pareil, trésor, mon garçon?continua-t-il, ravi dans sa passion de bibliophile, et ne se lassant pas d\u2019admirer le précieux bouquin.\u2014Par un pur hesard, répondit Rives.En passant devant la devanture de X., le bouquiniste que vous connaissez, j'ai vu cet ouvrage à son étalage et je l\u2019ai pris tout de suite.\u2014Je vous suis infiniment reconnaissant, déclara gravement le châtelain.Mais je dois en même temps vous faire des reproches pour cet achat\u2026 qui a dû grever terriblement votre budget.Le secrétaire eut un haussement d\u2019épaules.Puis, changeant de sujet, avec cette mobilité d\u2019esprit qui lui était propre il se mit à parler.avec enthousiasme, de son voyage en avion.\u2014Il va falloir que je me mette a cultiver sérieusement ce sport.que je ne connaissais pas encore! conclut-il.C\u2019est délicieux! \u2014Là! déclara le major, qui s'amusait LA REVUE POPULAIRE beaucoup, voilà Rives emballé pour l\u2019aviation.Quand il aura passé son brevet de pilote, il lâchera la machine à écrire pour la machine à voler! Attention, Gardanne! tu pourras te mettre à la recherche d\u2019un autre secrétaire! \u2014Non, dit le jeune homme.Et il é:ait devenu soudain si sérieux que Néry le regarda, étonné.\u2014Je ne quitterai M.Gardanne, con- tinua-t-il d\u2019une voix grave, que lorsqu\u2019il n\u2019aura plus besoin de mes services.et qu\u2019il ne voudra plus de moi.Et, en parlant ainsi, son visage, si rieur l\u2019instant d\u2019auparavant, avait pris tout à coup cette expression d\u2019énergie et de volonté qui lui donnait un aspect viril dont le major avait été à la fois frappé et étonné bien souvent Le châtelain des Oyats resta longtemps accoudé à son balcon, ce soir-la, sans souci de l'heure avancée de la nuit Il pensait à son secrétaire \u2026 \u201cJe ne quitterai M.Gardanne que lorsqu\u2019il ne voudra plus de moi.\u201d Lorsque ie jeune homme disait ces mots, Hugues avait surpris le regard qu\u2019il attachait sur lui.Et dans les claires prunelles, il avait lu une telle affection, un tel dévouement qu\u2019il en restait encore tout bouleversé.Il se sentait, lui aussi, singulièrement attiré vers Jacques Rives.quoique lui en voulant secrètement de ses allures un peu mystérieuses.Maintes fois, il avait essayé, en causant, d\u2019amener son secrétaire à parler de sa vie passée, de son existence avant sa venue aux Oyats\u2026 Avec une habileté peu commune, le jeune homme avait toujours trouvé moyen de se dérober à toute curiosité.De son pays, de sa jeunesse, de sa famille, il ne soufflait mot.Et c\u2019était ce soin jaloux à cacher ses origines, sa vie avant sa ruine, qui irritait Hugues Gardanne! \u2014J'ai horreur de tout ce qui n\u2019est pas clair, du mystérieux, songeait-il.Et ce garçon est un mystère vivant ! Son existence cache certainement un secret.Et pourtant, j'ai beau m'en défendre, j'éprouve pour lui une vive sympathie qui ne fait qu\u2019augmenter de jour en jour.Etendu sur son lit, Rives, ayant éteint l\u2019électricité, se marmottait gaiement à lui-même: L\u2019\u2018ours\u201d a été ravi!\u2026 Je savais bien que ce petit bouquin lui ferait plaisir.Heureusement que l\u2019antiquaire a pu le souffler à ce lord anglais, \u201cFrance for ever!\u201d Et il s\u2019endormit bientôt, un sourire aux lèvres, rêvant de bouquins, d\u2019avions, d\u2019Anglais\u2026 ¢t de mille autres choses encore! ° CHAPITRE X Bras dessus, bras dessous, causant à voix haute et riant de tout coeur, un jeune couple se dirizeait, d'un pas allègre, par les aHées, vers le château des Oyats.Cette partie de la plage était souvent presque déserte à cette heure de fin d\u2019après-midi, ia plupart des baigneurs se trouvant.soit aux terrains de tennis soit au Kursaal, ou encore dans les cabines et sous les nombreuses tentes dressées le long de la grève jusqu'à l\u2019école d\u2019aviation.\u2014Oh! Meg! s\u2019écriait en ce moment le jeune homme, qui n\u2019était autre que EEE AAG i les yeux que vous ENVIEZ Ces yeux des artistes de l'écran que vous enviez tant, doivent beaucoup de leur bzauté à Murine.Les étoiles l\u2019emploient pour faire briller leurs yeux et les faire paraître plus grands.60c aux pharmacies et magasins à rayons.RINE POUR VOS YEUX Le charme des yeux est le plus bel apanage de la femme Mais pour posséder ce charme il faut que vos cils soient longs et soyeux.SILS LONGS la célèbre préparation parisienne fera pousser vos cils, préviendra leur chute et donnera de léclat à vos yeux.\u2014 Absolument inoffensifs, et employés par des milliers de jolies femmes.Indispensable comme complément de la beauté féminine.50c dans les pharmacies, salons de coiffures pharmacies en gros, cu par malle, chez MAX REYNAULD Enrg.825, RUE SHERBROOKE EST, MONTREAL le: FRontenac 4962 Les Nouveautés de Paris offrent aussi des brosses pour cils 25e; ondulateurs pour cils $1.00; Antirides de France, tbc.COUPON D'ABONNEMENT Fe Samedi Ci-inclus veuillez trouver la somme de $3.50 pour 1 an, $2.00 pour 6 mois ou $1.00 pour 3 mois (Etats- Unis: $5.00 pour 1 an, $2.50 pour 6 mois ou $1.25 pour 3 mois) d\u2019abonnement au magazine LE SAMEDI.Adresse 22 Lee Lan encens POIRIER.BESSETTE & CIE, 975, rue de Bullion, Montréal, Can.bi i t, i ' i i 44 Jacques Rives; tu ne peux t'imaginer le plaisir enivrant de l'aviation ! Il faut que tu en essaies un de ces jours.\u2014Y penses-tu ?Jamais mon mari n\u2019y consentirait, répondit Mme Mar- beli.Le pauvre cher serait affolé à l\u2019idée de confier la vie si précieuse de sa Meg adorée à une de ces frêles machines, qui sont toujours à la merci du moindre accroe.d'un atterissage maladroit, que sais-je! \u2014Oh! dear! oh! dear! la téte de ce brave Pierre, s\u2019il te voyait là-dedans! Et, à cette pensée, Rives était pris d\u2019un accès de fou-rire, qui gagnait bientôt sa compagne.\u2014C\u2019est bon pour un casse-cou com - me toi, continua gaiement cette dernière, lorsqu\u2019elle fut un peu calmée.Et P\u201cours\u201d?.Que dit-il de cette nouvelle toquade?\u2014Pauvre \u201cours\u201d! Il grogne du matin au soir sur les idées baroques de son secrétaire.Et le major, dont la sollicitude pour ce secrétaire monte de jour en jour, comme le baromètre, fait chorus avec lui.Dieu, que c\u2019est amusant! \u2014I1 est bien sympathique, ce docteur déclara la jeune femme.\u2014Je suis sûr qu\u2019il! a fait ta conquête depuis qu\u2019il a si bien soigné ce petit diable de Will! riposta l\u2019autre enriant.Mais je suis quand même de ton avis, Néry est un bon et brave type! \u2014Quant à Pierre, continua Mme Marbell.ila été enchanté de ton \u201cours\u201d et il en parie toujours.Ils ont causé bouquins, chasse, que sais-je.Je voyais le moment où le châtelain allait nous inviter à venir aux Oyats.\u2014Tableau!.s\u2019écria Rives, dont le rire redoubla.\u2014Et je me demandais où tu serais allé te cacher.\u2014T\u2019en fais vas, Meg de mon coeur! Jacques Rives n\u2019est jamais embarrassé!\u2026 Tl n\u2019aurait pas été visible ce jour- là, ayant été pris d\u2019une indisposition subite qui l\u2019obligeait à garder la chambre, voilà tout!.Non, mais, vois-tu Pierre arrivant aux Oyats, et se trouvant face à face avec moi?\u2026 Non, non! c'est trop drôle! Et, à cette perspective, le rire joyeux du jeune homme reprenait de plus belle.Ils continuérent de causer ainsi gaiement jusqu\u2019à ce qu\u2019ils arrivassent devant la petite porte du bois de sapins.Ils s\u2019arrêtèrent alors un instant : puis Jacques, attirant sa compagne.Fembrassa tendrement avant de se séparer.Quand te reverrai-je?interrogea-t- i.Un de ces soirs.je tenverrai un mot lorsque je serai seule\u2026 Good-bye darling! \u2014Good bye, little Meg! Il resta un moment près de la porte, jusqu\u2019à ce qu\u2019il eut perdu de vue la jeune femme à qui il adressa un dernier geste d\u2019amitié.Pénétrant alors dans le bois, il ss hâta, de son pas souple et pressé vers le château, ne se doutant pas qu\u2019un témoin invisible avait assisté à ses adieux à Mme Mar- bell.Hugues Gardanne se trouvait dans cette partie de la propriété où le garde lui avait signalé des dégâts.branches cassées, parties de haies enfoncées, ne LA REVUE POPULAIRE causés sans doute par des braconniers.Il était justement en train d\u2019examiner ces traces d\u2019eïfraction, proches de la petite porte d\u2019entrée, lorsqu'il avait reconnu la voix de son secrétaire, répondant à une voix de femme, qu\u2019il reconnut bientôt aussi.Il avait entendu les dernières paroles des jeunes gens.Il se dissimula dcrriére un buisson pour ne pas être vu par Rives; et lorsqu\u2019il sortit de sa cachette, il y avait sur son visage sombre une expression de profond mépris.\u201cJe t\u2019enverrai un mot lorsque je serai seule.\u201d avait dit celle qu\u2019il appelait toujours \u201cMeg\u201d.Néry ne pouvait plus défendre ces deux-là après une telle preuve de du- piicité.Et \u201cTours\u201d se sentit pris soudain d\u2019une véritable colère contre son secrétaire.\u2014Ce garçon, avec ses airs innocents et ses manières ouvertes, n\u2019est qu\u2019un vulgaire imposteur, après tout! se di- sait-il en lui méme.Son existence cache une intrigue honteuse.Et c'est là le motif secret de sa venue chez moi.Tout était combiné entre eux, à n\u2019en pas douter.Je vais le surveiller de près, et le jour où j'aurai une preuve bien nette de sa conduite malhonnête, ie le mettrai à la porte comme un chien! Aussitôt après le diner ce soir-là, Hugues Gardanne et son ami se dirigèrent vers la plage ayant l'intention d\u2019aller jusqu\u2019à la Pointe de St-Quen- tin pour voir le coucher de soleil, qui promettait d\u2019être superbe ; mais un orage, accompagné d'une pluie torrentielle, les obligea à remettre cette promenade à un autre jour.Lorsqu'ils rentrèrent dans le salon, ils y trouvèrent les trois femmes, ainsi que Jacques Rives.Ce dernier faisait un bézigue avec Mme Bornave et il paraissait y trouver autant de plaisir que la vieille dame.\u2014Je n\u2019ai pas de chance, ce soir, M.Gardanne, s\u2019écria-t-il, en s\u2019adressant au châtelain, qui Vobservait curieusement; voilà deux parties que je perds! C\u2019est votre grand\u2019mère qui gagne tout le temps! Et voyez comme elle est contente de me battre à plate couture! La vieille dame, qui s\u2019amusait comme une enfant, était en effet rayonnante et Hugues la contempla affectueusement.Il vint s\u2019asseoir auprès de son secrétaire et suivit machinalement son jeu.Le jeune homme savait jouer.certes cela ne faisait pas de doute ! Et \u2018pourtant, à un moment donné, il fit une faute qui favorisait tellement la chance de sa partenaine, que le châtelain fut sur le point de protester.Mais.comme il ouvrait la bouche, il s\u2019arrêta devant le regard d\u2019intelligence que lui adressait Jacques Rives.\u2014Laissez-moi faire, disaient les claires prunelles, avec une sorte de prière.Votre grand\u2019mère est si heureuse Il comprit.S\u2019éloignant sans un mot, il alla gasseoir à l\u2019écart, dans un coin d\u2019ombre, d\u2019où il pouvait observer les deux joueurs tout & son aise.Et lorsque la partie terminée, Mme Bornave, qui avait gagné jusqu\u2019au bout.poussa une exclamation de joie, Décembre 1929 il lut sur le visage de son secrétaire, levé vers sa partenaire, une telle expression d\u2019affection qu\u2019il sentit tomber son ressentiment.\u2026 Non, Jacques Rives ne pouvait pas être un garçon malhonnête, avec des yeux pareils!\u2026 Ce n\u2019était pas possible, voyons! Pendant les jours qui suivirent, le jeune homme ne quitta guère les deux amis, travaillant le matin avec son patron, les accompagnant à la chasse ou en auto l\u2019après-midi, et passant les soirées auprès de ses hôtesses.Son nouvel ami, le pilote de l'Ecole étant absent, il n\u2019allait même plus aux terrains d\u2019aviation.En dépouillant le courrier un matin.Hugues trouva une lettre à l\u2019adresse de Rives et la lui tendit.Qui peut m'écrire?s\u2019écria celui-ci, étonné.Mais, en voyant l'écriture, il eut une rougeur, presque imperceptible, qui n\u2019échappa point cependat à son patron.Puis, après un coup d\u2019oeil sur ila missive, qui ne confenait que quelques lignes, il glissa le papier dans sa poche et se remit au travail sans aucune réflexion.L\u2019après-midi, il prit l'auto et conduisit Mme Bornave et ses soeurs au marché de Rue, ainsi qu\u2019il en avait été convenu, tandis que le châtelain et son ami se rendaient à une vente de bois dans la forêt de Crécy.Comme on allait se mettre à table pour le dîner, ce soir-là, Hugues Gar- danne eut un regard étonné, en voyant que le couvert de son secrétaire n\u2019était pas mis.\u2014Rives n\u2019est pas 1à?interrogea-t-il.\u2014Non, répondit Mme Bornave : il m\u2019a prié de l\u2019excuser auprès de toi, car il dine en ville chez des amis.Le maitre des Oyats se rappela soudain la lettre recue par le jeune homme au courrier du matin et tous ses soupçons se réveillèrent.\u2014Je suis sûr qu\u2019il est chez cette femme! pensa-t-il avec une irritation secrète; c\u2019était elle qui lui écrivait pour l\u2019inviter.En sortant de table, il aborda le sujet avec le major, qui partagea son opinion.\u2014Oui, dit-il tranquillement, il dîne probablement chez Mme Marbell.-\u2014Et tu trouves cela naturel?interrogea Hugues, d\u2019un ton indigné.\u2014Mais pourquoi pas?Moi, je suis convaincu qu\u2019il ne peut y avoir que des rapports corrects entre cette dame et ton secrétaire.Je reconnais que leurs relations ont un caractère un peu mystérieux.Mais quant à les croire coupables, l\u2019un comme l\u2019autre, d\u2019une liaison malhonnête.Non! je n\u2019y croirai jamais! Et Jean Néry.après cette déclaration faite d\u2019une voix énergique, mit la conversation sur un autre sujet.Les deux amis causèrent longtemps et la soirée était fort avancée lorsqu'ils se séparèrent.Le major désirant relire, avant de se mettre au lit, l\u2019article d\u2019un journal qui se trouvait dans la bibliothèque du châtelain, ils s\u2019y rendirent erfsemble.Comme ils sortaient de la pièce, Hugues Tamassa, à côté du bureau de son secrétaire, un papier sur lequel i! jeta instinctivement les yeux Il poussa alors une telle exclamation que Né- ry s\u2019arréta. Décembre 1929 \u2014Tiens! tiens! lis-moi ce billet, s\u2019écria le maître des Oyats, d\u2019un ton furieux.Je crois que après cela tu seras fixé sur l\u2019honorabilité de Rives!.Tu auras du mal à le défendre comme tu le fais toujours! Le major prit le papier que son ami lui tendait dd\u2019une main frémissante et lut à haute voix: \u201cViens dîner ce soir avec moi.Mon mari est reparti et les enfants seront couchés.Nous serons seuls.\u201d Mc.\u2014Eh bien ! Qu\u2019en dis-tu ?Un joli monsieur que j'ai là comme secrétaire, n'est-ce pas?interrogea Hugues, qui tremblait de colère.\u2014C\u2019est incompréhensible ! murmura Néry, comme se parlant à lui-même.Mais comment ce billet se trouve-t-il là?continua-t-il.\u2014Parbleu! rien de plus simple.Avec sa mégligence habituelle, Rives l\u2019aura laissé tomber de sa poche.En tous cas, mon parti est pris! demain matin, je lui rendrai sa lettre et je lui règlerai son compte.\u2014-Mais, c\u2019est absurde! protesta le Major.Tu ne peux pas mettre ce garcon à la porte pour un pareil motif!.et sans même le laisser se défendre! Il est irréprochable dans son travail et dans sa conduite ici!.Sa vie privée ne te regarde pas! \u2014Je ne suis pas du tout de ton avis! je ne l\u2019ai pris à mon service que sur la recommandation de ma tante Ber- trade, qui le donnait comme étant d\u2019une honorabilité parfaite! Elle s\u2019est trompée ou s\u2019est laissé tromper! En tous cas, je ne veux pas souffrir, dans mon intérieur, un homme que je sois obligé de mépriser!\u2026 Je lui dirai ce que je pense à son sujet, et je le flanquerai à la porte ensuite! Néry ne répondit pas et se retira fort soucieux.Il éprouvait, en dépit de lui- même, une telle sympathie pour Jacques Rives, qu\u2019il se sentait tout attristé à la pensée de le voir chasser ainsi du chateau.Il avait beau chercher\u2026 Il ne trouvait guère d\u2019excuse à la conduite du jeune homme.Et pourtant, il ne pouvait le croire capable d\u2019une action vile et malhonnéte.Il y avait là un mystère qu\u2019il eût voulu éclaircir à tout prix.Le maitre des Oyats se trouvait déjà dans son cabinet, le lendemain matin, lorsque le secrétaire y p,nétra à son tour.Rives alla s'installer à sa machine quand un mot de monsieur Gardanne l\u2019arrêta.\u2014Rives, j'ai à vous parler.\u2014Présent, patron! répondit Jacques, en venant gaiement se mettre au \u201cgarde à vous\u201d, comme il le faisait souvent.et saluant militairement le châtelain.Mais il y avait dans la voix de ce dernier une note grave.sévére méme, qui intrigua le jeune homme.Tirant de sa poche un papier froissé.Hugues le tendit à son secrétaire, interrogeant d\u2019un ton bref : \u2014Vous reconnaissez ce billet ?.C\u2019est bien à vous qu\u2019il était adressé?Rives eut un léger tressaillement, mais, se remettant, il répondit simplement: \u2014Parfaitement, Monsieur.C\u2019est un LA REVUE POPULAIRE mot de mon amie Meg, m\u2019invitant à aller dîner chez elle hier soir\u2026 Comment ce papier est-il en votre possession?continua-t-il curieusement.\u2014Je lai ramassé au pied de votre bureau, et comme il était tout grand ouvert, je n\u2019ai pu m\u2019empêcher dy jeter les yeux.\u2014I1 sera tombé de ma poche, dit le jeune homme.avec la même indifférence tranquille.\u2014En tous cas, ce que jy ai lu confirme malheureusement les soupecons que je nourrissais à votre égard depuis quelque temps, déjà, déclara le châtelain, d\u2019un ton sec Rives, je vous ai accueilli ici.aux Oyats, sur la recommandation de ma tante Bertrade, comme étant d\u2019une honorabilité parfaite, la condition sine qua non à mes yeux, continua Hugues, en fixant son secrétaire de son regard impérieux.Ce papier me donne la preuve irrécusable que j'ai été trompé! Vous n\u2019êtes qu\u2019un malhonnête homme, monsieur Jacques Rives! Et, dans ces conditions, j'ai le regret de vous donner congé\u2026 Vous voudrez bien quitter le château au- jourd\u2019hui même.Ie jeune secrétaire semblait frappé de stupeur.\u2014Monsieur Gardanne, balbutia-t-il enfin: je vous avoue que je ne comprends pas.ce que vous voulez dire.\u2014Vous ne comprenez pas ?éclata l'autre, avec emportement.Eh bien ! alors, mon garçon, c\u2019est que vous êtes tombé encore plus bas que je l\u2019imaginais!.Dites-moi.vous trouvez tout simple, vous, un jeune homme, de faire la cour à une femme qui n\u2019est pas libre?Rives eut un brusque sursaut, et ses yeux étincelèrent soudain.\u2014Ah! c¢a.mais que prétendez-vous dire, Monsieur s\u2019écria-t-il, d'une voix angoissée.Que signifient vos questions?\u2014C\u2019est moi qui ai le droit de vous interroger! riposta Hugues, rudement; ce n\u2019est pas vous.Je dis simplement ceci: je ne garderzi pas 4 mon foyer celui qui recoit une lettre d\u2019une femme mariée, l\u2019invitant à profiter de l\u2019absence de son mari, pour venir dîner avec elle!\u2026 \u2014Oh!.Monsieur Gardanne!.Et il y avait dans la protestation indignée du jeune homme un accent de reproche si sincère que le châtelain ne put s\u2019empécher de tressaillir.\u2014Comment !.c'est pour cela que vous voulez me chasser ?.\u2026 Vous me croyez.moi.capabie d\u2019une pareille infamie?.\u2026 Mais vous ne savez donc pas que j'aimerais mieux mourir que de commettre une faute contre l\u2019honneur! Ecoutez-moi.je vous en prie.continua Jacques, d'une voix frémissante.Madame Markell est une amie d\u2019enfance.je suis pour elle un camarade.Quelque chose comme un frère.si vous voulez! Accuser Meg!\u2026 Mais c\u2019est une folie! elle, qui est, pardonnez- moi le mot, une véritable sainte! Et comme Hugues avait un rire moqueur, Jacques Rives, dont le visage paraissait vieilli de dix ans, protesta avec une soudaine autorité: \u2014Vous n\u2019avez pas le droit d\u2019insulter Mme Marbell, c\u2019est une femme irréprochable!.qui adore son mari et ses enfants.Accuser Meg!.mais c\u2019est une folie!! répéta le jeune homme, qui semblait hors de lui-même.C\u2019est cruel Mon traitement vous offre la santé Femme, j'ai subi | comme vous maux - & de téte, maux de reins, constipation, attaques de nerfs et insomnies.L\u2019expérier.ce et l\u2019étude m'ont enseigné les remèdes à ces maux.Je puis maintenant vous venir en aide.Envoyez- moi simplement des détails sur vetro compte et je vous expédierai absolument gratuit, un traitement d\u2019essai de dix jours.Je suis venue en aide à des centaines de femmes.MME.M.SUMMERS a/s Vanderhoof & Co.R25F BOITE 37 WINDSOR, ONT.En vente chez les meilleurs pharmaciens JE OO 1 * et DUVETS disgra- Ol S cieux enlevés radicalement et pour toujours par \u201c GYPSIA \u201d, produit importé de Paris.Ecrivez, pour Notice gratuite avec attestations, à Gypsia Products Co.(20) 55 W.42 St., New-York 1 1 EO EO Employez \u201cDEPILO\u201d \u201cTR UI Procédé 2 \u2018 efficace les moderne e ] et sans Ol danger.3 Usag™ «Duvets = vivement en 1 minute.Il agit d'une façon aussi simple que l\u2019eau et le savon qui enlèvent la poussière et surtout ne fait pas repousser le duvet.Prix, $1.00, échantillon, 50c.Envoyé par malle contre Bon de Poste par The White Castle Drug Co., Casier postal 2234, Montréal.Nouvelle Edition plus complète.LE CHIEN Son élevage, dressage du chien \u2018 de garde, d\u2019attaq u e, de défense et de poli- A ce.Dressa- à ge du chien \u2018*de trai- * neau.Traitement de \u2018 AS ses mala- a oft?dies.175 Illustrations PRIX, $1.25.En vente partout ou chez l\u2019auteur ALBERT PLEAU St-Vincent de Paul (Co.Laval) Québec 46 pour moi\u2014et sa voix tremblait \u2014 de vous entendre me traiter comme vous le faites.quand je suis absolument innocent!\u2026 Mais parler ainsi d\u2019elle.ia pauvre femme!\u2026 si pure.si bonne! M.Gardanne, je vous en conjure, balbutia Rives, d\u2019une voix basse, brisée, je partirai, puisque vous me chassez\u2026 Mais, croyez-moi.Meg Marbell est l\u2019âme la plus pure, la plus noble qui soit au monde.I1 ne faut pas Veffleurer.même d\u2019un soupçon, elle a droit à tous les respects.Hugues examinait Jacques Rives, tandis qu\u2019il plaidait la cause de son amie.Le jeune homme, qui avait baissé les yeux, était bléme et ses traits exprimaient une véritable souffrance.La trace ineffacable que le fouet avait margué un jour sur sa figure, apparaissait plus visible que jamais & cause de sa paleur.Et le châtelain sentit soudain sa co- - lère contre son secrétaire s\u2019apaiser comme par enchantement.I1 lui sem- - bla que lexistence aux Oyates serail bien morne et bien triste sans la présence de ce garçon, qui avait été le rayon de soleil de la silencieuse demeure\u2026 Il lui parut impossible de se passer de Rives.Il paria et sa voix était si changés qu\u2019on avait peine a la reconnaître.\u2014Ecoutez-moi.Rives.Je veux bien croire à la parfaite respectabilité de Mme Marbell, que vous défendez avec tant de chaleur, dit-il lentement Mais, si vous êtes son ami d\u2019enfance, pourquoi fuir son mari comme vous semblez le faire?.Pourduoi ne la voir que lorsqu\u2019il est absent?Quelque chose comme un sourire effleura les lèvres de Rives.\u2014Oui, je comprends votre étonnement à ce sujet, répondit-il d\u2019un ton hésitant.Ma conduite doit certainement vous paraître étrange et même incompréhensible.Mais ajouta-t-il, avec effort.ot aprés un instant de silence, il y a 14 un secret.qui n'estpas à moi seul\u2026 que je ne puis divulguer.pour le moment du moins.\u2014Ft si je vous disais que je ne vous garderais aux Oyats qu\u2019à la condition de me dévoiler ce secret?demanda Hugues gravement, en devisageant son secrétaire de son regard d\u2019aigle.Le jeune homme poussa un soupir.Il releva ses longs cils qu\u2019il avait tenus, jusqu'ici, obstinément baissés, et attachant sur son maître.des yeux d\u2019une douceur touchante, il répondit: \u2014Je serais désolé! Mais je ne pourrais rien vous dire.Un lourd silence.plein d\u2019oppression, régna uh instant dans la grande piéce.les deux hommes se taisaient.\u2014Rives, prononca enfin le châtelan je veux bien vous croire.et vous garder.Mais vous aliez me donner votre parole d\u2019honnete homme due vous ne reverrez plus Mme Marbell.tant que vous serez chez moi.Une lueur de joie passa dans les claires prunelles, un peu de rougeur revint aux joues pâles de Jacques Rives, tandis qu\u2019il répondait gravement.\u2014Vous avez ma parole, M.Gardan- ne.J\u2019écrirai 4 Meg pour la prévenir.et je ne la reverrai plus.Puis avec cette force de caractère qui faisait l\u2019admiration du major, le secrétaire se remit à la machine à LA REVUE POPULAIRE écrire, comme si rien d\u2019extraordinaire ne se fût passé ce jour-là.Mais Hugues Gardanne étant sorti quelques instants après, le visage de Rives changea soudain, une lueur malicieuse parut dans ses yeux clairs, il eut un rire silencieux.\u2014Non! non! c\u2019est trop drôle! mur- mura-t-il, me croire amoureux de Meg! Va-t-elle s'amuser lorsqu\u2019elle recevra ma lettre!\u2026 Ce pauvre \u201cours\u201d!\u2026 C\u2019est qu\u2019il était vraiment furieux! Me mettre à la porte?\u2026 Allons donc! pour- rait-il se passer de Jacques Rives?.Oh, dear! oh, dear! s\u2019écria le jeune homme, employant son expression anglaise favorite, parlant à haute voix sans s\u2019en douter.Et il se mit à chantonner de si bon coeur, sur un air connu: C\u2019est l\u2019Ours qui grogne, Mais qui pardonne.qu\u2019il n\u2019entendit même pas la.porte ouvrir.I] se retourna saisi, au son de la voix du major.\u2014Eh bien! mon garçon, vous n\u2019avez pas l\u2019air de vous embêter! s\u2019écriait celui-ci.Si l'ours grogne, vous ne suivez pas son exemple.Néry avait apercu son ami qui sortait de son cabinet.et, assez inquiet quant a Tissue de son entrevue avec Rives il venait voir ce qui s\u2019était passé, redoutant presque de se trouver devant le pauvre garçon éploré qu\u2019il plaignait de tout son coeur.Mais ce dernier ne semblait pas du tout à plaindre Et le major avait un air si étonné que le secrétaire sentit redoubler sa gaieté.\u2014Je suis ravi, Monsieur le Major.répondit-il joyrusement.Je viens d\u2019avoir avec mon patron un attrapage en règle!.je ne vous dis que ça! Et vous r\u2019étiez pas là pour me défendre!.L'\u201cours\u201d ne parlait de rien moins que de me mettre 4 la porte.\u2014Eh bien?interrogea Néry.\u2014Eh bien! il ne m\u2019y met pas du tout! Vous ne serez pas encore cette fois débarrassé de mon encombrante personne! \u2014Et c\u2019est ce qui cause votre gaieté?\u2014Oui\u2026 c\u2019est cela.Et mille autres choses encore, répondit plaisamment le jeune homme.\u2014Seriez-vous donc fâché de quitter les Oyats, Rives?demanda le major, d\u2019un ton sérieux.\u2014Féché?s\u2019exclama le secrétaire.Ce n\u2019est pas assez dire! prononca-t-il.après un instant de silence pendant lequel il attachait sur le major ses grands yeux, pleins d\u2019une expression pathétique, qui contrastait d\u2019une façon frappante avec sa gaieté de l\u2019instant d'avant.S\u2019il me fallait partir d\u2019ici, je serais désolé.et inconsolable, finit-il tout bas.Puis.haussant les épaules, de ce geste gamin qui lui était habituel, il \u201ctapa\u201d sa machine avec une telle rapidité que Néry resta un moment à le regarder intrigué et amusé 4 la fois.heureux surtout de l'issue de l\u2019explication tant redoutée.Pendant les jours qui suivirent.Jacques Rives montra plus d\u2019entrain que jamais; on entendait du matin au soir.son rire joyeux résonner dans tous les coins du château, où il passait la plupart de son temps, ne s\u2019absentant par- Décembre 1929 fois que quelques heures, à la fin de l'après-midi, pour aller à l\u2019Ecole d\u2019aviation, retrouver son ami le pilote.Hugues Gardanne, qui l\u2019observait attentivement sans qu\u2019il sen doutât.s\u2019étonnait de sa gaieté insouciante\u2026 Assurément, songeait-il, Rives devait dire vrai en affirinant qu\u2019il n\u2019avait pour Mme Marbell qu\u2019une amitié fraternelle\u2026 S'il leût aimée d\u2019amour.comme le maître des Oyats le croyait.il aurait certainement souffert d\u2019être ainsi privé de sa présence.Et cette constatation réjouissait singulièrement le châtelain, tout en le laissant quand même fort intrigué, à propos du secret qui existait entre cette jeune femme et son secrétaire.TI avait beau surveiller ce dernier de près.il ne trouvait plus rien à critiquer dans sa conduite.irréprochable sous tous les rapports Rives devenait de plus en plus le compagnon assidu de Mme Bornave son \u201ccavalier servant\u201d, comme disait gaiement Mlle Hermine.Une neuvaine de prières ayant été organisée à Saint-Firmin par le curé de ce village.à l'occasion de la fête du pays, la vieille châtelaine avait manifesté le désir d\u2019assister au salut qui avait lieu chaque soir dans la modeste église.Le secrétaire s\u2019était immédiate- m'ent offert pour accompagner son hôtesse et la ramener au château.\u2014Prene5 l'auto, grandmère.conseillait Hugues, qui craignait pour elle la longueur du trajet.\u2014Non, merci, mon cher enfant.Rives me prête l'appui de son bras; et la promenade ne me semble pas du tout fatigante, je t\u2019assure.Nous reve - nons tout doucement, en causant comme deux bons amis.Ce garcon raffole des vieux souvenirs, et il ne se lasse jamais de m\u2019entendre parler du passé, ajouta Madame Bornave.secrètement flattée de l\u2019attention avec laquelle le jeune homme l\u2019écoutait toujours.C\u2019est vraiment un être étrange que ce Rives, confiait M.Gardanne à Né- ry un de ces soirs-là, comme il était avec son ami dans la \u2018loggia\u201d aménagée devant une partie du château faisant face à une longue avenue de sapins, au bout de laquelle on apercevait le secrétaire et Mme Bornave, revenant de Saint-Firmin.Le jeune homme, penché sur la vieille dame, prenait un visible intérêt à sa conversation, tandis qu\u2019il la contemplait de ses yeux noirs pleins de feu.où se lisait une sorte de tendresse res- pectueuss.\u2014Regarde-moi l'attitude de ce garcon?continua Hugues, ne dirait-on pas une fille avec sa meére?.Je me demande s\u2019il joue la comédie ou s\u2019il est sincère?ajouta-t-il après un instant de silence, et comme se parlant à lui- même.\u2014Pourquoi veux-tu qu\u2019il ne soit pas sincère?protesta le major.Rives est très bien élevé.et je le crois doué d\u2019une nature très affectueuse.Dès lors.il a naturellement pour Mme Bornave, qu\u2019 se montre très bonne pour lui, les égards que tout \u201cgentleman \u201d aurait pour une dame de son âge et de sa condition.En ce moment, les deux promeneurs étaient arrivés devant le château, et Rives, apercevant son \u201cpatron\u201d avec Décembre 1929 son ami, leur adressa un salut amical pendant qu\u2019il déclarait de sa voix joyeuse: \u2014Vous auriez dû venir avec nous, messieurs, assister à la clôture de la neuvaine ! vous avez perdu l\u2019occasion de voir une cérémonie tout à fait pittoresque, et d\u2019entendre un petit sermon.je ne vous dis que ca! Et le jeune homme, claquant la langue, faisait de la main le geste amusant qui lui était familier pour exprimer le \u201cnec plus ultra\u201d de son admiration.\u2014Le curé a toutes mes sympathies! continua-t-il gaiement.C\u2019est un \u201cas\u201d! Il sait ce qu\u2019il veut, et il le dit bien! Si les paysans ne comprennent pas leur devoir, après un pareil discours, c\u2019est qu\u2019ils auront la tête aussi dure que la croûte des pains du père Tiennot! Et Rives riait de ce rire si sonore et si frais qui charmait tant le major! Mais comme Néry, quelques instants après, montait l\u2019escalier conduisant à sa chambre, voisine de celle du secrétaire, ce dernier, qui l\u2019accompagnait lui confia tout-à-coup à mi-voix.\u2014Je suis très inquiet, docteur! J'ai aperçu, cet après-midi, le Cahouan, qui est sorti de prison depuis deux jours.Il est l'ennemi mortel de Monsieur Gardanne, dont il a juré de se venger.Et la femme du garde Leroux\u2014 cette malade à qui je vais souvent porter des douceurs de la part de Madame Bornave\u2014m\u2019n dit que son mari avait vu ce dangereux braconnier rôder dans la garenne\u2026 Pourvu qu\u2019il ne médite pas quelque mauvais coup!\u2026 Il faudra avertir votre ami.car si c'est moi qui lui en parle, il m\u2019enverra promener! et comment! .Il y avait, sur le jeune visage levé vers lui, une expression d\u2019anxiété dont le major fut touché.\u2014Ne vous tourmentez pas, Rives, dit-il, d\u2019un ton confident.Gardanne n\u2019a rien à craindre! Il est homme à se défendre.\u2014Oui.je sais bien.Mais c\u2019est plus fort que moi.J'ai comme le pressentiment d\u2019un malheur !\u2026 Songez LA REVUE POPULAIRE POUR ETRE AU COURANT DE CE QUI SE PASSE DANS LES STUDIOS LISEZ LE MAGAZINE PAR EXCELLENCE JEFILLM Magazine de grande information se documentant aux meilleures sources, rédigé en français et abondamment illustré.COUPON D\u2019ABONNEMENT \u2014\u2014 Ci-inclus ie montanz d'un abonnement au FILM, 50 cents pour six mois ou $1.00 pour un an.Prov.ou Etat POIRIER, BESSETTH & CIE, 975 rue de Bullion, - MONTREAL COUPON D'ABONNEMENT Fe Samedi Ci-inclus veuillez trouver la somme de $3.50 pour 1 an, $2.09 pour 6 mois ou $1.00 pour 3 mois (Etats-Unis: $5.00 pour 1 an, $2.50 pour 6 mois ou $1.25 pour 3 mois) d'abonnement au magazine LE SAMEDI.Adresse eee eee 2 Le 000 se ae eee POIRIER, BESSETTE & CIE, 975, RUE DE BULLION - - MONTREAL, QUÉ.donc! Que deviendrait Mme Bor- nave s\u2019il arrivait malheur à cet\u2026 \u201cours\u201d.qu'elle adore.sp Et Rives, ayant serré la main que lui tendait le major, se retira tout soucieux.CHAPITRE XI Jacques Rives.qui était allé se promener le long de la grève.jusqu\u2019au fort Mahon.accomvagné de ses deux amis les setters irlandais.se hatait de regagner le château des Oyats, car le temps, très lourd tout l\u2019après-midi, s\u2019était subitement couvert.et un orage s\u2019annoncçait à l\u2019horizon, devenu soudain d\u2019un noir d'encre.Les éclairs se succéda\u2018ent sans interruption, et.bientôt, les grondements du tonnerre se firent entendre plus rapprochés.\u2014Red ! Bird ! Come quickly! s\u2019écria Rives en courant, suivi des chiens, qui semblaient, eux aussi, avoir compris la menace d'orage, et bondissaient autour de leur compagnon.Comme ils atteignaient tous les DOLLFUS-MIEG & CE, SOCIÉTÉ ANONYME MAISON FONDÉE EN 1746 MULHOUSE - BELFORT - PARIS COTONS PERLÉS D'M'C COTONS À BRODER D-M-C COTONS A COUDRE ERR eer RIO COTONS À TRICOTER DMC |r pr D-M-C a D > COTONS A REPRISER 2\" CORDONNETS Vale TA TATU Le SPECIALITE DE COULEURS BON TEINT D-M-C SOIE A BRODER FILS DE LIN - LACETS D-M-C D-M'C PUBLICATIONS POUR OUVRAGES DE DAMES D-M-C On peut se procurer les fils et lacets de la marque D-M-C dans tous les magasins de mercerie et d'ouvrages de Dames trois la petite porte du bois de de sie hie fiche LI tly th 48 sapins, dont le secrétaire avait la clef, un éclair fulgurant déchira la nue, tandis qu\u2019un coup de tonnerre éclatait, si formidable que les setters, apeurés, vinrent se blottir dans les jambes de Rives, qui ut obligé de prendre les deux animaux par leurs colliers pour les faire entrer dans la propriété.\u2014Là! 1a! murmura-t-il, en les flattant de la main ; ne tremblez pas comme ça, my friends! nous ne sommes pas encore foudroyés!.Un temps de galop, et nous serons au château ! Hop!.Quick! Et, reprenant sa course, il s'élanca dans un sentier du bois qui conduisait plus directement à l'habitation.Les chiens le suivaient, quand l\u2019un d'eux s\u2019arrêta tout-à-coup, grondant et aboyant furieusement.Rives se retourna pour appeler l\u2019animal, mais celui- ci, ne tenant aucun compte des appels du jeune homme, cemblait rivé au sol, et aboyait de plus en plus fort.Le secrétaire, intrigué, revint sur ses pas.En ce moment, les deux chiens \u2014car l\u2019autre avait rejoint son camara- de\u2014 s\u2019élancèrent dans une course effrénée\u2026 I! faisait presque nuit.sous les sapins, et.pourtant, Jacques Rives erut voir une ombre filer à toute vitesse, poursuivie par les setters.Ils devaient déjà être à une certaine distance, lorsqu\u2019un coup de feu retentit, suivi d\u2019un long hurlement de douleur.\u2014Je suis sûr que c'est le Cahouan qui a blessé un des chiens! Pourvu qu'il ne l\u2019ait pas tué! murmura le secrétaire.Et, revenant sur ses pas, il se mit à la recherche de ses amis.A ce moment, I'un des deux le rejoignit, affolé, et.bondissant sur lui, es- sava de le tirer par son veston, comme s\u2019il venait le chercher.Guidé par l\u2019intelligent animal, Rives arriva bientôt dans une petite clairière où \u201cRed\u201d étendu sur le sol.gémissait comme un enfant.\u2014La brute! s\u2019écria le jeune homme.en s\u2019agenouillant auprès de son favori; il t'a blessé.my dear?continua-t-il, en palpant doucement les membres de la pauvre bête, ° I1 constata alors que le setter avait une des pattes de devant brisée par le coup de fusil.Rives se demanda avec anxiété ce qu\u2019il allait faire.L'animal était bien lourd pour qu\u2019il songeât à le rapporter jusqu\u2019au château.encore distant de quelques centaines de mètres.Et, d\u2019un autre côté, s\u2019il s\u2019éloignait pour chercher du secours, il était à craindre que le braconnier ne revint achever sa victime.Pendant ce temps, l\u2019orage avait éclaté: les coups de tonnerre se succédaient avec une violence inouïe, accompagnés d\u2019une pluie torrentielle\u2026.Rives, trempé jusqu\u2019aux os, ne s\u2019en souciait même pas!.\u2026 Il ne pensait qu\u2019à \u201cRed\u201d, son favori, et au moyen de le transporter.\u2014Tant pis!! s\u2019écria-t-il, prenant une résolution soudaine.Je vais essayer de le soulever et de le mettre sur mes épaules.Il y arriva.au prix d\u2019efforts inouïs, et malgré les hurlements douloureux de l'animal qui, en se débattant, venait encore compliquer la tâche de sauvetage, déjà si rude.LA REVUE POPULAIRE A moitié écrasé sous le faix, le jeune homme reprit ie chemin du château.Titubant, le visage Tfouetté par le vent et la pluie, qui rendaient sa marche plus pénible, Rives ne s\u2019aperçut même pas de la disparition de \u201cBird\u201d.qui l\u2019eût certainement inquiété.Suant à grosses gouttes, n\u2019en pouvant plus, il fut obligé à un moment donné, de déposer son fardeau, pour prendre quelques minutes de repos.Jamais la distance ne lui avait paru aussi longue! D\u2019où il était, il apercevait un coin de la façade du château des Oyats, mais il devait bien y avoir encore au moins deux cents mètres à franchir! Et il se sentait à bout de forces!\u2026 \u2014Ailons, mon pauvre vieux, encore un peu de courage, dit-il bravement.après avoir remis le chien sur ses épaules fléchissantes.Il avait à peine fait quelques pas qu\u2019il entendit les jappements joyeux de \u201cBird\u201d et qu\u2019il le vit accourir, sortant de l'habitation, suivi du châtelain.Rives comprit alors que l\u2019intelligent animai était allé chercher du secours, et il en fut tout ému.Hugues Gardanne arriva bientôt auprès de son secrétaire.° \u2014Oh! Rives, s\u2019écria-t-il avec anxiété, en voyant l\u2019aspect lamentable de celui-ci, dans quel état vous êtes, mon garçon! Que s\u2019est-il passé?\u2014\u201cRed\u201d est blessé, répondit Jacques d\u2019une vox tremblante.\u2014Donnez-moi ce chien.il est bien trop lourd pour vous ! commanda le maître des Oyats, en prenant l\u2019animal dans ses bras \u2014Oui.je nen puis plus! balbutia le jeune secrétaire.qui semblait près de défaillir.Mais, faisait un violent effort sur lui- même, il se remit bien vite et marchant auprès de \u201cours\u201d.il Iui raconta, d\u2019une voix entrecoupée, ce qui venait de se passer.Les sourcils froncés, le visage sombre.le châtelain écoutait, interrompant de temps en temps le récit par des exclamations de colère.\u2014Je suis sûr que c\u2019est le Cahouan qui a encore fait ce coup-là! déclara- t-il, lorsque Rives se tut.Mais il ne l'emportera pas en paradis, ce brigand! Je vais me mettre à sa poursuite ce soir même.car il! est certainement dans _ la propriété.\u2014Oh! Monsieur Gardanne, je vous en conjure, méfiez-vous de cet hom- mel!\u2026 Il est capable de vous assassiner! interrompit le secrétaire, d\u2019un ton éploré.\u2014Vous ne voudriez tout de même pas que je laisse cette canaille se moquer de moi?repartit Hugues vivement.\u2014Non.non!.Mais ne vous exposez pas.Jai si peur!.Je vous en prie.Oh! comme j'ai peur de ce Cahouan.J\u2019ai le pressentiment d'un malheur.Jacques Rives parlait d\u2019une voix haletante, et paraissait hors de lui-même.Hugues Gardanne en fut plus ému qu\u2019il ne voulait le paraître.\u2014Voyons, Rives, dit-il doucement, mais avec autorité, ne vous mettez pas dans un pareil état Vous êtes fatigué et énervé.I faut aller vous changer tout de suite, pendant que Néry et moi nous soignerons cet animal.Nous nous mettrons ensuite à table.Ne parlez pas de l\u2019accident de Red à grand\u2019mère\u2026 car Décembre 1929 cela l\u2019inquièterait\u2026 Et je la trouve déjà un peu nerveuse.ce soir.à cause de l\u2019orage, sans doute.Le visage défait de Jacques Rives n\u2019échappa point à Madame Bornave, comme le jeune homme se mettait à table, en face d\u2019elle, à sa place habituelle.\u2014Seriez-vous souffrant, mon cher petit?interrogza-t-elle avec un intérêt marqué.\u2014C\u2019est vrai qu\u2019il a un air tout drôle, avec sa figure aussi blanche que celle dun pierrot! renchérit Mlle Hermine.\u2014PRives a été surpris par l\u2019orage, déclara tranquillement lei maître des Oyats, et il a été trempé jusqu'aux os.Il à dû se changer de la tête aux pieds.\u2014Vous n\u2019avez pas pris froid, au moins?demanda anxieusement la vieille châtelaine.\u2014Oh! non, madame, répondit Jacques.Ne vous inquiétez pas de moi.Je suis vraiment confus de votre sollicitude.Et, en parlant ainsi, il attachait sur son hôtesse un regard empreint d\u2019une telle grattude qu\u2019elle lui sourit affectueusement.Le dîner, toujours très animé et très gai au château, fut plutôt morne, ce soir-là.On sentait peser une sorte de contrainte, fort pénible, sur tous les convives.Comme on était au café, le vieux domestique vint appeler M.Gardanne.\u2014Le garde Leroux désirerait parler.tout de suite à Monsieur.Le châtelain ne fut pas longtemps absent, mais, lorsqu'il revint, son air préoccupé frappa Mme Bornave.\u2014Que se passe-t-il?demanda-t-elle.Que te voulait Leroux?\u2014Rien de bien intéressant, grand\u2019- mère.C'est ce maudit Cahouan qui fait encore des siennes, et ne se gêne pas pour braconner plus que jamais dans la propriété.Cet animal a besoin d\u2019une bonne correction, voilà tout! En ce moment, Hugues surprit les yeux de Rives attachés sur lui.Et il y lut une telle expression d'angoisse et d\u2019affection apeurée tout à la fois, qu\u2019il en fut profondément touché.Il lui adressa un petit signe d\u2019intelligence et se rassit tranquillement.\u2014Je ne sais pas pourquoi, mais ce braconnier me cause une frayeur irraisonnée, déclara, en ce moment, Mme Bornave.Il m\u2019inspirre une véritable répulsion quand je le rencontre.Il a une façon de me regarder qui.\u2014Qui te \u201cretourne les sangs\u201d, comme disent les gens du village, finit Mlle Hermine, en essayant de plaisanter.Moi, je suis de l'avis de Leroux: cet homme est une crapule et un bandit, par-dessus le marché! Tu auras raison de ne pas le ménager, mon neveu, quand l\u2019occasion s\u2019en présentera.\u2014Ne craignez rien, tante Hermine, je suivrai votre conseil, répondit Hugues gaiement.Mais, assez causé de ce vilain oiseau, et parlons d'autre chose.Tenez, Rives, continua-t-il, en passant une tasse de café à son secrétaire, bu- vez-moi ça bien chaud ! Rien de tel pour vous remettre, lorsqu'on a été trempé comme vous lavez été cet après-midi.Mais Jacques eut beau faire.Rien ne parvenait à le rasséréner ce soir-là.Il se sentait oppressé d\u2019une angoisse indéfinissable.\u2026.On eût dit que son es, i4 Décembre 1929 coeur était pris dans un étau\u2026 Il se souvenait d\u2019avoir éprouvé une fois déjà pareille sensation.C\u2019était la nuit où son père était mort.& trois cents lieues de lui.Il avait eu alors le pressentiment d'un terrible malheur.Quoi?Tl n\u2019en savait rien!.Mais on eût dit qu\u2019il était écrasé sous un pesant fardeau\u2026 qu\u2019il allait mourir.Iui aussi.Et c\u2019était le même sentiment qui l\u2019accablait encore aujourd'hui.Quallait-il se passer?Tandis que le châtelain et Néry se rendaient sur la terrasse pour fumer un cigare, il resta dans le salon, auprès de Mme Bornave, lui lisant le journal, comme il le faisait souvent.Lorsque la vieille dame se retira, après lui avoir souhaité le bonsoir et lui avoir serré 1a main plus tendrement que jamais, lui sembla-t-il, il ne tarda pas, lui non plus, à remonter dans sa chambre.Mais ce n\u2019était pas pour se coucher\u2026 Il savait qu\u2019il ne pourrait guère dormir avec l\u2019inquiétude qui le dévorait de plus en plus.Accoudé a son halcon, il apercevait, dans l\u2019ombre, son maître avec son ami sur la terrasse.La nuit, très noire, ne lui permettait guère, de distinguer leurs visages \u2026 Seul, le feu des cigares indiquait leurs allées et venues.Il était aussi trop loin d'eux pour saisir leur conversation.Onze heures sonraient à l\u2019église de Saint-Firmin comme il les entendit rentrer dans le hall et fermer les portes.Il sortit de sa chambre et vint se poster auprès de l\u2019escalier\u2026 Le maître des Oyats avait son appartement au premier étage, le major aussi, mais dans Vaile gauche du chateau, et Rives savait que les deux amis se séparaient toujours devant le palier, au- dessous de l\u2019endroit où il se trouvait.En deux bonds, il fut auprès de son patron aussitôt après qu\u2019il eût entendu Néry s\u2019éloigner.\u2014 Monsieur \u2018rardanne!\u2026 Vous n\u2019allez pas sortir cette nuit\u2026 pour vous mettre à la poursuite de ce Cahouan\u2026 Le jeune homme était tellement hors de jui, que le châtelain fut pris d\u2019une véritable pitié.\u2014Allons! allons! mon garçon, dit-ii gaiement, en posant la main sur l\u2019épaule de son secrétaire, et en le regardant affectueusement, n\u2019êtes-vous pas un peu.\u2018\u201cfélé\u201d, comme dirait tante Hermine?Mais Rives.suivant son idée fixe, continua d\u2019un ton de prière: \u2014Promettez-moi de ne pas vous exposer aux balles de ce bandit, Monsieur Gardanne?\u2026 T1 essaiera de vous assassiner\u2026 J\u2019en suis sûr!\u2026 N\u2019y allez pas!\u2026 Pensez à votre grand\u2019mère\u2026.Que deviendrait-elle s\u2019il vous arrivait malheur?.Il y avait une telle angoisse dans les yeux qui s\u2019attachaient sur lui avec une fixité étrange, que le châtelain cessa de plaisanter.\u2014Vous êtes souffrant.Rives, dit-il, doucement, c\u2019est ce qui peut seul expliquer cette nervosité malaidive à laquelle vous êtes en proie.Vous, que j'ai toujours connu si brave, je dirai même téméraire, vous voilà craintif et pusillanime comme une femme!.Allons, remettez-vous!.Couchez-vous et essayez de dormir.Vous avez surtout besoin de vous reposer.Hugues, penché sur son secrétaire, - dans le bois?.LA REVUE POPULAIRE qu\u2019il dominait de sa haute taille, lui parlait d\u2019une voix douce et persuasive, comme à un enfant malade, tout en le dévisageant avec intérêt.\u2014Vous ne sortirez pas.dites, Monsieur Gardanne?.Vous ne sortirez pas, cette nuit?répétait l\u2019autre, d\u2019un ton suppliant; promettez-fe moi?.\u2014Mais non, mais non.Voyons, mon garçon.soyez raisonnable.Cal- mez-vous.Bonsoir! Et, poussant affectueusement le.jeune homme vers l\u2019escalier, le maître des Oyats s\u2019éloigna, du pas ferme qui lui était habituel.Rentré dans sa chambre, Jacques Rives c\u2019assit dans un fauteuil, essayant en vain de comprimer les battements tumultueux de son coeur qui semblaient sur le point de l\u2019étouffer.L\u2019orage, qui s\u2019était calmé pendant quelques heures, avait repris avec une violence inouïe.Des éclairs aveuglants déchiraient les nues.tandis que le tonnerre grondait sans arrêt.Succombant à la fatigue, le jeune secrétaire finit par s\u2019assoupir.Il se réveilla brusquement et se mit debout.Au milieu du fracas de l\u2019orage, il crut entendre la détonation d\u2019un coup de fusil.Révait-il?.Etait-il le jouet de son imagination?\u2014Mon Dieu! gémit-il, c\u2019est peut-être le Cahouan?.Que se passe-t-il?Marchant comme un somnambule, il descendit l'escalier et se dirigea vers la chambre de M.Gardanne.Poussant la porte qui était entr\u2019ouverte, i! vit à la lueur d\u2019un éclair, que le châtelain était absent et que son lit n\u2019était pas défait.En quelques bonds, il fut dans le hall.Le fusil du maître des Oyats n\u2019était plus à sa place habituelle.Plus de doute! l'Ours était sorti!\u2026 Affolé, hors de lui-même, ne sachant ce qu\u2019il faisait, Jacques Rives se précipita dans le parc.Aveuglé par les éclairs, il resta un moment indécis, ne sachant de quel côté se diriger\u2026 Irait- il dans la garenne?.\u2026 S\u2019aventurerait-il Il avait le pressentiment de plus en plus angoissé que son patron était en danger.Mais que pou- vait-il faire, lui, contre ce danger?.Il se rendait compte de son impuissance\u2026 Et pourtant une voix secrète lui disait: \u2014Val!.\u2026 val!\u2026 essaie de le sauver.Et il marcha dans la nuit, prenant le premier sentier qui sS'offrait a lui.Au bout de quelques instants d\u2019une course précipitée, il s\u2019apercut qu\u2019il était dans le bois de sapins.A la lueur des éclars, il découvrit le grand \u201cCroc Martin\u201d, la plus élevée des dunes, qui se profilait dans le lointain, et il redoubla de vitesse.Il ne courait pas.il volait.Comme il arrivait au pied du Croc, dans une petite allée, formant une sorte de ravin, il apercut tout à coup un homme de haute stature.\u2014C\u2019est lui.c\u2019est le maitre! soupira- t-il.Hugues Gardanne, qui ne se doutait guère de la présence de son secrétaire, marchait avec précaution, son fusil à la main, et prêt à tirer, tandis qu\u2019il essayait de percer l\u2019ombre des taillis qui se trouvaient de chaque côté du chemin.Soudain, un coup de feu retentit, précédé à peine d\u2019un cri déchirant: Les Acides dans l\u2019Estomac sont cause de l\u2019indigestion Les autorités médicales assurent que près des neuf-dixièmes des cas de troubles d\u2019estomac, tels gue indigestion, aeci- dité, brûlement, gaz, ballonnement, nausée, etc, sont dus à la présence, dans l'estomac, d\u2019un excès d\u2019acide hy- drochlorique.La délicate membrane interne de l'estomac est irritée, la digestion est ralentie et les aliments surissent, ce qui détermine ces symptômes désagréables que connaissent si bien tous ceux qui souffrent de l\u2019estomac.Les adjuvants digestifs ne sont d'aucune utilité dans ces cas; ils peuvent même être très nuisibles.Essayez d\u2019abandonner tous ces adjuvants digestifs pour vous procurer, chez n'importe quel pharmacien, un peu de Magnésie Bisuratée; prenez-en, immédiatement après votre repas, une cuillerée à thé en poudre ou quatre pastilles.Ceci adoucira l\u2019estomac, supprimera la formation de l\u2019acide en excès, empêchant ainsi l\u2019aigreur, les gaz et les \u201cpoints\u201d.La Magnésie Bisuratée (en poudre ou en pastille \u2014 jamais liquide ou lactée) est inoffensive pour l\u2019estomac, peu coûteuse à utiliser, et est la préparation de la Magnésie la plus efficace pour soulager l\u2019estomac.Elle est employée var des milliers de gens qui ont le plaisir de pouvoir manger sans avoir à 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quoique bien faiblement.Alors, il n\u2019hésita plus.Abandonnant son fusil, il reprit le chemin du château marchant avec précaution et serrant contre lui son précieux fardeau.Il comprenait maintenant ce qui s\u2019était passé\u2026 Jacques Rives avait dû entendre le premier coup de feu du Ca- houan.Et il était accouru à son secours, guidé par un pressentiment étrange.une sorte de double vue.A un moment donné, devinant pour ainsi dire le danger, il s\u2019était jeté en avant, lui faisant un rempart de son corps.il avait donné sa vie pour lui!.A cette pensée, il se sentait pris d\u2019un sentiment mêlé de reconnaissance et d\u2019affection pour ce garçon, dont le dévouement le touchait jusqu\u2019au fond du coeur\u2026 Une douleur angoissante l\u2019accablait soudain.Si Rives allait mourir?\u2026.Si cet être rayonnant de jeunesse et de santé, aimé de tous ceux qui l\u2019approchaient pour ses hautes qualités, allait disparaître.victime de ce dévouement absolu?\u2026 Il ne s\u2019en consolerait jamais!\u2026 Lorsqu\u2019il pénétra dans le hall, il rencontra Mlle Hermine.La vieille demoiselle, qui ne pouvait dormir par les nuits d\u2019orage, était descendue de sa chambre et restait fort intriguée en trouvant la porte du vestibule ouverte.A la vue de son neveu, portant dans ses bras le corps inanimé du secrétaire, elle eut un cri d\u2019effroi.\u2014Qu\u2019est-il arrivé à Rives ?deman- da-t-elle d\u2019une voix blanche.\u2014I! a été blessé.Vite.tante Hermine.courez réveiller Néry\u2026.Et venez m\u2019aidér à coucher ce garçon.Je vous expjliquerai tout ensuite.La vieille fille ne se le fit pas dire deux fois.Avec sa vivacité d\u2019action et sa présence d\u2019esprit habituelles, elle eut bientôt fait d\u2019obéir aux ordres du châtelain.Et quelques minutes s\u2019étaient à peine écoulées que le major accourait rejoindre son ami.Avec mille précautions, Mile Hermine et Hugues Gardanne s\u2019occupèrent de coucher le blessé.livide et toujours sans connaissance.tandis que Néry s\u2019empressait à préparer tout ce qui lui serait nécessaire pour les pansements.\u2014F'aites vite, ordonna-t-il, que je voie où se trouve la blessure.Et les mains tremblantes, ils se hâ- térent.LA REVUE POPULAIRE Mais, tout & coup, ils eurent une telle exclamation que Néry accourut.Et tous trois restérent cloués de stupeur!.Jacques Rives était une femme! CHAPITRE XII Dans la chambre aux stores baissés, un silence oppressif régnait, interrompu seulement de temps en temps par un sourd gémissement ou une plainte du blessé, toujours sans connaissance.Depuis huit longs jours, celle que nous appellerons encore Jacques Rives, se débattait entre la vie et la mort\u2026 soignée avec un égal dévouement par tous ceux qui l\u2019entouraient et qui se succédaient dans une vieille vigilante auprès de son lit de souffrance.épiant ses moindres mouvements.Hugues Gardanne, le coeur partagé d\u2019un sentiment curieux, de colère et d'affection tout à la fois, n\u2019était pourtant pas le moins empressé\u2026 Sa première impression, après sa singulière découverte, avait été un violent dépit.Lui, le maître des Oyats.se trouver ainsi joué par une femme!\u2026 Et une aventurière.sans doute.par-dessus le marché! .À cette pensée.son orgueil s\u2019était révoilté\u2026 Il s'était même oublié dans une accès de véritable fure\"r\u2026 Mais le major l\u2019avait arrêté d\u2019un ton do reproche.\u2014Malheureux! oublies-tu donc que cette femme, quelle qu\u2019elle soit, a peut- être donné sa vie pour toi?.Nas-tu nas honte de parler d\u2019elle comme tu le fais?Quant à lui, Néry, il n\u2019avait eu aucun doute: On se trouvait en face d\u2019un mystère.Mais ce mystère ne pouvait tourner à la confusion de Jacques Rives.De cela il était certain! Et il n\u2019avait qu'une pensée: sauver à tout prix celle qu\u2019il disputait à la mort avec un acharnement passionné !.Dans les longues heures «d\u2019angoisse passées auprès de la pauvre moribonde, il ne pouvait détacher les yeux de ce visage livide.aux traits fins et purs et qui semblait déjà.à certains moments, empreint de la majesté de la mort.Non.non, mille fois non! ce n\u2019était pas là le masque d\u2019une aven- turiére!.Le lendemain de \u2018accident, une idée lvi était venue: il avait cherché dans J\u2019Annuaire des Téléphones le numéro de Mme Marbell, et, sans en parler aux autres, il s\u2019était mis en communication avec elle.La réponse de la jeune femme n\u2019avait fait que le fortifier dans sa conviction.\u2014 Jacques est blessé?\u2026 Et vous avez découvert sa ruse ?.Oh! soignez-la bien.Je ne puis vous dire son nom.car je lui ai juré de ne mas dévoiler son secret.Mais ce que je puis vous assurer.c\u2019est que mon amie est la plus noble créature qui se puisse rencontrer, un coeur d\u2019or st une âme d\u2019élite.Et Mme Marbell avait supplié le Major de la tenir au courant.de lui demner chaque jour des nouvelles de son amie.Il avait été décidé entre Hugues, Néry et Mlle Hermine de laisser Mme Bor- nave.ainsi que le personnel du château, ignorer leur découverte jusqu\u2019à l\u2019éclaircissement du mystère.Jacques Rives resterait le secrétaire.Décembre 1929 Un autre événement inattendu était venu simplifier l\u2019enquête qu\u2019on n\u2019aurait pu manquer de faire à propos de l'attentat du Cahouan.Le lendemain du crime, un des gardes avait trouvé le cadavre du braconnier près du pont de la Maye.L\u2019assassin, en se sauvant dans la nuit noire, était sans doute tombé dans la rivière, dont les eaux grossies par la marée et l\u2019orage, formaient un véritable torrent à certains endroits, et il s\u2019y était noyé.La nouvelle de la mort du bandit, que tous craignaient et abhorraient, avait causé un véritable soulagement dans le pays.Mme Bornave, à qui son petit-fils avait appris avec tous les ménagements possibles, l\u2019accident du secrétaire, s'en était montrée profondément émue.Mais lorsque Hermine lui eut révélé dans quelles circonstances le jeune homme avait été si dangereusement blessé sa reconnaissance ne connut plus de bornes.\u2014Brave petit! murmura-t-elle.en joignant les mains: je lui dois la vie de Hugues!.\u2026 J\u2019éprouvais déjà un attachement sincère nour ce pauwre garçon, mais maintenant, je l\u2019aimerai bien davantage encore.Il sera «désormais pour moi comme un enfant! Et si Hugues n'y voit pas d\u2019inconvénient, nous ile garderons toujours avec nous.Et la vieille dame, elle aussi, allait souvent passer de longues heures au- prés de Jacques Rives.La blessure de ce dernier causait bien de linquiétude au major, plus méme qu\u2019il ne l\u2019avouait à personne.La balle s\u2019était logée au-dessous du poumon et dans l\u2019état de faiblesse où se trouvait le jeune homme.il était impossible de songer à lextraire.pour le moment du moins.Bien des complications fatales étaient alors à redouter\u2026 Une hémorragie interne pouvait se déclarer d\u2019un instant à autre.la perforation du poumon était également à craindre.Aussi, lorsque Mme Bornave, quil était une chrétienne fervente, avait parlé de faire venir le curé, Néry n'avait pas hésité.\u2014Oui, avait-il répondu gravement, ce serait plus sage.Un accident peut toujours se produire.Quand le prêtre arriva, Mile Hermine crut de son devoir de le prévenir confidentiellement de ce qu\u2019ils avaient découvert.Mais elle fut bien étonnée.\u2014Je le savais, déclara simplement l'abbé Grandsart.Depuis son arrivée ici, j'ai été le confesseur et le guide de cette enfant.C\u2019est une belle âme, Mademoiselle.Et nous devons prier tous pour que Dieu la guérisse\u2026 Elle pourra encore faire tant de bien! Il lui avait alors administré les derniers sacrements, se refusant à révéier quoi que ce soit sur l\u2019identité de la jeune fille.\u2014Je ne puis parier, répondait-il à toutes les instances de M.Gardanne et des autres.Je lui ai promis le secret.sa mort seule me délierait.Mais jes- père bien que Dieu aura pitié d\u2019elle et qu\u2019elle pourra se justifier elle-même de sa généreuse supercherie\u2026 Et le prêtre, qui ne cachait pas ses sentiments de profonde estime pour la blessée, venait chaque jour au château prendre de ses nouvelles.Mais le mieux impatiemment atten- Décembra 1929 du par tous, était bien lent à se manifester\u2026 La Jeune fille, toujours sans connaissance, se débattait entre la vis et la mort.Les traits livides, le corps d\u2019une rigidité effrayante, elle semblait déja presque un cadavre.Une nuit que le major la veillait avec Mlle Hermine, ils l\u2019entendirent balbutier quelques mots sans suite.Néry, se penchant vivement pour écouter, saisit un rom : \u2014Hugues.Hugues.Puis, ce furent des paroles inintelligibles, dans une langue étrangére.Ce réveil à la vie, quoique bien léger, fit naître une lueur d\u2019espoir au coeur de ceux qui l\u2019entouraient.\u2014C\u2019est peu de chose! déclara Néry:; mais c\u2019est tout de même un petit progrès.Et il redoubia de soins et de vigilance.Hugues, & qui il communiqua, le lendemain matin, lheureuse nouvella, l'accueillit avec une sorte d\u2019indifférence qui étonna le major.Mais s\u2019il avait pu entendre les battements désordonnés du coeur de son ami et connaître sa pensée, il aurait été bien autrement étonné encore.Et pourtant, à partir de ce jour, le maître des Oyats espaca et écourta de plus en plus ses visites dans la chambre de la blessée.où il restait quelques minutes à peine.Un matin de la seconde semaine, Mlle Hermine, en train de préparer tout ce qui était nécessaire au pansement quotidien, entendit un léger bruit qui la fit retourner.Jacques Rives, les yeux ouverts, attlachait sur elle un regard fixe et vague.La vieille demoiselle s'approcha vivement du lit.Et le major, qui entrait en ce moment, la rejoignit.\u2014Eh bien! Rives, dit-il doucement, en se penchant sur la malade, comment allons-nous?Les yeux caves de la jeune fille, ces yeux qui semblaient démesurément grands, le dévisageaient à son tour\u2026 Mais elle ne répondit pas.; Comme elle essayait de faire un mouvement, elle poussa un sourd gémisse- mend.-\u2014Vous souffrez beaucoup ?-continua Néry, d\u2019un ton affectueux.\u2014Oui.jai mall.La voix était faible comme un souffle, et on devinait les mots plutôt qu\u2019on ne les entendait.Les yeux se fermèrent de nouveau, et la blessée qui semblait à bout de forces, retomba dans une sorte de semnolence accablée.Le major surprit le regard désolé de Mile Hermine.\u2014Il ne faut pas désespérer, lui dit- il.au contraire.Elle sent son mal, c\u2019est donc qu\u2019elle reprend conscience.Qu'elle soit dans un état de faiblesse extrême.il n\u2019y a rien là d'étonnant.il ne peut même pas en être autrement Mais la connaissance lui revient.Et c\u2019est un grand progrès.Pendant le vansement qui la laissait toujours insensible jusqu'alors, elle poussa des plaintes de plus en plus vives, et essaya de se défendre ce qu\u2019elle n\u2019avait jamais fait.Puis, elle retomba dans un lourd sommeil, dont elle ne se réveilla que le lendemain matin.Ses regards errèrent autour de la LA REVUE POPULAIRE chambre et s\u2019arrêtèrent longuement sur Mme Bornave qui, assise auprès de la fenêtre, travaillait à son tricot, pendant que les autres étaient allés se reposer.Une lueur de raison éclairait maintenant les larges prunelles, qui avaient retrouvé leur exquise douceur.Comme si la vieille dame obéissait au magnétisme de ce regard, brûlant de tendresse, attaché sur elle, elle releva la tête, et ses veux rencontrèrent ceux de la blessée.-\u2014Rives, mon enfant, me reconnais- sez-vous?demanda-t-elle affectueusement, en se penchant sur le lit, où elle était accourue.\u2014Oui, Madame.Mais.pourquoi êtes-vous là?Que m\u2019est-il donc arrivé?Et elle fit un effort comme pour se rappeler.\u2014Vous êtes blessé.mon petit.\u2014Ah!.Oui.oul.je me souviens.Dites-moi!.Et M.Gardanne?.La porte s'ouvrant pour donner passage au major, elle s'arrêta.Ce dernier eut un éclair joyeux dans le regard, en constatant ce retour à la vie., \u2014Ah! ah! s\u2019écria-t-il, voilà mon blessé qui se réveille! ca c\u2019est une bonne surprise! Madame.continua-t-il en s\u2019inclinant devant ia vieille châtelaine, je vais vous demander de m\u2019envoyer Mlle Hermine, pour qu\u2019elle m'aide au pansement, comme elle le fait chaque jour.\u2014Tout de suite ! j\u2019y cours tout de suite, répondit Mme Bornave, en s\u2019empressant.Et après une légère caresse de la main sur le front du blessé, elle sortit pour se mettre à la recherche de sa soeur.Le major, resté seul, contempla longuement le pauvre visage bléme et émacié de la malade qui avait refermé les yeux.Bille les rouvrit soudain et essaya de faire un mouvement.Mais elle poussa un cri de douleur, et, examinant les pansements qui entouraient sa poitrine, elle interrogea très bas, sans regarder le major: \u2014dJ\u2019ai été blessé Alors.vous savez?.\u2026 \u2014Oui, Mademoiselle, répondit Néry, d\u2019une voix grave.Un silence gêné régna quelques instants dans la chambre.Ce fut la blessée qui le rompit, en demandant: \u2014Monsieur Gardanne.sait-il?Et sur un signe affirmatif du major: \u2014T1 est faché.sans doute?.\u2014Un peu.Il ne comprend rien à ce.déguisement.Et il se demande sil n\u2019a pas eu affaire à une.aventurière\u2026?: En parlant ainsi, Néry observait attentivement la jeune fille, qu\u2019il ne quittait pas du regard.I vit une lueur d\u2019indignation briller soudain dans les yeux clairs, tandis qu\u2019elle interrogeait avec une sorte d\u2019anxiété: \u2014Vous ne le croyez pas.vous.Docteur?Vous ne voyez pas en moi une.aventurière ?\u2014Non, répondit vivement le major.Il y a dans votre conduite un mystère que j'ignore.Mais j'ai pleine confiance en vous.La blessée poussua un long soupir de soulagement.\u2014Merci! murmura-t-elle.Puis, après un court silence, elle dé- à la poitrine.51 clara, en le regardant en face, avec ce sourire un peu malicieux, qu\u2019il connaissait si bien: \u2014Je suis Pia Oldini.sa cousine.\"Et, comme elle le vit tressaijllir.\u2014Gardez-moi encore le secret, im- plora-t-elle, je veux le lui révéler moi- même, ainsi qu'à grand\u2019meére.Elle avait mis une telle douceur en prononçant ce nom de \u201c grand\u2019mère \u201d que Néry en fut tout ému.\u2014Vous avez ma, parole, dit-il simplement.Pia lui serra la main en silence et ferma les yeux.Elle semblait accablée de fatigue, et son pauvre visage était d\u2019une pâleur cadavérique.Mlle Hermine, arivant pour aider au pansement, en fut épouvantée.\u2014Oh! mon Dieu ! s\u2019écria-t-elle, la voilà qui se trouve mal.\u2014\u2014Non, déclara le major, ce qu\u2019une faiblesse passagére.instant, il n\u2019y pareîtra plus.Lie pansement fut très douloureux et arracha des larmes à la jeune fille.malgré tout son cuurage.Lorsque le docteur se fut éloigné et qu'elle resta seule avec Mlle Hermine, celle-ci s\u2019étant penchée pour l\u2019embrasser, l\u2019entendit lui murmurer à l'oreille.pendant qu\u2019elle passait un bras autour de son cou : \u2014Tante Hermine.je suis Pia Oldi- ni.votre petite-niéce.\u2014J\u2019en étais sûre! répondit la vieille demoiselle.Et je ne comprends pas comment Godelaine ne s'en est jamais doutée.\u2014Ne le lui dites pas, surtout.ni à \u201cours\u201d non plus.laissez-moi le plaisir de le leur apprendre.\u2014A condition que je sois là pour voir la tête de mon neveu! déclara gaiement Mille Hermine.L'état de la blessée continua à s\u2019améliorer un peu de jour en jour.pourtant, les progrès étaient beaucoup moins sensibles que le major l\u2019eût souhaité.La balle avait pu être extraite; mais Pia restait d\u2019une faiblesse excessive, et son état nécessita assez longtemps encore des soins vigilants, en même temps qu\u2019un traitement énergique.Hugues Gardanne se montrait rarement dans la chambre de la malade.et lorsqu'il faisait une courte apparition, il choisissait toujours le moment où il savait ne pas se trouver seul avec elle.Il était, d\u2019ailleurs, d\u2019une corree- tion parfaite, rt d\u2019une politesse irréprochable, tout en gardant une réserve un peu hautaine.Ce fut à la fin de septembre, par une belle après-midi ensoleillée que Pia fit ses premiers nas, anpuyée au bras de Mile Hermine Elle avait quitté plusieurs fois son lit, pour aller, enveloppée d\u2019une couverture et portée dans les bras du major, s\u2019étendre quelques heures sur une chaise longue au balcon de sa chambre.Aujourd'hui, elle avait revêtu ses habits d'homme dans lesquels elle semblait flotter, tant elle était amaigrie.\u2014Pas brillant, le pauvre Jacques Rives! déclara avec une feinte gaieté.Mlle Hermine, qui se sentait prise d\u2019une infinie pitié devant le corps si frêle de sa petite nièce.\u2014Rien d\u2019étonnant à cela ! répondit joyeusement Pia, puisqu'on est à la n\u2019est Dans un 52 veille de son enterrement! Encore quelques jours et le secrétaire sera \u201cdéfunt\u201d, comme «disent les bonnes gens du pays.Docteur, continua-t-elle, en s\u2019adressant au major qui l\u2019installait avec toutes sortes de soins dans son fauteuil, me permettez-vous, pendant que nous sommes là bien tranquilles, tous les trois, me permettez-vous, dis- je, de vous faire mæ confession?\u2014Oui, répondit Néry, en souriant, à condition toutefois que vous vous arrêtiez dès que vous sentirez la moindre fatigue.\u2014Entendu! Et Pia, serrant affectueusement la main de Néry, qui s\u2019était assis auprès d\u2019elle-\u2014MIlle Hermine occupant l\u2019autre côté de la chaise-longue-\u2014commença en ces termes : \u2014Vous savez que ma mère est morte peu de temps après ma naissance, et mon père ne pouvant pas naturellement s\u2019occuper d'un nouveau-né me confia à sa soeur.Celle-ci était mariée à un Américain qui avait au Mexique un rancho considérable où il faisait Vélevage des chevaux et des boeufs.Il eût été impossible de rencontrer plus braves coeurs que mon oncle et ma tante, qui eurent pour moi les tendresses d\u2019un père et d\u2019une mère, me considérant d\u2019ailleurs comme leur propre fille.Mon vère, dont ja réputation de violoniste allait grandissant et dont le nom était célèbre dans le monda entier, venait chaque année passer trois mois auprès de nous, se reposant de ses tournées dans toutes les capitales et s\u2019intéressant, avant tout, à mon éducation, à mon instruction, qu'il voulait aussi complète que possible.Lorsque j'eus sept ans, il m\u2019amena une institutrice française, une femme supérieure sous tous les rapports.Musicienne distinguée et veuve d\u2019un officier d\u2019artillerie, elle était d\u2019une intelligence remarquable et possédait un savoir des plus solides, en même temps qu\u2019elle était douée de toutes les qualités du coeur.Elle s\u2019entendit admirablement avec mon oncle et ma tante \u2014les braves gens se comprennent toujours!\u2014et ma jeunesse s\u2019écoula dans un bonheur sans nuages entourée des soins de ce trio parfait.J'étais toute jeune encore, quand mon oncle, un cavalier remarquable, m\u2019apprit à monter à chevai, à tirer à la carabine, que sais-je!.Et plus tard, mes études étant terminées, je l\u2019accompagnais dans ses randonnées à travers ses immenses domaines.restant parfois des journées entières en selle, ne sentant pas la fatigue, rompue que j'étais à tous les exercices du corps! J'éprouvais un goût passionné pour cette vie un peu sauvage, au grand air, dans les plaines mexicaines, et je devins bientôt la favorite de tous ces cow-boys, dont je partageais parfois, pendant des semaines entières, l\u2019existence aventureuse.Ils me traitaient avec un respect mêlé d\u2019affection\u2026 j\u2019étais leur \u201clittle queen\u201d, comme ils m'appelaient!.Et tous, en cas d\u2019attaques des Indiens, eussent été prêts à donner leur vie pour sauver la mienne!\u2026 Sur le conseil de mon oncle.j'avais adopté, pour ces excursions.le costume masculin, beaucoup plus pratique et plus commode.La seule compagne et amie, que j'aie jamais rencontrée dans cette vie iso- LA REVUE POPULAIRE lée, avait été Meg White, la fille d\u2019un riche colon, voisin de mon oncle et qui venait parfois passer quelques jours avec nous.De cinq ans plus âgée que moi, elle était de santé plutôt délicate, et par suite, nos goûts n\u2019étaient guère les mêmes.Je l\u2019aimais beaucour malgré cela, et lorsqu\u2019elle quitta le Mexique pour épouser.M.Marbell qui l'emenait à Paris, l\u2019en eus un véritable chagrin.Au milieu de cette existence active, je gardais toujours vivant le souvenir de ma mère que je n\u2019avais pas connue.hélas, et dont la pensée me hantait singulièrement à certains jours!.Je n\u2019ai jamais quitté la médaillon contenant le petit portrait que mon père m'avait donné pour ma fête lorsque jeus douze ans, et qui était une reproduction de celui qu\u2019il portait également lui-même.Il avait voué à la mémoire de sa chère femme un culte pieux et touchant!\u2026 Jamais il ne s\u2019était consolé de sa mort, et il l\u2019a pleurée jusqu\u2019à son dernier jour!.Bien des fois, lorsque nous errions fort tard dans la nuit au milieu des grandes plaines étoilées, il me parlait d\u2019slle pendant des heures entières et me répétait souvent.\u2014Plus tard, Pia, il faudra aller en France pour embrasser ta grand\u2019mère.la mère de ma pauvre Christiane.Elle était toujours bonne pour elle.et je suis sûr que ce n\u2019est pas elle qui aurait mis obstacle à notre union.Il faut I'aimer et ne pas oublier son nom dans tes prières du matin et du soir.Mon père était un fervent catholique, et j'ai été élevée dans les mêmes sentiments religieux par ceux qui m\u2019entouraient.Mme Beauval, mon institutrice française, était, je vous l\u2019ai déjà dit, je crois, une grande musicienne, et c\u2019est dans un concert où elle avait accompagné mon père au pied-levé\u2014son accompagnateur habituel s'étant trouvé subitement indisposé\u2014qu\u2019il avait fait sa connaissance.Elle était déjà veuve alors et donnait des leçons pour vivre: leçons de français, leçons de piano.et leçons d\u2019anglais à l\u2019occasion.Ils causèrent longtemps ensemble, et mon père lui ayant raconté sa vie, lui confia son grand désir de trouver une institutrice française qui voulût bien s\u2019expatrier pour aller là-bas, dans les plaines solitaires du Mexique faire d\u2019instruction de sa fille.N'ayant aucun lien qui la retint en France, et voyant dans cette éducation d\u2019une orpheline une bonne oeuvre à accomplir, Mme Beauval s\u2019offrit spontanément.J'avais vinet ans, lorsque de gros chagrins vinrent attrister ma vie, sl heureuse jusque-là.Ce fut d\u2019abord la mort de ma chère Beauval que j'aimais comme une mê- re.Elle nous fut enlevée en quelques jours à la suite d\u2019une broncho-pneumonie.Un an après.ma tante mourut accidentellement: en revenant le soir d\u2019une des prairies, elle fut renversée et piétinée par un taureau furieux qui avait brisé ses entraves! et s\u2019était © échappé.Mon oncie fut inconsolable! et je crus bien le perdre aussi, à cette époque.tant le désespoir le rendit malade.Il se remit néanmoins.mais il ne fut plus jamais le même!.Il avait tou- \u2018ours l\u2019air d\u2019une pauvre âme en peine.Décembre 1929 Et la direction de ses immenses domaines le fatiguant beaucoup, il prit un régisseur qu\u2019il mit à la tête de l\u2019exploitation.Mon père, qui se sentait fatigué, lui aussi, s\u2019était décidé à venir se reposer auprès de nous.Je connus alors bien des heures délicieuses encore!\u2026 Nous passions parfois des soirées et même des nuits entières bercés par les mélodies de son violon, véritable voix humaine, aux accents divins, sous les doigts de l\u2019artiste incomparable!\u2026 I prit grand plaisir à compléter mon éducation musicale.Et nous donnions souvent des concerts à tous nos \u201ccowboys\u201d, qui restaient là à nous écouter dans une sorte d\u2019extase!\u2026.I! y a deux ans, mon père mourut subitement, d\u2019une crise cardiaque, et mon oncle ne le suivit pas de loin; trois mois après, il succombait à un abcès du foie, me laissant l'unique héritière de tous ses biens.Je restai seule et m\u2019occupai activement de régler ma situation là-bas, aidée du notaire de mon oncle, qui était en même temps un ami de la famille.Hantée de plus en plus par la pensée de cette grand\u2019mère inconnue à laquelle je révais nvil et jour, je demandai au notaire d\u2019écrire pour solliciter la permission de venir vivre au- prés delle.Je me sentais isolée, si abandonnée! j'avais tant besoin d\u2019affection!.Pia se tut un instant pour essuyer les larmes qui coulaient sur ses joues amaigries et palies par la souffrance.Mlle Hermine, tout émue.se pencha pour embrasser tendrement l\u2019orpheline, qui lui sourit et continua bravement son récit.\u2014Vous savez la réponse?dit-elle.Je fus d\u2019abord indignée!.\u2026 Une grand\u2019mère refusant de recevoir sa petite-fille orpheline!\u2026 Est-ce que cela était possible ?\u2026.Et mon père qui me l\u2019avait toujours dépeinte si bonne!\u2026 Il devait y avoir là un malentendu quelconque! Meg Marbell, mon amie, était revenue en Amérique à cette époque, passer quelques mois auprès de ses parents; et lorsqu\u2019elle retourna en France, je me décidai à l\u2019accompagner.Je confiai le domaine au régisseur et à sa femme qui avaient été comme des parents pour moi, depuis mon deuil, et je partis, bien décidée à faire connaissance avec ma grand\u2019mère.quels que pussent être les obstacles dressés devant moi.En arrivant à Paris, je me présentai chez Mme Mallet, ma grand\u2019tante, dont j'avais eu l'adresse par l\u2019entremise de mon notaire, et je fus accueillie par elle à bras ouverts! Ah! la chèfe âme!.\u2026.Comme elle me gâta!\u2026 Combien je me sentis consolée par son affection si tendre.si prévenante!\u2026 Et quand je lui eus dit mon désir fou de pénétrer auprès de ma grand\u2019mère, de vivre à ses côtés, elle s\u2019écria avec enthousiasme: \u2014Nous y arriverons, petite! On dit que le diable ne peut rien contre une femme!.Que sera-ce alors avec deux contre lui?.\u2026 Tu vivras auprès de Go- delaine, ou jy perdrai mon nom, foi de Bertrade! Vous connaissez Mme Mallet, tante Hermine, et vous savez que lorsqu\u2019elle s\u2019est mis quelque chose en tête, il faut qu\u2019elle réussisse malgré tout!.\u2026 Décembre 1929 L'occasion se présenta peu de temps après mon arrivée chez elle: elle reçut une lettre de son petit-neveu lui demandant de lui chercher un secrétaire.\u2014Bon! dit-elle, au lieu d\u2019un secrétaire je vais lui proposer une dactylo: et tu vas te mettre au travail tout de suite, ma petite.Vous pensez bien que j'acceptai avec enthousiasme ; je pris des leçons de dactylographie.je tapai consciencieusement sur la machine du matin au soir.J\u2019avais le coeur en fête! Ma tante m\u2019avait si bien rassurée! Ce n\u2019était pas grand\u2019mère qui ne voulait pas de moil.\u2026 c\u2019était son \u2018ours\u2019! de petit-fils! comme disait vante Bertrade\u2026 Et on finirait bien par l'apprivoiser!\u2026 Le principal était de pénétrer dans la place par n\u2019importe quel moyen.Hélas! la réponse de \u201cours\u201d arriva et detruisit tous nos espoirs!.I1 refusait absolument la dactylo et n\u2019accepterait qu'un seerétaire!.Nous fûmes atterrées d\u2019abord!.Mais tante Bertrade ne se découragea pas.\u2014Eh bien! petite, déclara-t-elle gaiement, il n\u2019y a qu'un moyen, puisque tu passais, m\u2019as-tu dit, une grande partie de ta vie là-bas sous un costume masculin, tu n\u2019as qu\u2019à le reprendre.et t'arranger de façon à ce que mon nigaud de neveu n\u2019y voie que du feu et ne se doute jamais de la supercherie.J\u2019hésitai longtemps, je vous l\u2019avoue! la proposition de tante Bertrade me semblait bien osée\u2026 et bien hasardeuse aussi! \u2026 Arriverais-je jamais à jouer mon rôle jusqu\u2019au bout?.\u2026 J\u2019étais à la merci d\u2019un incident quelconque.Et vous voyez que je ne m'étais pas trompée, dit gravement Pia, en levant les yeux sur le major, qui l\u2019écoutait avec une profonde attention, mêlée d\u2019attendrissement.\u2014Enfin, continua-t-elle, je me laissai persuader var mon originale parente et je me présentai ici sous le nom de Jocques Rives.Une chose me coûta beaucoup, je dois vous le dire, ce fut le sacrifice de ma chevelure, qui était Torgueil de mon pére.Jeus une véritable crise de chagrin en la voyant tomber sous les ciseaux du coiffeur\u2014qui me crut tentée par la mode actuelle et m\u2019en félicita!.Mon amie Meg était à Nice et, redoutant toute indiscrétion, je la laissai tout ignorer.Mais, le hasard qui fait tant de choses.voulut que son docteur de Paris lui conseillât de venir au Cro- toy pour remettre la santé de ses deux enfants qui avaient eu la coqueluche.J\u2019étais loin de me douter de cette oc- cburrence!.Aussi, jugez de ma surprise lorsque je me trouvai un jour nez à nez avec elle!.Je lui confiai alors mon secret, et elle me promit le silence.Mais je craignais par-dessus tout d\u2019étre reconnue par ses enfants et par son mari\u2014que j\u2019évitais comme la peste! De là les soupçons de ce pauvre \u201cours\u201d sur mes relations clandestines avec le brave Meg!.En arrivant aux Oyats.je m'étais confiée au curé de Saint-Firmin; et il m'a plusieurs fois conseillé \u2014ces derniers temps surtout \u2014d\u2019avouer ma ruse à Mme Bornave\u2026 de lui révéler mon identité.Mais j'ai toujours tardé, redoutant la colère de mon cousin Hugues.J'ai bien fait, aprés tout, conti- LA REVUE POPULAIRE nua doucement la jeune fille, puisque jai pu sous le personnage de Jacques Rives, lui sauver la vie.Quand le ma- jor\u2014et en parlant ainsi Pia regardait malicieusement son docteur\u2014me donnera mon billet de sortie d'hôpital, alors, je ferai à l\u201d\u201cours\u201d cette confession tant redoutée\u2026 J\u2019avouerai aussi la vérité à grand'mère.\u2026 Et puis, à la grâce de Dieu!\u2026 Jagirai suivant ce que me dicteront les événements et l'occurrence! Mon stratagème a été plutôt osé.je l\u2019avoue\u2026 Mais j'ai pour moi des circonstances atténuantes\u2026 à savoir les motifs qui m'ont inspiré mon déguisement.Et j'espère obtenir mon pardon.un jour ou l\u2019autre.\u2014De ia part de Godelaine, çt ne sera pas difficile! s\u2019écria Mlle Hermine, en embrassant sa petite-nièce.Quant à Hugues.hum! c\u2019est une autre affai- rel.il est si cocasse!.Mais, bast! il n'est pas encore aussi méchant qu\u2019il en a lair! \u2014En attendant, déclara le major, en serrant la main de la jeune fille, le médecin exige maintenant de sa malade un repos complet! c\u2019est lVordonnance!.Assez d'émotions pour aujourd\u2019hui.Nous allons nous retirer, Mademoiselle, et il faudra essayer de dormir.Mais Pia ne dormit guère après le départ de Mlle Hermine et de son compagnon.À mesure qu\u2019elle se sentait renaître à la vie, elle redoutait de plus en plus l\u2019aveu qu\u2019elle aurait à faire au maître des Oyats.\u2014I] sera furieux, j'en suis sûre, son- geait-elle en elle-même et je devrai sans doute quitter le château.Grand\u2019mère, il est vrai, pourra venir me voir à Paris.Mais Hugues?.Comment vivrai- je sans lui?.Et, à cette pensée, les yeux clairs de Torpheline se rempilissaient de larmes.son fin visage prenait cette expression de gravité qui la faisait soudain paraître plus âgée.CHAPITRE XIII Hugues Gardanne était enfermé dans son cabinet depuis deux heures, mais il n\u2019avait guére travaillé.Enfoncé dans un des larges fauteuils anglais qui faisaient les délices de Néry, il suivait, d\u2019un oeil distrait, la fumée de son cigare qui montait en spirales régulières.Son visage sombre, son regard dur, ses dèvres serrées indiquaient une tension d\u2019esprit profonde, une grande préoccupation.A quoi songeait le maître des Oyats, dans la solitude et le silence de cette après-midi pluvieuie d\u2019automne?\u2026 Il pensait aux paroles que son ami lui avait dites tout à l'heure, en déjeunant, répondant à sa question: \u2014Comment va ta blessée?\u2014Très bien.Je lui ai signé son exeat! Elle doit partir demain.Il avait tressailii\u2026 Néry, qui le regardait attentivement, avait attendu un instant, espérant un mot, une interrogation quelconque.Mais Hugues se taisant, il n\u2019avait pas insisté et s\u2019était éloigné, sans même se retourner.Les deux jeunes gens semblaient en froid depuis l\u2019accident de Jacques Rives, et une véritable contrainte s\u2019était établie dans leurs rapports quotidiens.Le major, avec son franc-parler, avait reproché plusieurs fois à son ami ce DÉCHIRURE Pas de rupture à guérir La hernie n\u2019est pas une déchirure mais purement une faiblesse musculaire dans la paroi abdominale.Des bandages ne font que comprimer les muscles affectés sans les fortifier \u2014 au contraire, la pression du coussinet du bandage ordinaire augmente bien souvent cette faiblesse \u2014 en tendant à arrêter la circulation du sang.Les PLAPAO-PADS ADHESIFS de STUART sont entièrement différents, étant applicateurs mécano-chimiques \u2014 faits \u2018expressément auto-adhésifs pour maintenir le tonique des muscles appelé \u2018\u2018Plapao\u2019\u2019 continuellement appliqué sur les parties affectées et pour réduire au minimum tout danser de glissement et de friction douloureuse.Le tissu adhésif est doux comme du velours et se fixe au corps sans courroies, boucles ou ressorts.Faciles à appliquer \u2014 commodes \u2014 peu coûteux.\u2014 Déter- teurs Médaille d\u2019Or, Rome; Grand Prix, Paris; Mention Honorable, Exposition du Pana- ma-Pacifique, San Francisco, etc.Depuis bientôt un quart de siècle, des masses de témoignages légalisés nous parvenant de bien des pays en attestent le succès \u2014 obtenu sans interruption de travail.\u2014L\u2019effet épidermatique du Plapao et l\u2019utilisation de la \u2018thérapie des emplâtres\u2019\u2019 tendent vers un procédé de guérison naturel dispensant de l\u2019usage ultérieur d\u2019un bandage.Cessez de gaspiller votre temps et votre argent pour des appareils démodés.Apprenez à fermer l'ouverture herniaire selon l\u2019intention de la nature afin que la hernie ne puisse descendre.N\u2019envoyez pas d\u2019argent \u2014 simplement le Coupon d\u2019Essai Gratis ci-dessous.Pour votre propre bien \u2014 écrivez aujourd\u2019hui \u2014 demain, ce sera peut-être trop tard.COUPON D'ESSAI GRATIS Plapao Laboratories, Inc, 2238 Stuart Bldg., St.Louis, Mo.Envoyez-moi un Essai Gratis de 10 jours du facteur curatif Plapao et le livre illustré sur la Hernie; pas de déboursé pour cela, ni maintenant ni plus tard.COUPON D'ABONNEMENT IEFICM Ci-inclus veuillez trouver la somme de $1.00 pour 1 an ou 50c \u201cpour 6 mois d\u2019abonnement au magazine LE FILM.Adressez à : POIRIER, BESSETTE & CIE 975, RUE DE BULLION MONTREAL Es ee ee Sinn == 54 qu'il appelait son \u201cmanque de coeur\u201d vis-à-vis de la blessée \u2014 qui n\u2019avait pas hésité à se faire tuer pour lui\u2014et.il s\u2019était même un jour franchement révolté devant les paroles amères du châtelaim.\u2014Bah! une détraquée probablement, comme elles le sont toutes!.Une aventurière!.Est-ce que ca compte le dévouement de ces sortes de gens?Néry avait protesté alors, on termes si véhéments, qu\u2019il en était résuité une grande gêne entre les deux hommes.si unis jusque-là.Hugues était dans une complète ignorance quant à l'identité de l'inconnue, et il se promettait bien de lui faire subir un interrogatoire avant son départ.L\u2019annonce si brusque de ce départ l'avait tant soit peu bouleversé.Pour lui, il avait servi de jouet à une de ces poupées fantasques et excentriques.comme il y en a tant de nos jours, aqui, ayant entendu parer de son horreur pour le sexe féminin, avait parié sans doute, de s\u2019introduire dans la retraite de l\u201d\u201c\u2018ours\u201d\u2026 à la grande joie des confidents de sa ruse.Et il devait être.à l'heure présenite.l\u2019objet de leur risée\u2026 A cette pensée.l\u2019orgueil du maître des Oyats se révoltait! Il devenait alors injuste et cruel.oubliant jusqu\u2018au dévouement de cette inconnue.qu\u2019il croyait haïr sans réserve, et qu\u2019il se promettait bien d\u2018accabler de tout son mépris!.Avec son esprit rigide, sa morale austère, il considérait comme un acte odieux.comme une chose honteuse, ce déguisement d\u2019une jeune fille!.Depuis que Pia se levait et avait repris son costume masculin, il avait évité de se trouver en face delle.\u2014Pourquoi prolonger cette mascarade puisque nous savons à quoi nous en tenir à son sujet?Que ne reprend-elle ses vêtements de femme?avait-il demandé ironiquement au major, comme il apercevait, de sa fenêtre, la jeune blessée.appuyée au bras de Mille Hermine, \u2018et essayant ses premiers pas dans la pare.\u2014Elle préfère rester ainsi, à cause des domestiques qui ignorent tout, et qui votent toujours en elle Jacques Rives le secrétaire.Ne vaut-il pas mieux éviter tout commentaire là-dessus puisqu\u2019elle va quitter le château aus- sitôi guérie?\u2014Quelle comédie! avait ricané Hugues, en haussant les épaules.Et aujourd\u2019hui que le départ de cette inconnue était proche, il ne voulait pas la laisser s\u2019éloigner sans l\u2019obliger à lui révéler son identité et le but de sa venue aux Oyats.Il lui répugnait d\u2019aller la trouver dans sa chambre.\u2014Pardi, s'écria-t-il tout à coup, je suis bien naïf! N\u2019est-elle pas toujours à mon service?Je vais dire à Martin de lui intimer l\u2019ordre de venir me parler ici.Et il se leva pour sonner le domestique.Un coup discret, frappé à la porte de son cabinet, l\u2019arrêta dans son mouvement.\u2014Entrez! dit-il brièvement, en se retournant.Son secrétaire était devant lui.La jeune femme.si amaigrie qu\u2019elle semblait flotter dans ses vêtements, LA REVUE POPULAIRE portait sur ses traits pâles et émaciés, la trace de ses longues souffrances.Il eût été difficile de reconnaître, dans cette créature si frêle, le joyeux Jacques Rives, épanoui de santé et rempli d\u2019'entrain ! Seuls, les yeux gardaient leur expression franche et décidée.Etait-ce l\u2019émotion ou la faiblesse, mais, en s\u2019avançant dans la pièce, l\u2019inconnue chancela et dut s\u2019appuyer vivement au dossier d\u2019un auteuil pour ne pas tomber.Le maître des Oyats, qui la contemplait en silence, d\u2019un air de mépris et de pitié tout à la fois, lui avança une chaise.\u2014Asseyez-vous.dit-il de cette voix brève qu\u2019elle connaissait si bien.J\u2019allais justement sonner Martin pour vous prier de venir me parler avant votre départ.Vous plairait-il de m\u2019expliquer la raison de cette.mascarade?Et il y avait, dans le geste avec lequel il désignait le costume masculin de la jeune fille, un tel dédain, qu\u2019elle rougit violemment.\u2014C\u2019est justement pour vous expliquer la cause de cette \u201cmascarade\u2019\u2014et elle appuya sur le mot\u2014qui m\u2019a fourni l'occasion de vous sauver la vie, soit dit en passant, que je suis ici en ce moment, répondit-elle fièrement et sans baisser les yeux devant le regard méprisant attaché sur elle.\u2014Je voudrais savoir avant tout le nom de l\u2019aventurière qui s\u2019est introduite ainsi sous mon\u2019 toit, en pareil déguisement, continua Hugues Gar- danne avec hauteur.\u2014 Vous allez le savoir tout de suite! L\u2019aventurière \u2014 pour employer votre mot \u2014 est une pauvre fille, orpheline, n\u2019ayant plus au monde qu\u2019une grand\u2019- mère.dont elle rêvait jour et nuit.et dont un proche parent\u2026 aussi injuste que cruel.la sépamait sans raison.Je suis Pia Oldini, votre cousine.Le châtelain eut un brusque tres- saîllement, tandis qu\u2019elle continuait, ironiquement: \u2014Et si j'ai dû recourir à cette.mascarade!\u2014comme vous dites si bien \u2014 c\u2019est votre faute! Je n'aurais pas eu besoin de ce déguisement, si vous aviez consenti à me recevoir sous ce toit\u2014 qui n\u2019était pas exclusivement le vôtre.avouez-le\u2014et me permettre de prendre, dans l\u2019affection de notre grand\u2019mère, une place à laquelle j'avais droit, tout comme Vous.D\u2019une voix frémissante, La jeune fille refit alors, à Hugues Gardanne, le récit qu\u2019elle avaît fait au major et à Mille Hermine, de son enfance et de sa jeunesse, jusqu\u2019au jour où elle s\u2019était trouvée seule dans le domaine du Mexique.Elle lui avait dit, sans emphase, mais avec une simplicité poignante.son existence de tristesse et d'abandon là- bas, après la mort de son père et de son oncle, au milieu de tous ces étrangers.pourtant si dévoués pour elle.cette soif d\u2019affection.ce besoin de tendresse qui s\u2019était emparée delle avec une telle force qu\u2019elle avait tout quitté pour faire connaissance.malgré tout.avec cette grand\u2019mère dont Ia pensée hantait ses longues journées et ses nuits sans sommeil.\u2014 Je me serais faite servante ! dit- elle d\u2019une voix sourde.j'aurais pris n\u2019importe quel emvloi pour pénétrer auprès d\u2019elle.pour la connaître et vivre sous son toit.Mais votre horreur des Décembre 1929 femmes vous ayant fait refuser la dactylographe proposée par votre tante.j'ai fini, sur ses instances, et quoi qu\u2019il m\u2019en coûtât, par recourir à ce travestissement.assez osé, je vous l\u2019accorde! Et je me suis présentée ici comme le secrétaire demandé.Pia se tut un instant et jeta un regard, empreint d\u2019affection et de tristesse, sur le maître des Oyats, qui l'écoutait, immobile, le visage caché dans une de.ses mains.\u2014Je ne regrette pas ce que jai fait.continua doucement la jeune fille.J\u2019ai appris à connaître ma grand\u2019mère\u2026 J'ai pu constater que mon père ne m'avait pas trompée.Elle est aussi bonne qu\u2019il me l'avait dépeinte.Je n'ai plus eu au coeur cette torture si douloureuse de penser qu\u2019elle avait pu repousser la fille de sa Christiane.une enfant orpheline, qui n\u2019était pas coupable, après tout, et qui n'avait rien fait pour mériter un tel affront!\u2026 Il y eut un instant de silence.Et Pia reprit d\u2019une voix hésitante.en parlant avec effort et sans regarder son cousin: \u2014Je crois que vous n'avez pas eu à vous plaindre de mon service auprès de vous?\u2026 J'ai essayé d'être un secrétaire laborieux et soumis\u2026 Je craignais bien d\u2019être onligée de m\u2019éloigner un jour ou l\u2019autre.J'étais à la merci de tant d'incidents pouvant trahir mon identité!.En tous cas, jai eu, avant de partir, l\u2019occasion de vous prouver mon dévouement et j'en suis très heureuse\u2026 surtout pour grand\u2019mère.J'ai si bien compris quelle place vous teniez dans sa viel.C'est de l\u2019adoration quelle a pour vous!\u2026.Oh! je n\u2019en suis pas jalouse, je vous assure.Un jour qu\u2019elle me faisait de ces confidences qui m'allaient au coeur, elle a eu un \u201cmot\u201d qui me l\u2019a révélée toute.Comme elle me parlait de cette petite-fille.qu\u2019elle croyait bien ne jamais connaître.et que je m\u2019étonnais discrètement quelle eût pu consentir à l\u2019exiler pour toujours, elle m\u2019a dit en soupirant : \u2014Oui.c\u2019est une lacheté do ma part.et je ne m\u2019en consoleral jamais! .Mais ave voulez-vous! je suis vieille.et la perspective de voir partir Hugues, de le perdre.m'a affolée\u2026 Je n\u2019ai pas eu la force de supporter cette épreuve.C\u2019est mon \u201cpetit\u201d, voyez-vous! Je l\u2019ai bercé sur mes genoux .mes bras ont été son premier oreiller.Nuit et jour.j'ai veillé sur lui, depuis la mort de ses parents.Il est ma vie!.Lui parti, ¢\u2019en était fini de moi.\u201d De ce jour, ma résolution a été prise; je ne réclamerais plus ma place ici, puisque grand\u2019mèrs ne pourrait supporter votre absence.Je me contenterais de l\u2019aimer tout bas.Je voulais même ne jamais lui révéler mon identité.Mais tante Hermine et M.le Curé s\u2019y opposent de tout leur pouvoir et prétendent que je n\u2019ai pas Io droit d'agir ainsi.Je lui confesserai donc la vérité, avant de partir.\u2014Pourquoi partir?interrompit F- gues d\u2019une voix brève.Maintenant oue la farce est jouée.rien ne vous ob'ise à quitter les Oyats.Pia leva sur son cousin ses grands yeux lumineux et resta un instant silencieuse.Le châtelain continua de ce ton 'é- Décembre 1929 gèrement moqueur, qui blessait tant la jeune fille : \u2014J\u2019avais justement l'intention, depuis quelque temps, de faire un long voyage aux Indes, mais j'hésitais toujours à la pensée de laisser ma grand\u2019 mere gn peu seule, un peu abandonnée.Vous lui tiendrez compagnie pendant mom absence.Pia secoua la téte: \u2014Je refuse, dit-elle fièrement.Je partirai demain.J'irai retrouver tante Bertrade, qui m\u2019a traitée comme sa fille.J\u2019espère que grand\u2019mère viendra me voir à Paris, de temps en temps, avec tante Hermine et tante Yolande.En auto, le voyage n\u2019est guère bien long, ni bien fatigant.\u2014En tout cas vous me rendrez cette justice que je ne vous oblige pas a quitter les Oyats?déclara Hugues Gar- danne, avec une sorte d\u2019indifférence affectée.Pia eut un sourire moqueur.\u2014Ne jouons pas sur les mots! dit- elle avec une pointe d\u2019ironie.Vous me laissez libre de vivre aux Oyats, mais vous en partez si jy demeure!\u2026 Je n'accepte bas cet arrangement.Je rentrerai au château le jour où vous viendrez me dire loyalement.sincèrement: \u201cCousine Pia.voulez-vous m'aider à soigner grand\u2019mère.à lui faire douces les dernières années de sa vie, entourée de l'affection de ses deux petits- enfants?\u201d Ce jour-là, je reviendrai ici.heureuse et fière, prendre la place à laquelle j'ai droit.Mais c\u2019est seulement a cette condition.Le chatelain ne répondit pas.Les yeux obstinément baissés, il semblait perdu dans une profonde réverie.Pia Oldini attendit un long moment, espérant un mot, un geste.Devant le silence persistant de son parent, elle se leva en soupirant, et le contemplant avec un regard empreint de pitié elle murmura: \u2014Adieu.Je partirai demain.Le major me conduira en auto.et tante Hermine m\u2019accompagnera.S\u2019approchant alors du jeune homme, qui s\u2019était levé, lui aussi, elle lui tendit la main : \u2014Sans rancune, cousin Hugues?dit- elle.La voix était d\u2019une douceur infinie.Mais le ton un peu gamin était celui de Jacques Rives.Et Hugues Gardanne eut soudain la vision du secrétaire lui faisant un rempart de son corps.Sans un mot, courbant sa haute taille, il se pencha sur Ja jeune fille et, prenant dans la sienne la petite main qui tremblait um peu, il la porta lentement à ses lèvres.Une scène touchante se passa le soir de ce jour, dans la chambre de Mme Bornave.Il y avait à peine quelques minutes qu'elle s\u2019y trouvait, lorsque Pia sollicita la permission d\u2019y entrer.S'agenouillant alors auprès de la vieille dame.elle lui fit une longue confidence.qui amena plus d'une fois des larmes de joie dans les yeux qui avaient si souvent pleuré de chagrin.Un sourire radieux s\u2019épanouit sur le visage oui gardait jusque-là une expression le tristesse.à Ia pensée, toujours présente.de la petite fille inconnue et si injustement abandonnée.A mesure que la grand\u2019mère écoutait a merveilleuse histoire son coeur se LA REVUE POPULAIRE Votre beauté en souffre quand vos gencives sont attaquées Seuls des soins quotidiens peuvent sauvegarder la jeunesse et la beauté de maladies aussi funestes que la pyorrhée, l\u2019inflammation des gencives et les tranchées buccales \u2014maladies qui s\u2019attaquent aux gencives insuffisamment entretenues et que des traitements dentaires experts peuvent seuls guérir.Profitez donc des progrès de la chirurgie dentaire.Brossez-vous les dents, matin et soir, avec le dentifrice réalisé pour conserver les gencives saines, fermes et solides, résistantes contre la maladie.Ce dentifrice est le Forhan\u2019s pour les Gencives.Personne n\u2019est immunisé contre les attaques des terribles affections de gencives.vous comme les autres.Pour les prévenir, mettez-vous au Forhan\u2019s tous les jours et visitez votre dentiste au moins deux fois par année.Vous saurez remarquer à quel point Forhan\u2019s raffermit les gencives, nettoie les dents et les protège contre les acides qui causent la carie.Procurez-vous- en un tube chez votre pharmacien\u2014aujourd'hui.Forharys pour les gencives À 4 personnes sur 5 passé 40 ans et des milliers plus jeunes payent cher leur négligence.SNDER AUTHORITY La FORHANS LTD: [MONTREAL CANADA: dilatait de bonheur, et une prière de reconnaissance montait, de son âme ravie, \u2018vers le ciel, qui avait enfin exaucé son voeu le olus cher: revoir avant de mourir enfant de sa Christianel!.Lorsque Pia eut fini son récit, Mme Bornave, qui ne pouvait se lasser de la contempler et de la serrer dans ses bras, déclara, avec fermeté: \u2014Maintenant, ma chère petite, il ne sera plus question de départ; tu ne quitteras pas les Oyats.\u2014Et que dira cousin Hugues?interrogea la jeune fille d\u2019un aïr un peu majicieux.Une ombre de tristesse obscurcit les yeux sombres de la vieille châtelaine.\u2014Il faudra bien qu\u2019il comprenne que ta place est ici.et qu\u2019il s\u2019y résigne, murmura-t-elle.-\u2014Non, grand\u2019mère,, répondit fièrement Pia Oldini.Croyez-moi\u2026 l'heure n\u2019est pas encore venue.Il vaut mieux que je méloigne pour quelque temps.Mais j'ai pleine confiance!.Je rentrerai un jour au chateau.Et c\u2019est lui qui viendra me chercher.Laissez-le faire, ce méchant \u201cours\u201d.il a mauvaise téte.mais son coeur est bon.jen suis stre!.Et la jeune fille parlait d\u2019un ton si confiant, son regard 56 était si rayonnant, que Mme Bornave en fut ébranlée\u2026 ; \u2014Je ferai ce que tu voudras, mignonne, dit-elle, tendrement.Tout ce.que je demande au bon Dieu, c\u2019est de ne pas rester longtemps séparée de toi.71 fut décidé entre elles deux \u2014 il serait même plus juste de dire que Pia décida sa grand\u2019mère à l\u2019accompagner le lendemain à Paris, où elle resterait quelques jours; le major la ramènerait en auto, ainsi que tante Hermine, qui ne voulait pas quitter sa petite-nièce.Toujours dévouée et oublieuse d\u2019elle-même, Mlle Yolande resterait au château avec son neveu.Etait-ce la fatigue ou l'émotion qui rendait la démarche de Pia si chancelante, le lendemain matin, comme elle se dirigeait vers l'auto, qui l\u2019attendait devant le perron du château des Olats?.Elle était bien pâle, mais ses yeux semblaient plus brillants que jamais, tandis qu'elle jetait un dernier regard sur les lieux qui lui étaïent devenus si chers.Elle se revoyait, arrivant, joyeuse, dans la voiture du père Tiennot, au milieu des pains chauds!.Bt, & ce souvenir, un gai sourire effleurait ses lèvres décolorées\u2026 Elle embrassa tendrement sa vieille tante Yolande, toute bouleversée de ce départ, et serra la main aux «domestiques qui voyaient toujours en elle Jacques Rives le secrétaire, et se tenaient là tous les quatre, avec une expression d\u2019attendrissement sur leurs vieux visages Ti- dés\u2026 Les deux favoris Red et Bird, bondissaient autour d'elle, attachant sur leur ami leurs bons yeux, et lé- chant ses petites mains, si amaigries, pendant quelle les flattait et les caressait tous les deux.Le maître des Oyats était là, lui aussi\u2026 Il installait sa grand\u2019mère dans l'auto, avec mille recommandations pour le voyage.Il semblait indifférent en apparence et son regard altier restait impénétrable, mais son coeur battait à se rom- re.P \u2014Fn voiture! s\u2019écria le major, avec une feinte gaieté, en se tournant vers Pia.qui ne pouvait s\u2019arracher aux Caresses des chiens.\u2014Good bye, old fellows! dit-elle doucement, en embrassant une dernière fois les grosses têtes des bonnes bêtes fidèles.\u2014Au revoir, ajouta-t-elle presque tout bas en tendant la main à Hugues Gardanne, qui la serra en silence.Et l'auto, conduite cette fois par Néry, s\u2019ébranla vivement au milieu des aboiements des chiens, que les domestiques maintenaient à grand\u2019peine.Le châtelain.debout sur le perron, suivit des yeux la luxueuse voiture.lle avait disparu depuis longtemps déjà, qu\u2019il restait toujours là, a la même place.Une caresse d\u2019un des chiens le tira de sa rêverie.\u2014 C\u2019est toi Bird?murmura-t-il doucement, en flattant l\u2019animal, qui le Te- gardait d'un air si triste qu\u2019il en fut touché.: \u2014Ton amie est partie?.Tu l'aimais bien.toi aussi, mon pauvre vieux ?dit-il, à voix basse Puis, poussant un long soupir, il renvoya le chien et rentra dans la grande demeure silencieuse.Il s\u2019enferma dans son cabinet et prit place à son bureau.Mais ce ne LA REVUE POPULAIRE fut pas pour travailler.Il repassait en esprit tous les événements de ces derniers temps: et à mesure qu\u2019il songeait, il se sentait envahi par un sentiment de tristesse et de regret.Mécontent de lui-même, il entendait encore les reproches véhéments de son ami, la veille au soir: \u2014N\u2019as-tu pas honte de laisser partir \u2018ainsi cette enfant, dont le dévouement devrait te remplir de gratitude et d\u2019admiration?\u2026.Je te savais dur\u2026 orgueilleux\u2026 mais pas à ce point! Et, comme il avait essayé de plaisanter : \u2014Peste, mon cher, quelle chaleur tu déploies pour défendre ma belle cousine! T\u2019aurait-elle déjà ensorcelé ?Le major l\u2019avait arrêté d\u2019une voix si sèche, qu\u2019il en avait tressailli: \u2014Tais-toi !.tu es odieux !\u2026 N\u2019ajoute pas l\u2019insulte à la méchanceté, ou je n\u2019aurai plus que du mépris pour toi.Ils s\u2019étaient quittés plutôt froidement, et Néry était parti ce matin sans paraître s'inquiéter de lui.Il restait seul aux Oyats\u2026 Et quoique sa grand'mére me lui eût adressé aucun reproche, il se sentit tout à la fois malheureux et furieux contre lui- même.En ce moment son regard, qui errait autour de la pièce, tomba sur la petite table devant laquelle Jacques Rives s\u2019installait chaque jour pour travailler.Et il éprouva soudain un sentiment poignant de regret et de remords.Même après sa dernière entrevue avec Pia Oldini, il avait agi sous l'empire de la colère, fomentée en lui par l\u2019orgueil blessé d\u2019avoir été joué ainsi par cette cousine inconnue\u2026 Mais, en ce moment où, ayant retrouvé son sangfroid, il réfléchissait, sans parti pris, à sa conduite en cette circonstance, il ne pouvait s'empêcher d\u2019avoir honte des lui-même.Après tout, quels griefs avait-il contre Pia?2.\u2026 Que lui repro- chait-il?.Rien que le travestissement.comme il disait si dédaigneusement, dont elle s'était servie pour pénétrer dans le chateau.Mais, n\u2019avait-elle pas une excuse plaidant en sa faveur et justifiant, jusqu\u2019à un certain point le plan plutôt baroque.qui lui avait été suggéré.Et pendant les huit mois qu\u2019elle était demeurée à son service, sa conduite n\u2019avait-elle pas été irréprochable 2.Aurait-il pu trouver secrétaire plus actif et plus charmant compagnon?\u2026.Il était bien obligé de s\u2019avouer que Jacques Rives avait été le modèle des employés.Puis, c\u2019était la scène de l'attentat du Cahouan qui se présentait à son esprit\u2026 Et, à cette vision d'horreur un long frisson le secouait tout entier\u2026 Avec quelle crânerie, la jeune fllle, oublieuse d\u2019elle-même, s\u2019était élancée devant lui pour recevoir la balle, destinés à son \u201cpatron\u201d !\u2026 Pourrait-il.jamais oublier cet acte de dévouement?- Tout travail intellectuel, lui fut impossible pendant les jours qui suivirent le départ de sa cousine.Il s\u2019en allait de grand matin, avec son fusil et ses chiens, arpentant les garennes, restant parfois des heures entlères assis au sommet d\u2019un \u201ccroc\u201d, s\u2019oubliant dans de longues rêveries, n\u2019ayant qu\u2019une pensée fixe: Pia Oldini!\u2026 Que devenait- elle?Que faisait-elle?.Décembre 1929 Lorsque sa grandmère et sa tante rentrèrent au bout d\u2019une semaine, ramenées par le major, dont le congé se terminait et qui devait rejoindre bientôt son régiment, il ne leur fit aucune question.Mais tous les trois eussent été bien étonnés s\u2019ils avaient pu se douter de l'attention \u2018avec laquelle il écoutait les moindres détails ayant trait à sa cousine, concernant sa vie à Paris, sa santé, ses occupations.Et sa curiosité à ce sujet devait être satisfaite, car Mme Bornave et Mlle Hermine ne tarissaient pas! La grand\u2019mère surtout avait une façon à elle de prononcer le nom de Pia qui faisait tressaillir Hugues Gardanne.Elle y mettait, à son insu, une tendresse touchante, une sorte de ferveur et d\u2019adoration qui trahissaient son affection pour la petite- fille si longtemps perdue et aujourd\u2019hui retrouvée !.Quand à Néry, il ne parlait guère de Mile Oldini, mais la froideur dont i ne se départit pas envers son ami lui montrait clairement qu\u2019il lui gardait rancune et n\u2019approuvait pas sa conduite à l\u2019égard de sa parente.Les deux amis se séparèrent après des adieux plutôt contraints.Une dernière recommandation ds Mime Bornave au major au moment de son départ, excita chez le petit-fils un mouvement de jalousie dont il ne fut pas maître.\u2014Puisque vous devez déjeuner avec Pia, avant de reprendre votre train, n\u2019oubliez pas de lui rappeler sa promesse au sujet de la photographie qu\u2019elle nous a promise à tous les trois.Dites-lui que je l\u2019attends impatiemment.; En entendant ces paroles de sa grand\u2019mère, le regard du chatelain se fit plus sombre, tandis que le pli amer de ses lévres se creusait plus profond, Pia Oldini tenait vraiment une grande place dans le coeur de tous ceux qui la connaissaient.On était en décembre.La neige tombait à gros flocons, ensevelissant toute la campagne d'un linceul d\u2019une blancheur éblouissamte.Dans le Marquenterre, les routes sans nombre qui sillonnent, en tous sens, les champs et les pâturages, disparaissaient sous la couche épaisse.et rendaient les communications difficiles, voire même impossibles.Une solitude désolée régnait sur toute cette région, qui semblait abandonnée.Dans les fermes et les hameaux, les habitants, blottis autour de l\u2019âtre, s\u2019effrayaient de cette avalanche qui les isolait du reste des humains et se demandaient avec inquiétude si la tourmente, dont les plus vieux ne se souvenaient pas avoir jamais vu la pareille, n'allait pas bientôt s\u2019apaiser.La nuit était presqu® tombée lorsque le bruit d\u2019une trompe d\u2019auto fit tressaillir les paysans de Saint-Firmin.Un des fermiers du village, accouru sur le pas de sa porte, chercha à découvrir d\u2019où pouvait venir ce véhicule.mais.aveuglé par la neige qui, poussée par le vent, lui fouettait le visage avec furie, il rentra bientôt en frissonnant.\u2014I1 me semble reconnaître la voiture de ours\u201d, mais je men suis pas absolument sûr, dit-il à sa femme.\u2014Il paraît que la vieille dame est fort souffrante, répondit celle-ci: son A Et Tes or Sea Décembre 1929 petit-fils sera ailé, sans doute, chercher le médecin de Rue, car celui du Crotoy est absent.Peut-être bien! déclara l\u2019homme.Il faut une raison comme celle-là pour sortir par un temps pareil! On ne mettrait pas un chien dehors.C\u2019était, en effet, Hugues Gardanne qui rentrait au château des Oyats.Mme Bornave avait pris froid quelques jours auparavant au retour d\u2019un office au Crotoy; elle croyait bien en être quitte pour un simple rhume, mais le malaise n\u2019avait fait que \u2018s\u2019aggraver, et ce soir-Ià, en prenant sa température, le châtelain avait constaté près de 400 au thermomètre.Affolé, il était parti sur-le-champ à la recherche de son ami le vieux médecin de Rue, qu\u2019il ramenait dans son auto malgré les difficultés presque insurmontables, d\u2019une circulation dangereuse, dans des chemins envahis par la neige et disparaissant sous l'immense Tappe éblouissante.En voyant l\u2019air grave du docteur, il se félicita de n'avoir pas hésité plus longtemps.\u2014Mmie Bornave a de la broncho- pneumonie, déclara-t-il au jeune homme, lorsqu'il sortit de la chambre de la malade, et vous avez bien fait de venir me chercher, car, à son âge, c\u2019est toujours sérieux; demain, il aurait peut-être été trop tard.Nous allons agir énergiquement et, Dieu aidant, \u2018 nous la sauverons, je l'espère.Le médecin, qui n\u2019aurait pu, d\u2019ailleurs, à cette heure tardive et par un pareil temps, quitter les Oyats, passa la nuit auprès de la vieille châtelaine, lui prodiguant les soins les plus éclai- réz Par une sorte de fatalité, Mille Hermine était absente.elle était chez sa petite-nièce à Paris, où Mme Bornave devait aller la rejoindre vers la fin du mois, pour passer les fêtes du Premier Janvier avec Pia.Plus d\u2019une année s\u2019était écoulée depuis que la jeune fille avait quitté le chateau, et des relations de plus en plus suivies s\u2019étaïent étables entre da grand\u2019mère et sa petite-fille.Presque chaque mois la \u201c40-chevaux\u201d de Mlle Oldini, qui faisait l'admiration des gens du pays venait chercher Mme Bornave avec une des vieilles tantes et les ramenait au bout de quelques jours.Le vieux chauffeur qui conduisait la luxueuse voiture \u2018était devenu très populaire auprès des domestiques des Oyats, auxquels il avait raconté sa vie d'aventure.Peter Brooke était un Américain de bonne famille qui, à la suite d\u2019une existence des plus mouvementées.était venu échouer au Mexique et s\u2019était engagé dans le \u201crancho\u201d de James Thoruby, l\u2019oncle de Pia.Malgré son âge, il y étais devenu bientôt un des plus habiles cow-boys.Grâce à son instruction et aussi à la distinction qu\u2019il devait sans doute à son origine et à son éducation première, il avait pris un rang à part au milieu de ses camarades, qui le traitaient avec une sorte de déférence et le regardaient comme un de leurs chefs.Il avait soixante ans à la mort de James Thoruby et Pia Oldini, qui le tenait en haute estime, avait voulu l\u2019intéresser à l\u2019exploitation, avant son départ pour la France.Mais le vieux co- LA REVUE POPULAIRE lon avait refusé, déclarant simplement: \u2014Non, little queen, laissez-moi vous accompagner là-bas et veiller sur vous.Je serai votre \u201cmanager\u201d.Vous aurez besoin d\u2019un chien de garde à vos côtés.ce sera moi qui remplirai ce rôle auprès de vous! Et il était parti avec Pia, lui évitant toutes les corvées du voyage, s\u2019occupant de tout et se tenant discrètement à l'écart.Lorsque la jeune fille, en revenant des Oyats, manifesta j\u2019intention d\u2019acheter une auto, ce fut Peter Brooke qui la choisit et devint le chauffeur de confiance.C\u2019est à Jui que Mlle Oldini donmait la douce mission d\u2019aller chercher sa grand\u2019mère pour l'amener auprès d'elle.Le vieux cow-boy se serait jeté au feu pour \u201clittle queenr\u201d!.Aussi, ne ta- rissait-il pas sur sa jeune maîtresse, lorsqu\u2019il était aux Oyats et qu\u2019il pouvait causer d\u2019alle! Par lui, Hugues Gar- danne apprit tout ce qu\u2019il voulut savoir sur l'existence de sa cousine en Amérique \u2014 Aucune femre ne peut surpasser notre \u201clittle queen\u201d en beauté ni en qualités! répétait toujours Peter, en terminant ses récits.Elle était vraiment la reine du Mexique! Et, en parlant ainsi, ses yeux bril- laïent d\u2019une lueur d\u2019affection extraordinaire, sa voix frémissait d\u2019orgueil.\u2026 Le maître des Ovats avait pris I'habitude, lorsque le vieux chauffeur couchait au château, de venir fumer sa pipe auprès de lui, l\u2019interrogeant sur la vie des colons en Amérique et paraissant s\u2019intéresser beaucoup à cette existence si différente de la nôtre.Peter Brooke, frappé de l\u2019attention avec laquelle on l\u2019écoutaït, parlait, sans se Tasser jamais, de cette voix un peu gutturale, qui lui était propre et dans un français plus ou moins correct, qui amusaiît beaucoup le châtelain et les domestiques.Un jour que Hugues Gardanne lui demandait: \u2014Vos vastes prairies et vos chevaux vont vous manquer ?Ne retournerez- vous jamais au Mexique?Le vieux chauffeur avait répondu gravement, presque solennellement même : \u2014J\u2019y retournerai le jour où \u201clittle queen\u201d repartira là-bas.ou quand elle se mariera et que je pourrai la laisser avec un protecteur.c\u2019est-à-dire quand elle n\u2019aura plus besoin de moi.Et, au grand étonnement de Peter Brooke.le châtelain, en entendant cette rénonse, lui avait serré la main à Ia briser.Lorsque le docteur quitta Mme Bor- nave, le lendemain matin, il conseilla à M.Gardanne de faire revenir Mlle Hermine.\u2014Tout danger immédiat est écarté, dit-il, et j'espère même bien que votre grand\u2019mère va se remettre: mais la maladie n\u2019en est pas moins grave et nécessitera de grands soins pendant longtemps encore.Mlle Yolande ne me paraît pas du tout capable d\u2019être garde-malade, elle est trop impressionnable, trop nerveuse, pour que nous puissions avoir confiance en elle.Hugues, approuvant le docteur, téléphona donc à sa tante de venir, lui recommandant: \u2014Inutile d\u2019inquiéter la tante Ber- 57 trade et le cousine Pia, car j'espère bien que l\u2019indisposition de grand\u2019mère n\u2019aura aucune suite fâcheuse.II lui faut surtout des soins que vous seuls pouvez lui donner.La vieille fille n\u2019hésita pas.\u2014Godelaine est un peu souffrante, dit-elle à sa soeur et à sa petite-nièce, et mon neveu qui est perdu lorsque je ne suis pas au château, me demande de retourner là-bas.Je pars de suite.Je reviendrai avec elle lorsqu'elle sera complètement remise.Et les deux femmes n\u2019avaient eu aucune inquiétude devant lair tranquille de Mlle Hermine.Elles la savaient en quelque sorte indispensable à la vieille châtelaine et à Mlle Yolande, et ne s\u2019étonnèrent pas du tout de son rappel aux Oyats.Pendant quelques jours, l\u2019état de Mme Bornave resta critique; la pneu- monïe ne paraissait pas céder aux remèdes les plus énergiques, l'oppression de la malade était persistante, et le médecin, redoutant une crise cardiaque, se montrait soucieux.Hugues Gar- danne ne quittait guère la chambre de sa grand\u2019'meére, passant ses journées et même ja plus grande partie de ses nuits à son chevet.Après bien des alternatives d\u2019espoir et de crainte, la maladie céda enfin, et une amélioration sensible se produisit.La fièvre tomba peu à peu, l\u2019oppression diminua, et le docteur\u2019, tout joyeux, put déclarer enfin que Mme Bornave était sauvée.Mais la convalescence serait longue, car la faiblesse de la châtelaine était extrême Hugues, peu démonstratif, accepta la bonne nouvelle avec son masque d\u2019indifférence habituelle, et nul ne se douta de ce qu\u2019il avait souffert pendant ces jours d\u2019angoisse.Jusque-là il ne s\u2019était jamais rendu compte de la place que sa grand\u2019mère tenait dans son coeur.Il lui semblait qu\u2019elle emporterait sa vie en s\u2019en allant.Et les plaintes douloureuses que Ia souffrance arrachait à Mme Borna- ve, le bouleversaient et jJ\u2019affolaient\u2026 L'épreuve la plus cruelle pour lui était l\u2019insistance avec laquelle la vieille dame appelait sa petite-fille dans son délire .\u2014Pia!.où est Pia!\u2026 Pourquoi n\u2019estelle pas 1a?demandait-elle incessamment d\u2019une voix faible et d\u2019un ton suppliant.Mlle Hermine ne répondait jamais.mais le regard qu\u2019elle attachait sur son neveu était si chargé de reproches, que le jeune homme, ne pouvant le supporter, s\u2019éloignait sous le premier prétexte venu.Oui, pourquoi Pia n\u2019était-elle pas 1a?Pourquoi la barrière dressée entre eux par llorgueil du maitre des Oyats, res- tait-elle toujours debout?.Depuis le départ de sa cousine, Hugues essayait en vain de chasser le souvenir de Torpheline qui emplissait ses journées ot hantait ses nuits sans sommeill Tl avait beau se débattre, l'emprise de Pia Oldini se faisait sentir de plus en plus.On eût dit que l\u2019absence rendait plus vivante encore l\u2019image de l\u2019exilée dans son esprit, et\u2014il devait bientôt se l\u2019avouer à lui-même\u2014dans son coeur! Un sentiment d\u2019envie s\u2019emparait de lui chaque fois que sa grand\u2019mère et ses tantes partaient rejoindre la jeune fille, sous la conduite de Pater Brooke. 58 Il lui venait des désirs fous de les accompagner, de revoir Pia, de l'entendre.Et, lorsquelles revenafient, enthousiasmées de leur séjour auprès d\u2019elle, ne tarissant pas sur ses faits et gestes, il buvait leurs paroles, tout en gardant une indifférence affectée.Il était pris parfois de violents accès de jalousie, en entendant le nom de son ami le major, revenir souvent dans la conversation des vieilles dames! Né- ry, dont le régiment était à Fontaïme- bleau, était un des hotes les plus assidus de Mme Mallet.Pia le traitait comme un parent et paraissait très intime avec Tui.\u2014Ca pourrait bien finir par un mariage, déclarait Mlle Hermine d\u2019un ton narquiois, tandis qu\u2019elle regardait son neveu du coin de l'oeil.Celui-ci se taisait.Mais son coeur battait à se rompre\u2026 et il se sentait tout frémissant d\u2019une colère dont il s\u2019étonnait.intérieurement, lui-même.Depuis le départ de sa cousine, il était devenu de plus en plus l\u2019Ours, comme l\u2019appelaient les paysans.Il exrait parfois des heures entières dans la solitude des dunes, s'arrêtant instinetivement, sans même s\u2019en rendre compte, aux endroits préférés de la jeune fille.Il la revoyait alors sous les traits de Jacques Rives, perchée sur une de ces climes et s\u2019extasiant sur les beautés du paysage si pittoresque.Il entendait ses réflexions enthousiastes, faites de cette voix claire, aux notes joyeuses.qui lui était particulière.\u2014-Oh! Monsieur Gardanme, peut-on rêver spectacle plus enchanteur que les dunes vues du haut de ce \u201cCroc Martin\u201d?.\u2026.Que c\u2019est beau! que c\u2019est beau! Je vais en emplir mes yeux pour les avoir toujours devant moi.Puis, c\u2019était son entrain à la chasse.sa joie lorsqu'elle revenait chargée de gibier.Que n\u2019aurait-il pas donné à certaines heures pour la revoir et l\u2019entendre?.Et un jour la vérité Tui apparut dans toute sa plénitude: il aimait Pia OI- dini!.En vain.il essayait de se faire illusion, son orgueil avait beau se révolter, il dut s\u2019avouer wvaincu!.Dès lors commença une lutte incessante entre son coeur et son amour- propre, lutte qui donnait à son visage une expression de plus en plus sombre, et ajoutait encore à la dureté de son regard.A mesure que la convalescence de Mme Bornave s\u2019accentuait, les regrets de la vieille châtelaine devenaient plus vifs.\u2014Nous voici bientôt à NorL, dit-elle un jour à Hermine.et je suis encore incapable de me lever! je me sens si faibte!\u2026 Je me faisais pourtant une telle joie d\u2019aller passer les fêtes du ler janvier auprès de Pia! quelle déception!.\u2014Ia pauvre petite sera au moins aussi déçue que nous.répondit Mlle Hermine, sans regarder son neveu qui se trouvait un peu à l\u2019écart dans la pièce.Elle nous attendait toutes les trois pour ce jour-là; elle se faisaitune telle fête de nous recevoir.Depuis plusieurs mois, elle prépare les cadeaux qu\u2019elle nous destinait et auxquels elle travaille avec l\u2019ardeur qu\u2019elle met en toutes choses! LA REVUE POPULAIRE \u2014Peutt-être le docteur m\u2019autorisera- t-il tout de même à partir.dans une voiture d\u2019ambulance, par exemple?suggéra timidement Mme Bomave.\u2014Ce serait une grave imprudence ! protesta vivement Hugues Gardanne, et je m\u2019y opposerai formellement, grand mere.La châtelaine ne répondit pas.Mais le maitre des Oyats qui la contemplait, sentit son coeur se serrer en voyant deux grosses larmes couler sur le pauvre visage amaigri par la maladie.L\u2019impression fut si poignante qu\u2019il dut sortir pour cacher son émotion.A quelques jours de là, une lettre de Pia arriva, qui acheva de bouleverser Mme Bornave.La jeune fille, ne se doutant pas de la maladie ni de l'état de faiblesse de sa grand\u2019mère, s\u2019étonnait de ne rien recevoir encore annonçant la visite attendue.\u2014 Venez grand'mère chérie, écrivait- elle, venez passer le jour de l\u2019An dans les bras de votre petite Pia.qu\u2019elle soit la première à vous embrasser et à vous souhaiter tout le bonheur que vous méritez!\u2026 Je veux que vous vous éveilliez ce matin du ler jamvier sous les baisers de votre petite-fille, et entourée des mille cadeaux qu\u2019elle sera si heureuse de disposer autour de vous.dans votre chambre bien chaude et bien confortable! Vous donnerez les jours de Noël à votre petit-fils et à moi ceux du Nouvel An.Il ne pourra pas être jaloux, n\u2019est-ce pais?\u2026 La lettre continuait pendant quatre longues pages, sur ce ton affectueux qui touchait si profondément Mme Borne- ve.et lui faisait verser des larmes da joie.et de regrets! Hugues témoin de son chagrin, se taisait, ne sachant que lui dire pour la consoler\u2026 Une réflexion d\u2019Hermine à Yolande.saisie au passage, le troublait et lui revenait sans cesse à lesprit, quoign:il fit pour la chasser.\u2014Quand on pense qu\u2019il suffirait d\u2019un mot de cet \u201cours\u201d pour rendre sa grand\u2019mère.heureuse!.\u2026.Il m'aurait qu\u2019à inviter Pia à venir aux Oyats, puisque Godelaine ne peut aller à Paris.Mais, va-t-en voir s\u2019ils viennent Jean.son orgueil prime tout\u2026 Jamais il ne s\u2019y décidera.Inviter Pia?\u2026 Oui, il savait bien que lui seule avait le pouvoir de le faire.Elle le lui avait dit d\u2019ailleurs: \u2014Mon cousin, je retournerai ici le jour où vous viendrez me demander d'y revenir.La fête de Noël se passa assez tristement, malgré tous les efforts du châtelain pour distraire un peu sa grand\u2019- mère, après de laquelle il resta une honne partie de la journée.Mille Hermine et Mlle Yolande avaient dû se rendre au presbytère de Saint-Firmin pour l\u2019arbre de Noël, offert par Mme Bornave aux enfants du pays.avec force jouets et vêtements bien chauds, destinés aux plus pauvres d\u2019entre eux.Elles rentrèrent le soir, harassées.\u2014On a vingt ans de trop ! déclara Mile Hermine en riant.Il serait temps que tu te maries, mon neveu, et qu\u2019une jeunesse vienne nous remplacer dans toutes ces corvées.Hugues haussa les épaules sans répondre, tandis que la vieille demoiselle continuait, avec sa volubilité habituelle.\u2014Sans compter que cette brave Pia avait encore compliqué notre besogne! Décembre 1929 Imagine-toi, dit-elle, en venant s\u2019asseoir auprès de sa soeur, que M.le curé a reçu hier soir une énorme caisse remiplie de toutes sortes de cadeaux à distribuer aux familles pauvres.Et elle n\u2019a oublié personne! I! y avait une douillette superbe pour notre pasteur\u2014 c\u2019est une véritable fée! elle a dû deviner que la sienne était en loques \u2014 et une mante en beau drap pour sa soeur.\u2014 Ma bonne petite Pia! prononça doucement Mme Bornave.Et il y avait dans sa voix une telle note d'affection et de tristesse que le maître des Oyats sentit son coeur - se serret.\u2014Oui, comme dit Mlle Philomène, la soeur de notre curé, elle est bonne comme du pain\u2026 bien cuit! appuya Mille Hermine.Le pire de tout, c\u2019est qu\u2019il va falloir lui écrire ce soir ou demain pour lui annoncer ta madadie et l\u2019impossibilité d\u2019aller passer le jour de I\u2019An auprès d\u2019elle\u2026 Ça va lui causer une fameuse réception.\u2014 Hélas! elle aura bien du chagrin, la pauvre petite.murmura tristement Mme Bornave.Tu \u2018ui écriras, Hermine, continua-t-elle, après un instant de silence; moi, je ne m\u2019en sens pas le courage.\u2014Là, j'en étais sûre ! protesta \u2018a vieille fille, en s\u2019efforcant de plaisanter: quand il y a une corvée, c\u2019est toujours pour Hermine.La nuit porte conseil\u2026 je vais combiner soigneusement les termes de ma missive pour rendre le coup moins sensible.je n\u2019écrirai que demain.Mais Mlle Hermine ne devait pas écrire le lendemain ni les jours suivants.CHAPITRE XIV L\u2019express de Calais venait d'entrer en gare et les porteurs se précipitaient sur les quais pour charger les colis des nombreux voyageurs\u2014des Anglais, pour la plupart\u2014qui descendaient des voitures de luxe.Parmi le flot des arrivants, un jeune homme de haute stature, au visage énergique et à l\u2019aspect distingué, tenant en main une valise, se hâtait vers la sortie, ne répondant même pas aux offres des porteurs, qu\u2019il semblait ignorer, d\u2019ailleurs.Parvenu dans le hall de la gare, il prit un taxi et, d\u2019une voix brève, jeta une adresse au chauffeur.Après avoir roulé longtemps, la voiture s\u2019arrêta devant un petit hôtel particulier de Passy.\u2014Attendez-moi un instant, ordonna le voyageur au conducteur du taxi, avant de sonner.A son coup pressé, une jeune soubrette vint ouvrir nresque aussitôt.Madame Mallet?demanda l\u2019inconnu.\u2014C\u2019est ici, Monsieur.mais Madame n\u2019y est pas.\u2014Et Mademoiselle Oldini?\u2014Mademoiselle est partie avec sa tante.à une matinée.un concert de charité.je crois, à la salle Gaveau.L\u2019étranger sembla réfléchir un instant.\u2014Vous ne savez pas, continua-t-il, si ces dames seront encore longtemps avant de rentrer? Décembre 1929 \u2014J\u2019ai entendu Mademoiselle commander le diner pour sept heures, Té- pondit la jeune fille.Le voyageur consulta sa montre.\u2014I est cinq heures, dit-il, comme se parlant à lui-même.Se décidant soudain, il tendit sa valise à la servante, déclarant de ce ton hautaiïn qui lui semblait habituel: \u2014Gardez mon bagage, je reviendrai après le concert.\u2014Qui faudra-t-il annoncer à ces dames?interrogea curieusement la soubrette, impressionnée par le grand air de l\u2019inconnu.\u2014Je m\u2019anmoncerai moi-même, fut Ia brève réponse.Et, remontant dans le taxi qui l\u2019avait amené, Hugues Gardanne, car c\u2019était Jui, se fit conduire à la salle de concert indiquée.11 prit un ticket au bureau, mais la préposée le prévint charitablement qu'il ne trouverait plus un siège \u201cpas même un estrapontin\u2019\u2014disait la brave dame, avec un accent qui ne laissait aucun doute sur son origine méridionafe.\u2014Peu importe.répliqua Hugues, en haussant les épaules, je resterai debout.\u2014Et vous ne serez pas le seul, déclara l\u2019autre, en riant.Une foule d'hommes se pressait, en effet, à l\u2019entrée de la pièce et empêchait de distinguer l\u2019assistance élégan - \u201ce qui, arrivés de bonne heure.avait pu trouver place sur les afuteuils et les chaises.Hugues, maleré sa taille élevée, ne varvenait pas à apercevoir celles qu\u2019il cherchait\u2026 Seuls.les artistes sur la cène lui apparaissaient de temps en temns, selon les remous des spectateurs placés devant lui.Mais ce n\u2019était ni la pianiste.ni la chanteuse qui l\u2019intéres- saien: Ennuyé.vexé même, il résolut de s'en aller.I! se retirait, se faufilant à grand peine, et maleré les protestations de tous ses voisins qui venaient à peine de s\u2019écarter pour le laisser entrer et qu'il bousculait maintenant pour sortir, lorsque les sons d\u2019un violon.préludant le firent s'arrêter brusquement.Un violoniste avait succédé sans doute à la chanteuse et se préparait à exécuter I'Adagio de Tschaïkosky, dont il venait de reconnaître les premières no- res.Refoulé au dernier rang, il lui était \u2018mpossible de voir le musicien, mais il restait comme hypnotisé, se demandant cu il avait déjà entendu le célèbre morceau, rendu avec cette douceur exquise et ce charme si prenant!\u2026 Il se souvint tout à coup!\u2026 C\u2019étaii vn soir.sur la plage du Crotoy, comme il revenait du Kursaal avec son ami Néry.I! se haussa alors sur la pointe des pieds, voulant à tout prix voir l'artiste, - \u20181 savait rendre avec un tel talent la délicieuses mélodie du compositeur rus- « Mais il tressaillit soudain et pous- ~ une exclamation étouffés: Pia OI- \u201cini était sur l\u2019estrade\u2026 les yeux bais- «és, elle jouait dans une sorte d\u2019extase, insifférente au murmure d\u2019admiration vvi, montanit de la foule.arrivait jus- su'à elle.et s'adressait autant à son merveilleux talent qu\u2019à sa radieuse he tuté\u2026 On eût dit que son coeur tout entier -assait dans son archet\u2026 Ce n\u2019était LA REVUE POPULAIRE plus un instrument, c\u2019était une voix humaine exprimant tour à tour la tendresse, le désespoir.la plainte se faisait peu à peu si poignante qu\u2019un silence presque religieux régnait dans la salle, chacun retenant son souffle pour mieux écouter.Et lorsque le morceau se termina sur une note si triste qu\u2019on eût dit un sanglot, la salle tout entière se leva dans un enthousiasme indescriptible.Ce fut ensuïte un tonnerre d\u2019applaudissements frénétiques au milieu desquels se mêlait le nom de j\u2019artiste: Pia Oldini, répété par les quelques milliers de spectateurs, qui ne savaient comment exprimer leur admira- tior.\u2014Elle est aussi grande artiste que son père, s\u2019exclamaient les uns.\u2014On croirait entendre le célèbre Oldini, déclaraient les autres.Un remous s\u2019étant produit dans la foule, Hugues Gardanne aberçut soudain la jeune fille, en pleine lumière, et il la dévisagea, ébloui, fasciné.ne pouvant détacher ses yeux de la douce vision.Elle était plus belle que jamais, certes, mais dans le regand clair et malicieux que Pia attachait sur l\u2019auditoire, il retrouvait le secrétaire, Jacques Rives! C\u2019était bien aussi le même sourire tendre et mogqueur tout à la fois.Elle était vêtue d\u2019une sorte de tunique crêpe de Ch\u2018ne blanc, qui retombait en plis souples et la drapait comme une statue grecque.Ses cheveux.qu\u2019elle avait laissé repousser et qu\u2019elle relevait sur la nuque en une lourde torsade, donnait à son fin visage l\u2019aspect d'une jeune déesse antique.Elle paraissait aussi beaucoup plus grande sous ce costume féminin, et sa démarche avait une erâce imposante, pres- gue majestueuse.Le maître des Oyats.perdu dans sa contemplation en oubliait l\u2019heure et le lieu.Mais, se détournant un instant, il aperçut tous les regards curieux et admirateurs de ceux qui l\u2019entouraient fixés hardiment sur l\u2019artiste.Et une colère folle lui vint soudain!\u2026 De quel droit ces gens dévisageaient-ils ainsi sa cousine ?.Il ne pouvait supporter pareil spectacle.Et sur le champ, il quitta la salle, bousculant tous ceux qui se trouvaient sur son chemin.Une fois dehors, il s'arrêta, interdit, étonné.se demandant pourquoi il était venu à Paris?Ne ferait-il pas mieux de repartir tout de suite, sans chercher 5 voir Pia Oldini?.Pendant deux longs jours il avait hrtté contre l\u2019idée de ce voyage, qui Tui \u201cemblait à cette heure une véritable folie.un coup de téte insensé! Mais le chagrin de sa gramd'mère à la pensée de passer ce premier jour de l\u2019An rans embrasser sa petite-fille.l\u2019avait m's hors de Inie El surtout.surtout ce aw\u2019il n\u2019osait s\u2019avouer à lui-même son simour pour sa cousine était devenu si fort ces derniers temps au\u2019il ne vivait p'us!.Un désir fou.un besoin irrésis- tib'e de voir Pia.de lui varler.s\u2019étaient tellement emparés de Ii\u2019 qu'il n\u2019avait wins hécité!.T1 avait dit à Mile Hermine : \u2014-N\u2019écrivez pas.à ma cousine \u2026 Et, comme elle le regardait, étonnée sans comprendre.\u2014J'irai.moi-même.la chercher.La vieille fille.sans répondre.avait 59 chaudement embrassé son neveu \u2014 ce qu\u2019elle ne aisait qu\u2019u\u2019ne fois par an, Je ler janvier\u2014et s'était sauvée pour lui cacher les larmes d\u2019émotion qui obscurcissaient ses yeux.Il était parti, ne voulant pas qu'on parlât de son voyage à sa grand'mère et désirant lui ménager une heureuse surprise.Pendant tout le trajet, il avait médité les paroles qu\u2019il adresserait à Pia.Et voilà que maintenant il n\u2019osaït plus.La jeune fille si balle, si élégante, au milieu de cette foule d\u2019admirateurs, lui semblait tout à coup une sorte d\u2019étrangère, séparée de ui par un abime infranchissable!\u2026 Quel abime, en effet, entre cette brillante artiste, acclamée et fêtée par tout le Paris mondain, et la cousine, en simple tenue de secrétaire qui lui avait fait ses adieux avant de quitter les Oyats.Comment allait-elle accueillir sa re- quéte?.Consentirait-elle à l\u2019accom- compagner?.Se souviendrait-elle de sa promesse: \u2014Je rentrerai au château, le jour où vous viendrez me chercher! Tout en songeant ainsi, Hugues était revenu à l\u2019hôtel de Madame Mallet.Il hésita un moment avant de sonner.Mais, prenant une brusque résolution, i! se décida.\u2014Ces dames ne sont pas encore rentrées, dit la même servante qui était déjà venue lui ouvrir, mais elles ne neuvent tarder.Si Monsieur veut les attendre au salon?Lorsqu\u2019elle eut introduit le visiteur, la soubrette intearogea de nouveau: \u2014Qui dois-je annoncer?\u2014Je me présenterai moi-même, répondit Hugues.d\u2019une voix brève.Prévenez simplement Mile Oldini qu\u2019un étranger l'attend au salon.Resté seul.le jeune homme jeta un coup d'oeil étonné autour de Jui.TI était déjà venu pourtant dans la grande pièce, mais il ne s\u2019y reconnaissait pas tant il y régnait aujourd\u2019hui un luxe et un confort moderne des plus élégants.Il y avait à peine un quart d'heure qu'il était là.quand une voix bien connue Je fit tressaillir.\u2014Ma, tante ne rentrera que plus tard.dans la soirée, car elle dine chez son amie, Madame Soligny, qui d'a emmené dans son auto.Vous êtes sûre que c\u2019est bien moi qu\u2019on a demandée?Ün colloque à voix basse s\u2019engages entre la maîtresse et la servante, puis un léger bruit de pas se fit entendre.La porte du salon s'ouvrit alors toute grande et Pia Oldini parut.\u2014Hugues!.Ie nom s\u2019échappa des lèvres de la jeune fille aui s'arrêta sur le seuil.Puis, pâlissant soudain, elle interrogea, haletante: \u2014Grand\u2019mère?.Mon Dien! que ls! est-il arrivé?\u2014WNe vous imouietez pas, répondit lc maître des Ovats en savancant au devant de sa cousine.et en prenant dans les siennes les petites mains ani tremblaiert bien fort.grand'mère a été très malade.mais aujourd hui.elle vs bien.Hugues Gardanne.craignant de laïs- ser voir, lui aussi, l'émotion qui s'étai* emparée de tout son être.se tut un instant, et baïssa les veux.En les relevant.il surprit le regar 60 interrogateur de Pia attaché sur lui, et il y lut une telle anxiété, qu\u2019il continua tout troublé: \u2014Grand\u2019mère va mieux\u2026 mais sa faiblesse est encore trop grande pour lui permettre de voyager.Elle ne peut venir auprès de vous passer ces fêtes du Jour de An.ce serait imprudent.Alors.je lal vue si matheureuse.elle a tant de chagrin, que je suis venu vous chercher.Il y'avait dans le ton habituellement bref du maître des\u2018Oyats une telle dou- ceux, que Pia, les yeux baissés et dans une immobilité de statue, écoutait comme dans un réve, se demandant si c\u2019était bien Hugues qui sexprimait ainsi?\u2026 Mais alors c'était un Hugues qu\u2019elle ne connaissait pas\u2026 et dont la voix la troublait étrangement.Pia se taisait, mais une émotion détendait à peine\u2014vous m'avez dit, en quittant les Oyats, que vous y rentreriez.le jour ou je viendrais vous chercher.Etes-vous.encore décidée.2 tenir cette promesse?.Pia se taisait, mais une émotion dé- Ticieuse faisait battre son coeur.Enfin, elle était arrivée l\u2019'heure qu\u2019elle appelait de tous ses voeux, depuis un an.L\u2019'Ours était 1a.et il lui adressait cette demande à laquelle elle avait rêvé nuit et jour, l\u2019attendant toujours.Une telle joie l\u2019envahissait, qu\u2019elle se sentait défaillir et n\u2019osait faire un mouvement.Hugues, ignorant ses pensées et croyant qu\u2019elle hésitait, continua de la même voix basse et frémissante: \u2014Pia.je vous en prie.ne refusez pas cette consolation à notre grand\u2019\u201d- mère.revenez avec moi aux Oyats.pour m\u2019aider à lui faire heureuses ses dernière années?\u2026 La jeune fille eut un brusque mouvement.\u2026 et, se dégageant soudain de l\u2019étreinite de son compagnon qui avait conservé ses mains dans les siennes, elle leva les yeux sur lui, montrant son visage couvert de larmes, tandis.qu\u2019elle interrogeait d\u2019une voix brisée: \u2014Mon cousin.je suis prête à vous accompagner pouvez-vous m\u2019assurer que ma présence.au chateau.ne vous sera pas trop pénible?Elle tressaillit\u2026 Hugues Gardanne, l\u2019attirant dans ses bras, et la tenant serrée contre lui, lui murmura dans un souffle: \u2014Pénible?\u2026 Pia, n\u2019avez-vous pas deviné?.je ne peux plus vivre sans vous, ma bien-aimée!.je suis venu vous demander de partager ma vie.d\u2019être la gardienne de mon fover\u2026.Je vous aime comme un foul.Vous avez pris mon coeur tout entier\u2026 Pia, voulez-vous être ma femme?\u2026 La jeune fille se tut.Mais, dans le regard d\u2019extase qu\u2019elle leva sur lui, Hugues lut sans doute sa réponse.car, resserrant son étreinte, il couvrit de baisers ardents le beau LA REVUE POPULAIRE visage de celle qui n\u2019avait pas attendu cette heure pour lui donner tout son amour.Mme Bornave qui venait de s\u2019éveiller, alluma l'électricité pour regarder l\u2019heure au magnifique cartel Louis XV accroché dans sa chambre.six heures!.Elle poussa un long soupir douloureux.Le jour allait bientôt paraître.mais ce ne serait que pour lui apporter du chagrin et des regrets en ce ler janvier |.Pourquoi son sommeil n\u2019avait- il pas duré plus longtemps?.\u2026 Fille rêvait justement que Pia était là, auprès d\u2019elle\u2026 dl\u2019embrassant avec tendresse.lui redisant, de sa voix câline, ces mots doux comme des caresses, dont elle avait le secret\u2026 La vieille châtelaine s\u2019était fait d'avance une telle fête de cette visite à sa petite-fille, que c\u2019étaït pour elle une grosse déception d\u2019en être privée.Hugues lui-même serait-il auprès d\u2019elle?Il était absent depuis deux jours\u2014pour affaires, avait-il dit\u2014et s\u2019il était revenu, ce n\u2019était que pendant la nuit, car, la veille au dîner, il n\u2019était pas encore de retour.Aussi, la pauvre grand\u2019mère s\u2019était couchée bien triste, le soir du 31 décembre.En ce moment, sa pensée se reportait sur ces deux êtres qui lui étaient si chers: Hugues et Pia!\u2026 Cette nouvelle année lui apporterait-elle ce qu'elle souhaitait tant du fond de son coeur: la présence de Pia Oldini au château?Le maître des Oyats finirait-il par s\u2019attendrir?.\u2026 Chaque fois qu\u2019elle abordait ce sujet avec sa petite-fille, cette dernière déclarait gaiement: \u2014Ne vous en faites pas, grand\u2019mère.Ce vilain ours viendra me chercher un de ces quatre matins pour m\u2019amener ici.Et vous ne pourrez plus, ni l\u2019un, ni l\u2019autre, vous débarrasser de mon encombrante personne! Mais ce jour, tant souhaité tardait bien à venir.Et Mme Bornave l\u2019appelait en vain de tout ses voeux!.Des larmes, qu\u2019elle n\u2019essayait même pas de refouler, coulaient sur ses joues ridées, en songeant à l\u2019enfant dont l\u2019absence lui serait plus pénible que jamais, en ce jour des doux revoirs\u2026.Puis, elle tomba dans un léger assoupissement\u2026 Elle en fut tirée soudain par un murmure de voix, parmi lesquelles il lui semble reconnaître celle de sa petite-fille.° \u2014Je suis tellement obsédée par la pensée de Pia, songea-t-elle tristement, que je crois toujours l\u2019entendre\u2026 Un coup discret fut frappé sa porte.C\u2019est cetie brave Yolande qui veut sans doute être la première à me souhaiter la bonne année, se dit Mme Bornave! tandis qu\u2019elle répondait: entrez! La porte s\u2019ouvrit doucement.et, à la vue du groupe qui se tenait sur le Décembre 1929 seuil, la vieille dame fut prise d\u2019une telle émotion, qu\u2019elle joignit les mains comme en extase, se demandant si elle était bien éveillée.\u2014Est-ce que je rêve?murmura-t- ele, se parlant à elle-même.Mais Hugues et Pia, tendrement enlacés, s\u2019avancèrent jusqu\u2019à son lit.et la chère voix qu\u2019elle avait bien reconnue, lui répondit, entre deux baisers: \u2014Non, grand\u2019mère chérie, vous ne rêvez pas!.\u2026 ce sont bien vos deux petits-enfants qui sont là auprès de vous, pour vous faire douces les longues années que vous avez encore à vivre.\u2014C\u2019est trop beau!.je suis trop heureuse ! \u2014Et c\u2019est encore bien plus beau que vous ne pouvez vous l'imaginer, grand\u2019 mère! dit Hugues d\u2019un ton grave et ému.Pia ne vous quibbera plus jamais.elle veut bien consentir à devenir ma femme.\u2014Quand je vous le disais, s\u2019écria gaiement la jeune fille, que ce vilain ours viendrait me chercher!.Tout fut joie en ce jour du ler janvier, au château des Oyats.Les vieilles tantes, ainsi que Mme Bomave, ne pouvaient croire à leur bonheur.Quant aux vieux domestiques, tout en se réjouissant comme leurs maîtres, ils se trouvaient passablement ahuris! Le secrétaire était la demoiselle.la demoiselle était le secrébaire?.Quel imbroglio! Dans leur émotion, ils ne savaient plus comment appeler leur jeune maîtresse, qu\u2019ils ne pouvaient se lasser d\u2019admirer.et, & la grande joie de cette dernière, c\u2019étaient des: : \u2014Oui, Mademoiselle Jacques.\u2014Bien, Monsieur Pia.Qui lui occasionnaient des accès de fou-rire, Mais une chose restait certaine, c\u2019est qu\u2019ils raffoleraient de l\u2019une comme ils avaient raffolé de l\u2019autre.Peter Brooke, qui avait ramené les jeunes gens en auto, contemplait avec orgueil sa \u201clittle aueen\u201d appuyée tendrement au bras d\u2019Hugues Gardanne, et formant avec celui-ci un couple superbe.\u2014Maintenant, disait-il, gravement.je suis tranquille!.Je pourrai retourner en paix auprès des \u201cboys\u201d, là-bas, dans les plaines.Notre \u201cqueen\u201d a trouvé un protecteur.Oui, Pia avait trouvé un protecteur.Bt le maître des Oyats avait rencontré, en sa fiancée.la compagne que doit rechercher quiconque veut fonder un foyer.une femme aimante et dévouée.fidèle gardienne de l'honneur de la famille.partageant avec son mari les joies et les épreuves de la vie.ayant toujours pour devise: un seul coeur, un seul amour! FIN Décembre 1929 LA REVUE POPULAIRE 61 L'Homme qui s'évada Nous étions à moitié morts.Tous nous montons sur le radeau et ne bougeons plus.Acoupa se met soudain à crier: \u201cO! canot! O! mouché du canot\u201d Mots créoles, appel aux noirs des parages.On ne répond pas.Alors, je rassemble mes forces, je me jette dans le fleuve.J'irai à terre chercher du secours, puisqu\u2019il y en a.Je nage.À cent mètres de la côte, je n\u2019avance plus.Toujours cette sacrée barre! J\u2019essaie de la prendre de biais, puis de tous les côtés.Pas moyen.J\u2019ai la sensation que je vais couler.Je reviens vers l\u2019endroit où j'avais laissé le radeau Il n\u2019y est plus! Je cherche.Je nage mollement.Je fais la planche, les vagues re retournent.Je coule.Je n\u2019ai plus la force de lutter, mes memibres sont raides.Alors, volontairement, je me laisse couler.Je lève les bras, je bois tant que je peux pour abréger le supplice, mes oreilles bourdonnent.Adieu, la Belle! Et je ne me souviens plus.Tout à coup, je sens l\u2019air vif sur ma figure.La conscience me revient.Je respire.je nage.Je respire, j\u2019appelle : \u2018Jean-Marie! Jean-Marie!\u201d \u2014O6666! par ici! Une main forte me saisit et me jette sur le radeau.Acoupa a disparu.A son appel, un canot monté par deux noirs est venu du dégrad des Canes.Les noirs n\u2019ont voulu prendre qu\u2019Acoupa.Ils ont dit à mes compagnons: \u201cVous pouvez crever!\u201d \u2014C\u2019est bien! dit Jean-Marie, que tu sois revenu crever avec nous! Et le radeau vogue.Il va jusqu\u2019à cinq cents mètres des files Père-et- Mère et revient au dégrad des Canes.La lanterne! Encore elle! Puis, peu à peu.le radeau se disloque, une pièce- se détache, nous commençons d\u2019enfoncer.Nous avons de l\u2019eau jusqu\u2019aux hanches, puis jusqu'aux épaules.Nos têtes seules émergent.Il ne reste plus du radeau que les pièces principales.Deverrer et Brinot veulent se noyer par Albert Londres DEUXIEME PARTIE tout de suite.Je leur jure que nous n\u2019enfoncerons plus davantage.\u2014Qu'st-ce qui \u2018te fait dire ça?qu\u2019ils demandent.Je ne suis pas savant, vous savez, mais on apprend des choses utiles, au bagne.\u2014C\u2019est la loi d\u2019Archimède, que je réponds.\u2014De qui?En fait de lois, ils ne connaissaient que celles des députés, mes copains! \u2014Archimède ! \u2014 Qu'est-ce qu\u2019elle dit, ta loi?\u2014Tout corps plongé dans l\u2019eau perd une partie de son poids égale au poids du volume deau qu\u2019il déplace.Or notre poids actuel, sur le radeau, est à peu pres de trois kilos chacun.Les bois ont absorbé tout ce qu\u2019ils peuvent boire.Si nous ne descendons plus.à présent, c\u2019est que le radeau ne peut plus descendre.Vous entendez bien?\u2014Il a raison! crie Menoeil.Ah! celui-là, quel vieux lapin! Il ne veut jamais mourir! Et puis, c\u2019est le silence.Une sorte d\u2019agonie au gré du courant.On a bien froid, le corps submergé.Notre fatigue est si immense que nous dormons quand même quelques secondes, pour nous réveiller quand nos têtes tombent dans l\u2019eau et nous rendormir la minute d\u2019après.Comment pouvons- nous nous cramponner si longtemps à ces pièces de bois?Nous pensons tous aux requins et aux marsouins.Nous espérons que ni les uns ni les autres ne nous verront.Les requins nous mangeraient, et les marsouins.en voulant jouer avec nous, nous noieralent.AU PETIT JOUR Et Yon voit arriver le petit jour.Nos yeux se remplissent d\u2019espoir.nous ne sommes qu\u2019à un kilomètre du dégrad.\u2014Allons à la nage chercher du secours, Jean-Marie! t Une planche sous la poitrine, nous partons! Allégé, le radeau remonte, et les trois compagnons peuvent ramer avec leur main.Ils avancent! Plus de fatigue ! Jean-Marie seul s'arrête.Un point le transperce au côté.Il ne peut plus nager.Il fait la planche.couché sur le flotteur.Je nage jusqu\u2019au fort du courant.Mais je suis maité.T1! faut connaître ces barres de Guyane pour me croire! Près de nous, un barrage à poissons.Hurrah! nous allons donc retrouver des hommes.Nous montons sur le barrage.\u2014Côô6ô! 00660606! Un canot apparaît avec deux noirs.\u2014Oôôô ! I! approche.\u2014Cinguante francs! que hurlent les négres.Il y avait trente mètres jusqu'à la terre! Je proteste.Ils s\u2019en vont! Je les rappelle! Deux minutes après, nous touchons le sol.Ah! ce que nous buvons! Et il y a des pastèques! Que c\u2019est bon! Quel festin! Voyant que javais de l\u2019argent, les noirs se découvrent des âmes de sauveteurs.Is vont chercher nos trois compagnons sur le radeau.Les voici.Ce qu\u2019ils boivent, eux aussi! Ils donnent cinq francs aux noirs, toute leur fortune.Les noirs se fâchent, se retournent vers moi.Je refuse de casquer.Il y a là un vieux lépreux qui parle d'avertir la police de Remire.Mais on se divise pour filer tout de suïte: Menoeil, Deverrer, Brinot d\u2019un côté; Jean-Marie et moi de l\u2019autre.On se retrouvera à la nuit, dans la forêt.Nous savons où.Nous sommes seuls au rendez-vous le soir.Menoeil, Deverrer, Brinot se sont fais reprendre par des chasseurs d'hommes, en longeant Remire, à 15 kilomètres de Cayenne.IX DANS LA JUNGLE Dites done, Dieudonné, après de telles séances de vase, je ne comprends 62 plus pourquoi vous vous êtes mis à beugler comme une sirène de paquebot, hier, quand cette auto mous aspergea diune simple et misérable boue, rue Ouvidor.\u2014C\u2019est sans doute que je redeviens civilisé.Pourtant, je n\u2019ai pas fini, dans mon histoire, de vivre comme une bête.Je crois même que ça commence.Vous pouvez toujours faire monter du vermouth aui, en tout cas, est bon pour la fièvre.ei des cigarettes ; nous avons encore longtemps à causer.Nous voilä donc dans la forêt vierge.A quel endroit?.\u2014 Du côté du dégrad des Canes, a vingt kilomètres de Cayenne.D'abord, nous dormons.Nous donmons toute la nuit, tout le jour suivant, toute la deuxième nuit.On s'était fait un Lit de feuilles mortes.C'était du luxe.C'est aussi bun qu'un matelas d'hôtel, vous saves ! Alors.vous ne mangiez pas?\u2014On se nourrissait.L'homme peut manger ce que le singe mange On les observait.Vous ne pouvez imaginer comme c'est rigolo à regarder vivre les singes! Ainsi.ils craignent l\u2019eau.Savez-vous comment ils passent les criques\u201c Le plus fort s'attache à une branche haute; un autre se pend apres le premier, et tous se pendent a la suite.de manière à faire juste la longueur de la crique, dix métres, vingt mètres.ça dépend.Jamais ils ne se trompznt.Quand ils sont le nombre qu\u2019il faut, ls se mettent à se balancer, le singe de queue attrape une branche de l\u2019autre côté de la crique.Le pont suspendu est établi.Toute la tribu le traverse, dos en bas.Quand elle a masssé.le singe de tête, celui qui soutenait la guirlande, lâche tout.Et le \u201cpont\u201d ainsi détaché franchit l\u2019eau redoutée.Mais nous n\u2019étions pas ici pour regarder jouer les singes.Le matin du second jour.on décide d\u2019agir Jean-Marie connait la région.Il a travaillé sur la route.II part à la recherche d\u2019êtres humains qui ne soient pas hostiles.Moi, je reste au point.Je fais bien remarquer à Jean-Marie que ce point est nord.Vous aviez une boussole?\u2014Pas besoin! La mousse vous guide en forêt.Direction nord: mousse sur les troncs; rien: direction sud.Je reste seul.Je ne perds pas mon temps, organise un petit buffet froid.Ce que les singes jettent, a moitié mangé, je le ramasse.N'oubliez pas que le singe est gaspilleur.Ce sont des fruits sauvages.des feuilles, des racines.C\u2019est assez bon! Si Jean-Marie ne trouve pas de secours, on ne mourra pas de faim.Et à boire?\u2014 Noirs sommes près d\u2019une crique.À la nuit, j'entends qu\u2019on froisse les feuilles.Une voix qui a mis une sourdine fail: oh! oh! DEUX JOLIS COCOS C\u2019est Tean-Marie.Je réponds.TI revient flanqué de deux jolis cocos.Jean-Marie me fait un signe qui veut dire: je n'ai pas trouvé mieux.Chacun porte une musette pleine de choses & manger.LA REVUE POPULAIRE Présentations: l\u2019un est Robiron, dit Pirate, ravitailleur d\u2019évadés, ancien maître de danse à Toulouse.L\u2019autre s'appelle Blaise, dit Jambe de laine, trimardeur de profession.Ce sont des interdits de séjour, deux libérés, vous savez, ceux qui, leur peine terminée, sont jetés à la porte du bagne, puis envoyés au kilomètre 7, afin qu'ils puissent, à l\u2019aide de cette borne, et dans la brousse, se refaire une vie nouvelle.C23 loques-là, on les trouve dans un bar chinois ou une cantine arabe.Jean-Marie les a pêchés la.Ils n\u2019ont pas une figure que j'aime bien.Pirate est habillé pauvrement, mais il est propre.Jambe de Laine est lamentable.Par les trous de ses har des, je vois son sous-vêtement de tatouages.Nu-pieds, hirsute, barbe inco- tore, plus de dents; sur le chef, une ca- lctte informe qui, sans doute, fut.un chapeau.Pirate porte beau Jambe de Laine approuve tout ce qu\u2019il dit.Tous deux acceptent de nous ravitailler, mais \u2018comme is risquent gros, qu'ils ont à se défiler comme des chats-tigres, que tout est si cher!\u201d {ls exigent cent francs tout de suite, \u201cafin de remercier Dieu qu\u2019ils se soient.eux, Pirate et Jambe de Laine, trouvés sur notre chemin\u201d.\u2014 Vous pensez, ajoute Pirate.je devrais être à Toulouse à l'heure qu'il est.Je suis libéré depuis huit ans ; alors, si j'avais pu.depuis tant d\u2019années.mettre huit cents francs de côté pour m\u2019offrir le retour dans la belle \u2018France.vous ne m\u2019auriez pas rencontré.Ca se paye, ça! Is demandent ensuite cent francs chacun de gratification quand ils auront trouvé le pêcheur pour nous conduire à YOyapok.Vous rêviez déjà de recommencer?\u2014Pardi! Jean Marie est Breton, moi Lorrain.deux têtes de buis! De plus, nous paierons double le prix des vivres.Quant aux gratifications.dit Pirate.en arrondissant un geste élégant, je les \u201caisse à votre générosité! Jean-Marie, indigné, lui dit: \u2014F.le camp, j'en trouverai d\u2019autres ! Je crains la délation.\u2014Marché conclu! fis-je.Alors Pirate: \u2014 C'est bien pour vous que je le fais, c\u2019est le devoir d'un homme d\u2019aider les évadés.Si j'étais riche, je vous soutiendrais pour rien.Je paye.Ils vident leurs musettes: pain, harengs sours, beurre salé.chocolot.tabac, allumettes.\u2014Venez, qu\u2019ils disent, on va vous présenter, près d'ici.à une vieille négresse solitaire qui pourra être bonne pour vous.LA BONNE VIEILLE Un carbet dans la forêt vierge.Une femme noire, qui paraît avoir un grand âge broie du manioc.Elle lève la tête et son sourire.dans une face laide, est très joli.Elle nous plaît! \u2014Assevez-vous.peti enfants, dit-elle.Pirate et Jambe de Laine sont partis Elle nous fait une boisson chaude avec des herbes de étant toujours le malheur.Alors, on est sur le canoë avec les six marins et le patron.Nous tournons le cap Orange.Là, on s\u2019arrête pour acheter du poisson salé aux Indiens à cheveux plats.On repart.On longe la côte.Palétuviers! Ah! ceux-là! Si jen revoyais, à présent.je crois que je me mettrais en colère et cracherais des- sr.On rencontre des petits points habités qui s'anpelent: Cossuine, Cassi- LA REVUE POPULAIRE poré.Le surlendemain du départ, nous voyons ouelques maisons.On demande ce que c\u2019est; le patron dit: Car- coenne.\u2014C\u2019est là que nous allons, piquez dessus.\u2014Non, fait Je patron, qui rit et continue la route.On se fâche.Le patron déclare que lui se rend à Amapa, qu'il nous a pris pour gagner de l\u2019argent, et qu\u2019il ne s\u2019arrêtera vas à Carcoenne.Où allions-nous trouver du travail, embarqués comme ça?Le matin, le canoë entre dans une crique vaseuse.Au fond, un hangar et six nègres nus qui scient des planches.Le patron parle à l\u2019un des hommes, longuement, et nous fait signe de descendre.Je parie mes grammes d\u2019or que nous aurioins été tués comme des lapins par les scieurs de long si nous étions descendus.C\u2019étaient des Indiens à l'oeil d\u2019oissau, les plus mauvais.Nous refusons.Tout le monde crie.Nous crions plus fort.\u201cOn n\u2019est pas des Arabes, aue je dis.Vous allez voir ce quie c\u2018est d\u2019avoir affaire à des Français.\u201d Ils ne m\u2019ont sans doute pas compris.Le ton a dû produire son effet.tout de même.Le patron nous mènera jusquà Amapa.La confiance est partie.La nuit, nous veillons à tour de rôle Au matin, c\u2019est une nouvelle crique vaseuse.noire, un vrai paysage de crime: Amapa.Que faire là\u201d Onze baraques de pêcheurs.Ah! ce qu'on était amers, tous les trois, et désespérés.Quand je me rappelle ce matin à'Amapa, j'ai la pensée comme les iettres de mort: bordée de noir! \u2014Pairon, dis-je au Brésilien du canoë, deux cents francs pour nous descendre ulus bas.Il veut aussi quinze grammes d\u2019or.Tout ce qu\u2019on a muoi! Mais il ne va qu\u2019à Vigia, sur l'Amazone.De là, nous pourrons gagner Belem.Belem ! Deux cent cinquante mille habitants, le grand phare de tous les bagnards! J'accente.Il dit* \u201cManhana\u201d demain! Yamanha a tarde (de demain à ce soir).Cela dura six jours! Six jours, et onze baraques de pê- cheurs.Mais j\u2019ai vu des sirènes.Pas celles de la légende.Bien mieux.Non en ecaille de poisson, en chair et en os C\u2019était le cratrième jour.On m\u2019avait signalé un camvo.dans l'intérieur, où nous pourrions trouver de la farine, et la gagner en faisant Fâne qui tourne la meule.J'étais le mieux portant des trois.J\u2019y partis.Je savais qu\u2019il fallaït traverser la savane, de l\u2019eau jusqu\u2019au ventre.J\u2019entrai dedans.J\u2019allais ainsi depuis trois heures, quand je vis venir à moi, de l\u2019eau jusqu\u2019au ventre aussi.des sirènes! Elles avançaient avec tant d\u2019aîsance, que je m'arrêtai.Elles riaient de mon ébahissement.Elles avaient les cheveux coupés.de la poudre aux joues.du noir aux veux.des corsages de satin, des colliers d\u2019or ou d\u2019argent.Elles étaient jolies.très jolies.On ne voyait oue le buste.tout le reste était dans \u201ceau, tout.Elles ne se baignaient pas.elles allaient à leurs affaires.J\u2019en restai comme ça ! \u2014Bon dia ! leur dis-je.Elles parlaient! et me renvoyèrent: \u201cBon dia!\u201d Elles avancent ainsi cing ou six.Décembre 1929 Et voilà que je crois en reconnaître une.Il est permis, aprés tout cela, da- voir quelques visions, lui dis-je.C\u2019étaii, une vision, en effet.La jeune fille était si belle qu\u2019elle me rappela subitement, à travers trente années, lu Vierge Marie de la chapelle Saint- Stanislas, de l\u2019orphelinat de Nancy, où je fus élevé, et devant qui soeur Thérèse, nous accompagnant à Llharmo- nium, nous faisait chanter : Ave, maris stella ! Dieudonné redescendit sur terre.Ce fut pour dire: .\u2014On en voit des choses en évasion! XIV C\u2019ETAIENT TROIS CHEMINEAUX DU BAGNE Les trois chemineaux du bagne com- mencert une nouvelle \u201cstation\u201d.Ils reprennent la mer pour descendre jusqu'à l'Aazone.C\u2019est là, sur ces rives de légende, que s\u2019est construit Belem.Il leur.reste en tout, le canoë payé.quatorze grammes d\u2019or et un billet de dix milreis (trente- trois francs).Pas de travail; partant, pas de pain.Comme is jeûnent.ils sont malades.Ils embarquent à Montenegro d\u2019Ama- pa.où les mouches à dague, sans doute pour les guérir, leur font des pointes de feu toute da nuit.Celui qu\u2019ils appellent \u2019Autre est à bout et geint dans \u201cle fond du canoë, l\u2019homme calé, à cause du roulis, entre deux ballots de poissons secs! \u2014I1 délire tout le temps, reprend Dieudonné.\u201cNon! Non! qu'il dit, vous ne ferez pas ça, monsieur le directeur!\u201d Il est loin, le directeur.qu\u2019on lui dit.Il est à Saint-Laurent-du-Maroni! On va vers l'Amazone, tu entends, réveille- toi! On lui met des compresses d'eau salée sur le front.L'eau coule dans ses yeux et sur ses lèvres, ça le brûle.Hi sort de son cauchemar pour y retomber.Il nous faudra six jours de ce canot pour atteindre l'Amazone.Je les passe.Ce n\u2019est que de la faim\u2014les durs matelots re sont pas compatissants et mangens devant nous sans rien nous donner\u2014de la maladie, du chagrin, le chagrin de ceux qui n\u2019ont pas la chance avec eux.Mais, dans l\u2019histoire, cela n'est rien; ce n\u2019est pas plus que l'accompagnement monotone d\u2019une guitare pour une chanson ! L'AMAZONE Je passe donc, hein! Et voilà l'Amazone.Alors.là, je dois vous dire mon qu\u2019à l\u2019Amazone.beau à voir! Ni l\u2019Autre.ni Jean-Ma- rie.ni moi, pauvres bougres, n\u2019avions jamais pensé voyager un jour, tout comme des explorateurs.sur le fleuve le plus mystérieux du monde.C'est ce que le sort nous réservait, pourtant ! Nous avons l'ahurissement de pèlerins qui rrétaient pas destinés à sortir de chez eux.On regarde ca comme un enfant ouelque chose de trop magnifique qu\u2019on vient de lui donner.\u2014Ce r\u2019est peut-être pas pour nous.dit Jean-Marie.On longe une rive.Nous ne voyons À, Décembre 1929 pas l\u2019autre, i! s'en faut.C\u2019est le matin.L'eau est vert tendre Des feuilles, des branches, des arbres entiers ac- cempagnemnt le couranit.Voici déjà des maisons.Plus loin.une scierie mécarri- que.Puis un phare.Deux phares.Nous arrivons chez les hommes.Il y & soixante-huit jours, à cette heure, cue nous nous sommes évadés de Cayenne; cela ne vous a peut-être pas paru long, à vous; je parle pour Jean-Marie et moi.Alors, voir tout ca, des fumées qui sortent des toits, un tramway! C'est le tramway surtout qui nous bouleverse.On rit.C'est Vigia que nous apercevons.Et il marche, vous savez, le tramway ! Il marche vite; ça, c\u2019est vraiment épatant.\u2014Eh! l\u2019Autre, lève-toi, regarde! \u2014C\u2019es: Paris?quil demande, à moitié crevé.\u2014Des toits, des hommes.un tramway, des bicyclettes! II fait \u201cAh!\u201d et repose sa tête sur son saz puant le poisson séché.\u2014Courage! il va falloir te tenir sur tes pieds.Essaye! Nous préparons nos besaces et la sienne.Un l:avre aux rives boisées.Le canoë l\u2019aborde.Un appontement de bois.On relève l\u2019Autre à coups de pied dans les fesses, non par brutalité, mais par nécessité.On aborde.Les pêcheurs nous disent quelque chose qui doit signifier: Débarrassez-nous! Nous en- trainons Je troisième: Vigia ! Un vieux douanier nous crie: \u2014Hep! Hep! Il parle français et nous demande de le suivre.Est-ce que nous avons Pair de posséder des biens?On se regarde tous trois, les habitants s\u2019arrêtent et nous contemplent avec beaucoup de curiosité.Nous entrons à la douane.I! sait qui nous sommes, pardi ! \u2014Vous ailez à Belem?qu\u2019il nous dit.\u2014Oui, et c\u2019est tout ce que nous avons à déclarer.\u2014Eh bien! allez-y! fait le vieux bonhomme.Il nous reste quatre milreis et cing grammes d'or en tout, pour tout et pour tros La première station de chemin de fer est à Santa-Izabel.à soixante kilomètres.Une fois par semaine seulement, une auto joint les deux villes.Coût: dix milreis chaque place.Nous courons tout Vigia à la recherche d'un emploi.Nous entrons dans\u2019 une scierie.On ne veut pas de nous.C\u2019est l\u2019Autre qui doit nous faire du tort.tenement il a l'air de vouloir mourir.Nous le couchons dans une impasse.Nous repartons.Pas de travail au port; ce n'est d\u2019ailleurs qu'un appontement.Un tailleur chinois ne veut pas de nous; pourtant, nous savons coudre.On s\u2019informe s\u2019il y a des meules pour le manioc; nous pourrions nous embaucher comme mulets.Pas de meules.Le soir tombe comme ça.La preuve est faite: rien à espérer ici.Nous avons tœop l\u2019air bagnard encore.Une seule solution: abattre les soixante kilomètres à pied.(A suivre) LA REVUE POPULAIRE Elégance.Rr diated Confort.Hygiène.La jeunesse s\u2019en tient exclusivement à ce nouveau mode de protection sanitaire A JEUNESSE donne le ton.Cette délicate question de l\u2019hygiène intime ne la trouble plus, elle l\u2019a résolue avec Kotex, la Nouvelle Serviette Sanitaire Perfectionnée.Pourquoi ?Parce que rien d\u2019autre n\u2019assure mieux à la jeunesse sa liberté de mouvement et sa grâce.De plus, la jeunesse est jalouse de sa santé et Kotex la protège.Les jeunes femmes ont leurs raisons de préférer Kotex.L'une admire sa merveilleuse douceur.L\u2019autre l\u2019aime parce qu\u2019il désodorise à la perfection.Une troisième.à cause de sa pureté rigoureuse.D'autres encore pour ia quiétude d\u2019esprit qu\u2019il donne.Et toutes l\u2019adoptent parce qu'il constitue le mode de protection idéal.Et les chirurgiens des grands hôpitaux \u2014en employant la substance du Kotex.la garniture absorbante en cellucoton.pour leurs pansements chirurgicaux \u2014 rendent à Kotex un tribut des plus précieux.Cette substance est cinq fois plus absorbante que le coton ordinaire.Au prix où se vend Kotex de nos jours \u2014 quelques sous la serviette \u2014 aucune femme ne doit plus souffrir des dangers et embarras des méthodes d\u2019autrefois.Achetez Kotex aux pharmacies, magasins à rayons et de nouveautés.Vous l\u2019achetez sans aucune gêne.Serviettes Sanitaires KOTEX FABRIQUE AU CANADA Aaressez ie coupon maintenant pour TROIS échantillons de Kotex, et une utile brochure sur l'hygiène féminine.GRATIS L.R.P.12 GRATIS- 3 Echantillons KOTEX Kotex Company of Canada, Limited, | 1 1 | 330 Bay Street, Toronto 2, Ontario.| ! 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D'une élégance correcte et discrète, quelques petites cicatrices à la figure, d\u2019ailleurs à peine apparentes, trahissent seules dans le civil le sportif appelé, pendant la saison d'hiver, à se livrer à un jeu dangereux.eee Aurèle Joliat, aile gauche des Canadiens, fait partie de cette équipe depuis huit ans.Il est né à Ottawa, en 1901.Son père, M.Emile Joliat, né en Suisse, vint s'établir au Canada vers l\u2019âge de dix-sept ans.Il se fit naturaliser canadien et épousa une canadienne- francaise, Mlle Lavictoire.Il est aujourd'hui chef du bureau des détectives d'Ottawa.Le jeune Aurèle Joliat fit ses études à l\u2019Ottawa Public School et dès l\u2019âge de douze ans se mit au hockey dans une ligue junior de cette ville.Plus tard, il passe, comme amateur, au club Aberdeen, où il reste un an.Le voilà dans le hockey senior.Vers l\u2019âge de 18 ans, alors qu\u2019il est garde-chasse et garde-feu à Rouyn, dans l\u2019Abitibi, à l\u2019emploi d'une compagnie d'Ottawa, la Fire Protective Association, il joue encore avec le New Edinburgh, Iroquois Falls, au nord de l\u2019Onta- trio.Un peu plus tard, on retrouve Joliat dans l'Ouest canadien où il joue en amateur dans diverses équipes de foot-ball, de hockey et de base-ball.En 1920, il se casse une jambe en jouant au foot-ball: c\u2019est une année perdue pour le hockey.H revient à Ottawa et, en 1921, signe un engagement avec le club Saskatoon, de la grande ligue de l'Ouest.Joliat est depuis lors joueur professionnel.Cette année- là, le Saskatoon remporte le cham- piennat de l\u2019Ouest, mais perd le championnat mondial aux mains du Ottawa.L'année suivante, Léo Dandurand, qui vient d'acheter de Kennedy, avec Louis Létourneau et Joe Cattarinich, la franchise des LA REVUE POPULAIRE a Aurèle Joliat, en 1924, alors que les Canadiens étaient champions du monde.Canadiens, échange Aurèle Joliat contre Newsy Lalonde.Joliat a toujours joué avec les Canadiens depuis cette époque.En 1923, avec Morentz sur l'équipe, les Canadiens remportent le championnat du monde.En 1924, ils détaillent avec les champions de la ligue de l'Ouest.En 1926, ils détaillent de nouveau avec Ottawa et Montréal.En 1927, en 1928 et en 1929, ils prennent encore part aux parties de détail.Espérons maintenant, avec Jo- liat, que nos Canadiens remportent de championnat mondial qu\u2019ils méritent de reprendre.Aurèle Joliat maintient son poids de 140 livres durant toute la saison.Ses sports d'été sont le golf, qu'il pratique au club Forest Hill, de Lachine, et la chasse dans les Laurentides et dans la vallée de la Gatineau.Ajoutons l\u2019automobilisme.Il fit, durant l\u2019été de 1926, son premier voyage en Suisse, à Neuf- chatel exactement, pays de ses ancêtres.Son père, âgé aujourd\u2019hui LA REVUE POPULAIRE UHH HT de 65 ans, fit de même l'an dernier son premier voyage en Suisse depuis son établissement au Canada.Joliat est un joueur dans la moyenne de l\u2019âge sportif.Il a maintenant vingt-huit ans.La carrière d\u2019un joueur de hockey s'étend de 20 à 35 ans, environ.Joliat n'a jamais pratiqué comme entraînement la boxe ou la lutte.Il est dans toute la force de sa santé.Mais la santé est un bien précieux.Aussi Joliat ne badine-t-il pas avec elle.Et savez-vous pourquoi il porte cette petite casquette de soie noire, aussi célèbre dans le monde du hockey que le béret basque de Borotra dans le monde du tennis?Tout simplement pour se protéger contre le rhume.La vie d\u2019un joueur de hockey, pendant la saison qui dure cinq mois, est une vie de travail ardu: rencontres, pratiques.Un délassement: les voyages.Délassement pour qui aime les voyages.Et encore! Qu\u2019ont-ils le temps de voir des villes américaines et canadiennes où les appellent les parties à jouer?Des arénas et des chambres d'hôtel.Pendant l'hiver, tout autre sport que le hockey leur est interdit.Ils ne peuvent ni faire du ski, ni même aller glisser à la montagne! Le ski et le toboggan sont considérés par les propriétaires de clubs de hockey comme des jeux dangereux ! Il faut dire qu'on n'exige pas du joueur de hockey un entraînement de rigueur et que les clubs voyagent dans les meilleures conditions de confort.Ils sont logés aux plus grands hôtels et voyagent en Wagon spécial.Les joueurs Décembra 1929 d\u2019un club sont toujours seuls dans leur wagon.Les Canadiens en voyage font de la musique, du chant, et jouent au bridge comme de bons bourgeois.La partie musicale est toujours conduite par Au- rèle Joliat, qui pince du ukelele.et par Pit Lépine.À l'étranger, tout comme au Forum de Montréal, les Canadiens ont leurs partisans, surtout à Boston, à Détroit et à Chicago.Quel est l\u2019amateur tant soit peu intéressé à notre sport national d'hiver qui n\u2019a pas vu évoluer sur la glace du Forum le minuscule Joliat?Tout le monde a les yeux tournés vers lui quand il a la rondelle en sa possession, car il est redoutable, le David du hockey, non par la force brutale, mais par sa ruse et son habileté à manier le baton.Aussi, qui n\u2019admirerait pas son courage lorsqu'il fonce vers l\u2019adversaire, ne songeant qu'à une chose: donner l'avantage à son club.Peu lui importe ce qu'il recevra sur sa route, son but est tracé et il le poursuit courageusement.Souvent l'obstacle est insurmontable, c\u2019est surtout là qu\u2019il faut le voir à l\u2019oeuvre.Zigzaguant de gauche à droite, tricotant comme on dit vulgairement, tenant son bâton d\u2019une main et cherchant à se frayer un passage de l\u2019autre, il emploie tous les trucs imaginables afin de ne pas perdre la rondelle.Aurèle n\u2019est pas seul sur l\u2019équipe, et il le sait bien, c\u2019est pourquoi il ne marchande pas de passer la rondelle à son copain, sachant bien que souvent, malgré son habileté, celui- ci sera plus en position pour compter.Et si l\u2019adversaire est en nom- bre\u2014le pénitencier est la bête noire d\u2019un club\u2014qui se replie sur la défense, usant plus que jamais d\u2019astuce et d\u2019audace?c\u2019est bien encore le petit Joliat qui débarrassera son territoire et essaiera par tous les moyens possibles de faire une descente vers le filet ennemi, mais teu- jours sans négliger la ligne de défense. Décembre 1929 in le LA REVUE POPULA(RE L Arbre de N oë nous vient d'Alsace Les Canadiens qui firent l\u2019occupation rhénane, anrès la guerre, se souviennent de leur Noël d\u2019Allemagne de 1918.en tout pareil à ceux de leur pays.C\u2019est qu\u2019en Allemagne, la fête de Noël n\u2019est imaginable qu\u2019avec le sapin de Noël tout chargé de lumière et de brimborions.C\u2019est à l\u2019Alsace que l\u2019Allemagne emprunta l\u2019arbre de Noël: c'est aussi à l\u2019Alsace que nous le devons.D'où vient cette très ancienne coutume?Nous en empruntons l'histoire.à un ouvrage de Camille Schneider, écrivain français d\u2019origine alsacienne.Lorsqu'au moyen âge, pour les \u2018Jeux du Paradis\u201d qui furent exécutés pour la première fois en Alsace le long du Rhin, on avait besoin d\u2019un arbre pour sympoliser l'arbre du Paradis (ces jeux se fai - saient le jour d\u2019Adam et d\u2019Eve, c'est-à-dire le 24 décembre), on prit un arbre occasionnellement vert et on y atiachait des pommes, d\u2019ou encore !'usage d\u2019attacher des pommes à l'arbre de Noël.Pour avoir un arbre qui soit toujours vert, même quand l\u2019été de la saint Martin n\u2019en avait pas fait fleurir, on prit le sapin, symbole de l'espérance et de la fidélité constantes.Les Jeux du Paradis étant donc exécutés vers le.solstice d'hiver, la mythologie y mettait son reste, et forme de l\u2019Atbre et l'usage même trouvent de très intéressantes variantes dans le folklore d'Alsace, mais leur histoite nous mènerait trop loin.Remarquons que les lumières sur l\u2019arbre se trouvent pour la première fois dans un poème français du XINe siècle, de Dur- mars le Gallois.L'Arbre, qui n'est pas encore un arbre de Noël, y porte des lumières, leurs flammes dirigées vers le haut (les hommes vertueux, d'après l'explication que le Pape donne au Parcival), d\u2019autres dirigent leurs flammes vers le bas.(Les \u2018\u2018méchants \u2019\u2019).Touchons en passant à une autre coutume, celle de donner une, verge aux enfants méchants.Au moment du réveil de la nature on cherchait des sarments de noisetier ou des branches de bouleau pour les mettre en vase et leur donner des bourgeons.Les bouquets ainsi fleuris étaient des cadeaux que les jeunes gens offraient aux jeunes filles superstitieuses.Bientôt ces bouquets présentaient la forme de verges et d\u2019un auire côté on les offrait avec des rubans et des fleurs artificielles; encore plus tard on offrira des branches de sapin ou même un petit arbre.C\u2019est donc lentement et par toutes petites étapes ue la coutume du sapin de Noël devient telle qu'elle se présente aujourd\u2019hui.& $ Nous trouvons un véritable arbre de Noël pour la première fois dans la littérature à Strasbourg dans les notes d\u2019un auteur inconnu (en 1605), ensuite un prédicateur à la Cathédrale et professeur à l\u2019Université de Strasbourg, proteste contre les \u2018mauvaises habitudes d\u2019attacher des poupées, des pommes et des lumieres a un sapin\u2019.L'introduction complète de l'arbre dans la littérature est attachée au nom de Goethe.Il a appris à connaître cette poétique coutume lors de son séjour à Strasbourg, et dans une lettre à Noël 1772, adressée à Lotte, il lui écrit qu'il lui envoie un arbre de Noël, etc.Dès maintenant la littérature s'empare de l'arbre et on remarquera que ce dernier perd de sa poésie populaire.À Paris, l'arbre de Noël fut introduit pour la première fois par la célèbre Liselotte du Palatinat, marquise d'Orléans, épouse du frère de Louis XIV, en 1682.Mais nous n'en trouvons des traces que dans la correspondance.L'Arbre est introduit dans les Tuileries par la comtesse Hélène d'Orléans; dès lors la littérature frargaise lui est ouverte.C\u2019est à la fin du XVIIIe siècle que l\u2019Arbre de Noël a commencé sa conquête, et aujourd'hui nous le voyons en possession de tous les continents.Relativement jeune, cette coutume s\u2019est répandue avec une rapidité sans égale dans l\u2019histoire des coutumes populaires.Aujourd'hui dans tous les pays cette lumière quasi mystique traverse une muit mystique.L'idée de l\u2019Arbre même avec son symbole de fidélité, s\u2019est adaptée aux différents milieux.Cette idée a même complètement disparu par la transformation de la forme et il ne des- te plus que la poétique coutume avec son éclat mystique.Mais l\u2019histoire nous montre dans maints autres exemples comment la forme a survécu à l\u2019idée.\u20ac & Pour conclure, nous ne pouvons nous empêcher de citer une petite légende qui vraisemblablement est un authentique récit mystique: La légende des Sapins de Sainte-Au- rélie à Strasbourg.(Suite à la page 76) LA REVUE POPULAIRE lTAS-PAS DÉJA INVITÉ TON ÉPOUSE À VENIR FAI PREMIER COIN DE RUE ELLE RENCONTRE MADAME UNE-TELLE, AVEC QUI ELLE ENGAGE UNE DE CES INTERMINABLES CONVE RE UNE MARCHE ET AU Décembre 1929 Dar \u2014 pacey\u2014 ET QUAND ENFIN ELLES DÉCIDENT DE SE LÂCHER, LES OMBRES DE LA NUIT COMMENCENT DÉJA A TOMBER.MADAME DÉCLARE QU'IL EST TARD ET QU'IL VAUT MIEUX RENTRER.TAS PAS DÉJA ESSAYE UNE BLACK HORSE?voith QUELQUE CHOSE QUI CALME LIMPATIENCE./ Ming 69.A.dites simplement - * Bie Décembre 1929 LA REVUE POPULAIRE re sf iby Ee tl tilt titi at: à 5) A i AN NL 185 ê, el n self le 1g el X A Nar | Tg a Bone Suri 70 PEL Shee Dinde F'arcie aux M arrons Préparer et vider une dinde, la farcir avec la préparation suivante: Prendre 1 1 branche de céleri, 2 branches de persil haché fine- oignon, ment, | tranche de mie de pain émiettée, faire revenir le tout dans une poéle avec 2 cuillerées a table de beurre.Enlever à l\u2019aide d\u2019un couteau, la pre- .mière enveloppe des marrons, mettre dans une casserole assez d\u2019eau pour couvrir, faire cuire pendant 10 à 12 minutes; enlever la seconde enveloppe, réduire en purée, mélanger à la farce déjà préparée, assaisonner de sel et poivre et farcir la dinde.Foncer une casserole avec 4 cuille- 1ées a table de beurre ou de graisse de rôti, Î oignon, l carotte tranchée, 1 branche de céleri, 2 branches de persil, faire revenir ces légumes, y déposer la dinde après l\u2019avoir bardée et la faire cuire au four pendant 3 ou 4 heures en l\u2019arrosant souvent avec le jus, ou au besoin, avec un peu d\u2019eau et de bouillon.Lorsqu'elle est à point, la retirer et finir la sauce avec 1% cuillerée à table de farine et 1 tasse de bouillon ou d\u2019eau.On peut aussi farcir la dinde avec des huîtres et du pain ou avec de la viande à saucisse, ou encore avec des pommes de terre et de fines herbes.OIE ROTIE Hacher 4 oignons bien fin, les faire frire avec poivre, sel, persil, pain émietté, une cuillerée de sauge, 2 cuillerées à table de buerre; farcir l'oie, la placer dans une lèchefrite, + \u2019 chopine d\u2019eau.ajouter une Pendant la cuisson, arroser souvent l\u2019oie, en ayant soin de la tourner.On peut se servir d\u2019une farce de patates, ou bien de pommes tranchées.On mange généralement l\u2019oie avec compote de pommes, d\u2019ato- cas, ou mieux encore, avec gelée de pommes.BIFTECK aux CHAMPIGNONS Faire cuire 1 boîte de champignons avec | cuillerée à table de beurre, de jus de citron, de persil haché, sel et poivre.Faire fondre 1 cuillerée à thé de beurre dans une poêle; quand il est chaud, ajouter une tranche de culotte de boeuf, faire cuire sur un feu vif, en retournant souvent la viande, pendant 2 à 3 minutes, retirer le bifteck ; ajouter un peu de farine à la sauce, puis les champignons, laisser sauter pendant quelques secondes et entourer le bifteck de cette préparation.BIFTECK AUX OLIVES Couper de l'épaisseur d\u2019un pouce des tranches d\u2019aloyau ou de filet de boeuf.(Ne pas les battre, ni enlever la garisse.) Faire chauffer un gril ou une poêle beurrée, y mettre la viande, laisser rôtir pendant 2 minutes d\u2019un côté et 3, de l\u2019autre.(Pour tourner la viande, on se sert d\u2019un couteau afin de ne pas la piquer.) Placer le bifteck sur un plat chaud et le parsemer de noisettes de beurre et de persil haché; ajouter | tasse d'olives sautées au beurre.CHARLOTTE RUSSE AU CHOCOLAT Î pinte de crème, 4 oeufs, V, tasse de sucre, | cuillerée à thé de vanille, 3 feuilles de gélatine, 3 carrés de chocolat amer.Préparer un moule; laisser chauffer la crème au bain-marie, faire tremper la gélatine à l\u2019eau froide, battre les Jaunes d'oeufs avec le sucre jusqu\u2019à ce qu\u2019ils soient mousseux; ajouter peu à peu le chocolat fondu à la vapeur, mêler le tout 4 la créme, en brassant, et laisser lier.Retirer du.feu et ajouter la gélatine, fouetter vigoureusement, T4 incorporer les blancs d\u2019oeufs battus en neige, laisser refroidir et remplir les moules.POUDING AU GINGEMBRE l tasse de mélasse, 1/5 tasse de beurre, 1 cuillerée à table de gingembre, 1 oeuf, 17 tasse d\u2019eau chaude, | cuillerée à thé de soda, y tasse de fruits cuits, farine pour faire une pâte moyenne.A la mélasse, ajouter le soda, le gingembre, l\u2019eau chaude, le beurre défait en crème, l'oeuf battu, la farine; battre le tout, mêler les fruits, faire cuire dans un moule au fourneau chaud, pendant 5 heure.OEUFS A LA NEIGE Faire chauffer au bain-marie | pinte de lait avec 7 tasse de sucre, un peu de sel, quelques gouttes de vanille.Séparer trois oeufs, battre les blancs, très ferme, mouler à la cuillère et faire prendre au lait chaud, retourner pen- LA REVUE POPULAIRE Décembre 1929 dant la cuisson; égoutter, placer dans un plat creux.Battre les jaunes d'oeufs, ajouter au lait, faire cuire jusqu\u2019à liaison ; laisser refroidir et verser autour des blancs.GATEAU AU BEURRE 17, tasse de beurre, 3 cuillerées à thé de poudre à pâte, 3 blancs d\u2019oeufs, deux tiers tasse de lait, 1 tasse de sucre, | cuillerée à thé d\u2019essence quelconque, 2 tasses de farine.Défaire le beurre en crème, mettre le sucre, battre, ajouter le lait en alternant avec la farine et la poudre à pâte tamisée trois fois, ajouter l\u2019essence, faire entrer légèrement les oeufs battus en neige.Verser la pâte dans une lèchefrite et faire cuire dans un four modéré pendant 35 minutes.a La Décembre 1929 LA REVUE POPULAIRE Les Légendes du St-Laurent » (Publication autorisée par le Pacifique Canadien.) LEGENDE DES MAMELONS Tadoussac n'est pas seulement connu pour sa belle plage à l\u2019eau froide dont se plaignait spirituellement Arthur Buies; ni même par l\u2019historique chapelle des missionnaires dont il a été parlé plus haut.Mais on assure même que les Basques y séjournèrent longtemps avant le premier voyage de Jacques- Cartier, voire avant même la découverte de l'Amérique par le génois Colomb.Les \u2018\u2018vieux de la place\u201d comme on appelle les vieillards de l'endroit, racontent, sans prétendre y avoir assisté eux-mêmes, des légendes de batailles et de grands événemenrs qui auraient eu pour théâtre le pays environnant, et nommément le lieu appelé \u2018les Mamelons\u2019\u2019 à cause de certaines élévations du sol.Les Mamelons auraient fait leur apparition sur [horizon local a l\u2019époque des tremblements de terre qu'\u2019enregistre l\u2019histoire du régime français au Canada, et ils seraient contemporains des Eboulements, paroisse bien connue du comté de çoit avec admiration du pont du bateau qui l'emporte.Les Eboule- Charlevoix, que !e voyageur aper- ments, la Malbaie, la Baie Saint- Paul, d\u2019autres encore font partie d\u2019une série de villages coquets et pittoresques qui tranchent agréablement sur la forêt sombre et les monts sourcilleux: de la côte nord du Saint-Laurent.Une tradition, donc, qui semble s'être transmise verbalement depuis de nombreuses générations, voudrait qu'à l\u2019époque du tremblement de terre, un chef indien ait épousé une princesse basque, laquelle mourut en donnant le jour à une fille, Atla, un nom suspect, -nous le craignons bien, et qui pourrait mettre en rumeur les savants qui s'intéressent au continent disparu, l\u2019Atlantide, si fort à la mode de nos jours.En tout cas, Atla étant dernière de sa race, il fallait qu\u2019elle donnât le jour, en temps et lieu, à un enfant dont le père fût pur de tout métissage ou croisement des races blanche et rouge.Atla grandit en âge et en beauté.et comme elle était \u2018\u2019la plus belle de céans,\u201d\u2019 comme dit une chanson canadienne, un trappeur anglais du nom de John Norton réussit à être l\u2019élu de son coeur.Les deux amou reux, se mirent un jour en route pour les Mamelons et la chapelle du missionnaire, afin de faire bénir \u2018leur union.Mais il faut croire que le futur époux ne répondit pas aux exigences des dieux basques, car soudain !la forêt s\u2019enflamma, la terre trembla et s'ouvrit, et la descendante des Atlantes disparut à jamais, au pied même de ce que nous appelons aujourd\u2019hui le Cap Trinité.Et l'on assure que la prin- cesse-fantôme anparaît encore de nos jours au-dessus du mont meurtrier, tordant ses bras et flottant au- dessus de l\u2019abîme.comme si elle cherchait en vain l\u2019époux auquel la méchanceté des manitous du pays basque l'avait si brutalement refusée.Que si, comme dit le proverbe italien, cette histoire n\u2019est pas vraie, il faut au moins admettre qu'elle est assez bien imaginée. T6 L Ori ge du Réveillon Le réveillon est la lente et com - plète transformation de fêtes grossières qui avaient déjà cours aux approches de Noël chez les peuples païens d'avant Jésus-Christ et qui, au temps de la splendeur de Rome, s'appelaient les Saturnales.Le christianisme ne voulut pas heurter des traditions, des usages et des moeurs séculaires.Il se borna à conserver les fêtes favorites en les adaptant aux fêtes religieuses et les fractionna en plusieurs, placées sous les auspices d\u2019un jour férié catholique.C\u2019est ainsi que la\u2019 fête des Fous, la fête de l\u2019Ane, la fête des Innocents, etc, remplaçaient les fêtes du paganisme, pendant la période de Noël et du Jour de l\u2019An.Plus tard, les conciles d\u2019Auxerre, en 585, et de Constantinople, en 692, défendirent les dons de viande aux passants le jour de Noël et les dons de gâteaux le même jour.Peine perdue, car, au XVIIe siècle, il était d\u2019usage de s\u2019envoyer, entre amis, à Noël, des pâtisseries frites.dites nieules, des poulets et des oies rôties, qu\u2019on mangeait en famille devant la bûche légendaire qui flambait dans la cheminée et que le chef de famille bénissait du signe de la croix.Le réveillon proprement dit date de l\u2019origine de la messe de minuit, qui remonte elle-même aux premiers siècles de l'ère chrétienne, et cela s'explique par ce fait que tout le monde communiait alors à minuit et qu\u2019il était nécessaire de collationner à la sortie de la messe.ici SEDC TS AS at LA REVUE POPULAIRE Décembre 1929 La coutume du Réveillon et de la messe de minuit était si bien enracinée en France que, même sous Ja Terreur, de 1792 à 1794, les fêtes religieuses de la Noël furent observées, malgré un décret de la Commune de Paris prescrivant la fermeture de toutes les églises.Le 24 décembre, à 8 heures du matin, la foule des sans-culottes et des terroristes du 10 août força les portes des églises et fit dire par les prêtres tirés de force hors de leurs lits, la messe dans tout Paris.Cela se passait trois mois après les mes- sacres de Septembre et quatre semaines avant l'exécution de Louis XVI.Robespierre, pour dévier l\u2019opinion publique ct ne plus heurter l'opinion populaire, inventa la fête de l\u2019Etre suprême, que le premier consul Bonaparte, préparant le retour de la France au catholicisme, supprima d\u2019un trait de plume en 1799, QO Méchant, on fait parfois moins de mail qu\u2019indifférent.Sainte-Beuve.* += * Une bonne conscience vaut mille épées.Shakespeare.+ \u2014* Ressouvenez-vous d\u2019examiner souvent votre coeur, s\u2019il est tel envers le prochain comme vous voudriez que le leur fût envers vous si vous étiez à sa place, car voilà le point de la vraie raison.François de Sales.x * * Jadis, on se bornait à nourrir fle corps comme un serviteur; on le sert, aujour- d'hui, comme un maître.Sénèque.° +.Il n\u2019y a pas d\u2019accidents si malheureux dont les habiles gens ne tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents ne puissent tourner à leur préjudice.La Rochefoucauld.L\u2019ARBRE DE NOEL NOUS VIENT D'ALSACE (Suite de la page 71) Un pauvre enfant essaie de vén- dre deux sanins pour gagner un peu d'argent la veille de Noël.Il s'adresse à un horticulture à Strasbourg.Autant porter de l\u2019eau à la mer.Cependant l\u2019homme a pitié du petit malheureux et, quoique marchand de sapins lui-même, il achète les deux sapins que lui propose l'enfant à qui il donne ,une belle pièce d\u2019or.Or, ces deux sapins sont ridicules et rabougris.L\u2019horticulteur avant le souper les jette dans un coin.On y pense plus et l\u2019on y mange de bon appétit.Le lendemain, dès l'aube, en jouant.les enfants du brave homme vont planter les deux sapins derrière l\u2019église de Sainte-Aurélie; et quand la messe finie la foule sort de l\u2019église, deux immenses sapins, dont le faîte dépasse celui du clocher, s'élèvent majestueusement dans lair pur du matin de Noël.Ces deux sapins au XVIITe siècle étaient appelés à Strasbourg, les \u2018\u2018Sapins de la Charité\u2019, en souvenir de la bonne action de l\u2019horticulteur.La grandeur prodigicuse atteinte subitement par les deux sapins est exactement du même ordre que la lumière sur l\u2019arbre de Noël.Elle a la même signification : C\u2019est le réveil de la Nature après le solstice d'hiver.SR im mr rte ste LA 5 fie til i cu vu AA Arts rity! .Ra Lo sis A pi i fit i ge I itl i fi ot ele .LE fit ly hint itt fi Ii! ff hi hi ve hi i ! ' ÿ ; he i le, MR i dit, di: LA REVUE POPULAIRE T7 Décembre 1929 fh i hh ; bt i c\u2019est bien de saison fit ji pi Je te A Ce in ry ith [.a ir.4 ls dt % 3 A i fiir 4 irs Voy » y st fi ¥ hs J À, 5 4 2 % Be S by ae Xie Al gi il 1 \\ Ï SW I ) 7 7 i ( ; {i pe ps Ce à &; 5 di 1 te £53 ut 4, Pr Les ja a \u2018 j TN po Ty ' A A 4 hot\u201d 7 3 Ÿ i Ne % 3 j ti 2 Eat ET a a] = Pt Cd + 74 & if de pe V2 rg | 4 i fr ii ih 48 \"2 57 ë fr Be wn = J A 1 E 7 ii 7 © 1 i od & # M; Hl 7 = 4 # au ie da, Zz H # ft.ft KYA 4 AS 6 % Ie Gi i: #5 À CT à fn, \\ 7 FA | pe TR lt Fe Le él a \u2018 A) i 4 \u20ac i i iB fli 7) oy ih! { a NS ih sig y A i (Eh Fs fle oF a 20 ve VIE æ a PR 3 ) = a) \\ VAS VY i = ; 7 & se i AS z Se ; ps [ Et | N = res il il \u2018 i ih ~ 7 i i | fl Mi jf | | ir ER Là ii 4 « 2) | 30 ; 1 ai 19 A ne A : : i : # %3 Ws A iv it A i 5 jit i i i / is te 2 i) fh i 4 it, A Gi | hy ile 6 pt ane itt WH bs ws iti = ;.iy! 1e À, i oy iti a 5 thn Ds ih er + his ut it | be « i 2 hy # ee 5 A us il 1 5 a oe i : re : ne ur | i i i i) fii he ii La 30 fi a te 3 is LS 0 Le oH He BIE.ie iv i, hii, x où 4 hi La Bière que votre Arrière-Grand-Pere Busait\u201d fie i th Hi ie ih Rt 4 pare ui ih oh Th sin Vi FOR Si i ce sue ih i, Dad T8 LA REVUE POPULAIRE Décembre 1929 4 4 Lu 3 TNIV] i end RS > AE ES rm An À PANN ZVI 77277 0] .7% SARS RY ETE 7] ANT » Se | Of STRAY 1 JCC a OIA IE SS Les Croisières du P acilique Canadien La popularité des croisières d\u2019hiver, qu'\u2019organse annuellement le Pacifique Canadien aux pays du soleil.ne semble pas se démentir si l'on en juge par le nombre de celles qui s\u2019effectueront au cours de la prochaine saison sous les auspices de notre grande compagnie canadienne de transport.Cette année, en raison de la vogue grandissante de\u2019 ces excursions dans les pays tropicaux chez ceux qui désirent, tout en fuyant les rigueurs de l'hiver, y voir le côté éducationnel, le Pacifique Canadien a tracé les itinéraires de huit grandes croisières, toutes aussi captivantes les wnes que les autres.La première se fgra autour du monde sur le luxueux paquebot \u201cEmpress of Australia\u2019\u2019, avec départ de New-York le 2 décembre.Le \u201cDuchess of Bedford\u201d.qui subira une toilette générale en Angleterre, après son dernier voyage de la saison sur le Saint-Laurent, effectuera trois croisières aux Antilles, avec départ de New-York.Il y aura une autre croisière aux Antilles, directement d'Avenmouth, Angleterre, sur le \u2018\u2018Duchess of Atholl\u201d, tandis que I\" \u2018Empress of Scotland'\u2019 fera sa croisière annuelle dans la Méditerranée.L''Empress of France'', qui fut affecté au service oriental entre Vancouver et Hong-Kong pendant que l''Empress of Canada\u201d était neuf aux chantiers maritimes de Clydebank, Ecosse, effectuera la se- remis à conde croisière méditerranéenne.avec départ de New-York le 13 février, dix jours après le départ de I\" \u2018Empress of Scotland\u201d pour la méme destination, mais avec un itinéraire quelque peu varié.Enfin le \"Duchess of Richmond\u2019, mis en service cette année seulement, fera sa seconde croisière annuelle aux îles du Cap-Vert, sur les côtes d\u2019Afrique.La flotte du Pacifique Canadien, qui s'est accrue de quelques unités avec les quatre \u2018Duchesses de l\u2019Atlantique\u2019\u2019, en est une dont le Canada a justement raison d'\u2019être fier et la compagnie qui l'exploite, avec ses vastes ramifications dans le monde entier, est celle qui a affecté le plus grand nombre de ses Indigènes de la Jamaïque et Port de Willemstad, Curaçao, Antilles anglaises et néerlandaises.bl Décembre 1929 PIR a di i Lu LES PLUS VIEILLES CITES DU MONDE En haut.L\u2019oasis de Giseh et les pyramides, près du Caire, capitale de l\u2019Egypte\u2014Au centre.Tombes de Mameluks, au Caire, et la Jérusalem d\u2019aujourd\u2019hui.En bas, là place et la Basilique de Saint-Pierre, à Rome; Athènes, dominée par l\u2019Acropole.(Photos du Pacifique Canadien.) navires à des excursions vers les pays tropicaux où sont attirés ceux qui désirent jouir de la douceur d'un climat tempéré pendant les longs mois du rigoureux hiver canadien.Les croisières, comme moyen de récréation et d'éducation, se sont acquis une belle popularité au cours de ces dernières années et cette vogue n'est pas tant attribuable, au dire des officiers du Pacifique Canadien, au désir des voyageurs de se distraire, que de visiter les endroits les plus intéressants et de se renseigner sur les moeurs des populations qui les habitent.0 ee, LA REVUE POPULAIRE 80 Décembre 1929 np tout s\u2019y trouve; corps, force et Saveur exquise 4 In i i ) de su an! | ÿ En Sa ARS AL CORP AE ges + opin ' \\ 9 $ j CA fad % RO AL BREWERIES 4, b fn CL 2 A Le 5 AQ © Li po Re 4 nb 0 En £0 LS 8 ECYRADE, MARK 82 C0 x Old Stock Ale ui is EI DOW com , = x ; Parfume l\u2019air, tue les microbes, éloigne signal de la retraite, on vit le pe- les insectes.tit Jésus s\u2019étirer dans sa mousse fleurie, lever les pieds, puis se tor- Son coût d\u2019opération sur courant alternatif tiller sans souci de froisser sa belle ., .\u2018 13 \u2019 pr 4 .?_ ordinaire est moins de 25 cents par mois.robe d'azur semée d'étoiles d'ar gent, puis se dresser sur son séant, les joues toutes roses et les yeux tout grands de vie ! Ce fut une stupeur.La bonne mère Sainte-Thérèse, bouche bée, levant les bras de saisissement, laissa tomber le claquoir.Les bonnes soeurs, criant au miracle, se prosternèrent; saint Joseph s\u2019affaissa sous les plis de sa chape; les trois mages tombèrent à la renverse et les bergers fournis par M.le curé, effarés, prirent la poudre d\u2019escampette comme une volée de moineaux.Seule, l'enfant de Marie qui faisait la Sainte Vierge, plus hardie ou devinant la pieuse supercherie, souriait à Joset sous ses grands bandeaux plats, tandis que le bœuf et l'âne, inconscients du miracle, mais obéissant peut-être aux vo- SANS ÉGAL POUR UN CADEAU lontés divines, soufflaient, souf- l| flaient toujours, de leurs babines Assortiment complet d\u2019huile de parfums qui humides et de leurs larges naseaux, leur haleine vivifiante, chaude et rendra votre demeure attrayante.co saine sur le petit.Et quand Gilberte osa le retirer Démonstration gratuite sur demande avec de la crèche, quand, folle de joie, votre parfum préféré ou un désinfectant elle emporta son Joset dans ses bras, elle sentit le petit coeur tout chaud contre son coeur tiède.Charles FOLEY.oO La poésie doit naître de la vie, naturellement, comme l'arbre, la fleur et le contre tout microbe.Téléphonez BElair 3982 ou 3983 ou écrivez à La Compagnie de Pipe Condenseur, Limitée fruit sortent de la terre, de la pleine terre, au regard du ciel.4527-29, rue Saint-Denis, Montréal, P.Q.Anatole France.= * Toute la dignité de l\u2019homme est en ] la pensée.Pascal.\u2014.gp an La Femme ee chef-d \u2018œuvre de la Création.rm i a Co mes HR 202 x _.: grace a son développement parfait et a la délicatesse \u201c de son \u2018organisme.\u201c Mais comme tout ce qui est délicat, cet organisme pour fonctionner normalement * doit être surveillé, soutenu, aidé.Les Pilules ROUGES, préparées spécialement pour les femmes, leur procurent l\u2019aide nécessaire pour renouveler leurs forces, reconstituer leur sang, faire disparaître l\u2019anémie, la nervosité, la pâleur, les maux de tête, les maux de reins, les douleurs dorsales, la mélancolie, les sensations de fatigue, les troubles d\u2019estomac, les irrégularités, les douleurs périodiques ou autres douleurs internes, les troubles du retour d\u2019âge, qui \u201cJe suis mère de huit enfants, mes occupations sont nombreuses et quelquefois je me sens privée de force.Je recours alors aux Pilules Rouges tout de suite je suis réconfortée.Elles m'ont fait tant de bien ces Pilules Rouges, il y a deux ans, alors que j'étais fort déprimée, très nerveuse, sans courage, accablée presque continuellement par des maux de tête, des douleurs dans le dos, aux reins, des palpitations.Je manquais aussi d'appélit et ma digestion ne se faisait pas bien.La moindre con- irariété me portait à pleurer.Mon courage diminuait chaque jour parce que malgré l\u2019emploi de remèdes qui me coûtaient cher, Ron état ne semblait pas s\u2019améliorer.Seules, les Pilules Rouges que j'ai employées en dernière ressource, refirent mes forces, cal- mérent mes nerfs ct me donnèrent la santé et l\u2019énergie nécessaire pour faire face à ma tâche.A la troisième boîte, je me sentais mieux.Quelque temps après j'étais parfaitement bien.Chaque fois que je me sentirai affaiblie, c\u2019est aux Pilules Rouges que je recourrai avant tout autre remède.\u201d Mme T.MARTEL.3872, rue Rivard, Montréal.CONSULTATIONS MEDICALES GRATUITES.\u2014 Afin d\u2019aider votre traitement vous pouvez consulter GRATUITEMENT à son bureau ou par correspondance notre Médecin qui vous indiquera toujours le meilleur régime à suivre.Dans les cas impossibles à traiter par correspondance ou requérant une intervention chirurgicale, notre Médecin vous dirigera aux meilleurs médecins et chirurgiens de votre localité.Les Pilules ROUGES sont fabriquées seulement par la Cie Chimique Franco- Américaine Ltée, 1570, rue Saint-Denis, Montréal.Traitement facile à SUIVRE.à la Maison.au Travail.en Voyage.Impossible de vous traiter mieux et à 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RESPLENDISSANTES de SANTE, avant de devenir à leur tour des Mères de Famille?Donnez-leur OVO- NOL, composé d\u2019Extrait de Foie de Morue, d\u2019Iode, de Jaune d'Oeuf, d\u2019Hypophosphi- tes, préparé par le Médecin des Pilules ROUGES, spécialement pour les enfants pâles, maigres, pleurards, manquant d\u2019appétit, de sommeil, souffrant fréquemment de maux de gorge, d'oreilles, d\u2019yeux, de rifle ou autres éruptions dans la figure et sur le corps, d\u2019incontinence.Partout ou par la poste, $1.00 CIE CHIMIQUE FRANCO-AMERICAINE LTEE 1570 rue St-Denis, Montréal.Ovonol pour 1es Enfants Rapidement co ette dans les moindres espaces interdentaires, chassant les impuretés qui provoquent la carie \u2014 c'est ainsi que Colgate nettoie mieux les dents Croquis considérablement grossi d\u2019un espace inter- dentaire.Notez comment un épais dentifrice ordinaire (à haute tension superficielle) est incapable de pénétrer là où la carie vous guette.Ce diagramme in- ; dique comment la mousse insinuante du Colgate (à faible tension superficielle) pénètre au fond de l'espace et nettoie là où la brosse ne peut atteindre.ousse Pénètre Quand vous vous brossez les dents avec le dentifrice Colgate, vous faites plus que polir la surface extérieure.La mousse insinuante de Colgate possède une remarquable propriété dite de \u201cbasse tension superficielle\u201d.Ceci veut dire qu\u2019elle sait pénétrer dans les moindres interstices et espaces inter- dentaires.* Là, elle amollit et déloge les parcelles de nourriture et les impuretés qui peuvent provoquer la carie, les chassant dans sa vague détergente et purifiante.Cette mousse contient une fine poudre de craie, un agent polisseur utilisé par les dentistes pour entretenir la blancheur et l\u2019éclat des dents d\u2019une manière efficace et inoffensive.Le Colgate est donc un dentifrice a double effet, mais non une panacée.On n\u2019a jamais prétendu que le Colgate guérissait la pyorrhée ou atténuait l'acidité buccale\u2014ce sont des choses qu\u2019aucune pâte à dents ne peut accomplir.Mais ce que nous soutenons, c'est que Colgate nettoie mieux les dents.Des millions de personnes sensées en sont venues à la conclusion que Colgate ne polit pas seulement la surface des dents.Elles ont pu constater que cet excellent dentifrice débarrasse efficacement la bouche de toutes les impuretés qui se logent dans les minuscules interstices dentaires inaccessibles à la brosse, où elles sont une menace constante de carie.Et des millions de personnes ont aussi été impressionnées par le fait qu\u2019un plus grand nombre de dentistes recommandent le Colgate de préférence à tout autre dentifrice connu.Colgate s\u2019est aussi fait beaucoup d\u2019adeptes par la modicité de son prix \u2014un tube de 25c contient une plus grande quantité de pâte que toute marque de prix identique.On doit attribuer cela à la production en vaste quantité, le Colgate étant le dentifrice qui se vend le plus au monde.C\u2019est là un témoignage probant de la suprématie de Colgate.Acceptez-le.Et retenez bien les deux principaux avantages du Colgate.Il ne polit pas seulement à la perfection la surface des dents, mais comme il contient le meilleur agent nettoyeur qui soit, il pénètre et pousse son action détergente là où la brosse ne peut atteindre.Le fait de se garder les dents propres les protège contre la carie.Si vous n\u2019avez pas encore essayé le Colgate, nous vous en présenterons un généreux tube d'essai, ainsi qu\u2019une intéressante brochurette traitant du soin des dents et de la bouche.Expédiez simplement ce coupon.Colgate's, Dépt.C-249, 353 8-Nicoias Montréal Veuillez m\u2019envoyer un tube d'essai gratis de la Crème GRATIS Dentifrice Ruban Colgate, ainsi que votre brochurette, \u2018Comment Garder Saines la Bouche et les Dents\u201d.Nom Adresse "]
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